Claude Lelièvre Délégué général aux droits de l’enfant

L’enfant, ses droits et nous

Préface de SAR Le Prince Laurent, Président de l’Institut royal pour la Gestion durable des Ressources naturelles et la Promotion des Technologies propres

La couverture reproduit le dessin du lutin magicien, souffleur de bulles, personnage dessiné à l’origine par Phil Skat, sur une idée d’Anne Fenaux. Qu’ils en soient tous les deux remerciés.

L’enfant, ses droits et nous Rapport annuel du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant – 2003-2004. Conseillers techniques : Fernand Uytterhaeghe, directeur honoraire de l’Administration de l’aide à la jeunesse. Adelin Pirlot, psycho-pédagogue, formateur d’enseignants à l’école normale de Nivelles

© Copyright 2004 : Tournesol Conseils SA – Éditions Luc Pire Quai aux Pierres de taille, 37-39 – 1000 Bruxelles editions@lucpire.be http://www.lucpire.be Mise en page : ELP Couverture : Aplanos Illustration de couverture : Phil Skat Imprimerie : Grenz-Echo, Eupen ISBN : 2-87415-472-5 Dépôt légal : D/2004/6840/101

Claude Lelièvre Délégué général aux droits de l’enfant

L’enfant, ses droits et nous
Rapport annuel 2003-2004 du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant

Préface de SAR Le Prince Laurent, Président de l’Institut royal pour la Gestion durable des Ressources naturelles et la Promotion des Technologies propres

Table des matières

Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9 1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .15 2. L’ombusdman, médiateur institutionnel . . . . . . . . . . . . . .23 3. Informations, plaintes et demandes de médiation concernant des enfants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .83 • Tableau synthétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .83 • Tableaux comparatifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .86 • Commentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .93 4. Informations, plaintes et demandes de médiation concernant des services, des autorités ou des normes . . .107 • Tableau synthétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .107 • Commentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .110

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5. Principaux dossiers généraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .197 • Lutte contre la maltraitance et les abus sexuels dont sont victimes les enfants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .197 • Aide et protection de la jeunesse . . . . . . . . . . . . . . . . . . .201 • Les mineurs d’âge candidats réfugiés politiques non accompagnés et les mineurs d’âge étrangers en situation illégale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .251 • Affaires familiales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .253 • Sensibilisation et information des enfants de leurs droits et obligations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .257 • Maintien des relations personnelles entre les enfants et leurs parents détenus . . . . . . . . . . . . . .277 • Nouvelles instances en vue d’un meilleur respect des droits de l’enfant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .279 • Soins palliatifs – Euthanasie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .281 • Droits des enfants sourds et malentendants . . . . . . . . . . . .283 • Relations internationales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .284 6. Conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .305

TABLE DES MATIÈRES

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7. Annexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .319 • Décret instituant un Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant . . . . . .319 • Arrêté du Gouvernement de la Communauté française relatif au Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .324 • Présentation de l’institution du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant . . . . . .330

Préface

Avec les premiers frimas de l’automne, un fois encore, le Rapport Annuel du Délégué général aux Droits de l’Enfant nous est proposé. Ce Rapport est tout d’abord un exercice de mémoire. Il fait l’inventaire – oh ! combien douloureux – et l’analyse des manquements aux enfants. C’est aussi un répertoire des initiatives qui ont été prises ces derniers temps. Ce Rapport est donc – d’une certaine manière – un « instantané » de la situation en Communauté française de Belgique. Toutefois, il me paraît important de placer cet « instantané » à côté de ceux qui ont été publiés antérieurement, puisque nous en sommes à la 13e édition. Déjà. Cette juxtaposition nous permettra de mesurer le chemin parcouru. Et – hélas – cela nous permettra d’entrevoir le chemin qui reste à parcourir. Car, malgré la volonté de l’immense majorité de la population, malgré l’engagement des parents, celui des Pouvoirs publics et judiciaires, celui des forces morales et des thérapeutes, malgré le dévouement des associations et des structures de médiations – telle celle dirigée par le Délégué général aux Droits de l’Enfant – certains, dans notre Société pourtant dite « civilisée », détruisent encore des enfants. Cela est vrai, nous le savons tous, et devons reconnaître avec lucidité la route qui reste à faire. D’un autre côté, un Rapport Annuel est aussi un exercice de prospective, et Claude Lelièvre s’y attache, avec son enthousiasme bien connu et reconnu.

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Nous nous sommes rencontrés à diverses reprises, à l’occasion d’événements organisés dans le cadre de l’IRGT, que j’ai l’honneur de présider. Nous trouvant « dans la nature » – accompagnés de Conseils communaux d’Enfants – nous avons évoqué les Droits de l’Enfant. Et, de cet échange, est née l’idée qu’à côté des Droits fondamentaux de l’Enfant reconnus tant sur le plan international que dans notre Société, il en est un qui pourrait sans doute être mieux pris en compte: le Droit de pouvoir vivre dans un environnement durable et sur une « planète propre ». En effet, la planète sera telle que nous la laisserons à nos enfants. Il est donc évident que les enfants ont le Droit d’avoir un héritage viable. Cette idée – que nous avons d’ailleurs partagé avec la collègue de Claude Lelièvre en Communauté flamande – nous avons décidé de la concrétiser dès 2004 par des actions communes. En un premier temps, ces actions porteront sur la problématique de l’accès à l’eau, car s’il est un bien public auquel ont droit les enfants – tant les nôtres que ceux du Sud – c’est effectivement celui de l’accès à l’eau. Mon vœu est par ailleurs que, dans tous les Conseils communaux d’Enfants, un « Échevin de l’Environnement » soit mis en place, chargé de la gestion du Développement durable, de la Solidarité Nord-Sud, dans la logique des Agendas 21 locaux du Sommet de la Terre de 1992. Le Délégué général aux Droits de l’Enfant souligne, dans son introduction, l’importance de l’éducation, liée intimement à la prévention. A mon sens, ceci est tout aussi vrai pour ce qui est communément appelé « l’Éducation relative à l’Environnement ». C’est grâce à elle que nous gagnerons l’adhésion des Jeunes afin de faire face, avec eux, aux défis environnementaux qui nous attendent tous.

PRÉFACE

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Les valeurs que défend le Délégué général aux Droits de l’Enfant – celles de la protection de l’enfance – sont universelles. Toute personne humaine digne de ce nom se doit d’adhérer aux principes du combat qu’il mène, avec tous ceux que j’ai cités plus haut. Nul effort n’est marginal lorsque l’intégrité ou la personnalité d’un enfant sont menacées. C’est notre devoir à tous : celui de transmettre la dignité d’être homme. Ainsi que l’écrivait le Sénateur Lallemand dans une préface antérieure : « Les Droits de l’Homme ne survivent pas là où l’enfant est écrasé ou opprimé ». Parmi ces Droits, il y a celui d’être et de grandir sur une Planète durable. Là est le souhait que, à mon sens, nous partageons tous.

Laurent de Belgique ∆

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À la mémoire de Julie et Mélissa, Kim, Loubna, Katrien, Carola, Vinciane, Laurence, An et Eefje, David, Willy… et tous les autres enfants, victimes de la folie des hommes. Que nul n’oublie. Jamais. A Élisabeth, Ken, Nathalie, Gevrije, Liam, Sylvie, Ilse, Agnès et à tous les enfants disparus… Que l’on continue à chercher, sans relâche, avec obstination. À Cindy et Adèle…

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Le décès inopiné du Professeur André Kahn, responsable du service de pédiatrie de l’Hôpital Universitaire des enfants Reine Fabiola, nous a tous touché profondément. Depuis de nombreuses années, le Professeur Kahn était associé aux travaux du Délégué général. Il faisait partie du Comité consultatif qui a pour objectif de favoriser une pratique professionnelle de l’institution la plus efficace possible au bénéfice des enfants1. Au sein de ce comité, le Professeur Kahn était particulièrement actif. Il avait notamment présidé une commission des droits de l’enfant hospitalisé, commission qui a débouché sur des recommandations transmises aux différentes autorités compétentes. Ses avis et conseils relatifs à l’éthique, aux droits des enfants malades et/ou hospitalisés, aux devoirs des professionnels de la santé étaient particulièrement appréciés. Nous dédions ce livre à cet homme de cœur qui, par sa gentillesse, sa disponibilité et son professionnalisme, était un modèle à suivre pour chacun d’entre nous.


1. Les membres de ce Comité consultatif sont : Monsieur Jean-Pierre AGNEESSENS : Président de chambre et Juge d’appel de la jeunesse à la Cour d’appel de Mons ; Madame Claire BRISSET : Défenseure des enfants, pour la France ; Madame Anne DE KERCHOVE : Chargé de cours à l’Université de MonsHainaut ; Monsieur Jean-Pierre DE LAUNOIT : Président de RTL-TVI ; Madame Françoise DIGNEFFE : Professeur et Présidente de la faculté de criminologie de l’Université Catholique de Louvain ; Monsieur Fernand GEUBELLE : Professeur

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honoraire de pédiatrie de l’Université de Liège ; Monsieur Yves-Hiram HAESEVOETS : Psychologue clinicien, expert près des tribunaux, chargé de recherche et maître de conférences à l’Université Libre de Bruxelles ; Monsieur Roger LALLEMAND : Avocat, Président honoraire du Sénat ; Monsieur Pierre LAMBERT : Avocat ; Monsieur Alex LEFEBVRE : Psychologue, Professeur ordinaire à la Faculté des sciences psychologiques et de l’éducation de l’Université Libre de Bruxelles et à l’École de criminologie « Léon Cornil » ; Monsieur Jean-Denis LEJEUNE, papa de Julie ; Monsieur Patrick MANDOUX : Conseiller à la Cour d’appel de Bruxelles, Professeur de droit pénal et de procédure pénale à l’Université Libre de Bruxelles ; Monsieur Thierry MARCHANDISE : Procureur du Roi à Charleroi ; Monsieur Adelin PIRLOT : Psychopédagogue, Formateur d’enseignants à l’École Normale de Nivelles (Communauté française) ; Monsieur Marc PREUMONT : Avocat, Chargé de cours à l’Université Libre de Bruxelles, Président de la Commission permanente de l’enfance maltraitée ; Monsieur JeanPaul PROCUREUR : Journaliste à la Radio-télévision belge de la Communauté française, Ex-animateur de l’émission « Cartes sur table », Parlementaire ; Madame Lise THIRY : Médecin ; Madame Maryse TONON : Créatrice d’ÉcouteEnfants » ; Monsieur Philippe TOUSSAINT : Chroniqueur judiciaire, Rédacteur en chef du « Journal des Procès » ; Monsieur Marc VAINSEL : Président du Comité de gestion du Fonds Houtman ; Monsieur Damien VANDERMEERSCH : Vice-Président du Tribunal de première instance et Juge d’Instruction à Bruxelles, Professeur de droit pénal et de procédure pénale à l’Université Catholique de Louvain ; Monsieur Pédro VEGA : Président de l’Union des Conseillers et Directeurs de l’aide à la jeunesse ; Monsieur Juan VERLINDEN : Avocat, responsable de la section jeunesse du Barreau de Bruxelles.

– 1– Introduction

Ce 1er septembre 2004, à l’heure où cette introduction à mon 13e rapport annuel est rédigée, je me dis que celle-ci revêt un caractère bien particulier : c’est la première fois depuis 1991 que le rapport annuel est rédigé sous la responsabilité d’un intérimaire1. Il se pourrait donc que, le 20 novembre 2004, une autre personne remette le présent rapport annuel simultanément au Gouvernement et au Parlement de la Communauté française, puis l’expose et le défende. On se souviendra que le précédent rapport, le 12e, recelait la synthèse des recommandations émises aux différents Gouvernements et Parlements depuis 19912. Aujourd’hui, nous nous attacherons à les comparer avec les accords de Gouvernement du 9 juillet 2004. 2004 fut l’année du procès Dutroux et consorts. Elle fut aussi celle de l’arrestation d’un autre prédateur d’enfants : Fourniret. Cette découverte doit faire comprendre à la population, mais aussi aux responsables politiques, que le combat – car c’est bien d’un combat qu’il s’agit – à l’égard des prédateurs d’enfants et contre la pédophilie doit être permanent et multidimensionnel car l’humanité produit et produira toujours des déviants et des monstres3.

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Faut-il rappeler le préambule du plan de lutte contre la pédophilie que j’ai remis au Roi Albert II en 1993 ? : À l’issue des travaux et à la lecture du rapport, l’envie de crier révolte et dégoût est toujours présente. Dans ce rapport, derrière les mots nuancés, à la recherche d’un hypothétique consensus entre spécialistes d’horizons divers, il y a des enfants victimes. Des enfants caressés, abusés, violés : enfants marqués au fer, à vie. D’autres, disparus, qu’on ne reverra plus. D’autres tués, massacrés, dépecés. La pédophilie frappe partout : dans les campagnes comme dans les villes. Elle concerne tous les milieux sociaux : les pauvres comme les riches, les intellectuels comme les manuels. L’acte de pédophilie est rarement isolé. Lorsqu’il est connu, il fait souvent partie d’un chapelet d’abus. La récidive est un phénomène courant, y compris lorsque la Justice a sévi, et même lorsque les thérapeutes sont intervenus. Tout au plus, en conjuguant les actions, espère-t-on réduire le phénomène. Nous sommes tous coupables d’indifférence et de laxisme parce que, jusqu’à présent, notre société a été incapable de mettre en place une politique globale et coordonnée de lutte contre la pédophilie. La maltraitance d’enfants, dont les abus sexuels, ne sera sans doute jamais éradiquée car l’agressivité, l’instinct sexuel, et donc la violence font hélas partie de l’essence humaine.

INTRODUCTION

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Protéger les enfants reste d’abord le devoir des parents. Cela fait partie de l’éducation donnée aux enfants. Cet apprentissage à la sécurité personnelle peut se comparer à celui de la sécurité routière : les parents apprennent à leurs enfants des réflexes de sécurité personnelle, à se méfier de certains adultes, comme ils leur enseignent la prudence face aux voitures et dans les passages cloutés. Cette protection des enfants, assurée par les parents, peut être complétée et corrigée par des actions de prévention, principalement dans les écoles. C’est une compétence qu’assume la Communauté française. Mais, contre les prédateurs d’enfants, l’éducation et la prévention n’ont que peu de poids. La protection des enfants contre ces agresseurs relève de la responsabilité de l’État. Ce sont les forces de l’ordre, la Justice, le pénitentiaire et le thérapeutique qui doivent assumer cette charge et cette responsabilité : découvrir les enfants disparus, les sauver, protéger les enfants contre les abuseurs potentiels ou avérés, rechercher les prédateurs, les poursuivre, les sanctionner, les empêcher de nuire… Les politiques en cette matière doivent donc aujourd’hui être à la fois coordonnées et cohérentes et revêtir aussi une dimension internationale. Face au respect des droits de l’Homme, les autorités seront confrontées à des conflits de valeurs : présomption d’innocence, intérêt supérieur de l’enfant, droit à la possibilité d’une libération conditionnelle, risque de récidive, libération en fin de peine, protection de l’enfant et contrôle social… Que l’on respecte enfin les droits de l’enfant ! Son intérêt supérieur doit prévaloir sur toutes autres considérations, fussent-elles idéologiquement séduisantes.

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À cet égard, les autorités n’ont peut-être pas suffisamment perçu l’importance du 2e congrès international francophone sur l’agression sexuelle qui s’est déroulé à Bruxelles en 2003 et qui a permis à plus de 700 participants de présenter et de confronter leurs pratiques. En 2005, le Québec organisera le 3e congrès sur l’agression sexuelle. Comme en 2001, l’institution du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant coordonnera le comité scientifique belge et son comité préparatoire afin que la Belgique francophone participe pleinement à cette rencontre internationale au caractère scientifique très important. 2004 fut aussi une année d’élections en Communauté française. Lors de sa rencontre avec le formateur, notre institution a insisté sur l’essentiel en liaison directe avec les droits de l’enfant dans le domaine institutionnel : la désignation d’un véritable ministre de l’enfance assumant les compétences de la petite enfance, de la politique de la jeunesse, de l’aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse, la mise en œuvre de la commission nationale des droits de l’enfant, l’organisation des conférences interministérielles sur les droits de l’enfant, le fonctionnement efficace de l’Observatoire de l’enfance de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse ainsi que de l’institution du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant. L’exercice écoulé nous aura fait prendre d’avantage encore conscience de la difficulté à prendre en charge les cas de rapts parentaux particulièrement conflictuels et douloureux. Il n’y aura pas toujours un Ministre des Affaires étrangères disponible pour se rendre en Iran ou ailleurs pour y régler une procédure de conciliation entre parties. Et même s’ils l’étaient tous, comment pourraient-ils, de manière équitable, gérer les dizaines de situations familiales problématiques à travers le monde.

INTRODUCTION

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En raison des disponibilités et des moyens matériels nécessaires, notamment pour se rendre sur place à l’étranger, il n’est pas pensable que des institutions, comme le Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant ou comme la Kinderrechtencommissaris, soit capable de prendre en charge toutes les situations de rapt parental pour lesquelles ils sont saisis légalement. Il est illusoire également de croire qu’une organisation comme Child Focus puisse régler ces problèmes, en raison notamment des pouvoirs restreints qui lui sont conférés. Nous rappelons donc notre proposition de créer, par une loi, des médiateurs internationaux dépendant directement du Premier Ministre et travaillant en concertation avec les autorités judiciaires saisies des dossiers de rapts parentaux et avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères. Sans doute pourrions-nous aborder dans cette introduction d’autres sujets préoccupants comme l’adoption nationale et internationale. On suivra en tout cas avec attention la mise en œuvre de la Convention de La Haye et l’installation de l’autorité communautaire compétente pour veiller à son respect. Bien sûr, on pourrait encore s’inquiéter de la multiplication du nombre de places en milieu fermé pour mineurs délinquants soit à l’initiative du Ministère de la Justice4 soit sous l’impulsion de la Communauté française5. Il y a une dizaine d’années, l’Union des magistrats de la jeunesse réclamait à corps et à cris 50 places en milieu fermé. En 2004, pas moins de 85 places sont occupées en permanence et à grands frais par décision des Juges de la jeunesse. Dans le même temps, les Conseillers et les Directeurs de l’aide à la jeunesse se lamentent en

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raison du manque de lits disponibles pour accueillir des enfants en danger. Paradoxe ? Peut-être… À méditer de toutes manières. Enfin, on pourrait s’interroger sur les effets tangibles des États généraux des familles menés tambour battant par la Secrétaire d’État à la Famille avant les élections régionales et communautaires. L’affaire du Fonds de créances alimentaires nous laisse un goût amer. Allons ! Rien que pour ces matières, il y a du pain sur la planche pour l’institution du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, chargée de veiller au respect des droits et des intérêts des enfants en Communauté française de Belgique, de tous les enfants. Et donc, pour les autres domaines, elle devra aussi veiller au grain, autant que faire se peut.


1. Le 2e mandat du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant se terminait le 31 octobre 2003. A cette date, la procédure de nomination du nouveau Délégué général ayant pris du retard, le Ministre-Président de la Communauté française, Monsieur Hervé Hasquin, chargea Claude Lelièvre d’assurer l’intérim pour la bonne continuation du service public. Au 31 août 2004, soit 10 mois plus tard, l’intérim courrait toujours. Le Gouvernement de la Communauté française d’avant les élections 2004 avait pourtant déposé devant le Parlement de la Communauté française le projet de décret instituant un Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant qui, une fois voté, a singulièrement affirmé les compétences, renforcé les pouvoirs et pérennisé l’institution. Il a encore doté l’institution de nouveaux locaux plus fonctionnels encore que par le passé. A ces égards, nous lui rendons hommage.

INTRODUCTION

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Mais ces points positifs ne peuvent occulter le fait que ce même Gouvernement n’a pu – ou voulu – terminer dans les délais – ou du moins dans des délais raisonnables – la procédure de nomination du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, malgré qu’il ait été en possession du dossier du Parlement depuis le 21 janvier 2004. 2. Le Gouvernement et le Parlement actuels sont les cinquièmes depuis le 1er novembre 1991 avec différentes majorités : PS-PSC, MR-PS-ECOLO, PS-CDH. 3. Depuis, il y a eu, en septembre 2004, devant les Assises de Saint-Brieux en France, le début du procès d’Alexandre Ferraud, cet animateur de 26 ans qui a avoué avoir abusé sexuellement d’une soixantaine d’enfants âgés entre 3 et 14 ans. En octobre 2004, il y a eu, en Grande-Bretagne, la condamnation à vie de William Goad, 60 ans, qui a violé, selon l’enquête, quelques 3000 jeunes garçons ! 4. Le célèbre Everberg et ses 26 enfermements réservés aux garçons francophones. 5. L’institution de Braine-le-Château offre aujourd’hui, places d’urgences comprises, 43 places en milieu éducatif fermé pour les garçons et celle de Fraipont 11 places - Saint-Servais compte 5 lits réservés aux jeunes filles.

–2– L’ombudsman, médiateur institutionnel

Le Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant fut, en Europe, la première institution publique de défense des droits de l’enfant chargée de s’occuper de situations individuelles d’enfants et notamment de recevoir des demandes de médiation. Le développement de cette pratique fut donc fatalement de nature prétorienne même si l’apport théorique et méthodologique reste indéniable. La confrontation des pratiques de médiation lors de rencontres avec des collègues soit au sein du réseau européen des ombudsmans des enfants (ENOC), soit au sein de l’Association des ombudsmans et médiateurs de la francophonie (AOMF), soit avec les collègues belges (de kinderrechtencommissaris, le médiateur fédéral, le médiateur de la Région wallonne et la médiatrice de la Communauté française) nous a permis d’évoluer dans notre pratique de médiation. Nous n’avons pas la prétention d’être exhaustif dans notre exposé portant sur la médiation institutionnelle menée par le Délégué général, institution indépendante, dans le cadre de sa mission légale. Tout au plus, voulons-nous faire percevoir au lecteur la diversité et la particularité du champ d’intervention dans un cadre donné, balisé par les moyens d’actions fixés par le décret du 20 juin 2002 instituant un Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant et par le respect des lois et des réglementations en vigueur. Tout cela avec notre éthique personnelle, soutenue par la Convention internationale des

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droits de l’enfant et les principes fondamentaux du fonctionnement démocratique, comme la séparation des pouvoirs, l’indépendance du pouvoir judiciaire, notamment dans ses investigations et ses décisions… Le Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant a été créé par un arrêté du 10 juillet 1991, modifié par un arrêté du 22 décembre 1997 puis par le décret du 20 juin 2002 instituant un Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant. Il s’agit d’un ombudsman des droits de l’enfant. Dans l’exercice de sa mission, l’institution du Délégué général : 1. assure la promotion des droits et intérêts de l’enfant et organise des actions d’informations sur ces droits et intérêts et leur respect effectif ; 2. informe les personnes privées, physiques ou morales et les personnes de droit public, des droits et intérêts des enfants ; 3. vérifie l’application correcte des lois, décrets, ordonnances et réglementations qui concernent les enfants ; 4. soumet au Gouvernement, au Conseil et à toute autorité compétente à l’égard des enfants, toute proposition visant à adapter la réglementation en vigueur, en vue d’une protection plus complète et plus efficace des droits des enfants et fait en ces matières toute recommandation nécessaire ; 5. reçoit, de toute personne physique ou morale intéressée, les informations, les plaintes ou les demandes de médiation relatives aux atteintes portées aux droits et intérêts des enfants ; 6. mène à la demande du Conseil toutes les investigations sur le fonctionnement des services administratifs de la Communauté française concernés par cette mission. Le Délégué général peut donc recevoir des demandes de médiation.

L’ OMBUDSMAN , MÉDIATEUR INSTITUTIONNEL

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De manière générale, la médiation peut être définie comme un processus complémentaire de règlement des conflits caractérisé par l’intervention d’un tiers indépendant et impartial et sans pouvoir de décision. Insistons : l’ombudsman de la Communauté française est une institution publique créée par la loi. Cette affirmation peut paraître paradoxale en raison du fait qu’un ombudsman est souvent représenté comme faisant partie de la fonction publique, du secteur public. La mission d’un ombudsman est cependant tout autre que celle de l’administration. Elle se situe aux antipodes de l’esprit hiérarchique de la fonction publique. D’une manière générale, en matière administrative, lorsqu’un conflit oppose l’intérêt public, l’intérêt général et un intérêt privé, le mode de règlement est en principe soumis au principe de la publicité, de la transparence administrative. Dan ce conflit, l’administration occupe une position dominante vis-à-vis du particulier. L’administration agit de manière unilatérale, d’office ; elle constate les faits, apprécie et décide unilatéralement d’appliquer le droit. La situation est toute différente dans le cadre d’une médiation organisée par un ombudsman. L’ombudsman et les particuliers sont placés dans un processus égalitaire alors que les intérêts en conflit opposent l’intérêt public et des intérêts particuliers. La question est donc de savoir comment imaginer une solution lorsqu’il s’avère concrètement que l’exercice d’un intérêt privé soit de nature à paralyser l’exercice d’un intérêt public, à savoir les droits de l’enfant. Par exemple, lorsque le Délégué général constate que la position d’un parent ou des parents est de nature à compromettre les droits de l’enfant. Un ombudsman est en effet présenté comme un médiateur public, exerçant une mission d’intérêt général présentant les caractéristiques suivantes : • Le médiateur est sans pouvoir, hormis ses prérogatives prévues par la loi et l’autorité morale qui peut se dégager de l’institution1 ;

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• Le médiateur est indépendant ; • La médiation est évidemment porteuse d’autres valeurs que celles du droit, elle fait par exemple référence à l’équité, à l’intérêt de l’enfant ; • La médiation participe à un engagement en faveur du respect de la personne, de ses compétences et ressources ; • La médiation part d’une conception dynamique et positive du conflit et se présente comme un processus par lequel plusieurs personnes, plusieurs instances en conflit vont d’élaborer ellesmêmes une solution en présence d’un tiers ; • La médiation procède d’une culture démocratique dont l’objectif est de repenser des modèles d’autorité et de concevoir l’élaboration de la règle à partir d’une démarche contractuelle tendant à solliciter le concours de tous les participants. Si l’action du Délégué général se situe aux antipodes de l’action administrative classique, il reste néanmoins qu’il s’agit d’une institution publique dont l’objectif est évidemment de promouvoir les droits de l’enfant. Il s’agit donc aussi d’une institution publique chargée de représenter l’intérêt général, l’intérêt public. Or, en l’espèce, l’intérêt public consiste à promouvoir, à penser les conditions objectives d’un État respectueux des droits de l’enfant. Le Délégué général assure donc son mandat en se référant sans cesse à la convention internationale relative aux droits de l’enfant. Relevons que les interventions du Délégué général sont gratuites pour les bénéficiaires. Le médiateur institutionnel est rémunéré par l’État, de manière régulière et stable. Le fonctionnement institutionnel n’est donc ni tributaire d’une subvention ou d’honoraires, ni du nombre de médiations menées. Dans ces conditions, le Délégué général peut prendre, en toute indépendance, le temps qu’il faut pour aménager la médiation dans les délais nécessaires sans pression budgétaire ni pour le médiateur, ni pour les parties et l’enfant.

L’ OMBUDSMAN , MÉDIATEUR INSTITUTIONNEL

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Le médiateur institutionnel ne peut se voir imposer une obligation de résultat en raison de la nature même de son action de médiation : permettre aux personnes de s’investir personnellement pour rechercher une solution équitable, équilibrée et acceptée par chacun des participants à la médiation. Il est des médiations qui concernent des situations complexes impliquant de multiples facteurs contradictoires et mettant en relation des personnes aux positions et aux intérêts trop opposés. Dans ces conditions, on peut aboutir à des échecs, difficiles à vivre pour les personnes qui ont tant espéré du médiateur institutionnel. C’est une réalité à assumer. Les principes et prescrits de la convention internationale relative aux droits de l’enfant orientent les conduites du médiateur. Ainsi : Article 3, 1 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. » Article 12 : « 1. Les États parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité. 2. À cette fin, on donnera notamment à l’enfant la possibilité d’être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative l’intéressant, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un représentant ou d’un organisme approprié, de façon compatible avec les règles de procédure de la législation nationale. »

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Article 9 : « 1. Les États parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l’enfant, ou lorsqu’ils vivent séparément et qu’une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l’enfant. (…) 3. Les États parties respectent le droit de l’enfant séparé de ses deux parents ou de l’un d’eux d’entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant ». Article 10, 2 : « Un enfant dont les parents résident dans des État différents a le droit d’entretenir, sauf circonstances exceptionnelles, des relations personnelles et des contacts directs réguliers avec ses deux parents ». Si le Délégué général est présenté comme médiateur, il reste néanmoins une institution publique et son action de médiation ne peut être identifiée à la médiation au sens classique. En effet, la médiation institutionnelle n’est pas une médiation classique, traditionnelle dans laquelle le médiateur, se voulant et s’affichant neutre, extérieur au conflit, tente de trouver un accord équilibré Elle n’est pas non plus une médiation familiale2. Dans le cadre de la médiation familiale classique, les intérêts en présence sont surtout privés. En ce qui concerne le Délégué général, il peut y avoir opposition entre intérêts publics (les droits de l’enfant) et intérêts privés (les intérêts des parents en conflit conjugal). L’objectif du Délégué

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général est de faciliter l’élaboration de la norme (respect des droits de l’enfant) en sollicitant la participation de tous. La médiation institutionnelle ne peut pas non plus s’apparenter à la médiation à visée restauratrice prévue, en protection de la jeunesse, à l’égard d’un mineur ayant commis un fait qualifié infraction3. La pratique de la médiation institutionnelle met en cause l’intérêt public et des intérêts privés et doit dans la mesure du possible faire prévaloir l’intérêt public, l’application des droits de l’enfant, en sollicitant l’adhésion des parties. Le décret du 20 juin 2002 prévoit certes que le Délégué général peut recevoir des demandes de médiation, mais aussi, et c’est fondamental, qu’il a pour mission de veiller à la sauvegarde des droits et des intérêts des enfants. Le médiateur reste donc à la fois un protecteur et un défenseur. Dès lors, le médiateur n’est pas neutre puisque les résultats de la médiation viseront à respecter et à défendre les droits et les intérêts de l’enfant concerné par la demande. La médiation institutionnelle s’accompagne d’un soutien et du suivi de l’enfant en difficulté. La relation d’aide est présente.

Le cheminement de la médiation :
• La saisine L’enfant peut saisir personnellement et directement le Délégué général. Il peut le faire par écrit, c’est-à-dire par courrier postal, par télécopie ou par courriel. Il peut aussi saisir le Délégué général verbalement soit par téléphone – c’est le cas, par exemple, d’un mineur

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placé dans une institution fermée ou le centre fermé d’Everberg – soit en se présentant directement dans les bureaux du Délégué général. Dans ces deux cas, un procès-verbal d’audition est rédigé. Un majeur4 peut saisir le Délégué général au nom d’un enfant. Une institution ou une administration – un Conseiller de l’aide à la jeunesse, un Directeur de l’aide à la jeunesse, un Centre public d’aide sociale, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, le Ministère des Affaires étrangères, le Ministère de l’Intérieur ou la Justice5 – peut solliciter l’intervention du médiateur institutionnel. L’autorité ou le professionnel à l’origine de la saisine de médiation n’est que le moteur engageant la procédure. L’accord formel de toutes les parties est indispensable avant d’entamer la médiation. La personne qui saisit le Délégué général reçoit, en règle générale, un accusé écrit formalisant l’ouverture du dossier au nom de l’enfant accompagné de la présentation de l’institution, en terme de compétences, de pouvoirs et de limites d’actions possibles. La saisine de médiation ne sera véritablement opérationnelle et engagée qu’avec l’accord des parties dont l’enfant, si celui-ci est estimé capable de discernement. • La période d’investigation Pour comprendre la problématique, les investigations sont incontournables. Il s’en suit immanquablement des questionnements formulés principalement par le biais d’interpellations aux autorités en

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charge du dossier mais aussi par l’audition de toutes les parties y compris l’enfant concerné. Il est donc évident qu’on ne peut se lancer dans une médiation sans prendre un minimum de renseignements. Cette démarche s’effectue dans le respect de deux principes : la recherche de l’objectivité et l’égalité des parties dans la procédure. C’est ici le respect de l’égalité entre les parties qui s’exprime et le droit de chacun de se faire entendre, de donner sa version des faits et son point de vue Le médiateur agit ici selon les dispositions légales prévues dans le décret du 20 juin 2002. L’efficacité de son action est garantie par la reconnaissance de certaines prérogatives. L’article 4 du décret dispose : « Le délégué général adresse aux autorités fédérales, aux autorités de la Communauté, des Régions, des provinces, des communes ou à toute institution dépendant de ces autorités, les interpellations et demandes d’investigation nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Dans les limites fixées par la Constitution, les lois, les décrets et arrêtés et dans celle de sa mission, le délégué général a accès librement durant les heures normales d’activité à tous les bâtiments des services publics communautaires ou aux bâtiments privés bénéficiant d’un subside de la Communauté française. Les responsables et les membres du personnel de ces services sont tenus de communiquer au délégué général les pièces et informations nécessaires à l’exercice de sa mission, à l’exception de celles qui sont

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couvertes par le secret médical ou dont ils ont pris connaissance en leur qualité de confident nécessaire. Le délégué général peut prévoir des délais impératifs de réponse dûment motivés aux personnes visées à l’alinéa 3. A défaut de réponse à la demande du délégué général dans les délais impartis, ou en cas de refus motivé, le délégué général dispose d’un recours auprès du Gouvernement qui est tenu de statuer dans le mois. En cas d’urgence spécialement motivée, le Gouvernement statue lors de sa prochaine séance. Durant le déroulement de cette procédure, les parties sont tenues d’assurer la confidentialité de celle-ci. » Cette disposition légale ne s’applique cependant pas aux autorités judiciaires mais un protocole de collaboration a été mis en place avec les Parquets généraux dès 1991 lors d’une concertation. Cette disposition a fait l’objet d’un texte6 repris dans le rapport annuel du Délégué général déposé devant le Gouvernement de la Communauté française de l’époque puis transmis au Parlement de la Communauté française. • Les auditions Lors de la première audition d’une personne par le Délégué général, la présentation de l’institution est rappelée même si la présentation écrite a préalablement été communiquée au moment de la saisine. En règle générale, il est insisté sur le fait que le Délégué général n’est ni le Délégué général du père, ni de la mère ou d’une quelconque autorité mais celui de l’enfant. Cette déclaration est d’ailleurs devenue une sorte de rituel incontournable et immuable.

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Lors de l’entretien avec l’enfant7, la même déclaration préalable est effectuée en des termes qui lui sont accessibles et compréhensibles. Il lui est d’ailleurs mentionné à plusieurs reprises qu’en cas d’incompréhension, il peut interrompre le Délégué général et lui demander des explications ou une reformulation. Le respect de la dignité, de l’honneur des deux parties reste un principe directeur de la médiation. L’élément clé n’est pas la neutralité du médiateur vis-à-vis des parties. On sait maintenant que la médiation institutionnelle n’est pas neutre en raison de sa mission légale de défense et de protection de l’enfant. C’est aussi le respect de la personne des deux parties, même si des diagnostics objectifs – donc parfois sévères – doivent être posés et dits aux intéressés. Cela ne veut pas dire qu’ils doivent systématiquement être portés à leur connaissance. Dans des conflits entre personnes ou entre personnes et services, il importe de veiller au respect de la dignité de celles-ci. L’audition, et surtout l’accord écrit, devraient toujours veiller à garantir l’honneur, surtout si la personne accepte des concessions qui lui coûtent, soit personnellement, soit du point de vue culturel. Les auditions respectent l’égalité des parties, mais en raison de la mission générale8 du Délégué général, c’est l’enfant, doué de discernement, qui pourra, en sus, être entendu en entretien individuel. Cette audition se fait en dehors de la présence des parties ou des autorités concernées, sauf demande expresse de l’enfant. Celui-ci pourra même demander d’être entendu seul par le médiateur hors de la présence du collaborateur ou de la collaboratrice, gestionnaire de son dossier, au sein du service. En effet, en règle générale, le médiateur est assisté par le gestionnaire du dossier qui prend des notes qui seront versées au dossier ouvert au nom de l’enfant.

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Ces notes sont internes, mais leur contenu peut servir de base à la rédaction d’un accord ou d’un rapport à une autorité. La médiation en général et la médiation institutionnelle sont en principe placées sous le sceau de la confidentialité. La situation du Délégué général doit néanmoins être nuancée. En fonction notamment de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, le Délégué général doit faire prévaloir l’intérêt supérieur de l’enfant s’il s’avère impossible de le faire respecter par tout autre moyen que celui offert par la médiation. Le Délégué général sera particulièrement attentif au principe de la hiérarchie des valeurs, à savoir que, dans certaines situations (ex : maltraitance), l’obligation de dénoncer revêt un caractère impératif. Il est des situations où la notion du secret peut céder devant des valeurs supérieures, l’intégrité physique et morale d’un enfant. Ainsi, dans certaines situations, il résulte qu’entre l’obligation légale du silence et l’obligation de divulguer aux autorités, c’est la primauté de l’obligation de divulguer qu’il faut faire prévaloir. Il n’existe pas de règles en ce qui concerne la durée de l’entretien avec l’enfant ou avec les différentes parties. Cependant, l’écoute d’une personne et la prise en considération de sa parole et, le cas échéant, de son état de victime, nécessitent du temps. Il n’est donc pas rare que l’entretien dure plus d’une heure, voire plusieurs heures. • La mise en présence des parties Le Délégué général peut, en cas de besoin, organiser un ou plusieurs entretiens entre les parties concernées dans le but d’aboutir à un accord dans l’intérêt de l’enfant. Toutefois, il est déjà arrivé que les protagonistes vivent dans un contexte conflictuel tellement passionnel qu’ils demandent que la

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médiation ne se fasse qu’à la condition qu’ils ne soient pas obligés ni de voir l’autre, ni de lui parler. Cette astreinte matérielle entraîne des difficultés d’ordre organisationnel mais cette relation triangulaire peut présenter l’avantage d’éliminer tout risque d’incident9 d’ordre personnel puisque chaque partie a pour interlocuteur le médiateur qui porte la parole et la proposition de l’autre. Lorsque les parties ont confiance en l’objectivité du médiateur et en sa neutralité vis-à-vis des parties ou par rapport aux autorités, il n’est d’ailleurs pas rare de communiquer par téléphone et par courrier, de manière à éviter les désagréments de déplacements10. • Les rapports envoyés aux autorités compétentes En règle générale, l’institution du Délégué général ne transmet pas de rapports à l’autorité administrative ou judiciaire si la médiation a abouti. L’accord de médiation suffit et peut même être déposé par une des parties sans l’intervention du Délégué général. Toutefois, il est parfois nécessaire d’envoyer aux autorités des rapports de médiation intermédiaires en raison d’impératifs : audiences, réunions de bilans… Le médiateur institutionnel n’est pas maître du calendrier de la médiation et le facteur-temps ne s’accommode pas toujours avec l’agenda de la Justice ou de l’Administration. Dans la mesure du possible, le rapport ne mentionnera que les éléments nécessaires à la compréhension de l’autorité. Il veillera, autant que faire se peut, d’omettre les éléments susceptibles de réanimer les conflits. Le médiateur peut aussi être un confident.

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Cependant, il est exclu de cacher aux autorités les éléments contraires au respect des droits et des intérêts de l’enfant, surtout si des comportements le mettent en danger. Cette dernière obligation déontologique que le Délégué général se fixe peut poser des problèmes par rapport au point de vue de l’une ou l’autre des parties11. Si une médiation est mandatée par une autorité judiciaire avec l’accord des parties, le médiateur institutionnel se fixe pour règle, surtout si l’enfant le demande, d’être présent aux audiences et donc d’être prêt à expliquer ou préciser ses écrits. • Les conclusions : l’accord signé entre les parties ou le constat de l’absence de consensus Aboutir à un accord de médiation demande de la part des parties et de l’enfant concerné un minimum de capacités d’analyse de la situation, d’introspection et de remise en question personnelle. Une médiation ne peut aboutir si des rapports de force prédominent, perdurent et si une des parties veut non seulement gagner, en justice ou ailleurs, mais aussi dominer l’autre, voire l’anéantir. Le facteur-temps doit être pris en considération dans le règlement d’un conflit, c’est-à-dire dans le processus de médiation. Il est souvent intéressant de débuter la médiation avant toute procédure judiciaire, mais il est tout à fait possible de l’entamer parallèlement à une procédure judiciaire en cours, même si cela complique les choses. Lorsqu’une procédure judiciaire est lancée, il est parfois judicieux d’attendre le moment opportun d’entrer dans la médiation extra-judiciaire ou pour finaliser la médiation. Paradoxalement, il est parfois

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utile d’utiliser les décisions judiciaires contraignantes qui bloquent la situation pour avancer12. Il est des concessions que l’on fait au médiateur extérieur qu’on ne fait pas vis-à-vis de l’autre partie ou à l’égard d’une autorité judiciaire pourtant toute puissante. Dans certaines situations conflictuelles, passionnelles où se mélangent amour et haine, certains sont prêts à se sacrifier pour leur cause, jusqu’à aller en prison. Cette sanction ultime est souvent la victoire du vaincu puisque l’enfant ne pardonnera pas à l’autre partie d’avoir été à l’origine ou d’être la cause de l’incarcération d’un parent aimé. Des médiations peuvent aussi être entamées notamment à la demande des autorités judiciaires vis-à-vis desquelles les parties se sentent obligées d’acquiescer. Mais la haine et le désir de vaincre à tout prix rattrapent parfois vite les bonnes intentions du départ. Ce sont alors les absences aux rendez-vous sous différents prétextes, l’absence de tout signe de vie ou la rupture brutale par courrier ou par téléphone. L’idéal est que l’accord de médiation soit formalisé par un écrit signé des parties, de l’enfant s’il le souhaite, et s’il a l’âge du discernement, des différentes autorités partenaires et concernées par le processus de médiation13 et du Délégué général, acteur et coordinateur de la médiation. On réussit rarement une médiation seul, sans l’assistance ou le soutien d’un réseau concerné par la demande de médiation. C’est la politique des leviers. Il s’agit d’établir un groupe composé de personnes, de services, d’institutions ou d’autorités qui, mises autour de la table, poursuivront un même objectif, conforme à l’intérêt supérieur du ou des enfants concernés. Il s’agit ici non seulement

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de convaincre les parties mais aussi de renforcer la confiance dans la médiation par une cohérence des avis et des actions. Rien ne peut mettre davantage en danger le processus de médiation que l’incohérence ou les divergences entre acteurs sociaux et judiciaires. De même, il est périlleux pour la bonne marche de la médiation de voir un acteur social ou judiciaire s’investir au côté d’une des parties et de s’identifier à sa cause14. A cet égard, l’avocat, conseil des parties ou de l’enfant, a un rôle extrêmement important à jouer. Il peut être non seulement un défenseur mais aussi un conseiller participateur. Défendre un enfant, un père ou une mère en justice ne soustrait pas l’avocat de son obligation éthique de veiller au respect de l’intérêt supérieur de l’enfant. Nous connaissons des affaires familiales où l’avocat, brillant plaideur et habile procédurier, a gagné des procès sans concession pour l’adversaire15 mais après lesquels son ou sa cliente a perdu son enfant ou du moins son amour. Des victoires judiciaires peuvent renforcer la détermination d’un enfant et sceller définitivement des reprises de contacts16. Quand donc comprendra-t-on qu’on ne règle pas les relations humaines et qu’on ne rétablit pas les liens entre des personnes qui vivent un conflit dans un contexte passionnel, à coups de simples mesures de contrainte et d’arrêts tranchés et tranchants s’accompagnant de menaces de sanctions ou de sanctions tout court (astreinte, peine d’incarcération avec sursis ou ferme, retrait de l’hébergement principal, placement des enfants, retrait de l’autorité parentale conjointe, déchéance de l’autorité parentale…) Les nouveaux enjeux démocratiques de notre société consistent à penser la pratique du conflit comme un processus coopératif. Cela signifie également que dans une société interculturelle, il n’est plus possible d’imposer un modèle unique ou impérialiste. Il faut admettre

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que le monde soit interprété diversement selon les différentes perspectives qu’adoptent les individus et les groupes et que dans le cadre de l’élaboration de la norme, d’un accord, les participants ne puissent espérer un accord de tous que dans la mesure où chacun s’efforce d’adopter le point de vue de l’autre. Le modèle proposé par Habermas consiste donc à imaginer une fondation intersubjective de la norme et à promouvoir une nouvelle pratique de construction de la norme. Pour cet auteur, le modèle du droit n’est plus celui d’un modèle imposé, mais d’un modèle de droit négocié. Le modèle procédural tel que qualifié par cette pensée associe le destinataire de la décision. Le droit est donc créé « en situation » et non plus a priori, les normes et leur application sont mises en place dans un processus de négociation réunissant les personnes concernées par la situation concrète. L’objectif est de faire émerger de la rencontre des acteurs une solution aussi consensuelle que possible, assortie d’une meilleure acceptabilité et donc mieux exécutée. La médiation procède également de cette culture, de ce passage d’un ordre juridique imposé vers un ordre négocié17. De même, il y aurait lieu pour les autorités à s’attacher davantage à la qualité des relations humaines, qu’on tente ou que l’on veut rétablir, plutôt qu’au nombre de rencontres ou de visites. Une visite par mois bien encadrée, bien soutenue vaut mieux que plusieurs rencontres successives et rapprochées avec des oppositions et des incidents. C’est toute l’importance de la qualité des services accompagnant la médiation et la reprise des contacts. Et l’on sait combien les espaces-rencontres, par exemple, sont sollicités en Communauté française. Il est par ailleurs faux de croire que les articles 9 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant induiraient un droit absolu pour les parents de ne pas être séparés de leur enfant ou

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d’entretenir avec lui des relations personnelles régulières. Il importe surtout de tenir compte, avant tout, et l’article 3 le précise bien, de l’intérêt supérieur de l’enfant. Trop de magistrats ou de professionnels estiment encore qu’il faut tout tenter, même au prix de menaces et d’obligations, le pire étant l’organisation, au nom du bien de l’enfant, d’une maltraitance institutionnelle18. Le droit d’un parent à maintenir des contacts avec son enfant doit toujours s’évaluer en fonction de l’intérêt supérieur de l’enfant19. • L’homologation par une autorité (le tribunal, le conseiller de l’aide à la jeunesse, le directeur de l’aide à la jeunesse) En cas d’accord de médiation, il est conseillé aux parties d’informer les autorités concernées de l’accord et de le faire homologuer officiellement. ∆ Voici quelques exemples de médiations menées par le Délégué général aux droits de l’enfant. Certaines ont abouti positivement, d’autres se sont malheureusement soldées par un échec. Le lecteur pourra suivre dans ces récits différentes formes de cheminement dans la médiation. Chaque situation est, en effet, unique, originale et particulière.
1. Histoire de Dominic Un enfant naturel âgé de 10 ans est à la recherche de son père. Il vit très mal l’absence de celui-ci et à force d’insistance, sa mère lui indique Monsieur X comme géniteur (Monsieur X est marié, a d’autres enfants et personne au sein de sa famille n’est au courant de la relation extraconjugale qu’il a entretenu en son temps).

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Dominic, soutenu dans sa démarche par son pédopsychiatre, nous a demandé de l’aider à rencontrer son papa. Il souhaite lui parler mais ne veut pas perturber sa vie, ni révéler son existence à la famille de Monsieur X. Dominic sollicite donc le Délégué général pour qu’il entame une médiation discrète avec son père. Après plusieurs réunions avec Dominic, sa mère et le pédopsychiatre, le Délégué général a invité Monsieur X, en toute discrétion par rapport à sa famille, à le rencontrer pour lui faire part de la demande de l’enfant. A l’issue de l’entretien, Monsieur X allait réfléchir et prendre conseil auprès de professionnels pour savoir quelle attitude il devait adopter par rapport à la situation. Monsieur X a maintenu des contacts avec la collaboratrice du Délégué général en charge du dossier durant de longs mois. Le médiateur a continué à sensibiliser le père biologique qui a finalement lui-même proposé à la mère de Dominic de rencontrer et de faire connaissance avec son fils. Des rencontres ont alors eu lieu entre Dominic et son père. Le climat est apaisé et positif.

2. Histoire de Cylia Le Délégué général a été saisi en novembre 2002 par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme et le Ministre de l’Intérieur de la situation de Cylia qui se trouvait au Centre fermé 127 de Zaventem depuis 2 mois. Cette enfant était notamment dépressive et l’on craignait des passages à l’acte de type suicidaire. Le Délégué général s’est rendu au Centre fermé 127 avec l’avocat de l’enfant et le Conseiller de l’aide à la jeunesse pour y rencontrer Cylia. La mère de Cylia était en situation illégale sur notre territoire et donc l’enfant entrée illégalement en Belgique, ne pouvait lui être confiée. Pour les autorités belges, elle devait rentrer en Turquie, mais Cylia s’y opposait. De plus, comment s’assurer qu’elle y serait bien accueillie puisque le père était marié à une autre femme que la mère biologique ? Si un retour en Turquie était inévitable, Cylia demandait cependant à pouvoir revenir en

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Belgique, ce que sa mère souhaitait également. Son père, quant à lui, n’y s’opposait pas. La mère refusait de se présenter au Centre pour voir son enfant de peur d’être arrêtée et expulsée. Une médiation fut entamée avec le Ministre de l’Intérieur car l’enfant souhaitait revoir sa mère et sa famille maternelle avant de retourner en Turquie. Le Délégué général s’engageait à favoriser et à suivre toutes les procédures nécessaires pour régulariser la situation de Cylia lui permettant de vivre avec sa mère en Belgique. Le Ministre de l’Intérieur a donné l’autorisation au Délégué général de sortir Cylia du Centre 127, pour autant que celui-ci s’engage à revenir avec elle pour un retour en Turquie. Cylia, sa mère, sa grand-mère et son avocat sont venus dans nos locaux en décembre 2002. Le père était associé à la rencontre via un interprète par téléphone. Cette visite permit de conclure un accord avec le Service de l’aide à la jeunesse afin que Cylia soit placée officiellement chez sa grand-mère pendant quelques jours. Voici cet accord en substance :

COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE BELGIQUE Conseiller de l’aide à la Jeunesse ACCORD RELATIF AU PROGRAMME D’AIDE conclu dans le cadre du décret du 4.03.1991 relatif à l’aide à la Jeunesse Entre le Conseiller de l’aide à la Jeunesse, la mère, le père et la grand-mère maternelle Concernant : Cylia Suite à la demande d’aide introduite le… novembre 2002 par l’enfant auprès du Conseiller de l’aide à la Jeunesse, orientée par le Délégué général aux droits de l’enfant. Il est décidé le placement de Cylia en famille d’accueil chez sa grand-mère, pour une durée de 6 jours. La grand-mère est ainsi officiellement agréée « Famille d’Accueil » par la Communauté française. (…)

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Chaque partie s’engage à respecter les termes du présent accord qui témoigne de la bonne volonté des intéressés pour améliorer la situation de Cylia et s’engagent à la remettre au Délégué général aux droits de l’enfant le ... décembre 2002 afin qu’elle retourne auprès de son père en Turquie. Fait à Bruxelles le.... Cylia L’avocat de Cylia La maman la grand-mère le papa via interprète, par téléphone le Délégué général

En décembre 2002, à la date de fin du placement, le Délégué général a été rechercher Cylia chez sa grand-mère pour la confier à la Directrice du Centre 127, afin qu’elle puisse prendre l’avion pour rejoindre son père en Turquie. Le Délégué général a fait part du bon déroulement de la situation au Ministre des Affaires étrangères, au Ministre de l’Intérieur, à l’Office des Étrangers, à la Directrice du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, au Conseiller de l’aide à la jeunesse, à l’avocat de la mère ainsi qu’à l’avocat de l’enfant, tout en leur demandant de le tenir informé de son retour en Belgique afin de pouvoir aller l’accueillir avec sa famille. L’Ambassade de Turquie a également été informée de cette situation. Le Ministre de l’Intérieur s’est engagé en janvier 2003 à nous tenir informé du retour de Cylia en Belgique. Le Ministre des Affaires étrangères prit bonne note de ce souhait et indiqua, fin janvier 2003, qu’il avait demandé à l’Ambassade de Belgique à Ankara de l’informer de la date de délivrance du visa de Cylia et les données de vol qu’elle emprunterait pour revenir en Belgique. Dans le même temps, l’avocat de la mère s’est engagé à entamer les procédures adéquates afin de permettre sa régularisation. Le Ministre de l’Intérieur s’est engagé à faciliter cette régularisation dans le cadre de la législation en la matière.

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En janvier 2003, l’avocat de la mère se heurtant à des difficultés avec l’Office des Étrangers, le Directeur général de l’Office des Étrangers ainsi que le Ministre de l’Intérieur en ont été avertis. En février 2003, le Ministre de l’Intérieur a été interpellé afin de savoir où en était la situation. Ce dernier a répondu qu’il serait informé des décisions de manière à pouvoir s’assurer qu’une suite diligente et sérieuse avait été réservée à la demande. Cette information fut transmise aux avocats ainsi qu’à la mère. En mars 2003, le Ministre de l’Intérieur indiqua que l’Office des Étrangers avait fait part à l’avocat de la mère du fait qu’elle devait se présenter personnellement à l’administration communale de son lieu de résidence afin d’y demander l’établissement, en sa qualité de descendante, de sa propre mère (grand-mère de Cylia, d’origine turque qui a la nationalité belge). Le médiateur des enfants fit part de cette information à l’avocat de la mère ainsi qu’à la mère. Fin avril 2003, la proposition fut faite au Directeur général de l’Office des Étrangers d’une rencontre à sa meilleure convenance. A la mi-mai 2003, une collaboratrice du Directeur général indiqua par téléphone qu’elle donnerait les instructions nécessaires le jour même pour la régularisation de la mère. En mai 2003, l’Office des Étrangers indiqua officiellement qu’après réexamen complet du dossier de la mère de Cylia, il avait décidé de l’autoriser au séjour dans le Royaume et qu’instruction avait été donnée à l’administration communale d’inscrire la mère au registre des étrangers et de lui délivrer un certificat d’inscription à ce registre sur production des documents adéquats. L’Office des Étrangers signala en outre que, dès que la mère de Cylia serait effectivement inscrite au registre des étrangers, l’enfant pourrait introduire une demande de visa dans le cadre du regroupement familial auprès du poste diplomatique ou consulaire belge compétent pour le lieu de sa résidence ou de son séjour. En juin 2003, le père de Cylia fut contacté une nouvelle fois et réaffirma, via un interprète, qu’il était d’accord pour que sa fille revienne en Belgique et indiqua que sa fille demandait quand elle pourrait revenir. Il lui fut également signalé les documents qu’il devait déjà rassembler en vue

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de la demande de visa pour regroupement familial qu’il devrait introduire auprès de l’Ambassade belge en Turquie. Quelques jours plus tard, l’avocat de la mère indiquait que cette dernière s’était présentée à son administration communale, mais qu’elle n’avait pu y introduire sa demande d’établissement car son passeport n’était plus valable. Elle s’était alors rendue au Consulat de Turquie pour proroger son passeport, où on lui avait demandé de produire un document de séjour valable en Belgique sinon, elle devait retourner en Turquie pour demander la prolongation de son passeport. Le Délégué général, déjà informé de la situation par une amie de la mère, pris contact avec l’Office des Étrangers qui indiqua qu’il suffisait qu’elle se fasse envoyer les documents.

A la mi-septembre, n’ayant plus de nouvelles de l’avocat de la mère, le médiateur des enfants l’a réinterpellé afin d’avoir des informations quant à l’évolution de la situation. Celui-ci a indiqué que la mère avait déposé tous les documents demandés par l’administration communale pour lui remettre son certificat d’inscription au registre des étrangers, mais que l’administration avait indiqué qu’elle attendait les instructions de l’Office des Étrangers. L’Office des Étrangers a dès lors été averti de cette situation. En octobre 2003, l’avocat de la mère signala que celle-ci avait enfin pu obtenir son certificat d’inscription au registre des étrangers. La mère a envoyé copie de son certificat de domicile ainsi que la copie de sa carte de séjour à Cylia pour qu’elle puisse introduire sa demande de visa pour regroupement familial en Turquie et revenir en Belgique. Cette demande a été introduite par Cylia fin octobre 2003. En janvier 2004, l’Office des étrangers a donné instruction à l’Ambassade de Belgique à Ankara de délivrer un visa à Cylia en vue du regroupement familial. Il ne manquait plus que l’accord écrit du père. C’est après ce long parcours du combattant de plus d’un an qu’en février 2004, Cylia est arrivée en Belgique pour retrouver enfin sa mère. Le Délégué général a été l’accueillir à l’aéroport avec toute sa famille. Depuis lors, Cylia est inscrite dans une école et suit des cours de français plusieurs fois par semaine.

46 3. Histoire de Marie

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Le Délégué général a été saisi en septembre 2002 de la situation de Marie, 4 ans, dont la mère, qui disposait de l’hébergement principal, se trouvait en Belgique tandis que le père, qui bénéficiait du droit aux relations personnelles, résidait aux États-Unis. Lors d’un retour de droit de visite aux États-Unis, Marie fit des révélations d’abus sexuels qui se seraient déroulés chez son père. Suite à ces révélations, sa mère ne voulut plus qu’elle se rende chez le père en droit de visite et entama des procédures judiciaires en Belgique afin de supprimer tout droit aux relations personnelles entre Marie et son père. Elle fit également examiner Marie par différents pédo-psychiatres spécialisés en la matière, aussi bien en Belgique qu’aux États-Unis. Enfin, elle déposa une requête au tribunal de la jeunesse de Liège et le Conseiller de l’aide à la jeunesse traita aussi ce dossier. Le père de Marie entama une procédure aux États-Unis visant à obtenir la garde de sa fille et obtint en février 2002, un jugement ordonnant le retour de Marie chez lui. La mère de Marie n’exécutant pas de manière volontaire ce jugement, son père introduisit en Belgique une procédure d’exequatur du jugement rendu aux États-Unis. En août 2002, le tribunal de première instance a déclaré exécutoire le jugement prononcé aux États-Unis. En mai, 2 003 la Cour d’appel confirma la décision du tribunal de première instance. En juin 2003, Marie fut reprise de force par les autorités de police, alors qu’elle se trouvait chez sa mère. Il s’agissait de l’exécution forcée de la décision judiciaire accordant la garde au père20. Après cette exécution forcée, le Délégué général a interpellé le Procureur général afin d’avoir de plus amples informations à propos de cette situation. Le Procureur général a indiqué que la reprise par la force avait été exécutée sur décision du Ministre de la Justice et qu’il fallait s’adresser à ce dernier pour obtenir des informations. Le Procureur général a également signalé qu’il ne pouvait dire où se trouvait Marie ni quand elle serait renvoyée à l’étranger. Des explications furent alors demandées à l’avocat du père et au Ministre de la Justice pour savoir où se trouvait Marie afin de la rencontrer pour vérifier si la procédure se déroulait dans le respect de ses droits et intérêts

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et, pour donner à sa mère tous ses apaisements en la matière, mais cela sans succès. Si le Délégué général ne conteste pas et ne s’oppose pas à la décision judiciaire, c’est la méthode utilisée de l’exécution forcée d’une décision judiciaire qui pose un problème. En outre, concernant les possibilités d’exécution forcée de la décision judiciaire, s’il n’est pas contesté que les différentes possibilités aient été examinées de manière extrêmement approfondie avec les autorités judiciaires et de police, les autres instances n’ont pas été concertées malgré leurs compétences et implications dans ce dossier : Conseiller de l’aide à la jeunesse, Délégué général aux droits de l’enfant. Le Ministre de la Justice aurait pu, comme l’ont déjà fait certaines autorités judiciaires, recourir à l’institution de défense des enfants afin qu’elle tente une ultime médiation. Le Délégué général reste donc convaincu que le Ministère de la Justice et l’avocat du père n’ont pas utilisé tous les moyens mis à sa disposition pour arriver à une exécution de la décision judiciaire moins brutale et traumatisante pour l’enfant. En outre, le Délégué général se demande quelles sont les garanties que le Ministre de la Justice a reçues quant au fait que les droits et intérêts de Marie seraient respectés à l’étranger en conformité avec la convention internationale des droits de l’enfant de 1989, étant donné que le pays étranger où elle a été conduite ne l’a pas signée. En juin 2003, la question fut posée au Ministre de la Justice qui n’y a pas répondu. Il fut également demandé au Ministre de la Justice si Marie avait eu des contacts téléphoniques avec sa mère dans le but d’être rassurée autant que faire se peut, et si la mère avait reçu des nouvelles de sa fille depuis le jour où elle lui a été retirée et par qui. Le cabinet du Ministre de la Justice a indiqué, en juin 2003, par téléphone, que d’après lui toutes les nouvelles concernant Marie étaient positives et que la mère pourrait bénéficier d’un droit de visite sous surveillance. A la mi-juin 2003, la mère de Marie est partie la rejoindre aux États-Unis pour exercer un droit de visite. En août 2003, la belle-sœur de la mère a indiqué qu’une audience devait avoir lieu fin août devant les juridictions américaines.

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En janvier 2004, la mère a rendu visite au Délégué général afin de lui faire part de l’état de la situation. Elle a notamment indiqué que lorsqu’elle téléphonait à Marie la conversation était écoutée. Elle ne pouvait dire à sa fille qu’elle lui manquait qu’un certain nombre de fois sinon l’écoutant interrompait la communication. En outre, lorsqu’elle rencontrait sa fille, c’était sous surveillance armée, payée d’avance par elle-même. En août 2004, le Délégué général a été contacté par la Ministre de la Santé, de l’Enfance et de l’Aide à la jeunesse suite à un contact qu’elle avait eu avec la mère de Marie. En effet, la mère avait été informée suite à un entretien téléphonique avec sa fille qu’elle se trouvait en vacances en France. Elle aurait donc aimé pouvoir revoir sa fille qu’elle n’avait plus vue depuis plus de 5 mois. Le Délégué général a contacté la mère ainsi que l’avocat du père en Belgique afin d’examiner les possibilités d’une rencontre entre Marie et sa mère. Le Délégué général a également contacté la Défenseure des enfants en France afin de lui demander sa collaboration si un accord avait lieu pour que Marie puisse rencontrer sa maman. La Défenseure des enfants a indiqué qu’elle prenait acte de notre demande mais souhaitait des précisions sur la ville ou le département où se trouvait Marie. Elle a également indiqué qu’elle tâcherait de joindre le correspondant territorial concerné. L’avocat belge du père ne savait pas où était son client. Il a contacté l’avocat américain du père qui lui a indiqué ne pas être en mesure de le joindre. N’ayant su établir de contact avec le père de Marie, aucune rencontre entre Marie et son père n’a pu être organisée. Fin août 2004, l’avocat de la mère a sollicité le Délégué général afin qu’il organise une réunion avec la Ministre de la Justice et la Ministre de la Santé, de l’Enfance et de l’Aide à la jeunesse. Le Délégué général a proposé à l’avocat de la mère d’organiser une réunion de coordination regroupant les collaborateurs de la Ministre de la Justice, de la Ministre de l’Aide à la jeunesse et du Ministère des Affaires étrangères qui gèrent ce dossier. 4. Histoire de Caroline Le Délégué général a été saisi en décembre 1998 de la situation de Caroline dont la mère devait se présenter devant le tribunal correctionnel pour non représentation d’enfant. L’enfant refusait d’aller chez son père

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qui n’avait pas exercé son droit de visite et n’avait donné aucun signe de vie pendant plusieurs mois. Le Délégué général a entrepris d’organiser une médiation entre la mère, le père, leur fille et les autorités judiciaires. En novembre 1999, la mère a été condamnée par le tribunal correctionnel à 6 mois de prison avec un sursis, et 50 000 FB de dommages et intérêts. Elle a interjeté appel de cette décision. En octobre 2000, la Cour d’appel confirma la condamnation à 6 mois de prison, ferme cette fois, pour non représentation d’enfant. La mère a alors introduit un recours en grâce auprès Roi et du Ministre de la Justice. Le Délégué général a appuyé cette demande auprès du Roi et du Parquet général et interpellé le Ministre de la Justice. En décembre 2001, la mère a obtenu le sursis de sa condamnation jusqu’en octobre 2003 par arrêté royal en raison de la médiation entamée et de son déroulement positif pour l’enfant et les parties. Durant ces nombreuses années, le Délégué général a rencontré les parties à de nombreuses reprises. Ainsi, en octobre 2000, le Délégué général recevait, dans le cadre d’un entretien préparatoire, Caroline ainsi que sa mère. En novembre 2000, c’était au tour du père. En décembre 2000, lors d’un entretien avec Caroline, celui-ci a marqué son accord pour revoir son père par l’intermédiaire du Délégué général. Cette rencontre fut programmée en mai 2001 mais fut annulée par le père en dernière minute. Préalablement à cela, le Délégué général avait à nouveau reçu les parents de Caroline en mai et à cette occasion, le père avait d’ailleurs adressé à la mère vingt mille francs au titre de pension alimentaire pour les enfants. En juin 2001, lors de la rencontre convenue avec sa fille, le père ne s’est pas présenté et n’a pas prévenu de son absence. En août 2001, la nouvelle entrevue décidée entre le père et Caroline n’a pu se dérouler dans de bonnes conditions, dans la mesure où ce dernier est arrivé avec plus d’une heure de retard. Le Délégué général a ensuite soumis trois propositions au père sans jamais obtenir de réponse. Par la suite, le père ne donnera plus de ses nouvelles si ce n’est lors d’entretiens téléphoniques avec notre institution en août 2001 et en sep-

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tembre 2001, entretiens au cours desquels le père s’est montré assez agressif envers la mère. En janvier 2002, Caroline a souhaité rencontrer le Délégué général afin de lui communiquer son désarroi face aux procédures judiciaires en cours à l’encontre de sa mère, mais également en vue de signaler son inquiétude par rapport au déroulement de son audition par le magistrat en charge du dossier. En mars 2002 ainsi qu’en avril 2002, le père ne s’est pas présenté pour l’exercice de son droit aux relations personnelles. La mère s’était cependant assurée de l’exactitude des dates de visite en prenant contact en mars 2002 avec le Tribunal de la jeunesse. En mars 2002, le Délégué général a rencontré Caroline. Celle-ci souhaitait lui faire part de son inquiétude face à une reprise de contact avec son père tous les premiers et troisièmes dimanches du mois. Elle s’inquiétait d’une reprise de contact abrupte et aurait préféré le faire par l’intermédiaire du Délégué général, comme il en était question en début de médiation. Caroline était toutefois disposée à se plier à la décision du tribunal pour éviter que sa maman soit incarcérée pour non-représentation d’enfant. A cet égard, le Délégué général a signalé au Procureur général qu’à son sens, une reprise de contact sans encadrement était risquée dans le contexte du moment, les relations entre le père et son enfant étant trop tendues pour espérer que les intéressés renouent un dialogue pacifique. En septembre 2002, la Cour d’appel confia au Délégué général, avec l’accord des parties, une mission de médiation entre Caroline, sa mère et son père, relative à l’hébergement subsidiaire de l’enfant. Le Délégué général a, durant sa médiation, rencontré à plusieurs reprises les parties et abordé tous les problèmes liés à la séparation. Toutes les pistes de solutions ont été explorées afin d’éviter que le conflit ne débouche sur de nouvelles procédures judiciaires. Durant la médiation, le Délégué général a pu observer que les revendications du père relatives à l’exercice de son droit aux relations personnelles avec son enfant étaient liées à la pension alimentaire. Les exigences du père étaient vécues par l’enfant comme un chantage et comme des menaces à l’emprisonnement de sa mère ce qui provoquait chez Caroline une grande souffrance et un blocage quant à une reprise de contact avec son père.

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Lors du bilan de cette médiation avec les parents à la mi-septembre 2003, les parents ont signé un accord relatif à l’hébergement secondaire de leur enfant ainsi qu’à la pension alimentaire. Cet accord prévoyait que les parties s’engageaient à faire un nouveau bilan durant la seconde quinzaine du mois de janvier 2004 chez le Délégué général. Cet accord a été soumis à la Cour d’appel en septembre 2003 et fut entériné par cette même Cour. Une réouverture des débats fut prévue pour le mois de mars 2004. Voici en substance la convention signée par les parties : CONVENTION Nous soussignés, le père, né le ...., la mère, née le ..., parents de Caroline, sommes d’accord de mettre en application la convention suivante : 1. Relations personnelles entre Caroline, née le... et son père : - Que la demande de Caroline à son père, formulée en présence du Délégué général aux droits de l’enfant, de suspendre ses relations personnelles tant qu’elle s’y opposera, soit respectée par le papa, Caroline restant libre de renouer des contacts avec lui à tout moment si elle le souhaite. 2. Pension alimentaire et solde restant dû des impayés. - La mère, constatant les difficultés budgétaires du papa pour faire droit à ses obligations, propose de diminuer le montant de la saisie à la somme de 150 euros. Cette diminution prendra ses effets dès le mois d’octobre 2003 et ce jusqu’au mois de janvier 2004 inclus. - La mère propose de ne pas faire effectuer de saisie sur les congés payés de 2004, habituellement payés en juin. - Le père accepte cette proposition. 3. Les parties s’engagent à faire le bilan de ces accords dans la deuxième quinzaine du mois de janvier 2004 chez le Délégué général aux droits de l’enfant et d’envisager à cette occasion toute autre éventualité. Fait à Bruxelles, le… Pour accord, Le père

La mère

Le Délégué général aux droits de l’enfant

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Ci-dessous, le rapport relatif à la médiation entre le père, la mère et Caroline qui a été remis aux autorités en septembre 2003.

Rapport relatif à la médiation entre la mère, le père et Caroline
Par un arrêt d’octobre 2002, la Cour d’appel a décidé que le Délégué général aux droits de l’enfant poursuive sa mission de médiation entre Caroline, sa mère et son père au sujet de leurs différends relatifs à l’hébergement subsidiaire de Caroline par son père. Dès après l’audience de septembre 2002 au cours de laquelle le principe de la continuité de la mission de médiation du Délégué général aux droits de l’enfant a été décidé, celui-ci a invité les parties et a pu rencontrer les parties, soit séparément, soit ensemble : • Fin septembre 2002 : Le père. • Mi-octobre 2002 : Caroline, seule, et la mère. • Fin octobre 2002 : rendez-vous fixé avec le père. Celui-ci n’est pas venu. • Mi-novembre 2002 : Le père. • Début décembre 2002 : Caroline, seule, la mère, rencontre entre le père et Caroline, le père, seul. • Fin janvier 2003 : Caroline, seule et la mère et la sœur de Caroline. • Mi-février 2003 : Le père. • Mi-avril 2003 : Caroline, seule, et la mère. • Début juin 2003 : Le père. • Mi-juillet 2003 : Caroline, seule et la mère. • Mi-septembre 2003 : La mère et le père. En plus de ces divers entretiens en mon service, la mère et le père ont pu s’entretenir téléphoniquement à de nombreuses reprises avec ma collaboratrice, juriste. Il est évident que les revendications du père relatives à la pension alimentaire et au solde restant dû des impayés liées, par lui, étroitement à l’exercice de son droit

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aux relations personnelles avec sa fille, ont pesé sur la médiation. Celles-ci ont été vécues par Caroline comme un chantage et comme des menaces à l’emprisonnement de sa mère qui provoquent une très grande souffrance chez l’enfant, bloquent et empêchent toute reprise de contacts librement consentis par Caroline. Je remercie toutes les parties, père, mère et enfant, d’avoir répondu à mes demandes d’entretien et de visite même lorsque cela s’est avéré conflictuel, pénible émotionnellement. Je remercie le père et la mère d’avoir fait les concessions nécessaires dans l’intérêt supérieur de leur enfant, Caroline. Je vous prie de trouver ci-joint la Convention que la mère et le père ont signé en septembre en mes locaux. Caroline m’a écrit à la mi-septembre 2003 et m’indique « que pendant la médiation, comme le droit de visite était suspendu, je me suis sentie soulagée et je n’étais bien sûr plus stressée, maintenant, je vis mieux (…) J’espère que le juge de la jeunesse acceptera de suspendre le droit de visite. » Le Délégué général aux droits de l’enfant

Au mois de février 2004, le Délégué général rencontra chacun des parents afin de faire le bilan des accords. Un nouvel accord fut signé entre les parties et fut soumis à la Cour d’appel. Le père indiqua qu’il avait vendu sa maison ce qui allait lui permettre de rembourser la mère. Il s’engagea donc à payer le solde restant dû de la pension alimentaire. En outre, il proposa de lui-même d’écrire au juge d’instruction afin de lui indiquer qu’il ne désirait pas que la condamnation à 6 mois d’emprisonnement pour non-représentation d’enfant à l’égard de la mère soit appliquée et qu’il soutenait le recours en grâce introduit par la mère. La mère s’engagea à diminuer le montant de la pension alimentaire. Concernant le droit aux relations personnelles entre Caroline et son père, ce dernier continue à accepter la demande de suspension du droit de visite de sa fille tant qu’elle

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s’y opposera. Cet accord fut transmis à la Cour d’appel pour l’audience du mois de mars 2004. Cet accord fut entériné de manière définitive à cette audience. 5. Histoire de Léa et Léo En décembre 2003, une audience s’est déroulée au tribunal de la jeunesse, audience à laquelle ni le père, ni les enfants n’étaient présents, ceux-ci n’ayant pas reçu leur convocation, selon leurs dires. Le tribunal décida de placer les enfants hors du milieu familial de vie au motif que les enfants ne voulaient plus voir leur mère. Le père fît opposition de ce jugement. L’opposition fut déclarée irrecevable car non-dénoncée à la mère. L’erreur de l’huissier ne put être réparée En effet, bien que présente à l’audience, la mère a refusé de comparaître volontairement. Il apparut donc que ni le père, ni les enfants n’ont pu s’exprimer à l’audience quant à la mesure de placement. Les enfants en demande d’audition n’ont pas été entendus. Il faut cependant souligner qu’au niveau civil, les enfants se rendaient dans un service « espace-rencontre » pour rencontrer leur mère, sans pour autant accepter de lui parler. C’est dans ce cadre que le père nous a saisi de la situation de ses deux enfants, Léa et Léo, en février 2004. En mars 2004, le Délégué général a reçu Léa et Léo. Ceux-ci lui ont demandé de faire une médiation entre leur mère et eux afin d’éviter un placement imminent. Après avoir entendu les enfants, le Délégué général s’est entretenu par téléphone avec la Directrice de l’aide à la jeunesse afin de comprendre la situation de Léa et Léo pour lesquels un placement immédiat s’accompagnerait d’un changement d’école et de la suppression de leurs activités extrascolaires. Or, nous entrions dans la période d’examens scolaires. Pourquoi les enfants étaient-ils placés 4 mois après le jugement alors que celui-ci stipulait que « l’intégrité physique et psychologique des enfants est actuellement et gravement compromise » ? Il s’agissait aussi de vérifier l’adéquation du service choisi pour prendre en charge la probléma-

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tique de ces enfants. Il lui fut également demandé si on avait tenu compte du rapport d’expertise diligenté par le Tribunal des référés qui spécifiait que « les deux adolescents ne sont pas en danger, la mesure de placement pourrait aller à l’encontre de l’intérêt des enfants ». Ce rapport avait été déposé en février 2004. Celle-ci répondit que c’était un jugement définitif et donc qu’elle devait l’appliquer, que les places étaient rares et qu’elle ne pouvait prendre le risque de « perdre » des places difficiles à obtenir auprès des services privés d’hébergement. Elle ne semblait pas avoir eu connaissance du rapport de l’expert, et ne souhaitait pas en tenir compte puisque cela relevait du civil. Elle affirmait ensuite qu’elle n’avait pas à traiter le cas en urgence car il n’y avait pas d’urgence. Le Délégué général reçut alors le père qui expliqua la situation des enfants. Au terme de l’entretien, Léa, Léo, et leur père ont rédigé, séparément, une demande écrite à l’intention du Délégué général. Léa écrivait : « Je souhaite que Monsieur Lelièvre organise une médiation avec les autorités, mon papa, ma mère, Léo et moi (Léa). Je suis tout à fait contre le placement ! ». Léo rédigeait également une demande : « J’attends de Monsieur Lelièvre qu’il essaie de faire une médiation entre : mon père, ma mère, Léa, moi et les autorités. Afin d’empêcher le placement et de ne pas changer d’école, mais pour cela, il faut que tout le monde y mette du sien. Si la médiation fonctionne, il est certain que Léa et moi resterons chez papa et ainsi l’institution et le changement d’école ira droit à la poubelle. Si cela ne fonctionne pas, l’institution et le changement d’école seront réalisables ». Le père quant à lui écrivait : « Par la présente, je marque mon accord pour la tenue d’une médiation sous la direction du délégué général aux droits des enfants. Je m’engage à conduire les enfants, Léa et Léo lors de la tenue de cette médiation ainsi qu’à collaborer à la reprise de contact des enfants avec leur maman ». Suite à ces propositions, la mère fut conviée à venir rencontrer le Délégué général.

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Nous avons, dans le même temps, interpellé par courrier le Service de protection judiciaire ainsi que la Direction générale de l’aide à la jeunesse afin de recevoir de plus amples informations au sujet notamment de la teneur des décisions qui avaient été prises par la Directrice de l’aide à la jeunesse. Le dossier complet du service de protection judiciaire a été envoyé par fax quelques jours après la demande. Le Délégué général a par ailleurs interpellé le service d’hébergement dans lequel devaient être placés Léa et Léo pour vérifier si leur service était adéquat pour traiter la problématique des enfants. Le Délégué général a également interpellé le préfet de l’école de Léa et Léo quant à l’intégration des enfants dans l’école et afin d’avoir son avis sur le changement d’école en cours d’année. Celui-ci nous répondit dès le lendemain « (…) je peux vous assurer que Léa et Léo sont bien intégrés dans leur classe et ils y sont épanouis. Leur participation aux cours est active et leurs résultats scolaires sont bons ». Le Délégué général, au vu des nouveaux éléments en sa possession (rapport d’expertise, acceptation d’une médiation entre les enfants et leur mère, engagement du père de collaborer à la reprise de contact) a saisi le Procureur du Roi afin de recommander au parquet de solliciter une nouvelle audience auprès du tribunal de la jeunesse par citation sur la base de l’article 60 de la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse. Par ailleurs, l’avocate des enfants a décidé d’introduire un recours sur la base de l’article 37 du décret du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse, procédure qui fut fixée à la mi-avril 2004. En raison de ce recours, et étant donné la proposition du Délégué général d’appliquer l’article 60 de la loi du 8 avril 195 relative à la protection de la jeunesse, le Délégué général proposa à la Directrice de l’aide à la jeunesse de postposer l’admission des enfants en institution en attendant l’issue des deux procédures. Dès le lendemain, l’admission des enfants était postposée par décision de la Directrice de l’aide à la jeunesse. Fin mars 2004, le Délégué général eut un entretien avec la mère de Léa et Léo. Lors de celui-ci, la mère a accepté de rencontrer ses enfants en avril 2004. Il a été convenu qu’à la suite de la rencontre avec ses enfants,

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la mère indiquerait si elle souhaitait ou pas d’entamer une médiation en fonction des résultats de la rencontre. Le lendemain, le Délégué général a informé les enfants, le père, les autorités judiciaires (Procureur général et Procureur du Roi) et le Service de protection Judiciaire que la mère avait accepté une rencontre avec ses enfants en avril 2004. Il confirma cela à la mère ainsi que les propositions qu’elle mit en évidence lors de l’entretien : report des audiences afin que Léa et Léo terminent l’année scolaire, implication des grands-parents paternels dans la médiation, visite avec les enfants au domicile de la maman. Si le placement devait avoir lieu, la maman proposait un internat scolaire plutôt qu’un établissement du secteur de l’aide à la jeunesse et préconisait un encadrement psychothérapeutique pour les enfants et les membres de la famille. Le même jour, nous recevions une télécopie du conseil de la mère annulant la rencontre prévue en avril 2004 entre les enfants et leur mère, celleci décidant de refuser immédiatement toute médiation et poursuivre les procédures judiciaires. Toutefois, le Délégué général avait déjà prévenu les parties ainsi que les autorités de l’accord de la mère. Début avril 2004, le Délégué général s’est entretenu avec le père des enfants, lui annonçant le refus de la mère. Celui-ci réitéra sa demande : « J’ai pris bonne note de la maman de vouloir poursuivre les procédures judiciaires plutôt que de poursuivre une médiation par le biais du délégué général aux droits de l’enfant. En ce qui me concerne, je maintiens ma proposition de poursuivre une médiation en vue de rétablir des relations personnelles entre la maman et les enfants. Pour ce faire, je ne vois aucun inconvénient à ce que les enfants soient, le cas échéant, accompagnés chez la mère par le Délégué général ». Le Délégué général a informé le Juge de la jeunesse des éléments du dossier pour la future audience relative au recours introduit sur la base de l’article 37 du décret relatif l’aide à la jeunesse. Il a également informé la Directrice de l’aide à la jeunesse du désistement de la mère.

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Quelques jours plus tard, l’avocate de la mère indiqua au Délégué général que la mère n’avait jamais accepté de rencontrer ses enfants en avril, ce qui était contraire à la vérité. Le bâtonnier en a dès lors été informé. A la mi-avril 2004, Le Délégué général interpella à nouveau le service d’hébergement dans lequel les enfants devaient être placés afin d’obtenir leur projet pédagogique. Ce projet fut envoyé par fax dès le lendemain non sans quelques réticences de la part de l’institution qui s’estimait harcelée. L’audience du Tribunal de la jeunesse sur la base de l’article 37 eut lieu. La demande fut déclarée irrecevable. Le placement fut donc confirmé et le Service de protection judiciaire mandaté pour rendre le placement effectif. Entre-temps, le service d’hébergement initial s’est désisté, les places réservées aux enfants étant prises par d’autres admissions. En juin 2004, nous avons interpellé le Service de protection judiciaire suite à l’annonce par le père du placement imminent de Léa et Léo ainsi que la nouvelle institution de placement pour prendre connaissance de son projet pédagogique. L’institution préconisée a envoyé son projet pédagogique et nous a expliqué la façon dont il appréhendait la réalité des deux enfants. L’équipe a expliqué avoir rencontré les enfants et les parents et qu’à l’issue de cette rencontre, elle pensait qu’il était possible que, en fonction de leur projet pédagogique, l’aide de leur équipe soit apportée dans la problématique présentée. Le 1er juillet 2004, les enfants étaient effectivement placés dans l’optique de rétablir des contacts avec leur mère. Le Délégué général leur a écrit afin de leur apporter soutien et écoute s’ils le souhaitaient. En août 2004, à la demande des enfants, ceux-ci ont rencontré le Délégué général afin de lui expliquer la façon dont se passait le placement. Ils disaient être bien intégrés mais refusaient toujours les contacts avec la maman. Ils écrivaient également que : « Je souhaite qu’à la réunion du 27 août 2004, soit présent un membre de l’équipe de Monsieur Lelièvre ». Fin août, une réunion fut organisée au sein de l’institution en présence des parents, l’avocate des enfants, la Directrice de l’aide à la jeunesse, des

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membres de l’équipe de l’institution et une collaboratrice du Délégué général. Tous les éléments d’analyse de la situation des enfants furent donnés lors de la réunion. Il fut constaté que les sentiments négatifs des enfants à l’égard de la maman ont fait place à de l’indifférence. Le travail de reconstruction des liens est donc difficile. Il est indiqué que si les enfants restent placés cela pourra être identifié à de la maltraitance institutionnelle. L’éloignement supplémentaire n’apporterait rien de plus à la situation des enfants. La Directrice de l’aide à la jeunesse décide alors de demander la levée de mesure au juge de la jeunesse. Elle dit confier les enfants au père dès le 31 août dans l’attente de la décision du tribunal. 6. Histoire de Nathalie En février 2003, le Délégué général aux droits de l’enfant a été saisi par Nathalie, âgée de 13 ans et demi, par le biais d’un courriel. Dans son courriel, la jeune fille demandait au Délégué général de l’aider à récupérer des effets personnels qu’elle avait laissés chez son père dans le passé. Le Délégué général a pris contact avec le père de Nathalie afin de connaître son point de vue concernant la situation de sa fille. Le père a répondu par écrit sa stupéfaction à la démarche de sa fille et a dénoncé la manipulation de la mère. Il indiquait également dans son courrier bénéficier d’un droit de visite classique sur base d’une ordonnance du Tribunal des Référés de novembre 1999 et ne plus avoir revu sa fille depuis mai 2001. Le Délégué général a alors reçu Nathalie dans ses bureaux. Petit à petit, il est apparu que la véritable démarche de l’enfant était de rétablir des contacts avec son père. Il fut convenu de demander au père un rendez-vous à son domicile. La jeune fille et le Délégué général ont convenu que celuici reçoive le père afin de préparer au mieux la visite de la jeune fille au domicile paternel. Pendant le trajet en voiture, Nathalie s’est confiée longuement au Délégué général et lui a explicitement indiqué son souhait de quitter le domicile maternel pour se voir confier à la garde de son père vis-à-vis duquel elle se disait très attachée. L’enfant se disait victime d’un chantage affectif de

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la part de sa mère et voulait sortir de ce conflit de loyauté qui lui était de plus en plus insupportable. En août 2003, Nathalie s’est rendue chez son père avec le Délégué général. Le lendemain de sa visite, le Délégué général recevait la jeune fille et sa maman au sein de ses bureaux. Le Délégué général, au cours de l’entretien, a expliqué à la mère le souhait de sa fille de retourner en droit de visite chez son père. La mère a signalé à sa fille que si elle revoyait son père tout serait fini entre elles. Elle a finalement accepté la demande de sa fille. Un droit de visite de trois jours chez le père a été organisé à la mi-août 2003. Nathalie a passé le week-end chez son père. Dès son retour de weekend, elle a demandé au Délégué général qu’il organise un nouveau weekend entre elle et son père. Le Délégué général a pris contact avec la maman et lui a exposé le souhait de Nathalie, ce qu’elle a accepté. Nathalie est retournée en droit de visite chez son père à la fin du mois d’août 2003. Le Délégué général a organisé avec l’accord des deux parents et de Nathalie le droit aux relations personnelles de la jeune fille pour le mois de septembre (droit de visite classique). En octobre 2003, Nathalie a eu un entretien avec le Délégué général au sein de ses bureaux. Le Délégué général a également reçu le père et la belle-mère. Le père a pris conscience qu’il devait introduire un recours auprès du Tribunal de la jeunesse pour faire droit à la demande de sa fille, c’est-à-dire pour obtenir l’hébergement principal de sa fille. Quelques jours plus tard, Nathalie a fugué de chez sa maman et invoqué le fait qu’elle ne voulait plus aller vivre chez elle. Elle est retournée chez sa maman pour quelques jours. Peu de temps après, la médiation du Délégué général aboutit à un accord de médiation entre les parents de la jeune fille.

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Voici en substance l’accord :

Convention
La mère autorise sa fille, Nathalie, à aller vivre au domicile de son père, dès la mi- octobre 2003 à 18 heures, aux conditions suivantes : - La mère versera au père sur le compte..... la pension alimentaire de 152 euros mensuellement. - Nathalie sera domiciliée chez son père. - Nathalie sera inscrite sur la mutuelle de son père. - Nathalie pourra avoir des contacts avec sa mère, en fonction de ses besoins, par l’intermédiaire du service du Délégué général aux droits de l’enfant. - Nathalie sera inscrite dans l’enseignement général avec une orientation vers les sciences et elle suivra le cours de morale laïque. Sa mère sera tenue mensuellement informée de ses résultats scolaires et recevra une copie de son bulletin à chaque période. La mère s’oppose à ce que sa fille aille en recours contre l’école si elle doit recommencer son année scolaire. - Nathalie sera présentée au Centre P.M.S. de la nouvelle école. Celui-ci prendra contact avec celui de l’Athénée provincial de .... - Nathalie sera suivie dans un Centre de guidance proche du domicile de son père. Le Centre prendra contact avec le médecin psychiatre ....et le Docteur ..., pour information du dossier médical. - Nathalie sera suivie chez un orthopédiste pour des problèmes de scoliose et de bascule de bassin. La mère déposera les radios dans le service du Délégué général aux droits de l’enfant. - La maman souhaite que Nathalie continue le patinage artistique. - La maman souhaite communiquer notamment par e-mail avec Nathalie. - Cet accord de médiation vise à exclure toute procédure judiciaire inutile puisqu’il y a accord entre les parties. Pour accord, établi à Bruxelles le ... La maman Le papa

En présence du Délégué général

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Nathalie a été entendue par le Juge de la jeunesse en février 2004. En mars 2004, le Tribunal de la jeunesse entérinait l’accord de médiation signé par les parents chez le Délégué général. Actuellement, Nathalie vit chez son père et poursuit normalement sa scolarité. 7. L’histoire de Sfia et Soufiane En janvier 2003, le Délégué général a été saisi et informé de la situation relative à deux enfants, Sfia et Soufiane, domiciliés à Agadir au Maroc, par le courrier que lui a adressé leur mère. C’est via le site Internet du Délégué général qu’une connaissance de la mère des enfants a trouvé les coordonnées de l’institution. La mère indiquait que son domicile familial avait été incendié. Son mari, deux de leurs trois enfants et elle-même étaient victimes de brûlures graves. Elle demandait alors de l’aide afin que ses deux enfants soient pris en charge chirurgicalement. Après avoir pris conseil auprès du Ministre de la Défense, compétent à l’égard de l’Hôpital militaire de Neder-Over-Hembeek, spécialisé dans le traitement des grands brûlés, le Délégué général a saisi l’Ambassadeur de Belgique au Maroc afin d’obtenir de plus amples informations concernant cette situation. Le Consul de Belgique à Agadir lui a indiqué dans un courrier qu’il s’était rendu sur les lieux du sinistre, au domicile de la famille, et qu’il confirmait les faits. Une collaboration s’est établie entre le Délégué général, l’asbl « Pinocchio », le Service des brûlés de l’Hôpital militaire Reine Astrid, les Ministres de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères ainsi que la Ministre de l’Aide à la jeunesse de la Communauté française afin de faire venir Sfia, Soufiane et leur famille en Belgique. Le Délégué général a pris contact avec différents mécènes afin d’obtenir une intervention financière dans la prise en charge des soins. En collaboration avec le Chœur de « la Noucelles », l’asbl « l’Atout » de l’IPPJ de WauthierBraine, le Délégué général a organisé un concert philanthropique en faveur de Sfia et Soufiane.

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Les enfants et leur famille sont arrivés en Belgique le 6 mai 2003. Ils sont logés dans une maison de fonction de l’IPPJ de Braine-le-Château et sont pris en charge par le CPAS de cette commune. Les soins ont commencé dans le courant du mois de juin 2003. Sfia et Soufiane se sont fait opérer des mains en juillet 2003. En septembre 2003 les enfants se sont à nouveau fait opérer des mains. Sfia a été opérée du visage en octobre 2003. Des soins ambulatoires sont prévus. Les soins de Soufiane sont terminés. Sfia devra se faire opérer des mains et du visage en décembre 2004 à l’Hôpital universitaire des enfants « Reine Fabiola ». La famille dispose d’un visa humanitaire jusqu’au 5 mai 2005. 8. Histoire de Fatima En mai 2001, le Délégué général a été saisi de la situation de Fatima par le père de celle-ci. Depuis 1995, Fatima avait été placée par sa mère dans un centre pédiatrique car elle souffrait de problèmes d’asthme. Elle y a suivi un enseignement spécial de type 5 (maladies graves et chroniques). Au cours de l’année scolaire 2000-2001, la jeune fille, alors élève en première année, est retournée durant les vacances de Pâques chez son père en Tunisie et a souhaité rester vivre auprès de lui. Le risque de voir ce dossier se transformer en rapt parental était grand, car la mère envisageait de déposer plainte pour enlèvement d’enfant. Le Délégué général a mené une médiation entre les parents. Il a entendu la mère de Fatima et son avocat en Belgique et les a convaincues de ne pas déposer plainte avant d’avoir entamé une médiation ou, à tout le moins, d’avoir mené des investigations en Tunisie. Il a donc saisi le Délégué à la protection de l’enfance tunisien compétent dans le gouvernorat afin que la situation de l’enfant puisse être vérifiée par les instances locales. Le défenseur des enfants s’est ensuite rendu sur place afin d’entendre Fatima et de rencontrer son père et sa belle-mère.

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Au regard de l’évolution de Fatima et vu son souhait de rester avec son père, le Délégué général a obtenu l’accord de la mère pour que sa fille reste en Tunisie. La jeune fille est rentrée en congé, chez sa mère, en Belgique et un suivi des contacts mère-enfant a été mis en place par le bais du Service de l’aide à la jeunesse, à la demande du Délégué général. En 2001-2002, Fatima a brillamment réussi une formation en informatique au sein d’une école privée tunisienne mais a éprouvé des difficultés à rentrer dans le système scolaire tunisien en raison de difficultés administratives liées à sa nationalité belge et au fait qu’elle ne portait pas le nom de son géniteur. Devant ces difficultés liées à des problèmes d’intégration dans sa nouvelle famille, Fatima est définitivement rentrée vivre en Belgique auprès de sa mère à la fin de l’année 2002. Âgée de 15 ans, elle était toujours soumise à l’obligation scolaire. Le Délégué général s’est dès lors adressé au service d’information sur les études et les professions (SIEP), lequel nous a renseigné sur les différentes études qu’elle pouvait entreprendre. Elle souhaitait s’orienter vers des études de boulangerie et pâtisserie. Elle a été inscrite au sein d’une école en janvier 2003 et a réussi son année. 9. Histoire d’Irina et Besim En 2000, le Délégué général a été saisi par une mère au sujet de la situation de ses deux enfants Irina et Besim. Ensuite, elle a demandé au Délégué général de suspendre son intervention pour laisser aux autorités judiciaires belges le soin d’agir pour récupérer ses enfants. Les parents d’Irina et Besim sont séparés et la mère dispose de l’hébergement principal et le père d’un droit aux relations personnelles. En juillet 2000, à l’occasion de l’exercice de son droit aux relations personnelles, le père a emmené ses enfants au Kosovo, son pays d’origine dont il a également la nationalité. Le père, la mère et les enfants ont tous deux la nationalité belge. Le père a été condamné à dix mois d’emprisonnement pour non représentation d’enfants et il fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

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En août 2003, le Délégué général fut informé du retour en Belgique du père. En effet, celui-ci a vu son mandat d’arrêt international levé provisoirement afin de lui permettre de se rendre en Belgique pour mettre en ordre sa situation judiciaire. A cette occasion, le Parquet a invité le Délégué général à une réunion avec les parties, à l’issue d’une audience au tribunal de la jeunesse en vue d’amorcer une médiation. Dans un premier temps l’intervention du Délégué général a consisté à servir d’intermédiaire dans le rétablissement de contacts téléphoniques entre la mère et ses enfants. Ceux-ci n’ont cependant pas pu se poursuivre. En août 2003 est rendu un jugement du Tribunal de la jeunesse qui prévoit notamment : une visite de trois jours au moins de la mère à ses enfants au Kosovo, au frais du père, accompagnée le cas échéant de la personne de son choix ; un retour des enfants en Belgique pour fin octobre 2003 au plus tard ; la suspension du droit aux relations personnelles du père. La mère a sollicité le Délégué général pour qu’il l’accompagne pour rendre visite à ses enfants au Kosovo. Le père interjette appel de la décision. Face au refus du père de permettre à la mère de rendre visite à ses enfants au Kosovo, le Délégué général a proposé au père de se rendre seul au Kosovo afin d’y rencontrer les enfants. En janvier 2004, grâce au soutien du Ministre de la Défense, qui autorise l’utilisation de vols militaires, et au soutien du Ministère des Affaires étrangères qui, par le biais de son bureau de liaison à Pristina, assure l’hébergement, le séjour, les déplacements intérieurs et l’interprétariat, le Délégué général s’est rendu au Kosovo durant une semaine. Il a pu rencontrer le père, sa famille ainsi que Besim et Irina. A l’issue de sa mission, il a remis un rapport aux parties et aux autorités judiciaires. Des photos et une cassette vidéo ont été remis à la mère. Ce rapport met notamment en évidence qu’au niveau des conditions de vie, les enfants n’apparaissent pas en situation de danger. Ils semblent en bonne santé. En ce qui concerne la situation scolaire des enfants, ceux-ci fréquentent régulièrement une école proche de leur domicile. Les relations

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affectives avec le père semblent positives. Par ailleurs, il convient de noter la présence de deux nouvelles petites sœurs pour Besim et Irina, sœurs auxquelles les enfants paraissent attachés. Irina et Besim semblent être attachés aussi à la nouvelle femme du père. En terme de perspective, le Délégué général, a rappelé que son intervention ne s’inscrivait pas dans le cadre de l’exécution des procédures judiciaires en cours tant au niveau civil que pénal. Son objectif est de trouver une solution, acceptée par le père et par la mère, praticable, et la meilleure possible dans l’intérêt des enfants et dans le respect de leurs droits tant visà-vis du père que de la mère. Au niveau de la médiation entamée, trois scénarii ont été mis en évidence, en guise de propositions : 1 les enfants reviennent vivre en Belgique chez leur mère et le père dispose quant à lui d’un droit de visite (visites et vacances), en Belgique et au Kosovo ; 2 le père reste au Kosovo avec ses enfants et la mère dispose à l’égard de Besim et Irina d’un droit aux relations personnelles (visites et vacances) ; 3 le père revient en Belgique avec sa famille et la mère dispose d’un droit aux relations personnelles (visites et vacances), à élargir progressivement vers une garde alternée. La bonne exécution d’un de ces accords, signés par le père et la mère, devrait pouvoir suspendre l’exécution de la condamnation du père et du mandat d’arrêt international lancé à son égard. Dans un plus court terme, le père s’est montré disposé à ce que le Délégué général revienne le voir ainsi que les enfants au Kosovo et il a accepté qu’à cette occasion, les enfants puissent recevoir la visite de leur mère. Au retour du Délégué général en Belgique, une nouvelle mission de médiation est mise sur pied afin de permettre à la mère de pouvoir rencontrer ses enfants au Kosovo. Cette mission s’organise en coordination avec les autorités judiciaires, le Ministère des Affaires étrangères et Child Focus.

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La mère ayant manifesté le souhait de se voir soutenue à l’occasion de ce voyage au Kosovo, elle sera accompagnée d’un agent du Ministère des Affaires étrangères. La mission a lieu en mars 2004 et à l’issue de celle-ci, un nouveau rapport est transmis aux parties et aux autorités judiciaires, accompagné d’une convention signée par les parents et les instances présentes. Au cours de cette mission, la mère, accompagné du Délégué général, a pu dans un premier temps rencontrer le père. Ensuite, une deuxième journée a été consacrée au rétablissement de relations entre la mère et ses enfants. Enfin, le troisième jour, le père et les enfants ont rejoint la mère et le Délégué général. Les deux parents de Besim et Irina et la famille du père ont œuvré de manière positive à la réussite de la mission de renouement des contacts entre la mère et ses enfants. Comme convenu, la mère a, par ailleurs, pu se concerter régulièrement avec son mari resté en Belgique. Pour l’avenir, la proposition de retour progressif en Belgique a été accueillie favorablement par le père et une convention a été préparée en ce sens. L’objectif est aussi de faciliter une reprise de contact en profondeur entre la mère et ses enfants. Cette convention a été présentée aux parties à la mi-mars 2004 et signée par ceux-ci.

Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant Convention La présente convention est rédigée à l’issue de la mission au Kosovo (en mars 2004) du Délégué général aux droits de l’enfant, et d’un agent du SPF Affaires étrangères. Elle s’inscrit dans le suivi du rapport de médiation numéro ... du ... janvier 2004 du Délégué général aux droits de l’enfant et précisément dans le processus de médiation visant à un retour en Belgique du père avec sa famille, la mère, disposant d’un droit aux relations personnelles (visites et vacances) de plus en plus étendu.

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La bonne exécution de cet accord signé par le père et la mère devrait pouvoir suspendre l’exécution de la condamnation du père pour enlèvement d’enfants et du mandat d’arrêt international délivré à son égard. Après son exécution, la présente convention ne fait cependant pas obstacle à la poursuite de l’application des décisions judiciaires pénales et civiles sauf nouvel accord pris entre les parties, entériné par les autorités judiciaires. Accord Nous soussignés, le père et la mère, tous les deux de nationalité belge, conscients de l’intérêt supérieur de nos enfants Besim et Irina, acceptons et mettrons en œuvre sous la coordination et la supervision du Délégué général aux droits de l’enfant, et l’appui du SPF Affaires étrangères, la convention suivante : 1. Les enfants Besim et Irina viendront en Belgique avec leur père accompagné par son épouse et leurs deux enfants Katia et Senka, aux mois de juin et juillet 2004 pour une période de 30 jours environ à convenir en fonction des disponibilités de transport, d’accueil et de prise en charge. 2. Le père, s’engage à mettre tout en œuvre pour faciliter les contacts et relations personnelles de ses enfants Besim et Irina avec leur mère sur proposition du Délégué général aux droits de l’enfant, en ce compris de confier les enfants à leur mère hors de sa présence ou de son épouse. 3. La mère, s’engage à collaborer à l’action du Délégué général visant à rétablir des relations personnelles harmonieuses avec ses enfants Besim et Irina. L’intéressée s’engage en outre à respecter les accords pris devant le Délégué général pour l’exercice de ce droit aux relations personnelles et à ne pas faire obstacle au retour des enfants au Kosovo avec leur père, à l’issue de la présente convention. 4. La famille sera logée dans la famille du père fixée en Belgique ou dans tout autre endroit choisi avec l’accord du Délégué général. En outre, les frais de séjour seront assumés par le père. 5. Pendant son séjour, le père et la mère éclairciront avec l’aide du Délégué général leur situation financière en rapport avec le remboursement des crédits hypothécaires relatifs à l’achat de biens situés .... Les intéressés tenteront de

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trouver les solutions les plus praticables pour remplir leurs obligations résultant de ces différents emprunts. 6. Pendant son séjour, le père éclaircira avec l’aide du Délégué général sa situation financière relative à ses impôts et tentera de trouver les solutions les plus praticables pour remplir ses obligations fiscales. 7. Le Délégué général aux droits de l’enfant et le SPF Affaires étrangères s’engagent à présenter la présente convention aux autorités judiciaires compétentes de manière à obtenir les garanties permettant son application sans arrestation et incarcération du père et sans que les décisions judiciaires prises au niveau civil, c’est-à-dire l’hébergement principal de Besim et Irina à la mère sans droit aux relations personnelles avec le père, ne soient mises en œuvre par une exécution forcée. A l’issue de l’application de la convention, les enfants Besim et Irina, pourront rentrer au Kosovo avec la famille du père. 8. Le Bureau de liaison belge à Pristina prendra les contacts nécessaires avec l’Ambassade belge à Belgrade pour obtenir les passeports ou visas nécessaires aux différentes personnes bénéficiant de la présente convention afin de leur permettre d’accéder au territoire belge. 9. Le Délégué général s’engage à prendre les contacts nécessaires pour s’informer auprès du Ministère de la Défense, les possibilités de prise en charge du transport de la famille du père (aller et retour) par l’armée. Il s’informera également auprès de Child Focus sur les possibilités d’intervention financière de la dite instance dans l’achat des billets d’avion auprès d’une compagnie aérienne civile. Fait à Pristina le ... mars 2004 Le père La mère L’épouse du père Agent du SPF Affaires étrangères

Représentant du Bureau de liaison de Pristina

Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant

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Conformément à la convention signée, le père est venu en Belgique avec Irina et Besim, son épouse et ses deux enfants pendant 18 jours en juin 2004. Durant tout le séjour, soit le Délégué général personnellement, soit un membre du service, ont assumé l’encadrement des rencontres et des réunions en se rendant presque quotidiennement à Liège. En outre, suite un accord passé par les parents au Service de l’aide à la jeunesse, un éducateur d’une équipe d’aide en milieu ouvert (AMO) a également accompagné la mère et sa famille. Un rapport relatif au séjour des enfants en Belgique a été remis et présenté à l’audience du Tribunal de la jeunesse qui s’est tenue à la mi-juin 2004 à l’issue du séjour. Dans ce rapport on retiendra plus particulièrement certaines observations et considérations générales ainsi que des propositions.

Observations et considérations générales Durant les contacts, directs ou téléphoniques avec les différentes parties, on a pu observer une volonté, ou à tout le moins un espoir, de régler les problèmes rencontrés même si, au niveau affectif et émotionnel, on note l’émergence régulière de tensions qui nécessitent à chaque fois l’intervention du médiateur pour apaiser les conflits et éviter que ceux-ci ne dégénèrent. Une des raisons importantes des conflits qui sont apparus sont des difficultés de communication liées à la langue. Ceci est valable tant pour les adultes entre-eux, que pour les relations entre les enfants et les adultes. La mauvaise compréhension des propos tenus par les autres adultes, induit une mauvaise interprétation qui entraîne presque systématiquement le sentiment que l’autre cherche à nuire. Il existe entre les adultes un climat de suspicion évident et permanent. Ce climat s’est détérioré avec le temps. Ce qui vaut pour le langage verbal vaut tout autant pour certaines attitudes. D’aucun, cherchant à adopter une attitude trop ambitieuse ou trop idéale, en arrive au résultat inverse à celui escompté.

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Par ailleurs, on peut noter, tant chez le père que chez la mère, une grande peur que leurs attitudes soient mal interprétées, ce qui entraîne une crainte de poser certains gestes, tant à l’égard des adultes qu’à l’égard des enfants. Dès lors, on a pu observer que lors d’activités communes pour les deux familles, si celles-ci participaient effectivement à la même activité, elles se révélaient quasiment incapables d’avoir des échanges, tant entre adultes, qu’avec les enfants de l’autre partie. Besim, Irina et leur père ont passé une vingtaine de jours en Belgique. Il était illusoire d’espérer pouvoir, dans un aussi court laps de temps, retisser des liens après une séparation de quatre années consécutive à un enlèvement, luimême intervenant après une crise conjugale grave. Le temps passé par Irina et Besim en Belgique a permis de réaliser un travail d’observation important notamment au niveau des contacts que les enfants ont eu avec leur mère. Il a aussi permis de constater la volonté de ne pas rompre la médiation. Enfin, pour les enfants eux-mêmes, il aura permis de donner une matérialité à l’existence actuelle de leur mère en Belgique. Il est indéniable que les enfants n’ont pas vécu pendant les quatre années passées au Kosovo dans une bulle dont la mère serait absente. Même si les contacts directs ont été quasi inexistants, il n’en demeure pas moins que la mère occupe toujours une place auprès de Besim et Irina. Les enfants sont dans une situation de souffrance psychologique importante. L’enlèvement des enfants – quelles que soient les responsabilités de chacune des parties dans le conflit ayant entraîné la rupture conjugale et même si on peut déplorer l’absence d’intervention des services qui auraient pu intervenir à l’époque – n’est pas acceptable car l’absence de contacts entre les enfants et leur mère laisse et laissera des traces. Et il serait faux pour le père de penser qu’un retour des enfants avec lui au Kosovo leur permettrait de vivre dans une bulle, isolés du problème. Les symptômes liés à la souffrance pourront apparaître et les enfants lui demanderont des comptes plus tard.

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Propositions Vu la souffrance et les tensions constatées, il est nécessaire d’entreprendre dans les meilleurs délais une prise en charge thérapeutique, tant pour la mère que pour le père et les enfants eux-mêmes, en Belgique et au Kosovo ; prise en charge qui n’entre pas dans les compétences du médiateur. Idéalement, il conviendrait aussi que l’ensemble des personnes concernées, à savoir les enfants, la mère et le père, fassent aussi l’objet d’une étude sociale et d’un examen médico-psychologique - démarche qui n’entre toutefois pas dans les missions et compétences du médiateur. Un tel examen, qui demande par ailleurs du temps, nécessiterait que les enfants et le père reviennent régulièrement en Belgique pour s’y soumettre. Ce pourrait donc être un des motifs de retour des enfants dans l’avenir. Le processus sera long en raison des difficultés observées. La prochaine étape devrait être un retour du père à brève échéance afin d’amorcer le processus de l’examen médico-psychologique. Par ailleurs, eu égard aux particularités de la situation – éloignement des milieux de vie des parents – la mission d’expertise pourrait être confiée à un collège d’experts, l’un en Belgique, l’autre au Kosovo, choisis en dehors des parties. Ces deux experts devraient pouvoir rencontrer les différents protagonistes en fonction des séjours de chacun en Belgique et au Kosovo. Si ce travail thérapeutique à l’égard des enfants et des parties n’a pas lieu et si le tribunal n’est pas éclairé dans le même temps par une étude sociale et un examen médico-psychologique indépendants, mon institution émet un pronostic défavorable quant aux chances du règlement de la situation. En tout cas, une décision autoritaire immédiate, qui figerait d’ores et déjà la situation en donnant raison à l’une des parties et tort à l’autre, sans ce travail d’expertise et de thérapie, anéantirait les efforts déployés non seulement par le médiateur mais aussi par les autres autorités et instances impliquées : Ministère de la Justice, Ministère des Affaires étrangères, autorités judiciaires, secteur de l’aide à la jeunesse.

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Suite à l’audience devant le Tribunal de la jeunesse de Liège, un jugement est rendu en juillet 2004. Ce jugement, suivant dans ses attendus les propositions du Délégué général, stipule notamment que les enfants sont hébergés à titre principal chez le père chez lequel ils sont provisoirement domiciliés, que la mère rencontrera les enfants durant le séjour que les enfants feront en Belgique durant le mois d’août 2004, le père est invité à organiser ce séjour de telle manière que les enfants restent en Belgique au moins deux semaines et que le père est invité en outre à organiser des séjours des enfants en Belgique de manière à faciliter la réalisation des mesures d’instruction. Le jugement prévoit en outre la réalisation d’une étude sociale et d’une expertise psychologique, l’assistant de justice et l’expert étant invité à prendre contact avec le Délégué général afin de bénéficier de son aide dans le cadre de l’exécution matérielle de leur mission. A l’initiative du Parquet de la jeunesse, une réunion a eu lieu avec la mère et les avocats des parties en vue d’organiser le déroulement du retour des enfants et de leur père au mois d’août. Le Délégué général n’a pas été associé à cette réunion. En suite à cette réunion, le Parquet de la jeunesse a sollicité l’intervention du Service de l’aide à la jeunesse dans la mesure où le tribunal n’avait pas précisé les modalités de rencontres entre la mère et ses enfants durant le mois d’août. Après l’arrivée des enfants et leur père en Belgique, une réunion a lieu au Service d’aide à la jeunesse. Constatant la nécessité de l’intervention d’une tierce personne pour l’organisation des rencontres, il fait appel au Délégué général qui accepte d’encadrer les rencontres mère/enfants. Cet accord est formalisé devant le Conseiller de l’aide à la jeunesse. Initialement, le père n’avait envisagé de rester qu’une semaine en Belgique avec ses enfants. Durant le séjour, il a indiqué qu’il était disposé à postposer d’une semaine son retour au Kosovo. Cette proposition a fait l’objet d’un accord écrit signé par les parties.

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Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant Accord Entre d’une part la maman et d’autre part le papa concernant l’exercice du droit aux relations personnelles entre les enfants Irina et Besim et leur maman entre le ....août et le .... août 2004 par l’intermédiaire des services du Délégué général aux droits de l’enfant. Vu la bonne évolution des relations entre les enfants et leur mère dans un climat de plus en plus apaisant, le père a proposé, de sa propre initiative, de prolonger son séjour en Belgique, cela, dans un souci de bonne volonté et afin de montrer qu’il ne veut pas se soustraire aux recommandations du tribunal de rester deux semaines en Belgique avec ses enfants. Irina et Besim resteront donc en Belgique une semaine de plus et le départ au Kosovo est reporté au .... août prochain. Le vol est prévu le .... août à l’aéroport militaire de Melsbroek à 10h45. Le père et les enfants doivent arriver à l’aéroport à 8h30. Irina et Besim rencontreront leur maman selon les dispositions et modalités déterminées avec l’institution du Délégué général aux droits de l’enfant en tenant compte de l’avis des enfants et de leur état psychologique et affectif. Par ailleurs, l’institution du Délégué général aux droits de l’enfant est à la disposition de l’assistante de justice (chargée de l’étude sociale) et de l’expert (chargé de l’expertise médico-psychologique) pour leur porter une assistance matérielle pour l’exercice de leur mission pendant cette période. Pour accord, Le père La mère

Délégué général aux droits de l’enfant

A l’issue du séjour, un rapport a été dressé à l’attention des parties et des autorités judiciaires.

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Celui-ci met en évidence que, malgré les difficultés rencontrées, liées à la dynamique familiale conflictuelle et au conflit de loyauté des enfants, la mère a pu rencontrer ses enfants, à chaque reprise pendant plusieurs heures. Lorsque la mère était avec Besim et Irina, le père se tenait en général à l’écart dans un autre endroit de la maison. Les enfants ont pu voir une maman ni en pleurs, ni en colère. Il est important de souligner que Besim et Irina ont pu prendre conscience que leur mère pouvait avoir avec eux des attitudes maternelles. La mère a pu profiter du droit aux relations personnelles pour donner d’elle une image plus sereine. Les enfants ont pu jouer avec leur maman. Ils ont eu des actes de tendresse (échanges réciproques de cadeaux et de baisers). Il est à noter que, durant ce séjour, les enfants n’ont été vus ni par l’assistante de justice ni par l’expert. L’assistante sociale chargée de l’étude sociale a néanmoins déjà pu rencontrer les parents. Il convient à présent que l’étude sociale se poursuive et que l’expertise psychologique puisse débuter dans les meilleurs délais afin de pouvoir éclairer le tribunal notamment sur les modalités d’hébergements à fixer afin que les enfants entretiennent des relations les plus épanouissantes et sécurisantes possibles avec leurs deux parents.

Conclusion
Voici donc présentés quelques exemples de médiation menées par l’institution du Délégué général. Notre objectif était de faire toucher du doigt le processus de médiation. Celui-ci se révèle à chaque fois particulier parce que chaque situation d’enfant est unique en raison des multiples causes et facteurs qui y sont liés. Nous sommes et restons ouvert à tout questionnement, toute recommandation ou remise en question concernant la pratique de la médiation institutionnelle spécifique du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant.

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Les ombudsmans apparaissent donc comme porteurs de nouvelles pratiques démocratiques, comme promoteurs de nouvelles bases de participation entre le citoyen et les instances publiques (Gouvernement, administration) et comme instigateurs de nouvelles sources de normativité. L’objectif est ne pas imposer une décision mais de solliciter l’adhésion des personnes à l’application du droit, en l’occurrence les droits de l’enfant. De manière à présenter la fonction du médiateur institutionnel, au début de toute médiation développée par l’institution du Délégué général, il sera communiqué une information reprenant les principes directeurs de la médiation. Les principes de la médiation institutionnelle du Délégué général sont les suivants : 1. Au début de chaque médiation, le Délégué général remet aux personnes un texte rappelant les missions de son institution et les principes directeurs de la médiation. 2. La médiation doit être acceptée par toutes les personnes. Elle est l’œuvre et l’émanation des personnes. 3. Les personnes s’engagent à accorder une priorité à la situation des enfants concernés. L’examen de certains problèmes comme par exemple la situation patrimoniale (biens, pension alimentaire…) peuvent être abordés dans la mesure où ils facilitent le traitement de la situation des enfants. 4. Si l’une des personnes décide de mettre fin à la médiation, elle s’engage d’en aviser le Délégué général et de convenir une réunion de clarification informant l’ensemble des participants des raisons de sa décision.

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5. La pratique de la médiation est confidentielle. Toutefois, si le Délégué constate que les droits et intérêts de l’enfant ne sont pas respectés et une impossibilité de traiter la situation, il appréciera s’il y a lieu d’en informer les autorités compétentes. 6. Si la médiation s’effectue à l’initiative des autorités judiciaires ou administratives, ou si elle intervient dans le cadre de procédures judiciaires ou administratives, le Délégué général peut déposer un rapport intermédiaire ou complémentaire. 7. A la fin de la médiation, le Délégué peut soumettre à la signature des participants un texte reprenant leurs accords. Si nécessaire, le texte signé est transmis aux autorités compétentes soit par le Délégué général, soit par les personnes elles-mêmes.


1. Cfr. Le soutien du Comité consultatif du Délégué général composé de personnalités éminentes ; la reconnaissance des autorités, des médias et de l’opinion publique. 2. La médiation familiale est un processus de gestion des conflits familiaux par lesquels les personnes demandent ou acceptent l’intervention d’un médiateur neutre, objectif et qualifié pour les aider à trouver un accord durable et mutuellement acceptable. Cet accord participe à la réorganisation familiale et personnelle de chacun. Cfr. Justin LEVESQUE, Méthodologie de la médiation familiale, Eres, 1 997 3. En protection de la jeunesse, la médiation prononcée dans le cadre de la prise en charge d’un mineur délinquant vise à offrir à ce jeune, ses parents et la victime, d’envisager ensemble, avec l’aide d’un médiateur neutre, les possibilités de rencontrer les conséquences relationnelles et matérielles du délit. 4. Les exemples les plus courants sont des pères ou des mères vivant des situations de séparation parentale difficiles, voire conflictuelles. Un parent peut s’adresser à nous sans que son dossier ne soit judiciarisé. Il tente une médiation avant de saisir le tribunal au civil ou avant de déposer plainte au pénal. Un professionnel peut saisir, par signalement, le Délégué général : un éducateur, un enseignant, un assistant social…

78 5. Le tribunal ou le Ministère public.

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6. Extraits du rapport annuel du Délégué général 1999-2000 : Défenseur des enfants, pp 232-235. D’autres collaborations ont été mises en place en ce qui concerne les situations individuelles d’enfants dont est saisi le Délégué général et pour lesquelles des procédures judiciaires sont en cours. Ces procédures ont été élaborées au regard des missions et des pouvoirs conférés au Délégué général dans le cadre de l’arrêté du 10 juillet 1991. Ainsi l’article 2, alinéa 3,3° prévoit que le Délégué général a pour mission de vérifier l’application des lois, des décrets, des ordonnances et des réglementations qui concernent les jeunes et, s’il y a lieu d’en informer le procureur du Roi. Le Conseil d’État a estimé que l’extension aux lois et ordonnances, qui ne relèvent pas de la compétence des Communautés, était admissible étant donné que le Délégué général n’a pas de pouvoir de décision, d’exécution ou d’injonction. Par ailleurs, l’article 3 de l’arrêté prévoit que le Délégué général adresse aux autorités de l’État, de la Communauté, de la Région, des provinces, des communes ou à toute institution qui en dépend, les demandes d’interpellation ou d’investigation nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Le Conseil d’État a estimé que les demandes adressées aux autres autorités que la Communauté (État, Région) n’impliquent pour celles-ci aucune obligation de répondre. Le Délégué général compte donc accomplir sa mission en tenant compte du statut, du rôle et des missions de chacun. Concernant les autorités judiciaires, il convient donc de tenir compte, d’une part de la hiérarchie existant entre le Parquet et le Parquet général, d’autre part de l’indépendance individuelle des Juges de la jeunesse. A) Cas individuels - demande de pièces du dossier judiciaire Comme convenu avec les Parquets généraux, lorsque le Délégué général souhaite obtenir copie des pièces du dossier judiciaire ou des informations au sujet d’un dossier judiciaire, il s’adresse au Procureur général. B) Cas individuels - suggestions du Délégué général Deux cas de figure peuvent se présenter : 1/ Lorsque, après investigations, le Délégué général souhaite faire une suggestion spécifique dans le traitement d’un dossier, il adresse celle-ci au Procureur du Roi avec copie pour information au Juge de la jeunesse et à l’avocat de l’enfant. Toutefois, certains Juges de la jeunesse ayant manifesté le souhait de travailler en ligne directe avec le Délégué général, la suggestion pourra leur être envoyée directement avec copie pour information au Procureur du Roi.

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2/. Lorsque le Délégué général souhaite faire une suggestion générale de révision du dossier ouvert, suite aux informations qu’il donne, il s’adresse directement au Juge de la jeunesse, avec copie pour information au Procureur du Roi et à l’avocat de l’enfant. En outre, il est souhaitable, lorsque le Délégué général fait des suggestions aux autorités judiciaires, que ce soit celles-ci qui le tiennent informé du suivi du dossier et non les intéressés eux-mêmes. C) Demande de pièces du dossier ouvert auprès du Délégué général Si les autorités judiciaires souhaitent obtenir des pièces du dossier du Délégué général, elles lui en demandent copie. Ces procédures concertées avec les autorités judiciaires sont d’application générale mais, avec le temps, elles ont fait l’objet de certaines adaptations. C’est ainsi que certains Juges de la jeunesse demandent parfois à travailler en ligne directe avec le Délégué général, sans passer par l’intermédiaire du Parquet. Par ailleurs, dans certaines situations d’urgence, le contact est directement établi avec le procureur du Roi ou son substitut, avec information au Procureur général. 7. « Actuellement, beaucoup de médiateurs hésitent encore à impliquer l’enfant dans le processus de médiation et c’est dommage, au vu de toute la richesse qu’un enfant peut apporter quand il décide de s’exprimer. » HAYEZ J-Y, KINOO P., Hébergement alterné et autorité parentale conjointe, 2004, p. 6 – « L’idée essentielle est donc que, plus que jamais, on écoute le point de vue de l’adolescent et qu’on en tienne compte toutes les fois où l’on pense que, ce qu’il veut, ce n’est pas surtout échapper à la loi. », idem, p.10 8. Veiller à la sauvegarde des droits et des intérêts des enfants. 9. Nous nous souvenons d’avoir secouru un Directeur de l’aide à la jeunesse agressé et étranglé dans notre institution par une mère déchaînée et en colère, en raison de la perte de ses enfants, placés par son intermédiaire. 10. Il faut parfois demander congé ou justifier son absence : le trajet peut être long et les contraintes familiales existent… 11. Dans un dossier traité par la Cour d’appel de Mons pour lequel le Délégué général s’était vu confier une mission de médiation, une partie, mécontente du rapport de médiation qui le remettait en question en tant que père, a déposé plainte contre le Délégué général devant les autorités judiciaires pour maltraitance d’enfant. Cette médiation avait pourtant abouti dans un premier temps à une rencontre entre l’enfant et son père qu’elle n’avait plus vu depuis 4 ans. Le père a également saisi la Commission de déontologie de l’aide à la jeunesse et a tenté de saisir un certain nombre d’instances comme le Médiateur de la Communauté française. Il a mené une véritable politique de harcèlement de l’institution du Délégué général. Ainsi, il a notamment contacté discrètement ses membres du personnel pour obtenir des dénonciations de leur part et a lancé une pétition sur Internet contre la

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reconduction possible du Délégué général. En sus des multiples courriers envoyés au Délégué général, il a menacé plusieurs Ministres de déposer plainte contre la Communauté française si ceux-ci ne le sanctionnaient pas. A partir du moment où ces agissements visant à porter préjudice à la personne du Délégué général sont devenus publics (appel sur Internet), une plainte avec constitution de partie civile a été déposée contre cette personne du chef de harcèlement, calomnie, diffamation et injures. A cet égard, le commentaire suivant sur l’aliénation parentale est particulièrement intéressant : « Des associations composées de parents refusés – en grande partie des pères – prétendent haut et fort que, pour chacune de leurs situations particulières, on se trouve bel et bien dans le cadre de l’aliénation parentale. Et elles se sont souvent constituées en véritables lobbies, cherchant à influencer les scientifiques, les magistrats, l’opinion publique, etc. Or, la composition de ces groupes est plus complexe qu’il n’en a l’air : à côté d’une présence minoritaire de parents réellement victimes d’injustice et d’aliénation, il y en a davantage qui sont en bagarre et en rivalité perdurant avec leur ex-conjoint : sortes d’énormes bras de fer où ce qui compte, ce n’est pas vraiment le bonheur de l’enfant, mais plutôt finir par l’emporter sur l’autre. Ces lobbies sont souvent intellectuellement puissants et leurs membres ont des statuts sociaux forts et donc leurs revendications et leurs pressions sur les idées de la communauté sont efficaces. » HAYEZ J-Y, KINOO P., Aliénation parentale : un concept à haut risque, 2004, pp. 8-9. 12. Un billet d’écrou peut être un élément déclencheur pour autant qu’il ne soit pas exécuté suite à l’intervention du médiateur. 13. Les Affaires étrangères, le Conseiller de l’aide à la jeunesse, par exemple. 14. On se souvient d’un assistant du service d’aide aux victimes qui relayait de manière inconditionnelle et peu raisonnable les revendications de son « protégé ». 15. Hébergement principal, autorité parentale exclusive, peine de prison ferme pour l’autre partie, astreinte mirobolante. 16. « Jusqu’à quel point insister pour faire obéir le parent gardien lorsqu’elle/il demeure rétif même aux jugements des Tribunaux ? (...) Envoyer le parent gardien en prison dans ce contexte constitue pour l’enfant un traumatisme psychique grave quasi systématique. Ne pas envoyer le parent en prison est aussi un choix d’intelligence prospective : imagine-t-on vraiment que l’enfant puisse un jour aimer le parent refusé qu’il associe inévitablement à une décision aussi barbare ? », HAYEZ J-Y, KINO, P., Aliénation parentale : un concept à haut risque, 2004, p. 19. 17. voir Jürgen HABERMAS et John RAWLS, Débat sur la Justice Politique, Humanités, Éditions du CERF, Paris, 1997, p. 24. 18. Cf. LELIEVRE C., Droits de l’homme, droits de l’enfant : même combat, Éditions Labor, 2003, pp. 58-61.

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19. « Obliger l’enfant à aller vivre en permanence chez le parent refusé sera rarement une solution. Obligation qui, de facto, commencera bien souvent par une violence institutionnelle traumatisante (des intervenants le conduisent de force du domicile du parent gardien à celui du parent refusé). Le fait que, dans le passé, le parent jusqu’alors gardien aurait lui-même soustrait unilatéralement l’enfant à ses contacts avec le parent refusé ne justifie pas la mise en place d’une loi du talion ! Dans ce type de situations à implication multifactorielle, on ne peut accepter les affirmations généralisantes faites par la mouvance Gardner, qui affirment que des enfants déracinés de chez le parent gardien redeviennent très vite heureux chez le parent refusé. Ce pourrait être le cas dans les situations ou le parent gardien et lui seul était franchement toxique. En dehors de cela, le pseudo bonheur de l’enfant est une forme de conformisme sous la terreur. (...) Et si cela échoue ? Tant pis, il faut se souvenir du jugement de Salomon, où la « vraie mère » est celle qui lâche l’enfant, et se résigner éventuellement à ne pas voir l’enfant pendant une durée indéterminée, précisément parce qu’on l’aime » HAYEZ J-Y, KINOO P., Aliénation parentale : un concept à haut risque, 2004, p. 20. 20. En octobre 2003, l’émission de la RTBF de « Au nom de la loi » a produit un reportage édifiant sur cette affaire. Il révéla une maltraitance institutionnelle organisée.

–3– Informations, plaintes et demandes de médiation concernant des enfants
Tableau synthétique
Nombre d’enfants concernés : 1 398
Secteurs Nombre de situations Transport scolaire 1 Inscription scolaire 14 Pédagogie et méthodologie 1 Absentéisme scolaire 4 Orientation scolaire 13 Décrochage scolaire 6 Renvoi scolaire 13 Violence scolaire 9 Disparition/Enlèvement 4 Négligences 87 Violence et mauvais traitements 203 Abus sexuel entre enfants 13 Abus sexuel intra-familial 125 Pédophilie 42 Enlèvement parental 54 Comportement du jeune 46 Abus d’autorité 1 Morts d’enfants 1 Pédophilie 6 Abus d’autorité 36 Négligences 2 Violence et mauvais traitements 19 Problématiques

Enseignement : 61

En raison de particuliers : 576

Intégrité compromise : 639 En raison d’un service : 63

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Pension alimentaire Abandon Situation de divorce ou de Garde parents séparés : 519 Garde et visite Visite Exercice de l’autorité parentale Statut réfugié politique Intégration des populations d’origine Illégaux étrangère : 81 Problèmes administratifs Maintien en milieu de vie Relations personnelles entre enfants Réintégration familiale Mesures de placement d’enfants : 248 Placement en institution Famille d’accueil Enfermement en IPPJ Enfermement à Everberg Placement en internat Légalisation de documents/Allocations familiales/Mutuelle/Sécurité sociale/Assurances/Impôts/ Aide sociale/Succession Subsidiation du placement/Prise en charge/ Parts contributives Agissements des forces de l’ordre Suivi des services du secteur de l’aide à la jeunesse et des autorités judiciaires Désignation d’un avocat

10 5 178 109 202 15 10 41 30 14 9 4 171 30 8 8 4 12

Adoption : 12

15

Problèmes d’ordre administratif : 17

2

Administration de la Justice : 22

16

5 1

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Situation juridique : 11

Grands-parents : 36 Logement : 22 Emprisonnement : 7

Santé : 26 (maladie/handicap) Internet : 1 Secte : 1 Divers : 6 TOTAUX

Reconnaissance ou contestation de paternité Changement de nom Émancipation/minorité prolongée Droit de visite Droit de garde Inadéquation du logement Expulsion locative Relations personnelles avec un parent détenu Nourrissons en prison Conditions de vie Problème administratifs : allocations majorées, admission… Manque de places et/ou d’institutions Déplacements Droit à l’image

6 3 2 29 7 14 8 6 1 13

5 6 2 1 1 6 1 709

98

387

589 628

802

1471 1398

1713 2006 1797 1645 1688 1729

115

486

738 782

937

2093 2034 2134 2231 2494 2445

1852 1709

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Tableaux comparatifs
L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Tableau I

INFORMATIONS , PLAINTES ... DES ENFANTS

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Tableau II

199

200

200

200

200

9/20

2/20

3/20

1/20

0/20

00

03

04 02 01

47 144

270 320

426

980 868 1001 959 972

1124

639 14 158 251 259

719

552 552 705 622 578 615 611 552 519

18 68 98 84 93

212 361 345 290 257 290 243 248

3 19 39 58 43 78 76 43 66 71 100 96 81 33 97 71 69 116

271 228 234 232 232 258 242 222

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Tableau III
L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

32 26 28 28 28 28,4 28,8 27,4 29,8 30,4 11 10 10 15 14,5 14,25 12 13 13,1 14,5 7 5 4 23 3,25 3,3 4,4 5,2 4,7 9

41 45 47 45 45 42,7 44,9 43,6 38,8 37,4

12 13 9 10,5 11,4 1111,6 13,1 13

INFORMATIONS , PLAINTES ... DES ENFANTS

Tableau IV
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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Tableau V

INFORMATIONS , PLAINTES ... DES ENFANTS

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Tableau VI

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Tableau VII

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Commentaires1
Les situations et dossiers individuels, tels qu’ils sont explicités traditionnellement, c’est-à-dire par le biais d’un tableau statistique et de commentaires, ne peuvent représenter complètement le temps d’engagement personnel effectivement presté et la masse nécessaire de travail administratif. Les collaborateurs prennent une place importante sur l’échiquier de l’accueil et de l’écoute où se mêlent journellement une multitude d’appels de tous ordres, de courriers en tous genres2 et de visites programmées ou impromptues. Il n’est pas toujours simple, ni facile de donner une réponse adaptée à toutes les situations qui se présentent mais les membres de l’équipe se veulent accueillants, ouverts et disponibles au sein d’un service pourtant souvent surchargé, parfois confronté à des problèmes imprévisibles, particulièrement délicats, périlleux ou dangereux pour les personnes. Les situations reprises au présent tableau synthétique ne correspondent pas à la quantité de sollicitations reçues par le Délégué général. Conformément à la philosophie d’action de l’institution, nombre d’intervenants sont directement réorientés vers les services ou autorités compétents : Centres publics d’aide sociale, avocats, Conseillers de l’aide à la jeunesse, autorités communales, Ministres, autorités judiciaires… Ainsi, en est-il notamment lorsque la personne sollicite le Délégué général sans s’être préalablement adressée au service ou à l’autorité directement compétente pour traiter la situation. La médiation prend du temps, exige patience et obstination parfois3.

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Le suivi d’une situation requiert des demandes d’information, de précisions, des rappels, des documents4. Et puis, il y a l’écoute des personnes, enfants ou adultes impliqués dans l’histoire de l’enfant. C’est la lecture d’écrits souvent étonnamment longs et précis, pas toujours cohérents mais exprimant un vécu dont il faut tenir compte, vécu fait de souffrances souvent, de joies parfois, d’interrogations et d’espoir toujours. C’est l’écoute patiente de longs récits racontés par téléphone. C’est aussi l’entretien réalisé soit dans le service soit chez la personne concernée. C’est enfin la nécessité de se déplacer pour aller personnellement entendre un enfant, un adulte ou une autorité, défendre un dossier, convaincre… Des enfants appellent aussi le Délégué général aux droits de l’enfant en ligne directe… Les chiffres et descriptions du tableau statistique relatif aux situations individuelles correspondent uniquement à des dossiers ouverts où il y a intervention écrite du Délégué général, sans exclure une action plus importante de médiation (entretiens, déplacements, remises de conclusions). Les problématiques mentionnées concernent donc des signalements et des motifs de saisine puis d’investigations. Elles ne préjugent en rien de la véracité des motifs de l’intervention, des résultats, des propositions ou des conclusions du Délégué général. Lorsqu’une situation de maltraitance est signalée, c’est-à-dire lorsque l’intégrité physique ou psychique d’un enfant peut être actuel-

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lement et directement compromise, un écrit est rédigé informant le service d’aide sociale compétent (l’équipe « SOS-Enfants » ou le Conseiller de l’aide à la jeunesse…) et/ou le Parquet. Lors de la première année d’exercice, 98 enfants ont bénéficié de l’intervention du Délégué général suite à une information, une plainte ou une demande de médiation. Mais il s’agissait d’abord d’installer l’institution sur des fondations solides, de la faire connaître, et de la faire reconnaître, comme une autorité morale tout entière vouée à la cause de l’enfance. Pendant la deuxième année d’activités, le nombre d’enfants concernés est passé à 387. Les bilans de la troisième, de la quatrième et de la cinquième années ont révélé le traitement de dossiers concernant respectivement 589, 628 et 802 enfants. La tendance a été à la hausse de manière régulière. Mais l’année qui a suivi la Marche blanche, le Délégué général aux droits de l’enfant est intervenu en faveur de 1713 enfants. Cette explosion des prises en charge individuelles correspond à une augmentation des cas individuels de plus de 100 % : 802 enfants concernés la cinquième année pour 1713 lors du sixième exercice (voir tableau I). La cause en était très claire. C’était d’abord le résultat, la conséquence de l’affaire des enfants disparus et de la Marche blanche. Les tabous sont tombés. Les gens ne se taisent plus. Ils revendiquent. Ils s’unissent, quittent des positions traditionnelles de soumission devant des autorités comme la Justice ou l’Administration. De nombreux intervenants n’hésitent d’ailleurs pas à rappeler le Délégué général à ses devoirs, demandent des comptes ou exigent des explications sur, d’une part, la lenteur des dossiers, ou, d’autre part, le manque de résultats probants. A côté de la chute des tabous, concernant prioritairement la maltraitance et plus particulièrement les abus sexuels dont la pédophilie, il y a indéniablement le fait que suite à ces affaires, le Délégué général

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a été placé en première ligne par et dans les médias. Il y a donc eu une information, diffusée au gré des circonstances ; indiquant qu’il existait une institution en Communauté française de Belgique pour défendre les enfants. Par ailleurs, le Délégué général avait déjà mis en évidence, dès 1994-1995, le problème des abus sexuels dont sont victimes les enfants et plus précisément la pédophilie. Souvenons-nous du plan de lutte contre la pédophilie et de la pétition remise au Roi, au Premier Ministre et à la Ministre-Présidente de la Communauté française. Tout cela a mis en lumière le rôle et l’action du Délégué général sans qu’on puisse l’accuser d’opportunisme ou de manœuvre intéressée au moment de l’éclatement de l’affaire Dutroux. C’est sans doute ce faisceau de circonstances qui a expliqué le nombre important de prises en charge individuelles, l’immense élan des gens vers l’institution défendant les droits des enfants. Ce mouvement de sympathie, de solidarité et d’encouragement était tel qu’il fut nécessaire, à cette époque, de mettre en place une équipe d’écoutants bénévoles chargés d’entendre les réactions des gens se rapportant à l’affaire Dutroux mais aussi d’écouter les personnes qui souhaitaient longuement s’exprimer soit au niveau de leur situation individuelle, soit vis-à-vis d’enfants tiers pour lesquels ils intervenaient. Cette augmentation du nombre de situations individuelles ne s’est pas ralentie au cours du septième exercice puisque le nombre d’enfants concernés fut de 2006, pour 2494 situations différenciées (voir tableau I). Pour le huitième exercice, la courbe des progressions s’est enfin arrêtée : 1797 enfants concernés et 2245 situations traitées ont été pris en charge dans les services du Délégué général (voir tableau I).

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Pour la première fois depuis 1991, le flot ininterrompu d’informations, de plaintes et de demandes de médiation était en diminution. Cette stabilisation du nombre des dossiers doit être analysée et peut faire l’objet d’hypothèses : l’impact de l’affaire des enfants disparus et assassinés se dilue avec le temps ; le public connaît de mieux en mieux les possibilités et les limites du Délégué général aux droits de l’enfant, institution de dernière ligne ; le travail d’information et de sensibilisation au sujet des services de première ligne (ÉcouteEnfants, Téléphone vert de la Communauté française, équipes SOSEnfants, Centres de guidance, Conseillers de l’aide à la jeunesse…) porte des fruits ; le chiffre noir des situations difficiles et conflictuelles liées à des incohérences, des lacunes, des dysfonctionnements, a tendance à diminuer grâce à des réformes des pratiques et à une remise en cause en profondeur des mentalités, notamment dans le domaine de la Justice ; on constate les avancées de la victimologie grâce à l’impact de la Marche blanche. Pour les dixième et onzième exercices (voir tableau I) le nombre total de dossiers pris en charge a recommencé à augmenter légèrement. Pour le dixième exercice, cette situation résulte de l’ouverture plus importante de nouveaux dossiers (voir tableau II). Pour le onzième exercice, c’est plutôt la continuation de la gestion de nombreux dossiers ouverts les années précédentes qui explique l’augmentation totale (voir tableau II). Les chiffres de la dixième année de fonctionnement confirment indéniablement cette stabilisation puisque 1688 enfants ont été concernés en un an. Pour le onzième exercice qui porte sur dix mois, 1441 enfants ont été concernés ce qui correspond à une légère augmentation mensuelle des dossiers individuels.

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Pour la douzième année d’exercice, le nombre global de dossiers pris en charge (anciens et nouveaux) est de 1471 dossiers. 1398 enfants sont concernés pour le treizième exercice 2003-2004 relativement à 1709 situations. Qu’en déduire ? D’abord, le nombre de dossiers clôturés augmente de manière significative depuis 2001-2002. Ensuite, le nombre de dossiers ouverts (957) pendant le treizième exercice est nettement plus important qu’en 2002-2003 (890), ce qui représente une augmentation de 7,5 % 5. La caractéristique principale de ce treizième exercice est donc que l’on a clôturé un grand nombre de dossiers alors que dans le même temps, il y a une augmentation des saisines, c’est-à-dire d’ouverture de nouveaux dossiers (voir tableau II). On peut considérer aujourd’hui que l’impact de l’affaire Dutroux sur le nombre de saisines du Délégué général ne joue plus. Il est à présent intéressant d’observer la répartition des différentes situations individuelles prises en charge au cours de ce treizième exercice. Les trois secteurs sensibles, à savoir la maltraitance, les enfants victimes de la séparation des parents et du retrait du milieu familial sont toujours là, de manière récurrente depuis 13 ans (voir tableaux III et IV). Il apparaît que le problème principal reste encore le problème de la maltraitance en général, y compris la maltraitance physique, la négligence, la maltraitance psychologique et les abus sexuels dont sont victimes les enfants, c’est-à-dire principalement l’inceste et la pédophilie. Mais le nombre de saisines dans ces matières diminue fortement (voir tableau III).

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Le deuxième problème mis en exergue, à partir des situations individuelles répertoriées, concerne, et cela confirme les tendances passées, les enfants qui souffrent du divorce ou de la séparation de leurs parents. En pourcentage, cette problématique prend de l’ampleur d’année en année (voir tableau IV). Le troisième problème regarde le retrait du milieu familial de vie, c’est-à-dire le placement des enfants hors de leur milieu familial. Ce problème est statistiquement constant. Deux grands domaines se détachent, comme d’habitude de l’ensemble des situations mises en cause : celles relatives à la maltraitance des enfants (639 situations, soit 37,4 %) ainsi que celles résultant de la séparation ou du divorce des parents (519 situations, soit 30,4 %) (voir tableaux III et IV). Par ordre d’importance, vient ensuite la problématique de la mesure de placement (248 situations, soit 14,5 %) ou, autrement dit, celle relative principalement au retrait de l’enfant de son milieu familial (voir tableaux III et IV). En clair, ces trois problématiques concernent plus de 80 situations sur 100. Des conflits parentaux peuvent dégénérer en rapts parentaux. Des mesures de prévention peuvent utilement être prises et nous plaidons pour la création de médiateurs internationaux. Les dossiers relatifs aux mineurs étrangers, dont les mineurs étrangers non accompagnés en situation illégale (voir tableau III et IV), continuent à nous interpeller. A cet égard, il n’est pas admissible que de très jeunes enfants non accompagnés, notamment des africains, restent plusieurs semaines en centre fermé en attendant une expulsion éventuelle. Et il est inadmissible que des enfants soient renvoyés sans accompagnement et sans accueil prévu dans le pays d’origine. Le nombre d’interventions dans des domaines techniques d’ordre administratif diminue fortement. L’apparition sur le terrain du média-

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teur fédéral, du médiateur de la Région wallonne et de la médiatrice de la Communauté française en serait-elle la cause ? L’étude du tableau IV indique de manière précise et significative les grandes tendances. A l’analyse des 1709 situations, on remarque que la majorité des cas de maltraitance dénoncés concernent les parents ou les membres de la famille au sens large (voir tableau VI). On constate aussi que les recours des grands-parents, relatifs à la garde et aux relations personnelles avec leurs petits-enfants, peuvent s’ajouter aux requêtes inhérentes au divorce ou à la séparation des parents. Les refus ou oppositions à l’égard d’une mesure du retrait familial sont également nombreux. Il s’ensuit que plus de 75 % des situations traitées concernent le système familial au sens large (voir tableau VI). Il est utile aussi, dans cette matière, de prendre conscience du nombre de conflits familiaux où interviennent les grands-parents, personnes qui, si elles ne font pas partie du noyau familial, n’en restent pas moins extrêmement présentes et agissantes, pas toujours dans un souci de médiation ou d’apaisement des conflits. Une autre donnée chiffrée pose question : 173 situations traitées concernent des allégations d’abus sexuels, dont 48 relatifs à la pédophilie (27,75 %) et 125 relatifs à des d’abus sexuels intra-familiaux (72,25 %). Parmi les 48 situations d’abus sexuels ne relevant pas du contexte familial, 6 cas concernent des accusations à l’égard d’un adulte faisant partie d’un service du secteur de l’enfance ou pouvant impliquer une prise en charge d’enfants. On notera à cet égard que le secteur de l’en-

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seignement est touché par 1 cas et que l’aide à la jeunesse est mise en cause à 2 reprises. Il est également à noter la confirmation d’un phénomène nouveau apparu après l’affaire Dutroux, à savoir un nombre non négligeable de 13 situations qui dénoncent des abus sexuels entre mineurs d’âge. Dans les conflits liés à la séparation ou au divorce des parents, l’objet des demandes concerne en général l’un des points suivants : • la suspension du droit aux relations personnelles et l’expression d’une crainte, d’un soupçon ou d’une accusation dans son exercice (négligence, maltraitance, comportement incestueux, mauvaises fréquentations…) ; • l’élargissement ou le bon exercice du droit aux relations personnelles ; • les lenteurs de la justice ou l’incompréhension du système judiciaire ; • le fait qu’on ne tienne pas compte de l’avis de l’enfant ou qu’on refuse de l’entendre. Lorsque le Délégué général reçoit ce type de plainte, il rappelle dans un premier temps qu’il n’est pas le Délégué général aux droits des parents mais bien aux droits des enfants. Seul l’intérêt de ces derniers importe6. Il n’entrera en aucun cas dans le conflit opposant les adultes. Trop souvent encore, l’enfant, malgré l’intérêt bien légitime que les adultes lui portent, ne constitue qu’un enjeu, certes fondamental, sur lequel les adultes focalisent leurs conflits. Pire encore, l’enfant apparaît parfois comme l’objet principal sur lequel les adultes s’appuient pour régler leurs comptes.

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L’étude du tableau VII relatif à la répartition des dossiers par arrondissement judiciaire démontre que ceux-ci se répartissent géographiquement selon les tendances déjà observées les 12 années précédentes, c’est-à-dire que Bruxelles se dégage nettement devant trois arrondissements judiciaires importants : Charleroi, Mons et Liège. Puis, viennent en ordre décroissant, les autres arrondissements. Pour gérer beaucoup de situations individuelles, une collaboration étroite a été mise en place avec les autorités judiciaires. Depuis 1991, le Délégué général a ainsi pu, soit intervenir dans des situations par la médiation, soit attirer l’attention d’un Procureur du Roi sur une situation de danger, soit tout simplement informer un grand nombre de personnes sur les procédures judiciaires. Il a entendu bon nombre d’enfants et leur a prioritairement apporté un soutien moral, une disponibilité, une possibilité d’appel à l’aide en cas de besoin, cela pendant plusieurs années s’il le fallait. Il a pu rendre compte de ces auditions aux autorités judiciaires, ce qui a sans doute permis d’éclairer le magistrat dans certaines situations très problématiques. Dans certains cas, l’intervention du Délégué général a effectivement permis d’informer le Procureur du Roi en charge du dossier de faits dont il n’avait pas eu connaissance. A l’heure où des voix continuent à s’élever pour dénoncer les institutions et leur dysfonctionnement, notamment au niveau des autorités judiciaires, soulignons les procédures de collaboration mises en place avec les Parquets généraux de Liège, Mons et Bruxelles7. Le Délégué général a pu également dépassionner des situations en renvoyant par exemple les demandeurs vers un service de médiation

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familiale, d’aide aux victimes ou vers un centre de guidance, de santé mentale ou de planning familial. Dans certaines situations très complexes et très conflictuelles, la Justice a parfois demandé au Délégué général aux droits de l’enfant de tenter lui-même une médiation 8. Nous continuons aujourd’hui à ouvrir trop de dossiers scolaires (renvoi scolaire, inscription scolaire, orientation scolaire…), suite à des plaintes individuelles ou des demandes de médiation. Les saisines relatives à des questions administratives dans l’enseignement de la Communauté française sont dorénavant orientées vers la médiatrice de la Communauté française. Au niveau du traitement des cas individuels, le nombre de plaintes peut parfois être mis en relation avec un problème d’ordre législatif ou réglementaire. Il ne faudrait pas que les actions du Délégué général s’apparentent à la simple pose de sinapismes éternellement recommencée. C’est pourquoi, l’examen de ces dossiers individuels peut déboucher sur des propositions générales de modifications législatives. L’analyse des plaintes peut donc faire l’objet de différentes propositions aux pouvoirs exécutif ou législatif 9. Le Délégué général ne reçoit pas systématiquement le résultat de ses démarches. Il ne le demande d’ailleurs pas pour toutes les situations qu’il traite, l’important ayant été d’attirer l’attention des responsables et de solliciter un réexamen de la situation en fonction des éléments qu’il a apportés. Il est aussi intéressant de constater que certains problèmes posés au Délégué général se règlent avant même qu’il n’intervienne. Il n’est pas rare d’entendre des plaignants souligner qu’on traite leur dossier avec diligence et attention lorsqu’ils mentionnent qu’ils viennent de saisir le Délégué général du problème. Par ailleurs, la situation

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inverse a aussi été constatée lors du traitement de dossiers par une autorité administrative ou judiciaire. Des plaignants affirment encore parfois se voir reprocher par les autorités judiciaires et administratives, voire par des avocats, d’avoir saisi le Délégué général. Enfin, il importe de rappeler les limites liées aux compétences, prérogatives et pouvoirs du médiateur des enfants. Il ne faudrait pas confondre l’institution de défense des droits de l’enfant avec une instance d’enquête (juge d’instruction, police…), de décision (Juge de la jeunesse, Directeur de l’aide à la jeunesse) ou de recours (Cour d’appel). Certaines personnes – plus souvent des adultes que des enfants – qui saisissent le Délégué général le considèrent comme tout puissant, aux pouvoirs absolus, capable de régler leur problème selon leur conviction et leur vision des choses, cela sans délai. Cela s’avère évidemment impossible, d’autant que toutes les saisines ne sont pas nécessairement fondées. Toutes les allégations, notamment celles d’abus sexuels révélées dans le cadre d’une séparation ou d’un divorce, ne sont pas établies. Enfin, un ombudsman, sans véritable pouvoir de contrainte analogue à celui de la Justice, ne peut se voir imposer une obligation de résultat. Il se présente des dossiers où les avis et recommandations du Délégué général ne sont pas suivis. Il est des médiations qui échouent. Il est des médiations qui concernent des situations complexes impliquant de multiples facteurs contradictoires et mettant en relation des personnes aux positions et aux intérêts trop opposés. Dans ces conditions, on peut aboutir à des échecs, difficiles à vivre pour les personnes qui ont tant espéré du médiateur institutionnel. C’est une réalité à assumer.

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En outre, la vérité judiciaire n’est pas forcément la vérité vécue par les gens, notamment par les victimes. Et puis, ces vérités ne sont pas nécessairement la vérité tout court. Dans ces conditions, on peut comprendre et reconnaître tout l’intérêt des services d’écoute et de soutien comme les Services d’aide aux victimes mais aussi d’autres associations qui se mettent à la disposition des personnes qui s’estiment lésées, victimes d’une justice imparfaite, d’administrations impersonnelles ou d’instances n’ayant pu répondre à leurs espoirs, y compris l’institution du Délégué général aux droits de l’enfant.


1. En raison de l’obligation décrétale de déposer conjointement le rapport annuel devant le Gouvernement et le Parlement de la Communauté française le 20 novembre, Journée internationale des droits de l’enfant, les statistiques portent dorénavant du 1er septembre au 31 août. 2. Il y a eu 5921 courriers entrants soit 25 par jour et 6161 courriers sortants indicatés (sans compter donc les envois de grande envergure relatifs aux campagnes d’information ou de sensibilisation) soit 25 par jour au cours de ce treizième exercice. A titre indicatif, nous avons reçu 227 demandes d’intervention du Cabinet du Roi, soit près de 1 par jour. A cet égard, il convient de souligner que, de plus en plus, une part non négligeable de ces demandes se rapportent à des dossiers déjà ouverts chez le Délégué général. 3. Voir à cet égard, le chapitre consacré au médiateur institutionnel. Par ailleurs, des récits de médiations du Délégué général ont été écrits en 1996 par Claude Lelièvre et Jean-Claude Matgen dans le livre « Les Ailes de la Liberté » publié aux Éditions Luc Pire. Les droits d’auteur de Claude Lelièvre sont intégralement consacrés à la cause de l’enfance. Un compte n° 000-1237342-10 a été ouvert à la poste en date du 17 septembre 1996 suite à la sortie du livre. Ce compte est destiné à recevoir les droits d’auteur ainsi que l’argent de la vente de livres lors des conférences du Délégué général. Les bénéfices obtenus sont

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entièrement reversés à des aides ponctuelles dans le cadre de dossiers individuels traités par le service du Délégué général et à des opérations en faveur des enfants. Au 30 septembre 2004, le solde du compte était de 7953,30 euros. Le livre « Les Ailes de la Liberté » qui a obtenu le prix littéraire-actualité« Scriptores Christiani » 1998 est épuisé et n’est plus disponible en librairie. Il peut cependant encore être obtenu dans le service du Délégué général aux droits de l’enfant. 4. Au cours de cet exercice, nous avons envoyé 517 courriers aux Conseillers de l’aide à la jeunesse et aux Directeurs de l’aide à la jeunesse, ce qui représente plus de 2 lettres par jour, accusés de réception compris. Nous avons reçu de ces mêmes autorités 289 lettres ou rapports soit plus d’1 par jour. Par ailleurs, le treizième exercice a été marqué par des campagnes dirigées vers les enfants qui ont nécessité des milliers d’envois vers les écoles et les particuliers. Cette lourde tâche a été assumée par toute l’équipe du Délégué général. 5. Soit 80 dossiers ouverts mensuellement. 6. Cfr le chapitre « L’ombudsman, médiateur institutionnel ». 7. 630 courriers ont été adressés aux autorités judiciaires, la plupart du temps via les Parquets généraux, soit plus de 2 lettres par jour, accusés de réception compris. Dans le même temps, nous avons reçu 440 courriers des autorités judiciaires soit plus d’1 lettre par jour. En termes de relations épistolaires et d’échanges de rapports écrits, les autorités judiciaires sont donc des partenaires importants du Délégué général au même titre que les Conseillers et Directeurs de l’aide à la jeunesse. 8. Par exemple, la Cour d’appel de Mons sollicite le Délégué général pour effectuer une médiation dans des situations où le conflit parental était exacerbé et où les décisions judiciaires n’étaient pas appliquées, pouvant ainsi entraîner la spirale des sanctions pénales. Par exemple, le Parquet de Liège a sollicité l’intervention du Délégué général dans un dossier de rapt parental au Kosovo. 9. Le rapport précédent 2002-2003 reprend en synthèse sous la rubrique « dossiers généraux » les différentes recommandations formulées aux autorités depuis 12 ans. On pense, par exemple, à la recommandation de créer des médiateurs internationaux pour s’occuper des cas de rapts parentaux, de plus en plus nombreux et problématiques.

–4– Informations, plaintes et demandes de médiation concernant des services, des autorités ou des normes

Tableau synthétique
Secteurs Problématiques Conditions d’accueil et de prise en charge dans le secteur privé Manque de moyens dans le secteur de l’aide à la jeunesse Manque de moyens dans le secteur de la protection de la jeunesse Groupe des IPPJ Adoption Victimes majeures de pédophiles Éverberg Recherche livrets d’épargne Organisation administrative et application du décret Dénonciations de pédophile Prise en charge de cas psychiatriques Nombre de saisines

5 3*

3* 10 2 2 12 2 1 1 3

Aide et protection de la jeunesse : 44

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Petite enfance : 2

Enseignement : 15

Justice : 5

Mouvements de jeunesse : 5 Enfants étrangers en situation illégale : 2 Police : 1 Sectes : 2

Conditions d’accueil et de prise en charge Victimes majeures de pédophile Abus d’autorité Violence et mauvais traitements Conditions d’accueil Dénonciations de pédophiles Auditions d’enfants dans les procédures d’inspection Accès à la pornographie Maintien des relations personnelles Dénonciation de pédophile Expertise Service des créances alimentaires Violence et mauvais traitements Centres fermés Agissements des forces de l’ordre Accès à la pornographie Accès à la pornographie infantile Dénonciations de pédophiles Victimes majeures de pédophiles Victimes majeures d’abus sexuels intra-familial Dénonciations de mauvais traitements Contrôle social des délinquants sexuels

1 1 2 3 3 2 4* 1 1 1 1* 2 5 2 1 2 1 15 5 8 6 3 4

Mœurs et maltraitance : 42

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Médias : 5 Travail des enfants et mendicité : 6 Environnement, infrastructures et sécurité: 2

Médias audio-visuels/ presse écrite

5 6*

Santé : 6

Espaces-rencontres : 3 Sport : 2 Racisme : 2 Problèmes d’ordre administratif : 3 Divers : 9 Totaux

Sécurité routière Manque de places Abus sexuels entre handicapés Prises en charge Enfants sourds Maladie orpheline Abus d’autorité

2 2 1 1 1 1 3* 2 2 3 9 156

(*) Cette problématique fait l’objet de nombreuses plaintes non écrites difficilement comptabilisables.

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Commentaires1
Il s’agit ici d’informations ou de plaintes relatives à un service, une autorité ou une disposition réglementaire ou légale sans qu’elles concernent directement un enfant en particulier. La démarche tend à la défense de la collectivité sans qu’une victime particulière soit identifiée : le Délégué général aux droits de l’enfant a été saisi à de multiples reprises fois dans ce cadre. Cependant, il ne nous est pas possible de comptabiliser toutes les plaintes qui affluent dans certains domaines sensibles lors de moments de crise : nous pensons principalement au Centre d’Everberg, au mal-être du secteur de l’aide à la jeunesse, aux places en milieu éducatif fermé réclamées par les Juges de la jeunesse, aux besoins en terme de prise en charge psychiatrique… De plus, plusieurs personnes qui informent ou saisissent le Délégué général souhaitent garder l’anonymat par crainte de représailles de la part de leur hiérarchie. La mission de vérifier l’application correcte des lois et des réglementations prend ici toute son importance. Il ne faut pas confondre cette démarche avec des demandes d’intervention en faveur d’un service particulier. Le Délégué général n’intervient donc nullement auprès d’une autorité ministérielle ou administrative pour soutenir un dossier particulier de demande de subsides, de reconnaissance ou d’agrément. Le demandeur, dans ce cas, est systématiquement orienté vers le pouvoir exécutif compétent. Le lecteur trouvera ci-après des sujets ayant fait l’objet de plaintes ou d’interpellations.

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L’aide et la protection de la jeunesse
Le secteur le plus remis en cause reste celui de l’aide et de la protection de la jeunesse, d’autant que nombre de plaintes ou récriminations n’ont pas été répertoriées car non déposées par écrit. Il s’agit cette année tant de particuliers que de professionnels, dans le dernier cas principalement les autorités de placement. Le mal-être du secteur de l’aide à la jeunesse perdure d’autant plus que la crise des moyens demeure et que de nouvelles problématiques touchent l’aide à la jeunesse et ne peuvent laisser les acteurs indifférents : les toxicomanes, les cas psychiatriques, les mineurs étrangers en situation illégale, l’adoption, les rapts parentaux, les séparations et les divorces et leurs conséquences sur les enfants… L’aide à la jeunesse en mal-être, en requestionnement, est à la croisée d’autres chemins d’autant qu’au Gouvernement fédéral des réformes s’animent: la prise en charge de la délinquance juvénile et la réforme des affaires familiales avec l’instauration d’un tribunal des familles. Une des tentatives d’amélioration de la circulation de l’information et de la coordination dans le secteur de l’aide et de la protection de la jeunesse est la mise en place d’une cellule d’information, d’orientation et de coordination au sein de la Direction générale de l’aide à la jeunesse mais cette instance ne remplit que partiellement son rôle espéré par les autorités administratives et judiciaires.

La cellule d’information, d’orientation et de coordination En sa séance du 10 octobre 2002, le Gouvernement de la Communauté française a décidé de créer une cellule d’information, d’orientation et de coordination des demandes d’admission adressées

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aux institutions publiques de protection de la jeunesse par les autorités judiciaires. Cette cellule composée de quatre personnes et située à l’IPPJ de Wauthier-Braine est opérationnelle depuis le 3 mars 2003 et doit assurer les missions suivantes : - disposer au jour le jour et en temps réel du nombre de places disponibles dans chacune des IPPJ et ce, pour chaque type de section, ainsi qu’au Centre fermé d’Everberg. - informer sept jours sur sept, trois cent soixante-cinq jours par an, de 8 heures à 19 heures en semaine et de 9 heures à 17 heures le week-end, les magistrats de la jeunesse de l’ensemble des places disponibles dans chacune des IPPJ, section par section, ainsi qu’au Centre fermé d’Everberg. - en l’absence de place disponible dans la section ou à l’IPPJ souhaitée, proposer, le cas échéant, la meilleure orientation d’un mineur délinquant dans une IPPJ ou dans tout autre service adéquat et ce, dans les meilleurs délais. - à moyen terme, disposer, au jour le jour, et en temps réel, du nombre de places disponibles dans les services agréés de l’aide à la jeunesse dont les projets pédagogiques proposent la prise en charge de mineurs difficiles et/ou délinquants dans le secteur résidentiel (CAS, CAU, SPEP). Comment ce service, déjà recommandé en 1998 dans le rapport du groupe de travail « Le Traitement de la délinquance juvénile par le Groupe des institutions publiques de protection de la jeunesse à régimes éducatifs ouvert et fermé : constats et perspectives », évoluet-il ? Lors de la réunion de concertation entre les magistrats de la jeunesse, le Ministère de la Justice et le Ministère de la Communauté française du 24 octobre 2003, les résultats de l’évaluation de la mise

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en place de la cellule d’information, d’orientation et de coordination ont été présentés. La cellule a reçu 603 appels depuis sa mise en place (le 3 mars 2003), dont 57 % de l’arrondissement de Bruxelles, soit 3,01 appels par jour. L’essentiel des demandes concerne les sections d’accueil des IPPJ. La cellule travaille 365 jours par an, de 8h00 à 19h00 en semaine et de 9h00 à 17h00 le week-end et les jours fériés. Le week-end, il y a peu d’appels. Dans la pratique, il semblerait que tous les magistrats ne connaissent pas l’existence ou les missions de la cellule. Par ailleurs, certains magistrats préfèreraient s’adresser directement aux IPPJ, en raison de l’instauration d’une bonne collaboration. Lors de la réunion de concertation entre les magistrats de la jeunesse, le Ministère de la Justice et le Ministère de la Communauté française du 5 mars 2004, l’Union des magistrats a indiqué qu’il rejetait la proposition de désigner un magistrat de référence, au motif qu’aucune disposition légale n’existait permettant à un magistrat d’avoir autorité sur d’autres. Les magistrats ont par ailleurs décidé qu’il n’y aurait pas de liste d’attente pour les sections d’accueil des IPPJ et que les ordonnances « groupe » ne bénéficieraient pas d’un traitement prioritaire. Selon la Direction générale de l’aide à la jeunesse, il semble, à l’heure actuelle, que le système informatique mis en application au sein de chaque IPPJ n’est pas encore optimal. Le traitement varie d’une institution à l’autre en fonction des personnes qui savent ou qui peuvent l’utiliser ou qui en ont la responsabilité.

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En ce qui concerne la collaboration de la cellule avec les services privés, l’Arrêté-cadre du 15 mars 1999 ne comprend plus l’obligation pour ces services de communiquer journellement leurs disponibilités. Cet état de fait astreint quotidiennement les membres du personnel de la cellule à contacter chaque centre d’accueil d’urgence (CAU), afin de connaître l’état de leur population et cela, malgré la demande faite spécifiquement aux CAU d’envoyer un fax journalier à la cellule. Face aux demandes croissantes des Magistrats, des Services de l’aide à la jeunesse et des Services de protection judiciaire, le service offert par la cellule d’information, d’orientation et de coordination paraît particulièrement restreint puisque la cellule ne peut que renseigner aux autorités les disponibilités des IPPJ, des CAU des CAS (centres d’accueil spécialisés) et des PPP (services qui mettent en œuvre un projet pédagogique particulier), pour autant que la cellule en fasse la demande auprès des trois derniers services cités. Toutefois, en cas d’urgence, la cellule recherche des solutions d’accueil dans les services résidentiels. Cependant elle agit sans réelle connaissance des disponibilités existantes dans ce secteur, ce qui rend la tâche fastidieuse. Nous ne pouvons dès lors que regretter le manque d’ambition au niveau des compétences et des responsabilités à exercer par cette cellule. Nous recommandons que cette cellule soit mise en adéquation avec l’avant-projet de loi modifiant la législation relative à la protection de la jeunesse et qu’un magistrat de référence soit désigné. Par ailleurs, nous recommandons que les services privés aient l’obligation de communiquer journellement leurs disponibilités à la cellule.

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Nous recommandons enfin une extension des compétences et des responsabilités de cette cellule non seulement pour répondre aux besoins des autorités (Juges de la jeunesse, Conseillers de l’aide à la jeunesse, Directeurs de l’aide à la jeunesse), mais aussi pour s’adapter ou se conformer aux nécessités liées à la réforme de la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse.

Le manque de disponibilité dans les services privés pour la prise en charge de mineurs dans un délai raisonnable Cette question est liée à l’efficacité de la cellule d’information, d’orientation et de coordination. Le mouvement de revendications des autorités de placement, Conseillers de l’aide à la jeunesse, Directeurs de l’aide à la jeunesse et Juges de la jeunesse ne désarme pas. Le Délégué général a été saisi à plusieurs reprises concernant le manque de disponibilité dans les divers services pour la prise en charge de mineurs dans un délai raisonnable. En effet, le Délégué général est informé que des mineurs sont maintenus « en famille » sans aide adaptée alors qu’ils font l’objet d’une mesure d’hébergement hors du milieu familial. Il est également saisi de situations inverses où le mineur est placé et les autorités mandantes ne trouvent pas de services ad hoc, permettant une prise en charge plus adéquate et un rétablissement des contacts parents-enfant. Ce problème concerne non seulement des adolescents mais aussi de jeunes enfants et tous les types de services : SAAE (service d’accueil et d’aide éducative), SAIE (service d’aide et d’intervention éducative), COE (centre d’orientation éducative), accueil ONE, IMP (institut médico-pédagogique), SFP (service de placement familial), CAU (centre d’accueil d’urgence)…

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Le Délégué général compte aborder une nouvelle fois cette question à l’occasion d’une prochaine réunion de concertation entre les magistrats de la jeunesse, le Ministère de la Justice et le Ministère de la Communauté française.

L’aide à la jeunesse
Les Services d’aide à la jeunesse et de protection judiciaire en demande Les critiques formulées soulèvent le manque de moyens et la surcharge de travail des Services d’aide à la jeunesse et de protection judiciaire. Nombreux sont ceux qui continuent à dénoncer le manque de moyens et d’effectifs qui provoquent dans certains cas l’instauration d’une véritable maltraitance institutionnelle à l’égard d’enfants qui ne peuvent soit être pris en charge dans des délais raisonnables soit obtenir des réponses adéquates à leurs besoins réels. Souvenons-nous de l’article 10 du code de déontologie qui stipule que les bénéficiaires doivent recevoir l’aide adéquate dans des délais raisonnables.

La mise en cause du fonctionnement des services d’aide et de protection judiciaire Le Délégué général est régulièrement saisi de situations où les particuliers se plaignent des relations qu’ils ont notamment avec les services de l’aide à la jeunesse et les services de protection judiciaire.

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Leurs plaintes concernent le manque de communication entre les services et eux-mêmes (peu d’entretiens, pas de réponses aux courriers, pas de réponses aux appels téléphoniques). Elles dénoncent également les mauvaises relations humaines avec le travailleur social en charge du dossier. Quand il s’agit d’une mesure d’aide (service de l’aide à la jeunesse), les plaignants estiment souvent qu’on leur met le couteau sous la gorge car ils sont menacés de renvoi vers le Tribunal. Dans ces conditions, ils acceptent l’aide mais sans y adhérer véritablement. Quand il s’agit du service de protection judiciaire, ils considèrent être peu ou pas entendus quant aux modalités de mise en application de la décision prise par le Tribunal.

La compétence territoriale des Directeurs de l’aide à la jeunesse Le Délégué général a été saisi de la question de la compétence territoriale des Directeurs de l’aide à la jeunesse lorsque les parents d’un enfant déménagent et changent par la même occasion d’arrondissement judiciaire en cours d’application de mesures. Un Directeur refusait de se dessaisir du dossier d’un enfant alors que les parents avaient déménagé et se trouvaient dans un autre arrondissement judiciaire. Le Délégué général a interpellé la Direction générale de l’aide à la jeunesse à ce sujet. La Direction générale a tout d’abord rappelé que la compétence territoriale du directeur suit celle du tribunal. Elle a précisé que lorsqu’un changement de résidence intervient au cours de l’exécution des mesures ordonnées par jugement, le Directeur transmet le dossier

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d’exécution à son collègue et en avertit le Procureur du Roi. Ce dernier transmet le dossier du tribunal au parquet compétent. Bien entendu, tout doit être mis en œuvre pour qu’il n’y ait pas d’interruption dans la gestion des dossiers. Le Directeur nouvellement saisi assure aussitôt le suivi de la situation. Le Délégué général a fait part de cette information au Directeur concerné. Celui-ci a répondu qu’il pensait que tant qu’il n’y avait pas lieu à renouvellement, la question du changement de Directeur devait se réfléchir au cas par cas. Le Délégué général constate donc que la position de ce Directeur n’est pas en conformité avec celle déterminée par son administration.

L’organisation des réunions du corps des Conseillers et des Directeurs de l’aide à la jeunesse avec le Délégué général sous l’égide de la Direction générale de l’aide à la jeunesse Dans les précédents rapports annuels, nous avions évoqué la question de la collaboration entre la Direction générale de l’aide à la jeunesse et le Délégué général. Cette question visait principalement les échanges avec le corps des Conseillers et Directeur de l’aide à la jeunesse organisé par l’administration centrale de la Direction générale de l’aide à la jeunesse. Ainsi, en 2000-2001 il était indiqué qu’après plus d’un an sans contact, un nouveau mode de collaboration et d’échange d’informations avait pu s’instaurer entre le Délégué général et la Direction générale de l’aide à la jeunesse et ses services extérieurs, suite à une initiative de l’Administrateur général de l’aide à la jeunesse de la santé et du sport visant à sortir de l’impasse.

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Toutefois, pour l’année d’exercice 2002-2003, force était de constater qu’une seule véritable réunion de coordination et d’échange d’informations avait eu lieu en novembre 2002 et que, depuis cette date, plus aucune rencontre de coordination n’a eu lieu en présence des Conseillers et Directeurs de l’aide à la jeunesse. En date du 8 septembre 2004, suite à l’installation du nouveau Gouvernement de la Communauté française, le Délégué général a rencontré la Ministre de la Santé, de l’Enfance et de l’Aide à la jeunesse, afin de lui présenter son institution et son fonctionnement. Différentes questions relatives à l’articulation entre le Délégué général et les compétences que la Ministre assume au sein du Gouvernement ont été abordées. Parmi ces questions, la collaboration avec le secteur de l’Aide à la jeunesse, tant au niveau de l’administration centrale que des services extérieurs a été évoquée à partir d’extraits des rapports annuels précédents du Délégué général. Peu après cette rencontre, l’Administrateur général, interpellé par le Secrétaire général, a écrit au Délégué général. Il a proposé d’organiser une nouvelle réunion à la mi-novembre et a invité le Délégué général à lui transmettre les points souhaités pour l’ordre du jour. En réponse, il fut indiqué à l’Administrateur général, le contexte dans lequel la question la collaboration entre le Délégué général et la Direction générale de l’aide à la jeunesse et ses services extérieurs avait été abordé avec la Ministre de l’Aide à la jeunesse. Il faut bien remarquer que les réunions placées sous l’égide de l’administration centrale ont clairement montré leurs limites en terme de coordination et d’échange mutuel d’informations. En effet, force était de constater que plus aucune réunion n’a eu lieu depuis près de deux ans. Ainsi, par exemple, alors qu’un certain nombre de nou-

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veaux Conseillers ou Directeurs ou adjoints sont entrés en fonction, de même que de nouveaux membres dans les équipes de direction de certaines IPPJ, le Délégué général n’a pas été informé de leur désignation et n’a pas eu l’occasion de les rencontrer personnellement. Cependant, l’Administrateur général de l’aide à la jeunesse a souhaité le rétablissement des réunions qu’il avait initiées en son temps. L’objectif est de permettre au Délégué général des rencontres régulières avec le secteur public de l’aide et de la protection de la jeunesse sur des questions générales qui nécessitent concertation. La proposition pourrait être expérimentée en concluant ensuite sur ce qui pourrait être amélioré puisque l’organisation interne des services de la Direction générale de l’aide à la jeunesse relève de la responsabilité de l’Administration, au même titre que celle des services du Délégué général relève de sa seule autorité. Si le bilan de cette nouvelle tentative d’ouvrir un dialogue ouvert et clair, à partir de l’organisation de l’administration centrale, devait à nouveau montrer ses limites, le Délégué général n’aurait plus qu’à rechercher à développer un nouveau processus d’échange d’informations et de coordination avec les services publics extérieurs du secteur de l’aide à la jeunesse, dans le cadre de ses compétences et prérogatives.

L’accueil d’enfants issus de pays tiers et séjournant en Belgique durant les vacances scolaires pour des raisons humanitaires Le Délégué général a été sollicité concernant la situation des enfants issus de la région de Tchernobyl et de Biélorussie accueillis durant les grandes vacances scolaires par des familles belges.

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L’expérience nous enseigne que les associations s’occupant d’accueillir des enfants de la région de Tchernobyl travaillent en dehors de tout cadre institutionnel et assurent parfois l’accueil d’enfants en difficultés. On observe par ailleurs certains problèmes quant au respect des droits de l’enfant. Par exemple, à plusieurs reprises, certains enfants ont été retenus en Belgique dans les familles d’accueil qui se proposaient ensuite d’entamer une procédure d’adoption. En outre, plusieurs cas de maltraitance ont été dénoncés. Le Délégué général a dès lors institué un groupe de travail sur la problématique des enfants issus de pays tiers et séjournant en Belgique durant les vacances scolaires pour des raisons humanitaires. Il s’agit de proposer un accueil offrant des garanties respectueuses du droit des personnes et de la situation spécifique des enfants. Ce groupe de travail s’est réuni le 16 mai et le 25 août 2003. Ce groupe fut composé de représentants de certaines organisations accueillant les enfants de Tchernobyl, du Secrétariat général de la Communauté française, de l’Administration de l’ONE, de l’Administration générale de l’aide à la jeunesse, de la santé et du sport, de l’Autorité communautaire pour l’adoption internationale, du Ministère des Affaires étrangères, du kinderrechtencommissaris, de l’Université de Mons et de l’école des parents et éducateurs. L’objectif est d’élaborer un cadre institutionnel visant à garantir un accueil de qualité en s’inspirant de l’esprit de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et d’encourager des pratiques de coopération internationale.

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Ce projet ne doit cependant pas compromettre les initiatives extrêmement positives de certaines associations et doit éviter qu’une réglementation trop pointilleuse soit de nature à dissuader l’accueil d’enfants issus de régions défavorisées. Il ressort de l’avis de nombreux médecins que de tels séjours s’avèrent très bénéfiques pour les enfants issus de ces régions. En suite des réunions du groupe de travail, le Délégué général a élaboré un projet d’arrêté qu’il a ensuite transmis aux différents participants du groupe. A la veille du changement de législature, le Délégué général a reçu l’ensemble des observations émanant des différentes associations. Un projet d’arrêté relatif à l’accueil d’enfants issus de pays tiers et séjournant en Belgique durant les vacances scolaires pour des raisons humanitaires est en cours de finalisation pour être soumis à l’avis du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse. Il sera ensuite communiqué aux instances politiques compétentes en guise de recommandations.

La protection de la jeunesse : les institutions publiques de protection de la jeunesse et le centre d’Everberg
Les autorités judiciaires, comme les conseillers et les directeurs de l’aide à la jeunesse se plaignent de manque de moyens notamment dans le secteur de l’hébergement du secteur privé et du secteur public. Le secteur public (IPPJ et Everberg) a été principalement l’objet de saisines précises.

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L’éducation sexuelle et affective visant à la parenté responsable au sein des IPPJ et du centre fermé d’Everberg : état de la question Le 3 octobre 2003, la Ministre de l’Aide à la jeunesse et de la Santé annonçait, par voie de presse, qu’elle souhaitait organiser des cours d’éducation sexuelle dans les écoles pour pallier les carences éducatives des jeunes. Elle annonçait la mise en place de projets pilotes dans certaines écoles à partir de janvier 2004. Le 10 octobre 2003, le Délégué général a dès lors interpellé les directions des cinq IPPJ ainsi que celle du centre fermé d’Everberg afin d’être informé des différentes actions menées en vue de donner aux jeunes une éducation affective et sexuelle visant à la parenté responsable. Voici les réponses apportées à ce questionnement : Au sein de l’IPPJ de Wauthier-Braine : La question est abordée sous deux aspects : 1. L’acte physique en tant que tel fait l’objet de séances d’informations dispensées par le service médical. Un programme a été remis à l’institution dans les années 1990 par un infirmier en vue de sensibiliser les jeunes de l’IPPJ à une sexualité responsable. Cette formation a un double objectif : a) prémunir les jeunes contre les maladies sexuellement transmissibles (info-sida) ; b) expliquer aux jeunes les modifications qu’ils ressentent physiquement et qu’ils ont souvent du mal à aborder avec l’adulte. 2. Dans leurs attributions, les conseillers philosophiques ont à sensibiliser les jeunes à cette question sur le plan moral. Chacun, en fonction de son idéologie, tente de faire découvrir au jeune le respect de l’autre et de lui montrer que l’acte physique n’est pas une fin en soi. A cet effet, ils utilisent leurs cours de religion/morale pour atteindre cet objectif.

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Ces objectifs ne peuvent être atteints que si les personnes collaborent leurs actions. Malheureusement, l’infirmier a été absent pour maladie et a ensuite quitté l’institution. Son remplacement ne s’est pas effectué tout de suite. La personne qui est actuellement en fonction a dû prendre le temps de faire connaissance avec l’institution avant de s’engager plus avant dans ce type de programme. L’écartement récent de l’infirmière de Braine-le-Château oblige l’infirmier de WauthierBraine à assumer également sa fonction médicale au sein de l’IPPJ de Braine-le-Château. Il lui est donc difficile de s’investir activement dans la question de l’éducation sexuelle. De même, la conseillère laïque jouait un rôle majeur dans cette réflexion. Cependant, celle-ci a prit une pause carrière et sa remplaçante a dû prendre ses repères avant de pouvoir aborder en profondeur un sujet aussi important et délicat. A l’heure actuelle, la conseillère laïque en titre a repris son service et prépare activement son intervention dans ce domaine. Actuellement, les principaux acteurs sont en place et travaillent à l’élaboration d’un nouveau programme. Dans les grandes lignes, l’infirmière compte introduire le sujet à partir du vaste domaine de la prophylaxie générale. Elle collabore avec les éducateurs à des séances de sensibilisation des jeunes dans les groupes. Cette expérience n’est pas tout à fait structurée et a pour objectif d’affiner la méthode de communication. D’un point de vue pratique, cette information sera donnée dans le cadre d’un module. Cela permettra de toucher tous les jeunes et d’orienter l’action en fonction des observations faites et rapportées aux réunions pluridisciplinaires par les intervenants.

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Par ailleurs, l’IPPJ de Wauthier-Braine a pris contact avec des professionnels du sujet (ASBL REPERES - Formation promotion santé) dans l’intention de suivre leurs ateliers. Au sein de l’IPPJ de Fraipont : L’IPPJ de Fraipont est sensibilisée à cette problématique depuis bientôt 20 ans et ce, en concomitance avec le développement du sida. L’institution a fait appel à des spécialistes extérieurs. Malheureusement, très vite, le personnel a constaté que les jeunes étaient très peu réceptifs et tournaient le sujet en dérision. L’institution a donc opté pour une individualisation de l’information par le service médical, très souvent dans un contexte de pathologie avérée. Au sein de l’IPPJ de Saint-Servais : La question est abordée sous trois aspects : 1. Actions individuelles sur les jeunes : c’est l’infirmière qui aborde ces questions dans le cadre de ses missions individuelles. Les conseillers laïque et religieux assurent aussi ce suivi dans leur fonction d’assistance individuelle. 2. Actions sur les groupes de jeunes : a) un cours de nursing est organisé pour toutes les élèves à raison d’une heure par semaine ; b) un atelier « planning familial » se déroule durant toute l’année scolaire en collaboration avec le centre de Namur ; c) une participation au projet « Sid’Arts » mené pour les écoles de la région s’articule sur les cours de nursing et d’arts appliqués.

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3. Actions de formation du personnel : dans un contexte plus large, qui vise la nécessaire attention que les équipes doivent avoir dans leur prise en charge, l’IPPJ a organisé, en 2002-2003, une formation des personnels éducatif et enseignant intitulée « cycle de sensibilisation à la vie affective et sexuelle des adolescentes » en collaboration avec deux psychologues et un médecin de « Aimer à l’ULB ». Au sein de l’IPPJ de Braine-le-Château : Le 21 octobre 2003, à l’initiative du service médical de l’institution, une information sur le sida a été donnée à tous les jeunes présents par des bénévoles d’info-sida. L’expérience sera reconduite de manière régulière. En outre, l’IPPJ a réfléchi à une réforme de l’enseignement. Dans ce cadre, des contacts ont été pris avec divers organismes susceptibles de proposer des interventions centrées sur l’éducation sexuelle et affective. Cette démarche visait à la fois l’animation des groupes et la formation du personnel. Momentanément, ce second axe est abandonné au profit du premier, les problématiques actuellement prises en charge à Braine-le-Château étant essentiellement des faits de mœurs commis par des jeunes. Ainsi, à partir d’octobre 2004, des intervenants du « planning familial » de Braine-l’Alleud rencontreront les jeunes des quatre sections ; après avoir exposé le cadre de ces discussions (secret professionnel, règles à respecter…), ils aborderont avec eux les thèmes qui émergeront des différentes questions posées, de manière anonyme par les jeunes. Le rythme des interventions variera en fonction des durées de placement. Suite à ces animations et pour autant que les intervenants de l’IPPJ en expriment le besoin, des séances d’intervision pourraient être programmées avec les animateurs concernés.

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Par ailleurs, à partir de janvier 2005, des modules pris en charge par une ancienne assistante sociale de l’IPPJ et sexologue, pourraient être organisés pour les sections d’éducation. La demande doit encore être introduite auprès de la Direction générale de l’aide à la jeunesse. La section d’accueil, quant à elle, bénéficierait toujours des animations du planning familial pour autant que l’évaluation prévue début 2005 soit possible. Au sein de l’IPPJ de Jumet : La politique en matière d’éducation sexuelle et affective s’articule autour des objectifs suivants : • la création et/ou maintien d’un contexte favorable à la discussion et à l’échange où les jeunes s’expriment en confiance, dans le non-jugement ; • l’apprentissage du respect de soi et de l’autre ; • la réflexion quant aux conditions optimales pour l’établissement de relations affectives saines, respectueuses et épanouissantes ; • l’aide à la recherche et à la compréhension de l’information ; • l’apport de connaissance par rapport au corps, à l’hygiène et aux besoins fondamentaux de l’être humain ; • l’explication adaptée de la reproduction, de la contraception, des maladies sexuellement transmissibles, de la protection face à ces maladies. Les différents membres du personnel pédagogique, social, médical et philosophique sont concernés, dans le respect de la fonction, par ces

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objectifs. Par le biais de l’infirmière, ils entretiennent des contacts réguliers avec des associations spécialisées de la région de Charleroi. La méthodologie de fonctionnement est basée sur : 1. des séances d’information organisées par l’infirmière, dans un souci de participation volontaire du jeune ; 2. la participation à des groupes de paroles, toujours sur la base du volontariat, avec les éducateurs ; 3. la mise à disposition des jeunes de l’information par le biais de livres, brochures, B.D… ; 4. les partenariats privilégiés avec l’enseignant ; 5. les ateliers de réflexion avec la psychologue sur l’intégrité physique et l’atteinte à celle-ci ; 6. les recherches sur Internet ; 7. les échanges directs, en particulier lors de visites et rendez-vous médicaux. En date du 7 septembre 2004, la Direction de l’IPPJ de Jumet nous a transmis un bilan de la méthodologie. En ce qui concerne les séances d’information, celles-ci ont été réalisées une fois par mois et réparties de manière inégale entre les deux sections à la défaveur de la section d’orientation. Elles sont loin d’être institutionnalisées. Les jeunes sont souvent déscolarisés ou sortis du réseau scolaire fondamental. Ils souffrent d’un manque cruel de connaissances en anatomie, en sciences en général, même si leur esprit critique et leur curiosité naturelle sont ceux de tous les adoles-

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cents. Ils ont manifesté le désir de recevoir la formation aux premiers secours de la Croix-Rouge, formation en préparation. Des échanges avec les éducateurs ont eu lieu essentiellement au cours de participation en groupe à des lectures en commun, à des jeux de société ou à des manifestations mises en place par des partenaires extérieurs à l’institution. Des ateliers-jeux ont été réalisés avec les jeunes comme « SacAdo », « Tom et Lucy », « Love in Fun », « Câlins-Malins », les expositions « Les jeunes, c’est leur santé qui compte » et « Le Sida et vous : exprimez-vous ». Quant à la mise à disposition de l’information, un questionnaire a été proposé aux jeunes afin de déterminer leurs envies au niveau des outils utilisés pour les ateliers. Les répondants ont déclaré préférer les jeux de société, les lectures d’extraits de livres ou de brochures en commun et l’utilisation de supports vidéo. Un système de prêts de livres relatifs à la jeunesse et de brochures a été mis en place à partir de l’infirmerie. Quant à la possibilité pour les jeunes d’effectuer des recherches sur Internet, ceux-ci se rendent régulièrement au centre « Energy » à Gilly où ils peuvent apprendre à utiliser Internet. Des ateliers de réflexion sur le respect de l’autre et de son intégrité physique, en particulier celle de la femme ont été organisés à partir de jeux réalisés avec les jeunes. Des ateliers de relaxation ont été mis en place ; l’objectif étant d’installer un climat favorable entre les adultes et les jeunes et de permettre à ces derniers d’apprendre à prendre conscience de leur corps. Le partenariat privilégié avec l’enseignant reste encore à développer, mais cela constitue une priorité pour l’année à venir.

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Les échanges, en particulier lors des examens et visites médicales, se font plus facilement. Les jeunes expriment leurs craintes et leurs difficultés, demandent des préservatifs, se renseignent sur le test du sida, etc. Ces demandes sont toujours accompagnées d’un dialogue avec l’adolescent (infirmière, médecin). Au sein du centre fermé d’Everberg : Vu la courte durée de placement (durée moyenne de 26 jours), ce point ne fait pas l’objet d’une action proprement dite. Ces éléments sont parfois abordés lors des activités culturelles, lesquelles sont suivies de débats. Mais c’est surtout dans le cadre des entretiens individuels et par rapport au vécu personnel du jeune que ce thème est approché. Le centre fermé d’Everberg a mis en place une collaboration avec les équipes d’Aide-Info-Sida, celles-ci étant composées de bénévoles séropositifs travaillant également dans les établissements scolaires. Cette collaboration s’est donc déroulée durant les vacances scolaires. La Direction du centre fermé d’Everberg s’est rendu compte de la pertinence et surtout de la nécessité de telles rencontres au vu du manque total d’information des jeunes en la matière. De plus, les formateurs du centre donnent régulièrement des informations concernant la sexualité et la contraception par le biais de brochures éditées par le Service Information Prévention Sida (SIPS), de bandes dessinées, de documentaires et de films. En conclusion, au vu des réponses reçues, il apparaît que les actions, visant à fournir aux jeunes une éducation affective et sexuelle, menées au sein des différentes institutions sont très dispa-

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rates. Elles mériteraient plus de cohérence ainsi qu’une approche coordonnée.

Le respect des convictions philosophiques et religieuses des jeunes placés en Institutions publiques de protection de la jeunesse et au centre fermé d’Everberg En 2003, le Délégué général avait été saisi par l’aumônier catholique des IPPJ de Wauthier-Braine et de Braine-le-Château qui estimait que la Direction de l’IPPJ de Braine-le-Château avait abusé de son pouvoir en s’ingérant dans le contenu de son accompagnement philosophique des mineurs et en n’acceptant pas le fait que les aumôniers appliquent le secret non partagé. A la suite de cet incident, le Délégué général a proposé au Secrétariat général de la Communauté française de créer un groupe de travail relatif aux rôles et aux fonctions des conseillers religieux et laïques des IPPJ et de la section francophone du centre fermé d’Everberg afin de garantir au mieux le respect des convictions philosophiques et religieuses des jeunes. Le Secrétaire général a approuvé cette initiative en demandant que le groupe de travail soit présidé par l’administration et que le Délégué général soit étroitement associé à ses travaux2. Ce groupe de travail s’est donné pour principale mission d’examiner in concreto la manière dont les dispositions juridiques relatives au respect des convictions philosophiques et religieuses des jeunes sont mises en œuvre dans les IPPJ et au centre fermé d’Everberg, ainsi que les éventuelles difficultés qu’elles peuvent susciter (par exemple, sur le plan de la déontologie).

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Une réunion préparatoire s’est tenue le 3 février 2004 afin de fixer le calendrier et la méthode de travail. Il a été décidé d’organiser trois réunions séparées, une avec les conseillers laïques et le Centre d’action laïque (9 mars 2004), une avec les conseillers musulmans et l’Exécutif des musulmans de Belgique (12 mars 2004) et une avec les conseillers catholiques et l’Aumônerie générale de Belgique (23 mars 2004). Lors de ces réunions, les directions de chaque IPPJ et du centre fermé d’Everberg ont exposé la manière dont sont organisées et s’accomplissent les missions des conseillers laïques et confessionnels (assistance individuelle aux jeunes, la dispense des cours de morale ou de religion, l’exercice du culte, la participation aux activités institutionnelles). Ensuite un temps de débat était prévu. Enfin, nous entamions une discussion sur le profil de fonction. Le 4 mai 2004, une réunion du groupe restreint s’est tenue afin de dresser un premier bilan et d’organiser la suite des travaux. Lors de cette réunion, il a été convenu d’organiser une réunion plénière le 21 septembre 2004 consacrée à la finalisation du profil de fonction. Des questions spécifiques ont été soulevées par des conseillers ou leur autorité hiérarchique lors des différentes réunions du groupe de travail : 1. Le manque d’intégration des conseillers au sein des institutions publiques de protection de la jeunesse et du centre fermé d’Everberg Différentes pistes ont été avancées pour répondre à ce désagrément. Toutes les directions sont prêtes à accroître leurs efforts pour améliorer l’intégration des conseillers dans leur institution et pour

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informer mieux encore l’ensemble du personnel sur leur rôle et leurs missions. Une note qui reprendrait les éléments essentiels du profil de fonction du conseiller pourrait être communiquée à tous les membres du personnel et surtout faire l’objet d’une discussion lors d’une réunion institutionnelle. Par ailleurs, la Direction générale de l’aide à la jeunesse veillera à ce que le volet relatif au respect des convictions morales et religieuses des jeunes dans le programme de formation de base des éducateurs soit plus étoffé et que les missions exercées par les conseillers laïques et confessionnels soient explicitées. La Direction générale de l’aide à la jeunesse et les directions des IPPJ souhaitent : - que l’autorité ou le groupement représentatif concerné recommande à ses candidats à la fonction de conseiller de solliciter un contact avec la direction de l’institution afin qu’ils prennent la mesure de l’environnement de travail et des missions spécifiques d’une IPPJ ; - que les conseillers nouvellement désignés soient présentés à la direction de l’institution par leur autorité ou groupement représentatif au cours d’une entrevue ; - que les conseillers participent effectivement à la vie institutionnelle et, en particulier, à certaines réunions qui s’y déroulent. 2. Les comportements et attitudes à caractère raciste ou xénophobe de la part de certains membres du personnel à l’égard des mineurs hébergés au sein des IPPJ et du centre d’Everberg Le groupe de travail fut très sensible à ce témoignage.

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Pour rappel, le rapport du Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains et dégradants avait dénoncé ce type de pratiques. Le 9 décembre 2002, la Direction générale de l’aide à la jeunesse avait dès lors adressé aux directions des IPPJ et du centre d’Everberg une note précisant les dispositions que de tels comportements et attitudes enfreignaient, ainsi que les sanctions encourues. Au-delà du rappel des sanctions prévues et de l’application de ces sanctions, des initiatives, qui donnent l’occasion aux agents de faire connaissance avec d’autres cultures, ont été prises et seront généralisées. 3. Manque de respect des convictions religieuses du jeune pendant la période du ramadan Des incidents ont été rapportés de la part des conseillers musulmans. En effet, ils indiquent que parfois, lorsqu’un jeune « craque » pendant le ramadan (il a fumé ou il a mangé), certains éducateurs décident d’autorité que le jeune n’a plus le droit de poursuivre le jeûne du ramadan. Un règlement prévoyant la rupture automatique du jeûne est en vigueur à l’IPPJ de Wauthier-Braine. Ce règlement est excessif. Dès lors, la Direction générale de l’aide à la jeunesse, en accord avec les directions, a décidé que c’était au responsable de la section et au conseiller musulman, de commun accord, de décider de laisser ou non le jeune poursuivre le ramadan ; à défaut d’accord, le conseiller musulman sollicite l’intervention de la direction, laquelle motivera par écrit sa décision en cas de désaccord persistant.

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4. Excès dans la prise en charge des jeunes d’une autre option philosophique Plusieurs conseillers ont relevé le fait qu’ils avaient l’obligation de prendre en charge des jeunes d’une autre option philosophique, lors de diverses activités. La Direction générale de l’aide à la jeunesse a rappelé aux directeurs qu’ils ne pouvaient être question d’imposer à un conseiller de prendre en charge les jeunes des autres options philosophiques ou religieuses. 5. Autres problèmes soulevés par les conseillers Divers problèmes furent cités sans que la Direction générale de l’aide à la jeunesse prenne position : l’absence de locaux appropriés pour l’exercice du culte musulman, le manque de respect du régime alimentaire musulman, le refus pour certains mineurs musulmans de prendre une douche commune, les problèmes de locaux dans certaines institutions et les difficultés dues au respect du secret professionnel. Lors de la réunion restreinte du 20 août 2004, les directions des IPPJ, la Direction générale de l’aide à la jeunesse ainsi que le Délégué général ont tenté de retravailler le profil de fonction des conseillers. Par ailleurs, selon les statistiques des options philosophiques ou religieuses des jeunes placés dans les IPPJ en 2003, 31 % des mineurs placés ont choisi la morale laïque, 32 % ont choisi la religion islamique, 18 % la religion catholique et 17 % n’ont choisi aucune option. Par ailleurs, à l’heure actuelle, 4 conseillers laïques sont engagés dans les IPPJ. Le Centre d’action laïque (CAL) demande que la Communauté française engage un cinquième conseiller laïque.

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Toutefois, il y aurait un risque de diminution du nombre de conseillers dans les autres options. Enfin, la Communauté française rétribue le travail des conseillers selon le barème des employés de niveau 2. Or la majorité des conseillers est universitaire et devrait donc bénéficier de primes. La dernière réunion a eu lieu le 20 septembre 2004 en présence des directions des cinq institutions publiques de protection de la jeunesse, de la direction pédagogique du centre fermé d’Everberg ainsi que des représentants des différentes confessions. Lors de cette réunion, la Direction générale de l’aide à la jeunesse a présenté le nouveau profil de fonction des conseillers laïques ou confessionnels auprès de IPPJ repris ci-dessous.
I. DESCRIPTIF DE FONCTION

Les conseillers laïques et confessionnels apportent au jeune une aide personnelle spécifique, basée sur les valeurs référentielles de leur option philosophique. Elle se réalise en étroite collaboration avec l’ensemble des intervenants de l’IPPJ (direction, psychologues, assistants sociaux, enseignants, éducateurs…).
II. MISSIONS

- Le conseiller offre son assistance à tout jeune qui en exprime la demande, qu’il ait opté ou non pour ce choix d’assistance. Cependant, lorsque le jeune n’a pas opté pour ce choix d’assistance, le conseiller saisi informe le conseiller compétent de la nature de son intervention dans le cadre du secret professionnel partagé.

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Le conseiller offre son assistance selon diverses modalités dans et, éventuellement, hors de l’IPPJ, en concertation avec la direction et avec les autres intervenants. Dans sa fonction d’assistance morale ou religieuse, le conseiller est lié par le secret professionnel. - Le conseiller réalise auprès des jeunes un travail d’écoute, de dialogue, d’information et de réflexion. Il participe par ce travail à la responsabilisation et à l’insertion de jeunes se trouvant de manière ponctuelle ou chronique en marge de la société. D’un point de vue pratique, le conseiller : - participe aux activités quotidiennes et à certaines activités spécifiques (conférences-débats, activités culturelles et de loisirs, activités humanitaires ou philanthropiques…) ; - participe aux réunions traitant du fonctionnement institutionnel (par exemple, les réunions d’information au personnel) en y apportant la spécificité propre à sa fonction et à son appartenance philosophique et, par extension, contribue au travail de réflexion que l’IPPJ mène en permanence sur ses missions, ses méthodes et sur la politique générale de l’aide à la jeunesse ; - participe, dans toute la mesure du possible et en fonction de son temps de prestation, aux réunions pédagogiques (comités pédagogiques, réunions pluridisciplinaires) ; il peut participer aux réunions de synthèse (discussion de cas) lorsqu’un jeune lui en a formulé la demande et après en avoir informé la direction ; - assure la charge des cours correspondant à son appartenance philosophique au bénéfice des jeunes qui ont opté pour cette appartenance. Le conseiller détermine librement le contenu de

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son cours, en concertation avec son autorité ou son groupement représentatif compétents. Son projet éducatif et son programme pédagogique sont portés à la connaissance de la direction de l’IPPJ. Lorsque celle-ci estime que le contenu du cours, ou la méthodologie qui est adoptée, sont contraires à l’intérêt du jeune ou menacent le bon fonctionnement institutionnel, elle sollicite un entretien de concertation avec le conseiller et l’autorité ou le groupement représentatif concernés ; - peut être amené à jouer un rôle de conciliateur entre les différentes composantes à l’intérieur du système institutionnel (jeunes, personnel éducatif, scientifique…) ; vis-à-vis de l’extérieur (parents, juge, institutions, services), ses interventions éventuelles, en ce compris les interventions post institutionnelles, sont soumises à l’avis de la direction, sous forme d’accord ou de mandat ; - peut apporter une assistance morale ou religieuse aux membres du personnel de l’institution qui le souhaitent.
III. CAPACITÉS REQUISES

Le conseiller réalise un travail auprès d’un public spécifique dans un cadre particulier. Le placement en IPPJ résulte d’une décision judiciaire qui vise des jeunes ayant commis des faits qualifiés infraction. Les IPPJ constituent des institutions fortement structurées regroupant de nombreux intervenants (personnel administratif, éducatif et pédagogique, social et psychologique, médical…). La qualité première sera dès lors la faculté d’adaptation à un tel environnement et la capacité de s’intégrer de manière souple, pro-

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gressive mais décidée, afin d’être perçu et reconnu clairement dans ses missions par les jeunes et par l’ensemble des intervenants. Le conseiller présentera également les capacités suivantes : - capacités d’écoute et d’ouverture à l’égard des jeunes et des membres du personnel de l’IPPJ, dans un constant souci de neutralité vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas ses options philosophiques ; - capacité de gérer des relations interpersonnelles avec des adolescents souvent carencés sur le plan affectif, avec la prudence, la transparence et l’aisance indispensables ; - capacité de gérer les règles déontologiques et en particulier celle de la confidentialité des informations portées à sa connaissance ; - capacité d’affronter des situations de crise ; - capacités pédagogiques ; - capacité d’acquisition et de mise en œuvre de connaissances sur l’environnement juridique, psycho-social et thérapeutique du secteur de l’aide à la jeunesse ; - capacité de dialoguer avec tous les intervenants, de manière constructive, en ce compris ceux qui ne partagent pas ses convictions philosophiques. Ce descriptif de fonction est mis en fonction depuis le 20 septembre 2004. Il sera transmis officiellement aux directions des IPPJ et annexé aux contrats de travail de tous les conseillers laïques ou confessionnels auprès de IPPJ.

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La mixité du personnel au sein des institutions publiques de protection de la jeunesse : un plus pour les jeunes ? En 1998, le Délégué général a mis sur pied un groupe de travail consacré au « traitement de la délinquance juvénile par le groupe des Institutions publiques de protection de la jeunesse à régimes éducatifs ouverts et fermé », groupe de travail où la Direction générale de l’aide à la jeunesse était invitée et représentée. Lors des réunions de ce groupe de travail, la question de la mixité dans le personnel éducatif des IPPJ a été abordée. Il a été question du rôle de l’éducateur en fonction qu’il soit un homme ou une femme, un père ou une mère. En effet, la place, le rôle de l’éducateur dans l’équipe est différent selon qu’il est un homme ou une femme. Par rapport aux interventions de la gente féminine en cas d’incidents, de passages à l’acte agressifs, de crises, nous avons toujours pensé que si, physiquement, le mode d’intervention des femmes peut paraître moins efficace en raison d’une force physique moindre, l’intervention, la présence d’une femme pourrait être plus sécurisante et apaisante en raison du côté maternel de son intervention. La mixité du personnel dans les institutions publiques fut instaurée par le Ministre de la Fonction publique à partir du 1er septembre 2002. Nous avons reçu l’information que des difficultés se présentaient dans l’intégration du personnel féminin dans le fonctionnement institutionnel. Le 22 septembre 2004, nous avons interpellé les directions des cinq IPPJ afin de connaître l’évolution de l’expérience de la mixité du personnel au sein des institutions publiques de protection de la jeunesse.

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La direction de l’IPPJ de Wauthier-Braine nous indique que le nombre d’éducatrices actuellement en service est de 3 dans une section « éducation » et 2 dans la seconde. Elles sont capables d’effectuer le travail seule, soit le matin ou le soir. Les relations avec les mineurs sont normales et peu de problèmes se sont posés quant à l’intervention de ces éducatrices lorsqu’elles sont seules. L’apport de ces éducatrices (relations avec les mineurs, autre approche des jeunes, présence d’une « grande sœur », activités diversifiées…) est un plus pour le personnel masculin. La direction de l’IPPJ de Jumet nous informe que la mixité du personnel a débuté le 1er octobre 2002 par l’intégration de deux éducatrices en section « éducation ». Les évaluations effectuées se sont toujours révélées positives tant par rapport aux relations avec les jeunes que par rapport à la dynamique institutionnelle et aux relations professionnelles. La mixité du personnel s’est étendue à la section « orientation » en date du 24 mars 2004 par l’intégration d’une éducatrice supplémentaire. En fonction des possibilités, l’avenir de la mixité du personnel à l’IPPJ de Jumet s’inscrit dans la volonté d’étendre le processus au service API (accompagnement post-institutionnel). La direction de l’IPPJ de Fraipont nous indique que l’expérience de la mixité a débuté en décembre 2003 avec l’intégration de deux éducatrices dans deux sections « éducation ». En juin 2004, l’expérience s’est étendue à la section fermée où trois éducatrices ont intégré l’équipe d’éducateurs. La troisième section « éducation » a accueilli deux éducatrices en juillet 2004.

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Les réflexions générées par cette expérience sont nuancées voire divergentes suivant les sections et les individus eux-mêmes, en fonction de la date d’instauration de l’expérience, du passé professionnel et de la personnalité des agents et des agentes. Les directions des IPPJ de Saint-Servais et de Braine-le-Château ont souhaité attendre la tenue d’une journée d’étude regroupant toutes les IPPJ (équipes de direction et éducatives) organisée le 7 octobre 2004 par la Direction générale de l’aide à la jeunesse sur le thème de la mixité du personnel dans les IPPJ avant de répondre à notre interpellation. En raison de son intérêt pour cette question qui n’est pas sans conséquence sur la prise en charge des jeunes, l’institution du Délégué général aurait accepté de participer à ces travaux du 7 octobre 2004 si elle avait été invitée.

La psychiatrisation des mineurs délinquants Les autorités de placement du secteur de l’aide et de la protection de la jeunesse (Juges, Conseillers de l’aide à la jeunesse, Directeurs de l’aide à la jeunesse…) se plaignent depuis des années du manque de structures adaptées pour la prise en charge d’enfants ou d’adolescents souffrant de troubles mentaux. Le Délégué général reçoit chaque année des plaintes émanant des ces autorités, de parents ou même d’enfants eux-mêmes. En ce qui concerne les mineurs ayant commis un fait qualifié infraction, le 19 mars 2003, le Ministre fédéral des Affaires sociales et des Pensions et le Ministre fédéral de la Protection de la consommation, de la Santé publique et de l’Environnement ont invité le Centre hospitalier Jean Titeca à signer une convention pour le financement d’un projet-pilote (de 8 lits) destiné à « l’offre d’un traitement

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clinique intensif aux délinquants juvéniles présentant des troubles psychiatriques ». Cette convention s’inscrit dans le cadre d’une décision préalable de ces mêmes Ministres portant sur la création de cinq services spécifiques de 8 lits destinés à la prise en charge médico-psychologique d’adolescents de 12 à 18 ans « délinquants juvéniles présentant des troubles psychiatriques ». La première unité de 8 lits a donc vu le jour le 27 octobre 2003 au Centre hospitalier Jean Titeca et porte le nom d’unité « Karibu ». Celle-ci accueille des adolescents masculins présentant des troubles psychologiques sévères et des troubles graves du comportement se traduisant, notamment, par une délinquance juvénile sévère. L’unité « Karibu » accepte donc, soit dans le cadre de l’application de la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse, soit dans le cadre de l’application de la loi du 26 juin 1990 relative à la protection de la personne des malades mentaux, toutes les demandes de prise en charge conformes aux critères d’inclusion et d’exclusion définis dans le projet thérapeutique de l’unité « Karibu ». L’inauguration officielle de cette unité s’est déroulée le 25 mai 2004. Le Délégué général y a été convié. Les critères d’inclusion et d’exclusion au sein de l’unité « Karibu » A. Les critères d’inclusion (cumulatifs) : 1. Adolescents masculins de 12 à 18 ans, voire jusqu’à 20 ans dans le cadre d’une prolongation de mesure imposée par le tribunal de la jeunesse. Les jeunes de 12 à 14 ans ne devraient être admis que dans des conditions exceptionnelles.

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2. Des perturbations psychologiques sévères nécessitant une prise en charge médico-psychiatrique (manifestations psychotiques débutantes ou avérées et manifestations thymiques sévères et persistantes). 3. Des troubles du comportement sévères se caractérisant par des manifestations auto et/ou hétéroagressives récurrentes et/ou intenses. 4. Le jeune doit faire l’objet d’une mesure imposée par le tribunal de la jeunesse suite à une réquisition du Ministère public prise sur la base de l’article 36,4° de la loi du 8 avril 1965. 5. Une prise en charge en milieu hospitalier (résidentiel) s’avère indispensable. 6. A défaut de tout autre traitement approprié tant dans les secteurs de la Santé que de l’Aide à la jeunesse. B. Les critères d’exclusion : 1. La présence d’un déficit mental sévère (évaluation du QI ≤ 75 réalisée par les échelles de Weschler et/ou le test des Matrices Standard de Raven). 2. Les troubles du comportement et les comportements délinquants ne sont pas, eux-mêmes, suffisants pour envisager l’admission d’un jeune. 3. Des comportements transgressifs multiples même associés à des troubles de la personnalité ne constituent pas un motif suffisant d’admission. 4. Les troubles des conduites compliqués d’abus ou de dépendance à des substances psychotropes ne constituent pas un motif suffisant d’admission. 5. Les infractions à caractère sexuel ne constituent pas, par ellesmêmes, des indications d’une perturbation psychologique sévère et ne constituent donc pas un motif suffisant d’admission.

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D’après le chef de service de l’Unité « Karibu », quatre autres unités pilotes de 8 lits devraient être créées. Les lieux pressentis sont l’hôpital psychiatrique « Le Petit Bourgogne » à Liège, l’hôpital psychiatrique de Tournai « Les Marronniers », un hôpital à Anvers et un autre à Geel. Le 2 octobre 2004, un bilan de fonctionnement de l’Unité « Karibu » nous a été transmis. Du 27 octobre 2003 au 24 mai 2004, 44 demandes d’admission ont été introduites auprès de l’unité « Karibu ». Il apparaît que 18 situations ont été refusées avant l’examen de candidature (pas de saisine en 36.4, absence de critères d’inclusion médicaux, sexe du mineur, âge trop jeune…). En outre, 8 situations ont été refusées après la candidature (âge trop jeune, manque de critères d’inclusion médicaux). Si on tient compte d’une réadmission, ce sont 17 mineurs qui ont été admis à l’unité « Karibu ». La majorité des jeunes accueillie ont plus de 16 ans à l’admission. La majorité des mineurs proviennent des IPPJ ou du centre fermé d’Everberg. En complément des troubles psychiatriques objectivés, il apparaît que la plupart des mineurs admis à l’unité « Karibu » sont dépendants du tabac et du haschisch. Au niveau des antécédents familiaux, la majorité des mineurs connaissent une situation chaotique (négligences graves au détriment du jeune et/ou de sa fratrie provoquant des placements précoces, violence familiale, décès du père, de la mère ou abandon précoce – dans les trois premières années de sa vie).

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

De manière générale, les parcours judiciaires des jeunes hospitalisés au sein de l’unité « Karibu » sont marqués par la commission avérée de faits violents et de faits de mœurs. En matière de prise en charge de mineurs délinquants, des initiatives expérimentales sont donc prises. Restent les enfants, parfois, très jeunes, qui n’ont pas commis de faits infractionnels et qui présentent des troubles psychiatriques les mettant en danger, parfois en péril grave. Pour eux aussi, les autorités devraient s’attacher à trouver des solutions adaptées, limitant au maximum leur orientation vers des structures d’accueil pour adultes.

Création de 10 places supplémentaires en régime éducatif fermé. Visites de la section « Observation et évaluation » fermée de l’IPPJ de Braine-le-Château (SOEF) les 26 février 2004 et 24 mars 2004 A. La visite du 26 février 2004
I. LES RECOMMANDATIONS ANTÉRIEURES À LA CRÉATION DE LA SECTION SOEF DE L’IPPJ DE BRAINE-LE-CHÂTEAU ET LEURS SUIVIS

Le 22 septembre 2002, le Gouvernement de la Communauté française décidait l’ouverture le 31 mars 2003 de 10 nouvelles places dans le régime fermé des IPPJ sur le site de l’IPPJ de Wauthier-Braine mais sous la Direction de l’IPPJ de Braine-le-Château. Le 15 janvier 2003, le groupe de travail relatif à la délinquance juvénile du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse a pu se rendre à l’Institution publique de protection de la jeunesse de Brainele-Château pour entendre les Directions des IPPJ de Braine-leChâteau et de Wauthier-Braine et pour visiter le pavillon E-F sur le

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site de Wauthier-Braine. Le Délégué général fait partie de ce groupe de travail. A la suite de cette visite, le Délégué général a attiré l’attention du Gouvernement de la Communauté française sur le fait que les auditions et la visite précitées mettaient en évidence diverses préoccupations relatives au choix du pavillon envisagé pour la création de la nouvelle section de 10 places. Le Délégué général a recommandé au Gouvernement de la Communauté française de revoir la décision d’établir la nouvelle section fermée à l’IPPJ de Wauthier-Braine et d’étudier l’implantation de cette section fermée soit à un autre endroit sur le site de l’IPPJ de Wauthier-Braine, soit dans une autre IPPJ. Force est de constater que la Ministre de l’Aide à la jeunesse et de la Santé n’a pas suivi nos recommandations datées du 21 janvier 2003. Le 2 octobre 2003, la Direction générale de l’aide à la jeunesse annonçait que le personnel pourrait prendre possession des lieux le 15 février 2004 et commencer à aménager les locaux. La date à laquelle l’admission d’un premier mineur pourrait être réalisée ainsi que le rythme d’admission des mineurs seraient fixés ultérieurement. La Direction générale de l’aide à la jeunesse estimait toutefois qu’il serait possible de procéder aux premières admissions dans le courant du mois de mars 2004. On était donc loin de l’ouverture prévue le 31 mars 2003 ! Dans l’hypothèse d’un fonctionnement effectif en mars 2004, le projet aura donc pris une année de retard, année pendant laquelle des jeunes ont été orientés vers Everberg, faute de places suffisantes dans le groupe des IPPJ.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

En 2003, les auditions et les débats avaient mis en évidence une série d’inconvénients majeurs, reprises dans le rapport du 21 janvier 2003. La visite du 26 février 2004 a permis de constater les suites qui y avaient été apportées : 1. La section fermée est placée sous l’autorité de la Direction de Braine-le-Château Il existe une contradiction entre le fait de créer une section fermée au centre même du système pavillonnaire à régime ouvert de Wauthier-Braine et de placer cette unité de vie sous l’autorité de la Direction de l’établissement voisin. Force est de constater que cet inconvénient n’a pas été entendu par les autorités. 2. L’intendance Cette unité de vie, placée sous la direction de Braine-le-Château, aurait pu cependant dépendre de l’institution de Wauthier-Braine pour ce qui est de la nourriture, et autres problèmes d’intendance. Il appert que les autorités ont remédié à cette difficulté. Une cuisine a été construite au sein même de la section et l’intendance sera assurée par l’IPPJ de Braine-le-Château. Deux cuisiniers ont été engagés. 3. Le personnel En raison du personnel supplémentaire, la Direction de Braine-leChâteau gérera un staff extrêmement élevé (+/- 150 personnes) ce qui peut poser des problèmes au niveau de l’esprit d’équipe du personnel et des risques de déshumanisation de l’institution. Nous avons constaté que la Direction de l’IPPJ de Braine-leChâteau avait tenté de remédier à cet inconvénient en mettant en

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place des dispositions permettant au personnel de se connaître (placement central de la pointeuse, rencontres festives…). 4. L’organisation pratique Si cette section est au centre même de l’IPPJ de Wauthier-Braine, elle est excentrée par rapport à l’IPPJ de Braine-le-Château. a) Des couloirs avec clôtures devront être installés pour atteindre le complexe de l’IPPJ de Braine-le-Château. b) Des difficultés ont existé pendant de nombreux mois (mouvements de camions…) dans le fonctionnement de l’IPPJ de Wauthier-Braine en raison des travaux au cœur même de celle-ci. c) Les jeunes (admissions…) et les visiteurs de la nouvelle section fermée de Braine-le-Château doivent traverser toute l’IPPJ de Wauthier-Braine pour accéder à la nouvelle unité de vie. Lorsque l’on connaît le nombre d’entrées et de sorties des mineurs (séjours de courte durée), cette organisation perturbera le fonctionnement habituel de l’IPPJ de Wauthier-Braine. d) La proximité (+/- 20 mètres) entre la nouvelle section de 10 places, à régime éducatif fermé, et les bâtiments de l’IPPJ de Wauthier-Braine, à régime éducatif ouvert, posera des problèmes : contrôle des jeunes issus des unités de vie de WauthierBraine voulant entrer en contact avec les jeunes de la section fermée. Des travaux sont nécessaires pour empêcher ces contacts : mur, suppression de fenêtres du côté de WauthierBraine, ... Les autorités ont mis en place différentes dispositions pour tenter de répondre à ces problèmes : clôtures, murs, sas, passage obligé du personnel pour le pointage par l’entrée principale de Braine-leChâteau. Durant toute la période des travaux, l’IPPJ de Wauthier-Braine a éprouvé parfois des difficultés dans l’acheminement de la nourriture de la cuisine centrale vers les sections.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

5. Le projet pédagogique La durée de séjour n’est pas encore clairement définie. La durée de la prise en charge des mineurs sera par ailleurs différente de celle des mineurs hébergés dans les sections A, B et C de l’IPPJ de Braine-leChâteau. Cette durée inférieure de prise en charge n’est guère appréciée par l’institution de Braine-le-Château, partant du principe que pour effectuer un travail pédagogique avec les mineurs, le personnel éducatif a besoin d’une durée raisonnable de prise en charge. Au vu du rapport pédagogique de la section SOEF, il appert que la durée de séjour est fixée à 30 jours maximum, non renouvelables avec un minimum de 15 jours. 6. La sécurité du personnel La section fermée dépendant de la Direction de Braine-le-Château devrait bénéficier du régime de sécurité prévu à Braine-le-Château. Un des modes d’intervention repose sur la solidarité et la complémentarité du personnel en cas d’incident. Vu la distance entre la nouvelle section fermée et les autres pavillons de Braine-le-Château, la sécurité du personnel risque d’être mise à mal en cas d’émeute au sein de cette nouvelle section. En effet, les membres du personnel des sections A, B et C seront dans l’impossibilité de porter secours au personnel de la nouvelle section en raison de l’éloignement de ce pavillon par rapport à l’IPPJ de Braine-le-Château. Cet handicap n’a pas trouvé de réponse auprès des autorités. La mise en œuvre de la surveillance au sein même de l’unité sera donc d’autant plus capitale. 7. Les transfèrements La création d’une nouvelle section à Wauthier-Braine ou à Brainele-Château entraînera des difficultés quant au transfèrement des jeunes car la police ne parvient pas, déjà à l’heure actuelle, à répondre à la demande des autorités judiciaires (audiences, jugements…).

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Une réunion d’information et de concertation a été organisée entre l’IPPJ de Braine-le-Château et la police fédérale. Cette dernière demandait plus d’effectifs afin d’assurer les transfèrements. Aucune solution à ce jour n’a été apportée.
II. LE PERSONNEL DE LA SECTION

« OBSERVATION ET ÉVALUATION »

DE L’IPPJ DE BRAINE-LE-CHÂTEAU

Le personnel est engagé et au complet. Actuellement, il termine sa formation. Afin que les éducateurs ne perdent pas le contact avec l’institution (la section est située sur le territoire de l’IPPJ de Wauthier-Braine), la pointeuse est située dans le bâtiment central de l’IPPJ de Braine-le-Château. La Direction de l’institution organisera des activités afin qu’ils puissent se rencontrer et se connaître. Une soirée est prévue au mois de juin 2004. Le personnel chargé de la nouvelle section se compose de 40 personnes : 1 responsable pédagogique, 13 surveillants, 16 éducateurs (hommes et femmes), 1 psychologue, 1 assistant social, 1 psychiatre (10h00/semaine), 2 cuisiniers, 2 agents administratifs, 1 personne du service technique, 1 membre du personnel de nettoyage (engagé pour l’ensemble de l’IPPJ de Braine-le-Château), 1 mi-temps vestiaire. D’après la Direction, l’avantage de l’équipe éducative est sa diversité quant à la formation et aux compétences individuelles des agents. Cette complémentarité entre les agents permettra d’organiser des activités diversifiées (sports, culture…) avec les jeunes. Le personnel total de l’IPPJ de Braine-le-Château (4 unités de vie) est de l’ordre de 150 personnes.

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III. L’INFRASTRUCTURE DE LA SECTION DE L’IPPJ DE BRAINE-LE-CHÂTEAU

L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

« OBSERVATION ET ÉVALUATION »

Selon les prévisions officielles du 26 février 2004, la section devrait s’ouvrir le 15 mars 2004. Au vu de l’évolution et de l’état des travaux au 26 février 2004, il est prévisible qu’il y ait du retard pour l’ouverture prévue à cette date. Le 1er mars 2004, une réunion d’infrastructure s’est déroulée en présence du collaborateur de la Ministre de l’Aide à la jeunesse, en charge des IPPJ. Ce dernier a annoncé que cette section devait accueillir les premiers jeunes dès le 29 mars 2004. Cependant, au vu du chantier en cours le 26 février 2004, il paraît fort peu probable que cette infrastructure soit terminée pour permettre l’admission de mineurs à cette date. Néanmoins, une conférence de presse pour les journalistes et les magistrats aura lieu le 29 mars 2004 au sein de la nouvelle section. La Direction a toutefois indiqué qu’il était exclu d’ouvrir la nouvelle aile si les serrures avec cylindres ad hoc n’étaient pas installées. Le rez-de-chaussée se compose de 10 chambres individuelles, de 2 cellules d’isolement (bien séparées du dortoir), d’un sas de surveillance central, de 5 douches, de la pièce de séjour, de la salle à manger (sous contrôle du sas de surveillance) et d’une cuisine. Tous les bureaux administratifs se trouvent au 1er étage. Ces bureaux terminés sont spacieux et lumineux. Malgré la place disponible, des bureaux pour les conseillers religieux et philosophiques n’ont pas été prévus.

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Le rez-de-chaussée, destiné aux jeunes, est en chantier (les plafonds ne sont pas terminés, le câblage jonche le sol, l’éclairage n’est pas installé, etc.). Ces travaux ne sont pas encore en phase de finition. Concernant la sécurité de la nouvelle section, il appert que les recommandations émises par le Délégué général dans le cadre de la création d’infrastructures fermées ont été suivies d’effets. Cependant, le personnel estime que la politique de la sécurité maximale s’avère inutile à certains endroits où les risques sont moindres : les murs de la section sont construits en béton armé et toutes les portes sont blindées. Tous les WC sont en inox. Les chambres sont spacieuses et très lumineuses. Une fenêtre entre les chambres et le couloir a été installée, ce qui facilite la surveillance mais diminue l’intimité des jeunes. La cuisine n’est pas installée. Le 26 février 2004, la clôture d’une hauteur de 6 mètres qui doit relier l’IPPJ de Braine-le-Château à la nouvelle section n’est pas encore construite, ni celle qui doit être érigée autour de la cour de la nouvelle section. Une clôture d’une hauteur de 2,40 mètres doit encore être construite à l’avant de la section. Cette entrée sera destinée à accueillir les mineurs ainsi que les visiteurs. Cette clôture devra être munie de deux portes électriques qui seront actionnées par le surveillant. Un parking fermé doit encore être conçu à l’avant du bâtiment. La cour de la nouvelle section se situe à côté du terrain de sports de l’IPPJ de Wauthier-Braine. Un mur de séparation entre le terrain de sports de Wauthier-Braine et la cour des sports de la section fermée est toujours en construction afin que les jeunes de la section fermée ne puissent entrer en contact avec les jeunes de la section ouverte de l’IPPJ de Wauthier-Braine et vice versa. Le revêtement de sol de la cour des sports n’est pas placé.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

B. Analyse
I. LE PROJET PÉDAGOGIQUE DE LA SECTION

« OBSERVATION ET ÉVALUATION » EN RÉGIME FERMÉ DE L’IPPJ DE BRAINE-LE-CHÂTEAU

• Nombre de places : 10 places (aucune place d’urgence). • Durée de séjour : 30 jours maximum, non renouvelables avec un minimum de 15 jours. • Critères d’admission : - Première participation à un fait de violence. - Mise en échec de l’action en régime éducatif ouvert ; en cas de crise aiguë médiation pour favoriser par la suite le retour vers l’institution d’origine. - Problèmes récurrents en API (accompagnement post-institutionnel). • Objectifs du placement : - Arrêter la spirale de la délinquance (notion de coup d’arrêt). - Amorcer un processus de réflexion et de prise de conscience par rapport à l’acte transgressif. - Tendre vers une stabilisation du comportement. - Reconstruire un dialogue entre le jeune et l’adulte. - Appui et médiation pour le régime éducatif ouvert et/ou la famille. - Procéder à l’observation comportementale du jeune. - Effectuer une clarification/investigation globale de la situation (famille, parcours institutionnel, scolarité, tissu social…). - Éviter les placements inadéquats, successifs à des adolescents en crise personnelle et/ou familiale. - Proposer des pistes de réflexion à l’attention du magistrat. • Évaluation du séjour : réunion de synthèse Cette réunion aura lieu plus ou moins après 3 semaines de placement et réunira le jeune, l’assistant social, l’éducateur référent, le délégué SPJ, le psychologue et le responsable pédagogique. Elle consistera en une synthèse de toutes les observations dont le jeune aura pu faire l’objet et de l’évolution globale de sa situation. Un rapport de fin de séjour servira de support au bilan de sortie effectué une semaine plus tard dans le cabinet du juge.

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• Bilan de sortie : Moment où l’on fait l’exposé de la situation du jeune et un temps de parole donné à tous et surtout au jeune lui-même. C’est un moment-relais vers la famille ou vers un autre encadrement.
II. L’UTILITÉ DE LA SECTION BRAINE-LE-CHÂTEAU

« OBSERVATION ET ÉVALUATION » DE L’IPPJ DE

Nous constatons que cette section peut accueillir 10 jeunes pour une durée de 30 jours maximum, ce qui veut dire que la nouvelle section pourrait accueillir au minimum 120 jeunes par an. Dans le meilleur des cas, si la nouvelle section accueille 10 jeunes pour une durée de 15 jours minimum, cette section pourrait accueillir au maximum 240 jeunes par an. Par ailleurs, si nous nous basons sur les statistiques du centre fermé d’Everberg pour l’année 2003, on constate que ce centre a pris en charge 303 mineurs. Si l’on se base sur les critères d’admission, il apparaît qu’un jeune ne pourra intégrer la section (SOEF) de Braine-le-Château que s’il a commis un premier fait de violence. Les récidivistes ne sont-ils pas admis au sein de cette section ? Au vu des chiffres et des critères d’admission, les 10 places de la section peuvent-elles se substituer au fonctionnement actuel du centre fermé d’Everberg selon les critères d’admission prévus par la loi du 1er mars 2002 relative au placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction ? Par ailleurs, les critères d’admission sont-ils cumulatifs ? Que veut dire « fait de violence » ? Cette notion nous apparaît trop vague. Enfin, un mineur qui pose des problèmes récurrents (lesquels ?) en API (accompagnement post institutionnel) après un placement en IPPJ à régime ouvert pourrait-il être placé dans cette section fermée ?

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

La mise en activité de cette section n’a donc pas, à notre sens, été étudiée dans le cadre de la possible suppression du fonctionnement actuel du centre fermé d’Everberg : ni par rapport aux besoins chiffrés d’accueil d’urgence, ni par rapport aux critères d’admission du centre fermé d’Everberg
III. L’OUVERTURE DE LA SECTION SOEF DE L’IPPJ DE BRAINE-LE-CHÂTEAU ET LE PROJET DE RÉFORME DE LA LOI DU

8 AVRIL 1965

Le projet de réforme de la loi du 8 avril 1965 fait état de l’élaboration d’une liste de critères à prendre en compte par le juge de la jeunesse dans le choix d’une mesure pour un mineur. Ces critères prendront-ils en compte les critères d’admission de la section SOEF de l’IPPJ de Braine-le-Château ? Les critères d’admission ne correspondent pas à ce que prévoit la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse. Qu’en est-il lorsqu’un magistrat de la jeunesse ordonne le placement d’un mineur dans la section SOEF de l’IPPJ de Braine-le-Château sans respecter les critères d’admission ? Quelle est la marge de manœuvre de l’Institution publique ? Il apparaît plus adéquat d’élaborer des critères d’admission en rapport avec la loi du 8 avril 1965 réformée. Par ailleurs, le projet de réforme de la loi du 8 avril 1965, rédigé par la Ministre de la Justice favorise la prise en charge des primodélinquants notamment par la mise en place de mesures alternatives au placement telles que la médiation, la conciliation, etc. Force est de constater que les critères d’admission de la nouvelle section de Braine-le-Château sont contradictoires par rapport à la volonté politique du projet de réforme.

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Plus globalement, il semble indispensable de revoir les objectifs et le fonctionnement de cette nouvelle section au vu de la réforme de la loi du 8 avril 1965, cela dans un cadre participatif de la Direction et du personnel concernés.
IV. L’OUVERTURE DE LA SECTION SOEF DE L’IPPJ DE BRAINE-LE-CHÂTEAU ET LE PROJET D’ARRÊTÉ DU GOUVERNEMENT DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE RELATIF AUX INSTITUTIONS PUBLIQUES DE PROTECTION DE LA JEUNESSE

La durée de séjour dans la section SOEF (30 jours maximum, non renouvelables avec un minimum de 15 jours) ne respecte pas l’article 2 du projet d’arrêté du Gouvernement de la Communauté française relatif aux institutions publiques de protection de la jeunesse, dans ce sens que ce dernier ne prévoit pas de durée de séjour de 30 jours en section à régime éducatif fermé. L’article 10 du projet d’arrêté du Gouvernement de la Communauté française relatif aux institutions publiques de protection de la jeunesse ne mentionne pas la création de la nouvelle section de l’IPPJ de Braine-le-Château. C. L’évolution à la date du 24 mars 2004 Par rapport à la visite de la nouvelle section du 26 février 2004, les travaux ont grandement avancé. Il reste toutefois divers aménagements à effectuer ou à terminer :
I. L’ALARME

La Direction de l’IPPJ de Braine-le-Château est dans l’impossibilité de confirmer ou d’infirmer qu’une alarme relie directement la nouvelle section à la police en cas d’alerte grave comme c’est le cas dans le bâtiment central de Braine-le-Château. Cette disposition aurait

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

été prévue mais sa concrétisation est tributaire des travaux à effectuer par la firme sous-traitante en électricité, qui ont pris du retard.
II. LA PLAINE DE SPORTS

La clôture est en phase d’installation. Le mur latéral est terminé. La chape du revêtement de sol est placée. Le tapis de revêtement demande une journée de travail mais tout dépend des conditions météorologiques (pluie, température).
III. L’ACCÈS AU BÂTIMENT CENTRAL DE L’IPPJ DE

BRAINE-LE-CHÂTEAU

La clôture est en construction et on peut espérer son installation finale pour le 26 mars 2004, de même pour la grande porte y attenante qui donne accès à l’établissement de Wauthier-Braine.
IV.. LE PARKING ET LA CLÔTURE DE L’ENTRÉE PRINCIPALE

Le parking en face de la nouvelle section devait être achevé pour le 22 mars 2004. Le 24 mars 2004, les ouvriers creusent les premières tranchées afin d’y faire couler le béton. La clôture de l’entrée principale n’est pas encore posée.
V. LA CUISINE

L’installation de la cuisine est en cours et celle-ci pourra être installée pour le 26 mars 2004 au plus tôt. Il reste le problème des raccordements électriques.
VI. LES CELLULES D’ISOLEMENT

Les cellules d’isolement sont finalisées et opérationnelles.

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VII. LA SALLE DE FAMILLE, LES CHAMBRES ET LA CLASSE

La salle de famille et les chambres sont en voie de finition. Pour les chambres, il reste à installer les boutons d’appel et le système de la radio. La classe est finalisée et opérationnelle. Les chambres des jeunes situées du côté de la plaine de sports ne sont pas pourvues de stores. L’infrastructure s’y oppose en raison de problèmes budgétaires. Or, la Direction de l’IPPJ recommande que ces stores soient installés afin que les jeunes ne soient pas dérangés par la lumière qui sera diffusée par les spots de la plaine de sports, durant toute la nuit.
VIII. L’INSTALLATION ÉLECTRIQUE

L’installation électrique constitue la grande difficulté et une inconnue. En effet, elle n’est pas terminée et elle représente un élément pouvant bloquer l’ouverture de la nouvelle section (boutons d’appel dans les chambres, mise en action de la cuisine, caméras, éclairage…). Il semble qu’un délai d’une semaine voire quinze jours sera nécessaire pour un achèvement minimum. D. Conclusions et recommandations Par rapport à la date du 31 mars 2003, avancée par le Gouvernement de la Communauté française en 2002, l’ouverture de la quatrième section fermée de Braine-le-Château a pris un an à se concrétiser. Même si la plupart des travaux sont terminés en date du 29 mars 2004, l’installation électrique, le système d’alarme directe avec la police et la pose des serrures ad hoc restent des problèmes de taille à régler avant d’effectuer les premières admissions. La majorité des recommandations que le Délégué général a émises lors de créations de structures fermées (troisième section de l’IPPJ de

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Braine-le-Château, centre fermé d’Everberg) est aujourd’hui entendue quant à l’infrastructure. Les conditions de vie des jeunes sont adéquates au regard d’une prise en charge en milieu éducatif fermé. Dans le cadre de la réforme de la loi du 8 avril 1965, nous recommandons d’intégrer dans le projet pédagogique de la nouvelle section de l’IPPJ de Braine-le-Château, la possibilité pour le jeune de présenter au juge de la jeunesse un projet écrit de « mesures » auquel il souhaite se soumettre. Le jeune devrait recevoir une aide spécifique du personnel de l’IPPJ pour la rédaction de ce projet écrit à remettre au juge. Il est nécessaire d’élaborer des critères d’admission au sein de la section SOEF en rapport avec la loi du 8 avril 1965. La création de cette section doit être réfléchie dans le cadre de son intégration dans le groupe des IPPJ et de sa complémentarité avec les autres IPPJ. Plus globalement, il s’avèrera indispensable de revoir à brève échéance les objectifs et le fonctionnement de cette nouvelle section au vu de la réforme de la loi du 8 avril 1965. Cette dernière remarque vaut d’ailleurs pour l’ensemble du groupe des IPPJ. Le 15 avril 2004, la direction de l’IPPJ de Braine-le-Château nous informait que la nouvelle section hébergeait 5 jeunes, les serrures avec les cylindres ad hoc avaient été installées, la cuisine allait être montée, le revêtement de sol de la plaine de sports était terminé, les stores dans les chambres qui donnent sur la plaine de sports avaient été commandés, l’alarme de la nouvelle section avait été reliée aux services de police, l’électricité était opérationnelle et les grilles du parking avaient été installées. Ces dix places fermées supplémentaires pouvaient-elles permettre la suppression du centre fermé d’Everberg comme centre d’accueil d’urgence des mineurs délinquants ?

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Pour répondre à cette question, nous avons interpellé la Direction de l’IPPJ de Braine-le-Château afin d’être informé des mouvements de population journaliers au sein de la section D, et dans le même temps, la Direction pédagogique francophone du centre fermé d’Everberg pour analyser l’incidence de l’ouverture de la nouvelle section fermée sur le taux de population au centre fermé d’Everberg. Les données reçues répertorient le nombre d’entrées et de sorties de chaque institution du 9 avril (date d’entrée du premier jeune dans la nouvelle section de Braine-le-Château) au 18 juillet 2004. De ces données, il ressort qu’à l’ouverture de la section D de Braine-le-Château, le nombre d’entrées au centre fermé d’Everberg a diminué, et ce, jusqu’à ce que la section D soit presque remplie, soit le 29 avril 2004. Le 30 avril 2004, le nombre d’entrées au centre fermé d’Everberg a augmenté. Par ailleurs, le 8 mai 2004, nous constatons qu’une place s’est libérée dans la section D de Braine-le-Château, mais qu’un mineur intègre ce jour là le centre fermé d’Everberg. Le même scénario se reproduit le 12 mai 2004. Le 14 mai 2004, le centre fermé d’Everberg héberge 27 mineurs (alors que le quota du centre fermé d’Everberg est de 26) alors que la section D de Braine-le-Château dispose d’une place. Le 17 mai 2004, tant la section de Braine-le-Château que le centre fermé d’Everberg sont complets. Le 19 mai 2004, le centre fermé d’Everberg accueille 27 jeunes alors que la section D de Braine-le-Château dispose d’un lit.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Du 19 mai au 10 juin 2004, le centre fermé d’Everberg et la section D de Braine-le-Château sont remplis. Le 11 juin 2004, nous constatons une diminution du nombre de prises en charge au sein de la section D, mais le centre fermé d’Everberg reste complet. Le 15 juin 2004, le nombre de prises en charge au centre fermé d’Everberg diminue et elles augmentent au sein de la section D de Braine-le-Château. Le 18 juin 2004, un mineur de la section D de Braine-le-Château fugue du tribunal de la jeunesse, sa place est réservée au sein de la section pendant 7 jours. Le 11 juillet 2004, des problèmes de serrures surviennent au sein de la section D de Braine-le-Château. Toutes les admissions au sein de cette section sont bloquées, mais nous ne constatons pas d’augmentation dans le nombre de prises en charge au centre fermé d’Everberg. D’après l’analyse succincte de ces chiffres, nous pouvons affirmer que la création de ces 10 nouvelles places fermées en Communauté française ne désengorge pas le centre fermé d’Everberg. Pour rappel, depuis le 1er mars 2002, les institutions de placement en Communauté française sont passées de 49 places à 85 places fermées (places d’urgence dans les IPPJ compris) et rien n’est résolu… Jusqu’où les autorités fédérales et communautaires irontelles ? Le 10 août 2004, nous avons demandé à la Direction de l’IPPJ de Braine-le-Château de nous fournir un bilan du fonctionnement de sa nouvelle section depuis son jour d’ouverture, soit le 9 avril 2004.

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Ce bilan de fonctionnement reprend une analyse statistique de la population du 9 avril au 11 août 2004, des analyses relatives à l’application du projet pédagogique, à l’infrastructure et au personnel. En voici les principales conclusions :
I. ANALYSE STATISTIQUE

41 jeunes ont été pris en charge du 9 avril 2004 au 11 août 2004 par la nouvelle section fermée de Braine-le-Château. L’âge moyen de ces jeunes à leur entrée au sein de la nouvelle section est de 16 ans et 4 mois. Nous constatons que la majorité des jeunes ont été placés dans cette nouvelle section par des magistrats bruxellois (29,3 %). La majorité des motifs de placement dans cette section est le vol avec violence ou tentative de vol avec violence (41,3 %). La majorité des mineurs placés dans cette section sont de nationalité belge (82,9 %) et vivaient en famille avant d’intégrer la section D de l’IPPJ (48,8 %). Nous constatons par ailleurs que les mineurs qui sont placés au centre fermé d’Everberg proviennent dans 52 % des cas de leur famille. 38 jeunes ont été placés pour une durée de 30 jours. 3 jeunes furent placés pour 15 jours dont un qui a fait l’objet d’une mise en observation psychiatrique. Depuis l’ouverture de la section, huit mises en isolement ont été jugées nécessaires. Elles concernent cinq jeunes différents. Trois isolements ont été décidés pour le mineur qui a fait l’objet d’une mise en observation psychiatrique.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Par ailleurs, depuis le 9 avril 2004, il n’y a eu ni absence, ni évasion, ni fugue.
II. LE PROJET PÉDAGOGIQUE DE LA SECTION

D

De manière générale, le projet pédagogique de cette section est bien respecté par les magistrats. Toutefois, le deuxième critère d’admission (mise en échec de l’action en régime éducatif ouvert ; en cas de crise aiguë, un travail de médiation peut être mis en place pour favoriser, par la suite, un retour vers l’institution d’origine) devrait davantage être précisé dans la mesure où certains juges de la jeunesse ont parfois tendance à ne retenir que la première partie de ce critère (« Mise en échec de l’action en régime éducatif ouvert »). En ce qui concerne la prise en charge des jeunes posant des problèmes récurrents en API, une discussion entre les deux services de l’IPPJ de Braine-le-Château a eu lieu le 18 juillet 2004. Selon la Direction de l’IPPJ de Braine-le-Château, les objectifs repris dans le projet pédagogique ont été rencontrés. Toutefois, pour le soutien au régime éducatif ouvert, les demandes du privé sont rares alors que le projet pédagogique a été adressé à toutes les institutions susceptibles d’être intéressées. Concernant les activités organisées au sein de la nouvelle section, les jeunes ont pu bénéficier des animations extérieures suivantes : modules « Jeunesses musicales », concerts « Jeunesses musicales », atelier cinéma en collaboration avec la Direction générale de l’aide à la jeunesse et le Service général de l’audiovisuel et des multimédias.
III. INFRASTRUCTURE

Selon la Direction de l’IPPJ, il existe encore quelques problèmes d’infrastructure.

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En effet, le local de surveillance nécessiterait un système de conditionnement d’air en raison de la chaleur qui y règne. L’extinction automatique des friteuses en cas d’incendie n’est pas en service. Il n’y a toujours pas de possibilité pour l’équipe éducative de se rendre en isolement sans l’intervention d’un surveillant. Les bureaux supplémentaires promis dans l’aile C (transformation des cellules inutilisées) ne sont toujours pas opérationnels. Enfin, le 10 juillet 2004, à l’occasion de la mise en isolement d’un jeune, un vice de construction a été constaté aux serrures qui étaient fixées avec des vis trop légères, entraînant le blocage des admissions jusqu’au 17 juillet 2004.
IV. LE PERSONNEL

L’équipe est composée de deux éducateurs ayant environ 10 ans d’ancienneté et d’un de moins de 4 ans en IPPJ. Le reste de l’équipe est formé de jeunes éducateurs et éducatrices. L’équipe est composée de 11 éducateurs et 6 éducatrices. De l’avis général de l’équipe de la section D, l’accueil au sein de l’institution n’a pas été perçu positivement surtout à l’égard des éducatrices qui ont, pour certaines, fait l’objet de critiques ouvertes sur leurs capacités à intervenir en cas d’incident. L’équipe a bénéficié d’un programme de formation comprenant des notions juridiques, le cadre administratif, la gestion des groupes d’adolescents difficiles, le travail en équipe, la législation sur les isolements, le profil de fonction, les techniques d’observation, la psychologie de l’enfant et de l’adolescent… Depuis septembre 2004, l’équipe éducative bénéficie d’une supervision.

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L’équipe PMS se compose d’un psychologue à temps plein, d’un assistant social à temps plein et d’un médecin psychiatre à temps partiel. Par ailleurs, le médecin généraliste et l’infirmière de l’IPPJ voient leur travail considérablement augmenter depuis l’ouverture de cette nouvelle aile. L’équipe de surveillance s’est vue renforcée de 13 agents. Les surveillants ont suivi une formation théorique assurée par la Direction de l’IPPJ (projet pédagogique, règlements, organigramme, isolements, profil de fonction, déontologie). Par ailleurs, une journée a été consacrée à la notion de « travail en équipe » et une information sur le SISU a été donnée par une responsable de la Croix Rouge. L’intégration des nouveaux agents éducatifs n’est pas encore idéale. Pour la direction, cette question mérite donc la plus grande attention. En ce qui concerne les autres agents recrutés pour l’ouverture de la section D (surveillants, cuisiniers, employés administratifs, personnel d’intendance), ils sont intégrés dans les équipes existantes. Il n’en demeure pas moins que l’importance du personnel (145 personnes) demande à la direction une vigilance permanente de manière à ce que les conflits interpersonnels (inévitables en raison du nombre important des relations humaines dans un environnement professionnel difficile) soient gérés rapidement et ne s’enveniment pas. Ne pourrait-on pas imaginer qu’un médiateur ait sa place au sein de l’institution de Braine-le-Château ? En conclusion, cette nouvelle section fonctionne de manière optimale, eu égard notamment au fait qu’une nouvelle équipe ait été mise en place, composée essentiellement de jeunes éducateurs motivés pour le travail qu’ils y doivent accomplir. Des difficultés sont suscep-

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tibles de surgir à l’avenir en raison des désillusions de certains membres du personnel éducatif. Il n’est en effet pas simple de travailler dans une structure avec des jeunes ayant ce type de difficultés et un manque de repères se traduisant souvent par de la violence. Par ailleurs, nous constatons que la création de cette nouvelle section fermée en Communauté française ne permettrait pas la suppression du centre fermé d’Everberg. Toutefois, selon la Directrice de l’IPPJ de Braine-le-Château, « le nombre de places d’accueil dans les institutions publiques fermées ne doit plus être accru. »

Visite du Centre fermé d’Everberg le 13 février 2004 Le 13 février 2004, le Délégué général a visité le centre fermé d’Everberg afin d’y évaluer la situation en matière de respect des droits et des intérêts des jeunes. I. Les unités de vie en activités Le 13 février 2004, la section francophone du centre fermé d’Everberg hébergeait 24 mineurs francophones et 2 mineurs germanophones.
A. LE PAVILLON « O »

L’unité de vie qui existait à l’origine (9 places + 1 cellule d’isolement), le pavillon « O », a été complétée par un atelier. Un endroit a été réservé pour y faire un potager. Un poulailler a été construit. Une cabine téléphonique pour les jeunes a été installée dans l’entrée du pavillon. Cette cabine téléphonique permet aux éducateurs d’encoder les numéros de téléphone de personnes que les jeunes

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peuvent contacter. Cette installation permet aux jeunes de converser en privé avec leurs interlocuteurs. Nous avons pu constater que les recommandations relatives à la sécurité proposées par le Délégué général avaient été suivies d’effets. En effet, au niveau de la sécurité des chambres, des arrêts ont été placés aux fenêtres pour empêcher leur démontage ; les radiateurs ont été fixés au mur ; les lits, chaises et tables ont été fixés au sol ; les globes en verre des chambres ont été remplacés. Par ailleurs, le Délégué général avait constaté qu’il était possible de bloquer la porte blindée des chambres avec une chaise placée entre la porte et le W.C. en inox, situation préoccupante en cas d’incendie ou de tentative de suicide. Nous avons constaté que deux crochets avaient été installés afin de permettre d’enlever une chaise en passant par le « judas ». Enfin, un ouvre-porte à pression a été conçu pour l’ouverture des portes.
B. LE PAVILLON CENTRAL

Il se compose de quatre unités de vie de dix places chacune : deux unités au rez-de-chaussée, deux unités au 1er étage (+ 2 isolements par étage). Ces quatre unités sont isolées les unes des autres et séparées chacune par une grille en fer rejoignant le couloir commun qui donne vers la plaine des sports. Les deux unités du rez-de-chaussée et les deux unités du 1er étage sont séparées par un local de surveillance réservé aux gardiens et munis d’appareils de sécurité et d’observation : caméras, écrans…

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Le bâtiment central donne sur une vaste cour au milieu de laquelle ont été préservés quelques arbres plus que centenaires. Différents matériels sportifs sont installés sur cette cour : basket, mini-foot… Toutefois, il appert qu’en raison de difficultés financières, le revêtement de sol n’est pas terminé. En conséquence, le sol est très glissant, ce qui empêche les jeunes de s’adonner aux activités sportives lorsque le sol est mouillé. Ce désagrément a entraîné 7 accidents de travail pour des membres du personnel et quelques accidents sans gravité pour des jeunes. Le 12 août 2004, la Direction pédagogique du centre fermé d’Everberg nous informait que les travaux de sécurisation du terrain de sport n’avaient toujours pas été effectués. Néanmoins, la Direction a décidé de tracer malgré tout le terrain, quitte à devoir recommencer ce travail dans quelque temps, pour permettre aux jeunes des activités sportives variées. Ainsi les terrains sont actuellement en cours de traçage et devraient être prochainement terminés si les conditions climatiques le permettent. Il est à noter que certains goals ont déjà été fixés. Une petite salle de musculation est en cours d’aménagement au 1er étage afin de permettre aux jeunes de se dépenser à l’intérieur, par temps de pluie. II. Les bâtiments administratifs Les bureaux administratifs ont été établis dans des containers en face du bâtiment central. Ces containers sont scindés en locaux estimés insuffisants en nombre, en volume et en espace.

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III. L’accord de coopération entre l’état fédéral, la communauté germanophone, la communauté française et la communauté flamande relatif au centre fermé pour le placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction Cet accord de coopération a été conclu pour une durée de 3 ans (jusqu’au 28 février 2005). Les membres du personnel de la Communauté française ont donc un contrat à durée déterminée jusqu’au 28 février 2005. La commission d’évaluation a été créée. Elle devra remettre son évaluation au mois de mars 2004. Si l’accord de coopération est dénoncé le 31 août 2004, l’accord de coopération ne sera pas prolongé. IV. Le personnel Actuellement, 42 agents sont engagés par la Communauté française : 3 formateurs, 3 chefs de section, 23 éducateurs, 3 psychologues, 2 assistants sociaux, 1 psychiatre, 2 assistants administratifs, 1 directeur adjoint, 1 directeur pédagogique… V. Le respect des convictions philosophiques et religieuses Un imam, désigné par l’exécutif, se rend au centre fermé d’Everberg le vendredi à 16 h 45 pour y pratiquer le culte (prière). Il applique également un régime individuel tous les jours (de 13 h 30 à 15 h 45) et tous les soirs (19 h 30 à 21 h 00). Un aumônier catholique et un conseiller laïque ont été désignés mais ne sont pas encore entrés en service au sein de l’institution.

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VI. La problématique des mineurs germanophones au sein du centre Le 13 février 2004, 2 mineurs germanophones, qui ne s’exprimaient qu’en allemand, étaient placés au sein du centre. Des difficultés se sont posées étant donné qu’ils ont été pris en charge par l’équipe éducative de la Communauté française, dont les membres ne pratiquent pas cette langue. Une réunion a dès lors été organisée à Eupen dans le courant du mois de février 2004 en vue de renforcer la collaboration entre la Communauté française et la Communauté germanophone. Lors de celle-ci, il a été décidé qu’une mallette pédagogique en langue allemande serait mise à la disposition du personnel d’Everberg et que la possibilité de détacher un éducateur à temps plein serait envisagée par l’Administration de la Communauté germanophone. La Communauté germanophone a fourni du matériel didactique pour ces jeunes. VII. La problématique de certaines autres mineurs au sein du centre Différentes catégories de délinquants sont placés eu centre fermé d’Everberg alors qu’ils n’y ont pas leur place : des toxicomanes, des cas psychiatriques ainsi que des mineurs étrangers non accompagnés ayant commis des faits infractionnels de subsistance. VIII. Recommandations • Il est urgent que la plaine de sports soit aménagée et que le revêtement de sol soit sécurisé, tant pour les jeunes qui séjournent à Everberg que pour les membres du personnel.

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• Il est recommandé que les mineurs germanophones qui séjournent au centre fermé d’Everberg disposent d’un accompagnement éducatif respectant leur spécificité linguistique.

La surpopulation au centre fermé d’Everberg : la gestion des places d’urgence Dans notre précédent rapport d’activité, nous avions mis en exergue la problématique de la surpopulation au sein du centre fermé d’Everberg. Il semble que depuis septembre 2004 la situation se soit stabilisée à 26 mineurs francophones. Toutefois, les places d’urgence représentent une grande difficulté pour le centre fermé d’Everberg. En effet, les places d’urgence ont été créées par le Ministre de la Justice de la législature précédente. En février 2003, celui-ci a décidé que les places d’urgence au sein du centre fermé d’Everberg étaient strictement limitées aux mineurs poursuivis pour des faits de meurtre, tentative de meurtre ou viol sur mineur. Lorsque la nouvelle Ministre de la Justice a pris ses fonctions, la question lui fut posée de savoir si la décision de son prédécesseur restait d’application. La Ministre de la Justice a répondu par l’affirmative. Cette question fait l’objet de la « note de service n° 18 » qui stipule que « la capacité du centre est la suivante : 24 places pour la Communauté néérlandophone et 26 places pour la Communauté française et la Communauté germanophone. Le centre peut donc accepter 26 jeunes francophones. Deux des 26 places peuvent être prises par un juge germanophone. A partir de 26 jeunes, le centre peut refuser d’accueillir un jeune. Si le centre refuse une demande émanant d’un juge

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germanophone, ce dernier aura la priorité sur les autres demandes dès la première place disponible. Le placement de mineurs en surcapacité (pour meurtre, homicide et viol sur mineur) reste une possibilité (…) ». La Direction pédagogique francophone conteste cette note de service. Elle rappelle que l’accord de coopération entre l’État fédéral, la Communauté germanophone, la Communauté française et la Communauté flamande relatif au centre fermé pour le placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction datant du 30 avril 2002, prévoit 24 places francophones et 2 places germanophones. Dès lors toute surcapacité viole cet accord de coopération. La Direction pédagogique francophone estime dès lors que si un mineur francophone est placé en surcapacité, la Communauté française n’a pas à le prendre en charge étant donné que cette pratique est contraire à l’accord de coopération du 30 avril 2002. Par ailleurs, il est important de constater que le nombre de places d’urgence n’est pas limité et que l’hypothèse de l’admission en surcapacité de six jeunes arrivant pour tentative de meurtre pourrait totalement être envisagée. Toutefois, si des jeunes francophones ne sont pas encadrés par la Communauté française, ils peuvent néanmoins bénéficier du matériel pédagogique, tels que des romans, des bandes dessinées et peuvent, en cas de nécessité, rencontrer le psychologue ou le psychiatre. A l’heure actuelle, les surcapacités ont une durée extrêmement courte. Ainsi, depuis le mois de janvier 2004, 4 jeunes ont été placés au centre fermé en surcapacité. Conscient du fait que cette situation est préjudiciable aux jeunes, ce point a été mis à l’ordre du jour de la commission d’évaluation du centre fermé d’Everberg.

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Les pratiques de mises en cellules d’isolement et des mises en chambre de mineurs placés au centre fermé d’Everberg L’accord de coopération du 30 avril 2002 entre l’État fédéral, la Communauté germanophone, la Communauté française et la Communauté flamande relatif au centre fermé pour le placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction prévoit, en son article 30, que le règlement d’ordre intérieur du centre d’Everberg est approuvé par les Ministres compétents. Le point 3 concerne le placement de jeunes dans un espace d’isolement. En effet, l’article 18 du règlement d’ordre intérieur du centre fermé d’Everberg prévoit que « la mesure d’isolement dans l’espace prévu à cet effet est une mesure d’exception. On ne peut y avoir recours que dans les situations suivantes : lorsque l’on met en danger sa propre intégrité physique, celle des autres jeunes, des visiteurs ou d’un membre du personnel du centre, en cas de fuite ou lors d’une tentative de fuite et en cas de trafic de drogue dans le bloc ». De plus, l’article 17, § 2 du règlement d’ordre intérieur stipule que « dans le respect des dispositions prévues par l’article 16, § 2, des sanctions peuvent être imposées par le Directeur fédéral ou son délégué, pour autant qu’il y ait un lien entre le comportement du jeune et la mission à remplir par l’autorité fédérale dans le centre, et pour autant que le jeune ait un comportement négatif à l’égard du personnel de l’autorité fédérale » L’article 17, § 3 dispose que « toutes les sanctions qui ont pour conséquence pour le jeune un éloignement du groupe de vie et dont la durée dépasse le temps de l’activité en cours font l’objet d’une concertation entre l’autorité fédérale et la communauté concernée et cela, au plus tard dans les deux jours ». Il s’agit donc d’une concertation durant laquelle la Communauté française n’a pas de possibilité de veto.

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D’après les investigations menées auprès de la Direction pédagogique du centre fermé, il existe un registre d’isolement comme prévu à l’article 17, § 4 du règlement d’ordre intérieur. En ce qui concerne les mises en chambres, il a été décidé, en Comité de Direction, que celles-ci soient soumises au même cadre que les isolements. Elles doivent immédiatement faire l’objet d’une concertation entre les Directions et le magistrat de la jeunesse doit être immédiatement prévenu. Toutefois, ni la loi, ni l’accord de coopération, ni le règlement d’ordre intérieur ne mentionnent le fait qu’un registre des mises en chambre doive être tenu. La Direction pédagogique indique par ailleurs que « les mises en chambre au centre d’Everberg sont excessivement rares ». Toutefois, le Délégué général a été interpellé à deux reprises entre septembre et décembre 2003, par deux mineurs qui avaient fait l’objet d’une mise en chambre. Le 8 janvier 2004, le Délégué général interpella une nouvelle fois la Direction pédagogique du centre d’Everberg pour connaître les procédures prévoyant des garanties pour les jeunes de ne pas faire l’objet de pratique de mises en chambre de manière abusive. La Direction pédagogique du centre d’Everberg indiqua, le 5 février 2004, à cet égard, que « les modalités prévues en ce qui concerne les mises en chambre émanent de la Communauté française, le magistrat est prévenu dans les meilleurs délais par le biais d’un rapport expliquant la situation ». Enfin, la Direction pédagogique a proposé qu’il soit mis en place une cellule qui puisse vérifier a posteriori les sanctions appliquées par les différentes Directions au sein du centre d’Everberg. Le 12 août 2004, cette cellule n’a toujours pas été mise en place.

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Un dossier relatif aux pratiques de mises en cellules d’isolement au sein du centre fermé d’Everberg mérite que l’on s’y attarde. Le Délégué général a été interpellé par un agent pénitentiaire du centre fermé d’Everberg au sujet de la pratique de mise en cellule d’isolement pour des mineurs qui ne pouvaient plus intégrer leur chambre au sein de leur section. En effet, d’après les informations du Délégué général, certains mineurs seraient placés dans une cellule d’isolement en raison de certaines dégradations matérielles intervenues dans leur chambre. Ces pratiques se dérouleraient régulièrement. Ainsi, un mineur aurait dû rester en cellule d’isolement pendant 10 jours, tout en bénéficiant d’un accompagnement éducatif, car sa chambre avait été dégradée. Le Délégué général a dès lors interpellé la Direction pédagogique du centre fermé d’Everberg. Celle-ci indiqua qu’au sein du pavillon O, la cellule d’isolement pouvait, en cas d’absolue nécessité, se muer en chambre. Mais des meubles devaient alors y être disposés. Il manque cependant la douche ainsi que la possibilité d’allumer la lumière de l’intérieur. Le 17 décembre 2003, il y avait quatre chambres inoccupables dans le centre. Parmi celles-ci, trois rencontraient un problème avec les sanitaires où la pompe était défectueuse. Les pièces avaient été commandées et la Direction attendait leur livraison. Concernant la périodicité de ces pratiques, il s’agissait du deuxième cas et le premier cas n’était resté en cellule d’isolement que deux jours.

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Justice
Le fonctionnement de la Justice : délais pour les études sociales et expertises De nombreuses personnes estiment que le délai pour commencer les études sociales ou expertises psychologiques demandées par les tribunaux est beaucoup trop long (plusieurs semaines ou mois). Certaines plaintes concernent également le délai pour la remise de l’expertise (un an voire plus). D’autres ont trait aux modalités de celle-ci (les parents ne sont pas toujours entendus ou l’enfant n’est vu qu’une ou deux fois).

Le fonctionnement des services « Espaces-Rencontres » : application de décisions de Justice La question relative à l’exercice d’un droit aux relations personnelles au sein d’un « Espaces-Rencontres » a déjà été abordée dans les rapports annuels précédents. En effet, le Délégué général a été saisi à plusieurs reprises au sujet des difficultés vécues soit par l’enfant, soit par les parents, lorsqu’une décision judiciaire imposait des contacts par l’intermédiaire d’un service « Espaces-rencontres » : rencontres forcées, avec utilisation de la contrainte physique si nécessaire ; menaces de condamnation et agressions verbales ; obligation pour l’enfant de parler et jouer avec le parent en visite ; fermeture à clé du local de visite ; encadrement insuffisant ; manque d’informations quant au déroulement des visites et absence de réunions de bilan régulières. Plus récemment, le Délégué général a été saisi de diverses situations où des services « Espaces-Rencontres » sont désignés par les tribunaux avec pour mission de rétablir des contacts parents-enfants

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sans précisions de durée, de modalités d’évolution de ces rencontres… et sans qu’une audience ultérieure d’évaluation de la situation ne soit prévue par les autorités judiciaires. Dans ces situations, c’est le service « Espaces-Rencontres » qui détermine quand le nombre d’heures de visite augmente, quand on passe de visites encadrées à des sorties, et quand on passe des sorties à des week-ends… sans qu’aucun recours ne soit ouvert au parent disposant de la garde de l’enfant. Il faut également remarquer qu’il arrive que les services « Espaces-rencontres » ne tiennent pas compte des avis des thérapeutes qui suivent les enfants. Une des difficultés provenait de ce qu’il n’y avait plus de pouvoirs subsidiants clairement identifiés et donc plus de pouvoirs de contrôle. Chaque « Espaces-Rencontres » établit son propre règlement et l’applique de façon autonome. Il n’existe pas de règlement général applicable à l’ensemble de ces services. La Région wallonne a voté le 27 mai 2004 un décret relatif à l’agrément et au subventionnement des services « EspacesRencontres ». Ce décret précise que les « Espaces-rencontres » sont des services qui s’adressent aux familles en situation de rupture, de divorce ou de séparation. Les missions des « Espaces-Rencontres » telles que définies par le décret sont : • de permettre au parent avec lequel l’enfant ne vit pas, un exercice normal de son droit aux relations personnelles lorsque ce droit a été interrompu ou lorsqu’il se déroule difficilement ou de manière conflictuelle. • de contribuer à créer ou à restaurer la relation entre l’enfant et le parent avec lequel il ne vit pas

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Ce décret détermine en outre l’agrément de ces « EspacesRencontres », leur fonctionnement, leur contrôle, et crée une commission consultative wallonne des services « Espaces-Rencontres ». Le décret n’est pas encore entré en application. Gageons toutefois que le nouveau cadre législatif et réglementaire mis en place pourra rencontrer les difficultés de fonctionnement développées ci-dessus.

L’adoption internationale et la Kafalah Depuis plusieurs années, le Délégué général est très régulièrement interpellé concernant des adoptions fondées sur une kafalah. De manière très succincte, la kafalah est une institution d’inspiration religieuse par laquelle une personne, une famille s’engage à entretenir un enfant, à l’éduquer. Cette institution est reconnue par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et est interprétée comme une mesure alternative de protection particulière pour un enfant temporairement ou définitivement privé de sa famille. La matière de l’adoption relève quant à elle de la filiation et les règles de la filiation font référence à notre généalogie, à notre identité, à la transmission des biens. Les règles de la filiation permettent par ailleurs de nous différencier et de construire notre identité en faisant référence à notre passé. La référence à l’histoire d’un individu constitue bien évidemment une protection fondamentale. Il suffit de penser aux enfants du tiers-monde qui ne sont pas enregistrés et dont aucune administration ne contient des traces de la naissance pour se rendre compte que ces enfants sont exposés à tous les dangers, à la prostitution, à la maltraitance, au commerce d’organes, au trafic d’enfants. Les règles de filiation servent donc non seulement à favoriser la différenciation des individus mais aussi à les protéger. En matière de droit international privé, elles sont régies par le statut

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personnel, c’est-à-dire par l’État du lieu où l’enfant est né. Les règles de la filiation correspondent donc aussi à un engagement anthropologique dont le but est de respecter l’identité, la culture de l’enfant confié à l’adoption. Respecter sa culture, c’est évidemment respecter les règles juridiques de son pays instituant la filiation. Il n’appartient pas à un État de s’ingérer dans un ordre juridique étranger en disqualifiant ses institutions. En matière d’adoption internationale, la Convention de La Haye du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale a été ratifiée par l’État belge. Cette Convention a été adoptée dans le but de lutter notamment contre des pratiques de vol et de trafic d’enfants. Conformément à l’article 1er, cette Convention a pour objet : a) d’établir des garanties pour que les adoptions internationales aient lieu dans l’intérêt supérieur de l’enfant et dans le respect des droits fondamentaux qui lui sont reconnus en droit international ; b) d’instaurer un système de coopération entre les États contractants pour assurer le respect de ces garanties et prévenir ainsi l’enlèvement, la traite d’enfants ; Cette Convention prévoit des obligations tant dans le chef de l’État de l’enfant que dans le chef de l’État qui accueillera l’enfant. De manière succincte, les autorités de l’État d’origine dont est issu l’enfant sont chargées de vérifier l’adoptabilité de l’enfant et la validité des consentements à l’adoption et d’examiner s’il n’existe pas d’autres possibilités de placement de l’enfant dans son État d’origine, si l’adoption est conforme à l’intérêt supérieur de l’enfant…

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Conformément à l’article 5 de la Convention précitée, les autorités compétentes de l’État d’accueil, État des candidats adoptants, devront vérifier si les futurs parents adoptifs sont qualifiés et aptes à adopter, si les futurs parents ont été entourés de conseils nécessaires et ont constaté que l’enfant est ou sera autorisé à entrer et à séjourner de façon permanente. En Belgique, conformément à la Convention de La Haye du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale, le législateur national a élaboré une nouvelle loi relative à l’adoption, votée le 4 avril 2003 et publiée au Moniteur belge le 6 mai 2003. La Communauté française a voté un décret relatif à l’adoption le 31 mars 2004 et publié au Moniteur belge le 13 mai 2004. L’entrée en vigueur de ces législations nécessite l’élaboration de réglementations de détails et d’aménagements, par l’application d’arrêtés. Il incombe donc aux différents gouvernements de procéder à la rédaction d’arrêtés qui permettront l’entrée en vigueur de ces deux législations. L’article 20 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant est libellée comme suit : 1. Tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial, ou qui dans son propre intérêt ne peut être laissé dans ce milieu, a droit à une protection et une aide spécialisées de l’État. 2. Les États parties prévoient pour cet enfant une protection de remplacement conforme à leur législation nationale. 3. Cette protection de remplacement peut notamment avoir la forme du placement dans une famille, de la kafalah de droit islamique, de l’adoption ou, en cas de nécessité, du placement dans un établissement pour enfants approprié. Dans le choix entre ces solutions, il est dûment tenu compte de la nécessité d’une cer-

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taine continuité dans l’éducation de l’enfant, ainsi que de son origine ethnique, religieuse, culturelle et linguistique. Le Délégué général est régulièrement confronté à l’application de la kafalah. De nombreuses personnes se rendent au Maroc, proposent de prendre en charge un enfant placé dans un orphelinat et sollicitent une kafalah pour cet enfant. Ils reviennent ensuite en Belgique, avec ou sans l’enfant, et introduisent ensuite une procédure d’adoption. Certains juges requalifient cette institution en adoption plénière3. La kafalah se différencie pourtant de l’adoption et l’article 20 présente la kafalah comme une protection spécifique pour l’enfant privé de son milieu familial et donc une alternative au placement dans un service d’hébergement. Il semble dès lors très problématique de requalifier cette institution en adoption : - Il s’agit tout d’abord d’une démarche peu respectueuse des droits internes de pays tiers ; - La kafalah est une institution qui maintient le lien de filiation et le fait de requalifier cette institution en adoption n’est pas respectueux des identités culturelles, de la prise en compte de la nécessité d’une certaine continuité dans l’éducation de l’enfant, ainsi que de son origine ethnique, religieuse, culturelle et linguistique (article 20 de la Convention internationale). Lorsqu’on sait l’importance des questions identitaires sur l’évolution d’un enfant, le fait de disqualifier cette institution en adoption pose question. - Le fait d’autoriser une adoption sur base d’une kafalah, c’est accepter éventuellement les risques et dérives d’abus dénoncés par la Convention de La Haye : c’est soustraire les parents à toute démarche d’accompagnement organisé par un organisme d’adoption et c’est accepter le risque de parents inaptes, de parents pervers (maltraitance, pédophiles). C’est autoriser aux

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parents de choisir un enfant et c’est accepter le risque d’un commerce d’enfants… - La kafalah est en principe une institution religieuse, d’inspiration islamique et réservée exclusivement aux musulmans. Dans un État laïc et démocratique, les contrats religieux ne produisent pas des effets civils. Ainsi, le mariage civil précède le mariage religieux. Le principe de la séparation de l’État et de la religion constitue une valeur fondamentale de la démocratie. La Kafalah devrait en principe être soumise à l’examen préalable des juridictions des pays d’accueil. En conclusion, compte tenu de l’absence d’institution équivalente en droit belge, de nombreuses personnes sont amenées à solliciter des actes d’adoption et ensuite à déposer une requête en homologation d’adoption. Certains juges acceptent d’homologuer ces actes en adoption plénière. Le Délégué général s’interroge s’il n’est pas contraire à la Convention internationale relative aux droits de l’enfant de confondre les deux institutions. Dans certains cas, la référence à la kafalah peut être une forme détournée de procéder à une adoption internationale sans cependant respecter les règles de la Convention de La Haye. Il apparaît donc nécessaire de mettre en œuvre des moyens efficaces permettant d’une part d’accompagner des personnes accueillant des enfants dans le cadre d’une kafalah et d’autre part d’adopter une législation conforme à la Convention internationale relative aux droits de l’enfant qui autorise la mise en œuvre d’une kafalah.

La mendicité des mineurs d’âge De nombreuses personnes, s’adressant principalement par messages téléphoniques, interpellent régulièrement le Délégué général parce qu’ils rencontrent des enfants qui mendient. Cette probléma-

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tique est récurrente, permanente et semble même prendre une ampleur telle qu’elle présente tous les signes indiquant qu’il s’agit d’un problème de traite des êtres humains, en l’occurrence des enfants. Lorsque le Délégué général reçoit des appels téléphoniques relatifs à la mendicité de mineurs, son service informe immédiatement les forces de l’ordre afin qu’elles agissent au mieux pour la protection de ces enfants. Depuis quelques années, on observe un nombre croissant de mineurs qui mendient dans les grandes villes. Ce problème de société fait partie des préoccupations du Délégué général aux droits de l’enfant. Certes, la mendicité a toujours existé en Belgique, mais la mendicité des mineurs est un phénomène nouveau qui prend de plus en plus d’ampleur. Il est apparu au début des années 1990. Aujourd’hui, il poursuit sa croissance accompagnée de nouvelles formes de mendicité (mineurs qui mendient seuls ou en groupe, handicapés, jeunes enfants assoupis sur les genoux de leur mère qui sollicite la générosité des passants). En 1992, le Délégué général a mis en place un groupe de travail consacré à la prise en charge des enfants et des jeunes gens du voyage (traitement de la délinquance et de la mendicité). A la suite des travaux de ce groupe de travail, nous avons élaboré plusieurs propositions. Mais la problématique décrite à cette époque est largement dépassée par les difficultés rencontrées aujourd’hui. En mars 2003, notamment suite à nos interpellations, le Ministre chargé de l’Enseignement fondamental de l’Accueil et des Missions confiées à l’ONE et la Ministre de l’Aide à la jeunesse et de la Santé

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ont confié à la Coordination des ONG pour les droits de l’enfant une mission de recherche visant à établir un état des lieux de la problématique de la mendicité des enfants en Communauté française et à élaborer des recommandations sur cette question. Cette recherche s’est terminée en septembre 2003. Par ailleurs, chaque fois que le Délégué général est informé d’une situation de mendicité d’un mineur, il contacte immédiatement les services de police, afin qu’ils se rendent sur place, ou le Procureur du Roi compétent. Toutefois, force est de constater que la majorité des services de police n’interviennent pas ou peu. Le Procureur du Roi de Bruxelles se déclare par ailleurs incompétent par rapport à cette problématique. En effet, le Procureur du Roi de Bruxelles nous indique dans un courrier du 12 janvier 2004 : « Cette situation pourrait être de la compétence du C.P.A.S., s’agissant éventuellement d’une question d’aide à la jeunesse. Il ne paraît pas raisonnable de prétendre que l’enfant est en danger du fait de la mendicité de la dame qui le porte dans les bras. Il est possible que cette question soit de la compétence de la police administrative ; mais il n’appartient pas dans ce cas au Procureur du Roi d’intervenir. En ce qui concerne la demande d’intervention de la police, je vous prie de ne pas perdre de vue que les équipes mobiles sont tenues d’intervenir en premier lieu dans les affaires qui requièrent une plus grande priorité telles que les attaques à main armée, les vols avec violence, les crimes et délits avec morts ou blessés, les trafics, etc. » En date du 29 janvier 2004, le Délégué général a donc invité la Ministre de la Justice à une rencontre afin d’étudier des pistes praticables de lutte contre le problème de la mendicité des enfants.

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Par exemple, d’après les investigations menées, la section jeunesse de la zone de police de « Bruxelles Ouest » gère la mendicité des mineurs, à notre sens, de manière responsable et pédagogique. En effet, lorsque des mineurs mendiants sont interpellés, le service de police de cette zone vérifie, dans un premier temps, leurs conditions de vie. Ainsi, la police les raccompagne pour vérifier celles-ci et leur lieu de vie. Dans un second temps, la police tente de scolariser les mineurs en entamant des démarches auprès de différentes écoles. Les résultats semblent probants. Le Parquet général de Bruxelles a mis sur pied, en mai 2004, un groupe de travail afin de mener une réflexion commune sur les moyens de prévenir ces situations, sur l’identification des besoins et sur l’assistance à fournir à ces mineurs. Ce groupe de travail est également chargé de jeter les bases d’une politique commune en matière de recherches et de poursuites pour l’arrondissement judiciaire de Bruxelles. Des réunions ont été organisées le 6 mai et le 9 juin 2004 (avec les chefs de corps de la police fédérale). Une réunion était prévue le 22 juin 2004 mais a été postposée au 29 septembre 2004. Le Délégué général a été invité à participer à ces travaux. Lors de la réunion du 29 septembre 2004, il a été convenu que le Parquet général de Bruxelles adresse un courrier aux Bourgmestres des 19 communes bruxelloises afin de leur soumettre un projet cohérent pour lutter contre la mendicité des mineurs à Bruxelles. Le Parquet général a requis la participation du Délégué général pour rédiger ce courrier.

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Une réunion restreinte sera donc organisée le 28 octobre 2004. Une réunion plénière se déroulera le 24 novembre 2004. Nous recommandons à la Ministre de la Justice de se saisir de ce problème général de la mendicité, c’est-à-dire de mettre en place une politique cohérente à mener par les parquets, à partir d’une concertation avec les Communautés. A cet égard, ce point pourrait utilement être mis à l’ordre du jour d’une prochaine conférence interministérielle sur les droits de l’enfant. En attendant, nous continuons à signaler constatés à la Police fédérale les cas de mendicité, comme par exemple, cet enfant de 6 ou 7 ans jouant de l’accordéon entre les tables des restaurants proches de la Grand-Place de Bruxelles, pendant la période de scolarité obligatoire. La police est intervenue une heure après notre appel. A son arrivée, l’enfant avait disparu…

L’enseignement
La problématique de l’échec scolaire En 2002, le Délégué général a été interpellé par l’« Association de parents luttant contre l’échec scolaire et l’abandon scolaire », qui s’inquiétait de l’important taux d’échec et d’abandon scolaire en Communauté française. Un groupe de travail a été mis sur pied, et une première réunion invitant les représentants des Ministres compétents et associations de parents a été organisée au mois de mai 2003. En octobre 2003, une autre réunion a été organisée, au cours de laquelle les représentants des Ministres ont pu indiquer les mesures

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qui avaient été prises par les différents Ministres pour lutter contre cette problématique. Ainsi, la Ministre de l’Enseignement supérieur a organisé des groupes de parole dans les universités, pour lutter contre le décrochage scolaire. Elle a aussi mis l’accent sur cette problématique lors de la formation des futurs enseignants. La Ministère de l’Enseignement supérieur vise donc la prévention et l’anticipation. Pour sa part, le Ministre de l’Enseignement secondaire a relativisé le taux d’échec scolaire, et indiqué que la situation était pire antérieurement. Toutefois, pour lutter contre l’échec et le décrochage scolaire, il préconise l’amélioration de la maîtrise du français (en favorisant notamment la lecture). Il entend également créer les centres de rescolarisation, afin de remettre dans le circuit des élèves en décrochage scolaire important. Enfin, il souhaite renforcer les équipes de médiation scolaire. Par ailleurs, le Ministre de l’Enseignement secondaire s’est intéressé aux jeunes à haut potentiel (surdoués), notamment en installant un réseau d’écoutes au sein des universités. Enfin, le Ministre de l’Enseignement fondamental a mené diverses actions durant cette législature. Il a notamment augmenté les moyens attribués à la formation continuée et à la discrimination positive, et il est à l’origine du décret sur les primo-arrivants. Il a également mis l’accent sur plusieurs éléments de réflexion, tels que la brochure « Tous capables », le projet de modification du CEB, ou les accords de la Saint-Boniface (prévoyant le refinancement de l’enseignement). Par ailleurs, l’« Association de parents luttant contre l’échec scolaire et l’abandon scolaire », s’est rendue en Finlande, dans le but d’y étudier le système scolaire. En effet, celui-ci présenterait un très faible taux d’échec scolaire, de redoublement et de décrochage scolaire. Un mémoire a été rédigé et envoyé aux différents Ministres compétents.

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En août 2004, après l’installation du nouveau Gouvernement, la Ministre de l’Éducation a également été interpellée sur cette problématique. Le mémoire sur l’enseignement finlandais lui a aussi été communiqué. La Ministre a répondu que la réduction continue des phénomènes d’échec scolaire et d’abandon scolaire en Communauté française représente l’un des principaux objectifs que doivent poursuivre le système éducatif et l’ensemble de ses composantes aujourd’hui. D’après la Ministre, un recentrage sur l’enseignement des savoirs de base et une revalorisation des enseignements qualifiants devront notamment y participer. Par ailleurs, elle signale l’attention portée aux solutions développées par les pays voisins, notamment en Europe du Nord, en matière de lutte contre l’échec scolaire. A son sens, le cas échéant, le Gouvernement ne doit pas négliger cet éclairage international afin d’alimenter la réflexion en Communauté française.

La comptabilisation d’élèves victimes de maltraitance Un directeur d’école a saisi le Délégué général sur un problème concret qui pouvait être rencontré en matière de dénonciation de situation de maltraitance. Il indique que le fait de dénoncer les actes de maltraitance, avant le 30 septembre, pourrait, si les parents décident de retirer leur enfant, et en cas d’application stricte de la réglementation par l’Administration, entraîner un risque de perte d’emploi et une diminution des subsides octroyés à l’école. Dès lors, il craint que certains professeurs ne s’abstiennent de signaler des cas de maltraitance, eu égard aux conséquences que cela pourrait entraîner en terme de subsides et d’emploi. L’avis du Ministre de l’Enseignement fondamental a été demandé sur cette question. A priori, il imagine difficilement une telle attitude dans le chef du personnel enseignant. Néanmoins, il confirme qu’une

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inscription retirée avant le 30 septembre ne pourrait être comptabilisée dans l’école, conformément au décret du 13 juillet 1998. Cependant, il précise que, dans le cas où il pourrait subsister des doutes quant au maintien de l’inscription d’un élève au 30 septembre, l’Administration de la Communauté française analyse en profondeur la situation avant de prendre une décision en matière de comptage. Dès lors, selon le Ministre, l’Administration ne se borne pas à appliquer purement et simplement la loi ; elle sait faire preuve de compréhension. Le Directeur a ainsi pu être rassuré par rapport aux conséquences de l’obligation de signalement d’actes de maltraitance par les enseignants.

Un problème de vestiaires lié à la mixité des élèves Le Délégué général a été saisi parce que les filles et les garçons d’une école primaire devaient enfiler leur tenue de gymnastique ensemble dans le même vestiaire. L’école ne parvenait pas à trouver de solution à ce problème, le groupe étant à la charge d’un seul enseignant. Interpellé, le Ministre de l’Enseignement fondamental a répondu qu’il y avait lieu de partager le groupe d’élèves entre filles et garçons, et de les installer dans des vestiaires distincts. La surveillance de chaque local pouvait être assurée d’un côté par le maître d’éducation physique, et, de l’autre, par le titulaire de classe. Le Ministre a ainsi indiqué que le pouvoir organisateur pouvait décider d’affecter les titulaires de classe à des tâches de surveillance, dans les limites prévues par le décret du 13 juillet 1998. Suite à cette décision, une solution conforme aux prescrits légaux, et satisfaisant à la fois les parents et la direction, a pu être trouvée.

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L’école est-elle le meilleur endroit pour faire arrêter un mineur d’âge par la police en le menottant ? Le Délégué général a été saisi de la situation d’un jeune de 13 ans soupçonné de vols et de racket, qui avait été interpellé sur les bancs de l’école. Le jeune avait été emmené par la police, menotté. D’après les parents, relayés par le conseiller confessionnel de l’IPPJ où il était placé, le jeune aurait tenté d’échanger un GSM, et n’aurait volé qu’une peluche et des friandises. Pour ce qui est des faits de violence, il s’agirait de coups portés dans le cadre de jeux à la récréation. Par ailleurs, tant le conseiller confessionnel que le juge, dans l’ordonnance de placement, considèrent que l’environnement familial paraît adéquat, enclin au dialogue, et soucieux de l’éducation de leur enfant. Le Parquet a été interpellé pour connaître les raisons pour lesquelles le jeune garçon et ses parents n’avaient pas été convoqués par la police en dehors des heures scolaires, l’autorité qui avait donné l’ordre à la police d’intervenir à l’école ainsi que les raisons de l’arrestation à l’aide de menottes. Le Parquet a justifié l’interpellation au sein de l’école par le fait que l’arrestation avait eu lieu, en concertation avec la Direction de l’école, « afin de restaurer la confiance dans le chef des victimes ». Il a également précisé qu’aucune instruction n’avait été donnée quant à la mise des menottes au suspect. Suite à cette réponse, et dans la mesure où l’arrestation s’était effectuée en concertation avec l’école, l’avis de la Ministre de l’Éducation a été requis au sujet des vertus pédagogiques d’un tel procédé sur l’auteur des faits. Celle-ci a répondu qu’elle en doutait, mais que l’on pouvait également partager le point de vue des victimes présumées, qui auront pu

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retrouver quelque confiance en assistant à l’arrestation de leur agresseur. Toutefois, la Ministre estime que les menottes, dans cette optique, étaient sans doute malvenues, s’agissant d’un enfant de 13 ans. Le Délégué général a tenu à attirer l’attention des autorités sur le cas d’école de cette intervention, qui aurait pu se dérouler de manière moins traumatisante pour tous. A cet égard, plusieurs problématiques ont été soulevées : l’absence de convocation du jeune et de ses parents par la police en dehors des heures scolaires, l’intervention de la police au sein même de l’école, la mise de menottes. En outre, cette situation a fait l’objet d’un écho médiatique manifestement organisé. Sachant qu’il a été relevé par le juge de la jeunesse lui-même que les parents étaient des personnes de confiance, on peut se demander pourquoi l’interpellation n’a pas eu lieu au domicile des parents et pourquoi ceux-ci n’ont pas été convoqués par la police. Par ailleurs, on doit remarquer, en ce qui concerne les faits commis par le jeune, la présentation diamétralement différente qui en est faite par les parents et le conseiller confessionnel d’une part, et les autorités judiciaires d’autre part. Bref, cette situation paraît bien complexe et les avis des différents intervenants sont loin d’être unanimes dans ce dossier. Toujours est-il que le juge de la jeunesse dispose, de par la loi, d’un éventail de mesures, par exemple, la surveillance, la guidance d’un centre d’orientation éducative, la réalisation d’une prestation éducative ou philanthropique, le placement dans le secteur privé ou le secteur public, le placement en milieu éducatif fermé… Il est paradoxal que le début même de l’exécution par le Parquet (l’interpellation du mineur dans sa classe, avec usage de menottes)

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d’une mesure prévue par la loi (le placement en IPPJ) constitue, en quelque sorte une mesure elle-même, dont le caractère et l’efficacité pédagogique ne sont d’ailleurs pas démontrées.

Le suivi scolaire des enfants dont les parents sont séparés Un père, séparé et vivant à l’étranger, ne parvenait plus à obtenir des informations relatives au suivi scolaire de son fils, résidant avec sa mère en Belgique. En effet, la Directrice de l’école, bien qu’ayant participé à une conférence relative à l’autorité parentale en milieu scolaire, estimait que l’école n’était pas tenue de fournir de telles informations. Or, la circulaire n° 90 du 19 mars 2002 prévoit cette information. La Directrice de l’école, ainsi que l’intervenant lors de cette conférence, ont été interpellé. L’intervenant a expliqué que les conditions matérielles de cette conférence avait pu induire la Directrice en erreur. Par ailleurs, la Direction générale de l’Enseignement obligatoire a été saisie de la question. Dans un premier temps, elle a répondu que l’école n’était pas tenue d’informer le père. Par la suite, la Direction générale a pris une autre position, et a contacté le Pouvoir Organisateur de l’école, afin que, dans le cas d’espèce, l’école informe le père. La Directrice a quant à elle répondu que, désormais, elle répondrait à la demande du père, même si quelques difficultés de communication ont encore été rencontrées. Cet exemple démontre que, malgré l’existence d’une circulaire en la matière, l’autorité parentale conjointe à respecter en milieu scolaire semble être est un sujet plutôt méconnu par les Directeurs d’école. Certains d’entre eux tiennent pour acquis l’obligation d’informer le

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parent gardien du suivi scolaire de l’élève, estimant qu’il n’est pas de leur devoir de faire de même à l’égard du parent disposant de l’hébergement secondaire. Or, il arrive que le parent non-gardien ne soit pas informé par l’autre parent des résultats scolaires, des dates des réunions de parents, des demandes relatives au choix du cours philosophique… La circulaire n° 90 du 19 mars 2002 donne cependant des indications en la matière. Si l’information mutuelle entre les parents constitue la règle, lorsque cela n’est pas possible (en cas de mésentente grave, par exemple), c’est à l’école qu’il revient de tenir ces informations à disposition des deux parents. Cela ne veut pas dire que la Direction doit systématiquement envoyer une copie de tous les documents remis à chacun des parents (car cela ajouterait une surcharge au travail administratif déjà bien lourd des Directeurs), mais le devoir d’information peut être rencontré, par exemple, en permettant à l’autre parent de venir consulter sur place le bulletin scolaire de l’élève, ou en répondant aux questions précises sur le suivi scolaire, comme c’est le cas dans l’exemple donné. L’audition des enfants dans le cadre des procédures d’inspection Lorsqu’il est saisi au sujet d’une plainte mettant en cause un enseigant, un membre du personnel d’une école ou la direction d’une école elle-même, le Délégué général interpelle la Direction générale de l’enseignement obligatoire afin qu’une inspection relative au motif de la plainte soit effectuée. S’il reçoit effectivement suite à son interpellation, il n’est pas rare que les parents qui l’ont saisi se plaignent par la suite que leurs enfants n’ont pas été entendus dans le cadre de la procédure d’inspection.

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Le fonctionnement du « 103 », le numéro du téléphone vert « Écoute-Enfants »
Des plaintes ont été émises quant à la disponibilité du « 103 », la ligne téléphonique d’Écoute-Enfants. Celle-ci est régulièrement occupée ou ne répond pas. Interpellée à ce sujet, la directrice nous informe que le service ne dispose que d’une seule ligne téléphonique, d’un seul poste de téléphone et d’un seul écoutant, et ce pour couvrir toute la partie francophone du pays. Il y a donc un manque cruel de moyens tant au niveau humain que technique. Faute de subsides plus conséquents, le service ne peut se montrer plus performant. Le 12 mai 2004, le Parlement de la Communauté française a voté le décret relatif à l’agrément et au subventionnement de services d’accueil téléphonique des enfants. Au-delà de la reconnaissance officielle du service « Écoute-Enfants », il revient à présent au Gouvernement de la Communauté française d’assurer une prise en charge financière adéquate afin de permettre à ce service de remplir pleinement et sereinement sa mission d’écoute.


1. En raison de l’obligation décrétale de déposer conjointement le rapport annuel devant le Gouvernement et le Parlement de la Communauté française le 20 novembre, Journée internationale des droits de l’enfant les statistiques porteront dorénavant du 1er septembre au 31 août. 2. Le Délégué général aux droits de l’enfant tient à remercier les membres de la Direction générale de l’aide à la jeunesse qui ont présidé et assumé le secrétariat de ce groupe de travail. La manière dont les travaux ont été organisés et les résultats obtenus démontrent que la collaboration productive est possible entre l’institution du Délégué général et la Direction générale de l’aide à la jeunesse.

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3. Voici reproduit un jugement qui homologue l’acte d’adoption plénière dressé par un juge de paix se fondant sur une décision initiale de kafalah :
Le tribunal de la jeunesse de ,

Vu la requête qui précède, l’acte d’adoption plénière et les pièces justificatives ; Vu l’avis conforme par écrit de Monsieur , Premier Substitut du Procureur du Roi ;

Attendu que l’action est fondée sur de justes motifs et que les autres conditions prévues par la loi sont remplies ; PAR CES MOTIFS : Dit qu’est homologué l’adoption plénière reçue par acte de Monsieur le Juge de Paix du canton de , siège de , le , acte par lequel Monsieur , né le à , belge, , et son épouse, Madame , née le à (Maroc), belge, , domiciliés ensemble à , ont adopté de manière plénière : , née le à (Maroc), résidant actuellement (Maroc). et les prénoms de , à l’exclu-

Dit que l’enfant adoptée portera désormais le nom de sion de tous les autres.

Ainsi jugé et prononcé, en langue française, à l’audience publique du tribunal de la Jeunesse de , le . Présents : Monsieur Madame Monsieur , Président, Juge de la jeunesse, , Substitut du Procureur du Roi, , Greffier.

–5– Principaux dossiers généraux

1. Lutte contre la maltraitance et les abus sexuels dont sont victimes les enfants Le 3e congrès international francophone sur l’agression sexuelle
Le premier congrès international francophone sur l’agression sexuelle s’est déroulé à Québec en 2001. Le Délégué général fut le coordinateur du Comité scientifique belge et, à ce titre, a organisé des réunions d’information et de coordination avec un comité préparatoire constitué sur base volontaire des acteurs. Le deuxième congrès international francophone sur l’agression sexuelle a eu lieu à Bruxelles en mai 2003. Le Délégué général a été désigné comme coordinateur général de cet événement qui a réuni plus de 700 professionnels et scientifiques issus de 22 pays différents1. Le troisième congrès international francophone sur l’agression sexuelle se déroulera au Lac-Leamy, à Hull, en face d’Ottawa (Québec), du 4 au 7 octobre 2005. Ce 3e congrès aura comme thème : « Coopérer au-delà des frontières ». Ce lieu de rassemblement et de partage des connaissances, des pratiques et des expériences en matière d’agression sexuelle permettra que se poursuive et s’enrichisse cette tradition d’échanges et de propositions.

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Ce congrès mettra l’accent sur divers défis de la coopération en matière d’agression sexuelle, notamment : - le décloisonnement des pratiques entre les intervenants de différents secteurs ; - le partage des préoccupations des intervenants auprès des victimes et des agresseurs ; - l’étude comparée des pratiques dans nos différents pays ; - l’intégration de la clinique et de la recherche ; - la coopération internationale. En raison de la difficulté de coordonner dans plusieurs pays les activités liées à la préparation de ce congrès, l’Institut Philippe Pinel de Montréal a sollicité le Délégué général pour coordonner le Comité scientifique belge et le Comité préparatoire belge pour le 3e congrès. Le Comité scientifique belge sera l’organe de liaison avec le Comité scientifique québécois et supervisera le fonctionnement du Comité préparatoire belge. Le Comité préparatoire aura notamment pour tâche de faire des suggestions au Comité Scientifique québécois quant aux thèmes devant être abordés durant le congrès, de recruter des conférenciers et des participants, de faire la publicité du congrès dans notre pays et explorer diverses sources de financement. Les réunions de travail de ces comités ont débuté au mois d’octobre 2004.

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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Un contrôle social pour les auteurs d’infractions à caractère sexuel
Nous connaissons les risques de récidive en matière d’agression sexuelle. Dans notre rapport d’activités précédent, nous recommandions que le traitement thérapeutique des auteurs d’infractions à caractère sexuel soit systématique et ce tant dans le milieu carcéral que dans le cadre de la libération conditionnelle. Force est de constater qu’à l’heure actuelle, la situation reste inchangée et que la Ministre de la Justice ne prévoit rien pour modifier la législation. Par ailleurs, question de la mise en place d’un système de contrôle social opérationnel à l’égard des délinquants sexuels après leur libération continue à se poser. Le Mouvement Réformateur a déposé une proposition de loi à ce sujet. Le système envisagé consiste en la tenue d’un registre qui regrouperait, pendant quarante ans, des informations précises concernant toute personne condamnée en Belgique pour une infraction sexuelle (viol, attentat à la pudeur, incitation à la débauche, prostitution impliquant des mineurs, publicité de services sexuels adressée aux mineurs, les faits touchant à la pornographie infantile). Ce registre s’avérerait utile à deux égards. D’une part, il contiendrait les circonstances et le modus operandi des infractions sexuelles recensées, ce qui permettrait d’identifier plus rapidement, par recoupement, les auteurs inconnus de nouvelles infractions constatées. D’autre part, le registre ne ferait pas de distinction entre les personnes définitivement condamnées, celles qui se seraient pourvues en appel contre une condamnation, ni même les personnes en attente d’un juge-

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ment qui ont été frappées d’une décision de détention préventive puis remises en liberté, ce qui permettrait aux enquêteurs de les inclure parmi les suspects potentiels. Ce registre serait confidentiel puisque seuls les services de police y auraient accès. Toutefois, les auteurs de la proposition de loi ne s’en tiennent pas là. Ils prévoient également que les personnes répertoriées dans ce registre seraient obligées, à leur sortie de prison, de se présenter dans les quinze jours, puis une fois par an, auprès du service en charge du registre. Si cette obligation n’était pas respectée, le contrevenant pourrait encourir une nouvelle peine (jusqu’à un an de prison et/ou une amende de 2 500 euros). Si nous approuvons le principe du registre répertoriant les délinquants sexuels, nous nous interrogeons sur l’opportunité et l’efficacité de cette mesure en terme de lutte contre la récidive. Par ailleurs, des efforts semblent avoir été fournis quant à l’alimentation des banques de données ADN « criminalistique » et « condamnés », efforts qui, à nos sens, devraient encore être intensifiés. ∆

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2. Aide et protection de la jeunesse Mise en application du décret relatif à l’aide à la jeunesse
Treize années après le vote du décret relatif à l’aide à la jeunesse, il est toujours bon de s’interroger sur l’état d’avancement de sa mise en application. En effet, le décret ayant prévu que le Gouvernement décidait de la date d’entrée en vigueur de chacun des articles du décret, ce dernier fait l’objet d’une mise en œuvre progressive2. Par ailleurs le décret a fait l’objet de certaines modifications. Dans les précédents rapports d’activités, il était fait état de l’évolution de la mise en vigueur des différents articles du décret ainsi que des divers arrêtés d’applications adoptés par le Gouvernement. Le lecteur pourra utilement s’y reporter. En ce qui concerne les évolutions intervenues au cours de cette année d’exercice, on retiendra plus particulièrement les éléments suivants.

Au niveau législatif 1° Le Moniteur belge du 1er juin 2004 a publié l’ordonnance du 29 avril 2004 de la Commission Communautaire Commune de la région de Bruxelles-Capitale relative à l’aide à la jeunesse. Ce nouveau texte s’applique aux jeunes en danger ou en difficulté qui ont leur résidence familiale dans la région de Bruxelles-Capitale ou qui, sans avoir de résidence connue en Belgique, se trouvent sur le territoire de la Région de BruxellesCapitale. L’entrée en vigueur de cette ordonnance sera fixée par le Collège réuni de la Commission Communautaire Commune, après qu’un accord de coopération ait été conclu et ait reçu les assentiments requis.

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Plus de treize années après le vote du décret du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse on peut donc espérer que les jeunes en danger bruxellois pourront enfin bientôt bénéficier d’un système de prises en charge similaire à celui des jeunes wallons et ne relèveront donc plus uniquement de la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse. 2° Le décret du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse a fait l’objet d’un certain nombre de modifications à la suite de l’adoption par le Parlement de la Communauté française du décret du 12 mai 2004 relatif à l’aide aux enfants victimes. Ce décret a été publié au Moniteur belge du 14 juin 2004 et est entré en vigueur le 1er septembre 2004. Il apporte au décret du 4 mars 1991 des modifications notamment au niveau des compétences des conseils d’arrondissements de l’aide à la jeunesse et de la composition et des compétences du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse, en rapport avec la problématique de la maltraitance. 3° Le 19 mai 2004, le Parlement de la Communauté française a adopté un décret modifiant le décret du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse. Ce décret a été publié au Moniteur belge du 23 juin 2004 et est entré en vigueur dix jours après cette publication. Parmi les modifications intervenues, on notera que ce décret : 1. donne une base décrétale à la Commission de déontologie. Il définit en particulier sa mission, sa composition, son fonctionnement et prévoit la publication d’un rapport annuel concernant ses avis; 2. abroge la notion de « groupe » des institutions publiques de protection de la jeunesse et modifie les dispositions qui contenaient le terme « groupe » ;

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3. abroge l’article 2 du § 2 de l’article 19 qui prévoyait la possibilité pour un juge de prolonger la mesure d’isolement audelà de 8 jours ; 4. complète les articles 24 et 29 en habilitant le Gouvernement à fixer des délais dans lesquels les avis des CAAJ et du CCAJ doivent être rendus et les effets attachés au non-respect de ceux-ci ; 5. complète la composition du CCAJ par un représentant des délégués des sections sociales et de prévention générale des SAJ et des SPJ ; 6. abroge les articles 40, 41 et 42 du décret du 4 mars 1991 dans la foulée de l’abrogation des articles 370 bis à 370 quater du Code civil ; 7. modifie l’article 54 en permettant aux services privés de formations agréés d’ouvrir leurs programmes au personnel du secteur tant privé que public de l’aide et de la protection de la jeunesse. Par ailleurs, la procédure d’agrément de ces services de formation passera dorénavant par l’avis de la Commission d’agrément ; 8. abroge l’article 56. Un nouveau texte est inséré à l’article 53 indiquant qu’un accord de coopération peut être conclu avec les Régions wallonne et de Bruxelles-Capitale ainsi qu’avec l’État fédéral dans le but d’améliorer la prise en charge des jeunes visés par le décret. En ce qui concerne les modifications introduites par ce décret à l’égard de la composition et du fonctionnement de la Commission de déontologie, on notera qu’il n’a nullement été tenu compte des recommandations formulées par le Délégué général.

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Au niveau réglementaire 1. l’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 14 juillet 2003 (M.B. du 7 novembre 2003) modifiant l’arrêté du 14 mai 1991 relatif au fonctionnement du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse ; 2. l’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 11 juin 2004 (M.B. du 2 septembre 2004) fixant les conditions d’agrément et d’octroi de subventions pour les services privés de formation et de perfectionnement visés à l’article 54 du décret du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse. Cet arrêté s’inscrit dans le cadre de la modification de l’article 54 en question et remplace l’arrêté précédent du 15 mai 1995 ; 3. L’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 15 juin 2004 (M.B. du 2 septembre 2004) relatif à la mise en œuvre des programmes de prévention générale dans le secteur de l’aide à la jeunesse. Cet arrêté met en place la procédure permettant à chaque CAAJ de déterminer annuellement le plan d’actions de prévention générale à mettre en œuvre dans son arrondissement ; 4. l’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 15 juin 2004 (M.B. du 2 septembre 2004) relatif aux institutions publiques de protection de la jeunesse. Cet arrêté vise les projets pédagogiques et les comités pédagogiques des IPPJ ainsi que leur collaboration avec les autorités judiciaires et les services de l’aide à la jeunesse ; 5. l’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 17 juin 2004 (M.B. du 15 septembre 2004) modifiant l’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 15 mars 1999 relatif aux conditions générales d’agrément et d’octroi des subventions pour les services visés à l’article 43 du décret du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse ; 6. l’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 17 juin 2004 (M.B. du 10 septembre 2004) modifiant l l’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 15 mars 1999

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fixant la part variable des subventions pour frais de prise en charge des jeunes ; 7. Les arrêtés du Gouvernement de la Communauté française du 17 juin 2004 (M.B. des 10 septembre 2004, 15 septembre 2004, 20 septembre 2004) modifiant les arrêtés du Gouvernement de la Communauté française du 15 mars 1999 relatifs aux conditions particulières d’agrément et d’octroi des subventions pour les services d’accueil et d’aide éducative, les services de placement familial, les centres de premier accueil, les services de prestations éducatives et philanthropiques, les services d’aide et d’intervention éducative, les centres d’accueil spécialisés, les centres de jour, les centres d’observation et d’orientation, les centres d’accueil d’urgence, les services qui mettent en œuvre un projet pédagogique particulier et les services d’aide en milieu ouvert. On notera que suite au vote de l’ordonnance du 29 avril 2004 et au décret du 19 mai 2004, la quasi-totalité des articles du décret du 4 mars 1991 sont enfin entrés en vigueur, plus de treize années après l’adoption de celui-ci. Une lacune subsiste toutefois. Dans l’avant-projet de décret relatif à l’aide à la jeunesse, un article 53 § 1er prévoyait qu’après avis du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse, l’Exécutif détermine des sanctions (voir document du CCF, 165, 1990-1991, n° 1 p. 96). Dans son avis du 25 juillet 1990, le Conseil d’État a toutefois estimé que la délégation donnée à l’Exécutif de déterminer des sanctions, procédures et recours ne pouvait être admise et qu’il convenait que cette question soit réglée par décret (voir document du CCF 165, 1990-1991, n° 1 pp. 107-108).

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Or, à l’heure actuelle, les personnes et les services qui ne respectent pas les droits et les intérêts des enfants qui leur sont confiés n’encourent toujours aucune sanction. Un décret fixant les sanctions pouvant être prises à l’égard des institutions, services et personnes qui ne respectent pas les dispositions du décret du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse, tel qu’il est prévu en son article 27, § 2, 2 (c, devrait depuis longtemps faire l’objet d’un projet concret du Ministre de l’Aide à la Jeunesse. Or, cette question ne fait même pas l’objet d’une réflexion ou d’une demande d’avis, par exemple du Conseil communautaire.

Réforme de la loi sur la protection de la jeunesse
Depuis plusieurs années, le système protectionnel imaginé dans les années 1960 et révisé en 1994 connaît des difficultés dans son application, d’abord par manque de moyens. Ensuite, la réalité sociologique de la délinquance juvénile d’aujourd’hui est différente de celle d’hier. La société évolue. L’adaptation de la loi et de son application est une évidence. Tout au long des législatures, les Ministres de la Justice ont présenté des avant-projets de réforme. Nous nous souvenons ainsi du projet « Cornélis », du projet « Maes », du projet restauratif de « Lode Walgrave » ou encore du projet « De Clerck - Van Parijs », … Aucun de ces avant-projets n’a abouti. La Ministre de la Justice actuelle n’a pas failli à la règle et a présenté le 13 février 2004 une note cadre visant à moderniser la loi relative à la protection de la jeunesse.

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Cette note cadre a été transmise à tous les acteurs de terrain afin qu’ils émettent leurs remarques et avis. Le Délégué général a remis une note d’avis sur le fond de la réforme et a proposé à la réflexion de la Ministre et du législateur des éléments concrets tels que des durées de mesure, des âges… à même de faire percevoir une réalité d’application de la loi sur le terrain. Avis sur le fond de la réforme
I. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

La note cadre concernant la réforme de la loi du 8 avril 1965 s’inscrit dans la philosophie de la réforme prônée par le Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant dans ses différents rapports annuels. Les points positifs majeurs de la réforme proposée par la Ministre de la Justice sont : - Quant au fond : 1) La réforme tient compte de l’évolution de la société, des méthodes éducatives et autres ainsi que de l’évolution de la délinquance des jeunes et de leurs comportements déviants. 2) Le système protectionnel est maintenu pour l’essentiel et prend prioritairement en compte le jeune et son milieu par rapport à l’acte délinquant. 3) La réforme met l’accent sur la diversification des mesures ainsi que sur la création et la mise en application de nouvelles méthodes de traitement des mineurs délinquants en alternative aux différentes formes de placement. 4) Elle tient davantage compte que par le passé de la victime, de son avis et prône, si possible, son implication positive dans le traitement du jeune.

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5) Elle donne des compétences au Procureur du Roi qui permettent une intervention des représentants de la loi autre que le classement sans suite, instigateur d’un sentiment d’impunité et de la récidive. 6) Un des points les plus positifs est la possibilité pour le jeune de proposer au Juge de la jeunesse un projet personnel, le responsabilisant par rapport à l’acte commis et à la réponse qu’il veut y apporter. 7) Le respect des droits des jeunes, même s’ils sont contrevenants, est renforcé, notamment par l’obligation de motivation spéciale, par des durées légales de la mesure de placement, par l’information immédiate donnée aux parents en cas d’arrestation... 8) La réforme prévoit de modifier radicalement la loi du 1er mars 2002 relative au placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction et de réorienter les missions du centre fédéral fermé. 9) Si le dessaisissement est maintenu, ses conséquences de renvoi vers les juridictions ordinaires pour adultes sont adaptées à la minorité du jeune contrevenant à savoir : • les juridictions seront spécifiques ; • les jeunes dessaisis ne pourront plus être orientés systématiquement dans des prisons pour adultes avec tous les risques connus de contagion délinquante, de toxicomanie et d’abus sexuels; • les sanctions pénales d’emprisonnement seront exécutées dans un centre fédéral fermé réservé exclusivement à ces jeunes. - Quant à la forme : 1) La note cadre a été soumise à la concertation des acteurs principaux. 2) L’avant-projet de loi sera soumis à la concertation avec les autres instances communautaires et régionales compétentes

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quant aux moyens à mettre en œuvre pour la bonne application de la nouvelle loi. Remarques : Les délais impartis sont courts avec tout ce que cela comporte comme risques d’erreurs, d’omissions ou d’absences d’avis. Bien entendu, la note doit être lue avec toutes les nuances permettant sa compréhension pédagogique. Il est évident, par exemple, que l’admonestation en tant que telle n’a de valeur que si elle est exercée dans un cadre pédagogique donné. Il est tout aussi évident que la notion de présentation d’excuses personnelles ne peut être comprise qu’à partir d’un travail du jeune sur lui-même.
II. ANALYSE ET PROPOSITIONS

Nécessité d’un renforcement des moyens mis à disposition par les Communautés pour exécuter les nouvelles mesures envisagées Il convient de souligner que le projet de réforme entend maintenir de manière globale et prioritaire la philosophie protectionnelle de la loi du 8 avril 1965, en développant notamment des mesures alternatives au placement. Ceci se traduit par une diversification des mesures et moyens mis à la disposition des autorités judiciaires – tant les Procureurs du Roi que les Juges de la jeunesse. Si certaines des nouvelles mesures restent exclusivement du ressort des autorités judiciaires dans leur application, nombre d’entreelles nécessiteront cependant une mise en œuvre par des services ou personnes relevant des Communautés. Ainsi en est-il notamment de la médiation réparatrice, des prestations éducatives et d’intérêt général,

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de la conciliation réparatrice, de la surveillance intensive par un éducateur référent ou encore du placement sous surveillance auprès d’une organisation proposant l’encadrement de la réalisation d’une prestation positive. La volonté de maintenir une philosophie protectionnelle et un cadre éducatif dans les réponses apportées à la délinquance juvénile a donc des répercussions importantes sur les moyens que les Communautés seront amenées à mettre pour exécuter les mesures prises. Or, s’il est nécessaire que les Communautés assument leurs responsabilités en matière de prise en charge de l’exécution des décisions judiciaires par rapport aux mineurs délinquants les plus graves, notamment en mettant à la disposition des autorités judiciaires un nombre adéquat de places en régime éducatif fermé, il ne faudrait pas oublier qu’un des objectifs de la réforme est de limiter autant que faire se peut le placement. Dès lors, il convient que s’assurer que les Communautés seront à même de prendre en charge également, et prioritairement, les mineurs faisant l’objet des mesures alternatives. Il conviendra donc que cellesci se dotent des services adéquats pour exécuter les décisions telles que les médiations et conciliations réparatrices, les prestations éducatives et d’intérêt général, l’encadrement de la réalisation de prestation positive. Il conviendra aussi de renforcer le cadre des services de protection judiciaire en personnel (éducateurs référents) chargé des surveillances intensives. A défaut de cette augmentation des moyens mis à disposition par les Communautés pour l’exécution des nouveaux types de mesures envisagées, c’est toute la réforme qui risque d’en pâtir, voire d’être vouée à l’échec.

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Nécessité d’un instrument fiable de mesure de la délinquance juvénile Force est de constater qu’à l’heure actuelle, aucune statistique fiable n’existe au sujet de la délinquance juvénile. Une meilleure connaissance tant quantitative que qualitative de la délinquance juvénile s’avère indispensable. Il conviendrait dès lors de créer une instance de recueil et d’analyse des informations disponibles auprès des autorités judiciaires en matière de délinquance juvénile. Cette instance devrait en outre pouvoir travailler en coordination avec des instances communautaires qui effectueraient un travail similaire de recueil et d’analyse des informations relatives aux prises en charge par les Communautés en matière de délinquance juvénile. L’élaboration d’une liste de critères La réforme entend maintenir la philosophie protectionnelle, c’est à dire que la réponse apportée à l’acte délinquant privilégie la personnalité du jeune par rapport à la simple qualification du fait commis. Il n’y a donc pas de « tarification » des mesures prises à l’égard des mineurs. Néanmoins, la réforme entend élaborer une liste de critères dont le Juge de la jeunesse devra tenir compte pour privilégier une mesure plutôt qu’une autre. L’objectif est que les magistrats objectivent leur décision de recourir à telle ou telle mesure : en quoi cette décision estelle plus profitable au mineur qu’une autre ? Cette décision doit aussi tenir compte des risques de récidive qui touchent principalement à la sécurité des personnes. Une liste de critères possibles est d’ores et déjà avancée, comme notamment la personnalité du jeune, les mesures prises antérieurement, la gravité et la nature des faits, le respect de l’ordre public…

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Par ailleurs, en ce qui concerne les mesures de placement, il est prévu d’insérer une obligation de motivation spéciale, qu’il s’agisse du placement en milieu ouvert, ou du placement en milieu fermé. Il conviendrait dès lors de déterminer dans la loi elle-même un certain nombre de critères objectifs relatifs notamment à l’âge, à la nature et à la gravité des faits, critères qui peuvent déterminer le placement en régime ouvert, en régime fermé communautaire ou encore dans un centre fédéral fermé. Ceci est nécessaire pour rendre opérationnel et praticable une politique globale et coordonnée d’admissions et de prises en charge au travers des différents services d’hébergement du secteur privé comme du secteur public, à régime éducatif ouvert ou fermé, et, aussi, dans le centre fédéral fermé dans sa mission subsidiaire d’accueil court et provisoire. Il s’agit de mettre en place un système progressif d’admission sur la base de critères objectifs réservant le milieu fermé prioritairement aux cas les plus graves. Les critères d’admission suivants, pour les institutions publiques communautaires et pour le centre fédéral fermé sont proposés à la réflexion : a. Au sein des Institutions publiques de protection de la jeunesse à régime éducatif ouvert Critères d’admission 1) les critères cumulatifs suivants : a) le mineur doit être âgé de plus de 12 ans ; b) le fait qualifié infraction doit constituer une atteinte contre les personnes, ou bien être un fait commis avec violence. 2) les critères cumulatifs suivants : a) le mineur doit être âgé de plus de 12 ans ;

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b) le mineur a déjà fait l’objet d’une mesure de protection de la jeunesse en régime éducatif ouvert ; c) le mineur a commis un nouveau fait qualifié infraction. 3) les critères cumulatifs suivants : a) le mineur doit être âgé de plus de 12 ans, b) le mineur a bénéficié d’une mesure autre qu’un placement, c) le mineur a commis un nouveau fait qualifié infraction de nature, si le jeune était majeur, à entraîner au sens du Code pénal ou des lois particulières, une peine de réclusion de 5 à 10 ans ou une peine plus lourde. Durée maximale de placement 1) Au provisoire : il importe de fixer un délai raisonnable mais impératif pendant lequel le Tribunal doit prendre une décision définitive sur le fond après débat contradictoire. Vu la période d’observation, il semble raisonnable de proposer une période de 6 mois. Si le Tribunal ne tranche pas sur le fond au moment de l’expiration du délai, la mesure de placement devrait être supprimée de facto. 2) Après jugement : il y a lieu de fixer la durée maximale de placement décidée par jugement par le Tribunal de la jeunesse. Rien n’empêche cependant au Tribunal de la jeunesse de décider à l’issue de cette durée de prolonger la mesure par jugement pour un même délai maximum. La durée maximale de placement proposée est d’1 an. b. Au sein des Institutions publiques de protection de la jeunesse à régime éducatif fermé Critères d’admission 1) les critères cumulatifs suivants : a) le mineur doit être âgé de plus de 14 ans ;

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b) le fait qualifié infraction pour lequel la personne est poursuivie doit être de nature, si elle était majeure, à entraîner au sens du code pénal ou des lois particulières une peine de réclusion de 5 ans à 10 ans ou une peine plus lourde ; c) le fait qualifié infraction doit constituer une atteinte contre les personnes. 2) les critères cumulatifs suivants : a) le mineur doit être âgé de plus de 14 ans ; b) le mineur a déjà fait l’objet d’un placement en régime éducatif ouvert ; c) le mineur a commis avec violence un nouveau fait qualifié infraction constituant une atteinte contre les personnes. 3) les critères cumulatifs suivants : a) le mineur doit être âgé de plus de 14 ans ; b) le mineur a fait l’objet d’un placement dans une institution à régime éducatif ouvert ; c) le mineur a fugué de l’institution et a commis un nouveau fait infractionnel ; d) le mineur adopte un comportement le mettant en péril grave et mettant en danger les personnes. 4) les critères cumulatifs suivants : a) exceptionnellement, le mineur doit être âgé de plus de 12 ans ; b) le mineur a commis un crime avec violence grave contre une personne. Durée maximale de placement 1) Au provisoire : actuellement, le Juge de la jeunesse peut placer en milieu fermé en rendant une ordonnance de placement de 3 mois maximum (la durée de placement au centre fermé d’Everberg est soustraite). Une deuxième ordonnance de 3 mois peut être prise. Ensuite, le placement peut être prolongé de mois

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en mois. Il n’existe cependant pas de délai maximum de placement en milieu fermé imposant un jugement sur le fond. Or, un grand nombre de mineurs pris en charge par l’IPPJ de Brainele-Château ne font jamais l’objet d’un débat contradictoire avec un jugement sur le fond. Il y a donc lieu de fixer une durée maximale de ces prolongations de placement par ordonnance provisoire. Nous proposons une première ordonnance avec une durée maximale de 75 jours. Au-delà de cette première ordonnance, le Juge de la jeunesse pourrait prolonger la mesure à trois reprises pour une période de 3 mois maximum. Le Juge de la jeunesse devrait donc se voir imposer par la loi un délai maximum de 345 jours pour statuer sur le fond. Si le Tribunal ne statue pas sur le fond, la mesure de placement en section fermée est automatiquement levée. 2) Après jugement : le Tribunal de la jeunesse ne pourrait prendre que des mesures de placement d’un an maximum éventuellement renouvelables par jugement. c. Au sein d’un centre fédéral fermé À défaut de place dans une institution publique de protection de la jeunesse en régime éducatif fermé, et sous réserve de places disponibles, pourra être placé au sein d’un centre fédéral fermé : 1) les critères cumulatifs suivants : a) le mineur doit être âgé de plus de 16 ans au moment où le fait qualifié infraction a été commis et qu’il existe suffisamment d’indices de culpabilité ; b) le fait qualifié infraction pour lequel la personne est poursuivie doit être de nature, si elle était majeure, à entraîner au sens du code pénal ou des lois particulières une peine de réclusion de 5 ans à 10 ans ou une peine plus lourde ;

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c) le fait qualifié infraction doit constituer une atteinte contre les personnes. 2) les critères cumulatifs suivants : a) exceptionnellement, le mineur doit être âgé de 14 ans ; b) le mineur s’est rendu coupable d’un crime non correctionnalisable ; c) le fait qualifié infraction doit constituer une atteinte contre les personnes. La durée de placement en centre fédéral est limitée à 15 jours, renouvelable pour une durée de 30 jours, après que le Juge de la jeunesse ait revu le mineur. La détermination de ces critères doit par ailleurs s’élaborer en coordination avec les critères d’admission prévus dans les institutions publiques communautaires à régime ouvert et fermé, ainsi que les projets pédagogiques particuliers mis en œuvre dans celles-ci.

Au sein d’une IPPJ à régime éducatif ouvert • + de 12 ans. • Avoir commis un fait qualifié infraction contre les personnes avec ou sans violence.

Au sein d’un centre fédéral fermé

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SOIT

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• + de 12 ans. • Avoir fait l’objet d’une mesure de placement au sein d’une IPPJ à régime éducatif ouvert. • Avoir commis un nouveau fait qualifié infraction.

Au sein d’une IPPJ à régime éducatif fermé • + de 14 ans. • Avoir commis un fait qualifié infraction de nature, si le jeune était majeur, à entraîner au sens du Code pénal ou des lois particulières, une peine de réclusion de 5 à 10 ans ou une peine plus lourde. • Le fait qualifié infraction doit constituer une atteinte contre les personnes. • + de 14 ans. • Avoir fait l’objet d’une mesure de placement au sein d’une IPPJ à régime éducatif ouvert. • Avoir commis avec violence un nouveau fait qualifié infraction qui constitue une atteinte contre les personnes. • + de 16 ans. • Avoir commis un fait qualifié infraction de nature, si le jeune était majeur, à entraîner au sens du Code pénal ou des lois particulières, une peine de réclusion de 5 à 10 ans ou une peine plus lourde. • Le fait qualifié infraction doit constituer une atteinte contre les personnes. • Manque de place disponible dans une IPPJ à régime éducatif fermé et sous réserve de place disponible au sein du centre fédéral fermé. • Exceptionnellement, + de 14 ans.

SOIT

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• + de 12 ans. • Avoir bénéficié d’une mesure autre qu’un placement. • Avoir commis un nouveau fait qualifié infraction de nature, si le jeune était majeur, à entraîner au sens du Code pénal ou des lois particulières, une peine de réclusion de 5 à 10 ans ou une peine plus lourde.

• Le mineur s’est rendu coupable d’un crime non correctionnalisable. • Le fait qualifié infraction doit constituer une atteinte contre les personnes. • Manque de place disponible dans une IPPJ à régime éducatif fermé et sous réserve de place disponible au sein du centre fédéral fermé.

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SOIT

SOIT

SOIT

• + de 14 ans. • Fugue d’une IPPJ à régime éducatif ouvert avec nouveau fait infractionnel. • Comportement le mettant en péril grave et mettant en danger les personnes. • Exceptionnellement, + de 12 ans. • Avoir commis un crime avec violence grave contre une personne.

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Le dessaisissement Le projet de réforme table sur le fait que la diversification des mesures protectionnelles pourra faire diminuer le nombre de recours au dessaisissement. Par ailleurs, le dessaisissement est maintenu exceptionnellement lorsque, sur la base d’un rapport médico-psychologique et d’une étude sociale, il apparaît que les mesures protectionnelles sont inadéquates et inopérantes. Le projet propose également de raccourcir les délais de procédure. En ce qui concerne le déroulement de la procédure, il importe de tenir compte des éléments suivants : a) Il est envisagé le placement en centre fédéral fermé suite à une citation en dessaisissement devant le Tribunal de la jeunesse. Il convient de bien préciser que cette orientation vers un centre fédéral fermé ne peut concerner que les mineurs faisant l’objet d’une citation en dessaisissement, se trouvant dans une section fermée d’une institution publique de protection de la jeunesse. Les autres mineurs – placés dans d’autres institutions en régime ouvert, ou en famille – ne sont pas concernés par un tel placement pendant la procédure en dessaisissement. Toutefois, en cas de manque de places disponibles dans un centre fédéral fermé, le mineur restera en section fermée. b) Il est prévu le maintien ou le placement en centre fédéral fermé en cas de dessaisissement lorsqu’un Juge d’instruction décerne un mandat d’arrêt. Il est précisé que lorsque le Tribunal de la jeunesse s’est dessaisi et que le procureur du Roi saisit un Juge d’instruction qui décerne un mandat d’arrêt à charge du jeune, la détention préventive sera exécutée dans un centre fédéral fermé. Il convient de préciser que la saisine d’un Juge d’ins-

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truction n’implique nullement la délivrance automatique d’un mandat d’arrêt et que dès lors, un mineur placé au centre fédéral fermé, suite à un dessaisissement, en sortira si le Juge d’instruction ne délivre pas de mandat d’arrêt à son encontre. Par ailleurs, un mineur qui ne serait pas placé dans un centre fédéral fermé au moment du dessaisissement, sera placé dans le centre fédéral fermé, et non dans une maison d’arrêt, s’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt du Juge d’instruction. c) Il est prévu que les condamnés (mineurs délinquants ou mineurs délinquants devenus majeurs) exécuteront leur peine dans un centre fédéral fermé. Des possibilités d’orientation vers le système pénitentiaire seront prévues. Il convient toutefois de fixer un âge maximum pour la fin de l’exécution des condamnations dans un centre fédéral fermé.

Le centre fédéral fermé sera donc prioritairement réservé : 1) à des mineurs en attente de dessaisissement ; 2) à des mineurs en attente de jugement après dessaisissement ; 3) à des mineurs – ou mineurs devenus majeurs – condamnés. Il conviendra que le centre fédéral soit constitué de sections séparées pour ces différentes catégories de mineurs ou de jeunes majeurs. En effet, pour les mineurs en attente de dessaisissement, ceux-ci relèvent toujours du secteur de la protection de la jeunesse au sens strict et ils doivent donc pouvoir, au sein du centre fédéral fermé, bénéficier de l’accompagnement éducatif assuré par les Communautés. En ce qui concerne les délinquants dessaisis, il faut également faire une distinction, au niveau de la prise en charge, entre ceux se trouvant

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dans le centre dans le cadre d’un mandat d’arrêt et ceux qui sont condamnés. Des sections séparées doivent être prévues. Enfin, subsidiairement, en cas de places disponibles dans la section réservée aux mineurs en attente de l’audience devant le Tribunal de jeunesse suite à une citation dans le cadre de l’article 38, le centre fédéral fermé pourra accueillir des mineurs de plus de 16 ans ne pouvant être placés dans une institution publique de protection de la jeunesse en régime éducatif fermé pour observation (cfr supra). Cette diversification des sections au sein du centre fédéral fermé imposera la création d’un nouveau centre en Communauté française. En cas d’exécution d’une peine au centre fédéral fermé, les conditions de réinsertion sociale seront revues et adaptées eu égard aux particularités des jeunes délinquants.

La prolongation des mesures prononcées Le projet prévoit la possibilité de prolonger jusqu’à l’âge de 23 ans les mesures pour les faits commis après 17 ans. Cela permet donc de maintenir des mineurs, presque majeurs dans le système protectionnel et dès lors d’éviter sans doute leur dessaisissement. Le projet prévoit aussi la possibilité de prolonger la surveillance des mineurs ayant commis un fait grave entre 12 et 17 ans et qui présenterait une mauvaise conduite persistante ou un comportement dangereux. Dans la pratique, une telle disposition risque de ne jamais être appliquée. En effet, si un tel mineur a fait l’objet d’une mesure protectionnelle et que celle-ci s’avère adéquate et efficace, la prolongation de la mesure ne trouvera pas à s’appliquer. Si au contraire, le mineur per-

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siste dans la délinquance et qu’il commet un nouveau fait après l’âge de 16 ans et avant l’âge de 18 ans, il pourra, en raison de son attitude faire l’objet d’un dessaisissement et être renvoyé vers les juridictions ordinaires. Enfin, après l’âge de 18 ans, s’il commet une infraction, il sera poursuivis devant des juridictions pénales ordinaires. Une telle disposition de prolongation de la surveillance ne devrait donc pas trouver à s’appliquer in concreto. Toutefois, cette disposition devrait permettre d’éviter des dessaisissements parce que le Tribunal estime que la mesure éducative est trop courte dans le temps en raison de l’âge du mineur.

Une gestion adéquate des admissions en régime éducatif fermé On sait que la question des admissions des mineurs délinquants dans les institutions publiques, notamment à régime éducatif fermé, pose un problème en raison du manque de places disponibles. Il est dès lors proposé la création de la fonction de magistrat national de liaison pour la protection de la jeunesse et l’aide à la jeunesse. Le rôle de ce magistrat national serait un rôle de facilitateur dans les procédures d’admission. Il constituerait une interface entre les autorités mandantes, et de placement, et les instances de prise en charge et d’hébergement. Il jouerait un rôle de médiateur entre les Juges de la jeunesse pour déterminer les choix d’admission et d’orientation d’un mineur. Outre cette mission, ce magistrat aurait également à jouer différents rôles dont, par exemple : a) celui de coordonner les orientations éventuelles de personnes condamnées se trouvant dans un centre fédéral fermé vers le système pénitentiaire ;

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b) celui d’intervenir comme facilitateur par rapport aux difficultés pouvant survenir entre les autorités judiciaires et les instances communautaires dans le cadre de l’application des législations communautaires relatives à l’aide à la jeunesse ; c) servir de point de contact judiciaire par rapport à certaines situations individuelles prises en charge par le Délégué général aux droits de l’enfant et la Commissaire aux droits de l’enfant.

III. CONCLUSIONS

Des risques de dérives On ne change pas la société par décret. Puisque la réforme s’appuie sur le système protectionnel, elle présente la garantie de la persistance de la culture protectionnelle. Elle reste donc une affaire de mentalités des acteurs, dont les autorités judiciaires. Une réforme axée sur le protectionnel ne gomme cependant pas tous les risques de dérives inhérents à l’application d’une nouvelle loi. Le risque principal semble être la multiplication des dessaisissements au motif que les jeunes délinquants bénéficieront, d’une part d’un Tribunal correctionnel spécifique à même de tenir compte de leur minorité au moment des faits et, d’autre part d’une application des peines dans un environnement adapté à leur jeune âge, excluant le contact avec des délinquants adultes. Des risques liés au partage des compétences et des moyens mis à disposition Il est évident que la réussite de la loi est hautement tributaire des autres niveaux de pouvoirs concernés, à savoir les communautés et les régions.

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En effet, pour ce qui concerne les mesures protectionnelles, y compris le placement en milieu éducatif fermé, ce sont les Communautés qui sont compétentes. Les nouvelles mesures, telles que la médiation, la surveillance intensive d’un éducateur référent, ... autant d’investissements incontournables des Communautés, sous peine d’échec cuisant de la réforme. Pour ce qui concerne les mesures protectionnelles encore, la prise en charge des mineurs délinquants rencontrant des problèmes psychiatriques, de toxicomanie, de déviance sexuelle, ce sont des compétences partagées entre les Régions, les Communautés et le Ministère fédéral de la Santé qui vont devoir s’investir aux côtés du Ministère de la Justice. Pour ce qui concerne la prise en charge des jeunes placés dans un centre fédéral fermé en exécution d’une peine, ce sont les Régions (Services d’aide aux justiciables…) qui peuvent s’investir aux côtés du Ministère de la Justice. Pour ce qui concerne la prise en charge des jeunes placés dans un centre fédéral fermé suite à la procédure de dessaisissement ou placés en hébergement d’urgence suite à l’absence de place en régime fermé dans une institution communautaire, ce sont les Communautés qui peuvent s’investir aux côtés du Ministère de la Justice. Des risques liés aux modes d’application de la loi Si d’autres niveaux de pouvoir que le Ministère de la Justice, comme les Communautés ou les Régions, ne peuvent qu’être associées à la mise en œuvre de la réforme, il en est de même des autorités (Parquet, Juge de la Jeunesse) qui prennent les décisions. Or, si le principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire ne peut être remis en question, des balises doivent être mises en place

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dans la prise des décisions, sous peine de voir l’édifice basculer dans l’incohérence. Il faut impérativement tenir compte de la réalité des moyens mis à la disposition des magistrats et prévoir, autant que faire se peut, une organisation rationnelle et raisonnable des prises en charge des mineurs délinquants, tant dans les secteurs privé et public de l’aide et de la protection de la jeunesse que dans le secteur de la responsabilité du Ministère de la Justice (centre fédéral fermé). Ainsi, il apparaît nécessaire de prévoir impérativement des critères d’admission tant dans les IPPJ, à régime éducatif ouvert et fermé, que dans le centre fédéral fermé. Autrement dit, il s’agit d’éviter un engorgement de tel ou tel service par des prises en charge qui pourraient ou devraient être assurées en amont par d’autres services.
IV. QUELQUES RECOMMANDATIONS PRIORITAIRES

Il convient de mettre en œuvre une législation praticable sur base de données objectives en terme de nombre de mineurs délinquants, des qualifications des délits et des possibilités actuelles et futures des prises en charge. Il convient d’établir avec les Exécutifs des Communautés compétents en matière d’exécution des décisions prises à l’égard des mineurs délinquants, une adaptation de leur législation, réglementation et moyens sur le terrain, en coordination avec la réforme fédérale en cours. Il convient d’établir, par la loi et les décrets communautaires, un système qui organise et balise les entrées et sorties dans les services d’hébergement des secteurs privés et publics (régimes ouvert et fermé) sur base de critères objectifs. L’objectif étant d’une part, d’avoir un système opérationnel et praticable, d’autre part d’éviter les

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

225

placements abusifs et inadéquats, tant pour l’intérêt du jeune que celui de la société. Avis relatif à l’avant-projet de loi modifiant la législation relative à la protection de la jeunesse Après avoir pris connaissance de l’avis des acteurs de terrain au sujet de la note cadre, la Ministre de la Justice a rédigé un avant-projet de loi modifiant la législation relative à la protection de la jeunesse et à la prise en charge des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction. L’avant-projet de loi intègre un certain nombre de recommandations de l’institution du Délégué général aux droits de l’enfant, prend en considération certaines revendications d’acteurs de terrain, comme par exemple les magistrats, et tente de tenir compte de la sensibilité de ses partenaires politiques flamands. L’objectif de la Ministre de la Justice est manifestement de conserver un système protectionnel tout en tenant compte de l’évolution objective de la délinquance juvénile en intégrant un certain nombre de méthodes ou de mesures adaptées à l’évolution de notre société et des mentalités (médiation, réparation du dommage commis, etc.). Cet avant-projet de loi implique, en raison des compétences partagées entre les différents niveaux de pouvoirs, pour la réussite de son application, un partenariat entre le pouvoir fédéral et les Communautés. Faute de ce partenariat (modalisé par des accords de coopération), la réforme sera inapplicable. Par ailleurs, certaines dispositions prévues par l’État fédéral impliquent la création de nouveaux services à assumer par les Communautés. Faute d’avoir les garanties que celles-ci s’engagent à ces créations, notamment en terme de moyens, la loi ne pourra pas être effectivement mise en application.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

S’il est évident que le Juge de la jeunesse doit avoir la possibilité de travailler à partir de mesures provisoires prises soit en urgence, soit dans le cadre d’investigations en attente d’un jugement au fond, il faut prendre garde à ce que ces mesures provisoires ne deviennent pas la règle dans les faits et sur le terrain. Le jugement sur le fond avec débat contradictoire doit être fixé dans des délais raisonnables et être l’élément central et incontournable des mesures éducatives. En ce qui concerne les mesures mises à la disposition du Tribunal de la jeunesse ou du Parquet, celles-ci sont diversifiées et tiennent compte de problématiques de notre société actuelle : le traitement ambulatoire auprès d’un service compétent dans des domaines aussi divers que l’éducation sexuelle, la toxicomanie, l’alcoolisme, etc. Le texte s’adapte également aux expériences progressistes comme les prestations éducatives et philanthropiques ou la participation à une activité à caractère exceptionnel. Les réparations et les excuses sont aussi des dispositions prévues dans le texte. La formation scolaire, parascolaire ou professionnelle peut être intéressante si elle permet à des mineurs en décrochage scolaire d’entrer dans un processus de normalisation sociale. Le projet met en pratique quelques idées novatrices comme la possibilité pour le jeune de proposer au Tribunal un projet personnel alternatif à une mesure classique de placement ou d’enfermement. La création de la fonction de magistrat de liaison en matière de jeunesse est particulièrement intéressante. Il aura notamment la compétence de coordonner et de faciliter les demandes d’admission dans les différents services. Le projet prévoit également différentes garanties quant au respect des droits des jeunes comme, par exemple, la fixation de la durée du

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

227

placement, la motivation des décisions du Tribunal, l’information aux familiers du mineur des mesures prises. Les IPPJ à régime éducatif ouvert ou fermé font partie des moyens mis à la disposition des tribunaux de la jeunesse. Toutefois, ces mesures de placement sont à présent accompagnées d’exigences formelles en matière de durée de placement et de la qualification de l’infraction notamment. En ce qui concerne les procédures d’admission dans les IPPJ, celles-ci sont, à présent, fondées sur des critères objectifs comme l’âge du mineur ou le degré de délinquance du jeune. Quant à la détermination de ces critères, le législateur devra prendre garde à déterminer, dans le respect de la notion de proportionnalité, les faits infractionnels autorisant le Juge de la jeunesse à prendre une mesure de placement en établissement en régime éducatif ouvert ou fermé le plus objectivement possible. Il apparaît à présent clairement que la notion de violence commise contre des personnes est la notion prédominante pour l’enfermement. Si nous pouvons être en accord avec cette logique de protection de la société, encore faut-il répertorier le plus complètement possible les actes en rapport avec cette notion de violence grave contre les personnes. En ce qui concerne la procédure de dessaisissement, l’avant-projet de loi maintient l’exigence d’un examen médico-psychologique et d’une étude sociale. Le mineur qui fait l’objet d’un dessaisissement peut être orienté dans un centre fédéral fermé. Mais ces jeunes ont le droit de savoir, dans un délai raisonnable par quelle juridiction ils seront jugés en définitive. En clair, s’ils pourront bénéficier des mesures protectionnelles ou s’ils seront orientés vers les tribunaux

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

ordinaires spécialisés pour traiter les cas de mineurs délinquants ayant fait l’objet d’un dessaisissement. L’avant-projet de loi prévoit qu’une chambre correctionnelle au moins se voit attribuer la compétence relative aux poursuites contre les personnes ayant fait l’objet d’un renvoi vers les tribunaux ordinaires. Il serait judicieux que cette chambre spécialisée soit composée d’au moins un magistrat disposant d’une expérience utile ou d’une formation en matière de protection de la jeunesse. En cas de condamnation par des tribunaux ordinaires spécialisés, les personnes condamnées ne devraient plus être orientées vers des établissements pénitentiaires destinés aux adultes mais être prises en charge par des établissements fédéraux fermés spécifiques qui leur sont réservés en raison de leur jeune âge. Il ne paraît pas judicieux de qualifier d’« aile punitive » l’endroit où les personnes vont exécuter leur peine dans ces établissements fédéraux fermés. Il serait préférable de nommer cette structure « Unité spécialisée pour l’exécution des peines des mineurs dessaisis et condamnés ». En effet, cette structure devrait être organisée de telle façon que le jeune condamné y effectue non seulement sa peine mais aussi puisse faire l’objet d’un programme de réinsertion sociale en conformité avec son jeune âge. L’avant-projet prévoit la possibilité d’orienter des jeunes de plus de 18 ans dans un établissement pénitentiaire pour adultes, sous certaines conditions. Si l’on peut admettre qu’un jeune majeur soit renvoyé vers un établissement pénitentiaire pour adultes, en cas de troubles graves et de mise en danger de l’intégrité des autres jeunes et du personnel par celui-ci, il est difficilement acceptable qu’un jeune majeur soit orienté dans un établissement pénitentiaire pour adultes parce qu’il n’y a pas de place disponible dans une unité spéciale prévue à cet effet.

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

229

Même s’il restreint les possibilités d’admission dans le centre fédéral fermé d’Everberg créé selon la loi du 1er mars 2002, l’avantprojet de loi maintient ce type d’établissement. Pour notre part, vu la diversification des mesures offertes aux Juges de la jeunesse, vu l’augmentation du nombre de places en milieu fermé dans les IPPJ et dans les services psychiatriques, vu la réorientation des mineurs dessaisis telle que le prévoit l’avant-projet de loi, il ne nous paraît pas opportun de maintenir en fonctionnement le centre fermé d’Everberg dans sa mission actuelle palliative au manque de place dans les IPPJ. Si tel est le cas, il est prévisible que l’État fédéral sera obligé de créer des établissements fermés supplémentaires pour assumer la prise en charge des mineurs dessaisis. En conséquence, nous recommandons à la Ministre de la Justice, d’une part, l’abrogation de la loi du 1er mars 2002 relative au placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction et, d’autre part, que cette abrogation soit d’application (comme cela fut le cas pour l’abrogation de l’article 53 de la loi du 8 avril 1965) au 1er janvier de la troisième année qui suit l’adoption du projet de loi modifiant la législation relative à la protection de la jeunesse et à la prise en charge des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction. Cette dernière disposition devrait permettre aux Communautés de mettre en œuvre, dans des délais raisonnables, un programme alternatif à l’enfermement des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction dans le centre fermé d’Everberg. A la lecture de l’avant-projet de loi, il est aussi envisagé de permettre aux autorités judiciaires d’ordonner aux personnes qui exercent l’autorité parentale sur le mineur d’accomplir un stage parental. Il paraît évident que ce stage doit avoir comme objectif principal de

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

favoriser chez ces personnes un exercice de l’autorité parentale respectueux de l’intérêt de l’enfant dont ils ont la charge. Ce stage parental est en quelque sorte une mesure éducative devant bénéficier in fine aux jeunes dont ils ont la responsabilité et la charge. Dans le cas de la réussite du stage parental, les personnes visées devraient bénéficier de l’extinction de l’action publique à leur égard. Par contre, nous sommes dubitatifs quant aux chances d’effets positifs de ce type de stage exécuté sous la menace d’une amende ou d’une sanction pénale. De toute manière, ce type de sanction risque de toucher des familles particulièrement défavorisées et donc de placer l’enfant concerné dans une situation plus précaire encore.

La prise en charge de la délinquance juvénile
Les Institutions publiques de protection de la jeunesse Le tableau ci-après reprend le nombre de prises en charge dans les institutions publiques de protection de la jeunesse et dans le centre fermé d’Everberg. Il révèle un constat étonnant et interpellant : en 2003, le nombre de placements en régime éducatif fermé a diminué de 13 % alors que pour la même année, le nombre de prises en charge au centre fermé d’Everberg a augmenté de 42 %. Les juges de la jeunesse auraient-ils tendance à préférer le recours à Everberg plutôt qu’aux institutions publiques de protection de la jeunesse, alors même que la capacité de celles-ci a augmenté ? En outre, on relève que c’est toujours l’arrondissement judiciaire de Bruxelles qui place le plus en milieu fermé, avec 43,5 % des 101 garçons et 48,6 % des 35 filles.

Placements dans le Groupe des IPPJ en 1997-1998-1999-2000-2001-2002-2003 Bruxelles (1 arrondissement) Régimes ouvert et fermé 448 Régime fermé 7 40 12 12 19 15 17 12 16 10 15 35 25 14 11 15 23 37 29 22 19 29 23 27 20 Régime fermé 39 21 20 53 27 16 41 16 18 511 572 548 673 594 808 628 623 Régimes ouvert et fermé 686 697 Wallonie (12 arrondissements)

Groupe des IPPJ 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003

517 560 490

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003

Braine-le-Château 11

30

Fraipont

9

14

St Servais

Placements dans le Centre fermé d’Everberg en 2002-2003 Bruxelles (1 arrondissement) Wallonie (12 arrondissements)

Everberg

1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 75 159 99 144
231

Source : Administration de l’aide à la jeunesse

232

L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Le centre fermé d’Everberg Le 1er janvier 2002, l’article 53 de la loi relative à la protection de la jeunesse a été abrogé. Les Magistrats de la jeunesse ne peuvent donc plus placer des mineurs en prison sur la base de cet article 53. A partir de janvier 2002, les incidents se sont succédés et ont été portés sur la place publique, parfois par les autorités judiciaires ellesmêmes. Devant des refus d’admission en institution publique de protection de la jeunesse à régime fermé de la Communauté française, des jeunes délinquants ayant commis des faits infractionnels graves ont été relâchés sans prise en charge. A l’occasion de l’examen par le Gouvernement fédéral du projet de loi sur la délinquance juvénile du Ministre de la Justice, le Premier Ministre, face aux difficultés des Communautés pour organiser un accueil d’urgence en milieu éducatif fermé, s’empare du dossier et annonce que le Gouvernement veut créer un centre fédéral fermé d’accueil provisoire pour mineurs délinquants. La première réunion interministérielle regroupant des représentants du fédéral et des Communautés, a eu lieu le 28 janvier 2002, avec sur la table une proposition de loi et un accord de coopération. Les discussions aboutiront à la présentation et au vote de la loi du 1er mars 2002 relative au placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction. La loi du 1er mars 2002 fixe les critères d’admission au centre d’Everberg en son article 3 : « L’accès au centre est limité aux garçons et est soumis aux conditions cumulatives suivantes, décrites de façon circonstanciée dans l’ordonnance du juge :

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

233

1° la personne est âgée de plus de quatorze ans au moment où le fait qualifié infraction a été commis et il existe suffisamment d’indices sérieux de culpabilité ; 2° le fait qualifié infraction pour lequel elle est poursuivie est de nature, si elle était majeure, à entraîner, au sens du Code pénal ou des lois particulières une peine : a) de réclusion de 5 ans à 10 ans ou une peine plus lourde, ou b) d’emprisonnement correctionnel principal d’un an ou une peine plus lourde si elle a précédemment fait l’objet d’une mesure définitive du tribunal de la jeunesse en raison d’un fait qualifié infraction puni de la même peine ; 3° il existe des circonstances impérieuses, graves et exceptionnelles se rattachant aux exigences de protection de la sécurité publique; 4° l’admission, à titre de mesure provisoire, de la personne dans un établissement approprié prévu à l’article 37, § 2, 3°, juncto 52, de la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse, dans une institution publique prévue à l’article 37, § 2, 4°, juncto 52, y compris dans une section d’éducation fermée, conformément aux dispositions de l’article 52 quater de la même loi, est, en raison du manque de place, impossible. » Le 1er mars 2002, le centre fédéral fermé d’Everberg ouvrait ses portes à 5 mineurs délinquants francophones.

Statistiques pour l’année 2003
Près de deux ans et demi après l’ouverture du centre, il paraît opportun d’analyser les statistiques qui nous ont été transmises par la Direction pédagogique du centre d’Everberg.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Elles concernent les jeunes francophones pris en charge par la Communauté française au centre d’Everberg du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2003. L’étude de ces statistiques s’attachera à la notion d’enfermement en analysant les caractéristiques se rapportant aux jeunes admis au sein du centre. En préambule, il est important de se remémorer que le centre d’Everberg a développé sa capacité du nombre de prises en charge depuis son ouverture. En effet, du 1er mars 2002 au 28 juillet 2002, le centre d’Everberg pouvait accueillir 5 mineurs francophones ; du 29 juillet 2002 au 26 septembre 2002, le centre d’Everberg pouvait accueillir 10 mineurs francophones ; et du 27 septembre 2002 au 28 février 2003, le centre d’Everberg pouvait accueillir 24 mineurs francophones. Alors que la moyenne du nombre d’entrées par mois pour l’année 2002 était de 10,08 jeunes, les chiffres pour l’année 2003, révèlent une moyenne du nombre d’entrées par mois de 25,25 jeunes. Du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2003, 303 mineurs ont fait l’objet d’une prise en charge au centre fédéral fermé d’Everberg. Parmi ceux-ci, 52 jeunes ont fait l’objet de deux mesures de placement dans ce même centre. Dès à présent on peut se demander si cette pratique de placement à répétition au sein du centre d’Everberg ne s’assimile pas au placement en prison sur base de l’article 53 de la loi du 8 avril 1965, qui a été tant critiqué avant son abrogation. Quant au nombre de placements par arrondissement judiciaire, on constate que les placements ordonnés pas les arrondissements judiciaires de Bruxelles (52,48 %), Charleroi (12,21 %), Liège (12,21 %) et Mons (8,58 %) constituent 85 % des placements au centre fermé d’Everberg. Ce dernier accueille dès lors très majoritairement des

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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jeunes issus des grandes cités urbaines. Pourrions-nous imaginer que le centre d’Everberg n’accueille que les jeunes délinquants issus de ces grandes villes ? Quant à la durée moyenne de la prise en charge, il apparaît que celleci est de 23,68 jours. Nous pouvons constater que Bruxelles, Charleroi, Liège, Nivelles, Verviers et Neufchâteau présentent une durée moyenne de prise en charge relativement proche de la moyenne globale. Les arrondissements de Mons, Tournai, Namur et Marche-en-Famenne présentent, quant à eux, une durée moyenne de prise en charge nettement inférieure à la moyenne globale. Par contre, Huy, Arlon et Eupen se situent bien au-delà de la moyenne globale. Toutefois, ces trois arrondissements judiciaires n’ont placé que 11 jeunes au centre fermé d’Everberg. Sachant que la durée moyenne de prise en charge est de moins d’un mois, on peut s’interroger sur l’utilité réelle de prévoir des séjours de 2 mois et 5 jours au sein du centre d’Everberg. En ce qui concerne la moyenne d’âge des jeunes lors de leur entrée au centre fermé d’Everberg, celle-ci est de 16 ans et 2 mois. 75 % des jeunes ont plus de 16 ans à leur arrivée au centre. Nous remarquons également que le centre fermé d’Everberg a accueilli 12 majeurs âgés de 18 ans. Quant à la classification opérée sur la base de la nature du fait qualifié infraction, les statistiques fournies par la Direction du centre établissent 5 sous-groupes : • les faits relatifs aux biens qui regroupent les vols simples, les vols avec effraction dans une habitation, les vols avec effraction dans un véhicule, les vols avec violence, les faits d’extorsion, les recels, les dégradations, les incendies volontaires, les rackets et les autres vols qualifiés. • les faits relatifs aux personnes qui regroupent sont les menaces, les faits de rébellion, les faits de coups et blessures, les agres-

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

sions sexuelles, les homicides, les faits de séquestration, les faits d’abus de confiance et les outrages. • les faits relatifs aux stupéfiants que sont la consommation, la détention et la vente de produits stupéfiants. • les faits de détention d’armes prohibées. • les autres faits que sont notamment la fugue (souvent – mais pas systématiquement – accompagnée d’autres faits qui justifient le placement), l’outrage public, l’association de malfaiteurs, la conduite d’un véhicule avant l’âge légal… 65 % des mineurs placés au centre d’Everberg ont commis des faits contre les biens. Ensuite, les faits les plus souvent relatés et motivant le juge à prendre une décision de placement au centre fermé d’Everberg sont les faits de vol avec violence (30 %) et les faits de coups et blessures (8 %). Quant aux orientations effectives pour les jeunes à la sortie du centre d’Everberg, nous pouvons relever que 38,85 % des jeunes sont réorientés vers le groupe des IPPJ, 45,32 % sont réorientés en famille – ce qui est paradoxal quand on analyse les orientations prévues par les magistrats qui constituent majoritairement des orientations en section fermée d’IPPJ (59,35 %) – et 7,19 % sont dessaisis. La deuxième orientation effective la plus fréquente est la prise en charge par une section fermée d’une IPPJ (16,91 %). Il est à remarquer que 20 mineurs ont été renvoyés vers les juridictions ordinaires. 60 % des jeunes qui ont été dessaisis à la fin de leur séjour au centre, sont des jeunes de plus de 17 ans et 80 % proviennent de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles. Il s’agit principalement de jeunes qui ont commis des faits relatifs aux biens, notamment des faits de vol avec violence. Sur ces 20 dessaisissements

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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prononcés en fin de séjour, 15 jeunes étaient initialement orientés vers une section fermée, 4 vers une IPPJ toutes sections confondues, et 1 ne faisait l’objet d’aucun desiderata du magistrat. Quant au contexte de vie du jeune au moment du placement, nous observons que 25,74 % des mineurs placés au centre fermé d’Everberg vivent avec leur mère et 27 % des mineurs vivent avec leurs deux parents. Une part non négligeable vit dans la famille proche (8,91 %) ou dans la rue (6,93 %). Quant au statut socio-économique des parents, le pourcentage des mères inactives est de plus de 55 %. Le pourcentage des pères actifs est d’environ 26 % contre 37 % de pères inactifs. Par ailleurs, 37,5 % des parents du jeune vivent ensemble. Ce qui signifie que 63,5 % des jeunes vivent dans une famille monoparentale ou recomposée. Quant à la scolarité des jeunes pris en charge, un grand nombre de mineurs sont déscolarisés (44,55 %). Seuls 4,29 % des jeunes suivent le cursus général. Le réseau d’enseignement le plus couramment cité est le réseau professionnel suivi par les formations en alternance et les contrats d’apprentissage. La majorité des jeunes placés au centre d’Everberg serait-elle issue d’une couche sociale défavorisée ? Plus encore que les IPPJ, Everberg n’est-il pas le dépotoir des exclus, des échecs scolaires et d’intégration sociale ? Quant aux mesures protectionnelles prises antérieurement au placement à Everberg, il appert que 22 % des jeunes n’avaient connu aucune autre mesure protectionnelle antérieurement. Par ailleurs, 41 % des mineurs avaient fait l’objet d’une mesure de placement en section d’accueil de l’IPPJ de Wauthier-Braine et 35 % en section d’accueil de l’IPPJ de Fraipont.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Il est à remarquer enfin que différentes catégories de délinquants sont placés à Everberg alors qu’ils n’y ont pas leur place : des toxicomanes, des cas psychiatriques ainsi que des mineurs étrangers non accompagnés ayant commis des faits infractionnels de subsistance. A la lecture du projet de loi modifiant la législation relative à la protection de la jeunesse et à la prise en charge des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction, nous n’ignorons pas que ce texte de loi améliore la loi du 1er mars 2002 relative au placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction en restreignant la possibilité de placer des mineurs délinquants au sein du centre fermé d’Everberg. Nous estimons toutefois qu’il n’est pas cohérent que l’hébergement d’urgence de mineurs délinquants soit assumé par le Fédéral en raison du manque de moyens des Communautés. Dès lors, en vertu de l’article 3, § 4 du décret du 20 juin 2002 instituant un délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, le Délégué général a recommandé à la Ministre de la Justice, d’une part, l’abrogation de la loi du 1er mars 2002 relative au placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction et, d’autre part, que cette suppression soit d’application (comme cela fut le cas pour l’abrogation de l’article 53 de la loi du 8 avril 1965) au 1er janvier de la troisième année qui suit l’adoption du projet de loi modifiant la législation relative à la protection de la jeunesse et à la prise en charge des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction. Cette dernière disposition devrait permettre aux Communautés de mettre en œuvre, dans des délais raisonnables, un programme alternatif à l’enfermement des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction dans le centre fermé d’Everberg.

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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Il peut aussi être utile de comparer les statistiques générales du centre fermé d’Everberg avec les chiffres connus au sujet de l’utilisation que faisaient les juges de la jeunesse de l’article 53 de la loi du 8 avril 1965 relative à l’aide à la jeunesse. Ainsi le nombre de mineurs pris en charge par le centre fermé d’Everberg en 2003 est de 303 et le nombre de mineurs qui ont été incarcérés sur base de l’article 53 en 2001 est de 290. Nous constatons donc que l’on enferme davantage qu’auparavant. Par ailleurs, la durée de l’enfermement est plus longue. En effet, l’article 53 de la loi du 8 avril 1965 permettait d’emprisonner un mineur pour une durée de quinze jours maximum, alors que la loi du 1er mars 2002 relative au placement provisoire de mineurs ayant commis un fait qualifié infraction permet de placer un mineur dans un centre fédéral fermé pour une durée de deux mois et cinq jours. Et si la durée moyenne d’enfermement à Everberg était de 23 jours en 2003, il semble que celle-ci atteigne à présent 30 jours à l’heure où nous terminons ce rapport.

Statistiques – article 53*
2003
240

Arrondissements 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 272 375 290 0 0 255** 33 4 1 30 0 28 3 2 14 3 20 393 327 303 275 212 0 2 184** 6 6 5 12 2 43 8 0 12 4 43 0 203** 7 9 2 19 0 23 2 0 5 2 31 0 0 0 0 0 170** 138** 106** 165** 124** 17 17 27 41 31 7 9 4 10 8 6 2 7 11 11 28 28 65 64 38 0 1 0 2 0 24 2 34 41 27 7 5 8 19 19 0 0 0 0 0 6 5 5 3 5 4 4 9 3 7 6 1 7 16 20 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0

Arlon Bruxelles Charleroi Dinant Huy Liège Marche Mons Namur Neufchâteau Nivelles Tournai Verviers 452 499

0 0 0 202** 212** 299** 36 36 28 0 7 5 1 5 5 26 50 53 5 0 1 115 102 62 2 20 10 0 0 0 3 6 15 0 1 0 4 13 21

394

Placements dans le Centre fermé d’Everberg
174 303

Everberg

L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Source :

* Parquets généraux de Bruxelles, Liège et Mons ** Francophones et néerlandophones confondus Il s’agit généralement du nombre de décisions et non du nombre de mineurs, un même mineur pouvant faire l’objet de plusieurs décisions. En 2002, les placements à Everberg ont commencé le 1er mars. Une extrapolation annuelle donnerait 232 placements.

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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Le dessaisissement Le 6 février 2004, le Délégué général a interpellé les directions des cinq IPPJ et du centre fermé d’Everberg pour connaître, d’une part, le nombre de mineurs qui avaient été admis au sein de ces institutions en 2003 et qui avaient fait l’objet d’une procédure de dessaisissement et, d’autre part, le nombre de mineurs qui avaient fait l’objet d’une décision de renvoi devant les tribunaux ordinaires. IPPJ de Fraipont : Aucun mineur n’a fait l’objet d’une mesure de dessaisissement dans les sections à régime éducatif ouvert. Un jeune placé dans la section à régime éducatif fermé (SOORF) a été dessaisi et renvoyé devant les tribunaux ordinaires. IPPJ de Braine-le-Château Un mineur a fait l’objet d’une procédure de dessaisissement. Par ailleurs, 3 jeunes ont fait l’objet d’un dessaisissement. Toutefois, la Direction de l’IPPJ précise que « pour deux d’entre eux, la procédure a été entamée suite à l’échec du projet de réinsertion mis en place lors d’un premier séjour à l’IPPJ de Braine-Le-Château. Ces deux mineurs auraient donc pu éviter l’article 38 de la loi du 8 avril 1965. La situation du troisième est particulière dans la mesure où le juge de la jeunesse, contre l’avis de l’IPPJ de Braine-Le-Château, a renvoyé le jeune devant les juridictions ordinaires. Cette décision a été cassée par la Cour d’Appel qui a reconfié le jeune à l’IPPJ de Braine-Le-Château. ».

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

IPPJ de Wauthier-Braine Aucun mineur n’a fait l’objet d’une procédure de dessaisissement, ni d’une décision de renvoi devant les tribunaux ordinaires. IPPJ de Jumet Aucun mineur n’a fait l’objet d’une procédure de dessaisissement, ni d’une décision de renvoi devant les tribunaux ordinaires. IPPJ de St-Servais Aucune mineure n’a fait l’objet d’une procédure de dessaisissement, ni d’une décision de renvoi devant les tribunaux ordinaires. Centre fermé d’Everberg 20 mineurs ont fait l’objet d’une décision de renvoi devant les tribunaux ordinaires. En conclusion, durant l’année 2003, 24 mineurs hébergés au sein des IPPJ et du centre fermé d’Everberg ont fait l’objet d’une mesure de dessaisissement. Un mineur était en procédure de dessaisissement. Force est de constater que la majorité des mineurs qui ont été déférés devant les cours ordinaires provenaient du centre fermé d’Everberg. Dans sa réponse, la direction de l’IPPJ de Braine-Le-Château nous indique qu’il se pourrait que certains magistrats taisent la procédure de dessaisissement qui pourrait être en cours. D’autres données posent questions, notamment à partir d’une comparaison des statistiques des parquets généraux relatives au nombre de dessaisissements pour l’année 2002 avec les rapports annuels des IPPJ pour cette même année. En effet, les parquets généraux de Bruxelles, Liège et Mons indiquaient qu’il y avait eu 115 dessaisisse-

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ments pour l’année 2002. Par ailleurs, les rapports annuels des IPPJ indiquaient que sur la totalité des jeunes pris en charge en 2002, 7 mineurs avaient fait l’objet d’un dessaisissement (6 à l’IPPJ de Braine-Le-Château et 1 à l’IPPJ de Saint-Servais). Nous pouvons donc nous demander si les IPPJ sont informées des procédures de dessaisissement. A défaut, où se trouvaient les mineurs qui ont fait l’objet d’un dessaisissement ? De quelle prise en charge ont-ils fait l’objet ? Enfin, il importe également de mettre les données reçues en lumière avec les statistiques relatives au dessaisissement pour 2003 (voir tableau ci-après). Nous constatons une augmentation du nombre de dessaisissements par rapport à l’année 2002 et une augmentation flagrante du nombre de prises en charge au centre fermé d’Everberg. Par rapport au nombre total de dessaisissements pour l’année 2003, on peut relever que près d’un mineur sur six ayant fait l’objet d’un dessaisissement a été placé préalablement au centre fermé d’Everberg. Par ailleurs, comme chaque année, la majorité des mineurs qui ont fait l’objet d’un dessaisissement en 2003 proviennent de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles (66 %).

Statistiques - article 38 *
2003 0 77 10 0 0 7 1 14 0 1 1 2 4 93 107 103 115 117
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Arrondissements 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 0 70 9 0 0 3 0 4 6 0 5 8 0 105 108 90 123 145 130 134 0 70 10 0 1 7 0 12 3 0 1 4 0 0 65 11 1 0 1 0 0 1 1 1 6 3 0 79 8 0 0 4 0 3 0 1 6 20 2 0 102 5 2 0 3 0 2 3 0 5 14 9 0 96 8 1 0 7 0 3 1 0 4 7 3 0 66 8 1 0 7 0 28 0 0 8 15 1 0 50 3 2 1 4 0 18 2 1 1 11 0 0 67 1 0 5 4 0 13 1 1 0 15 0 0 64 16 1 1 6 0 8 1 0 2 1 3 0 59 14 0 1 11 0 11 1 2 4 12 0

Arlon Bruxelles Charleroi Dinant Huy Liège Marche Mons Namur Neuchâteau Nivelles Tournai Verviers

0 51 7 2 0 4 2 3 1 0 5 20 2

97

Placements dans le Centre fermé d’Everberg
174 303

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Everberg

* Source : Parquets généraux de Bruxelles, Liège et Mons. En 2002, les placements à Everberg ont commencé le 1er mars. Une extrapolation annuelle donnerait 232 placements.

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Réforme de la Commission de déontologie de l’aide à la jeunesse
Dans le rapport annuel précédent, il était fait état que, suite à deux demandes d’avis formulées auprès de la Commission de déontologie, le Délégué général avait mis en évidence différents problèmes relatifs au fonctionnement de la Commission de déontologie (possibilité de désaccord, absence de possibilité de recours, relativité du pouvoir d’investigation). Sur cette base, il avait formulé aux autorités compétentes des recommandations en vue de rectifier certaines lacunes et défauts dans le fonctionnement et l’organisation de la Commission et de modifier la réglementation et la législation. Voici en substance les recommandations qui avaient été formulées. 1) Placer la Commission sous la responsabilité d’une instance supérieure Le rattachement actuel de la Commission de déontologie à l’Administration de l’aide à la jeunesse, vis-à-vis de laquelle elle est susceptible d’être saisie d’une demande d’avis dans un dossier litige n’est pas sans poser question, au niveau déontologique précisément. De manière à éviter tout risque d’influence ou de dérive partisane, il conviendrait que la Commission de déontologie soit plutôt sous la responsabilité d’une autre instance, par exemple, soit le Secrétariat général de la Communauté française, soit le Parlement de la Communauté française. Le secrétariat de la Commission devrait être assumé par l’instance de rattachement choisie.

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2) Respecter le principe du contradictoire et les droits de la défense La Commission ne disposant pas de pouvoirs d’investigations propres, elle ne se base que sur des documents remis par les parties et, le cas échéant, sur les affirmations de celles-ci lors des auditions. En cas de divergences, elle ne peut dès lors vérifier la véracité de l’une ou de l’autre. Elle prend toutefois position. Dans le cadre d’un dossier litige, la Commission de déontologie a pris pour règle de demander aux parties concernées leur position à l’égard des questions posées par le demandeur d’avis. S’agissant d’un dossier litige, il en résulte que ces renseignements et documents seront des éléments de défense par rapport aux griefs qui lui sont reprochés par le demandeur d’avis. La procédure d’investigation de la Commission s’arrêtant là, il ne lui est donc pas possible d’apprécier le bien-fondé des explications données. Le risque est grand également que la Commission se range derrière la justification exprimée en dernier lieu. Il est donc proposé de modifier la réglementation relative au fonctionnement de la Commission en ce qui concerne la procédure dans les dossiers litiges, afin que, dans le respect du principe du contradictoire et des droits de la défense, la Commission puisse rendre un avis fondé sur des éléments d’appréciation objectifs et vérifiés. Ainsi, outre le fait que chacune des parties doit être informée de son droit d’être entendu s’il le souhaite, la procédure devrait prévoir : - l’obligation d’informer le demandeur ainsi que la personne ou le service visé par la demande de son droit d’être entendu par la commission ; - la personne ou le service mis en cause a un droit d’accès au dossier de la demande d’avis ;

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- la personne ou le service mis en cause doit pouvoir déposer des conclusions, dans un délai donné ; - ces conclusions doivent être communiquées au demandeur d’avis; - le demandeur peut apporter un complément d’informations, dans un délai donné ; - ce complément d’information doit être porté à la connaissance de la personne ou du service mis en cause ; - ce dernier a la possibilité de réagir une dernière fois et de déposer les dernières conclusions. Eu égard aux moyens d’investigations limités de la Commission, seule une telle procédure est de nature à lui permettre de disposer des éléments objectifs lui permettant de remettre un avis en meilleure connaissance de cause. 3) Fixer un cadre pour l’avis La Commission peut, dans le cadre d’un dossier litige, être saisie d’une question précise, spécifique dans son objet, et ponctuelle dans la durée. Dans de telles situations, la Commission devrait examiner les faits objectifs qui lui sont soumis au regard des griefs déontologiques avancés par le demandeur et rester dans le cadre strict de la demande d’avis qui lui est adressée. 4) Favoriser la transparence La Commission de déontologie est composée de cinq membres, auxquels il faut ajouter trois membres avec voix consultative. Il conviendrait, pour la bonne information de tous, notamment des demandeurs d’avis et des protagonistes à un dossier litige, que les noms des personnes ayant siégés dans le cadre de l’avis soient mentionnés dans l’avis.

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Par ailleurs, le règlement d’ordre intérieur prévoit qu’un membre ne peut participer aux travaux de la Commission dans les situations dont il a eu à connaître personnellement à quelque titre que ce soit. Il conviendrait dans des dossiers litiges, d’étendre les impossibilités de siéger, non seulement aux situations mais aussi aux personnes concernées par la demande d’avis. En effet, tout membre qui entretient des relations de nature personnelle ou professionnelle avec une des parties concernées – le demandeur ou la personne ou le service mis en cause – devrait être interdit de siéger. 5) La protection des parties mises en cause Etant donné la nature des avis rendus par la Commission dans des dossiers litiges et même si la Commission est une instance d’avis qui se défend de jouer un quelconque rôle disciplinaire qui prononcerait des condamnations, il n’en reste pas moins que les avis rendus par Commission sont susceptibles d’avoir un impact à l’égard tant du demandeur que de la personne ou du service mis en cause. C’est pourquoi, en cas de diffusion des avis de la Commission, dans les dossiers litiges, il est impérieux, comme l’a signalé le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse dans son avis relatif au projet d’arrêté visant la publication des avis, que « la Commission veille à ce que les avis ne comportent aucune mention permettant d’identifier les personnes concernées ». À défaut de pouvoir rendre un avis anonyme, en raison de la qualité des personnes concernées, celui-ci ne devrait pas être publié. ∆ Nous avons signalé que le 19 mai 2004, le Parlement de la Communauté française a adopté un décret modifiant le décret du 4 mars 1991 relatif à l’aide à la jeunesse. Ce décret donne notamment une base décrétale à la Commission de déontologie. Il définit en particulier sa mission, sa composition,

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son fonctionnement et prévoit la publication d’un rapport annuel concernant ses avis. On constate cependant que les modifications introduites par ce décret à l’égard de la composition et du fonctionnement de la Commission de déontologie, ne tiennent pas suffisamment compte des recommandations formulées ci-dessus. Par ailleurs, l’avant-projet de décret a été soumis à l’avis du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse. En ce qui concerne l’élargissement de la composition de la Commission, le Conseil communautaire a remis l’avis suivant : « Le CCAJ émet un avis favorable sur cet article. A la suggestion d’ajouter également le délégué général aux droits de l’enfant parmi la composition de la Commission, le CCAJ se montre réticent, dans la mesure où la question de la compatibilité d’une double casquette pourrait se pose. Cependant, si la composition de la Commission de déontologie comprend un représentant du Ministre et/ou un représentant de l’Administration, pour lesquels la même question de la compatibilité des casquettes pourrait se pose, le CCAJ suggère que par cohérence, il y ait aussi un représentant de la Délégation générale aux droits de l’enfant. Sur cette dernière suggestion, le CCAJ n’a pas exprimé un avis unanime (12 voix pour, 3 contre, 1 abstention) ». Par ailleurs, au sujet de l’article prévoyant que lorsqu’une plainte est introduite par un membre du personnel de la Communauté française contre un autre membre du personnel de la Communauté française, les deux membres du personnel de l’administration de l’aide à la jeunesse assistent aux réunions avec voix délibérative, le Conseil communautaire a remis l’avis suivant : « Le CCAJ n’est pas favorable

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à cette disposition, pour les raisons invoquées (…), à savoir qu’il pourrait y avoir incompatibilité de casquettes ». Ces avis du Conseil communautaire n’ont pas été pris en considération lors de l’adoption du décret. En conséquence de ce qui précède, le Délégué général a sollicité à la Ministre de l’Aide à la jeunesse du nouveau Gouvernement de la Communauté française, en vue d’une réunion de travail avec ses collaborateurs au sujet des recommandations qu’il a formulées en matière de réforme de la Commission de déontologie, du fonctionnement de celle-ci et de ses rapports avec l’institution du Délégué général. ∆

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3. Les mineurs d’âge candidats réfugiés politiques non accompagnés et des mineurs d’âge étrangers non accompagnés en situation illégale Protocole de coopération entre les Conseillers de l’aide à la jeunesse et l’Office des étrangers concernant la prise en charge des mineurs étrangers non accompagnés
En décembre 2003 l’Office des étrangers et la Direction générale de l’aide à la jeunesse ont signé un protocole de coopération entre les Conseillers de l’aide à la jeunesse et l’Office des étrangers concernant la prise en charge des mineurs étrangers non accompagnés. Ce protocole vise à : • Définir les rôles et compétences de chacun des deux intervenants lorsque ceux-ci sont amenés à traiter d’une situation concernant un mineur étranger non accompagné. • Baliser le mode d’intervention des deux services dans l’accueil, le suivi du dossier en matière de solution durable et en cas de changement de la situation du mineur. • Améliorer la situation administrative du mineur en matière de séjour en informant les Conseillers des démarches à suivre auprès de l’Office pour l’obtention des documents de séjour ouvrant la voie à la régularisation temporaire ou définitive de sa situation et le droit à l’aide sociale des CPAS.

Tutelle des mineurs étrangers non accompagnés
Le 24 décembre 2002 a été adopté une loi programme dont le titre XIII, chapitre VI est consacré à la tutelle des mineurs étrangers non accompagnés.

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Cette loi crée un service des tutelles au sein du Service public fédéral Justice et en définit les missions. Elle définit également la notion de « mineurs non accompagnés » ainsi que les missions du tuteur. Un arrêté royal portant exécution de cette loi a été adopté le 22 décembre 2003. Cet arrêté définit notamment les missions, la composition et le fonctionnement du service des tutelles, les procédures et critères d’agrément des tuteurs … L’arrêté royal prévoit l’ouverture officielle du service des tutelles pour le 1er mai 2004. Un appel aux candidats tuteurs a été lancé depuis le mois de mars 2004.

Accord de Gouvernement de la Communauté française 2004-2009
L’accord de Gouvernement pour la Communauté française 20042009 consacre au sein de son chapitre VII « Familles, Enfance et Jeunesse » un paragraphe à la question des mineurs étrangers non accompagnés et prévoit que, le Gouvernement de la Communauté française entamera des discussions avec le Gouvernement fédéral en vue de conclure un accord de coopération relatif à la prise en charge des mineurs étrangers non accompagnés. ∆

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4. Affaires familiales Les États généraux des familles
A la suite des élections de mai 2003, l’accord du Gouvernement fédéral commandait la mise en œuvre des États généraux des familles. La Secrétaire d’État aux Familles et aux Personnes handicapées, se voyait confier la mission de piloter cette vaste consultation. Ce processus de concertation visait à réunir réuni autour des questions de politique familiale, des membres d’associations et d’administrations, des chercheurs universitaires, des responsables politiques… et le grand public, invité à participer via les forums d’un site Internet. Le 13 novembre 2003, la Secrétaire d’État aux Familles a inauguré officiellement ces États généraux des familles. Cinq groupes de travail ont été constitués : Articulation entre la vie familiale et la vie professionnelle, Familles et sécurité sociale, Familles et droit civil et judiciaire, Services aux familles et soutien à la parentalité, Familles et fiscalité. Le Délégué général a participé aux travaux de deux de ces groupes, à savoir « Famille et droit civil et judiciaire » et « Services aux familles et soutien à la parentalité ». Le 27 avril 2004, lors d’une séance plénière, les rapports des différents groupes de travail ont été présentés. Un livre, synthétisant l’essentiel des débats des groupes de travail, enrichi d’interviews d’experts et de réactions des familles, a été publié.

Groupe de travail « Famille et droit civil et judiciaire » Parmi les propositions faites par le groupe de travail « Familles et droit civil et judiciaire », on retrouve des propositions qui ont été formulées par le passé par le Délégué général. En effet, il existe au sein de ce groupe un consensus sur la nécessité de changer le système actuel de règlement des conflits relatifs au contentieux familial et le

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règlement des relations interpersonnelles afin d’éviter les morcellements. Le groupe de travail propose trois pistes à savoir : - la création d’un tribunal de la famille – section du tribunal de première instance – qui regrouperait toutes les compétences en matière familiale ; - l’extension des compétences du juge de paix qui se verrait attribuer tout le contentieux relatif aux relations entre époux avec les enfants ; - le maintien de la compétence au tribunal de la famille mais avec une conciliation préalable obligatoire devant le juge de paix. Dans son rapport annuel 1997-1998, le Délégué général indiquait déjà qu’il était souhaitable de réunir au sein d’une même instance judiciaire (juge des familles) toutes les matières relatives à l’exercice de l’autorité parentale ou connexes, traitées par le juge de paix, le juge des référés, le juge de la jeunesse, section civile ou protectionnelle. En outre, en ce qui concerne le règlement des conflits en matière familiale, le groupe de travail indique que la médiation est une solution alternative aux conflits. Le groupe invite les autorités compétentes à adopter dans les plus brefs délais les arrêtés d’exécution permettant la mise en œuvre de l’agrément des médiateurs en application de l’article 734 quater du Code judiciaire. Dans son rapport annuel de 1997-1998, le Délégué général mentionnait qu’en matière familiale, il fallait encourager la médiation et que l’engagement d’une procédure contentieuse devait rester subsidiaire. Groupe de travail « Services aux familles et soutien à la parentalité » Le groupe de travail « Services aux familles et soutien à la parentalité » relève qu’au niveau de l’accueil de l’enfant, il y a une pénurie

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de place dans le secteur de l’accueil des moins de trois ans. Le groupe de travail précise que l’accueil de l’enfant doit devenir une priorité politique de l’ensemble des niveaux de pouvoirs. Dans l’accord de Gouvernement de la Communauté française, il est stipulé que l’accueil de l’enfant sera une priorité du Gouvernement. Le Gouvernement s’engage à créer d’ici la fin de la législature 8 000 nouvelles places pour les enfants de moins de trois ans.

Groupe de travail relatif aux relations personnelles entre l’enfant et son parent à l’égard duquel sont portées des allégations de maltraitance ou d’abus sexuels
Dans le rapport annuel 2001-2002, il était fait état de la création, à l’initiative du Comité consultatif du Délégué général d’un groupe de travail relatif aux relations personnelles entre l’enfant et son parent à l’égard duquel sont portées des allégations de maltraitance ou d’abus sexuels, groupe de travail présidé par le Docteur Lise Thiry. Le groupe de travail recommandait à l’époque, vu le constat de la souffrance vécue par des enfants privés de relations avec l’un de leurs parents et de l’inexistence d’une structure spécifique leur venant en aide, qu’il serait utile de désigner un accompagnateur de l’enfant comme soutien, appui, personne de référence et allié à l’enfant. Il assurerait une continuité dans le parcours que l’enfant va devoir suivre. Il pourrait intervenir comme médiateur entre les deux parents, non pour obtenir une véritable conciliation, mais un éventuel rapprochement centré sur l’intérêt de l’enfant. L’accompagnateur pourrait être institué au sein d’un service d’aide en milieu ouvert (AMO) ou d’un service d’aide et d’intervention éducative (SAIE) lesquels devraient alors recevoir le subside leur per-

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mettant d’assurer cette nouvelle mission d’accompagnement de l’enfant en difficulté et de soutien des parents. Un sous-groupe de travail a été créé à l’initiative du Parquet de Charleroi et du Parquet général de Bruxelles, en vue d’associer un ou plusieurs services de terrain à la réalisation d’un projet pilote et de définir les modes et conditions de leur intervention (types et nombre de situations, âges des enfants…). Deux services, la Tramontane (SAAE/SAIE) de Bruxelles et l’asbl Prisme et Résonance de Charleroi se sont montrés intéressées par le projet. Le travail d’élaboration du projet pilote, qui pourrait être déposé auprès de la Fondation Roi Baudouin et/ou auprès d’une autorité ministérielle compétente, est en cours. ∆

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5. Sensibilisation et information des enfants de leurs droits et obligations Action de sensibilisation des enfants à l’environnement : visite de l’arboretum de Tervuren
A l’invitation de SAR le Prince Laurent, des enfants, accompagnés du Délégué général ont été visiter le nouvel arboretum de Tervuren le samedi 24 avril 2004. SAR le Prince Laurent est venu rejoindre personnellement ses invités. Le groupe d’enfants était notamment composé du conseil communal des enfants de Nivelles, dernier conseil communal des enfants installé en présence du Délégué général. L’activité a bénéficié du soutien du Bourgmestre et de l’Echevin de la jeunesse de Nivelles. Cette activité participait à l’inauguration du nouvel arboretum ainsi qu’à la publication d’un guide du promeneur, rédigé, à l’initiative de l’Institut royal pour la Gestion durable des Ressources naturelles et la Promotion des Technologies propres (IRGT) et de son Président SAR le Prince Laurent. Cet arboretum est unique en Belgique. Sur près de 100 hectares, il présente plus de 450 espèces d’arbres, réparties suivant une logique géographique, de l’Ouest des États-Unis à la Chine. Des guides spécialisés font visiter ce magnifique domaine.

Les rencontres de Félicien, le lutin magicien : Jaïro, Umar et An May
Le personnage de Félicien, le lutin magicien, est déjà le héros de trois contes pour enfants : « Yaël et le souffleur de bulles », « Les bulles de l’espoir » et « Delphine et le lutin magicien »

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Cette année, le Délégué général a écrit, sur une idée originale de Madame Maryline De Backer, institutrice, un conte pour enfants intitulé « Les rencontres de Félicien, le lutin magicien : Jaïro, Umar et An May », illustré par la dessinatrice Cécile Bertrand. La finalité de ce projet est que le livre puisse être envoyé dans des écoles primaires de la Communauté française intéressées de sensibiliser les élèves aux droits de l’enfant dans les pays du Tiers-Monde. En 2003, le projet d’animation de marionnettes « Les Bulles de l’espoir », réalisé par le Studio Marionnette asbl et Tuc et Cie asbl à partir du conte du Délégué général, avait reçu le soutien du Ministre de l’Enfance, chargé de l’Enseignement fondamental, pour être présenté dans les écoles de la Communauté française, prioritairement celles accueillant des élèves primo-arrivants. Le nouveau projet de conte s’inscrivant dans la continuité de l’animation de marionnettes, le Ministre de l’Enfance, chargé de l’Enseignement fondamental, a alloué le budget nécessaire à la réalisation technique de l’ouvrage (illustrations, mise en page, édition…) et à l’achat de 3 000 exemplaires nécessaires pour toucher toutes les écoles primaires de la Communauté française. Un partenariat a été établi avec les éditions Labor qui ont soumis le texte original à un comité de lecture en vue de l’intégrer dans leur collection jeunesse « La Philo des filous ». Le livre a été présenté dans des écoles et a fait l’objet d’une promotion par la directrice de collection, formatrice en ateliers de philosophie pour les enseignants du fondamental. Par ailleurs, le livre est accompagné d’un guide pédagogique, préparé par les éditions Labor, en vue de susciter la réflexion dans les classes sur le sujet abordé : les droits de l’enfant et le tiers monde.

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L’album, dans sa version cartonnée, est disponible dans le réseau des librairies (en Belgique et en France). Il est également vendu, avec une couverture souple, dans le réseau scolaire de l’enseignement fondamental francophone belge par le biais de deux délégués pédagogiques. Grâce au soutien du Ministre de l’Enfance, chargé de l’Enseignement fondamental, le Délégué général offre, dans la limite du stock disponible, un exemplaire gratuit du livre aux enseignants qui le souhaitent.

CD SINGLE « Ne reste pas seul(e) »
Dans le plan de lutte contre la pédophilie déposé en octobre 1993, nous recommandions la généralisation sur l’ensemble de la Communauté française du service « Écoute-Enfants », le 103. Aujourd’hui, le service « Écoute-Enfants » fait l’objet d’un décret du 12 mai 2004 relatif à l’agrément et au subventionnement de services d’accueil téléphonique des enfants. A cette occasion et pour mieux faire connaître ce service mis à la disposition de tous les enfants de la Communauté française, la campagne « Ne reste pas seul(e) » a pu être mise en place à l’initiative du Délégué général, grâce au soutien du « Fifty One International ». Grâce à un mécénat du « Fifty One International » et de la Province de Namur, un CD single intitulé « Ne reste pas seul(e) » et reprenant trois chansons des CD « Mêmes droits » et « Les bulles de l’espoir », précédemment produits, a pu voir le jour. Deux chansons (« Allô, Allô » et « Différents les enfants ») sont interprétées par Christian Merveille, la troisième (« J’ai un ami ») par Laurence Waters.

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« Allô, Allô » se rapporte au 103 et « J’ai un ami » au rôle de Félicien, le lutin magicien, symbole de l’institution du Délégué général. 10 000 exemplaires du CD single sont aussi mis à disposition des professionnels de l’enfance (écoles…), accompagnés d’un dossier pédagogique.

Une émission de radio impliquant le Délégué général aux droits de l’enfant comme consultant
Durant l’année scolaire 2003-2004, le Délégué général a présenté, en collaboration avec l’animatrice Caroline Veyt, l’émission de radio « Vide ton Sac » sur Bel RTL tous les dimanches de 19 heures à 22 heures. Le Délégué général aux droits de l’enfant a pu répondre aux questions et interrogations des adolescents et jeunes adultes (14 ans à 25 ans) qui se manifestaient spontanément durant l’émission. Citons de manière non exhaustive, quelques thèmes et sujets abordés au cours de 37 émissions de l’année scolaire 2003-2004 (du 7 septembre 2003 au 6 juin 2004). École : Difficulté d’intégration scolaire dans l’enseignement général d’une enfant malvoyante ; le port du foulard à l’école ; le racket dans et aux abords des écoles ; les boucs émissaires dans les écoles ; les centres de rescolarisation ; l’homosexualité à l’école ; les difficultés des élèves surdoués ;… Société : Vivre avec un père ou avec un mère alcoolique ; le changement de nom ; la télévision dans la chambre des adolescents : pour ou contre ? ; les vêtements de marque : un choix libre des adolescents ? ; la rupture amoureuse ; la relation entre le chien et l’enfant ; la fessée : pour ou contre comme procédé éducatif ?; les rapts parentaux ;

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la nouvelle réglementation routière ; la discrimination envers les homosexuels dans le domaine professionnel ; être maman et mineure d’âge ; le ramadan ; ... Sexualité : L’éducation sexuelle et affective dans les écoles primaires et secondaires ; les chèques contraception pour les 15-20 ans et les outils de prévention ; ... Santé : Difficulté d’intégration en stage professionnel d’un adolescent victime d’une maladie rare non reconnue ; toxicomanie : cannabis et drogues dure ; les adolescents et l’alcool ; ... Affaires familiales : Droit de rétablir des relations personnelles avec un parent absent ; difficultés relationnelles avec un beau-parent ; la garde alternée ; l’homosexuel par rapport à sa famille ; la relation entre les enfants et leur parent détenu : les équipes « relais parentsenfants ; les relations entre frères et sœurs ; ... Culture : L’interdiction du film « Elephant » par la Commission de contrôle des films, EA - ENA ? la réforme de la loi de 1920 : culture ou censure ? ; ... Santé mentale : l’automutilation ; le suicide ; ... Aide et protection de la jeunesse : La prise en charge des délinquants juvéniles : la parole des jeunes dans les IPPJ et à Everberg ; recherche de famille d’accueil pour enfants en difficulté ; l’audition des enfants en justice ; ... Le Délégué général a invité plusieurs témoins ou experts lors de certaines de ces émissions : psychologues, psychiatres, médecins, avocats, comédiens… dont certains représentaient des associations comme le SIEP (service d’information sur les études et les professions), la plate-forme prévention SIDA…

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En septembre 2004, l’émission a repris, en collaboration avec la journaliste Barbara Mertens, les mercredis soirs de 19 heures à 19 heures 30.

La Journée internationale des droits de l’enfant du 20 novembre
La Convention internationale relative aux droits de l’enfant a été adoptée à New-York par les Nations-Unies le 20 novembre 1989. La Belgique a ratifié la Convention. Le Sénat et la Conférence interministérielle sur les droits de l’enfant (État fédéral, Communautés et Régions) ont décrété le 20 novembre, Journée internationale des droits de l’enfant. Par ailleurs, l’article 7 du décret du 20 juin 2002 instituant un Délégué général aux droits de l’enfant stipule que le Délégué général doit remettre son rapport annuel le 20 novembre, Journée internationale des droits de l’enfant, au Gouvernement de la Communauté française ainsi qu’au Parlement de la Communauté française. Dans ce cadre, chaque année, le Délégué général prend des initiatives pour commémorer cet événement dans le cadre de sa mission d’informer les personnes privées, physiques, morales et les personnes de droit public, des droits des jeunes. Chaque année, l’institution coordonne de multiples activités avec de nombreux partenaires de tous les horizons. Parmi l’ensemble des manifestations prévues, divers événements symboliques et médiatiques méritent d’être soulignés et sont basés sur le thème : « Chaque enfant a le droit de vivre sur une planète et dans un environnement propres »

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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Cette grande action regroupe un vaste partenariat impliquant l’Institut royal pour la Gestion durable des Ressources naturelles et la Promotion des Technologies propres (IRGT), les asbl « La leçon verte », « Green Belgium » et « Informations des Droits aux Enfants Entendants et Sourds » (IDEES), des conseils communaux d’enfants, le Secrétariat général du Ministère de la Communauté française, le Ministère de la défense, les Parlements de la Communauté française et de la Région de Bruxelles-Capitale, la Direction générale des Ressources naturelles et de l’Environnement de la Région wallonne, Bel-RTL, la RTBF et le Ligueur. a) Arboretum Les conseils communaux d’enfants sont invités à venir visiter l’arboretum les mercredis du mois d’octobre (6-13-20-27). 4 groupes sont prévus chaque jour (2 groupes le matin, 2 groupes l’après-midi), soit 16 groupes au total. La visite durera 1h30 et sera accompagnée par un guide de l’asbl « la leçon verte ». De plus, un atelier sur l’eau et le développement durable d’une durée d’1 h 30 sera animé dans un local proche par un animateur de l’asbl « Green Belgium ». b) Plantation de l’arbre des droits de l’enfant En collaboration avec la Direction générale des Ressources naturelles et de l’Environnement de la Région wallonne et avec le soutien du Ministre wallon de l’Agriculture et de l’Environnement, il sera proposé à chaque commune de la Communauté française de recevoir un arbre, le tilleul, symbole des droits de l’enfant. L’arbre devra être planté dans un lieu public et devra être identifié comme étant « l’arbre des droits de l’enfant ».

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

c) Le Parlement de la Communauté française Avec le soutien de la Présidente du Parlement de la Communauté française, une œuvre d’art représentant un arbre symbolisant les droits de l’enfant sera inaugurée le 17 novembre 2004 au Parlement de la Communauté française. Le 17 novembre de 18 h 00 à 19 h 00, Bel-RTL installera son studio et produira son journal parlé dans le Parlement de la Communauté française. De 19 h 00 à 19 h 30, l’émission radio de Bel-RTL « Vide ton sac » sera animée en direct du Parlement avec des enfants. Le thème sera consacré au 20 novembre, journée internationale des droits de l’enfant. Les 17 et 18 novembre, des visites du Parlement de la Communauté française seront organisées à l’attention des conseils communaux d’enfants, matin et après-midi. d) Le Parlement bruxellois Avec le soutien du Président du Parlement bruxellois, un débat sur le thème de l’environnement sera organisé dans l’hémicycle du Parlement bruxellois le 18 novembre 2004 de 14 h 30 à 17 h 00 à l’intention des enfants des écoles bruxelloises de 5e et 6e primaires. e) Appel à projets concernant l’environnement Le Délégué général lance, en collaboration avec l’IRGT, placé sous la présidence de SAR le Prince Laurent, un appel à projets aux classes de 2 et 3e degrés de l’enseignement primaire et aux conseils communaux d’enfants de la Communauté française sur le thème du respect de l’environnement et du développement durable.

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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Les élèves et leur instituteur ou leur animateur sont invités à déposer un projet concret à réaliser soit dans leur école, soit dans leur commune, soit dans un pays en voie de développement. Cet appel à projets sera relayé dans plusieurs numéros du Ligueur. Un comité de sélection mis en place par l’IRGT retiendra les meilleurs projets qui recevront, en fonction des disponibilités, un budget et des moyens nécessaires à leur réalisation. Le comité sera composé de membres de l’IRGT, d’un représentant des asbl « La leçon verte » et « Green Belgium » d’un représentant du Ministère de la Défense et d’un membre du service du Délégué général. Les projets retenus seront présentés publiquement par leurs promoteurs lors de la matinée académique du 20 novembre 2004 placée sous le thème : « Chaque enfant a le droit de vivre sur une planète et dans un environnement propres ». Le Ministre de la Défense analysera les possibilités d’une aide logistique pour mettre en œuvre les projets dans un pays du Tiers-Monde où l’armée belge peut être partenaire soit l’Afghanistan, le Bénin, le Kosovo. L’émission radio « Quand les jeunes s’en mêlent » de la RTBF s’ouvre durant les semaines à venir à toute proposition émanant directement des conseils communaux d’enfants ou des écoles qui préparent un projet afin de donner sur les ondes tout le retentissement que le projet mérite. Ce partenariat avec l’émission « Quand les jeunes s’en mêlent » vise à solliciter l’initiative des enfants et à développer leur participation. f) La matinée académique du 20 novembre Le Délégué général organise, le 20 novembre en matinée, un séminaire intitulé « Droit de l’enfant et environnement » en partenariat

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

avec l’asbl « L’Enfant des Étoiles » et le Carrefour Régional et Communautaire de la Citoyenneté et de la Démocratie (CRECCIDE). Les enfants des conseils communaux et des écoles dont le projet en matière d’environnement a été retenu par le comité de sélection, installé sous les auspices de l’IRGT, sont invités à venir présenter leur projet. Le programme : - Ouverture du séminaire - Intervention d’une personnalité scientifique sur le thème de l’environnement - Intervention du CRECCIDE sur les conseils communaux d’enfants - Exposés des enfants - Conclusions

Lors de cette matinée, le Délégué général remettra symboliquement, en compagnie d’enfants, tel que prévu par l’article 7 du décret instituant un Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, son rapport annuel à la Ministre-Présidente du Gouvernement de la Communauté française et à la Présidente du Parlement de la Communauté française. Deux œuvres réalisées par Monsieur Wauters, sculpteur, seront remises lors de cette matinée. L’une intitulé « Tendresse II » récompensera une institution, une organisation, une personne ou un service qui aura participé activement durant l’année écoulée à défendre la cause des droits de l’enfant. L’autre intitulée « Félicien » récompensera un travail ou une action réalisée pour les droits de l’enfant sur un plus long terme.

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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g) La comédie musicale Mélisande de l’asbl « L’Enfant des Étoiles » Les représentations du spectacle « Mélisande » de l’asbl « L’Enfant des Étoiles » se dérouleront du 10 au 20 novembre 2004 afin de les faire coïncider avec la commémoration en Belgique de la Journée nationale des droits de l’enfant fixée annuellement le 20 novembre. Le spectacle de Gala se déroulera le 20 novembre en soirée. h) Concert du 21 novembre En clôture des différentes manifestations qui se sont déroulées en Communauté française pour commémorer la Journée internationale des droits de l’enfant, le Délégué général, sous la coordination de Monsieur Vaguener, un concert au Théâtre Saint-Michel à Bruxelles. Le concert bénéficie de la présence de SAR le Prince Laurent et est placé en autres sous le haut patronage du, Ministre de la Défense, de la Présidente du Parlement de la Communauté française, du MinistrePrésident de la Région wallonne, de la Ministre-Présidente de la Communauté française, du Ministre de l’Environnement de la Région wallonne, de la Ministre de l’Environnement de la Région BruxellesCapitale, de la Ministre de la Culture de la Communauté française et de la Ministre de l’Enfance et de l’Aide à la jeunesse de la Communauté française. En outre, Claire Brisset, Marianne De Boeck, Annie Cordy, Christian et Janine de Duve, Anne de Kerchove de Denterghem, JeanPierre de Launoit, Valmy Féaux, Thierry Giet, Alain et Edith Hauzeur, Roger Lallemand, Jean-Denis Lejeune, Christian Merveille, Marina Prigogine, Gabriel Ringlet et Lise Thiry ont accepté de constituer le Comité d’honneur du concert.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

La promotion du concert sera assurée par divers partenaires dont le Ligueur et il bénéficie notamment du soutien comme partenaire d’Ethias, de Microsoft, du Fifty One International… La première partie de ce concert est consacrée à la création mondiale du quatrième concerto pour piano de Robert Janssens, compositeur belge. Ce concerto auquel le compositeur assistera est produit par le « Brussels Philarmonic Orchestra » et dirigé par Roger Bausier. La partie soliste sera assurée par le jeune pianiste Alexander Vaguener. La seconde partie du concert est réservée à l’interprétation de la symphonie du nouveau monde de Dvorak. Les fonds récoltés seront reversés aux projets des conseils communaux d’enfants et des écoles qui auront été retenus et présentés lors de la matinée académique du 20 novembre, afin que ceux-ci puissent être réalisés.

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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Ligne du temps Ligne du temps (non exhaustive) arrêtée au 15 octobre Journée nationale des droits de l’enfant 2 004

Dates 1er septembre

Organisations Le Ligueur

De octobre 2004 Centre d’action laïque à juin 2005 de la province de Liège 4 au 29 octobre 16 octobre Délégué général aux Droits de l’Enfant - IRGT Paliseul

Activités • Appel aux projets dans les écoles « L’enfant a le droit de vivre sur une planète propre et un environnement sain » • Projet de sensibilisation aux droits de l’Enfant « Itinéraire des droits de l’Enfant, de Liège à Lisala* • Visites de l’Arboretum à Tervuren • Places aux enfants avec lâcher de ballons et lien avec le 20 novembre, Journée nationale des droits de l’enfant • Présence d’un membre de la chambre à la Conférence mondiale des femmes parlementaires consacrée à la protection de l’enfance et de l’adolescence à Rome • Fête des enfants en collaboration avec les écoles, le JAP et le PSI Envoi dans les centres ADEPS d’affiches présentant la Journée nationale des droits de l’enfant • Sensibilisation aux droits de l’enfant • Encart présentant le concert du 21 novembre dans le journal du Fifty One International

17 au 18 octobre Chambre des représentants

29 octobre Octobrenovembre Novembre Novembre

Awans Direction générale du Sport CCE* Neufchâteau Fifty One International

* CCE = Conseil Communal des Enfants

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Novembre

CJEF

Novembre Novembre Novembre Novembre

ONE RTBF Association francophone d’Aïkido Infor jeunes

• Assemblée générale du CJEF le 21/9 lors de laquelle chaque organisation de jeunesse sera invitée à participer à la Journée nationale des droits de l’enfant • Commission Jeunesse du CJEF : Publication dans la presse de deux articles (1 pour adultes « carte blanche » + 1 pour enfants) sur la symbolique du 20 nov et l’action au quotidien des droits de l’enfant + la place des enfants au sein du secteur « jeunesse » • En attente • En attente • Stages gratuits organisés • Collaboration avec les centres et points relais Infor Jeunes - réactualisation dossier sur la Convention internationale des droits de l’enfant qui sera téléchargeable à partir du site www.inforjeunes.be • Actions de sensibilisation aux droits de l’enfant via les cours philosophiques dans les écoles de l’entité • En attente (activités dans les écoles et accueil extra scolaire) • Encart d’un texte informatif dans le journal officiel, distribution de brochures sur la Convention internationale des droits de l’enfant • En attente + lâcher de ballons • En attente • En attente + lâcher de ballons • En attente • Exposition de travaux d’enfants sur les droits de l’enfant

Novembre

Arlon

Novembre Novembre

Ganshoren Ligue francophone de Handball

Novembre Novembre Novembre Novembre Novembre

AMO La Chaloupe AMO Carrefour J Sainte-Ode Comblain-au-Pont CCE Sprimont

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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Novembre Novembre 1 au 20 novembre

2 au 30 novembre 7 novembre

Unicef Saint-Nicolas Délégué général aux Droits de l’Enfant Ministre de l’agriculture de la Région wallonne Centre d’action laïque de la Province de Liège Échevinat de la Jeunesse et des Sports Communauté germanophone

• En attente • En attente • Distribution et plantation d’arbres des droits de l’Enfant dans les communes participantes • Quinzaine thématique sur la non violence et la résolution pacifique des conflits • Places gratuites offertes à des enfants de services résidentiels pour le match de football Tubize/Deinze et lâcher de ballons • 10 au 20 nov : exposition « L’amitié envers les étrangers ? – Bien sûr ! » dans les locaux du BRF (radio télévision) pour les groupes scolaires et mouvements de jeunesse • 13 nov : forum des jeunes organisé à l’école communale de la Calamine • 17 nov : jeu « Bemapardy » au centre Worriken pour les classes de l’enseignement secondaire • 19 nov : Institut d’enseignement spécialisé de la Communauté germanophone + Jeune Chambre du Commerce invitent les classes de 6e primaires d’Eupen à un spectacle, débats, réalisation d’affiches… • 19 nov : école fondamentale annexée à l’institut supérieur pédagogique, en collaboration avec l’Unicef, organise un programme d’activités différencié en fonction des degrés d’enseignement • Exposition consacrée aux droits de l’Enfant et à la problématique des enfantssoldats (dans les locaux de la salle Gros Buisson) • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant

10 au 20 novembre

14 au 20 novembre

Faucons Rouges de Wanze

15 au 21 novembre

Radio Quartz

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 15 au 21 novembre 17 novembre 17 au 17 novembre

Radio Borinage Fun Radio Radio Contact 2 Dinant Radio Centre Jodoigne Radio Charlemagn’rie Herstal Radio Colombia RLM (Radio libre Mouscron) Studio S (Sibret) J600 (Jumet) Beho FM (Trois-ponts) Radio Terre franche RQC (Radio Qui Chifel) Radio Judaïca Le Ligueur Unicef BelgiqueEcpat-Plan Belgique

19 novembre

Flobecq

• Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Diffusion de spots informant de la Journée nationale des droits de l’enfant • Numéro spécial du Ligueur sur les droits de l’enfant • 17 nov : rencontre entre jeunes sur « la place des droits de l’enfant dans la coopération au développement » • 18 nov : conférence « droits de l’enfant et coopération au développement » dans le cadre du 15e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant • Lâcher de ballons avec les enfants des écoles

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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19 novembre 20 novembre 20 novembre

Esneux Manage DGDE - asbl « l’enfant des étoiles » Délégué général aux Droits de l’Enfant - asbl « l’Enfant des étoiles » Ministre de l’Enfance, de l’Aide à la jeunesse et de la Santé Tubize

20 novembre

20 novembre

• Goûter et lâcher de ballons avec les enfants des écoles • Spectacle gratuit de Raphy Rafael au centre culturel « Le Scailmont » • Matinée académique dans les décors du spectacle « Mélisande » de l’asbl « L’enfant des étoiles » à Rixensart ; • Gala des droits de l’enfant : spectacle « Mélisande » de l’asbl « L’enfant des étoiles » à Rixensart • En attente

20 novembre

20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre

Limbourg Durbuy Andenne Pont à Celles Yvoir Genappe Donceel Gesves Tournai Ecaussines Braine-l’Alleud Habay CCE de Péruwelz Sivry Rance

• Plantation d’un arbre + lâcher de ballons + match de football avec places gratuites pour les enfants • Mise en place du nouveau CCE 2004/2005 + Lâcher de ballons • Lâcher de ballons + plantation de l’arbre des droits de l’enfant • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • En attente • Actions de sensibilisation dans les écoles de l’entité + lâcher de ballons • En attente • Diverses activités de sensibilisation et lâcher de ballons • En attente + lâcher de ballons • En attente (sensibilisation dans écoles ?) + lâcher de ballons

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre

Woluwe Saint Lambert Beaumont Tinlot Braine-le-comte Tenneville Wasseiges Hornu + CCE Walhain Gouvy Verviers Profondeville

20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre

Bouillon CCE de Wellin Eghezée Jurbise + CCE Sombreffe + CCE

20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre

Engis Tournai Herstal Beauvechain Estaimpuis

• En attente + lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Actions de sensibilisation dans les écoles et accueil extra scolaire + lâcher de ballons • Lâcher de ballons • En attente + lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Actions de sensibilisation dans les écoles + cérémonie et pose d’une plaque à l’endroit des arbres avaient été plantés par des enfants en 1989 + lâcher de ballons • En attente • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Activités diverses de sensibilisation + lâcher de ballons • En novembre : sensibilisation aux droits de l’enfant dans les écoles de l’entité • Plantation d’un arbre symbolique • Émission radiophonique d’information sur les droits de l’enfant par les petits conseillers • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons + en attente • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • lâcher de ballons • marche dans les 7 villages de l’entité • animations sur les dons d’organes dans les classes de 5e et 6e

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20 novembre 20-21 novembre 21 novembre 21 novembre

Meix-devant-Virton Sambreville Seraing (CCE) Dinant Daverdisse Standart Ligue des droits de l’Homme Monsieur Vaguener, Délégué général aux Droits de l’Enfant, IRGT

22 novembre

IRDECOF

23 novembre

23 novembre

24 novembre

Coordination communautaire de « Placeaux enfants » - Bxl Nivelles + section de prévention générale du Conseil d’arrondissement de l’aide à la jeunesse de Nivelles Centre culturel de Soignies + Echevinat de la Culture

• Sensibilisation aux droits de l’enfant dans les écoles + lâcher de ballons • Diverses activités organisées au sein de l’entité + lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • Lâcher de ballons • En attente • Grande fête des enfants à « La Raffinerie » (Molenbeek-St-Jean) • Théâtre Saint-Michel : Concert du « Brussels Philharmonic Orchestra » pour les droits de l’Enfant en présence de SAR le Prince Laurent, sous le patronage de différentes autorités fédérales, régionales et communautaires • Conférence annuelle sur le harcèlement et la violence envers les femmes au Parlement européen. • Colloque : « la place de l’enfant dans la cité » • Diverses actions avec les écoles primaires de l’entité au départ d’un dossier pédagogique sur les droits de l’enfant. • Spectacle sur le thème des droits de l’enfant • Lâcher de ballons • Plantation de l’arbre des droits de l’enfant • Lecture de la charte des droits de l’enfant • Remise des fresques réalisées par les classes sur le thème « Chaque enfant a le droit de vivre sur une planète et un environnement propres » + don de denrées non périssables à des associations de dépannage alimentaire de Soignies • Spectacle de cirque • Lâcher de ballons

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

28 novembre

18 au 23 décembre

• Rencontre Mons-GBA : entrée des joueurs accompagnés d’enfants, annonce phonique avant le match pour informer de la Journée nationale des droits de l’enfant et lâcher de ballons. Centre culturel de Soignies • Exposition des fresques (cfr 24 novembre) + Echevinat de la Culture au centre d’art et de culture de Soignies

RAEC Mons

Des outils de sensibilisation aux droits de l’enfant ont vu le jour depuis quelques années grâce à des autorités publiques ainsi qu’à des mécènes et sponsors. Ils sont mis à la disposition des partenaires - une affiche informant le public de cette journée nationale des droits de l’enfant et proposant les différents outils qui seront disponibles ; - une brochure « Les droits de l’enfant » ; - un livre « Les bulles de l’espoir – Une aventure de Félicien le lutin magicien » ou les droits de l’enfant expliqués aux enfants (1 000 exemplaires) ; - un jeu « Le monde de la paix » réalisé par le CRECCIDE (1 000 exemplaires) ; - un puzzle d’un m2 « La Convention des droits de l’enfant » (2 500 exemplaires). - des ballons gonflables « Droits de l’Enfant « à l’effigie de « Félicien, le lutin magicien, souffleur de bulles « avec le soutien de la Communauté française. ∆

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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6. Maintien des relations personnelles entre les enfants et leur parent détenu
En octobre 1996, suite à un groupe de travail co-préside par l’Office de la naissance et de l’enfance, le Délégué général avait formulé diverses recommandations relatives à la problématique du maintien des relations personnelles entre les enfants et leur parent détenu. Dans les deux derniers rapports annuels d’activités, nous avons évoqué l’initiative du Fonds Houtman de lancer un appel à projets en faveur des enfants de parents détenus. Suite à cet appel, 12 projets ont été retenus. Ils concernent tant l’aménagement de lieux et la mise en oeuvre de visites spécifiques d’enfants, le développement de lieux spécifiques d’accueil et d’information des familles, la réalisation d’outils d’information et de sensibilisation, que le développement d’un réseau de bénévoles pour l’accompagnement des enfants dans leurs déplacements et les visites. Les projets touchent les prisons de Saint-Gilles, Nivelles, Andenne, Dinant, Saint-Hubert, Mons, Ittre, Verviers et Jamioulx. La plupart des projets ont été menés à bien et il reste maintenant à attendre le résultat de la recherche-action commanditée afin de réaliser une évaluation des actions soutenues et de mettre en évidence notamment les facteurs externes aux actions (législatifs, réglementaires, allocatifs, etc.) sur lesquels il faudrait intervenir. Il convient néanmoins de souligner d’ores et déjà le vote, par le Parlement de la Communauté française du décret du 28 avril 2004 modifiant le décret du 19 juillet 2001 relatif à l’aide sociale au détenus en vue de leur réinsertion sociale.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Ce décret institue, au sein du secteur de l’aide sociale aux détenus, des « services-lien » dont l’objectif est d’aider au maintien ou à la restauration de la relation entre l’enfant et son parent détenu. La mission générale de ces services est de donner la possibilité au parent détenu qui en fait la demande de poursuivre une relation avec son enfant. Malgré l’intérêt qu’il porte depuis de nombreuses années à cette question, le Délégué général n’a nullement été consulté dans le cadre de l’élaboration de ce décret. Si on peut se réjouir de la création d’un cadre légal permettant la reconnaissance et la subsidiation de services chargés d’aider au maintien des relations personnelles entre les enfants et son parent détenu, on doit cependant constater que l’angle d’approche est non pas le secteur de l’aide à la jeunesse mais celui de l’aide sociale aux détenus. Une telle approche consacre le maintien de la relation enfant-parent comme un droit pour le parent détenu plutôt que comme un droit de l’enfant. Un rattachement des « services-lien » au secteur de l’aide à la jeunesse ou à celui de l’accueil de l’enfance aurait sans doute été plus bénéfique et respectueux de l’intérêt supérieur de l’enfant. ∆

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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7. Nouvelles instances en vue d’un meilleur respect des droits de l’enfant Une Assemblée des enfants en Communauté française
Nous avons évoqué dans notre rapport annuel précédent la question de la création au sein du Parlement de la Communauté français d’une Assemblée des enfants. Ce projet s’inscrit dans le cadre plus large de l’école citoyenne voulue en Communauté française. La démarche est ainsi compatible et complémentaire de toutes celles qui reposent sur l’apprentissage des droits humains et des droits de l’enfant grâce à des pédagogies actives et participatives. Le 20 novembre 2003, le Délégué général remettait officiellement son rapport d’activités dans les locaux du Parlement de la Communauté française en présence d’enfants. A l’issue de cette réunion, une résolution visant la création d’une assemblée des enfants a été adoptée. Dans ce texte, les enfants demandaient aux députés de mettre en place, à partir de la rentrée scolaire de septembre 2004, une assemblée des enfants dans le cadre de l’apprentissage à la démocratie et à la citoyenneté. Interrogée au sujet de l’évolution de cette assemblée des enfants, la nouvelle Présidente du Parlement de la Communauté française a répondu que, l’année 2004 ayant été marquée par les élections, le groupe de travail dont le bureau du précédent Parlement avait décidé la mise en place pour examiner les modalités de mise en œuvre de la résolution, ne pourrait être installé et se réunir qu’à partir de l’automne 2004. Dans ces conditions, la mise en œuvre du projet ne peut se faire qu’à partir de septembre 2005.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Elle a en outre précisé que le Parlement souhaite réserver à cette initiative les moyens qui lui sont nécessaires et que demandera une réflexion approfondie du groupe de travail qui sera constitué des représentants des groupes politiques qu’elle présidera. ∆

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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8. Soins palliatifs - euthanasie
Dès 1998, le Délégué général recommandait, lors des travaux préparatoires à la loi relative à l’euthanasie, que les mineurs n’en soient pas exclus et qu’ils puissent exprimer un avis qui corresponde à leur volonté. La loi du 28 mai 2002 relative à l’euthanasie est trop restrictive parce qu’elle exclut les mineurs de sa compétence. Il existe donc une zone de non-droit pour les enfants gravement malades ou accidentés en fin de vie. Le 7 juillet 2004, deux sénateurs, Jeannine Leduc et Paul Wille, ont déposé une proposition de loi modifiant la loi du 28 mai 2002 relative à l’euthanasie, proposition qui vise notamment à autoriser l’euthanasie pour les mineurs. Dans leur proposition, les auteurs précisent qu’en dessous de 18 ans, si les enfants sont légalement incapables, ils sont toutefois souvent à même de comprendre les informations données sur leurs affections médicales, y compris le diagnostic, le traitement et le pronostic éventuel. La pratique nous apprend en effet que les enfants qui se trouvent dans une situation sans espoir ont beaucoup de maturité, en particulier par rapport aux enfants en bonne santé. Par conséquent, il est totalement arbitraire de prévoir un âge minimum. Quelqu’un qui se situe juste en dessous de cet âge minimum devrait tout autant pouvoir demander l’euthanasie si les conditions sont remplies. Un enfant peut éprouver une souffrance sans issue tout comme un adulte et être également pleinement conscient du problème de l’euthanasie. En l’occurrence, la proposition ne mentionne explicitement aucun âge et préfère introduire la notion de « capacité de discernement ». Généralement, on considère que les jeunes sont capables de discernement à l’âge de 12 ans. Cependant, les auteurs de la proposition constatent également que la maturité vient bien plus tôt chez des

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

enfants qui souffrent sans aucune perspective de guérison et que les enfants de moins de 12 ans peuvent également posséder une capacité de discernement. La modification proposée concerne uniquement les mineurs conscients et ne porte donc pas sur des situations où ils ne seraient plus capables d’exprimer leur volonté. Pour éviter de méconnaître le rôle des parents par rapport au droit « limité » du mineur à demander l’euthanasie, il est prévu que ceuxci soient associés à la décision, sans pour autant avoir le dernier mot quant à la demande d’euthanasie de leur enfant mineur. ∆

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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9.

Droits des enfants sourds et malentendants

Le décret relatif à la reconnaissance de la langue des signes a été adopté par le Parlement de la Communauté française lors de la séance du 22 octobre 2003. Ce décret reconnaît la langue des signes comme la langue visuo-gestuelle propre à la communauté des sourds de la Communauté française. Il institue en outre une commission consultative de la langue des signes. Cette commission a pour principale mission de remettre au Gouvernement, soit d’initiative, soit à sa demande, des avis, des propositions sur toute problématique concernant l’utilisation de la langue des signes. Le 3 juin 2004, un arrêté du Gouvernement de la Communauté française relatif à la commission consultative de la langue des signes détermine la composition et le fonctionnement de celle-ci. Les membres de cette commission ont été nommés par un arrêté du Gouvernement de la communauté française le 9 juin 2004. Le Délégué général recommande qu’un aménagement légal ou réglementaire soit opéré de manière à lui permettre de participer ponctuellement aux travaux de la commission consultative lorsque les sujets abordés concernent des mineurs d’âge. ∆

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

10. Relations internationales Partenariat en en protection de l’enfance entre l’Unicef, le Tunisie et la Communauté française de Belgique
Le corps des Délégués de protection à l’enfance a été mis en place suite à la mise en application du Code de la protection de l’enfant, adopté en 1995. Cette installation graduelle dans chacun des gouvernorats a permis de constater que le corps des Délégués à la protection de l’enfance s’est établi comme partenaire du système de protection de l’enfance aussi bien dans la prise en charge des signalements que dans la diffusion de la culture des droits de l’enfant. Les signalements d’enfants en danger n’ont cessé d’augmenter pour atteindre prés de 6 000 en 2003. Afin de créer une dynamique d’efficacité du système de protection au niveau régional, il est indispensable que les Délégués à la protection de l’enfance travaillent en réseau avec tous les acteurs locaux ayant des responsabilités dans la protection de l’enfance. Le programme de partenariat a été mis en sommeil depuis 2003 en raison d’une part du transfert du corps des Délégués à la protection de l’enfance du ministère de l’enfance et des sports vers le Ministère des affaires familiales et de la femme, et d’autre part de la période de transition à l’Unicef liée au départ de son représentant vers l’Amérique du Sud. L’objectif d’une mission accomplie par le Délégué général en 2004 a été de partager les expériences réussies de fonctionnement de réseaux locaux, de préparer un programme de stage en Belgique fin 2004 pour les Délégués à la protection de l’enfance impliqués dans le travail en réseau et de remettre en place un nouveau projet triennal de coopération entre la Tunisie et la Communauté française de Belgique en matière de protection de l’enfance. Le résautage est mené individuellement de facto pour chaque délégué d’une part parce qu’il y est obligé en raison de son obligation

PRINCIPAUX DOSSIERS GÉNÉRAUX

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de trouver des solutions aux cas individuels de mineurs en danger qui lui sont présentés et d’autre part parce qu’il a reçu une initiation concrète au réseautage dans le cadre de la préparation du colloque de 2002 à Tunis consacré à la protection de l’enfance. Si on constate que des réseaux sont mis en place suite à des directives administratives ou légales – cfr, par exemple, obligations liée à la recherche de la paternité concernant les enfants nés hors mariage – ceux résultant d’une démarche personnelle du Délégué à la protection de l’Enfance ne sont pas forcément établies selon un mécanisme programmé et généralisé ou selon des critères de sélection mais davantage à partir de contacts personnels fortuits ou conséquemment à la recherche de solutions pour un enfant en danger. Les réseaux établis sont donc très différents d’un gouvernorat à l’autre, cela de manière hétéroclite et hétérogène, puisque les gouvernorats ne bénéficient pas des mêmes services et mettent en relation des personnes différentes. La pratique du réseau est une politique indispensable à développer dans tous les gouvernorats en raison des missions diversifiées du Délégué à la Protection de l’Enfance (promotion du code, sensibilisation aux droits de l’enfant, développement d’une politique de prévention, prise en charge d’enfants en danger, ...) A l’issue de la mission, diverses proposition ont été formulées : Fin 2004 : Mise en œuvre d’un stage en Belgique préparatoire à un programme triennal (2005-2006-2 007) de formation continuée fondé sur l’exercice de la constitution des réseaux et l’établissement d’un processus de généralisation de pratiques cohérentes pour la Tunisie.

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2005, 2006 et 2007 : Échange d’expériences en Communauté française de Belgique et en Tunisie. Participation d’experts reconnus par l’Unicef. Fin 2007 : Finalisation de la formation continuée relative au réseautage par l’organisation en Tunisie d’un colloque international francophone sur la protection de l’enfant « Les réseaux au secours des enfants en danger » avec la participation d’une délégation belge multidisciplinaire. En Communauté française de Belgique, ces propositions ont été relayées par le Délégué général auprès de la Ministre de l’Aide à la jeunesse, du Commissariat général aux relations internationales, de la Direction générale de l’aide à la jeunesse et de l’Union des conseillers et directeurs de l’aide à la jeunesse. En Tunisie, les recommandations ont été formulée auprès de la Ministre des Affaires familiales et de la Femme et auprès de l’Unicef.

ENOC : le réseau européen des ombudsmans des enfants
La réunion annuelle 2 003 de l’ENOC s’est tenue à Stockholm du 15 au 17 octobre 2003. A l’issue de cette réunion les membres du réseau ont adopté les différentes déclarations ci-après relatives à la communication avec les enfants, à la pression commerciale à l’égard des enfants et à la justice juvénile.

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Déclaration sur la communication avec les enfants Nous, en tant qu’Ombudsmans pour les enfants de 21 États en Europe, sommes préoccupés par le fait que le droit de l’enfant d’exprimer son opinion n’est pas suffisamment pris au sérieux par ceux qui prennent des décisions concernant les enfants. Le droit de l’enfant – comme défini à l’article premier de la Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant – d’exprimer son opinion, comme expliqué à l’article 12 de ladite Convention, est absolu. Chaque enfant qui est à même de se forger sa propre opinion a le droit d’exprimer ces opinions dans toutes les matières qui le concernent. Ce droit ne peut être soumis à la condition que l’expression de ces opinions doive être en accord avec les meilleurs intérêts de l’enfant, étant donné que ce droit découle de la reconnaissance de l’enfant comme sujet actif de droits. Il est dans l’obligation des États, non seulement de donner à l’enfant la possibilité d’exprimer son opinion, mais aussi, et c’est important, de garantir qu’il soit donné le juste poids à ces opinions dans la prise de décision affectant l’enfant. Cette obligation inclut un devoir de trouver et d’utiliser les méthodes appropriées pour communiquer avec les enfants ainsi que le devoir d’essayer de motiver les enfants et les jeunes personnes à prendre part active au débat dans la société, y compris dans la famille, en classe, devant le tribunal et dans tous les autres forums qui sont pertinents pour les enfants. Le droit de l’enfant à exprimer son opinion inclut le droit de recevoir des informations sur des sujets l’affectant. Ceci est nécessaire afin que l’enfant puisse se forger une opinion informée. Nous croyons que les écoles portent une responsabilité particulièrement importante dans le développement de l’éducation comme un processus à double sens dans lequel les enfants et les jeunes

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personnes deviennent des participants actifs. L’ENOC encourage les États à prêter encore plus d’attention aux méthodes d’implication des enfants dans la société par la communication avec eux et en donnant l’effet adéquat aux opinions exprimées par les enfants. Le droit de l’enfant à exprimer son opinion et à voir cette opinion prise au sérieux est un élément fondamental de la règle de la loi. Ceci est particulièrement évident dans toute action en justice affectant l’enfant, plus particulièrement en ce qui concerne la détention publique de l’enfant, la garde et le contact avec les parents, l’adoption, la filiation, les procédures scolaires, l’enfant en tant que victime d’un délit ainsi que les actions criminelles contre l’enfant. Il convient de souligner en outre qu’en conformité avec l’article 6 (le droit à un procès équitable) de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l’enfant a un droit égal à celui de l’adulte de jouir de ses droits civiques déterminés par un tribunal indépendant et impartial. Permettre à l’enfant d’exprimer son opinion et prendre ces opinions en compte constituent également une condition de protection de l’intégrité de l’enfant. L’enfant doit avoir son mot à dire dans la façon dont sont utilisées et diffusées les opinions qu’il a exprimées et les autres informations à son égard, dans les limites de ce qui peut être nécessaire pour la protection de la règle de la loi et des meilleurs intérêts de l’enfant. Nous rappelons la déclaration précédente de l’ENOC invitant instamment les Gouvernements de tous les États européens à revoir leurs lois, politiques et pratiques en vue d’assurer un respect effectif de l’article 12 de la Convention des droits de l’enfant et affirmant que les Gouvernements eux-mêmes doivent développer des procédures pour la consultation des enfants sur tous les développements politiques pertinents.

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Nous accueillons avec bienveillance l’inclusion des droits de l’enfant dans le projet de Constitution de l’Union Européenne. Nous rappelons que le transfert, des États membres vers les institutions de l’Union Européenne, de responsabilités accrues ne diminue en rien les obligations que les États ont vis-à-vis de la pleine et effective implémentation de la Convention. L’engagement de l’ENOC est de s’assurer que les ombudsmans nationaux sont aussi près que possible des réalités quotidiennes des enfants et qu’ils aient un contact direct et une communication avec les enfants. Avec l’intégration plus étroite des États membres de l’Union Européenne et des 45 États membres du Conseil de l’Europe ainsi que l’adhésion croissante à l’Union, l’importance des échanges uniques d’expériences et de coopération se produisant au sein de l’ENOC croit. A cet égard, une coopération plus étroite avec l’Union Européenne et le Conseil de l’Europe constitue une des premières priorités pour l’ENOC. Nous accueillons chaleureusement la proposition selon laquelle l’Union Européenne envisagerait de donner ses pleins effets à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et appelons l’Union Européenne d’envisager de la même manière la pleine implémentation de la Convention des droits de l’enfant dès que possible.
Stockholm, 17 octobre 2003

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Enfance et pression commerciale : déclaration sur la proposition de l’Union Européenne d’une « Directive relative aux pratiques commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs » 2003/0134 (DOC). Nous, les Ombudsmans pour les enfants de 21 États européens, sommes inquiets du manque de protection spéciale accordée aux enfants face aux pratiques commerciales déloyales dans la proposition de nouvelle directive de l’Union Européenne. Les pratiques commerciales déloyales sont identifiées comme un problème dans tous les pays de l’Union Européenne et nuisent aux consommateurs ainsi qu’aux sociétés respectueuses des pratiques commerciales établies. En conséquence de la nouvelle Directive proposée, les droits du consommateur seront plus clairement définis et le commerce transfrontalier plus simple. La Directive établit une interdiction unique, commune et générale en matière de pratiques commerciales déloyales tendant à déformer le comportement économique du consommateur (Article 5). Les enfants et les jeunes constituent un groupe de consommateurs vulnérables à travers toute l’Europe. En tant qu’Ombudsmans pour les enfants, notre expérience est que les enfants et les jeunes sont souvent exposés à d’énormes pressions commerciales. Les enfants et les jeunes d’aujourd’hui représentent une cible de 100 milliards de dollars. Ils sont le groupe-cible principal des industries de mode, la mode pour les enfants constitue un négoce énorme, et les marchandises à destination des consommateurs sont délibérément ciblées sur les symboles de statut des enfants et des jeunes. Le marketing on-line et par téléphone mobile fait des enfants des cibles directes et des informations à leur sujet leur sont soutirées à l’insu des parents.

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En tant qu’Ombudsmans des enfants dans 21 États européens, nous sommes donc préoccupés par l’absence de référence spéciale et de protections spéciales pour les enfants et les jeunes en tant que consommateurs dans la proposition de nouvelle Directive. L’article 3 de la Convention des droits de l’enfant stipule que les meilleurs intérêts des enfants doivent être une « considération primordiale » dans toutes les actions concernant les enfants. De plus, l’article 17 (e) de la Convention des droits de l’enfant dispose que les parties « favorisent l’élaboration de principes directeurs appropriés destinés à protéger l’enfant contre l’information et les matériels qui nuisent à son bien-être, compte tenu des dispositions des articles 13 et 18 ». L’ENOC invite instamment les États à analyser de manière critique la Directive proposée à la lumière des exigences de la Convention des droits de l’enfant et des instruments européens en matière de droits de l’homme et de la législation nationale protégeant les droits de l’enfant. L’ENOC invite instamment l’Union européenne à prendre les mesures appropriées de protection des normes en matière de droits de l’homme applicables aux enfants dans toute l’Europe. Proposition pour une interdiction générale des pratiques commerciales déloyales L’article 5 de la nouvelle Directive propose une interdiction générale des pratiques commerciales déloyales. Le consommateur de référence à prendre en compte lors de l’évaluation de l’impact d’une pratique est le consommateur européen « moyen » qui est « raisonnablement bien informé, observateur et circonspect ». (Article 5 2. Ref. Article 2 (b)). Cependant, lorsqu’un groupe spécifique de consommateurs est pris pour cible (par exemple, les enfants ou les adolescents), les caractéristiques du membre

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« moyen » de ce groupe doivent être prises en compte pour évaluer l’impact des pratiques (Article 5 2.). Il n’y a pas de référence spécifique aux enfants et aux jeunes, ou à des groupes vulnérables de consommateurs. Pour cette raison, l’ENOC invite fortement la Commission Européenne à inclure une référence spécifique aux enfants et aux jeunes en tant que groupe vulnérable de consommateurs dans la Directive. Du fait que la Directive garantit des normes de protection au niveau de l’Union Européenne, les praticiens commerciaux devront seulement se conformer aux exigences de leur pays d’origine lorsqu’ils vendront des marchandises aux consommateurs autour de l’Union Européenne. La Directive empêche d’autres états membres d’ajouter des exigences. Cela signifie qu’en ce qui concerne les enfants, la législation nationale de protection des enfants à l’égard des pratiques commerciales déloyales devra être soumise aux normes européennes, même si celles-ci sont moins contraignantes en matière de respect des droits de l’enfant. Il devient impératif que les normes européennes donnent suffisamment de protection aux enfants et aux jeunes en tant que groupe de consommateur. La Directive proposée est faible en ce sens qu’elle fait peu de référence aux enfants. Nous savons que le ciblage des enfants en tant que groupe de consommateurs important est de plus en plus agressif. En vue de les protéger, les membres de l’ENOC soulignent fortement le besoin de référence spécifique dans la Directive des manières qui suivent : - La Directive devrait inclure dans l’article 5.2, dans l’interdiction générale, une référence spécifique aux enfants en tant que groupe vulnérable. - La Directive devrait introduire dans la « liste des pratiques commerciales déloyales interdites par la Directive » (supplément 1), un nouveau point 8, se référant aux pratiques directement destinées aux enfants comme agressives.
Stockholm, 17 octobre 2003

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Justice juvénile : Les défenseurs européens des enfants défient les Gouvernements de respecter les droits des jeunes délinquants En tant qu’Ombudsmans des enfants dans 21 États européens, nous sommes très préoccupés par le ton du débat politique et médiatique et par la direction de la politique publique et des changements légaux concernant les délinquants juvéniles dans beaucoup de nos pays. Les enfants en conflit avec la loi restent des enfants en toute première instance et ne perdent pas leurs droits en tant qu’êtres humains, y compris le droit à un traitement spécial et à une protection, le droit à l’éducation et à la santé. Nous croyons que les tendances actuelles de diminution de l’âge de la responsabilité criminelle et d’enfermement de plus d’enfants à un jeune âge doivent être inversées. Le traitement des jeunes personnes placées dans des institutions pénales dans beaucoup de nos pays est un scandale – en contravention avec leurs droits fondamentaux en tant qu’êtres humains. A travers l’Europe, les âges de la responsabilité criminelle varient de 7,8 et 10 ans, pour les plus jeunes, jusqu’à 16 ans dans certains États et 18 ans – avec des exceptions – dans quelques États ; la définition varie également. Nous croyons que les concepts de « responsabilité » et de « criminalisation » doivent être dissociés. La Convention des droits de l’enfant propose un système séparé et distinct de justice juvénile ; elle requiert que cette dernière se concentre sur le respect pour tous des droits de l’enfant et sur les objectifs de réhabilitation et de réintégration. Cet accent et ces objectifs ne sont pas compatibles avec la « criminalisation » des délinquants-enfants.

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Nous croyons que les enfants devraient être tenus responsables de leurs actes en lien avec le concept d’évolution de leurs capacités et de notre fort attachement en faveur du respect des opinions de l’enfant dans tous les aspects de sa vie. Il est essentiel d’établir une responsabilité pour les crimes. Lorsque la responsabilité est contestée, il faut qu’il y ait un processus formel permettant de déterminer les responsabilités d’une façon qui respecte les droits du délinquant présumé. Mais ce processus ne doit pas mener à une criminalisation des enfants. Par la promotion de politiques qui respectent les droits humains des jeunes délinquants, nous voulons souligner le fait que nous ne négligeons pas de quelque manière que ce soit les droits et les préoccupations des victimes de délinquance juvénile, qui doivent obtenir une réparation adéquate et un soutien de l’État. Mais leurs intérêts ne sont pas le mieux défendus par des politiques qui ne réhabilitent pas les délinquants et qui tendent en lieu et place à les rendre plus susceptibles de délinquance et probablement avec plus de violence encore. Nous devons aussi mettre en évidence le fait que les enfants sont bien plus souvent victimes de crimes, y compris les crimes violents, que des criminels eux-mêmes. Nous croyons que tous les États, loin d’envisager de diminuer les âges actuels de la responsabilité criminelle, devraient progressivement tendre à les augmenter à 18 ans, tout en développant des systèmes novateurs pour faire face à tous les délinquants juvéniles en dessous de cet âge, systèmes qui se centrent véritablement sur leur éducation, intégration et réhabilitation. Comme proposé dans la Convention des droits de l’enfant, les États doivent développer une série de mesures substitutives pour soustraire les enfants au système de justice juvénile. Ils ont aussi besoin d’assurer une formation, de base et continuée, soulignant les droits de l’Homme pour les enfants, pour tous ceux impliqués avec des enfants en conflit avec la loi. Plus largement, les États ont besoin de déve-

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lopper des stratégies préventives, comme mis en évidence dans les Instructions des Nations-Unies pour la prévention de la délinquance juvénile. Bien qu’il puisse être nécessaire d’utiliser des mesures contraignantes pour répondre à la délinquance juvénile, il n’est cependant ni dans l’intérêt des enfants ni dans celui de la société prise au sens large de persister dans l’utilisation de mesures dont l’intention est purement punitive, y compris l’utilisation de la détention. La recherche nous montre que les taux de récidive et en particulier de récidive violente sont accrus lorsque l’on prive les enfants de leur liberté. La seule raison légitime pour la détention des enfants, avant ou après l’action en justice, doit être qu’ils menacent gravement et immédiatement les autres. Dans ces rares cas, l’utilisation de la détention devrait être constamment réexaminée et d’autres alternatives de supervision étroite examinées. Les conditions de la détention doivent respecter les droits de l’Homme comme exposés dans la Convention des droits de l’enfant et dans les règles et les instructions des Nations Unies sur la justice juvénile ; tous les enfants doivent en particulier avoir un accès égal à une éducation de plein exercice appropriée. En accord avec la Convention des droits de l’enfant, dans tous les cas, les enfants en détention devraient être séparés des adultes. Nous notons que nos préoccupations sont partagées par les organes internationaux de surveillance des droits de l’Homme et les mécanismes des droits de l’Homme du Conseil de l’Europe : le Comité européen des droits sociaux, qui surveille le respect par les États membres des chartes sociales, a exprimé son inquiétude au sujet de l’utilisation de la détention, y compris pour les enfants tenus en garde à vue, et aussi au sujet des propositions de réduction de l’âge de la responsabilité criminelle. La Cour européenne des droits de l’Homme a estimé que dans certains États les méthodes de traduction en justice et de jugement et le traitement des jeunes étaient en

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contravention avec la Convention européenne des droits de l’Homme. Le Comité européen de prévention de la torture, suite à des visites dans des pays et des inspections d’institutions, a fréquemment exprimé son inquiétude au sujet du traitement des jeunes privés de liberté et a aussi souligné que la privation de liberté ne doit intervenir qu’en ultime recours. Le Comité des droits de l’enfant, surveillant le respect par les États de la Convention, a fait écho de ces préoccupations et d’autres dans ses commentaires sur les rapports en provenance des États européens. L’ENOC prie instamment les États, individuellement, à examiner d’urgence leurs systèmes de justice juvénile au regard des prescrits de la Convention des droits de l’enfant et des instruments européens de droits de l’Homme. Il prie instamment le Conseil de l’Europe, y compris le Comité des Ministres et l’Assemblée parlementaire de donner la priorité à la mise en exergue, le développement et le respect des droits de l’Homme et des normes applicables aux enfants qui sont en conflit avec la loi dans les 45 États membres. En outre, l’ENOC prie instamment le Comité sur les droits de l’enfant d’examiner rigoureusement les progrès des États en matière de respect des droits des enfants en conflit avec la loi et d’encourager une attention toute particulière pour la réhabilitation et la réintégration, et non pas la criminalisation, pour tous les enfants jusqu’à 18 ans.
Stockholm, 17 octobre 2003

En ce qui concerne la question du secrétariat d’ENOC, nous indiquions que la localisation de celui-ci n’avait pas encore été déterminée officiellement. Strasbourg recueillait toutefois la faveur de la majorité des membres.

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Un consensus s’est en outre dégagé pour accepter la proposition d’établir au sein du bureau du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, un bureau de liaison de l’ENOC, bureau de liaison qui permettra le développement de collaborations avec le Conseil de l’Europe dans une dynamique de meilleure prise en considération des droits de l’enfant. A l’initiative de la Présidente du réseau, l’ombudsman suédois, des contacts se sont poursuivis avec le Conseil de l’Europe. Une proposition de ce dernier de mise à disposition d’un bureau et de services est pendante. Il reste cependant à dégager les moyens nécessaires pour les frais de personnel, soit par le biais des contributions des institutions membres soit par le biais de financement de certains Gouvernements. Cette question doit faire l’objet de discussions lors de la réunion annuelle à Cardiff du 13 au 15 octobre 2004. Parallèle au développement du réseau ENOC, il convient de souligner que des contacts ont lieu entre certaines institutions de défense des droits de l’enfant francophones, dont le Délégué général et la Défenseure des enfants pour la France, en vue de constituer un groupement international ayant pour objectif la promotion et l’appui à la création d’institution indépendante de défense des droits de l’enfant dans les pays francophones.

Partenariat en protection de la jeunesse avec le Sénégal
Dans le précédent rapport annuel nous indiquions que Commission mixte permanente instituée en application de l’accord de coopération entre le Gouvernement de la Communauté française de Belgique et le Gouvernement de la Région wallonne et, d’autre part le Gouvernement de la République du Sénégal avait accepté le projet « Renforcement de la protection juridique des mineurs ».

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Pour rappel, l’objectif général de ce projet est de renforcer la protection juridique des mineurs par la mise en place de formations adéquates – initiales et continues – des intervenants au processus judiciaire à l’égard des mineurs (mineurs délinquants et mineurs en danger). Il s’agit de promouvoir la formation des intervenants tant sur le volet juridique (droits de l’enfant, justice des mineurs) que sur le volet psychosocial (psychologie de l’enfant, maltraitance, écoute de l’enfant, etc.). Le but est également d’insister sur la nécessaire interdisciplinarité dans ce domaine, sur la collaboration entre les intervenants et le travail en réseau, sans pour autant aboutir à une confusion des rôles. Ce projet bénéficie déjà depuis fin 2001 de l’appui d’une assistance technique de l’Association pour la promotion de l’éducation et la formation à l’étranger (APEFE) Au Sénégal, Le projet est réalisé en collaboration avec six partenaires: • le Centre de formation judiciaire ; • l’École nationale de police ; • l’École nationale des travailleurs sociaux spécialisés ; • l’École nationale de gendarmerie de Ouakam ; • l’École nationale de développement social et sanitaire. • l’Unité de Pédopsychiatrie de CHU de Fann, « Ker Xaleyi » Le Délégué général a accepté de s’inscrire dans le projet en constituant un pool d’experts-formateurs (membre du parquet de la jeunesse, juge de la jeunesse, avocat, Conseiller et Directeur de l’aide à la jeunesse) disposés à s’impliquer dans le partenariat, que ce soit en accueillant des stagiaires sénégalais, ou en effectuant des missions d’expertises au Sénégal. Une première mission exploratoire a eu lieu du 29 novembre au 7 décembre 2003, à l’invitation du Centre de formation judiciaire, opérateur sénégalais du projet. L’objectif est de permettre au Délégué général de découvrir la situation institutionnelle et organisationnelle

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dans le domaine de la justice des mineurs au Sénégal et ce aux fins, d’une part d’identifier les besoins nécessaires en formation (missions d’experts formateurs à prévoir au Sénégal), et d’autre part de préparer au mieux les stages qui se dérouleront en Communauté française en 2004 et 2005 en fonction des besoins et desiderata des stagiaires. Ont participé à cette mission le Délégué général, son conseiller ainsi que la Présidente de l’Union des magistrats de la jeunesse francophone. La participation de cette dernière à la mission exploratoire se justifiait par l’implication importante envisagée pour les acteurs du monde judiciaire dans la réalisation ultérieure du projet. Au cours de cette mission, la délégation a notamment pu : - rencontrer différents hauts responsables sénégalais dont la Ministre de la Famille, du Développement Social et de la Solidarité Nationale, le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, des membres du Réseau des parlementaires « Population et Développement » de l’Assemblée nationale ainsi que la Commissaire aux droits de l’Homme ; - rencontrer le Président du Tribunal régional de Dakar, le Président du Tribunal pour enfants de Dakar, le Procureur de la République de Dakar et ses substituts chargés des mineurs, le responsable et un membre de la brigade des mineurs de Dakar ; - visiter la prison des mineurs de Dakar, le centre polyvalent de Dakar et l’AEMO de Grand Dakar ; - participer à un séminaire organisé par la Direction de l’éducation surveillée et de la protection sociale, portant sur la législation sénégalaise et le fonctionnement de l’administration de la justice des mineurs au Sénégal ; - participer à une réunion technique sur le contenu des recommandations et propositions législatives à promouvoir pour améliorer la situation juridique des mineurs, par rapport aux textes internationaux (recommandations à relayer au Réseau des parlemen-

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taires « Population et Développement » et à la Direction de la protection des droits de l’enfant du MFSN – projet de Code de l’enfant) ; - participer à une réunion de travail les directeurs techniques du Ministère de la famille et de la solidarité nationale, afin d’échanger des expériences, des avis et des informations sur les principaux chantiers relatifs à la promotion et à la protection des droits des enfants mis actuellement en œuvre au niveau de ce ministère. A l’occasion d’une réunion de travail avec les membres du Comité technique de suivi du projet RPJM, les attentes en terme de stages et de formations ont pu être précisées : - la chaîne pénale (police-parquet-jugement), - le développement de la faculté d’écoute de l’enfant, - l’étude de la psychologie des enfants, - la prise en charge des mineurs en milieu ouvert, - la prise en charge des mineurs en milieu fermé, - la gestion des situations d’abus sexuels, - le travail en réseau. Les deux premiers stagiaires sénégalais, à savoir le directeur du Centre de formation judiciaire et le directeur des études de l’École de la gendarmerie nationale, ont effectué un séjour d’un mois en Belgique au mois de mars 2004. Durant ce séjour, ils ont notamment pu rencontrer et visiter les services et institutions suivants : - service du Délégué général, - Child Focus - Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse, - maison de justice

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- conseil supérieur de la Justice - service spécialisé dans la prise en charge des abuseurs sexuels - locaux d’audition des enfants - barreau, … - service de l’aide à la jeunesse - service de protection judiciaire - conseil d’arrondissement de l’aide à la jeunesse - équipe sos-enfants - institution publique de protection de la jeunesse - centre d’Everberg - services privés du secteur de l’aide à la jeunesse. Un troisième stagiaire, le Président du tribunal pour enfants de Dakar, a été accueilli pendant trois mois, d’avril à juin 2004. Son programme de stage fut sensiblement le même, avec des immersions plus longues auprès de certains services et institutions : Parquet et tribunal de la jeunesse de Mons, Parquet de Namur, Institution publique de protection de la jeunesse de Braine-leChâteau, Commissariat de police de la zone d’Etterbeek. Du 25 au 28 mai 2004, une délégation belge a participé à une session de formation de formateurs organisée au Centre de formation judiciaire de Dakar sur le thème « les techniques d’audition de l’enfant, le traitement des situations d’abus sexuels et le travail interdisciplinaire dans la pris en charge des mineurs ». La délégation de formateurs belges était composée d’un policier, formateur sur les techniques d’audition des enfants victimes d’agression sexuelle, de la directrice de l’IPPJ de Braine-le-Château, du Substitut chargé des mineurs au Tribunal de première instance de Namur, et du conseiller du Délégué général.

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Chaque intervention d’un formateur belge était couplée à une intervention d’un formateur sénégalais afin de permettre des échanges constructifs. Les thèmes abordés furent les suivants : - la politique de l’aide à la jeunesse en Communauté française de Belgique - la justice des mineurs au Sénégal - le traitement judiciaire d’une situation d’abus sexuel sur mineurs en Communauté française de Belgique et au Sénégal - les techniques d’audition d’enfants (et visionnage d’une audition réelle) - le travail interdisciplinaire dans le cadre de la prise en charge des mineurs - l’analyse d’un cas pratique : le traitement correctionnel, protectionnel et psychosocial d’une situation d’abus sexuel sur mineur - la prise en charge des mineurs délinquants (aspects juridiques) - le travail social en milieu ouvert et fermé avec les mineurs et leur famille. A l’issue de la session de formations, les principales recommandations formulées furent : - Créer au niveau de chaque Tribunal régional, une structure de coordination des intervenants, qui sera chargée de faciliter l’échange d’informations entre les professionnels et le travail pluridisciplinaire ; - Mettre en place, au sein de chaque Parquet régional, une section famille, chargée de connaître à la fois des dossiers des mineurs en danger, des mineurs délinquants et des mineurs victimes ainsi que de suivre les dossiers relatifs aux auteurs présumés, de manière à permettre un suivi et une cohérence des dossiers pénaux et protectionnels (assistance éducative) ;

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- Présenter au Ministère de la justice, à l’initiative du Barreau, un système de répartition des montants alloués au fonds prévus à cet effet pour les avocats commis d’office qui interviennent dans la défense des mineurs ; - Prévoir une réunion de réflexion entre le Ministère de la justice, les juges d’instruction et les experts psychiatres et psychologues afin de régler la question du paiement des honoraires des experts requis par les autorités judiciaires dans le cadre d’une procédure ; - Mettre tout en œuvre pour que chacun, à la place qu’il occupe, dans son travail au quotidien, puisse promouvoir un travail de collaboration entre les professionnels qui interviennent dans la prise en charge des mineurs (aller vers les autres, se faire connaître, discuter, échanger) ; - Spécialiser les magistrats intervenant dans la justice des mineurs ; - Revaloriser le travail des travailleurs sociaux. Fin 2004 et durant l’année 2005 le projet se poursuivra avec l’accueil de nouveaux stagiaires sénégalais en Belgique et une nouvelle mission de formation au Sénégal.


1. Le lecteur peut obtenir le cahier des résumés « L’agression sexuelle, l’articulation des pratiques » du 2e congrès international francophone auprès du Délégué général. 2. Nos remerciements vont au Service juridique de la Direction générale de l’aide à la jeunesse.

–6– Conclusions

On a chassé le bouffon à coups de fouet hors du palais et sans raison, On a délogé le mendiant de la marche où il était tombé. On a battu l’enfant abandonné en lui ôtant le pain des mains. Oh immense chagrin du monde, ce qui manque c’est agir…

Fernando Pessoa, Le passage des heures.

Après les élections de juin 2004, lorsque le formateur du Gouvernement de la Communauté française fut connu, une brève note de synthèse fut préparée par notre institution : elle reprenait les axes essentiels et prioritaires en faveur des droits de l’enfant au niveau institutionnel : un Ministre de l’enfance aux compétences croisées (petite enfance, jeunesse, aide à la jeunesse, protection de la jeunesse) ; une commission nationale des droits de l’enfant et une conférence interministérielle pour les droits de l’enfant opérationnelles, l’Observatoire… autant d’instances d’importance ! Cette note lui fut remise en même temps que le rapport annuel 2 003 reprenant nos différentes recommandations émises en 12 années d’exercice.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Elle a aussi été envoyée à la présidente du CDH, partenaire du PS, au moment des négociations entre les deux formations politiques. Par ailleurs, il est bon de se souvenir que si, chaque 20 novembre, journée nationale des droits de l’enfant, le rapport annuel du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant est remis conjointement au Gouvernement et au Parlement de la Communauté française, il est aussi transmis à chaque parti démocratique. Il en résulte que les programmes politiques de ces partis peuvent receler, selon leurs aspirations, leur philosophie et leurs choix, différentes propositions dont ont peut raisonnablement croire qu’elles sont en partie ou totalement inspirées par nos travaux et réflexions. Certaines se recoupent immanquablement car certaines valeurs comme la protection des enfants maltraités ou abusés, par exemple, sont universelles dans une démocratie qui affirme son attachement au respect des droits et intérêts des enfants. Ce n’est donc pas une note de synthèse, aussi fondamentale soitelle, qui détermine les choix politiques, mais un processus déclenché et développé avec d’autres depuis la ratification par la Communauté française, puis par l’État belge, de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. Chaque partie de l’accord de Gouvernement s’intéressant aux enfants est un aboutissement de ce processus et un engagement à répondre devant la population de la réalisation de ces promesses. Et ce n’est pas un hasard si l’accord gouvernemental de la Communauté française déclare « qu’assurer le bien-être des enfants est un devoir premier pour une société démocratique ». Davantage qu’une déclaration d’intention, c’est l’affirmation d’un principe fondamental directement lié à l’application de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant.

CONCLUSIONS

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A cet égard, pour donner corps à cette volonté première, nous recommandons d’instaurer légalement l’obligation d’étudier l’impact, sur les enfants en particulier et sur l’enfance en général, de tout projet ou proposition de décret dans quelque matière que ce soit, dans les compétences de la Communauté française. Voilà plus de 10 ans que l’institution que je représente réclame des politiques cohérentes et coordonnées, notamment en matière de lutte contre la pédophilie1. Or, l’accord du gouvernement de 2004 mentionne en préambule de son chapitre consacré aux familles, à l’enfance et à la jeunesse qu’« il importe d’articuler de façon coordonnée et cohérente l’ensemble de ces politiques au sein de la Communauté française ». Cette logique détermine le choix d’un Ministre chargé des matières de la Enfance, de l’Aide à la jeunesse et de la Santé. Mais nous regrettons que la politique de la jeunesse ne soit pas jointe à ses compétences, ce qui aurait permis, à notre sens, de développer une politique globale de l’enfance et de la jeunesse en synergie avec l’enseignement obligatoire. L’accord gouvernemental évoque clairement le rôle à jouer par la Commission nationale des droits de l’enfant et les conférences interministérielles des droits de l’enfant. La Commission nationale des droits de l’enfant, quand elle sera opérationnelle au niveau national, avec la participation active des Communautés, sera un atout majeur pour la Belgique lorsqu’elle exposera et défendra, à Genève, son rapport devant le Comité des droits de l’enfant des Nations-Unies. Elle sera surtout en Belgique un moteur incitant au dialogue, à la concertation et à la coordination au bénéfice des enfants.

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En ce qui concerne les conférences interministérielles sur les droits de l’enfant, si l’accord prévoit d’y débattre prioritairement de la mise en œuvre de la nouvelle loi fédérale sur la protection de la jeunesse et de l’implication de la Communauté française dans son application, il paraît évident que d’autres matières comme l’adoption, les rapts parentaux, les mineurs étrangers non accompagnés… y seront abordées et discutées entre partenaires aux compétences croisées. L’accord de Gouvernement révèle la volonté de l’exécutif de mettre en œuvre des politiques d’éducation et de prévention en faveur des familles et des enfants. Cette détermination, en ce qu’elle vise, par exemple, à créer 8 000 nouvelles places d’accueil pour les enfants de moins de trois ans, ou, autre exemple, à lutter contre le décrochage scolaire en multipliant des écoles de devoirs, ou autre exemple encore, à développer des services de formation à la parentalité… s’inscrit dans une philosophie de décloisonnement et de synergie entre différents départements ministériels de la Communauté française. Dans le domaine de la promotion de la santé, plusieurs engagements concernent directement les enfants et les jeunes. Une alimentation saine, sans alcool, drogue, ou tabac, une éducation affective et sexuelle bien pensée, une meilleure prévention du suicide : autant de sujets qui touchent principalement les adolescents2. La politique d’information et de sensibilisation dans ces matières consiste en fait à s’intéresser aux risques, et aux conséquences des conduites à risques des jeunes, et à mettre en place des politiques qui s’adressent non seulement directement à ces derniers mais aussi à leur entourage (famille, école…). Les conduites à risques sont souvent des passages obligés entre l’enfance et l’âge adulte. On pourrait parler de contestation, de mal-être ou de peurs3. L’objectif final ne pourrait-il

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pas être de permettre aux jeunes d’accéder au bonheur dans un monde socialement difficile ? Aujourd’hui, c’est admis, tout est dans tout. Les différentes matières s’interpénètrent et s’influencent mutuellement. L’économique influe sur le social et le social a besoin de culture et de sport. L’éducation doit tenir compte de ce bouillonnement d’influences et s’adapter et évoluer dans une société en mutation permanente. A cet égard, le Ministre de la Défense actuel développe une pratique d’offre de services à la collectivité ou à des situations individuelles. Des enfants en sont les bénéficiaires, parfois à l’initiative ou grâce à l’intervention du Délégué général. Cette politique d’ouverture vers la société civile se révèle aujourd’hui modèle à suivre. Chacun sait que la prévention est capitale en matière de lutte contre la maltraitance d’enfants. On parle à présent de programmes de bientraitance. L’accord ne l’a pas oublié, tout en déclarant vouloir développer et améliorer encore la prise en charge des enfants maltraités : c’est le rôle des équipes « SOS-Enfants » qui se voit ainsi conforté. Dans cette optique, le téléphone vert « Écoute-Enfants » devrait être renforcé pour pouvoir exercer pleinement sa mission d’information et de prévention vis-à-vis des enfants. La réforme de l’adoption sera poursuivie en concertation avec le Ministère de la Justice. Le travail parlementaire est terminé mais il reste, et ce n’est pas la moindre des tâches, à faire appliquer la loi avec l’aide des services adéquats. Le secteur de l’aide à la jeunesse et la protection de la jeunesse bénéficie d’une attention toute particulière dans l’accord : « Tout doit être mis en œuvre pour que des difficultés en cascade (familiales, de

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relation, d’éducation, de santé, de logement, etc) ne compromettent pas l’avenir des jeunes concernés, pour qu’ils puissent être des acteurs de leur propre vie. Les pouvoirs publics doivent soutenir par une politique globale coordonnée et par le fonctionnement adéquat des institutions appropriées, les capacités des moins favorisés à affronter ces nouveaux défis dans leur famille, leur groupe social et culturel, leur vie citoyenne. » Le secteur de l’aide à la jeunesse, qui vise à venir en aide aux jeunes en difficultés ou en danger, et le secteur de la protection de la jeunesse, qui vise la prise en charge de la délinquance juvénile, représentent donc un enjeu capital. Ces deux matières s’interpénètrent constamment et doivent être traitées avec la même priorité. On sait combien de parcours délinquants trouvent leur origine dans des difficultés sociales, économiques, familiales et affectives. Par ailleurs, si la Communauté exerce toutes ses compétences en matière de jeunes en difficulté ou en danger, elle assume aussi ses responsabilités dans l’application des mesures prises par les juges de la jeunesse à l’égard des délinquants juvéniles ». Suit alors un véritable catalogue de mesures allant de la réforme législative (adaptation possible du décret relatif à l’aide à la jeunesse) à des moyens nouveaux ou supplémentaires sur le terrain (amélioration des Conseils d’arrondissement de l’aide à la jeunesse ; revalorisation des services publics de l’aide à la jeunesse, services publics de protection judiciaire et des services privés agréés4 ; couverture de l’ensemble de la Communauté française sur la base de critères objectifs ; renforcement prioritaire des services de protection judiciaire et des institutions publiques de protection de la jeunesse5 ainsi que le développement des services du secteur privé, en particulier les services de médiation…) en passant par des accords de coopération tous azimuts (application de l’aide à la jeunesse dans la Région de BruxellesCapitale ; développement de zones de prévention ; prise en charge des mineurs étrangers non accompagnés ; traitement des mineurs délin-

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quants toxicomanes ou souffrant d’un trouble psychiatrique ; mise en application de la nouvelle loi relative à la protection de la jeunesse). Bref, c’est l’annonce d’un véritable plan de dynamisation de l’aide et de la protection de la jeunesse en coordination avec l’État fédéral (Justice, Santé) et les Régions (Bruxelles-Capitale, Wallonie). Ce travail en profondeur demandera du temps, de l’énergie et il parie manifestement sur la collaboration et l’implication des différents niveaux de pouvoirs. C’est l’apothéose des politiques croisées. Ce qui se fera en matière d’aide et de protection de la jeunesse, constituera donc un laboratoire en la matière pour devenir, en cas de réussite, un modèle à suivre. L’avant-projet de loi réformant la loi relative à la protection de la jeunesse s’intitulera sans doute « la loi relative à la protection de la jeunesse, à la prise en charge des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction et à la réparation du dommage causé ». Le titre d’une loi est souvent symbolique et représentatif de son contenu. La protection de la jeunesse, c’est l’affirmation du droit à la protection prévu dans la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. La prise en charge de jeunes, c’est la diversification des mesures mises à la disposition des tribunaux de la jeunesse. C’est par corollaire, le renforcement des services existant et la création de nouveaux. C’est aussi le développement de critères, de garanties en terme de respect des droits des jeunes liés à la mesure prise par le tribunal de la jeunesse.

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La réparation du dommage causé, c’est d’une part une attention portée à la victime et d’autre part l’introduction de méthodes éducatives novatrices participatives. La médiation, la conciliation, la présentation d’excuses personnelles, la présentation d’un projet personnel… : autant de concepts impliquant le jeune dans la décision qui le concerne personnellement et qui peut associer d’autres personnes à son application (parents, victimes, médiateurs, éducateurs…). On sait que ce n’est pas uniquement avec une loi protectionnelle que l’on règlera tous les problèmes de la délinquance juvénile. Avant son intervention en dernière ligne, doivent agir l’exercice de l’autorité parentale conjointe, l’éducation par l’école et la prévention dans le domaine de la petite enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse. On sait aussi qu’il existera toujours des jeunes qui se montreront réfractaires au système protectionnel ou qui ne seront pas capables de saisir les chances qui leur sont offertes dans ce cadre. Pour ces jeunes, la solution proposée ne sera plus le renvoi pur et simple devant les tribunaux ordinaires et l’abandon dans le secteur pénitentiaire des adultes. La prison est hautement criminogène. Les jeunes qui y entrent en délinquants juvéniles en sortent transformés en adultes délinquants, bien plus dangereux encore que par le passé, en raison du phénomène de la contagion délinquante qui règne dans le milieu carcéral. En prison, ils sont victimes d’abus sexuels et de la toxicomanie. Je continue à croire et à dire que les mineurs d’âge, quels qu’ils soient, n’ont rien à faire en prison. La prison véhicule des valeurs et des comportements contraires au respect de la dignité humaine. L’avant projet de loi relative à la prise en charge des jeunes délinquants tente de trouver des solutions pour les situations marginales, mais potentiellement dangereuses pour la société et la sécurité

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publique, de grands adolescents délinquants en rupture, s’opposant à toute prise en charge dans le système protectionnel et réparateur. Les jeunes, dessaisis par le tribunal de la jeunesse, ne devraient plus être orientés vers le secteur pénitentiaire réservé aux délinquants adultes. Une nouvelle organisation est prévue par le Ministère de la Justice pour tenter de resocialiser ces jeunes rebelles sans devoir les placer dans le secteur pénitentiaire classique qui a montré ses limites : tribunaux correctionnels spécialisés, structures sécuritaires particulières et méthodes adaptées à ces catégories de jeunes lors de l’accomplissement des peines. En ce qui concerne les accords de coopération relatifs à la prise en charge des mineurs étrangers non accompagnés6 et ceux se rapportant aux jeunes délinquants toxicomanes ou souffrant de troubles psychiatriques7, il est bon de rappeler que ces différentes problématiques, particulièrement sensibles ces dernières années, ont fait l’objet de groupes de travail et de tentatives d’amorces de solutions8. Ici encore, le Gouvernement devra se mettre d’accord sur un programme d’exécution cohérent. Les signalements relatifs aux atteintes portées aux droits et aux intérêts des enfants par des services, des autorités ou des normes qui dysfonctionnent restent importants et de même nature depuis des années. Qu’il s’agisse d’une mère ou d’un père qu’on emprisonne pour non-représentation d’enfant, d’un enfant de 13 ans, soupçonné de racket, que les forces de l’ordre vont arrêter dans sa classe, avec des menottes, devant ses condisciples, ou d’une petite fille de 4 ans qu’un commando de policiers va arracher des bras de sa mère pour l’envoyer en secret aux États-Unis parce qu’il fallait bien exécuter – au besoin par la force – une décision judiciaire9, il n’existe aucune justification crédible au niveau des droits de l’homme et de l’enfant, des sciences

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humaines et de l’éthique, pour croire ou faire croire que c’était là des décisions adéquates et qu’on ne pouvait pas agir autrement. « Vouloir protéger les enfants victimes de violence, c’est d’abord poser la question de la violence sociale », écrit Catherine Marneffe, pédopsychiatre10. Les risques d’effets pervers de l’application de lois qui paraissent généreuses doivent sans arrêt nous maintenir en éveil. Les États généraux des familles ont mis en avant le principe de la garde alternée comme modèle à suivre idéalement et prioritairement. On peut toujours rêver ! Il est vrai qu’un modèle législatif pourrait sortir les juges de pratiques orientées par le poids de leur culture sociale et des mentalités, et donc développer des règles plus égalitaires entre les pères et les mères. Mais où sera la place de l’enfant dans cette dynamique ? L’enfant est un être en devenir, en construction. Le vécu et les besoins d’un bébé, d’un enfant ou d’un adolescent ne sont évidemment pas les mêmes. Catherine De Buck, pédopsychiatre, indique, par exemple, que « le bébé ne devrait pas quitter son domicile principal, pour la nuit, avant l’âge des trois ans et qu’une absence trop longue de la mère peut être assimilée à une disparition pure et simple pour un jeune enfant »11. Jean-Yves Hayez et Philippe Kinoo, pédopsychiatres, ne disent pas autre chose quand ils expliquent que la perception de la garde alternée est fondamentalement différente selon que la personne qui la vit auprès de chacun de ses parents, est un petit enfant, un enfant ou un adolescent.12

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Ils rejoignent aussi le point de vue de Caroline Geuzaine, psychologue, qui pense qu’« il est utopique de chercher des principes généraux valables pour toutes les situations » et que « la vraie question porte sur la parentalité et non sur la suprématie du père ou de la mère ».13 Les constats que notre institution peut faire au départ des situations individuelles poussent à la nuance et à la prudence. Il ne faudrait pas, qu’en réaction à la déliquescence des différentes représentations familiales, le législateur et le pouvoir exécutif, dans un grand élan d’idéalisme, mettent en place un système, potentiellement producteur de maltraitances institutionnelles organisées au détriment des enfants. Or, la Belgique est un des pays d’Europe où l’on se marie le moins tout en divorçant le plus.14 Les situations individuelles traitées montrent d’ailleurs que les cas d’enfants, impliqués bien malgré eux dans le tourbillon des conflits parentaux, résultant d’une séparation ou d’un divorce, sont plus qu’interpellants. Les actions de médiation prennent de plus en plus de place dans l’exercice des missions du Délégué général aux droits de l’enfant. On doit certes réformer, dans les meilleurs délais, le droit des affaires familiales15, mais, dans le même temps, il faut travailler en profondeur et au long terme avec les enfants eux-mêmes : sensibilisation, éducation, prévention à la parentalité responsable et à l’intégration d’une culture respectueuse des droits et des intérêts des enfants. Les enfants qui tentent de survivre en tant qu’enfants au milieu de ces conflits parentaux sont de futurs parents. Quels modèles intègrentils16 ? Quelles conduites vont-ils adopter plus tard en tant que partenaire d’un couple et en tant que parent ? Ces questions fondamentales doivent guider la réflexion de nos dirigeants en matière de politiques d’éducation, de la famille, de l’enfance et de la jeunesse.

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La question de la citoyenneté responsable, respectueuse de la démocratie, reste tout aussi prioritaire. Le 1er septembre 2004, lorsque je commençais la rédaction de l’introduction du présent rapport annuel, je me posais la question légitime de savoir qui le remettrait le 20 novembre 2004 au Gouvernement et au Parlement de la Communauté française. Je termine à présente les conclusions d’un rapport annuel dont le texte doit être transmis à l’imprimeur pour le 15 octobre 2004. Et je prends connaissance du communiqué de presse du Gouvernement de la Communauté française du 8 octobre : « Désignation du Délégué Général aux Droits de l’Enfant Le Gouvernement, sur proposition de la Ministre-Présidente Marie Arena, a désigné Claude Lelièvre au poste de Délégué Général aux Droits de l’Enfant. Pour rappel, la fonction de Délégué Général est instituée par le décret du 20 juin 2002. Ce dernier prévoit que le Délégué est désigné par le Gouvernement (après appel public aux candidatures), pour une période de six ans, renouvelable à une reprise. Le Collège d’experts mandaté par le Conseil de la Communauté a auditionné les trente-quatre candidats ayant répondu à l’appel public. Sur base de son rapport, les postulants ont été entendus par 4 membres du Conseil, représentants des quatre groupes politiques du Conseil de la Communauté. A l’issue des auditions, le Conseil a rendu un avis au sein duquel, il distinguait 3 candidats. Il appartenait dès lors au Gouvernement d’analyser l’avis rendu afin de désigner le candidat adéquat. Pour ce faire, il a comparé les titres et mérites de chacun en accordant sa préférence au can-

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didat disposant de l’expérience la plus utile en rapport avec la fonction. Fort de son expérience dans la fonction de Délégué Général, Claude Lelièvre peut aussi se prévaloir de fonctions exercées au sein des institutions publiques de protection de la jeunesse. Il a par ailleurs été désigné par ses pairs aux fins d’exercer la présidence du réseau européen des Ombudsmans des enfants entre octobre 2002 et octobre 2003 ».


1. Cfr le plan de lutte contre la pédophilie remis au Roi Albert II et à la MinistrePrésidente de la Communauté française - octobre 1993. 2. Il suffit de lire les thèmes abordés, par les jeunes eux-mêmes, dans l’émission « Vide ton sac » pour se convaincre qu’ils sont en attente ou en demande d’informations et d’actions de prévention sur ces problématiques. 3. Cfr « Adolescence et conduites à risques », in « Confluence », revue de l’Institut wallon pour la santé mentale, n° 7, septembre 2004. 4. On remarquera l’accent mis sur les services extérieurs, en contact direct avec la population (familles, enfants, adolescents). A-t-on enfin compris, en aide à la jeunesse comme dans d’autres secteurs d’ailleurs, que ce ne sont pas les services extérieurs qui sont au service d’une administration centrale toute puissante, mais l’inverse ? Toute administration centrale devrait être à la disposition des services extérieurs (dans le cas d’espèce les Services d’aide à la jeunesse et Services de protection judiciaire et les services privés), eux-mêmes au service de la population. 5. Cfr groupe de travail sur le traitement de la délinquance juvénile par le Groupe des institutions publiques de protection de la jeunesse à régimes éducatifs ouvert et fermé : constats et perspectives - octobre 1998. 6. Cfr groupe de travail à la détention des mineurs, accompagnés et non accompagnés, dans les centres fermés pour étrangers en situation illégale - décembre 1999 7. Table ronde « Vers quelles prises en charge psychiatriques dans le secteur de l’aide à la jeunesse », initiée par la Ministre de l’Aide à la jeunesse en janvier 2000. Les conclusions écrites de ce groupe de travail sont attendues.

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8. Cfr la création et la mise en service, le 27 octobre 2003, de l’Unité « Karibu » au centre hospitalier Jean Titeca. Par ailleurs, deux autres unités pilotes de 8 lits devraient être créées en Wallonie. Les lieux pressentis sont l’hôpital psychiatrique « Le Petit Bourgogne » à Liège et le Centre hospitalier psychiatrique de Tournai « les Marronniers ». En région flamande, deux projets sont proposés, à Anvers et à Geel. 9. Cfr Jean-Yves Hayez et Philippe Kinoo, « Aliénation parentale : un concept à haut risque », 2004 qui dénoncent à la page 10 la reprise de force de la petite Colette par les policiers à Liège. Par ailleurs, la même exécution forcée s’est déroulée en France à Les Adrets-deL’Esterel en septembre 2004. Une vingtaine de policiers sont intervenus sans ménagement dans une école maternelle pour chercher une fillette de 4 ans, née d’un couple franco-américain, aujourd’hui séparé, afin de la remettre à son père. Le Procureur de la république a appliqué à la lettre la Convention de La Haye, sans attendre la décision du juge pour enfants qui s’était donné jusqu’à décembre pour prendre une décision dans l’intérêt de l’enfant. 10. Cfr « Malaise de la protection de l’enfance : violence des intervenants » par Catherine Marneffe, Ministère de la Communauté française, 2004, p. 10 ; 11. Cfr « Tenir compte… de l’enfant », in « le Vif » du 24 septembre 2004, p. 47. 12. Cfr Jean-Yves Hayez et Philippe Kinoo, « Hébergement alterné et autorité parentale conjointe », 2004. 13. Cfr « Ne pas imposer des canevas », in « Le Vif », du 24 septembre 2004, p. 47. 14. Cfr « Le meilleur sans le pire », in « le Vif » du 12 octobre 2004, p. 19 qui cite 4 mariages pour 1 000 habitants et 3 désunions officielles pour 1 000 habitants. 15. L’accord du Gouvernement fédéral prévoit la création d’un tribunal des familles. Différentes formules sont proposées suite aux travaux des États généraux des familles. Peu importe l’organisation retenue pour autant que l’enfant reste au centre de ses préoccupations. 16. « Je remercie mes parents de m’avoir appris trois choses : ne jamais faire de mal aux gens, chercher à réussir et croire en soi », Hicham El Guerrouj, Jeux Olympiques d’Athènes - 24 août 2004.

–7– Annexes
Décret du 20 juin 2002 instituant un délégué général de la Communauté française aux droits de l'enfant1
Le Conseil de la Communauté française a adopté et Nous, Gouvernement, sanctionnons ce qui suit :

Article 1er.
Au sens du présent décret, il faut entendre par : 1° Enfant : la personne âgée de moins de dix-huit ans, ainsi que la personne âgée de moins de vingt ans pour laquelle une aide a été sollicitée avant l’âge de dix-huit ans, en application de la loi du 19 janvier 1990 abaissant à dix-huit ans l’âge de la majorité civile ou en application du décret du 14 mai 1990 relatif au maintien, après l’âge de dix-huit ans, de certaines mesures de protection de la jeunesse ; 2° délégué général : le délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant ; 3° Conseil : le Conseil de la Communauté française ; 4° Gouvernement : le Gouvernement de la Communauté française. Tous les titres ou noms de fonctions repris dans le présent décret doivent s’entendre au masculin et au féminin.

Article 2.
La fonction de délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant est instituée auprès du Gouvernement de la Communauté française.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Article 3.
Le délégué général a pour mission de veiller à la sauvegarde des droits et intérêts des enfants. Le Conseil établit pour chaque mandat une liste non exhaustive des domaines prioritaires dans lesquels le délégué général exerce cette mission. Il remet cette liste au Gouvernement lorsqu’il lui fait parvenir son avis relatif aux candidats qu’il a entendu conformément à l’article 5, & 1er. Dans l’exercice de sa mission, le délégué général : 1° assure la promotion des droits et intérêts de l’enfant et organise des actions d’information sur ces droits et intérêts et leur respect effectif ; 2° informe les personnes privées, physiques ou morales et les personnes de droit public, des droits et intérêts des enfants ; 3° vérifie l’application correcte des lois, décrets, ordonnances et réglementations qui concernent les enfants ; 4° soumet au Gouvernement, au Conseil et à toute autorité compétente à l’égard des enfants, toute proposition visant à adapter la réglementation en vigueur, en vue d’une protection plus complète et plus efficace des droits des enfants et fait en ces matières toute recommandation nécessaire ; 5° reçoit, de toute personne physique ou morale intéressée, les informations, les plaintes ou les demandes de médiation relatives aux atteintes portées aux droits et intérêts des enfants ; 6° mène à la demande du Conseil toutes les investigations sur le fonctionnement des services administratifs de la Communauté française concernés par cette mission.

Article 4.
Le délégué général adresse aux autorités fédérales, aux autorités de la Communauté, des Régions, des provinces, des communes ou à toute institution dépendant de ces autorités, les interpellations et demandes d’investigation nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Dans les limites fixées par la Constitution, les lois, les décrets et les arrêtés et dans celles de sa mission, le délégué général a accès librement durant les heures nor-

ANNEXES

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males d’activité à tous les bâtiments des services publics communautaires ou aux bâtiments privés bénéficiant d’un subside de la Communauté française. Les responsables et les membres du personnel de ces services sont tenus de communiquer au délégué général les pièces et informations nécessaires à l’exercice de sa mission, à l’exception de celles qui sont couvertes par le secret médical ou dont ils ont pris connaissance en leur qualité de confident nécessaire. Le délégué général peut prévoir des délais impératifs de réponse dûment motivés aux personnes visées à l’alinéa 3. A défaut de réponse à la demande du délégué général dans les délais impartis, ou en cas de refus motivé, le délégué général dispose d’un recours auprès du Gouvernement qui est tenu de statuer dans le mois. En cas d’urgence spécialement motivée, le Gouvernement statue lors de sa prochaine séance. Durant le déroulement de cette procédure, les parties sont tenues à assurer la confidentialité de celle-ci.

Article 5.
§ 1er. Avant toute désignation dans la fonction de délégué général, le Conseil entend les candidats à la fonction et rend un avis sur les candidatures au Gouvernement dans les trois mois de la communication de ces dernières au Conseil. Le renouvellement du mandat est soumis aux mêmes modalités. § 2. Le Gouvernement ne peut mettre fin au mandat du délégué général avant son terme, qu’après avis du Conseil.

Article 6.
Le délégué général est placé sous l’autorité du Gouvernement. Il bénéficie de la liberté d’action et d’expression nécessaire à l’exercice de sa mission et est tenu au devoir de réserve que lui impose celui-ci. A ce titre, il agit en toute indépendance et ne peut être relevé de sa charge en raison d’actes qu’il accomplit dans le cadre de sa mission.

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Article 7.
Le 20 novembre de chaque année, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant, le délégué général adresse simultanément au Gouvernement et au Conseil, un rapport annuel dans lequel il établit le bilan de son activité. Ce rapport contient les recommandations qu’il juge utiles et expose les éventuelles difficultés rencontrées dans l’exercice de ses fonctions. L’identité d’un réclamant et de membres du personnel des autorités administratives ne peut y être mentionnée. Le rapport est accessible au public. Le délégué général peut à tout moment être entendu par le Gouvernement ou le Conseil.

Article 8.
Le Gouvernement arrête les modalités d’exécution du présent décret.

Article 9.
Le présent décret entre en vigueur le jour de sa publication au Moniteur belge. Promulguons le présent décret, ordonnons qu’il soit publié au Moniteur belge. Bruxelles, le 20 juin 2002. Le Ministre-Président, chargé des Relations internationales, H. HASQUIN Le Ministre de la Culture, du Budget, de la Fonction publique, de la Jeunesse et des Sports, R. DEMOTTE Le Ministre de l’Enfance, chargé de l’Enseignement fondamental, de l’Accueil et des Missions confiées à l’O.N.E., J.-M. NOLLET Le Ministre de l’Enseignement secondaire et de l’Enseignement spécial, P. HAZETTE La Ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de promotion sociale et de la Recherche scientifique, Mme F. DUPUIS

ANNEXES

323 Le Ministre des Arts et des Lettres et de l’Audiovisuel, R. MILLER La Ministre de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé, Mme N. MARECHAL

∆ 1. Session 2001-2002. Documents du Conseil. – Projet de décret, n° 259-1. Amendements de commission, n° 259-2. Rapport, n°; 259-3. Compte rendu intégral. – Discussion et adoption. Séance du 18 juin 2002. Publié le : 2002-07-19

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Arrêté du Gouvernement de la Communauté française relatif au délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant
Le Gouvernement de la Communauté française, Vu la loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles, notamment l’article 87, § 3 ; Vu le décret du 20 juin 2002 instituant un délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, Vu l’arrêté du 10 juillet 1991 instituant un délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, modifié par l’arrêté du Gouvernement du 22 décembre 1997 ; Vu l’avis de l’Inspecteur des Finances, donné le 18 juin 2002 ; Vu l’accord du Ministre du Budget, donné le 20 juin 2002, Vu le protocole n° 265 du Comité de négociation du Secteur XVII daté du 10 juillet 2002 ; Vu la délibération du Gouvernement du 17 juillet 2002 sur la demande d’avis à donner par le Conseil d’État, dans un délai ne dépassant pas un mois ; Vu l’avis n° 34.060/4 du Conseil d’État, donné le 28 novembre 2002, en application de l’article 84, alinéa 1er, 1°, des lois coordonnées sur le Conseil d’État ; Sur la proposition du Ministre-Président et du Ministre ayant la Fonction publique dans ses attributions ; Après délibération, Arrêté :

Article 1er.
Le délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, ci-après le délégué général, est désigné par le Gouvernement, après appel public aux candidatures, pour une période de six ans, renouvelable une fois.

ANNEXES

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L’appel public aux candidatures est publié au Moniteur belge et dans au moins deux organes de presse francophone. Cet appel public reprend les missions du délégué général visées à l’article 3 du décret du 20 juin 2002 instituant un délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant ainsi que les conditions figurant à l’article 2 du présent arrêté. Le renouvellement du mandat est soumis aux modalités visées aux alinéas précédents. L’agent qui, au moment de sa désignation au mandat de délégué général, est nommé à titre définitif au sein d’un service du Gouvernement de la Communauté française ou d’un organisme d’intérêt public qui en dépend, est mis d’office, pour la durée de son mandat, en congé pour mission d’intérêt général dans son emploi initial.

Article 2
Pour être désigné délégué général, il faut : 1° être belge ou ressortissant d’un État membre de l’Union européenne ; 2° être d’une conduite répondant aux exigences de la fonction et jouir des droits civils et politiques ; 3° être porteur d’un diplôme d’études supérieures ou universitaires ou disposer d’un grade de niveau 1 dans une administration belge ; 4° posséder une expérience professionnelle utile de 10 ans au moins dans le domaine juridique, administratif, social, médical ou psychopédagogique.

Article 3
Le délégué général ne peut exercer aucune autre activité professionnelle pendant la durée de son mandat. Il ne peut accepter, durant cette période, aucun autre mandat, même à titre gracieux.

Article 4
Le Gouvernement peut, après avis du Conseil, mettre fin au mandat du délégué général avant le terme de six ans : 1° à la demande du délégué général ; 2° lorsqu’il a atteint l’âge de 65 ans ;

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

3° en cas de violation de l’article 3 ; 4° pour des motifs graves ; 5° lorsque son état de santé compromet gravement et de manière irréversible l’exercice de sa fonction. En cas de fin anticipée du mandat, le Gouvernement désigne un nouveau délégué général, conformément aux articles 1 et 2. La désignation du nouveau délégué intervient au plus tard six mois à dater de la vacance de la fonction.

Article 5
Dans ses rapports avec le Gouvernement, le délégué général s’adresse au Ministre-Président qui transmet, le cas échéant, le dossier au Ministre compétent. Le Ministre compétent traite directement avec le délégué général en informant le Ministre-Président du suivi du dossier.

Article 6
Les informations, les plaintes ou les demandes de médiation visées à l’article 3, alinéa 3, 5°, du décret du 20 juin 2002 instituant un délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, sont examinées et instruites par le délégué général qui, sous la réserve des articles 29 et 30 du Code d’instruction criminelle, décide de la suite à y donner, après avoir, s’il y a lieu, procédé à une enquête. Le délégué général peut, s’il le juge utile, communiquer ses conclusions ainsi que le dossier de l’affaire aux plaignants, ainsi qu’aux parties, aux services ou aux administrations mis en cause. Si lors de l’examen d’une information, d’une plainte ou d’une demande de médiation, le délégué général adresse à l’autorité administrative une recommandation, il en informe simultanément le Gouvernement.

Article 7
§ 1er Le Le Ministre ayant la Fonction publique dans ses attributions met à la disposition du délégué général les agents du Ministère de la Communauté française repris ciaprès :

ANNEXES

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1° agents de niveau 1 dont au moins deux sont titulaires d’un diplôme de licencié en droit et deux sont titulaires d’un diplôme de licencié en criminologie : 7 ; 2° agents de niveau 2 + : 2, 3° agents de niveau 2 : 2 ; 4° agent de niveau 3 : 1, 5° agent de niveau 4 : 1. Sur proposition motivée du délégué général, le Ministre ayant la Fonction publique dans ses attributions désigne les membres du personnel qui assistent le délégué général dans l’exercice de ses fonctions. Les mises à disposition visées aux alinéas précédents peuvent prendre fin par décision du Ministre ayant la fonction publique dans ses attributions, sur la proposition motivée du délégué général. Le délégué général dirige les travaux des membres du personnel mis à sa disposition. §2 Si l’effectif visé au paragraphe 1er du présent article ne peut être atteint par la mise à disposition d’agents soumis au statut du personnel des Services du Gouvernement de la Communauté française, il est complété par des personnes engagées sur 1a base d’un contrat de travail d’employé. §3 Dans le cadre de sa mission et des moyens qui lui sont alloués, le délégué général peut ponctuellement faire appel à des experts.

Article 8
II est accordé au délégué général une allocation tenant lieu de traitement, fixée dans l’échelle de traitement 160/1, telle que prévue à l’annexe I de l’arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 22 juillet 1996 portant statut pécuniaire des agents des services du Gouvernement de la Communauté française. L’ancienneté résultant de services prestés dans les services de l’État, d’autres services publics, dans les établissements d’enseignement, ou celle résultant de l’expé-

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

rience utile reprise à l’article 2, 4°, est prise en considération dans la fixation de l’ancienneté pécuniaire. Le délégué général bénéficie des allocations et indemnités prévues par les dispositions réglementaires applicables au personnel des services du Gouvernement de la Communauté française, en ce compris, le pécule de vacances et l’allocation de fin d’année. Il est assimilé à un agent titulaire d’un grade de rang 16, pour l’application des dispositions visées au précédent alinéa.

Article 9
Dans les trois mois de sa désignation, le délégué général soumet, pour approbation, un projet de règlement d’ordre intérieur au Gouvernement.

Article 10
Le délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant, désigné par l’arrêté du 29 septembre 1997, pour une durée de six ans, termine son mandat conformément aux dispositions du décret du 20 juin 2002 instituant un délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant et du présent arrêté.

Article 11
Les membres du personnel mis à la disposition du délégué général à la date de l’entrée en vigueur du présent arrêté restent à disposition de ce dernier. Ils exercent leur fonction conformément aux dispositions du présent arrêté.

Article 12
L’arrêté de l’Exécutif de la Communauté française du 10 juillet 1991 instituant un délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant tel que modifié par l’arrêté du 22 décembre 1997, est abrogé.

Article 13
Le Ministre-Président est chargé de l’exécution du présent arrêté.

Article 14
Le présent arrêté entre en vigueur le jour de sa publication au Moniteur belge. Bruxelles, le 19 décembre 2002.

ANNEXES

329 Par le Gouvernement de la Communauté française, Le Ministre-Président, H. HASQUIN

Le Ministre de la Culture, du Budget, de la Fonction publique, de la Jeunesse et des Sports, R. DEMOTTE Le Ministre de l’Enfance, chargé de l’Enseignement fondamental, de l’Accueil et des Missions confiées à l’O.N.E., J.-M. NOLLET Le Ministre de l’Enseignement secondaire et de l’Enseignement spécial, P. HAZETTE La Ministre de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de Promotion sociale et de la Recherche scientifique, Mme F. DUPUIS Le Ministre des Arts et des Lettres et de l’Audiovisuel, R. MILLER La Ministre de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé, Mme N. MARECHAL

330

L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

Présentation de l’institution du Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant
A. Coordonnées du service du Délégué général
Rue des Poissonniers 11-13 Bte 5 1000 Bruxelles Tél : 02/223.36.99 Rép : 02/223.36.45 Fax : 02/223.36.46 http://w.w.w.cfwb.be/dgde Courriel : dgde@cfwb.be

B. Missions
Le Délégué général a pour mission générale de veiller à la sauvegarde des droits et des intérêts des enfants. Dans l’exercice de sa mission, le Délégué général peut notamment : 1. informer des droits et intérêts des enfants et assurer la promotion des droits et intérêts de l’enfant ; 2. vérifier l’application correcte des législations et des réglementations qui concernent les enfants ; 3. recommander au Gouvernement, au Parlement et à toute autorité compétente à l’égard des enfants toute proposition visant à adapter la réglementation en vigueur en vue d’une protection plus complète et plus efficace des droits et intérêts des enfants ; 4. recevoir les informations, les plaintes ou les demandes de médiation relatives aux atteintes portées aux droits et intérêts des enfants ; 5. mener, à la demande du Parlement, des investigations sur le fonctionnement des services administratifs de la Communauté française concernés par cette mission.

ANNEXES

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C. Champs d’application
Concerne toute personne âgée de moins de dix huit ans ou toute personne âgée de moins de vingt ans pour laquelle une aide a été sollicitée avant l’âge de dix-huit ans auprès de l’aide ou de la protection de la jeunesse.

D. Moyens d’action
Le Délégué général peut adresser aux autorités fédérales, de la Communauté, des Régions, des provinces, des communes ou à toute institution dépendant de ces autorités, les interpellations et demandes d’investigation nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Dans les limites fixées par la Constitution, les lois, les décrets et les arrêtés et dans celles de sa mission, il a accès librement durant les heures normales d’activités, à tous les bâtiments des services publics communautaires ou privés bénéficiant d’un subside de la Communauté française. Les responsables et les membres du personnel de ces services sont tenus de lui communiquer les pièces et informations nécessaires à l’exercice de sa mission, à l’exception de celles qui sont couvertes par le secret médical ou dont ils ont eu connaissance en leur qualité de confident nécessaire. Le Délégué général peut prévoir des délais impératifs de réponse dûment motivés. En cas d’absence de réponse dans les délais impartis ou de refus motivé, il dispose d’un recours auprès du Gouvernement de la Communauté française.

E. Philosophie d’action
Défenseur et gardien des droits et de l’intérêt de l’enfant, le Délégué général entend exercer sa mission en toute indépendance et être accessible à tous (enfants, particuliers, organisation…). Il faut cependant préciser qu’il ne compte pas vouloir tout faire et tout régler seul. En effet, des services qui se doivent performants (centres publics d’aide sociale, services d’information pour les jeunes, services d’aide en milieu ouvert, centres

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L’ ENFANT, SES DROITS ET NOUS

psycho-médico-sociaux…), existent en amont auxquels les enfants peuvent s’adresser en premier lieu. Il faut les leur faire connaître. Si les enfants rencontrent un problème au plan du respect de leurs droits, ce sera d’abord aux instances concernées d’intervenir comme par exemple le conseiller de l’aide à la jeunesse ou l’avocat. Si après tout ce cheminement, ils se trouvent devant une impasse, il conviendra d’avertir le Délégué général aux droits de l’enfant. Toutefois, il ne faudrait pas confondre l’institution de défense des droits de l’enfant avec une instance d’enquête (Juge d’instruction), de décision (Juge de la jeunesse, Directeur de l’aide à la jeunesse) ou de recours (Cour d’appel). Pour mener à bien sa mission, le Délégué général continue de renforcer sa stratégie d’efficacité avec tous ces relais : services de première ligne, les conseillers et les directeurs de l’aide à la jeunesse, les centres psycho-médico-sociaux… mais également les intervenants du monde judiciaire et les responsables politiques.

F. Rapport annuel
Le 20 novembre, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant, le Délégué général adresse simultanément au Gouvernement et au Parlement, un rapport annuel dans lequel il établit le bilan de son activité. Ce rapport est accessible au public.

G. Comité consultatif
Ce comité, créé à l’initiative du Délégué général, rassemble vingt trois personnalités reconnues dans différents domaines (universitaire, médical, judiciaire, psychosocial…). L’objectif du comité consultatif est de favoriser une pratique professionnelle de l’institution du Délégué général la plus efficace possible au bénéfice des enfants.

ANNEXES

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H. Composition du service
Alonso Marie-Pierre, secrétaire. Beublet Nancy, secrétaire du Délégué général. Croonen Sophie, juriste. De Vos Caroline, collaboratrice, comptabilité, gestion du matériel et du personnel. Durviaux Stephan, criminologue, conseiller du Délégué général. Gallet Laurence, infirmière sociale. Girgenti Rosetta, juriste. Hennebo Gaëlle, secrétaire. Léonard Serge, juriste-expert. Nicolas Céline, assistante sociale. Schobyn Céline, criminologue. Theunis Serge, collaborateur, chauffeur. Trifaux Christelle, criminologue. Van Cauwenberghe Nathalie, criminologue.