Rapport sur les catastrophes dans le monde

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Résumé

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du CroissantRouge désire exprimer sa gratitude aux partenaires suivants pour le soutien qu’ils ont apporté à cette publication.

Swedish International Development Cooperation Agency

Red Crescent Society of the United Arab Emirates

Table des matières
Introduction Près d’un milliard de personnes souffrant de la faim sont exclues du système alimentaire mondial. Que peut-on et que doit-on faire pour y remédier ? 4

Section I
Chapitre 1 Un système alimentaire mondial à revoir Figure 1 Où vivent ceux qui souffrent de la faim ? Chapitre 2 Des vies tronquées : le désastre de la dénutrition Encadré : Progression de la faim et de la malnutrition dans les pays occidentaux riches 6 10 11 15

Chapitre 3 L’instabilité persistante des prix met en question la dépendance à l’égard des marchés alimentaires mondiaux 16 Figure 2 Indice FAO des prix des produits alimentaires 2001–2011 20 Chapitre 4 Stabiliser les moyens d’existence grâce à l’agriculture et à la protection sociale Encadré : le potentiel de productivité des femmes dans l’agriculture Chapitre 5 Les réponses à apporter à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition dans les crises Encadré : Inondations au Pakistan : la malnutrition est en fait présente à l’état chronique Chapitre 6 Tous unis contre la faim – un manifeste pour le changement Encadré : Le rôle du secteur privé dans la prévention de la faim et de la malnutrition 21 26 27 31 32 37

Section II
Relever les défis humanitaires à venir – menaces et opportunités Figure 3 Niveaux de vulnérabilité face aux changements climatiques et conséquences 38 42

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – La faim et la malnutrition

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Près d’un milliard de personnes souffrent de faim et de malnutrition :
les enjeux d’un système alimentaire mondial à la dérive
Près d’un milliard de personnes souffrant de la faim sont exclues du système alimentaire mondial. Que peut-on et doit-on faire pour y remédier ? Pendant des décennies, les images de personnes mourant de faim ont hanté les consciences. On a moins prêté attention aux millions d’individus – aujourd’hui près d’un milliard – qui souffrent chroniquement de la faim, soit près d’une personne sur sept dans le monde. Comment pourrait-on nier qu’une crise énorme se déroule sous nos yeux quand un monde qui pourtant peut nourrir chacun de ses habitants ne le fait pas – en partie parce que les inégalités ne cessent de croître, que la terre et les produits alimentaires deviennent de simples marchandises qui sont vendues au plus offrant, violant ainsi le droit de tout un chacun à des aliments nutritifs en quantité suffisante. Partout dans le monde, ce sont les pauvres, vivant en majorité dans les zones rurales mais de plus en plus dans les zones urbaines, qui souffrent de la faim. Ce sont les mêmes qui ne peuvent faire entendre leur voix ni ne possèdent les moyens de résister aux effets des changements climatiques ou de la montée du prix des produits alimentaires et de l’énergie, aux conséquences néfastes des pratiques de l’industrie agroalimentaire et des tractations sur le marché mondial, sans oublier l’inégalité des échanges, au niveau tant local que national ou international. Les gouvernements de certains pays où la faim est endémique luttent afin d’assurer l’éventail de services nécessaires pour prévenir la faim et la malnutrition – protection sociale, ressources adéquates en eau potable et en assainissement, infrastructures, éducation, appui aux femmes et, ce qui compte le plus, emploi et autonomisation. Dans une large mesure, la crise alimentaire actuelle a pris le monde par surprise. Pendant quelques décennies, le nombre des personnes souffrant de la faim avait légèrement régressé. Dans l’agenda du développement, l’agriculture n’occupait pas une place prépondérante. En valeur réelle, la part de l’aide extérieure au développement consacrée à l’agriculture est passée de 18 % exactement dans les années 80 à moins de 4 % en 2007. Le nombre de personnes souffrant de la faim ou sous-alimentées a commencé à augmenter au milieu des années 90 et est monté en flèche lors de la crise des prix alimentaires de 2008. Ce que disent à présent les prévisionnistes est alarmant : le nombre de victimes de la faim devrait largement dépasser le milliard d’individus alors que le prix de bon nombre de produits alimentaires de base continue d’augmenter. L’une des cibles du premier objectif du Millénaire pour le développement (OMD) est de réduire de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes souffrant de la faim. Dans de nombreux pays, il y a peu d’espoir que cet objectif plutôt modeste soit atteint sans un investissement d’environ 75 milliards de dollars des États-Unis dans l’agriculture et la protection sociale. La suralimentation est l’autre facette de la situation alimentaire dans le monde. Largement plus d’un milliard de personnes à revenus faibles ou moyens, mais aussi à hauts revenus sont obèses. À mesure que les gens modifient leurs habitudes alimentaires, passant d’une alimentation traditionnelle à une alimentation industrielle riche en calories, ils vérifient sur leur propre santé les effets d’une consommation excessive d’aliments peu adaptés, c’est-à-dire en particulier des problèmes cardio-vasculaires, des diabètes et d’autres maladies liées au mode de vie. Les maladies cardiaques constituent l’une des dix causes principales de décès dans le monde.

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Cette édition du Rapport sur les catastrophes dans le monde montre que les problèmes de la sécurité alimentaire mondiale, de la faim et de la malnutrition sont au centre de pratiquement chaque mécanisme et de chaque élément majeur du système international, des échanges internationaux aux changements climatiques, et de la rareté de l’eau à l’innovation scientifique. Nous devons nous attaquer au problème de la faim et de la malnutrition, et vite. Compte tenu de l’augmentation probable de la population mondiale de 3 milliards d’individus d’ici à 2050, les experts craignent qu’il n’y ait pas de quoi nourrir tout le monde. La faim et la malnutrition (tant la sous-alimentation que la suralimentation) constituent tout autant que n’importe quelle maladie une menace pour la santé dans le monde. Les gouvernements nationaux doivent reconnaître le droit à l’alimentation en mettant en œuvre des programmes efficaces de prévention de la faim. Ils doivent investir davantage dans l’agriculture, d’une manière juste, équitable et durable. Tant les gouvernements que les donateurs doivent promouvoir la participation des paysans locaux et reconnaître leur sagesse et leur expérience. Plus de la moitié des personnes qui se couchent chaque nuit la faim au ventre sont des femmes, et, dans de nombreux pays, la moitié au moins sont de petits paysans, trop souvent laissés pour compte et ne bénéficiant d’aucun soutien. Selon les estimations de récents travaux de recherche, la productivité des petites exploitations agricoles pourrait augmenter de jusqu’à 20 % si la discrimination entre les sexes était éradiquée. Améliorer les pratiques agricoles n’est qu’une des solutions qui permettraient de prévenir la faim. Des mesures de portée mondiale s’imposent pour remédier aux problèmes fondamentaux – et à leur cortège de problèmes annexes – que sont la pauvreté et l’inégalité, les changements climatiques et la baisse de rendement des récoltes qu’ils entraînent, la dégradation des terres et la désertification, l’épuisement progressif des ressources vitales que sont l’eau et la terre, et la concurrence croissante pour ces mêmes ressources. De la même façon, il faut agir d’urgence pour enrayer la hausse continue des prix des produits alimentaires, exacerbée par la spéculation, et décourager l’utilisation des terres pour la production d’agrocarburants en lieu et place de produits alimentaires ainsi que l’acquisition de terres dans les pays à faibles revenus par des spéculateurs financiers. Des voix s’élèveront peut-être pour dire que tout cela relève de l’utopie. Pourtant, le présent rapport donne des exemples très concrets de bonnes pratiques dans l’agriculture et la recherche, de mouvements sociaux visant à donner aux gens les moyens d’agir, de l’usage de nouvelles technologies et, à l’échelle mondiale, de témoignages d’une approche plus résolue pour prévenir la faim et améliorer la nutrition. Le risque est d’assister à une inversion des effets de ces améliorations parce que les gouvernements, riches comme pauvres, n’auront pas su lutter contre les intérêts catégoriels, n’auront pas fait front aux grandes menaces pesant sur le monde dans les prochaines décennies et n’auront pas su protéger et rendre autonomes leurs citoyens les plus vulnérables. Une action décisive et soutenue sera la clé d’un monde libéré de la faim et de la malnutrition. C’est faisable.

Bekele Geleta Secrétaire général

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – La faim et la malnutrition

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CHAPITRE 1

Un système alimentaire mondial à revoir
Bien que la planète produise suffisamment de nourriture pour tous ses habitants, près d’un milliard d’enfants, d’hommes et de femmes se couchent la faim au ventre en 2011. David Nabarro, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la sécurité alimentaire et la nutrition, l’affirme : « la sous-alimentation dont souffrent actuellement des millions d’individus est une catastrophe majeure et pourtant évitable ». Le présent Rapport sur les catastrophes dans le monde analyse les causes de la faim et de la malnutrition et plaide pour des solutions. Celles-ci vont d’un soutien plus affirmé aux petits agriculteurs à l’amélioration des règles à l’adresse des spéculateurs financiers, d’une agriculture soutenable à l’autonomisation des communautés, et de la protection sociale au renforcement des institutions internationales. Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998, a écrit : « Une famine est le signe que des gens n’ont pas assez à manger, non qu’il n’y a pas assez à manger ». Après les famines graves qui ont sévi en Afrique, la Conférence mondiale de l’alimentation des Nations Unies de 1974 relevait que « la crise alimentaire de ces deux dernières années a singulièrement appelé l’attention à la fois sur l’interdépendance de la production, du commerce, des stocks et des prix, et sur l’état d’impréparation alarmant du monde dans son ensemble face aux aléas météorologiques ». Cela n’a guère changé. Davantage d’habitants de la planète ont pu être nourris tandis que la population mondiale continuait d’augmenter. Pourtant, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde en 2010 s’est encore accru, atteignant 925 millions d’individus. C’est dans la région Asie-Pacifique et plus particulièrement dans le sous-continent indien, ainsi qu’en Afrique subsaharienne que se trouvent la majorité des victimes de la faim. La plupart vivent dans des zones rurales. Comme le dit un rapport rédigé à l’intention du gouvernement du Royaume-Uni, « La moitié des personnes sous-alimentées dans le monde, les trois-quarts des enfants africains souffrant de malnutrition et la majorité des personnes vivant dans un état de pauvreté absolue se trouvent dans de petites fermes ». Un nombre non négligeable et en augmentation d’habitants de la planète qui souffrent de la faim vivent dans les zones urbaines et périurbaines.

Narsamma Masanagari au milieu des poids cajan et du sorgho dans la ferme familiale du village de Pastapur, dans l’État indien d’Andhra Pradesh. Elle est membre de la Deccan Development Society, qui rassemble des femmes au niveau local. Celles-ci s’emploient à renforcer la souveraineté alimentaire et, grâce aux vidéos qu’elles réalisent, à faire connaître leur travail au monde.
© Geoff Tansey

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Cette situation peut-elle s’améliorer ? Malheureusement, la tendance actuelle n’augure rien de bon. Le premier des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), à savoir celui de réduire de moitié la proportion de la population qui vit dans une extrême pauvreté et souffre de la faim, a très peu de chances d’être atteint. La malnutrition est de loin plus répandue que la faim. Comme nous l’expliquons au chapitre 2, un milliard de personnes au moins sont sous-alimentées, tandis que – chiffre stupéfiant – un milliard et demi de personnes sont en surpoids. Œuvrer à l’avènement d’un monde où tout un chacun mangera à sa faim promet d’être une tâche ardue si l’on tient compte des changements climatiques, de la concurrence croissante pour les ressources, notamment en termes de surfaces cultivables et d’eau, de la situation d’inégalité grandissante entre les pays et du haut niveau persistant des dépenses publiques en matière d’armement. Il est difficile de dire à quel horizon l’agriculture subira les effets des changements climatiques. Nombre de pays et de régions semblent confrontés à des conditions météorologiques nettement plus variables et à des conditions plus extrêmes dont les effets se répercutent sur la production alimentaire. Bon nombre de méthodes actuelles de production alimentaire font appel à des sources d’eau douce non durables, comme les nappes d’eau fossile dans la Péninsule arabique, ou à des sources menacées par les changements climatiques. D’autres utilisent des cours d’eau qui traversent des frontières internationales et qui peuvent donc être à l’origine de litiges. Des solutions existent cependant, et leur nature exacte variera selon les circonstances et les conditions régnant dans les différents pays. L’un des problèmes qui se posent en Inde est le manque d’intérêt témoigné aux petits paysans – spécialement les femmes – qui sont les principaux producteurs des aliments locaux et des céréales traditionnelles telles que le millet et le sorgho. La Société de développement Deccan intervient auprès des femmes dalit (intouchables) pour les aider à remettre en état les terres pratiquement infertiles qu’elles ont reçues du gouvernement. Les problèmes de la faim chronique et de la malnutrition font partie intégrante du système alimentaire mondial d’aujourd’hui et on ne peut y remédier qu’en agissant aux niveaux politique, économique, juridique et social, par des innovations et des adaptations systémiques. Les aliments exotiques et les épices ont toujours été recherchés par les plus riches et les puissances occidentales ont refaçonné une bonne partie du monde pour l’adapter à leurs besoins. C’est cet héritage qui a présidé à la mise en place des mécanismes régissant aujourd’hui la production et la commercialisation des denrées alimentaires, sous la domination d’un petit nombre de grandes multinationales.

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Un système alimentaire mondial à revoir

CHAPITRE 1
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Dans les pays à hauts revenus, tout le monde n’échappe pas à la faim. Le département des ÉtatsUnis pour l’Agriculture (USDA) a fait savoir qu’en 2010, quelque 68 milliards de dollars des États-Unis ont été dépensés dans le cadre du Programme d’aide à la supplémentation alimentaire (coupons d’alimentation) en faveur d’un peu plus de 40 millions de personnes.

CHAPITRE 1
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La nutrition humaine dépend en définitive de quelques cultures. Trois – le riz, le blé et le maïs – comptent à elles seules pour plus de la moitié de l’apport énergétique que fournissent les plantes. Six autres – le sorgho, le millet, la pomme de terre, la patate douce, le soja et le sucre – portent le total à plus de 75 %. « Il est particulièrement important de veiller à ce que la diversité des cultures essentielles soit efficacement maintenue, qu’elles restent praticables et soient gérées avec intelligence », notait la FAO en 1998. C’est en grande partie aux petits agriculteurs que nous devons leur développement et leur maintien. Nous devons nous soucier des structures et des systèmes, et de ce que nous mangeons. Un changement – perçu comme souhaitable – s’est opéré sous l’impulsion de groupes d’intérêts. On est ainsi passé d’un régime à base de céréales à un régime riche en produits carnés et laitiers et en graisses. D’autres pressions sont à l’œuvre : celles qu’exercent les gouvernements et l’industrie agroalimentaire pour faire produire par la terre des agrocarburants, comme indiqué au chapitre 4. C’est une triste ironie que les excédents de production des pays à hauts revenus aient suscité tant d’innovations dans les systèmes de production alimentaire au cours des 50 dernières années, alors que 15 % des habitants de la planète se couchent chaque nuit la faim au ventre. Dans ces pays à hauts revenus, à mesure que croissait l’abondance, les marchés ont rapidement été saturés. Si l’on peut acheter à volonté des vêtements ou des chaussures ou des biens de consommation aussi longtemps que le budget le permet, augmenter sa propre consommation alimentaire au-delà des besoins nutritionnels fondamentaux peut entraîner des maladies liées à l’obésité, laquelle tient au mode de vie. D’où la volonté des pays à hauts revenus de mettre au point des innovations technologiques destinées à réduire les coûts et à avantager les innovateurs. L’industrie a ainsi trouvé le moyen de transformer les produits de l’agriculture en des produits plus coûteux destinés aux animaux. Cela a aussi contribué à ce que les décideurs du monde entier en viennent à négliger l’agriculture et à minimiser son importance. À mesure que les populations accédaient à une vie plus aisée et que la concurrence s’accentuait entre les entreprises, les distributeurs de produits alimentaires ont trouvé de nouveaux thèmes – l’achat de nouveaux produits a été associé à l’amusement, aux loisirs, voire à l’affection des enfants ou du partenaire. L’urbanisation et la prospérité croissantes des pays à revenus faibles ou moyens ont encouragé les investissements visant à pourvoir aux besoins de leurs populations. Les aspirations de ces pays suivaient les tendances données par les pays plus développés. Les chaînes d’approvisionnement alimentaire se sont mondialisées, offrant ainsi à tout moment des produits hors saison à ceux qui pouvaient se les permettre. Les producteurs plus pauvres ou plus modestes à l’extrémité de ces chaînes d’approvisionnement en fruits et légumes frais – sur lesquelles quelques grandes sociétés exercent souvent la mainmise – ont été poussés à baisser leurs prix et les petits agriculteurs ont été marginalisés. De leur côté, les pays à hauts revenus tirent le maximum de la technologie et de la mécanisation s’appuyant sur les énergies fossiles à faible coût et réduisent au minimum l’usage de la

L’approche industrielle est aussi devenue un symbole du développement, une image à laquelle aspirent les responsables politiques et les décideurs du monde entier, et une façon de voir que partagent les organismes d’aide. Une bonne part de la politique de développement a été ciblée sur l’industrialisation, et le développement rural et agricole en a fait les frais. Le financement de la recherche-développement (R-D) est lui aussi passé du secteur public au secteur privé dans la plupart des pays de l’OCDE. Aujourd’hui, une bonne partie de la R-D financée par les fonds publics privilégie la recherche fondamentale à laquelle seules les entreprises ont accès, pas les agriculteurs. Cependant, des facteurs ont contribué à recentrer l’attention sur l’alimentation. Ce sont notamment les flambées des prix de 2007-2008, le coût croissant de l’obésité pour les services de santé, les inquiétudes liées aux conséquences du changement climatique et le fait que, selon toute vraisemblance, les OMD ne seront pas atteints en 2015. Récemment, les rapports sur l’alimentation et l’agriculture se sont multipliés. Beaucoup sont axés sur les moyens de nourrir une population de 9 milliards d’habitants en 2050. Mais à trop vouloir se projeter dans l’avenir, on en oublie parfois les problèmes du présent. Si certains rapports reconnaissent la grande complexité des difficultés qui nous attendent, ils présupposent que les solutions viendront de la technologie. D’autres attribuent néanmoins un rôle central aux petits agriculteurs. Cette approche « agro-écologique » renvoie à la réflexion sur la sécurité alimentaire qui a débuté dans les années 70. À l’époque, l’accent était mis sur la constitution de stocks gérés à l’échelle nationale, la lutte contre la spéculation et la volatilité des prix. Vers le milieu des années 90, trois mots-clés définissaient la sécurité alimentaire : accès, disponibilité et coût. Mais même cette approche a été mise en question par les organisations de paysans et d’agriculteurs qui se sont liguées pour former ce que l’on appelle aujourd’hui le Mouvement pour la souveraineté alimentaire. Ce mouvement fait valoir qu’il est crucial que le pouvoir de conduire le changement soit aux mains des collectivités et des agriculteurs. La deuxième moitié du XXe siècle a été témoin d’une concentration toujours plus grande du pouvoir dans les mains des fabricants de produits agrochimiques et de machines, ainsi que des producteurs de semences et autres apports nécessaires aux agriculteurs, de l’industrie alimentaire et de la distribution. De plus en plus, ce sont les supermarchés qui fixent les règles. Les questions centrales qui se posent dans l’optique d’un changement du système alimentaire tournent autour du type d’aliments nécessaires, des mécanismes de production et de distribution, et de la répartition des bénéfices. À l’heure actuelle, les petits agriculteurs ne figurent pas parmi les bénéficiaires. Et les aliments ne sont pas produits selon des méthodes de nature à favoriser les infrastructures rurales, à créer des emplois et à accroître la prospérité des campagnes.

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Un système alimentaire mondial à revoir

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main-d’œuvre. Cette approche industrielle a débouché sur l’adoption croissante de systèmes de production en monoculture. Cela a conduit à évincer les petits agriculteurs.

CHAPITRE 1

Les changements climatiques, l’équité mondiale et la préservation de l’environnement nous imposent de revoir les règles et les incitations d’une manière qui favorise l’avènement d’un monde où chacun mangera à sa faim. Il nous appartient de veiller à ce que le système prévoie des mesures de sauvegarde telles que le stockage de grains pour le cas où des événements imprévus viendraient perturber les approvisionnements.

Figure 1 Où vivent ceux les victimes de la faim ?
Pays à revenu élevé 19 millions Asie-Pacifique 578 millions Proche-Orient et Afrique du Nord 37 millions Amérique latine et Caraïbes 53 millions

Total = 925 millions de personnes (valeurs 2010)
Source: FAO, 2011b

Afrique subsaharienne 239 millions

L’auteur du chapitre 1 est Geoff Tansey, écrivain et consultant pour les questions touchant au système alimentaire.

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Chaque année, environ 9 millions d’enfants dans le monde meurent avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans, et environ un tiers de ces morts prématurées sont dues à la dénutrition. Cependant, contrairement à ce que l’on croit généralement, la grande majorité des décès liés à la malnutrition ne se produisent pas pendant des épisodes de crise alimentaire brutale ou de famine, mais sont le résultat de la faim chronique. Pour chaque enfant qui décède de dénutrition, il y en a des millions d’autres dont la santé restera définitivement altérée. Environ 178 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance par suite de dénutrition. Parmi eux, environ 55 millions sont gravement dénutris. Pour la croissance et le développement, la période critique couvre les mille jours qui séparent la conception du deuxième anniversaire de l’enfant. Le retard de croissance prend sa source dans le déficit nutritionnel dont souffre l’enfant pendant cette période : la dénutrition du fœtus explique pour moitié environ le retard de croissance de l’enfant à l’âge de deux ans. Les neuf mois de gestation faisant partie de ces mille jours critiques, l’état nutritionnel de la mère revêt une grande importance pour le fœtus. Si la mère est chétive ou anémique ou n’a pas une alimentation appropriée durant sa grossesse, elle donnera probablement naissance à un bébé dénutri et de petite taille. Chaque année, environ 13 millions d’enfants naissent avec un déficit pondéral et présentent donc un risque accru de décès à la naissance ou rapidement après celle-ci. Parallèlement, des raisons nombreuses et complexes expliquent la formidable progression de l’obésité dans un monde qui se bat toujours contre la faim. Le rythme rapide de la croissance économique et de l’urbanisation dans de nombreux pays a eu une influence considérable sur les habitudes alimentaires. De plus en plus, les gens achètent leurs aliments au lieu de les produire eux-mêmes et se laissent influencer par les engouements, les modes et les pressions commerciales du monde moderne. Des chercheurs ont examiné les données concernant la nourriture disponible et les habitudes alimentaires des années 70 au début du XXIe siècle. Ils ont constaté que l’apport calorique par habitant avait très fortement augmenté dans tous les pays, la progression la plus marquée ayant été observée en Chine, avec 49 %. Ils ont aussi découvert que la « densité énergétique » – c’est-àdire la proportion de calories fournies par les matières grasses – était partout en hausse. La modification des habitudes alimentaires s’inscrit d’ordinaire dans un changement plus général du mode de vie où l’activité physique est en recul.

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Des vies tronquées : le désastre de la dénutrition

CHAPITRE 2
David Pataule (11 ans), le fils de Nikuze Aziza, prend un repas au camp de Kiziba, dans le district de Kibuye (Rwanda), le 25 mars 2011. Par le biais de l’initiative « Achats au service du progrès » de la Fondation Bill et Melinda Gates, les petits cultivateurs rwandais assurent une partie de l’aide alimentaire au camp de réfugiés.
© Fondation Bill et Melinda Gates

Des vies tronquées : le désastre de la dénutrition

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CHAPITRE 2
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La mondialisation a pesé d’un poids énorme sur la production agricole et le commerce des produits agricoles partout dans le monde, mue par une vision de systèmes intégrés dans lesquels les pays dépendent toujours plus du marché. Entre 1974 et 2004, le volume de vivres importés par les pays à revenus faibles ou moyens a doublé – la proportion des produits alimentaires transformés augmentant nettement plus vite que celle des produits primaires. La mondialisation a aussi ouvert de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités pour les multinationales de l’agroalimentaire et fortement contribué à renforcer les débouchés de leurs produits et leurs activités de publicité et de marketing. Dans les pays à revenus faibles ou moyens, quelques forces biologiques extrêmement subtiles sont à l’œuvre derrière le problème croissant de l’obésité. Pendant le temps qu’il passe in utero, le fœtus reçoit de sa mère des signaux concernant l’environnement dans lequel il viendra au jour, notamment quant à la probabilité d’une nourriture rare ou abondante, et ces signaux influencent la manière dont son métabolisme se constitue, via des « mécanismes épigénétiques ». Cependant, l’épigénome est également sensible aux indices environnementaux, qui permettent aux organismes de s’adapter à leur environnement. C’est par ce mécanisme que le bébé en développement d’une mère dénutrie « réglera son appétit de façon à privilégier les aliments à haute teneur en matières grasses », assurent les pédiatres Peter Gluckman et Mark Hanson. À côté des millions de personnes qui ne sont jamais rassasiées, peut-être 2 milliards d’individus dans le monde ont un régime alimentaire qui ne leur apporte pas les vitamines et minéraux essentiels. L’anémie chez l’enfant, par exemple, n’a été reconnue qu’assez récemment en tant que problème répandu, et il n’existait pratiquement pas de données à ce sujet avant 1995. Aujourd’hui, le taux d’hémoglobine fait partie des éléments que l’on mesure dans les enquêtes démographiques et sanitaires, dont il ressort que 60 % environ des enfants sont anémiques en Afrique subsaharienne. La carence en vitamine A, qui est la cause la plus courante de cécité dans les pays à revenus faibles ou moyens, touche environ 30 % des enfants, soit 163 millions d’entre eux. Deux tiers des enfants touchés sont en Asie centrale et du Sud, une région qui, avec l’Afrique de l’Ouest, accuse la prévalence la plus élevée en la matière. Plus de 1,7 milliard d’individus dans le monde souffrent de carence iodée, qui peut occasionner un retard de croissance et d’autres anomalies au niveau du développement, et constitue l’une des causes les plus courantes de handicap et de retard mental chez l’enfant, partout dans le monde. En 2005, la Banque mondiale a estimé à 80 milliards de dollars É-U par an le coût de la malnutrition pour l’économie mondiale. Pour la seule économie indienne, ce coût a atteint au moins 10 milliards de dollars par an, soit 2 à 3 % du PIB. Au niveau de la famille, qui est l’échelon de base, le spectre de la faim peut aussi accentuer et perpétuer la pauvreté. Les familles se voient ainsi forcées de vendre leurs biens, notamment leurs terres et leur bétail, et doivent souvent retirer leurs enfants de l’école. Les causes de la faim et de la sous-alimentation sont complexes et englobent des facteurs structurels tels que le manque d’investissement dans l’agriculture, les changements climatiques, la

Les images les plus fortes du triste spectacle de la faim sont celles de personnes affamées dans des lieux où les étals des marchés sont encore bien fournis. La pauvreté, qui met la nourriture hors de portée de la population, est la principale cause de la sous-alimentation. Outre les bouleversements économiques, les conflits et les déplacements ont aggravé la pauvreté dans de nombreuses régions du monde. Largement plus de la moitié de la population de la République démocratique du Congo vit aujourd’hui dans une pauvreté extrême. Dans ce pays d’abondance tropicale où les terres sont fertiles, la moitié des enfants sont en état de sous-alimentation chronique et un sur dix souffre de malnutrition aiguë. Une autre pièce maîtresse du puzzle est la maladie, qui, en plus d’être une cause directe de la dénutrition, accentue l’état de pauvreté. Ainsi, le VIH, qui touche surtout les jeunes adultes, peut avoir un effet dévastateur sur les ménages. Les personnes qui n’ont pas accès à une eau potable ni à des installations d’assainissement sont vulnérables à tous les types d’infections. Les maladies diarrhéiques causées par l’eau contaminée et la mauvaise hygiène tuent chaque année plus de 2 millions de personnes, principalement de jeunes enfants. L’une des causes les plus pernicieuses de la malnutrition est la discrimination contre les femmes. On estime que 60 % des personnes sous-alimentées dans le monde sont des femmes, et, dans certains pays, les filles risquent deux fois plus que les garçons de mourir de malnutrition et de maladies évitables de l’enfance. Dans de nombreux pays, les familles considèrent que les filles sont un fardeau économique et s’efforcent de les marier à un âge précoce, parfois même avant la puberté. C’est en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud que cette pratique est la plus courante. Les grossesses précoces donnent un coup d’arrêt au développement physique des adolescentes et font courir un risque accru de donner naissance à un bébé en déficit pondéral. Les interventions utiles au niveau macro-économique consistent à investir dans l’agriculture, l’eau et l’assainissement, les soins de santé, la sécurité sociale et les actions déployées pour atténuer les effets des changements climatiques et réguler les marchés mondiaux. La période entre la conception de l’enfant et sa naissance ayant une immense influence, il est très important pour le bien-être de la mère comme de l’enfant que les femmes enceintes soient correctement nourries. L’allaitement au sein joue un rôle critique dans l’alimentation des bébés et des très jeunes enfants. Cependant, pour toutes sortes de raisons qui vont de la mode à la mauvaise compréhension de la technique d’allaitement et au manque d’opportunités ou de soutien, la proportion des bébés exclusivement allaités au sein pendant les six premiers mois de vie, comme recommandé par les professionnels de la santé et de la nutrition, par l’OMS et par l’Unicef, atteint rarement les 50 %.

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Des vies tronquées : le désastre de la dénutrition

CHAPITRE 2
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volatilité du prix des carburants, la spéculation sur les marchandises et l’action fluctuante des forces qui animent le marché mondial.

CHAPITRE 2
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Traditionnellement, les millions d’enfants n’ayant pas bénéficié de l’alimentation dont ils avaient besoin et qui sont tombés gravement malades ont été accueillis à l’hôpital, où on leur a fait absorber un mélange de lait en poudre, d’huile et de sucre. Avec la mise au point d’une formule enrichie à base de lait déshydraté appelée F100, le traitement de la malnutrition aiguë sévère a été grandement facilité. Aujourd’hui, le gros avantage de la pâte alimentaire Plumpy’nut réside dans le fait qu’elle permet de traiter la malnutrition aiguë sévère des enfants à la maison. Cependant, le débat autour des aliments prêts à l’emploi continue de soulever les passions, surtout depuis que la Gestion communautaire de la malnutrition aiguë, initialement mise au point pour assurer une alimentation d’urgence, fait de plus en plus partie des activités ordinaires déployées dans la lutte contre la malnutrition et a été intégrée aux services de santé de pays toujours plus nombreux. C’est une chose dont se félicitent certains nutritionnistes pour qui la malnutrition aiguë est souvent un problème endémique qui ne commence pas et ne prend pas fin avec les crises. D’autres, en revanche, craignent de voir les aliments prêts à l’emploi porter préjudice non seulement à l’allaitement au sein, mais aussi aux habitudes alimentaires traditionnelles. Le gros de l’aide étrangère destinée à alimenter les victimes de la faim et les personnes sousalimentées continue de provenir des budgets humanitaires des donateurs, qui sont entièrement dissociés de leur budget de développement. Les fonds destinés à l’action humanitaire sont généralement mobilisés pour le court terme, car ils sont utilisés pour faire face à une crise immédiate et dans un but bien précis. Rien, ou presque, n’est fait pour établir ou renforcer les capacités des ministères nationaux de la santé de gérer ce qui constitue souvent un problème endémique susceptible, le cas échéant, d’engendrer une situation de crise. De tels fonds n’offrent habituellement qu’une possibilité d’action limitée, puisqu’ils ne visent que la partie la plus visible du problème, tandis que les activités courantes d’un pays dans la lutte contre la faim et la malnutrition ne bénéficient que d’un soutien limité ou n’ont aucun soutien. Sue Armstrong, auteur d’ouvrages sur la santé et la science et animatrice d’ émissions de radio et de télévision sur ces thèmes a rédigé le chapitre 2. Le texte de l’encadré a été rédigé par Susan Nickalls, journaliste spécialisée dans les questions de développement.

Progression de la faim et de la malnutrition dans les pays occidentaux riches
La faim et la malnutrition ne se cantonnent certainement pas aux pays à faibles revenus. En 2010, aux États-Unis, ce sont 5,7 millions de personnes sur une population de 311 millions qui ont reçu chaque semaine une aide alimentaire d’urgence grâce à Feeding America, le principal organisme de bienfaisance du pays dans le domaine de la lutte contre la faim. Dans l’Union européenne, un citoyen sur six dans les 27 États membres – ce qui représente environ 80 millions de personnes – vit sous le seuil de pauvreté, que l’on situe à 60 % du revenu médian. Inévitablement, cela signifie que les personnes qui ont de maigres revenus ne peuvent pas toujours se procurer des aliments nutritifs. Et ce n’est pas toujours le manque de nourriture qui est à l’origine de la malnutrition, puisque consommer en trop grande quantité des aliments non recommandés est tout aussi nocif. L’obésité dans les pays développés a atteint les proportions d’une épidémie. C’est aux ÉtatsUnis que la prévalence de l’obésité est la plus forte, avec 26,7 % de la population adulte. Au Royaume-Uni, les prévisions situent à 60 % la proportion d’obèses dans la population adulte d’ici à 2050. La surcharge pondérale est devenue la norme pour certains adultes, un quart d’entre eux et 10 % des enfants étant désormais obèses. En dépit de vastes campagnes parrainées par le gouvernement en faveur d’une alimentation saine, nombre de personnes à faibles revenus n’ont pas les moyens d’acheter le type d’aliments que recommandent les experts de la santé, ou ne savent pas préparer des repas nutritifs. Les ménages défavorisés consacrent une forte proportion de leurs revenus à l’alimentation. Les personnes qui ont peu de moyens ont tendance à acheter et consommer des aliments antidiététiques, à forte teneur énergétique et pauvres en nutriments. Les calories qu’apportent les aliments à forte teneur en matières grasses, sel et sucre sont jusqu’à dix fois moins chères que celles que procurent les fruits et légumes. Ces 30 dernières années, l’activité des banques alimentaires des États-Unis et de l’Europe a connu une énorme progression. Dans la seule ville de New York, City Harvest, qui est l’un des principaux organismes de récupération d’aliments au monde et dont la création remonte à 1982, offre chaque semaine de quoi se nourrir à plus de 300 000 personnes. Beaucoup sont des familles qui se trouvent dans une situation oscillant entre pauvreté et autosuffisance et ne parviennent pas à s’en extraire. Chaque année, City Harvest récupère plus de 12 000 tonnes d’excédents de l’industrie alimentaire et de la distribution en vue de les redistribuer. Cette utilisation de la nourriture qui, sans cela, serait perdue, a été adoptée par de nombreux pays du monde. La Fédération européenne des banques alimentaires (FEBA) – un mouvement né en France en 1984 et aujourd’hui actif dans 18 pays européens – rassemble 241 organisations. Néanmoins, malgré la bonne volonté de leur personnel, les banques alimentaires ne peuvent pas agir sur les causes fondamentales de la faim – pauvreté et inégalité. Des gouvernements pourraient d’ailleurs prendre prétexte de l’existence de ces banques pour se soustraire à leurs responsabilités. Au vu du peu d’entente et de réflexion concertée sur les politiques à mener, les banques alimentaires pourraient prendre plus de place encore et voir grossir les rangs de leurs bénéficiaires à mesure que la récession continue de sévir et que davantage de services sociaux sont amputés.

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Des vies tronquées : le désastre de la dénutrition

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CHAPITRE 3

L’instabilité persistante des prix met en question la dépendance à l’égard des marchés alimentaires mondiaux
Après des décennies de stabilité, les cours internationaux des principales céréales ont commencé à augmenter en 2007 pour ensuite doubler au début de 2008. En l’espace d’un an, les cours mondiaux du blé ont augmenté de 150 %, ce qui a plus que doublé le prix du pain, tandis que le prix élevé du pétrole grevait les coûts du transport et des produits manufacturés. La hausse des prix a entraîné une aggravation massive de l’insécurité alimentaire dans le monde. Selon les estimations de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), celle des produits alimentaires avait à ce point accentué la faim dans le monde à la fin de 2008 que le nombre des victimes de la faim devait atteindre le milliard d’individus en 2009 – un niveau sans précédent. Les pauvres des zones rurales et des villes dépensant jusqu’à 80 % de leurs revenus pour se nourrir étaient les plus durement touchés. La hausse des prix des produits alimentaires a entraîné des troubles civils dans une trentaine de pays. En Haïti, les désordres sociaux ont conduit au renversement du gouvernement, tandis que des manifestants ont été tués au Cameroun, au Mozambique et au Sénégal. Au niveau international, les cours des denrées alimentaires ont fléchi durant le second semestre de 2008 et en 2009, conduisant certains observateurs à croire que la crise était un accident. Mais la reprise de l’inflation en 2010-2011 est venue confirmer que le monde était confronté à un problème majeur d’instabilité des marchés agricoles et de volatilité des prix des denrées alimentaires. Treize personnes ont été tuées dans de nouvelles émeutes de la faim au Mozambique, et le prix des aliments a été l’un des éléments déclencheurs des vagues de protestation qui se sont répandues dans

Distribution de vivres dans le village de Buge, dans la région de Wolayita en Éthiopie, un pays qui fait face à une insécurité alimentaire chronique et où des millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim en raison de l’augmentation du prix des produits alimentaires. Or, l’Éthiopie est l’un des nombreux pays où la terre est de plus en plus utilisée pour la culture de récoltes destinées à produire des agrocarburants plutôt que des aliments ; d’où la nécessité de recourir à une aide alimentaire et d’importer des produits alimentaires onéreux.
© José Cendon/ Fédération internationale

le monde arabe au début de 2011.

Lorsqu’une catastrophe frappe une région où les enfants souffrent déjà de malnutrition, c’est un cercle vicieux qui s’installe. Les enfants sont moins bien armés pour faire face aux conséquences sociales et physiques des catastrophes. Leur développement à long terme, déjà compromis par la malnutrition, le sera aussi de façon indirecte si, par exemple, leur famille n’a pas les moyens de les laisser à l’école. La hausse des prix des denrées alimentaires a été attribuée à la baisse de la production et au faible niveau des stocks mondiaux, à la demande croissante des pays émergents, à la montée en puissance des agrocarburants, aux mesures commerciales (interdiction d’exporter) prises par certains pays, sans oublier la spéculation financière.

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Le commerce du maïs, du riz et du blé en grains est entre les mains d’un petit nombre de pays exportateurs. Le riz est une denrée particulièrement sensible car seule une faible proportion de la récolte mondiale est destinée au commerce international. Toute baisse de production des céréales exportables liée aux changements climatiques et tout changement dans les politiques des principaux pays exportateurs de céréales se répercutent de manière sensible sur les marchés mondiaux. Les stocks mondiaux de denrées alimentaires ont légèrement augmenté en 2009-2010, mais la FAO estime qu’ils ont depuis lors diminué de 479 millions de tonnes en 2011. Après presque deux décennies de prix stables et bas, le maintien de stocks régulateurs par les gouvernements a perdu de son attrait. Le secteur privé et les institutions financières internationales considèrent que le maintien de stocks publics est coûteux et inefficace. Dans le même temps, la pratique croissante du « flux tendu » et la certitude de pouvoir compter sur les réserves mondiales pendant de nombreuses années ont encore accentué la réduction des stocks. Le prix des produits agricoles alimentaires et celui de l’énergie sont de plus en plus liés en raison de la dépendance de la production agricole et des transports à l’égard des combustibles fossiles. Selon le département américain de l’Agriculture, un doublement des prix des composantes de la production agricole à forte intensité énergétique, dont les engrais et les combustibles, a entraîné une augmentation des coûts de production du maïs et du soja aux États-Unis. Cependant, les liens entre l’énergie et les produits alimentaires se sont resserrés de façon spectaculaire en raison de la hausse de la demande de céréales secondaires pour la production d’agrocarburants aux États-Unis et dans l’Union européenne. Aux États-Unis, la loi de 2007 sur l’énergie a pratiquement quintuplé l’objectif de production d’agrocarburants, porté à 35 milliards de gallons (plus de 132 milliards de litres) d’ici à 2022. Le développement de l’industrie des agrocarburants dans les pays riches a encouragé celui des cultures énergétiques dans les pays à revenus faibles ou moyens, parmi lesquels de nombreux pays souffrant d’insécurité alimentaire tels que l’Éthiopie ou le Mali, qui ont vu exploser les investissements dans la production d’agrocarburants. La flambée des prix des denrées alimentaires a été attribuée à la croissance de la Chine, de l’Inde et d’autres économies émergentes. Cependant, la demande de nourriture ne fluctue pas de manière significative avec le niveau de revenus, même si des revenus plus élevés entraînent un accroissement de la demande d’aliments de meilleure qualité, et en particulier de viande. L’Inde et la Chine sont toujours des pays exportateurs nets de céréales. L’Union européenne, en revanche, est restée le plus gros importateur d’oléagineux et le cinquième plus gros importateur de céréales en 2007-2008. Il se peut que la mise en évidence de la demande grandissante de céréales ait alimenté la spéculation sur les marchés de produits alimentaires. La déréglementation des marchés financiers a eu pour effet d’éliminer les restrictions concernant la spéculation sur les marchés à terme de produits agricoles, permettant la création d’un certain nombre de produits financiers nouveaux.
Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – L’instabilité persistante des prix met en question la

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Quant à la production alimentaire, on a observé une croissance en recul sous l’effet de l’appauvrissement des ressources – dégradation des terres et épuisement des ressources en eau – mais aussi des changements climatiques. Chaque année, 5 à 10 millions d’hectares de terres agricoles sont perdus du fait de la dégradation des sols qu’entraînent les pénuries d’eau.

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De plus, suite à l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis et constatant le faible niveau des stocks mondiaux de grains, les investisseurs ont vu dans l’industrie alimentaire une opportunité de diversifier leurs portefeuilles. Parmi les mesures de nature à réduire la pression sur les marchés alimentaires mondiaux figurent la limitation des menées spéculatives par la réglementation des marchés financiers et l’imposition de restrictions sur les produits financiers, ainsi que l’abandon des objectifs de production d’agrocarburants et des subventions en la matière. Dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui, des forces considérables favorisent un climat de volatilité : la sécurité énergétique des pays riches, l’instabilité politique des pays exportateurs de pétrole, les pratiques des organismes financiers guidées par la recherche du profit, et les changements climatiques. Il paraît improbable, même si la volonté politique existait, que l’on puisse agir simultanément sur tous les facteurs favorisant cette volatilité. À l’échelle mondiale, les prix des denrées alimentaires resteront volatils même si l’on peut escompter des périodes de stabilité – ce qui contraste fortement avec l’idée entretenue depuis 30 ans selon laquelle les prix des produits alimentaires resteront stables et modérés. La crise alimentaire mondiale de 2008 a été moins « mondiale » qu’on ne le pense généralement. Quelques pays, comme l’Indonésie, ont réussi à empêcher la transmission des effets de cette crise au marché interne par des interdictions d’exportation, des stocks publics, un contrôle sur les prix et des restrictions à la spéculation. Le succès des mesures prises pour limiter l’inflation intérieure a été conditionné avant tout par la capacité des gouvernements à maîtriser la disponibilité des denrées sur le marché interne et à réglementer les marchés. D’autres facteurs ont également contribué à limiter la transmission des effets de la crise sur les prix, notamment le faible niveau de dépendance à l’égard des importations et l’existence de vastes stocks publics, réduisant la spéculation et la thésaurisation. Dans nombre de pays pauvres, spécialement en Afrique subsaharienne, la volatilité saisonnière constitue une menace pour les moyens de subsistance de millions de personnes, quel que soit le niveau des prix. En fait, pour de nombreux pays africains qui sont dans l’urgence, la volatilité des prix sur les marchés internes pèse davantage que l’instabilité des prix à l’échelle internationale. De nombreux gouvernements ont tenté de protéger leurs citoyens pauvres en mettant en place de vastes filets de sécurité. Ainsi, l’Inde et l’Indonésie ont trouvé le moyen d’établir de solides synergies entre la protection sociale et l’aide à la production vivrière, généralement liées à la gestion des stocks publics. Les transferts d’espèces peuvent se révéler très efficaces dans la lutte contre la faim, notamment grâce à leurs effets multiplicateurs sur l’économie et la stimulation de la production alimentaire locale et du commerce des produits. La hausse des prix des denrées alimentaires, par contre, nuit à leur efficacité. La combinaison de l’apport d’espèces et de stocks alimentaires dans les programmes axés sur la mise en place de filets de sécurité et l’indexation des transferts d’espèces sur l’inflation peuvent

Les prix élevés des denrées alimentaires et du pétrole ont considérablement augmenté les coûts opérationnels du Programme alimentaire mondial (PAM). L’accroissement historique du budget du PAM en 2008 a permis de venir en aide à 20 millions de bénéficiaires en plus, portant ainsi le total à 100 millions. Mais c’est un succès en demi-teinte quand on sait que, sous l’effet de l’augmentation des prix des denrées alimentaires, 109 millions d’êtres humains sont venus grossir les rangs des victimes de la faim. Lorsque les prix des produits alimentaires se sont envolés, les décideurs ont compris qu’il était important d’accroître la production alimentaire pour tirer parti des bonnes perspectives du marché. Les efforts déployés à cet effet ont notamment été : nn exonérations fiscales, des ristournes, des subventions et des intrants agricoles des nn exonérations fiscales ou des subventions pour la consommation énergétique des sysdes tèmes d’irrigation nn mesures de soutien des prix aux producteurs des nn passation de marchés publics pour la distribution de vivres, les ventes subventionnées et la les stocks nationaux nn soutien à l’octroi de crédits et d’assurances, l’annulation des dettes des agriculteurs un nn aide à la gestion de la chaîne de valeur et aux informations sur le marché une nn soutien aux infrastructures d’irrigation et de stockage. un Dans le cadre de son « Initiative sur la flambée des prix des aliments », la FAO a distribué des intrants agricoles à quelque 370 000 petits exploitants dans plus de 80 pays, tandis que la Banque mondiale en a aidé 20 autres de la même manière. Dans des pays dotés de systèmes de passation de marchés publics, comme le Bangladesh et l’Inde, les gouvernements ont acheté du riz à un prix supérieur et versé des subventions aux agriculteurs pauvres. Même si l’on prenait demain des mesures appropriées pour limiter la volatilité des prix des produits alimentaires, de sérieuses incertitudes subsisteraient, comme le prix du pétrole et les aléas climatiques. D’où l’importance de ne plus s’en remettre aux marchés alimentaires mondiaux pour l’approvisionnement en aliments bon marché. Faire face aux prix alimentaires élevés sur les marchés mondiaux est toujours plus aisé pour les pays disposant des ressources, des institutions et des mécanismes leur permettant de soutenir la production, de gérer la disponibilité vivrière nationale et d’éviter que les prix sur le marché mondial ne se répercutent sur le marché interne. Le coût élevé des systèmes publics intégrés a souvent été invoqué à l’appui de la libéralisation des secteurs de l’alimentation et de l’agriculture, mais des moyens existent qui permettent de réduire le coût des stocks physiques. Les avantages d’une intervention du secteur public dans ces secteurs, tant pour la population que pour l’économie et le secteur agricole, méritent d’être pris en considération.

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garantir l’efficacité de ces filets. Mais cela paraît insuffisant pour faire face à la volatilité des prix. Il faut par conséquent envisager de combiner ces options avec une politique de stabilisation des prix et des mécanismes de constitution de stocks.

CHAPITRE 3

Figure 2 Indice FAO des prix des produits alimentaires 2001–2011
250.0 200.0 150.0 100.0 50.0 0.0 2001 2002 2003 2004 2005 Année
Source : FAO, 2010. L’indice FAO des prix (au comptant) des produits alimentaires mesure la variation mensuelle des cours internationaux d’un panier de denrées alimentaires composé de produits laitiers, de viande, de sucre, de céréales et de graines oléagineuses.

Indice

2006

2007

2008

2009

2010

L’auteur du chapitre 3 est Frédéric Mousseau, Directeur des politiques à l’Institut Oakland.

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Selon les prévisionnistes, nourrir une population mondiale qui passera de 7 milliards à plus de 9 milliards d’individus d’ici au milieu du siècle, tout en prenant en compte l’évolution de la demande alimentaire exigera un doublement de la production alimentaire mondiale. Le réchauffement de la planète et la modification des régimes pluviométriques devraient compromettre la production alimentaire dans les régions du monde vulnérables au plan nutritionnel, et notamment dans une bonne partie de l’Afrique. Les efforts déployés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre conduisent à convertir les terres arables africaines en terres de culture de biomasse, comme la canne à sucre, le jatropha et le manioc. Après avoir été ignorées pendant des années, la production agricole et la sécurité alimentaire sont à nouveau des thèmes majeurs du débat international et apparaissent comme des opportunités d’investissement. Au sommet du G8 en Italie en 2009, les dirigeants mondiaux se sont engagés à employer d’urgence tous les moyens nécessaires pour parvenir à la sécurité alimentaire dans le monde. La finalité de l’agriculture n’est pas de produire des aliments, et encore moins de faire de l’argent, mais de réaliser le droit à l’alimentation. Et si en faire une activité profitable et productive peut certainement aider, le résultat n’est pas acquis pour autant. Il faut craindre que les investissements destinés à assurer la sécurité alimentaire dans certains pays ne portent atteinte à cette même sécurité dans d’autres, surtout pour les pauvres. Sachant combien les spéculateurs s’intéressent au profit que peut leur apporter un secteur agroalimentaire renaissant, il est urgent de prendre ces craintes en considération. Les investisseurs alimentent l’expansion du soja en Amérique latine, qui servira en grande partie à nourrir le bétail dont la viande nourrira à son tour les nouveaux riches chinois, et placent leurs avoirs dans la production d’agrocarburants en Afrique. Mais cela apportera-t-il la prospérité à l’Afrique subsaharienne ? Le problème de la faim ne sera-t-il pas plutôt aggravé ? Un argument plaide pourtant en faveur des investissements de toute nature dans l’agriculture : les plus pauvres en profitent souvent. Selon une estimation, 60 % des terres non cultivées mais potentiellement arables dans le monde sont en Afrique. Cependant, près de la moitié des récoltes annuelles de céréales est convertie en agrocarburants ou destinée au bétail pour la production de viande ou de produits laitiers – une méthode
Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Stabiliser les moyens d’existence grâce à

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Une femme arrose des légumes dans un champ à Kipushi, dans la province du Katanga (République démocratique du Congo). Les membres de la communauté travaillent les champs pour gagner de l’argent et pour améliorer l’état nutritionnel de leur famille.
© Giacomo Pirozzi/UNICEF

Stabiliser les moyens d’existence grâce à l’agriculture et à la protection sociale

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extrêmement inefficace de nourrir la population humaine puisqu’il faut huit calories végétales pour obtenir une calorie de bœuf. L’élevage de bétail occupe aujourd’hui 80 % des terres agricoles de la planète. Par ailleurs, on estime que 30 % de l’ensemble des récoltes sont perdues, soit parce qu’elles sont victimes des nuisibles, soit parce qu’elles pourrissent dans des entrepôts. Dans les grands pays, il n’est pas rare que des produits alimentaires transformés soient jetés. Il est crucial de se donner les moyens d’y remédier. Si on réussit à réduire de moitié la nourriture gaspillée d’ici à 2050, on diminuera d’un quart le volume de nourriture nécessaire. Quelles que soient les défaillances du système alimentaire mondial actuel, il est essentiel d’investir davantage dans l’agriculture. La grande question qui se pose, principalement en Afrique, est celle de savoir si les investissements agricoles doivent cibler les petits exploitants et les pasteurs ou encourager l’agriculture à grande échelle et à forte intensité de capital. Les tenants de l’agriculture à grande échelle font valoir que les efforts de promotion de l’agriculture ont échoué en Afrique subsaharienne, où la production alimentaire par habitant n’a que tout récemment retrouvé son niveau du début des années 60 ; pendant ce temps, la production par habitant a augmenté de 100 % en Asie et de 60 % en Amérique latine. Ils attribuent ce résultat au fait que l’agriculture africaine est restée dans les mains des petits paysans. Selon eux, l’Afrique a besoin d’une révolution comparable à celle qui a transformé l’Asie et l’Amérique latine il y a plus d’une génération. Pour beaucoup, le modèle à suivre est celui du Brésil, qui est parvenu à transformer des prairies autrefois laissées à l’abandon en des terres consacrées à l’industrie agroalimentaire, totalisant 70 % de la production agricole du pays – l’un des succès les plus marquants de la pratique agricole dans le monde. L’autre argument est le fait que les rendements des petites exploitations à forte intensité de main-d’œuvre sont souvent plus élevés que ceux des exploitations à forte intensité de capital. Les expériences faites en Inde et ailleurs en Asie montrent que les petits paysans obtiennent toujours des rendements supérieurs à ceux des grandes exploitations. Étonnamment, l’idée selon laquelle les petites exploitations agricoles sont ce dont l’Afrique a besoin recueille, au moins en théorie, une large adhésion. Cependant, des rendements élevés n’ont pas d’intérêt si l’on ne dispose pas des moyens de commercialiser les produits. En 2002, la conjonction de conditions météorologiques favorables et de l’introduction de nouveaux types de semences et d’engrais s’est traduite par une récolte record de maïs en Éthiopie. Il en a résulté un excédent qui a fait chuter les prix de 80 %. L’une des raisons principales du marasme des petites exploitations agricoles dans de nombreuses régions africaines est le démantèlement des infrastructures dont elles ont besoin pour fonctionner, souvent réalisé au nom de l’ajustement structurel et de la liberté des échanges. Les dépenses publiques consacrées à l’agriculture par les gouvernements des pays à revenus faibles ou moyens, surtout en Afrique, ont reculé en termes absolus et aussi en proportion du volume total des dépenses publiques, chutant souvent sous les 5 %. Les gouvernements africains ont

En 2003, les dirigeants africains ont pris l’engagement de relever à 10 % la proportion de leur budget allouée à l’agriculture. Seulement sept nations sur 53 avaient tenu cet engagement en 2008. Les promesses d’aide à l’agriculture venant à la fois de gouvernements donateurs et d’institutions multilatérales ont été réduites de moitié entre le milieu des années 80 et le tournant du millénaire, pour atteindre un niveau plancher de 3,4 % du volume total de l’aide. Des signes de redressement ne sont apparus que tout récemment. Comment investir dans les petites exploitations ? La réponse tient dans l’expression « intensification durable » – à savoir le développement de formules innovantes favorisant la productivité sans détruire les ressources naturelles dont elle dépend. Le Malawi, par exemple, a radicalement dopé ses rendements de maïs suite à la distribution de « coupons d’engrais ». Désormais, plus d’un million et demi d’agriculteurs du Malawi peuvent utiliser de tels coupons pour acheter deux sacs d’engrais à seulement 10 % du prix du marché. Ailleurs, une relance de la recherche de base sur les cultures africaines traditionnelles telles que le manioc, le pois cajan et le teff, s’est révélée très profitable. Les agriculteurs ont parfois ignoré les « experts ». Au Sahel, les agriculteurs se trouvant en bordure du désert ont stabilisé les sols et accru leurs rendements en plantant des dizaines de millions d’arbres, allant ainsi à l’encontre des conseils donnés par les agronomes étrangers. D’autres régions du monde ont également des réussites exemplaires à faire valoir. En l’espace de quelques décennies seulement, l’industrie laitière indienne est devenue la plus grande au monde en s’appuyant presque exclusivement sur les coopératives récoltant le lait auprès des éleveurs à la tête de petits troupeaux se nourrissant des céréales cultivées sur place. Les marchés urbains créent de nouvelles opportunités pour les petits exploitants agricoles. Pourtant, alors que le nombre de supermarchés et de centres commerciaux ne cesse d’augmenter, des pans entiers de l’industrie alimentaire restent hors de leur portée. À Addis-Abeba, par exemple, la majeure partie du lait et du miel vendus en ville ne vient pas des grandes entreprises commerciales, mais des petits exploitants écoulant leurs produits sur les marchés informels. Dans bon nombre d’endroits, des technologies telles que les téléphones cellulaires ont révolutionné la manière dont les petits agriculteurs peuvent accéder au marché, surveiller l’évolution des prix, et ainsi pénétrer les marchés d’exportation traditionnellement dominés par de grandes entreprises commerciales. L’expression la plus évidente de l’appétit d’investissement des forces commerciales à l’œuvre dans l’agriculture est aujourd’hui « l’accaparement des terres ». Cette expression fourre-tout désigne l’introduction de grandes exploitations agricoles à forte intensité de capital dans le paysage traditionnel des petits agriculteurs et des bergers de l’Afrique.

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concentré leurs investissements sur les compagnies aériennes, les entreprises industrielles et les ouvrages d’infrastructure urbaine.

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Des dizaines de gouvernements, notamment en Afrique, ont commencé à courtiser les agriculteurs et les capitaux étrangers avec des offres bon marché de location à bail de vastes étendues de terres fertiles, dans l’espoir de donner un coup de fouet à leur économie agricole. Les « accaparements de terres » ont fait ressortir l’un des problèmes majeurs auxquels se heurtent les petits agriculteurs, à savoir les droits fonciers : beaucoup de terres n’appartiennent officiellement à personne ou sont la propriété du gouvernement central. L’idée selon laquelle les marchés auraient la capacité de mettre un terme à la pauvreté et aux vulnérabilités de toutes sortes aura prévalu pendant plus de deux décennies ; aujourd’hui, cette perception apparaît de plus en plus comme erronée. Certaines stratégies d’accroissement de la production agricole fondées sur le marché peuvent en fait désavantager les populations les plus exposées au problème de la faim. Pour le bien-être individuel, la cohésion sociale et la stabilité politique, il est essentiel de pouvoir compter sur un régime de protection sociale financé par les pouvoirs publics. Pour faire face au problème du prix élevé des produits alimentaires, de nombreux gouvernements ont depuis longtemps pris l’habitude de subventionner les aliments de base que sont le pain, le blé et le riz. On peut également citer les programmes traditionnels « vivres contre travail », centrés sur les travaux publics. Ils sont cependant en perte de vitesse. Aujourd’hui, la protection sociale prend parfois la forme de distributions d’aliments enrichis à des groupes particuliers tels que les mères allaitantes, les nourrissons et les personnes souffrant de tuberculose ou vivant avec le VIH. Avec la mise en question des effets et du rapport coût-efficacité d’interventions à plus grande échelle, nombre de programmes ont été remplacés par des transferts directs d’espèces et des bons d’alimentation. À l’heure actuelle, le plus grand système de transferts d’espèces sous conditions est le système brésilien Bolsa Familia. C’est un système dans lequel une somme d’argent est versée aux bénéficiaires – habituellement des femmes – qui, en échange, doivent scolariser leurs enfants et donner leur assentiment à la vaccination et aux soins prénatals. Plus de 50 millions de personnes en bénéficient, et pourtant cela ne coûte que 0,5 % du PIB du pays. Des initiatives comparables sont actuellement menées en Afrique. C’est notamment le cas de la nouvelle initiative ghanéenne pour l’acquisition de moyens de subsistance dans la lutte contre la pauvreté, qui profite à 160 000 foyers pauvres par le biais de transferts d’espèces. Ce dont de nombreuses communautés ont réellement besoin, cependant, c’est d’une protection contre l’envolée des prix et les mauvaises récoltes. Dans les zones de faible latitude, il est à prévoir que la hausse des températures et la pluviométrie erratique se répercuteront directement et en profondeur sur l’agriculture. Les systèmes de protection sociale prennent fréquemment leur source dans des stratégies visant les pauvres des villes, et la question critique est donc celle de savoir quelles synergies mettre en place avec les petits agriculteurs. Cela peut s’avérer difficile car les politiques qui sont censées profiter aux producteurs, telles que le relèvement des prix, portent préjudice à d’autres. Un type d’intervention sociale qui est aujourd’hui bien accueilli est celui de la micro-assurance des cultures en fonction des conditions météorologiques. Les assurances classiques interviennent

L’auteur du chapitre 4 et de l’encadré est Fred Pearce, consultant spécialisé dans les questions d’environnement et de développement.

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pour dédommager les agriculteurs en cas de mauvaises conditions météorologiques, que l’on mesure au vu de la récolte. Mais outre leur caractère peu pratique, elles ont en effet pervers car elles favorisent les pratiques agricoles médiocres. Les nouveaux systèmes de micro-assurance simplifient le processus dans la mesure où le franchissement d’un certain seuil donne lieu à l’octroi d’un remboursement.

Le potentiel de productivité des femmes dans l’agriculture
Si la petite exploitation agricole est une ressource dormante qu’il s’agit de réactiver, l’impulsion viendra sans doute des femmes. Il se peut que l’affirmation largement reprise selon laquelle les femmes accomplissent jusqu’à 80 % du travail dans les exploitations africaines ne repose pas sur des recherches sérieuses. En même temps, les statistiques montrant que les femmes constituent 43 % de la main-d’œuvre agricole mondiale sousestiment peut-être leur rôle dans le maintien des jardins potagers. Quelle que soit la réalité, cependant, il est manifeste que les femmes jouent un rôle essentiel dans la plupart des petites fermes et dans bon nombre de grandes entreprises agricoles à caractère commercial. Ce sont elles qui apportent au foyer la majeure partie des aliments, qui cultivent les légumes et les céréales, et qui assurent l’élevage de la volaille. Les hommes se limitent souvent aux cultures de rapport, comme le café, ou à l’élevage, qui sont plus visibles dans les transactions et qui apparaissent dans les statistiques sur le commerce, l’emploi et la génération de revenus. Ce sont eux aussi qui ont essentiellement accès aux engrais et au crédit. L’aide à la recherche et à la vulgarisation agricoles est centrée sur les cultures « masculines » et cible les hommes. Des études faites par la FAO dans les années 80 ont révélé que seulement 5 % des services de vulgarisation publics s’adressaient à des femmes et que 15 % seulement du personnel de vulgarisation étaient des femmes. Le manque d’accès au crédit explique peutêtre dans une large mesure pourquoi les femmes sont plus réticentes à adopter de nouvelles techniques ou à utiliser des apports essentiels tels que les engrais. La culture et les lois, elles aussi, sont parfois un frein. Dans une bonne partie de l’Afrique, les femmes ne labourent pas la terre, et elles ne peuvent pas la posséder. Les fermes ayant une femme à leur tête ont aussi un cheptel plus modeste, généralement composé de volailles, de chèvres et de porcs plutôt que de bétail à cornes. Le manque de terres est l’une des raisons pour lesquelles les femmes sont dans une large mesure exclues de l’agriculture contractuelle et externalisée. Au Kenya, par exemple, les femmes détiennent moins de 10 % des contrats concernant les cultures externalisées pour l’exportation, comme les fruits et les légumes. Les femmes sont donc plus pauvres, elles n’ont pas accès à la terre, elles souffrent de discrimination sociale et politique, et sont victimes de violences sexistes et sexuelles. Les données de production révèlent ce résultat : au Burkina Faso, une étude a montré que les parcelles cultivées par des femmes présentaient une productivité inférieure de 30 % à celles cultivées par des hommes, même au sein d’un même ménage. L’agriculture enregistre de mauvais résultats en partie parce que les femmes n’ont pas les ressources et les opportunités qui leur permettraient d’utiliser au mieux le temps dont elles disposent. À mesure que l’agriculture mondiale emploie des techniques de plus en plus sophistiquées et s’engage de plus en plus dans la voie commerciale, les femmes risquent d’être toujours plus marginalisées. Cela doit changer. Réduire les inégalités entre les sexes est un objectif important non seulement pour les femmes, mais aussi pour la production agricole. Selon les estimations de l’IFPRI (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires), une amélioration de l’accès des femmes aux ressources pourrait faire progresser la production agricole d’au moins 10 %. Dans les fermes tenues par des femmes, la FAO entrevoit des gains de rendement pouvant atteindre 30 %. Et comme d’autres études montrent que les revenus générés par les agricultrices ont plus de chances d’être consacrés à l’alimentation et aux jeunes enfants, investir dans la promotion des femmes pourrait faire que les générations à venir soient en meilleure santé et mieux éduquées.

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Ce chapitre examine la nature changeante de la réponse humanitaire aux crises que traversent la sécurité alimentaire et la nutrition. Le prix des denrées alimentaires a son importance dans l’explication des crises humanitaires parce qu’il est un aléa en soi, qui fait partout courir des risques accrus aux populations vulnérables dont il peut entraîner la perte sous l’effet d’un choc de moindre intensité. Il complique en outre considérablement le redressement économique au lendemain d’une crise. Le nombre de crises déclenchées principalement par des facteurs climatiques ou environnementaux a également augmenté, et cette tendance devrait se maintenir dans la mesure où les effets des changements climatiques favorisent la volatilité des risques liés aux conditions météorologiques. Ensuite, les crises se prolongent de plus en plus. En 2010, 19 pays du seul continent africain ont déclaré avoir été en crise alimentaire pendant au moins huit des dix années précédentes. En 1990, seuls cinq pays faisaient état de ce type de crise prolongée. Enfin, si les crises liées à la sécurité alimentaire restent principalement un phénomène rural, des signes indiquent de plus en plus que le foyer des crises se déplace progressivement vers les zones urbaines. Les réponses données à ces crises ont surtout consisté à apporter une aide alimentaire ou un soutien sous forme de graines et d’outils aux régions agricoles. Une bonne partie de l’aide alimentaire a été fournie en nature par les donateurs et a fréquemment souffert de retards au niveau des achats et de l’acheminement. Les interventions visant à remédier à la malnutrition dans les situations d’urgence ont été limitées à l’apport de compléments alimentaires faits d’aliments enrichis et composés. Pendant de nombreuses années, la sécurité alimentaire et la nutrition ont été les deux facettes des réponses humanitaires apportées aux crises. Pourtant, on entend encore souvent dire que c’est trop peu, trop tard, voire inadéquat dans certains cas. Au cours de la décennie écoulée, on a beaucoup investi dans l’analyse des situations en matière de nutrition et de sécurité alimentaire lors des crises. Cela a donné lieu à des changements à différents niveaux. En gros, des mots tels que « famine » et « faim » ont été remplacés par « nutrition » ou « crise/urgence liée à la sécurité alimentaire », faisant la distinction entre les crises impulsées

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CHAPITRE 5
Helima Begum cherche des grains de riz dans la boue devant sa maison, qui a été gravement endommagée par le cyclone Sidr. Elle vit près de la mer avec son fils et sa belle-fille. « Il nous a fallu des années pour organiser notre vie et bâtir notre maison, dit-elle. À présent, tout est détruit ». Elle sait qu’elle risque de tomber malade si elle mange du riz avarié. « C’est toujours mieux que de mourir de faim », déclare-t-elle.
© Shehzad Noorani/ UNICEF

Les réponses à apporter à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition dans les crises

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par les maladies, l’envolée des prix ou la perte de revenus, plutôt que par des bouleversements environnementaux ou des conflits. L’évaluation de la sécurité alimentaire s’est considérablement améliorée. Un projet du Programme alimentaire mondial (PAM) a favorisé la mise au point d’une méthode d’évaluation sensiblement meilleure, assortie de techniques de compte rendu plus cohérent et plus transparent. Le Système intégré de classification par phases (IPC), mis au point par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et ses partenaires en Somalie a permis la création d’outils analytiques et d’un langage permettant de comparer différentes crises. Pendant près d’un demi-siècle, on s’est appuyé sur des indices nutritionnels pour mesurer la gravité des crises. Depuis de nombreuses années, cependant, il est souvent difficile d’interpréter quantitativement des termes tels que « faim » ou « malnutrition extrême », d’où la difficulté de définir la réponse la plus appropriée. En l’espace de la seule décennie écoulée, l’interprétation erronée des termes et la fausse représentation de la situation découlant des données nutritionnelles ont régressé à mesure que les évaluations se sont progressivement normalisées. Si la normalisation de l’évaluation de la nutrition et de la sécurité alimentaire dans les situations d’urgence se traduit par des données plus fiables, l’interprétation des données reste un problème. Il y a une dizaine d’années, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a défini le niveau de malnutrition aiguë d’une population (10 à 15 %) justifiant une urgence. Il est toutefois malaisé de déterminer la réponse la plus appropriée sans resituer les chiffres dans leur contexte ; c’est ce à quoi on s’est attelé plus récemment dans certaines enceintes. La portée de ces améliorations est en fait limitée. Et même lorsqu’elles sont mises à profit, des questions subsistent quant à la mesure dans laquelle une analyse plus fine peut se concrétiser au niveau de l’intervention. De nombreuses tentatives ont été faites ces quelque cinq dernières années pour améliorer l’éventail des options devant permettre de faire face aux crises liées à la sécurité alimentaire et à la nutrition. Aujourd’hui, de nombreuses options sont offertes, que l’on peut généralement classer de la manière suivante : nn actions qui s’attaquent aux symptômes de l’ insécurité alimentaire aiguë. Le changeLes ment le plus manifeste tient à l’usage nettement plus fréquent des transferts d’espèces en remplacement ou en complément de l’aide alimentaire. En procédant à des versements en espèces aux populations en proie à une insécurité alimentaire aiguë, non seulement on accélère la fourniture de l’aide (les transferts d’argent ne se font pas par bateau), mais aussi on met les populations concernées en mesure de déterminer elles-mêmes leurs priorités en fonction de leurs besoins. nn actions qui visent spécifiquement la malnutrition. La prise en charge communautaire de Les la malnutrition aiguë sévère met surtout l’accent sur l’amélioration de la couverture et sur la détection et le traitement rapides de ce stade de la malnutrition dans le but d’en enrayer la progression. En 2007, la prise en charge communautaire de la malnutrition aiguë sévère a été officiellement ratifiée par la communauté internationale comme la stratégie la plus appropriée pour traiter la malnutrition sévère dans les situations d’urgence et au-delà.

Il conviendra de mesurer les répercussions que l’évolution de ces actions a pu avoir sur l’allocation de ressources et la réduction de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition. Des cas isolés ont été étudiés en profondeur, ce qui a conduit à la réallocation de ressources et à un changement de politique (comme dans le cas de la prise en charge communautaire de la malnutrition aiguë sévère), mais il n’est pas vraiment possible de dresser un tableau général. L’essentiel des efforts s’est porté sur l’évaluation d’impact des interventions axées sur la sécurité alimentaire et la nutrition sur le terrain, et de plus en plus de programmes font l’objet d’évaluations. Selon un article paru récemment dans la publication Lancet, cependant, « peu d’informations ont été publiées sur les effets des interventions humanitaires en matière de nutrition, ou, plus précisément, sur les effets des interventions ciblant le problème de la nutrition dans les situations d’urgence ». Le résultat global doit se refléter dans les chiffres traduisant les changements dans la prévalence de la malnutrition ou dans ceux qui comptabilisent les victimes de l’insécurité alimentaire ; et ces chiffres donnent souvent un tableau en demi-teinte, même sur le court terme. La mortalité a clairement reculé dans la plupart des crises, mais le nombre de personnes piégées dans des crises qui s’éternisent est en hausse. Un certain nombre de facteurs influent sur l’insécurité alimentaire et la malnutrition. Ce sont notamment les pratiques des donateurs, les mécanismes de coordination et de responsabilisation, les contraintes en matière d’information et les changements qui interviennent sur les théâtres d’opérations : nn pratiques des donateurs dans le cadre des actions menées pour assurer la sécurité alimenLes taire. Nombre de pays donateurs ont levé toutes les conditions dont leur aide alimentaire était assortie, autorisant ainsi un recours bien supérieur aux achats locaux et régionaux, tandis que d’autres, dont les États-Unis – le principal donateur – ne l’ont fait qu’en partie. Les évaluations en temps réel de programmes en cours sont pratiquées dans une mesure croissante par les donateurs et les organismes d’exécution. Un examen récent des programmes mis en œuvre par le département du Développement international du Royaume-Uni souligne qu’ils s’appuient sur une meilleure préparation aux situations de crise, celles-ci étant mieux anticipées, qu’ils reflètent les efforts faits en termes d’innovation et de responsabilisation, et surtout, que les organisations humanitaires sont aujourd’hui dirigées de manière plus compétente.
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nn recours aux nutriments occupe également une plus grande place sur la scène de l’aide Le alimentaire, après que les donateurs et les institutions ont pris conscience de l’importance de ne pas se borner à nourrir les populations, et de leur fournir ce faisant une alimentation s’accordant avec les besoins nutritionnels. Cela étant, il est important que ces solutions faisant appel à la technologie ne constituent qu’un outil parmi d’autres pour remédier à la malnutrition en situation de crise, d’autres pouvant également avoir leur intérêt selon le contexte. nn actions qui étayent les moyens de subsistance. Cette option s’intéresse davantage à la Les compréhension des changements que les moyens de subsistance connaissent avec le temps et à ce qu’il est possible de faire pour favoriser les changements susceptibles de rendre les populations menacées plus résilientes et mieux à même de gérer des aléas multiples sans compromettre leurs propres ressources naturelles ou leurs moyens de subsistance.

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nn D’autres pratiques se sont révélées moins positives. Les questions contractuelles et de conformité sont de plus en plus complexes et posent un problème pour la rapidité d’intervention. nn années 2000 ont été marquées par une « politisation » croissante de l’aide – en ce Les sens que l’assistance était explicitement liée aux objectifs des donateurs quant aux critères politiques et sécuritaires en plus des critères de faim et de pauvreté, si ce n’est au lieu de ces derniers. Les gouvernements nationaux ont eux aussi davantage tendance à manipuler l’aide à des fins politiques. nn Coordination et responsabilité. La fin des années 90 a été témoin d’une professionnalisation de l’action humanitaire avec les Normes minimales pour les interventions lors de catastrophes du projet Sphère. Le « suivi axé sur les résultats » transparaît de plus en plus dans les politiques des donateurs et des institutions ; quant aux efforts déployés pour améliorer la responsabilité, ils ont marqué les programmes humanitaires de quasiment chaque secteur. nn L’Examen de l’intervention humanitaire de 2005 est à l’origine de la création d’un groupe sectoriel Nutrition chargé d’améliorer « la prévisibilité, la rapidité et l’efficacité de la réponse globale sur le plan de la nutrition » dont le chef de file est l’Unicef. L’intervention ciblée sur l’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants lors du tremblement de terre d’Haïti en 2010 est largement perçue comme un succès du groupe sectoriel Nutrition. 2010 a vu le lancement d’un nouveau groupe sectoriel mondial Sécurité alimentaire. nn Actions à court terme dans les crises qui se prolongent. Ces crises sont causées aussi bien par des conflits que par des facteurs climatiques, environnementaux, économiques ou en rapport avec la gouvernance. En 2010, la FAO/PAM a dénombré 22 pays connaissant une crise prolongée, représentant une population totale d’environ 450 millions. Sur l’ensemble, 160 millions étaient sous-alimentés en 2005-2007, soit près d’un sixième du total mondial des personnes exposées à l’insécurité alimentaire. Même si, dans les crises, on dénombre moins de pertes en vies humaines liées à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition, les actions menées pour répondre aux urgences humanitaires ne se sont pas améliorées dans la mesure souhaitée. Une évaluation complète des progrès réalisés dans ce domaine se fait attendre pour l’ensemble du secteur. Le gros obstacle est l’absence de progrès dans la voie d’un développement plus équitable et de moyens de subsistance plus durables pour les groupes les plus vulnérables. Depuis le sommet du G8 en 2009 à L’Aquila (Italie), on a vu se former un consensus grandissant quant à la nécessité de considérablement accroître l’assistance internationale mobilisée pour remédier à la faim et à l’insécurité alimentaire. Pour l’heure en tout cas, il faudra toutefois se contenter de l’aide humanitaire ou d’autres formes d’assistance à court terme. Les auteurs du chapitre 5 sont Dan Maxwell, professeur associé et directeur de recherche pour la sécurité alimentaire et les crises complexes au Centre international Feinstein de l’Université Tufts, et Kate Sadler, professeur adjoint et chercheur principal sur la nutrition dans le cadre des crises au Centre international Feinstein de l’Université Tufts. L’encadré a été rédigé par Marion Péchayre, consultante indépendante et doctorante à l’École d’ études orientales et africaines, Londres.

Inondations au Pakistan : la malnutrition est en fait présente à l’état chronique
Les inondations de 2010 ont recouvert d’eau quelque 70 000 km² des terres les plus fertiles du Pakistan, un pays dont l’économie repose essentiellement sur l’agriculture. Elles ont entraîné la perte de plus de 200 000 têtes de bétail et détruit d’énormes quantités de marchandises entreposées dont des millions de personnes auraient pu se nourrir. Très vite après la catastrophe, la malnutrition est apparue comme un problème clé. Pourtant, les enquêtes nutritionnelles effectuées au lendemain des inondations dans le Sindh et le Pendjab en octobre-novembre 2010 ont révélé des taux globaux de malnutrition aiguë et de malnutrition aiguë sévère comparables à ceux relevés en 1991 et 2001, ce qui tendrait à indiquer que le problème de la malnutrition n’a pas fondamentalement changé en raison des inondations. Il ne fait pas de doute que les déplacements massifs sont à l’origine de cas de maladies supplémentaires. Sous l’effet du manque d’eau potable et d’installations sanitaires, on a vu augmenter de façon notable les cas de rougeole et de maladies d’origine hydrique. Ces facteurs et le manque d’accès à un régime contenant suffisamment de micronutriments donnent à penser que les inondations ont constitué un sérieux facteur d’aggravation du taux global de malnutrition aiguë sévère. Malgré cela, environ deux mois après la catastrophe, les statistiques extraites des enquêtes de nutrition effectuée dans les zones inondées ne révèlent pas une augmentation spectaculaire des taux de malnutrition aiguë sévère par comparaison avec 2001. « Il n’y a pas de famine aiguë au Pakistan et la majeure partie de ce que l’on appelle la malnutrition aiguë globale observée à la suite des inondations résulte d’une sous-alimentation ancienne et d’un retard de croissance chez les plus pauvres parmi les pauvres », a indiqué le Dr Zulfiqar Ahmed Bhutta, professeur de pédiatrie à l’Université Aga Khan. « Un grand nombre d’institutions internationales et d’organismes de secours se concentrent essentiellement sur la distribution d’aliments nutritifs au lieu de s’intéresser aux activités à forte intensité de travail dont dépendent les stratégies de lutte contre la sous-alimentation maternelle et la mauvaise alimentation des nourrissons et des jeunes enfants. Il est plus aisé d’attester un taux élevé d’épuisement des fonds de secours en important des aliments nutritifs coûteux que de s’engager dans le laborieux processus qui consiste à agir sur les comportements par la mobilisation et le soutien aux communautés concernées. » La plupart des analystes s’accordent à reconnaître que la malnutrition est essentiellement un phénomène chronique au Pakistan. Elle pose un problème majeur de santé publique depuis des années, sans que l’État ait jamais procédé à des investissements majeurs pour y remédier ; seulement 2 % environ du PIB du Pakistan sont consacrés à la santé publique. Il est intéressant de noter qu’entre 2001 et 2010, le pourcentage de jeunes enfants présentant un retard de croissance est passé de 37,6 à 50 % au Pendjab et de 48 à 51,8 % au Sindh. Les retards de croissance s’expliquent principalement par le manque d’aliments nutritifs, d’eau potable et de structures de santé. Chacun de ces facteurs a été décrit comme problématique au lendemain de la catastrophe. Par conséquent, il est très possible qu’ils constitueront sur le long terme un facteur aggravant du retard de croissance. Il est certain que les plus pauvres d’entre les pauvres au Pakistan souffriront longtemps encore de la perte de biens, d’infrastructures et de réserves alimentaires. Cependant, il semble bien que cette catastrophe aura marqué un tournant non pas dans le sens d’une aggravation de la malnutrition, mais dans la prise de conscience par l’État d’un problème majeur de santé publique.

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CHAPITRE 6

Tous unis contre la faim – un manifeste pour le changement
Quelles politiques et quels partenariats les gouvernements, les donateurs et les institutions mondiales doivent-ils mettre en place pour renforcer le système alimentaire mondial et éradiquer la faim et la malnutrition ? Il est essentiel d’associer les personnes marginalisées, en particulier les petits agriculteurs, à l’élaboration des politiques en la matière. De nombreux projets d’aide sont conçus de telle sorte que les donateurs sont mieux informés que les bénéficiaires. Pourtant, cette aide est critique ; elle représente entre un tiers et la moitié du budget de l’agriculture d’un grand nombre de pays parmi les plus pauvres, pour lesquels elle revêt donc une immense importance. La plupart des pays doivent dépenser beaucoup plus à la fois pour l’agriculture et la protection sociale. Alors que les gouvernements africains s’étaient engagés en 2003 à allouer 10 % de leur budget national à l’agriculture, moins de dix d’entre eux s’y conforment. En même temps, seulement 20 % de la population mondiale a accès à une protection sociale formelle. Une réunion convoquée en 2008 par l’Union africaine recommandait que les États s’engagent à consacrer au moins 2 % de leur PIB à la protection sociale. Tous les gouvernements doivent s’engager à élaborer des plans de lutte contre la faim et la sous-alimentation. Pourtant, beaucoup n’ont même pas encore pris l’engagement de promouvoir la protection sociale, qui est particulièrement vitale dans les 20 pays du monde où vivent 80 % des enfants accusant un retard de croissance. Il importe par ailleurs de reconnaître les limites des programmes de protection sociale. Peu de ces programmes ont des solutions miracles à proposer dans la lutte contre la faim et doivent être complétés par des changements de politiques. Au Brésil, par exemple, lutter contre la faim nécessite de réduire les graves inégalités du pays, ce que les gouvernements successifs se sont refusés à faire. Les transferts d’espèces offrent de meilleures perspectives que l’aide alimentaire en termes d’effets multiplicateurs. L’argent que reçoivent les ménages est utilisé pour acheter des biens et des services qui, à leur tour, créent des emplois et génèrent des revenus pour ceux qui assurent ces services. S’agissant de nutrition, les transferts d’espèces devraient bénéficier aux enfants très tôt, la priorité allant aux enfants de moins de cinq ans et aux femmes enceintes, sous la forme d’allocations pour enfants et d’allocations maternité. Les gouvernements doivent s’assurer que les familles sont

Des militants de La Via Campesina participent, le 16 novembre 2009, à une manifestation en marge du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire organisé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à Rome. Pour la première fois dans l’histoire du monde, un milliard de personnes souffrent de la faim. © Giampiero Sposito/ Reuters

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Les gouvernements doivent revoir l’idée selon laquelle le crédit ne serait rien d’autre qu’un « bien privé » fourni par le secteur privé. Ils devraient soutenir davantage les programmes de garantie de prêts, de crédits subventionnés ou de capitaux pour les banques dont les pouvoirs publics détiennent des parts. Il ne suffit pas d’accroître les ressources, et ceci vaut en particulier pour la politique agricole. Les ministères de l’agriculture pèchent parfois tellement par inefficacité qu’une aide accrue peut facilement être gaspillée ou n’être simplement pas mise à profit. En Ouganda, par exemple, un tiers du budget de l’agriculture reste intact chaque année. La corruption est un des problèmes majeurs dont souffre l’agriculture puisque, dans certains pays, un tiers des allocations budgétaires dans ce domaine est dépensé sans qu’on puisse savoir comment. En dépit de la tendance à la décentralisation des dépenses publiques qui s’est dessinée au cours de la décennie écoulée dans de nombreux pays, on constate encore un surcroît de dépenses au niveau central – plus de 85 % au Malawi et en Zambie, par exemple – ce qui ne laisse pas grand-chose à dépenser sur le terrain. Il existe dans le monde un large consensus sur le fait que les gouvernements devraient investir davantage dans la recherche agricole. Cependant, on a plus ou moins oublié le Programme intégré pour le développement de l’agriculture en Afrique de 2003, par lequel les pays africains se sont engagés à doubler leurs dépenses annuelles en matière de recherche agricole dans les dix années à venir. La question de la problématique hommes-femmes est également fondamentale. Bien que les victimes de la faim soient en majorité des femmes et que celles-ci constituent l’essentiel de la maind’œuvre agricole en Afrique, on ne pourrait guère s’en douter à l’examen des budgets et des politiques agricoles des pays en développement, qui considèrent généralement que les agriculteurs sont des hommes. Il faut qu’une bonne partie (mais pas la totalité) de la politique agricole soit consacrée à soutenir les femmes. Et les gouvernements doivent également envisager d’améliorer le financement des services de garde des enfants. Les changements climatiques et l’agriculture durable sont des questions auxquelles les gouvernements n’accordent qu’un intérêt de pure forme. La réalité est que, dans la plupart des pays, l’agriculture « à forte consommation d’intrants », qui s’appuie sur un usage accru d’engrais chimiques et de pesticides, est toujours perçue comme la solution. Les agriculteurs disent souvent qu’ils veulent des engrais chimiques, lesquels permettent certainement des rendements supérieurs, et toute opposition pour motifs idéologiques aux engrais chimiques serait malvenue. Cependant, promouvoir une agriculture à forte consommation d’intrants comme modèle agricole dominant coûte cher à l’environnement. Dans l’agriculture, ce sont les engrais azotés qui portent la plus lourde responsabilité dans la production de gaz à effet de serre. Parallèlement, l’usage excessif de pesticides chimiques a souvent été à l’origine de la pollution de l’eau, ce qui nuit gravement à la santé des agriculteurs et tue les insectes utiles.

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correctement informées en matière de nutrition. Il faut en effet intégrer cette information dans les politiques car accroître la production de vivres ne garantit pas en soi une nutrition adéquate.

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C’est principalement à la suite de la flambée des prix des produits alimentaires, en 2008, que les donateurs ont recentré leur attention sur l’agriculture après deux décennies durant lesquelles ce secteur a non seulement été massivement sous-financé, mais aussi a été miné par un mouvement de libéralisation et de privatisation de grande ampleur qui a aggravé la situation économique de nombreux pays et marginalisé les petits agriculteurs. La plupart des donateurs ne sont pas revenus sur leur opposition inconditionnelle au régime de subventions, soulignant la nécessité de favoriser l’étalement dans le temps des mesures de libéralisation. Cependant, bien que les donateurs reconnaissent aujourd’hui le rôle « facilitateur » de l’État, ils sont toujours réticents à l’idée d’une plus grande intervention des pouvoirs publics. Cela alors qu’il a été constaté, notamment dans une bonne partie de l’Asie durant les années 70 et 80, que là où les réformes agricoles ont donné lieu à une croissance généralisée, les pouvoirs publics y avaient souvent largement contribué. Malgré des années de lobbying et les nombreux rapports d’ONG dénonçant les failles d’une politique agricole régie par les marchés, les donateurs restent convaincus que le secteur privé est la clé du développement rural. À cela s’ajoute l’hypocrisie des interventions étatiques massives de l’Union européenne, des États-Unis et du Japon sous la forme de subventions agricoles internes à leurs propres agriculteurs. De nombreux autres problèmes sont liés aux politiques des donateurs. Si les dépenses réelles des donateurs dans l’agriculture et en faveur de la sécurité alimentaire ont augmenté depuis 2006, il n’en est pas largement fait état. Lors de la réunion du G8 en Italie en 2009, les donateurs se sont engagés à verser des contributions à hauteur de 22 milliards de dollars des États-Unis. Selon Oxfam, le total des contributions nouvelles n’atteignait pourtant guère que 4 milliards de dollars à la fin de 2010. Plus encourageant est le fait qu’au cours de la dernière décennie, les donateurs ont commencé à financer des programmes de transferts d’espèces à des fins de protection sociale, ce à quoi ils se refusaient jusque-là. Certains programmes de protection sociale financés par des donateurs allaient complètement à l’encontre des préférences nationales ou locales, notamment ceux qui encourageaient les régimes d’assurance-maladie privés, impopulaires et considérés comme irréalisables dans des pays à faibles revenus. Les donateurs sont tenus de veiller à ce que leur aide s’accorde avec la Déclaration de Paris (sur l’efficacité de l’aide). Le pouvoir excessif qu’exercent les entreprises sur le système alimentaire mondial reste un sujet pratiquement tabou auprès des donateurs. Ces dernières années, on a assisté à la domination croissante d’un petit nombre de très grandes multinationales dans les domaines de l’agro-industrie, de l’agroalimentaire et du commerce de détail. À l’heure actuelle, par exemple, trois entreprises se partagent le traitement de 40 % de la production mondiale de cacao, et les deux tiers de la production mondiale de sucre sont aux mains de six autres. Les petits cultivateurs à l’origine de cette production ne gagnent qu’une fraction du prix de vente au détail.

À la fin de 2010 une proposition d’importance a été faite : celle de créer un Cadre stratégique mondial pour la sécurité alimentaire et la nutrition. Il s’agit ainsi de renforcer le rôle d’un Comité – réformé – de la sécurité alimentaire mondiale en suscitant à l’échelle mondiale des partenariats cohérents pour la lutte contre la faim. L’espoir que fait naître ce cadre stratégique est de mettre fin d’urgence à l’approche « verticale » dans la lutte contre la faim. Un trop grand nombre d’initiatives souvent déconnectées les unes des autres ont encombré la scène de la nutrition. À ce propos, il est encourageant d’observer que différentes organisations ont récemment lancé de nouvelles stratégies en la matière, dont la CEDEAO, le NEPAD, la Commission européenne, la Banque mondiale et plusieurs donateurs bilatéraux. Le besoin s’est cependant longtemps fait sentir d’un mécanisme mondial capable de veiller à ce que la nutrition soit une priorité de tous les gouvernements. Il est essentiel aussi de promouvoir un plaidoyer plus audible contre la sous-alimentation et de mobiliser des « champions » de la lutte contre la faim, à l’instar du Président Ignacio Lula da Silva qui a personnellement fait campagne contre la faim au Brésil. Tout aussi critique est le besoin d’intensifier les efforts déployés au niveau mondial pour promouvoir le droit à l’alimentation. Un autre domaine qui mérite l’attention est celui de la volatilité des prix et de la spéculation sur les denrées, dont les effets ont été mis en exergue ces dernières années et qui révèlent l’anachronisme de la gouvernance mondiale (ou plutôt son absence). Des règles financières doivent être adoptées pour empêcher les spéculateurs de peser comme ils le font sur les marchés. La priorité doit aller à la protection des groupes les plus vulnérables contre les hausses brutales de prix des denrées alimentaires. Enfin, chacun s’accorde à reconnaître la nécessité d’informations plus utiles et plus précises sur la faim et la malnutrition, et d’une meilleure surveillance en la matière. Des enquêtes dans les ménages donnent à penser que les personnes souffrant de la faim dans certains pays sont trois fois plus nombreuses que ce que pourraient laisser croire les données de la FAO. La communauté internationale doit se doter d’une base de données mondiale ouverte pour l’analyse de la situation sur les plans de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement. La technologie des téléphones cellulaires et du GPS peut aussi aider les gouvernements à recenser les victimes de la faim. Il serait utile également de disposer d’un index mondial de la faim reconnu au niveau international pour mesurer l’engagement des gouvernements dans la lutte contre la faim, à l’instar de l’index Hunger Free récemment mis au point par ActionAid. Cet index dresse la liste des indicateurs pondérés qui mesurent l’engagement des gouvernements et la portée des programmes de protection sociale. Il compare en outre les résultats des pays à hauts revenus en mesurant l’aide qu’ils apportent à l’agriculture, leur détermination à assurer la durabilité et les résultats qu’ils obtiennent dans la poursuite des objectifs mondiaux relatifs aux changements climatiques.

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Les supermarchés s’approvisionnent habituellement auprès de grandes sociétés de préférence aux petits agriculteurs. Ceux-ci ne sont souvent pas en mesure de satisfaire leurs exigences en termes d’approvisionnement constant et de volume.

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De nombreux autres points mériteraient l’attention, notamment les débats en cours sur les agrocarburants, l’accaparement des terres, la libéralisation des échanges, le choix entre grandes et petites exploitations, l’agriculture d’exportation par opposition à l’agriculture tournée vers le marché interne, les aliments génétiquement modifiés et la biotechnologie. Ce sont là des questions moins techniques que politiques, et on ne peut pas en faire l’économie dans une réflexion sur les moyens d’éradiquer la faim. L’auteur du chapitre 6 est Mark Curtis, consultant indépendant et auteur de nombreux ouvrages et rapports sur le développement et les questions de politique étrangère. Le texte de l’encadré a été rédigé par Adam Barclay, auteur de publications scientifiques lié à Green Ink, dont l’une des spécialités est la recherche agricole internationale.

Le secteur privé
La responsabilité sociale des entreprises est un concept qui est apparu il y a plusieurs décennies mais qui a toujours eu ses détracteurs. Elle a souvent été assimilé à une action de relations publiques destinée à présenter sous un jour favorable des sociétés qui font passer le profit avant tout le reste. De plus en plus, pourtant, on perçoit des signes de changement, indiquant que des sociétés font en sorte d’intégrer les principes de la responsabilité sociale à leur mode opératoire – non parce qu’elles veulent donner une meilleure image d’elles, mais parce que cela vaut mieux pour les affaires. Les entreprises sont toujours plus nombreuses à considérer qu’une perspective à long terme revêt une importance cruciale et que la conception dépassée à propos des franges pauvres de la société doit évoluer car il en va de la survie et de la prospérité des sociétés commerciales. Un exemple de réussite dans ce domaine nous est donné par le partenariat conclu entre l’institution bangladeshie de microfinance Grameen Bank et l’entreprise française de produits alimentaires Danone. En 2006, les deux sociétés ont fusionné pour former la société Grameen Danone Foods, qui a mis au point un yaourt enrichi sur le plan nutritif, couvrant jusqu’à 30 % des besoins quotidiens en nutriments d’un enfant. Le projet Golden Rice donne un exemple d’un rôle différent que peut jouer le secteur privé dans la lutte contre la faim et la malnutrition. Le riz Golden Rice a été génétiquement modifié de façon à intégrer le bêta-carotène que contiennent à l’état naturel certaines espèces de plantes et dont le riz blanc est dépourvu. L’organisme humain s’en sert pour synthétiser la vitamine A. Dans le monde, on estime que 19 millions de femmes enceintes et 190 millions d’enfants souffrent d’une carence en vitamine A. Après avoir exploré les perspectives de développement commercial du riz Golden Rice dans les pays à hauts revenus, la société suisse Syngenta a donné au projet la technologie, les données recueillies, les licences de brevet et les sélections végétales les plus prometteuses. De même, Mars collabore avec IBM et le département de l’Agriculture des États-Unis pour séquencer le génome du cacaoyer et le rendre disponible. L’idée est ici que le bénéfice de cette recherche contribuera à une production plus durable du cacao et viendra en aide aux petits agriculteurs. Dans le cadre d’une autre initiative visant à remédier à la carence en nutriments, Unilever a uni ses efforts à ceux du Fonds des Nations Unies pour l’enfance et du Service sanitaire ghanéen pour mettre au point et commercialiser à un prix abordable du sel enrichi en iode. La carence en iode touche plus de 700 millions de personnes dans le monde. Si elle n’est pas traitée, elle peut être un frein au développement physique et mental des enfants. Par son programme Création de valeur partagée, Nestlé s’efforce à la fois d’avantager ses actionnaires et d’aider la société au sens large par le biais d’initiatives dans les domaines de la nutrition, de l’eau, de la viabilité environnementale et du développement rural. À titre d’exemple, citons Nido Dayem, un lait enrichi en fer qui est vendu à un coût abordable pour les familles à faibles revenus de l’Afrique du Nord. Bon nombre d’initiatives qui ont vu le jour dans le cadre de projets soucieux de la responsabilité sociale des entreprises et dans une démarche de relations publiques il y a une dizaine d’années ou davantage font désormais partie intégrante des activités courantes des entreprises. Cela s’explique en partie par le rythme accéléré de la mise en interconnexion du globe. Mais il existe une motivation plus impérieuse, à savoir celle des « prochains milliards ». Au vu du développement rapide de nombreuses économies émergentes, on considère que les pauvres d’aujourd’hui constitueront demain le marché de la classe moyenne.

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Tous unis contre la faim – un manifeste pour le changement

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SECTION II

Relever les défis humanitaires à venir – menaces et opportunités
Trois crises humanitaires majeures ont frappé le globe en 2010 et 2011, et risquent d’entraîner des changements significatifs sur la scène humanitaire : le tremblement de terre en Haïti, les inondations au Pakistan et le séisme et le tsunami au Japon. Chacune de ces trois « mégacatastrophes » – comme les milliers de crises de moindre ampleur – illustre la nécessité pour la communauté internationale de repenser les moyens de réduire les risques et de réagir face aux menaces et aux opportunités futures. Le séisme en Haïti a révélé des faiblesses systémiques aux niveaux du développement, de la gouvernance et de la prévention, mais aussi de l’intervention. Ces faiblesses ont donné lieu à des exigences de réforme renouvelées. Après trois décennies de tentatives sporadiques de renforcer le « système », la catastrophe qui a frappé Haïti semble avoir finalement convaincu tous les acteurs de ce besoin de changement, qui passera en particulier par un véritable engagement envers la réduction des risques de catastrophes et la préparation aux situations d’urgence. Cet appel à des réformes pourrait résulter de la prise de conscience du fait que les crises humanitaires progressent, parfois de manière exponentielle. C’est ce qu’ont clairement montré les inondations de juillet 2010 au Pakistan, dues à l’influence du phénomène El Niño sur la mousson. Si de tels événements sont appelés à s’intensifier, comment les acteurs humanitaires peuvent-ils se préparer à y faire face ? Le tremblement de terre qui a frappé le Japon le 11 mars 2011 a démontré combien la vulnérabilité des populations humaines est liée aux aléas naturels. Au Japon, on a frôlé un effondrement majeur des systèmes : le tremblement de terre a provoqué un tsunami et cette conjonction fatale a fait courir un risque de fusion nucléaire.

Des latrines construites par la Croix-Rouge nigérienne sur une île du fleuve Niger. Les inondations ont détruit de nombreuses maisons, obligeant leurs habitants à trouver refuge dans les tentes installées par la CroixRouge nigérienne.
© Julien Goldstein/IFRC

Il existe de nombreuses similitudes entre la catastrophe au Japon et les menaces qui pèseront de plus en plus sur la plupart des autres pays. Un enseignement à tirer à ce propos est l’interconnexion des aléas et des facteurs de risque. Il existe aussi une autre similitude, à savoir les conséquences transrégionales et mondiales croissantes des crises. La décennie qui vient de s’écouler a été témoin de tentatives importantes de réformer les capacités humanitaires des Nations Unies et du système au sens large. Il s’agit notamment d’initiatives visant à accélérer les financements d’urgence, comme le Fonds central pour les interventions d’urgence et les fonds de financement commun, le système des groupes sectoriels, la procédure révisée d’appel global et la création des équipes humanitaires de pays. Tout aussi importantes sont les réformes qui n’ont pas eu lieu.

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nn engagement efficace auprès des groupes vulnérables un nn interventions tenant compte des besoins des nn développement des capacités locales et nationales le nn réduction des risques de catastrophe la nn qualité et la responsabilisation la nn coordination la nn l’accès et la protection. L’agenda futur prendra appui sur l’hypothèse selon laquelle la nature des menaces va considérablement évoluer au cours de la décennie prochaine. L’approche des problèmes et des solutions, qui est essentiellement celle des pays occidentaux, n’aura plus le même poids à mesure que de nouvelles configurations d’acteurs étatiques ou non pèseront davantage dans la balance. Les dynamiques du pouvoir sur la scène humanitaire seront elles aussi modifiées à mesure que d’autres régions révéleront des capacités accrues et un poids politique plus important. Il faut rapprocher des conséquences de ce glissement des dynamiques du pouvoir le fait que les crises humanitaires, qui étaient restées en marge des préoccupations des gouvernements, figurent désormais au centre de celles-ci. De plus en plus, les crises à venir seront marquées au sceau des questions politiques de haut niveau. On voit déjà poindre la nécessité des calculs politiques à faire lorsque les gouvernements seront confrontés à des menaces découlant des changements climatiques, des maladies infectieuses et de l’insécurité alimentaire. Les gouvernements peuvent se sentir tenus, dans une mesure croissante, d’anticiper les crises potentielles. À la mesure de la frustration grandissante que suscite le fossé qui continue de se creuser entre le développement et l’action humanitaire, il est probable que l’attention accrue accordée à la vulnérabilité et à la résilience débouchera sur un nouveau « paradigme sécuritaire ». Il en résultera une approche plus globale des actions humanitaires, couvrant l’emploi et les moyens de subsistance, en plus de la prévention, de la préparation et des interventions. Dans un contexte humanitaire, les populations des régions déjà exposées aux catastrophes naturelles croissent davantage que celles des régions moins exposées. Les causes des glissements démographiques vont de la révolution de la mortalité et des changements dans la distribution des groupes d’âges aux facteurs d’incitation économiques, aux conflits, aux disparités environnementales et aux migrations. C’est ainsi que les 20 nouvelles villes que la Chine se propose de construire pour 22 millions de personnes ne bénéficieront vraisemblablement pas de la même attention des pouvoirs publics quant aux risques de catastrophes ou aux moyens à mettre en œuvre pour les écarter. Le paradoxe de la mondialisation est qu’elle a pour effet de mettre l’échelon local sur le devant de la scène. Avec la prise de conscience croissante de l’interdépendance de toutes choses – qu’il s’agisse de l’économie ou de la transmission des maladies – plus grande encore est la prise de conscience de la diversité qui caractérise la plupart des régions du monde.

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Relever les défis humanitaires à venir opportunités

SECTION II
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L’agenda inachevé concerne au moins sept préoccupations essentielles :

SECTION II
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Confrontés à la nécessité générale de réduire les déficits budgétaires, les décideurs peuvent être tentés de centrer leur attention uniquement sur les crises immédiates. À l’inverse, comme la situation héritée du tremblement de terre au Japon peut le donner à penser, les efforts déployés pour réduire les risques et assurer une préparation efficace peuvent avoir été dictés par l’espoir de contreparties politiques, financières ou les deux. L’adage classique selon lequel les facteurs de crise exposent la vulnérabilité des pauvres devra être remis en question. La crise de mars 2011 au Japon a démontré qu’il existe une catégorie émergente que l’on peut appeler « les nouveaux pauvres ». En même temps, les facteurs de crise que l’on voit maintenant apparaître non seulement mettront fin aux idées reçues qui ont longtemps eu cours à propos du « Sud infortuné » et du « Nord résilient », mais aussi brouilleront les distinctions socio-économiques de la vulnérabilité. Les facteurs classiques de crise que sont les éruptions volcaniques, les inondations, les épisodes de sécheresse et les tremblements de terre sont appelés à se répéter dans une mesure exponentielle. Ils viendront s’ajouter au nombre croissant de menaces technologiques et autres pesant sur les infrastructures, avec pour effet une aggravation de la vulnérabilité des populations. Un lien croissant existe entre les risques de catastrophe et les technologies abandonnées. Les catastrophes qui pourraient survenir en Asie centrale et ailleurs du fait de la présence de déchets radioactifs et d’autres résidus de l’industrie nucléaire en sont un bon exemple. Selon une analyse, les vestiges des armes nucléaires soviétiques qui s’infiltrent dans le sol pourraient contaminer les ressources hydriques et les terres agricoles. Les conséquences des technologies sur le degré de vulnérabilité des populations se vérifient aussi dans la cybernétique, les nanotechnologies et les biotechnologies, qui peuvent toutes subir des atteintes. Les risques de catastrophes liées à ce que l’on peut considérer comme un « développement mal planifié » sont nombreux. Pour les décideurs, le problème évident est celui d’arriver à concilier des objectifs apparemment incompatibles, tels que la croissance économique et les risques à long terme. En Chine et ailleurs en Asie, par exemple, les déplacements de population causés par les vastes projets d’infrastructure, notamment la construction de barrages, sont devenus courants. L’ouragan Katrina, la marée noire causée par BP dans le golfe du Mexique, et les incendies de 2010 en Russie montrent bien que toutes les zones géographiques sont exposées aux conséquences des facteurs de crise et que la gravité de ces conséquences reflète le plus souvent la façon dont les sociétés se structurent et assurent la distribution de leurs ressources. Il faut que les décideurs se préparent à ce qui a été décrit comme « des fiascos simultanés », des crises simultanées et des crises séquentielles. Thomas Homer-Dixon observe dans son travail précurseur The Upside of Down que c’est la convergence des tensions qui est particulièrement redoutable et qui fait des fiascos simultanés une possibilité plus probable qu’elle ne l’a jamais été. Comme Haïti et le Pakistan l’ont rappelé aux praticiens et aux décideurs en 2010, les limites du secteur humanitaire sont vite dépassées quand il intervient dans de telles crises. La difficulté est de faire face aux conséquences de tels événements lorsqu’ils se produisent simultanément.

Lorsqu’on examine les attentes grandissantes dont font l’objet les mesures déployées par les organisations humanitaires, il faut considérer cinq facteurs clés pouvant déterminer si elles sont applicables dans l’avenir : nn plus de temps et d’efforts doivent être consacrés à la réflexion stratégique à long terme. Bien nn qui est fondamental dans le renforcement des capacités d’adaptation d’une organisaCe tion, c’est sa détermination à revoir ses objectifs stratégiques à long terme. nn Faire face aux crises humanitaires exigera de plus en plus l’apport et les capacités d’un large éventail de disciplines. nn L’une des tâches critiques pour la communauté humanitaire est l’acquisition de capacités qui lui permettront de recenser les risques et de déterminer les moyens de les éliminer. nn leadership stratégique à un effet catalyseur : c’est l’aptitude à favoriser une structure Le collaborative de préférence à une structure autoritaire. Trop souvent, la planification humanitaire s’effectue à l’intérieur de frontières nationales et souffre de l’absence de perspectives transfrontières reflétant quelques-unes des sources critiques de crises potentielles. Il faut que les perspectives régionales soient inscrites en meilleure place sur l’agenda. Les complexités que présenteront tant de crises à venir exigeront un nouveau cadre de planification constitué d’au moins quatre éléments centraux : la vulnérabilité et la résilience ; la cartographie ; les menaces interactives et les scénarios. Au cours des trois décennies écoulées, la communauté internationale, par le biais de ses organisations humanitaires, s’est habituée à intervenir dans des crises « outre-mer », sur un mode perçu dans bien des cas comme intrusif et déresponsabilisant. Un nombre croissant de gouvernements sont susceptibles de se montrer moins ouverts à la perspective d’une intervention extérieure jugée intrusive. Davantage d’efforts doivent être consentis pour comprendre la nature des dangers et déterminer les remèdes possibles aux crises futures. Un dialogue beaucoup plus ciblé doit s’installer entre les scientifiques et les décideurs. Davantage de recherches sont encore à faire dans de nombreux secteurs en vue de mettre au point une stratégie efficace de prévention, de préparation et d’intervention. Les planificateurs de la sphère humanitaire devront élaborer un nouveau cadre de planification reflétant la dynamique et l’ampleur du changement. L’action humanitaire doit être pleinement intégrée au développement, l’une et l’autre visant à la durabilité. Aucun exemple ne s’impose avec davantage de force que celui des besoins alimentaires mondiaux et des niveaux probables de la faim et de la malnutrition pour l’avenir.

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 – Relever les défis humanitaires à venir opportunités

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Les décideurs et les praticiens doivent tenir compte eux aussi de l’effet de cascade d’un facteur de crise qui peut à lui seul déclencher d’autres crises.

SECTION II

Figure 3 Ampleur de la vulnérabilité liée au climat et conséquences
Mortalité liée climat, moyenne des décès additionnels (en milliers) par an Catastrophes météorologiques 843 Conséquences sur la santé 8 Populations à risque en raison de la désertification liée au climat Moyenne additionnelle (en millions) par an 9.7 Coûts économiques des changements climatiques (parité du pouvoir d‘achat en milliards d’USD), moyenne (en milliers) par an Catastrophes métérologiques Élévation du niveau de la mer Tensions économiques 133 2.6 66 63 2030 2010 2030 2010 2030 3 157 273 20 96

345 342 2010
Source: DARA, 2011

3

835

Les auteurs de la section 2 sont Randolph Kent, Directeur, Humanitarian Futures Programme au King’s College de Londres, et Philip Tamminga, Chef de l’Indice de réponse humanitaire à DARA.

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Sauver des vies, changer les mentalités

stratégie2020

Objectif stratégique 1 Sauver des vies, protéger les moyens d’existence et renforcer le relèvement après les catastrophes et les crises Action facilitatrice 1 Action facilitatrice 2 Action facilitatrice 3

Objectif stratégique 2 Promouvoir des modes de vie sains et sûrs

Objectif stratégique 3 Promouvoir l’intégration sociale et une culture de non-violence et de paix

Bâtir des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge fortes Mener des actions de diplomatie humanitaire pour prévenir et réduire la vulnérabilité dans un monde interdépendant Fonctionner efficacement en tant que Fédération internationale

Une organisation humanitaire mondiale
Fondée en 1919, la Fédération internationale compte 186 Sociétés nationales membres – plusieurs étant par ailleurs en formation –, un secrétariat à Genève et des bureaux répartis en différents points du globe où ils soutiennent les activités qui s’y déroulent. Dans de nombreux pays islamiques, le croissant rouge est utilisé au lieu de la croix rouge. La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est le plus vaste réseau humanitaire de volontaires au monde, qui atteint 150 millions de personnes chaque année par le biais de ses 186 Sociétés nationales. Ensemble, nous œuvrons avant, pendant et après les catastrophes et les urgences sanitaires pour répondre aux besoins et améliorer les conditions d’existence des personnes vulnérables. Nous agissons de façon impartiale, sans distinction fondée sur la nationalité, la race, le sexe, les croyances religieuses, la classe ou les opinions politiques. Guidés par la Stratégie 2020 – notre plan d’action collectif pour faire face aux défis humanitaires majeurs de la décennie – nous sommes déterminés à « sauver des vies et changer les mentalités ». Nous tenons notre force de notre réseau de volontaires, du savoir-faire acquis dans les communautés, de notre indépendance et de notre neutralité. Nous nous employons à améliorer les normes humanitaires, en tant que partenaires du développement et en intervenant en cas de catastrophe. Nous persuadons les décideurs d’agir en toutes circonstances dans l’intérêt des personnes vulnérables. Ce faisant, nous rendons les communautés saines et sûres, réduisons les vulnérabilités, renforçons la résilience et encourageons une culture de paix dans le monde entier. Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge mettent en application les buts et les principes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Elles agissent en tant qu’auxiliaires des pouvoirs publics de leur pays dans le domaine humanitaire et fournissent un large éventail de services, notamment de secours en cas de catastrophe, de santé et d’action sociale. En temps de guerre, elles apportent une assistance à la population civile touchée et, le cas échéant, appuient les services de santé des forces armées. Ce réseau unique de Sociétés nationales comprend 13 millions de volontaires actifs, qui servent les communautés vulnérables dans presque tous les pays du monde. La coopération entre les Sociétés nationales rend la Fédération internationale mieux à même de développer les capacités et de secourir les plus démunis. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est une organisation impartiale, neutre et indépendante dont la mission, exclusivement humanitaire, est de protéger la vie et la dignité des victimes de conflits armés et de violences internes et de leur apporter une assistance. Il dirige et coordonne les activités de secours menées à l’échelon international par le Mouvement dans les situations de conflit. Il s’attache également à prévenir les souffrances par la promotion et le développement du droit humanitaire et des principes humanitaires universels. Fondé en 1863, le CICR est à l’origine du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Ensemble, toutes les composantes du Mouvement sont guidées dans leur action par les Principes fondamentaux : humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité. Toutes les activités du Mouvement visent un seul but : aider sans discrimination ceux qui souffrent et contribuer ainsi à la paix dans le monde. Cette publication est un résumé de la version intégrale du Rapport sur les catastrophes dans le monde 2011 (disponible uniquement en anglais). Contact : Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge 17, chemin des Crêts, Case postale 372, CH-1211 Genève 19, Suisse Tél. : +41 22 730 4222, téléfax : +41 22 730 0395, e-mail : secretariat@ifrc.org, www : http://www.ifrc.org Couverture : Une femme récolte des lentilles dans le village de Rampur-Bhuligadha, dans l’État d’Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde. On frappe les tiges pour retirer les graines des gousses et on tamise pour récupérer les lentilles. Les femmes, dont beaucoup sont de petites cultivatrices, sont les principales victimes de la faim. Plus de 50 % d’entre elles souffrent de malnutrition dans le monde. © Barbara Kinney/Fondation Bill et Melinda Gates

Les Principes fondamentaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge Humanité Né du souci de porter secours sans discrimination aux blessés des champs de bataille, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, sous son aspect international et national, s’efforce de prévenir et d’alléger en toutes circonstances les souffrances des hommes. Il tend à protéger la vie et la santé ainsi qu’à faire respecter la personne humaine. Il favorise la compréhension mutuelle, l’amitié, la coopération et une paix durable entre tous les peuples. Impartialité Il ne fait aucune distinction de nationalité, de race, de religion, de condition sociale et d’appartenance politique. Il s’applique seulement à secourir les individus à la mesure de leur souffrance et à subvenir par priorité aux détresses les plus urgentes. Neutralité Afin de garder la confiance de tous, le Mouvement s’abstient de prendre part aux hostilités et, en tout temps, aux controverses d’ordre politique, racial, religieux et idéologique. Indépendance Le Mouvement est indépendant. Auxiliaires des pouvoirs publics dans leurs activités humanitaires et soumises aux lois qui régissent leur pays respectif, les Sociétés nationales doivent pourtant conserver une autonomie qui leur permette d’agir toujours selon les principes du Mouvement. Volontariat Il est un mouvement de secours volontaire et désintéressé. Unité Il ne peut y avoir qu’une seule Société de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge dans un même pays. Elle doit être ouverte à tous et étendre son action humanitaire au territoire entier. Universalité Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, au sein duquel toutes les Sociétés ont des droits égaux et le devoir de s’entraider, est universel.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge soutient les activités humanitaires des Sociétés nationales parmi les populations vulnérables. En coordonnant les secours internationaux en cas de catastrophe et en encourageant l’aide au développement, elle vise à prévenir et à atténuer les souffrances humaines. La Fédération internationale, les Sociétés nationales et le Comité international de la Croix-Rouge constituent le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

ISBN 978-92-9139-168-4

9 789291 391684

307000 08/2011 F 2500

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