SKENDER SHERIFI

SILENZIO !
TEXTES DE JEUNESSE

VOLUME 1 : années 1972 - 1973 - 1974 - 1975
ESPRIT DES AIGLES

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ESPRIT DES AIGLES ISBN : 978-2-87485-011-0 Dépôt Légal : D/2011/11.189/2

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INTRODUCTION de L' AUTEUR
Mesdames et Messieurs, si par hasard, l'opportunité vous est donnée de lire ces Textes de Jeunesse, lesquels seront regroupés, en 2 volumes, d'à peu près 100 textes chacun, dans leur simple ordre chronologique, allant de 1972 à fin 1976 inclus, ayez au préalable à l’esprit les informations suivantes. Pourquoi est-ce que je vous propose de lire ces textes, aujourd'hui, en cette fin d’année 2011, alors qu'ils datent de près de 4 0 ans ? Autant dire le déluge, tenant compte de ma vie et de mon évolution actuelle... Cela me semble si lointain, que finalement c'en devient étrange ! Vous allez me dire : oui, alors, mais quel intérêt de les ressortir maintenant ? J’y viens mes amis, mais sachez que la Vie m’a au moins appris une chose fondamentale : les choses viennent ou se font, au moment où elles doivent se faire … c’est ainsi, mais cela ne tient pas du hasard ! Il y a toujours un vrai Sens apparent ou caché. Aussi, je vais essayer de m’expliquer … Un jour, à l'approche des Fêtes de Fin d'Année 1 9 9 8, en fouillant des fonds de tiroirs, et des vieilles caisses rangées au Grenier ( une mansarde squattée depuis longtemps par les Araignées ) : je tombe par hasard et pas rasé, sur 7 0 0 Textes, que j'avais écrits en extrême urgence d’Adolescent secoué, depuis l'année 1 9 7 2 jusqu'à la fin 1 9 7 6 ... Bref, 5 années d'écriture, de 1 7 à 2 2 ans : on va dire, mes années Rimbaud, totalement éclatées !
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Elle est retrouvée ... quoi ? L'Eternité ? Or, si je me suis amusé à fouiller durant ces Vacances de Noël 9 8 et de Nouvel An, c'est que consciemment ou inconsciemment, je recherchais des Traces, des Signes, quelque chose qui témoigne de ma Vie, de mon Passé, de la façon dont j'avais pu ou non évolué. Un désir de ma part de me reconstruire, de refaire mon parcours et mon histoire, de me repenser, de voir d'où je viens, où j'en suis et où je vais ? Qui étais-je et que suis-je devenu ? Il y avait un peu de tout cela. Une rétro flash back. Une sorte de mise au point avec soi-même, un examen de conscience aigu, moi qui n'avait fait jusqu’ici que flotter, me laisser vivre et me laisser aller, dans des jouissances épicuriennes éphémères, des délires variés et une très forte dose d'insouciance ... Vallée de l’innocence ! Il était temps à présent, de penser un peu plus rationnellement ma Vie de Givré ! Car je dois l'avouer, malgré tous les plaisirs et les intenses excitations, je me sentais tragiquement déconstruit, morcelé, absurde, sans un fondement réel, comme à la pire époque de l'adolescence, une matière brute brouillonne, un puzzle éparpillé sans queue, ni tête … Intéressant à la base, original sans aucun doute, mais en décalage et en disjonction totale par rapport à tout . De quoi finir par devenir FOU ! Oui, c'est vrai: je me sentais déconnecté dans le Brouillard Balkanique, autant qu'Occidental, étranger à beaucoup de choses, y compris à moi-même et à ma propre famille, illuminé et égaré, comme dans un long Rêve éveillé.
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Toujours en-dehors de tout , mais en même temps curieux de tout, tels les Fauves et les Matous ! Qui étais-je vraiment, dans autant de paradoxes, d'explosions, de mystères et d'éclatements ? Une énigme albanaise des Balkans ? Je me sentais comme un Personnage sorti tout droit de l'univers d'Angelopoulos, d'Antonioni, de Wim Wenders et de Jim Jarmush, nourri de l'absurde, de l’errance et de la pesanteur quotidienne et du néant chronique de Beckett , Ionesco, Topor, Arrabal et Cioran, revisité ensuite par la philo existentialiste de Sartre et Camus, embobiné par Godard et Léo Ferré, vagabondé par Genêt, Ginsberg, Burroughs et Kerouac, sexualisé par Miller, Sade et Pasolini, surréalisé par Breton, Bunuel et Salvador Dali, infantilisé par la famille Sherifi, ancestralisé et kanounisé par Tropoja et la vielle Albanie, avant-gardisé par Warhol, Basquiat, Haring et Bacon, hindouisé et zénisé par le Dalai Lama, Budha et Krishnamurti, orientalisé et féodalisé par Oum Khalsoum, Fayrouz, les Ottomans et les Balkans, puis américanisé par les U.S.A , tout leur cinéma, leur musique et leur littérature ( il y a toujours en nous quelque chose de James Dean, de Marylin, de Brando et de Tennessee et finalement de Yankee . C’est un Pays bien trop puissant au niveau du rêve et de la fiction, inévitable et incontournable, même si l’on conserve un esprit légitimement très critique envers l’univers américain.) Mais alors comment faire rimer tout cela dans un truc cohérent ? Un bazar de ouf quoi ! Marier tout à n’importe quoi Impossible de m'y retrouver, dans un tel déluge d'ingrédients contradictoires, mais bien réels.
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L'Himalaya du Paradoxe ! Cela mérite un grand éclat de rire ! L’échappatoire par l’Humour. J'avais l'impression d'être aspiré par l'idiotie planétaire, pris de folie aigue, déconnecté de moi-même, désuni, défait, décentré, innommable et innommé ... César : avé ! En même temps j’étais devenu toutes les Radios et les Télés du monde, curieux et à l’écoute de tout en permanence … Mais que faire avec tout cela, sinon agrandir mon chaos et mon bordel géant. Et je n’arrivais vraiment pas à me structurer. J'échappais à tout intuitivement, par réflexe, jusqu'au délire ! Toujours en-dehors, et en spectateur. Cela devenait grave, Docteur ! Il y a de quoi rendre givré une armada de Psys ! Face à un tel danger que je sentais bien instinctivement, de type autodestructif et suicidaire, mais en même temps jouissif et excitant, un mélange de Fuites et de Chutes, d’orgasmes et de débandades, et en plus, par ce côté albanais bien ancré : s’exprimaient en moi, ce mélange insensé d'absurdités antiques figées et d'extrêmes modernités ... Un balayage permanent sur fond de zapping géant à 360 degrés ! Il faut bien dire qu’à un moment donné, j’avais du mal à suivre ces grands écarts insensés. Une difficulté de s’incarner … Comment saute-t-on de la tradition la plus archaïque, aux provocations les plus branchées, du Kanoun ancestral albanais, à Woodstock, en passant par Léo Ferré, Bakounine, Proudhon, Wilhelm Reich, et les underground New-Yorkais, Londonien ou Berlinois ? Il y a de quoi avoir la gueule de bois, non ?
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Et puis, on comprends mieux dès lors, que si un cinglé pareil se met à écrire et à se glisser dans la peau d’un Artiste, il ne peut pas avec un vécu pareil, ne pas sortir quelque chose de personnel et d’original, de plus ou moins bien abouti, au minimum, des écrits sincères et ressentis. Par mon côté également trop francophone sur un arrière-fond de pirate illyrien, et éperdument cosmique, embrassant la totalité de l’Univers sans aucune retenue, ni hiérarchie dans les cultures, les valeurs, les us et coutumes … Le tout étant pour moi au départ, de les vivre et de les intégrer en soi, comme un super Trésor constitutif de sa propre Personnalité. Je fus un Météore parcourant la Galaxie, hors de toute règle pré établie et en toute liberté …. Mais à force d'infinis, d'absolus, d'ailleurs et d'apesanteurs mêlées : je risquais d'exploser en pleine atmosphère ! C’est évident que cela ne pouvait pas durer à vie ! Une sacrée Guerre sans répit ! C’est la raison pour laquelle, il peut y avoir des drames, et des fins tragiques chez pas mal de grands Artistes. Pas de base stable, de ligne conductrice de vie fixée et toujours ce grand écart permanent entre l’Overdose de tout et le Vide de tout. A un moment, ils ont franchi les limites et ils sont allés trop loin … Happés par la mécanique du réel. Alors normalement et très logiquement, ils n’en reviennent pas et ils s’en vont ailleurs, dans l’autre Monde. C’est simple ! La Fracture, la Borderline … C’est leur au-delà à eux ! Je devenais bien malgré moi, mais en faisant cependant tout pour, sans y réfléchir, ni en prendre conscience, un ÊTRE irréel, inexpliqué,
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inachevé, incompris, fracturé et aussi vite effacé. Une masse volcanique et une super machine à vivre qui se déversait dans tous les sens et qui s’agitait de tous côtés. Il fallait donc mettre un frein à tout cela, tant qu’il en était encore temps, essayer de se poser quelque part un bon moment, dire STOP à toute cette Folie, et enfin s'arrêter pour réfléchir, comme en mai 6 8, afin de formuler sa vérité, retrouver son parcours et ré écrire sa propre histoire ! Déjà que mon Enfance ne fut qu’un long trou noir, sans souvenirs aucun … Putain les Mecs, help ! Je n’ai aucune mémoire de ma vie, de mon passé, de mon enfance ! Merde alors, je ne me souviens absolument de rien. L’amnésie, l’oubli, le trou noir ou la maladie d’Alzheimer … Grave, docteur ! C’est quoi ce délire ? Je n’aurai connu que des additions de Présents instantanés. Why not ? Bullshit, Brothers and Sisters : il était urgent, faute de finir très vite à l’Asile le plus proche avec Antonin Artaud et Van Gogh, d’avoir une vraie Lecture cohérente des événements, en essayant d’être lucide sur soi-même, retrouver un semblant de fil conducteur et repenser un peu mieux sa Vie. D’en dégager les lignes de forces, les clés du sens, une base logique et une règle de conduite. Et voici que me tombent sur la gueule 7 0 0 Textes que j'avais quasi oubliés, jamais relus, et dont les premiers datent de l'année 1 9 7 2 , plus de 3 5 ans: pouvez-vous l'imaginer ? Un Délire total ! Moi qui baigne dans l’amnésie et le présent instantané : qu’en avais-je à faire de ces vieux trucs démodés et poussiéreux ? Pourquoi en revenir aux balbutiements des temps anciens ?
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Ce fut très dur pour moi, car je n'ai jamais voulu vraiment regarder en arrière, jusqu'à ce jour. Je déteste cela en fait. Ma devise étant : de toujours vivre à fond le Présent immédiat et surtout sans Passé, ni futur, mais au jour le jour, sans Programmes, ni Projections ! Nous ne sommes que des Voyageurs de l’éphémère, des Chasseurs de rêves, de fantasmes et d’illusions, des ombres de nous-mêmes, des Passants en sursis. Un film ou un théâtre qui passe très vite … Peut-être sommes-nous sur Terre pour enfin accoucher de nous-mêmes, de son vrai MOI profond et intime, pour renaître et trouver son essence, son âme profonde … Cette vie terrestre n’étant pour nous, qu’un long questionnement, qu’un douloureux cheminement, une initiation pour enfin se retrouver un jour face à son vrai SOI-MÊME … Peut-être attendons-nous ou alors redoutons-nous inconsciemment , cet instant de vérité suprême, ce vrai face à face final avec nous-mêmes, un peu comme face à DIEU ( pour ceux qui y croient ) ? Moi, je crois que le Destin de l’Homme durant sa vie terrestre est d’avoir un jour, un seul et vrai rendez-vous à la fois initial et final avec lui-même, si des fois il y parvient. Là, réside l’unique grande question centrale ? Aura-t-il le don, la clé ou le pouvoir de rencontrer enfin son MOI véritable, d’avoir accès à son essence, à ce qu’il est vraiment, au regard de sa destinée étrange ? Pour moi, c’est évident, que si l’Homme parvient un jour à se rencontrer lui-même, alors il aura de ce même fait rencontré Dieu, l’ailleurs, la part céleste et divine enfouie
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en lui-même. Mais y arrivera-t-il ?Pas si sur ! Car sa pauvre et futile VIE terrestre lui aura joué tant de tours, et l’aura tellement éloigné de lui-même durant des années, qu’il en oubliera qui il est vraiment … L’effacement à perpétuité ! Cette même vie, qui un peu comme un Film, lui aura empêché tout simplement d’être, vu les nombreux compromis, calculs, stratégies, illusions de pouvoir, jeux de rôle, devoirs, obligations, reniements et trahisons, que toute vie humaine et sociale, à un moment nous impose, qu’on le veuille ou non ? Mais moi je pense sincèrement, que c’est d’abord à soi-même, qu’on doit rendre des comptes sur Terre. Une chose est sûre : ici-bas, rien ne dure, tout s’arrête net à un moment donné et imprévu, alors autant vivre tout à fond, comme si on allait mourir le lendemain. Pourquoi toujours se prendre la tête, s’endetter, se programmer, se stresser, s’alourdir de mille tâches, et autant de responsabilités … ? Que sommes-nous au fond et que laissons-nous vraiment sur Terre et aux autres, après notre Mort ? Que diable reste-t-il vraiment de nous, au final des choses, de notre bref Passage sur cette Terre ? Il faut se poser la question ! Je me suis toujours senti éphémère, relatif et cela m’a donné une vraie distance par rapport à tout, peut-être trop ? Ne pas trop prendre les choses au sérieux, éviter la gravité, le côté super adulte et plombé d’avance par la Vie. Moi, je n’aimais que le désengagement insouciant, l’irresponsabilité assumée, et la libre liberté. J'ai foncé Tête baissée, vécu des tas de choses, consommé, rencontré, accumulé les Rencontres et les Plaisirs … du tout et du n'importe quoi,
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dans une fuite en avant à la James Dean, dans une sublime boulimie de vivre (avec des moments nuls, idiots, et d'autres absolument géniaux), pour mieux occulter sans nul doute des vides oubliés et des Douleurs inconsolables ou informulables. Alors vous pensez bien, que de retrouver le Gamin que j'étais en 1 9 7 2, n'était pas évident. Qu'avais-je à voir avec cet étranger-là, qui fut pourtant bien Moi ? Le côté: "on est pas sérieux, quand on a 17 ans !" m'a troublé, m'a causé un choc émotionnel. Je n’arrivais pas à théoriser les choses, à les expliquer, les formuler, car j’étais conduit par mon intuition et mes états d’âme. Je vivais les choses avant de les réfléchir, je trouvais les trucs au lieu de les chercher durant des jours, des mois ou des années … Que pouvais-je y faire, c’était inscrit en moi, au fond de ma nature profonde ? J'ai eu la pulsion première de balancer ces 7 0 0 Textes au Feu. Une évidence ! Une violence de rejet ... Je n’aimais pas les traces, ni les retours en arrière. J’étais paradoxal en tout : j’aimais à la fois l’oubli total et la vitesse de la lumière, l’explosion en plein vol, et en même temps, laisser une trace définitive comme Rimbaud dans le coeur et l’âme de mes Semblables. Qu’est-ce qu’ici-bas serait impérissable ? J'avais des Sentiments contradictoires: se gommer, se détruire, s’éterniser, s’oublier, ou bien se regarder, se construire et s'accepter dans la durée ? Simplement, reconnaître une continuité humaine !
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A peine sorti de l'amnésie, de la vitesse, de la soulographie, de l’accumulation, du désordre et du présent instantané, je me suis souvenu, comme ce brave Georges Pérec, que j'avais commencé à écrire vraiment sérieusement vers mes 1 4 ans, en l'année magique et pour moi historique de 1 9 6 8, suite à une vraie rencontre, un appel, un déclic, un flash amoureux avec Arthur Rimbaud, mon unique Poète de chevet, le seul que j'emporterais sans nul doute, dans une île déserte, comme je l'avais dis un jour à Fanny Ardant, laquelle m'a fait lire Rilke, lors d'un Tournage à Verviers et puis, un soir d’hiver, j’ai eu droit à son coup de fil féerique et à sa voix ensorcelée, suite à un bouquin de Poésie que je lui avais offert ( Oxygène ! ) Ah, je m'en souviendrai à vie : quelle voix, quelle présence envoûtante ! Il y a des ÊTRES magiques qui sont déjà eux-mêmes, la plus belle des poésies vivantes et à la limite, on a même pas besoin de les lire, tellement ils dégagent des vibrations et des sensations rares d’une forte densité. Ce sont des Artistes, des Poètes nés, et non pas des produits scolaires formatés. Leur école, c’est leur vie, leurs sensations, leurs émotions, leurs pulsions, leurs visions, et puis, ils sont tellement à l’écoute d’eux-mêmes et des échos, des énergies, des flux, reflux et des mouvements du monde, qu’ils finissent tout naturellement par trouver un beau jour, leur vraie Langue personnelle, faite de Chair et de Sang pour le décrire, avec le souffle sacré de leurs propres Mots pour l’évoquer. Cette magie-là ne peut pas venir des Universités !
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On naît avec, on la porte en soi, c’est inscrit dans sa nature profonde. Aucune école, bibliothèque, ni aucune formation du monde ne peut vous l’apporter : on l’a, ou on l’a pas ! On apprends pas à être Mozart ou Rimbaud ! D’ailleurs moi aussi, je suis fait de cette pâte-là, juste à l’écoute totale des choses, une usine à captations et à sensations, une éponge immense ouverte sur la vie terrestre et humaine, dans une démarche totalement instinctive et libre d’autodidacte, juste en connexion totale avec sa propre Vie et les Ondes du Temps. Des Créateurs géants de ce genre, des Gens hyper sensibles et brûlés aux ingrédients de leur propre vie, des ÊTRES sublimes, solaires, stellaires, parfois sublimement noirs et sombres, d’un désespoir grandiose et inconsolable, mais toujours plein de jaillissements flamboyants, de trips lumineux, de fulgurances poétiques et de cicatrices existentielles, parfois des étoiles filantes, des destins brisés en plein vol, appelés trop vite par l’au-delà … Des blessures, des brûlures, et des élans incendiaires, des passions habitées, hallucinées … des êtres si entiers, si sensibles, qu’ils ne tolèrent aucun compromis, et dès lors, ils prennent flamme et se consument … J’en ai connu plusieurs par coup chance, un vrai bonheur, et dieu que cela m’a enrichi ! Cela m’aura appris des choses fondamentales sur l’existence et changé de fond en comble ma vision sur l’ART et la création. Merci la Vie de m’avoir donné tout cela … J’étais verni par tant d’amour et d’Humanité pure à 2 4 Carats ! Peut-être né sous la bonne étoile, le bon karma ?
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Je devais être prédestiné sans doute à cela. Etait-ce écrit quelque part … j’y crois assez bien ! Des tas de Signes qui ne trompent pas, des Voix de l’au-delà ! A cette époque, il faut dire que j'avais de graves problèmes familiaux, d'ordre relationnel, essentiellement dus à mon Père, et à mon impossibilité totale de communiquer, dans une ambiance malsaine, autoritaire et violente. Une vraie chape de plomb, un silence lourd allant jusqu’au mutisme. Le vrai Mur de Berlin en somme… Rien ne passait et à la maison, je me sentais totalement plombé et bloqué, comme en état d’étouffement, comme si j’avais vécu le régime stalinien ( aujourd’hui, cela me fait rire aux éclats … c’est marrant ! ) Je ne lui en veux pas, le pauvre, loin de là … Je n’ai ni reproches, ni rancunes, ni accusations à formuler à l’égard de mon père, que ce soit clair. Il a plein d’excuses que je comprends, une vie personnelle pleine de douleurs et de fractures jamais exprimées et toujours refoulées, une éducation qui sort de toutes les normes logiques occidentales ( c’est une toute autre Planète ) mais voilà, moi je vivais cela de cette façon-là, c’était ma réalité. Un simple constat. Mon père qui était un haut gradé de l’armée du Roi Zog d’Albanie, concevait sa famille comme une caserne militaire, où tout le monde lui devait sans discuter une obéissance absolue, se modeler à son image et se mettre si possible à son service. Pour lui, au regard de l’éducation qu’il avait connu jadis dans son pays, les échanges familiaux se limitaient à des rapports de force et d’autorité du CHEF, selon une logique hiérarchique. Il n’y avait pas de place pour le vrai dialogue,
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le questionnement, le débat contradictoire, l’affectivité et la tolérance. De plus, vu sa mentalité propre, il voulait imposer au coeur de Bruxelles, un univers albanais moyenâgeux à ses enfants, qui ne voulaient pas en entendre parler, vu qu’ils étaient tous nés en Belgique ( à ma seule exception, et encore, j’avais à peine 1 an lorsque nous sommes arrivés dans le pays de BREL ) et que fort logiquement, ils voulaient suivre comme tous les jeunes d’ici, la mode et le système de vie occidental. Aujourd’hui, comme je l’ai dit, je ne lui en veux pas, et je dirais même que je le remercie sincèrement pour tout ce qu’il m’a apporté, peut-être à son insu, mais et je ressens pourtant une reconnaissance et un respect à son égard. Cependant, il m’a fallu 4 0 ans pour arriver à cet état de paix intérieure et de totale acceptation de la personne de mon père. Sinon, pour moi, c’était dur et chiant à vivre, car nous étions comme chiens et chats, en opposition permanente sur tout, et dans une logique de dénigrement mutuel. J'avais choisi l'autisme, la fuite, le rêve, l’imaginaire et la double vie. De plus, j'étais en pleine phase pubertaire, en crise d'adolescence, et alors fatalement, vu que je ne pouvais pas mettre de MOTS là-dessus, j’étais dans une confusion absolue à péter les plombs, un état volcanique, une sorte de cocote minute prête à éclabousser quiconque se trouvait sur mon chemin et je lisais tout ce qui me tombait sur la main, par besoin d’urgence de trouver une réponse à mes questions, un élément à quoi me raccrocher : oui, je lisais un livre par jour ! Une boulimie incroyable
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de culture, tellement je me sentais illettré, en manque de tout et avec une Soif terrible de savoir ! Une envie aussi de se démarquer, d’être toujours ailleurs, là où personne ne vous attends. Chez moi, je vous l’ai dit, je vivais le Mur et la Prison : j'étouffais littéralement ! Il n’y avait pas de rites, ni de règles dans rien, que de la survie, de la débrouille et de l’improvisation, le tout dans une atmosphère incroyable de pesanteur, d’incompréhension et de violence psychologique latente, sur fond de division, d’égoïsmes et d’individualisme, du genre « sauve qui peut » où certains plus malins ou rusés que d’autres en profitaient et tiraient les marrons du feu, tant bien que mal, tandis que d’autres plus sages devenait aussi plus soumis et oeuvraient bien malgré eux, dans le renoncement d’eux-mêmes, le devoir et le sacrifice, vu qu’ils ne trouvaient pas d’autres portes de sortie à leurs paradoxes et chaos intérieur … A tort ou a raison, je me sentais comme dans un roman de Bazin et le pire, c’est que j’arrivais à en rire ! Faut dire que j’avais un bonne dose d’humour et de dérision comme soupape de sécurité. C’est triste à dire, mais chez moi, parmi les miens, il n’y avait rien de logique et de normal qui ressemblait de près ou de loin, à une vraie vie dite « familiale ». Rien ne tenait vraiment la route, si l’on tient compte des règles en vigueur, qui serait à respecter, par chacun d’entre nous, afin de faire fonctionner correctement dans l’harmonie et la justice, une bonne famille modèle. Donc moi, dans ma profondeur d’âme, je me sentais Orphelin, sans
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famille véritable, car je n’arrivais pas à m’identifier à la mienne. Je ne me souviens d’aucun repas familial autour de la table, d’un moment de bonheur qui aurait pu me ravir, de rien qui puisse crée l’unité du groupe, le sentiment de solidarité, le ciment familial et le plaisir de simplement se retrouver ensemble, de dialoguer, d’échanger et de partager quelque chose comme tout le monde civilisé. Je leur pardonne très volontiers ces manquements, d’autant que je me sens pas spécialement malheureux et perturbé par tout cela, mais je dois reconnaître que c’était pour moi, très pénible à vivre, à cette époque. Heureusement, j’avais trouvé des tas de trucs, des échappatoires et des solutions efficaces pour ne pas sombrer dans la déprime profonde et le dérèglement. Il suffit de voir comment on finit pas mal de compatriotes albanais de ma génération, comment ils vivent concrètement aujourd’hui, et où ils en sont vraiment avec eux-mêmes ? Quel bilan véritable feraient-ils cinquante ans après, d’eux-mêmes ? Pour moi, ma famille symbolisait la douleur, le vide, l’absence, le malaise, la lourdeur et le manque. Vraiment rien ne me donnait envie d’être là, parmi eux. Par conséquent, je voulais absolument être ailleurs, n’importe où, sauf chez moi, et surtout être adopté par n’importe qui, de préférence un artiste, un intello ou un aristo qui aurait les moyens financiers de m’assurer une belle vie stable et agréable. Alors, je fuyais à tout bout de champ, sous n’importe quel prétexte. C’était une urgence d’oxygénation, un appel d’air systématique !
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Je n'avais que les livres, les films, la rue et le monde extérieur pour exister, et me sentir vivre. La Culture devint vite ma seule vraie nourriture quotidienne. J'attendais tout de l'extérieur, comme un miracle qui tomberait du ciel ! Et jusqu'à aujourd'hui, j'ai fonctionné ainsi, comme dans un appel permanent dirigé vers autrui, le coeur et la main tendue à l'autre, mon semblable. J’attendais des réponses à mes tourments qui viendraient de l’extérieur. Les arts, la philo, la psycho et la culture m’aidaient à y voir plus clair dans mon Brouillard. Totalement livré à moi-même, en Loup solitaire et inexprimé: j'aurais pu mal finir, dans les mauvaises fréquentations, la drogue, le trafic, la délinquance ou que sais-je ? D’ailleurs, pas mal de mes amis de l’époque y sont tombés. Par manque de références, de guidages, de structures, d’amour et de dialogue … Une profonde Solitude vécue jusqu’à la douleur et au reniement de soi, face à un Monde étranger qu’on arrive pas à épouser, à maîtriser, encore moins à comprendre et une Culture familiale autochtone que l’on subit dans un simple rapport de force, comme un réflexe aveugle, une solution de facilité, mais sans vraiment la choisir ou l’accepter. On peut comprendre le malaise et l’inconfort qui en découle ! Tu viens d’une double culture mal gérée, non décodée et souvent incomprise. Tu te sens perdu, tu ne peux pas trouver le point de rencontre et d’équilibre entre les deux, car tu manques de savoir, d’expérience et de références. Tu flottes dans tout, tu t’égares partout ! Puis, tu te replies défait et dégoûté de
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tout, et d’abord de toi-même, dans le brouillard épais de tes origines, sans savoir trop pourquoi, mais certainement pas, comme résultat de ta longue réflexion et d’un vrai CHOIX … et le pire, c’est qu’au fond de toi, tu le sais … alors, tu te tais définitivement, tu fermes les yeux, pour ne pas justement te rappeler ta Faillite et tes Lâchetés, pour ne plus avoir à remuer toutes les fractures et les blessures que cela a provoqué en toi, durant toutes ces années englouties dans la Tricherie, le Renoncement et la Trahison de SOI. Cela se comprend, Brothers and Sisters ! C’est humain, finalement …On a tous nos Limites. Mais voilà, Skender Sherifi est un de ces rares cas à part, l’exception, le cas marginal et limite, allez savoir pourquoi ? Normalement j’aurais du être marié à 2 0 ans, bosser comme un malade, avoir 6 enfants, une villa, ma voiture et puis penser et fonctionner, comme tout le monde albanais dans les normes sociales de la vie collective courante. L’important étant le fric, le compte en banque, les richesses matérielles, les titres professionnels, la fonction et le rang social, le grade, la frime, un système de fonctionnement calqué sur le fameux « way of life à l’américaine » avec toujours cet arrière-fond de nationalisme, de folklore local, de rites, et de coutumes albanaises, pour pouvoir se raccrocher à son identité originelle de base et se singulariser à sa manière avec des éléments primaires et tout à fait basiques, vu qu’on ne possède pas le fond de sa propre histoire. Pourquoi ne suis-je jamais entré dans ce schéma pré fabriqué à l’avance et qui m’attendait pourtant depuis ma naissance comme une prédestination ?
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J’avais beau demeurer incompris des miens et de ma communauté, de passer pour le marginal, le bohème, le clochard, le cinglé, l’irrationnel ou le drogué ? C’était plus fort que moi, je restais ce que je sentais que je devais être, tel quel contre le monde entier, quitte à finir mendiant dans le métro de Paris. Mais rien ne me donnait par contre envie de devenir ce que l’on avait programmé pour moi, cela jamais … j’en étais à 100 % certain. Okay, très bien Jacquouille, mais qu’allais-je ensuite devenir dans toute cette marginalité, cette démultiplication et toute cette folie artistique et surréaliste ? Il faut croire que c’était inscrit en moi quelque part, que j'avais une Nature spéciale, singulière, un instinct des choses, une sorte d'Ange protecteur... difficile à dire ! Il y a toujours une part de Mystère et tant mieux, c’est le charme de l’Existence. Je réserve d’avance … Mais j’avais ce regard de rêveur et de Poète bien malgré moi, une Lueur particulière dans l'âme, une Curiosité innée, une Soif immense de Tout , mêlée à un vaste fond de pureté et une innocence d’enfant. Et cela malgré la dureté du monde, de la vie familiale et sociale, et tout le Big Merdier. Un Mec à part, quoi ! Vraiment inexplicable … Mais je gardais en moi coûte que coûte, comme un trésor, un secret, un LEG, ce regard émerveillé et étonné de l’enfant, sur les choses de la vie et le monde extérieur, peu importe mon âge adulte. Et dieu merci, je continue encore à le conserver, malgré tout ce que je sais et que je vois tous les jours, et qui n’a rien de drôle. C’est peut-être cela le souffle de la poésie ! La magie de l’Enfance ! Une forme de légèreté d’être ! Qui sait ? Je suivais mon Karma !
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J'aspirais à faire du Cinéma ( j'ai toujours adoré cet art, avant même la littérature ), et je pensais souvent à François Truffaut que j'aimais et auquel je m'identifiais, de par son parcours. Eternel adolescent rêveur sur sa Ligne de Fuite, assoiffé de savoir et d’amour, de Poupées et Pépites. Il avait fuit sa Famille, adopté par André Bazin, le très grand critique de cinéma du moment. Un homme fait de passions et d’urgence à être … Combien de fois, j' y ai songé moi aussi et je l'ai vraiment envié, et parfois encore aujourd'hui : il m'arrive de vouloir mettre une Annonce originale dans des grands Canards comme : « Le Monde - Libération - et le Nouvel Obs " du style : Poète Albanais et Francophone, perdu dans le Cosmos, étranger à tout, mais nourri de tout , ouvert à tout et fermé à rien, cherche Pères et Frères spirituels, Guides universels, pour l'adopter réellement, l'aider à se construire, à avancer, à se centrer et se retrouver et enfin, à se relier à la Vie terrestre, à l’ordinaire humain, aux lois du quotidien et à la normalité basique de la société des Chiens. » C'est dire que je me suis toujours senti quelque part comme un Orphelin, sans Famille ... un Gitan errant sans collier avec une flamme étrange aux fond des Yeux et l’Or de ses Vieux. Mais je sais que j’ai toujours été en quête de Pères spirituels nourrissant au fond de moi cette envie folle d’être adopté, presque d’avoir une autre Famille. Celle que j’aurais vraiment choisie et non celle qui vous est imposée par le Loto génétique. Mes pauvres parents n’en peuvent sans doute rien, mais moi,
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c’est ainsi que l’ai vécu à titre personnel … c’est comme ça, autant le dire et le reconnaître ! C’est ainsi que Pierre Seghers, Ibrahim Rugova, Jusuf Vrioni et d’autres plus anonymes ont été tous pour moi des Pères et des Frères spirituels, ou on peut dire de substitution, qui remplaçaient le mien, tellement lourd et absent et qui n’avait jamais su jouer ce rôle-là à mes côtés. Il avait juste passé son temps à s’opposer par tous les moyens à ce que j’étais devenu … Bref, ce fut un rendez-vous complètement raté, on était passé définitivement à côté l’un de l’autre. Ne demeurait en moi, que le vrai respect que j’avais pour son CV, son aura et son statut dans la société albanaise. Et sur ce plan, il avait plus que brillé et eu vraiment d’exceptionnelles qualités. C’était dans son monde à lui, une vraie Star, une personnalité hors normes, et en plus, il avait une sacrée belle gueule et une présence de grand acteur américain. Faut dire qu’il en imposait, à tous mes Copains, rien que par son look ! C'est pourquoi, dans cette folie absolue, ce fut si important pour moi de tomber sur Rimbaud, une sorte de double Frère imaginaire, avec qui je communiquais vraiment, et qui me révéla la force de la Parole Poétique, le goût de la Révolte, de l’insoumission et de la Libre Liberté. Bien plus tard, cela fut doublement renforcé par mon ami Léo Ferré, autre grand frère existentiel, que je considère toujours comme un des plus grands poètes français du 20 ème siècle. La devise fut simple : « amour – art – anarchie – la liberté totale, donc ni Dieux, ni Maîtres ! » Cela allait dans
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le sens rimbaldien … et puis enfin, ce fut l’esprit godardien qui m’emporta loin, avec la Nouvelle Vague ( Jean-Luc Godard ) et ses films mythiques pour moi : « A bout de Souffle – Pierrot le Fou – et le Mépris » Le tout en toile de fond avec les événements géniaux de Mai 68 et puis le Festival mythique de Woodstock et de l’île de WIGHT … Cela vous situe un peu le contexte ultra libertaire dans lequel j’ai évolué à ma façon. Allez après cela vous ranger dans les rails prévus par l’Elysée et les normes de Matignon, allez penser comme tout le monde ? Bêler comme un mouton dans le troupeau, dire « amen » à tout, en se laissant dicter par les autres, toute sa vie, sa conduite et sa pensée. C’est totalement exclu et impossible ! Je suis définitivement vacciné contre la Connerie et le cycle des Soumissions ! J’avais goûté si longtemps à toutes les libertés … Cela ne m'a plus jamais quitté ! C’est gagné ! Depuis lors, j'ai adoré l'imaginaire par le Verbe. Le pouvoir de la Langue, la belle magie des Mots. Voilà comment j'entrai soudain en Poésie, ou en Littérature, comme d’autres dans les Ordres et les Couvents ! La révélation presque mystique, la vraie rencontre, le flash puissant … Un endroit magique, privilégié, un espace pour s'exprimer, un exutoire, un défouloir, un miroir, une mémoire, un Territoire fantasmatique intéressant à explorer, celui des mots, de la Parole. Je voulais être une sorte de Rimbaud à ma sauce albanaise. Une éternelle étoile brillante et filante ! Une sorte de Jim Morrison, de Jimmy Hendrix, de Godard et de Ferré, qui auraient entre temps participé à toutes les Batailles et les Pirateries navales d’ILLYRIE en pleine Mer Adriatique.
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Il fallait qu’il y ait une pulsion, un souvenir, un parfum, un petit fond albanais dans toute ma démarche artistique, spirituelle, et étique. Peu importe les habillements, les modes, et les courants : il fallait qu’on puisse identifier dans mon cocktail cosmopolite un ou deux ingrédients albanais, pour marquer ma différence et affirmer ma singularité, pour rappeler mon origine et ma genèse. Il n’y avait à cela aucune raison idéologique précise, sinon que moi j’en ressentais instinctivement le besoin et que quelque chose me ramenait à un moment ou l’autre vers mon origine, le point de départ de mon histoire, sans toujours savoir quoi, comment et ni même en comprendre le pourquoi ? Il m’a fallu bien du temps pour cela, mais dieu merci, aujourd’hui je sais y répondre et c’est clair. Donc, j'allais enfin pouvoir me parler à moi-même et déballer tout ce que j'avais sur le coeur. Enfin s’approprier ses propres Mots et s’inscrire dans sa vraie Langue ! Un privilège inouï en somme, que seuls ont les Mystiques et les Fous. Cela me rappelle un grand Poète parisien et en plus un ami, qui avait trouvé cela dingue et d’une prétention démesurée et il m’avait dit : « mais vous êtes qui vous, venu de nulle part et qui prétendez avoir votre propre langue … vous n’êtes tout de même pas un prophète ? Il y a pas plus de deux poètes sur tout un siècle qui peuvent éventuellement y prétendre, mais ni vous, ni moi … » J’en ris encore ! C’est vrai que je ne craignais rien, ni personne et j’étais d’une audace complètement folle, et d’une liberté quasi inimaginable.
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Il y avait de quoi franchement s’effrayer ! Je n’étais pas à Paris et à Bruxelles pour douter, mais pour affirmer mon MOI haut et fort à la face du Monde entier. Je n’étais pas là pour trembler face aux icônes incontournables de la pensée et du star système parisien, mais pour les défier et leur balancer mon univers de sauvage en pleine gueule. C’était à prendre ou à laisser ? Une sorte d’état d’urgence à être et à exister à tout prix, sans s’écraser face à qui que ce soit. Mais là, en ART, l’esbroufe ne pouvait suffire, il fallait être à la hauteur et pouvoir assurer, il fallait s'appliquer et écrire, seul face à sa Feuille, la fameuse Page blanche de Mallarmé ... et en tant que fauve Albanais, indiscipliné par nature, bordélique, mais bourré de folies et de tempérament, c’était une forme de discipline à intégrer et à gérer. Fonce, Alphonse ! Je ne me suis pas privé, ni gêné : l'instinct s'est réveillé et j’en ai rempli des pages blanches et réveillé des Momies frigorifiées ! Tout ce qui me passait par le crâne se devait d’être vite écrit. Je n’avais pas le temps de vivre, comme Proust ou Céline, à crédit. CASH BABY ! Mais, n'oubliez pas que j'avais à peine 1 4 ans et qu'on était en 1 9 6 8, la fameuse année-clé... un carrefour de changements incroyables. Une bombe atomique ! Inutile de vous dire l'état désastreux, dans lequel je me trouvais. Je vivais dans une Confusion inimaginable. Je me sentais un animal à l'état brut, une sorte Persan à Paris. Un martien venu d’on ne sait où ? Je ne maîtrisais rien de mon identité albanaise, mis à part le fait de foncer et d’afficher son orgueil et sa fierté innée et héritée.
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C’était tout le temps le grand écart et le zapping permanent, jusqu’aux incidents de parcours. Des moments de violence et de rejet, d’autres plein de douceur et de compassion … assez difficile à vivre et à gérer. Pourtant j'étais miraculeusement ouvert à tout, d'une façon inouïe ! Traversé on ne sait trop pourquoi, par une forme d’enfance et d’innocence inviolée, une capacité d’émerveillement, une envie de découverte et d’ailleurs réinventé. Pour moi, il faudrait des mai 6 8 tous les vingt ans, pour secouer tout le monde, et les obliger à se remettre en question, les sortir de la connerie habituelle et des ronronnements morbides, des réflexes conditionnés et des vides existentiels. La routine rouille toute vie et pensée. J’adore les révolutions et les insurrections, les rébellions et les insoumissions, tant qu’elles demeurent sur un terrain spirituel, utopique et poétique, tant qu’elles restent confinées dans les territoires de la philosophie et de la poésie de la vie. Dès qu’on entre dans le champ politique et le pouvoir, c’est d’office la merde, le sectarisme et tout cela se solde ensuite par des goulags, la terreur et des massacres . Moi, j’ai horreurs des Révolutions qui baignent dans le crime généralisé et des océans de sang. J’aime les révolutions culturelles, poétiques et pacifiques, celles qui te laissent la part de rêve. Les Lénine, Staline, Mao, Pol Pot, Enver Hoxha, Hitler, Mussolini et compagnie, ne font pas partie de mon univers. Je déteste tous les totalitarismes et les idéologies fermées, tous les trucs dictés et imposés au nom de je ne sais quelle fumisterie.
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Je suis définitivement un produit post 6 8 et post Woodstock, un produit des Contestations. Avec Rimbaud, Ferré et Godard en vrais Pères spirituels, c’est pas si mal comme trio de base ! Comment voulez-vous après cela, aller beugler dans les Masses d’abrutis, suivre le Chef et dire « amen » à n’importe quel con ? T’es vacciné à vie contre la Supercherie ! C’est dommage que si peu d’albanais, peu importe leur niveau d’études et leur fonction d’ailleurs, ne soient formés dans cette école sublime de la pensée critique, de la distanciation et de l’humour, dans un esprit lucide de rébellion, de résistance et d’insoumission et de Liberté libre. Moi, j’ai savouré tout cela à fond. Tout cela m'a traversé joliment et a réellement marqué mon existence de façon définitive : la contestation des campus américains, Dylan, Cohen, Lennon, Morrison, Jimmy Hendrix, Marcuse, Reich, Sartre, Debord, Strauss, Bourdieu, Lacan, Vian, la Nouvelle Vague, Andy Warhol, les Beatniks US, Woodstock, Ferré, Brel, Breton, Godard, Fellini, Pasolini, le Vietnam, la Tchécoslovaquie, l'Algérie, Julian Beck, Kantor, Grotowski, Strasberg ... etc. C'était une superbe époque riche d'Esprit ! La Parole et l’imaginaire furent bien au Pouvoir … Sans compter la poésie, la philo le sexe, l’érotisme, la création, l’invention, une libération tout azimuts ! Autre chose que la pure bêtise … C’est pourquoi je pense que cela devrait revenir selon moi, tous les 20 ans, tel un cycle naturel. Sinon, on sombre dans l’ennui, le formatage et la régression, le retour de tous les carcans, de l’ordre moral et de la pensée unique clonée
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et mondialisée. Les Horizons sont fermés ! Bref, on finit par mourir con et vieux. C’est franchement nul et lamentable ! Personnellement, je suis fier d’être un Enfant de tout ce Monde-là … c’est mieux que celui de Sarko,Tapie, Bolloré et Jacques Séguéla ! Mais comme chez moi : tout est explosé et jamais linéaire, comme rien n'est discipliné et inféodé, et que tout est libertaire, insolent, ironique et blagueur : à cette base-là du contexte de l'époque des Contestations, que j'ai intégré vraiment Mentalement et vécu à fond, s'ajoute ou s'entremêle naturellement un esprit sain de dérision et d'anarchie, d'insolence pure, un côté Rebelle, parfumé de Marx Brothers, Pierre Desproges, Pierre Dac, Raymond Devos, ce côté Hara-Kiri et Charlie Hebdo, avec Choron, Cavanna et les autres, avec en plus un goût très aiguisé pour le style et l'âme surréaliste, la provocation permanente, le happening géant et le culte de l’improvisation. Toute Vie étant à réinventer, DUCON ! Et pour compliquer le Tout : sur un arrière-fond d'éducation primitive et codée, un leg de Tropoja : des Valeurs ancestrales Albanaises transmises comme un héritage ou réflexe inconscient, un fond barbare, clanique, une sorte de moyen âge familial vécu dans les règles, et ritualisé par les mythes, les légendes, les traditions et chansons populaires : l’orient de l’être au néant ! De Sandra Kim à CIORAN … Un abîme sidérant. Autant dire, que ce n'était pas un cocktail si simple à gérer … Quel délire, mes Enfants ! Que faire avec tout cela ? Aller à Koh Lanta ? Un Gars, qui est à lui seul, le croisement de tout,
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et chez qui : tout se mélange à tout et en même temps rien ne colle à rien, et cela en permanence jusqu'aux extrêmes ! Où est le sens et le point d’équilibre dans toute cette bouillabaisse marseillaise ? Où est l’alphabet central , l’épine dorsale, le truc fondamental auquel il faut se référer ? D'ailleurs, je l'ai compris bien plus tard, et je le sens bien dans mon écriture : que je dois aussi beaucoup de choses, à mon côté Albanais, justement : ce tempérament de feu, cet instinct si fou et particulier de la survie à tout prix et de l’affirmation de soi tel quel ( peu importe ce que sont les autres )… Je rêvais avec Téléphone d’un autre MONDE ! J’avais ce goût du désordre, du bordel permanent, du chaos intégral, de l'explosion pure, soudaine et irrationnelle, ce sens animal, illimité, ce côté barbare et sauvage, qu'ont rarement les écrivains occidentaux, bien trop éduqués, lettrés et encombrés de mille références, trop souvent rouillées. En décalage total avec l’époque moderne d’aujourd’hui et ses réalités. Qu’est-ce qu’on a pu me le répéter à Paris ! Ils n’en revenaient pas qu’un Mec venu de nulle part et totalement anonyme à leurs yeux, puisse avoir un vrai univers et une langue à lui, si puissante, vivante, bandante et singulière. Heureusement, que j’avais la caution et la protection de mon sublime ami Pierre Seghers qui les faisaient tout de même réfléchir à deux fois. Car mon côté brut, culotté, sans complexe et sans référence, totalement libre de tout, irrévérencieux et affirmatif de soi ( alors que je n’avais pas le dixième de leur background
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intellectuel, ni de leur CV, il faut le dire honnêtement ) cela les dépassaient et les irritaient vraiment, d’autant qu’ils se devaient d’accepter que j’avais quelque chose de spécial et de fort. Mais seulement, ils ne pigeaient pas comment, ni pourquoi, et ils n’arrivaient pas à se l’expliquer. Dans un pays si cartésien, d’intellos formatés à la philo et aux lettres : cela ne passait pas du tout. Il fallait être tout le temps dans la justification et le raisonnement cérébral. Souvent on suit des traditions, des filières, des groupes ou des familles, or moi je ne suivais rien du tout, ni père, ni mère, ni église, excepté mon instinct. Ma Voix intérieure me guidait … Cela donnait à ma Plume cet aspect toujours imprévu, surprenant, audacieux et bien peu domestiqué ... une spontanéité débridée. C’est ça aussi, l’ivresse de la Liberté totale. Pourquoi faire comme ci ou comme ça, et suivre des modèles imposés, des modes, des courants de pensée ou dieu sait quoi ? L’écriture, c’est la langue de ton corps, de ton coeur et de ton âme : point final, c’est tout ! Cela me paraît tellement évident, non ? D'ailleurs en écrivant plus tard " PASSION " en 1 9 8 2 , je me suis comporté dans l'écriture, on va dire, de la même manière complètement cinglée, libre, improvisée et irrespectueuse de tout, que ne l’ont fait par exemple, tous les jeunes Albanais venus d'Albanie ou du Kosovo depuis la chute du Communisme en 1 9 9 0, avec plein de frustrations et d’envies dans la tête, cette volonté de rattraper tout ce temps perdu dans l’enfermement, les mensonges et les privations, dans leur prison communiste
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à ciel ouvert, fuyant leur pays de misère avec plein de rêves et de fantasmes sur l’Occident et l’Amérique et venant dans tous ces pays sublimes ( France – Angleterre – Italie – Amérique ) avec l’idée, qu’ici pour eux tout est permis, la vraie vie va commencer, puisque jusqu’alors tout leur fut tout simplement interdit. A partir de là, c’est le fameux slogan de 6 8 qui règne en maître : « il est interdit d’interdire » puisque j’ai droit à tout, vu que j’ai été privé de tout durant un demi siècle, pendant que vous, bandes de salauds, vous nagiez dans l’opulence et dans l’indifférence quant à notre sort. Venu de nulle part et n’étant au départ rien : j’amène ma Liberté et ma vitalité ! Tout nous est permis et l'Univers est à Nous ! Rien ne peut nous arrêter. Alors que, vu de Londres ou Paris, cela donnait l’idée d’une invasion barbare de hordes de Mongols, de Gueux venus d’un No Man’s Land perdu de l’Europe, un coin maudit et non identifié, avec des Gens qui se comportent chez nous de façon inqualifiable. Des Primitifs détraqués. Comment justifier tout ce déferlement de folie et d’irrationnel qui s’abat soudain sur vous, sans qu’on se l’explique et qui devient très vite contagieux ? Posez-vous simplement la Question : pourquoi ce Peuple si vieux et rare dans les Balkans, se comporte déjà ainsi face à lui-même, face à ses semblables et à son propre Pays ? Pourquoi ce jaillissement constant de génie individuel sur ce fond de folies collectives ? Où est la logique, la raison dans tout ce délire ? Pourquoi détruit-on toutes les infrastructures
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de l’ancien régime, jusqu'aux crèches et aux hôpitaux, bibliothèques, écoles, ministères, même les oliviers millénaires et les systèmes de fournitures d'eau et d’électricité ? Serait-ce le suicide des Lemmings annoncés ? Cela dépasse tout de même l’entendement ! Moi, je le comprend, même si je sais fort bien, que rationnellement, cela ne tient pas la route une seule seconde, et tout cela serait digne en fait de l’asile psychiatrique, mais ici, on est pas du tout dans l’analyse logique … Cela se passe plutôt dans l’émotionnel, dans l’inconscient, dans tout ce qui a été tu, caché, enfoui, retenu durant toutes ces décennies, et puis un beau jour : cela explose comme cela irrationnellement, sans prévenir, de façon soudaine, brute, imprévisible et incompréhensible, même pour ceux qui en sont les Acteurs directs et qui le vivent dans les rues, car ils sont tous plongés dans un état second … Happés par une ivresse ! Ils sont sortis un instant d’eux-mêmes. Ils ont enfin vaincu la Peur et ils foncent à fond vers l’inconnu, n’importe quel renouveau ou renaissance. Ils voudraient effacer un lourd passé. C'est sans doute ce Vent de folie furieuse albanaise, dont j’ai du garder sans même le vouloir, au fond de moi quelque chose … qui m'a donné surement un style singulier d'écriture et cette façon bien à moi de restituer la langue, sans me soucier d’aucune formalité. Il m’a fallu d’ailleurs longtemps pour comprendre cette chose si simple et évidente pourtant, que j’étais quelque part moi aussi, l’héritier de toute cette part irrationnelle albanaise, que tout ce chaos et cette folie font aussi partie
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de moi, mais que simplement, je l’exprime autrement ( ce que ne pourra jamais faire Jean d’Ormesson de l’Académie française ). Moi, je sais aujourd’hui que cela m’a servi de mettre toute cette part étrange albanaise dans mon écriture et mon imaginaire, puisque j’avais déjà à la base, ce fond de culture et de références francophones et cosmopolites, qui furent à vrai dire, pour moi, un truc très naturel et évident. Je connaissais comme ma poche l’univers français, européen et universel, cela faisait partie de moi, depuis quasi la naissance … alors il fallait y ajouter un ingrédient rare, exotique, spécial, imprévu, pour qu’à l’arrivée tout cela donne autre chose, un plat unique à goûter, un amalgame de saveurs. Des effet imprévus, des mixages rares Et c’est là, justement que je me suis servi de ma mémoire, de tout ce que j’avais gardé de l’univers albanais, afin de pouvoir le mélanger ou l’insérer subtilement à tout ce savoir de base francophone, et à mes univers cosmopolites. Histoire de provoquer des rencontres au départ improbables, des mariages contre nature, essayer l’impossible, juste pour voir ce que cela peut donner ? Pour faire cela, il fallait se foutre absolument de tout, et juste avoir l’audace et la liberté de le faire, sans le moindre complexe. J’ai senti intuitivement que c’était pour moi, une façon unique d’exister et de me faire remarquer, d’être enfin repérer par les autres, supposés êtres des spécialistes du genre, avec quelque chose de spécial qui n’entre pas dans les schémas et les cadres prévus de l’art habituel. C’est d’ailleurs bien ce qui s’est passé depuis
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Pierre Seghers vers 1 9 7 6 à Paris et cela continue jusqu’à aujourd’hui, plus de 35 ans après Pour moi, c’est normal, il n’y a pas de hasard ! Un sentiment qui nous place hors des limites permises. Tu sens que tu dois être là, point ! Si tout le monde était à cet endroit précis, moi je me devais d’être ailleurs, c’est tout … J’étais le primitif africain, amazonien, illyrien, qui avait autre chose à proposer, et qui n’avait aucune envie de se comparer à personne, ni de baiser les pieds de Victor Hugo ou de Voltaire, même si je les admirais vraiment et les reconnaissait, mais qui voulait juste être avant tout lui-même et apprécier en tant que tel ! C’est sur qu’il fallait avoir des couilles, de la personnalité innée, peut-être une grande gueule, en tout cas oser le faire, et ne craindre rien, ni personne. Surtout ne pas s’inférioriser, se nier, se cacher ou s’écraser devant quiconque. C’est sans doute ainsi, que j’ai gagné le respect de pas mal de célébrités de l’art, durant mes années parisiennes. J’ai affirmé ce que je suis ! Je fascinais sans même le chercher, tous les dieux vivants de Paris. Ce fut mon Oxford, pardi ! Mais c’était un vrai combat de chaque instant, j’ai du vraiment imposer ma Personnalité et mon Univers, face à de nombreuses critiques, insultes, mépris et dénigrements, des grandes figures de la culture française, qui n’arrivaient pas à admettre ( à l’exception de Seghers ) qu’un illettré albanais, comparé à eux ( et c’était bien le cas ), un Mec venu de nulle part, puisse avoir du talent et un vrai univers poétique, souvent plus puissant et original, que celui des grands poètes français super confirmés et bien trop souvent
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surfaits à mon goût, à l’exception de quelquesuns bien sur. Dans le snobisme ambiant et la mode, ce n’est pas toujours simple, de confronter deux Planètes aussi radicalement différentes. Donc de 1 9 6 8 à la fin de l'année 1 9 7 1 ( de 1 4 à 1 7 ans ), j'avais écrit comme un fou près de 4 0 0 ou 5 0 0 Textes, lesquels marquaient mes vrais débuts de timbré en Littérature. Je n’ai jamais pu doser … toujours dans les trips, les flash, les overdoses, les excès et les pulsions. Une envie dévorante de m'exprimer en toute liberté ! Un appétit de vivre vorace et illimité … Mais voilà, sur un coup d'humeur, résultat de Doutes aigus et de Crises de confiance : je les ai trouvé nuls et pitoyables, je ne me suis pas reconnu en eux, et je les ai tous brûlés. Je me demande aujourd’hui si j’ai bien fait ? Mais je l’assume, face au Conseil de Sécurité de l’ONU et la Haute Cour de LA HAYE ! C'est marrant comme ce problème identitaire, m'a toujours poursuivi inconsciemment et insidieusement jusqu'à ce Jour. Mais putain, pourquoi brûler ce qu’on a fait avec tant de passion et d’énergie, en y passant même des nuits blanches ? Parfois, je m’en veux vraiment d’une telle Absurdité. Sinon, j’en ris … Mais, il faut se faire une raison et accepter … Que faire d’autre ? S’immoler par le Feu ? La Fameuse question : qui suis-je vraiment, dans le mélange permanent de tout et de son contraire, m’aura poursuivi bien longtemps ? Pourquoi tant de débordements et de risques ? Comment harmoniser autant d'ingrédients divers et de paradoxes ?
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Or voyez-vous, 3 5 ans après, lorsque je suis tombé en 1 9 9 8 sur ces écrits de jeunesse, j'ai failli faire la même chose : brûler les 7 0 0 autres Textes. Mais merde, ce n’est pas vrai : cet enfoiré de Poète est complètement dingue et suicidaire. C’est quoi ce côté autodestructif, le sabordage et le sabotage de soi-même ? D’où cela vient ? C’est son côté fou albanais, le trip de Néron ou d’Attila ? Le luxe ultime d’envoyer tout bouler ! Qu’on l’envoie au divan de Freud, vite fait … c’est invraisemblable, un délire pareil ! Qu’il consulte des sorciers, des marabouts, des médiums, des imams, des curés, n’importe qui bordel … mais qu’il arrête de déconner ! C’est bizarre, mais moi cela me fait encore rire ! Comme quoi, je dois avoir le goût prononcé des Flammes purificatrices, de Jeanne d'Arc sur le Bûcher, le fait de brûler ce que l'on a adoré. Marqué par un arrière-fond de Folie Albanaise Ancestrale, une mémoire préhistorique innomée ! Les albanais avait bien brûlé et pillé leur propre pays après 1 9 9 0 … et moi j’ai du faire pareil avec moi-même et ma littérature. A quoi c’est lié ? Je n’en sais rien ! Une difficulté de faire carrière, de suivre un parcours, de se prendre au sérieux, de bâtir quelque chose d’abouti dans la durée… C'est dommage d'avoir ainsi détruit les Traces de mes vrais débuts Littéraires à 1 4 ans, je le regrette vraiment, but it’s to late, Baby ! Putain, plus allumé que cet albanais, tu meurs ! On dira pour rigoler, que j'ai débuté en Littérature par un gigantesque FEU , un incendie de MOTS ... L’idée me semble intéressante et à creuser … Peut-être ai-je refusé dès le départ intuitivement
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beaucoup de choses de moi-même, ressenti cette impossibilité d’être, à commencer par ma Naissance ? Un bon Psy le dira bien mieux, selon Bourdieu… Ce sont des questions auxquelles je ne peux répondre avec certitude, mais qui demeurent réelles et présentes, des énigmes à résoudre sur le Divan d'une Vamp sexy italienne, après un hammam et un jacuzzi ! Une soirée Berlusconi Comme je suis un Cas tout à fait singulier et atypique de la littérature, tant pour les potes francophones Belges ou Français, que pour tous mes Compatriotes Albanais : d'Albanie, du Kosovo, de Macédoine ou du Monténégro ... Ce n'est pas inutile de laisser un minimum de Traces lisibles ! On ne sait jamais … Les Hiéroglyphes du Père Sherifi en ILLYRIE ! Imaginons un jour, même dans mille ans, que quelqu'un, du genre étudiant en lettres, critique ou analyste Littéraire daigne se pencher sur mon cas : je me dis, autant leur offrir, en Mec chic et sympa, un parcours de Textes cohérents chronologiquement, sur le fond, l'esprit, le style et la durée ... Qu’ils puissent y déceler l’évolution, essayer de prouver, preuves à l’appui, qu'il y a tout de même un Monde, un Univers particulier, une Sensibilité personnelle, un Regard singulier, un Style qui m'est propre, et de montrer au moins à mes futurs Lecteurs, que des Constantes, des Lignes de Force claires se dégagent de tous mes Textes, depuis mes débuts à 1 4 ans ( en 1 9 6 8 ) et jusqu'à ce Jour, en 2 0 1 1, à l’aube du 21 ème siècle. En tout cas, pour moi, ce n’est pas un problème et je pourrais facilement le prouver : que depuis 1 9 7 2 et jusqu'à maintenant ...
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c'est évident que l'on sent une Griffe personnelle ! Il y a quelque chose qui fait que l’on reconnaît de suite du Skender Sherifi, par une marque de fabrique, et une façon de faire particulière … Mais j'ai mis du temps à accepter l'idée de laisser des Traces, de mettre de l’ordre dans ma vie et ma création, de construire un vrai Parcours, d'avoir un recul, et de permettre ainsi aux autres d’avoir eux aussi, un Regard et un vrai Jugement de Fond sur mes Livres, mon Univers poétique et tout mon Travail d'écriture depuis l’origine. Si demain un étudiant albanais veut faire une thèse de doctorat sur mon travail ( ce qui arrivera bien un jour ), il faut lui donner un minimum de matière cohérente dans l’ordre chronologique de la création. Il faut laisser un édifice construit … Or pour tout écrivain sérieux, c’est tout de même important d’être analysé sur la durée, la globalité, et la distance. On voit ainsi si on tient la route ? Je commence enfin à assumer à 5 6 ans, une sorte d’itinéraire bâti de façon logique et construite ! Il était grand temps, mes amis. Après tout, les seules Traces ou Preuves de ma Vie intime, de ma Personnalité et de mon égo se trouvent bien dans ma Poésie, dans mes Textes, mon Verbe et nulle part ailleurs, pas même à Canal Plus … L’écriture est le miroir de l’âme. C'est là que se trouve surement le vrai Skender, si on veut bien le rencontrer : c'est une certitude ! C’est comme dans « les Mots » du père Sartre … Et détruire ces traces-là, avait quelque chose de suicidaire, de destructif, et de fou ... Peu importe, ce que l'on pense de la valeur de ces écrits à postériori ? Il s’agit tout de même
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d’une partie de SOI, valable ou non valable. Moi, je pars du principe que l’ART dit toujours la vérité sur l’Artiste. Un scanner de son âme. Me revoici donc avec les 7 0 0 Textes de 1 9 7 2 à 1 9 7 6 ... alors que faire ? Je les ai lus et relus 4 fois avec une question très simple en Tête : qu'est-ce qui est lisible, passable, du point de vue de la langue, du style, de la construction et de l'écriture ? Est-ce que cela vaut vraiment le coup de les montrer aujourd’hui, plus de 3 5 ans après, alors que j’ai tellement évolué depuis 4 décennies, et que je ne voyais pas trop l’intérêt de proposer aux Lecteurs des Textes bien plus faibles que ceux que je peux écrire aujourd’hui ? Oui, mais en même temps, il y a l’aspect « Histoire » qui entrait en ligne de compte. Tout écrivain ou peintre à son propre parcours. Est-ce que cela vaut la peine de montrer les premiers tableaux de Picasso ou de Dali, qui sont très loin de l’univers, qu’on leur connaît par la suite ? Des simples paysages peints … peut-être que oui ? Tu vois comment ils ont commencer ? Ainsi, on peut suivre leur évolution dans la durée. Alors pour ce qui me concerne, dans ces textes, je n'ai pas tenu compte du fond, des idées véhiculées, vraiment aucune censure à ce niveau, la liberté totale, comme d'habitude, aucun interdit, ( chez moi, être libre : est vraiment sacré, Bouffi ... la Liberté avant toute chose ! ) Compris ? Compte tenu du contexte de l'époque, de ma jeunesse turbulente et confuse, 3 5 années plus tard, je me suis dit : ne plaçons pas la Barre trop haut, et restons dans une Moyenne honnête, minimale et passable, sans plus.
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Ni meilleur, ni moins bon que n'importe quel Poète ordinaire de l’époque! Je pars du principe qu'on publie des milliers de livres de Poésie par an : et que pour moi, les 90 % de ces livres sont juste dans la norme très moyenne, sans aucun intérêt véritable, plus ou moins correctement écrits, mais sans plus. On se demande pourquoi, on les écrits ? Cela n'ajoute rien de plus à l’art poétique ... Du déjà vu et revu ! Du sous X et du sous Y … N’est pas Rimbaud et Baudelaire qui veut ! Pourtant tout cela se publie sous divers prétextes, et cela passe dans le tas des Auteurs médiocres auto proclamés, soutenus par des clans influents, des politiques, des groupements, des familles, des ministères, des ligues et autres lobbys divers. Collaborant à telle ou telle revue, membre de ceci ou cela, accessoirement inscrit de préférence à un Parti, pourquoi pas, cela peut toujours servir … Je ne vois vraiment pas, ce que cela change à la base, par rapport au fonctionnement servile des systèmes totalitaires, derrière tous les Rideaux de Fer … ça rappelle un peu l’ère du Communisme Si ce n’est qu’ici, on baigne dans le Libéralisme et que l’on a en apparence, un peu plus de liberté. A la longue, tu te retrouves avec des Poètes légalisés, officialisés et institutionnalisés, qui se renvoient la balle, qui ronronnent, friment, s’auto encensent et se publient entre eux, à tour de rôle, qui tournent dans tous les circuits officiels connus, avec les passes droit de référence ( amis de X, copain de Y, soutenu par Z, faisant tous partie des grands Cercles autorisés et labellisés ). Que viendrait faire un Anarchiste martien
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qui fonctionne en Loup et Tigre solitaire, là-dedans ? C’est une mauvaise blague ! Tant mieux pour eux, si cela leur fait plaisir, mais ce n’est pas tout à fait ma vision de l’art et de la poésie ! Je suis à mille années lumières … Moi, ce qui m’intéresse avant tout, c’est le talent, c’est le texte, sa force et son originalité et je me fous royalement du reste et des C.V. Je ne respecte que le pur talent d’Artiste ! Pour une fois, j’ai un peu dérogé à ma règle, et j’ai été un peu complaisant avec mon Art. Oui, je me suis appliqué ce critère basique de Masse à moi-même : juste être dans la bonne moyenne passable et lisible avec un 5 ou 6 sur 10 au moins. Ce n’est pas pour planer au Top. Je ne pouvais être plus Modeste ! Rester anonyme et ordinaire ... D’ailleurs, entre nous et peut-être à tort, je n’accorde aucune importance particulière à ces textes, que je vous propose pourtant de lire. Je fais juste un geste, comme un devoir historique par rapport à moi-même et à mon parcours d’écrivain. J’ai l’impression d’accomplir un devoir Donc, prenez-le vous aussi de la sorte, sans plus, et n’attendez pas des miracles ! Ensuite, et c'est important : je me devais d’être sûr de mon Choix, afin de ne pas avoir à le regretter plus tard, en me disant : ( comment j’ai pu 3 5 ans après, publier des conneries pareilles au lieu de simplement les brûler ? ) Surtout arriver comme Auteur, à ne pas éprouver de la honte ou de la gêne à l'avenir, vis-à-vis de ce Livre, et de me dire simplement : je fus authentiquement en accord avec moi-même : j'assume pleinement ces Textes de Jeunesse,
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même s’ils n’ont rien d’exceptionnels et qu’ils sont très éloignés de ce que je fais à présent en 2 0 1 1. C’est normal, mais je viens aussi de là ! Mais j’ai cependant souhaité leur lecture, c'est donc une part de Moi que j'ai offert à Autrui de mon plein gré : alors, je la reconnais, je l'accepte avec plaisir et sans aucun regret ! Après tout, ce fut bien « Moi » à une époque donnée. Pourquoi l’occulter et le rejeter ? Cela vaut ce que ça vaut, mais c'était mon identité de jadis, celle d’un jeune adolescent bouillonnant Aussi, j'ai effectué un choix personnel et d'office arbitraire, sur ce que je considérais moi-même comme lisible et éventuellement publiable. J'ai ainsi sélectionné quelques 2 0 0 Textes au total, que je trouvais limite acceptables. Donc vous aurez juste ces 2 0 0 textes, pour vous faire une idée de mon parcours littéraire, et de ce que je pouvais écrire entre 1 7 et 2 2 ans ( entre 1 9 7 2 et la fin de 1 9 7 6 ). C’est à prendre ou à laisser ? Un choix arbitraire qui n’engage que moi … Quand aux autres 5 0 0 textes restant, je ne les trouvais absolument pas dignes de lecture et encore moins d'être publiés, et par conséquent, je les ai brûlés d'un seul coup en riant. L’éternel recommencement … Comme quoi, il y a des constantes, braves Gens ! Putain, ce n'est pas vrai : le Feu est une manie chez cet écrivain cinglé ? Vous vous rendez compte, les amis : vous avez face à vous un Poète qui s’est payé le luxe de brûler quasiment 1 0 0 0 de ses Textes de Jeunesse entre 1 4 et 2 2 ans. Qui dit mieux ?
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Une matière équivalente à 1 0 bons livres de poésies qui auraient pu être édités ! Selon vous, est-ce qu’un bon Psy pourrait l’aider ?A présent, ces Textes vous appartiennent. Soyez juste compréhensifs et un rien indulgents, prenez-les comme de vieux souvenirs d’antan, que je vous offre en cadeau, mais sans aucune forme de prétention littéraire ou artistique. C’est juste pour témoigner d’un parcours personnel ( cela fait tout de même 4 0 années que j’écris ! ) autant le dire et que cela se sache. Ceux qui seront appelés à me juger dans le futur et qui analyseront à la loupe critique tous mes livres, pourront peut-être établir des liens, des tendances, sinon ils devront obligatoirement me juger sur mes ouvrages les plus récents, mais sans jamais avoir à l’esprit l’ensemble du parcours littéraire et l’évolution artistique de l’auteur. Ils n’auraient qu’une mini réalité. Ce serait dommage et finalement injuste. Ce livre ne sert qu’à cela, et vraiment à rien d’autre. Il ne faut d’ailleurs pas en attendre plus que cela, mais c’est tout de même utile, me semble-t-il ? Tu mets un travail en perspective. C’est désormais à vous seuls, mes chers Lecteurs et Lectrices : de découvrir ce Livre, de lire ces Textes, de les sentir, les juger, les cerner, de les aimer ou de les rejeter, c'est votre droit le plus absolu et votre problème. Je ne m’en mêlerai pas. Moi, j’écoute avec joie tout le monde et j'accepte d’office tous les Avis ... C’est la loi du genre ! Cela n’enlève rien au fait, que j’ai mon opinion sur la question. Dans ma position d’Auteur, tout me semble assez clair par rapport à ces vieux textes : je les ai choisis, adoptés,
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reconnus et acceptés … alors à partir de là, ils font partie à présent de ma propre Vie et de mon itinéraire intime, mental et privé, sans quoi je les aurais tous brûlés, comme les autres, sans hésiter une seconde. Mais voilà, une fois édités, ils sont à vous seuls, et désormais, ils vous appartiennent, c’est la règle ! Vous en ferez ce que vous voudrez à votre guise. Maintenant, que tout est clair entre nous et que j’ai joué franchement cartes sur table : les AMIS allons boire un verre, car cela m’a donné soif. Le reste, je m'en moque royalement ! L’avenir nous dira si j’ai bien fait ou non ? A chacun sa part de boulot, pour un vrai Dialogue entre nous, chacun dans son Rôle et à sa Place ! Pour le reste, sachez que mon écriture étant surtout basée sur l'instinct, le feeling, le rythme, la pulsion, le corps, le côté sauvage, et spontané : il y a fatalement dans ma manière d’écrire, un aspect musical, publicitaire, pictural, cinématographique, et même sportif … d’ailleurs ! Je ne retravaille jamais mes Textes. Je trouve toujours tout sans jamais chercher ! J’aime avant tout le mystère et la surprise, et la première de mes attentes comme Poète est déjà, d’être surpris par soi-même, comme j’ai souvent eu la chance de l’avoir été. A partir de là, je sais qu’il y a quelque chose de bon qui se profile et que cela tiendra la route à terme. J’aime aussi ce côté brut et art premier dans la matière de base, le côté on va dire : vierge de tout, comme l’acte de naissance des mots. Comment viennent les mots, le langage ? Où prends sa source l’imaginaire poétique ?
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Aussi parmi les 2 0 0 textes retenus, près de 9 0 % de ses Textes pourtant anciens n'ont même pas été revus, ni retouchés d'une seule Virgule. Les autres l'ont été très légèrement, un minimum, pour ne pas dénaturer le côté originel de leur création. Il fallait les laisser tels quels … De sorte, que vous les aurez quasi tous en lecture, dans leur état réel et initial. Tels qu’ils furent crées voici 3 5 ou 4 0 ans ! J'écrivais beaucoup dans les Cafés, c'était pour moi, comme un Foyer de substitution, une sorte de fausse Famille, un Resto du Coeur, et un lieu chaleureux : une nostalgie de Saint-Germain-desPrés à Paris, l’époque Vian, Sartre et Juliette Gréco, comme un Zoo Humain vivant, un Terrain privilégié d'Observation vachement amusant. L’effervescence et le foisonnement. J'ai également pas mal écrit dans tous les parcs, et surtout dans les Bus et les Trams, au point que je me suis dit un jour, que ces Enfoirés de la STIB ( la société de transport belge ) me devaient bien une médaille ou un sérieux sponsoring. Ces connards me doivent bien un abonnement à vie, quand on y réfléchit bien. Une sacrée PUB ! Sinon, blague à part, je vous souhaite de tout coeur, une bonne lecture. Ce sera bien drôle pour les amis qui me connaissent bien depuis fort longtemps et me fréquentent depuis des décennies ! J’imagine déjà leur Tête. Je sens qu’ils vont bien se marrer … Je le devine ! Vous aurez donc de ma part, comme cadeau de Noël, accompagnés de délicieux chocolats et d’un bon vin, style Nuits Saint-Georges ou Clos Vougeot, pour faire passer le tout sans difficultés, ces 2 volumes poétiques de 1 0 0 Textes chacun,
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lesquels traceront au coin du Feu, une belle période tellement ancienne de ma vie, comme un album de photos jaunies, que je vous confie. J'espère que cela vous apportera quelque chose de positif, un certain plaisir, sans quoi : forget me, et dégustez plutôt un bon repas gastronomique chez Marc Veyrat, Joël Robuchon, Paul Bocuse ou Alain Ducasse, avalez un bon Château Pétrus ou Margaux, sautez qui vous pouvez au plus tôt et sans regret, surtout la Personne que vous aimez en priorité et qui compte beaucoup à vos Yeux, et si vous le souhaitez, oubliez ces putains de Textes au plus vite, sans aucun problème ! Moi, j’ai fait ce que je croyais devoir faire, et je l’assume … à vous de faire maintenant votre part de boulot et de réagir comme vous en avez envie, avec ma totale bénédiction et compréhension, surtout si vous me mettez une bonne bouteille au frais et que vous avez l’excellente idée de m’inviter à la partager avec vous, sur une Terrasse ensoleillée … Alors, vous serez déjà tous pardonnés à l’avance ! Amitiés et respect à vous tous, mes chers lecteurs et lectrices SKENDER SHERIFI Bruxelles, année 2 0 1 1

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1. FUREUR DE VIVRE
à James Dean

J'ai l'indomptable Fureur de Vivre une Blessure qui se veut Libre Eternellement Fou Amoureux je m'allume de tous mes Feux A sans cesse vouloir renaître je ne puis qu'encore mourir ! Sisyphe étrange du Destin et Prométhée du Feu Divin Pris par des Vagues irrationnelles je m'emporte et me rebelle J'ai voyagé de Terres en Mers mon âme fut légère comme l'éther ! Janvier 1972 au Parc à Bruxelles

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2. LE RING DU TEMPS
à Paul-Marie Verlaine

Langueur d'Automne le Coeur résonne comme une Musique qui violone ... Peines de Décembre Neiges à attendre tangue l'Ennui au fond de ma Vie Striptease d'Hiver Mémoire figée tes Mots de Hier m'ont bouleversé ! Temps de Printemps rien ne résiste ... bourgeonnent autant mes Rêves d'Artiste Torpeurs d'été Flottements légers mes Amours brûlent à lézarder ... janvier 1972 au Bistrot à Bruxelles

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3. ICI OU LA
à Antoine Blondin et Michel Audiard

Du Chaperon Rouge à ta Beauté je fus ton Conte animé de Nobles Pensées Des Rires d'Enfants aux Mots enivrants je fus ton éternel Revenant du Chant des Partisans De l'Enseignement Rénové aux Projets Avortés j'aimais ta Présence Parfumée comme le Miracle annoncé Du Théâtre éculé au Cinoche dépassé je réinventais ma Liberté mes Espaces réservés Des Alcools d'Apollinaire à Dieu le Père j'ai désobéi aux Critères de la Paix et de la Guerre Des Promesses de Janvier à Monsieur " Janvier " j'ai insulté ces Salauds de Pauvres dans une FRANCE humiliée Des Mots de cette Feuille aux Traits de ma Gueule j'ai gravé mon Testament en Lettres de Sang ! (près d'un Trèfle à 4 Feuilles) Février 1972 dans un Grenier à Bruxelles
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4. VISIONS ETRANGES
à la Marquise des Anges ( Michèle Mercier )

La Lune s'allie au Bleu de tes Yeux et m'imprime d'étranges Couleurs Oh Feux Follets, Reflets Rieurs : j'aime tes Secrets Révélateurs ! Emeraudes, diamants cristallisés éruption volcanique de ton Corps sous la Lave des Amants sacrés Quelque part dans le Monde sous un Ciel trop immonde un Enfant rit de vivre un Autre meurt d'être né Dans cette Babel déraisonnable : qui nous voit, qui nous entend qui nous reconnaît ? Seul, ce Chat Blanc qui s'enfonce dans le Rêve à la Recherche de l'introuvable ! Février 1972 au Sablon à Bruxelles.

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5. MARCHE A SUIVRE
à Claude Pélieu

J'ai l'iris interrogatif et l'Oeil moqueur de ma Prose T'es magique à petites Doses, quand tu oses ! Un Jeu de Charme et des Notes de Saveur provoquent l'ire, puis le rire du Pingouin d'à côté Je mate sa Gouine décoincée, mais n'allez pas cafter ! De la Source bue à la Chose crue : que de Malentendus ! Bizarre espèce que les Humains ... Avec le Mépris de Jouvet : je perds un Cousin Albanais Pas si simple d'être Simple et en phase avec le Monde ... Nous marchions sur d'autres longueurs d'Onde étions sur d'autres Fréquences suivions d'autres itinéraires avions d'autres Urgences ... Grandeurs et Décadences ! ( Une Belle Misère ) Je précipitai dans l'Abîme le Sac accablant du Passé, en échange d'un Millésime un Ancien Cru corsé Je m'enfonçai dans l'Horizon brumeux parmi les Gays et les Gueux Un Numéro de Loto et de Hasard Fumeux ! Ecoutez, cher Monsieur : dans ces Lambeaux d'Empire chacun son Histoire, ses Déboires, ses Dettes de Jeu sa Douzaine d'Oeufs et son Pot-au-Feu
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En tant que Sbire débutant : signifiez votre Signifiant et faites signer par vos Parents ! On se mêle les embranchements ... Putain de Nom de Dieu : pas de Galons, ni de Galants ... dégommé par une flopée de Boeufs et une Rafale de Beuglements ! Mars 1972 dans le Tram 32 à Bruxelles

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6. RENAISSANCE PROVISOIRE
à Charlie Parker ( du stylo au saxo )

Le Gouffre se referme étouffant derrière lui la Rouille des Années et la Poussière du Temps La Vie coule à Flots la Bêtise s'asphyxie succombant aux Jaillissements d'une Lumière nouvelle Les Yeux s'interrogent les Lèvres se masturbent ... Pour quelle Chose et quelle Cause ? Nous sommes si compliqués, si exigeants qu' il manquera éternellement une Pièce à notre Bonheur Fuyant. Qu'on ne s' y trompe point ... C'est le Royaume du Provisoire, de l'Aléatoire sans nul Début, ni vraie Fin Sûrement pitoyable et dérisoire, comme Destin mais la Liberté Libre, ô Connards ... dépasse tous vos Joints ! mars 1972 au Bistrot à Bruxelles
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7. LE DERNIER ÂGE DU SAGE
à Joseph Smet de Beez (Père de Johnny Halliday )

Attroupements d'individus délabrés, usés, ridés, ruinés vautrés sur les Bancs Publics des Bas Quartiers Un semblant de Parc, à faire chier ce Nabot de Charlier Ils attendent la Fin du Monde, la Délivrance le Déluge universel, la Baguette magique ... John Boorman, Bouglione et Beckett, en Tête de Liste ! Ils subsistent amorphes, vidés, paumés comme ces Plantes qu'on arrose chaque Matin n'espérant rien du Lendemain que la Mort Subite du Voisin En ce Jour printanier, les voici Gardiens de quelques Mômes mignons et autres Enfoirés qui concrétisent ou enterrent leurs illusions dans un Bac à Sable parmi les Clébards lâchés et les Bobards des Mégères apprivoisées Rires, Cris, Larmes et Piaillements ... Ce n'était pas du Bergman mais je fus le même genre de Garnement à l'ère des Sagaies et de Sagan Voyageur en Sursis permanent ... C'est le Sang de la Vie et le Sablier du Temps ! Les Uns ont usés leur Rouleau ils sont à bout de Souffle Les Autres l'ont à peine déroulé, qu'ils sont déjà épuisés Souvent Vieux dès le Commencement : vachement Flippant !
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Ils cherchent tous l' inconnu du Nord Express l'Assassin qui crèche au 21 , le Voyage Fantastique l'Aventure, le Mystère, la Clé Magique ... Ils sont la Plaie et le Couteau et la Victime et le Bourreau POLANSKI s’occupera des Morceaux ! Comment ont-ils vécu leur Histoire qu'en ont-ils gardé en Mémoire ? Furent-ils vieux, jeunes, riches ou beaux ... Déjà Morts Nés dans un Parcours idiot ! Mars 1972 au Parc à Bruxelles

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8. ETAIS - JE BIEN, QUI JE SUIS ?
à Jean Genêt

Je suis né sous le Signe de la Balance par une radieuse Matinée d'Automne du 16 Octobre 1954, aux environs de 10 Heures quelque part dans le Sud de la Yougoslavie un Bled boueux du Kosovo Les Casques Bleus étaient au Repos ! Je n'avais pas demandé à venir on me l'a imposé, manu militari sans même la Dernière Volonté du Damné J'ai reçu une éducation, un Bagage héréditaire hérité d'Arrières Grand Mères et autres Sorcières Des Carrefours sans Nom truffés de Clanisme et de Confusions Un semblant de Coutumes et de Droit Canon Je fus un Novice, une Nouvelle Matière Première lisse comme le Pain d'épices Je ne demandais pas mieux que de jouer aux Billes, de croire aux Contes de Fées et aux Transcendances annoncées ... de gambader par Monts et Vaux, tant j'étais Beau de traîner sur le Sable et de construire des Châteaux pour la Meuf de Lascaux Englouti sous les Neiges d'Antan : je gravai une énigme sur mon Traîneau d'Enfant Le Temps passa et les Choses changèrent Hélas pour moi !
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Une brusque Coupure s'opéra, à la première de l'Opéra Je me gavai de Cervelas avec Nelson Mandela ! Les questions s’enchevêtrèrent dans mon esprit morose je remis tout en cause la Ponctuation et le Magicien d'OZ Je cherchai en vain, dans l’ivresse du Vin le Pourquoi et le Comment des Choses les Origines à la Con et le Clito de Rose Je n'y pouvais rien, c'était une Nécessité de Terrien un Appel d'instinct, comme celui du 18 Juin ... On ne commande pas l'Esprit, tas de Vauriens ! C'est inscrit dans l'évolution, tel un Palier du Destin un Karma Indien ou un Signe de Marin Je répondais à mes Motivations Spirituelles à mes Curiosités Philosophiques et Sexuelles Cela me détourna pour de bon, du Sac des Vieilles ! L'ignorance m'eût sans doute apporté plus de Bonheur mais je ne pus jouer le Jeu j'avais lu Sartre et niqué sa Soeur Rien ne s'élimine, rien ne s'oublie de la Shoah à la Sibérie ... Je devins la Mémoire de l' INFINI un BING BANG ébloui ! Je ne pus comme l'Autruche plonger la Tête dans le Sable la Vie n'est pas une suite de Fuites ! Cela me semblait trop Misérable L' Hypocrisie et la Lâcheté sont médiocres et m'attristent ... Je sors d'un Pays de Délateurs et d'Espions Communistes
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Je ne demande ni le Soleil, ni la Lune Je suis comme je suis et je plais à qui je plais ! Un Hasard construit parmi des Milliards de Possibilités mais avec ce Goût Suprême de la Liberté et de la Dignité ! Mai 1972 sur un Banc Public d'un parc de Bruxelles.

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9. CHAOS
Vague est le Ciel bleu pâle qui entre dans tes Yeux le Reflet de ton Âme dans mon Coeur amoureux Trouble est ton Langage qui me parle d'Amour les Traits de ton Visage marqués du Temps qui court Invisibles sont les idées qui nous ont vu naître et qu'un Jour, qui sait : on comprendra, peut-être ? octobre 1972 dans le Bus 47 à Bruxelles

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10. PARADIS PROLETARIEN
à Dickens et Zola

Eveil de l'Aube, 6 Heures du Mat : la Fête commence ! Noiret et Rochefort mènent la Danse ... Echec et Mat, Eminence ! Une Foule de Mecs issus du Prolétariat Moderne envahit les Transports Publics la Gueule jusqu'à Terre Yeux délavés, Conscience somnolente la Mallette aux Pieds ... Potverdeke de mes deux : ça n'avance pas, ces Machins miteux ! On va arriver en Retard, qu'est-ce qu'on va encaisser ? Ruée vers Rien, mais il faut assurer son Pain selon le Seigneur Chrétien Ils enfilent leurs équipements et se préparent à bosser comme des Cons de façon à accroître les Fossés Sociaux et la Fosse aux Lions Vous devez solidifier et endurcir la Matraque de l'Oppresseur qui vous pressera comme des Citrons afin de faire son Beurre Bossez, bossez, mes Frères : c' est Karl Marx qui nous l'a dit ! Contribuez à la Justice Sociale, à l'égalité minimale au Bien-être des Citoyens de la Nation ! Opinez du Bonnet et consolidez les Fondations ...

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Usez vos Souliers, vos Espérances de Vie et vos Années, usez les Usuriers l'au delà vous en sera Gré .... Fuck You et à jeter ! Sonnerie à Midi, Réflexes conditionnés de Pavlov brouhaha confus avec le Clown Popov Ouf les Gars, on peut trinquer un Coup puis c'est chic ici : il y a des Flippers et des Jackpots de quoi claquer nos Sous Ah putain de putain, il faut rebosser : quelle Vie de Chien ! Mais non, voyons, du calme ... voici un bon Sucre n'oubliez pas le Foot et les Feuilletons Noël , Pâques, Saint-Nicolas, le Nouvel An et l'Anniversaire de vos Enfants l’Orgasme géant de la Société de Consommation ... C'est grâce aux Honorables Patrons que vous avez ce Niveau de Vie, vos Vacances garanties votre Ciné Revue et la Télévision Vous participez aux Constructions des Routes et des Métros, à l'inhumanité à gogo ... vous êtes de vrais Héros ! Ecoutez les Mecs : je ne suis pas un Salaud Je suis Anticapitaliste Mao et Bolcho mais j'aimerais vous voir au Boulot ! Il faut du Social, du Partage, un brin de Bonté je le sais .... et si cela ne va pas : noyez-vous dans vos Thermos à Café ! Virage à Gauche, faut pas trop pousser ... le Style Socialo-Caviar et Turbot à l'année : j'ai déjà donné ! Je les aime bien moi, les Ouvriers, les Fils d'immigrés Allez bossez mes Frères bossez jusqu'à ce que Mort s'ensuive !
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Faut boulonner, déboulonner, reboulonner ... Il me faut mes Lingots et mon Blé mon Profit, c'est toute ma Vie Rentabilité oblige, la Concurrence est vive ... vous me suivez ? Sonnerie à 5 Heures : enfin, c' est Fini ! Avalons 15 Pils chez Miss Lucy et rongeons ses Os pourris conservons l'état second et l'Amnésie ... Bruits, Pollutions, Fatigues, Nervosités, Impatiences foutus Véhicules, les Bouchons sont si denses ... Grisaille intense : on danse, Hortense ? Porco Dio de la Madona ( slips compris dans le Prix ) Je vais rater mon émission avec le Présentateur chéri ! Mon Foot, mon Steak, c'est sacré comme la Religion Si on touche à cela, c'est la Révolution la Muette de Portici, la Prise de la Bastille ... « Smeerlap van men Kluten », on avance pas, ici Autant sauter Berta, au Plat Pays ! Télé , bistrot , boulot , métro , dodo , idem et re-idem Il est des Choses, que l'Esprit sain ne peut accepter Ce n'est même pas Absurde, c'est pire ... c'est insensé ! Si la Classe Ouvrière va au Paradis : ce n’est pas ici, c'est juste au Ciné Cela ne coûte pas un Radis ... du Placebo, bon marché Cela fait longtemps que le Libéralisme a fait son Nid le Patronat et le Capital l'ont bien compris La Finance va avec la Finance, la Jet avec la Jet les Ploucs avec les Ploucs : et en avant, à fond la caisse ... que tourne la Machinerie ! mars 1973 à la maison à Bruxelles
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11. RENCONTRE BIZARRE
à Louis-René-des-Forêts ( Bûcheron Albanais )

Sous une Pluie battante assombrissant l'Atmosphère je sortis me rafraîchir les idées question de nettoyer mon Esprit affamé d'interrogations et de survivre à une inflation de Brouillard et de Fumée Plus aisé qu'en Corée ! Bien fait pour ta Gueule, DUCON ... Il était Temps que cela pisse à Perpétuité et t'avais Rien d'un HAMLET distingué ! Je m'arrêtai ahuri, devant un Banc où reposait un Merlan présentant une Physionomie élancée et une Ame pieuse Un Adepte de l' ADEPS, une Secte curieuse ... Drôle d'idée, que de se planter là tel un Gland, sous cette Pluie furieuse ! Il me sourit, l'Air convaincu d'avoir Raison Je fus sceptique sur le Fond car échappé d'un Cabanon, il m'inspira un bon Bresson Je poursuivi ma Route en sifflotant shootant sur des Cailloux caressant le Genoux du Hiboux N'ayant pas compris que cet être hors du Commun sorti de l'Enfer de Dante et de la Tempête de Shakespeare attendait avec un Optimisme délirant et illimité l'engloutissement définitif des Millénaires d'Histoire ...

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L'ère où toutes les Civilisations ne seront que Bulles de Savon ! Mai 1973 au Bistrot à Bruxelles

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12. MORALITE PUBLIQUE
à Marc Godefroid

On nous lancé a comme des tas d'Animaux dans cette immense Jungle Sociale réglée par la Sélection Naturelle et la Loi du plus Fort Darwin n'avait pas Tort ... Faut se battre, faut percer, nous avait-on dit ! Standing, hiérarchie, promotion sociale voitures, villas, et épaisseur du Portefeuille ... Honneur, Morale et d'autres Mots refoulés bien loin dans le Matin des Magiciens Pourquoi ce Système de Valeurs, a-t-on demandé ? Putain, des sales Anarchistes des Marginaux, des Déviationnistes des Agents de la Franc Maçonnerie et de l'Opus Dei du Sionisme, de l'intégrisme du Communisme et tutti quanti des Virus qui rejettent l'ordre et le système établis ! Faut endoctriner les Fruits avant qu'ils ne soient mûrs quant aux autres irrécupérables il faut les éliminer au profit de la Collectivité Et la place de l'Amour, de la Liberté de Pensée de la Nature, des Relations Humaines le Sens profond de la Vie et de la Mort ? Silence, tas de Morveux, il n' y a pas à discuter : faut obéir aux Ordres, jusqu'à se tordre ! Faut se conformer, se programmer, se chloroformer exécuter les Directives du Chef, et les Rebelles désignés
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faut se prosterner, ramper, face au Sommet incontesté prohiber toute Poésie, tous Rêves tous Sentiments raffinés ... Sur-ce, rompez ! Nettoyez, ordonnez et écrasez Flammes et Fées ... Ecoutez votre Sainteté : mourir, je veux bien mais pas pour des idées sans lendemain . Nous ne sommes pas sur Terre, pour être des Pantins ! Mai 1973 au Bistrot à Bruxelles

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13. BOUTIQUE DES SOUVENIRS
à Paul Léautaud et Valéry Larbaud

Souvenirs ... souvenirs : excusez-moi de vous déranger ! Venez prendre une bonne Tasse de Café en Compagnie de Johnny Halliday Que me voulez-vous, pourquoi vous me poursuivez ? A 3 ans, je courais Pieds Nus dans les Champs J'avais les Traits fins, de beaux Yeux Marrons sur un Visage Féminin Paraît que j'étais mignon et innocent comme une Pantoufle J'habitais un vieux Taudis spacieux dans la Campagne On avait un immense Coin de Verdure, bourré de chats qui venaient interpréter des Concertos en ré mineurs pour Félins Fêlés … question de se taper une Chatte, mais il fallait suer because hausse des Matous au mètre carré Mon Parrain SIM nous avait construit une Balançoire en Bois et une Cabane au Canada, pour s'abriter en cas d'intempéries J'avais plein d'Amis et Amies, tous plus âgés que Moi A l'époque, ou au bon vieux Temps, comme on dit : c'était différent ! La Mode prônait les Cheveux courts et les idées courtes mais cela respirait le vrai, la pureté et le naturel Le Bon Sens évident, au parfum Caramel ... Tout le Patelin avait rendez-vous chez moi pour jouer à Cache - Cache dans les Fougères
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ou gagner les Concours de Saut en longueur à la Balançoire Rue François Vekemans, régnait une ambiance de Foire ... Je me souviens des deux superbes Filles du Boulanger qui venaient me draguer en me proposant de jouer au Docteur Pour peu que j' y repense, j'en ai des Bleus au Coeur Il flottait un Air de Pagnol, une Floraison de Saveurs Lorsqu'il douchait tout le Monde se planquait dans la Cabane pour jouer aux Cartes ou se raconter des Histoires Salaces vu qu'on fantasmait à fond sur les Nichons et les Connasses ... Ignace inconscient : j'entravais que dalle à ces Boniments pourtant, un Cheval niquait une Jument ! Une plantureuse Pouffiasse me convia à tester l'Herbe Ce n'était pas le Déjeuner de Manet ni la Prose de Malherbe ! Ne vous excitez pas bandes d' Anthropopithèques mal défoulés cette honorable Personne avait des idées Catholiques avancées jusqu'à ce que la Rigueur Nordique vienne la frapper On mordait la Vie à pleine Dents et les Aiguilles tournaient Ensuite, je me suis réveillé ou suicidé vers 1 4 ans : à vous de choisir ? Ici, il s’agit de vaincre ou périr ! Ce fut un terrible Tremblement un horrible Vacillement ...
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J'ai fait une Croix sur le Passé et découvert des tas de choses dont je ne vois pas toujours l'Utilité J'ai appris beaucoup de Mots et des Phrases insensées à marier les images et formuler mes idées une Envie folle de philosopher sur l'Herbe Folle et pourtant, je ne puis m'empêcher de me demander : L'Essence des Choses, le vrai , le réel le pur, le naturel : où sont-ils, dans ce Super-Bordel universel ? - Vraiment, je n'en sais rien Je continue à chercher, à vouloir, à m'interroger avec Espoir et Désespoir alterné ... Car l'AURA Magique et le Rêve éveillé se sont perdus en Chemin, loin de l'EDEN annoncé ! Juin 1973 dans un Parc à Bruxelles

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14. POSOLOGIE SOCIALE
à Louis-Ferdinand Céline et Louis Aragon

le Garçon :

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Dites, Madame la Société : sorry de vous déranger mais j'aimerais bien manger car je ne me suis point nourri depuis 2 Jours vu mon Anxiété ! Ne vous en faites pas, mon Gars prenez Place ! Je vous offre ma chaleureuse Hospitalité et je vous promets que vous vous régalerez On ne laisse pas un Jeune affamé ... Hé Négro, apporte le Plat du Jour au Brave Blanc et un Porto en Apéro !

la Société :

-

le Garçon :

-

Puis-je savoir votre Excellence de quoi est composé le Menu ? J’aime bien savoir ce qui m’arrive par Curiosité C’est mon côté Enfant qui s’est aiguisé Puis vous avez une drôle de façon de considérer les étrangers ... tout ce qui diffère du programmé ! Y a pas à dire, mais li en a être méfiant le Buana. Moi li en à venir du Togo
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le Serveur :

-

Homme Blanc sérieux comme un Linceul Normal que li en a se morfondre et rester si Seul ! la Société : Raccroche Négro et cours au Charbon William Cliff cherche un Canasson ! C'est moi qui cause ici Nom de Nom ... C'est qu' ils se croient tout permis ces Sauvages venus d'Afrique Croyez-moi, mon Ami : il faut les mater ces Chimpanzés d'Outre Mer Venons-en à votre demande mon Garçon ! Je vous propose un Plat rempli de Stérilité de Médiocrité de Vide et de Malhonnêteté Un Mets de Serpents et de Rapaces où tous les Coups sont permis Mensonges, Traîtrise Vilenies, et Magouilles ... Vous verrez, ce n'est pas si Mauvais avec un bon Vin du Cap la bonne vieille Droite musclée de Jadis et un Alcool vieilli en Fûts de Chêne servi par de Chouettes Types en Uniformes et armés jusqu'aux Dents

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Car il faut instaurer l'Ordre et étouffer la Révolte dans le Sang ! Enfin pour terminer en Beauté nous aurons l'amabilité de vous offrir un Dessert tout Noir de manière à éteindre toute ébauche de Clarté et de Lucidité dans votre Esprit malfaisant et conditionné Simple Mesure préventive de Sécurité ... Faut étoffer les Dossiers suspects et pourris ! le Garçon : Madame la Société, ne m'en veuillez pas mais je ne pourrai déguster ce Plat de Haine et de Gravats Simple question de Goût ! Cela ne colle pas avec MOI et j'en deviendrais Fou ... J'eus aimé un Plateau de Vérité de Profondeur d’Art, de Poésie de Silences et d’Enchantements Pour Boisson : je me serais contenté d’un bon Verre d’Eau fraîche Quand au Dessert : quelques Cerises de ce sublime Verger m’auraient comblé
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La Simplicité fait mon Bonheur je ne suis pas si Difficile et je fuis les Oiseaux de Malheur ! la Société : Je regrette, Petit CON , mais ici : il faut se plier aux Règles en vigueur On fait comme tout le Monde et on ne joue pas au Malin tu piges ? Ensuite, on a pas à mettre en Cause les institutions établies depuis des décennies par les Babyloniens en Assyrie … et encore moins, à faire le Procès de la ligne de Conduite à suivre ou de la Nature du Régime L'échafaud prime ! La Loi Spartiate et Martiale te sauvera de l’Abîme La Vie est courte, tu sais ... Non, mais sans Blague : ça ne va pas, non ? On pense à ta Place on choisit à ta Place et cela te déplait ? On uniformise le Bonheur la Morale le fonctionnement social et bientôt grâce à la Technologie de pointe on déterminera votre Existence avant même que vous ne soyez nés Ce n'est pas Formidable, la Science pauvre Taré ?
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Avec l'aide de la Chimie et des Progrès génétiques : on pré-fabriquera les Humains selon notre Désir et on entrera à souhait, dans leurs Rêves et leurs Délires On s'amusera avec les Gens comme avec des Ballons de Football et on s'en servira pour la Guerre des Gaules ! Qu'est-ce que tu reproches à tout cela, mon vieux Clone ? Tu devrais nous saluer espèce d' Enfoiré ! Et puis, il n'y a pas à penser ici Petit Gars, sinon tu risques de le regretter Songe à ta Carrière de Retraité … J'espère que le Franc est tombé ! Seule Philosophie à appliquer : obéir ou crever est-ce clair, René ? le Garçon : Oui, mais Madame, c'est que ... Ta Gueule, enculé ! Bouffe ou Crève et au Pas de deux une , deux , une , deux , ein , zwei , ein, zwei, ein, zwei, ein, zwei ... Juillet 1973 à l' Atomium à Bruxelles
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la Société:

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15. BRIGHTON HOLLIDAYS
à Laurence Durrel et Laurence d'Arabie

Sourires et Clins d'Oeil des Souvenirs des images à caser dans l'Hémisphère du Passé Ce Mois Britannique truffé de Thé m'aura enchanté Il manquait plus, que les Laquais et les Porteurs domestiqués Flottaient des Airs d'Outre Mer comme dans les Romans de FORSTER Un Tourbillon de Chaleur, une Pénurie d'Oxygène .... Hot Summer, Miss Dona Summer ... French Kiss, en fin de Semaine ! Nous prîmes le Train vers Ostende avec Franz et BARBARA Mon Pote Fernand trouva sa Fiancée sous son Toit envoûtée et aux Abois Y paraît que la Mer était là ... La mienne trimait 15 Plombes par Jour comme dans l' Assommoir de ZOLA je ne la voyais quasi jamais et l'Errance des Rues m'attendait Monsieur BOTTE nous avait prit en Charge jusqu'à Destination le temps de fourguer les Couillons aux Familles brevetées par le Clergé car la British perversité est à elle seule une vraie Université Ce Paltoquet avait la Cafetière d'un Nazillon exilé dans la Cordillère
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Des Bruits de bottes aux Lèches Bottes on occulta tant de C.V, on maquilla tant de Saletés que le Plat Pays, parut si peu dépaysé ! Suite à un brusque écart de Cuisses mon Froc s'était déchiré et mes Couilles perdirent illico leur Centre de Gravité Allait-on convoquer le Conseil de Sécurité ? NEWTON fut inquiété ... et la Golden, réhabilitée ! Tout entra dans l'Ordre Nouveau poussés par Nietzsche, Wagner et Heidegger On comprend pourquoi il y eut la Guerre ! Selon les Théorèmes d'Euclide de Pasolini et de Pythagore il fallait éviter le Hard et le Gore et se disperser, tels les éphémères Papillons dans une Géométrie de l'Espace pensé par De Caunes et Poincaré Le Corps à Corps fut vivement recommandé par l'Armée ! Le Bateau fit dégueuler quelques Paumés Ce n'était pas le : " J - DAY " et on ne sauvait pas sa Majesté ! J'échouai avec un Cachalot, dans une Famille de Tarés sortie d'Orwell et Huxley Des Conservateurs rigides et des Conformistes bornés incapables de tolérer la moindre Pensée hors des Clichés Les Prototypes d'une certaine Angleterre rouillée et verrouillée et qui se projette toujours, comme l'Empire modèle au Prestigieux Passé
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J'aurais dû engager Terence Stamp ou Genêt afin de les niquer ... Encore que toute Mystique était absente de cet Univers pudding-isé ! Je fis la Tournée des Discothèques et des Pubs de Brighton avec les Stones, Bowie, Lou Reed, Iggy Pop et Abdoul Mazel Toff ! J'aimais ces Anglaises délurées et allumées Le Label illyrien les a intriguées ... Ce n'est pas avec : " Du Vent dans les Branches de Tropoja " que je m' en sortirai ! Les Galets se souviennent d'épiques Baisers Salope de Pénélope : tu m'as vachement excité ! Le Week-End donnait l'occasion aux Larrons de tester le Travelling de Godard et d'écumer tout Londres, des Musées aux Sex Shop des Boutiques de Fringues, aux Temples Pop et Rock Une diversité étonnante et des paradoxes stimulants qui m'emmenèrent de la Tamise à l'île de Wight au Couchant ... Ce fut un Mois mémorable de Visions et de Sensations avec les Filles Belges du Groupe : " Fritty-Moules and Soul Band " et les envoyées de Buckingham, à la Fleur de l' Âge expertes en Patins volages dans le Gosier du Voisin en extase ! Septembre 1973 au Bistrot à Bruxelles

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16. PENDANT QUE J' ECRIS !
à Nelson Mandela et Andreï Sakharov

Alors que j'écris ce Poème un Oiseau meurt doucement de Froid pendant qu'on festoie chez la Reine des Opposants s'effacent au Nom de la Loi Alors que j'écris ce Poème la Cruauté ne cesse de régner du Golf et Polo, aux Rolls qu'on traîne l'injustice continue d'exister Alors que j'écris ce Poème des Gens se posent des tas de Questions : est-ce que la Vie a un Sens Suprême y a t’il autre Chose que la Raison ? Alors que j'écris ce Poème vous regardez la Télé, autour d'un Feu de Bois sans le Silence serein sur la Scène : la Mort violente frappera maintes Fois ! octobre 1973 au Bistrot à Bruxelles

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17. LECON DE CHOSES
à Joëlle Kumps

Viens ma Jolie, ne t'en va pas Let's go, Baby ... et embrasse-moi ! Donne ta douce Main, et pose ta Tête sur mes épaules Pense à l'inutilité des Minutes qui s'écoulent Refoule les Tabous, ignore les Clichés, oublie la Morale et laisse-toi aller, comme la Vague de la Mer sur les Falaises Sauvages Imite ce Chat de gouttière qui se tortille dans le Pré et établis un Contact étroit avec Toi - Même ta Nature profonde et inexprimée Embrasse ta Vérité, ton Silence désarmé le Cosmos entier Chûût , ne dis plus Rien ... existe sans te soucier ni te questionner ! L'Art d'être et de flotter ... Goûte à ce Merveilleux Voyage de Noces ce Feu d'Artifices des Sens Nous face à nous-mêmes notre Mystère réduit à un Livre de Poche Un Océan d'évidences, où rien ne cloche ! Laisse tomber les Remarques insensées des Autres Ils vivent leur Histoire et nous, la nôtre ... Tendre Chérie : apprivoise vite tes Contes de Fées tes Désirs passionnés, ton Verbe libéré Tes Frères nommeront tes Péchés tes Soeurs jugeront et canaliseront ton instinct débridé ils rationaliseront à ta Place, et voudront te cadrer C'est un nommé DESCARTES qui leur a dit ...
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Je vis comme une Méthode, comme un Discours comme une Formule Scientifique ... Donc : j'existe ! Un Avion passe, des Enfants chantent des Oiseaux volent et Moi, dans mon irrésistible Vertige du Moment je m'enfonce dans ta Nuit, les Pages de ton Roman cherchant à travers ta Superbe Chevelure tes Lèvres calcinées par la Brûlure du Temps ! Avril 1974 au Bistrot à Bruxelles

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18. LIAISON DE SAISON SUR FOND STELLAIRE
à Nadine Meyvaert

Noble Amie ! Un beau Jour tu naquis dans ma Pensée par un après-midi d'Automne tiède et vert ... Je bouffais des Tartines au Cabaret Vert On parlait de choses et d'autres et mes Yeux s'en allaient recherchant les vôtres Mon Dieu ! Vos beaux Yeux si Romantiques chargés de Rome Antique d'un Rayonnement si intense à faire pâlir les Rayons " X " ! Ce Regard expressif baigné de mille Couleurs de tant de Finesse et de Profondeur ... Cela mérite Pelles et Patins dans l'Ascenseur ! Par Délicatesse, j'ai bercé ton Coeur ... Puis, je sentis tes Cheveux Beiges flottant comme tes idées aux Quatre Vents et dansant une Valse désordonnée aux Pieds des étangs de Woluwé Tout cela respirait la Vie, l'approche de l'été t'étais ma Musique indiscutée ! Nous partagions les mêmes Problèmes et ressentions les mêmes Angoisses Les Solutions surfaient sur Seine ... Je pris la Tasse à l'Agence TASS !
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J'aimais ce degré intense de Communication dans ce Réseau d'Autoroutes de l'information Un Radar Ennemi m'avait flashé dans un Rapprochement affectif et sentimental autorisé L'Albanie sortait de l'innomé ... J'étais ton Nomade inspiré ! A toi de jouer , Douce Fée ... L'Amour est sans Dangers ! On se promène dans nos Baisers L'invisible étoile nous a réconciliés ... Avril 1974 au Bois de la Cambre à Bruxelles

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19. RECUEILLEMENT A LA MER DU NORD
à Guy Cohen

Je me recueille à la Mer du Nord qui vit se déverser en son Sable Fin tant de Sang et de Larmes et qui vit se serrer son Coeur de Désirs Humains et de Drames Le Soir tombe et tout est calme Le Soleil dort d'un Sommeil Profond et la Lune apparaît sous ses Charmes plus Jolie que jamais à l'Horizon … Elle écoute avec attention les Extases langoureuses et les Frissonnements amoureux de quelques Couples Heureux, qui pour s'amuser lancent des Cailloux dans l’Eau Les Rêves ondoient sur les Flots ... Sous le Chant des Mouettes le Flux et Reflux des Marées mon Ame s'est amarrée à ma Vie démarrée Des Ombres de l'Ancien Temps évoquaient une Histoire j'avais comme une urgence à boire et à croire ... Des Tournois Guerriers aux Moulins Lancinants : " on souffrait d'une inguérissable Blessure de Vivre d'une Soif inépuisable, d'un Appétit dément de la Frivolité extrême des Mourants ! "

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Tandis que la Mer, peu soucieuse de nos Paroles faisait l'Amour avec le Sable et je revis soudain, les Sirènes affables ! Avril 1974 à la Mer du Nord (Ostende )

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20. CARNAVAL MONDIAL
à Françoise Delvosal

IL était une Fois : Cinq Milliards cinq cents Millions de Cons meublant un immense Espace vide de forme Sphérique, appelé Globe Terrestre Cinq Milliards cinq cents Millions de Polichinelles à la recherche de la Vérité et de l'Essentiel Cinq Milliards cinq cents Millions d'Epouvantails se tuant à vouloir tout rationaliser voulant à tout Prix que les Choses aient un Sens de façon à se sentir parfaitement rassurés Cinq Milliards cinq cents Millions de Numéros tentant d'échapper à la Solitude et à l'Angoisse luttant contre l'insensé et un Destin Bizarre en utilisant des tas de Substituts Provisoires Cinq Milliards cinq cents Millions de Marionnettes niant leur propre Nature et refusant la Réalité alors que tout vous rattrape à commencer par la Vérité Cinq Milliard cinq cents Millions d'êtres étranges s'amusant à jongler avec des étiquettes rouges, noires, de Gauche ou de Droite ... tuant, exploitant, torturant au Nom de la Foi, de la Liberté de la Justice, de la Démocratie et de l'Egalité Cinq Milliards cinq cents Millions d'Automates s'éloignant de l'Amour, de la Nature, et des Humains au profit de l'Argent, de la Productivité et des Biens du Pouvoir absolu et de l'Envie de dominer ... voulant mathématiser, coder et structurer le Bonheur
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loin du Sens de la Totalité et des sublimes Profondeurs Cinq Milliards cinq cents Millions de Morts Vivants baignant quotidiennement dans des cellules Marxistes des isotopes Capitalistes et des atomes Fascistes se déchirant pour des Labels bidons et des Enjeux fumistes Cinq Milliards cinq cents Millions de " Je ne sais Quoi " ? interprétant une Tragi Comédie, sans début, ni fin avec pour unique Clé : le Néant comme Refrain ... Lavages de Cerveaux, Manipulations Conditionnements et Endoctrinements sont les Lignes de Conduites de tous Régimes et Gouvernements selon des Formes et des Modes qui suivent le Courant ... car il s'agit surtout de fonctionner, d'obéir de produire et de s'intégrer à un Contexte défini et à un Cadre imposé Aussi, tout Pouvoir se perpétue dans le Zoo des Sociétés par des Citoyens moulés, drillés, sculptés, dressés filtrés et formés, au même Cirque, au même Numéro au même But, et à la même Pensée Voilà 2 0 0 0 ans que cela dure Que cette Pitrerie Universelle s'achève ! Pauvres Frères, mes Semblables anesthésiés et lobotomisés à ce point étrangers à vos Vies et à vous-mêmes insensibles à toute Poésie tout imaginaire, tout Mystère ... A ce Stade-là : que peut-on faire ? De la Perte originelle et ancestrale à la Chute réelle et finale
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il serait Temps de se demander comme pour un Bilan de Santé : pourquoi a-t-on oeuvré ainsi, où cela nous aura mené ? Quelle Trace, quel Legs, quel Parcours, quelle Mémoire quelle identité ai-je laissé ? Quelle Part de NOUS, laissera une Dignité et une Fierté aux Futures Générations de quelles Richesses Humaines pourront-elles se glorifier ? Quand pourra-t-on ENFIN se VOIR vraiment tel qu’on est, et se Rencontrer pour sortir du Circuit Mortel des Moutons de Panurge et du Suicide Programmé ? Août 1974 au Bistrot à Bruxelles

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21. LA MORT
à ma Grand-Mère Razë Dauta née en 1889 et morte en exil, le 16 Mai 1974 à 19 Heures.

La Mort a toqué à la Porte et Personne n'a ouvert Je veux vivre disait une Vieille Dame, allez-vous en ! " La Vie ne vaut Rien, mais Rien ne vaut la Vie. " J'aimerais puiser un minimum de Bonheur de cette Médiocrité La Mort est entrée comme un Oiseau léger par la Fenêtre, et a dit : " venez, Noble Âme je vous invite en mon Royaume Là, règnent la vraie Démocratie et la vraie Liberté Echappez à l'Enfer Terrestre fuyez le Mensonge et le Futile et venez à moi, dans la Joie, la Sérénité le Sourire aux Lèvres en pleurant les Nouveaux Nés ! " La Mort a vêtu son long Voile blanc et est montée tranquille, dans un immense Carrosse doré en attendant qu'on daigne s'y installer ... Les Papillons se sont envolés les Oiseaux se sont égosillés la Nuit s'est illuminée de millions d'Etoiles argentées le Ciel et la terre se sont ouverts inondant les Airs d'une infinité de Fleurs Tous les Gosses se sont mis à crier comme aux Premiers Moments de leur Vie et ma Grand-Mère s'en est allée Heureuse

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sous un Océan de Larmes comme lors d'une Symbiose entre le Rêve et la Réalité ! Mai 1974 à la maison à Bruxelles

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22. EN DIRECTION DE L'UNIVERSITE
à Jack Kerouac

Dans le Tram 32 en direction de l'Université je m'étais assis face à une exquise Personne avec mon vieux Bloc Notes et un Bic en Main Les Bêtises coulaient comme des Jus de Fruit je flirtais avec les Mots permis et interdits ... Les Possibilités furent illimitées Tant de Combinaisons Libres et les Sous Vêtements me rendaient Sensible Le Chauffage semblait fonctionner il y a trop de Crises cumulées et on ne sait plus sur quel Pied danser ! C'est fou comme cette Jeune Fille avait des Yeux ambrés Mon Envie de le lui dire, égalait celle de l'embrasser On sortait juste de la Nouvelle Année ... et du Discours de Saint-Just à l'Assemblée La Morale Sociale me retenait un arrière-fond de Pacha albanais : Ken Loach et Zola au Rabais ! Vu la Hausse du Prix de l'Encre et du Papier elle se serait sans doute demandée : " à quoi rime tout cela, mon très Cher ? " Comme mon ami Prévost et Prévert je lui aurais dit : " la rime à Rien ! " Quand au Dessin de son Visage ce fut une telle Merveille que j'eus donné le Duché de Bruxelles qui devient une vraie Poubelle
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Cela m'a l'air assez décousu une histoire asymétrique des Fragments flottant dans le Vague et à force de planer, on divague ... Ce n'est pas de ma Faute mais celle de Breton de tous ces Zouaves Surréalistes qui m'ont fait péter les Plombs J'ai oublié les Enchaînements dans une Cité - Béton entre la Bourse et le Sablon Jadis, j'avais défié Aragon et croisé Philippe Soupault dans une Maison de Finition Je songeai à Nanterre et au Quartier Latin dans le Métro de Molenbeek qui fit expulser 200 Familles d'immigrés Ces Veaux ne prennent rien en Main Ils laissent échapper leur Destin Fini le Temps des Cerises, Jeunes Gens ! Arrive celui des Noyaux ... Le Marchand de Sable est passé et la jolie Fille aussi Elle galope avenue Louise à la recherche de son Cavalier un évadé de Sterrebeek Et moi, je passe du Coq à l'Ane comme vous, de Juke Box en Juke Box avec des Numéros dans la Caboche et des Pommes Cox plein les Poches ! Vive l' Homme-Jackpot et l' Homme-Flipper 1975 et son Cousin le Dauphin !
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J'arrive doucement à Destination ... Je propose de fermes Mesures de Restriction contre les Mots en " ON " Faudra que j'arrête mon Disque à Paroles : l'Ecole est fermée et le Père-Noël va bientôt passer ! Janvier 1975 dans le Tram 32 à Bruxelles

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23. LA FEMME DE MES REVES
à Simone de Beauvoir et Fatima Ben Bazar

La Femme de mes Rêves change comme le Temps elle prend tous les Visages s'habille de Mille Couleurs … ses Défauts sont un Gage de Qualité meilleure. Souple comme une Chatte cruelle comme un Tigre elle peuple mon inconscient de l'Aube au Couchant Reine Sensuelle et Muse immortelle elle varie dans ses Formes et conjugue le Verbe "aimer " à tous les Modes de Pensée Libre comme un Oiseau ivre d'Air pur et d'Eau elle rit à en mourir et pleure pour un seul Mot Cette Femme ronronne dans ma Tête comme un Sphinx égyptien un Souvenir Inca ou Aztèque Souverain d'un Ciel serein : je l'aime à en mourir ... Mais telle une étoile filante elle m'est inaccessible
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comme au Duc de Guermantes et à ces Crétins du 16 ème siècle ! Janvier 1975 dans le Métro à Bruxelles

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24. AUPRES DE MA BLONDE ...
à Sophie Christiane

Des Yeux rayons de Lune un Teint bien coloré sur sa Frimousse de Prune un Charme irréel souligne ses Attraits d'une insondable Beauté La Lenteur de ses Gestes une Paresse presque innée rajoutait à sa Grâce une Saveur Méditerranée Sa soyeuse Chevelure blonde comme les Blés d'été dansait sur la Mer démontée sous un Soleil remonté une Lumière irradiée Amoureuse de la Vie et de tous ses Plaisirs je rugis mon Envie : jouir à en rougir ! Car sa Nature de Feu laisse oeuvrer le Volcan des élans langoureux des Baisers sans accents Aux Toits de son Patois son ironique Humeur
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de Chatte aux Pattes de Velours niquait les Bruxellois C'était comme ces Ruisseaux qui ruissellent en chantant ... Le cours des Eaux dormantes qui vous étouffent en riant Janvier 1975 à Bruxelles

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25. THE BIG PRINCIPES
à Albert Camus

- Ils se sont dit : Tâchons de trouver un Compromis entre Nous et le Monde mais ils s'en sont point remis de l'Errance à la Ronde Le Jeu fut douloureux complexe et provisoire ... Ils cherchèrent l'Homme et Dieu des Cieux Bleus aux Trous Noirs Ils n'eurent aucun Talent pour servir d'autres Causes et comment faire semblant de voir la Vie en Rose ? Mais le Destin s'effila comme la Laine en Campagne Même le Palais du Roi leur parut être un Bagne A présent, les voilà cerclés de Morts Vivants sans Champagne et sans Voix hors Espace et hors Temps - Ils se sont dit : Essayons de vivre en gommant la Réalité
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d'autant qu'ils étaient ivres de comprendre et d'aimer - Ils se sont dits : à la Vie, à la Mort de Voyages en Sursis ... Où est l'Espoir ? Où est la Lumière ? Et ils s'en sont allés unis à mille Prières ! Janvier 1975 au Festival du Cinéma ( Passage 44 ) à Bruxelles.

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26. LE CHANGEMENT
à André Malraux

Cité de la Contre Culture à l'ombre des Civilisations poussent les Moisissures d'un Monde bien trop Con Des Anges humains s'expriment sous le Feu du Soleil leur Lumière mise en Rimes scelle la Cure de l'éveil Canardeur de Morale saboteur d'idées une délirante Chorale pour Esprits détraqués C'est qu'ils sont rôdés dans leur Rôle d'Apôtre de Redresseur de Torts de Penseur pour les Autres Ce sont les Portes Paroles de notre évolution l'Association des Véroles de l'Ancienne Tradition Ils parlent de Philosophie d'Arts et autres Sciences puis tous en Choeur me crient : " t'as aucune Référence ! "
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Malins comme le Diable rusés comme le Renard ils vous aveuglent de Sable et vous injectent leur Dard Ils m'intègrent dans leur Danse me soûlant de Poison je pense et je repense puis les idées s'en vont ... C'est qu'il faut conserver les Conserves éternelles récupérer et momifier ce Tas de Polichinelles La Culture aujourd'hui n'est que Rendement et Argent elle envenime notre Esprit de Hits et de Classements Toujours idéaliste assoiffé d'Humanisme mon âme progressiste rejette l'immobilisme Nous devons agiter toutes Pulsions de Vie et métamorphoser : les milliards d'énergies De grâce, ô Mortels : action et imagination sont les Mamelles et Merveilles du Monde que nous léguerons
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Ouvrez grands vos Yeux dénouez toutes vos Chaînes ne jouez pas aux Dieux de la Condition Humaine ! Comme ces Oiseaux qui chantent sur ces Branches dénudées prenez un Vol d'avance au Train de la Liberté Pareils à ces Etoiles qui brillent dans la Nuit enlevez tous vos Voiles et éclairez vos Vies ! Car tel le Vent d'Hiver qui souffle en gémissant vous êtes nés du Mystère de tout ce qui est vivant Donnez-vous la Main des Cieux aux Fonds Marins les Nouveaux Horizons sont des Révolutions Le Sourire aux Lèvres et l'écoute au Coeur : soyez tous les Orfèvres de notre Futur en Fleurs Oeuvrez l' Esprit tranquille la Sagesse dans l'âme des Villages aux Villes l'invention nous enflamme ...
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L'Avenir sous-entend une Tâche à accomplir Nous sommes les Enfants des Mondes à venir Nul besoin de Génies ... simplement de bouger dans le Sens de la Vie que nous voulons créer Et si l'on dit que Dieu nous fit à son image : il se marre dans les Cieux et palpe son Chômage Car on fut révélé par la Parole Sacrée de Prophètes envoyés en des Lieux inspirés On se doit d'affronter cette Mission imposée comme une énigme à Clés qui trace nos Destinées Sinon, Chaos et Confusion changeront nos Lueurs en Ténèbres et Terreurs des Oiseaux de Malheur Que l'Univers rayonne d'Amour, de Paix, d'Espoir et que les Lumières donnent la Sagesse des Savoirs ! Janvier 1975 à la maison à Bruxelles
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27. LA DRAGUE
à deux Gonzesses dans un Bistrot

Je rencontrai deux Filles dieu sait, d'où elles sortaient de Minois fort Jolies des Muguets du Mois de Mai Chaleurs d'Adolescence Corps en éruption elles grillaient d'avance mes Rares bonnes Façons Philosophie en veillée Esprit en Tonneau vide déculottez votre Pensée comme clamait " André Gide " ! J'aimais ces Petits Culs dans une Caboche en Sieste ces Articles inconnus du vingt et unième Siècle ! Janvier 1975 à la maison à Bruxelles

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28. PAIN ET VIN
à Bruno Quistwater

IL faisait vachement Froid un de ces Froids Horribles d'une après-midi de Janvier bien plus froid encore que le Féminin Singulier Il y eut du Pain et du Vin à volonté des Variétés de Chocolat gracieusement offertes par Saint-Nicolas Je sondai mon au-delà, mon Eden réservé De l'Alliance annoncée aux Anneaux unifiés je traversai mes Errances par l'âme du Christ inspiré ! Léo Ferré chanta ses Chansons d'un Répertoire d'Acide Sulfurique ... Des Gorgées de Saint Emilion lavèrent notre Raison encombrée de Crises cycliques Drôle de Saison pour la Mystique ! Nous méditions sur Sartre et la Littérature le Sens du Langage et ses Nouvelles Textures Nous mâchions le Pain Biblique reliés aux Ancêtres d'Antan Georges Brassens eut la Trique Fontaine des innocents ! Nous cherchions, cernés de Flics les Valeurs exactes de la Poésie à définir les Mystères de la Vie ...
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Tâche éminemment compliquée à l'impossible nul n'est tenu ! Antoine prit le Relais de Ferré et je pointai en Levrette, la Meuf du Palier Quelle agréable après-midi noyée de Pureté et de Profondeur le Salaire de la Peur sue le Labeur ! Quittons l'interminable Circuit absurde des Univers Concentrationnaires Modernes et du Purgatoire de l'ère Atomique ! Janvier 1975 dans le Tram 18 à Bruxelles

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29. MON DIEU , POURQUOI ?
à Camille Claudel et Vincent Van Gogh

Mon Dieu, quelle est cette Tristesse qui me déchire l'âme ce Vent profond qui pleure ? Quelle est cette vive Flamme cette Blessure au Coeur ? Mon Dieu, quel est ce Déséquilibre éternel qui fait fondre les êtres ? Ce Jeu continuel d'Esclaves et de Maîtres ? Mon Dieu, quelle est cette Souffrance qui ne cesse de finir ? Ces humiliantes Sentences qui nous font mourir ? Mon Dieu, quelles sont ces Contradictions qui empoisonnent nos Vies ? Ces Airs de Violons pour les âmes meurtries ? Mon Dieu, quelle est cette Femme qui nous parle d'Amour ? Ces innombrables Drames qui peuplent Nuits et Jours ? Mon Dieu, toute Vie s'envole notre Jeunesse fout le Camp
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Tant de Choses nous violent par manque cruel de Temps ! Janvier 1975 à la maison à Bruxelles

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30. NEIGE
à Jacques Prévert

La Neige est tombée le Ciel s'est ouvert une fameuse Gelée décorant l'Hiver Les Flocons pleuvaient sur la Terre endormie et la Neige se tapait des Têtes en Séries Splendide Spectacle avant le Carnaval Prévisions des Oracles pour un Changement de Morale Bonshommes de Neige et Combats singuliers pas la moindre Trève pour les Braves Ecoliers Les Flocons flottent Haut sur les Bois et les Plaines ... où est passé le Mot qui devait clore ce Poème ? mercredi 29 Janvier 1975 à la maison à Bruxelles

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31. LES CONTES IMMORAUX
à Charles Bukovski

Les Contes immoraux immoraux pour les Moraux les moraux aux Nombreuses Tares les moraux qui font la Foire la Foire aux Moralités ... Cent Francs, dix Sous, pour les Valeurs-Clés ! Les Contes anormalement Moraux pour Maquereaux et Cabillauds chauds les Marrons, chauds ... Chaud le Bois de Boulogne et ses Pitreries ses Déviations en Séries ... Vive le Conformisme à Gogo le conformisme des vieux Salauds Vive la Commercialisation des Mots des mots-opium et L.S.D. pour les Sauvages et les Paumés Qu'est-ce que ces Contes immoraux qui font bander les Grands Moraux ? Février 1975 au cinéma à Bruxelles

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32. LE VERBE
à Maurice Grévisse à Joseph Hanse et Alain Rey

Le Verbe n'a rien demandé surtout pas à être accordé Il avait tellement de Lettres des Consonnes et des Voyelles qu'il ne savait où les mettre Le Verbe aussi Malin qu'il fut ne su même point qu'il était Verbe Il s'en foutait il avait mieux à faire que de complexifier la Grammaire Il n'était pas Sado Maso pas plus que Grévisse est Prolo Il voulait la Paix, le Verbe mais vint Boileau et puis Malherbe ! On le mit à tous les Modes à toutes les Voix, à tous les Temps : Moussons, Grêlons, Rafales de Vent ... Fallait jongler sans s'arrêter à la Grille des Terminaisons des " finales " qui changent sans Raison Terminator mit fin à la Mission ! La Raison du plus Fort étant souvent la Meilleure :
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le Verbe est Verbe parce qu'on l'a bien voulu ... File-moi un peu d'Herbe, ou je te botte le Cul ! Février 1975 au Parc à Bruxelles

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33. LA RONDE DES CULS
à Rembrandt

Le Roi des Culs convoqua l'Assemblée des Culs pour solutionner un Problème Cul créés par des Gens Culs pour des Trous de Cul Ce fut une Question fort cucufiante qu'il fallait cucufier dans les plus brefs Délais sans cocufier le P.D.G. et encorner ses Valets ... Il était de bon aloi d'assurer sa Sécurité, rue de la Loi ! Le Président de l'Agora ouvrit les Galeries Agoras et les Débats purent commencer selon Motions et Arrêtés ... L'Hémicycle fut bourré selon des étiquettes tranchées Il y eut des Culs de toutes les Formes : fermes, ronds, carrés, difformes certains convoités ou ignorés et d'autres courtisés, soldés ou bon marché ... Les Débats semblaient traîner ! Cela délibérait Cul dans les Couloirs-Culs du Parlement un " Alphaville " édifiant L'opposition battait son plein les Gosses, leur Femmes et leur gros Chien
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Mesquineries, trahisons alliances et mésalliances : on fit un Deal savant gommant les différences Enfin, le Noeud fut dénoué et le Cucutisme fut réglé par des Formules sur du Papier Ainsi les Tops-Culs et Gratte Culs " du P.S.C. - P.S. - et P.R.L. " signèrent leur Accord en criant tous en choeur : " Vive la Cucufication ... Mille Sabords ! " Février 1975 à la Maison à Bruxelles.

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34. LES MOTS
à Jean-Paul Sartre

Des Mots encore et toujours des Mots des Mots qui se bousculent et qui se cherchent ... Des Mots d'Amour des Mots de Guerre des Mots qui sèment la Misère Des Mots Pitié des Mots Pardon des Mots qui pleurent sans Raison Des Mots toujours des Mots des Mots qui viennent et qui s'en vont ... Des Mots Lumière des Mots Espoir des Mots qui blessent sans le savoir Des Mots des Mots qui naissent d'autres qui meurent ! Février 1975 au Parc à Bruxelles

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35. SINGING IN PARIS
à Fred Astaire
et Gene Kelly

Elles chantaient les Rues de Paris au rythme de la S.C.N.F. Selon Pépin : leur Griefs furent Brefs ! De gros Nuages se dissipaient dans les Hauteurs du Ciel et le Balcon en Forêt achevait son ultime Striptease d'Hiver ! Que font les Singes dans leur Chaumière ? Elles dansaient ces Vertes Prairies recouvertes de Bovins N'oublie pas le Bain, Marie ... et la cueillette du Raisin ! Ainsi allait la Vie : les Fleurs souriaient aux Soeurs comme les Putes aux Marins Au Flancs des Montagnes fières le Contrôleur des Tickets de Train faisait sa Ronde et sa tournée de Bières son Chapeau- Melon sur la Tête Bottes de Cuir bouda la Fête ! J'ouvris le premier Journal pour être proche du Proche-Orient et loger mon Maçon au Grand Orient ! Autant se brancher au bon courant ...
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Des Brebis lisaient " ici Paris " rempli de merde en série D'autres cherchaient vainement des Mots pour jouer du Ionesco Ils avaient bien triste Mine les " Guignol's Band " de Céline Je dévorais pour passer le Temps un Roman frais de Dame Sagan Les Oiseaux piaillaient en choeur allez Brando : aboule le Beurre ! En descendant à Paris Nord je vis Delvaux et on Décor Paris sera toujours Paris tantôt saisi, puis ébloui : cette Ville distille une énergie une Âme, un Art, une Poésie ... Je suivi Sartre Quai des Désaxés vendant un Canard aux Ouvriers ... Et je jouai aux Billes avec des Paumés boulevard de l'inconscient ! Sous l'Oeil de Foucault et de Lacan des Mégots au " Deux Magots " : j'ai donné mon Temps à Montand ! Mars 1975 dans le Train Bruxelles - Paris

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36. COMME PAR MIRACLE
à l'inconnue du Tram 103

Je plongeai dans le Vide étouffé par la Pesanteur d'une Nuit froide de Février J'avais perdu mon identité ... Je me débattais dans le Brouillard d'un immense Sommeil Noir de plus en plus Dense de plus en plus Sombre des Points de Lumières dans un Jeu d'Ombres ... Je me sentais trop dénudé dans une Planète disjonctée Un Silence inquiétant accentuait mon isolement Il me fallait un Signe extérieur pour dénouer mon Malheur Et le Hasard, en vieil Ami me mit face à une Jolie Fille Une Fée Fantôme remplie de Douceur pétillante de Fraîcheur Enfant perdu, je lui parlai pour retrouver la Lucidité Les Mots planaient harmonieusement dans ce Tramway des innocents

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Ces Yeux rayonnants de Gaieté m'aidèrent à mieux m'identifier Admirable par sa Tendresse elle m'éclaboussa de Sagesse Mais je dus bientôt couper ce doux Moment privilégié Ainsi Lecteurs, je dois partir mais je vous quitte sur un Sourire J'immortalise ce bref instant par ces Mots qui fixent le Temps Echappé de la Chute d' ICARE un peu sonné, encore tout Noir ... Je reviens et je claironne Jupons de Printemps, Violons d'Automne : des Souvenirs en Moi, résonnent ! Mars 1975 à la maison à Bruxelles

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37. NOBLES ENFANTS
à Bruno Bettelheim et Françoise Dolto

- Enfants des Siècles Passés et Présents : Je suis de nulle part le Vide est mon Royaume ! Les Gens courent affolés au rythme des Spots Publicitaires comme aspirés par leurs Enfers Les Cages à Chevaux carburent à vive allure ... Klaxons et Pollutions chient sur la Gueule du Peuple : amas de Raclures et Ordures ! Nul n'échappera aux Tuyaux d'échappements au Loto et au Tiercé de Longchamp... un Vent glacial me fouette le Sang ! Les Bâtiments mangent l'Herbe les Clochers d'églises se font menaçants Robbe-Grillet gomme le Temps Nathalie a des Soupçons ... Baise-lui le Con , DUCON ! Les itinéraires se rétrécissent les Objets s'émancipent ... En valsant dans la Pénombre je confondis ma Proie dans l'Ombre Les Lumières de la Ville se travestissent Je signe l'Armistice avec Elvis Sans ta Sucette, Alice : je sombre !
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- Enfants des Siècles Passés et Présents : Je viens de nulle part j'habite une Bulle de Vent A tous les Jeux de Hasard je fus toujours perdant Mon écriture est faite de Plaies que je ne parviens pas à soigner ! Mars 1975 dans le Tram 103 à Bruxelles.

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38. IL Y A ...
à Georges Bataille

Il y a au fond de moi-même des tas d'Histoires à libérer des Créations inexprimées une Mémoire indéchiffrable dans un Temps insondé un Fond Etrusque imémorable Il y a dans ma Volonté de vraies Forces Magnétiques qui attirent mes Sens opposés en une Bataille rangée entre les Cathodes et les Anodes la Dialectique des Contraires : le tourbillon des Contradictions et des Paradoxes Il y a au seuil de mon Ame un Océan d'Ailleurs des Icebergs Féeriques inviolés des Violeurs Il y a aux Rivages de mon Coeur une Affectivité informulée dans une Société aux Moeurs monnayées où tout Rapport Humain est un Lien Commercial calculé Il y a au fond de moi-même un Accumulateur d'Energies stockées par Wilhelm Reich et Hergé
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Des Phénomènes étranges que je peux à peine expliquer ... Je suis habité par les Perles de l’Absurde qui s'enfilent dans un Collier inachevé Je suis touché par la Maladie du Siècle : une époque illisible à crever ! Mars 1975 à la Maison à Bruxelles

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39. AU RESTAURANT
à Bruno Quistwater

Dans un Troc de Chaleur Humaine nous eûmes des Rires à perdre Haleine … d'une Spontanéité à désarmer Staline à dérégler le Feeling des Baleines La Bise nous gelait les Os Nous fûmes point Sages dans le Métro Comme dans un Film, style Nouvelle Vague nous prîmes en Stop, avant l'Orage deux Pouffiasses de Passage Dans un Sarma automatique mes Orteils furent soldés Je venais de gagner le Cross des Nations le Grand Prix des Déracinés et des Enfants de la Télé Comme dans un Nouveau Roman je dus coudre avec mon Temps Trois Formes indistinctes s'évanouirent à l'Horizon ... Personne ne comprendra le Langage des Ombres ! Mars 1975 à la maison à Bruxelles

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40. VERLAINE ET RIMBAUD
L'un s'appelait Verlaine l'autre se nommait Rimbaud : ils semèrent les Graines de l'éternellement Beau A la fois, Homme et Femme Diable et Bon Dieu quel véritable Drame leur Vie couleur de Feu ! Déchirés de Passions de Haine et d'Amour l'ivresse des Visions leur joua bien des Tours Rimbaud : Mystique Sauvage maîtrisait l'Art des Vers le Génie de son Age impressionna la Terre Voyageur du Vent Passant Considérable Don Quichotte Géant : son Suicide fut sa Fable Verlaine, ce Musicien à la Nature sensible clamait sur ses Refrains le Jeu de l'impossible Ils chantèrent la Vie de manière inconnue :
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écoutez l'Agonie des Ames qui se sont tues ! L'un s'appelait Verlaine l'autre se nommait Rimbaud leur Arc en Ciel nous mène à l'éternellement Beau Mars 1975 au Bistrot ( Liège )

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41. MESSE PAR UN CONFERENCIER
à Madame Craybeckx

La Conférencière sortie d'un Cadre de Bunuel se parle et se reparle comme l'allumé d'Arles sa Folie pour seul Génie ... Sublime Nuit, Eugénie ! Lymphatique, lente, désunie elle accouche des Mots appris sans grande Conviction, dans les Encyclopédies L'Egypte se caille les Nichons la Mythologie est en Panne le Courant ne passe pas " La Panne " la Connotation est bloquée : l'Occasion fait la Fornication le Larron engendre des Nourrissons ... Le Prof vraiment sympa jette des Grains de Sel et de Poivre pour réveiller les Biens Assis en les sortant du Vide notable Mais on mordit mal à l'Hameçon et dans le Sermon des Morts-Vivants : une Pâle Lumière voila mon Sang Les Greluches s'étirent leur Corps respirent et les Atomes s'attirent ...

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On joue du Regard, des Poses et du Sourire l'Actor Studio, version Délires ... La Joconde craignait le Pire ! Le Prof se gratouille ou ça chatouille j'eus bien goûté à sa Tambouille Un Flash bandant secoue ma Boule du Cochonnet au Jeu de Boules ... L'ivresse m'enroule à la Foule ! Une ultime Gorgée d'Alcool avant mon Rencard chez Carole Lewis Baroque and Rock and Roll ... La Messe reprit mon Self Contrôle ! Mars 1975 à l'école normale de Berckendael à Bruxelles

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42. DESUNION
à William Burroughs et Allan Ginsberg

Le Temps m'a désuni m'agressant de tous Côtés il a brisé mon Unité mon Rêve des Etats-Unis ... Mon Corps est morcelé mon Esprit s'émiette ma Vie vole en éclats mes Mouvements me font Rire : tout sonne Faux et colle au Pire ... Il n'y a plus de Logique Bullshit au Sens Critique ! Je nage en pleine incohérence : ne m'appelez plus jamais FRANCE ! Mon écriture me fait chier j'aligne à peine, une Paire d'idées Ne cherchez plus à comprendre mes Poires viennent du Poirier ... Poursuivez votre Chemin car je songe à me pendre Il n'y a plus grand Chose à vendre ... Et comme disait l'Âne MARTIN : d'ici le HI - HAN de Septembre " toute Carotte est bonne à prendre ! " Avril 1975 dans le Tram 81 à Bruxelles
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43. FATALITE
à Ezra Pound

Noyés sous le Sperme de l'Epoque emportés par la Dégringolade du Temps nous éjaculons les Clichés à la Mode : des Lois grippées et viciées par les Virus de l'injustice Prisonniers du Toboggan de l'Histoire dépassés par la Vitesse des Choses nous glissons " Route de la Décadence " attirés par une Fatalité évidente : le Magnétisme des Suicidés ! Ligotés dans une Toile d'Araignée paralysés par le Venin- Conscience : nous accomplissons Tristement notre Destin engloutis Lentement dans l'Océan du Siècle ! Avril 1975 dans le Bus 47 à Bruxelles

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44. ECLAIRCIE
à Joan Miro et Marc Chagall

Un Voile Sombre s'est levé le Ciel s'est éclairci ... Ce Soir-là il fut très Coloré d'un Teint Rose Violet parsemé d'Orange J'admirais ce Tableau Fabuleux du bord de ma Fenêtre Les Passereaux déliraient les Arbres bourgeonnaient et j'étais ivre de Joie appelé par le Printemps comme Oracle Albanais ! La Nature reprenait Vie le Soleil très généreux resplendissait dans toute sa Grandeur ... Dieu que je pétillais de Fraîcheur planqué comme dab entre : " Perrier et le Bal de Copi, le Copuleur ! " Que les Cochers cochent mon Nom sous les Portails d'Avignon : " La Vie est une Totale et Exquise dérision ! " Avril 1975 au Parc à Bruxelles

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45. PLANETE EN FLEURS
à Françoise Sagan

Toutes les Rues chantent la Joie et j'ai l'Urgence à Vivre qui me prend en Bas tandis que TRENET traîne par là ... draguant le Merlan aux Abois Ils ne me comprennent pas j'explose de Bonheur une nouvelle Fois avec Claude François Je viens de renaître à la Chandeleur dans l'imaginaire des Travailleurs La Terre tremble ... Un Sang Nouveau coule dans mes Veines toute Beauté sera ma Reine Voyez ces Milliers d'Ames flotter ces Crinières en Feu qui se balancent au Vent d'été avec Bob Marley et Elvis Presley ... Ces jeunes Seins tendres et tentants qui font la Pluie et le Beau Temps Je suis troublé : que puis-je vous dire ? Ne laissez pas la Vie s'enfuir ! Avril 1975 dans un Parc à Bruxelles

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46. LA BELLE MARLENE
à Marlène Laloyaux

Ses yeux d'un Bleu d'Azur scintillent de Temps en Temps sur mon Esprit impur orné de Diamants Son Corps, un Rien trop Lourd comme un Cristal de Plomb illumine d'Amour les sensibles Raisons Sur son Visage exquis d'une rare Densité se dessinent quelques Plis rayonnant de Beauté Pas si sûre d'elle même tout en le laissant croire elle organise les Schèmes d'une remarquable Foire Loin du Monde réel et de ses Mascarades sa Bouche au Goût de Miel répand la Marmelade Se sentant protégée par ses Contradictions elle s'exerce à mimer son immense Dérision
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Aussi, la Belle Marlène lutte sans en finir contre un Sur-Moi qui freine le moindre de ses Désirs Cette Fille vraiment Fuyante vous laisse en passant la Nourriture tentante d'un Charme déroutant ! Avril 1975 à la maison à Bruxelles

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47. TU ES L' AMOUR ...
à Monica Vitti ( égérie d' Antonioni )

Tu es la Vague de la Mer par un Frais Matin de Brume Tu es le Vent, tu es l'Enfer tu es la Sable de ces Dunes Tu es le Sexe des Etoiles tu es la Chaleur sous la Brise tu es la Terre dans un Voile tu es le Charme de Venise Tu es l'Elan du Désespoir tu es l'Amour au Clair de Lune tu es la Vie sans le Savoir tu es mon Coeur couvert de Plumes Tu es le Désir dans mon Sang tu es le Feu sous la Banquise tu es une Fleur Couleur Enfant tu es la Nuit que l'Astre irise ! Avril 1975 au Bistrot à Bruxelles

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48. " C " comme CATHY !
à Cathy Jacqmot

" C " comme Cathy et tout reste à dire un Nez fin, Joli telle une Poupée de Cire Sortie d'on ne sait où ? du Ciel ou de la Terre cet Ange un rien Fou m'inonde de Mystère Une Crinière foncée recouvre discrètement le Teint très basané de cette Muse musardant Je sens son Corps mignon garnis du Saint des Seins ces fréquentes Variations sur son Visage sain Son Rire sarcastique vous jette un mauvais Sort son âme souvent Sadique est un Poison qui dort Parfumée aux Fleurs du Mal comme son cousin Baudelaire son être assez Génial est un Voilier en Mer
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Ses grands Yeux de Félin aux Rayons surpuissants impriment leur Dessein à tous les " Dom-Juan " Curieuse et Racoleuse telle un étrange élixir cette Fée si amoureuse se fond dans le Plaisir Son Caractère instable lui joue des vilains Tours sa Vie est une belle Fable son Coeur, un Chant d'Amour ! Ce splendide Feu Follet éblouissant de Clarté contient tous les Secrets d'une autre Humanité ! Avril 1975 à la maison à Bruxelles.

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49. METAMORPHOSE
à Sylvana Mangano

Mon Coeur bat la Chamade je ne sais ce qui m'arrive quelle vaste Rigolade ces Mots qui en dérivent A lire tous mes Délires on cultive l'étonnement l'Histoire telle un Sourire varie selon le Camp Je respire le Bonheur je freine le Temps qui court la Vie me lave le Coeur telle une Cascade d'Amour Silence les Philosophes et les faiseurs de Troubles la Vérité est proche ne coupez pas son Souffle ! Mon Coeur bat la Chamade je ne sais ce qui m'arrive quelle vaste Rigolade ces Mots qui en dérivent Avril 1975 au Parc de Bruxelles

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50. LES FEUX DE LA FETE
à Marlène Laloyaux

La Douce Chaleur de l'été fait chavirer ta Planète sous ces vieux Murs désertés sa Majesté est toute en Fête ! Ce Foulard rouge à ton Cou camoufle l'indiscrète Blessure de ton Esprit ivre fou calciné sous la Brûlure Tes Yeux de Sphinx, reflets d'étain parcourent les Traits de mon Visage la Sueur fraîche de tes Mains laisse à mes Lèvres, un vrai Mirage La Douce Chaleur de l'été fait chavirer ta Planète sous ces vieux Murs désertés sa Majesté est toute en Fête ! Avril 1975 à l'école normale de Berckendael à Bruxelles

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51. SIGNES PARTICULIERS
à Brigitte Gobron

Ta Voix porte sa Délicatesse comme chaque Chose sa Particularité Ta fine Bouche d'un rose léger nourrit ma Langue en Détresse Ta Préciosité porte son Charme comme le Soleil noyé en Mer Le long de tes yeux, quelques Larmes laissent des Traces d'un Goût amer Ta Vie porte tous ses Secrets comme une indescriptible Musique Ton Chant d'Amour sonne le Retrait de mon Ame parfois Mystique ! Ta Voix porte sa Délicatesse comme chaque Chose sa Particularité Ta fine Bouche d'un rose léger nourrit ma Langue en Détresse Avril 1975 à la maison à Bruxelles

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52. NOURRITURES TERRESTRES
à Pablo Picasso

Les Sons plaintifs de cette Guitare libèrent mes Sens emprisonnés dans une immense Forêt Noire Les Yeux verts- choux de cette Femme Lumière douce remplie d'Amour reluisent au loin telle une Flamme Ce Bel oiseau assis sur l'Arbre invite ce Soir tous ses Amis au Merveilleux Festin de Larmes Cette Lune tendre qui pose Nue se reflète de Vagues en Vagues comme le Mystère de l'inconnu Les Sons plaintifs de cette Guitare libèrent mes Sens emprisonnés dans une immense Forêt Noire Avril 1975 à la maison à Bruxelles

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53. ENTREZ DANS L'ART LITTERAIRE !
aux Marx Brothers et Charlie Chaplin

Cette Feuille si pure, si blanche vierge comme la Sainte- Marie songe à se faire baiser par un Auteur en Furie Ce n'était ni l'Odyssée, ni la Divine Comédie ... Juste une urgente Envie d'écrire n'importe quoi, n'importe comment pourvu que les Rythmes enflamment mon Sang ! Ne demandez pas les Raisons ... que des Passions sans Solutions de Vagues Zones d'Ombres en érection ! Cela parait Con, d'aligner des Mots à l'Unisson comme des Vérités sans Nom Qu'est-ce qu'on peut bien griffonner sur une Page vierge, sacralisée sans avoir la moindre idée ? Même Problème que Valéry et Mallarmé une sorte de Nausée bordélique un Manque Apocalyptique ... l'Angoisse criante du " Hic " ! Des Mots vont naître comme l'Enfant Jésus revu par Sartre et Flaubert Un Miracle Littéraire dicté sur Terre
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Cela donnera un Poème avec Trois fois rien comme l'Homme issu de la Boue Biblique du Magma Ancien et des Côtes Adamiques ... On en fera des Thèses futiles et des Etudes critiques : du Marché de Disques aux Pompes à Fric ! Cela agace certains Académiciens qu'un Enfoiré d' immigré puisse oeuvrer dans une telle Légèreté : faire sortir Kundera de son Bloc d'Acier ! Ils se sentent dépassés sans savoir à quoi s'en tenir et à quel Saint se vouer ? ( A Roger Moore et Lolo Ferrari ! ) Dieu exige des Programmes sûrs des Genres nouveaux pour échapper aux Troupeaux de Veaux et marquer l'Epoque de notre Sceau La Connerie progresse, Jeunes Gens et la Sclérose à bon Dos ... De l' Homéo à l'Ostéo : je plaide Pro Déo au Rodéo Je te rejoins après la Fesse et l'Apéro ! Philo du Bon Sens au Kilo ... On avance en avance juste par Principe d'avancer au Théorème des Magiciens à l'insolite et au Sacré ... Ainsi, l'imprévu encule la Pensée Classique qui bloquait toute envolée Futuriste ...
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Dès lors, Trouduc : la Pulsion de Vie te commande le Mouvement vers l'Avant dans le Sens de la Marche et la Dynamique du Changement C' est une Loi inhérente à l'INSTINCT originel permanent à l'élan vital de l'ELAN ! Et plus tu avances, plus tu existes comme Tête de Liste, à la Mairie de Nice ! Mai 1975 aux Jardins du Luxembourg à PARIS

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54. TORNADE DEMENTIELLE
à Philippe Souppault

Je ne sais quelle Mouche m'a piqué sûrement Une pas comme les Autres C'est complètement Dément, inexplicable ... Je suis dans un état Euphorique absolument Extraordinaire Je ris de Tout, même du Malheur Je ferais bien un Doctorat en Humour et en ironie, en Albanie Mes Tours d'Esprit m'étonnent je plane au-dessus du Lot plus rien ne me touche, à part le Loto Je suis immunisé contre le Monde entier je me fous royalement de l'Actualité Je m'en bats l'Oeil gauche avec la Paupière droite comme vous les Couilles avec vos Doigts de Pieds Dieu sait où tout cela va mener ? Où allons-nous dériver avec les intégrales et les dérivées ? J'attendrai ton Retour, on verra bien : Dalida me soutient ... Je venais d'avoir 18 ans : Ange de Printemps ! Comme dirait mon frère Ferré : il n' y a plus Rien
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mis à part Moi, content d'être là entre Extases et Nirvanas Voilà ce que j'avais à vous dire Messieurs les Prêtres de l'Avenir ... En attendant du Nouveau : " Libérez la FESSE, au Trot et au Galop ! " J'arrive avec le Beaujolais et la Bande à Michaux ... Mai 1975 à PARIS

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55. L' APHRODITE DES NEIGES
à Catherine Deneuve

Tu es comme l'Aphrodite des Neiges au Coeur fragile et qui défie la Raison Tu apparais Nue, Ravissante née de l'Ecume des Jours et sur ton Visage d'Enfant ruissellent des Gouttes d'Amour Tu exprimes une Tendresse agressée par le Temps et tu voles, Légère dans la Nuit du Hasard comme ces Feuilles d'Automne emportées par le Vent Tu es ce Sublime Soleil qui se lève aux Aurores resplendissante de Vie fraîche comme la Rosée et tu t'en vas Souriante comme cette Alouette sans Nom dans le Bleu du Ciel ! Juin 1975 au Parc du Cinquantenaire à Bruxelles

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56. LASSITUDE
à Edith Piaf

Il pleut, il vente sans cesse dans nos Mémoires en Feu Rejoins-moi dans l'ivresse des Amants Heureux ! Mon pauvre Coeur Livresque se confond aux Grillons ... Des Merles aux Grives : j'atteste la Fraîcheur du Poisson On passe et on trépasse défaits de l'Unité comme de Guerre lasse son Harmonie violée Tes Yeux mouillés d'Espoir m'invitent à tes Désirs Ce n'est qu'un au revoir : je soupire mes Souvenirs ! Dans le Temps et l'Espace je sème une Pensée comme un Envol , une Trace de Libre Liberté ! Il pleut, il vente sans cesse dans nos Mémoires en Feu Rejoins-moi dans l'ivresse des Amants Heureux ! Juin 1975 dans un Bistrot à Bruxelles
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57. CE SOIR
à Humphrey Bogart et Clark Gable

Ce Soir, jeunes Gens : je chanterai la Mort ce n'est plus comme Avant on a changé de Décor Ce Soir, jeunes Gens : je vous dirai Adieu ! ce n'est plus comme Avant je vole vers d'Autres Cieux Ce Soir, jeunes Gens : je ne ferai plus l'Amour Ce n'est plus comme Avant : c'est un tout Autre Jour ! Juin 1975 à la maison à Bruxelles

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58. EN AVANT, LES POEMES !
à Raymond Queneau

En avant, les Poèmes alignez-vous en Rang ! Attendez la Sirène pour séduire les braves Gens ! En avant, les Poèmes offrez-vous une Orgie ! Mais ne faites point de Peine aux mignonnes, Jeunes Filles En avant, les Poèmes jonglez avec les Mots ! Entrez donc sur la Scène élevez vos Numéros En avant, les Poèmes gardez un brin de Sérieux ! A quoi rime cette Rengaine ? J'ai les Marrons au Feu ! Juin 1975 à Bruges.

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59. A PRISHTINA
à Rexhep Ismajli

A Prishtina les Primitifs côtoient les Modernes le Fanatisme se promène avec le Libéralisme et la Logique épouse l'Absurdité ... Des Déguisements folkloriques des Centaines de Chapeaux Blancs des Smokings de dernière Mode des Bagnoles et des Chevaux défilent comme au Cirque de Moscou dans une Confusion incroyable un Délire généralisé le Parfum de l'Orient, des Palaces aux Gitans Le Brouillard consacré ! A Prishtina l'Excès de Zèle n'étouffe personne le Parasitisme est à l'Honneur le Marxisme engraisse à coups de Réunions pour du Beurre L'on sue pourtant à grosses Gouttes pour rouler son Frère, coûte que coûte ... Mais dans cette Ambiance pour le moins décousue : les Contrastes ont leur Charme comme les Putes, leurs Armes ! Dans ce Surréalisme, bon Marché j'ai marché sur le Rêve et la Vérité éprouvant un vrai Plaisir à vivre ces Comédies variées auprès de Frimeurs limités
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Faut dire, qu'à cette Sauce de Givrés : le Communisme me fait marrer ! C'est comme une mauvaise Blague où j'ai failli être dénoncé par les Pieds Nickelés Une Grillade Mixte et un Raki pour me requinquer ! Juillet 1975 à Prishtina (Kosova)

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60. FANTASMES IN KOSOVA
à Marylin Monroe

Tu es le Vent d'Amour qui souffle sur ma Vie lorsque le Ciel s'assombrit à la Lueur de tes Yeux ... Tu ne portes aucun Nom tu existes dans l'Anonymat : Mille étincelles dans le Brouillard ! Tu es comme ces Abeilles qui butinent de Fleurs en Fleurs lorsque le Printemps fleurit sur ton Visage innocent ... Et tu t'en va bien Loin comme ces Montagnes de Fumée qui cachent le Soleil comme ces insectes nuisibles qui se nourrissent de mon Sang Où est ton Coeur, où sont tes Lèvres ? Tu es le Monde et Personne l'Essence même de la Beauté issue de la Nuit des Temps ... Et tu t'en va comme une Actrice dénudée par une Nuit de Hasard lorsque je te recherche au-delà du Réel ruisselant sur mes Veines comme la Mousse de la Mer ...
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Tu es la Poésie qui bourgeonne par un Matin d'été : où est ton Corps, où sont tes Yeux ? Juillet 1975 à Prishtina ( Kosova )

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61. REAPPARITION
à Martine Lechevin

Ce Soir, tu m'es apparue comme Autrefois plus Blonde que Jamais plus Belle que Jamais dans une Magnifique Robe Blanche défiant tous les Regards Ce Soir, tu m'es apparue comme Autrefois plus Sensuelle que Jamais plus Vivante que Jamais dans une indescriptible Nudité tuant les Esprits indiscrets Ce Soir, tu m'es apparue comme Autrefois plus Douce que Jamais plus Nature que Jamais étendue sur du Sable à deux Pas de la Mer brûlant au Coeur même du Soleil ! Juillet 1975 à Ulçin ( Monténégro )

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62. DESORDRE
à Marie-Christine De Belder

Ton Sourire se noya en Mer la Lune pleura, mais pourquoi faire ? Tu fuyais hasardeusement au-delà des Nuages Antonioni fixa mon image ! Je communiquais avec les Etoiles Le Ciel se vêtit de Noir La Raison : pas pour ce Soir .... Demain matin, au Chant du Coq au " Moulin de Mougins " et du Capitaine Haddock T'auras regagné l'Horizon traversé le Mur du Son ... Le Juke Box bouffe mon Pognon Y a plus de Mots y a plus de Phrases faut que cela revienne comme la Valse de Vienne et les étrennes des Rennes ... Je collaborai avec tous les Courants appuyai l'Art des Rapprochements sans l'ONU, ni l'OTAN Et justement, tas de Mécréants dans ce Royaume de Pacotille le Monaco de la Yougoslavie ... Je dois me farcir une Allemande à faire bander les impuissants !
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Ton Sourire se noya en Mer la Lune pleura, mais pourquoi faire ? Juillet 1975 à Ulçin ( Monténégro )

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63. LIBIDO AU MONTENEGRO
à Brigitte Lahaye et Tabatha Cash

Sous le Brasier du Feu de Dieu la Valse des Fleurs est agréable Mille et une Filles aux Seins Pulpeux agitent leur Corps, le long du Sable Fruits et Boissons sont à l'Honneur en cette Chaleur vraiment Torride Glaces et Pastèques vous fondent le Coeur je me suis nourri d'André Gide Le Ciel est Bleu, la Mer est Verte les Hirondelles viennent et s'en vont ... Les Montagnes au loin se perdent comme l'Echo d'une Voix sans Nom Sous un été Libidineux l'Odeur des Meufs est agréable Des Culs palpables aux Seins pulpeux : le Diable au Corps se met à Table !

Juillet 1975 à Ulçin ( Monténégro )

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64. AU BAL DU NIRVANA
à Dominique Laffin et Pascale Ogier

De l'Amour, de l'Amour, de l'Amour : de la Chaleur à en perdre la Tête de la Tendresse comme en nos plus Beaux Jours de l'Amitié : aujourd'hui, c'est la Fête ! De la Douceur sans la moindre Frontière de la Passion à l'état instinctif de la Fraîcheur venant comme une Lueur éclairer nos Ames destructives Des Mots simples comme une Chanson des Regards aux Couleurs poétiques de l'Erotisme au-delà de la Raison de la Poésie dans un Monde Féerique De l'Amour, de l'Amour, de l'Amour : de la Chaleur à en perdre la Tête de la Tendresse comme en nos plus Beaux Jours de l'Amitié : aujourd'hui, c'est la Fête ! Juillet 1975 à Ulçin ( Monténégro )

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65. TU BRULES
à Sophia Loren

Tu brûles, tu brûles sur les Lignes de ma Main et nos Souvenirs s'effacent comme une Sombre Histoire et les Vagues de la Mer retiennent nos Mémoires Tu brûles, tu brûles sur un Bateau en Feu et notre Amour vogue comme un Foutu Navire et l'Océan frissonne sous l'Ombre de nos Rires Tu brûles, tu brûles sur les Rides de mon Front et nos Coeurs palpitent comme une Truite sur le Sable et le Désir nous attend pour clôturer cette Fable Juillet 1975 à Ulçin ( Monténégro )

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66. NAISSANCE
à Ava Gardner et Hemingway

A peine née de ce Silence toutes les Bouches se sont tues Personne ne crut à l'innocence d'une nouvelle Ame, déjà Nue Quand ton Venin s'est injecté sur des Coeurs assez Fragiles il y eut Victimes et Paumés : de grands Colosses aux Pieds d'Argile ! Quand ton Sourire à Radiations irradiait un Pâlichon fallait signer l'Abdication de ce fameux Chasseur de Primes Quand ton Corps de frêle Anguille exposait tous ses Talents Ce fut la brusque épidémie chez les Morveux et leurs Parents Et quand tu sortis de la Brume éclatante de Beauté tu charmas même Dame Lune qui vint te baiser les Pieds A peine née de ce Silence toutes les Bouches se sont tues.
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Personne ne crut à l'innocence d'une nouvelle Ame, déjà Nue ! Août 1975 à Podgorica ( Monténégro )

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67. COMPARAISON
à Arletty

Comme l'Araignée dans sa Toile comme l'Oiseau dans son Nid comme le Vent dans les Voiles : tu brilles la Nuit ! Comme les Montagnes défiant le Ciel comme les Vagues en Explosion comme les Abeilles faisant leur Miel : tu baises mon Front ! Comme les Poissons dans l'Océan comme les Fleurs sur la Colline comme un Dauphin tourbillonnant : tu m'imagines ... Comme une Ville illuminée comme un Regard guettant la Mort comme une Histoire désespérée : je t'aime encore ! Août 1975 à Podgorica ( Monténégro ) N.B. ( Merci, GARANCE, pour tout et de m’avoir invité à boire le Thé ! )

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68. CHANGEMENT D'ADRESSE
à Michel Simon

J'habite là-bas, au-delà des Nuages ultime Hôtel des Etincelles Personne ne sait quel est mon Age ... je baise parfois quelques Femelles Je chante souvent, l'Eternité comme un Loup hurlant la Nuit Je capte un brin de Vérité ce bel Oiseau qui fête la Vie Je collectionne d'étranges Objets qui hantent mon imagination De tous les Zoos, le plus Parfait me renvoya à mes Guenons Je n'ai ni Adresse, ni Nom le Vent dirige mes Frissons Alors j'écris de vieilles Chansons qui survolent les Générations ! Août 1975 à Knokke ( Mer du Nord )

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69. HOMMAGE A BORIS VIAN
Il y eut un Jour à Ville d'Avray un étonnant petit Enfant mariant la Science aux Arts Abstraits : ce fut le Grand Boris VIAN Amoureux dingue de la Vie il commit l'unique Péché de brûler toutes ses Envies tant ses Années semblaient comptées Poète doublé d'un Musicien fidèle des Caves de Saint Germain Jazzy et Black , Acteur Mondain : mille Urgences lui collent au Train Ingénieur pour se mettre en Forme Philosophe selon l'Humeur existentiellement Hors Normes : son Coeur speedé passa les Bornes ! Il se cherchait dans la Vitesse les Eclatements de la Jeunesse cette Après Guerre, folle d'ivresse qui laisse en Nous, comme une Détresse Ses Romans bourrés de Magie trop en avance sur leur Temps ont émergé malgré l'Avis d'Auteurs aigris et momifiant

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Il respirait sa Vérité imaginait sa Vie si Fort son Humour s'est affaissé et Monsieur Vian est Mort Il y eut un Jour à Ville d'Avray un Sorcier Blanc, fort influent mélange de Slave et de Javanais ... let's swing for Mister VIAN ! Septembre 1975 dans un Club de Jazz à Bruxelles.

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70. AVEUGLEMENT
à Elsa Morante ( fille de la Lionne Elsa )

Des Yeux pour ne pas voir des Oreilles pour ne pas entendre quel est ce vieil Espoir auquel nous voulons tendre ? Une Bouche pour ne pas goûter un Nez pour ne pas sentir des Mains pour ne pas toucher : putain, quel Triste Avenir ! Des Sens pour tuer l'Amour des idées pour nier la Vie des Mots : un bonsoir - bonjour pour prolonger notre Agonie ! Septembre 1975 à Gand

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71. AU COEUR DES ASTRES
à Anna Magnani

Dans l'intimité de cette Nuit Glaciale où ma Solitude erre : notre Amour a Froid ... Et je ne comprends pas cet effacement des Lignes dans lesquelles s'emmêlent des millions d'idées ... Là , où dans un amalgame de Formes se débat mon Ecriture comme une Horde de Prisonniers Dans cette Absence inexplicable où j'attends l'inattendu ma Tête tourne comme le Mouvement des Astres ... Et je cherche à travers ces Chemins que Personne n'a voulu prendre : " ce qui n'a Jamais existé ! " Septembre 1975 au Parc Royal de Bruxelles

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72. HOMMAGE A JEAN COCTEAU
Ta Cible, ce fut l'impossible mais l'impossible t'a mangé Tu décalquais l'invisible mais l'invisible t'a effacé ! Ta Poésie était secrète comme les Trésors de l'inconscient et ton Âme, si peu Discrète influença tant de Courants Tu perças bien des Barrières de l'infinie Réalité pour nourrir ta Pensée Fière d'un Au- Delà inexploré Car dans ce Monde Hystérique tu recherchais toutes les Sorties Des Drogues aux Saveurs idylliques entretenaient tes Rêveries L'Opium faisait fort bon Ménage avec ton Esprit Créatif En Cinéma, Cocteau le Mage aimait le Marais onirique Ton Art, tel un Jeu de Miroirs donne des Envies de Métamorphoses Une Transparence sans écarts et cet Amour Divin des Choses Intellectuel, hors Dimensions tes Vocations sont comme les Roses :
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des épines aux Révolutions ... un doux Parfum à chaque Cause ! Ta Cible, ce fut l'impossible mais l'impossible t'a mangé Tu décalquais l'invisible mais l'invisible t'a effacé ! Septembre 1975 à la maison à Bruxelles

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73. HOMMAGE A JACQUES PREVERT
Illustre Poète des Bancs Publics né à Neuilly en 1900 Des Bourges chics aux Ploucs comiques : tu fus le Passeur des deux Camps T'étais trop Vrai pour être Réel ambiances Prolos, Photos de Doisneau et tes Poèmes au goût de Miel ont infiltré l'Ame des Bistrots T'as parcouru un long Chemin du Cinéma au Parchemin Dans ce Voyage de Bohémien : j'aimais tes Mots, ô Frère Humain ! Comme un Clown privé de Cirque tu joues ta Vie au Gros Lot Des Dialogues atmosphériques pour des Films riches en Propos Mais tout Rire décèle une Larme tout Travesti cache un idiot Et la Justesse fut ton Arme une évidence mise à Niveau Anarchiste de par Nature ta Voix pleine de Sincérité désigne du Doigt , les Ordures les Lâches qui tuent la Liberté

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Ton Art comme une Perle rare de la Môme Piaf, aux Banlieusards raconte l'Histoire de ces Gaillards : le Train du Peuple qui entre en Gare ! illustre Poète des Bancs Publics né à Neuilly en 1900 Des Bourges chics aux Ploucs comiques : tu fus le Rêveur des deux Camps ! Septembre 1975 à la maison à Bruxelles

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74. DANS MON ETOILE
à Salvador Dali et Giorgio De Chirico

Mon Ame se sépare de mon Corps pour embrasser la Totalité le Cosmos cosmétisé Mes Sens percent les Frontières du Réel pour animer chaque Objet pour faire vivre chaque Couleur ... La Concentration mène au Dérèglement je suis un Voyeur, Médium puissant ! Dans mon Etoile, c'est le Silence on ne parle que du Regard on ne communique que par les Ondes on agit sans le savoir ... Dans mon Etoile tout est Beauté : c'est la Fusion de l'impossible ! Septembre 1975 au Bistrot à Bruxelles

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75. BOULEVARD DE LA CHIERIE
à Franz Kafka Georges Orwel et Aldous Huxley

Je me suis réveillé dans cette Aube embrumée les Yeux mi-clos pour entrer au Huis Clos J'ai rafraîchi ma Gueule d'Eau baptisée et je me suis préparé à filer en douce après avoir avalé un Bol de Café Fallait bloquer la Boîte à idées suivre l'instruction du Ministère de l'Education Nationale de la Connerie autorisée Je suis sorti de la Maison vachement endormi prenant des Gouttelettes de Pluie en pleine Tronche ... Fallait-il que je bronche pour un Nid de Fourmis ? J'attendais mon Tram 18 dans ce Trafic Matinal qui ne cesse de finir de quoi débander et mourir avec Serge Daney pour me décrire ! Du Cubisme Urbain de l'Amnésie choisie : l'Art des imbéciles sous Contrat les éboueurs de Giscard d'Estaing ...
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Et j'étais là, l'Air fin une Mallette en Main une Pomme entre les Dents croquant Eve en plein Orient Ambassadeur raté des Balkans : j'attendais Godot ou un Flash de CIORAN une Vocation de Maquereaux à Ménilmontant ... Puis vint enfin mon Tram suivi de Brel à Amsterdam ! Tout cela, pour soi-disant s'instruire avec une Carte de Pointage au Cul J'étais là , comme un Zombie de l'Au Delà égaré dans l'Echiquier Géométrique observant curieusement ces Cages à Veaux inondées de Tristesse et de Bassesses Chimiques Ils m'auraient dénoncé comme Juif ! Dans l'infinité des Rails Métalliques : les Parallèles de l'Ennui se perdent à toute Allure ! Septembre 1975 au Bistrot à Bruxelles

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76. GOUTS INTIMES
à Juliette Greco

J'ai la Mémoire des Pierres la Tristesse du Vent quand d'une Allure légère tu apparais Divinement J'aime ta Gueule sauvage vieille de 10.000 Ans voguant comme les Vagues de mon Sang J'aime la Mer sur le Sable la Romance des Amants tes Cheveux indéchiffrables aux Mains du Temps J'aime ton Corps intouchable qui me caresse en jouant mais ton Coeur insatiable me dévore en mourant Octobre 1975 dans le Tram 19 à Bruxelles

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77. INVITATION
à Anita Ekberg

Je t'invite à prendre le Thé dans la Nuit des Poèmes qui balaye les Mémés de l'Avant Scène ... Dans cet Univers de Rêve où nous pourrons voler N'oublie pas ma Jolie de prendre ton Chapeau car en tant que Baronne tu mets la Barre bien Haut et on te la met à Contrario ... J'aime tes Sapes de Sapin même si t'as les Pieds Plats et des Nibards Marins Je t'invite mon Amour à te laisser aller dans la Nuit des Poèmes et de la Série " B " où il ne se passe Rien si ce n'est ton Silence qui goûte le Vin Martien et ton Regard de Reine boulevard des Italiens ! Octobre 1975 dans le Tram 18 à Bruxelles

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78. SENTIMENTS DISTINGUES
à Thérèse Ondziel

Tu semblais bien Triste comme ce Foutu Climat, pluvieux et grisaillant Nous passâmes ensemble un agréable Moment : l'Union de l'Afrique et de l'Occident ! Je me laissai guider par la Beauté de ton Sourire l'élégance de tes Mouvements ta Grâce de Pélican Par-delà les Années : tu restes une Femme Enfant, au Charme sidérant Il y eut de la Poésie la Musique de nos Vies sur un bon Plat de Riz Et nous trouvions le Monde tout de même un peu terni ... Ces Clés qui nous échappent ces Angoisses sans Sursis : tant d'inutiles Soucis ... Approche, que je t'embrasse ! On cherche où il ne faut pas et le Bonheur existe non loin de Toi et Moi : prends-moi vite dans tes Bras ! Octobre 1975 dans le Tram 103 à Bruxelles
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79. CONSTAT NOCTURNE ET BRISE - BURNES
à une certaine Bernadette

Ta Poire en forme de Pomme m'inspire au Clair de Lune éclaire mes instincts d'Homme et tous mes Sens s'allument Tu croquas l'interdit scellé aux Origines je t'enfilai sans Permis à la Chapelle Sixtine ! Je ne cultive pas le Sérieux j'aime trop le Rire de Vivre tant pis pour celles et ceux qui ne peuvent pas me suivre J'appréciai le Repas ton Style qui me désarme raffinée, sans Cinéma : tes Appâts usent mes Armes Faut dire que je t'aimais bien bandant comme un Bouquetin L'intellect n'est plus Rien quand l'Eros vient en Chemin Même si on ne se connait pas qu'est-ce que cela peut faire ? T'étais tout en éclats : autant conclure l'Affaire !
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Prise de Bec et de Pied font partie de la Vie Tu piges, Gonzesse tarée ou je t'envoie en Sibérie ? Ta Poire en forme de Pomme m'inspire au Clair de Lune Ton Pipeau assaisonne ma Roue de la Fortune ! Octobre 1975 au Bistrot à Bruxelles

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80. LES UNS ET LES AUTRES
à Claude Lelouch

Les Uns rient les Autres pleurent c'est la Vie : haute en Couleurs ! Les Uns naissent les Autres meurent c'est la Vie : tragique Douceur ! Les Uns baisent les Autres se taisent c'est la Vie : complexe Foutaise ! Les Uns s'agitent les Autres se fixent c'est la Vie : un Foutu Cirque ! Octobre 1975 au Bistrot à Bruxelles

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81. COMME AU SPECTACLE
à James Joyce

Un Café sur la Table Albertine Sarrazin à ma Droite Claude Pélieu à ma Gauche et cet arrière-fond Musical qui adoucit mes Moeurs d'intello animal Velvet Goldmine and Glamrock Shine ... à demain, pour l'Oral and have a Good Time ! Un Guignol qui pisse sa Bière deux Autres flippant dans un Flipper et Moi, qui tombe sur une Sorcière : it's not so clair, Mister SAINT-CLAIR ! L'Amérique des Années Cinquante le BLUES rugit comme mes Manques Tendre est la Nuit avec GATSBY ! Je chorégraphie le Silence les Ombres qui font les " Non-dits " et dans l'Expression du Désordre ou aucune Corde ne s'accorde : Je vous laisse ces Mots, après le Dîner ... Fucking Shit and Christmas Day ! Novembre 1975 au Bistrot à Bruxelles
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82. BADINAGES FEODAUX
à Karine Welschen

Ta Préciosité enchante le Bled Belle Alouette Ton incertitude terrain glissant charmante Enfant Ton Air d'Artiste me fit surfer de Pistes en Plaies Ta Profondeur une Sinécure pour les Ames mûres Tes Déguisements flottent partout sans voir le Bout Dans l'indécis je creuse ton Chou et sonde ton Cou Ton interlude berce l'élan que tu éludes Je travesti ma Sympathie en Sauterie

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Et de mon Coeur reçois ces Mots venus d'Ailleurs ! Novembre 1975 au Bistrot à Bruxelles

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83. INSTANTANNES
à Martine Lechevin

T'étais Charmante sous ta fine Mine cachant ta Lente Blancheur Divine T'étais Musique je t'écoutais vivre aucun Artiste n'aurait pu suivre T'étais Grandiose dans ta Rêverie tout semblait Rose quelle Symphonie ! T'étais du Vide un Tout dans Rien encore une Ride c' est bien Malin ! T'étais riante de la Tête aux Pieds et ma Conscience chantait l'été ! Novembre 1975 au Bistrot à Bruxelles

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84. RECHERCHE
Le Dialogue est impossible les Mots n'étant plus que Fumée les Signes n'étant plus que du Vent Et impossible est bien Français ! Je te cherche dans le Brouillard de ma Conscience à travers cette Solitude peuplée bavant sur les Vitrines Je te cherche dans cette imbécillité Cosmique au milieu d'une Foule désarticulée Je te cherche dans la Valse des Mollusques à travers tes Gestes insignifiants et ton Rire Forcé Je te cherche dans le Bleu de mes Veines et le Rouge de tes Yeux Je me cherche dans ces Torrents d'Eau Claire comme un Oiseau de FEU !

Novembre 1975 à la Maison à Bruxelles

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85. MISSIVE A LA MARQUISE
à Françoise Massart

Ta Saveur de Framboise mérite qu'on s'y arrête légère telle la Vague ta Caresse est discrète Tes Yeux pleins de Tendresse valent qu'on s'y attache dans tes Richesses secrètes on joue à Cache- Cache Ton Rire si indécis est ambigu de Charme quand ton Visage Fleuri éclate jusqu'aux Larmes Pareille au Petit Prince tu cherches où est ta Place et tes petites Lèvres Minces répriment un Cri d'Angoisse !

Novembre 1975 à la Maison à Bruxelles

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86. GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU BONHEUR
à Jacques Audiberti

Dans notre Angoisse insoluble nous déchirons les Lignes de la Vie Dans notre Espoir impalpable nous pataugeons pour apprendre à AIMER Dans notre Bonheur inconscient nous nous soignons comme des Enfants Sauvages Dans nos Pulsions progressives nous défrichons des Forêts invisibles Dans notre Sang surchauffé nous existons comme une Femme Nue sur la Plage ! Décembre 1975 à Namur

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87. LUEURS D'OMBRES
Quand la Mélancolie se promène je songe à Toi, sans l'avouer Je ne puis dire, combien je t'aime ça fait partie de l'Art d'aimer ! Quand je t'invente à mon image j'ai l'impression que tu n'es pas cette Colombe qu'on voudrait Sage et qu'en fait, je ne connais pas Quand je te cherche sous mon Ombre dans la Moiteur de cette Nuit je n'aperçois que des Décombres et me demandes ce qu'est ta Vie ? Quand la Mélancolie se promène je songe à Toi, sans l'avouer Je ne puis dire, combien je t'aime ça fait partie de l'Art d'aimer ! Décembre 1975 dans le Tram 18 à Bruxelles

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88. UN ENFANT M' A DIT :
à Robert Desnos

Un Enfant m'a dit : je veux faire un Poème un Enfant m'a dit : je suis né dans la Pluie Un Enfant m'a dit : j'aime le Rose et le Bleu un Enfant m'a dit : qu'est-ce que c'est, qu'être Heureux ? Un Enfant m'a dit : il fait Chaud dans mon Coeur un Enfant m'a dit : je suis l'Oiseau du Bonheur Un Enfant m'a dit : pourquoi ne rient-ils jamais ? Un Enfant m'a dit : trop peu de Choses sont vraies Un Enfant m'a dit : je vis de Rêves et de Jeux un Enfant m'a dit : on torture pour si Peu ! Un Enfant m'a dit : Réinventez l'Amour Un Enfant m'a dit : Réinventez la Vie ! Décembre 1975 au Bistrot à Bruxelles
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89. AIRS D'HARMONIE
à Brigitte Bardot

Il y a dans le Temps comme une Histoire d'Amour qui sur un coup de Vent se réveille au Grand Jour Il y a dans le Soleil une Clarté qui irradie une Offrande sans pareille à ta Beauté qui s'ennuie Il y a dans la Nature comme de légères Variations qui dans le Ciel Bleu d'Azur font vibrer ma Chanson !

Décembre 1975 au Bistrot à Bruxelles

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90. NOUS DEUX
à une amie de Paris (Andrée)

J'habite à Bruxelles et toi, à Paris il manque une Pincée de Sel à notre Amour Fleuri Je médite beaucoup toi, pas assez buvons un bon Coup à notre Santé ! J'écris des Poèmes toi, sûrement pas n'empêche que je t'aime mon Divin Koala ! Décembre 1975 au Parc de Bruxelles

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91. LIMPIDE LOGIQUE
à Roland Topor et Fernando Arrabal

Etre en face d'une Page Blanche c'est irritant autant se farcir Mallarmé en marmonnant Jongler avec toutes sortes de Mots est un vrai Don autant se farcir le Marquis de Sade : Sexe bien plus Bon ! Enfoncer les Portes ouvertes le summum de l'Art autant se farcir Picasso au Bateau - Lavoir ! S'éloigner de l'essentiel n'est point logique autant se farcir Monts et Merveilles Noble Belgique ! Décembre 1975 à la Maison à Bruxelles

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92. INCOMPREHENSION
à Mademoiselle Thirry

Dans cette Absurdité à peine imaginable le Dessin Animé m'aveugle comme le Sable Parmi ces Ahuris malins comme des Moustiques je me demande où je suis histoire Tragi -Comique Etais-je dans le Rêve ou la Réalité ? Vite, un peu de Sève ou je vais exploser ! décembre 1975 à l'école normale de Berckendael à Bruxelles

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93. CASIERS VIERGES
à Edith Piaf et Barbara

Dans ton Coeur il y a une Chanson qui ne demande qu'à se placer quelque part dans le Temps ... Vivons, aimons car les Secondes passent et les Choses sont là pour y goûter ! Dans ma Vie y a une Raison qui ne cherche pas à te recréer quelque part dans l'Espace ... Vivons, aimons car les Secondes passent et les Choses trépassent sans y goûter ! Décembre 1975 à la maison Bruxelles

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94. DECOR DU VIDE
à Claudia Cardinale

Dans l'Hôpital du Silence les infirmières défilent " Slip - Tablier " Dans l'ouverture des Fenêtres mon Âme s'empiffre d'un Brin de Ciel Dans notre Extase infinie nous fusionnons comme s'il fallait mourir Dans l'Océan de tes Yeux mon Coeur se noie comme l'éternel Amour Décembre 1975 dans le Tram 103 à Bruxelles .

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95. SCENES DE CAMPAGNE AVEC COMPAGNES ET CHAMPAGNE
à Ariane Mathieu

Ariane, fille d'Arianon suspendue à ta Liane : j'étais Marron ! Ces Mots valaient de l'Or mais la Bourse dégringole n'aie pas de Remords ! Ta Cage était chouette des Hiboux aux Belettes : prends-moi, Soeurette ! Ta Petite Randonnée au fin fond des Bois éveilla mes idées D'Edgar Poe à Perrault nous prîmes l'Apéro et la Galette annoncée Ecolo sympathique dans tes Habits vert-bite : déshabille-toi, vite ! Où est la Morale dans ce Vaudeville boulevard du Carnaval ?
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Note-moi cela dans ton Journal de Classe pour les Archives de l'Etat Ariane, fille d'Arianon suspendue à ta Liane : j'étais Marron ! Décembre 1975 à la Maison à Bruxelles

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96. CHANSON DE LA VIE EN ROSE ENTRE UNE BAISE ET UNE POSE.
Nous avions notre Histoire que le Vent prit par Hasard et quand tu la contais aux Gens : un Spleen gagnant snoba mon Art Derrida dérida mon Serment le Sens du Pardon dans la Conscience du Temps Yankélevitch prit mon Piano pour un Passe Temps ... Je fis un Solo au Saxo pour de l'Argent comptant ! Nous avions un Riche Passé qui fut loin d'être étudié et quand ton Ame se questionne : c' est les Canons de Navaronne ! Arrivèrent Faurisson et Fornicons des Négationnistes à la Con et l'Oubli devint de l'Amnésie les Points de Repaires, de la Chierie ... Je du nourrir ma Mémoire des envies de Voir, des Raisons de croire avec Debord et Bourdieu Deleuze, Foucault et mes Aïeux ! Nous avions perdu le Nord et la Bise soufflait encore quand tu m'as dis d'un Air ravi : nous sommes Deux, c'était écrit !
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Nous existions, mais dans quelle Vie sous quel éclair et chant de Pluie ? Et suite à une longue Nuit d'Amour : je rêve de TOI, de Jours en Jours ! Décembre 1975 à Anvers

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97. LES CHARMANTS COUPLES
Noir dans la Neige et dans la Brume Rimbaud avait les Pieds qui fument mais pas son Cul Au Souffle de leur vieille Histoire Verlaine n'arrêtait pas de Boire ça coûtait Cher A Genoux, tous deux, Misère se chamaillaient comme des Grands- Mères pendez-les, Vite ! Blottis chaudement, l'Un contre l'Autre ils se fichaient pas mal des Autres : ça baisait Sec ! Ils avaient perdu leur Froc leur Coeur s'usait contre le Roc les Flingues sifflaient ...

Décembre 1975 à la Maison à Bruxelles

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98. D'ICI LE FUTUR...
à Madame Lucienne Ghilissen

Ecoutez Madame je viendrai dans Vingt Ans comme le Fils Dumas encenser l'Ancien Temps Ecoutez Madame ça va et ça vient comme les Vagues Sauvages de ce Refrain Ecoutez Madame conservez votre Cervelle vous en aurez besoin pour jouer à la Marelle Ecoutez Madame le Soir, au Coin du Feu je viendrai vous beugler : la Ballade des Gens Heureux ! signé : Macadam Cow Boy et Macchabées en Feu. Décembre 1975 au Bistrot à Bruxelles

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99. DERAILLEMENT SANS ISSUES
à Henri Michaux et Antonin Artaud

La Lune multicolore une Fille planquée au Bois Van Gogh dans le Jaune d'Or une Flûte entre les Doigts Baudelaire dans son Nuage Giono tout arrosé Verlaine comme un Roi Mage fixant ses Vers légers Sade dans son Château Maldoror dans ma Poche mon Rêve à court de Mots a quelque chose qui cloche Breton et ses Histoires Michaux et sa Voyance qui donc voudra bien croire cette Merveilleuse Romance ?

Décembre 1975 à Bruxelles au Bistrot (Grand-Place)

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100. QUE SAVEZ - VOUS ?
à André Malraux

Et vous, Peuples affamés de la Terre Fils désignés de la Misère : y-a-t-il un Noël pour vous plaire ? Et vous, Prisonniers Politiques Déportés du Destin Tragique : quelle Justice vous rendra Justice ? Et vous, Travailleurs de Renault Esclaves aveugles, sans Bandeaux : la Conscience est-elle un Fardeau ? Et vous, Imbéciles Heureux Hommes du Devenir ambitieux : faut-il " PLUS " pour vivre " MIEUX " ? Et vous, Cerveaux du Génie Humain Maîtres de la Culture de Demain : quel Futur est entre vos Mains ? Et vous, Masses Silencieuses et Détestables Débiles déracinés et instables : toute Complicité Passive est Responsable !

Décembre 1975 à la maison à Bruxelles

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101. RENVOIE L'ENVOI !
à François Villon et Jérôme Bosch

A l'Ombre du Coeur de ma Mie je fis semblant d'être Sérieux en me tapant vingt-quatre Filles ! Son Ame était en Courroux suite à ce petit incident duquel, je me contrefous ! A la Cour, je fus appelé pour justifier mes Actions : pas un Cureton pour m'épauler ! Elle voulut que je l'épousasse et qu'à Elle seule, j'appartiens : fallait bien que je me satisfasse ! Afin de sauvegarder la Face et de rester dans le Droit Chemin je dus enfin boire la Tasse ! Tout cela ne fut qu'un Prétexte pour faire un Envoi vif et preste comme les Bardes de Sainte-Barbe ! A l'Ombre du Coeur de ma Mie je fis semblant d'être Sérieux en me tapant vingt-quatre Filles ! Décembre 1975 au Bistrot à Bruxelles
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BIBLIOGRAPHIE DE L’AUTEUR :
En FRANCE : en langue française

1. Quelque part Quelqu’un – 1980 – Poésies éditions Saint-Germain-des-Prés à PARIS 2. OXYGENE – 1984 – Poésies éditions Saint-Germain-des-Prés à PARIS A KOSOVA : en langue albanaise

1. Lojë e Kundërlojë ( Jeux et Contre-Jeux ) – 1980 – Poésies éditions RILINDJA – Prishtina – traduction albanaise effectuée par Monsieur Prof-Doct. Ibrahim Rugova, à partir des textes en français. 2. OKSIGJENI ( Oxygène ) – 1989 Poésies éditions RILINDJA – Prishtina – traduction albanaise effectuée par mon ami personnel, le Professeur-Docteur et Président de la République de Kosova - Monsieur Ibrahim Rugova, à partir des textes en français. 3. POEZI – juin 2008 – aux éditions Faïk KONICA – Prishtina Maison d’édition dirigée par mon ami, l’écrivain Monsieur Nazmi Rahmani Traduction faite à KOSOVA : en langue française

1. Dega e Pikëlluar ( La Solitude d’une Branche ) – 1980 - adaptation en français d’une Anthologie de la Poésie Albanaise de
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l’Ex-Yougoslavie, en majorité ceux de Kosova, comprenant les 20 ou 25 meilleurs poètes albanais de l’époque. Elle fut publiée à l’initiative de la Maison d’édition de l’état « RILINDJA » et soutenue par le Gouvernement. La traduction française de cette Anthologie m’avait été demandée personnellement par Monsieur Ibrahim Rugova, comme un service important rendu à la Nation et c’était pour moi, un devoir moral et amical d’y répondre favorablement. Ce fut la toute première Anthologie de ce genre publiée officiellement en français et permettant ainsi de lire pour la toute première fois en Europe occidentale et francophone des écrivains albanais de l’Ex- Yougoslavie. Elle a été publiée en version bilingue en 3 0 0 0 exemplaires durant l’année 1 9 8 0 par les éditions RILINDJA à Prishtina , cela dans les 4 grandes langues internationales, à savoir la version anglaise, allemande, espagnole et moi qui ait assuré la version en français de ce livre, qui marquait une étape importante dans le contexte de l’époque. En ALBANIE : en langue albanaise

1. Ora e Meteoreve ( A l’Heure des Météores) – 1996 – Poésies éditions GLOBUS R. – Tirana – Albanie – dirigée par Monsieur Petraq Risto. Ce livre qui fut mon tout premier publié officiellement en Albanie a bénéficié du soutien gouvernemental, via une aide directe du Ministre de la Culture albanaise
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de 7 0 0 dollars US – pour sa publication – un merci à Monsieur Theodor LACO. 2. Ateljete e Endrave ( Les Ateliers du Rêve ) – 2005 – Poésies éditions GLOBUS R. – Tirana – Albanie – dirigée par Monsieur Petraq Risto la traduction albanaise a été effectuée par Monsieur Albert Nikolla En ALBANIE : en langue française

1. Les Ateliers du Rêve – 2003 – Poésies éditions ONUFRI – Tirana – Albanie – dirigée par Monsieur Bujar Hudhri Ce livre a bénéficié du soutien financier du Centre National des Lettres à Paris 2. PASSION – 2004 – Poésies éditions ONUFRI – Tirana – Albanie – dirigée par Monsieur Bujar Hudhri Ce livre a bénéficié du soutien financier du Centre National des Lettres à Paris 3. Conversations avec la Jeunesse albanaise – 2006 – Essai libre et spontané Réflexions personnelles et intimes de l’auteur sur ses Origines albanaises éditions EMAL – Tirana – Albanie En BELGIQUE : en langue française

1. L O V E – 2008 – Prose et Poésies éditions L’Esprit des Aigles – Bruxelles – Belgique Il faut souligner que ce livre a été élu par le journal quotidien belge : LA LIBRE BELGIQUE ( via les Journalistes
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du secteur culturel et artistique ) comme l’un des Top 10 meilleurs livres de toute l’année 2008 en Belgique (sur l’espace francophone européen) 2. Le TRIO ETERNEL – 2009 – Dramaturgie – Théâtre Poétique Texte conçu dans l’idée d’un vrai Spectacle vivant sur la Scène avec au moins 7 acteurs, sinon idéalement 1 1 acteurs. éditions L’Esprit des Aigles – Bruxelles – Belgique

NOTE du : « DICTIONNAIRE LAROUSSE
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DES LITTERATURES MONDIALES » édité à PARIS, en 2 0 0 2 – 2 0 0 3 ______________________________________ SHERIFI ( Skender ) : écrivain albanais de Belgique, ( né à Viti – Kosova en 1954 ), auteur de quelques recueils de Poésies publiés à Paris, à Tirana et à Prishtina, en français ou en albanais. Il s’exprime avec un Lyrisme étincelant, exceptionnel et balance des Mots comme des Soleils sur la Mer éclatée, en mélangeant avec bonheur, un Style fignolé et relâché. Il nous entraîne dans la Musique du Temps, à bord de sa Navette singulière. Dans ses oeuvres poétiques : ( Quelque Part Quelqu’un – 1980 , Jeux et Contre-Jeux – 1980 , Oxygène – 1989 , A l’Heure des Météores – 1996 ), l’argot et l’ironie un peu appuyée imposent leur Modernité. Il est traducteur, journaliste, passionné de littérature, de cinéma, de théâtre et de peinture, un vrai Albanais francophone, un cosmopolite, un Homme des vérités, des amitiés, et des tendresses qui fusent et qui retentissent.

« Dictionnaire Larousse – à la page 8 1 5 »
L’auteur y est considéré parmi les 2 6 meilleurs écrivains Albanais de tous les temps, sur 7 siècles d’écritures et d’Histoire Littéraire albanaise, allant de ( 1 4 0 0 – 2 0 1 1 ). Le prochain Dictionnaire est prévu normalement vers les années 2 0 2 5 – 2 0 3 0 à Paris.

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TABLE DES
1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33.

MATIERES

Fureur de Vivre Le Ring du Temps Ici ou Là Visions Etranges Marche à suivre Renaissance provisoire Le Dernier Age du Sage Etais-je bien , qui je suis ? Chaos Paradis Prolétarien Rencontre bizarre Moralité Publique Boutique des Souvenirs Posologie Sociale Brighton Hollidays Pendant que j’écris ! Leçon de Choses Liaison de Saison sur Fond Stellaire Recueillement à la Mer du Nord Carnaval Mondial La Mort En Direction de l’Université La Femme de mes Rêves Auprès de ma Blonde The Big Principes Le Changement La Drague Pain et Vin Mon Dieu : pourquoi ? Neige Les Contes immoraux Le Verbe La Ronde des Culs
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34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68.

Les Mots Singing in Paris Comme par Miracle Nobles Enfants ! IL y a … Au Restaurant Verlaine et Rimbaud Messe par un Conférencier Désunion Fatalité Eclaircie Planète en Fleurs La Belle Marlène Tu es l’Amour « C » comme Cathy Métamorphose Les Feux de la Fête Signes Particuliers Nourritures Terrestres Entrez dans l’Art Littéraire ! Tornade Démentielle L’Aphrodite des Neiges Lassitude Ce Soir En avant, les Poèmes ! A Pristhina Fantasmes in Kosova Réapparition Désordre Libido au Monténégro Au Bal du Nirvana Tu brûles Naissance Comparaison Changement d’Adresse
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69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. 95.

Hommage à Boris Vian Aveuglement Au Cœur des Astres Hommage à Jean Cocteau Hommage à Jacques Prévert Dans mon Etoile Boulevard de la Chierie Goûts intimes Invitation Sentiments Distingués Constat Nocturne et Brise – Burnes Les Uns et les Autres Comme au Spectacle Badinages Féodaux Instantanés Recherche Missive à la Marquise Glissements progressifs du Bonheur Lueurs d’Ombres Un Enfant m’a dit : Airs d’harmonie … Nous Deux Limpide Logique Incompréhension Casiers Vierges Décor du Vide Scènes de Campagne avec Compagnes et Champagne 96. Chanson de la Vie en Rose entre une Baise et une Pose 97. Les Charmants Couples 98. D’ici le Futur 99. Déraillement sans issue 100. Que savez-vous ? 101. Renvoie l’Envoi !
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