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En savoir un peu plus sur Bâle II et l’impact de cet accord sur les entreprises

Article rédigé et aimablement mis à disposition de la CGCJF et de ses juges par Monsieur Michel DI MARTINO expert comptable, commissaire aux comptes et Juge au tribunal de commerce de LONS LE SAUNIER.

BÂLE II ET LES ENTREPRISES

Le comité de Bâle se réunit à BALE au siège de la Banque des Règlements internationaux, ville où se trouve son secrétariat permanent. Ce comité n’a aucun pouvoir législatif ou réglementaire. Crée par les Gouverneurs des principales Banques Centrales, le comité de BALE sur le contrôle bancaire, à pour but de renforcer la stabilité du système bancaire. ACCORD DE BALE I Adapté en 1988, l’accord dit de BALE I imposaient aux banques de couvrir au moins 8 % des crédits qu’elles accordaient aux entreprises par leurs fonds propres (Ratio Cooke). En termes simples, lorsqu’un établissement bancaire accordait 10 000 € de crédits à une entreprise, celui-ci devait immobiliser 800 € de fonds propres. Ce ratio prudentiel et empirique ne tenait pas compte de la solvabilité de l’Emprunteur et ne faisait aucune différence entre les risques : Le Ratio de 8 % de fonds propres s’appliquait aussi bien à une entreprise cotée 3++ (côte d’excellence) qu’à une entreprise de cotation médiocre… Un décalage de plus en plus important s’effectuait entre la réglementation et le risque économique : le Ratio de 8 % était devenu une contrainte « administrative » qui ne correspondait plus du tout aux impératifs économiques. BALE II a été crée pour harmoniser le réglementaire avec l’Economique. Définitions : Fonds propres économiques : Fonds propres détenus par la Banque et affectés en interne à ses propres évaluations de risque. Fonds propres réglementaires : Fonds propres exigés et définis par le comité de BALE ou l’autorité nationale. ACCORD DE BALE II Dénommé « BÂLE II » le nouveau dispositif défini un ensemble de règles qui aboutissent à mieux mesurer le risque lié au crédit accordé à l’Entreprise avec

Le Ratio de 8 % est toujours applicable.La Méthode de notation interne avancée (AIRB) Cette dernière méthode applicable depuis le 1er janvier 2008 est celle retenue par les plus grandes Banques Françaises. .Respect des échéances clients et fournisseurs. Elle permettra d’obtenir une notation plus fine et sur mesure de l’Entreprise et du risque. Exemple : Lorsqu’une Banque prête 100 000 € a une Entreprise cotée 3++ ou 3+. validé et « agrée » par la commission bancaire.Organisation interne de l’Entreprise. . Soit une économie de 6 400 € de Fonds propres avec la nouvelle approche BALE II.Fiabilité des documents prévisionnels. La plupart des banques appliquent une notation interne pour leurs entreprises clientes.l’élaboration d’un nouveau ratio « Mac Donough ».Garantie du crédit accordé . LES METHODES DE NOTATION (RATING) DES ENTREPRISES PAR LES BANQUES Il existe trois méthodes de notation : . mais celui-ci sera pondéré par un coefficient de pondération déterminé à partir de la notation de l’Entreprise. cette réforme a pour objectif de mobiliser moins de Fonds propres pour les banques. Applicable en France depuis le 1er janvier 2007. .La méthode standard : un organisme externe (Banque de France.Place de l’Entreprise sur le marché. La Banque devra mobiliser : Dans BALE I : 100 000 € x 8 % = 8 000 € de Fonds propres . à partir d’un modèle qui leur sera propre. .Qualités du dirigeant.Ratios d’analyse financière. COFACE…) évalue la Note de crédit. Dates d’application de BALE II en France : .La Méthode de notation interne Fondation (FIRB) . Méthode retenue par les petites et moyennes banques. . pour la méthode standard. Les éléments qui permettent d’établir cette notation sont souvent les suivants : . celle-ci bénéficiera dans la méthode standard. .1er janvier 2008 pour les Etablissements qui appliquent leurs propres modèles de notation interne (FIRB ou AIRB).Etude de la rentabilité. d’un coefficient de pondération de 20 %.1er janvier 2007 pour les Etablissements qui ont retenus la méthode standard. Dans BALE II : 100 000 € x 8 % x 20 % = 1 600 € de Fonds propres. . Plus l’Entreprise sera bien cotée ou bien « notée » moins sa banque devra mobiliser de Fonds propres lors de la réalisation de crédits. . .

Si l’entreprise emprunte 1 000 000 d’euros. Depuis la mise en application de BALE II. les Banques qui ont pour la plupart utilisées leurs propres modèles de notation interne. mais celui-ci est désormais pondéré pour obtenir le pourcentage de Fonds propres réglementaires BALE II. toutefois très peu d’Entreprises françaises font l’objet d’une notation par les agences. Exemples : 1. la banque devra immobiliser : . la pondération était toujours de 100 %. Le capital à immobiliser par la Banque pour respecter le Ratio Fonds propre de BALE II sera de : 8 % x 20 % = 1.6 % du montant du prêt.Les pourcentages de pondération sont fixés à partir des notes attribuées par les organismes de notation. Rappelons toutefois que la Banque de France cote environ 200 000 entreprises. 8 NON NOTE 3 5+ 9. Le pourcentage de pondération à appliquer à son prêt est de 20 % (voir tableau). 6.La méthode standard est la méthode retenue lorsque la méthode interne n’a pas été choisie. Dans BALE I. quelle que soit le risque de l’Entreprise.- Ect … La notation attribuée en interne peut être comparée à la notation attribuée par les agences de Notation . 2.Une banque prête à une entreprise cotée 3++.6% A BBB 4+ 4 100% 8% x 100% = 8% BB <B 5. Commentaires : Le seuil minimum de 8 % (Ratio COOKE) de BALE I est toujours maintenu. P 100% 100% x 8% = 8% 50% 8% x 50% = 4% 100% 8% x 100% = 8% 150% 8% x 150% = 12% Pondération : 75 % 8 % x 75 % = 6 % Remarques : 1. ont réalisées de réelles économies de Fonds propres (voir ci-après simulation de la commission bancaire). TABLEAU DE PONDERATION DES ENTREPRISES – METHODE STANDARD NOTATION AGENCE DE NOTATION COTATION BANQUE DE FRANCE PONDERATION DU RISQUE ENTREPRISE QUOTA OU RATIO DE FONDS PROPRES BALE II PETITES ENTREPRISES ET PME CLASSEES « Banque de détail » AAA à AA 3++ 3+ 20% 8% x 20% = 1.

BALE II accorde aux PME incluses dans la catégorie « Banque de détail » un traitement favorable : Le taux de pondération est fixé à 75 % au lieu de 100 % dans BALE I.1 000 000 € x 1.Le portefeuille grandes entreprises (Corporate) comprend celles dont le chiffre d’affaires est supérieur à 50 M € . BALE II 120 000 € BALE I 80 000 € 40 000 € CLASSIFICATION DES ENTREPRISES DANS BALLE II – APPROCHE STANDARD Dans BALE II. de mobiliser un montant de fonds propres bien inférieur au montant à mobiliser pour une entreprise mal cotée (voir exemples cidessus). BALE I 80 000 € BALE II 16 000 € 64 000 € 2. la banque aurait du immobiliser en capital : 1 000 000 € x 8 % = 80 000 euros. sera de : 8 % x 150 % = 12 % du montant du prêt. . . les entreprises sont classées en fonction de leur chiffre d’affaires et des montants des crédits accordés. comme nous l’avons vu. BALE II ET LA TARIFICATION DES CREDITS Une entreprise bénéficiant par sa notation d’une forte pondération. Dans ce cas la banque devra immobiliser 40 000 euros de capital de plus que dans BALE I. La réforme de BALE II lie étroitement le niveau de fonds propres avec les risques réellement encourus par l’établissement prêteur. Notons toutefois qu’une PME peut être classée dans la catégorie « banque de détail » ou dans le portefeuille « grandes entreprises » suivant que le montant du prêt excède ou non un million d’euros. Soit une « économie » manifeste de Fonds propres de 64 000 euros.Une banque prête à une entreprise cotée 5. pour un emprunt d’un million d’euros : 1 000 000 € x 12 % = 120 000 euros. A fin de préserver le secteur économique des petites et moyennes entreprises.6 % = 16 000 euros pour respecter le Ratio réglementaire BALE II. Coefficient de pondération 150 % (voir tableau). Dans BALE I.Le portefeuille « PME » comprend celles dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50 M €. permettra à sa banque. Soit. Le capital à immobiliser par la banque pour respecter les règles de BALE II.

Rappelons que les ETATS-UNIS sont en retard sur BALE II. O. conclue a une économie de fonds propres par le système bancaire sur le risque de crédit des TPE/PME. Ce qui n’est pas toujours la panacée des chefs de petites et moyennes entreprises. du 20/04/2007 à transposé les directives européennes 2006/48 et 2006/49 du 14 juin 2006. permettant une mutualisation du risque et des coûts du crédit. et ce.Partant de ce constat. Le chef d’entreprise devra donc : . En effet parallèlement à la production de documents comptables de qualité. L’avis des experts est partagé : Le taux appliqué ne dépend pas que de l’entreprise mais également de l’opération à financer. ses produits. . première année d’application de BALE II pour la majorité des banques qui ont retenu la méthode de notations internes avancées. où la période triennale de transition a seulement débutée en 2008… CONSEILS AUX ENTREPRISES Le Maître mot ou conseil à donner aux entreprises dans le contexte BALE II est « de communiquer ». Cette économie peut atteindre environ un tiers de fonds propres dans le cas de l’application par la banque de la « méthode interne avancée » (40 % pour les TPE). plus détaillés et transparents. les banques exigeront de leurs clients des renseignements plus précis. Pour l’année 2008. Sans oublier que les taux sont parfois plus dépendants de la concurrence entre les banques que de la notation de l’entreprise… BALE II ET L’EUROPE L’ordonnance n° 2007-571 du 19 avril 2007 (J. Une simulation réalisée par la commission bancaire pour le passage de BALE I à BALE II pour les TPE ET PME. Les 27 pays de l’Union Européenne devront appliquer les nouvelles règles BALE II. La pondération très favorable appliquée à certaines PME peut se compenser avec celle plus pénalisante retenue pour d’autres PME. le phénomène n’a pas été constaté (hors mis les écarts de taux déjà existants dans certaines PME…). sa stratégie. relatives à l’adéquation des fonds propres des établissements de crédit et des entreprises d’investissement et précise les modalités de calcul du nouveau Ratio de solvabilité prudentiel BALE II. « La Fédération Bancaire Française » (FBF) souligne que non seulement la directive sur les niveaux minimaux de fonds propres requis comporte une centaine d’options nationales mais également que la définition des fonds propres varie d’un pays à l’autre… Il est facile de deviner la difficulté des banques implantées dans plusieurs pays d’Europe qui devront composer avec des réglementations différentes… L’harmonisation européenne des règles de BALE II est donc urgente. on pourra voir apparaître une différenciation de taux entre l’entreprise bien notée et celle mal notée… et des taux individualisés.Faire en sorte que son banquier comprenne son activité. quelle que soit la méthode utilisée.

travaillez avec deux ou trois banques plutôt qu’avec une seule ! Remarque importante : La France ayant opté dans BALE II.Mettre en avant sa cotation Banque de France lorsque celle-ci est bonne (3) ou excellente (3++). La communication avec le chargé d’affaires de sa banque est dans ce cas nécessaire et impérative ! .Se renseigner auprès de son conseiller bancaire.Communiquer sur son développement. du siège de son entreprise pour discuter des palliatifs et des mesures a prendre pour améliorer sa cotation lorsque celle-ci a été dégradée. . sur les critères ayant permis d’établir sa notation interne. . faîtes comme lui. Michel DI MARTINO Expert Comptable Diplômé Commissaire aux comptes DES de Gestion Fiscale DES de Gestion de Patrimoine . . . les points positifs. s’il y a lieu. .En clair. les nouveaux atouts (ceci ne signifie pas de passer sous silence les points faibles à améliorer). Attention de ne pas ternir l’image de votre groupe (si petit soit-il) par un découvert sans autorisation dans une sci non surveillée. Il convient lorsque le dirigeant possède plusieurs sociétés ou filiales de veiller à la bonne notation de chaque entité.Prendre rendez vous avec le directeur de la succursale de la Banque de France.Présenter régulièrement les forces de son entreprise.Surveiller les dépassements d’autorisation de découvert (avertir si besoins son conseiller dans les cas critiques) et ses incidents de paiements.Privilégier les relations avec son conseiller clientèle et anticiper avec lui les difficultés financières.Votre banquier aime partager son risque. bien présenter la mariée… . sur son environnement juridique etc… . En effet. pour une approche de risques consolides de groupe.. la mauvaise notation d’une société du groupe pourra influer sur les autres.