Albert Failler

Mélèce le Confesseur et le monastère Saint-Lazare de Constantinople
In: Revue des études byzantines, tome 56, 1998. pp. 231-238.

Résumé Le corps de Mélèce le Confesseur était vénéré au monastère Saint-Lazare de Constantinople, qui était dédié à Lazare de Béthanie et où était conservé également le corps de Lazare le Galésiote. Mais aucune source n'indique que Mélèce, comme on l'a écrit sur la foi d'une mauvaise traduction d'un passage de Georges Pachymérès, ait passé ses dernières années dans le monastère où il fut inhumé. Abstract REB 56 1998 France p. 231-238 Albert Failler, Mélèce le Confesseur et le monastère Saint-Lazare de Constantinople. — The body of Meletios Confessor was venerated in St. Larazus monastery of Constantinople, which was dedicated to Lazarus of Bethania, and where was also kept the body of Lazarus Galesiotes. Yet no source indicates that Meletios, as was written on account of the poor translation of a passage from George Pachymeres, should have lived his last years in the monastery where he was buried.

Citer ce document / Cite this document : Failler Albert. Mélèce le Confesseur et le monastère Saint-Lazare de Constantinople. In: Revue des études byzantines, tome 56, 1998. pp. 231-238. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1998_num_56_1_1957

MELECE LE CONFESSEUR ET LE MONASTÈRE SAINT-LAZARE DE CONSTANTINOPLE

Albert FAELLER

Résumé : Le corps de Mélèce le Confesseur était vénéré au monastère Saint-Lazare de Constantinople, qui était dédié à Lazare de Béthanie et où était conservé également le corps de Lazare le Galésiote. Mais aucune source n'indique que Mélèce, comme on l'a écrit sur la foi d'une mauvaise traduction d'un passage de Georges Pachymérès, ait passé ses dernières années dans le monastère où il fut inhumé. Mélèce le Confesseur, appelé aussi le Galésiote pour avoir pratiqué la vie monastique sur le mont Galésios, est présenté par l'historien Pachymérès comme l'un des héros du retour à l'orthodoxie, au début du règne d'Andronic II Palaiologos. Sous le règne de Michel VIII, il avait subi toutes les avanies à cause de son opposition à l'union avec les Latins. Dès la mort de cet empereur (11 décembre 1282), il recouvra la liberté. Selon son biographe, Macaire Chrysoképhalos, il ne survécut que trois ans. Il mourut un 19 janvier (ou un 21 janvier?), puisque c'est à cette date que, une fois canonisé vers 1325 \ il fut fêté. On en a déduit qu'il est décédé le 19 janvier 1286. Comme son biographe lui donne soixante-dix-sept ans de vie, on a placé sa naissance en 1208/9. Le corps de Mélèce le Confesseur était vénéré au monastère constantinopolitain de Saint-Lazare, qui avait été fondé par Léon VI le Sage, à la fin du 9e siècle, et qui était dédié au saint Lazare des Évangiles, l'ami du Christ. Dans ce monastère, on conservait d'une part des reliques de Lazare lui-même, de ses deux sœurs, Marthe et Marie, ainsi que de Marie-Madeleine, et d'autre part les dépouilles de Lazare le Galésiote, le moine du 11e siècle qui avait fondé le centre monastique du Galésios près d'Éphèse, et de Mélèce le Confesseur. Il ne convient pas de dédoub ler monastère Saint-Lazare, comme l'a fait R. Janin, qui mentionne le 1. Voir J. Darrouzès, Regestes, n° 2132 (avant 1327 ?). Revue des Études Byzantines 56, 1998, p. 231-238.

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d'un côté un monastère Saint-Lazare le Galésiote2, où auraient été dépo sées les dépouilles de Lazare le Galésiote et de Mélèce le Confesseur, et d'autre part un monastère Saint-Lazare de Béthanie, qui aurait conservé les reliques des amis du Christ et où, de plus, Mélèce le Confesseur aurait vécu ses dernières années3. L'emplacement du monastère est connu, au moins de manière approximative : il se trouvait à l'est de Sainte-Sophie, tout près d'une poterne ouverte dans le rempart4. L'examen des sources permet de rétablir une image que les historiens ont brouillée. D'un côté, l'existence d'un monastère Saint-Lazare le Galésiote a été inférée à tort à partir des témoignages qui mentionnent sa dépouille dans un monastère Saint-Lazare, et l'homonymie a trompé le lecteur : Lazare le Galésiote était vénéré dans un monastère SaintLazare, qui n'était pas dédié pour autant au Galésiote, mais au Ressuscité de Béthanie. Zosime le Diacre signale la présence de la dépouille de Lazare le Galésiote, qualifié de manière incorrecte d'«évêque de Galassie» (Jla3apb, enncKon FajiacHHCKHH)5, au monastère de Lazare qui resta mort «quatre jours» (JIa3apb MeTBepoßHeBHbiH)6, c'est-à-dire Lazare de Béthanie. De même le Pèlerin anonyme russe signale au monastère Saint-Lazare les reliques de Lazare de Béthanie, de Marthe et de Marie-Madeleine, ainsi que la dépouille de saint Mélèce. On peut ajouter un passage de l'Anonyme arménien7. Dans les trois sources, il s'agit donc d'un seul et même monastère Saint-Lazare. Or, pour justifier le dédoublement du monastère Saint-Lazare, R. Janin a fait appel, en premier lieu, au témoignage de Zosime, mais celui-ci est expli cite le corps de Lazare le Galésiote se trouvait dans le monastère Saint: Lazare de Béthanie, non dans un monastère qui lui fût personnellement dédié. En second lieu, R. Janin évoque un passage du Dialogue de Théodore Agallianos, mais, comme on le verra plus bas, cette mention renvoie en fait au seul et même monastère Saint-Lazare de Constantinople.

2. R. Janin, Les églises et les monastères [de Constantinople]2, Paris 1969, p. 298. Sur Lazare le Galésiote et la fondation du centre monastique du Galésios, voir R. Janin, Les églises et les monastères des grands centres byzantins, Paris 1975, p. 242-250. 3. R. Janin, Les églises et les monastères [de Constantinople]2, Paris 1969, p. 298-300. 4. Voir Pachymérès, IX, 18 : Bonn, II, p. 2382"3. 5. G. P. Majeska, Russian travelers to Constantinople in the fourteenth and fifteenth centuries, Washington DC 1984, p. 18315"16, 381. 6. Ibidem, p. 18314. 7. Là où, d'après la traduction du texte (S. Brock, A medieval Armenian pilgrim's des cription of Constantinople, Revue des études arméniennes 4, 1967, p. 8631"32), l'Anonyme arménien signale que «the relies of Melitos, patriarch of Antioch, are there», il faut sans doute voir la dépouille de Mélèce le Confesseur, comme l'a d'ailleurs soupçonné l'éditeur {ibidem, p. 93), qui écrit: «The relies of Meletios are not mentioned in other sources as being here : could there be some confusion with the anti-unionist of this name, nicknamed "the saint", who lived in this monastery (end 13th century) ?». Voir aussi G. P. Majeska, op. cit., p. 381.

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Écrite par Macaire Chrysoképhalos, le métropolite de Philadelphie, la Vie de Mélèce le Confesseur8, sur laquelle est fondée la plus grande part de sa biographie, n'évoque nulle part le monastère Saint-Lazare. Quant à l'acolouthie, qui est cependant tardive9, composée par un certain moine Mélèce en l'honneur de son patron et enrichie d'un apport de Nicodeme l'Hagiorite, elle mentionne le monastère Saint-Lazare dans un passage où sont louées la sainteté de Mélèce et l'intégrité de sa dépouille : «Le monastère de Lazare s'honorait autrefois d'être le sanctuaire le plus sacré de la ville impériale : il conservait en effet en son sein comme un trésor très précieux le corps très sacré de Mélèce le trois fois bienheur eux, conservait tous les signes de la sainteté : la coloration safran, qui l'indicible bonne odeur et le flot des miracles qui s'écoulait de lui comme un fleuve pour ceux qui s'approchaient avec foi» ("Εχαιρε πάλαι ή του Λαζάρου μονή, της βασιλίδος πόλεως σεμνειον το εύαγέστατον αύτη γαρ κατεϊχεν έν κόλποις ώς θησαυρον πολυτίμητον του τρισμακαρος Μελετίου το ίερώτατον λείψανον, απαντά διασωζον τα της άγιότητος σήμαντρα, τον κροκοβαφη χρωματισμόν, την άρρητον εύωδίαν και τα των θαυμάτων ρείθρα, τά ποταμηδον έζ αύτοΰ προχεόμενα τοις μετά πίστεως προσπελάζουσιν10). L'intégrité de son corps est à nouveau rapportée plus bas : «La grâce vivifiante du Saint-Esprit... conserva à son corps l'incorruptibilité dans la tombe» (Ή του αγίου Πνεύματος ζωοπάροχος χάρις..., το δε σώμα έν τάφω άδιάφθορον συντηρήσασα11). De même, il est à nouveau signalé que son corps déga geait une bonne odeur12. Dans son Dialogue d'un hiéromnèmôn avec un moine contre les Latins, écrit en 1442, Théodore Agallianos (le futur Théophane de Mèdeia) consacre de longs passages à Mélèce le Confesseur, qu'il pré sente comme un héros de l'orthodoxie et un modèle de résistance pour les orthodoxes de son temps, opposés à l'Union de Florence13. Théodore Agallianos s'inspire largement de la Vie de Mélèce, que, vraisemblable ment bien informé, il attribue à Macaire Chrysoképhalos, le métropolite de Philadelphie (1343-1382). C'est grâce à ce texte qu'on a connaissance 8. BHG 1246a. Elle a été éditée par Spyridôn Lauriôtès, Γρηγόριος ό Παλαμάς 5, 1921, p. 582-584 et 609-624, avec la suite et fin dans la revue Ό ''Αθως 8-9, 1928, p. 911. Dans le même volume de cette seconde revue ( Ό "Αθως 8-9, 1928, p. 617-638) fut également éditée l'acolouthie de Mélèce dont il sera question plus loin. Le texte de la Vie et de l'acolouthie a été repris par Th. N. Simopoulos, Μελέτιος ό Γαλησιώτης (12301307), Athènes 1978, respectivement p. 77-92 et 531-552. 9. Spyridôn Lauriôtès, Ό "Αθως 8-9, 1928, p. 617 en note. 10. Ibidem, p. 62127-6223. 11. Ibidem, p. 6252"10. 12. Ibidem, p. 63421 (ευοσμον), 63514 (σώμα εύωδίας πλήρες). 13. Le texte a été édité, à partir d'un manuscrit aux folios brouillés, par Dosithée de Jérusalem, Τόμος χαράς, Rimnic 1705, p. 610-633. Sur Théodore Agallianos, voir Ch. G. Patrinélès, 'Ο Θεόδωρος Άγαλλιανος ταυτιζόμενος προς τον Θεοφάνην Μήδειας και οι ανέκδοτοι λόγοι του, Athènes 1966 (ρ. 43-44 pour le présent écrit).

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de la canonisation de Mélèce le Confesseur, dont la sainteté fut officie llement proclamée vers 1325 sous le patriarcat d'Isaïe14. Le même auteur nous apprend que la fête de Mélèce le Confesseur était célébrée au monastère Saint-Lazare, où se trouvait son corps, le 19 janvier : «et depuis lors il est chanté dans le vénérable monastère de Lazare le saint et le juste, où il est déposé, le 19 du mois de janvier» (και έκτοτε ψάλλεται εν τη σεβάσμια μονή του αγίου και δικαίου Λαζάρου, ένθα κατάκειται, τη ιθ' του ίαννουαρίου μηνός15). À ces témoignages on doit ajouter trois passages de l'Histoire de Georges Pachymérès, qui sont d'ailleurs l'objet principal de la présente note. En voici le contenu : - après le concile de Lyon, le moine antiunioniste Mélèce fut envoyé à Rome, en compagnie de son confrère Ignace, pour y être corrigé par le pape (1279-1280)16 ; - plus tard, vers 1280, l'empereur lui fit couper la langue pour punir son opposition à sa politique17 ; - après la mort de Michel VIII (1282), il fut chargé de purifier SainteSophie, en compagnie de son ancien confrère du Galésios, Galaktiôn, et de punir les unionistes18. Les trois mentions sont brèves, mais elles émanent d'un écrivain qui sait à l'occasion économiser les mots, comme il sait les prodiguer. Peu de mots donc, mais des informations nombreuses et précises. L'état du texte dans les manuscrits a provoqué plusieurs méprises. Pour le troisième passage, l'établissement du texte fait problème. À la suite du nom de Mélèce, le manuscrit C ajoute une précision : «celui qui est dit saint et qui gît dans le monastère de Lazare le saint et le juste» (8ç και άγιος, ό εν τη μονή του αγίου και δικαίου Λαζάρου)19. Cette incise, omise par les autres manuscrits, est une addition postérieure et s'insère mal dans le mouvement de la phrase. Le premier éditeur l'a cependant retenue, tout en la modifiant d'ailleurs légèrement : il a ajouté à la fin le participe κείμενος20, qui ne se trouve pas dans le texte de C. Dans la marge de C, le copiste a porté le mot ξένον, qu'un signe rap porte à άγιος21. Le sens de la remarque, qui provient d'un lecteur ou 14. Dosithée de Jérusalem, op. cit., p. 63333. Voir la note 1. 15. Ibidem, p. 6263738. 16. Pachymérès, VI, 17-18 : nouvelle édition, II, p. 58510-20. 17. Pachymérès, VI, 24 : nouvelle édition, II, p. 6172021. 18. Pachymérès, VII, 3 : Bonn, II, p. 17713. 19. Ibidem, p. 178"9. Les manuscrits de l'Histoire de Georges Pachymérès sont désignés ici par les sigles qui leur sont attribués dans la nouvelle édition, c'est-à-dire A (Monac. gr. 442), Β (Barberin. gr. 198-199) et C (Barberin. gr. 203-204). 20. L'éditeur a porté en marge sur le manuscrit Β (f. 2V), qui sert de modèle à son édi tion, les mots suivants : oç και άγιος, ό έν xfj μονί) του αγίου και δικαίου Λαζάρου κείμενος, &ν ό μ(έν). On peut penser que ce κείμενος, destiné à donner à la phrase un tour plus naturel, est inspiré du texte de la Version brève, comme on le verra plus bas. 21. Voir A. Failler, La tradition manuscrite de l'Histoire de Georges Pachymérès (livres VII-XIII), REB 47, 1989, p. 122.

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d'un copiste et qui est de la même main que le corps du texte, n'est pas évident : l'auteur de la note marginale semble marquer de l'étonnement devant la qualification donnée à Mélèce. Veut-on s'étonner de l'appella tion avant la canonisation officielle du personnage ? Dans ce cas, la remarque serait antérieure à la date de la canonisation (vers 1325). Mais le texte du manuscrit C suggère plutôt que, déjà de son vivant et avant toute intervention de l'Église, Mélèce le Confesseur était appelé «le Saint», comme le laisse entendre un passage du début de la Vie22 et comme l'écrit Dosithée de Jérusalem23. Ou bien veut-on s'étonner qu'il ne soit pas appelé δσιος24, plutôt que άγιος ? Voilà pour le texte original de l'Histoire et l'incise ajoutée dans le manuscrit C. Venons-en à présent au texte abrégé de l'Histoire. Si le rédacteur de la Version brève se contente de reproduire le contenu de son modèle pour la première mention de Mélèce (le voyage à Rome), il en va autrement pour les deux suivantes. Bien qu'ils transmettent la même information que l'addition relevée dans le manuscrit C, les deux déve loppements de la Version brève sont sans doute indépendants de cette addition. Les deux textes de la Version brève seront reproduits ici à la suite du passage correspondant de l'original (1. pour l'original, 2. pour la Version brève), et les fragments qui sont identiques de part et d'autre seront marqués par l'italique. Pour la deuxième mention de Mélèce (son supplice vers 1280), l'addi tion réduit à une brève incise : se 1. Μελέτιον δε αφαιρείται της γλώσσης25. 2. Μελέτιον δε, τον εν ττ} του άγιου Λαζάρου μονή κείμενον, αφαιρείται της γλώττης. Pour la troisième mention de Mélèce (la purification de Sainte-Sophie en 1283), le rédacteur de la Version brève insère un développement plus conséquent et insiste sur la sainteté du moine : 1. Ήσαν δ'ούτοι και μάλλον ό Γαλησιώτης τε Γαλαχτίων και ό Μελέτιος26, ών ό μεν στέρησιν ομμάτων, ό δ'έκτομήν γλώττης πέπονθεν, έπ'αίτίαις ό μέν ψεύδους, ώς Ί'δοι βασιλέα λέγων

22. Spyridôn Lauriôtès, Γρηγόριος ό Παλαμάς 5, 1921, ρ. 58432"35 : αρκέσει δ'ήμΐν Βασίλειος- δθεν οτι ό νυν εις ύπόθεσιν προκείμενος ώς ό μελέτην απαντά τον τοσούτον ειπείν, και τοις πράγμασι τα ονόματα έπεται, άγιος, πολύς φησι και μέγας εαυτού βίον πνευματικήν θέμενος, είκότως είχε και την κλησιν οΤς έπραττε συμφωνούσαν. 23. Dosithée de Jérusalem, Τόμος αγάπης, Ia§i 1698, Προλεγόμενα, p. 69"10 : Μελέτιον τον έπονομαζόμενον αγιον (άλλα καΐ αληθώς άγιος έγένετο, καΐ εκείτο εις την μονην του Λαζάρου)... 24. Voir, par exemple, le titre tant de la Vie que de l'acolouthie : του οσίου πατρός ημών Μελετίου του όμολογητοΰ (Vie: Γρηγόριος ό Παλαμάς 5, 1921, ρ. 582), του οσίου και θεοφόρου πατρός ημών Μελετίου του όμολογητοΰ (acolouthie : Ό "Αθως 8-9, 1928, ρ. 617). 25. Pachymérès, VI, 24 : nouvelle édition, II, p. 61720"21. 26. Ici s'insère l'addition du manuscrit C dont il a été question plus haut.

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άζύμοις εις άγιασμον χρώμενον, την άνατολήν διερχόμενος, ό δ'υ — βρεως, Ίουλιανόν άλλον τον βασιλέα ειπών κατά πρόσωπον27. 2. ΤΗσαν δέ οδτοι και μάλλον ό Γαλησιώτης Γαλακτίων και ό Μελέτιος, Sv ό μεν στέρησιν ομμάτων, ό δέ γλώττης έκτομήν, ώς ηδη προείπομεν, πέπονθεν, στάντες κατά πρόσωπον του βασιλέως Μιχαήλ το πρότερον, άλλον Ίουλιανόν και άζυμίτην άπεκάλουν, και δτι δίκαιος ην ό κατά Θεδν ζήλος αυτών, δείκνυσι νυν ό Μελέτιος, κείμενος σώος εν τη μονή του αγίου και δικαίου Λαζάρου και εύωδίαν άρρητον πέμπων εκ του οικείου λειψάνου. La comparaison des textes appelle plusieurs remarques. - Au premier abord, on pourrait croire que l'incise accolée à la deuxième mention de Mélèce par le rédacteur de la Version brève est une anticipa tion28 qu'elle est empruntée à la troisième mention de Mélèce telle et qu'elle figure dans le manuscrit C, avec l'addition signalée plus haut. Mais ce n'est probablement pas le cas, car le rédacteur de la Version brève n'avait pas sous les yeux le texte que présente l'actuel manuscrit C et qui, de plus, ne contient pas le participe κείμενος, mais il s'inspire plutôt du texte qui est conservé dans les manuscrits A et B. - Le rédacteur de la Version brève reprend la même information que le manuscrit C, à savoir que la dépouille du moine se trouvait au monastère Saint-Lazare, mais il l'insère à un autre endroit et il l'exprime en des termes différents. - Le surnom d'Azymite qui est donné à Michel VIII par le rédacteur de la Version brève ne présente aucune originalité, car il se rencontre dans d'autres textes29 ; la version originale de l'Histoire, si elle ne contient pas le surnom lui-même, en fournit d'ailleurs la substance (βασιλέα... άζύμοις εις άγιασμον χρώμενον). - L'addition mentionne l'incorruptibilité du corps de Mélèce, qui est signalée également, à deux reprises, dans le Dialogue de Théodore Agallianos (τω το αγιον αυτοί) λείψανον άσινές τηρηθηναι τη διαφθορά30, το ιερόν αύτου λείψανον τετήρηκεν άδιάφθορον31). Celle-ci est encore relevée dans l'acolouthie du saint, qui évoque aussi la bonne odeur qui se dégageait du corps32. 27. Pachymérès, VII, 3 : Bonn, II, p. 17713. 28. Voir la note 20. 29. Michel VIII est qualifié également d'Azymite (synonyme de λατινόφρων, dans la mesure où les Latins utilisent le pain azyme pour l'Eucharistie) dans le Dialogue d'Agallianos (Dosithée de Jérusalem, Τόμος χαράς, p. 61728) comme dans la metaphrase de la Vie de Mélèce (Μιχαήλ ό Άζυμίτης : Nicodème l'Hagiorite, Νέον Έκλόγιον2, Constantinople 1863, p. 285/II30 = Κ. Ch. Doukakès, Μέγας Συναξαριστής, Janvier, Athènes 1889, p. 39028) ; mais le mot n'est pas employé dans le passage correspondant de la version originale de la Vie par Macaire Chrysoképhalos (Spyridôn Lauriôtès, p. 619, avec la note 3). Voir aussi D. J. Geanakoplos, Emperor Michael Palaeologus and the West (1258-1282). A study in Byzantine-Latin relations, Cambridge Mass. 1959, p. 275, avec la note 76. 30. Dosithée de Jérusalem, op. cit., p. 61717"18. 31. Ibidem, p. 62131"32. 32. Voir les textes cités plus haut, avec les notes 10-12.

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Comme l'addition de C est très vraisemblablement postérieure à la composition de l'ouvrage, on peut conclure que le texte original de Georges Pachyméres ne contient nulle information sur l'endroit où était vénérée la dépouille de Mélèce le Confesseur, puisque les trois mentions (l'ajout de C et les deux additions de la Version brève) sont postérieures. La précision apportée par ces additions constitue néanmoins une info rmation avérée, puisque, comme on l'a dit plus haut, elle est corroborée par le triple témoignage de l'Anonyme russe, de l'Anonyme arménien et de Théodore Agallianos. Ajoutons que l'insertion de l'incise du manuscrit C dans le texte de la première édition a provoqué une erreur. On a dit plus haut que le parti cipe κείμενος est un ajout de l'éditeur à l'intérieur de l'incise, qui est elle-même un ajout de copiste. On peut supposer que le mot κείμενος provient de la Version brève, à laquelle l'éditeur a fait divers emprunts ; le mot figure en effet en marge du manuscrit B, où ont été reportées, en vue de l'édition, les variantes du texte de C. Cela étant, P. Poussines a donné du texte ainsi établi une traduction erronée, en rendant κείμενος par residens : «... Meletius, qui et sanctus vocabatur, in monasterio sancti et iusti Lazari residens». Le traducteur a ainsi considéré que Mélèce, au retour de son exil à Skyros après la mort de Michel VIII (11 décembre 1282), résida au monastère Saint-Lazare de Constantinople, sans doute durant les trois années qui séparèrent ce retour de son décès. L'information a dès lors été relevée et retenue33. Mais il est exclu que le participe κείμενος, qui qualifie littéralement un «gisant» (un mort ou un malade allongé), puisse avoir cette signification. Le contexte montre assez clairement qu'il est question seulement de la présence du corps et de sa vénération au monastère Saint-Lazare. Quelques sources parallèles (Anonyme russe, Anonyme arménien, Théodore Agallianos) viennent par ailleurs, comme on l'a vu, attester l'information donnée dans l'addition du manuscrit C et dans les deux incises ajoutées au texte original de l'Histoire par le rédacteur de la Version brève. Les articles ou notices qui s'inspirent seulement de la Vie de Mélèce composée par Macaire Chrysoképhalos ne font pas état du monastère Saint-Lazare, puisque la Vie elle-même est muette sur ce point : c'est le cas de L. Petit, qui est le premier à avoir tracé une biographie détaillée de Mélèce en analysant sa Vie34, ou encore de Β. Ν. Giannopoulos35. Les 33. En voici quelques témoignages : «Mélétios, dit le saint, qui vivait au monastère Saint-Lazare...» (R. Janin, Les églises et les monastères [de Constantinople]2, Paris 1969, p. 299) ; «Mélèce... s'installe au monastère urbain de Saint-Lazare» (D. Stiernon, Dictionnaire de spiritualité, X, 1978, col. 974) ; «Unter Παλαιολόγος 'Ανδρόνικος Π. im Dez. 1282 befreit, ins Lazaros-Kl. in Kpl, war dann drei Jahre krank» (PLP, n° 17753). J'ai repris la même opinion (REB 37, 1979, p. 172), avant d'avoir examiné le texte de Georges Pachyméres de manière plus attentive. 34. L. Petit, DTC, X, 1928, col. 536-538. 35. Β. Ν. Giannopoulos, ThEE, VIII, 1966, col. 949.

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auteurs grecs ont généralement fait état du monastère Saint-Lazare, en se référant autant aux informations du Pèlerin russe qu'à l'Histoire de Georges Pachymérès, et particulièrement à l'addition contenue dans le manuscrit C et incorporée dans le texte par P. Poussines. Ils s'en sont rapportés directement au texte grec (ό Μελέτιος, δς και άγιος, ό εν ττ\ μον?) του άγιου και δικαίου Λαζάρου κείμενος36), par-delà la traduc tion incorrecte de P. Poussines («Meletius, qui et sanctus vocabatur, in monasterio sancti et iusti Lazari residens»). C'est le cas, par exemple, de M. Gédéôn37. L'inhumation de Mélèce le Confesseur au monastère Saint-Lazare pourrait néanmoins être due au fait qu'il fût membre de cette commun auté religieuse. Ainsi, tout en étant erronée, la version présentée par P. Poussines dans sa traduction ne comporte rien de choquant et pourrait correspondre à la réalité. Mais le texte grec ne contient pas pareille infor mation. Pour terminer, on peut relever cette intrusion, aussi bien du lecteur ou du copiste du manuscrit C que du rédacteur de la Version brève, dans le texte même de l'Histoire de Georges Pachymérès pour célébrer la mémoire et le culte de Mélèce le Confesseur. J'ai eu l'occasion de signa ler même double intervention et amplification, à propos de Michel la Glabas cette fois, aussi bien dans le manuscrit C que dans la Version brève38. Le rapprochement et la similitude des deux cas ne fournissent pourtant aucun nouvel élément, car il n'y a pas de lien connu entre les deux personnages ou entre les deux institutions qui se rattachent à eux. Il est probable que, dans les deux cas, les ajouts de C et de la Version brève sont indépendants, contrairement à ce qu'on pourrait croire au premier abord. Le rédacteur de la Version brève avait sous les yeux le texte des manuscrits A et B, et non celui du manuscrit C. Albert Failler C.N.R.S. -UMR186, et Institut français d'Études byzantines (IFEB)

36. Bonn, II, p. 178"9. 37. M. Gédéôn, Βυζαντινόν Έορτολόγιον, Constantinople 1899, p. 61, n° 19. Voici les demiers mots de la notice, justifiés par une référence à l'Histoire de Pachymérès (Bonn, II, p. 17) : 'Ετάφη έν ττι μονί) του αγίου και δικαίου Λαζάρου, τιμηθείς αμέσως ώς άγιος. L'adverbe αμέσως, cependant, ne peut être justifié par l'incise intro duite dans le manuscrit C de l'Histoire de Georges Pachymérès. 38. A. Failler, Pachymeriana altéra, REB 46, 1988, p. 76-79.

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