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COMMENTAIRE FRANÇAIS LITTÉRAL

SOMME THÉOLOGIQUE
SAINT THOMAS D'AQUIN

Droits de iradiicUon et de reproduction réservés

pour

tous pays.

Copyright by Edouard Privât, 1927.

R. P.

Thomas PÊGUES, 0.
MAÎTRE EN THÉOLOGIE

P.

MEMBRE DE l'aCADÉMIE ROMAINE DE

S A I N TT H G M A S-D A Q U PROKESSELK DE SAINT THOMAS AU COLLEGE ANGÉLIQUE (ROME)
'

I

N

COMMENTAIRE FRANÇAIS LITTÉRAL
DE LA

SOMME THÉOLOGIQUE
SAINT THOMAS D'AQUIN

XVII

LES

S^-^CRElVIKISrTS

BAPTÊME — CONFIRMATION

(Saint Jean Dani«si-ène).

TOULOUSE EDOUARD PRIVAT
LinRAlHK'BDrl'KlH

PARIS

PIERRE TÉQUI
LIUHAlIlK-^lUTKtJn

li,

ULK

Di;S

AUTS,

I

'i

Sj, UUK HONAl'AKTi:. 8a.

9^7

NIHIL OBSTAT

:

R.

P.

Hyaclnthe LâCOxMME,
Lecteur en théologie.

U. P.

Emmanuel LUSSIAA,

Lecteur en théologie.

IMPRIMATUR
Marseille, 21

septembre 1927.

Fr.
l'

HiLARioN TAPIE,
rieur Provincial.

Toulou.se, 28 septembre 1927.

J.

DÉLIES,
Vie. gén.

ou.. -

^

'-=2

AVANT-PROPOS

de la Le présent volume du Commentaire français littéral Somme théologiqiie continue la Troisième Partie de la Somme.
Il

comprend de

la

question 60 à

la

question 72.

Avec ce nouveau volume
qui commence.
le traité

c^est le traité
la

des sacrements

De

la

question 60 à

question 65, vient
la

des sacrements en général.
le traité

De

question 66 à

la

question 71,

du sacrement de baptême.

Et, enfin,

à la question 72, le traité

du sacrement de confirmation. volume Nous avions d'abord pensé donner dans ce même
de l'Eucharistie, de
la

le traité

question 78 à

la

question 83.

Mais

le

volume eût

été

vraiment trop

fort et trop

peu ma-

Nous avons préféré garder le traité de l'Eucharistie exceptionnelle pour le prochain volume. Son importance
niable.
et sa perfection

dans l'œuvre de saint Thomas demandait

qu'il fût publié à part et
taire lui fût réservé.

que tout un volume du

Commens'il

Le manuscrit

est déjà prêt. Et,

plaît

à Dieu, le

volume
tome

paraîtra sans trop de retard.
si

Pour
la

le

actuel,

les

matières traitées n'offrent pas

même

transcendance, elles gardent cependant un intérêt
à ratlention

que nous ne saurions trop recommander
nos lecteurs. Les
iiénéral
six

de

questions
toute
la

du

traité

des sacrements en

commandent

suite

des questions devant

considérés en venir dans les divers traités des sacrements trouve exposé ce qui touche à la nature.
particulier.

On

y

\iii

AVANT-i>R0P6s.

à la nécessité, à l'eflet, à la cause,

au nombre des sacrela

ments.

Un

des points les plus délicats est celui de
les

grâce

que causent
cette g-râce.

sacrements

et

de

la

manière dont

ils

causent

Nous nous sommes appliqué

à mettre la pensée
relief.

de saint Thomas, sur ce point, en très haut

Le

traité

du sacrement de baptême renferme des exposés
clarté sur toute la vie
la

ou des aperçus qui projettent leur
chrétienne.
Il

en

est

de

même

pour

question consacrée

à la confirmation.

Nous ne nous attarderons pas
cette

à faire

remarquer que dans
la

nouvelle partie de

la

doctrine sacrée étudiée à

lumière de saint Thomas, nous

sommes

resté fidèle h la

méthode que nous avions

choisie dès le début de notre
laissé le côté poléles

Commentaire. A dessein nous avons

mique devenu prépondérant depuis
Réforme. Et une
fois
le

querelles de

la

de plus on pourra se convaincre,

nous l'espérons, que
la vérité

moyen

le

plus efficace de défendre
le

contre les hérétiques, est encore, suivant

beau

mot de

Pascal, d'exposer cette vérité dans l'harmonie de

sa suite et

de son intégrité.

Sainl-Maxiniin,
0(1

^l\

septembre 1927,

la fêle (le

l'Exaltaliori de la Sainte Croix.

LA SOMME THËOLOCiIQUE
TROISIEME PARTIE

QUESTION LX
CE QU'EST LE SACREMENT

Depuis l'Ascension du Christ
son gouvernement suprême à

et sa prise

de possession de

main, sous

l'action de ce

du Père, le genre hugouvernement, s'achemine à l'acla droite

complissement dernier de
Eglise.

ses

destinées.

Les élus viennent
le

puiser aux sources du salut ouvertes par

Christ dans son

Ceux qui

les

mépriseraient

se

condamneraient d'euxles

mêmes

à leur perte éternelle.

De

l'importance souveraine de

connaître ces sources du salut. Elles ne sont pas autres que

sacrements de
t-il

l'Église. Aussi hien, saint

Thomas nous

déclarc-

tères

après la considération de ce qui touche aux mysdu Verhe fait chair, nous devons considérer les sacrements de l'Église qui ont du Verhe fait chair leur elTicacité ».
qu'
((

Les sacrements, en

elVet,

nous aurons à

le

montrer continuelleêtre tenus

ment au cours du

traité (|ne

nous ahordons, doivent

comme

des sortes de canaux, rattachés

dune

part à la Passion
i

WII.

— Les Sacrements.

2

SOMME THEOLOGIQUE.

du Christ, ou du corps du Christ immolé sur la Croix et y répandant tout son sang, et aboutissant d'autre part à tous ceux qui viennent les recevoir, pour leur communiquer la vertu du
sang rédempteur.
La place de ce nouveau
traité,

dans l'économie de

la

Somme
mar-

théologique, apparaît d'elle-même, après ce qui avait été

qué dans
tie

le

Prologue de

la

Troisième Partie. La Troisième Par-

de

la

Somme
Elle
est

théologique traite,
le

Homme.
sum via, moi qui
Père,
est le
si

toute entière, du Dieucommentarre lumineux du mot que le
le

Christ disait à l'Apôtre Thomas,
veritas et vila
;

soir

nemovenit ad Patrem

du jeudi-saint nisi per me
le

:

«
:

Ego
C'est

suis la voie, la vérité et la vie;

personne ne vient au

ce n'est par

moi

».

L'homme, dans

Dieu-Homme,

Cette étude

chemin qui nous conduit au Dieu. du Dieu-Homme, qui forme

tout l'objet de la

Troisième Partie,

comme
l'a

l'étude de

Dieu

était l'objet
la

de

la

Pre-

mière Partie,
tie,

et

létude de l'homme, celui de

— saint

Thomas

divisée en trois. D'abord, l'étude
le

Deuxième Pardu
et

Dieu-Homme en Lui-tnême, dans
les

mystère de son être

dans

mystères de sa

vie. Puis, l'étude

muniquant

sa vie par les

du Dieu-Homme nous comsacrements. Enfin, l'étude du Dieu-

Homme
et

nous amenant au terme de sa glorieuse Résurrection de son éternelle vie dans le ciel. Après avoir achevé l'étude du Dieu-Homme en Lui-même,
les

dans

abordons maintenant, avec

69 premières questions de la Troisième Partie, nous la question Go, l'étude du Dieusa vie

Homme communiquant
H
suffit

aux

hommes

parles sacrements.

d'indiquer l'objet de cette seconde étude pour en marla

quer l'importance. C'est

mise en œuvre du salut que

le Fils

de

Dieu nous
faite à

a

apporté; c'est l'application, pouvant et devant être
sa

chacun de nous, de
l'intérêt
si

Rédemption.
offre

Outre

qu'une pareille étude

par elle-même,

nous y trouvons encore,

l'on peut ainsi parler,

un

intérêt

tout spécial d'opportunité ou d'actualité. La grande hérésie des

temps modernes,

l'hérésie protestante, porte

presque

exclnJ^i-

vement sur
faite

celte

communication de
par
les

la

vie

du Dieu-Homme
({u'ils

aux

hommes

sacrements, surtout en tant

QUESTION LX. sont conférés par
la

CE QU EST LE SACREMENT.

6

société hiérarchique de l'Église catholi-

que romaine. Et

le

concile de Trente, dans ses définitions dogla

matiques, n'a guère d'autre objet que de fixer sur ce point

doctrine de l'Eglise catholique contre les fausses interprétations protestantes.
concile,
si

Des 25 sessions qui composent ce grand
sur
12 qui restent,

l'on fait abstraction des i3 sessions qui s'occupent
:

de son organisation

les

il

en

est 10

qui
et

traitent de la justification

ou des sacrements. D'autre part,
le faire

nous aurons souvent l'occasion de
nitions
tion de la doctrine de saint

remarquer,

les défi-

du concile de Trente semblent
et

n'être

que

la

canonisa-

Thomas dans

son traité des sacre-

ments

dans celui de

la justification.

L'hérésie protestante devait coïncider avec l'apostasie des

Nations, des Peuples et des Rois, se séparant de l'Église,

et,

par suite, de Jésus-Christ Lui-même, considéré dans l'exercice
de sa Royauté rédemptrice.

grand mal de l'apostasie des Nations, que l'Église vient de proclamer à nouveau la Royauté du Christ, instituant, pour !e dernier dimanche d'octobre, la
N'est-ce pas
à ce
fête

pour remédier

du Christ

Roi.
le

Nul doute que
ne fût reconnu
le

plein et parfait exercice de cette Royauté
les

jour où

Peuples

et les Rois,

comme
l'Église

les

individus eux-mêmes, se reprendraient à vivre ostensiblement
et

publiquement

la

grande vie chrétienne dont

est

l'organe divin, et qu'elle assure aux

hommes

par

les sacre-

ments du Christ Rédempteur.
Le nouveau
ties. «

traité

que nous abordons, comprendra deux parles

La première considération portera sur
la

sacrements en

général (de

question Go à

la

question 05). La seconde portera
»

sur chacun des sacrements en particulier
à la question 90,

(de la question
la

66

Somme, qui est demeurée inachevée, par la mort du saii\t Docteur; on l'a complétée par les questions empruntées au Commentaire du
la

dans

Troisième Partie de

livre des Sentences

:

ces questions,
la

formant

le Siippl<^ment,
i

iront,

pour
«

la suite

des sacrements, de

question

à la

question 68).
à consi-

Au

sujet des sacrements en général,

nous aurons

4

SOMME THÉOLOGIQUÈ
:

.

dérer cinq choses

premièrement, ce qu'est

le

sacrement

(q. 60)

;

secondement, de

la

nécessité des sacrements (q. 61); troisiè;

mement, des
de
la

effets

des sacrements (q. G2, 63)
(q.

quatrièmement,

cause des sacrements
» (q. G5).

04);

cinquièmement, de leur
la

nombre
ment.

Et, d'abord, ce qu'est le

sacrement ou de

nature du sacre-

C'est l'objet de la question actuelle.

Cette question

comprend huit
sacrement
sacrement
est

articles
le

:

Si le

dans

2" Si

tout signe de chose sacrée est
est le

3° Si le

genre signe? un sacrement ? signe d'une chose seulement, ou de plu-

sieurs?
4" Si le 5° Si
6° Si

sacrement est le signe qui est une chose sensible? pour le sacrement est requise une chose sensible déterminée? pour le sacrement est requise la signification qui est par des
paroles
?

sont requises des paroles déterminées? 8° Si à ces paroles peut être ajouté ou enlevé quelque chose

Si

?

De

ces huit articles, les trois
l'être

premiers traitent de ce qu'on

pourrait appeler
définition
ties
;

logique du sacrement; c'est-à-dire, de sa

les

cinq autres, de son être physique ou de ses parla réalité

constitutives dans
et

de son

être, c'est-à-dire

de sa

matière
sa

de sa forme.

Au

point de vue logique et quant à

définition,
:

nous avons

à étudier,
;

pour

le

sacrement, deux

choses

d'abord, son genre

et puis, sa

différence spécifique.

L'étude du genre forme l'objet de l'article premier. Saint Tho-

mas suppose mener toutes
crement
dans
est
le
tel

la délinition
les

classique, à laquelle se peuvent ra-

autres définitions qui ont été données
ici, et

du

sa-

que nous l'entendons
sensible.

qui place
effet,

le le

sacrement
sacrement

genre signe; nous disons, en
Le but de
la

que

an signe

l'article est

de justifier cette pre-

mière particularité de

définition
la

pourquoi saint Thomas pose
sacrement
est-il

du sacrement. Et voilà question sous celle forme le
:

dans

le

genre signe?

question lx.

ce qu est le sacrement.

5

Article Premier.
Si le

sacrement est dans

le

genre signe ?

Trois objections veulent prouver que

«

le

sacrement n'est
latin

pas dans

le

genre signe
«

».

La première arguë du mot

sacramentam.

Ce mot paraît venir du mot sac rare, sac rando,
latin

comme

le

mot

medlcamentam

,

médicament, vient de mela

dicando, remédier. Or, ceci paraît se rapporter à

raison de
est

cause plutôt qu'à
tôt

la

raison désigne.

Donc
« le

le

sacrement
».

plu-

dans

le

genre cause que dans
fait

le

genre signe

La se(en la»

conde objection
tin

remarquer que
est

mot sacrement

sacramentam) semble désigner quelque chose d'occulte
il

de caché, de secret;
parole
secret)

synonyme de
:

mystère; « selon cette

du
du

livre de Tobie, ch. xii (v. 7)

Cacher

le

sacrement

(le

roi est chose bonne; et cette autre

de ÏÉpitre aux Éphé-

siens, ch.

m
car

(v. 9)

:

Quelle est la dispensation du sacrement (du
;j.'ji7t-/;ç''c/j)

mystère, en grec toG
Or, ce qui est caché

caché depuis

les

siècles en

Dieu.

»

ou

secret « paraît être

contre

la

raison

de signe

;

le

signe est ce qui, en plus de l'image quil présente

à nos sens, fait venir quelque autre chose dans fesprit,

comme
dans

on

le voit

par saint Augustin, au livre
i).

II

de

la

Doctrine chrén'est pas

tienne (ch.
le

Donc
».

il

semble que

le

sacrement

genre signe

La troisième objection se
les

juridique, où nous voyons, dans

du langage anciens textes, que » le
tire

serment {juramentum)
mentam).
Il

est

appelé quelquefois sacrement {sacra-

est dit,

en
:

effet,

dans

les

Décrets,

c.

X\II,

q. v

(can. Parvuli qui sine)

que

les

enjanfs qui nont point l'âge de

raison ne soient point contraints à jurer; et celui qui une Jois s'est

parjuré, qu'il ne soit plus témoin, après cela,

et qu'il

ne s'approle

che plus pour

le

sacrement, c'est-à-dire pour
la

le

serment. Or,

serment n'appartient pas à

raison de signe.
le

Donc
».

il

semble
dr saint

que

le

sacrement

n'est pas

dans

genre signe
le

L'argument sed contra note que cependant
Augustin.
«

mot
au

est

Saint Augustin

»,

en

effet, « dit,

livre

X

de

la

b
Cité de Dieu (ch. v)
dire, le signe sacré
:

SOMME THEOLOGIQUE.
Le
sacrifice visible est
le

sacrement, c'esl-à-

du

sacrifice invisible ».

Au

corps de

l'article, saint

Ttiornas part de cette constatation
le

supposée, que ce que nous désignons par

avoir un certain rapport aux choses saintes

moi sacrement doit ou sacrées; le mot
«

lui-même

l'indique. Or,

nous

dit le saint

Docteur,

toutes les

choses qui se rapportent à un quelque chose, bien que ce soit

diversement, peuvent
ainsi

tirer leur

nom de

ce quelque chose. C'est

que de

la

santé qui est dans l'animal est appelé sain,
est le sujet
la

non pas seulement l'animal, qui
aussi, le

de

la santé,

mais,

remède, en tant qu'il cause

santé, et la diète, en

tant qu'elle la conserve, et le pouls en tant qu'il en est le si-

gne.

De m.ême donc une chose peut
en
ce sens, le

être dite sacrement,

ou
5e-

bien parce qu'elle a en elle-même une certaine sainteté cachée,
et,

sacrement

est la

même

chose qu'un

cret

ou un mystère sacré, ou bien parce qu'elle a un cerou rapport à cette sainteté, soit de cause, soit de signe, ou selon toute autre manière de s'y rapporter. Or, spécialement, nous parlons maintenant des sacrements, selon
tain ordre
qu'ils

impliquent ou
titre, le

qu'ils disent le rapport de signe. Et, de ce

chef ou à ce

le

sacrement se met dans le genre signe ». primam fait une distinction entre le mot médicament et Vad mot sacrement, que l'objection voulait apprécier de la même
effet,
ce

manière. C'est qu'en
efficiente

le

remède

a la raison de cause

par rapport à

la santé. Il s'ensuit

que toutes

les

cho-

ses qui tireront leur

nom du remède

seront dites par rapport à

une première cause efficiente. Et de là vient que le mot médicament implique une certaine causalité ». Il est un dérivé du mot remède ou remédier ou médecine, qui implique précisément
ridée de cause par rapport à
la santé.

Et c'est pourquoi
le

il

est

déjà déterminé à signifier exclusivement
«

rapport de cause.

Mais

la sainteté, d'oii le

sacrement

tire

son nom, n'est point

signifiée par

mode de

cause elTicicntc; elle est plutôt signifiée
il

par

mode de
»

cause formelle ou finale. Et, à cause de cela,

n'est point nécessaire

que

le

sacrement implique toujours

la

causalité

ou

l'idée

de cause.

L'ad secundum répond que « l'objection procède selon que le

QUESTION LX.

CE QUEST LE SACREMENT,
le

7
le

sacrement

est la

même

chose que

secret

ou

mystère

sacré. Or, ce n'est pas

seulement
et

le secret

de Dieu, mais aussi
les

celui

du

roi,

qui est dit sacré

sacrement. Selon

anciens,

en

effet,

étaient appelées choses saintes et sacrées toutes les
;

choses qu'il n'était point permis de violer
ple, aussi, les

comme, par exem-

la cité, ou les personnes constituéees en pourquoi ces secrets, soit divins, soit hudignité. Et voilà mains, qu'il n'est point permis de violer en les publiant à

murs de

n'importe qui, sont dits sacrés ou sacrements, »

Vad
le

terluim n'accorde pas qu'il n'y ait
et les

aucun rapport entre
ait

serment

choses saintes, bien qu'il n'y

pas

le

rap-

port de signe dont nous parlons maintenant. «

Même

le ser-

ment

a

un

certain rapport
attestation faite
il

aux choses
au

sacrées,

pour autant

qu'il est

une

nom

de quelque chose de sale

cré. Et, à ce titre,

est dit être

un sacrement, non pas dans

même

sens où nous parlons maintenant des sacrements. Toute-

fois, ce n'est

pas selon une acception équivoque de ce
le

mot

sa-

crement; mais en
dire selon
et

prenant d'une façon analogique, c'est-àdivers à
».

un rapport
la

un quelque chose d'identique

un, qui est

chose sacrée

C'est
tes,

donc

à la raison de signe par rapport
le

aux choses sain-

que nous restreignons

sens

s'agit

de ces moyens munique aux hommes

de salut par lesquels le
les fruits

du mot sacrement, quand il Dieu-Homme comIl

de sa Rédemption.

suit de

là que ce qui serait en dehors de cette raison de signe ne pourêtre un sacrement, au sens où nous devons en rait pas

parler

ici

;

et,

au contraire, tout ce qui aura
soi,

cette raison de si-

gne
ne

sera,

de

susceptible d'appartenir aux sacrenients.
le

On

aura remarqué que saint Thomas, dans
s'est

corps de larlicle,

point préoccupé de prouver qu'il en est ainsi, savoir

que

les
le

sacrements, au sens où nous devons en parler, sont

dans
yeux.

genre signe. La chose
le

était

manifeste pour tous, à ses

De son temps, tout
Il

entendait parler de signes
des sacrements.
était

monde, dans lÉgliseetdans l'École, des choses saintes, quand on parlait
le

ne s'agissait donc pas d'établir
il

fait,

qui

patent i)oar tous. Mais

fallait

le justifier,

du point de

8

SOMME THEOLOGIQUE.
la

vue de

raison théologique. Avait-on
il

le

droit de parler ainsi

de signes, quand
prenait ce

s'agissait des

sacrements, au sens où l'on
l'Eglise et

mot usuellemeut dans

dans l'École. Saint
c'était

Thomas, dans ce premier

article, a

voulu montrer que
le

à très bon droit qu'on avait

donné

nom

de sacrement à ces
les

signes de chose sainte qui doivent
Jraits de la Rédemption.

communiquer aux hommes

On

voit,

dès lors, couïbien peu fondé est

le

sentiment des
ici le

théologiens qui veulent que saint
des Sentences
;

Thomas
il

corrige

Maître

bien plus, qu'il se corrige lui-même. Le Maître

des Sentences, et saint

Thomas, quand

le

commentait, n'au-

raient point restreint à la raison de signe la notion générique

du sacrement; ils y auraient fait entrer aussi la raison de cause. Et on donne comme preuve de cela, plusieurs textes de saint Thomas, dans son Commentaire sur les Sentences, qui
semblent
le

dire expressément.
la

Nous ferons remarquer que
trouve dans
les textes

réponse à celte difficulté

se

en

effet,
1,

dans ce
q.
1,

mêmes d'oià on la tire. Saint Thomas, même Commentaire sur les Sentences, livre IV,
i, q'"

dist.

art.

2, dit,

au corps de

la

réponse princitrait

pale,

que

le

mot sacrement, considéré comme ayant

à

notre sanctification

et c'est

bien ainsi que nous

le

prenons
:

actuellement

se

peut entendre d'une triple manière

ou en

tant qu'il implique la cause de notre sanctification, et dans ce

sens

il

désigne

la

Passion du Christ; ou en tant qu'il impli-

que

le

mode

de sanctification propre à l'homme, à qui doivent

être manifestées,

par des signes sensibles, et
sa sanctification elle-même,
la loi

les

causes de sa
il

sanctification et

et

dans ce sens

ne s'applique qu'aux sacrements de

nouvelle; ou, sim-

plement, en tant qu'il inclut la signification des sanctifications
susdites,
et,

de cette manière,

les

sacrements de l'ancienne
les

loi

sont dits sacrements, en tant qu'ils signifient sont passées dans
nouvelle. Et saint
le Christ,

choses qui se
la

et aussi les

sacrements de

loi

Thomas

conclut

:

«

Laissant donc

le

pre-

mier sens, qui
prenant
les

serait

un sens impropre, nous ne pourrons, en
et

sacrements au second

au troisième sens, assigner
le

de définition

commune, que

si

nous disons que

sacrement

QUESTION LX.
est

CE QU'eST LE SACREMENT.
».

9

un signe de chose sainte

Ce qui

est

exactement la définition
,

qu'il

suppose

ici,

dans

la

Somme théologiqae
\q& Sentences

et qu'il

explique. Et
il

cela revient à dire

que pour saint Thomas, aussi bien quand

écrivait le
la

Commentaire ^wr
théologique,
il

que

lorsqu'il écrivait

Somme
l'on

était tout à fait évident,
la

hors de doute,

que

pouvait avoir vraiment

raison de sacrement
faire avoir part à la

c'est-à-dire de

moyen

destiné

à
,

nous

Ré-

demption du Dieu-Homme
dans
la

toutes les fois
la

que

l'on avait,

par rapport aux choses saintes,

raison de signe;

— bien que,
le
la

Somme

théologique,
il

non moins que dans
la loi

Commenraison de
à

taire sur les Sentences,

tienne pour certain que

sacrement convient aux sacrements de
spécial et d'une
qu'ils

nouvelle

un

litre

manière bien plus

parfaite,
le

précisément parce
la

ont tout ensemble,
et la

comme nous

verrons, et

raison

de signe

raison de cause.
pas, et ce n'est pas notre office, à
si,

Nous ne nous attarderons
compulser
les

anciens textes pour voir
les

en

eflet,

on
ici,

a de tout

temps entendu

sacrements dont nous parlons
est certaine; c'est

au sens

générique de signe. Une chose
de saint Thomas,
c'est déjà
il

que, du temps
Et

n'y avait aucun doute sur ce point.
très

un témoignage

précieux en faveur d'une doc-

trine traditionnelle. Certains théologiens ne craignent pas de
qualifier de téméraire l'opinion, très certainement erronée, de

ceux qui prétendraient que
le

la

raison de signe n'entre pas dans
oiî

concept des sacrements, au sens
le

nous en parlons

ici.

Du

reste,

concile de Florence et
la

le

concile de Trente parlent

expressément de

raison de signe,
et

quand
loi.

il

s'agit des sacre-

ments de l'ancienne
épître

de

la

nouvelle
v.

Saint Paul, dans son
la

aux lîomains, ch.
';Y,;j.£iov

iv,

n,

parle

du signe de
;S,

circonle

cision

-îp'.ToaY'ç.

Au

chapitre

vi, v.

il

insinue«que
et

baptême

est l'image, la

représentation de
la

la

mort

de

la

sé-

pulture du Clirisl.
cil.

Dans
la

première épître aiw Corinthiens,
chose pour l'Eucharistie. Les

XI,

v.

iî("),

il

insinue

même

Pères grecs usent

du mot
si la

'ïJy.ioÀx

pour désigner nos sacre-

ments.

On
ments

s'est
(le

demandé
par
leui-

raison de signe appartient aux sacresi

nature on

elle

leur est totalement venue

10

SOMME THEOLOGIQUE.
plaisir de Dieu.
Il

du bon

faut dire

que ce

n'est ni par leur

nature seulement, ni par

le

seul

bon

plaisir de Dieu,
;

que

les

sacrements sont les signes des choses sainles

c'est

par

le libre

choix de Dieu, mais appuyé sur un certain rapport de nature,

comme

nous

le

verrons à mesure que nous étudierons chacun

des sacrements.

Après avoir étudié
trer

le

premier élément logique qui doit enil

dans
le

la délinition

du sacrement,

nous faut maintenant
la

étudier

second, celui-là

même

qui a

raison de différence
qu'il est

spécifique dans cette définition.

On

dit

du sacrement,

un signe;
était

et

nous avons vu que

cette

manière de s'exprimer
:

parfaitement légitime. Mais on ajoute
:

sainte

signam relsacrse. Que veut-on dire par

un signe de chose là et que com2

prend
le

cette addition faite

au mot signe. L'article

va préciser

sens des mots res sacra, chose sainte. L'article 3 se
si

dera

cette

chose sainte

est

une ou multiple.

demanVenons tout

de suite à

l'article 2.

Atricle il
Si tout signe de chose sainte est

un sacrement ?
tout signe de chose

Trois objections veulent prouver que
sainte n'est pas
«

«

un sacrement

d.


les

La première déclare que

toutes les créatures sensibles sont des signes de choses sain-

les;

selon cette parole de l'Épître aax Romains, ch.
invisibles

i

(v.

20)

:

Les attributs

de Dieu par
Et,

choses qui ont été faites sont
les
».

vus des yeux de

l' intelligence.

cependant, toutes

choses

sensibles ne peuvent pas être dites des sacrements

La

seconde objection rappelle que
cienne
ch. IX,
loi figurait le
V.
2/1)
, ;

«

tout ce qui se faisait dans l'anle

Christ, qui est

Saint des saints (Daniel,
la

selon celle parole de

[)remière Epitre aux

Corinthiens

ch. x (v.

11): Toutes choses leur arrivaient par
11

mode
;

de figure;
Tout cela

et celle
était

autre de l'Epître aux Colossiens, ch.
choses à venir;
et
le

(v. 17)

l'ombre des

corps est

le

Christ. D'aulre part,

tous les faits et gestes des Pères ou

Pacéré-

triarches de l'Ancien Testament,

ou,

aussi,

toutes les

QUESTION L\.

CE QU'eST LE SACREMENT.

II

monies de
a été
il

la loi

ne sont pas des sacrements, mais quelques-

unes de ces cérémonies spécialement déterminées;

comme
4).

il

vu dans
».

la

Deuxième

Partie (/"-S"*, q. loi, art.

Donc

semble que tout signe de chose sainte n'est pas un sacre-

ment
dans

La troisième objection

fait

observer que

v

même
faites

le

Testament nouveau, de nombreuses choses sont
telles

en signe de quelque chose sainte ou sacrée, qui cependant ne
sont pas appelées des sacrements;
l'aspersion de l'eau

bénite, la consécration des autels, et autres choses semblables.

Donc

tout signe de chose sainte n'est pas
dit

un sacrement
le

».

L'argument sed contra
qu'il est

que

«

la

définition est

pour

la

chose définie. Or, d'aucuns définissent

sacrement par

ceci

un signe de chose sainte

».

C'était,

nous l'avons
9' partie,

dit, la

définition reçue dans l'École, au

temps de saint Thomas.
liv. l,

Cf.

Hugues de
et le

Saint-Victor, des Sacrements,
liv.

ch. 2;
«

Maître des Sentences,

IV, dist.

I,

ch. Sacrements.

Et,

ajoute saint

Thomas,
il

la

chose apparaît aussi par

le texte

de

saint Augustin cité plus haut (arg. sed contra de l'article pré-

cédent).

Donc
».

semble que tout signe de chose sainte

est

un

sacrement

Au

corps de

l'article, saint

Thomas

fait
le

observer que

les si-

gnes sont donnés aux hommes, dont

propre

est d'aller

du

Il suit de là que proprement on appellera ou signe de chose sainte, « ce qui est le signe dune chose sainte se rapportant aux hommes, » c'est-à-dire d'une « en chose sainte pour eux, ayant trait à leur sanctification telle sorte qu'on dira proprement sacrement, selon que main-

connu

à

l'inconnu.
»

sacrement

:

tenant nous parlons des sacrements, ce qui est

le

signe d'une

chose sainte

»,

non en

tant

qu'une chose peut

être ssinte

en

elle-même, mais sainte par rapport aux
sanctifiés, c'est-à-dire

hommes

devant être
d

d'une chose sainte, dite sainte
».

en tant

qu'elle sanctifie les

hommes
les

— Dès
il

l'instant

que nous par-

lons de signe,
trait

il

ne peut s'agir que de (juelque chose ayant

aux hommes. Car

anges n'ont pas besoin de signes,
ne peut
être question
;

étant de purs esprits. D'autre part,

de
la

cho-ic sainte

par lapportaux créatures inférieures à l'honirne

créature raisonnable seule étant capable de sanctification ou

12

SOMME THEOLOGIQUE.

de réception de grâce sanctifiante. Lors donc que nous joi-

gnons ensemble
sainte,
il

ces

deux parties de définition

:

signe de chose

faut de toute nécessité qu'il s'agisse de ce qui, proc'eet-à-dire

prement, a raison de chose sainte pour l'homme,
de ce qui sanctifie l'homme. Or, tout ce qui
signe de ce qui sanctifie
est,

de

la sorte,

l'homme

a raison de sacrement,

au

sens propre où nous en parlons maintenant.

Donc

tout signe

de chose sainte

est

bien véritablement un sacrement.

On

remarquera tout
cette

ce qu'a de

profond
;

et

de plein ou de parfait

simple définition du sacrement
l'article

signe de chose sainte; vue
lire.

à la

lumière de

que nous venons de
«

Vad

primuni accorde que
»

les
« c

créatures sensibles signifient
sacré
», et
:

quelque chose de
divines
saintes

saint

ou de
;

même

ce qu'il y a

de plus sacré ou de plus saint
»,

savoir
((

la

sagesse et la bonté
» ces

mais

elles les signifient

en tant que

choses
;

ou sacrées sont

«

en elles-mêmes saintes

et sacrées

non

en tant que nous par
« sanctifiés. Et c'est

elles

nous sommes
elles

»

rendus saints ou

pourquoi

ne peuvent par être dites

sacrements,

au sens où nous parlons maintenant des sacre-

ments

».

En un

autre sens, d'une façon large, et qui n'est

plus l'acception propre de ce

mot

tel

que nous l'entendons en

théologie, on pourra, à la rigueur,

donner
il

le

nom

de sacre-

ments

à toutes les créatures sensibles. Et

est parfois des écri-

vains liltérateuis ou mystiques qui usent ainsi du

mot

sacre-

ment. Encore

faut-il

ne

j)as

en abuser; car cela peut devenir

facilement, pour les simples, une cause de confusion et d'erreur.

Vwl

secandani établit une distinction au sujet des choses de
la

l'Ancien Testament qui signifiaient

sainteté

du

Christ,

«

Cerla

taines choses ayant trait à l'Ancien
sainteté

Testament signifiaient
il

du Christ selon qu'en Lui-même
sainteté

est saint. D'autres
elle

signifiaient sa

en

tant

(jue

par

nous

som'

mes

sanctifiés; c'est ainsi

signifiait
sanctifiés.

que l'immolation de l'agneau pascal l'immolation du Christ par laquelle nous avons été

Ce sont ces dernières choses qui sont appelées proprement sacrements de l'ancienne loi ». Nous reviendrons sur
question des sacrements de l'ancienne
loi
;

cette

mais, dès

QUESTION LX.

CE Qu'eST LE SACREMENT.
saint

l3
a traité

maintenanf,

il

est

bon de rappeler que
la
i^-S"*",

Thomas en

excellemment dans
distinguer, dans
le

q. 102, arl. 5.

L'ad terthini pose la règle, très nette, qui nous permettra de

Nouveau Testament,

les

sacrements propretire,

ment
pour

dits des

simples sacramentaux. Celte règle se

comme

les deux premières réponses, du mot si profond et si lumineux que nous avions trouvé au corps de l'article. Le sacrement est un signe de chose sainte, au sens le plus formel de

ces mots, c'est-à-dire de chose sainte

pour l'homme, de chose

sainte qui sanctifie

l'homme.

Et,

en

nom
ou
le

de

la fin et

)>

ou du terme

« et

une chose tire son du complément » ou de ce
effet, «

qui achève

parfait. « Or, la

disposition n'est point la fin

»

terme; «
«

c'est la perfection »
les

ou

la

forme dernière, qui
la

est cela.

Et voilà pourquoi

choses qui signifient

dis-

position à la sainteté ne sont pas appelées sacrements; telles

sont les choses sur lesquelles l'objection portait »; on
pellera sacramentaux.
u

les

apseu-

Le

nom

de sacrements
la

est

donné

lement aux choses qui signifient

perfection de la sainteté

humaine

».

La note distinctive des sacrements
consiste

et

leur caractère spécifique

donc en ce

qu'ils sont des signes de chose sainte,

au

sens

le

plus précis

et le

plus actuel de ces mots. Vav chose sainle,
à n'en pas douter, d'après saint
dite, ce

nous devons entendre,
mas,
la sainteté
et juste

Thosaint

proprement
ne

qui rend

l'homme
il

devant Dieu, c'est-à-dire ce qui
elle-même.
Il

a trait à la

grâce sancs'agit

tifiante

suffit pas,
loi,

même quand
la

des

sacrements de l'ancienne

de

simple sainteté légale,

comme

l'ont voulu, à tort,

quelques théologiens. Et non seucelte
et

lement nous devons entendre

chose sainte qui sanctifie
le

l'homme

au sens

le

plus précis

plus formel; mais

il

la

faut entendre en fonction de son rôle actuel et effectif

ou

comme

actuellement donnée
ainsi
ticle.

cl

appliquée à l'honiuïc pour

le sanclifiei",

que l'explique très bien Cajclan, à propos du présent arCeux-là donc ne sont pas entrés pleinement dans \a pen-

sée de saint

Thomas, qui ont voulu
mais abstraction
faite

qu'il s'agît ici do la grâce

sanctifiante,

de son application actuelle.

l4
Il

SOMME THEOLOCIQtJË.
s'agit

de

la

chose sainte par excellence dans son rôle

même de
actuel-

sanclificalion,

ou de chose
le

sainte sanctifiant
oij
il

l'homme

lement, au

moment même

est fait

usage de ce signe de

chose sainte qu'est

sacrement.

Les protestants non ratiola

nalistes conviendraient avec

nous pour

raison de signe.

Ils se

séparent de nous pour

le

sens des mots chose sainte. S'étant
la justification et le

trompés sur

la

nature de

de
ici

la grâce, ils
la

ne

pouvaient entendre

comme nous

taisons

note distinc-

tive et caractéristique des sacrements.

Les sacrements sontdonc pour nous dessignes de chose sainte.
Et nous

sommes

à

même, maintenant,

d'entendre

le

sens prose

fond de ces mots. Pourtant, une question complémentaire

pose encore devant nous. Nous avons parlé de chose sainte; et

nous avons entendu

cela de ce qui sanctifie,

au sens parfait,

actuellement l'homme. Mais qu'est-ce donc qu'il faut entendre

par ce qui sanctifie ainsi, au sens parfait, actuellement l'homme.
Faut-il entendre, par là, une chose seulement; ou devonsnous en entendre plusieurs. Saint Thomas va nous répon-

dre à

l'article

qui

suit.

Article
Si le

III.

sacrement est signe d'une chose seulement?

Trois objections veulent prouver que

« le

sacrement

est si-

gne d'une chose seulement
signifie plusieurs choses est

».

— La première dit que « ce

qui

casion d'erreur;

comme

on

le

un signe ambigu, et, par suite, ocvoit pour les noms équivoques.

Or, tout ce qui est fallacieux doit être écarté de la religion

chrétienne; selon celte parole de l'Épîlre aux Colossiens, ch. n
(v. 8)
:

Voyez que personne ne vous séduise par une philosophie

vaine

et

par

la

tromperie.

Donc
il

il

semble que

le

sacrement

n'est point signe de plusieurs choses ».

La seconde objecpréc),
est
le

tion rappelle

que
la

«

comme

a été dit

(art.

sacrela

ment

signifie

chose sainte en tant qu'elle

cause de

sanctification de

l'homme. Or,

il

n'est

qu'une seule cause de

QUESTÎO\ LX.
la sanctification

CE qu'est LE SACREMENT.
le

l5

de l'homme, savoir

sang du Christ; selon
(v.

cette parole de

VÉpUre aux Hébreux, chapitre dernier
par son sang,
de
la ville. «
le

12)

:

Jésus, pour

sanctifier,
»

peuple, a soujjeri sa Pasil

sion hors de la porte

Donc

semble que
».

le sa-

crement ne
que

signifie

pas plusieurs choses
il

La troisième
3""'),

objection arguë de ce qu' «
le

a été dit (art. précéd., ad
la

sacrement proprement signifie
la fin

fin

elle-même de

la

sanctification. Or,

de

la

sanctification est

la vie éter-

nelle; selon cette parole del'Épître

aux Romains, ch. vi(v.
signifie

22)

:

Vous avez votre Jruii dans
éternelle.

la

sanctificution, et la fin est la
le

vie

Donc
;

il

semble que
:

sacrement ne

qu'une

seule chose

savoir

la vie éternelle ».
fait

L'argument sed contra

observer que « dans

le
:

sacrement
corps du

de l'Autel, une double chose est signifiée; savoir
Christ vrai, et son corps mystique;

le

comme

le dit

saint

Augusest

tin, au livre des Sentences de Prosper » (Cf. can.

Hoc

quod
et

dicimus,

de Consecratione

,

dist. II

;

Lanfranc, du corps

du

sang du Seigneur, ch. xiv).

Au

corps de

l'article, saint

Thomas
faisaient

s'appuie, en effet, sur
les

l'article

précédent,
tirer

comme

le

objections

;

mais

pour en

une conclusion tout
tout
il

autre,

ou plutôt une conles

clusion qui va

harmoniser parmi
a été dit,

objections elles-

mêmes.

«

Comme
est

on appelle proprement sacre-

ment ce qui

ordonné

à signifier notre sanctification.
trois choses; savoir
est la
:

Dans
cause
;

laquelle nous

pouvons considérer

la

elle-même de noire sanctification, qui
et la et les vertus; et la fin
la vie éternelle.

Passion du Christ
la

forme de notre sanctification, qui consiste dans

grâce

dernière de notre sanctification, qui est
les

Et toutes ces choses sont signifiées par
le

sa-

crements. Aussi bien

sacrement
:

est
la

un

signe

commémoratif
en nous par
la

de ce qui
indicatif

a précédé;

savoir

de

Passion du Christ; et »
est fait
et
c(

ou

«

démonstratif de ce qui
savoir
:

Passion

du Christ;
»

de

la

grâce;

qui prédit ou an:

nonce d'avance
future
».

ce qui doit être

Cette dernière

savoir un jour; la gloire remarque ne s'applique, dans sa
la

forme précise qu'aux sacrements de
la loi

loi

nouvelle; ceux de
la

ancienne, en

elTet,

ne pouvaient signifier

Passion du

l6

SOMMR THÉOLOGIQÙÉ.

Ghrisl
nir. Et,

comme une
parmi
les

chose passée, mais

comme une
nouvelle,

chose
la

à ve-

sacrements de

la loi

remarque

s'applique surtout au plus excellent de tous, l'Eucharistie.

vient que saint
a

Thomas, composant

l'office

De du Très Saint

Sacrement
vêpres
tiir

pu enchâsser dans l'une de
sacrum conviviam,
;

ses plus belles antien-

nes, le présent corps d'article. C'est l'anlienne des secondes
:

«

in

quo Chrislas sumilur
impleliir gratia
;

;

recoli-

memoria Passionis ejus

mens

et

Jutarae
c'est

gloriae nobis pignus datur.
le

O Banquet
de grâce;

sacré,

dans lequel

Christ qu'on prend
;

:

l'on rappelle la
et

sion


la

l'esprit s'emplit

mémoire de sa Pasoù nous est donné le
et

gage de

gloire future

v.

Vad primum
l'une n'est pas
sieurs choses,

déclare qu'un signe est

ambigu

fournit l'oc-

casion de se tromper,

quand

il

signifie plusieurs choses

dont

ordonnée

à l'autre.

Mais quand

il

signifie plu-

selon que d'elles dans
le

un

certain

ordre une

chose résulte, alors
C'est ainsi

signe n'est pas ambigu, mais certain.
signifie l'âme et le corps en tant

que ce

nom homme

que des deux
manière,
le

est constituée la

nature humaine. Et, de cette

sacrement

signifie les trois choses qui

ont été
)v

dites,

selon que dans

un

certain ordre elles font
«

un tout

h'ad secimdiim dit que

le

sacrement, par cela

même

qu'il

signifie la chose qui sanctifie, doit signifier l'effet, qui est

com-

pris dans. la cause

elle-même qui

sanctifie
»
:

selon qu'elle est »

actuellement

«

cause qui sanctifie

toute cause qui agit en-

traîne nécessairement
l'effet

comme

chose corrélative à son action

produit par cette action.
l

L'a

leriiiun

ne veut pas qu'il

soit nécessaire,
la

pour avoir
Sans doute, Mais

la

raison

propre du sacrement, que
soit

chose sainte dont nous
la

avons parlé

exclusivement
le

la vie éternelle.

vie éternelle est

terme de

cette

sanctification.
élat

nous

avons déjà
fait,

cette sanctification

dans un
la
la

suffisamment par-

lorsque nous avons en nous

grâce sanctifiante. La grâce

présente est
«
il

comme
et

le

germe de

vie éternelle future. Et
la

donc

suffît à la
la

raison de sacrement, qu'il signifie
il

perfection

quiY'st

forme;

n'est point nécessaire (pril signifie seu-

lement

la

perfection

»

dernière

«

qui est

la lin

».

L'objeclion

QUESTION LX.
entendait mal
le

CE QU*EST LE SACREMENT.
la

I^

sens de

disposilion

ultime

requise dans

Vad

5"'"

de

l'article

précédent.

Le sacrement, au sens où nous devons en parler dans tout
notre traité des sacrements, est un signe de chose sainte. Cette
définition est adéquate à la chose définie.
Elle
;

donne

excelil

lemment son genre
tement
et à

et sa différence

spécifique

comme
suffit

con-

vient à toute définition parfaite.

— Mais, pour
il

connaître exac-

fond

la

nature d'une chose,
la légitimité

ne

pas de

connaître son être logique ou

de termes qui com-

posent sa définition,

même quand on

a précisé le sens

ou

la

signification de ces termes, dans l'ordre des notions qui for-

ment
tielles

la

matière des opérations de

l'esprit.

Il

faut

examiner

aussi l'être réel

ou physique

et voir la

nature des parties essen-

qui constituent celte chose dans son être physique ou
C'est ainsi

réel.

qu'on n'aurait de l'homme qu'une connaissi

sance imparfaite,
nicd raisonnable,
lité

l'on savait

seulement

sa définition d'ani-

sans connaître ce que comprend, dans la réa-

physique,

comme

éléments ou parties essentielles qui

le

constituent,

l'être

spécial

c'est-à-dire sans connaître son corps et son

que nous définissons de la âme, doîi sont
et

sorte;
ti-

rées la raison générique d'animal

la raison spécifique de rai-

sonnable.

que

c'est

De même, pour le sacrement. Il ne suffit pas de savoir un signe de chose sainte. Nous devons nous de-

mander maintenant ce qu'il faut précisément pour avoir, en effet, un signe de chose sainte. Ce va être l'objet des cinq
articles qui suivent. L'article h et l'article 5 étudieront le pre-

mier élément essentiel, qui

est la matière; les articles G-8, le

second élément essentiel, qui

est la

forme.

Pour
:

la

matière

du sacrement,
ment,
(art.
s'il

saint

Thomas examine deux

choses

première-

faut
si

que nous ayons toujours une
faut toujours

réalité sensible
(art. 5).

/j);

cette réalité sensible doit être
s'il

déterminée

— D'abord,
de
l'article

une

réalité sensible. C'est l'objet

qui suit.

Wll.

Les SurreiUfiils.

l8

SOMMfî TllEOLOGIQUE.

Article IV.
Si le

sacrement est toujours une certaine chose sensible?
sacrement
n'est pas

Trois objections veulent prouver que

«

le

toujours quelque chose de sensible
ce

».

— La première arguë de
(cf.
il

que
II,

« selon Aristole,

au livre des Premiers analytiques

liv.

ch. XXIX, n.

i),

tout effet est le signe de sa cause. Or,

de

même

qu'il est certains effets sensibles, pareillement aussi

est certains effets intelligibles, est l'effet

comme, par exemple,

la science

de

la

démonstration. Donc tout signe n'est pas sende sacrement d'être
elle
le

sible. Et puisqu'il suffit à la raison

signe

d'une certaine chose sainte selon que par
tifié,

l'homme
il

est sanc-

ainsi qu'il a été dit plus haut (art. 2),
le

n'est

donc pas
».

requis pour

sacrement qu'il
de Dieu

soit

quelque chose de sensible
«

La seconde objection déclare que

les

sacrements apparles

tiennent au
ses sensibles
est dit,
et

Royaume

et

au culte de Dieu. Or,
Dieu

choIl

ne semblent pas appartenir au culte de Dieu.

en

effet,

dans saint Jean, ch.
c'est

iv (v. 24)

:

est Esprit;

ceux qui l'adorent,
et,

en esprit

et

en vérité qu'il faut qu'ils
(v,

l'adorent;

dans l'Épître aux Romains, ch. xiv
pas
le

17)

:

Le

manger

et le boire n'est

royaume de Dieu. Donc

les
».

choses

sensibles ne sont pas requises

pour

les

sacrements


dit,

La
au

troisième objection en appelle à ce que saint Augustin
livre

du

Libre Arbitre

(liv, II,
,

ch. xix),
elles

que

les

choses sensibles
vivre.
il

sont des biens minimes

et

sans

l'homme peut bien

Or, les sacrements sont de nécessité de salut,

comme

sera

montré plus loin

(q. 61, art.

i)

;

et,

par suite, sans eux l'homme

ne peut pas bien vivre. Donc
requises pour les sacrements

les
».

choses sensibles ne sont pas

L'argument sed conlra
tin », classique

est

un autre

texte

de

«

saint
il

Auguson a

dans

les

matières des sacrements, où
:

est « dit,
et
le

sur saint Jean
sacrement. Et
est l'eau.

(Ir.
il

LXXX)

La parole se joint à l'élément
choses sensibles pour

parle en cet endroit de l'élément sensible qui
il

Donc

est requis des

les sacre-

ments

».

QUESTION LX.

CE QU EST LE SACREMENT.

IQ

Au
cipe,

corps de

l'article, saint

Thomas évoque
il

le

grand prinle

que

« la divine Sagesse
le

pourvoit à chaque chose selon
est dit,

mode

qui est

sien

;

et,

à

cause de cela,

dans

la

Sagesse, ch.

viii (v.

i),

quelle dispose tontes choses suavement.

Aussi bien

il

est dit aussi,

en saint Matthieu, ch. xxv
selon,

(v.

i5),

qu
la

il

est distribué à

chacun

sa vertu propre. Or,

il

est

con-

naturel à

l'homme que par

les

choses sensibles
»
.

il

parvienne à

connaissance des choses intelligibles

Encore un grand prin-

cipe qui

commande

tout dans l'ordonnance des choses
la

humai-

nes

et

qui est un des pivots de
le

philosophie et de

la

théologie
sujet par-

thomistes. « D'autre part,

signe est ce par quoi

un

vient à la connaissance d'une autre chose. Puis donc que les

choses saintes signifiées par les sacrements sont de certains
biens spirituels
tifié,
il

et intelligibles

par lesquels l'homme est sancla

s'ensuit

que

c'est

par certaines choses sensibles que

signification des sacrements sera remplie;

comme

c'est aussi

par

la

similitude de choses sensibles que les choses spirituelles
la

nous sont décrites dans

Sainte Écriture. Et de là vient que

pour

les

sacrements sont requises des choses sensibles; comme,
le

du reste,

prouve saint Denys, au chapitre premier de
à l'objection tirée de l'extension

la

Hiérar-

chie Céleste ».

Vadprimum répond
«

du signe.

Chaque chose

est

nommée
et
(cf.

surtout
;

et définie

selon ce qui lui

convient premièrement
par une autre chose
n. 7; de S. Th.,
soi,

par soi

non par

ce qui lui convient

Aristote, Métaphysique, livre IV, ch. iv,

liv.

YII, leçon 3). Or, l'effet sensible a, de

de conduire à

la

connaissance d'autre chose,
et

comme

élant

manifeste à l'homme premièrement

par

soi,

pour

cette rai-

son

»,

tant de fois énoncée par notre saint Docteur, et qui,
le redire, est

nous

ne saurions trop

souveraine contre l'enseignement

erroné et désastreux de tant d'autres philosophes, « que toute
notre connaissance vient

du sens

à

son principe

:

quia oninis

nostra coynitio a sensu iniliurn
bles, ils n'ont

Jiabet.

Quant aux
la

effets intelligi-

de pouvoir conduire à

connaissance d'une autre

chose qu'aulanl qu'ils sont manifestés eux-mêmes par autre
chose, c'est-à-dire par certaines choses sensibles. Et de

vient
les

que premièrement

et

principalement sont appelées signes

20

SOMME TIIEOLOGIQUÉ.
c'est ainsi

choses qui se présentent aux sens;
tin dit,

que saint Augusi),

au

livre

II

de

la

Doctrine chrétienne (ch.

que

le

signe

est ce qui,

en plus de f image guil offre aux sens, Jait venir quelque
la

autre chose dans
ligibles,

connaissance ou dans l'esprit. Les effets intella

au contraire, n'ont

raison de signe que

s'ils

sont

manifestés

eux-mêmes par quelques

signes. Et, de cette sorte

aussi, certaines choses qui ne sont point sensibles sont dites,

d'une certaine manière, des sacrements, en tant qu'elles sont
signifiées par certaines choses sensibles.

Nous en
le

traiterons plus

loin

».

C'est ce

que nous appellerons
les

res

et

sacramentuni

(q. 63), et

qui sera précisé à propos de chaque sacrement.
choses sensibles, selon qu'on

Vad
les

secunduni accorde que «

considère dans leur nature, n'appartiennent pas au culte ou
;

au Royaume de Dieu

mais seulement en tant qu'elles sont
le

les

signes des choses spirituelles, dans lesquelles

Royaume de
n'est qu'en

Dieu consiste». Encore est-il bon de remarquer que ce

tant qu'il se trouve exister sur cette terre et dans notre vie présente,

que

le

Royaume

de Dieu, c'est-à-dire,

ici,

l'Eglise, a be-

soin de signes sensibles se rapportant aux choses spirituelles.

Le Royaume de Dieu dans

le ciel

ne comportera plus de sacretraité,

ments, au sens où nous en parlons dans notre

comme

nous

le

verrons dans

la suite.
le

L'ad /e/-/iam répond, dans
parle en cet endroit
sibles selon
»,

même

sens,

que

«

saint Augustin

que

citait l'objection, «

des choses sen-

qu'on

les

considère dans leur nature;
les
Il

non selon
que
les

qu'on

les

prend pour signifier

choses spirituelles qui consest évident,

tituent les plus grands biens ».
rites

en

effet,

sacramentels, dépouillés de leur caractère sacié, ne sont

plus que des choses de
d'huile, de pain, de vin,

minime importance, un peu

d'eau,

ou autres choses semblables du monde

matériel. Mais

ils

participent à l'excellence des biens les plus

précieux,

eri

tant qu'ils se rapportent à notre sanctification.

La matière des sacrements doit être quelque chose de sensible. Il

n'importe, du
;

reste,

ou une parole
et

il

sufiit

que ce soit un objet, ou un acte, que ce soit un (juelque chose d'extérieur
les sens.

tombant ou pouvant tomber sous

Mais peut-on

/

QUESTION LX.

CE QU EST LE SACREMENT.

2

1

prendre indifféremment quelque matière ou quelque chose
sensible que ce soit; ou bien faut-il que ce soit quelque chose

de précis

et

de déterminé. C'est ce que nous devons maintenant
de
l'article

examiner,

et tel est l'objet

qui

suit.

Article V.
Si sont requises des choses déterminées

pour

les

sacrements?

Trois objections veulent prouver que « ne sont point requises des choses

déterminées pour
« des

les

sacrements

».

La preles

mière rappelle que
sacrements à
rien
l'effet

choses sensibles sont requises dans

de

signifier, ainsi qu'il a été dit (art. 4). Or,

n'empêche qu'une
;

même

chose soit signifiée par diverses

choses sensibles

et c'est ainsi

que dans l'Écriture Sainte, Dieu
le

quelquefois est signifié métaphoriquement par
quefois par
ce genre.
le

rocher, quel-

lion, quelquefois par
il

le soleil

ou autre chose de

Donc
les

semble que plusieurs choses peuvent conveEt,

nir à
ses,

un même sacrement
le

par suite, ne sont point requi»
.

dans

sacremen ts, des choses déterminées

— La seconde
que
le

objection dit que «
salut

salut de l'âme est plus nécessaire

du
la

corps. Or, dans les remèdes corporels qui sont ordon-

du corps, une chose peut être utilisée pour une autre au défaut de cette autre. Donc, à plus forte raison, dans
nés à
santé
les

sacrements, qui sont des remèdes spirituels ordonnés au

salut de l'àme,

une chose pourra
».

être prise

pour une autre
soit

quand
qu'
((

celle-ci
il

manquera
loi


le

La troisième objection déclare
salut des

ne convient pas que

hommes
loi

rendu

plus difficile par la

divine, cl surtout par la
les

du Christ
de
la loi

qui est venu sauver tous

hommes.
les

Or, dans
les

l'état

de nature, n'étaient point requises, dans
choses déterminées, mais on
le

sacrements, des

prenait à son gré;

comme on
où Jacob

voit dans la (Jcnèse, ch. xxviii (v.
à

20

et suiv.),

voue

Dieu
il

qu'il lui offrira

des dîmes et des hosties pacifiques.
être astreint, et

Donc

semble que l'homme n'aurait pas dû
la loi

surtout dans

nouvelle, à l'usage de telle ou telle chose

déterminée dans

les

sacrements

»>.

22

SOMME THEOLOGIQUE.

L'argument sed contra apporte

le

texte formel
:

« le Sei-

gneur

dit,

en saint Jean, ch. ni
et
»

(v, 5)

à moins que quelqu'un

ne renaisse de l'eau
le

de C Esprit-Saint,

il

ne peut pas entrer dans

Royaume de Dieu

Au

corps de

l'article, saint

Thomas

fait

observer que

«

dans

l'usage des sacrements, deux choses peuvent être considérées;

savoir

:

le

culte divin
la

;

et la sanctification

de l'homme. De ces

deux choses,
Dieu
:

première appartient à l'homme par rapport à
n'appartient pas à quelqu'un de déter-

et la

seconde, inversement, appartient à Dieu par rapil

port à l'homme. Or,

miner
est

ce qui est au pouvoir d'un autre; mais seulement ce qui

en son pouvoir.
est

Par cela donc que

la

sanctification de

l'homme

tient pas à

du pouvoir de Dieu qui le sanctifie, il n'apparl'homme de prendre à son gré les choses qui le
mais
ceci

sanctifieront,

doit être déterminé par l'institution

divine. Et c'est pourquoi dans les sacrements de la nouvelle
loi,

par lesquels

les

hommes
selon
»

sont sanctifiés

»,

comme

par des

causes instrumentales de leur sancti/ication, ainsi que nous le

dirons bientôt,

et «

qu'il ressort de
vi (v.

a

cette parole
:

de

la

première Épître aux Corinthiens, ch.
lavés, vous avez été sanctifiés,
il

ii)

Vous avez été

faut user de choses déterminées
».

en vertu de l'institution divine
corps d'article,
a

Saint

Thomas, dans

ce

conclu tout de

suite,
la loi

d'une manière spéciale,
nouvelle, précisément
les

dans

le

sens des sacrements de

parce que ces sacrements sont, de tous,

plus parfaits dans

la

raison de sacrements ou de signes de choses saintes, puisque

non seulement
mais en
à

ils

signifient

la

sanctification
Il

de l'homme,

la signifiant, ils la

causent.

suit de là qu'ils doivent,

un

titre

tout spécial, relever de l'institution divine. Dieu seul

pouvant
dans

ainsi

déterminer ce qui aura raison de signe

efficace

cet ordre de la sanctification de

l'homme qui

lui

appar-

tient en propre.

Vad primum répond
signifiée

«

que

si

une

même

chose peut être

par plusieurs choses,
faut user

toutefois déterminer de quel

signe

il

pour

signifier appartient à celui qui signifie.
les

Or, c'est

Dieu qui nous signifie
les

choses spirituelles et par
et

des choses sensibles dans

sacrements

par des paroles mé-

QUESTION LX.

CE Qu'eST LE SACREMENT.

23
c'est

taphoriques dans

les

Ecritures.

De

vient que
a

comme

par

le

jugement de

l'Esprit-Saint qu'il

été

déterminé par

quelles similitudes » ou métaphores, « dans certains lieux de
l'Écriture, les choses spirituelles seraient signifiées, de

même
o.

aussi

il

doit être déterminé par l'institution divine quelles cho-

ses seront prises

pour

signifier

dans

tel

ou

tel

sacrement

Remarquons, en passant,
torité divine, attribuant

ce

que saint Thomas nous
il

dit ici de

l'Écriture et jusqu'à quel point

y

fait

tout dépendre de l'au-

même
tels

le

choix des expressions métatels

phoriques, usitées dans
Livres, à

ou

passages des nos saints
l'Esprit-Saint, directeil

une détermination formelle de
nous
fait dire

ment
que

et

expressément voulue par Lui. Et
dans
le

le faut

bien, puisd

l'Église

Credo de

ÎNicée

:

Credo

in

Spiritum Sanctum, qui

locatiis est

per prophetas. Je crois en

l'Es-

prit-Saint, qui a parlé par les prophètes ».

L'ad secundum signale
les

la différence essentielle

qui existe entre
et,

sacrements, au point de vue du salut de l'âme,
la

au point
elles des
il

de vue du salut ou de
« Les choses sensibles

santé

du

corps, les remèdes naturels.

ont naturellement infusées en

vertus qui confèrent la santé corporelle; et c'est pourquoi,

n'importe,

si

deux d'entre

elles

ont

la

même

vertu, qu'on use
la

de l'une ou de l'autre. Mais elles ne sont pas ordonnées à
sanctification par quelque

vertu naturellement infuse;
Il

c'est

uniquement par
sensibles dont
il

l'institution divine.

suit de là qu'il a fallu
les
».

que fussent déterminées par Dieu quelles seraient
faudrait user dans les sacrements
est

choses

Les

remèdes naturels ont une vertu de guérir qui
leur nature de choses sensibles, n'ont, par

une propriété

de leur nature. Les sacrements, au contraire, considérés dans

vertu sanctificatrice;

eux-mêmes, aucune toute leur vertu, quand ils l'ont, leur
il

vient de l'institution divine. Et voilà pourquoi

importe assez

peu, pour

du corps, que nous usions de tel ou tel reuiède, si tous les deux sont également efficaces naturellement tandis qu'il est absolument requis, pour le salut de l'àme, que nous n'usions ([ue des matières rendues sanctificatrices par
la

santé

;

l'institution divine.

L'ad lerliuni cite une parole de saint Augustin, qui reviendra

24

SOMME THÉOLOGIQUE.
le

fréquemment dans
Augustin
le dit,

traité des

sacrements. « Selon que saint

au

livre

XIX

contre Fausle (ch. xvi), aux di-

vers temps conviennent des sacrements divers;
aussi par des

comme

c'est

mots divers que sont exprimés ou
le

signifiés les

divers temps, savoir le présent,

passé et

le

futur. Et c'est
les

pourquoi, comme, dans
sans qu'aucune
loi »

l'élat

de

la loi

de nature,

hommes,

divine « fût donnée extérieurement, étaient

mus
de

par

le seul

instinct intérieur à

rendre

à

Dieu un culte;

même

aussi c'était par l'instinct intérieur qu'était déterminé
les

pour eux quelles seraient
raient en vue
cessaire

choses sensibles dont
la suite, il

ils

use-

du

culte divioi. Mais, dans

devint né:

qu'une

loi fùl

donnée

même
la

extérieurament
de nature par

soit

en

raison de l'obscurcissement de

loi

le

péché

des

hommes;

soit aussi

pour une signifîcalion plus expresse
le

de la grâce du Christ par laquelle
Et, à

genre humain

est sanctifié.

cause de cela,
les
Il

il

devint nécessaire aussi que fussent déterles

minées
ments.

choses dont

hommes

useraient dans les sacre»,

ne suit d'ailleurs pas de

comme

le

supposait
étroite;

l'objection, «

que

la

voie

du

salut ait été

rendue plus

parce que

les

choses dont l'usage est nécessaire dans

les sacre-

ments, ou sont possédées

communément, ou peuvent
><.

être ob-

tenues avec très peu de recherche

Les sacrements, précisément parce qu'ils sont des signes de

chose sainte, doivent consister essentiellement en de certaines
choses sensibles. Et ces choses ou réalités d'ordre sensible de-

vront nécessairement être quelque chose de déterminé, ou par

l'homme sous
mesure où
le

l'action intérieure de Dieu,

ou même,
et

et

dans

la

sacrement sera plus parfait

plus précis dans sa

raison de signe de chose sainte, par Dieu directement. Tel est

l'enseignement de saint
en général.
S'il

Thomas

sur
ici le

la

matière du sacrement
«

ne prononce pas
douteux,

mot

matière des sacre-

ments

»,

il

n'est pas

chaque sacrement en
division
«

comme nous le verrons pour particulier et comme cela ressort de la
qu'il a
lire.

même
d

de

la

question actuelle, que c'est bien de celte

matière

du saciemcnl

entendu parler dans

les

deux

articles

que nous venons de

Or, que dans les sacrements,

QUESTION LX.


»

CE QU EST LE SACREMENT.
la
»,

25

au moins dans

les
»

sacrements de

loi

nouvelle, se trouvent

une

(t

matière
le

et

une

forme

au sens scolastique de ces
l'a

mots,

concile de Florence, en i/iSg,

expressément for-

mulé. De
crements,
est

même pour ce qui est de l'institution divine des samême au sens d'institution directe faite par Dieu, elle
définie par le concile de Trente,
la loi

de

foi,

du moins pour

les

sacrements de
cette

nouvelle.

Il

faut pourtant bien

entendre

détermination divine de
le

la

matière des sacrements. Et,
à toute réalité sensible, ob-

d'abord,
jet, acte,
fier,

mot

matière s'étend

ici

ou parole, qui, de par
la

sa nature, est déjà apte à signi-

mais qui, dans

raison de signe, devra être déterminé
le

d'une détermination encore plus parfaite par
essentiel

second élément
qui

dont nous aurons
et

à parler

dans
la.

les

trois articles

vont suivre

que nous appellerons

forme du sacrement,

constituée par des paroles, en prenant

ici le

mot

paroles,

non

plus dans son sens matériel, mais dans son sens

le

plus formel

de fixation de

la

pensée. Le concile de Florence a prononcé,
les

en

effet,

que tous

sacrements de

la

loi

nouvelle compremalière, et des
plus, qu'il ne

naient, dans leur être parfait, des choses

comme
non

paroles
faille

comme

forme.

Il

n'est pas douteux,
et

entendre ces termes matière

forme des sacrements, au
Doit-on
dire

sens de parties constitutives et intrinsèques, essentiellement
requises pour l'être et la raison du sacrement.
aussi

que

ces

deux éléments essentiels s'unissent pour former
pbysique? D'aucuns, parmi
négative
:

un tout
logiens,

véritable, réel et

les

théo-

ont été poui-

la

il

ne s'agirait que d'une
s'agit

composition métaphorique. D'autres disent qu'il
composition
tende
réelle constituant

d'une

un tout physique. Il n'est aucune raison de ne pas accepter ce sentiment, pourvu qu'on en-

comme
dans
la

il

convient

la

composition dont

il

s'agit, ('/est,

en

eflet,

raison de signe ou pour constituer e.vcellemment

que nous a|)pclons un signe de chose sainte, que nous requérons l'union d'une matière et d'une forme d'orce qucl(|ue chose

dre sensible

:

le

signe n'existera donc que

si

les

deux

réalités

coïncident à

l'effet

de signifier ce qu'elles doivent signifier;

mais

il

existera dès (ju'elles coïncideront à cet effet, produila

sant actuellement

signification qu'elles doivent produire, et

26
cette

SOMME THÉOLOGIQUE.
coïncidence ou existence simultanée sera
la

composition,
l'être

manifestement d'ordre physique, qui constituera

du

sa-

crement

:

toutefois,

il

est

manifeste aussi que ce ne sera pas
à
la

une composition physique
rielles.

manière des substances maté-

Nous avons
crements plus
avait

dit

que

la

matière des sacrements, surtout des sa-

parfaits, tels qu'ils sont

dans

la

loi

nouvelle,

être

déterminée par Dieu;

et cela,

parce qu'ils sont des

moyens de

sanctification et

que

la sanctification

ne dépend que
diffi-

de Dieu. Cette raison ne laisse pas que de créer quelque

culté au sujet des sacrements en vigueur dans la loi de nature.
S'ils étaient

de vrais sacrements, concourant, eux aussi, d'une

certaine manière, à la sanctification des

hommes, ne
dans
la

fallait-il

pas qu'il fussent déterminés par Dieu!* Nous répondrons que
c'étaient des sacrements très imparfaits,

raison de sa-

crements, tirant toute leur vertu de
qu'ils exprimaient; et, par suite, ils

la foi

en un Dieu sauveur
d'insti-

ne requéraient pas
si

tution précise.
était laissée

On

peut dire aussi que

leur détermination

au choix de l'homme, Dieu cependant intervenait
instinct de sa grâce; et celte détermination par

par

le secret

voie de secret instinct suffisait à l'imperfection de ces sacre-

ments.

Pour
ceux de

ce

qui est des sacrements plus parfaits,

notamment

la loi

nouvelle, où est requise l'institution directe par
si le

Dieu, une difficulté se présente. Si Dieu,

Christ ont direc-

tement déterminé
dans

la

matière de ces sacrements, d'où vient que,
la

pour quelques-uns,
l'Eglise
:

matière n'a pas été toujours

la

même

pour l'ordination, par exemple, où

l'Eglise pri-

mitive avait l'imposition des mains et l'Eglise des siècles postérieurs la porrection des instruments.

Nous ne répondrons,

ici,

que d'une façon générale. Chaque cas en particulier sera examiné à propos des divers saciements. D'une façon générale, la
question se pose de savoir
si

l'Eglise a

pu changer

la

matière

des sacrements; ou dans quel sens celte matière a été détermi-

née par Jésus-Christ Lui-même.
claré par
le

11

est certain,

expressément déii),

concile de Trente (session XXI, ch.
la

que

l'Eglise

ne peut rien changer touchant

substance des sacrements;

QUESTION LX.

CE QU EST LE SACREMENT.

27

mais, salva illoruni siibstantia, l'Église peut statuer ou changer ce qu'elle juge devoir servir davantage à l'utilité de ceux qui
les

reçoivent ou à la vénération des sacrements

eux-mêmes

se-

la diversité des choses, des temps rons, à propos de chaque sacrement en particulier, ce qu'il

lon

et des lieux.

Nous ver-

faudra entendre par cette substance du sacrement. Disons simplement, ici, qu'elle implique toujours une certaine détermination de matière et de forme, faite par Dieu

Lui-même

direc-

tement. Mais Dieu a pu laisser à son Église certaines précisions

de détermination que

les

circonstances amèneraient en vue de

mieux répondre
ments
et à la
le

à l'utilité de

ceux qui recevraient

les sacre-

vénération des sacrements eux-mêmes, selon que
concile de Trente.

s'exprime

Après avoir examiné
les

premier élément essentiel requis pour sacrements, saint Thomas examine le second élément, qui
le

est la

forme, dans

les trois
si,

derniers articles de

la

question.

L'article 6 se

demande
suite à

outre les réalités sensibles, sont reles articles
7,

quises certaines paroles;

8,

quelles paroles.

Venons tout de

lélude du premier point.

Article \I.
Si

dans

la signification des sacrements sont requises des paroles ?

Trois objections veulent prouver que

«

dans

la

signification
».

des sacrements ne sont point requises des paroles

La preliv.

mière argu<id'un texte de saint Augustin, contre Fauste,
(ch. xvi) »,

XIX

il

est

«

dit

:

Qac

sont antre chose, chacun des sa-

crements corporels, sinon de certaines paroles visibles? Et, par suite, il semble qu'ajouter des paroles aux choses sensibles,

dans

saciemenls, est ajouter des paroles à des paroles. Puis donc que c'est là chose superllue, il n'est point requis des paroles avec les choses sensibles dans les sacrements ». — La seles

conde objection

dit

que

«

le

sacrement

est

quelque chose qui

28
est

SOMME ÏHÉOLOGIQUE.
un. Or, de ce
fait

(jui

appartient

à

des genres divers,

il

ne peut
choses
les

pas être

quelque chose qui

soit un. Puis

donc que

les

sensibles et les paroles

appartiennent
la

à des

genres divers,
les

choses sensibles venant de

nature, tandis que
les

paroles

viennent de

la raison,

il

semble que dans
les

sacrements ne sont
».

point requises des paroles avec
troisième objection
loi
fait

choses sensibles
les


;

La
la

observer que «

sacrements de
loi

nouvelle succèdent aux sacrements de l'ancienne

car
dit
les

ceux-ci étant enlevés, les autres ont été institués,
saint Augustin, contre Fauste,
liv.

comme

le

XIX

(ch. xiii). Or,

dans

sacrements de l'ancienne
paroles.

loi

il

n'était pas requis

une forme de
sacrements

Donc

ce n'est pas requis
».

non plus dans

les

de

la loi

nouvelle

L'argument sed contra
Paul, mis en relief par

est
le

composé d'un beau texte de saint mot de saint Augustin que nous
/j.

avions déjà trouvé à

l'article
(v.

«
:

L'Apôtre

dit,

dans son épîlre
l'Église et II

aux Éphésiens, ch. v
s'est livré
le

20, 26)
elle,

Le Christ a aimé
la sanctifier, la

Lui-même pour

afin de

purifiant

par

bain de l'eau dans la parole de vie. Et saint Augustin dit, sur

saint

Jean

{tr.
».

LXXX)

:

La parole

se joint à l'élément; et on a le

sacrement

Au

corps de

l'article, saint

Thomas

rappelle que

»

les sacrela

ments, ainsi qu'il a été dit
fication des

(art.

2,3), sont pris pour

sancti-

hommes,

à titre de signes. Ils
et,

peuvent donc êtie

considérés sous un triple jour;
soit,
il

en quelque manière que ce

leur convient que des paroles soient jointes aux choses

sensibles.


lui

Ils

peuvent, en

eflet,

d'abord, être considérés
le

du
:

côté de la cause qui

sanctifie et

qui est

Verbe incarné
fait
le

le

sacrement

devient en quelque sorte conforme, du
la

qu'on

y joint la parole à de l'Incarnation, à

chose sensible,

comme, dans
le

mystère
»,

la

chair sensible a été uni

Verbe

la

Parole « de Dieu.

On peut

aussi considérer les sacrements

du côté de l'homme (jui est sanctifié, lequel est composé d'âme le remède sacramentel lui est proportionné, selon et de corps chose visibles il touche le corps, et que par la paque |)ar role il est objet de loi pour l'àme. Aussi bien saint Augustin
:

(il

dit,

sur celte parole marquée en saint Jean, ch. xv

(v. 3

;

QUESTION LX.
Ir.

CE QU EST LE SACREMENT.
la parole, etc.

29

LXXX), Vous

êtes déjà

purs en raison de

fJoà

vient à l'eau une si

grande vertu,
la

qu'elle touche le corps et quelle
le

purifie

rame, sinon que
mais parce

parole

fait,

non point parce

qu'elle

est dite,
le

qu'elle est crue.
la

— On
les

peut enfin considérer

sacrement du côté de

signification

elle-même sacramenla

telle.

Or, saint Augustin dit, au

livre II de

Doctrine chréle

tienne (ch. m),

que

les

paroles,

parmi

hommes, ont obtenu
Les paroles, en

principal dans l'ordre de la signification.

effet,

peuvent

être

formées de diverses manières afin de signifier
et,

les

divers concepts de l'esprit;

à cause de cela, par les paroles

nous pouvons distinctement exprimer ce que notre esprit conçoiL II fallut donc, pour la perfection de la signification
sacramentelle, que la signification des choses sensibles fût dé-

terminée

»

et précisée

((

par certaines paroles. C'est ainsi que

l'eau peut signifier et l'ablution
le

en raison de son humidité,

et

rafraîchissement en raison de sa fraîcheur. Mais quand on
:

dit

Je

te

baptise

»

ou

je te lave
le

«

il

est

rendu manifeste que
la purifi-

nous usons de
ne

l'eau,
».

dans

baptême, pour signifier

cation spirituelle
l'a

Il

serait difficile de

mieux
la

justifier

que

fait saint

Thomas dans

ce corps d'article,

l'adjonction

de certaines paroles aux réalités sensibles dans

constitution

ou l'usage des sacrements. L'ad primum explique qu'il ne
lettre le

faut point prendre
citait

trop à là
«

mot de

saint

Augustin que

l'objection.

Les

choses sensibles des sacrements sont appelées paroles en raison

d'une certaine similitude, pour autant qu'elles participent une
certaine vertu de siguifier qui se trouve principalement dans
les

paroles elles-mêmes, ainsi qu'il a été dit (au corps de

l'ar-

ticle).

Et de

vient que ce n'est point
sensibles, dans

une adjonction superles

flue,

quand aux choses
:

sacrements,

sonj

ajoutées des paroles

les

unes, en

effet,

sont déterminées par

les autres, ainsi qu'il a été dit ».

L'ad sec undurn âoil ùlvc soigneusement noté.

Il

tranche

la

question que nous avons rapportée à propos de
dent, au sujet de la composition

l'article

précé-

du sacrement. Saint Thomas
les

accorde qu'en

cfTct,

a

les

paroles et

autres choses sensibles

appartiennent

à

des genres divers

si

l'on considère la

nature

3o
des choses;

SOMME THEOLOGIQUÈ.
mais
elles

conviennent

clans la raison

de signe.

Celte raison se trouve plus parfaitement dans les paroles

que
il

dans

les

choses. Et voilà pourquoi des paroles et des choses
est

se fait

en quelque manière quelque chose qui

un dans

les

sacrements,

comme

de

la

matière et de

la

forme, pour autant
des choses, ainsi
i"'").

que par

les

paroles se parfait

la. signification

qu'il a été dit (au corps

de

l'article et à

Vad

D'ailleurs

»,

ajoute saint
((

Thomas,

et

nous en avions

fait la

remarque

déjà,

sous

les

choses sont compris aussi les actes sensibles,
et

comme
car,

sont l'ablution, l'onction,

autres choses de ce genre;

dans tout cela
les

se trouve la
le

même

raison de signifier que dans
le

choses

».

— On

voit,

pour saint Thomas,

sacrement

forme un tout véritable dans l'ordre réel et physique, ayant sa matière et sa forme, bien que d'une autre manière que les
êtres

physiques composés de matière

et

de forme au sens subs-

tantiel

ou

même

accidentel.

Vad

lertiiim fait suite à

Vad

5"'"

de
le

l'article

précédent

et le

complète. Saint

Thomas

reproduit

mot de

saint Augustin,
la loi

qu'il applique à différencier les
et

sacrements de
il

nouvelle

ceux de

la loi

ancienne,

comme
dit saint

l'avait déjà

appliqué à

différencier les sacrements de la loi de nature et ceux de la loi
écrile.
(liv.

«

Ainsi que
xvi),

le

Augustin, Contre Fauste

XIX, ch.

autres doivent être les sacrements d'une

chose présente
les

et autres les

sacrements d'une chose future. Or,
loi étaient

sacrements de l'ancienne
venir.

l'annonce par avance
ils

du Christ qui devait
point
le

A

cause de cela,

ne signifiaient
les

Christ d'une manière aussi expresse que
nouvelle, lesquels dérivent du Christ

sacrements
et

de

la loi

Lui-même

portent en eux d'une certaine manière sa ressemblance, ainsi
qu'il a été dit (au corps de l'article)
».
«

Saint

Thomas
loi,

fait

remarquer que
culte de Dieu

c

cependant

»,

même

dans l'ancienne
qui étaient

on

usait de certaines paroles, dans les choses qui avaient trait au
:

soit

parmi

les prêtres,

les

ministres

de ces sacrements, d'après celle parole du livre des Nombres,
ch. VI (v,
a.'i,

2/i)
:

:

Voici
le

comment vous

bénirez les enfants d'Israël
;

;

vous leur direz

que

Seigneur

te bénisse, etc.

soit

parmi ceux

qui faisaient usage de ces sacrements, d'après celte autre parole

QUESTION' LX.

CE Qu'eST LE SACREMENT.
:

3l

du Deutéronome,
le

ch. xxvi (v. 3)
etc.

Jeconjesse, aujourd'hui, devant

Seigneur Dieu,

Les sacrements, pour être parfaits dans la raison de signes,
requièrent, en plus de certaines réalités sensibles déterminées,

un complément de détermination qui

leur vient de paroles

qu'on ajoute à ces choses sensibles, pour ne former d'ailleurs
avec elles qu'un seul tout qui sera précisément
le

le

sacrement ou
être.^

signe parfait.

— Mais, ces paroles, quelles devront-elles
ce soient des paroles déterminées;
et

Faut-il aussi

que

dans

quel sens devons-nous entendre cette détermination. Tel est
l'objet des

deux derniers

articles de cette question.

— Venons

tout de suite à ce qui est l'objet

du premier.

Article YII.
S'il

^

est requis des paroles déterminées

dans
il

les

sacrements?

Trois objections veulent prouver qu' «

n'est point requis
».

des paroles déterminées dans les sacrements
rappelle que «

— La première
,

comme
I,

le dit

krisloie {Perihernienius ch.

i

,

n. 3

;

de

S.

Th.,

liv.

leç.

2), les

mots ne sont point

les

mêmes

chez

tous. Or, le salut,
est le

que
les

l'on

cherche parle moyen da sacrement,
il

même

pour
« les

tous.

Donc

n'est point requis des paroles
».

déterminées dans
observer que

sacrements

— La seconde objection fait
Or,
arrive

paroles sont requises dans les sacrements,

en tant que

c'est

surtout à elles qu'il appartient de signifier,

comme

il

a été dit plus

haut

(art. G).

il

que par des
il

paroles diverses on signifie la

même
la

chose.

Donc

n'est point
».

requis des paroles déterminées dans les sacrements

La

troisième objection déclare que «
quelle chose varie son espèce.' Or,
les

corruption de n'importe
en est qui profèrent en
il

il

corrompant

les paroles; et

cependant

n'est pas

empêché

de croire, malgré cela, à
illettrés et les

l'etVet

des sacienients; sans quoi les
les

bègues qui confèrent
l'elVet.

sacrements en détrui(juc

raient fré(iuemmenl

Donc

il

semble

ne sont point
».

requises, dans les sacrements, des paroles déterminées

32

SOMME TlIKOLOniQUE.

L'argument sed contra oppose que
paroles déterminées,

« le

Seigneur proféra des
de l'Eucharistie,
2G)
:

dans

la

consécration
(v.

quand
corps.

II

dit,

en saint Matthieu, ch. xxvi
aussi
II

Ceci est

mon

De

même

ordonna
paroles,
:

à ses disciples

de baptiser sous

une forme déterminée de
chapitre dernier
baptisant au
(v.

quand II

dit,

en saint Matthieu,

19)

Aile: et enseigne: toutes les nations, les
et

nom du Père

du

Fils et

du Saint-Esprit
de

».

Au
qui

corps de

l'article, saint

Thomas
il

précise, dès le début, ce
l'article 4

était

manifestement supposé depuis

la

ques2"'"),

tion actuelle; savoir,

que
les

«

comme

a été dit (art. 6,
le rôle

ad

dans

les

sacrements
le

paroles jouent

de forme,

et les

choses sensibles

rôle de matière. Or, dans tout ce qui

est

composé de matière et de forme, le principe de la déterminanation se tire du côté de la forme, qui est d'une certaine manière
la fin et le la

terme de

la

matière
11

»

;

c'est,

en

effet, à la

forme que
de
la

matière est ordonnée. «
il

suit de là

que pour

l'être

chose

est requis

une forme déterminée, bien plus
si

qu'il n'est

requis une matière déterminée; car

l'on cherche

une matière
la

déterminée,

c'est

pour qu'elle

soit
les

proportionnée à

forme

déterminée. Puis donc que dans

sacrements sont requises
le

des choses sensibles déterminées qui jouent

rôle de la matière

dans

les

sacrements, à bien plus forte raison sera requise, en
».

eux, une forme déterminée des paroles

primum répond que u comme le dit saint Augustin, (tr. LXXX), le mot agit dans les sacrements, non point parce quil est dit, ou selon le son extérieur de la voix,
L\id
sur saint Jecm

mais selon
est
les

qu'il est cru,
la foi.

c'est-à-dire selon le sens des
le

mots qui
;

tenu par

Or, ce sens est
les

même

chez tous

bien que

mots ne soient pas
de

mêmes quant au
de

son

»

ou

à la

maté-

rialité

la parole. « Il suit

que quelle que soit la langue

dans

les

mots de laquelle

est

proféré

un

tel

sens, le

sacrement

est réalisé ».

Vad secundum
versité des

est tics

important pour

la

question de

la

di-

mots dans une
« si,

même

langue. Saint
il

Thomas

fait re-

marquer que
chose
il

dans chaque langue,

arrive qu'une

même

soit signifiée

par des mots divers, toujours cependant
les

est

un de

ces

mots dont

hommes

de cette lanjjue usent

QUESTION LX.

CE Qu'eST LE SACREMENT.
signifier

33
cette

principalement
chose
».

et

plus

communément pour
dire

On

peut

même

que

c'est là le secret
la

ou

la clé

par

excellence, qui

permet d'apprécier

maîtrise ouïe mérite et la
:

perfection de ceux qui s'expriment en telle ou telle langue

si,

parmi les divers synonymes plus ou moins aptes à exprimer une chose, ils savent choisir toujours le terme qui est le plus usuel ou dont on se sert le plus communément et le plus universellement, dans celle langue,
«

pour désigner
est ainsi,
le

celte

chose.

C'est ce

mot, ajoute saint Thomas, qui doit être pris dans

la signification

du sacrement.
»
«

Il

en

du

reste,

pour

la

chose sensible
le

elle-même, qui joue

rôle de matière dans
la

sacrement
la

:

on prend toujours, pour
est
le

signification

du

sacrement,
l'acte

chose dont l'usage
l'effet

plus

commun pour
que
l'eau est

qui signifie
les

du sacrement.
le

C'est ainsi

ce

dont

hommes

usent

plus
»,

communément pour
le

l'ablu-

tion corporelle, qui signifie
« l'ablution spirituelle
;

dans

sacrement de baptême,
l'eau est prise

et voilà
».

pourquoi

matière dans

le

baptême

comme

Cajétan veut que nous enten-

dions cette doctrine de saint Thomas, relative aux synonymes

dans une

même
:

langue, non pas de la validité du sacrement,
la licéité. Et,
;

mais simplement de

par exemple,
Je
te baptise,

si,

en français,

on

disait

Je

te

lave
le

au lieu de

:

on commettrait
n'y aurait pas

une

faute,

mais

sacrement

serait valide, et

il

à le réitérer; à condition, bien entendu, qu'en prononçant ce

mot on aurait Tintenlion de faire ce que fait l'Église, quand elle donne le sacrement de baptême. Il est vrai que la comparaison établie par saint Thomas entre la matière et la forme

semblerait aller plus loin

et
la
si

comprendre
tel

même

la

validité.
le

Mais on peut répondre que
Christ Lui-même; tandis que

malière a été déterminée par

mot
la

a

prévalu, dans l'usage,

pour
en

telle

langue

en

dehors de

langue que parlait

le

Christ,


t

cela |)rovient de l'usage

a fait;

ou de l'emploi que l'Eglise on peut ajouter aussi que, parfois, si tel mot a préle

valu, ce n'est pas qu'il soit

plus usuel pour désigner racle

corporel enqueslion,dans celte langue, mais c'est parce qu'ilélail
plus près, dans sa forme extérieure, du
usité d'abord,

mot d'une autre langue
pour
signifier cet acte
3

dans

celle antre langue,

Wll.

Les Sacrements.

34
corporel
:

SOMME THEOLOGIQUE.
ainsi en
est-il

du

mol

baptiser,

qui n'est jamais

usité, en français,

pour
en

signifier l'acte corporel de l'ablution,

mais qui

était usité

latin, et

qu'on a traduit littéralement en

français. Aussi bien n'est-il

employé, dans notre langue, que

pour pour

l'acte

même

religieux

du sacrement de baptême. Et
autre,
le

c'est

bien pour cela qu'il pourrait y avoir quelque danger,
la validité

du sacrement, d'en employer un
:

même comme

par exemple,

le mot Je te ment usuel dans la langue

lave,

bien qu'il soit

seul vrai-

française; parce

que

l'on courrait

risque de prendre ce dernier

fane et sans lui donner
l'usage de l'Église.
tenir,

mot dans un sens purement produ mot baptiser, consacré par Cela donc à quoi il faut pratiquement se
le

sens

dans l'administration des sacrements,
le

c'est

de garder,

dans chaque langue,

mot qui

a prévalu et dont l'Église ca-

tholique se sert dans cette langue.

Vad

tertium apporte plusieurs distinctions

pour répondre
se

à

la difficulté tirée

de

la

corruption des mots d'une langue sur
Il

les

lèvres de ceux qui parlent cette langue. «

peut que celui

qui profère d'une manière corrompue
telles fasse cela

les

paroles sacramenil

intentionnellement. Dans ce cas,

ne semble
;

pas qu'il ait l'intention de faire ce que
suite,
il

fait l'Église

et,

par

ne semble pas qu'il y ait sacrement. Mais s'il fait cela par erreur ou parce que sa langue est en défaut », il faudra,
ici

encore, distinguer
le

:

«

si la

corruption

»

des mots « est telle
il

que

sens de la formule soit totalement enlevé,
ait

ne semble
la

pas qu'il y

sacrement. Gela arrive surtout quand
le

corrupsi

tion porte sur
lieu de dire
»,

commencement
latin, «
:

des mots; par exemple,

au
nosi-

en
:

in noniine Patris,

on

disait

:

in

mine Matris
gnifier

»

la

première
a, la

lettre

changée

fait

qu'au lieu de

/e Pè/'e,

on

comme

signification, la mère; ce qui n'a

pas de sens dans

formule du baptême,

«

Que

si,

par ces

sortes de corruption des mots, le sens de la

formule

n'est pas

entièrement enlevé, dans ce cas
d'être léalisé. Ceci arrive
la fin

le

sacrement ne
la

laisse pas

que

surtoulquand
si

corruption porte sur

des mots; par exemple,

l'on disait »,
«

en

latin,
effet,

«

patrias

et Jilias »,

au

lieu patris ci

/ilii.

Bien que, en

ces sortes

de mots ainsi corrompus ne signifient rien, à

les

prendre en

QtJEStlON LX.

CE QU*EST LE SACREMENt.

35
significa-

eux-mêmes,
effet,

ils

sont pris cependant

comme
»

ayant
:

la

tion voulue par l'accommodation de l'usage

il

est certain,

en

pris

que ces mots, même ainsi estropiés et dénaturés, sont pour désigner, dans la formule où on les emploie, les deux Personnes divines du Père et du Fils. « Et c'est pourquoi,
bien que
le

son extérieur soit changé,
saint

le

sens reste le

même ».


la

En terminant,
qui justifie
portée. «
les

Thomas

fait

une remarque de grammaire
et

observations précédentes,

en restreint aussi

Ce qui

a été dit de la différence de la corruption au

commencement ou à la fin des mots tire sa raison de ce que chez nous (saint Thomas parlait pour les Latins), la variation du mot dans son commencement change la signification, tandis
que
la

variation à

la fin,

dans

la

plupart des cas, ne change pas
Grecs, aussi, la signification

la signification.

change selon
sons
».

le

Du reste, chez les commencement

des mots dans les déclinaila

Quelle que soit d'ailleurs l'exactitude de
d'être faite sur la corruption
la

remar-

que qui vient
«
il

du début du mot,
la

faut

cependant considérer

nature de
et

corruption du
», c'est-à-

mot en lui-même; parce que d'un côté dire dans le commencement ou dans la
l'altération

de l'autre

fin, « la

corruption ou

pourra être

si

petite qu'elle n'enlève pas le sens des
»,

mots;

et si

grande, qu'elle l'enlève. Toutefois, l'un
«

savoir

qu'elle enlève le sens,

se

produit plus facilement du côté du
»,

commencement;
«

et l'autre

savoir qu'elle ne l'enlève pas,

du

côté de la fin ».

Les paroles, qui jouent

le rôle

de forme dans

les

sacrements,

doivent être déterminées

et faire

un sens

très précis,

non équi-

voque ou douteux. Mais
à la

cette

détermination doit-elle s'entenfait

dre en ce sens qu'il soit tout à

impossible de rien ajouter
de
l'article

formule une
le

fois précisée. C'est l'objet
la

suivant,

qui sera

dernier de

question présente.

36

3ÔMME THliOLOGIQUÈ.

Article VIII.
S'il

est

permis d'ajouter quelque chose aux paroles dans lesquelles consiste la forme des sacrements?

Trois objections veulent prouver qu' «

il

n'est

permis de rien
ne

ajouter aux paroles dans lesquelles consiste la forme des sacre-

ments

».

La première déclare que

«

ces sortes de paroles
les

sont pas d'une moindre nécessité que
Ecriture. Or,

paroles de
il

la

Sainte

aux paroles de

la

Sainte Ecriture
Il

n'est

permis
dans
parole

de rien ajouter ou de rien retrancher.
le

est dit,

en

effet,

Deutéronoine, ch. iv
;

(v.

2)

;

Vous n'ajouterez pas à
;

la

que je vous dis

et

vous n'en retrancherez pas
il

et,

dans l'Apocaquiconque

lypse, chapitre dernier (v, 18, 19),

est dit
:

:

J'atteste

entend
le

les

paroles de

la

prophétie de ce livre

Si quelqu'un y ajoute,

Seigneur ajoutera à celui-là

les plaies écrites

dans ce

livre; et si
vie.

quelqu'un en retrcmche, Dieu retranchera sa part du livre de

Donc

il

semble que dans

les

formes des sacrements dans

il

n'est

permis non plus de rien ajouter ou de rien retrancher
seconde objection rappelle que
ments, jouant
art. 7). Or,
le

».

— La
sacre2"'"
;

« les paroles,

les

rôle de forme, ainsi qu'il a été dit (art. 6, ad
les

dans

formes, toute addition

et toute

soustraction

varie l'espèce,
dit

comme
n.
8).

aussi dans les nombres, ainsi qu'il est
leç. 3;

au

livre VIII

des Métaphysiques (de S. Th.,

Did.,

liv. Vil,

ch.

III,

Donc

il

semble que

si

quelque chose
sacrement
n'est

est ajouté

ou enlevé

à la

forme du sacrement,

le

plus
«

le même ». La troisième objection fait observer que comme pour la forme du sacrement est requis un nombre

déterminé de mots, pareillement aussi
terminé dans
l'addition
les
la

mots

et la

ou

soustraction
la

un ordre décontinuité du discours. Si donc n'enlève point la vérité du sacreest requis

ment,
mots,

il

semble que par

même

raison

la

transposition des
»
;

ni,

non

plus, l'interruption

du discours ne l'enlèveront
«

ce qui paraît inadmissible.

L'argument sed contra en appelle à ce que

dans

les

formes

QUESTION LX.

CE Qu'eST LE SACREMENT.

87

des sacrements, certaines choses sont introduites par quelques-

uns, qui ne

le

sont point par d'autres. C'est ainsi que

les

La-

tins baptisent en cette
Fils et

forme
les

:

Je

te

baptise

cm nom du Père

et

du
:

du Saint-Esprit. Et
serviteur
les
les

Grecs baptisent sous cette autre
tel, soit

Que

le

du

Christ,
et les

un

baptisé au

nom du

Père, etc.

Et toutefois

uns

autres confèrent
il

un
est

vrai sacrement.

Donc, dans

formes des sacrements,

permis d'ajouter

ou de retrancher quelque chose.

Au
dans

corps de

l'article, saint

Thomas nous

avertit

que

«

pour

ce qui regarde toutes ces mutations qui peuvent se produire
les

formes des sacrements, deux choses paraissent devoir

être considérées.

La première

se tient

du

côté de celui qui
le

profère les paroles. Son intention est requise pour

sacres'il

ment, ainsi qu'il sera

dit plus loin.

Il

suit de là

que

en-

tend, par ces sortes d'additions ou de diminutions, introduire

un autre

rite

qui ne soit point reçu par l'Église,

il

ne semble pas

qu'il y ait sacrement; parce qu'il ne

semble pas que celui qui
fait l'Église.

agit ainsi ait l'intention de faire ce

que

— L'autre
des pa(art. 7,

chose à considérer
roles. C'est

se tient

du côté de

la signification

qu'en

effet, les

paroles opèrent, dans

les

sacrements,

quant au sens qu'elles
ad
/""').

font, ainsi qu'il a été dit plus

haut

duit, le
est
il

donc considérer si, par la mutation qui se prosens voulu des paroles est enlevé car, dans ce cas, il
Il

faut

;

manifeste que la vérité du sacrement disparaît. D'autre part,

est
la

manifeste que

si

Ton enlève quelque chose de
forme sacramentelle,
par suite,
il

ce qui est

de

substance de

la
et,

le

sens voulu des

paroles est enlevé;

n'y a point de sacrement.
«

Aussi bien

Didymc

»

d'Alexandrie (Sog-SgQ),
:

dans son

livre

De
et

l'Esprit-Saint (liv. II), a ces paroles

Si quelqu un s'efforce de
Fils,

baptiser en omettant Cun des

noms précités,' savoir du J^ère, du

du

Saint-Esprit,

il

baptisera sans ««cu^e/^e/.

Que

si

l'on enlève

queUiuc
telle

cliose qui n'est point de la substance de la forme,
le

une
et,

diminution n'enlève point
n'enlève point
la

sens voulu des paroles,

j)ar suite, elle

la réalisation

du sacrement.

C'est

ainsi roles
le

que dans
;

forme de l'Eucharistie, constituée parées pa-

Car

ceci est

mon

corps,
;

le

mot

car enlevé n'enlève point
il

sens voulu dos paroles

et,

pour autant,

n'empêche point

la

38
réalisation

SOMME THÉOLOr.IQUK.

du sacrement, bien
le

qu'il puisse arriver
la

que celui qui
».

omet
mule.

ce

mot

pèche en raison de
cas
oii

négligence ou du mépris

Voilà pour
Il

l'on retranche

quelque chose à
l'addition

la for-

faudra dire de

même

pour

de nouvelles

parties. C'est

qu'en effet, « au sujet de l'addition, aussi, il arqu'on ajoute quelque chose qui corrompt le sens voulu par exemple, si quelqu'un dit Je te baptise au nom du Père, qui
rive
;
:

est

plas'gnmd,

et

au nom du

Fils,

qui est moindre,
telle

comme

le

faisaient les Ariens. Et c'est
la vérité

pourquoi une
si

addition enlève

du sacrement. Que

l'addition est telle qu'elle n'en-

lève point le sens voulu, la vérité
vée. Et
il

du sacrement
Par

n'est pas enle-

n'importe que cette addition soit

faite

au commensi

cement,

au
:

milieu
Je
te

ou

à

la

fin.

exemple,

quelet

qu'un

dit

baptise
et

au

nom du Père
le
si

tout-puissant

de son Fils unique

du

Saint-Esprit

Paraclet,
dit
et
:

on aura
Je
te

un
tise

vrai

baptême. De même,
et

quelqu'un

bap-

au nom du Père
Je

du

Fils et

du Saint-Esprit,

que

la bien-

heureuse Vierge
fois, s'il disait
:

te soit
te

en aide, ce sera

un

vrai baptême. TouteFils et

baptise

au nom du Père, du
il

du Saint-

Esprit et de

la

bienheureuse Vierge Marie,
est dit,

se pourrait qu'il n'y
la

eût pas de baptême, parce qu'il

dans

première Ép<7/'e

aux Corinthiens, ch.
vous? Ou
est-ce

i

(v.

i3)

:

Est-ce que Paul a été crucifié
été baptisés?

pour
Mais
bienle

au nom de Paul que vous avez
si

cela n'est vrai

que

l'on entendait baptiser

au

nom de

la

heureuse Vierge

comme

au

nom

de

la Trinité

par laquelle

baptême
vraie foi;

est
et,

consacré; un

tel

sens, en effet, serait contraire à la
la vérité

par suite, enlèverait

du sacrement.
le

Il

n'en
:

serait plus de

même

,

si

l'on entendait, par ces mots ajoutés

et
la

au nom de

la

bienheureuse Vierge,
fait

non pas que
le

nom

de

bienheureuse Vierge

quelque chose dans

baptême, mais

que son intercession sera propice au baptême pour conserver dans ce cas, la réalisation du sacrement la grâce du baptême
:

ne serait point empêchée
L'ad
et

».

primum
«

est

important pour

la

question de l'inspiration

de l'interprélation de l'Écriture Sainte. Saint

Thomas

dé-

clare qu'

aux paroles de

lu

Sainte Ecriture
»

il

n'est point per-

mis d'ajouter quelque chose quant au sens

;

c'est-à-dire qu'il

QUESTION LX.
n'est point

CE Qu'eST LE SACREMENT.
le texte et

Sq

permis de modifier

d'y ajouter

ou d'en

retrancher quelque mot que
((

ce soit qui en altérerait le sens.

Mais, quant à l'exposition » ou à l'explication « de la Sainte Écriture », ou pour en faire saisir le vrai sens, « bien des paroles ont été ajoutées par les Docteurs.
soit

Non
la

pas toutefois qu'il
Sainte Écriture de

permis d'ajouter aussi des paroles à
les

façon à

donner comme

faisant partie de l'Écriture

elle-même

:

car ce serait

une

fausseté.
disait

— Et,
que

pareillement, ajoute saint Tho-

mas,

si

quelqu'un

ce qui n'appartient pas à la
il

forme
a dit,

du sacrement
.

lui appartient »,

se rendrait aussi

coupable de

fausseté. — On aura remarqué

ce

que

saint

Thomas nous

ad prinuim, au sujet des additions qui ont pu ou qui peuvent encore être faites au texte de l'Écriture Sainte. Il ne s'agit jamais que d'explications distinctes du texte lui-même;

dans

cet

nullement d'addition proprement dite, s'incorporant au texte, sauf peut-être le cas très spécial où un auteur inspiré lui-même aurait, sous l'inspiration de Dieu, ajouté un complément, qu'il
est facile,

du

reste,

de discerner

et

de

justifier,

comme

— et

c'est peut-être le

seul exemple

le récit
s'il

ajouté à la fin

du Dealéronome. Que
fait

mort de Moïse s'agissait de gloses ou
de
la

d'explications, en

insérées dans
ce

le texte,

par des auteurs

humains, venus après,

ne pourrait jamais être que de rares

exceptions qui pourraient se justifier par l'antiquité des livres

en question, qui devraient pouvoir se distinguer du texte inspiré lui-même et qu'il appartiendrait, en effet, à la critique de
discerner, sous
le

contrôle de l'autorité de l'Église. Mais on voit

combien il y a loin, de cette réserve si sage, à la théorie qui avait un instant failli prévaloir parmi certains critiques même
catholiques, d'après laquelle
les

livres

attribués jusqu'ici à
,

Moïse

et

compris sous
de

le

nom

collectif de Penlaleaqae

n'au-

raient point Moïse pour auteur, mais auraient été

composés

dans

la suite,

tirés

sources

(lui

seraient,

dans leur plus

grande
cret

partie,
'.^7

postérieures à l'époque de Moïse.
i()()(>,

Dans son dépar saint Tho-

du

juin

la

Commission biblique
la

a fait justice de

ce dernier sentiment,

que

règle donnée,

ici,

mas

dans V(ul prinuun, aavdi'd Ad suffire à écarter pour tout cri-

tique catholique.

4o

SOMME

TllKOr,OGIQUE.
les

\'ad secnndam rappelle que «

paroles appartiennent à la
signillent. Il

forme du sacrement en raison du sens qu'elles
suit de là

que quelle que

soit l'addition

ou

la

soustraction des

mots qui n'ajoute ou n'enlève rien au sens voulu, l'espèce du sacrement n'est point enlevée ».
L'«d terlnun répond d'abord à
la

question de l'interruption
l'interruption des paroles

dans

la

prolation des paroles.

«

Si

est telle

que l'intention de
de
telle sorte
le

celui qui les profère en soit interl'objet et le
«

ceptée

»,

qu'on perde de vue

but que
le
Il

doit se proposer

ministre du sacrement,

dans ce cas

sens

du sacrement
serait pas de

est enlevé, et,
si

par suite, sa vérité aussi.
si

n'en

même,

l'interruption était

petite
Il

que

l'inten-

tion et le sens n'aient pas à en soufl'rir.
tant, ajoute saint
effet, elle


il

faut en dire auSi,

Thomas, de
le

la

transposition des mots.

en

enlève

sens de la formule,

n'y a pas de sacre-

ment;
ce

comme
il

on

le voit si

on met une négation avant ou après
transposition est
telle

dont

s'agit.
le

Mais

si

la

qu'elle ne

change point
n'est

sens de la

formule,

la

vérité

point enlevée, selon qu'Aristote dit
le

du sacrement que les noms et les
(Periherm., ch. x,

verbes changés de place gardent
n. i3; de S. Th.,

même

sens

»

liv. Il, leç. 4).

Que

des paroles soient requises par

mode de forme,
depuis
le

et

des

paroles déterminées, du moins pour les sacrements de la loi

nouvelle, la chose est certaine, et de

foi,

concile de

Florence

et le concile

de Trente. Le premier avait défini que
litre

des paroles étaient requises à
définissant

de forme. Et
la loi

le

second, en

que tous

les

sacrements de

nouvelle ont été
à ce

institués par Jésus-Christ, et

que

l'Église
c.

ne peut toucher
2),

qui est de leur substance

(sess.

XXI,

a défini indirecte-

ment que les paroles avaient été déterminées par Jésus-Christ Lui-même. — Les protestants, généralement, n'ont pas adftiis
que des paroles déterminées fussent requises pour
ments, sauf peut-être pour
n'acceptent
et
le

les sacre-

baptême. Encoïc
scolaslique

est-il qu'ils

point

la

terminologie

de

matière

de forme appliquée aux sacrements.

Nous verrons, au

iur et à

mesure que nous examinerons chacun des sacre-

QUESTION LX.

CE QU EST LE SACREMENT.
titre

[\ l

ments, quelles paroles sont requises, à
leur validité.

de forme, pour

Nous avons montré, d'autre

part,

qu'une matière

était requise

et qu'elle devait être constituée

par des réalités sensibles que

Dieu Lui-même aura déterminées. Il s'ensuit donc que le sacrement, dans sa nature physique et réelle, du moins s'il s'agit des sacrements plus parfaits, tels que nous les avons sous la
loi

de grâce, est constitué essentiellement par un double élément, matière et forme, que Dieu Lui-même a déterminées et
il

choisies. D'où

apparaît que c'est surtout dans les sacrements

de

la loi

nouvelle, que nous trouvons avec toute sa perfection

cette raison

de signe que nous avons dit qu'elle constitue
et

la

nature logique du sacrement. Pourtant,
nière

bien que d'une
les

ma-

moins

parfaite,

nous

la

trouvons aussi dans

sacre-

ments de l'ancienne
Alors, en
la
effet, la

loi, et

même, quoique d'une manière plus
la loi

imparfaite encore, dans les sacrements de

de nature.

raison de signe pouvait être constituée par

ou parole purement matérielle, qui exprimait la foi des anciens pères, d'une manière vague d'abord, et plus précise ensuite, au Rédempteur futur. Quant aux sacrements parfaits que sont les sacrements de la loi nouvelle, si nous voulions, au terme de celle première
seule réalité sensible, objet, acte,

question, en donner une notion descriptive qui comprendrait,

du
nir

reste,

par avance,
les

la

noie distinclive et les

eft'ets

qui seront
les défi-

marqués dans
:

questions suivantes, nous pourrions
cV ordre sensible,
le

CerUdnes choses ou certains actes

accompropre

pagnés de certaines paroles gai en précisent
est

sens, dont

le

de signifier

et

de produire dans l'âme des grâces déterminées,
vie

ordonnées à refaire sa
de sa Passion
telle

en Jésus-Christ

,

comme
de

étant
la

le

fruit

et

devant nous conduire à

la Jin

vie

immor-

dans

le ciel.

Mais ceci nous
trailé,

amène
doit

à

aborder
la

la

seconde (juestion de notre
le

celle qui

examiner

raison ou

pourquoi des
sous ce

sacrements. C'est ce que saint
litre
:

Thomas nous annonce

De

la tiécessité

des sacrements,

QUESTION LXI
DE LA NÉCESSITÉ DES SACREMENTS

Cette question

comprend quatre

articles

:

Si les
S'ils

2"

3" S'ils

sacrements sont nécessaires au salut des hommes ? furent nécessaires dans l'état avant le péché ? ont été nécessaires dans l'étal après le péché avant
?

le

Christ

S'ils

sont nécessaires après

la

venue du Christ

?

A
un

considérer d'une manière superficielle
le

le

sommaire de
article

cette question, on pourrait croire que

premier

forme

tout,

dont

les trois

autres seraient les parties ou

le détail.

Certains commentateurs de saint Thomas ont voulu l'entendre
ainsi. Pourtant, et à y
cle,
il

bien prendre garde, dès

le

premier

arti-

s'agit
;

de l'homme après sa chute, nullement de l'homme
et le

en général

second article n'est qu'un corollaire du preles

mier. Nous dirons donc que

deux premiers

articles se de-

mandent
a

si c'est

précisément en raison de sa chute, que l'homme
les

besoin des sacrements. Les deux autres examineront

con-

ditions de ce besoin, selon qu'il s'agira des temps qui ont préIl suffit d'indiquer ou de ceux qui l'ont suivi. le plan de cette question, pour en voir déjà l'harmonieuse grandeur et l'immense portée. C'est un coup d'œil magnifique

cédé

le

Christ,

sur toute
la

du genre humain en fonction du mystère de Rédemption qui en divise les deux versants. — Venons tout
la suite
à l'article

de suite

premier.

Article Premier.
Si les

sacrements étaient nécessaires pour
des

le

salut

hommes?
«

Trois objections veulent prouver que

les

sacrements ne
».

sont point nécessaires pour

le

salut des

hommes

— La

pre-

QUESTION

LXr.

DE L\ NECESSITE DES SACREMENTS.
n

|0

mière argaë de ce que
à Tiniolhée, ch. iv

l'Apôtre dit, dans la première épitre
:

(v. 8)

V exercice

corporel est

utile

à peu de

chose. Or, l'usage des sacrements appartient à l'exercice corporel,

puisque

les

sacrements ont leur réalisation dans

la signi-

fication de choses sensibles et de paroles, ainsi qu'il a été dit
(q. 60, art. 6).

Donc

les

sacrements ne sont point nécessaires
».

pour

le

salut des

hommes
aux

La seconde objection

est

un

autre texte

emprunté
la

à saint Paul,

c

il

est dit à
:

l'Apôtre,

dans la seconde épître
te suffit.

Corinthiens, ch. xii (v. 9)
si

Ma

grâce

Or,

grâce ne suffirait pas,
le

les

sacrements étaient

nécessaires pour

salut.

Donc

les
».

sacrements ne sont point

nécessaires au salut des
fait

hommes

La troisième objection ne
Passion du

observer que
être
la

«

si

l'on a la cause qui suffit, rien plus
l'effet.

semble

nécessaire pour avoir

Or,

la

Christ est
tre dit,

cause qui

suffit

par rapport à notre salut. L'Apô(v.

en

effet,

aux Romains, ch. v
é((s

10)

:

Si,

quand nous
par
la

étions ennemis, nous avons

réconciliés avec Dieu

mort

de son
sa
vie.

Fils,

combien plus, réconciliés, nous serons sauvés dans
il

Donc

n'est point requis des

sacrements pour

le

salut

des

hommes

».

Ces objections ne pourraient qu'être fort

goûtées des prolestants.

L'argument sed contra apporte un
dans
le

texte de saint Augustin,
il

livre

XIX
le

contre Fauste (ch, xi), oii

est « dit

:

Les

hommes ne peuvent
fausse, sans
lien

se réunir en aucune religion, soit vraie, soit

d'une communauté de signes ou de sacre-

ments. Or,

il

est nécessaire

pour

le salut

des

hommes
les

qu'ils se

réunissent en une

même
le

religion vraie.

Donc
».

sacrements

sont nécessaires pour

salut des

hommes

Au corps de
qu'on
le

l'article, saint
le

Thomas

déclare que

«

les

sacre-

ments sont nécessaires pour
prouve
lu

salut des

hommes
propre

».

l!t il

ajoute

«

par trois raisons.

— La première se
le
la

lire

de

la

condition de
duite par
les

nature humaine, dont

est d'être

con-

choses corporelles et sensibles aux choses spiriil

tuelles et intelligibles. Or,

a[)partienl à
le

divine Providence
sa condition.
à

de pourvoir à chaque chose selon
C'est
les

mode de

donc

à

propos que

la

divine Sagesse confère

l'homme

secours du salut sous certains signes corporels et sensibles

\^\

SOMME THÉOLOGIQUE.

qu'on appelle du
tire

nom

de sacrements
»,

».

— La seconde raison se
s'est

de

l'état

de

«

l'homme
le

qui,

«en péchant,
c'est là

soumis par
de

l'afiFection

aux choses corporelles. Or,

qu'on doit appli-

quer

à

l'homme
Il

remède appelé
à

à le guérir,

il

soufl're

son mal.

était

donc

propos que Dieu appliquât aux homle

mes par
ajoute
le

certains signes corporels
saint Docteur, «
si

remède
à

spirituel; car

'i,

on proposait

l'homme

les

cho-

ses spirituelles

dans leur pureté, son

esprit,
».

adonné aux choses

corporelles, ne pourrait pas s'y appliquer

La troisième

rai-

son

se

prend de ce sur quoi porte
«

« l'action

de l'homme

», la-

quelle

a surtout

pour objet

les

choses corporelles. Et c'est
à

pourquoi, de peur qu'il ne fût dur
tolalement des actes corporels, on

l'homme

s'il

était

privé

lui
il

propose, dans

les sacre-

ments, des exercices corporels, où

trouve un exercice saluqui consistent

taire, à l'elTet d'éviter les exercices superstitieux

dans
titre

le

culte des
soit,

démons, ou

les

choses nuisibles à quelque
les actes

que ce

qui consistent dans

des péchés

».

Cette dernière raison de saint

Thomas

est exquise.
la foi

Et combien

profonde dans
et la vie

sa simplicité. Si,

de nos jours,

chrétienne

religieuse

diminuent de plus en plus,

n'est-ce point

parce que l'on ne
lutaires

sait plus,

comme
et

autrefois, se plaire

aux

sase

cérémonies de

l'Eglise,

qu'on

les

déserte

pour
le

porter aux pratiques superstitieuses ou aux réjouissances

monbut

daines qu'une société impie multiplie à dessein dans

de perdre

les

âmes.
trois raisons, saint
la

Après avoir détaillé ces

Thomas

les

ré-

sume par
«

ces

mots qui condensent toute

doctrine de

l'article.

Ainsi donc,

par l'institution des sacrements, l'homme

est

instruit selon qu'il convient à sa nature, par des choses sensibles.;
il

est

humilié

»,

d'une humiliation salutaire,

«

recon-

naissant qu'il est
c'est

l'esclave des choses corporelles,

alors

que
»

par des choses corporelles qu'on subvient à ses besoins
« il

spirituels;
bles,
Il

est préservé aussi des choses corporelles nuisi».

par

les

exercices salutaires des sacrements

est aisé

de voir que ces

trois

raisons données par saint

Thomas, prennent l'homrne
côté de son esprit,
et

tout entier. La première se lire

du
se-»

porte sur son

mode

de connaître. La

QUESTION LXI.

DE LA NECESSITE DES SACREMENTS.

f\b

du côté de son cœur, et porte sur son penchant La troisième se tire du côté de ses habitudes de vie, et porte sur l'exercice de son activité. Toutes trois, mais surtout les deux dernières, considèrent manifestement l'homme après
conde
se tire
affectif.

sa

chute, ainsi que nous l'avions déjà

fait

remarquer.
l'expression exer-

L'ad

primum distingue un double sens dans
empruntait au
tant

cice corporel q^ae l'objection

texte de saint Paul.

«

L'exercice corporel,

en

que corporel,

n'est

pas fort
d

utile », en effet; et c'est

en ce sens que parlait l'Apôtre,

Mais

l'exercice corporel par l'usage des sacrements n'est point pure-

ment corporel; il pour autant qu'il
est,

est aussi,

d'une certaine manière, spirituel
entendu,

:

signifie et qu'il cause ». Et, ainsi
la

il

au contraire, de

plus haute

utilité,

puisqu'il va à procu-

rer le bien de l'âme, dans l'ordre

même

de

la

grâce.
la

Vad secundam
suffisante

accorde que

« la

grâce de Dieu est

cause

du

salut des
le

mes
cela
la

la

grâce selon
les
».

hommes. Mais Dieu donne aux hommode qui leur convient. Et c'est pour

que

sacrements sont nécessaires aux

hommes pour avoir
Passion du Christ
il

grâce

Vad
est la

terliam accorde également

que

«

la

cause suffisante du salut des

hommes. Mais

ne s'ensuit

pas que les sacrements ne soient point nécessaires à ce
salut; car
la
ils

même
homle

opèrent dans
est,

la

vertu de la Passion du Christ, et

Passion du Christ
les

en quelque sorte, appliquée aux

mes par

sacrements, selon cette parole de l'Apôtre aux Ro(v. 3)
:

mains, ch. VI

Tous ceux qui avons été baptisés dans
».

Christ Jésus, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés
n'est vrait

Ce

donc pas

comme
la
les

quelque chose de surajouté

et

qui de-

compléter

Passion du Christ jugée insuffisante, que

nous requérons

sacrements dans l'ordre du salut;

c'est

uni-

quement pour appliquer aux hommes,
leur nature, la vertu

selon qu'il convient à

même
la

de

la

Passion du Christ, dans la-

quelle seule se trouve

cause propre de notre salut.

Les sacrements

signes sensibles de choses saintes
tel

nécessaires au salut pour l'homnic

qu'il

— sont est maintenant; —
mais d'une

non

[)as,

évidemment, d'une

nécessité absolue,

llC)

SOMMIS TnÉOLOGIQlJtî.

nécessité de

convenance

el

d'harmonie. Celle doctrine devait
(jni

être coiUredilc par lous

ceux

de près ou de loin se rattale

cheraient au manichéisme. Pour
ce qui appartient au
vais.
Il

manichéiste, en

efîel,

tout

monde

des corps est foncièrement

mau-

n'est

donc pas possible qu'une chose sensible quelconc'est plutôt,
et

que devienne un moyen de salut;

nécessaire-

ment, une occasion de mal. L'erreur grossière du manichéisme
se

trouve réfutée, en ce qui est du point précis actuel, par

l'article

de saint

Thomas que nous venons de
propos de
l'article
/j

lire.

Nous verla

rons,

du

reste, bientôt, à
s'il

de

question
le

présente, que

s'agit des

sacrements de

la loi

nouvelle,

concile de Trente a défini, contre les protestants, qu'ils sont
tous, bien

que non pas au

même
VU,

titre, ni

pour chaque

homme
que

en particulier, mais pour l'universalité
nécessaires au salut (sess.
c'était

du genre humain,
Psous avons dit

can.

/j).

pour l'homme

tel

qu'il est

maintenant, avec sa nature

actuelle et ses penchants actuels,
la nécessité

que nous entendions affirmer
se

des sacrements.

Une question
si

pose au sujet de
état

cette conclusion. Faut-il l'entendre

exactement de notre
la

actuel,

que dans
P

l'état

de

l'homme avant

chute

elle

ne serait

plus vraie

En

d'autres termes, est-ce exclusivement à

l'homme
expli-

après sa chute qu'elle s'applique? Tel est l'objet de l'article
suivant, qui n'est,

on

le

voit,

qu'un corollaire ou une

cation de l'article premier.

Article
Si,

11.

avant le péché,

les

sacrements étaient nécessaires

à

rhomme?
«

Trois objections veulent prouver qu'

avant
».

le

péché,

les

sacrements étaient nécessaiies

à

l'homme

La première
de
l'article

arguë de ce que,
avoir

u

comme

il

a été dit (à

Vad

'2'""

précédent), les sacrements sont nécessaires à
la

grâce. Or,
la

avait besoin de

grâce;

même comme
dans

l'état
il

d'innocence,

l'homme pour l'homme
la

a été

vu dans

Première

QUESTION LXI.

DE LA NECESSITE DES SACREMENTS.
/"'";

l\']

partie (q. 90, art. 4, ad
art. 2).

cf.

l"-2''\ q, 109, ait. 2; q. ii/j,

Donc,

aussi,

dans cet

état,

les

sacrements étaient né«
les sacre-

cessaires ».

La seconde objection rappelle que
la

ments conviennent à l'homme, selon
humaine,

condition de

la

nature

ainsi qu'il a été dit (art. précéd.). Or, la nature de
est la
le

l'homme
qu'avant

même, avant et après le péché. Donc il semble péché l'homme avait besoin de sacrements
)i.

La troisième objection
Ce sacrement

fait

observer que «

le

mariage

est

un

sacrement; selon cette parole de l'Epître aux Éphésiens, ch. v
(v.

32
le

)

:

est

grand

;

je dis
le

:

dans

le

Christ et l'Église.
il

Or,

mariage fut institué avant
la

péché;

comme
les
».

est dit

dans

Genèse, ch.

11

(v.

22 et suiv.).
le
«

Donc
le

sacrements

étaient nécessaires à

l'homme avant
pour

péché

L'argument sed contra déclare que
nécessaire
role
bien
si

remède

n'est point

ce n'est

celui qui est malade; selon celte pa:

marquée en

saint Matthieu, ch. ix (v. 12)
les

Ceux qui vont

nont pas besoin de médecin. Or,
spirituels,
ils

sacrements sont certains
les blessures

remèdes
péché.

que

l'on

emploie contre

du
».

Donc

n'étaient point nécessaires avant le péché
l'article, saint

Au

corps de

Thomas répond que

«

dans

l'état

d'innocence,

les

sacrements ne furent point nécessaires.

On

peut, ajoute-t-il, en trouver la raison dans la rectitude de cet
état, oîi les

choses supérieures dominaient
:

les

inférieures et

n'en dépendaient en aucune manière
prit
)),

car,

de

dans

l'àme, « était

soumis à Dieu, de

même que l'esmême les parties

inférieures de l'âme étaient soumises à l'esprit, et à l'âme elle-

même

était

soumis

le

corps.

Il

eût été contraire à cet ordre,

que l'âme reçût
à la grâce,
les

sa perfection, soit

quant à la science,

soit
fait

quant
dans

par quelque chose de corporel; ce qui se
Et c'est

sacrements.

pourquoi, dans

l'état

d'innocence,

l'homme

n'avait pas besoin de sacrements,
le

non seulement pour
la

autant qu'ils sont ordonnés à être

remède du péché, mais
perfection de
à l'heure, à celte raison
l'article,
(jui

même pour
l'âme
>).

autant qu'ils sont ordonnés à

Nous allons revenir, tout
saint

donnée par
laisse pas
la

Thomas dans
faire

le

corps de

ne

que de

quelque

difficulté. Mais,

voyons d'abord

répijnse

aux objections.

/|8

SOMME tmeologiqué;.
L'ad primiim accorde que
«

l'Iiomme, dans

l'état

d'innocence,
la

avait besoin de

la

grâce; mais non pas cependant qu'il eût
:

grâce par des signes sensibles
tuel et invisible ».

il

l'avait selon

un mode

spiri-

Vad secundam
est la
la

accorde, aussi, que «
et

la

nature de

l'homme
l'état

même
à sa

avant

après
le

le

péché; mais cependant
Car, après
le

de

nature n'est point

même,

péché, l'âme,

même

quant

partie supérieure, a besoin de lecevoir
:

quelque chose

du monde corporel pour sa perfection ce qui n'était point nécessaire pour l'homme dans l'état d'innocence d. Vad lertium dit que « le mariage fut institué dans l'état d'innocence, non selon qu'il est un sacrement, mais selon qu'il
est
il

au service de
signifiait
;

la

nature; toutefois, par voie de conséquence,
le

quelque chose qui devait regarder

Christ et

l'Église

comme

toutes les autres choses qui précédèrent ayant
».

la raison

de figure par rapport au Christ

Nous avons déjà

fait

remarquer que

la

doctrine de saint Tho-

mas dans
saisir,

cet article est assez délicate à entendre.

Pour

la

mieux
saint

nous rapprocherons de ce que vient de nous dire
le

ici

Tliomas, ce qu'il avait dit dans
tences, liv. IV, dist.

Commentaire sur
oi!i

les

Sen-

I, q. i, art. i, q'" 2,

il

traitait le

même

point de doctrine. « L'utilité des sacrements,
truction et la guérison.
titue en

disait-il, est l'ins-

Quanta

la

guérison
« il

»,

ou

à ce qui cons-

eux

la

raison de remède,

est

manifeste pour tous
d'innocence, puis-

qu'ils n'étaient point nécessaires

dans

l'élat

que

alors

il

n'existait

qu'ils étaient nécessaires
qu'ils aident

aucun mal. Mais quelques-uns disent quant à l'instruction », ou pour autant
dans l'ordre de
la

l'homme

à se parfaire
est

connaiscet
il

sance.
(ju'il

((

La raison en

que l'homme,

même
et,

dans

état

avait alors, usait des choses sensibles;

par suite,

con-

venait que par des choses sensibles lui

fussent signifiées les

choses spirituelles.

— Mais,
«

reprenait saint
effet, la

Thomas,
de
le

ceci

ne

semble pas
l'iililisalion

à

propos. C'est qu'en
est

signification »
la

ou

de signes

ordonnée

à l'acquisition

con-

naissance de ce qui est signifié. Or, bien que, dans
état,

|)remier

l'homme connut

les

choses sensibles

el

qu'en

elles aussi

QUESTION LXI.
il

DE LA NECESSITE DES SACREMENTS.

49

considérât les similitudes des choses spirituelles, cependant

il

ne reçut point

la

connaissance des choses spirituelles des
la

choses sensibles, mais plutôt de l'influx de
Et voilà pourquoi
il

lumière divine.

n'avait pas besoin de sacrements en vue de
il

son instruction, D'oij

suit

que dans

l'état
».

d'innocence,

les

sacrements n'eussent point été nécessaires
L'objection seconde de ce
ainsi

même

article des Sentences

était

formulé

:

«

Saint Denys, au chapitre premier de la Hiési-

rarchie ecclésiastique, assigne cette cause de l'institution des

gnes sensibles que sont
figures
est

les

sacrements, que par ces sortes de
qu'il y a de matériel en

ou de signes sensibles ce

nous
en

amené d'une meilleure manière aux choses

spirituelles,

raison de la

connaturalilé de notre connaissance à l'endroit

des choses sensibles. Or, l'homme, dans Télat d'innocence, était
matériel et
tirait sa

connaissance des choses sensibles;

et c'est,

du

reste,

pour
le

cela qu'il est dit avoir été

mis dans

le

paradis à

l'effet

de

travailler,

pour expérimenter
alors,
il

les verlus naturelles

des choses. Donc,

même

eut besoin de ces sortes de

sacrements

».

A

cette objection, saint
les parties
les

nocence,

supérieures de

Thomas répondait: « Dans l'état d'inl'homme dominaient entièpourquoi,
bien que

rement

parties

inférieures. Et c'est

l'homme
mais
il

eût des sens et qu'il fût matériel, cependant son in-

telligence ne tirait point sa connaissance des choses sensibles,
la

tenait de l'influx de la

lumière divine. Mais parce

que l'expérimentation des choses que nous connaissions déjà est une cause de plaisir, pour ce motif l'homme travaillait à
l'effet

d'expérimenter
là.

les forces
la

de

la

nature,

non pour acquéle

rir,

par

l'habitude de
le

science, mais

pour goûter
».

plai-

sir

d'expérimenter, en

voyant, ce qu'il savait déjà

Les deux textes que nous venons de lire projettent déjà une

nouvelle clarté sur de
la

la

doctrine de saint
Il

Thomas dans

l'article

Somme

qui nous occupe.

faudrait encore, pour ajouter

à sa lumière,

nous reporter

à ce

que

le

saint Docteur enseigne
la

au sujet de l'intelligence du premier
Partie, q.
q/j.

homme, dans

Première

Dans

le
i

commentaire de

celte question,

notam-

ment pour
^VII.

l'article

ellarlicle 'i.nous nous

sommes appliqué
4

Les Sacrcmeids.

bO

SOMME THEOLOGIQUÈ.

à mettre la pensée de saint

Thomas dans

tout son jour. Le lec-

teur pourra s'y référer.

De tous
saint

ces textes et des diverses explications
il

fournies par

Thomas lui-même,
l'état

résulte que,

pour

le

saint Docteur,

l'homme, dans
dans l'ordre de

d'innocence, tout en usant de ses sens

sa

connaissance intellectuelle, ne
la

dépendait
corporels

point de ses sens ou de

perception sensible des

efï'ets

pour avoir
les

la

connaissance intellectuelle des réalités spirituel-

qui venaient du

monde
avait

spirituel en lui

:

il

percevait ces

réalités

spirituelles en
et,

elles-mêmes, selon qu'elles affectaient

son âme;

par

là, il

une

sorte d'intuition
soit

du monde
si

spirituel, soit
rel.

dans l'ordre naturel,
de

dans l'ordre surnatule

Maintenant, au contraire, ou après
le seul cas

péché,

nous ex-

ceptons
l'a

la

lumière prophétique,
la fin

telle

que nous

expliquée saint Thomas, à

de

la

SecLinda-SecLindœ,

q.

171-175, notre connaissance se parfait tout entière à l'aide
extérieur et sensible.
la

du monde

Même

en ce qui est de

connaissance intellectuelle ou de la

science dans l'ordre de ce que nous pourrions appeler la philo-

sophie, surtout en sa partie la plus haute qui est

la

connaisdiffé-

sance de l'âme, des substances spirituelles, de Dieu, une
rence radicale existe entre notre état actuel
cence.
et l'état

d'inno-

Dans

l'état

d'innocence, l'homme voyait Dieu, non pas
les
le.

en Lui-même, mais dans

créatures sensibles, d'une façon

immédiate en quelque
et

soi

Le rapport de créature à Créateur

tout ce que ce rapport implique était saisi et eut été tousaisi,

jours

par l'homme, dans

l'état

d'innocence, dès qu'il auet

rait fait acte

de raison, d'une façon quasi intuitive,

sans pos-

sibilité d'erreur.

Aujourd'hui, au contraire,

les

créatures ne

nous apparaissent plus, d'elles-mêmes, sous leur raison de
créatures
:

le

premier mouvement de notre intelligence

est
:

de
et

s'absorber en elles, sous leur raison de telles ou telles choses
la

vue des rapports qui

les

unissent soit aux autres réalités exis-

tantes

du monde

sensible, soit surtout

aux

réalités
la

du monde

spirituel et divin ne sont saisis par

nous qu'à

longue, après

de pénibles elToils,

et

par une

élite, et

avec danger ou mélange
la

d'une foule d'erreurs.

— De

là,

pour nous, maintenant,

né-

QUESTION LXI.
cessité

t3E

LA NECESSITE DES SACREMENTS.

de choses sensibles ayant raison de sacrements,
perfection de notre

même

par

la

âme dans
les

l'ordre de la science.

Après

avoir

établi

que

sacrements ne conviennent à
en a eu un égal bela

l'homme qu'après
s'ils lui

sa chute,

nous devons examiner maintenant
titre et s'il

ont convenu au

même

soin à tous les
ce

que saint
la

moments de son histoire depuis Thomas va examiner dans les deux
se

chute. C'est

autres articles

de

question actuelle. Et parce que l'histoire du genre
la

après
et

chute

partage

en

deux versants
le

humain que domine
fait

que

distingue,
et

en

les

unissant,

grand
saint

de

la

Passion

de

la

mort du Christ Rédempteur,
article, ce qu'il

Thomas

exa-

minera, dans un premier
sité

en a été de

la nécesla

des sacrements, pour l'homme, depuis sa chute jusqu'à
le

Rédemption par
en
est,

Christ;

et,

dans un second

article, ce qu'il
le Christ.

pour l'homme, de
suite au

celle nécessité,

depuis

Venons tout de

premier de ces deux

articles.

Article
Si,

lll.

après

le

péché, avant le Christ, devaient être
les

sacrements?

Trois

objections veulent
les

prouver que,

«

après

le
».

péché,

avant

le Christ,

sacrements ne devaient pas être
«
il

La

première s'appuie sur ce qu'
par
les

a élé dit (art.

i,

ad

3"^'),

que

sacrements,
d'où
il

la

Passion du Christ est appliquée aux
la

hommes;
la

suit
la

que

Passion du Christ se compare aux
à l'effet. Or, l'ellet

sacrements
cause.

comme

cause

ne précède point

sion
((

Donc les sacrements n'ont pas dû du Christ ». La seconde objection

être
fait

avant

la

Pas-

observer que

les

sacrements doivent être en liarmonic avec
;

l'état

du genre

humain

comme on
le

le

voit par saint Augustin, au livre

XIX
fut

conlrc Fnasle (ch. xvr, xvn). Or, l'état

du genre humain ne dû
être changés,

pas changé après
Clirist.

péclié jusr|u'à la restauration faite par le
i)as

Donc

les

sacrements n'auraient

de

D2
telle sorte

SOMME THEOLOGIQÙË.
qu'en plus des sacrements de
la loi
».

de nature, d'au-

tres fussent établis

dans

la loi

de Moïse
est

La troisième ob-

jection déclare que « plus

une chose
par
le

rapprochée de ce qui

est parfait, plus elle doit lui ressembler. Or, la perfection

du
loi

salut des

hommes a
loi
ils

été réalisée

Christ

;

et les

sacrements

de l'ancienne

sont plus rapprochés de Lui que ceux de la

de nature. Donc

auraient du être plus semblables aux sacre-

ments du Christ.
Melchisédech

Et,

pourtant, c'est

le

contraire qui apparaît,
est selon l'ordre

puisqu'il est dit que le sacerdoce
et

du Christ
(v.

de

non pas selon l'ordre d'Aaron,

comme

il

est

mar-

qué dans
à propos

l'Épître

aux Hébreux, ch. vn
les

u). Donc ce n'est pas
le

que furent disposés

sacrements avant
à ce

Christ

».

L'argument sed contra en appelle
dit,

que

«

saint Augustin

contre Fauste, liv.

XIX
et

(ch. xiii),

que

les

premiers sacreloi,

ments, qui se célébraient

s'observaient en raison de la
il

étaient

l'annonce du Christ à venir. Or,

était nécessaire

pour

le

salut

des

hommes que
il

la

venue du Christ
qu'avant
le

fut

annoncée par avance.

Donc

était nécessaire
».

Christ fussent institués cer-

tains sacrements

Au corps
la

de

l'article, saint
fait

Thomas
la

rappelle, en la précisant,

raison qui nous

affirmer

nécessité des sacrements.

« Les

sacrements sont nécessaires au salut de l'homme en
par lesquelles l'homme
si

ce sens qu'ils sont de certains signes sensibles des choses invisibles
est sanctifié.

Or, nul ne peut

être sanctifié, après le péché,

ce n'est parle Christ,

que Dieu

a placé propitiatoire par
tice

la

foi en son sang, afin qu'éclate sa Jus-

à Lui, que Lui soit trouvé Juste et Justifiant quiconque apparà lajoi en Jésus-Christ {aux Romains, ch. nr,
v. 20,

tient

2G). Il

fallait

donc

qu'il y eût,

avant

la

venue du Christ, certains signes
sa foi

visibles par lesquels

l'homme témoignerait de

en l'avè-

nement du Sauveur à venir. Ce sont ces signes qui sont appelés
il

sacrements. Par où l'on voit qu'avant l'avènement du Christ

fut nécessaire

que certains sacrements fussent
à la lettre

institués ».

Ce dernier mot, pris

etau sens

strict d'institution di-

vine faite directement par Dieu, ne s'appliquerait qu'aux sacre-

ments de

la loi écrite.

Piis

dans un sens large
à

et

selon que

nous nous en sommes expliqués

propos de

l'aiticle 5

de

la

QUESTION LXI.

DE LA NECESSITE DES SACREMENTS.
o"'",
il

53

question précédente,

notamment dans Vad
«

comprend
la

aussi les sacrements plus inipaifaits de la loi de nature.

Vad

primuni

fait

observer que

la
:

Passion du Christ est

cause finale des anciens sacrements
institués

lesquels, en effet, étaient

pour

la signifier.

Or,

la

cause finale ne précède point

dans

le

temps, mais seulement dans l'intention du sujet qui

agit. Et c'est

pourquoi

il

n'y a pas d'inconvénient à ce que cerla

tains

sacrements aient existé avant
le

Passion du Christ
la

».

L'objection ne concluait que dans

sens de

cause efficiente. Et

nous accordons, en
sacrements

effet,

que

la

Passion du Christ, qui n'était
les

point encore réalisée ne pouvait avoir d'action sur

anciens

comme
sujet

elle l'a

sur

les

nouveaux.

h'ad secundain
téressante

fait

au

une distinction très importante et très inde l'état du genre humain avant la venue du
le

Christ. « L'état

du genre humain après
la foi. Et, à ce titre,
il

péché

et

avant

le

Christ peut se considérer d'une double manière.

— D'abord, seet

lon la raison de

demeura toujours un

identique, en ce sens que

les

hommes

étaient justifiés par la foi

de l'avènement du Christ à venir.
considérer cet état

D'une autre manière, on du genre humain selon que le règne peut du péché était plus ou moins grand et selon que la connaissance expresse du Christ était plus ou moins parfaite. C'est qu'en effet, à mesure que les temps se multipliaient, le péché

commença
raison de

à régner davantage sur

l'homme, au point que

la

l'homme

étant obscurcie par le péché, les préceptes

de

la loi

de nature ne suffisaient pas à l'homme pour mener

une
la

vie droite,

mais

il

fallut
et,

que fussent déterminés des préavec eux, certains sacrements de
les

ceptes dans la loi écrite;
foi.
Il fallait

aussi qu'à
la

mesure que

temps croissaient,
temps

la
le

connaissance de
dit saint

foi

devait plus explicite; car, ainsi que
les

Grégoire (hom. XVI, sur Ézéchiel), avec

(jui

crrnssaienl, aagnienlail uussi la connaissance divine »,

Dieu préChrist,

cisant toujours davantage
à

la

révélation

mesure qu'approchait
que
fut nécessaire,

le

temps de

sa réalisation.
loi,
la

du mystère du « De
la loi

vient

aussi

dans l'ancienne

détermination

de certains sacrements en harmonie avec
sujet

qu'on avait au

du Christ

à venir.

Ces sacrements se comparent à ceux

54

SOMME THÉOLOGIQUE.
la loi,

qui furent avant

comme
il

le

déterminé à l'indéterminé

:

en ce sens qu'avant

la loi

ne fut pas détcrminément fixé à
il

l'homme de quels sacrements
miné par
la loi.

userait,

comme

ce fut déter-

Cette détermination était nécessaire et à cause
la loi naturelle, et afin

de l'obscurcissement de

que

la signifi».

cation de la foi fût plus précise et

plus délerminée

L'ad icrtlani répond à la difficulté spéciale tirée

du

sacrifice

de Melchisédech. Saint

Thomas
la

fait

observer que

« le

sacrement

de Melchisédech, qui fut avant
avec
le

la loi, a

plus de ressemblance
la

sacrement de
ojji
it

nouvelle
el

loi,

dans

matière
le

:

pour

autant qu'il

du pain

du

vin, ainsi

qu'on

voit dans la

Genèse, ch. xiv

(v. 18),

comme

aussi

le

sacrifice

du Nouveau

Testament
les
la

se fait

par l'oblalion du pain et du vin. Toutefois,
la loi
le

sacremenis de

chose signifiée par
le

mosaïque ont plus de ressemblance à sacrement, savoir la Passion du Christ,
genre

comme on
ments ont
de vue de

voit en ce qui est de l'agneau pascal et des autres

immolations du

môme

».

Que

si les

valeurs des sacre-

été ainsi renversées, et que, par
la matière, celui

exemple, au point
la loi

de Melchisédech, antérieur à

de Moïse, ait eut cependant plus de rapport avec les nôtres, c'est dans un dessein très particulier de la Providence de Dieu.
« Il fallait éviter

qu'en raison de
fût

la

continuité
la

du temps,
la

si

l'espèce

du sacrement
sacrements de

demeurée
».

même,

il

n'eût semblé

que

les

la loi

nouvelle n'eussent été que

con-

tinuation des

mêmes sacrements

Que des sacrements, au sens vrai du mot, bien qu'ils fussent moins parfaits et moins déterminés qu'ils ne devaient l'être
sous
la loi écrite et
et,

plus encore sous

la

loi

de grâce, aient été
la loi

nécessaires,

par suite, aient existé, sous

de nature,

c'est-à-dire depuis

Adam

jusqu'à Moïse ou au moins jusqu'à
et

Abraham pour
pour
la
le

le

peuple juif,

jusqu'à

la

venue du Christ
raison dans

les

nations païennes,

— la

chose n'est pas douteuse dans
la

pensée de saint Thomas. Et nous en avons vu
corps de
l'article. C'est ciuo,

depuis
par

la
la

chute, nul parmi les
foi

hoLumes ne peut être sauvé propre de l'homme, tel qu'il

([iie

au Christ. Or,

le

est

depuis son péché, est de n'at-

QUESTION LXI.

DE LA NÉCESSITE DES SACREMENTS.

55

teindre sa perfection spirituelle, surtout en ce qui est du salut, que par l'entremise de signes extérieurs et sensibles, ainsi que nous l'avons montré à l'article premier de celte question. Il a donc fallu que toujours, depuis la chute, il y ait eu, pour

l'homme, corrélation
peut
le

étroite

entre certains signes extérieurs

sensibles et cette foi intérieure

du Christ Rédempteur qui,

seule,

sauver.
cette raison

Malgré l'excellence de

donnée par saint Thomas,
la loi

certains auteurs ont voulu

que sous

de nature

il

n'y ait

pas eu des sacrements véritables, au sens propre du

mot sacreil

ment.

Si l'on

veut dire, par

là,

que sous

la loi

de nature,

n'y eut pas des signes sensibles en vue

du

salut,

déterminés

par Dieu,
le sont,

comme

ils le

furent sous la loi écrite et
la

comme

ils

plus encore, sous

loi

de grâce, saint

Thomas
très

lui-

même

s'en est expliqué
là, à

dans ce sens. Et nous pouvons aussi
difficulté,

répondre, par

une

en apparence
et

considé-

rable, soulevée par certains auteurs,

qui est que nous ne

trouvons pas trace de sacrements ou de signes de cette nature

dans

l'histoire des nations païennes. C'est

qu'en

effet,

puisqu'il

n'y avait pas de signes délerminés sous la raison propre de sacrements institués par Dieu, nulle trace de pareils signes ne pouvait être conservée. Mais nous trouvons et cela suffît

parmi tous

les

peuples,

le

sentiment du besoin qu'a l'homme

d'un secours venu d'en-Haut, sentiment qui s'exprime extérieurement de diverses manières suivant les dispositions et la
nature des divers

hommes,

tantôt par invocations, tantôt par

gestes de supplication, tantôt par cris de détresse, etc., etc. Ces

signes extérieurs, de quelque nature qu'ils fussent, mais plus

spécialement
par

les

oflVandes ou les oblalions et

les
la

immolations
Sainte Écri-

mode

de sacrifices, dont nous voyons, par

ture, qu'elles sont aussi

anciennes que l'homme après son péché,
les fois

avaient raison de sacrement, toutes
taient d'un

que

ces signes par-

cœur
ij'est

contrit et confiant en

nous disons
ce sens qu'il

qu'ils étaient nécessaires au salut de

pas possible,

un Dieu sauveur. Et l'homme, en étant donné notre nature, que
lui les

l'homme éprouvât au dedans de
en Dieu qui seuls pouvaient
le

sentiments de confiance

sauver, sans qu'il y eût un rap-

56

SOMME THEOLOGIQUE.

port entre ces sentiments intérieurs et quelques signes extérieurs sensibles destinés à les manifester.

Dans son Commentaire sur
art.
2,
q'"

les Sentences, liv. IV, dist.

I,

q.

i,

3,

saint

Thomas
«

s'explique en

ces

termes sur
la

la

question qui nous occupe.

Dans

la loi

de nature,

seule

connaissance naturelle ne suffisait point pour le salut; mais
était requise la foi

de certaines choses qui sont au-dessus de la
foi

raison,

et,

après la chute, était exigée la
le

au Rédempteur,

qui devait apporter

remède au mal. A cause de cela, dans non seulement étaient nécessaires les œuvres qui sont dictées par la loi naturelle, mais aussi d'autres œuvres qui seraient des lémoignages et des signes des choses qui avaient trait à la Rédemption. Et ces œuvres étaient
cet état de la loi de nature,
les

sacrements de ce temps-là,

comme

les sacrifices, les
»,

dîmes,

les

oblalions et autres choses de ce genre

tous actes de la

vertu de religion s'inspirant du sentiment de la misère de

l'homme et de
de réparer
les

sa foi

en

la

miséricorde de Dieu qui avait promis

ruines

du péché.
Thomas,
ce qu'il en était des

Nous venons de
ments sous
preuve
la
la

voir, avec saint

sacrements sous la loi de nature. Mais que penser des sacreloi écrite?

Que

ces sacrements,

plus parfaits,

aient été nécessaires et qu'ils aient existé,

nous en avons pour

double raison que nous a donnée saint Thomas à
Cette conclusion est de foi. Elle se trouve indirecteles conciles

Vad

2""'.

ment confirmée par
il

de Florence

et

de Trente, où

est parlé des
la

u

sacrements de l'ancienne
les

loi », et

l'on

marloi

que

dilférence qui

distingue des sacrements de
le détail,

la

nouvelle. Pour déterminer, dans

quels furent

les sa-

crements de
les livres

la loi

ancienne,

il

faudrait passer en revue tous
et
le

de Moïse,

notamment VExode

il

Léuilique.

Nous
la

renvoyons au commentaire

qu'en a fait saint
a poussé

Thomas dans
dub.
4, ^

P rima- Sec undae,

q. 102, art. 5,

asqaead slaporeni,

comme
cienne

s'expriment

les Salinantlcences (disp. lll,

l'analyse et l'explication de tous les rites sacrame;itels de l'anloi.

iNous

nous contenterons de rappeler
:

ces divers rites à tiois principaux chefs

la

ramène circoncision pour
qu'il

QUESTION LXI.

DE LA NECESSITE DES SACREMENTS.

07
les

tout le peuple d'Israël, et les consécrations spéciales

pour

prêtres et les lévites;

pour tout
les

Israël,

la

manducation de
la

l'agneau pascal,

et,

pour

minisires sacrés,
et

manducation

de certaines parties des victimes offertes
sition
;

des pains de propo-

enfin,

pour tout
les

le

peuple, certaines purifications léga-

les, et,

pour

ministres sacrés, des purifications plus détail-

lées et plus

minutieuses encore.

Tous
ils

ces divers rites ayant

été

déterminés directement par Dieu,

gardaient leur raison
l'usage actuel
la

propre de sacrements, quand bien
qu'ils

même, dans

en faisaient,

les

Israélites n'auraient

pas eu

grâce

sanctifiante, requise,

nous l'avons vu
le

à l'article 2 de la quesse distingue

tion précédente,
inenlal.

pour que

sacrement
les

du

sacra-

Sous

la loi

de nature,
été

signes extérieurs dont nous

avons parlé n'ayant pas
mot, par Dieu,
il

déterminés, au sens strict de ce
qu'ils n'avaient la raison de sa-

semble bien

crements

vrais, se distinguant de la raison des

sacramentaux,

que

lorsqu'ils étaient

repentir assez parfaits

accompagnés de sentiments de foi et de pour que la grâce sanctifiante se trouvât

conjointement dans l'âme.

Nous avons vu
cilé des

ce qu'il en a été
et

pour l'homme, de

la

néces-

sacrements
Il

du besoin
reste à

qu'il en a eu, depuis sa chute
qu'il en est, de celte

jusqu'au Christ.

nous

examiner ce

même

nécessité, depuis le Christ. C'est l'objet de l'article suile

vant, qui sera

dernier de

la

question actuelle.

Article IV.
Si,

après

le

Christ, devaient être quelques sacrements?

Trois objections veulent prouver qu'

«

après

le

Christ ne
fait

devaient pas être des sacrements
ver que
1(1

».

La i)remière

obser-

«

la vérité
l<i

une
(j/il

fois

venue, toute ligure doit cesser. Or,

fji-àcc cl

vrrllc

(Hé 1 ailes fxir Jésus-Christ,
(v,

comme

il

est

dit en saint Jean, ch.

i

17),

Puis donc que
la

les

sacrements

sont des signes ou des ligures de

vérité,

il

semble qu'après

58
la

SOMME THÉOLOGIQUE.
Passion du Christ
il

ne devait plus

y avoir
«
il

de sacrements

».

La seconde objection rappelle que
en de certains éléments,
art.
/|).

les

sacrements consis-

lenl

comme

ressort de ce (jui a été

ditpius haut(q. 60,
(v. 3, 4,
les 7),

Or, l'Apôtre dit, aux Galates, ch.iv

que, quand nous élions enfants, nous servions sous

éléments de ce

monde

;

mais maintenant,

la

plénitude des temps
il

étant venue,

nous ne sommes plus des enfants. Donc
les

semble

que nous ne devons plus servir Dieu sous

éléments de ce

monde, usant de sacrements corporels
jection déclare qu'
«

».

La troisième ob-

en Dieu,

il

n'est point
il

de transmutation, ni
i

l'ombre d'une vicissitude,
(v. 17).

comme

estditen saint Jacques, ch.

Or, ceci paraît se rattachera une certaine mutation de
elle

donne aux hommes d'autres sacrements, pour le sanctifier, au temps de la grâce, alors qu'auparavant elle donnait d'autres sacrements. Donc il
la

volonté divine, que maintenant

semble qu'après
sacrements
jusque-là.
»,

le

Christ ne devaient pas être institués d'autres

distincts des sacrements qui avaient

pu

exister

L'argument sed contra
tre Fauste,
liv.

est

un

texte de

«

saint Augustin, con«

XIX

(ch. xiii) »,

il

est

dit

que

les sacre-

ments de l'ancienne
plis
;

loi ont été enlevés

parce

qu'ils étaient

accom-

et

d'autres ont été institués d'une vertu plus puissante, d'une

utilité

plus grande,
))

d'un usage plus facile, d'un

nombre plus

petit

Au
«
la foi

corps
les

de

l'article,

saint

Thomas

fait

observer

que

comme
la

anciens Pèies ou Patriarches ont été sauvés par

par

du Christ à venir, de même nous aussi sommes sauvés foi du Christ déjà né et qui a souffert sa Passion. Or, les
la

sacrements sont certains signes qui témoignent de
laquelle

foi

par
si-

l'homme

est justifié.

D'autre part, ce sont par des
les

gnes divers que sont signifiées
présentes.
liv.

choses futures, passées ou
\xi^n»V\n contre Fauste,

Comme,
(ch.
xvi),

en
la

effet, \e d'il sa'uil

XIX

même

chose est annoncée dijjéremmenl
;

selon qu'elle est à faire ou quelle est déjà faite
les

et c'est cnnsi
,

que

mots eux-mêmes

:

(pu doit soujjrir
il

;

ou

:

qui a souffert

résonla loi

nent autrement. Et voilà pourquoi

faut

(ju'il

y ait, dans

nouvelle, certains sacrements qui signifient ce qui a été déjà

QUESTION
réalisé

LXr.

DE LA NECESSITE DES SACREMENTS.

5()

dans
loi

le

Christ,

distinctement des sacrements de l'an-

cienne

qui signifiaient cela

comme

devant venir

». le

h'ad priimiin a

un mot que nous devons
le dit saint
l'état
loi,

retenir avec

plus
la

grand
entre

soin.

c(

Gomme

Denys, au chapitre v de

Hiérarchie Ecclésiastique,
l'état

de

la loi les

nouvelle est au milieu
figures sont accomplies

de l'ancienne
nouvelle, et

dont
de

dans
de

la loi

l'état

la gloire,

où toute

vérité sera

manifestée à nu et dans sa perfection. Aussi bien, dans cet état
la gloire,
il

n'y aura plus aucun sacrement. Mais, mainte-

nant, tant que nous connaissons par voie de miroin et en énigme,

comme

il

est

dit
il

dans
faut

la

première Épître

aaac

Corinthiens,
spiriest la

ch. XIII (v. 12),
tuelles par le

que nous parvenions aux choses
certains signes sensibles.
».

moyen de

Ce qui

raison

même

des sacremente
la

Et voilà donc nettement mar-

quée par saint Thomas
étals

différence essentielle entre les divers

de l'humanité.
le

Il

est très certain
et,

que

la vérité

nous

a été

manifestée dans

Christ;

par

là,

notre état l'emporte sans
le

proportion sur
n'est pas

l'état

des

hommes
un

avant

Christ.

iMais

ce

encore

la

pleine manifestation

telle

que nous l'aurons

dans

le ciel,

^'olre état actuel est
la

étal intermédiaire.

De

là,

pour nous, encore,
parfaits

nécessité de certains sacrenienis,
loi,

plus
la

que ceux de l'ancienne
qu'il

mais gardant cependant

raison de signes sensibles où sont mises à notre portée les choses spirituelles

nous

est

encore impossible d'atteindre
ciel,

dans leur absolue pureté. Ce n'est qu'au
gloire,

dans

l'état

de

la
il

que ce bonheur sera
in gloria oninis

le

nôtre. Et, aussi bien, là-liaut,

n'y aura plus place
être
:

pour quelque sacrement que ce puisse
nade
et

perfecte nianifesiabitar verilas

;

et

ideo tune natta erunl sacranienta.

Wad
cienne

secund'.iin
et

appuie sur

la

(lilTérencc qui existe entre
loi.
«

nos

sacrements
loi

ceux de l'ancienne

Les sacrements de l'anet

sont appelés par l'Apùtre des éténients pauvres

infirmes, parce qu'ils ne contenaient point la grâce ni ne cau-

saient cette grâce.

El voilà iXJUiijuoi

de ceux qui usaient de

ces sacrements rA[)ôtre dit ([u'ils servaient Dieu sons les élé-

ments de

ce

monde;

car, en ellot, ces
»

sacrements n'élaienl
êtres matériels. «

(pie

des éléments de ce

monde

ou de purs

Mais

60
nos sacrements
suivante,
«
»

SOMME THÉOLOGIQUE.

comme
et

nous

l'allons établir à la
la

question

contiennent

causent

grâce. Et, aussi bien, la
».

raison n'est-elle plus la

même

pour eux

Ces sacrements ne

sont plus de simples éléments matériels, sans aucune vertu
clans l'ordre spirituel. Ils sont,

au contraire, d'une vertu mer-

veilleuse; et leur excellence, de ce chef, l'emporte sur tout le

monde Vad
cela,

de

la

nature.

lerl'iam

venge Dieu de tout reproche de changement;
«

et

au moyen d'une comparaison excellemment choisie.

De

même

qu'un père de famille ne

fait

point preuve de volonté

changeante parce qu'il donne
choses en été

à sa famille des préceptes divers

selon la diversité des temps, ne
et

commandant

pas

les

mêmes

en hiver; de

même

aussi Dieu ne fait point

preuve de changement, parce qu'il a institué d'autres sacre-

ments après

la

venue du Christ

et d'autres

au temps de
la

la loi

:

ceux-ci, en effet, étaient en
êti'e

harmonie avec

grâce qui devait

annoncée, par des figures, à l'avance;
la

et les autres

con-

viennent à

grâce qui doit être représentée
».

comme donnée

actuellement

La conclusion de saint Thomas dans ce dernier
les

article,

que

sacrements sont nécessaires
les

à

l'homme,
la loi

même

sous

la loi

nouvelle, et que
parfaits

sacrements de
la loi

nouvelle sont plus

que ceux de
et

ancienne, a été définie au concile
sess. Yll,

de Florence
can.
2 et
/i).

au concile de Trente (pour ce dernier,
ici

.Nous ne rappellerons pas

la

question qu'on

pourrait se poser au sujet de l'incompatibilité à établir entre
la

pratique des anciens sacrements

et

la

pratique des sacreex projesso et admiq. io3.

ments nouveaux. Saint Thomas
rablement résolue dans
p.ous dirons
la

l'a traitée

Prima-Secandae,
la

— Résumant

donc, en quelques mots,

question que nous venons de voir,

que

les

saciements, pris au sens propre de signes

de chose sainte, sont exclusivement nécessaires à
sa chute;
si

l'homme apiès

bien que l'homme dans

l'état

d'innocence n'en

avait aucunement besoin. Mais, après la chute et jusqu'au jour du relèvement total qui se fera à la fin du monde, l'homme

en a eu

et

en aura toujours besoin, tant qu'il

vit

sur cette terre,

QtJËSTION L^I.

DE LA NECESSITE DES SACREMENTS.
ait

G

I

en quelque
se trouver.

momenl
Il

de son histoire qu'il

pu ou

qu'il puisse
soit

en

a

eu besoin, avant

le

Christ, qu'il se
ait fait partie;

trouvé en dehors du peuple élu ou qu'il en

sauf

qu'en ce dernier cas

et

par un privilège spécial de Dieu, pour

être nnieux tenu à l'écart des ténèbres

du paganisme
a été

et

pour

avoir en lui une image plus parfaite des mystères de grâce qui

devaient s'accomplir dans

le

Christ,
et

il

soumis

à des rites

sacramentels plus nombreux
salité
ils

plus précis. Quant à l'universans exception aucune,
la loi

des

hommes

après

le Christ, et

sont tous soumis aux sacrements plus parfaits de

noules

velle.

Le salut n'est possible, pour eux, qu'à

la

condition de

recevoir,
et,
s'ils

non pas tous chacun, mais selon que
ne
les

leur état l'exige,
il

peuvent recevoir réellement,
le désir. C'est la

faut que,

du

moins,

ils

en aient

doctrine

même du

concile

de Trente.

Nous avons
sa nécessité.

dit la nature du sacrement et sa raison d'être ou Nous devons maintenant, poursuivant notre étude,
et difficile

examiner

la

grave

question des

effets qu'il est des-

tiné à produire. Et, à ce sujet,
«

nous aurons

à étudier,

d'abord,

l'effet

principal

du sacrement, qui
le

est la grâce; puis,
».

son

effet

secondaire, qui est

caractère

(q. 63)

L'étude de

l'effet

principal, qui est la grâce, va faire l'objet de la question suivante.

QUESTION

LXII

DE L'EKFET PRINCIPAL DU SACREMENT, QUI EST LA CRACE

Celte question
.

comprend

six articles

:

Si les

Si la

sacrements de la loi nouvelle sont causes de la grâce grâce sacramentelle ajoute quelque chose au-dessus de
!'

.*

la

grâce des vertus et des dons ? 3" Si les sacrements contiennent la grâce 4° S'il y a en eux quelque vertu pour causer
5° Si

la

grâce?
la

une

telle

vertu dans les sacrements dérive de
loi

Passion du

Christ?
0° Si les

sacrements de l'ancienne

causaient

la

grâce?

De
de
la

ces six articles, les cinq premiers traitent de la production

grâce par

les

sacrements de

la loi

nouvelle
la loi

;

l'article 6,

con-

sidère ce qu'il en était des sacrements de

ancienne par rapla

port à celte

même production de
la

la grâce.

— Au sujet de
la loi

pro-

duction de

grâce par

les

sacrements de

nouvelle, saint

puis,

Thomas examine d'abord le fait de cette production (art, 1,2); le mode (art. 3-5). — Pour ce qui est du fait, saint Thomas, dans un premier article, se demande si vraiment et en
si

toute réalité ce fait existe,
velle causent la grâce.

les

sacrements de
article,
il

la

loi

nou-

Dans un second
la

se

demandera

quelle est cette grâce que les

sacrements produisent.

Et,

d'abord,

s'ils

causent

grâce?

Article Premirh.
Si les

sacrements sont causes de

la

grâce?
sacrements ne
«
il

Trois objections veulent prouver que

c

les

sont pas cause de

la

grâce

».

La picmière déclare qu'
soit signe
et

ne

semble pas qu'une

même

chose

cause; attendu

Q.

LXII.
la


est

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.
l'effet.

63
Or,
».

que

raison de signe semble plutôt convenir à

le

sacrement

signe de

la

grâce.

Donc

il

n'en est point cause

La seconde objection
que celui qui reçoit
livre

dit
:

que

« rien de corporel

ne peut agir
est plus noble

sur une chose spirituelle

parce que rêlrequi agit

l'action,

comme
liltcral

le
la

note saint Augustin au Genèse (ch. xvi). Or,
est
le

XII du Commentaire

de

sujet de la grâce est l'âme de
ritnelle.

l'homme, qui
fait

une chose

spila

Donc

les

sacrements

ne peuvent point causer

grâce
est le

».

— La

troisième objection

observer que « ce qui

propre de Dieu ne doit point s'attribuer à une créature.
le
:

Or, causer la grâce est

propre de Dieu, selon cette parole du

psaume
qui les

La grâee et' la gloire, c'est le Seigneur Puis donc que les sacrements consistent en cerdonne.
(lxxxiu, v. 12)
il

taines paroles et choses créées,

semble

qu'ils ne

peuvent pas

causer

la

grâce

».

L'argument sed contra

est

un mot fameux de
le traité

saint Augustin,

un de ses traités sar saint Jecm (tr. LXXX), saint Augustin dit que l'eau du baptême touche le corps et lave le cœur. Or, le cœur n'est lavé ou purifié que par la grâce. Donc l'eau du baptême cause la grâce. Et la raison est la même pour les autres sacrequi reviendra souvent dans
des sacrements. « Dans

ments de

l'Eglise ».
l'article, saint
les
la
la

Au
tain
les

corps de

Thomas
11

déclare qu'

« il

est néces-

saire de dire

que

sacrements de
grâce.
loi

la loi

nouvelle par un ceren
est
effet,

mode causent
sacrements de

est manifeste,

que par

nouvelle l'homme

incorporé au

Christ; c'est ainsi que l'Apôtre dit, parlant du baptême, dans

son épître aux Galales,
tisés

cii.

ni (v. 27)

:

Vous tous qui ave: été baple

dans

le

Christ,

vous ave: revêtu
Christ,
si

Christ.

Or, l'hoinmc

n'est point

fait

membre du

ce n'est par la grâce ».

Donc, sur ce point, aucun doute
liques.
loi
Il

n'est possible

parmi

les

cathola

faut dire, de toute nécessité,

que

les

sacrements de
la

nouvelle causent, d'une certaine manière,

grâce,

— Mais,
le

oij les

Docteurs catholiques

se divisaient,
le

même du
les
»,

temps de
saint

saint riiomas, c'est

pour préciser
«
Il

mode dont

sacrcnieuts

causent
Docteur,

la

grâce.

en est cependant
les

poursuit

«

qui disent que

sacremenis ne sont point cause

64

SOMMF TltKOLOGlQUE.
la

de
«

grâce en faisant quelque chose
à

»

ou par leur opération;

mais parce que Dieu,
les

l'occasion des sacrements et
la

quand
ils

on

applique, produit

Lui-même

giâce dans l'âme. Et

apportent l'exemple de celui qui présentant un denier en plomb
reçoit cent livres par la vertu de l'ordre

du

roi

:

non que
la

ce der

nier fasse quelque chose pour l'obtention ou
cette

livraison de

somme

d'argent; mais c'est

la

seule volonté

du

roi

qui
la

fait cela.

Aussi bien saint Bernard
:

dit,

dans un sermon sur

Cène du Seigneur
le livre; l'abbé,

De même que
la

le

chanoine a son investiture par
les di».

par

crosse; Vévêque, par f anneau; ainsi

verses divisions des grâces sont livrées par les sacrements

Celte opinion que signale

ici

saint

Thomas

était celle

de Guil-

laume de

Paris,

dans son

traité

Du

sacrement du baptême, ch.iii.
fait

Saint Bonaventure l'avait aussi

sienne;

et

il

la

donne
»

comme
(in
et

étant celle de maîtres fameux,
d'ist.

Magnorum Magistrorum

IV Sententiaram,

i,q.4).Elle devait être reprise par Scot

son école. Nous
la

la

retrouverons,

un peu

modifiée, mais au

fond

même,

telle qu'elle est
le

enseignée par bon
le

nombre de
de causa-

théologiens, depuis
lité

concile de Trente, sous

nom

morale des sacrements.
le

Après avoir exposé
et leur explication,

sentiment des théologiens de son temps

saint

Thomas
n'est

ajoute

:

«

Si

l'on y
la

prend
l'or-

soigneusement garde, ce mode ne dépasse point
signe. Car le denier en

raison de

plomb

qu'un certain signe de
tel.

dination du roi portant que l'argent soit reçu par un
reillement,
lation
le livre est
Il

Pa-

un signe par
suit de là

lequel est
les

marquée
la

la colla loi

du canonicat. que cependant
»,

que

sacrements de

nouvelle ne seraient rien de plus que des signes de
alors
il

grâce;
des

résulte de

nombreux témoignages
ou Pères de

Saints
«

Ecrivains sacrés.

Docteurs,

l'Eglise,

que

les
la

sacrements de

la loi

nouvelle ne signifient pas seule».

ment
rités
le
Il

grâce, mais la causent
fait ici

Quelques-unes des auto-

auxquelles

allusion saint

Thomas

étaientcitées par

Maître des Sentences.
n'est peut-être pas

On

les

pourrait multipliera l'indéfini.

de Père de l'Eglise ou d'auteur ecclésias-

V\([uc

ancien, qui, i)arlant du baptême

onde

l'Eucharistie, n'ait

exalté leur merveilleuse vertu de sanctification.

Nous avions,

Q. LÎClt.

DE l'effet bu SACREME.Nt, QUI EST LA GRACE.
le texte très clair

65

dans l'argument sed contra,
tin,

de saint Augus-

Nous en trouverons un

autre, très

clair aussi,

du

même
à

saint Augustin, corroboré par

une parole du vénérable Bède,
li.

l'argument sed contra de

l'article

Ces textes sont formels.

Aussi bien l'on comprend que Capréolus, impatienté de voir

Durand de Saint-Pourçain les tourmenter pour en dénaturer le sens, n'ait pu retenir ce mot argaens fatse glossat Aiigastinuni. Nam, quantumcunque garruletur non potest evadere gain Augusti:

,

nus dicat qaod aqua baptisini cor ablait (In IV Senientiarani, q.

i

ad W"'", Daranti contra
gues,
t.

k"

conclasionem; de l'édition Paban-Pèla

YI, p. 4^)-

Du

reste,

question paraît aujourd'hui
le

tranchée. Le concile de Florence et
défini

concile de Trente ont
la

que

les

sacrements de

la loi

nouvelle sont cause de

grâce, et ne la signifient pas seulement,

comme

le

faisaient les

sacrements de l'ancienne
n'ont pas entendu

loi. El,

sans doute, ces deux conciles

ciens Docteurs. Mais
rité à

condamner directement le sentiment des anil y aurait aujourd'hui une certaine téméles

ne vouloir admettre, pour
sine

sacrements de

la loi

nouvelle,

qu'une causalité
-Bien avant
tant

qaa non ou improprement

dite.
la

la définition

de ces deux conciles, et
seule inspection des
était

pressen-

ou

la

préparant, à

la

témoignages

scripturaires

ou palristiques, saint Thomas

venu à conce-

voir et à formuler une explication nouvelle, destinée, dans sa

pensée, à sauver, non point dans les mots seulement, mais en
toute vérité, la causalité effective de nos sacrements. Cette explication nouvelle, voici

comment

il

la

présente dans la suite

de son article.
Il

faut

donc parler autrement
:

et dire

qu'il est

une double
cause
effi-

cause efficiente

la

cause etliciente principale

et la

ciente instrumentale. La cause efficiente principale agit par la

vertu de sa forme, à laquelle est assimilé
le

l'effet

:

c'est ainsi
il

que

feu,

par sa chaleur, chauffe. Et, de cette manière,
la

n'est

que Dieu qui puisse causer
lon celte parole de
//

grâce, parce que la grâce n'est

rien autre (ju'une similitude participée de la nature divine, sela

seconde épîlre de saint Pierre, ch.
et

i

(v. 4)

:

nous a dotés de promesses grandes
la

précieuses, au point que

nous soyons participants de
WFI.

nature divine. La cause efficiente
5

Les Sacrements.

k

66

SOMME THEOLOGIQUÈ.
la

instrumentale n'agit point par

vertu de sa forme, mais seu-

lement par

le

mouvement dont
:

la

meut

l'agent principal.

De

vient

que

l'effet n'est

point assitnilé à l'instrument, mais à

l'agent principal

c'est ainsi

que l'œuvre

d'art n'est point assi-

milée à
l'artiste.

l'outil,

mais

à la conception qui est
la loi

dans

la

pensée de
grâce de

Les sacrements de
Ils

nouvelle causent
efîet,

la

cette

seconde manière.

sont appliqués, en
l'effet

aux homla

mes, par l'ordination divine, à

de causer en eux

grâce. Aussi bien saint Augustin dit, au livre
(ch. xvi)
:

XIX

contre Fausle
sacre-

Toutes ces choses,
et

savoir qui ont trait aux

ments, se font

passent;

la

verta cependant, qui est de Dieu,
c'est là ce

opérant par ces choses-/à, demeure toujours. Et
appelle,

qu'on

proprement du

nom

d'instrument, par quoi un sujet

opère.
//

De

là vient qu'il est dit,
le

dans l'Épître à
»

Tite, ch.

m (v.5)
ici

:

nous a sauvés par

bain de la régénération

L'admirable doctrine que nous trouvons formulée
saint

par

Thomas, touchant la double cause principale et instruil a fait une application si heureuse à la question actuelle, est à retenir avec le plus grand soin. Elle est d'un précieux secours pour entendre de nombreux points de docmentale, dont
trine ayant trait

aux choses de

la

foi^Lne des applications
saint

les

plus fécondes est celle qu'en a
la

fait

Thomas lui-même
la

à

question de l'Inspiration scripturaire. Mais, pour avoir dans
le vrai

toute sa pureté et sa plénitude,

concept de

cause insl'arti-

trumentale,
cle, ce

il

nous faut joindre

à l'exposé
la

du corps de

que

saint

Thomas

ajoute dans

réponse aux objections,

notamment dans Yad secundum. Vad primum accorde que « la cause principale ne peut point
proprement
être dite signe de l'effet,

quoique caché ou occulte,
oc-

même
culte,

si elle est

sensible et manifeste. Mais, la cause instru-

mentale,

si elle est

manifeste, peut être dite signe de

l'effet

en laison de ce qu'elle n'est point seulement cause, mais
effet,

aussi

d'une certaine manière, pour autant qu'elle
El, à ce
titre,

est

mue
loi

par l'agent princi[)al.

les

sacrements de

la

nouvelle sont simultanément cause

et signe.

De

vient que,

comme

il

est dit

couramment,

ils

font ce

qu'ils signifient.
la

Par où

l'on voit aussi qu'ils ont

d'une manière parfaite

raison de

Q. LXII.

DE L*EFFET DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.

67

sacrement, pour autant qu'ils sont ordonnés à quelque chose
de saint ou de sacré, non seulement par
aussi par

mode de

signe, mais

mode

de cause

».

L'ad secundum, nous l'avons déjà marqué, offre un intérêt exceptionnel. Il complète le corps de l'article et en explique un

mot qu'on pourrait
nous
dans
avertit, ici,

être
«

exposé à mal entendre. Saint
:

Thomas

que

linstrument a deux actions
il

l'une, ins-

trumentale, selon laquelle
la vertu

agit,

non en
»
:

sa

propre vertu, mais
de celle-là seule

de l'agent principal

c'est
«

qu'il était question

au corps de

l'article;

l'instrument a aussi

une autre

action, propre celle-là, qui lui
:

convient selon sa

propre forme

c'est ainsi qu'il

convient

à la

hache de couper

en raison de son tranchant,
est

et qu'elle fait un lit en tant qu'elle l'instrument de l'ouvrier. Or, l'instrument ne parfait l'ac:

tion instrumentale qu'en exerçant son action propre

c'est

en

coupant, que

la

hache

fait le

lit.

Et,

pareillement,
qu'ils

les sacre-

ments corporels, par l'opération propre
corps
qu'ils

exercent sur

le

touchent,
la

effectuent l'opération

instrumentale,

en raison de

vertu divine, dans l'âme. C'est ainsi que l'eau
le

du baptême, en lavant
car de l'âme et

corps selon sa vertu propre, lave et

purifie l'âme en tant qu'elle est l'instrument de la vertu divine;

du corps

résulte

un
le

seul tout. Et c'est ce
el lave le

que

saint Augustin dit, qu'elle louche

corps

cœur

».

L'ad lerlium répond, d'un mot, que « l'objection portait sur ce

qui est cause de
effet, est le

la

grâce par

mode

de cause principale
a été dit (au
^

:

ceci,

en

propre de Dieu, ainsi qu'il

corps de

l'article)

».

Nous venons de
plication,

lire,
ici

dans

la

teneur

même
de

de sa
la

lettre, l'ex-

donnée
la

par saint Thomas, de
à l'endroit
la

causalité des

sacrements de

loi

nouvelle

grâce.

Le saint

Docteur
El,

a

affirmé

celte causalité
le

de
a

la

façon
la

la

plus expresse.
la

pour en donner

sens,
et

il

apporté

distinction de

cause efficiente principale
tale,
la

de

la

cause efficiente instrumen-

disant (|uc les sacrements de la loi nouvelle sont cause de grâce au second sens; non au premier, qui appartient exclusivement à Dieu.

f)8

SOMME TUKOLOCiQUÈ.
Qu'il s'agisse,

dans

cet

enseignement de saint Tliomas, d'une

véritable causalité physique,

pour
point

les

sacrements,

la

chose est

manifeste,

et

ne peut pas raisonnablement être mise en doute.
là,

Aussi bien

la difficulté n'est

quand

il

s'agit

de déter-

miner

la

pensée du saint Docteur. Elle
se

est toute entière

en ceci,

qu'on peut
Le doute

demander
motivé par

Jasrja'oà s'étend,
la

pour saint Thomas,
la

l'aclion instrumenlale

du sacrement dans
la

production de

grâce.

est

manière dont s'exprime
ses écrits.
les

le saint

Docteur en plusieurs autres de
C'est ainsi
dist. I, q.
la
I,

que dans son Commentaire sur
art,
/i,

Sentences (in IV,

q'"

i),

il

ne

se contente pas
et

de distinguer

cause efficiente en cause principale
distinction qui se tire

en cause instrumenIl

tale,

du

côté de la cause qui agit.

ap-

porte une autre distinction,
reçoit chef,
l'action,
il

tirée, celle-là,

du

côté

du

sujet qui

ou plutôt du côté de

l'effet

produit; et de ce
Il

parle de cause dispositive et de cause perfective.

ap-

pelle cause dispositive, celle qui produit,
la

dans un sujet donné,
la

disposition ultime qui exigera l'introduction de

forme dé-

finitive,

mais ne produit pas
la

cette

forme elle-même. La cause
appelée par lui cause per-

qui produit

forme elle-même

est

fective. Un exemple classique, donné par le saint Docteur, fait comprendre la différence qui existe entre ces deux causes; et la raison de celte double sorte de causalité. L'âme humaine

n'est point tirée de la puissance de la matière; elle est

immé-

diatement créée par Dieu. Et voilà
dre son
fils

pourquoi

le

père qui engen-

n'est point cause,
Il

par

mode de

cause perfective,

de l'âme de l'enfant.

en est cause cependant par

mode de cause

dispositive, en ce sens qu'il

du corps de

l'enfant à

amène, par son action, la matière une disposition telle que Dieu, selon
dans ce corps,

l'ordre de sa Providence, doit intervenir et créer,

une âme raisonnable. De même, disait saint Thomas, dans son Commentaire sur les Sentences, pour les sacrements, par rappo)t à la grâce. En aucune manière, ils ne peuvent être dits
cause principale de
la

grâce

{loc. cit.,

ad

2"'")

;et c'est la

même
à

doctrine qu'il nous donne
ajoutait-il,
titre

ici

dans

la

Somme
les

Ihéologique. Mais,

dans son Commentaire sur

Sentences,

même

de cause instrumentale, nous ne dirons pas que les sacre-

Q. LXII.

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.
la

69

ments concourent à
produisent, à
titre

production de

la

grâce, par mode^ de
disposilive
:

cause perfective; ce n'est que par
ils

mode de cause

de cause instrumentale, dans l'àme

oii la

grâce doit être créée par Dieu, une disposition ultime qui appelle et exige cette création.

Telle est la doctrine de saint

Thomas dans

le

Commentaire

sur les Sentences. D'après cette doctrine, les sacrements,

même

à litre de cause instrumentale, n'atteindraient point, par leur
action, la grâce à produire.
Ils

n'atteindraient que la disposila grâce.

tion ultime qui appelle
ils

ou exige

De

cette disposition,
les

étaient,

pour saint Thomas dans son Commentaire sur
cette disposition était ce
le

Sentences, vraiment cause perfective, bien

que non principale,
que
les

mais seulement instrumentale. Et
nous appellerons
dans
les
le res et

sacranientum, qui sera

caractère,

sacrements qui produisent un caractère,

et,

pour
u

autres sacrements, ce que saint
certain
Ici,

Thomas

appelait alors

un

ornement de l'àme, ornatus cjuidani ». dans la Somme théologiqae nous ne trouvons plus
,

trace,

ni de cette disposition ultime appelant

la

grâce

et

qui serait ce
effi-

que
se

le

sacrement produit, ni de

la

distinction de la cause

ciente en cause perfective et en cause dispositive. Saint

Thomas

contente d'affirmer purement et simplement que
la

les sacre-

ments sont cause de
tale.

grâce par

mode de

cause instrumenla


le

Pourquoi ce silence ou

cette

omission dans
fort

Somme

théologique,

au sujet d'un point de doctrine

important,

semble-t-il, et

que

saint

Thomas
les

avait expressément enseigné

dans
La

Commentaire sur

Sentences?

difficulté

n'avait pas échappé à Gapréolus. Après avoir

cité in extenso la

doctrine du

Commentaire sur
de
«

les Sentences,

que, du

reste,

il

fait la

sienne entièrement, Gapréolus renvoie au

présent article de
la Vérité,

Somme

et à l'article

^i

la

question 27 de

disant qu'en ces deux endroits

similem sententiam

ponit, saint
t-il,

Thomas expose

le

même
les

senlimcnt,

sauf, ajoute-

que

là, il

semble dire que

sacrements atteignent, par
instrumentale,
la
la

leur action cflectivc, à titre de cause

grâce

elle-même, ne faisant plus mention de

disposition dont nous

avons parlé,

/H"6'i7«0(/ in [jnedictis locis

videtardicere (jaod sacra-

70

SOMME THEOLOGIQUE.
ejfeclive instrumenlaUler
».

menla pertingiml

ad ipsani graliam, non

faciendo nienilonem de disposilione

Cette dernière réflexion de Capréolus,

donnée par

lui

sous

forme dubitative,
rail,

et

d'après laquelle saint
les

Thomas enseignela

dans

la

Somme, que

sacrements atteignent vraiment,
de cause instrumentale,
la

par leur action effective, à

titre

grâce

elle-même, sans plus
mettait sur la voie de
se soit pas

faire
la

aucune mention de

disposition,

vraie solution, bien
cette voie et n'ait pas

que Capréolus ne
formulé
la

engagé dans
Il

solu-

tion vraie.

s'est

égaré, avec Pierre de la Palu, dans

une fausse
il

interprétation du
rait

mot
de
la

grâce.

Pour

lui, la

grâce, dont

s'agi-

dans
dite

l'article

Somme, ne

serait point la grâce proprela

ment
dans

ou

la

grâce sanctifiante; mais

grâce sacramentelle,

qui reviendrait
le

un peu à cet ornatus dont parlait saint Thomas Commentaire sur les Sentences. Une telle explication
le

ne peut être acceptée; parce que, nous
suivant, pour saint

verrons à

l'article

Thomas,

la

grâce sacramentelle n'est qu'une
l'a fait

modalité de
observer,
et,

la

grâce sanctifiante elle-même. Cajétan
il

sur ce point,
Il

a parfaitement raison.

Mais Cajé-

tan va plus loin.

infère de la manière dont s'exprime saint
a

Thomas, que le saint Docteur dans le Commentaire sur les
mentateur,
fice
il

modifié son sentiment et que

si

Sentences, faisant office de
ici,

comsenti-

s'est

rangé à l'opinion des autres,
il

faisant of-

de maître

et

exposant sa propre pensée,

a eu

un

ment bien autrement profond, longe allias sensil. Cajétan voit une preuve manifeste de cela dans la' place même qu'occupe la
question actuelle
Saint
et

dans

le litre

que saint Thomas
ce titre
:

lui

donne.

Thomas
l'effet

l'a

annoncée sous
la

de

l'effet

principal des

sacrements; réservant pour
lera

question suivante ce qu'il appelil

secondaire du sacrement et où

comprendra
fait

la

question du caractère. Cajétan conclut de ce
n)ent saint

qu'évidem-

Thomas n'entend pas
les

J)orncr l'action

du sacrement
il

à la production de cette disposition ultime dont

avait parlé

dans son Commentaire sur

Sentences et qu'il disait précisé-

ment

être le caractère
très

ou un certain ornement de l'âme. Cetle
convaincante. Saint TJiomas, en
les
efl'ct,

raison n'est pas

même

dans

le

Commentaire sur

Sentences, parlait de la pro-

Q. LXII.


la

DE L EFFET DU SACREMENT, QUI
grâce par
les

»ÎST

LA GRACE.

7I

duction de

sacrements,

et

il

ne limitait pas leur
la

causalité à la seule disposition

que Cajétan rappelle. Toute

différence était

que

les

sacrements produisaient

cette disposi-

tion à titre de cause instrumentale perfective, tandis qu'ils ne

produisaient
tive.

la

grâce qu'à

titre

de cause instrumentale disposila

Et donc, malgré la

marche de

question actuelle, malgré

les termes dont saint

Thomas
:

se sert

dans

le

présent article,

la

question demeure

quelle a bien été la pensée

du

saint Doc-

teur dans la

Somme? Pourquoi ne nous
si

parle-t-il ici

que de

la

causalité instrumentale des sacrements par rapporta la grâce,

sans rien nous dire de ce qu'il avait
leurs au sujet de la double causalité,
fective

nettement exposé

ail-

même

instrumentale, per-

ou

dispositive.
la

Le cardinal Billot estime que

doctrine de saint Thomas,

dans

la

Somme,

est la

même
Il

que

sa doctrine

dans

le

Commensi

taire sur les Sentences.

s'appuie sur cette raison, que

saint

Thomas

avait voulu modifier sa pensée, à plus forte raison se
il

rétracter,

nous aurait prévenus,
toujours

comme
il

il

le fait

en d'autres

circonstances. Sans doute; mais

serait difficile
Et, dès lors, s'il

de prouver
y a d'autres
ici.

que saint Thomas

l'a

fait.

exceptions, pourquoi n'en admettrions-nous pas

une de plus

Une seconde
Il

raison

du cardinal
la

Billot serait plus embarrassante.

fait

observer que
les

même
la

doctrine, qui est celle

du Comad
S""').

mentaire sur
les

Sentences, est la

même

expressément dans
3, art. 4,

Questions disputées de
le

Puissance (q.

Or, ajoute

cardinal Billot, c'est à peu près dans
la

le

même

temps que saint Thomas écrivait
la

question de
lors,

la

Puissance el

Somme. Comment admettre, dès

que

la

doctrine soit
ré-

différente dans l'une et dans l'autre.

A

cela
la

nous pouvons

pondre que ce passage des questions de
l'un de ceux

Puissance n'est pas

où saint Thomas
C'est

traite la

question ex professa. Le

mot

cité

par
6""".

le cardiïial Billot est tiré

d'une simple réponse,

d'un ad
lusion à

comme

par hasard que saint
:

Thomas

fait alla

la

causalité des sacrements

«

Dans l'œuvre de
et,

jus-

tification, dit-il,

l'homme coopère
les

à titre ministériel

seulement,
les sacre-

par cela qu'il applique

sacrements;

par suite,

ments étant

dits justifier

par

mode de cause instrumentale

et

72

SOMME TIIEOLOGIQUE.
au

disposilive, la solution revient

même

avec

la

solution pré-

cédente
la

».

Or, précisément, la réponse précédente avait trait à
la

production de l'âme raisonnable. Dans cette question de
effet,

Puissance, en
si

ce

qu'examine saint Thomas,
à

c'est

de savoir

une créature peut servir d'instrument
Il

Dieu dans

l'acte créa-

teur.

s'était

donc

fait la difficulté

des parents qui concourent
;

à

la
il

production de l'âme raisonnable pourtant créée par Dieu
répond, selon que nous l'avons déjà
la

et,

dit,

que

l'action des
elle

parents ne va pas jusqu'à produire

forme ultime;
cette

ne

fait

que causer une

disposition qui exigera
ici

forme.

Saint
la

Thomas

rappelle

que, pour

les

sacrements, par rapport à

grâce, à supposer que la grâce fût créée

comme
;

l'est

l'âme hudit-il,

maine, on pourrait

faire

la

même

réponse
la

car,

les

sacrements sont tenus pour causes de
instrumentale dispositive.

grâce par

mode de cause

Que

telle soit

bien

la

portée de cette réponse dans la question

précitée de la Puissance, nous en avons la preuve décisive dans

une réponse de
par saint
réponse, Vad
le

l'article 3

de

la

question 27 de
questions de
la

la

Vérité, écrite

Thomas
S*"'",

bien avant
est le trait

les

Puissance. Cette

de lumière qui éclaire tout dans

problème

si

délicat qu'il s'agissait de résoudre au sujet delà

vraie pensée de saint

Thomas sur

la^juestion, importante entre
la grâce.

toutes, de la causalité des
L'article d'où se tire la

sacrements par rapport à

réponse que nous signalons
la

est or-

donné
titre

à

prouver que nulle créature ne peut causer
effective.

grâce à

de cause principale, ou

Les objections voulaient

prouver
créé,

le contraire, c'est-à-dire

que, dans l'ordre du

monde
et
g",

on 'pouvait trouver des
la
il

êtres

qui seraient purement
ces objections, la

simplement cause de
demandait pourquoi
disait-elle,

grâce.

Une de
la

se

ne serait pas possible à un être créé de
grâce.

causer purement et simplement
parce que
la

Ce

serait peut-être,
la

grâce n'étant point tirée de

puis-

Kance de

la

matière, elle ne peut être produite que par voie de
la

création; or,

création, supposanllc
infinie,

passagedu néantà

l'être,

demande une puissance
qui sépare
l'être

comme

est infinie la distance

du néant.

Mais l'objection n'acceptait pas
et,

cette dernière

conséquence;

tout en admettant qu'en effet

Q. LXII.
!a

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.
elle essayait

"3

grâce est créée,
la

de prouver que cette nécessité

de

création n'empêchait pas qu'une créature put être cause

de

la grâce.

Dans

sa réponse, saint

Thomas

n'a

aucune peine

à

montrer

ce qu'il y a de faux et d'impossible dans la seconde partie de
l'objection
;

et,

conformément
il

à la doctrine exposée dans

le

corps de

l'article,

refuse à toute créature la possibilité d'être
la grâce,

purement

et

simplement cause de

pour

ce

nouveau

motif qu'aucune créature ne peut créer, contrairement à ce que
prétendait l'objection.
saint

Mais, avant de

faire

cette réponse,

Thomas

présente une observation qui doit être pour nous
Il

d'une grande importance.

prévient qu'on aurait tort de s'apraison que formulait
la

puyer outre mesure sur
n'étant pas tirée de

la

première
la

partie de l'objection. Cette raison consistait à dire
la

que

grâce,

puissance de

la

matière, ne peut être

produite que par voie de création. Et
disait
Il

c'est,

en

effet,

ce qu'on

communément dans
admis par tous que
saint

l'École,
la

du temps de

saint

Thomas.

était

grâce était causée dans l'âme par

voie de création proprement dite. Capréolus lui-même,
cle et

un
t.

siè-

demi après

Thomas,
la

paraît avoir toujours
la

la

même
Vil,

conception au sujet de
p. 23).

production de

grâce

(cf.

On

apportait volontiers l'exemple de l'âme humaine.
étaient assimilés, identifiés. Et
s'agissait de la

Les deux
cela

modes de production

nous explique pourquoi, lorsqu'il
la

producla

tion de

grâce, on avait tant de peine à admettre
si

que

créa-

ture y pût avoir une part quelconque,

ce n'est à titre de cause

instrumentale dispositive. C'est, en

effet,

tout ce qu'on pou-

vait accorder à la causalité des agents créés.

Dieu seul causait

immédiatement

la

grâce dans l'âme, coEnme lui seul cause
à
la

recevoir, Mais, de

immédiatement l'âme raisonnable dans le corps disposé même que l'action des parents a pour
le la

effet

de causer, dans

corps de l'enfant, cette disposition ultime
création de l'âme,

qui exigera l'intorvention de Dieu pour
(le

même

l'action

d'un instrument,
effet

cl

spécialement des sacre-

ments, avait pour

de produire dans l'âme une certaine
la

disposition qui appelait et exigeait
Tel était,

création de

la

grâce.

du temps de

saint

Thomas, l'enseignement courant

'j'\

SOMME THÉOLOGIQUE.
l'Ecole. Ceux-là

dans

même
et

qui accordaient

le

plus à

la

cau-

salité des

sacrements

qui

ne voulaient pas se contenter,

pour
ticle

les

raisons que nous a rappelées saint
la

Thomas dans

l'ar-

de

Somme, de

la causalité

ramenée

à

une simple condiet

tion sine qaa non,

n'allaient qu'à

une

causalité instrumentale

dispositive. C'est tout ce qu'on croyait
la

pouvoir accorder;
tenait

chose s'imposait, en
la

effet,

étant

donné qu'on

pour
l'âme

indubitahle que

grâce était créée

comme

est créée

humaine.
Mais saint

Thomas

avertissait ici,

dans Vad

U'""

de

la

Vérité,

que

l'on aurait tort de faire
la

un trop grand fond sur
«

cette rai-

son de

création de la grâce.
:

fila ratio,

disait-il,

nonest us-

queqaaqae sufficiens
vaincante
». Il

cette raison n'est pas

de tout point con-

explique nettement que d'être créé n'appartient
c'est d'eux, à

en propre qu'aux êtres qui subsistent;

parler, qu'on dit qu'ils sont, et qu'ils sont faits.

proprement Quant aux for-

mes non

subsistantes,

qu'il s'agisse des
a

formes substantielles

ou des formes
concreantar

accidentelles,

elles

ne sont pas, à proprement
:

parler, créées; elles sont concréées
»
;

non proprie creantur, sed
l'être
Il

pas plus d'ailleurs quelles n'ont

en

elles-

mêmes
faisant

:

elles

n'ont

l'être

qu'en un sujet donné.

est très vrai

qu'elles n'ont pas

une matière d'où
mais
de laquelle
elles

elles soient tirées elles

comme

partie d'elles-mêmes;

ont une matière où
et

elles sont reçues,

dépendent

par

la

mutation
si

de laquelle elles sont elles-mêmes amenées à
que, pour
elles, être faites, c'est, à

l'être;

bien

proprement

parler, voir leur

sujet se modifier. Et qu'on n'objecte pas, ajoute saint

rappelant l'exemple

et

la

comparaison classique,
il

Thomas, donné par
effet,

tous, de son temps, quand

s'agissait

de

la

grâce, la produc-

tion de l'âme raisonnable dans
est

l'homme.
il

« Cette

âme, en

une forme subsistante;
qaae
est

et

donc,

lui
:

appartiendra, à

elle,

d'être créée,
tionali,

au sens propre de ce mot

seciis est

de anima racreari con-

forma
saint

suhsistens

;

unde proprie

ei

venu

».

Voilà donc

Thomas nous
la
\

avertissant expressément,

dans

la

question de
la

érilr, (pi'il

ne

se
;

méprend pas sur

la

portée de

raison citée par l'objection

et

qu'on pourrait, par

Q. LXII.

DE l'effet DU SACllEMENT, QUI EST LA GRACE.

76

conséquent, exprimer bien des réserves au sujet de l'application qui en est faite dans la question de la production de la
s-râce. Mais,

comme

cette raison est

universellement acceptée,

et

manière dont on parle ordinairement, il va donc résoudre l'objection dans le sens que cette raison suppose. Supposita lainen hcic ratlone, solvendam esl, etc.

pour

se

conformer

à la

Nous pouvons dire que nous avons
écrit

ici la clef

du

délicat proil

blème qu'il s'agissait de résoudre. Jusqu'au
son
traité des
s'est

moment où
et

a

sacrements dans
à la

\ai

Somme tliéologi(jae,

saint

Thomas
était

conformé
la

manière de penser

de parler qui

universellement reçue dans l'École.
question de
la

On

raisonnait, unila

versellement, dans

production de

grâce,

comme

si

la

grâce était immédiatement et directement causée

par Dieu

à l'inslar de

l'âme humaine. Dès

lors,

il

était

impos-

sible d'admettre

ment,
dant
les

même

à titre de cause instrumentale. Et
se

qu'aucune créature y put concourir directeparceque cepenrendaient bien compte que pour sauver
la foi,
il

les

Docteurs
et

documents

l'enseignement de
la

fallait attribuer

aux sacrements de
rapport à
très
la grâce,

loi

nouvelle une certaine causalité par

quelques-uns d'entre eux, n'estimant pas à
la

bon

droit,

que

simple causalité occasionnelle

ou

sine

qaa non fût suffisante, allaient jusqu'à admettre une vraie causalité instrumentale, mais seulement disposilive. Et l'élude de
la

production de l'âme humaine leur avait montré qu'en

ellot

l'on pouvait très

légitimement admettre
la

cette causalité dis-

posilive; puisqus la distinction de

cause active ou efficiente

en cause perfective et en cause disposilive était parfaitement

fondée en philosophie. De
la

là celte

distinction introduite, dans

théorie de

la

cause instrumentale appliquée aux sacrements.
dire

L'on pourrait
troduite dans

même
la

que
la

celle

distinction n'avait été in-

théorie de

cause instrumentale qu'à cause
et si l'on

de

la

difficulté

propre aux sacrements; car, au fond,
cas,
il

excepte cet

unique

semble bien que toute cause instrutoujours rappelé au sujet

mentale

soit

nécessairement cause perfective; sauf précisément

pour

le

seul cas

analogue
la

et ({ui

est

des sacrements, de
elTet,

production de l'âme humaine. Là, en

mais

seulement, semble-t-il,

nous avons une vertu

76

SOMME THÉOLOGIQUE.

instrumentale,

celle des forces

physico-chimiques

,

qui

agit en vertu de l'âme des parents et qui ne peut aller jusqu'à

atteindre directement l'àme de l'enfant, [jarce que celte
créée.
Si

âme

est

donc

la

grâce n'est point créée,
la

si

l'on ne peut pas,
la

au sens
la créa-

formel des mots, identifier
tion de l'âme
la théorie
la

production de

grâce à

humaine, nous n'aurons plus
la

à maintenir,

dans

de

la

cause instrumentale appliquée aux sacrements,

distinction de

cause perfective
et

et disposilive.

Nous n'au-

rons plus qu'à parler purement

simplement de cause instrusoi, et à la seule

mentale, toute cause instrumentale étant, de

exception d'une forme créée
perfective. Aussi bien, saint

telle

qu'est l'âme

humaine, cause
et de-

Thomas,
,

lorsqu'il arriva à cette

partie de la

Somme

Ihéologiqae

ayant dans sa pensée

vant ses yeux,
titre

la doctrine,

non plus simplement indiquée
dans
la

à

d'avertissement,
et

comme

question de

la

Vérité,

mais formellement

définitivement enseignée par lui dans la
traité olficiel

Prima-Secundœ de
q.
1

Somme, au
que
la
ici,

de

la
il

grâce

(cf.

10, art. 4,

ad

5"'"),

grâce nesl pas créée,

n'avait auqu'il l'ex-

cun besoin de signaler
tale. Elle était

non pas
Il

même pour dire
la

cluait, l'addition de di«posi7/ye

appliquée à

cause instrumen-

exclue ipso fado.
elîet,

n'y avait pas à en parler.

Et voilà pourquoi, en
la

nous ne trouvons plus ce mol dans
distinction qui l'expliquait dans
le

Somme

Ihéologiqae,
les

ni la

Commentaire sur
Mais, objecte
difier
le

Sentences.
si

cardinal Billot,

saint

Thomas

a

voulu mo-

son sentiment, pourquoi ne pas nous en avertir, ainsi
fait

qu'il le
rait

d'ordinaire.

Nous avons déjà répondu
qu'il ne le fasse pas

qu'il suffi-

que saint Thomas
fois,

n'ait

point pris à tâche de nous avertir

chaque
saint
la

pour expliquer
il

dans

la

cir-

constance actuelle. Mais

y a

une autre réponse. A
son sentiment.
il

vrai dire,

Thomas ne
fois.

modifie pas

ici

Il

l'expose pour
la

première

Partout ailleurs,

se

conformait à

manière

communément reçue de parler et d'écrire sur la causalité des sacrements. Vad de la question delà Vérité nous l'a prouvé. comme l'avait très jusDans cette même question, à l'article
'J'^"'

/i,

tement observé Gapréolus, on trouve un indice du

fait

qu'en

Q. LXII.

DE

L

EFFET DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.

'^7

se

conformant au sentiment communément reçu,
était loin

saint Tlio-

mas

de

le faire sien,

au

moment où

il

écrivait cet aril

ticle. C'est ainsi

que dans

le

corps deTarlicleoii

expose mail

gistralement

la

théorie de la causalité des sacrements,

ne

fait

aucune allusion

à la distinction de la cause efficiente en cause
Il

dispositive et en cause perfective.

parle

purement

et

simple-

ment de cause principale
cependant,

et

de cause instrumentale.
l'article,
si

Comme
avec
la
le fa-

même
de

en procédant, au corps de

réserve que nous venons de noter et qu'explique

bien

meux ad
qu'il

9'""

l'article

précédent,

il

n'entendait pas, ainsi

en

avertissait,

dans ce

même

ad

9""",

rompre encore avec

l'usage reçu, de
ticle 4,

vient que dans l'une des réponses de cet ar-

y ad

5'"", il

résout l'objection en se servant encore des

mots instramentorum dhponentiani. La

même

remarque vaut
faite toula

pour Vad
cisif

8"'"

des questions de
Billot. C'est

la

Puissance, qui avait paru dé-

au cardinal

une simple concession

jours à la manière

communément
la

reçue de s'exprimer sur

causalité des sacrements et sur les difficultés
causalité.

que soulevait

cette

Nous en avons

preuve dans

la

parité classique,
et

rappelée par saint Thomas, entre la production de la grâce
la

création de l'âme
la

humaine.

C'était toujours la
la

même
la

diffi-

culté et

même

manière de

résoudre.
la

Dans

Somme
la

théologique,

au contraire, étant donné

position définitive qu'a

prise saint

Thomas

à la fin de la

Prima-Sccundœ, touchant

production de
saint

la grâce, la difficulté

n'existe plus. Aussi bien
là,

Thomas

n'y fait

même
de

pas allusion. C'est donc

et là

seulement, dans

l'article

la

Somme

théologique

où nous voici

arrivés au cours de notre

Commentaire, que

saint

Thomas

ex-

pose,

pour

la

première

fois,

d'une façon magistrale

et défini-

tive, sa

propre pensée, qui devait nous donner cette splendidc
si

théorie de la causalité des sacrements

simple,

si

unifiée, et

si

profonde.

Nous trouvons, dans
sur
la

le

concile de Trente, quatre canons ou

définitions dogmatiques, qui précisent la doctrine de l'Église
causalité des sacrements de la
loi

nouvelle

et

font con-

naître, en les

condamnant,

les

principales erreurs qui s'opix)-

78

SOMME THKOLOGIQUR.

saient à la véiilé catholique. Le premier,

canon

5"

(dans

la ses-

sion VII), prononce l'anathème contre ceux qui diraient
«

ces sacrements
I)
;

ont été institués
0",

que uniquement pour nourla

rir la foi
« les

le

second, canon
la loi

contre ceux qui diiaient que

sacrements de

nouvelle ne contiennent pas

grâce

qu'ils signifient,
à

ou

qu'ils

ne confèrent pas

la

grâce elle-même
s'ils

ceux qui n'opposent point d'obstacle;
les

comme

n'étaient

que

signes extérieurs de

la

grâce reçue par
la

la

foi,

ou de

la justice, et

de certaines marques de

profession chrétienne

par lesquelles au milieu des
des infidèles »;
le

hommes
-",

les fidèles

sont discernés

troisième, canon

contre ceux qui diraient

que

«

par ces sortes de sacrements

la la

grâce n'est point donnée
part de Dieu,

toujours et à tous, en ce qui est de

même

si

on

les reçoit

comme
le

il

faut,

mais seulement quelquefois

et à

quelques-uns »;
raient
la

quatrième, canon 8% contre ceux qui dila loi

que
la

((

par ces sacrements eux-mêmes de

nouvelle,
la

grâce n'est pas conférée ex opère operato, mais que

seule

foi

en

promesse divine

suffit

pour obtenir

la

grâce

».

La formule contenue dans ce dernier canon doit être particulièrement remarquée
et

retenue. Elle s'oppose à la formule

ex opère operanfis. Et elle signifie que'la grâce produite dans

l'âme est due véritablement
titue le

à l'acte extérieur, rituel,

qui cons-

sacrement en lui-même;

elle n'est

point due seulement

à l'acte intérieur spirituel
le

que peut accomplir celui qui reçoit

sacrement.

Parmi les théologieus catholiques, même après cette définition du concile de Trente, il y a eu diversité de sentiments au sujet du mode dont la grâce est produite dans l'âme par l'acte extérieur, rituel, qui constitue le sacrement, ^ous avons vu le
sentiment de saint Thomas. La causalité des sacrements exposée par lui a pris le
à ce

nom
la

de causalité physique, par opposition

qu'on

a

appelé

causalité morale des sacrements, soutevéri-

nue par d'autics théologiens. Ceux-ci admettent bien une
table action
fpie <îetle

du sacrement dans
ils

la

production de

la

grâce, et

grâce est conférée par

les

sacrements eux-mêmes ex

opère operalo. Mais

n'admettent pas,
y

comme
causer

saint

Thomas,
Ils

que

le

sacrement agit sur l'âme pour

la

giâcc.

di-

Q. LXII.

DE l'effet du SACREMENT, QUI EST LA GRACE.

7g

sent qu'il agit sur Dieu

d'une action morale, non physiLui tout seul,
la

que

pour l'amener
ils

à produire,

grâce dans

l'âme. Et

expliquent celte action du sacrement sur Dieu par
le

l'union étroite qui existe entre
Jésus-Christ; ou encore par
clu entre Dieu
fois
le

sacrement

et les

mérites de

un

certain pacte qui aurait été confaisant qu'à

Père

et le

Verhe incarné,

chaque
Dieu
est

que

le

sacrement

est

posé

— ex opère
la

operato

moralement obligé de produire
que
celle-ci n'y

grâce dans l'âme, à moins

mette obstacle.

On ne

voit pas trop

raison de signe, ainsi que saint

comment une telle causalité diffère de la Thomas le faisait remarquer
a-t-il

au sujet de l'explication des théologiens de son temps qu'il a
rejetée.

Aussi bien n'y

pas de doute que la doctrine de

Thomas, telle que nous l'avons vue exposée par lui, dans l'aiticle de la Somme, n'est pas seulement la plus harmonieuse et la plus satisfaisante pour la raison théologique, mais qu'elle est encore la plus conforme aux textes scripturaires, patrislisaint

ques

et conciliaires.

Les sacrements de la

loi

nouvelle sont vraiment causes de

la

grâce. Par leur action de cause instrumentale, sous l'action de

Dieu cause principale,
l'âme du sujet qui

ils

produisent

la

grâce elle-même dans
quelle grâce s'agit-il?
les

les reçoit.

— Mais de

Que

faut-il

entendre par cette grâce que

sacrements produi-

sent, et qui,

en raison

même

de cela, est appelée du

nom

de

grâce sacramentelle. Dans quels rapports se trouve cette grâce

sacramentelle avec
et simple,

la

grâce proprement dite, ou
la

la

grâce pure

qui n'est pas autre que
et

grâce sanctifiante épanouie
et

en vertus

en dons. Ces deux grâces sont-elles une seule
a-t-il

même

grâce; ou y

quelque différence

:

et quelle est celte
et tel

différence. C'est ce qu'il
est rol)jel

nous faut maintenant examiner;
suit.

de l'article qui

8o

SOMiklE

THEOLOGIQUÈ.

Article IL
Si la grâce sacramentelle ajoute quelque chose au-dessus

de

la

grâce des vertus et des dons?
grâce sacramenla

Trois objections veulent prouver que
telle

a

la

n'ajoute point quelque chose au-dessus de
».

grâce des

vertus et des dons


n

La première dit que

«

par

la

grâce des

vertus et'des dons, l'âme est suffisamment perfectionnée soit

quant à l'essence de l'âme
quant
à ses puissances
la

»,

par

la

grâce elle-même, « soit

ou
;

facultés, par les vertus et les dons,
«

qui découlent de
été dit

grâce

comme

on

le voit

par ce qui a
Or, la

dans

la

Seconde Partie
la

{l"-2"^, q.

no,

art, 3, 4).

grâce est ordonnée à

perfection de l'âme.

Donc

la

grâce sala

cramentelle ne peut pas ajouter quelque chose au-dessus de
grâce des vertus
et

des dons

».

La seconde objection

fait

ob-

server que « les défauts de l'âme sont causés par les péchés. Or,

tous

les

péchés sont suffisamment exclus par

la

grâce des versoit contraire

tus et des
à

dons; car

il

n'est
la

aucun péché qui ne

quelque vertu. Donc

grâce sacramentelle, puisqu'elle est

ordonnée

à enlever les défauts
la

de l'âme, ne peut pas ajouter
et

quelque chose au-dessus de

grâce des vertus
«

des dons

».

— La troisième objection rappelle que
ch.

toute addition

ou sousaq/

traction dans les formes varie l'espèce,

comme

il

est dit

livre VIII des Métaphysiques (de S. Th., leç. 3; Did., liv.

VU,

m,

n. 8). Si

donc
la

la

grâce sacramentelle ajoute quelque
et

chose au-dessus de

grâce des vertus

des dons,
»

il
:

s'ensuit
le

qu'elle est appelée grâce dans

un sens équivoque
le

grâce, appliqué à elle, n'a plus

même
El,

sens qu'il a
la

mot quand on

l'applique à

la

grâce tout court, qui est
et

grâce sanctifiante,

épanouie en vertus
rien de certain

en dons. «
dit

par suite, on ne signifie

quand on
(ju'il
tel le

que

les

sacrements causent

la

grâce

».

Il

est aisé de voir l'intérêt que présentent ces objecs'agit ici

tions. Elles

montrent
la

de

la

grâce au sens propre
d'elle

de ce mot, de

grâce

qu'on l'entend, quand on parle

purement

et

simplement.

Q. LXII.

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.
« si la

8l

L'argument sed contra oppose que
telle

grâce sacramenla

n'ajoute point quelque chose au-dessus de
et

grâce des

dons

des vertus, c'est en vain que les sacrements seraient
et

conférés à ceux qui ont et les vertus

les

dons. Or, dans
il

les la

œuvres de Dieu,

il

n'est rien d'inulile.

Donc

semble que
la

grâce sacramentelle ajoute quelque chose au-dessus de
des vertus et des dons
».

grâce

Au

corps de

l'article, saint

Thomas

déclare que

«

comme

il

a

été dit

dans

la

Seconde

Partie (/"- 2"'^, q. iio, art. 3, 4). la grâce,

considérée en elle-même, parfait l'essence de l'âme, en tant
qu'elle participe
fait

une certaine similitude de

l'être

divin

»

:

elle

que nous sommes, par participation,
par
elle,

ce qu'est

Dieu par

nature;

notre être est surélevé à l'ordre

même

de

l'Être divin.

De

vient qu'elle affecte directement l'essence de

notre

âme

;

car c'est l'essence de notre

âme

qui dit un rapport
l'agir et

direct à l'être. Si, au contraire,

nous parlons de
mais

non
ses

plus de
sidérer,

l'être,

nous aurons,

comme

principe immédiat, à conses facultés

non pas

l'essence de l'âme,
a

ou

puissances. Aussi bien,
lent ses puissances, de

comme de l'essence de l'âme découmême de la grâce découlent aux puiset

sances de l'âme certaines perfections, appelées vertus

dons,
».

qui perfectionnent

les

puissances par rapport à leurs actes

Voilà donc la raison d'être et l'économie de la grâce en elle-

même

et

des vertus ou des dons qui se rattachent à cette grâce.
et les vertus et
les

La grâce perfectionne l'essence de l'âme;

dons perfectionnent
qu'elles soient à

les

puissances ou facultés de l'âme pour

même
les

d'agir selon qu'il convient à l'être divin
fait

que donne

la grâce.

La grâce

par participation;

vertus et

que nous sommes des dieux les dons nous donnent de pouà l'être divin qui est désor-

voir agir en dieux,

conformément

mais
effets

le nôtre.

<(

Or, les sacrements sont ordonnés à certains
la vie

spéciaux nécessaires dans

chrétienne

:

c'est

ainsi

que
fait

le

ba[)lêmc est ordonné à une certaine régénération qui
vices
cl devient
est

que l'homme meurt aux
»,'

mettibre du

Christ
cial,
la

incorporé à Lui

:

((

effet

qui

quelque chose de spéet la

en plus des actes des puissances de l'âme;

raison est

même
Wll.

dans

les autres

sacrements

»,

chacun d'eux étant or<3

Les Sacre me II Is.

82

SOMME TIIEOLOGIQUË.
à

donné

un

effet spécial

surajouté. «

De même donc que

les

vertus et les dons ajoutent, au-dessus de la grâce prise dans

son acception

commune, une

certaine

perfection ordonnée

déterminément aux
tion

acles des puissances;
la

de

même

la

grâce

sacramentelle ajoute au-dessus de

grâce prise dans son accep-

commune

»,

c'est-à-dire selon qu'elle affecte
« et

directement
»,

l'essence de l'âme,

au-dessus des vertus
«

et

des dons

qui

découlent de celte grâce,
nir
la fin

un

certain secours divin pour obtela et

du sacrement.

Et,

de cette manière,
la

grâce sacrades dons
».

mentelle ajoute au-dessus de

grâce des vertus

Nous allons revenir sur

cette doctrine
le

de saint Thomas; et
ici,

nous rapprocherons de ce que
qu'il enseigne, sur le

saint Docteur nous dit

ce

même

sujet,

dans

ses autres écrits. Mais,

auparavant, lisons
de
la

la

réponse aux objections du présent article
des dons

Somme.
accorde que
c(

Vad primum
quant
effets

la

grâce des vertus
les

et

perfectionne suffisamment l'essence et

puissances de l'âme

à l'ordination générale des actes. Mais,

quant

à certains
il

généraux qui sont requis dans
»,

la

vie chrétienne,

est

requis
u

pour perfectionner l'essence
».
«

et les

puissances de l'âme,

la

grâce sacramentelle
dit

h'adsecandum
et

que

par

les

vertus

et les

dons

se

trouvent

suffisamment exclus
retenu de

les vices et les
les

péchés, quant au présent
vertus et les dons

au futur; pour autant que par mais dont

l'homme

est

pécher. Mais, quant aux péchés passés, dont
les

l'acte passe,

conséquences demeurent, un remède
les

spécial est apporté à

l'homme par
que
«

sacrements

».

Vad
est à la

lertium déclare

la

raison de la grâce sacramentelle

grâce prise dans son acception

commune
que
«

»

ou selon
découla rai-

qu'elle affecte l'essence de l'âme en telle sorte

d'elle

lent dans les puissances les vertus et les dons,

ce

que

son d'espèce
dit point

est

au genre. De

même donc

que Vanimal ne

se

d'une façon équivoque de l'jpnimal pris dans son acet

ception
aussi
la

commune

de l'animal pris pour

rhomme;
la

de

même
grâce

grâce ne se dit point d'une façon équivoque de
acception

la

prise dans son
telle ».

commune

et

de

grâce sacramen-

Q. LXII.

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.
l'article

83

Le point de doctrine exposé dans
de
lire a été

que nous venons
ses écrits

touché ou exposé en plusieurs autres de

par saint Thomas. Nous allons nous y reporter, afin d'avoir aussi parfaitement que possihle la pensée vraie du saint Docteur sur cette question très délicate et souverainement importante.

Dans son Commentaire sur
q.
I, art. 6,

les

Seniewes,
si

liv.

II, dist.

2G,

saint

Thomas

se

demande

la

grâce est multiple

dans rame. Après avoir signalé

et écarté- diverses explications

données dans
ces
la

les Écoles,

il

conclut, au corps de l'article, par

mots

:

«

Et c'est pourquoi d'autres disent mieux, savoir que

grâce est une seulement, non multipliée,
:

mais

les

vertus

sont plusieurs

et ces

vertus appartiennent à
la

un autre genre,
la
:

bien qu'elles procèdent de

grâce

;

comme aussi les puissances
et

de l'âme procèdent de l'essence une,
puissance
tjue les
et la

cependant
la

raison de
ce qui fait

raison d'essence n'est pas

même

puissances se multiplient, tandis que l'essence demeure
et

seulement une;

toutes les puissances s'unissent en ce qui

leur convient selon qu'elles se trouvent dans

une

telle

essence

»,

elles

ont toutes leur racine;

«

mais

elles se
»,

distinguent se-

lon les diverses raisons des puissances

tirées

elles-mêmes

des divers actes auxquels ces puissances se trouvent ordonnées.
«

De même

aussi

pour

les

vertus

:

elles

conviennent dans

la

raison de principe de mérite, qui leur convient selon qu'elles

émanent de
Parmi
article,
il

la

grâce; mais elles diffèrent selon leurs raisons
».

propres, en tant qu'elles sont vertus
les

objections que
était
les

le

saint Docteur se posait dans cet
ainsi formulée
:

en

une,

la 5',

«

La grâce
a

est
»,

donnée dans
par exemple,

divers sacrements, et

quand on

l'une

celle

du baptême,
la

«

on

n'a point l'autre », par
«

exemple,

celle

de

confirmation ou de l'Eucharistie.

Or,
est

toutes les choses qui sont entre elles de telle sorte

que l'une

sans l'autre, doivent constituer un

nombre

et être distinctes.

Donc
A

il

semble

(pic la

grâce ne demeure point une, mais qu'elle
».
:

est multipliée

dans son essence

cette objection, saint

Thomas répond

«

La grâce, dans

les

divers sacrements, est donnée pour divers elTcts, selon que

du

84

SOMME THÉOLOGIQUfi.
»

péché s'ensuivent plusieurs infirmités
pourquoi, de

spirituelles, « contre

lesquelles surtout les grâces sacramentelles sont ordonnées. Et
c'est

même

qu'une vertu

diflere

d'une autre vertu

par cela qu'elle est ordonnée à un acte divers, de

même
Il

aussi

une grâce sacramentelle
que

diffère

d'une autre grâce sacramentelle
effets divers.

par cela qu'elle est ordonnée à des

suit de

comme

la

multiplication des vertus n'entraîne pas la mul-

tiplication de la grâce, pareillement aussi la multiplication des

sacrements n'entraîne pas

la

multiplication de la grâce dont

nous parlons maintenant, attendu que ces perfections elles-mê-

mes qui sont conférées dans
taines

les

divers sacrements sont de cer-

émanations de
les

celte grâce

dont nous parlons maintenant,

comme
de

vertus elles-mêmes. Mais parce qu'elles n'ont pas
»

noms propres
Il

qui

les

désignent,

cause de cela on
est

les appelle,

en

comme les commun, du nom de
Thomas
elles
fait

vertus,
la

«

à
».

grâce

impossible de ne pas reconnaître que dans ce passage
Sentences, saint

du Commentaire des
que
les

des grâces

sa-*

cramenlelles des perfeclions qui appartiennent au
vertus et découlent

même

genre

comme

de

la

grâce sancli-

fiante.

Nous allons retrouver

la

même

doctrine dans

un autre article

du
q.

même Commentaire sur les
I,

Sentences où saint

Thomas
liv.
«

traite
i,

ex professa la question qui nous occupe. C'est au
art.
4, q'" 5.

IV, dist.
la

Le saint Docteur veut établir que
celle

grâce

qui est dans

les

sacrements diffère de
».

qui est dans
il

les ver-

tus et les dons

Avant de prouver son sentiment,
et

donne,

en

les

opposant, trois raisons contre
qui sont
les

deux raisons pour.
la

— Des
grâce

trois raisons contre,

objections,
les

première déest la

clare

que

la

grâce qui est dans

sacrements

.sanctifiante; car elle
le

rend digne de

la vie éternelle,

comme on

voit dans le baptême. Or, la giâce sanctifiante est une seule:

ment

ce qui ressort

manifestement de

l'unité

du

sujet, qui est

l'essence de l'âme, et de l'unité de

l'effet,

qui est de rendre
les verc'est la
d

agréable
tus et les

à

Dion. Donc, puisque
est la

la

grâce qui est dans
il

dons

grâce sanctifiante,

semble que
dit
les

mêmegrâce

ici et là ».

Une seconde objection
la

que

l'un

s'oppose à l'un. Or, tant

grâce qui est dans

sacrements

Q. LXII.

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.

85

que

la

grâce qui est dans les vertus est opposée au péché, puiset l'autre détruit le

que Tune
grâce
».

péché.

Donc
fait

ce n'est

qu'une
«

même

La troisième objection dans
la
la

observer que

c'est le

même mouvement,
tre le

nature, qui va

du point de départ

au point d'arrivée. Or,
péché;
la

grâce sacramentelle est ordonnée conet

grâce des vertus

des dons, à perfectionner

l'âme et à l'unir à Dieu.

Donc

c'est la

même grâce qui est

dans

les

sacrements». — A ces objections, saint Thomas, avant de répondre,

oppose deux arguments.

— Le premier dit que «la grâce dan
a,
il

s

le sacrement n'est donnée qu'à celui qui approche sans fiction. Or, celui qui approche ainsi a déjà la grâce des vertus. Puis

donc qu'on ne donne
grâce qu'il reçoit dans

à
le

personne ce qu'il

semble que

la

sacrement

est autre ».

Le second

argument

dit

que

«

les

vertus et les

dons sont connexes en
le

raison de la grâce. Or, les sacrements ne
n'est point la

sont pas.

Donc

ce

même

grâce, ici et là ».

Après avoir produit ces arguments en sens contraire, saint

Thomas répond, au

corps de

la solution,

comme

il

suit

:

«

La

erâce sanctifiante est une, et elle est dans l'essence de l'âme comme dans son sujet, et d'elle découlent les vertus et les dons

pour perfectionner

les

puissances de l'âme,
;

comme

aussi les

puissances découlent de l'essence

et ces vertus se

distinguent

selon les divers actes pour lesquels doivent être perfectionnées
les

puissances dtv l'âme. Pareillement aussi, de cette grâce qui

est
les

dans l'essence de l'âme découle quelque chose pour réparer défauts qui ont résulté du péché; et ceci se diversifie selon
»

4a diversité des défauts

à réparer. « Mais, parce

que

ces sor-

tes de défauts ne sont pas

connus
à

à la

manière dont nous conperfectionnent
effet
»

naissons
les

les actes

en vue desquels
«

les vertus

puissances de l'âme,
le

cause de cela, cet
le

destiné à
spécial
est dit

réparer

défaut

»

laissé
il

par

péché,

« n'a

pas de nom
et
il

comme
la

la

vertu, mais

retient le

nom

de sa cause
les
«

grâce sacramentelle, à laquelle directement
:

sacremenls

sont ordonnés

laquelle

»

grâce sacramentelle

ne peut pas

être sans la grâce qui regarde l'essence de l'âme,
la

comme

aussi

vertu. Toutefois, la grâce qui est dans l'essence de l'âme ne
les

peut pas être sans

vertus; et voilà pourquoi les vertus ont

86

SOMME THÉOLOGIQUE.

leur connexion en elle. Mais elle peut être sans la grâce sacra-

mentelle;

et à

cause de cela

les

grâces sacramentelles n'ont
la

pas de connexion. Par où l'on voit que

grâce que

le

sacreles

ment contient directement
cette grâce par

diffère de la grâce qui est

dans

vertus et les dons; bien que les sacrements contiennent aussi

une certaine continuation

».

Répondant ensuite aux objections, saint Thomas dit, au sujet de la première, que « la grâce sanctifiante, selon qu'elle est dans l'essence de l'âme, est une mais selon qu'elle se répand
;

à l'effet
les

d'enlever les défauts des puissances et à perfectionner
». Il

puissances, elle se multiplie

plus clair

que
la

cette réponse,

en ce qui
:

ne saurait y avoir rien de est de la pensée de saint

Thomas
tus,
elles

sur

grâce sacramentelle
la

pour

lui,

cette grâce est
le

une dérivation de
par
les

grâce sanctifiante,
les

comme

sont

les ver-

ordonnée à enlever

défauts des puissances laissées en

péchés passés,

comme

les

vertus sont ordonnées à
et

perfectionner ces

mêmes

puissances en vue du bien à faire

du mal
«

à éviter soit présentement soit dans l'avenir.
la

La

réponse à

seconde difficulté précise encore cette doctrine.
le

La grâce des vertus s'oppose au péché, selon que

péché

contient
telle s'y

un désordre de
». C'est

l'acte; tandis
le

que

la
le

grâce sacramenbien naturel des

oppose selon que

péché blesse

puissances
tes

donc

à guérir les blessures de la nature faila

par

le

péché qu'est ordonnée directement
Saint

grâce sacramensens, en répon-

telle.


la

Thomas

insiste dans ce

même

dant à

troisième objection, a L'éloignement du péché, selon

qu'il s'oppose à la vertu, et l'approche à la perfection

de

la

vertu appartiennent à

la

même

grâce; mais
la

non l'éloignement
:

du péché sefon que
quiert
die corporelle
»

le

péché blesse

nature

parce qu'il re-

un remède spécial, comme on
:

le voit

aussi dans la mala-

avant qu'on

ait été

malade, une nourriture
prévient
la

saine conserve

ou augmente
maladie
est
la

les forces et
il

maladie;

mais quand

la

survenue,

faut des

remèdes spé-

ciaux destinés à guérir

nature que

le

mal

a atteinte et altérée

ou bouleversée.

Dans

les

Qaeslions disputées, qui ont pour

titre

général de

la

Q. LXII.
Vérité, la

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.
la

87
5 de

question 27 s'occupe de

grâce.
si
Il

A

l'article

cette question, saint
il

Thomas

se

demande
un
se

dans un seul
se

homme

n'y a qu'une seule grâce sanctifiante.

pose dix-huit obil

jections voulant prouver que dans

seul

homme

n'y a pas
il

qu'une seule grâce sanctifiante, mais qu'au contraire
plusieurs. Les objections 12, i3,
i/j,

y en a

rapportent au point de

doctrine qui nous occupe. Elles sont formulées

comme

il

suit.

«

Les sacrements de la nouvelle loi sont cause de la grâce.

Or, les divers sacrements ne sont pas ordonnés à

un même

efl'et.

Donc
par

il

y a diverses grâces dans l'homme, qui sont conférées

les divers

sacrements

».

u

Mais on dira peut-être que
l'effet

les

sacrements qui suivent ne sont pas conférés à

d'amener

une autre grâce, mais pour augmenter celle qu'on a déjà. parce que l'augmentation de la Cette réponse ne vaut point grâce ne change pas l'espèce de la grâce. Si donc la proportion
:

des causes est selon
cette réponse,

la

proportion des

effets,

il

s'ensuivrait, de

que

les

sacrements en question ne diffèrent point

d'espèce »;

chose qu'on ne saurait admettre.

«

On

dira

peut-être que les sacrements diffèrent d'espèce en raison des

diverses grâces gratuitement données qui sont conférées dans
les

divers sacrements et sont les effets propres des sacrements.
Ici

encore,

la

raison ne vaut point

:

parce que

la

grâce

gratuitement donnée ne s'oppose pas à
Puis donc que
les

la

coulpe ou au péché.
la

sacrements sont ordonnés surtout contre
il

coulpe ou

le

péché,

semble que
les

les effets

propres des sacredistinguent »
les

ments, en raison desquels

sacrements
les

se

uns des autres,
nées
».

i(

ne sont point

grâces gratuitement don-

A

ces trois objections graduées et qui se

l'autre, saint
dit-il,

Thomas répond

tout d'une fois
les

commandent l'une — u De même,
:

que

les

diverses vertus et

dons divers du Saint-Esprit
effets

sont ord<jnnés à des actes divers; ainsi les divers

des

sacrements sont
cipations de
la

comme

divers remèdes

vertu de la Passion

du péché et des partidu Seigneur, qui dépendent

de

la

grâce sanctifiante

les vertus et les
les actes

dons ont un
ils

comme les vertus et les dons. Mais nom spécial en raison de ce que

auxquels

sont ordonnés sont manifestes; et aussi

88
bien

SOMME THEOLOOIOUE.

va pas de

même selon le nom ils même des défauts
et

se
»

distinguent de
traces
:

la

grâce.

Il

n'en

ou des

«

du péché, contre
des sacrements

lesquels les sacrements sont institués

ces défauts sont ca-

chés»
grâce

nous échappent.

«

Aussi bien
ils

les effets

n'ont pas de
:

nom

propre, mais

sont appelés du

nom

de
et,

on

les appelle,

en

elï'et,

des grâces sacramentelles;
se

en raison de ces grâces,

les

sacrements

distinguent

comme
effets.

en raison de leurs
tiennent à
Il

effets

propres. Toutefois, ces effets appar-

la

grâce sanctifiante, laquelle est jointe à ces

suit de là qu'avec leurs effets propres, les

sacrements ont un

effet
le

commun

qui est

la

grâce sanctifiante, laquelle, aussi, par
l'a

sacrement, est donnée à celui qui ne
l'a

pas, et

augmentée

en celui qui

déjà

».

Rien de plus

clair ni de plus explicite
il

que

ces textes. Cajétan
l'article

lui-même en convient. Mais

veut que dans
ait

de
il

la

Somme

théologique, saint
le

Thomas
saint

changé

d'avis;
la
la

et

dit

que, dans cet article,

Docteur rattache

grâcesacragrâce sanctigrâce sancti-

mentelle [non pas à
fiante et

la

grâce habituelle qu'est

que sont

aussi, en

dépendance avec
;

la

fiante, les vertus et les

dons

mais à ce secours spécial de Dieu,
la
il

appartenant, lui aussi, au genre de
tuelle.

grâce, qu'est la grâce ac-

Le mot auxiiiam, sur lequel

appuie toute son argule

mentation, ne saurait être entendu dans

sens qu'il lui prête,
la

puisque saint Thomas, dans son

traité
la

de

grâce, appelle

du

nom

de aax'dhim dimnam,

même
les

grâce sanctifiante ou habil'article

tuelle. Et,

sans aucun doute possible, dans

delà 5o/nme

Ihéologlque,

comme

dans

passages de ses autres écrits que

nous avons reproduits,
dons, se rattachant,
sanctifiante.
croît

le saint

Docteur

fait

de

la

grâce sacraet les

mentelle une perfection du

même
les

ordre quelles vertus
la

comme

vertus et les dons, à

grâce
sur-

Tout

le

prouve dans

cet article. S'il fallait
le

un

depreuve

à cette vérité,

nous

trouverions dans ce que

saint

Thomas

déclare, quelques questions après, dans le traité
q. 72, art, 7. Il se

de

la

Confirmation,

pose une objection, dans
:

cet article 7, la troisième,

qui est ainsi conçue

« la

grâce

sanctifiante ne diffère point d'espèce, étant

ordonnée

à

un même

Q. LXII.
elïet.

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LV GRACE.

89

Or, deux formes de

même

espèce ne peuvent pas être dans
la
il

un même rée à l'homme par

sujet. Puis donc que
le

grâce sanctifiante est confé-

baptême,

semble que par

le

sacrement

de confirmation, qui n'est conféré qu'à
grâce sanctifiante n'est

un homme baptisé, la point conférée ». Nous reconnaissons
trois objections

dans

cette objection le

résumé des
la

de

la

ques-

tion 27 de la Vérité;

avec ceci encore qu'elle est

formulée en
:

termes plus expressifs. Voici
«

réponse du saint Docteur
l'article
la

Gomme

il

a été dit (et

il

renvoie à

de

la

question

62), la

grâce sacramentelle ajoute en plus de

grâce sanctifiante

prise dans son acception

commune, quelque chose qui produit
le

un
la

effet spécial, ce à

quoi

sacrement

est

ordonné.

Si

donc

grâce conférée dans ce sacrement est considérée quant à ce

qui est avec

commun

» et

qui est la grâce sanctifiante elle-même
grâce conférée « par
est accrue.

les vertus et les

dons, « de ce chef par ce sacrement nest
»

pas conférée quelque autre grâce que
le

la

baptême; mais celle qui
qui

était

auparavant

Que

si

elle est

considérée quant à ce quelque chose de spécial qui est
»

surajouté
spécial
l'effet

et

est la

perfection ordonnée contre certain effet
grâce, parce que

du péché, appelée du nom général de
le

contre lequel elle est ordonnée nous échappe et n'est pas sont les actes des vertus
espèce avec elle
et

conuu de nous, comme
((

des dons,

alors elle n'est pas de
la

même

», c'est-à-dire

avec

grâce du baptême.

Ainsi donc, pour saint
qu'il ait
est

Thomas, dans
la

tous ses

écrits,

sans

jamais varié en rien là-dessus,

grâce sacramentelle

une perfection du
sanctifiante.

qui sont eux-mêmes du

ou

même ordre que les vertus et les dons, même ordre que la grâce habituelle En même temps qu'il formulait cette conclusaint Docteur nous avertissait de la dinicullé

sion très nette,
spéciale

le

tion. Elle

que nous avons pour préciser la nature de cette perfecéchappe à nos piiscs et nous ne pouvons pas la dé-

signer par un
rive
ler

nom

(jui lui

convienne en propre,

comme

il

ar-

pour

les

verUis et les dons. Nous

sommes

réduits à l'appesaciuimcnlcllc,
la

du nom
la

généi'al de (jràcc, ajoutant le
la

mot

pour

distinguer de

grâce proprement dite, qui est

grâce

QO

SOMME THEOLOGIQUE.

sanctifiarilc, à laquelle,
elle dérive,

du

reste, elle se rattache et
les

de laquelle
les

comme

en dérivent aussi

dons

et

vertus;

mais à un autre
sanctifiante,

titre.

Les vertus et les dons dérivent de la grâce
des perfections ordonnées directement à

comme
les actes

promouvoir

bons. La grâce sacramentelle en dérive

comme une
et
les

perfection destinée à réparer
le

dans rame par
suites

péché. Ce mal

un mal, le mal causé comprend le péché lui-même
que nous avons entendu
de blessures. Nous savons,

du péché ou
désigner sous

ses effets,
le

saint

Thomas
:

nom
la

par

le

traité des
la

péchés, que

les effets

du péché

se

ramènent

à

trois

corruption du bien de
la

nature; la tache spirituelle;
lui-

l'obligation à

peine ou au châtiment. Quant au péché

même, il l'homme
titue le

est essentiellement

un désordre moral, qui
il

fait

que

place sa fin dernière où
dit;

ne devrait pas

:

ce qui cons-

ou bien que l'homme s'attarde à quelque acte de vouloir incompatible avec la marche actuelle vers ce qui doit être le but suprême ou la fin dernière de tous
péché proprement
ses actes.

Dès

que
et

le

péché a existé ou existe dans un sujet donné,
n'est point possible de parler

le

bien pur

simple de ce sujet ne peut être obtenu qu'à de mulIl

tiples conditions.

simplement
rendant

de grâce, pour
agréable à Dieu
tus et de

lui, et

au

sens

de

grâce sanctifiante

digne de

la vie éternelle,

ou encore de ver-

dons perfectionnant, dans
son être divinisé par

ce sujet, tous les principes

d'agir moral qui doivent lui permettre de vivre d'une vie con-

forme

à

la

grâce. Ceci avait
et le serait
l'être,

été possible

pour

Adam

au

moment

de sa création

encore pour

un être humain que Dieu produirait dans
ché qui a séparé l'homme de Dieu
la

d'une producle

tion entièrement nouvelle. Ce n'est plus possible après
et a laissé

pé-

dans

la

nature ou

personne de
La
est

l'être

humain

les traces

ou

les suites

de cette séd'inimitié.
11

paration.

séparation

elle-même

est

un

état

L'homme
du
par
s'il

désormais un sujet décolère pour Dieu.
sa naissance, ou,
est

le

sera

seul fait
la

(le

comme
le sera,
s'il

s'exprime saint Paul,

nature qui

en

lui

et qu'il a
il

reçue

d'Adam pécheur,
du péché mortel

s'agit

du

j)éché originel;

plusgravement encore,
s'agit

par sa responsabilité personnelle,

Q.

LXII.

DE

L

EFFET DU SACUEMENT, QUI EST LA GRACE.
lui.

91
il

actuel

commis par

Dans un
la

cas

comme

dans
lîls

l'autre,

ne

pourra rede\enir ou
avec Dieu.
ple,

être

Tami de Dieu, son
ici,

d'adoption, di-

gne d'avoir son héritage, qu'à
Il

condition de rentrer en grâce
la

faudra donc

non point
fait,

grâce pure

et

sim-

mais une grâce de réconciUaUon.
a été constituée
la

Cette grâce de réconciliation, en

par

Dieu sous forme de grâce rédemptive. C'est

grâce

Rédempteur euvoyé par Dieu pour
cheurs.
Elle a été méritée

le

salut des

même du hommes pé-

aux hommes par Jésus-Christ, notamment
et la

par sa Passion

et

par sa mort. L'archétype

source de cette

grâce est en Jésus-Christ Lui-même, Pour y participer, il faut que les hommes la reçoivent de Lui, ou plutôt car celte grâce

est cela

même

qu'ils soient incorporés

au Christ Rédemp-

teur,

qu'ils

ne fassent qu'un avec Lui, qu'ils deviennent ses

membres
dont
il

et qu'ils

forment avec Lui un seul corps mystique

sera la têle.

Cette grâce ne peut être
la foi et

communiquée aux hommes que par
foi.

parles sacreuients de cette
enseignée, au

La

foi leur est

nom de

Jésus-Christ Lui-même,
le

par cette partie de son corps mystique qui en est
sous l'autorité suprême
sible de l'Eglise
et infaillible
les

magistère,

du Pontife romain, chef vifoi

du Christ;

sacrements de cette
le

leur sont

administrés par ceux qui en ont reçu
tife

pouvoir du
la terre.

même

Pon-

romain, vicaire de Jésus-Christ sur

par

Toute l'économie de cette grâce rédemptive a été ramenée Christ à la foi et aux sacrements de cette foi. le

C'est
telle.

pour
Car

cela qu'elle est appelée

du nom de grâce sacramenen certains cas ou en cer-

même

si

on peut
la

l'avoir,

taines conditions, sans
elle est

réception effective des sacrements,

toujours attachée au moins au
lui

vœu

implicite

du

sacre-

ment qui
qu'on

correspond

et

qui lui donne son
la

nom.
la

C'est ainsi
la

a la

grâce du baptême,
la

grâce de
la

la

confirmation,

grâce de l'Eucliaristie,

grâce de

pénitence,
et la

grâce de

rExtrême-Onction,

la

grâce de l'Ordre
à l'expliquer

grâce du mariage,

comme

nous aurons

dans

la suite.

Chacune décos

grâces a pour objet ou pour elletde réparer une partie des rui-

92

SOMME TMEOLOGIQUE.
le

ncs causées dans rhoriiine par

péché

et

de

le

ramener

àl'élat

de perfection qui de produire en

élait celui

d'Adam avant

sa chute,

ou plutôt

lui,

par mode de reslauratlon, un état de per-

fection infiniment supérieur, puisque c'est la perfection
vel

du nou-

Adam,

le

Verbe

même

de Dieu

fait chair,

Jésus-Christ No-

ire-Seigneur, dans les mystères de sa Rédemption.

La grâce sacramentelle est

la

grâce de l'incorporation des
exislanl dans

hommes
la

à Jésus-Christ,
la

le

Fils

unique de Dieu, qui
fait d'être

forme ou

nature

même

de Dieu, n'a poinî considéré
le

comme

une chose à garder jalousement
s'est

égala Dieu, mais

anéanti Lui-même, prenant

a été

forme ou la nature de l'esclave, tenu extérieurement pour un homme pur et simple, et s'est
la

Jait obéissant jusqu'à la mort, à la

mort de

la

Croix
est

:

en raison de

quoi Dieu
tout
ciel,

l'a

exalté et lui a
telle

donné un nom qui

au-dessus de

nom, de
sur
la

sorte qu'au

nom de

Jésus tout genou fléchisse au

terre et dans les enfers et que toute langue
la gl/jire

proclame

qu'il est

dans

même

de Dieu

le

Père {aux Philippiens
a

ch.

II,

V.

6-11).

La grâce sacramentelle
réalise cela

pour objet propre de
de

faire

que l'homme
:

même,
quod

à titre

membre
:

de Jé-

sus-Christ

Hoc

sentite in vobis

et in

Chrislo Jesu

Que chavis,

cun de VOUS
ce n'est plus

soit

vraiment un autre Jésus-Christ. Je
c'est

mais

moi;

Jésus-Christ qui vil en moi; Vivo,jam

non ego;
tenant
la

vieil

veroin meChristus. Nous pouvons entrevoir mainle

plénitude de sens contenue dans

mas
a dit

et la

splendeur de doctrine attachée à ce
la

mot de saint Thomot, quand il nous

que

grâce sacramentelle est
:

la

grâce delà vie spécifique-

ment ch retienne

«

Ordinanlar sacramenta ad quosdam spéciales

ejjcctus necessarios in vita christiana; sicut baplinius ordinatur

ad

quamdam spiritualem regenerationem qua homo moritur vitiis et fît membrum Christi qui quidem effectus est aliquid spéciale prader
:

actus potentiarum a/umse », à prendre les actes des puissances,
.sous la seule raison

de

tels actes,

spécifiés par tels objets,

dans

réconornie morale ordinaire
relle,

et

normale, naluielle ou surnatu-

de l'être humain. Nous pouvons donc, résumant toute la doctrine de saint Thomas sur cette grande question de la nature de la grâce sacra-

mentelle, formuler sa pensée

comme

il

suit.

Q. LXII.

DE l'effet

t)U

SACREME^T, QUI EST LA GRACE.
la

QO

La grâce sacramentelle s'ajoute à

grâce prise en

une espèce
la

s'ajoute

au

genre. Elle rentre

dans
l'a

le

comme même genre.
soi,

Ce genre ne doit pas s'entendre,
grâce dans son sens
la
le

comme
et

voulu Gajétan, de

plus étendu
et la

selon qu'elle

sous elle
la

grâce actuelle

grâce habiluelle.

comprend En ce sens,

grâce sacramentelle ne serait qu'une sorte de grâce actuelle,
plutôt,

ou même,
résulterait

un

certain droit à des grâces actuelles. Cela

du mot

aaxiiuini, secours,

employé par
effet,

saint

Thoques-

mas dans
dit, cette

sa conclusion

du corps de

l'article.

Mais, nous l'avons

raison ne vaut pas. Outre, en

que dans
genre de

les

tions de la Vérité, q. 27, art. 5, ad

7 2'"",

saint
le

Thomas range
la

expressémemt
habituelle,
il

la

grâce sacramentelle dans
la la

grâce

y a encore que
l'article

même doctrine
Somme

ressort manifes-

ment du corps de
ponses. Saint
pensé, à
tort,

de
se

théologique et de ses réici

Thomas ne
Cajélan. Le
le

rétracte

donc pas

comme
traité

l'a

mot

auxiliam, secours doit être pris

dans
la

le

sens où

prend saint Thomas lui-même au
109, art. g, 011
le

de

grâce,

i''-2"^, q.

saint Docteur appelle de

nom, même la grâce habituelle. Il s'agit donc bien, ici, du genre delà grâce habituelle. C'est donc dans ce genre que saint Thomas range la grâce sacramentelle. Il en fait un habitus; mais un habitus spécifiquement distinct des autres habitus gratuits qui rendent l'homme agréable à Dieu, purement et simplement, tels que la grâce sanctifiante avec son cortège normal des vertus et des dons. Il en
ce
est

spécifiquement distinct
et

et

il

s'y

surajoute

:

aliquid addit supra
et

gratiam virtutuin

donorum.

11

n'estdoncpas, purement
la

sim-

plement,

la

même

chose que l'habitus de
et

grâce sanctifiante

avec son cortège normal

ordinaire des vertus et des dons;

comme

il

semble que

l'ont

voulu certains théologiens. D'autres
grâce sanctifiante, des vertus
titre

théologiens, tout en admettant que la grâce sacramentelle se

distingue réellement de

la

et

des

dons, pensent qu'elle ne s'en distingue pas à

d'habilus

nouveau, mais plutôt
tuits.

comme

//<0(/a//7r

.s/xVm/e des habitas grala

Le cardinal Billot assimilerait volontiers l'habitus de
à la dis[)()silion

grâce saci'amcntclle
(jui,

pcr^nanentc
la

ci

habitiielle

dans

l'état

d'innocence, se surajoutait à

grâce sancti-

94
fiante et avait

SOMME

TIIKOI.OGIQUr:.

pour

elïct

propre de subordonner d'une manière

parfaite les parties de noire nature dans leur rapport entre elles,

comnne conséquence de
ou de
Cette
la partie

la

subordination parfaite de

la

volonté

supérieure de notre nature par rapport à Dieu.
a

comparaison

quelque cbose d'approprié, semble-t-il,
en elle-même, cette grâce

pour nous
saint

faire entrevoir ce qu'est,

sacramentelle, ordonnée précisément, ainsi que s'en explique

Thomas,

à réparer en nous

les

ruines des péchés passés, et
le

à créer en nous une conformité de plus en plus par/aile, avec

Christ en qui et par qui notre nature déchue a été merveilleusement restaurée.

Les grâces sacramentelles sont des habitus ou des dispositions
tuelle

permanentes qui sont du

même

ordre que

la

grâce habiet les

ou sanctifiante
être et

et

en découlent
et

comme

les vertus

dons, se surajoutant à l'une

aux autres, pour parfaire l'homme
manière à
le

dans son

dans

ses actes, de
les

guérir des bles-

sures du péché,
et

à en effacer
et

traces ou les restes dans sa nature

dans ses facultés

à

le

rendre semblable au Christ. Pour

Adam, mé-

élevé à l'état surnaturel et doté des prérogatives de l'état d'inno-

cence, la grâce sacramentelle, qui est une grâce curative et
dicinale, n'était point possible.
est

Puisque

la

grâce sacramentelle

ordonnée

à

guérir
le

les

blessures faites à notre nature par le
le

péché, surtout par
grâce avec
les

péché originel,

rapprochement de cette
tandis que les

prérogatives de la justice originelle paraît s'im;

poser. Seulement, celles-ci étaient préventives

grâces sacramentelles sont curatives. Elles sont ordonnées à nous
faire retrouver, dans
le

Christ et

par
le

le

Christ, ce que nous avons

perdu en

Adam
:

et

par Adam. Nous

retrouvons, mais sous une

autre forme

en un sens moins parfaite, puisque nous n'attei-

gnons pas

tout de suite à l'harmonie de la nature
et

humaine en
sacramen-

Adam
telle,

avant son péché;

cependant, en un autre sens, plus
cette grâce

parfaite, sans

comparaison, puisque, par

nous devenons membres du Christ, chef divin de l'humal'honneur insigne de
lui

nité régénérée, appelés à

ressembler,

dès maintenant, dans ses anéantissements et dans sa mort ré-

demptive, pour
gloire.

lui rqssemblei"

un jour, élernollcnicnt, dans

sa

Q. LXII.


la

DE l'effet du SACREAIEKT, QUI EST LA GRACE.

96

Telle est, autant

que nous pouvons balbutier en un
la la

si

grand

mystère,

nature de

grâce sacramentelle, qui se distingue grâce sanctifiante ordinaire ou noret a été

donc,

et

réellement, de

male, puisque celle-ci pourrait être
qui, en
ble,
fait,

sans celle-là; mais

pour tout

homme
le

après

la cliufe,

en est inséparaà

puisque toute grâce sanctifiante

n'est
le

donnée
à

l'homme,
de
l'arti-

après sa chute, que dans

Christ et par

Christ rédempteur.

Aussi bien,

comme
de

le

note saint

Thomas

Vad

72'""
la

licle5, q. 27,
tifiante,

la Vérité,

nous recevons toujours
les

grâce sanc-

quand nous recevons
si

grâces sacramentelles, celle-

étant toujoursjointe à celles-ci,

comme
elle

l'effet

commun

aux

effets

propres

:

nous ne l'avions pas,

nous

est conférée;

et

si

nous l'avions

déjà, soit par la réception d'un

sacrement
di-

antérieur, soit en vertu

du

désir explicite

ou implicite des
à

vers sacrements, elle est

augmentée en nous,
effective, tel

chaque
tel

fois

que

nous recevons, d'une manière
Cette grâce

ou

sacrement.

que

les

sacrements causent en nous

et qu'ils

cau-

sent véritablement à titre d'instruments ordonnés par Dieu à

produire cet

effet,

dans quels rapports

est-elle

avec
est

les sacre-

ments qui

la

produisent? Pouvons-nous dire qu'elle
les

contenue
d'où

en eux? Passe-t-elle vraiment par

sacrements pour venir
en
éliiil
si

jusqu'à notre âme,

et

comment?

Et,

s'il

ainsi,

viendrait aux sacrements de la loi nouvelle une
vertu,

admirable
questions

une

si

haute excellence? Telles sont
et

les

trois

que
ce

se

pose maintenant saint Thomas,
la

qui vont compléter

que nous savons de
le

causalité des

sacrements de

la loi

nouvelle, en précisant
si

mode de

celte causalité.

— Et, d'abord
la grâce. C'est

les

sacrements de
de
l'arlicle

la loi

nouvelle contiennent

l'objet

qui

suit.

Article
Si les

llf.

sacrements de
nous
le

la loi

nouvelle contiennent

la

grâce?
le

Comme

verrons par l'argument sed conlra,

]>ré-

sent article est posé en raison du

mot

(juc consacrait l'autorité

96

SOMME THÉOLÔGIQUE.

de Hugues de Saint-Viclor.

Trois objections veulent prouver

que

« les
».

sacrcmcnls de

la loi
fait

nouvelle ne conliennenl point
« le

la

grâce
le

La première
(Jr,
la

observer que

contenu

est

dans
:

contenant.

grâce n'est point dans les sacrements

ni

comme
un
vase est

dans un

sujet, parce

que

le

sujet de la grâce n'est point

corps, mais l'esprit; ni
le lieu

du mobile,

comme dans un vase, parce que le comme il est dit au livre IV des Phydans un lieu
il

siques (ch. IV, n.

12; de S. TI1., leç. G), et d'être
est

ne convient pas à ce qui
les

un
«

accident.

Donc

semble que
».

sacrements de

la loi

nouvelle necontiennentpaslagrâce
les

La seconde objection dit que
ce

sacrements sont ordonnés à
la

que

les

hommes, par
sujet.

eux, reçoivent

grâce. Or, la grâce,

parce qu'elle est un accident, ne peut point passer d'un sujet

en un autre

Donc
».

ce serait

pour rien que

la

grâce serait

dans

les

sacrements

La troisième objection déclare que contenu par ce qui
efl'et,

« ce qui est spirituel n'est point
rel,

est

corpo-

même

s'il

se

trouve en lui

:

l'âme, en

n'est point con-

tenue par

le

corps, mais plutôt elle contient
la

le

corps.

Donc
^

il

semble que

grâce, parce qu'elle est quelque chose de spiri-

tuel, n'est pas

contenue dans un sacrement corporel

».

L'argument sed conlra en appelle simplement à l'autorité de Hugues de Sainl-\ ictor », qui, dans sa définition du sacrement (liv. l, p. IX, ch. 2), dit que le sacrement, en vertu delà sanclifi«
((

calion, contient la grâce invisible ».

Au
tre
»
:

corps de

l'article, saint

'Thomas nous
les

avertit

que

« c'est

de multiple manière qu'on dit qu'une chose est dans une au-

dans son Commentaire sur

Physiques

(liv.

IV, leç.

/j),

saint

Thomas énumère,
le

à la suite d'Aristote,

huit

modes dont

une chose peut

être dite se trouver en
la

une

autre. « Le premier,
et,

comme

doigt est dit être dans

main;

en général, toute

autre partie dans son tout. Le second, pour autant que letout^
est dit être

dans

ses parties
il

:

bien que ce

mode

soit

moins

usité

néanmoins que le tout n'est pas en dehors de ses parties; il laut donc qu'il soit conçu comme étant en elles. Le troisième, comme l'homme est dit être dans
que
le

premier,

est certain

l'animal

;

et,

en général, toute autre espèce dans son génie. Le
le

quatrième,

comme

genre

est dit être

dans

ses espèces:

le

Q. LXiI.

tJE

l'effet du SACREMENT,
aussi la différence
il

Qtfl

EST LA GRACE.

Ç)^

genre, en

effet, et

»

spécifique « sont partie
suit que,

de

la définition

de l'espèce; d'où

d'une certaine
tout.

manière, on

les dit être
la

dans l'espèce

comme

dans leur

Le

cinquième,

comme

santé est dite se trouver dans les corps
;

chauds ou froids dont l'harmonie constitue la santé et, en général, toute autre forme dans sa matière ou dans son sujet, que cette forme soit accidentelle ou qu'elle soit substantielle. Le
sixième,
le roi

comme
le

les affaires
et,
:

des Grecs sont dites se trouver dans

de Grèce;

cipe qui

meut

est mû dans le prinde cette sorte, je puis dire qu'une chose est

en général, tout ce qui

en moi, parce qu'il
septième,

est

en monpouvoirde
chose
;

faire cette

chose Le
certain
:

comme une

est dite se
et,

trouver dans
,

un

objet excellemment aimable

en général

comme dans sa fin
est

de cette sorte on dit que

le

cœur de quelqu'un
Le huitième,
est localisé

dans
qui

la

chose

qu'il désire et qu'il aime.
et,

comme

dans un vase,
le loca-

en général, tout ce qui
;

dans

le lieu

lise

à ce
est

huitième mode
dans
le

se

ramène

celui dont
effet,

on

dit

qu'une

chose

temps
le

:

de

même, en

que

le lieu est la ».

mesure du mobile,
chose
est

temps

est la

mesure du mouvement

Voilà donc huit modes différents dont on peut dire qu'une

dans une autre.

Il

en

est

encore un autre, qu'Aris-

tote n'avait pas
ici
:

énuméré, mais que saint Thomas présupposera

et c'est le
la signifie.

mode dont
Saint
:

la

chose signifiée est dans

le siffne

qui

sent corps d'article

dont
l'un,

la

grâce est

Thomas, en effet, poursuit, dans le préParmi ces divers modes, il en est deux dite se trouver ou être dans le sacrement
«
:

comme

dans

les signes;

car

le

sacrement

est signe

de

la

grâce. L'autre,
effet, le

comme
la

dans

la

cause. Selon qu'il a été dit, en
loi est

sacrement de
Il

nouvelle
la

cause instrumentale de
le

la

grâce.

suit de

que

grâce est dans

sacrement de

la

nouvelle

loi », à ce titre très spécial,

qui lui convient en prola loi
la

pre et qui ne convenait pas aux sacrements de
qui, cependant, étaient, eux aussi, des signes de
tefois »,
la
si la

ancienne,

grâce. «

Tou-

loi

grâce est dite se trouver dans les sacrements de nouvelle comme dans leur cause, c'est-à-dire selon une
et
il

certaine similitude, car toute cause elTicienle,
celle-là, ici.
^VII.

s'agit

de

produit un

effet

semblable

à elle, « ce n'est pas
-

Les Sacrements.

9^
selon

SOMME THléoLOGIQUÉ.

une similitude d'espèce
les
et

»,

ou,

comme

l'explique saint

Thomas dans
l'être

Questions de

la

Vérité, q.

27, art. 7, « selon

naturel
la

d'une

même

raison, à la manière, par exemple,

dont

chaleur de

l'air est

dans

le

feu qui le cliaufïe

»

;

«

ni

même, poursuit
propre
effets

ici le

saint Docteur, selon

une certaine forme
tel effet,
«

et

permanente, proportionnée à un
les

comme les
»
,

sont dans

causes

»

non univoques ou
exemple,

équivoques

c'est-à-dire analogues, « telles, par

les

choses engen-

drées, dans le soleil », qui concourt à les engendrer

ou

à les

produire; ni
{(

même
et

«

selon l'être
»

mais spirituel

cependant

fixe

non naturel » ou physique ou « en repos, comme les
la

similitudes des œuvres d'art se trouvent dans l'esprit de l'artiste,

car la forme de

la

maison dans
» «

pensée de l'architecte

n'est pas

une nature déterminée
le soleil

ou quelque chose de physila

que ayant son action propre
trouve dans

comme

vertu de chauffer se
le feu,

ou

la

chaleur dans

mais une cerde

taine représentation intelligible à l'état de repos dans l'âme »,
ainsi
la

que

s'en explique saint
«

Thomas dans

l'article précité

Vérité;
la

mais

»,

déclare

ici le

saint Docteur dans l'article

de

Somme théo logique,

« selon

une certaine vertu instrumenl'être

tale

qui est quelque chose de fluide et d'incomplet dans

naturel,

comme
les
la

il

sera dit plus loin

»

(à l'article suivant), ou,
l'article

pour garder
question de
titre

termes du saint Docteur dans
Vérité,
«

de

la

non

selon une raison identique ni à

de certaine nature, ni

comme une
certain
»

forme

intelligible

au

repos, mais par
la

mode d'un
les effets

écoulement ou
les

« influx, à

manière dont

sont dans

instruments par l'entre-

mise desquels
les effets »
:

les

formes découlent des causes principales dans

c'est ainsi

que dans que
il

le

pinceau de

l'artiste

passe

en quelque sorte
l'entremise

l'idéal

celui-ci a

dans

l'esprit et

que par
le

du pinceau

réalise sur la toile.
«

Vad primam
sacrement

déclare que

la

grâce n'est point dite dans
ni

comme
le

dans un sujet;
vase est

comme

dans un vase,

pour autant que
est dit,

un

certain lieu, mais selon

que

le
il

vase est dit instrument d'une

œuvre
1)
:

à réaliser,

auquel sens

dans Ézéchiel, ch.

ix (v.

Chacun a dans sa main
».

le

vase

» c'est-à-dire

l'instrument « de mort

Q. LXII.

t)E

l'effet

du SACREMENT, QUI EST LA GRACE.

QQ

h'adsecandiim accorde que « l'accident ne passe pas d'un sujet

en un autre sujet; toutefois, d'une certaine manière,
la cause,
la

il

passe de

par l'instrument, dans un sujet
la

»

qui reçoit en lui
«

similitude de la forme subjectée dans

cause;

non pour

être

dans l'une

et

dans l'autre de
».

la

même

manière, mais en

chacun

selon sa raison propre
«

L'ad tertium répond que

l'être spirituel

qui existe d'une

manière parfaite

»
le

ou selon

l'être

naturel et permanent, « dans
lui.

un
la

sujet

donné,

contient et n'est pas contenu par

Mais

grâce est dans
»,

le

sacrement selon un
l'idéal

être transitoire et in-

complet

comme

de

l'artiste est

dans
il

le

pinceau qui

sert à le réaliser

au dehors.
la

« Et,

par suite,
est

n'y a

aucun

in-

convénient à dire que »

grâce

contenue dans
la

le sacre-

ment ou que
va à causer

« le

sacrement contient
le

grâce

».

Au

fond, cela

revient à dire que dans
la grâce.

sacrement

se

trouve une vertu qui

Le mot que saint Thomas vient d'expliquer
timé l'usage devait être consacré
et défini

et

dont

il

a légi-

expressément parles

conciles de Florence et de Trente. Ce dernier concile, dans la
session VIP, a formulé ce canon (can.
6")
:

«

Si

quelqu'un

dit
la

que

les

sacrements de

la loi

nouvelle ne contiennent pas

». la fin du Thomas, en précisant le vrai sens du mot contenir, quand on l'applique aux sacrements dans les choses de la grâce, nous avertissait qu'il s'agissait d'une « cer-

grâce qu'ils signifient, qu'il soit anathème

—A

corps de

l'article, saint

taine vertu instrumentale qui est quelque chose de transitoire
et

d'incomplet dans
».

l'être

de nature,

comme

il

serait dit plus
celte

loin

Le saint Docteur va maintenant justiiier

parole

qu'il s'était contenté d'énoncer.

Son explication va

faire l'objet

de

l'article

qui

suit.

lOO

SOMME THEOLOGIOUE.

AUTICLE IV.
Si,

dans

les

sacrements, se trouve une certaine vertu qui cause la grâce?

Quatre objections veulent prouver que ne
se

«

dans
grâce

les
».

sacrements

trouve point une vertu qui cause
dit

la

La pre-

mière

que

« la

vertu qui cause

la

grâce est une vertu spiêtre

rituelle.

Or, dans
:

un corps ne peut pas
et,

une vertu

spila

rituelle

ni de telle sorte qu'elle lui soit propre, parce

que

vertu découle de l'essence de la chose,
la

par suite, ne saurait

dépasser; ni de telle sorte qu'il la reçoive d'un autre, parce

tout ce qui est reçu en

un autre
le

est

dans

cet autre
les

selon le

mode

de cet autre qui

reçoit.

Donc dans
la^

sacrements ne

peut pas être une vertu qui cause
jection déclare que
(c

grâce

».

— La seconde obà

tout ce qui est se
il

ramène

un genre

dêtre

et à

d'assigner

un certain degré de bien. Or, un genre d'être dans lequel se

n'est point possible

trouverait la vertu en

question,
n'est,

comme on
effet,

le

voit en les parcourant
ni quantité,

un

à

un

»

:

elle

en

ni substance,

ou qualité, ou

rela-

ou aucun autre des genres d'accidents. « Elle ne peut pas non plus se ramener à l'un des degrés de bonté car elle n'appartient pas aux biens les plus petits, attendu que les sacrements sont de nécessité de salut; ni, non plus, aux biens intertion,
:

médiaires,

comme
«

sont les puissances de l'âme, lesquelles sont
», et la

de certaines puissances naturelles
n'est point cela;
ni,

vertu dont
les

il

s'agit
»,

non

plus,

aux biens

plus grands
la

comme
il

sont

la

grâce et

les vertus

ou

les

dons, «

vertu dont
il

s'agit n'étant ni la

grâce ni une vertu de l'âme.
il

Donc

sem-

ble

que dans
».

les

sacrements

n'est
fait

grâce

La trosièmc objection
les

aucune vertu qui cause la observer que « si une telle
que par voie de créasi

vertu est dans

sacrements,
il

elle n'j sera

tion faite par Dieu. Or,

ne semble pas admissible qu'une
le

noble créature cesse d'être aussitôt, riuand

sacrement

est acles

compli. Donc

il

semble

qu'il n'y a

aucune vertu dans

sa-

Q. LXII.

DE

L

EFFET DU SAGKEMENT, QUI EST LA GRACE.

101

crements à

l'effet

de causer

la

grâce. »

La quatrième objecse

tion arguë de ce qu' «

une
il

même

chose ne peut pas

trouver
((

en divers sujets
l'effet

»,

quand
les

s'agit d'identité

numérique.

Or, à

de constituer

sacrements concourent diverses choses;
»

savoir des paroles et des choses
il

ou des

actes.

«

D'autre part

ne peut y avoir qu'une seule vertu en un même sacrement. Donc il semble que dans les sacrements il n'est aucune vertu ».

L'argument 5ed
saint Jean
(tr.
le

cort//'rt
:

oppose que
vient à

«

saint Augustin dit, sur
si

LXXX)
corps

D'oà
qu

ieau une

grande vertu,

cœur? Et le vénérable Bède Maître des Sentences, IV, dist. 3, ch. Si vero) dit que le Sei(cf. le gneur, par le contact de sa chcdr très pure, a conjéré aux eaux la
quelle touche
et
elle lave le

vertu de regénérer ».

Au

corps de

l'article, saint

Thomas répond que

«

ceux dont
la

l'opinion consiste à dire que

les

sacrements ne causent

grâce

que par mode d'une certaine concomitance

», ainsi qu'il a été

marqué
ne
se

à l'article

premier,

«

disent que dans les sacrements
aille à

trouve aucune vertu qui
toutefois,
il

produire

l'effet

du

sacre-

ment;
et

y

a la vertu

divine qui coexiste au sacrement
le
u

qui produit
si

l'effet
»,

sacramentel. Mais, poursuit

saint

Docle sa-

teur,

Ton
est

dit

comme nous
dans

l'avons

fait,
il

que

crement

cause instrumentale de
le

la grâce,

est nécessaire se

de dire en

même temps que

sacrement
l'effet

trouve une

certaine vertu

instrumentale qui

amène

sacramentel.

Cette vertu est proportionnée à l'instrument. Elle se

comparera

comme l'instrument se compare à l'agent principal. Or, l'instrument, comme
donc
à la vertu absolue et parfaite

d'une chose,

il

a été dit (article premier), n'opère qu'en tant qu'il est
lui,

par l'agent principal, qui,

opère par lui-même.

Il

s'ensuit
et

que
plet

la

vertu de l'agent principal a
la

un

être

permanent

com-

dans

nature; tandis que

la

vertu instrumentale a un être

qui passe de l'un dans l'autre,
reste,
le

et se

trouve incomplet

:

comme, du
en
lui,

mouvement
».

est

un

acte imparfait qui va de l'agent

au patient
selon

Le pinceau qui est

par

l'artiste reçoit

un mode
et.

d'être transitoire et imparfait, l'idée

même
toile

de

l'artiste,

qui est en ce dernier selon un

mode

d'être

permanent
la

cl

complet,

concourt à réaliser

cette idée sur

102
l'artiste

SOMME THEOLOGIQUE.
veut la reproduire et
la

reproduit, en

effet,

par l'entre-

mise

même du

pinceau.

L'ad primam accorde qu' « une vertu spirituelle ne peut pas être dans une chose corporelle par mode de vertu permanente
et

complète, ainsi que l'objection
soit

le

prouve. Rien n'empêche
spirituelle instru-

cependant que dans un corps
tance spirituelle en vue d'un
ainsi,

une vertu

mentale: pour autant qu'un corps peut être
effet spirituel

par une subs:

à produire

c'est

du

reste,

que dans
en

le

mot

sensible

lui-même
«

se trouve

une certaine vertu

spirituelle
elle

pour exciter

l'intelligence

de

l'homme
cède de

»

et éveiller

une pensée,

en tant qu'il pro-

la

conception de
les

l'esprit. Et,

de cette sorte, existe ime

vertu spirituelle dans

sacrements, en tant qu'ils sont ordon-

nés par Dieu à un

effet spirituel ».

Le cardinal Billot a cru
ici

pouvoir s'autoriser de l'exemple donné
crements, qui ne serait ni
la causalité

par sain t Thomas pour

établir sa théorie d'une certaine causalité intentionnelle des sa-

physique ni

la causalité

morale. Nous verrons tout à l'heure que celte théorie n'est pas
conciliable avec celle

du

saint Docteur.
qu'il

Vad secanduin répond

en

est

de

la

vertu instrumentale

du sacrement comme du mouvement. « De même que le mouvement, par cela qu'il est un acte imparfait, n'est point proprement dans un genre donné, mais se ramène au genre de
l'acte parfait,

comme l'altération
la

à la qualité

»

et la
la

génération

substantielle à

substance; « pareillement,

vertu instru-

mentale n'est point, à proprement parler, dans un genre donné,

mais
C'est

elle se

ramène au genre et à
et

l'espèce de la vertu parfaite».

donc au genre

à

l'espèce de la grâce elle-même,

ou
la

plutôt de la vertu divine qui cause la grâce,

que

se

ramène

vertu instrumentale des sacrements.

Vad

terliam

rejette
«

l'hypothèse d'une création pour

cette

vertu des sacrements.

De même

»,

en

effet, a

que

la

vertu ins-

trumentale est acquise à l'instrument du
par l'agent principal, de
vertu spirituelle de
tion
la

fait

mêmequ'ilest

même

aussi le sacrement
et

reçoit la

bénédiction du Christ

de l'applica-

du ministre

à l'usiige
le

du sacrement
et

»

:

C'est de la volonté
le

du Christ

instituant

sacrement

de l'application que

mi-

Q. LXII.

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.

Io3

nistre du sacrement fait de ce sacrement quand il le met en œuvre pour l'effet à produire, que le sacrement reçoit la vertu
spirituelle existant en lui selon l'être transitoire et

incomplet
dit,

dont nous avons parlé.

«

Aussi bien saint Augustin
(cf. S.

dans
:

un
Il

sermon de l'Epiphanie

Maxime de Turin, serm. XII)

n'y a pas à

s'étonner que nous disions que l'eau, c'est-à-dire

une substance corporelle, parvient à purifier l'âme. Elle y parvient assurément, et pénètre au plus intime de la conscience. Si, en ejjet,
elle est

elle-même subtile
bénédiction

et

pénétrante, rendue encore plus subtile

par

la

du

Christ, elle porte sa rosée subtile

Jusqu'aux

sources cachées de

la vie

dans

le

plus intime du cœur

»

L'ad qaartam, gardant toujours la

crement

et

de l'instrument, dit que «

même comparaison du sacomme la même vertu
l'effet qu'il

de l'agent principal se retrouve d'une manière instrumentale

dans tous
de

les

instruments ordonnés à

veut produire,
certain tout;

selon qu'ils forment, dans leur ordre

même, un

même

aussi la

même

vertu sacramentelle se trouve dans les

paroles et dans les choses pour autant que des paroles et des

choses est constitué un seul sacrement

».

Le cardinal
s'agisse ici,
serait

Billot,

nous l'avons déjà

dit,

n'admet pas

qu'il

pour saint Thomas, d'une vertu physique. Ce ne
intellectuel,

qu'une vertu d'ordre intentionnel ou
dans
le

un peu
apporte

comme

mot

se

trouve

la

vertu de signifier qui éveille

ridée. Et

pour

justifier sa théorie, le cardinal Billot

précisément l'exemple de saint
Il

Thomas donné ici
:

à l'ad prinium.

appuie aussi sur cette autre expression du saint Docteur, que
«

nos sacrements
et

causent en signifiant

significando causant »;

sur cette autre, empruntée à saint Augustin, que nos sacre« »

ments atteignent l'âme
quantum
fîde

selon qu'ils sont crus par

la foi,

in

creduntur

A
la

cela,

nous répondrons, d'un mot, que
sacrement
à la
les

c'est

de nouveau

ramener
simple

le

simple raison de signe, ou encore à
protestants
foi.

efficacité,

que

raient pas, de l'excilalion de la

eux-mêmes ne désavoueDe plus, comment expliou
la signification

quera-t-on, avec cela, l'action du baptême dans l'àme de l'enfant qui est incapable de saisir le sens

du

sa-

lOa

SOMME THEOLOGIQUE.

crenient? Lors donc que saint

Thomas

dit

que nos sacrements

significando causant, le vrai sens de la formule est qu'ils pro-

duisent dans l'âme une action conforme à l'action symbolique
qu'ils
relle

produisent au dehors
le

:

c'est ainsi

que l'ablution corpoproduit l'ablution spi-

qui constitue

baptême cause

et

rituelle qu'elle symbolise. Voilà tout le sens

de celte expres-

sion.

Elle

ne va nullement à infirmer

la

réalité,

au sens
le

le

plus positif du mot, de la vertu qui doit exister dans

sacre-

ment, sous

la

motion de Dieu
effet

et

du ministre, pour produire

dans l'âme son

propre, d'ordre souverainement réel et

spirituel, qui est la grâce sacramentelle.
Il

est vrai

que

la parfaite intelligence et

de cette vertu suppose
si

l'acceptation pure

simple de

la

grande doctrine, mise en
la causalité

vive lumière par saint
telle

Thomas, de
l'a

instrumentale,
signalée

que

le

saint Docteur

exposée

ici et qu'il l'avait

déjà, à propos de l'humanité sainte

du

Christ, dans la ques-

tion i3, article

2.

Or, nous ne devons pas nous dissimuler que
et

contre cette acceptation pure

simple de

la

doctrine de saint

Thomas
ments

sur la causalité instrumentale appliquée aux sacre-

et à

l'humanité du Christ, une

difficulté considérable se

présente, qui se tire de l'enseignement

même du

saint Docteur
la

touchant

la causalité
la

instrumentale en général. Dans

pre-

mière partie de

Somme

théologique, q. ^ô, art. 5, saint

Tho-

mas

requiert

comme

essentiel à la raison d'instrument, que,
lui soit propre, la

par quelque chose qui
produise, dans

cause instrumentale

le sujet 011 l'agent

principal veut introduire sa
l'effet ul-

forme

à lui,

quelque
l'effet

eflet

qui soit une disposition à

time qui sera

propre de l'agent principal, quod per

ali-

quid sihi proprium dlsposilice operetur ad effectum principalis agentis.
il

Hâtons-nous de

faire
se

remarquer que
confondre avec

le

dispositive

dont
dont

s'agit ici

ne doit pas

le dispositive la

nous avons parlé à propos de l'article premier de
actuelle.

question

Le disposiiive dont nous parlons
est l'effet

ici, et

que requiert
l'instru-

saint

Thomas,

de

la

vertu propre de l'instrument; et

ne s'oppose point, par conséquent, au perfective, que

ment ne cause jamais que par
ticipée en lui,

la

vertu de Cagent principal paril

mais que, par cette vertu,

réalise toujours

quand

Q. LXII.
il

DE l'effet DU SACREMENT, QUI EST L\ GUACE.
effet

lo5

s'agit

d'un

qui ne suppose point

la

création proprement

dite.

Saint Thomas, donc, requiert, pour tout instrument, qu'il
puisse, par quelque chose qui lui soit propre, avoir

un

eff'et

qui soit une disposition à

la

forme ultime que veut introduire,

par son action, l'agent principal. Dès lors, ne semble-t-il pas

que ni

les

sacrements, ni l'humanité du Christ dont nous

allons avoir à parler dans l'article suivant, ne peuvent plus

avoir raison d'instrument dans l'ordre

du

salut.

Pour
l'article

les sacrements, saint

Thomas nous

a dit, à

Vad

2"'",

de

premier de

la

question actuelle, que leur action propre
et qu'ils n'atteignaient
:

ne s'étendait qu'au corps
la

l'âme que par

vertu instrumentale qui est en eux

Sacrainenla corporalia,

per propriam operalionem

qaam

exercent circa corpus qiiod tan-

gant, ejfickml operationeni Instranienlcdem ex virtule divlna circa

animani. Voilà donc nettement restreinte au corps, à l'exclusion

de l'âme,

l'action

propre des sacrements
Il est

;

ils

n'atteignent l'âme

que par
propre

la
ils

vertu divine.

donc

vrai

que par leur action
;

ne produisent aucun
ils

effet

dans lYune

et

que, par

conséquent,
saint

n'ont pas cette action dispositive, requise par

Thomas, pour toute cause instrumentale. — La difficulté n'est pas moins grande, elle l'est plus encore pour l'humanité du Christ. Pour les sacrements, en effet, on pourrait, à la rigueur, invoquer l'unité substantielle de l'homme, ainsi que le
fait saint

Thomas

à

Vad

2""'

précité, et dire qu'en atteignant le

corps

ils

atteignent l'âme, d'une certaine manière. Mais, pour
elle est

l'humanité du Christ,
des

au

ciel,

distante par conséquent

hommes

qu'il s'agit d'atteindre et de sanctifier.

Comment

dès lors, parler d'action propre de celte humanité du Christ

par rapport aux

hommes?

Cf. q. 5G, art. 3,

ad
de

.7'"".

Rernanjuons, tout de

suite,

que
la

s'il

s'agit

la

vertu instru-

mentale surajoutée

à la vertu

propre de l'instrument clqui n'est
vertu

qu'une participation en lui de
cipal,
les
il

même

de l'agent prin-

n'y a

vraiment pas

la

moindre

dilTicultéà admettre

que
;

sacrements, bien que matériels, atteignent l'âme spirituelle
({ue

ou
les

l'humanité du Christ, bien que distante des hommes,
trouver. Dieu,

atteigne cependant où qu'ils puissent se

Io6

SOMME THÉOLOGIQUE.
peut agir sur
les esprits; et II

en

efTet,

emplit tout de sa pré-

sence. Puis
les
les

donc que

c'est sa

vertu à Lui qui est participée dans

sacrements ou dans l'humanité du Christ, par cette vertu

sacrements auront d'agir sur l'âme

;

et

l'humanité du Christ,

d'atteindre tous les

hommes. Rien de

plus logique et de plus

admissible. Mais la difficulté est de trouver en quoi, par quelque
chose qui leur
soit

propre, les sacrements ou l'humanité
l'effet

du
le

Christ concourent à produire
sujet.

ultime, en disposant

A
la

cela,

nous répondons que
se doit
il

le

mot de

saint

Thomas, dans

Prima Pars,
instrument,

entendre en ce sens, que, pour qu'il y

ait

faut mais ilsuffîtque

nous puissions assigner
qui,

une

aclioii préalable

propre à r instrument,
l'action

de

soi,

dira ou

pourra dire un certain ordre à
et qui,

propre de ragent principal,
l'effet

par

suite,

pourra servir d'intermédiaire à

d'obtenir

le résultat final

que ce dernier

se

propose de réaliser par son

action. Or,
trice,

s'il

est

impossible de trouver cela dansTaction créala

puisque étant

production de tout

l'être, elle

ne suppose
li-

rien à quoi l'action de la créature, qui ne dépasse jamais la

mite des modifications en un sujet donné, puisse avoir un rapport quelconque,
il

n*en va pas de

même pour

les

sacrements

ou pour l'humanité du Christ, dans l'œuvre du salutde l'homme.
Ici, l'action

de Dieu n'est pas créatrice, au sens propre de ce
est

mot. Elle agit sur un sujet donné, qui
ordre, dans leur action

l'homme. Et

soit les

sacrements, soit l'humanité du Christpourront dire un certain
propre,
à cette

action salvificatrice
le

de Dieu. L'action propre du sacrement, dans

baptême, par

exemple,
dit

est l'ablution corporelle. Or, cette

ablution corporelle

rituelle.

un rapport de similitude ou d'analogie avec l'ablution spiCela suffit pour que, entre les mains de Dieu, elle serve
l'effet
si

d'instrument à
le

de réaliser cette dernière ablution. De
expressif et
si

là,
:

mot

si

profond,

exact de saint
:

Thomas

sacramenta signi/icando causant; ou encore
ralia

sacramenta corpo-

per propriam operationem quam exercent circa corpus quod

langunl,ejficianl operationem instrmnenlalem ex virtute divina circa

animam.

— De même, pour l'humanité du Christ. Elle

fait

un acte

de volonté, un signe quelconque; elle dit une partie se rappor-

Q. LXII.


ou
la

DE

L

EFFET DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.

IO7

tant à tel

tel effet spirituel

ou corporel
acte,

à produire dans le

monde de

rédemption. Et cet

qui lui est propre, suréréalise l'œuvre de

levé par la vertu
salut qui est le

que Dieu

lui
la

communique,

propre de

vertu divine.

Telle est, dans sa vérité toute pure, cette doctrine superbe de
la

cause instrumentale que nous a donnée saint Thomas.

Mais cela

même

que nous venons de dire
la loi

et le

rapport

si

étroit et

que nous venons de remarquer entre l'humanité du Christ
les

sacrements de

nouvelle, nous invile à nous poser

une

dernière question pour bien déterminer en quoi consiste ce
rapport. Ce va être l'objet de l'article suivant.

Article V.
Si les sacrements de la loi nouvelle ont leur vertu

de

la

Passion du Christ?

Trois objections veulent prouver que
loi

«

les

sacrements de
».

la

nouvelle n'ont point leur vertu de
« la

la

Passion du Christ

La première dit que
l'àme
le dit

vertu des sacrements va à causer dans

la

grâce, par laquelle l'àme vil spirituellement. Or,
(tr.

comme
et se-

saint Augustin, iari-ai/i^ Jerm
II était

XIX,

n. i5, i6),fe Verbe,

selon qu

au conunencement en Dieu,
chair,
Il

vioijie les

âmes;

lon qu'il s'est fait

vivifie les

corps. Puis

donc que

la

Passion du Christ appartient au Verbe selon qu'il
chair,
il

s'est fait

semble qu'elle ne peut pas causer

la

vertu des sacrela

ments

».

— La

seconde objection

fait

observer « que

vertu
le

des sacrements semble dépendre de
dit saint

la loi,
tr.

puisque,
le

comme

Augustin, sur saint Jean

(

LXXX),

Verbe de Dieu
mais parce
la

parfait le sacrement, non point parce quil est dit,

quil

est cru.

Or, notre foi ne regarde pas seulement
les autres

Passion
et,

du

Clirist,

mais aussi

mystères de son humanité,
il

plus encore, sa divinité.

Donc

semble que
la

les

sacrements
».

n'ont

|)()int

spécialement leur vertude

Passion du Christ

La troisième objection déclare que

les

sacrements sonlordon-

Io8
nés à
la

SOMME TIIÉOLOGIQUE.
juslificalion des

hommes,

selon celle parole de
vi (v.

la

pre-

mière Épîlre aux Corinlhiens, ch.
vous êtes justifiés. Or,
reclion »

ii)

:

Vous

êtes lavés,

la juslificalion est

allribuée à la Résur-

du Ghrisl;
IV

«
:

selon celte parole de l'Épître aux Ro// est

mains, ch.

(v. 25)

ressuscité

pour notre

Justijication.
la

Donc

il

semble que

les

sacrements ont pluUM leur vertu de

Résurrection du Christ, que de sa Passion ». L'argument sed contra oppose que sur celle parole de
tre

l'Épî-

aux

Romains, ch. v (v. i4)
etc., la

:

En

similitude de la prévcwication

d'Adam,

glose dit

:

Du

coté du Christ mort coulèrent les
le

sacrements, par

lesquels l'Église obtient

salut.

Ainsi

donc

les
»

sacrements paraissent avoir leur vertu de

la

Passion du Christ
«

Au

corps de
(art.

l'article, saint

Thomas

rappelle que

comme il
:

a été dit

premier),

le

sacrement opère

à l'eflel de causer la

grâce par
l'un,

mode

d'instrument. Or, ilest un double instrument
le

séparé,

comme
la

bâton; l'autre, conjoint,

comme
est

la
:

main. C'est par l'instrumentconjoinlque l'instrument
le

bâton

est

mû par

main. Puis donc que

la

cause efficiente

principale de la grâce est Dieu Lui-même, à qui se compare

l'humanité du Christ

comme un

instrument conjoint,
il

et le sa-

crement
que
la

comme un

instrument séparé,
la

s'ensuit qu'il faut

vertu salutaire dérive de

divinité

du Christ par son

humanité aux sacrements. D'autre part, la grâce sacramentelle semble être ordonnée surtout à deax choses savoir à enlever les défauts des péchés passés, en tant que l'acte n'est plus, mais que
;

:

les suites

demeurent;

et,

aussi, à perfectionner l'âme
la

en ce qui
plus haut

touche au culte de Dieu selon
Il

religion de la vie chrétienne.
(jui a été dit
le

est,

par ailleurs, manifeste, après ce
i,

(q. /i8, art.

2,

6

;

q.

li(),

art. 1, 3),

que

Christ nous a libé-

rés de nos péchés, surtout par sa Passion,

non seulement comme

cause eniciente

et méritoire,

mais aussi

comme
Il

cause salisfacle rite
et

loire. Pareillement encore, par sa Passion,

a

inauguré

de

la religion

chrétienne, sojjrcmt Lui-même en oblation

en

victime à Dieu,

comme

il

est

dit
les
la

aux Éphésiens, ch.

5 (v. 2).

D'où
à

il

suit

manifestement que
leur vertu de

sacrements de l'Eglise ont,
Passion du Christ, dont
lu

un

litre spécial,
est,

la

vertu nous

en quelque manière, unie par

réception des

Q. LXII.

DE l'effet DU SACREMEINT, QUI EST LA GRACE.

IO9

sacrements. Le signe de cela se trouve en ce que du côlé du Christ suspendu à la croix s'écoulèrent l'eau et le sang, l'eau
se
les

rapportant au baptême,

et le
».

sang à l'Eucharistie, qui sont

sacrements principaux

—Nous

pouvons

voir, à la suite
est l'expression

de cet article de saint Thomas, combien juste
traditionnelle qui représente les sacrements

comme

des sortes

de canaux qui par un côté se rattachent à

la

Passion du Christ

ils

puisent leur vertu,

et,

de l'autre, aboutissent à chacun

de nous pour nous transmettre dans toute son efficacité celle
vertu de la Passion du Christ seule capable de réparer en nous
les

ruines du péché et de nous faire participer au sacerdoce de

Jésus-Christ.

Vad prinuim fait observer que « le Verbe, selon qu'il était au commencementen Dieu, vivifie les âmes à titre d'agent principal
;

toutefois,

sa

chair et

les

mystères accomplis en
la

elle

coopèrent d'une manière instrumentale à

vie

de

l'âme.
instru-

Quant

à la vie

du

corps, ce n'est

pas seulement

comme

ments, mais aussi
qu'il a été dit plus

comme une
haut »
déclare que

sorte de cause exemplaire, selon
i,

(q. 5G, art.
«

ad

5'"").

Vad secandam
nous,

par

la foi, le

Christ habile en
(v.

comme
la

il

est dit aux Éphésiens, ch.

m
à

17).
foi.

Et c'est Et parce

pourquoi

vertu du Christ nous est unie par la

que

la

verlu qui remet les

péchés appartient

un
foi

titre spécial

à la Passion

du

Christ,

il

suit de là

que parla

de

la

Passion

du Christ

les

hommes sont

spécialement libérés de leurs péchés,

selon celte parole de l'Épîlre aux Romains, ch.

m

(v. 20)

:

Celui

que Dieu a coaslitué propiiialoire par

la

Joi en son sang. C'est

pour cela aussi que
Christ

la

vertu des sacrements, qui est ordonnée

à enlever les péchés, vient surtout de la foi à la Passion
».

du

Vad
tit

terlium

fait

une distinction entre
»

le

terme auquel abou-

notre justification et son point de départ. « La justification

est attribuée à la

Hésurreclion
la

quoi

elle se

termine, savoir

du Christ, « en raison de ce à nouveauté de la vie par la grâce.
».

Mais

elle est attribuée à la

Passion en raison de son point do

départ, qui est la rémission

du péché

tlO Les sacrements de
la

SOMME THEOLOGIQUE.
la loi

nouvelle concourent efficacement à
Ils
la

production de
oii se

la

grâce dans nos âmes.

sont des

moyens

de salut

trouve contenue

comme dans

cause instrumen-

tale qui sert à la produire, la

grâce sacramentelle destinée à re-

du péché et à les mettre à conformément à l'idéal proposé demême vant nos yeux et qui n'est pas autre que Jésus-Christ. Faire de nous de dignes membres de Jésus-Christ, réparer notre nature et la hausser jusqu'à la qualité de membre vivant du Fils de
faire
les défaillances

nos âmes après

d'agir dans leur vie

Dieu
le

fait

homme

dans

les

mystères de sa Rédemption,

tel

est

but

et la

raison d'être des sacrements.

Ceux de

la loi

nou-

velle atteignent ce résultat et le réalisent par la vertu très réelle
et

très spéciale

qui est en eux

et

qu'ils tiennent de la Pas-

sion du Christ.
loi,

— Mais que penser des sacrements de l'ancienne
était aussi
la la loi

au sujet de cette vertu. Faut-il dire qu'elle
et qu'ils

en

eux

causaient la grâce

comme

ceux de

nou-

velle. Saint

Thomas va nous répondre

à l'article qui suit.

Article VI.
Si les sacrements de l'ancienne loi causaient la grâce?

Trois objections veulent prouver que

« les

sacrements de

l'ancienne loi oausaien t

la

grâce

».

— La première en appelle à ce
sacrements de
la loi

que

«

comme

il

a été dit (art. précéd.),les
la foi à la

nouvelle ont leur elTicacité de
la foi à la

Passion du Christ. Or,
loi

Passion du Christ fut dans l'ancienne'
nouvelle; car nous avons
le

comme

dans
qu'il
(v.

la loi

même

Esprit de Joi, ainsi

est dit

dans

la

seconde Épître aux Corinthiens, ch. iv

i3).

De

même donc
la

que

les

sacrements de

la loi

nouvelle

confèrent la grâce, pareillement aussi les sacrements de la loi

ancienne conféraient
clare
les
Il

grâce

».

La seconde objection dé-

que

« la sanctification

ne
loi

se fait
les

que par

la

grâce. Or, par

sacrements de l'ancienne
en
effet,

hommes

étaient sanctifiés.

est dit,

dans
et
il

le

Léviti(jue, ch.^vni (v. 3i)

les eut sanctijiés,

s'agit

de Moïse sanctifiant

Quand il Aaron et ses
:

Q. LXir.
fils,

DE L EFFET DU SACREMENT,
etc.

QtJI

EST LA GRACE.
les

lît

dans leurs vêlements,
loi

Donc
»,

il

semble que
».

sacre-

ments de l'ancienne
Circoncision

conféraient la grâce
«
:

La troisième

objection cite le vénérable

Bède

qui, « dans l'homélie de la

(hom. X),

dit

Dans

la loi, la circoncision avait la

même
ginel,

action de secours salutcdre contre la blessure

du péché
la

ori-

que

le

baptême a coutume d'avoir au temps de

grâce ma-

nifestée. Or, le
la

baptême, maintenant, confère

la grâce.

Donc

circoncision conférait la grâce. Et, pour la

même

raison, les

autres

sacrements légaux
le

la

conféraient aussi, attendu que

comme
loi

baptême

est la porte des

sacrements de

la loi

noula

velle, ainsi la circoncision était la porte des

sacrements de

ancienne; ce qui
:

faisait

dire à l'Apôtre, dans son épître aux

Galates, ch. v (v. 3)

Je rends témoignage à quiconque pratique

sur soi

la circoncision,

qu

il

est tenu d'observer toute la loi ».

L'argument sed contra
Galates
»,

cite

un autre
(v.

texte de saint Paul, a
:

aux

«

il

est dit, ch. iv

9)
;

Vous vous tournez de

nouveau vers

les

éléments infirmes etvains
loi,

— c'es^-à-rffVe, explique
grâce donne
la justifi-

la glose, vers la

qui est appelée infirme, parce quelle ne don-

nait point la justification parfaite. Or, la

cation parfaite.

Donc

les
»

sacrements de l'ancienne

loi

ne con-

féraient point la grâce

Au
la

corps de

l'article, saint

Thomas

déclare d'abord qu' « on
loi

nepeutpas dire que
grâce qui
car,

les

sacrements de l'ancienne

conférassent

justifie,

par eux-mêmes, ou par leur propre vertu;

delà

sorte, la Passion

^u

Christ n'eût pas été nécessaire,
11

selon cette parole de l'Épître aux Galates, ch.
justice est par la
loi, le

(v.

21)

:

Si la

Christ est mort inutilement. Mais
»,

on ne
c

peut pas dire, non plus
eussent de
la

poursuit
la

le

saint Docteur,

qu'ils

Passion du Christ

vertu de conférer la grâce
effet,

qui

justifie.

Comme
(art.

on

le

voit,

en

par ce qui a été dit

précédemment
ad
par
car
^/""',

précéd.; q.
la

/|8, art.

G,

ad

l^""'

;

q.fnj, art. 1,

ad

.'3'""),

la

vertu de

Passion du Christ nous est unie
;

la foi et la

par

les

sacrements
(jui est

mais d'une manière
à
la foi se

difl'érente

:

continuation

due

fait

par un acte de
fait

l'âme; tandis que

la

continuation des sacrements se

par

l'usage des choses extérieures. Or, rien

n'empêche que

ce qui
la réa-

vient après dans

le

temps, meuve, avant d'être » dans

ii2
lité, «

Somme tiiéolôgiqùe.
selon qu'il est dans l'acte de l'âme
le
:

c'est ainsi

que

la

fin,

qui vient après dans

temps, meut l'agent selon qu'elle

est
la

perçue

et désirée

par

lui.

Mais ce qui n'est pas encore dans

nature ou

la réalité

des choses ne

meut point
il
((

selon l'usage

des

choses extérieures »; car, n'étant pas,
les

ne peut avoir

aucune action sur
dérer l'ordre de

choses inanimées.

De

vient que

la

cause efficiente ne peut pas venir après dans
la

l'être, à
Il

consi-

durée,

comme

la

cause finale.

est

donc
la

manifeste que de
justification des

la

Passion du Christ, qui est la cause de

hommes,

dérive, à propos, la vertu de justifier,

dans

les

sacrements de
la loi
les

la loi

nouvelle, mais non dans
la foi

les sacre-

ments de

ancienne. Et cependant, par

à la Passion

du Christ
loi, ils

anciens Pères étaient

justifiés,

comme
»

nous

le

sommes aussi nous-mêmes. Quant aux sacrements
sion

de l'ancienne
à la Pas-

étaient de certaines protestations de cette foi Christ,
«

du
là,

pour autant
»

qu'ils signifiaient la
«

Passion du
voit donc,

Christ et

les effets

qu'elle devait produire.
loi

On
de
la

par

que

les

sacrements de l'ancienne
les fit

n'avaient point en

eux une vertu qui
justifie;

coopérer à
ils

la collation

grâce qui

mais seulement

signifiaient la foi par laquelle

on

était justifié ».

Vad prlinam
foi à la

fait

observer que «

les

anciens Pères avaient la
:

Passion du Christ qui devait venir

et

pour autant que
Passion du

cette

Passion future du Christ était perçue par leur esprit, elle
justifier.

pouvait

Mais nous, nous avons
»,

la foi à la

Christ qui a précédé; et
lisée, « elle

parce qu'elle a été maintenant réa-

peut justifier
»,

même
en

selon l'usage réel des choses
la

sacramentelles

leur

communiquant
elle

vertu instrumentale

qui devait d'abord

dériver

de

la divinité

du

Christ,
le

« ainsi qu'il a été dit » (au

corps de

l'article).

Suivant

mot
la

que devait consacrer
loi loi

le

concile de Trente, les sacrements de la

nouvelle justifient ex opère operato, tandis que ceux de

ancienne justifiaient seulenent ex opère operanlis, par
ils

la foi

dont

étaient les signes.
«

Uad secundam répond que
((

cette sanctification

»

dont

il

est
loi,

parlé au sujet des sacrements
était figurative
:

ou des

rites

de l'ancienne

les

hommes, en

effet,

étaient dits sanctifiés,

O.

LVH.

Dû l'effet DU SACREMENT, QUI EST LA GRACE.

1

l'A

par cela qu'ils étaient appliqués au culte divin selon
l'ancienne
loi,
»>.

le rite

de

qui

était

ordonné tout entier à figurer

la

Passion

du Christ
de

C'était

une

sanctification légale et figurative, qui,

soi, n'allait

pas à justifier les

âmes

:

elle

n'était

accompaPassion
rites.

gnée de

cet effet

qu'en raison

et

en vertu de

la foi à la

ou aux mystères du Christ symbolisés par

les

anciens

L'ad tertium est très précieux et très important. Saint
y touche à la circoncision en tant qu'elle intéresse
actuelle.
la

Thomas
question
la cir-

Il

nous avertit qu'à ce sujet ou
fait jour

«

touchant

concision se sont
dit

des opinions multiples.

— Les uns ont
Doc-

que par

la

circoncision n'était point conférée la grâce, mais
le

que seulement
teur, cela

péché

était enlevé. Mais, déclare le saint

ne peut pas être; car l'homme n'est point justifié du
ce n'est par la grâce, selon cette parole de l'Épître
(v.
2/4)
:

péché,

si

«f^jc

Romains, ch. ni

Justifiés gratuitement

par sa grâce.

A cause de
conférée
la

cela, d'autres

ont dit que par
effets

la

circoncision était
la

grâce quant aux

qui sont d'écarter

coulpe,

mais non quant aux

effets positifs.

Mais, reprend le saint Docla

teur, cela aussi parait être faux.
était

Par

circoncision, en
»,

effet,

donnée aux enfants
la gloire »

la

faculté

de parvenir
l'eiret

au temps

voulu, « à

du

ciel, «

qui est

positif ultime
les

de

la grâce.

Kt,

déplus, selon l'ordre de

la

cause formelle,

effets positifs

viennent naturellement avant
la la

les effets privatifs,
il

bien que selon l'ordre de

cause matéiielle,

en soit inver-

sement

:

c'est

qu'en

elfet,

forme n'exclut

la

privation qu'en

informant

le sujet.

Aussi bien, d'autres ont dit que la cir-

concision conférait
positif,

la grâce,

même

quant

à

un certain

effet

qui est de rendre digne de

la vie éternelle,

mais non

pas cependant quant à ce qui est de réprimer

la

concupiscence,
fut

qui pousse à pécher. Et, ajoute saint Thomas,
oiî cela

il

un temps
i,

m'avait paru aussi
/j,

»

(cf.

\es

Sentences,

liv.

IV, dist.

q. 2, art.
très rares

q'* 3).

Voici donc un des cas

ils

sont d'ailleurs


le

011

sur un point dedoctrine, saint Thomas nous averla

lillui-mêmc qu'il n'a pas eu toujours
poursuit
il

même pensée.

« Mais,

saint Docteur,

si

apparaitque cela
qu'il

même

»,

on y prend soigneusement garde, le dernier sentiment qu'il vientde
«

signaler et
XVll.

avait accepté autrefois,

n'est point

vrai
3

:

Les Sacrements.

lll^

SOMME THÉOLOGIQLE.

car la plus petite grâce peut résister à n'importe quelle concu-

piscence et mériter
la

la vie

éternelle
a

»

:

il

s'agit là
il

grâce sanctifiante.

Et c'est pourquoi
le

paraît

évidemment de mieux de
;

dire

que
fait

la

circoncision était

signe de

la foi

qui justifiait

ce

qui
(v.

dire à l'Apôtre, dans son Épître aaa; Romains, ch. iv

Il),

qu'Abraham

reçut

le

signe de la circoncision, signe de la
la grâce,

justice de la Joi.

La circoncision conférait donc
la

en

tant qu'elle était le signe de venir,

Passion du Christ qui devait
»

comme

il

sera

vu plus loin
les

(q.

70, art. 4)-

Dans

la

circoncision, pas plus que dans

autres sacrements de l'an-

cienne
la

loi, n'était
:

grâce
loi

ceci devait

aucune vertu instrumentale qui pût causer absolument être réservé aux sacrements

de la

nouvelle. Si

on parle de
la

la collation

de

la grâce,

au

sujet de la circoncision, c'est toujours, et qu'elle était

uniquement, parce
Christ
:

laquelle foi, seule, et

un signe de non

foi à

la

Passion du

la circoncision

elle-même, contri-

buait à

la

justification des anciens Pères.

Tel est donc

le

vrai rapport des sacrements de la loi
la loi

ancienne

aux sacrements de
de
la

nouvelle, en ce qui est de la causalité

grâce. Les premiers figuraient seulement la Passion

Christ et les effets que cette Passion

du du Christ devait produire
amenait
vertu
l'esprit et le
foi

dans

les

âmes

;

et,

en

les figurant, elle

cœur

des

hommes
la loi

à en vivre par

une

aimante. Les sacre-

ments de
à

nouvelle portent en eux
si

la

même
ils

de

la

Passion du Christ;

bien qu'appliqués aux âmes,
effets 'de la

suffisent

produire en

elles tous les

Passion du Christ, à

moins que l'homme, par
Après avoir étudié
ce que saint
le

sa faute, n'y

mette quelque obstacle.

premier

effet

des sacrements, qui est

leur effet principal, la grâce, nous devons examiner maintenant

Thomas nous

a

annoncé déjà comme

l'effet

secon-

daire des sacrements, le caractère. Ce va être l'objet de la question suivante.

QUESTION

LXIII

DU SECOND EFFET DES SACREMENTS, QUI EST LE CARACTÈRE

Cette question

comprend

six articles

:

Si

a"

parles sacrements est causé un certain caractère dans l'âme? Ce qu'est ce caractère?
ce caractère
se trouve
?

4"

De qui est En quoi il

comme

dans son sujet?

b" S'il s'y 0" Si

trouve d'une manière indélébile?

tous les sacrements impriment

un

caractère?

Article Premier.
Si le sacrement

imprime un certain caractère dans l'âme?
sacrement n'imprime
très

Trois objections veulent prouver que

«

le

pas un caractère dans l'àme
fait

».

La première,

profonde,

remarquer que

«

le

caractère paraît désigner

un

certain

signe distinctif. Or,

la

distinction des

membres du

Christ par

rapport aux autres

se fait

par

la

Prédestination éternelle, qui ne

met

rien dans le prédestiné, mais seulement en Dieu qui pré-

destine,
11

comme il
en

a été

vu dans
la

la

Première Partie

(q. 20, art. 2).

est

dit,

effet,

dans

seconde Épître à Timofhée, ch. n,
:

(v.

19)

.Le

solide

fondement de Dieu demeure, portant ce signe

Dieu connaît ceux qui sont à Lui.

Donc
».

les

sacrements n'impri-

ment pas un
appuie sur
tère est
la

caractère dans l'âme

La seconde objection Car
«

raison désigne dans

le

caractère.

le

carac-

un signe

distinctif. Or, le signe,
11

comme

le

dit saint

Augustin, au livre

de

la

Doctrine chrétienne

(cli. 1), est

ce qui,

en dehors de C image produite dans
tre ch ose à la

les sens, fait venir

quelque au«
il

connaissance
(jui

n

de

l'esprit.

D'autre part,

n'est
il

rien

dans l'ame

produise une image dans

les sens.

Donc

I

t(i

SOIVIMK

THÉOLOGIQUK.

semble que dans l'âme
les

n'est point

imprimé un
le fidèle[est

caractère par
«

sacrements

».

— La troisième objection déclare que
la loi

comme
l'in-

par les sacrements de
fidèle,

nouvelle

distingué de

de

même

aussi par les sacrements de l'ancienne loi. Or,
loi

les

sacrements de l'ancienne
;

n'imprimaient pas de caracla chair,

tère

et,

aussi bien,

ils

sont appelés justices de

selon
il

l'Apôtre dans son épître aux Hébreux, ch. ix (v. lo).

Donc
»,

semble que

les

sacrements de

la loi

nouvelle,

non plus
«

ne

causent pas de caractère dans l'âme.

L'argument sed contra en appelle
dans
la

à ce

que
i

l'Apôtre dit,
:

seconde épître aux Corinthiens, ch.
gage de

(v. 21, 12)

Celui

qui nous a oints, c'est Dieu, Lai qui nous a marqués aussi d'un

sceau, et qui a donné
texte grec porte
Tov àcpa(;cova tou
:

le

l'Esprit

dans nos cœurs
'/ju-àç

».

Le

yd'jy.c ri^-aç Oeôç. 6 xat cT'^pay'.TâaEvoç

xat ooùç

7:vcU[J(.aTûç év

ratç xapStaiç Vjawv «

Or, pourSUit l'argu-

ment,

le

caractère n'est pas autre chose qu'un certain sceau »

ou une certaine marque distinctive. « Donc il semble que Dieu, par les sacrements, imprime en nous son caractère ».

Au
«
art.

corps de
le

l'article,

saint

Thomas

rappelle et précise que
(q.

comme on
5), les

voit

parce qui

a été dit

précédemment
péché;

précéd.,

sacrements de
:

la loi

nouvelle sont ordonnés à deux
le

choses; savoir

au remède contre

et à parfaire

l'âme
de

dans

les

choses qui touchent au culte de Dieu selon
est

!e rite

la vie

chrétienne. Or, quiconque

député à quelque chose de

déterminé a coutume d'être marqué d'un signe en fonction de
cette
la

chose

:

c'est ainsi

milice avaient

que les soldats qui étaient inscrits pour coutume autrefois d'être marqués de certains
cela,

caractères corporels, en raison de ce qu'ils étaient députés à

quelque chose de corporel. A cause de
par
les

comme les hommes
les fidèles

sacrements sont députés à quelque chose de spirituel
au culte de Dieu,
il

ayant

trait

s'ensuit

que par eux

sont marqués d'un certain caractère spirituel. Aussi bien saint

Augustin

dit,

au

livre

II

contre Parniénien (ch. xin)

:

Si

le

carac-

tère de la milice qu'il

porte dans son corps fait horreur au soldat
et

sans cou^'age qui a refusé de combattre,

que, recourant à la
et

clémence de l'Empereur, après avoir fait sa supplique
sa grâce,
il

recouvré

commence de combattre,

est-ce que,

l'homme

ainsi libéré

O.

LXm.

— DE l'effet des SACREMEiNTS, QUI EST LE CARACTÈRE.

I

17

et corrigé,

on retirera son caractère, et n'est-ce pas ptatôl qu'on le reconnaît et l'approuve ? Serait-ce donc que les sacrements chrétiens

V
à la

adhèrent moins que cette marque corporelle ? » ad primum répond que « les fidèles du Christ sont députés

récompense de

la

gloire luture par le sceau de la Pré-

destination divine. Mais aux actes qui conviennent à l'Église présente ». ou à l'état de l'Église sur la terre, « ils sont députés

par un certain signe ou sceau spirituel qui porte
caractère ».

le

nom

de

Vad

secundani

fait

observer d'abord, que «
la raison

le

caractère im-

primé dans l'àme

a

de signe, en tant qu'il est im:

primé par

le

sacrement sensible
est

par cela, en

effet, l'on sait

marqué du caractère baptismal, qu'il a été lavé par l'eau, qui tombe sous les sens ». C'est une première réponse, qui montre que la raison de signe, même en ce qu'elle
que quelqu'un
implique de sensible, peut convenir au caractère sacramentel, bien qu'il soit lui-même dans l'àme, et, de ce chef, ne puisse pas tomber sous les sens. Une seconde réponse consiste à dire
qu'
«

on peut,
autre,

d'ailleurs, appeler

du

nom

de caractère ou de

signe et de sceau, tout ce qui configure à quelqu'un ou distin-

gue d'un
que
ch.
le

même
la

s'il

n'est pas
le

chose sensible. C'est ainsi

Christ est dit

figure ou

caractère de la substance du

Père, au témoignage de l'Apôtre, dans son épître aux Hébreux,
I

(v. 3) ».

Vad

tertiutn rappelle

que

«

comme

il

a été dit plus haut
loi

(q. G2,art. 6), les

sacremenls de l'ancienne

n'avaient pas en

eux de vertu spirituelle coopérant à quelque eftet spirituel. Et c'est pourquoi, dans ces sacrements, n'était point requis son
caractère spirituel; mais
porelle,
il

suffisait, là,

de

la

circoncision cor-

que l'Apôtre appelle du
l'ancien peuple.

nom de
lui

signe »

ou de sceau

et
les

marque, distinguant de ceux qui ne

appartenaient pas

membres de

La conclusion de saint Thomas dans cet
Kilo a été définie par le

article est

de
()'

foi.

concile de Trente. Le canon

de

la

Session Vil prononce l'anathème contre quiconque
certains sacrements de
la loi

dirait

que
la

nouvelle, savoir

le

baptême,

ri8

SOMME THÉOLOOrOUR.
et

confirmation
bientôt,
«

l'Ordre,

comme nous

aurons

à

le

préciser

n'impriment pas un caractère dans l'âme,
».

c'est-à-dire

un

certain signe spirituel et indélébile

— Mais

ce caractère,

qu'est-il

en lui-même?

Comment devons-nous
;'

le

concevoir?

Quelle est bien sa nalurt
l'article

Saint

Thomas

va nous répondre à

qui

suit.

Article
Si le caractère est

II.

une puissance

spirituelle?

Quatre objections veulent prouver que
pas une puissance spirituelle
».

« le caractère

n'est

La teneur

même^de

ces objec-

tions, et aussi le corps de l'article et les réponses

nous précise-

ront
cette

le

du mot puissance, qui est le mot essentiel dans La première dit question du caractère des sacrements.
sens


i

que

« le

caractère semble être la

même
a,

chose que

la

figure; et,
oii

aussi. bien,

dans l'Épîtie aux Hébreux, ch.

(v. 3),

nous

lisons la figure de sa substance,

on

dans
la

le

grec, à la place

du

mot
tote,

figure,

le

mot

caractère.
êtres et
,

Or,

figure se trouve »,

dans l'ordre des divers

modes
la

d'être assignés par Arisla qualité,

au

livre cette

des Catégories dans
catégorie

catégorie de

et

comme
savoir
:

comprend quatre
lnjornie et
la

espèces diflerentes,

V habitas et

la disposition; la
;

puissance et r impuissance'
la figure; c'est,
»,

la passion et la qualité possible

on

voit

«

dans

la

quatrième espèce de
par suite,
elle
le

qualité

que

se

trouve

la figure; « et,

difïère

de

la

puissance, qui se
la

trouve
pèce de

»,

nous venons de

rappeler, « dans

deuxième

es-

la qualité.

Donc
ii

le

caractère n'est point une puissance
«

spirituelle ».

La seconde objection arguë de ce que
de
la

saint
la

Den\ s

dit,

au chapitre

Hiérarchie ecclésiastique, que

divine béatitude reçoit à sa participation celui qui s'y trouve admis,
et,

par sa propre lumière, comme par un certain sceau,

lui livre

sa

participation. Par

il

semble que

le

caractère est
à
la

une certaine

lumière. Or,

la

Inmière appartient plutôt
le

troisième espèce

de

la

qualité.

Donc

caractère n'est pas

que

la

puissance

[)araît

appartenir à

la

une puissance, attendu deuxième espèce de la

Q. LXIII.

DE L EFFET DES SACREMENTS, QUI EST LE CARACTÈKE.

I

IÇ)

qualité ».

La troisième objection
le caractère
:

fait

observer que

«

d'au-

cuns définissent ainsi
nion de la foi
et

Un

signe saint de la
le

commugenre»
dit

de l'ordination sainte donné par
le

Hiérarque.
le

Or,

le

signe est dans
«

genre de

la relation,

non dans

de

la qualité et

de la puissance.

Donc

le

caractère n'est pas

une puissance
((

spirituelle ».

La quatrième objection
;

que
IV,

la

puissance a raison de cause et de principe
S.

comme on
i4; Did.,

le voit

au livre V des Métaphysiques (de
ch.
xii).

Th.,

leç.

liv.

Or,

le signe,

qui est mis dans

la définition

du carac-

la raison d'effet. Donc le caractère une puissance spirituelle ». L'argument sed contra est ici du plus haut intérêt. Il part d'un texte d' « Aristote »,qui, « au livre II de VÉthlque (ch. v,

tère,

appartient plutôt a

n'est pas

n. 2

;

de

S.

Th.,

leç. 5), dit;

Trois choses sont dans l'âme

:

la

puissance, l'habitas et la passion. Or, le caractère n'est point la

passion

:

car la passion passe tout de suite; et le caractère est

indélébile,
n'est pas
se
le

comme
l'habitus
ce

il

sera dit plus loin (art. 5). Pareillement,

il

:

car

il

n'est

aucun
et

liabitus qui

puisse
;

rapporter à

qui

est

bien

à ce qui est
:

mal

or,

caractère se rapporte à l'un et à l'autre
et les autres

les

uns, en

effet,

en usent bien,
point dans
les

en usent mal; chose qui n'arrive
il

habitus

:

car de l'habitus de la vertu,

n'est

personne qui use mal (saint Augustin, du Libre arbitre,
ch. xix)
;

liv. II,

et

de l'habitus du vice,
le

il

n'est

personne qui use bien.
».

Donc il demeure que

caractère est
saint

une puissance
s'appuie

Au
«

corps de
il

l'article,

Thomas

sur ce
la

que
loi

comme

a été dit (art.

précéd.), les sacrements de

nouvelle impriment un caractère, en tant que par eux on est

député au culte de Dieu selon

le rite

de

la

religion chrétienne.
la

Aussi bien, saint Denys, au chapitre n de
siastique, après avoir dit

Hiérarchie Ecclé-

que Dieu, par un
les

certain signe,
:

donne

la

participation de
lui

Lui-même à
et

celui qui approche, ajoute

faisant de

un être divin

qui

communique

choses divines. Or, le culte

divin consiste ou à recevoir certaines choses divines, ou à les
livrer

aux autres. Pour l'une

cl
:

l'autre

de ces deux choses est relivrer

quise une certaine puissance
autres, est requise

car,

pour

quelque chose aux
soi-

une puissance

active; et

pour recevoir

I

'.iO

SOMME TIIEOLOGIQUE.
quelque chose,
esl

même
de

requise une puissance passive.

Il

suit

que

le

caractère implique

une certaine puissance
le

spiriIl

tuelle,

ordonnée aux choses qui regardent

culte
cette

divin.

faut savoir cepcindanl, ajoute saint
spirituelle est
dit,

Thomas, que
;

puissance
il

quelque chose d'instrumental
(q. 62, art.
elïet,
'1),

comme

a été

plus haut

de

la le

vertu qui est dans les sacrecaractère

ments. C'est qu'en

avoir

du sacrement cona raison d'instru11,

vient aux ministres de Dieu; et

le

ministre
livre
1

ment,

comme
les

le dit

Aristote,

au

des Politiques (ch.

n. ^; de S.ïh.,leç. 2).

Par conséquent, de

même que
est
le

la

vertu
soi,

qui est dans

sacrements n'est point dans un genre par

mais par réduction, en raison de ce qu'elle
de fluide
et

quelque chose
caractère n'est
il

d'incomplet; pareillement aussi,

point proprement dans un genre ou dans une espèce, mais
se

ramène à la deuxième espèce de la qualité ». Ainsi donc, pour saint Thomas, le caractère sacramentel appartient, par voie de réduction, à un genre d'être qui n'est pas la substance, mais un accident; et, parmi les neuf genres d'accidents, au genre qualité et, parmi les quatre espèces de la qualité, à la deuxième espèce, la puissance. Cette doctrine donnée ici
;

Thomas d'une manière si nette et si ferme, a été acceptée unanimement par tous ses disciples. Mais, en dehors de saint Thomas et de son Ecole, la diversité des opinions sur la
par saint

question actuelle a été traduite par Tolel en disant qu'il y a
autant de sentiments que de
têtes
:

quoi capita

lot

sensus. Les

principales de ces opinions, déjà existantes

du temps de

saint

Thomas
article.

et

qui devaient être reprises depuis, se trouvent signa-

lées et réfutées

dans

les

objections

et

les

réponses du présent

Une première opinion
tra. C'était celle

a été

exclue dans l'argument
llalès et

.va/

con-

d'Alexandre de
le

de saint Bonaventure,
la

qui rattachaient

caractère sacramentel à

première espèce

de

la

qualité

:

ils

en faisaient une disposition ou un habitas.

Cette opinion devait être reprise i)ar Suaiez (disp. XI, sect, 3),

par Vasquez (disp.
rnents,

i3^i,

ch.

'A),

par liellarmin
réfutée par
la

(liv. II

des Saci-e-

ch. 19). Elle
,sc(l

demeure
Il

belle

argumenta-

tion

du

rouira.

n'y a pas à y revenir.

Q. LXIII.

DK L EFFET DES SACREMENTS. QUI EST LE CARACTERE. 12
réfute l'opinion de ceux qui voulaient mettre
la

1

Vad primum
Ils

le

caractère sacramentel dans

quatrième espèce de

la

qualité.

en faisaieni une figure. Saint

Thomas nous

dit

même, dans
i

son Commentaire sur les Sentences (IV, dist.

^, q.

art.

i),

que d'aucuns
veries.

allaient jusqu'à préciser le

genre de

cette fijgure
rê-

et ils disaient qu'elle était

en forme de croix. Ce sont là des

Car

« la

configuration est une certaine détermination
Il

de

la

quantité.

s'ensuit qu'à
les

proprement

parler, elle ne
les

se

trouve que dans
tuelles,

choses corporelles; dans

choses spiri-

on ne

la dit

une chose

n'est

que par mode de métaphore. D'autre part, placée dans un genre ou dans une espèce que
le

par ce qui lui est attribué au sens propre. Par conséquent,

caractère ne peut pas être dans la quatrième espèce de la qualité;

bien que d'aucuns l'aient soutenu
secanduni signale
et réfute

».

Vad

l'opinion de ceux qui voula qualité.

laient mettre le caractère

dans

la

troisième espèce de

Cette opinion est exclue d'un
la

mot

par saint

Thomas.
le

«

Dans
le

troisième espèce de

la

qualité ne se trouvent que les pas-

sions sensibles ouïes qualités sensibles »,
froid, le sec et

comme

chaud,

Ihumide ou encore
;

la

lumière

et tous les
«, s'il

phé-

nomènes qui
effet, être dit

s'y rattachent.

«

Or, le caractère
le

peut, en

une lumière,
«

comme

voulait l'objection à la
»,

suite de saint Denys,

n'est pas

une lumière sensible
il

mais
la
».

une lumière
Parmi
tard,

spirituelle. « Et, par suite,
la qualité,

n'est point

dans

troisième espèce de

comme
cite

quelques-uns l'ont dit

ces quelques-uns,

on

Guillaume d'Auxerre. Plus
le

de Lugo
leri'uun

devait reprendre ce sentiment.

Vad
tère

répond

à

ceux qui ne mettaient point

carac-

sacramentel dans

telle

ou

telle

espèce de
cl
le

la qualité,
le

mais

en dehors du genre
relation.
Ils

même

delà qualité,
fait

plutôt dans

genre
cei-

appuyaient sur ce

que

caractère est
;

un

lain signe,

une certaine désignation ou destination
à
k

et tout si-

gne

dit

saint

un rapport Thomas. Mais

la

chose signifiée. Sans doute, accorde
relation qui est impliquée dans le

la

mot

signe doit être fondée sur

quelque chose

»,

qui se trouve dans

un
ici,

sujet et qui fait
la

que

tel

sujet se rapporte à tel objet. « Oi',
le

relation de ce signe qu'est

caractère ne peut pas être

i2:i

SOMME THÉOLOGIQUE.

fondée immédiatement sur l'essence de l'âme; car, de ce chef,
elle

conviendrait à toute

âme

naturellement.
se

Il

faut

donc metne

tre

quelque chose dans l'âme, sur quoi

fondera cette relation.
il

Et cela

même

est l'essence
le

du

caractère. D'où

suit qu'il

laudra pas que

caractère soit dans le genre de la relation;
».

comme
saint

quelques-uns l'ont dit

Par

cette belle

réponse de

Thomas, se trouvait exclue d'avance l'erreur que devait soutenir Durand de Saint-Pourçain. Il devait faire du caractère sacramentel un simple signe de raison ou une dénomination
extrinsèque reposant simplement sur
le fait

d'avoir reçu les sale
».

crements.

Un

tel

sentiment, du reste, est intolérable, après
«

concile de Trente, qui parle de

signe

imprimé dans l'âme
Ils

Scot et son école devaient émettre une opinion analogue à celle

de Durand, moins radicale cependant.

ne disent pas que
Ils

le

caractère ne soit qu'une relation de raison.
est

acceptent qu'il

une relation

réelle.

Mais

ils

ne veulent pas qu'il soit autre
la

chose qu'une relation. Leur opinion ne tient pas, pour

raison

que nous donne
fet,

ici

saint
le

Thomas. Toute
base ou
le

relation réelle, en ef-

suppose, dans

sujet oii elle se trouve,

une

réalité pro-

portionnée qui en

est la

fondement. Or, quoi qu'en

dise Scot, cette réalité ne peut pas être l'essence de l'âme; et la

raison de saint

Thomas
la

le

prouve surabondamment.

Vad quartam
sance
»,

résout la difficulté tirée
raison de « cause
».

entraînant

»

du côt^ de la puisou de « principe »,
((

plutôt que la raison de « signe

Saint

Thomas répond dans
le

le

sens de Vad

2'""

de

l'article

précédent, pour ce qui est de la rai:

son de signe appliquée au caractère

((

caractère a la raison

désigne par comparaison au sacrement sensible qui l'imprime.
Mais, considéré en lui-même,
le
il

a la raison de principe, selon

mode

qui a été déjà

dit

»

(au corps de l'article).

Le caractère sacramentel est donc un certain pouvoir, une
certaine puissance dont se trouvent revêtus ceux qui ont reçu
tel

ou

tel

sacrement. Cette puissance ou ce pouvoir sera déterla

miné par

nature

même

des actes auxquels
le fait

il

sera ordonné.

VA parce que ces actes-là consistent dans

de participer au

culte divin selon le rite de la religion chrétienne, le pouvoir

Q. LXIII.

— DE l'effet DES SACREMENTS, QUI EST LE CARACTÈUE.
s'agit,

123

dont

il

ou

le

caractère sacramentel, sera

donc une

parti-

cipation au droit et au pouvoir qui doivent se trouver quelque
part d'une façon pleine et entière. Ce sera donc quelque chose

de participé, de dérivé, d'analogue à

la

vertu instrumentale

qui ne se trouve en un sujet donné qu'en dépendance d'une
cause principale
;

mais qui

fait

que

le sujet
le

qui en

est

doté se

distingue de tous ceux qui n'ont pas

même

privilège, le

même
rivé,
si

droit

ou

le

même

pouvoir.

S'il

en

est ainsi, si le ca-

ractère sacramentel est

un pouvoir ou un
il

droit participé, dé-

nous ne
le

le

connaîtrons d'une connaissance parfaite que
dérive. Cette source,
le dire.

nous

référons à la source d'où

quelle est-elle? L'article suivant a pour objet de nous

Article

III.

Si le caractère sacramentel est le caractère

du Christ?

Trois objections veulent prouver que

«

le

caractère sacra-

mentel

n'est pas le caractère
«
il

du Christ

».

— La première arguë
iv (v.
.'io)
:

de ce qu'

est dit,

aux Éphésiens, ch.

Veillez

à ne

pas contrister r Esprit-Saint

de Dieu, dans lequel vous ave: été

marqués du
la

signe. Or, cette

raison de caractère.

marque du signe est comprise dans Donc le caractère sacramentel doit être
».

attribué à l'Esprit-Saint plutôt qu'au Christ


le

La seconde
sacrement.
la
:

objection appuie sur ce que «
Et
il

le

caractère a la raison de signe.

est le signe
la

de

la

grâce qui est conférée par

D'autre part,

grâce est infusée à l'âme par toute

Trinité

:

aussi bien est-il dit dans le
et la gloire, c'est le

psaume
les

(lxxxiii, v.
Il

12)

La grâce
le

Seigneur qui

donne.

semble donc que

caractère sacramentel ne doit pas être attribué spécialement au

Christ

».

La troisième objection

fait

observer que

«

si

tel

sujet reçoit le caractère, c'est pour qu'il soit distingué des autres.
la
(ils

Or, ce par quoi les saints sont distingués des autres, c'est
fils

charité, (jui, seule, dislingue entre les

du Royaume

et les

de
la

la perdition,

comme
;

le

dit saint

Augustin, au livie
fils

XV

de

Trinité (ch. xviii)

et,

aussi bien, les

eux-mêmes de

12/4

SOMME THEOLOGIQUE.
le

la
le

perdition sont dits avoir

caractère de

la

Bête;

comme on

voit par VAiJocalypse, ch. xiii (v. i6, 17). Or, la charité n'est

point attribuée au Christ; mais plutôt à l'Esprit-Saint, selon
cette parole

de l'Épître

(lax

Romains,

cli.
t"

v (v. 5)

:

La charité de
seconde

Dieu a été répandue dans nos cœurs par
été

Esprit-Saint qui nous a
la

donné; ou, aussi, au Père, selon cette parole de
(v. 10)
:

Épître aux Corinthiens, chapitre dernier

La grâce de
il

Noire-Seigneur Jésus-Christ

et la

grâce de Dieu.

Donc

semble

que

le
»

caractère

sacramentel

ne doit pas être attribué au
quelques-uns définissent
6,
le

Christ

L'argument sed contra oppose que
ainsi le caractère (Cf. Albert-le
art.
li)
:

«

Grand, Sentences, Ux. lV,dist,
distinctive,

Le caractère

est

une noie

imprimée par

Caractère éternel dans l'âme raisonnable selon une image assimilant la Trinité créée à
la

Trinité incréée, gui

l'a

créée

et la

crée

à nouveau, et

la

distinguant de ceux gui n'ont point celte note
le

selon l'état de la Joi. Or, ce caractère éternel est

Christ Luii

même;

selon cette parole de l'Epître aux Hébreux, ch.
la

(v. 3)

:

Lequel étant

splendeur de sa gloire

et la figure, c'est-à-dire le

caractère de sa substance.
être

Donc

il

semble que
».

le

caractère doit

proprement attribué au Christ
corps de
l'article, saint
la

Au
«

Thomas

s'appuie sur
la

la

doctrine

déjà exposée et

formule à nouveau en

précisant encore.

Ainsi qu'on

le voit

par ce qui a été dit plus haut,déclare-t-il,

le

proprement un certain signe ou un certain sceau qui marque une chose comme ordonnée à une certaine fin c'est ainsi que le denier est marqué d'un certain signe en vue
caractère est
:

de seivir aux échanges;
tain caractère

et les soldats sont
la

marqués d'un
foi

cer-

comme

députés à

milice. Or, poursuit saint

Thomas, l'homme dépufé à deux choses. D'abord,
fidèle »
à la fruition de la gloire
:

ou qui })rofesse la
et

du Christ
il

« est

piincipalement,
et

est

député

primo

principaliter

ad Jruitionem

gloriœ. Et, en

vue de

cette fin, les

hommes
les

sont marqués du

sceau de
ch. IX (v.
sont dans

la
l\)

grâce; selon cette parole du prophète Ezéchiel,
:

Marque d'un Thau
;

hommes

qui gémissent et
(v. 3)
:

la

douleur

cl cette

autre de {'Apocalypse, ch. vu
à
la

Vous ne nuirez point à

la terre, et

mer, ni aux arbres, Jusqu'à

Q. LXIII.

— DK

LEFFKÏ DES SACREMENTS, QUI EST LE CAKACTÈRE. 125

ce que nous ayons

marqué nu front
fidèle est

les

serviteurs de notre Dieu
à

Secondement, chaque
autres les

député

recevoir ou à livrer aux
:

choses qui appartiennent au culte de Dieu
fidelis

Secundo
aliis

deputatur quisque

ad recipiendum

vel

tradendum

ea

quae pertinent ad

cultuni

Dei. Et, à cette fin, est

député prorite

prement
de
la

le caractère

sacramentel. Or, dans sa

totalité, le

religion chrétienne dérive

du sacerdoce du

Christ.

Il

s'en-

suit

manifestement que
le

le

caractère sacramentel est spéciale-

ment
gurés

caractère

du

Christ,
les

au sacerdoce de qui sont confi-

les fidèles

par

caractères sacremenlels, qui ne sont

rien autre que certaines participations

du sacerdoce du

Christ,

dérivées

du Christ Lui-même

:

Totus ritus christianse religionis

derivatur a sacerdotio Christi. Et ideo manijesluni est quod character sacramenlalis speciatiler est c/iaracler Christi, cujus sacerdotio configurantur fidèles secunduni sacramentales characteres
ciui
,

nihil

aliud

sunt

quam quaedam
».

participaliones

sacerdotii
citer,

Christi,

ab ipso Christo derivatae

Nous avons voulu
pleins et

dans
reux

sa

langue même, une partie notable de cet
se

article de saint
si

Thomas où
la

trouve exprimée en termes

si

savou-

dignité

participation

du chrétien qui porte en lui ces marques, en du sacerdoce du Christ, que sont les caractères
le

sacramentels.

Vadprununi répond dans

sens de la première acception du
fidèle.

mot
effet,

ccwactère appliqué à

l'homme
est

Dans

le

texte,

en

que

citait

l'objection, «

l'Apôtre parle de la configura-

tion

selon laquelle

un

homme
par
la

député à
:

la gloire future,

configuration qui se
con/iguratione
riain,

fait

grâce

Apostolus loquitur de

secundum quam
per gratium
la

aliquis deputatur

ad futuram
la

glofois,

quae

fit

». Ici

encore, et pour

seconde

plume de notre saint Docteur, cette splendide formule de l'homme fidèle député à la gloire par la grâce, comme il est député aux choses du culte de Dieu selon
nous trouvons sous
le rite

de

la

religion chrétienne rattaché tout entier au sacerles
!

doce du Christ par
tations

caractères sacramentels. Quelles dépuSi
les

que

celles-là
leu?-

chrétiens catholiques
Saint
la

savaient
ac-

comprendre

dignité et leur noblesse!

Thomas
k

corde que cette configuration du fidèle par

grâce

est at-

laG

SOMME THÉOLOGIQUE.

tribuée à l'Esprit-Saint, en tant qu'il procède ou qu'il provient

de l'amour de Dieu qu'il nous accorde quelque chose gratui-

tement, ce qui appartient à
en Dieu
« est

la

raison de grâce
est-il dit,
Ix)
:

;

et l'Esprit-Saint »

l'Amour. Aussi bien
ch. xii (v.

dans

la

première

Épître aux Corinthiens, grâces
;

Il
«

y a des divisions des
est le

mais l'Esprit

»,

qui

les

confère,

même
d

».

Uad
est »

seciindam nous
a raison de
«

avertit

que

« le caractère

sacramentel

ou

chose
;

»

signifiée et produite,
»

eu égard

au sacrement extérieur
par rapport à
et cause. «
Il

et

il

est
»,

ou

a raison de

«

sacrement,

l'eifet

dernier

celui de la grâce qu'il signifie
être attribué

suit

de

que quelque chose peut
litre.

au caractère à un double

D'abord, selon

la

raison de sa-

crement

;

et,

de ce chef,
le

il

est signe

de

la

grâce invisible qui est
la rai-

conférée dans

sacrement. D'une autre manière, selon
il

son de caractère. Et, de ce chef,

est

un signe

»

ou une marest

que

('

qui configure à quelqu'un de principal, chez qui réside
»

l'autorité
c'est ainsi

ou que

la

source

«

de ce

à

quoi un sujet

député

:

les soldats,

qui sont députés au combat, sont

marqués du signe du
ils lui

chef, par lequel, d'une certaine manière,

sont configurés. Et, de cette sorte, ceux qui sont dépuest le Christ,

tés

au culte chrétien, dont l'auteur

reçoivent
le

le

caractère qui les

configure au Christ. Aussi bien

caractère

sacramentel

est

proprement

le caractère
le

du Christ

».

Il

faut

distinguer un double aspect dans

caractère

sacramentel.
le

D'un
effet,

côté,

il

dit

un rapport au sacrement extérieur qui
le

cause; de l'autre, à la grâce qu'il signifie.

Le caractère, en
la

occupe

le

milieu,entre
grâce,
il

sacrement extérieur.et

grâce.
;

Par rapport à

la

aura donc raison de sacrement
il

tan-

dis que, par rapport
d'effet produit.

au sacrement extérieur,
second
il

aura raison

A

ce

titre

et

considéré sous sa raison
et
il

propre de caractère,
eff'el,

pourra bien avoir encore

aura, en

non plus de signe sacramentel signifiant la grâce; il aura raison de signe ou de marque, configurant celui en qui il se trouve, à l'image du chef en qui
raison de signe, mais
réside dans sa plénitude le pouvoir
tère

ou

le

droit dont

le

carac-

sacramentel n'est qu'une participation. Ce chef n'est pas
le

autre que

Christ, première source et auteur principal de tout

Q. LXIII.
le

— DE l'effet DES SACREMENTS, QUI EST LE CARACTÈRE.
pourquoi nous"disons que
le

127

culte chrétien. Voilà

caractère

sacramentel

est le caractère

du

Christ.
la

Vad

tei'tiiim

répond en s'inspirant de
le

double acception
qu'on pouvait

que nous avons vu, par

corps de Tarticle,

donner au mot
«

caractère. Saint

Thomas

rappelle d'abord que

par

le

caractère,
fin

un
il

sujet est distingué d'un autre eu égard

à

une certaine

à laquelle est a été dit

ordonné

celui qui reçoit le
»

caractère;

comme

du caractère
Et,

ou de l'insigne
le

« militaire, par lequel,
est distingué

eu égard au combat,

soldat
le

du

roi

du soldat ennemi.

semblablement,

caractère

des fidèles est ce par quoi des serviteurs du
soit

les fidèles

du Christ
la

se

distinguent

démon,

soit

par rapport à

vie éternelle,

par rapport au culte de l'Eglise présente. De ces deux cho-

ses, la

première

se fait
;

par

la

charité et la grâce,
se fait

comme

le

voulait l'objection

mais

la

seconde

par
de

le la

caractère
Bête peut
fait

sacramentel.
signifier,

Aussi bien

même
la

le caractère

par opposition, ou

malice obstinée qui

que

certains sont députés à la peine éternelle, ou la profession d'un
culte illicite ».

Le caractère sacramentel, pris au sens
désigne
selon
la

strict et selon

qu'il

participation au pouvoir ou au droit d'honorer Dieu

le rite

de

la

religion chrétienne, est

une dérivation en
le Christ.

nous du pouvoir qui réside pleinement dans
dire et dans le plan actuel

A vrai

de Dieu après

la
le

chute du genre
Christ qui
ait le

humain,

il

n'y

a,

parmi

les

hommes, que
rendu
à

droit de paraître devant Dieu et de lui rendre
soit agréable.

un
la

culle qui lui

Ce

culte, le Christ l'a
a faite

Dieu surtout dans
Croix. Aussi

l'immolation qu'il

de Lui-même sur

bien l'on peut dire que tout le culte chrétien rayonne autour du grand mystère de l'Immolation du Christ. C'est par ce mystère que Dieu est honoré et apaisé; c'est par lui que l'homme
rentre

en grâce et retrouve tous

ses

dioits
le

perdus.

Et

le

caractère

sacramentel n'est rien autre que
à ce

pouvoir, pour

l'homme, de participer extérieurement
intégralement dans
tres
le

mystère conservé
et

sacrementde l'Eucharistie

dans

les

au-

sacrements qui convergent vers celui-là

comme

vers leur

128
centre.
sera
est
Il

SOMME THKOLOorotJfi.
est

donc bien évident que

le

caractère sacramentel

dans

une participation en nous du pouvoir plein et parfait qui le Christ. Mais cela même nous oblige à conclure
le

que dans
Christ,

Christ

il

n'y a pas et

il

ne peut pas y avoir de
sacerdotal,
le

caractère sacramentel.

Dans

l'ordre

du pouvoir

même
le
il

en tant

qu'homme,

a raison de cause principale.

Et puisque
mentale,
titre.

caractère sacramentel a raison de vertu instru-

s'ensuit qu'il

ne peut convenir au Christ à aucun

que dans une armée, les soldats du général en chef; mais ce dernier portent bien les ne porte les insignes de personne. Il est lui-même la raison de tout autre insigne, qui se dit par rapport à lui. De même, dans le rile extérieur du culte chrétien. C'est le Christ qui est le seul chef. Tous les autres dépendent de Lui et doivent
C'est ainsi,

du

reste,

insignes

porter ses insignes, qui sont,

ici,

les

caractères sacramentels.

De

le

mot

si

profond

et

si

vrai de la théologie,
:

que

saint

Thomas
le

vient de nous justifier dans cet article

«

character

sacramentalis est character Christi; le caractère sacramentel est
caractère

du Christ

».

Le caractère sacramentel

est la

mar-

que du Christ en tous ses fidèles, qui lui sont incorporés par
les

sacrements.
fidèles

—Mais où donc et

en quelle partie d'eux-mêmes
chef.

les

C'est ce

du Christ portent-ils cette marque de leur que nous allons examiner dans l'article suivant.

Article IV.
Si le caractère est

dans

les

puissances de l'âme
sujet ?

comme dans son

Trois objections veulent prouver que «

le

caractère n'est

point dans

les

puissancesde l'âme

commedans

son sujet».

— La

première arguë de ce que

« le caractère est dit être

une dispo-

sition à la grâce. Or, la grâce est

dans l'essence de l'âme
dit

comme

dans son
{i"--2"\

sujet,
art.

ainsi
1).

(|u'il

a

été

dans
le
».

la

Seconde Partie

no,

l'essence de l'âme,

Donc il non dans les puissances

semble que

caractère est dans

— La seconde ob-

Q. LXIII.

Ulj.

I.

EFFET DKS SACKÈMEiNTS, QUI EST LE CARACTERE.
«

I2()

jection dit que

la

puissance de l'âme ne semble pas être
la

le

sujet de quelque chose sinon de l'habitus ou de

disposition.

Or,

le

caractère, ainsi qu'il a été dit plus haut (art. 2), n'est
liabitus

pas

un
que

ou une disposition, mais plutôt une puissance,

dont
ble
la

le sujet
le

ne peut être que l'essence de l'âme.

Donc

il

semdans
».

caractère n'est point,

comme

dans son

sujet,

puissance de l'àme, mais plutôt dans lessence de l'âme
troisième objection
se
fait

— La
soit

observer que

les «

puissances de

l'âme raisonnable

distinguent en puissances de connaître et
le

en puissances affeclives. Or, on nepeut pas dire que

caractère

seulement dans'la puissance de connaître ni non plus seula

lement dans

puissance affective; car
l'acte affectif.

il

n'est

ordonné

ni à

connaître seulement, ni à

Pareillement aussi, on
l'autre,

ne peut pas dire qu'il

soit

dans l'une
«

et

parce que

le

même
jets.

accident » numérique
il

ne peut pas être en divers su-

Donc

semble que

le

caractère n'est point dans la puissujet,

sance de l'âme,
sence de l'âme

comme
».

dans son

mais plutôt dans

l'es-

L'argument sed contra rappelle que
contenu dans
sed contra de
la définition

«

comme on
précité

le

trouve

du caractère
le

l'argiiment

l'article

précédent),

caractère est

imprimé dans
la

l'âme raisonnable, selon quelle a raison d'image » de
nité.
les
«

Tri-

Or, l'image de la Trinité, dans l'âme, se considère selon
le

puissances de l'âme. Donc

caractère existe dans les puis-

sances de l'âme »

Au
«

corps de
il

l'article, saint

Thomas
«

déclare à

nouveau que
ou
trouve mara

comme
»,

a été dit (art. 3), le caractère est
.

un

certain signe
se

sceau

une certaine marque,
le

dont l'âme

quée en vue de recevoir ou de livrer aux autres ce qui

trait

au culte divin. Or,
sances,
le

culte divin consiste en de certains actes.
les

D'autre part, aux actes sont ordonnées proprement

puis-

comme

l'essence est

ordonnée

à l'être.

Il

s'ensuit

que

caractère n'est point,

comme

dans son
».

sujet,

dans l'essence

de l'âme, mais dans sa puissance
L'ad i)rimuni
fait
la

observer que

«

le

sujet est attribué à
il

un

accident selon

raison de ce à quoi
la

dispose

du ne
y

façon

prochaine;
WIl.

non selon
].cs

raison de ce

à

quoi

il

dispose

dune

Sucreinenls.

l3o

SOMMK THKOLOGIQUt:.
le

façon éloignée ou indirecte. Or,
recte et

caractère, d'une façon di-

prochaine, dispose l'âme à l'exécution des choses qui
et,

touchent au culte divin;
pas

parce que ces choses-là ne se font
le

comme

il

convient sans

secours de
2/4),

la

grâce, car, ainsi

qu'il est dit en saint Jean,
c'est

cli. iv (v.

ceux qui adoi-ent Dieu

en esprit

et
la

en vérité quil leur Jaut adorer, par voie de

conséquence,
à quoi

divine largesse donne à ceux qui reçoivent
ils

le

caractère, la grâce par laquelle
ils

accomplissent dignement ce
le sujet

sont députés. Et c'est pourquoi

doit être

attribué au caractère plutôt selon la raison des actes qui tou-

chent au culte divin, que selon

la raison

de

la

grâce

».

L'ad secundum déclare que « l'essence de l'âme est

le

sujet

de la puissance naturelle qui procède des principes de l'essence.

Mais

une puissance de cette sorte. Il est une certaine puissance spirituelle, qui vient du dehors. Aussi bien,
le

caractère n'est pas

de

même

que l'essence de l'âme, par laquelle
vit spirituellement

est constituée la
la

vie naturelle de l'homme, est perfectionnée par
fait

grâce qui

que l'homme

;

de

même

la

puissance

naturelle de l'âme est perfectionnée par la puissance spirituelle
qu'est le caractère. L'habitus, en
effet, et la

disposition appar-

tiennent à

la

puissance de l'âme, parce qu'ils sont ordonnés
les

aux

actes,

dont

puissances sont

les

principes. Et, pour la

même

raison, tout ce qui est
»,

ordonné

à l'acte doit être attribué
très précieux pour du caractère sacramen-

à la puissance

Cet ad secundum est

nous aider
mentel.
Il

à

nous

faire

une
le

idée exacte

caractère sacramentel est une puisune puissance naturelle, qui découle des principes de l'essence. Et voilà pourquoi il n'y a aucune nécessité de lui donner l'essence de l'âme comme sujet propre. Dès là qu'il est une puissance surnaturelle et spirituelle, venue
est vrai

que

sance. Mais ce n'est pas

d'en-Haut, nous lui donnerons pour sujet ce qui, dans l'âme,

immédiatement ordonné à agir. Et ce n'est point l'essence; mais bien la faculté. Nous dirons donc que le caractère sacramentel est une perfection surnaturelle se rattachant au genre puissance et subjecté dans une puissance de l'âme pour la parest
faire,

comme

sont déjà subjectés, dans les facultés,

les

habitus

ou

les

dispositions qui

doivent

les parfaire

en vue de leurs

Q. LXIII.

— DE

L

EFFET DES SACREMENTS, QUI EST LE CARACTÈRE. l3l
les

actes.

Seulement, tandis que
les

habitus ou

les

dispositions

doivent parfaire
d'agir bien,
le

puissances ou

les facultés,

en ce qui est

caractère a

l'ordre des actes hiérarchiques

pour mission de leur donner, dans du culte chrétien, le pouvoir

même,

le

pouvoir radical d'agir ou de recevoir.
en quelle faculté de l'âme nous devons
caractère sacramentel. C'est dans la faculté

Uad
placer

tertiiim précise
le

même où
en
effet,

est subjectée la vertu
«

de

foi,

dans l'intelligence.
l'article), le

Et,

comme

il

a été dit (au

corps de

caraclère est
le

ordonné aux choses qui sont du culte divin. Et
est
Il

culte divin
extérieurs.
faculté de

s'ensuit qu'il faut

une certaine protestation de la foi par des signes que le caractère soit dans la

l'âme qui est la faculté de connaître, dans laquelle se trouve
la foi ».

Que le caractère sacramentel soit subjecté dans l'intelligence, non pas, ainsi que l'observe très justement Tolet, comme une
faculté nouvelle destinée à produire, par elle-même, des actes

nouveaux;

mais

comme une

surélévation

de

cette

faculté

préexistante dans l'âme, que nous appelons l'intelligence, sur-

élévation qui a pour but ou pour effet de donner à cette faculté

un pouvoir nouveau et qu'elle n'avait pas auparavant, pouvoir qui appartiendra à l'homme lui-même et que l'homme tout entier exercera à son compte par l'entremise de celte faculté
ainsi surélevée et perfectionnée

d'oii

le

nom

de puissance
qu'il en soit

que nous donnous au caraclère sacramentel
ainsi

,

du

caractère,
et

nous devons

l'accepter, à la suite de saint

Thomas

pour

les

excellentes raisons qu'il nous en
saint
q. 3) et
le

donne
saint

lui-même.

Du temps de
i ,

Thomas

et

avant

lui,

Bonaventure
tie, q.

(dist. G, art.
3),

Alexandre de

llalès

(V par-

19,

membre
la

plaçaient
et la à
la

caractère sacramentel dans
et ils
il

l'intelligence,
trois

volonté

mémoire;
Trinité,

voulaient ces
fallait

facultés,

eu égard

ddiil
la

garder

l'image. Ce sentiment est impossible, pour
nait
la

raison que don-

troisième objection du présent article.
(dist.
G,


1).

l

ne seconde he caraclère
le

opinion devait être celle de Scot
est

q.

mis par

lui

dans

la

xolonlé, i)Our ce

motif ([ue

carac-

l32
tère

SOMMK THÉOLOGIQCK.
constitue
le

une obligation. Nous répondons que
caractère; mais elle ne
le

l'obli-

gation suit

constitue pas.
le

— Pour

Durand
dans dans
la

(disl.

/j,

q. i),

il

semblerait que

caractère est subjecté

puissance exécutrice, ou

même
le

dans l'organe extérieur,
qui remuent et profè-

la

main qui

agit,

ou sur

les lèvres

rent la parole. Et cela, parce que

caractère est

ordonné

à

nous
ble.

faire

produire des actes extérieurs, chose qui

est le

propre

des organes. Sans doute; mais
Il

l'homme

est

un

être raisonna-

faut

donc que son

acte parte de plus haut, qu'il vienne
tel

delà raison.

Du

reste,

aujourd'hui, un

sentiment ne pourle

rait plus se soutenir.

Le concile de Florence et
le

concile de

Trente ont défini que
spirituel,

caractère sacramentel est

un signe

imprimé dans

Vânie.

Ce dernier mot
{in

a réveillé

un

sentiment déjà soutenu par Marsile d'Inghen
art. i), et
Il

IV, dist. 4,

qui devait être accepté par beaucoup de modernes.

consiste à dire que le caractère est subjecté

immédiatement
le

dans l'essence de l'âme. Tolel, qui pourtant accepte

senti-

ment de
l'opinion

saint

Thomas, comme
Vasquez
(disp.
c.

très

plausible,

déclare que

de Marsile d'Inghen ne lui déplairait pas. Suarez
i3/i,

(disp, II, sect. à),
sect. 4),

chap.

4),

Lugo

(disp. 6,

Bellarmin (de Sacram.,

19, concl. 4)

ont repris cette
saint

opinion à leur compte. Elle est réfutée par le
;

mot de

Tho-

mas, que le caractère est ordonné à l'action et que le principe immédiat de l'action n'est pas l'essence de l'àme, mais la puissance de la faculté. Que si le concile de Trente parle de l'âme, ce n'est point pour l'opposer à ses facultés, mais pour

le

marquer que le caractère corps ou ses organes.

n'est pas

quelque chose qui

afiecte

Un

dernier point nous reste à examiner, au sujet du carac-

tère sacramentel considéré en

lui-même. C'est

la

question de

son indélébilité. Elle va faire l'objet de

l'article suivant.

Q. LXIH.

— DE l'eFFIîT DES SACREMENTS,
Article

QUI EST LE CARACTÈRE. l33

V

.

Si le caractère se trouve

dans l'âme d'une façon indélébile ?

Trois objections veulent prouver que

c

le

caractère ne se

La première trouve point dans l'âme d'une façon indélébile ». parfait, plus il adhère fermedéclare que « plus un accident est
ment. Or,
le la

grâce est plus parfaite que

le caractère,

puisque

caractère est

ordonné

à la

grâce

comme

à

une

fin ultérieure.

grâce est perdue par le péché, combien plus le caracLa seconde objtction raptère doit-il pouvoir se perdre ». pelle que « par le caractère, un sujet est député au culte divin,
Si

donc

la

ainsi qu'il a été dit (art. précéd.). Or,

il

en est qui du culte di-

vin passent à un culte contraire par l'apostasie de la foi. sacramentel il semble que ceux-là perdent le caractère

Donc
».


:

La troisième objection
ce qui est
c'est ainsi

dit

que

« la fin

cessant, doit cesser aussi

pour

Va fin,

sans quoi cela demeurerait inutilement
résurrection,
le

qu'après

la

mariage ne sera plus,
Or, le culte extérieur,

parce que

cessera la génération, à laquelle le mariage est or-

donné
auquel
Patrie,

(cf.

saintMatthieu, ch. xxii,

v. 3o).

le

caractère est ordonné, ne
rien ne se

pure

vérité.

Donc
Et,

le

demeurera point dans la fera par mode de figure, mais tout dans la caractère ne demeurera pas à tout jamais
il

dans l'âme.
lébile ».

par suite,

n'adhère point d'une façon indé-

L'argument sed contra apporte un texte de « saint Augustin », qui, « dans le second livre Contre Parménien (ch. xni), dit Les sacrements chrétiens n'adhèrent pas moins que la marque corpo:

relle

de

la milice.

Or,
il

le

caractère militaire n'est point retiré,

mais, approuvé,

est

reconnu en celui qui mérite d'être par^
sa faute.

donné du chef après non plus ne peut pas

Donc
».

le

caractère sacramentel

être effacé

Au corps de

l'article, saint

Thomas

rappelle et précise
la

dune

manière particulièrement excellente
déjà formulée dans

notion du

caractère

les articles précédents. « Ainsi qu'il a été

l3A

SOMME TMKOLOCIQUE.

dit (art. 3), le caractère sacramentel est

une certaine participa:

tion

du sacerdoce du
le saint
le

Clirist
et

dans

ses fidèles

en ce sens »,
«

explique

Docteur,

nous l'avions déjà noté,

que

comme

Christ a la pleine puissance du sacerdoce spirituel,

pareillement ses fidèles lui sont configurés en ce qu'ils participent une certaine puissance spirituelle à l'endroit des sacredes choses qui louchent au culte divin. Et, à cause
il

ments
mais

et

de cela aussi,
la

ne convient"pas au Christ d'avoir

le

caractère;

puissance de son sacerdoce se compare au caractère
ce qui est plein et parfait se

comme
tion de

compare
dit
:

à

une participa-

lui-même

».

Nous l'avions déjà

dans l'ordre du
attribuer ce qui

pouvoir sacerdotal, le Christ est cause principale et première
source; on ne peut donc, à aucun
n'est
titre, lui

qu'une dérivation de

celte source

ou un' instrument de
caractère sacramenfidèles
il

cette cause.
tel n'est

— Mais,
du

si

cela est vrai,

si le

qu'une participation, dans
côté de
le

les

du

plein pouvoir sacerdotal qui est en Lui,
d'impossibilité

s'ensuit

du qu'à moins
Christ,

l'homme,

le

caractère sacramentel
«

devra durer autant que

sacerdoce du Christ.
;

Or, le sacer(cix,

doce du Christ
V.
/i)
:

est éternel

selon cette parole

du'psaume

Vous

êtes prêtre à tout Jamais, selon l'ordre

de Melchiséle

dech. Et, de

vient que toute sanctification qui se fait par
la

sacerdoce du Christ est perpétuelle, tant que
sacrée

chose conles

demeure
;

:

ce

qui

se

voit,

'même dans

choses

inanimées

car la

consécration'd'une^église ou d'un autel de-

meure toujours, à moins que cette église ou cet autel ne soient détruits. Puis donc que l'âme est le sujet du caractère selon
sa partie intellective,
(art.
/i,

se

trouve la

foi, ainsi

qu'il a

été dit

ad

3"'"),

i!

est

manifeste que

comme
le

l'intelligence est

perpétuelle et incorruptible, pareillement

caractère

demeure

d'une façon indélébile dans l'âme
L'ad

».

primum répond

à la difficulté, très délicate, tirée de
«

l'amissibilité de la grâce. C'est qu'en effet,

autre est la

ma-

nière dont la grâce existe dans l'âme, autre celle dont le caractère s'y trouve.

La grâce

est

dans l'âme

comme une
le

certaine

forme qui a l'être coinplct en elle; tandis que
dans lùme

caractère est

comme une

certaine vertu instrumentale », qui a

Q. L\III.

— DE l'effet DES SACREMENTS, QUI EST LE CAHACTÈRE.

I

35

un être incomplet et en quelque sorte fluide, par mode de mouvement et de perpétuelle succession, « ainsi qu'il a été
plutôt
dit plus

haut

(art. 2).
«

Or, la forme complète
le sujet

»

substantielle

ou

accidentelle,

est

dans

selon la condition

du

sujet. Et,

parce que l'âme est muable ou changeante selon le libre arbitre,

tant qu'elle est dans l'état de la voie,

il

s'ensuit

que

la

grâce est d'une façon muable ou changeante dans l'âme. La
vertu instrumentale, au contraire, se considère plutôt selon
la

condition de l'agent principal »

:

elle est

dans

le sujet,

selon
qu'il

que l'agent principal use de
veut atteindre. « De

ce sujet en fonction
le

du but

vient que

caractère se trouve d'une

façon indélébile dans l'âme, non à cause de sa propre perfection,

mais

à

cause de
dérive à

la

perfection

du sacerdoce du Christ
saint

d'oii

le caractère

titre

d'une certaine vertu instrumentale».

Vad
au
tra),

secundurn déclare que «
endqoit (dans
les
;

comme

Augustin

le dit

même

le texte cité

dans l'argument sed conpar

nous voyons que

apostats

eux-mêmes ne manquent point

du caractère du baptême
la

car, lorsqu'ils reviennent à C Église
;

pénitence,

ils

ne sont point baptisés de nouveau par où l'on juge
cela,

quils n'ont

que
soit

le

pu perdre le caractère du baptême. Et caractère est une vertu instrumentale, ainsi
1""*)
:

parce

qu'il a été

dit {ad

or, la raison

d'instrument consiste en ce qu'il

par un autre, non en ce qu'il se
à
la

meuve lui-même,
que

ce
la

qui

appartient

volonté.

Il

suit de là
»

même

si

volonté est

mue

en sens contraire

aux choses de

la foi, « le

caractère n'est pas enlevé, en raison de l'immobilité

du moteur

principal

».

L'ffd terfiuni fait

observer que

« si,

après

la

vie présente, le

culte extérieur ne

demeure
les

pas, toutefois la fin de ce culte de-

meure. Et

c'est

pourquoi,

le

caractère

demeure
la

:

dans

les

bons,

pour leur gloire; dans
C'est ainsi,
les soldats,

méchants, pour leur ignominie.
milice
la

du

reste,
la

que l'insigne de
victoire obtenue,

demeure dans

après

pour
».

gloire des vain-

queurs, et poui'

la

honte des vaincus

La conclusion de cet article est de
l'a

foi.

Le concile de Trente
le

définie.

Dans

la

Session Vil

,

nous lisons un canon,

ca-

l36

SOMME THÉOLOGIQL'K.
est parlé
et

non 9% où il gne spirituel

du

«

caractère

imprimé dans

l'âme,

si-

indélébile

», qui,

pour ce motif, empêche de

réitérer les sacrements qui l'impriment.

Il

ne nous reste plus, pour terminer

cette question

du caracles sa-

tère sacramentel, qu'à

nous demander quels sont, parmi

crements de

la loi

nouvelle, ceux qui impriment un caractère.

Ce va

être l'objet de l'article suivant.

Article VI.
Si par tous les sacrements de la loi nouvelle
est

imprimé un caractère?

Trois objections veulent prouver que « par tous les sacre-

ments de

la loi
«

nouvelle est imprimé un caractère

».

— La pre-

mière dit que

par tous

les

sacrements de

la loi

nouvelle un

sujet devient participant
tère sacramentel n'est

le caracdu sacerdoce du rien autre qu'une participation du sacer-

Christ. Or,

doce du Christ, ainsi qu'il a

été

vu

(arl. 3, 5).

que par tous
caractère ».

les

sacrements de

la loi

Donc il semble nouvelle est imprimé un
observer que
la
«

— La

seconde objection
il

fait

le ca-

ractère est à l'âme en laquelle

se

trouve ce que

consécra-

tion est aux choses consacrées. Or, par
la loi nouvelle,

chaque sacrement de

l'homme
la loi

reçoit la grâce sanctifiante, ainsi qu'il

a été dit plus haut (q. 62, art.

que sacrement de

Donc il semble que par chanouvelle est imprimé un caractère ».
1).
^


et

La troisième objection déclare que
a ce

le

caractère est chose
la loi nouvelle,
n,
il

sacrement. Or, dans chaque sacrement de

y

quelque chose qui

est

chose seulement

c'est-à-dire
est seule-

qui est signifié sans signifier,

« et

quelque chose qui
sacrement»,

ment sacrement
((

<>,

c'est-à-dire qui
et

signifie sans être signifié,
c'est-à-dire qui
la

et

quelque chose qui est chose

est signifié et qui signifie. «
loi

Donc par chaque sacrement de
».

nouvelle est imprimé un sacrement

L'argument

.sY-ci

ronti'd

oppose

«

que

les

sacrements qui im-

Q. LXIII.

— DE l'effet DES SACREMENTS, QUI EST L^ CARACTERE.
réitérés,

187

priment un caractère ne sont pas
sacrements qui sont
et le

par cela que
il

le ca-

ractère est indélébile, ainsi qu'il a été dit (art. 5). Or,
réitérés,

est des

comme on

le voit

par

la

pénitence

mariage. Donc ce ne sont pas tous
».

les

sacrements qui im-

priment un caractère

Au

corps de

l'article, saint

Thomas
i,

rappelle que

«

comme il
la loi

a été dit plus

haut

(q. 62, art.

5), les
:

sacrements de

nouvelle sont ordonnés à deux choses

savoir

comme remède
il

du péché,
ceci de

et

pour

le

culte divin.

A

tous les sacrements

y a

commun
le

que par eux

est

apporté un certain remède
la

contre
les

péché, par cela qu'ils confèrent

grâce. Mais tous

sacrements ne sont pas ordonnés directement au culte divin;
le voit

comme on
libéré

pour

la

pénitence, par laquelle

du péché, mais par ce sacrement l'homme de nouveau quelque chose ayant

n'est pas
trait

l'homme est donné à

au culte divin,

l'homme
tre part,

étant seulement rétabli dans son premier état. D'au-

un sacrement
:

se

rapporte au culte divin d'une triple
de l'action elle-même
»

manière

d'abord, par
c(

mode

qui conscause qui

titue ce culte;

dune

autre manière, par

mode de

agit;

troisièmement, par
de l'action

mode de

sujet qui

reçoit.

Par

mode
ristie,

elle-même, appartient au culte divin l'Euchale

dans laquelle principalement

culte divin consiste,

en tant qu'elle est le sacrifice de l'Église. Et par ce

même

sacre-

ment

n'est pas

imprimé

à

l'homme un

caractère, parce
à

que

ce

sacrement n'ordonne point l'homme
d'ultérieur qui doive être reçu ou

quelque autre chose

fait

dans
de

les
les

sacrements,
sacrements

étant plutôt

la Jin

et

la

rnn.sommation de tous
ni
la

comme

le dit

saint

Denys au chapitre
ce

Hiérarchie Eccléle

siastique.

Toutefois,

sacrement contient en lui-même
le

Christ, en qui ne se trouve pas

caractère, mais toute la pléla

nitude du sacerdoce
ainsi

»,

dont
«

le

caractère n'est que

participation,

(pi'll a été dit. —

A ceux qui agissent dans
reçoivent
n

les

sacrements

appartient
I(?s

le
»

sacrement de l'Ordre: puisque, par ce sacrement.
qui
les
le

lioinmes

sont députés

à

livrer

aux

autres

hommes

sacrements,
les

A ceux qui ont
le

raison de

sujet (jni reçoit

dans

sacrements, appartient

sacrement

de baptême,

pai" lecpiel

l'homme

;iciopto le jtouvoir de recevoir

l38
les autres

SOMME

THÉOLOr.IQlJE.
;

sacrements de l'Ëglise

et,

aussi bien, le baptênne est

dit être la porte des sacrenieiils.

A

la

même

chose est ordonnée,

d'une certaine manière,
plus loin, en son lieu
trois

la

confirmation,

comme

il

sera dit

(q. 65, art. 3).

— De

vient que par ces
le

sacrements est imprimé un caractère, savoir par
la

bap-

tême,

confirmation

et

l'Ordre

».

h\id primiim accorde qu'en

effet «

par tous

les

sacrements,

l'homme

est

rendu participant du sacerdoce du Christ, en ce
sacrements que l'homme
est

sens qu'il perçoit quelque effet de ce sacerdoce. Toutefois, ce
n'est point
faire

par tous

les

député à

ou à recevoir quelque chose qui appartienne au culte du
caractère

sacerdoce du Christ; condition requise pour qu'un sacrement

imprime un
L'rtc/

».

seciindiim distingue entre la consécration

ou
«

la sanctifi-

cation
ciale

commune

à tous les sacrements, et la consécration spé-

qui n'appartient qu'à trois d'entre eux.

Par tous

les

sacrements,
teté
fait

l'homme
la

est sanctifié,

en raison de ce que
le

la sain-

implique
par

purification excluant

péché,

chose qui

se

la grâce.

Mais, d'une manière spéciale, par certains
est sanctifié

sacrements qui impriment un caractère, l'homme
par une certaine consécration,
divin; c'est ainsi, du reste, que

comme même

étant député au culte
les

choses inanimées

sont dites être sanctifiées, en tant qu'elles sont députées au culte
divin
».
((

Uad tertiuni accorde bien que nommons « chose et sacrement;
que tout
déterminer ce qui
ments, nous
art.
I
,

le

caractère est
il

»

ce

que nous

mais

n'est point nécessaire

ce qui est chose et sacrement soit caractère.
est

Quant

à

chose

et

sacrement dans
(q. -o, art.
art. 3,

les
i,

autres sacre8/î,

le
;

dirons plus loin »

ad3'"^\ q.
q.

a<^/ .?"'"

supplément, q. 3o,

ad

.?'"";

42, art.

i,

ad

5"'").

Trois sacrements de

la

nouvelle

loi, (pii

sont

le

baptême,

la

confirmation

et

l'Ordre, produisent en nous un caractère. Cette
foi. Elle 9).

conclusion
(session
sée

est

de

a été définie parle concile de Trente
le

VU, can.

Déjà
la

concile de Florence l'avait impolui

aux Grecs. Sous

forme que

dormait l'argument sed

Q. LXIII.

— DE L EFFET DES SACREMENTS,
effet,

QUI EST LE CARACTÈRE.
tradition

J

OQ

contra, elle est corroborée par

toute la

de l'Église

romaine, qui, en

n'a jamais accepté qu'on réitère soit le
les

baptême,

soit la

confirmation, soit

divers Ordres.

Nous connaissons
importent à un
titre

la

nature,

le

pourquoi,

la

vertu des sacre-

ments, notamment des sacrements de
tout spécial.
Il

la loi nouvelle qui nous nous faut maintenant étu-

dier leurs origines

prime

saint
».

ou leurs sources, ou encore, comme s'exThomas, « leurs causes, soit par autorité, soit par
Ce va
être l'objet de la question suivante.

ministère

QUESTION LXIV
DES CAUSES DES SAGREMEINTS

Cette question

comprend

dix articles

:

Si

a" Si l'institution

3° 4°

5"

6° 7°

8° 9"

Dieu seul opère intérieurement dans les sacrements ? des sacrements est seulement par Dieu Du pouvoir que le Christ a eu dans les sacrements ? S'il a pu communiquer ce pouvoir à d'autres Si le pouvoir de ministère, dans les sacrements, convient aux méchants.^ Si les méchants pèchent en dispensant les sacrements Si les anges peuvent être ministres des sacrements P Si l'intention du ministre est requise dans les sacrements ? S'il y est requis la foi droite, de telle sorte qu'un infidèle ne puisse pas donner le sacrement ?
'} !'

io° S'il y est

requis l'intention droite

?

De

ces

dix

articles, les

deux premiers examinent
la

ce qui

appartient à Dieu ou aux ministres dans

production des

sacrements
tres
:

;

les

huit autres, de ce qui appartient aux minis(art.
:

au premier ministre

3, 4);

aux ministres secon(art. ô-y)
;

daires, et à quelles conditions

de personne
et

d'inten-

tion (art. 8-io).

Au

sujet de

Dieu

de ses ministres, saint Thol'effet in-

mas

se

térieur

demande, d'abord, du sacrement et.
;

si

Dieu seul peut produire
s'il

ensuite,

résulte de là

que Dieu

seul puisse instituer les sacrements.
faire l'objet

Le premier point va

de

l'article

premier.

Article Premier.
Si Dieu seul, ou aussi le ministre, opère intérieurement

pour

l'effet

du sacrement ?
#

Trois objections veulent prouver que
seul,

«

ce n'est

pas Dieu

mais aussi

le

ministre qui opère

intérieurement pour

QUESTION LXIV.
l'effet

La première déclare que « l'eflet indu sacrement ». l'homme des péchés et térieur du sacrement est de purifier
la

— -

DES CAUSES DES SACHEMEMS

1

/j

1

de l'illuminer par
l'Église

grâce. Or,

il

appartient aux ministres de
;

comme on le voit de par<7ier, dlUaniiner elde parjaire Hiérarchie céleste. Donc il par saint Denys au chapitre v de la mais aussi les minissemble que ce n'est pas seulement Dieu, La l'eifet du sacrement ». tres de l'Église qui opèrent pour collation des sacrela seconde objection arguë de ce que « dans

ments on propose certains suffrages de

prières. Or, les prières

que celles de n'importe des justes sont plus aptes à être exaucées en saint Jean, ch. ix quels autres, selon cette parole marquée
volonté, celui-là est Si quelqu'un honore Dieu et fait sa qui reçoit le sacremenl exaucé de Lui. Donc il semble que celui plus grand effet. D'où il suit obtierit un
(V. 3i)
:

d'un bon ministre en

que
et

le

ministre a une action dans
».

l'effet

intérieur

du sacrement,
fait

non pas seulement Dieu

— La troisième objection
car l'eau touche
le

ob-

que la chose inanimée » server que « Ihomme est plus digne a une action pour dans le sacrement. « Or, la chose inanimée
l'effet
le

intérieur

du sacrement
s'exprime

corps

et lave

;

cœur, ainsi que

saint Augustin, sur smnt Jean

(tr.

l'eflet intéLXXX). Donc l'homme aussi a son action dans Dieu «. rieur du sacrement et non pas seulement dans L'argument seti contra apporte le mot de saint Paul, «

l'épître

Cest dit aux Bonmins, ch. viii (v. 23) », où « il est de tous les saintérieur Dieu qui justifie. Puis donc que l'eifet opère il semble que Dieu seul crements est la justiOcation,
:

l'effet

intérieur

du sacrement
l'article,

».

Au
« c'est

corps de

saint

Thomas

fait

remarquer que

production d'un
par

agit dans la d'une double manière qu'il arrive qu'on ou par mode de cause principale; ou eflet
:

du premier mode. Dieu ». Et cela, pour deux seul opère l'eff-et intérieur du sacrement pénètre dans l'âme où raisons. D'abord, « parce qiie Dieu seul

mode

d'instrument.

S'il

s'agit

se

trouve

l'eff-et

du sacrement

:

et

nul ne peut agir d'une
».

manière immédiate
.

il

ne se trouve point
est
reft'el
il

Ensuite,

parce

que

la

grâce,
seul,

(lui

intérieur

du
la

sacre-

menl, vient de Dieu

comme

a été vu dans

Seconde

l^'^

SOMME THÉOLOGIQUE.
1).

Partie (/«-2«^ q. 112, art.

Le caractère aussi, qui

est l'effet

intérieur de certains sacrements, est

qui

émane de

l'agent

une vertu instrumentale principal qui est Dieu « ou le Christ, ledoit être distingué des ministres

quel,

même comme homme,
la

secondaires, ajant par rapport à eux,

notamment pour

ce qui
«

touche au caractère,
s'il

raison de cause principale.
»

Que

s'agit

du second mode

d'agir dans

la

production d'un
agir pour

effet et
l'effet

qui est celui de l'instrument, «

l'homme peut
qu'il agit par

intérieur

du sacrement, en
effet, la
:

tant

mode de
le

ministre. C'est qu'en
nistre et
se
^

raison est la

même

pour

mi-

pour l'instrument

l'un et l'autre a

une action qui
résultat l'effet
».

produit au dehors, mais cette action a

comme

intérieur par la vertu de l'agent principal qui est Dieu

Vad primum
Denys, que

explique

le

sens des expressions tirées de saint
«

citait

l'objection.

La purification

»

dont

il

est

parlé et qui se prend «selon qu'elle est attribuée aux ministres

de l'Eglise n'est pas

la

purification » qui enlève la tache «

du

péché. Si les diacres sont dits purifier, c'est ou bien parce que
leur rôle est d'exclure ou de chasser les impurs hors de l'as-

semblée des

fidèles,

ou bien parce
la

qu'ils doivent les préparer,

par de saintes admonitions, à

réception des sacrements.

De

même
saint,

aussi

pour

les

prêtres. Ils sont dits illuminer le peuple
la
».

non que » d'eux-mêmes « ils répandent en lui comme on le voit par saint Denys, au même endroit
L'ad secundum déclare que «
la les prières

grâce;

qui sont dites dans

collation des sacrements sont adressées à Dieu,

non pas

»

au

nom ou « nom ou « de

de
la

la

part d'une personne particulière, mais » au

part de toute l'Église, dont les prières sont de

nature à être exaucées par Dieu, selon cette parole marquée en
saint Mathieu,

ch.

xviii

(v.

19)

:

Si

deux d'entre vous sont

d'accord sur

lu

terre,

toute

chose quils demanderont leur sera

accordée par
n'ait

mon

Père.

Rien n'empêche toutefois qu'à cela
de l'homme juste, Mais
l'elTet
»

une part

d'efficacité la prière

ce

n'est
«

pas à ces prières qu'est dû
est l'effet

propre du sacrement.

Ce qui

du sacrement

n'est pas
le

obtenu par

la

prière

de l'Eglise ou du ministre, mais par
Christ dont
la

mérite delà Passion du

vertu opère jàans les sacrements, ainsi qu'il a été

QUESTION L\ÎV.

DES CAUSES DES SACREMENTS.

l43
être

dit (q. 62, art, 5). Toutefois

quelque chose d'annexé peut
sacrement par
la

obtenu à celui qui reçoit
nistre »,

le

dévotion du mi-

comme
:

des

dispositions
est-il

meilleures
ce n'est pas
le

ou une plus
ministre qui
».

grande ferveur
l'opère,

«

encore

que

mais

il

obtient que ce soit produit par Dieu

Vad
est le

lertiam précise à
la

nouveau que

« les

choses inanimées
intérieur » qui
si

n'opèrent pas quant à
fruit

production de

l'effet
«

du sacrement reçu dans
semblablement,
si

l'âme,

ce n'est par

mode

de cause instrumentale, ainsi qu'il a été dit (au corps de
les

l'article). Et,

hommes

n'opèrent pas quant

à l'effet des sacrements,

ce n'est par
titre

mode

de ministre

»

ou

de façon ministérielle, à
dit
»

d'instrument,

« ainsi qu'il a été

(au corps de l'article).

L'effet intérieur

du sacrement,
de son

ce

que

le

sacrement produit

dans l'âme,

qu'il s'agisse

effet

principal qui est la grâce,

ou de son

effet

secondaire qui est

le caractère, cet effet a

pour
de
pro-

cause propre, qui, seule, est à cause principale,
duit.
la

même

de

le

produire à

titre
le

vertu divine. C'est Dieu seul qui
le

L'homme, ou
la

ministre, pourra bien avoir
effet;

une part
à
fois

dans
titre

production de cet

mais ce

sera,

uniquement,
premier

de cause instrumentale.


:

Ce point de doctrine une
est l'objet

établi,

nous pouvons aborder ce qui
de
la

et prin-

cipal

question actuelle
va

l'institution des sacrements.

Saint

Thomas

le faire à l'article

qui

suit.

Article H.
Si les

sacrements sont dus seulement à l'institution divine

?

Trois objections veulent prouver que «

les
».

sacrements ne

Sont pas dus seulement à l'institution divine
fait

La première divine

observer que
livrées

«

les

choses qui sont d'institution

nous sont
se

dans l'Ecriture-Sainle. Or, certaines choses pratiquent dans les sacrements, dont aucune mention n'est

faite

dans

la

Sainte-Ecriture

:

tel

le

chrême dont

les

hommes

l/|i

SOMMlî THÉOLOGIQUE.
les prêtres

sont confirmés, et l'huile dont

sont oints, et beau-

coup d'autres choses, paroles ou
les

gestes,
les

dont nous usons dans

sacrements.

Par conséquent,
».

sacrements ne sont pas
objection,
fort

seulement d'institution divine
ressante,

Cette

inté-

nous vaudra une précieuse réponse de saint Thomas.
c

— La

seconde oijjection rappelle que

les

sacrements sont de
les

certains signes. Or, c'est naturellement
bles ont de
signifier. D'autre

que

choses sensi-

part,

on ne peut pas dire que
choses
«

Dieu prenne plaisir
choses qu'il a

à certaines isignifications » des
;

et
les

non pas aux autres
faites.

car

II

approuve Lui-même toutes

11

semble

même

que

c'est le

propre des

démons

d'être attirés
dit,

à

une chose par certains signes. Saint
livre
tes

Augustin

en

effet,

au

XXI de

la Cité

de Dieu (ch. vi)

:

Les dénions sont attirés par

créatures qui ont été faites non

par eux, mais par Dieu,
vers
»

et qui,

selon leur diversité, plaisent à diles

dénions,
les

«

non comme
esprits. Il

aliments

aux animaux, mais
les sa».

comme

signes

aux

ne paraît donc pas que

crements aient besoin d'être en vertu de l'institution divine

— La troisième objection arguë de ce que
sur terre,
la

« les

Apôtres ont tenu,

la

place de Dieu;
épître

et

de

vient que l'Apôtre dit, dans
ii

deuxième

aux Corinthiens, ch.
si

(v. lo)

:

Ccw ce que

j'ai

donné moi-même,

c'est
si

pour vous, dans
Christ

la

fai, moi-même, donné quelque chose, Personne du Christ c'est-à-dire comme
;

le

Lui-même
».

l'avait

donné.

Il

semble donc que

les

Apôtres, et leurs successeurs, ont

pu

et

peuvent instituer de

nouveaux sacrements

L'argument sed contra

dit

que

«

celui-là institue
;

une chose,
le voit

qui donne à cette chose sa force et sa vertu

comme on

pour ceux qui instituent
précéd.).

les lois.
le

Or, la

vertu des sacrements

vient de Dieu seul, ainsi qu'on

voit par ce qui a été dit (art.

Donc

c'est

Dieu seul qui

peut instituer

les sacre-

». Nous voyons, par cet argument .sed co/i//'fl, le rapdu point de doctrine traité dans cet article, avec le point port

ments

de doctrine

traité à

l'article

précédent. L'un est

la

condition

même
Au
en

de

l'autre.

corps

de larticle, saint

Thomas

va mettre ce rapport
la

très

vive lucnière et préciser excellemment

nature de

(unsnoN

Lxrv.


a

des causes des sacrements.
Il

i/jD

l'institution divine des

sacrements.
été dit

rappelle que

»(

comme
précéd.;
d'instru-

on
q.

le

voit
art.

par ce qui
i
),

plus

haut

(art.

62,
à

les

sacrements

agissent par
spirituels.

mode
c'est

ments

la

production des

efl'els

Et l'instrument

tient sa vertu

de l'agent principal. D'autre part,
:

un doule

ble agent qui a trait au sacrement

celui qui institue

sacre-

ment;

et celui

qui use ou se sert du sacrement institué, l'apeft'et.

pliquant à produire son

Il

ne se peut pas que

la

veitu

du sacrement vienne de
celui-là n'agit

celui qui use

du sacrement; puisque
elle
la

que par mode de ministère. Par conséquent,
le

vient de celui qui a institué

sacrement. Et puisque
seul,
il

vertu
c'est

du sacrement ne vient que de Dieu
Dieu seul qui
l'article,

s'ensuit

que

a

institué les

sacrements

».

Le procédé de

qui pourrait surprendre au premier abord, n'est orce point, destiné à préparer la

donné qu'à mettre en lumière
conclusion
entre
fait le fait et

l'amener nécessairement, qu'il y a équation de communiquer aux sacrements leur vertu et le
à

de

les instituer.

Pour

cela, saint
et

Thomas
la

rappelle que les
étant
les

sacrements ont une

vertu,

que

cette vertu,

instru-

mentale, ne peut venir en eux que de
Et, sans doute,

cause qui
est

meut.

celte cause qui

les

meut
le

double,

comme

nous l'avons déjà

dit et

comme

nous

redirons au cours de
n'est ellela

toute cette question. Mais, de ces

deux causes, l'une

même, au
suite, les

fond, qu'un instrument. Elle n'est donc pas
et

pre-

mière cause qui donne aux saciements leur vertu
aura institués. D'autre
(jui

qui, par
cette

paît,

nous savons que

piemièie cause

donne aux sacrements

leur vertu n'est pas

autre que Dieu. Doiic c'est bien Dieu et Dieu seul qui aura institué les

sacrements.

\j\id priimiin

formule une règle vraiment d'or pour discerles

ner ce qui est directement de Dieu dans qui peut être d'institution ecclésiastique,
ministration des sacrements, a
n'est pas
été

sacrements

et

ce

a

Ce qui, dans
les

l'ad-

institué par
»
:

hommes
le
;

de nécessité pour
si

le

sacrement

même

sans cela,
«

sacrement existera,
choses
d'uru!

les

choses essentielles existent

ces

non

essentielles

ou d'institution humaine
apporte dans
les

font partie

certaine solennité (ju'on
XVII.

sacrements
10

— Les Sacrements.

i/i6

SOMME théologiouf:.
exciter la dévotion et le respect en ceux qui les reçoi-

pour
vent.
sité

Quant aux choses qui sont
le

»

essentielles

ou

((

de nécesle

pour

saciement,

elles
et

ont été instituées par
Et bien

Christ

Lui-même, qui est Dieu soient pas marquées dans
dit

homme.

que toutes ne
l'Eglise les

les Ecritures,

cependant

tient de la tradition familière des Apôtres;

comme
ch.

l'Apôtre
xi (v. 34)

le
:

dans

la

première épître

««.c Corinl/dens,

Les autres choses, quand Je viendrai, Je

les réglerai ».

Nous

voyons, par cette

fin

de réponse, que saint
la
;

Thomas

distin-

gue nettement l'Écriture de
il

Tradition
c'est-à-dire

;

et

que cependant
ce qui est

les

met sur
que
cela

le

même

pied
la

que tout

dans rÉcriture ou dans
rien

Tradition reçue des Apôtres

et

vient directement de Dieu. Ce sont là les
la

deux

uniques dépôts de

Révélation. La mission de l'Église n'est
reste,

qu'une mission de dépositaire. Saint Thomas, du
le

va nous

redire à Vad tertium. L'Eglise ne peut rien ajouter ni rien

retrancher à ce qui est ainsi contenu dans l'Écriture et dans
la

Tradition. Son rôle est simplement d'en assurer et d'en faci-

liter les fruits

dans

les

âmes, en

le

commentant, en l'expliquant,
afin d'exciter l'attention

en

le

développant par mode de gloses

des esprits et de provoquer leur dévotion.

Au

point de vue

plus spécial des sacrements, nous tiouvons,dans cet ad

primum
mulsiècles,

de saint Thomas, un précieux secours pour expliquer
tiples différences
soit

les

qu'on a pu constater au cours des
Eglise, soit

dans

la

même

dans

les

diverses Églises, au sein
sa-

de

la

grande Église catholique, dans l'administration des
Si,

crements.

historiquement, on démontre que
et

tel rite

n'a pas

été pratiqué

de tout temps

dans toute

l'Église,

en lui-même

ou dans son équivalent, nous dirons que ce rite n'est pas essentiel, et qu'il a été institué pour ])lus de solennité par
l'Église

elle-même, au cours des

siècles, selon la diversité des

besoins ou l'opportunité des circonstano€s.

Vad secundum
ments
:

tranche

la

question,

si

débattue parmi

les

théologiens, de savoir quelle espèce de signe sont les sacres'ils

sont des signes de raison et arbitraires

;

ou des

signes naturels. Saint
bles » qui

Thomas répond que

«

les réalités sensic

forment

la

matièie des sacrements,

sont aptes, par

(JLESTIDN LXIV.

DES CAUSES DES SACREMENTS.
»
;

1^7

leur nature, à signifier certains effets spirituels
chef,

et,

de ce

nous pouvons dire que

les

sacrements sont des signes
Et c'est ce que dit
liv.
I,

naturels. « Mais cette aptitude est déterminée à telle significa-

tion spéciale par l'institution divine.

Husi

gues de Saint-Victor (des Sacrements,

part. IX, ch. 2),

que
les

le

sacrement

signifie

en vertu de l'institution. Toutefois,
à d'autres, certaines

Dieu a choisi, de préférence
significations
serait porté à ces choses
le

choses pour

sacramentelles, ce

n'est

point parce qu'il
»,

par une inclination affective
«

comme
fût

supposait l'objection,
»

mais pour que

la signification

plus adaptée
entre
le

ou

afin

que l'harmonie

se trouvât plus parfaite

signe et la chose signifiée.
a

un mot précieux entre tous pour la parfaite dans le monde, n Les Apôtres et leurs successeurs, déclare saint Thomas, sont les vicaires de Dieu dans le gouvernement de l'Eglise instituée par la foi et
L'ad terlium
intelligence

du

rôle de l'Eglise

les

sacrements de

la foi

».

L'Église, à la prendre

comme

corps

des fidèles vivant de
les

la vie

du

Christ, n'est pas constituée par

Apôtres

et leurs

successeurs, en ce sens que ce soient eux
les

qui aient déterminé
aient

éléments essentiels de cette vie

et qu'ils

donné

à ces éléments leur vertu. Ces éléments essentiels

sont

la foi et les
la foi,

sacrements de

cette foi. Or, la foi et les sacre-

ments de
par Dieu
droit d'y

dans leur teneur essentielle, ont

été

déterminés
le

et

exclusivement par Lui. Nul, dans
L'Église,

l'Église, n'a

touclier.

considérée

comme
et

corps ensei-

gnant ou gouvernant, sous
tère, n'a
foi

sa raison de magistère et de

minis-

pas d'autre rôle (jue de conserver

de distribuer cette

et ces

sacrements

:

les

conserver dans loute leur intégrité
là,
;

et
si

dans toute leur pureté; de

son caractère
les

si

éminemment,
lu

essentiellement traditionnel

distribuer de
et,

manière

la

plus apte à en assurer Içs fruits,

par suite, en s'adaptant

aux conditions de temps
se

et

de lieu ou de milieu dans lesquelles
leur

trouvent

les

âmes

qu'il s'agit de vivifier en

communi-

(juant celte

foi et

ces sacrements; de là celte puissance d'adapl'a fait se

tation de l'Eglise qui

plier à toutes les exigences et à

toutes les conditions de climat, de

tempérament

et

d'habitudes
à tous.

individuelles, familiales

ou

sociales,

pour transmettre

l/i8

SOMME THÉOLOGIQUE.
le recevoir, le

selon que chacun est apte à
foi et

dépôt intégral de

la

des sacrements, qu'elle a reçu, total et complet, dès le pre-

mier jour de son existence
au jour de
la


de

et
la

avant

Pentecôte

même sa consécration bouche même du Christ, au
et à leurs

cours de sa vie mortelle ou avant son Ascension. Ce dépôt,
confié, par le Christ,

aux Apôtres

successeurs,

com-

prenait, au point de vue de la foi, les livres de l'Ancien Testa-

ment

et

son enseignement à Lui complétant, après l'avoir ex-

pliqué, l'enseignement de l'Ancien Testament, enseignement

qui devait se conserver dans l'Eglise d'une double manière

:

par

la

Tradition vivante, se transmettant de génération en géné-

ration et laissant des traces d'elle-même dans les écrits des divers

auteurs ecclésiastiques, ou aussi dans

les

monuments

publics

ou privés de l'art chrétien, de
spécialement, dans
les

la liturgie, et le reste; et,

plus

écrits inspirés

du Nouveau Testament.

Au

point de vue des sacrements, l'enseignement du Christ

confié aux Apôtres et à leurs successeurs devait se conserver

dans
de
la

la

pratique des diverses églises, s'unifiant toutes au sein

grande Église catholique.

Ce que nous venons de dire
:

résumé par saint Thomas en ces termes « De même donc qu'il n'est point permis » aux Apôtres et à leurs successeurs « de constituer une autre Église; de même il ne leur est
a été

point permis de livrer une autre

foi ni d'instituer

d'autres sa-

crements;
suspendu à

c'est
la

par

tes

sacrements qui ont coûté du côté du Christ
l'Église

Croix,

que

du Christ

est dite avoir

été

édifiée ». L'Église repose tout entière, et à tout jamais, sur la
foi

confiée aux Apôtres par le Christ, et sur les sacrements qui

sont sortis du côté du Christ cloué à la Croix.

La conclusion de
finie

l'article

que nous venons de

lire^a été dé-

par

le

concile de Trente, dans son premier canon de la
:

Session VIT

«

Si

quelqu'un

dit

que

les

sacrements de

la loi

nouvelle n'ont pas tous été institués par Jésus-Christ, NotreSeigneur, qu'il soit anathème
foi.
».

Elle est donc,
les

proprement, de

— Mais,

s'il

n'est pas
il

douteux que tous

sacrements aient

été institués

par Dieu,
la

est très certain aussi

que Dieu
11

n'est

pas seul à agir dans

collation des sacrements.

use,

pour

QUESTION LXIV.
cela,

DES CAUSES DES SACREMENTS.

1^9

du ministère de
le rôle

nant préciser
il

hommes. Nous devons maintede l'homme dans ce ministère. Encore estcerlains

que de ce point de vue nouveau, la question se présente à nous sous un double aspect. A la tête du ministère humain dans la collation des sacrements, nous trouvons le Christ sous la raison de son humanité sainte. Nous devons donc tout
d'abord examiner son rôle
raison de son
;

ce n'est qu'après

que nous étudie-

rons l'action des ministres ordinaires.
sous
la

Le rôle du Christ,

humanité
:

sainte,

dans l'usage des sacreChrist;

ments, peut se considérer

ou

comme concentré dans le
Ce va
3,

ou

comme

réversible sur les autres ministres.
articles
et

être l'ob-

jet des

deux

suivants. D'abord, à l'article

du

rôle

propre au Christ

concentré en Lui.

Article IlL
Si le Christ, en tant
l'effet

qu'homme,

a le

pouvoir de produire

intérieur des sacrements?

Nous avons
« le
l'effet

ici

cinq objections. Elles veulent prouver que

Christ, selon qu'il est

homme,
».

a le pouvoir de produire
effet est

intérieur

du sacrement

Cet
la

double

:

l'un,
:

poet,

sitif, la

grâce; l'autre, négatif,

rémission des péchés

soit l'un, soit l'autre, ils sont produits, tous les

deux, par

la

vertu instrumentale contenue dans

le

sacrement. Les deux pre;

mières objections arguent du côté du double effeldu sacrement La première veut proules trois autres, du côté de la vertu.

ver que
la

le

Christ, en tant

qu'homme,
i

a le
le
:

pouvoir de conférer
Baptiste, dit,

grâce. C'est qu'en effet, « saint Jean,
le

comme

on

trouve en saint Jean, ch.

(v. 33)
:

Celai qui nia envoyé

hapliser dans teau, celui-là m'a dit
Itrit-Saint

Celui sur qui ta verras CEs-

descendre en

s'y reposant, c'est Celui-là qui baptise

dans

/'EspriZ-Sam/. Or, baptiser dans l'Espril-Saint, c'est conférer inté-

rieurement
Christ en
dit,

la

grâce de l'Esprit-Saint. D'autre part,

c'est

sur

le

tant qu'il est
le

homme, que

l'Espril-Saint descen-

non sur

Christ en tant qu'il est Dieu, puisque, de ce

l5o
chef,

SOMME

TIIEOLOGIQIJE.
Il

Lui-même donne

TEsprit-Saint.

semble donc que

le

Christ, selon qu'il est

homme,
».

eut

la

puissance de causer

l'effet

intérieur des sacrements
à ce

— La
Fils

seconde objection en appelle
(v. 6), dit
le
:

que

«

le

Seigneur, en saint Matthieu, ch. ix
le

A/în que vous sachie: que

de C homme a sur lalerre

pou-

voir de remettre lespécliés. Or, la rémission des péchés est

l'eff'et

intérieur
qu'il est

du sacrement. Donc

il

semble que

le

Christ, selon
».

homme,

produit

l'effet

intérieur des sacrements

La troisième objection
produit

fait

observer que

« l'institution des sa-

crements appartient à celui qui par mode d'agent principal

du sacrement. Or, il est manifeste que le Christ a institué les sacrements. Donc c'est Lui-même La quaqui produit intérieurement l'effet du sacrement ». trième objection dit que « nul ne peut conférer, sans le sacrement, l'effet du sacrement, à moins de produire, par sa propre
l'effet

intérieur

vertu,

l'effet

conféré

l'effet

du sacrement. Or, le Christ, sans le sacrement, a du sacrement; comme on le voit pour MarieII

Magdeleine, à qui
ch. VII, V. 48).

dit
il

:

Vos péchés vous sont remis
le

(S.

Luc,

Donc
l'efTet

semble que

Christ, selon
».

qu'il est

homme,

opère

intérieur
«

du sacrement
dans

— La cinquième
intérieur »
la

objection déclare que

la

cause en vertu de laquelle les sacrel'effet

ments agissent

est l'agent principal
les

du
la

sacrement. « Or,

sacrements ont leur vertu de

Passion du

Christ et de l'invocation de son

nom;
i

selon cette parole de
(v.

première Épître aux Corinthiens, ch.

i3)

:

Est-ce que Paul

a été crucifié pour vous? Ou avez-vous été baptisés au nom de Paul? Donc le Christ, en tant qu'homme, produit l'effet intérieur

du sacrement ». L'argument sed contra apporte comme de
texte qui est de saint
«

a

saint Augustin »,
II,

un
il

Isidore {Etyta., liv,

ch.

xix),

est

dit

:

Diuis les sacrements, la vertu divine,
la

au plus intime,

opère

le

salut. Or,

vertu divine appartient au Christ, selon
qu'il est

qu'il est Dieu,

non selon
Dieu
».

homme. Donc

le

Christ

n'opèrcpasl'eff'et intérieur

du sacrement selon

(\ul\ est

homme,
le

mais selon

qu'il est

Au
opère

corps de
l'eff'et

l'article, saint

Thomas répond que
et selon qu'il

«

Christ
et

intérieur

du sacrement

est

Dieu

QUESTION LXIV.
selon qu'il est

DES CAUSES DES SACREMENTS.

101

homme;
Il

mais autrement

et

autrement. Car,

selon qu'il est Dieu,

agit dans les sacrements par autorité;

tandis que, selon qu'il est
rieurs des sacrements par
efficiente,

homme. mode de
Il a

Il

agit dans les effets intéet

mérite
été dit,

par

mode de

cause

mais instrumentale.
i),

en

effet (q./i8, art. i,

6; q. 49, art.

que

la

Passion du Christ, qui se réfère à Lui
et

selon

la

nature humaine, est cause de notre justification

par
litre

voie de mérite et par voie

de cause efficiente, non à

d'agent principal ou par voie d'autorité, mais par

mode

d'insla

trument, en tant que l'humanité en Lui
Toutefois, parce que l'humanité »
à la divinité

est

l'instrument de

Divinité, ainsi qu'il a été vu plus haut (q. i3, art. 2,3; q. 19,
art.
i).

du Christ
»

est l'ins-

trument conjoint
« elle a

dans

la

Personne

du Verbe,

une certaine principauté
ain.si

et causalité
les

par rapport aux

instruments extérieurs que sont
sacrements eux-mêmes,
plus haut
(art.
1).
Il

ministres de l'Église et les
le

qu'on

voit par ce qui a été dit
le

suit

de

que

comme
dans

Christ, en tant

qu'il est Dieu, a la puissance d'autorité

les

sacrements, de

même, en

tant qu'il est
la

homme,

Il

a la puissance de ministre

principal, ou

puissance d'excellence. Cette puissance d'excel-

lence consiste en quatre choses.

Preniièremenl

,

en ce que

le

mérite

et

la

vertu

de

la

Passion du Christ opère dans
(q. 62, art.
5).

les

sacrements, ainsi qu'il a été dit plus haut
Et parce que
la foi,
la


:

vertu de la Passion nous est

communiquée par

selon cette parole de l'Épître aux Romains, ch.

m

(v, 25)

Celui que Dieu a conslilué en propilialion par lu foi en son sang,
foi

que nous confessons par l'invocation du
lieu,

nom du
les
c'est

Christ

;

à
le

cause de cela, en second
Christ a dans
les

à la puissance d'excellence que

sacrements appartient que

sacrements
de
l'institu-

sont sanctifiés en son
tion

nom.


la

Et,

parce que

que

les

sacrements tirent leur vertu; de

vient que, en

Iroisii-ine lieu, à la

puissance d'excellence du Christ appartient
vertu aux sacrements a
la

que Lui-même qui adonné
tuer ces sacrements.

Et parce que

pu insticause ne dépend pas
lieu, à la

de

l'effet,

mais plutôt inversement, en quai riènie
des sacrements sans

puis-

sance d'excellence du Clirisl appartient que Lui-même a pu
conférer
l'effet

le

sacrement extérieur.

l52
«

SOMME TIIEOLOr.IOUK.
Et,

par
:

là,

ajoute saint

Thomas, on
l'article),

voit la réponse

aux

objections

car

Tune

et l'autre partie

des objections est vraie,

comme
port
et

il

a été dit (au

corps de

sous un certain rap-

». Il est

vrai de dire, en effet,

mais dans un sens différent,

que

l'effet

intérieur des sacrements est le propre de la vertu
il

divine, et que, cependant,

relève aussi

du pouvoir

d'excel-

lence qui appartient à l'iiumanité

du

Ghrisl.

Mais, tout de suite, une

nouvelle question se pose.
ce pouvoir d'excellence

Com-

ment devons-nous concevoir
affirmons appartenir
lui appartient
à

que nous

l'humanité du Christ.^ Faut-il dire qu'il

de façon incommunicable; ou bien devons-nous
le

dire qu'il

a

pu, qu'il aurait pu

communiquer

à d'autres

appelés à
C'est ce
jet

servir de

ministres dans l'usage des

sacrements:'
et tel est l'ob-

que nous devons maintenant examiner;
qui
suit.

de

l'article

Article IY,
Si le Christ a

pu communiquer aux ministres
dans
les

le

pouvoir

qu'il avait

sacrements

?

Trois objections veulent prouver que

u

le

Christ n'a pas pu
les sa»,

communiquer aux
crements
».

ministres

le

pouvoir qu'il avait dans

La première

cite

où pu

il

«

argumente
n'ait

ainsi contre
c'est

un texte de Maxime (liv.

»

saint

Augustin
:

11,

ch. vu)

S'il a

et

qaU

pas voulu,

qull aura été jaloux. Or, toute
s'est

jalousie

ou envie

a été loin

du Christ en qui

trouvée

la

plénitude de

la charilé. Donc, puisque le Christ n'a pas communiqué son pouvoir aux ministres, il semble qu'il ne pouvait — La seconde objection en appelle enpas le communiquer
»>.

core à

«

saint Augustin », qui,
(v. i:>),
en.

m

sur ce mot, rapporté en saint
celles-là,

Jean, ch. xiv
dit
:

H

fera de plus grandes choses que
plus grand, savoir

,1e

déclare,

effet, cela

que d'impie
Or,
le

l'homme devienne juste,
Christ ne
créassent
le ciel et la

<iue

de créer

le ciel et

la terre.

pouvait pas comniuni(|uer à ses disciples, qu'ils
terre.

Donc, non plus,

qu'ils

rendissent

QUESTION LXIV.

DES CAUSES DES SACREMENTS.
la

l53

juste l'impie. Et puisque
le

justification de l'impie se fait par
il

pouvoir du Christ qu'il adansles sacremenis,
Il

semble que

ce pouvoir qu'il a dans les sacrements,

n'a pas

pu
le

le

comob-

muniquer aux ministres
l'Église,
il

».

La troisième objection
la

fait

server qu' « au Christ, en tant qu'il est

tête

ou

chef de

convient que de Lui

la

grâce dérive aux autres;
i

selon cette parole de saint Jean, ch.

(v.

iG)

:

De

sa plémlade

nous avons tous reçu. Or, ceci n'a pas été communicable aux
autres; car, de la sorte, l'Église serait quelque chose de

mons-

trueux, ayant plusieurs

têtes.

Donc

il

semble que
ministres

le
».

Christ n'a

pas pu

communiquer son pouvoir aux
6e(^
»,

L'argument
Baptiste,

contra appuie sur une interprétation très inqui, sur ce
i

génieuse de « saint Augustin

mot de

»

saint Jeanle

marqué en

« saint Jean, ch.
le

(v. 3i),

Je ne

connais-

sais pas, dit

quilne connaissait pas

pouvoir du baptême

comme

devant appartenir au Seigneur

et être

retenu par Lui. Or, ce n'eût

pas été

un objet d'ignorance pour saint Jean, si un tel pouvoir n'était pas communicable. Donc le Christ pouvait communiquer son pouvoir aux ministres ». Il serhblerait bien

que ce

texte

de saint Augustin a motivé
s'est

le

présent article, et

que saint Thomas

proposé de
saint

le justifier.

Au
il

corps de

l'article,

Thomas
dans
les

rappelle que «

comme
convient

a été dit (art. 3), le Christ,

sacrements, eut un dou-

ble pouvoir.

— L'un

est le

pouvoir

d'autorité, qui lui

selon qu'il est Dieu. Ce pouvoir n'a

cune créature; pas plus,
convient selon qu'il

pu être communiqué à aud'ailleurs, que l'essence divine. —
le

L'autre pouvoir qu'il eut est

pouvoir d'excellence, qui

lui

est homme. Ce pouvoir, il pouvait le communiquer aux ministres c'est-à-dire qu'il aurait pu leur donner une telle plénitude de grâce, que leur mérite aurait agi
:

dans

les

sacrements

;

qu'à l'invocation de leurs

noms

les sacre-

ments auraient
icr rellet.

été sanctifiés;
;

qu'eux-mêmes auraient pu
le

insti-

tuer les sacrements

et,

sans

rite

des sacremenis, en conféelTet,

L'instrument conjoint, peut, en
plus grande,
séparé;

dansla mesure
sa vertu

sa force est

communiquer davantage
il

à l'iiistruinent

comme

arrive de la main, par rapjiort
les

au bâton

».

Toutefois,

nous Talions Aoir par

réponses

l5/|

'SOMME THÉOLOGIQUE.
très sages, le

aux objections, pour des raisons
voulu, en
cellence.
fait,
Il

Christ n'a pas

communiquer

aux ministres son pouvoir d'expoint par envie ou par

se l'est réservé tout entier.
« ce n'est

Vad

primuni déclare que
le

jalousie que

Christ a évité de

communiquer son pouvoir
et

d'excellence aux ministres; mais pour que ses fidèles ne mis-

sent point leur espérance dans

l'homme

;

pour que

les sa-

crements ne fussent pas différents, d'où aurait pu naître
division dans l'Église,
suis de Paul; moi,

la

comme
;

chez ceux qui disaient

:

Moi, je

dW polios
dit

moi, de Céphos, ainsi qu'il est dit
i

dans

la

première Epître aux Corinlhiens, ch.

(v. 12) ».

Vad secundum
tefois,

que

«

l'objection

procède
est

d'autorité, qui convient

au Christ selon qu'il
le

du pouvoir TouDieu.

on peut aussi donner

nom

d'aulorilé au pouvoird'exEt, aussi
i

cellence, considéré par rapport

aux autres ministres.

bien, sur ce
le

motde la première Épître«M.x Corinlhiens, ch.
II

(v. i3)

:

Chrisl est-Il divisé? la glose dit qu' Ilpouvail donner l'autorité du

baptême à ceux à qui
plus

a donné

le

ministère

)>.

Mais

il

ne

s'agit

de Vaulorité au premier sens, dont

le

pouvoir

est ab-

solument incommunicable, ainsi
l'article.

qu'il a été dit,

au corps de

h\id lertium approuve
effet,
((

la

raison de l'objection et dit qu'en

pour

éviter cet inconvénient, c'est-à-dire
le

pour

qu'il n'y

eût point multiplicité de têtes dans l'Église,

Christ n'a pas

voulu communiquer aux ministres son pouvoir d'excellence.

— Cependant
Lui-même
été

»,

ajoute saint

Thomas,

« s'il

l'eût

communiqué,
ne l'eussent

fût resté la tête principale, et les autres
».

que secondairement

Le Christ aurait pu

communiquer son pouvoir
aux sacrements. Mais
les
II

d'excellence

à d'autres, en ce qui touche
fait.
Il

ne

l'a

point

s'est

absolument réservé ce pouvoir; de
qui a institué tous
fait

telle sorte

que
la

c'est Lui, et Lui seul,
loi

sacrements de
celte

nouvelle. INous avons déjà
le

remarquer que

conclu-

sion est de foi depuis

concile de Trente. Avant ce concile,
les

une question était agitée parmi

théologiens catholiques;

et

plusieurs d'entre eux avaient cru pouvoir se prononcer dans

QUESTION LXIV.

DES CAUSES DES SACREMENTS.

100
C'était

un sens qui
de savoir
si

n'est plus, désormais,

admis par personne.

tous les sacrements de la loi nouvelle avaient été

institués immédiatement par le Christ
rait

Lui-même

;

ou

s'il

n'ausacre-

pas laissé à ses Apôtres

le

soin d'instituer

tel

ou

tel

ment
de
la

pris en particulier. La question se posait surtout en raison

confirmation, de
le

la

pénitence

et

de l'extrême-onction.

Bien que
le

concile de Trente n'ait pas mis, dans sa définition,
c'est

mot immédiatement,
Il

bien dans ce sens qu'on

l'a

inter-

prétée dans l'Église.
les

n'est plus personne aujourd'hui, parmi

théologiens catholiques, qui mette en doute l'institution
le

immédiate, par
la loi nouvelle.

Christ Lui-même, de tous

les

sacrements de

H

ne suit pourtant pas de
le

là qu'il soit néces-

saire d'admettre

que

Christ

Lui-même
Il

ait

déterminé, jusque
matière ou à

dans
la

le

dernier détail, ce qui peut avoir
se

trait à la

forme des divers sacrements.

peut qu'il
tel

l'ait

déterminé
lais-

seulement d'une façon générale, pour
sant à ses Apôtres
le

ou

tel

sacrement,

soin de préciser

le détail

de

telle

matière
les

ou de

telle

forme. Ceci pourra s'appliquer

notamment dans

déterminations relatives au sacrement de l'Ordre.
l'Auteur principal des sacrements
Il

Nous savons quel que Dieu. Mais
rogatives

est

et

Celui d'où découle originairement leur vertu.
le

n'est autre

Christ,

même

en tant qu'homme, a des prédes sacrements.

toutes

spéciales dans l'institution

C'est Lui qui, par sa Passion,

nous

communiquer
merveilleux

à d'infimes réalités

que Dieu daigne sensibles une vertu si admia mérité
et y

rable qu'elles puissent atteindre
effets

nos âmes

produire

les

que nous savons.

Aussi bien était-il juste
et

que rien ne
cation,
si

se fil,

dans l'ordre des sacrements

de leur applide

ce n'est au
et

nom du
la

Christ.

Il

suivait

même

que

Dieu

se devait

devait à son Fils incarné de remettre pour

ainsi dire entre ses

mains

vertu qu'il voulait

communiquer
telle sorte

aux sacrements, en raison des mérites du Christ, de

que

le

Christ

Lui-même

leur

communiquerait
D'où
il

celte vertu, et,

par là-même,

les instituerait.

suivait encore et enfin

(jue le Christ aurait le
cetti;

pouvoir de ('ommunicjuoi" diiectomenl
la (aire

vertu à nos Ames, sans

passer-

par

les

sacrements.

l5f)

SOMME THÉOLOGIQUE.

Ces quatre prérogatives sont ce que nous
voir d'excellence

nommons

le

pou-

du

Christ dans l'ordre sacramentel. Ce pou-

voir d'excellence, le Christ aurait

pu

le

communiquer, quoique

dans un degré moindre,
plu.
Il

à tels autres ministres qu'il lui aurait

ne

l'a

point

fait. Il se l'est

réservé tout entier, ne don-

nant aux ministres de son Église qu'un pouvoir de dispensation.

Mais ce pouvoir de dispensation,

Il le

leur a

donné plein

et entier.

— C'est de ce pouvoir de dispensation que nous devons
Il

parler maintenant.

fera l'objet des six autres articles de cette
ici,

question.

II

ne s'agit pas

directement

et

explicitement, du

pouvoir hiérarchique considéré à

ses divers degrés,

depuis

le

Souverain Pontife jusqu'aux ministres inférieurs. Cette étude
se
ici

rapportera plutôt au sacrement de l'Ordre. Nous n'étudions

que

la

question des ministres, considérés sous leur raison

générale de ministres dans la dispensation des sacrements. Et

encore ne
qu'ils

s'agira-t-il des ministres, ainsi considérés,
la

qu'en tant
vertu 'des
et les

sont intermédiaires, au point de vue de
le

sacrements, entre

Christ,

d'où découle celte vertu,

sacrements, en qui
les effets

elle se

trouve pour aller produire dans l'âme
est l'objet précis
traite,

que nous avons déterminés. Tel

de

la

question actuelle.
la

— Ace sujet,
(art.

saint

Thomas

d'abord,

de

personne du ministre
(art. 8-10).

3-7); ensuite, de l'intention
la

du

ministre

Pour

personne,

il

examine
la

sa
si

condition morale

(art. 5, 6); et puis, sa

condition physique,

l'on peut ainsi dire (art. 7J.

Il

commence par
la

condition

morale, parce que, en raison de

sainteté

du ministère à
si la

remplir, cette condition paraît être la plus essentielle. Aussi

bien saint

Thomas

se

demande,

là-dessus, et tout d'abord,

moralité du ministre ne va pas être une condition sine qud non

de
ser

la validité

même

de son ministère

(art. 5).

Puis, et à suppo-

que

la

moralité n'engage point

la

validité,

nous examinela

ions ce qu'il en est de cette moralité par rapport à
(art.
6).

licéité

D'abord,

le

premier aspect de

la

question. C'est

l'objet

de

l'article

qui suit.

QUESTION LXIV.

-

DES CALSES DES SACUEME.TS.

Article Y.
Si par des

mauvais ministres

les

sacrements peuvent être

conférés ?

prouver que « par des mauvais Trois "objections veulent La peuvent pas être conférés o. ministre's les sacrements ne nouvelle oi les sacrements de la première arguë de ce que péché et à conférer la grâce. Or, les sont ordonnés à purifier du pas purifier les autres du méchants, étant impurs, ne peuvent

-

c,

péché selon
par
il

celte parole

nul ne la conférer, attendu que ne semble pas qu'ils puissent semble que par les méchants les donne ce qailna pas. Donc il La seconde conférés >,. sacrements ne peuvent pas être dérive que « toute la vertu des sacrements

nmpar

qui sera

(v. ^) de V Ecclésiastique, ch. xxxiv point la grâce, purifié? Et. de même, n'ayant
:

-

objection rappelle

du

Christ. Or, les

car méchants sont retranchés du Christ;

ils

les membres n'ont point la grâce, par laquelle Jean, de la première épître de saint tête, selon cette parole en Dieu dans la charité demeure

sont unis à

la

ch
et

IV (V

16)

:

Celui qui
il

demeure

-La troisième objection ments ne peuvent pas être conférés». choses qui doivent s'il manque l'une des fait observer que
ce

Dieu en

lui.

Donc

semble que par

les

méchants

les sacre-

être
si

dans

les

sacrements,
il

le

sacrement
la

n'est point fait;

comme

par exemple,

manque

forme voulue ou

la matière. Or,

le

ministre voulu du

tache sacrement est celui qui n'a point la

du péché; selon
r: homme

cette parole

du LéviUque, ch. xxi
diverses

(v.

17,

18)

:

de la nation, parmi
les
il

les

n offrira point
nisière.

pains à ton Dieu, ni

tache, J a milles, quia une n'approchera pour son nuil

mauvais semble que si le ministre est ». aura rien de fait dans le sacrement u saint Augustin L'argument,se./ ron</'« est le texte de

Donc

n

v

»,

ou,
:

«

commentant

»

le

mot reproduit par

u

saint Jean, ch.

i

(v. 33)

Celai sur

quUu verras

l'Espril-Saint, elo. »,

comme nous
le

l'avions

« dit que déjà vu à l'article précédent, aurait et retiendrait pour Imi vait point que le Seigneur

Jean, le H.ptisle, ne sa-

pouvoir

l58

SOMME THKOLO(;iQUE.
le

du baptême, mais que
et
le

ministère passerait entièrement
à toi
le

aux bons

aux méchants. Que
Seigneur est bon ?
»

te fait

mauvais ministre, dès

que

Au corps de
a été dit (art.

l'article, saint
i),

Thomas

déclare que

«

comme

il

les

ministres de l'Église agissent de façon ins-

trumentale dans

les

sacrements, pour cela que d'une certaine
et
i,

manière

la

raison est la

d'instrument. Or,
/i),

même quand il s'agit de ministre comme a été dit plus haut (q. 62, art.
il

l'instrument n'agit pas selon sa forme propre
l'eifet

»,

en ce sens

que tout dans
«

ou

même

ce qu'il y a de spécifique dans

cet effet, doive s'expli(iuer par celte

forme

et lui

correspondre;
Il

mais

il

agit selon la vertu de celui qui la meut.

suit

de

que
est

c'est

chose accidentelle, pour l'instrument, en tant qu'il
la

instrument, quelle que soit

forme ou
la

la

vertu qu'il
»

ait,

en dehors de ce qui est exigé pour

pour coopérer
« c'est ainsi

à l'effet
c'est

ou que veut produire l'agent principal
raison d'instrument
:

que

chose accidentelle que

le

corps du méde-

cin, qui est l'instrument de l'âme ayant la science et l'art de la

médecine,

soit sain

ou infirme
le

»,

pourvu
;

qu'il ait ce qu'il faut
et,

pour indiquer ou appliquer
la fiole

remède
fiole

«

pareillement, que

qui verse l'eau, soit une
les

d'argent ou de plomb.

Aussi bien

ministres de l'Église peuvent conférer les sacres'ils

ments,

même

sont mauvais

».

Vad primum
ments
qui

fait

observer que «les ministres de l'Église ni
les

ne purifient de leurs péchés par

hommes approchant
en se servant d'eux
l'effet

des sacrele

ni ne confèrent la grâce par leur vertu. C'est
sa puissance,

Christ

fait cela

comme

de

certains instruments. Et voilà pourquoi

suit,

en ceux

qui reçoivent
tres,

les

sacrements, non selon
la

la

similitude des minis».

mais selon

configuration au Christ
le

L'objection

ne vaudrait que dans l'hypothèse où

Christ aurait
il

commun'en est

niqué aux ministres son pouvoir d'excellence. Mais
rien. Les ministres
Ij'ad

ne sont que des dispensateurs.

sei'undum apporte une distinction qu'il faut soigneuse«

ment
dit

noter.

Par

la charité, les

membres sont unis au
la

Christ,

leur tête, à

l'effet

de recevoir de Lui

vie; car ainsi qu'il est
ni (v.
1^1)
:

dans

la

premièie épître de saint Jean, ch.

Celui

QUESTION LXrV.

DES CAUSES DES SACHEMENTS.

[5c)

qui n'aime pas demeure dans la mort. Or, quelqu'un

peut agir
lui

par un instrument qui n'a pas

la vie et

qui est séparé de

quant à l'union du corps, pourvu
certaine

qu'il lui soit joint par
effet,

une
agit

motion
et
les

:

c'est

autrement, en
la

que l'ouvrier
le

par
agit

la

main,

autrement par
:

hache. Ainsi donc

Christ

dans

sacrements

et

par

les
;

méchants,
par
les

instruments qui n'ont pas
des

la vie

et

bons,

comme par des comme par
trouver dans

membres

vivants

».
«

L'arf tertium
le

déclare qu'

une chose
Si

est

due

se

sacrement, à un double
le

titre.

— D'une manière, comme étant
cette chose-là
s'il

de nécessité pour

sacrement.
fait
:

manque,

le

sacrement n'est point

ainsi en est-il,

n'y a point la

forme voulue ou

la

matière voulue.
trouver dans
le


il

D'une autre manière,

une chose

est

due

se

sacrement, selon une cerest

taine décence. Et, de cette manière,

dû que

les

ministres

des sacrements soient bons».

Il

faut soigneusement distinguer,
est

dans

les

sacrements ou leur administration, entre ce qui
et

d'absolue nécessité, et ce qui n'est que de haute

souveraine

convenance. La matière
sainteté

et la

forme sont d'absolue

nécessité. La

du ministre
là, se

n'est

que de haute convenance.

Et,

par

résout la grande querelle de l'indignité

du mi-

nistre dans la question des sacrements. Cette querelle

nous ap-

paraîtra sous son aspect

le

plus aigu,

à

propos des hérétiques,

dont nous aurons
de noter

que nous trouverons l'intervention de saint Gyprien. Qu'il nous
à parler

à l'article 9. C'est là surtout

suffise

ici

que de multiples erreurs
la

se sont produites,

à travers les siècles, sur
'>.\-,

question actuelle. C'est ainsi qu'en
saint Cvprien sur le siège de Carles

un des prédécesseurs de

thage, Agrippinus,

soutenait déjà que

mauvais ministres

ne conféraient pas de vrais sacrements. Saint. Cyprien devait

donner dans
rétiques.
la

cette erreur,

mais en l'appliquant surtout aux héles

Du temps
Vaudois
;

de saint Augustin,

Donalistes reprirent

même
les

doctrine. Elle devait revenir,

au

douzième
les

siècle,

avec

au treizième

siècle,

avec

Albigeois; au

quatorzième
niers

siècle avec les Hussites et les W'icklevislos.

Ces der-

allaient

même

jusqu'à

dire

que

les

seuls

prédestinés

l6o

SOMMK

TIIKfJLOOIOUE.
les

pouvaienl

conférer validemeiit
tout

sacrements.
la

Toutes

ces

erreurs ont été de

temps

rejetées par

foi

et la pra-

tique de l'Église romaine.
fragable, dès les

temps
sa

les

Nous en avons pour preuve irréplus anciens, le témoignage du pape

saint Etienne dans

résistance à saint Cyprien.

La méchanceté du ministre ne nuit pas à

la validité

des

sacrements. Mais, du point de vue de
cette

la licéité,

que penser de

méchanceté du ministre. Saint Thomas va nous répon-

dre à l'article qui suit.

Article \
Si les

I.

méchants, quand

ils administrent pèchent ?

les

sacrements,

Trois objections veulent prouver que
ils

«

les

méchants, quand
».

administrent
dit que, «

les

sacrements, ne pèchent pas

La preles

mière

comme

on

sert

de ministre à Dieu dans
les

sacrements; de même, aussi, par

œuvres de charité;
et

et

de

vient qu'il est
(v.

marqué, dans
.\'oublie:

l'Épître

aux Hébreux, chapitre
la

dernier

i6)
:

:

pas

la

bienfaisance
telles

communica-

tion des biens

c'est,

en

effet,

par de

victimes qu'on mérite

Dieu. Or, les
tres à

méchants ne pèchent pas,
les

s'ils

servent de minisplus, cela doit

Dieu dans
que

œuvres de charité; bien

être
(v.

conseillé,
24)
:

selon cette parole

du
:

livre de

Daniel, ch. iv

des aumônes.

mon conseil plaise au roi rachetez vos péchés par Donc il semble que les méchants ne pèchent pas,
les

quand

ils

servent de ministres dans
«

sacrements

».

La

seconde objection déclare que

quiconque communique avec
aussi

quelqu'un dans
Rst di(jne de

le

[)éché, est

lui-même coupable du
ch.
i

péché; selon cette parole de l'Épître
mort
,

a«.'' /?o//*«t«5,

(v.

32):

non pas seulement
le

celui qui fait le péché,
si les

mais

aussi qui consent à ceux qui

font. Or,

mauvais ministres

pèchent en administrant
d'eux
les

les

sacrements, ceux qui reçoivent

sacrements communi(iuenl avec eux dans leur péché
aussi pécheraient.

donc eux

Ce qui paraît inadmissible

».

;

gUEsTlON LXIV.

DES CAUSES DES SACREMENTS.

iGl

La troisième objection en appelle à ce que
ne doit être perplexe
de désespérer,
ché. Or,
ils
si
;

« nul, semble-t-il,

car, de la sorte,

l'hoinme serait contraint

comme

étant dans l'impossibilité d'éviter le péles

les

méchants péchaient en donnant
ils

sacrements,
s'ils

seraient perplexes; car
les

pécheraient aussi quelquefois
ils

ne donnaient pas
lejius

sacrements, par exemple quand
:

sont
effet,

de
la

le

faire en

raison de leur office
,

il

est dit, ix (v.

en
:

dans

première Épitre aux Corinthiens
si

cli.

16)

Mal-

heur à moi,

Je n'évangélise pas

:

c'est,

en
:

effet,

pour moi, une
si

nécessité; parfois aussi, en raison
fant, se

du

péril

comme
les
».

un en-

trouvant en péril de mort,

est présenté à

un pécheur

pour

qu'il soit baptisé.

Donc

il

semble que

méchants ne
DeEc-

pèclient'^oint en administrant les sacrements

L'argument sed contra apporte un double
nys
»,

texte de « saint
la Hiérarchie

011

il

est

«
il

dit,

au chapitre premier de

clésiastique,
les

qu

n'est

pas permis aux méchants, même de toucher
pécheur, se montre auel n'a ni

symboles, c'est-à-dire les signes sacramentels. Et, dans l'épîil

Ireà Démophile,
dacieux, qui met
ni honte

dit

:

Celui-là, savoir le

la

main aux choses sacerdotales
les

crainte

quand

il

accomplit

mystères divins sans en être digne,

pendant que Dieu ignore ce

(fue

lui-même

sait

dans son cœur

:

il

estime tromper Celui qu'il appelle d'un

nom

qui n'est plus vrai,
le
».

le

Père;

et

il

ose prononcer sur les signes divins établis par
pr'ières,

Christ

Je ne dirai point des

mais d'immondes

in /(unies

Au
qu'on

corps de

l'article, saint

Thomas
il

déclare que « quelqu'un,

dans son action, pèche, quand
le voit

n'agit i>as

comme

il

faut, ainsi
Il,

par Arislote,
n.
10,
.7"'")

aii

livre de VÉthique (liv.

ch.

m,
il

n. 5; ch.

vi,

11

;

de saint Thomas,

leç. 3, G).

Or,

a

été dit (art. 5,

ad

qu'il

convenait que
les

les

ministres des sa-

crements fussentjustes, parce que
fornjer

ministres doivent se con-

au Seigneur, selon
;

cette parole

marquée au
1,

Lév'd'upie

(ch. XIX, V. u

cf.

i" épître

de saint Pierre, ch.
suis saint
;

v.

iG)

:

Vous

serez saints parce que
siaslique, cli.

moi Je
:

et celte autre
le

de VhJcclé-

x (v. 2)

selon ce (/uest
11.

Juge du peuple, ainsi
pas douteux

doivent être ses ministres.

suit de là (ju'il n'est

que

les
la

méclianls, se montrant ministres de Dieu et de l'Lglise

dans

dispensation des sacrements, pèchent.

Et parce
1

que

Wil.

La

Hacrcinenls.

1

162
ce

SOMME
se

THÉOLOGlQL't;.

péché

rapporte au

manque

de respect envers Dieu et à

la, contamination des choses saintes, pour autant que cela dépend de l'homme lui-même pécheur, hien que les choses

saintes en elles-mêmes ne
s'ensuit

puissent pas être contaminées,

il

qu'un

tel

péché

est,

de sa nature, mortel

».

Vad

prirnain fait observer

que
de

«

les

œuvres de charité ne

sont pas sanctifiées par une consécration, mais elles-mêmes

appartiennent à

la sainteté

la

justice

comme
s'il
il

de certaines
sert à

parties de la justice. Et c'est

pourquoi l'homme qui
charité,

Dieu

de ministre dans
tifie

les

œuvres de

est juste, se sanc-

encore davantage;

et s'il est

pécheur,

se dispose

par

à la sainteté.

Mais

les

saciements en eux-mêmes ont une cer-

taine sanctification par la consécration mystique. Ld- sainteté

de

la justice est

donc exigée au préalable dans
et

le

ministre, afin
il

qu'il

soit

en harmonie avec son ministère. Et, par suite,
il

agit

comme
il

ne convient pas
tel

il

pèche,
».

si,

étant dans

le

péché,

s'approche d'un

ministère
« celui

Vad secimdam répond que
ments
reçoit le
qu'il est telle personne,

qui s'approche des sacrel'Eglise,
est

sacrement du ministre de

non en

tant

mais en tant

qu'il

ministre de

l'Église. Par conséquent, tout autant qu'il

est toléré
le

par l'Eglise

dans son ministère, celui qui reçoit de

lui

sacrement, ne

communique
l'Église qui le

pas

avec

son

péché,

mais communique avec
s'il

donne comme ministre. Que
s'il

n'est plus toléré

par l'Église, par exemple

est

dégradé, ou excommunié, ou

suspens, celui qui reçoit de lui

le

sacrement pèche, parce qu'il

communique avec lui dans son péché ». Vad iertium dit que n celui qui est dans
n'est

le

péché mortel
si

point perplexe purement

et
:

simplement,
il

son
se

oiïice

l'oblige à dispenser les sacrements
tir

peut, en

efï'et,

repenil

de son péché

cl

administrer licitement. D'autre part,
si

n'y

a pas d'inconvénient à ce qu'il soit peiplexe,

l'on

suppose
l'article
s'il

qu'il veut persévérer

dans

le

péché.

— Toutefois,
il

dans

de

» la

mort ou de
le

«

la nécessité,

il

ne pécherait pas

baple

tisait

dans

cas


ce

même un
cas,

laïque pourrait dispenser
est

sacrement.
s'exhibe pas

Dans

en

ellet,

manifeste qu'il
il

ne

comme

ministre de l'Église, maiî;

subvient à

OLi;ST10N LXIV.

DKS CAUSES DES SACREMENTS.
la nécessité.

l63

quelqu'un qui
pas pour
les

se

trouve dans

La chose ne vaudrait
verra plus loin »

autres sacrements, qui ne sont pas d'une aussi
le

grande nécessité que

baptême,

comme on

le

(q. 65, art. 3, 4; q. 67, art. 3).

Telle est la doctrine de saint
les

Thomas dans
et
la

cet article et

dans

réponses qui

le

complètent dans

l'expliquent.

Vad

lerliani

nous
teur,

avertit qu'il ne s'agit,

conclusion du saint Docprésentant de lui-

que du ministre
tel.

attitré, officiel, et se

même comme

S'il s'agissait
;

d'un

homme
ferait

quelconque, ou

d'un ministre de l'Église
pas office de ministre,

mais qui ne

pour

ainsi dire
à

comme

dans l'exemple du baptême
il

administrer à un enfant en péril de mort, non seulement
aurait pas de péché, mais ce serait
à attirer la miséricorde de

n'y

un

acte louable et de nature

Dieu sur celui qui l'accomplirait

Que penser des deux époux, dans le mariage; et commetlent-ils un nouveau péché, si, n'étant pas en état de grâce, ils reçoivent ce sacrement? Sans aucun doute, ils commettent un nouveau péché, et un péché grave, s'ils
par motif de charité.
reçoivent
le

sacrement de mariage dans

l'état

de péché; puisle

que

le

mariage étant un sacrement des vivants, on ne peut
si

recevoir dignement que

l'on est

en état de grâce. Mais

les

époux, qui sont aussi
tent-ils

les

ministres de ce sacrement, coramel-

un nouveau péché, de ce chef ou comme tels, comme ministres du sacrement qu'ils reçoivent? Des auteurs l'ont pensé. Ils s'appuient sur la raison générale du corps de l'article et sur le

mot de Vad

lerlium,
le

où saint Thomas semble ne

faire d'exception

que pour

baptême, en raison de son abso-

lue nécessité. D'autres, et leur sentiment est

beaucoup plus pro-

bable, disent que les

époux ne sont pas ministres de l'Eglise, au sens où nous prenons ici le mot ministre et que, par
;

conséquent,

il

n'y a pas à parler de péché nouveau, à ce
se pos(M-, à

titre.

Quelques questions connexes peuvent
l)résenl article. Et, par

propos du

exemple,

si

de prêcher en clat de péché
l'affir-

mortel constitue un nouveau péché grave? Plusieurs

ment. Dans son Gotnmenlaire sur
q. J, art. a, q'" u, <id
'i'"^),

les

Sentences (IV, dist.
le dit

19,

saint

Thomas

aussi.

La chose

l()/|

SOMME THKOLOOIQUi:.

paraît certaine,

pour

le

pécheur public

et

scandaleux.

En dehors

de ce cas, certains auteurs admettent que de prêcher sans être en état de grâce ne constitue pas, de
soi,

un nouveau péché

grave. — Que penser du diacre et du sous-diacre qui serviraient
à l'autel,
a,

en état de péché? De nombreux auteurs disent qu'il y dé ce chef, un nouveau péché grave. D'autres, nombreux
pensent
(I,

aussi,

le

contraire.

On

objectait

le

texte de saint

Paul

à T'unolhée

ch.

m,

v. 8-10).

Mais on peut dire qu'il

s'agit là

du pécheur public, qui
dale
:

serait

pour

la

sic minislrenl

nullum crirnen habentes.

communauté un scanUn texte plus délidit

cat est celui de saint
q.
fait
I,

Thomas, sur
le saint

les

Sentences (IV, dist. 24,

art. 3, q'* 5),

Docteur

que

«

quiconque

d'une manière indigne ce qui lui convient en raison de son

ordre, accomplit ce qui est juste d'une manière qui ne con-

vient pas,

et,

par suite, agissant contre
».

le

précepte de la

loi, il

pèche mortellement
trouve complet

Des théologiens veulent que nous entendit,

dions ces mots, seulement de l'ordre proprement
se
et

qui ne

proprement

dit

que dans

le prêtre,
s'il

L'évêque consécrateur d'une église ou d'un autel, ou
les huiles
il,

bénit

pour
il

la

confirmation ou l'extrême-onclion, pèche-t-

quand

fait cela

en

état

de péché mortel

?

Quelques auteurs ne
pas

l'ont pensé.

D'autres sont d'un avis contraire. Et la raison
cas, c'est qu'il
strict

qu'on peut donner, pour ces divers

s'agit

d'administration de sacrements au sens
S'agira-t-il de cette administration

de ces mots.
dite,

proprement

dans

le

du prêtre qui donne la communion en dehors du sacrifice messe? Beaucoup d'auteurs disent que non et pensent de qu'il n'y aurait pas de faute grave. D'autres, en plus grand nombre, sont pour l'affirmative. Il semble bien que c'est la
cas
la

pensée de saint Thomas. Le saint Docteur paraît
nir qu'il y a faute grave pour chaque
(cf.
q'*

même
i,

soute-

communion

distribuée
art. 3,
il

Commentaire sur
b,ad
''/"'").

les

Sentences, IV, dist. 24, q.

Pratiquement, quand un prêtre

se confesse,

est

bon

qu'il dise

approximativement
dans cet

le

nombre de communions
forte raison devrait-

qu'il aurait distribuées
il

état.

A plus

dire le

nombre de confessions entendues ou d'absolutions
la

données au tribunal de

pénitence.

QUESTION LXIV.


la

DES CAUSES DES SACREMENTS.

l65

Après avoir examiné

question du ministre en ce qui est
trait

de sa qualité morale, nous devons considérer ce qui a
sa qualité

à

physique.

A

quel ordre d'êtres réels doit-il apparte-

nir. Faut-il que ce soit un homme? Serait-il possible que ce fut un ange? Saint Thomas va nous répondre à l'article qui suit.

Article VII.
Si les anges

peuvent administrer

les

sacrements?

Trois objections veulent prouver que
ministrer
les

«

les

anges peuvent ad-

sacrements

».

La première déclare que « tout

ce qui est au pouvoir

ministre supérieur,

et c'est ainsi

du diacre

est aussi
les

du ministre inférieur est au pouvoir du que tout ce qui est au pouvoir au pouvoir du prêtre, mais l'inverse n'est
l'orle

pas vrai. Or,

anges sont des ministres supérieurs, dans

dre hiérarchique, à n'importe quels
voit

hommes, comme on

pour

saint

Denys au
les
il

livre de la Hiérarchie céleste (ch. ix).

Donc, puisque
les

hommes peuvent
semble qu'à plus

servir de ministres dans
forte raison
fait
les

sacrements,

anges

le

peuvent aussi
«

».


il

La seconde objection

observer que
le

hommes saints comme il est dit en
les

sont assimilés aux anges dans
saint Matthieu, ch. xxii
saints,
(v.

ciel,

3o; S. Luc,

ch. XX, V. 36). Or,

est des

dans

le

ciel,

qui peuvent
le

servir de ministres dans les sacrements; parce

que

caractère

sacramentel

est indélébile, ainsi qu'il

a été dit (q. 63, art. 5).

Donc
tres

il

semble que
les

même
».
il

les

anges peuvent servir de minisLa troisième objection
fait

dans

sacrements
«

re-

marquer que

comme

a été dit plus
et les

haut

(q. 8, art. 7), le

démon

est la tête des

méchants

méchants sont
se faire aussi

ses

memles

bres. Or, par les

méchants peut
il

se faire la

dispensation des sa-

crements. Donc

semble qu'elle peut
oppose qu"
:

par

dé-

mons

11.

L'argument

.sed conir<i

m

il

est dit.

dans l'Épître
«les

aux Hébreux, ch. v

(v.

1)

Tout pontife, pris du milieu

hom-

mes, est constitué pour

les

hommes dans

tes

choses qui reçjardent

l66
Dieu. Or, les

SOMME TIIÉOLOGIQUK.
anges, l)ons ou mauvais, ne sont point pris du
ils

milieu des

hommes. Donc

ne sont pas constitués ministres
les sacie-

dans

les
».

choses qui regardent Dieu, c'est-à-dire dans

menls

Au
«

corps de
il

l'article,

saint

Thomas nous
(art. 3; q.

rappelle

que

comme

a été dit plus

haut

62, art. 5), toute la

vertu des sacrements dérive de

la

Passion du Christ, qui se dit
Or, dans cette nature hules

du Christ en
maine,
les

tant qu'il est
lui

homme.
Il

hommes
la

sont conformes, non pas
est dit élre

anges;

mais plutôt, selon
des anges,
(v. 9). Il suit

Passion,
le

un peu au-dessous
11

comme on
de
et d'y

voit dans l'Epître

aux Hébreux, ch.

là qu'il

appartient aux

hommes

de dispenser

les

sacrements
il

servir de ministres;

non aux anges.

Toutefois,

faut savoir

que

comme

Dieu n'a pas attaché sa
ne puisse pas, sans

vertu aux sacrements, de
les
Il

telle sorte qu'il

sacrements, conférer

l'effet

des sacrements, de

même
de

aussi
telle

n'a point attaché sa vertu

aux ministres de aux anges
la

l'Eglise,

sorte qu'il ne puisse pas accorder

vertu de servir
les

de ministres dans les sacrements. Et parce que
sont des messagers de vérité,
était fait
si
il

bons anges
valide,

quelque ministère sacramentel
faudrait le
tenir

par

les

bons anges,

pour
fait

parce qu'il devrait être constant que cela serait
lonté de Dieu
;

parla voété

c'est ainsi
le

qu'on

dit

que certains temples ont
Mais

consacrés par

ministère des anges (Cf. Bolland. Act. Sanct.,
S.

XXIX sept. Apparit.

Mich., § xix, n.

7).

si

c'étaient les

démons,
],'ad

esprits de
il

mensonge, qui accomplissent un ministère
le

sacramentel,

ne faudrait pas

tenir

pour valide

».

prinium formule une réponse que nous devons soigneuretenir,

sement

pour ne

rien exagérer dans la dignité des miles

nistres de l'Église. «

Ce que font

hommes
font,

d'une manière
sont proministres
illu-

inférieure, savoir par les secrements sensibles, qui

portionnés

à

leur

nature, les anges

le

comme
»

supérieurs, d'une manière supérieure, savoir en purifiant,

minant

et

perfectionnant d'une manière invisible

ou purement

spirituelle.

On

le voit. Il

faut accueillir avec réserves cer-

taines expressions (|u'on trouve çà et là dans divers auteurs de
spiritualité,

semblant

|)référer les

hommes aux

anges

et les te-

QUEST[ON LXIV.

DES CAUSES DES SACREMENTS.

1G7

nir pour plus privilégiés en raison

du caractère sacramentel
qui sont dans
le ciel

qui leur est confié par Dieu dans son Eglise.
h'ad secundum déclare que sont semblables aux
gloire;
« les saints

anges

quant

à

la

participation de la

non quant
ils

à la

condition de

la

nature. Et, par consé».

quent,
h'ad

ne

le

sont pas quant aux sacrements
«

tertiiini

répond que

les

liommes méchants n'ont pas
dans
les

qu'ils puissent servir de ministres

sacrements de ce
Il

que par leur malice
s'ensuit

ils

sont

les

membres du démon.

ne

donc pas que
».

le

démon

qui

est leur tête le puisse da-

vantage

Cet ad terliarn vaut contre

Luther qui avait affirmé
actuellement au

que

même
Pour
dont
il

les

démons pouvaient
concerne
les

être ministres des sacrements.
saints,

ce qui
était

hommes

ciel,

question à Vad secundum, des théologiens veulent

qu'il ne s'agisse pas

seulement de l'ame des bienheureux, mais

des bienheureux dans leur être complet, corps et
s'il

âme

réunis,
il

y en

a

qui déjà soient ainsi au

ciel,

ou

comme

pour-

rait y
11

en avoir dans l'hypothèse d'une résurrection anticipée.

n'est pas

douteux que

si,

actuellement,

un

prêtre déjà

mort
le

ressucitait;
ciel et

ou

si

un élu qui
le

serait en corps et en

âme dans
il

qui aurait

caractère sacerdotal, revenant
le

parmi nous,
serait

consacrait l'Eucharistie,
valide en raison
qu'il conserve à

sacrement

serait valide; et

du pouvoir d'ordre qu'aurait reçu ce prêtre et tout jamais. Pour l'ange, même bon, qui adce ne serait jamais qu'en raison

ministrerait

un sacrement,

d'une délégation extraordinaire, non en raison d'un pouvoir
ordinaire reçu de Dieu.

En

ce qui louche à
si

la

personne du ministre, dans
est

les sacre-

ments,

la

bonté morale du ministre
et si

de

la

plus haute

convenance

elle

doit toujours exister, dans le ministre

comme

tel,

sous peine d'entraîner une faute grave, elle n'est
la

pourtant pas d'absolue nécessité pour
ments. Quant
à la

validité
fi'esl et

des

sacre-

nature du ministre, ce
et,

ne peut être

ordinairement qu'un être humain,

encore, vivant sur notre

i()S

soMMR

rnROLor.ioiJF.
les

terre.

Pour
la

l'ange,

on pour

bienheureux,
litre

ils

n'auraient ja-

mais

raison de rninislres, qu'à
il

d'exception, ou

même,

quand

s'agit

de lange, par une délégation de Dieu toute

spéciale.

Nous avons
trine,

à

considérer maintenant un autre point de docla

qui

est

de

dernière importance, dans
le

la

question du
trait
:

ministre des sacrements. C'est

point de doctrine qui a

à l'intention. Et, à ce sujet, saint

Thomas
:

étudie deux choses

premièrement,
nistre (art. 8);

la

nécessité

ou

l'existence de l'intention

du mila

secondement, sa qualité
(art. 9);

au point de vue de

lumière, dans l'intelligence
titude,

au point de vue de

la rec-

dans

la

volonté

(art.

10).

— Et,

d'abord, l'existence ou

la nécessité

de l'intention du minisire.

Article VIII.
Si l'intention

du ministre
le

est requise

pour parfaire

sacrement

?

Trois objections veulent prouver que
nistre n'est pas requise

u

l'intenlion
».

du mi-

pour parfaire
te

le

sacrement

— La premode

mière

dit

que

«

le

ministre, dans

sacrement, agit par

d'instrument. Or, l'action n'est point réalisée d'après l'intention

de l'instrument, mais d'après l'inlention de l'agent principal.

Donc
le

l'intention
».

du ministre

n'est pas requise
fait

pour parfaire

sacrement

La .«econde objection
pas connaître
est

remarquer que

«

l'homme ne peut
l'intention

l'intention d'un autre. Si

donc

du ministre

requise

pour parfaire

le

sacrement, l'homme^ qui s'approche du sacrement ne pourrait
pas savoir
s'il

a reçu le sacrement. Et, par suite,
:

il

ne pourrait

pas être certain du salut

alors surtout qu'il
le

est des sacreil

ments qui sont nécessaires pour
loin
»

salut,

comme

sera dit plus

(q.

()5,

art.

'i).

La troisième objection

déclare que
il

l'intention de

l'homme ne

saurait porter sur ce à quoi

ne

prête pas allenlion. Or, parfois ceux qui adnïinistrent les sa-

QUESTION LXIV.

DES CAUSES DES SACREMENTS.
à ce qu'ils disent

169

crements ne prêtent pas attention
qu'ils font,
il

ou

à ce

pensant

à autre chose. Et,

par suite, en pareil cas,
».

n'y a pas de sacrement, ù cause

du défaut d'intention
à ce

Ce

qui paraît inadmissible.

L'argument sed contra en appelle

que

«

les

choses qui

sont en dehors de l'intention, ne sont plus que fortuites. Or,
il

n'en saurait être ainsi de l'œuvre des sacrements.
».

Donc

les

sacrements requièrent l'intention du ministre

Au

corps de

l'article, saint

Thomas formule d'abord un
et,

prin-

cipe de tout premier

bon sens;
a

ensuite, par
la

une mineure

appropriée,

il

en dégage, très nette,
((

conclusion qu'il s'agisse rapporte à diver-

sait d'établir.

Quand on

une chose qui

ses fins,
il

si

l'une de ces fins doit être réalisée déterminément,
la

faut

que

chose y soit déterminée par quelque chose. Or,
de l'eau, qui se
purifier
le

ce qui se fait dans les sacrements peut être fait en vue de diverses fins. C'est ainsi <jue l'ablution
fait

dans

le

baptême, peut

être

ordonnée
au jeu

soit à

corps, soit à lui
soit à

donner

la santé, soit
Il

et à

l'amusement,

une foule

d'aulres choses.

faudra donc que cette ablution de l'eau soit
l'effet

déterminée

à

l'une de ces fins, qui sera

sacramentel, par

l'intention de celui qui la cause. Cette intention est

exprimée

par
ple,

les

paroles qui sont dites dans les sacrements; par exemdit
:

quand on

Je

te baptise

an nom du Père,

etc.

».

Vad prunum

servira à prévenir toute

équivoque sur

la vérita-

ble doctrine qu'entend exposer ici saint

voulait se passer de l'intention

Thomas. L'objection du ministre, sous le prétexte

que

le

ministre n'est qu'un instrument. Saint
les

Thomas
et

dislin-

gue entre
s'agit

diverses sortes d'instruments, pour autant qu'il
d'ins-

d'instrument inanimé ou purement mécanique,
•<

trument animé ou conscient.

L'instrument inanimé n'a aumais, à
est
la

cune intention
tention,
[)al.
il

à

l'endroit de l'effet;

place de l'in-

y a le

mouvement dont
il

il

L'instrument atiimé, au contraire,

mû par l'agent princicomme est le ministre,
maparil

n'est pas mii

seulement;

se

meut

aussi, d'une certaine

nière,

lui-même, en
agir. C'est
il

latU (|uc par sa volonté

meut

les

mem-

bres

à

poui- cela qu'est
à

requise son inlenlion
:

laquelle

se

soumcfte

l'agerrl

principal

en ce sons (piil

l-jo

SOMME THEOLOC.inUC.
faire ce

entende
s'il

que

fait le

Christ et l'Église». De
il

même

que

s'agit

d'an instrument inanimé,

faut

que
de

cet

instrument

reçoive la motion de l'agent principal, ayant son action subor-

donnée
il

à l'action de celui qui agit par lui

;

même, quand
il

s'agit

d'un instrument conscient,

(jui

agit par volonté,

faut

que lui-même plie son action à l'action de l'agent principal
et s'y

subordonne

;

ce qu'il ne peut faire qu'en

conformant son
ne peut être ins-

intention à l'intention

de l'agent principal.

Il

trument qu'à celte condition. Vad secundam a suscité des controverses sans
mistes

fin.

Les Thole

eux-mêmes

se sont divisés à
si

son sujet. Tâchons de

bien entendre. L'objection était que

l'on requérait l'intention

du ministre pour
jamais

le

sacrement,

comme

cette intention est d'or-

dre intérieur, qu'elle est en elle-même cachée, on ne saurait
et, pour autant, la validité du sacresi elle a existé ment demeurerait douteuse au regard de ceux qui s'appro;

chent pour
il

le recevoir.

Saint

Thomas répond

qu'

«

à ce sujet

y a une double opinion.

D'aucuns disent

(cf.

Alexandre
§
i,

de Halès,
les

Somme
;

théologifjue, p. IV, q. 8,

memb.

3,

dans

réponses aux objections) que l'intention mentale est requise
le

dans

ministre

et si elle

manque,

il

n'y a pas de sacrement.
l'inten-

Toutefois, ce défaut, dans les enfants, qui n'ont pas
tion de s'approcher du sacrement,
est

suppléé par

le Christ,

qui baptise à l'intérieur. Dans

les adultes,

qui eux entendent

recevoir le sacrement, leur foi et leur dévotion supplée au défaut de l'intention
fait

du ministre.

On

pourrait assez dire cela,
dernier
;

remarquer saint Thomas, pour
c<

l'effet

i-

du

sacre-

ment,

qui est

la

justification excluant les péchés
et

mais quant
dévotion de
le

à l'effet

qui est chose
il

sacrement

tout ensemble, c'est-à-dire
la

quant au caractère,
celui qui approche,
tère n'est
c'est

ne semble pas que par

il

puisse être suppléé, parce que
si

carac-

jamais imprimé

ce n'est par le sacrement.


le

Et

pourquoi d'autres disent, s'exprimant mieux, que

mi-

nistre
il

du sacrement

agit en la

personne de toute l'Eglise dont
paroles qui sont proférées
«isi

est le ministre. Or,

dans

les

exprimée l'intention de
sacretnent,
à

l'Église, laquelle suITlt
le

poui parfaire

le

moins que

contraire ne soit exprimé

du

colé

QUESTION L\r\

.

DES CAUSES DES SACREMENTS.

l'I

du ministre et du C(Mé de celui qui reçoit le sacrement ». Dès lors, on le voit, la difficulté de l'objection ne porte plus. Car il suffît qu'extérieurement tout se passe conformément au rite
institué par l'Eglise. El ceci peut
telle sorte

facilement être contrôlé; de

que

celui qui s'approche
la

pour recevoir
le

le

sacrement

pourra vraiment avoir
été conféré.

certitude qu'en effet

sacrement a

On remarquera
pas de l'intention

que, dans cet ad secundiim,

il

s'agit,

non

comme

telle,

ou de
;

l'intention tout court,

dont

il

était

question à Vad primuni
inlenlio mentalis

mais de

«

l'intention
l'inten-

mentale
tion

»

,

nous pourrions dire
fait,

consciente, qui porte sur ce que l'on
ce

sachant exnature de

pressément
l'acte

qu'est la

chose que l'on

fait,

la

qu'on accomplit

et ses effets

ou

ses

conséquences. C'est

de cette intention que saint
quise, et qu'il serait, en

Thomas
et

dit qu'elle n'est pas re-

effet, très difficile

de

la

requérir, sous

peine de rendre hypothétique

incontrôlable
le

la

réception des

sacrements; car
son esprit, dans
s'il

le

moyen de

savoir ce que
il

ministre a dans
le

sa pensée,

quand

confère

sacrement,

et

connaît

la

portée de l'acte qu'il accomplit, en
?

même

temps

que
à

sa vraie

nature

Mais nous n'avons pas

à

nous troubler ou
intention de

nous préoccuper
est

à ce sujet. L'Eglise, elle, sait ce qui se fait

dans l'administration
l'Église

du sacrement

;

et la

celte

précisément indiquée dans
le

formule extérieure
cette

qu'emploie

ministre.

Pourvu donc que
en ce qui
(jui

formule exté-

rieure soit gardée intacte,

lui

est essentiel,

nous

sommes

surs que l'action

s'est

accomplie
le

a été

vraiment

sacramentelle, qu'elle a été un sacrement,
a eu l'intention de recevoir.

sacrement qu'on

Certains théologiens se sont posé,
licate. Ils

ici,

une question

fort dé-

ont voulu prendre

les

mots

intenfio mentalis

de saint

Thomas, au sens d'intention interne. Et ils ont dit que. pour saint Thomas, dans cet ail serundani, seule l'inlention externe
serait requise.
()i-,

par intention cxteine,

ils

entendent l'intenfait

tion
elle
le

de faire extérieurement tout ce (pie

l'Église

quand

administre un sacrement. Cette intention
fait

se

manifeste par

simple

qu'on

iic(orn|)lil

exactement

et

d'une

manière

l'jl

SOMME THEOLOfJIQUE.
les rifes

suffisamment digne
qu'il y ait cela,

extérieuis

du sacrement. Pourvu
n'aurait pas, intérieure-

quand bien même on
faire ce

ment, l'intention de

que

fait l'Eglise;

bien plus,

quand
et

même on
les

aurait l'intention contraire,

c'est-à-dire

que tandis
dans

qu'extérieurement on accomplirait, d'une façon digne

conditions voulues par l'Église, ce que l'Église a statué ou

ce qu'elle prescrit,

au
tel

nom même du
ou
tel

Christ,

relativement à

Tadministralion de

sacrement, on se dirait, intérieu-

rement
ainsi

:

non,

je la

ne veux pas conférer ce sacrement, je n'agis
forme,
il

que pour

y aurait cependant vrai et réel sa-

crement.

Quoi

qu'il en soit

de l'opinion en elle-même, dont nous diil

rons un mot tout à l'heure,
la

est certain

que

telle n'est pas, ici,

pensée de saint Thomas. Les mois intenlio mentalis signifient,
lui,

pour
ou,

non pas

intenlio

interna

ou intention interne, mais
mente directa,
consciente.
n'est

vraiment intention mentale,

c'est-à-dire intenlio

comme

nous l'avons traduit

aussi, intention

Voilà l'intention dont saint

Thomas nous

dit qu'elle
le

point nécessaire; parce que, quand bien
sache pas ce qu'il
faire
fait et,

même

ministre ne
le

par conséquent, ne veuille pas

d'une volonté consciente
l'Église, elle, le sait et le

dans
veut;

toute
et cela

l'étendue de ces
suffît,

mots,

pourvu

d'ailleurs (c'était la doctrine de

posée

et

Vad prinuim, évidemment supnon contredite par Vad secnndnm) que le ministre
,

veuille adapter son action à l'intention de l'Église, c'est-à-dire
veuille intérieurement et par sa
plisse ce

volonté

à

lui,

que s'accomillud sit,

que

l'Église

entend accomplir, (/uidqaid

et

qu'avec cette volonté intérieure qui constitue l'intention requise à Vad primiun,
il

ne fasse rien extérieurement qui puisse
le

modifier

ou dénaturer

sens,

lo

mens de l'intention
et éclairée.

de

l'Église. L'Église a l'intention

mentale
pas,

Peu importe que
fait

que

le

ministre

l'ait

ou no

l'ait

pourvu

qu'il ait simplefaire ce

ment

l'intention,

mais l'intention

réelle de

l'Église, ce

que

l'Eglise veut et

entend

faire, c'est-à-dire, im-

plicilemenl,
ter,
la

un

véritable sacrement. Telle est, à n'en pas dou-

doctrine de saint Thomas. Quant à sup|)Oser que saint

Thomas

admettrait

la

validité

du sacrement avec une inten-

QUESTION LXIV.

DES CAUSES DES SACKEMEMS.

1-3

tion interne explicitement contraire

ou

même non

implicite-

ment conforme
c'est

à ce

qui

est

l'intention explicite de l'Église,
se

vouloir que saint
S»"".

Thomas

contredise entre Vad

l""*

et

Vad.

Vad
dont
il

tertiam complète les deux premières réponses. Cette in-

tention,

dont

il

a été dit qu'il faut qu'elle existe {ad
soit implicite,

/'"")

et

a été dit aussi qu'il suffit quelle

sans

qu'il soit nécessaire qu'elle soit explicite,

en ce qui

est

de l'œu-

vre à accomplir {ad
déclare saint

5""'),

faut-il qu'elle soit

actuelle? Non,
Il suffit

Thomas. Ce

n'est point nécessaire.

qu'elle

soit habituelle. Et, par intention habituelle, saint

Thomas

dé-

signe

ici

ce qu'on appelle

quelquefois l'intention
a
été

virtuelle,
et

c'est-à-dire

une intention qui

formée expressément
les actes

qu'on n'a pas retirée mais qui persiste dans
vent, bien que, à
à ce
n'ait

qui sui-

que

l'on

un moment donné, l'attention ne soit plus fait. « Bien que celui qui pense à autre chose
il

pas l'intention actuelle,

a

cependant l'intention habiest-il,

tuelle,

qui

suffit

pour parfaire
de

le

sacrement; ainsi en

par

exemple, du prêtre qui va
faire, à l'endroit
tel

faire

un baptême,
de

se

proposant de
:

sujet à baptiser, ce

que

fait l'Église

si

donc, après, dans l'exercice
et se

même

l'acte, sa

pensée s'en va
le

porte ailleurs, en vertu de la première intention

sacre-

ment s'accomplit. 11 est très vrai, ajoute saint Thomas, que le minisire du sacrement doit s'appliquer avec soin à apporter

même
cela

l'intention

actuelle.

Mais, poursuit
à la

le saint

Docteur,

n'est

point totalement
car,

disposition

l'homme;
qu'
« il

en dehors de son intention, quand
s'appliquer
à
»

du pouvoir de l'homme
arrive

veut beaucoup

à

une chose,
in\i

il

souvent

commence

penser à autre chose; selon cette parole
v.

du psaume
ad
de
tertiuni,
la

(xxxiv,

i3)

:

Mon cœur
le

abandonné

».

L'exemple que vient de nous donner saint Thomas, dans cet

nous prouve combien

saint Docteur est éloigné
la

pensée de ceux qui voulaient que

seule intention ex-

terne suffise.

Une
ni

intention réelle, et interne, c'est trop évident,
fait

mais non nécessairement consciente de ce qui se
sacrement,
melle,

dans

le

nécessairement actuelle,
qu'elle soit habituelle

d'une

actualité for-

pourvu

ou

virtuelle,

telle est

l'jfl

SOMMi; THKOLfXWQUE.
re(iiiise

donc rintenlioii

par saint

Thomas pour

la

validité

du sacrement.
Cette doctrine de saint

Thomas
;

est

de

foi,

quant

à l'existence
le

de l'intention dans
cile
les

le

ministre. Elle a été définie par
« Si

con-

de Trente,

sess. VII, can. xi

quelqu'un

dit que,

dans

ministres, alors qu'ils effectuent etconfèrent les sacrements,

n'est

pas requise l'intention

au moins de faire ce que
».

fait

l'Église, qu'il soit

anathème

La définition du concile a été
visé

portée directement contre les protestants. Elle n'a pas

l'opinion de théologiens catholiques. Et, pour autant, l'on ne

peut pas dire que
s'en trouvent

les

tenants de l'intention
il

condamnés. Toutefois,
VIII, qui

est

purement externe une proposition conse

damnée par Alexandre
rectement à l'opinion
ainsi formulée
:

semble bien
s'agit.

rapporter diest

dont

il

Cette proposition

«

Est valide

le

baptême conféré par un miformule du
soi,

nistre qui observe tout le rite extérieur et aussi la

baptême, mais qui, intérieurement, dans son cœur, à part
se dit
:

Je n'entends pas ce que

fait l'Église »

(pr. 28).

L'intention

pour

la

validité

du ministre est requise, au sens qui a été précisé, du sacrement. Faut-il dire encore que la foi
aussi,

du ministre
répondre à

soit,

nécessaire
suit.

?

Saint

Thomas

va

nous

l'article

qui

Article IX.
Si la foi

du ministre

est de nécessité

pour

le

sacrement ?

Trois objections veulent prouver que

<(

la foi

du ministre du ministre

est

de nécessité pour
([u'
<(

le

sacrement

».

La première arguë de ce
est

il

a été dit (art. précéd.)
le

que

l'intention
la

nécessaire pour parlaire
(ion,

sacrement. Or,

Jol dirige rinlen(liv.
il

comme
si

le

dit saint

Augustin, contre Julien
le

IV, ch. m).

Donc

la

vraie foi
».

manque dans

ministre,

n'y a pas de
« si le

sacrement

La seconde objection déclare que

mi-

QUESTION LXIV.

DES CAUSIlS DES SAC KEME.M.s.
il

l'j

nistre de l'Église n'a pas la vraie foi,

semble qu'il

est héréliles

que. Or,

les

hérétiques, semble-t-ii, ne peuvent pas conférer
dit,

sacrements. Saint Cyprien
les
et

en

effet,

dans son épître contre

hérétiques

:

Tout ce que Jont

Les

hérétiques est charnel, et vain,

faux; de

telle

sorte que rien de ce qu'ils auront fait ne doive
», le

être

approuvé par nous. Et saint Léon, pape
:

grand, «

dit,

dans son épître à l'empereur Léon
Jolie souverainement
la

Il est

manifeste que par une

cruelle et impie,

dans r Église d'Alexandrie

lumière de tous

les

divins sacrements est éteinte. Uoblation

du
et

sacrifice est interrompue, la sanctification

du chrême manque,

par

les

mains parricides des impies tous
vraie foi

les

mystères ont disparu.

Donc


pas

du ministre estde nécessité pour le sacrement». La troisième objection fait observer que « ceux qui n'ont
la la

vraie foi semblent être, par l'excommunication, séparés
Il est dit,

de l'Église.

en

effet,

dans

la

seconde épître canonique

de saint Jean

(v. lo)

:

Si quelqu'un vient à vous et n'apporte point

cette doctrine, ne le recevez

pas dans votre maison
Tite, ch. ni
(v.

et

ne
:

lui

donnez

pas

le

salut

;

et,

dans l'Épître à

lo)

L'homme

hérétique, après la première et la seconde correction, évite-le. Or,

l'excommunié ne semble pas pouvoir conférer
l'Église puisqu'il est séparé
se fait la

le

sacrement de

de l'Église, par

le

ministère de qui
il

dispensation des sacrements.

Donc
le
((

semble que
».

la

vraie foi

du ministre estde

nécessité

pour

sacrement

L'argument sed contra

est

un

texte de

saint Augustin
II,

»,
:


les

il

est « dit,

contre Pétilien, donatiste

(liv.

ch. xlvh)

Souvenez-vous qu'aux sacrements de

l'Église ne nuisent

en rien

mœurs

des

hommes méchants, pour
l'article, saint

faire qu'ils soient ou ne

soient pas, ou qu'ils soient d'une sainteté

moindre

».

Au
il

corps de

Thomas

rappelle que
le

«

comme
sa

a été dit plus

haut

(art. 5),

parce que
il

ministre, dans les

sacrements, agit à

titre
la

d'instrument,
vertu du

n'agit point par

vertu propre, mais par
partient à
aussi la foi.
la
Il

Christ. Oi, do
la

même

qu'ap-

vertu propre de
suit de là

l'homme
il

charité, de

même
pour

que
le

comme

n'est pas requis,
la

parfaire
les

le

sacrement, que

ministre soit dans
les

charité, mais

pécheurs peuvent aussi conférer
plus haut
(art.

sacrements, ainsi qu'il
foi

a été dit

5)

;

pareillement, sa

n'est

pas

17(1

SOMMi: TMKOLOGIQIJE.

requise, mais rinlidèle peut

donner un

vrai sacrement,
le

pourvu
les

que
ciles

les

auties clioses qui sont de nécessité pour
».

sacrement
con-

soient présentes

— Nous savons définitivement,
de Trente, qu'il
:

par

de Florence

et

suffit de. trois

choses pour

la validité

du sacrement

la

matière, la forme, et l'intention

du ministre.
Mais, précisément, c'est à cause de l'intention

du ministre,
notait la precette

que

la

question de

la foi se

posait, ainsi

que

le

mière objection. Aussi bien, Vad primam, qui répond à
difficulté, est-il ce qu'il y a
article.

de plus important dans

le

présent

Nous verrons qu'il confirme excellemment nos conclusions ou nos remarques au sujet de l'article précédent. Saint
pas avoir une intention portant
il

Thomas accorde qu'on ne peut
foi soit

sur ce qu'on ne connaît pas. Mais

refuse d'admettre que la
le

requise pour savoir ce qui se passe dans
l'acte qu'il s'agit

sacrement,

ou ce qn'est
«
il

de vouloir accomplir.

— D'abord,
:

se

peut que quelqu'un
et

ait sa foi

en défaut sur quelqu'autre
qu'il confère
tel,

point

non sur

la vérité

du sacrement
le

par

exemple, celui qui croirait que
et

serment est toujours

illicite,

qui croirait cependant que

le

baptême

est efficace

pour

le

salut.

Dans
le

ce cas,

une

telle infidélité

n'empêche point
si la foi

l'inten-

tion de conférer le sacrement.
faut sur

— Que

du

sujet est en dé-

sacrement lui-même
qu'il
il

qu'il administre, bien qu'il
effet

croie

que par ce

fait

extérieurement aucun

inté-

rieur ne s'ensuit,

n'ignore cependant pas que l'Église catho-

lique entend, par ces sortes de pratiques extérieures, conférer

un sacrement.
cela

Il

suit de là

que nonobstant son
l'Eglise, bien
suffit

infidélité,

il

peut entendre faire ce que

fait

qu'il
le

pense que
sacrement;

n'est rien. Et cette intention

pour
(art.

parce

que,

comme

il

a été

dit plus
la

haut

8,

ad

2*""),

le

ministre du sacrement agit dans

personne de toute l'Eglise
la foi

dont
tre ».

la foi

supplée à ce qui est en défaut dans

du minisdistingue
la

L\id secundani

fait

une

double

distinction.

Il

d'abord une double sorte d'hérétiques, relativement à
tion actuelle; et puis,

ques-

un double
la

effet

du saciement.

a II est

des

hérétiques qui, dans

collation des sacrements, ne

gar-

QUESTION LXIV.

DES CAUSES DES SACREMENTS.

I77
le sa-

dent point

la

forme de

l'Église.

Ceux-là ne confèrent ni

crement
dent
la

ni l'eflet

du sacrement.
l'Eglise.
l'effet

Il

en

est d'autres
le

qui gar-

forme de

Ceux-là confèrent

sacrement;
dis cela
»,

mais ne confèrent pas
ajoute saint
l'Eglise
les
:

du sacrement. Je

Thomas, « s'ils sont manifestement séparés de parce que, du simple fait que quelqu'un reçoit d'eux
il

sacrements,

pèche,

et,

par

là,

il

met un obstacle
le la

à

l'ob»

tention de

l'effet

du sacrement. Aussi bien
«

saint Augustin
livre

(ou

plutôt saint Fulgence)

dit,

dans

De

la Joi,

à

Pierre (ch.

xxxvi)

:

Tiens de la manière
les

plus

ferme

et n'en
s'ils

doute aucunement que pour

baptisés hors de l'Église,

ne

reviennent pas à VÉglise, le baptême ne Jait qu'ajouter
perte. Et,
le

à leur

dans ce

même

sens, le

pape saint Léon

dit

que sur
;

siège d'Alexandrie la lumière des sacrements se trouvait éteinte
l'effet

savoir quant à

lui-même.
conféraient
saint

du sacrement, non quant au sacrement Saint Cyprien, lui, croyait que les hérétiques ne
pas
le

même

sacrement. Mais, sur ce point

», dit

Thomas, avec une déférence et un respect vraiment exquis à l'endroit du grand évèque de Carthage, « son avis n'a pas in hoc ejus sententia non tenetur ». Et il apporte un été tenu
:

beau
ch.

texte de « saint
:

Augustin

»,

il

est « dit {contre Petilien,
le

xiii)

Le martyr Cyprien ne voulait pas reconnaître
les

baptême

donné chez
l'ont

hérétiques ou les schismatiques. Mais tant de mérites
la

accompagné Jusqu'au triomphe du martyre, que par
la

lumière de
s'il

charité ou

il

excellait, cette

ombre a

été chassée, et
l'a

y avait quelque chose à purifier, la faulx de la passion

en-

levé ».

L'ad tertium
les

fait

observer que «

le

pouvoir d'administrer
est indé(q. 63,

sacrements appartient au caractère spirituel, qui

lébile, ainsi

qu'on
de

le voit

par ce qui a été dit plus haut
si

art. 3). Il suit

que

quelqu'un
dégradé,

est

suspens par
le

l'Église,

ou excommunié, ou
de conférer
Il
Il

même

il

ne perd pas

pouvoir

le

sacrement, mais
le

la licéité
il

d'user de ce pouvoir.

conférera donc

sacrement; mais

péchera en
le

le faisant.

en

est

de

même pour
il

celui qui reçoit de lui
l'effet

sacrement;
»

et,

par suite,

ne reçoit pas

du sacrement

qui est

la

grâce, « à moins peut-être que l'ignorance ne l'excuse
XVil.

». Il rela

— Les Sacrements.

178

SOMME TIFÉOLOGIQUË,
le

cevra cependant
caractère.

sacrement

et

son

effet

secondaire, qui est

le

L'intention requise pour la validité du sacrement est indé-

pendante de
est

la foi

du ministre. Pouvons-nous dire aussi
la

qu'elle

indépendante de

rectitude de sa volonté? C'est ce qu'il
et tel est l'objet

nous faut maintenant considérer;
qui
suit.

de

l'article

Article X.
Si l'intention droite

du ministre
le

est requise

pour parfaire

sacrement?

Trois objections veulent prouver que

«

l'intention droite
».

du

ministre est requise pour parfaire

le

sacrement

La pre-

mière arguë de ce que

« l'intention

mer

à l'intention de l'Église,

du ministre doit se conforcomme on le voit par ce qui a

été dit (art. 8,

ad

i""^).

Or, l'intention de l'Église est toujours

droite.

Donc, de toute

nécessité,

requise l'intention droite
tion fait

pour parfaire le sacrement, est du ministre ». La seconde objec-

remarquer que
sacrement;

«

l'intention perverse

semble

être plus

nuisible que l'intention

plaisante.
si,

Or,

l'intention

plaisante

enlève
tisait

le

comme

par exemple, quelqu'un bap-

un autre pour s'amuser
si

et

non sérieusement. Donc,
le

à

plus forte raison, l'intention perverse enlève

sacrement;
lui

comme
la

quelqu'un baptisait un autre pour ensuite

donner

mort

».

La troisième objection déclare que
;

«

l'intention

perverse rend vicieux l'acte tout entier

selon cette parole marvi, v. 28)
:

quée en saint Luc,

cli.xi (v. 34

;

S.

Matthieu, ch.

Si

ton œil est mauvais, tout ton corps sera ténébreux. Or, les sacre-

ments du Christ ne peuvent pas être souillés par les hommes méchants; comme le dit saint Augustin contre Pétilien (liv. II,
ch. xxxix).

Donc

il

semble que

si

l'intention
».

du ministre

est

perverse,

il

n'y a plus là de vrai sacrement
«

L'argument sed contra oppose que
appartient à
la

l'intention
la

perverse

malice du ministre. Or,

malice du ministre

QUESTION LXIV.
n'enlève pas
le

DES CAUSES DES SACREMENTS.

I79

sacrement.

Donc

l'intention perverse ne l'enlève

pas non plus

».

Au

corps de

l'article, saint

Thomas répond que
d'une double

«

l'intention

du ministre peut
D'abord,
à l'endroit

être

perverse

manière.

du sacrement lui-même; par exemple, si quelqu'un n'entend pas conférer un sacrement, mais s'amuser
à faire

quelque chose. Cette perversité enlève
dérisoire.

la vérité

du

sacre-

ment; surtout quand
son intention
»

celui qui agit manifeste extérieurement

— « D'une autre manière, l'intention
quant
à ce

du ministre peut
par exemple,
si

être perverse

qui suit

le

sacrement

;

une femme, pour abuser d'elle; ou s'il entend consacrer le corps du Christ, pour en user dans quelque maléfice. Et, parce que ce qui précède ne dépend pas de ce qui suit, de là vient que cette perversité
d'intention n'enlève pas
tre
la

un

prêtre entend baptiser

vérité

du sacrement

:

mais

le

minis».

lui-même, en raison de
encore
et

cette intention,

pèche grièvement

Vad primum

toujours confirme ce que nous avons

du ministre. Saint Thomas, rappelant la distinction du corps de l'article, note que « l'intention de l'Église est droite et quant à la réalisation du sacrement et quant à l'usage du sacrement la première rectitude parfait le
:

dit tant de fois de l'intention

sacrement;

mérite. Il suit de là que le ministre qui conforme son intention à l'Église quant à la prele

la

seconde vaut pour

mière rectitude, et non quant à la seconde, mais sans aucun mérite pour lui ».

réalise le sacrement,

L'ad secundum déclare que « l'intention de se

jouer exclut
le

la

moquer ou de première rectitude de l'intention par laquelle
pourquoi,
il

sacrement

se réalise. Et voilà
le

n'y a point pa-

rité »,

comme

supposait à tort l'objection.
«

L'ad terlium dit que

l'intention perverse pervertit l'œuvre

de celui qui

agit,

tion perverse

ment en tant vre du Christ dont
si

non l'œuvre d'autrui. De là vient que l'intendu ministre pervertit ce qu'il fait dans le sacreque c'est son œuvre, non en tant que c'est l'œuil

est le ministre. El c'est

un peu comme
aurait confiée

le

serviteur d'un

homme
».

avait

une intention mauvaise en
le

portant aux pauvres l'aumône que

maître

lui

avec une intention droite

/

l8o

SOMME THEOLOGIQUE.

Les sacrements, dans leur production ou leur réalisation,
relèvent d'une double cause
d'autorité; l'autre, secondaire,
:

l'une, principale ou par voie ou d'ordre ministériel. La pre-

mière n'est pas autre que Dieu Lui-même. C'est Lui qui donne

aux sacrements leur vertu

;

et,

par suite,

il

n'y a

que Lui qui

ait
et

pu
lité

les instituer.

Entre celte causalité première ou principale
ministéiielle, doit se placer

la causaliié

purement

une causa-

d'ordre spécial, qui tient en quelque sorte des deux. C'est

la causalité

qui revient au Christ en tant

union

à la nature divine dans la
le

qu'homme. Par son Personne du Verbe, la nature
elle,

humaine, dans
ce qui touche

Christ, a des prérogatives exceptionnelles en

aux sacrements. Elle porte en
la

reçue
la

immé-

diatement de
doit être

nature divine qui

lui

est

unie,

vertu qui

leur

communiquée aux sacrements; et c'est elle qui la communique immédiatement, pour ce motif aussi qu'elle
de sa Passion
et

est le fruit

de sa mort rédemptrice.
les

Du même
la

coup,

il

lui

appartenait de voir

sacrements sanctifiés par
la foi

l'invocation de son

nom, témoignage de
c'est

qui unit à

vertu de sa Passion. Et, par suite, dès là qu'il

communiquait
le

aux sacrements leur vertu,
voir de les instituer.
D'oii

donc Lui qui aurait

pouau

résultait enfin

qu'il pourrait en

produire

l'effet

salutaire,

sans avoir besoin de recourir

sacrement. Ce pouvoir du Christ en tant
pelé

qu'homme
aurait

a été ap-

du

nom

de pouvoir d'excellence.
II

Il

pu

le

commu-

niquer à d'autres. Mais
la

ne

l'a

point

fait,

pour des raisons de
qui seraient appelés

plus haute sagesse. Les autres

hommes

à intervenir dans la réalisation des sacrements, ne devaient

avoir qu'un rôle ministériel.
qualité morale n'est pas
la validité

En raison même de

cela, leur

une condition qui puisse influer sur
ait
le

de leur action; bien qu'elle soit requise de toute
le

nécessité

pour que
le

ministre

droit d'agir

comme

tel

dans l'administration des sacrements. Selon l'économie ordinaire voulue par
Christ,
il

n'y a qu'un être

humain, vivant
Il

sur cette

terre,

qui puisse intervenir

comme

ministre.

faut,

quand
que

il

intervient, qu'il ait vraiment l'intention de faire ce

fait l'Église alors qu'elle

accomplit

les rites

sacramentels.

Pourvu

qu'il ait cette intention, et qu'il accomplisse,

en

eflet.

QUESTION LXIV.
le rite

DES CAUSES DES SACREMENTS.
le

l8l

extérieur que l'Eglise accomplit,

sacrement existe

toujours, quelque ignorance d'ailleurs qui puisse être la sienne

dans l'ordre de ces

rites

que

l'Église accomplit, serait-il
le

même
le

dans l'erreur à ce
but qu'il
se

sujet, et

quel que puisse être

motif ou

propose en agissant.

Il

ne nous reste plus qu'une dernière question à étudier dans

l'ordre des

sacrements en général. C'est

la

question de leur

nombre.

QUESTION LXV
DU NOMBRE' DES SACREMENTS

Cette question
i"

comprend quatre

articles

:

S'il

y a sept sacrements?

2" 3"

De De

leur ordre entre eux.
la comparaison des sacrements entre tous sont de nécessité pour le salut?

eux..

4" Si

Article Premier.
S'il

doit

y avoir sept sacrements?

L'article

que nous abordons

est

un

des plus beaux, des plus

riches, des plus importants de toute la

Somme
la

théologique.

Il

nous donnera,

comme nous

Talions voir,

clef de toute

réco-

nomie de la vie chrétienne. Saint Thomas, comme toujours, en
devant
le
fait
il

vrai théologien, se place
l'Eglise catholique
la

ou devant raffirmalion que
se

lui livre; et

propose de
fait

justifier,

du point de vue de

raison théologique, ce

ou

cette affirmation.

Le

fait

ou

l'affirmation de l'Église était chose constante,

à l'époque oij
et

saint

Thomas

écrivait.
l'Eglise,

Le

nombre

sept était
le

reconnu

accepté

de tous, dans

comme

étant

nombre
le

fixe des sacre-

ments de
le

la loi

nouvelle.

On donnait

aussi, accepté par tous,

nom

des sept sacrements. C'étaient
la

baptême,

la

confir-

mation, l'Eucharistie,
dre et
ralion.
le

pénitence, l'Exlrême-Onction, l'Or-

mariage.
11

Saint

Thomas

va justifier cette
:

énuméunes,

se

posera

deux groupes d'objections
;

les

voulant prouver que ce nombre est trop grand
est trop petit.

les autres, qu'il

QUESTION LXV.

DU NOMBRE DES SACREMENTS.

l83

Cinq objections veulent prouver qu' « il ne doit pas y avoir ou deux, ou trois, ou quatre, ou six tout au plus suffiraient. La première dit que « les
sept sacrements », qu'un seul,


la

sacrements ont leur

efficacité

de

vertu divine et de
;

la

vertu

de la Passion du Christ. Or, la vertu divine est une
aussi, la Passion

et

une,

du Christ

:

car cest par une oblation qu'il a

consommé à
crement
».

tout Jamais les sanctifiés,
ili).

comme

il

est dit

aux Hé-

breux, ch. X (v.

ne devait y avoir qu'un seul saLa seconde objection arguë de ce que le sacreil
<(

Donc

ment
ments

est
:

ordonné contre
la

la

ruine du péché. Or, cette ruine
11

est

double

peine

et la

coulpe.

suffirait

donc de deux
observer que
la

sacre« les

».


;

La troisième objection
voit par saint
il

fait

sacrements appartiennent aux actions de
siastique

hiérarchie ecclé-

comme on
v).

le

siastique, ch.

Or,

comme

le

dit

Denys {Hiérarchie ecclélui-même (au même
:

endroit),

il

y a trois actions hiérarchiques

la purification,

l'illumination et la perjection.

sacrements

».

ne doit y avoir que trois La quatrième objection en appelle à « saint
il

Donc

Augustin

» qui,

«

au livre XIX Contre Fauste (ch. xni), dit
la loi

que
que
il

les

sacrements de sacrements de

nouvelle sont en plus
ancienne. Or, dans

petit,

nombre

les

la loi

la loi
la

ancienne,

n'était pas

de sacrement qui correspondit à

confirmation
et

et à

l'Extrême-Onclion.

Donc

la

confirmation

l'Extrême-

Onclion ne devraient pas être comptées parmi
de
la loi

les

sacrements

nouvelle

».

La cinquième objection appuie sur ce
les

que

«

la
;

luxure ne l'emporte pas en gravité sur

autres

péchés

comme on
péchés
il

le voit

par ce qui a été dit dans la seconde
i54, art. 3). Or, contre

partie (/''-2«% q.
les autres

jfi,

art. 5; 2^-2''', q.

n'est

Donc
que

il

ne

fallait pas,

aucun sacrement qui soit institué. non plus, que contre la luxure fût ins».

titué le

sacrement du mariage

Et,

de

la sorte,

nous n'aurions

six sacrements.

Par

mode d'arguments
».

sed contra ou en sens contraire, trois
« il

autres objections veulent prouver qu'

de sept sacrements

y

a,

semble-t-il, plus
«<?(/

Le premier argument

contra sou-

ligne ([uc « les sacrements sont dits de certains signes sacrés
{ci. q.

Go, art.

i).

Or, bien d'autres sanctifications se font, dans

l8/i

SOMME THÉOLOGIQUE.

l'Église, sous

forme de signes sensibles;
et

comme

l'eau bénite,

la consécration des autels,
il

autres choses semblables.

Donc
traité

y a plus de sept

sacrements

».

— Le second argument invoque
»,

l'autorité

de

«

Hugues de Saint-Victor
liv.
I,

qui, dans son

Des sacrements,
((

part. XI, chap. 2; part. XII, cliap. 4),
loi

dit

que

les

sacrements de l'ancienne
le

furent les oblations,

les

dîmes

et les sacrifices. Or,

sacrifice
».

de l'Eglise est

un

sacrement, qui s'appelle l'Eucharistie
passant,
cette

[On remarquera, en
identifie,

formule de saint Thomas, qui
le

dans

l'Eucharistie,

sacrifice
((

et

le

appuyer, plus

tardj.

Donc

les

sacrement; nous aurons à y oblations, aussi, et les dîmes
».

doivent être appelées des sacrements


:

Le troisième argule

ment
est

dit qu'

«

il

y

a trois

genres de péchés

péché originel
le

;

le

péché mortel;

et le

péché véniel. Or, contre
et

péché originel
la

ordonné

le
il

baptême;

contre

le

péché morlel,

péni-

tence.
sept,

Donc

devrait y avoir

un

autre sacrement, en plus des

qui serait ordonné contre
corps de
l'article,

le

péché véniel

»,
«

Au
il

saint

Thomas
art. 5;

rappelle que
art.
i),

comme
sacre:

a été dit plus haut (q. 62,
l'Église sont

q. 63,

les

ments de
faire

ordonnés

à

deux choses; savoir

parla

l'homme en

ce qui

touche au culte de Dieu selon
;

religion de la vie chrétienne
le

et,

aussi, servir de

remède contre
»,

mal du péché. Or, de l'une

et

de l'autre manière

ou pour

l'une et l'autre de ces deux fins, « c'est à propos » et de façon

merveilleusement harmonieuse

«

que sont assignés sept sacreperfection de

ments

».

D'abord, pour ce qui regarde
les choses qui ont
la vie

la

l'homme dans
la religion

trait

au culte de Dieu selon

de

chrétienne. Saint
la

Thomas

va nous

le faire

entendre, en

comparant

vie spirituelle de

l'homme

à sa vie corporelle.


De

C'est qu' « en effet, la vie spirituelle a
la vie

une certaine conforles

mité à

corporelle;

comme, du

reste,

autres choses

corporelles ont une certaine similitude des choses spirituelles».

vient que les
les

dans

choses

hommes vraiment spirituels du monde des corps un moyen
s'élever

savent trouver
très

approprié

à notre nature

pour

aux choses
nous

spirituelles.
est

Toute

la

vie

du

Christ, dans son Évangile,

un exemple

frap-

QUESTION LXV.

DU NOMBRE DES SACREMENTS.
«

l85
»,

pant de

cette vérité. Il
là,

lève ses

yeux au

ciel vers

son Père

nous montrant, par
les

que notre esprit doit chercher Dieu en
l'on peut ainsi dire,

s'aidant des créatures qu'il a faites, et dont les plus excellentes,

plus « spirituelles

»,

si

dans

le

monde

des corps, nous permettent d'entrevoir sa majesté, sa grandeur

ou

sa gloire. «

Le

ciel est le

trône de sa gloire; la terre, l'escail

beau de

ses pieds »,

comme
avec
les

est dit

encore dans l'Évangile.

Rien de plus sage, par conséquent, rien de plus en harmonie
avec notre nature
à notre endroit,
et

desseins de Dieu dans sa conduite
les

que de chercher, dans
la clef

choses de notre vie

corporelle, la similitude et

des harmonies instituées par

Dieu dans l'économie de notre
« Or,

vie spirituelle.

dans

la vie
:

corporelle,

l'homme

est perfectionné
;

d'une

double manière

d'abord, quant à sa propre personne
la

ensuite,

par rapport à toute
il

vit,

parce

communauté de la société dans laquelle que l'homme est naturellement un être social »,
société.
»

fait

pour vivre en
Par rapport

«

ou eu égard
est
:

« à

lui-même

»,

dans
la vie

sa pro-

pre personne, «
relle,

l'homme

perfectionné dans

corpo-

d'une double manière

par

soi,

acquérant quelque perfait

fection de la vie; accidentellement,

du

que sont écartés

les

empêchements de
de ce genre.
((

la vie,

comme

les

maladies, ou autres choses

Par

soi, la vie
la

corporelle se parfait d'une triple manière.
fait

— D'abord, par
a le role

génération, qui

qu'un

homme commence

d'être et de vivre.

En place de cela, dans la vie spirituelle, on baptême, qui est une génération spirituelle, selon cette pade l'Épître à Tile, ch. ni (v. 5) Par le bain de la régéné:

ration.


est

Secondement, par

la

croissance,

qui

fait

qu'un

homme
de

amené
la

à

son développement complet, dans l'ordre
la vertu

la stature et
c(;la,

dans l'ordre de
vie

ou de
a
la

la

force.

En place

de

dans

spirituelle,

on

confirmation, dans

laquelle est
qu'il est dit

dernier

(v.

l'Esprit-Saint en vue de la force. De là vient aux disciples déjà baptisés, en saint Luc, chapitre f\(j) Demeure: dans la cité, Jusqu'à ce ijiie rous soye:
:

donné

revêtus de force, d'en-lJaut.

— Troisièmement,
est

par

la
la

nulrition,
force

qui

fait

que dans rhonime

conservée

la vie et

ou

l86
la vertu. Et,

SOMME THÉOLOGIQUE.
en place de cela, dans
est-il dit,
la
la

vie spirituelle,

on
(v.

a l'^^a-

charistie.

Aussi bien

en saint Jean, ch. vi

54)

:

A

moins que vous ne mangiez

chair du Fils de l'homme
la vie

el

que vous

ne buviez son sang, vous n'aurez point
«

en vous.

Thomas, « si l'homme avait corporellement et spirituellement une vie impassible. Mais, parce que l'homme encourt parfois et l'infirEt cela suffirait à
»,

l'homme

ajoute saint

mité corporelle,
cause de cela
il

et

l'infirmité spirituelle qui

est

le

péché, à

est nécessaire,

pour l'homme,
double.

d'être guéri
est celle

de
qui

son infirmité. Cette guérison

est

L'une
la

rend

la santé. Et,

en place de

celle-là,

dans

vie spirituelle,
(xl,
v. 5)
:

on

a la pénitence; selon

cette parole
J'ai

du psaume

Guérissez

mon âme, parce que

péché contre vous.

— L'autre
et

est le rétablissement des forces

premières par une diète

un

exercice proportionnés.
tuelle,
et

En

place de cela, dans la vie spiri-

on

a ï Extrême-Onction, qui enlève les restes des péchés,
la gloire finale, ce
:

rend l'homme prêt à

qui

fait qu'il est dit,
les

en
lui

saint Jacques, ch. v (v. i5)

Et

s'il est

dans

péchés,

il

sera remis

»

Voilà donc les cinq modalités essentielles dont

l'homme peut
et

ou doit bénéficier pour
sa vie spirituelle,
celte vie
dit
fait

se parfaire

dans sa vie corporelle
le

dans

— à considérer
n'est point fait
société.

progrès ou

la

perfection de

en

la

personne de chaque individu.

— Mais nous avons
Il

que l'homme

pour l'individualisme.
il

est

pour vivre en

De
la

ce chef,

lui

faudra de nouvelles
la

conditions pour réaliser
« C'est

perfection qui doit être

sienne.

d'une double manière que l'homme
la

se parfait
»

ou

se

perfectionne par rapport à toute

communauté

de
le

la

société

il

doit vivre.
la

«

D'abord, par cela qu'il reçoit

pouvoir
en place

de régir

multitude

et d'exercer les actes publics. Et,

de cela, dans

la vie spirituelle,

on

a le

sacrement de ÏOrdre;
(v.

selon cette parole de l'Epître aux Hébreux, ch. vu
les prêtres offrent les victimes,

27),

que

non seulement pour eux, mais
à la

aussi

pour

le

peuple.

Secondement, quant
par
le

propagation
la vie

naturelle.
relle

Ce qui

se fait

mariage, tant dans
:

corpo-

que dans

la vie spirituelle

le

mariage n'étant pas seule».

ment un sacrement, mais un devoir de nature

QUESTION LXV.

DU NOMBRE DES SACREMENTS.

187

Après avoir montré l'économie des sept sacrements sous
l'aspect

ils

sont ordonnés à parfaire

l'homme dans
Par
là,

les

cho-

ses qui ont trait au culte de Dieu selon la religion de la vie

chrétienne, saint
le

Thomas
le

ajoute

:


le

d

aussi, se justifie
à servir

nombre

des sacrements, selon qu'ils sont

ordonnés
est

de remède contre
tre le

péché.

— Car

baptême

ordonné connou-

manque

de vie spirituelle; la confirmation, contre la fai-

blesse de l'âme, semblable à celle qui se trouve dans les

veau-nés

;

l'Eucharistie, contre la facilité de l'âme à pécher »

[Notons, en passant, cette admirable formule nous précisant

un des

fruits

propres de l'Eucharistie]
le

;

« la pénitence, contre le

péché actuel commis après
tre les restes

baptême l'Extrême-Onction, con;

des péchés, qui n'ont pas été suffisamment enle-

vés par la pénitence, en raison de la négligence ou de l'igno-

rance; l'Ordre, contre la dissolution de la multitude. »
encore, quelle superbe formule nous précisant
fruit
la

[Ici
et
le

fin

du sacrement de

l'Ordre dans la société spirituelle qu'est

l'Église!]; « le

mariage,
la

comme remède
destruction de

contre la concupiscence
la

personnelle, et contre
duit par la

multitude qui

se pro-

mort

».

L'article de saint

Thomas

pourrait s'arrêter

là.

Rien de plus

excellent n'a été apporté et ne pouvait l'être pour justifier, aux

yeux de
fixé

la

raison théologique,

le

nombre

des sept sacrements,
la

par l'Église dans sa tradition apostolique
tels

plus certaine.

— Par égard pour
en finissant
:

de ses contemporains, qui avaient donné
(cf.

une autre explication
gique, p. IV, q. vin,
« Il

Alexandre de Halès,
7, art.
2),

membr.
est

saint

Somme théoloThomas ajoute,
et

en

qui prennent

le

nombre des sacrements,
au défaut des
à
le

en raison d'une certaine adaptation aux vertus
coulpes
et des pénalités. Ils disent

que

baptême correspond
le
;

la foi, et se

trouve ordonné contre

la

faute originel
et est

l'Extrêmele

Onction correspond à l'espérance,

ordonnée contre

péché véniel
née contre

;

l'Eucharistie correspond à la charité, et est ordon-

la pénalité

de

la

malice

;

l'Ordre correspond à
la

la

pru-

dence, et est ordonné contre l'ignorance;

pénitence corres-

pond

à la justice, et est
la

ordonnée contre
tempérance,

le

péché mortel;

le

mariage correspond à

et est

ordonné contre

la

|88

SOMME THÉOLOGIQUE.
la
la

concupiscence;

confirmation correspond à
faiblesse
d.

la

force, et est

ordonnée contre

Celle explication, qui était celle

d'Alexandre de Halès, est citée sinnplernent par saint Thomas,
sans qu'il se prononce à son sujet. Elle peut, en
effet,

être

donnée.

iMais
si

on remarquera

qu'elle renferme

d'arbitraire,
tère

l'on peut ainsi dire; et qu'elle

une grande part est loin du caracet

de simplicité, de plénitude, de profondeur
celle

de naturel

que présente

de notre saint Docteur. Cet exemple, que

nous soulignons en passant, et dont on pourrait dire qu'il se renouvelle partout, dans l'économie de l'œuvre Ihéologique,
permet d'entrevoir à quelle distance des autres docteurs se trouve le Maître par excellence de la doctrine que l'Église a
bonheur, pour son unique Docteur officiel. primum répond que « le même agent principal use d'insVad truments divers pour les divers effets selon la convenance des œuvres » à réaliser. « Et, pareillement, la vertu divine et la Passion du Christ opère en nous par divers sacrements comme
choisi, avec tant de

par divers instruments

».

Vad

seciindum déclare que « la coulpe
l'espèce,

et la

peine se diversi-

fient et selon

pour autant
et

qu'il y a diverses espèces

de fautes

et

de peines,

selon les divers états des
il

hommes ou
»

leurs diverses conditions. El, à cause de cela,
plier les

a fallu multi-

sacrements,

comme on

le

voit par ce qui a été dit

(au corps de l'article).

Vad tertium complète ce que l'objection ne faisait qu'indiquer imparfaitement au sujet des actions hiérarchiques dont
elle parlait.

«

Dans

les

actions hiérarchiques se considèrent
les

ceux qui produisent ces actions, ceux qui
actions elles-mêmes.

reçoivent, et les

Ceux qui agissent sont les ministres
se

de

l'Église.

Le sacrement de l'Ordre
viennent à
»,

rapporte à eux.

Ceux qui reçoivent leur action sont ceux qui s'approchent des
sacrements.
Et
ils

l'être

par

le

mariage.

Les
«

actions elles-mêmes sont

comme

le disait l'objection,

la

purification, l'illumination et la perfection. Mais la purification toute seule ne peut pas être

un des sacrements de
Elle se
et l'exorcisme.

la loi

nouvelle qui confèrent
sacramentels, qui sont

la
le

grâce.

rattache à certains

catéchisme

La puri-

QUESTION LXV.
fication et l'illumination

DU NOMBRE DES SACREMENTS.
réunies
s'il

ï

89

appartiennent,

selon saint
elles

Denys, au baptême;
appartiennent à
la perfection,
la

et,

y a rechute,
et

secondairement

pénitence
s'agit

à l'Extrême-Onction.

Quant
la
s'il

à

s'il

de

la

vertu, qui est

comme
;

perfecs'agit
»,

tion formelle, elle appartient à la confirmation

et

de l'obtention de

la fin,

elle

appartient à l'Eucharistie

qui

nous unit

à

Dieu dans
fait

la réalité

du sacrement de son
«

corps.
la

Vad qaarlum
confirmation
de
la force
;

observer que
la

dans

le

sacrement de

est

donnée

plénitude de l'Esprit-Saint en vue
est

et,

dans l'Extrême-Onction, l'homme

préparé
ces

pour

qu'il
effets
il

reçoive

immédiatement
à

la

gloire.

Aucun de
c'est

deux
quoi

ne convenait

l'Ancien Testament. Et
loi

pour-

n'est rien

marqué dans l'ancienne
les

qui corresponde
loi loi

à ces sacrements. Toutefois,

sacrements de l'ancienne
les

furent en plus grand

nombre que
le

sacrements de

la

nouvelle, en raison de la diversité des sacrifices et des céré-

monies

».

Et c'est

sens

du mot de

saint Augustin,

que

citait l'objection.

L'ad quintani dit que

«

contre la concupiscence des choses

du mariage
sacrements
vicient
:

il

fallut

apporter un remède spécial par l'un des
parce que ces sortes de concupiscence
la

d'abord,

non seulement

personne mais aussi

la

nature;

et,

ensuite, à cause de leur violence qui absorbe la raison ».

Vcul sextain, répondant au premier argument sed contra,

marque d'une façon
tre
les
((

très

précise la différence qui existe en-

sacrements

et les
et les

sacramentaux dont parlait
autres consécrations
»

l'objecl'objec-

tion.

L'eau bénite

que

tion mentionnait, « ne sont point appelées sacremenlSf parce
qu'elles ne vont pas jusqu'à l'effet

du sacrement qui

est l'ob-

tention de la grâce.
les

Elles

sont de certaines dispositions pour
les obstacles,

sacrements

:

soit

en écartant
les

comme

l'eau béet

nite est
les

ordonnée contre
soit

embûches des démons

contre

péchés véniels;
réception

en causant une certaine idonéité pour
l'autel et

la

du sacrement, comme sont consacrés
l'Eucharistie par

Us

vases en vue de

motif de révérence ou de
dîmes, aussi

respect

».

l.\id sepliinuni

déclare que « les oblations

et les

igO
bien dans
la

SOMME TUKOLOGIQUF,
loi

de nature que dans

la

loi

de Moïse, étaient

ordonnées, non pas seulemeut à subvenir aux besoins des ministres,

mais encore

à servir de figures; et c'est

pourquoi

elles

étaient des sacrements. Mais,

maintenant,

elles

ne demeurent

plus sous leur raison de figures; et aussi bien elles ne sont
plus des sacrements
L'ad
».

oclavum
il

fait

observer que

«

pour

la

destruction du
la

péché véniel,
Et de

n'est

pas besoin de l'infusion de

grâce.
la
loi

vient,
il

parce que dans chaque sacrement de
infusion
n'est
est

nouvelle

y a

de

la

grâce,

qu'aucun sacrement
contre
le

de

la

loi

nouvelle
qui

ordonné
par

directement
certains

péché véniel,

enlevé

sacramentaux,

comme
Onction

l'eau bénite, et autres choses de ce genre.
»; ajoute saint

Il

en

est

cependant

Thomas,
le

« qui disent
».

que l'Extrême-

est

ordonnée contre

péché véniel

Nous avions vu

ce sentiment, signalé à la fin

du corps de

l'article.
».

Saint

Thomas
être

dit ici qu' «
la suite

il

en sera parlé en son lieu
Pars, que saint

Ce devait
n'a pas

dans

de

la Terlia

Thomas

eu

le

l'aide

temps d'achever. L'auteur du Supplément y a pourvu à du Commentaire sur les Sentences (Cf. Supplément,
i).

q. 3o, art.

Les sacrements institués par

le

Christ

et

confiés par Lui à
les sept

son Église sont au nombre de
objet ou
Christ.

sept.

Tous

ont pour

pour

fin

d'aider

l'homme

à refaire sa vie

dans

le

Cinq doivent
l'effet
il

l'aider à refaire sa vie individuelle; les

deux

autres, à assurer sa vie sociale

ou

collective.
l'y faire

Pour

sa vie

individuelle, à
la lui

de
y a

la lui

donner, de

grandir, de

conserver,

les trois

sacrements de baptême, de
la lui

confirmation
et
la

et d'Eucharistie.

Pour

rendre

s'il l'a

perdue

pour

l'y rétablir

dans sa perfection, deux autres sacrements,

pénitence

et

l'Extrême-Onclion s'ajoutent aux trois pre-

miers.

Quant

à la vie sociale, elle est assurée par l'Ordre et le
le

mariage, qui complètent
justification

nombre
pour

sept.
les

Cette admirable
la loi

du nombre
elle

sept,

sacrements de
la

nouvelle,

suffirait à

seule
le

pour résoudre

question de

l'institution

immédiate, par

Christ Lui-même, de tous ces

QUESTION LXV.

DÛ NOMBRE DES SACREMENTS.

IQÎ

sacrements.

Ils

forment un organisme dont toutes

les parties

sont liées au point que ce serait faire injure à la sagesse de leur

auteur de supposer qu'il aurait pu en laisser une seule sans
joindre aux autres qui l'exigent de toute nécessité.

la

On
faire

a

peine à s'expliquer que les Protestants n'aient pas
et la

compris l'harmonie

portée de cet ordre.

Ils

ont voulu

un

triage
:

parmi
le

les sept

sacrements

:

les

uns n'en garle

dent que trois

baptême,

la

Cène

et la
:

pénitence;

plus

grand nombre, n'en gardent que deux
si

tant est

même

que

la

Cène

ait

baptême et la Cène, pour eux la raison de vrai
le

sacrement. Le seul
tre qu'ils

fait

d'avoir songé à opérer

un

triage

monla

n'ont pas vu, qu'ils n'ont
la

même

pas soupçonné

richesse et
si

profonde vérité de
le

la

raison théologique mise en

vive lumière par

génie de saint Thomas. Sur ce point
ils

comme
avec la

sur tant d'autres,

ont
a
il

rompu

avec

la

saine et la

grande théologie, ce qui
foi

les

elle-même.

Mais
ait à

amenés fatalement à rompre n'y a pas que le nombre sept
la

que

la raison

Ihéologique

considérer dans
Il

question des

sacrements formant un groupe.

y a aussi leur énumération,
l'ordre

ou

la

place que chacun d'eux occupe dans ce groupe. Saint
se

Thomas

demande,

à ce sujet,

si

marqué dans

l'énula

mération précédente, où nous avons parlé du baptême, de
confirmation, de l'Eucharistie, de
la

pénitence, de l'Extrêmeest l'ordre

Onction, de l'Ordre
et si

et

du mariage,
s'y

qui convient

chacun des sept sacrements

trouve vraiment à sa place.

Il

va répondre lui-même dans l'article qui suit.

Article
Si les sacrements sont
le

II.

convenablement ordonnés, selon
d'être

mode qui vient

marqué?

Cinq objections veulent prouver que
d'être dit
».

«

les
le

sacrements ne
vient

sont pas convenablement ordonnés, selon

mode qui
«

— La

première en appelle à ce que
eh.

l'Apôtre dit,

dans

la

première épître aux Corinthiens,

xv

(v.

4())

'

ig2

SOMME TIIKOLOGIQUE.

D'abord, ce qui est animal; pais, ce qui est spirituel. Or, par le

mariage, l'homme
est

est

engendré de
le

la

génération première, qui
il

animale; tandis que, par

baptême,

est

engendré de

la

seconde génération, qui
venir avant
((

est spirituelle.
».

Donc

le

mariage doit
pouvoir d'ac-

le

baptême

La seconde objection dit que
le

par

le

sacrement de l'Ordre un sujet reçoit
les

complir

actions sacramentelles. Or, le sujet qui agit préle

cède son action. Donc l'Ordre doit précéder
autres sacrements
« ».

baptême

et les

^

La troisième objection arguë de ce que
;

l'Eucharistie est l'aliment spirituel

tandis que la confirma-

tion est

comparée
avant

à la croissance. Or, l'aliment est
il

cause de la
l'Eucha-

croissance;
ristie est

par conséquent,
la
la

est antérieur.
y^.

Donc

confirmation


».
le

La quatrième objection

déclare que «
Or,
la

pénitence prépare l'homme à l'Eucharistie.

disposition précède la perfection. Par conséquent la pé-

nitence doit précéder l'Eucharistie
tion fait observer


Or,

La cinquième objecl'Extrême-Onclion,
le

que

«

ce qui est

plus rapproché de la fin

dernière doit venir en dernier lieu.

parmi tous
de
la fin

les

sacrements, est

le

sacrement

plus rapproché

dernière de
les

la béatitude.
».

Donc

il

doit venir en dernier

lieu

parmi

sacrements

L'argument sed contra,

fort intéressant,

oppose simplement

et le

simple

fait

de cette constatation est d'un prix inestiles

mable

que

«

communément,
».

sacrements sont ordonnés

par tous ainsi qu'il a été dit
l'époque
oii vivait saint

C'était

donc un

fait

constant, à

Thomas,
les

qu'il

y avait sept sacrements

dans

l'Eglise et
les

qu'on

énumérait dans l'ordre

même
que
la
«

nous

énumérons aujourd'hui.
l'article, saint

Au
haut

corps de

Thomas nous

avertit

la

raison de l'ordre des sacrements ressort de ce qui a été dit plus
(art. précéd.).

Car, de

même

que l'un vient avant
la

mul-

titude, ainsi les

saciements qui sont ordonnes à
les

perfection

d'une seule personne précèdent
nés à
le
la

sacrements qui sont ordondelà multitude,
:

perfection de la multitude. Et c'est pourquoi l'Ordre et
la perfection
les

mariage, qui sont ordonnés à

sont placés en dernier lieu parmi

sacrements

de

telle

sorte

cependant que le mariage vienne après l'Ordre, parce

qu'il parti-

QUESTION L\V.
cipe

DU NOMBRE

t)ES

SACREMENTS.

IqS

moins de

la

raison delà vie spirituelle, à laquelle les sacre-

ments sont ordonnés.
sont ordonnés à
la

De même, parmi

les

sacrements qui

perfection d'une seule personne, ceux-là

sont naturellement les premiers, qui sont ordonnés par soi à
la perfection

de la vie spirituelle, de préférence à ceux qui sont ordonnés accidentellement à cette perfection, écartant l'obstacle ou l'accident nocif survenu après coup. Parmi
ceux-ci, l'Extrême-Onction sera naturellement postérieure à la

pénitence, puisqu'elle conserve » et achève « la guérison que Pour les autres trois sacrements, la pénitence commence.

il

est

manifeste que

le

baptême, qui

est la

régénération spiri-

tuelle, est le premier; puis, la confirmation, qui est

ordonnée
à

à la perfection formelle de la vertu;

et

enfin

l'Eucharistie,

qui est ordonnée à la perfection de

la fin »,

nous unissant

Dieu Lui-même présent dans

le

sacrement.

Vad prinmm déclare que « le mariage, selon qu'il est ordonné à la vie animale, est un devoir de nature. Mais, selon qu'il a quelque chose de la spiritualité, il est un sacrement. Et parce qu'il a le moins de spiritualité, on le met en dernier
lieu

parmi

les

sacrements

».

Vad
d'agir,

secLindum répond que « pour qu'un sujet soit à
il

même

faut au préalable qu'il soit parfait en

lui-même, Et

voilà pourquoi les sacrements qui font qu'un sujet est perfectionné en lui-même viennent avant le sacrement de l'Ordre

par lequel un sujet
tres ».

est constitué à

même

de parfaire

les

au-

Vad
sance,

terluim fait observer que

«

l'aliment, et précède la crois-

comme

en étant

la

cause, et suit cette croissance,

comme

conservant l'homme
et

dans la perfection de son développement

de sa vertu. Et voilà pourquoi l'Eucharistie peut être mise avant la confirmation, comme le fait saint Denys, au livre de
la

Hiérarchie Ecclésiastique (ch. ni,
le fait le

iv), et

peut être mise après,
«

comme
Vad

Maître » Pierre Lombard,
i).

au livre IV des
pé-

Sentences »

(dist. Il, ch. i; dist. VIII, ch.
«

quartum accorde que

cette raison conclurait

si

la

nitence était requise nécessairement

comme
si

préparatoire à

l'Eucharistie. Mais cela n'est pas vrai; car,
\\
II.

quelqu'un
i^

était

Les Sacremenls.

iQj^

somme'^tiikologiquè.
il

sans péché mortel,
la

n'aurait pas besoin de

la

pénitence pour

réception de l'Eucharistie. Et l'on ]voit par là que c'est acla

cidentellement que

pénitence prépare à l'Eucharistie, savoir

étant présupposé le péché.
,

De

vient qu'il est dit, au livre
:

II

des Paralipomènes chapitre dernier

Vous, Seigneur des justes,
les

vous n'avez point institué

la

pénitence pour
«

justes

».

Vad quintum

reconnaît que

l'Extrême-Onclion, pour

la

raison donnée dans

l'objection, est le
la

dernier sacrement parmi
».

ceux qui sont ordonnés à

perlection d'une seule personne

donc pas au hasard ou sans raison que les sept sacrements ont été énumérés par nous dans l'ordre que nous connaissons. Leur nature et le caractère de chacun d'eux demande
Ce
n'est

qu'il en soit ainsi. Les cinq

premiers doivent venir d'abord;

puis, les deux derniers

:

et,

parmi

ceux-ci, en dernier lieu, le

mariage. Les cinq premiers eux-mêmes sont divisés en

deux

groupes de

trois et

de deux. Et

il

faut qu'en effet les Irois pre-

miers viennent d'abord. Ce n'est qu'après eux que doivent venir la pénitence et lExlrême-Onction, l'Extrême-Onction ve-

nant en dernier

lieu.

Quant aux
la

trois

premiers, leur ordre

s'impose de lui-même, à
l'Eucharistie soit à la

seule réserve qu'on
soit à
la

peut mettre

deuxième

troisième place.


la

Dans

l'ordre de l'énuméralion, l'Eucharistie ne vient

donc pas
ou de

à la première place. Mais, dans l'ordre de l'excellence

dignité, n'est-ce pas
lieu. Saint

l'Eucharistie qui doit venir en premier

Thomas

va nous répondre à l'article qui

suit.

Article
Si le

III.

sacrement de l'Eucharistie est le plus excellent de tous les sacrements?

Quatre objections veulent prouver que

«

le

sacrement de
l'emporte

l'Eucharistie n'est pas le plus excellent de tous les sacrements ».


sur

La première arguë de ce que
le

« le

bien

commun
livre

bien d'un seul,

comme

il

est dit

au

premier de

QUESTION LXV. V Éthique, (ch.
ii,


de

DU NOMBRE DES SACREMENTS.
S.

196
est

n. 8;

Th.,

leç.

2).

Or,

le

mariage

ordonné au bien
génération
;

commun

de l'espèce humaine par voie de

tandis que l'Eucharistie est ordonnée au bien pro-

pre de celui qui s'en nourrit.
plus excellent de tous
tion veut
les

Donc
les

l'Eucharistie n'est pas le
».

sacrements

La seconde objecle sacre-

que

«

les

sacrements
le

plus dignes paraissent être

ceux qui sont conférés par

plus grand ministre. Or,

ment de
férés

la

confirmation

et le

sacrement de l'Ordre ne sont con-

que par l'évêque, qui
est le

est

un plus grand ministre que

le

simple ministre qui

prêtre par lequel est conféré

le sacre-

ment de
leurs
».

l'Eucharistie.

Donc

ces autres sacrements sont meil«

La troisième objection déclare que

les

sacrements

sont d'autant meilleurs qu'ils ont une vertu plus grande. Or,

impriment un caractère, tels le baptême, la confirmation et l'Ordre; ce que ne fait pas l'Eucharistie. Donc La quatrième objection dit que « cette ils sont meilleurs ».
certains sacrements

chose paraît être meilleure

et

l'emporter, de laquelle les autres
Or,

dépendent
charistie
;

et

non inversement.
le

du baptême dépend
s'il

l'Eun'est

car nul

ne peut recevoir l'Eucharistie,

baptisé.

Donc

baptême l'emporte sur l'Eucharistie
est

».

L'argument sed contra
pitre
III

un

texte de « saint
»,

Denys, au chaest «

de la Hiérarchie ecclésiastique

il

dit qu'iV

n'arrive pas que quelqu'un soit perfectionné de la perfection hiérar-

chique,

si

ce n'est par la toute divine Eucharistie.

Donc
qu'
«

ce sacre-

ment

est le

plus excellent
l'article,

et celui

qui parfait tous

les autres ».

Au

corps de
le

saint

Thomas répond
est le

à parler

simplement,
de tous
les

sacrement de l'Eucharistie

plus excellent
triple raison,
le

sacrements.

On

le

montre pour une
lui est


est

Premièrement, du

fait

qu'en

contenu

Christ Lui-

même substantiellement;

tandis que dans les autres sacrements

contenue une certaine vertu instrumentale participée du Christ, ainsi qu'on le voit par ce qui a été dit plus haut (q. 62,
/|,

art.

ad

3'"";

art. 5).

Or, toujours, ce qui est par essence

l'emporte sur ce qui est par participation.

— Secondement, cela
comme
à leur fin.
est

ressort de l'ordre des sacrements entre eux; car tous les autres

sacrements semblent être ordonnés à celui-là
Il

est manifeste,

en

ell'et,

que

le

sacrement de l'Ordre

ordonné

igG

SOMME THÉOLOGIOUË.

à la consécration de l'Eucharistie. Le sacrement de

baptême

est

ordonné

à sa réception. C'est aussi en lui qu'un sujet est perfecla

tionné par

confirmation, afin qu'il ne s'éloigne pas d'un

tel

sacrement par fausse honte. Par la trême-Onclion l'homme est préparé

pénitence aussi
à recevoir

et

par l'Exle

dignement

corps du Christ. Quant au mariage, par sa signification, du moins, il atteint ce sacrement, en tant qu'il signifie l'union du
Christ et de l'Église, dont l'unité est figurée par le sacrement

de l'Eucharistie; aussi bien l'Apôtre dit aux Ephésiens, ch. v, dans le Christ et dans (v. 32) Ce sacrement est grand; je dis
:

:

l'Eglise.

Troisièmement, cela ressort du
les

rite

des sacrements.

Car presque tous
«

sacrements

se

consomment » ou
que
les

s'achèvent

dans l'Eucharistie;
la

comme

le dit saint
;

Denys, au chapitre

m

de

Hiérarchie ecclésiastique
fois

et c'est ainsi

ordinands

une
s'ils

ordonnés communient; de
».

même

aussi les baptisés,

sont adultes

Après avoirainsijustifié l'excellence du sacrementde l'Eucharistie par-dessus tous les autres, à parler des sacrements d'une
façon pure
et

simple, saint
se

Thomas

ajoute que

«

les

autres

sacrements peuvent
et,

comparer entre eux
titres,

à des titres divers »,
les

selon la diversité de ces
autres et tantôt
la
le

tantôt l'emporter

uns sur

les

céder les uns aux autres. « C'est ainsi
le

que dans

voie de la nécessité,
;

baptême

est le

premier de

.

tous les sacrements

dans

la

voie de la perfection, c'est le sacre-

ment de l'Ordre; et, au milieu, se trouve le sacrement de confirmation. Quant aux sacrements de pénitence et d'Extrême-Onclion, ils sont d'un

degré inférieur par rapport aux sacrements
;

que nous venons de dire parce que, comme il a été vu (art. 2), ils sont ordonnés à la vie chrétienne, non par soi, mais comme accidentellement, à titre de remède contre un mal venu après.

Parmi eux cependant, l'Extrême-Onclion se compare à la pénitence, comme la confirmation au baptême; en ce sens que la
pénitence est d'une plus grande nécessité, mais l'Extrême-Onction,

d'une perfection plus grande
primuin
fait

».

Vad
bien

observer que

« le

mariage
le

est

ordonné au

commun

dans l'ordre corporel. Mais

bien

commun
le

spirituel de toute l'Église est

contenu substantiellement dans

QUESTION LXV.


;

DU NOMBRE DBS SACREMENTS.
».

197
cette

sacrement
dans

même

de l'Eucharistie
et

— On aura remarqué
se

lumineuse distinction
«

l'admirable formule déclarant que

le

sacrement de l'Eucharistie
le

trouve contenu subs:

tantiellement

bien

commun

spirituel de l'Église toute entière

bonum commune
liter in ipso

spirilaale totlas Ecclesiœ continetur sabslantia)i

Eiicharistiœ sacramento
«

Vad secundam répond que
les fidèles

par l'Ordre

et la

confirmation
;

ce

du Christ sont députés à certains offices spéciaux qui appartient à l'office du Prince » c'est à lui, en effet,
;

qu'il appartient de distribuer les charges et les offices

dans

la

société à laquelle

il

préside. « Et voilà

pourquoi conférer ces

sortes de sacrements appartient au seul évêque, qui est
le

comme
;

Prince dans l'Eglise. Par

le

sacrement de l'Eucharistie, au
député à quelque
fin

contraire,

l'homme
»

n'est pas

office

mais

bien plutôt ce sacrement est la
il

de tous

les offices,

comme

a été dit

(au corps de l'article).

Vad
il

terlium rappelle

que

« le

caractère sacramentel,

comme

a été dit plus

haut

(q. 63, art. 3), est

une certaine participa-

tion

unit

(I

du sacerdoce du Christ. Par conséquent, le sacrement qui le Christ Lui-même à l'homme est plus digne que le sacrement qui imprime le caractère du Christ ». Vad quantum dit que « cette raison » donnée par l'objection, procède du côté de la nécessité. A ce titre, en effet, le bapla

tême, parce qu'il est de

plus grande nécessité, est
reste,

le

plus
et

important des sacrements. C'est ainsi, du
la

que l'Ordre

confirmation ont une certaine excellence, en raison du minismariage, en raison de
effet,

tère; et le

la

signification. Rien n'em-

pêche, en

qu'une chose

soit

plus

digne à un certain

point de vue, qui ne le sera pas d'une façon pure et simple ».

Parmi

les

sept sacrements,

il

en est un qui occupe, dans

l'ordre de la dignité

ou de

l'excellence,

une place absolument
les

hors de pair. C'est
tres lui

le

sacrement de l'Eucharistie. Tous

au-

sont ordonnés

comme

à leur fin.

Il

est leur

centre et

leur

sommet. Ce

qu'ils ont de vertu salutaire n'est

qu'une paren
effet, est

ticipation de la plénitude qui est en lui.

En

lui,

contenu substantiellement Celui qui

est la

source

même du

igS
salut.

SOMME THÉOLOGIQUE.
Aussi bien voyons-nous que dans la liturgie de l'Église,

c'est à l'Eucharistie

que tout converge,
Si
le

c'est

de l'Eucharistie
est,

que tout dérive.

sacrement de l'Eucharistie
s'il

de

tous, le plus digne, le plus excellent, et chef, sur tous les autres sacrements,

l'emporte, de ce

que devons-nous penser
au salut;

des divers sacrements, dans leur ensemble, au point de vue de
la nécessité
:

faut-il dire qu'ils sont tous nécessaires

ou y

a-t-il,

de ce chef, quelque distinction, quelque différence

à établir, à remarquer parmi eux.

C'est ce

que nous devons
qui
suit, le

maintenant considérer;

et tel est l'objet

de

l'article

dernier du traité des sacrements en général.

Article IV.
Si tous les

sacrements sont de nécessité pour

le

salut?

Trois objections veulent prouver que « tous les sacrements

sont de nécessité pour

le salut ».

La première

dit

que

« ce

qui n'est pas nécessaire semble être superflu. Or,

il

n'est

aucun
».

sacrement qui
tile.

soit superflu

;

parce que Dieu ne fait rien dlnule
il

Donc

tous les sacrements sont de nécessité pour
fait

salut


le

La seconde objection

observer que
v. 5)
:

«

comme

est dit

du baptême

(en S. Jean, ch.
et
;

m,

Si quelqu'un ne naît pas
il

de nouveau de l'eau

de l'Esprit-Saint,
il

ne peut pas entrer dans
dit de l'Eucharistie,

royaume de Dieu

pareillement,
:

est

en saint Jean, ch.
de l'homme
vie,

vi (v, 54)

Si vous ne

mangez

la

chair

du

Fils
la

et si

vous ne buvez son sang, vous n'aurez point
le

en vous.

Donc comme
l'est
«

baptême
».

est

un sacrement de

né-

cessité,. l'Eucharistie

aussi


le

La troisième objection
mépris de
religion
il

déclare que

sans

le

sacrement de baptême, un sujet peut être
la

sauvé, pourvu que ce ne soit pas

mais

la

nécessité qui

empêche
2).

le

sacrement;

comme

sera
le

dit plus loin (q.

68, art.

Or, dans chaque sacrement,
le

mépris de

la religion

empêche

salut

de l'homme. Donc,

pour pour

la

même

raison, tous les sacrements sont de nécessité

le salut ».

QUESTION LXV.

DU NOMBRE DES SACREMENTS.
«

IQ9

L'argument sed contra oppose que
par
tres
le

les

enfants sont sauvés

seul baptême, sans les autres sacrements ».

Donc
l'est

les

au-

sacrements ne sont pas nécessaires

comme

le

bap-

tême.

Au
chose
lons

corps de

l'article,

saint

Thomas nous
la fin,

avertit qu' «

une

est dite nécessaire,

en vue de

selon que nous par-

maintenant du nécessaire, d'une double manière. D'abord, parce que sans cela on ne peut pas obtenir la


fin.

C'est ainsi

que

la

nourriture est nécessaire à la vie humaine.

obtenir.

Ce nécessaire est le nécessaire pur et simple en vue de la fin à D'une autre manière, on dira une chose nécessaire,

parce que sans

elle

on ne peut pas obtenir
le

la fin

aussi

comparler

modément
pas
le

:

tel le

cheval pour

voyage. Ce nécessaire n'est

nécessaire pur et simple en vue de la fin.

A

du premier mode de nécessité, trois sacrements sont nécessaires. Deux sont nécessaires à chaque personne individuellement c'est le baptême, d'une façon simple et absolue; et la
:

pénitence, à supposer

le

péché mortel après
il

le

baptême. Quant
parce que

au sacrement de l'Ordre,
s'il
il

est nécessaire à l'Église;
le

n'y a

pas quelqu'un qui gouverne,

peuple se dissout,

comme

est dit

dans

les

Proverbes, ch. xi
la

(v. 34).

— Les autres sacrela confir;

ments sont nécessaires de
mation parfait
Onction,
la

seconde manière. Car

le

baptême en un certain sens
le

l'Extrêmela

pénitence; et

mariage conserve, par
l'Église
».

propaaura

gation, la multitude qui constitue

On

remarqué que l'Eucharistie demeure en quelque sorte hors cadre, même au point de vue de la nécessité. Nous verrons, à
V(i.d

secunduni, en quel sens elle est nécessaire autant sinon
le

plus que

baptême,

et

en quel sens
«
il

elle

ne

l'est pas.

L'ad prirnum répond qu'

suffit,

pour qu'une chose ne
le

soit pas superllue, qu'elle soit nécessaire selon

premier ou

selon

le

second mode.

Et,

de ce chef, tous

les

sacrements sont

nécessaires, ainsi qu'il a été dit » (au corps de l'article).

L'ad secunduni déclare que cette « parole

par l'objection
et

«

doit s'entendre de la
la

non pas seulementde

du Seigneur » cilée manducation spirituelle manducation sacramentelle comme
;

l'explique saint Augustin, sur saint Jean »

(Ir.

XXVI, XXVll).

200

SOMME THEOLOGIQUE.


le
le

Il est

donc

vrai

que

la

charistie est aussi nécessaire

manducation du sacrement de l'Euque le baptême; mais tandis que
s'il

baptême
il

doit toujours, surtout

s'agit des enfants,

comme

notait l'argument

sed

contra,

être

reçu

d'une

réception

réelle,

peut

suffire,

pour

l'Eucharistie, d'une

manducation
les

spirituelle.

Uad
au

tertiam fait observer que «
»

si

le

mépris de tous

sa-

crements
salut,

ou de n'importe lequel d'entre eux « est contraire ce n'est pourtant pas un mépris du sacrement du fait

que quelqu'un n'a cure de recevoir un sacrement qui n'est pas de nécessité pour le salut. Sans quoi ceux qui ne reçoivent
pas l'Ordre ou qui ne contractent pas mariage mépriseraient
ces sortes de sacrements ».

L'homme, par son péché,
vertus
surnaturelles infuses,

se

trouvait avoir perdu tous les
lui,

biens d'ordre surnaturel. Plus de grâce de Dieu en
plus de dons

plus de

du

Saint-Esprit,

plus de mérites en vue du ciel à posséder par voie de récom-

pense un jour qui deviendrait pour
cette vie divine

lui l'éternité.

Au

lieu de
état

en

lui,

désormais ce

n'était plus

qu'un

de

mort

spirituelle, entraînant d'ailleurs

pour

lui la

rupture de cet
l'état d'intéet

équilibre qui constituait, dans sa nature
grité, le

même,

mettant à

l'abri
:

de toute imperfection morale
il

de
ses

toute misère physique

désormais,

serait à la

merci de

sens révoltés,
térer
la

du monde physique pouvant s'opposer son état, et finalement amener sa mort. C'était
la

à lui, alla

ruine,

ruine

plus complète,
la foi,

la

plus absolue.
sa miséricorde, eut

Nous savons, par
pitié

que Dieu, dans
le

de l'homme.

Il

se

proposa de

relever de sa chute, de
le rétablir

réparer sa

ruine, de guérir son péché et de
état,

dans

son premier

ou plutôt dans un
il

état

qui serait encore

meilleur que celui d'où
vait

était

tombé. Ce dessein de Dieu de-

amener

toute l'économie de la

Rédemption par

le

mystère

de l'Incarnation du Verbe.
Réalisée dans la Personne

même du
les

Verbe incarné, l'œuvre

de

la

Rédemption
de
la

a

compris
la

mystères de la naissance, de

la vie,

mort, de

glorification

du Rédempteur. Mais

QUESTION LXV.
elle doit se

DU NOMBRE DES SACREMENTS.

201

compléter par l'union au Rédempteur de tous ceux
Ici vient,

qui sont appelés à bénéficier de sa Rédemption.
cette
jet

dans

œuvre, toute l'économie des sacrements.

Ils

ont pour ob-

de la Rédemption du Verbe incarné; ou, pour tout dire d'un mot, d'incorporer au Verbe fait chair ceux qui doivent être ses membres. C'est

de

communiquer aux hommes

les fruits

qu'en

effet,

après

la

chute du genre humain,

il

ne saurait plus

y avoir de salut pour les
eux, en dehors

hommes, ou de
Lui seul, dans

vie divine,

parmi

du

seul Vivant de cette vie divine qui est le Fils

unique de Dieu
a

fait
;

homme.
et

le

genre humain,

désormais

la vie

quiconque veut avoir
les

celte vie doit al-

ler la puiser

en Lui. C'est par
les

sacrements, institués par Lui
effet,

à cette

fin,

que

hommes

doivent, en

aller

puiser en

Lui

la vie

qui se trouve en
ils l'y

Lui

comme
les

dans son unique

source pour eux. Mais

puisent de

telle sorte qu'ils l'ont

désormais en Lui. Non seulement, par

sacrements,
ils

ils

tienfixés
ils

nent leur vie de Lui seul; mais en Lui, à Lui.
Ils

ils

sont et

demeurent
dont
la

ne font plus qu'un avec Lui. Avec Lui
11

forment un corps mystique, dont
les

est la tête et

ils

sont

membres. Le baptême
transforme en Lui.
le

les
;

régénère en

Lui

;

confirma-

tion les perfectionne en Lui
et les

l'Eucharistie les nourrit de Lui

S'ils

viennent à perdre

cette vie rela

couvrée par

baptême, un sacrement nouveau,
rendre;
et,

pénitence,

est destiné à la leur
les

un

autre, l'Extrême-Onction,

y rétablit d'une manière parfaite. Et

comme

il

ne

s'agit

pas d'un seul
les

homme

à incorporer ainsi

au Rédempteur par

sacrements de sa

vie,

mais que tous

les

hommes
le

dans tout

l'univers et jusqu'à la fin des
tres

temps

y sont appelés,

deux au-

sacrements, l'Ordre
cet
et

et le

mariage, assurent

fonctionneles

ment de

organisme de
les

vie et sa perpétuité

parmi tous
la

hommes

dans toutes

générations.
à

Nous pouvons déjà entrevoir,

cette
la

lumière,
loi
la

nature,

l'excellence, le rôle des sacretnents de

nouvelle; comle

ment
Verbe

ils

sont inséparables du mystère de

Rédemption par

fait chair.

Mais cela

même

doit nous initier à ne pas
et

nous contenter,

à leur sujcl,
Il

d'une connaissance quelconque
les

seulement générale.

nous faut maintenant

étudier dans

909
le

SOMME THÉOLOGIOL'E.
l

d

,1

et

les cons.dére,:

nous

un par un, dans
le

l'ordre

es

ayons enumérés
la

même où
;

baptême;

la

pénitence; rExlrême-Onction lOrdre riage. Ce sera l'objet des questions qui suivront
;

char,sl,e;

eonfirmalion

l'Eu-

et le

ma-

QUESTION LXVl
DU SACREMENT DE BAPTEME

Au début
Thomas,

(le

celte question

60,

que nous abordons, saint

alors qu'il vient de terminer son traité des sacrements
:

en général, poursuit en ces termes


la

«

Ensuite, nous devons

considérer chacun des sacrements en particulier.

Et, d'a-

bord,

le

baptême; secondement

la

confirmation;

trosième-

ment, l'Eucharistie; quatrièmement,
;

pénitence; cinquième;

ment, l'Extrême-Onction sixièmement, l'Ordre septièmement,
le

mariage
la

».

— _Le premier
;

traité

comprendra de
question 72;
le

la

question

66 à

question 71

le

second,

la
;

le

troisième,
la
le

de

la

question 78 à
8/i

la

question 83

quatrième, de
et,

ques-

tion

à la question 90, ici
la

dans

la

Somme,

dans

sup-

plément, de
la

question
la

i

à la question 28; le cinquième, de
;

question 29 à

question 33
le

le

sixième, de la question 34
la

à la question /|o;

septième, de

question

/ji

à la ques-

tion 68.

du baptême, deux choses se présentent à d'abord, le baptême lui-même (de la question considérer puis, ce qui prépare ou a préparc au 66 à la question 69)
«

Pour

ce qui est
:

;


:

baptême
«

» (q. 70, 71).

Relativement au baptême lui-même, nous aurons à con-

sidérer quatre choses


(q.
;

premièrement, ce qui appartient au
66)
;

sacrement du baptême
de ce sacrement
vent ce sacrement
(q.

secondement,

le

ministre

67);

(q. 68)

— —

troisièmement, ceux qui reçoi-

quatrièmement,

l'ellet

de ce sa-

crement
tion que

» (q.

69).

Et, d'abord, le

sacrement lui-même. C'est

l'objet

de

la

ques-

nous abordons.

J

liO'i

SOMME

TIlEOLOr.roUE.

Celte question

comprend douze
baptême

articles

:

Si le

est l'ablution

elle-même?

3"

De

l'inslitulion de ce sacrement.

3° Si l'eau est la
!\°

matière propre de ce sacrement?

S'il est

requis de l'eau simple?
:

5° Si c'est là la

6"

8° 9°

forme de ce sacrement Je le haplise au nom du du Fils et du Saint-Esprit? Si quelqu'un peut être baptisé sous celte forme Je te baptise au nom du Christ? Si l'immersion est de nécessité pour le baptême? S'il est requis une trine immersion ? Si le baptême peut être renouvelé?
Père
et
:

lo"
Il"

Du
De De

rite

du baptême.

la distinction la

12"

des baptêmes. comparaison des baptêmes.

premiers regardent le baptême baptême d'eau. Les deux autres traitent de ce qu'on appelle le baptême de désir et le baptême de sang. Pour ce qui est du baptême proprement dit, saint Thomas
ces
articles, les dix

De

douze

proprement

dit

ou

le

traite

d'abord de ce qui lui est essentiel. Ce sont
articles. Il traite ensuite,

les six pre-

miers

dans

les

quatre autres articles,
le

des questions accidentelles touchant la manière dont

bap-

tême

se

donne ou
se

se

donnait encore, du temps de saint Thol'Église.

mas, assez ordinairement dans
articles

Les six premiers

subdivisent en trois groupes.
la

Le premier article
nature ou
la

cherche en quoi consiste précisément
exacte

notion

du baptême, auquel

article

se rattache

tout de suite,

par

mode de

corollaire, le second, ayant trait à l'institution
la

de ce sacrement. Les deux articles qui suivent s'occupent de
matière du sacrement;
et les

deux

autres, de sa forme.

Venons tout de

suite à l'article premier.

Article Premier,
Si le

baptême

est l'ablution elle-même?

Trois objections veulent prouver que

«

le

baptême

n'est

point l'ablution elle-même

».

— La

première arguë de ce que

QUESTION LXVi.
((

DU SACREMENT

t)E

BAPTEME.

2o5
pas.

l'ablution corporelle passe tout de suite » et ne

demeure
le

«

Or, le

baptême demeure. Donc
illumination

le

baptême

n'est pas l'abluet

tion elle-même; mais plutôt la régénération

sceau

et

la

garde
livre

et

l'

,

comme

le dit saint

Jean Damascène, au

IV

»

(de la Foi Orthodoxe, ch. ix).
«

La seconde objec»,

tion en appelle à

Hugues de Saint-Victor
part, vi, ch. 2), « dit
le

qui (au livre des
le

Sacrements,

liv.

II,

que

baptême

est

l'eau sanctifiée

par

Verbe de Dieu en vue des crimes à effacer.

Or, l'eau n'est point l'ablution elle-même; mais l'ablution est

un
(tr.

certain usage de l'eau

».

- La troisième objection confirme
«

ce sentiment par

un

texte de
:

saint Augustin, sur saint Jean
se joint à l'élément; et on a

LXXX))),

oij il est dit

La parole
et

le

sacrement. Or, l'élément est l'eau elle-même.
est l'eau

Donc
».

le

bap-

tême

elle-même,

non pas

l'ablution
est dit,

L'argument sed contra oppose qu'
tique, ch.

« il

dans VEcclésias-

xxxiv
si

(v. 3o)

:

Celui qui est baptisé

pour avoir touché
lui sert

un mort,

de nouveau
le

il

touche un mort, que
est l'ablution

sa lotion?
la

Donc

il

semble que

baptême

elle-même, ou

lotion ».

Au
le

corps de
il

l'article, saint

Thomas nous

avertit

que
:

«

dans

baptême,
est
et

y a trois choses à considérer; savoir

quelque
est effet

chose qui

purement sacrement; quelque chose qui
sacrement;
et

ou chose
chose ou

quelque chose qui
est

est

seulement
se

effet.


il

Le pur sacrement

quelque chose qui
:

voit à l'extérieur, et qui est le signe de l'effet intérieur

c'est,

en

effet,

cela qui appartient à la raison de
a été

sacrement
i.

»

ou de
bapIl

signe,

comme
«

vu plus haut,

q. 60, art.

« Or,

comme
le

chose extérieure qui tombe sous
tême,
est

les sens,

on

a

»,

dans

l'eau

elle-même;

et

son usage, qui est l'ablution.
l'eau
les

en

donc qui ont pensé que

elle-même
paroles de

était le

sacrement.

Et c'est ce que semblent dire
Victor. Car lui-même, dans
la

Hugues de Saintsacre-

définition

commune du

ment
l'eau.

{Des Sacrements,
et,

liv. I, p. ix,

matériel;

dans
»,

la définition

Mais

poursuit saint

que c'est l'élément du baptême, il dit que c'est Thomas, « cela n'est pas vrai.
ch. 2), dit
la loi

Dès

là,

en

cITel,

que

les

sacrements de
le

nouvelle opèrent
parfait là

une certaine

sanctification,

sacrement

se

se

20G

SOMME TIIÉOLOOIQUE.
il

parfait la sanctification. Or, dans l'eau

n'y a pas de sanctifi-

cation qui se fasse; ce qui s'y trouve, c'est

instrumentale de la sanctification, qui n'y

une certaine vertu demeure pas, mais
sanctification.
11

qui passe dans l'homme, vrai sujet de
s'ensuit

la

que

le

sacrement ne se

fait

pas dans l'eau elle-même,
est

mais dans l'application de
l'ablution.

l'eau à

l'homme, application qui

Et c'est pourquoi le Maître des Sentences (Pierre
la

Lombard), dans
tême

distinction ni

du

livre IV, dit

est l'ablution extérieure

du corps
»,

faite sous la
le

que le bapforme voulue
« est
la

des paroles prescrites.
est

— Ce qui

dans

baptême,

chose

sacrement,

c'est le caractère

baptismal, qui est
le

chose

signifiée par

l'ablution

extérieure et qui est
:

signe sacra-

mentel de
intérieure

la

justification intérieure

laquelle » justification

« est

ce qui a raison de chose seulement dans ce
est

sacrement; c'est-à-dire qu'elle

signifiée,

sans avoir elle-

même

la raison

de signe

»,

par rapport à autre chose.
il

Vad primum
mot de
dans
le

va expliquer en quel sens

faut entendre le
«

saint Jean

Damascène
sacrement

cité

par l'objection.

Ce qui,

baptême,

est

et chose, savoir le caractère, et

ce qui est chose seulement, savoir la justification intérieure,
ces choses-là

demeurent

:

le

caractère, d'une façon indélébile,
la justification,

comme
de

il

a été dit plus haut (q. 63, art. 5);

telle sorte qu'elle

peut être perdue. Ainsi donc saint Jean

Damascène

a défini le

baptême, non quant

à ce
;

qui se

fait

ex-

térieurement, qui a raison du pur sacrement
qu'il y a d'intérieur. Et
c'est

mais quant à ce

pourquoi
:

qui ont

trait

au caractère; savoir

le

mis deux choses sceau et la garde; pour
il

a

autant que le caractère lui-même, qui est appelé

du nom de
Il

sceau, en ce qui est de lui garde l'âme dans le bien.
aussi deux choses qui ont
trait

a

mis
bap-

au dernier

effet

du sacrement;
le

savoir

:

la

régénération, qui

se

rapporte à ce que par

tême l'homme commence une nouvelle
minalion, qui
se

vie de justice: et r///«la foi

rapporte spécialement à
la vie spirituelle,
i,

par laquelle

l'homme
ch. H
v.
(v.
j
:

reçoit
/i;

selon celle parole d'Habacuc,
v. 17;
le

aux Romains, ch.
vil
:

aux Hébreux, ch.
est

x,

38

Le juste

de

la

foi; et

baptême

une certaine
le

profession de

foi

aussi

bien

est-il

appelé

sacrement

QUEStlON t\\i.

1)U

SACREMENT DE BAPTEME.
le

207

de

la Joi.


la

Pareillement, saint Denys a défini
il

baptême

par rapport aux autres sacrements, quand
pitre
II

a dit, au cha-

de

Hiérarchie ecclésiastique, qnil est un certain printrès saints

cipe des

commandements
la

de l'action sainte Jor mant nos
Et, aussi,

dispositions

d'âme à leur réception opportune.

par rap-

port à

gloire céleste, qui est la fin universelle des sacreil

ments, quand

ajoute

:

ouvrant notre chemin à l'obtention du

repos supercéleste. Et, aussi, quant au principe de la vie spirituelle,

par cela qu'il ajoute

:

la livraison

de notre régénération

sainte et toute divine ».

L'ad secundum déclare que
l'article),

c

comme

il

a été dit (au corps de

l'opinion de

Hugues de Saint-Victor sur

ce point ne

doit pas être suivie.
vrai en disant

On peut cependant y
est l'eau,

trouver

un

sens
le

que

le

baptême
cause

parce que l'eau est

principe matériel du baptême. Et, dans ce cas, on aura une
attribution par

mode de

».

L'mi tertium

fait

observer qu' « enjoignant

la

parole à

l'élé-

ment le sacrement se produit, non pas dans l'élément luimême, mais dans l'homme auquel l'élément est appliqué par
l'usage de l'ablution. Et c'est ce

que

signifie la parole
:

même

qui est jointe à l'élément, quand on dit

Je

te baptise, etc. »

A prendre

le

baptême dans

le

sens précis de sacrement,

ou

comme

signe extérieur mais efficace de ce qui se produit intérite sacré,
il

rieurement dans l'âme par ce
constitué tout entier par l'acte

faut dire qu'il est

même ou
laver.
Il

l'usage de l'eau appli-

quée à un sujet donné pour

le

Le baptême

son

nom
l'être

même

l'indique

— est une

ablution.

est l'ablution

de

humain que

l'on baptise.

— Cette

ablution n'a d'être

un

rite

sacré, efficace en

vue du salut de l'homme,

c'est-à-dire d'être

un sacrement, qu'en raison de l'institution divine. D'autre part, nous savons que les sacrements de la loi nouvelle tirent leur vertu de la Passion du Christ. Et, pour le baptême, il y a
cette particularité, qu'il

en

est fait

mention, dans l'Évangile,

avant
titué

la

Passion du Christ. Serait-ce donc qu'il aurait été insà

antérieurement

cette Passion

du

Christ. Et, dans

ce

cas,

comment

expliquer

sa

vertu, c'est-à-dire

son existence

2o8

SOMME THlîOLOGIQUE.
C'est ce qu'il

même.

nous faut maintenant considérer;
qui suit.

et tel

est l'objet

de

l'article

Article
Si le

II.

baptême a

été institué après la Passion

du Christ?

Trois objeclions veulent prouver que
titué après la Passion

« le

baptême

a été insc

du Christ

».

La première dit que

la

cause précède

l'effet.

sacrements de

la loi

du Christ opère dans les nouvelle. Donc la Passion du Christ a préOr, la Passion
et,

cédé l'institution de ces sacrements;

surtout, l'institution
vi (v. 3)
:

du baptême, puisque l'Apôtre
baptisés dans sa

dit,

aux Romains, ch.
le

Tous ceux qui avons été baptisés dans

Christ Jésus avons été

mort
la loi

».

— La seconde objection déclare que « les
donné
à ses disciples
le
:

sacrements de

nouvelle ont leur efficacité du mandat du

mandat de bapAllez, tiser, après sa Passion et sa Résurrection, quand II dit enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, etc. Donc il semble que c'est après la Passion du Christ que le bapChrist. Or, le Christ a

tême
«

a été institué »,

La troisième objection rappelle que
toute nécessité,
il

le

baptême

est

un sacrement de
(q. 65, art. 4)
;

comme

il

a

été dit plus
le

haut

et ainsi

semble que dès que
le rece-

baptême

fut institué, les
la

hommes

furent obligés de

voir. Or,

avant

Passion du Christ, les
le

hommes

n'étaient pas

obligés à recevoir

baptême; puisque
le

la

circoncision avait en-

core sa vertu, et que

baptême

lui a été substitué.

Donc

il

semble que
Christ
».

le

baptême

n'a pas été institué avant la Passion

du
»,
le

L'argument sed contra apporte un
qui,
u

texte de « S.
dit
:

Augustin

dans un sermon de r Epiphanie,

Du moment ou
lors

Christ a été plongé dans les

eaux

»

du Jourdain,
les

de son bap-

tême,

((

de ce moment C eau purifie
la

péchés de tous. Or, ceci
le

eut lieu avant
itistitué

Passion du Christ. Donc
».

baptême
«

a été

avant

la

Passion du Christ

Au

corps de

l'article, saint

Thomas répond que

comme

il

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTÉME.
i),

209

a été dit plus haut (q. 62, art.

les

sacrements tiennent de
11

leur institution qu'ils confèrent la grâce.
c'est alors

apparaît donc que

qu'un sacrement a
effet.

été institué,
le

quand

il

a

reçu la

vertu de produire son

Or,

baptême
c'est

a reçu cette vertu
le

quand
tême a
Mais

le

Christ a été baptisé.

Donc

bien alors que

bap-

été

véritablement institué sous sa raison de sacrement.
d'user de ce sacrement a été notifiée aux
et la

la nécessité la

homdans

mes après
la

Passion

Résurrection. C'est qu'en
les

effet,

Passion du Christ ont été terminés
le

sacrements

figuratifs,
la

auxquels ont succédé

baptême

et les autres

sacrements de

est conloi nouvelle. Il y a aussi que par le baptême l'homme qu'il figuré à la Passion et à la Résurrection du Christ, en tant

meurt au péché
tice.

et qu'il
il

commence une
que
le

nouvelle vie de jus-

A

cause de cela

fallait

Christ souffrît d'abord et

qu'il ressuscitât, avant
sité

que

fût notifiée
et à sa

aux
la

hommes
».

la

néces-

de se conformer à sa mort

résurrection

L'ad primiim déclare que «
le

même

avant

Passion du Christ,

baptême

avait son efficacité la tenant de la Passion

du Christ

en tant qu'il la figurait par avance. Toutefois, c'était d'une autre manière que les sacrements de l'ancienne loi. Ceux-ci,

en

effet,

n'étaient

que de pures

figures; tandis

que

le

baptême

tenait

aussi

du Christ Lui-même la vertu de justifier, comme c'est par la vertu du Christ que la Passion elle-même fut sadit

lutaire ».

Vad secimdam

que

«

les

hommes

ne devaient point être
pourquoi,

venait, astreints par le Christ à de multiples figures, alors qu'il

par sa vérité, enlever

les figures

accomplies. Et

c'est

avant sa Passion,

Il

n'imposa point sous forme de précepte le
;

baptême déjà

institué

mais

II

voulut que

les

hommes

s'y

accoutumassent, notamment
se faisait avait raison

dans le peuple juif, où tout ce qui
le dit

de figure, ainsi que
11).

saint Augustin
et la

contre Faasle
tion,
Il

(liv.

IV, ch.
la

Après

la

Passion

Résurrec-

forme du précepte la nécessité du baptême, non seulemens aux Juifs, mais encore aux Gentils, quand

imposa sous

H

dit

:

Aile:, enseignez loules les nations
tertiani fait

».

Vad

observer que
ils

u

les

sacrements ne sont obli-

gatoires que quand

sont imposés sous forme de précepte.
**

\VM.

I-es

^acreinenls.

2 10

SOMME
la

THi:OI>OGIQUE.

El ceci ne fut pas avant

Passion, ainsi qu'il a été dit (au corps
le

de

l'article et à

Vad
de

2"'").

Car ce que
5)
il
:

Seigneur dit à Nicodème,

en saint Jean, ch. ni
veau de reau
et

(v.

<S'/

quel(juiin ne naît point de noule

l'Esprit,

ne peut pas entrer dans
à

Royaume

de Dieu, semble se rapporter plutôt

un temps

à venir qu'au

moment
Saint

présent

».

Thomas, nous venons de le voir, est très formel et très catégorique sur l'inslilulion du sacrement de baptême. Pour
lui, cette institution a

eu lieu au

moment même où

le

Christ

a été baptisé par saint Jean dans le Jourdain. Et, par suite,

quand l'évangéliste saint Jean nous parle, un peu après, du baptême de Jésus, qu'il oppose au baptême du Précurseur, baptême que Jésus Lui-même ne donnait pas, mais qu'il faisait donner par ses disciples (S. Jean, ch. iv, v. i, 2), il s'agit vraiment de notre sacrement de baptême, et non d'un rite préLe baptême est paratoire comme était le baptême de Jean. une ablution, une ablution d'ordre divin, puisqu'il s'agit d'un

sacrement,

et

qui a reçu son caractère d'institution divine
Jésus-Christ se
fit

le

jour

même

oli

baptiser par Jean dans les

eaux du Jourdain.
et

Parce que

le
il

baptême

est

un sacrement
ce

un sacrement de
la

la loi

nouvelle,

sera composé, dans sa naessentiels
:

ture de sacrement, de

deux éléments
et ce

que nous

appelons

matière

;

que nous appelons

la

forme. Nous

devons maintenant nous enquérir de ces deux éléments.
sujet

Au

du premier,
:

la
si

matière, saint

Thomas

se

demande deux

choses
et,

d'abord,

l'eau est la matière

propre de ce sacrement;

ensuite, quelle doit être la nature de cette eau.
faire l'objet de l'article qui suit.

Le pre-

mier point va

Article IIL
Si l'eau est la propre matière

du baptême?

.Nous avons
«

ici

cinq objections. Elles veulent prouver que

l'eau n'est point la

propre matière du baptême

».

La pre-

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTEME.
« d'après saint

211

mière en appelle à ce que

Denys

{Hier, ecclés.,

ch. v) et d'après saint Jean
liv.

Damascène
feu.

{de la Foi orthodoxe,

IV, ch. iv), le

baptême
le

a la vertu d'illuminer. Or, l'illu-

mination convient surtout au
plutôt se faire dans

Donc

le
;

feu que dans l'eau
le

alors surtout

baptême devrait que
Christ, avait dit
et

Jean,
(S.

le Baptiste,

annonçant
v. ii)
:

baptême du
«

Matth., ch.
».

m,

Lui vous baptisera en Esprit-Saint

en feu

La seconde objection dit que
il

dans

le

baptême

est signifiée l'ablution des péchés. Or,

est

bien d'autres chovin, et l'huile et
se

ses

qui lavent en dehors de l'eau;

comme

le

autres choses de ce genre.
faire

Donc
Et,
».

le

baptême pouvait aussi

en ces sortes de choses.

par suite, l'eau n'est point la

propre matière du baptême
pelle

La troisième objection rap-

que « pendu à la
il

les

sacrements ont coulé du côté du Christ sus-

croix, ainsi qu'il a été dit plus haut. Or,
l'eau,

du

côté

du Christ coula non seulement semble que dans le sang, aussi, peut
cela

mais aussi

le

sang.

Donc

se faire le
l'effet
:

même

semble convenir davantage avec
dit,

baptême; et du baptême
:

parce qu'il est

dans V Apocalypse, ch.
».

i

(v. 5)

//

nous a

la-

vés de nos péchés dans son sang
fait
(cf.

La quatrième objection
le

observer que «

comme
le

saint Augustin et

vénérable Bède

Maître des Sentences,
:

liv.

IV, dist.

m,

ch. Si vero) le di-

sent

Le Christ, par
la

contact de sa chair très pure, a conféré

aux eaux

vertu de régénérer et de purifier. Or, toute eau n'est
la

pas continue à l'eau du Jourdain qui fut en contact avec
chair du Christ.

Donc

il

semble que ce

n'est pas

en toute eau

que
telle,

le

baptême peut

se faire. Et,

par suite, l'eau en tant que
;>.

n'est point la

propre matière du baptême
l'eau par

La cinétait la

quième objection déclare que « si propre matière du baptême, il ne
autre chose se
fît à

elle-même

faudrait point

que quelque

l'entour de l'eau pour que

le

baptême
l'eau

se

trouvât réalisé en
laquelle
il

elle.

Or, dans le

baptême solennel,

dans
il

doit être célébré, est exorcisée et bénite.
n'est point la

Donc

semble que l'eau par elle-même

propre matière

du baptême
dit,

».

L'argument sed contra oppose simplement que
en saint Jean, ch.

« le

Seigneur

m

(v. 5)

:

Si quelqu'un ne naît pas de

âl2

SOMME THÉOLOGIQUÈ.
l'eau et

nouveau de
le

de r Esprit-Saint,
»

il

ne peut pas entrer dans

Royaume de Dieu

Au corps de

l'article, saint

Thomas, tenant
libre de

la

question réso-

lue par la seule voie

elle et

peut

l'être, c'esl-à-dire

par

la

voie
la

de l'autorité souveraine

Dieu établissant ainsi
la

chose

et

l'argument sed contra corroboré de toute

prati-

que de
est la

l'Eglise,
«

ne saurait

laisser

aucun doute
»

à ce sujet

répond que

c'est

en vertu de l'institution divine que l'eau
;

propre matière du baptême

ce dont

il

va nous
la

mon». Il

trer la parfaite

harmonie, du point de vue de
ajoute, aussitôt
:

raison théo-

logique. Car

il

«

Et cela, très à propos
la

en apporte quatre raisons.

o

D'abord, à considérer
»

nature

même du

baptême, qui
dans
»

est

une régénération
«

ou une nou:

velle naissance «

l'ordre de

la vie spirituelle
»,

chose

qui convient souverainement à l'eau
priée à
l'effet

comme

matière appro-

de signifier

et

de causer instru mentalement cette
les

régénération ou nouvelle naissance. « Aussi bien
ces, d'oia
la vie

semen-

sont engendrés
«

tous les vivants

»,

dans l'ordre de

matérielle,
et se

savoir les plantes et les animaux, sont hu-

mides

rattachent à l'eau. C'est,

du

reste,

pour

cela

que
Thooù

certains philosophes affirmèrent

que

l'eau était le principe de

toutes choses ». Cf., à ce sujet, le

commentaire de
été celui
la

saint

mas sur
Milet, le

le

premier livre de

la

Métaphysique d'Aristote,

leç. 4,

ce sentiment est

donné comme ayant
tire

de Thaïes de

premier des fameux sept sages de
des effets
propriétés de l'eau. L'eau, en

Grèce.

«

Une

seconde raison se

du baptême, auxquels convieneffet,

nent
lave
:

les

par son humidité,

ce qui la rend apte à signifier et à causer l'ablution des
la

péchés; par sa fraîcheur, elle tempère l'excès de
et ainsi
il

chaleur

:

lui

convient de mitiger
elle

le

foyer de la concupiscence;
la

par sa transparence,
tre, elle

peut recevoir

lumière
est le

:

et,

à ce

ti-

convient au baptême en tant qu'il

sacrement de

la

foi.

— Une troisième

senter les mystères

en

effet,

en saint
etc.
:

raison est que l'eau convient pour reprédu Christ qui nous justifient. Comme le dit, saint Jean Ghrysostome, sur ce mot que nous lisons Jean (ch. m, v. 5) Si quelqu'un ne naît pas de nouveau,
:

A

l'instar

d'une sorte de sépulcre, dans l'eau oà nous som-

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTÊME.

2l3
et

mes plongés jusqu'à
mergé
il

la léle, le vieil

homme
le

est enseveli,

sub-

est

caché sous

l'eau, et

puis

nouvel

homme
«

de nouveau

remonte.


et

Enfin, la quatrième raison est que

par sa com-

munauté
la

son abondance, l'eau
:

est la

matière qui convient à
eifet,

nécessieé de ce sacrement
».

on peut, en

partout, l'avoir

facilement

Vad primum

fait

observer que « l'illumination appartient au

feu d'une façon active. Or, celui qui est baptisé ne devient pas

illuminateur, mais illuminé par la

foi,

qui est reçue par Vouïe,
Et c'est pourquoi

comme
texte

il

est dit

aux Romains, ch. x

(v. 17).

l'eau convient

davantage au baptême que
:

le feu.

Quant au
et

que

citait l'objection

//

vous baptisera en Esprit-Saint

en

feu, on peut, avec saint Jérôme, entendre, par

le feu, l'Esprit-

Saint, qui apparut, au-dessus des disciples, en langues de feu,
ainsi qu'il est dit au livre des Actes, ch.
le feu,
11

(v. 3);


le

ou, par

on peut entendre

la

tribulation,

comme
de

dit saint
attriIII),

Jean Ghrysostome, sur

saint Matthieu

(ouvrage inachevé,
soit
lui,

bué

à saint

Jean Ghrysostome, sans qu'il

hom.
la

parce que

la

tribulation purifie des péchés et

diminue

consur

cupiscence;


:

ou parce que,
pour
le

comme
»

le dit saint Hilaire,
,

saint Matthieu

les

baptisés dans f Esprit-Saint

il

reste à être

consommés dans

feu du jugement

Vad secundum répond que « le pris communément pour servir à
plus,
ils

vin et l'huile ne sont point
l'ablution,

comme
;

l'eau.

De

ne lavent pas avec

la

même

perfection

parce que leur
:

usage

une certaine infection, quant à l'odeur chose qui n'arrive pas pour l'eau. Il y a aussi qu'on ne les
laisse après lui

trouve pas

communément
que
«

Vad

tertium dit

abondamment, comme l'eau du côté du Christ, l'eau coula pour
et
)>.

laver, et le

sang pour racheter. Et voilà pourquoi

le

sang con-

vient au sacrement de l'Eucharistie, tandis que l'eau convient

au sacrement de baptême. Toutefois,
a

le

sacrement de baptême

du sang du Christ

sa vertu ablutive ».
'(

Vad quartum
toute eau.

explique que
la

non en raison de

du Christ est dérivée à continuité du lieu, mais en raila

vertu

son de

la

continuité d'espèce; et c'est ce quedit saint Augustin,
:

dans un sermon sur VÉpiphanie

La bénédiction qui a découlé

2l4

SOMME THÉOLOGIQUE.
»

du baptême du Sauveur
ble à

dans

les

eaux du Jourdain,
les

« sembla-

un

fleuve spirituel, a
les sinuosités

rempli

anfractuosilés de tous les
»

goujjres et

de toutes

les

sources

L' ad quintum déclare que

« cette bénédiction qui est
« n'est

donnée

à l'eau », dans le

baptême solennel,
à

point de nécessité

pour
peur

le

baptême, mais appartient

une certaine solennité qui

excite la dévotion des fidèles et prévient l'astuce
qu'il

du démon de

n'empêche

l'efTet

du sacrement

».

La matière propre du sacrement de baptême
les diverses

est l'eau.

Parmi

substances liquides qui peuvent se rencontrer dans
être matière

la nature,

du sacrement. Mais cette eau elle-même, quelle devra être sa qualité pour qu'elle puisse servir de matière dans le sacrement de baptême
aucune autre ne peut
:


;

faut-il qu'elle soit

simple; c'est-à-dire pure, entièrement pure
l'eau
:

qu'elle ne soit

que de

et

encore, quelle sorte d'eau
est

:

eau

naturelle,

non

artificielle?
s'agit

La question

de

la

plus haute

importance, puisqu'il
de tous
ticle les

de la validité du plus nécessaire

sacrements. Saint

Thomas

va nous répondre à

l'ar-

qui

suit.

Article IV.
Si pour le

baptême

est requise de l'eau simple?

Ici

encore, nous avons cinq objections. Elles veulent prou».

ver que « pour le baptême n'est pas requise de l'eau simple

La première déclare que
pure
:

« l'eau

qui

se

trouve parmi nous

n'est pas de l'eau

»,

sans mélange de substance étrangère
le

à l'élément de l'eau

«

on

voit surtout par l'eau de la mer,
»,

qui contient un mélange considérable de matière terrestre

ou de

sel,

«

comme
ch.

le

montre Aristote au
2A et suiv.
;

livre de la Météoro-

loyie{ liv.

II,

m,

n.

de

S.

Th., leç.

6). Et,
il

ce-

pendant, on peut avec cette eau
pas requis de l'eau simple
et

faire le

baptême. Donc
le

n'est
se-

pure pour
la

baptême

».

— La
se

conde objection

dit

que
le

«

dans

célébration solennelle
l'eau.

du

baptême on répand

saint

chrême dans

Par où

trouve

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTEME.

2l5

empêchée, semble-t-il la pureté et la simplicité de l'eau. Donc La le baptême ». l'eau pure et simple n'est pas requise pour qui coula du troisième objection en appelle à ce que « l'eau du Christ suspendu à la croix fut le symbole du baptême,

côté

ainsi qu'il a été dit (art. 3, ad

3"'").

Or, cette eau ne semble

pour ce motif que dans les mixtes éléments » ou les composés comme étaitle corps du Christ, les acou les corps simples « ne se trouvent pas d'une manière puissance et d'une matuelle » ou en acte, mais seulement en requise, pour le nière virtuelle. « Donc il semble que n'est pas
pas avoir été de l'eau pure
;

La quatrième objection baptême, de l'eau pure ou simple ». semble pas être de l'eau fait observer que « Teau de lessive ne
pure
:

elle a,

en

effet,

des propriétés contraires à celles de l'eau,

cependant, on en ce sens qu'elle chauffe et qu'elle sèche. Et, comme aussi faire le baptême peut, avec l'eau de lessive, veines sulfureuavec les eaux des bains, qui passent par des
:

comme, du reste, l'eau de lessive est passée cendres. Donc il semble que l'eau simple n'est pas
ses,

à

travers les

requise pour
«

le

baptême
»,

».

La cinquième objection arguë de

l'eau de

qui est obtenue par la distillation des roses; comme obtenues, par la aussi les eaux produites par l'alchimie sont ainsi en est-il de l'eau-de-vie distillation, de certains corps »
rose
:

Il qu'on obtient par voie de distillation à l'aide de l'alambic. « faire le baptême semble qu'avec ces sortes d'eau on peut
;

comme aussi avec les eaux de pluie qui s'obtiennent par la dissortes d'eaux ne sont tillation des vapeurs. Puis donc que ces simple n'est point pures et simples, il semble que l'eau pure et
pas requise pour
le

baptême

». la

L'argument sed contra en appelle à ce que «
pre du baptême
est l'eau, ainsi qu'il a été dit

matière proprécéd.).

(art.

simple. Donc Or, l'espèce de l'eau ne se trouve que dans l'eau de toute nécessité pour le l'eau pure et simple est requise

baptême

».

Au corps de
d'abord, par
le

l'article, saint

peut perdre sa pureté

et sa

que « l'eau simplicité d'une double manière

Thomas nous

avertit

:

mélange d'un autre corps; ensuite, par
deux modes peut
se

l'alté-

ration. L'un et l'autre de ces

produire ou

3l6

SOMME THÉOLOGIQUE.
l'art

par
de

ou par

la nature. L'art reste
la

en deçà de l'opération
la

la
:

nature; parce que

nature donne

forme substanmais toutes
les

tielle

chose que
artificielles

l'art

ne peut point

faire,

formes

sont accidentelles,
»

à

moins qu'on n'aptel

pose un agent propre

naturel

«

à sa

matière propre,

le

feu apposé au combustible, par lequel

mode

certains produi:

sent des

animaux par

voie de putréfaction »

nous n'avons

pas à nous attarder aujourd'hui sur cette dernière remarque,

ou plutôt nous savons, par
sortes de générations

les

expériences de Pasteur, que ces
et
il

spontanées ne sont qu'apparentes,

qu'au fond,

comme

d'ailleurs le notait

a toujours, dans la nature,

Thomas, un agent proportionné qui les
ici

saint

y

ex-

plique.

Nous dirons donc que
que

«

n'importe quelle transformation

l'art fera subir à l'eau, soit par

mode

de mélange, soit par

mode

d'altération,
Il

laissera intacte l'espèce de l'eau et

ne

la

changera pas.

suit de là qu'avec cette eau
l'eau

on pourra
mêlée

faire le

baptême, à moins peut-être que

ne

soit

artificiellele

composé ainsi la boue est soit plutôt autre chose et non plus de l'eau plutôt de la terre que de l'eau; et le vin mouillé est plutôt du Quant à la transmutation que fait la vin que de l'eau.

ment

à

un

autre corps en

si

petite quantité
:

que

nature,

il

arrive parfois qu'elle dissout l'espèce de l'eau

:

ainsi

en

est-il

quand

l'eau passe, par la nature, à la substance
telle

de
la

quelque corps mixte ou composé;
liqueur du raisin
:

l'eau

changée en
par

elle est
la

du

vin, et ne garde plus l'espèce
fait

de l'eau. Quelquefois

transmutation de l'eau se
:

la

nature sans que l'espèce soit détruite
d'altération,
soit

et cela, soit

par

mode
le voit

comme

il

arrive

pour

l'eau

que chauffe

le soleil;

par

mode

de mixtion ou de mélange,

comme

on

pour
terre

l'eau
».

d'un fleuve troublée par l'apport de parties de

Après ces multiples observations, saint Thomas, formulant,
par

mode de conclusion
cette

dernière, ce qui doit être la règle d'or
la

en toute
« Ainsi

grande question, dans

pratique, nous dit

:

donc, en n'importe quelle eau, quelle que

soit la trans-

mutation qu'elle aura subi, pourvu que l'espèce de l'eau ne

QUESTION LXVI,
soit pas dissoute
»,

DU SACREMENT DE BAPTEME.

217

c'est-à-dire

pourvu

qu'elle reste de l'eau,

« le
est

baptême pourra
dissoule
»,
si

être fait. Si,

au contraire, l'espèce de l'eau

ce n'est plus de l'eau,

mais autre chose,
dans l'eau
usage

«

dans ce
L'rtd

cas, le

baptême ne peut pas
«

se faire ».
faite

prinuim répond que
et

la

transmutation

de

la

mer

dans

les autres

eaux qui viennent
l'eau
soit

à notre

n'est point telle

que

l'espèce de

enlevée. Et c'est

pourquoi en ces sortes d'eaux on peut

faire le

baptême
saint

».

Vad
de
la

sccLindam déclare que «

le

mélange du

dissout point l'espèce de l'eau. Pas plus,

chrême ne d'ailleurs, que l'eau
dans l'eau

décoction des viandes ou autres choses de ce genre; à
ce qui résulte des corps bouillis
le

moins que peut-être
soit si

considérable que

liquide ait plus de la substance

étrangère que de l'eau; ce dont on peut juger par l'épaisseur.
Toutefois,

même quand
comme on
le

de ce liquide ainsi épaissi on peut

exprimer de

l'eau qui coule,

on peut avec

cette

eau

faire

le

baptême;

peut aussi avec l'eau exprimée de
liquide,
«

la

boue

qu'on ne

quand on peut lavoir suffisamment le puisse pas avec la boue », h'ad tertium dit que « l'eau qui coula du
»,

bien

côté

du Christ

suspendu
pituite,

à

la croix,

ne

fut point

l'humeur aqueuse appelée
baptême, pas plus qu'on

comme

quelques-uns l'ont voulu. Avec celte humeur,
faire le

en ne

effet,

on ne pourrait pas
le

le

pourrait avec

sang d'un animal, ou avec du vin ou

avec tout autre liquide venu d'une plante quelconque.

— L'eau
mira-

qui coula du côté du Christ fut une eau pure qui

sortit

culeusement de son corps mort,
prouver
la

comme
le

aussi

le

sang, pour
l'erreur des

vérité
»,

du corps du Seigneur, contre

Manichéens
rent

qui prétendaient que

Verbe de Dieu n'avait
quatre éléments
le

point pris un véritable corps mais un corps purement appa:

((

par l'eau, en

eiï'et,

qui
«

est l'un des
il

»,

au sens vulgaire de ces mots,

était

montré que
le

corps du

Christ était vraiment composé des quatre éléments » au
titre

môme

que nos corps

terrestres;

((

et,

par

sang,

il

était
la

montré
manière
avec

qu'il était

ordinaire de s'exprimer parmi

composé de quatre humeurs », selon les hommes.
cju'
<(

h'ad (juarlain accorde

avec l'eau de lessive

cl

les

2l8

SOMME THÉOLOGIQUE.
faire le

eaux des bains sulfureux on peut

baptême; parce que

ces sortes d'eaux ne sont point incorporées par l'art

ou

la

na-

ture à certairîs corps mixtes, mais seulement elles reçoivent

une certaine altération

»

accidentelle «
d.

du

fait

qu'elles pas-

sent à travers certains corps

Vad

qaintam

fait

observer que « l'eau de rose est

un

liquide

extrait de la rose ».

Ce

n'est

donc pas une eau
le

naturelle. « Et,
la

par suite, avec

même

raison,

elle on ne peut pas faire on ne peut pas non plus

baptême. Pour
peut avec
vin

faire le
le

baptême avec
le »,

des eaux distillées;

pas plus qu'on ne
le

d'où ces eaux sont tirées
tion.
viales,

plus souvent par voie de distillala

((

La raison n'est pas

même pour

les

eaux plula distilla-

qui proviennent en plus grande partie de
et là
:

tion des vapeurs qui se résolvent en eaux;
très

on trouve
reste,

peu de liquides venus de corps mixtes
ici

du
la

ces

liquides par la distillation qui est
forte
l'art

l'œuvre de

nature plus

que

l'art,

se résolvent

en une eau véritable, chose que
l'eau pluviale
».:

ne peut pas

faire. Et, aussi bien,

ne garde

aucune des propriétés des corps mixtes
propriétés de l'eau
:

elle n'a

que

les

«

ce qu'on ne peut pas dire de l'eau de

rose ou des autres eaux obtenues par les procédés de distillation ».

De toute

nécessité,

pour avoir un baptême
et
foi,

valide,

il

faut,

comme

matière du sacrement, de l'eau

de l'eau naturelle.
concile de Trente,
l'eau vraie et natu-

Cette double conclusion est de session YII, can.
relle n'est
2
:

depuis
dit
le

le

« Si

quelqu'un

que

point de nécessité pour
».

baptême,
forme.

qu'il

soit

anathème
saint
il

Après avoir étudié

la

matière du sacrement,
Et, là-dessus,

Thomas

considère ce qui a
:

trait à sa

se

pose deux questions
l'Eglise se sert

l'une, relative à la
le

formule actuelle
l'autre, rela-

dont

pour conférer

baptême;

une formule spéciale qu'on pourrait croire avoir été pratiquée à un moment donné dans la primitive Église. Le
tive à

premier point va

faire l'objet

de

l'article suivant.

QUESTION LXVI.

DU SACREMEiNT DE BAPTEME.

219

Article V.
Si cette forme est la forme

du baptême qui convient
et

:

Je

te

baptise au

nom du Père

du Fils

et

du Saint-Esprit?

Nous avons
«

ici

sept objections.

Elles veulent

prouver que
le

cette
:

forme
Je
le

n'est point la

forme qui convient pour
et

bap-

tême

baptise au

nom du Père
«

du

Fils

et

du Saint-Esattribué à

prit ».


le

La première dit que

l'acte doit

être

l'agent principal plutôt qu'à l'instrument. Or, dans le sacre-

ment,

ministre agit

comme

instrument, ainsi qu'il

a été dit

plus haut

(q. 64, art. i); et l'agent

principal, dans le baptême,
saint Jean, ch.
i

est le Christ, selon cette parole
(v.

marquée en
donc pas
:

33)

:

Celai sur qui tu verras

l'

Esprit-Saint descendre et demeun'est
»

rer, c'est Celui-là qui baptise.

Il

à

propos que
te

le

ministre dise

:

moi, Je

te

baptise

(en latin

ego

baplizo),

« alors surtout », ajoute saint

Thomas, parlant de
le
».

la

formule

latine,
il

«

qu'en disant baptizo, est compris

pronom

ego; d'où

suit

qu'on l'exprime inutilement
« il

La seconde objection

déclare qu'
acte fasse

ne faut pas que celui qui accomplit un certain
l'acte qu'il

mention de

accomplit
:

:

c'est ainsi qu'il

ne faut pas que celui qui enseigne dise
D'autre part, c'est en
précepte de baptiser

Je vous enseigne.

même
et
:

temps que

le

Seigneur donna
II

le

d'enseigner,
.4//^:,

quand

dit (en

S.

Mat-

thieu, ch. xxvui, V. 29)

enseigne: toutes

les nations, etc.
il

Donc

il

ne faut pas que dans
l'acte
«

la
».

forme du baptême

soit fait
fait

mention de

du baptême

La troisième objection

observer que

parfois celui (jui est baptisé n'entend pas les
s'il

paroles; par exemple,

est sourd,
la

ou
v.

si c'est

un

enfant. C'est

donc en vain qu'on adresse

parole à
G)

un
:

tel

sujet; selon ce
l'on n'entend
:

mot de V Ecclésiastique
Je
te baplise,

(ch. xxxit.
Il

Là où
à

pas ne répands point de parole.

est

donc mal

propos de dire
».

en s'adressant à celui que l'on baptise
dit qu' u
il

La

quatrième objection
tisés

arrive que plusieurs sont bapc'est ainsi

simultanément par plusieurs;

que

les

Apôtres

2

20

SOMMIi TIIF.OLOOIQUE.

baptisèrent en

un jour
il
l\).

cinq mille;

comme

(v. /ji) et ch. IV (v.

hommes, et, un autre jour, marqué au livre des Actes, ch. ii On ne doit donc pas déterminer la forme
trois mille
est
:

du baptême au
dire
:

singulier en disant
».

Jeté baptise; mais on peut

Nous vous baptisons
«

La cinquième objection arguë

de ce que
c'est

le

baptême
le

a sa vertu de la Passion

du

Christ. Or,
il

par

la

forme que

baptême

est sanctifié.

Donc

semble

que dans la forme du baptême il doit être fait mention de la La sixième objection fait observer que Passion du Christ ».

« le

nom
il

désigne

la

propriété de la chose. Or,

les

propriétés
trois,

personnelles des Personnes divines sont au

nombre de
du
Fils et

comme
il

a été dit

dans
:

la

Première Partie

(q. 82, art. 3).
et

Donc

ne faudrait pas dire
:

Au nom du Père
etc.
».

du Saint-

Esprit; mais
clare

aux noms,


le

La septième objection dé-

que

« la

Personne du Père n'est pas seulement signifiée
les

par

le

nom

de Père, mais aussi par
latin
:

noms

d'Inengendré et de

Genitor (en

en français,

mot correspondant Engen-

dreur, ne se dit pas). Le Fils aussi est signifié par les
Verbe, cVImage, d'Engendré. Et, de
être signifié par les

noms
par
:

de

même,
et
il

l'Esprit-Saint peut
et aussi le

noms de Don
semble que

d'Amour

nom

de Procedens (en latin; en français

faudrait dire

Celui

qui procède).

Donc

il

même

en usant de ces divers

noms, on aurait le baptême ». L'argument sed contra se contente de rappeler que
gneur
dit,

« le SeiAile:, enet

en saint Matthieu, chapitre dernier

(v. 19)

:

seignez toutes les nations, les baptisant au
et

nom du Père

du

Fils

du Saint-Esprit

»,

Au
est

corps de

l'article, saint
;

consacré par sa
v
(v. 26)
;

Thomas répond que « le baptême forme suivant ce mot de l'Épître aux Éphé:

siens, ch.

Purifiant l'Église par

le

bain de l'eau dans la

parole de vie

et saint

Augustin

dit,

au livre de l'Unique bapest

tême
les

(liv.

IV, ch. xv),
Il

que

le

baptême

consacré par

les

paro-

évangéliques.
la

suit de là qu'il faut que,

dans

la

forme du
il

baptême,

cause du baptême soit exprimée. Or,
:

est

une

double cause du baptême
vertu, c'est
la

l'une, principale, qui lui donne sa

sainte Trinité; et l'autre, instrumentale, le mi-

nistre, qui confère

extérieurement

le

sacrement.

Il

faudra donc

QUESTION LXVr.

DU SACREMENT DE BAPTEME.
il

22

t

que dans
est dit
il

la

forme du baptême
baptise
et la

soit fait

mention de l'une
est

et

de l'autre de ces deux causes. Le ministre
:

touché,

Je
:

te

;

cause principale est
et

quand il marquée, quand
Il

est dit

Au nom du
:

Père

du

Fils et

du Saint-Esprit.

dele

meure donc que celte forme est la baptême Je le baptise au nom du Père
Esprit ».

forme qui convient pour
et

du

Fils et

du

Saint-

Vad priinam fait observer que « l'action est attribuée à l'instrument comme à celui qui agit immédiatement; et à l'agent principal, comme à celui en vertu de qui l'instrument agit.
Et voilà pourquoi, dans la forme du baptême,
c'est à

propos

que

le

ministre est signifié
est

comme

exerçant l'acte du baptême,

par cela qu'il

dit

:

Je

te baptise.

Le Seigneur Lui-même

attribue l'acte de baptiser aux
S.

ministres,
19)
:

quand

II

dit

(en

Matthieu, chapitre dernier,

v.

Aile:, enseignez toutes les

nations, les baptisant, etc.
signifiée

Quant

à la cause principale, elle est
le

comme

celle
:

en vertu de qui

sacrement
et

est réalisé,

par cela qu'il
Esprit
;

est dit

Au nom du

Père

du

Fils et

du Saintusi-

car le Christ ne baptise point sans le Père et l'Esprit-

Saint
tée

».

— Après

cette explication

de

la

forme du baptême

dans

l'Église latine, saint

Thomas

ajoute que « les Grecs

n'attribuent point l'acte du baptême aux ministres, afin d'éviter l'erreur des

anciens qui attribuaient la vertu du baptême à
:

ceux-là

même
«

qui baptisaient, disant

Moi, Je suis de Paul; et
»

moi, je suis de Pierre. Et voilà pourquoi les Grecs

dans leur
baptisé

formule,

disent

:

Que

le

serviteur

du

Christ,

un

tel, soit

au nom du Père,

etc.

Or, parce que se trouve exprimé l'acte

accompli par

le

ministre, avec l'invocation de la Trinité, on a
».
:

un

véritable sacrement

Vad secundum apporte une remarque de bon sens « Parce (jue l'ablution de l'homme avec l'eau peut être ordonnée à de
multiples
fins,
il

faut

que

soit

déterminé, dans

les

paroles de la

forme, ce pourquoi on
par cela qu'on dit
Esprit: attendu
:

la fait.

Cette détermination n'existe point
et

Au nom du Père
1

du

Fils et

du Saint-

que nous devons

faire toutes

choses en ce
Colossiens,
l'acte

nom,

comme
(v.

il

est

marqué dans
si

Epître

aux

ch.

m

17).

Et de là vient que

on n'exprime point

du bap-

222

SOMME THIiOLOGIQUE.
à notre

tême ou

manière ou à

la

manière des Grecs,

il

n'y a
III
:

pas de sacrement; selon celte décrélale du pape Alexandre
Si quelqu'un plonge un enfant Irais fois dans l'eau,

au nom du
:

Père

et

du

Fils et

du Saint-Esprit, Amen, mais sans dire
et

Je

te

baptise au
il,

nom du Père

du
».

Fils et

du Saint-Esprit,

ainsi soit-

Cenjant n est pas baptisé

\jad tertium déclare que « les paroles proférées dans les formes des sacrements ne sont point prononcées seulement dans
le

but de signifier, mais aussi dans

le
»

but de causer, en tant

qu'elles ont leur efficacité de ce

Verbe

ou de

celte Parole

«par

qui tout a été fait (S. Jean, ch.

i,

v. 3).

Et voilà pourquoi elles

sont convenablement adressées non pas seulement à des

homil

mes, mais aussi aux créatures insensibles,
dit
:

comme quand
la

est

Je t'exorcise,

créature de

sel

»

(dans

bénédiction de

l'eau).

du plus haut intérêt. « Plusieurs ne peuvent pas simultanément baptiser un seul et même sujet; parce que l'acte se multiplie selon la multiplication de ceux qui agissent, quand il est fait d'une manière complète par chacun deux. Il suit de là que si deux hommes se
L'ad quartum fournit des précisions
réunissent, dont l'un, muet, ne peut pas prononcer les paroles,
l'acte
et

dont

l'autre,
ils

privé de ses mains, ne peut pas faire

de baptiser,

ne pourraient pas baptiser
».

à

tous deux,
ce cas,

l'un disant les paroles et l'autre faisant l'acte

Dans
le

en

effet,

aucun deux

nest ministre;

et,

par suite,
est tel

baptême
telle

n'est pas administré. L'acte de

baptême

ou d'une

nature qu'il requiert un seul être
total.

humain comme ministre
quand
il

D'autre part, deux ou plusieurs ministres, dont chacun
total,

est

ministre

n'ont pas de raison d'être

s'agit

un seul baptême; car, ainsi que Thomas, au début de cette réponse, on n'a recours à des agents multiples, ayant chacun la raison d'agent total eu égard à tel efl'ct ou à telle action, que s'il s'agit de multiples eflcts ou de multiples actions. Nous verrons, à la question suivante, article 6, que l'inconvénient ne serait pourtant pas le même dans les deux cas; savoir quand on aurait deux agents, ayant chacun la raison du ministre total, ou, au
d'administrer ou de conférer

nous

l'a

dit saint

QUESTION LXVI.
contraire,

DU SACREMENT DE BAPTEME.

223

quand on

aurait deux agents qui n'auraient, chacun,
:

que
cite,

la

raison d'agent partiel

dans ce dernier
le

cas, le
il

baptême
l'acte

serait invalide; tandis que, dans

premier

cas,

serait illi-

mais valide, pourvu que chacun d'eux accomplît
la
(.

avec

forme
si

et la

matière prescrites.


à

Saint

Thomas

ajoute

que
en

la

nécessité l'exige,
»

plusieurs peuvent être baptisés
et

simultanément
effet,
il

par un seul

même

ministre; dans ce cas,
l'unité

n'est point porté atteinte

du baptême;
qu'un bap-

« car

chacun de ceux qui sont baptisés ne
il

reçoit

tême. Mais

faudra dire alors
la

:

Je vous baptise. Et cela ne
:

modifie point
et toi.

forme; parce que vous revient à dire
»,
»

toi


et

Si,

au contraire
disait
:

dans

le

baptême donné par pluproposait l'objection,
il

sieurs, a

on

nous

comme
a

le

n'y aurait plus de baptême;

car nous n'est pas la
la

même

chose

que moi
plus
la

moi, mais ?noi
:

et lai; et, ainsi,

formule n'est déjà
teneur essentielle.
«

môme
serait

elle est

changée

»,

dans

sa

« Pareillement, aussi », ajoute

encore saint Thomas,
:

la

formule

changée,

si

l'on disait

Je

me

baptise.

Et voilà

pourquoi nul ne peut

se

baptiser lui-même. C'est,
être baptisé

du

reste,

pour lam
soit

cela
il

que

le

Christ

Lui-même voulut
de Baptismo
et

par Jean,
cap Debi-

comme
»,

est dit Extra,

ejus ejjecta,

dans l'ancienne collection des canons de
a

l'Église.

V'ad quintum déclare que

la

Passion du Christ, bien qu'elle

cause principale par rapport au ministre, est cependant
la

cause instrumentale par rapport à

Sainte Trinité. Et voilà
« la Trinité est

pourquoi

»,

dans

la la

forme du baptême,
Passion
«

comméles

morée plutôt que
trois
la

».

L'ad sextam dit que

s'il

\ a trois
il

noms

personnels pour

Personnes, cependant

n'y a qu'un

nom
et

essentiel. Or,
l'es-

vertu divine, qui opère dans le baptême, appartient à

sence. C'est

pour

cela qu'il est dit

:

Au nom;

non pas

:

Aux

noms

».
k

]/a(lsepti/num ré[)ond ([ue

tême, parce que son usage est plus

comme l'eau est prise pour le bapcommun à l'effet de laver,
Personnes dans
la

de mênie pour signifier

les trois

baptême sont

pris ces

noms

qui selon

la forme du coutume plus com-

munément

désignent

les

Personnes dans cette langue.

Et, ajoute

22/»

SOMMK TIIÉOLOGIQUE.
si

expressément saint Thomas,
n'y aurait pas de baptême
».

l'on se servait d'autres

noms

il

— Cajétan
:

voudrait que dans ces
nominibus perficUur
,

derniers mots de saint

Thomas

ISec in aliis

sacramenlum,
dité.

il

ne fût question que de

licéité

non de

vali-

Les termes de saint

Thomas ne

souffrent pas cette expli-

cation.

A

côté de la formule

du baptême, actuellement reçue dans
d'une autre formule qui
le livre

l'Église latine, s'est posée la question

semblerait indiquée dans
usitée

des Acles,

comme
fort

ayant été
va

du temps des Apôtres. La question,

délicate,

faire l'objet de l'article qui suit.

Article
Si le

VL

baptême peut être donné au nom du Christ?

Trois
être
«

objections veulent prouver que
».
il

« le

baptême peut

donné au nom du Christ
il

La première déclare que
Or, dans le

comme

n'y a

qu'une

foi,

n'y a aussi qu'un baptême,
iv
(v.

ainsi qu'il est dit
livre des Actes,

aux Éphésiens, ch.
(v. 12),
il

5).

ch. vni
et

est dit

qu'aa nom de Jésus-

Christ,

hommes

tenant,

femmes on peut donner
cite

étaient baptisés.
le

Donc,

même
Christ

main».

baptême au
texte de
I,

nom du
saint
n. A4,


:

La seconde objection
le livre

un

«

Ambroise

»,

dans

De

liv. l' Esprit-Saint,
le

ch.

m,

il

est « dit

Si vous dites

Christ » qui signifie Oint, « vous avez désigné

le

Père qui
Or,
le

l'a oint, et le

Fils qui est oint, et l'Esprit dont II est oint.

baptême peut
fait

peut être

aussi au
«

être fait au nom de la Trinité. Donc il nom du Christ ». — La troisième objection

en appelle au pape

Nicolas 1"
:

»,

qui, « répondant à la conété baptisés au

sultation des Bulgares, dit
la

Sainte Trinité,
les

marqué dans

nom de ou seulement au nom du Christ, comme il est Actes des Apdtres, et c'est une même chose,
Ceux qui ont
Ambroise,

ainsi que le dit saint

ceux-là ne doivent pas être
si

rebaptisés. Or,

ils

seraient rebaptisés,

dans

celte

forme du

QUËStlON LXVI.

tiU

SACREMENT DE BAPTEME.
le

2.^5

baptême
le

ils

ne recevaient pas

sacrement de baptême. Donc

baptême peut
:

être consacré

au

nom du
».
«

Christ, sous cette

forme

Je

te baptise

au nom du Christ

L'argument sed contra oppose que
« écrit à
les

le

pape Pelage

» II

lévêque Gaudens

:

Si ceux qui sont dits demeurer dans

contrées voisines de votre Dilection, avouent qu'il sont été bap-

tisés

seulement au

nom du Seigneur,
quand

sans aucun doute ni aucune hésiviendront à
la

tation vous les baptiserez,

ils

foi catholique,
livre

au nom de

la

Sainte Trinité.

— De même,
les

Didyme, au
S.

De
:

V Esprit-Saint (livre II;

parmi

CËuvres de

Jérôme), dit

Bien quil puisse se trouver quelqu'un d'un esprit étrange qui baptiserait

de

telle

sorte quil omettrait l'un des trois
il

noms
le

précités,
».
il

savoir des trois Personnes,

baptisera sans Jaire

baptême
«

Au

corps de

l'article, saint

Thomas répond que
Il

comme
l'on

a été dit

plus haut

(q. 64, art. 3), les

sacrements ont leur

effi-

cacité de l'institution

du

Christ.

suit de là

que
à

si

omet

l'une des choses que le Christ a instituées à l'endroit d'un sa-

crement,
soit

le

sacrement n'a pas son

efficacité

;

moins que ce
le

par une dispense spéciale de Celui qui n'a pas attaché sa
le

vertu aux sacrements. Or,

Christ a institué que

sacrement

donné avec l'invocation de la Trinité (S. Mathieu, chapitre dernier, v. 19). Donc tout ce qui manque à l'invocation pleine de la Trinité, enlève l'intégrité du baptême » et, par suite, il n'y a plus de sacrement. « A celte
de
serait
;

baptême

conclusion ne saurait faire obstacle que dans

Personne

l'autre se trouve
le Fils
;

comprise,

comme
sur

dans

Père est compris

ou que celui qui ne

nom d'une le nom du nomme qu'une
le
;

seule Personne peut avoir

une

foi juste

les trois

parce

que, pour

le

sacrement, de

même

qu'il est requis

sensible, de

même

aussi

il

est requis

une matière une forme sensible; et,

par

suite,

l'intelligence

pour
soit

la réalisation

ou la foi de la Trinité ne suffît pas du sacrement, à moins que la Trinité ne
Aussi bien voyons-nous
se

exprimée en paroles sensibles.
le

que dans

baptême du Christ, où
la

trouva l'origine de

la

sanctilicalion de notre baptême,

Trinité fut présente d'une
;

manière sensible

:

le Père,

dans dans

la

voix

le Fils,
0.

dans

la

nature
encore,
i5

humaine;
XVII.

l'Esprit-Saint,

la

colombe

Ici

— Les Sacrements.

2

26

SOMME

THléoLOGIQUfi.

Gajétan veut qu'on puisse donner
le

cas rejeté par saint
et

Docteur

le baptême validernent dans Thomas. La raison donnée par le saint son autorité nous font un devoir de nous en tenir

à son sentiment.

Vad
les

priniuni dit

que
la

« c'est

par une révélation spéciale que

Apôtres, dans
:

primitive Église, baptisaient du

nom du
qu'à son
».

Christ
et

afin

que

le

nom du

Christ, qui

était

odieux aux Juifs

aux Gentils, fût mis en honneur, par cela

même

invocation l'Esprit-Saint était

donné dans
divers
x,
v.

le

baptême
ch. xix,

— On
i-5,

peut dire aussi que dans
Actes,
ch.
il

ces

passages du livre des
/jS
;

VIII,

v.

12 et 16; ch.

v,

quand

est parlé

pour ou conféré dans la pensée du Christ et selon qu'il répondait à l'inauguration du Royaume de Dieu prêché par le Christ,
signifier qu'il s'agit

du baptême donné au nom du Christ, c'est du baptême institué par le Christ,

non du baptême de Jean
d'une autre forme que
(Cf.
la

;

et,

par suite,

il

ne s'agirait point

forme marquée en saint Mathieu.
Trente
:

Catéchisme du Concile de

Du

baptême, ch.

xv

et

XVI.)

Vad secundam répond dans
distincte de notre

l'hypothèse d'une vraie formule
et dit

formule actuelle

que
a

« saint

Ambroise
»,

assigne la raison pour laquelle une

telle
i"'",
«

dispense

celle-là

même
dans

dont

il

a été question à
:

Vad

pu
dans

être
le

donnée

la

primitive Église
la

parce que, en
;

effet,

nom du
con-

Christ toute
servée, au
le

Trinité est comprise

et,

par suite,

était

moins dans son

intégrité intelligible, la
».

forme que
le

Christ a marquée dans l'Évangile
fût valide,
il

Mais

pour que

baptême
logique,

même

avec ce fondement en raison théoChrist,

fallait

une dispense du

auteur des sacredispense, la rai-

ments. Par conséquent, en dehors d'une
son ne saurait suffire pour conclure à
veut
ici

telle

la validité,

comme

le

Cajétan.
«

Vad

tertiam déclare que
les

le

pape Nicolas confirme son dire
précédents
saint
tirée
»,

en ra[)puyanl sur
des Apôtres et

deux

faits

savoir l'exemple
«

l'explication de
à l'objection

Ambroise.

Par consé-

quent,

la

réponse
les

de ce cas se trouve don».

née dans

deux précédentes réponses

Et cela revient à

QUESTION LXVi.
dire

DU SACREMENT DE BAPTEME.
il

2

2^

que dans

le

cas dont

s'agit

il

y aurait eu

aussi

une

sorte de dispense divine.

Il

n'est pas

doive être

douteux que l'unique forme du baptême qui employée dans l'Église aujourd'hui, c'est la forme
5.

dont
avec

il

a été question à l'article

Et

si

quelqu'un baptisait
il

la

forme dont

il

vient d'être question à l'article ô,

fau-

drait renouveler le
tés citées

baptême,

comme

le

prescrivaient les autori-

dans l'argument sed contra.

Après avoir étudié ce
le

qui a

trait

aux parties
sa

essentielles

dans
à

sacrement du bap-

tême, c'est-à-dire à

matière

et

sa forme,

nous devons

maintenant aborder certaines questions d'ordre plutôt accidentel

ou complémentaire dans l'administration du sacrement. La première est celle du mode dont le baptême doit être donné si le baptême par l'immersion dans l'eau est obligatoire; et s'il faut qu'il se donne par une triple immersion.
:

D'abord,

le

premier point,

c'est l'objet

de

l'article

qui

suit.

Article VII.
Si l'immersion

dans

l'eau est de nécessité

pour

le

baptême?

Trois objections veulent prouver que « l'immersion dans
l'eau est de nécessité

pour

le

baptême

».

La première en

appelle à ce qu' «
est la foi,

il

est dit,

aux

Éphésiens, ch. iv (v. 5)

qu une

un

le

baptême. Or, chez

commune
ble

de baptiser consiste

un grand nombre, la mode dans l'immersion. Donc il semêtre sans
«

que

le

baptême ne puisse pas
(v. 3, 4)

l'immersion

».

La seconde objection arguë de ce que
mains, ch. VI
:

l'Apôtre dit, aux Role

Tous ceux qui avons été baptisés dans
:

Christ Jésus, avons été baptisés dans sa mort
ejjet, ensevelis

nous avons
la

été,

en

avec Lui, par

le

baptême, dans

mort. Ce qui se
dit,

fait

par l'immersion. Saint Jean Chrysostome

en

effet

(hom.

XXV

ou XXIV sur
et

saint Jean), à

propos de

cette parole

marquée en

saint Jean, ch.

m

(v. 5)

:

Si quelquun nest point
,

né de nouveau, de l'eau

de l Esprit-Saint

etc.

:

Comme

en une

2

28

SOMME THÉOLOGIQUE.

sorte de sépulcre, dans l'eau où nous

sommes plongés Jusque parplongé dans l'eau
il

dessus

la tête, le vieil

homme

est enseveli, et,

disparaît,

pour que de

ensuite
est

monte l'homme nouveau. Donc

il

semble que l'immersion
faire sans

de nécessité pour
«

La troisième objection déclare que
raison

si

le

immersion de tout le corps, il il suffirait qu'une partie quelconque du corps la même fût arrosée par l'eau. Or il semble que cela n'est pas. Car le
péché originel, contre lequel surtout
est

le baptême », baptême pouvait se s'ensuivrait que pour

donné le baptême, n'est point dans une partie du corps seulement. Donc il semble que l'immersion est requise pour le baptême et que la seule
aspersion ne
suffit

pas

».
«
il

L'argument sed contra oppose qu'
aux Hébreux, ch. x
(v.

est dit,

dans l'Épître
sin-

22)

:

Approchons de Lui d'un cœur

cère dans la plénitude de la foi, ayant reçu l'aspersion
rifiant toute conscience

du cœur pu».

mauvaise

et le

corps lavé par l'eau pure
u

Au
prise,

corps de

l'article, saint

Thomas répond que

l'eau est

dans

le

sacrement du baptême, pour l'usage de l'ablu-

tion corporelle, par laquelle est signifiée l'ablution intérieure

des péchés. Or, l'ablution peut se faire avec l'eau

non

seule-

ment par mode d'immersion, mais
ou d'effusion
pandre
de

»

aussi par

mode

d'aspersion

(c'est-à-dire

par

mode

d'acte qui consiste à réu II

en latin effundere
s'il

l'eau sur quelqu'un),

suit

que

est plus sûr de baptiser par

mode d'immersion,

à

cause que c'est là l'usage
se faire

par

mode

d'aspersion,
«

commun, cependant le baptême peut ou même par mode d'effusion »

(au sens précité),
(v. 25)
:

selon cette parole d'Ezéchiel, ch. xxxvi

Je répandrai sur vous une eau pure;

comme

il

est rap-

porté que saint Laurent baptisait (hom. XCl, parmi les
vres

Œu-

du vénérable

Bède). Et cela, surtout en
la
le

raison de la né-

cessité.

Ou

bien parce que

multitude des sujets à baptiser
voit par le livre des Actes, ch.
11

est trop

grande;

comme on

(v. 4i) et IV (v. 4),

rent à la

foi, et,

y ait nécessité

où il est dit qu'en un jour trois mille vinun autre jour, cinq mille. 11 se peut aussi qu'il en raison de la petite quantité de l'eau ou à
;

cause de

la

faiblesse

sujet à baptiser;

du ministre, qui ne pourrait soulever le ou à cause de la faiblesse de ce dernier pour

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTEME.

229

qui
c'est
sité

il

plongeait dans l'eau. Et y aurait péril de mort si on le pourquoi il faut dire que l'immersion n'est pas de nécesL'usage a même prévalu, dans dans le baptême ».

l'Église,

de ne plus baptiser par

répandant l'eau sur la tête quand il s'agit de tout petits enfants, qu'on a coutume de baptiser

mode d'immersion. C'est en du sujet à baptiser, notamment

dans

l'Église catholique.
est accidentel
il

Vad
point

primain déclare que « ce qui
substance de
la chose.

ne diversifie

la

De

soi
;

est requis

pour

le

bap-

tême
est

qu'il y ait ablution

par l'eau

et

aussi bien

appelé du

nom

de lavage, selon cette
:

baptême parole de l'Épître aux
le

k

Éphésiens, ch. v (v. 26)

Purifiant son Église dans
se fasse
le

lavage de
telle

Veau
telle

et la

parole de
c'est

vie.

Mais que l'ablution
n'enlève

de

ou

manière,

chose accidentelle pour

baptême. Et voilà

pourquoi une

telle diversité

point l'unité du bap-

tême

».

Vad secundam
du

reconnaît que

«

dans l'immersion

est repré-

la sépulture sentée d'une manière plus expressive la figure de est le plus Christ. Et c'est pour cela que ce mode de baptiser

commun

et le

plus louable

». Il

en

était ainsi

encore du temps

de baptiser, de saint Thomas. « Mais, dans les autres modes d'une certaine manière; cette figure est toujours représentée,

bien que ce ne soit pas d'une façon

si

expressive.

En quelque
le

manière, en

effet,

que

se fasse l'ablution, le

corps de l'homme,

ou l'une de

ses parties, est placé sous l'eau,
».

comme
du

corps

du Christ

fut placé sous terre

Vad

lertiani dit

que

« la principale partie est la tête,

corps, surtout
les

quant aux membres extérieurs,
pas être répandue sur tout
le

où siègent tous
si

sens, intérieurs et extérieurs. Et voilà pourquoi,

l'eau

ne peut
petite

corps, en raison

de

la

répandre quantité d'eau, ou pour tout autre motif, on doit la l'àme. —Et sur la tête où se manifeste le principe de la vie de
bien que par
les

membres qui

servent à

la

génération

le

péché
bap-

être répanoriginel se Iransmetle, cependant l'eau ne doit pas

due sur ces membres plutôt que sur

la tête,

parce que

le

tême

n'a point d'enlever la transmission

du

péché originel à
la

l'enfant par l'acte de la

génération, mais de libérer l'àmc de

23o

SOMME THÉOLOGIQUE.

tache et de la dette du péché encouru. C'est à cause de cela
qu'il faut laver surtout cette partie
les
le

opérations de l'âme.
le

Il

est

du corps où se manifestent vrai que dans l'ancienne loi
était institué et se pratiquait

remède contre
le

péché originel
la

dans

membre

de

génération

;

parce que Celui qui enlèvela race

rait le

péché originel devait encore naître de
la foi était signifiée

d'Abra-

ham

dont

par

la

circoncision, ainsi qu'il
iv (v. ii) ».

est dit

dans l'Épître aux Romains, ch.

Le baptême par immersion
le

est

assurément celui qui traduit
rite

mieux

le

côté

symbolique du

sacramentel. Toutefois,

il

n'est pas le seul qui puisse

convenir au sacrement. Le sacre-

ment
très

suffira

une ablution, tout mode d'ablution peut même que pour des raisons sages ou d'absolue nécessité, le baptême par immersion ne
étant essentiellement

pour

la validité. Il se

soit pas possible.

En pratique
la

et

en

fait,

aujourd'hui

et déjà

depuis longtemps,
tiser

coutume

a prévalu, dans l'Église, de bap-

en répandant l'eau sur
la

la tête

du

sujet

que Ton baptise.
lire,

Saint Thomas, dans
avait

réponse ad

5""*

que nous venons de

excellemment

justifié cette pratique.
était

Toutefois, de son

temps, l'usage de l'immersion
conservé,

encore assez généralement

comme

il

nous en a

averti

lui-même. Et
trois fois
si

il

se prati-

quait en

telle

manière qu'on plongeait par
Saint
était

dans l'eau

le sujet à baptiser.

Thomas

se

demande

l'usage de cette

triple

immersion
fallût

chose requise pour
le

la validité

du baple

tême, de

telle sorte
il

qu'à conférer

baptême par mode d'imsous peine d'invalidité

mersion

de toute nécessité

et

conférer en pratiquant cette immersion par trois fois consécutives.

Le saint Docteur va nous répondre

à

l'article

qui

suit.

Article VIII.
Si la triple

immersion est de nécessité pour

le

baptême?

Trois objections veulent prouver que
est

«

la triple

immersion

de nécessité pour

le

baptême

».

La première en appelle

QUESTION LXVI.
à « saint

DU SACREMENT DE BAPTEME.

23

Augustin
(parmi

y),

qui, « dans

un sermon Du symbole pour
;

les baptisés

les

Œuvres
de

de saint Augustin), dit: C'est à
car vous avez

Juste titre que vous avez été immergés trois Jois

reçu

le

baptême au

nom

la Trinité.
;

Pareillement, vous avez, à
le

juste titre, été

immergés

trois Jois

car vous avez reçu
des morts

baptême

au nom de Jésus-Christ, qui
Jour. Cette immersion, en

est ressuscité

le

troisième

ejjet,

répétée trois fois, exprime l'image
elle,

de

la

sépulture du Seigneur; car, par
le

vous avez été ensevelis

avec

Christ dans

le

baptême. Or,

l'une et l'autre de ces
le

choses paraît être de nécessité pour
soit

deux baptême; savoir que

signifiée,

dans

le

baptême,
à la

la

Trinité des Personnes, et

que

le sujet soit

configuré

sépulture
est

du
les

Christ.

Donc
le

il

semble que

la

triple

immersion

de nécessité pour

bap-

tême
élé

))•

La seconde objection

dit

que

«

sacrements ont

leur efficacité

du mandat du
le

Christ. Or, la triple
(II),
,

immersion
effet,
le

a

ordonnée par

Christ. Le pape Pelage
:

en

écrit

à l'évêque Gaudens

Le précepte évangélique donné par
et

Sei-

gneur Lui-même, notre Dieu
tit

que

le

saint
et

baptême doit se

Sauveur Jésus-Christ, nous averdonner à chacun, au nom de la

Trinité,

aussi par une triple immersion.
le

De

même

donc

qu'il

est

de nécessité pour

baptême, de baptiser au

nom
une

de

la

Trinité, de

même

aussi, semble-t-il, de baptiser par

triple

immersion ». La troisième objection fait observer que « si la triple immersion n'est point de nécessité pour le baptême, donc à la première immersion le sujet qu'on baptise aura
reçu
le

sacrement. Et, par suite,
il

si

une troisième immersion,
conde
seule
et

semble

on ajoute une seconde et qu'il sera baptisé une se-

une troisième
semble que

fois

;

ce qui est inadmissible.

Donc une
sa-

immersion ne
;

suffit

point pour

le

sacrement du bap-

tême

et

il

les

trois sont de nécessité

pour ce

crement

».

L'argument sed contra apporte un
qui « écrit à
l'évêque

texte de « saint Grégoire »,
liv.
I,

Léandre (Registre,

ép.

xuii
le

ou

xLi)

:

fl

n'est

aucunement répréhensible que
trois fois

l'enfant,

dans

baptême,
trois

soit

immergé

ou une fois seulement; car
la

les
et

immersions peuvent désigner

Trinité des

Personnes,

l'unique immersion peut désigner l'unité de la nature divine ».

232

SOMME THÉOLOGIQUE.
corps de
l'article, saint

Au
il

Thomas
ad
l'eau,

rappelle que «

comme
est

a été dit

précédemment

(art. 7,

1'""),

pour

le

baptême

requise de soi l'ablution de

laquelle est

de nécessité

pour
on

le

sacrement
par

:

quant au mode de
le

celte ablution, c'est

chose accidentelle dans
le voit
le texte
la

sacrement.

Il

suit de là que,

comme
cité,

de saint Grégoire qui vient d'être
soi,

autant qu'il est de
licitement,

chose en

l'un et l'autre peut se faire

savoir qu'on

pratique

l'immersion une

fois

ou

qu'on

la

pratique trois fois; parce que

l'unique immersion de
la

signifie l'unité de la

vine, et la triple

mort du Christ immersion signifie

et l'unité
les trois

nature dila sépul-

jours de

ture

du Christ

et la Trinité des

Personnes.

— Toutefois,

pour

des causes diverses, selon l'ordination de l'Eglise, tantôt l'un des deux
effet,

modes

a été institué, et tantôt l'autre. Parce que, en

au début de l'Église naissante, certains pensaient mal
la Trinité,

au sujet de

tenant

le

Christ pour

un pur homme,
Dieu, que par

et disant qu'il n'avait été

fait Fils

de Dieu

et

ses mérites qu'il avait acquis surtout dans sa mort, ceux-là ne

baptisaient pas au

nom

de

la Trinité,

mais au souvenir de

la

mort du Christ
prouvé dans
les

et

par une seule immersion. Et cela fut ré-

la

primitive Église. Aussi bien lisons-îious dans
:

Canons des Apôtres (can. xlix)
la triple

Si quelqu'un, prêtre ou évêque,

ne pratique pas

immersion d'un seul ministère, mais imla

merge une seule fois, dans par quelques-uns dans
déposé. Le Seigneur, en
la

baptême, dont on

dit qu'il est

donné
soit

mort du Seigneur, que
ne nous a point
dit
:

celui-là

ejjet,

Baptisez dans
Saint-Esprit.

ma

mort; mais
la

:

Au nom du

Père

et

du

Fils et

du

Dans

suite,

s'introduisit l'erreur de certains schismatiques

et hérétiques,

qui rebaptisaient

les

hommes; comme

le

rap-

porte, des Donatistes, saint Augustin, sa/* saint Jean {Des Hérésies,
il

ch. Lxix).

A cause de
dans
le

cela,

en détestation de leur erreur,

fut statué,

concile de Tolède (IV" conc), qu'on ne
:

ferait
le

qu'une seule immersion. On y lit ce texte Pour éviter scandale du schisme ou l'usage du dogme hérétique, nous garla

dons

simple immersion du baptême. Mais, ajoute saint Tho-

mas,
le

cette cause
la

ayant cessé, on observe

communément, dans
que celui qui

baptême,

triple

immersion.

11

suit de là

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTEME.

233

baptiserait autrement péclierait grièvement,

comme nobserlieu ».
écri1

vant pas

le

rite

de l'Église. Toutefois

le

baptême aurait

— La pratique
vait saint
suit

de l'immersion étant, depuis

époque où

que

la

Thomas, tombée en désuétude dans l'Eglise, il s'enrègle de la triple immersion ne s'applique plus
«

aujourd'hui.

Uad
l'effet,

primiun répond que

la

Trinité a raison d'agent prin-

cipal dans le baptême. Or,

la

similitude de l'agent parvient à
la

selon

la

forme
de
la

et

non selon

matière.
le

Il

suit de là

que
les

la significalion

Trinité a lieu, dans
il

baptême, par

paroles de

la

forme. Et

n'est point nécessaire
la

que

la
:

Trinité
« si

soit signifiée
le fait, c'est

par l'usage de

matière

»,

qui est l'eau

on

le sacrement soit plus expressif. De mort du Christ. Elle est suffisamment figurée par l'unique immersion. Quant aux trois jours de la sépulture, ils ne sont pas de nécessité pour notre salut. Car, même

pour que
la

même, pour

si le

Christ n'était resté mort ou enseveli qu'un seul jour, cela

eût

suffi

pour notre rédemption. Les
Par
oii l'on voit
le

trois

jours sont ordonnés
il

à manifester la vérité de la mort,
(q. 53, art. 2).

comme

a été dit plus

haut
n'est

que

la triple

immersion

pas de nécessité pour
ni

sacrement, ni du côté de

la Trinité,

du

côté de la Passion
5efWrtc?K/?i

du Christ

».

L'ad

explique

le texte cité

par l'objection, en disant
triple lui

que
été

« le

pape Pelage entendait que
le

la

immersion

avait

ordonnée par

Christ, en ce qui

ressemble;

c'est-à-

dire en ce
el

que

le

Christ a ordonné de baptiser au
la

nom du Père

du

Fils et
il

du Saint-Esprit. Mais
de
la

raison n'est pas la
il

même
la

quand
forme
dentel.

s'agit

forme

et

quand

s'agit
/"'")
:

de l'usage de

matière, ainsi qu'il a été dit »
est

Vad

ce qui a trait à la
ce qui

de nécessité
la

pour
le

le

sacrement;

regarde
acci-

l'usage de

matière, dans

cas présent, est

purement

Vad
haut
Et de

terliuni se reporte à ce

que,

c

comme

il

a été dit plus
le

(q. ()4, art. 8),

l'intention

est requise

pour

baptême.
l'Église

vient qu'en vertu de l'intention

du ministre de

qui entend donner un seul biijitomc par une triple immersion,
il

n'y a, en effet,

qu'un seul baptême. Aussi bien saint Jérôme

2

34

SOMME TIIÉOLOGFQUG.
sur rÉpîlre aux Philippiens (ou plutôt aux Éphésiens, ch.
:

dit,

iv,
»

V. 5, 6)

Bien qu'on
le

le
«

baptise, c'est-à-dire

qu'on l'immerge
la

ou qu'on
nité,

plonge
il

trois fois,

en raison du mystère de

Tri-

cependant
à

n'y a

quun

seul baptême. Si le ministre enten-

chaque immersion, donner un baptême, répétant, à chaque immersion, les paroles de la forme, il pécherait, en ce
dait,

qui est de lui baptisant plusieurs

fois ».

plus près

que nous venons de dire amène à examiner de soi, pour bien voir ce qu'il en est, dans la doctrine de l'Église, la question du renouvellement du baptême.
Cela
et

même

en

Ce sacrement, qui
velé,

est le

premier de tous, peut-il

être

renou-

peut-il être réitéré;
le

ou bien

faut-il

tenir,

d'une façon
fois.

absolue, que

baptême ne peut

être reçu

qu'une

Saint

Thomas

va nous répondre à l'article qui suit.

Article IX.
Si le

baptême peut être réitéré?

Nous avons
« le

ici

cinq objections. Elles veulent prouver que
être réitéré ».

baptême peut
« le

La première arguë de ce
la

que

baptême paraît
être réitéré

institué

pour

rémission des péchés.

Or, les péchés sont réitérés.

Donc

à bien plus forte raison le

baptême doit
sur
la

;

la

miséricorde du Christ l'eniportant

l'homme ». — La seconde objection dit que « Jean le Baptiste a été recommandé par le Christ; alors que nous lisons de lui cette parole marquée en saint Matthieu,
faute de

ch. XI (v. Il)

:

Parmi

les

enfants nés de
le

la

femme,

il

ne s'en

est

pas levé de plus grand que Jean
été baptisés
le voit

Baptiste. Or,

ceux qui avaient

par Jean étaient baptisés de nouveau;
le livre

comme on

dans

des Actes, ch. xix
été

que Paul baptise ceux qui avaient

1-7), où il est dit baptisés du baptême de
(v.

Jean. Donc, à plus forte raison, ceux qui ont été baptisés par des hérétiques ou des pécheurs, doivent être rebaptisés
».

La troisième objection

fait

observer que

«

dans

le

concile de

QUESTION' LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTEME. que
si

235

Nicée (can. XIX),

il

est statué

qaelrjuan se réfugiait dans
il

rÉglise catholique, des Paulianistes et des Cataphrygiens,
les baptiser.

fallait
les

Or,

il

semble que

la

raison est

la

même pour
par
les

autres hérétiques.

Donc ceux qui ont
».

été baptisés

héré-

tiques doivent être rebaptisés


il

La

quatrième objection

appuie sur ce que
il

« le

baptême

est nécessaire

pour

le salut.

Or,

est

des baptisés au sujet desquels on doute
le

s'ils

ont reçu

véritablement

baptême. Donc
».

semble qu'ils doivent de
parfait

nouveau
que
«

être rebaptisés

La cinquième objection déclare

l'Eucharistie est

un sacrement plus
est réitéré.

que

le

bap-

tême, ainsi qu'il a été dit plus haut

(q. 65, art.

3).

Or, le saforte

crement de l'Eucharistie
raison
le

Donc

à bien plus

baptême peut

être réitéré ».
a
il

L'argument sed contra oppose simplement qu*
aux Éphésiens
,

est dit,
».

eh. iv (v. 5)
l'article,

:

ine

seule foi, un seul

baptême

Au
que

corps de

saint

Thomas

déclare expressément

« le

baptême ne peut pas

être réitéré ». Il
le

en apporte quatre

raisons.

«

Premièrement, parce que

baptême

est

une

certaine régénération spirituelle,

en ce sens que quelqu'un
d'en
:

meurt
d'oii
il

à l'ancienne vie et
est dit,

commence

mener une nouvelle
.4
il

;

en saint Jean, ch. ni
et

(v. 5)

moins que quelqu'un
ne peut pas voir
il

ne renaisse de Veau

de V Esprit-Saint

,

le

Royaume de

Dieu.

Or,

pour un

même
la

sujet

n'est

qu'une

seule génération »

ou naissance. A cause de

cela, le
((

baptême
ou naisEst-ce
et

ne peut pas être réitéré, pas plus que
sance
ce
»

génération

charnelle. C'est ce qui fait dire à saint Augustin, sur
»

mot

de Mcodème,

«

en saint Jean, ch.
le

m

(v.

4)

:

qu'il peut,

l'homme, entrer de nouveau dans

sein de sa

mère

renaître?

— Entends,

toi, la

naissance de l'esprit

comme
effet,

ÎSicodème
qu'on ne

entendait la naissance de ta chair.

De même, en

peut pas retourner dans

le

sein de sa mère, de

même

on ne peut

pas revenir au baptême.


le

Secondement, parce que nous somvi, v. 3),

mes

baptises dans la

mort du Christ {aux liomains, ch.
et

par laquelle nous mourons au péché

nous ressuscitons à
être
vi

une nouvelle
{Ibid.,
v.

vie.

Or,
le

Christ

est

mort une fois seulement

lo).

Donc

baptême non plus ne doit pas

réitéré.

A cause de

cela,

dans l'Épître aux Hébreux, ch.

2,36
(v.
il
fi),

SOMMK THÉOLOGIQUE.
contre quelques-uns qui voulaient qu'on
:

les rebaptisât,
le

est dit

De nouveau, Us

crucifient
:

en eux-mêmes

Fils

de

Dieu: et

la

glose dit là-dessus

La

moi-l unique

du

Christ a conle

sacré Vunilé du baptême.

Troisièmement, parce que
est indélébile, et
il

bap-

tême imprime un caractère qui
avec une certaine consécration
»

se

donne
donc,

ou onction.

«

De

même

que
de
dit

les autres
le

consécrations ne sont pas réitérées dans l'Église,
l'est

même

baptême ne
au
le

pas non plus. Et c'est
II

là ce

que que

saint Augustin,

livre

contre

Vépitre de

Parménien

(ch. xiii),
le

que

caractère militaire ne se reprend pas, et

sacrement du Christ n'adhère pas moins que cette marque cor-

porelle, alors que
le

nous voyons que
sorte que
s'ils

les

apostats

eux-mêmes gardent

baptême, de
le

telle

reviennent par la pénitence on

leur rend pas. Quatrièmement, parce que le baptême donné surtout contre le péché originel. Et voilà pourquoi, de même que le péché originel n'est pas réitéré, de même le baptême ne l'est pas; car, ainsi qu'il est dit, aux Romains, ch. V (v. 18) De même que par le délit d'un seul, la condamna-

ne

est

:

tion passe en tous les
la justification

hommes, de même par
passe en tous
les

la Justice
»

d'un seul

de

la vie

hommes

Des quatre raisons que vient de nous donner saint Thomas

pour exclure toute
tirée

réitération

de

la

raison

même

du baptême, la première du baptême dans l'économie de la

est

vie

chrélienne. Elle nous rappelle ce qui a été dit à l'article pre-

mier de

la

question 65, quand nous traitions du

nombre

des
la

sacrements.

La seconde raison
elle

est à noter, surtout

pour

manière dont
ficile,

interprète

un
Il

passage, d'ailleurs fort difn'est pas impossible

de l'Épître aux Hébreux.

que

cette

interprétation, qui pourtant n'est pas celle qui se présente la

première à
Saint
tistes,

l'esprit,
fait

ne

soit la

vraie,

même

au sens

littéral.

Thomas

allusion à

une certaine catégorie d'anabaples viserait.

qui auraient existé déjà du temps de saint Paul. D'après passage de saint Paul

lui, ce

— La troisième

raison

est celle

que

le

concile de Trente a invoquée pour conclure à la

non
Paul

réitération

du baptême.
le

Elle est
est

donc d'une autorité souencore empruntée à saint
entre
le

veraine.
et

La quatrième raison

repose sur

parallèle, établi par l'Apôtre,

QUESTION LXVI.

DU SACftEMENt DE BAPTEME.
et
le

287
justifica-

premier
teur.

Adam

prévaricateur,

nouvel

Adam
et

— Toutes ces

quatre raisons sont excellentes;

ïolet les

appelle, en effet, optimae.

Vad prlnmm
Passion du
q. 62, art.
5).

la rappelle que « le baptême agit en vertu de /"-; (art. 2, ad Christ, ainsi qu'il a été dit plus haut

qui Par conséquent, de même que les péchés Passion du Christ, de suivent n'enlèvent point la vertu de la de telle sorte qu'il aussi ils n'enlèvent point le baptême,

même

mais, par la pénitence qui surun obstacle à l'effet du bapvient est enlevé le péché qui était Retenons, au passage, cette précieuse déclaration de tême ».
soit nécessaire

de

le réitérer;

nous y voyons que le baptême, une fois reçu, de salut, toudemeure, en quelque sorte, quant à son efficacité tout péché mortel fait jours dans l'âme; et, s'il est vrai que cours dès que l'obsà cette efficacité, elle reprend son
saint

Thomas

:

obstacle
tacle

enlevé par la pénitence. C'est donc à tout moment de notre vie que nous pouvons continuer de recueilaccroissement nouveau, selon le degré lir, et toujours avec un de salut qu'il est venu de notre ferveur, les fruits merveilleux Christ. produire en nous par la vertu de la Passion du

du péché

est

Vad secundum répond que
{sur saint Jean,
tr.

«

comme

le

dit saint

Augustin

V, n. 19), en expliquant ce mot » de Jean le Jean, ch. i (v. 33) Baptiste, « que nous trouvons en saint après Jean, on bapVoyez Mais moi je ne le connaissais pas; est homicide » et qui donne le tise de nouveau; et après celui qui son baptême, baptême, « on ne baptise plus c'est que Jean donnait Christ, et le sacrement tandis que l homicide donne le baptême du homicide ne le souille point » est si saint que même un ministre
:

:

:

Vad
donnée

lerlium est
saint

une application de la règle que nous avait Thomas à Vad •2"'" de l'article 9 de la question (34,
entre ceux des hérétiques qui

louchant
gardent

la distinction à établir

formule de l'Église et ceux qui la corrompent. « Les point au nom Paulianistes et les Cataphrygiens ne baptisaient
la la

Quiricus, Trinité. Aussi bien saint Grégoire, écrivant à LXI), dit: Ces hérétiques évêciue {Reqist., liv. XI, ép. LWTI ou comme sont les qui ne baptisent aucunement au nom de la Trinité,

de

Bonosiens

et les

Cataphrygiens, savoir qui pensaient

comme

les

238
Paulianisles
«

SOMME TIlÉOLOGIQUE.
»,

disciples
»,

ou sectateurs de Paul de Samosate,
Bonosiens, « ne croient pas que
le

parce que ceux-là

les

Christ soit Dieu, pensant qu'il n'est

qu'un pur

homme, et ceux-ci,

savoir les Cataphrygiens,
r Esprit- Saint est un

croient,

dans leur sens pervers, que

pur homme, savoir Montan,
ne

s'ils

viennent

à la sainte Église, on les baptise, parce qu'il n'y eut pas de baptême

en ce que, plongés dans leur erreur, de
la sainte Trinité.

ils

le

reçurent pas au

nom

Mais,

comme

il

est dit

dans

les Règles ecclés'il

siastiques {Des

dogmes de

l'Église, ch. xii,

ou

lu),

en est qui
la

aient été baptisés chez ces hérétiques qui baptisent

dans

confes-

sion de la sainte Trinité, et qu'ils viennent à lajoi catholique, on les
reçoit

comme

baptisés ».

L'ad quartum détermine en quel cas et

comment
le
fait

il

peut être

permis de rebaptiser,
Alexandre
III,

si

tant est,

comme

remarquer

qu'on puisse appeler cela rebaptiser, puisqu'on
«

suppose qu'il n'y a pas eu antérieurement de baptême.
le dit la

Comme

décrétale d'Alexandre III

:

Que

ceux-là,

au sujet desrebaptise pas;

quels il y a doute s'ils ont au préalable, de ces paroles

été baptisés, soient baptisés, en usant,
:

si tu es baptisé,

Je ne

te
il

mais

si

tu n'es

pas baptisé, je

te baptise, etc. ».

Car

ne semble pas

qu'on réitère ce qu'on ignore avoir été fcdt

L'ad quintum est à retenir pour bien
difTérences qui existent entre le

se

rendre compte des

baptême

et l'Eucharistie,

dans

l'ordre des sacrements. « L'un et l'autre des

deux sacrements,

mort et la Pasdu Seigneur; mais non de la même manière. Dans le baptême, en effet, la mort du Christ est commémorée pour autant que l'homme meurt avec le Christ à l'effet d'être régénéré à une vie nouvelle. Dans le sacrement de l'Eucharistie, au contraire, la mort du Christ est commémorée en tant que le Christ Lui-même dans sa Passion nous est donné comme bansavoir le baptême et l'Eucharistie, représente la
sion

quet pascal, selon cette parole de
thiens, ch. V
:

la

première Épître aux Corin-

venez donc
fois,

et

(v. 7,8) Le Christ, notre pâque, a été immolé; mangeons. Et parce que l'homme ne naît qu'une
le

tandis qu'il s'alimente souvent,
fois,

baptême

n'est

donné

qu'une

mais l'Eucharistie

est

donnée maintes

fois ».

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTEME.

2 3g

tJne dernière question relative au
tion

baptême d'eau

est la

ques-

du

rite

ou des cérémonies prescrites par l'Eglise dans l'admià l'article qui

nistration
suit.

du sacrement. Saint Thomas l'examine

Article X.
Si le rite dont l'Église se sert
est chose qui

dans le baptême convienne?
« le rite

Quatre objections veulent prouver que
se sert

dont l'Église
».

dans

le

baptême
à

n'est pas celui qui

convient


La
» il

première en appelle
Jamais

un

texte de

u

saint Jean

Chrysostome

(ou plutôt Chromalius, sur
est « dit
:

saint Matthieu, ch.

m,

v.

i5),

les

eaux du baptême ne pourraient purifier
n'avaient été scmcti/îées par
fut fait
le

les

péchés des croyants,

si elles

contact

du corps du Seigneur. Or, cela
qui
se célèbre

dans

le

baptême du Christ,

dans

la fête

de l'Epiphanie.

Donc

le

baptême
».

solennel devrait plutôt se célébrer dans la fête de l'Epiphanie,

qu'à

la veille

de Pâques ou à
«

la veille

de

la

Pentecôte

La

seconde objection dit qu'

au

même

sacrement ne semble pas

appartenir l'usage de diverses matières. Or, au baptême appartient l'ablution de l'eau. C'est
est baptisé est oint

donc mal
et,

à

propos que celui qui
la
le

deux

fois

de l'huile sainte, d'abord sur

poitrine, puis sur les épaules,
saint
le

une troisième
aux
dans
et

fois,

avec

chrême, sur

la tête ».


1 1

La troisième objection apporte
Galates, ch. in, v.
le

texte de saint Paul

il

est dit,
:

28;
n'est

et

aux Colosiens, ch. m,

v.

«

Christ Jésus
la

il

plus

d'homme

ni

de Jemme, de barbare

de Scythe; et

même

raison vaut pour toules les autres différences de cette sorte.

Combien moins
chose dans

la diversité

des vêtements peut faire quelque

du Christ. Donc c'est mal à propos qu'aux baptisés on donne un vêtement blanc ». La quatrième objection déclare que « sans ces sortes d'observances le bapla foi

tême

i)eut être célébré.

Donc

toutes ces choses qui ont été dites

paraissent être supcrllues;

et,

par suite,

c'est

mal

à

propos

qu'elles ont été instituées par l'Église
le rite

comme

devant être dans

du baptême

».

24o

SOMME THEOLOGIQUE.
se

L'argument sed contra
est régie

contente d'opposer que « l'Église
fait

par l'Esprit-Saint qui ne

rien de désordonné
«

».

Au

corps de l'article, saint
il

Thomas répond que
et d'autres

dans

le

sacrement de baptême,
de nécessité

est des

choses qui se font, qui sont
choses qui appar-

pour

le

sacrement;

tiennent à une certaine solennité du sacrement. De nécessité

pour

le

sacrement
de

est la

forme, qui désigne
la

la

cause principale

du sacrement;
et l'usage
la

et le

ministre, qui est

cause instrumentale;

matière, savoir l'ablution dans l'eau, qui dési-

gne

l'effet

principal

du sacrement. Toutes
le rite

les autres

choses que

l'Église observe

dans

de l'acte de baptiser appartiennent

plutôt à une certaine solennité

du sacrement. Ces choses-là

sont apportées dans l'administration du sacrement pour une
triple raison. D'abord,

pour
Si,

exciter la dévotion des fidèles et le
effet,

respect

du sacrement.

en

on pratiquait simplement
facilement
le

l'ablution dans l'eau, sans
serait

solennité,

baptême

tenu par quelques-uns

pour une ablution ordinaire.
fidèles.

Secondement, pour l'instruction des
effet,

Les simples, en

qui ne sont point formés par
sensibles,

les lettres,

doivent être for-

més par des signes
qui se font dans
sont
les

comme
ils

par des peintures ou
sont instruits, ou

autres choses de ce genre. Et, en cette manière, par les choses

sacrements, ou

ils

amenés

à s'enquérir des choses qui sont signifiées par ces

sortes de signes.

De

là vient,

parce que, outre

l'effet

principal

du sacrement, il y a èertaines autres choses qui doivent être sues au sujet du baptême, qu'il convenait que ces choses fussent
représentées par certains
signes
extérieurs.

Troisièmement,
choses de ce

parce que

les prières, les

bénédictions

et autres

genre répriment
l'effet

la force
».

du démon pour
«

qu'il

n'empêche point

sacramentel
priimim
fait

Vad

observer que

le

Christ, dans l'Epiphanie,

fut baptisé
(q. 39, art.
les fidèles;
le

du baptême de Jean,
2).

ainsi qu'il a été dit plus haut

Or, ce n'est pas de ce

baptême que sont baptisés
la

mais plutôt du baptême du Christ. D'autre pari,
a

baptême du Christ

son efficacité do

Passion du Christ,
(v. 3)
:

selon cette parole de l'Epître aux liomains, ch, vi

Tous

ceux qui avons été baptisés dans

le

Christ Jésus avons été baptisés

QUESTION LXVI.


5)
:

DU SACREMENT DE BAPTEME.

241

dans sa mort;

et

de l'Esprit-Saint, selon cette parole marquée

en saint Jean, oh.
de Veau
et

m (v.

Si quelqu'un ne naît pas de nouveau
.

de r Esprit-Saint
fait,

C'est

pour

cela

que

le

baptême

de Pâques, quand du Seigneur et de sa résurrection, en raison de quoi le Seigneur Lui-même donna, à ses disciples, après la Résurrection, le précepte du baptême, comme on le voit en saint Matthieu, chapitre dernier (v. 19); et à la veille de la Pentecôte, quand on commence à célébrer la solennité de l'Esprit-Saint aussi bien lisons-nous que les
solennel se

dans

l'Eglise, et à la veille
la

on célèbre

le

souvenir de

sépulture

:

Apôtres, au jour

même

de

la

Pentecôte

oii ils

avaient reçu
».

le

Saint-Esprit, baptisèrent trois mille personnes

Vad secundum répond que « l'usage de l'eau se pratique dans le baptême comme appartenant à la substance da sacrecrement; mais l'usage de l'huile ou du chrême
se

pratique

pour

la solennité. Et,

en

effet,

d'abord

le sujet à

baptiser est

oint de l'huile sainte et sur la poitrine et entre les épaules,

comme

athlète de Dieu, ainsi
I,

que
ch.

le dit saint
11);

Ambroise, dans

le

livre des Sacrements (liv.

de

même

que

les

combat-

tants avaient
le dit
le

Innocent

coutume de recevoir l'onction. Ou encore, comme III dans une Décrétale, sur COnction sainte
:

sujet à baptiser est oint sur la poitrine

pour
de

qu'il reçoive le

don

de l'Esprit-Saint, quil rejette l'erreur
brasse
la

et l'ignorance, et qu'il
vit

em-

foi droite,

parce que

le

Juste

la

foi;

il

est oint enqu'il dé-

tre les épaules

afm

qu'il revête la

grâce de l'Esprit-Saint,
et

pouille la négligence et la

torpeur,

qu'il

exerce
il

les

honnes

œuvres, afin que par
pensées dans
le

le

sacrement de

la

foi

ait la

pureté des
épaules.

cœur

et la

force des travaux dans
le

les

Après

le

baptême,

comme

dit
la

Rhaban Maur,
croix sur
la tête

le

baptisé est
le

marqué
avec
le

tout de suite
saint

du signe de

par

prêtre

chrême, en

même temps que

se dit l'oraison
et

pour

({u'il soit
il

rendu participant du Royaume du Christ

que du Christ

puisse être appelé chrétien. Ou,
i),

comme
le

le dit

saint

Ambroise
la qu'il soit »

{des Sacrements, liv. III, ch.
tête,

chrême
dans sa

est

répandu sur
demandera

parce que

le

sens

du sage

est

tête, afin

prêt à rendre raison de sa foi à quiconque

le lui

L'ad tertium explique qu' « on donne

un vêtement blanc au
lO

XMI,

— Les

Sacremenls.

2^2
baptisé,

SOMME TUÉOLOGlQUR.

non pour

celte raison qu'il

ne

lui serait
la

plus permis
résurrection

d'user d'autres vêtements,

mais en signe de

glorieuse pour laquelle les

hommes
cette

sont régénérés par le bap-

tême,

et afin
le

de désigner

la

pureté de la vie qu'ils doivent garparole de l'Epître aux Rola

der après

baptême, selon
(v. 4)
:

mains, ch. VI

Marchons dans
«

nouveauté de

la

vie».
la

L'ad quartam répond que
solennité
sité

les

choses qui appartiennent à

du sacrement, bien
le

qu'elles ne soient pas de néces-

pour

sacrement, ne sont pourtant pas superflues, parce

qu'elles contribuent
dit plus

au mieux du sacrement, ainsi qu'il
l'arlicle).

a été

haut

» (au

corps de

Saint

Thomas

n'a parlé ici
Il

que des cérémonies appartenant

au baptême lui-même.
sont
tard.

en

est

un grand nombre
les

d'autres qui

comme
Saint

des préparatifs au baptême. Nous

verrons plus

Thomas

leur consacrera

(q. 71).

Ce que nous avons vu, dans
aura déjà
sufli

l'article

une question spéciale que nous venons

de

lire,

pour nous montrer l'importance des
le

considérations faites par

saint

Docteur à l'occasion des céré-

monies du baptême.
lier

Elles valent,

non plus seulement pour
la

le

baptême, mais encore pour

les autres

sacrements, en particuportée des deux

pour l'Eucharistie. On aura remarqué
de ce qui
est essentiel,

premières raisons. Si l'on se contentait, dans l'administration
des sacrements,

sans rien y

ajouter

pour frapper

les

sens et l'esprit des

hommes,

ceux-ci cour-

raient risque de se

méprendre sur
d'user,

la

grandeur des actes qui

s'accomplissent. D'autre part, rien n'est plus en
la

harmonie avec
l'esprit des
le

nature humaine, que
et leur

pour

atteindre

hommes

apprendre ce qu'il leur importe

plus de
à tous,

connaître, de signes sensibles qui soient accessibles

même

aux plus

petits,
ici

aux plus humbles, à ceux que saint
le

Thomas

désignait

sous

nom

de simplices,

les

gens simCeux-là
S'ils

ples et sans culture,

qui ne savent

même
»,

pas

lire.

n'ont point la ressource des « lettres

pour

s'instruire.
ils

n'avaient à leur disposition que des livres ou des écrits,
raient voués à

se-

une ignorance invincible. Pour
il

les

instruire se-

lon qu'il convient,

faut recourir à des signes sensibles,

à

QUESTION LXVI.
des représentations;
sait ici saint
«

DU SACREMENT DE BAPTEME.
»,

2^3

par exemple, à des peintures
« et autres choses de ce
et si

nous
».

di-

Thomas,

genre

C'est
sortie

de ce principe fécond

profondément humain qu'est
les

l'incomparable floraison de chefs-d'œuvre, dans toutes
ches de

bran-

l'art, qui fera l'éternelle gloire de l'Église catholique.

C'est parce

que

l'Église avait,
l'art,

dans son sensje plus profond,
si

la

raison vraie de

qu'elle a su

bien inspirer
Il

les artistes.

Tout
plir.

artiste est apôtre à sa
Il

manière.

a

une mission

à

rem-

doit instruire, façonner les intelligences,

en prenant

par

les

sens ceux que les vérités trop abstraites ne parvien-

draient pas à émouvoir.

Du même

principe est sortie toute la

splendeur du culte catholique dans l'administration des sacrements. Pour avoir

méconnu

ce principe, les protestants

ont

brisé avec l'Église et se sont renfermés dans ce quelque chose

de glacial

et

d'antihum.ain que n'arrive pas à rendre viable
ce qu'ils ont encore gardé,
l'Église,

parmi

les

hommes

malgré eux, des

anciennes pratiques de
toute de bouderie

dans l'exercice d'une religion
».

ou de

« protestation

Outre

le

baptême proprement
parle

dit,

ou

le

baptême d'eau,

il

y

a encore, dans l'Église catholique, d'autres acceptions

du mot

baptême.

fréquemment et couramment, dans l'Église, de deux autres baptêmes le baptême de désir ou de flamme; et le baptême de sang. Que penser de ces diverses acceptions du mot baptême. Sont-elles légitimes? A supposer que les trois
:

On

acceptions soient légitimes, quel sera, de ces trois sortes de

baptême, celui qui l'emportera en dignité, en excellence? C'est
l'objet des

deux

articles

qui vont suivre. D'abord,

le

premier

point.

Article XI.
Si c'est à propos qu'on parle de trois
d'eau, de sang, et de

baptêmes savoir flamme?
;

:

Trois objections veulent prouver que

«

ce n'est
:

pointa prode sang
et

pos qu'on parle de

trois

baptêmes; savoir

d'eau,

l[\k

SOMME THÉOLOGIQUE.
».

de flamme, c'est-à-dire de l'Esprit-Saint

La première

ar5)
:

guë de ce que « l'Apôtre dit, aux Éphéslens, ch. iv (v, Une seule Joi, un seul baptême. Or, il n'est qu'une seule

foi.

ne doit pas y avoir trois baptêmes ». La seconde objection fait observer que « le baptême est un certain sacreil

Donc

ment,
art. i).

comme on
Or, seul
le

le

voit par ce qui a été dit plus haut (q. 65,
est

baptême d'eau
ce

un sacrement. Donc
».

il

n'y

a pas à parler des

deux autres baptêmes
que
«

La troisième obli-

jection en appelle à

saint Jean

Damascène, au

vre IV (ch.

ix),

assigne plusieurs autres genres de baptêmes.
».

Donc
tre

il

n'y a pas à parler seulement de trois baptêmes
«

L'argument sed contra déclare que
aux Hébreux, ch.
:

sur cette parole de l'Épîla

vi

(v.

2)

:

la

doctrine des baptêmes,
le

glose dit

V Apôtre parle au pluriel; parce qu'il y a

baptême

d'eau, de pénitence, et de sang ».

Au
le

corps de

l'article, saint

Thomas
i*"";

rappelle que «

comme

il

a été dit plus haut (art. 2, ad

art. 9,

ad

i""*;

q. 62, art. 5),

baptême d'eau
de
la

tire

son

efficacité
le

de

la

Passion du Christ, à
;

laquelle on est configuré par

baptême

et,

plus

encore,

comme
l'effet

première cause, de l'Esprit-Saint. Or, bien que
la

dépende de
l'effet et
l'effet

première cause, cependant
lui. Il suit

la

cause dé-

passe

ne dépend pas

de

qu'un sujet peut

du sacrement, de la Passion du Christ, en tant qu'il est rendu conforme à cette Passion en souffrant pour le Christ. Et, aussi bien, il est dit, dans VApocalypse, ch. vu
recevoir
(v. i4)
et
:

Ceux-là sont ceux qui sont venus de

la

grande tribulation
le

ont lavé leurs robes et les ont rendues toutes blanches dans
la

sang de l'Agneau. Par

même

raison,

du baptême par
le

la

vertu de l'Esprit-Saint,
le

un sujet reçoit l'effet non seulement sans
:

baptême d'eau, mais aussi sans

baptême de sang
fait

en ce

sens que son

cœur

est

par l'Eprit-Saint à croire,

et à

aimer

Dieu,
aussi

et à se

repentir de ses péchés; ce qui
pénitence. C'est de ce
/j).

que

l'on parle

du baptême de
s'il

baptême
les
le

qu'il est dit,

dans
dans

Isaïe, ch. iv (v.

Si

le

Seigneur lave

souillures des

fdles de Sion, et
l'esprit

lave

du
et

milieu d'elle
l'esprit

sang de Jérusalem,
Ainsi donc cha-

du jugement

dans

du

zèle.

cun des deux autres baptêmes

est

appelé baptême pour autant

QUESTION LXVI.
qu'il supplée le


et

DU SACREMENT DE BAPTEME.

245

baptême

en tient lieu. Aussi bien saint Auxxii)
:

gustin

dit,

au livre IV De l'unique baptême des enfants (ch.
la

Que

parjois la passion ou

souffrance tienne lieu

du baptême,

le

bienheureux Cyprien en

tire

un argument qui
il

n'est point faible,

de

ce larron à qui, sans être baptisé,

fut
le

dit

:

Aujourd'hui

tu seras

avec moi dans

le

Paradis. Et plus je

considère, Je trouve que

non seulement

la

passion subie pour

le

Christ peut suppléer à ce qui
la

manquerait du baptême, mais

même
»

foi

et

la

conversion du

cœur, quand peut-être
de célébrer
le

les dijficultés

du temps ne permettent pas
son
les

mystère du baptême

On

aura remarqué ce beau texte de saint Augustin,
la foi, il

oij,

génie s'appliquant aux choses de

découvre, dans

données de l'Écriture ou dans
d'autres saints

les

observations déjà faites par

Docteurs,

des aperçus

nouveaux dont

il

ne
ve-

craint pas d'enrichir le trésor

commun

des conclusions théo-

logiques. Mais, dans l'article de saint

Thomas que nous
la

nons de

lire,

nous remarquerons aussi
fait aller

note distinctive de

son propre génie, qui lui

chercher, au plus intime

des données du problème en question, la raison souveraine où
se

résolvent, en pleine clarté,
Il

les

difficultés
le

qu'il

s'agissait

d'écarter.

fallait,

ici,

découvrir

rapport, le lien intime
si

qui unissait entre eux les trois termes, en apparence

impro-

portionnés, que cependant l'Église catholique rapprochait et
unissait sous le
eau,

nom commun
désir. Saint
et,

et

identique de baptême
jette sur ces trois

:


si

sang,

Thomas
il

termes

son regard profond,

aussitôt,

découvre une raison
en demeure

lumineuse
ébloui.

et

d'un

tel

éclat

que
:

l'esprit

comme
le

Eau


du

sang
si

désir

D'où vient que, dans
lui

baptême, l'eau a une
sang, du sang
n'est,

admirable vertu.^ Cela

vient

du
le

Christ. Mais le sang
la

du

Christ, lui-même,

au fond, qu'un instrument. Et
tire sa vertu, c'est

cause première d'où

sang
et
la

l'Amour, l'Amour substantiel du Père
la

du

Fils, si

bien exprimé par
raison

llamme du

désir. Et voilà

raison profonde, la

toute d'harmonies, qui a fait
le

juxtaposer,
trois termes,

par l'Église, sous
si

même nom
:

de baptême, ces
l'eau, le sang, le

disparates au premier abord

désir. C'est qu'en effet, dès là

que

ces trois termes sont entre

2 46

SOMME THÉOLOGIQUE.
le

eux dans

rapport que nous venons de dire,
suit,

comme

ce qui
il

précède ne dépend pas de ce qui
résulte de toute nécessité

mais inversement,

en

que

le

sang du Christ pourra ne pas
effet;

dépendre de
pelle le sang

l'eau,

pour produire son

et

l'Esprit-Saint

aussi pourra ne pas river son action au sang versé qui rap-

du Christ. Et voilà pourquoi l'effet que devait produire le baptême d'eau pourra, en certains cas, être obtenu sans l'eau, par le baptême de sang; et, pareillement, sans le baptême de sang, par le baptême de flamme ou d'amour. Et
c'est à

cause de cela, à cause de

l'effet

identique pouvant être

produit par ces trois modes divers, qu'ils portent tous trois

un même nom
lée

:

le

nom
et

de baptême.
est

La raison que nous
pulcher-

venons de souligner
par Tolet
».
:

qui

l'âme de ce bel article est appe:

egregia. Le cardinal Billot l'appelle

rima

L'ad primum déclare que
inclus dans
le

«

les

deux autres baptêmes sont
tire

baptême

d'eau,

qui

son

efficacité

de

la là

Passion du Christ et de l'Esprit-Saint. Et, aussi bien, par
n'est point enlevée l'unité

du baptême

».

Ces trois baptêmes

n'en font qu'un, parce qu'ils sont ordonnés entre eux et se

supposent. Dans
tres,

le

baptême d'eau sont compris
dans

les

deux au-

comme

la

cause est comprise

l'effet,

ou

plutôt

l'agent principal dans l'instrument.

L'ad secundiim rappelle que
(q. 60, art.
i), le

«

comme
le

il

a été dit plus

haut

sacrement a
«

la

raison de signe. Or, les deux

autres

«

baptêmes
la raison

conviennent avec

baptême d'eau, non
l'effet

quant à
Il

de signe, mais quant à

du baptême.

suit de là qu'ils ne sont pas des

sacrements

».

L'ad terlium répond que
certains

«

saint Jean
le

baptêmes

figuratifs.

— Tel,

Damascène parle de déluge, qui fut un signe

de notre baptême, quant au salut des fidèles dans l'Eglise,

comme

alors un petit

nombre d'âmes Jurent sauvées dans V arche,
la

ainsi qu'il est dit

dans
11

première épître de saint Pierre,

ch. ni (v.

20).

parle aussi

du passage de
la

la

mer Rouge,
la servi-

qui signifie notre baptême, quant à

délivrance de

tude du péché; ce qui
épître

fait

dire à l'Apôtre, dans la première
2)

aux Corinthiens

,

ch. x (v.

que

tous furent baptisés

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTÊME.

2^7

dans

la

nuée

et

dans

la

mer.

— De

même,

il

parle des ablations

diverses qui se faisaient dans l'ancienne

loi,

figurant à l'avance

notre baptême, quant à la purification des péchés.
parle

Enfin,

il

du baptême de
».

Jean, qui fut le rite préparatoire à notre

baptême

Nous pouvons, en toute
d'eau, de sang, de désir.

vérité, distinguer trois

baptêmes

:

Non

pas qu'il y

ait trois

sacrements

de baptême. Seul,

le

baptême d'eau doit
il

être

appelé sacrepossible de le

ment. Mais, à son défaut, quand
recevoir,
l'effet

n'est pas

du sacrement peut être obtenu, soit par le fait de donner son sang pour Jésus-Christ, soit encore par un vif sentiment d'amour et de repentir. De ces trois sortes de baptême, quel est celui qui doit être tenu pour le plus excellent. Est-ce le baptême d'eau; est-ce le baptême de désir; est-ce

le

baptême de sang? Saint Thomas va nous répondre
qui
suit, le

à l'ar-

ticle

dernier de

la

présente question.

Article XII.
Si le

baptême de sang

est le plus excellent

parmi

les trois

baptêmes?

Trois objections veulent prouver que
n'est pas le plus excellent

«

le

baptême de sang
».

parmi

les trois

baptêmes


La

première déclare que
tère; ce

«

le

que ne

fait

point

baptême d'eau imprime un caracle baptême de sang. Donc le bap« le
»

tême de sang
sans
rité.
le

n'est pas meilleur

seconde objection dit que

baptême de flamme
lisons, en effet,
XIII (v. 3)
:

que le baptême d'eau ». La baptême de sang ne vaut pas ou de désir « qui est par la chala

Nous

dans

première Épître aux Corincorps au point de
briller,

thiens, ch.
et

Si je livre

mon

que Je n'aie point

la charité, cela

ne

me

sert à rien.

Le bap-

tême de flamme, au contraire, vaut sans le baptême de sang; car il n'y a pas que les seuls martyrs à être sauvés. Donc le

baptême de sang

n'est pas le plus excellent ».

La troisième

2/48

SOMME THÉOLOGIQUE.
fait

objection
elTicacité

observer que «

comme

le

baptême d'eau

tire

son

de

la

Passion du Christ, à laquelle, selon qu'il a été

dit (art. précéd.),

répond

le

baptême de sang, de
(v.

même

la Pas-

sion

du Christ

tire sa

vertu de l'Esprit-Saint, selon cette parole
i[\)
:

de l'Epître aux Hébreux, ch. ix

Le sang du Christ qui,

par r Esprit-Saint,
l'emporte sur

s'est offert

Lui-même pour nous, purifiera nos

consciences des œuvres de mort, etc.
le

Donc
Et,
».

le

baptême de flamme
le

baptême de sang.
le

par suite,

baptême

de sang n'est pas

plus excellent
est

L'argument sed contra
qui,
«

un

texte de

« saint

Augustin

»,

dans son épître à Fortanat {Des dogmes de r Église,

ch. xLi,

parmi

les

Œuvres de
les

saint Augustin), parlant de la
:

comparaison
devant
le

des

baptêmes, dit

Le baptisé confesse sa
le

foi

prêtre;

martyrs, devant

persécuteur.
celui-ci,

Celui-là,

après qu'il a conjessésajoi, est aspergé d'eau;

de sang.

Le premier, par
Saint;
le

l'imposition de la
le

main du Pontife,

reçoit l'Esprit».

second, devient
l'article,

temple de l'Esprit-Saint
saint

Au
pour
fet

corps de

Thomas s'appuyant
redit

sur

la

doc-

trine de l'article précédent,
le Christ, et

nous

que

«

l'effusion

du sang

l'opération intérieure de l'Esprit-Saint sont

appelées du

nom
la

de baptêmes, en tant qu'elles produisent

l'ef-

du baptême
de

d'eau. D'autre part, le

baptême d'eau

tire

son

efficacité

Passion du Christ

et

de l'Esprit-Saint, ainsi

qu'il a été dit (au

même
trois

art. précéd.).

Ces deux causes agis-

sent en

chacun des

baptêmes
le

;

mais d'une manière sou-

verainement excellente dans

tême d'eau, en

effet, la

baptême de sang. Dans le bapPassion du Christ opère par une cer;

taine représentation figurative

dans

le

baptême de flamme
affectif;

ou de pénitence, par un certain mouvement
le

mais, dans

baptême de sang, par l'imitation de

l'acte

accompli. De
le

même,

aussi, la vertu de l'Esprit-Saint opère

dans

baptême

d'eau, par

baptême de pénitence, par une certaine commotion du cœur; mais, dans le baptême de sang, par la plus excellente ferveur de la dilection
latente
;

une certaine vertu

dans

le

et

de l'affection, selon cette parole que nous lisons en saint
(v.

Jean, ch. xv
a,

i3)

:

Une plus grande
».

dilection,

personne n'en

que de donner sa vie pour ses amis

QUESTION LXVI.

DU SACREMENT DE BAPTEME.

249

Les trois baptêmes, d'eau, de sang, de flamme ou de désir,
portent
le

nom commun

de baptême, en raison du
trois.

même
le

effet

de sanctification qu'ils produisent tous

Par conséquent,
produira
plus

celui-là sera, des trois, le plus excellent, qui

efficacement cet
à

effet.

Et parce que les deux causes ordonnées
le

produire cet

effet,

qui se retrouvent d'ailleurs dans
Passion du Christ et
la

bap-

tême d'eau, savoir
dans

la

vertu de l'Esprit-

Saint, agissent dans des conditions particulièrement excellentes
le

baptême de sang,
pour
le

il

sensuit que

le

baptême de sang
conclusion qui

doit être tenu

plus excellent parmi ces trois baptêmes.
la

Vad
par
le

prinuini précise encore

portée de

la

est celle

de

l'article.

L'objection parlait du caractère produit
et

baptême d'eau
»

non par
«

les autres

baptêmes. Mais

« le

caractère est

tout
le

ensemble

chose

et

sacrement. Or, nous

ne disons pas que
la raison

baptême de sang

ait la

prééminence selon

de sacrement. C'est quant à

l'effet

du sacrement

»,

que nous parlons de prééminence pour
raison

lui,

L'ad seciindam déclare que « l'effusion du sang n'a pas la

que

le

sir, et

du baptême, si elle est sans la charité. Par où l'on voit baptême de sang inclut le baptême de flamme ou de dénon inversement. Et pour autant, il est démontré plus
».

parfait

Vad

terlliim

répond que

« le

baptême de sang
la

a la

préémi-

nence, non pas seulement du côté de

Passion du Christ,
a été dit
»

mais aussi du côté de l'Esprit-Saint, ainsi qu'il
corps de
l'article).

(au

Le baptême est une ablution instituée par

le

Christ au
le

mo-

ment où

Il

fut

lui-même baptisé par Jean dans
la

Jourdain.

Cette ablution doit se faire avec de l'eau et de l'eau naturelle,

en prononçant

formule empruntée par l'Église aux paroles
II

du Christ quand
du Père
et

dit

aux Apôtres
dans

:

Baptisez les nalions au
;

nom

du

Fils et

du Saint-Esprit
ses
(ju'il

formule qui doit être

conservée

telle quelle,

éléments essentiels, sous peine
y ait cela, c'est-à-dire ablution
la

d'invalidité. Mais,
faite

pourvu

avec de l'eau naturelle en prononçant
la validité,

formule,
se

il

n'est

point nécessaire, pour

que l'ablution

fasse

en

25o
telle

SOMME THÉOLOGIQUE.

ou

telle

manière, par immersion par exemple, ni qu'elle
fois.

se fasse

par trois
il

D'autant plus que, relativement à ce der-

nier point,

faudrait bien éviter de

tomber dans

l'erreur de

ceux qui croiraient pouvoir
ne se donne qu'une

réitérer le

baptême. Le baptême
il

fois. Il se

donne, quand

s'agit

du bapet

tême solennel, avec des cérémonies que l'Église a instituées,
afin

qu'on comprenne mieux l'importance de ce sacrement,

aussi afin que, par ces choses sensibles, les
truits des vérités qu'ils

hommes
et

soient ins-

doivent connaître. Cette ablution saqui constitue ce

cramentelle dont nous venons de parler

qu'on appelle
appelle

le

baptême d'eau peut
et le

être suppléée et se trouve

suppléée parfois, relativement à
le

l'effet

à produire, par ce qu'on
désir. Et

baptême de sang
le

baptême de

même,

relativement toujours à cet

effet à

produire, l'ablution sacra-

mentelle ou

baptême d'eau aurait une excellence moindre
C'est qu'en effet, les

que

le

baptême de sang.
et l'action

deux causes aux-

quelles le

baptême d'eau doit toute
le

sa vertu, savoir la Passion

du Christ

de l'Esprit-Saint, s'exercent d'une façon

particulièrement intense dans

baptême de sang.

ture.

Nous avons vu ce qui a trait au baptême lui-même, à sa naIl nous faut maintenant nous enquérir des ministres »,
((

c'est-à-dire de

ceux
».

«

à qui

il

appartfent de donner

le

sacre-

ment de baptême

C'est l'objet de la question suivante.

QUESTION LXVII
DES MINISTRES QUI DONNENT LE SA.GREMENT DE BAPTÊME

Cette question

•2°

comprend

huit articles

:

Si c'est

au diacre

qu'il appartient

de baptiser?

Si cela

appartient au prêtre, ou seulement à l'évèque?

3" Si A" Si
5° Si

6" Si

un laïque peut conférer le sacrement de baptême? une femme peut le faire? un non-baptisé peut baptiser? plusieurs peuvent ensemble baptiser un seul et même
nécessaire qu'il y ait quelqu'un qui reçoive au sortir du bain sacré?
le

sujet?

7° S'il est

baptisé

8" Si celui

qui reçoit quelqu'un au sortir du bain sacré de l'instruire?

est obligé

Dans
nistre

les six

premiers
dit;

articles,

saint

Thomas

traite

du miest,

proprement
la
il

dans

les

deux derniers, de
;

ce qui
:

pour
rain

ainsi dire, le

complément du ministre

à savoir

du parait

ou de
dit,

marraine.

Relativement au ministre propreà

ment

s'en

occupe d'abord,

supposer qu'il n'y en
articles.
Il

qu'un. C'est l'objet des cinq premiers
ensuite,

se

demande

s'il peut y en avoir plusieurs ensemble (art. 6). supposer qu'il n'y en ait qu'un, il cherche quel il peut

—A
être.

D'abord, parmi
aaticles.
(art. 5).

les chrétiens. C'est l'objet

des quatre premiers

Puis,

parmi les non chrétiens, parmi les païens Parmi les chrétiens, d'abord à le prendre parmi les
i-3)
;

hommes
hommes,
sont dans

(art.

ensuite,

si

la

femme peut
le

être ministre

dans ce sacrement
saint
les
3).

(art. 4)-

A prendre

ministre parmi les

Thomas

s'occupe en premier lieu, de ceux qui
(art.

ordres sacrés

1,2); puis, des simples

laï-

ques

(art.


et

La question relative aux ordres sacrés

se dé-

double encore

forme

l'objet des

deux premiers

articles.


le

Dans

le

premier, saint

Thomas

s'occupe des diacres; dans

202

SOMME THÉOLOGIQUE.
il

second,

s'occupe des prêtres.

On

se

demandera

peut-être

pourquoi saint ïliomas couinnence par s'occuper des diacres;
et,

ensuite, des prêtres;

— alors que nous le voyons,
il

dans tout

le reste

de

la

question, aller en descendant et procéder du plus
aurait

au moins. C'est que, relativement au baptême,
paraître,
cle,

pu

comme
le

en témoignent

les

objections

du premier

arti-

que

ministre ordinaire et tout premier de ce sacrement

était le diacre. Et voilà
la

pourquoi saint Thomas aborde de suite
si,

question de savoir,

en

effet,

il

appartient au diacre de

baptiser,

comme

au ministre par excellence de ce sacrement.

Venons

à la lettre

du

saint Docteur.

Article Premier.
S'il

appartient à

l'office

du diacre de baptiser?

Trois objections veulent prouver qu' « à

l'office fait

du diacre

il

appartient de baptiser
« c'est

».

La première

observer que

ensemble que

le

Seigneur enjoint

l'office

de prêcher

et

de baptiser; selon ce texte de saint Matthieu, chapitre dernier
(v.

ig)

:

Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant, etc. Or,

à l'office

du diacre

il

appartient d'évangéliser.

Donc

il

semble

du diacre il appartient de baptiser ». La seconde objection dit que « selon saint Denys,au chapitre v
qu'également à
de
l'office

la

Hiérarchie ecclésiastique,

l'acte

de purifier appartient à

l'office

du

diacre. Or, la purification des péchés se fait surtout
celte

par

le

baptême; selon
:

parole de l'Épître aux Éphésiens,

La purifiant par le bain de Veau dans la parole de vie. Donc il semble que baptiser appartient au diacre ». La troisième objection déclare qu' « on lit, au sujet du bienheureux Laurent, qu'étant diacre, lui-même baptisait beaucoup de monde. Donc il semble qu'il appartient aux diacres de baptich. V (v. 26)

ser

».

L'argument sed contra
est « dit, et

est le texte

de

«

Gélase, pape »,
dist.

il

on
les

le

trouve dans les Décrets,

XCIII

:

Nous

voulons que

diacres restent dans leurs propres limites. Et, plus

Q, LXVII.

DES MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTEME.

253

loin

:

Sans

te

prêtre ou Vévêqiie, quits riaient point l'audace de
ta

baptiser, à
sité

moins que, ces ordres supérieurs étant absents,
».

néces-

extrême n'y oblige
corps de

Au
noms
chap.

l'article, saint

Thomas répond que
et leurs offices se

«

comme
au
des

les propriétés des

Ordres célestes

tirent des

qui
VII

les
la

désignent, ainsi

que

le

dit

saint Denys,

de

Hiérarchie céleste; de

même

aussi les

noms
se

Ordres ecclésiastiques peuvent nous apprendre ce qui appartient à

chaque Ordre.

Et,

précisément,

les diacres

disent

comme synonymes

de ministres. Ce qui veut dire qu'il n'ap-

partient pas aux diacres de

donner

à titre principal et

comme

en vertu de leur office propre quelque sacrement, mais de prêter leur

ministère aux autres Ordres plus élevés dans l'admiil

nistration des sacrements. Et, par suite,

n'appartient pas au
le sa-

diacre

comme

en vertu de son

office

propre de donner

crement de baptême; mais
de
les servir

d'assister les

Ordres supérieurs

et

dans

la

collation de ce sacrement et des autres.
:

Aussi bien saint Isidore dit (épître à Ludifred)

Il

appartient

au diacre
fait

d'assister les prêtres et de les servir en tout ce
les

qui se
la

dans

sacrements du Christ, dans
la

le

baptême, dans

confirmation, dans
l'Eucharistie.

patène et

le

calice », c'est-à-dire

dans

Par rapport aux actes hiérarchiques dans
cres,

l'Église, les

dia/;?/-

comme

leur

nom

l'indique, ont

simplement raison de
le

nistres

ou de servants; de ministres, non point proprement eu
l'effet

égard à

du sacrement;

car,

en ce sens,

prêtre

et l'évê-

que lui-même ne sont que des ministres; mais ministres par
rapport au
C'est-à-dire
fait

d'administrer ou de conférer
ce n'est point à
office,

les

sacrements.

que

eux

qu'il appartient, en proles

pre

et

en raison de leur

d'administrer

sacrements;

mais

qu'ils doivent

simplement remplir
et
le

à ce sujet l'office de

diacres

ou d'assistants

de ministres secondaires du ministre
prêtre.

principal qui seia soit l'évêquc, soit

L'ad primuiti formule une distinction qui doit être soigneu-

sement notée, entre
au diacre de réciter

la

catéchèse, ou

la

simple inslruction caIl

léchistique, et la grande exposition doctrinale. «
»

appartient

ou de

lire et

de chanter

«

l'Évangile dans

25/li

SOMME THÉOLOGÎQUR,
de
le

l'Église, et
et aussi les

prêcher par

mode
il

d'instruction catéchistique
les les

;

bien saint Denys dit que

diacres ont leur office sur

impurs, parmi lesquels

met

catéchumènes. Mais en-

seigner, c'est-à-dire exposer l'Evangile appartient en propre à

révêque,dont

l'acte est

»

non pas âe
la

purifier,
«

comme

le diacre,

ou

d'illuminer,

comme

le prêtre,

mais

de parfaire, selon saint
la

Denys, au chapitre v de

Hiérarchie céleste; et parfaire est
Il

même
ser
».

chose qu'enseigner.
a

ne suit donc pas

»

du

texte cité

par l'objection,

qu'aux diacres appartienne
observer que «

l'office

de bapti-

Vad secundam
au chapitre
ii

fait

comme

le dit

saint Denys,
n'a pas

de

la

Hiérarchie ecclésiastique,
il

le

baptême

seulement

la

vertu de purifier;
il

a aussi la vertu d'illuminer.

Et c'est pourquoi
tient

dépasse

l'office

du

diacre, auquel
les
».

il

apparsoit

seulement de purifier,
disposant à
la

soit

en repoussant

impurs,

en

les

réception des sacrements
«

L'ad teriium dit que

parce que

le

baptême

est

un sacrement
la

de toute nécessité,
sité

il

est

permis aux diacres, lorsque

néces-

presse en l'absence des
le voit

Ordres supérieurs, de baptiser;

comme on

par l'autorité du pape Gélase, citée plus haut
le

(dans l'argument sed contra). Et c'est ainsi que

bienheureux

Laurent, étant diacre, donna

le

baptême

».

En

ce qui est

du baptême,
Il

le

diacre n'a pas
le

le

pouvoir ordile

naire de le conférer.

n'a

que

pouvoir de

conférer en
et

sous-ordre,

si

l'on

peut ainsi dire, ou

comme

délégué

au dé-

faut de ceux qui ont le pouvoir direct et ordinaire de baptiser.

— Mais
Saint

quels sont ceux qui ont ce pouvoir. Sont-ce les prê-

tres? Sont-ce les évêques?

Thomas

va nous répondre à l'article qui suit.

255

Article

II.

Si baptiser appartient à l'office des prêtres

ou seulement des évêques?

Trois objections veulent prouver que

«

baptiser n'appartient
».

pas à

l'office

des prêtres, mais seulement des évêques
<(

La

première rappelle que
q. 66, art. 5, arg. 2),

comme il a été dit (art.précéd., arg. i; sous un même précepte, est enjoint, au
(v.

chapitre dernier de saint Matthieu
et

10), l'office
la

d'enseigner

de baptiser. Or, enseigner, qui est
appartient à
l'office

fciire,

de l'évêque;

même chose que parcomme on le voit par
Donc
».

saint Denys, ch. v et vi de la Hiérarchie ecclésiastique.

baptiser aussi appartient seulement à l'office de l'évêque

La seconde objection déclare que
est

«

par
;

le

baptême, un sujet dans une

mis au nombre du peuple chrétien
l'office

chose qui ne semble
»,

appartenir qu'à
((

du

seul prince

société.

Or, les évêques ont le rôle de prince, dans l'Église,
est dit

comme
tiennent

il

dans
Vous

la

glose sur saint Luc, ch. x (v.
il

i); ils

aussi la place des Apôtres, dont
V.

est dit,

dans

le

17)

:

les

consiilaerez princes sur toute la

psaume (xliv, terre. Donc il

semble que baptiser appartient seulement

à l'office de l'évê-

que

».

La troisième objection apporte un texte de « saint
il

Isidore », 011

est « dit

(dans sonépître à Ludifred) qu'à
,

l'évê-

que appartient
la

la

consécration des basiliques, l'onction de
:

l'autel,

confection du chrême

c'est lui qui distribue les

ordres ecclé-

siastiques et

qui bénit les vierges saintes. Or, le sacrement de

baptême
baptiser

est

plus grand que toutes ces choses.
il

Donc

il

semble

qu'à plus forte raison
».

appartient à

l'office

du

seul évêque de

L'argument sed contra
qui
n. 9)
tres »
«
:

cite

un autre

texte de « saint Isidore
(liv. II,

»

s'exprime ainsi, dans
//

le livre

Des offices

ch. xxv,

est constant

que

le

baptême a été confié aux seuls prê-

Au

corps de

l'article, saint

Thomas répond que

«

les prêtres

256
sont consacrés à cette

SOMME THEOLOGIQUE.
fin,

pour

qu'ils produisent le

sacrement

du corps du Christ
plus haut
(q.

», art.

ou
3).

l'Eucharistie, « ainsi qu'il a été dit

65,

D'autre part,

l'Eucharistie est

le

sacrement de l'unité de

l'Eglise », corps

mystique du Christ;
première épître aux

« selon cette parole de l'Apôtre,

dans

la

Corinthiens, ch. x (v, 17)

:

Bien que plusieurs, nous ne formons

qu'un pain
et

et

un corps, nous tous qui participons à un seul pain
Or, par
le
»

à une seule coupe.

baptême, un sujet devient
:

participant de l'unité de l'Eglise

il

est

incorporé au corps
l'Église;
il

mystique du Christ;
est

il

fait partie

du corps de
il

en

un membre;

u et,

aussi bien,
Il

reçoit le droit d'approcher

de la table du Seigneur.

suit

de

que

comme
le

il

appartient

au prêtre de consacrer l'Eucharistie, à quoi
principalement ordonné, de
pre du prêtre de baptiser.

sacerdoce est
l'office

même
voit,

il

appartient à

pro-

On
ici

en

effet,

qu'il appartient
le

au

même
».

de produire

le

tout et de disposer la partie dans

tout

Le rapport signalé
réel

par saint

Thomas

entre le corps

du Christ
par
la

par l'action du prêtre,

devenu présent sous les voiles du sacrement et le corps mystique du Christ formé
fidèles

réunion des

admis

à la participation des sacrele

ments, en raison

même

de leur incorporation, par
est

baptême,

à ce corps mystique

du Christ
dans
la

un point de doctrine qui
article,

joue un très grand rôle dans l'enseignement du saint Docteur.

On

aura

remarqué,

conclusion du présent
est étroit.

combien, pour saint Thomas, ce rapport

Ne

dirait-

on pas que

les

deux corps n'en font plus qu'un, puisqu'aussi
conclut à
la

bien de l'action du prêtre sur la totalité du corps du Christ

réellement présent dans l'Eucharistie,

il

légiti-

mité

et à

l'harmonie de l'action du prêtre sur
les fidèles

les parties

du

corps du Christ formé par

que

les

sacrements incor-

porent au corps mystique.

Vad
rêt

prinium formule un enseignement du plus haut inté-

pour apprécier

comme
que

il

convient

les

divers aspects
11

du

rôle des ministres
le

du Christ dans

l'Église.

est vrai,

comme
celui

notait l'objection,
et celui

« l'un et l'autre office, savoir
le

de baptiser

d'enseigner, fut enjoint, par

Seigneur,

aux Apôtres, dont

les

évêques tiennent

la place.

Mais ce ne fut

Q. tXVllI.

t)ES

MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTEME.
effet,

2^J
leur

point de la

même

manière. L'office d'enseigner, en
Christ, de

fat confié par le

manière

à ce qu'ils l'exerçassent

par eux-mêmes,
lence;
et,

comme
:

étant leur office principal par excel-

aussi bien, les Apôtres
Il

eux-mêmes

dirent, dans les
laissions la parole

Actes, ch. VI (v. 2)

n'est

pas juste que nous
table. L'office

de Dieu,

et

que nous servions à

de baptiser, au

contraire,

Il le

confia aux Apôtres
fait

pour

qu'ils l'exerçassent

par d'autres; ce qui
tre

dire à l'Apôtre, dans la première épîi

aux Corinthiens, ch.

(v.

17)

:

Le Christ ne m'a pas envoyé
»,

baptiser,
«

mais évangéliser. Et cela
l'acte

explique saint Thomas,
le

parce que, dans

de baptiser,
ils

mérite
si

et

la

sagesse

n'ont aucune action

comme
2"'"
;

l'ont »,

grande, «

dans

l'acte d'enseigner, ainsi qu'il ressort de ce qui a été dit plus

haut

(q. 64, art.

1,

ad

art. 5

et 9). Et,

en signe de cela,

aussi, le Seigneur Lui-même ne baptisa point, mais ses disciTouteples, comme il est dit en saint Jean, ch. iv (v. 2).

fois,

il

n'est point exclu, par
la

là,

que

les

évêques puissent
la

baptiser; car ce que peut

puissance inférieure,

puissance

supérieure
endroit
(v.

le

peut aussi. Et, aussi bien,
16), dit qu'il

l'Apôtre, au

même
».

t4,

en a baptisé quelques-uns
ici

Quelle haute idée saint
tion, et,

Thomas nous donne

de

la

prédica-

en général, du ministère de la parole sacrée ou de l'enseignement de la doctrine. 11 le proclame l'office principal
par excellence
et

qui appartient en propre aux évêques, suc:

cesseurs des Apôtres

ils

doivent l'exercer par eux-mêmes.

Telle est la volonté formelle
misit eis Christ us ut ipsi

du Christ

:

Officium docendi coni-

tamquam principalissimum. Il faudrait lire ici tout le passage du livre des Actes, auquel se réfère saint Thomas, où les Apôtres eux-mêmes
perse
illud exercèrent,

déclarent qu'il ne leur convient pas de laisser
la parole,

le

ministère de

pour vaquer

à d'autres ministères

moins importants.
ministère de
la
la

La raison de

la différence

établie

entre

le

parole et l'administration des

sacrements, saint

Thomas
:

formule en deux mots qu'on ne saurait trop retenir
baptisando nihil operatur meritum
et

quia in

sapientia ministri, sicut in

docendo. Le mérite et la sagesse, la science et la vertu,

voilà

donc

les

deux choses qui seules peuvent donner à

la

parole de
ï7

XVII.

— Les

Sacrements.

258

SOMMIÎ THÉOLOGIQOË.

celui qui enseigne, dans l'ordre de la doctrine sacrée, sa pleine
et entière elTicacité

sur les âmes.

Vad secundum
la
fin

précise excellemment la conclusion
l'article

donnée

à

du corps de
le

il

était parlé
le

de

la

disposition

des parties dans
«

tout que

forme

corps mystique du Christ,

» bien ordonnée, « les Dans rôles moindres appartiennent aux offices moindres, et les plus grands rôles sont réservés aux offices supérieurs; selon cette

toute

»

société

ou

«

république

parole âeVExode, ch.xviii
important,
ils

(v.
;

22)
et

te le
Il

remettront

Tout ce qu'il y aura de plus eux Jugeront seulement les ajjai:

res moindres.

suit de là qu'il appartient
le petit

aux chefs inférieurs

dans

la cité

de disposer

peuple

;

tandis qu'il appartient

et

aux chefs suprêmes de disposer en ce qui touche aux notables aux grands de la cité. Or, par le baptême, un sujet n'ob-

tient

que

le

rang infime dans

le

peuple chrétien. De
chefs

là vient

que

l'office

de baptiser appartient aux

inférieurs
la

de

l'Église,

c'est-à-dire

aux

prêtres,

qui tiennent

place des
glose sur
et n'est

soixante-douze disciples du Christ,
saint Luc, ch. x
»

comme

le dit la

(endroit précité dans l'objection),

pas réservé

aux chefs ou princes supérieurs, que sont que

les

évêques. successeurs des Apôtres.

Vad
haut
(q.

tertium fait observer
65,
art.
3),

«

comme

il

a

été

dit

plus

le

sacrement de baptême l'emporte, en
il

raison de la nécessité; mais, quant à la perfection,
tres

y a d'au-

choses qui l'emportent, lesquelles choses sont réservées
».

aux évêques

A

considérer

les

hommes

constitués dans les Ordres sacrés,

ce sont les prêtres qui doivent être tenus

pour

les

ministres

ordinaires et officiels du sacrement de baptême. L'administration de ce sacrement rentre, de soi, dans ce qui constitue

leur office propre.


le

Mais

faut-il

entendre cette conclusion

d'une façon
être délégués

telle,

que nul

autre,

en deçà ou au-dessous des

prêtres dans l'Église, à l'exception des seuls diacres

pouvant
le

par

prêtre, selon qu'il a été dit,

— n'aurait

droit

ou

le

pouvoir de baptiser. C'est ce qu'il nous faut main-

tenant examiner.

Et, d'abord,

nous nous demanderons

si

Q. Llï^Vn.

— DES MINISTRES

DU SACREMENT DE BAPTÊME.

269

les

laïques, c'est-à-dire les

hommes,

sans parler encore des

femmes, qui n'appartiennent en rien à la cléricature, peuvent baptiser. Saint Thomas va nous répondre à l'article qui suit.

Article
Si

III.

un

laïque peut baptiser?

Trois objections veulent prouver qu' «

un

laïque ne peut

pas baptiser

».

— La

première arguë de
«

la

conclusion établie

à l'article précédent.

Comme

il

a été dit, baptiser appartient
le

en propre à l'ordre des prêtres. D'autre part, ce qui est
pre d'un ordre ne
point cet ordre.
Il

pron'a

peut
s'ensuit
».

pas être

commis

à

quiconque
fait

qu'un laïque, qui n'a point
La seconde objection

l'ordre,

ne peut pas baptiser

remarles

quer que
tres rites

« baptiser est

chose plus grande qu'accomplir
:

au-

ciser,

sacramentels du baptême bénir l'eau baptismak. Or, ces-rites ne peuvent pas être accomplis par des laïques, mais seulement par les prêtres.

comme

catéchiser, exor-

Donc
tême

il

semble que bien moins encore
».

les

laïques puissent
«

baptiser
est

— La troisième objection

dit

que

comme

le

bap-

un sacrement de toute nécessité, pareillement aussi la pénitence. Or, un laïque ne peut pas absoudre au for pénitentiel. Donc il ne peut pas, non plus, baptiser ». L'argument sed confm oppose que le papeGélase (dist. XCIII)
et saint Isidore {Des offices ecclésiastiques, liv. II, ch.

xxv, n.

9),

disent que

baptiser,

quand
»

la nécessité

presse, est accordé souvent

aux

laïques chrétiens

Au
qui
ch.

corps de Tarticle, saint
d'or, qu' «
le
l\),

Thomas

déclare, en

une formule
«

vraiment
veut
II,

il

appartient à la miséricorde de Celui
tous
les

scdut

de

hommes

(i" Ép.

Timothée,

V.

que dans
le

les

choses nécessaires au

salut,

l'homme

trouve facilement

remède. Or, parmi tous
vie spirituelle

les autres sacre-

ments, celui qui est de la plus grande nécessité est le baptême,
régénérant l'homme dans
fants,
il

la

:

car,

pour

les

enet,

n'est

point d'autre

moyen

de venir à leur secours;

200

SOMME THÉOLOGIQUE.
les adultes, ils la

pour
quant

ne peuvent point, autrement que par
pleine

le

baptême, obtenir
à
la

rémission quant à

la

coulpe

et

peine » du péché. « Afin donc que l'homme,

au
il

sujet d'un
été institué,

remède

si

nécessaire,

ne fût point en défaut,

a

d'une part, que la matière du baptême fût commune, savoir l'eau, que chacun peut avoir; et, aussi, que le ministre du baptême soit n'importe qui, même s'il n'est point ordonné, de peur que l'homme, par défaut de baptême, ne
souffre le

dommage

de son salut

».

On

le voit,

c'est

par

deux

fois,

au commencement

et à la fin la

de ce corps d'article,
la

que saint Thomas en appelle à

raison de

miséricorde

pour

établir sa conclusion. Et,
si

en

effet,

pour

justifier

une exune

ception en apparence

anormale, savoir qu'un simple laïque

puisse, en certains cas, conférer validement et licitement

chose aussi grande que

le

sacrement de baptême,

le

saint Doc-

teur n'a pas cru qu'il fallût rien de
ter

moins que nous transporla
si

jusqu'au plus intime du cœur de Dieu, dont

miséricorde

infinie éclate, précisément par là, d'une façon
Il est,

admirable.
rete-

dans ce

même

corps de

l'article,

un autre mot à
qui a

nir,

d'une importance extrême;

c'est celui
:

trait à la né-

cessité

du baptême pour
il

les

enfants

« pueris aliter subveniri

non

potest, déclare

expressément saint Thomas

fants,

n'est pas d'autre

moyen de

salut

».

pour les enNous aurons à re:

venir,

plus tard, sur ce
si

point de doctrine. Retenons

ici,

au

passage, la déclaration

formelle que nous venons de souli-

gner.

Vad prirnum
tres, selon

dit

que

«

baptiser appartient à l'ordre des prêet solennité;
Il

une certaine convenance
le

mais ce

n'est
si,

point de nécessité pour

sacrement.

suit de là

que
il

même

en dehors du cas de nécessité, un laïque baptise,
il

pè-

che; toutefois,

confère

le

sacrement de baptême,
l'être

et celui
».

qui a été ainsi baptisé ne doit point

de nouveau

Vad secundum répond que « ces sacramenteux rattachés au baptême appartiennent à la solennité, non à la nécessité du
sacrement. Et c'est pourquoi
faits
ils

ne doivent ni ne peuvent être
le

par un laïque, mais seulement par
de baptiser solennellement
».

prêtre,

dont

c'est

l'office

Q. LXVII.

DES MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTÊME.
«

26

1

Vad

tertium déclare que
la

comme

il

a été dit plus

haut

(q. 65, art. 3, 4),

pénitence n'est pas d'une aussi grande
:

nécessité

que

le

baptême

on peut, en

effet,

par

la

contrition,

suppléer au défaut de l'absolution du prêtre, qui ne délivre

point de toute

la peine, et qui,
il

non

plus, ne se

donne pas aux
baptême, dont
encore, nous

enfants. Aussi bien
l'effet

n'en est pas de

même du
».

ne peut
la

être suppléé par rien autre

Ici

retrouvons
et

déclaration que nous soulignions tout à l'heure

dont on remarquera l'insistance avec laquelle saint Thomas

y appuie.
Les laïques, ou ceux qui ne sont pas dans les Ordres sacrés,

peuvent, en cas de nécessité, baptiser, c'est-à-dire appliquer
les

éléments essentiels du baptême

— matière
eflet;

et

forme

,

en

sorte

que

le

sacrement produise son

bien qu'ils ne puis-

sent pas,

même

alors, conférer, avec les solennités de l'Église,

ce sacrement de

baptême

;

ceci est

exclusivement réservé aux
avec
les

Ordres sacrés.

Mais que penser, au sujet du pouvoir de

baptiser, de l'aptitude des
les

femmes. En cas de nécessité
dire,

et

réserves que
le

nous venons de
le

ont-elles,

comme
:

hommes,
l'objet

pouvoir,

droit de conférer le sacrement de bapet tel est

tême. C'est ce qu'il nous faut maintenant examiner

de

l'article

qui

suit.

Article
Si

III.

une femme peut baptiser?

Trois objections veulent prouver qu' « une

femme
«

ne peut

pas baptiser
sons, dans

».

La première s'appuie sur ce que

nous
:

li-

un concile de Garthage (conc.
et sainte,

lY, can. xcix)

Une
Or,
l'as-

Jenime, serait-elle docte

ne doit point présumer d'ensei-

gner
la

les

hommes dans
doit,

l'assemblée,

ou de baptiser

les autres.

femme ne

en aucune manière, enseigner dans
la

semblée; selon cette parole de
thiens, ch. XIV (v. 35)
ler
:

première Épître aux Corin-

C'est une honte,
il

pour
n'est

dans

l'Église.

Donc

semble

qu'il

femme, de parpas, non plus, en
la

262

SOMME THÉOLOGIQUE.
soit,

quelque manière que ce

permis
«

à la

femme de
le

baptiser

».

— La
du

seconde objection dit que

baptiser appartient à l'ofTice

prélat ou

du

préposé; ce qui fait

que

baptême
ceci
la

doit être

reçu des prêtres ayant charge d'âmes. Or,

ne peut pas

convenir à
Épître à

la

femme; conformément au mot de
ch.
11

première
la

Timolhée,

(v.

12)

:

Je ne permets pas à

femme
soit

d'enseigner, ni de dominer sur les

hommes; mais
».

qu'elle

soumise.

Donc

la

femme ne peut
«

pas baptiser
la

— La

troi-

sième objection déclare que
il

dans

régénération spirituelle

semble que l'eau

tient la place

du

sein maternel;

comme

le

dit saint

Augustin, sur ce mot que nous lisons en saint Jean,
:

ch.

III

(v, 4)

Est-ce que l'homme peut une seconde fois entrer

dans

le

sein de sa mère, et renaître? Celui qui baptise,

au con-

traire,

semble plutôt avoir

l'office

du

père. Or, ceci ne con-

vient pas à la

femme. Donc

la

femme ne

peut pas baptiser ».
«

L'argument
(II) dit,

sed contra en appelle à ce

que

le

pape Urbain
(can. super

on
:

le

trouve dans les Décrets,

XXX,

q.

m

quibus)

Au
:

sujet des choses

pour

lesquelles votre charité

nous a

consultés, voici ce qu'il nous paraît devoir être

répondu par mode

de sentence

que

le

baptême

soit, si

une femme, dans un cas d'ur-

gente nécessité, a baptisé un enfant au

Au
parole

corps de

l'article,

saint

nom de la Trinité » Thomas répond que « c'est
i

le

Christ qui baptise, à titre de cause principale;

selon cette

marquée
il

en saint Jean, ch.
et

(v.

33)

:

Celui sur qui tu

verras l'Esprit descendre

demeurer,

c'est Celui-là qui baptise.

D'autre part,
Gâtâtes, ch.
et

est dit,
v. 28),

aux

Çolossiens, ch.
le

m

(v.

11

;

m,

que dans

Christ

il

n'est point

ou aux d'homme

de Jemme. Par conséquent, de

même

que l'homme laïque
la tête

peut baptiser,
la
est

comme

ministre du Christ, pareillement aussi
Toutefois, parce que

femme
la

le

peut.

de

la
il

Jemme
est dit

l'homme;

et la tête

de l'homme,

le Christ,

comme
:

dans

première Épître aux Corinthiens, ch.
s'il

ne doit pas baptiser,
présence du prêtre

y a suffisance

femme comme, d'hommes;
xi (v. 3)
la

aussi, le laïque, en présence
:

du

clerc; ni le clerc inférieur en

celui-ci,

cependant, peut baptiser,
l'acte

même

en présence de l'évêquc, parce que
à l'office

de baptiser appartient

du

prêtre

)).

Q. LXVir.

DES MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTEME.
«

203
la

Vad femme
privée

prirnum dit que

comme

il

n'est

point permis à
elle

d'enseigner publiquement,

mais

instruire tel sujet sous forme d'enseignement
(cf.

peut cependant ou de monition
il

2''-2<'%

q. 177, art. 2);

pareillement,
et

ne

lui est

point permis de baptiser publiquement

solennellement,
».

mais cependant

elle

peut baptiser dans
«

le

cas de nécessité

Vad secundum

accorde que

dans

le

cas oij le
il

baptême
faut

se
le

célèbre solennellement et selon l'ordre voulu,
sujet à baptiser reçoive le

que

sacrement de baptême du prêtre

qui a charge d'âmes ou de quelqu'un qui tienne sa place. Mais
ce n'est point requis dans le cas de nécessité,

où une femme

peut baptiser

».

et la

Vad tertiam dit que « dans la génération charnelle, l'homme femme agissent selon la vertu de leur nature propre et c'est pourquoi la femme ne peut pas être principe actif dans
;

la

génération, mais seulement principe passif. Dans

la

généra-

tion spirituelle, au contraire, ni l'un ni l'autre n'agit par sa

vertu propre,

mais seulement, à

titre

d'instrument, par
la

la

du l'homme
vertu

Christ.
et
la

Et c'est pourquoi, de

même

manière,

femme peuvent
le cas

baptiser, en cas de nécessité.
«

D'ailleurs », ajoute saint

Thomas,

si

une femme baptibaptisé ne devrait

sait,

même

hors

de nécessité,

le sujet
il

pas être baptisé de nouveau;
laïque.
ainsi

comme

a été dit aussi
la sorte

pour

le

Mais

la

femme

qui baptiserait de

pécherait,

que

les autres
le

qui coopéreraient à cet acte, soit en recesoit

vant d'elle
tiser ».

baptême,

en

lui

présentant quelqu'un à bap-

Nous avons vu ce
vant être pris parmi
serait-il s'il s'agissait

qu'il en est
les

du ministre du baptême pouchrétiens ou les baptisés. Qu'en

de non-chrétiens. Le sacrement de bap-

tême
tisé.

peut-il être conféré par

quelqu'un qui ne

serait pas

bap-

Saint

Thomas

va nous répondre à l'article qui suit.

264

SOMME THÉOLOGIQUE.

Article V.
Si celui qui n'est pas baptisé peut conférer le

sacrement

de baptême?

Trois objections veulent prouver que
baptisé ne peut pas conférer
le

«

celui qui n'est pas
».

sacrement de baptême
qiiil n'a

— La
non-

première

dit

que
le

«

personne ne donne ce

pas. Or, le
il

baptisé n'a pas
le

sacrement de baptême. Donc

ne peut pas
ministre de

conférer
le

».

La seconde objection rappelle qu' « un sujet
est

confère

sacrement de baptême en tant qu'il
par par
sacrement.
».

l'Église. Or, celui

qui n'est pas baptisé n'appartient en rien à
le

l'Église, ni

la vie ni

Donc

il

ne peut pas

conférer

le

sacrement de baptême

La troisième objection

déclare que « c'est quelque chose de plus grand de conférer le

sacrement que de
recevoir
les

le recevoir.

Or,

le

non-baptisé ne peut pas

autres

sacrements.

Donc bien
».
«

moins

encore

pourra-t-il conférer

L'argument sed contra

un sacrement cite un texte de

saint Isidore », inoiî il est « dit
:

séré sous forme de canon dans l'ancien Droit,

Le Pontife romain ne juge pas llionime qui
dère que r Esprit de Diea conjère
celui qui baptise soit
la

baptise,

mais

il

consi-

grâce du baptême, bien que

un païen. Donc un non-baptisé peut con».

férer le

sacrement de baptême
l'article, saint

Au
au

corps de

Thomas nous
Parménien

avertit

que
Cest

«

saint
effet,

Augustin

a laissé cette question sans la résoudre.

Il dit,
:

en

livre II Contre la lettre de
si

(ch. xni)

une

autre question, de savoir

ceux qui nont jamais été chrétiens
il

peuvent donner
rien

le

baptême. El, là-dessus,
,

faut se garder de
concile
».

ajfirmer

tèmércùrement
la

sans V autorité d'un saint

dont ^importance égale

difficulté

d'un

si

grave sujet
le

La

question posée

était

donc

délicate;

au point que
elle.
Il

génie

même

de saint Augustin a hésité devant
Il

n'a pas osé se
si

prononcer.

a laissé la
il

question indécise. Lui,

formel

et si

catégorique quand

s'agit

du baptême donné par

les héréti-

Q. LXVII.

DES MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTÊME.
le

265
il

ques ou

les

schismatiques, avoue que, dans
la

cas présent,
Il

ne voit pas, qu'il attendra

décision de l'Église.
ce

tiendrait

pour une témérité d'affirmer, sur
sine auctoritate lanti concilii

point, quelque chose,
rei sufficit. Peut-être,

quantum tantœ

par respect pour saint Augustin,
vérilable humilité, saint
se

et aussi

par sentiment de

Thomas
la

n'aurait-il pas osé,
lui eut fait

non

plus,

prononcer, bien que son génie

trouver la raison
fort

qui permettait de résoudre

question actuelle. Mais,

heureusement,
été

la

condition qu'exigeait saint Augustin avait
Et saint Thomas,

réalisée depuis.

comme pour montrer
la

qu'il

n'a

nullement l'intention de transgresser

règle

que

posait saint Augustin, se hâte, semble-t-il, d'apporter les témoi-

moignages de
raison.
«

l'Eglise.

Ce

n'est qu'après qu'il

proposera sa

Dans

la suite », déclare-t-il,
«

après la citation faite de saint
les

Augustin,

l'Eglise

a

déterminé que
le

non-baptisés,

soit

Juifs, soit païens,

peuvent conférer
dans
la

sacrement de baptême,
l'Église.

pourvu
que
le

qu'ils baptisent
(I),

forme de

C'est ainsi
:

pape Nicolas

répond

à la

consultation des Bulgares

Vous

dites qu'il

y en a beaucoup, dans votre patrie, qui ont été
s'il

tmptisés par quelqu'un dont vous ne savez pas

était chrétien
la

ou païen. Ceux-là,

s'ils

ont été baptisés au

nom

de

Trinité, ne

doivent pas être rebaptisés.

Mais

si la

forme de

l'Église n'avait

pas été observée,

le

sacrement de baptême

n'est

pas conféré.
II

Et c'est ainsi qu'il faut entendre ce que Grégoire
III) écrit à

(ou plutôt
été

l'évêque Bonifacc

:

Ceux que vous ajfirmez avoir
la

baptisés

par des païens, n'ayant point gardé

forme de

l'Église

dans

la

collation de ce baplême, nous ordonnons qu'ils soient

de nouveau baptisés, au
«

nom

de

la Trinité.
«

La raison en

est »,

poursuit saint Thomas,

que, pour
la

la

nécessité

du sacrement, de

même
coté

que du côté de

matière,

n'importe quelle eau
relle, «

suffit »,

de

même

aussi,

du
là,

homme
peuvent

suffit. Il suit

de

ce soit une eau natudu minisire, n'importe quel que, même un non-baptisé peut

pourvu que

baptiser en cas de nécessité. C'est ainsi que deux non-baptisés
se

baptiser l'un l'autre
l'autre;
et

:

en

Ici

mode que

l'un

des

deux baptiserait

lui-même, ensuite,

serait baptisé

266

SOMME THÉOLOGIQUE.
l'autre.

par

Tous

les
la

deux recevraient non seulement
chose ou
l'effet

le

sacres'ils

ment, mais encore

du sacrement. Que

faisaient cela en dehors

du

cas de nécessite, tous les

deux pé-

cheraient gravement, savoir celui qui donnerait
celui qui
le recevrait; et,

par suite,

l'effet

le baptême et du sacrement serait
»>.

empêché, bien que le sacrement lui-même ne fût pas enlevé Vadprlnmni répond que « l'homme qui baptise ne fait que
prêter

un ministère ou

service extérieur; mais c'est le Christ
:

qui, à l'intérieur, baptise

et II

peut user de tous

les

hommes,
(I),

à telle fin qu'il lui plaît. C'est pour cela que les non-baptisés

peuvent baptiser; parce que, selon
le

le

mot du pape

Nicolas

baptême

n'est point d'eux, savoir
».

de ceux qui baptisent, mais

de Lui, c'est-à-dire du Christ

Vad secundum

dit

que
lui

« celui

qui n'est pas baptisé, bien

qu'il n'appartienne pas à l'Église par la vie

ou par
faire

le

sacre-

ment, peut cependant
litude de
l'acte,

appartenir par l'intention
qu'il

et la

simifait
:

en ce sens
la

entend

ce

que

l'Église et qu'il

garde
agit

forme de

l'Église en

baptisant

et,

pour autant,
attachée,

il

comme

ministre du Christ, qui n'a point

attaché sa vertu aux baptisés,

comme, du
».
« les

reste, Il

ne

l'a

pas

non

plus,

aux sacrements

Vad

tertium fait observer

que

autres sacrements ne sont
le

pas d'une aussi grande nécessité

comme

baptême. Et

c'est

pourquoi

il

est plutôt

concédé qu'un non-baptisé puisse bapqu'il puisse recevoir les autres sacre-

tiser, qu'il n'est

concédé

ments

1).

Dans
nistre

la

considération des divers points ayant trait au

mi-

du sacrement de baptême, quand
la validité, tout être

ce ministre est seul,
et

nous avons vu qu'absolument parlant

à

ne tenir compte
l'usage de sa rai-

que de

humain, doué de
peut conférer
la
licéité,
le
il

son, et agissant

comme tel,

sacrement de bapfaudra distinguer

tême. Toutefois, sil s'agit de

entre l'administration normale ou ordinaire de ce sacrement,
et

son administration extraordinaire, en cas de nécessité. le

Dans

premier

cas,

c'est le prêtre

et le prêtre

ayant charge
le

d'âmes ou remplissant roffice de curé, qui doit administrer

Q. LXVII.

DES MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTEME.
s'il

267

sacrement

:

il

peut,

lui plaît,

déléguer un autre prêtre, ou

même, pour
ou
rité
la

des

raisons spéciales,

un simple

diacre.

Mais

ceux-ci ne peuvent licitement baptiser qu'avec sa permission,

permission de l'Ordinaire du
:

lieu, c'est-à-dire

de l'auto-

diocésaine

en cas de nécessité, cette permission serait

toujours présumée, et l'on pourrait procéder au baptême solennel. Le

Code canonique déclare que
se

«

même un
«

sujet de

passage
tisé

»

ou qui

trouve hors de sa paroisse

doit être bapsa pa-

roisse,

du baptême solennel par son propre curé, dans quand la chose peut se faire facilement et sans
le

retard;

dans

cas contraire, n'importe quel curé, sur son territoire,
terri-

peut baptiser solennellement un sujet de passage. Sur un
toire étranger,
il

n'est

permis
le

à personne,

sans les autorisa-

tions requises, de conférer

baptême solennel, non pas
lieu
»

même

aux habitants de son propre

(can. 788, 789).

Dans le cas de nécessité ou quand le baptême ne peut absolument pas être différé et qu'il ne se donne pas d'une manière solennelle ou avec les cérémonies de l'Église, s'il est vrai qu'en
principe tout être

humain peut

le

conférer,

il

y a cependant,

même
ble.

alors,

un

certain ordre à garder, selon qu'il est possi-

D'un

prêtre, d'un diacre, d'un clerc,

d'un laïque, d'un

homme,

d'une femme, ou de quelqu'un qui ne serait point

baptisé, ce n'est qu'à défaut

du précédent que

le

suivant peut

baptiser licitement.

S'il

n'y avait plus personne, le père

ou

la

mère de
sité

l'enfant pourraient ainsi, dans le cas d'extrême nécespéril de mort, conférer le

ou de

baptême

(can. 74a).

Nous avons vu ce
s'agit

qu'il

en

était

de baptême, soit pour

la validité, soit

du ministre du sacrement pour la licéité, quand il
le

d'un seul sujet qui administre

sacrement. Mais que

penser du cas où plusieurs sujets concourraient ensemble à

donner un

même baptême
Saint

:

ce

baptême
ce

serait-il

valide? se-

rait-il licite?

Thomas examine

nouveau point de doc-

trine à l'article qui suit.

268

SOMME THÉOLOGIQUlî.

Article VI.
Si plusieurs

peuvent baptiser en

même temps?

Trois objections veulent prouver que « plusieurs peuvent
baptiser en
«

même
et,

temps

».

La première

fait

observer que

dans

la »
:

multitude, Van se trouve compris, mais

non

inver-

sement

en

effet,

dès qu'on a plusieurs sujets, on en a
sujet,

un; mais, de ce qu'on a un
« Par suite,
il

on n'en

a point plusieurs.
fait

semble que ce qui peut être
;

par un, peut
:

être fait par plusieurs

mais non inversement
peut baptiser. Donc

c'est

ainsi

que plusieurs
tirer.

tirent

une barque, qu'un seul ne pourrait pas
il

Or,

un

seul

homme

est possible

aussi

que plusieurs ensemble baptisent un
«
il

même

sujet ».

La seconde objection déclare qu'

est plus difficile à

un

seul

agent d'agir sur plusieurs sujets, qu'à plusieurs agents d'agir

ensemble sur un
sieurs pourront

même

sujet. Or,

un

seul

homme
».

peut bapti-

ser à la fois plusieurs sujets.

Donc, à plus

forte raison, plu-

ensemble baptiser un
«

même sujet
baptême
il

— La
un

troi-

sième objection arguë de ce que

le

est

sacre-

ment de
cas
ser
il

la

plus gande nécessité. Or,

semble qu'en certains
était à la

soit nécessaire

que plusieurs soient ensemble pour baptipar exemple, un petit enfant
présentes

un même
et

sujet. Si,

mort,

que

se trouvassent

deux personnes dont
il

l'une serait muette et dont l'autre n'aurait ni bras ni mains,
faudrait alors que
fasse l'acte
le

mutilé profère
il

les paroles et

que

le

muet

de baptiser. Donc

semble que plusieurs peuvent
».
«

ensemble baptiser un
est

même
Si

sujet

L'argument sed contra oppose que

pour un seul agent

il

une seule action.
il

donc plusieurs baptisaient un
le

même
iv

sujet,

s'ensuivrait, semble-t-il, qu'il y aurait plusieurs bap-

têmes. Ce qui va contre
(v. 5)
:

mot de

l'Épître
».

aux Éphésiens, ch.
«
le

Une

seule Joi; un seul baptême
l'article,
tire

Au

corps de

saint

Thomas répond que

sacre-

ment de baptême

surtout sa vertu de sa forme, appelée par

Q. LXVII.

DES MINISTRES DÛ SACREMENT DE BAPTÊME.
vie,

269

l'Apôtre
(v.

:

la

parole de

dans

l'épître

aux Éphésiens, ch. v

donc considérer, si l'on suppose que plusieurs baptiseraient un même sujet, quelle serait la forme dont ils se Noas te baptisons au nom serviraient. Si, en effet, ils disaient
26). Il faut
:

du

Père et du Fils et du Saint-Esprit,

d'aucuns affirment qu'il

n'y aurait pas de sacrement de baptême, parce qu'on ne garderait pas la

forme de
et

l'Église,
Fils et

qui est

la

suivante

:

Je

te
»,

baptise

au nom du Père
saint

du

du Saint-Esprit. Mais
par
la

déclare

Thomas,
en
effet »,

« ceci est exclu

forme dont
il

se sert,

pour
servi»,

baptiser, l'Église des Grecs. Les sujets dont
dire,

s'agit

pourraient
le

comme

le

font les Grecs
et

:

«

Est baptisé

teur

du ChiHst N. au nom du Père

du

Fils et

du Saint-Esprit
le

C'est la

forme sous laquelle

les

Grecs reçoivent

baptême;
:

et

elle diffère
te

beaucoup plus de
Il

la nôtre,

que

si

l'on disait
telle

Nous
:

baptisons.
te

faut plutôt considérer
est

que par une

forme

Nous

baptisons,

exprimée l'intention que plusieurs
conférer un

se

réunissent à

l'effet

de

même
»

baptême. Et ceci

paraît être contre la raison de ministère

que doit remplir
ne baptise que

l'homme qui

baptise,

d

L'homme, en

effet,

comme
le

ministre du Christ et
le

comme
il

tenant sa place.
aussi

De même
unique

donc que
dit,

Christ est

unique,
le

faut

que
cela

soit

ministre qui représente

Christ. C'est

pour

que l'Apôtre
(v. 5)
il
:

en y appuyant, dans l'épître aux Éphésiens, ch. iv
seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême.
le

Un

D'où

suit

que l'intention contraire paraît exclure
tême. Par contre,
si

sacrement de bap:

tous les deux disaient

Je

te

baptise

au

nom du Père

et

du

Fils et

du Saint-Esprit, chacun d'eux expris'il

merait son intention

comme

était seul à
le

conférer

le

bap-

tême. Cela pourrait arriver dans

cas

il

y aurait une sorte

de lutte entre eux à
cas,
il

l'effet

de baptiser un sujet donné. Dans ce
le

est

manifeste que celui qui
le

premier proférerait

les

paroles donnerait

sacrement de baptême. L'autre, quelque

droit qu'il pût avoir à

donner

le

baptême,

s'il

présumait de
rebaptisant.

prononcer
Si tous

les

paroles, devrait être puni

comme

les [)aroles et
ils

deux d'une façon absolument simultanée proféraient plongeaient le sujet dans l'eau ou l'aspergeaient,

devraient être punis en raison du

mode

irrégulier de bap-

270
User, mais

SOMME THEOLOGIQUË.
:

non comme ayant réitéré le baptême car l'un et l'autre entendrait baptiser un sujet non-baplisé; et l'un et l'aiitre, autant qu'il serait en chacun d'eux, baptiserait. Ni ils ne donneraient un autre et un autre sacrement. Mais le Christ
qui est un
l'autre,
et

qui baptise au dedans, conférerait, par l'un et

un

seul et

même

sacrement
«

».

Vad primum
Mais
les

déclare que

la

raison donnée par l'objection

a son application en ceux qui agissent par leur vertu propre.

hommes

ne baptisent point par leur vertu propre,
étant un, réalise son

ils

baptisent par
vre par

la vertu du Christ, qui, un ministre également un ».
«

œuun

Vud

seciindum accorde que

dans

le

cas de

nécessité,

même

ministre peut baptiser en
:

même

temps plusieurs
le

sujets

sous cette forme

Je vous baptise. Tel serait
le glaive,

cas

l'on serait

menacé par une ruine ou par
en
les baptisant

ou de toute autre male

nière qui ne donnerait pas le temps de baptiser tout

monde
l'Église

un par un. Dans
;

ce cas, la

forme de

n'est pas diversifiée

parce que

le pluriel n'est

qu'un singulier

répété

:

alors surtout qu'il est dit au pluriel, en saint Matthieu,
(v.

chapitre dernier
le

19)

:

les baptisant, etc.

Et le cas n'est pas

même pour
le

celui qui baptise et

pour

celui qui est baptisé,

car

Christ, qui principalement est Celui qui baptise, est

un

;

tandis qu'ils sont plusieurs ceux qui par le

baptême devien-

nent un dans

le

Christ

».

Vad

tertiam fait observer
i),

(q. 66, art.

des paroles et

que « comme il a été dit plus haut du baptême consiste dans la forme dans l'usage de la matière. Il suit de là que ni
l'intégrité
les

celui qui profère seulement les paroles, ni celui qui fait seule-

ment

l'acte

de baptiser, baptise. Si donc l'un profère

paro-

les et l'autre fait l'acte

de baptiser, aucune forme des paroles
effet
:

ne pourra s'appliquer. L'un ne pourra pas dire, en
baptise; puisqu'on fait ce n'est pas lui qui

Je
:

te
et,

plonge dans l'eau
pas dire,

par conséquent,
I)lus
tise n
:

il

ne baptise pas.

On ne pourra
ni

non
faut

Nous
:

le

baptisons;

puisque ni l'un
effet,

l'autre
le

ne bapil

pour baptiser, en
le

nous venons de

dire,

que

ce soit

plit l'acte. « C'est

même sujet qui comme si

profère les paroles
l'on avait

et

qui accom-

deux

sujets

dont l'un

Q. LXVÎI.

— DÈS

MlNfSTftES

CU SACftEMÈNT DE BAPTEME.

27!

une partie du livre, et l'autre une autre partie, ce serait une expression impropre de dire Nous avons écrit ce livre. La formule ne s'appliquerait que par mode de synecdoche, oiî La raison donnée par l'on prend le tout pour la partie ».
écrirait
:

saint

Thomas dans

cet

ad

tertiiim

vaut contre l'hypothèse qu'a

voulu

faire Cajétan, disant

que plusieurs pourraient ensemble

baptiser

Même alors
de
la

un même sujet en se servant de la forme des Grecs. le baptême serait nul, parce que l'intégrité du sacre«

ment, consistant
matière
»,

dans

la

forme des paroles

et

dans l'usage
trou-

verait pas dans
et

comme nous l'a dit saint Thomas, ne se le même ministre. C'est donc d'une façon
rejeter,
le

pure

simple que nous devons

avec saint Thomas, toute
si

possibilité de sacrement,

dans

baptême,

l'on n'a,

pour

l'administrer,

un
si

seul et

même

individu.

Toutefois,

nous excluons
il

la

multiplicité

du ministre

ne s'ensuit pas qu'il ne puisse y avoir place pour ce que nous pourrions appeler une sorte de comdit,

proprement

plément dans l'administration
aspect de
verrons,

du

sacrement de baptême.

Nous voulons parler du parrain ou de la marraine. Cet la question, d'un grand intérêt, comme nous le
va
faire

l'objet

des deux

articles

qui suivent.
la

Le

premier
le

traite

de l'existence du parrain ou de

marraine;

second, de leurs obligations.

Article VIL
Si,

dans

le

baptême, est requis quelqu'un qui lève des fonts baptismaux.

Le

titre

de cet article se reporte à l'usage du baptême par
le

immersion. Quand on plongeait
qui devait
l'assister et

néophyte dans

l'eau, celui

remplir

l'oiTice

de parrain ou de mar-

raine, aidait le
le

nouveau baptisé

à sortir de la piscine sacrée et

prenait sous sa protection ou en sa garde.
le

De

l'expression

primitive de /î.cxywt-'W susceptores. Avec

baptême par ablu-

272
lion, tel qu'il se
le r(Me

SOMME TIIEOLOGIQUÈ.

donne maintenant, surtout pour les enfants, du parrain ou de la marraine consiste plutôt à porter l'enfant ou à le « tenir sur les fonts baptismaux ». dans le baptême il Trois objections veulent prouver que
<(

n'est pas requis

quelqu'un qui lève
dit

le

baptisé des fonts sa-

crés

».

— La
il

première

que
et

«

notre baptême est consacré

par

le

baptême du Cbrist
fut baptisé
;

lui est

conforme. Or,

le

Christ,

quand
tir

ne fut point reçu, par quelqu'un, au sor-

des fonts
16)
il
:

mais,

comme
le

il

est dit

en saint Matthieu, ch.

m

(v.

Une fois

baptisé, Jésus sortit

immédiatement de Veau.
autres,

Donc
crés

semble que dans

baptême des
le

non
le

plus, n'est

pas requis quelqu'un qui reçoive
».

baptisé hors des fonts sa«

— La

seconde objection rappelle que
spirituelle,

baptême

est

une régénération
(art. 3
;

comme
est le

il

a

été dit plus
il

haut
n'est

q. 65, art. 1,2).

Or, dans la génération charnelle,

requis que le principe actif, qui
sif,

père, et le principe pasle

qui est

la

mère. Puis donc que dans mère, ainsi que

baptême, celui qui

baptise lient lieu de père, et que l'eau elle-même
tient lieu de
le dit

saint Augustin, dans

du baptême un

il

sermon sur U Epiphanie (joint aux Œuvres de saint Augustin), semble que n'est point requis quelque autre qui lève le bapLa troisième objection déclare que tisé des fonts sacrés ».

«

dans

les

sacrements de l'Église on ne doit rien faire qui

soit

dérisoire. Or, cela paraît dérisoire, que des adultes baptisés,

eux-mêmes et sortir eux-mêmes des fonts sacrés, soient reçus par un autre. Donc il semble que n'est point requis quelqu'un, surtout dans le baptême des adultes, qui lève des fonts sacrés le nouveau baptisé ». L'argument sed contra cite te texte de « saint Denys », où il
pouvant
se soutenir
est « dit,

au chapitre
le

m de
».

la Hiérarchie ecclésiastique,
le

que

les

prêtres, prencmt

baptisé,

livrent

à celui qui

le

reçoit

pour

remmener

et le

conduire

Au

corps de

l'article, saint

Thomas

déclare que « la régéné-

ration spirituelle, qui se fait par le baptême, est assimilée,

d'une certaine manière, à
est-il dit,

la

génération charnelle; aussi bien
11

dans

la

première épître de saint Pierre, ch.
le lait

(v. 2)

:

Comme

des enfants nouveau-nés, désirez

de

la

ndson, scms

Q. LXVII.

DES MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTEME.
la

278

malice. Or,

dans

génération naturelle,
et

le petit
Il

enfant nou-

veau-né a besoin de nourrice
aussi

de pédagogue.

faudra donc

que dans

la

génération spirituelle du baptême, se trouve
le

quelqu'un qui remplisse

rôle de la nourrice et

du pédagofoi,
;

gue, formant et instruisant celui qui est novice dans la

des

choses qui appartiennent à

la foi et à la

vie chrétienne

à

quoi

ne peuvent vaquer
néral

les prélats
:

de l'Église, occupés au soin géles tout petits,

du peuple
pourquoi

»

chrétien

«

en

effet, et les

no-

vices ont besoin de soins spéciaux en plus
c'est
il

du soin général. Et
le

est requis

que quelqu'un reçoive
en quelque
sur
lui. C'est

baptisé

au

sortir des fonts sacrés, le prenant,
et veiller

sorte, à sa

charge pour l'instruire

ce que dit saint
:

Denys, au chapitre dernier de
est

la

Hiérarchie ecclésiastique

Il

venu à

l'esprit et
les

il

a paru bon

à nos divers chefs, les Apôtres,
les

de prendre

enfants sous cette Jorme que
les

parents livreraient
et

l'enfant à un pédagogue versé dans

choses divines,
et

que
le

l'en-

fant continuerait sous
tecteur de son salut ».

lui

comme

sous un père divin

sous

pro-

— On aura remarqué
l'article

ce qu'a de particulire.

lièrement délicieux

que nous venons de

Quel
en est

charme
de

dans l'évocation de ce parvulus nuper natus ayant beIl

soin de nourrice et de pédagogue, nutrice et pedagogo.

même

dans

la vie spirituelle.

Là aussi

se

trouvent des nou-

veau-nés. Ce sont les nouveau-baptisés. Et
les

ils

ont besoin qu'on
les instruise

forme d'une manière toute spéciale
les

et

qu'on
la foi

dans

premiers éléments de cette vie de

dont

il

fau-

dra qu'ils vivent désormais. Les prélats de l'Eglise, occupés

comme

ils le

sont, circa

curam communem

populi, ne

peuvent

pas vaquer à ce soin spécial qu'exigent

les parvuli et novitii,

prœter communem. Et voilà pourquoi

il

faut

que quelqu'un

se

charge du nouveau-baptisé,

le

prenant sous

sa tutelle et veil-

lant tout spécialement à son instruction, à sa formation.

Il

eût été dinicile de justifier d'une manière plus exquise l'usage

du parrain ou de
depuis
h' ad
tisé

la
les

marraine, établi dans l'Église catholique
plus anciens.
le

les

temps

primum

fait

observer que «

Christ ne fut point baples

pour
\MI.

être régénéré

Lui-même, mais pour régénérer
18

autres. Et c'est

pourquoi Lui-même, après son baptême, n'eut
Sacrements.

— Les

274

SOMME THEOLOCIQUË.

pas besoin de pédagogue
la vie spirituelle.

comme
«

s'il

eût élé petit enfant

»

dans

Vad
il

secundani accorde que

dans

la
le

génération naturelle,
père et
la

n'est requis de toute nécessité
la facilité

que
et

mère; mais
l'en-

pour

de l'enfantement

pour l'éducation de
la place,

fant selon qu'il convient, sont requis la sage-femme, la nourrice et le

pédagogue. De tous ceux-là tient

dans

le

bap-

tême, celui qui lève l'enfant des fonts sacrés. Et, aussi bien,
n'est-il

pas de nécessité pour

le

sacrement; mais un seul peut
».

baptiser dans l'eau,

quand
que

il

y a urgente nécessité

Vad
pour
de

tertiam déclare

« le baptisé n'est pas reçu,

par

le

parrain, des fonts sacrés, pour sa faiblesse corporelle, mais
sa faiblesse spirituelle,

ainsi qu'il a été dit » (au corps

l'article).

L'usage du parrain ou de
sistance

la

marraine, en ce qui est de
est

l'as-

du nouveau-baptisé,
données de
la foi, soit

en harmonie parfaite,
les

soit

avec

les

avec

similitudes empruntées
doit vivre.

à la vie
reste à

corporelle dont tout

homme

Il

nous

examiner jusqu'à quel point ou dans quelle mesure
le fait d'être

s'étendent les obligations contractées par

parrain

ou marraine.

C'est l'objet de l'article qui suit.

Article VIll.
Si celui qui reçoit quelqu'un des fonts sacrés est tenu

à son instruction ?

Cet article est très important.
que, dans l'économie de
religieux est trop

Il

pourrait devenir très prati-

moderne où l'enseignement souvent complètement négligé.
la société

Trois objections veulent prouver que « celui qui reçoit quel-

qu'un des fonts sacrés
Iruclion
».

n'est pas obligé
est tirée

de veiller à son
si

in.s-

La première

de l'usage, pourtant
à des

ré-

pandu, de confier
truites
le

à des enfants

ou

personnes peu ins«

soin d'être parrains ou

marraines.

Nul ne peut

Q. LXVII.


s'il

CES MlNIStRES DU SACREMENt
est

£>E

BAPTEME.

275

instruire

que

lui-même

instruit. Or,

il

est des

personnes

peu instruites et simples qui sont admises à recevoir un sujet baptisé des fonts sacrés. Donc celui qui reçoit le baptisé n'est
pas obligé de l'instruire

que
ger
;

« le fils est

La seconde objection déclare mieux instruit par le père que par un étran».

car le

fils

tient

du père

Vêlre, la nourriture et la discipline,
xii, n. 5
;

comme
de
S.

le dit Aristote,

au livre VIII de VÉthique (ch.
le

Th.,

leç.

12). Si
il

donc celui qui reçoit

baptisé est tenu
fût le père

de l'instruire,

serait plus

convenable que ce
autre, son
fils

charnel qui reçoive, plutôt qu'un

au

sortir

du
La

baptême. Et ceci paraît être défendu;
les

comme on
et

le voit

dans

Décrets.

XXX,

q.

i,

ch. Pervenit
«

Dictiim est ».

troisième objection dit que

plusieurs peuvent
le

mieux instruire

qu'un seul. Si donc celui qui reçoit
l'instruire,
il

baptisé était tenu de

vaudrait mieux qu'ils fussent plusieurs, à le recevoir, qu'un seul. Et le contraire est marqué dans le décret du

pape Léon

:

Qu'il n'y en ait

pas plus cVun

seul, dit-il,

ou

homme

ou Jemme, qui s'approche pour recevoir du baptême

l'enfant ».

L'argument sed contra est un texte pris parmi les Sermons joints aux œuvres de « S. Augustin », 011 il est « dit, dans un sermon de Pâques (clxvhi) Pour vous, avant toutes choses,
:

hommes ou femmes

qui recevez

les

enfants dans

le

baptême, je

vous avertis afin que vous sachiez que vous êtes, devant Dieu, répondants sous la Joi du serment pour ceux qu'on vous a vus recevoir des fonts sacrés ».

Au
cipe,

corps de

l'article, saint

Thomas formule
que

ce grand prin-

que

« tout
il

homme

est

obligé de remplir

l'office qu'il a ac-

cepté. Or,

a été dit (art. précéd.)

celui qui reçoit quel-

qu'un des fonls sacrés assume pour
Par conséquent,
il

soi l'office

de pédagogue.

est obligé à avoir soin
tel

de

lui, si la nécessité

devenait pressante;
les baptisés

serait le

cas des

temps

et des lieux
011 ils

sont élevés parmi les infidèles. Mais là
ils

sont

élevés parmi les chrétiens catholiques,
être excusés de ce soin,

peuvent facilement
les

en présumant que

parents instruisi

sent leurs enfants avec diligence. Toutefois,

d'une manière

quelconque

ils

apprenaient

le

contraire,

ils

seraient tenus de
fils

donner leurs

soins, selon leur

mode, au

salut de leurs

spi-

276
rituels
».

SOMME THÉOLOGIQL'E.

Nous avons déjà
le

fait

remarquer qu'aujourd'hui,
irréli-

en beaucoup de milieux, à cause de l'esprit laïque ou
gieux qui règne dans

public, l'obligation que vient de pro-

clamer saint
rigoureuse.

Thomas peut avoir son application fréquente et On ne saurait trop y prendre garde et en instruire
revient sur cette doctrine

les intéressés.

Vad prlmam
et

du corps de

l'article

y appuie encore. « Là oii le péril serait menaçant, il faudrait que celui qui recevrait le sujet à baptiser des fonts sacrés fût
quelqu'un instruit dans
les

choses divines,

comme

le dit saint

Denys {Hiérarchie
tholiques, on

ecclésiastique,

ch. vn). Mais, là

le péril

n'existe point, parce

que

les

enfants sont nourris parmi les cace soit à cet office,
la vie et à la foi

admet qui que

pour
s'agit

ce motif,

que

les

choses qui louchent à

chrétienne sont de quel-

publiquement connues de
qu'un qui

tous.
il

Cependant,

s'il

n'est pas baptisé,
l'office

ne peut pas recevoir
d

le baptisé »

ou remplir
le

de parrain,

comme

il

a été déclaré

dans

concile de Mayence, bien que quelqu'un qui n'est pas bap-

tisé

puisse baptiser

:

c'est

qu'en

effet, la

personne de quelqu'un
la

qui baptise

est nécessaire

pour

le

sacrement, tandis que
le

perainsi

sonne de quelqu'un qui reçoive
qu'il a été dit
»

baptisé ne

l'est pas,

(art.

précéd., ad
«

2"'").

Vad secandum répond que
est

comme

la

génération spirituelle

aussi la discipline

une autre génération que la génération charnelle, de même selon » ou la formation « doit être autre Nous avons cette parole de l'Épîlre aux Hébreux, ch. xii (v. 9)
; :

eu

les

pères de notre chair qui nous instruisaient

;

et

nous

les

ré-

vérions.

Combien plus nous obtempérerons au Père des
c'est

esprits, et

nous vivrons. Et
tuel
»

pourquoi autre doit
contraire

être le

père spiri-

ou

le

parrain, « distinct

du père charnel,
».
«
il

à

moins que

la nécessité

n'exige
fait

le

L'ad tertium

observer qu'
la

y aurait confusion dans
n'était

l'enseignement ou

discipline,

s'il

quelqu'un qui eût
le

principalement

l'office d'instruire.

Et voilà pourquoi, dans
le

baptême, doit

se trouver

quelqu'un qui reçoit

baptisé, à titre

principal. Toutefois, d'autres peuvent être

admis

comme

coad-

juteurs

».

Q. LXVir.

DES MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTÊME.

277

un chapitre du sacrement de baptême; depuis le canon 762 jusqu'au canon 769. « En raison de la coutume extrêmement ancienne 762.
L'Église, dans le
droit, a

Code de son nouveau

tout entier sur l'office des parrains, au sujet

de

l'Église,

personne ne doit

être baptisé solennellement,

s'il

n'a,
«

autant que faire se peut, son parrain.

Même

dans

le

baptême
le

privé,

si

l'on

peut facilement avoir
point trouvé,
il

un

parrain, on doit

prendre;

s'il

ne

s'y est

devra être pris quand on suppléera

les

cérémonies du bap-

tême

:

seulement, dans ce cas,

il

ne contracte aucune parenté

spirituelle » avec le baptisé.

763. faut

«

Quand

le

baptême

est

renouvelé sous condition,
le

il

que

soit pris,

autant qu'il sera possible,
le

même

parrain

qui peut-être aura été pris pour
de ce cas
»,

premier baptême. En dehors

c'est-à-dire
«

s'il

n'y a pas eu de parrain lors

du prele

mier baptême,

le

parrain n'est point nécessaire dans

bap-

tême sous condition.
«

Dans
le

le

baptême renouvelé sous condition,
le

ni le parrain
est pris

qui fut pris pour

premier baptême, ni celui qui
la

pour

second ne contractent

parenté spirituelle. Elle ne
le

serait contractée

que

si

le

parrain a été

même

dans l'un

et

l'autre
76/i.

baptême.

«

Le parrain doit être unique,

même

s'il

est

d'un

sexe différent par rapport au baptisé; ou, tout au plus,

un

parrain et une marraine
saint

n,

qui auront,

comme nous l'a expliqué

Thomas,

la

responsabilité première et principale, à l'en-

droit de la formation
la

raison de père spirituel ou de

du nouveau-baptisé, qui auront vraiment mère spirituelle, et qui, par
la

suite, contracteront

avec lui

parenté spirituelle.
soit parrain » et qu'il puisse
il

765.

((

Pour que quelqu'un
l'office, «

en assumer validement
«

faut

:

r

qu'il soit baptisé, qu'il ail l'usage

de

la raison, et qu'il

ait l'intention

de remplir celte charge;

« 2" qu'il

n'appartienne à aucune secte hérétique ou schis-

matique
il

;

que par une sentence condamnatoire ou déclaraloire
actes légitimes;

ne soit pas excommunié; ou infâme d'une infamie de droit,

ou exclu des

ou

clerc déposé

ou dégradé;

27S
«

SOMME THÉOLOGIQUE.
3" qu'il

ne

soit

point

le

père ou

la

mère ou

le

conjoint

matrimonialement du baptisé;
«

4" qu'il soit

désigné par

le sujet

même

qui doit être bap-

tisé, .ou

par ses parents, ou par ses tuteurs, ou, à leur défaut,
»

parle ministre
« 5"

du baptême;
l'acte

que, dans
il

du baptême, par lui-même ou par une
ou des mains de
celui qui

procuration,

tienne physiquement, ou touche, ou qu'il lève

aussitôt et reçoive des fonts sacrés
baptise, le sujet baptisé.

766.


il

«

Pour que quelqu'un
faut
:

soit

admis licitement

à être

parrain,
«

i"

qu'il ait atteint l'âge de quatorze ans, à
le

moins que pour

un
nié

juste motif

ministre en juge autrement;

« 2" qu'il ne soit pas, en raison

d'un délit notoire,

excommu»

ou exclu des

actes légitimes,

ou infâme d'une infamie de
soit

droit, sans

que toutefois une sentence

intervenue

;

car

alors

il

ne pourrait
«

même
ne

pas validement être parrain, selon
soit pas,

qu'il a été vu;

qu'il

non

plus, interdit, ou, de

par ailleurs, publiquement noté de crime, ou infâme d'une in-

famie de

fait

;

M 3* qu'il

connaisse les rudiments de

la foi

;

« à

/i"

qu'il

ne

soit

point novice ou profès en quelque religion,

moins que
« 5° qu'il

la nécessité

ne fût pressante

et

qu'on eût

la per-

mission expresse du Supérieur au moins local;

ne

soit pas

dans

les

Ordres sacrés, à moins qu'il

n'ait la

permission expresse de l'Ordinaire propre.

767.

«

Dans

le

doute

si

quelqu'un peut être admis valideà la charge de parrain, le curé,

ment ou
s'il

licitement,
le

ou non,

en a

temps, doit consulter l'Ordinaire.
«

768.


En

raison

du baptême
le

la

parenté spirituelle est
le

contractée seulement avec
parrain.
769.
«

baptisé par celui qui baptise et

Les parrains, en raison de la charge acceptée, doi-

vent avoir toujours,

comme

confié à eux, leur
la

fils

spirituel, et,

dans

les

choses qui touchent à

formation de
sa vie,

la vie
il

chrétienne,

veiller avec soin à ce que,

dans toute

se

montre

tel

qu'ils

promirent

qu'il serait, lors de la

cérémonie solennelle

».

Q. LXVII.

DES MINISTRES DU SACREMENT DE BAPTÊME.

279

Le ministre ordinaire du sacrement de baptême
tre.
s'il

est le prê-

Un

diacre pourrait le suppléer,

quand

il

n'y est pas,
le

ou
so-

en reçoit commission. Ceci ne regarde que

baptême
à

lennel.

Pour

ce qui est
il

du baptême en lui-même,

ne consi-

dérer que la validité,

n'est pas requis de ministre déterminé.

Bien plus, en cas de nécessité, tout être humain ayant l'usage
de sa raison, peut licitement être
Ainsi,
le

ministre de ce sacrement.

un

laïque,

main, quel qu'il
l'eau et de

une femme, un non-baptisé, tout être husoit, pourvu qu'il soit à même d'appliquer
les

prononcer
peut

paroles avec l'intention de faire ce

que

fait l'Église,

être,

en cas de nécessité,

le

ministre

li-

cite, et,

toujours, le ministre valide
le

du sacrement de baptême.

Quand
cial,

conséquent,

baptême s'administre solennellement, et que, par il a pour ministre un prêtre, ou, dans tel cas spéil

un

diacre,

est

d'usage

et l'Église

veau baptisé
rain

soit

tenu sur

les fonts

ordonne que le noubaptismaux par un parcette

ou une marraine. Ce parrain ou

marraine sont desconvient du

tinés à remplacer le prêtre, qui ne peut, en raison des soins

généraux de son ministère, s'occuper

comme

il

nouveau
et

baptisé.

Dans

les

pays

et les familles

vraiment catholes

liques, oii ce devoir est

suffisamment rempli par
l'office

parents

par l'ensemble des institutions sociales,
de marraine est moins important
le
:

de parrain

et

il

ne garde plus guère
il

que

caractère d'une cérémonie

commémorative. Mais

re-

prendrait toute son importance et son caractère d'obligation
stricte, si

d'une façon ou de l'autre, l'éducation religieuse du
était

nouveau baptisé

mise en péril

:

ce qui,

dans

la

société

laïque moderne, peut se présenter fréquemment.

Nous avons vu ce
lui-même,
nistrer.
et

qu'il en était du baptême, considéré en du baptême eu égard à ceux qui peuvent l'admiNous devons maintenant considérer le baptême du
le

côté « de ceux qui

reçoivent

».

C'est l'objet de la question

suivante.

QUESTION LXYITT
DE CEUX QUI REÇOIVENT LE BAPTÊME

Cette question
1° Si

comprend douze

articles

:

3° Si

tous sont tenus à recevoir le baptême? quelqu'un peut être sauvé sans le baptême?

3° Si le
li°

baptême

doit être difTéré

?

Si les

5° Si

pécheurs doivent être baptisés ? aux pécheurs baptisés doivent être imposées des œuvres salisfactoires
? ?

6° Si est 7° Si est

requise la confession des péchés
requise l'intention,

du

côté

du baptisé?

8" Si est
9° Si les

requise

la foi

?

enfants doivent être baptisés?

lo" Si les

enfants des Juifs doivent être baptisés contre
?

le

gré de
le

leurs parents
11° Si

12° Si

quelques-uns peuvent être baptisés quand ils sont dans sein de leur mère? les furieux et les idiots peuvent être baptisés?

De

ces

douze

articles, les trois
le

premiers traitent de ceux qui

reçoivent ou doivent recevoir
leur universalité.
tégories,

baptême, en général, ou dans
enfants (9-1

Les neuf autres considèrent certaines ca:

dans leur détail

les adultes (4-8)

;

les

ceux qui semblent participer des deux

(art. 12).

— Traitant de

1)

;

ceux qui doivent recevoir
universalité,

le

baptême, en général ou dans leur
détermine ceux qui y sont
ils

le

premier

article

tenus;

le

second, en quel sens

y sont tenus;

le troi-

sième, à quel

moment

ils

y sont tenus.

— Venons tout de suite

à l'article premier.

Article Premier.
Si tous sont tenus à la réception

du baptême?

Trois objections veulent prouver que « tous ne sont pas tenus
à la réception

du baptême

».

La première dit que

«

par

le

QUEST. LXViri.
Christ, la voie

— DE

CEUX QUI REÇOIVENT LE BAPTEME.

281

du

salut n'a pas été létrécie

pour

les

hommes.

Or, avant l'avènement

du

Christ, les
ils le

hommes

pouvaient être
observer que

sauvés sans

le

baptême. Donc
».

peuvent aussi après l'avènefait

ment du
le «

Christ

La seconde objection
institué

baptême paraît

être surtout

comme remède du
plus
le

péché originel. Or, celui qui
le

est baptisé, dès là qu'il n'a

péché originel,

ne peut pas, semble-t-il,

transmettre à

l'enfant.

Donc
« le

les

enfants de ceux qui sont baptisés ne doivent
».

pas, semble-t-il, être baptisés

— La troisième objection arguë
afin

de ce que

baptême

est

donné

que

tel

sujet soit purifié

du péché par la grâce. Or, ceux qui sont sanctifiés dans le sein de leur mère ont cela sans le baptême. Donc ils ne sont pas tenus de recevoir le baptême ». L'argument 5ed conlra en appelle à ce qu' « il est dit, en saint
Jean, ch.
et

m

(v. 5)

:

A moins
il

que qiielqa an ne renaisse de l'eau
le

de r Esprit-Saint,

ne peut entrer dans

Royaume de
il

Dieu.
:

Et,

dans
les

le livre

des Dogmes de l'Église (ch. xli),

est dit
le

Cest

pour

baptisés seulement que nous croyons être

chemin du

scdut ».

Au

corps de

l'article, saint

Thomas explique que
ils

«

les

homle
si

mes sont tenus
salut. Or,
il

à cela sans quoi

ne peuvent pas obtenir
le

est

manifeste que nul ne peut obtenir
et c'est aussi ce

salut

ce

n'est par le Christ;

qui
18)
:

fait

dire à l'Apôtre,
le

dans
délit

l'épîlre

aux Romains, ch.
c'est

v (v.

De même que par

d'un seul,
la

pour tous

la

condanmation; de

même
de

aussi,
la vie.

par

Justice d'un seul, c'est
le

pour tous

la justification

D'autre part,

baptême

est

donné

à celte fin,

pour que quel-

qu'un, régénéré par

lui, soit

incorporé au Christ, devenu son

membre;
Christ.
Il

ce qui fait qu'il est dit,

aux
le

Galcdes, ch.

m

(v. 27)

:

Vous tous qui avez été baptisés dans
suit de là

Christ, vous avez revêtu le

manifestement que tous sont tenus au bapil

tême:
Ij'ad

et

que, sans

lui,

ne peut être de salut pour
«

les

hommes
».

».

primum

déclare que

jamais,
la

les

hommes

qui ont
la

tous besoin de rachat, depuis

chute du genre humain dans

personne du premier père,
la

« n'oni

pu

être sauvés,
ses

même

avant
»

venue du Christ,

à

moins de devenir
;

membres

ou

d'être incorporés à Lui

a

parce que, selon qu'il est dit au

202

SOMME THEOLOGIQUE.
12),
il

livre des Actes, ch. iv (v.

n'est point d'autre
le salut.

nom donné

aux hommes qui doive

être

pour eux
de cette
le

Mais, avant la

venue du Christ, les la foi de sa venue future
la circoncision,
(v.
1

hommes
;

étaient incorporés au Christ par
foi, le

et,

signe ou sceau était
iv
la

comme
la le dit

r.Vpôtre

dit,

aux Romains, ch.

1).

Avant que

circoncision eût été instituée, c'était par

foi seule,

comme

saint Grégoire {Morales, livre IV, ch. m),
les

avec l'oblation des sacrifices par lesquels
manifestaient leur
foi,

anciens Pères

que

les

hommes

étaient incorporés
foi,

au
les

Christ. Après la venue

du

Christ, c'est aussi par la

que

hommes sont

incorporés au Christ; selon cette parole de l'Epître

aux Éphésiens, ch.
de

m (v.
et

17)

:

Le Christ habite par

la

foi dans vos

cœurs. Mais c'est par un autre signe que se trouve manifestée la foi
la

choseprésente,
venir
;

non plus parle signe qui
reste, c'est aussi
le

la

montraitquand
de

elle était à

comme, du
présent,

par d'autres mots

qu'est signifié

le

ou

passé,

ou

le futur. Il suit

que

si le

sacrement lui-même du baptême n'a pas
le

été toujours
est le

nécessaire au salut, la foi cependant, dont

baptême
dans
la

sacrement, a toujours été nécessaire

».
il

Vad secundum
xième Partie
tisés

rappelle que

«

comme
ad

a été dit

Deu-

(/^-S"*, q. 81, art. 3,
le

2'""),

ceux qui sont baple

sont renouvelés, par

baptême, selon l'esprit; mais
Le corps,

corps demeure sujet à la vétusté du péché, selon cette parole de
l'Épître

aux Romains, ch.

viii (v.

10)

:

il

est vrai, est
la justifi(liv.

mort en raison du péché; mais

l'esprit vit,

en raison de

cation. Aussi bien saint Augustin prouve, contre Julien

VI,

ch. xvii, n. 17),
est baptisé. Or,
il

que
est

ce n'est pas tout ce qui est dans l'homme, qui

manifeste que

l'homme n'engendre
mais selon

point,

d'une génération charnelle, selon
Et
c'est

l'esprit,

la chair.
le

pour

cela

que
il

les

enfants des baptisés naissent avec

péché originel. D'oiî

vient qu'ils ont besoin d'être baptisés ».
le

L'ad tertium déclare que « ceux qui sont sanctifiés dans
sein » de leur mère, « reçoivent la grâce qui purifie

du péché
cela, le
si

originel

;

mais, cependant,

ils

ne reçoivent point, pour
le sein

caractère qui configure au Christ. Et c'est pourquoi,

quel-

ques-uns, maintenant, étaient sanctifiés dans

»

de leur

mère,

et

que Dieu

le

révélât

comme

II

l'a

révélé

pour Jérémie,

QUEST. LXVIII.

DE CEUX QUI REÇOIVENT LE BAPTEME.

283

pour Jean
«
il

le

Baptiste et pour la T. S. Vierge conçue sans péché,

serait nécessaire qu'ils fussent baptisés, afin
ils

que par

la

réception du caractère

fussent rendus conformes aux autres
effet,

membres du
tère

Christ »

:

nul, en

ne peut appartenir au corps
s'il

de l'Église, corps mystique du Christ,

n'a en lui le carac-

du baptême.
les

Tous
tême.

hommes,

après le Christ, sont
le

liés

par

la loi

du bap-

Ils

sont tenus de

recevoir; et cela, sous peine de ne
être sauvés.

pas être incorporés

au Christ, sous peine de ne pas
la


de

La

loi est

formelle;

sanction ne

l'est

pas moins. Mais
:

encore

faut-il

bien entendre l'une

et l'autre. Qu'est-ce à dire
le

tous les

hommes

sont tenus de recevoir

baptême, sous peine
ne peut être

ne pas être sauvés? Devons-nous en conclure que nul,
trouve,

jamais, en quelque condition qu'il se

sauvé sans

le

baptême, sans

la

réception actuelle du sacrement?
Il

La question vaut

d'être posée.

n'en est pas qui soit d'un
la

plus haut intérêt, d'un intérêt plus poignant pour
des êtres humains.

destinée
l'article

— Saint

Thomas

va

la

résoudre à

qui

suit.

ÂKÏICLE

II.

Si quelqu'un peut être sauvé sans le

baptême?

Trois objections veulent prouver que

«

nul ne peut être
à ce

sauvé sans
« le

le

baptême
dit,

».


de

La première en appelle

que
qiiel-

Seigneur
soil

en saint Jean, ch.
et
l'

m

(v. 5)
il

:

^1

moins que

quiin ne

né de l'eau

Esprit-Saint,

ne peut pas entrer

Royaume de Dieu. Or, ceux-là seuls sont sauvés, qui entrent dans le royaume de Dieu. Donc nul ne peut être sauvé sans le baptême, par lequel un sujet est régénéré par l'eau et l'Ksprit-Saint ». La seconde objection apporte un texte pris « dans le livre Des Dogmes de l'Église », où « il est dit (ch. xli) Nous croyons que nul catéchumène, alors même qu'il serait mort
dans
le

:

dans
tyre,

les

bonnes œuvres, n\i

la vie éternelle,

à l'exception du marOr,
si

où s'accomplissent tous

les

sacrements du baptême.

25 4

SOMME THEOLOGIQUE.
être

quelqu'un pouvait
rait

sauvé sans

le

baptême, cela

se

produi-

surtout dans

les
la

catéchumènes ayant des bonnes œuvres,
Joi qui opère par la dileclion {aux Galates,
le

qui semblent avoir
ch. V, V. 6).
être
il

Il

semble donc que sans

sauvé

».

baptême nul ne peut La troisième objection rappelle que « comme
;

a été dit plus haut (art. précéd.

q. G5,

art.

4),

le

baptême
est

est

un sacrement nécessaire pour
au
livre

le salut.

Or, on appelle né-

cessaire ce sans quoi une chose ne peut pas être,
dit

comme
Did.,

il

V

des Métaphysiques (de

S.

Th.,
le

leç. 6;

liv.

IV,

ch. V, n.

i).

Donc
».

il

semble que sans

baptême nul ne peut
saint A^uguslin, sur
la sanctification inles sa-

obtenir

le

salut

L'argument sed contra
le

cite

un

texte de

«

Lévitique (q. lxxxiv)

», oià il est

« dit

que

visible se

produit

et

porte ses fruits, en quelques-uns, sans

crements

visibles; la sanctification visible,
visible,

au contraire, qui sejait
la sanctification
le
il

par
ble,

le

sacrement
elle

peut exister scms

invisi-

mais

demeure sans Jrait. Puis donc que
est possible à

sacrement de

baptême appartient
sans
tenir
le
le

à la sanctification visible,
il

semble que

sacrement de baptême
de

quelqu'un d'ob-

salut par la sanctification invisible ».

Au corps
ble manière.

sacrement de

Thomas nous avertit que « le baptême peut manquer à quelqu'un d'une doul'article,

saint

— D'abord,

et

réellement

et

quant au désir
ni

:

chose

qui arrive en ceux-là qui ni ne sont baptisés,
être baptisés.

ne veulent

Ce qui appartient manifestement au mépris du
Il

sacrement, quant à ceux qui ont l'usage du libre arbitre.

suit

de

que ceux

à

qui

le

sacrement

fait

défaut de celte sorte ne

peuvent pas obtenir
ni

le salut;

parce que ni sacramenlellement

moralement

ils

ne sont incorporés au Christ, par qui seul
autre manière, le sacrement de baptême
la réalité,

est le salut.

— D'une
à
est

peut
désir

manquer
:

quelqu'un dans

mais non quant au
qu'il ait reçu le

tel le

cas de celui qui désire être baptisé, mais qui par

quelque hasard

prévenu par
le

la

mort avant

baptême. Celui-là, sans
lut, à

baptême
foi.

actuel, peut obtenir le sala

cause du désir du baptême, qui procède de
:

foi opé-

rant par la charité
lie

par cette

Dieu, intérieurement, sanctin'étant pas liée

l'homme,

la

puissance divine

aux sacre-

QUËST. LXVIir.

DE CEUX QUI REÇOIVENT LE BAPTEME.
dit,

285

ments

visibles.

Aussi bien saint Ambroise
:

en parlant de

Valenlinien, qui était mort catéchumène
régénérer, je lai perdu
;

Celui que Je devais

toutefois, lui-même n'a point

perdu

la

grâce quil demanda

».

Vad primum répond que
Rois, ch. XVI (v. 7), les

«

comme

il

est dit,

au livre

I

des

hommes

voient ce qui parait, mais Dieu
être,

regarde

le

cœur. Or, celui qui désire
et

par

le

baptême, ré-

généré de feau

de C Esprit-Saint,
le

est,

en

effet,

régénéré dans
corps
;

son cœur, bien qu'il ne
ainsi,

soit
dit,

pas dans

le

et
(v.

c'est

du

reste,

que l'Apôtre
du cœur

aux Romains, ch.
l'esprit,

ii

29),

que
Dieu

la

circoncision

est

dans

non dans

la lettre,

circoncision dont ta louange ne vient pas des
». le texte cité

hommes, mcds de

L'«d secundum explique
des catéchumènes.
éternelle,
s'il
Il

par l'objection, au sujet
la vie

est vrai

que

«

nul ne parvient à
et

n'est

absous de toute faute

de toute dette à

l'endroit de la peine. Cette absolution universelle se fait
la réception
il

dans

est dit

du baptême et dans le martyre; à cause de cela, que dans le martyre tous les sacrements du baptême
quant à
la libération

s'accomplissent, savoir
la peine. Si

de

la

coulpe
le

et

de

donc un catéchumène
sans cela,
elles
il

se

trouve ayant

désir

du
la

baplême

(et

ne mourrait point dans
la

les

bonnes

œuvres, car

ne peuvent être sans

foi qui opère par

charité), celui-là,

quand
mais
il

il

meurt, ne parvient pas tout de suite
la

à la vie éternelle,
sés; toutefois,

subira

peine pour

les

péchés pasle

lui-même sera sauvé, mais
la

comme par

feu, ainsi

qu'il est dit
(V.

dans

première Épître aux Corinthiens, ch.

m

»

i5).

Vad

terlium fait observer que « le
le salut,

baptême
le salut

est dit

sacrement

de nécessité pour

parce que
le

de

l'homme ne
soit

peut pas être sans que, du moins,
Augustin, sur

sacrement ne
le

dans

la
y>

volonté, laquelle auprès de Dieu est tenue pour
(S.
le

fait

lui-même

psaume L\ H,

v, 3).

S'il s'agit

des adultes,

la possibilité
fait,

du

salut

demeure,

môme
la

quand

ils

ne reçoivent pas, en
et

le

sacrement de baplême,

quelque rigoureuse

absolue que soit pour tous, depuis

286

SOMME TIIKOLOGIQÙË.

promulgation de l'Évangile, l'obligation de recevoir ce sacre-

ment

:

il

suffît qu'ils

en aient

le désir,

un
cas,

désir qui procède de

la foi agissant

par

la charité;

dans ce

en supposant l'ims'ils

possibilité matérielle de recevoir le sacrement,

viennent à

mourir,

ils

ont part au salut que
ils

le

Christ a apporté au monde,
la

bien que cependant

ne reçoivent pas ce salut avec
le

même

perfection que ceux à qui

sacrement de baptême

est

conféré

réellement
la faute et

:

ceux-ci, en
la peine,

effet,

reçoivent la pleine rémission de

de

de

telle sorte
ils

que

s'ils

meurent tout de
le
la

suite après leur baptême,
ciel;
les

entrent immédiatement dans
faute,

autres

reçoivent la rémission de
le fait
si,

mais

la

peine due au péché n'est point par
enlevée
:

même, entièrement
désir,

il

n'en serait de
le

la sorte

que

au baptême de

se joignait

baptême de sang.
il

Pour

les enfants,

n'est point possible de parler de désir,
la

en eux, puisqu'ils n'ont pas l'usage de
arbitre. Il n'y a

raison ou

le

libre

donc de

possibilité de salut,

pour eux,
la

comme

saint

Thomas nous

l'avait déjà déclaré,

que dans

réception

effective

vons ce

même
Dans

du sacrement, ou dans le baptême de sang. Nous trouenseignement du saint Docteur dans son Comles Sentences,
liv.

mentaire sur
q'''

IV,

dist.

IV,

q.

3,

art.
le
u

3,

2.

l'objection troisième,
suffire

pour exclure que
il

bapl'âge

tême de désir pût

aux adultes,

était dit

que

de l'enfant est plus digne de miséricorde que l'âge parfait. Or,

aux enfants

n'est pas

remis

le

péché originel pour

la seule foi
le

et la contrition »

ou

le désir «

des autres, à moins que

bap-

tême d'eau ne

soit appliqué.

Donc
».

il

semble qu'aux adultes,
le

non
«

plus, n'est pas remis le péché originel et
le

péché actuel
:

ensemble sans
cependant
sauvés par

baptême d'eau
soit,

Saint

Thomas répond

Bien que l'âge des enfants
il

en

effet,

plus digne de pitié,

faut, s'ils

doivent être sauvés, qu'en eux se trouve
salut. Et parce qu'ils

une certaine cause de
le

ne peuvent pas être
il

mouvement propre de

leur libre arbitre,

faut

qu'ils soient sauvés par le
elfet, la

sacrement de baptême. C'est qu'en
la foi

foi

propre a plus de valeur pour l'adulte que
s'il

d'autrui pour l'enlant. Car
suffisait

fut

un temps où
»

la foi

d'autrui
«

pour l'enfant avec une certaine

attestation

ou

pro-

QUEST. LXViil.
testation, c'était

DE CEUX QUI REÇOIVE^T LE BAPTEME.
cette

287

pour autant que

protestation avait la

vertu

du sacrement qu'a maintenant le baptême d'eau ». Ces derniers mots de saint Thomas et la doctrine qui

s'y

rapporte auront à être examinés, plus tard, de nouveau, à
l'occasion d'un texte

du
la

saint Docteur, qui sera d'une

imporMais,

tance extrême pour toute cette question

du
3,

salut des enfants.

Nous
fant,

le

trouverons à

question 70,

art.

ad

?"'".

si

le saint

Docteur exclut toute valeur de sacrement pour
la
loi
il

l'en-

dans

nouvelle, à tout autre rite extérieur que le

baptême d'eau,
de sang.
cula 3,
il

proclame

l'efficacité

souveraine du baptême

— Dans ce
se posait,

même article des Sentences, à la qaestioncomme objection, que « le baptême de
et
rite

sang n'a d'efficacité qu'en raison du sujet qui agit,
raison de l'acte ou

du

accompli,

comme
aucune

dans
il

le

non en baptême
d'aucun
en
rai-

d'eau

:

et

voilà pourquoi,

sans la charité,
il

n'est

secours. Or,

dans

les enfants,

n'a

efficacité

son du sujet qui agirait, puisqu'ils n'ont pas l'usage du libre

baptême de sang ne tient du baptême d'eau ». — Saint Thomas répond, à Vad primum, que « le baptême de sang n'a point de produire son effet uniquement en raison de celui qui agit » même quand c'est un adulte, « soit que l'on considère la peine que
arbitre.
Il

s'ensuit qu'en

eux

le

point

la

place

subit le martyr, laquelle peut n'être pas suffisante de manière
à satisfaire

pour

le

péché, soit que l'on considère la dévotion
il

de
la

la

volonté revêtue de justice, car

arrive qu'un sujet dont

volonté est revêtue d'une charité plus grande ne peut pas,
le

sans

martyre, être libéré de toute peine; mais

le

baptême de

sang

a

de produire son

efl'et,

en raison de l'imitation de la
des martyrs, dans
le

Passion du Christ, ce qui
l'Apocalypse, chap.

foit qu'il est dit
i/j)
:

vu

(v.

Us ont lavé leurs robes dans
les

sang de l'Agneau. Et

c'est

pourquoi
s'ils

enfants,

bien qu'ils
le

n'aient pas le libre arbitre,

sont mis à
».

mort pour

Christ, sont sauvés, baptisés dans leur sang

La doctrine que

nous venons de voir précisée par saint
session VI",

Thomas

devait être déclarée en termes formels par le concile

de Trente.

Au

chapitre iv de

la

nous

lisons

que

la

288
justification

SOMME

TIIROLOGIQUÉ:.
la

de l'impie s'entend au sens de «

translation

de cet élat
de
la

oii

l'homme

naît enfant

du premier
Cette
faite

Adam
le

en

l'état

grâce

et

de l'adoption des enfants de Dieu par
notre Sauveur.

second
après
la

Adam,

Jésus-Christ,

translation,

l'Evangile promulgué,

ne peut être

sans

le

hain de
:

régénération ou sans son

désir; selon qu'il est écrit
el
».

A moins

que qaelquun ne naisse de nouveau de Ceaa
il

de f Esprit-Saint

ne peut pas entrer dans

le

Royaume de Dieu

On
ces

s'est

demandé,

il
:

est vrai,
«

ce qu'il fallait entendre par
».

mots du concile

Après l'Evangile promulgué
la lettre

Nul

doute qu'ils ne s'appliquent à

pour tous ceux qui
connaissent sa docs'ils

vivent au soleil de l'Église catholique,

trine et participent à la foi qu'elle proclame. Ceux-là,

sont adultes, doivent vouloir expressément recevoir

le

sacre-

ment de baptême, quand
s'ils

ils

ne l'ont pas encore reçu; car,
il

n'avaient pas cette volonté,
le

en résulterait

qu'il y aurait,
l'a

chez eux,

mépris du sacrement,

comme nous

dit saint

Thomas. Quant aux enfants qui viennent au monde ou qui vivent appartenant à ces adultes, il n'y a pour eux de salut ou possible que dans la réception du sacrement de baptême

dans son équivalent,
seul

le

baptême de sang; parce que
qu'ils

c'est le

moyen

existant dans la loi nouvelle,
et

ont d'être
:

incorporés au Christ
ler des

de bénéficier de sa rédemption
l'action
la

à paret

moyens qui relèvent de
les droits

des

hommes,

en

réservant toujours

de

toute-puissance de Dieu,

qui n'est point liée à ces

moyens

extérieurs,

mais dont,

aussi,

nous ne pouvons rien nous
s'il

savoir,

comme
de
la

application de

fait,

en

dehors de ce qu'il pourrait plaire à Dieu d'en révéler,
le

comme

verrons à

l'article ii

question présente.

Mais
l'infi-

s'agit des adultes qui vivent dans les ténèbres de

délité,

hors du

soleil

de

la foi

de

l'Église, et

de leurs enfants,

que devrons-nous penser de la nécessité du baptême? Ici encore une distinction s'impose. Car s'il s'agissait d'infidèles, coupables de leur infidélité, c'est-à-dire

qui n'ont i)oint

la

foi

par

leur faute, soit parce qu'ils l'auraient perdue après l'avoir eue
à titre de

cathécumènes ou

même

de chrétiens baptisés, deve-

QUEST. LXVill.

DE CEUX QUI REÇOIVENT LE BAPTEME.

289

nus ensuite hérétiques ou apostats,

soit parce qu'ils refusent

coupablement de l'embrasser,
et

il

faudrait raisonner
l'avons fait

pour eux
croyants
l'Évangile
s'ils

pour leurs enfants
soleil

comme nous
le

pour

les

qui vivent au

de l'Église. Pour eux, en

effet,

demeure promulgué, au sens
n'obéissent pas à sa
salut.
loi, ils

plus formel du mot. Et

sont en dehors des conditions du
tout autre
s'il

La question

est

s'agit d'infidèles

de

bonne

foi, c'est-à-dire

qui vivent en des régions où l'Évangile

n'aurait pas encore été prêché,

ou même,

s'ils

ont eu connais-

sance de

la

doctrine prêchée par l'Église, qui n'ont

venir, en raison de circonstances indépendantes de leur

pu parbon
étant la

vouloir, à la reconnaissance de cette doctrine
vérité

comme

qui

s'impose au
adultes,

nom même

de Dieu. Ceux-là, consisoit à la

dérés

comme

ne semblent pas être tenus

réception du sacrement de baptême, soit à son désir explicite.

Nous rentrerons ici dans les règles générales du salut par la bonne foi, impliquant la droiture parfaite de la volonté sous l'action intérieure de l'Esprit de Dieu qui donne à chaque âme selon qu'il lui plaît, sans refuser à aucune ce qui est strictement nécessaire pour le salut. Quant aux enfants de ces adultes, il semblerait bien que moins encore pour eux l'Évangile est promulgué; et que, par suite, s'il y avait, de la part
de leurs parents, selon qu'il pourrait être possible, avec une
certaine foi implicite suffisante au salut,
tation de cette foi

une certaine protes-

pouvant équivaloir
la

à ce qui avait la raison

du sacrement avant
de
la

promulgation de l'Évangile, en dehors
enfants ayant vécu avant

circoncision requise parmi les Juifs, nous devrions rai-

sonner pour eux
cette

comme pour
foi

les

promulgation.

— Mais, en raison
supposée
la

même du
la

côté

si

mystéla foi

rieux de cette bonne

et

de

protestation de

s'appliquant à l'enfant,

seule conclusion pratique,
faut tout faire, dans la

de ceux qui ont

la foi, est qu'il

du côté mesure

du

possible,

pour en assurer

le bienfait à

ceux qui ne l'ont

pas, afin d'assurer leur salut et celui de leurs enfants, par la

réception

du sacrement de baptême, ou,
explicite.

s'il

s'agit des adultes,

au moins par son désir
XVII.

— Les

Sacrements.

19

290

SOMME THKOLOGIQUR.
le

Puisque
retard à

baptême

est

d'une

telle nécessité,
licite.

que penser du

le recevoir. Ce retard peut-il être mas va nous répondre à l'article qui suit.

— Saint Tho-

Article
Si le

III.

baptême peut ou doit être différé?
«

Trois objections veulent prouver que
différé
».

le

baptême doit
a

être
»,

La première apporte
:

le texte

du pape
le

S.

Léon

011 il est

« dit

Deux temps,
légitimes

savoir Pâques et la Pentecôte, ont
baptiser,

été fixés,

comme

pour

par

Pontije romain.

I\ous avertissons donc votre Dilection, que vous ne mêliez aucun

autre Jour à cette observation.

tout de suite qu'on doit baptiser
doit être différé

semble donc que ce n'est pas un sujet, mais que le baptême jusqu'aux temps marqués ». La seconde
Il

objection nous avertit qu' « on
(can. xxxiv)
:

lit

dans un concile d'Agde

Les Juijs, dont la perfidie revient
s'ils

fréquemment à
entre-

leur vomissement,

veulent venir
le

aux

lois

catholiques,

ront pendant huit mois sur

seuil de léglise,

parmi

les

catéchuils

mènes

;

et s'ils la

sont reconnus venir d'une foi pure, alors enfin
Il

mériteront

grâce du baptême.

ne faut donc pas que

les

homêtre

mes

soient baptisés tout de suite;

mais

le

baptême doit

différé jusqu'à

un

certain
il

temps
péché

».

La troisième objection
Isaïe,

déclare que «

comme

est dit,
le

dans

ch. xxvii (v. 9)

:

Cest
le

là tout le Jruit,

que

soit enlevé.

Or,

il

semble que
le

péché

est

davantage enlevé ou

même

diminué,

si

baptême

se trouve différé.

D'abord, parce que ceux qui pèchent après

le bapleme pèchent plus grièvement; selon cette parole de VÉpihe aux Hébreux, ch. x (v. 29) Combien plus, pensez-vous,
:

méritera des supplices redoutables celui qui aura projané

le

sang

du testament dans lequel il a été sanctifié, savoir par le baptême. Secondement, parce que le baptême enlève les péchés passés,

non

les

péchés à venir; d'où
il

il

suit
Il

que plus

le

différé plus

enlève de péchés.
».

semble donc que

baptême est le baptême
le sait,

doit être longtemps différé
avait prévalu auprès d'un

Cette dernière raison, on
d'esprits,

grand nombre

même parmi

QUËST. LXVIII.
les

DE CEUX QUI REÇOIVENT. LE BAPTÊME.

29I

meilleurs, à l'époque où vivaient saint Ambroise et saint

Augustin.

L'argument sed contra oppose qu'
siasliqne, oh. v (v. 8)
el
:

«

il

est dit,

dans VEcclé-

Ne larde pas de

le

converlir au Seigneur;

ne diffère pas de Jour en Jour. Or, la conversion parfaite à
est
la le

Dieu

conversion de ceux qui sont régénérés dans

le

Christ par

baptême. Donc
».

le

baptême ne doit pas être différé
sur
le

de jour en jour

Au corps de
en question,
à baptiser. baptisés,
il

l'article, saint

Thomas répond que
s'il

:<

point

il

faut distinguer

s'agit d'enfants

ou d'adultes

Si,

en

effet, ce

sont des enfants qui doivent être
le

ne faut point différer

baptême. D'abord, parce

qu'on n'attend point, pour eux, une plus grande instruction
ni

péril de
l'effet

une conversion plus entière. Et, secondement, à cause du mort car, pour eux, il n'y a pas d'autre remède à
:

de leur venir en aide,

si

ce n'est par le sacrement de baple

tême.

Pour

les adultes,

il

peut leur être porté secours par

seul désir

du baptême,
que

ainsi qu'il a été dit plus haut (art.

2).

Et c'est pourquoi, aux adultes, ce n'est pas tout de suite après
leur conversion
l'on doit conférer le

sacrement de bap-

tême, mais

il

faut le différer jusqu'à
la

un

certain

temps déterne
qui
sujets

miné. D'abord, pour
soit pas

sauvegarde de
le
;

l'Église, afin qu'elle

trompée, en conférant

sacrement

à des

viendraient d'une manière feinte

selon cette parole de la prei)
:

mière épître de saint Jean, ch.
les esprits,

iv (v,

I\