Albert Failler

La promotion du clerc et du moine à l'épiscopat et au patriarcat
In: Revue des études byzantines, tome 59, 2001. pp. 125-146.

Résumé REB 59 2001 France p. 125. Albert Failler, La promotion du clerc et du moine à l'épiscopat et au patriarcat. — Membre du clergé patriarcal, Georges Pachymérès (1242-après 1307) se montre solidaire de son corps social et manifeste les plus graves soupçons à l'encontre des moines. Il conteste à ces derniers la prédominance, si ce n'est l'exclusivité, qu'ils ont acquise au fil des siècles pour l'accession à l'épiscopat. Il met particulièrement en cause l'obligation de la tonsure monastique comme préalable à l'ordination episcopate. Dans la même ligne, il ne cache pas sa préférence pour les patriarches qui ne sont pas issus du monachisme ou qui, du moins, n'ont pas reçu leur première formation ecclésiastique chez les moines. Pour l'historien, Jean XI Bekkos demeure, malgré ses erreurs, le modèle du bon patriarche, tandis qu'Athanase Ier, dont il projette l'ombre sur chacun des autres patriarches de l'époque, personnifie le mauvais pasteur. Abstract George Pachymeres (1242-after 1307), a member of the clergy of the patriarchate, made no secret of his solidarity with his social milieu and displayed the gravest suspicion of monks. He was opposed to their predominance and the virtual exclusivity, which they had acquired with the passage of time, as candidates for the episcopate. He objected particularly to the monastic tonsure as a prerequisite for episcopal consecration. Similarly, he did not hide his preference for patriarchs who had not been monks, or who at least had not received their first ecclesiastical formation from monks. For the historian, John XI Bekkos, in spite of having committed errors, remains the model of the good patriarch, while Athanasius I, who cast his shadow over each of the other patriarchs of the epoch, personifies the bad pastor.

Citer ce document / Cite this document : Failler Albert. La promotion du clerc et du moine à l'épiscopat et au patriarcat. In: Revue des études byzantines, tome 59, 2001. pp. 125-146. doi : 10.3406/rebyz.2001.2239 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_2001_num_59_1_2239

LA PROMOTION DU CLERC ET DU MOINE À L'ÉPISCOPAT ET AU PATRIARCAT

Albert FAILLER

Summary : George Pachymeres (1242-after 1307), a member of the clergy of the patri archate, made no secret of his solidarity with his social milieu and displayed the gravest suspicion of monks. He was opposed to their predominance and the virtual exclusivity, which they had acquired with the passage of time, as candidates for the episcopate. He objected particularly to the monastic tonsure as a prerequisite for episcopal consecration. Similarly, he did not hide his preference for patriarchs who had not been monks, or who at least had not received their first ecclesiastical formation from monks. For the historian, John XI Bekkos, in spite of having committed errors, remains the model of the good patri arch, while Athanasius I, who cast his shadow over each of the other patriarchs of the epoch, personifies the bad pastor. Georges Pachymérès consacre une bonne partie de ses Relations histo riques à la vie de l'Église byzantine. Si on isolait les récits dans lesquels des ecclésiastiques interviennent, cela représenterait près de la moitié du volume total de l'ouvrage. Mais l'histoire de l'État et celle de l'Église sont trop intimement imbriquées pour qu'il soit possible et significatif de faire la séparation. Il suffira, pour l'illustrer, d'évoquer certains passages de l'ouvrage où l'on voit l'Église et l'État mener une action commune et contribuer ensemble au résultat final. Citons l'action du patriarche Arsène, qui, après la mort de Théodore II Laskaris, favorise d'abord l'a ccession au pouvoir de Michel Palaiologos et tolère ensuite la déchéance progressive de Jean IV Laskaris ; citons ensuite le schisme des Arséniates et l'abrogation de l'union de Lyon après la mort de Michel VIII. L'histoire ecclésiastique devient alors une partie et un sec teur de l'histoire politique. Il suffira néanmoins d'évoquer les ouvrages historiques de Nicétas Chômâtes ou de Georges Akropolitès pour mont rer qu'un traitement correct des affaires ecclésiastiques n'exigeait pas une telle abondance d'informations. Mais Georges Pachymérès est luimême un ecclésiastique et il se révèle tel dans son ouvrage. Il est informé, intéressé, engagé ; tout en sauvegardant les apparences d'un récit neutre et objectif, il se révèle personnel. Son œuvre fourmille de Revue des Études Byzantines 59, 2001, p. 125-146.

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remarques personnelles et orientées, parfois données comme telles, plus souvent adroitement habillées et déguisées en déductions logiques ou en remarques de bon sens. Aussi convient-il d'avoir à l'esprit la personnalité de l'historien, son milieu social, sa culture, ses convictions religieuses et politiques, pour percevoir le sens et la portée de son récit. Si l'histoire de l'Église byzant ine pendant les cinquante années (1258-1307) qu'il décrit dans son ouvrage y prend une telle importance et y est rapportée avec tant d'atten tion de précision, c'est qu'il est l'un des acteurs de cette histoire. S'il et brosse avec soin le portrait — et parfois les portraits — des patriarches successifs, c'est qu'il fut leur collaborateur direct. Il appartenait luimême à l'une de ces familles qui fournissaient les cadres de l'Église de génération en génération. Il a été initié au service de l'Église et du patriarche par son propre père, dont il rappelle la mémoire, en évitant naturellement toute connotation affective. Le clergé patriarcal, regroupé autour de Sainte-Sophie, constituait l'armature de l'administration ecclé siastique tant de l'éparchie de l'évêque de Constantinople que des ser vices synodaux, de la même manière que la curie autour du pape de Rome. 1. Les moines et les clercs Les clercs patriarcaux jouaient un rôle important, mais subalterne, car l'initiative de l'action leur échappait. Ils étaient les employés du patriarche. Georges Pachymérès fait preuve d'esprit de corps en leur donnant dans son Histoire une place privilégiée et sans doute dispropor tionnée rapport à leur influence réelle. L'historien montre bien qu'ils par pouvaient seulement s'opposer, résister, se rebeller, mais qu'ils n'avaient pas beaucoup de poids sur la décision. Lorsqu'il met en scène les deux pôles de la vie ecclésiastique, c'est-à-dire le clergé et le monachisme, il montre où vont son intérêt et sa préférence. Bien sûr, il ne peut méconn aître le rôle dévolu aux moines, considérés comme les vrais gardiens spirituels de l'empire. Il ne dénigre jamais la grandeur de leur vocation, mais il évoque volontiers leur ignorance ou leur intolérance. Le schisme des Arséniates lui donne l'occasion de noter les dérives traditionnelles du monachisme. Membre du clergé patriarcal, Georges Pachymérès décrit assez bien et assez précisément les divers événements de la vie de l'Église pour mériter le titre d'historien ecclésiastique. Cela dit, il faut remarquer que la majeure partie du clergé était consti tuée par le clergé paroissial, qui était la vraie base de l'Église, mais qui est totalement absent du récit de l'historien1. Le clergé que celui-ci décrit 1. Dans ce domaine, il ne fait que suivre la voie commune, car peu de documents exis tent sur l'organisation et l'activité des paroisses. L'importance de ce clergé séculier et marié apparaît dans les actes du patriarche Calliste relatifs à l'institution des exarques dans les paroisses de Constantinople en 1350 (J. Darrouzès, Regestes, n° 2319 et 2402).

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est ainsi amputé de sa masse, car il mentionne seulement le haut clergé de la capitale, qui assure l'administration de l'Église et règle la vie pas torale, tout en assurant certaines tâches liturgiques. Quant au clergé impérial, il relevait directement de l'empereur, mais restait néanmoins sous la juridiction ecclésiastique du patriarcat2. L'historien ignore pareillement l'épiscopat des éparchies, c'est-à-dire les évêques suffragants, qui, nommés par le métropolite, jouaient un rôle exclusivement pastoral et ne devaient guère quitter leur diocèse. Dans toute l'Histoire apparaissent seulement trois évêques suffragants, d'ailleurs désignés par la seule mention du siège : ce sont les titulaires de Kozylè en Epire, de Marmaritzia en Thessalie, de Panion en Thrace. L'historien réduit le plus souvent le clergé aux deux composantes essentielles de la hiérarchie ecclésiastique : le clergé patriarcal et le synode patriarcal, qui rassemblait autour du patriarche les métropolites et les archevêques3. L'organe prin cipal de l'Eglise était le synode, dont les membres élisaient leurs pairs et choisissaient le patriarche, dans la mesure où l'empereur leur en donnait la latitude. Le synode veillait sur le dogme et la discipline. Georges Pachymérès ne mentionne nommément qu'un nombre réduit de syno daux, se contentant le plus souvent de citer les grandes figures. Il montre d'ailleurs la même discrétion dans la mention nominale des membres du clergé patriarcal, même s'il s'étend sur ses attitudes, ses malheurs, son rôle ou son dévouement. La distinction entre moines et clercs n'est évidente qu'en apparence. Sont clercs tous ceux qui ont reçu un ordre sacré : lectorat, diaconat, presbytérat, épiscopat. Si les moines n'appartiennent pas au clergé, ceux d'entre eux qui ont reçu un ordre sacré rentrent en quelque sorte dans le clergé, tout en gardant leur marque monastique : ce sont les hiérodiacres (moines diacres) et les hiéromoines (moines prêtres). Si la désignation des moines ne prête pas à confusion, les vocables appliqués par Georges Pachymérès aux clercs n'ont pas toujours la même évidence. La distinction entre clerc impérial et clerc patriarcal ne fait pas difficulté : elle renvoie aux deux clergés cités plus haut. Mais l'expression «dignitaires de l'Église»4 est ambiguë et ambivalente: elle peut s'appliquer aux dignitaires ecclésiastiques de manière générale, et 2. Cette dépendance apparaît dans l'incident qui opposa Michel VIII au patriarche Arsène et à Jean Bekkos à propos d'un mariage célébré par un clerc impérial sans l'autori sationpréalable du chartophylax ; voir Georges Pachymérès, Relations historiques, III, 24 : A. Failler, I, p. 2978'23. [Dans la suite de l'article, les renvois à l'historien comprend ront seulement la référence au volume et à la page de la nouvelle édition. Une même référence simplifiée accompagnera les citations de Georges Akropolitès (édition de A. Heisenberg), de Théodore Skoutariôtès (même édition) et de Nicéphore Grègoras (édi tion de Bonn).] 3. De manière plus épisodique apparaît le clergé impérial, dont les notables constituent une sorte de Conseil ecclésiastique de l'empereur. Georges Pachymérès mentionne, en particulier, trois personnalités importantes de ce corps : Constantin Mélitèniôtès, Georges Métochitès et Georges le Chypriote. 4. L'expression (οι της εκκλησίας) est employée fréquemment dans l'Histoire.

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elle englobe alors les métropolites et archevêques du synode et le haut clergé patriarcal et impérial ; mais elle désigne habituellement les seuls clercs du patriarcat, qui dirigent l'administration et assurent le service liturgique de Sainte-Sophie, l'église patriarcale5. C'est le corps social auquel appartient le narrateur lui-même, et le traitement qu'il lui réserve dans son ouvrage apparaît privilégié par rapport à son importance réelle. Les membres de ce corps sont désignés à l'occasion par l'expression ambiguë qu'on vient de signaler, mais plus souvent ils sont appelés, de manière plus claire, «membres du clergé», «archontes de l'Église», «notables»6. Une fois ces remarques faites qui touchent à la terminologie, on voit apparaître à travers l'Histoire une rivalité constante entre deux classes d'ecclésiastiques : les moines et les clercs. Rivalité traditionnelle, il est vrai, surtout depuis que les moines ont pris une place prédominante dans le gouvernement de l'Église après l'Iconoclasme et à partir du patriarcat de Taraise (780-806) en particulier. Solidaire de son corps social, l'histo rien défend les privilèges des clercs et accuse les moines d'outrepasser leur rôle et d'usurper les droits des clercs. Un passage de l'Histoire illustre à mots couverts l'intrusion des moines dans le clergé. Le fait qui est signalé paraît ténu en lui-même, mais il peut avoir une portée symbolique considérable. Il s'agit de la ton sure monastique devenue un préalable à l'ordination épiscopale d'un clerc — ou d'un laïc — élu évêque. D'une telle cérémonie, on pouvait déduire que Fépiscopat était réservé aux moines, et son usage répété pouvait conduire les esprits à considérer que l'état monastique était plus noble que l'état clérical. Exprimée en passant et en manière d'incise, qu'à ce titre le rédacteur de la Version brève de l'Histoire a d'ailleurs omise en toute logique, la remarque de Georges Pachymérès vaut d'être relevée. L'historien introduit le thème de manière subtile et vague. À propos de l'ordination d'un métropolite de Brousse, il écrit7 : «Nicolas Amageireutos, qui prit chez les moines le nom de Néophyte, fut proclamé proèdre de Brousse. Ceci était posé comme règle chez eux, bien que ce ne fût pas indispensable selon les autres : se tenir aujourd'hui devant Dieu et les anges et demander les règles de l'ordre monastique, puis ordonner évêque le lendemain celui qui s'était placé sous l'obéis sance, une chose qui paraissait elle-même reprehensible à un grand nombre.» 5. Les notices des offikia de la Grande Église, étudiées et éditées par J. Darrouzès (Recherches sur les offikia de l'Eglise byzantine, Paris 1970), attestent par leur nombre l'importance de l'institution et du rôle des archontes ecclésiastiques. Malgré l'abondance des notices normatives, peu de listes réelles ont été conservées ; voir ibidem, p. 529-533. 6. Soit les expressions suivantes, qu'on peut repérer dans l'Index de Pachymérès : oi του κλήρου, οι άρχοντες της εκκλησίας, οι περιφανείς της εκκλησίας, οι προύχοντες της εκκλησίας, οί πρωτεύοντες της εκκλησίας, οι τίμιοι της εκκλησίας ou του κλήρου. 7. Pachymérès, III, p. ΙΟΙ611.

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L'historien affirme que le rite de la vêture monastique était considéré par les moines comme le préalable de l'ordination épiscopale, alors qu'on le tenait généralement pour simplement facultatif8. Il en ressort que l'habitude s'était imposée et que le rite était pratiqué dans la plupart des cas, quelque opinion qu'on nourrisse sur son obligation canonique. L'historien ne contredit d'ailleurs l'opinion commune que du bout des lèvres, tout en se permettant de dénoncer la fragilité de son fondement, car il affirme ne pas voir de lien entre l'entrée dans la vie monastique et la prise en charge d'un diocèse. Tel qu'il est pratiqué, le rite laisse penser que l'entrée dans la vie religieuse précède et conditionne l'ordination épiscopale. Cela revient à réserver Γ épiscopat aux moines. Georges Pachymérès vise à minimiser la portée et la généralisation du rite, dont il dénonce l'illogisme en soulignant l'immédiateté, par rapport à la vêture monastique, de la consécration épiscopale, qui se fait dès le lendemain. Il se place ainsi parmi le «grand nombre»9, à qui semblait reprehensible non le rite lui-même, mais l'immédiateté de l'ordination épiscopale. C'est, en quelque sorte, un fait aggravant : la cérémonie devenait d'au tant plus dérisoire que l'ordination avait lieu dès le lendemain. Dans ce cas, en effet, l'impétrant entrait dans la vie monastique, mais ne l'exer çait pas, puisque dès le lendemain il devenait évêque. Il émettait des pro messes dont il allait être délié en quelque sorte dès le lendemain, au moment de l'ordination épiscopale. L'historien mentionne nommément le vœu d'obéissance10. La vêture monastique devient ainsi un passage obligé sur le chemin de Γ épiscopat, bien que purement symbolique, éphémère et apparemment artificiel. Le rite s'est mis en place progressivement. Dès le 4e siècle, le lien qui s'établit entre épiscopat et célibat contribue à donner plus d'éclat à la condition monastique, puisque les moines font vœu de chasteté, alors que la grande majorité du clergé est mariée. Ce lien est renforcé au 6e siècle par la législation justinienne, qui réserve l'épiscopat à l'homme célibataire et sans descendance. Après les querelles de l'Iconoclasme, il devient encore plus naturel que les moines, qui sont apparus comme les meilleurs défenseurs de l'orthodoxie, soient promus aux plus hautes charges de la hiérarchie pour garantir la foi. L'état monastique est devenu ainsi un préalable à la consécration épiscopale, comme le confirme un texte du concile de Sainte-Sophie de 87911. Mais ce n'est 8. Le pronom έκείνοις (ibidem, p. 101 8) ne peut en effet représenter que les moines, qui ont en la matière une opinion propre, rejetée par tous «les autres» (κατά τους άλλους : p. ΙΟΙ8). 9. Ibidem, p. 101 n (ο δη και αυτό έδόκει πολλοίς έπιλήψιμον). 10. Ibidem, p. 10110 (τον εις ύποταγήν ταχθέντα). L'obéissance (υπακοή ou υποταγή) est l'un des trois vœux monastiques, ou plutôt — pour éviter une terminologie occidentale et rester fidèle au vocabulaire de l'Orient — l'une des trois promesses (υποσχέσεις) monastiques ; voir P. De Meester, De monachico statu iuxta disciplinant byzantinam statuta selectis fontibus et commentariis instructa, Vatican 1942, p. 50 (n° 1 16, § 4) et 372. 1 1. Le métropolite de Chalcédoine affirme en effet qu'«en Orient, à moins d'avoir été tonsuré en Christ, on ne devient pas évêque ou patriarche» (εις την άνατολήν ει μη εστί

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qu'un usage, car aucune disposition canonique ne traite du sujet; de même, aucun des grands commentateurs des canons ne touche la quest ion. Fût-il devenu universel, on ne donne à cet usage aucun fondement théologique ou ecclésiologique. Syméon de Thessalonique est lui-même discret sur la question. Il n'en fait pas état dans son exposé «sur les saintes ordinations». Il ne mentionne qu'en passant, et cela dans un autre traité, l'usage désormais établi de la tonsure monastique avant l'ordina tion épiscopale : dans le traité «sur la pénitence», il présente la vie monastique comme le modèle de la pénitence12 et il consacre alors un bref passage à la question. Voici le texte du chapitre où il mentionne la vêture monastique de l'évêque élu13 : «Pourquoi la plupart du temps ceux qui sont promus aujourd'hui à l'épiscopat se font d'abord moines. C'est pourquoi l'Église du Christ revêt d'abord de ce divin habit la plu part de ceux qui viennent d'être promus à l'épiscopat et les fait ainsi évêques, en leur assurant, par l'habit très saint et sacré, la plus grande et sainte des saintetés.» L'archevêque de Thessalonique laisse entendre que le rite n'était pas imposé dans tous les cas14. La vêture monastique, qu'il assimile à un second baptême15, prend le sens d'une purification parfaite à la veille de l'accession à l'épiscopat. Ajoutons que le même auteur place le moine au-dessus du prêtre16 : «Supérieur est, au contraire, l'état monastique au prêtre séculier, comme le dit Denys, non selon le sacerdoce, mais selon la vie.» Ajoutons que l'ordination épiscopale de Néophyte Amageireutos, le métropolite de Brousse, intervint en 1285, à un moment où, après l'abro gation de l'union des Églises romaine et grecque, les moines avaient τις κεκαρμένος έν Χριστώ, επίσκοπος η πατριάρχης ού γίνεται: Mansi 17a-18a, col. 457e1"3). La question de la tonsure monastique comme préalable à l'ordination épisco pale clairement exposée dans l'étude de P. L'Huillier, Episcopal Celibacy in the est Orthodox Tradition, St Vladimir's Theological Quarterly 35, 1991, p. 271-300. 12. PG 155, 489AC ; voir aussi ibidem, 197AB. 13. PG 155, 489CD. Aucun texte normatif ne traite de cet usage, au point que le manuel où sont soigneusement réunis tous les textes afférents contient à peine quelques lignes et quelques références sur la question (P. De Meester, op. cit., p. 389, n° 1, 4). 14. P. L'Huillier (art. cit., p. 291) semble avoir compris autrement ce passage, puis qu'il écrit : «Symeon of Thessalonica (d. 1429) notes that almost all the candidates to the episcopacy are selected from among the monks. When it rarely happens that the candi dates are not monks, they pronounce monastic vows before their consecration.» Mais Syméon de Thessalonique prend apparemment en compte dans ce passage les seuls évêques élus qui ne sont pas encore moines et, pour montrer la dignité de l'état monast ique, il souligne que même eux reçoivent la tonsure monastique avant la consécration épiscopale, du moins de manière générale. Il sous-entend ainsi, rejoignant l'affirmation de Georges Pachymérès, que l'obligation n'était ni établie en droit ni uniformément obser vée. 15. PG 155, 673B10 : δεύτερον έστι βάπτισμα, écrit-il à propos de la vêture monastique faite à l'article de la mort ; voir aussi PG 155, 493A8. 16. PG 155, 881D13.

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toute latitude pour imposer leurs conceptions de la vie religieuse ou ecclésiastique. C'est dans les mêmes circonstances que, deux ans plus tôt, fut élu patriarche Georges le Chypriote, qui n'était évidemment pas le candidat des moines. L'historien rappelle expressément que le nou veau patriarche reçut la tonsure monastique, que ce fût pour suivre une habitude désormais établie ou pour complaire aux moines ; il souligne ici encore la rapidité des opérations successives : le même jour, de laïc qu'il était Georges le Chypriote se fit moine, de lecteur il fut ordonné diacre, puis il reçut la promotion impériale au patriarcat17. D'autres réflexions de l'historien pourraient être relevées. Citons seu lement le passage où il rapporte l'attitude de Nicéphore II à son lit de mort : malgré l'exhortation du moine Théodose de Villehardouin, le patriarche refusa de revêtir l'habit monastique, protestant qu'il entendait mourir en évêque18. En rappelant ce fait, l'historien entend probablement souligner que tous n'acceptaient pas les prétentions des moines et l'obli gation de la vêture monastique. Cela implique également que Nicéphore II n'avait pas reçu la tonsure monastique plus tôt dans sa vie, c'est-à-dire à la veille de sa consécration épiscopale. Georges Pachymérès insiste davantage sur un autre point, qui était plus actuel et qui semble le toucher de plus près. À plusieurs reprises, il évoque la concurrence qui existait entre moines et clercs pour l'accès à l'épiscopat et il soutient lui-même la revendication des archontes ecclé siastiques, qui entendaient bénéficier eux aussi de telles promotions, alors que les moines avaient indûment pris le pas sur les clercs. L'exposé le plus explicite à cet égard est fait à propos du patriarche Jean XII19, l'ancien moine Kosmas. Le clergé patriarcal, qui se sentait lésé depuis de nombreuses années, espérait que l'arrivée sur le trône patriarcal d'un ancien clerc, qui, de plus, avait donné auparavant des assurances au clergé patriarcal et jugé «injuste et absolument anticanonique le trait ement réservé aux dignitaires de l'Église», changerait les habitudes intro duites dans l'Église au profit des moines et au détriment des clercs. Une sorte de «sanction tacite» était portée contre les clercs, car les sièges épiscopaux étaient attribués exclusivement aux moines, alors que la tra dition avait assuré jusque-là aux archontes ecclésiastiques les plus méri tants une promotion normale à l'épiscopat. Mais, une fois en place, Jean XII oublia ses convictions et ses promesses antérieures. De plus, le patriarche allait décevoir les archontes par une autre mesure qui devait les léser à nouveau : il accepta de signer une loi sur les ordinations20, aux termes de laquelle «tout le manque à gagner retombe non sur les signat aires, mais sur les clercs, de sorte que, si les uns étaient liés par leur 17. Pachymérès, III, p. 552729. Voir ci-dessous, p. 145. Éphrem (vers 10346 : PG 143, 377) note également que, avant d'être consacré évêque, Grégoire reçut, selon l'usage, l'initiation monastique (Τα των μοναχών πριν τελεσθείς, ώς εθος). 18. Pachymérès, I, p. 179810. 19. Idem, III, p. 2094"24. 20. Idem, III, p. 225 123.

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engagement, ce sont les autres qui, fût-ce à contrecœur, remplissaient l'engagement de ceux-ci.» Une lettre du patriarche Athanase attribue aux archontes ecclésias tiques même revendication d'accès à l'épiscopat21. Plutôt favorable la aux moines, le patriarche se garda évidemment d'y répondre. Mais la longue lettre de récriminations adressée au même patriarche par les archontes ecclésiastiques en 1307 et reproduite par Georges Pachymérès à la fin de son Histoire22 ne mentionne pas expressément cette requête et s'en tient à des demandes plus pratiques et plus immédiates : les plaintes des archontes ecclésiastiques portaient plutôt sur les obligations profes sionnelles qu'on leur imposait et sur les privations de ressources aux quelles on les soumettait. Ces réflexions répétées sur la possibilité, pour les archontes patriar caux plus brillants et les plus méritants, d'accéder à l'épiscopat mont les rent que Georges Pachymérès avait pour la question un intérêt prononcé. Il était lui-même assez bien situé sur l'échelle des dignités et il avait sans doute un état de services assez remarquable pour prétendre à un tel hon neur. Les archontes ecclésiastiques se voyaient évidemment attribuer les grands sièges métropolitains, non les évêchés suffragants, qui étaient pourvus par le chef de l'éparchie à l'intérieur de sa circonscription. La promotion de Théodore Skoutariôtès, qui occupait à peu près la même place que Georges Pachymérès sur l'échelle des dignités (le premier était sakelliou et dikaiophylax, le second prôtekdikos et dikaiophylax), peut servir de modèle pour imaginer quelles promotions recevaient, en temps normal, les archontes supérieurs de Sainte-Sophie ; Théodore Skoutariôtès fut nommé à un siège prestigieux, celui de Cyzique, que les Notitiae des évêchés placent au cinquième rang des éparchies. Le récit de l'historien laisse supposer que, en d'autres temps, le corps des archontes de Sainte-Sophie constitua un vivier de futurs évêques ou, plus précisément, de métropolites23. 2. L'origine monastique ou cléricale des patriarches Mais l'un des apports les plus originaux de l'Histoire, dans le domaine ecclésiastique, réside dans les portraits des patriarches que dessine l'écri vain. En insistant sur l'origine cléricale ou monastique des titulaires, l'historien sépare clairement les deux corps et marque l'importance que revêtent à ses yeux l'origine des hommes et l'empreinte de leur format ion ecclésiastique. 21. V. Laurent, Regestes, n° 1764. 22. Pachymérès, IV, p. 707-709, 715-725. 23. En corollaire se pose la question de la condition familiale des clercs de SainteSophie qui pouvaient aspirer à l'épiscopat, étant donné que le célibat était une condition requise. Rapportant le sort tragique d'un archonte de l'Église, Pachymérès (IV, p. 42122) précise que ce diacre gardait le célibat.

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Durant la période de cinquante années qu'embrasse l'Histoire, huit patriarches se sont succédé sur le siège de Constantinople ; deux d'entre eux l'occupèrent à deux reprises. Voici la liste des titulaires, accompa gnée mention de leurs antécédents ecclésiastiques : de la - Arsène Ier Autôreianos (1255-1259 et 1261-1265), moine. - Nicéphore II Pamphilos (1259-1260), clerc, métropolite d'Éphèse. - Germain III (1265-1266), moine, métropolite d'Andrinople. -Joseph Ier (1266-1275 et décembre 1282-mars 1283), clerc, puis moine. - Jean XI Bekkos (1276-1282), clerc, chartophylax. - Grégoire II le Chypriote (1283-1289), clerc, prôtoapostolarios. - Athanase Ier (1289-1293 et 1303-1309), moine. - Jean XII (1294-1303), clerc, puis moine sous le nom de Kosmas. Cette liste révèle un certain équilibre concernant l'origine des patriarches : cinq viennent du monachisme (Arsène Ier, Germain III, Joseph Ier, Athanase Ier, Jean XII), mais deux d'entre eux (Joseph Ier et Jean XII) ne sont devenus moines que sur le tard et ont reçu leur format ion dans le clergé ; les trois derniers (Nicéphore II, Jean XI, Grégoire II) viennent du clergé, plus précisément du haut clergé de l'administration patriarcale ou impériale. Dans les portraits qu'il trace des patriarches, généralement au moment de mentionner leur élection au siège, Georges Pachymérès évoque leur origine, leur niveau d'instruction ou de culture. Commençons par les trois patriarches qui sont de formation purement monastique. Deux d'entre eux, Arsène Ier et Athanase Ier, ont joué un rôle aussi important que controversé, au cours de deux mandats, qui couvrent huit années pour le premier et dix années pour le second. Le troisième, Germain III, n'a rempli la charge patriarcale qu'un an et a laissé un sou venir plus fugace. Voyons ce que dit l'historien de chacun d'eux. D'Arsène Autôreianos, Georges Pachymérès ne présente pas de port rait général, pour la raison qu'il le trouve déjà en place là où il situe le commencement de son récit, alors que le portrait du patriarche accom pagne le plus souvent le récit de son élection. En lieu et place d'un port rait général, on doit se contenter d'indications éparses dans les passages qui le concernent. Arsène avait pris l'habit au monastère d'Oxeia24. Si Georges Akropolitès, partisan aveugle de Michel VIII et pourfendeur de ses ennemis, présente Arsène comme peu instruit25, Théodore Skoutariôtès, qui vécut auprès de lui26, lui prête ici une bonne éducat ion27, mais tempère là ce jugement, en admettant que, doué pour les lettres, il sacrifia les études à l'ascèse monastique28. Georges 24. Idem, II, p. 35322"24 ; Skoutariôtès, p. 29056. 25. Akropolitès, p. 10768. Il est suivi par Grègoras (I, p. 5518) et par Éphrem (vers 8973 : O. Lampsidès, p. 317). 26. Skoutariôtès, p. 301 N4. 27. Idem, p. 29021"23. 28. Idem, p. 29915"23. Un Discours prononcé en son honneur donne la même version : impatient de se faire moine, Arsène interrompit Γ εγκύκλιος παιδεία, dont il suivait les

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Pachymérès, qui signale son activité de copiste29, ne porte aucun juge ment sur son niveau de culture. Tous les historiens mentionnent la préci pitation, proche de l'irrégularité canonique, qui caractérisa son ordinat ion30. Cela étant, Georges Pachymérès porte un jugement plutôt positif sur la personne du patriarche Arsène, qui pécha par naïveté et indécision face à l'ambition de Michel VIII. Il souligne qu'Arsène se montra parti sande Michel Palaiologos dès la mort de Théodore II Laskaris31, sans voir le danger que pouvait constituer sa prise de pouvoir. Quand Arsène devint enfin ferme, il était trop tard. L'historien reconnaît la sainteté du personnage et montre, au moins tacitement, ses sentiments d'admiration pour lui en narrant la visite qu'il lui rendit à Proconnèse en juillet 126532. Plus que son prédécesseur, Germain III avait, selon Georges Pachymérès, toutes les qualités d'un bon patriarche, et cela bien qu'il fût moine33. Disciple du patriarche Germain II, il avait pratiqué la vie monastique à la montagne Noire en Syrie. Ce n'était pas un lettré, mais il admirait les intellectuels et s'efforçait de les promouvoir. En conclusion, l'historien écrit34 : «Ce n'était pas un savant, mais il portait aux savants le respect qui convient, aimait entendre discourir et s'en montrait un amateur pas sionné, de sorte qu'il possédait lui-même la moitié de la beauté.» C'est par amour des lettres qu'il assura la promotion de Manuel Holobôlos et le chargea de la formation des futurs cadres administratifs de cours à Nicée sous la direction de Kastamonitès (P. G. Nikolopoulos, 'Ανέκδοτος λόγος εις Άρσένιον Αύτωρειανον πατριάρχην Κωνσταντινουπόλεως, EEBS 45, 1981-1982, ρ. 452-453). 29. Pachymérès, II, ρ. 35 125"28. 30. Akropolitès (p. 1O710"13), qui est naturellement le plus sévère, affirme que tout fut réglé en un seul jour. Skoutariôtès (p. 29 14"5) atténue la dureté du propos et affirme qu'Arsène, qui n'avait reçu aucun ordre auparavant (Akropolitès le dit ανίερος : p. 1078), fut fait diacre et patriarche en une semaine. Nicéphore Blemmydès, Georges Pachymérès et Nicéphore Xanthopoulos ou encore Éphrem parlent de trois jours ; voir Pachymérès, I, p. 1651"2, avec la note 1, p. 164. Jean Cheilas (J. Darrouzès, Documents inédits d'ecclésiologie byzantine, Paris 1966, p. 40912 et n. 3) se contente de signaler, sans autre préci sion, l'irrégularité des ordinations. L'auteur du Discours en l'honneur d'Arsène (éd. citée, EEBS 45, 1981-1982, p. 460321"325) admet pudiquement qu'il reçut tous les ordres en peu de temps (κατά μικρόν). 31. Pachymérès, I, p. 1 111422. 32. Idem, II, p. 37128-37725. Pachymérès (p. 3731416) affirme qu'il fut «entraîné de force et sur ordre impérial, mais en même temps», admet-il, «du moment que je me ren dais auprès de lui, en partie consentant». Que veut-il dire exactement ? Il regrette de s'être laissé entraîner dans une opération malhonnête, car l'empereur, qui était sans doute convaincu de l'innocence de l'ancien patriarche, cherchait simplement à l'humilier davant age.Il était donc peu glorieux de participer à l'opération. La tempête et le tremblement de terre sont le signe que Dieu condamne la démarche. S'il faisait partie de la délégation, Georges Pachymérès gardait l'estime d'Arsène, même s'il n'approuvait pas l'action d'Arsène et des Arséniates. 33. Voir Pachymérès, II, p. 36315-3694. 34. Idem, II, p. 3632729. Le tomos d'élection (édité par I. Sykoutrès, EEBS 9, 1932, p. 1803"5) lui attribue «science ecclésiastique» et «expérience pratique».

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l'Église35. Quoique moine, il avait le sens de la vie publique, il ne se ren fermait pas dans l'ascèse, mais il aimait la vie sociale et il était un homme tolérant. C'est le premier antiportrait du futur patriarche Athanase que l'historien esquisse ici, et il s'en ouvre d'ailleurs clair ement36 : «La vertu que l'homme avait en partage n'était pas de celles que loue raient les gens d'aujourd'hui, ou plutôt ceux qui s'estiment supérieurs aux autres, qui chicanent sur les aliments et les boissons, fixent pour cha cun d'eux des jours appropriés contre toute convenance, préfèrent aller par les rues à pied et pas à pas, ne se lavent pas les pieds, dorment par terre et n'ont qu'une tunique, mais qui placent au-dessous de cela la miséricorde et la charité, voire même la philanthropie et la compassion et, pour tout dire, le discernement : ce sont là gens au cœur sec, critiques envers les autres et geignards, choisissant de s'approprier exclusivement la vertu, quoi que les autres puissent faire. À l'opposé, sa vertu à lui était vraiment humaine, celle qui est la marque de l'homme véritable, surtout de celui qui est au pouvoir, chez qui la modération des passions est plus utile que l'insensibilité : si on ôte de sa vie le discernement, d'un coup on a ruiné le tout.» En un mot, Germain III possède toutes les qualités qui manqueront, vingt-cinq ans plus tard, au patriarche Athanase37. L'historien mentionne à nouveau plus loin son esprit de tolérance, qui le guida dans ses rapports avec son successeur, le patriarche Joseph, qui n'eut pas le même doigté38. Mais Germain III tomba rapidement en disgrâce et, pour l'éloi gner, on mit en avant son transfert39. Il resta cependant le familier de l'empereur, qui eut recours à ses services tant pour négocier le mariage d'Andronic II avec Anne de Hongrie40 que pour traiter avec le pape au concile de Lyon en 127441. L'historien laisse entendre que l'homme, bien 35. Pachymérès, II, p. 369523. 36. Idem, II, p. 36329-365". 37. Voir Idem, II, p. 364 n. 1. 38. Idem, II, p. 41 l26. L'historien a déjà loué plus haut (II, p. 37921'22) la patience dont faisait preuve Germain III. 39. Le transfert ne constituait pas un obstacle en soi, mais il affaiblissait le titulaire, dans la mesure où il n'y avait pas de législation concordante sur le sujet. Le transfert four nissait dès lors un prétexte plausible pour éloigner un titulaire. L'essentiel du tomos d'élection de Germain III (éd. citée, EEBS 9, 1932, p. 179-183) est d'ailleurs une justifica tion transfert. Germain III est mentionné dans le Traité des transferts (édité par du J. Darrouzès, REB 42, 1984, p. 186 n° 67 et p. 211-212). Dans l'une des copies du traité, due à un rédacteur favorable à Arsène, le transfert de Germain III est considéré comme irrégulier et sa promotion comme une intrusion injustifiée sur un siège déjà occupé : «il fut transféré frauduleusement (λτ)στρικώς) à Constantinople». Le texte de Pachymérès (II, p. 37912"13) contient une autre nuance : le transfert était d'autant plus discutable que le nouveau patriarche venait d'un siège modeste (ταπεινός), car Andrinople n'avait pas encore été promue du quarantième au douzième rang dans la hiérarchie des métropoles ; voir J. Darrouzès, Notitiae episcopaîuum Ecclesiae Constantinopolitanae , Paris 1981, index. 40. Pachymérès, II, p. 41 16-41315. 41. Idem, II, p. 493 l. Germain était à la tête de la légation ecclésiastique envoyée à Lyon. Les documents latins le présentent comme le père spirituel de l'empereur, mais éga-

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que désintéressé et indifférent à l'argent, était cependant un peu trop roué, flattait bassement les grands42 et avait la conscience un peu trop large, pratiquant le népotisme et plaçant, pour lui succéder à Andrinople, son neveu43, un homme indigne et étranger à toute vie spirituelle. Le troisième patriarche issu du monachisme, Athanase Ier, est présent à travers toute l'Histoire de Georges Pachymérès. Dès le livre IV, on trouve une première allusion à Athanase, même si son nom n'est pas mentionné : ce passage, qui concerne en réalité Germain III et les événe ments de l'année 1265, vient d'être cité. La première mention explicite d'Athanase se trouve seulement à la fin du livre VII44. Mais tous les récits concernant l'Église, et les patriarches plus particulièrement, doi vent être lus à travers ce personnage dont l'historien a fait une figure emblématique du mal : Athanase est sa «bête noire». Cette première mention est cependant de tonalité neutre : le hiéromoine Athanase fut présenté, en 1280, au porphyrogénète Constantin Palaiologos, fils de Michel VIII, puis, en 1285, à Andronic II lui-même. Comme à son habi tude, Georges Pachymérès place le premier portrait détaillé d'Athanase au point du récit où il rapporte son élection au patriarcat en 128945 : c'est un long passage qui ne comprend pas moins de quatre chapitres entiers. L'historien commence par mentionner les nouveautés qu'Athanase intro duisit dans le protocole46 : «Ce fut aussitôt, dès le départ, une situation différente d'avant. Il voulait en effet aller à pied dans la rue, porter un habit grossier, être chaussé de vulgaires sandales, qu'il avait travaillées de ses mains, et vivre en toute simplicité. Seulement on ne l'avait pas requis pour cela. En effet le devoir d'un pasteur n'était pas affaire d'habits et de sandales et de travail manuel, mais affaire d'âme bien disposée à cette tâche et dépositaire de la charité du Christ, grâce à laquelle s'opère l'activité pastorale selon le Christ.» La diatribe est longuement développée. À l'intransigeance du patriarche, dont il stigmatise «le caractère dur et inflexible»47, l'historien oppose lement, de manière répétée, comme son parent par le sang : de parentela ipsius, avunculus, lege cognationis nobis communicans, secundum sanguinem cognatum [B. Roberg, Die Union zwischen der griechischen und der lateinischen Kirche auf dem II. Konzil von Lyon (1274), Bonn 1964, p. 2281017, 232815, 23319-2345, 24618'26]. 42. Il flattait en particulier l'empereur, auquel il fut le premier, d'après l'historien (Pachymérès, II, p. 39 16"7), à donner le surnom de «Nouveau Constantin». 43. Idem, II, p. 3931"14. 44. Idem, III, p. 1233"15. 45. Idem, III, p. 1574-16924. 46. Idem, III, p. 15719"24. 47. Idem, III, p. 1612 (το σκληρον... ?)θος και άτενές). C'est le défaut principal que Georges Pachymérès reproche au patriarche Athanase et qu'il lui attribue déjà dans le port rait de Germain III (II, p. 3656 : σκληροί τίνες), comme plus tard dans le portrait de Jean XII (III, p. 207 ' : ηθών σκληρών). Le relevé des passages parallèles et des adjectifs synonymes, s'il n'ajoute rien de neuf, montre cependant l'insistance de l'historien à souli gner le trait. Voici, réparties sur les deux patriarcats, les mentions successives de la dureté du patriarche: Athanase était «froid et inerte» (III, p. 18 135- 1 831 : ψυχρός... και

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l'indulgence du Christ, que Germain III avait su incarner. Le patriarche devrait être «plein de bonté, d'amour pour les hommes et de condescen dance envers les pécheurs, mais non de vengeance, de colère et de puni tion»48. Au début du second patriarcat, Andronic II essaiera de justifier la conduite d'Athanase en affirmant que la punition peut être un signe d'amour49. Georges Pachyméres rapporte ensuite deux historiettes amus antes : la première parle d'un loup qu'Athanase aurait réquisitionné pour porter les légumes du jardin et qui se révéla être un Monsieur Leloup, la seconde parle d'un bol de miel qu'un ami aurait envoyé à Athanase et qui eut le don de provoquer à distance une sensation de sucré dans la bouche de l'ami lorsqu'Athanase y goûta. L'historien fus tige ensuite les disciples du maître en des termes qui s'appliquent d'abord au maître50 : «On le supposait avec vraisemblance ascète et on le considérait comme rigoureux dans l'observance des commandements : ceux qui le fréquent aienten étaient témoins, des va-nu-pieds, au teint pâle, décharnés, dépouillés et sans superflu, ne parlant pas beaucoup, ne disant pas de paroles inutiles, les yeux baissés, inflexibles dans leurs idées, se montrant durs pour tous ; c'étaient les signes évidents de la rigueur du maître et de sa crainte des commandements.» Appliquant ses principes, Athanase refusa d'utiliser une monture, comme le protocole le prévoyait, pour se rendre du palais au patriarcat à l'issue de sa promotion par l'empereur, et c'est à pied qu'il parcourut la route51. Au lendemain de son installation, une nuée de moines, partisans ακίνητος), il était «accusé de dureté» (IV, p. 40722 : έπ* αίτίαις σκληρότητος), il avait «une apparence rigide et un manque total de souplesse et d'indulgence» (IV, p. 5191920 : το μεντοι γε δοκούν σκληρον καΐ μη ές άπαν επικλινές τε και συγκεχωρηκός), il était «sans douceur et inflexible» (IV, p. 51925 : άγλευκής τε και άτεγκτος), «il était absolu mentinsensible et intraitable et, pour ainsi dire, inflexible à la manière des fèves réfrac taires à la cuisson» (IV, p. 5671516 : όλως δε άθώπευτος f]v και άτεγκτος, καί, Ί'ν' οΰτως ε'ι'πω, κατά τους κερασβόλους κυάμους άμάλακτος), il était «dur pour les moines..., dur pour les clercs et dur pour les laïcs» (IV, p. 56716"19 : βαρύς μεν μοναχοις..., βαρύς δε κληρικοίς, βαρύς δε και λαϊκοίς), «il paraissait acariâtre, d'un caractère inflexible et tout à fait intraitable» (IV, p. 56934 : άγλευκής έδόκει και άτενους ήθους και όλως δυσπέμφελος), «il se comportait de la manière la plus insensible possible à cause d'un tempérament dur et inflexible» (IV, p. 61 119"20: άναλγητώς ώς ένην προσφερόμενος εκ πικρού καί άτενους ήθους), il était «d'un caractère dur» (IV, p. 61 l2122 : τω γαρ ηθει, πικρω γε οντι ; ρ. 61 34"5 : το κατ' εθος πικρόν), «à tous il paraissait manquer de douceur et de bienveillance, car il ne connaissait pas même en songe l'équité dans l'application des lois» (IV, p. 67931"32 : άγλευκής δε τοις πασιν έδόκει καί άχαρις, το περί τους νόμους επιεικές μηδ' οναρ είδώς). L'accumulation de tels qualificatifs accentue l'image d'un homme dur, sévère, sans pitié, sans charité. 48. Pachyméres, III, p. 18531"33. 49. Idem, IV, p. 51931-52110. 50. Idem, III, p. 161 1924. 51. Idem, III, p. 16320'21. Voir, sur ce passage, A. Failler, À propos de la promotion patriarcale d'Athanase de Constantinople, REB 57, 1999, p. 237-243. Habitué au déroule ment d'un cérémonial complexe et strict, Georges Pachyméres attache tout naturellement une grande importance au respect du protocole.

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du patriarche, se posèrent en réformateurs des mœurs des moines trop tièdes et des clercs de l'Église, qui étaient sous la férule directe du patriarche. Ce thème est souvent abordé dans la suite de l'Histoire : non content de corriger la tiédeur des moines, Athanase voulait plier aussi les clercs du patriarcat à une discipline de fer et les soumettre aux privations les plus cruelles, pour les transformer eux aussi en moines. Lorsqu 'Athanase démissionnera en 1293, l'historien fera de son suc cesseur, le moine Kosmas, un portrait flatteur, qui est un nouvel antiport raitAthanase52 : d' «Après l'hiver le printemps est doux, après la tempête le calme est dési rable pour les navigateurs, après les vagues et les tempêtes des affaires et l'anomalie des mœurs sévères et les mauvais traitements un caractère doux et affable est spontanément agréable.» La compassion, si étrangère à Athanase, est présentée comme la qualité principale du patriarche dans sa fonction de pasteur53. qu' Athanasel'empereur ait assuré, en le rappelant au patriarcat en 1303, Bien que s'était amendé, son attitude resta identique54. La plupart des mentions relevées plus haut en note55, concernant sa dureté, se rapportent d'ailleurs au second patriarcat. Athanase entendait réformer le monachisme et imposer le jeûne quotidien56, il ne craignait pas de réviser les typika des monastères57. L'historien le présente comme un provocateur et un agitateur58 ou comme un démagogue59. Le soupçon est jeté sur le but qu'il pouvait poursuivre en organisant des processions continuelles à tra vers la ville60. Si l'historien n'ose pas blâmer ces processions, il doute néanmoins de leur efficacité et prend à l'occasion un malin plaisir à rela ter les maux qu'elles causaient ou qui, du moins, les accompagnaient, comme l'incendie de 130561. Il met en doute les dons de prescience du patriarche, lorsqu'on lui attribue la prévision du tremblement de terre62, ou des dons de thaumaturge, lorsqu'on voit en lui l'auteur de la punition infligée à l'Arménien blasphémateur63. Le portrait est sans doute poussé au noir. Georges Pachymérès avoue à l'occasion qu'il se laisse emporter par sa passion et il admet, au terme d'un long réquisitoire contre le patriarche, que «ce sont peut-être là des paroles intempestives chez l'historien»64. Si le portrait est durci, la plu52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. Pachymérès, III, p. 20532-2072. Idem, III, p. 2075. Idem, IV, p. 56712-5696. Voir la note 47. Pachymérès, IV, p. 56717"18, 6792627. Idem, IV, p. 56716"17, 67924"25. Idem, IV, p. 5818-5839. Idem, IV, p. 63724. Idem, IV, p. 63716, 67531, 68914, 6915, 695'. Idem, IV, p. 6371719. Idem, IV, p. 39312-4014. Idem, IV, p. 5692426. Idem, III, p. 19718.

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part des faits rapportés sont cependant attestés par d'autres sources, et même par les écrits du patriarche lui-même pour ce qui concerne le ren voi des métropolites dans leurs Églises ou le gouvernement de l'Église par un synode d'higoumènes et de moines. L'empereur lui-même admett ait dureté du patriarche65. Mais la vertu d'Athanase est unanimement la reconnue66. L'historien met plutôt en cause ses qualités pastorales et administratives : «l'homme, dont leur témoignage avait assuré qu'il était sans défaut pour le reste, était boiteux pour le ministère pastoral», écritil67, ajoutant que «souvent un homme qui n'est pas à rejeter sur le plan moral boite un peu sur le plan administratif»68. On reproche à Athanase d'être enfermé dans la solitude de l'ascèse et de gouverner seul l'Église69, mais on ne nie pas la réalité et la qualité de son zèle. C'est également l'hommage qui lui est rendu par son biographe, qui s'écrie : «Qui a observé à ce point la rigueur?»70. Il a laissé le souvenir d'un grand patriarche. Grégoire Akindynos en témoigne au siècle suivant, lorsqu'il le qualifie d' «homme remarquable sous tous les aspects»71. Georges Pachymérès a des raisons précises et personnelles de s'en prendre au patriarche Athanase. Dans de nombreux passages, il décrit l'attitude du patriarche envers les clercs de l'Église72, qu'il prive de leurs dignités et surtout de leurs ressources. La lettre des archontes au patriarche illustre la gravité des différends qui opposaient à leur chef les clercs de l'administration patriarcale. En ce sens, Georges Pachymérès ne défend pas ses seuls intérêts, mais ceux de son corps social tout entier. Le portrait brossé par Georges Pachymérès ne doit pas être faux, même s'il est partiel et partial. Cinquante ans plus tard, Nicéphore Grègoras reprend trop bien l'essentiel de ces jugements sévères pour qu'on puisse les considérer comme calomnieux, même si, lui-même moine et partisan des moines, il adoucit les traits du patriarche et loue ses efforts réformateurs73. Il considère le patriarche Athanase comme un homme ignorant des lettres et inapte à la vie sociale et politique, mais comme un moine admirable et parfait, qui essaya avec raison de réfor mer l'Église et le monachisme. Il admet que ses manières convenaient plus à la vie solitaire dans les montagnes et les grottes qu'aux relations 65. Idem, IV, p. 5 191923. 66. Idem, III, p. 12310, 1612324 ; IV, p. 51919. 67. Idem, III, p. 1852223. 68. Idem, III, p. 1852425. 69. Idem, III, p. 169121523-24 ; IV, p. 5676"8, 63729, 6795, 69327"29. 70. A. -M. Talbot, Faith Healing in Late Byzantium. The Posthumuous Miracles of the Patriarch Athanasios I of Constantinople by Theoktistos the Stoudite, Brookline 1983, p. 6234 (Tiç ούτω τετήρηκε την άκρίβειαν ;). Le ternie «rigueur» (ακρίβεια) est également utilisé maintes fois à son endroit par Pachymérès (III, p. 161 1924, 1677"82427 ; IV, p. 40734, 4093). 71. Gregorii Acindyni Refutationes duae: J. Nadal Canellas, Tumhout 1995, p. 3952 (δια πάντων άνήρ αναφανείς γεννάδας). 72. Pachymérès, III, p. 181I5-18329 ; IV, p. 61 115"25, 707-709, 715-725. 73. Grègoras, I, p. 180l5-18616.

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sociales et politiques et il regrette qu'il ait compromis son œuvre en jetant dès le départ sur les évêques et les clercs «un regard plein de zèle divin et de dureté»74. Arsène et Athanase sont les deux figures monastiques les plus mar quantes et les plus originales de ce demi-siècle. Comme moines, ils mont rent plus d'indépendance envers l'empereur et l'Église établie que les patriarches issus du clergé, car ces derniers, mieux intégrés dans la société civile, partagent davantage les idéaux et les convictions du pouv oir. Les patriarches issus du monachisme peuvent compter sur les troupes d'appoint que constituent les moines, mais, à en croire Georges Pachymérès, ils sont ignorants du monde réel et de la vie des gens75. Deux autres patriarches viennent du monachisme, mais ils ont été for més au préalable au sein du clergé. Ils ont vécu longtemps dans l'état clérical, et Georges Pachymérès considère que leur conception de la vie et de l'action ressort plutôt à leur formation première. Afin d'absoudre Michel VIII de l'excommunication portée contre lui par le patriarche Arsène pour avoir fait aveugler Jean IV Laskaris, on fit appel au supérieur du complexe monastique du Galèsion, Joseph Ier, et on écarta Germain III, dont la légitimité pouvait être rendue douteuse par son transfert d'Andrinople à Constantinople. Père spirituel de l'emper eur, Joseph fut promu patriarche le 28 décembre 1266 et, le 2 février suivant, il leva l'excommunication qui frappait l'empereur. Mais plus tard, refusant l'union de Lyon, dans des conditions douteuses selon l'his torien, il se retira le 11 janvier 1275. Déjà malade et diminué, il reprit du service en 1282 pour assurer l'abrogation du concile de Lyon et le retour à l'orthodoxie après la mort de Michel VIII. Si Joseph est moine au moment de son élection au patriarcat, sa for mation ecclésiastique se fit cependant au sein du clergé. Il servait l'impér atrice Irène, l'épouse de Jean III Batatzès, au rang de simple lecteur76. Il était marié et avait une fille77. Insistant sur les antécédents de vie sécu lière de Joseph, grâce à quoi il possédait le sens de la vie sociale qui manque tant aux moines — et à Athanase en particulier — , Georges Pachymérès écrit78 : «Joseph du Galèsion était un homme spirituel et bon, de manières simples et affables ; il apportait aussi quelque chose de la vie de palais, parce que, alors qu'il était marié, il avait rang parmi le clergé de la bien heureuse impératrice Irène et y servait parmi les lecteurs, ainsi que maintes preuves de liberté d'esprit. Il aimait distribuer aux autres ce qui lui tombait entre les mains, ainsi qu'en faire état sans faute, comme 74. Idem, I, p. 1816"7 (όμμα και ζήλου θείου και πικρίας μεστόν). Il rappelle encore plus loin sa «dureté spirituelle» (I, p. 21 51920 : της πάλαι πνευματικής βαρύτητος). 75. Pachymérès, III, p. 16923. 76. Idem, II, p. 39578. Grègoras (I, p. 1071520), qui met surtout en avant son ignorance des lettres, est plus tempéré dans l'éloge que Georges Pachymérès. 77. Éphrem, vers 10308 : PG 143, 376 ; Nicéphore Calliste : PG 147, 468. 78. Pachymérès, II, p. 395519.

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d'autres aiment à en user chichement. Mais, fait étrange, cet homme qui se délectait de la vie monastique, dans les psalmodies, les veilles, les jeûnes fréquents, l'usage de l'eau quand il le fallait, dans la douceur, la justice, les dispositions vertueuses, la simplicité et au total une conduite irréprochable, ne faisait pas non plus fi de la vertu humaine, comme d'al lerau-devant d'un visiteur, de l'embrasser, de l'entretenir amicalement, de sourire et d'éclater de rire, lorsqu'on disait un mot de détente ou qu'on faisait une chose plaisante, de s'insinuer auprès des archontes influents, de demander pour d'autres, de faire manger à des tables opulentes et chargées d'une variété de vins et de mets délicats la foule, et surtout tous ceux dont les ressources étaient déficientes et déplorables et qui avaient besoin de protection pour eux-mêmes.» C'est le troisième antiportrait du patriarche Athanase que, sans le dire, dessine Georges Pachymérès, lorsqu'il montre qu'on peut avoir les ver tus du moine sans être dépourvu des qualités que requièrent la vie en société et l'exercice du pouvoir spirituel. C'est ainsi qu'il faut interpréter l'allusion à l'avarice dont d'autres font preuve79. L'historien assure que le patriarche Joseph devait ces qualités au fait d'avoir vécu la vie ordi naire, avant de devenir moine, et d'avoir ainsi bénéficié, contrairement à Athanase, d'une réelle expérience de la vie des gens. Ce passé le rachète, en quelque sorte, d'être moine au jour de son élévation au patriarcat. Au fond, Joseph est plus un clerc qu'un moine. Comme d'autres patriarches butèrent sur le transfert, Joseph fut constamment mis en cause, par les Arséniates en particulier, à cause d'une prétendue excommunication qu'Arsène aurait portée contre lui80. Celui qui allait devenir le patriarche Jean XII, en succédant à Athanase en 1293, était d'une extraction et d'une formation à peu près identiques à celles de Joseph. C'était un ancien clerc qui s'était fait moine sur le tard. Dans une première période de sa vie, le moine Kosmas avait été marié, avait eu un fils et avait rempli une fonction sacerdotale, qui n'est pas bien définie81. Après avoir perdu sa femme, il s'était fait moine en compagnie de son fils (Éphrem) et de son frère (Méthode). Dans le portrait qu'en a laissé Georges Pachymérès, il faut voir Γ antiport rait d'Athanase. Kosmas était tolérant, pacifique, de caractère agréable, plein de simplicité et de compassion82 : «c'était un bon vieillard, un homme doux, tout humble et affable, en ce temps de scandale». Suit le passage, déjà cité plus haut83, qui établit une opposition radicale entre 79. On a relevé dans l'édition les deux leçons que présentent les copies de l'Histoire : «d'autres» selon le manuscrit C, «nos contemporains» selon les manuscrits A et Β ; voir Pachymérès, II, p. 39510, avec la note 3. Les deux leçons expriment une même réalité : ces autres sont en effet les contemporains, comme dans un passage précédent, déjà cité ; voir II, p. 364 n. 1 (οι παρόντες = οι καθ' ημάς). 80. Pachymérès, II, p. 3359"15, 4377"8 ; III, p. 951213·29"30 ; IV, p. 5151819, 5231M4. 81. Idem, III, p. 203 17-20. 82. Idem, III, p. 2032224. La même idée est répétée plus loin (III, p. 20536-9). Dans le portrait qu'il fait de lui, Grègoras (I, p. 1933"12) loue sa vertu et il mentionne à deux reprises (I, p. 1937'8, 21015) son ignorance des lettres grecques. 83. Ci-dessus, p. 138.

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Athanase et Kosmas : la plus grande qualité de Kosmas était la compass ion84,et c'est précisément ce qui manquait le plus à Athanase. Il jouis sait de la confiance de l'empereur85. Il n'avait qu'un petit défaut: son attachement à l'argent86. Georges Pachymérès est bref sur les phases de son élévation : il signale seulement sa promotion par l'empereur et son ordination épiscopale à Sainte-Sophie le 1er janvier 129487. Kosmas, qui prit le nom de Jean (Jean XII) en devenant patriarche, était un antiarséniate déclaré. Il se rebiffa à plusieurs reprises contre Andronic II, surtout à propos de Jean Tarchaneiôtès, l'Arséniate irrespec tueux l'Église officielle88, et à propos du mariage de la petite Simonis de avec Milutin de Serbie89. Il refusa de signer un tomos en faveur de Michel IX ou encore d'annuler le mariage d'Alexis Komnènos de Trébizonde avec une princesse de Géorgie90. Rien n'est dit de son niveau intellectuel. Les trois autres patriarches viennent du clergé. Le premier d'entre eux, qui est également le moins marquant, resta à la tête du patriarcat moins d'une année. Il s'agit de Nicéphore II, dont le patronyme Pamphilos est attesté seulement par le Traité des transferts91. Il était déjà avancé en âge lorsqu'il devint patriarche en 1260. Il avait déjà été candi dat 124392, lorsque Manuel II lui fut préféré : l'empereur craignait en en effet son activisme. En compensation, il fut nommé à la prestigieuse métropole d'Éphèse, que les notices ecclésiastiques des sièges placent en deuxième position, derrière Césarée. Selon Georges Pachymérès, Jean III Batatzès se serait écrié: «Cet homme qu'on ne peut supporter lorsqu'il n'est qu'archidiacre, comment le souffrirait-on une fois patriarche ?»93. Après la mort de Manuel II en 1254, Nicéphore fut à nouveau candidat, mais il fut écarté une deuxième fois, comme les deux autres élus (Nicéphore Blemmydès et Joannice Kydônès), au profit d'Arsène94. 84. Pachymérès, HI, p. 2075 (το συμπαθές). 85. Idem, III, p. 2052126. 86. Idem, III, p. 2073"5 ; IV, p. 32923-3319. 87. Idem, III, p. 20726"28. 88. Idem, III, p. 2871 ; IV, p. 3092430. 89. Idem, IV, p. 30714-3137, 32117-33321. 90. Idem, III, p. 22311"25 ; IV, p. 31728-3195. 91. Traité des transferts, n° 66: J. Darrouzès, REB 42, 1984, p. 186 et 211-212. Rédigée par un partisan d'Arsène, une copie du traité considère que Nicéphore a occupé indûment un siège dont le titulaire, Arsène, vivait encore : «Nicéphore Pamphilos lui fut substitué par violence (έπιβατικώς) sur le trône depuis Éphèse». Pachymérès (I, p. 179'4" 15) considère que Nicéphore II fut rejeté «non point tant à cause du transfert que parce qu'il fut transféré alors que le vrai patriarche vivait encore». 92. Idem, I, p. 1651921. 93. Idem, I, p. 16522"23. 94. Pachymérès (I, p. 16327"28) ne rapporte pas cet épisode, se contentant d'écrire que «Nicéphore d'Éphèse assurait que l'ordination d'Arsène n'avait pas été faite conformé ment canons». De même, le Discours en l'honneur d'Arsène mentionne seulement aux comme candidats Nicéphore Blemmydès et Joannice Kydônès (éd. citée, p. 45 8239"254).

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Georges Pachymérès rapporte, à propos de Nicéphore II, une scène surprenante. Alors que le patriarche était mourant, Théodose de Villehardouin, le futur patriarche d'Antioche, qui n'était alors que moine, fut chargé par l'empereur de veiller sur sa succession, qui était conséquente et dont les richesses provenaient surtout de la métropole d'Éphèse. Théodose lui proposa de revêtir, sur son lit de mort, l'habit monastique. Le patriarche refusa avec force95. Plus que le refus, c'est l'offre qui surprend. Si un laïc prend naturellement l'habit à l'article de la mort, la signification du geste est moins évidente pour un évêque. D'autre part, la proposition de Théodose implique, comme on l'a remar qué plus haut96, que Nicéphore II n'avait pas reçu la tonsure monastique avant son ordination épiscopale. À deux reprises, Georges Pachymérès présente Nicéphore II comme un homme redoutable97 : «C'était un homme pieux, célèbre pour sa vertu, moyennement instruit, déjà vieillissant, d'un zèle capable de s'enflammer pour l'Église et ses lois, si celles-ci étaient méprisées... Cet homme d'une vie austère, impass ibledevant les archontes, bravant la crainte, habitué dès l'enfance à la vertu, paraissait alors à charge au grand nombre.» Clerc de l'Église, il avait une bonne instruction, car il faut sans doute donner à l'adverbe grec une connotation positive («assez bien instruit» plutôt que «assez mal instruit»98). Au milieu des troubles qui accompagnèrent le concile de Lyon (1274), Michel VIII fit accéder au patriarcat Jean XI Bekkos, qui avait servi son prédécesseur Joseph99 comme chartophylax et grand skeuophylax100. C'est le patriarche pour lequel Georges Pachymérès a le plus d'admirat ion et d'affection, même s'il ne peut l'affirmer trop ouvertement à cause de la condamnation ultérieure du patriarche. Clerc du patriarcat, Jean Bekkos était diacre101 et sans doute marié102. Parmi les patriarches élus durant ces cinquante années, c'est le seul qui soit issu du clergé patriar cal, c'est-à-dire du corps auquel appartient le narrateur lui-même. Cela peut expliquer la connivence de l'historien103, qui se garde néanmoins de la rendre trop manifeste. Mais Skoutariôtès (p. 2896"7) donne une description trop précise de la scène pour qu'on ne retienne pas la triple candidature. 95. Pachymérès, I, p. 1799"10. 96. Ci-dessus, p. 131. 97. Pachymérès, I, p. 1651618, 1791214. 98. Idem, I, p. 16516"17 (λόγω μετρίως κοσμουμένου). 99. De fait, l'historien lui donne une fois la qualité de «clerc du patriarche» (Pachymérès, II, p. 48319 : κληρικον πατριάρχου). 100. Idem, II, p. 515"12. 101. Les détenteurs des hauts offices archontaux du patriarcat appartenaient pour la plupart à l'ordre diaconal. Au moment de signaler l'élection de Jean Bekkos au patriarcat, l'historien ne mentionne que les deux actes formels de l'élévation au patriarcat : la promot ion la consécration épiscopale (Pachymérès, II, p. 5151321). et 102. Voir V. Laurent, Regestes, n° 1495, Critique, § 6. 103. Cette connivence apparaît dès la première mention de Jean Bekkos dans l'Histoire (Pachymérès, I, p. 1714"23).

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L'action de Jean Bekkos s'épuise dans les péripéties de l'union avec l'Église de Rome. D'abord opposé à l'union, il s'y rallia sous la pression de Michel VIII et crut trouver dans les textes la justification d'une déci sion politique qu'il estimait lui-même opportune pour l'avenir de l'emp ire. Il ne cessera pas de soutenir les mêmes thèses jusqu'à sa mort en 1297. Membre du haut clergé patriarcal, Jean Bekkos possédait une grande culture, littéraire surtout, à l'image de Georges Pachymérès. C'est seulement à l'occasion des querelles dogmatiques sur la procession du Saint-Esprit qu'il aborda l'étude de la théologie, dont Georges Pachymérès ne semble pas non plus avoir eu le culte. Avant de devenir patriarche, Jean Bekkos s'était vu confier des mis sions de confiance, en Serbie auprès de Milutin104 et à Tunis auprès du roi de France Louis IX105. Mais déjà plus tôt il s'était affirmé dans sa fonction avec autorité et indépendance106. L'historien donne de lui une image pacifique et rappelle à plusieurs reprises son entente avec le patriarche Joseph, son prédécesseur107. Georges Pachymérès, qui eut Jean Bekkos comme collègue avant de l'avoir pour supérieur hiérar chique, était proche de lui ; ce n'est pas sans émotion qu'il évoque ses attitudes et ses paroles, son souvenir et ses confidences, et qu'il déplore ses malheurs tout en désapprouvant son entêtement. Nommé par Michel VIII, Jean Bekkos avait un ascendant certain sur l'empereur, ainsi que sur son fils, Andronic II108, bien que celui-ci, après la mort de son père, ait sacrifié le patriarche aux impératifs de sa nouvelle politique. Jean Bekkos est présenté comme un homme savant et expérimenté109, actif et efficace110, au point d'agacer parfois l'empereur par son interven tionnisme111. Il était doué d'humour112, irréprochable dans sa conduite113. Malgré l'indulgence dont il fait preuve à l'égard de son chef hiérar-

104. Idem, II, p. 4531-45716. 105. Idem, II, p. 46327-46725, 4836-48513. 106. Idem, I, p. 2978-3019. 107. Idem, II, p. 5298"29 ; III, p. 47911. 108. Idem, II, p. 5773"5, 633411 ; III, p. 212630, 2710"18. 109. Idem, II, p. 48725, 51513'5. Les sources s'accordent pour voir en lui un grand savant. Grègoras (I, p. 12814-1299) trace de lui un portrait flatteur, louant à la fois son intelligence, son éloquence et sa prestance physique. La Chronique anonyme éditée par J. Müller {Byzantinische Analekïen, Vienne 1853, p. 387707) témoigne pareillement de sa science (άνδρα μέγιστον 'Ελληνικής παιδείας). Akindynos le considère comme un homme intelligent et un esprit vigoureux (éd. citée, p. 39413-39514 : άνήρ λόγιος και φρένας ίκανώς έρρωμένος). 1 10. Pachymérès, Ι, ρ. 2978-3019 ; II, p. 51523"25, 517'-5237. 111. Idem, II, ρ. 573 '-5775. 112. Idem, III, p. 11319. 113. Idem, II, p. 56922-5713!. Là où Georges Pachymérès qualifie Jean Bekkos d'homme «droit» (ευθύς), au moment de décrire son départ du patriarcat en décembre 1282, un lecteur s'agace de ce compliment, qu'il juge déplacé, et il déclare en marge du manuscrit C (III, p. 2720) : «Mon bon, tu prends exagérément parti pour Bekkos !».

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chique, Georges Pachymérès lui reproche d'avoir soutenu le dogme latin, de s'être entêté à le défendre et d'avoir cédé à la polémique. Il partage le regret de l'empereur d'avoir vu Jean Bekkos mourir avant de s'être réconcilié avec l'Église114. Pour Georges Pachymérès, Jean Bekkos reste le modèle du patriarche : homme savant, pasteur dévoué et actif, esprit indépendant. Après la démission du patriarche Joseph en mars 1283, on choisit pour lui succéder Georges le Chypriote, qui prit le nom de Grégoire, en se plaçant dans le sillage d'un illustre ancêtre, Grégoire de Nazianze. Comme Jean Bekkos, il appartenait au haut clergé ; il était comme lui un savant et un homme d'influence, même si son titre ne l'indiquait pas. Le récit de Georges Pachymérès montre de quelle autorité il jouissait déjà au moment des tractations qui précédèrent l'union de Lyon115. Comme le patriarche Joseph, il n'avait accédé qu'au premier degré de la cléricature, le lectorat, qui est l'ordre mineur introduisant dans le clergé. Il n'appart enait au clergé patriarcal comme Jean Bekkos, mais au clergé impér pas ial, et sa dignité de prôtoapostolarios, peu mentionnée et documentée dans les sources, relevait de ce clergé116. Sa rapide élévation à la charge de patriarche est ainsi décrite par Georges Pachymérès : de laïc il est consacré moine et de lecteur ordonné diacre, puis il est promu patriarche par l'empereur, enfin ordonné prêtre et évêque117. L'historien concentre ainsi en quelques mots les phases de l'accession au patriarcat. La tonsure monastique est signalée la première, mais elle ne s'imposait qu'avant l'ordination épiscopale. D'après cet exemple concret et contrairement à ce qu'écrit Syméon de Thessalonique118, il était suffisant que le patriarche élu ait reçu le diaconat pour être promu par l'empereur, étant entendu que l'ordination, sacerdotale et épiscopale, allait suivre. Georges Pachymérès, comme Nicéphore Grègoras plus tard, insiste à maintes reprises sur les qualités intellectuelles de Grégoire le Chypriote119, dont témoignent en effet sa correspondance, son autobio graphie et ses autres écrits. L'épisode du moine Marc le dépeint en maître qui assiste ses disciples et corrige leurs «devoirs»120. Georges Pachymérès laisse entendre que le patriarche était légèrement imbu de sa personne et se considérait comme un dialecticien hors pair. Le souvenir 114. Idem, III, p. 29728-299'. 115. L'historien le désigne comme l'un des collaborateurs les plus proches de Michel VIII dans les tractations pour l'union avec les Latins (Pachymérès, II, p. 47918). Grègoras (I, p. 1301011) corrobore son affirmation. Mais Georges le Chypriote avait sans doute renié ses premières positions bien avant la mort de Michel VIII. 116. Voir J. Darrouzès, Recherches sur les offikia de l'Église byzantine, Paris 1970, p. 288 n. 1, 289. J'ai déjà signalé plus haut (p. 131) que Georges le Chypriote reçut la ton sure monastique avant d'être ordonné évêque. 1 17. Pachymérès, III, p. 552^-28.28-29^ 575-io 118. Idem, III, p. 55 n. 13. 119. Idem, III, p. 5330, 12722"27, 13712"13, 1431. Grègoras (I, p. 1639"15) lui attribue même un rôle dans la renaissance des lettres grecques. 120. Pachymérès, III, p. 1354"21.

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de ses capacités intellectuelles est conservé aussi par Grégoire Akindynos121. Mais Grégoire II dut donner sa démission au terme d'une polémique sur la procession du Saint-Esprit. C'est ainsi que le dard laissé par Jean Bekkos, qui avait prédit le départ de son successeur, le piqua lui aussi. Arrivé au terme de cette galerie de portraits, on constate que, derrière chacun des autres patriarches, se profile le patriarche Athanase, au point que le personnage envahit l'ensemble des récits qui concernent l'histoire du patriarcat durant le demi-siècle. Pour trois d'entre eux (Germain III, Joseph Ier et Jean XII), les références sont plus explicites : leurs qualités renvoient aux défauts parallèles d' Athanase, qui est érigé en antimodèle et qui fournit Γ antiportrait. Georges Pachymérès mesure les titulaires du siège à une autre aune : les clercs sont mieux préparés que les moines à la direction de l'Église. Voir dans l'auteur de l'Histoire un moine, comme l'ont malencontreusement fait certains historiens, fausse la per ception générale qu'il entend donner des hommes et des événements. Ajoutons, pour terminer, que la succession patriarcale de ces cinquante années connut des remous tels que la plupart des titulaires ne figurent pas dans le Synodikon de l'Orthodoxie122 : parmi les huit patriarches, seuls trois (Arsène, Joseph et Athanase) ont trouvé grâce devant la postér ité vu leur nom consigné dans le livre de Γ «éternelle mémoire». et Autant l'élection que la destitution de ces patriarches sont dues principa lementaux décisions des deux empereurs successifs et ne résultent null ement d'une lutte entre le Sacerdoce et l'Empire. Possédant une formation intellectuelle plus poussée, les trois patriarches issus du haut clergé (Nicéphore II, Jean XI et Grégoire II) appartiennent à la sphère des cadres de l'empire et ils s'intègrent mieux que les moines ou les anciens moines à la société et à l'administration. Albert Failler CNRS - UMR 7572 ^ et Institut français d'Études byzantines (IFEB)

121. (άρετης 122. 1967, p.

Akindynos (éd. citée, p. 39518"19) le dit «plein de toute vertu et connaissance» δε άπάσης και παιδεύσεως πλήρης). J. Gouillard, Le Synodikon de l'Orthodoxie : édition et commentaire, TM 2, 103-105.

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