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FLEUR DE PAVÉ

L'association FLEUR

DE

PAVÉ voit le jour en 1996 dans le but d'offrir un lieu

d'accueil et de prévention aux travailleuses du sexe lausannoises pour lesquelles il n'existait, jusque là, aucune structure similaire. Le bus de FLEUR DE PAVÉ ouvre pour la première fois ses portes le 29 octobre 1996 à la route de Genève et à Sévelin.

Dans le but de diminuer les risques liés à l'exercice du travail du sexe, et ce, au travers de différents moyens, FLEUR DE PAVÉ offre un espace de rencontre, d'écoute et de parole entre les femmes concernées. Nous souhaitons promouvoir la discussion autour des problèmes rencontrés par les travailleuses du sexe, et cela sur le plan de leur santé et de leur sexualité, mais également de leur sécurité, ainsi que faciliter leur accès aux différentes structures socio-sanitaires et légales.

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Billet du comité L’entrée en fonction de notre comité en juin 2010 fut tumultueuse. Nous ne voulons pas revenir ici sur ce qui a conduit à l’AG 2010. Il nous semble plus constructif de parler sur ce qui nous a réellement motivé à nous engager au sein de cette association. L’ancien comité, actif jusqu’à l’AG du 8 juin 2010, n’a pas souhaité s’exprimer dans ces pages. Chacune à notre manière, nous avons suivi le travail de Fleur de Pavé depuis de nombreuses années. Nous avons toujours apprécié son engagement auprès des personnes prostituées et son travail de prévention, et avons partagé sa philosophie et en particulier le choix – pas toujours simple – d’opter pour la parité (entre personnes issues de la prostitution et professionnel-le-s de la santé et du social, mais aussi entre salariées et bénévoles). C’est pour défendre ces valeurs que nous nous sommes engagées. Après une AG pénible en 2010, la transition fut délicate : malgré la transmission des principaux dossiers de la part du comité démissionnaire, il nous a fallu recommencer beaucoup de réflexions à zéro. Nous avons également dû rencontrer et tenter de rassurer les subventionneurs. Nous avons appris à fonctionner au sein d’un comité, qui ne se connaissait qu’en partie, et avons commencé à collaborer avec une équipe déjà en place, ayant vécu restructurations, conflits de travail et changement brutal de comité.

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Beaucoup de temps a été nécessaire pour rencontrer l’ensemble de l’équipe, pour changer un peu le climat de méfiance et apprendre à travailler ensemble. Malgré des divergences de vue, nous avons pu garder le cap et permettre aux femmes concernées de bénéficier de toutes les prestations proposées par notre association. L'équipe de terrain a largement contribué à tenir les engagements pris, et nous la remercions chaleureusement pour cela. Durant cette année, nous avons soutenu la directrice afin de compléter l’équipe, de maintenir et développer les offres (permanences blanches, nouveau lieu de permanence du bus, etc.) Nous avons également proposé à Zineb Kasper une issue acceptable pour sortir du conflit qui l’opposait à l’association depuis son licenciement en octobre 2009. Et nous profitons ici pour la remercier chaleureusement de toutes ces années passées à Fleur de Pavé et pour l’énergie qu’elle y a amené. Bref, beaucoup d’énergie a été utilisée en 2010 pour gérer la transition. Nous nous réjouissons donc en 2011 de reprendre des réflexions plus fondamentales sur le rôle d’une association de ce type, sur sa philosophie, sur ses possibilités, afin de poursuivre le travail initié depuis 15 ans par Fleur de Pavé et l’esprit qui l’anime.

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FLEUR DE PAVÉ AU QUOTIDIEN
Les membres du comité de FLEUR DE PAVÉ Micheline FRAGNIÈRE Jusqu’au 8 juin 2010 Pascale BAUMGARTNER Katy COCHAND Depuis le 8 juin 2010 Jeannina CAILLE Nadia LAMAMRA Anne ROULET L’équipe de FLEUR DE PAVÉ EN 2010 Anne ANSERMET PAGOT, directrice Estela BERGIER, intervenante sociale en remplacement de Mme Menezes
(depuis le 1er novembre 2010)

Vincent MISCHLER

Véronique JAQUIER Dominik SCHMID

Carine CARVALHO ARRUDA Sylvianne NICOD WILS

Nisa DESSIMOZ, intervenante sociale Emilany DE SOUZA, intervenante sociale en remplacement de Mme Menezes
(Jusqu’au 30 septembre 2010)

Micheline FRAGNIÈRE, intervenante sociale Karine JORDAN, intervenante sociale (depuis le 1er juin 2010) Ida KOBACHIDZE, intervenante sociale Patricia MENEZES, intervenante sociale (en arrêt maladie) Silvia PONGELLI, travailleuse sociale (depuis le 1er mai 2010)

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Les remplaçantes du bus Alice CHERELUC Stagiaire Marie-Pierre MULLET-FAVRE, stage ETSL (de juin à décembre 2010) Fatima LARIBI

La composition de l’équipe, responsable des activités de terrain, se fonde sur la parité entre collaboratrices médico-sociales et (ex-)travailleuses du sexe. En s’appuyant sur les compétences personnelles et professionnelles de chacune, l’équipe assure ainsi la cohésion et l’efficacité de ses interventions. Depuis le 1 janvier 2010, chacune des collaboratrices intervient sur les trois sites d’action et de prévention que connaît l’association, soit dans le bus, au bureau et dans les lieux d’exercice de la prostitution (salons de massage, bars, clubs privés, etc). Cette nouvelle organisation favorise la cohérence des interventions de terrain, les relations de confiance entre l’équipe et les travailleuses du sexe – les collaboratrices étant clairement identifiées par les bénéficiaires – et une meilleure connaissance des conditions de travail et de vie des travailleuses du sexe.
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FLEUR DE PAVÉ EN 2010
Les statistiques présentées ci-après résument l'activité de FLEUR
DE

PAVÉ en

2010. Grâce à l'engagement de l’équipe, au complet depuis juin 2010, l'ensemble des prestations a été assuré.

Au total, l’équipe de FLEUR DE PAVÉ a eu 11’298 contacts avec des travailleuses du sexe durant l'année 2010, dans la rue, au bureau ou dans des établissements. Il s’agit d’une augmentation de 1'000 contacts par rapport à 2009. Sont comptabilisés comme contacts les contacts physiques dans le bus, dans les établissements et au bureau, les contacts téléphoniques, les accompagnements et les démarches pour les travailleuses du sexe. Cette augmentation est à relever car durant l’année 2010, l’équipe a été incomplète durant le premier semestre et les permanences blanches ont été suspendues provisoirement. Leur reprise est effective depuis février 2011. De manière générale, le nombre de contacts a augmenté aussi bien dans le bus, qu’à la permanence d’accueil au bureau et lors des visites dans les établissements.

Résumé 2010 Permanences dans le bus Accueil au bureau Visite établissements FPN TOTAL

Nombre de contacts avec des travailleuses du sexe 9’907 778 613 11’298 contacts

Fréquentation du bus En 2010, les collaboratrices de FLEUR DE PAVÉ ont effectué 178 permanences, soit 17 de moins que l'année précédente. Cette baisse temporaire est causée
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par une équipe incomplète en début d’année, associée à des conditions météorologiques ne permettant pas l’utilisation du bus et la suspension provisoire des permanences blanches. La fréquentation du bus a augmenté en 2010. Le nombre de contacts fluctue en fonction de la présence policière dans la rue et, consécutivement, des risques associés au travail du sexe. La fréquentation du bus confirme que le travail de FLEUR
DE

PAVÉ répond à une demande réelle des travailleuses du

sexe, demande à laquelle les collaboratrices continuent de répondre quatre soirs par semaine.

Plusieurs changements sont intervenus dans la rue en 2010 : l’arrivée des femmes en provenance d’Europe (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Espagne…) qui désormais constituent la majorité des femmes accueillies dans le bus et la diminution progressive des travailleuses du sexe en provenance d’Etats tiers et sans statut de séjour en Suisse, directement liée à des contrôles policiers accrus et des sanctions plus sévères. En outre, l’aménagement d’espaces sécurisés destinés aux gymnasien-ne-s du Bugnon dans la zone autorisée à la prostitution de rue a diminué de fait l’espace disponible pour le travail du sexe.
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La transformation progressive du quartier de Sévelin fait craindre, à moyen terme, un déplacement de la prostitution de rue à d’autres endroits qui n’offriraient probablement pas la sécurité relative de la zone actuelle.

Par année:

Nb permanences 193 192 196 193 178

Nb contacts

Nb contacts min/max 8/95 14/60 15/80 17/89 16/92

Moyenne contacts/ permanence 43.7 38.6 45.5 45.63 55

Préservatifs distribués 202'500 170'600 109'000 104'000 123’330

2006 2007 2008 2009 2010

8'500 7'385 8'951 8'860 9’907

Matériel distribué dans le bus FLEUR
DE

PAVÉ s’inscrit dans une politique de réduction des risques, aussi

l’objectif de prévention des infections sexuellement transmissibles est au cœur de nos activités de permanence. Le matériel distribué comprend du matériel de prévention (préservatifs et lubrifiant) ainsi que diverses informations sur l’injection «propre», l’utilisation des préservatifs et les infections sexuellement transmissibles. Notons que, depuis février 2007, en plus de l'échange de matériel d'injection stérile, nous procédons également à la vente de matériel d’injection, conformément aux nouvelles modalités de la Coordination cantonale d'échange de matériel d'injection stérile. Ainsi, en 2010, nous avons distribué 123’330 préservatifs, soit une augmentation de 19’000 préservatifs par rapport aux données de l'année passée, consécutive à l’augmentation du nombre de contacts dans le bus.

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Matériel 2010 Préservatifs distribués Seringues rendues Seringues distribuées Seringues vendues Nombre de contacts avec toxicomanes

Préservatifs, seringues et contacts 123’330 préservatifs 1’077 seringues 1’070 seringues 178 seringues 225 contacts

Le

nombre

de

seringues

remises

ou

vendues

à

des

femmes

toxicodépendantes a diminué par rapport à 2009. Là encore, la transformation du quartier du Flon a eu pour conséquence la disparition d’endroits propices à la prostitution de rue. La 1
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partie de permanence

fréquentée essentiellement par les femmes toxicomanes a vu son taux de fréquentation diminuer régulièrement chaque année. Un nouveau lieu de stationnement, plus adéquat, a été réfléchi et le changement s’effectuera en 2011.

Les permanences blanches Sous l'égide de la collaboration entre FLEUR
DE

PAVÉ et MÉDECINS

DU

MONDE

SUISSE [MDM], les permanences blanches instaurées en avril 2007 ont été suspendues provisoirement en 2010 pour des questions d’organisation et de ressources humaines insuffisantes. Elles reprendront en 2011, sous forme d’un nouveau projet : une permanence sera toujours assurée conjointement par une infirmière lusophone affiliée à MDM et une intervenante de FLEUR DE PAVÉ ayant une expérience du travail du sexe, en offrant aux travailleuses du sexe qui fréquentent notre bus de prévention un espace de parole leur permettant d’aborder des questions de santé et relatives à la pratique des
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métiers du sexe. Une extension sous forme d’un après-midi hebdomadaire dans les locaux de Fleur de Pavé est prévue. Cet espace permettra de traiter avec un groupe de femmes des sujets plus spécifiques. Les permanences du bus relatées par une collaboratrice Une permanence avec notre camping car se déroule en deux temps. Durant la 1
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partie, nous stationnons sur la place de chargement de la Migros à la

rue de Genève de 22h à 24h. Lors de cette première période, très calme au niveau de l’affluence, nous accueillons en majorité des femmes toxicodépendantes suissesses ou résidant en Suisse. Nous procédons à l’échange de matériel d’injection dont elles ont besoin et, lorsqu’elles le souhaitent, nous pouvons leur accorder écoute, empathie et réconfort. La 2
ème

phase de notre intervention se situe dans le quartier de Sévelin, de

minuit à 2h. Nous accueillons des travailleuses du sexe de différentes nationalités : camerounaises, nigérianes, brésiliennes, dominicaines,

espagnoles, roumaines, bulgares, hongroises et quelques Suissesses. Pour ces femmes, le bus est une halte sur leur lieu de travail où elles peuvent se détendre un moment, apprécier une boisson et des biscuits et obtenir du matériel de protection gratuitement. Au besoin, nous les orientons aussi vers le réseau social et sanitaire. L’accueil chaleureux et bienveillant de l’équipe favorise la relation de confiance avec elles. Ce lien qui se tisse au fil du temps nous permet de mieux connaître leurs conditions de travail et de vie et de faciliter leur venue

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à la permanence d’accueil au bureau lorsqu’elles ont besoin d’aide ou de conseils.

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Femmes aux Pieds Nus Les collaboratrices ont visité 228 salons de massage durant l'année 2010 et ont eu 613 contacts avec des travailleuses du sexe (s’entendent par contacts les entretiens de prévention ou la remise de matériel de prévention lorsque les femmes sont occupées). Les salons de massage constituent l’essentiel des établissements visités en raison de la fermeture d’autres lieux tels que bars ou cabarets. Le nombre de salons de massage dans le canton de Vaud reste important même si plusieurs d’entre eux, non conformes à la loi, ont disparu.

Les femmes rencontrées sont originaires pour moitié environ d’Amérique latine et les contacts avec la population thaïe ont continué d’augmenter en 2010. Fait nouveau, une proportion importante des autres contacts ont été établis avec des femmes en provenance d’Europe. Les accords de libre circulation des personnes et les difficultés économiques de plusieurs pays européens

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poussent les travailleuses du sexe à venir gagner leur vie en Suisse, aussi bien dans les salons que dans la rue. L’origine des femmes rencontrées dans un même salon est variée. Il n’existe quasiment plus d’établissements, exception faite pour les salons thaï, regroupant uniquement des femmes d’un même pays, voire d’une même région.

Les discussions autour de la santé et des IST tiennent une place importante lors des entretiens avec les collaboratrices. Les conditions d’exercice de la prostitution, le manque de travail et la concurrence font également partie des préoccupations des femmes rencontrées. Les travailleuses du sexe ont, en général, un bon niveau d’information concernant les risques de transmission du VIH/Sida. Par contre, concernant les autres infections sexuellement transmissibles, les niveaux de

connaissances diffèrent fortement d'une femme à l'autre. On constate que
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les prises de risque sont la plupart du temps involontaires par méconnaissance des dangers encourus.

Les visites de salons relatées par deux collaboratrices Chaque lundi après le colloque, nous rendons visite aux travailleuses du sexe dans les salons, en équipe de deux. Tout d’abord, nous téléphonons pour leur proposer notre visite - celles qui acceptent sont souvent contentes de nous voir - et nous préparons le matériel qui leur sera distribué (préservatifs, documents de prévention, adresses médicales, sociales, administratives, etc). Notre travail dans les salons consiste principalement à informer les femmes sur les infections sexuellement transmissibles (IST) et les différents traitements médicaux existants. Nous leur expliquons en détail, les infections qu’elles peuvent contracter, selon les différentes pratiques sexuelles. Elles nous posent aussi beaucoup de questions sur les risques du baiser, de la fellation, de la sodomie, du cunnilingus, du travail durant les règles, de l’échange d’accessoires, etc. Les femmes sont très intéressées même si certaines connaissent plus au moins l’information, on constate qu’elle est incomplète. D’autres sont très mal renseignées, par exemple concernant des traitements comme la PEP (Prophylaxie Post Exposition), à laquelle nous accordons une importance majeure. Pour finir et si le temps à disposition le permet, nous répondons à d’autres questions. Les femmes souhaitent aussi avoir des informations

administratives, parler de leurs problèmes familiaux, de la situation dans
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laquelle elles se trouvent, mariées, sans papier, avec des problèmes d’enfants, travail ignoré ou consenti par leur conjoint, problèmes économiques, etc. Les travailleuses du sexe rencontrées ont des profils très différents : âge, origine et situation. Une majorité d’entre elles nous connaissent, mais dans les salons il y a toujours de nouvelles femmes car il s’agit d’une population très itinérante. La multiculturalité de notre équipe permet d’entrer en contact avec les femmes plus facilement et de mieux les comprendre. Il s’agit d’une population qui a tendance à vivre cachée. En général, nous sommes très bien accueillies dans les salons et les femmes apprécient notre travail qui leur est utile. Elles sont souvent étonnées d’apprendre que Fleur de Pavé est là pour elles, tant elles se sentent dévalorisées par leur activité et le regard commun porté sur elles.

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Permanence d’accueil au bureau Depuis plusieurs années, le nombre de travailleuses du sexe venant régulièrement dans les locaux de Fleur de Pavé est en augmentation. Nous les accueillons le lundi, mardi et jeudi de 9h à 17h sans rendez-vous. En 2010, les collaboratrices ont eu 535 contacts avec des femmes, soit plus de 165 heures. A cela plusieurs raisons : la satisfaction des femmes, accueillies et aidées par l’équipe, qui motivent leurs collègues à venir au bureau, le besoin de confidentialité, la situation des femmes, sans statut de séjour, de plus en plus précaire, la complexité des démarches administratives pour des femmes ne parlant pas le français ou illettrées. Lors des contacts avec les travailleuses du sexe, les collaboratrices les encouragent à une autonomisation progressive par des explications ou par des propositions de cours. Il ne s’agit pas de faire le travail d’autres institutions du réseau santé-social, mais simplement de mettre à profit le lien de confiance qui unit ces femmes à Fleur de Pavé pour répondre à leurs préoccupations et, le cas échéant, de les orienter vers les structures à même de les aider.

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Une majorité des contacts avec les travailleuses du sexe se fait par téléphone, soit pour une demande de renseignement simple, soit pour avertir une destinataire, n’ayant pas de domicile stable en raison de son absence de statut de séjour, que du courrier officiel est arrivé.

Une majorité des sujets abordés lors des entretiens concernent le secteur juridique, à savoir les droits des femmes victimes de violence, le statut de séjour, son absence et ses conséquences, le regroupement familial, etc. Le secteur administratif comporte la plupart du temps des questions relatives à l’assurance maladie ou aux démarches à effectuer pour les ressortissantes de l’UE. Du point de vue santé, il s’agit de sujets concernant une contamination récente au virus du VIH/sida, une interruption de grossesse, des préoccupations médicale liées à l’exercice de la prostitution ou un souci de santé urgent.

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Les autres thèmes abordés ont pour sujet les conditions de vie de plus en plus précaires de certaines travailleuses du sexe et leurs conséquences.

Une partie des démarches est composée d’accompagnements lors d’agression, de démarches administratives compliquées ou lors d’un rendezvous médical délicat. La pertinence des accompagnements est discutée préalablement en équipe. Une autre partie des démarches se fait sous forme d’aide administrative ponctuelle pour les femmes en situation très précaire - illettrisme, incapacité à communiquer en français ou absence de statut de séjour -. Le secteur juridique représente en général des démarches visant à défendre les droits des travailleuses du sexe lorsqu’elles sont victimes de discrimination. Il est à relever que, depuis une année, nous recevons des demandes de femmes illégales qui envisagent de rentrer dans leur pays d’origine. Leurs
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conditions de travail et de vie se sont considérablement péjorées depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur les Etrangers et des mesures prises à leur encontre. L’équipe a accompagné plusieurs femmes au service d’Aide au retour du SPOP et deux retours volontaires dans le pays d’origine se sont faits en 2010.

La permanence d’accueil au bureau relatée par deux collaboratrices La permanence au bureau fait partie de nos trois axes de travail et elle est tout aussi importante que les autres activités que nous menons. Nous assurons trois jours par semaine (lundi, mardi et jeudi), avec un horaire continu de 9h à 17h : lors de ces périodes, les femmes peuvent venir directement même sans rendez-vous et/ou téléphoner. Elles trouvent toujours une collaboratrice prête à répondre à leurs questions. L’accueil qui leur est réservé est un accueil chaleureux et sans jugement qui garanti à faire du bureau un lieu où les femmes se sentent à l’aise et surtout où la confidentialité est garantie. Parfois des femmes viennent sans une demande précise, pour boire un café ou un thé et discuter de leur quotidien, de leur vie, de leur souffrance et de leurs envies: ce sont des moments privilégiés qui permettent de nouer des liens, mais surtout de créer de la confiance qui nourrit la relation d’aide entre elles et les collaboratrices. Les motifs qui poussent les femmes à nous contacter et à se rendre dans nos locaux sont variés.

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Nous donnons la possibilité à des femmes sans papiers d’utiliser l’adresse administrative de Fleur de Pavé : lors des permanences au bureau, elles viennent chercher leur courrier. La plupart reçoivent des primes d’assurances maladie et/ou des décomptes de prestations. Parfois nous devons aider à la compréhension de leur courrier et parfois être à leurs côtés pour les soulager, pour discuter de leur quotidien et des difficultés qu’elles vivent en les rassurant. Recevoir des factures à payer est souvent source d’angoisses et de détresse qui se rajoute à celle déjà engendrée par la situation très précaire qu’elles vivent en Suisse. Il y a aussi des femmes qui viennent pour poser des questions administratives ou concernant leurs droits, comme par exemple connaître les démarches à faire pour régulariser leur travail. Parfois, suite à un premier contact qui peut avoir lieu au bureau, nous faisons des accompagnements au CHUV, au service juridique, à la police ou au Service de la Population, par exemple. Nous sommes aussi sollicitées pour rédiger des lettres pour des arrangements de paiement, des résiliations ou concernant aussi des regroupements familiaux. Ce ne sont que des exemples de ce que nous pouvons être amenées à accomplir avec les femmes. En effet, les activités qui ont lieu lors des permanences au bureau sont très variées. Nous constatons un investissement de plus en plus important de ces moments, ce qui montre que cette prestation répond à un besoin : en 2010, en moyenne 5 femmes par jour, en comptant aussi les renseignements transmis par téléphone, ont fait appel à Fleur de Pavé.

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ACTIVITÉS SPÉCIALES
Don Juan 2010 Comme chaque année depuis 11 ans, Fleur de Pavé a coordonné l’action Don Juan, action de prévention auprès des clients des travailleuses du sexe. A Lausanne, l’action a eu lieu durant cinq soirs, dans les rues de Sévelin, début septembre. Pour la troisième année consécutive, nous avons renouvelé le projet pilote qui consiste à proposer aux clients, à l’issue d’un entretien individuel avec un·e médiateur·trice, de faire sur place et gratuitement un test VIH à résultat rapide. Ce projet pilote a vu le jour en 2008 et s'est poursuivi en 2009 et 2010 grâce au soutien du Service de la Santé Publique et à la collaboration de Médecine 2, de la Consultation anonyme de la Policlinique Médicale Universitaire, de la Psychiatrie de Liaison et de Point Fixe. En outre, la Fondation ABS a contribué au projet en nous prêtant gracieusement son bus (Distribus). Le fonds de prévention de l’Aide Suisse contre le Sida a financé, comme chaque année, les coûts liés à l’organisation de l’action et le défraiement des médiateurs·trices. L’écho rencontré auprès des clients a été très favorable. Durant les 3 ans, ce projet pilote a permis 323 entretiens individuels avec des clients (2008 : 112 entretiens, 2009 : 131 entretiens, 2010 : 80 entretiens) et 109 tests HIV à résultat rapide (2008 : 31 tests, 2009 : 47 tests, 2010 : 31 tests).

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La diminution des entretiens et des tests réalisés en 2010 est directement liée à l’aménagement de zones sécurisées dans le quartier de Sévelin, survenu 1 semaine avant le début de l’action. La rencontre des clients sur le lieu de leur consommation de sexe tarifé permet un dialogue direct et les amène à réfléchir à leurs pratiques et à leurs prises de risque. La proposition du test VIH sur place est accueillie favorablement par la majorité des clients qui, pour une partie, ne s’étaient jamais rendus dans un centre de dépistage par peur, culpabilité ou par ignorance des risques encourus. Relayé par la presse écrite et par la télévision, ce projet pilote montre qu’il est possible d’innover avec succès le travail de prévention auprès de populations-cible comme celle des clients des travailleuses du sexe. Les résultats des données récoltées durant les 3 ans du projet pilote seront prochainement publiés et détermineront la suite à donner aux futures actions auprès des clients.

Journée mondiale contre le sida – 1 décembre 2010 Fleur de Pavé, faisant partie de la Coordination Vaudoise du 1 décembre, a participé de façon active à la Journée Mondiale du Sida dont le slogan 2010 était : C’est le Sida qu’il faut exclure et pas les séropositifs. Le 1 décembre, en collaboration avec deux infirmier-ère-s de la Polyclinique Médicale Universitaire (PMU), une intervenante sociale de Fleur de Pavé s’est rendue à l’Etablissement Vaudois d’Accueil des Migrants (EVAM) de Crissier, pour animer des ateliers de prévention.
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La petite équipe ainsi constituée a rencontré une septantaine de personnes provenant de différents pays d’Afrique et d’Asie. Fleur de Pavé rencontre beaucoup de femmes qui ont vécu des parcours migratoires parfois très compliqués et complexes et qui souvent n’aboutissent pas à une vie meilleure. Le travail du sexe est parfois un choix de repli pour pallier à une situation économiquement très difficile. Faire de la prévention auprès des populations migrantes requiert une grande capacité d’adaptation au public cible, mais aussi une grande ouverture afin de mieux comprendre ce que ces personnes vivent dans un pays qui n’est pas celui d’origine et où elles sont très précarisées à différents niveaux. La collaboration avec d’autres professionnel-le-s de la santé est non seulement enrichissante, mais aussi très utile et nécessaire : il s’agit d’un échange de compétences et de connaissances qui garanti une qualité du travail, dont le but reste toujours celui de proposer des prestations le mieux adaptées à chaque personne.

Les 15 ans de Fleur de Pavé en 2011 En 2011, Fleur de Pavé fêtera ses 15 ans d’existence. Plusieurs événements, laissant largement la parole aux travailleuses, seront organisés en fin d’année, notamment une exposition et une partie festive. Les manifestations prévues seront annoncées spécialement en temps voulu.

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DOSSIER D’ARCHIVES
La prostitution entre 1930-1950, quelques éléments Ayant un vif intérêt pour la période des années 1930-1950, j’ai commencé à chercher des informations concernant le travail du sexe à Lausanne à cette époque. Dans ce rapport d’activité, je ne vous présente que quelques informations trouvées aux archives de la Fraternité / Centre Social Protestant, et de la Ville de Lausanne. J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer le pasteur De Hass qui travaillait à la Pastorale de rue dans les années 80 et qui a témoigné de son expérience et de sa connaissance auprès des travailleuses du sexe. Bonne lecture !

Extraits d’archives de la Fraternité - Centre Social Protestant (CSP)* En 1937, les femmes de pasteurs commençèrent un travail de présence et d’écoute des travailleuses du sexe dans la rue. La Fraternité, en collaboration avec l’Armée du Salut, a secouru cette année-là 20 femmes qui ont quitté la prostitution et sont devenues chrétiennes. En 1949, la Fraternité a recensé 168 travailleuses du sexe dont 96 ont repris une vie « normale », 29 ont continué, 35 ont disparu et 8 sont décédées. La structure pensait alors que la tâche primordiale des églises et des paroisses était de rechercher des personnes non-croyantes pour les convertir. L’essentiel du travail de cette structure « était d’accueillir et d’atteindre une population itinérante et en situation précaire, personnes

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sans statut de séjour, souteneurs et travailleuses du sexe qui demandaient des soins. » En décembre 1949, un atelier pour les travailleuses du sexe ouvrit ses portes. Animé par 30 bénévoles, ce premier atelier de réadaptation sociale, offrait la possibilité de se réhabituer à un travail différent et d'avoir d'autres moyens d'existence. Les travailleuses pouvaient aller quelques heures et toucher immédiatement un salaire. Il s’agissait d’un atelier de couture qui avait son stand annuel au Comptoir Suisse. En 1970, l'atelier ferma ses portes : d’après les extraits des archives, la production de l’atelier ne s’écoulait plus suffisamment. Le bilan des 20 ans d’existence de cet atelier rapporte que sur 129 travailleuses du sexe, 50 ont quitté la prostitution et que les salaires versés durant cette période représentent CHF. 670'000.* Consultées le 4 février 2011 Archives de la Ville de Lausanne Aux Archives de la Ville de Lausanne, je me suis intéressée aux enquêtes judiciaires qui ont eu lieu pendant les années 1930-50 concernant des travailleuses du sexe exerçant à Lausanne. Il n’y avait pas beaucoup de documents précis. La présentation qui suit concerne les histoires les plus concrètes que j’ai pu trouver. Les rues de prostitution se situaient dans le quartier du Rôtillon, la rue de Bourg, la place de la Palud, le Cheneau Bourg, la rue de l'Ale et le petit Saint-Jean.

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Archives de la Ville de Lausanne, photo de la Rue de Bourg – Lausanne, en 1935. Selon le lieutenant X, de la Brigade Mobile* de Lausanne, il y avait 205 travailleuses du sexe fichées et 100 souteneurs en 1930. Cinquante travailleuses du sexe ont été condamnées pour racolage, outrage aux mœurs et vagabondage. Cent quatre-vingt ont été dénoncées à la police pour récidive. Et lorsqu’il y avait des filles étrangères, elles étaient directement dénoncées et expulsées. En septembre 1938, les femmes racolaient déjà à partir de 15 heures. Ceci suscitait parfois des plaintes de la part des commerçants auprès de la police car la présence des travailleuses du sexe faisaient fuir les clients des magasins.

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En date du 17 août 1939, une travailleuse du sexe a été dénoncée à la police. La police n’est par contre pas intervenue car la femme se prostituait chez elle et donc elle travaillait de façon inaperçue. Une fille qui se prostituait pouvait payer jusqu'à 1’000 Frs d'amende par année ; une sanction coutait environ 22,40 Frs.

Journaux consultés aux archives : D'après le journal L’Événement Syndical, publié le 31 mars 2004, le racolage était puni de 3 à 8 jours de prison, voire de l'expulsion du canton. Pour les homosexuel-le-s, la sanction était plus sevère car les « actes contre nature » étaient passibles d'emprisonnement jusqu’en 1942. Les femmes devaient passer deux examens médicaux par semaine car si le client était infecté, il pouvait porter plainte à la police. Un tiers des femmes travaillant dans la rue, avaient la syphilis. * La Brigade Mobile s'occupait de la prévention sanitaire, d'arrêter les femmes pour le racolage mais jamais elle ne s'intéressait aux souteneurs. Le poste de police de la Brigade Mobile se trouvait à la Place de la Palud. La prostitution était interdite autant dans les chambres dites « salons de massage » que dans la rue. Entretien avec le pasteur de Hass : Le pasteur de Hass travaillait à la Pastorale de rue avec le pasteur Secrétan, qui connaissait bien le milieu de la prostitution. Ils essaient de

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sortir les femmes de la prostitution. Le but de l'église étant de convertir ces denières. Le pasteur de Hass allait souvent à la rencontre des travailleuses du sexe au café des Tramays, à Lausanne ; il discutait beaucoup avec elles de leur situation. Une des femmes, lui avait raconté quel genre de gestes il fallait éviter pour ne pas se faire condamner pour racolage : par exemple, lever la jupe trop haut et faire des signes de la main ostentatoires. Dans les années 1950, le prix de la prestation était fixé entre 100.- et 150.Frs. Les travailleuses du sexe atteintes dans leur santé ou qui avaient la réputation de l’être, baissaient le prix de la prestation. Les femmes que le pasteur rencontrait, avaient toutes un proxénète qui prenait une bonne partie de leurs gains. D’après le pasteur de Hass, il n’y avait pas encore de femmes toxicodépendantes exerçant la prostitution à cette époque, la drogue faisant son apparition dans les années 80. Les travailleuses du sexe étaient issues en général de la campagne. Elles venaient chercher du travail en ville. La situation économique dans ces années-là était dramatique et le chômage élevé. Plutôt que de faire appel aux aides sociales, les femmes préféraient garder leur dignité et commençaient la prostitution. Je ne vous ai présenté que le début de mes recherches. Beaucoup d’informations restent encore à trouver pour avoir une vue d’ensemble des conditions sociales, juridiques et économiques du travail du sexe à cette période précise. Faire un pas en arrière historique est toujours
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intéressant pour mieux comprendre les changements qui ont lieu au fil du temps.

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REMERCIEMENTS
Notre reconnaissance s’adresse, en premier lieu, aux travailleuses du sexe pour la confiance qu’elles nous témoignent jour après jour. Cette association n'existerait pas sans les personnes qui la composent, au comité, dans la commission juridique et au sein de l’équipe de collaboratrices qui s’engagent avec sérieux et enthousiasme dans leur travail. Nous remercions également nos partenaires et sympathisants qui, par le versement de subventions ou de dons, nous ont témoigné leur confiance: Ville de Lausanne Canton de Vaud Ville de Morges Lausanne région Fondation Albert Fischer Fondation Michèle Berset Aide Suisse contre le Sida (Don Juan)

ONT PARTICIPÉ À L’ÉLABORATION ET À LA RÉDACTION DU RAPPORT D’ACTIVITÉS Anne ANSERMET PAGOT Estela BERGIER Nisa DESSIMOZ Micheline FRAGNIÈRE Karine JORDAN Silvia PONGELLI Carine CARVALHO ARRUDA Sylvianne NICOD Nadia LAMAMRA Anne ROULET

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COMPTES
Vous trouverez ci-après les documents relatifs aux comptes 2010 Comptes 2010

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Bilan 2010

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Compte de pertes et profits 2010

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