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PRINCESSES BYZANTINES .

— MESNIL (EURE). TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT ET C'^. Critique des Mœurs i vol. .OUVRAGES DU MEME AUTEUR I Les Volontés Merveilleuses 3 vol. II L'Époque III 6 vol.

56 C'^ 1893 . RUE JACOB.PRINCESSES BYZANTINES PAUL ADAM LA TRES PIEUSE IRENE ANNE COMNÈNE PARIS LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET IMPRIMEURS DE l'iNSTITUT.

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POUR FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN .

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LA TRÈS PIEUSE IRÈNE .

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Alors ses maîtres que Léon l'Isaurien paissait encore les bestiaux de dans la campagne asiatique il rencontra .. A quelques marques. prédiction. I . ces étrangers offrirent de lui dévoiler qu'il sut leur le sort. deux voyageurs. 1 .. - LA FUREUR ICONOCLASTE. devant révéler d'admirables choses pour le guider à une très haute fortune. Dans l'étendue de tes États. tout d'abord d'accomplir feraient promettre un vœu qu'ils allaient formuler. tu interdiras que l'on rende les honneurs pieux aux Images dites saintes.l i i i i i i i i i i .. — Léon jura en riant. ils l'a- Dès la première inspection des signes fatidiques. ces idoles vénérées par blique en une folle abjection la superstition puautant et plus que l'Idée divine elle-même. Voici comment tu agiras pour obéir à ton serment. ils lui vertirent que.\ > UU . Pour récompense des services d'hospitalité rendre. il reconnut que ses hôtes étaient congédia en se moquant de leur Juifs et Kabbalistes. seras Tu empereur!. Il les PRINCESSES BYZANTINES. i i i i i i H 4 i i i i i 1 1 i K ! 1 i i ] i i ! i I i i i VI I.. un soir.

les autres éprises des magnificences canoniques. faillit Lui. Ainsi parle certaines suivit la légende. une troupe de soldats en passage. pour sa gloire. can- didat des mercenaires pillards qui. après difficultés eut de contenter ses maîtres. ce lui valut une immense popularité de propager parmi les thèmes militaires la nouvelle et fructueuse hérésie. il proclama le l'aboli- tion des images. Du moins. Avec une ferveur remarquable. en sa villa. Stratège. elles secondèrent les revendications des moines.PRINCESSES BYZANTINES. L'histoire de cette hérésie est toute de rivalité entre les soldats et les femmes. patriarche Germain qui refusait la sanction liturgique. Quand. ayant au cœur la reconnaissance de maint ex-voto. n'osaient trop voler les statues de métal précieux peuplant les églises. par crainte d'anathème ecclésiastique. les uns cupides et soucieux de garder ce droit d'accroître le salaire des victoires. durant lequel onze empereurs périrent de mort violente dans le Palais de Byzance. porta vite aux premiers grades. Mais les femmes ne l'entendirent pas ainsi. amoureuses passionnées du luxe des églises. Sa bravoure le acquit la confiance de son armée. habituées au sourire doulou- . le pasteur Léon. conspira et profita. qu'il De fait. ne point à tenir son serment. depuis Héraclius jusque la conquête des croisés. Ils se résignèrent ou simulèrent la résignation. dans surexcitées la salle des XIX tables. il La prédiction se réalisa. Les citoyens comprirent Tenfantillage d'une révolte à rencontre de la multitude armée. les officiers l'acclamèrent et les troupes furent étrangler. de ce désordre politique habituel.

elles se hâtèrent en foule au-devant. habituées au regard de la Vierge compatissante et douce. source ordinaire de nom- breux miracles. de ses compagnons les saints. successeur de Germain. de leurs bottines gemmées les vitraux et les mosaïques. Elles n'eussent voulu se désister de croire à la très réelle puissance des saintes pa- tronnes intercédant pour les menus péchés du cœur et ornant de leurs robes pompeuses. le lèrent l'échelle qui portait l'officier chargé de la besogne. « mercenaire et On eut peine à le faire enfuir loup ravissant déguisé en demi-mort jusque point galant envoya où se tenait l'empereur. se dé- Quelque temps après. les cimaises et les autels. de leurs auréoles d'or. si Renonceraient-elles à cette compagnie et d'excellent ton peu répliqueuse devant qui bavarde à l'aise l'imagination. fois l'image. forcèrent les portes closes^ accablèrent le récipien- daire de pierres et de coups. reux du Christ tordant sa beauté messiaque sur prête à anoblir de fidences. avec force injures dont les plus douces étaient pasteur le lieu ». et avant qu'il eût frappé trois chirèrent. consolations les plus intimes con- Elles n'eussent voulu perdre cet avantage de Tamour immédiat du formes mystiques et Christ. de protection. comme l'on procédait à l'investiture du patriarche Anastase. ses la croix. ébranruèrent. elles accoururent à la basi- lique. cette rage. chastes où s'incarnait leur besoin per- pétuel de tendresse. Aussi quand les militaires vinrent abattre la statue de la Vierge nichée sur la porte du palais impérial et considérée comme une sorte de palladium.LA FUREUR ICONOCLASTE. Outré de Léon qui n'était . consentant à interdire le culte des images.

répandit les grâces. les chiens prirent coutume de se repaître de la chair de moines. Il fit enlever aux défenseurs du culte intégral la peau de la tête. fut enjoint de brûler toutes les et de fondre celles en métal. Les martyrs crépitèrent. par l'esprit de classe. Il se des miracles éclatants qui terrifièrent l'impiété. Des clameurs désespérées mugirent dans Byzance. art où il excellait. la Vierge lui apparut. Leur cruauté n'en images sans épargna point. Au réveil il jouissait deux mains et il put continuer de peindre ses images . on les enflamma. Mais Dieu protégea lit ses fidèles. et elle de ses pieuses.PRINCESSES BYZANTINES. ses gardes massacrer il les séditieuses. Les femmes les serrèrent dans leurs vêtements et elles luttaient avec des cris effroyables pour empêcher qu'on les leur arrachât. Damascène ayant eu église. et à ce derme mis au vif il ordonna de lier plusieurs images peintes sur bois. Exaspérés valeur marchande par l'appât du gain. les soldats coupèrent un membre aux plus récalcitrantes. ils s'effondrèrent en étincelles sur les places publiques. Le monde en eut un bel exemple. . Cependant beaucoup continuaient de servir en secret le Même les payens convertis préféfèrent toujours la gloire du premier culte. déshonoré d'un tel surnom pour culte des Saintes Faces. . Saint Jean la main coupée. Plus tard. se réfugia dans une Pendant son évanouissement. sembla lui recoller le poignet. A la voirie. Léon l'Isaurien Contre ce miraculeux amour divin opposa de miraculeuses atrocités humaines. lorsque l'empereur voulut marier son fils Constantin Copronyme. Le sang et les pleurs coulèrent dans les sanctuaires dévastés. On oignit les barbes de poix.

d'y établir une chapelle pour elle et son en- tourage. Le patriarche iconoclaste accepta la tâche de l'instruire dans le dogme. Léon succomba parmi ces afflictions publiques à un Use décomposa avant la mort. Le souci de leur intérêt craindre de mécontenter les soldats. se prit de ferveur pour la morale et la symbolique chrétiennes. Les statues des Césars croulèrent. D'imposantes calamités survinrent e|ui punirent les hérétiques. La peste suivit qui dévasta Byzance. qu'on du nom d'Irène (Eiréné signifiant « paix »j pour marquer l'alliance que scellait cette union. souillé honteusement Il le le bassin sacré. à Tant d'avertissements de la Providence ne réussirent pas ramener les princes iconoclastes. Tous ceux qui le purent désertèrent la cité impériale comme une .. palais et rien ne la la connut. On se fortifiait dans les maisons contre le fléau en interdisant l'approche aux étrangers. seuls appuis d'un pouvoir d'occasion. et les pratiques Copronyme ne la sauvèrent point. La porte Dorée se défleuronna de l'image de Théodose. La terre trembla de l'horreur de porter de si opiniâtres criminels. Les habits des malades arborèrent des croix de couleur verdàtre ou bleu clair pour avertir du danger qu'ils portaient avec eux. Les empereurs étaient frappés là même où ils voulaient frapper Dieu. au jour de son baptême. Les cadavres encombrèrent les charriots. Elle se montra docile aux leçons. Mais elle ne tarda point à se vouer. baptisa fiança à la fille du roi des Avares. il sévit fermenter . faisait affreux mal. malgré Léon et Constantin. à l'adoration des put empêcher de suivre ce rite dans le même. dès qu'elle images. LA FUREUR ICONOCLASTE. avoir. vivant théurgiques de Constantin charogne pestilentielle.

PRINCESSES BYZANTINES. saires et Comme avec ses émis- Copronyme même la n'y surent réussir. Cependant Pape envoya de Rome des moines chargés de prêcher clandestinement contre l'erreur officielle. cette héroïque femme préféra mourir dans les douleurs plutôt que de renier l'innocence d'Etienne. Mais. La sollicitude du Seigneur manifesta encore son intervention. par le conciliabule de Constantinople. étendant ses admirables faubourgs au long du Bosphore. afin de ne point paraître adversaire aux pieuses et vertueuses gens. la sienne. Nul ne promena plus en robes peintes sa flânerie sous les colonnades des thermes d'Arcadius et les statues de la galerie Justinien n'attirèrent plus l'admiration studieuse . renoncèrent aux merveilles de la Byzance triangulaire ceinte de six lieux de murailles. Quand n'y eut la peste fut passée. la rêverie grave des eunuques impériaux aux fronts blancs. comme parmi d'opposition le peuple. Soumise à la torture. rent d'entretenir des relations infâmes Anne une noble veuve 'que parole édifiante du saint avait conduite au monastère. élevant au ciel l'orgueil de son Acropole élancée. ils l'accusè. doctrine chère au souverain fut définitivement établie. . Copronyme repeupla redoutable la ville il d'Arméniens attachés à plus dès lors la l'hérésie iconoclaste. car la servante qui avait témoigné contre la dame eut les mamelles déchirées par ses enfants jumeaux jusqu'à ce qu'elle expirât de tourment. des novices. l'an ySS le . le feu de son phare géant au promontoire. Le dernier supplice punit l'audace du protestataire. l'Empereur tenta d'attirer en son parti saint Etienne parce qu'il portait grande réputation d'honneur religieux. L'un l'osa faire devant Constantin même. et.

Or l'impératrice Eudoxie. par désir de libertinage quelquesuns consentirent à l'union des corps. Un jour que saint Etienne prêchait dans les rues de Byzance et que la foule augmentait à sa suite les soldats furieux de le voir ramener les âmes à l'orthodoxie le mirent en pièces. Un héraut leur cria qu'il leur fallait choisir immédiatement l'un de ces deux partis ou quitter l'habit monastique et s'épouser à l'heure même sans autre cérémonie. Les moines de Saint-Etienne persécutés renouvelèrent les Lui-même réprimanda Constantin stylites. commandad'amener Anthuse. Après une fervente prière. Copronyme ordonna que tous les solitaires religieux et religieuses de son gouvernement s'assemblassent sous les murailles d'Ephèse. sur son hérésie et. disant que Ton ne s'en devait pas offenser puisqu'on jugeait que le Seigneur ne s'offensait pas si l'on profanait ses images. : blique. en peine d'enfanter. Il était une noble religieuse nommée Anthuse. un fils et Anthuse une fille. une fustigation puaustérités des . n'obtenant pas son apostasie. par la main du bourreau. ayant pris une pièce de monnaie à l'effigie de l'Empereur. qui la soulagerait par son intercession déjà sou- vent miraculeuse. Copronyme la lit tirer de sa cellule et. dans une grande plaine. Par crainte du supplice. l'une des trois épouses successivesde Constantin. Elle vivait dans la solitude en grand renom de sainteté.LA FUREUR ICONOCLASTE. . il lui infligea. annonça la délivrance de deux jumeaux. A quelque temps de là. ou subir l'exil dans l'île de Chypre après avoir eu les yeux crevés. il la foula sous les pieds en sa présence. mais beaucoup n'imitèrent pas cet exemple et subirent le châtiment prescrit.

. l'iso- parmi les races chrétiennes. le temps vint de marier ce fils.PRINCESSES BYZANTINES. nomma sa lille Anthuse. elle semblait maîtresse » comme af- l'être « V Empire Romain titre officiel. comme une sainte et ne Léon. d'un précieux secours. l'une effective. Pépin venait d'illustrer par pensèrent Quand de belles batailles et d'heureuses conquêtes la suprématie de sa race. Le concile de Gentilly ayant condamné l'orthodoxie occidentale repoussa l'idée l'hérésie grecque. désigné pour tenir l'empire Copronyme. d'épousailles politiques. On ressortir comme cette union tiendrait l'Europe assujettie entre deux puissances formidables. et qu'il fallait remercier de Dieu. par reconnaissance. aîné des après palais lils. Cette princesse. n'en fut rien. l'autre ayant encore le signe respecté d'un très haut pouvoir moraL unique se fut imposée sans doute au vieux monde abolissant pour jamais les luttes de ses peuples mêlés et Une loi tournant tous leurs Il efforts vers l'œuvre de civilisation. en Orient. ai- sément la liberté la religieuse et. dans se résigna jamais vécut fut l'hoir au mariage. car on fille toujours ce La diplomatie grecque essaya Gisèle. pour Byzance. prétendait fichait En Occident. L'impératrice obtint la suite. les dignitaires du que l'alliance des Francs serait. d'obtenir pour fit Léon la main de de Pépin. Le châtiment de lait l'iniquité iconoclaste se perpétuait.

Entre toutes. d'un signe de paix les formes esthétiques des jeunes elle le Elle avait alors dix-sept ans. Athènes gardait encore renommée antique pour aux Pallas de la finesse intellectuelle des esprits et la beauté statuaire des vierges pareilles aux Dianes et ses sculpteurs. Son nom même.fi^. instruite aux plus subtiles métaphysiques des Alexandrins dont maint disciple habitait la cité de Minerve. l'avaient importé d'Alexandrie et comme filles. Dédaignant tout autre afficha partout son désir de ne point alliance politique.t llllllï t » 1 1 1 1 i t i 1 1 1 1 1 II.1 1 1 IIMIftMItff^ttflf^^^^ff^tfl. on vantait Irène. alors. dut à l'influence de ces sages qui aimaient à en nantir. Constantin Copronyme davantage vouloir sacrifier et les Jugea qu'il ne fallait point retarder noces de son tils. - IRENE L'ATHÉNIENNE. orpheline de famille aisée. ressuscitant sous les murs du Parthénon l'académie platonicienne. le il déclara ne lui bonheur de Léon à des vues ambitieuses choisir pour épouse que la fille la plus belle sa et la plus spirituelle d'entre les Grecques. L'empedans la famille reur se décida très vite à la faire entrer im- . Léon vingt-et-un.

Il ne s'enquit pas autrement de sa noblesse. dans le fond de elle gardât aux images sa vénération sentimentale. sur l'incarnat avivé des joues. d'appliquer à et mécanique . un jour. de rétablir sur l'empire entier la domination de l'orthodoxie catholique. Elle devait réaliser leur espoir. périalc. dans des conla conseillè- jonctures plus favorables. le trône l'attendait. satisfit au vœu la impérial. le sien. avec perles. Vers acclamations des savait supérieure tières. Une seule chose l'inquiéta Irène professait le catholicisme orthodoxe. il ne lui appartenait plus de transiger en aucune occasion. employa quelque temps en hésitations. Ainsi rent les prêtres de son entourage et les princes de la pensée chrétienne. la couronne aux deux rangs de aux longues le bandelettes chargées de joyaux et qui battent. Quelles restrictions mentales se permit-elle en jurant sur le bois de la vraie croix et les plus puissantes reliques? Par delà les parvis de la basilique. Mais obtenir couronne comme prix d'une renonciation extérieure. elle esprits. puis soi. et comme il avait subi tant de malheurs pour soutenir : son erreur contre le Pape et les miracles de Dieu. dans les céré- monies. feu de ses et regards s'exaltait l'enthousiasme de la foule sujette dignitaires. axiomes les inductions de ses éducateurs bien autre- . ce permettrait peut-être. car les chroniqueurs ne mentionnent pas ses ancêtres.PRINCESSES BYZANTINES. les gardes. qui l'emle pêcherait ensuite de modifier monde au la gré de ses théosociale les philosophiques. Irène invitée à reconnaître les formules du conciliabule de Constantinople. se al- aux meilleurs aux volontés Possédant ries le levier d'une suprême puissance. les Elle ne résista plus. bien que.

Une galère la conduisit jusqu'au palais d'Hieria sis sur le promontoire Sortenien qui. — cela offert à la pure vertu des formes et de la spiritualité. fait face à la colline de Byzance. des mantes traînantes qu'on relève sur la main gauche soutenant le globe de l'univers asservi. l'empire des Romains. avec le parfaite et apte raffinement d'un esprit superbe. toutes les jouissances de la gloire. l'orgueil des empereurs adorés n'est pas comme les anciens dieux. De là. Gomme elle s'enivra de voir les préparatifs de fête pour son entrée dans la ville conquise par la seule force de son esprit. Il dans l'histoire d'autre situation analogue. un si bonheur aussi rayonnant dans une àme à goûter. Elle allait y régner dans la splendeur des robes aux quadratures de joyaux. de la méditation métaphysique. il lui suffisait d'abandonner son corps aux cadu prince de Byzance que ses effigies montrent de figure affinée et maladive avec les lueurs d'yeux brûlants. Aussitôt les honneurs impériaux lui furent décernés. Quel plus grand triomphe possible que celui-ci. les dorures des flèches aux édifices les courbures de ses rues en pavois au long des grèves mangées par la bave des flots éternels. resses Pour cela. Elle se soumit donc à l'hérésie. de l'Asie. que les potentats de la famille future. beauté.IRENE L'ATHENIENNE. il lui fut loisible de contempler la ville de Constantin élevant entre les plaines bleues de la mer et du ciel l'étincellement de ses dômes. ment révérés en elle-même. On l'envoya prendre dans Athènes avec un merveilleux équipage. de sa . du . purement individuel et sans aucun concours? Un empire à ses pieds.

célébra les noces d'Irène et de Léon dans l'église du Le dix-septième . tantin Ils habitèrent le palais de Magnaure. elle ne réussit pas à dominer l'impérial époux. conte le sec Théophane chroniqueur ecclésiastique. patriarche se rendit au Palais. Irène d'Athènes fut amenée du palais d'Hieria jusque la ville impériale sur un dromon le (sorte de légère barque construite pour passer Bosphore). elle prit le diadème nuptial avec le basileus Léon. ayant sujet de médire contre semblaient craindre pour le salut de leur âme. jour de décembre. silencieusement une le pouvoir. Le conte féerique où Malgré elle s'était rêvée vivre cessa dès lors. fils de Cons». Irène se retira dans le Gynécée. ses excellentes qualités. Phare. délire artistique devant les merveilles humaines et l'apparat de la terre. Les et les femmes des familles du premier rang vinrent la recevoir parmi un grand concours de peuple le et l'accom- pagnèrent. les accueillit en une intimité particulière. dans leTriclinium Augustal l'impératrice Irène fut couronnée. Sa suite hommes occupait des chalandions ornés de soies magnifiques. avaient officiellement renoncé au culte des images. et. puis ayant cheminé de l'oratoire de Saint-Stéphane jusque Daphné. cour fidèle parmi ceux des officiers et dignitaires qui. et bientôt elle eut parce qu'ils .PRINCESSES BYZANTINES. La nouvelle impératrice les consola en secret. sentant que la lutte lui serait plutôt nuisible. Le troisième jour de septembre. « Ce mois de septembre. Elle se constitua doucement.

Les médailles les attribuent un corps en proportions sculpturales. Or. Le roi au désastre avec sa cavalerie qui garUzericus feisnit alors d'être mé- . Constantin faites Copronyme ayant obtenu . Les habiles de la cour comprirent comme cette popularité ne manquerait pas de croître en faveur d'une princesse dont le Quand l'intelligence et la force faveur publique. ils En pleine paix. et comme elle resta fort vertueuse. Et on morale ne démentiraient point la commença de se donner à elle. Elle possédait de remarquables qualités de séduction.000 Grecs surprirent leurs garnisons et pillèrent le pays. paix des Bulgares vainqueurs résolut de venger ses multiples dé- par une incursion inopinée sur leur territoire. Aussitôt flotte armèrent de toutes parts. peuple de Byzance la regardait passer en char selon le trot d'un quadrige blanc. i3 au palais nombre de partisans. rejetée au rivage devant Copronyme assistant dait la frontière. la occultement. ondulants. La de Byzance envoyée sur l'Euxin pour débarquer des troupes. des bras menus. 80. . les épaules couvertes de ses quintuples colliers aux lourdes pendeloques de pierreries diverses qui semblaient un camail de feux multicolores. nymphes des bas-reliefs. fut battue par la tempête.IRENE L'ATHENIENNE. noble de la majesté des déesses qu'expriment marbres hellènes. des murmures d'admiration émouvaient la foule frissonnante. les pieuses gens ne redoutèrent pas le prestige lui de sa beauté plastique. une poiune tête petite d'un ovale absolu où priment de grands yeux impérieux une bouche minuscule qui empreint le visage de cette puérilité ravissante propre aux trine haute et rude.

Quand péra. dès leur arrivée au camp bulgare l'effet furent éventrés en repré- de la il violation de paix. et. hérésie nestorienne dont il se retracta avant de mourir. Sur le vaisseau même il rendit l'âme dans les tortures du remords. Il se malade comme son aieul et gardait de tous. . Il ajouta qu'il désirait jouir de la vie privée. Elles conspiraient contre vit-il écri- à TEmpereur. Les soldats la côte : éprouvait d'atroces brûlures aux cuisses. brûlait. content de ses troupes. qu'il devait bientôt revêtir d'une dignité pareille. envoya les otages qui. il polémiquait depuis longtemps afin qu'on la nommât dans les prières Mère du Christ. de lui imposer son esprit. En effet. connut il comme Il avait les de sa sottise. Elle pensait que. aux le portèrent sur un brancard du camp à il ne pouvait plus marcher. Mais Léon avait l'humeur son père. Irène tenta encore de écouterait le séduire. le nobilissime Nicetas et Eudocime . Copronyme sailles crut à sa lettre. lui . jambes. et suppliait Constantin de lui envoyer des otages afin de pouvoir se fier à l'hospitalité des Grecs et finir ses jours parmi les magnificences de leur capitale. son sang se corrompit.14 PRINCESSES BYZANTINES. Il . . en vouant à la Mère de Dieu la dédicace de l'église des Blaquernes. il arrangea les choses du gouvernement avec ses quatre frères les Césars Christophe et Niccphore. Parvenu près château de Strongyle. se prit à crier effroyablement qu'il condamné tout vivant aux flammes éternelles pour avoir blasphémé contre la Vierge Marie. le avis. Constantin fils mieux ses Copronyme étant défunt. Léon atteignait alors vingt-six ans. faubourg patricien. le Léon l'embarqua pour il Byzance. et non Mère de Dieu. l'empereur se déseshumeurs mauvaises.

on surnomma l'enfant Porphyrogénète. Il fallait dès l'heure présente légi- timer la souveraineté future de l'enfant afin. où l'étiquette voulait leurs couches. Rebutée par l'empereur et ses conseillers. Suivant la que les impératrices fissent coutume. Elle prétendait devenir malgré tous vicdominer par-dessus la sottise de ces gens de cour. quels périls l'empire encourrerait. IRENE L'ATHENIENNE. tremblèrent d'avoir à lutter contre un parti de succession. Dévoué à leurs désirs. attaché à leur hérésie. découragea point. Les dignitaires et les officiers fort heureux sous cette race. Heureusement la nature l'avait gratifiée l'aieul. il ne pouvait souffrir la douceur d'une femme qui représentait l'élément contraire dans la politique d'alors. La Pourpre.. né dans La Pourpre. Elle laissa répandre un bruit sur la mort prochaine de l'empereur. On rappelait à tout propos les morts brusques des deux basileus défunts. préoccupé seulement de conserver sympathie des troupes qui maintenaient sa race au trône. Grâce à lui en se couvrant de l'affection maternelle Irène se trouvait en meilleure chance de réussir. Irène ne se torieuse. Irène le on ne prenait soin de entretint leurs craintes. régner seule pour la gloire de l'orthodoxie. le comme né dans pavillon de porphyre. i5 la mélancolique et méfiant. Tant travaillèrent et intriguèrent les amis de l'impératrice que ce devint là bientôt le sentiment général. Il était d'un fils qu'on baptisa Constantin. avec si un très jeune prince. . et ils disaient . qu'au cas d'un malheur. Ses amis catholiques en propagèrent l'opinion. nul ne songeât à une restauration des anciennes races ou à l'usurpation du pouvoir en s'excusant par l'exemple de Léon l'Isaurien. couronner immédiatement.

je puis mourir bientôt. alexandrins lui que leur puissance seule et la vertu des incantations théurgiques la menaient au pouvoir. demeurât soumise au bon de paraître plaisir d'un maître. Irène y veillerait. Bientôt on le représenta au basileus lui-même qu'il importait. elle l'avait vaincu et cette mort surnaturelle pouvait bien résulter des charmes de la magi. lui acquérir les ambitieux. En chacun s'affirmait la conviction que Léon ne survivrait pas longtemps à son père. Il consentit au couronnement. répondit Léon aux plus insistants. Il en coûterait la tête à mon fils pour avoir porté quelque temps la couronne. est dans un âge bien tendre. Je l'aime trop pour l'y exposer ». Il lui tardait comme force les humaine concevante et agissante capable de réaliser utopies platoniciennes à la face du monde. Léon IV les voyant si pleins de ferveur. Ce ne faisait que . . Ma santé chancelle. Irène ne supportait point que sa science sûre. Alors tous lui jurèrent d'avoir pour sacrée la vie de Constantin Porphyrogénète quoi qu'il pût advenir. Vous verriez avec peine un enfant sur le trône. pour salut de l'empire de couronner son fils au plus tôt. ou plutôt très vous ne l'y souffririez pas. Plus initiée que Copronyme. gens en place suivaient avec inquiétude sur les traits de Tautocrate renvahissement du mal si redouté de l'impéet les ratrice. cienne catholique. volontaire. « Mon fils. Même il commençait courir à d'étranges On prétendait que les formules des mages étaient passées en héritage et bruits sur elle. n'avait plus de bonnes raisons à faire valoir.i6 PRINCESSES BYZANTINES.

les sénateurs. L'impératrice se crut très affermie sur le 17 trône quand elle apprit ce résultat de sa politique. les maîtres de chaque corporation. adversaires d'Irène le et de Léon. L'élé- vation d'Eudocime devait rallier à la combinaison nouvelle mécontents. jour de Pâques. . et qui consacrait le serment de la veille. Léon déclara son frère Eudocime nobilissime. La les famille entière bénéficiait de ce couronnement. A l'offrande. Les dignitaires resplendissant des costumes cérémoniels marchèrent en cortège jusqu'à Sainte-Sophie pour assister au sacrifice de la messe accompli sur l'un des trois : : ! — — : cent soixante-cinq autels de la célèbre métropolitaine. présentant Constantin aux troupes « Voici.IRENE L'ATHENIENNE. dit-il. Léon résolut d'accomplir cette investiture avec une grande solennité. il monta sur son tribunal. Le vendredi avant Pâques. que ce jeune prince avait accueillis dans ses conseils. Le lendemain. le nouvel empereur « Jésus que vous avez désiré! » L'assistance psalmodia qui êtes mort pour nous. ce fut une fête immense joie dans Byzance. les principaux du peuple. recevez aujourd'hui le serment que nous faisons à notre empereur » Alors le patriarche apporta le bras de la vraie Paul (il était catholique). Elle remercia son époux. dans la place qui précède Sainte-Sopiiie. les chefs des Ordres. les représentants des ordres de l'État vinrent dé- poser entre les mains ecclésiastiques un acte signé de chacun des chefs. même ceux des métiers les plus vils défilèrent devant la céleste relique et jurèrent fidélité et dévouement à Constantin Porphyrogénète. La religieuse ordinairement magnifique se 2 PRINCESSES BYZANTINES. les croix sous un dais tribuns des légions. et. Selon ses avis. Aussi.

Le peuple délirait. Grec. Léon chevaucha par-devant ses quatre frères et sa maison autour de l'Hippodrome rempli d'une foule enthousiaste. Elle passa devant le trépied de bronze aux trois serpents enroulés que les Platéens jadis avaient déposé dans le temple de Delphes en souvenir de la victoire sur les Perses. On dit que la foule se précipita en un élan d'amour.i8 PRINCESSES BYZANTINES. en intimité avec les esA sa venue. Au milieu de cette splendeur. remué jusqu'aux fibres par la vertu des pierres. officiel. de joie triomphale — se dardait de sa personne impeccable. ordonnait que sa suite et ses ministres eussent leurs hardes couvertes de joyaux. un char soudain parut où se tenait droite. La cavalcade étincelait sous le pesant soleil comme un léviathan aux écailles de feux l'amour des colorés. — offrant dans ses bras Un rayonnement le la très belle Irène. dans l'intérieur des chambres complétait d'un gala tête. le couronne en : obscurcies. des béryls. les feux des joyaux s'évanouirent. Cela chatoyait sous l'admirable ciel à toutes courbettes des coursiers. sans cesse à portée Pour tenir il du regard de telles féeries visuelles. nouvel empereur. des chrysolithes. En costume impérial. Et cela semblait lui convenir comme le signe des prophéties qu'elle réaliserait pour la gloire du Peuple savait si sences célestes et magiques. des to- pazes. et. L'empereur n'avait qu'une passion gemmes et des perles. avec la richesse des costumes et la majesté du cortège. la double manteau tissé de pierreries étendu sur la croupe de son cheval. quasi divine et qu'on précieusement savante. il passait les heures à faire fluer et ruisseler en ses doigts fins les eaux lumineuses des améthystes. roni- . des rubis.

On traita même pour qu'ils les défendissent. réfugié à Byzance fût honoré du titre de patrice. les Sarrasins battus laissèrent aux mains des . pant la ligne des 19 gardes .IRENE L'ATHENIENNE. C'était une manière de défi pour l'excès de conquête dont les Francs menaçaient. Didier. par infirmité corporelle . obtint que l'héritier des lombards. et on se les répétait de rang en rang. Karl avait répudié la fille de ce prince. piétiné. De ce jour. et que maint y rompus par la hauteur de la chute. dans concevoir. avait dépossédé le roi des Lombards. Images des Saintes où s'attachent du cœur chrétien. Adalgise. Car elle ne négligea plus de manifester publiquement les comme sa piété orthodoxe regrettait les Faces où se formulent les aspirations forces suprêmes. de groupe en groupe. le parcours de son char. on les apprenait ainsi que des devises fils Irène conduisait son se Les rues remplirent sur propitiatoires. au temple des catéchumènes. périt étouffé. Le peuple fut sien. Irène inquiétée par les succès des Francs en Italie. qui lui faisait la guerre. les évéques francs ayant annulé ce mariage pour ce qu'elle ne pouvait sut. les os sautant sur l'arène. Vers ce temps. Les Barbares n'eurent plus de raisons de dévaster les frontières. restait enfermé dans Corbie. et Didier pris. on apprit que le chef Franc Karl. Au Sud. Elle maria l'une de ses parentes à un prince bulgare créé patrice également. Elle laissait des paroles enchantées à ceux qui approchaient les franges de sa robe. tout le monde Byzance que l'impératrice revendiquait en faveur des femmes et des citoyens contre le pouvoir militaire.

princesse. Un autre quart se dépensait pour l'entretien. Anthuse. les robes de porphyrogénète à qui en voulut pour orner les autels et les habits sacerdo- taux. agissant au cœur le dirigeait. la nourriture des pauvres et. cette sœur de Léon qui gaquarts de son bien. Une Irène enquête que menèrent ses fidèles décela l'existence d'un parti catholique. Si la populace et les familles militaires lui venaient en alliance. En effet. elle y consacrait lui les trois régi par une sorte de ministère. elle reniait la gloire de son rang afin de secourir les humbles. La foule applaudissait à chacun des actes qu'elle savait inspirés de la sagesse. avisa à se prémunir. Un des captifs. Grecs quantité de captifs qui furent employés à la culture la Thrace. des enfants abandonnés. quart servait au rachat gnait l'opinion publique à ses œuvres saintes. jusqu'à donner ses robes précieuses et rares. Ce qui vouait la reconnaissance d'une partie et de la classe moyenne. Irène imposait à la cour une puissance effective émanée de son titre d'Augusta qu'elle portait depuis l'an de 775. l'empereur montrait une grande tolérance à l'égard . Peu à peu. Elle fonda en des familles militaires leur faveur refuges et hospices. La populace l'aima pour ce une merveil- qu'elle donnait ainsi à sa virginité de pieuse leuse fécondité. elle se rendait l'église favorable en répartissant le troisième quart de son revenu entre les monastères et les basiliques ravagées par la fureur iconoclaste.PRINCESSES BYZANTINES. et même du palais. Bien qu'il n'eût Jamais autorisé le rétablissement des images. Léon finit Il par croire fort dange- reuse cette aspiration au pouvoir. et que. principalement.

de s'emporter contre la Despoïna elle-même. Elle songeait que ce sacrifice d'amour-propre et de franchise se compensait par l'assurance de continuer en paix sa pieuse propagande. L'ordre impérial les soumit à la torture. Cependant Léon ne voulut manière de conspiration qui pouvait. pendant les prières du carême. où le mensonge fine et trop tière qui eut Trop compromis politique devient méritoire. soulever contre lui les armées. il dirigea sa fureur contre les subalternes. Sous l'oreiller du lit impérial. on les conduisit tout saigneux à dos d'ànes par les rues. ses blessures. On pensa que les papias qui gardaient les clefs du palais pendant la nuit tenait à l'orthodoxie souftrir cette : avaient. gouverneur du la et les autres propagateurs catholiques allèrent de basse-fosse au cloître. par décence. la Vierge. fit fouiller partout. jusqu'à la prison du prétoire. caché ces images sous l'oreiller dans l'intention de lui nuire auprès de l'empereur et de la brouiller avec lui. Il est des cas. de concert avec le capitaine des gardes. au moindre éclat. Elle protesta qu'on avait. des catholiques. Léon pénétra brusquement dans les chambres. sans l'avertir. apporté ces « idoles ». . Un matin. Irène nia être pour quelque chose dans cette affaire. prudente pour risquer une disgrâce enle succès de son œuvre. Le chambellan ThéoThomas. Rasés. dit-on. L'enquête poussée à fond démontra qu'un culte clandestin se pratiquait dans les appartements de l'impératrice. L'époux exprima une grande colère. devenu patriarche. appard'Irène. Son lecteur Paul.IRENE L'ATHENIENNE. phane y mourut de palais . déchirés du fouet. on trouva deux images le Christ. Comme il ne seyait.

C'était un charme. Plus que jamais il s'enfermait aux chambres obscures. disait-on et personne ne l'en saurait délivrer. s'ingéniant à leur découvrir des jeux de lumière inconnus. nul ne la pouvait porter. On voyait à Sainte-Sophie une couronne d'or enrichie des gemmes du monde. dans le sentiment de sa fin proche. pour jouir de ses joyaux où il baignait ses mains. l'injuria. Comme voulut s'approcher afin de l'a- doucir. tuaires les pierres dont il il enlevait des sanctombait amoureux. il mourrait de ce mal dont les humeurs décomposent le sang. Son âme devenait l'esclave de l'esprit des gemmes. son visage. cette passion bizarre. L'empereur Héraclius l'avait consacrée à Dieu plus belles parce que. ni religion. Léon toutefois ne traita s'y lui voulut fier.PRINCESSES BYZANTINES. Bientôt rien ne refréna son délire. des qualités extrêmes d'éclat et de coloris. trop lourde. Irène jugea comme une très grave mésaventure l'espèce de divorce qui suivit cette rupture bruyante. Se prévalant de l'hérésie iconoclaste. il la repoussa avec beaucoup de violence et refusa depuis de la voir. On l'avait . il la mal. conquises par les empereurs romains aux temps des victoires illustres sur l'ensemble des peuples. On le surveillèrent. Lui-même s'assombrissait. au grand scandale des chrétiens. sa barbe. vivrait plus vieux. Sur le moment. Les amis d'Irène disait depuis bien des . Tel mois que Léon IV Basileus ne que son père. reprocha durement de n'avoir ni honneur Il fallait qu'elle possédât l'âme d'une malheureuse pour elle violer l'horrible serment fait à l'empereur défunt sur les choses les plus saintes.

invoquant en vain les saints des mosaïques qu'il avait effacés. La foule ébahie. Il resplendissait comme le soleil des grimoires alchimiques. car elle gardait. On rapporta la chose à l'Impératrice qui envoya des gens observer Tépoux infidèle. incapable de résister davantage à la passion. il lui sembla que les feux des mille gemmes incrustées se fluidifiant sur son front le brûlaient atrocement. Enfin Léon. lui parlant comme à une maîtresse. Il fallut qu'il montrât au monde ce bonheur. Constantin atteignait dix ans. En son nom. Mais on meurt de trop fol amour. stupéfaite. Chaque jour. il apparut au peuple avec sur le chef. Le sacrilège s'expia pour la vengeance et le triomphe de la jalouse Irène. caressant ses formes admirables. la couronne d'enchantement. 23 suspendue à la voûte. grand ressentiment de cette rivalité. Des pustules lui germèrent sur le crâne. Il s'appropria l'objet sacré. dit un chroniqueur. l'adora. La possession occulte ne lui suffit pas. l'allait visiter. La fièvre le consuma en quelques heures. ne recula plus devant la peur du sacrilège. l'Impératrice allait régir l'Etat. se berçant à l'éclat merveilleux de ses yeux de pierreries. Il hurla toute une nuit dans les grandes salles désertées par l'effroi des serviteurs. Léon qui l'aimait éperdùment. A la première fête cérémonielle. A peine rendu au palais.IRENE L'ATHENIENNE. .

.

^..^..^..^..^..^..^..^..^.^

^^^^^^^

Mi.

- LA REGENCE.

Certains
térêts.

accusent Irène de cette mort propice à ses in-

La solennisation qu'elle avait su conseiller pour le couronnement de son fils empêcha les compétitions immédiates. Le serment du Vendredi-Saint fut renouvelé dans les mêmes termes. Elle se trouva toute puissante, appuyée d'un parti fort et déterminé. Le peuple déjà disposé parfaitement
en sa faveur, reçut des largesses considérables; car elle profitait de l'avarice criminelle des prédécesseurs, en jetant en pâture aux hommes les trésors acquis jadis au prix d'iniquités nombreuses et dont la foule gardait rancune. En sorte que sa conduite fut un heureux contraste avec les coutumes cupides des empereurs, sans que l'on raisonnât comme elle accomplissait une simple et peu coûteuse restitution. Mais elle eut grand soin de faire ces largesses en son propre nom et d'écarter dès le présent la personnalité du porphyrogénète. D'abord les monnaies l'avaient représenté sous un visage niaisement ovale et soutenant avec son père une croix double. De même, les pièces nouvelles le montrèrent soute-

26

PRINCESSES BYZANTINES.
se

nant avec sa mère une haute croix géminée. Cela seul modifia dans sa vie.
Irène
offrit à

Anthuse de partager

le

pouvoir. La sainte
et la béatification

s'y refusa et s'étant cloîtrée attendit la

mort

dans Taustérité monastique. Et l'Impératrice domina seule, servie par la modestie même de celle qui l'avait puissam-

ment

aidée à s'assurer le trône.

On

rait les

put voir en fort peu de temps, espérances publiques.
le

comme

elle

surpasse-

Aaron-al-Raschid,
les

prodigieux calife des épopées arabes,

dès qu'il la connut par ses premières diplomaties, cessa
hostilités

entreprises contre

Byzance

et

lui

voulut

alliance. Peut-être, initiés
et à l'autre, s'étaient-ils

d'un dogme occulte enseigné à l'un

reconnus à l'échange d'un signe

mystérieux. Des présents envoyés, des projets pacifiques

ouvertement affirmés conclurent ces premiers rapports. Le pape Adrien L'", ce politique hardi qui sut faire du Franc Karl le Carolus Magnus des écrits ecclésiastiques et le Charlemagne de l'histoire, ne lui fut pas moins favorable.
Il

connaissait les desseins orthodoxes de l'Athénienne

et,

sûr de ne plus craindre l'absorption grecque balancée par

l'énorme pouvoir des Carolingiens, il s'humanisa dans la querelle canonique et s'entendit avec la pompeuse intelligence d'Irène. Charlemagne qu'il menait en épouvantail
obéit

maraudeurs du temporel de Saint-Pierre, Il s'établit une manière de triple alliance entre Byzance le Pape et l'Empereur décidés à maintenir la paix contre les Barbares et les ambitions soudaines des généraux épars. Qu'en moins de deux mois de règne un pareil résultat
pour éloigner
,

les

à ces

desseins.

,

LA RÉGENCE.
eût été atteint par Irène cela était la

27

hautain,

marque d'un esprit propre à niéditer de grandes choses et volontaire pour les accomplir. En même temps, le budget se dégrevait d'impôts. Les richesses illégalement enlevées aux citoyens, aux moines, étaient rendues. Une harmonie nouvelle naissait dans l'État, un équilibre inouï de ses forces, de ses facultés, la paix si vainement attendue. Les louanges du peuple élevèrent Irène dans son amour. Comme premier ministre, elle choisit l'eunuque Staurace, un cubiculaire assoupli à la vie de cour par un très long service de courtisan. Il savait très bien les hommes, leurs passions, leurs faiblesses surtout qui les livrent. Des derniers rangs sociaux, il s'était élevé par l'unique force de son talent observateur, disséquant, avec l'ardeur de sa haine povir les maîtres, esprits soumis à ses investigations. Dépourvu de passions sensuelles, il concentrait en sa seule ambition les vigueurs de son être, avec l'espoir vague de dominer un Jour ceux-là qui l'avaient asservi, honteusement mutilé. C'était, à condition de ne pas lui laisser
actif,

rompre

le frein,

un

auxiliaire sans égal.

Irène, dit un pieux historien, le prit pour l'éclairer et

non pour

la conduire.

Il la

renseigna sur ce qu'il connaissait
ses églises, ses

du

palais, cette cité

énorme avec

gemmes,

ses

trois

mondes

militaire, ecclésiastique, administratif, circu-

lant
le

dans l'ensemble des salles immenses, des édifices divers, long des quais, sous les arcades basses de l'hippodrome, et sans cesse occupé à s'unir en factions, à tramer des complots avec

un

art spécial créé

pour

cela,

une sorte de sport

aristocratique

se

consumait

la vie

de cour.

28

PRINCESSES BYZANTINES.
La
ville était

une tout autre chose, plus inconnue de ces

patriciens, de ces eunuques, que les postes militaires des

confins asiatiques,

où tour

à tour

ils

allaient

commander

et

s'user en tentatives périlleuses afin d'attacher à leur fortune

individuelle les mercenaires barbares pour reparaître

un

jour sous les
la

murs de

la ville

impériale, chaussés de pourpre,

à subir courageusement le dur supplice des
s'ils

couronne des basileus au front, près de triompher, prêts yeux crevés,
ne réussissaient point.
«

Staurace n'ignorait aucun
tous,
il

système

»

de conjuration.

A
qui

avait été mêlé depuis son entrée

au

palais,

comme

agent,

comme

spectateur,

comme

espion.

Ce

fut lui

saisit les lettres

adressées par plusieurs officiers iconoclastes

auCésarNicéphore, pèrede Léon, relégué déjà en Chersonèse par le feu empereur pour menées ambitieuses. Les soldats l'invitaient par leurs écrits à représenter aux troupes de son thème que la balance et l'épée ne convenaient pas aux mains d'une femme. Avertie aussitôt, l'impératrice rappela Nicéphore avec de tels termes qu'il crut sa grâce accordée en l'honneur du joyeux avènement. Il accourut. Mais, dès la première heure de sa venue, il fallut qu'il se justifiât. On instruisit le procès où furent impliqués des sénateurs même.

En

d'aussi graves conjonctures, Irène n'hésita point. Elle
fallait

punir terriblement pour marquer que sa virile. Les fauteurs du complot, sans égard au rang, reçurent le fouet et furent tondus puis relégués aux frontières; les plus illustres durent subir l'internement dans des îles différentes où aucun rapport ne leur demeurerait possible.
pensa qu'il

main de femme

frappait de façon

On leur laissait une voie de salut. la Comme avait. Sa science n'ignorait pas l'influence suprême des manifestations extérieures couronnement de Constantin magnifique cérémonie du aux yeux du monde. substituer la mort civile à la mort physique.LA REGENCE. Le sentiment religieux de Byzance . et cette sorte de chasuble courte se devant. Les eunuques et les dignitaires catholiques l'entouraient. Cela se terminait par une condamnation à mort. on leur conféra les Irène exigea que ce premier succès sur ses adversaires fût suivi d'une sanction solennelle qui montrerait au peuple quelle puissance infrangible elle tenait. titres et qualités. longue derrière qui retroussait sur la main comme la traîne de nos modernes amazones. Staurace lut sitoire contre leurs prétentions un réqui- menaçantes pour la paix intérieure. Ilsl'y virent superbe etcourroucée. les scholaires avec leurs masses d'armes. se consacrer à Dieu par tous les vœux de renoncement. Le patriarche voulait bien les recevoir au nombre des ministres du Christ et les ordonner prêtres. devant revêtue le 29 césars et nobilis- simes. Il fallut qu'ils se décidassent et se fissent sacrer incontinent. On ne leur laissait pas le loisir de réflexion. Après une re- nonciation de leurs ordres. Quant aux quatre oncles de l'empereur. ayant le diadème surla croix -de ses monté de gauche grecque. qui rendrait odieuse à l'avenir toute tentative guerrière ou politique de leur part. insignes d'Augusta. elle leur enjoignit de comparaître en sa présence patriarche Paul. légitimé sans conteste sa qualité d'empereur. elle pensa que faire officier sacerdotalement par ses beaux-frères devant Byzance les marquerait ainsi d'un caractère d'onction sur l'esprit des foules.

aussitôt expédié à signifier à Elpidius son rappel. A Noël donc. le premier. ils donnèrent en grand appareil la communion publique au peuple. . gouveril neur de Sicile qui. On en fit créature de l'impératrice. Ce fut une connaître.3o PRINCESSES BYZANTINES. dans l'église de Sainte-Sophie. ils raples Les Siciliens l'approuvèrent excités par immédiatement à l'intervention d'Elpidius les améliorations administratives appliquées selon ordres de la Régente. Afin d'expier le sacrilège. Le parti militaire sentait bien que l'orthodoxie à peine secrète d'Irène le menaçait. blâma la cérémonie de Noël. des officiers. manqua d'être . cette merveille de Joaillerie pour l'amour de laquelle il était mort. le vieux stratège Elpidius. le peuple de Byzance pensait avec elle et pour elle et que sans lui rien n'était qui méritât les hasards d'un soulèvement. capitaine des gardes. l'impératrice l'avait enrichie encore des pierres les plus rares qu'elle avait pu un nouvel hommage au Seigneur parmi l'allégresse des moines et les acclamations populaires. Théophane Messine pour . Le césar-prêtre craignit. resteraient pour jamais déchus de leurs droits de naissance. ils offrirent à Nicéphore de le proclamer et se levèrent en armes. Ils n'eût pas souffert cette profanation. Mais un si beau coup d'audace politique ne pouvait satisfaire tout le monde. sur son conseil. les milices. Il concevait que si la Despoïna avait entièrement mené au bien son œuvre de répression. portaient fomenta la révolte. Et l'on portait devant eux la couronne enlevée par Léon. Puis. L'empereur Constantin l'accompagnait. suivi de toute la cour. Dans son gouvernement. Aussi prévint-il de lui-même Irène sur les choses de Sicile. Irène y vint avec un superbe cortège. des dignitaires.

Par bonheur. Sans doute. Les infidèles le lui reconnurent et l'honorèrent. Jean. La faveur d'EIpidius baissa. chef du Palais. puis en prison comme otages. On les en- cloître. . victorieux des Slavons définitive- ment chassés de Grèce et de Thessalie. résister. Ce succès encouragea les troupes. Avec les trésors reurs iconoclastes. Seule après tant de maîtres vaincre sans fouiller les bourses. Il dut fuir. et.. Irène commanda ferma au l'arrestation de la famille d'EIpidius. Irène ne laissa pas languir ce sentiment de l'opinion. La nouvelle de la révolte occasionna certains troubles dans Tesprit des thèmes militaires. LA REGENCE. il apparut dans la majesté des étendards déclos et le poudroiement de la cavalerie. elle lui attira les elle savait énormes accumulés par l'avarice des empearma une flotte considérable. A Byzance. Dès son retour. revint toucher le Sur la place intérieure du Palais parmi la joie de la classe négociante dont ces provinces rouvertes allaient augmenter les trafics. emportant pour apocryphe de basileus décerné par les soldats séditieux. Staurace. battit les Sarrasins. il mourut exilé misérable. La Régente le reçut avec milliaire d'or d'où rayonnaient les routes impériales. Il dut s'enfuir chez titre toute fortune ce D'autre part. écharpé par la 3i populace. quelque temps. Nul autre châtiment ne les frappa. on put redouter qu'elle se généralisât. Elpidius ne put les Sarrasins. Mais nul historien ne dit quelle fin il eut. le Palais jugea les Siciliens suffisamment punis par l'humiliation de la défaite. occupé à de vaines intrigues pour persuader ses hôtes d'aller combattre sa patrie et de le porter au trône. Et ce cœurs davantage.

Byzance n'avait rien vu de pareil depuis Bélisaire. les entreprises d'inutile orgueil ou de sotte fureur publique. sachant aussi fécondes en gloire. Jl triompha dans l'Hippodrome avec une splendeur inaccoutumée. Partout la culture des champs occupait les bras des captifs colonisés. Ses adversaires semblaient partout terrassés aussi bien par la force politique. favorable d'Irène. beaucoup d'honneur. sachant s'acquérir les sympathies de la première au moyen d'une économie et des espoirs sociale admirable- ment improvisée de restauration.32 PRINCESSES BYZANTINES. En deux l'orpheline point d'appui de cet équilibre social. les routes sûres se creusaient d'ornières sous le faix des chariots marchands colportant les . Elle voulut que l'on fêtât extraordinairement l'habile ministre qui la secondait de si brillante façon. cessaient devant la logique de cet esprit. Elle n'armait que contrainte et pour conclure les querelles par des traités ans. Les beautés La prospérité grandit étrangement sous l'administration du règne de Justinien se renouvelèrent. occuper l'inquiète brutalité de l'autre par des expéditions la réprimer par d'énergiques coups athénienne avait organisé le Les guerres vaines. lui fallut de ses armes que par l'excellence des résultats de sa On imagine difficilement l'énorme activité qu'il pour accomplir en deux ans la reconstitution de l'empire byzantin. d'union commerciale. Irène comptait alors deux ans de pouvoir. ou d'État. pour substituer au pouvoir précaire des prédécesseurs maintenus contre l'hostilité du peuple par la faveur instable de l'armée un gouvernement en équilibre entre ces deux forces.

dominant les eaux rapides du Bosphore. Les pensées de triomphe chantaient en elle. elle passait les soirs devant la féerie immortelle du ciel levantin à se voir reflétée dans les vasques de métal poli resplendissante comme la Mère de Dieu. Elle les unissait de ses mains propices d'initiée. Les sciences encloses aux anciens livres de l'hermétisme cos- mopolite lui léguaient les conseils nécessaires pour évoquer l'harmonie des éléments humains en présence dans le corps de l'empire. Irène maintenait ses relations entre le calife Aaron-alRaschid. 33 richesses qui passaient d'Orient en Occident. leur imprimer un effort cadencé réalisant principe même qui les a mis en branle. car la vertu géographique de Byzance en faisait le comptoir du monde le plus achalandé entre la civilisation asiatique et la barbarie confinée dans la vieille Europe. et elle se demandait pourquoi les arbitres du monde renoncent si facilement à jouir de la grandeur d'un État se développant en harmonie selon leur idée directrice. à l'immense bonheur de percevoir leur esprit .LA REGENCE. créateur vivifier les âmes de millions le d'êtres . Assise sous les tendelets impériaux. 3 . Renoncer à cette joie divine pour sacrifier aux misérables appétits individuels! Les monarques des temps défunts défilaient devant son souvenir courbés sous le ridiPRINCESSES BYZANTINES. à l'extrême pointe du promontoire. Et elle prédominait dans l'imagination de l'un et de l'autre potentat avec le prestige de sa beauté déjà lé- gendaire rehaussée par l'artifice du luxe byzantin. Sa mémoire évoquait les enseignements mystérieux des écoles. en la châsse pompeuse de ses vêtements qui miraient les scintillantes étoiles à chaque facette de leurs joyaux uniques. et le Charlemagne à la couronne de fer. fils de Mahdi.

Cependant elle avait atteint la chose qu'elle désirait le . principe actif et fécondant. Ce délire d'élue. le froid de la mort Elle communiait. et palpitant comme l'épouse à l'approche de l'époux. la ville de Berroë au bord de TÈbre. presque pénétrer sa chair tressaillante. elle éprouvait une manière de honte à songer qu'elle CLile le et compterait un jour aux pages historiques dans la série des simples couronnés. elle apparut aux foules pieuses ainsi qu'une seconde incarnation du Sauveur. elle. L'amour de faire vibrer un peuple au souffle de son esprit la tenait haletante et pâmée quand la foule approbative poussait à rables. elle le ressentit surtout durant le fit qu'elle à travers ses États. l'édifia de nou- veau parmi ses ruines et la nomma Eirenopolis. Elle relevait les villes détruites par les guerres. fondait des colonies pour les pauvres. elle ses flots Elle sentait le humains secoués de clameurs favocœur lui faillir. des passions bestiales pour l'assouvissement desquelles souverain pouvoir ne leur avait paru qu'un utile moyen. L'or inépuisable des réserves servait à fournir ses perpétuelles largesses et le public ne la connaissait pas encore qu'elle semait sur les épaules des passants les monnaies nombreuses. enthousiaste comme une amante. dotait les monastères phalanstériens qui appliquaient alors dans toute leur rigueur les doctrines communistes si effrayantes pour notre âge pusillanime. sous les espèces sensuelles. avec cette foule passive. Ainsi organisa-t-elle sous l'économie des moines. Sa marche d'ailleurs elle fut marquée par des œuvres philan- thropiques.34 PRINCESSES BYZANTINES. Dans tout le voyage nouveau de cette gloire récente dont le peuple s'était déshabitué. pantacles infaillibles pour lier les âmes.

fille de Charlemagne. Irène. Cette fois. du Pape. Rotrude. plus au 35 monde . Ils se le fit en quelque sorte comme un honneur Ce parut un grand triomphe aux vivacité de leur allégresse. sollicité. dans la donnant le nom de la mer. lui Grecs. de Byzance. et cela lui avait valu. ni Constantin Copronyme malgré tant et de démarches et la d'humiliations. . aimaient déjà leur future impératrice qu'ils baptisèrent Erythro. les évêques des Gaules ne s'opposaient plus à un mariage avec un prince iconoclaste. dans les négociations nup- tiales. Certainement Irène avait donné les gages d'une prochaine conversion imposée au peuple. : sceller définitivement une alliance avec l'empire franc et fondre en une même action officielle les trois puissances de l'Empereur. qui épousait deux fois le jour la terre de l'Empire. Elle était la sœur de Louis et de Pépin. l'éduquer au cérémonial aux subtilités du dogme byzantin. la précieuse alliance de Rome. par sa seule initiative grâce que projetait au loin sa offrir renommée. fut fiancée à Constantin Porphyrogénète. sacrés récemment par Adrien rois d'Aquitaine et d'Italie. vers la prinla La Régente choisit cesse afin de l'instruire dans la un eunuque et l'adressa coutume et dans et langue des Grecs. Ce que n'avaient obtenu Léon l'Isaurien. L'ambassade solennelle envoyée près de Charlemagne revint ni avec l'acquiescement des Francs.LA REGENCE.

.

l'empereur mort. s'agiter cette rilité la régente s'étonna de voir puéproche expérience à mener de soi-même.LA MATERNITE IMPERIALE. Son autorité à elle était chose intérimaire et pis-aller de tutelle devant la viduité de la patrie. et sa naïve prolixité se promettait de conduire le monde avec cette fille de la grande race combattante du Nord. Irène comprit alors que bientôt elle devrait s'effacer devant le pouvoir de l'Empereur devenu l'homme d'Etat attendu. Il parut soudain très amoureux de Rotrude. excité par l'enthousiasme des gens. Il fallut que cette femme altière se rendît à ce raisonnement vers l'heure même où aboutissait à merveille la combiimagination adolescente enfin sortie de et première regardant déjà l'avenir comme une . elle laissa plutôt aux moines et aux eunuques éducateurs le soin avait été quelque de cultiver la croissance de Constantin. Quand la question la du mariage franc vint à surgir. Si. le jeune prince peu négligé par l'affection maternelle. Irène l'avait choyé comme le motif de ses plus ardentes brigues. Dans les soucis d'une politique complexe.. jusque la mort de Léon.IV.

38 PRINCESSES BYZANTINES. Elle La régente D'abord versa sur les elle allégua l'extrême jeunesse des fiancés . de ses rêves de gloire. Il naison de ses plans politiques. La dignité lui importait peu sans le pouvoir. ce- pendant. sans rupture apparente. On tomber les questions de date. Aussi. Irène se voyait à trente ans près de ne plus vivre que de son titre. En deux automnes n'avait-elle su déjà séduire la fortune. de contrat. . de suivre haletante le jeu merveilleux des empereurs où les vies humaines sont les points de dés et la terre et les mers le plateau d'enjeux. L'extrême jeunesse de la princesse franque laissait encore du répit. œuvre gigantesque tant de potentats et porter un fardeau Ne croulerait-il pas misérablement dans l'ordure de ses vices ju- comme mémorables? ne se permit pas de céder à la coutume. pour prétexte à son refus de fixer la date des noces le puis tergi- détail des actes nécessaires. Abandonner tout. fallut songer lui qu'un rôle de vieillesse lui allait convenir dans la retraite du monastère ou dans les salles du gynécée. se révoltait. Constantin avait douze ans. suffisamment pour que le monde admirât. Et pour reculer au moins l'échéance d'un si funeste avenir. même cette belle partie : restaurer Byzance à la hauteur de son titre d'empire romain. Cela lui parut une souveraine injustice du sort. cet enfant sot et inexpérimenté saurait-il prendre sion de son véniles Comment la succestel. elle arrangea sa diplomatie de manière à refroidir les relations actives existant entre Charlemagne et Byzance. que plus elle ne commanderait ni ne goûterait l'ivresse de sentir lui battre au cœur la faveur publique. laissa négociateurs francs se lassèrent. peu à peu.

guerre. Eux abattus. Hors le désir de régner. C'étaient les iconoclastes du parti militaire. Elle le voyait en proie aux conseils de vieux libertins. de ravir le monde par le bonheur Ses ennemis. Sa seule chance de salut reposait sur la le désastre et déchéance des destructeurs d'images. du soir au matin. d'audacieux jouvenceaux avides du pouvoir et de joies. il demeurait au cœur un étrange sentiment de méfiance à l'égard de ce fils qui la pouvait priver de tout. Elle n'avait d'autre moyen et d'y réussir que de se faire plus indispensable encore aux destinées du pays. les moines la richesse de leurs cloîtres et la sécurité contre les pillages. Sg Mais. les subventions du clergé. de cette secousse morale. Cela lui donnerait d'un même coup l'alliance du Pape et des Francs. Là surtout elle devait férir et gagner. à offrir et à retirer sa confiance aux plus misérables favoris. Irène pensa qu'il importait de sauver Byzance de ses mains.LA MATERNITE IMPÉRIALE. Rien qui fit pressentir en lui un génie du gouvernement ou de la d'Irène . les femmes l'accomplissement d'un très cher désir. Toute la hideur de l'àme brutale des jeunes garçons se manifestait en ce petit-fils de Copronyme. par un coup de force aussitôt légitimé. la reconnaissance des classes tra- . aptes à tout tenter pour les obtenir. résolument l'émancipation de Constantin. que de pousser son œuvre plus outre de ses entreprises. ceux qui attendaient patiemment. les orthodoxes lui devaient la liberté religieuse. aucun signe d'intelligence ne semblait devoir éclore dans ce cerveau embryonnaire sottement attaché à connaître les plaisirs extérieurs les futilités de la vie.

Elle contenait la réfutation de l'hérésie nestorienne. Elle y lit grand effet. On se révéla en public adorateur des images. un paysan de le tombeau d'un géant enfoui dans la terre : « Le Christ naîtra delà Vierge Marie en lui. Tout ce qui n'était pas militaire arbora hardiment l'opinion de la régente soutenue du Seigneur. Elle le entama rapidement la lutte. Ils avaient défendu avec trop d'acrimonie l'abolition des Images. Les femmes triomphaient par le moyen d'une femme pour l'adoration d'une divinité féminine. Aussitôt l'orthodoxie les églises. élue de Dieu. mais qui payaient Timpôt. Le public manifestant de suivre le culte ainsi. Thrace trouva et je crois Fort à propos. Soleil tu me verras encore un jour sous l'empire de Constantin et d'Irène ». tiquantes ennemies des soldats. la tâche se facilita. La stèle fut amenée dans Byzance. crainte des vexations et des supplices. Seuls les évêques du concien liabule de même Copronyme n'osèrent se rétracter par amour- propre. sur quoi avec cette inscription se fondait la doctrine iconoclaste et prédisait la restauration temps que l'empire à vie d'Irène. n'étaient . en cet an 782 du Christ. Beaucoup . elle se pour grandir encore ménagea un miracle.40 PRINCESSES BYZANTINES. prestige de la cause qu'elle secondait. devenus ardents iconoclastes que par Le culte de la Vierge se rétablit partout. Un édit décréta la liberté de conscience et la faculté pour chacun qui lui conviendrait. et. Les catholiques préparés depuis longtemps à la résistance par les encouragements du palais menèrent bruyamment la légende. fut prêchée dans on officia publiquement selon le vieux rite.

Paul. malgré les apparences nécessaires à sa charge. Copronyme. Paul remercia très haut le ciel Accompagnée de l'Empereur. n'avait pas démenti ses préférences pour l'orthodoxie. Là. Elle ne laissa point de repos à l'ennemi et porta de nouveaux coups. cela seul lui permettait l'espoir du salut éternel. la maladie l'assaillit. Irène fit mander les principaux patrices séna- . à la révolte ouverte.LA MATERNITE IMPERIALE. d'avoir quitté une dignité hérétique avant la mort. On le jugea bientôt perdu. Voici que sa fermeté seule anoblissait par-dessus la l'intellectualité délicate multitude brutale. ils et comme les forces leur en semblèrent consi- n'agirent pas à rencontre. Quand le mouvement populaire ses eut été bien admis. Il restait fort attaché à Irène. la régente lui persuada de se retirer au cloître et d'y accomplir une pénitence publique de se conforma à ce désir. Dès et ces paroles. pour ses ambitions secrètes c'était la victoire en somme de l'élément contraire à Léon l'Isaurien et à Constantin le présage de sa suprématie future sur leur descendant. résultat rendit l'impératrice fort confiante. le patriarche de Léon IV. Irène avait son parti au grand jour. Les soldats le 41 purent dénombrer. Paul A peine fut-il en cellule. devant eux. l'ayant prouvé en ordonnant les oncles du porphynogénète lors de circonstances périlleuses. Ce premier Elle s'attendait à une émeute. devant leur suite. dérables. errements extérieurs. un Porphyrogénète. une de ces maladies qui aidaient Irène à propos lors des temps difficiles. Pour elle-même. la Régente alla le visiter.

tous les dignitaires en costumes présider cette séance extraordinaire. Il fut promulgué aussitôt. Les délégués des ordres de l'État réunis par commandement impérial dans la megaura du palais des Blaquernes. D'ailleurs on ne perdit plus de temps. Paul les supplia de garantir leur salut par une prompte abjuration. il conseilla de réunir un concile œcuménique pour résoudre la question des Images. teurs iconoclastes et les pria de voir le patriarche afin de l'exhorter à reprendre la direction de l'église. invita en de belles périodes les personnes présentes à élire un nouveau patriarche qui égalât Paul par ses qualités. A cela il répondit par des pleurs et c'était précisément la de faire rude pénitence. parlait admirablement le grec. il cause de sa douleur. répéta que pourquoi il s'efforçait Irène tenait tout prêt un édit autorisant à prêcher la réfutation des théories iconoclastes. virent la Régente. trépassa. Irène qui. Paul ne croyait sans doute pas jouer si au réel la comédie du repentir in extremis. Sans doute. Lorsqu'il les aperçut. La Régente ne dédaignait pas l'office de machiniste dans les drames de palais utiles à son dessein. Ces personnes ne manquèrent pas de lui reprocher son consente- ment officiel à l'hérésie. elle avait pensé qu'une mort parfaite prêterait une autre importance à la conversion préparée. Aussi souhaite-t-il que vous . envisage cette dignité comme la plus importante de l'empire puisqu'il s'agit du service de Dieu du salut de ses sujets. « L'Empereur. et ajouta-t-elle. Lorsque le silence se fut établi. en sa qualité d'Athénienne. Pendant cette crise de désespoir tragique.42 PRINCESSES BYZANTINES. l'Empereur portant le sceptre et le globe. et des cris de contrition. En outre.

Devant cette acclamation publique. v dans toute assemblée de ce genre ayant un peu le les gens se hâtèrent d'interrompre Irène. du pa- vous vous soumettiez d'autant mieux à son pouvoir que vous l'aurez jugé vous-mêmes le plus capable de vous gouverner. et de crier le plus haut possible le nom de sentiment de son humilité.. réputé homme de talent et de cœur. ni ne trahirait. .LA MATERNITE IMPERIALE. vous l'apprendre. ne voulant point qu'on pût lui reprocher plus tard d'avoir obtenu sa charge par faveur. pour parler. même puisqu'elle » vient de la voix du peuple après celle de l'Empereur. il était laïque. Elle l'avait choisi comme l'énergique exécuteur de la restauration méditée tort . l'homme d'àme qui ne reculerait. Taidiez à choisir celui que vous croirez le plus digne et le plus capable de remplir ces importants devoirs. Mais Irène le savait catholique intransigeant. Satisfaite Comme de cette docilité. elle de dire : « C'est celui-là même que nous triarche. en telle sorte qu'ayant contribué de votre part à l'élection triarche. faut. à la cour. Taraise. Taraise n'hésita plus. mais. il avait exigé que l'assemblée le désignât. un sujet dont le mérite est assez connu de tout le monde et sur qui on n'a pu d'abord s'empêcher de jeter les yeux cet homme c'est : Taraise. il refuse devant cette manifestation. choisissons et que nous voulons pour pa- Mais. qu'il par Dieu expose ici les motifs qu'il a de s'opposer à une élection ainsi inspirée. Ainsi que saint Ambroise avant son élévation au patriarcat. Pour accepter cette mission. On connaissait Taraise de famille de patrices.. et comme il j'allais cette charge. Il est à la vérité.

pour ne pas comprendre quel parti la politique impériale comptait tirer de ce voyage pontifical Adrien préféra envoyer deux légats porteurs d'une lettre fulmina- Trop fin . Dans la coulisse. et se sépara. au mois d'août. d'étoffes impériales quadrillées de broderies pré- . à rimpératrice. se leva. après les saluts d'étiquette à il Il l'Empereur.44 PRINCESSES BYZANTINES. Les souverains de Byzance l'y priaient de venir lui-même tenir la présidence du concile œcuménique projeté. dans l'église des Saints-Apôtres. encore que celle-ci fut faite contre les canons. commença. Il commença par déclarer ne vouloir pas assumer une si grande responsabilité dans l'église de Constantin puisqu'elle se trouvait séparée par l'anathème des autres églises patriarcales de rOrient et de celles d'Occident. du haut pourtour tendues. il n'accepterait la charge patriarcale qu'après la décision d'un concile général ayant statué sur le différend des Images et rétabli par son jugement l'unité du christia- nisme. Par suite. l'Impératrice et Taraise convinrent d'envoyer un message au pape Adrien. prit la parole. ceux-ci le lui ayant com- mandé. pour la cir- constance. Ils lui promettaient des honneurs inouïs et la satisfaction de ses plus chères visées. et. toire contre l'hérésie iconoclaste. L'année suivante. L'assemblée sanctionna de ses acclamations l'attitude approbative d'Irène. Il avoua n'admettre qu'une foi unique dans le Christ et dans son Esprit. le concile annoncé en grande rumeur à toutes les sociétés ecclésiastiques Dans les galeries du monde. Il fécilita Taraise de sa profession de foi et de son élection.

sortit avec son fils et devant elle les menaces tombaient. lorsque d'effroyables bruits et des clameurs de meurtre retentirent du dehors. Irène. militaires dont ils re- çurent Les officiers de son escorte envoyés par l'Impératrice pour ordonner le calme et la retraite sont contraints de se réfugier dans la nef leurs autour de l'intrépide Taraise. ils vantèrent . Irène pâlit et impose en vain l'autorité de son geste consacré. et l'on échangeait quelques propos de discussion convenue qui précéderaient l'accord unanime. des hurlements de guerre les épouvantent Pères de l'Eglise. Elle daignait Texpression bienveillante de sa face vers les évéques déjà déterminés à Taccomplissement de son vœu. à voter la restauration du culte catholique. Son courage altier troubla les protestataires qui. Des cris terribles. qui. Les évéques iconoclastes les vinrent joindre. Néanmoins concile se sépara. Les hommes ils pénètrent menaçants parmi des cliquetis de fer et profèrent qu'ils ne laisseront pas outrager par un désaveu la public mémoire des monarques charges honorifiques. Ensemble. vêtu de l'habit patriarcal. avec les amis de la Régente. monte à l'autel et commence. par apparat officiel l'épée Bientôt on signale les gardes du Palais qui accourent. dans ce tumulte de bataille. le symbolique sacrifice le non sanglant. nue.LA MATERNITÉ IMPÉRIALE. Les portes cèdent. 45 cieusement métalliques enchâssant les pierreries. avec la jactance du succès. merveilleusement dédaigneuse de cette foule. On vint annoncer que des séditieux en armes manifestaient pour le maintien du dogme établi par le conciliabule de Copronyme trente-six années auparavant. Irène et Constantin trônèrent. après son départ. rivalisèrent d'insultes envers le patriarche.

Revenue au Palais. Comme on ne les y conviait pas assez vite. Pour la première passer fois. c'était coutume et privilège des gardes impériaux de suivre en tous lieux les équipages des souverains. le jeune empereur et armées allait prendre le commandement des déployer en étendard le voile de la Très Illumi- nante Pureté contre le croissant des infidèles. Car d'énormes préparatifs agitaient les gens du Palais. Le prince enthousiasmé de la subite importance dévolue à sa personne hâtait les choses. les axiomes théologiques du conciliabule. à cette heure de défaite. Il voulut que ses équipages gagnassent tout de suite la Bithynie afin de donner au monde chrétien cette preuve d'une bravoure qui ne pour- Or.46 PRINCESSES BYZANTINES. La violence de la soldatesque triomphait trop pour qu'il fût prudent de refréner alors son ivresse. Elle se priva ne parut plus au dehors. Des messages venus au Palais. l'impératrice ne perdit pas le temps sion pour les orthodoxes réactionnaires'. briguèrent Tordre de partir. Les troupes commencèrent à de sortir. : le Bosphore avec les enseignes et les bagages. et rendus publics immédiatement. Les crieurs publics et les tibicinaires. pleins de déridont la fermeté ne se démentit pas. les phalanges de l'élite recurent. mèrent cet honneur imprescriptible. La guerre étant prévue terrible et longue. Elle n'essaya point non plus contre ses adversaires d'une répression dangereuse. Mais bientôt. un bruit courut la ville les Sarrasins se jetaient sur les provinces d'Asie. en récriminations vaines. . signalaient les progrès de l'incursion de lieu en lieu. ils réclarait plus tiédir. sonnaient sur les places la calamité nouvelle. de bourg en bourg.

LA MATERNITE IMPERIALE. en quête chacun d'un abri du gain nécessaire. La panique sarrasine avait délivré l'Athénienne orthodoxe de ses plus durs ennemis. Les iconoclastes pris au piège de la Régente allaient devoir rendre les armes. Elle n'attendit guère pour consacrer sa victoire. le titre de « gardes » était imputé à l'élite des légions de Thrace. Ils ramena nouveau titre les bientôt convertis à Irène. elle convoqua : évêques. Ils 47 sortirent de Irène n'espérait que cette marche. Du lieu. de son nom historique. Staurace parti depuis plusieurs Jours auprès des légions de Thrace sous prétexte de Il les dénombrer. Dépourvus d'argent. leurs serviteurs. de ressources. Byzance était au pouvoir des orthodoxes. Irène les licencia par décret. Dans la ville même où Constantin les avait réuni le grand concile qui formula les principales vérités de la Foi. glorieux de leur de leur plus belle solde. un an plus tard. et offrit aux officiers la garde des souverains. ils se dissipèrent. Deux semaines après. laissant les troupes iconoclastes sans vivres. à Nicée. l'assemblée sainte devait acquérir un prestige réel une sorte de confusion s'établirait . en Bithynie. les équipages de Constantin repassèrent Bosphore. on annonçait le des Sar- rasins. un ordre impérial expulsait de Byzance tous leurs partisans. sans places fortes dans les provinces méridionales. En et effet. les motifs de guerre n'existaient plus. La régente commanda leur passage. logements des gardes imcamps et dans les postes la retraite subite En même temps. Byzance. pénétrèrent dans la capitale et occupèrent les les périaux dispersés alors dans d'Asie. leurs familles.

Copronyme les avait fait . le pamena les Pères du concile à Byzance dans grand'salle du Palais des Blaquernes. tant qu'on en put envoyer à toutes les basiliques du monde. Des Juifs de Bryte ayant crucifié une image du Sauveur. Un miracle ne pouvait manquer de sanctifier une époque si pieuse. A un coup de trompette. en cet an 787. s'y montrèrent.48 PRINCESSES BYZANTINES. les rétablirent dans les niches. la cérémonie parut des plus graves. et le peuple se ruant par la ville avec des acclamations alla chercher au fond des cachettes les statues de piété et les érigea en grand honneur partout. En fait. Irène. Tous les dignitaires durent y apposer leur seing. aux angles des rues et sur les portes d'où Constantin abattre. dans les esprits chrétiens et l'on ne saurait quel fut la plus importante de ces diètes catholiques. Nombre de religieux mutilés lors des persécutions iconoclastes. l'Empereur. d'habits d'or et de pourpre. dans les palais. le sang et l'eau jaillirent au coup de lance qu'ils lui portèrent. vers l'extrémité du palais à l'exdu faubourg noble. des clercs préparés relevèrent les images. palmes humaines du martyre de l'Eglise. magistrats et la les cour. la merveille des orfèvres studieux. triarche Taraise la Le vingt-troisième jour d'octobre. Sur un trône. les églises. Dieu donnait raison à Irène contre le parti militaire. présida la lecture Régente en sa châsse du Décret de Foi. Les miracles affermissaient son pouvoir. Elle se béatifia dans l'âme admirante du peuple grec. les corporations et la multitude s'étageaient hiérarchiquement de l'intérieur térieur.

l'Impératrice rouvrit les trésors de Léon l'Isaurien et répandit les larDe somptueux présents récompensèrent les hommes de bonne volonté qui Pavaient servie et consolèrent les ralliés tardifs que les fervents de la première heure avaient querellés aux séances du concile. La paix régna. PRINCESSES BYZANTINES. mais ceux qui avaient tenu le conciliabule de Copronymc durent en relire publiquement tous les articles. suivis de la réfutation imposée. . Le parti militaire fondateur de la puissance de risaurien. Il n'existait point par lui-même. disparut. En effet. C'était la faction majeure du peuple. Grâce à l'intervention d'Irène. un moment les évêques catholiques refusèrent d'y recevoir les pénitents iconoclastes.LA MATERNITE IMPERIALE. Nul chroniqueur ne mentionne que la très pieuse Irène ait éprouvé jamais du remords de la lutte entreprise contre ce fils au mépris des devoirs maternels. ils les accusaient de s'être souillés du sang chrétien. Le jeune empereur ne comptait plus. à elle seule. obtenu par son courage et son habile politique sur les plus redoutables hérétiques de l'histoire. la 49 reconnaissance des femmes. sinon comme symbole humain. on les accepta. pouvait imputer la restauration du culte libre. Seule. Ce titre de Très Pieuse lui resta pour le triomphe de l'Église orthodoxe. Irène se connut à la tête des réactionnaires religieux. la Régente en demeurait la pensée directrice. Bénie par gesses. . sorte de maître des cérémonies paraissant à tous les galas publics avec la tenue des basileus byzantins. ce peuple parvenu à réaliser son vœu.

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A voir perpétuellement le territoire se dérober sous les incursions des Sarrasins. - LES LUTTES INTESTINES. elle se con- vainquit de bonne heure que rien ne pouvait aboutir de ses desseins sans l'appui des plus et les hauts pouvoirs : le Pape Francs. toute la civilisation de Constantin.s. y. V»'' \V j's. reconstitution de l'hégémonie romaine. rapprochements et alliances avec les jeunes races d'Occident plus âpres à la lutte. et amantes de la guerre. Scythes ou Bulgares. . '->»»' ''^r' %»< j'iS. qui s'installe enfin hors la fertile et riche ses déserts inféconds dans Europe. ''i y\ y\ y\ y V. elle comprit que ce ne serait trop de l'entente des peuples du vieux monde pour s'opposer à l'immigration orientale et se défendre d'un esclavage probable.\. mieux fournies en valeur. "S^ j's. \y ys. Comme la elle eut toujours en but la grandeur de Byzance. l'afflux de la cavalerie turque. yK "Ky j'\ ys. y^. la chute de l'Empire immergé. S/*" 'Sr' "Ny --«y %r'" ''. sans soutien. innombrables. Il fallait donc écarter les conseils de la politique exclusive préconisée par les théoriciens de palais et tenter. au contraire.s. Irène prévoit la définitive in- vasion de 1445. Dès ce huitième siècle. tout le souvenir de la gloire romaine émiettés par sous la furie du Barbare oriental. y\ y\ yx y^ y\. ys.r'" "^f ''\^ y. y\ \r^ y-- '\r'' "-ïV Vr*" V/*" "SV" y.f s. %»'" j'-'i.

Certains prétendent que l'astrologie lui était de révélation familière. Autour d'elle ses amis propageaient le sentiment de l'incapacité de l'hoir et disaient comme l'Empire en de telles mains. au contraire. préoccupés. Le pourrait-on nier en suivant aux récits des secs et niais annalistes de ce temps. de celles qui suivirent. serait confusion et misère! S'avilissant ainsi de tard. lui-même. pour plus . Esclave de tristes appétits sensuels. Son fils Constantin lui semblait l'obstacle à ses vues. sut cet avenir et peina pour le détourner. si par hasard il essayait le despotisme. en un orgueil puéril. de se brouiller par des extravagances religieuses ou politiques. Irène eût diî se reprocher un manque de vigilance. Le souci d'une débauche quotidienne. le mépris des sciences. Sans doute. le l'ignorance complète de toutes choses constituaient fonds moral du futur souverain. Elle pensait qu'il n'échapperait pas à l'individualisme brutal des ascendants. Les dix-neuf années de l'éducation impériale n'avaient pas formé un esprit supérieur. Elle seule de son temps. à lasser le peuple par la fréquence des impôts et l'odieux de ses allures. elle s'avouait taté sans déplaisir les certainement qu'elle avait consabsurdes penchants de l'héritier. aux heures de sincérité intime. elle seule des générations grecques précédentes. avec le pouvoir occidental. les effortsdignesdesplus célèbres intelligences qu'elleaccumula. une arrogance facile.52 PRINCESSES BYZANTINES. il ne tarderait pas. sans Irène à la tête. et. il laissait moins à craindre Jamais il ne se montrerait capable de gouverner seul l'empire des Romains. Irène se trouverait bientôt remise par l'opinion publique en possession d'une autorité qui valait à Byzance une prospérité économique inconnue depuis des temps.

Irène mit en oeuvre ses intrigues son influence pour l'empêcher de prendre la tête des troupes d'expédition. le bien que l'on disait d'elle excitaient son désir.LES LUTTES INTESTINES. lescence le . . le parti visiteur de camps. Des sans. La Régente ne pouvait présenter de motif valable qui prolongeât le retard de cette union tant désirée par le cœur du prince et par la diplomatie de la cour. L'armée couvait toujours une manière de haine contre elle. dans l'entourage impérial. cherchaient à stimuler l'orgueil de Constantin contre l'inflexible autorité de sa mère. et Constantin ami du soldat. Les portraits qu'il avait de Rotrude. pouvait un jour réveiller des séditieux naguère iconoclastes. la et Sarrasins inquiétèrent. les ministres de Byzance réclamèrent avec hauteur l'accomplissement des promesses nuptiales faites sept années auparavant. Selon les conseils et les ordres d'Irène. le déclara bien trop frêle malgré ses dix-neuf ans pour affronter les fatigues d'une taient. sérieusement Romanie. Une seule qualité lui parut naître : 53 quand il atteignit Tadocourage militaire. Elle campagne en Asie. manieur d'armes. L'ambassade grecque partit. Les soldats protesforma leur état-major de ceux-là même qui. en outre. batailles malheureuses déconsidérèrent ces courti- L'empereur dépité pressait sa mère de conclure enfin le mariage avec la fille de Charlemagne. Il en sembla fort amoureux. les Aussi lorsque cette fois. C'était précisément la plus dangereuse pour sa mère. Elle simula l'amour maternel. Leur âge n'était plus un obstacle aux fiançailles. Elle trouva Charlemagne à Capoue dans sa gloire de conquérant organisateur.

elle-même. le mariage fut rompu définitivement. affirma-t-elle. En dut épouser devant les menaces et vain invoqua-t-il l'indépendance acquise par son âge. Dès que la nouvelle en parut certaine elle invoqua l'exemple de Copronyme qui. les dix-neuf ans qu'il portait. sa fille à Léon. rendu célèbre dans tout l'Empire par sa charité et ses autres vertus. la l'autorité de sa mère. Même donna des subsides en argent et en hommes. sur le refus de Pépin d'unir . Marie l'Arménienne. selon de sévères principes de piété. vivait un saint homme. Irène jugea que cette belle éducation la désignait pour le trône. Ainsi que l'avait espéré l'Impératrice. élevèrent sur la Fouille et le ils duché de Bénévent des pré- tentions intransigeantes que l'on savait inadmissibles pour la politique franque.54 PRINCESSES BYZANTINES. à obéir. il blessait fort son amour-propre. Irène rappelant son propre mariage accompli dans des conditions analogues par respect filial. désolé d'avoir perdu Rotrude et sans affection pour cette fiancée nouvelle. térieures des Déjà blessé par les tergiversations andiplomates d'Irène. Il fallait agir pareillement. La Despoïna permit au Lombard Adalgise de passer en Italie par les provinces grecques pour tenter de reprendre la coule força. si le Cependant ronne de son père. dédain de Charlemagne servait l'ambition de la Régente. Quoique pût il dire Constantin Porphyrogénète. elle lui trésorier . prisonnier des Francs. Charlemagne refusa les concessions requises. Il élevait sa nièce. ce temps. encore que sa naissance En fut médiocre. avait immédiatement fiancé ce prince à une Grecque distinguée d'esprit. Jean. pour sauvegarder la dignité de la cour byzantine. nommé Philarète.

Mais Adrien. vint à leur rencontre. se joignirent aux garnisons de Sicile et marchèrent sur le duché de Bénévent.LES LUTTES INTESTINES. Grimoald. sans plus de dignité. . soit des tortures sans doute infligées. Staurace distribuait les emplois et les fa- veurs. sans le consulter même pour la forme. prit pour prétexte de continuer propositions hérésiarques nait à paraître le fléau la guerre. général des guerres et 55 chef du palais conduisit les troupes. à Byzance les débris de l'expédition et sans honneur. Charlemagne. cela le rendait d'autant plus infâme aux yeux des courtisans le voyaient au rang des quémandeurs habituels. Occupé de il satisfaire quotidiennement les pires et débauches. Jean fut pris et mourut soit des suites de blessures. Le ministre Staurace le méprisait avec affectation. pouvait plus guère disputer. éprise de brillants lui Byzance ne syllogistes. Une ignorance presque complète l'avilissait au milieu d'une cour érudite. les grâces et les charges. Les vainqueurs d'Adalgise ne terminèrent pas la conquête des possessions grecques en Italie. les Il te- du récent concile de Nicée. allié de Charlemagne. Constantin atteignait alors vingt ans. Tout se décidait sans lui. Adalgise ra- mena péniblement vieillit là. Il écrivit au prince franc une longue lettre qui réfutait moins son attaque. craignait une nouvelle scission des églises. rhétoricienne. menant une existence obscure. Elles passèrent en Calabre. qui sollicitait de Staurace l'argent nécessaire. Cette attitude lui donnait une sorte de caractère sacré justifiant les succès de ses armes. préle parant ainsi qualité que sacre de Charlemagne comme empereur. du Pape. Sa situation était absolument misérable. les battit presque sans combat. avide de mettre Tltalie grecque aux mains de ses alliés.

Certainement des téméraires excitaient l'empereur. Il ne tarda pas à découvrir que les deux patrices Théodose et Damian. avec une pénétrante ironie vers les plis de la bouche dont les commissures s'accusent. Staurace fit espionner les mécontents. la banlieue. Staurace survient qui conte secrets de l'impératrice déjà comment les desseins soupçonnés suscitent dans le palais un parti de révolte. de le charger de chaînes et de le reléguer avec Irène en Sicile. Son imbécillité ne pouvait soutenir la lutte contre de un Staurace de face rusée et fine. On ne perd pas le temps. de toits. Les hommes n'osant plus coucher sous des la dressaient des tentes au milieu des Jardins. et qu'elle agirait selon les vues du ciel en s'appropriant le titre et le Réfugiée dans un château de pouvoir. Les officiers mêmes que Staurace sait affiliés au complot reçoivent . Un ditaient de le surprendre. à Saint-Mamas. amis du Porphyrogénète. mettait maintenant son nom si avant le sien sur les actes publics. habiles personnages. Ce suffit pour que Tastucieux ministre d'Irène présageât de ce changement quelque conspiration latente. A ce moment. préfet de la ville.56 PRINCESSES BYZANTINES. furieux tremblements de terre boulever- saient le sol de Byzance. au concile de Nicée. méJour. La barbe élégamment divisée allonge encore la figure plate semblable un peu à celle du Louis XI de la tradition. lui avait passé la plume après avoir signé la première. Les médailles présentent sitée et de Constantin le molesta d'une arrogance inumenaces sous-entendues. Régente écoutait ses conseillers habituels lui dire que Dieu sûrement ne destinait pas l'Empire à son fils. au nez fort de flaireur. Pierre. aux yeux perçants. Irène qui.

fut battu de verges en prison. Et. elle n'épargna plus Constantin.LES LUTTES INTESTINES. répandant la monnaie d'or. Irène exprima une grande colère. elle fut en grande pompe à Sainte-Sophie remercier le Sauveur de l'avoir protégée contre les embûches de son fils. bien qu'on sache Irène très belle. puis enfermé dans une chambre. Car. Sa fureur frappa d'abord Elle s'imagina qu'ils avaient tout conduit. pour affirmer à la face du peuple qu'elle agissait ainsi selon le bien et la volonté de Dieu. cette passion Constantin. son unique et dévorante passion. Il ne lui fut plus que le rival pernicieux capable de la priver du commandement. l'aventure. les autres affections moururent. humiliés de mille manières. amant. Battus de verges. elle se servit de sa beauté pour captiver les foules et les plus habiles gens de cour. Le peuple l'acclama traversant les rues de Byzance sur son char. ils furent relégués dans cette Sicile même où ils voulaient l'exiler. Ils obéissent par peur. hors sa volonté. et se croyait sûre pour long- de Constantin. nul ne dit qu'elle fut galante. Lorsqu'elle connut mieux les détails de temps de l'inertie les conseillers du fils. obstacle vivant de son désir. corps. L'ambition étouffa le sentiment maternel. Elle ne comptait pas sur une tentative de rébellion. Elle eût craint de se laisser dominer par un cessa de le considérer comme son fils. mais sans distinguer personne. Sy l'ordre d'arrêter l'empereur et les patrices. à gner. . Parvenue jeune au souverain pouvoir. Aussi de ré- donnée entière. elle Dès cette heure. esprit. s'étant et son orgueil lui défendit toujours ce risque. si étroi- tement reclus que personne ne le pouvait voir.

Elle considérait de se dédire. C'était un signe excellent de Tétat général. Mais très vite. mais non de se substituer à lui.38 PRINCESSES BYZANTINES. De nouveaux messagers expédiés en hâte n'obtinrent pas Chypre. Des officiers partirent meilleures réponses. de l'éclairer. En même temps. se tourna vers cette incarnation de la force. de lui apprendre à régner. du pouvoir. voyant l'empereur enfermé. Irène vivante. Irène ne céda point. une réaction surgit à l'encontre de son autorité. Irène prépaqui attaquaient déjà une flotte contre les Sarrasins en toutes les provinces pour rayer officiellement le nom de Constantin des actes publics. esprits frappés d'une si aux troupes la prestation d'un Sûre. Les légions de Byzance qui lui devaient leur position la proclamèrent seule Basilea et seule digne de l'être. ses amis en exil sans que personne osât tenter leur délivrance. Irène pensa l'heure venue de dégrader le Porphyrogénèle et de s'attri- buer la dignité impériale. la renverserait comme dangereux lui Une sédition pouvait naître qui brutalement du trône. rait comme il lui semblait être. Reculer parut ini- . enthousiaste de ses largesses. pour ordonner nouveau serment par où elles s'engageaient à ne pas souffrir que l'Empereur régnât. maintenant. La foule admirant son énergie. Elle profita de l'étonnemcnt des grande hardiesse. et jura de n'obéir qu'à elle avec la même ferveur et les mêmes serments qui avaient jadis déterminé Léon à proclamer son fils. des moines allaient répandant des prophéties. expliquant des textes bibliques où il était prédit qu'elle commanderait seule aux destinées de son peuple. On écrivit à Irène de conseiller l'empereur. « C'est Constantin seul que Dieu a établi notre maître ».

possible. par ce vague espoir de guider la révolte imminente et d'être porté au triomphe sur l'effort des soldats. Les soldats constamment excités par Alexis : la défaite de eaux de Chypre. Désormais le sceptre appartiendra à qui voudra l'acheter et les soldats romains apprendront à trembler sous des femmes ». Pris par une ambition subite. les chefs des légions soutinrent la cause d'Irène. Staurace et son collègue Aétius détruisaient par le . Une femme ambitieuse m'a chargé de vous apporter de l'or et des fers ». Il acheva ont servi à corrompre la cour et les soldats. et. Avec plus de prudence. perdue d'avance. dit-il. Alexis..LES LUTTES INTESTINES. il trahit brusquement l'Impératrice. que Ton était hostile à Irène. Voulez-vous vendre sa liberté et sa couronne?. Irène se palais. « Je viens. la révolte déclarée aussitôt par les meneurs gagna les légions de Bithynie et de Cappadoce. Au ennuques affolés n'avaient plus de conseils à fournir. vous annoncer la honte du nom romain et vous proposer de vous en faire les complices. brila gua il légation auprès des troupes d'Arménie. qu'il n'obtiendrait rien que de mauvais traitements s'il s'acquittait de son office. vit bien Suivaient quelques propos sur et la la politique intérieure d'Irène manière dont elle avait su réduire au néant la personne « Les trésors de ce malheureux prince impériale. suivi de toute l'armée d'Asie dont les avant-coureurs annonçaient quel pillage sans pardon punirait la résistance la flotte hnirent par les enchaîner. Alexis prit le commandement et marcha sur la capitale. ses vit abandonnée des milices. capitaine des gardes... les bg On dirigea une troisième mission d'officiers vers camps provinciaux. quand on apprit dans les des vaincus. Arrivé là.

Les mauvais traitements infligés à son corps par l'autorité de la Régente lui faisaient craindre tout. abandonner l'espoir de ses longs efforts. emportée. son fils. et il ne voulut longtemps l'accepter. Irène lui envoya des gens qui confirmèrent ses dires. Enfin il lui fallut se rendre. la mort même. le titre de généen fonction irrévocable. qu'amante. feu les pièces compromettantes et mettaient hors d'usage les registres aux impôts. cette promesse de lui rendre le sceptre. terrassé à maintes reprises. on frappa les plus chauds amis de la Régente. im- . Mais Alexis n'hésita point à faire battre de verges Staurace et Aétius qu'on relégua immédiatement en Arménie parmi de sûrs gardiens. renaissait à l'heure même où elle le pensait détruit.6o PRINCESSES BYZANTINES. L'Empereur n'osait encore fit frapper les puissants de la veille. Elle alla trouver militaire qui lui préférait un jouvenceau sans esprit. Dans sa colère. Il comprenait alors cette femme plus ambitieuse que mère. elle insultait Marie l'Arménienne pour qui sans doute se levaient ses congénères. Alors il prit la tête des gardes et rejoignit au Bosphore ses partisans qui approchaient des murs. Elle fut hautaine. D'abord il refusa de la croire. Alexis ralissime punition des ministres d'Irène demander par la voix des soldats la et. démenait furieuse. On le reçut par des reur protestait avec terreur sa situation d'alors acclamations. tenace et formidable. ne voulait accepter leur avis de rappeler au trône Constantin. Dans ses appartements. A Byzance. proclahaine contre la mant sa rancœur si et sa soldatesque imbécile Le monstre longtemps combattu. elle se Elle. qu'épouse. L'Empequ'il préférait de beaucoup aux périls du pouvoir. pour lui. Ce lui semblait un piège.

elle répondit n'en pas posséder d'autres que ceux connus de lui-même. malgré se ce coup d'État. Elle comptait sur cette réserve d'or pour reprendre la domination sur l'Empereur au jour où richesses. supprimé les rôles de pératrice mère répandirent . Avant son départ du ministère Staurace ayant caché les registres. L'an qui suivit (791). le peuple ne reçut pas les largesses accoutumées dont Constantin. le parti d'Irène avait tellement repris d'importance. On murmura Un violent incendie détruisit le palais patriarcal quartiers des alentours. et.LES LUTTES INTESTINES. en Les nouveaux gouvernants prescrivirent à Irène de vivre en secret dans son palais d'Eleuthérion dont la elle avait dirigé construction. qu'au mois de juin. N'avait-elle pas avait eu lieu au le rendu ? à Byzance la prospérité merveilleuse des anciens empereurs Le changement politique l'hiver qui est la commencement de souvent très rude sur elle était Bosphore. quand Constantin la pria de les lui remettre. On n'épargna l'assistait en tous lieux. elle y avait transporté dans de profondes cachettes les trésors de l'Empire. le peuple gardait sa con- fiance en la Régente. puis pas son précepteur Jean qui toutes occasions. Constantin sollicité par les politiques clairvoyants fit nommer Irène seconde dans les acclamations officielles. mcdiatemcnt privés de leurs biens. Par prudence. et les riches prodigue. Cette réclusion forcée la fit regretter davantage. On s'apitoya sur ce sort. il aurait besoin de ses Comme. Les partisans de l'im- le bruit que Dieu maudissait le règne advenu. le conseil impérial interdit à Irène de montrer en public. Pendant contre saison rigoureuse. exilés.

Enfin. les cultivateurs. Le mécontentement des citoyens ne se contint plus. nistres aussi Et. dit-elle. Il se laissa battre et prendre. « faisais à votre Vous m'avez punie du bien que je peuple. Nicéphore qui le remplaça n'eut pas meilleure chance. D'abord il les surprit et les refoula hors du territoire byzantin. Sur les conseils d'Alexis. elle refusa de parer au 11 gâchis général. pressés par les exigences de la cour. Constantin fut combattre les Bulgares. En deux hivers. triomphante. Alexis les rejoignit. Bien que César Irène voulut porter . vos miy>. perdus dans tout désordre administratif. Staurace et Aétius revinrent en leurs charges. La disgrâce d'Irène avait duré quinze mois à peine. malmenés par les réclamations des et vexaient habitants. soutenu des troupes arméniennes. ses coffres vides. Elle exigea la direction suprême. l'Empereur recourut à sa mère. les officiers impériaux prirent le parti de rapiner brutalement afin de fournir au fisc les sommes obligatoires. austère dans sa sévérité de recluse. se plaignait de l'influence renaissante d'Irène et menaçait le Palais de son ambition appuyée sur la force effective des soldats. contributions. les proDépourvus de renseignements. il fallut tondre et reléguer Alexis qui. les percepteurs nouveaux réclamaient sans raison priétaires. l'aduler. Les légions arméniennes lui refusaient l'acclamation. les choses empirèrent. vous ignorez tout. le les marchands. débordé par l'indiscipline de ses partisans et menacé de séditions populaires.62 PRINCESSES BYZANTINES.' l'Empereur s'était perdu devant son peuple. A son retour. fallut la supplier. Pendant une autre campagne menée contre les Arabes. le rappel de ses ministres. un coup décisif au parti militaire. Il la trouva très digne.

: Dès rait foi. vaincu. il marcha en personne et furieux contre les Arméniaques. les Arméniaques se dissipèrent. plusieurs dignitaires tués. Ses officiers en achetèrent les éclaireurs qui revinrent au camp des séditieux déclarer n'avoir point vu les phalanges impériales. Les autres oncles. que personne ne conspire- plus pour son nul ne pouvant compter sur sa instruit par ces cruels il Le monde demeurerait exemples de l'extraordinaire ingratitude dont punissait les hommes voués à lui. par l'abus de sa sottise et de sa faiblesse. Nicétas et Eudo- cime. l'Impératrice mère comptait le rendre pour tou- .LES LUTTES INTESTINES. même le devin Pancrace qui tenait la confiance de l'Empereur et lui avait prédit victoire. Irène comptait ôter à quiconque l'envie de tramer contre elle des complots. cette heure. Christophe. Irène fut sûre fils. On les bannit en Sicile. Ce fut bien pis quand. il eut les yeux crevés aussi bien qu'Alexis. Mille furent ramenés à Byzance par la porte des Blaquernes au milieu de la foule applaudissant à leur défaite. revenu de Bulgarie. Surpris et taillés en pièces. Tout l'odieux de cette exécution retomba sur Constantin à qui l'on reprocha l'horrible ingratitude de faire mutiler ceux qui se rebellaient en sa faveur. enfermés au château suburbain de Saint-Mamas. Par de tels moyens de terreur. Leur qualité de prêtres n'avait pas sauvegardé les nobilissimes du supplice. Le déconsidérant ainsi. eurent la langue coupée. On les marqua de multiples petits trous noircis à l'encre qui formaient au front de chacun les caractères Arménien traître. et 63 oncle de l'Empereur.

et voulait-elle lui donner au moins la compensation de satisfaire ses pauvres désirs. Elle ne limita point son jours incapable œuvre fallait de haine à ce succès. Leur reconciliation officielle se consacrait d'ententes intimes. L'Empereur ne supportait guère Marie l'Arménienne. Elle l'avait déconsidéré devant le parti militaire. admirablement dédaigneuse des sens. Marie. mais. savait prodiguait l'indulgence et l'argent à ses débauches elle comme les gens devaient porter des jugements sévères sur ce soudard sans dignité. prête à excuser les vices qui abaissaient. entourée d'une cour minime.G4 PRINCESSES BYZANTINES. Peut-être l'ayant privé du pouvoir. les volontés mâles. le il perdre auprès des gens d'Église. Maintenant elle simulait pour lui une amitié véritable. Non qu'elle abandonnât le souci de leur rivalité et le soin lui de le dictait le précepte vaincre. la théorie d'initiée qu'on ne dégrade pas mieux les hommes paraître pleine qu'en aidant leurs passions. Irène se laissaitelle compatir à la misère de ce fils imbécile. bonne et simple. Vers l'an 795. Elle remerciait . elle souffrait en patience au fond du palais. éprouva d'abord grande joie de ce retour de l'époux. se renferma dans les lignes divines de sa beauté intangible. du pouvoir. chaste et Elle. si elle pouvait de douceur envers Constantin lorsqu'elle . et le Il ne paraissait auprès d'elle qu'en public plus rarement possible. Son union avec cette fille avait marqué la fin de ses espérances légitimes à la suprématie impériale. le strict service exigé par le cérémonial. Constantin fréquenta plus assidûment l'entourage de l'Impératrice. Priant Dieu. pour son bénéfice. et.

en des heures d'expan- sion. il ne pouvait donner cet argument à la critique des laisserait point sion. Théodoie dont il se laissait voir : . D'autre part. adversaires. elle ne fut pas longtemps sans briguer la couronne même. le 65 Sauveur par des dévotions ferventes et répétées. car cette austérité lui donnait avantage sur la facilité jugales et fort porté à soumettre du clergé romain plus accessible aux querelles conaux appétits ou aux intérêts des potentats l'inviolabilité des sacrements. Puis. Les canons ecclésiastiques s'oppo- saient formellement à la disjonction des époux. Elle félicita son fils sur le goût qu'il témoignait en choisissant si belle favorite. le peuple aimait Marie l'Arménienne dont 5 le PRINCESSES BYZANTINES. Taraise ne se corrompre et ne céderait pas à la persuaPremier patriarche orthodoxe succédant aux iconoclastes. elle s'accusa presque de l'avoir contraint à prendre l'Arménienne. A se sentir en si heureuse situation. Mais les gens du palais connurent bientôt le secret il ne venait aux appartements de l'Impératrice que pour contempler à son aise une fille d'honneur. se groupa autour de Théodote.LES LUTTES INTESTINES. Toute la cour imitant l'Empereur. l'autre étant la Despoina nominale. La suivante distribuait les grâces et gouvernait les intrigues des courti- sans. l'Empereur hésitait à la contenter. éperdûment amoureux. . Irène intervint. alors le Ce n'était pas désir de Consmince entreprise que le divorce. Légitimé par l'approbation de sa mère. Le clergé de Byzance tenait beaucoup à ne pas contrevenir à ce principe religieux. Aux premiers moments. si bien qu'on la considéra vite comme l'impératrice réelle. tantin lui devint pressant.

supla pliait. en alléguant pareille raison de rupture.66 PRINCESSES BYZANTINES. il ne lui ferait pas l'injure de déchoir en se prêtant à de telles manœuvres. Il allait par tout palais montrant des vases emplis d'une liqueur infecte. fait. Le patriarche. jura qu'on le voulait faire périr de désescette fille. Mais les faux témoins se multipliaient pour dire les moindres détails du crime. Cependant Théodote insistait. au : un motif rationnel de divorce impéle lit rial le la stérilité de l'épouse. menaçait son amant des plus sévères rigueurs : retraite Il au cloître. Irène feignit de le croire. eut grande indignation. honnête homme. publia hautement l'imposture. Sa folie mina. n'admettait plus d'obstacle au désir de sa maîtresse dont poir. sollicitaient et obtenaient toujours satisfaction Les autres cours de Rome. Il semblait dangereux d'encourir ainsi la défaveur du public. Bientôt cent moins alla pour confirmer les histoires du fou. puisqu'il ne pouvait s'accrut. Les dignitaires et les gens du té- palais n'avaient plus qu'à croire également. il pleurer devant Taraise et demander qu'on remédiât à en annulant le cet excès d'infortune mariage et en voilant l'empoisonneuse. Ils désertèrent les appartements de se trouvèrent la jeune Impératrice. L'idée le il les caprices l'asservissaient. y avait. Lassé Il . le On valoir à Taraise en priant d'annuler mariage sur ce grief. et prétendait que l'Impératrice Marie avait commandé qu'on vivre sans le de la persécution lui servît ce poison. d'elle les insignes Constantin. Le patriarche déclara sèchement à Irène qu'ayant reçu de son autorité spirituelle. Il entra en fureur. en sa sottise. le malheur touchait.

. césars. chefs de gardes. Le spectacle était bizarre de ces nobilissimes. offi- ciers de scholaires. cubiculaires et palfereniers à aux abois pour contenter conciliation la favorite et suant fournir un motif de lit qui ramenât la femme au du souverain. l'Empereur expédia à Taraise un ordre exprès. d'une si 67 malveillante cabale. vous l'univers sur trice me vierges sacrées celle qu'il proposez d'admettre parmi les faudrait faire mourir aux yeux de les un honteux échafaud. Cela redoublait la fureur de Constantin comme le mésaise des courtisans privés de grâces par cette méchante humeur. Elle exigeait impérieusement le sceptre ou menaçait de tarir la source des joies charnelles. séculier Constantin n'osa suivre ce pernicieux conseil et. et assouvir la passionde Constantin. ou encore qu'il ne savait se faire obéir et qu'elle ne se passionnerait jamais pour un prince incapable de dominer ses sujets. s'entremettaient. stratèges. Le patriarche se contenta de renvoyer l'émissaire avec la réponse qu'il préférait mourir à Le peuple tenait pour le patriarche. député des patriarches de Palesqui soutenait la conduite de Taraise.LES LUTTES INTESTINES. Des officiers voulurent passer l'épée au travers du corps de Jean. clergé. Taraise finit par juger : « Si vous ne mentez. parut se désister d'accomplir son dessein. Esclave de son corps. Tous tine. Théodote toutefois ne le laissa languir. quelques jours. Téodote pleurait tout le jour dans le gynécée en criant que l'Empereur ne l'aimait plus. comme le Mais les gens de cour en quête de faveurs mettaient tout en œuvre pour donner à cette fille le sceptre de Byzance consentir. Convainquez l'impérasénateurs et livrez-la au bras de ce forfait devant ».

Un jour. Déjà elle avait supplié Taraise de la séparer de son époux afin qu'elle se si odieuses calomnies. Il envoyait dire à Taraise que.68 PRINCESSES BYZANTINES. rien n'entravait plus le prononcé du divorce. Constantin. dans les galeries. le mépris de la foule augmentait pour ce fou d'érotisme. Autour du palais. sitôt cette retraite connue. célébra les noces de Théo- . fit valoir auprès de abandonné d'elle-même pour le monastère. consacré par Constantin. du cloître ou la L'Empereur courait tel qu'un satyre Sans cesse. contente d'obtenir à ce prix la vie. le repos. il chassa brutalement l'impératrice dépouillée de ses ornements officiels et elle traversa la ville. On devait choisir immédiatement et voir s'il convenait que le sang fût répandu ou le mariage annulé. Irène se gardait d'intervenir. il ordonnait la mort civile mort physique de l'échafaud contre Marie l'Arménienne. Taraise laissa un catéchiste voiler Marie l'Arménienne. de troquer la couronne et les misères du trône contre la paix d'une cellule de religieuse. commanda Taraise que sa l'ayant les femme bourreaux. éplorée. prince. promulgua des décrets iconoclastes. il décréterait l'abolition des images et le supplice des orthodoxes. Aux difficultés qui surgirent encore. Le dégoût se généralisa. de ses aïeux. reprenant la religion de son père. Le patriarche refusa d'officier lui-même. l'Empereur entra dans le délire. devant la consternation du peuple honteux de son . Par crainte que le sang chrétien se répandît à cause de son obstination sainte. L'abbé d'un mo- nastère. L'Arménienne lavât de se réfugia dans le cloître. II fallait en finir.

Irène couvrit de sa protection. Au palais d'Eleutherion. forts de l'assentiment général. Platon et Théodore. Au nom de leurs collègues proclamant adultère le mariage de l'Empereur. l'approuvèrent. Taraise prêcha dès lors que l'Empereur ne mourrait pas en paix. On leur fit des menaces. Ils ne se rétractèrent point. Nulle réfutation plausible ne lui vint lorsque la voix publique l'accusa de déformer le dogme et la pratique selon les caprices des grands puisqu'il ne voulait étendre au peuple cette mesure de libération. Elles tout l'Empire. dans l'église de Saint-Mamas. Cela seul les sauva. Les demandes en annulation de mariage affluèrent aux évêchés. ils enjoignirent de considérer les contractants comme excommuniés. Certains abbés relevèrent la censure de la foule. (39 On déploya une grande pompe pour consacrer le sacrilège. Le palais les envoya prier de revenir sur leurs jugements. Il les naquit de ce sacrilège un scandale énorme dont souffrit Beaucoup d'hommes incités par l'exemple de Constantin prétendirent divorcer. Le clergé ne sut bientôt comment restreindre cette licence. assumaient la responsa- du mouvement protestataire. Deux bilité abbés.LES LUTTES INTESTINES. Ensuite. dote. restèrent vaines. Elle crut alors l'instant propice . L'exemple de protestation fut donné par de propres parents de la nouvelle Impératrice attachés aux grades liturgiques. ils ne craignirent pas de blâmer en public la conduite de Taraise. Pour garantir de la fureur du potentat les ecclésiastiques qui s'étaient dérobés à cette cérémonie. T Impératrice-mère menait occultement cette aventure.

et la . Des soldats commandés aussitôt coururent au monastère. au descendant du Un . loua le courage de ces saints hommes. Constantin Porphyrogénète gagna donc le monastère de Théodore. comme il était coutume d'agir en présence des excommuniés. défaveur publique s'en était accrue. renversèrent les cierges. messager du pape. les Byzantins affirmaient ainsi leur dévouement à l'oint de Dieu. près du palais. Dès qu'il voulut franchir le seuil. Il sembla plutôt qu'ayant souffert de lui cet excès d'indignité. Staurace lui porta l'avis d'entreprendre une démarche personnelle auprès de Théodore. On les déchira d'étrivières avant la relégation à Thessalonique où ils rejoignirent la communauté de Platon exilée là. de le visiter à son monastère. pour conseiller aux yeux de à Constantin la suprême maladresse qui anéantirait de façon définitive son influence en manifestant la foule la réprobation que PÉglise lui vouait. les moines s'enfuirent. Tant de niésaventures ne diminuèrent qu'en partie le respect du peuple pour son prince. Enfermé au cloître Saint-Michel. puis s'enfermèrent dans lui parler ni le saluer.PRINCESSES BYZANTINES. L'opinion publique les admira. avec qui Irène gardait d'excellentes relations. L'Empereur y alla bénévolement ayant reconnu que la ri. Avec un assez beau cortège. se saisirent de Théodore et de ses moines. gueur ne servait point sa cause. sous la garde de l'abbé Joseph. qui avait célébré les noces de Théodote Platon ne cédait pas. et bientôt les requêtes en annulation de mariage qui avaient excité ce tumulte furent retirées par leurs auteurs. leurs cellules sans Constantin en délire regagna le palais.

Au palais. qu'une fois épuisées. et s'en désola. . sauf sa mère. La populace chanta la hardiesse du Basileus. mal insaux tentations de la vie. pendant une expédition contre les Arabes et l'on voulut chérir les qualités guerrières de sa race retrouvée en lui. Pour confirmer ses craintes. toutes les folies propres à une jeunesse attardée et pour résister On attendait. Théodore et Platon terminèrent le schisme provoqué par leur intransigeance en revenant se soumettre à la communion deTaraise. au bien de l'Etat. sous l'excitation du repentir. le félicita de la sa- gesse montrée en ces conjonctures troublantes. qui réclamait le tribut. L'opinion persuadait à Constantin de changer faction d'Irène perdit . Une fanfaronnade d'apparence insignifiante lui valut la sympathie de la foule. Marie l'Arménienne.LES LUTTES INTESTINES. Il y eut. La situation du patriarche grandissait. les anciens conspirateurs recommencèrent^à miner le pouvoir de l' Impératrice-mère. Irène sentit cette espérance latente du peuple. La du terrain. Le parti militaire exalta ces avantages et la valeur de Cons- tantin. un coffre rempli de crottin de cheval. mais les Bulgares n'osèrent attaquer le camp des Grecs et l'Empereur rentra en triomphe aux Blaquernes. que la foule aimait à prendre pour une sainte. glorieux Isaurien. Tout le monde pardonnait en somme à Constantin. à la suite. Il envoya au prince des Bulgares. des marches de guerre. Le jeune Empereur avait accompli des actes de courage. Cardamos. C'était truite le 71 sentiment. Constantin Porphyrogénète finirait par comprendre la vanité des appétits sensuels et se consacrerait d'autant mieux.

mort subite de son fils au berceau. employa toutes et les séductions de de son éternelle beauté. se renferma. pour former officiellement une puissance politique. sition se s'il portait le sexe mâle.72 PRINCESSES BYZANTINES. penaud la route de Byzance. elle C'était. La populace de lacapitale vivait des nouvelles du palais. Demeurée au milieu rial. Irène travailla. distribua une forte part de ses inépuisables richesses. possédait au cœur des armées une coterie importante. L'infortune Le Porphyrogénète il En chemin. afin de le soustraire aux conseils néfastes. Il devenait à craindre qu'à la naissance de l'enfant. l'oppo- groupât sur ce nom de l'hoir. Très affecté de ce malheur. Le printemps venu. Avant le printemps de 798. expédia des émissaires. Ils étaient à Pruse depuis quelque temps lorsque Constantin fut rappelé pour les couches. capable de faire avorter un élan général du parti militaire dirigé contre elle. I rêne conservait des amis sûrs auprès de l'Impératrice Théodote. emmena son tils jusqu'aux bains de Pruse en Bithynie. pour l'instant. de revenir à la doctrine iconoclaste et de suivre les guerres heureuses. le Basileus éprouva de l'humeur noire. apprit la . L'Impératrice Théodote était grosse. On acheta les éclaireurs. Ils prétendirent que l'ennemi avait repassé la reprit très frontière. Elle compagnie de sa grâce. Irène effrayée. cessa de voir le monde. la chose essentielle. des troupes avec l'équipage impé- Irène se constitua rapidement parmi les officiers une fidèles. Constantin voulut entrer en campagne et renouveler les succès des années précédentes qui le réconciliaient avec le peuple. pour- les ministres.

jusqu'à ses vastes jardins. le le jugea homme de grand cœur. regagnait le palais de Saint-Mamas en dromon. invoquer avec une ardente piété la commisération du Christ. on le saluaient de loin avec mille vœux appelant sur sa et tête la bénédiction de Il y avait première la Très Illuminante Pureté le de la Rayon- nante Douleur. il se rappelait l'incarcération et les étrivières subies jadis. lors- qu'il aperçut courir vers lui une grande barque chargée de dignitaires. Arrivé parmi ses fidèles troupes du thème oriental. six semaines que il malheur lui était fête. . Il savait vaguement que la politique de Staurace lui gardait rancune de cette popularité éclose. impériale la yS toucha. sur la rive de Bithynie. amaigri et triste. elle tourna la proue sur Byzance. il commanda aux rameurs de gagner très vite Pyles. La barque tenta la poursuite. Comme la barque cherchait sa position vers la terre d'Europe. mais trop lourde pour rejoindre le dromon. et les acclamations père attendri.LES LUTTES INTESTINES. L'imagination populaire voulut recon- naître en lui l'amoureux persévérant. Ou bien. lieu de se diriger Au acclamations habituelles. amis de sa mère. et de quelques officiers ré- cemment attachés à l'auguste Régente. Celui donnades soupçons. Pour jeu éques- la fois. échu. venait d'assister à une un tre Il du cirque. on guettait le dromon l'emportant sur les eaux du Bosphore jusqu'au palais de Saint-Mamas. le soldat valeureux. la foule se massait à Sainte-Sophie pour le voir. Les jours de fête. il apprit que sa mère s'installait dans la Megaura des empereurs. franchement vers l'Empereur avec les la barque louvoyait pour prendre place entre le dromon etla côte.

elle se gens lui annoncèrent une chose qui modifia ses espoirs ceux de ses amis. sa perspicacité entrevit le salut. attendit. di- nous reste des troupes parvient jamais à s'unir à l'Empereur. on arrêta de s'enfoncer dans les terres jusqu'aux camps de l'armée. pour le soin de leur service. Constantin était circonvenu par des ennemis qu'il ignorait. non compromis dans l'affaire du dromon. Aussi résolurent-ils d'en finir incon- sant : « Si le l'escorte de tinent. Déjà deux légions mandées par Constantin se diri- geaient vers lui à marches promptes. Déjà elle pensait envoyer des évéques. lui communiqua quelques défiances. Lesconjurésguettèrent l'instant oûl'Empereur.74 PRINCESSES BYZANTINES. Ils s'appro- le saisirent . Irènede retour en son palais d'Eleuthérion. le peuple passa sur la rive jugea perdue. des Irène risquait tout. écrivit-elle à ceux-là. Quand adverse au devant de Constantin. retiré dans un édicule de chèrent piété. comme y commençait ses prières. môme le triom: phe. Or. La lettre d'Irène les épouvanta. nous nous trouverons à sa merci «. je lui découvrirai les conciliabules qui lient pour son dam ». Depuis les bains de Pruse. Aussitôt. et dès qu'il connaîtra nos desseins. les officiers vendus à Irène ne demandaient que le signal d'agir. il sera libre. tant elle se croyait sûre de tenir son fils et de lui prendre le pouvoir. franchissaient en hâte le Bosphore pour joindre l'Empereur afin d'écarter les soupçons officiels de leur personne. Alors les amis secrets de sa mère tinrent conseil. Sa femme le rejoignit. peut-être obtiendraientils qu'elle vécût par la suite dans une maison privée. « Si vous ne trouvez un moyen de me livrer mon fils. Elle avait quitté Eleuthérion. L'âme victorieuse.

sar Nicéphore. Ils jetèrent la capture sur un chaland. l'amenèrent dans de grand matin La Pourpre qui se rencontrait le .^S5^Bï»o- . le voilèrent. quinzième jour de ce mois de septembre 798. au même mois. Ils pas- sèrent. ils répondirent que c'était un prisonnier d'importance : l'Empereur voulait qu'on « ils le conduisît secrètement.NE. le bâillonnèrent.. 73 avant qu'il se doutât de leurs intentions. -o<^g&igS. Aux gardes demandant qui on emmenait ainsi. vers trois heures de l'après-midi. Il trépassa dans le palais même où Irène lui avait donné naissance. suivant l'avis des conseillers de sa mère.LES LUTTES INTESTINES. IMPERATRICE DES ROMAINS.. Là. à la ligne suivante PREMIÈRE ANNÉE d'irF. au même samedi à la même heure où il avait fait crever les yeux au patrice Alexis et au Cé. » Ainsi parle le chroniqueur. les bourreaux vinrent lui crever les yeux avec tant de cruauté qu'ils lui donnèrent presque aussitôt la mort. Ce samedi. la ville au palais de premier en entrant par la porte marine ducôté de la Propontide. Sans autre transition : il écrit.

.

car elle trouva immédiatement dans ses coffres fabuleux les sommes nécessaires pour acheter la paix aux Bulgares et aux Arabes. contre les hautes mosaïques des églises. Les impôts subitement diminués donnèrent la joie au menu peuple. Si la réprobacessa de le soleil grande fut l'obscurité que les navires perdaient la flots. réapparurent sur les épaules des digni- couronnes de la Très Illuminante Pureté se parèrent des joyaux inconnus. rapportent les chroniqueurs. aux riches marchands. L'or. forfait luire. l'essence des initiés. Les étoffes précieuses. aux centres des carrefours. Le bras de Dieu punit l'Empire par le moyen des incursions sarrazines qui dévastèrent le thème d'Orient et massacrèrent l'armée chré- route sur l'immensité opaque des tienne. dans les niches des fontaines. orgueil de Byzance . aux angles des rues. les . les statues furent redorées. 11 fallut toute la science magique d'Irène pour conjurer ces de soleil fléaux. lui était sans doute facile à produire .y//////////////////////////////^^^^^ VI. nature émue d'un pareil marqua La tion du Ciel. - LA TRES PIEUSE IMPÉRATRICE. Par taires. Pendant dix-sept jours.

Cela s'accomplit par l'initiative des conseillers intimes. Elle laissa s'apaiser la rumeur du crime. On les indiquait ainsi à la défiance des foules. On ne peut douter qu'un réel chagrin l'accablait alors. voyant vieillir Irène. garder toutefois son rang et. si même elle ordonna l'œuvre des bour- . Son intention n'était pas de commander la mort de Constantin. et tel qui avait subi ce supplice sous rité un gouvernement récent . Les historiographes se gardent de dire qu'elle donna l'ordre de crever les yeux à son fils. toujours alors par la brutalité des exécuteurs. les blasons de sa noblesse. C'était simplement une sorte de stigmate de déchéance pour les ambitieux qui recherchaient l'Empire par la voie des armes ou fait. au retour d'un bref exil. l'Empereur avait péri par accident. et les preuves de son patriciat.78 PRINCESSES BYZANTINES. Le supplice des yeux crevés n'entraînait la mort que très rarement. on pouvait voir maint seigneur ainsi aveuglé par raison de politique. Mais parfois sous l'auto- cela n'entraînait point l'infamie. appuyé sur le bras d'un eunuque. si rintercession de la Vierge leil consentit à sourire de nouveau prodigalement honorée. En l'hypocrisie des complots. Staurace et l'eunuque Aétius qui. puisqu'ils participaient à un gouvernement dont le peuple se déclarait heureux. se permettaient certainement le rêve de lui succéder. paraître avec les insignes de sa charge. Dans les cérémonies. le soà la mer bleue. L'Impératrice. Irène ne se montra presque pas en public jusqu'au jour de Pâques. aux galas du palais. aux indo- lentes collines des rives. régnante. on les notait d'un symbole de défaite propre à écarter les pertubateurs d'un politique malchanceux. n'en pouvait pas moins arborer dans les cortèges.

elle ne voyait en lui que l'adversaire politique le bas soudard avide de soumettre à ses appétits sensuels le rendement de la patrie. elle avait pesé cela d'une part. n'avait d'autre but que de réduire à ce rôle d'apparat le fils imbécile départi à ses soins par le hasard. à la restauration de l'Empire romain. de cette infirmité physique. la nécessité de se garer d'une réaction absorba beaucoup l'intelligence d'Irène. jugé courant écartait à jamais du trône Le prél'homme frappé . pour son critérium de moralité il avait paru juste de sacrifier la moindre valeur du prince sans génie à la haute idée de rédhibitoire). désagrégé. l'Impératrice ne pouvait craindre que les exilés remuassent dangereusement. l'avenir de Byzance. elle dut se plaindre à sa conscience du mauvais gardien qu'elle était pour sa vertu maternelle. tandis qu'il est permis de penser qu'au cours de la lutte soutenue contre Constantin. pendant les premiers mois qui suivirent l'accident survenu à son fils. à l'expansion et au développement de la race la plus intelligente des temps historiques. . amis comblés par le palais en parents chéris. Mais cette tâche politique accomplie. et. Sans doute. Elle s'aperçut alors que le compétiteur était bien réellement le fruit de sa chair. dès que ces nobilissimes voulurent protester. Par meilleure prévoyance.LA TRES PIEUSE IMPERATRICE. les labeurs des gens. 79 reaux. se trouverait encore . les intérêts du fils de l'autre. sa ville originelle dont la plus grande fierté était value par ce triomphe d'une de ses filles. Irène les relégua dans Athènes. Consacrée à l'amour d'un peuple. Sous la surveillance de ses concitoyens. Le parti militaire sans chef dès lors (les oncles de l'Empereur portant la même infirmité une fois vaincu. .

dépourvue de la consolation d'être plainte ou allégée de ses douleurs par la pitié humaine. Elle commença de penser que sa victoire sur l'instinct. fort humble. des de la désagrégation dernière l'État. d'excessifs châtiments hyperphysiques. dans les livres des hermétistes anciens que le meurtre accompli sans l'équilibre du péril pour le meurtrier encourt. Mais. et elle rôde. Elle se livra au douloureux scrupule de savoir s'il n'importait pas davantage de conserver intact le respect dû au principe de la perpétuité des hommes efforcés vers la connaissance de Dieu. L'âme dégagée du corps traîne après elle la lourde charge du crime. et sauver des invasions legs des Césars. parmi les vivants qui ne la peuvent percevoir. Elle avait cédé à un motif utilitaire immédiat. qu'à partir de cet hiver-là une maladie lente la consume. amputer le peuple malade du membre gangrené qui eut communiqué sa pourriture à tout le corps. elle préféra supprimer l'individu au profit de la race. une sorte d'humeur noire où elle aime se susciter de l'amertume du désespoir. dont elle ne peut se défaire avant de longues expiations. de la maternité. Elle eût péché contre la justice humanitaire en immolant Byzance à son fils. Théodose. Il semble que ce dogme ésotérique ait préoccupé jusqu'à sa le remords et jouir Il est dit mort la très pieuse Impératrice Irène. le deuil la reprit. Le droit absolu lui donnait raison. dans la série des transformations ultérieures à la vie. le sacrifice accompli avec Tentière rigueur exigée par sa théorie d'initiée impériale. . en somme. si forte douleur. des Constantin. était un crime contre le principe de la pro- gressiondeshommespeinant àreconquérirl'Édenperdu. alourdie par ce « Karma «^ contre le sol.8o PRINCESSES BYZANTINES.

et résignée à subir elle-même une d'autant plus prompte que les exécutions se multiplie- raient. Irène n'hésita point à poursuivre l'œuvre de haine et d'extermination où elle s'était engagée sous l'influence de sa planète native. Ses ennemis tombaient partout. L'or continua de jaillir hors de ses mains mystérieuses pour la prospérité publique. Elle envoya aussitôt son cousin Théophylacte Sérantopichos qui conduisit les massacreurs. elle immolait. fut comme le renoncement de à elle-même. joyeuse aux acclamations qui lui venaient battre avec les flots de foule en liesse. prince des Esclavons. sans compter qu'un si 8i haut exemple pouvait nuire à la vé- nération de cet instinct sauveur des peuples. mort qui fin elle se désistait la la lutte rythme de conduisait. Les oncles de Constantin ayant voulu conspirer et soulever les soldats en garnison à Athènes. Acameras. furent écharpés par les habitants. seule dans les chambres inabordables du château d'Eleutherion. Malgré ses douleurs. pensait les délivrer et créer l'un d'eux empereur. aux influences funéraires de sa PRINCESSES BYZANTINES.LA TRES PIEUSE IMPERATRICE. dans un sublime sacrifice la vie pré- sente et la vie future à la reconstitution politique voulue par son se fier esprit. Saturne. 6 . âpre à continuer son œuvre. mais lamentablement vouée au mal moral qui attristait son existence. C'était le mois de mars. Aux soirs des samedis. les gens l'épiaient pour voir si elle donnait suivant les rites. Ce crime. admiratrice de sa beauté. cet autre contre le Par là. On dit qu'elle en faisait la nuit. On ne la vit plus dans les rues de Byzance. Elle s'enferma dans le palais.

ses pieds. Cependant que Taraise avec Théodore et Platon imploraient le Christ dans les chapelles du palais. elle fut si gravement malade que les nouvellistes allèrent par la ville annonçant sa fin prochaine. domestique des scholaires et Constantin Boëlos ». : . parmi un apparat semblable à celui des riches cathédrales les jours de grandes fêtes. l'Impératrice fit une promenade solennelle depuis les SaintsApôtres. Les Pâques approchaient. la ville riche et et les Sous ciel son haleine de plaisir voluptueuse soufflait au fumées de ses festins. et les et les chants des corporations fêtant leurs patrons sacrés. Parmi cette vie palpitante. et dans hardes sombres des vieux sacrificateurs chaldéens. Aétius avait su conquérir une . ter. rifiant et magnifique. les eunuques commençaient déjà à se disputer le pouvoir. Presqu'aussitôt. Elle résolut d'offrir une dernière fois aux yeux du peuple le spectacle de sa puissance et de sa beauté dans un appareil inouï. apparat étalé dans toute la ville. Les largesses accoutumées lui firent un sillage d'or où se ruait la populace. le second jour. parée du les plomb qui y est consacré. stratège des Thraces. hymnes pieux des moines en éveil parmi les batteries des cloches. les traits altérés par quelque spectacle d'outre-vie. stratège. En ces dernières années. Nicetas. Irène sentit lui venir la mort. Sisinnicos. « A la sainte Pâque narre l'annaliste. montée sur un char d'or traîné de quatre chevaux blancs. Elle passa sombre et silencieuse. planète maudite. Quatre patricestenaient les rênes Bardanes. Elle resta longtemps dans une prostration absolue les yeux fixes.PRINCESSES BYZANTINES.

l'argent reçu. impotente. et partage. de se donner l'importance d'un successeur certain au trône. Il refusa de s'éloigner. Furieux de cette faveur échue à un autre. 83 Etant demeuré cubiculaire il intérieur du palais. Aétius s'associa le patrice Nicetas. Avec lui. Il il agit en souverain. Leurs fourrageurs vinrent aux portes de Byzance enlever par un hardi coup de main les chevaux mêmes de l'Impéra- trice On eut beaucoup de peine à les repousser jusqu'en Lydie. Irène. Mais. console soulage par ses prévenances d'au- tant plus assidues qu'il espère Il une rémunération plus haute. donnée tout entière au souci des vérités . autorité extEême. et laissa les Tartares envahir le sol de Byzance. surprend tous excuse les et les plaint. reçue par la faute de Staurace. et même se fit décerner le serment par quelques légions.. domestique de la garde des scholaires. les . LA TRES PIEUSE IMPERATRICE. Fort du consentement impérial. anéantit son crédit auprès du trône. ne tarda point à éclairer l'Impératrice sur les actes de Staurace qui aftectait de commander lui-même les mouve- ments de troupes. Se voyant découvert. afin de ne point abandonner le champ à Aétius. malade. à puis assiste à ses chagrins. il forma un parti puissant qui tint en échec les amis et les sectaires de Staurace. tenta toutes les arrogances. ces Barbares continuèrent les ravages. ayant perdu la volonté d'agir extérieurement. Irène acheta la paix. ne garda plus la mesure. Cette insulte de l'ennemi. avait pris peu les domestique qui. Staurace mit le désordre dans les affaires publiques. à ses joies. au service peu l'importance du secrets du maître.

la déclara que l'auteur des tumultes et des émeutes qui troublaient la ville se préparait ainsi à lui-même chute le et la fin les plus était promptes. Elle comprenait que ces misérables eunuques trompaient. La rage d'Irène tourna contre Aétiusqui dut Quelle fureur ressentit cette elle quitter le palais. on se battit aux portes mêmes du et De son Irène entendait les cris des séditieux chants des amis de Staurace qui tournaient en dérision son mal. Convaincue pire . Cela habile orateur. il lui apprend que par des sportules l'aide des scholaires.84 PRINCESSES BYZANTINES. d'ailleurs que Staurace allait prendre l'Emelle elle se fit transporter au palais d'Hieria par plus grande crise sûreté. se disculpa. Elle mande aussitôt Aétius. guettaient son soupir suprême pour se disputer un pouvoir qu'ils seraient incapables de rendre propre à servir le destin de Byzance. la Au palais. dans une de violente colère. . et qu'avec eux il tente de Staurace s'est concilié réduire Nicetas. femme impérieuse de ne pou- voir dompter son mal. c'est-à-dire les défenseurs du palais et de l'Impératrice. Staurace osa comparaître. il sauva. proclament un ordre de la Despoïna menaçant de peines terribles ceux qui ne déposeraient immédiatement les armes. Les crieurs sortent. la vie future. Comme il travestit les faits en sa faveur. Il accourt. Là. sa mort. suivit les conseils hyperphysiques concernant d'Aétius. celle des veilleurs-gardes. qui méprisait tant les appétits des hommes et la douleur des patients. les mois de février. lit. d'être l'esclave de sa chair dolente.

domesticité. Peut-être était-ce la surprise de voir si changée la belle Irène. Mais quand Aétius se montra. La très pieuse Basiléa. des étrangers. les murmures coururent dans la foule avec des menaces de mort. La foule se fit si menaçante qu'Irène eut presque peur. la considérant avec une impertinence haineuse. Appuyée sur ses d'honneur. De nouveau. un silence de rêve pesait sur cette masse immobile. elle supporta la charge énorme des dalmatiques. restauratrice les ambitieux de la basse de l'orthodoxie du Christ n'était plus. Irène parut sur son char. Cependant. un champ de têtes humaines dardant vers elle des regards de fureur. on avait prévenu les sénateurs de se réunir au Triclinium de Justinien. des châtrés à voix hybrides. de la double couronne. hors du palais. fallut revêtir des lourds orne- ments impériaux filles cette moribonde que la fièvre seule flam- bant en ses larges yeux maintenait debout. crut à un atten- . Elle attendait les acclamations usuelles. 85 qu'il fallait attendre Irène résolut de montrer qu'elle était encore vivante et pour se disputer sa couronne. la foule silencieuse se masaux parois du char. Les chevaux durent s'arrêter. épouvantée. Du moins sous la charge de ses ornements sa elle sait pensa défaillir. La foule garda un mutisme sinistre. Ils s'y assemblèrent. des broderies de métal. On reprochait à l'Athénienne de livrer l'État à cet eunuque intrigant. C'était au loin sur la place et dans les rues descendantes. Un silence horrible. la magicienne bienfaisante de l'Empire.LA TRES PIEUSE IMPERATRICE. voilà ce qui remplaçait maintenant main vigoureuse d'Impératrice consacrée par les évêques du concile de Nicée. Il Elle appela ses femmes. Irène. alourdies du poids des joyaux géants.

Elle rappelait les prévoyance à l'Empire. Malgré ses quarante-neuf ans. Brusquement. quand sa pensée impériale dirigeait Staurace. et comme. Depuis que le mal la terrassait. pareil à la cire des cierges. Son éloquence gagnait soins les dignitaires. . Alors. Staurace. il n'accomplissait que des choses bonnes et justes. elle était admirable encore.86 PRINCESSES BYZANTINES. un vent de calamité soufflait sur la ville. Il conjurait de gagner Triclinium et de parler aux se'nateurs. le tat et rentrer au palais. luisait Son visage. dans l'ombre des franges de perles et les feux de ses yeux semblaient deux lueurs venues de très loin par delà l'auréole d'or du trône. dans la châsse de ses hardes précieuses. apportant l'éclat de la pensée divine par-dessus l'illumination des pierreries. Qu'on jugeât entre elle et lui. amenait les éclaireurs barbares aux portes de Byzance. Elle se dressa sur son trône. Irène reprit son as- surance et. Qu'avait-il œuvré depuis qu'il prenait l'allure du Maître? On se battait dans les rues. cette courte défaillance. remise déjà. le elle accabla de son . mépris. de ses accusations ministre Staurace montra l'anarchie qu'il voulait imposer à la ville. ayant vaincu Sa venue au Sénat fut accueillie avec respect. .. changeant le discours préparé. pâle de la mort prochaine. ne pouvait rien de lui-même.. donna le signal de amena les gardes. les biens des citoyens. On lui rendit les honneurs impériaux. Naguère. fraya Aétius un passage. Ce ministre. Le fer et le feu menaçaient la vie. refusant d'aller combattre l'ennemi. bon exécuteur de la pensée impériale. de sa terreur perpé- donnés par sa tuelle d'outre-vie. par son administration il prospérait. Irène fit un vague geste. au contraire.

. libre d'agir. subirent les supplices et A la Noël de cet an 800 Charlemagne fut couronné empereur d'Occident par le pape Léon. Dès Les choses rentrèrent dans l'ordre le soir même. Irène avait toujours nourri une admiration sincère pour ïe chef des Francs. Les sénateurs l'acclamèrent. « Cependant cet arrêt avait frappé le ministre lui était Un il sang écumeux monté des poumons le à la le vomit et otïrit aux médecins accourus au cœur. d'affronter par deux sa sortie fois la sédition. Maintenant débarrassée du plus vivace ennemi.LA TRES PIEUSE IMPÉRATRICE. quelques moines irréligieux et des s'em'parerait de l'Empire. Deux jours après sa mort.. bouche. . Il affirmaient témérairement qu'il vivrait plus longtemps et Il mourut. superbe de haine douloureuse devant la basse ingratitude des hommes. au souvenir rappelé de son génie surhumain.. Alors elle prononça contre Staurace la formule de déchéance avec la défense à tout homme de milice d'approcher le ministre mis hors la loi. elle songea. la foule lui fut meilleure. devant le courage qu'elle montrait. dès que l'importante nou. du Triclinium. « Mais Aétius et Nicetas avec quelques autres poursuivirent Staurace. 87 admirable de beauté ascétique et intelligente. quasi défunte. malade. les chefs de cette révolte l'exil ». successeur d'Adrien. signe d'une poètes mort inévitable^ Les quelques courtisans qui lui restaient. furent pris. pour perdre Aétius une révolte en Cap- padoce. avait suscité. des imbéciles.

Les parents d'Adrien I" méditaient sa mort et seul le vainqueur franc l'avait sauvegardé. remédier au mal que luttes l'intérêt des immédiates contre lui avait causé à Byzance. En l'état d'esprit où elle se tourmentait. élevé par lui au siège de Saint Pierre. sa seule excuse poursuivît jusqu'au bout l'œuvre de grandeur à laquelle sa volonté ambitieuse su. il lui parut devoir cette réparation à la mémoire de Constantin. Adrien s'adressait autrefois à Irène et à Constantin justes souverains de Rome. Staurace. rigoureusement les indications de son protecteur. lui devait aussi la vie. il convenait qu'Irène. bordonnait aussi bien le destin de ses proches que celui de On démontrait déjà que ce ministre avait succombé aux maléfices du poison impérial. Bien qu'il tut obligatoire pour si . par suite. les successeurs sateurs d'un de Constantin de se prétendre seuls dispenhaut titre en qualité de chefs de l'Empire romain. Puisque l'union avait manqué par ce seul motit de concurrence. ancienne alliance de Byzance et velle lui parvint. Or. pour la gloire de la patrie grecque. Il devait suivre. Lui-même décernait à Irène ce titre de Très. Irène comprit bien à la manière de la nouvelle diplomatie papale comme Charlemagne savait l'impuissance de l'Orient. Pieuse pour ce que l'hérésie iconoclaste avait . la Byzance ne pouvait s'opposer à ce que Charlemagne prît couronne des empereurs.88 PRINCESSES BYZANTINES. Léon. les armes et les ressources de l'Etat grec ne permettaient pas de soutenir efficacement pareille attitude. à cette de l'empire d'Occident jadis ébauchée pour son fils. il continua de les considérer ainsi dans les actes publics pendant toute la comme aux durée de son pontificat.

Au contraire. Léon. Elle se lève comme l'àme suprême du vieil Empire romain près de rendre le souffle. toute hérésie différente de sa commu- nion. C'était en quelque sorte la déchéance avouée reconnue des successeurs de Justinien. il La discuter La si voici debout. 89 pris tin sous sa régence. ré- duit par de plus hautaines préoccupations. subie jusqu'alors par le monde. Les États. dès l'avènement. L'équivoque. ne reconnaissaient plus la suprématie nominale des potentats de Byzance. et cela par le chef chrétienté. très inattendu. farda vigueur nouvelle. C'était pour la politique Irène une signification extrêmement grave. ou plutôt avec Vidée de sa patrie. de la suzeraineté romaine. Qu'importent remèdes cessent et rapproche bientôt le les : mort un instant éloignée se sort de Byzance est menacé. Il ne le fallait point. Elle songea aux moyens de parer le coup funeste qui effaçait de la place d'honneur Byzance et lui ôtait la faculté de revendiquer. Le mal disparaît. ou mieux est vaincu. et se reconnut en sa dépendance au détriment de l'Empire oriental. dans les questions belliqueuses ou religieuses.LA TRES PIEUSE IMPERATRICE. le plus important en et même de la autorité morale. Irène s'était identifiée avec l'État. le droit de considérer comme rebelles toute prise d'armes con- traire à ses intérêts. Irène eut bien vite conscience que était la récrimination ou- verte ne ferait que confirmer cette déchéance. était dénoncée diplomatiquement par le premier feudataire. débris de l'Empire romain. mais qui si la . se déclara lige de Charlemagne. Le sentiment de ce péril immense. à l'Impératrice d'une l'avenir. en admettre la possibilité. avec la patrie.d'Europe.

la défaite entière. Leur victoire s'imposait inéluctable. l'Impératrice se aux Francs. Il fut infiniment flatté de cette proposition. bruit vient d'outre-mer Les ambassadeurs partent. six siècles avant Malgré les grands efforts l'heure. un puissant guerrier. Au fond de soi. Ainsi elle évitait la bataille et la déroute. le nouvel empereur allait réunir à ses possessions immenses le vieil Etat du Bosphore. Après en avoir nié la suzeraineté nominale. ils demandèrent simplement la main de Charlemagne pour la très pieuse impératrice Irène. Qu'une femme grecque. choisie comme épouse par l'autocrate Byzantin pour ses seules qualités de plastique et d'intelli- . comme dans les familles heureuses les seconds cousins se lient par mariage afin de sauver l'intégrité du patrimoine et les traditions des ancêfiançaient tres communs. C'était l'union charnelle des deux moitiés du grand Empire romain qui se pour les temps d'avenir. Irène trouva le miracle tri- diplomatique. mais un barbare. Par une idée d'admirable génie le . ne récriminèrent pas. Les conjurés sont soumis. le Franc se savait un Barbare. Despoïna augustale des Romains. blason et veut trépasser sous son noblesse fait que la négation de sa ressurgir des limbes entrevues déjà. C'était. sa quatrième femme.go PRINCESSES BYZANTINES. n'offrirent ni ni concession : but. Charlemagne était veuf de Lutgarde. un rude. Les ambassadeurs venus auprès du Franc ne prièrent point. qu'une Athénienne. Le que Charlemagne prépare la conles quête de la Sicile. C'est donc par armes qu'il compte unir rOrient à l'Occident? savait incapable de résister de son règne.

gence. devenue par ces qualités impératrice puissante et rédu parti militaire et de l'hérésie icono- que cette femme unique. et le ccfmte Héligan partirent bientôt pour confirmer la paix et traiter les détails du contrat nuptial entre les fiancés impé- riaux. lui déplaire. qui conservaient en eux la tradition des sciences écloses aux cerveaux des Chaldéens. et Au de delà du Rhin de la Loire.LA TRES PIEUSE IMPERATRICE. Byzance paraissait une ville et féerie. très belle encore. le côté politique n'était point il pour De ce projet accompli. 11 ceindrait légitimement la couronne de Constantin. d'intellectualité divine. 91 vérée. Le Franc n'hésita guère. évêque d'Amiens. empereur du monde romanisé. Au reste. héritage d'Auguste et de Marc Aurèle. . le esprits puissants de l'Asie rendez-vous de tous les de l'Europe méridionale. victorieuse claste. L'offre d'Irène l'enthousiasma. résulterait l'investiture en sa per- sonne de la succession dans la série des Césars. et. disait-on. Josse. des Hellènes. comme Trajan. lui déclarât qu'elle et qu'il était le Taimait parce qu'il la valait en tous points seul homme digne d'elle. cela le transportait. des Romains de la république. Charlemagne tenait beaucoup à ses prétentions de bel-esprit pédagogue. régnerait.

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pour le mariage d'Irène. lui Au mois « de mars. Cette année (80 1) lepatrice Aétius. Aussi avait-il pris soin de le faire nommer seul stratège sur la Thrace et la Macédoine. la grande. Aussi les hommes qui préparaient la révolte contre l'Impératrice. - LA DÉCHÉANCE ET LA MORT. là. Plein d'une extrême arrogance. méprisant les hauts dignitaires. complotèrent de la mener rapidement à la catastrophe. Cependant les mandataires envoyés par Charles et le pape Léon. la Très Pieuse aux Byzantins les contributions civiles et Irène remit déchargeales redevances commerciales d'Abydosetd'Hieros. » C'était en effet. libre de et la peur de Staurace dégrevé de ce souci.•^^I^-^^^^^-^-^^^-»!^-^-^-^-^-^^^-^^-^^'^"^^ VII. rendit grâces. neuvième indiction.. employait tout son crédit suprême pouvoir sur la tête de son frère Léon. Aétius ne jugeait en aucune estime les autres gens. bien qu'il commandât déjà le thème d'Orient.. arrivèrent afin de réunir en à transporter le un seul les empires d'Orient et d'Occident. pourquoi et pour plusieurs autres bienfaits le peuple. gravement irrités contre son favori. la seule affaire pour Irène. .

Elle pensait non sans raison que le succès du mariage et l'union des empires anéantiraient pour toujours les espoirs des conspirateurs.94 PRINCESSES BYZANTINES. surtout parce que chacun. l'Empire grec lui sera une terre étrangère et : Pour fausses qu'elles organisée et fussent. se croyait tou- jours à la veille de la Charlemagne devenait empereur d'Orient. Vous avez voulu obéir à une femme vous avez dégradé l'État. conquise dont la fertilité enrichira l'Occident. on se rendait facilement à ces raisons. L'aigle romaine va s'envoler vers les Gaules. « Vous ne serez plus. dépendant d'une faction capable d'acquérir le pouvoir. D'une heure. chez les uns et les autres. laissant Aétius gouverner en sa pour le reste. qu'une faible province de l'empire d'Occident la politique de Charlemagne veut asservir le monde . prêil Quand projet d'Irène et de cher contre l'union des États. sans se préoccuper autrement des fureurs que soulevait sa jactance ni du prétendant qu'il établissait dans les thèmes militaires. les difficultés se compliquèrent à la venue de l'am- connut quelle sérieuse consistance prenait le Charlemagne. Aétius voyant échappera sa famille les chances de conquérir le trône. s'emporta en unefureur folle. Si . prêts à venger sa mort ou les récents amis d'Aétius. disaitil aux Byzantins. qu'ils fussent les anciens amis de Staurace. qu'il leur savait promettre. il devint l'implacable ennemi de sa souveraine et. persuasifs. il alla. vous êtes devenus sa dot ». à l'autre. par tous moyens oratoires. Mais bassade. leurs chances de profiter des troubles et des séditions pour se créer une charge lucrative à la suite réussite. . toute. prêts à partager la fortune Elle s'y donnait place. pécuniaires.

sans mérite connu et vers lequel tous se tournaient le sachant encore dépourvu de favoris. gb du triomphateur. Son courage avait . C'était là le rêve de tous les Barbares envahisà réaliser seurs depuis sept siècles.LA DECHEANCE ET LA MORT. homme obscur. ignominieux et stupide. son frère. qui les menaient alors. loin de réduire l'Empire romain à une province de ses Etats occidentaux. Mais les conspirateurs de Byzance tremblèrent de se voir réduits àla situation de citoyens paisibles. leur êpée au parti vivaient de cela. Le calcul fut tel parmi les groupes politiques. plus riche et leur la La compétition d'Aétius contre Irène facilités Ils allèrent promettait trop de pour tendre successivement par les main à l'une et à l'autre. Nicetas et Sisinnicos. le l'élu du clergé latin n'eût point failli plus cher désir de ses ancêtres. ces chances allaient disparaître. dans l'espoir de déterminer son choix. son rêve de cinquante et années. de capitaines dénués de centenies. lait La ville fourmil- de gens sans aveu. Car il est bien certain que Chariemagne. Le civilisateur des Gaules et de la Germanie. leurs sermons. qui vendaient le leur appui. et rues excitant avec des cris ni de des prêches en plein vent l'indignation des ils habitants. de moines hors du couvent. de soldats en congé. se fût hâté. la chose faite. Irène ne s'inquiéta pas de la rumeur. les enrôlaient pour le compte du chancelier Nicéphore. Léon. désormais incontesté. ni de Chariemagne. Très haut déclaraient ne vouloir ni d'Aétius. de se fixer à Byzance et de supprimer l'Orient et l'Occident en tant que divisions territoriales ou administratives pour les fondre dans l'unité romaine aussitôt reconstituée. de ceindre par-dessus la couronne de ferle laurier des Césars. de prendre le titre que lui conférait ce nouvel apanage.

à trier des herbes. leurs épées sauraient bien toujours écarter le Barbare de la nouà n'y prendre plus garde. Ils manifestèrent avec violence contre Charlemagne. Irrités contre Aétius. Par delà. il était trop tard. tout occupée du soin de son corps par où elle voulait séduire le prochain époux. Le chancelier Nicéphore. ni leurs grades ni leurs privilèges ne seraient respectés de ces rudes guerriers. le Quand la Despoïna épouvantée voulut agir contre mouvement devenu général. Alors ils s'allièrent avec Nicétas et Sisinnicos. Aétius et Irène. Pourtant des dignitaires parvinrent en sa présence. la tête proclamé empereur. à se baigner dans des eaux imprégnées d'essences rares et de vigoureux toniques. qui les Léon qu'il leur imposait. que. Ils prévoyaient que. Entourée de chambrières. du peuple vers Sainte . affronté tant d'émeutes et de séditions qu'elle s'accoutumait Au reste. elle passait le jour à composer des thériaques. sans se préoccuper autrement des bruits de la rue. velle. dans provinces. l'humeur noire l'avait au palais. ils adressèrent leurs plaintes à l'Impératrice. dans l'armée franque. Ils l'avertirent avec brutalité qu'en devenant impératrice elle avait renoncé au droit de se donner un maître. si les prêtres avaient pu soumettre l'ancienne Rome à Charlemagne.96 PRINCESSES BYZANTINES. Elle ne leur répondit. Des officiers accouruvexait de mille manières. Les sédi- tieux arboraient un même drapeau. Elle se cloîtra ressaisie. contre son frère rent à Byzance pour venir prendre le vent. marchait à Sophie. attendant le résultat des négociations diplomatiques. les légions s'agitaient. Irène haussa les les épaules et les congédia.

Enfin. ayant occupé le quartier dit Chalcé.A DECHEANCE ET LA MORT. Theoktistos le patrice et questeur.. Cette année (801). « L'aidèrent à cela Nicétas patrice domestique des scholaires. la onzième . parce qu'elle voulait éprouver par ce subterfuge sa traîtrise. s'y introduisirent. même où elle allait 7 . d'octobre. patrice et logothète universel. le fils de Mousoulacios. leva la bles tyrannie contre la Très Pieuse Irène. le calme annaliste.J. et Grégoire le patrice. ils constituèrent des gardes auprès du palais d'Eleuthérion où était l'impératrice. Léon et Séranpar parjures et dois. ayant amené dans leur parti. On fit croire que l'Impératrice Irène leur donnait le mandat de déclarer Nicéphore empereur afin de déjouer les desseins d'Aétius patrice qui désirait proclamer son frère Léon. Et ainsi les patrices s'étant avancés encore vers le palais. » Irène ne pouvait croire d'abord à cette promptitude du désastre lui venant échoir à l'heure PRINCESSES BYZANTINES. au mois indiction.. Se joignirent à eux ce note c< — — : : topechos le questeur. Sisinnicos également patrice et son frère Triphyllis. quelques-uns des chefs des corps armés. ic « Au point du jour. par artifices. De là des hommes de la lie du peuple et des esclaves envoyés dans toute la ville confirmèrent la proclamation de l'empereur avant la minuit.. et Petros le patrice. la quatrième heure de nuit du second Jour de Dieu étant irrité par la multitude de fête illuminante nos fautes et le permettant ainsi par ses jugements ineffaNicéphore. Eux ajoutèrent facilement foi au mensonge et saluèrent le tyran empereur. ils y menèrent les gardes trompés par leurs mensonges.. 97 Première année de Nicéphore empereur des Romains ».

Prisonnière de ce Nicéphore! Elle eut une crise de rire rageur qu'on entendait dans les cours. de ses insignes. C'était alors la fuite des domestiques. en qui elle se reposait des soucis quotidiens. elle resta. avec la rigueur de l'ange léthifère. Quand elle fut toute vêtue ainsi. déterminée à imposer le magnifique spectacle de sa hautaine attitude devant de elle misérables adversaires. la magicienne liseuse de l'avenir. n'avait donc rien pu. main près de . courant porter au triomphateur nouveau l'hommage de leur servitude. Elle songeait que c'était l'expiation venue de ses derniers actes. elle gardait une foi trop sûre pour s'avouer la faute de ne pas avoir senti le mouvement du peuple. le chemin de gloire. En sa prévoyance. pleura fort. se vilipendant elle-même de sa sottise. débarrassant. au point qu'elle-même succombait en sa personne et que le fruit de l'œuvre pénible se dérobait à sa cueillir. Aétius. elle étant Augusta. des plantes humaines capables de retarder la marche vers l'accomplissement? Dès qu'elle connut qu'on allait la prendre et la conduire au grand palais. Le rythme de destruction engendré par son âme volontaire avait fini par la dominer. elle se calma soudain. la réduire au point que ses intentions envers son fils avaient été trahies par le hasard plus fort^ morale. couronner son œuvre par la véritable restauration de l'Empire des Romains. Elle se para de ses ornements impériaux. à diviser l'effort de ces séditieux. des favoris. Cependant lui et ses ambitions se trouvaient comme elle intéressés à combattre. N'était-elle plus la prudente Irène. Seule avec ses femmes éplorées. accusant Aétius.98 PRINCESSES BYZANTINES. des meurtres crus nécessaires. regrettant Staurace.

esprit l'efifort progressif de la race lésé par cette ses avaient affaibli organes physiques. Le murmure de la foule passait sans enthousiasme. l'instinct maternel. saire. Les cloches sonnaient à volées pour le 99 couronnement de l'usurpateur dans ce gris matin d'octobre. le visage des maîtres. tenté la pratique de ces préceptes plus beaux que la vie où leur efficacité sombre.LA DECHEANCE ET LA MORT. dans sa vie impériale. lui retentissait Comme chaque coup glas de ses espoirs. Elle s'était affaissée dans le remords. Les cloches sonnaient. disparition.Sophie. et ce mal. Depuis. consacrait l'ennemi dans la basilique entre les quatre colonnes de brèche verte amenées du vieux temple d'Ephèse sous le grand dôme de Sainte. et la pompe austère de leurs enseignements hiératiques. lamentablement. elle l'avait créé par punition néceselle-même. sonnant le malheur cette mort de Constantin. l'instinct puissant des atavismes. oublieuse la des précautions à tenir contre conspirateurs. sonnaient pardessus la voix de la mer. Avec quelle dévotion de chaque heure. Ah c'avait été au cœur. Pourquoi le rêve de l'union avec le Franc l'avait-il fait un instant ressurgir pour rendre plus odieuse cette extrémité dernière? l'avait terrassée Le mal Elle évoquait sa vie de vierge philosophale écouteuse des doctes enseignements dans les académies d'Athènes. Le patriarche Taraise. telles qu'un symbole de la perpétuité des enseignements initiatiques à et . celui qui l'avait tant exaltée. de chaque pensée elle avait. curieux plutôt des apparats cérémoniels et de la figure du nouveau maître. son perpétuelle engeance des même. L'aube fraîche frissonnait à travers les cimes des jardins. s'y était donnée pauvrement. sa créature.

les choses qu'offre le monde. » de l'air elle-même fut ce jour-là terrifiante et obscure. à ceux qui se réjouissaient. frappés de stupeur. contre l'automne. mais les militaires tenaient tout du glaive. plus personne dans ? Byzance qui soutint sa Très Pieuse Majesté En fait. doutant presque de la réalité. le froid intolérable.PRINCESSES BYZANTINES. d'autres. l'essence à prévoir la prospérité passée. de piété et de raison ces gens s'étonnaient de la sentence Comment une femme qui naguère encore combattait la pour défense de la vraie foi et avait bien souffert pour son œuvre se trouvait-elle dépouillée de l'empire par un ses amis lui manquant par cupidité Léon. le peuple les officiers et et les prêtres l'aimaient toujours. Triphyllis et les autres patrices haïs de Dieu qui.. et vivant divine. à celui qui la prenait. pleuraient en louant la nature. — : Sinopeosle trésorier. consolés par les présents de l'Impératrice et invités à sa table fréquemment. travers les peine dissemblables de apparences diverses des religions.. formes à la même.. malgré . « Les autres. de l'antique tentative de la l'homme cherchant N'était-il Cause. Le chroniqueur la foule. Ils partirent (les patrices) pour la grande église afin de couronner l'homme néfaste. en prévoyant d'imminentes calamités.. porcher. avaient affirmé par des serments terribles préférer son amitié à toutes et. se croyaient joués par les songes. Là tout le peuple était venu jetant des malédictions à celui qui posait la couronne. doctes plus habilement l'avenir.. Bien plus.. laisse voir sous la terreur en ses écrits quels sentiments couvait «.

gagnés à l'avance. Simplement il y protesta n'avoir pris la couronne que pour sauver Byzance du joug étranger. ne le rassura point. Les sénateurs. l'acclamèrent. une relique dans la somptueuse châsse de ses insignes. Elle attendit le jour qu'on statuât sur son la nuit. Nicéphore la conjura de se fier à sa loyauté. Elle pouvait attendre de lui tout ce qu'une Despoïna réclame d'un pieux serviteur. Elle semblait déjà hors le monde. Il redouta de lever la colère des rues et des cloîtres en . On l'avait porté à l'empire malgré il lui. qu'il rendrait visite à et. l'Impédevant l'austère majesté d'Irène. Nicéphore allait au Sénat. Son obscurité sa fortune. balbutiant presque des excuses. On le voyait encore sous l'impression de la haine populaire si clairement manifestée la veille dans Sainte-Sophie. Irène attendit en vain tout sort. Elles apprirent ainsi qu'après la cérémonie du couronnement. Il vint. Irène ne le releva pas. affirmait en signe de deuil au lieu des souliers rouges qu'arborent les empereurs d'ordinaire. il se trouva tout à coup sans voix. et ils communiquaient aux chambrières les nouvelles. Aucune pernicieuse aventure ne suivrait cet événement fâcheux pour elle. fauteurs même de la révolution. on annonça ratrice. en effet.LA DECHEANCE ET LA MORT. avec les patrices. Les gardes se promenaient sous les arcades. Il promit de lui apporter les soulagements e|ui conviennent à l'infortune d'une impératrice. encore toute Le lendemain. Avec cent protestations. Il le ne se faisait nulle illusion sur ses privant d'enyieux avait seule aidé et il mérites. très humble. Et les porter montrait ses souliers noirs.

En tous lieux et de toutes manières que le nom du Seigneur soit béni! Ayant invoqué gneurs. rien ne nous peut advenir. tu eusses péri. j'ai voulu te vouer avec les mandent au monde reur princes les rois. personne ne les tiens à et me résistant. A ne cette promesse. Aussi laisser. Aussi je n'impute qu'à moi-même et à mes fautes le motif d'un pareil abaissement. Dieu par qui comTes complices furent épargnés. Irène comprit l'avidité de cet esclave d'hier. Maintenant je te vénère comme l'empe- promu par Lui. Nicéphore surprit ce mouvement. tant qu'elle porterait le sceptre et la couronne sous laquelle resplendirait toujours pour le peuple lui sa beauté d'élection. il la pria de lui remettre les trésors des empereurs anciens indispensables à l'État et qu'elle ne pouvait plus garder. Rien semblait perdu. je suis certaine que c'est Dieu qui m'éleva moi. cupide. Et comme il était fin. l'Impératrice de joie. fille sans naissance. Même tressaillit assura qu'Irène conserverait ses titres et ses insignes. tirer « et pensa tout de lui par cet appât. « Le succès de tes agissements a prouvé que les bruits courants sur ton compte étaient vrais. traitant il mal l'idole humaine adorée des Byzantins. avide des richesses légendaires de l'Impératrice. Mais raffermie par tes protestations et tes ser- ments. Homme! dit-elle. je te supplie d'épargner ma fai- blesse et de me pour consolation de mon incompa- .PRINCESSES BYZANTINES. car je que sans un signe de sa puissance. crois le seul Roi de tous les rois et le Seigneur des sei- je veux lui imputer la cause de ton élévation. jusque sur le trône impérial. bien qu'indigne. Si j'avais permis que mon esprit s'en influençât.

Il répondit : « Si tu désires que ces avantages te soient conservés. résolu déjà à ne tenir aurait l'or et la sécurité aucune promesse quand du pouvoir. et aussitôt je me soumets à tes désirs.LA DECHEANCE ET LA MORT. elle se trouva emmenée gardes jusqu'au port et embarquée. Nicéphore se . où elle avait fondé un monastère. C'était fraîches. recueilli. rable calamité. la vit Irène ne protesta point. muette et adonnée seula lement aux pratiques pieuses. et là. sans Il piété. de ses palais. ne s'arrêta point il à discuter. Cependant quelques-uns de ses plus ardents amis ne délaissèrent pas. Elle le fit ne cèlerai même pas une obole! » conduire aux caves d'Eleuthérion par un moine s'y qui avait ses secrets. Ce discours guère plein de fierté et de courageuse résignation cet homme peu scrupuleux. s'écria l'Impératrice. On la déporta dans l'île du Prince. je pourvoierai aux honneurs que l'on doit te rendre et « au repos qu'il te faut laisser ». comptant pour certains les serments de Nicéphore. ce peuple devant la foule. ce palais d'Eleuthérion que j'ai io3 construit moi-même n'émut ». les légats de un lieu admirable. jure auparavant par toute la Vertu Divine que tu ne cacheras rien des trésors de l'Empire. voisine de Byzance. Mais quand elle-même voulut par les rendre . uniquement livré aux soucis de l'avarice. voilé de verdures Les religieuses la servaient. Charlemagne qui assistaient à l'enlèvement. regarder Longtemps on de la poupe les terrasses et les jardins encombrant les môles. Par ces bois vénérables et vivifiants de je la Croix. Ils ranimaient son courage.

Les citoyens dépouillés par les cours martiales s'y joignirent. on ne se souvint des bienfaits de la pieuse Irène et qu'on ne la rappelât pour admi- tombant au mois de novembre un froid très âpre Nicéphore sans clémence. s'établit de la rive à l'île. . ordonna de la déporter dans l'île de Lesbos. Il périt empoisonné par ordre impérial. On déserta la cour du vainqueur. le conduisait sottement. au départ. de chalands. ému de nulle pitié. Des cours martiales instituées par sa rancune envoyaient au supplice ennemis du parti militaire. Irène n'avait plus de raison pour . le bruit courut que les ambassadeurs de Charlemagne. de l'y retenir sous une garde très étroite et de ne la laisser voir de personne ». On mourait de peur de l'ennemi et du tyran. Les trésors de l'Empire. s'aliénait peuple. « De crainte que. déjà sur la terre. nistrer l'Etat. Elle distribua des titres de cour aux religieuses qui l'entouraient. Nicéphore eut peur. Un va-etvient de calques. comblés d'honneurs.I04 PRINCESSES BYZANTINES. avaient laissé entendre cependant qu'ils reviendraient bientôt avec les lances victorieuses de la Germanie saxonne. accompagnés d'un héraut grec chargé de reconnaître l'empereur d'Occident. Nicetas exigea le prix de sa trahison. les il les avait enfouis sans gratifier la foule. par hasard. Par la ville. On l'interna à Mitilène. de dromons. Ses amis accoururent en pèlerinage à l'île du Prince implorer le pardon d'Irène. A partir de ce temps. Irène s'arrachait à la maladie pour réunir les mécontents. Bientôt ces pèlerinages se succédèrent sans grands intervalles. La possibilité sembla naître de reprendre le pouvoir.

ioÎ) Elle s'abandonna toute à la rancœur de sa déqu'il lui chéance. Comme combé sur Cette « femme de volonté trépassa l'été suivant (802). On lui fit la vie fort dure. sentant agoniser avec soi la fortune de Byzance qu'elle avait voulue sacrifié sa moralité si belle. et étouffé ses naturelles affec- tions. entourée des fantômes de ceux qui avaient sucsa route. Elle se laissa dépérir. . en évo.LA DECHEANCP: et la mort. D'aucuns affirment fallut filer pour obtenir les aliments indispensables au corps. onzième indiction. au monastère de sa fondation ». quant le mirage d'une splendide destinée. exister. Elle reposa en vue de la côte grecque là même où elle avait porté les yeux au jour de ses noces impériales. les habitants de Lesbos la considéraient souffrir et lui souhaitaient la prompte délivrance de la mort. Son corps fut transporté dans l'île du Prince. pour qui elle avait humaine. Le neuvième jour du mois d'août. et envoûtée de leur haine posthume. I'Impératrice Irène mourut. au deuil de ses espoirs.

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ANNE COMNÈNE .

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famille Comnène dont La pire qui régna dans et s'illustra l'histoire la suite du Bas-Eni Sci- sur le pays fabuleux de la Trébizonde. une généalogie contestable qui n'infirme ni ne certifie les écrits des chroniqueurs.'i* -^»r ^«^^^ --^^T* -<?% jf'-W^^ -'^ I. Isaac Sebastocrator. il importe peu de connaître le bien fondé de hautaines revendications pour une race célèbre entre toutes. quinzième siècle.ï. D'ailleurs. Au siècle où les Comnènes parvinrent au trône impérial. par amour pour une fille des sultans. prétend dater son origine de pions. Rome des A la fin du siècle passé..V -. ~ LES ORIGINES DES COMNÈNES. ayant renoncé jadis à la religion chrétienne.ï ^t-^Ji^^ii v»^ V 'V^ ^JhWA'. on les savait depuis longtemps établis en Asie. et si honorée encore après la chute même de l'Empire byzantin que le suld'appartenir à cette descendance. en était devenu l'époux. avec ce soin superficiel des érudits du temps. un chevalier de Comnène écrivit.^ ^i>. de noblesse jamais discutée. Leurs domaines patrimoniaux occupaient une partie du district de tan II se vantait et Mahomet cela en plein .r^« vf. Il alléguait que le fils d'Alexis le Grand.

le Sarrasin. et l'autre la fille du Patrice Charon. à l'occasion d'un des nombreux traités toujours violés au lendemain. dans les chroniques. Le beau sang de fit leur race les y paraître valeureux et prudents tour à tour. Au sortir de ces sortes de mousquetaires. on leur donna des commandements. Ils combattile rent et. que la reconnaissance du souverain ne manqua point de pourvoir. que l'un épousa. Castamona dans une région proche de l'Euxin. les intrigues des parce qu'ils s'étayaient l'un l'autre de leur amitié frater- nelle. On en effet. Turc. Isaac et Jean. ils furent incorporés dans les gardes scholaires. Sous le règne de Basile II. le Russe. une princesse de Bulgarie. connaissant un peu d'astrologie et la science du palais. Plus tard. ils commencèrent à prendre une importance officielle. avaient su lasser le courage des adversaires. ainsi surnommé pour ce qu'il avait envoyé maint ennemi de l'Empire traverser les fleuves mythologiques des Enfers. c'est-à-dire les règles minutieuses de l'étiquette et du cérémonial. deux en bas âge. . Instruits par les moines les plus savants et les philosophes ecclésiastiques. ils reçurent l'éducation des héritiers du trône. le Bulgare et le Scythe. imbus des de Platon.PRINCESSES BYZANTINES. y apprirent l'art de combattre et se formèrent à l'étude de la stratégie déjà fort développé. d'Aristote. Les négociations diplomatiques d'un Michel Il laissa Comnène fils apaisèrent des troubles en Orient. ils surent ils déjouer envieux comme trouve. monde actuel sujets de républiques efferves- mais pour des lettres moins vains. On leur enseigna la clé le des controverses religieuses qui passionnaient ainsi alors monde méridional que les disputes politiques passionnent notre centes.

laissât procla- mel son Michel VII Ducas. inpour la signes de la dignité souveraine. Néanmoins Isaac tenir le désistement. car le vieux Catacalon élu. empereur. par en faveur d'Isaac Comnène. refusèrent de reconnaître Michel VI Statioticos. et recueillit les serments des fonctionnaires. dut payer les services des convers et les frais de son entretien avec la monnaie du vainqueur qui portait un glaive gravé. et tra- cassé des ennuis du gouvernement. les défaites et la captivité de Romain. Mais les gardes du palais avaient toute confiance dans la famille amie des Comnènes. se désista la Paphlagonienne. atteignit la vieillesse. Ils possédaient déjà une clientèle redoutable. Son frère Jean refusa de lui succéder. encore que une assez beaucoup dévoilassent habile intrigue menée par les Comnènes pour ob- Au reste. malgré son prestige militaire. devant leur ré- volte. la victoire flatta le nouvel Michel Stratioticos battu. Les Comnènes et leur influence comman- daient sous un autre nom. eunuque favori de rimpératrice Theodora les insurgés. il alla se parer Pâme mort au monastère. Eudoxie Dalassène. On ac- cepta cette substitution.LES ORIGINES DES COMNENES. impératrice et femme de lettres. Ce fut un de leurs amis les plus fervents. assemblés à Sainte-Sophie. gouverna sept mois après la mort de son mari. Ce prince laissant aux Turcs le soin de défendre son fils trône attaqué par de nombreux compétiteurs. à cause de sa beauté martiale. le proèdre Constantin Ducas qui chaussa les souliers de pourpre. Ils étaient donc de grands personnages lorsque les chefs de la garde arménienne. puis éleva au trône Romain Diogènes. tonsuré et relégué au cloître. se déconsi- . Assiégé de scrupules religieux. il fallut qu'Eudoxie. surnommé Parapinace.

en cet empire de Byzance et durant près de Comnène . conserver la situation prépondérante en se sacrant le protecteur assermenté du trône quel qu'en fut le détenteur. il pria l'usurpateur de délivrer Eudoxie. l'un des premiers. destin. le chef des gardes francques révoltées. Pendant ces années de trouble où tour à tour le César Jean Ducas. déra publiquement par une alliance décriée. Eudoxie conduit le règne de Constantin et de Romain Diogènes. Ursel. enfermée au monastère par son fils Michel Ducas. Au reste. C'est de cette mère qu'Alexis disait plus tard en lui remet- tant la régence au début d'une campagne : « Elle a formé . deux siècles. rien de grand qui ne se soit accompli par les mains des femmes crimes ou gloires. Nicéphore Mélissène et Jean Bryenne assaillirent de leurs ambitions armées le gouvernement mal tenu en main par un empereur trop soucieux de parfaire des ïambes dans les chambres secrètes du Palais. Les parentes se soutenaient. Un fait immédiat le prouve. Il l'écoutait fort. Anne Delassène mère d'Alexis le guida en tout avec beaucoup de prudence et de sûreté. Quand l'usurpateur Botaniate envoie Michel Ducas au monastère. Alexis. Alexis semble avoir su. Dès qu'il fût entré en grâce près de Botaniate. de la famille même de l'impératrice Eudoxie.PRINCESSES BYZANTINES. porte l'hom- mage au monarque du Issue . Alexis Comnène en profita pour aider sa fortune à la tête des troupes grecques. Anne . Celle-ci devait mettre au palais les Comnènes qui attendaient l'instant propice sous la garde et la vigilance de la vieille Anne Da: lassène. le dira dans ses histoires. Marie d'Alanie celui de Michel Parapinace et de Botaniate. d'une ruse maîtresse.

on parle plus facilement que les jeunes gens. la de l'une. On l'avait regardée. et qu'elle sa vie. Anne Delassène sut indiquer à son le fils que ple la patience assurerait la suprématie. non seulement. Il signifiait qu'il fallait profiter tendre ses services. trouverait Alexis. le corps commençant à s'affaiblir. pour revivre dans nitive. écrivit sa petite-fille. dans un âge où. il la fallait vraiment supérieure et d'intelligence créatrice. Elle prit maniement des affaires. Pour qu'un prince aussi fin affirmât une telle confiance. atrénovation défi- En ce hasard des vanités individuelles luttant par antagonismes de violences. et on s'était étonné de voir dans la fleur de sa jeunesse. le Anne Dalassène lui apprit à attendre. Nous n'avons qu'une même âme en deux corps. usant la campagne par les chevauchées brutales de leurs partisans et la ville par les brusques virements de faveur et de défaveur où la fortune trop changeante soumettait les citoyens inhabiles à se vêtir et dévêtir des plus diverses opinions. PRINCESSES BYZANTINES. un si haut respect envers cette femme et qu'il l'avouât. Jamais on ne nous entendit nous servir de ces mots mien ou vôtre qui sont les termes de partage ou de division ».LES ORIGINES DES COMNENES. dans cet âge où. ii3 mon esprit. l'esprit est dans sa plus grande vigueur et la prudence dans sa plus haute perfection. loyal serviteur de Loi « et hors des compétitions. mais où on agit plus utilement. comme un 8 . dès les premières années de miracle. Le jour où le peu- très fatigué de ces misères chercherait un caractère il ferme qui la guidât. une sagesse qui ne se rencontre pour l'ordinaire que dans la maturité. qu'elle eût. Le sceau d'Anne portait l'image de la mort et celle de la résurrection. déchirant la paix intérieure de leurs querelles.

l'orgueil de leurs instincts indigènes. l'annonce d'une prédication encore inouïe tacle des brusquement quitter au peuple : le spec- chars des chevaux il courait à l'immense Sainte-Sophie écouter d'un précieux solitaire ou d'un prince ecclésiastique les spécieuses théories artistiquement compli- quées pleines d'images fortes et de bravoure oratoire fort semblables à la rhétorique chère aux prédicateurs célèbres du siècle de Louis XIV. Certains jours.114 PRINCESSES BYZANTINES. des chevaux de l'une ou l'autre faction étaient déterminantes agissait pour conclure si la prescience divine dans et les la substance humaine du Christ cinq mois avant les gnards. L'avarice extrême que montra. couches de la Vierge. dès son avène- ment. L'austère matrone prévit tout de suite que ce règne d'u- surpateur devait clore la série des aventures politiques bruyantes. toute la vie d'alors. de leurs alliances. Parfois on tirait les poibornes de l'arène s'ensanglantaient pour des faisait et motifs pareils. le motif suprême de leurs amitiés. Nécéphore Botaniate. Aux et jeux du cirque. il attribuait ses maux à la colère du Christ . Enfreindre le respect dû aux symboles chrétiens en ces époques de foi militante. victoires les Verts les et les Bleus représentaient toujours les uns l'orthodoxie. la fit remarquer sur son visage à tous ceux qui avaient les yeux assez perçants pour la reconnaître ». de leurs ruptures. C'était la profanation de ce que les Byzantins avaient de plus cher au cœur. devait aigrir le caractère du peuple. n'épargna point même les richesses liturgiques. Très indifférent pour les lois économiques et élevé dans le culte. de leurs haines. les autres l'hérésie à la mode.

Elle avisa aux moyens de lui succéder et de maintenir le pouvoir dans une stabilité plus sûre.LES ORIGINES DES COMNENES. la feinte leur remettre les souliers de pourpre au jour de la majo- Comme sanction de la certitude de ses avait épousé la femme de son prédécesseur. le tuteur des fils de Michel Ducas. La princesse Anne Comnène. et il avait poussé vers ce mariage qui conserva la couronne dans sa famille. il il s'était proclame de devoir desseins. Jean Ducas s'y opposa fermement. soutenue par tant d'intérêts divers. souci le de pacifier les partis et l'ambition individuelle du . Le soin d'apaiser les troubles publics de la révolution ne justifiait pas seul un tel choix. Anne Dalassène prévit la déchéance prochaine de Nicéphore. cette Marie d'Alanie en faveur de qui les chroniqueurs du temps épuisent les plus folles comparaisons des dithyrambes. si chaste en ses écrits. la déchéance d'Eudoxie et le couronnement de son neveu Michel. Pour légitimer son coup de force. que ne le ii5 satisfaisaient point les palais et la honneurs rendus. Cet homme de volonté opiniâtre qui avait machiné le malheur de Romain Diogènes. parvint encore à supplanter l'ambitieuse femme de lettres en répandant sur Zoé d'adroites ca- lomnies. puisqu'Eudoxie avait entrepris d'unir sa fille Zoé au vainqueur. déclare ne pouvoir les rapporter sans offenser sa dignité d'historienne et de porphyrogénète. Cela eut lié les partis extrêmes. Marie d'Alanie. avec rité. Le César Jean Ducas avait cru que cette belle femme lui garderait quelqu'influence dans la nouvelle cour. On accusa l'Empereur d'ignorer les rites propres à reconet quérir grâce on le déclara incapable d'exercer sa mis- sion puisque Dieu reniait le sacrifice de son peuple.

On l'envia. sa grâce. les mœurs faciles des femmes d'honneur qui l'entouraient lui permirent de seconder ses vues à Taide de dévouements virils. ses exploits de paladin. Il tenait le comble de la faveur. Ce que son mari perdit par sa cupidité. elle lui mena son fils. et la moins nombreuse fut celle de l'Empereur. Bientôt il y eut deux cours au palais. La dignité de Grand Domestique le récompensa en outre de ses victoires. se rendit aux raisons des dénonciateurs (i). Selon les conseils 11 maternels. sauveur du trône. On le desservit. nulle raison ne subsistait qui empêchât Marie d'Alanie d'adopter son amant. Il imagina que les Comnènes voulaient lui (0 Basile et leurs charges. Anne Delassène n'ayant pu applaudir le mariage de Zoé. elle le retrouva par sa galanterie. Sa merveilleuse séduction. Son astuce féminine. Botaniate averti qu'Alexis s'alliait plus étroitement les généraux et les officiers. et César. la souplesse d'Alexis lui attacha l'Impératrice. De meilleures re- attentions que les hautes charges de la cour récompensèrent Après qu'il eut combattu et vaincu les généraux de mettre à profit l'impopularité de Botaniate. sut plaire. sa foi. ne tarda point à conquérir la première place régir le à gouvernement. eunuques barbares qui prétendaient ne point perdre .ii6 PRINCESSES BYZANTINES. se tourna vers la faveur de Marie. Germain. Elle admirait que la politique de cette jeune femme eût su faire échouer ses plans. Anne Dalassène avait préparé belles avides durant l'absence de son fils. l'élégance de sa tenue magnifique et sa chevelure longue lui prêtaient un prestige indéles esprits niable. La chose se consacra sans le moindre scandale.

il n'osa les frapper publiquement ni même leur donner l'éveil par une surveil- . au temp s du premier Comnène. elles convinrent qu'Alexis quitterait nuit même Byzance rendue avec sa clientèle par les et rejoindrait les troupes naguère victorieuses sous son fuite commandement. On prépara tout pour se saisir de cette redoutable famille avec l'intention de priver les principaux de la vue et d'enfermer au monastère les femmes et les clients de marque. le souverain actuel ne gouvernant qu'en qualité de tuteur des héritiers Ducas. 117 prendre l'Empire. proclame r Les lui plaisait parurent annoncer qu'à la mort de Botaniate s'il trône impérial revenait de droit à leur chef. Revoyant tout le chemin glorieux par eux parcouru en quelques années. Lorsqu'elles surent les exécuteurs mandés et les la gardes près d'agir. que même. il résolut de leur ravir les chances d'atteindre le trône. disent les contes du temps. et seulement pour l'intérim.LES ORIGINES DES COMNENES. d'y prétendre. en tous lieux clients d'Alexis le le Elle s'empressa de faire la souvenir de cession temporaire. Marie d'Alanie invait être passé de suite formait seil la vieille Anne de toutes les choses convenues au con- du palais. Marie d'Alanie ne manqua pas de connaître les dispositions hostiles de l'Empereur. Elle prévint Alexis qui fit inconti- nent avertir sa mère. Très in- quiet du prestige de ses compétiteurs. L'évidence du raisonnement ne laissa pas que de convaincre le peuple irrité contre le sacrilège. La fut commode grandes précautions de secret auxquelles se trouvait contraint Botaniate. Anne Dalassène jugea le moment opportun pour revendiquer le trône en quelque sorte « concédé » jadis aux Ducas. son titre pouau fils des Commènes. L'amour est excellentgardien.

ils l'abandonnèrent. qui ne jugeant voulut qu'on menât tout ce monde à Notre-Dame des Blaquernes. Il fut entendu qu'Alexis vainqueur épouserait l'Impératrice délivrée par quelque prétexte ecclé- Delassène gens qu'elle allait faire ses dévotions à l'église de saint Nicolas-Evêque. Les Blaquernes formaient le plus remarquable quartier de Byzance. comme les Comnènes continuè- rent de paraître à la cour et qu'ils y faisaient orgueilleuse figure avec la foule des courtisans empressés vers le triom- phateur probable du lendemain. siastique de Nicéphore. à la dignité impériale. à qui ils déclarèrent leur résolution de se lever contre Botaniate. D'autre part. Anne Dalassène embrassa Georges Paléologue pas l'asile assez sur. en avisant succès. les empereurs y . Mais en chemin.ii8 PRINCESSES BYZANTINES. Après quelque hésitation. et furent trouver Georges Paléologue. Ses hommes l'accompagnaient pour l'aidera ce vœu. On l'appelait ainsi parce que jadis il consistait en un champ couvert de fougères. Au milieu de Anne les quitta son palais avec les femmes. d'élever la nièce de Jean Ducas. Cela convenu. lance affichée. Plus tard. la nouvelle troupe alla rejoindre les femmes à l'église de saint Nicolas où elles priaient dans les lumières. Georges Paléologue se joignit à eux. On lui profita de l'hésitation souveraine pour préparer le dé- part des conjurés. un de leurs partisans. Irène. Marie d'Alanie avait à elle des gens qui ses desseins annonçaient d'heure en heure l'esprit de l'Empereur et nouveaux. sous la promesse que ne marchanda point Alexis. Nicéphore ne savait de proèdre assez fidèle à sa personne pour encourir la colère publique afin d'accomplir les intentions impériales. en l'épousant dès son la nuit.

et. il reçut une tape pour avoir éveillé son oncle avec de pareilles sottises. neveu du César pénétra dans sa tente et lui annonça la rébellion d'Alexis. Paléologue y pénétra avec ses hommes et. faites-nous la grâce de venir ils coups de sabre. que l'Empereur n'y était plus. il enleva àByzance l'or le bagage d'un percepteur qui portait de l'impôt. séides de l'empereur. Si vous avez agréable de prendre votre part de la bonne chère. vela d'ailleurs l'explication du vœu nocturne une écurie où Près des Blaquernes. ils gagnèrent la campagne. églises. . Mais Anne rencontrèrent des Dalassène tira de sa mante lacroix impériale de Marie d'Alanie et devantce sauf-conduit indéniable. après avoir convaincu aussi quelques Turcs mercenaires. En route. comme nous croyons. par des : en diligence ». à les jarrets de ces animaux. il était les chevaux les plus vites de l'Empire se trouvaient gardés pour le service des courriers. il fallut la laisser avec son cortège. il vint auprès d'Alexis avec l'hommage de ces hommes et de cet argent. Mais Jean Ducas ayant lu et relu la missive. 119 avaient construit de vastes et beaux édifices. ne seront pas mal assaisonnes. coupèrent puis. Celle de Notre-Dame les était révérée et célèbre entre ils toutes. palais. psaumes chantés d'ensemble. Elle renouà accomplir. remis leurs familles à la Vierge.LES ORIGINES DES COMNENES. en lui disant qu'il se trompait de route. Aussitôt Alexis écrivit au César Jean Ducas « Nous avons apprêté un festin dont les mets. ayant. Comme conjurés s'y rendaient. monta à cheval une heure après et cria par le camp qu'il fallait courir saluer le nouvel emle Quand pereur Alexis Comnène.

PRINCESSES BYZANTINES.
La conversion du César au nouveau
lion, la

parti activa la rébel-

consacra d'une sorte de cachet officiel. Les troupes accoururent en foule vers la faveur du jour. L'armée tout acquise à Alexis le vouait à la pourpre. Aussi son frère Isaac
ayant voulu pour soi la couronne, le Grand Domestique l'embrassa devant les soldats et dit qu'il la lui laisserait de grand cœur. Mais la foule armée menaça Isaac de mort, et il s'empressa de chausser lui-même Alexis des souliers de pourpre.
L'habileté du nouvel empereur lui concilia tout le monde. Bientôt des traîtres hâtifs lui livrèrent la ville de

Constantin.

Ceux qui
et

tinrent

pour Botaniate furent

fort

maltraités. Les vainqueurs se payèrent par le pillage des

choses sacrées
«

profanes.
dit

Les grands mêmes,

Anne Comnène en contant

plus

tard l'attaque des croisés, se souvinrent que la ville avait été

Comnènes, et ils appréhendaient un funeste retour qui fût comme le châtiment des cruautés qu'ils avaient exercées en ce temps-là ». Pour que l'impeccable panégyriste d'Alexis se permit une
autrefois prise à pareil jour par les

appréciation semblable sur les actes des partisans paternels,
il

fallait

que

la justice

publique de Byzance eût dès long-

temps

flétri les

excès de ces heures historiques.

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ALEXIS ET IRENE.

Les

galères

du prétendant vainqueur envahissent
les rives.

le

port

de Byzance. Des édifices fument sur

Les der-

niers amis de Botaniate combattent malaisément dans les

rues étroites où la populace hostile les harcèle de flanc. Les
points fortifiés que l'on
tiales

compte tenus par

les

troupes pala-

cèdent un à un sous l'effort des triomphateurs qui ne rencontrent plus une résistance préjudiciable aux intérêts du

lendemain. Les soldats passent, centurie par centurie, aux étendards de l'empereur nouveau, et les prêtres, dans les basiliques, supplient le Sauveur pour la chute du tyran Nicéphore qui les dépouilla. Les dernières chaînes tendues entre les môles ont été détachées par des mercenaires venus au plus fort parti, et les vaisseaux de Paléologue dardant des vergues les carreaux et les traits de métal rougi, nettoient
les jetées

de leurs suprêmes défenseurs.

Les rames abattues en cadence aux flancs des carènes écarlates et dorées immergent les malheureux qui se débat tent sur les eaux. Déjà les proues aiguës vont heurter les architectures du palais Bucoléon, et les antennes abaissées

PRINCESSES BYZANTINES.
éraflent les

marbres polis de
la

la petite
les

anse où

il

baigne.

Comme un
le

merveilleux présage,

matelots d'Alexis saluent

groupe sculptural de

première terrasse, on y voit un

lion qui,
la

une

patte sur la corne d'un taureau, lui enfonce dans

gorge ses dents formidables. couverte du bandeau impérial, la main cachée par son manteau pareil aux dalmatiques des diacres, s'avance avec le glaive nu, des serviteurs relèvent les plis de sa robe pour montrer au peuple les souliers de pourpre. Les étendards se drapent dans les airs avec les figures brillantes des saints aux grandes auréoles gemmées, de la Vierge au visage de satin blanc, aux yeux de saphirs conquis dans les mosquées du Sultan et purifiés par un patriarche martyr. En bas, la bataille houle plus sourde, tous bruits d'enthouAlexis la tête

siasme apaisés,

les

l'inévitable mort, les
la sécurité définitive.

vaincus ne cherchant plus qu'à retarder vainqueurs qu'à gagner au plus vite

Alors Paléologue du haut du château de sa galère fait sonner les trompettes. Les combattants lassés s'arrêtent et les hérauts commencent à proclamer les formules qui investissent Alexis Comnène et sa famille de la souveraine puissance. Lorsque lui-même arrive à exprimer les noms d'Alexis
et d'Irène,

Empereur, Impératrice,
faire,

les

Comnènes

lui crient

de n'en rien
d'Alanie

se rappelant la

promesse
et

faite à

Marie

et le

pacte conclu entre elle

Anne

Delassène.

Mais Paléologue se trouvant à la tête des hérauts et seul capable de faire une proclamation efficace, s'obstinait à
Joindre les deux

noms

;

sans craindre d'alléguer qu'il avait

soutenu la fortune du Grand Domestique uniquement pour porter au trône Irène Ducas, la nièce du César.

ALEXIS ET IRENE.
Et
le

I23

peuple répéta après Paléologue les

noms

d'Irène et

d'Alexis; et la ville entière quasi pacifiée consacra par les

acclamations d'usage cette alliance des deux plus hautes familles de Byzance.

Cependant les princesses attendaient dans l'angoisse. Au fond du gynécée, l'Impératrice Marie, gardant son fils Constantin Porphyrogénète, craignait pour lui, pour elle, un retour offensif des amis de Botaniate, instruit de tous les détails
de la conjuration. La mort possible d'Alexis eût pu rompre également les projets. Surveillés dans un bâtiment impérial,

Anne Dalassène
liers les tînt

et ses

enfants redoutaient aussi les conjonc-

tures néfastes, bien que la respectueuse sollicitude des geô-

sans dissimulation au courant des épisodes de

la révolte.

Ils finirent

par livrer

le

palais à l'enthousiasme

du peuple venant saluer la famille du triomphateur. « Q.ue vous avez agi prudemment, La foule chantait
:

Alexis, le samedi tyrophage, et que, le jour suivant,

vous

vous
des

êtes

heureusement échappé
des Barbares insidieux!
les

comme un
»

épervier rapide

filets

C'était la victoire.

Mais quand
vainqueur,
tenait, elle

proclamations

officielles

eurent été rela

nouvelées, Marie d'Alanie, abandonnée par la politique du
se plaignit

amèrement. Anne Dalassène

sou-

supplia Alexis d'observer ses promesses. Elle

ordonna au fils d'obéir. Puis, lorsqu'il eut fait comprendre que cette concession aux Paléologues et au César avait valu le succès, elle ne songea plus qu'aux moyens d'empêcher
la

consécration religieuse de l'union nominale.
Il

semblait funeste à cette haute politicienne de délaisser

les

dévouements de

la veille,

de tromper

le juste

espoir de

n'eût jamais formé une pareille image.. . composé en termes bien moins emphatiques. on ne pourra nier que le portrait de sa mère Irène. celle La perdre liaire et la trahir était s'aliéner le plus précieux auxises pour les affaires futures et le nombre important de il fidèles. dénote « Elle n'avait pas aussi une plastique moins remarquable ni long comme les le visage rond comme les Assyriennes : .. Assez brisant Eudoxie. la rivale de Marie. La tête de Méduse chan- geait en pierre qui la regardait.. peau très blanche. fierté comment sa ne souffrait point d'obstacle à la fortune de sa famille. Scythes. « Les yeux. Lui les seul. Alexis préférait suivre comme les : plus conformes à sa passion les conles seils qu'elle offrait. ni Appelles. Diogènes et leur descendance. S'il eut gardé sa foi au Botaniate. D'autre part. le corps de l'Impératrice ravissait Si l'on en admiration ». Il aimait profondément Marie d'Alanie non moins pour veilles du corps avantages de l'esprit que pour mer- chevelure blonde. on ne pouvait se mettre à Fencontre avait fait paraître en des desseins du César Jean. Aucun peintre. écrit Anne Comnène étaient semblables à ceux d'un épervier et ils étincelaient dans ses sourcils comme le joyau dans l'or qui le sertit.. avec l'aide de ses partisans avait porté le Comnènes au trône. que son intelligence des choses gouvernementales avait maintenu au pouvoir malgré la plus terrible révolution et l'impopularité de deux époux également odieux à leurs sujets. Elle était comme la neige. en somme . sort n'eût sans doute pas favorisé les mêmes bannières. ni Phidias. compte avec l'exagération de l'historienne.. Ses regards avaient quelque chose qui était tout .124 PRINCESSES BYZANTINES.. Encore qu'il représentât ces arguments à la mère.

qui avait reçu la même moins la louange à l'Impératrice. empreinte seulement de l'extrême piété principal de l'éducation byzantine. aide d'Irène.. De sérieuses raisons engageaient Anne Delassène de à en- traver l'action ecclésiastique du patriarche. conservent l'expression de cette manière de tenue. Son époux. ensemble donnait la 12b et agréable et terrible. les images des saints. Ce sont des qualités morales se traduisant par des effets d'attitude plutôt que de précises explications sur les charmes naturels de la femme. il importe de noter qu'Anne aimait fort sa mère. La panégyriste n'eût pas manqué. Le pontificat avait alors là les intérêts pour titulaire le patriarche Côme. de rehausser vertus maternelles par une description magnifique de personne. Il leur devait son rang. le Irène était une insignifiante fillette de quinze ans. épargna A l'époque du mariage. La mère . ALEXIS ET IRENE. Malheureusement lui aussi suivait la fortune des Ducas. si elle n'avait craint une trop grosse l'éclat des la offense envers la vérité publique. Sa Majesté obligeait aussitôt de les baisser ». Les alrecueilli qui formait taient lures invétérées par l'habitude d'une grande dévotion prê- aux personnes nobles une sorte d'extérieur qui signifiait la austère. sa protectrice dans les heures difficiles contre les intentions politiques de l'Empereur Alexis et de son fils Jean. de sorte que là si sa douceur hardiesse de lever les yeux. eût à Anne Delassène commença par lui insinuer qu'il trouver un prétexte canonique pour refuser l'investiture de l'Impératrice Irène. Elle était certaine la politique et de servir en même temps par son indulgence maternelle. roide et digne distinction et la naissance. Les tableaux de l'époque. Or.

Aucune menace ne le détourna. Le petit Constantin Ducas obtint le titre de César et l'honneur de porter les souliers de pourpre. il se contenta de remarquer comme l'abstinence des viandes lui serait incommode quant au reste « ce lui vaudrait peu de peine ». d'Alexis. pour leurs bienfaiteurs. on lui donna pour successeur Nicolas le Grammairien. comme il se laissa battre dans un synode par la dialectique d'évêques dissidents.125 PRINCESSES BYZANTINES. affirma le malicieux évéque. Il lui fallut bien céder. jour solennel. Auparavant. Il annonça sa prochaine retraite. L'eunuque Eustrate Garidas lui succéda. constatant l'inutilité de ses démarches. Marie Il officia dans Sainte-Sophie au d'Alanie garda quelque temps sa position au Palais jusqu'à ce que Jean Ducas l'en fit sortir avec son fils parachevant ainsi la ruine commencée par quelque dépit secret contre cette belle femme qu'il avait lui-même mariée à Botaniate. le contrai- gnit par mille misères à se démettre de sa charge. selon la coutume. Facilement résigné à ce sort commun aux hommes politiques de l'époque que le succès ne suivait pas. pays sans cesse pillé par les soldats de toutes races . On donna le : palais de tion Magnaure à sa mère par respectueuse compensadu prestige politique perdu. les eunuques demeuraient. il voulait présider le couronnement des per- sonnes impériales. et comme dernière cérémonie imposante où il lui serait glorieux de pa- raître encore . Mais au bout d'un certain temps. Le patriarche Côme se démit définitivement de sa charge. L'usurpateur fut. . On les faisait venir très jeunes de Lorraine. tondu et cloîtré. les plus fidèles des fonctionnaires. Portés des offices du palais à de si hauts emplois.

entre il qualifiait le nait des ordres aux Scythes autres celui de Sebastocrator qui. placé au-dessus de celui . des maîtres en tous arts leur ornaient l'esprit et le langage. à ses devoirs tateurs. C'était excellent butin aux fourrageurs que ces enfants aussitôt destinés à servir les patriciennes et les princesses dans le gynécée. sages et romaine que Byzance. Pape d'évéque hérétique et donet aux Sarrasins. A ses amis. On vendait fort cher. par écrit. de l'avoir pleurée. Les choses de l'Etat réglées pour le nouveau règne. Les plus intelou mieux les plus habiles acquéraient des emplois de Ils dignitaires. le sauva du désastre toujours imminent. en inventa même de nouveaux. il prodigua les litres.ALEXIS ET IRENE. à son entourage. de ministres. Beaucoup gagnèrent la réputation de parfaits musiciens. hors les passions semblent avoir précieux spec- humaines. assisté. de rhéteurs sans défaut de savants et de casuistes écoutés par le monde. Vers la vieillesse. Dès leur arrivée à Byzance. ils prenaient l'habit monastique et sanc. transcrite sur le velin des chroniques monastiques dans l'humilité du corps et la splendeur de l'âme compatissante. et plus d'un releva l'Empire. à cette désagrégation de la puissance fut de vasselage. accourus pour batailler là éternellement. Leur peau blanche constituait leur valeur. par convenance. de publier de fières proclamations où il traitait de « roi » le souverain impérial d'Allemagne et le rappelait. lui juste propriétaire d'un territoire guère plus étendu que la Turquie actuelle et beaucoup plus menacé. retardée. Par la pureté de leurs voix. Alexis commença de jouer son rôle de potentat. tifiaient ligents par une fin édifiante leur vie chaste. ils formaient les chœurs sacrés des les basiliques chrétiennes et des chapelles impériales.

. partageait sans défiance son injuste présomption contre Irène Ducas. comme les appelle sa fille Anne. Alexis Comnène dut. il sut les mater et les tenir de longues années jusqu'à ce que la mort la plus naturelle le vint soustraire à leurs embûches et au faix d'une vieillesse maladive. Des cérémonies la célébrèrent. De grandes réjouissances la signalèrent. Cependant plus avisé que les autres empereurs. « les mauvais esprits ». experte politicienne avide de savoir et toute dé- vouée à la gloire d'Alexis.28 PRINCESSES BYZANTINES. Un miracle l'avait précédée. Anne Dalassène craignit l'influence d'Irène qu'elle sentait fière. jusqu'alors le de César. plus proche du et titre impérial. devait rabaisser l'orgueil l'influence du turbulent Jean exté- Ducas. et. Lui avait supplié officiellement sa mère de continuer à régir les destins de Byzance. Car. ceux que ne contentaient pas entièrement sa ruse et sa politique. . Cependant la naissance d'une fille consomma l'alliance morale des époux. comme la vieille princesse facilitait il et encourageait ses amours avec Marie d'Alanie. outre les campagnes à mener contre l'ennemi rieur rarement vaincu. ainsi que ses prédécesseurs lutter sans cesse contre les adversaires du dedans.

ENFANCE le D'ANNE COMNÈNE. depuis ouï dire à ma mère que sentant les douleurs de l'enfantement trois jours avant qu'Alexis fût arrivé Voici à miracle. Anne le conte elle-même. supportés. par l'honneur leur service par la vie que j'ai exposés pour Q PRINCESSES BYZANTINES.. . : elle fit le signe de la croix sur son ventre et dit « Reste. Cependant l'ordre de ma mère fut suivi d'une parfaite obéissance. Par là. J'ai Byzance où il revenait après tant de guerres terminées. et j'ai il m'est aisé de les confirmer j'ai par les travaux que ». sa (c de ton père ».•^^ «^^ *^\ «i^^ *^^ *V^ •^^ **^ *^^ *^^ *^^ *^^ *^^ *^^ m^^ «^^ •^^ «^^ *^^ «1^^ lli. . même dans le sein matermère. La Protoves: en colère et lui représentait son père reviendra devant un mois et si vous pourrez souffrir si longtemps les douleurs qui vous tourmentent ». par les hasards que et courus. et attends le retour tiaire. mon obéissance envers mes parents pour l'avenir était suffisamment indiquée.. «. « Tous ceux qui me connaissent peuvent témoigner de la vérité de mes allégations. petit enfant. la reprenait si Vous ne savez nel. je devins très aimante pour ma mère et mon père. Car dès que j'eus l'âge d'adolescence et que je commençai à goûter la sagesse des préceptes.

les chroni- queurs nous apprennent qu'elle conspira contre son frère.i3o PRINCESSES BYZANTINES. Anne partagea cette gloire avant que de savoir parler. successeur voulu par Alexis. La princesse allait. sur ces deux noms unis et désignés déjà pour héritiers du trône. jour consacré par l'astrologie aux influences de la planète Saturne qui préside aux œuvres de rancune. il marchait dans les cortèges le second. le samedi. de l'encre spéciale réservée aux seings de la Majesté souveraine. Ce doit mettre en garde contre ces protestations de belle tenue. Sitôt née. Pour l'obéissance passive. cette Comnènes. souffrir de cette conjoncture néfaste et se lamenter dans la mémoire de ses ambitions déçues. Robert Guiscard s'était em- . écrit-elle. et Le cant religieux moral de l'époque s'affirme dès ces lignes de l'historienne. Au année de io83 n'aida point la fortune des mois de février. (c avaient abolies. en gardant une rancune envieuse pour ceux qui les . elle tracassa l'agonie du père pour obtenir que la souveraineté passât à son mari. deux ans et demi après le couronnement d'Alexis et d'Irène. Immédiatement après l'Empereur. il souscrivait en rouge les donations. toute sa vie. l'enfant fut fiancée à Constantin Ducas. fils de Marie d'Alanie. on cita désormais Constantin en ces acclamations. Anne Comnène parut au monde le deuxième jour de décembre io83. Les acclamations publiques retentirent par ordonnance du Palais. C'était une déférence de compensation. Au reste. et qu'avec Irène. était peut-être un présage du bonheur et du malheur qui me sont arrivés depuis ». de vengeance. Honorée de la couronne et du diadème publiquement. Cette acclamation.

L'Empereur conçut une grande affection pour la petite Anne. une année avant son autre fils Isaac. dans l'été de 1084. Elle songeait avant tout à l'ennemi menaçant. de renoncer aux choses de la politique. La la d'obéir au sentiment dans l'exécution de cette mesure. Bien que l'on eût fondu les portes d'argent de Chalcopratie qui représentaient les 12 fêtes du Seigneur. et ce lui valut tout le poids de la colère générale. on en punit les auteurs. paré de Durazzo. se montrait déjà fort apte à reprendre fermeté d'Anne Dalassène défendit populaire et s'obstina . On découvrit une conspiration de dignitaires.ENP^ANCE D'ANNE COMNENE. On s'occupa de les réduire. déclarait les images vénérables en leur matière même. Cependant la sédition ne s'apaisait pas. Il parvint. et les Il i3i avait fallu monétiser les statues saintes églises pour payer la solde arriérée des troupes refusant de combattre à nouveau contre les Normands vainqueurs. En même temps. l'Impératrice Irène s'insinuait dans les conseils de l'Etat. elle ne put se dispenser de prendre retraite au monastère de Pentepopte. ornements des Bien que le synode eut consenti à ce sacrifice officiellement. sans tenir la sécurité de leur salaire. Léon. Elle mourut là. évéque de Chalcédoine. Ce lui sembla porter meilleure chance. Malgré les supplications de l'Empereur. haine du peuple et du clergé s'était élevée aussitôt contre les volontés gouvernantes. celui qui avait attaché les brodequins de pourpre aux pieds d'Alexis. à réduire au silence les revendicateurs du clergé et à exiler Léon de Chalcédoine. et l'Empereur s'accorda une sorte de triomphe pour la petite victoire gagnée sur eux la veille du jour où naquit sa fille. 25oo Pauliciens de l'armée grecque se retirèrent à Philippopolis.

Alexis surpris de que très pieuse. elle ne cessa de se plaindre et de prétendre toutes manières comme premières années mêmes de son enfance pâtirent en « N'ayant pas été élevée dans la mollesse les autres personnes de ma condition. l'éloquence de Pindare. la muse d'Homère.i32 PRINCESSES BYZANTINES. tâche de sa belle-mère. encore qu'elle n'en précise aucune. Mais que les la mauvaise influence de son imposant un caractère morose. Comme mère. hémence de Polémon. Sans doute voulait-elle entendre par avaient atteint sa famille. elle sa venue au monde marquait le bonheur de sa conserva dans la suite l'extrême gratitude que étoile lui l'Impératrice lui témoignait dès lors. d'un fils. Quant aux maux intérieurs qui m'assaillirent avant que je fusse sortie de la huitième année. lui Irène choya ses qu'ils lui enfants pour ces valurent. et une fécondité récente. réussit à la lui rendre respectable. ne les veux dire moi-même. enfin même la lyre de Sapho ou une autre faculté similaire au génie de ces auteurs » Son écrit s'étend avec complaisance en une phraséologie non moins pompeuse sur la violence des infortunes par elle subies. il faudrait avoir pour les la vé- conter la facilité d'Isocrate. L'aînée dut prendre la honneurs inespérés bonne part des cajoleries. les fonctionnaires du gynécée les rappelleront. mais ayant été : exercée dès mes premiers ans par des peines je et par des disni grâces continuelles. la perte. là les calamités qui comme les incessantes conquêtes . outre la trouver exaccorda plus d'attentions. d'afflictions. n'ai jamais manqué de douleurs je Les choses de mon corps. bientôt accrue d'une autre fille.

Constantin Ducas. avec armes et bagages au service d'Alexis. Le plus grand malheur qui atteignit Anne dans sa jeunesse fut la mort de son fiancé. moyennant quelque forte somme. très jeune. On avait même envoyé la princesse à Constantinople pour qu'elle s'instruisît dans la langue grecque. connut Homère. Les Grecs toujours vaincus perdaient chaque mois quelque district. C'était coutume d'attirer ainsi à la cour byzantine des princesses barbares fiancées aux fils des empereurs afin de leur donner l'unique éducation que les Grecs reconnussent bienséante pour une despoïna. y ajoutait de constantes études . voulant s'orner l'esprit de cela même laissaient vaincre et qui avait constitué l'éducation intellectuelle du jeune César. Mais Botaniate avait renvoyé Hélène à son père. Aussitôt ses soldats se même passaient. qui. l'Empereur Michel Parapinace. Platon.ENFANCE D'ANNE COMNENE. Il n'était de repos qu'aux rares mo- ments où le chef des Normands rappelé en Italie par des attaques tentées contre son territoire laissait fort peu de troupes sur le sol de l'Empire grec. selon l'archevêque Romualdus Solermitanus. au cours desquelles Constantin semble avoir trouvé la mort. de ses précepteurs. Anne hérita de ses maîtres. et dans le cérémonial compliqué du Palais. périt à la fleur de l'âge dans un combat contre Robert Guiscard. et en les mêmes formes. fille de l'ennemi Normand. Jadis à la suite d'un traité. toute la littérature ancienne de la Grèce olympique. ce qui amena la reprise des hostilités. Pindare. Aristote. i33 des Normands. Jamais d'ailleurs il ne devait s'unir en fiançailles heureuses. son père. Elle reçut donc un enseignement et elle viril. l'avait destiné à Hélène. par une piété de la mémoire.

précepte à précepte. Plus beautés religieuses ne tard. sec. car.i34 PRINCESSES BYZANTINES. on comprend que le sa ferveur à les réfuter était de l'enthousiasme scientifique. celle des Bogomiles. Tout autrement parlaient les Pères de l'Église dont l'âme combattante se vouait à la défense du dogme et de sa pureté. catalogué. au cours de ses écrits. sur l'astrologie dont les mérites contestés par certains esprits ecclésiastiques avaient reçu cependant lors de la mort de Robert Guiscard une éclatante confirmation. par exemple. Cet homme ne convainquit pas la princesse. Anne ne cesse de se moquer de ceux qui ajoutent quelque foi aux diseurs de présages. plein de définitions et de règles sans autres fondements sérieux que les scrupules ma- niaques d'une pédagogie minutieuse. Les mathématiques furent un grand agrément pour cet esprit ferme. et elle se contente de les juger avec mépris en une appréciation de haut esprit étonné de voir les gens susciter tant de tumulte pour édifier des niaiseries. les théories des révolutionnaires. L'éloquence des moines catéchistes qui l'induisirent aux la transforma point en une de ces saintes de l'époque que le mysticisme anémiait au fond des cloîtres. si elle manifesta contre certaines hérésies inopinément écloses. elle daigne à peine combattre. bien que ses prédictions n'obtinssent que de rares sanctions de la réalité. angulaire. Elle chérit et cultiva surtout les catégories scolastiques qui faisaient de la rhétorique d'alors un art divisé. . Alexis gardait auprès de lui un Athénien qui passait pour devin expert. Elle paraît n'avoir pris de tels enseignements que ce qu'il seyait d'en connaître pour la tenue de son rang. Dans un temps où les factions répandaient sang pour soutenir les plus insignifiantes propositions liturgiques.

Nicéphore Diogène essayait. d'assassiner Alexis dans sa tente. demeurant les seuls à peu peine de mort pour qui faillissait Quel deuil au Palais quand on apprit que l'Empereur avait perdu le Voile de les la dans un combat contre L'esprit entier Vierge qui servait d'étendard. s'efforçaient de droit canon. d'Anne Gomnène se déroba facilement à Le calme de sa nature ne se un tumulte de telles discussions et répu- Cependant la Crête se révoltait. il refit . llmpéra- manteau. L'Hellade flambait sous la torche des partisans de Zarchas. Entre les i35 temps des défaites successives qui jours de l'Empire byzantin. Irène appelaient tout novateur. une première les instigations de l'Im- pératrice Marie. le poignard sous le une tentative qui décela la conspiration où agissaient Ambuste Catacalon. marquent les on ne s'occupait pourtant à la et cour que de ces querelles monastiques. sous les et les le Alexis y ramener au mosaïques miraculeuses cerclant les ligures auréoles superbement gemmées et les peintes des Saints rigides. sur par une servante. Petchénègues! l'occupation des courtisans. Les bourreaux crevèrent les yeux de Nicéphore et de Catacalon. d'âpres et interminables discussions où les grands. conformait pas à gnait à prendre cause dans l'échange des anathèmes.ENFANCE D'ANNE COMNENE. et le beau frère lui-même de l'Empereur. les cas de près qui entraînassent la à la Loi. Les autres furent emprisonnés. Les Turcs torturaient les pèlerins et les voyageurs. Surpris fois. Généralement cela se terminait par l'envoi foi rétique irréductible. et c'était. les évèques la généraux s'efforçaient au feu de l'hé- de briller pour conquérir faveur impériale.

à l'âge de six ans. Elle-même avait été demandée en mariage par le Sultan. Comme Anne atteignait sa dixième année. Cléil mence quelque peu obligatoire. —^•^=^000^^"^^ .i36 PRINCESSES BYZANTINES. fils du duc de Trébizonde. son frère Jean fut nommé empereur. car redoutait toujours qu'une répression trop dure n'excitât à la révolte. La sœur cadette Marie avait épousé Grégoire Gabras. par la crainte inspirée aux innombrables affidés de tout complot. Marie épargnée par la trice clémence du souverain.

Fenfant de la pieuse politicienne Irène Ducas. et du prudent Alexis. en son caractère. mais la Mère de Dieu. offrit. et Anne Comnène. son ouïe ne s'exerçaient qu'à L'annonce des des conjurations et des hérésies lui mirent de bonne heure en l'àme l'idée de lutte incessante à soutenir et d'autorité froide à connaître pour ne point perdre l'équilibre mental dans des conjonctures si diverse- ment funestes.IV. difficulté de régner. Anne ne les vertus d'une telle ascendance. dernière venue. comprendre l'immense désastres perpétuels . synthèse humaine de pareils atavismes. ce que nous savons de l'alliance qui les unit dans les plus graves événements impliquent une parité d'âmes entre ces trois princesses. seulement le trône. la « Très Illuminante Pureté » souffraient les audacieuses attaques Non . si multiples. Ses yeux. les traits directeurs des intelligences pouvait démentir ancestrales. L'admiration témoignée au cours de ses écrits envers sa grand'mère et sa mère. son attention. AME DE PRINCESSE. Petite-fille d'Anne Dalassène.

elle avait été proclamée maîtresse. Captives. Or. Les lourds vêtements cérémoniels surchargés de broderies et de symboles tombaient selon les plis rigides des chapes. Les musulmans affichaient une grande convoitise de femmes byzantines. Il mettait la paix à cette condition. Bien qu'aucun des apolo: . la jeune princesse acquit vite un sérieux d'esprit et d'imagination qui ne laisse point paraître qu'elle ait jamais donné du temps aux jeux de l'enfance. On rappelait. les propos trouvaient des motifs suffisants parmi les textes des philosophes et des Evangélistes. cuirassaient la pudeur. des denrées d'un prix excessif. elles devenaient sur leurs marchés d'esclaves. finir le cycle d'un destin hàtif à « de l'Empire des Romains dont. Le Palais présentait des mœurs sévères depuis l'autorité d'Anne Dalassène. une victoire de Turc. En sorte que tout ce qui sortait des dissertations pieuses ou politiques semblait quelque faute de goût et de tenue. parent de l'Empereur. D'ailleurs dès qu'elle eût l'âge de comprendre. Le badinage ne prenait place non plus que la plaisanterie facile devant cette étiquette qui ne permettait même pas au cette César. de lui transmettre les plus importantes nouvelles. Entre sa mère Irène cherchant à recueillir l'héritage diplomatique d'Anne Dalassène et les moines lisant leurs doctes mémoires. encore infantile. par exemple. Despoïna ». enlisaient la vivacité naturelle des gestes féminins. si le souverain ne l'interrogeait. on reçut des ambassades du Sultan de Perse il la demandait en mariage. comme des souillures infâmes.i38 PRINCESSES BYZANTINES. la galanterie jadis importée par Monomaque et continuée par la belle Marie. en cour savante.

c'était toujours. L'époux était choisi pour le caractère et les goûts de l'épousée. selon la coutume observée envers les conspirateurs malheureux. proèdre. Les qualités de son imagination et de son style ravirent la fiancée déjà toute pédante et seulement éprise des choses graves. entière du sang patricien romain sur races régnantes. parent immédiat de cet autre Bryenne contre qui Alexis avait combattu sous Michel Parapinace et Botaniate. gistes de i3g l'historienne grecque ne il mentionne les qualités plastiques de son corps. trouva l'art d'atermoyer. Lui-même avait écrit quelques brèves chroniques sur les principaux événements du siècle. Il feignait ainsi estimer plus l'alliance d'un duc de Trébizonde ou d'un Bryenne que celle des plus fameux monarques. il les considérait nominalement comme des vassaux indignes de pénétrer au sein de la famille il augustale. V Empire des Romains qu'il commandait. Il en devait faire plus tard un livre. Alexis affirmait politiquement la suprématie celui des irréfutable. sa fille Pour mieux affirmer ce principe. afin de ne pas subir cette mésalliance avec le païen. Alexis.AME DE PRINCESSE. Car. est probable que sa réputation de beauté dès l'âge nubile. donna Anne pour épouse à Nicéphore IV Bryenne. qu'il avait pris et qui avait eu les yeux crevés. en sa prudence. Par le double mariage de Marie et d'Anne avec les héritiers des grandes familles byzantines. On le connaissait très érudit. au moins était établie sur les proclamations et dans les notes diplomatiques. Nous ne possédons pas de médaille sûrement authenti- . et les potentats de la terre. habile dans les arts et assez bon général. en dépit de tant de revers. stratège.

les traits que qui donne en quelque vraisemblance princesse fort à offre de la Comnène. Qu'Anne Comnène reproduisît en sa plastique les plus saillants indices de ce type. Mais ainsi qu'il était homme férninisé par l'influente intimité elle d'Anne Dalassène. muni de beaux yeux un peu indécis. moins imbues de civilisation et plus proches de la bestialité originelle. elle devait aussi tenir ce l'Empereur Alexis. L'effigie d'Alexis au recto des monnaies un visage de traits vagues sans arêtes viriles.140 PRINCESSES BYZANTINES. la marque masculine d'une éducation austère et atavisme maternel de règne. et présumer que l'un . « Il avait l'estomac un peu avancé. célèbre par sa chevelure genre de séduction. était l'ardente éloquence de Démosthènes. il eût acquis et la mobilité de leur nature. Comme longue.. Nous savons à peine qu'elle ressemblait son père. elle est toute de brusques déterminations et de ruses hésitantes avec cette marque de « félinité » si merveilleusement conservée dans les âmes des femmes. Sa politique intérieure ou extérieure procède par contrastes. Les inductions se faut s'en tenir à limitent forcément. d'un empreint des graves soucis de cour comme il les héros. de Marie d'Alanie. si et savante. Quand et il ouvrait la bouche.. devait porter sur ses joues plates. Ainsi excuse-t-elle une certaine déviation chait du sternum et le grasseyement qui l'empêde prononcer les R. vincible du bras de la langue ». rien ne nous détourne de le et volontaire la mièvrerie croire. de sa constante de leur face soumission aux avis des femmes. ditil en sortait également in- elle d'Alexis. Anne ne renseigne pas davantage. comme si. la petite sauf sur taille il de l'Empereur. d'Irène même. sur son allure ferme.

On peut assimiler ». celui-ci traînait au : père combat des enfants et des et le fils fBoëmond) vieillards. une importance terrifiante. invincible. Nicéphore Bryenne était un honnête guerrier manquant un peu de la décision qui engendre les actes de vigueur.. 141 des sultans d'alors. Aussi la figure de Robert Guiscard qui lui avait valu ce premier échec à ses espoirs de fillette ambitieuse. le à la sauterelle et à la chenille. Dès le baptême. le compare à Hérode « l'un n'avait massacré que des Innocents. plus accessible que lui aux maaux espérances de règne. elle le représente encore comme une sorte d'Hercule implacable. avait reçu la cou- Sans doute l'épouse était gnifiques ambitions et ronne. dans sa vie.AME DE PRINCESSE. prit-elle. Hélène n'aurait pu plaire au jeune Ducas.. le frère cadet. l'un ayant consommé ce que l'autre avait épargné Puis vient l'évocation de sa bats à cheval. affirme Anne par une sorte de jalousie rétrospective « Constantin fuyards fille : . elle rappelle l'Achille d'Homère. galants paladins et courtois chevaliers s'il en fût. car ce mariage lui donna la crainte de se voir dépouillée du titre d'héritière du trône dont la réalisation semblait compromise déjà par la mort funeste de Constantin Ducas. femme Gaëte qui le suivait aux con^armée comme un homme. Quand Anne écrit ses histoires. rassemblant les Sa et les ramenant sur la ligne de bataille. Au demeurant un dignitaire admiré et entendu pour le service des seconds emplois. Jean. elle en tête. n'aurait si point requis la main d'une princesse de sa réputation de beauté nation vaincue n'eût couru le monde. quelques trente ans après.

et sans foi au succès. Francs. dut prescrire une pénitence très dure. hors le style des proclamations. pour l'Empire et pour lui. Turcs. C'était aussi terrible chose que vivre dans ces temps de guerre avec l'attente coutumière de l'ennemi aux portes. encore qu'il fût de leur parti. des jeûnes. cité elle-même s'agitait toujours de l'effervescence prochaine révolte. au Palais.142 PRINCESSES BYZANTINES. tout le monde partait en le rient. . Scythes et Bulgares. l'obligation de coucher sur la dure. les femmes accourues se disputaient les cilices de rédemption que distribuaient les moines. Lorsque les grands accusèrent d'une La Alexis de sacrilège pour avoir tes monnayé il les orfèvreries sain- de tomber du pouvoir. Lors du pillage qui accompagna l'entrée des Comnènes dans Byzance. très petit ressentait encore pour elle une réprobation ins- tinctive d'enfant peureux ». Le peuple ne le désapprouva point. (1^ Si s'écrie la malcomment un jeune empereur l'eût-il osé! y> heureuse princesse tâchant d'excuser la duplicité et la perfidie de son père. contre campagne à l'OTurc et contre le Franc. des austérités inouïes. vers l'Occident. L'optimisme d'Anne Comnène ne se peut dé- au temps de l'invasion normande. Aux portes des églises. aux remparts. manqua fendre de proclamer cette vérité. Hercule n'osait combattre deux ennemis à la fois. Le lendemain. de commises par les si affreuses monstruosi- tés avaient été troupes mercenaires. seule chance de salut d'ailleurs. « La circonférence de l'État a été alors réduite à un point ». sur mer. tant il reconnaissait comme ses fautes et crimes avaient atteint l'abomination. que le patriarche Côme.

Sous cieux et les damiers d'émaux pré- d'escarboucles incrustés dans les étoffes d'or et d'argent où elles existaient. il établir leur populafallait si vivre de cela sans espoir de s'accoutumer jamais à de sécurité! violentes alter- natives de doute. l'anxiété le de prévoir des nouvelles néfastes sur sort des armées. La piété leur servait fort. de l'Ineffable Seigneur Christ. sur l'ambition des stratèges échelonnés aux frontières. mais qui peut-être refuse- raient au moment suprême de combattre. de doutes nouveaux. Et elles priaient. Et qu'elle Le palais gardé par les Varangs des milices fran- ques.AME DE PRINCESSE. leurs congénères. orgueilleuses. hors du contrôle impérial et ne pensant qu'à rité parmi les Barbares à leur solde. la terreur constantes. elles se savaient plus malheureuses et plus attristantes que les humbles. et comme elles du sort historique. étaient à la merci Comprenant quelle faiblesse était la leur. Il n'était pas d'instant où elles ne sentissent sur elles s'alourdir la main de Dieu. de Bien absolu où l'on ne craindrait plus enfin. Marie. les princesses de la cour de Byzance ne pouvaient requérir de consolation et de réconfort que de Dieu seul. . excellents soldats du reste. comme un monde de rayonnantes illusions. de peur. 143 A chaque heure. priaient sans cesse ensemble. La crainte. lais- sant monter à l'Inconnaissable Essence leur les cantiques âme exaltée par harmonieux des castrats ecclésiastiques. et de la Très Grande Pureté. où tout était d'or. leurs amis de la veille. selon ce que contaient les pèlerins au re- tour des Lieux Saints. venus aussi chercher fortune en ce pays de fable. silencieuses par suprême vanité de ne parler qu'aux égaux familièrement. dans les rangs adversaires des séditieux.

Elle avait aussi fixé un horaire. avant elle. Elle prenait moins de méditer « plaisir à rechercher les secrets de la nature qu'à les mystères de Je pris une fois la liberté de lui demander comment elle osait jeter les yeux sur des objets si élevés qui me don- naient de la frayeur. artistiquement combinées par l'esthétique infaillible des moines. martyr. avait introduit les Modèle ostentatoire de toutes les vertus chrétiennes. Elle les honorait de manière éclatante et ne dînait pas sans en avoir à sa table. témoignaient l'admirable fécondité du Verbe Créateur. des repas. au moins en apparence. De telles mœurs persistèrent après son départ. philosophe la foi. A cette époque. Irène lisait et Maxime. Anne Dalassène avait rétabli l'honneur dans le gynécée où. s'assujetmonastique. les images divines éclataient sur les vitraux dans les mosaïques précieuses des niches cintrées où la joie des couleurs riches. le Palais offrait l'assemblage pieux d'un cloître et d'une basilique.144 PRINCESSES BYZANTINES. Seul le saint tit à l'observance d'une règle changea qui surtout saint recueillait les piétés impériales. elle moines au palais afin qu'ils la reprissent en ses fautes et donnassent un salutaire exemple de ferveur sacrée aux dignitaires dissolus. s'étalait une corruption orientale et une licence effrénée de faire l'amour ». et comment elle pouvait les arrêter . animaient tout une zoologie bizarre. Les âmes des princesses allaient là. merveilleuse. des affaires (c se réglait avec exactitude sur l'écoulement de la clepsydre. Irène qui l'imitait soigneusement. Plus dorées qu'elles encore. plus resplendissantes de joyaux rares conquis par des siècles de victoires aux temps de splendeur de l'Ancien Empire régi par Constantin. le temps des prières.

revêtu de leur habit. fixement sur une lumière éblouis. Ainsi que brahmanisme. PRINCESSES BYZANTINES.AME DE PRINCESSE. le Le grand tuel sous Psellus qui avait dirigé et mouvement intellec- Romain Diogène en accomplissant comme tant personnage politique. tères de la nature. Une autre fois. 10 l'Impératrice Eudoxie. La plus grande austérité commandait faudrait prendre garde néanmoins que ces entretiens théologiques ne se bornaient pas à ce que nous en pouvons aujourd'hui connaître par les propos de notre clergé moderne si déchu ou par la niaiserie de nos dévots. l'attitude. Psellus écrivit maint ouvrage de magie orthodoxe et termina sa vie chez les moines. tout ministre les devoirs d'un impor- . une sorte de haute magie catholique. qu'elle lent Je ne saurais me ressouvenir de toutes ces choses sans ressentir un transport mêlé de douleur et de joie et sans m'égarer du sujet où la suite de l'histoire me rappelle ». la plèbe s'attachait à des l'élite des pieuses gens cultivait sous les symboles du christianisme disputes traitant de simples formules liturgiques. Ainsi parle Anne de sa mère. On l'avait chargé de l'éducation de Michel Parapinace. les elle traitait les grands myshypothèses des fluides élémentaires et si des modes de la création. celle-ci s'in- digne parce qu'un courtisan les paroles. Empereur. et. La religion d'alors était plus métaphysique que canonile que. si 145 éclatante sans qu'ils en fussent souriant que ma retenue ne regardait jamais ces excellents ouvrages sans être saisie d'une sainte horreur et sans appréhender d'être accablée par la majesté et par la gloire qui y brilElle me répondit en était louable. Il s'est enhardi jusqu'à louer la beauté de son bras.

dernier refuge de ce qui subsistait de l'Ecole magiste fameuse. les strictsesprits de l'Ucontemporaine aient pris les grandes querelles hérétiques de Byzance pour des enfantillages de catéchistes. Sous la discussion de savoir quelle nature dominait le Christ lors de son incarnation au niversité sein de la Très Illuminante Pureté. pendant un siècle d'érudition. en élaborant l'essence de soleil et. menaçaient l'autocratie romaine par la puissance que cette découverte leur pouvait valoir. cela tient à ce qu'ils n'en connurent que les apparences symboliques sans plus approfondir. à la secte gnostique dont les protagonistes déclaraient audacieusement vouloir produire la raison de toute magie. non seulement des Grecs. la Gnôsis. en l'église Notre-Dame «. la connaissance Suprême des rythmes qui scandent l'harmonieuse gravitation des existences sidérales. moins par le. l'a- vouant plus ou moins. disperser et tuer les adeptes qui. héritier des doctrines philosophi- ques des néoplatoniciens d'Alexandrie florissait à Byzance. Il « arriva. en fabricant Tor. Que. Ils se rattachaient. On sait comme Domitien envoya des légions détruire les sanctuaires hermétiques d'Egypte.secours des maîtres qu'il n'avait presque jamais écoutés que par l'excellence de son génie et par les lumières extraordinaires attirées sur lui par sa mère qui allait chaque nuit devant l'image de la Mère de Dieu. dit la princesse Comnène. dans le monde . se celait l'importante théorie qui traite de la réduction des gaz. L'ésotérisme chrétien.140 PRINCESSES BYZANTINES. à la perfection de la science. Les hérétiques de Byzance étaient lectuels de ces sages les descendants intel- alexandrins. mais des Kaldéens.

Car ils n'ignoraient pas que le bras séculier. en des différents degrés. : Certes ces savantes disputes res et bien consolaient beaucoup les patriciens des mésaventures de la guerre. jusque le Divin. encore qu'il n'en comprît que vaguement les subtilités. Que le peuple de Byzance se passionnât jusqu'au meurtre pour de pareilles questions. soit la question de la responsabilité. du passage de la pensée à l'acte (objectivation de la volonté}. un symbole nouveau vertus philosophiques et darwinistes incluses dans les para- Les Éons de Valentin sont les doubles des Elohim de Moïse. par exemple. et pour dissimuler aux profanes les mystères de leur esprit. soumis au clergé que pour la nécessité . 147 naturel. enfin des rapports entre le rythme créateur des planètes et la synthèse hominale des productions terrestres. l'involution de la cause première à l'atome matériel. dans le moral. ils les expliquent. puis l'évolution présente de cet atome. choses extérieu- moins intéressantes. nous le pouvons croire. cela indique au moins qu'il fut le peuple le plus intelligent de l'époque historique.AME DE PRINCESSE. Ils n'y prenaient garde imposée par leur naissance. Si l'on con- sidère en quelqu'attention l'hérésie de Valentin. soit la possibilité volontaire d'un intellectuel et monde retour àce rythme originel. les causes fort absurdes qui entraînèrent nos révolutions contemporaines. en appuyant sur l'état visible de cette évolution le règne adamique. dans le monde divin. ils commentent. on découvrira facilement que la tentative de cette secte relisur les gieuse consistait à instruire par boles de la Genèse. Pareil motif de séditions et de batailles valait bien.

avides de s'élever. et l'appelle « l'Italien ». déféré aux tribunaux. Encourir le dernier supplice pour défendre des théories évolutionnistes et la symbolique qui les schématisait. les plus hautes dignités récompensaient l'audace heureuse. Par contre. leurs personnes titulaires de richesses. quand l'Empereur et son gouvernement devenaient impopulaires. Et. dit-elle. les dignitaires religieux devenaient vite chefs de partis considérables. Ainsi les Pauliciens formaient une armée spéciale. Quand leur nombre s'était accru. Le peuple guidé par quelques meneurs le veut . convainc ses juges euxmêmes. eût destiné au feu leurs têtes raisonneuses. commandés par des stratèges de leur choix. farouche de TOccident.PRINCESSES BYZANTINES. fois elle affecte de ne point prononcer une seule : son nom. cette perspective devait singulièrement animer les discussions. comme nul hérétique proposant une théorie neuve ne manquait d'adhérents empressés. De dont Anne Comnène flagelle moqueries exagérées les hérétiques de son temps. Un des principaux devoirs des volontés régnantes consistait par suite à dé- montrer au peuple devant le l'infériorité là des ces théories dissidentes dogme officiel. Tel autre. si l'on parvenait à en établir l'excellence. que de métempsycoses. Les voici venus en délégation au Palais. avides de savoir. Les Manichéens obtinrent la même faveur. tout court En attaquant l'un d'entre eux. Souvent il fallait leur faire place dans l'État. La princesse prétend qu'ils ne savent rien sinon ébaucher des gestes comme leur maître. ayant ses places fortes. renoncer à les réduire. il arrivait parfois qu'un des stratèges tentât la révolte. ses cantonnements limités. Ils ne parlent.

et que d'ailleurs les règles de l'histoire ne permettent pas de faire des traités de théologie. est.AME DE PRINCESSE. Cependant il parvient à fuir. écrit encore la princesse. Des femmes distinguées soutenaient sa cause. la plus grande hypocrite. marié à une fille d'honneur de l'Impératrice qui l'espionne. se rétracte public. un extérieur ascétique. elles prêchaient avec le fanatisme et le délire de leur sexe. écrivait Anne j'ai plus tard. l'arme au poing. On ne le put jamais châtier. et. Satan). remis en liberté. s'allie aux Scythes. leurs séductions dangereuses. « La race des Bogomiles. et l'odieux du procédé anoblissait les vaincus. Vous ne lui verriez pas un cheveu mondain. prend quelques places. « J'avais envie. puis. ils causèrent les plus sérieux ennuis au gouvernement. il a l'air sévère. se voile jusqu'au nez. Le Bogomile cache le mal sous le vêtement le plus épais et comme dans un cocon de soie. si d'en entreprendre mais quand fait réflexion qu'ils étaient s'en extravagants que tout le monde moquait ». converti. j'ai abandonné ce dessein Les Bogomiles formaient une branche importante de l'hérésie manichéenne. on le 149 force à anathématiser ses maximes en tinue de les Le lendemain. en matière de vertu. Anne le qualifie « archisatrape de Nathaniel « (Satanaël. il conprofesser. marche baissé et parle tout doucement mais c'est un loup qu'on : . Un manichéen est pris. Un mystique merveilleux appelé Basile les menait. La trahison seule réussissait à réduire par moments cette secte puissante. Ils affectaient des mœurs austères. soulève tout un pays. menacé de nouveau. et d'expliquer l'impiété des dogmes des manichéens la réfutation. tuer. définitivement.

il savait quel prix la elle lui confère. la il médecine était le côté extérieur de sa théurgie et par fois initié. Alexis. condamne envoie Basile au bûcher public. Le voyant assurait qu'il ne brûlerait Les soldats jetèrent d'abord son manteau sur la flamme le consuma. On ne retrouva point ses os. résie. Pour exclusivement théologiques qu'elles paraissent.PRINCESSES BYZANTINES. Une l'hé- une fois connus secrets du culte. Alexis avait supprimé un dangereux compétiteur. de littérature. peuple. Mais lui. Psellus inaugura la nouvelle ferveur esthétique. selon la parole de sa un cœur d'apôtre sous la pourpre d'un Basileus. l'art s'était effacé. sans d'ailleurs plus ferme démonstration. bien que le feu fût éteint aussitôt.. ne saurait arrêter. Il Alexis feignit de se vouloir convertir à eux. Si l'Empereur avait. En dehors des devoirs de leurs charges. » Puis elle déclare qu'elle ne dévoilera pas leur doctrine par respect pour son sexe ce qui laisse : croire tout ce que l'on veut. Depuis Basile Porphyrogénète jusqu'à Constantin Monomaque. aucun débris humain. Sans doute. les membres de la famille impériale travaillaient eux-mêmes pour anoblir les . où les agréait à la foule. ces querelles n'en revêtirent pas moins une grande apparence qui : fille. « Le voyez-vous qui s'élève dans les airs comme de crier moi-même le vais faire à l'instant ». le devant point. Irène aida la propagation du mouvement intellectuel.. et il se précipite aux flammes. véritable et sincère illuminé. en plein hippodrome. « flatta le médecin « Basile. Le naissance littéraire forme prête au dogme et quelle valeur siècle d'Alexis fut une époque de redans le monde byzantin.

au célébrité incontestable. Cette supériorité laisse comprendre comment. me permettent de m'y étendre avec un peu de liberté Malgré cette phrase. moins ceux qu'indiquait une « Je n'ai garde de passer légèrement sur les règles un si bel endroit de leur vie puisque de la rhétorique ». bien que la princesse en dise. Alexis consultait . à leur dénier la logique. et ce fait frappa beaucoup les esprits. On lui avait annoncé qu'il rencontrerait la mort sur le chemin de Jérusalem. Or. mais pour convaincre la vanité de ceux qui en font profession. Cette source était sise près des ruines d'une ville nommée Jéru- salem. D'ailleurs Robert Guiscard avait péri d'une façon brusque confirmant mot pour mot une prédiction astrologique. puis qu'elle revient à expliquer ses études astrologiques « garde d'une superstition aussi dangereuse). Je n'écris pas ceci entreprenait l'avenir non pour savoir (Dieu me par ostentation. Il trépassa avant que d'y parvenir. elle ne manquait pas de classer cet art magique au nombre des sciences capables d'enrichir les notions du savoir hu- main. Au moment de partir en campagne. se sentant pris de fièvre il résolut d'aller boire les eaux d'une source thermale réputée de l'île d'Ithaque. mais par le seul désir de démontrer que les sciences ont reçu un notable accroissement sous le règne de mon père qui aimait la philosophie ». lettres et les arts. Anne ne renseigne guère. On recevait à la cour les savants. Elle s'attache encore à portraicturer des hérétiques. à conter que tel arrache la barbe à elle ses contradicteurs et tente de trahir son pays.AME DE PRINCESSE. Les détails de leur goût demeurent voilés sous des anecdotes peu importantes.

la Les complices eurent la tête rasée. tellement que voir mes sœurs ». un fat impudent. des tortures. Les huissiers dansaient devant et chantaient en argot de populace des chansons remplies tt d'invectives ironiques. Son riche qui le palais confisqué fut donné l'Impératrice Irène rendit femme du conspirateur. les rues. De ces doctes entretiens. furent surpris par les gardes déjà postés dans le vestibule. par exemple. et moi nous dérobâmes pour un moment . avoua tout par crainte officiers nobles qui.PRINCESSES BYZANTINES. Après avoir manqué le succès de sa conspiration. II n'y avait si personne qui le ne voulût assister à un spectacle extraordinaire. le patriarche prenait au hasard l'un. Anne l'en félicite en ses histoires n'étant pas elle-même « tout à fait ignorante des mathématiques ». « jeu très divertissant dont de meilleure heure pour trouver avec ses proches. Le chef du complot. bientôt à la On le relégua dans les à îles. On les promena dans barbe arrachée. déposait deux billets sur Tautel contenant chacun l'une des déterminations entre lesquelles il hésitait. Nicéphore Diogènes s'adonnait aux mathématiques où il excella. on se délassait en des distractions sages. souvent la Trinité Sainte par des Il moyens analogues à ceux des augures. A la fin du sacrifice. Cela nous devons l'invention aux Assyriens ». Cela suflfisait pour indiquer à l'Empereur le moyen de sortir du doute. Alexis se levait le temps d'y prendre part même fit manquer le la conjuration de quelques pensant encore au lit. les échecs. le crâne ceint de diadèmes dérisoires en boyaux de bœuf. par ostentation de clémence.

pour condamnés devant Tirnage de la Vierge. Au risque de les observateurs minutieux de l'étiquette. Soudain Michel apparut aux mains des soldats. elle obtient le signe de pardon. Un à un les humaine. Sa prestance. comme la durer lesquelles le cortège des exécutions devait défiler. nulle grâce ne pouvait plus secourir. Elles aperçoivent dans le i53 cortège le un vaillant homme du nom de Michel. qui nous la décèle attendrie et féminine. Et le condamnés gémirent sous les emblèmes de bronze. les exécuteurs avancent sans hâte pour faire honte des patients. . elle supplie. de toute son histoire. Les princesses crurent tout perdu et faillirent se désoler. Anne se décide à dedu sympathique criminel.AME DE PRINCESSE. elle va grâce ses trouver priaient parents impériaux qui les . mander froisser émeuvent les princesses. Elles lui envoyèrent le signe du pardon. Lorsque les princesses revinrent à la terrasse. la seule peut-être. L'émotion qui conduit Anne Comnène en ce sujet. une bonne part des coupables avait déjà franchi le seuil du lieu de supplice sur la place intérieure du Palais. Un incident avait retardé sa marche. avec toute la cour. Elles tremblèrent que leur protégé n'eût déjà disparu derrière ces redoutables signes de la justice défilé continua. laisse une touchante impression. la souvenir de fameux exploits militaires. Il se dressait là deux gigantesques mains de bronze entre Et. Une fois ces mains passées.

.

à se couvrir de son bouclier. et il accomplissait cela avec tant de grâce que ceux qui le voyaient sans le connaître le croyaient Français et ?ton pas Romain ». les premiers croisés étaient apparus sur les confins de l'Empire. qu'il avait de la valeur invincible de cette nation. 3. de son incons- de son infidélité. à monter achevai. ?F. Quand la prin- allait atteindre sa treizième année. Des légendes coururent. la On prétendit que les des nuages orageux précédaient leur avant-garde ravageant commençant destruction entière que Latins devaient achever ensuite parleurs armes.A% &f^ç A^ ^% |^9Pç Af^c ffffç §9Fç AfPç ^9"^ ffPç A?°ç ^f-ç A^ f^ i^Vç fVç . Une autre cesse tout. C'avait été la terreur.' % AVç ^^ffçffç î^fF. le remplit de frayeur Elle parle réles ainsi d'infidélité au suzerain. pour . cS?a V. ainsi qu'en témoigne ce passage des chro- Nicéphore était merveilleusement adroit à tous des armes. à manier la iance. voulant représenter en ses prestige du nom romain qui tient toujours. Ailleurs. Anne : les exercices explique tance cits le et comme Alexis se terrifia : « La connaissance ». - LA FACE DES BARBARES. chose cependant la troubla. Les Français passaient pour niques « les plus braves et les plus habiles des soldats.

On trouva tant de morts de part et d'autre que leurs corps formèrent une montagne. ils arri- Byzantins. le monde en vasselage. Quant aux adultes. que ces armées gauloises épargneraient les chrétiens. Ils hachèrent des petits enfants en pièces. mais nuiraient aux Ismaélites adonnés honteusement à l'ivresse et au vin bacchique ». aussitôt toute la troupe de Pierre rompt Ils les rangs et court au butin. comme des fleuves venant confluer de toutes parts. Cette invasion fut annoncée par les sauterelles qui.i56 PRINCESSES BYZANTINES. Ils firent rôtir les autres embrochés de baguettes. vaient sur nous d'abord par la Dacie. . « Presque toutes les roupubliques étaient défoncées par eux. ainsi que le présagèrent les devins. sans ordre. tes . ajoute. s'attaquaient seulement aux vignes. ils les affligèrent de tous les genres de supplices ». Le Sultan ordonne de publier que les Normands pillent . l'arrivée de Pierre l'Ermite et des foules qui le suivaient répandit l'angoisse. sans armes. « Les dix mille Normands qui accompagnaient Pierre firent d'horribles violences aux environs de Nicée. Cela signifiait. tombent dans l'embuscade des Sarrasins. Nicée. stupidement. .t-elle et. L'atroce barbarie du moyen âge franc faisait irruption dans ce riche pays aux églises dorées et gemmées comme des reliquaires miraculeux. aux palais de marbre pur où les couronnes de pierreries trop lourdes pour la tête humaine restaient suspendues du plafond jusqu'à hauteur du potentat dont elles devaient ceindre le front. Malgré cette assurance. On soupçonnait les comtes de sa compagnie de convoiter la possession de Constantinople sous l'allure de vouloir joindre le tombeau du Christ. épargnant les moissons.

ses paragraphes flattent bien plus les Sultans et les Turcs que ces chrétiens sauvages. Vrais ou faux. à Alexis. Ses phrases. Ce dans fut Jean Kalos Sebastocrator cette difficile épreuve. A force de se combattre. ne par aucun mobile ». lorsqu'on toléra sur le sol de l'Empire les mercenaires de papal. venez à l'éminence de honneurs dus ma rencontre avec ma dignité Et les ambasà sadeurs apportant ces paroles s'armaient de cuirasses d'or. naître et échangeaient des rapports de courtoisie. . mosquées turques pour les on permit l'exercice du culte Les prêtres croisés. on a depuis construit des murs avec de la pierre et des ossements mêlés. tels sont les récits d'Anne sur cette première rencontre de la civilisation byzantine et des Occidentaux. Sarrazins et Byzantins avaient appris à se bien con- peuvent ce être réfrénés En cet endroit. « 137 Tous les Latins étant extrêmement avides de lucre. revêtus de l'étole. le que délégua l'Empereur Malgré ses efforts. On lavait et on purifiait les autels où prêtres latins avaient officié. Hugues reféal et fusa de prêter serment de de lige. en sorte qu'on éleva en même temps une ville et un tombeau ». Très tard seulement. cette nation. les Empereur des Romains.LA FACE DES BARBARES. écrit Hugues de France i). La religion des envahisseurs nouveaux ne pouvait tif même servir de moles d'alliance. « Sachez que je suis le roi des rois. L'impression est toute d'horreur et de dégoût affolé. se battaient avec un acharnement extraordinaire et cela parut presque sacrilège au clergé grec qui ne voulait absoudre les soldats morts sur le champ de bataille parce qu'ils s'étaient souillés d'homicide.

fut enlevé par le père puis rendu sous la promesse d'une union impériale. s'écrie l'historienne. Le mariage rompu. Cependant tous concouraient à repousser le péril franc. on avait marié s'était sœur jumelle Marie au et fils de Grégoire Gabras. les noms mêmes qu'ils portaient « Je prie le lecteur de ne pas trouver mauvais que je place ici ces noms barbares qui semblent ôter quelque chose à la beauté du discours.i58 PRINCESSES BYZANTINES. elle au monastère. se retirait . Irène lui fit donner cette seconde fille. les grains de sable qui gisent sur le rivage. qui d'ailleurs la battit. chassés de leurs patries par la douleur et la misère. mais Homère n'a pas fait difficulté de nommer Viotos et d'autres des Barbares. Théodora Comnène épousa Constantin l'Ange et Eudoxie un autre Constantin de haute famille . « Que si quelqu'un désire savoir leur nombre. ment. d'autres encore. soldat originaire de la Chaldée révolté avec qui Isaac Sebastocrator. Je n'ai pas le courage de faire ici la liste des chefs et j'appréhende de gâter mon histoire par tant de termes barbares. pour être plus exact Il ». Très jeune. les feuilles et les fleurs que l'on voit croître au printemps. les Jean Kalos est de tous combats. une avalanche discontinue de leurs forces immenses. Au contraire... Ce sera maintenant jusqu'à la prise de Constantinople par les croisés. gardé en otage. qu'il compte les étoiles qui brillent dans le firma. en vient d'autres. et de lasser patricienne. de toutes les diplomaties difficiles. de toutes sa les aventures périlleuses. sorte de mésalliance qui discréditait Jean lui-même. Ce fils. froissait : Tout en ces Barbares. torrents de peuples exaltés par le mysticisme.

mais il dit en sa langue. y eut un des comtes qui s'enhardit jusque s'asseoir sur le trône. — « Je suis Français. répondit-il. L'ayant appris. il n'en témoigna rien aux Français. Il y a des moments Christ. l'aide aies du Le Sultan d'exaspération où les Grecs mettent à croisés et des heures de longue patience affronts silencieusement. à les détourner de leurs Etats communs. Éperdu. Je ne sais e^u'une chose. c'est qu'il y a en mon pays une église bâtie dans un quartier où se rendent ceux . de sa nation ne tirant par la lui dit rien. Alexis ayant remarqué le mouvement de ses lèvres.LA FACE DES BARBARES. il en faut observer les lois ». En leur donnant congé. Et tous deux rivalisent de politesse. comme parlant à soi-même « Voilà un beau paysan pour être assis seul. pendant que tant d'excellents capitaines sont debout «. le lecteur iSg leurs visages qui n'a été que trop ennuyé de voir si longtemps » Alexis emploie les ruses les plus folles. se rendent les prisonniers. mais ne l'oublia pas. pillards et impossibles à réfréner par le secours de quelqu'alliance. Etant en ce pays-ci. Il ne répondit à Baudoin. C'est un honneur que l'Empereur ne fait à personne. à les leurrer. il tira à part : cet orgueilleux et lui demanda qui il était. L'Empereur connaissant la fierté mais Baudoin s'approcha et le : manche. lui dit « Il ne vous appartient pas de vous mettre en cette place. puisqu'ils allèguent en excuse à leurs méfaits le plus saint des mobiles la délivrance du tombeau : tromper. de la plus ancienne et de la plus pure noblesse. appela l'interprète pour lui demander le sens de ces paroles. il s'acharne à diviser ces corps d'armée férocement mangeurs. '< mort les captifs où ils avalent les Comme ils étaient tous assemblés et qu'ils venaient de il prêter le serment.

i6o

PRINCESSES BYZANTINES.
et

qui souhaitent do signaler leur valeur dans des duels

où,

en attendant qu'il se présente un ennemi,
à

ils

iont leur prière

Dieu

et

implorent son secours. J'y

ai

sans que personne ail osé se battre contre
trant à

demeure longtemps moi ".
le

Les Gaulois n'avaient guère change depuis

jour où en-

Rome

ils

riaient et s'amusaient à caresser les barbes

des sénateurs assis immobiles sur leurs sièges curules. Quels

coups

à l'orgueil

de l'Empire bvzaniin qui
et le

traitait

de roi

vassal l'Enipereur d'Allemagne

pape d'eveque hérétique.

La chronique nous apprend bientôt que ce faniaron périt dans un prochain combat. Voici Boëmond qui se met en tète d'obtenir la charge de Grand Domestique. C'est mille diplomaties pour parvenir à la lui refuser sans qu'il se froisse. Ce colosse barbare agit comme un enfant. Il refuse les mets que lui oti'rent les Grecs et, feignant la civilité, les donne à sa suite, tout étonné de ne point voir mourir les dîneurs. Alexis lui tait montrer un
cabinet plein d'étoties précieuses et de riches vaisselles;
s'écrie
il

que

s'il

avait autant de biens,

il

se rendrait
il

maitre

d'une vaste étendue de pays.
puis assez platement se

On

les lui

donne,

les refuse,

les fait

apporter.

A
si

la

cour byzantine, on

se

moquait

fort

de ces exotiques

rustres, ignorant tout,

sans connaissance des arts, des
leurs adversaires, ceux-ci sa-

lettres
tisfaits

se passait la vie de

et

de tenir nominalement le monde par droithéréditaire peu soucieux de connaître s'il existait une réalité des
la contemplation Et c'était de bons tours aussi que diplomatie féconde du Basileus. 11 leur laissait
li-

choses correspondant aux symboles dont
suffisait à les enorgueillir.

leur jouait la

assiéger les villes, parfaire tous les travaux d'approche,

LA FACE DES BARBARES.
vrer des combats, repousser des sorties; puis,

i6r

quand

l'en-

nemi
tants

à bout allait se rendre,
et

il

intervenait auprès des habi-

leur persuadait de s'offrir à lui par crainte de la

cruauté gauloise.
pire

En sorte qu'un matin l'étendard de l'Emromain remplaçait sur les murailles les enseignes sarrasines et qu'il fallait que les assiégeants se départissent sans
allié.
Il

autre profit devant la conquête de leur habile
est vrai

lendemain en occupant des villes de l'Empire et en massacrant le clergé orthodoxe. Puis le feu grégeois Jailli des têtes de lions en bronze fixées à la proue des galères byzantines détruisait, avec la flotte des Pisans, les renforts venus vers Boëmond.Et lui de fuir dans un cercueil où il s'était blotti avec une charogne
le

de dire que

Normand

se vengeaitle

de coq pour que la puanteur exhalée

Ainsi

fit croire à sa mort. vaisseau qui porte son catafalque échappe aux investigations des Grecs trop heureux de savoir défunt un

le

pareil ennemi.
ce

Cet exemple

me

fait

reconnaître

,

déclare la princesse

Anne, que

rien ne peut détourner les Barbares de la pour-

suite de leurs entreprises et qu'il n'y a rien,

fâcheux qu'il puisse

être, qu'ils

pour dur et ne souffrent avec constance

quand

ils s'y

sont

une

fois résolus ».

PRIN'CESSES I^ZANTINES.

f$\!^f$î>'^^'^f$^4^f$^?$^?$*.4^^4^

VI.

- UNE CONSPIRATION DE

PALAIS,

De
On

Nicéphore Bryenne, Anne Comnène engendra un
le

fils.

baptisa sous le

nom

d'Alexis

;

et le Conseil

impérial

lui attribua le

semblait
gnante.

le

vocable patronymique de Comnène, ce qui désigner pour hoir et successeur de la race ré-

Dès

lors, les soucis

de

la politique

rent davantage la princesse. Elle

personnelle accaparène pensa plus qu'à faire

souche d'empereurs. Sa mère Irène gardait toujours une affection particulière à l'aînée pour l'intronisation au pouvoir

que lui avait value sa naissance. Alliée à elle, Anne Comnène entreprit des intrigues afin de supplanter son frère Jean, surnommé le Beau, Kalos, et couronné dès le baptême.

venu au jour dans l'appartement spécial, Pourpre, où les Impératrices avaient coutume d'accoucher. L'extérieur offrait la forme d'un pavillon carré se terminant en pyramide. Du faîte, on voyait la mer et le port orné de quantité de figures de taureaux, de lions et autres
frère était

Ce

nommé La

Pour contredire les ambitions légitimes du Sebastocrator. le front large. en était revêtait le plancher et les murailles. Sa remarquable dévotion lui conciliait les esprits ecclésiastiques. sa marquetée en quelques endroits de taches blanches aussi petites que des grains de sable. bêtes. l'esprit ouvert. d'Anne. Néannioins Jean Kalos Sebastocrator échappa à de si terouge (c : naces ennemis. à faire expédier en des guerres dangereuses et lointaines avec l'espoir que les périls des batailles ou la durée des campagnes détruiraient sa santé et son influence. « né dans la pourpre i). dès ce moment. y avait l'alliance ferme de l'Impératrice. Du nom de ce lieu. ce Jean devint l'ennemi à combattre chaque heure. toutes les difficultés qu'il sur- monta et servirent à le faire paraître comme un guerrier hardi heureux. dit sa sœur. le nez ni camus ni aquilin. comme un politique astucieux.i64 PRINCESSES BYZANTINES. les yeux noirs. L'enfant. Au contraire. de son mari. Il ne faut pas soupçonner la perspicacité d'Anne Comnène si elle sut découvrir en lui. les princes tiraient leur titre de Porphyrogénète. comme un paladin de grand cœur. vif et ardent autant que le peut être Vesprit d'im enfant qui vient de naître ». avait le teint brun. les marques d'une haute intelligence le prince Jean en eut beaucoup puisqu'il parvint à déjouer par la suite toutes les tentatives d'usurpation que conduisirent les amis de sa sœur. les joues maigres. Un marbre d'une beauté rare. Descendant direct de ce Bryenne révolté contre Botaniate et qu'Alexis avait réduit. aussitôt que le petit Alexis vécut. Car. qu'un diil . anciennement importé couleur de Rome. Nicéphore Bryenne. à distraire de l'affection de l'Empereur.

UNE CONSPIRATION DE PALAIS. il vivait en érudit sceptique. privé de la vue. « Dieu et la nature pouvait cependant encore écrire de lui lui avaient libéralement départi tant de donséminents qu'on le pouvait égaler à cet Achille qui a été relevé par Homère avec des louanges si avantageuses. Il suc- cédait en cette charge au César Jean Ducas qui avait noué dénoué la politique des derniers règnes. En outre. C'est lui qui disait aux « Assurezofficiers prêts à partir combattre les Scythes vous que si vous passez le mont Emus vous éprouverez qui auront les meilleurs chevaux ». le titre de César dévolu à l'heure de son mariage lui donnait la troisième place dans TEmpire. Les chroniqueurs le représentent comme un homme d'études prudent et perspicace. S'il excellait dans l'art de la guerre. le il i55 portait prestige d'un grand nom. ment les rêveurs Cependant ses froids font de piètres conspirateurs. Sans illusion sur le sort fatal de Byzance. sans ordre. car cette allures étaient d'un seigneur et d'un cheapparence sied à tout philosophe convaincu qui ne daigne tourner en parade ses croyances. princesses pussent choisir et l'événement démontra com- valier. presque un et droit de rivalité contre l'hoir. et met le côté méprisable de la vie à l'étiage voulu par l'opinion générale. touché à tous les arts et acquis une grande sagesse pour les choses extérieures et in: . C'était bien le plus hésitant auxiliaire que les deux ambitieuses . à la ruine des choses. Anne qui le connaissait bien et qui ne devait plus avoir gardé depuis longtemps d'illusions sur cet époux. il n'étaitpas moins expert dans les lettres mais il avait parcouru tous les livres. fort dé- sintéressé des vaines gloires et des agitations inutiles. gnitaire barbare avait. en philosophe : souriant aux désastres. .

môme il dirigea son esprit vers l'histoire et mena à bien l'ouvrage digne de lecture et d'é- l'invitation de la Despoïna.i66 PRINCESSES BYZANTINES. Mais quelqu'adresse qu'il eût. Anne. « Le César ne ressemblait pas à ces Grecs si vantés par le poète qui. pour se servir de leur arc. Les phrases se trouveraient-elles déplacées sous la signature de Mademoiselle de Scuderi? Une princesse ferme. tiraient la corde jusqu'à l'estomac comme s'ils eussent été à la chasse. Il ressemblait plutôt à Apollon et à Hercule et il lançait comme eux des traits immortels avec un arc immortel. le respect de la fête (la semaine sainte) et la défense de l'Empereur (de répandre du sang chrétien en ces jours sacrés) l'empêchèrent de tirer aucun coup mortel à ces furieux (les Croisés) qui se présentaient avec leurs boucliers et leurs casques «. et en déduire au moins que les appréciations aimables témoignent d'une entente solide entre ces augustes personnes. savante. du pays ensuite térieures .. un César portant grand loges composé sur effet. le dénomme plusieurs fois « mon César » et elle ne craint pas non plus de lui accoler quelque comparaison aussi littéraire que puérile. de volonté opiniâtre et poursuivant la fortune d'un fils parmi ses ambitions propres avec une persévérance maternelle. parlant de Bryenne. Ils lui confèrent une admirable beauté et une extrême pureté de mœurs. chroniques de Bryenne contiennent de hauts compliments pour Irène. ma mère «. Au cours de ses écrits. Il ne manquait jamais de frapper où il visait et en ce point il surpassait de beaucoup Teucer ou Ajax.. on peut rétablir une certaine vérité historique en concordance avec les faits. Si l'on extrait de ces dithyrambes ce qu'ils affichent de brutalement exagéré. les En .

de tous leurs talents déterminer l'Empereur Alexis à dépouiller son hoir en faveur de la fille aînée. incendiant les églises où la voquer « le peuple allait le dimanche. leur conduite. leurs prières et leurs chants. belle et pleine d'amour pour eux. eût de le suivre dans ses voyages. des saints. mais non : <. s'observait elle-même par développait les livres l'esprit. goutteux. beaucoup plus artiste une Impératrice pieuse. Elle afin de l'accompagnait jusque dans ses expéditions militaires les plus lointaines. quelqu'aversion qu'elle . une savante philosophe. — public «.UNE CONSPIRATION DE PALAIS. On rapporte aussi que Théane. austère. de tout leur crédit. toute leur influence. Alexis vieillissant. sous son règne. en habits de Très Illuminante Pureté. Le premier rôle incombait à Irène. aussi savant. D'autres adversaires surgissaient contre l'Empire. elle accomplissait ses devoirs chrétiens. deavait coutume non seulement de ne pas ma . ré- pondit à quelque badin qui lui disait en voyant son bras niis à nu par hasard Oh le beau bras! Oui. ces trois personnages allaient peser de et affiné. chez les Sarrasins. Ainsi la Basiléa meure de la sainteté. mère. déjà avaient torche dans les faubourgs de Byzance. fête in- Il mena avec lui l'Impératrice. Le Basileus devait refouler les jeté la vieux ennemis asiatiques qui. image de la vertu. la que pudeur la joues se couvraient aussitôt de rougeur. Restant au Palais part la plu- du temps. Maintenant ce n'était plus les croisés qu'il fallait craindre. s'attachait à la bienfaisance et à la libéralité envers la ceux-là surtout qu'elle savait servir Dieu par leur tenue.<. nom et d'allures 167 nobles. Toutes prenait et ses les fois nécessité l'obligeait à se produire en public. ne pouvait se passer de ses soins.

Mais comme les dieux mêmes. l'Empereur plaçait toujours ses commodités personnelles après le salut de l'Etat. l'aurore tramait contre lui les choses les plus néfastes. ainsi que l'on dit. d'autres encore semaient la calomnie et les injures et mettaient en maies paroles. N'importait-il pas dès lors de garder avec dix mille yeux un prince entouré de tant de inauvaises gens? Alors que les uns sister à la nécessité. cela pour plusieurs raisons d'abord cette maladie du pied dont il souffrait.. curieusement. et même alors elle n'oublia jamais sa les œuvre meilleur antidote (pour Alexis) durant . Il ne souhaitait pour le masser personne autre que ma mère qui. Une autre raison de ce voyage était les nombreux pièges que l'on préparait partout contre lui. car j'admire les vertus domestiques. . son ardent amour pour l'Empereur la tirade la cour malgré elle. De tout cela Dieu est témoin. que personne ne me soupçonne de mentir. adoucissait un peu les douleurs. Bien que sa pudeur la retint au Palais. le midi et le soir le menaçaient d'une mort nouvelle. qui l'affligeait de douleurs très aiguës et nécessitait des soins diligents. montrer en public son coude ou son œil.. Il lui fallait donc requérir une sauvegarde très sûre et tout à fait intime. elle fut très : le visaient de l'arc. Mais l'Empereur lui (que personne ne me reproche cette ampleur de dissertation. ne peuvent résouvent obligée d'accompagner l'Empereur dans ses expéditions.i68 PRINCESSES BYZANTINES. lui frottant et comprimant le pied. L'Impératrice était le le danger des repas douteux. car je dis vrai). Cependant. les autres aiguisaient le glaive contre lui. mais encore elle ne voulait pas émettre sa voix pour des oreilles étrangères. La nuit tendait des embûches. habilement. tant elle était un admirable exemple de retenue.

les J'écris cela contre calomniateurs et les médisants. et décidée à revenir rapportant l'ennemi. elle donne audience. antique statue d'Apollon tombe de son socle de porphyre. Elle va distribuant et cette l'or et l'argent le long des chemins. qu'on y voyait une litière attelée de deux mules etportant l'écusson impérial. et sans se reposer. 169 modestie habituelle.UNE CONSPIRATION DE PALAIS. Quarante jours et quarante nuits elle ne cessa de se mouvoir d'Occident vers l'Orient. à peine camp. Mais tous les espoirs furent troublés par l'apparition d'une comète telle que jamais on n'en avait vue. Le Basileus prépara la guerre. sans doute après des colloques nombreux avec Anne etBryenne. Sous prétexte de reddition. Le stratège Cantostéphane assiégeant Brindes. Ceci seul indiquait la présence de l'Impératrice au camp. Alexis envoya consulter son astrologue. se laisse jouer par la mère de croire qu'en Une Tancrède. Comme le personnage de bronze tenait le sceptre et le globe. si vient de nous décrire arrivée au recluse. dit-elle. tant pour se dérober aux regards que pour garder le silence et la retenue. qui ré- armée Une pond ne idoles. pour Tomyris ou SpaMassagète ». » Anne Comnène ré- fute l'opinion qui attribuait à Irène le désir de combattre « Cela est bon. Irène partit donc. on présage de cet accident la mort d'Alexis.. en forme de lance. Durant le sommeil survenu pendant que l'homme étudiait. saint Jean se montra et prédit l'arrivée d'une nouvelle française. retra la l'adhésion d'Alexis à leurs desseins. et elle demeura encore plus cachée à la foule. si difficile Impératrice qu'on à voir.. Dieu et que Phidias n'a pu animer ses conjuration se découvre... elle fait cesser le siège et prévient son fils qui accourt prendre les marins de Can- .

courent de main en main. Seul Alexis garde le romains simulent des maladies calme de dire à cette nou- Auparavant allons dîner ». Anne Comnène les peint tels absolument que Tacite les avait présentés. Déjà fermentait en nos ancêtres cette fièvre de dire qui leur devant lui. cupides et opiniâtres. loquaces . Alexis leur donnait audience. Boëmond s'empresse mener au pape en appelant à sa justice de ce que les Grecs se servent d'infidèles pour combattre les chrétiens. et les t(«téphane de les mercenaires scythes. disent certains. . La lutte s'accentue entre le Sebastocrator et et Boëmond. avait failli l'aimer. tonibe cependant aux mains d'Irène et de Bryenne. Puis Boëmond se présente lui-même sur le sol de l'Empire. Pressé de tous le rance.170 PRINCESSES BYZANTINES. les imita la sagesse des médecins qui négligent les maux plus légers pour ne soigner que plus grave ». se hâte d'expliquer la princesse. repris par sa goutte. Dès le multitude des Français établie à Byzance matin. Le plus grave c'était la le même. Ils attaquent surtout l'Impératrice Irène dont les amis de Jean Kalos redouvelle : « Des libelles tent l'influence. demande la paix signe un traité que terminent ces mots « Je vous assure : que ces promesses seront fermes et inébranlables comme une ancre «. Peu après le chef normand meurt. mais d'un choc violent reçu en jouant à cheval à la il côtés. Alexis. cerné dans un espace stérile. Anne qui. A sa table même. « Ce mal ne venait pas de l'intempépaume. la Cassarissa. ils consumaient temps sans mesure en paroles vaines. ils poursuivaient l'Empereur de cris confus. si terrifiant que les soldats afin de fuir. en trace un portrait flatteur. et là.

connaissant il la propension de cette race à la colère. Même au plus fort de . mains pendant lui les rares Cette fatigue augmentait beaucoup la goutte de l'Empereur. contraints par l'étiquette à rester debout. perdu de luxe et commun à tous les jeu- hommes devant qui inspire les routes. s'appuyaient contre la muraille ou se dérobaient pour prendre un peu de repos.UNE CONSPIRATION DE PALAIS. tantôt sur l'autre. Certain breuvage donné en remède accrut son mal. Les grands de la cour. mais non la fermeté d'esprit commandements sauveurs au milieu des déle péril. il lui imposait silence aussitôt. Alexis déploie une patience merveilleuse. la laissait dire. léger. Il pestait contre les mauvais esprits. auteurs de maléfices. feignait même de partager son avis quelques instants pour la remercier par cette déférence des soins uniques que lui valait le dévouement conjugal. Elle cultivait le que Jean Kalos ne aucune des vertus nécessaires à un souverain. Parfois il passait la nuit à les écouter. Alexis souriant. irréfléchi. Irène l'avait en ses loisir et heures de de quiétude. Une incursion de Turcs le vint obliger à se mettre en campagne malgré sa maladie. appréhendait qu'une étincelle n'excitât un embrasement et que cet embrasement ne ruinât l'Empire ». Elle répétait n'ayant du courage que cet entrain nes montrait téméraire. fit 171 plus tard inventer le parlementarisme et organiser des révolutions pour parvenir à se chamailler sans fruit dans des temples greco-romains. « Quand il arrivait que quelqu'un de nous lassé de leur insolence s'émancipât jusqu'à les interrompre. Il rejoignit les troupes sur un chariot et les commandait ainsi. parce que. se tenaient tantôt sur un pied.

Deux trophées furent élevés l'un en face de l'autre.172 PRINCESSES BYZANTINES. moindre soldat. celui-là pour la conversion des manichéens. Un chevalier de sa suite accourut à toute bride annoncer la nouvelle à rimpératrice. Le malheureux empereur souffrait de toutes les misères. érudit dans tous les arts qui forment l'âme à la vertu. et leur insolence allait Jusqu'à représenter des comédies où paraissait Alexis podagre. l'Impératrice voyant approcher la fin de son époux le tourmentait pour obtenir qu'il cédât l'Empire à Bryenne. contant la bataille au peuple. et il y eut telle joie de ce succès qu'il chevauchait ensuite de rue en rue. il comme montait achevai et frappait d'estoc. victoire de l'esprit. et. On donna aux nouveaux orthodoxes des terres. de taille. apte aux affaires. il monta par le palais jusqu'auprès de sa chambre dans la salle où mangent les empereurs. des biens. Les derniers dissidents rebelles au pouvoir du raisonnement impérial durent subir la prison à vie. les accès . l'autre étant la victoire de la force. des villes. Puis les Turcs envahirent de nouveau. celui-ci pour une victoire sur les Barbares Comanes. Il défit les Turcs. de carrefour en carrefour. L'Empereur ne se montrait pas moins glorieux du triomphe obtenu à grands efforts de rhéla lutte. au moral. physique. le torique et de savantes dissertations sur le dogme philoso- phai. La vigilance maternelle le pressait de louanges exagérées sur le César si éloquent. On y prétendait que la goutte n'était que le prétexte de sa lâcheté. Alexis crut avoir converti les manichéens qui formaient une garde à part très solide et très sûre. Au ne lui laissaient aucun répit. sans rien dire aux gens. Au retour.

UNE CONSPIRATION DE PALAIS.

173

Alexis simula longtemps l'inintelligence de ce qu'elle vou-

imposer. Il lui parlait aussitôt des affaires de de son amour-propre blessé par les invasions barbares, des conjurations récemment découvertes, des derniers écarts des Bogomiles. Une fois, pourtant, il ne put se
lait

lui

l'État,

« O femme qui partages mon empire et ma couche ne cesseras-tu enfin de m'insinuer ce que tu sais agréable à tes filles et de t'efîorcer à ce que l'ordre établi si heu-

contenir.

reusement soit troublé? Si tu n'es poursuivie par la colère de quelque puissance hyperphysique, reviens au bon sens et considère plutôt avec moi si jamais aucun des meilleurs

empereurs romains, ayant un fils propre au pouvoir, le rejeta et le remplaça par son gendre. Si, par hasard, une telle chose
advint,
il

Quant à

Romain

ne convient pas d'ériger en loi une exception. me concerne, tu sais bien que le monde éclaterait de rire et croirait égarée ma raison si
ce qui
saisis le

moi, qui

louable, au prix du massacre de

pouvoir d'une manière, en somme, peu mes proches et par des rai-

sons différentes des préceptes chrétiens, je répudiais encore mon fils direct pour mettre au trône, après avoir détruit une seconde fois l'ordre de succession, ce Macédonien ».
dide

Ainsi appelait-il Bryenne, originaire d'Orestie, ville splenet prospère de Macédoine.
Irène se crut définitivement repoussée. Elle suivit son
la

mari dans
il
«

campagne nouvelle

et le

rejoignit à l'étape

attendait les renforts.
Il

n'y avait que trois jours qu'ils
le préfet

étaient

ensemble
et se tint

lorsque

de

la

chambre impériale entra
apportait
la

debout près du
aperçu, lui

lit.

L'Impératrice, qui était éveillée, l'ayant
s'il

demanda

nouvelle de l'arrivée des

174

PRINCESSES BYZANTINES.
Il

Turcs.
lui
fit

lui dit qu'ils atteignaient le fort

Grégorios. Elle
la

signe avec la

main de

se taire

de peur d'éveiller l'Em11

pereur.

Mais

lui avait tout

entendu.

dissimula que
il

nouvelle l'émût

et, dès le lever

du

soleil,

se livra à ses

occupations habituelles sans pourtant songer à autre chose. La troisième heure n'était pas encore écoulée, qu'un homme

accourut l'avertir parce que les Barbares approchaient déjà. L'Impératrice était alors avec l'Empereur et, bien que toute
terrifiée, elle suivait ses avis.

Comme

ils

allaient dîner,

un

sang tomba aux pieds de l'Empereur en lui jurant que le péril menaçait. Aussitôt l'Empereur renvoya l'auguste Irène à Byzance. Elle, bien qu'elle craignit fort, cela cependant sa peur au fond de son cœur et ne la montra ni par mots ni par gestes... Comme malgré sa volonté, elle s'éloigna, se retournant maintes fois en arrière... Quand elle fut à la mer, elle monta sur la galère réservée au service des impératrices ». L'hésitation de -ce départ ne marque-t-elle par l'insistance d'une tentative de conversion, tentative sans succès. Encore une fois les Turcs
autre
souillé de

homme

avaient interrompu l'œuvre d'Irène par une guerre cruelle

il

n'était loisir de

Un
Ils

allié, le

sultan Saïsan,
lui

voulurent

développer delà politique de chambre. tomba aux mains des ennemis. crever les yeux; et, comme ils ne possé-

daient pas d'instrument propre à cette opération, «ils se
servirent d'un

chandelier, que

mon
le

donné

et

le

privèrent

du jour par

père Alexis lui avait mauvais usage d'un
Interné à Cogni,
il

présent destiné à porter la lumière

».

avoua à sa nourrice qu'il entrevoyait. La nourrice le redit à sa femme. Elles gardèrent si mal le secret qu'il devint public en fort peu de jours. L'ennemi fit étrangler Saïsan.

VII.

-

L'AGONIE IMPERIALE-

Le Basileus
assistait à
«

revint de ces guerres atrocement malade. Ses

souffrances empirèrent.

En

l'an
il

1118 du Christ,
cet

comme
ouvrage

il

une

fête

du cirque,

prit la fièvre et dut s'aliter.
:

Je

me

suis proposé

deux choses dans

l'une d'écrire l'histoire, et l'autre de plaindre

mes malheurs.
suis obligée de

Pour
faire
et

écrire l'histoire, je représente les guerres et les ba-

tailles;

mais pour plaindre mes malheurs,
triste récit la

je

un

des disgrâces qui ont assailli

mon

père

de son trépas qui a été
Ainsi

ruine de l'Empire
fait

».

commence

la

narration que

Anne Comnène
que

de
ses

la

mort

d'Alexis. Elle prend soin d'avertir par là

successeurs perdirent la prospérité de Byzance, prospérité

menacée durant tout son règne. Les chroniqueurs ne cachent pas que les supplications d'Irène et d'Anne redoublèrent pendant toute l'agonie. La princesse, appelée en consultation avec les médecins, donne son avis, prescrit des traitements. Sa réputation de science la plaçait au rang des docteurs les plus renommés. Jamais, au reste, Purgons de Molière ne prescrivirent de remèdes aussi
déjà bien

176

PRINCESSES BYZANTINES.
Anne
tient

burlesques.

un journal

exact des périodes

du
de

mal,

elle décrit l'enflure, la fièvre,

l'oppression,

le flux

ventre

même;

se délasse parfois

en faisant

l'éloge

du dé-

vouement

d'Irène.

L'Impératrice ayant été prendre un moment de repos, arrive pour la défaillance dernière et voyant son époux si près

mort, elle arrose le corps de ses larmes. princesse ne dit point, afin sans doute de cacher le souvenir de dissensions familiales qui amenèrent sa retraite, comment Jean Kalos, dès qu'il vit le Basileus sans connaissance, s'approcha, simula un entretien tenu à voix basse
de
la

La

et lui prit

son anneau qui

était aussi le

sceau de l'Empire.

Alexis, revenu à lui, se mit en prières; et

aucune objur-

gation de sa femme, de ses filles ne le put détourner de ce mysticisme final où il prétendait sanctifier sa mort.

Cependant le Sebastocrator monta immédiatement à cheval. Entouré de ses amis, il courut au palais impérial, l'agonie se passant dans les édifices des Manganes. Le peuple
lui était favorable; et

comme Jean

montrait l'anneau à tous,

feignant qu'Alexis le lui eut donné, on l'acclama suivant les

formules d'usage. Le bruit en parvint aux princesses éplorées. Elles sentirent défaites leurs meilleures espérances. Aussitôt,

Irène

envoya un messager vers Jean pour lui enjoindre de se démettre, son père ayant désigné par le testament un successeur. Il semble, dans la confusion des témoignages
apportés par les historiens de l'époque, qu'aux derniers temps de sa vie, Alexis avait paru, en effet, incliner en faveur de Bryenne. Cela seul explique cette injonction d'Irène au
Sebastocrator.

Un rent. Bien qu'il arguât de l'anneau impérial mis en sa possession. que l'Impératrice se laissa emporter par la « O mon époux. il Avec une affec- continua de murmurer des prières. arrivé devant le palais. et maintenant même. les officiers exigeaient fils dignation légitime contre un soupir du père pour se qui n'attendait pas la parer de un ordre écrit du "Basileus. Les princesses s'efforcèrent de le ranimer pour le remettre en ses esprits et lui inspirer une résolution ferme. Elles tombèamis et des satellites envahirent bâtiments de la demeure impériale. Soins inutiles. la souveraineté acquise par le choix in extremis de l'Empereur. et qu'il allait s'installer au Palais. Jean Kalos.L'AGONIE IMPERIALE. Le voyant dans cet embarras. . Bryenne expédia un eunuque afin de lui proposer de partager le trône et de s'associer pour régir l'Empire. Son père ne mourait pas. Bryenne prétendit représenter la légalité. accident survint qui lui valut l'assurance du pouvoir. Ce pouvait être au lendemain un terrible retour des choses. tu restes immuablement attaché à tes inclinations d'hier ». ne persuada point aussitôt les gardes de livrer les portes. tant et si froidement. Quelqu'affilié détacha les Le Sebastocrator. près de quitter la vie. Jean Kalos hésitait. ses 12 PRINCESSES BYZANTINES. sans plus attendre. 177 Mais. aussitôt les gonds des portes. l'in- le dernier couronne. tation de piété. Alexis s'affaiblissait de plus en plus. vivant colère tu fus expert dans toutes : 1 les manières de ruser. elle annonça comment son tils se proclamait déjà Basileus. ta langue fut sans accord avec tes pensées. un acte d'autorité dernière. lorsque penchée sur le visage de son époux. lui Alexis ne parut pas vouloir comprendre ni s'apercevoir du larcin qui l'avait dépouillé de son anneau.

ne sachant si on les assiégeait comme rebelles ou s'ils tenaient l'Empire dans un palais veillé par une escorte fidèle. elle voyait. au jour décisif. on peut supposer que les transes qui l'émurent le plus en ces heures ne furent pas dues aux alternatives de syncopes et de retours à la vie qui marquèrent l'agonie du souverain. Nulle allusion qui transparaisse aux angoisses de ces journées terribles où se jouait le sort de son mari. malgré tant de motifs de suprématie. toutefois sur l'état général des esprits et ils Peu rassurés là. Quelle fière opinion de sa supériorité ne pouvait-elle raisonnablement nourrir. que la naissance de ce frère cadet pouvait reculer au plus. Ils redoutant une offensive du parti Bryenne. fiancée d'abord à ce Constantin Ducas paré des insignes impériaux. La princesse Anne n'a garde de manquer de retracer pom- peusement. le Basileus Autocrator Alexis P'" Gomnène remit son àme à la Rayonnante Douleur du Christ. elle-même Cœsarissa et honorée des acclamations. Née dans la Pourpre. . de sa mère. céder le premier rang à ce jeune homme dépourvu de savoir et de prudence pour cela seul que c'était un mâle. se dérober le fruit de ses justes espoirs et de très longs efforts. Sans douter de la piété filiale dont la princesse Gomnène ne cesse de faire montre. Et il fallait. les gardes au dehors. s'enfermèrent y vécurent plusieurs jours. le sien. Pas une fois le nom du frère n'est prononcé.lyS PRINCESSES BYZANTINES. inévitable. tragiquement la mort de l'Empereur et l'hyperbolique douleur de ses sœurs. dans cette cour la plus diserte du monde où on la révérait à l'égal des sages docteurs. Enfin le quinzième jour d'Août. ayant attendu de longues années son avènement comme une chose légitime.

On entrevoit l'affolement des princesses après les nouvelles du dehors. pour une princesse de telle ambition. sous laissée choir poids du malheur. pendant de longues séries de mois. l'Impératrice. Cela frappait comme la négation brutale de sa supériorité. un destin malencontreux.L'AGONIE IMPERIALE. On sent dans ce récit funèbre l'immense douleur alors ressentie. et qui poussa quelques mois plus tard cette femme de trente-cinq ans à se retirer du monde pour pleu- force de Jean. sa mère. Anne. verse goutte à goutte d'un vase à long col dans la bouche du malade que remède briile et ce qui s'en plaint par de rauques gémissele ments. sans conrer éternellement à dépeindre les derniers instants sentir au signe qui les sauverait elles de la disgrâce et de l'obscurité définitives. le coup de d'elle ce frère méprisé. immuable. Elle se complaît du moribond. le père agonise. dénigré. solennel. le César. 179 Sa logique de personnage intelligent et raisonneur ne se pouvait facilement plier aux grossières lois sociales. le plus saisissant passage du livre. La princesse Marie. partant quelque peu vaniteuse. inspirant et conseillant les hautes facultés de chacun. de la force morale qu'elle s'était plu à reconnaître sienne et très efficiente par-dessus les tâches plus humbles des autres êtres. à peine salué dans les cérémonies de cour où il triomphait par l'opulence et la splendeur de ses hardes. La scène devient belle. où. Son monde illusoire s'écroulait d'un coup devant l'habileté simple. peiné sans relâche. ce n'était pas un futile échec que de reconnaître vaines les complexes intrigues. pendant que le souverain. de la défaite s'est aux pieds de son père et la princesse Eudoxie . elle-même guidant. avaient. Puis. l'annonce de leurs espoirs supprimés.

supputant les forceront peut-être à se retirer conjonctures qui aux couvents. depuis. ces prisons politiques où finissaient les races vaincues et les familles des conspirateurs malheureux. L'Impératrice Irène prise d'une crise nerveuse en voyant lui échapper la puissance . elle. déchirait ses habits et jetait ses souliers de pourpre à travers la chambre. elle prit des souliers noirs et.i8o PRINCESSES BYZANTINES. « L'excès de mon affliction mit ma philosophie en désordre ainsi que mon éloquence »... Ne y> suis-je pas plus dure que le roc. Détail admirable que cette vengeance de femme. transporta le cadavre de l'Empereur dans un apparteexposé au septentrion du Palais à cinq Dômes. de son docile gendre « J'ai donc perdu Alexis. moi qui ai survécu? Elle survécut d'ailleurs pour les déboires. sans paroles. J'ai aussi perdu Irène. l'Em- perçur rendit l'esprit ». après avoir été en peine d'une robe de deuil. Irène les délices de l'Orient. Dans le temps même qu'elle la mettait. s'habillant de deuil avant le spasme suprême de son mari qui n'a point voulu lui concéder la haute faveur de régner sous les noms de sa fille. ma troisième sœur qui avait éprouvé le malheur de la viduité en tira une de ses armoires et la lui donna. s'écrie ! alors la rhétoricienne. comme les fausses marques d'une dignité dont elle se trouvait dépouillée. elle se coupa les cheveux. Ni philosophie ni éloquence ne pouvaient remédier au courant adversaire du sort. cette lumière du monde. « Elle arracha aussi les ornements de sa tête. avec les Elles pleurent ensemble. ment Mais les princesses ne croyaient pas encore la partie On .

il était devenu peu à peu le plus cher des domestiques cubiculaires qui appelés par leur ministère. On allait porter le corps en grande pompe dans le monastère de Jésus-Christ Ami des Hommes qu'avait fondé Alexis. Le nouvel Empereur trop prudent pour courir le risque d'atfronter une sédition. qui mangeait à sa table et ne se séparait guère de lui. Les gens aimaient Axuque. . il en expédia ses courriers. les courages. très libéral. Bryenne assembla ses partisans. L'AGONIE IMPERIALE. Ayant partagé ses jeux d'enfance. acquéraient vite par là les secrets et la confiance du maître. la Despoïna fit Le lendemain. il distribua les charges à ses amis et à ceux de ses parents qui approuvaient sa politique. se contenta d'envoyer aux obsèques une partie des seigneurs de sa maison. Axuque. perdue. Entre tous. un esclave né chez les Turcs. Il l'honora du titre et des insignes de Sebastocrator. i8i un complot à exécuter. durant les funérailles. Demeuré au Palais impérial.. pour assister aux cérémonies. prodigue même. Puis quand les nouvelles des provinces parurent rassurantes. élevé parmi eux et pris dans Nicée lorsque cette ville échappa à domination perse. au appeler Jean Kalos de bonne heure. On machina tout Anne Com- nène plus froide remonta matin. ou l'outrage d'un discours dénonçant au public sa conduite durant l'agonie de l'Empereur. y donna audience aux dignitaires qui vinrent prêter serment. connut aussi la faveur du jeune souverain. il aimait son frère Isaac. Ces deux personnages commencèrent à régir l'Etat. Les ressaisir le pouvoir. aux soins très intimes du prince. la L'an n'était pas encore révolu qu'Anne Comnène tentait de Des affidcs corrompirent les gardes de l'hippodrome Philopation où l'Empereur passait la nuit.

cette malignité de la nature qui. l'ingratitude et l'injustice de l'Empereur défunt qui avait tout accordé au droit du mâle sans déférence pour les qualités plus solides et plus Elle élevées de l'intelligence. Anne maudissait son sexe. On gagna même certaine partie du peuple. après l'avoir privée du trône bien que son droit d'aînesse l'y . et lui-même à l'heure du profond sommeil. de quel- ques prêtres. si difficiles où l'Impératrice. Elle ne tolérait point le triomphe définitif de Jean. ne pardonnait pas surtout à ce frère l'avortement si d'intrigues longues. mollissait. Anne fut l'âme directrice du complot. plus sceptique sur la valeur des choses de gloire. d'hésiter. Il fallait une revanche. malgré leurs richesses et le prestige de leurs talents. crut prudent d'atermoyer. Anne Comnène et Bryenne fondèrent leur dernier espoir en ce dessein. excita les cu- Anne Comnène pidités et les vues ambitieuses des jeunes officiers. conjurés attaqueraient en armes ses serviteurs. Bryenne moins ambitieux. le César. trouvait inutile d'encourir la sévérité de son beau-frère contraint de venger avec éclat et un pouvoir récent mal assuré. Quand l'excitation des conjurés atteignit un degré d'effervescence favorable à l'accomplissement du projet. si le succès n'anoblissait pas leur tenta- tive. Malheureusement Bryenne ne montrait pas l'énergie indispensable à un chef de parti. le César. de chercher des garanties plus sûres pour la réussite. L'ancienne cour dévote pour Irène prêta l'appui de son autorité et de ses traditions. répandit l'or à profusion.i82 PRINCESSES BYZANTINES. la Coesarissa elle-même avaient été joués avec leurs partisans. au lieu de les conduire au but.

l'Empereur apprit le crime de sa sœur et du César. son orgueil. portât. Anne Com- nène furieuse s'emporta en paroles obscènes contre blesse la fai- du mari. Les messagers de l'Emla pire lui annoncèrent qu'on et la punissait par la confiscation des biens. Les gardes achetés par les largesses eurent le temps de se dégriser de leur premier enthousiasme. en fut ainsi. haine allaient Il à se La Son ambition. après un essai maladroit. à sa chasteté d'épouse par des paroles quasi publi- ques. Un matin. Constamment elle querellait Bryenne sur sa timidité. Cela laisse penser l'horrible rage où se perdit la princesse pour qu'elle manquât ainsi à la dignité de son rang. On ne peut traduire exactement le grec tant les termes en sont crus.I/AGONIE IMPERIALE. Le chroniqueur rapporte qu'à cette nouvelle. il lui fallait restreindre et son action entre les murs du gynécée faillir princesse souffrit la torture. Le monastère pauvreté lui allaient-ils échoir? . rempéchaii de prendre le i8? commandement effectif du complot. truite et sans espoir pour jamais déde succès autre. Mais par respect pour les mœurs introduites au Palais sous le règne précèdent. à l'étiElle accusait tout virile la âme quette. L'ardeur des conjurés s'épuisa dans une vaine attente. tandis que Bryenne avec un esprit féminin et timide portait le signe physique d'une virilité menteuse. sa satisfaire. tout soi-même enfin qui des chapelles impériales. La vie d'apparat venait de prendre fin. subirait la défaite irrémédiable. haut la nature d'avoir donné à son forme et le sexe d'un être de passivité.

.

Axuque. cet Axuque qui dirigeait les conseils du Palais. Le décret qui la privait de ses biens en dotait l'eunuque turc. esclave. pour faire montre. clémence et lui eunuque rang. Or. Son époux ne manqua point de la pousser en cette voie sage. refusa la dotation. - LES TEMPS DE RETRAITE.m VIII. la ressentit que plus humiliante encore. la princesse renonça pour l'avenir à entreprendre quelque rôle nouveau. Son orgueil. son ambition poli- tique désarmés par l'ignominie du bienfait. de sa générosité. et la Porphyrogénète dut à la libéralité d'un les dignitaires. moins rude d'apparence que l'épreuve s'imposât. Jean Kalos suivit le conseil de son favori. par un long discours prononcé devant Pour Anne Comnène ne exhorta Jean Kalos à la reprocha presque l'idée de dépouiller sa famille après que Dieu lui avait donné la grâce de découvrir la conjuration. il la consola . Il terminait en suppliant l'Empereur de rendre ses biens à la princesse. en un acte aussitôt célèbre. la jouissance de ses richesses et de son C'était le coup suprême. et la colère du premier moment apaisée.

i86 PRINCESSES BYZANTINES. l'attitude craignant pour soi. Dans Byzance. de ne point contrarier l'Autocrator. tout de mépris hautain pour les hochets de la gloire. elle laissait penser que si elle avait agi volontiers sur l'esprit d'Alexis pour obtenir qu'il changeât l'ordre de succession. Parmi de graves déclamations. maintenant qu'il était mort sans l'avoir modifié. Anne Comnène se désista de toute prétention future. ses assidus constituent une société à part où l'on perpétue les traditions littéraires et dialectiques du règne d'Alexis. avec l'onction de sa : parole dévote comme il il ne faut pas chercher un roi quand on n'en celui a point. ne faut pas entreprendre de se défaire de qu'on a.. ses disciples intellectuelles. Afin de ne pas entraver sa carrière à la cour le plus sûr était. dès l'insuccès. aux prêtres. âmes de missives destinées à des lectures de cénacles. des épîtres sur des sujets graves. Elle vécut en une cour particulière fréquentée parles moines. de ses raisonnements sceptiques. pour ses parents. les pères de l'Église qui plus tard la glorifieront dans leurs écrits. D'ailleurs l'Impératrice Irène pris. Le mouvement de loppa dans aux choses les renaissance commencé par Psellus se déve- uniquement occupés Mais la face scientifique des spéculations disparut peu à peu devant un grand amour de la rhétorique où l'on s'efforça d'exceller. pleines de . En effet. Son fils Alexis avait épousé la fille du prince Abosgias. elle jugeait indis- pensable de se soumettre au désir du défunt. En ce temps chacun compose des lettres. et elle ment la conduite politique de allait disant aux seigneurs. sa fille. depuis cette époque la Cacsarissa ne se mêle plus aux événements politiques. avait de ne pas approuver pleinela princesse.

La besogne de ces rhéteurs se vouait la dénudation du style. Aucun motif n'était d'ailleurs qui pût l'engager à enfreindre les lois de l'Empire et à former un parti d'opposition. plat. dépourvus d'anecdotes et de caractéristiques. Une fois affermi sur le trône. Les chroniqueurs abondent pour cette époque. sans tournures ni dispositions de mots qui mettent en valeur le verbe ou l'idée représente assez bien ce que fut la langue des Buffon. Tite-Live. bation unanime se manifesta. soucieux uniquement d'amener de longs discours dans lesquelles ils peinent à imiter les homélies rapportées par les historiens grecs et latins. en it23. etc. Thucydide. L'admiration des sujets lui fut rapidement acquise. sorte de cliers aux lettres du dix-septième siècle français. il fît prendre la pourpre à son fils âgé de 16 ans. tous secs. L'appros'assagit également. pompe concetti et si 187 de prétentions érudites. de bons mots. et le domina de son incontestable talent. sans . des Boileau à l'heureux et suggestif archaïsme de Montaigne ou de d'Aubigné. forme la plus délicate de ces exercices. Jean Kalos parut successivement aux yeux des peuples comme un héros de chevalerie et comme un saint de vitrail. il battait . La langue L'histoire paraissait la Le grec de ce douzième siècle.. Anne Comnène dirigea ce monde de grammairiens durant sa vie recluse. Tacite. De plus. Rien n'était plus à tenter contre ce souverain populaire dont sait déjà sur les la degrés du trône. net et imprévu. C'est donc à tort que la critique moderne évoque le byzantinisme à propos de certaines complexités d'écriture mises en œuvre par les lettrés contemporains. Alexis II Comnène et en nomma les deux frères Sebastocrators. En même descendance s'établistemps.LES TEMPS DE RETRAITE.

L'encens parfuma les rues. de mouvements majestueux que guidaient de secrets mécanismes. sur le passage du cor- . Il se prosternait pour rendre grâces de la victoire devant les images du Sauveur et des Saints animées. Huns et les les Serbes dont le les incursions menaçaient la le sécurité de Byzance. Au jour dit. les demeures des quartiers riches furent tendues le militaires. on exposa les plus magnifiques orfèvreries tirées des trésors particuliers. d'étoffes et précieuses qu'alourdissaient les broderies d'or de gemmes.i88 PRINCESSES BYZANTINES. triomphe de l'Empereur dont les admirables exploits combats singuliers où il avait déployé une bravoure de légende excitaient l'enthousiasme. Le commerce pros- De si heureuses conjonctures se consacrèrent par une des plus belles cérémonies qu'eussent vues les Byzantins. Et les et acclamations durèrent tout le jour. Les franges d'or des vêtements cliquetaient sur les chaussures de drap clair. aux pieds. Les marchands. plusieurs . rehaussées d'or et de pierreries. ils n'osaient sortir. et souillé leurs maisons avec des eaux sales. parmi les fleurs des reposoirs. les tanneurs avaient parcouru Péra. Les Grecs. Redoutant les coups. Un char couvert de plaques d'argent enchâssant des escarboucles de grosses perles passa traîné par quatre chevaux blancs. vêtus en soieries de fête brodées de symboles multicolores. la Très Illuminante Pureté. protectrice de l'Empire. Sur ce char se dressait l'image de la Vierge. avec. acclamèrent Jean Kalos suivant à pied le char. les trophées conquis sur les Barbares et offerts pour ex-voto. bénirent. le quartier des Juifs. Dès le matin. menu peuple déli- vrés d'une terreur constante péra. pour empêcher les bourreaux du Christ de se mêler aux orthodoxes. et sur leurs balcons.

va chercher dans les cours ennemies des secours pour le renverser du trône. Des guerriers soutenus par une divinité tutélaire défendaient la gloire de la patrie grecque. sa nef élevée sur des colonnes recouvertes de mésoir. Le peuple entier se levant pour lui donner tort. Au hasard seul. Aussi bien que courageux il était clément et patient. la foule s'écoulait allait Au feux et taux précieux qui portaient gravé heureuses. elle ne pouvait imputer cette gloire du Basileus. pour lui crier que l'Empereur Jean seul savait satisfaire aux besoins du pays.LES TEMPS DE RETRAITE. tège. son frère si aimé. de ses orgueils abolis. le mémorial des guerres Imagine-t-on la tristesse d'Anne Comnène à ces bruits fête qui blâmaient et flétrissaient ses tentatives inutiles. du haut des airs. se poursuivre Spina gigantesque élevant ses chapelles. Isaac. éclataient avec fracas sur les com- harmonieusement les lyres et les cithares. et qu'il relevait les étendards de Byzance si souillés par les revers au temps d'Alexis le Grand elle en dut infiniment souffrir. La mulbattants tandis que pleuraient titude des spectateurs délirait de joie. lisant à ces jeux le présage des destinées nationales. 189 dans les amphithéâtres où le peuple applaudissait et les les jeux padrémiques qui laissaient voir les dieux héros d'Homère autour de obélisques baient se la mêler ensemble sur l'arène. de : . bravement et dignement. qui sonnaient le glas de ses ambitions défuntes. ses pieuses parmi les flammes versicoDes feux pareils à la foudre tom- et ses statues lores des bois exotiques. lentement le long des derniers contempler les couronnes royales illuminant du seul éclat de leurs pierreries la nuit du Palais des Blaquernes.

qui ne soit pas noyé dans la débauche ni plongé dans l'oisiveté. il lui imposait le respect inévitable devant l'évidence de la vertu et de la magnanicharitables. par l'audace de ses qualités il démentait chaque jour les complots et les intrigues passées de sa sœur. sorte d'Alcibiade plein de bravoure. ce du fond de sa retraite. « Je veux. s'étant blessé à la main d'une flèche empoisonnée. La princesse. dit-il aux dignitaires entourant son agonie. Il n'en obtient pas. vous donner un chef qui ne soit pas mangeur de peuple. Le de cet Isaac qu'on leur allait livrer ordonne de prêter un de ses chevaux à un chevalier italien qui en était dépouvu. qui ne démente pas son nom par ses mœurs. désigne son cadet Manuel. Jean la bataille lui pardonne fils et le reçoit avec des réjouissances publiques. Manuel ainsi. Il supprime la passe aux Perses avant parce que Jean Comnène lui peine de mort. franchit à cheval la porte que seul l'Empereur pouvait passer La bête hennit et caracole. Les volontés de Jean sont tellement observées que l'aîné se retire au monastère. mité. Par chacun de ces bienfaits. est proclamé sans opposition. C'est de lui que Mahomet II prétendait descendre. Il renie le christianisme et épouse une musulmane. A son retour. Jean Kalos lui écrit des lettres affectueuses pour le ramener au bien et console le père avec de nouveaux honneurs. présage de règne heureux... « il comme les statues A l'exclusion de l'aînesse. qui ne demeure pas attaché à son palais et les peintures. Il entre au Palais. peut suivre les ex- ploits de réel Hercule dont Raimond d'Antioche ne . Enfin il meurt.I90 PRINCESSES BYZANTINES.

Basileus. pendant les cérémonies palatiales. la les A Byzance. On leur redescend du haut des Asie et s'attarderait volontiers murailles des paniers remplis de farine en retour de l'argent dû y mettre auparavant et on les vole sur le poids.LES TEMPS DE RETRAITE. marche contre l'Empereur Conrad d'Allemagne et ses croisés. Son Alexis venait de recevoir la . Quant au massacrât. Ses deux frères veulent se battre pour des questions de vanité. l'air martial. l'Empereur ordonne de vendre aux pèlerins des aliments empoisonnés. il les sépare sans armes et a le bras traversé par un coup de dague. vendue se trouve mêlée de chaux. Dans un combat singulier contre un Hongrois. il porte cuirasse. Depuis. veuve. armées comme des guerriers. conduites par une femme surnommée Pieds. On ferme les villes devant eux. et princesse fêtes Comnène. Même on en tua beaucoup dans les gorges et les défilés. Les amazones croisées paraissent dans Byzance. 191 put manier ni l'écu ni la lance. put voir fils des noces. afin sa parente Berthe en d'acquérir son donna mariage. on nomma Irène. on Téduqua. Au sa nièce ses vêtements. il entretient un commerce incestueux avec Théodora au su de tous et rit largenient quand les prêtres l'en blâment.Dorés pour les franges d'or qui bordaient yeux. il le tue d'un coup d'épée entre les Palais. Les argentiers reçoivent l'ordre de battre de la fausse monnaie pour les qu'ils ont La farine transactions avec les Latins. lui la fut meurtrier que Conrad. « afin de dégoûter leurs descen- dants de mettre Jamais le pied sur la terre de Byzance ». les défait et contraint l'audacieux à s'asseoir près du trône sur un siège bas. il traitait avec les Turcs pour qu'on les Tant Manuel leur alliance. Comme ce monde dans ne se hâte de passer en la riche cité. alors très vieille.

patriarche. et il lui fallut quitter la terre en 1 148 sans autre satisfaction que d'avoir dirigé trente années durant les intelligences de l'époque. Les courtisans désireux de s'en débarrasser prétendirent qu'il suivait l'hérésie du moine Néphon. le tua. patriarche Côme que la cour accusait de conspirer avec Isaac. Peut-être nourrissait-elle le vague espoir que son œuvre donnerait aux âges futurs le document-type de l'époque où elle vécut. elle écrivit rique de son père qui devait ternir qui contribua fort à faire VAlexiade. prononça l'anathème maudit le ventre de l'Impératrice Irène afin qu'il ne produisît jamais d'enfants mâles. « Laissez-lui recevoir sa pierre ». indigné. au triomphe d'Andronique. . Elle-même malheureuse. A la suite de cette alliance. Cantostéphane. On le chassa de son et Côme. En suprême et vengeance. ce panégydes règnes suivants accoler par les chronologues l'éclat l'épithète de s'y grand au nom d'Alexis Comnène. Manuel perdit sa popularité. C'était un allégement à sa rancœur. Grand Duc et dignité de on lui confiait des commandements d'importance. un dissident orthole doxe avec qui vivait église.ig2 PRINCESSES BYZANTINES. voulut le le frapper. Il d'elle fiorissait le encore un parti puis- était de ses amis. Mais Anne Comnène mourut trop tôt pour assister à l'expiation. le frère de l'Empereur. au siège de Corfou un éclat de pierre le frappa aux reins. une sorte de modèle humain en relief sur la déchéance de la société byzantine après Alexis portant ce suprême bon goût de ne point même attaquer son frère Jean Kalos au récit de la mort de leur père. Il est vrai qu'elle ne le nomme pas. dit alors patriarche prédisant ainsi la mort de l'insolent. Cependant autour sant. un familier de l'Empereur. et montrait parfaite et .

cloîtré. Car sied de repousser l'hypothèse d'une tyrannie gouvernementale qu'elle eût craint de froisser et qui interdisait les révélations sur la manière dont Jean Kalos (i) avait pris possession du trône. Isaac et Manuel. de déplorer sa mort puis fut lui aussi proclamation de Manuel. En efl'et. pour un temps.LES TEMPS DE RETRAITE. Son frère Andronique eut juste le temps A la exempté des choses hurnaines ».\NTINES. Isaac s'était. Andronique. (i) Jean Kalos eut quatre vit fils. On expliqua comment cette vision signifiait que l'enfant tiendrait le nom d'Empereur mais serait privé du pouvoir. pereur < clamations. l3 . il mourut bientôt d'une fièvre aiguë qui le prit à la tête. Alexis que l'on nommait après lui dans les ac- l'Emen songe cet Alexis. — Le chroniqueur rapporte que — «^aOo*c»«^-' PRINCESSES BYZ. n'ayant rien autre pour dompter la bête. s'avancer sur un lion qu'il maintenait par les oreilles au lieu de rênes. alors récemment couronné. que les le 193 silence pèserait plus sur la il mémoire de son frère que pires accusations.

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*^I^Séi?€^%S^S^IéJ^I^%î^l^léJ?€*ifeléJf^ IX. que d'y rester comme le fait au- . de citations des anciens. - L'ALEXIADE. l'ouvrage demeure sûrement le meilleur des précis historiques que nous ait légués le douzième écrite centaines Une épitaphe de plusieurs dénommerde pages. convenu de aux ce qu'il est traités siècle byzantin. pleine de métaphores ampoulées. l'initié des vieilles philosophies perdues. dans de rhétorique « le style noble ». force effective. De ce cet que élan intellectuel gardait la forme de discussions il religieuses. de traits d'esprit et de quiproquos de pensée. Quels qu'en soient les défauts extérieurs. purement épris de beautés intellectuelles et fort dédaigneux des âpres luttes où s'exterminaient misérablement les nations au moyen âge. c'est-à-dire plus de Il était moins sot assurément de quitter le courses pour aller entendre les pieux évéques disserter sur un texte de saint Jean. cirque et les en acquérait plus d'unité. même On y sent mieux que partout ailleurs l'âme de ce peuple admirable. tel apparaît ce livre qu'Anne prétend avoir composé trente ans après la mort d'Alexis.

igô PRINCESSES BYZANTINES. C'était l'extrême tenue d'habits et d'âme. Son époux Bryenne avait commencé la chronique perpétuée jusqu'au temps de Botaniate. l'historienne explique « le cours des plis lourds. accents de prophéties. nourrie d'Aristote et de Platon. saints peints aux icônes et qui. elle méprisera les envieux et ac- complira sa tâche. Suit aussitôt les un portrait de médaillons des littérateurs Bryenne travaillé comme du dix-huitième siècle. si la volonté humaine se laissait parfois défaillir. puis se présente avec ses titres d'érudition. L'exa- gération qu'elle affiche des qualités et des mérites impériaux. . la suprême attitude des . il n'a redondantes. à en garder la dignité rigide. proses liturgiques. moins que le Le que style se ressent de la pompe des et intelligences . Mais son embarras va-t-elle encourir le reproche que les Ecritures est extrême : font à Cham d'avoir découvert la nudité de son père Noé. Anne Gomnène la a scellé Byzance finissante. dans son œuvre ce haut esprit de au long de ses discours. philosophe et mathémati- cienne. son plus vif appétit se vouait à le pratiquer et à vouloir en être parée dans les histoires. que. Elle s'efforce. en faits rapportant avec exactitude les vant la du règne d'Alexis? Sui- parole d'Homère. et des vertus entières démontre au Bien n'avait rien de ridicule alors. images de bas-reliefs. le jourd'hui peuple de France dans le seul espoir de se dé- lasser vers la nuit aux idioties des petits théâtres. Dès le début du livre. phrases étendues temps ». dans leurs personnes étroitement ascétiques splendidement ornées offrent l'admirable alliance du mysticisme esthétique de la piété indispensable et du mysticisme religieux. se dé- clare experte dans tous les arts. Le mal deCilicie l'a malheureusement interrompu dans cette grande tâche.

s'étaient révoltés avec l'espoir de conquérir le trône. d'une grande expérience. complètent cette manière d'écrire dont hérita intégralement notre grand siècle. Voilà la forme générale des phrases et des idées pour .. Quelques citations ne sauraient comme que préciser.. de si bon conseil de si profonde science d'une si rare probité et d'une mine non seulement digne de l'Empire mais empreinte d'une majesté presque divine. . .. Cela veut dire simplement qu'Ursel et Basilas. il était magnifique soit qu'on le regardât soit qu'on l'écoutât. je veux dire Ursel périe de l'air. dames du dix-septième siècle le génie de Corportraits encadrés dans la narration. tyrans étrangers et nomades y ont la fortune a précipité l'État dans des maux qu'on >» que ne sait guérir.. à et Basilas. si . ainsi l'Empire romain prépara en ce temps pour lui-même des destins mortels. tantôt affligés de maux extérieurs et tantôt portant en eux-mêmes les causes de leurs maladies. De nombreux les figures des médaillons dans l'émail des céramiques.L'ALEXIADE. pour venir briller en France avec les Médicis... Ajoutez à cela les concetti ces paillettes éclatantes semées sur les l'étoffe du discours et qui passèrent ensuite dans mœurs littéraires de l'Italie signaler aux neille.. » cette pensée exprimée vers la possibilité de l'Empire à lui octroyer est peut-être la seule allusion de toute VAlexiade au complot manqué. le récit ordinaire. chefs des milices franques. Et si quelques autres les jadis affectaient la tyran- nie. maintenant été attirés. parfois attribuer l'origine de la fièvre à l'intem- nous font une nourriture malsaine ou bien aux humeurs corrompues.. anobli des plus aimables épithètes 197 : « Si vaste d'esprit. « Comme les corps qui.

étonnait l'esprit. la page la plus le soignée du livre. Je ne sais si sa barbe était rousse ou d'une autre couleur parce qu'il était rasé fort près. Ceux de l'Hespérie ayant appris tous allèrent vers lui. il avait les bras forts et robustes. 11 était blanc par tout le corps. « et les guerres que la Fortune lui (Alexis) a suscitées. « pour cause sent quelques commentateurs..igS PRINCESSES BYZANTINES. je le compare à une personne qui étant frappée en même temps et par une dangereuse maladie née de la corruption de ses humeurs et par des armes poussées par les mains de ses persécuteurs.. » « l'arrivée de les TAutocra- tor.. mais il avait sur le visage de rouge. mais dans un juste tempérament et tel que Polyclète l'exprimait ordi- nairement dans ses ouvrages qui étaient une imitationjîdèlc de la perfection de la nature. comme corps pesants sont portés vers le centre. ni gras. Son nez était fort . Il avait les mains grandes et pleines. non par aucun défaut de l'épine du dos mais par une accoutumance de jeunesse. Sa taille était d'affection. et » Suit maintenant le portrait de Boëmond. Ses yeux étaient bleus et un Il avait des paraissaient pleins de colère et de fierté. ainsi que di- Sa présence éblouissait autant les yeux que sa réputation si avantageuse qu'il dépassait d'une coudée les plus grands. triomphe de Tune par la force de son tempérament et des autres par je Quand considère les actions celle de son courage. juste et agréable mélange de blanc et cheveux blonds qui lui couvraient les oreilles sans lui battre sur les épaules à la façon des Barbares. et gros par le dos et par l'estomac. les pieds fermes et solides. Il était menu par le ventre et par les côtes. Il n'était ni maigre. Il était un peu courbé..

Ayant de si grandes qualités. 199 grand cœur grande quantité d^air pour en modérer la chaleur. Cette pas moins le droit de l'épéc que avait la du sacerdoce. ouvert. le fut autrefois. est besoin d'un esprit bien ingénieux pour parvenir à farder de quelqu'apparence de charme cette brute colossale. selon l'ex- pression dont David se sert dans nation barbare ne s'attribue la gloire un de ses Psaumes. en fortune. il fallait que son poumon attirât une sa taille et la tierté de ses regards avaient quelque chose de 11 farouche et de terrible. il n'était inférieur qu'à Alexis en dignité.L'ALEXIÀDE. le Au lendeniain peuple chantait le : « Il ne s'en faut que d'un » jour que les Scythes aient vu tt mois de mai Ils participent aux divins mystères et du corps et du sang du Sauveur en même temps ils ils (les prêtres croisés) respi- rent le meurtre et sont des hommes de sang. » Cette image revient souvent pour et Il : . « Si je n'avais que de j'ai de cheveux sur eu ce voile. « Alexis n'eut pas besoin d'être averti par les Ailleurs dieux durant le sommeil pour se préparer à la bataille comme Agamemnon. appuyer la vigilance d'Alexis.. la victoire. mais brûlant d'envie de combattre. j'aurais tué autant de Scythes la tête ». s'écrie Alexis en parlant du voile de la Vierge qui lui servait d'étendard.. Ce prêtre était revêtu d'une étole et rame à la main pour combattre les hommes et les . Sa bonne mine avait quelque chose de doux et de charmant mais la grandeur de Car comme il avait l'estomac large et le . à propos et il ne manquait Jamais de réponse à quelque demande qu'on lui pût faire. en esprit en éloquence ». Son rire n'imprimait pas moins de parhiit fort terreur que la colère des autres n'en imprime. fils d'Atrée.

mais il importe de répliquer que Gretser donné de fausses raisons sur . Il suffit d'étudier quelque peu les textes. Ainsi. Alexis ayant échappé aux tempêtes de la mer devait ». parce que depuis qu'on s'est une fois éloigné du milieu de la vertu on se porte toujours à des extrémités <( . et une fois faire des rapprochements entre des passages divers. à la princesse d'a- primauté du siège pontifical de Constantinople et accusé le pape à tort. trouver sur terre des tempêtes plus furieuses qu'on a su en découvrir la clef. flots. le plus précieux voir même. En sorte que ce panégyrique de VAlexiade finit bien par être un document fort précieux pour ces temps. sont de fidèles imitateurs de douceur d'Aaron. elle rappelle. Si elle narre une traîtrise de son père. elle laisse comprendre que des gens s'en fâchaient avec raison et ne le blâme pas. il n'est guère malaisé de lire la pensée véritable de l'historienne. de Sous cet appareil. au contraire. Ne voilà-t-il pas un beau passage de Massillon sur la charité obligatoire et Thu- manité ecclésiastique? Je n'ai aussi Jamais vu un méchant homme faire rien de bien. est vrai la . auxquelles nous ne saurions contredire. comme les dignitaires craignaient que ce fût là le châtiment de leurs anciens meurtres et pillages. il L'érudit Gretser reproche. en contant l'arrivée des croisés. Ce sont là querelles spéciales d'érudit. la ils Nos prêtres. vicieuses « ». de Moise et du souverain pontife de qui exercent visiblement la puissance ». d'Alexis et bien qu'elle ne mentionne aucune atrocité commise lors de l'entrée de ses partisans à Byzance après la défaite de Botaniate.PRINCESSES BYZANTINES.

Un temps. à réparer par des confrontations de textes l'on réfute encore l'assertion par elle émise l'arrivée des croisés sous Que chronologiques. il semble que ce soit là minimes accidents faciles. du reste.L'ALEXIADE. imbue du plus pur christianisme qu'avaient affiné huit cents ans de discussions liturgiques et d'homélies savantes. Puis c'est encore le tableau d'une grande époque de l'Empire byzantin au moment où parvenu à se soutenir nominalement. il leur impose sa majesté d'apparat et la splendeur de sa pensée héritière du monde romain. n'a pas tenu compte dans le cette critique des opinions et pré- jugés en cours parmi préjugés que la monde ecclésiastique de Byzance. il lutte cependant . il les arrête. contre les le flux flots de Barbares croisés jetés sur sa frontière par rythmique des migrations humaines. ses espoirs. et de souffrir en longue peine le spectacle de la victoire combattue par les plus importants efforts de son existence. de haute su- périorité sur les hommes du temps et qui manqua sa vie. par l'esprit seul pour ainsi dire. qui porta jusqu'à l'âge de soixante-cinq ans la blesse d'un rancune de sa défaite contre l'injustice du peuple et la faiépoux hésitant. L'intérêt d'une àme féminine de l'œuvre consiste surtout dans l'expression autoritaire et ambitieuse. Pierre où elle cite THermite par la Dacie. princesse Anne partageait nécessairement. Époque merveilleuse et vraiment grandiose où l'âme de potentats sublimes maintenait debout un Etat sans territoi- . quelques autres fautes sur la géographie ou la succession des batailles. Le sort lui voulut cette malice de vivre jusqu'à un âge avancé dans le triomphe de ses adversaires.

Une nuit. sans armées. res. Diogènes demeura toujours le même quelque soin que l'Empereur apportât . puis se retirait « comme le lion devant le feu ». A son avènement.'. Alexis en fut le politique extraordinaire. sans impôts. quelque peine que l'on prenne de le laver. détrôné par Michel Parapinace. Anne Comnène de leurs lances les soldats fichaient des cierges sur les fers et chantaient des hymnes. étonné et des mélodies de ce chant religieux suave grave. il plaçait sa tente près du pavillon impérial cherchant l'heure propice au meurtre. Si Jean Kalos fut le saint et le héros de ce temps. avec leurs déser- teurs passés en ses rangs.PRINCESSES BYZANTINES. croyait à il un appui surnaturel donné aux Grecs. Alexis le tira du cloître avec son frère Léon et sa mère Eudoxie. de parler en leur présence des devoirs à garder. extrêmement habile et qu'ils la savaient plus ancienne d'origine que les dieux oubliés de leurs ancêtres. avait été mis au monastère par cet empereur. Le Scythe. et se contente d'appeler devant lui les principaux partisans de Nicéphore. Le lendemain. « Mais comme un Éthiopien ne devient jamais blanc. les Barbares ignorant le réel de cette miraculeuse faiblesse et croyant Byzance puissante parce qu'ils la voyaient admirablement riche. combattait avec défiance. La princesse rapporte qu'un fils du Basileus romain Diogènes. il pénètre. En campagne. Il remet son coup. Alexis averti refuse de se prémunir. et refoulait. Mais Nicéphore Diogènes rêvait de reconquérir les souliers de pourpre. La nuit qui précédait une bataille importante. Il conspira. trouve une servante éventant le lit où sont couchés l'Empereur et l'Impératrice. nous dit .

et. Sous un dais de drap d'or. après une nouvelle tentative. en cérémonie. comme un événe- mêla aux événements tragiques de la semble que la nature ait voulu imiter ceux qui. Il les assemble dans sa tente. « toutefois. dit-elle. pas le sentiment du plus grand « bien que ce ne fut ». il les adjure de croire à sa clémence. Enfin Nicéphore mis à la torture. pour le changer ». Il et ferme . Par précaution après. que cette peine ne désespère les conspirateurs. Quelque temps de Romain Diogènes. il leur vue à Nicéphore comme la renommée l'en accuse. après s'être remplis de viandes froides. se découvrant entouré d'assassins parmi les plus proches de sa cour. a dirigé le complot dénoncé par un de ses fils. se Il un Ce soldat veut se faire croire fut. les se défend d'avoir fait perdre la yeux baissés. elle le avait pris plaisir à l'exposer à la raillerie du monde en commettant avec un prince supposé .L'ALEXIADE. qu'après s'être rassassiée vie passée d'Alexis. la tête couverte de ce double diadème d'or d'où pendaient des bandelettes de perles et de pierreries le long des tempes. solennel parle. avoue ses complices. nombre ajoute la princesse le en flétrissant sulte la foule lâche qui acclame triomphe et in- au malheur. tous les conjurés se récrient et protestent ne vouloir d'autre empereur qu'Alexis. ment comique qui des tes et maux qu'elle lui avait fait souffrir en suscitant les révol- de plusieurs personnes considérables par leur naissance par leurs emplois. on aveugla Nifils céphore. l'ancienne fiancée du Basileus. On découvre que Marie d'Alanie. Cependant il craint encore. lui assis sur le trône. Alexis bannit les conjurés. prennent des fruits confits et d'autres mets délicats pour réveiller l'appétit et pour rappeler la faim.

A force de clémence.. la plupart étant morts et ceux qui vivent n'osant me visiter de peur de déplaire à Ceux qui commandent. rien n'épargne l'Empereur. jamais signalé que par l'excès de son inso- Railleries et misères.204 PRINCESSES BYZANTINES. âmes de mes parents que depuis vu familièrement aucun des anciens domestiques de mon père. c'est fait des présents en vain que veillent ceux qui la gardent. et sa sainte Mère qui est au-dessus de toutes les créatures. La plupart de ceux qui me sont tombés entre les mains avaient été écrits par de vieux officiers qui. : L'homme ne peut rateurs. et. pendant afin de le qu'il joue à la tirer paume. Je prends aussi Dieu à témoin. Voici qu'un soldat turc. Alexis lui reau. en ces conjonctures difficiles. s'approche son épée du fourgenoux et implore le pardon. après Je jure par les saintes je n'ai trente ans . il lasse l'acharnement des conspituer. peine et les malheurs comme Irène l'avait su faire. qu'on l'imaginera sou- mise à des haines de famille.. encore qu'elle-même. s'était qui ne lence ». Il faut se lier à sa providence et le prier de nous conserver ». Il se jette à « Si le Seigneur ne garde la ville. elle « J'ai été inondée comme par une mer de pouvait dire l'assistait Anne Comnène Elle avait pris pour elle la : malheurs qui comme autant de uns aux autres. que je ne me suis servie d'aucuns mémoires qui ne fussent fort exacts et fort fidèles. avant la mort d'Alexis n'eût point souffert personnellement. » Parfois le flots furieux ont succédé les scrupule telle suite point à une « la saisit de penser qu'on ne croira de disgrâces.

elles n'avaient valu comme elle la stricte vérité. les détenteurs du trône.. Quand une femme se trouve près .. La preuve de ne s'est ce que fait j'avance est fort aisée puisque ce que été J'écris pas y a mille ans. » ma les autres mère. en son temps. Pour réussir à une œuvre parfaite n'omet rien. les prisonniers et les bagages. dans le et port de la vie religieuse. espérant dans la mémoire des générations à venir une réhabilitation et un triomphe que lui refusaient. Ceux qui en ont témoins vivent encore et ils s'accordent à le rapporter de la même sorte.L'ALEXIADE. accumule cesse savante qui lui attirait les mort cette réputation de princompliments des rhéteurs et des évêques? Cette suprême ambition de persister par l'esprit et la pensée au-delà de la vie nous est le meilleur gaSubsisterait-elle après sa Trop d'ennemis l'entouraient. même pas les techni- ques de la stratégie. et placés au pouvoir. Elle y revient souvent les preuves de sa véracité. son être qu'elle laissait ainsi à la postérité. Je n'ai pas toutefois appris par leur bouche tout ce J'en ai vu la plus grande partie de que J'écris.. Elle décrit l'ordre de marche des armées enfermant au milieu des troupes les enfants.. mes propres yeux durant que J'ai suivi mon père et dans la mollesse comme dition. avoir servi sous le règne de mon père et après avoir été s'étaient retirés battus de la tempête sur la mer du monde. qui eussent sans pitié démenti ses histoires si rant de sa sincérité. Ils avaient écrit sans orne- ment il dans la simplicité de la vérité. n'ayant pas été élevée personnes de ma con- La esprit et crainte qu'on ne la crût peut-être pas.. tracassa son méticuleux de vieille personne. C'était le meilleur d'elle-même. sa pensée..

elle donne la formule pour composer ce feu grégeois qui mit plus d'une fois en déroute les Barbares croisés. d'accoucher. au visage de l'ennemi qui s'enfuit comme les abeilles étouffées par la fu- mée Et avec récit. c'est une grande satisnaturel. Ailleurs. Elle écrit un souci rare de ne les tournant commettre aux vulgarités du malséances par des périphrases ou des ait tenté défaites. ». Et on souffle dans ces cannes aux yeux. le style d'Anne sont pareils à ceux révérés du temps de Bossuet. la trompette sonne. Qu'un président de cour nène et l'ait fait de traduire Anne Comque avec soin. « Les pins et les arbres toujours verts produisent une gomme que l'on pile jusqu'à ce qu'elle soit en poudre. même tenue de langage chez l'une et chez l'autre. Elle explique l'organisation des hôpitaux et comment les familles riches et les monastères étaient tenus de nourrir les captifs ennemis. on verse l'une et l'autre dans des cannes au bout desquelles on met le feu. la certaines métaphores brillantes que notre scepticisme moderne eût maltraitées sont parfaitement rendues par . pour ne reprendre sa marche qu'avec un être humain de plus. cela n'était Tout l'esprit. faction d'observer à cinq cents ans de distance cette concor- dance des âmes C'est la et lettrées. l'armée s'arrête. elle recommence à conseiller l'étude de la rhétorique « au détriment du calcul qui n'est qu'un jeu se ». Le président Cousin a donc traduit Anne Comnène. On mêle cette poudre avec du soufre. comme il était coutume alors. Cependant. sans scrupuleuse exactitude. au XVIP siècle. si l'on prend soin de garder sous les yeux le texte grec.2o5 PRINCESSES BYZANTINES.

version du président pour qui 207 c'était enchantement sans : doute de pardonnera-t-on d'avoir naïvement conclu son travail par ces deux vers saugrenus les goûter. ce hardi journaliste. N'imagina-t-il point. de définir En son comme il temps. lui Aussi La savante Comnène a fini son histoire la victoire. sans goût ». d'Alembert jugea fort mal ce quasi contemporain avec la présomption très ignorante qui fit le fonds de l'esprit encyclopédiste si prisé depuis.L'alp:xiade. Anne chroniqueurs du temps d'historiens sans élégance. on plaisanta fort le président Cousin. Où la mort de son père emporte vécut jusque l'an 1707. et. et Comnène les : « une populace -CXX>0^< .

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eut les yeux crevés pour n'avoir su dominer le sang de sa race. son fils. Andronique Comnène. On y voyait gravé profondément dans la dure matière un aigle Quand vivait Du Gange. - LE TOMBEAU. mena une vie de malheureux.'^i^j9i&'9i^(^îêM^M^(Si^M^(^^j ^S X. C'était une seule et énorme pierre dressée de terre contre le mur et qui le dépassait. traient encore aux ailes étendues. préfet de Thessalonique. Alexis le Grand. Elle y reposa seule. I4 . Cœsarissa. convaincu d'aspirer à la tyrannie. les habitants de Byzance mondans l'église Patriarcale le tombeau d'Anne Comnène. Il engendra un fils qui se mêla d'une conspiration et subit le supplice même de ce Bryenne contre qui Botaniate avait envoyé combattre le bisaïeul. stratège guerrier et de PRINCESSES BYZANTINES. Le symbole était heureusement choisi pour la mémoire de l'altière dame. le vieil esprit de révolte de son aïeule. Alexis. fils d'Alexis. et peut-être avait-elle commandé avant sa mort que le monument tut élevé en cette forme.

et nous savons que si. car ils. cette hautaine figure d'Anne Comnène sollicita les chroniqueurs et les lettrés. elle se laissa emporter en paroles obscènes dignes d'un soudard. engendrés dans une race par une individualité puissante. le Jour où le desL'esprit actes de sa tin la terrassa. en ses écrits. d'Anne Comnène semblerait ainsi avoir inspiré les descendance mâle et perpétué la lutte où son sexe lui avait valu la défaite. La réputation que lui avait édifiée le pieux compilateur Zonaras denieurait en toutes les mémoires d'érudits. disaient- d'une façon exquise. « atticisant. elle garde toute la pudeur d'une vierge. .PRINCESSES BYZANTINES. qui se continuent par une sorte de force acquise vibrant de génération en génération. Ils la révérèrent moins pour la connaissance qu'ils avaient de son œuvre que pour l'admiration de son ardeur à l'étude. Il est des mouvements. » Léon Allatius écrivit son éloge. la fin du moyen âge. la « Pallas de la Grèce byzantine «. Elle avait échappé même à cette nécessité de son sexe. Si pleine de grands desseins avait vécu la princesse qu'on ne rencontre point en son œuvre le moindre dénigrement envers les femmes. et qui mènent la famille suivant l'idée mère de l'ancêtre. et aux temps plus Renaissance. Les la modernes ont placé son livre dans Patrologie Grecque parmi l'œuvre des la docteurs ecclésiastiques qui célébrèrent ou l'entourèrent dans le plus saint et raffiné des commerces spirituels. elle n'en avait pas moins l'esprit très subtil pour la contemplation des plus abstraites vérités. On la trouve Pendant toute de la clairs souvent citée comme la « Dixième Muse ».

LE TOMBEAU. Et. gardé souvenir de ses traits qu'on héroï- se plairait à croire un peu durs avec de beaux yeux . parce que sa vie cer de la mémoire ait des manquée se devait presque effahommes. nous ne possédons nulle le image qui nous ques.

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V.1 1 ' 1 1 1 1 . 1 1 1 1 . l . — — III. Enfance d'Anne Comnène 129 . 1 '^ f-f mi 1 1 L . I. 1 1. Pages. VI. — La fureur iconoclaste — Irène l'Athénienne — La Régence — La maternité impériale — Les luttes intestines — La très pieuse impératrice — La déchéance mort et la i q 25 Sy 5 77 93 ANNE COMNÈNE. 4 n HHHH H H 1 1 1 1 1 1 i 1 1 1 1 1 1 1 i 1 1 i 1 1 1 i 1 i i i i i H I I f TABLE LA TRÈS PIEUSE IRÈNE. IV. VII. I. II. III. — Les origines des Comnènes Alexis et Irène ioq 121 II.

VL — Une conspiration de palais VIL — L'agonie impériale VIII. — Ame de princesse — La face des barbares V.214 TABLE. — Les temps de retraite — L'Alexiade IX. — Le tombeau X. Pages. IV. i3i55 i63 lyS i85 igS 2oq .

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