EXPLICATION

LITTÉRALE, HISTORIQUE ET DOGMATIQUE,

DES PRIÈRES ET DES CÉRÉMONIES

DE LA MESSE,
SUIVANT LES ANCIENS AUTEURS
r

ET LES MONUMENS D E TOUTES LES EGLISES DU MONDE
AVEC DES DISSERTATIONS ET

CHRÉTIEN.
DES NOTES SUR LES ENDROITS

DIFFICILES ,

E T SUR

L ' O R I G I N E DES

RITES.

PAR LE R. P. PIERRE LE BRUN,

NOUVELLE

ÉDITION.

TOME

QUATRIÈME.

L I B R A I R T E C A T H O L I Q U E DE P E R I S S E F R E R E S .
LYON.
AHCIIKMB H A 1 5 OIT »

ù

PARIS.
HOUTCCL* MAISON
F

Grande rue Mercière, 33, 9
J t l r u c centrale» ( S . j Q

Rue Saint-Sulpice, 38,
Angle de la pUcv Sf-Sulptct.

18G0

Biblio!èque Saint Libère
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Ce volume contient :

LA S I E D S DS E T TO S S R L S LITURGIES: UT E I S R A I N U E
N°. i 3 . Uniformité abandonnée par les sectaires du XVTsiècle. Liturgies Luthérienne, Zuinglienne, Calviniste, Anglicane, Ecossaise, Suédoise, etc., 14. En quelles langues on a écrit et célébré la Liturgie. i 5 - Du silence des prières de la Messe dans tous les siècles.

Imprltu. de Fr. SEGUIN aine, à Avignon, rue Uouqueric, 13.

TABLE
DES TITRES

CONTENUS DANS CE VOLUME. TREIZIÈME DISSERTATION. Uniformité des liturgies de toutes les églises chrétiennes dans tout ce qu'il y a d'essentiel au sacrifice abandonnée par les sectaires du XVI , siècle. Page i ARTICLE I. Liturgie des Luthériens. 3
? e

Formule de ta messe et de la communion pour l'ègtisc de Wittembetg par Luther en i5a3, < ) ART. II. Liturgie ou cène des Zuingliens ou des Calvinistes» ao Liturgie instituée en 1S2S par Zuingte dans l'église de Zurich pour la célébration de la cène du Seigneur* ibid. Liturgie ou cène de Genève suivie par tes Protestons de France. »4 Manière de célébrer ta cène* a b ART. III. Liturgie d'Angleterre depuis te schisme, 3a §. I, Origine du schisme sous Henri FUI, sans innovation à (a liturgie, 54 §. II. La nouvelle liturgie introduite sous Edouard y 1 après dix-hutt ans de sekisme, 58 Ordre de la première liturgie anglicane reformée sous Edouard FI, Imprimée en anglais à Londres en i54<). 42 La cène du Seigneur ou ta sainte communion communément appelée la messe, 44 La communion du malade, 55 Rcgtcmens du parlement. Plainte de Calvin et des autres novateurs. Sou» veaux ehangemens dans la liturgie, 56 Seconde liturgie sous Edouard VI imprimée en anglais à Londres en

i55a.

t

5> j

Lituigia Suecan» ecclesiae , catboliese et orthodoxae coaformis.

La communion des malades. 65 §. III. Rétablissement de l'ancienne liturgie sous ta reine Marie, ibid* §, IV. Renouvellement de la réformation et delà seconde liturgie d'Edouard sous te règne d'Elisabeth. 68 V. Des petits ehangemens et des additions qui ont été faits depuis EU~ sabeth , principalement sous Chartes IL /5 ART. IV. Changement de religion en Ecosse. Progrès des Novateurs, Dis-» putes sur une nouvelle liturgie. 84 AHT. V. Liturgie singulière introduite en Suède depuis le Luthéranisme. 100 §. I. Origine et progrès du Luthéranisme en Suède sous Gustave premier, ibid. §. II. Efforts du roi Jean pour rétablir la religion catholique, et pour introduire une nouvelle liturgie. io5 §. III. Nouvelle liturgie introduite. Disputes el troubles à son occasion. 108 Préface de l'archevêque d'Upsal en latin cl en français. ibid. Ordre des prières de la préparation du prêtre , etc. 129 Observations touchant Us fautes qu'on a faites dans cette liturgie. '4^ Reproches faits jusqu'à présent à tous tes Proies tu m d'avoir rejeté de ta iittirgic la prière de l'invocation, »S»

* »5

Vf

TATïLE DES TITRES.

ART. VI. Réflexions sur (ex lilur»Us des Novateurs depuis le XVb. siècle^ lesquels à force de vouloir s'éloigner de l'église romaine ont abandonné l'essentiel des liturgies de toutes les églises chrétiennes ; et ont encouru par là l'anathème de toutes tes églises du monde chrétien. i54 Supplément à ta treizième Dissertation pour la liturgie d'Ecosse depuis te changement de religion, 161 Manière d'administrer ta cène du Seigneur, T6A Remarques, * 6 6 La liturgie ou la manière de célébrer te service divin , qui est établie dans tes églises de la principauté de Neufchâtel et Valtangin. A Bâte, chez Jean Pistorius , MDGGXIIL 167 La liturgie de la jainte cène. 172 Réflexions sur la liturgie de Neufchâtel, *8A

QUATORZIÈME DISSERTATION. En quelles langues on a écrit et célébré la liturgie jusqu'à présent dans toutes les églises du monde chrétien. 188 ARTICLE I. Usage de l'église latine, et sentimens des papes jusqu'à notre temps, 190 ART. II. Usage de l'église orientale. 2 0 6 Observation sur la traduction du missel romain en tangue chinoise. 2 2 I ,

QUINZIÈME DISSERTATION sur l'usage de réciter en silence une partie de la messe dans toutes les églises du monde, où l'on voit la manière dont la liturgie a été prononcée , en remontant depuis notre temps jusques aux premiers fidèles. 226
préliminaires sur les deux extrémités de deux sortes de prêtres, dont tes uns disent toute ta messe sans que les assistans puissent rien entendre, et les autres disent toutes les prières à voix haute. 2 2 6 PREMIÈRE PARTIE. Exposition de la discipline présente de t'Église, qui ordonne clairement aux prêtres depuis six ou sept siècles de dire une partie de la messe à voix busse, sans qu'ils puissent être entendus des assistans. • 2 5 6 ARTICLE I. Ccqu'on a entendu généralement par ces mots submifisa voce : Le sens du concile de Trente clairement marqué par tes historiens contemporains et par l'église de Rome à laquelle les Pères de ce concile renvoient, 256 ART. II. L'église de Rome à laquelle le concile renvoie , met à ta tete du missel toutes les rubriques sur la manière de prononcer. L'église de Milan tes met aussi. Les conciles provinciaux prescrivent le même usage. Discussion sur te Concile de Reims, 261 ART. III. Preuves tirées du pontipeat et du sacerdotal qui étaient en usage avant te concile de Trente et des auteurs du XIV*, siècle, où l'on voit que tes rubriques du missel de Pic V. n'étaient pas nouvelles, 271 ART. IV. Preuves tirées d'un grand nombre d'anciens missels, et st/rtntl de celai de Paris , qui a été porté de tous eûtes depuis cinq ou six cents ans par les Carmes et les Dominicains, 377 ART. V, Preuves de ta prononciation des prières en silence par l'usage de tous tes ordres religieux depuis l'an 1 0 0 0 . 2 8 6 ART, VI. Témoignages des auteurs du XI*. XII . et XIII . siècle touchant te silence des prières de ta messe , en remontant jusqu'au dixième. 2 9 4 N O U V P I . L K explication donnée aux témoignages des auteurs qui parlent de ta récitation en silence. 2 9 8
OBSIRVATIOUS
t y e e

IURLKXIOR.

2 9 9

TABLE

DES

TITRES.

VII

Première objection. 3oi Réponse, 3oa Seconde objection* 3o3 Réponse» 3o4 A R T , V I I . Plusieurs prières récitées secrètement à la messe dans toutes tes Églises chrétiennes gui ont conservé leurs liturgies, 5o5 A R T . V I I I . liaisons mystérieuses du silence du canon, tirées des Pères et des Conciles. D'où vient qu'on laisse à présent entre Us mains des fidèles le canon qu'on leur cachait autrefois* 311 S E C O N D E P A R T I E . Examen de la discipline de l'Église durant les dix premiers siècles, touchant lamanière de réciter les prières de ta messe» 319 On fixe la signification du mot sécréta. On remonte ensuite depuis te X . siècle jusqu'aux premiers temps , et l'on fait voir l'usage constant-de dire une partie des prières de la messe secrètement et en silence* Sic) A R T I C L E I , Question préliminaire. On examine si le mot sécréta, vient du mot secretio, ou si avant te X . siècle ce terme signifiait simplement l'oraison secrète dite secrètement en silence* 3a 1 A R T . I I . Quels sont les auteurs qui ont cru qu'on disait autrefois la messe à voix haute. 327 A R T . I I I . Qu'on n'a point établi ta coutume de dire une partie de la messe en secret vers l'an 1000 , ni auparavant. §. I . Première preuve par l'auteur anonyme du livre des divins offices attribués à Alcuin. On montre que l'histoire des petits bergers a été insérée mal à propos dans cet auteur. 33Î § . I I . Seconde preuve par Bernon , abbé de Richenau, l'an 100&. 558 § . I I I , Troisième preuve par l'usage de faire réciter secrètement Us no?ni des morts dans tes diptyques, ou de les placer ailleurs qu'à ta messe pour ne pas interrompre te silence du canon. 54o § . I V . Quatrième preuve par Remy d'Auxerre, l'an 885. 34 a V . Cinquième preuve par Herard de Tours, l'an 858 , et par le Pape Nicolas L , l'an 866. On marque quelles prières on prescrivait alors aux fidèles, ce que contenaient les heures de Çharles-le-Chauve : méprise de quelques savans sur ce point. 343 § , V I , Sixième preuve par Flore de Lyon , l'an 84o. 35o §. \II. Septième preuve par Amalairc , vers l'an 820. 352 RkFLEXION sur Raban Maur et sur Walfrid Strabon. 35G A R T . I V , Que depuis Amataire soits Louis-te*Débonnaire, en remontant jusqu'à saint Grégoire , il ne s'est fait aucun changement sur la manière de réciter te canon. Preuves qu'il était récité en silence, par de très-anciens monumens pontificaux, saeramentaires,ordres romain gallican monastique etc. 557 MKSSK basse ou privée au temps de saint Grégoire* 365 A R T . V. Discipline des églises d'Orient touchant le secret et te silence de ta messe au Vh. siècle. Changement introduit dans ta liturgie par l'empereur Justinicn* 3G7 IHWOVÀTIOHS faites dans la liturgie sous l'empereur Justinien. 37a A R T . V I . Plusieurs usages du secret et du silence conservés dans tes églises d'Orient, malgré môme ta toi deJustinien. ?>}5 A R T . V I I . Effet de la Novetle de Justinien. Le canonrecitè tout haut en quelques églises d'Orient. Histoire des bergers qui contrefont les mystères de la messe, et tombent à demi-morts par le feu du ciel. Cette histoire n'a point été cause de la récitation secrète du canon en Occident. 378 A R T . V I I I . Qu'on n'apperço'U aucune marque de changement dans l'église latine depuis l'an 600 jusque vers l'an 4oo , et qu'on trouve toujours des preuves du silence des prières dans tes missels de Rome \ des Gaules et d'Espagne. 584 A R T . I X . Preuve du secret et du silence du canon vers l'an 4oo , par te Pape Innocent L et par saint Augustin* 588
e e v 9 9 t t y

V1TI

TABLE DES TITRES.
e

ART. X . Qu'en remontant de l'an 4.00 au III . siècle, on trouvé dans tè~ glise d'Orient et d'Ûccident le secret et te silence des mystères. $93 I. Par t'aateur de la Hiérarchie ecclésiastique sous le nom de saint Denys t'ArèopagUe. ibid. II. Par saint Amhroise. 396 III. Par saint Chrysostômc qui parle des rideaux qui cachaient l'autel pendant ta célébration des saints Mystères , et du grand silence qu'on ne rompait qu'en tas découvrant. 09S IV. Par le Concile de Laodicùc. 4oo ART. XI. Suite des preuves du secret et du silence par saint Basile et par tes remarques de plusieurs savans sur tes usages du VI . siècle, ioi ART. X l l . Qu'au II . et au III". siècle on ne voit pas qu'on empêchât tes fidèles de voir ce qui se faisait sur l'autel pendant tes saints Mystères; mais on ne luir faisait pas entendre toutes tes prières du canon. £oy ART. XII1, Conclusion de la tradition perpétuelle du secret et du silence. L'Eglise a toujours voulu accoutumer ses en fans à contempler les mystères en réprimant la curiosité. 4*5 TROISIEME PARTIE. Examen des motif; sur lesquels on a cru que l'ancienne église a fait dire te cation de ta messe à voix haute jusqu'au Xu siècle. 4 30 ARTICLE I. Premier motif, que scion les anciens Pères tes fidèles ont repondu A e aux paroles de ta consécration jusqu'au X*. siècle* mn RtPOwst. Que ce fait n'a été avancé que par des méprises. 4a* p B/ E par tes saints Pères que tes fidèles répondaient A e après tes paB tV S mn roles sacramentelles , dû même qu'en recevant la sainte communion , pour donner un témoignage public de leur foi, et en faire une haute profession. AUTORITÉS des Pères Crées* 4*2
e e

R F KR KO S »

4*5
des Pères Latins.

lUro?i5B.
SUITE IUPOSSK.

AUTORITÉS

des autorités qu'on oppose.

4*5 4*" ibid.

ART. II. Témoignages tirés des anciennes liturgies grecques et de Flore de Lyon. Rkpoksf;. Que tes liturgies ne sont pas de ceux dont cites portent le nom , que Flore dit te contraire île ce qu'on suppose. 4^0 TJÎIIOIRIIAKK de Flore qu'on croit décisif, auquel on joint ceux de Pascliase et de itatramne. 451

Rf o s . tp nR

4^ *2
456

ART. III. Troisième motif. L'autorité du rit gallican et du rit mozarabe. RKPONVK. Méprise sur le rit gallican. Discussion sur le rit mozarabe. 455
RKPORSB.

à la consécration , que d'en ajouter à la communion , comme on a fait au diocèso de Paris. H K P O N S R . Origine du nouvel usage de Paris, qu'on peut autoriser par saint Charles le seul A e de ta communion , fondé sur la première antiquité. mn

ART. IV, Qu'il n'y a pas plus d'inconvénient d'ajouter des A e mn

45;
JUPOHSE. 438

ART. V. Suite de l'article précèdent. De ta manière dont on a donné la communion , et d< s paroles qu'on a prononcées en lu donnant dans tous les siècles. Quelle conséquence on doit tirer de ces usages. 44 ART. VI. Cinquième motif,, que les Amen des oraisons du canon sont une preuve que tes assistans doivent répondre, et par conséquent les entendre. lUroKSE. Que ces A e n'ont été tnis qu'au XIII*, ou au XIV*. siècle, et mn qu'alors tout te canon se disait en silence. 45o
1

IUpoxse. 45 JL ART. VII. Origine des A e insérés dans te canon au milieu du XIIP. sic* mn

ix tte. On était alors en peint si les anges ou les prêtres devaient répondra

T B E D S TT E . AL E IRS

A T VIII. Dernière difficulté. Plusieurs réflexions montrent que jusqu'au R.
VIII . siècle il aurait été injuste de cacher tes mystères aux fidèles. R É P O N S E . OA se fonde sur des erreurs historiques. Durant les sept premiers siècles il y a toujours eu des fidèles qui ont mérité qu'on leur cachât une partie des saints Mystères , et les Saints n'ont pu trouver mauvais qu'on usât à leur égard même de quelque réserve. 463
RKPORSB. PREMIERS ERREUR HISTORIQUE : 464
e

Amen.

456

Que te fait des bergers ait fait introduire te silence des prières. 465 II. Erreur historique: Qu'il y ait un décret qui ait fait changer l'usage de prononcer à voix haute. ibid. III. Erreur historique. Que lesfidèlesdurant les sept premiers siècles n'aient point assisté aux saints Mystères sans communier. 466 IV. Erreur historique. Que tes assemblées desfidèlesdes sept premiers siècles ne fussent composées que de saints. NOUVEAU M O T I F de ne point s''astreindre à la recitation secrète , tiré de ta messe de l'ordination qui se dit tout entière à voix haute. 4/5 NULLITÉ du nouveau motif. La récitation haute de la messe de l'ordination n'est pas un reste de l'ancienne discipline. R É F L E X I O N sur l'origine de ce qui se fait en faveur des nouveaux prêtres comme une exception de la règle. 47 6 S U I T E des illusions de l'apologiste. 4 79
ILLUSIOR. AUTRE AUTRE

preuve de l'Apologiste*

ibid. ibid.
4§O

ILLUSIOR.

preuve bizarre tirée de saint Ignace de Loyoiaet du docteur d'Epencc.

ibid.
48I

auteur. 488 Que le reproche n'est fondé que sur une mauvaise édilion. O n expose quelles sont les bonnes éditions de Flore , et quel est son vrai sens. ibid. T R O I S I È M E difficulté sur le témoignage d Amalaire t explication du mot S K RÉPONSE.
$

à quelques nouvelles difficultés. 483 PREMIÈRE difficulté contre l*utilité de cette Dissertation. 484 RKPORSB. On montre la nécessité de se conformer aux rites marqués, et surtout à ceux qui sont très-anciens. ibid. S E C O N D E difficulté sur l'autorité de Flore ; o reproche qu'on a falsifié cet n
RÉPO*SB

ILLUSION.

CRETO. RÉPONSE,

494

La clameur jointe au silence dans tes anciens auteurs. 5oi QUATRIÈME difficulté contre ce qui a été dit dans ta Dissertation , qu'ancienment on ne répondait point Amen aux paroles de ta consécration dans l'église latine. 5o3 R É P O N S E . Que l'objection est fondée sur une mauvaise traduction, et qu'elle ne prouve rien pour l'église latine. 5o4 C I N Q U I È M E difficulté sur l'origine de ta récitation secrète dans l'église latine,

Qu'Amalaire exprime trop clairement la récitation secrète et silencieuse pour pouvoir l'éluder. 495 OR montre d'oii vient qu'il se sert du mot chanter pour celui de réciter. 5oo

5o6
On montre combien on s'est trompé en avançant que du moins pendant les huit premiers siècles, le canon était récité d'une voix entendue de l'assemblée. 57 0 I N S T A N C E S et réponses sur te mot canerc, et sur te sentiment du Père MabtlIon touchant la récitation secrète, 56 1
RÉPONSE. LETTRE

du révérend Père Mnrtenne,

5iS

DISSERTATIONS
HISTORIQUES ET DOGMATIQUES ,

SUR

LES

LITURGIES

DE TOUTES LES ÉGLISES.

TREIZIÈME

DISSERTATION.

Uniformité des liturgies de toutes les églises chrétiennes, dans tout ee fju'ilp a d'essentiel ou Sacrifice , abandonnée pur les sectaires du XPÏ. siècle.
Division de ce volume.

ON a vu dans les deux volumes précédons toutes les liturgies du m a n d e chrétien uniformes dunslessentïel, et Ton va voir dans celui-ci celles qui s'éloignent de l'uniformité. Au lieu que les anciennes sectes se sont fait un devoir de conserver la liturgie des églises d o n t elles avaient été séparées , les nouvelles sectes ont fait, chacune à sa m o d e , des liturgies q u ' o n va exposer dans la premièredisserlation de ce volume. En second l i e u , les nouvelles sectes n'ont 41

a DISS. XIII. UNIFORMITÉ ABANDOIflftSE. voulu célébrer la liturgie q u ' e n langue vulgaire, du lieu q u e toutes les églises c h r é t i e n n e s , soit catholiques soit s c h i s m a t i q u e s , o n t c o n t i n u é (le c é l é b r e r la liturgie dans leur ancienne langue , sans l'assujettir aux vicissitudes du langage populaire. C'est le sujet de la quatorzième dissertation. Enfin à ces dissertations on en joint u n e touchant la m a n i è r e de réciter les prières de la messe. Les r u b r i q u e s des missels prescrivent de réciter secrètement les prières du canon , et depuis -i5 ou 3o ans ( ) u n grand n o m b r e de p r ê t r e s , q u o i q u e p i e u x , refusent de se s o u m e t t r e à cette règle.-Ils veulent dire toutes les prières à haute voix, p r é t e n d a n t qu'on les disait ainsi autrefois. Et Ton va m o n t r e r dans la dernière dissertation que l'usage de tous les siècles et de tontes les églises a été de réciter secrètement une partie des prières de la liturgie. Commençons par le grand défaut d'uniformité.
a

Liturgie conservée par tous les hérétïqnes, à l'exclusion des nouveaux sectaires.

D u r a n t les XV premiers siècles* n o u s n'avons trouvé aucune église c h r é t i e n n e , qui n'ait conservé tout l'essentiel de la liturgie avec un soin très-relig i e u x , comme ce que nous avons de plus saint et de plus respectable après le saint Evangile. Donal i s i c s , A r i e n s , M a c é d o n i e n s , Nestoriens , Eutychiens ou Monophysi les et a u t r e s , tous ont regardé le sacrifice eucharistique comme la consolation de l'Eglise et la source des grAces dont elle a besoin continuellement ; et ils se sont tous fait une loi inviolable d'en conserver rigoureusement tout l'essentiel, en sorte même que les moindres soupçons de changernens étaient un sujet de reproche mutuel. Les Donalistes s'iinaginant que les Catholiques y faisaient quelque i n n o v a t i o n , il fallut, p o u r faire cesser la calomnie ( ) , les inviter à venir voir célébrer la liturgie. Si les Nestoriens y insèrent que!b

0

(n) C t dissertations ont <s
(b) Tome *>./>. 57.

été publiés,pour la première fois, en 1720.

LITOflGIE LUTHÉRIENNE.

3

QUES MOTS QUI INSINUENT LEUR HÉRÉSIE, ON LEUR EN FAIT UN CRIME, ET CE QUI EST DE PLUS REMARQUABLE, ON N'A JAMAIS EU LIEU TIC REPROCHER À AUCUNE DE CES GRANDES SECTES D'AVOIR ABANDONNÉ LE RIT ESSENTIEL AU SACRIFICE. TOUS ONT RELIGIEUSEMENT CONSERVÉ L'AUTEL, LE TERME DE SACRIFICE, L'OBLATÎON DU CORPS DE JÉSUSCHRIST ET L PRIÈRE PAR LAQUELLE ON DEMANDE QUE LE A PAIN ET LE VIN SOIENT FAITS LE CORPS ET LE SANG DE JÉSUSCHRIST QU'ON OFFRE , ET AUQUEL ON PARTICIPE PAR L A COMMUNION. TOUS SE SONT GLORIFIÉS DU PRIVILÈGE SPÉCIAL DE L'EGLISE , DANS LAQUELLE, COMME DIT SAINT PAUL,

nous ( ) avons un autel dont les ministres du tabernacle ri ont pas pouvoir de manger. CE TÉMOIGNAGE
DE TOUS LES SIÈCLES ET DE TOUTES LES NATIONS CHRÉTIENNES N'A PU FAIRE RESPECTER L'ANCFENNE LITURGIE PAR LES NOUVEAUX SECTAIRES, ILSENONTFAIT UNE À LEUR MODE, CHACUN CONFORMÉMENT À SON ERREUR PARTICULIÈRE. EXPOSONS CE QUE LES TROIS PRINCIPALES SECTES DES LUTHÉRIENS , DES CALVINISTES ET DES ANGLICANS ONT RETENU OU REJETÉ DE L LITURGIE. A

a

ARTICLE

I.

Liturgie des Luthériens.

Dfes QUE LUTHER EUT fait BRÛLER, EN r5ao,( ) TOUT LE
CORPS- DES DÉCRÉTÂTES «LES PAPES AVEC L HUILE DE A LÉON X , ET QU'IL EUT DÉCLARÉ UNE GUERRE OUVERTE À L'ÉGLISE DE ROME , SON PRINCIPAL DESSEIN FUT D'ABOLIR L MESSE. A AN MOIS DE JANVIER- I^AA, I DONNA SON Iraiié de L abroganda nvssa privata^ QU'IL ADRESSA AUX AUGUSTINS DE WITTEMHERG, SES CONFRÈRES, POUR LES félici-

b

(a)//Mr.xm. toi.
(B) Luther. Tout. Jennx. 15GG. loi. 317 el 320.

T.

4

DISS. XUU ART. l .

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

t e r W d'avoir, les p r e m i e r s , a b a n d o n n é la messe. Il n'excepte ici aucune m e s s e , q u o i q u e le titre n'ind i q u e q u e les messes privées. 11 prétend p r o u v e r qu'il n'y a point d'autre sacrifice que de s'offrir soim ê m e à D i e u , cl q u e celui des prêtres d e l'Eglise e s t i m e illusion et une abomination. Il mit dans son parti q u a t r e théologiens de l'uni versijé de W i t t e m h e r g , au n o m b r e desquels était Philippe Mélanchthon. Ceux-ci M présentèrent u n e requête au prince Frédéric duc de Saxe , p o u r justifier les Augustin?» et >our le supplier d'employer son autorité p o u r aboir la m e s s e , à quoi il étoit déjà tout disposé. Les Brefs pressaus q u e le Pape Adrien VI écrivit (°) à ce prince furent inutiles. Luther s'appliqua tout de nouveau à l'abolition de la messe, et comme il est le premier des sectaires qui ait attaqué et aboli le canon de la m e s s e , il n'est pas inutile de voir quelle a été l'origine de cette e n t r e p r i s e , et ce qui l'indisposa si fort contre la messe. II nous l'apprend luim ê m e dans un ouvrage qu'il donna au public en 1 5 33 , intitulé : De la messe privée et de F onction

f

des prêtres.
Il ne craint pas d'exposer de quelle manière il fut attaqué par le démon sur les messes qu'il disait depuis quinze ans. La dispute n'est pas h o n o r a b l e ni à la foi ni à l'esprit de L u t h e r , parce qu'iT r é pondit assez mal à des argumens assez faibles; mais il déclare dans cet ouvrage qu'il veut faire une h u m b l e confession de son embarras et de son trouble ; et puisqu'il n'a pas rougi de la p u b l i e r , n u l ne doit trouver mauvais q u e nous en fassions ici un précis, et que nous en exposions aux yeux des lecteurs les principaux endroits en propres termes. Voici donc le récit qu'il en fait.

Une fois ( ) m étant réveillé sur le minuit , Satan
(a) Cœp/sse vos prîmos omnium in vestra conçregntïone abusum iilum missarum , qua& vocant, ahrogarc. Tom. t. fol. 441. {h) ibid. pftrj. 4 / 1 . (c) fol. »37.

d

(dj OS K Y I . S R LA C i K U K E AVEC LE l,^ ^t£. Celle i E W TON U ON £ E C

f

L1T0KG1B

L T E IN E U H RE N .

5

commença ainsi à disputer avec moi : Ecoute* DITIL , Luther, docteur très-éclairé, tu sais que durant i5 ans tu as célébré presque tous les jours des messes privées : que serait-ce si de telles messes privées

conférence est an second tome des œuvres de Luther imprimée en allemand à Iène,./o/. 82 , et au septième tome des mêmes œuvres de Luther imprimées en' latin à Wîttemberg en 1558. Tom. VU. joL 228 Les Luthériens trouvent mauvais que les auteurs catholiques parlent de cette conférence ; mais ce ne sont pas les catholiques seuls qui l'on relevée. Les Zuïngliens et les Calviniste? ont souvent reproché aux disciples de Luther que leur maître avait été instruit sur l'article de l'abolition des messes privées par le diable même reconnu te! ; et non pas comme Zuingle, qui déclare seulement, que, dans un songe, un esprit ( dont il ne pouvait dire s'il était blanc ou noir ) lui avait appris à bien soutenir le sens defiguredans l'Eucharistie. On peut voir là-dessus David Paraîus, Controvers.ettcharisL pag. 257. Hospinien. Hkt.sacram. part. 2. fol. 26 et \2\, où après avoir rapporté une partie de la dispute de Luther avec le diable, il ajoute que le sommaire de plusieurs autres auteurs sacramentaires. II est vrai que les Calvinistes de France qui ne craignirent pas, en 1531 , au synode de Charenton , d'admettre les Luthériens à leur communion , quoiqu'ils ne pussent ignorer que presque tous les Luthériens n'avaient cessé de les détester comme des hérétiques, ont depuis ce temps-là ménagé les Luthériens sur l'article ne la dispute avec le diable. M. Claude, dans sa défense de la Information , a tâché de faire passer le récit de Luther pour une espèce de parabole oufigurede rhétorique , en quoi il fut d'abord relevé comme il le méritait par Fauteur du livre intitulé : Luther disciple du diable. A Paris, 1673. M. Seckendorf, savant Luthérien , dans son gros Commentaire historique du Luthéranisme, imprimé à Leipsic en 1604, où il réfute habilement en plusieurs points l'histoire que M. Maimbourg a donnée en français, n'a rien oublié pour tâcher d'oter cet opprobre an parti protestant. ( Lett.X. sert. 45 , pag. 102- ) Il paraît chagrin contre fauteur de la Perpétuité , contre AI de Cordemoî, et M. Bossuet, évéque deMeaux, ni ont fait des réflexions sur cette conférence; mais quel moyen e faire oublier cette conversation avec le diable, et de persuader le public que Luther n'avait pas aboli la messe sur la remontrance du diable. Car enfin, t°. c'est un fait certain que Luther a raconté luimême qu'il soutint cette dispute étant bien éveillé > et qu'il fut rnnvaincu des raisons du diable , de quelque manière qu'il lui ait parlé, soit en prenant unefigurequi n'est pas désignée, soit en faisant simplement impression sur son esprit et sur son cœur, ainsi que M. Seckendorf veut l'inférer des deux mots allemands omis et qui devaient être traduits, dit-il, in corde meo. 2°. C'est un fait
cette conférence est que Luther apprit du diable que la messe ( surtout ta messe privée ) est une mauvaise chose, et qu'il f abolit étant convaincu par les raisons du diable* On pourrait citer

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DISS. XIII. ART. I.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

étaient une horrible idolâtrie ? Que serait-ce si le corps et le sang de Jésus-Christ n'y avaient pas été présens et que ta n'eusses adoré et fait adorer aux autres que du pain et du vin ? Je lui répondis : J'ai été consacré prêtre i j'ai reçu Vonction et la consécration des mains de Cévêque > et fui fait tout cela par le commandement de mes supérieurs et par l'obéissance que je leur devais. Pourquoi n'auraisfe pas consacré, ayant prononcé sérieusement les paroles de Jésus-Christ , et célébré austi très-sérieusement des messes ? Tu ne rignores pas. Tout cela est vrai, me «lit-il , mais les "Jures et les Puïens font aussi toutes choses dans leurs temples par obéissance; et ils r font sérieusement leurs cérémonies....
y

Le diable lui reproche de n'avoir pas eu u n e vraie foi n i la connaissance de JéMis-Chrisf , non plus q u e les évéques qui l'avaient consacré. C'est
certain que Luther la fit imprimer en allemand en 1533. 5°. (l'est un fait certain qu'il engagea Juste Jouas son ami à la traduire en l a t i n , ce qui fut fait et imprimé en 15:î4 , douze ans avant la mort de Luther. De quoi peut servir la critique que M. Seckendorf fait de quelques mots de la traduction qui pouvaient être rendus autrement ? Il suffit que cette traduction ait été faite au temps même de Lut lier , long-temps avant sa m o r t , et par un de ses a m i s , qui n'aurait pas manqué de corriger ce qui aurait pu changer le sens de la relation. Luther en a été content : convient-il à M. Seckendorf d'y trouver à redire? 4°. C'est un fait certain que le diable parla à Luther comme à un papiste, et que Luther soutint la dispute comme papiste sur ce qu'il retenait du papisme, sur ce qu'il avait dit des messes privées jusqu'alors, et sur ce qu'il admettait sept snercmeiis- Comment s'empêcher de dire que cette conférence a précédé le traité de ta captivité de fiabt/lonc, où il n'admet plus que trois sacremens , et qu elle a précédé de même les autres tiaités qu'il a faits contre la messe , où l'on ne trouve guère d'autres raisons que celles que le diable lui avait alléguées. Je ne fais point ici de controverse, j'expose seulement des faits qui ne peuvent être raisonnablement contestés. Enfin si l'on veut absolument que Luther ait prévenu dans quelques traités tout ce que le diable lui représenta dans la conversation qu'ils eurent ensemble, que reslera-t-il à d i r e , si ce n'est que ses sentimens se trouvaient tout à fait conformes à ceux que le diable voulait lui inspirer; et qu'il est arrivé, en cette occasion, ce qu'on dit proverbialement, que les beaux esprits se rencontrent. Cela ne détruira pas la réllexion que l'agréable auteur de la République des Lettre* a laite , en pariant de cette conférence , au mois d'août 1685.

LITUnGTE LUTIlilUEffXE, 7 pour cela » continue-Nil, que vous éloignant de Jésus-Christ corn fixe d'un juge cruel, vous aviez recours à sainte Marie et aux autres saints, et vous les regardiez comme des médiateurs entre vous et Jésus-Christ, Foilà comme oiua ravi la gloire à 7c?sus-Christ. C'est ce que ni toi ni aucun autre Papiste ne peut nier : vous avez donc reçu Vonction, vous avez été consacrés et tondus , et vous avez sacrifié à la messe comme des Païens et non comme des Chrétiens. Comment donc avez-vous pu consacrer à la messe , ou célébrer vraiment la messe , puis* quiljr manquait une personne qui eut la puissance de consacrer i ce qui est un défaut essentiel selon votre propre doctrine. Enfin il lui reproche tle s'être toujours appliqué à lui seul le s a c r e m e n t , lorsqu'il a dit la m e s s e , sans y faire participer les a u t r e s , et de s'être servi de la messe c o m m e d'un sacrifice propitiatoire devant Dieu. L u t h e r se sentant pressé dans CE combat contre LE dîrihle : Je lui opposais , dit-IL, t intention et la foi de VEglise, lui représentant que c'était dans la foi et dans l'intention de l'Eglise que /'avais célébré des messes privées. Et quand j'aurais eu une mau* vaise croyance et de mauvais senlimens , î Eglise a eu toutefois en cela une bonne croyance et de bons sentimens. L u t h e r ne trouve rien de meilleur à o p poser au d i a b l e , il eu est poussé à b o u t ; et s'il a lieu d e t r e honteux de n'être si mul défendu contre L'esprit de m e n s o n g e , il se c o n t e n t e de dire à ses auditeurs ou a ses lecteurs : Certes s'il vous fallait soutenir les assauts du diable et disputer contre lui, vous cesseriez bientôt de publier si hautement ce que vous dites de la conduite et de la tradition de ï Eglise.,,, carie diable attaque fortement lescœurs*.* et il les presse avec une si horrible violence , quil n'est pas possible de lui résister sans un secours particulier de Dieu. Tout d'un coup et en un clin d'œil il remplit tout Cesprit de ténèbres et de terreur, et

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s ' i l l a n a

Diss. xni.
t r o u v e p a r o l e q u ' à u n d e l e

A T r— NF R I É A A D N É : R . . U I O MT B N O N E .
h o m m , e il c i n c a p a b l e l e o m s u r m o n t e m e d u d e s i s e d é f e n d r e p a r q u ' i l o u r l e D i e u f a c i l e m e n t d o i g t , p p e t i t

t o u c h e r

r e n v e r s e r

e n t i è r e m e n t .

Voilà d o n c Lui lier vaincu par le d i a b l e , s o n e s et si persuadé au milieu de ces ténèbres , qu'il dira cent fois , et qu'il ne dira m ê m e contre le sacrifice de la messe q u e ce q u e le diable lui a m o n t r é . Celte disp u t e curieuse doit être pincée Tan 15a f , ou Tan 1 0 2 1 . Le diable et Luther établissent celte é p o q u e , convenant qu'il avait dit des messes privées d u r a n t i5 ans. Or Luther était p r ê t r e en 1607; il a d o n c dit des messes j u s q u ' e n s'il faut e n t e n d r e i5 années r é v o l u e s , ou jusqu'en 1 0 1 1 , si ce sont des années commencées. Le diable ne s'astreint pas plus exactement aux dates qu'aux autres vérités. Quoi qu'il en soit, cette dispute doit avoir précédé les livres q u e L u t h e r a faits contre la m e s s e ; car s'il avait été attaqué plus t a r d , il lui aurait été bien iacile de dire au diable : T u ne m ' a p p r e n d s rien de nouveau , j'ai déjà fait en partie ce q u e lu souhaites. Comment se dispenser de lui d o n n e r en cette controverse le titre de disciple du diable? et n'estce point en cette qualité qu'il prescrivit en i5a3 sa nouvelle formule de la messe? Il faut p o u r t a n t l'avouer, Luther ne suivit pas entièrement tous les désirs du diable qui souhaitait sans d o u t e qu'on rejetât absolument la vérité du corps de Jésus-Christ dans la célébration de la messe. Q u e l q u e envie qu'en eût eu L u t h e r , il se trouva accablé par la simplicité des paroles de Jésus-Christ, , et il laissa cet article du désir du diable aux Zuinglienset à tous les Sacramentaires auxquels il a souvent dit que leur doctrine était celle du diable. On n'a qu'à voir
p r i t r e m p l i t o u t d ' u n c o u p d e t é n è b r e s ; c e c i e s t m o n c o r p s s o n S e r m o n d e f e u c h a r i s t i e {*) et sa D é f e n s e d e l a C è n e c o n t r e l e s e s p r i t s f a n a t i q u e s

(a) Luth. 7. Fittemb.foL

335. 338.

LT R I L T É I N E I U GE U H RE N .

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des Sacramentaires, d o n t il parle ainsi : Auresle fi ce même diable dont nous venons de parler, nous attaque aujourd'hui en faisant blasphémer la Cène de Jésus-Christ Notre-Seigneur par des hommes fanatiques qui ont rêvé que le pain elle vin n étaient donnés qu'en signe ou en symbole de la profession chrétienne, et qui ne veulent pas convenir que le corps et le sang de Jésus-Christ y sont, quoique ces paroles: Mangez , ceci est mon c o r p s , soient si expresses. L u t h e r ne suivit peut-être pas non plus les inspirations du diable en laissant dans une nouvelle liturgie beaucoup de pratiques de la messe romaine. Quoi qu'il en s o i t , exposons ici la nouvelle formule de la messe q u e L u t h e r dressa , fit imprimer et m e t t r e en p r a t i q u e à Wittemberg en 1 5 ^ 3 , suivant ce que Luther écrit à celui à qui il adressa sa formule. (Juare ( ) deformula aliquapia missandiÇ ut vocant) et communicandi, ut et tu po&tulasti, optime NicoIce , agemus, ac sic agemus , ut non amplius solurn verbo doctrines corda regamus, sed manum quoque apponamus et publicâ udministratione in opus perducamus.
b

Formule ( ) de la Messe et de la Communion pour V Eglise de Wittemberg > par Luther , en i5a3. Cette formule est précédée de quelques avis o u réflexions qu'il d o n n e en ces termes p o u r m o n t r e r ' qu'il en veut aux a u t e l s , au canon et à tout ce qu'il y a d'essentiel au sacrifice , et non pas à plu(1)) Caeterum ille, ipse dïabotus, de cnjus virtutibus nobïs jam sermo fuit, nos hodie per fanaticos homines o p p u g n a t , blasphematione cœnic Domml nostri Jesu Christi, qui sommant in ea solum panem et vinum davi in signum aut symbolum christianœ professionis nec volunt couceclere ibi corpus et sanguinem Christi esse ; cùm tamen ex pressa et clara sint verba : Comedite, hoc est corpus meum. AVittemb. 1527. fol. 381. (n) Tome 2. fol. 55G. (b) La formule est an second tome de l'édition de AVittemberg, et aussi dans l'édition d'Iène. Tom. 2.JoL 58G.

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ÎO

DISS. XIIt. A T I. — NF R I É A A D N E . . . R U I O MT B N O N E

sieurs choses qu'il regarde c o m m e indifférentes, e t q u i peuvent faire plaisir au peuple. « Nous décla» rons en premier lieu q u e n o t r e i n t e n t i o n n'a ja~ » mais été d'abolir absolument t o u t le culte de » D i e u , mais seulement de purger celui qui est en » u s a g e , de toutes les additions d o n t on l'a s o u i l l é , » et de ne laisser ainsi paraître q u ' u n e p r a t i q u e » pieuse. Car nous n e pouvons pas nier q u e les » messes et la c o m m u n i o n d u pain et d u v i n , s o n t » u n r i t d i v i n e m e n t i n s t i l u é p a r Jésus-Christ. Bit q u i » sous Jésus-Christ même et ensuite sous les Apôtres » a été observé très-simplement et très-pieusement » sans autre addition.... Mais lorsqu'on s'est d o n n é » la liberté d'ajouter et de c h a n g e r , et q u e l'avare » et ambitieuse tyrannie sacerdotale s'y est j o i n t e , » on a vu les autels et les hauts-lieux de Raal et de » tous les dieux placés dans le temple du Seigneur » par nos rois i m p i e s , c'est-à-dire, par les évéques » et les pasteurs, f/impie Achnz a ôté l'autel d'at» rain p o u r en substituer un a u t i e tiré de D a m a s ; » je parle de cet abominable canon qui est un re» cueil de lacunes bourbeuses : alors on a fait île » la messe un sacrifice, L'on a ajouté des offerloi» rcs , etc.... » Nous ne répéterons pas ici ce q u e nous avons » enseigné avec é t e n d u e ailleurs, q u e la messe n'est > » pas un sacrifice ou l'action du sacrificateur : Re» gardons-la comme sacrement ou c o m m e tcsta» m e n t : appelons-la bénédiction selon le l a t i n , eucharistie selon le g r e c , ou table du Seigneur, » ou Cèub du Seigneur, ou mémoire du S e i g n e u r : » q u ' o n lui d o n n e . t o u t a u t r e litre q u ' o n v o u d r a , » p o u r v u qu'on ne la souille pas du titre de sacri» fice ou d'action. Exposons ici le rit q u e nous » croyons devoir suivre.
IntroTts.

» Premièrement. Nous approuvons et nous con» servons les Introïts des dimanches et des fêtes de

LT R I I T K I S N * I U GE U H RET E .

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» Jésus-Christ, savoir de PâqUes, d e la Pentecôte » et de Noël. Nous préférerions volontiers les psau» mes entiers cTpu ces introïts s o n t t i r é s , comme » on faisait autrefois, mais nous voulons bien nous » c o n f o r m e r a l'usage présent. Et nous ne blâmons » pas m ê m e ceux q u i v o u d r o n t retenir les introïts » des A p ô t r e s , d e la Vierge et des autres s a i n t s , » lorsque ces trois introïts s o n t tirés des psaumes * ou d'autres endroits de l ' E c r i t u r e ; pour nous à > » W i t t e m b e r g , n o u s ne solennisons q u e les d i m a n » ches et les fêtes d u S e i g n e u r , s u p p r i m a n t celles » de tous les a u t r e s s a i n t s ; et si leurs actes contiens » nent q u e l q u e chose qui mérite d'être exposé, o n » le fera dans les sermons des dimanches. Nous » m e t t o n s au n o m b r e des fêtes de Jésus-Christ, la » Purification et l'Annonciation, de même que l'Epi» phanie et la Circoncision. Nous admettons l'office » de la Nativité au lieu de celui de saint Etienne » et de saint Jean l'évaugéliste: les fêtes de la sainte » croix nous sont en h o r r e u r . Q u e d'autres suivent » c e q u e l ' e s p r i t leur suggérera p o u r s'accommoder » aux vues de leurs consciences o u à la faiblesse » de q u e l q u e s - u n s .
Kyrie eleison.

» » » »

» Secondement. Nous admeftons les Kyrie eleison avec les chants diflérens p o u r divers t e m p s , aussi bien q u e l'hymne angélique Gloria in excelsisy q u ' o n p o u r r a o m e t t r e selon la volonté d e l'évêque.v»)
Collecte.

» s) » »

» Troisièmement. On conservera l'oraison ou la collecte, p o u r v u qu'elle soit selon la piété comme le sont p r e s q u e toutes celles des dimanches , mais on ne dira q u e cette seule oraison suivie de la lecture de l'épitre.,

(a) Ad arbitrium eplscopL Leâ Luthériens entendent par ÉVOque un homme choisi pour être surveillant ou superintendens, surintendant, comme ils Vont nommé dans la suite.

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» » » » » » » » » » » » » » »

UftlFORMlré ABANDONNEE. Épître. » Il n'est pas encore temps de faire ici du chan* g e r n e n t , parce q u ' o n n'en lit a u c u n e qui soit i m pie. Cependant comme dans les épîtres de saint Paul on a bien moins choisi ce qui i n s t r u i t dans la foi que ce qui contient des exhortations moral e s , il paraît q u e celui qui a fait Tordre des épî1res était un insigne i g n o r a n t , et un s u p e r s t i t i e u x q u i faisait grand cas des œuvres : il aurait d u préférer c o m m u n é m e n t les endroits qui a p p r e n n e n t la foi en Jésus-Christ. Tl a eu les mêmes vues en réglauL Tordre des évangiles. Mais le s e r m o n en langue vulgaire, y suppléera ; et si q u e l q u e j o u r on dit toute la messe en langue v u l g a i r e ( à quoi Jésus-Christ veuille nous a i d e r ) il faudra s'appliquer à faire lire k la messe les meilleurs endroits des épîtres et des évangiles.
Graduel.

DISS. XIII. ART. I.

» Q u a t r i è m e m e n t . On chantera le graduel com» posé de deux versets et de Ysjlleluia, ou d'un » seul à la volonté de Tévèque. A l'égard des gra» duels du carême qui ont plus de deux v e r s e t s , » (pie chacun les dise chez lui s'il veut ; nous ne » voulons pas e n n u y e r les fidèles dans l'église. Il ne » convient pas non plus d'avoir en carême ou a la » semaine s a i n t e , ou à lasixième férié pénible quel» q u ' a u t r e rit particulier q u e dans les autres t e m p s , » et de j o u e r le m o n d e par une demi-messe et par * u n e seule partie du sacrement. Y Alléluia est la > » voix perpétuelle de l'Eglise, comme elle est une » mémoire perpétuelle de sa passion et de sa victoire.
Prose.

» »
»

» »

» Cinquièmement. Nous n'admettons ni séquences ni p r o s e s , à moins que Tévèque ne veuille faire dire la prose courte de Noèl , Orales mine omnest et véritablement il n'y en a presque point qui soient spirituelles, si ce n'est celle du SaintE s p r i t , Sancti Spirilûs et Feni suncte Sjuritus, et

LT R I L T E I N E I U GE U H RE N .

l3

v très-peu d'autres q u ' o n pourra chanter après le » dîner, ou le s o i r , o u à la tin de la messe , si cela T) plaît ainsi à l e v ê q u e .
Évangile.

» Sixièmement. Suit la lecture de l'évangile où » nous ne défendons ni n'exigeons les cierges ni » l'encens. Cela sera libre.
Symbole.

» Septièmement. Le symbole de Nicée qu'on » chante o r d i n a i r e m e n t ne nous déplaît pas. L'évê» q u e fera s u r ce point ce qu'il voudra. Je dis de » m ê m e du sermon en langue vulgaire; il est in» différent q u ' o n le fasse avant le symbole ou avant j> l'introït. 11 paraît p o u r t a n t plus à propos de le » faire avant la m e s s e , à cause q u e l'évangile est » la voix qui crie dans le d é s e r t , et qui appelle à » la foi les infidèles. Mais tout cela est l i b r e , parce » q u e tout ce qui précède le symbole vient de n o u s , » Dieu ne l'ayant pas exigé, et n'esl point par con» s é q u e n t nécessaire à la messe. > Huitièmement. Suit toute cette abomination à # » laquelle on assujettit tout ce qui p r é c è d e , de là » vient qu'on l'appelle offertoire, et q u e tout y res» sent l'oblation. On place au milieu les paroles de » vie et de salut, comme on plaça autrefois l'arche » d u Seigneur dans le temple des idoles auprès de » D a g o n ; et nul Israélite ne peut ni approcher d e » l'arche, ni la ramener jusqu'à ce qu'elle aitelien même frappé ses ennemis d'un o p p r o b r e éternel » au d e r r i è r e , et les ait ainsi contraints de la ren» vover. C'est la parabole d u temps présent. C'est » pourquoi rejetant tout ce qui ressent l'oblation » avec le c a n o n , n o u s , r e t e n o n s ce qui est p u r et » s a i n t , et nous commençons ainsi notre messe. » • i°. A la fin du Symbole ou après le sermon , on » p r é p a r e le pain et le vin p o u r la bénédiction a la » manière accoutumée ; si ce n'est q u e je n'ai pas » encore a r r ê t é si l'on doit mêler de l'eau avec le

l4 DISS. XW A T I—U I O MT A A D N É . I . . . . ' NF R I É B N O N E R
» vin. J incline p o u r t a n t à n e m e t t r e q u e d u vin A p u r sans eau , parce q u e l'eau n e m e p a r a î t signi» fier rien de bon : selon Isate, c. i. qui dit votre *> vin est mêlé d'eau. Car le vin p u r signifie a d m i » rablemciit la p u r e t é de la doctrine é v a n g é l i q u e , » et d'ailleurs le sang de Jésus-Christ dont nous fai» sons la mémoire , a été r é p a n d u sans ê t r e mêlé » avec le n o t r e , en sorte q u e c'est u n e rêverie de » vouloir représenter ici notre union avec J é s u s » Christ. N o u s n e faisons point m é m o i r e d e celte » u n i o n . N o u s ne s o m m e s pas u n i s avant l'effusion » du s a n g , et si cela é t a i t , on célébrerait la mé» moire de n o t r e sang avec celui q u e Jésus-Christ » a répandu pour n o u s . Je n'introduirai p o u r t a n t » pas ici une loi superstitieuse contre la liuerté. Jé» sus-Chri.it ne se souciera pas d'une chose qu'il ne y> vaut pas la peine de contester. Cette folle dispute » a assez exercé l'église r o m a i n e , la g r e c q u e ( ) et » plusieurs autres. » Ce q u e quelques-uns allèguent qu'il sortit de » l'eau et du sang d u coté cie J é s u s - C h r i s t , n e » prouve rien. Car cette eau ne signifie a u t r e chose » q u e ce qu'ils veulent lui faire signifier : elle ne » fut point mêlée avec le s a n g , et d'ailleurs u n e » figure ne prouve» rien. C'est pourquoi chacun fera » comme il voudra. » 2°. Le pain et le vin étant p r é p a r é s , on dira : » 'Dominas vobiscum. ri. Etcumspiritu tuo* Sursum » corda jf. Habemus ad Dominum* Grattas again us » Domino Deo nostro. ri. Dignum et justum est. » ï^erc dignum et justum est, œquum et salulare » nos tibi semper et ubique grattas agere, Domine » sancte , Pater omuipotens celerne Deus , per » Christum Dominant nostrum. Deinde :
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(a) Luther aurait dit savoir qu'il n'y a jamais eu de dispute entre les églises des Latins et des Tirées sur ce point. Elles sont toujours convenues qu'il fallait mêler lYauavecle vin. Ces églises oui seulement disputé contre les Arméniens, qui depuis leur schisme ne mettent point d'eau dans le calice.

LT R I L T É I N E I U GE U H RE N .
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» 3°. Qui pridiè quàm pateretur accepitpanem, » gratias agensfrégît , deditque discipulis, dicens : » Açcipite, comedite, Hoc est corpus meum quod » vobis pro datur. » Similiter et calicem , postquam cœnavit dicens: » Hic calix est novi Tesiamenti in rneo sanguine qui » vobis pro et pro rnultis effknditur in remissionem » peccatorum. Hcec quoticscunque feceriiis, in met » mémoriaux faciatis.
Sanctus.

» » » » » »

» Je souhaite q u e ces paroles de Jésus-Christ suivent la préface après u n e petite p a u s e , et qu'elles soient récitées du ton de voix qu'on chantait autrefois l'oraison dominicale dans le c a n o n , afin qu'on puisse être entendu des assistans, q u o i qu'en tout cela il soit libre de réciter ces paroles en silence ou de les faire e n t e n d r e .
Pater.

» » » » « » » »

»4°- k'* bénédiction finie,le c h œ u r c h a n t e r a s a n c tus eXbenedictas^ et fiuissant benedictus^ on élèveralepaiu et le calice,selon le rit observé jusqu'à présent , soit à cause des faibles qui pourraient être blessés d'un c h a n g e m e n t soudain dans une partie si considérable de la messe , s u r t o u t dans les endroits o ù par les s e r i n o n s en langue vu!gaire on est instruit de ce q u ' o n veut m a r q u e r par cette élévation.
Pax Domini, etc.

» 5°. Après cela on dira l'oraison dominicale : » Oremus preeceptis salutaribus monili , etc. On » omettra l'oraison s u i v a n t e , Libéra nos quœswnus, » avec tous les signes de croix qu'on a coutume de » faire sur l'hostie, et avec l'hostie s u r le calice. On ne r o m p r a point l'hostie, et on ne la mêlera point » dans le calice. Mais d'abord après l'oraison domi» iiicalo on dira : Pax Domini, etc. qui est une es& pèce d'absolution p u b l i q u e des péchés des coin;)

l6 DfSS. XIIL A UT. r. UNIFORMITÉ ABlXDÛXflrêfi. » m u n i a n s . C'est là u n e voix vraiment évangélique » qui annonce la rémission des p é c h é s , et qui est » u n e très-digne et l'unique préparation p o u r la » table du Seigneur, si elle est e n t e n d u e avec foi, » comme venant de la b o u c h e de Jésus-Christ. C'est » p o u r q u o i je voudrais qu'elle fut prononcée la face » tournée vers le p e u p l e , selon l'usage des évc» ques ( ) ce qui est l ' u n i q u e vestige des anciens » évéques qu'on aperçoit dans les nôtres. » G°. Ensuite le célébrant se c o m m u n i e lui-même » et communie le p e u p l e ; et pendant la commu» nion on chante : Agnus Dei, etc. Q u e si avant la » c o m m u n i o n il veut dire cette p r i è r e , Domine Jesu » Cliriste Fili Deivivi qui ex volant aie, etc. il ne » fera pas m a l , p o u r v u qu'il change le n o m b r e sin» gulier en pluriel : Nostris et nos au lieu de meis » et me. II peut dire de même : Corpus Domini, etc. » custodiat animam meam vel tuam in vitam a ter» nam , et sanguis Domini, etc. custodiat animam » meam vel tuam in vitam œternam. » 7°. On chantera si l'on veut la c o m m u n i o n . » Mais au lieu de la dernière collecte complendce » qui ressent le sacrifice , on lira dans le m ê m e ton: » Quod ore sumps'mus Domine, etc. Et l'on p o u r r a » dire l'oraison Corpus tuuni Domine quod sumpsi» mus y etc. au p l u r i e l , Dominus vobiscum, etc. Au » lieu iV/te missa est , on dira Benedicamus Do» //2//20 , eu ajoutant q u a n d on voudra Alléluia en » note qu'on prendra si l'on veut an Benedicamus » de vêpres. » 8°. Ou donnera la bénédiction a c c o u t u m é e ou » colle que Dieu même a dictée dans les N o m b r e s : » Que le Seigneur nous battisse et nous conserve: » qu'il nous découvre son visage, et qu'il nous donne » la paix. Ou celle du psaume f>G : Que Dieu, que
a 3

(a) Cet endroit montre qu'au temps de Luther les eveques d'Allela bénédiction solennelle immédiatement avant par Domini comme on fait encore à Paris et, dans dix autres églises de France ; ce qui vient de l'ancien usage gallican.

magne donnaient
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LITURGIE LUTHÉRIENNE.

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» n » » »

notre Dieu nous bénisse ; que Dieu nous comble de ses bénédictions , et qu'il soit craint jusqu'aux extrémités de toute la terre. Amen. Je crois q u e Jésus-Christ bénit ainsi ses disciples lorsqu'il monta au ciel.
Ornemens.

» » » » » »

» Nous -n'avons rien dit des babils ; mais s u r ce rit, aussi bien q u e sur tous les a u t r e s , nous laissons la liberté. Il sera permis de s'en s e r v i r , pourvu que ce soit sans pompe et sans luxe.Vous ne m e plairez pas davantage si vous bénissez avec des o r n e m e n s ; et vous ne me plairez pas moins si vous bénissez sans o r n e m e n s
Confession.

» Je pense toujours de même s u r la confession » privée avant la c o m m u n i o n , c'est-à-dire, qu'elle » n'est pas nécessaire , qu'il ne faut pas l'exiger, » mais qu'elle est u t i l e , et qu'il ne faut pas la » mépriser. » Après ce qui a été inculqué* depuis deux a n s , » on ne tolérera plus q u ' o n d o n n e ou qu'on r e » çoive la communion sous une seule espèce. » Je souhaite q u ' o n compose parmi vous des cany> tiques en langue vulgaire qui soient chantés par » tout le peuple à la fin de la messe. » Aux j o u r s q u e nous appelons fériés, pourvu » q u e les messes soient abrogées , on pourra ad» mettre les autres offices composés de p s a u m e s , » d ' a n t i e n n e s , de leçons et de répons. L'évêque aura » soin de rendre les offices plus c o u r t s ; et l'on » pourra conserver les hymnes et le Te Deum lau» damus. » En i5'i5, L u t h e r donna un nouvel écrit qu'il int i t u l a : Troisième partie, touchant l'ordre et les rites qu'on devait suivre dans les églises. Il y répète ce qu'il avait dit en 1 5 1 3 , qu'il ne prétendait pas astreindre tout le monde à ce qu'il prescrivait; mais il ajoute q u e peu de personnes étant en état d e 4ii

1 $ DISS. X Ï I I . A1 . T. 7T . UMFOimiTlTAIUNDONNÉE. d o n n e r des rcglemens et des formules c o n v e n a b l e s , il était à propos de se c o n f o r m e r aux usages q u ' o n suivait déjà à W i t t e m b e r g et aux environs. 11 n e voulait pas qu'on abolit l'usage de dire la messe en lalin , mais il souhaitait q u ' o n la dit quelquefois en latin et quelquefois en langue vulgaire. L'élévation du s a c r e m e n t u la messe est le point qui a le plus souffert d e v a r i a t i o n s , et q u i excita de plus grands troubles dans les églises p r o t e s t a n t e s , s u r t o u t aux années i5/|3 et i5.'|/|- Voyez Seckendorf s u r cas années. M Luther permit indiffér e m m e n t de la faire et de ne la pas faire , d e la s u p p r i m e r ou d'eu r e p r e n d r e l'usage dans les e n d r o i t s où elle avait été i n t e r r o m p u c . i l eut cependant soin de déclarer q u e s'il s u p p r i m a i t ou ne s u p p r i m a i t pas l'élévation , on ne devait pas en inférer qu'il ne croyait plus la présence r é e l l e , c o m m e s'il était entré dans le s e n t i m e n t des Sacramen Inires. Audio nos in suspicionem venir**, ac si cum Sacramenfa* riis consentiremus , quia elevationem in ecclesiis nos fris sustulimus, et sic fateremur corpus et sanguinem Christi non adesse in sacramen ta, nec ore sumL Ferum aliter, et sic se res habet ista : ante annos viginti vel vig nti duos, cum missam condemnassem , et contra papistas acriter contendercm missam non esse sacri/icium , nec opus nostrum , sed donum et testamentum Dei, cptod nos of ferre ûeo non possumus ; sicut buptismus quoque non est sacrificium , sed donum Dei gratiosum : fam tum propensus eram ad omittendam elevaiionem , idque pr opter papistas , qui ex m issu faciebant sac ri ficiurn , adhuc sicut faciunL Et un peu plus bas : llœc est unua causa omissionis, quia plerceque ceclesUvfamdudum eam omiserunt ; iis itaque conformes esse volumus , ne singulares videamur in re quœ per se libéra est, et absque conscientice Icesione cadere aut s tare pot est.
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(a)

///. secL 27. «.lia. et seq.

LITURGIE LUTHÉRIENNE.

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La liberté q u e L u t h e r laissait touchant les rites a d o n n é lieu à plusieurs autres variations dans les pays qui o n t embrassé le l u t h é r a n i s m e , comme M. Seckendorf le r e m a r q u e . ( ) Mais ces variétés ne regardent p r o p r e m e n t q u e la diversité des h e u r e s , des offices et des pratiques touchant le culte extérieur. La principale partie de la messe ou d e l à liturgie est' d e m e u r é e telle que nous venons de la rapporter. Ou rejette uniformément lotit ce qtû ressentait le sacrifice, aussi bien que la prière par laquelle on d e m a n d e q u e le pain et le vin soient faits le corps et le sang de Jésus-Christ. L o r s q u ' u n archevêque d'Upsal introduisit en une liturgie plus conforme aux a n c i e n n e s , le parti protestant la fil s u p p r i m e r , comme nous le verrons après avoir r a p p o r t é les changemens que les Anglais ont faits à la liturgie p o u r s'accommoder a ceux de L u t h e r et de Calvin. Au reste il n'est pas facile de m a r q u e r exactement en quel sens L u t h e r a admis la présence réelle en rejetant la transsubstantiation. Il a dit souvent dans le traité. De captivitate Babylonien, dans le livre écrit contre Henri V I I I , roi d'Angleterre , et ailleurs, que Jésus-Christ était avec lepain sous le pain et dans le pain ; qu'il était dans le pain comme le feu est dans le fer rouge. Cela a fait dire aux Catholiques et même à plusieurs P r o t e s t a n s , que Luther et les L u t h é r i e n s admettaient Timpanation. Cependant les L u t h é r i e n s , qui s'appellent Evangéliques, p o u r se distinguer des Réformés, trouvent mauvais qu'on leur i m p u t e ce sentiment. On a dit qu'ils admettaient du moins la conssub.stantîation ; mais ils ne sont pas encore contens de ce t e r m e , et ils blâment non seulement Hospinien ( ) , mais
a 7 h

(a) Quod ad ordmemcultussivè////n\ç'/aw attînet, formula quam Lutiierus dicto loco proponit, et AVittembergce observari refert le tu est dfcnissima quamquam pro diversitate, et sectmdum publicatas constitutiones ecelesiasticas milita hoc tempore aliter obsorveiitur. Ilist. Ldlteran. t. 2 sect. 9. §. 20.^;. 54. (b; Hist. sacra m. part. 2. p. 7 , et xcq.
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2.*

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DISS. X1IÏ, ART. T.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.
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aussi M. Bossuet , évêque de Meaux ( ) qui o n t , d i sent-ils , t r o p insisté s u r ces termes et s u r les variations de L u t h e r . Ils sont plus contens d u célèb r e M. L e i b n i t z , lequel dans le discours de la conformité de la foi et de la raison, qu'il a mis à la tète du Traité de la bonté de Dieu et de la liberté de Vhomme , ne leur attribue que la concomitance. Les Evangéliques , c l i t - i l ( ) , n'approuvent pas le dogme de la conssubstautiation ou de t"impanaiion, qu'on ne peut leur imputer que faute d'être bien informé de leurs senlimens, puisqu'ils n'admettent point l'inclusion du corps de Jésus-Christ dans le pain , et ne demandent même aucune union de l'un avec l'autre : mais ils demandent au moins une concomitance, en sorte que ces deux substances soient reçues toutes deux en même temps. M. Pfaffius , professeur en théologie dans l ' u n i versité de T u b i n g e , veut ( ) q u ' o n n e leur a t t r i b u e q u e d'admettre u h e union sacramentelle du corps de Jésus-Christ avec le pain , conformément à la confession d ' A u s b o u r g , et s u r t o u t suivant ces termes de la formule de conciliation, art. 7. de Cœna Donvni, pag. 596 , 600 , 79.9, 756. Corpus et sanguinem Christi non tantiirn spiritualiter per /idem, sed etiam ore , non tarnen capernaiticè, sed supernaiurali et cœlesti modo , raCone sacramentalis unionis curn pane et vino surnL Et ensuite pag, 7^5 et 736. Dicimus corpus et sanguinem Christ i in S. Cœna spiritualiter accipi , edi et bibi. Tametsi enirn participatio illa ore fiât , tamen modus spiritualis est. Disons donc seulement qu'ils admettent l'union du pain et du corps de Jésus-Christ dans la réception de l'Eucharistie , sans d o n n e r à cette u n i o n le n o m d'impanation ou de conssubslanliation.
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(a) Tlist des variât, (ï>) P f a f f i u s , ; ; ^ . 459. (c)Leibu. conform. de la foi. n. 8. pag.2î>; (d) Dissert, de coitsecratinue vetertnn Kvcharisfica , p . 40! , et scq. Celte dissertation est a ta suite dit fragment de S trente quil donna avec des notes en 1715. Ilagxcom. 1715. pag. 402.
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LT R I L T E I N E I U GE U H RE N .

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Tâchons e n c o r e d'exposer l e u r doctrine louchant ce q u i rend le corps et le sang d e Jésus-Christ réellement unis au pain e t a u vin. L u t h e r a dit souvent que ce sont ces paroles de Jésus-Christ : Hoc est corpus meum. Ce qu'il dit dans le traité de captivitaie Babylonica , est assez clair : Explosa ista curiositate , in verbis Christi sirnpliciter hœremus, parâti ignorare quidquid ibi fiai, content ique verum corpus Christi, virtute verborum illic udesse. Et ensuite : Ego sanè si non possutn consequi quo* modo panis sit corpus Christi, captivabo intedectum j in obsequium Christi, et verbis ejus sirnpliciter inhcerens, credofirmiier,non modo corpus Christi esse in pane, sed panem esse corpus Christi. Sic enim me servabunt verba , ubidieit : Accipit panem gratias agens, frégit et dixit : Accipife, manducate, Hoc ( id est, hic panis quem acceperat et fregeral) est corpus meum. Dans les confessions postérieures en i i a 8 e t i 5 4 4 j il veut q u e Ton soit aussi persuadé q u e les papistes de la présence réelle et de la m a n ducation orale. Mais si Jésus-Christ est uni au pain en vertu de ces p a r o l e s , ceci est mon corps, il y est donc de m ê m e avant q u ' o n le reçoive , puisque Jésus-Christ d i t ceci est mon corps , et qu'il ne dit pas ceci sera m o n corps q u a n d vous le mangerez. Il est bien certain q u e L u t h e r admit la présence réelle p a r la force de ces p a r o l e s , ceci est mon corps, et q u e ce n'est q u e b e a u c o u p d'années après qu'on s'est avisé de dire q u e J é s u s - C h r i s t n'était dans l'Eucharistie q u e dans l'usage, c'est-à-dire, en donnant la c o m m u n i o n . Et si l'on veut savoir c o m m e n t ils entendent ce nouveau p o i n t de foi , M. Pfaftius expose ce q u ' o n doit croire s u r ce point dans le livre intitulé : La vérité de la religion protestante opposée aux nouveaux préjugés des docteurs catholiques. À Tubinge, 1719. §. 9. pag. 9. VEucharistie, dit-il , n'est point un sacrement sans l usage , l'essence du sacrement
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a a Diss. xrrt. \ H T . n — U N I F O R M I T É A B A N D O N N É E . en général consistant dans l'usage. C'est pour cela que le Seigneur ne dit point, ceci est m o n c o r p s , ceci est mou s a n g , qu'après avoir béni , d o n n é et dit ; Prenez et mangez, prenez et buvez. / / est donc de iessence du sacrement de le manger et de le boire , de sorte que les élémens visibles, quoique consacres , ne sont point le sacrement de C Eucharistie jusqu'à ce qu'on les mange et boive. C'est aussi pour cela que nous disons que le pain et le vin qui restent après la communion , ne peuvent plus être appelés un sacrement i comme l'eau qui reste après le baptême ne l'est plus, de l'aveu même de ces Messieurs C'est eu vain qu'ils se scandalisent de ce que nous employons le vin , qui reste après la communion , comme nous le trouvons à propos, puisque la présence du corps et du sang de JésusChrist n'est point durable après ta communion sacramentelle. La comparaison de l'eau du baptême n'est-elle pas défectueuse? L'Eglise catholique ou L u t h e r m ê m e ont-ils enseigné q u e l'eau du b a p t ê m e fut le corps de Jésus-Christ comme on J'a dit du p a i n ? Mais il ne s'agit ici q u e d'exposer la d o c t r i n e de la secte. .Disons donc seulement q u e des personnes persuadées de la présence réelle de Jésus-Christ par ces p a r o l e s , ceci est mon corps , ne veulent p o u r t a n t pas croire ce q u e croient toutes les anciennes églises et toutes les anciennes sectes qui se nommentencore chrétiennes , qu'après la consécration > le pain et le vin sont changés au corps et au sanç de Jésus-Christ; et qu'on veut cependant c r o i r e , sans témoignage, q u e le corps de Jésus-Christ est dans l'Eucharistie, non pas t o u j o u r s , mais seulement q u a n d on la m a n g e , en soi te qu'il n'y est pas q u a n d on cesse de la m a n g e r , comme si la présence de Jésus-Christ dépendait de la main et de la bouche de celui qui la prend ou qui la reçoit.
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LT R I Z I G I N E E C L I I T . I U GE ON LE N T A VNS E
ARTICLE Liturgie ou Cène des Zuingliens IL et des

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Calvinistes.

ZuitfGLE qui p r ê c h a , en 1 5 i 9 ,sa nouvelle reforme à Zurich» aussitôt q u e L u t h e r publia la sienne a Wittcii)berg,setrouva p o u r t a n t d'un sentiment bien différent sur la liturgie, c'est-à-dire, s u r l'essence et l'administration de l'Eucharistie. Il n'y reconnut point la présence réelle de Jésus-Christ et comme il le dit lui-même M , aidé en songe par un esprit dont il ne pouvait assurer s'il était noir ou b l a n c , il combattit de telle manière la r é a l i t é , qu'il persuada aux magistrats et au conseil de ville d e Z u r i c h , q u e Jésus-Christ n'était q u ' e n figure dans l'Eucharistie, et qu'il vint à b o u t de leur faire abolir la messe, et de leur faire instituer en iSa5 u n e nouvelle liturgie décrite par Ilospinien ( ) dans son histoire sacramentaire, en ces termes :
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Liturgie instituée en 15u5 par Zuingle dans l'église de Zurich pour la célébration de la Cène du Seigneur. L e s e r m o u étant fini, on étend u n e nappe p r o p r e sur la table où l'on met u n panier plein de pain sans levain , des petits plats et des tasses de bois pleines de vin. Le pasteur de l'église y vient accompagné des d i a c r e s , et demande l'attention à rassemblée. Alors un des diacres récite l'institution de la cène du Seigneur dans l'épi ire aux Corinthiens : et un a u t r e lit u n e partie du V I . chapitre de saint Jean , afin q u e tous puissent a p p r e n d r e de quelle
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(a) De subsidio eucharistie. (b) JJist. sacraui. Tosn. S./»/, vers. 2G.

a4 DISS. XIII. A T 11. — U I O MT A A D N E . R. — NF R I E B N O N E
m a n i è r e n o u s mangeons v é r i t a b l e m e n t la chair d e Jésus-Christ et b u v o n s véritablement sou sang. La lecture est suivie de la récitation d u symbole d e la foi, et le p a s t e u r avertit q u e chacun s'exam i n e , de p e u r q u ' e n s'approchant i n d i g n e m e n t il n e devienne coupable d u corps et d u sang d u Seig n e u r . Tous les assistans se mettent ensuite à gen o u x et récitent avec le p a s t e u r l'oraison dominicale, après laquelle le p a s t e u r prend e n t r e ses mains le pain sans levain, et tous les fidèles se tenant attentifs, il lit à h a u t e voix et avec dévotion l'institution de la cène d u Seigneur tirée des Evangélistes. 11 remet ensuite le pain et la coupe aux m i n i s t r e s , lesquels p o r t e n t à ceux de l'assemblée le pain dans des plats et le vin dans des gobelets. Chacun reçoit e n t r e ses mains ce qui lui est d o n n é p a r les ministres ; il en mange et il en présente u n e partie à son voisin : il fait de m ê m e à l'égard d u gobelet. P e n d a n t q u ' o n mange du pain du Seigneur, et q u ' o n boit de son g o b e l e t , un des ministres de l'église lit dans l'évangile de saint Jean les très-douces paroles d o n t Jésus-Christ entretint ses Apôtres avant q u e de les q u i t t e r , en c o m m e n ç a n t par le lavement des p i e d s , etc. L o r s q u ' o n r a p p o r t e à la table les plats et les g o b e l e t s , l'assemblée se met de nouveau à genoux , et rend grâces à Dieu p o u r le bienfait de la rédemption. Mais dans les églises de la campagne de Z u r i c h , le ministre seul récite t o u t , et chacun s'approche de la table. llospinicn ajoute q u e plusieurs églises en Suisse et eu Rhétie ont imité ce rit. Liturgie on Cène de Genève suivie par les Proleslans de France.

Peu d'années après la nouvelle liturgie de Z u r i c h , Calvin fit faire à peu près la m ê m e chose à Ceifèvc. On voulut n é a n m o i n s ne se servir d'abord à Genève q u e de pain l e v é , ce qui dura plusieurs an-

LT R I Z I G I N E E C L I I T . I U GE UN LE N T A VNS E

a5

nées, et il y survint aussi diverses autres contestations : mais enfin après b e a u c o u p de disputes, de contradictions, de v a r i a t i o n s ; après diverses confessions de f o i , et l'accord des Protestans de Genève et de Zurich dressé par Calvin en 1 5 5 4 » les églises protestantes de France a r r ê t è r e n t u n e confession de foi dans leur synode national tenu à Paris le 1 9 Mai i 5 5 9 , sous le règne d'Henri s e c o n d , qu'ils p r é sentèrent ensuite à Charles IX à Poissy en 1 5 6 r . Cette confession de foi fut i m p r i m é e à Genève en 15(53 , sous ce litre : Confession de foi faite d un commun accord par les églises qui sont dispersées en France , et s'abstiennent des idolâtres papales, avec une préface contenant réponse et défense contre les calomnies dont on les charge. ! ) On imprima en même temps laforme des prières ecclésiastiques, la forme d'administrer le baptême et de célébrer la cène et le mariage. L u t h e r , Melauchlhon et plusieurs autres sectaires n'avaient pas osé ôter les habits et toutes les cérémonies de l'office divin , de p e u r de causer trop de trouble et de scandale parmi le peuple ; mais Calvin voulut q u ' o n regardât tout ce qui se faisait parmi les p a p i s t e s , comme des superstitions qui devaient être abolies, et les disciples de Calvin voulurent être considérés comme les pursévangéliques qui ne s'attachaient qu'à la seule parole de D i e u , ce qui les a fait n o m m e r en Angleterre et ailleurs les Puritains. Ainsi tout ancien rit étant rejeté j u s qu'au signe de la croix , voici à q u o i la liturgie a été réduite. Nous la tirons de l'édition qui a été faite à Genève en 1 5 6 3 , sous les y e u x de Calvin qui y résidait a l o r s , et qui y m o u r u t u n an après. On en a fait denouvelles éditions toutes semblables, à Gen è v e , sous Théodore de Bèze qui succéda à Calvin.
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(a) Cette confession de foi fut traduite en latin en 1/><>(>, et se trouve dans li» recueil des confessions de l o i , imprimé à Genève en lQ[2 paj. 9y.
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©ISS. XIII. ART. II.

UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

Manière (*) de célébrer ta Cène. « Il faut noter que le dimanche devant que la 7> Cène soit célébrée, on le dénonce au peuple ; pre» mièrement, afin que chacun se prépare et dispose » à la recevoir dignement et en telle révérence qu'il » appartient. Secondement , qu'on n'y présente » point les en fans , sinon quils soient bien instruits •> et aient fait profession de leur foi en l'église. » Troisièmement , afin que s'il y a des étrangers » qui soient encore rudes et ignorans, ils viennent » se présenter pour être instruits en particulier. Le » jour qu'on la fait, le ministre en touche à la fin » du sermon , ou bien si métier est, on fait le ser» mon entièrement, pour exposer au peuple ce que » notre Seigneur veut dire et signifier par ce mys» tère , et en quelle sorte il nous faut le recevoir. y> Puis, après avoir fait les prières et la confession » de foi, pour testifier au nom du peuple, que tous » veulent vivre et mourir en la doctrine et religion » chrétienne, il dit à haute voix : » Ecoutons comme Jésus-Christ nous a institué » sa sainte c è n e , selon q u e saint Paul le récite a u » chapitre l h d e la première épître aux Corinthiens. » J ai reçu , d i t - i l , du S e i g n e u r , ce q u e j e vous » ai baillé. C'est q u e le Seigneur Jésus en la n u i t » qu'il fut livré, prit du pain ; et après avoir r e n d u » grâces , le rompit et d i t , prenez et mangez : Ceci » est mon corps qui est r o m p u p o u r vous : faites » ceci en mémoire de moi. Semblablement après » avoir s o u p e , prit le calice, disant : Ce calice est » le nouveau testament en mon sang : Faites ceci » toutes fois el quantes vous en boirez en m é » moire de moi : c'est q u e q u a n d vous m a n g e r e z » de ce pain et boirez de ce calice, vous a n n o n c e (a) Le livre des prières imprimé à Genève mnrque qu'on célèbre ta Cène de notre Seigneur Jésus-Christ quatre fois Fan; à savoir, à Pâques, à ta Pentecôte, au premier dimanche de septembre et au ptus prochain dimanche de ta Nativité de notre Seigneur Jésus.

p rez la mort du S e i g n e u r , jusqu'à ce qu'il vienne. * Pourtant quiconque mangera de ce p a i n , ou boira « de ce calice i n d i g n e m e n t , il sera coupable d u » # corps et du sang du Seigneur. Mais q u e l'homme se > * prouve s o i - m ê m e , et ainsi qu'il mange de c e » pain et boive de ce calice. C a r quiconque en » mange et boit indignement, il prend sa condam» nation, ne discernant pas le corps du Seigneur. » N o u s avons o u ï , mes f r è r e s , comment notre » Seigneur a fait la cène entre ses disciples : et par » cela nous démontre que les étrangers , c'est-à» dire c e u x qui ne sont pas de la compagnie de o ses fidèles, n'y doivent point être admis. P o u r v o u o i , suivant cette r è g l e , au nom et en l'autorité * de notre Seigneur J é s u s - C h r i s t , j'excommunie » tous idolâtres , blasphémateurs , contempteurs » de D i e u , hérétiques et toutes gens qui font secte » à p a r t , p o u r rompre l'unité de l'église, tous par» j u r e s , tous ceux qui sont rebelles à père et à » mère et à leurs s u p é r i e u r s , tous séditieux, m u » tins , batteurs , noiseux , adultères , paillards, » l a r r o n s , a v a r i c i e u x , ravisseurs , i v r o g n e s , gour» mands et tous ceux qui mènent une vie scanda» leuse : leur dénonçant qu'ils aient à s'abstenir » de cette sainte t a b l e , de peur de polluer et con» laminer les viandes s a c r é e s , que notre Seigneur » Jésus-Christ ne donne sinon à ses domestiques » et fidèles. » Pourtant selon l'exhortation de saint P a u l , q u e » chacun éprouve et examine sa conscience p o u r » savoir s'il a une vraie repentance de ses fautes et » s y d é p l a î t , désirant de vivre dorénavant sainte» ment et selon Dieu. S u r t o u t s'il a sa fiance en la » miséricorde de Dieu et cherche entièrement son » salut en Jésus-Christ : et renonçant à toute ini» mitié et r a n c u n e , a bonne intention et courage * de vivre en concorde et charité fraternelle avec r> ses prochains. » Si nous avons ce témoignage en nos cœurs

LT R I Z I G I N E E C L I I T . I U GE UN LE N T A VNS E

?8 DISS. XIII. A T I, - NF R I E A A D N É . R . I U I O MT B N O N S —
» » » * > » » » * » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » devant D i e u , ne doutons nullement qu'il ne nous a v o u e p o u r ses en fans , et que le S e i g n e u r Jésus n'adresse sa parole à n o u s , pour nous iutroduire à sa t a b l e , et nous présenter ce saint s a c r e m e n t , lequel il a c o m m u n i q u é à ses discipies. » E t combien que nous sentions en nous b e a u coup de fragilité et m i s è r e , c o m m e de n'avoir point la foi parfaite, mais être enclins à i n c r é d u lité et défiance : c o m m e de n'être point entièrement si adonnés à servir D i e u , et d'un tel zèle q u e nous d e v r i o n s , mais a v o i r à batailler j o u r nellement contre les concupiscences de notre chair : néanmoins puisque notre S e i g n e u r nous a fait cette grâce d'avoir son évangile i m p r i m é en notre c œ u r , p o u r résister à t o u t e incrédulité, et nous a donné ce désir et affection de r e n o n c e r à nos propres d é s i r s , p o u r suivre sa justice et ses saints commandemens : soyons tous certains que les vices et les imperfections qui sont en nous , n'empêcheront point qu'il ne nous reçoive et nous fasse dignes d'avoir part en cette table spirituelle. C a r nous n'y venons point p o u r p r o fesser q u e nous soyons parfaits ni justes en nousmêmes : mais au contraire en cherchant notre vie en Jésus-Christ nous confessons que n o u s sommes en la mort. Entendons donc que ce s a crement est une médecine p o u r les pauvres m a lades spirituels, et q u e toute la dignité que noIre Seigneur requiert de nous , c'est de nous bien reconnaître , pour nous déplaire en nos v i c e s , et avoir tout notre plaisir, joie et contentement en lui seul. » Premièrement d o n c , croyons à ces promesses q u e Jésus-Christ qui est la vérité infaillible a prononcées de sa bouche : à savoir , qu'il nous veut vraiment faire parlicipans de son corps et de son s a n g , afin que nous le possédions entié-

LT R I Z I G I N E E C L I I T . 2 9 I U GE UN LE N T A VNS E
n rement : eu telle sorte qu'il vive en n o u s , et nous * en lui. » E t combien que nous ne voyons que du pain » et du v i n , toutefois ne doutons point qu'il a c » complit spirituellement en nos âmes tout ce qu'il « nous démontre extérieurement par ces signes » visibles; c'est-à-dire, qu'il est le pain célestiel, a pour nous repaître et nourrir à vie éternelle. » Ainsi q u e nous ne soyons point ingrats à la bonté » infinie de notre S a u v e u r , lequel déploie toutes » ses richesses et ses biens en cette table, pour nous » les distribuer. C a r en se donnant à nous il nous n rend témoignage que tout ce qu'il a est nôtre. > Pourtant recevons ce sacrement comme un g a g e , > » q u e la vertu de sa m o r t et passion nous est im» putée à j u s t i c e , tout ainsi que si nous l a v i o n s » soufferte en nos propres personnes ; que nous » ne soyous point si pervers de nous reculer o ù » Jésus-Christ nous convie si doucement par sa p a » r ô l e ; mais en réputant la dignité de ce don p r é » cieux qu'il nous fait, présentons-nous à lui d'un » zèle a r d e n t , afin qu'il nous fasse capables de le » recevoir. » » » » » » » ) > » n M » » » » P o u r ce faire, élevons nos esprits et nos cœurs en h a u t , où est Jésus-Christ en la gloire de son P è r e , et dont nous l'attendons en noire rédemption. E t ne nous amusons point ici à ces élemens lerriens et c o r r u p t i b l e s , q u e nous voyons à l'œil, et touchons à la main pour le chercher là comme s'il était enclos au pain et au vin. C a r lors nos âmes seront disposées à être nourries et vivifiées de sa s u b s t a n c e , q u a n d elles seront ainsi élevées par-dessus toutes les choses terrestres , p o u r atteindre jusqu'au ciel et entrer au royaume de Dieu où il habite. Contentons-nous donc d'àvoir le pain et le vin p o u r signes et témoignages, cherchant spirituellement (a vérité où la parole de Dieu promet que nous la trouverons.

» Ce fait,

les ministres

distribuent

le pain et le

DfSS. XTII. ART. ÏI.-—UNIFORMITE ABANDONNEE.

» » » » it

calice au peuple, ayant averti 'qu'on y vienne avec révérence et par ordre. Cependant on chante quel* ques psaumes, ou on lit quelque chose de l'Ecrititre convenable à ce qui a été signifié par le sacrement. » En la fin on use dactions de grâces comme il » a été dit, ou semblable :
« P è r e céleste, nous te rendons louanges et g r â ces éternelles que tu n o u s a élargi un tel bien à nous pauvres pécheurs, cle nous avoir attirés en la communion de ton Fils Jésus-Christ notre S e i g n e u r , l'ayant livré p o u r nous à la m o r t , et nous le donnant en v i a n d e de vie éternelle. M a i n t e nant aussi octroie-nous ce b i e n , de ne permettre q u e jamais nous mettions en oubli ces c h o s e s , maïs plutôt les ayant imprimées dans nos c œ u r s , nous croissions et augmentions assiduellement en la foi, laquelle besogne en toutes bonnes œuv r e s : et en ce f a i s a n t , ordonnions et p o u r s u i v i o n s toute notre vie à l'avancement de ta g l o i r e , et édification de nos p r o c h a i n s , p a r icelui J é s u s Christ ton F i l s , qui en l'unité du Saint-Esprit vit et règne avec t o i , Dieu éternellement. Amen.

» » » » » » » » * > » » » » » »

» La bénédiction qu'on fait au départ du peuple, » selon que notre Seigneur avait ordonné en ta loi.
» » » » » L e Seigneur vous bénisse et vous conserve. L e Seigneur fasse luire sa face s u r v o u s , et v o u s soit propice. L e Seigneur retourne son visage envers vous et vous maintienne en bonne prospéri lé. Amen.

» Nous savons bien quelle occasion de scandale » plusieurs ont prise du changement que nous avons » fait en cet endroit. Car pour ce que la messe a été » long-temps en telle estime qu il semblait au pauvre » monde que ce fût le principal point de la chré» tientè, c'a été une chose bien étrange que nous » l'ayons abolie. » Et pour cette cause, ceux qui ne sont pas du» ment avertis, estiment que nous ayons détruit te
3

LITURGIE ZUiNGUENNE ET CALVINISTE.

3f

» sacrement : mais quand on aura bien considéré a ce que nous tenons, on trouvera que nous Pavons » restitué en sou entier, » Voilà des liturgies fort courtes et bien différentes de celles de toutes les autres églises du monde. Et véritablement il était bien naturel qu'en aband o n n a n t l'ancienne croyance de l'Église, on en abandonnât aussi les prières et le langage. Les fermes propres à ceux qui confessent la présence réelle de Jésus-Christ et l'oblation q u e l'Eglise en fait sur l'autel, conviendraient-ils bien à ceux qui ont rejeté ces vérités? Il faut p o u r t a n t remarquer q u ' a p r è s q u e la nouvelle liturgie eut été dressée à Zurich , Calvin , Farel et les autres qui suivirent à peu près le sentiment de Zuingle, affectèrent d'employer une partie des anciennes expressions capables d'éblouir les personnes peu a t t e n t i v e s , j u s q u ' à dire t o u c h a n t l'Eucharistie dans leur confession de foi, qu'on y est véritablement M nourri de de la substance du corps et du sang de Jésus-Christ ; que cela se fait par la vertu incompréhensible du Saint-Esprit, et que cest un mystère qui surmonte en sa hauteur la mesure de l'esprit humain et tout ordre de nature. Mais comme Ta fort judicieusem e n t r e m a r q u é M. P a p i n , autrefois ministre d'Angleterre et en Prusse avant sa conversion : « Il est » clair ( ) q u e ces expressions n'ont pas été faites » p o u r eux ; ils les o n t emportées de chez les Ca» tholiques , q u o i q u ' e n quittant leur société ils » aient renoncé aux dogmes qu'elles contenaient. » Venons aux Anglais qui retinrent d'abord une bien plus grande partie de la liturgie.
fa

(a) Confession de foi. art. 35. (B) &e tolérance des Protestans.

p. 63.

3a DISS. XIII. A T III. U I O MT A A D N É . R. NF R I E B N O N E
ARTICLE III.

Liturgie d'Angleterre

depuis le schisme.

Difficulté de trouver une bonne histoire d'Angleterre.

LA liturgie anglicane n'a été fixée qu'après beauc o u p d'actes du p a r l e m e n t ! du conseil du r o i , et bien des variations q u e l'histoire du schisme déc o u v r e : c'est ce qui rend ici cette histoire en p a r tie nécessaire. J e ne serais pas peu en peine s'il me fallait parler de tout ce qui regarde le schisme d ' A n g l e t e r r e , par le défaut d'aulciirs exacts a u x quels on puisse se fier. Sauderus ou S a n d e r s , a u teur c o n t e m p o r a i n , qui était proiesseur en droit à O x f o r t , sous le règne de M a r i e , et au c o m m e n cement de celui d'Elisabeth, devrait être le principal guide de cette histoire , mais il a quelquefois un peu trop compté sur les bruits c o m m u n s , et le zèle de la religion catholique l'a fait parler de temps en temps avec une exagération qui l'a rendu odieux et suspect aux Protestans. M . B u r n e t , qui n'a rien oublié pour lui faire perdre toute c r é a n c e , y aurait peut-être r é u s s i , s'il n'avait été relevé par u n e réponse vive et forte de M . L e Grand ( ) qui a pris la défense de Sauderus. G o d w i n , é v ê q u e cTHereford , a donné en latin et en anglais les annales d'Henri Y 1 1 1 , d'Edouard V I , et de Marie. ( ) Héilin, autre savant Anglais , a fait l'histoire de la R é f o r mation ; mais la sincérité de ces auteurs n'a pas plu à M . Burnet. Héilin surtout lui a paru ( ) trop Favorable aux Catholiques romains : quoiqu'il l'ait cru b o n protestant dans le c œ u r , il lui reproche
a b c

(a) Ffi&t. du dio. de HenrL T. 2. (b) Cet ouvrage a été traduit en français par Loïgnv, dont le vrai nom est Snlmonet, et imprimé à Paris en 1647. " (c) Bum. prêj. de IhisL Je la Itcjorm.

LT R I A G I A E I U GE N LC N .

33

avec plus de sujet de n'avoir pas rapporté les preuves et les monumens d'où il a tiré tout ce qu'il a fvancé. M . Burnet a donc c r u devoir faire une autre hist o i r e , où il dépeint la Réformation avec des couleurs capables d'effacer la plupart des mauvaises impressions qu'elle avait causée jusqu'alors. L e s traductions latines et françaises qu'on a faites de son histoire, montrent assez le plaisir qu'elle a fait aux Protestans. Cependant elle a mérité la censure des savans Anglais mêmes de son p a r t i , ( ) qui ont découvert beaucoup d'inadvertances et de déguisemens dans les faits qu'il r a p p o r t e , et M. L e G r a n d lui a soutenu qu'il avait fait beaucoup plus de fautes que Sanderus. D'autres savans l'ont accusé d'infidélité dans le recueil des pièces qu'il donne p o u r garant : et véritablement, c o m m e n t , par e x e m p l e , ne pas lui reprocher d'avoir mis dans ce recueil une lettre de L u t h e r à B u c e r , dont il ne rapporte que le commencement et la un, en supprimant tout ce qu'il y a entre d e u x , sans avertir et sans qu'on trouve d'autre motif de l'omission , si ce n'est que L u t h e r n'y parle pas favorablement de la réformation ?
a

M . de L a r r e y a donné en quatre volumes in-folio une ample histoire d'Angleterre : quoiqu'il veuille souvent faire paraître qu'il n'est pas partial, il n'a pu éviter la censure de bien des personnes qui en ont relevé beaucoup de fautes. ' J e viens de voir la nouvelle histoire d'Angleterre , réimprimée à la Haye en 1 7 2 / i , plus exacte q u e les précédentes. Mais M . de R a p i n T ho i r a s ,
(a) Voyez les preuves des fautes et des erreurs de M. Burnet, dans un livre anglais intitulé : Spécimen of some errors and defects in the laie history ofthe rejormation of the Church of England. IVrote by Gilbert Burnet.... By Anthony Harmer. London 1693. L'auteur eut alors quelques raisons de ne pas se mon* trer à découvert. Mais on sait que le vrai auteur de cet ouvrage est Henri Warton, si connu et si estimé par son Ànglia sacra. Il a été secrétaire de M. l'archevêque de Cantorhéry.

4.

3

34 Diss. x m . art, m.—imiFORNrré aba^doniïék. q u i en est f a u t e u r , est fort succinct s u r la Réform a t i o n , et il s'en tient à ce qu'en a dit M . Burnet. Faits rapportés uniformément. H e u r e u s e m e n t je n'ai qu'à traiter ici s o m m a i r e m e n t des faits q u i s o n t rapportés u n i f o r m é m e n t par tous ces auteurs. Ainsi je n e ferai pas dilficulté d'employer quelquefois les termes mêmes de M. de L a r r e y et de la traduction française de M . B u r n e t p a r M . de Rosemond , i m p r i m é e à L o n d r e s en i 6 8 5 . Et ce q u e je dois exposer plus au long , louc h a n t les nouvelles l i t u r g i e s , sera tiré de la p r e m i è r e liturgie et des suivantes qui o n t été imprimées à Londres depuis 154gs-1sons Henri
à la

Origine

du schisme
vation

VIII

j sans inno-

liturgie.

Appels à Rome défendus. H e n r i V I H , qui commença le s c h i s m e , s'était m o n t r é durant longtemps très-orthodoxe. II était versé dans l'élude des belles-lettres et de la théol o g i e , et il fit un livre p o u r montrer la vérité des sept sacremens contre Martin L u t h e r ( ), ce q u i lui attira le titre de défenseur de la foi dans la bulle de Léon X d u mois d'octobre i 5 i 1. Mais ayant tenté inutilement de faire autoriser par le Pape Clément VII son divorce avec Catherine d'Arragon , sa p r e m i è r e f e m m e , p o u r épouser Anne de Boulen , sa maîtresse, il s'appliqua aux m o y e n s de rompre avec R o m e . 11 se fit donner p a r u n e partie du clergé la qualité de ( ) Chef souverain et prolecteur de l'église et des ecclésiastiques d'Angleterre, en 153f , et en ï53a il défendit les appels en cour de Rome.
a b

(a) Ce traité est à la tête des œuvres de Fiscber, sous ce titre : Âssertio septem sacramenlontm adversns Marthivw i.vlherum ah Henrico fllt, Ànglïx rege, Rojjensls (amen nosiri horiatu et studio édita. (b) Burnet, Larrey et Thoyras.

LT R I A G I A E I U GE N LC N .

35

Annates supprimées. — Biens ecclésiastiques adjugés au roi déclaré cbef suprême.

L e parlement assemblé en i 5 3 a , secondant les desseins du r o i , déclara qu'il ne fallait plus envoyer les annates ni a u c u n autre argent à R o m e pour les provisions des bénéfices : et l'on y proposa de décharger les prélats du serment q u i l s avaient coutume de faire au Pape. L e Clergé trouva d'abord quelque douceur à cette suppression des annates» mais le roi se fit adjuger peu de temps après les taxes q u e lesbénéficiers payaient à R o m e , c o m m e il se fit aussi adjuger les biens des abbayes et de tous les monastères qu'il se fit r é s i g n e r , et qu'il fit supprimer par le parlement. L a crainte (le la rupture avec R o m e engagea le chancelier M o r u s , si célèbre par ses lumières, sa droiture et sa p i é t é , à se démettre des s c e a u x ; et en effet le parlement assemblé au mois de février i 5 3 3 , détermina ( ) que le royaume était indépendant de toutes puissances étrangères non-seulement p o u r le temporel, mais aussi pour le spirituel. L e roi en conséquence convoqua de nouveau le narment en 1534 , fit ^ ' plusieurs sermons clans l'église de saint Paul p o u r préparer le peuple k goûter un gouvernement auquel les Papes n'auraient aucune p a r t , et à ne se point effrayer de leurs excommunications. L e refus de souscrire au divorce et à la suprématie universelle du r o i , coûta la tête à M o r u s et au saint et savant Fischer ( ) , é v ê q u e de R o c h e s t e r , qui d'abord après les déclarations du parlement fit un traité pour soutenir l'autorité du Pape.
a e t d i r e b

T o u t ce que le roi et le parlement venaient de faire ne pouvait pas manquer d'émohvoir les bons catholiques. Cependant p o u r appaiser les m u r m u res et faire connaître que le parlement n'avait que de bonnes intentions p o u r la r e l i g i o n , on avait
(a) Burnet et Larrey, 7/irf. d'Angleterre, T. l.p. 299. (b) Fischer fut décapité ie 22 de juin J535, et Morus Je G de juillet,

3.

3fi DISS. XIII. A T III. U I O MT A A D N E . R. NF R I É B N O N E
inséré cette déclaration : ( ) Que le roi et ses sujets
a

ne prétendaient point s éloigner de la vraie trine de Jésus-Christ, ni des articles de la fui par r Église catholique.

J

docreçus

Vicaire général du roi. — Plusieurs chasses de Saints brûlées.

L e roi déclaré seul souverain de l'église anglic a n e , avait besoin d'un vicaire général ou vice-gérent p o u r l'exercice des fonctions de sa nouvelle puissance : il donna cette juridiction à G r o r m v e l , q u o i q u e l a ï q u e , et odieux à la Noblesse à cause de sa basse extraction : C r o m w e l exerça son p o u v o i r de vicaire-général, il publia diverses ordonnances dont C r a n m e r , archevêque de C a n t o r b é r y , d e v e n u s a c r a m e n t a i r c , était apparemment l'auteur. Après la suppression d'un très-grand nombre de monast è r e s , il fit apporter et rompre ou brûler à L o n dres plusieurs chasses de S a i n t s , et surtout de saint T h o m a s de Cantorbéry, qu'on jugeait avoir été trop opposé à Henri I I , son r o i , et trop favorable au Pape. On raya son nom du c a l e n d r i e r , et on effaça du bréviaire sa fête ; et en l'année i54o on fit ôter aussi le nom du Pape.
On n'adhère pas en tout aux novateurs. Liturgie conservée.

Mais le roi et le parlement n'adhérèrent pas à tout ce que les novateurs souhaitaient. On ne changea pas la l i t u r g i e , et Ton ne combattit point le dogme de la présence réelle et de la transsubstantiation.
Six articles pour conserver la doctrine et la pratique de F Église. Messes fondées. — Offices pour les laïques en anglais.

L e roi au c o n t r a i r e , se rendit au p a r l e m e n t , o ù on arrêta les articles suivons : i ° . Qu'après la consécration du pain et du vin , il ne restait dans le sacrement aucune substance du pnin et du vin ; mais que le corps et le sang naturel de Jésus-Christ étaient sous ces enveloppes. a ° . Que l'Écriture n'établissait pas la nécessité absolue de la communion
(a) Larrey pag.
9

301.

sous les deux e s p è c e s , et qu'on pouvait être sauvé sans cela ; puisque le corps et le sang de JésusChrist existent ensemble en chacune des espèces. 3°. Que la loi de Dieu ne permettait pas qu on se mariât après avoir reçu Tordre de prêtrise. 4°. Que suivant cette m ê m e loi, il fallait garder le vœu de chasteté quand on l'avait fait. 5°. Qu'on devait continuer l'usage des messes particulières , qui avait son fondement dans l ' É c r i t u r e , et qui élait d'un grand secours. 6°. Qu'il y avait de l'utilité dans la confession a u r i c u l a i r e , et qu'on en devait entretenir la pratique dans l'église. On déclara qu'il y avait sept sacremens , contre la doctrine de C r a n m e r , qui n'en voulait admettre que d e u x , et Ton établit positivement le dogme de la transsubstantiation.
Addition aux Litanies qui a fait horreur. — Blesses fondées.

LT C OE A G I A E I R I N LC K .

Henri V I I I , du consentement du c l e r g é , fit i m primer deux ans avant sa m o r t , en latin et en anglais, les prières journalières à l'usage ( ) des laïques : on y voit l'office intitulé matines et les a u tres heures du j o u r , avec plusieurs oraisons p a r ticulières assez belles; mais il n'y a rien touchant la messe. Nul changement sur ce p o i n t , on n'avait pas encore mis le canon en anglais entre les mains du peuple. Parmi les prières de ce livre il y a des litanies où l'on s'adresse aux Saints comme Ton faîsait a u p a r a v a n t , et il n'y a rien qui marque le s c h i s m e , si ce n'est cette addition qui a fait h o r reur aux Catholiques, et que la reine Elisabeth fit oter : De la tyrannie de févêque de Rome , et de
a

toutes ses détestables ènormitês : ( ) Délivrez-nous , Seigneur. Cette aversion pour l'évêque de R o m e
ne passa pas d'abord jusqu'aux pratiques ordinaires de la religion. ( ) On continua de prier pour les
c

b

(a) Ce livre de prières en anglais et en latin, imprimé à Londres en 1545, est dans la bibliothèque du r o i , n. 5789. (b) On lit dans le texte anglais ènormitês, et dans le latin crrofilms. (<•) Mm. p. L t. p. 19.

38 DISS, XIU. A E . 111. U I O MT A \ D N É . T NF R I É B O N E N
morts , aussi bien q u e de dire des messes privées; et Henri laissa en m o u r a n t un fonds p o u r l'entretien de deux prêtres qu'il chargea d é d i r e la messe tous les j o u r s sur son tombeau. Henri VIII m o u r u t le 38 janvier i 5 4 7 . §• H. La nouvelle liturgie introduite sous Edouard après 18 ans de schisme.
Protestans bien reçus en Angleterre.

VI,

Dès q u ' H e n r i VIII eut c o m m e n c é à se brouiller avec R o m e , u n grand n o m b r e de Luthériens et d'autres Prolestans vinrent avec empressement en Angleterre. Le roi était bien aise d admettre d a n s ses états des personnes portées à décrier par des écrits et de vive voix l'autorité d u P a p e ; et q u o i qu'il s'appliquât ensuite à r é p r i m e r les n o u v e a u x h é r é t i q u e s , il ne p u t empêcher q u ' o n ne vît b i e n tôt paraître beaucoup de livres c o n t r e l'invocation des S a i n t s , les r e l i q u e s , le culte des i m a g e s , le mérite des bonnes œuvres et la messe.
Le jeune roi instruit par les novateurs.

L'archevêque Crantner, dit M. Burnet ( ), délivré du joug que la rigueur d Henri lui imposa t, ne se remplissait que de l'idée d'une exacte réformation : le protecteur (W le secondait entièrement dans ce dessein : le docteur Cox et M. Cheek , précepteurs du jeune roi, prenaient soin de donner à leur pupille la teinture du christianisme le moins corrompu. Et le j e u n e r o i , âgé seulement de 9 ans et quelques mois, était d'un esprit vif et facile à prend r e les impressions qu'on lui donnait : tout cela facilita les voies que les novateurs avaient déjà tracées, ainsi la p r é t e n d u e réforme alla vite.
(a) P. 36. Fsdit. de Londres, 1685. (b) Le comte de llartfort, nommé ensuite duc de Sommerset. déclaré protecteur du lloyaume et gouverneur du jeune roi, entreV'.nt beaucoup de relations avec les novateurs étrangers : Calvin lu» c m vit pour l'exhorter à avancer le saint ouvrage. Buvn. p.

a

LT R I ANGLICANE. 1U G K
ôtées des églises. Le conseil du roi prit divers expédiens pour faire ôter les images des églises, ce qui fut exécuté malgré les plaintes des C a t h o l i q u e s ; et l'on mit (°) les armes d u roi à la place de plusieurs images et même des croix.
Images Pieuses cérémonies abolies.

On o r d o n n a C ) aux curés de lire l'épître et l'évangile à la grand'messe en anglais, et l'on résolut d'abolir b e a u c o u p de cérémonies religieuses. Cranmer , archevêque cle C a n t o r b é r y , s'en chargea. Il envova (<0 aussitôt son m a n d e m e n t à B o n n e r , évêque de L o n d r e s et doyen des évêques de la P r o vince de C a n t o r b é r y , p o u r le faire exécuter dans tous ses diocèses. Bonner le notifia à T h y r l e b i , évêqne de Westminster ( ),et son mandement se trouve encore dans les r e g i s t r e s , daté du a8 j a n v i e r ; il porte qu'il a reçu d e s lettres de » l'archevêque de » C a n t o r b é r y , qui lui fait savoir q u e Mylord P r o » l e c t e u r , de l'avis du conseil de Sa Majesté, avait » résolu p o u r cei l a i n e s raisons d'abolir l'usage de » p o r t e r des c h a n d e l l e s le j o u r de la C h a n d e l e u r , » celui de p r e n d r e des cendres le premier j o u r de » carême , et celui de j e t e r des branches d'arbres » dans les rues el les chemins publics le jour de Pâ» ques fleurie. Que p o u r satisfaire aux ordres de » Mylord a r c h e v ê q u e , il lui en donnait avis, afin » q u e ces mêmes o r d r e s , lui étant c o n n u s , il les » fit publier et observer dans toutes les églises de » son diocèse. »
d

b

(a) Larrey, p. G04. (b) Burn. p . 40. (c) Larrey^p. 604. (d) Henri VIII suprimant les abbayes et les monastères, établit stx nouveaux évëcbés, dont le premier était Westminster, qui est comme un faubourg de Londres. Mais la reine Marie rendit l'abbaye et le monastère aux bénédictins. Et la reine Elizabeth s'attribuant les principaux revenus de cette célèbre abbaye, en fit un doyenné et un chapitre de ebanoines. Thyrlebi a été* Tunique évéque de Westminster : les autres cinq évêclics ont subsisté , savoir, Ôxfort, Glocester, Cbester, Péterborough et Bristoll. Voy. Godwin annal.

40

DISS* XIII. ART HT.—UNIFORMITÉ ABAKD01I2U&.

Les six articles casses. C r a n m e r et quelques autres ecclésiastiques représentèrent qu'on ne pouvait procéder à une bonne r é f o r m a t i o n , et qu'on ne pouvait ( ) même s'expliq u e r avec liberté et en sûreté , tant que l'ordonnance des six articles subsisterait. L e conseil l 0 et le parlement y eurent é g a r d , et l'ordonnance des six articles aussi bien q u e plusieurs autres furent cassées.
a !

Communion sous les deux espèces. — Confession libre. A u mois de novembre ou fit dans la c h a m b r e haute la lecture d'un projet de loi s u r la matière du sacrement. L e s communes y en envoyèrent un autre sur le sujet de la communion sous les deux esp è c e s , et le consentement du roi se j o i g n a n t A l'arrêt du Parlement, on fit une loi portant q u e la com-

munion serait donnée sous les deux espèces, à moins tl une véritable nécessité , et que le prêtre ne corn* munierait pas seul, mais que le peuple communie* rait également avec lui. On déclara qu'il serait li9

b r e de se confesser en particulier et en s e c r e t , o u de faire seulemeut en c o m m u n dans l'église u n e confession générale ; et cette déclaration fut envoyée par tout le royaume. Ordre de réformer les offices. On nomma en même temps des commissaires pour travailler à la réforme générale des offices de l'église; et l'un des prétextes qu'on allégua p o u r faire ce c h a n g e m e n t , fut la variété de ces offices. Il y avait y dit-on , ( ) cinq liturgies principales dont on
c

se servait en cinq différentes parties du royaume ; celle de Salisbury, qui avait cours dans les parties méridionales : celle d*)'urcA, qui était en usage dans les parties septentrionales : celle cYIlereford, dont on se servait dans les provinces méridionales du pays de Galles : celle de Bangor, pour les provinces du septentrion du même pays ; et enfin celle de Lin* coin, qui était partieuhère au diocèse du même nom.
(a) Uunu p. 50. (b, thid. (c) tturn.p. 107 ; et Larrey„p.C07;

LITURGIE AWGLrCAPfE.

/|J

Réflexion sur la diversité des rites. MM. B u r n e t , Lnrrey et les autres historiens «le la réforme devaient ajouter q u e ces cinq liturgies étaient uniformes dans tout ce qui est essentiel au sacrifice , le canon de la messe étant précisément le même dans chacune. 11 en était des missels de ces églises, dont il reste encore quelques exemplaires , comme de plusieurs missels de nos églises de France , où il y a quelque différence à l'égard des cérémonies, des prières p r é p a r a t o i r e s , des collect e s , des proses et de quelques autres points indifférens qui ne t o u c h e n t point au canon et à tout ce qui est essentiel au sacrifice. II y a lieu de revoir de temps en temps les additions qui se font quelquefois aux offices par un clergé peu éclairé ; c'est ainsi qu'en divers diocèses de France on abandonne des proses mal faites et d'autres usages introduits dans les derniers siècles, et peu p r o p r e s à n o u r r i r la p i é t é ; mais parce qu'on a besoin de temps en temps de se couper les ongles , il ne faut pas p o u r cela se couper les doigts ; on n'en pourrait venir là que par un t r o u b l e qui irait jusqu'à la frénésie, et c'est ce qui est arrivé aux auteurs des prétendues réformes. Questions et décisions sur les ornemens et autres points. Pendant W q u e les commissaires travaillaient h la composition de la nouvelle l i t u r g i e , on décida plusieurs points. On agitrf la question des habits s a c e r d o t a u x , et après quelques disputes on convint q u ' o n garderait le surplis et les autres ornemens. On convint de m ê m e q u e le pain de l'Eucharistie serait sans levain , de figure r o n d e , sans aucune e m p r e i n t e , q u e le prêtre le mettrait lui-même dans la bouche des c o m m u n i a n s , et qu'on retiendrait ( ) le signe de la croix dans l'administration du Bapt ê m e , de la Confirmation et de l'Eucharistie; mais qu'on ne ferait plus l'élévation d u s a c r e m e n t , et q u e l'office serait écrit et célébré en langue vulgaire,
b

(a) Burn.p.

113.

(b) Larretj, p.

G23.

4l

DISS. X U t . ART. I I I .

UNIFORMITÉ ABANDONNER-

L a même année, 1 5 4 8 , le parlement examina la question du célibat des ecclésiastiques. L a c h a m b r e (*) des communes déclara d'abord que leur v œ u de célibat était n u l , et l'année suivante , i$4o * après quelques disputes, la chambre des seigneurs a p p r o u v a sur ce point la délibération des communes. II fut permis aux prêtres de se marier. Enfin la nouvelle liturgie étant c o m p o s é e , elle occupa le parlement au mois de décembre i548 , et le mois suivant. On déclara que les commissaires avaient achevé l'ouvrage d'un consentement unanime et par l'assistance du S a i n t - E s p r i t , ( ) et il fut ordonné qu'à compter du j o u r de la Pentecôte suivante , le service serait célébré partout selon le nouveau règlement. L e livre de la liturgie ( ) ou des prières publiques fut en effet achevé d'imprimer au mois de juin : en voici l'ordre et le contenu.
b c

ORDRE de la première Liturgie anglicane reformée sous Edouard VI * imprimée en anglais à Londres en 1549.
Cette première liturgie a pour t i t r e , c o m m e les suivantes, Livre des prières publiques, de l'admi-

nistration des sacremens nies et Angleterre.

et autres rites et cérémo-

La préface de celte liturgie est la même q u e celle qu'on voit dans toutes les éditions postérieures , à
(a) Larrey,p. 623 ; et Burn. p. 134. (h, Cette liturgie est très-rare , mais elle est à Paris dans la bibliothèque Colbertine. M. le comte De Seijjnelai m'a fait la gntee de me fa prêter; et des savans anglais, qui sont en assez, grand nombre à Paris, ont bien voulu m'aider à la traduire en français. Mais lorsqu'il s'y rencontre des prières qui ont été conservées dans les nouvelles liturgies, quoique dans un autre ordre , j'ai cru devoir suivre la version française, qui fut faite à Londres par Tordre du roi Jacques I , et qui a été en usage dans les églises françaises de son royaume. Cette liturgie est imprimée sous ce titre : l'a IIturgie angtaise ou le livre des prières publiques, de l'administration des sacremens et autres ordres et cérémonies de l'église d'Angleterre* noureltemenl traduit en français par rordonnance de .VI31. de la Grande-Bretagne. A Londres, par Jean Bill. 101C

LT R I A G I A E I U GE N LC N .

43

là réserve d e quelques petites additions que n o u s marquerons plus bas. Les offices c o m m e n c e n t au premier dimanche de l'A v e n t , et finissent à la T o u s s a i n t , selon l'arrangement suivant. Ordre de la distribution des psaumes. Ordre pour le reste de F Ecriture outre les psaumes. Le calendrier. Ordre des Matines pour tous les jours pendant l'année. P R I È R E S D U M A T I N . Elles sont de même dans les liturgies p o s t é r i e u r e s , soit anglaises , latines ou françaises, excepté qu'il est m a r q u é dans cette première qu'en Carême on dira le Benedicite au lieu de Te Deurn laudamus. O R D R E D E S P R I È R E S P O U R L E S O I R , suivies du symbole de saint Athanase. Q u i c u n q u e v u l t , etc. qu'on doit dire aux fêtes de Noël, de F Epiphanie , de Pâques , de l'Ascension, de la Pentecôte et de la Trinité. Ces prières d u soir s o n t les mêmes dans ton les les éditions suivantes ; et l'on y a même ajouté depuis I 5 5 Î , qu'on dirait le symbole Quicunque aux fêtes de saint M a t t h i a s , de saint Jean-Baptiste , de saint Jacques , d e saint Barthélémy, de saint Matthieu , des saints Simon et Jude et de saint André. Les introïfs, collectes èpitres et évangiles dont on se sert à la célébration de la cène et de la sainte communion pendant toute tannée, avec des leçons et des psaumes propres à chaque Jetés et jours* Le premier dimanche de l'A'veut a pour introïts le premier psaume e n t i e r , Beatus vir, avec le Gloria Patri. L'épître est tirée du cinquième chapitre aux r o m a i n s , et l'évangile du vingt-unième chapitre de saint Matthieu , Càm appropinquasset Jésus Jerosolymis , etc. ainsi qu'aux anciens missels de France et d'Angleterre, Le second dimanche a p o u r introït le psaume 1 * 0 , Ad Dominant cum tribularer. A Noël il y a deux c o m m u n i o n s qui répondent
7

44 Diss. xiir. art. in.—uiciFoitMmê abindoïwée. à deux de nos trois messes de Noël. A In p r e m i è r e c o m m u n i o n , l'épître est tirée d e saint Paul à T i t e Jt. Apparaît gratia Dei. L'évangile est tiré de saint L u c 2. Exiit edictwn à Ccvsare Augusto. A la s e conde c o m m u n i o n , l'épître est du premier aux Héb r e u x , Maltijdriam, etc. et l'évangile de saint J e a n , //* principio. Après les i n t r o ï t s , les collectes, les épîtres et les é v a n g i l e s , suit l'ordre de la liturgie sous ce t i t r e : La Chic du Seigneur ou la sainte Communion j communément appelée la Messe. Le jour marqué pour V administrât ion de la sainte communion, le prêtre qui doit exercer le saint ministère prendra les ornemens propres pour cette administration , c est-à-dire , une aube simple , une chasuble ou chape, et tous les prêtres ou diacres qui s'y trouveront assisteront le prêtre autant que besoin sera , et seront pareillement revêtus des o/'nemens qui leur sont propres , c est-à-dire , d'aube et de tunique. Version française de 1616. Le prêtre se tenant debout humblement au milieu de l'autel dira l'oraison dominicale avec cette collecte: Dieu tout-puissant à qui tous c œ u r s sont d é couverts , tous désirs connus , et n u l secret n'est c a c h é , sanctifie les pensées de nos c œ u r s p a r l'opération de ton Saint-Esprit, afin q u e nous te puissions parfaitement a i m e r , et dignement célébrer ton saint n o m . Par Jésus-Christ n o t r e Seigneur, Amen. Après cette collecte il dira le psaume marqué pour f introït. Alors les clercs chanteront en anglais pour office ou introït {comme on l'appelle) un psaume marqué pour ce jour-là : ensuite le prêtre dira lui-même ou les clercs chanteront tro 's K vrie eleison , trois Chrîste eleison , trois Kyrie eleison , etc. Après quoi étant debout à la table de Dieu il dira ; Gloria in excelsis.

LT R I A G I A E I U GE N LC N .

45

Après le Gloria in e x c e l s i s , le prêtre se tourne vers le peuple et dit ; L e Seigneur soit avec vous. n\ E t avec voire éprit. Ensuite il dit lu collecte propre au jour et une des deux suivantes pour le roL Le prêtre ou celui qui est marqué lira Yépiire dans le lieu destiné à cet effet : et immédiatement après le prêtre ou celui qui est marqué lira Y évangile: dès que le titre de l'évangile est prononcé, les clercs et le peuple répondent : Gloire à vous , Seigneur , et te prêtre ou le diacre poursuit Y évangile* U évangile fini, le prêtre entonne Credo , elles clercs chantent le reste. Le Credo est suivi du sermon s il y en a, ou de la lecture de quelques-unes des homélies marquées; si dans ces homélies il ny a point d'exhortations propres à préparer à la réception du saint sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ il fera une des exhortations suivantes. On a conservé une
9

de ces exhortations dans les liturgies postérieures ; mais on n'a pas conservé entièrement celle où on

lit: Nous enjoignons à tous ceux qui seront satisfaits d'une confession générale de ne pas blâmer ceux qui, pour leur plus grande consolation , iront au prêtre pour faire une confession secrète et auriculaire. On peut la voir dans la version française en ces termes : Chers et bien-aimês au Seigneur, qui avez intention, etc. Après Yexhortation on chantera pour Y offertoire un ou plusieurs versets de VEcriture sainte, pendant que le peuple fera son offrande , ou bien un de ces versets sera dit par le prêtre immédiatement après Y offrande. Dans les églises où il jades clercs, ils chanteront ces versets. Pendant que les clercs chantent Y offertoire, ceux qui se trouvent disposés pour donner quelque chose* te mettront dans la boite des pauvres , et le jour qu'il y a oblation les hommes et les femmes paieront au curé ce qui lui est du selon l'usage. Ceux qui se disposent à communier demeureront

4G

DISS. XIII. A HT. I I I .

UNIFORMITE ABANDONNÉE.

dans le chœur, ou tout auprès , les hommes cVun côté et les femmes de l'autre; et ceux qui ne communieront pas sortiront du chœur, excepté les ministres et les clercs. Le ministre prendra autant de pain et de vin qu'il en faut pour le nombre des communians , il mettra le pain sur le corporal ou sur la patène ou en quelqu autre vase convenable, et il mettra le vin dans le calice ou dans une coupe propre ; si le calice ne peut pas suffire, et il y versera un peu d'eau pure ; et ayant mis le pain et le vin sur [autel il dira : « Le Seigneur soit avec vous. jjj. Et avec votre » esprit. » Élevez vos c œ u r s en haut. Nous les élevons » au Seigneur. » Rendons grâces au Seigneur n o t r e Dieu. C'est » une chose bienséante et juste de ce faire. a Le prêtre poursuit : C'est véritablement u n e » chose bienséante et de notre devoir , qu'en tout » temps et en tout lieu nous te rendions grâces, ô » S e i g n e u r , l'ère s a i n t , Dieu tout-puissant et éler» nel. » On place ici , selon le temps , u n e des préfaces p r o p r e s , qui sont au n o m b r e de cinq p o u r Noël et jes sept j o u r s s u i v a n s , Pâques et les sept jours suivons, l'Ascension et les sept j o u r s s u i v a n s , la Pentecôte et lessixjours suivans, et la féte d e l à Trinité. Immédiatement après on dit, ou les clercs chantent : Par quoi avec les Anges , les Archanges et toute l'armée céleste nous louons et nous ma&nilions ton nom glorieux , t'exaltant continuellement et disant: S a i n t , Saint, S a i n t , Seigneur Dieu des exercises, les cieux et la terre sont remplis de ta gloire. A loi soit g l o i r e , ô Dieu très-haut. Les clercs ayant fini de chanter , le prêtre ou le diacre se tournera vers le peuple et dira : Prions p o u r tous les étais de l'église de Jésus-Christ; et le prêtre se tournant vers Tautel chantera ou du ad'une voix claire et distincte la prière suivante.

« Dieu tout-puissant, éternel.... (On prie ici p o u r le roi EDOUARD , p o u r tous les é v ê q u e s , pasteurs et curés cle l'église, et p o u r toute l'assemblée.) « Nous vous louons autant qu'il nous est possible , » et nous vous reniions tle tout notre cœur de très» vives actions de grâces p o u r tous les dons et tou» tes les vertus que vous avez fait éclater dans vos » Saints depuis le commencement du monde, prin» cipalement dans la glorieuse et très-sainte Vierge » Marie mère de votre Fils Jésus-Christ notre Sei» g n e u r et D i e u , dans vos saints Patriarches , P r o » phètes , Apôtres et Martyrs : faites , S e i g n e u r , » que nous puissions imiter leur e x e m p l e , leur fer» meté dans la f o i , et leur fidélité à o b s e r v e r vos pré» ceptes. N o u s recommandons à votre miséricorde, » ô S e i g n e u r ! tous vos autres fidèles serviteurs qui » sont morts a v e c le sigue de la foi, et qui dorment » dans le sommeil de la paix. N o u s vous supplions » de leur accorder votre miséricorde et une paix » éternelle. Faites qu'au j o u r de la résurrection gé» n é r a l e , étant unis à tous c e u x qui composent le » corps mystique de votre Fils Jésus-Christ nous » puissions tous être placés à sa d r o i t e , et entendre » cette voix si consolante et si agréable: Venez les

LT R I A G I A E I U GE N LC N .

fyj

» bénis de mon Père,
» » » » » » » » » » » *

etc.

« O D i e u Père céleste, q u i par votre grande miséricorde avez livré votre Fils unique Jésus-Christ à la mort de la croix p o u r notre rédemption, lequel y fit, par son unique oblation offerte une fois, un plein, parfait et suffisant sacrifice, oblation et satisfaction pour les péchés de tout le m o n d e , et a institué et nous a commandé en son saint E v a n g i l e de célébrer la mémoire perpétuelle de sa m o r t précieuse jusqu'à ce qu'il vienne. Ecou* tez-nous , ô Père de miséricorde , nous vous en supplions ; ET DAIGNEZ PAR VOTRE SAINT-ESPRIT ET PAR LA PAROLE B + N1R ET S ANC f TIF1ER CES DONS K ET C ES CRJ5\TCRES DE PAIN ET DE VIN , AFIN QUELLES NOOS SOIENT LE CORPS ET LE SANG DE VOTRE BIEN*

48
»

DISS. AIMÉ

X l l l . ART. III.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

lequel la même nuit qu'il » fut livré, prit (*) du pain , l'ayant béni et ayant » rendu g r â c e s , le r o m p i t , le donna à ses disciples » en d i s a n t , prenez el m a n g e z : Ceci est mon corps » qui est d o n n é p o u r vous; faites ceci en m é m o i r e » de moi. » Semblablement après le s o u p e r , ( ) il prit la » c o u p e , et ayant r e n d u grâces , il la leur d o n n a , » disant : lluvez-eu t o u s ; car ceci est mon sang d u » nouveau Testament , lequel est r é p a n d u p o u r » vous et p o u r plusieurs en rémission des p é c h é s : » Faites ceci en mémoire de moi toutes les lois q u e » vous en boirez. Les mots précédais seront dits par le prêtre se tenant tourné à f autel sans faire aucune élévation du sacrement pour le montrer au peuple. » C'est p o u r q u o i , ô Seigneur Père céleste, selon » l'institution de votre très-cher Fils Jésus-Christ » notre Seigneur , nous vos humbles serviteurs , » nous célébrons et faisons ici devant votre divine » majesté, avec vos saints dons ici p r é s e n s , la mé» moire q u e votre Fils nousa o r d o n n é de faire, ayant » toujours le souvenir de sa sainte passion , de son » admirable résurrection et de sa glorieuse ascen» sion , en vous rendant de très-vives actions de » grâces p o u r les innombrables bienfaits qui n o u s » ont été procurés par ces mystères. » Nous supplions de tout n o t r e c œ u r votre b o n t é » paternelle d'accepter notre sacrifice de louanges » et d'actions de grâces , et nous vous demandons » très-instamment par les mérites de la mort de » de votre Fils Jésus-Christ et par la foi q u e nous » avons en son sang , q u e nous et toute votre » église puissions obtenir la rémission de nos p é » chés et toutes les autres grâces qui découlent d e » sa passion. I c i , ô S e i g n e u r , nous nous offrons et » nous vous présentons n o u s - m ê m e s , nos âmes et
FILS JÉSUS-CHRIST,
b

(a) Ici te prêtre prendra (b) Ici te prêtre prendra

te pain entre ses mains. ta coupe entre ses mains»

LT R I A G I A E I U GE N LC N .
» » » ) » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

4<)

nos c o r p s , p o u r devenir u n sacrifice raisonnable, saint et v i v a n t : nous vous demandons encore très-humblement que tous ceux qui participeront à cette sainte communion , puissent dignement recevoir le très-précieux corps et le sang de votre Fils Jésus-Christ et qu'ils soient remplis de votre grâce et de votre bénédiction céleste, afin qu'ils deviennent un même corps avec votre Fils JésusChrist et q u e demeurant en eux ils puissent d e meureren lui. E t q u o i q u e par la multilude.de nos péchés nous soyons indignes de vous offrir aucun sacrifice, cependant nous vous supplions d'accepter celui-ci, que nous vous offrons pour pouvoir remplir notre devoir indispensable: c o m m a n d e z , Seigneur q u e , par le ministère de vos saints A n ges, nos supplications et nos prières puissent être portées au saint tabernacle devant votre divine majesté , n'ayant pas égard à nos mérites , mais en nous faisant miséricorde par Jésus-Christ notre Seigneur , par lequel et avec lequel dans l'unité du S a i n t - E s p r i t , Dieu Père tout-puissant, tout honneur, toutegloire vous soient rendues à jamais.

Prions»
» Suivant le précepte q u e nous avons reçu de » notre S a u v e u r J é s u s - C h r i s t , nous osons d i r e : » Notre Père Mais d é l i v r e z - n o u s du mal.

» Amen. » Alors le prêtre dira: L a paix du Seigneur soit » avec vous. Les clerôs répondent : E t avec votre
» esprit.

» Le prêtre
» » » » »

dit: Notre agneau pascal s'est offert

une fois p o u r tous en portant nos péchés eu son corps s u r la c r o i x , car il est le véritable agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde. C'est pourquoi faisons ici une fête a v e c joie dans le S e i $;neur. »
9

Le prêtre se tourne vers ceux qui doivent communier et leur dit : « V o u s qui vraiment et sincère-

5o DÏSS. xnr. A T n. - NF R I É A A D N É . R . r U I O MT B N O N E —
» » » » » » » n » » m e n t v o u s repentez d e vos p é c h é s , q u i c o n s e r vez de l'amour et de la charité pour votre p r o cliain, et qui vous propose/, de mener u n e vie nouvelle eu suivant les commandemens de D i e u , et de marcher à l'avenir dans les saintes voies , approchez et prenez ce saint sacrement p o u r votre consolation: faites votre humble confession à Dieu tout-puissant et à sa sainte église assemblée W ici en son nom , v o u s mettant humblement à geinux.

Cette confession générale sera faite au nom. de tous ceux qui doivent communier, ou par quelqu'un d'eux , ou par quelqu'un des ministres , ou par le prêtre lui-même, tous se tenant humblement à genoux.
» » » » » » » » » » » » » » » » # » » Dieu t o u t - p u i s s a n t , père de notre Seigneur J é s u s - C h r i s t , créateur de toutes choses , j n g e de toutes p e r s o n n e s , nous reconnaissons et déplorons nos péchés infinis, et les iniquités q u e de temps eu temps nous avons malheureusement commises contre ta sainte m a j e s t é , par nos pensées , paroles et actions ; p r o v o q u a n t très-justemeut ton ire et ton indignation à l'encontre de nou<. Mais nous nous en repentons à bon e s c i e n t , et nous gémissons en nos coeurs à cause de nos méfaits : la mémoire d'iceux nous est désagréab l e , et le fait insupportable. Aie pitié , aie pitié de n o u s , à Père de miséricorde , pour l'amour de Jésus-Christ ton Fils notre Seigneur. Pardonnenous tout le passé, et nous fais la grâce q u e t o u j o u r s à l'avenir nous tâchions de le complaire , et te servir en nouveauté de vie , à l'honneur et gloire de ton saint nom , par Jésus-Christ notre Seigneur. »
y

Alors le prêtre se lèvera et se tournant vers le peuple , dira : « Notre Dieu tout-puissant et Père
(a) Dans la liturgie d'Kiisabeth suivie exactement sous Jacques I , on lit: au milieu de celle congrégation. Et depuis Charles II on a ôté ces mots pour ne plus Taire de confession qu'à Dieu.

LT R I A G I A E I U GE N LC N .
» * » » » » »

5l

céleste, qui par sa grande miséricorde a promis la rémission des péchés à tous ceux qui se c o n ver tissen t a lui par vraie foi et repentance, veuille avoir pitié de vous , et vous pardonne et quitte tous vos péchés, vous confirme et fortifie en toute bonne œ u v r e , et vous conduise à la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur. » Le prêtre dira : Ecoulez les paroles de consolation que Jésus-Christ propose à tous ceux qui se convertissent à lui sans feintise : Venez à moi vous tous, etc. Le prêtre se tournant devant la table de Dieu et se mettant à genoux , dira la prière suivante au nom de tous ceux qui doivent communier. «Nous ne présumons pas, ô D i e u miséricordieux, » d'approcher de cette tienne table , nous confiant » en nos propres justices, ains en la multitude de » tes grandes compassions. Nous ne sommes pas » digues de recueillir les miettes qui tombent de » ta table. Mais Seigneur, tu es toujours le m ê m e , » qui as cela de propre, d'être toujours enclin à misé» ricorde. Fais-nous donc la grâce, Dieu trés-benin, » de manger tellement, dans ces saints mystères , » (a) la chair de ton Fils Jésus-Christ et de boire son » sang , que nos corps soient nettoyés de péché » par son corps , et nos âmes lavées d'iniquité par » son sang précieux, et qu'il habite toujours en » nous et nous en lui. » Alors le prêtre recevra, le premier» la communion sous les deux espèces, et la donnera ensuite aux autres ministres s'il y en a {afin qu'ils Vaident) et ensuite au peuple. Et en donnant le sacrement du corps de Jésus* Christ il dira à chacun: Le corps de notre Seigneur Jésus-Christ qui a été donné pour t o i , garde ton corps et ton âme pour la vie éternelle. Et en donnant le sacrement du sang à chacun à
. fa) Ces mots dans ces saints Mystères sont omis dans la liturgie d'Elisabeth et les suhai.tcs.

Si

DISS. X I I I . ART. III.

UNIFORMITE ABANDONNAIS

boire en une seule fois et non davantage, il dira : Le sang de notre Seigneur Jésus-Christ qui a élé rép a n d u p o u r t o i , garde ton corps et ton âme p o u r la vie éternelle. S'il y a un diacre ou autre prêtre il suivra avec le calice , et pendant que le prêtre donne le sacrement du corps , (pour expédier plus tôt) il donnera le sacrement du sang dans la forme déjà prescrite. Pendant la communion les clercs chanteront deux fois: Agneau de Dieu qui otezles péchés du m o n d e , ayez pitié de n o u s ; et une fois : Agneau de Dieu q u i otez les péchés d u m o n d e , d o n n e z - n o u s la paix. On commence ^'Agnus Dei dès que le prêtre a communié, et quand la communion est faite les clercs chanteront pour la postcomrnunion une des sentences suivantes , dont la première est tirée de saint Matthieu XVI. il\ : Si q u e l q u ' u n veut venir après m o i , qu'il renonce à soi-même , qu'il se charge de sa croix et me suive. Le second de saint Marc X1IT. 1 3 : Celui qui persévérera j u s q u ' à la fin, sera sauvé. Le troisième est le premier l'i/'jefc/eRencdictus, etc. Alors le prêtre rendra grâces à Dieu au nom de tous ceux qui auront communié, et en se tournant vers le peuple il dira : Le Seigneur soit avec vous. K. Et avec votre esprit. Le prêtre ) dit: Prions. » *) . » » » » » » » » « Dieu éternel et tout-puissant, n o u s te r e n d o n s grâces de tout notre c œ u r , de ce q u e participant à ces saints mystères selon ton o r d o n n a n c e , il t'a plu nous sustenter de la n o u r r i t u r e spirituelle d u corps et du sang précieux de ton Fils n o t r e Sauveur Jésus Christ, nous assurant p a r iceux de ta faveur envers n o u s , et q u e nous sommes faits vrais m e m b r e s de ton corps m y s t i q u e , à s a v o i r , de la compagnie bienheureuse de tous fidèles , et qu'aussi par espérance nous sommes héritiers de ton royaume éternel, par les mérites de la m o r t

LITURGIE ANGLICANE.

53

et passion précieuse de ton Fils bien-aimé. Nous te supplions m a i n t e n a n t , ô Père céleste, qu'il te plaise nous assister tellement de ta g r â c e , que nous puissions continuer en cette compagnie bieuheur e u s e , et faire toutes les b o n n e s œuvres que tu as p r é p a r é e s , afin q u e nous cheminions en icelles, par Jésus-Christ notre Seigneur auquel avec toi et le Saint-Esprit soit tout h o n n e u r et gloire ès siècles des siècles. Amen. Le prêtre se tournera vers le peuple, et le congédiera avec cette bénédiction en disant : « La paix de r> Dieu, l a q u e l l e s u r m o n l e t o u t e n t e n d e m e n t , garde » vos c œ u r s et vos sens en la connaissance et dilec» (ion de Dieu et de son Fils Jésus-Christ notre » Seigneur: et la bénédiction de Dieu tout-puissant, » le P è r e , le Fils et le Saint-Esprit, soit avec vous » et y d e m e u r e éternellement. Alors le peuple ré» pondra : Amen. » S'il n'y a point de clercs , le prêtre dira tout ce que les clercs devaient chanter. Lorsque la communion sera célébrée les jours ouvriers dans les maisons particulières, on pourra omettre le Gloria in excelsis , le C r e d o , F homélie* et l'exhortation qui commence par ces mots: Chers et hien-aimés, etc. Collectes, dont C une pourra être dite chaque jour après F offertoire lorsqu'il n'y a pas de communion. Les six premières sont dans les éditions françaises : il y en a ici deux autres, une pour la pluie* et l'autre pour le beau temps. Les litanies seront dites ou chantées en anglais tous les mercredis et vendredis selon F ordonnance de Sa Majesté ou de la manière déjà prescrite ( ) ou comme il pourra F être à l'avenir par Son Altesse. Lorsqu'il n'y aura personne p o u r communier
a

» » » » » » » » »

(n) Dans les litanies imprimées sous !e roi Henri VIII, on s'adresse à la sainte Vierge, aux saints Anges, aux saints Patriarches et Prophètes , aux Apôtres, aux Martys et à tous les Saints. Ces invocations des Saints ne se trouvent plus dans les litanies de cette lit ;rgie.

54

DISS. XIII. ART. fit.

UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

avec le p r ê t r e , les litanies é t a n t finies, le p r ê t r e se revêtira d'une aube simple ou d'un surplis avec une c h n p e , et il dira à l'autel tout ce qui est m a r q u é p o u r la célébration de la cène du Seigneur j u s q u ' a près l'offertoire, il ajoutera u n e ou deux des collectes m a r q u é e s après la c o m m u n i o n , selon qu'il jugera plus convenable p o u r le t e m p s , et se t o u r nant vers le p e u p l e , le congédiera avec la bénédiction ci-dessus m a r q u é e Ou a j u g é à propos p o u r éviter tout sujet de discorde , q u e dans tout le royaume le pain préparé pour la c o m m u n i o n soit fait d'une même m a n i è r e , sans levain, r o n d , mais sans aucune figure e m p r e i n t e , et un peu plus grand et plus épais qu'on n'avait c o u t u m e de le faire , p o u r pouvoir le diviser en plusieurs parties. Le ministre divisera le pain du moins en deux ou en a u t a n t de parties qu'il jugera convenable p o u r le distribuer aux c o m m u n i a n s . Nul ne doit croire qu'il en recevra moins dans u n e partie q u e dans le t o u t , mais qu'en chaque partie il recevra tout le corps de n o t r e Sauveur Jésus-Christ.... Dans la réception du sacrement du saint corps et du sang de Jésus-Christ, p o u r se mieux conformer à l'institution de ce sacrement et à l'usage de l'église p r i m i t i v e , il y aura toujours q u e l q u ' u n qui c o m muniera avec le prêtre dans toutes les églises cathédrales et collégiales. Et afin q u e ceîte o r d o n nance soit observée par tout le r o y a u m e , celui de chaque paroisse qui doit fournir à son tour ce qui est nécessaire p o u r la c o m m u n i o n , ou q u e l q u ' u n en sa p l a c e , se disposera a c o m m u n i e r avec le prêt r e , et tous les autres qui seront en état de comm u n i e r , communieront avec lui. Les j o u r s o u v r i e r s , s'il ne se présente p e r s o n n e p o u r c o m m u n i e r , le prêtre ne célébrera point. Les h o m m e s et les femmes seront obligés d'as* sister au service divin dans leurs propres paroisses.... et de c o m m u n i e r au moins une fois l'an

LITURGIE. ANGLICANE.

55

Quoiqu'on lise clans les anciens auteurs que les fidèles recevaient dans leurs mains le sacrement du corps de Jésus-Christ, et q u e Jésus-Christ n'ait fait aucun précepte opposé à cet usage ; c e p e n d a n t , comme il arrivait souvent qu'on emportait le sacrement chez s o i , et qu'on en abusait pour le faire servir à des superstitions et à des impiétés , p o u r obvier à ces inconvéniens , et afin qu'on observe une uniformité dans tout le royaume , on juge à propos que les fidèles reçoivent eu leur bouche de la main du p r ê t r e le sacrement du corps de JésusChrist. La Communion du malade* Elle est comme on la lit dans les éditions postérieures, à la réserve de la r u b r i q u e suivante en ces termes: Si le malade d e m a n d e la communion dans sa maison un j o u r qu'on la célèbre dans l'église, alors le p r ê t r e réservera de la communion publique une q u a n t i t é suffisante d u sacrement du corps et du sang p o u r la personne malade et p o u r ceux qui c o m m u n i e r o n t avec lui , s'il y en a : et quand la communion publique sera finie dans l'église, il ira dans la maison d u malade où il administrera le sacrement aux personnes qui c o m m u n i e r o n t avec ce malade , s'il y en a, et ensuite au malade. Mais avant que de distribuer la sainte c o m m u n i o n ,1e curé fera faire la confession générale m a r q u é e au nom des c o m m u n i a n s , et ensuite il récitera l'absolution et les sentences qui suivent la communion p u b l i q u e , et la c o m m u n i o n sera suivie de la collecte: Dieu t o u t - p u i s s a n t , éternel , nous vous rendons grâces , etc.

5G

DÎSS. XIII. ART. m.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

Règlement du Parlement. Plaintes de Calvin et des autres Novateurs. Nouveaux changement dans la liturgie*

que cette liturgie fût mise en usage, le parlement avait réglé l'abstinence du carême , qui était fort combattue par les novateurs. Le t\ de février il parut sur le bureau de la chambre haute un projet de loi portant défense de manger de la chair, soit en carême , soit les jours de jeune. L'archevêque de Cantorbéry et les évêques d'Ely, de Worcester et de Chichester, eurent ordre de l'examiner. Après quoi on l'envoya aux comm u n e s , qui le rendirent le lendemain avec leur approbation , y ajoutant une nouvelle clause que les seigneurs approuvèrent. Cette ordonnance établit: i ° . Qu'il est certain , par la parole de Dieu , qu'il n'y a point de degrés de pureté entre les différentes sortes de viandes, ni de degrés de sainteté entre les jours de Tannée. a°. Que ceux-là sont néanmoins condamnables, qui par un motif de sensualité blâment les jeûnes et les abstinences, dont l'institution vient de l'Église, 3°. Que l'abstinence, pour peu qu'on en use bien , a la vertu d'assujettir le corps à l'esprit , et de nous former à la vertu. A cette considération le parlement en joignit une aut r e , qui est de police, que l'observation du carême et des jours de jeûne était nécessaire pour soutenir le négoce de la pêche, et pour conserver le bétail en certains temps de Tannée. Sur ces deux principes, après avoir révoqué toutes les lois de cette nature , il o r d o n n e , sous diverses p e i n e s , de ne point manger de viande, les vendredis, ni les samedis , aux quatre-temps, en carême , ni les autres jours déclarés maigres ; et cela à commencer du premier mai suivant. Les malades , les personnes

Q A R mois avant UTE

LITURGIE

ANGLICANE.

57

faibles et ceux qui auraient dispense du roi seraient exempts de cette observance. Cette raison de police et la dispense dont le roi est laissé le m a î t r e , furent peut-être cause que la plupart des novateurs ne se soulevèrent pas contre de telsrèglemens d ' a b s t i n e n c e , qui n'étaient pas de leur goût.... Ils furent moins indulgens sur la nouvelle liturgie. Les chambres hautes et basses ne lui avaient pas d o n n é u n e sauvegarde suffisante , en déclarant qu'elle avait été faite par l'assistance du Saint-Esprit. Les amis des Luthériens et des Calvinistes, q u i étaient alors les principaux réformat e u r s , ne se croyaient pas moins inlelligens en inspirations q u ' u n e assemblée des seigneurs et des c o m m u n e s ; et pouvaient-ils g o û t e r un office qui avait encore tant de rapport avec la messe qu'ils avaient si fort décriée? Comment souffrir les anciens ornemens et presque tout l'ordre observé dans nos églises; des aubes , des t u n i q u e s , des chasubles ou chapes , u n introït , des Kyrie eleison , Gloria in exeelsis, Doîninus vobiscum , avant la préface? Mais ce qui était plus sensible aux n o v a t e u r s , c'est qu'on retenait toutes les notions du sacrifice , le nom d'autel et l'autel même. C'est sur l'autel et sur le corporal q u e le prêtre devait mettre le pain et le vin , et c'est à cet autel q u e le prêtre récite le canon si approchant du n ô t r e ; on s'y unit aux Saints à peu près comme nous faisons dans le communicantes. On y prie de même pour les m o r t s , sans a b a n d o n n e r tous les termes de notre canon ; et q u i plus e s t , on y retient les expressions qui conservent le dogme d e l à présence réelle et de la transsubstantiation , par celte prière des liturgieâ de toutes les églises du m o n d e chrétien , oû Ton demande q u e le pain et le vin soient faits le corps et le sang de Jésus-Christ en formant en m ê m e temps le signe de la croix sur le pain et sur le vin. On offre ces saints Mystères comme un sacrifice propitiatoire p o u r la rémission des p é c h é s , et l'on

58 orss. x'if.

A T m U I O MT A A D N É . R . . NF R I É B N O N E —

suit presqu'en tout le canon de la messe jusqu'à Omnis honor et gloria ; Le Pax Domini» etc. ; La formule Corpus Domini nostri Jesu Christi» sans aucune explication , et la réserve du corps et du sang de Jésus-Christ en certains jours pour le porter aux malades. Bucer, Calvin et leurs disciples ne différèrent pas de se récrier contre cette liturgie. Lors même qu'ils étaient absens d'Angleterre , ils y entretenaient beaucoup de relations: Bucer s'y alla établir et il y mourut. Cranmer appela auprès de lui Pierre Martyr, l'intime ami de Calvin , qui écrivait de temps en temps à cet archevêque. Il écrivit aussi au prolecteur d'Angleterre dans le temps qu'on achevait la composition de la liturgie, et il paraît qu'il s'élait informé de ce qu'on y admettait ; car après l'avoir exhorté à finir le grand ouvrage de la réformation , et à punir même par le glaive (*) ceux qui s'y opposaient , il lui marque combien il est surpris d'apprendre qu'on laisse dans l'administration de la cène une prière pour les morts ; il prétend qu'une telle prière ne peut pas être jointeà la sainte c è n e , et il conclut que cela ne doit point être supporté.
(a) Alîi verô in sunmtitionibus Autîchmtî oliduruerunt ut earum rnvulsionem ferre non possint. Ac merentur qnidem tu m hi ttim ilti gladio ultore coerceri, quem tibi trariidit Dominus: cùm non in regem tantùm insurgant, se<l in De uni ipsum qui et regem in sede regia constituit , et te protectorem inslituit. Genevœ 22 octob. 1548. EpteL Cala, p 9 3 . (b) Audio reeltari îsUcin crena; cekhratione oratîonem pro deftinrtis ; ncque verô hoc ad purgatorii paplstici approbationpin referrï satis scîo. JVeque etiam me latet proferri posse antiquiim ritum mentionis defunctorum faciendœ, ut eo modo comimmio flrielium omnium in unum corpus conjiinctorum declaretur. Sed obstat invîctum illud argumentum, nèrnpe c-œnam Domini remadeo sacrosanctam esse ut ullis hominum additamenlis eam consourcare sït nefas. Prncterca uhi Dcuin invocamus non est indulgenaum nostris afTectîbus, srd potins recula illa rrtîiieiida est, quam trndît Apostolus, utverbum Deipro fundamento liabpnmus: illa verô drfuncloruin commemoratio qtia» îpsomm veiiprulionem vel commendatmnein ronjunntnm lialiet, non respondet v e r a a c légitima: reetc orandi institution!, ac proinde nssumenium est, quod in cœna Domini nullo modo ferewlum sit. tiL ihitL

LT R I A G 1 A E I U GE N LC K .

5q

Toutes les plaintes, des novateurs ne furent pas sans succès. Sur la fin de Tan i 5 5 o , et au commencement de Tan I55I , on s'appliqua à réformer la nouvelle liturgie , et voici les changemens qu'on y fit.

Seconde Liturgie sous Edouard VI , imprimée en anglais à Londres en i55a.

ON conserva la préface de la première liturgie; on y fit seulement deux petites additions. i°. On avait dit dans la première , que s'il survenait quelque d o u t e , on s'adresserait à l'évêque pour le résoudre; et on ajoute dans celle-ci, que si l'évêque lui-même est en d o u t e , il s'adressera à l'archevêque. On avait marqué dans la première , que nul n'était obligé à ces prières , si ce n'est ceux qui desservent les églises paroissiales ; et l'on a marqué dans cette seconde ce qu'on lit dans l'édition française de 1616 et dans les suivantes, que tous prêtres et diacres seront obligés de dire tous les jours les prières du matin et du soir en particulier ou publiquement, à moins qu'ils ne soient occupés par la prédication, ou par l'étude de la théologie , ou par quelqu'autre cause urgente. Dans la première liturgie , après les prières du soir, on voit les jours auxquels on doit chanter o u réciter le symbole Quicunque vutt, etc. et dans cette seconde, comme dans les suivantes, on a ajouté les fêtes de saint Matthias, de saint Jean-Baptiste, de saint Jacques , de saint Barthélémy , de saint Matthieu , de saint Simon et saint Jude, et de saint André. À l'office de N o ë l , nous avons vu deux communions qui répondent à deux de nos messes ; dans celte seconde comme dans les suivantes, il n'y en

Go

DISS. XIII. ART. U I . — U Kl FOR BUTE A B A N D O N N E .

a qu'une dont l'épi Ire est Multifariam. Ileb. i. et l'évangile /// principio erat Verbum. Joan. r. Dans la première liturgie Tordre de la c o m m u nion avait pour titre : La cène du Seigneur ou la sainte communion communément appelée la messe. Dans cette seconde, aussi bien que dans les suivantes on a ôté le mot de messe, et Ton a mis simplem e n t ; Ordre pour l'administration de la cène ou sainte communion. Dans ce nouvel ordre il n'y est point parlé des o r n e m e n s , ni des prêtres ou diacres qui assistent. Il n'y est pins parlé d'autel. Le conseil du roi et les mandemens de Itidley , évcquc de Londres , avaient ordonné de les abattre et de les changer en simples tables pour la communion. Au lieu d'autel il est dit ici : La table à laquelle on fera la cène sera mise au chœur ou en la nef de l'église* au lieu où on a coutume de faire les prières du matin et du soir; et sera couverte d'un linge blanc : le ministre étant à la table du côté du nord, récitera l'oraison dominicale avec cette collecte : Dieu tout-puissant, etc. Dans cette seconde et dans les suivantes on a ôté les introïts, les Kyrie eleison, le Gloria in excelsis Dominus vobiscum , et on a mis à la place les dix commandemens de la manière qu'ils sont dans l'Exode. Le ministre tourné vers le peuple, les prononce distinctement, et le peuple a genoux dit après chacun des commandemens : Seigneur, aie pitié de nous et incline nos cœurs à garder ce commandement. Les dix préceptes sont suivis de la collecte du jour avec une des deux suivantes pour le roi. Le ministre se tenant debout dit : Prions Dieu toutpuissant, etc. Immédiatement après les collectes le ministre lira Tépître et l'évangile, et on récitera le symbole qui sera suivi du sermon ou de la lecture d'une homélie. Après l'homélie ou l'exhortation , le ministre exhorte à donner quelque chose pour les pauvres, récitant quelques sentences de l'Ecriy f

LITURGIE ÀICGMCÀSB.

Cl

ture p o u r les y porter. Après qu'on a recueilli les aumônes , le ministre dit u n e oraison p o u r toute l'église chrétienne militante. Cette prière est suivie de quelques exhortations que le prêtie doit dire q u a n d il verra que le peuple néglige de venir à la sainte communion. Le ministre dira à ceux qui viennent recevoir la sainte cène: Vous qui vous repentez , etc. comme ci-dessus. Alors se fera la confession générale suivie de Yabsolution, et des paroles de consolation. Ici commence la préface , d'où l'on a seulement retranché Dominus vobiscunu Le ministre se tenant à genoux devant la table du Seigneur, dira la prière suivante au nom de ceux qui doivent recevoir la sainte cène ; Nous ne présumons p a s , ô Dieu m i s é r i c o r d i e u x , etc. comme cidessus. Cette prière est immédiatement suivie de celle qui répond au canon , et c'est en cet endroit que s'est fait le principal changement p o u r exclure la vérité de la transsubstantiation et d e l à présence réelle de Jésus-Christ en retranchant surtout, la prière p a r laquelle ou demandait q u e le pain et le vin soient faits le corps et le sang de Jésus-Christ. Toutes les prières du canon et de la communion sont réduites à ce qui suit. Le ministre se tenant debout dira ( ) ; « Dieu tout» p u i s s a n t , Père céleste, qui par ta grande miséri» corde as livré ton Fils u n i q u e Jésus-Christ noire » Seigneur à la mort de la croix pour notre r é d e m p » tion , lequel s'étant offert une fois soi-même , a » présenté une oblation p u r e , un sacrifice parfait, » une satisfaction suffisante pour les péchés de » t o u t le m o n d e ; et davantage a institué et com» m a n d é en son saint évangile la commémoration » perpétuelle de sa m o r t précieuse jusqu'à sa ve» n u e : écoute nos prières , ô Père (\<t miséricorde, » et nous fais la grâce q u e recevant ces tiennes créa* » tures de pain et d e v i n , selon la sainte institution (a) t'ersion française de lfilG.
a

62

DÎSS. XIII. ART. Ilf.—'UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

de Jésus-Christ ton Fils n o t r e Sauveur , en c o m m é m o r a t i o n de sa m o r t et passion, n o u s soyons faits participans de son corps et de son sang t r è s p r é c i e u x : lequel en la m ê m e nuit qu'il fut t r a h i , prit du p a i n , et ayant r e n d u grâces le r o m p i t , et d i t : Prenez et m a n g e z , ceci est mon corps q u i est r o m p u p o u r v o u s , faites ceci en c o m m é m o ration de moi. S e m b l a b l e m e n t aussi après le s o u p e , il prit la c o u p e , et ayant r e n d u grâces , il la leur bailla, d i s a n t : Iiuvez-en t o u s , car ceci est le sang du n o u v e a u T e s t a m e n t , lequel est ré* p a n d u p o u r vous et p o u r plusieurs en rémission des péchés ; faites ceci toutefois et q u a n t e s q u e vous en boirez en c o m m é m o r a t i o n de moi. » Alors le ministre recevra le premier la commitnion sous les deu;t espèces : puis la donnera aux autres ministres {s'il y en a là de présens) afin qu'ils aident au premier ministre: en après au peuple étant à genoux la leur baillant en la main. Et en donnant le pain il dira : ( ) Prends et mange ceci en c o m m é m o r a t i o n q u e Jésus-Christ est mort p o u r toi , et te repais d e lui en ton c œ u r par foi avec action de grâces. Et le ministre qui baillera la coupe dira : Bois ceci en commémoration q u e le sang de Jésus-Christ a été répandu p o u r t o i , et lui en rends grâces. « Après la communion le ministre récitera Vorai» son dominicale, le peuple répétant après lui cha* » que demande. Puis dira ce qui s'ensuit. » O Seigneur et Père céleste , nous tes h u m b l e s » serviteurs , supplions très - affectueusement ta » b o n t é paternelle, qu'il te plaise accepter ce sacri» fice de louanges et d'actions de grâces q u e n o u s » te p r é s e n t o n s , te priant h u m b l e m e n t n o u s oc» troyer que , par les mérites de la m o r t d e ton » Fils Jésus-Christ et par la foi en son sang , nous » et toute ton Eglise puissions obtenir la rémission
a

» » » » » » » » » » » » » »

(a) Dans la première liturgie les communians devaient recevoir le sacrement en leur bouche (le ia main du prêtre.

LITURGIE ANGLICANE.

63

» de nos péchés , avec tous les autres fruits et hé» néflcesde sa passion. Et maintenant, ô Seigneur, » nous te présentons nos corps et nos âmes, voire » tout ce qui est de nous en sacrifice saint, vivant » et raisonnable: te suppliant humblement de nous » remplir t o u s , qui avons été faits participans de » cette sainte c o m m u n i o n , de ta grâce et bénédic» tion céleste. Et jaçoit que nous soyons indignes , » à cause de nos péchés infinis , de t'offrir aucun » sacrifice; néanmoins nous te prions d'accepter ce » devoir et service que nous te rendons, n'ayant » égard à nos démérites , ainsi nous pardonnant » nos offenses, par Jésus-Christ notre- Seigneur, » par lequel et avec lequel en l'unité du Saint-Esprit » te soit rendu , ô Père tout-puissant, totit bon» neur et gloire , ès siècles des siècles. Amen. Ou » ceci: Dieu éternel et tout-puissant, nous te ren» dons grâces, etc. comme ci-dessus. *> Mors sera dit ou chanté : Gloire soit à Dieu ès » cieux ; le Gloria in excelsis* après lequel le mi» nistre (ou fêvêque, s'il est présent) donnera congé » au peuple avec cette bénédiction : La paix de » D i e u , etc. comme ci-dessus. *> On ne fera point la cène s'il n'y a bon nombre » de communians avec le ministre , dont il jugera » en sa discrétion. Et quand il n'y aurait en toute >> la paroisse que vingt personnes en âge de discrê» tion pour y pouvoir communier, si est-ce qu'il n'y » aura point de communion • s*il n'y en a trois ou » quatre pour le moins qui communient avec le mi» nistre. » Pour éviter toute superstition qu'on pourrait » concevoir touchant le pain et le vin , il suffira » que le pain soit tel qu'on mange ordinairement à » table avec les autres viandes , pourvu qu'il soit » du meilleur froment qu'on peut commodément » recouvrer. ( ) Et s'il y a du pain et du vin de » reste, le ministre en disposera comme du sien. »
a

(a) Selon la première liturgie on peut se servir de pain azyme.

64 1>ISS,

X I I I . AUT. n i .

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

On s u p p r i m a le signe de la croix dans le sacrem e n t de la c o m m u n i o n , et on n'en conserva Tusage cpie p o u r le sacrement de Baptême. Enfin, dans cette seconde liturgie on mit le comble aux souhaits des Protestans sacramentaires , en expliquant par u n e r u b r i q u e q u e la c o u t u m e de recevoir le sacrement à genoux n'était p o i n t continuée p o u r a d m e t t r e ni la présence réelle , ni l'adoration. On a soin de le bien i n c u l q u e r en ces termes ; Traduction française, à Londres, en 1GG3Sur ce qu'en cet office pour Vadministration de la cène dd Seigneur, il est ordonné que les communians la recevront à genoux , lequel ordre est établi à bonne intention , assavoir tant pour signifier par là notre gratitude et notre humble reconnaissance des bénéfices de Christ qui y sont donnés à tous ceux qui communient dignement , que pour éviter la profanation et le désordre qui autrement pourraient s'en ensuivre en F administration de sa sainte cène: si est-ce que de peur que cette génuflexion ne soit mal interprétée et tournée en abus , soit par ignorance et infirmité , soit par malice et opiniâtreté ; Ton déclare en ce lieu que par là Ton n'a point intention de déférer aucune adoration au pain et au vin du sacrement, qui sont là reçus cor* porellement, ou à aucune présence corporelle de la chair naturelle ou du sang de Christ, et qu'aucune adoration ne leur doit être déférée : car le pain et le vin du sacrement demeurent toujours dans leur vraie et naturelle substance ; c'est pourquoi ils ne doivent point être adorés. {Car ce serait idolâtrie , ce qui doit être abhorré de tous fidèles chrétiens.) Jît le corps naturel et le sang de Christ notre Sauveur sont au ciel, et non ici, étant une chose contraire à la vérité du corps naturel de Christ, que a être en /dus d'un lieu à la fois.

LITURGIE ANGLICANE.

65

La Communion des

malades.

On fit encore ici un changement. Il était m a r q u é dans la première liturgie , q u e si le malade demandait la c o m m u n i o n le matin du j o u r auquel il y avait c o m m u n i o n p u b l i q u e à l'église, le ministre réserverait a u t a n t du sacrement du corps et du sang qu'il en faudrait pour le m a l a d e , ou pour ceux qui voudraient c o m m u n i e r avec lui. II fallut ôter cet article de la réserve de l'eucharistie, qui marquait un peu trop la présence réelle du corps de Jésus-Christ. Le parlement autorisa cette seconde liturgie au mois de mars i 55a ; et elle fut en usage jusqu'à la mort d'Edouard V I , qui arriva le 6 de juillet i55'i. §. Rétablissement III. sous la Reine

de l'ancienne Liturgie Marie.

M a r i e , fille d'Henri V I I I , et s œ u r du roi Edouard, fut c o u r o n n é e au mois d'octobre 1553 ; elle avait conservé dans le c œ u r et o u v e r t e m e n t sa religion avec la fermeté d'une héroïne chrétienne. Ni les caresses ni les menaces du roi Edouard son frère, ni les plaintes du conseil n'avaient pu la résoudre à recevoir la nouvelle l i t u r g i e , ni à empêcher que ses aumôniers ne lui dissent la messe. Elle avait toujours dit hautement q u e l l e perdrait la tète sur un échafaud, plutôt q u e de renoncer à sa religion. Son zèle s'accrut avec sa puissance, et la catholicité remonta avec elle sur le trône. L'Angleterre , accoutumée aux révolutions en tons genres, vit en fort peu de temps changer la face delà nouvelle religion qu'elle venait de former. Les évêques catholiques furent rétablis dans leurs sièges, et les prédications n e tant plus permises indistinctement, elles furent interdites aux Protestans. Une infinité de ces Protestans qui avaient abordé l'Angleterre, en sortirent. 45

66

DISS. X I I L ART. I I I .

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

On renonça au schisme et à l'hérésie q u e l#»s deux règnes précédens avaient établis. On releva les autels et les i m a g e s ; le parlement ( ) r e c o n n u t et déclara q u e tout ce qui avait été fait touchant la r e ligion sous le règne d'Edouard qui était m i n e u r , devait être censé nul. Il cassa toutes les innovations, et o r d o n n a qu'à c o m m e n c e r au ao de d é c e m b r e de cette a n n é e , i5f>3, et à l'avenir, le service ne se célébrerait plus en Angleterre q u e selon la forme q u i était en usage à la fin du règne d'Henri Vllf. La reine écrivit 0>) au Pape Jules I I I , et lui d e manda p o u r légat le cardinal Polus ; elle a b a n d o n n a le titre de chef de l'église : les deux chambres d u p a r l e m e n t n o m m è r e n t des députés p o u r dresser le projet de la réunion du royaume avec le siège de R o m e , et le parlement l'approuva. On ne put rien voir de plus s o u m i s , dit M. de Larrey. I ) Les seig n e u r s et les c o m m u n e s représentant les états-gén é r a u x du royaume , témoignent à Philippe ( ) et à M a r i e , qu'ils se r e p e n t e n t du schisme et d u consent e m e n t donné aux o r d o n n a n c e s faites contre le saint Siège; ils protestent de leur obéissance à l'avenir, et se soumettent à casser dans le présent p a r l e m e n t , toutes les lois qui étaient contraires à l'autorité d u Pape. Ils prient leurs Majestés ( q u i n'avaient p o i n t eu de part à leur r é v o l t e ) , d'intercéder p o u r eux auprès du légat ; de les faire absoudre des censures ecclésiastiques qu'ils ont encourues selon la rig u e u r des canons , et de les faire recevoir de nouveau dans le sein de l'Eglise, comme des enfans péuitens qui veulent servir Dieu sous l'obéissance du saint Siège. Le cardinal Polus ( ) fit sur la réunion u n long et beau d i s c o u r s , qu'il finit en rendant grâces à Dieu d'avoir inspiré ce saint repentir aux Anglais.
a e d c

(a) L a r r e y , pag. SOI. (b) Ibid. pag. 834. (c) Ibid. pag. 834. (d) La reine Marie venait d'épouser Philippe , fils de l'empereur Charles-Quint, (c) Larrey , pag. 835.

LITURGIE ANGLICANE.

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Pour pénitence, il leur commanda de révoquer lotîtes les lois qu'on avait faites contre le siège de Rome et contre la religion. Ensuite il prononça l'absolution que tout le monde reçut à genoux , et leva les censures que les bulles foudroyantes de Clément Ml et de Paul III, avaient lancées contre l'Angleterre. Le parlement exécuta ( ) ce qu'il avait promis ; et le a5 de janvier f 555 , il se fit une procession solennelle dans la ville de Londres,un grand nombre de croix la précédaient, cent soixante prêtres marchaient revêtus de leurs chapes , ils étaient suivis de huit évêques, et Bonner, évêque de Londres , portait le saint Sacrement sous un dais magnifique. Le maire de Londres fermait la procession avec les compagnies des bourgeois, tous parés de leurs habits de cérémonies. Us allèrent en cet ordre a l'église de saint Paul , ( q u i est la cathédrale,)rendre grâces à Dieu de leur réconciliation avec le saint Siège. Le reste de la journée fut employé à témoigner la joie publique , et toute la nuit fut éclairée par des feux qu'on alluma dans les rues.
a

Nouvelles éditions des missels d'Angleterre.

L'ancien service divin étant rétabli, les missels et les autres livres d'église, qui étaient en usage en 1547 « à la mort d'Henri V I U , ne suffirent pas. On en fit plusieurs nouvelles éditions. Nous avons ici le missel de l'église de Salisbury, imprimé à Londres en 1 5 5 5 , et une autre édition de ce missel, faite presque en même temps à Paris; un rituel ou manuel imprimé à Londres, et réimprimé à Rouen en i 5 5 5 , et le bréviaire de la même é g l i s e , imprimé à Paris en 1556. Ces missels sont intitulés : Missale Sarum, parce que depuis quelques siècles , on suivait en Angleterre et même en Ecosse , l'usage de l'église de Salisbury, préférablement aux usages de Cantorbéry, d'Yorck et deBangor, comme nous le dirons dans la Bibliothèque liturgique, en donnant
{Ù) Larrey, pag. 841.

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DISS. XIII.

ART.

If r.

UNIFORMITÉ

A.B V N D O N L V É E ,

des extraits des anciens missels de la Grande-Bretagne. Le règne de Marie fut trop court pour user tous ces livres d'église. Us ont servi du moins à nous apprendre quel était le rit d'Angleterre avant le schisme. Le reine Marie mourut le 1 7 novembre
1558.

§. I V . Renouvellement de la Reformation et de la seconde Liturgie d Edouard sous le règne d'Elisabeth.
7 y

Elisabeth favorise les Protestans. — Elle ménage les Catholiques.

Elisabeth, sœur de la reine Marie et fille de la reine Aune de Bouleu , avait été élevée comme sa mère dans la religion protestante. Il n'en fallut pas davantage pour faire revenir avec empressementeu Angleterre , les Protestans qui en étaient sortis sous Marie. Ceux-ci furent bientôt les seuls admis à la prédication , et ils ne tardèrent pas d'avoir la principale part au conseil de la r e i n e , qui fit paraître un esprit excellent dans l'art de gouverner. Elle affecta souvent de ne faire voir qu'à demi ses sentimens sur la religion ; et quelque portée qu'elle fut a autoriser de tout son crédit la Réformation, sa politique lui fil prendre des ménagemens pour ne pas trop aigrir les Catholiques. Comme si elle avait été elle-même catholique, elle voulut se faire sacrer par un des évéques qui suivaient le pontifical romain, quoiqu'elle eût pu le faire , comme dit M. Rurnet, ( ) par deux des évèques d'Edouard, qui étaient venus en Angleterre. « Le siège deCan» torhéry étant vacant, dit M.Thoyras (*>), c'était à » l'archevêque d'Yorek à faire la cérémonie du » couronnement. Mais ce prélat et tous les autres » évèques avaient résolu , d'un commun accord, » de refuser leur ministère pour cette fonction ,
a

(a) Fiïst. de la Réform. fom. 2. pag. 563. (b) IJlst. d?Angleterre. Tom. / 7 . Lie. 17. pag. 155.

LITDKGIE ANGLICANE.

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parce qu'Elisabeth s'était déjà trop déclarée contre l'église r o m a i n e , tant par sa proclamation ( q u i faisait assez connaître son dessein) qu'en admettant dans son conseil des gens qui ne passaient pas pour bons catholiques. Il n'y eut qu'Oglethorp , évêque de Carlisle , qui se laissa enfin persuader de faire cette fonction, malgré les murmures de ses confrères.»

Mort du Cardinal Polus. — Election de Parker. — Quel a été son consécrateur.

Ce que la reine fit pour remplir la place importante de primat du royaume , est aussi fort remarquable. L'archevêché deCantorbéry vaquait par la mort du cardinal Polus, qui ne survécut que seize heures à la reine Marie. Elisabeth eut d'abord en vue de donner ce poste si considérable à Matthieu Parker q u i , par l'ordre d'Anne deBoulen sa mère, dont il avait été aumônier ( ), l'avait instruite dans les principes de la religion réformée ; mais il fallait, selon les règles, le faire élire par le chapitre de Cantorbéry; et ce chapitre était alors tout catholique. Il était à propos d'attendre que la plupart eu fussent dehors, et qu'une partie se fut accommodée au temps pour plaire à la reine : elle différa donc jusqu'au mois de juillet t55c), d'adresser au chapitre le congé d'élire. Le doyen joint a un fort petit nombre de vocaux, ( ) nomma Parker le prea b

(a) Hist. de la Réform.paq. 56 t. (b) Il ne sera pas inutile de donner ici un petit échantillon des inadvertances et des déguisemens que Harmer, c'est-à-dire Warton, nous fait remarquer tons VHistoire delà Réjormation. M. Burnet a dit que le congé o?étire tut envoyé le 8 de juillet, et que le CkapU tre tenant, les ecclésiastiques qui le composaient remirent au doi/en la puissance de choisir qui il coudrait. On donne à entendre pair là que le plus grand nombre du Chapitre concourut à l'élection de Parker; cependant il n'y en eut que quatre, quoique ce Chapitre si distingué frit très-nombreux. Voici comme parle Warton dans le Spécimen, n. SO. p. 153, où il cite le registre de Parker : » Le congé d'élire fut envoyé non le 8 juillet, mais le 18 ; et en • vertu de ce congé, Parker fut élu le premier jour d'août par le > » doyen et quatre prébendes qui se trouvèrent aù Chapitre, les au* > très étant absens ou refusant de paraître. »

JO

DISS. X I I I . ART. I I I . — U N I F O R M I T É ABANDONNEE.

mier d ' a o û t , et la reine fit expédier le neuf de sep* t e m b r e l'ordre de le sacrer. Elle p a r u t souhaiter q u e la consécration se fît indifféremment par des évéques catholiques et par des évéques d ' E d o u a r d : ainsi la commission fut adressée aux évéques de D u r h n m , de Bath et W e l s , de P e t e r b o r o u g h , de Landaff, et à deux a u t r e s , Barlow et Scory , n o m més simplement évéques sans désignation de s i è g e , à cause qu'ils n'étaient pas actuellement en possession : ceux de ces évéques q u i étaient d e m e u r é s catholiques refusèrent u n e telle fonction, ainsi la commission n'eut a u c u n effet, La reine en d o n n a u n e seconde adressée à A n t o i n e , évèque de Landaff, à Guillaume Barlow et à quelques autres. L'évèque de Landaff, c a t h o l i q u e , q u o i q u e d'ailleurs ( ) peu s c r u p u l e u x , n e voulut point p r e n d r e p a r t à cette ordination. Ainsi Barlow fut le chef de la commission , "et p a r c o n s é q u e n t le consécrateur de Parker.
a

La reine supplée à ce qu'il pourrait y avoir de défectueux dans le sacre de Parker.

11 semble q u ' u n tel consécrateur et ses assistans firent craindre à la reine et à son conseil q u ' o n n e trouvât cette consécration défectueuse, et qu'ils j u g è r e n t à propos de chercher des moyens de s u p pléer a c e défaut par une clause très-extraordinaire, insérée dans les lettres-patentes de la commission , dans laquelle la reine déclare qu'elle supplée ( ) par sa souveraine autorité à t o u t ce qui pourrait manq u e r aux évéques par r a p p o r t à leur état et généralement à toutes les choses qui sont nécessaires
b

(a) Il souscrivit à l'acte de suprématie. (i>) Suppléâtes nihilomîmts suprema auctoritate nostra regîa, ex inero motu ac scientia nostris, si quid aut in iis quacjuxta mandatum nostrum prscdictum per vos fient, aut in vobis, aut in vestrtim aliquo, conditione, s t a t u , facultate veslris ad prxmissa perlicienda desït aut décrit eorum , quœ per stuluta hujus r e g n i , aut per leges ecclcsiasticas in hac parte requiriintur , aut necéssaria s u n t , temporisratione et rerum necessitate id postulante. Htjmer, 1 . 15. pag. ô

1) 1.

LITURGIE ANGLICANE»

Jl

ou requises par les statuts du royaume et par les lois ecclésiastiques.
Moyen d'examiner la succession des évèques d'Angleterre.

Sans faire ici aucune réflexion sur cette clause, nous nous contenterons d'observer que si les évèques anglicans se flattent d'une succession antérieure à leur schisme , ils ne peuvent montrer d'autre canal où d'autre chaînon qui puissent les joindre à l'épiscopat catholique et les en faire descendre , que Barlow qui a sacré Parker, lequel a consacré tous les autres. Or ce n'est pas une petite affaire que de constater l'épiscopat de Barlow. Laissons à part ce qu'on a dit de l u i , qu'il quitta par libertinage son état de religieux; qu'il ne croyait rien du sacrement de l'Ordre ; que s'il avait été nommé à divers évêchés , il avait été déposé de ses dignités, et qu'il avait eu cinq filles soit par mariage ( ), soit par concubinage : tout cela n'est point essentiel à la question. Il s'agit seulement de savoir s'il a été véritablement ordonné évêque par un évêque catholique ou qui suivît le rit catholique.
a

(a) M. Burnet a dit dans YHistoire de la Riformation, pag* 276. de t édition en anglais, que Barlow ne s" était jamais marie ;et on lit aussi dans l'édition française : lui (Barlow) à qui on ne pouvait pas reprocher de s'être marié. Cependant Warton, qui aurait été fort porte à excuser Barlow, trouve tien étrange que cet auteur ait avancé un tel fait, puisque jamais mariage, dit-il, ne fut plus notoire parmi le clergé d'Angleterre. «Barlow, poursuit-il, eut cinq filles qui ont » été mariées à cinq évèques.La première nommée Françoise,epousa » Matthieu Parker, fils de l'archevêque Parker, et après la mort de v son mari qui arriva vers la lin de l'an 1574, elle fut mariée au docv teur Mattliieu, archevêque d'Yorek. La seconde fille de Barlow » épousa AVickham , évêque de Vinchester. Une troisième lut mariée » à Overton, évêque de Licfield. La quatrième à AVestphaling évé» que d'Herefort. Et une cinquième à Day , évêque de Vinchester. » Tout cela est spécifié dans l'épitaphe qui est sur le tombeau de » Françoise qui mourut en 1620, âgée ue 78 ans, et fut enterrée v dans l'église d'Yorek. Ainsi Françoise était née en 1551 sous le » roi Edouard, lorsque Barlow son père était évêque de Wels. « Outre ces cinq filles , Barlow avait un fils de son n o m , qui étant » diacre, fut prébende Wyvelescomb dans l'église de Wels en 1571. » Il parait aussi <jue la femme de Barlow vivait encore lorsque Franv çoise sa première fille fut mariée à Parker. Voilà une insigne » erreur de Burnet remarquée par A Va i ton daas le Spécimen oj * sa me errors, n. 59. pag. 135.
T

D1SS. X I I I . ART. I I I . Doutes

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

et disputes sur le sacre de Barlow. Q u e l q u e s fautes qu'on puisse trouver en q u e l q u e s actes , on p e u t regarder comme un fait c e r tain , que Barlow a été n o m m é évêque par Henri VIII W , et q u e s'il a été sacré sous ce r è g n e , la validité de son ordination est hors d ' a t t e i n t e , puisq u e nous avons vu q u e Henri VIII ne fit changer ni la liturgie ni le pontifical. On a plusieurs conjectures de son s a c r e , mais en matière d'ordination et de sacrement , on demande des preuves incontestables qui puissent exclure tout doute raisonnab l e , et Ton ne saurait ni trouver l'acte de sa c o n sécration , ni même désigner le temps ou le lieu , ni -marquer s û r e m e n t qui a été son consécrateur. Au reste Barlow et l'Ordinal anglican ont un excellent avocat dans la personne du savant a u t e u r de la Dissertation sur la validité des ordinations anglaises : d'un a u t r e coté , les églises de R o m e , de Paris , <le Flandres et d'ailleurs qui jusqu'à présent n ' o n t eu aucun égard aux ordinations anglicanes, trouvent actuellement de savans défenseurs également attentifs à faire une exacte critique du fait et d u d r o i t ; en sorte qu'on aura des éclaircissemens capables de faire terminer la question sans qu'on y revienne. Autorité de la reine Elisabeth en matière de religion. P o u r n o u s , à l'occasion de la clause du p r é t e n d u pouvoir de suppléer à tout ce qui pourrait m a n q u e r à l ' o r d i n a t i o n , r e m a r q u o n s seulement ce que je voulais dire d ' a b o r d , q u e le parlement reconnut la reine Elisabeth souverain chef de Véglise tVAngleterre et juge de toutes les causes ecclésiastiques et séculières ; et qu'il abrogea ce qui s c i a i t lait sous le règne de Marie.
Elle rétablit la liturgie d'Edouard après y avoir fait quelques changeaiens.

L'abolition de la messe était ce que les Protestans
(a) Warton , deEpisc. Lond. et Asau. Lond* iG J5.
f

LITURGIE ANGLICANE.

73

avaient le plus à c œ u r . Ils en v i n r e n t à bout. Dès le mois de janvier 1551,le docteur P a r k e r , dit M.Thoyras M , fut chargé de travailler à la correction d e la liturgied'Edouard V I , e t de n e c o m m u n i q u e r son travail qu'à certaines personnes choisies : et après beaucoup d e disputes , le p a r l e m e n t ordonna qu'à la saint J e a n , l'office ecclésiastique se ferait selon la liturgie q u i avait été réglée et autorisée la cinquième et la sixième année d'Edouard. Riais p o u r tâcher de gagner et peut-être de t r o m p e r les Catholiques, la reine fit faire q u e l q u e s enangemens à cette liturgie. ï ° . Elle fit ô l e r d e s litanies ce qu'on y lisait c o n t r e l'évêque de R o m e depuis l'an i544De la tyrannie de l'évêque de Home et de ses énormités détestables * délivrez-nous Seigneur. ecclésiastiques. i°. Il n'était fait a u c u n e mention des ornemens ecclésiastiques dans la seconde liturgie d'Edouard ; et la reine fit o r d o n n e r q u e l e s m i n i s t r e s p r e n d r a i e n t les o r n e m e n s qui avaient été m a r q u é s et autorisés par le parlement la seconde a n n é e d ' E d o u a r d , c'està-dire, dans la première liturgie. Dogme de la présence réelle, laissé indécis. 3°. C o m m e si le dogme d e la présence réelle et de l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie pouvait être indifférent , elle voulut qu'on fit en sorte qu'il p a r û t indécis dans la liturgie. M. Rurnet a exposé ce fait en ces t e r m e s : « L e dessein ( ) était » de dresser un office p o u r la c o m m u n i o n , d o n t » les expressions fussent si b i e n m é n a g é e s , qu'en » évitant d e c o n d a m n e r la présence corporelle, on » réunît tous les Anglais dans u n e seule et m ê m e » église, la p l u p a r t des gens étant imbus de ce » dogme. Ainsi la reine chargea les théologiens d e » ne rien dire qui le censurât a b s o l u m e n t , mais de » le laisser indécis c o m m e u n e opinion spéculative * que chacun aurait la liberté d'embrasser ou de >
Ornemens
b

(a)

7*J;:7.

L>2. (b) Rvform. Tom

2. pag. ï,70 ci ÔSO.

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DISS. X U Ï . ART. I I I . — UNIFORBIITK ABANDONNÉE.

» rejeter. P o u r cet effet, ou retrancha de la litur» gie d'Edouard la r u b r i q u e qui expliquait dans » quelles vues l'église anglicane o r d o n n a i t de rece» voir la c o m m u n i o n à genoux : il y avait entre » autres choses ces mots ; Que par là on ne prêten» dait rendre aucune adoration à une présence cor» porelie de la chair et du sang de Jésus-Christ, » cette chair et ce sang n étant point ailleurs que » dans le ciel. Il y e u t u n e autre correction à peu » près de même n a t u r e . Suivant la première liîur» gie d'Edouard , le p r ê t r e , en présentant le pain » et le vin aux c o m m u n i a n s , leur adressait ces pa» rôles : Le corps ou le sang de notre Seigneur » Jésus-Christ garde ton corps et ton âme pour la » vie éternelle. Dans la s u i t e , lorsqu'on publia la » seconde liturgie d ' E d o u a r d , on en retrancha ces » mots qui semblaient trop favoriser la présence » corporelle; et on mit ceux-ci en leur place -.Prends » et mange ceci, en te souvenant que Jésus-Christ » est mort pour loi : repais-toi de lui en ton cœur » par la foi, et avec actions de grâces. Ou , bois ceci » en mémoire que le sang de Jésus-Christ a été ré» pandupour toi, et lui en rends grâces. » On joignit ainsi ces deux formules de la première et de la seconde liturgie d'Edouard. Voilà de quelle manière la reine ballotta la liturg i e , afin que chacun p û t y trouver ce qu'il voudrait.
Fable que le pape Pie IV ait approuvé la liturgie anglicane.

11 serait difficile de se persuader q u e des Catholiques instruits se fussent laissés s u r p r e n d r e par quelques termes a m b i g u s , lorsqu'il eu restait tant d'autres si clairs c o n t r e l'ancienne doctrine. Cepend a n t Cambden et quelques auteurs après lui o u t d i t q u e le pape Pie I V , par son envoyé secret n o m m é Vincent Parpaglia, fitoffrir à la reine Elisabeth d'app r o u v e r sa liturgie anglicane, si elle voulait reconnaître la p r i m a u t é de l'église d e I t o m e et s'y r é u n i r :

LITURGIE ANGLICANE.
a

7$

Fama ( ) oblinet pontificem /idem dédisse.... litur* giam anglicanam sua auctoritale confirmaturum.... dummodo Ma ecciesia romance se aggregaret, romanœque cathedrw primafum agnoscereL Mais Dure il , dans son livre intitulé , Pindiciœ ( ) ecclesue anglicanes, a fait voir que c'était une insigne fable, et il ajoute q u e Foller en avait m o n t r é la fausseté.
1 b

S-

v.

Des petits changement et des additions qui ont rte faits depuis Elisabeth * principalement sous Charles 1 1 . Jacques VT , ( S t u a r t ) roi d'Ecosse, successeur d'Elisabeth à la c o u r o n n e d'Angleterre sous le nom de Jacques I , fit suivre exactement la liturgie de cette \\ ine , à quelques mots près qui ne touchaient à rien d'essentiel. 11 fit imprimer en iGifi, à Londres , une traduction française de cette liturgie que nous avons souvent citée , où il déclara dans la proclamation faite p o u r autoriser le livre des prières publiques: «Qu'il avait été expédient , m e c le » consentement des évéques el autres doctes per» sonnages là présens, (pie quelques choses de peu » d'importance fussent plutôt éclaircies que chan« gées. Non qu'elles fussent de telle n a t u r e , qu'el» les n'eussent bien pu être tolérées et recevoir v une construction favorable: mais d'autant qu'en » matière du service de D i e u , nous sommes dési» reux et soigneux que la forme publique d'icelui » soit exempte non-seulement de blâme , mais aussi » de soupçon :a(iu q u e l'adversairecommun ne pren» ne son avantage de tordre a u c u n e chose conte» nue en icelle forme, en un autre sens q u e l'église » d'Angleterre ne l'entend, et que les esprits turbu» Ions et i ç n o r a n s , qui pourraient être au milieu de » n o u s , niaient !emoindre sujet d'y trouver à redire. Sous Charles I , fils et successeur de Jacques,
(a} Ctmldcn.ÀM. L'Usait, part, l. , *0. (h) Cap. ir. /<. !î0.
r

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DtSS. X t l t . ART. Ml.—UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

{ Janvier 1 6 4 f ) la liturgie causa t a n t de t r o u b l e s , qu'elle fut un des motifs q u i p o r t è r e n t les rebelles d'Angleterre et d'Ecosse à l'horrible a t t e n t a t d e faire m o u r i r le roi sur un échafaud. Les t r o u b l e s , les disputes et les variations s u r la liturgie a u g m e n t è r e n t p e n d a n t l'interrègne sous Cromwel , qui favorisa les Presbytériens ou Puritains , ennemis de la liturgie. Mais dès q u ' a p r è s la m o r t de cet u s u r p a t e u r , Charles I I , fils de Charles I , m o n t a s u r le t r ô n e , il e u t soin de faire rétablir la liturgie qui avait été en usage s u r la fin du règne d ' E d o u a r d , sous Elisabeth et sous Jacques I , et qui avait été négligée et altérée depuis plusieurs années. Il déclare dans son édit ou statut p o u r l'uniformité du service divin , q u e les factions et les schismes avaient tellement divisé l'Angleterre, q u e les paroisses n o t a i e n t presque plus fréquentées , et q u e la liturgie M et la réformation avaient souffert u n e grande altération. Il o r d o n n a d o n c d'abord en 1 6 6 0 q u e la liturgie serait revue et retouchée p a r d'habiles g e n s ; et après cette révision, il fut o r d o n n é par l'autorité du roi et du parlement qu'elle serait suivie au mois d'août 1 6 6 ? . , en toutes les églises où l'office est p u b l i q u e m e n t célébré. O u t r e l'édition anglaise on en fit u n e édition latine et u n e a u t r e en français p o u r les églises françaises; et les éditeurs de cette liturgie n e m a n q u è r e n t pas d e lui d o n n e r de grands éloges. On mit dans toutes ces éditions u n e préface où l'on expose dans les termes sui vans les raisons q u ' o n a eues de rétablir la liturgie avec q u e l q u e s c h a n g e tnens : « Toute la terre n e sait q u e t r o p par quelles » mauvaises p r a t i q u e s , et par quels pernicieux
(a) Quandoquidem ingentïa mata alquc incommoda tempore nuperorum infelicium motuum magnoac scandaloso ministrorum neglectu cïrcn ordinem , sive Hturgiam eo modo quo supra editam ac pneseriptam, acciderunt, multique in factioncs ac schismata inductisunt, undereligio reformata quam ecclesia anglicana proii* tetur, magnum delrimpiitum aescandalum passa est.

» desseins l'usage de la liturgie ( quoiqu'ordunné » par les lois du pays , et ces lois encore en leur vi» gueur), est venu à discontinuer pendant nos der» nie l'es malheureuses confusions , et ce n'est pas » notre intention d'en renouveler ici la mémoire. » Mais lorsqu'il y a de l'apparence qu'à l'occasion » de l'heureux rétablissement du r o i , l'usage de la » liturgie , entre autres choses , se remettrait soi» même comme auparavant, (puisqu'il n'avait ja» mais été légitimement a b o l i ) à moins que»l'on » travaillât promptement à prévenir ce bon effet; » ces gens qui au temps de l'usurpation avaient pris » particulièrement à tâche de décrier la liturgie » dans les esprits du peuple pour lui en donner de » l'aversion , se trouvèrent e n g a g é s , p a r intérêt et » pour conserver leur réputation , de faire tous » leurs efforts pour empêcher qu'elle ne se réla» blît; autrement il aurait fallu qu'ils eussent fran» chement reconnu qu'ils avaient failli, ce qui n'est » pas fort aisé d'obtenir des personnes de leur huis meur. Pour donc venir à bout de leur dessein, il » y eut plusieurs petits livres qui fuient publiés » contre le livre des prières publiques; les vieilles » objections furent renouvelées avec apparat, et » l'on y e n ajouta de nouvelles pour en augmenter le » nombre. En un mot, le roi fut fort importuné pour » obtenir de sa majesté que la liturgie fût revue, » et qu'il s'y fit les changemens et les additions qui » seraient trouvées nécessaires pour le soulagement » des consciences tendres. A quoi le roi ,de sa grâce, » voulut bien condescendre , porté à cela par les » pieuses inclinations qu'il a de satisfaire à tousses » sujets, de quelque sentiment qu'ils puissent être, » autant que cela se peut raisonnablement atlen» dre et demander. » Dans cette revue nous avons tâché de garder » la même modération que nous voyons avoir été » ci-devant gardée en pareil cas. Et c'est pourquoi » des divers changemens qui nous ont été propo-

LT R I A G I A E I U GE N LC N .

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D1SS. XIII. À UT. III.—UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

» s e s , rions avons rejeté tous ceux q u i étaient on » de dangereuse c o n s é q u e n c e , ( c o m m e c h o q u a n t » secrètement q u e l q u e point de d o c t r i n e , ou quel» q u e louable pratique de l'église d'Angleterre, ou » m ê m e de toute l'église universelle de C h r i s t ) , ou » qui n'étaient absolument de nulle c o n s é q u e n c e , » mais tout à tait vains et frivoles. Mais p o u r les » chaugemens qui nous ont semblé en q u e l q u e » façon que ce soit requis et e x p é d i e n t , par quel» ques personnes , sons quelque prétexte et à quel» q u e dessein q u e ce soit qu'ils nous aient été pro» p o s é s , nous nous sommes portés de nous-mêmes » à y acquiescer, non pas que nous n o u s y soyons » sentis contraints par la force d'aucun a r g u m e n t , » qui nous ait convaincus qu'il y eût a u c u n e néces» site de faire ces changem »ns ; car nous sommes » pleinement p e r s u a d é s , et nous l e t é m o i g n o n s ici à » tout le m o n d e , q u e la liturgie selon qu'elle était » auparavant établie par les l o i s , ne contient rien » qui soit contraire à la parole de D i e u , ou à la » saine doctrine. Les changernens qu'on indique dans celte p r é face sont peu considérables; mais en p a r c o u r a n t le corps de la nouvelle liturgie, on y voit trois ad" ditions remarquables. La p r e m i è r e , est qu'aux litanies ou a mis p o u r la première fois : Et du schisme, délivrez-nous , Seigneur. Henri V I I I , E d o u a r d V I , et Elisabeth étaient trop évidemment auteurs de schisme p o u r le faire regarder c o m m e un mal dont il fallût souhaiter d'être délivré. Mais sous Charles II le schisme d'Angleterre qui continuait depuis cent a n s , était devenu si vieux qu'on croyait pouvoir le mettre en o u b l i , et l'on venait d'éprouver t a n t de factions et de schismes, qu'on avait lieu de d e m a n d e r qu'il ne s'en format pas de nouveau. La seconde addition regarde la prière pour les m o r t s . On avait si souvent reproché la suppression d ' u n e telle p r i è r e , q u ' o n crut ne devoir pas l'omet-

UTVJIGIF.

AKGLICA».

Ire entièrement, maison Ta mise de telle manière, qu on a de la peine à voir si c'est une prière. Voici ce qu'on en lit dans les éditions françaises depuis iGG3 jusqu'à la dernière, imprimée à Londres en 1 7 1 7 , à la fin de la prière intitulée : « Pour toute » l'église chrétienne militante ici-bas sur la terre... » JNous bénissons aussi ton saint non) pour tous » tes serviteurs qui sont décédés en ta foi , en ta » crainte, te suppliant de nous faire la grâce d'imi» ter si bien leurs exemples , que nous puissions » avoir part avec eux en ton royaume céleste. lia troisième addition est la rubrique qu'on peut voir ci-dessus dans la seconde liturgie d'Edouard, pag. G/\, touchant la communion reçue à genoux, où l'on dit qu'on ne se tient pas à genoux pour adorer, comme si Jésus-Christ était présent : Car le corps naturel et le sang de Christ notre Sauveur sont au c.'el et non ici. Elisabeth, qui voulait tâcher de laisser le dogme indécis, avait fait ôter cette rubrique trop zuinglienneou calviniste, et trop affreuse aux Catholiques. Ici on rétablit la rubrique, sur l'avis sans doute de ceux qui ne cherchaient pas à ménager les Catholiques. On ajouta aussi à la fin quelques formulaires. Formulaire de prières dont ou usera sur la mer. 2 ° . Formulaire de prières et d'actions de grâces dont ton usera tous les ans le cinquième jour de novembre , pour l heureuse délivrance du roi et des trois états de ce royaume du très*-perfide et trèssanguinaire massacre, que ton avait entrepris cVen faire en les enlevant avec de la poudre à canon. Dans l'édition de 1 7 1 7 , et apparemment dans les précédentes, depuis Je commencement de ce siècle , on a ajouté au titre qu'un vient de voir: Comme aussi pour Fheureuse arrivée de sa majesté d heureuse mémoire Guillaume III, en ce même jour pour la délivrance de /*église et de la nation. Ensuite au lieu d'une collecte des prières du malin,
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i$o D i s s . s u ! , À T m . — o n i f O A M i T j g AVJkRDoméx. H. ou a mis celle prière : Reçois aussi, 6 Dieu très* miséricordieux* tes actions de grâces que nous te présentons d'un cœur sincère et reconnaissant* pour avoir mis une seconde fois la joie dans notre cœur et un nouveau cantique de louanges dans notre bouche, en nous emmenant dans un jour comme celui-ci ton serviteur le roi Guillaume, pour délivrer ton église et cette nation de ta tyrannie papale et du pouvoir arbitraire. Et au service de la c o m m u n i o n , au lieu de la collecte du j o u r , on dira celle qui suit.... Inspire-nous* Seigneur, nous Fen supplions* une véritable reconnaissance tant pour ce premier témoignage de ton amour, que pour toutes les autres grâces dont tu nous a ensuite favorisés, et en particulier pour avoir rendu ce même jour mémorable par une nouvelle marque de ta miséricordieuse protection* en conduisant heureusement ton serviteur Guillaume dans ce pays, etfaisant tomber devant lui tous les ennemis et les obstacles qui lui étaient opposés* jusqu'à ce quil devint notre roi et notre gouverneur ; veuille* Seigneur , défendre et protéger Georges, notre roi très-débonnaire* le prince ta princesse et leur lignée* et toute ta famille royale * et sois toi-même leur sauvegarde contre les complots de toutes sortes de traîtres et contre toute conspiration.
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3°. Formulaire de prières publiques avec jeûne* dont on usera tous tes ans le 3o de janvier, qui est le jour du martyre du roi Charles premier. 4°. Formulaire de prières et cFactions de grâces* dont on usera tous les ans te vingt-neuvième four de mai* qui est le jour de la naissance du roi, et de Fheureux retour de sa majesté dans ses royaumes. On a mis dans les dernières éditions qu'on a trouvé à propos de changer dans le service de ce jour plusieurs choses qui regardaient la naissance ou la personne de Charles H ; et l'on a ajouté dans le titre qu'on voulait joindre des actions de grâces

LITURGIE ANGLICANE,

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pour le rétablissement du roi et de lufamille royale, et de F extinction de cette grande rébellion qui avait si long-temps troublé l'Etat. Après les changements et les additions que le roi Charles II eut fait faire à la liturgie, on crut qu'elle devait être approuvée de tout le monde avec éloge. L'auteur de lédition latine la présentant au r o i , loue sa Majesté d'avoir rétabli cette liturgie , au grand déplaisir des schismatiques : Exaudiat ( ) Deus , ad cujus gloriam, prcestantissimam liane liturgiam S. E cotes iw anglican te , ringenlibus licet schismaticis, rex serenissime, redditam voluisti. Si l'on veut savoireequi lui fait regarder cette liturgie comme incomparable, prcestantissimam lilurgiam, c'est que, selon lui, elle est composée dételle manière que tout Chrétien , quelque dogme qu'il soutienne sur l'Eucharistie, doit en être satisfait. Les papistes ne peuvent rien souhaiter de mieux; et les sectaires de quelque confession qu'ils s o i e n t , ne peuvent y trouver à redire ; in eu enim ipsi pontifiai nihit desiderare , in eu nihil culpare reformait eu/usque con/èssionis, jure possunt, adeo est à partium studio aliéna. Les Catholiques doivent donc y trouver la présence réelle , la transsubtautiation et l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Les Zuingliens et les Calvinistes doivent y voir l'exclusion de la présence réelle, et les Luthériens la présence réelle dans l'usage sans la transsubstantiation. Voilà un singulier secret pour former dans une église une rare uniformité de croyance, quelque dogme opposé qu'on y enseigne. Loin que les Catholiques aient pu approuver cette liturgie, il y a même plusieurs épiscopaux d'Angleterre qui n'en sont pas satisfaits et qui se sont crus obligés d'en composer d'autres. M. Crabe en fit une tirée, comme il lui plut, des liturgies grecques, de la messe latine et de la litura

(a) Carolo II. £pUt.

dedic.

8a

DISS. X t U . AUT. l i t .

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE,

gle anglicane. M. Pfaffius Ta insérée en g r e c et en latin parmi ses dissertations , à la fin des notes s u r les fragmens de saint Irénée ( ) ; et il dit q u e M. C r a b e en avait (ait u n e a u t r e anglicane : Poteramus et anglicanutn liturgitun à laudato Grabio confectam addere. Eu 171G , plusieurs Anglais et q u e l q u e s Ecossais fir e n t e n t r e eux un c o n c o r d a t p o u r s'unir à l'église orientale 0») et p o u r établir un rit particulier. L'accord q u e j'ai vu,sigué d u i G octobre 17 iG,est intitulé: Proposila ad concordiam inter ecclesiarwn Britanidearwn rcltqaias catholicas et orthodojcas, etsanctanx ecclesuun orieiitalem catholicatn et apostolicam, stabdieiidani. Les m e m b r e s de celte nouvelle confraternité voulaient M q u e l'évêque de Jérusalem eût la p r i m a u t é au-dessus des autres évéques. Ils accordaient W aux autres g r a n d s s i è g e s , d'Àutioebe ^l'Alexandrie , etc. les prérogatives m a r q u é e s dans les c a n o n s ; et ils voulaient M q u e l'évêque de Conslantiuopleet l'évêque de Rome eussent u n rang é g a l : sauf sans d o u t e à ces deux évéques de d i s p u t e r e n t r e eux qui aurait la prééminence. Mais pour ne parler ici q u e de ce qui regarde n o tre s u j e t , on ne m a n q u a pas de mettre d a n s les articles du concordat q u ' o n ferait u n e nouvelle liturgie , qui serait principalement tirée de la p r e mière liturgie de la réformation anglicane , à laa

fa) Hagwcom. 1715, pag. 499. (h) 11 était venu alors eu Angleterre un évéque qu'on croyait pouvoir faire entrer dans le projet d'union , et qui devait, d i t - o n , aller conférer aver.leO.ar pour prendre les moyens de le faire réussir. Mais les Grées et tes autres Orientaux sont bien éloignés d'adhérer aux systèmes des novateurs. (c) Vt episcopo IHerosotymitano p r a reliquis omnibus episcopis christ in m\s, hancoheausam principal us qunadordiiiem concedatur. fd) Ut eeclesiis Anthioclienzc, Ale\aiuhhuc et Constantiuopolit a n # , enrumque episropis » ejus collegis , omnUi et sintrula jura , privilégia et pratrogutUa antiqua , prout eanonii)iis stabilita contredanturi (e) Ut episcopn etpatriarchaî Constantinopolitano cum episcopo Romano honnr avptalis prnïbeatur : utque utique horum easdem potestates, eademqv.e privilégia , acque eonvenireconcedatur.

LITURGIE ANGLICANE.

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quelle on ferait des additions et des corrections pour la rendre plus conforme à celle d e l'église orientale et aux plus anciennes ; ut liturgia anglicarra antiquissima , tanquam ad ecclesiarum orientaliurn usu/n magis accedens , quum illa quœ aune in usu apud A'nglos est, quamprirnutn reducatur et restituât ur : ïdque non sine ejusmodi addiiionibus eliatn ac ernendationibus, quœ tam ecclesiœ orientait* quàtn prirnœvo omnium ecclesiarum fundamento ac staterœ maxime congruere videantur. Deux aus après o n fit imprimer à Londres en anglais la liturgie sous ce titre : VOffice de la communion tiré en partie des liturgies primitives , et en partie du premier livre des communes prières de R église anglicane. Lond. \6\S. Il est évident q u e dans cette liturgie on a voulu rétablir une partie de la première d'Edouard V I , qu'on a voulu prendre aussi quelques endroits des liturgies orientales , et qu'on n'a pas craint d'employer des expressions catholiques q u e les disciples de Luther et de Calvin avaient rejetées. On y dit q u e ce qu'on offre est un sacrifice propitiatoire. On n'a pas mis avant les paroles de l'institution de l'Eucharistie la prière ut fiât corpus et sanguis , comme dans la liturgie d'Edouard ; mais quelques lignes a p r è s , on a mis la prière de l'invocation à peu près comme dans les liturgies orientales, en ces termes : IVousvous rendons grâces de nous avoir admis ici à vous offrir le sacrifice.... Envoyez votre Saint-Esprit* le témoin de la passion de Notre-Seigneur Jésus , sur ce sacrifice * afin quel fasse ce pain le corps de votre Christ * et cette coupe le sang de votre Christ. La r u b r i q u e m a r q u e qu'en faisant cette p r i è r e , le prêtre met la main s u r le pain , et ensuite sur chacun des vases dans lesquels il y a de l'eau et du vin. Voilà encore le mélange de l'eau, comme dans la première liturgie d'Edouard et dans toutes les liturgies du m o n d e , à la réserve de l'arménienne.

84

DISS. XI If. ART. IV.

UNIFORMITE ABANDONNEE*

Mais ce n'est pas par lambeaux q u ' o n doit revenir à l'ancienne voie abandonnée. La confraternité qui avait fait le nouvel office de la c o m m u n i o n , s'est divisée en plusieurs sectes qui ne s'accommodent pas de cette liturgie ; et l'on voit tous les j o u r s de nouvelles disputes parmi les anglais s u r le défaut de la liturgie. II y a eu encore bien plus d'émotion sur cet article parmi les Écossais , dont nous allons parler.

ARTICLE

IV.

Changement de religion en Ecosse. Progrès des novateurs. Dispute sur une nouvelle liturgie.

LES novateurs qui c o u r u r e n t d'Allemagne en Angleterre , dès qu'ils surent q u e Henri VIII était séparé de l'église de Rome , ne m a n q u è r e n t pas aussi de se r é p a n d r e en Ecosse : mais ils firent d'abord peu de p r o g r è s , parce q u e les évèques étaient fort attachés à l'église c a t h o l i q u e , et q u e le clergé était assez bien i n s t r u i t , surtout depuis qu'on avait érigé au X V . siècle des académies aux deux arche* vèchés de Saint-André et de Glascow. ( )
e a

Année 1536.

Henri V l i l , oncle de Jacques V , roi d'Ecosse, lui envoya l'évêque de saint David , 0>) p o u r le porter à se séparer de R o m e , et l'évêque lui porta en m ê m e temps plusieurs livres, qui furent regardés
fa) On peut voir ces particularités de la Réformation et plusieurs a u t r e s , dans Iludianan , Renan Scoticarum historia; dans Lesle [Lesleus] évêque de Itosse, lequel sortant d'Kcosse, alla se réfugier à R o m e , où il (it imprimer en 1578 , son histoire De rébus yèsiis Scolorum ; dans David Camerarîws , De ortu et progressu faeresis in regnis Scotiœ et Jngfim ; et dans l'Histoire de réalise d'Ecosse, composée en anglais par Jean Spotswoode , archevêque de Saint-Andre, et imprimée à Londres en 1677. (b) Buchan. tiù. M. pag. 520.

LITURGIE ©'ECOSSE,

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avec exécration à la cottr m ê m e . On ne voulait pas y souffrir les mauvais discours c o n t r e la religion; et ceux qui s e m è r e n t et p r ê c h è r e n t l'hérésie» ne furent pas épargnés par le r o i ; mais il m o u r u t sur la fin de l'an i54a» ne laissant p o u r lui succéder que sa fille M a r i e , née sept j o u r s auparavant.
Année 1547.

Le zèle q u e le roi avait fait paraître fut soutenu durant plusieurs années par celui des évèques. Le cardinal Bethon , archevêque de S a i n t - A n d r é , et primat du r o y a u m e , assembla dans la ville les évoques et les principaux du clergé , et il fit ( ) punir de mort quelques nouveaux h é r é t i q u e s , ce qui irrita si fort leurs a m i s , qu'ils l'assassinèrent dans son palais , q u o i q u e son palais fût u n e citadelle.
a

Année 1552.

La punition de ces assassins n'empêcha pas q u e leurs amis n'en devinssent plus fiers, et qu'ils ne se crussent en état de pouvoir répandre plus facilement leur nouvelle doctrine. Le clergé cherchant le moyen de remédier à ses maux , s'assembla ( ) à Lyihquoy, où il analhématisa l'hérésie, et applaudit au décret qui venait d'être fait dans le concile de Trente , sous Paul III.
b

Commencement de la réforme-

On tint un a u t r e concile provincial à Edimbourg, où l'on devait faire abjurer p u b l i q u e m e n t l'hérésie à quelques p e r s o n n e s , ou les p u n i r de leur i r r é l i g i o n ; et ce fut alors q u e les nouveaux sectaires se r é u n i r e n t , et qu'ils commencèrent proprement leur r é f o r m e . Quelques-uns qui revenaient de Genève, d o n t le principal était Jeau R n o x , les avaient suffisamment disposés à des coups éclatans. Il s'en présenta un considérable à la grande fête de saint Cilles , où l'on portait en procession l'image du s a i n t en relief. Les zélés novateurs vinrent à b o u t d e s'en saisir et de la m e t t r e en p o n d r e .
(a) IJuch. p. 557. Lies!, pag. 458. (b) Lues!, pag. 476.

8G Diss. xm.

A T I . U I O MT A A D N É . R . V— NF R I É B N O N E

D e lu destruction des images , des reliques et des a u t e l s , ils passèrent à la ruine des monastères. Ils pillèrent d abord et renversèrent les couvens des Franciscains , des Dominicains et des Chart r e u x ; et q u e l q u e grands et spacieux q u e fussent les bâtirnens de la Chartreuse , ils les d é m o l i r e n t et en transportèrent m ê m e les matériaux avec tant de vigueur , qu'eu deux j o u r s , dit Iîuchanan ( ), on voyait à peine les restes des fondeinens. Après ces e x p é d i t i o n s , devenus p l u s n o m b r e u x et plus t e r r i b l e s , ils tinrent des a s s e m b l é e s , où ils résolurent de ne plus souffrir la m e s s e , et ils d é clarèrent même à la j e u n e reine qui revenait de F r a n c e , qu'elle ne pouvait la faire dire q u ' e n p a r ticulier dans sa chapelle. Plusieurs évèques et plusieurs prêtres , ( ) ne laissèrent p o u r t a n t pas d e la dire p u b l i q u e m e n t dans leurs é g l i s e s , e t d e prêcher p o u r consoler les fidèles qui tenaient fermes, et s o u t e n i r ceux qui se laissaient ébranler.
a b

Année 1500. — Ministres sans imposition des mains

Cependant les novateurs établirent entre eux les usages religieux qu'ils voulaient observer. Ils r é glèrent ( ) <pie les ministres seraient élus par le peuple de l'église à laquelle ils devaient p r é s i d e r , cl q u ' o n n'admettrait a u c u n e a u t r e cérémonie q u e celle d'être é l u ; car , dirent-ils, q u o i q u ' a u temps des Apôtres l'imposition des mains fût en u s a g e , comme elle n'est plus accompagnée des miracles qui se faisaient a l o r s , elle est p r é s e n t e m e n t i n u t i l e , et doit par c o n s é q u e n t être supprimée.
c

Liturgie calviniste.

On régla aussi q u e parmi les ministres il y aurait dix ou douze s u r i n t e n d a n s , qui auraient leurs diocèses marqués c o m m e l'avaient auparavant les évoques ; et ces s u r i n t e n d a n s prireut même quelquefois le titres d'évêque et d'archevêque, à quoi une assemblée tenue en 1 5 7 a trouva à redire (d);
(a? Paq. . v j | . (I>) LxaL p. 517 (d) Ici. Ibid. mg. 200. (c) Spotis IFoode^p. 15C.

LITURGIE o'iCOSSK.

8j

mais on répondit q u ' o n ne prétendait point par là se conformer à ce q u i s'était fait sous les papistes, et que Ton c h a n g e r a i t , si Ton v o u l a i t , non seulement le titre d ' é v ê q u e , mais encore celui de chapitre, de d o y e n , de p r i e u r , etc. En un m o t , les novateurs se trouvèrent tout disposés à se conformer aux usages des Zuingliens et des Calvinistes. Et en effet Knox dressa u n e liturgie semblable à celle de Genève, à laquelle p o u r t a n t tous les m i nistres ne c r u r e n t pas devoir s'assujettir, plusieurs SK piquant d'y faire des ehangemens , sous prétexte île suivre le p u r évangile, ce q u i leur donna le n o m de Puritains.
, L e roi fait proposer et confirmer cinq articles.

Dans la suite le roi Jacques V i , ( p r e m i e r d'Angleterre ) et Charles I son fils, n'oublièrent rien pour leur faire prendre une liturgie q u i les engageât à quelque uniformité de religion , non-seulement entre e u x , mais aussi avec l'Angleterre. L'exécution du projet se t r o u v a n t difficile , le roi Jacques I proposa aux évéques d'Ecosse, Tan i 6 t 8 , cinq points de la discipline anglaise ( ) , qu'il leur ordonna de faire observer dans leurs diocèses. « i°. Que les ministres avec le peuple feraient la cène » k genoux , et q u e le peuple recevrait le sacre» ment de la main des minisires. a°. Q u e les m i » nistres iraient baptiser les eufans dans les niai» sons particulières, au cas qu'ils fussent en péril n de mort. 3°. Que les évéques confirmeraient les » enfans étant venus à l'âge de discrétion et capa» bles de répondre au catéchisme. Q u e les mi» nistres administreraient la c o m m u n i o n aux ma» lades qui la désireraient. 5°. Qu'on observerait les > fêtes de la nativité , de la m o r t , de la résurrec/ » tion et de l'ascension de n o t r e S e i g n e u r , avec la » Pentecôte. »
a

(a) Salmonet. p.

1. 5

83

DISS. XIII. ART* IV.—UNIFORMITÉ ABANDONNEE*

Soulèvement contre ces articles et disputes sur la manière d'adroi* nistrer le baptême et la cène.

Ces articles furent confirmés la m ê m e année au synode national de la ville de Perlh , où les évèques se rendirent avec plusieurs ministres puritains. « Ceux-ci c e p e n d a n t publièrent des livres contre ce » synode , où ils avançaient q u e c'était idolâtrie » de faire la cène à genoux ( ) , et de l'essence de » fa communion q u e chacun rompît le pain , et » ayant pris un morceau , le présentât avec la coupe » à celui qui serait assis auprès de lui à la table: » q u e l'administration du baptême h o r s de l'église » était abusive , et favorisait l'opinion de la néces» site absolue d u baplême : q u e la confirmation » des enfans par l'imposition des mains des évè» q u e s , était un sacrement de la papauté : que » c'était contre la nature de la c o m m u n i o n , qu'elle » fût célébrée ailleurs q u e dans l'église : et que » l'observation des fêtes était u n e superstition ju» daïque. Us faisaient ainsi retentir incessamment » leurs chaires sur ces m a t i è r e s , et jetaient tant » de scrupule dans les esprits du peuple , que , » lorsqu'aux villes épiscopales , les évèques avec » leur clergé commencèrent d'administrer la cène » selon le décret du s v n o d e , les églises furent dé» s é r i é e s , q u o i q u o n y laissât la liberté au peuple » de recevoir le sacrement à genoux ou assis. »
a

Charles I fait composer une liturgie plus conforme à la première qifà la seconde d'Edouard. — Soulèvement des Puritains contre cette liturgie.

Les divisions et les disputes d u r è r e n t jusqu'au commencement du règne de Charles l , de telle manière que les évèques et même plusieurs ministres puritains souhaitèrent qu'on prescrivît une formule de p r i è r e , à laquelle on put obliger les peuples de se conformer : le roi enjoignit aux évèques de travailler à la composition d'une liturgie qui fût la m ê m e en substance q u e celle d'Angle*
(a) Salmonet. p.

D'ECOSSE. 8g terre, afin q u e p a r cette u n i f o r m i t é , on vît l'unité de la croyance des deux royaumes ; et q u e pour ce qui était p u r e m e n t c é r é m o n i a l , ils le réglassent selon qu'ils jugeraient à propos. Ils en firent une W tirée des deux d ' E d o u a r d , e t s e conformèrent néanmoins beaucoup plus à la première qu'à la seconde , apparemment parce q u e dans cette première d'Edouard on s'était bien moins écarté de la catholicité et de l'ancien canon de la messe. Mais ce fut cela même qui souleva les Puritains d'Ecosse contre cette nouvelle liturgie. Je ne parle qu après Salmonet, savant a u t e u r écossais ; et j e crois que j e ne puis rien faire de mieux q u e de rapporter ici ce cpi'il a exposé dans son Histoire des troubles de la Grande-Bretagne, t o u c h a n t cette l i t u r g i e , et les disputes qu'elle y causa. « Les P u r i t a i n s , dit-il, (4 offrirent de m o n t r e r » que tout le corps de la messe se t r o u v a i t , ou for» mellement o u virtuellement dans la nouvelle l i » turcie d'Ecosse. » Ils s'arrêtaient en p r e m i e r lieu à l'offertoire » qui fut r e t r a n c h é de la liturgie d'Elisabeth , et » remis en celle d'Ecosse, où il était o r d o n n é qu'a» près que le symbole de Nicée serait c h a n t é , pen» dant (pie le p r ê t r e officiant lirait quelques pas» sages de l'Écriture sainte p o u r l'offertoire, le » diacre recevrait dans un bassin les offrandes d u » peuple , et q u e le p r ê t r e les ayant présentées de» vant le S e i g n e u r , les poserait après sur la sainte » table, avec le pain et le vin apprêtés p o u r le serai vice. Ensuite de quoi il dirait la prière de la li» (urgie p o u r toute l'église, pour le roi , pour les » évèques, p o u r les prêtres et c u r é s , et pour to liai tes les nécessités du p e u p l e , avec une action de » grâces p o u r tous ceux qui ayant gardé la foi
LITURGIE

(a) Cette liturgie fut imprimée à Edimbourg en 1637. Elle est dans ln bibliothèque Colbertine de M. le comte de Segnelai. (b) f/ist. des (roubles de la Grande-Bretagne, par Robert Jihmtet de Sahnonai. L. / . années lfttô et 1G3G. p. 2 1 .

go niss. x i i i . ART. IV.—UNIFORMITÉ ABANDONNER. » j u s q u ' à la fin reposent maintenant en paix , et » p o u r l'admirable vertu q u e Dieu a mise flans » tous les saints qui ont été en leurs temps les lu» mières du monde. A la fin du service, les offran» des devaient être partagées en d e u x , une moitié » pour le c u r é et l'autre pour les pauvres. » En second lieu, ils s'alarmaient infiniment de » la bénédiction des éléme.us, qui sont le pain et n le v i n , laquelle en la liturgie Ecossaise est appe» lée la prière de consécration , que le prêtre de» vait dire se tenant en tel lieu de la sainte t a b l e , » qu'il pourrait se servir librement et décemment » de ses deux mains : c'est-à-dire, interprétaient» ils, tout devant la t a b l e , tournant le dos au peu» pie : parce q u e comme la table devait être pla» cée au liant bout du c h œ u r , le prêtre ne pouvait » sortir de là où il se tenait à main gauche de la » t a b l e , p o u r être plus c o m m o d é m e n t , q u e se le» nant tout devant la table, où il pouvait avec toute » liberté étendre ses b r a s , et faire des signes de » croix s u r les élemens; car ils ne pouvaient s'ima» giner q u e la liturgie entendît un autre usage li» bre et décent des mains du prêtre q u e celui-là. » Aussi observaient-ils que le prêtre était obligé eu » récitant ces paroles de l'évangile, Il prit du pain, » de p r e n d r e la patène; semblablement en d i s a n t , » Il prit la coupe, de prendre le calice , et de met» tre la main sur autant de vin qu'il avait intention » d'en c o n s a c r e r , soit qu'il fût dans un calice , ou » dans un flacon; d'où ils inféraient que la lilur» gie enseignait; que l'intention du consacrant était » nécessaire à la validité du sacrement.
T

Plainte principale contre la prière de l'invocation pour la consécration.—Contre les paroles de la communion et Y Amen des communiuns.

» Mais s u r t o u t ils s'épouvantaient des paroles de » la prière qui fait la consécration. Exauce-nous, » Père miséricordieux, et de ta bonté infinie veuille » ainsi bénir et sanctifier par ta parole et par ton

'Liïofiûrf! D C S * ' O S. É 91 » Saint-Esprit, ces tiens dons et créatures du pain » et du vin , afin qu'ils nous soient le corps et le » sang de ton Fils bien^aimé ; ce qui ne se trouve » pas dans la liturgie anglaise, mais seulement les » paroles qui suivent : Exauce-nous, Père rnisèrij) cordieux , à ce que nous prenant ces tiennes créa» tares du pain et du vin , suivant C institution de n ton Fils notre Sauveur, en souvenance de sa mort » et passion , soyons faits participans de sou corps » précieux et de son sang. Ces expressions sen» taient,.à leur a v i s , l'opinion de la transsubstan» tiation, laquelle se d é c o u v r a i t , disaient-ils, da» vantage tant par les paroles catholiques que le n prêtre devait dire à la c o m m u n i o n : Le corps de y> notre Seigneur préserve ton âme, et lui donne la « vie éternelle; sans la suite ajoutée dans la lilur» gie anglaise : Et mange-le en ton cœur par foi ; » que par la réponse d'jjmen , que le peuple était » tenu de faire aux paroles du p r ê t r e , selon l'an» cienne pratique de l'église. Leur méfiance s'ac» crut de ce qu'il était prescrit au prêtre de ne cou» sacrer à peu près que ce qu'il fallait pour la corn» munion de l'assemblée; que s'il était besoin d a p y> porter davantage de pain et de vin l'officiant » pourrait prononcer dessus les paroles de consé» cration , commençant par ces mots : Le Seigneur » la nuit qu'il fut trahi , etc. Et que si après la » communion quelques restes en d e m e u r a i e n t , le » prêtre les couvrirait d'un corporal , et sans per» mettre de les porter hors de l'église, les y ferait » consommer par tels communians qu'il lui plai» rait d'appeler à soi pour cet effet.
Plainte contre les termes qui marquaient le sacrifice. —Crainte du retranchement de la coupe.

» » » »

» Le sacrifice, en troisième l i e u , leur semblait paraître clairement dans la prière qui suivait immédiatement la consécration , q u e la liturgie appelle la prière de l'oblation , en laquelle le prêtre disait au nom de tout le peuple : JSous tes hum-

9?

DISS. XIII. ART. IV.—UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

» bles serviteurs, célébrons etfaisons avec ces saints » dons que tu nous as donnés, le mémorial que ton » Fils nous a ordonné de faire , étant mémo rat ifs » de sa sainte passion et de sa puissante résurrection, » comme aussi de sa glorieuse ascension , etc. Et a nous te supplions cVaccepter misèricordieusement » ce nôtre sacrifice de louanges, etc. Aussi nous » t'offrons. Seigneur, nous-même , notre âme et » notre corps en sacrifice raisonnable, saint et vi» vaut, te priant très-humblement, que tous ceux qui » seront participais de cette sainte communion puis» sent dignement recevoir le précieux corps, et le sang » de ton Fils Jésus-Christ et être remplis de toute » grâce et bénédiction céleste, et quiis soient faits » un corps avec lui, afin qu'il puisse demeurer en » eux et eux en lui : et bien que nous ne soyons pas » dignes, à cause de la multitude de nos péchés, » de t offrir aucun sacrifice, néanmoins nous te » supplions d accepter cet humble service que nous » te devons, ne pesant point nos mérites, mais par» donnant nos offenses. La prière se concluait par » l'oraison dominicale , avec cette préface, Nous » osons dire , etc. qui leur semblait signifier, qu'à » cause de la propitiatiou faite par le sacrifice, » nous avons la hardiesse d'appeler Dieu notre Père. » Enfin ils craignaient q u e le retranchement de la » coupe ne fut insinué dans le règlement d o n n é » p o u r la c o m m u n i o n , lequel portait q u e les pré» très et les diacres communieraient les premiers » sous les deux e s p è c e s , et après eux le peuple en » son ordre ; parce q u e n'étant pas dit sous les » deux espèces, comme dans la liturgie a n g l a i s e , » c e l a i t en leur sens une expression ambiguë et » mystérieuse.
y y

Disputes sur les diverses manières d'admettre la présence réelle.

» O r , afin q u e leurs ombrages parussent bien » fondés, et q u e l'on ne leur i m p u t â t aucune légè» reté de c r é a n c e , ils apportaient plusieurs passa-

LT R I D C S E I U GE E O S ,

Q3

» ges des d o c t e u r s qui avaient écrit s u r ces m a » tières avec approbation environ ce temps-là, p o u r » servir de c o m m e n t a i r e au texte d e la liturgie. Le » docteur de M o n t a g u , évêque de Chîchesler, un » des plus s a v a n s h o m m e s du siècle, marchait à la » tète de tous , disant ; Que si on était disposé p o u r » la paix, il n'y aurait point de dispute s u r la p r é v sence réelle; parce q u ' o n t o m b e d'accord de côté » et d autre q u e le corps de Christ est réellement » présent dans la sainte E u c h a r i s t i e , et tout le dé» bat n'est q u e p o u r la m a n i è r e d e cette p r é s e n c e : » car le docteur A n d r e w s , évêque de W i n c h e s t e r , » reconnaît, écrivant contre le cardinal Bellarmin, » qu'ils d e m e u r e n t d'accord avec les Catholiques » de l'objet, et n e d i s p u t e n t q u e de la m a n i è r e , » laquelle ils n e définissent p o i n t t é m é r a i r e m e n t , » mais laissent e n t r e les questions d e l'école , si » c'est par transsubstantiation o u consubslantia» t i o n , et ne la m e t t e n t pas e n t r e les articles de la » f o i , qui n e doivent pas être multipliés ; parce » que ce sacrement est un mystère , voire un for» midable m y s t è r e , d o n t le résidu doit être con» sommé par le f e u , c'est-à-dire, dans l'allusion des » Pères , adoré p a r la foi, et non pas recherché n curieusement par la raison. Ils citaient encore le » docteur L a u r e n c e , qui enseigne conformément » à ceux-ci, qu'il a p p r o u v e fort ceux qui expriment » la manière de la présence en termes généraux et » indéfinis : c o m m e , dit-il, cette expression , Christ » y est corporellement, me déplaît; cet a u t r e , son » corps n'y est pas, n e m e déplaît pas moins : parce » que saint P a u l , l'église d'Angleterre et l'église » de D i e u , a dit en tous t e m p s , q u e le corps de » Christ est au s a c r e m e n t , v é r i t a b l e m e n t , substan» tiellement et essentiellement. Raisons d'admettre un sacrifice. » On alléguait après le docteur Heilen, p o u r le » sacrifice, qui dit que comme la passion de notre

f)4

DISS. X I H . ART. IV.—UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

» Sauveur a été par l'ordonnance de Dieu préfigu» r é e a u x Juifs par les sacrifices légaux avant qu'elle » a r r i v â t ; ainsi par l'institution du S e i g n e u r , elle » doit être commémorée par nous Chrétiens dans » la sainte cène après être arrivée. C'était un sa» crifice en figure, un sacrifice dans le fait m ê m e , » et par conséquent un sacrifice dans le mémorial » après la chose faite. II y avait un sacrifice parmi » les Juifs, et il faut-qu'il y en ait parmi les Chré» tiens : et s'ils o n t un sacrifice , il est nécessaire » qu'ils aient des prêtres qui sacrifient, et des au» tels p o u r sacrifier dessus : car sans prêtres et » sans a u t e l , il ne peut se faire aucun sacrifice. H » y avait alors un sacrifice s a n g l a n t , m a i n t e n a n t » il est non sanglant ; un p r ê t r e alors descendu » d'Aaron , m a i n t e n a n t un descendu de Melcfiisé» decli ; un autel alors p o u r des sacrifices mosaï» ques , un a u t r e maintenant p o u r des sacrifices » évangéliques. les A p ô t r e s , à l'institution du saint » sacrement, furent faits prêtres par Jésus-Christ et » reçurent u n e puissance p o u r eux-mêmes et p o u r » leurs successeurs de célébrer ces saints mystè» res. Ce c o m m a n d e m e n t , Faites ceci, est p o u r le } prêtre qui a pouvoir de c o n s a c r e r ; et celui-ci , > » Prenez et mangez, est p o u r le p r ê t r e et p o u r le » peuple. pour la communion sous une seule espèce. » Enfin p o u r garantir leur conjecture du retronchement de la c o u p e , ils produisaient le docteur Withe, évéque d'Eli, qui a écritavec JMontagu;que la communion sous les deux espèces n'avait p o u r fondement que la tradition de l'église, et qu'elle n'était nulle part commandée dans l'Ecriture s a i n t e , non plus q u e le service en langue vulgaire : et parce que la réservation du saint sacrement est un argument pour la pratique calholicpie d'à p r é s e n t , le très savant prélat Andrews était derechef mis sur le tapis, enseignant : Q u ' o n ne pouvait nier q u e la réservation du sacrement
Raisons

» » » » » » » » » » »

LT R I DE O S . I U GE ' C S E

g5

» n'eût été permise long-temps dans la primitive » église : qu au temps de la persécution on permet» tait au peuple d'emporter de l'église, (elle por* tion du sacrement q u e chacun désirait ; de le > » garder chez soi , et d'en p r e n d r e de temps en » temps p o u r sa consolation : mais on l'envoyait » toujours aux malades , tant éloignés qu'il îus» s e n t , aussi jugeait-on à propos de le réserver » pour les occasions pressantes, afin que si le prê» tre ne se trouvait pas en état d'aller chez le ma» lade p o u r y c o n s a c r e r , au moins le sacrement » fût tenu p r ê t potir-Iui être envoyé , comme on » en usa à l'égard de Sérapion. Cette liturgie fut imprimée à E d i m b o u r g en 1 6 3 7 . Ou en peut voir un exemplaire dans la bibliothèque Colberline de M. le comte de Segnelai Elle lut approuvée dans un synode , et l'on espérait qu'elle serait célébrée et reçue avec applaudissement dans toutes les paroisses d'Edimbourg le a 3 de juillet, qui était un d i m a n c h e ; mais les Puritains étaient devenus trop n o m b r e u x et trop puissans pour la souffrir. 00 « Dès que l'évêque dans la caM t h é d r a l e , et quelques ministres dans les églises » paroissiales e u r e n t commencé à dire matines , » plusieurs d'entre le peuple se levèrent dans tou» tes les églises, et firent tant de b r u i t et d'inson lence , j e t a n t des chaises contre la tribune du » clergé, q u e les magistrats e u r e n t peine à appai» ser le t u m u l t e , et qu'au sortir de l'église peu s'en » fallut q u e l'évêque ne fût lapidé et mis en pièces. » Il ne sera peut-être pas inutile de remarquer que l'archevêque de Cantorbéry, Guillaume L a u d , à qui le roi confiait toutes les affaires ecclésiastiques, eut la principale part à cette liturgie qui fit tant de b r u i t . Les deux chambres de Londres en i6/|5, firent m o u r i r ce savant h o m m e comme s'il favorisait les papistes. Cependant il déclara toujours qu'il était attaché à la réformation anglicane, quoi(a) Salmonst. I. 1. />. 29.

96 niss. x t n . A T I . U I O MT A A D N É . R . V NF R I É B N O N E — qu'il souhaitât qu'on eût une liturgie plus conforme aux a n c i e n n e s , q u e ne Tétait celle des nouveaux réformateurs. » Les ministres puritains rejetant la liturgie , » dressèrent un directoire ( ) qui ne contenait pas » des prières f o r m é e s , mais seulement des règles y> et des directions générales , sur lesquelles les » ministres devaient former les prières et les ex» hortations , leur laissant le choix des paroles et » la liberté de faire le service plus long ou plus * c o u r t , comme bon leur semblerait. Une des prîn» cipales choses qu'on voulait observer en Ecosse , » est que les communians se donneraient le sacre» ment les uns aux antres. On ne souffrirait point » alors que le peuple c o m m u n i â t a u t r e m e n t qu'as» sis à la t a b l e , ou qu'aucun reçût le pain et la ) coupe de la main du m i n i s t r e , q u e celui seul qui > » se trouverait assis le plus près de lui. On sera peut-être bien aise de trouver ici quelque chose de ce d i r e c t o i r e , qui fut imprimé cette même année à G e n è v e , et l'année s u i v a n t e , 1 6 4 6 , auprès de Paris , pour l'usage de Charenlon. Le parlement voulut annuller toutes les liturgies et tous les livres de prières qui s'étaient faits jusques a l o r s , soit sous le règne d'Edouard V I , soit sous celui d'Elisabeth , et il fît p o u r ce sujet l'ordonnance suivante.
a

Du

VENDREDI 1 3 JANVIER iG/j5.

Ordonnance du Parlement pour t'abolissemnit du livre des Prières communes > et pour l'établissement et errent ion du Directoire pour le service public de Dieu.

» Les seigneurs et communes assemblés en par» lement , prenant sérieusement en considéra* » tion le grand nombre d'inconvéniens arrivés en » ce R o y a u m e par le livre des prières c o m m u n e s ,
(a) Ibid. p . 271.

LT R I DE O S . I U GE ' C S E
» » » » » » » » »

97

et se résolvant selon leur convenant de réformer la religion suivant la parole de D i e u , et l'exein-» pie des églises les mieux réformées; ayant consuite avec les r é v é r e n d s , pieux et doctes théologiens convoqués p o u r cet effet , j u g e n t nécessaîre q u e ledit livre des prières communes soit aboli, et q u e le Directoire p o u r le service public de D i e u , m e n t i o n n é ci-après, soit établi et o h serve dans toutes les églises de ce royaume : » PARTANT il est o r d o n n é par les seigneurs et com» munes assemblés en p a r l e m e n t , q u e le statut de » seconde et troisième année d u roi Edouard V I , » intitulé: V Amende pour n user pas d uniformité » au service et, administration des sacremens, etc.; » et le s t a t u t des cinquième et sixième année d u » même r o i , intitulé : Uniformité aux prières et en » F administrât ion aux sacremens , sera suivie en » l'église; et le statut de la première année de la » reine Elisabeth, intitulé : Il y aura uniformité de » prières et administration des sacremens, autant » qu'il p e u t concerner ledit livre des prières comD m u n e s , et l'uniformité des prières et adminis» tration des sacremens ; et le statut de la ci 11» quicine année de la même r e i n e , i n t i l u l é : Par » lordre desquels, la Bible et le livre des prières » communes seront translatés en langue galloise, » autant qu'il peut concerner ledit livre des priè» res c o m m u n e s ; et le statut du huitième au de » la m ê m e r e i n e , i n t i t u l é : Tous actes faits par » quelque personne que ce soit depuis la première B année d'Elisabeth pour la consécration , investira tare, etc. d'aucun archevêque ou évêque, seront » valables, a u t a n t qu'il peut concerner ledit livre : » SOIENT et d e m e u r e n t dorénavant r é v o q u é s , nuls » et de nul effet, à quelques i n t e n t i o n s , construc» tions et desseins q u e ce puisse être : et que ledit » livre des prières c o m m u n e s n e subsistera p l u s , » et ne sera désormais mis en usage en aucune 9 église, chapelle ou lieu de service divin dans le

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D1SS. XIII. ART. IV.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

» » » » » » » » »

de sorte q u ' é t a n t r o m p u par l u i , il puisse être royaume a Angleterre ou principauté de Galles. Et q u e ce présent Directoire mis en lumière pour le service p u b l i c , sera mis dorénavant en usage, p r a t i q u é et o b s e r v é , selon la véritable intention et sens de cette o r d o n n a n c e , en tous les exercices du service public de D i e u , dans c h a q u e congrég a t i o n , église, chapelle et lieu de service public dans ce Royaume d ANGLETERRE et principauté

» de GALLES. »

Le parlement abolissant tous les livres q u i s'étaient faits jusqu'alors pour le service d i v i n , parle ainsi du Directoire qu'il voulait leur substituer : « Nous AVONS, après une sérieuse et fréquente in» vocation du n o m de D i e u , et après une longue » consultation , non avec la chair et le s a n g , mais » avec la sainte parole, résolu d'abandonner l'ancien» ne liturgie, avec le grand n o m b r e de coutumes » et cérémonies ci-devant pratiquées au service di» vin , et sommes tombés d'accord du Directoire » s u i v a n t , p o u r toutes les parties d u service pu» b l i c , en temps ordinaire et extraordinaire. » Dans l'article de la célébration de la communion ou sacrement de la cène du Seigneur , on lit : « La communion ou cène du Seigneur doit être » fréquemment c é l é b r é e ; mais combien s o u v e n t , » il sera considéré et déterminé par les ministres » et autres gouverneurs de chaque c o n g r é g a t i o n , » ainsi qu'ils t r o u v e r o n t plus convenable p o u r la » consolation et édification du peuple commis â » leur charge. » .... Après cette exhortation , avertissement et » s e m o n c e , la table ayant été auparavant décem» m e n t couverte et placée si bien q u e les c o m m u » nians puissent se seoir à Pentour ou auprès d'i» celle en o r d r e , le ministre doit commencer l'ac» tion par la sanctification et bénédiction des élé» mens du pain et d u vin mis devant l u i , (le pain » en des bassins décens ei convenables , préparé

LITURGIE DECOSSE.

9Q

f

distribué aux c o m m u n i a n s ; le vin pareillement en de grandes c o u p e s , ) ayant premièrement montré en peu de p a r o l e s , q u e ces é l é m e n s , qui (railleurs s o n t c o m m u n s , s o n t m a i n t e n a n t séparés et sanctifiés à ce saint usage par la parole de l'institution et p a r la prière. » Le roi n'avait garde d'autoriser u n tel acte du parlement, il défendit au contraire le Directoire, et de là vinrent les g r a n d s désordres q u i coûtèrent la vie à t a n t de personnes illustres d'Ecosse et d'Angleterre, j u s q u ' à ce q u e les rebelles de l'un et de l'autre r o y a u m e , par un horrible a t t e n t a t , firent mourir le roi s u r u n écbafaud. Les variations et les disputes sur la liturgie continuèrent p e n d a n t l'interrègne sous C r o m w e l , jusqu'à ce q u e le roi Charles II la fit revoir et retoucher p o u r l'autoriser de la manière qu'elle a été imprimée en 1 6 6 2 . Mais à l'égard des Ecossais, ils ont cru depuis ce temps là devoir m e t t r e leur dévotion à ne s'assujettir à a u c u n e liturgie , préférant les prières q u e c h a q u e ministre ferait sur-le-champ impromptu. Telle est leur situation présente. Il faut seulement faire q u e l q u e exception , à l'égard de ceux q u i veulent bien se conformer aux >rincipaux ministres o u s u r i n t e n d a n s qui p o r t e n t e nom d ' é v ê q u e s , car depuis qu'ils o n t pris ce nom avec les o r n e m e n s de ceux d ' A n g l e t e r r e , et qu'ils se sont fait o r d o n n e r selon l'Ordinal anglican, ils en o n t aussi suivi la liturgie.

» » » » » »

7-

100

DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE,

ARTICLE Liturgie

V.

singulière introduite en Suède depuis le Luthéranisme.

O N vient de voir b e a u c o u p de troubles et de disputes à l'occasion de la liturgie en Angleterre et en Ecosse; et nous en allons voir de bien considérables en Suède où l'on s e n t i t , comme a i l l e u r s , le tort q u ' o n avait eu de s'éloigner si fort de l'antiq u i t é , dans un point aussi essentiel q u e celui de la liturgie. Ou en (it un aveu public en S u è d e , à la tête d'une liturgie qui est trop rare et trop particulière p o u r ne la pas mettre ici. Cette liturgie a été en usage en Suède p e n d a n t seize ou dix-sept a n s , après lesquels le plus fort parti des Luthériens vint à b o u t de l'interdire, d'en s u p p r i m e r de telle manière les exemplaires , q u ' o n n'en avait connu aucun à Paris avant celui q u e M. le cardinal de Rohau a acheté chèrement p o u r sa riche b i b l i o t h è q u e , et qu'il m'a fait la grâce de me c o m m u n i q u e r . P o u r connaître ce qui d o n n a lien à composer et à m e t t r e en pratique cette l i t u r g i e , et ce qui la fit ensuite a b o l i r , il n e sera pas inutile de d o n n e r d'abord u n e idée de l'origine, du progrès et des vicissitudes d u luthéranisme en S u è d e .
§• i.

Origine

et progrès du Lul/iéranisme Gustave premier.
Ann. 1521.

en Suède sous

La Suède fut après la Saxe le premier pays i m b u du Luthéranisme. Deux frères Suédois ( ) Laurent
a

(a) De J'ertot,

lleeoL Tom. l . p . 317.

LITURGIE SUÉDOISE.

et Olaûs Pétri , qui avaient étudié à W i t t e m b c r g sous L u t h e r , y publièrent ses écrits et ses discours. La nouvelle d o c t r i n e , s u r t o u t contre les indulgences, le pouvoir et les richesses du clergé , s'insinua d'au ta ut plus facilement dans les esprits, q u e la Suède se trouvait divisée par des guerres civiles, qu'on était choqué des sommes immenses q u ' u n légat et ses commis venaient de tirer des i n d u l g e n c e s , et qu'on était m é c o n t e n t de la h a u t e u r et de la conduite de l'archevêque d'Upsal [ T r o l l e ] , primat d u royaume , qui avait été obligé de d o n n e r sa démission en plein sénat.M G u s t a v e , q u i , par sa valeur, sa constance dans les périls et son habileté, était parvenu à se faire u n gros p a r t i , à chasser les D a n o i s , et à se faire déclarer r o i , mais roi d'un pays épuisé d'argent , n'avait besoin q u e de fonds considérables p o u r se s o u t e n i r , il fallait trouver des voies extraordinaires p o u r en amasser. Le luthéranisme les lui offrit: son c h a n c e l i e r , déjà luthérien dans le c œ u r , lui représenta q u e le discours de Luther c o n t r e le faste des é v è q u e s , de tout le Clergé et l'oisiveté des moines , avait fait beaucoup d'impression dans les esprits ; q u e le clergé de Suède possédait inutilement plus de revenu q u e tout le reste du r o y a u m e ; qu'il ne serait ni impossible ni m ê m e trop difficile de s'emparer de la meilleure partie de tous ces biens , et que la Noblesse , qui portait beaucoup d'envie à toutes ces richesses, ne manquerait pas de lui applaudir s u r tout si elle pouvait espérer d'y participer.
Ann. 1527.

IOI

Ces sortes de discours plaisaient fort à Gustave, et alors Olaûs Pétri et les autres L u t h é r i e n s qu'on avait fait v e n i r , prêchèrent plus h a r d i m e n t de tous côtés le Luthéranisme. Olaûs publia u n e version suédoise du nouveau T e s t a m e n t , tirée de celle q u e L u t h e r venait de faire en allemand avec peu de fi(a) ibid. pag. 137.

lOS

DÏSS. XIII. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉ!?.

délité. L'archevêque [ J e a n M a g n u s ] se plaignit de l'infidélité de cette version. Gustave lui p e r m î t d'en faire une a u t r e , d o n t divers religieux ( ) se chargèrent : mais ce fut la luthérienne q u i eut c o u r s . Le peuple et les femmes qui j u s q u ' a l o r s ne connaissaient guère ce saint livre, et qui c o m m e n ç a i e n t à g o û t e r la liberté qu'inspiraient les nouvelles e r r e u r s , se r e n d i r e n t volontiers juges. Il suffisait à plusieurs de ne t r o u v e r dans l ' E c r i t u r e , ni religieux ni religieuses, ni leurs v œ u x , ni des c l o c h e s , ni l'argenterie et les autres o r n e m e n s des églises, ni q u e les Evèques eussent été des seigneurs t e m p o r e l s , p o u r n'en parler q u e comme des a b u s . O l a û s , q u o i q u e p r ê t r e , se maria p u b l i q u e m e n t , et le nouvel archevêque d'Upsal ne se croyant pas assez fort p o u r s'opposer au renversement des lois ecclésiastiques, prit ( ) le parti de se r e t h v r , d'aller à Dautzick, et de là à Rome. G u s t a v e , fécond en e x p é d i e n s , mit t o u t e son habileté à humilier les autres prélats , et à obliger les religieux d'aband o n n e r leurs couvens. Il choisit Olaûs Pétri p o u r a s t e u r de l'église de S t o c k h o l m , et il n o m m a à archevêché d'Upsal ( ) son frère L a u r e n t P é t r i , à qui il fit é p o u s e r u n e demoiselle de ses p a r e n t e s , c o m m e p o u r le dédommager des grands biens qu'il avait détaché de ce riche archevêché.
a b

F

c

Ann, 1529.

Une assemblée M tenue à O r e b r o , capitale de Nér i t i e , oû le chancelier présida, autorisa les desseins de Gustave. On y o r d o n u a qu'on abolirait entièrem e n t Te culte de l'église r o m a i n e , q u ' o n ne ferait à l'avenir aucune prière pour les m o r t s , et q u ' o n e m p r u n t e r a i t des églises luthériennes d'Allemagne la manière d'administrer le baptême et la cène. On déclara le mariage des prêtres légitime ; on p r o s crivit le célibat et les vœux des religieux , et l'on
(a) Messenius Pnffendorf. (b) Fertot. p Î48. (c) Ibid. pag. 205, (d) Love. IUK 6. pag. 276. Bazius. /lise. Ecoles. RevoL tom. 2 pag. 207.
9

Suec.

Fertot.

LITURGIE

SUÉDOISE.

To3

approuva de nouveau l'ordonnance des états, qui les avaient dépouillés de leurs privilèges et de la plupart de leurs biens. On reçut enfin p o u r règle de la foi , la confession d ' A u s b o u r g , dès qu'elle parut eu i 5 3 o . La diverse manière d'administrer les sacremens ne manqua pas de causer du t r o u b l e , et d'effrayer surtout les mères chrétiennes , qui craignaient q u e leurs enfans ne reçussent pas la grâce de la régénération par un b a p t ê m e dont on s u p p r i m a i t le signe de la croix et le sel. On donna q u e l q u e satisfaction au peuple en lui laissant une partie des fêles solennelles, celles des Apôtres et celles des patrons d u rovaume. Un a u t e u r r é c e n t , qui vient d'attaquer le culte qu'on rend à Paris à sainte G e n e v i è v e , dit dans son épître au W roi de S u è d e , «qu'au c o m m e n c e m m e n t » de la réformation sous Gustave I , p o u r contenter » le peuple on conserva les fêtes des patrons avec » quelques autres fêtes solennelles et celles des » Apôtres qui se célèbrent encore aujourd'hui dans » ce r o y a u m e , mais q u e par succession de temps » celte dévotion p o u r les p a t r o n s , est tellement » tombée q u ' à peine on en sait les n o m s . Il ne se passa rien de plus particulier touchant la religion sous le règne de G u s t a v e , qui m o u r u t en i56o. Eric son fils, q u i lui s u c c é d a , laissa la réformation d a n s le même état. Mais le roi J e a n , son autre fils, employa t o u s s e s soins p o u r rétablir la religion c a t h o l i q u e : c'est ce q u e nous allons voir. §. IL

Efforts du Roi Jean pour rétablir la religion catholique et pour introduire une nouvelle liturgie.
1568.

Dès q u e le d u c Jean , second fils de Gustave , fut
(a) Disserfatlo de sancta Genocefa. Wittemberg 1723. Biblioth. Ccrman. tom. 7. pag. 90.

104 D S . XIII. A T V U I O MT A A D N É . 1S R . . NF R I E B N O N E
moulé sur le Irône de S u è d e , il résolut de rétablir la religion catholique dans ses états. L e s lectures qu'il avait faites, les conversations et les disputes qu'il avait eues avec de savans théologiens , les sollicitations des Papes et de plusieurs p r i n c e s , et plus encore les exhortations de Catherine son épouse , qui était c a t h o l i q u e , lui avaient inspiié beaucoup d aversion pour le Luthéranisme. Véritablement il n'approuvait pas toutes les pratiques de l'église rom a i n e , mais il croyait qu'en se contentant d'en réformer certains articles , et d'obtenir la dispense de quelques a u t r e s , on pourrait aisément se conformer aux sentimenset aux pratiques de la primitive église.
1569.

Avant que de se faire c o u r o n n e r , il persuada au clergé d'approuver un règlement divisé en treize articles. L e premier ordonnait de célébrer la fete de la Transfiguration le septième dimanche après la fête de la T r i n i t é . La plupart des autres regardait les mœurs du clergé et la collation des bénéfices.
1571.

L e roi commençait ainsi à exécuter le dessein qu'il avait de détruire le Luthéranisme dans son royaume. II avança considérablement cette entreprise en gagnant L a u r e n t Néritius, archevêque d'Upsal. 11 conseilla à ce prélat de corriger un livre qu'il avait composé et intitulé : Ordonnance ecclésiastique. C'était une espèce de droit canon et de règle de religion dont Laurent retrancha plusieurs endroits , auxquels il en substitua d'autres conformément h l'intention du roi Jean. L'assemblée du clergé de la province d'Upsal consentit unanimement à ces chauçemcus favorables à la religion romaine , et fit imprimer l'Ordonnance ecclésiastique. Jean Herbest , prédicateur de la r e i n e , publia alors un ouvrage dans lequel il montrait que les prêtres suédois n'étaient ni légitimement appelés

LT R I S É OS . I U GE U D I E

ÏO5

ni véritablement o r d o n n é s , q u ' o n n'administrait point validement en Suède d'autre sacrement q u e le b a p t ê m e , q u ' o n trouvait tous les sacremens dans l'église latine, q u ' u n e des deux espèces de l'Eucharistie ne contient rien de moins q u e toutes les deux ensemble, qu'il est permis d'invoquer les Saints. L'archevêque L a u r e n t réfuta le livre d ' I I e r b e s t , et cette réfutation fut approuvée par le clergé qui jugea à propos de la faire passer pour un ouvrage d'Erasme, prédicateur d u roi.
1573,

L'archevêque, qui était m a l a d e , envoya le même Erasme prier instamment le roi de ne pas souffrir que les hérétiques couvrissent de nuages la sainte doctrine, et le remercier du soin qu'il en avait pris jusqu'alors. Le roi écouta avec plaisir cette p r i è r e , et l'archevêque , après avoir reçu cette consolation, mourut le 2 7 octobre de Tannée 157^. Il laissa trois filles , d o n t Jean Goth , son s u c c e s s e u r , épousa la première.
1574.

La m o r t de l'archevêque et celle des évèques de Lincopen et d'Arozen fit espérer au roi q u e les affaires de la religion catholique feraient de plus grands progrès qu'elles n'avaient fait pendant la vie de ces prélats , parce qu'il pouvait remplir les sièges vacans de personnes qui lui fussent entièrement dévouées. Il se servit en secret d'Herbest, catholique d é c l a r é , et il employa fort utilement Fectenius, son secrétaire, h o m m e d'un érudition médiocre, qui abandonna le parti des Évangéliques , et travailla à l'exécution des desseins d u roi avec beaucoup de soin et de fidélité. Le roi assembla à Stockholm les évèques du royaume et q u e l q u e s curés. Il leur fit u n grand disc o u r s , dans lequel il leur exposa la multitude des hérésies qui s'étaient élevées depuis peu en E u r o p e , et la confusion qui régnait parmi les Luthériens mêmes, assurant qu'il était avantageux aux Suédois

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DÎSS. XIII. AUT. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

de se conformer le plus tôt qu'ils p o u r r a i e n t à la doctrine des A p ô t r e s , que les Pères avaient soutenue et scellée de leur sang. II ajouta q u e ceuxcjui avaient voulu depuis quelques années extirper d anciennes e r r e u r s , avaient aussi aboli des règlemens respectables par leur antiquité et par la piété dont ils étaient le soutien , et qu'on s'était peut-être éloigné en plusieurs articles de foi de la voie dans laquelle les premiers Chrétiens ont marché sans s'égarer. La preuve , dit-il , la plus claire q u ' o n en puisse d o n n e r , c'est que pour peu que l'on veuille comparer Tordre q u e nous suivons dans la célébration de la messe avec la liturgie attribuée aux Apôtres , et surtout avec celle de saint Jacques , de saint Basile, de saint Chrysostôme , de saint Ambroise et de saint Grégoire-le-Orand, on trouvera u n e différence aussi grande q u e celle du j o u r et de la nuit. D'où il conclut qu'il fallait rendre l'ordre de la messe conforme à ces liturgies, et régler ensuite la foi et les cérémonies sur l'Écriture et les Pères. Ce discours persuada le clergé. On convint de changer l'ordre de la m e s s e , d'admettre la préface du canon après qu'on y aurait fait q u e l q u e chang e m e n t , et de suivre l'ancien rit pour le chant de l'église. Le roi satisfait, permit l'élection des évéques qui devaient remplir les trois sièges vacans , et donna son suffrage. On choisit p o u r le siège d'Upsal, L a u r e n t G o l h , gendre de l'archevêque défunt; pour celui de Lincopen , M a r t i n , recteur de l'école de Géval ; et p o u r celui d'Arozcn , Erasme , prédicateur de la cour. Le roi ne confirma leur élection qu'après qu'ils e u r e n t souscrit quelques articles favorables à ses desseins.
1575.

Outre cela il chargea ces évéques é l u s , les autres évéques et quelques curés de revoir l'ordonnance dont nous avons parlé , et de la corriger , parce qu'elle était imparfaite, comme l'auteur même le

LITURGIE SUÉDOISE.

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témoigne à la fin de son ouvrage. Il leur ordonna d'en expliquer les o b s c u r i t é s , d'en interpréter les équivoques, de retenir les pratiques conformes à l'esprit de la primitive église , de r e t r a n c h e r les inutilités et les faussetés , et de suppléer ce qui manquerait, afin q u e cette o r d o n n a n c e , qui devait être comme la pierre de touche de la religion de Suède , parut enfin dans toute sa perfection. Le roi fut obéi et la liturgie métamorphosée. Les prélats y insérèrent l'approbation de plusieurs cérémonies de l'église romaine , et déclarèrent q u e la confes&ion (l'Ausbourg avait besoin d'être r é f o r m é e , qu'on ne devait lire qu'avec beaucoup de précaution et de retenue les livres des théologiens a u t e u r s de celle confession , qu'il fallait rétablir les fêtes et les jeûnes observés a n c i e n n e m e n t , qu'on devait puiser dans les écrits des Pères le vrai sens de l'Ecriture et la preuve des dogmes de foi. Les évèques souscrivirent l'ordonnance qu'ils venaient de corriger, et le clergé de Stockholm la souscrivit après e u x , sans vouloir p o u r t a n t préjudicierà ceux qui étaient ahsens, et qui devaient dire leur avis à l'assemblée générale des états du royaume. Dans le même temps quelques Jésuites et Laurent Nicolaï, norwégien , qui avait étudié sous eux ( ) à Louvain , arrivèrent déguisés en prêtres suédois. Laurent donna des leçons de théologie , prêcha et fit voir les contradictions de L u t h e r .
a

. (a) Si Laurent INicolaï n'était pas alors jésuite, comme quelquesuns [Puffendorf] Tout d i t , il l'a été certainement dans la suite. Cela paraît à ta tête d'un excellent livre intitulé : Con/essio christiana de via Domini, quam christianus papidus in tribus regnis sep' Icntrionalibus Daniœ , Suecix et Norvegix constanter confessus est annis à Christ i ft de suscepta, ampïius sexcentis , nsque ad christianum tertium Danix, Norvegix, et Giistavum Suecix reges , Laurentio Nicotai Norvego è S* J* authore. Ou voit par ce livre qu'il ne peut pas être l'auteur de tout ce qui est dans la lîturcic que nous allons donner ; puisque dans cette liturgie on a affecte de dire que Jésus-Christ est dans le sacrement de l'Eucharistie in usv-y et qu'il établit au contraire dans son livre que JésusChrist est réellement dans l'Eucharistie hors l'usage. Hoc enimsacramentum non in actioneseu usa consista utatia sacramenta,

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DISS. XTIf. ART. V.

UNIFORMITE ABANDONNER.

Les évèques élus n'étaient pas encore sacrés. C'est p o u r q u o i on inrliqua u n e grande a s s e m b l é e , o ù plusieurs barons députés du roi se trouvèrent. Les évèques de Vexio et d'Abo , sacrèrent L a u r e n t Gotn , et le nouvel archevêque sacra les évèques de Lincopen et d'Arozen. On observa en ces cérémonies , les usages de l'église catholique. Le clergé présent souscrivit l'ordonnance corrigée depuis p e u ; mais ce fut à condition qu'on ne renouvellerait point les superstitions abolies. L'ordonnance fut encore u n e fois corrigée et souscrite par les évèques sacrés, par leurs c o n s é c r a t e u r s , par l'évêque de S c a r a , et par plusieurs autres ecclésiastiques. Nouvelle Liturgie §. HL introduite. Disputes et troubles à son occasion.

Tout ce q u e le roi Jean avait fait j u s q u ' a l o r s , préparait les esprits à recevoir la religion catholiq u e . On ne différa plus de la rétablir au moins en p a r t i e , et on commença ce rétablissement p a r l a correction de l'ordre de la messe, comme on l'avait projeté. On n'osa pas proposer d'abord la liturgie catholique dans son entier. Le père H e r b e s t , L a u rent Nicolaï, Fectenius, et plusieurs autres en retranchèrent l'invocation des S a i n t s , les prières p o u r les m o r t s , la mémoire du P a p e , le mot de sacrifice, les signes de croix. Us mirent à la tète des prières p o u r servir de préparation , et d'autres q u ' o n devait dire en s'habillaut. Après ces p r i è r e s , on trouve l'introït, la messe des catéchumènes, un canon plus long , et un a u t r e plus court , des préfaces et des prières propres au t e m p s , et le reste de la m e s s e ,
quœ extra usum non sunt: ml in ipsis speciebus consistât, pronl raiioncm sacramenti habent. Quamdiu irjitttr manet in h/s sacramenti ratio, hoc est panis et rini species, qttihus, facta cansccratione corpus et sanguis Domini artesse signijicantur, tanutia sub iliis manet Christ ns. Cet ouvrage est drdié au roi Christiern IV. II est imprimé à Cracovieen 1001, et il se trouve dans la bibliothèque du lloi.

LITURGIE SUÉDOISE.

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le tout changé et transposé» de p e u r qu'on y reconnût la liturgie de l'église r o m a i n e . Les auteurs de laliturgiey ajoutèrent des scholies composées, p o u r la p l u p a r t , de passages des Pères , qui faisaient assez connaître les articles q u ' o n ne voulait p a s , ou qu'on n'osait pas exprimer. O u t r e c e l a , on y fait voir qu'il est convenable q u e les prêtres gardent le célibat, et qu'ils n e s'occupent q u e du service de Dieu, sans se mêler des affaires du monde. On donna à tout l'ouvrage ce titre : Liturgie de l'église de Suède conforme à l'église catholique et orthodoxe. On l'imprima en latin et en s u é d o i s , afin q u ' o n pût au c o m m e n c e m e n t dire la messe dans les deux langues, et q u e , lorsqu'on y serait a c c o u t u m é , on n'employât dans ce culte q u e la langue latine. On avait engagé l'archevêque à m e t t r e son nom à la tète de la préface de la l i t u r g i e , comme si elle e û t été son p r o p r e ouvrage.
y

1576.

Le roi envoya Pons de la G a r d i e , français de nation , et Fectenius , p o r t e r au Pape la nouvelle liturgie. Fectenius périt dans un naufrage; Pons de la Gardie se sauva et continua son voyage en Italie. Cependant les ecclésiastiques de Stockholm à q u i le roi avait c o m m a n d é de dire librement leurs sentimens s u r la l i t u r g i e , la censurèrent par la bouche d'Abraham, recteur de l'école. Le roi irrité contre eux , leur enjoignit de se tenir dans leurs maisons, et les priva de l'exercice de leurs fonctions, lis lui présentèrent une requête dans laquelle ils en a p pelaient à l'assemblée générale de l'église de Suède.
1577.

En effet le clergé de toute la S u è d e , excepté celui des états de Charles, frère du r o i , s'assembla pour décider cette affaire. Le plus grand n o m b r e persuadé par l'archevêque d'Upsal et par l'éxèque d'Arozio, se déclara p o u r la liturgie. On examina si l'Eucharistie est non-seulement s a c r e m e n t , mais

1 1 0 DÏSS. XIIT. ART. V.

UNIFORMITE ABANDONNÉE,

encore sacrifice. La dispute fut vive : l'évêque de Lincopen et Abraham prenaient le parti des Évangéliques ; les autres évéques soutenaient celui des C a t h o l i q u e s , et prouvaient leurs s e n t i m e n s p a r u n e infinité de passages de l'Écriture sainte et des Pères. Le roi lui-même apportait b e a u c o u p de preuves semblables, p o u r m o n t r e r q u e la messe était un sacrifice non sanglant. L'évêque de Lincopen , et presque tous ceux de son p a r t i , se rendirent à l'avis du roi. Mais Abraham se joignit aux prédicateurs de Stockholm et au clergé du d u c Charles , et ils attaquèrent tous ensemble la liturgie avec plus d'aigreur q u e jamais. C'est p o u r q u o i le roi les dépouilla de leurs bénéfices et les exila. Les ordres séculiers du royaume se t r o u v è r e n t à rassemblée de Stockholm , et le roi n'eut pas de peine à leur faire souscrire la liturgie. Le clergé suivit leur e x e m p l e , et on résolut de p u n i r c o m m e séditieux q u i c o n q u e s'opposerait à ce qu'on venait de faire. On vit paraître dans la suite un grand n o m b r e d'écrits p o u r et contre la nouvelle liturgie. Un des plus remarquables est celui où ses défenseurs font parler le d i a b l e , p o u r exhorter les Suédois à se révolter contre les sentimens c a t h o l i q u e s , et à soutenir la confession d'Ausbourg. Il était bien naturel que le diable qui avait conseillé à L u t h e r de rejeter la liturgie c a t h o l i q u e , maintînt son ouvrage. Les ennemis de la liturgie faite depuis peu , l'envoyèr e n t à l'université de W i t t e m b e r g , d'IIermanstadt, de F r a n c f o r t , et de Leipsick, qui la désapprouvèrent comme favorable au papisme. Cependant Pons de la Gardie revint de R o m e , suivi bientôt après d'Antoine Possevin , j é s u i t e , légat d u Pape Grégoire XIII. Possevin , p o u r ne pas paraître d'abord revêtu d'une dignité qui aurait pu déplaire à la plupart des Suédois , entra à Stockholm en qualité d'orateur de l'empereur. Il salua le roi et la reine de la part du Pape , présenta au roi la

LITURGIE SUÉDOISE,

III

lettre de Grégoire XIII , e t lui témoigna q u e le Pape était charmé d u dessein q u e le roi avait de rétablir la religion catholique en S u è d e , mais qu'il ne pouvait s'empêcher de désapprouver la manière dont il l'exécutait: qu'il lui conseillait donc de ne plus dissimuler et de se déclarer ouvertement catholique.
t579.

L'archevêque L a u r e n t se repentait alors d'avoir souscrit la l i t u r g i e , e t d'avoir reçu p o u r récompense la dignité archiépiscopale. II fit voir au roi que la liturgie n'était ni catholique ni l u t h é r i e n n e , qu'elle scandalisait également les deux partis , et qu'elle était la cause de tous les troubles élevés dans le royaume. L a u r e n t se réconcilia secrètement avec les ennemis de la liturgie , et m o u r u t quelques temps après. Les catholiques profitèrent de sa mort p o u r avancer les affaires de la vraie religiou. On dit même que le r o i , convaincu par les raisons de Possevin , abjura l'hérésie et fut réconcilié à l'église romaine. Il donna l'archevêché d'Upsal à André L a u r e n t , évèaue de Vexio, et l'évêché d'Abo à E r i c , recteur de 1 école d e Geval. Ces deux prélats n'étaient pas catholiques, mais ils étaient zélés défenseurs de la liturgie.
1583. — 1584. — 1585.

La reine Catherine m o u r u t c e l l e a n n é e i 5 8 3 , e t les affaires de la religion catholique changèrent de face. Les catholiques ayant c o m m e n c é à faire imprimer la liturgie en latin seulement et sans n o t e , ils n'achevèrent pas cette impression. On leur défendit de s'assembler, et on leur o r d o n u a de suivre la religion c o m m u n e de S u è d e , sous peine de banissement. lis continuèrent p o u r t a n t leurs exercices de religion dans les terres de Sigismond , fils du roi. Ils T'ouvrirent même l'église qu'ils avaient à Stockholm, et q u i avait é t é fermée p e n d a n t q u e l que temps.

lia

DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITE ABANDONNEE. 1589.

On continua d'écrire au sujet de la liturgie. Ce fut alors qu'on en fit u n e nouvelle édition, d a n s laquelle on ne laissa q u e les textes suédois et latins sans préface et sans scholie.
1590. — 1592.

Le roi prenait toujours le parti de la liturgie avec tant de c h a l e u r , qu'il fit mettre en prison les p r o fesseurs et les chapelains de Stockholm qui osèrent l'attaquer. Il m o u r u t q u e l q u e s années a p r è s , et le duc Charles, gouverneur du r o y a u m e , assembla les états qui abolirent la liturgie , et r e n o u v e l è r e n t l'observation de la confession d'Àusbourg. T o u t ce qu'on vientde voir dans les deux derniers p a r a g r a p h e s , est tiré principalement de deux a u t e u r s fort versés dans l'histoire de Suède. Le premier est Jean Messenius, professeur en droit à Upsal et assesseur de Stockholm, qui a donné sa chronologie des trois royaumes du Nord en neuf t o m e s , q u ' o n a imprimée en un seul volume in-folio à Stockholm en 1 7 0 0 , sous ce t i t r e : Scondia illusirata seu chronologiu de rébus Scondiœ hoc est Suecice, Dciniœ, Norvegiœ. Le second a u t e u r est Puffendorf, q u i est e n t r e les mains de tout le monde , et qui a suivi assez exactement Messenius , dont il avait vu le manuscrit. Au reste Messenius a écrit son histoire avec tant de désintéressement et de sincérité, qu'on ne pouvait , en la lisant, découvrir quels étaient ses sentimens sur la religion. Mais il les découvre fort clairement dans la préface du neuvième tome i m p r i m é , comme le reste de l'ouvrage, à Stockholm en 1 7 0 3 . Il y examine de quelle manière la Scandinavie avait embrassé la religion chrétienne , et il y propose cette question i m p o r t a n t e , si ce pays n'avait reçu la vraie religion que depuis le temps de Luther. Il y fait voir qu'il est également absurde de dire q u e la vraie religion , après avoir subsisté pendant les premiers siècles de l'Église , ait été ensuite abolie ,

LT R I S É OS . I U GE U D I E

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ou de dire qu'elle fut renfermée dans le cœur de quelques Chrétiens inconnus au reste des hommes. Si la religion a été détruite , Jésus-Christ a donc trompé l'Église, en lui promettant que l'enfer ne prévaudrait point contre elle. Si l'Église a été cachée de telle manière qu'elle oit été renfermée seulement dans le cœur de quelques Chrétiens, elle n'est donc pas cette ville posée sur une montagne , ou cette lampe mise sur le chandelier pour être vue de tout le monde. Messenius montre encore qu'il est non-seulement impie, mais même absurde de dire que tant de personnes illustres par leurs miracles , que tant de martyrs, de confesseurs , de docteurs fameux qui Avaient paru dans le Nord avant le seizième siècle , aient été des imposteurs. Il sait que les évangéliques W ne mauquent pas d'adopter des argumens pour tacher de soutenir leur cause , mais il reconnaît qu'ils ne sont pas capables d'arrêter un homme prudent qui aime son salut ; c'est pourquoi il conclut • cette préface en déclarant son attachement pour l'église dont il avait reconnu la vérité, et en rétractant quelques écrits qu'il avait composés contre elle. C'est dans le même neuvième tome , qu'après avoir parlé des Saints qui avaient répandu la bonne odeur de Jésus-Christ en S u è d e , il nous apprenti que de son temps quatre hommes distingués
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(a) Nec desunt evangelicis argumenta quibus suam conentur tueri rausam; qu;jc tamen non sunttanti valons, ut hominem pnidentemet suai amautein salutis, à sententia catholicorum possint dimovereOuaniobrem et ego his coram Deo et imindo profite or universo , mecredere romanàni ecctesiam, quam cathotici hndie confitentur, fuisse acesse unani sanctam, apostolicain, œcumenicam , visibiIcin et à qualibet inteineratain honresi; ideoque neminem posse hoininum, extra ilfam salvarî. (I)) De quatuor viris, scilicet Petro Laterna , Petro Erïcio , Zarharia Anthelio etGeorgio Bersioqui ECVO prrcsenti protide calholk-a niortem in Suecia constantissimè oppetere non dubitarunt. Sicut etiam de VÏII aliis patientîsc non defraudandis encomto alhtetts quorum nliqui pro eadem non mortem quidem sed diuturnos c-areeruni sqnalores, nonnulli acerbissimos equuleorum miciat U 5 , reliqui utros(|ue invictîssimis animis toleraniut, et bis vorantur no.ninibus: Jobaunes Josuela, M. Laurentius Borlangius, M. CaT

4.

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DISS. XIIÎ.

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U IO MT A A D N É . NF R I E B N O N E

avaient souffert la m o r t pour la foi c a t h o l i q u e , et q u e h u i t autres , au n o m b r e desquels il se met, avaient souffert la prison et beaucoup de tourmens p o u r le même sujet. Il est remarquable q u e ces faits soient imprimés à Stockholm même. Cette franchise ne donne-t-elle point lieu d ' e s p é r e r , q u ' o n sera enfin efficacement touché d'avoir a b a n d o n n é la religion de tant de Saints, qui avaient illustré la S u è d e , et de n'avoir rejeté la liturgie d o n t nous parlons , q u ' à cause qu'on la croyait trop p n p i s t i q u e , c'est-à-dire, trop semblable à celle qu'on avait avant L u t h e r . Ce qu'on en disait douze ans après qu'elle eut été publiée et mise en u s a g e , paraît dans u n acrostiche écrit à la main sur la page b l a n c h e , q u i est derrière le titre de l'exemplaire de M. le cardinal de Rohan. Pasgnillus in liturgiam Upsalice inventus anno 1588 , cum totus clerus ex dicecesi Upsaliensi et Flrosiensi eo esset convocatus per regias lit 1eras t. sept, et Domino Erico in f lieptara ascriptus hoc modo. L. Libertatis. 1. Inimica, etc. Q u e l q u e satire qu'on fit courir contre cette liturgie , il est certain qu'elle était encore en usage a l o r s , et qu'on en fit cette même a n n é e , u n e seconde édition douze ans après la première. Nous avons eu ici cette dernière , par l'empressement qu'avait feu M. Du Fay , de l'amasser les livres les p l u s curieux. Il avait vu l'exemplaire d o n t nous venons de parler, et il eut l'une et l'autre édition par le moyen de M. le baron d ' E s p a r , ambassadeur de S u è d e en France. Cette seconde édition est in-quarto, sans c o m m e n t a i r e e t s a n s préface, ne c o n t e n a n t que le texte p u r en suédois et en latin , sous ce titre:
LlTUHGlA

Lr.LER TIIEN SWONKE MESSE ORD NINGEN PA-

rot us Nilsonius , Erîr.us Andersonius, Joens IJansonius, Johannes .Messenius, IJenrieus i l a i m u e r u s , et Arnoldus Messenius. Tom.% cap. 1G. p»

UTORCfE

SUÉDOISE.

11)

c'est-à-dire, ordre de la messe suédoise, imprimé à Stockholm , 1588. C'est sur ces deux exemplaires q u e irons allons d o n n e r la préface et l'ordre de celle liturgie.

KT i T U T ; T T RC

UTURGIA

SUECANsE

ECCLESIM

Catholicœ et orthodoxes conformis. Stocfdwlmiœ ^ i 5 } 6 . In-foL

E\ccs opposés gui corrompent ta religion des Chrétiens.—Irréligion, vice plus pernicieux que la superstition. par la p r o v i dence d i v i n e , a r c h e v ê q u e d'Upsal, au pieux l e c t e u r , salut en n o t r e Seigneur Jésus-Christ, La négligence des h o m mes, Chrétien lecteur, entraîne misérablement la relisïion des Chrétiens dans les labyrinthes de deux excès opposés qui l'embarrassent et la corrompent. Car, lorsquedespersonnesattachées it leur senti mens particuliers, e n t e n d e n t l'Écriture d'une manière charnelle , et suivent, selon l'exprèssion de l ' A p ô t r e , la lettre sans l'esprit, il faut absolument qu'elles t o m b e n t dans la superstition ou dans l'impiété. Il n'est pas aisé de décider lequel de ces deux viers a p o u r elles des suites
JJAURENT,

dîvinâ providnnid arcldcpiscopus Upsalcnsis > pio tcctori in Christo Dotnino salutem. Duo sunt omnino * Christiane lector , extréma, in quorum labyrintlws Christianorumreligioperhominum oscitantiam incurrem miserahili modo iliiqueata dégénérât, Hamines enim suis ciim indirigeant opmionibus et varia scriplurœdicta , canut fi judicio* ipsamquetitteramsinespiritu, ut Àpostolus totjuilur , sequantur, aut superstitione aut profarntate percent, neeessc est. In qua verb periculosiits versanlur > futud facile 8.
LAUREKTIUS
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I l6 DS . X1U. A V V. U I O MT A A D N É . IS U. NF R I E B N O N E
plus dangereuses. Tous deux les font c o u r i r à leur perte en les éloignant ext r ê m e m e n t du droit chemin ; et q u a n d ils se sont une fois emparés de l'esprit, ils s'y tiennent si fermem e n t , qu'il serait plus facile, selon le p r o v e r b e , de tirer par force des mains d'Hercule sa massue , que d'arracher de l'esprit la superstition qui y a jeté de profondes racines , ou que d'en oter le mal c o n t r a i r e , c'est-à-dire, le libertinage o u l'irréligion. Q u o i q u e la superstition introduise c o m m e saintes et pieuses des pratiques q u e la parole de Dieu bien entendue n'autorise pas , et qu'elle couvre de nuages épais la lumière de la v é r i t é , elle a au moinscela de bon qu'elle n o t e pas la c r a i n t e d e Dieu, et qu au contraire elle répand de plus en plus la terreur dans l'âme des malheureux mortels.
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est diclu, cttm atraque à recta via longius abductos in pcrniciem prœcipitct j utraque mentibus kumanis in fixa cran fucrit adeo pertinajc est j, ut facilius clavum ut aiunt j è manu Ilerculis exlorseris quant rel suprrslitioncm a lté imbulam an'uno exculias , vet profanilatis contrarium malum delcos. Snperstilio au ton liect opinioncm sanctitalis et pictatis in multis prœtcr verbum Dci ejusque verum inteilcelum introducit > ac itteem veritatis mtdtipliciter offuscat , hoc tanien rciinet boni, ut à Dci timoré koniines non abstrahat sed magis magisque miscris morlalibus tremorcm incutiat.

Nouvelle réforme introduite aux dépens de la piété. —Irréligion et libertinage des Luthériens. — .Nécessité de s'opposer à ces désordres.

Verum profanitas , quœ sacra ut profana vepulat , divina liand magni œstiniat eo nomincnocentiorest, qttod ab otnnî timoré et obedienlia sacris rcbus de-

Mais l'impiété qui confond ensemble le sacré et le profane , qui ne fait pas grand cas de ce qui est div i n , est plus pernicieuse q u e la superstition , parce quedétournantlesbommes

LITURGIE SUÉDOISE.

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de la crainte et de la soumission dues aux choses saintes , elle les jette dans une détestable sécurité. O r les théologiens étant obliges de combattre ces deux vices , comme on combat contre deux bêtes féroces, nos prédécesseurs se s o n t fortement élevés contre les superstitions dont la religion était pleine. Mais j e crains que lorsqu'ils ont repris,condamné,détruit toutes les superstitions, ils ne l'aient fait aux dépens de la vraie piété , et qu'ils n'aient livré leurs brebis k l'irréligion , monstre p l u s cruel que la superstition même. Q u o i ? Faut-il d o n c accuser ceux qui p o u r tirer les peuples de Terreur o n t brisé les pièges tendus à lenr conscience, ceux q u i ont aholi les traditions humaines indignes d'être comparées à la parole de Dieu ? Non sans doute. Mais voyez, je vous p r i e , ce q u i est arrivé contre l'attente de tous les gens de bien, Lorsqu'on s'est relâcbésans mesure sur les règles prèscrites p o u r la confession auriculaire , les jeunes , la célébration des fêtes , les empêchemens formés p a r les degrés de consanguinité

bita hommes avertens ^ innefandanisecuritatem conjkiaL Et quia contra utramque lanquam contrasœvasbesliastheologis pugnandum est anteerssores nostri> cùm rcligiocliristianasuperstitionibus plena esset , bellum illis magno animoindixêre.Scdvereorj ubi omnes superslilioncs reprehendevint > damnaverint > suslulcrint , ne ctiam cum jactura venn pietatis id efficlum s//., ac sœviori profanilalis bestiœ oves commiscrint. Quid? Id-nc illis igitur imputandum , qui , ut ab erroribus populum redimerent , injectas conscientiis laqueos solverunl, liumanas traditiones verbo Deinequaquumœquiparandas amputarunt ? Non usque adeo puto. Sed vide > obsecrOj quid prœter bonoruviomnium exspectationcm , evenerit. Dum constitutioncs de conffssione privata > de jejuniis j de observalione dierum festorum , de prohibitione graduum consanguinitatis et afftnilaiis j similesque traditioncs ut libéras ni>

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et d'affinité, et s u r d'autres, traditions semblables ; ces adoucissemens ont élé aussitôt suivis d'un libertinage si affreux , qu'il n'y a personne, quoi qu'on leur dise , qui ne se croie permis de satisfaire ses passions , au lieu de se rendre à des avis salutaires. Les exhortez-vous à se confesser , afin de s'assurer de la sincéritéde leur conversion i\ qui seule l'absolution doit être accordée? Ils s'écrient qu'il ne faut contraindre personne. Leur recommandez-vous l'observation du jeûne ? Us se livrent au contraire aux désirs déréglés de leur ventre. Les invitez-vous à se r e n d r e en certains j o u r s à l'office divin? Ils répondent q u e les Chrétiens sont libres de faire tous les j o u r s indiffér e m m e n t ce qu'ils Veulent. Voulez-vous les dissuader de rinceste?ils soutiennent q u e les traditions n'obligent pas plus dans le nouveau que dans l'ancien Testament. En u n mot , les chevaux e m p o r t e n t le coc h e r , selon le p r o v e r b e , et les rênes neconduisent plus le char. C'est pourquoi comme nos ancêtres ont du combattre les anciennes

mium laxarunt mox sent ta est tant a lient tia* ut quanlumvis réclamas* nemo non sibi concessum palet * suis inclut gère affectibus plusquàm sanis admonition Unis. Ilortaris ad confessionem ut devera conversione , eut sali dcbclttr absolutio * certb constet, vociferantur nnnineni esse cogendunu Commcndas jejuniaj frruntur in contravia guttn placita. Vocas statis diebus ad. sacra rrspondent liberum esse Christianis quovis die qu id v is a gère. D iss ttades incestum , cou tendant traditionibus komines plus non alligari in novo quàm in veteri Tesiamento. Qtiid multisPFerturer/rtis auriga ut aiuntj nec audit cttrrus kabenas. Quare ut antecessoribus nostris con ira supers t it ion es pugnandum fuit * ita nohis cum sœviore profanitatis bestia bclligerandttm est , et qu'idem magno apparatu et vigilantia ne iota verœ religion is specics aliquando exilaguatur et ne sacrum ministerium > ut ab Anabaptislis cl sas 9

LITURGIE SUÉDOISE.

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superstitions, n o u s devons cramenti contemptorlde même déclarer la g u e r r e bus* iia et ab omnibus àl'irréligion, m o n s t r e plus tandem contemnatur , cruel. Cette guerre doit être dum libère et ut cuivis flûte avec d'autant p l u s d e placuerit vel sacra tracsoin et d'application , qu'il tent et administrent, vel est à craindre qu'à la fin audiant et usurpent. les dehors de la religion ne s'évanouissent, et q u e le ministère sacré méprisé déjà par les Anabaptistes et par ceux qui rejettent les S a c r e m e n s , ne le soit aussi de tout le monde , pendant q u e chacun suit sa fantaisie, soit p o u r administrer, soit p o u r recevoir les choses sacrées.
s

Luthériens trop adonnés aux œuvres de la chair pour retourner jamais aux pratiques superstitieuses.

Quand nous rétablirons des exercices de piété et des règlemens utiles , qui ont été peut-être mêlés autrefois de quelques superstitions, le peuple ne retournera pas p o u r cela à ces superstitions abolies. Nous n'avons pas lieu de craindre ce malheur : on p e u t aisément le prévenir par des instructions solides et des pratiques conformes à la vraie piété ; et q u a n d ces instructions et ces pratiques cesseraient , l'irréligion s'est emparée si fortement des esprits, q u ' o n ne doit pas a p p r é h e n d e r q u e quelqu'un devienne jamais trop dévot. En u n m o t , rien n'est moins à c r a i n d r e ; le peuple accoutumé aux vols, à la débauche et à

Nec est quod vereamur* si exercitia pielatis * utilcsque conslitutiones , quibus oiim fortassis aliquid superstitiosum adkœserit * in tisum reduxerimus , populum ad abolitas rcversarum superstitiones. Nam et doclrina et vero usu id mali rectissime avertitur: quœ si cessaverint * in tantum nunc animos occupavit profanitas * ut non metuas quemquam nimium fore devotum. Imo nihil minus vereare* quant pris* tinos superslitionum errores populus recipiat * rapinis, helluationibus * libidinibus et aliis vitiis plurimis assuetus. Hœc siqnidcm cmn illis ex

iao nrss. x m .

A T V U I O MT A A D N É * H . . NF H I E B N O N E —

beaucoup (Vautres crimes, n e r e p r e n d r a pas ses anciennes superstitions,puisqu'elles leur sont diametm* lement opposées , et qu'il est bien plus difficile de d é t o u r n e r la chair des œilvres de la c h a i r , q u e l'esprit de certaines attaches. J / h o m m e est c h a r n e l , et la chair combat contre l'esprit. D'où il s'ensuit que nos prédécesseurs auraient conservé plus de piété dans le clergé et dans le p e u p l e , s'ils eussent eu plus d'égard aux lois et à la discipline de l'Église. Car les canons prescrivent au clergé des régies dont l'observation le rendrait l'exemple et le modèle des simples fidèles; et si nos prédécesseurs se lussent contentés d'en retrancher les superstitions , ils auraient laissé aux prêtres des pratiques de piété louables et édifiantes.
Coutume dejedaer en certains jours, de priera certaines heures, observée par tes Apôtres et abolie par les Luthériens. — Utilité et nécessité des lois ecclésiastiques et des cérémonies.

diametro pugnant * et longe diffteitius esse deprehendas ^ carnem à carnalibtis operibns arcenquant spiritttm à spirilnalibus. Homo enim carnalis est , et caro concupiscit adversns spiriltnn. Si iiaqne magh ecclcsiasliccc disciplinœ normis prœdecessorcs nos/ri prpercissent , et elevum et piebem majori pietati reserrassent. Ut enim iypus et forma plebis clcrus esse debeat , ila et clcrum canones rexerunt > quos ciunab onmi superstitionc pttrgassent , piHatis exercitia sacrrdottbus décora re* UquUscnt.

Constat apostolos eorwnqne disciptdos consuetudinem certis diebus jejmu/ndi > certisque horis precandi à majoribus acceptant observassc, quam somme necessariam esse et ttlilissimam , tum prœrrplo , tum exempta Christi
9

11 est certain q u e les Apôtres et q u e leurs drscipies ont observé la coutume d é j e u n e r en certains jours et de prier A certaines heures , comme ils l'avaient reçue de leurs ancêtres, Instruits n o n seulement par le c o m m a n d e m e n t et l'exemple de Jésus-Christ,

LITURGIE S

mais encore par l e u r p r o pre expérience , ils o n t rendu témoignage à l'utilité et à la nécessité indispensable de ces saintes pratiques. De quel front avonsnous donc rejeté ces sortes de règles de la vie chrétienne, que l'Église nous a enseignées et recommandées ? Fallait-il p o u r éviter u n e vaine confiance en nos bonnes oeuvres empêcher la piété d'agir, et d é t r u i r e les règles mêmes ? M a i s , dira quelqu'un , Dieu n ' a p prouve la piété q u e lorsqu'elle est volontaire. Je réponds q u e les exercices de piété ne sont établis q u e pour les faire embrasser volontairement, p o u r empêcher q u e celte piété volontaire ne s'évanouisse un jour, et m ê m e p o u r y accoutumer de plus en plus les gens de bien. En effet qui pourrait se flatter de retenir long-temps les h o m mes dans l'es bornes de la piété sans le secours d'aucune loi ? Ceux qui après avoir rejeté les anciens canons , sont contraints de faire de nouvelles o r d o n nances , témoignent assez par cejte conduite m ê m e , que l'Eglise ne peut pas se passer de cérémonies et de

propriaque necessiludinis cdocli experieniiâ * testait simL Cad ergo fronie ejusmodi cfiristianœ vitœ régulas ab ecclesia nabis tradilas et commevdatas repudiavimus ? An quia propter faisant operis peracli fiduciam * univer&am pictatis operationem * ipsasque rcgtdas delevisse oportuit ? Al dicat quis , non nisi spontaneam Deus approbat pietatem* Respondeo. Exerciiia pictatis ideo proponuntur * ut homines ea sponte sequantur* ne spontanea illa pietas aitquando oblivioni iradafur* inw ut ad illam homines pii magisfjue assuefianLSed quis est qui Iwmanumgenussinc alla disciplina) norma intra metas pielalis dià $eretinuisse gtorietur ? Ipso facto fatenltir , qui , ciim veteres canones abjecerint , vovas ordinationcs institucre coguntur y ceremoniis cl Vivendi regulis ecclesias carere non posse. Homines enimsine pnreept ion ib us ad m on il ion es nudas facillhnb aures tramvolare permit t uni ,

12*

DtSS. XIU. ART. V.

UNIFORMITE ABANDONNÉE.

et non castigati , fiant securi et athci, in quibus postea instiiuendis, Iiaudplusefficics, qttàm si surdo narrares fabutam. Quapropler Patres et veteres ecctesiarum antistites tam clero quàm plebi suas vivendi agendique normas prtidenter prœscripserunt , vera pictate ttterquc ali* quando cxciderel. Quibm vcgleclis aut abolitis perpauci ntmc reperiunturcuminclerotum in plèbe > qui jejuniomm* prccum castimoniœ et similium pietalis opcrum exerciliis tdtro sese dcvoroit > sine quibus tamen christiana admodttm frigetreligio. lmo bis piis aclionibns omissis ut aliquid agant , dise tint maté agerc > et contrariis assuefiunt vitiis , nempb hefltialionibiis, maledictu * libidinibus et similibus flagitiorum operibus.
3 3

règlemens. Q u a n d o n ne d o n n e point de lois aux h o m m e s , de simples avis ne font point d'impression s u r e u x ; q u a n d on n'en vient pas j u s q u ' à leur imposer des peines p o u r leur correction, ils tombentdans la sécurité et dans Pathéism e . S'appliquer après cela à les i n s t r u i r e , autant vau* cirait parler à un sourd, C'est ce qui a p o r t é nos ancêtres et les anciens évêques à prescrire avec prudence au clergé et au peuple des règles d e vie convenables à chacun , de p e u r q u e l'un et l'aulre ne déchût de la vraie piété. Le m é p r i s et l'abolition de ces lois s o n t cause q u ' o n ne trouve presque p e r s o n n e , soit dans le clergé , soit parmi le peuple , q u i se dévoue de s o i - m ê m e aux j e u n e s , à la prière , à la chasteté et à d'autres semblables exercices de p i é t é , sans lesquels néanmoins la religion chrétienne est languissan le. Que dis-je? A près avoir a b a n d o n n é les œuvres de p i é t é , ils a p p r e n n e n t à mal faire p o u r s'occ u p e r , et ils s'accoutument a u x vices c o n t r a i r e s , c'est-à-dire, à l'ivrognerie, à la m é d i s a n c e , à la débauche et à d'autres crimes pareils.

LITURGIE SUÉDOISE.

Is3

Actions extérieures de piété inséparables de la piété m ê m e , lorsqu'elle est solide.—Cérémonies, partie considérable de la piété.

Quelqu'un m'objectera peut-être ici cette parole de Jésus-Christ. Us ont Moïse et les prophètes , (puis les écoutent. Voici ma réponse. J'avoue que la loi et les prophètes suffiraient pour exciter , pour exercer et pour conserver la piété. Mais parce qu'il y a (les personnes qui par leur propre opinion croient n'être plus assujetties à la loi et aux prophètes, don telles bornent la durée au temps de saint Jean, etqui changent une liberté toute spirituelle en une toute charnelle, on a besoin d'un règlement qui les ramène aux anciennes pratiquesde la piété, non pour leur faire obtenir par ce moyen la rémission de leurs péchés et la vie éternelle, qui sont accordées gratuilement à ceux qui croient en Jésus-Christ, mais pour les faire obéir à Dieu et conserver la grâce que Jésus-Christ leur a oblemie. W Car si le juste , dit saint Pierre , sera sauvé avec tant de peine , que deviendront les impies et les pécheurs? W Saint Paul
(a) /. Pelr. l?\ 18.

Sed hic mihi forte alu guis objiciat dicttim Chrisli : liaient AJosen et prophetas * audiant illos. llcspondro. Lrx et prophetœ * falvor , ad omnempivtalem excitandam * exercendam a (que conservandam omnino sufficerent. Sedquoniam ab eorum obedienlia se liberatos suaple opinione* homincs gloriantur * et tegem ac proplietas usque ad Joanncm interpretanlur, spiritua* lem Uberialem in carnalem commutantes : nova quasi disciplina opus est* qita homincs ad veterttm prœceptorum pietalis obseivalioncm redigantur. Non ut pecca* torum rcmissionem et vitamalentamhocpaclo impetrcnt * quai credentibus in Clirislam gratis donantur. Sed ut Deo obtempèrent *ct gratiam per Chrislam impctraiam retineanl. Nom si justus* teste Pctro^ vix satvabilur * impius et peccator ubi parebvnt ? Eldirus Pau/us inqttit ; Pietas adomuia prodcsl,
3

(J>) /. Ton, l?\

«.

DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNER.

promissionem liabens prœscntis et futurœ vitœ Pictatcm vocanl quœ ex corde pro/iciscilur * et per omnia membra* interiora et exteriora sese exerit * ac couvcnienlibus concordantibusque oris * oculorum * manuum, pedumque gestibus declaratur et in actioncs pias erumpit. Nam cujus hominis extern a membra nu liant pictatcm ostendunt , anne Iwjus cordi veram inesse pictatcm rectè dixeris ? Ex abundantia cordis profectb os loquitur oculi torquentur * manus * pedesque gestiunt. Magna siquidem pars pictatis in ccremoniis situ est. Cum Dca non solum corde * sed et manibus ac pedibus sit serviendum. Undè D. Paulus hortatur * ut oraniespuras lèvent manus.
3 y

dit aussi q u e la piété est utile à t o u t , q u e c'est à elle q u e les biens de la vie prés e u l e , et ceux de la vie future o n t é t é promis. U parle de la piété qui p a r t du c œ u r et qui se fait connaître p a r tout ce qui compose l'homme intérieurem e n t et e x t é r i e u r e m e n t , qui se manifeste par la contenance réglée et uniforme de la b o u c h e , des y e u x , des pieds et des m a i n s , et qui se répand vivement en bonnes œuvres. Car p e u t - o n dire q u ' u n h o m m e ait dans le c œ u r une vraie p i é t é , lorsqu'il n'en d o n n e aucune m a r q u e extérieure. C'est assurément de l'abondance d u c œ u r q u e la bouche parle , c'est du c œ u r que partent les mouvemens des yeux ; les gestes des pieds et des mains en partent de m ê m e . On ne peut disconvenir q u e les cérémonies ne fassent une partie considérable de la religion ,

puisqu'il faut consacrer nu service de D i e u , non seulement son c œ u r , mais encore ses pieds et ses mains. C'est p o u r cela que saint Paul exhorte les fidèles à élever dans leurs prières des mains pures.
Liturgie rétablie dans une forme plus conforme à la piété. — Motifs de ce rétablissement.

IIos enim pictatis gestits nimium neglec-

Or comme la négligence des actes extérieurs de re-

LITURGIE SUÉDOISE.

tâ5

ligionacauséla ruine d'une to$*eteum Mis magnum partie considérable de la pictatis portioitcm colpiété. nous voulons que le lapsam , ut clirus priclergé en renouvelle Tu- mum in tisum revocct * sage, principalement dans prœsertim circa sacral'administration de la cène tissimœ Canœ Domini du Seigneur. Dans cette administraiioncm * lias vue nous avons cru devoir commonefacliones de donner aux prêtres les a ver- orationibus ac plis gestissemens suivans , tou- tibus saccrdolibus celcchant les prières et les cé- braturis proposuimas > rémonies, nous avons ré- ac dévotiorem liturgies tabli la liturgie dans une formant restiluimus * forme plus convenable, et semolis Us quœ à vero nous en avons retranché sacratissimœ canœ usa ce qui paraissait étranger aliéna videbantur , nil à la vraie manière de célé- nisi gloriam Dei debibrer la cène. Nous n'avons tasque Dco graliarum cherché en cela qu'à con- actioncs et laudes quœtribuer à la gloire de Dieu, à rentes* ut recordationevt lui rendre les actions de unicisacrificiià Christo grâces et les louanges qui Domino nostro in ara lui sont d u e s , et à taire en crucis semet ad perpesorte que les prêtres se tuam humani generis conformasse!! t à l'intention redemptionem * peracti que le Fils de Dieu a eue (cujtts rei gratid sacraen instituant une action tissima sacrameuli huaussi sainte que la cène , jus actio ab ipso Filio cest-à-dire , qu'ils renou- Dcibutituta est) sacervelassent vivement' dans dotes populo cchementiùs l'esprit des fidèles , la mé- imprimant * el ad revemoire du sacrifice unique rendant lanlo saeraoffert par notre Seigneur mailo dignam ctcrus Jésus-Christ sur l'autel de quem plebs ut lypum la croix , pour la rédemp- imilabilur omnes inlion perpétuelle du genre ritet. humain, et que le clergé dont le peuple suivra l'exemple , excitât tous les
M 9

liG

DIS*. \ ! l t . AUT, V.—UNIFORMITE

ABANDONNÉE.

simples fidèles, au respecl q u e mérite u n si grand sacrement. Sacramentaïres, profanateurs de la cène. Ciim igitur ad resisLe motif de nos exhorIcndum projanationi talions est d'empêcher la sacratissinvc aclionis profanation de celte achujtts* quant Sacramen- tion très-sainte. Les Sacratarii {quorum conta- mentaires ont r é p a n d u ce gione ne inficiamur , et mal dans beaucoup de pays; nobis Suecis ac Gothis et n o u s devons prendre animadvcrtcndnm est ) g a r d e , n o u s autres Suédois in mu II h regionibus et G o t h s , d'être infectés de proh dolor ! spargunt leur contagion. C'est ce qui liœcommunefactiones di» doit faire a p p r o u v e r notre rectœ sint > piis menti- zèle de tous les gens de bus hoc studiumnostrum bien. Nous les exhortons gratum esse débet. Et d e tout notre c œ u r a pren* ut hancnoslram operam d r e en b o n n e part notre dextre intcrprvtari vc- travail, k ne point s'arrêter tint j, ac nultis quorum- aux railleries de quelques dam caviflationibus > personnes attachées à leurs qui suas sequuntur opi- propres opinions , à leurs nioncs > suspicioncs et s o u p ç o n s , à leurs réflexions scruputosas contempla- pleines de s c r u p u l e et de tiones [idem adhibeant. défiance, mais p l u t ô t à s'ajv Sedpirtati conserrandiv pliquer comme n o u s avec et augemhv vobisann soin et avec joie à la consumma diligentia et ata- servation et aux p r o g r è s de critate incombant > ont* la piété. nés sedulb hortamur. Injustice de ceux qui s'opposeront ù ta liturgie. Scimtfs enim non deJe sais qu'il se trouvera futuros j qui hune nos-* des hommes qui décrieront trumconatunii ut non notre zèle et q u i l'accusecatholicu/n , vel etiam vont de n'être pas catbolihaud apostolicum diffa* q u e , et d'être m ê m e opmabunt. Nam quis adeo posé à l'esprit apostolique. felix exstitit unquam > Car qui a jamais été assez
3 s

LITURGIE SUÉDOISE.

1*7

heureux q u e de plaire à tout le m o n d e ? Le caractère de b e a u c o u p de personnes est de n ' a p p r o u v e r et de n e souffrir q u e ce qui est conforme à leurs vues et à leurs sentimens particuliers. Mais c o m m e on ne peut pas fermer la bouche à tout le m o n d e , contentons-nous de voir que notre ouvrage n'est contraire ni à l'Écriture ni à la droite raison. C'est ce qui nous lait espérer q u e , par la grâce de D i e u , il n e btra pas inutile. Cependant qu'on dise ou qu'où pense ce qu'on voudra , n o u s sommes tranquilles et prêts néanmoins , scion l'avis de saint P i e r r e , M à r é p o u d r e i\ tous ceux qui nous demanderont raison , et nous croyons l'avoir déjà fait en peu de mots dans cette préface.

ut omnibus salisfeccril? Mullisiquidetn eoanimo sunt * ut niltil probent aut ferant * nisi quod ipsorum conlemplalioni* et singularijudicioconsentaneum fuerit. Cum vero silentium omnibus nemo impouere queat, contenti simus * quod conatus nosltr à sacra seriplara et bonis rationi h us non dissenliat , que m ideo non fore irritum in Domino recte speramus.Interimsecuri quid quisque ioqualur et judicet : paraît tamen ut D. Parus monct, ad respondendum unicuique rationem poscenti* quod et in kacprœfatione brevilcr fa c tum esse arbiiramiu\
A

Remarques insérées dans la liturgie et pourquoi. — Conformité de Ja liturgie avec celle de l'ancienne église.

C'est p o u r cette même raison q u e nous avons inscré dans notre ouvrage un grand n o m b r e de remarques pour instruire le lecleur ignorant qui se trouverait embarrassé , e t Pempécher de croire et de sui\re ceux qui p o u r r a i e n t
it) L Petr. III. 15.

Cujus ni gralià etiam scholia copiose et abundanier inlerjccla sunt * ut leciorem imperitnm et ambigenicm erudiant * admoneantque * ne in aliumsensum verba textus si*>e latina sice suetica forte distra-

1^8

DISS.

XIII.

AUT.

V.-

• NF R I É A A D N É . U I O MT B N O N E
d o n n e r un sens opposé au texte latin ou suédois. Le lecteur doit observer que ce ne sont pas ici des constitutions inventées seulem e n t par les Pontifes rom a i n s , mais q u e ce sont des pratiques observées autrefois par la sage antiquité et par l'église o r t h o d o x e , qui p o u r aider non la superstition , mais la dévotion solide , n'a rien omis de ce qui pouvait c o n t r i b u e r au respect dû au saint ministère. C'est p o u r q u o i j'avertis toutes les personnes de piété de s'y s o u m e t t r e , et de se réjouir de la conformité qui se trouvera entre nous autres Suédois et l'église ancien ne et orthodoxe; je les conjure de contribuer au progrès de la piété , de l'aider chacun selon son état, et de la conserver inviolablement. Adieu, Chrétien lecteur.

fientibu* obtempcrct et obsequatur. Vident quoque lector non esse novas constitutiones à romanisponti/icibussolummodo excogitatas > sed sapienti antiquitati et ortlwdoxœ ecclesiœ usitatas j quœ non superstitionibus, verum pietati ex anima et gravi judicio inserviens .» nihil omisit quod ad rêverentiam erga sacrum ministerium pertinerejudicabat. IIœc ciun ita sint omncs pios iterum atque item m moneo , ut his aqniescant > gaudeantque nosSuecos hoc modo veteri orthodoxœ et catliolicœ ecclesiœ Dci , quantum ficri potest, in tanta christianx religionis perturbâtione , nostrique scruli errare ^ conformes statui ; ac promotioni pietatis lo~ cum dent, eamque suo quisque loco adjuvet et perpétua eonserret. Vale , Christiane lector.

Comnwnefactiones de Avis touchant les prières orationibus ante initium q u e le p r ê t r e doit faire missœ à Sucer dote cele- avant q u e de célébrer la braturo dicendis. messe.

LITURGIE SUEDOISE.

12$

De la préparation du préDe prœparatione. saIre, qui doit être faite se- cerdotis , pro opportnIon le loisir qu'il aura avant nitate ipsius (acienda que d approcher de l'autel, anteqaam ad altare accédât. Comme les mystères de Cwn divina et tre* la très-sainte Eucharistie tnertda sint mysteria sasont divins et terribles, le crosanctœ Eucharisties * prêtre qui se dispose à les sacerdos celebratutus célébrer, doit faire durant aliquantumteinporis triquelque temps des prières buat piis oraiionibus * pieuses, par lesquelles il se qnibus seadtanti sacrapréparera à remplir le m i - menti ministerium penistère d'un si grand sacre- ragendum prcpparabtt. ment. Il récitera donc , se- Proopporlunitate igitur Ion le temps qu'il aura, ou temporisa vel domi sucs dans sa maison , o u dans vel in templo > seu loco l'église, o u dans le lieu où ubi celebraturus est , il célébrera, les psaumes et sequentes dicat psalmos les prières suivantes. et orationes.
9

Ex Psalmo LXVI. Introibo in domum tuam D o mine in holocaustis , reddam libi vota raea quœ distinxerunt labia mea. AtfTiPHONA.. Ne reminiscaris Domine delictanostra vel pare n tum uostrorum , neque viudictam sumas de peccatis nostris. Deinde dicuntur sequentes PsahnL Psal, LXXXIV. Quàm dilecta tabernacula, etc, Psal. LXXXV. Benedixisti D o m i n e , etc. Psal. LXXXVI. Tnclina au rem tuam , etc. Psal. CXV1. Credidi propter , etc. Psal. CXXX. De-profundis clamavi, etc.. Psalmis iectis repetitur Antiphona. Ne reminiscaris , etc. Deinde dicit sacerdos Kyrie eleyson, Chris te eleyson, Kyrie e l e y s o n , Pater nos t e r , etc. Postea subjicil sequentes versiculos qui digni sunt ut oinni momento, omnium in ore et corde versen» 49

ï3o DS . XIII. A T V U I O MT A A D N É . IS R . . NF R I É B N O N E
tur : Ego ilîxi , Domine miserere m e î , sana anim a m meam , quia peccavi t i b i , etc. Sequuntur orationes ad Deum , ut spiritu sancto corda nostra rcnovet , vivificet et sancti/îcet. Digna m c m o r i â e s t voxEcclesiœ, quœ auditorem a d m o n e t , non solùm de naturae nostra; ceecitate et iufirmitate, sed etiam de necessaria gubernatione Spiritùssancli. Sic enîm Ecclesia in q u o d a m hymno de Spiritu sancto c a n i t : Sine tuo n u m i n e , niliil est in h o m i n e , nihil est i n n o x i u m . l i a n e vocem ila nobis subjiciamus , a t q u e a p u d a n i m u m p r o p o n a m u s , ut semper sonet in a u r i b u s nostris , et m i n q u a m non , etiam aliud agentibus , occurrat. Siquidcm crcbra bujus sententirc repetitione et meditalione illud cfficiemus atque a s s e q u e m u r , u t e t m i s e r i a m natura? nostnc aguoscamus , et à Deo ardentibus votis p e t a m u s , ut Spirilus ipsius b o n u s nos u t ( ) errantes oviculas in viam rectam d u c a t , vivifîcetet sanctificet. I. Aures tuce pietatis , mitissime D e u s , inclina precibus nostris, etc. IL Deus cui omtie cor p a t e t , etc. I1L Qre igne sancti Spiritùs , etc. IV. Mentes n o s t r a s , etc. V. Adsit nobis , etc. VL Deus qui corda fidelium , etc. VIL Conscientias nostras qua»sumus visitando purifica, u t veniens D o m i n u s nosler Jesus-Christ u s , etc. Sequuntur orationes dicendœ cùm celebraturus induitur sacris paramentis. Exue m e Domine veterem hominein c a u i m o r i b u s e t actibus suis ( Coloss.ui.): et indue me novum homincm , qui sccundùm Deurn c r e a t u s e s t , in justifia et sanctitate voritatis. CÙ//2 lavât manus : Largire nobis quoesumus Domine , ut sicut a b l u u n l u r , etc. An A D M I C T U M : Caput meum , h u m e r o s ineos et
a

(a) Tanquam.

LITURGIE SUÉDOISE.

l3l

pectus m eu m Domine-, Spirilûs sancti gratiâ protège, tibi ad serviendum Deo viventi et regnanti in secula. A D À L B A M : Deallba me D o m i n e et munda cor meum , ut in sanguine agni m u n d a t u s gaudiis perfruar sempiternis. An C I N G U L U M : Praecinge m e D o m i n e cingulo puritatis, e t extingue in lumbis meis h u m o r e m Hbidinis, u t maneat in me virtus continenlicc e t c a s titatis. Ao M A N I P U L U M : (a) Merear D o m i n e in lacrymîs seminare, u t te propitiante c n m exsultalione metam, et p o r t e m manipulos meos. ( ) A D S T O L A M : Stola justitiaeet i m m o r t a l i t a t i s , q u a m perdidiin praevaricatione primi p a r e n t i s , circtimda Domine cervicern meam , et a b omni corruptione peccati purifica mentem meano. A D T U N I C A M E T D A L M A T I G A M : I n d u e me Domine vestimento salutiset lœtitio?, e t i n d u m e n t o justitise circmnda m e semper. A D P L A N E T A M S E U C A S U L A M : I n d u e me Domine ornamento humilitatis , caritalis , et p a c i s , ut u n dique m u n i t u s v i r l u t i b u s , possim resistere vitiis et boslibus mentis et corporis. A D M I T K A A I ; Galeam salutis Domine i m p o n e capiti m e o , ut contra antiqui hostis o m n i u m q u e inimicorum m e o r u m insidias, inoffensus evadam.
b

LITURGIA

SEU ORDO

CEREMONIARUM,

ORATJONUM ET MISSJE.

LECTIOWUM JN CELEBRATIONE

I. Sacerdos omnibus paramentis scu vestimentis eccîesiasticis indutus reverenter accedit allure , ibique primwn in medio ahuris expandit corporale, et super illud calicem velo coopertum sistiL Deinde
(a) Ad stolam brachialem. (b) Manipulum fletus , alludit ad psal. 125, qui per has gnomas ronsolatorias coucluditur ; Qui seminaut in lacrymis in e.vsuïtatione metent, etc.

9-

l3î

DISS. XlfT.

A U T , V.

UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

recwnbit in genua, et signahs se signo crueis dura voce dicit. In n o m i u e Patris et Filii e t S p i r i t û s Sancti. Amen. Deinde junctis manibus unie pcctus récitât antiphonatn : I n t r o i b o ad altare Dei, Ministri astantes respondent, vel ipse solus , si ministrinon ajfuerint, prosequitur ornnia. Ad Deum q u i lîctificat j u v e n t u t e m m e a m . Postea alternatim curn ministris dicit sequentem Psahnwn XLll : Judica m e Deus... Quia tu es... Emitte lucem... Et introibo ad altare D e i , ad D e u m [gaudii mei et exsultationis mea?] q u i laetificat juventutem meam. Confitebor...Spera... Gloria P a t r i , e l c . Repetit deinde antiphonatn : I n t r o i b o ad allarc Dei. ijl. Ad Deum qui krtibcat juvenlutern m e a m . Postea subjungit : f. Adjutorium nos t ru m in n o mine Dorniui.ij!. Qui fecit c œ l u r n e t terram. Deindejunclis manibus, cupite demisso, gêner alern confcssionem/acit, ut sequitur; ConfiteorDeo omnipotenti et vobis fratres , q u ô d peccaverim nimîs in vita m e a , cogitatione, verbo et o p è r e , meâ c u l p â , meâ c u l p â , meâ maximâ culpâ : Ideo precor vos orare p r o me ad Dominum Deum n o s t r u m . Ministri respondent : Misereatur tuî o m n i p o t e n s D e u s , et remissis omnibus peccatis tuis , p e r d u c a t te ad vitain acternam. Sacerdos dicit : Amen. Si non affuerint ministri qui respondere possunt, sacerdos ornnia solus exequitur, et confessionem ita dicit : Confîtcor tibi Deo Patri o m n i p o t e n t i me mi sérum peecatorem in peccatis conceptum et n a t u m , nimis peccassc in vila m e a , cogitatione , verbo et o p è r e , meâ c u l p â , meâ c u l p â , meâ maximâ c u l p â : îdeo precor propler dileclissimum Filium t u u m D o m i n u m nostrum Jesum Cbristum , qui pro nobis victima factus e s t , rniserearis m e î , et remissis omnibus peccatis m e i s , perducas me ad vitatn ueteruam. Amen.

trrniiGiE

SUÉDOISE.

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Insuper dicit ; Indulgentiam , absolulionem et remissionem o m n i u m peccatorum n o s t r o r u m , tribuat nobis o m n i p o t e n s et misericors D o m i n u s . Amen. lnclituitus prosequifur : f. Deus t u c o n v e r s u s , etc. ijl. Et plebs tua laetabitur, etc. Ostende nobis, e t c . . Domine exaudi orationem meam , etc. Àscendens ad altare dicit : Aufer à nobis qmxsumus Domine cunctas iniquitates nostras , ut ad sancîasanclorum puris possimus m e n t i b u s i n t r o i r e . Per Christum D o m i n u m n o s t r u m . Amen. Interdum sequentem confessionem publicarn et getteralern sacerdos conversus ad populutn dura et intelligibili voce dicet.
EXHORTATIO.

Dilecti in C b r i s t o J e s u a m i c i , fratres et s o r o r e s , quia in pnesenti convenimus ad ccenae dominicae celebrationcm, et ad sanctissimi corporis et sangninis Domini nostri Jesu Christi perceptionem , prout ipse eam iustituit et ordinavit in m e m o r i a m et recordationem , q u o d idem corpus et e u m d e m sanguinem s u u m , i n peccatorum n o s t r o r u m remissionem tradiderit. Itaque cùm omnes nos a b s q u e dubio peccalis onerati simus , quibus liberuri ex animo cupiamus : procumbentes in genua humiliemus nos corde et ore coram Deo Pâtre nostro cœiesti, nos miseros peccatores uti e t s u m u s esse conflteamur, et petamus a b eo gratiam et misericordiam ipsius , singuli suo loco dicentes.
CONFESSIO.

Miser ego peccator, qui in peccato conceptus et nalus, toto vitnc mea? tempore vitam vixi peccatis conlaminatam , agnosco et coram te o m n i p o t e n s aeterne Deus Pater cœlestis seriô et ex animo fateor, me non dilexîsse te pr?e omnibus , nec proximum ac me ipsum. Multis p r o h d o l o r ! ] m o d i s t u a transgressus mandata le oifenderam , cogitatione, \ e r b o

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DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITE ABANDONNÉE.

et opère. Qua de causa, interitumet exitium acquissimo tuo judicio me mihi accersivisse s c i o , si me pro ratioue tua? justitia? et meorum peccatorum meritô judicare debeas. Sed promisisti, ô Pater c œ l e s t i s , te in gratiam recepturum omnes miseros peccatores sese convertentes, et verâ fide ad immensam misericordiam tuam confugientes et quarcunque offensa quan* tumvis enormia illis condonaturum , uec unquam illis imputaturum. Hac re miser ego peccator nit e n s , fidenter te o r o , ut juxta tuam cam promissionein meî misertus mihique propitius, omnia mea mihi pcccala remittas, au saucti nominis tui laudem et gloriam. Postea récitât Sacerdos liane precationem. Omnipotens sempiternus Deus ex immensa sua misericordia remissisomnibus peccatisnostris,nobis iargiatur gratiam, ut vitam nostram ver a resipiscentia emendemus, et cum eo in omnem œternitatem vivamus. H. Confessionem sequiturintroitus, qualis inlibro gradualium et latine et vulgari in lingua statis as* signalur temporibus. In ecclesiis vero ruralibus potest pro introitu latino cantari psalmus aliquis linguee vulgari$ qui ad rationem temporis vel Jesti proximè accedere videtur. III. Post introitum dicunturpreces Kyrie eleison, cum hymno angelico et reliqua glorijicatione ei adfuncta. Kyrie eleison, Christe eleison , Kyrie eleison. Gloria in excelsis Deo... Domine Fili unigenite, salus nostra Jesu CAirisU ctsancteSpiritus. Domine Deus agnus Dei.... Cum sancto Spiritu in gloria Dei Patris. Amen. IV. Postea sacerdos versus ad populum dicit salu lut ion em, ut attenti reddunturauditores et admo* neantur, ut meminerint sacra publica concordibus votis esse pe/agenda. Unde et populus consensum
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U D GE S É OS . T H I U D IE

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suum déclarâtums per chorurn respondet : Et cum spiritu tuo. i. Dominus vobiscum. tf. Et cum Spiritu tuo. V. Salutationi subjiciiur collecta sequens , vel alla de festo seu dominica , quant exhibent gradualia. Una autem reciiatur, nisi temporis nécessitas pro sui ratione et conditione deposcat et alias. Oremus. Largire nobis q u t r s u m u s , omnipotens sempiterne D e u s , acquiescentem in leFilioqne tuo Jesu Cbristo fiduciam, ceiiam spem nitentem tua misericordiâ o m n i b u s nostris in necessitatibus et adversis, et ardentem dilectionem erga p r o x i m u m . Per eumdem Filium t u u m D o m i n u m n o s t r u m Jesum Cbristum. Amen.
A MA. COLLECTA.

Deus nostrum refugium et v i r l u s , etc. VI. Post collectant sacerdos versus adpopulum legitepistolam dominicœ vel dieifesti, eujus lectionis initium hoc essepotest : Lectio epistolas beati Pauli apostoli ad R o m a n o s , ad C o r î n l h i o s , etc. VIL Epistolam sequitur responsoriurn , quodusitatèvocaturgraduale. Item Alléluia, cum utriusque versibus , et tracta, etc. Interdum pice sequentiœ caillantut\ ut in diebus ISativitatis Christi, Epiphaniorum , Paschœ, Ascensionis, Pentecostes , Trinitatis, et quorum usus esse solet in dominicis , item nonnullce aliœ prout temporis ratio idjieri permittat. Interdum loco latini responsorii canitur psalmus aliquis linguee vulgaris qui ad rationem festi vel temporis proximè accedere videatur. Quœ ornnia exhibet liber gradualium. VIII. Deinde cantatur vel legitur evangelium, quale fuerit statutis temporibus, sive diebus dominicis sive festis, etc. Initium vero erit hoc modo : Sequenûa sancti Evangelii s e c u n d ù m Matthaeum, etc.
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DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

IX. Leclionem Evangelii proximè sequilur sym* bolum vel apostolicum vel Nicœnum. Apostolicum : Credo in u n u m D e u m Patrem.... descendit ad inferna, etc. Symbolum Nicœnum seu Constantinopolitanum. Ea verborum forma, qua synodus Constantinopolitana prima , œcumenica secunda , illud, anno Christi 385 , additis quibusdam ver bis , et illustrato articulo de Spiritu sancto, repetwit ac confirmait. . Credo in u n u m Deum Patrem ornnipotentem factorem.... Et in Spiritum sanctum Dominum et vivifîcantem , qui ex pâtre Filioque procedit.... Et vitam futur! seculi. Amen. X. Precatio ad Spiritum sanctum, in quapetuntur doua seu effectua Spiritus sancti, vera Dei agnitio , /ides , invocatio, vera dilectio , obedientia et lœlilia acquiescens in Deo. Veni sancte S p i r i t u s , repje t u o r u m corda fïdel i u m , et tui amoris in eis ignem a c c e n d e , qui per diversitatem linguarum c u n c t a r u m gentes in unitate ûdei cougregasti. Alléluia.
SACRA CONCIO.
ALTERA PAKS MÏSSA.

I.

Finitâ concione , si omittitur publica ecclesice precatio, quœ usitate litania dicitur, concionator ex suggeslu incipit psalmum aliquemin vulgari lingua, qui ad rationem festi, temporis, vel evangelii, seu declaratœ materice, maxime accedere videtur. Interdum etiam ad psalmum adjicilur cantus cui nomen offertorii dutum est. Intcrea verô dutn psalmus et ojfertorium canitur , ad sacrum usum destinatis démentis pane et vino, ut decet apposais et prœparatis, celebrans ad cornu episiotee, ministro aquam fundente, lavât manus, ex psalmo
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LITURGIE SUÉDOISE.

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XXsequentes versus secum repetens, quibus de vera pœnitenlia et pietatls fructibus admonetur* Lavabo in înnoceutia m a n u s m e a s , et circumdabo altare t u u m Domine. Ut audiam vocein laudis, etc. Deinde sequentes dicit orationes.
OREMUS.

Omnipotens aîterne D e u s , Pater cœlostis , qui uobis Spiritum gratia* et p reçu ni promisisti, largire nobis q u a r s u m u s , u t te ad m a n d a t u m et promissionem tuam in spiritu et veritate i n v o c e m u s , dirigat corda nostra tua* miserationis operatio , quia tibi sine te placere n o n p o s s u m u s . Prosequitur : Te igilur clementissime Pater per Jesum Christum Fiiium t u u m Dominum n o s t r u m supplices rogamus a c p e t i r a u s , u t preces nostras acceptas h a b e r e , easque e x a u d i r t d i g n e r i s , i m p r i mis quas tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica , q u a m pacificare, c u s t o d i r e , a d u n a r e , et regere dîgneris toto o r b e terra ru m , u n à c u m omni magistrat u ecclesiastico et politico , cujuscunque dignitatis prœeminentiœ et nominis sint et o m n i b u s orlhodoxis a t q u e catholica; et apostolicac fidei cultoribus. Subjicit : Domine D e u s , qui voluisti misericordi& tuas erga nos certissimum piguus esse sacrosanctam et venerandam Fiiii tui cœnam : excita nostras m e n t e s , qui banc ipsius cœnam célébramus , ad salutarem t u o r u m beueficiorum recordatiouem , ad veram et perpetuatn gralitudinem , ad gloriam et laudem 'nominis t u i , juvato nos tuos ininistros et tuum p o p u l u m , u t memores sanctie illius, pura-, immaculataî et salutaris Filii tui hosti;c. p r o nobis in ara crucis peracto», tanlum novi testament i etarterni fœderis mysterium digne peragamus. Benedic et sanctifica Spiritus tui sanctî virtute proposita et sacro usui destinata , panem et

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DISS. XIII. A.TIT. V.
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UNIFORMITÉ AlUNDOXlf Êft.

\ i n u m , ut in vero usu ( ) nobis sint corpus et sauguis dilectissimi Filii tut , alimenta retenue vitas, qua» s u m m o desiderio cxspectamus et qurcrimus. Per
(a) II y a deux* ou trois remarques à faire sur ces mots in vero n.w. La première, qu'il est visible qu'on a affecté d'employer des termes qui fissent quelque plaisir à ceux qui étaient accoutumés au langage des Luthériens. C'est sans doute dans cette vue qu'on a souvent répété le mot de Cène du Seigneur, et qu'on met ici in vero usu, parce que , selon les Luthériens , l'Eucharistie s'appelle communément la cène, et qu'ils n'admettent la présence réelle que dans l'usage. La seconde remarque est qu'on n'a pourtant pas voulu autoriser ici les sentimens des Luthériens , et dire avec eux que Jésus-Christ ne se rend réellement présent que dans l'usage du sacrement, mais de faire seulement entendre , cjue c'est en faisant usage de l'Eucharistie, c'est-à-dire, en y participant, que Dieu nous communique ses graVes. En effet, on lit dans les prières qui précèdent la communion : Ut nobis va us ejus {sacra metdi ) satuiaris esse possit. Et plus bas : Ut et spirittiatia nobis in iitis proposila accipiamtts. On a même eu soin de mettre au canon un long commentaire, qui exclut évidemment le sens luthérien, et où on montre par un grand nombre d'autorités des P è r e s , la présence réelle et le changement du pain et du via , d'abord après les paroles de Jésus-Christ: Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang. Voici quelques termes de ce long commentaire. . . . . Cum enim sacramenta non sint muta spectacula, necesse est formulai» testamenti dominici , q u x sunt verba consecrationis, recitari à persona habente intentioiïem , ut reverenter a g a t , quod divinitus mandatum est.... Pugna igitur cum institutîone c œ n x dominicœ, ahjicere verba cornue, vel dieere perinde esse an Christi verbis, vel alia benedictionis formautamur. Tnstitutio est veibum proprium sacramentoruin , per q u x Deus vulteflicax csseînsanctificationesacrorum mysteriortim. InaetioneEucharistix minister legationefungitur loco"Christi, qui ipse ibi adest , et per ministros verba h x e sonat : Hoc est corpus meum , hoc tacite , etc. Et per illud suum verbum eflicaxest. Mec intelligatur verba ea Domini, IJoc est corpus meum , et hic est sanguis m e u s , tantum narratione quadam historica recitari , sed tanquain mandatum, decretum et priviiegium summi nostri pontilicis el régis ac Domini Jesu Christi.... Utimur piis orationibus, tum prxcedentibus tum subsequentibus verba institutionis coenaî d o m i n i e x , q u x ctiam olim alite apud alios fuerunt in usu apud quosdam plurcs, apud alios pauciores, ut videre est in liturgiis, q u x I). Jacobo , Clementi , liasilio et Chrysostomo adscribuntur, quod ipsum argumento est non judicata fuisse necessaria oinnia q u x dicebantur. Nemo enim nccessarîum quicquam vel omittere vel detrahere prxsumpsisset. Si cpits verô extera ornnia q u x Basilius vocat prolegomena et e|)i!egomena proferens, verba Domini omiserit, lusit ille haud dubiè o p e r a m , nihilque quod ad corporis et sanguinis Domini Eucharistiam attinet, peregit.

LITURGIE SUÉDOISE.

Ï^C)

cumdem Dominum n o s t r u m J. C. Filium tuum qui tecum, etc. 11. Ilis precibus dictis , sacerdos ad médium altaris ambabus manibus hinc inde super eo positis , dicit prœfutionem , cui adjuncla sunt verba tesiamenii seu institutionis cœnce dominical et doxologia seu glori/ïcatio illa in prœfationibus usitatu.
FRAXATIO.

L In die Nativitatis Domini. cujusprœfationisusus etiam est ah eo die usque adJettum Epiphaniorum. Item in die Purificutionis B. Mariée Virginis. >\ Dominus vobiscum. Et cum spiritu t u o . f. Sursum corda. ])!. Habcmus ad D o m i n u m . f. Gralias açamus D o m i n o Deo nostro. 9- Dignum et j u s t u m est. Verè dignum et j u s t u m e s t , acquum et salnlare, nos tibi semper et u b i q u e gratias agere , Domine sancte, Pater o m n i p o t e n s , alterne Deus , pro univernis beneficîis t u i s , sed in bac potissimum d i e , quia per incarnati Verbi mysterium , nova mentis nostne ocutis lux tua; claritatis infulsit, u t d u m v i sibiliter Deum a g n o s c i m u s , per h u n e in invisibiJium amorero rapiamur. Qui ne u n q u a m beneficiorum ipsius oblivisceremur, in ea nocte q u â tradeb a t u r , d u m q u e c œ n a r e t , accepit panem in sanctas ac venerabiles m a n u s s u a s , respexit in cœlum , ad te sancte Water, o m n i p o t e n s aUerne D e u s , tibi gratias ageus , benedixit, fregit, dédit discipulis suis dicens : Accipileet comedite ; b o c est corpus m e u m , quod pro vobis traditur. Hoc facite in m e i c o m m e morationem. Elevatio fit. Simili m o d o postquam cœnatum e s t , accepit caiieem in sanctas ac venerabiles manus suas» respexit in cœhua, ad te sancte

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DISS. XTir. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

P a t e r , omnipotens ceterne Deus , tibi gratias a g e n s , b e n e d i x i t , (ledit discipulis suis dicens : Accipite et bibite ex hoc omnes : hic est enim sanguis meus n o v i T e s t a m e n t ! , qui pro vobis et pro multis effund i t u r i n remissionem peccatorum. Hoc facite q u o tiescunque biberitis in meî commémora tionem. Elevatio fit. Quâ factâ laudes suùjiciuntur sequentes : Et ideo cum angelis et archangelis.... sine fine dicentes. His finitis , dicitur sequens hymnus, qui vocatur Grcecis trisagion : Sanctus , sanctus....Zebaoth.... in excelsis , b e n e d i c t u s q u i venit.... Osianna in exceisis. II. Prœfatio in die epiphaniorurn Domini et per octavam, quœ est Dominica Christi amissi à Mutre in duodecimo puschate. f. Dominus vobiscum.... jEterne Deus pro u n i versis benefîciis tuis et p o t i s s i m u m , quia cum Unigenitus t u u s i n substantianostraî mortalilatis a p p a r u i t , nova nos immortalitatis suce luce reparavit. Qui et ne unquatn beueficiorum ipsius obliviscerernur , in ea nocte.... ut suprà. III. Prœfatio in die Annu/itiationis , cœterisque festis B. Mariœ Virginis. D o m i n u s vobiscum.... Et te in festivitate B. Maria? semper virginis collaudare D o m i n u m nosiruin. Qui et ne unquam.... In meam c o m m e m o r a t i o nem. Q u a p r o p t e r per e u m d c m Filium t u u m Jesum Christum D o m i n u m nostrum majestatem tuam l a u dant angeli.... ut suprà. IV. Prœfatio in Dominica passionis Domini, in Dominica palmurum , in feria quinta in cœna Domini^ in feria sexta pœnosa seu passionis Domini. D o m i n u s vobiscum.... in ligno q u o q u e vinceret u r per Christum Dominum n o s t r u m . Qui et ne unquam.... ut suprà.

LITURGIE SUEDOISE.

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V. Prœfatio à die Pasçhœ usque ad octavam, et in Dominicis usque ad Ascensionem , et in debus festiseo ternpore occurrentibus, nisipropria infestis assignatur. In die Paschce usque ad Dominicain in albis exclusive, dicitur : l a bac potissimum die. Deinceps dicitur ; In boc potissimum ïempore. Dominus vobiscum.... Et vitam resurgendo reparavit. Qui et ne unc^uam.... ut suprà. VI. Prœfatio a die Ascensionis Domini in cœlum usque ad diem Pentecostes exclusive, et in festis tune occurenlibus. Dominus vobiscum.... U t nos divinilatis suac tribueret esse participes. Qui et ne uuquam.... ut suprà. VII. Prœfatio à die Pentecostes usque ad diem Trinitatis. Dominus vobiscum.... in filios adoplionis effudit. Qui et ne uuquam...* ut suprà. VIII. Prœfatio infesto sanctœ, individuœ et adorandœ Trinitatis. Dominus vobiscum.... Et in majestate adoretur œqualitas , per Chris tum Dominum uostrum. Qui et ne unquam.... ut suprà. IX. Prœfatio quotidiana et dominicalis , eaque duplex altéra prolixior, brevior altéra. Forma prœfationis quotidianœ prolixior quee ctiam dici potest diebus festis propriarn prœfationem non habentibus. t. Dominus vobiscum.... iEterne D e u s , pro universis beneficiis tuis. Et potissimum , quia cum per peccatum eo redacti essemus, ut nos praeter interitum et œternam mortem nihil maneret, nec creatura ulla vel in cœlo vel in terra nobis subvenire posset, emisisti unigenitum Filium tuum , Jesum Christian, ejusdem divin» tecum naturac , ut pro nobis homo factus peccata nostra lueret, mortemque subiret ubi
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DISS. XIII. ART. V.—'UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

nobis in rcternuin m o r i e n d u m erat. Qui q u i d e m ut evictâ m o r t e , in vitam r c s i i r r e x i t , nec poslhac amplius u n q u a m morietur : ita omnes in ipsum credentes , constituti victores pcccati et m o r t i s , et hacredes vita* as tenue per e u m . Qui et ne unquam.,.. in meî c o m m e m o r a t i o n e m . Q u a p r o p t e r per eumdem.... ut suprà Altéra forma brevior.

f. D o m i n u s vobiscum.... Verè dignum et j u s l u m e s t , a»quum et salutare nos tibi se m per et ubique gratias a g e r e , Domine s a u c l e , Pater o m n i p o t e n s , acicrne Deus per Jesum Cbristum D o m i n u m nostrum. Qui et ne unquam.... In meî c o m m e m o r a t i o n e m . Q u a p r o p t e r per eumdem Filium.... ut suprà. Du m chorus canit hjmnum Sanclus , celcbrans sequentetn legit oraliunern. Quando autan legendo sacra peraguntur liturgiœ officia > oratio illa continua lectione hymno subjicitur. Me mores igitur et nos Domine salutaris bujus m a n d a t i , et ta m beahr passionis et m o r t i s , neenou ex mortuis resurreclionis, sed et in cœlos ascensionis ejusdem Filii tui Domini nostri Jesu C b r i s t i , q u e m immensâ tuâ misericonhâ nobis donasti et d e d i s l i , u t viclima pro peccatis nostris fieret, et unâ suî oblatioue in c r u c e , solveret tibi pro nobis pretium redemptionis nostraî, et justitire tua? sa lisface rel , et implcret sacrificium profulururn electis ad {luem usque mundi. Eumdem Filium tuum , ejusdem morlem et oblationern , hostiam puram , bosliam sanclain, bostiam immaculatam , propitialionem , scutum et u m b r a c u l u m nostrum contra ira m t u a m , contra terrorem peccati et mortis , nobis prrepositurn fide amplectimnr, tnaeque prœclaraî majeslati hutuiHimisnostrisprecibusofterimus. Pro lantis tuis beneficiis pio cordis affeclu , et clara voce gratias agentes , non q u a n t u m debernus, sed q u a n t u m possumus.

LITURGIE SUÉDOISE.

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Et supplices le p e r e u m d e m Filium t u u m unictim intercessorem nostrum in arcano consilio divinitatis à te c o n s t i t u t u m , D o m i n u m n o s t r u m Jesum Christunirogantes,utpropitio acsereno vultti ad nos nostrasque prccesrespicere d i g n e r i s , casque in cœleste altare tuum in conspectu divime inajestatis turc suscipias, gratas et acceptas clementer h a b e a s , faciasque u t q u o t q u o t ex hac altaris participatiene benedictum et sanctificalum cibum et potum , panem sanctum vita? seternse;, e t c a l i c e m salutis p e r pétuai, sacrosanctum Filii tui corpus e t p r e t i o s u m ejus sanguinem s u m p s e r i m u s o m n i benedictione cœlesti et gratiâ repleamur. Nobis q u o q u e peccatoribus de m u l t i l u d i n e miseratiouum t u a r u m s p e r a n t i b u s partem aliquam et societatem donare digneris , cum tuis sanctis apostolis et m a r t y r i b u s , et o m n i b u s sanctis tuis. Intra quorum nos consortium non nestimatormeriti, sed veniœ quaesumus largitor ad mi l t é , per e u m d e m Christum D o m i n u m n o s t r u m . Per q u e m Domine omnia bona semper c r é a s , sanctificas, vivificas, benedicis et praestas nobis. Per ipsum , et cum ipso , et in ipso sit tibi Deo Patri omnipotenti- in unitate Spiritus s a n c t i , omnis honor et gloria , p e r omnia secula seculorum. Amen. III. Hymno trisagio et precatione prœcedente finilis, Celebrans orationem dicit dominicain. Oremus. Prrrceplis salutaribus moniti Sed libéra nos à malo. Amen. Cum divina officia legendo peragunlur, oratioru dominicœ subjicitur heee precatio. Libéra n o s , quoesumus D o m i n e , a b o m n i b u s malis praeteritis , prœsenlibus et futuris. Da propitius pacem in diebus n o s t r i s , u t ope misericordise turc adjuti, et à peccato simus semper l i b e r i , et a b omni perturbatione securi. Per D o m i n u m n o s t r u m Jesum Cbristum. Amen.

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*>ISS.

XIII. A.RT. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

IV. Salutatio cum conversione adpopulum. Pax Domini sit semper vobiscum. Et cum spiritu t u o . Deinde , si necessum fuerit et temporis ratio ferat, celebrans conversas ad populum , hanc adhortationem de vera prceparatione ad communionem facienda récitât : Dilecti in Christo. Cum in prresentia celebrctur cœna Domini nos tri Jesti Christi ut dispensetur venerandum corpus et pretiosus sangnis ipsius i consullissimum e s t , u t juxta doctrinam B. Pauli apostolt omues et singuli nos ipsos p r o b e m u s , atq u e ita de pane illo edamus , et de calice illo bibaînus. Ita autem reclè nos p r o b a m u s , cùm consider a m n s delicta et pcccata nostra , et dolemus nos D e u m offendisse, ac propterea justitiam et remissionem peccatorum nobis in hoc sacramento p r o positam esurimus et s i t i m u s , et constitution habem u s nos e m e n d a r e , à peccatis desistere, vitamque vivere novam et justam. Eam n a m q u e ob causam D o m i n u s noster potissimum pra^cepit , u t hoc sacramento u t a m u r in ipsius memoriam , b o c e s t , ut venerandie ipsius mortis et effusi sanguînis pfa meditatione r e c o r d e m u r , et firmissimè c r e d a m u s ac staluamus id in remissionem peccatorum n o s t r o r u m factum esse. Q u a r e si nos ex pane et calice illo edimus et bibimus , fide scilicet firmiler nitenle verbis illis qu.p hic audimus , quod Christus mort u u s et sanguis ipsius effusus sit pro peccatis nost r i s , certô et nos consequitnur remissionem peccat o r u m ; a t q u e i t a evitamus m o r t e m , peccati slipend i u m ; et cum Christo adipiscimurvitam srternam. Q u a m nobis omnibus concédât et largiatur omnipotens Deus Pater et Filius et Spiritus sanctus. Amen. Ante'dispensâtionern et communionem sacramenti hax oratio dicitur : Domine Jesu Christe Fili Dei vivi, Salvator mun-

LITURGIE SUÉDOISE.

di, verus Deus et h o m o : libéra nos p e r sacrosancluin corpus et s a n g u i n e m t u u r n , ab o m n i b u s iniquilatibus n o s t r i s , et universis malis ; et fac nos luis semper obedire mandatis , et à tua misericordia nunquarn in p e r p e t u u m separarî permiltas. Qui cum Paire et Spiritu sancto vivis et régnas Deus in secula seculorum. Amen, Alia O ratio. Perceptio corporis et sanguiuis tui, Domine Jesu Christe , q u o d nos indigni sumere prasumimus, n o n proveniat nobis in judicium et condemnationem ; sed pro tua pietale prosit nobis ad tulamen mentis et c o r p o r i s , et ad medelam percipiendam. Qui vivis , etc. V. Sacerdos junctis manibus ante pectus et capite iaclinato, dicit prœeorùum Baptistœ, ut sequitur. Agnus Dei q u i tollis.... Agnus Dei.... Agnus Dei.... Doua nobis pacem. Cum sacerdos communicantibus porrigit corpus Domini , dicit ; Corpus Domini nostri JesuChristi custodiat animam tuam i n vitam aeternam. Jîespondet communicans : Amen. Cù/n calicetn distribua , dicit : Sanguis D o m i n i nos* ri JesuChristi custodiat animam tuam in vitam arlernam. Bespondet communicans : Amen. Celtbrans ipse communicaturus, sumpto in manus benediclo et sanctificato pane , reverenter genu* flectit , dicens : Panem cœlestem accipiam et nomen Domini iïjvocabo. De in de ter dicit: Domine non s«un dignus u t i n t r e s , elc. Surnplurus dicit : Corpus Domini nostri Jesu Clirisli, etc. Sumpto corpore Christi • junctis manibus, cogitationts occupatas habet in meditationc sanctissimi sacramenti, ut nobis usus e/us salutaris esse possii. 4*°

l46

DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

Deinde accepturus calicem in i?ianus, reverenter genufiectit dicens : Quid retribuam D o m i n o p r o o m n i b u s qua?.... salvus ero. Participans de calice dicit ; Sanguis Domini nostri Jesu C h r i s t i , etc. Postea secum dicit : Q u o d ore s u m p s i m u s Domine pura mente c a p i a m u s , et fiât nobis remedium s e m p i t e r n u m . Per Cbristum D o m i n u m nostrum. Amen. Deinde infunditparum viniin calicem, quodubi ebiùit. secum dicit : Corpus tuum Domine , quod s u m p s i m u s , et sanguis q u e m p o t a v i m u s , adh.Treat visceribus anima; nos I r a . Et prœsta omnipotens D e u s , ut in nobis non remaneat ulla scelerum macula , quos tua pura et saficta refecerunt sacram e n t a . Q u i vivis et régnas in secula seculorum. Amen. Inlerea dum communionis actio celebratur, chorus continuât cantum. Cantari autem , ut plurimuni sub communione soîel canticum precationis propace, F O R L A N V I T S G U D S C'est-à-dire, ô Dieu, d o n n e z - n o u s , etc, Interdum cùm plures adsuni communicantes , nonnullce aliœ cantiones prccsenti actioni congruentes adduntur. Rectissimè autem hic canitur responsorium : Discubuit J é s u s , etc. Eo quod in hac cantione ipsa sacramenti institutio commemoralur. Item antiphona illa: O sacrum convivium. YI. Communione peractâ, sacerdos convenus ad populum dicit : D o m i n u s vobiscum. E t cum spiritu tuo. VII. Deinde dicit unam aut alteram ex sequentibus collectis, quas vocant Complendas, in quitus sacerdos gratias agit Deo propter acceptam communianem corporis et sanguinis Domini y non pro se soiiim sed etiam pro cœteris.
y y

LITURGIE SUÉDOISE.

\t\~]

Oremus. Gralias agimus tibi , omnipotens sempiterne Pater , qui sanctam et salutarem hanc cœuam per Filium tuum Jesum C b r i s t u m , nostrîcausa, instiluisti. Concède item n o b i s , quaesumus, eam ita in tui memoriam c e l e b r a r e , u t iulelligamus ac recoin mus , quid nostrî causa prarstiteris. Per e u m d e m Filium t n n m D . N. J. C- , etc. ri. Amen. Alla. Sacrorum mysteriorum t u o r u m , Domine omnipotens D e u s , participes facti, da qucxsumns ut tecum et cum o m n i b u s electis tuis sanctis alterna; tuas gloriae consortes fia m us. Per Cbristum Dominum nostrum. Amen. Alia. Omnipotens sempîterne Deus, Pa ter cœiestis, qui tuam nobis semper exhibueras bonitatern et misericordiam : (ribue nobis quaesumus , u t tua gratiâ , ita sanctis tuis sacramentis u t a m u r ac fruam u r , ut et spiritualia nobis in illis proposita accipiamus, et à tua n u n q u a m lande cessemus. P e r Cbristum D o m i n u m n o s t r u m . Amen. Alla. Gratias tibi referimus omnipotens D e u s , salutaribusmuneribusvegetatijtuam mir.ericordiam tleprccantes , u t eorum participatio nobis ad fidei noslrrc et ardentis dilectionis erga proximum proficiat augmentum. Per Cbristum D o m i n u m nostrum. Amen. Alia* O pie Jesu Christe, qui nosad-hanc cœnam vocusli,tihitoto pcctore gratins agimus ,quod ad eam et intellectum et voluntatem nostram direxeris. Gratias item tuaï clémentine referimus, fide et chari ta te illuminât!, te ipso satiati, tua diviuitate repleti ac circumdati : O dilecte Jesu, m a u e nobiscum. In m a n u s enim tuas nos c o m m e n d a m u s , confidentes tecum nos in oeternum m a n s u r o s . Amen. VIII. Orationibus âiclis , celebrans vcrtit se ad populum, et dicit : >\ Dominus vobiscum. Et cum spiritu tuo.
10.

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DISS. XIII, AUT. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

Consistons ita versa ad populurn facie, dicit : f. Benedicamus Domino, ij!. Deo dicamus gratias. Postremo conversus ad allure , dicit solemnem orationem , quce exstat num. FL Inclinantes corda vestra ad D e u m suscipite benediclionem. Benedicat nos D o m i n u s , et custodiat nos : Ostendat Dominus faciem suam nobis , et misereatur nostri : Converlat Dominus vultum suiim ad nos, dei nobis setcrnam pacem. In nomine Palriset Filii et Spiritus Sancti. liespondet chorus seu minisler, Amen.
Stockliolmia?, excudebat Torbernus T i d e m a n n i , anno 1576.

Observations touchant les fautes qu'on a faites dans cette Liturgie.

liturgie ait mérité des louanges, en comparaison de la liturgie l u t h é r i e n n e , dont elle prit la p l a c e , il y a pourtant des expressions et des omissions répréhensibles, et des cérémonies ou des arrangemens qui ne la rendent pas aussi conforme aux anciennes liturgies que le titre ( ) semblait le promettre. i°. Dans le canon Te igitur clementissime Pater, avant les paroles de l'institution de l'Eucharistie, au lieu de mettre comme dans notre liturgie latine, Ut fiât nobis corpus et sanguis, on a mis : Benedic et sanctifiai Spiritus tui sancti virlute proposita, et sacro usui destinata, panent et vinurn, ut in vero usu nobis sint corpus et sanguis, p o u r s'accommoder sans doute en quelque manière , au langage des L u t h é r i e n s , qui n'admettent la présence réelle
a ?

Q OQ E cette UIU

(a) Liturgia ecclesia> antiquae et orthodoxa; conformis.

LITURGIE SUÉDOISE.

de Jésus-Christ q u e dans l'usage d u sacrement. Véritablement le c o m m e n t a i r e q u i fut j o i n t à la première édition d e la l i t u r g i e , est bien opposé au sens des Luthériens. Mais ce commentaire n'est pas dans la seconde édition , où il n'y a u n i q u e m e n t que le texte en suédois et en latin ; et d'ailleurs , il faut que le vrai sens orthodoxe soit exprimé clairement dans le texte de la l i t u r g i e ; et q u ' o n y demande nettement et précisément, c o m m e dans toutes les anciennes liturgies, q u e le pain et le vin soient faits le corps et le sang de Jésus-Christ. a'. On a eu fort mal à propos la condescendance d'omettre dans le canon tous les signes de croix. Cette omission est contraire aux liturgies de toutes les églises c h r é t i e n n e s ; et les Pères nous ont souvent d i t , q u e les s a c r e m e n s , et s u r t o u t le sacrifice de l'Eucharistie, ne s'opèrent pas sans le signe d e la croix. Saint Augustin le dit bien précisément : Quod signum ( ) nisi adhibeatur, swe frontibas credenfium*, sive fpsi aquœ ex qua regênerantur, sive oleo quo chrismate unguntur. sive sacrificio quo alunter, rnhil eorum rite perficitur. On devait bien savoir que saint Boni face , archevêque de Mayence, qui a été si révéré dans toutes les églises du nord» croyait les signes de croix d u canon si importans , qu'à sa demande le pape Zacharie(tf/m. 740.), qu'il consulta, lut envoya un r o u l e a u , dans lequel ils étaient exactement marqués. 3°. On n'a mis dans la liturgie aucune prière pour les morts , à cause q u e les états de Suède assemblés à Orebro eu i5aç>, avaient défendu de prier pour eux ; et Ton s'est ainsi éloigné de l'usage de toutes les églises du m o n d e chrétien , qui n'ont jamais manqué de prier p o u r les morts dans la liturgie. On peut voir ce qui en a été dit dans l'explication du Mémento des m o r t s (*>), rappelons seulement ici le
a

(a) Àug Tract. 118. in Joann. ». 5.
m

(h) Tonu U part. 4. art. 14.

I O DISS. XIII. A T . U I O MT A A D N É . O R. V NF R I É B N O N E
témoignage de saint Augustin ; Hoc enim àpattibus traditurn M universel observai Ecclesia , ut pro eis qui in corporis et suuguinis Chrisli cotnmuuivne elefuneti sunt, cùm ad ipsum sucri/icium loco suo commemorantur, oretur, aepro illisquoqueidojjerri commemoretur. 4°. Celte liturgie m a r q u e la c o m m u n i o n des fidèles avant celle du prêtre. Cela esl aussi opposé à l'usage de toutes les églises latines et grecques et aux liturgies orientales , dans lesquelles on voit non-seulement que le prêtre communie avant nue de d o n n e r la communion aux fidèles, mais qu on est persuadé qu'un suit en cela l'exemple de JésusChrist qui participa lui-même au sacrement de son corps avant que de le d o n n e r à ses disciples; voyez les liturgies de saint Basile, de saint Cyrille à l'usage des Cophtes , où on lit : Gustavit et dédit discipulis suis : on lit aussi dans celle des douze apôtres à l'usage des Syriens : F régit ( ) et comedit deditque cliscipulis suis. 5°. Au lieu qu'en retouchant aux liturgies on devrait s'appliquer à rétablir autant qu'il est pos» sible et convenable les anciens usages, et supprimer tout ce qui s'est introduit depuis quelques siècles par inadvertance ou par négligence, on paraît ici autoriser quelques-unes «les nouvelles pratiques qui devraient être réformées. On y marque que fe célébrant peut se répondre l u i - m ê m e , i*t faire ainsi le prêtre et le clerc : Mitustri adstaules respondent, vel ipse solus, si ministri non ujfuerint iprosequitur omnia. Ad Deum qui hetijicat, etc. Les Conciles et les Papes ont souvent déclaré qu'un prêtre ne doit point dire la messe seul. On peut voir grand nombre d'autorités q u e nous avons citées dans le traité préliminaire de la messe. ( )
c d

{d)4ug. serm. 171. de ver bis Apont. al. 32. (h)lien. Lit. or. tom. I. pag. )5cé47* (c) Ibid. tom. %pag. 171# (d) Tom. i. art. H.

LITURGIE SUÉDOISE*
a

l5l

Les anciens Capitulaires ( ) autorisés et publies par C h a r l e m a g n e , et renouvelés plus d'une fois , marquent q u e le p r ê t r e et le peuple doivent dire ensemble le Sanctus, et cette liturgie veut q u e le prêtre avance toujours p e n d a n t q u e le c h œ u r chante \t Sanctus : Durn chorus canit hymnum Sanctus, celebrans sequentem legit orationenx : Memores igitur, etc. Mais n'insistons pas s u r ces petites fautes, r e marquons seulement par r a p p o r t à celles qui sont considérables, q u e , q u e l q u e b o n n e intention qu'eussent le roi Jean et les théologiens catholiques qu'il employa , il se c r u r e n t apparemment obligés d e faire ces changemens en laveur des L u t h é r i e n s demi-catholiques qu'on voulait ramener , et cela nous donne lieu de croire q u ' o n doit bien se don* ner de garde de composer de nouvelles liturgies. Il faut nécessairement respecter et conserver exactement l'ancienne liturgie , c o m m e Tout conservée et respectée n o n - s e u l e m e n t les églises catholiques, mais encore tous les h é r é t i q u e s , j u s q u ' a u XVI . siècle. Dans quel embarras ne se sont point trouvés les disciples de L u t h e r , lorsque voulant abolir les offices et les cérémonies de l'Église, ils o n t composé de nouveaux livres de prières sous le n o m d'Agenda, *V Ordinaire ou de Formule. Scbultingius a montré le peu de c o n c e r t , ou plutôt l'opposition c uise trouve entre \e* Agenda de Saxe, de Leipsick, t e Wittemberg , de N u r e m b e r g , de M a g d e b o u r g , de L u n e b o u r g , etc. Vo}ez ce q u e cet a u t e u r en a tlit dans sa Bibliothèque ecclésiastique au tome IV, partie I I , qui a pour titre : Examen ordinationum Lutheranorum.
e

(a) Foy. tom. 1. part. 4. art. L

l5-2

DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

Reproches faits jusqu'à présent à tous tes Protestant d'avoir rejeté de la liturgie la prière de l'invocation.

Proîestans e u r e n t fait plusieurs livres contre la messe, des a u t e u r s ipodérés se contentérent de faire voir combien notre messe était conforme aux liturgies o r i e n t a l e s , qui étaient venues à leur connaissance; et combien les nouveaux sectaires s'en étaient éloignés, s u r t o u t par rapport au point principal de la demande du changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Un a u t e u r qui ne mit q u e les lettres initiales de sou n o m , donna un ouvrage intitulé : Defensio ecclesiasticœ iiturgice , qua schismaticorum quorumdam eruditorum conjutationes surn/na ùreviiate re* futuntur. Autore S. G. V. Coloniœ , anno 15G4II parle principalement de la liturgie des Syriens, et il représente entre autres choses qu'ils invoquent le Saint-Esprit, afin qu'il vienne sanctifier les d o n s , au lieu q u e les sectaires ont rejeté cette p r i è r e , aussi bien que tout ce qu'on lit dans ces liturgies syriaques, touchant le sacrifice non-sanglant et les prières pour les morts : Jam iiturgice christiunorum Syrorum cum missa Romanorum , multa obsetvatur ajfinitas.... t ) Invocant Spiritum sanctum ut veniat super proposita doua ac eu sanctificet qure donorwn sanctificatio , à Deo postulatur hodie quoque dum subjungilur o ratio ut panis et vinum efjiciantur corpus et sait guis Christi. ht genus precibus sectce pseudoevungelicœ eurent. Quod infertur de hoc oblato sacri/icio reverendo ac incruento, nostris familiare est, sectariis execrabile. Jd htec quod orant in hac anaphora tam pro mortuis , quàm pro superstitions.
a 9 9

L R Q E les OSU

Ces trois points o n t été abandonnés , même par
(a) Fol. 69.

LITURGIE SUÉDOISE.

1 53

les Anglais, quoiqu'ils se soient distingués des autres Protestans en voulant conserver une plus grande partie de la liturgie : aussi plusieurs savans parmi eux ont avoué qu'en a b a n d o n n a n t cette prière, ils s'étaient trop éloignés des liturgies orientales. C'est ce qu'a r e m a r q u é M. Simon [sous le nom de Sainjore] dans u n e de ses lettres de la Bibliothèque critique : « Vos épiscopaux , dit-il M , » qui sont p o u r ainsi dire les singes de l'église ro» maine, ont très-mal réformé notre messe ou li» turgie, dans un endroit de très-grande impor» tance, et qui devait être conservé religieusement ; » parce qu'il se trouve dans toutes les liturgies des » églises d'Orient. C'est la prière q u ' o n nomme » YinvQcation du Saint-Esprit. Aussi Cassandre a-t-il » fait,ily a l o n g - t e m p s , ce reproche aux Protestans » dans sa Consultation : reproche qui est très-bien » fondé, et q u e Grotius a eu raison de renouve» 1er dans ses écrits contre le fameux Rivet. Il n'y » a pas l o n g - t e m p s q u e je m'entretins là-dessus » avec un de vos épiscopaux, qui ne p u t s'empesa cher de m'avouer qu'il serait à propos de réfor» mer cet endroit de leur liturgie, et de le rendre » plus conforme qu'elle n'est aux liturgies orien» taies.» Disons plutôt q u e comme les nouveaux sectaires n'ont ôlé cet endroit de la liturgie , q u e p o u r ne pas confesser la transsubstantiation, il faudrait qu'ils réformassent leur croyance et leur théologie avant que de réformer leur liturgie. Sans cela ils y mêleront toujours bien des erreurs opposées à la doctrine universelle des églises chrétiennes. On en peut juger par la liturgie Suédoise, dans laquelle on n'a mis la prière de l'invocation, qu'en y ajoutant, ut in vero usu nobis sint corpus et sanguis, etc. Supr. pag. 148(t)Biblioth. criL Tom. 4. pag. 111.

I 54 DISS. XIII. A T V— NF R I É ABANDONNÉE. R . I U I O MT .
ARTICLE VI.

Réflexions sur les liturgies des novateurs , depuis te X.W. siècle * lesquels à force de vouloir s'éloigner de l'Eglise romaine, ont abandonné l'essentiel des liturgies de tordes les églises chrétiennes ; et ont encouru par là ianathènic de toutes les églises du monde chrétien.
K

d'abord que plusieurs savans parmi les Protestons, comme on vient de le v o i r , ont souvent reconnu qu'on avait eu tort de s'éloigner des anciennes liturgies, et qu'il faudrait du moins en faire une qui s'en approchât le plus qu'on pourrait. Voilà en effet ce cpii fit faire la première liturgie d'Angleterre sous Edouard VI, celle d'Ecosse et celle de Suède. R e m a r q u o n s , en second l i e u , q u e ces liturgies qu'on avait tâché de rendre un peu plus semblables aux a n c i e n n e s , n'ont pas été du goût du plus grand n o m b r e des Protestans , qu'ils les ont au contraire condamnées et rejetiées; et qu'ils n'ont pas craint de s'éloigner de celles q u e toutes les communions chrétiennes avaient conseï vces jusqu'à eux , et conservent encore. Mais la principale réflexion est qu'en considérant Combien les nouvelles sectes se t r o u v e n t différentes de toutes les autres communions c h r é t i e n n e s , on ne peut se dispenser de dire à ceux qui ont le malheur d'y être engagés : Quelle sorte de Chrétiens êtes-vous donc ? D'où venez-vous ? A qui succédez-vous? A qui êtes-vous unis? Il n'y en a point qui ne dépose contre v o u s , et contre vos liturgies. Q u a n d vous avez paru dans le m o n d e , vous tuivez pu m o n t r e r q u e vous fussiez unis à aucune société chrétienne. L'Église cepeudaut subsiste de-

1 MRUN \ AQOS K

LITURGIE SUÉDOISE.

J 55

puis Jésus-Christ, et subsistera c o m m e son divin maître, qui était hier M q u i est aujourd'hui et qui sera dans tous les siècles, et qui a promis d'être avec elle j u s q u ' à la consommation d u monde. Est* il raisonnable q u e nous admettions u n christianisme de nouvelle d a t e , et un service divin si récent? Quand Luther a dressé sa formule d u service divin ou de la messe, q u a n d Zuingle et Calvin ont réglé leur cène, et les Anglais leur c o m m u n i o n , ils n'ont pu les tirer d'aucune église du monde. Il n y avait alors, de même q u ' à p r é s e n t , aucune église chrétienne, soit c a t h o l i q u e , soit s c h i s m a t i q u e , ou hérétique m ê m e , qui tint vos dogmes s u r l'Eucharistie : nulle qui eu n o u s présentant ses liturgies ne déteste les vôtres ; nulle qui ne nous dise qu'elles ont un autel et un sacrifice; nulle qui n'offre sur l'autel Jésus-Christ n o t r e S e i g n e u r ; nulle qui ne déclare hautement qu'elle croit q u e le pain et le vin y sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ. C'est sans doute ce qui r a m e n a autrefois Bérenger, à qui Lanfranc disait, il y a plus de six cents aus , avec tant de sujet : Tous l ) ceux qui portent avec joie le nom de Chrétien , se glorifient de recevoir dans ce sacrement la vraie chair et le vrai sang de Jèsus-Uirisl quil prit dans le sein de la Fierge. Interrogez tous ceux qui savent la langue latine, et qui connaissent nos livres : interrogez les Grecs , les Arméniens et tous les Chrétiens, de quelque nation quils soient, Us déclareront tous unanimement qu'ils ont cette même fou
b

Guidmond , Alger et plusieurs autres a u t e u r s combattirent de même avec succès les Bérengariens
(a) Christus heri, et hodie ipse et in secula. Hœbr. xirr. (b) Omnes qui christianos se esse et dici ketantur, verani Christ! rarnem, verumque ejus sanguinem utraque sumpta de Virgïne, in hoc sacramento se percipere gloriantu»'. Interroga uni versos qui latinan liuguffi, uostrarumve litterarum notitiam perceperunt : intorro^a Grascos , Armenios, seu cujuslibet nalionîs quoscunque christianos domines, uno ore liane fidem se testabuntur habere. lanjr. de Euchar. Sacram. Biblioth. Pair* Tom. G. pag. 213.

ii>G DISS. XIII. AUT. VI.

UNlFORBIiTÉ ABANDONNÉE.

et leurs seclateurs, d o n t Luther et Calvin o n t re-^ nouvelé les erreurs. Nous avons lieu de dire à présent avec u n e connaissance plus é t e n d u e et plus a u t o r i s é e , que tontes les nations chrétiennes déposent contre vous par leurs attestations et par leurs liturgies. Il n e s e trouvera peut-être plus d'homme aussi audacieux q u e l'était M. C l a u d e , qui soutenait, malgré toutes sortes de témoignages , que l'église orientale ne croit ni la présence r é e l l e , ni la transsubstantiation, et qui ne craignait pas de le dire expressément des Moscovites , malgré les témoignages d'Oléarius, p r o t e s t a n t , et de tous les Russieus q u ' o n avait interrogés. Présentement q u e ces témoignages sont si clairs et si appuyés , q u ' a u c u n h o m m e de bon sens ne peut s'y r e f u s e r , ne devons-nous pas vous d i r e : Vous voilà donc rejelés , détestés et séparés de toutes les anciennes églises c h r é t i e n n e s ? Qu'est-ce qui peut vous rassurer'? L ' E c r i t u r e , dites-vous. Oui , l'Ecriture expliquée selon votre sens. lié ! n'est-ce pas ce q u e vous répondent tant de sectes qui sont sorties d entre vous Sociniens , Anabaptistes, A r m é n i e n s , Gomarisles et tant d'autres que vous ne pouvez ramener ? Riais sans parler de toutes ces sectes qui p r é t e n d e n t s'autoriser par l'Écriture, les chefs des deux principales sectes ont-ils pu convenir du sens de l'Écriture? L u t h e r ne disait-il pas aux Sacramentaires, qu'il n'y avait q u e l'esprit d u diable qui p u t leur faire soutenir q u e l'Ecriture excluait la présence réelle dans l'Eucharistie ? Et toutes les nations disent à L u t h e r et à Calvin , qu'elles trouvent dans l'Ecriture le changement du pain et du vin au corps de Jésus-Christ ; et leurs liturgies nous apprennent qu'elles ont de tout temps ces connaissances et cette loi. Les anciens Catholiq u e s , les Nestoriens et les Eutychiens n'ont point concerté entre eux pour faire leurs liturgies. Leur opposition qui d u r e depuis treize cents a n s , ne le leur a pas permis. Le point auquel nous les trou?

LITURGIE SUÉDOISK.

I S]

9

vous tous réunis dans leurs l i t u r g i e s , vient donc de la source apostolique. P o u v e z - v o u s tenir contre une telle nuée de témoins? Témoignage qu'il a plu à Dieu d'autoriser de temps en temps par des miracles éclatans, tels q u e celui d u 3i de mai d e r n i e r , dont nous avons parlé dans la dissertation précédente. Qu'opposerez-vous à cette croyance si ancienne et si universelle? La difficulté de concevoir un tel changement? Mais ne savez-vous pas comme toutes ces n a t i o n s , q u e rien n'est impossible à D i e u ? Serait-il plus difficile de changer des substances que de les avoir c r é é e s , disait saint Cyrille de Jérusalem en instruisant les nouveaux baptisés ? Celui qui changea l'eau en v i n , ne pourra-t-il pas changer le pain en son corps , disait saint Ambroise? S'il vous fallait u n grand n o m b r e de semblables témoignages p o u r vous convaincre et vous persuader, vous en trouverez une infîuité dans les volumes de la Perpétuité de la foi , et dans un grand nombre de recueils q u e les Catholiques ont fait autrefois contre les Bérengariens et les autres Sacrainentaires du onzième et du douzième siècle, aussi bien que dans ceux qu'il a fallu renouveler contre J^uther et Calvin. Qu'est-ce qui p e u t vous retenir dans les sentimens de vos sectes contre la présence réelle et le changement du pain et d u vin au corps et au sang de Jésus-Christ ? Q u e l q u e s difficultés qu'on a tirées des Pères pour y faire trouver un sens de figure ? Mais la règle du bon sens ne veut-elle pas que les endroits qui sont difficiles soient expliqués par ceux q u i sont clairs et décisifs ? Après avoir dit u n e bonne fois q u e l'Eucharistie est vraiment le corps de Jésus-Christ, et que l'on est bien instruit de la vérité d u m y s t è r e , on ne craint pas de dire aursi qu'elle est le sacrement, le„ signe, le type, la figure.ou le symbole de son c o r p s , parce q u e l'apparence du pain q u e nous v o y o n s , est en effet le signe et la figure du vrai pain cé-

I 58

DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

l e s t e , le corps de Jésus-Christ noire Seigneur, que n o u s ne pouvons voir que par la foi. Le rapport des sens t rouble-t-il et renverse-t-il dans votre esprit ce q u e Jésus-Christ nous dit q u e c'est son corps? Mais les sens ne nous sont donnés que p o u r juger des a p p a r e n c e s , et du rapport que les corps ont entre eux. Les jugernens qu'ils nous donnent lieu de faire, nous tromperaient souvent s'ils n'étaient redressés par des témoignages constanset indubitables. Une tour cariée vue de loin paraît r o n d e ; mais des personnes dignes de foi qui Ton vue de près nous assurant qu'elle est c a r r é e , nous le c r o y o n s , malgré le rapport de nos yeux. Un bâton à moitié enfoncé dans l'eau, a beau nous paraître r o m p u , nous ne laissons pas de dire avec certitude par les règles de l'optique et par notre p r o p r e exp é r i e n c e , qu'il est droit. Tous les sens , l'imagination et la raison disaient à ï o b i e q u e l'ange qui le conduisait,était véritablement un h o m m e qui mangeait , buvait et donnait tous les autres signes d'un corps humain : cependant c'était un ange qui leur dit que tout cela ne se faisait qu'en apparence : Fidebar quidern munducare, etc. La famille de Tobie était-elle blâmable d'avoir préféré au témoignage des sens celui de l'ange Raphaël? Jésus-Christ ne s'est-il pas m o n t r é aussi à Magdelène et aux disciples sous diverses apparences ? Les sens nous disent que l'Eucharistie est du pain , et l'auteur des sens, qui ne peut nous t r o m p e r , nous dit q u e c'est son corps : pouvons-nous ne pas le c r o i r e ? Ne savez-vous point que le Christianisme ne subsiste que par la foi, que nos deux grands mystères, la Trinité et l'Incarnation , sont au-dessus de la raison, et opposés à tout ce q u e les sens et l'imagination nous s u g g è r e n t ? Vous dites qu'il n'v a q u ' u n D i e u , (pie le Père est D i e u , que le Fils est Dieu , q u e le Saint-Esprit est Dieu , votre raison humaine vous apprend-t-elle que trois ne soient q u ' u n ? Vous confessez que Jésus-Christ qui n'a

LITURGIE SUÉDOISE.

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paru aux yeux q u e comme u n h o m m e , est véritablement Dieu : e t c'est ainsi q u e l'ont c r u ceux qui en ont juge par la foi : transportez-vous u n moment, en e s p r i t , au temps de la naissance de JésusChrist. Les anges disent aux bergers : / / vous est né un sauveur qui est le Christ le Seigneur. Quelle marque de ce Seigneur de toutes choses ? On leur dit seulement : Vous trouverez un enfant emmailloté couché dans une crèche. Consultez vos s e n s , votre imagination, votre raison même. Toutes les lumières que vous en tirerez, vous diront-elles que cet enfant est véritablement u n Dieu revêtu d ' u n e chair? Dieu est tout-puissant * et cet enfant paraît la faiblesse m ê m e : Dieu est le maître de tous les biens, et cet enfant m a n q u e de t o u t : Dieu est impassible, et cet enfant est exposé aux douleurs et à toutes les incommodités d e l'enfance. Parcourez toutes les oppositions q u e la raison humaine présente entre les a t t r i b u t s de Dieu et l'état où JésusChrist s'est mis ; et malgré toutes ces oppositions que les sens , l'imagination et votre faible raison vous s u g g é r e r o n t , la foi vous fera confesser que celui qui est dans un état si abject, est véritablement le Fils de Dieu. Si vous le confessez, comme tout Chrétien doit le faire , quelle plus grande difficulté y a-t-il de c r o i r e , comme le croient toutes les communions chrétiennes ( à la v ô t r e p r è s ) , q u e ce qui ne paraît aux yeux q u e du pain est le corps de Jésus-Christ après q u e cet homme-Dieu nous a dit, ceci est mon corps? Quelque miracle q u e fit Jésus-Christ, les hommes ne voyaient eu lui q u ' u n h o m m e , un p r o phète, un E l i e , un Jean-llaptiste ; mais la foi fait dire à saint Pierre : Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant qui êtes venu en ce monde. Jésus-Christ ditil qu'il donnera sa chair à manger et sou sang à boire; la raison destituée de la l o i , fait dire aux Capharnaïtes et aux disciples mêmes : Ces paroles sont bien dures, quipeut les écouter. Ils n'en croient

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DISS. XIII. ART. V.

UNIFORMITÉ ABANDONNEE.

rien et se retirent. Les Apôtres s'en iront-ils aussi: Nurnquid et vos vultis abire ? La foi les arrête , et leur fait dire par saint Pierre : A qui irions-nous, Seigneur? Fous avez les paroles de la vie étemelle. Permettez-moi de vous le d i r e , à vous qui refusez de croire et qui doutez e n c o r e , où voudriez-vous aller p o u r savoir ce que vous devez confesser, si ce n'est au témoignage de Jésus-Christ ? Et si on a r é p a n d u des obscurités dans votre esprit par diverses interprétations de ces paroles , ceci est mon corps, q u e vous reste-t-il que d'écouter toutes les églises du m o n d e chrétien , et d'apprendre d'elles que le vrai sens de ces mots est le sens de la présence réelle corporelle. Vous venez de le voir ici dans les confessions de toutes les liturgies des églises chrétiennes ; et le consentement de tous les Chrétiens doit être p o u r nous , comme la voix de l'Evangile, dit le savant Beveregius M, p r ê t r e d e l à communion anglicane. Fasse le ciel q u e ceux qui ont le m a l h e u r d'être engagés dans les nouvelles sectes , se r e n d e n t à un tel t é m o i g n a g e , e t rent r e n t enfin dans le sein de l'église d'où ils sont sortis!
(a) Codex canonum ecclesiœ primitive. Proœm. pag. 3. Quemadmodmn enim omni in re consensus omnium vox naturtc est ut ait Cieero , sic etiain in luijusmodi rébus consensus omnium christianorum vox evangclii mérita habeatur. Multa autem sunt, (nue licèt in sacris scripturis expresse ac definitè non l e g a n t u r , eomnumi tamen omnium chvistianorum consentione ex iis eruunt u r , exempli gratiA, 1res distinctas in sacrosancta Trinitaie personas venerandas esse, Patrcm, Filium et Spiritum sanction , hosque singulos ver uni esse Deum, et tamen unum tan* tu m modo esse Deum ; Christum Si*>Sp^^ov esse, verè Deum^ ac verè homlnem in una eademque persona. Ilœe et sîmilia quamvis totidem verbis ac syllabis, nec in veteri nec in novo Testamento t r a d a n t u r , de iis tamen, ut utroque fundatis , inter omnes semper convertit christianos : dempUs tantummodo paucis quibusdam ba> r c t H s , quorum in religionc haud major habenda est ratio quàm monstrorum in natura.
t

SUPPLEMENT. LITURGIE

D'ÉCOSSE.

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SUPPLÉMENT A LA XIII . DISSERTATION, pour la liturgie d'Ecosse , depuis le changement de religion.

e

Nous avons dit à la page 8 6 , (pie les novateurs établirent les règles de leurnouvellereligion en i56o. Je n'avais p u encore voir alors les livres qui contiennent leurs règlemens en propres ternies. Je les ai enfin t r o u v é s ; et l'on y voit la confirmation de ce que j'ai dit après les meilleurs historiens; q u e Jean Knox dressa des formules conformes à celles de Genève. Ces formules o n t été imprimées p o u r la première fois en anglais en i5Gr ; on lit au t i t r e , approuvées par M. Jean Calvin; et q u o i q u e le lieu de l'impression n e soit pas m a r q u é , la préface datée de Genève du 10 de février, m a r q u e assez qu'elle fut i m p r i m é e dans cette ville p o u r les Anglais et Ecossais qui s'y étaient réfugiés , et p o u r ceux d'Ecosse qui s'étaient unis à K n o x . On appela dans la suite ce recueil de règlemens ou de prières, Knoxés settformes, c'est-à-dire , les formules de Jean Knox. C'est ce q u ' u n voit dans l'édition d'Edimbourg de i 6 3 5 , où on lit en t i t r e , fol. (î. Forme et élection des surintendans , qui peut servir à l'élection de tous les ministres. A Edimbourg le () de mars i56o , Jean Knox étant modérateur, ( c'est-à-dire, président de rassemblée^) et plus b a s , loi. 3a. l'assemblée générale en a ordonné l'impression publiée par Knox, ministre, et revue par nous soussignés délégués à cet effet par l'assemblée générale. [Cette revue fut faite vers l'an 1 5 6 7 . ] L'administration de la cène est toute conforme, dans le s e n s , à celle de Calvin q u e nous avons insérée à la page 2 6 . Cependant, comme il y a quelque

11

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DISS. XIII. — UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

différence q u ' o n sera p e u t - ê t r e bien aise de voir, je vais la m e t t r e ici en français. Manière d'administrer » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » « » » » » » » ta Cène du Seigneur.

« Le j o u r q u e la cène d u Seigneur est administ r é e , ( c e qui se fait c o m m u n é m e n t u n e fois le mois o u aussi souvent q u e la congrégation le jugéra e x p é d i e n t , ) le ministre a coutume de parler en la manière s u i v a n t e : » C o n s i d é r o n s , mes chers frères, c o m m e n t Jésus-Christ nous a prescrit sa sainte cène , selon ce q u e saint Paul r a p p o r t e dans le onzième chnpitre de la première épître aux Corinthiens : J'ai r e ç u . d u Seigneur, etc. » Après cette lecture le ministre /ait V exhorta» lion. » Mes bien-aimés clans le Seigneur, é t a n t assemblés p o u r célébrer la sainte communion du corps et du sang de notre sauveur Jésus-Christ, consid é r o n s comment saint Paul exhorte toutes personnes de s'éprouver soi-même et de s'examiner avec soin avant q u e d'oser s'approcher p o u r manger de ce pain et boire de celte coupe ; car comme le bienfait est g r a n d , q u a n d nous recevons ce saint sacrement avec un c œ u r vraiment pénitent et une foi vive, puisqu'alors nous mangeons spirituellement la chair de J é s u s - C h r i s t , et nous b u v o n s son s a n g ; nous demeurons en JéstisC h r i s t , et Jésus-Christ demeure en n o u s ; et nous sommes un avec Jésus-Christ, et Jésus-Christ est un avec n o u s ; de même aussi ,1e danger est grand si nous le recevons i n d i g n e m e n t , car alors nous devenons coupables du corps et du sang de Jésus-Christ notre sauveur ; n o u s mangeons et b u vons notre propre c o n d a m n a t i o n , ne faisant pas le discernement qu'on doit du corps du Seigneur, nous allumons la colère de Dieu contre n o u s et nous IVxcitons à nous affliger de toutes sortes de maladies et de divers genres de morts.

SUPPLÉMENT. LITURGIE

D'ÉCOSSE.

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» C'est pourquoi au n o m et en l'autorité d u Dieu j» éternel et de son Fils Jésus-Christ, j'excommunie » de cette table tout blasphémateur de D i e u , tout » idolâtre, tout m e u r t r i e r , tout a d u l t è r e , tout cn» vieux, tout m é c h a n t , toute personne qui n e veut » pas o b é i r a son père et à sa m è r e , aux p r i n c e s , » aux magistrats, aux p a s t e u r s , aux prédicateurs; » tout voleur ou t r o m p e u r , tous ceux enfin qui » mènent une vie opposée à la volonté de Dieu. » Nous leur défendons, comme ils en répondront » devant celui qui est le juste j u g e , de profaner cette a sainte table. Je ne dis pa* ceci pour d é t o u r n e r » quelqu'un , quelque grands q u e soient ses p é » chés, pourvu qu'il en ait u n e véritable d o u l e u r , » mais seulement ceux qui continuent de pécher » sans s'en repentir ; ni contre ceux qui tâchent de » parvenir à un plus h a u t degré de perfection , » auquel ils n e peuvent arriver dans cette vie. Car » quoique n o u s nous sentions bien faibles et misé» rables , q u e notre foi ne soit pas si parfaite et p constante qu'elle doit ê t r e , q u e , par la corruption » de notre n a t u r e , n o u s nous déliions bien souvent 0 de la bonté de Dieu , et q u e , ne nous dévouant 0 pas entièrement à son service, nous m a n q u i o n s » à lui d o n n e r des louanges autant que nous le défi vous , sentant au dedans de nous-mêmes u n e ré» volte continuelle q u i fait q u e nous avons à com» battre chaque j o u r contre la chair ; cependant » puisque le Seigneur nous a fait miséricorde en o imprimant son évangile dans notre cœur , et q u e » nous sommes préservés d u désespoir et de l in0 crédulité, et puisqu'il nous a donné une v o l o n t é , » et un désir de résister à nos propres affections, » et qu'il nous fait souhaiter a r d e m m e n t la justice » et l'observance de ses c o m m a u d e m e n s , nous pou» vous être bien assurés q u e ni ces d é f a u t s , ni ces 0 imperfections ne nous n u i r o n t p a s , ni ne seront 0 pas cause qu'il nous juge indignes de nous a p p r o -

] i.

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DISS. XIII.

UNIFORMITE ABANDONNÉE.

cher de sa tahle spirituelle ; car n o u s n'y venons pas p o u r faire valoir n o t r e justice ou l'innocence d e notre vie, mais au c o n t r a i r e , p o u r chercher n o t r e vie et la perfection en Jésus-Christ, reconunissant en même temps que de nous-mêmes nous sommes des eufans de colère et de damnation. » Considérons d o n c ce sacrement c o m m e un rc» mède p o u r toutes sortes de malades, et un se» cours qui console toutes les âmes faibles, car le » Seigneur ne demande a u t r e chose de n o u s , sinon » d'avouer sincèrement n o t r e néant et nos imper» fectîons. Tour participer donc dignement à ses » mérites et à ses bienfaits consolans, c'est-à-dire, » p o u r manger véritablement sa chair et boire son » s a n g , ne souffrons pas q u e notre esprit s'occupe » de ces choses terrestres et c o r r u p t i b l e s , qui sont » présentes à nos yeux et e n t r e nos m a i n s , pour » chercher Jésus-Christ c o r p o r e l l e m e n t , comme s'il » était contenu dans le pain et dans le vin , 011 » c o m m e si ces élémens étaient changés en la sub» s t a n c e d e s a c h a i r e t d e s o n s a n g ; car le seul moyen » par lequel nos âmes peuvent recevoir de la noury> riture et du soulagement, et être animées par sa » s u b s t a n c e , est d'élever notre esprit par la foi, » pardessus toutes les choses de la terre qui sont » sensibles , et par là d'entrer dans le ciel, afin de » trouver et de recevoir Jésus-Christ où il demeure » » » » » » » » indubitablement vrai Dieu et vrai h o m m e , dans la gloire incompréhensible de son P è r e , à qui soit tonte l o u a n g e , t o u t h o n n e u r et gloire maintenant et toujours. Amen. » Apres Cexhortation le ministre descend de la chaire et se met à table, chaque homme et c/iaque femme prend de même sa place comme /'occas ion se présente : alors le ministre prend du pain et rend grâces dans les paroles suivantes ou semblables*

» » » » » » »

SUPPLEMENT.

LITURGIE

D'ÉCOSSE.
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lG5

» Père de miséricorde et Dieu de toute consola» tion , puisque toute créature vous ( ) reconnaît » pour son maître et Seigneur, il nous convient à » nous qui sommes l'ouvrage de vos mains , de rcs» pecter en tout temps votre majesté divine, pre» mièrement, parce que vous nous avez créés à » votre image et ressemblance, mais surtout parce » que vous nous avez délivrés de la mort éternelle » et de la damnation , dans laquelle le démon par » le péché nous avait engagés, de laquelle nil'hom» me ni lange n'a pu nous délivrer; mais v o u s , ô » Seigneur, riche en miséricorde et dont la bonté » est infinie , vous nous avez donné pour rédemp» teur votre Fils unique bien-aimé, fait homme » semblable à nous en tout, excepté le péché, afin «qu'il portât en son corps la peine de nos trans» gressions , qu'il satisfit pour nous à la justice di» vine , qu'il détruisît par sa résurrection celui qui » était auteur de la mort, et qu'il rendît la vie au «monde, de laquelle toute la race d'Adam avait » été justement privée. » Seigneur, nous reconnaissons que nulle créa» ture ne peut comprendre l'étendue, la profondeur » et la hauteur de votre amour, qui vous porte à » exercer la miséricorde qui n'était point due , à » donner la vie en vainquant la m o r t , et à nous » recevoir dans vos bonnes grâces, quoique rebel» les à votre justice. Seigneur, la corruption de » notre nature et notre aveuglement, ne nous péril mettent pas de peser comme il faut la grandeur » de ces bienfaits : cependant, parce que Jésus) Christ nous l a commandé, nous nous présentons > » à cette sainte table, qu'il nous a laissée en mé» moire de sa m o r t , jusqu'à ce qu'il v i e n n e , pour » déclarer et témoigner devant toute la terre que » c'est par lui seul que nous recevons la liberté et
(a) Je mets vous au lieu de te, parce que notre langue à tutoyer te Seigneur.

n'aime pas

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» » » » » » » » » » » » » » » » » »

DISS. XIII. U IO MT A A D N E . NF R I É B N O N E

la v i e , que c'est par lui seul que vous nous reconnaissez pour vosenfans et vos h é r i t i e r s , que c'est par lui que nous avons accès au trône de votre g r â c e , que c'est par lui que nous sommes en possession du R o y a u m e spirituel p o u r manger et boire à sa table, avec qui nous avons maintenantconversalion dans le ciel, et par qui nos corps seront ressuscites de la p o u s s i è r e , et seront mis en possession de cette joie qui n'aura point de fin, q u e vous, Père de miséricorde,avez préparée avant q u e le monde fût créé. Nous confessons q u e nous avons reçu tous ces bienfaits inestimables de votre miséricorde et de votre grâce toute gratuite par votre Fils u n i q u e et bien-aimé Jésus-Christ. C'est pourquoi nous qui composons votre congrcgation , poussés p a r votre Esprit S a i n t , nous vous rendons g r â c e s , louanges et gloire dans tous les siècles. Amen. » Ensuite le ministre ayant rompu le pain, le donne » au peuple qui se le distribue, selon le précepte » de notre Sauveur, et il donne de même lu coupe. y> Pendant ce temps on lit quelque endroit ou pas» sage de l'Ecriture qui représente vivement la mort » de Jésus-Christ, ufin que les yeux et les sens ne » soient pas uniquement occupés des signes exté» rieurs du pain et du vin qu'on nomme la parole » visible, mais que nos cœurs et nos esprits soient » dans la contemplation de la mort du Seigneur, » qui est représentée dans ce sacrement. Ensuite il » rend grâces en disant : » Père très-miséricordieux, nous vous rendons » g r â c e s , louanges et gloire, etc. » Cette prière est conçue presque dans les mêmes termes que celle de la liturgiecalviniste, q u ' o n peut v o i r , pag. 3o.
REMARQUES.

On n'a ici à r e m a r q u e r q u e quelques différences. La première est qu'on ne parle point des quatre

SUPPLÉMENT.

LITURGIE

D'ÉCOSSE.

T67

fêtes auxquelles la cène est fixée à Genève, [voy. pag. 2 6 . ] La seconde est que la cène n'est pas distribuée par le ministre à chaque particulier, mais que les hommes et les femmes viennent s'asseoir à la table comme on se rencontre, et qu'ils se distribuent la cène les uns aux autres. La troisième différence est que dans la liturgie d'Ecosse, pour faire la cène, on marque seulement la prière la plus usitée, et ce qu'on a coutume de faire, et non pas ce qui doit être observé nécessairement , laissant à chaque ministre la liberté de faire la prière de la cène comme il voudra. C'est en effet ce qui s'observe en E c o s s e , comme nous l'avons remarqué. Au fond, on a d'autant plus lieu de laisser faire à chaque ministre la prière comme il lui plaît, que dans celle qu'on propose ici pour modèle, et qui est à peu près semblable à celle de Genève , il n'y a rien qui détermine à penser qu'on veut faire un sacrement, quoique d'ailleurs (fans les catéchismes et dans les discours , on parle de la cène comme d'un sacrement véritable.

LA

L I T U R G I E

,

Ou la manière de célébrer le service divin * gui est établie dans les églises de ta principauté de Neufeluitei et Falangin* A Basle* chez Jean Pistorius. MDCCXI1L

VOICI, à

ce que je crois, la dernière des liturgies que les Protestans aient fait imprimer, quoique la principauté de Neufchâtel, qui est une partie con-' sidérante de la Suisse , limitrophe de la FrancheComté, soit un des premiers pays où Ton ait embrassé les nouvelles opinions , et que le change-

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DISS. XIII.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

m e n t de religion se soit fait dans la ville d e Neufchâtel cinq ans plus tôt qu'à Genève. Guillaume F a r e l , l'un des plus grands déclamateurs de son temps , a été leur premier ministre. Contraint de sortir de France avec plusieurs novateurs en i 5 a 3 , il fit des .liaisons avec Bucer ( ) à S t r a s b o u r g , avec Zuingle à Z u r i c h , avec H a l l e r à B e r n e , et avec OEcolampade à Râle. 11 exerça sa véh é m e n t e éloquence à Montbéliard sous la protection du duc de W i t t e m b e r g , seigneur du lieu ; et en i5?.c) il alla à Neufchâtel. ( ) II y trouva des audit e u r s favorables, et la nouvelle religion fut établie dans la ville de Neufchâtel (°) le l\ de novembre i53o. Mais on ne voit pas que Farel ait dressé u n e form u l e particulière p o u r l'administration de la cène; p e u t - ê t r e y suivit-on celle de Z u r i c h ; peut-être aussi voulut-il faire des prières particulières sur-le-champ, et laisser la même liberté aux ministres qui devinr e n t ses collègues. Il se brouilla si souvent avec eux, qu'ils auraient bien p u refuser de s'assujettir aux formules qu'il aurait prescrites ; et il se p e u t faire encore que sa manière d'administrer la cène ait été la m ê m e q u e celle que Calvin lit imprimer e n s u i t e ; car dès Tan i 5 3 o , il était allé faire des prosélytes à G e n è v e , lesquels devenus plus puissans q u e les c a t h o l i q u e s , qui l'avaient contraint de se r e t i r e r , le rappelèrent en ."534 ; de sorte que Farel a été un des principaux ailleurs de l'abolition de la religion catholique à Genève , quoiqu'il y ait été assez maltraité dans les voyages qu'il y fit ensuite , quelq u e m a r q u e d'amitié que Calvin lui eût donnée. Neufchâtel a été toujours le principal lieu du ministère de F a r e l , et il y m o u r u t en 1565. On voit qu'en 1551 il fit un Traité de la sainte Cène qui fut imprime à Genève en 1553. ( ) Je n'ai
a b d

(a) Ancilhn, vie de Gidll Farel, à Amsterdam 1001. pag. 197. (h) La même , page 207. (c) La même, page 20Ï). (d) fie de l'arcL pag. 44 et 217.

SUPPLÉMENT. LITURGIE DE NEUFCHATEL.

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|>u trouver ce traité ; mais de la façon qu'en parlent des auteurs protestans, c'était un traité de controverse qui ne contenait pas de formules particulières de la cène. Il n'y en a point eu d'imprimée pour Neufchâtel avant l'année 1 7 1 3 . La préface que Messieurs les ministres de la principauté de Neufchâtel ont mise à la tête de leur liturgie dédiée au roi de Prusse, nous apprend ce fait, et que celle qu'ils donnent au public n'était en usage que depuis quelque temps. La préface commence ainsi : « Il y a déjà plusieurs » aimées que l'on a commencé d'établir dans les » églises de la principauté de Neufchâtel et Valan» gin, la liturgie que l'on donne présentement au » public. On ne l'a pas fait imprimer plus tôt, et l'on » a cru qu'il fallait laisser écouler quelque t e m p s , » afin de la mettre dans un meilleur état. Enfin , » on s'est déterminé à la publier et à satisfaire au » désir d'un grand nombre de personnes qui ont » souhaité qu'elle fût mise au jour. » On y voit ensuite que la liturgie n'était pas fixe et réglée, ce que la plupart des Protestans ont regardé comme un grand inconvénient, parce qu'en l'abandonnant à la discrétion de chaque ministre , les uns emploient des expressions qui ne sont pas convenables ; d'autres, pour être courts, parlent obscurément; d'autres font ostentation de leur prétendue éloquence, qui n'édifie pas les auditeurs. « Le service, poursuit-on, est célébré avec plus » d'édification, de gravité et de bienséance, et par » les ministres de l'Eglise, et parle peuple, lorsque » la manière de le célébrer est réglée , que lors» qu'elle est remise à la discrétion des ministres. » Les liturgies sont aussi très-utiles pour conserver B l'uniformité du culte ; et pourvu qu'elles soient « conformes à l'esprit de l'Evangile, elles peuvent » servir à empêcher que l'on n'introduise dans les » églises des pratiques et des sentimens contraires » à la pureté de la religion.

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X>ISS. XIII.

UNIFORMITE ABANDONNEE.

» Ces considérations et quelques autres, ont fait » croire aux pasteurs des églises de Neufchatelet » de Valaugin, qu'ils contribueraient à Pédifica» tion de leurs troupeaux, s'ils mettaient leur lilur» gie sur un pied fixe , et s'ils imitaient en cela la » plus grande partie des églises protestantes et en » particulier les églises de Suisse, qui ont chacune » leur liturgie imprimée. » On déclare qu'on a formé cette liturgie autant qu'on a pu sur l'Écriture sainte, et sur les liturgies anciennes et modernes ; et l'on ne fait pas difficulté de reconnaître qu'une bonne liturgie doit renfermer ce que les églises chrétiennes ont conservé généralement jusqu'à notre temps. « Après l'Écri» ture, on a consulté, poursuit-on, les meilleures » liturgies , tant anciennes que modernes; on a » conservé divers formulaires qui étaient déjà » en usage dans les églises de ce pays , on s'est con» formé en bien des choses à l'ordre qui s'y obser» vait, et Ton a pris des autres liturgies, et particu» lièrement des anciennes, ce qui a paru le plus » édifiant. En matière de c u l t e , on doit avoir de » grands égards pour ce qui se pratiquait dans les » premiers siècles de l'Eglise, et il faut avouer qu'on » trouve dans les prières des anciens une simpli» cité et une onction toute particulière. Qui peut » douter, d'ailleurs, que ce qui se faisait dans ces » temps-là, et qui avait été établi par les successeurs » des Apôtres, ne soit très-conforme à l'esprit de » l'Evangile, et ne doive être regardé avec respect par » tous les Chrétiens ? Il est vrai que les coutumes » des églises varièrent beaucoup dans la suite ; on » s'écarta de cette première simplicité, et l'on char» gea les liturgies de bien des choses inutiles , et » même contraires à la pureté du culte évangélique; » c'est ce qu'on remarque dans celles qui sont par» venues jusqu'à nous. Mais il est certain que le » fond et l'essence de l'ancien culte été conservé » dans presque toutes les liturgies ; et que si en

SUPPLÉMENT. LITURGIE DE NEUFCHATEL.

17 l

» laissant là ce q u e chaque liturgie a de p a r t i c u l i e r , » et ce qui a été ajouté à mesure q u e 1 i g n o r a n c e , » Terreur et la superstition se répandaient dans » l'Église , on retenait ce q u i a été d'un usage an» cien et g é n é r a l , et en quoi toutes les liturgies s'ac» cordent à p e u de choses près , on aurait la véri» table forme du culte des premiers Chrétiens. Ce » serait aussi là l'un des meilleurs moyens de par» venir à cette uniformité q u i serait si nécessaire i pour la paix et p o u r l'édification de l'Église. » Ou convient q u e les assistans devraient r é p o n d r e Amen aux principales prières q u e fait le ministre. Et Ton a cru q u ' o n devait i n t r o d u i r e dans cette l i turgie les termes de n o t r e préface de la m e s s e , q u o i qu'ils n'aient p o i n t été en usage dans les assemblées protestantes. a Les premiers C h r é t i e n s , d i t - o n , r e t i n r e n t cette » pratique dans leur c u l t e , s u r t o u t dans cette ex» cellente et admirable liturgie d o n t ils se servaient » pour la communion à l'Eucharistie. Les ministres » et les diacres disaient au p e u p l e : Élevez vos cœurs » en haut i le peuple r é p o n d a i t : Nous avons nos » cœurs élevés au Seigneur. Les ministres ajou» taient : Rendons grâces au Seigneur notre Dieu; » le peuple disait : / / estjuste et raisonnable que nous » lai rendions grâces. Et t o u s les c o m m u n i a n s r é » pondaient dmen, par leurs acclamations, aux prié» res et aux actions de grâces q u e les ministres p r o » nonçaient. Au reste ces paroles q u ' o n vient de » rapporter, et qui se t r o u v e n t dans toutes les a n » ciennes liturgies de la sainte c è n e , et qui en font » la principale p a r t i e , sont si belles et si édifiantes, » elles conviennent si bien à cette cérémonie s a c r é e , » que Ton a cru devoir les faire e n t r e r dans la li» turgie q u ' o n a dressée p o u r l'usage des églises de » ce pays : les autres parties de cette liturgie o n t » été prises de celles d o n t se servent diverses égli» ses protestantes. » Nous allons voir t o u t ce q u e quelque g o û t res-

I72

DISS. Xlir.

U I O MT A A D N É . NF R I E B N O N E

p e c t u e u x pour les anciennes l i t u r g i e s , a fait insér e r dans celte nouvelle liturgie de la communion. Après avoir m a r q u é les j o u r s destinés à la cène: « On célèbre la sainte cène eu q u a t r e saisons de » T a n n é e , et dans chacun de ces temps on la celé* » b r e trois f o i s , afin q u e ceux qui n e peuvent pas » participer au saint sacrement la première lois » puissent s'y présenter les j o u r s suivans ; et que » les personnes qui désirent de c o m m u n i e r plus » d'une fois aient occasion de le faire. La sainte » cène est c é l é b r é e , premièrement à P â q u e s , sa» voir :1e dimanche des R a m e a u x , le vendredi-saint, » et le j o u r de Pâques. 2 . A la Pentecôte : le ditnan» che de la Pentecôte, le vendredi suivant et ledi» manche de la Trinité. 3. Au commencement du » mois de s e p t e m b r e : le dernier d i m a n c h e d'août, » le vendredi s u i v a n t , et le premier dimanche de » septembre. 4 - A Noël : les deux derniers diman» ches de Tannée et le j o u r de Noël ; et si le jour » d e Noël échet s u r u n dimanche , on communie » alors le vendredi précédent. Par là on p e u t con> » p r e n d r e la raison p o u r laquelle il y a dans celte » liturgie des prières p o u r deux dimanches de com» m u n i o n à chacune des quatre fêtes. »

LA

LITURGIE

D L SIT CN. E A AN E E E
Au nom du Père* du Fils* et du Saint-Esprit : Amen.

O Dieu éternel et t o u t - p u i s s a n t , q u e toutes les créatures louent et glorifient comme leur créateur et leur souverain m a î t r e ; nous te prions qu'étant assemblés p o u r participer à la sainte c è n e , que ton Fils Jésus-Christ n o t r e Sauveur nous a ordonné de

SUPPLÉMENT. LITURGIE DE NEUFCHATEL.

1^3

célébrer en mémoire de sa m o r t , tu nous fasses la grâce de nous acquitter de ce devoir religieux d'une manière qui te soit agréable, par le même JésusChrist: Amen. Ecoutez, mes frères, l'institution de la sainte cène, selon que saint Paul la rapporte dans la première épître aux Corinthiens. J'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai donné. C'est que le Seigneur Jésus, la nuit qu'il fut trahi, prit du pain; et après avoir rendu grâces, il le rompit, et d i t : Prenez, mangez , Ceci est mon corps qui est rompu pour vous : faites ceci eu mémoire (le moi. De même après avoir soupe, il prit la coupe, et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang : faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. Tous les fois donc que vous mangerez de ce pain, et que vous boirez de cette coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. C'est pourquoi quiconque mangera de ce pain , ou boira de la coupe du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve soimême, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe. Car quiconque en mange et en boit indignement, rnange et boit sa condamnation, ne discernant point le corps du Seigneur. Vous venez d'entendre comment Jésus-Christ a institué la sainte c è n e , et comment elle doit être célébrée avec foi et avec révérence dans l'Église par tous les fidèles jusqu'à la fin du monde. Par où nous voyons qu'il n'y a que les vrais Chrétiens qui doivent y être admis. Ainsi, suivant la règle que nous en avons dans l'Écriture , et en l'autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, j'excommunie tous ceux qui ne sont pas du nombre.des fidèles; les impies, les incrédules, les profanes, les jureurs, ceux qui sont rebelles à leurs supérieurs ; ceux qui vivent dans les querelles et dans la haine; les impurs, les hommes sensuels et charnels, les ivrognes, les injustes,

I 74

D r s s

-

x

m

-

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

les t r o m p e u r s , les avares, les orgueilleux, les med i s a n s , et généralement tous ceux en qui l'amour du m o n d e et de ses convoitises r è g n e ; en particulier ceux qui ont été exclus de la participation du s a c r e m e n t , soit dans cette église , soit dans quelq u e a u t r e ; leur dénonçant à tous q u e p e n d a n t qu'ils n e s'amendent p a s , la colère de Dieu demeure sur eux ; et qu'ainsi ils doivent s'éloigner de cette sainte t a b l e , de peur de profaner ce saint sacrement que Jésus-Christ ne présente qu'à ses domestiques et aux vrais fidèles. P o u r vous C h r é t i e n s , qui êtes dans l'intention d e v e n i r à cette sainte c o m m u n i o n , vous devez bien considérer l'importance de ce q u e vous allez f a i r e , et le grand danger qu'il y a de m a n g e r de ce pain et de boire d e cette coupe indignement. C'est p o u r q u o i , jugez-vous vous-mêmes, et vous n e serez pas jugés par le Seigneur. Examinez votre vie par les c o m m a n d e m e n s de Dieu ; et dans toutes les choses où vous reconnaîtrez q u e vous Tavez offensé, soit par vos a c t i o n s , soit par vos p a r o l e s , soit par la volonté ou p a r l a p e n s é e , déplorez chacun de vous , votre iniquité , et faites-en la confession au Dieu tout-puissant, avec un humble r e c o u r s à sa miséricorde > et un vrai désir de vivre désormais saintement et selon Dieu, Soyez aussi animés d'une charité sincère envers votre prochain ; si vous avez fait tort à q u e l q u ' u n , ou si vous possédez quelque chose i n j u s t e m e n t , faites-en la r e s t i t u t i o n ; réconciliez-vous les uns avec les autres , et pardonnez aussi à tous ceux q u i vous ont offensés , comme vous désirez d'obtenir de Dieu le p a r d o n de vos offenses. Si ce sont là vos dispositions , et si vos consciences vous rendent ce témoignage devant Dieu qui connaît vos coeurs, vous pouvez venir à cette table s a c r é e , et vous ne devez pas d o u t e r que le Seigneur Jésus n e vous y rende p a r t i c i p a i s de tous les fruits de sa passion et de sa m o r t . Mais s u r toutes choses il faut q u e vous rendiez

StiPPUSajENT. LITURGIE DE

tfEl/FCHATEL.

| JJ

présentement au Dieu tout-puissant de très-humbles actions de grâces et de tout votre c œ u r , de ce qu'il a racheté le monde par Jésus-Christ notre Seigneur, qui s'est abaissé jusqu'à la mort de la croix pour nous pauvres pécheurs, afin de nous rendre enfans de Dieu , et de nous élever à la vie éternelle. Et afin que nous nous souvinssions continuellement de cette grande et immense charité de notre bon Sauveur,qui est ainsi mort pour nous, et des biens infinis qu'il nous a acquis, il a institué ce saint sacrement pour nous être un gage de son amour, et un monument perpétuel de sa mort à notre grande et éternelle consolation. Bendons donc aujourd'hui et sans cesse , à ce rédempteur charitable, aussi bien qu'au Père et au Saint-Esprit, nos bénédictions et nos louanges selon que nous y sommes si justement obligés. Et pour cet effet, élevons tous nos coeurs en haut, et rendons grâces au Seigneur notre Dieu. Il est juste et raisonnable, et c'est un devoir trèssalutaire qu'eu tout temps et en tous lieux , nous te rendions grâces , ô Seigneur D i e u , Père s a i n t , Dieu éternel. A Noël. Par Jésus-Christ ton Fils unique notre Seigneur, qui naquit en ce temps pour n o u s , et qui par l'opération du Saint-Esprit a été fait un vrai homme de la substance de la bienheureuse Vierge sa m è r e , et sans aucune tache de péché, afin qu'il nous nettoyât de toute iniquité. C'est p o u r q u o i , avec les Anges, etc. comme ci-dessous. A Pâques.

Par Jésus-Christ notre Seigneur qui est mort pour nos offenses, et qui est ressuscité pour notre justification. [ W Nous te louons pour la résurrection glorieuse de notre Sauveur, ] car c'est lui qui est le
(a) Ceci se dit te jour de Pâques.

fjG

DISS. XIII.

U I O MT A A D N É . NF R I É B N O N E

vrai agneau qui a été immolé et qui ôte les péchés d u m o n d e . C'est lui q u i par sa m o r t a détruit la m o r t , et qui par sa résurrection nous a donné la vie éternelle. C'est p o u r q u o i , avec les A n g e s , etc. comme ci-dessous. À la Pentecôte.

Par notre Seigneur J é s u s - C h r i s t , qui après sa résurrection est m o n t é au-dessus de tous les cieux , a été sur le troue de ta g l o i r e , et s'est assis à ta droite , d'où il a r é p a n d u le Saint-Esprit sur les Apôtres et sur les enfans de ton adoption. C'est p o u r cela q u e toute la terre se réjouit, et q u e nous t'offrons nos v œ u x , disant avec les Anges, e t e comme ci-dessous. Ou ceci. Par n o t r e Seigneur Jésus-Christ, qui selon sa promesse fit descendre du ciel en ce temps [jour], le Saint-Esprit sur les Apôtres , p o u r les conduire en t o u t e vérité,,et p o u r leur donner le don de parler diverses langues , afin qu'ils pussent prêcher l'Evangile à toutes les nations. Par lequel Esprit n o u s avons été amenés des ténèbres à la lumière , et de l'erreur à la vérité et à la connaissance de toi, ô n o t r e Dieu , et de Jésus-Christ que lu as envoyé. C'est p o u r q u o i avec les A n g e s , etc. comme ci-dessous. Au.v fâtes de Septembre. Par Jésus-Christ notre Seigneur , de ce q u e tu l'as livré à la mort p o u r nous racheter de nos péc h é s , et de ce qu'il doit revenir des cieux au jour de son apparition glorieuse. J^equel aussi a institué la sainte c è n e , et nous a commandé de manger de ce pain et de boire de cette coupe , et d'annoncer ainsi sa m o r t jusqu'à ce qu'il vienne. C'est p o u r q u o i avec les Anges, avec les Archang e s , et avec toute l'armée des cieux nous magnifions ton nom g l o r i e u x , nous chantons u n e hymne

SUPPLÉMENT. LITURGIE DE NEUFCHÂ.TKL.

I77

li ta gloire, disant : S a i n t , Saint, Saint, Seigneur Dieu des armées. Les cieux et la terre sont remplis de ta gloire, ô Dieu très-haut! Et p u i s , ô S e i g n e u r , q u e c'est p o u r racheter le genre humain que Jésus-Christ ton Fils s'est offert en sacrifice sur la c r o i x , nous te supplions qu'en considération de ce sacrifice , dont nous faisons maintenant la très-sainte et bienheureuse commémoration, tu reçoives les requêtes que nous adressons à ta divine majesté p o u r la tranquillité de tout le m o n d e , et p o u r le salut de tous les peuples. Nous te prions de b é n i r et de protéger l'Eglise universelle ; et d'inspirer à tous les Chrétiens l'esprit de vérité, d'union et de p a i x , afin qu'ils suivent d'un commun accord la vérité de la p a r o l e , et qu'ils vivent dans la concorde , et avec une innocence digne des m e m b r e s de ton sacré corps. Veuille , ô D i e u , par qui les rois r é g n e n t , bénir et défendre tous les princes et tous les seigneurs chrétiens , et particulièrement notre roi W ton serviteur , afin que nous vivions sous son règne dans la tranquillité et dans la piété. Bénis aussi TV. N. et fais la grâce à tous nos supérieurs et magistrats d'exercer leurs charges avec intégrité ; en sorte que la religion fleurisse et que la piété soit avancée parmi nous. Répand tes g r â c e s , ô souverain pasteur de nos â m e s , sur tous les ministres de ton Eglise, afin qu'ils manifestent la vérité et l'efficace de la sainte p a r o l e , tant par leur doctrine q u e par leur vie ; qu'ils administrent fidèlement tes saints sacremens ; et qu'ils veillent soigneusement sur les troupeaux qui leur sont commis. Veuille secourir par ta bonté , tous ceux qui pendant le cours de cette vie passagère , sont dans le trouble , dans l'affliction , dans la nécessité , dans la m a l a d i e , ou dans quelque adversité que ce soit. Enfin , Seigneur, nous te prions p o u r toute l'assemblée qui est ici présente , p o u r tous tes servi(a) De Prusse. 4* ia

178

DISS. xrrr. — NF R I É A A D N É . U I O MT B N O N E

leurs et pour toutes tes servantes, dont la foi et la dévotion te sont connues, qui désirent de participer à ta table; qui te rendent leurs v œ u x , ô Dieu vivant et véritable ; qui annoncent la mort de leur Sauv e u r , et qui attendent son dernier et glorieux avènement auquel il jugera les vivons et les m o r t s , et nous rendra à tous selon nos œuvres. Daigne recevoir favorablement nos humbles prières,afin que par la communion à la mort de ton Fils, et par l'efficace du sang précieux qu'il a répandu sur la croix, nous soyons délivrés en ce jour-là de la colère à venir , et trouvés dignes d'être reçus avec tous tes élus dans la gloire cle ton royaume. Exauce-nous, ô Dieu notre pere, au nom de Jésus-Christ notre Sauveur et notre intercesseur, par le commandement duquel nous te présentons la sainte prière qu'il nous a enseignée. Notre Père qui es au cieux ; Ton nom soit sanctifié. Ton règne vienne. Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ; Et nous pardonne nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; Et ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin ; Carà toi appartient le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles : Amen. Dieu tout-puissant, Père de notre Seigneur JésusChrist, devant qui nous allons nous présenter maintenant, en participant au sacrement de la mort de ton Fils ; écoute la confession que nous te faisons de nos fautes. Nous reconnaissons, Seigneur, notre indignité; nous déplorons la grandeur et la multitude des péchés que nous avons commis contre toi; et nous ne présumons pas de nous présenter à ce saint sacrement en nous confiant sur nos propres justices; mais nous nous confions en tes grandes compassions. Aie pitié de n o u s , ô Père miséricordieux; aie pitié de nous : pardonne-nous pour l'amour de Jésus-

SUPPLEMENT. LITURGIE DE

N U C AE. EFHÏ1

I 79

Christ ; et nous accorde la grâce de recevoir tellement aujourd'hui ces signes sacrés du pain et du vin, qu'étant unis à ton Fils par la f o i , nous de* meurions toujours en l u i , et qu'il demeure à jamais en nous: Amen. Vous tous qui étant touchés d'une sérieuse repentance de vos fautes, avez recours à la miséricorde de Dieu par une vraie confiance , qui avez aussi une sincère charité pour tous vos prochains , et qui êtes résolus de conformer de plus en plus votre vie aux commandemens de Dieu : je vous annonce le pardon de vos péchés , et je vous donne l'accès à la sacrée communion du corps et du sang de notre Seigneur: Amen. La Consécration qui se
fait

à la Table.

O Dieu tout-puissant et notre Père céleste, qui par ta grande miséricorde as livré ton Fils à la mort de la croix pour notre rédemption ; lequel s'est offert soi-même en sacrifice pour les péchés de tout le monde, et a ordonné (jue la commémoration perpétuelle de sa mort se fit dans son église jusqu'à ce qu'il vienne au dernier jour: Reçois nos prières et nos louanges , 6 Dieu miséricordieux, ne nous te présentons par Jésus-Christ. Lequel ans la nuit qu'il fut trahi, prit du pain, {*) et t'ayant rendu grâces , o Père éternel, il le rompit et dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps qui est rompu pour vous ; faites ceci eu mémoire de moi. ( ) De même après avoir s o u p e , il prit la c o u p e , ( ) et rendit grâces , et la donna, disant: Buvez-en tous, car ceci est mou s a n g , le sang de la nouvelle alliance,qui esl répandu pour plusieurs en rémission des péchés; faites ceci, toutes les fois que vous en boirez , en mémoire de moi. ( * <)

3

b

c

(a) Ici le pasteur prend le pain entre ses mains. (b) Ici le pasteur communie , et donne te pain aux qui sont à la table avec lui. (c) Ici il prend la coupe. (d) Ici il communie à la coupe, et la donne au? autres

ministres ministres:

180

m s s . xirr. — vxtroxmrê

ALMTDONNÉE.

Le peuple vient à ta communion , et pendant ce temps* là on chante tes psaumes , et on lit les endroits de VEcriture qui sont prescrits. En donnant le pain le pasteur dit : Souvenez-vous que Jésus-Christ votre Sauveur est mort pour vous, et lui en rendez grâces. En donnant la Coupe. Souvenez-vous que Jésus-Christ votre Sauveur a répandu sou sang pour vous , et lui en rendez grâces. Quand ta communion est achevée* on chante le cantique de Simèon, et on lit ce qui suit. Père céleste, nous te bénissons de ce qu'il t'a plu nous faire un si grand bien à nous pauvres pécheurs, que de nous recevoir à la communion de ton Fils Jésus-Christ notre Seigneur, l'ayant livré à la mort pour nous, et nous le donnant en nourriture pour la vie éternelle. Fais-nous aussi maintenant cette grâce, que nous n'oublions jamais de si grands bienfaits; mais que plutôt les ayant gravés clans nos cœurs, nous croissions, et nous nous avancions continuellement clans la foi , que cette foi fructifie par toutes sortes de bonnes œ u v r e s , et que par ce moyen toute notre vie soit consacrée et em« ployée à l'avancement de ta gloire, et à l'édification de notre prochain : Par ce même Jésus-Christ ton Fils, qui vit et règne Dieu boni aux siècles des siècles ; Amen. Gloire soit à Dieu aux lieux très-hauts; paix sur la terre, et bonne volonté envers les hommes. Nous te louons, nous t'exaltons, nous te rendons grâces, pour tous tes grands bienfaits et pour ta grande gloire, ô Seigneur Dieu , roi du c i e l , père tout-puissant. O Seigneur , Jésus Christ, Fils unique de Dieu,

1

SUPPLÉMENT. LITURGIE DE KElTFCnAlXi*.

18f

agneau de Dieu qui ôtes les péchés du monde , aie pilié de nous. Toi qui ôtes les péchés du monde , exauce nos prières. Toi q u i es assis à la droite du p è r e , aie pitié de nous. Car tu est le seul S a i n t , tu es le seul Seigneur , tu es le seul Très-haut, 6 Jésus-Christ, avec le SaintEsprit, dans la gloire de Dieu le Père. Amen. Exhortation à ceux qui ont communié.

Je vous exhorte et je vous conjure m a i n t e n a n t , mes très-chers frères et mes très-chères s œ u r s , par les compassions de Dieu et par la dilection du Seigneur J é s u s , de bien penser à ce q u e nous venons de faire, dans l'action sainte que nous avons célébrée par l'ordre de n o t r e Seigneur Jésus-Christ. Nous venons de reconnaître solennellement par cette cérémonie d'actions de grâces , et par cette profession publique de n o t r e foi, que nous avons été rachetés de nos p é c h é s , et de la condamnation éternelle par la m o r t de Jésus-Christ. Nous venons de témoigner q u e nous sommes tous frères et membres d'un même c o r p s , et que nous avons les tins pour les autres une charité fraternelle et cordiale. Nous avons aussi promis de glorifier Dieu en nos corps et en nos esprits par une vie sainte et digne de notre vocation. Dieu nous fasse la grâce de nous bien souvenir de ces promesses , de nous en acquitter religieusement, et d'avoir la mort de notre charitable R é d e m p t e u r , imprimée si avant dans nos c œ u r s , que nous mourions tous les jours de plus en plus au p é c h é , et q u e nous marchions dans les voies de la sainteté tout le temps de notre vie, à la gloire de D i e u , et à notre édification mutuelle. Amen. Le Seigneur vous bénisse et vous conserve : Le Seigneur fasse luire sa face sur vous et vous soit propice: Le Seigneur t o u r n e son visage vers v o u s ,

i8a Diss. xni. UNIFORMITÉ A A D N É . — B N O NE et vous conserve eu prospérité : Amen. Allez-vousen en paix, et souvenez-vous des pauvres. Fin de la Liturgie de la sainte Cène.

RÉFLEXIONS Sur la Liturgie de Neufchâtel.

est distinguée des autres liturgies zuingliennes et calvinistes par des additions tirées des anciennes liturgies. Remarquons ces additions, r . La préface, Elevez vos cœurs. a*. Le Sanctus. 3°. Des prières pour tous les états. Ces trois articles sont dans toutes les liturgies du monde chrétien ; et les prétendus réformateurs Zuingle , Far e l , Calvin et les autres auraient bien dû ne pas porter leur réforme jusqu'à l'abolition de tels usages. L'attention de messieurs de Neufchâtel qui les leur a fait adopter, mérite sans doute des louanges. 4°- L'oraison dominicale, autre article qu'on ne trouve pas dans l'administration de la cène de Genève, et qui mérite bien d'y être conservé. 5'. L'addition à la fin du Pater : Car à toi appartient le règne , la puissance et la gloire aux siècles des siècles. Cette formule de glorification n'a point été dans les missels de l'église latine, mais elle termine l'oraison dominicale dans la liturgie des ijdises orientales depuis les premiers siècles , d'où elle a passé dans les nouveaux ï e s l a m e n s grecs. Il n'y a donc rien en cela de blâmable. Voyez ce que nous en avons dit dans la V I . Dissertation , tome II» pag. 35o.
e

C T E liturgie ET

G\ A la page 1 7 9 , on lit en titre : La consacra* tion qui se fait à la table. Ce n'est pas sans quelque surprise, qu'on trouve ici ce mot de consécration, qui n'avait pas encore paru dans aucune liturgie

SUPPLEMENT. LITURGIE DE NEUFCHATEL.

1 83

zuinglîcnne ou calviniste. Ce t e r m e de consécraliou s étend en général dans l'Église sur tout ce qui est séparé de l'usage c o m m u n par des p r i è r e s , pour être u n i q u e m e n t destiné au service de Dieu. Ce mot pris en ce sens a beaucoup de significations, «'il serait hors d ' œ u v r e d'expliquer ici. Il suffit e remarquer, par r a p p o r t à l'Eucharistie, qu'on donne dans l'Église le n o m de consécration à la formule des prières et des paroles par lesquelles on croit que le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ. Le pain et le vin ainsi consacrés, ne sont plus n o m m é s q u e le corps et le sang; et l'on dit des vases dans lesquels il s o n t , qu'ils contiennent la consécration du corps et d u sang. C'est ainsi q u e dans le temps que les diacres distribuaient le calice o ù était le sang de J é s u s Christ, saint L a u r e n t disait au Pape Sixte: Eprouvons ( ) le ministre à qui vous avez confié la consécration du sang du Seigneur, p o u r d i r e , à qui vous avez confié le sang consacré de Jésus-Christ. C'est ainsi encore qu'en mêlant une partie de l'hostie dans le calice , n o u s disons q u e c'est le mélange de la consécration du corps et du sang : FIcec corn* mixtioel consecratio corporis et sanguinis Domini; on comme on lit dans le missel ambrosien : cornmixtio consecrati corporis et sanguinis , etc. ; et dans tous les plus anciens missels de France et d'Allemagne : Hœc sacrosancta commixtio corporis et sanguinis.
a

Si l'on veut e m p r u n t e r p r é s e n t e m e n t de l'Église ce terme de consécration, il faut qu'on croie avec elle, que le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ. Zuingle et Calvin qui avaient osé le nier, n'avaient eu garde d'employer ce t e r m e , quoiqu'ils en aient employé quelques-uns qui pourraient tromper quelques demi-Catholiques peu instruits. Ici ils ne peuvent t r o m p e r personne ; car
(a) Experire utrum idoneum ministrum eîegeris, cui commisistt dnininic» sanguinis consecrationeni. Ambros. tib. i. Offre, cap. 4 1 .

1 84

1>1SS. XIII.

UNIFORMITÉ ABANDONNÉE.

après plusieurs expressions a m b i g u ë s , ils ont dit bien nettement dans leur administration de la cène, avant la distribution : Et ne nous amusons point icià ces élémens terriens et corruptibles que nous voyons à Fœil > et touchons à la main, pour le chercher là, comme s'il était enclos au pain et au vin. On fait assez connaître q u e ce pain et ce vin qu'ils distribuent à la c è n e , n'est pas consacré de telle m a n i è r e , qu'il devienne entièrement séparé d e l'usage c o m m u n ; puisqu'on s a i t , q u e ce qui r e s t e , est laissé aux ministres ou à ceux qu'ils appellent diacres p o u r s'en servir à leur table comm u n e , ou pour en faire l'usage qu'il leur plaît. Messieurs de Neufcbâtel ne se servent pas de termes qui excluent si ouvertement q u e les précéd e u s , la présence réelle corporelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie; mais aussi iis n'emploient pas des termes q u i la m a r q u e n t clairement. S'ils ne le croient p a s , p o u r q u o i veulent-ils employer des expressions qui ne conviennent qu'au dogme et à la confession de foi des Catholiques? C'est la réflexion qu'a faite M. Papin, autrefois ministre en Angleterre et en Prusse : « Il est clair, dit-il ( ) , q u e ces ex» pressions n ' o n t pas été faites p o u r eux ; ils les » ont emportées de chez les Catholiques , quoi» qu'en quittant leur société, ils aient renoncé aux » dogmes qu'elles contenaient. » S'ils veulent se r e n d r e au témoignage de toutes les communions chrétiennes qui subsistent depuis tant de siècles dans le m o n d e , et qui font toutes profession de croire la présence réelle corporelle d e Jésus-Christ sur l'autel , il faut qu'ils parlent clairement, et qu'ils reprennent les points essentiels qui se trouvent uniformément dans toutes les liturgies et qu'ils ont omis. Toutes ces liturgies parlent de la table sacrée comme d'un vrai autel sur lequel on offre le sacrifice. On trouve dans
a

(a) Ouvrage pag. G6.

de Papin , à Paris,

chez Guerin.

1723. T. 1.

S P L M N . LT R I D N UC A J E . ï 85 U P É E T I U GE E E F H L
toute l'oblation de Jésus-Christ, la prière par laquelle on demande que le pain et le vin soient faits le corps de Jésus-Christ, et la confession de cette présence réelle au temps de la c o m m u n i o n : toutes choses qui ne paraissent point dans la liturgie de NeufchAtel, non plus q u e dans les liturgies de tous les autres Protestans. Dans quelle ancienne liturgie a-t-on jamais trouvé qu'on se soit contenté de faire dire en donnant la communion ce q u e la liturgie de Neufcbâtel met dans la bouche du ministre : En donnant le pain, le pasteur dit : Souvenez-vous que Jésus-Christ votre Sauveur est mort pour vous, et lui en rendez grâces? On trouvera p a r t o u t qu'en d o n n a n t l'Eucharistie dans la m a i n , le prêtre disait ; C'est le corps du Christ, et q u e le c o m m u n i a n t , p o u r m a r q u e r qu'il le c r o y a i t , répondait Amen. Quand on a jugé à propos de la m e t t r e dans la bouche des fidèles , et que le c o m m u n i a n t a assez m a r q u é par une posture d'adoration qu'il se présentait devant JésusChrist réellement p r é s e n t , le prêtre lui a dit : Que le corps de Jésus-Christ conserve votre âme; et la communion selon toutes les liturgies est toujours jointe à des expressions qui m a r q u e n t clairement la présence réelle, comme , Voici Vagneau de Dieu, etc. et autres semblables , qu'on peut voir dans toutes les liturgies q u e nous avons exposées. On ne doit pas p e r d r e de vue ce qui a été avoué dans la préface de Neufchâtel, qu'il est certain que le fond et l'essence de l'ancien culte a été conservé dans presque toutes les liturgies ; et que si en laissant là ce que chaque liturgie a de particulier, on retenait ce qui a été d'un usage ancien et général, et en quoi toutes les liturgies s'accordent à peu de chose près, on aurait la véritable forme du culte des premiers Chrétiens. Or , tout ce qui est essentiel au sacrifice, aussi bien q u e la prière pour les m o r t s , se trouve parmi toutes les communions chrétiennes qui se sont fait un devoir de conserver

lR6 DS . X l l l . UNIFORMITÉ ABANDONNÉE. IS avec soin leur ancienne liturgie, et c'est cependant ce qui est omis dans la liturgie de Neufchâtel comme dans celles de tous les autres Protestans. Il n'est d o n c pas possible q u ' a u c u n e des églises du monde chrétien qui ont conservé leurs liturgies, puisse approuver celle-ci. C'est ce que nous ne pouvons nous empêcher de faire observer en applaudissant même aux additions qui y ont été faites et qu'il faut achever de r e m a r q u e r . La septième addition est le Cantique de Si/néon quand la communion est achevée. Cet usage se trouve dans un grand n o m b r e d'anciens missels de France , d'Angleterre et d'Allemagne. Ce cantiq u e en effet récité après la c o m m u n i o n , convient parfaitement au p r ê t r e , lequel étant persuadé qu'il a eu le b o n h e u r de tenir entre ses mains le même corps de Jésus-Christ que le saint vieillard Siméon tint dans les s i e n n e s , a lieu d'exprimer sa joie en disant comme lui : Quia videruntoculi mei salutare tuum. Il n'en est pas de même d'un h o m m e qui n'a eu entre ses mains et sous ses yeux q u ' u n morceau de pain. La huitième et dernière addition est le Gloria in excelsis à la fin de la liturgie. Cette h y m n e est nommée dans les Constitutions apostoliques la prière du matin, l. 7. c. 47- î et saint Athanase, au Traité de la V i r g i n i t é , recommande de réciter dès le grand matin le psaume Deus Deus meus ad te de luce vigilo ; lïenedicite omnia opéra Domini; et Gloria in excelsis. C'est ce qui s'observe dans presq u e toutes les églises o r i e n t a l e s ; et c'a été aussi anciennement l'usage de beaucoup d'églises latin e s , comme nous l'avons r e m a r q u é ( ) au premier tome. Lorsque ces églises latines ont joint le Gloria in excelsis à la messe , elles l'ont fait dire au commencement. Mais ce n'est pas u n grand inconvénient de le placer à la fin de la liturgie. Tout ce q u e nous devons s o u h a i t e r , c'est q u e nos frères séa

(a) Expttc.

litl. hist. P. 148.

SUPPLÉMENT. LITURGIE DE NEUFCHATEL.

I 87

parés qui font des tentatives p o u r conformer en quelque manière leurs liturgies aux anciennes , reconnaissent enfin le tort qu'ils o n t eu d'abandonner l'essentiel de toutes les liturgies du monde chrétien, dans lesquelles ils doivent apprendre à confesser la vérité prise à la lettre des paroles de Jésus-Christ, Ceci est mon corps , et la perpétuité de son sacrifice , renouvelé continuellement sur l a u l e l , comme le vrai moyen de r e n d r e à Dieu l'honneur qui lui est d û , de lui r e n d r e g r â c e s , et d'obtenir tous les secours qui sont nécessaires à l'Église.

QUATORZIÈME

DISSERTATION.

En quelles langues on a écrit et célébré la Liturgie jusqu'à présent dans toutes les églises du monde chrétien.

Conduite de l'Église touchant les langues de la liturgie.

jamais prétendu qu'il fallût nécessairement écrire et célébrer la liturgie en langue non e n t e n d u e du peuple. a \ Elle n'a pas cru non plus qu'il fût nécessaire q u e la liturgie fût toujours célébrée en langue vulg a i r e , en sorte q u e la langue de la liturgie d û t suiv r e les changemens de la langue vulgaire. 3°. Elle n'a jamais statué q u e la liturgie n e devait être célébrée q u ' e n u n e des trois l a n g u e s , d o n t le titre de la croix fut é c r i t , en latin , en grec et en hébreu , ainsi q u e plusieurs théologiens l'ont avancé sans fondement. /j*. I/Eglise a déclaré souvent au contraire , q u e les louanges de Dieu devaient être célébrées en toutes l a n g u e s ; mais toutes les églises chrétiennes ont observé avec soin de ne point assujettir la langue de la liturgie aux vicissitudes de la langue vulg a i r e , à cause des inconvéniens qui en naîtraient. Pour être convaincu de la vérité de toutes ces i m p o s i t i o n s , nous n'avons qu'à exposer en quelle angue les liturgies ont été écrites et célébrées dans tous les patriarchats de R o m e , de C o n s t a n t i n o p l e , d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, et quelle a été s u r ce point la conduite de ces églises jusqu'à présent.

i*

L'ÉGLISE n'a

f

EN QUELLES LANGUES ON A CELEBRE LA LITURGIE. 1 8 9

les Juifs ont fait l'office divin. Remarquons d abord que les églises chrétiennes se sont assez communément conformées aux usages observés dans le temple et dans les synagogues des Juifs. Dès le commencement et jusqu'à la capt i v i t é de Babylone la langue sainte ne différait point de la langue vulgaire. Les lectures se faisaient et les offices étaient célébrés en langue entendue du peuple. Mais pendant la captivité, le peuple ayant oublié le pur hébreu en s'accoutumant à parler syriaque, ou chaldaïque, on ne laissa pas, au retour de la captivité , de continuer dans le temple et dans les synagogues de lire la l o i , et de faire plusieurs prières en pur hébreu, quoique le peuple ne l'entendit point. Ce même usage subsiste parmi les Juifs dans quelques pays qu'ils se soient dispersés. On sait ( ) q u ' i l s ont dans chaque synagogue du côté de l'Orient une armoire qu'ils nomment Jron [Arche] en mémoire de l'arche d'alliance, et qu'ils y enferment les cinq livres de Moïse écrits sur du vélin avec une extrême exactitude , afin qu'ils soient conformes à l'exemplaire qu'Esdras écrivit sur l'autographe de Moïse, comme il est dit au deuxième livre d Esdras, chap. 8.
En quelle langue
a

Lecture de la Loi et prières en hébreu.

La lecture de la loi s'est toujours faite dans un de ces exemplaires purement hébreu ; et dès le temps même de Jésus-Christ, on lisait ensuite des paraphrases chaldaïques, afin qu'elles fussent entendues du peuple. 11 n'est p a s moins certain qu'on faisait alors et qu'on fait encore plusieurs prières en pur hébreu : car, comme le d i t Léon de Modène ( ) , i l s récitent ordinairement dans leurs synagogues le psaume F45, avec quelques passages d e s Prophètes, et surtout celui du sixième chap. d'Isaïe : Saint, Saint,
b

(a) Léon de Modène. Coutumes des Juifs, (b) ibid, c. ïl.pag. 34 et 35.

chap.

10.

190

DISS. XIV. ART. I .

EN QUELLES LANGUES

Saint , Dieu de Zavaott, etc. avec l'interprétation des mêmes paroles en chaldéen * qui lui faisait entendre autrefois ce q u ' o n venait de lire en h é b r e u ; mais on supplée à ce défaut d'intelligence par les prédications et par des instructions écrites en langue vulgaire. On va voir q u e les églises chrétiennes ne sont pas éloignées de ces c o u t u m e s des Juifs.

ARTICLE

I. Papes,

Usage de l'Eglise latine > et sentimens des jusqu'à notre temps.

Liturgie célébrée en latin dans l'Occident. — Liturgie donnée en latin à des peuples qui l'ignoraient.

dès la naissance de l'Église on parlait ou l'on apprenait c o m m u n é m e n t le latin dans tout l'empire d ' O c c i d e n t , la liturgie y a été aussi partout écrite et célébrée en latin. Cette langue a été vulgaire d u r a n t les six premiers siècles en I t a l i e , dans les Gaules, en Espagne et en Afrique; et q u a n d la langue cessa d'être vulgaire, on ne changea pas p o u r cela la langue de la l i t u r g i e , on continua de l'écrire et de la célébrer en latin. Mais dans tous ces pays-là, même d u r a n t les six premiers siècles, il y a des observations à faire q u i m o n t r e n t évid e m m e n t q u ' o n donnait la liturgie eu latin à des peuples qui ne l'entendaient pas.
Premier exemple tiré des Francs.

CM E OM

i°. Pour commencer par les Gaules où l'on avait a b o l i , ou oublié l'ancienne langue c e l t i q u e , p o u r n e parler q u e le latin , qui certainement a été assez généralement, p e n d a n t tout ce temps, la langue vulg a i r e ; il faut r e m a r q u e r q u ' i l y eut des contrées e t des peuples à qui on d o n n a i t la liturgie en latin , quoiqu'ils ne l'entendissent pas. Cela est évi-

ON A CÉLÉBRÉ LA LITURGIE,
e

I9I

dent , par r a p p o r t aux Francs qui se rendirent maîtres des Gaules au milieu d u V . siècle. Ils n'ont parlé et su d u r a n t long-temps q u e leur langue teutonique. On sait q u e Charibert fut le premier roi qui sut le latin vers l'an 6 0 0 ; c e p e n d a n t lorsqu'ils se convertirent après q u e Clovis M e u t été baptisé, on ne s'avisa pas de m e t t r e p o u r e u x la liturgie n i les autres offices en langue t e u t o n i q u e .
Second exemple tiré de plusieurs peuples espagnols.

a . En Espagne la langue latine était aussi vulgaire dans toutes les villes principales , mais aux frontières, aux extrémités et s u r t o u t au fond des Asturies, les W a s c o n s , les Cantabres avaient u n e langue qui n'a nul r a p p o r t au latin : c'est la langue basque, l'ancienne espagnole qui., c o m m e d i t Joseph Scaliger dans son traité des langues de l'Europe , est en usage sept j o u r n é e s au-deçà et au-delà des Pyrénées. Le peuple qui parle cette langue jusqu'aux faubourgs de B a y o n n e , n'entend ni le latin ni le français , ni le g a s c o n , ni l'espagnol de ce t e m p s , et la liturgie y a toujours été célébrée en
latin.

0

Enfin dans tous les royaumes d'Espagne on n'a point changé la langue de la liturgie , non plus que dans les G a u l e s , q u o i q u e le latin n'y soit plus populaire depuis le V I I . siècle.
e

Troisième exemple tiré de l'Afrique*

3°. En Afrique.durant les six premiers siècles, on parlait latin à C a r t h a g e , dans les plus grandes villes, dans toutes les villes m u n i c i p a l e s , comme à Tagaste , o ù saint Augustin était n é , à Hippone dont il était évêque , et en plusieurs autres endroits ; mais dans un grand n o m b r e d'autres villes, et dans les villages, on ne parlait q u e la langue p u nique ou phénicienne. On ne pouvait parler à ces peuples et les instruire qu'en langue p u n i q u e . Il y avait un grand n o m b r e d'habitans dans l'étendue
(a) FlodoarcL

19*

D1SS. XIV. ÀRX* f.

EN QUELLES LANGUES

du diocèse d'IIippone qui n'entendait q u e cette lang u e , et qui était malheureusement infecté de l'err e u r des Donalistes. Cela obligea saint Augustin d'établir dans un b o u r g W de son diocèse à quar a n t e milles d'IIippone , un évéque qui sût la langue punique. ( ) Il choisit p o u r ce sujet un ancien p r ê t r e de son église, ainsi qu'il l'écrivit au primat de Numidie et au saint Pape Célestin. Or cet évoq u e n'était destiné qu'à les i n s t r u i r e , et non pas à changer la langue de la liturgie qui était toujours célébrée en latin , quoiqu'ils ne l'entendissent pas^
b

Quatrième exemple tiré des peuples de la Bretagne.

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4°. On n'a rien fait en Afrique, en Espagne , et dans les Gaules q u e nous ne voyons être arrivé dans les îles de la Grande-Bretagne. Le Christianisme a été dans ces îles dès les premiers siècles. M Or le latin était certainement fort ignoré du peuple dans ce p a y s , et la liturgie n'y a été célébrée qu'en latin. Il est bien certain q u e les Anglais-Saxons ignoraient absolument la langue latine ; lorsque l'abbé Augustin fut envoyé par le Pape saint Grégoire. Ce saint missionnaire et les autres qui l'accompagnaient ne purent parler au roi et aux autres Saxons q u e par i n t e r p r è t e s , ainsi q u e Bèdenous l'apprend. ( ) L'abbé Augustin fut sacré par les évéques de F r a n c e , p o u r être le premier évéque des Anglais, et il n e paraît pas q u e les uns ni les
d

(a) Fussala. (b) Paucos babebat illa terra catholicos, e s t e r a s plèbes illic in magna multitudine hominum constitutas Donatistarum error miserabiliter obtinebat... Episeopum ibi ordinandum constituendumque curavi. Quod ut fieret aptum loco illi congruunique requîrebam , qui et punica lingua esset instructus, ethabebani de quo cogitabam paratum preshyterum, propter quem ordinandum , sanctum senein qui tune primatum Kumidia; gerebat, de longinquo ut veniret rogans littens impetravi. Aug. episL 209. nov. EtL aL 271. S. PapaCozlcsL (c) TertuMen. (d) Augustinus et socii ejus virî, ut ferunt, fermé quadraginta arcepertint, prsecipiente beato Papa Gregoriode gente Francorum interprètes. /lisf. Angl. lib. J . r . 25.

ON A CÉLÉBRÉ LA LITURGIE.

^3

mitres aient pensé à leur d o n n e r la liturgie autrement qu'en latin. Ils p u r e n t être portés à en user ainsi par bien des raisons et des exemples. i°. Le roi des Anglais avait épousé Berthe , princesse de France ( ) q u i avait auprès d'elle u n évêque pour exercer toutes les fonctions d e la religion chrétienne, et qui par conséquent leur disait la messe en latin. a°. il est certain q u e s u r les cotes de la Grande-Bretagne, ravagées par les AnglaisSaxons Tan 449» il était resté des anciens Bretons chrétiens qui avaient conservé leur religion et les offices en l a t i n , q u o i q u e cette langue n'y fut pas devenue la langue vulgaire. On ne proposa donc tien aux Anglais-Saxons q u e ce qui s'était p r a t i q u é avant eux. Après q u e saint Augustin leur eut donné la liturgie en l a t i n , il y e u t sans doute beaucoup de personnes, s u r t o u t ceux du clergé q u i apprirent le latin pour pouvoir e n t e n d r e les divins offices. 11 yen eut m ê m e , tels q u e B è d e e t A I c u i n , q u i devinrent très-savans dans les h u m a n i t é s l a t i n e s ; mais ces peuples d e m e u r è r e n t dans u n e telle ignorance de cette l a n g u e , q u ' a u I X . siècle il y avait beaucoup de prêtres q u i n'entendaient pas assez la liturgie pour pouvoir la traduire en leur langue naturelle a n g l a i s e , et en faire e n t e n d r e le sens au peuple : c'est la plainte q u e faisait le roi Alfred ( ) sur la fin du I X . siècle. On a donc toujours eu dans les iles britaniques la liturgie en l a t i n , quoiqu'il n'y ait jamais été vulgaire.
a e b e

Cinquième exemple tiré de plusieurs nations du Nord. Les Anglais-Saxons convertis et parvenus à u n e très-haute piété, en usèrent de m ê m e à l'égard des peuples q u ' i l s allèrent convertir. Saint W i l b r o d , premier évéque d ' U t r e c h t , saint K i l i r n , a p ô t r e de l'ranconie, saint Boni (ace , saint Suitbert et les
(a) Beda. ibid. (I)) Paucissitnos fuisse qui liturgiam suam nonint ongllrè vel l'pistolani è latino redderent in v'ernaculum. Pr:vJ\ Jljredi ad ['asior. Greg. apud Spelm. pag. 176.

194

DISS. XIV. AUT. I.

EN QUELLES LANGUES

/autres missionnaires qui portèrent la foi au Nord, aux Thuringiens , aux Saxons, à ceux de Westpha» lie , de Hongrie , de Frise et à d'autres peuples de Germanie sous Pépin et Charlemagne n'y établirent la liturgie qu'en latin ; ce qui fut suivi sous Louis-le-Débonnaire à la conversion des Danois par saint Anscaire qui fut leur apôtre et le premier évêque de Hambourg, et métropolitain des nouvelles églises du Nord [Tan 83a.] : donc pendant plusieurs siècles, dans tout l'Occident, la liturgie a été écrite et célébrée en une langue que le peuple n'entendait pas. Esclavons-Moraves célèbrent la liturgie en leur langue. — Jean Tilt
1

s'en plaint. — Il approuve ensuite cet usage.

Ces faits étaient si notoires au IX . siècle, et l'usage était si constant, que quand on introduisit la liturgie en une autre langue que la l a t i n e , on le trouva très-mauvais à R o m e , mais on y comprit bientôt qu'on pouvait la célébrer en toutes sortes de langues, surtout si elles étaient assez étendues pour mériter quelques exceptions. Lorsqu'on s'appliqua à la conversion des Esclavons-Moraves, le Pape Nicolas I leur envoya ( ) deux moines d'Orient, Cyrille et Méthodius , qui apprirent leur langue, leur prêchèrent la foi, les convertirent et furent leurs évèques. Méthodius fit célébrer la liturgie en leur langue vulgaire esclavone. Le Pape Jean VIII lui en fit faire des plaintes par des lettres dont il chargea l'évêque d'Ancône,et il lui écrivit de nouveau qu'il devait se souvenir de la défense qu'il lui avait faite de célébrer la messe en cette langue : qu'il fallait véritablement prier Dieu en toutes sortes de langues, mais que la messe ne devait être dite u en latin ou en grec , comme cela se pratiquait ans toutes les nations du monde : Audivimus etiam ('>) quod mis sas cantes in barbara hoc e$t in sclavinalinglta : unde jarn litteris nostris per Paulum ep'scopum Anconitanum tibi direct is prohibuimus,
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(a) Baron, an. 8G7. n. 132.

{h)Eplst.

195.

ON A CÉLÉBRÉ LA LITURGIE.

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neinea lingua sacra missarum solemnia célébrons , sed vel in latina , vel ia grœca lingua sicut ecclesia Dei toto terrarum orbe diffusa * et in omnibus gentibus dilatata cantat. Prœdicare verô aut ser/nonem in populo facere tibi licet. Les usages de toute l'église orientale n'étaient pas alors assez connus à Rome, et Méthodius y passa pour un homme peu orthodoxe, qui avait des sentimens extraordinaires. Il fut cité à Rome , et ce saint évêque se défendit si bien devant le Pape, qu'il fut renvoyé avec é l o g e s , non-seulement pour ses sentimens, mais aussi pour la pratique qu'il avait introduite de célébrer les offices en langue esclave» n ne. Le Pape lui donna des lettres pour le comte Sfentopulcher, M où l'on voit ces é l o g e s ; et à l'égard de la q u e s t i o n , touchant la langue de l'office divin, le Pape déclare qu'il n'est ni contre la foi, ni contre la saine doctrine de dire la messe, et de faire tous les autres offices de l'Église en langue esclavonne, parce que D i e u , qui a fait.les trois langues principales, l'hébreu, le grec et le latin , a fait aussi toutes les autres pour servir à sa louange et à sa gloire ; nec sanœ fidei ( ) vel doctrince aliquidobstat, sive missas in eadem sclavonica Lingua canere, sive sacrum evangelium, vel lectiones divinos non et veteris testament i beue translatas et interprétât as légère, aut alla horarurn officia omnia psallere, quoniam quifecit très lingua s principales, hebrceam scilicet, grœcam et laliuam, ipse creavit d alias omnes ad laudem et gloriam suam.
b

Le Pape veut seulement qu'on lise l'évangile en latin, avant que de le lire en esclavou , et il ajoute qu'on dira la messe eu latin, si c'est la volonté du
(a) Dilecto fllio Sfentopulchro glorioso comiti. Industrie tuac no* tum esse volumus quoniam cum fratre nostro Metliodio RR. Archiepiscopo sanctœ ecclesisc Maravensis, etc. Nos autem illum in omnibus ecclesiasticis doctrinis et utilitatibus orthodoxum et proficuuni esse reperientes vobis iteruni remittimus. Baron, ann. 880. H. 16. et 17. (b)Conc. Tom. 9. Col. 176.

l3.

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DISS. XV I.

AUT. I.

EN QUELLES LANGUES
a

prince et de ses magistrats : Jubernus ( ) tamen ut in omnibus ecclesiis terne vestrœ propter majorem honorificentiam evangelium latine legatur et posl* modum sclavonicâ linguâ translatum in auribus populi latina verba non intelligentis annuntieiur, sicut in quibusdam ecclesiis fîeri videtur. Et si tibi et judicibus tuis placet missas latina linguâ magïsaudire, prœcipimus ut latine missarum solemnia celebrentur. On continua de dire la inesse en esclavon , et Ton continue encore , mais sans avoir assujetti la liturgie aux changemens qui ont été faits à cette langue par le p e u p l e , lequel n'entend guère plus à présent cet ancien esclavon que les Italiens n'entendent le latin.
9

Esclavons, Polonais et Bohémiens reçoivent la liturgie en latin.

L'approbation modérée q u e le Pape d o n n a à cet u s a g e , montre q u ' p n aurait souhaité à R o m e , que les offices de l'Église n'eussent été célébrés q u e h latin. Et en effet , au siècle s u i v a n t , l'empereur Othon p r e m i e r , qui convertit les Esclavons Polonais et les Bohémiens, leur donna le missel romain en l a t i n ; et lorsque le duc de Bohême demanda au Pape Grégoire V I I , la permission de célébrer les offices en leur langue vulgaire, le Pape le refusa absolument , et révoqua même toutes les dispenses q u ' u n e trop grande facilité du clergé avait fait a c c o r d e r ; mais on n'abandonna pas absolument le principe q u e le saint évéque Méthodius avait fait approuver au Pape Jean V i l l , qu'on pouvait louer Dieu en toutes les l a n g u e s , et l'on en p a r u t beau* coup plus persuadé depuis les Croisades , par le commerce qu'on eut avec les Chrétiens d'Orient.
Maronites réunis conservent leur liturgie en tangue syriaque.

Les Maronites qui abjurèrent le Monotbélisrne l'an i 18a , comme le dit Guillaume de Tyr ( ), se réunirent à l'église de Rome. Le patriarche assista
b

(a) Conv. Tam. i). C-jl. 176.

(h) Uù. 8. c. 22.

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/V C K L B U n É

LA

LITURGIE.

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au IV . Concile de L a t r a n , sous I n n o c e n t 111. Il s'est fait ensuite plusieurs autres r é u n i o n s sous Eugène IV, en 1445 ; sous Paul 11 ; en 1 4 6 9 . sous Léon X W, après des discussions et des confessions de foi réitérées , leur langue chaldaïque en laquelle ils célébraient la l i t u r g i e , ne fut pas un sujet de difficulté. L e u r missel, comme on l'a v u , a été imprimé en cette langue.
Arméniens réunis conservent la liturgie en leur langue.

On a vu aussi diverses réunions des Arméniens avec l'église r o m a i n e (*>), depuis l'an r 1 3 7 , j u s q u ' a u temps du Concile de F l o r e n c e , sans q u ' o n leur ait fuit aucune peine s u r la célébration de la liturgie en leur langue a r m é n i e n n e , si différente du latin, du grec e t de l'hébreu. L'on a imprimé à Rome le missel en cette l a n g u e , en 1 6 4 a et en 1 6 7 7 ; outre cela , les francs Arméniens q u i forment la province de Naxivan , et q u i s'unirent a l'Ordre des Dominicains , o n t pris le bréviaire et le missel de cet O r d r e , traduits en a r m é n i e n , avec le consentement des Tapes. Jean de Mont-Corvin missionnaire , célèbre la messe en latia Si la conversion des Tartares avait d u r é longtemps, n o u s verrions aussi en usage en cette langue, le missel et le bréviaire romains ; car au commencement du X I V . siècle, Jean de Mont-Corvin , missionnaire apostolique, de l'ordre des Cordeliers, écrivit ( ) au vicaire-général de son O r d r e , qu'il
e c

(a) Raynald. ad ann. 15. 6. (b) GiillL Ttjr. I. 15. c. 18. Otto Frtsing. /. 7. c. 32. Bar. ann. 1107. (c) Didici competenter linguam et litteram tartaricam, quœ linpua usunlis Tartarorum ; et jam transtuHin linguam illam et literam totum novum Testamentum et Psalterium/qaae feei scribi in piilcherrima litera eorum , scribo etlego et praedico in patenti manifrsto in testimonium legis Christi. Et tractavi cum supradicto rp*;e Georgio, si vixïsset, totum offlcium latïnum transferre, ut per totàm terrain cantaretur in dominîo s u o , et eo vivente in ecdesin sua celebrabam missam secundum ritum latinum , in littera et linfjua illa legens tam verba canonis, quàm praîfationis, Ap. RaynakL Ann. 1305. N. 20»

ig8

DISS. XV ,YRT. I. I.

EN QUELLES LANGUES

avait appris la langue c o m m u n e des Tartares : qu'il avait déjà traduit en cette langue, et fait écrire en leurs caractères tout le nouveau Testament et le Psautier, dont il se servait dans ses prédications: qu'il était convenu avec le r o i , n o m m é Georges, d e mettre tout l'office latin en langue t a r t a r e , afin u'on le chantât dans tous ses états ; et q u e penant la vie de ce r o i , il avait toujours célébré la messe en cette langue dans son église.
Clément V approuve la conduite de Itfont-Corvin.

Le Pape Clément V, loin de b l â m e r ce missionnaire d'avoir traduit ce missel en t a r t a r e , et de célébrer la messe en cette l a n g u e , l'éleva ( ) à la dignité d'archevêque de Cambéliaeh, dans le royaume d e Cathay, et lui envoya sept autres missionnaires du même o r d r e , qu'il fit sacrer é v é q u e s , p o u r être ses suffragans. Il n'aurait fallu dans la suite que s'appliquer avec soin à revoir la version qui ne pouvait guère ê t r e faite exactement p a r u n seul h o m m e , en u n e langue si difficile et si éloignée du latin. Géorgiens et Nestoriens près d'être réunis à l'Église, sans changer
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la langue de leur liturgie.

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II ne fut point question d'exiger des Géorgiens qu'ils ne célébrassent plus en langue géorgienne, lorsqu'on espérait leur réunion après l'ambassade q u e Constantin , leur r o i , envoya au Pape Alexandre V I , Pan i ^ 9 ^ i p o u r souscrire au Concile de Florence. Il en a été d e ' m ê m e à l'égard des Nestoriens q u i o n t voulu se r é u n i r en 12/17. ^ lusieurs e x e m p l e s ; celui de l'archevêque de Nisie en 1247 1 celui de Timothée dans Pile de Cliy>re qui vint faire sa profession de foi à Rome, o r s q u e le Pape Eugène IV y tenait des assemblées c o m m e une prorogation du Concile de Florence.
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(a> Pontifex Joannem è Monte-Corvino , virum religiosum.... archiepiscopum Cambaliensem in Cathay regno creavk, nonmilios viros religiosos iaborum et gloriae futures participes submisit, quos archiepîscopî Cambaliensis crenwt suffraganeos et sacris episcopalibus initiari jussit. HaynaUL Amu 1307. A - 29.
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ON X CÉLÉBRÉ LA. LITURGIE.

IQ*)

Les Nestoriens du Malabar réunis ne disent pas la messe en latin.

Enfin les missionnaires apostoliques portugais, qui n'eurent point de repos j u s q u à ce qu'ils eussent changé presque tout le rit des Chrétiens nestoriens de Malabar, ne les contraignirent pas de célébrer leurs offices en latin. Nous avons vu dans la onzième Dissertation qu'ils se contentèrent de corriger leur liturgie et de traduire le missel romain en syriaque, qui est leur langue savante, pour les offices divins. Offices divins célébrés en langue illyrienne. Ajoutons que dans des pays assez voisins des terres de l'Etat Ecclésiastique, les Papes approuvent qu'on célèbre les offices divins en langue illyrienne, langue dont je vois que plusieurs savans en esclavon et en plusieurs autres langues, ne peuvent pas lire les caractères. Ughelii, au V . tome de son Italia Sacra ( ), est un bon garant de cet usage. 11 nous apprend que dans la Dalmalie , sous la domination des Vénitiens, au diocèse de Jadera, l'office se fait en langue illyrienne, et que les Papes trouvent bon qu'on se serve en cette manière du misse! et du bréviaire romain.
e a

L'église Romaine n'oblige point à ne célébrer la liturgie qu'en hébreu , en grec ou en latin.

L'église romaine est donc bien éloignée de soutenir qu'on n'a pu célébrer la messe qu'en une des trois langues, hébraïque, grecque et latine; et je ne sais de quoi s'est avisé Usserius d'Armach, d'attribuer ce sentiment au Concile de Trente, et de parler d'un Co.ncile.si respectable avec cet air de mépris : Unde t ) igitar projecta illa vox Trïdenlini conciliabuli, tantàtn tribus linguis Ecclesiarn conb

(a) Fn Diœcesî quœ lata est extra comitatum, tria alia religiosortim inonasteria s u n t , et rurales parochiœ trigenta quinque prêter quatuor insulas, pagique omnes per sacerdotes illyricos ndmînistraritur. Utuntur breviario et missali romano illyrico idiomate e\ concessione romani Pontificis. itaL Sacr. Tom. 5. col* 14ô0. (b) De script, et sacris vernacutis, pag. 110.

200

DrSS. XIV. ART. I .

KN" QUELLES LANGUES

tentam esse debere? C'est ce qu'il a avancé dans n u traité de controverse, que Warton a fait imprimer après sa m o r t , sous ce titre : Jaeobi Usserii armachani archiepiscopi, historia dogmatica con* troversiœ inter ordiodoxos et pontificios de scriptaris et sacris vernaculis nunc primiim édita. Londini, 1 6 9 0 . Concile de Trente allégué mal à propos par Usserîus.. D e peur que d autres personnes ne crussent pouvoir parler comme Usserius, dont l'érudition sur divers points lui a donné avec sujet un grand nom dans la république littéraire, il est bon de rapporter les termes mêmes dont le Concile de Trente s'est servi pour exposer la doctrine de l'Église sur ce point dans la session 2 ? du sacrifice de la messe: Etsi ( ) Missa magnatn contineat populi fidelis eruditionem, non lumen expedire visutn est Patribus, ut vulgaripassim lingua celebraretur. Quamobrem, retento ubique cujusque ecdesiœ an tiqua, et à sancta rotnana ecclesia, omnium ecclesiarum maire et magistra, probuto ritu, ne oves Christi esuriant. neve parvuli panem pelant, et non sit qui frangal eis ; mandat sancta synodus pastoribus et singulis euram animant m gèrent ibus , ut jrequenter inter missarum celebrationem vel per se, vel per alios, ex Us quœ in missa leguntur aliquid exponant; atque inter cœtera sanctissimi hujus sacrificii mysterium aliquod déclarent, diebus pnesertim dominicis et fèstis.
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Il est bien évident que le Concile ne dit pas ce qifUsserius lui attribue; il n'est pas moins certain que l'église latine ne veut pas que les offices divins soient célébrés en une langue non entendue du peu* pie , afin que les mystères de la messe soient inconnus aux simples fidèles. Le saint Concile ordonne au contraire que les curés aient soin de les expliquer souvent au peuple.
(1>) De missa vulgari lingua passim non celebranda; riis cjus populo explicaniiis. Cap. /III. et vnjsle-

ON A CÉLÉBRÉ LA LITURGIE.

SOI

Conciles qui recommandent d'expliquer aux fidèles les mystères de la messe.

Les Conciles de Cologne ( ) et de Mayence , tenus en 1549 ^ avaient déjà r e c o m m a n d é aux c u r é s , aux prédicateurs et à tous ceux qui sont destinés à instruire les fidèles, de ne pas m a n q u e r d e leur exposer fréquemment les adorables mystères de la inesse; et o u t r e cet o r d r e d'instruire de vive v o i x , les évéques du Concile de Cologne p r i r e n t la résolution de charger des personnes également pieuses et savantes de composer des méditations et des prières d o n t les fidèles pussent occuper leur esprit pendant la messe : Et ( ) ne cui desinî pietatis submissa exercitia , dabirnus piis quibusdam et eruditis viris negotium conscribendi divina huic officia congruentes méditâtiones et orationes, pro populi simplicis capta , quas vel ipsimet legentes intra se résolvant, vel è parochi fréquenti institutions ad* distant. Il peut en effet suffire aux simples fidèles de se tenir pendant la messe dans un esprit de foi en adorant Jésus-Christ qui s'offre à Dieu son P è r e , et qui s'immole p o u r nous tous s u r l'autel. La plupart des curés font si souvent de salutaires instructions s u r les saints mystères , et il s'est fait tant de bons livres p o u r les expliquer d'une fnanière qui soit à la portée de tout le m o n d e , que personne ne peut se plaindre de m a n q u e r de moyens d'assister s a i n t e m e n t , et même avec intelligence , à la messe.
b

a

Nécessité de conserver la langue latine pour l'office divin.

Mais d'où vient q u e le Concile de T r e n t e veut qu'on conserve absolument la langue latine dans la célébration de l'office divin, et qu'on n'y admette pas les traductions en langue vulgaire? C'est qu'il veut q u ' o n retienne l'ancien usage, et qu'on n'in(a) Pastoribus etverbidivini concionatoribus omnibus injungimus ac mandamus fréquenter doccant populum de tremendis atque adorandis missae mysteriis, juxta sanctorum Patrum doctrinam. Conc. T. 14. col. 659. (b) Conc. T. 1 4 . r o / . 680.

SO'Î

DS . IS

XÎV. A HT. I.

EN QUELLES LANGUES

troduise pas des innovations. Il est bien raisonnable qu'on évite les inconvéniens qui naîtraient des versions trop fréquentes qu'il faudrait faire, et d e la célébration des offices en toutes langues vulgaires.
Uniformité des églises d'Occident

La langue latine a été p o u r ainsi dire la langue universelle de l'empire r o m a i n , et la plus employée dans les actions publiques : celle par conséquent qui a été la plus universellement conservée. C'est la langue q u ' o n t retenue les Conciles convoqués de toutes les nations où 1 église latine se trouve répand u e ; ce qui ne sert pas peu à conserver l'accord, l'uniformité et l'unité m ê m e de l'Eglise. Cette unité a d û aussi se conserver par l'uniformité de la liturgie célébrée toujours dans la même langue. Sans cette uniformité les membres de la même église latine se trouveraient barbares les uns aux a u t r e s ; en sorte même q u e d e u x provinces voisines seraient m u t u e l l e m e n t barbares l'une à l'autre, et dans des royaumes a u s s i r e s s e r r é s q u e le sont ceux des lies Britanniques , les Anglais n'entendraient rien en I r l a n d e , non plus q u e dans le pays de Galles ou dans la partie septentrionale d'Ecosse, au lieu que les catholiques romains ont la consolation de ré-, p o n d r e à la m e s s e , soit qu'ils aillent en Allemagne, en P o l o g n e , dans les pays d u n o r d , en Angleterre, en P o r t u g a l , en Espagne , et dans les autres pays d u ressort de l'église latine. La province d'Aquilée reçoit l'usage du bréviaire et du missel romains en latin.

C'est la consolation qu'on trouve dans cette uniformité qui porta les évéques de la province d'Aq u i l é e , quelques années après la tenue du Concile de T r e n t e , à introduire dans leurs églises l'usage du bréviaire et du missel romains latins , car jusqu'alors ils avaient eu un missel et un bréviaire propres en leur langue illyrienne, c o m m e le dit le

ON A CÉLÉBRÉ LA LITURGIE.
a

?o3

Concile d'Àquilée tenu en 1696 : Ratio ( ) peragendœ sacne rei, et illa quœ tan tope rè Deo place t , c©«sensio uniformi ritu recepta, maxime suadet, ut in Àquileiensi provincia statuatur unica laudes Deo canendi et sacra obeundi officia forma. In nostra metropotitana ecclesice.Aquileiœ de proprio breviario canebantur superioribus annis canouicœ horœ, et crut proprium etiam missale, etc. Le même Concile marqua combien il souhaitait que les évèques des extrémités de l'IHjrie, qui se servaient toujours du bréviaire et du missel en langue illyrienne, s'appliquassent ( ) à revoir el à corriger ces livres, et qu'ils travaillassent à introduire enfui le bréviaire, le missel et le rituel romains ; avec cette précaution néanmoins, que les prêtres se tiendraient toujours en état d'instruire le peuple d a n s la langue maternelle, et de se servir utilement du catéchisme romain en cette langue.
b

Grecs soumis aux Latins, continuent de célébrer la liturgie en grec.

Quelque satisfaction que l'introduction du misfa) Conc. T. IS. col 14âl. (b) Qui illyricam oram colunl episcopi, in qua breviaritim, et missale lingua iilyricâ in usu babetur, curent ut illa diligenter adhibkis doctis, et pus viris, qui linguam illam calleant, revideantur et emendentur. Optandum tamen esset, ut episcoporum iJIyricorum diligentia seusim romani breviarii usus cum missali item romano, et rituali sacramentorum induceretur : quod efficere pro eoruin pietate ac prudentia non erit summoperè difficile, si juniores clencos, et ex seminarii scholis selectos, qui studio, et ingenio magis proficiunt, exercere sensim cœperint, et ad opus hoc pium studiosè promoverint. Haec in oçtatis. Exsecutio praescribi non potest : prœscribet autem prudentia illorum, et singularis in Deum ietas. Salis erit si sibi persuaserint, quod possim experimur in lirorum latînorum et italicarum Jectione , illos libros mendia scatere, multo verô plures probabiii conjectura errores esse in illis, qtiàm in nostris , quos quamplurimi iegunt et iidem emendant : îlJos autem paucî et illiterati, qui corrigenda dijudicare non norunt. Quai autem de breviario, missali, et rituali sacramentorum statuimus, in eam voluinus partem accipi, ut non comprehendant ratechismum romanum in illvricam linguam Gregorii XIIIjussu, (quod est ad nos per certos fiomines allatum) conversum : quem cupimus à clero illyrico fréquenter tractari et legi, ut fit hac materna lingua sacerdotïbus illyriœin promptu ad populos docendos, quœ ad salutem necessaria sunt. Conc. Tom. XV. col. 1482.

2<>4

DISS. XIV. AïlT. I.

EN QTJKLLES LANGUES

sel romain lalin pût d o n n e r à l'église de R o m e , elle n'a pas laissé d'approuver q u e les églises grecq u e s qui se trouvent en Italie ou dans des diocèses qui sont régis par des évéques l a t i n s , retinssent leurs missels et leurs bréviaires , et célébrassent les offices divins en leur langue. Cela p a r u t nécessaire lorsqu'après le succès des premières croisades , Constanlinople et Jérusalem étaient sous la domination des Latins. Plusieursdemandaientmêmc qu'il y eût en chaque ville deux évéques , l'un pour les Grecs et l'autre p o u r les Latins. Mais le Concile de Latran , tenu sous le Pape Innocent I I I , en ta i5, n e trouvant pas à propos d'admettre cette pluralité d e v é q u e s à cause des inconvéniens qui en p o u r r a i e n t n a î t r e , ordonna q u e dans les diocèses o ù il y a des peuples de diverses langues , et q u i , sous une même foi, o n t des rites et des coutumes différens , l'évêque aurait soin d'y établir des ministres propres pour les i n s t r u i r e , p o u r leur administrer les sacremens et célébrer les offices divins en leur langue : Quoniam ( ) in plerisque partibus ùitra eamdem civitatem atque diœcesim permixti sunt populi diversarum linguarum habenies subuna fide varias ritus et mores : districtè prcecipimus, ut pontifices hujusmodi ciuitatum sive diœceseon sibi provideant viros , qui secundum diversitatem linguarum et rituum, divina illis officia célèbrent et ecclesiastica sacramenta ministrent, instruendo eos verbo parilet etexemplo.
a

Cela s'observe encore en diverses églises soumises au P a p e , comme le rapporte Ughelli en parlant des évéques de Bisigniano : In ea ( ) Italiœ parte quarn magnam Grceciam olim antiqui vocarunt, quœ nobis hodie Calabria est, pcrtinetque ad Brutias , Bisinianum civitas supra collem est Ejus diœcesis plura loca adhuc obtinent Albanaises , qui uxorati tanquam priscorum illorum Grecb

(a) Décrétai, cap. Quoniam in (b) liai. Sacr. T. I. coL 57 J.

plerisque.

ao5 corutn vera propago in christianis sacris exerccndis grœco ritu utuntur, ut narrât Uieronymus Ma** rofiottus in Calabriœ descriptione. Le même Ughelli n o u s a p p r e n d q u e dans u n Bourg d u diocèse de Policrasto au royaume de Naples, il y a deux paroisses, daiis l'une desquelles l'office se fait en latin et dans l'autre en g r e c , et selon le rit grec p o u r les Grecs : Allerum ( ) est rwcllum duos habens parochiales, quarum in una archipresbyler latino, in altéra grcecus, grœcopopulo Cum clericis sacra suœ gentis more administrât. Langues grecque et latine mêiées dans l'office divin. Ces deux langues qui o n t été celles de l'empire romain , et qui o n t été en usage dans la liturgie depuis le c o m m e n c e m e n t de l'Église, sont trop respectables par leur antiquité et par leur étendue, pour ne pas les conserver telles dans les offices qu'elles l'ont été depuis tant de siècles. Q u o i q u e le siège de l'empire romain eût été transféré par Constantin de Rome à C o n s t a n t i n o p l e , où l'on parlait grec , les e m p e r e u r s o b s e r v è r e n t dans les actions solennelles de parler p r e m i è r e m e n t l a t i n , et ensuite en grec. On leur parlait de m ê m e dans les harangues ; et l'on a mêlé ces deux langues dans les offices divins à Rome et à C o n s t a n t i n o p l e , surtout pour les lectures de l'épître et de l'évangile. On y a fait ces lectures dans les deux l a n g u e s , depuis un temps immémorial. C'est s u r cet usage que le Pape Nicolas I , dans sa lettre ou plutôt dans son apologie adressée à l'empereur Michel, lui montre le tort qu'il avait de m a r q u e r du mépris pour la langue latine. Cet usage est aussi bien ancien à R o m e ; et le Pape Benoît I I I , prédécesseur immédiat de Nicolas I, faisant rétablir le lectionnaire de Rome qui s était perdu , comme le rapporte Anastase le Bibliothécaire ( ), y fit ajouter en grec
ON" A C E L E B R E
a b

L LT R I , A I U GE

(a) liai Sacr. T. 7. coi. 759.

(b) AnasL vit. Jiened.

lit.

ao6 niss. X V A T n . — K Q E L S L N U S T. U. B U L E A G E. T et en latin les leçons que les sous-diacres devaient lire le samedi-saint de Pâques et de la Pentecôte. Durand , évcque de Mende , qui écrivait en 1286, parle (•) de l'usage de lire l'épître et l'évangile en grec et en latin k la messe que le Pape célébrait aux grandes solennités. Comme il y avait souvent des Latins à Constantinople, et des Grecs à R o m e , et même dans les villes considérables des Gaules, telles que Lyon et Vienne, il paraissait à propos qu'ils pussent entendre en leur langue, la lecture de l'épître et de l'évangile; leur méditation devait suppléer à ce qu'ils ne pouvaient pas entendre en assistant à la messe; et dans la suite le vulgaire, parmi les Latins et parmi les Grecs , ayant corrompu sa langue, et n'entendant plus l'ancienne langue des livres,on a cru qu'il suffisait que les prêtres, qui doivent apprendre la langue littérale , eussent soin de faire entendre au peuple le sens de la liturgie. C'est ce que l'église de Rome observe depuis un temps immémorial » et en cela elle se trouve conforme à l'usage des églises orientales. Nous Talions voir dans le second article qui sera la seconde partie de celte dissertation.

ARTICLE Usage de l'Église

II. orientale.

Méprise d'Ussérïus.

TJssKflins, qui s'est si fort mépris en parlant du décret du concile de Trente touchant les langues
(a) TJnde et in missa romani pontifîris in prsccipuissolemnitatib u s , îegïtur evangeîium et epïstola, non solum m latino verùra etiam in gracco. liation. divin. Oj'Jic lib. 3. ». Sù.Jol. 92.

orr A C L B É L LT R I . . É É R A I U GE

207

qui conviennent au service d i v i n , n'a pas exposé plus exactement les usages des églises orientales, touchant la célébration des offices ecclésiastiques, en langue e n t e n d u e ou non e n t e n d u e du peuple. Il ne pouvait pas i g n o r e r q u e le grec littéral des livres d'église est différent du grec v u l g a i r e , et il aurait pu a p p r e n d r e qu'il en est de m ê m e parmi les autres peuples d ' O r i e n t , et qu'ainsi p o u r prouver qu'il faut célébrer en langue vulgaire, il est inutile n'alléguer q u e les Grecs disent la messe en g r e c , les Syriens en s y r i a q u e , les Cophtes en c o p h t e , les Ethiopiens en éthiopien , les Arméniens en a r m é nien , et ainsi des a u t r e s , car on lui dira aussi q u e I église latine la célèbre en latin. Il cite ( ) Belon, l e q u e l au troisième livre de ses o b s e r v a t i o n s , chapitre 1 2 , dit q u e tous les Arméniens répondent k la messe en langue a r m é n i e n n e ; omnes quimissam audiunt, sacerdoti respondent armeniacâ lingua. Cela est très-vrai, comme il est vrai q u e le peuple de l'église latine répond au p r ê t r e en latin. Les fidèles en effet ne chantent-ils pas en latin dans l'église, ne disent-ils pas à la messe en latin le misereatur, le Confiteor, le Credo, etc. ? Ne répondent-ils pns au prêtre : Et cum spiritu tuo , Deo grat'as , Gloria tibi Domine , Suscipiat. Habemus ad Dominum , Dignum et justum est ? Parlent-ils ou chantent-ils autrement qu'en latin dans tout le reste de la messe? Si le peuple latin n'entend plus s a lang u e originaire, le peuple arménien n'entend pas non plus l'arménien littéral. Usserius qui a cru le contraire s'est t r o m p é .
a

Conduite des églises orientales touchant la langue de la liturgie.

Exposons d o n c ici l'usage des églises orientales plus exactement que ne l'a fait ce s a v a n t , et l'on v e r r a que ces églises d'Orient o n t t e n u la même conduite q u e l'église latine : c'est-à-dire, qu'on a eu d'abord en chaque pays l a l i t u r g i e d a n s la langue
(a) De script, et sacris vernac.pag. 245.

ao3

DISS. XIV. À.UT. II.

EN QUELLES L.YXGUE5

la plus c o n n u e ; mais q u e quanti les liturgies ont été mises par é c r i t , on les a conservées dans la m ê m e langue , sans s'assujettir à y faire les change» mens qu'elle a soufferts parmi le vulgaire. Il n'y a qu'à exposer simplement et historiquement en quelle l a u g u e l e s l i t u r g i e s d ' O r i e n t o n t été célébrées, écrites et conservées.
Les Chrétiens de Jérusalem célèbrent d'abord la messe en syriaque, et ensuite en grec. — L e s églises patriarchales célèbrent en grec.

Les premiers Chrétiens ont sans d o u t e célébré la liturgie p r e m i è r e m e n t en syriaque à Jérusalem. Mais bientôt après on l'y célébra en g r e c , parce u'après que la ville eut été détruite et rebâtie , elle evint une colonie g r e c q u e ; et il est certain aussi q u e les liturgies on tété écrites d'abord en grec pour les églises p a t r i a r c h a l e s , d ' A l e x a n d r i e , d'Antioche , de Constantinople et de Jérusalem. Personne ne le contestera par rapport à Constantinople, qui était une ville grecque n o m m é e Byzânce. On saura aussi facilement q u e depuis Alexandre-leGrand on parlait grec à Alexandrie : q u e saint Athanase et saint Cyrille n'écrivaient qu'en grec. On écrivait de même à Antioche où saint Chrysostôme a prêché si longtemps. On ne faisait pas autrement à Jérusalem , q u i , comme nous avons d i t , était une colonie grecque. Saint Cyrille de J é r u s a l e m , dans ses catéchèses, n'y a expliqué la liturgie qu'en grec au milieu du IV . siècle ; et la liturgie de saint Jacques y est encore célébrée en cette langue. Liturgie grecque source de toutes les autres liturgies orientales. La liturgie qui a été répandue dans tout l'Orient sous le nom de saint Basile, fut aussi d'abord écrite en g r e c , puisque c'était en cette langue q u e ce saint docteur écrivait. Ces liturgies grecques doivent être regardées comme les sources , et p o u r ainsi dire, les mères de toutes les a u t r e s , parce q u e le bon ordre voulait q u e les autres églises suivissent le rit de leur église patriarchale. Et en effet il n'y a point de

3

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OK A CÉLÉBRÉ LA. LITURGIE.

SOC

liturgie o r i e n t a l e , en q u e l q u e langue qu'elle soit écrite, où il n'y ait des expressions et des formules grecques. On y trouve en grec les m o n i t i o n s , soit du p r ê t r e , soit d u diacre : Tenez-vous debout ; tournez-vous à V Orient; soyez attentifs ; Seigneur, ayez pitié de nous; Elevez vos cœurs ; Nous les avons élevés vers le Seigneur; Rendons grâces à Dieu; Il est juste et raisonnable , etc., ce qui suffit p o u r montrer leur origine. LesCophtes m o n t r e n t a u s s i cette origine dans les lettres de l'élection du patriarche d'Alexandrie qu'ils écrivent en g r e c , en cophte p o u r suivre l'antiquité, et en arabe p o u r être entendues de tout le monde. Les lettres du patriarche Macaire , furent ainsi écrites l'an i t o 3 . ( )
a

Langues syWaque et cophte en usage dans la liturgie dès les premiers siècles.

Comme aux environs de Jérusalem, d'Antioche, et presque dans toute la Syrie on parlait la langue syriaque ; et aux environs d'Alexandrie, et presque dans toute l'Egypte o n parlait c o p h t e , on a aussi écrit et célébré la liturgie en ces l a n g u e s ; cela est certain par la raison q u ' o n avait de n e pas d o n n e r d'abord la liturgie en langue i n c o n n u e , et par la haute antiquité des liturgies qui se sont conservées en langue syriaque, et en langue cophte. Saint Antoine , qui ne savait q u e sa langue maternelle ( ) cophteou é g y p t i e n n e , et qui n'entendait nullement le grec, ainsi q u e le disent saint Jérôme et Pallade, fut touché deux fois des paroles de l'Evangile qu'il entendit lire à Vèg\isei ): Allez, vendez cequevous avez, donnez-le aux pauvres ; et dans les Conciles (l'Kphèse et de Calcédoine, on voit q u e les souscriptions des évéques d'Egypte sont faites en égyptien , ce <jui m o n t r e qu'ils ne faisaient aussi leurs offices q u e n leur langue cophte. Ce q u ' o n vient
b c

(a) Ijfttrg. or. tom. 2 . ; ; a j . 420. (c) Alhan. v. 12. Ant.

(b) Sôzom. L 1. c. 13.

4.

14

S 10

DTSS. XIV. ART. II.

EN QUELLES LANGUES

de dire de saint Antoine m o n t r e qu'il fallait du moins qu'on lût l'évangile en cette langue.
Les Goths convertis célèbrent en leur langue.

Nous apprenons de S o c r a t e W , de Sozomène( ), et de Philostorge ( ), que lorque les Goths se convertirent au I V . siècle, Ulphilas qui fut leur évêq u e , inventa des lettres à leur usage , et traduisit en leur langue les Ecritures saintes. Ces traductions subsistaient au I X . siècle, comme le dit Walfrid Strabon qui écrivait en 84o ; et q u i ajoute que les offices divins se célébraient en cette langue parmi quelques nations des Scythes , et s u r t o u t parmi ceux de T o m e s , [ q u i est le pays où Ulphilas avait été é v ê q u e : ] Et W {ut historiœ testantur)postmodum studiosi illius gentis, , divinos libres in suce locutionisproprietatem transtulerunl, quorum adhuc monumenta apud nonnullos habentur. Et fidelium fralrum relutione didicimus, apud quasdam Scjtharum gentes, maxime Tomitanos eadem locutione divina haclenus celebrari officia. Il s'est conservé dans l'université d'Upsal un très-ancien manuscrit d'une version golhiqne des quatre Evangiles que les savans croient être la traduction même d'UIphilas : oi1 peut le voir dans les notes de François J u n i u s , qui l'a fait i m p r i m e r a Dordrecht en i 6 6 5 . On ne trouvait donc pas mauvais que les offices divins fussent célébrés dans la langue maternelle d'un peuple qui n'aurait pas é(é en état d'entendre quelque chose de la langue grecque.
c e e y

b

Les Éthiopiens célèbrent en éthiopien.

Il en fut de m ê m e à l'égard des pnys aussi étendus que le sont l'Ethiopie et l'Arménie. On ne peut pas dire que la liturgie fut célébrée en Eihiopie aut r e m e n t q u ' e n éthiopien , d e p u i s q u e saint Athanase y envoya F r u m e n t i u s , ni que les Arméniens l'aient
(a) Lift. 4. c. 27. (b) I/o. G. c. 30. (d) / Qtjïid. de reb. eccies. cap. 7. (c) IJb. 2. c. 5.

O A cûhénné L LT U J . K . A I C GE
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211

célébrée depuis le IV . siècle autrement qu'en leur langue arménienne , langue qui obligea saint Basile de chercher des personnes qui l'entendis* sent, lorsqu'il alla visiter la petite Arménie pour y établir des évèques, comme nous avons dit (*) en parlant de la liturgie des Arméniens; mais tous ces peuples ont conservé la langue des offices divins, telle qu'elle était autrefois , quoique depuis un temps infini, elle ait changé, et que le vulgaire ne l'entende plus. Il est bien certain que la langue n'est plus vulgaire, et que le peuple n'entend point la langue de la liturgie; tous les voyageurs en font foi. La langue de la liturgie éthiopienne n'est plus vulgaire. Autrefois les Ethiopiens étaient connus sous le nom d'Àxumites, comme nous l'avons dit dans la huitième Dissertation ( ) , à cause de la ville d'Axume qui était leur métropole. C'est ainsi qu'ils sont appelés dans saint Athanase, dans saint Epiphane, dans Philostorge et Photius*, et dans plusieurs autres écrivains ecclésiastiques et profanes, dans Ptolomée, Arrien, et Procope. Depuis que le siège cle l'empire n'a plus été à Axume, et qu'un nouveau roi et des princes de la contrée d'Amhar, ont été sur le trône, ils ont introduit leur langue amharique à la cour et dans les armées , ce qui l'a fait appeler la langue du roi ou delà c o u r , et insensiblement on l'a apprise dans tous les royaumes d'Ethiopie; en sorte qu'on n'y parle plus que cette langue, et divers anciens dialectes des provinces , entre lesquels il y a autant de différence, dit le père Tel lez, qu'il y en a enlre le portugais, l'italien e l l e français.L'ancienue langue éthiopienne est devenue la langue des savans qui sont eu petit nombre; cependant elle s'est toujours conservée dans le cuite sacré, et dans
b

(0) Tom. 3. pag 5 . Baron» ann. 371. n. 40.
(b) Tom.

2. pag.

621.

2 12

m s S . XIV. ART. II.

EN QUELLES LINGUES

les actes royaux , suivant le témoignage même de M. Ludolf. W L'arménien vulgaire diffère de la langue de la liturgieNous savons de même par les voyageurs ( ), par les Arméniens qui sont venus en F r a n c e , et par des savans français ( ), q u i . o n t été longtemps à Ispahan , et qui ont parfaitement appris l'arménien, q u e la liturgie est en arménien littéral, bien différent de l'arménien vulgaire; en sorte q u e les Arméniens n'apprenaient que par étude l'ancienne langue a r m é n i e n n e , qui s'est conservée dans les anciens livres sacrés et liturgiques. Les Cophtes célèbrent en langue cophte qu'ils n'entendent plus.
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A l'égard d e s C o p h t e s nous avons déjà vu qu'originairement ils ont fait l'office en grec à Alexand r i e , et en cophte dans tout le reste de l'Egypte; et qu'après le concile de Calcédoine, le plus grand n o m b r e de ceux qui s'attachèrent à Dioscore étant des environs d'Alexandrie , ils firent p a r t o u t assez généralement l'office en c o p h t e , cette langue étant alors entendue du p e u p l e ; mais après q u e les Mah o m é l a n s s e furent rendu maîtres de toute l'Egypt e , la langue arabe devint la d o m i n a n t e , la cophte fut négligée et oubliée en peu de temps par les prêtres mêmes. Cela ne fit pas néanmoins changer la langue de la liturgie. Ils la r e g a r d è r e n t , et la regardent encore a u j o u r d ' h u i , dit le Père Wansleb comme la langue sacrée. Ils se sont contentés'de m e t t r e à la marge des liturgies, u n e version arabe, afin que les prêtres puissent c o m p r e n d r e le sens des paroles qu'ils récitent ; et de faire lire à la m e s s e , pour l'intelligence du p e u p l e , Pépître et l'évangile en langue arabe , après les avoir lus en cophte.
(a) Mansit tamen a3thiopïca3( linguae) sua dignitas non tantinnin libris , ut dixiimis, sed et in cultti sacro publico : necnon in diploinatibiis et litteris regiis quaî in consistorio illius expediuntur. Ilist. flthiop. /th. î. c. 15. (b) Tournefort, royage du Lerant. tom. 2. pag. 40-1. (c) M- l'abbe Gaudereau. (d) ft'ausfeb. Ilist. d'Alex.

ON A CELEBRE LA LITURGIE.

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Lçs Syriens n'apprennent que difficilement la langue de leur liturgie.

Cet attachement à conserver la liturgie dansl'aucienne langue , ne se trouve pas moins religieusement observé chez tous les Syriens, qu'on nomme aussi Chaldéens. 11 y e n a parmi eux de différent dialecte, et de différente communion ; car quelquesuns sont unis aux Grecs, d'autres le sont aux Cophles Jacobites , d'autres sont Nestoriens , d'autres qui ont été unis aux Jacobites , le sont maintenant à Rome, tels que les Maronites. Or tous ces Syriens Chaldéens ont conservé la liturgie dans leur ancienne langue syriaque, quoique les prêtres rapprennent difficilement, et que les peuples ne l'entendent point. On ne fait lire pour eux en langue vulgaire à la messe que Tépître et l'évangile. Les Maronites ont cela d e particulier, que le livre du Ministre qui sert à la Messe est en chaldéen et en arabe, afin que les clercs et le peuple entendent ce qu'ils disent. Une partie même des rubriques du missel est en arabe, et la messe attribuée à saint Cyrille est aussi en deux colonnes, l'une en chaldéen et l'autre en arabe.
Les Églises orientales célèbrent en une langue inconnue au peuple.

Le patriarche des Maronites , qui prend le titre de patriarche d'Antioche, donnant une attestation en 1 6 7 ^ , déclare que les églises orientales font le service en langue inconnue au peuple: « Les » prières , dit-il (*), et la manière d'administrer les » sacrés mystères ont été dûment composées. » Elles se disent en langue syriaque, en grec et en » latin et en d'autres langues , bien qu'elles ne » soient plus entendues du peuple, parce que nos » anciens pères ont composéén ces langues les prié» res, les messes et le rit de l'Eglise, et ceux qui leur » ont succédé ont marché sur leurs traces jusqu'à » nos jours. Quoique le peuple n'entende pas la » signification des paroles, il lui suffit que son in(a) Perpet. tom. 3. pag. 7J9.

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» » » » » » » » » » » »

Diss.

xiv.

A T II. — E Q E L S L N U S R. N ULE A G E

tention soit conforme à l'intention d e l'Eglise. Et à propos de cela il est écrit dans les histoires reiigieuses, que le religieux qui vint à l'abbé Past e u r , se plaignit à l u i , qu'il ne sentait aucun goût ni plaisir à p r i e r , parce qu'il n'entendait pas le sens des paroles; le vieillard lui r é p o n d i t : Mon fils , ne sois p o i n t paresseux à c o n t i n u e r de prier i n c e s s a m m e n t , parce q u e c o m m e l'enchanteur endort le s e r p e n t , bien qu'il n ' e n t e n d e pas les paroles du sortilège , de m ê m e tu confondras le démon et tu le d o m p t e r a s par la p r i è r e , bien que t u n'entendes pas la signification. » M a c a i r e , patriarche d'Antioche, dans son attestation de l'an 1 6 7 1 parle ainsi : Nous ( ) prions dans nos églises et dans nos maisons en grec et en syriaque. Et il y a des lieux auprès de Damas, où les Grecs prient en langue syriaque dans leurs églises. Or dans tous ces endroits-là on parle arabe et on n'entend plus le syriaque.
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Versions des liturgies cophte et syriaque confondues par quelques auteurs avec l'original de la liturgie.

Les Syriens et les Cophtes se sont d o n c contentés de mettre à la marge une version arabe ; et il faut remarquer q u e quelques a u t e u r s q u i ont mis en même rang les liturgies arabes et les syriaques, se sont m é p r i s , n e distinguant pas l'original des liturgies d'avec les versions m a r g i n a l e s , qui n'ont été ainsi écrites q u e p o u r d o n n e r aux prêtres l'intelligence de la l i t u r g i e , et non pas p o u r la faire célébrer en cette langue vulgaire.
Liturgie célébrée en langue vulgaire par nécessité.

Il faut avouer q u e depuis q u e l q u e temps on a été contraint de célébrer quelquefois la messe en arabe aux environs d'Alep et de Damas , mais on ne le fait q u e par nécessité, parce qu'on n e trouve point de ministres qui e n t e n d e n t , ou m ê m e qui sachent lire la liturgie e n grec o u en c o p h t e ; et il peut
(a) Ibid. pag. 742.

ON A CÉLÉBRÉ LA LITURGIE.

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bien se faire q u e ce q u ' o n t rapporté quelques voyageurs qu'ils avaient e n t e n d u célébrer la liturgie en langue vulgaire, ne regarde q u e ce qui doit être dit par le diacre ou chanté par le choeur. Nesloriens répandus en différens pays célèbrent en ancienne langue syriaque. Les Nestoriens q u i , comme nous avons vu , s'établirent dans la Syrie et la Mésopotamie au V . et au VI . siècle, firent les offices en langue syriaque, qu'ils ont toujours c o n s e r v é e , q u o i q u ' i l s ^ e fussent répandus dans la P e r s e , et qu'ils eussent fait traduire en persan des livres d e l'Ecriture, et s u r t o u t les livres de Théodore de M o p s u e s t e , aussi bien q u e ceux qui pouvaient lui êlre favorables et à Nestorius. Ils ont persisté à la célébrer en leur ancienne langue syriaque, dans tous les pays où ils ont é t é , dans la Tartarie , a u x Indes et à la Chine même. Le m o n u ment que nous avons rapporté dans la onzième Dissertation , ne laisse a u c u n lieu d'en d o u t e r ; de sorte que s'il est vrai de dire q u e les Cophtes célèbrent en langue c o p h t e , les Ethiopiens en éthiopien , les Arméniens en a r m é n i e n , et les Syriens en langue syriaque; il ne l'est pas moins d'assurer q u e ces peuples et les autres orientaux n e célèbrent pas communément la liturgie en langue vulgaire. Grec vulgaire différent de la langue de la liturgie. Les Grecs ont gardé précisément la m ê m e conduite que l'église latine. Ils ont continué à faire célébrer la liturgie en grec p a r t o u t . On la célébrait ainsi durant les premiers siècles. Les q u a t r e patriarches qu'ils établissent à Constanlinople, à Alexandrie, à Antioche et à Jérusalem , font tous leurs offices selon le rit grec et en langue g r e c q u e , quoiqu'ils soient parmi des peuples qui n'entendent plus celte langue. L'ancien grec qu'on appelle le grec littéral, n'est plus une langue vivante. Les peuples n'entendent et ne parlent que le grec vulgaire, dans lequel il a fallu depuis quelques siècles écrire
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DISS. XIV. ART. I I .

EN QUELLES LANGUES

les catéchismes, les s e r m o n s , et les autres livres de piété pour l'instruction, mais on n'a pas écrit la liturgie en cette langue. Ceux de Constantinople qui se trouvent parmi les T u r c s , n'ont jamais traduit la liturgie en langue t u r q u e , qui est la vulgaire. Ils laissent la langue de la liturgie telle qu'elle était lorsqu'elle a été écrite il y a i3oo ans. A l'égard des autres peuples qui leur s o n t unis de communion , tels q u e les Syriens qu'on appelle Melchites ou I m p é r i a u x , ils leur laissent célébrer les offices en leur ancienne langue syriaque qui n'est plus vulgaite depuis plusieurs siècles.
Anciens exemples defidèJes qui ont assisté à la messe sans en entendre la langue.

Les Grecs et ceux qui leur sont u n i s , ne font en cela que suivre les exemples très-anciens , qui nous . m o n t r e n t qu'on ne faisait pas difficulté de faire assister les fidèles à des prières et au saint sacrifice célébré en une langue qu'ils n'entendaient pas. T h é o d o r e t , dans son Histoire religieuse ( ), parle du célèbre Publius qui assembla des religieux dans u n m o n a s t è r e , où l'on faisait l'office en g r é e , et q u e d'autres s étant présentés qui n'entendaient que leur langue s y r i a q u e , il leur bâtit un autre monast è r e , et ensuite un temple c o m m u n , où ils se réunissaient pour chanter les offices du matin et du soir à deux choeurs, chantant alternativement les versets des p s a u m e s , les uns en g r e c , les autres en syriaque. Et cet usage singulier, dit encore Théodoret , fut respecté et observé par les abbés qui succédèrent à.Publius. On entendit aussi les psaumes chaulés en plusieurs langues aux funérailles de sainte Patde à J é r u s a l e m : Hebrceo, grœco , lalino , syroque- sermone psal/ni in online personabant, dit saint Jérôme. l ) 11 n'y a pas lieu de croire q u e totis les assistans fussent aussi savans q u e saint Jérôme ou sainte Eustochie , qui entendaient ces quatre langues , mais tous pouvaient également
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(a) Ilist. Rel. cap.

(b) In EpUaph.

Paulx.

CW A CELEBRE LA LITURGIE.

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prier et louer Dieu clans leurs cœurs p e n d a n t qu'on récitait des versets en u n e langue qui leur était inconnue. G est ainsi q u ' o n voulait q u e priassent ceux d'entre les Latins qui vivaient parmi les G r e c s , et à (pii ou ne faisait e n t e n d r e en leur langue pendant la messe q u e l'épître et l'évangile, c o m m e nous avons dit. Nous avons dans l'histoire ecclésiastique un autre fait plus r e m a r q u a b l e et bien a u t h e n t i q u e , touchant un grand n o m b r e de personnes pieuses qu'on faisait assister au saint sncrilice célébré en u n e langue qu'ils n'entendaient point. Ce fait se passa durant long-temps dans le grand monastère du saint Abbé Théodose qui m o u r u t en 536 : monastère si grand qu'il ressemblait a u n e ville. Théodore , évêque de P é t r a , a u t e u r contemporain qui écrivit la vie du saint A b b é , nous apprend (*) qu'il bâtit dans ce grand monastère q u a t r e églises, u n e p o u r la plus grande assemblée des moines grecs ; u n e a u tre pour les Besses, peuples de T h r a c e , q u i chantaient o u récitaient les prières e n leur langue ; la troisième p o u r les A r m é n i e n s , qui faisaient aussi l'office en l a n g u e . d e leur pays ; u n e q u a t r i è m e dans laquelle s'assemblaient les frères q u i avaient été agités du malin e s p r i t , accompagnés de ceux qui devaient se t e n i r auprès d'eux. Tous vaquaient ainsi à la divine psalmodie sept fuis le j o u r . Mais lorsqu'on devait c o m m u n i e r , ou après q u e chaque nation avait célébré séparément le commencement delà messe , jusqu'après la lecture de l'évangile, ils s'assemblaient tous dans la grande é g l i s e , q u i était celle des G r e c s ; p o u r y participer aux saints mystères. Saint Sabas avait déjà fait la m ê m e chose dans son m o n a s t è r e , p a r rapport aux A r m é n i e n s , comme nous l'apprend Cyrille de Scythopolis , auteur de sa vie.
(a) Ap. Lipom. Rolland- 11. Janv. et Combefis.

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DISS. XIV, ART. 11.

EN QUELLES LANGUES

Liturgie donnée en langue vulgaire à de grands peuples nouvellement convertis. Ces Saints étaient sans doute bien persuadés que ces pieux moines Arméniens et Besses n'assistaient pas avec moins de fruit q u e les Grecs à la partie principale de leur messe , quoiqu'ils n'entendissent point leur l a n g u e , parce q u e c'est un esprit de foi et d'adoration intérieure qui fait le mérite des prières des fidèles, qui s'unissent en esprit à celles q u e l'Eglise a prescrites aux prêtres p o u r l'opération des saints mystères. Mais on a compris aussi qu'il était bien raisonnable de ne pas donner, en line langue i n c o n n u e , la l i t u r g i e , et les autres livres saints h tout un grand peuple qui se convertit à la foi. Ainsi comme les Syriens , les Cophtes, les Ethiopiens , et les Arméniens avaient eu d'abord la liturgie en leur langue q u e toute la nation ent e n d a i t , les P a p e s , au IX . siècle, permirent aux Esclavons-Moraves convertis , de célébrer les offices en langue esclavonne, qui était une langue fort é t e n d u e ; de m ê m e aussi q u e l q u e temps a p r è s , l'église de Constantinople, qui envoya des mission* naires aux Moscovites, pour les convertir à la foi, et qui "leur donna le rit grec de Constantinople, leur laissa faire les offices en leur langue esclavonne ; mais cette langue a changé dans le vulgaire , et elle s'est conservée dans la liturgie, telle qu'elle était au X . siècle, sans qu'on ait dit depuis qu'il fallût la t r a d u i r e , et la célébrer en langue vulgaire. Conséquences de tout ce qu'on vient de dire.
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Il résulte de tous ces faits, i°. Que dès les temps apostoliques, on célébra la liturgie en grec et en latin , en syriaque et en cophte. i ° . Qu'au IV . siècle , on la célébra non-seulement en toutes ces lang u e s , mais aussi en éthiopien et en Arménien. 3°. Qu'au V . siècle, on écrivit ces liturgies en toutes ces langues. 4°. Qu'au IX . et X . siècle, on la célébra, et on l'écrivit en la langue des EsclavonsMoraves , et en celle des Esclavoiis-Uusstens ou
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ON A CÉLÉBRÉ LA LITURGIE.

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Moscovites. 5°. Qu'on n'a pas changé la langue de ces liturgies, quoique ces langues aient changé et cessé d'être vulgaires. 6°. Qu'on n'a mis la liturgie, qu'en des langues fort étendues. 7 . Qu'on ne Ta point mise, ni en langue punique des Africains, ni en celle des Français, ni des Anglais, quoiqu'en Afrique, en France et en Angleterre, plusieurs de ceux qui assistaient à la liturgie, n'entendissent point le latin , et par conséquent I église romaine ne fait à présent que ce qu'ont fait les anciennes é g l i s e s , depuis un temps immémorial.
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Inconvéniens de traduire la liturgie en toutes les langues populaires.

Je crois qu'il n'est pas nécessaire d'exposer ici les inconvéniens qu'il y aurait de traduire la liturgie en toutes les langues, et en tous les jargons populaires. On ne trouve pas toujours des personnes pro* près à faire des traductions, qui expriment le sens des textes aussi respectables que le sont ceux de la ftible et de la liturgie; et quand même ces traductions seraient fidèles, combien de fois ne faudraitil pas les changer pour les accommoder aux fréquentes vicissitudes des langues vulgaires, pour empêcher que les expressions qui avaient été bonnes en un temps, ne parussent ridicules en un autre. On n'a qu'à voir les observations du Père Veron sur la variété des versions, sur l'infidélité de celles qui ont été faites par Luther, par les Genevois et par plusieurs autres. L'inconvénient du changement de langage parait suffisamment dans la traduction des psaumes de Clément Marot ( ) et de
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(n) Quoique ces auteurs aient eu autrefois la réputation de bien écrire et de savoir le langage de la cour, n'est-on pas plutôt porté à rire qu'excité à la dévotion en lisant leur version dans les endroits marnes dont le sens n'est pas répréhensible ? Aimerait-on, par exemple, à commencer ainsi le psaume quatrième ? Quand je fhwoque, hélas, écoute, O Dieu de ma cause et raison. Mon cœur serré a-* large boute: De la piété ne me reboute.

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DISS. XIV. ART. II.

EN QUELLES LANGUES

Théodore de Bèze adoptée par les P r o t e s t a n s , où il y a tant d'expressions r i s i b l e s , e t q u i ne peuvent être employées que dans le burlesque.
Objection.

Je laisse aux controversistes à m o n t r e r les inconvéniens qu'il y aurait de traduire la liturgie en toutes les langues et jargons populaires , et à faire voir q u e q u a n d saint Paul dit ( ) : faimerais mieux à ne dire dans l'église , que cinq paroles dont f aurais V intelligence pour en instruire aussi les autres que d'en dire dix en une langue inconnue, il ne parle point des prières de la liturgie faites par les évéques, les prêtres et les autres ministres publics de l'Eglise, mais seulement des prières, des cantiques et des instructions q u e quelques fidèles particuliers faisaient dans les assemblées par u n mouvement subit* ( )
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Réponse.

Ces Corinthiens qui voulaient parler ainsi en présence d'une assemblée religieuse en des langues inconnues , ne pouvaient servir de rien à cette assembléequi n'était point en état de j u g e r s i ce qu'ils disaient était b o n , qui ne savait pas même de quoi ils parlaient, n'ayant personne qui pût l'interpréter. La langue que l'Eglise emploie dans le service divin est-elle inconnue en cette manière à l'assemEt vomirait-on dire encore avec Clément Ma rot le verset Asperges me&\\\\ psaume aussi touchant que Test celui du Miserere ? jy/tt/ssope donc par toi purgé serai/ : Lors me verra y plus net que chose nulle : Tu laveras ma trop noire macule : I.ors en blancheur ta neige passeray. (a) I. Car. x i v . f!). (b) On peut voir avec fruit le traité plein de réflexions judicieuses intitulé : DeTusage de célébrer le service divin en langue non vulgaire , par le /'.' d intecouri ; et ce qifont dit M. Desmahis et M. Papin dont l'érudition et l'exemple ont si fort édifié l'Eglise depuis qu'ils s'y sont réunis f éritvrfe la religion catholique ; i\ Paris , chez Delaulue. Recueil des ouvrages de M. Papin, chez Oueriu.
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A. CÉLÉBRÉ LA. LITURGIJB.

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hlée ? Les lectures et les prières q u e le prêtre fait en lutin , ne sont-elles pas e n t e n d u e s de tous les autres ministres et d'une g r a n d e partie des fidèles, et ne peuvent-ils pas savoir tous qu'ils d o i v e n t ) ' souscrire et répondre Amen?

Observation sur ta traduction du Missel romain en langue chinoise*

Projet de traduire et de célébrer les offices divins en langue chinoise. — Ce projet demeure sans exécution.

À u c o m m e n c e m e n t d u siècle passé , les g r a n d s fruits q u e les missions avaient p r o d u i t s h la C h i n e , firent penser à plusieurs personnes q u ' d serait i m portant de traduire et de célébrer les offices divins en langue c h i n o i s e , parce q u e la langue latine est tellement étrangère dans tous les pays de la C h i n e , et si peu convenable à la m a n i è r e d o n t les Chinois prononcent les mots , q u ' o n ne pouvait guère espérer de former des ministres sacrés q u i s'accoutumassent à a p p r e n d r e le latin, et qui pussent le bien prononcer. Ces considérations portèrent le Pape Paul V à p e r m e t t r e de traduire en langue chinoise l'Ecriture sainte , la messe et les autres divins offices , et de les célébrer en cette langue. ( ) Le Père ltarthuli, J é s u i t e , qui nous a p p r e n d ce fait dans sa
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(a) Je n'avais parle de cette permission que sur le témoignage du P, Bartholi, et elle mérite bien d'être rapportée en propres termes, comme elle est conçue dans le décret de Paul V. On trouve ce décret dans un livre qui est devenu rare, quoiqif imprimé en 1670 à Paris chez Angot, Jtuia exemplar Romie : conatitutiones apostolias, brpvia, décréta , etc. pro viissionibus Sinarum > Tunquini etc. Ce livre est divisé en quatre parties, et h la seconde, on lit, pag. 5 2 , ce qui suit : Feria quinta die 26 viartii 1611, »i geneall congregatione sanc*sc roman œ , el unicersalls inquisitionts habita in palatio apostolico apud sanctum Pet mm coram sancthshno domino nostro Pauh /".... Item permisit Sanctitas Sua Hstlwi patribus , ut possint transfvrre sacra blbiia in linguam Sinarum, non tamen vutgarem, sed eruditam et litteralorum
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aaa DÏSS. xiv. A T 11. — Err Q E L S L N U S R. ULE A G E
troisième partie de VAsie, imprimée à B o m e e n J663, n o u s dit en m ê m e temps q u e les supérieurs de la Compagnie, à qui cette permission avait été accord é e , ne j u g è r e n t pas à propos de s'en servir. U y a lieu de croire q u e les missionnaires étaient alors dans les sentimens qu'avait eus saint Olhon, évêque de B a m b e r g , apôtre de P o m é r a n i e , mort en i i3c). Ce saint h o m m e apercevant les inconvénient qu'on aurait trouvés à d o n n e r u n e b o n n e traduction des livres s a i n t s , et voyant de quelle importance il était q u e ces peuples eussent des ministres sacrés de leur n a t i o n , leur disait : Je vous invite ( ) à nous d o n n e r quelques-uns d e vos enfans pour être t o n s u r é s , après q u e nous les mirons instruits dans les arts libéraux ; afin qu'ayant appris le latin , vous puissiez avoir des clercs et des prêtres de votre nation. Traduction du missel en chînofs. — On renvoie au Pape. Cependant la difficulté d'apprendre le l a t i n , étant plus grande à la Chine qu'ailleurs» les missionnaires qui s'en apercevaient tous les j o u r s de plus en p l u s , considérèrent qu'on tirerait de grands avantages d ' u n e traduction des offices divins en lansue chinoise ; ils traduisirent donc ; et firent imprimer
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propriam Œisquesic transtatistdi, etslmul mandat, ut in trans» latione bibliorum, adhibeant summam et exquisiiam diligen* tiam , et translaliofideilssima sit, ac in eadem lingua Sinarvm possint à Sinis ceiebrari diuina officia missannn, et korarum canonicarum. Denique permisit id- in eadem lingua eruditaSinarum possint à Sinis sacramentel ministrari et alite ecclmx functiones peragi. Il n'est pas inutile d'observer que le pape distingue deux langues chinoises, l'une vulgaire parmi le petit p e u p l e , et l'autre qui est en usage parmi les savans. Il ne permet la traduction qu'eu celte langue des savans. Cette distinction paraît faite avec beaucoup de sagesse, parce qu'il convient de célébrer les offices divins dans la langue qui est plus respectée du peuple. (a) Aaliortor vos et invita, quia cogère non debeo, u t de liberis vestris ad clericatum tradatis liberalibiu studiis priùs diligenter ins^ tructos ut ipsi per eos, sicut aliœ génies de lingua vestru, latinita* tis conscios possitis babere clericos et sacerdotes. l'ita Olhon. lib. 2. cap. 17. Surius , die 2.juliû
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Off A CÉLÉBRÉ LA LITURGIE*

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pour ce sujet le missel avec des caractères chinois, qui sont en usage, non-seulement à la Chine, mais au Japon, à la Cochinchine, au royaume de Siam , et aux environs. Ou envoya ce missel rraduit au Pape Innocent X I , qui témoigna le plaisir que lui faisait ce présent, par un bref du 3 décembre( ) 1681 au Père Verbiest, vicaire-provincial de la Compagnie.
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Dissertation du P. Couplet pour la célébration en langue chinoise. — liaisons du P. Couplet.

Le Père Philippe Couplet, procureur-général des missions de la Chine, vint à Borne, et s'y tint quelques années pour obtenir l'approbation et l'usage de ce missel écrit en chinois; mais quelques relations de la C h i n e , qui avaient indisposé le Pape Innocent XI contre lès missionnaires, furent cause que la sacrée Congrégation de la Propagande, ne se rendit pas aux souhaits du Père Couplet. Ce père vint à Paris, et en 1 6 8 8 , il montra à quelques savans de ma connaissance, une dissertation dans laquelle il exposait les grands avantages qui naîtraient de la célébration des offices divins en langue chinoise. Je n'ai pu trouver cette dissertation ; mais les savans jésuites , qui continuent de donner au public avec tant de soin leur grand recueil des actes des Saints, y ont suppléé en partie. Car unis au père Couplet autant par une amitié particulière, que par les liens de leur s o c i é t é , ils ont fait un précis de sa dissertation dans leur Propyîcewn Mail, à l'occasion du Pape Nicolas premier et de ses
(a) Ce bref est à la fin d'un recueil imprimé h Louvain, 1700* sous ce titre : Apotogiapro deercto D. tf. Atexandri VII ctprrxi Jexttitarum, etc. dlkcto fitio Ferdhwndo f'erbiest, virariu provhiciafi Societafis Jesu, fvnocentiits papa XI* Diiecte fili satttfem. Incredibilis propè iactitia» argumentant attuierunt littene, uibus post devotas utialis tuae erga nos observantiac sîgnifirationes nplexex amplissïmo isto sinorum regno munus ad nos detulisti, missale videlicet romanum sinensi idiomate conscrïptum\ et imagines astronomicas sinensi item more à te affahrè delineatas ad mneiliandum catholicae iîdei tavorem gentis in omni disciplina libéral! excuJta?, etc.
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successeurs Adrien II et Jean V I I I , lesquels après q u e l q u e s contestations, comme nous a \ o n s dit, p e r m i r e n t aux Esclavons de célébrer la liturgie en leur langue. On représente ici q u e , selon le jugem e n t de plusieurs personnes sensées , l'église heureusement fondée dans le Japon- n'y aurait pas souffert tant de persécutions qui l'en o n t bannie, si elle avait pu y subsister par elle-même, mais elle avait besoin de prêtres et d'évêques e u r o p é e n s , et ces prêtres et ces évèques ne pouvaient y demeurer longtemps cachés , ni avoir des successeurs, parce qu'on leur fermait l'entrée du r o y a u m e . Plaise à D i e u , qu'on ne voie jamais, à l'égard des Chrétiens de la C h i n e , u n e révolution si affligeante; mais il semble q u ' u n des meilleurs moyens de prévenir ce m a l h e u r , c'est de pouvoir instruire facil e m e n t , et former des ecclésiastiques d e l à nation, en les dispensant de la d u r e nécessité d'apprendre le latin , de choisir parmi eux des personnes d'une p r o b i t é c o n n u e , et d'une vertu é p r o u v é e , pour en faire des évèques et des p r ê t r e s , qui pourraient avoir facilement des s u c c e s s e u r s , et de leur permettre de célébrer les offices en langue chinoise , selon l'usage de tant de nations auxquelles l'Eglise a permis la célébration des offices divins ,en leur langue.
Objection. —Réponse.

M a i s , dira-t-on peut-être, d'où vient qu'ancienn e m e n t l'église latine p o r t a n t l'Évangile aux peuple du n o r d , aussi bien qu'aux habitans des Iles B r i t a n n i q u e s , aux Pietés , aux Tlibernois et aux Anglais-Saxons qui ignoraient a b s o l u m e n t le latin, on n'y célébra jamais les offices divins qu'en latin? C'est (pie ces peuples étaient dans l'empire romain , d o n t les personnes un peu distinguées se faisaient un plaisir d'apprendre la langue cpii était le l a t i n , au lieu q u e les Romains n'avaient garde d'étudier la langue de ces peuples grossiers et barbares : il n'eu était pas de m ê m e à l'égard des na-

OX k CKLKBRÉ LA LITURGIE.

lions polies et savantes qu'ils avaient subjuguées; loin de les obliger à a b a n d o n n e r leur langue pour préférer le latin , les Romains mêmes apprenaient celle des G r e c s ; et les Grecs dè m ê m e , q u o i q u e vainqueurs des S y r i e n s , des Perses et des Egyptiens, respectaient les langues de ces n a t i o n s , où Ton a vu depuis si longtemps fleurir les arts et les sciences. Ces considérations sont toutes favorables à la langue des Chrétiens de la C h i n é , peuple plein d'esprit, à q u i l'on ne persuadera pas q u e sa langue doive céder à aucune a u t r e .
Conclusion.

Telles sont les raispns d u P. Couplet. Il y a lieu d'espérer q u e la sacrée Congrégation de la Propagande s'y r e n d r a , si le Christianisme continue à se répandre et à s'affermir de plus en plus dans la Chine.

QUINZIÈME

DISSERTATION.

Sur l'usage de réciter en silence une partie de la Messe dans toutes les Eglises du monde, oit Von voit la manière dont la Liturgie a été prononcée, en remontant depuis notre temps jusqu'aux premiers siècles.

AVERTISSEMENT Ou après avoir exposé le sujet de cette Dissertation et l'étroite obligation de se conformer auv rites prescrits j on montre le discernement qu'on peut faire des usages qui peuvent être changés d'avec ceux qui ne doivent point l'être.

Occasion de cette Dissertation : nouveautés du missel de Meaux.

après le b r u i t q u e causa le missel de Meaux , dans lequel p o u r obliger tous les prêtres à dire la secrète et le canon à haute voix , on avait mis des rouges avant les Amen afin qu'ils fussent r é p o n d u s par les assislans. On avait même ajouté des Amen après les paroles de la consécration du corps et du s a n g ; et l'on avait eu soin de m a r q u e r dans les r u b r i q u e s W q u e ces Amen seraient dits par le d i a c r e , ou par le minis9

C T E Dissertation fut faite ET

(a) Dicendo : Hoc est enim corpus meum ; quibus prolatis, genuflexus liostiam adorât : at diaconus , sive miiiister , aut quivis fidelis, antiquas piaî plebis acclamationes imitatus fklem profitera, dicit Amen ; quod etiam rvpelit post consecrationem sanguinis. RU. in Miss. sera. cap. S.

tre» ou par qui q u e ce fût des fidèles. On avait aussi inséré après les m o t s de ta r u b r i q u e , submissa voce cette explication , id est sine vanta.
%

A E TSE E T V R IS M N .

21*]

Désaveu du chapitre.

L'auteur de ces additions était un chanoine qui s'était chargé de vaquer à l'impression d u missel , et qui p o u r autoriser la liberté qu'il avait prise de faire ces sortes d'additions , fit paraître u n ouvrage intitulé : Lettres sur les Amen du nouveau missel de Meaux. Le missel et la lettre ne m a n q u è r e n t pas d'exciter à Paris des r u m e u r s q u i attirèrent un mandement de M. l'évêque de M e a u x , u n e déclaration du c h a p i t r e , et u n certificat des chanoines qui avaient été d é p u t é s p o u r travaillerait nouveau missel sous feu M- Bossue! , évéque d e Meaux. Le certificat est conçu en ces termes Certifions que fAmen précédé d'un 4 rouge aux paroles de la consécration de la communion du prêtre, et les if. rouges avant tous les Amen des oraisons du canon, aussi bien que l'explication des paroles submissa voce par celles-ci, id est sine caiitu ont été mises dans le missel à notre insu et sans notre participation. En foi de quoi nous avons signé à Meaux le 29 de janvier 1 7 1 0 . P. Mou I , chantre et chanoine ; N ETE H F U C T TREUVÉ, Théologal. SIN E O Q K , Le chapitre s'assembla e x t r a o r d i n a i r e m e t i t , et réenregistrer la délibération s u i v a n t e : Messieurs.... assemblés extraordinairement, déclarent par la pré" sente que dans les principaux changemens rapportés et approuvés en termes généraux par ladite conclusion , il 11a été question que de quelques rites et cérémonies particulières à l'église de AI eaux, et non point du mot Amen , précédé d'un $ rouge aux paroles de la consécration et de la communion du prêtre , 7ii d'un autre ij) rouge avant tous les Amen qui sont à la fin des oraisons de l'ordre de la messe et du canon, non plus que des paroles submissa voce expliquées par celles-ci id est sine c a n t u , dans

aa8

DISSERTATION XV.

les rubriques qui traitent de la messe haute, le dit sieur Ledieu nen ayant fumais parlé ait chapitre, dont messieurs ont marqué leur surprise à Monseigneur f évéque et à leurs députés, aussitôt qu'ils ont eu connaissance de ces changemens et additions par Vimpression du nouveau missel de Meaux.
Mandement.

Cette déclaration et ce certificat furent imprîmes au bas du mandement de M. l'évêque de Meaux, qu'on trouvera à la fin de cet avertissement ; et cela renouvelle le souvenir d'un mandement que M. Savary , éveque de S é e z , avait fait douze ans auparavant contre la récitation du canon à liante voix. Toutes ces pièces donnèrent lieu à beaucoup de discours pour et contre. On me demanda ce que je pensais sur ce sujet, et plusieurs personnes de distinction souhaitèrent que j'exclaireisse un peu à fond ce point de discipline. Je ie fis assez promptement; mais quelques considérations m'empêchèrent de faire imprimer alors cette Dissertation ; d'ailleurs on vît paraître un gros Traité du secret des mystères, lequel, quoique chargé de beaucoup de choses hors d'oeuvres et hasardées , paraissait dus que suffisant pour montrer que des particuiers ne devaient pets s'aviser de changer les rubriques du missel et d'introduire un rit nouveau dans la célébration de la messe. Beaucoup de prêtres s'obstinent à suivre le nouveau rit. Il y avait lieu d'espérer qu'on suivrait plus exactement à l'avenir, le rit prescrit dans les missels. Mais on a été trompé dans cette attente. Le nombre des prêtres qui disent le canon tout h a u t , et qui engagent autant qu'ils peuvent les assîstans à répondre les Amen du canon, augmente tous les jours. Il y en a même qui font dire des Amen après les paroles de la consécration , et deux religieux qui suivaient avec joie cette méthode , se sont exposés à être punis par leur général, et sentenciés par l'évêque du diocèse.

f

AVERTISSEMENT.

229

Le point d e la d i s p u t e est devenu important. On dit, d'un c o t é , q u e la discipline de l'Église sur quelque point q u e ce s o i t , ne doit pas être abandonnée au caprice de chaque p a r t i c u l i e r ; et l'on prétend, d'un autre côté , que l'usage de dire toute la messe à haute voix , et de faire répondre les Amen, est si autorisé dans l'antiquité et fondé sur des observations si judicieuses, qu'on ne doit plus s'assujettir à ce que les rubriquaires ont introduit. On ne peut donc plus se dispenser d'examiner et d'exposer de quelle antiquité est l'usage que les missels o r d o n n e n t , q u a n d est-ce qu'on a c h a n g é , et quel était le g o û t et J'esprit des premiers siècles. Antiquité de'la récitation en silence. En faisant cet examen , j ' a i vu q u e depuis q u e l'Église jouissant de la paix , a prescrit des cérémonies pour l'auguste sacrifice de nos a u t e l s , on a dit, selon toutes les liturgies d u m o n d e c h r é t i e n , une partie des prières secrètement, et q u e dans l'église latine s u r t o u t le p r ê t r e ne devait faire entendre sa voix qu'à la fin du canon , priant jusqu'alors d'une voix si basse q u e sa récitation était nommée un silence. C'est u n e expression de l'Écriture qui dit de Judith qu'elle Jaisait sa prière ( ) en remuant seulement les lèvres , récitant en silence , ou comme Marthe dit ( ) en silence à Marie sa sœur : le Maître est ici et vous appelle ; sur quoi saint Augustin r e m a r q u e ( ) q u e X Evangèliste appelle silence ce qui se dit d'une voix basse et étouffée. J'ai vu au contraire q u e c'est par des méprises et des illusions qu'on a cru de nos j o u r s q u e la récitation à voix basse non entendue d u peuple était fort r é c e n t e , et q u ' o n s'est imaginé sans fondement que le mot sécréta ou secreto devait signifier non une récitation s e c r è t e , en s i l e n c e , mais une
a b c

(a) Labiorum motu in silentïo dicens. Judith* x n i . 6, (b) Silentio dicens : Mngister adest et vocat te. Joan. xn. (c) Vocem supressam silentium nuncupavit. Aug. Tract.
Joann.

28. 49. in

a3o

DISSERTATION XV.

oraison faite p e n d a n t la séparation des dons ou des fidèles d'avec les catéchumènes , à secretione, à se* gregatione. On ne peut se dispenser de dire que c'est là u n e conjecture sans fondement ; car on voit dans les plus anciens auteurs l i t u r g i q u e s , que le m o t sécréta signifie la prière dite secrètement pour h o n o r e r les prières secrètes q u e Jésus-Christ a faites au Jardin des Olives et p e n d a n t toute sa pass i o n ; et les anciens sacramentaires o ù on lit arcana au lieu de sécréta, renversent également la nouvelle conjecture. méprise du cardinal Bona. La méprise d'un h o m m e aussi savant q u e le cardinal Bona , a jeté plusieurs autres personnes dans l'erreur. Il lui a échappé de dire cju'on voit dans Flore , auteur d u I X . siècle , q u immédiatement après les paroles de la consécration on répondait Amen, et qu'avant le X . siècle on disait le canon à haute voix. Ce savant cardinal était bien éloigné d'inférer delà , qu'il fallût réciter ainsi toute la messe. Il s a v a i t , et il l'a m a r q u é plus d'une fois, qu'il fallait q u e chaque particulier suivît l'usage prescrit dans son église. Ce n'est qu'historiquement qu'il a avancé qu'au temps de Flore on répondait Amen d'abord après les paroles de la consécration. E t comme si l'on n'avait plus le traité de Flore pour voir s'il a dit véritablement ce qu'on l u i a fait dire , les uns , tels que l'auteur du secret des mystères, ont eu recours à des réponses fondées sur des observations i m a g i n a i r e s , et les autres ont parlé du prétendu témoignage de Flore c o m m e d'un fait constant et décisif p o u r autoriser les nouveaux Amen qu'ils ont voulu ajouter au canon pour le faire réciter entièrement à voix hauteL'Église n'a rien changé sur le rit de la récitation en silence. On verra q u e l'Église n'a rien changé s u r ce point ni au temps de Fl ore, ni depuis le I X . siècle ; et l'on trouvera dans u n e chaîne de témoignages qui
Abus d'une
e e e

AVERTISSEMENT.

a31

remonte j u s q u ' à la s o u r c e , u n e conduite bien opposée à la pensée de ceux qui croient qu'il ne se doit rien passer pendant les saints m y s t è r e s , que toute l'assemblée ne voie et n'entende. Les pères ont voulu q u e le secret et le silence servissent à inspirer à t o u s les fidèles un plus grand respect. On n'osait pas m ê m e m e t t r e le canon par é c r i t , de peur qu'il t o m b â t entre les mains des profanes, ou des fidèles peu i n s t r u i t s ; et l'on voulait que ce qu'on leur en révélait fût accompagné de réflexions qui leur fissent admirer la sublimité des mystères, et qui éloignassent les difficultés et les sens bas et terrestres q u e leur esprit b o r n é et leur imagination pourraient leur présenter. Condescendance de l'Église à l'égard de la publication du canon. La discipline a un peu changé depuis leXVII .siècle dans la p l u p a r t des églises de Frauce,à l'égard d u secret dans lequel on tenait le canon , sans le faire passer en langue vulgaire entre les mains de tout le monde. Les blasphèmes q u e les dernières hérésies avaient fait proférer contre les prières les plus saintes de la m e s s e , ont obligé l'église de France de les retirer p o u r ainsi dire de leur secret. Il a fallu d é t r o m p e r ceux qui écoutaient ces mauvais discours, et consoler les vrais fidèles en leur m e t tant le canon entre les m a i n s , le Concile de Trente ayant o r d o n n é qu'on leur en expliquât avec soin les mystères. Il ne serait donc pas convenable de leur ôter à présent d'entre les mains ces prières saintes. Il n'a plus fallu s'appliquer qu'à leur donner une explication exacte de tous les mots qui les composent, p o u r leur faire révérer par cette voie la profondeur des mystères qu'on se contentait autrefois de leur faire adorer par un religieux silence. Mais aussi les laïques qui peuvent avoir présentement le missel traduit en langue v u l g a i r e , et des explications détaillées de toutes les prières de la messe, doivent être satisfaits de cette condescene

a3a

DISSERTATION XV.

dance q u e l'Église n'avait pas eue p o u r les fidèles d u r a n t tant de siècles, et n e pas p o r t e r les prêtres à enfreindre les règles prescrites dans les missels t o u c h a n t la récitation secrète. Pourquoi en effet ne se contenteraient-ils pas de s'appliquer pendant le secret du canon à méditer ce q u e Dieu opère alors secrètement et invisiblement sur l'autel ?
Ménagement avec lequel on doit donner le canon.

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II résulte de toute cette tradition q u e , si l'on veut se conformer aux maximes si souvent i n c u l q u é e s , on ne devrait m e t t r e le canon e n t r e les mains des l a ï q u e s , qu'en leur en inspirant u n grand r e s p e c t ; u'il serait à propos de ne le leur d o n n e r qu'avec es explications qui leur en développassent les sens s u b l i m e s ; et qu'il n e convient pas de le mettre sans discernement dans divers petits livres qui n'ont aucun r a p p o r t à la m e s s e , et q u ' o n voit souvent traîner d e tous côtés avec indécence ; ajoutons qu'il ne devrait être imprimé qu'avec la permission des évéques s u r une version examinée avec soin.
Obligation de suivre le rit marqué.

11 résulte aussi fort clairement q u e le rît q u e , l'Eglise p r e s c r i t , touchant la récitation secrète du canon , est d'autant plus r e s p e c t a b l e , qu'elle est autorisée par toute l ' a n t i q u i t é , e t . q u e nul p r ê t r e ne doit plus se dispenser de s'y conformer. On sait qu'il nous est o r d o n n é depuis les Apôtres d'observ e r Tordre m a r q u é : Ornnia secundàm ordinem fiant ; q u e cet ordre doit ê t r e suivi dans t o u s les offices d i v i n s , qu'il a toujours été principalement recommandé dans l'administration des s a c r e m e n s , et la célébration des saints m y s t è r e s , et q u ' o n n'y contrevient point sans d o n n e r lieu à des m u r m u res et à des scandales qu'on doit prévenir.
Décret du Concile de Trente.

)n a vu dans la première Dissertation ( ) les
.) Tarn. 2 pag. 57.

a

AVERTISSEMENT.

û3"$

plaintes q u e les Donatistes crurent avoir lieu de faire contre les Catholiques, en les accusant d'avoir changé q u e l q u e chose dans l'office de la liturgie. 11 fallut les convaincre par leurs propres yeux , que les b r u i t s qui avaient causé ces troubles étaient très-faux : Nihilprobavit aspectus, dit ( ) Optât de Milcve , ex Us quibus perturbatus erat audit us » C'est ainsi q u e les Catholiques se justifièrent, en leur faisant voir qu'ils n'avaient ni rien changé , ni rien o m i s , ni rien ajouté dans les divins offices ; cùm vidèrent divinis officiis nec rnutaturn quidquam, nec additum , nec ablatum. Décret du Concile de Trente. Mais sans r a p p o r t e r ici des témoignages de l'antiquité, ne doit-il pas suffire à tout prêtre de savoir que le Concile ( ) de T r e n t e a dit Jnatheme à ceux qui diraient que les rites de r église catholique, reçus, approuvés et mis en usage dans Vadministration solennelle des sacremens pouvaient être ou méprisés ou omis sans péché par les ministres , ou changés en d'autres rites par quelque pasteur que ce soit» Péché grief selon les commentateurs et les canonïstes. Ajouterons-nous après les commentateurs des rubriques du missel , q u ' o n ne peut lire tout le canon à h a u t e voix sans u n e grande faute, sans pécher mortellement? Gavantus dit q u e c'est la commune décision des docteurs : De canone ( ) qui sine culpa gravi non potest allé lotus legi. lia doctores commuait er. Paul-Marie Quarti , clerc régulier , autre célèbre c o m m e n t a t e u r fies r u b r i q u e s du missel, dit plus ouvertement ( ) q u e celui qui dit à
a b 9 c J

(a) Mb. 3. ado.

Parmen.

(b) Si quis dixeh't receptos et approbatos ecclesiae catbolicœ rït;is, in solemni sacramentorum auministralione adbiberi consuetos, aut contemni, aut sine peccato à ministris pro libito omitti, aut in novos alios per quenicunque ecclesiarum pastorem mut;iri posse ; anathema sit. Conc. Trld. de Sacram. Sess. VU.
tan. 13 (cj Gav. in Rubr. Miss. part. 1. Ut. 16.

(d; CcCterum proferens aitâ voce qusn seeretô dicenda sunt, ex-

s34

DISSERTATION XV.

haute voix ce qui doit être dit s e c r è t e m e n t , est inexcusable, qu'il le fait de propos d é l i b é r é , qu'il d o n n e lieu par là de croire qu'il le fait pour introduire u n nouveau r i t , ou par mépris du rit ordin a i r e ; q u e cela tend au sdândale, ou à se faire trop r e m a r q u e r , et que par t o u s ces endroits il pèche mortellement. Ne d é t e r m i n o n s p a s , si l'on veut, j u s q u ' o ù va la grievelé du p é c h é ; tenons-nous-en au Concile de T r e n t e qui dit q u ' o n ne peut enfreindre l'observation des rites sans péché. N'en est-ce pas assez p o u r engager tout prêtre qui respecte les lois de l'Eglise, à suivre exactement les rites m a r q u é s dans le missel, et à ne pas suivre q u e l q u e s nouvelles r u b r i q u e s , q u e son esprit particulier lui suggérerait, sous q u e l q u e prétexte que ce soit ? M. Van E s p e n , docteur célèbre de L o u v a i n , n'a pas cru devoir épargner ( ) ceux de ses amis qui étaient portés à i n t r o d u i r e quelques usages partic u l i e r s , sans s'assujettir à ceux qui sont marqués. 11 m o n t r e qu'on ne peut se dispenser sous aucun rétexte de suivre les rites q u i sont prescrits dans église où l'on est.
a

F

Quels sont les changemens qu'on peut faire, et les rites qu'on peut établir.

Ce n'est pas qu'il ne puisse arriver q u e quelques rites anciens et louables n'aient été altérés ou changés par i n a d v e r t a n c e , et qu'alors il ne soit à propos de faire rétablir ce qui a été négligé. Mais c'est aux évéques à faire ces réformes ; et à eux par conséquent à qui il faut s'adresser, afin q u e ces changemens se fassent d'une m a n i è r e d'autant plus can o n i q u e et édifiante, qu'elle se fera avec plus de recherches , plus de soin et de maturité.
cusatïonem non h a b e t , vel hoc sit data operâ.; unde potest orirî suspicio e i s , quod hoc fiât ad inducendum novuni rittun , vel in contemptum ritds ecclcsiastici, et ex utroque capite potest facile suborin scandalum vel gravis admiratio , quibus pnebens causain, sacerdos peccet mortaliter. In rubr. part. 1. lit. \b.pag. 148. (a) Jus Ilccles. part. 2. Ut. h. Cap. 1. 7. 24. 1

AVERTISSEMENT.

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Offrande du peuple avant l'oblation du prôtre. Par e x e m p l e , il y a près d e cinq cents ans qu'en plusieurs églises de France on a pris la coutume d'offrir le pain et le vin à l'autel avant q u e d'avoir reçu l'offrande des fidèles, ce qui est certainement contre l'ancien usage , p u i s q u e tout le m o n d e sait qu'anciennement le prêtre recevait des fidèles ce qu'il offrait à l'autel. Plusieurs c r u r e n t sans doute alors qu'on pouvait se dispenser de cet u s a g e , à cause qu'on taisait du pain particulier p o u r l'autel, et que l'offrande des fidèles à la messe était négligée, ou q u e celui qu'ils y présentaient n'était plus destiné à la consécration. Mais on a fait réflexion depuis qu'il n'était pas à pronos d'abandonner entièrement l'ancien usage ; qu il est hors de doute que l'Ordre romain q u e les églises de France ont pris depuis neuf cents ans , marquait l'offrande d u peuple p e n d a n t le chant de l'offertoire, avant que le prêtre fit l'oblation du pain et du vin à l'autel : ce qui a fait dire à G a v a n t u s , dans son commentaire sur les r u b r i q u e s d u missel, q u e si l'offrande du peuple se fait, elle doit précéder l'oblation de fllostie ; sifacienda ( ) est oblatio populi fiat dicta offertorio ante oblaiionem hostice.
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Saint Charles n'a pas m a n q u é de le faire ordonner de m ê m e dans les actes de l'église de Milan ; et en effet il est bien convenable de n e pas interrompre les prières de l'oblation qui doivent être suivies immédiatement de la prière secrète qui se fait sur les oblata. Cela a été cause q u e dans le cérémonial de l'église de Paris de 1 7 0 3 , dans le missel de la m ê m e église de 1 7 0 6 , dans celui de Meaux de 1 7 0 9 , et dans celui de Sens de 1 7 1 5 , on a rétabli l'ancien u s a g e , en y m a r q u a n t q u e si le p e u le ou le clergé doivent offrir , le prêtre ne fera oblation à l'autel qu'après cette offrande : à quoi il n'y a eu a u c u n lieu de trouver à r e d i r e , quoi(a) In Rubr. Miss, de Offert, pag. 135.

î3G

DISSERTATION XV.

q u e cola ne s'observe pas encore clans tontes 1rs paroisses de Paris.
Terminer le canon avant que de couvrir le calice.

D e m ê m e , q u o i q u e selon les anciens ordres romains , aussi bien q u e selon les plus anciens missels et les anciens ordinaires des ordres religieux, le p r ê t r e , sur la fin du c a n o n , après Omnis honor et gloria, doive dire Per omnia secula seculorum, en tenant l'hostie et le calice un peu élevés pour ne les remettre s u r l'autel q u e q u a n d on a répondu Amen , usage qui s'est toujours conservé chez les C h a r t r e u x ; on a pris c o m m u n é m e n t la couIurne M depuis près de cinq cents ans de finir la petite élévation et de couvrir le calice avant les mots Par omnia qu'on a joint à Oremus, Prœceptis> apparent* njeut à cause des notes d u plain-chant q u i se trou* vent tout de suite dans les missels notés : maison a fait enfin réflexion q u e l'ancien usage devait être rétabli, q u e le Per omnia secula seculorum et VJmen font la conclusion et la confirmation de tout le canon , et qu'il doit par consé q u e n t lui être joint, et non pas au paterqxù est le c o m m e n c e m e n t de la p r é p a r a t i o n à la c o m m u n i o n , et par conséquent d ' u n e nouvelle partie de la m e s s e ; c'est pourquoi l'église de Meaux a été en droit de rétablir cet usaçft dans son missel de 1 7 0 9 , où on lit dans le canon l )
b

(a) tôt/, tom. i. pag. 400 cl 4G7. (b) Je ne sais d'où vient qu'aux rubriques qui sont au commence* ment de ce même missel dans l'article de l'oraison dominicale, on Ht : Sacerdos cooperto calice, adorai ogne SS. sacramento erigit se, et manibus exlcnsis , hinc inde super corporali, dicit âttà voce y Per omnia secula seculorum : cl cu?n dicit Oremus , jttngit matins, capttt inclinans. Il me semble qu'en faisant imprimer ce qu'on vient de lire dans le canon , ou aurait bien du y rendre conforme cet endroit des rubriques générales. La rubrique du canon est entièrement conforme à celle d'un grand nombre de missels écrits ou imprimés jusqu'au XVI*'. siècle. J'en ai cité plusieurs au premier t o m e , pag. 107. Voici celle d'un missel romain imprimé ;i ï'arisen 1542 : Est tibi Deo Pairi, quojinito, tenet corpus Domhtl super caliccm , et parùm élevât0 calice cum ambabus manibtts dicit per omnia secula seculorum... Amen- Hic reponit hastiani et caliccm ipsum cooperii dicens o r e m u s , etc. Ce missel, quoi-

AVERTISSEMENT.

3 3*]

Elemns caîicem cum hostia, dicit: Omnis h o n o r et gloria; Per omnia secula s e c u l o r u m , JJ!. Amen. Repunit hostiam , coopérit calicem , genu flectit, surgit et jungens manus , dicit : O r e m u s , etc. A q u o i personne n'a trouvé à redire , q u o i q u e ce missel ait été exposé à des critiques et à des censures qui ont donné lieu à plusieurs corrections.
Omettre le verset
CONFITEMINÙ

Le même missel de Meaux, aussi bien q u e celui (le Sens de 1 7 1 5 , ceux de P a r i s , de L a o n , d'Orléans, de Lyon et N a r b o n n e , d'Angers et des autres diocèses qui ont conservé leurs u s a g e s , n'ont plus dans Vordo Missce le verset Confitemini Domino quoniam bonus, qui avait été inséré dans les missels de la plupart des églises de France. On avait saisi facilement le rapport qu'il y a entre le confilemitd et le confiteor, p o u r faire dire au p r ê t r e : confitemiui Domino , etc. Et ego reus et indignas sacerdos confiteor, suivant le sens exprimé dans la traduction de l'ordinaire de la messe à l'usage de Paris, fait au X I V . siècle p o u r le roi Charles V. Confessiez-vous à notre sire, pource qu'il est bon; et je coupable et non digne prêtre je me confesse à Dieu etc. Mais les évéques o n t enfin ôté avec raison ce verset. i°. Parce qu'il n'a jamais été clans le missel romain auquel les églises de France se sont conformées depuis Charlemagne. a \ Parce q u e ce
e 9

qu'imprimé avant le Concile de Trente et longtemps avant le missel du saint Pape Pie V. contient beaucoup de rubriques ; il n'a pas omis celle du silence des prières de la secrète et du canon sous ce titre: Qna voce QUXQUE singula (licencia sioit. A versu Introibo
usque adintroitum misses ornnia intetligibili voce dicuntur prxter orationem Oramus te Domine, qux sub siicntio dicenda est. UEMQUXCUNQNE in missa alta, sive IN àhoro, sive in altari CAnttntur in misais qux sine canttt dicuntur intetligibili voce diCENDA SUNT, ita ut ab his QUI missx intersunt possint audiri: prwterea Orate pro m e f r a t r e s , etc. Nobis quoque peccatoribus, Pat tecum , bsnedictio in fine MISSX et evangelium SANCTI Joanttis, cum pont missam dicitur IN altari, cxtera vero secretù ET MB siicntio dicuntur , ita ut à circumstGntibus MINIME auILIANTNR.

a38

DISSERTATION XV.

verset confitemini ne convient pas littéralement à la confession des p é c h é s , mais à la célébration des louanges de Dieu. L ' o r d r e des Carmes et celui des Dominicains p o u r r o n t a u s s i , q u a n d ils jugeront à p r o p o s , supprimer ce verset , puisqu'ils ne l'ont tiré que du missel de Paris et de quelques autres églises de F r a n c e , et qu'il n'y a présentement auc u n e de ces églises q u i n e l'aient ôté de tordo missœ. Des Amen du canon qui pourraient être retranchés. De m ê m e encore , comme nous avons vu dans les anciens s a c r a m e n t a i r e s , et dans t o u s les missels j u s q u ' a u XIII . siècle , qu'il n'y avait dans le canon que le seul Amen qui en était la conclusion, parce q u e le canon entier n'était regardé q u e connue u n e prière., qui n'avait par conséquent q u ' u n e conc l u s i o n , et q u e ce n'a été qu'insensiblement et par de légères raisons qu'on a inséré dans la suite quat r e ou cinq Amen, les évèques , q u i d e concert avec leurs c h a p i t r e s , font i m p r i m e r le missel de leurs églises , sont en droit de ne laisser dans le canon q u e le seul Amen de la fin. Rien ne peut empêcher aussi les Chartreux, q u a n d ils feront réimp r i m e r leur missel, de n'y laisser q u e Y Amen qui était dans tous leurs missels manuscrits o u imprimés avant Tan i 5 6 o ; car il n'y a eu aucun ordre de l'Église d'y insérer les autres Amen, et il ne peut y avoir ni mal ni scandale de suivre ou d e s'en ten i r à ce q u i a été p r a t i q u é avec piété d u r a n t tant d e siècles. Il y a cela de particulier p a r rapport aux Chartreux , qu'ils n'avaient dans le canon que le dernier Amen au t e m p s même du Concile de T r e n t e ; lequel , loin de faire rejeter les anciens u s a g e s , a déclaré qu'il fallait les respecter et les r e t e n i r ; retento ( ) ubique cujusque ecclesiœ antiquo et probato ritu. Il a souhaité même qu'on les conservât avec soin ; .37 quœ provinciœ ( ) aliis uU
e a b

(a) Conc. Trid. sess. 22. cap. 8.

(b) Sess* 24. cap. 1.

A E TSE E T V R IS M N .

S3Q

trà prœdictaS) laudabilibus consuetudinibus ac cere» moniis hac in re utuntur, eus omnino retineri sancta sjnodus vehementer optât* Il serait d'autant plus à p r o p o s de suivre cet ancien usage, qu'on peut le r é p a n d r e sans a u c u n inconvénient, et qu'on p r é t e n d mal à propos autoriser la récitation haute du canon par l'introduction des nouveaux Amen, q u o i q u ' e n les y i n s é r a n t , on n'ait jamais p r é t e n d u les faire r é p o n d r e ni par les assistans, ni par le d i a c r e , mais par le p r ê t r e seul ; et qu'on m a r q u a i t alors bien e x a c t e m e n t , comme nous avons v u , q u e le p r ê t r e ne devait faire entendre sa voix qu'en disant Nobis quoque peccatoribus et Per omnia secula seculorum. Voilà ce me semble ce qu'on doit penser des usages qu'on n'a p a s , p o u r ainsi d i r e , p e r d u s de vue , et qui n ' o n t été changés q u e par quelques inadvertances ou p a r d e très-légères raisons. Les évèques seront toujours loués de rétablir les usages qu'ils t r o u v e n t si bien m a r q u é s dans les livres ucgiise de leurs provinces.
Usages qui ne doivent pas être changés.'

Il n'en serait pas de m ê m e si Ton voulait changer des usages qui o n t été très-souvent et généralement recommandés , d o n t l'origine est si a n cienne q u ' o n n'eu voit pas le commencement. Un évêque ne s'arrogerait pas le droit de changer l'usage du pain azyme dans l'église latine , n o n plus qu'un évêque grec d e c h a n g e r dans la sienne l'usage du pain levé p o u r le sacrifice, parce q u e ces deux anciens usages o n t été pratiqués et recommandés depuis un temps immémorial *par Tune et l'autre église. Par la m ê m e raison un évêque ne serait pas en droit d ' o r d o n n e r aux prêtres de son diocèse de réciter tout le canon à haute voix, parce que l'usage recommandé clans l'église latine de dire le canon à voix basse , est p o u r le moins d'une aussi haute antiquité q u e celui du pain azyme. Or

*40

DISSERTATION XV.

si u n évéque n e p e u t pas foire ce c h a n g e m e n t , estil raisonnable q u un p r ê t r e e n t r e p r e n n e de le faire? Ne doit-on pas savoir q u e les anciennes coutumes o n t force de l o i , et q u e le Concile de Nicée à rec o m m a n d é de les conserver ; anliqua M consueiudo setvctur : q u e dans les choses q u i n e sont pas marquées expressément dans l'Écriture , il faut, dit saint Augustin , p r e n d r e p o u r loi la coutume d u peuple de D i e u , ou l'exemple et les ordonnances de nos prédécesseurs ; in his ( ) enim rébus de quibus nihil certi s ta luit Scriptura divina , mos populi Dei, vel instituta majorum pro lege tenenda sunt : qu'il faut bien se d o n n e r de garde , dit le. m ê m e saint A u g u s t i n , de vouloir changer ce qui n'est ni contre la f o i , ni contre les b o n n e s m œ u r s , parce q u e quand on pourrait se persuader que le nouvel usage q u ' o n voudrait i n t r o d u i r e serait plus u t i l e , il suffit de considérer qu'il p e u t causer des troubles par sa n o u v e a u t é ; ipsa quippe ( ) mutatio cousuetudinis etiam quoi adjuvtit ut dilate, no* vitale perturbât. Q u e serait-ce si la nouvelle cout u m e n'était pas plus u t i l e ; car en ce cas ne faudrait-il pas ajouter avec saint Augustin : Quaprcpter T ) quee utiles non est, perturbatione infructuosa conséquente/' nooeia est ?
b c D

Sentimens des Pères sur la nécessité de se conformer aux usages de l'Église.

Saint Crégoîrc-le-Grand et les autres Pères ont souvent parlé de m ê m e , et c'est sur ces sages maximes de saint Augustin q u e saint Isidore de Séville a dit q u e rien ne convient mieux à un chrétien grave et p r u d e n t , q u e de se conformer à ce qui se fait dans l'église o ù il se t r o u v e , d e p e u r q u o la diversité des pratiques qu'on voudrait introduire ne d o n n â t lieu à quelque schisme ; «er disciplina I ) in kis melior est gravi prudent iqne christt'a no , nisiut
e

(a) Cone. Nie. Can. 6. (h) S- Aug. epist. 3fl. al. 8Q. (c) S. Aug. epist. ad Jan. 54. al. 118. (d) Ibid* (e) Isid. de EccL Offic. lib. 1. cap. 43.

AVERTISSEMENT.

î.t\ I

eo modo agat quo agere vident ecclesiam ad quam forte devenerit. Quod enim neque contra /idem, neque contra mores bonos habetur , indifferenter sequendum est, et propter eorum inter quos viviiur societatem servandum est, ne per diversitatem obsermtionum schismata genercntur. Saint Augustin et les autres Pères parlent ici des usages reçus dans les lieux où Ton se trouve. Que n'aurait-il pasdit à des personnesqui ne croiraient pas devoir se conformera un usage aussi anciennement et aussi universellement établi dans toutes les églises latines, que l'est celui que nous avons exposé?
Récitation secrète de toute antiquité selon le Père Thomassîn.

Un auteur aussi savant et aussi versé dans les usages de l'ancienne discipline que Tétait le Père Thomassin, et que j'avais, par je ne sais quelle préocupation, oublié de citer, ne doutait pas de l'antiquité de cet usage. Il en a montré en même temps et l'antiquité et l'utilité dans deux chapitres de son traité (*) De l'Office divin et de sa liaison avec F oraison mentale. 11 ne manque pas d'y citer plusieurs anciens Pères. La Constitution de Justinien , qu'on peut voir à la pag. 368. de cette Dissertation , ne lui était pas inconnue, mais elle ne lui paraissait pas plus sensée et plus respectable qu'elle l'avait paru à M. de Marca. (cité ici pag. 3 7 1 ) J'en rapporterai les paroles , dit le Père Thomassin , non pour la croire digne qu'on y déférât, mais afin de faire connailre par cette preuve constante , que la pratique uniforme de toute tÉglise avait été, depuis sa naissance , que le célébrant prononçât cette prière mystérieuse en secret, et que les fidèles et les moindres clercs n 'y eussent part que par leurs adorations, et par le profond respect qu'ils devaient avoir pour un mystère si saint et si ineffable. Ad h;rc jubemus, etc. Il fallait que cet empereur se sentit desti* lue de preuves et d'autorités , puisqu'il n'allégua
(a) Thom. de ïoffice div. 1.

part, c

8.

4-

DISSERTATION

XV.

pour soutenir sa Constitution, que ce texte de saint Paul, qnd tourne d'une manière qui se détruit par saint Paul marne. Et après q u e l q u e s réflexions aussi édifiantes q u e solides, l^oilà^ poursuit-il, sur quoi étaient fondées les paroles secrètes du sacrifice, et l'usage aussi ancien que f Eglise , de ne les publier jamais au canon de la messe. On p o u r r a i t peut-être citer aussi le témoignage de M. Arnauld W p o u r la récitation s e c r è t e ; niais faudrait-il encore des autorités après toutes celles q u e n o u s avons rapportées ?
Vue et souhaits de l'auteur.

J'espère q u e ceux qui a u r a i e n t douté de cette antiquité ne me b l â m e r o n t point d'avoir dissipé ce doute. Nous sommes tous dans u n e m ê m e école, dit Vincent de L é r i n s , t o u s également disciples de Jésus-Christ et de l'Église. Nos recherches et nos observations doivent être , p o u r ainsi dire , des conférences o ù nous r a p p o r t i o n s ce q u e n o u s trouvons dans les sources de la tradition qui nous sont cornfa) Depuis que cette Dissertation a été imprimée, on a imprimé et débite sans,nom d'auteur et de libraire un écrit sous ce titre: L'esprit de V Église dans la célébration des saints Mystères. L'auteur rapporte plusieurs témoignages pour montrer l'antiquité de la prononciation secrète du c a n o n , comme j'avais tâché de le faire. Mais parmi ces autorités qui ne m'avaient pas échappé, j'y trouve relie de Al. Arnauld , que j'emploierais volontiers. Voici comme l'auteur anonyme la rapporte à la fin de sa quatrième proposition: M* Arnauld, dans m fréquente communion fpart. 2. cap. 43.) lire avantage de ces vistruvtions de saint Charles ; si quelqu'un, dil-il voulait rtcoquer en doute le sens qiCon donne ici au submissu voce du Concile... il n'a qu'à jeter les yeux sur tes régie* viens de saint Charles, qui ntmil pris à fûcht'd'en faire exécuter les ordonnances, et il nerra facilement que le sens que je donne au submissà voce du Concile , est le sens même du Concile. Cela m'a fuit consulter les diverses éditions de la fréquente communion. M. Arnauld parte véritablement des instructions de saint Charles nu chapitre 43 de la seconde partie; mais il n'y a pas un mot sur le submissd voce. On a réimprimé presqu'aussiiût cet écrit sous ce nouveau titre: Réflexions sur la nouoelln liturgie d\-tniàrcs et pour y corriger celle fausse citation , au lieu de ta fréquente cornmuninn, ou a mis dans te Traité de ta pénitence traité que je ne connais point. l'eut-étre a-t-on voulu dire dans la Tradition de feflisv sur ht péuitoiccmais ce traité n'est point divisé en deux paii-ies, el il a Y e«st O . H wrié du S I I V U T des prières*
y f %

MANDEMENT,

^43

mimes. Et si q u e l q u ' u n expose évidemment le contraire de ce q u e nous avons c r u , nous ne sommes pas vaincus, mais nous sommes i n s t r u i t s , dit saint Cyprien ; non enirn vincinxur M quando offeruntur nobis meliora, sed inslruimur. J'ai cru devoir m'instruire moi-même dans les monumens q u e nous t r o u v o n s en r e m o n t a n t depuis notre temps j u s q u ' a u p r e m i e r siècle. Plaise à Dieu |ue mon travail devienne u t i l e , et q u e nous con! ormant tous u n a n i m e m e n t aux règles de l'Église, nous nous trouvions tous uniformes dans la célébration des saints M y s t è r e s : mettant ( ) p o u r ainsi d i r e , à l'unisson nos voix et nos c œ u r s pour glorifier Dieu le Père de n o t r e Seigneur Jésus-Christ.
b

MANDEMENT de Monseigneur Mathurin Savary , Évêque de touchant la récitation du canon* Sécz,

, par la grâce de Dieu et du saint siège apostolique, évcque de Séez, conseiller du Roi en tous ses conseils, et aumônier delà feue Reine très-digne épouse de Sa Majesté; A tous les curés ecclésiastiques séculiers et réguliers , et à tous fidèles, salut et bénédiction. Nous apprenons avec douleur que quelques ecclésiastiques de notre diocèse se veulent singulariser par des pratiques particulières auxquelles leur ignorance ou leur opiniâtreté les attache, profèrent îe canon de la messe à haute voix, et de même son dont ils prononcent l'introït, l'épître et l'évangile et les oraisons ; ce qui est formellement contre la discipline moderne et universelle de l'église, prescrite par le pontifical et le missel romain ; et comme rien n'est capable de conserver la pureté de la discipline ecclésiastique, comme l'uniformité des pratiques, lesquelles n'étant pas révérées par une religieuse et scrupuleuse égalité , divisent peu-àpeu et insensiblement les ministres de l'autel, et s'attachent avec partialité ses sujets, qui enfin dégénèrent en factions et cabales. Pour éviter un mal si dangereux et si préjudiciable à la religion , nous désirons et vous mandons de prononcer et de tenir la main a faire prononcer secrètement et à voix basse, qui ne puisse être enfa) Epist. 7 1 . ad Quint. (bi Ut unanimes uno ore honorificetis Deum et patrem Domini noMri Jesu Christi. .'1d;lnm.\\. (>.

MT U N AHM

2/|4

DISSERTATION XV.

tendue que du célébrant dans ses messes basses, et du diacre et du sous-dkr-ïv. dans les hautes messes, les paroles du canon eu la même manière qu'il est. marqué et prescrit par le missel romain, et mettons en suspense actuelle ceux qui y manqueront. Et aïin que personne n'en ignore, nous vous mandons de publier aux prônes de vos grand'messes paroissiales, notre présent mandement, veiller à ce qu'il soit observé , et nous donner avis de ce qui se pourrait passer au contraire ; à l'effet de q u o i , après en avoir fait la lecture, vous le ferez afficher dans la sacristie de votre église , et nous enverrez un certificat signé de vous, comme vous aurez satisfait à ce que dessus. Donné en not.ee palais épisconal sous notre seing et le sceau de nos armes, avec le contre-seing de notre secrétaire o r d i n a i r e , ce seizième jour de mai 1G98. t MvruuiuN ,

ipso fado ,

Signé:

évéque de Sé

MANDEMENT De Monseigneur CIllustrissime et Rcvcrcndissime èrêqne de Meaux , parlant défense de lire le livre intitulé : L e t t r e sur les Amen du nouveau missel de Meaux.

Lettre sur les Amen du nouveau missel de Meaux

I Tetsrt de Thyard de Bissy, («) par la miséricorde de Dieu et par l'autorité du sauit siège apostolique , évéque de Meaux , conseiller du Roi en ses conseils; au cierge séculier et régulier de notre diocèse, salut et bénédiction. Ayant connu qu'à notre insu et sans la participation de nos vénérables frères les doyen et chanoines de noire église , et des commissaires députés pour travailler au nouveau missel, celui qui était chargé d'en corriger les épreuves, avait ajouté le mot précédé d'un rçl rouge aux paroles de la consécration et de la communion du prêtre ; qu'il avait aussi mis un ronge avant tous les qui sont à la lin des oraisons de l'ordre de la messe et du canon ; et que dans les rubriques qui traitent de la messe haute, il avait expliqué ces parolessnbmissa par celles-ci, Nous avons aussitôt fait corriger tes ces nouveautés comme contraires à l'usage immémorial non seulement du diocèse de ÎWeaux et de tous ceux de notre métropole , mais encore de toute TKglise , et comme tendantes à favoriser la pratique de dire le canon de la sainte messe à voix haute et intelligible aux assistais. Nous avions cru avoir suffisamment remédié au niai par ces corrections ; mais notre promoteur nous ayant représenté que depuis quelques jours il paraît un libelle intitulé : , pour justifier les fautes que nous avons ordonné de corriger, a requis qu'il nous plût d'interdire la lecture de ce libelle , d'ordonner à tous les prêtres de ce diocèse de prononcer d'une voix que le peula) l'ai: cauîhiu! !o 20 mai W5«

Amen

vj.

Amen

id est sine cantu.

voce,

MAKDEME8T.

9.45

)le no puisse entendre, le canon de la sainte messe, anssi bien que PS autres endroits C|ue les rubriques marquent qu'il faut dire à voix hisse, et de leur défendre, sous peine de suspense, de se servir du nouveau missel, à moins que les corrections par nous ordonnées n'aient été faites. Nous, ayant égard aux remontrances de notre promoteur , et après avoir soigneusement examiné ledit libelle , le saint nom de Dieu invoqué, avons défendu et défendons la lecture du libelle intitulé: Lettre sur les Amen du nouveau viissel de Meaux* Ordonnons à tous les prêtres de notre diocèse de prononcer d'une voix qui ne puisse être entendue du peuple, le canon de la sainte messe, aussi bien que les autres endroits que les rubrîaues marquent de dire à voix basse ; et leur défendons sous peine Je suspense, de se servir du nouveau missel, à moins que les corrections par nous ordonnées n'y aient été faites. Enjoignons à tous les curés et vicaires de faire insérer notre présent mandement à la lin du nouveau missel , et à nos archidiacres et doyens ruraux d'y tenir la main dans leurs visites. Donné à Paris, où nous nous trouvons pour les affaires de notre diocèse, et attendu que la présente ordonnance requiert célérité, le vingt-deuxième janvier mil sept cent dix. Signé; T HEKBI , évêque de Meaux.

OBSERVATIONS

PRÉLIMINAIRES
3

Sur tes deux extrémités de deux sortes de Prêtres dont les uns disent toute la Messe ^ sans que les assistans puissent rien entendre; et les autres disent toutes les prières à haute voix.

ON doit convenir q u e la meilleure manière de dire la messe, est celle qui est entièrement conforme à l'ordre q u e l'Église nous a prescrit. C'est sans doute à l'Église à m a r q u e r la m a n i è r e d'offrir le saint sacrifice, qui est la plus grande action de la religion. Quand il ne s'agirait q u e de savoir s'il faut prier la tète couverte ou d é c o u v e r t e , comme l'on parais* sait en douter du temps de saint Paul , n o u s a p prendrions de ce grand apôtre qu'on doit suivre en cela ce q u ' o n trouve é t a b l i , sans entrer en aucune contestation : ( ) et il n o u s a dit de m ê m e qu'en
a

(a) Si quis autem videturcontentîosusesse, nostalem consuetuetuilineni non habemus, neque Ecclesia Dei. 1. Cor. XI. 16.

^46

DISSERTATION

XV.
a

tout a u t r e point de discipline, il faut s'en tenir ANI usages q u ' o n a appris des premières ( ) églises , q u i nous ont a n n o n c é l'Évangile, et q u e tout doit se faire selon Tordre m a r q u é ; ornnia ( ) autern ko* nestè et secundùrn ordinem fiant. Si l'Église a donné des règles p o u r dire la m e s s e , il faut les suivre. Si elle veut qu'on dise une partie des prières en sil e n c e , il faut s'y conformer. On ne doit pas vouloir être plus sage q u e l'Église. Ses maximes bien pénétrées paraîtront toujours belles et utiles , et elle p e u t nous dire en tonte rencontre avec le sage: ( ) Mon fds , si vous m écoutez avec attention , vous serez instruit. Il serait donc bien à souhaiter qu'on se conformât aux usages qu'elle prescrit touchant la célébration de la messe, et qu'on gardât u n e entière uniformité dans une m ê m e église. Cependant ou y aperçoit bien des différences. S'il y a quelques prêtres qui p r o n o n c e n t d'une voix claire et distincte ce q u i doit ê t r e dit à voix h a u t e , il y en a qui disent foute la messe si b a s , q u ' o n n'en e n t e n d près» q u e rien ; et l'on voit au contraire tous les j o u r s augm e n t e r le n o m b r e de ceux qui font r e t e n t i r tous les mots de la messe sans a u c u n e e x c e p t i o n , depuis le commencement j u s q u ' à la fin. A l'égard de ceux qui disent la messe si bas que tes assistans ne sauraient les e n t e n d r e , c'est un a b u s qui a toujours été condamné. Le Concile de Baie en 1435 , veut q u e les supérieurs punissent les prêtres qui o u t r e les prières secrètes , disent t o u t le reste de la messe d ' u n e voix si b a s s e , qu'ils ne peuvent être entendus des assistans : Abusutn aiiquarutn ecclesiarutn ( ) in quibus.... missa etiam privât a sine ministro aut P R Ê T E R ( ) S É C R É T A S oratiob c a
R

(a) An à vobïs verbum Dci processit. t. Cor. XIF* 3G«
(b) Ibid. 40.

(c) Fi!i, siattrnderismibi, disces ; etsïaccommodavensanimum tuutn sapiens eris. Ecvli. IL 33.
(d) Cime. Jiasil. sess. 2 t . n. J'IIL

(e) 11 est important de remarquer qu'il faut lire ï>R,«TKn S É C R É T A S et non pas F E H S E C I I E T A S , ce qui ne saurait former aucun seas

DU SILENCE DES PRIÈRES DE LA MESSE.

^7

nés ila submissâ voce dicit ar, quod à circumstantiviis audiri non potest, abolenles , statuinius ut qui in his transgressor iiwentus fuerit, à suo superiore débité castigetur. Trois j o u r s après ce décret la Pragmatique-sanction a r r ê t é e au Concile de Ilourges lan i4'^8 , o r d o n n a aussi M qu'on corrigerait cet abus. On n'y m a r q u a pas en détail tout ce qu'il faillit lire à voix h a u t e , on le savait assez par l'usage, par des r u b r i q u e s de plusieurs livres d'église , et par les avis q u e les évèques donnaient aux prêtres à la fin des synodes. Ces avis se trouvent dans les pontificaux manuscrits : on peut aisément les voir dans le pontifical i m p r i m é à R o m e p o u r la première fois eu 1485 , et r é i m p r i m é plusieurs fois à Venise et ailleurs. Parmi ces instruclions q u e l'évêque renouvelait aux p r ê t r e s , on lit celles-ci: (*) Q u e chacun de vous s'applique à bien entendre les oraisons
raisonnable ; c'est à quoi les savans qui ont donné les collections des Conciles, auraient du faire assez d'attention pour les engager à consulter les originaux ou les manuscrits, ou du moins les anciennes éditions. On voit dans la bibliothèque de Sorbonne un exemplaire do Concile de Bûle écrit sur du vélin par Brunetï, l'un des. notaire du Concile, et collationné par Gualteri, autre notaire , avec d'nutres seings , des paraphes et les sceaux en plomb du même Concile : or on lit PEJ-KTEK dans ces actes originaires. Ce manuscrit authentique et original fut porté car Bruneti même à Arras ; et Fan dit que les magistrats de cette ville eu firent présent au cardinal de Richelieu qui l'a laissé à la maison de Sorhonne. Il v a un autre ancien et magnifique manuscrit de ce Concile dans la "bibliothèque de M. D'Agucsseau , chancelier de France, où on lit aussi MATER. On lit de moine dans l'cdition de Milan (elle est à sainte Geneviève] faite en l&l I , dans l'édition de Paris en 1512, et dans !cs éditions de Merlin faites à Paris en 1524, et à Cologne en 1530, sous ce titre: Décréta et acta Coiicllll iïasiliensis desumpta ex autkenticis exemplaribus plumbo sacrosancti Concilil firma*a* Je ne sais qui le premier des nouveaux éditeurs à mis par erreur i»t:n: cette faute se trouve dans les éditions de Grabbe, ac Surius, deliinius, du Père Labbe et du Père Ilardouin. (a) Item divïnam , qunm missa m appellamus, sine mimstro nunqiinm celebrato. Du m eam facis exaltato , quai à circumstautibus exatidiri possit. Secus agentem corripito. Couvent Biturie. n. SI. Conc. T. 12. p. 1431. (h) Quisque vestrùm... 'ntroîtum misssc , orationes, epïstolam , prnduaïe, evangelium, symbolum et caetera non sécréta altâ et intclligibili voce proférât, sécréta verô et canonem morose et distincte su!>iiiissd voce légat. Pontifie, edit. f'enet. itëO.JoL 197.

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DISSERTATION XV.

de la messe , les épîtres , les évangiles et le canon p o u r en instruire le peuple dans ses prédications: Quil lise à voix haute et intelligible C introït de la messe* les oraisons, fépltre, le graduel, f évangile, le symbole, et toutes les choses qui ne sont pas secrètes. Mais qu'il Use posément et distinctement à voix basse les secrètes et le canon. Des Conciles particuliers, dans la s u i t e , ont aussi jugea propos de le détailler. C'est ce q u ' o n voit dans le Concile d'Àusb o u r g de 1 5 4 8 , car après avoir m a r q u é les endroits où il fallait élever la voix depuis le commencement d u canon , il déclare qu'il faut dire à voix h a u t e et intelligible t o u t ce qu'on appelle la messe des car téchumènes ; reliquat verô missœ (quœ catechume' norum dicitur) partes débita religione et voce alla intelligibilique legantur. Il est visible q u e le prêtre dans une messe basse remplissant la fonction du c h œ u r , du sous-diacre et du d i a c r e , d o i t , p o u r s'en bien a c q u i t t e r , dire à haute voix ce qui s e r a i t c h a n t é par le c h œ u r , p a r le sous-diacre et par le diacre. Il n'est pas raisonnable q u e p a r la nonchalance du p r ê t r e , les assistans qui peuvent e n t e n d r e le latin, soient privés des instructions i m p o r t a n t e s q u e l'Église fait lire à la messe p o u r disposer les fidèles à méditer le grand mystère qui s'opère p e n d a n t le canon. Aussi les prêtres qui lisent e n t r e les dents ou qui bredouillent de telle manière q u ' o n n e les entend p o i n t , seront toujours répréhensibles. La seule excuse q u ' o n pourrait quelquefois apporter en leur faveur, c'est q u ' u n e voix h a u t e peut incomm o d e r les p r ê t r e s qui disent la messe à d'atitres autels ; mais il y a un milieu à p r e n d r e , et leur plus grandeappheation doit être d'accommoder Irur voix à la portée des assistans q u i e n t e n d e n t leur messe. Le p r e m i e r Concile de Milan où saint Charles présidait, veut que dans les églises oh il se dit tout à lafois plusieurs messes, les èvvques cherchent un moyen d empêcher que les prêtres ne se troublent
7

DU SILENCE DES PRIÈRES DE LA MESSE.
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les uns les autres. ( ) S'il n'y avait qu'à dire toute la messe si bas q u e persoune n'eu entendit r i e n , l'expédient serait bientôt trouvé ; mais le remède serait pire q u e le m a l , et ces p r ê t r e s doivent toujours se souvenir qu'ils ne peuvent pas aller contre les règles et l'esprit de l'Église. Le pieux et savant Père Mabillon a si bien exposé l'obligation de faire e n t e n d r e aux fidèles tout ce que l'Église fait dire à la messe p o u r les disposer au redoutable m y s t è r e , q u e je crois devoir m e t t r e ici ce qu'il jugea à propos de placer daus son traité des études monastiques. « Les p r ê t r e s ( ) doivent p r e n d r e garde surtout de » bien p r o n o n c e r lorsqu'ils célèbrent l'auguste sa» crifice de la messe. Ils doivent parler non-seule» ment d i s t i n c t e m e n t ! mais avec gravité et d i g n i t é , » et p r o p o r t i o n n e r le ton de leur voix, en sorte qu'ils » se puissent faire e n t e n d r e des assistans, au moins » de ceux qui sont plus proches. C'est u n sacrifice » p u b l i c , offert p o u r tous les fidèles conjointement » avec le p r ê t r e : on doit e n t e n d r e ce qu'il d i t , pour » s'unir à lui et p o u r le suivre. On y loue Dieu et » on le prie , on y fait la lecture de l'épître et de » l'évangile p o u r disposer les assistans à ce redou» table mystère. Il faut d o n c lire d'une manière in» telligible, en sorte q u e les assistans puissent en» tendre ce q u e lit le p r ê t r e et en profiter. Cepen» dant combien y e n a-t-il qui le lassent, je ne dis » pas avec la gravité et la dignité c o n v e n a b l e , mais » avec q u e l q u e décence? On précipite , on mange » les m o t s , o n bredouille souvent d'une telle m a » nière q u ' o n ne s'entend pas soi-même. Enfin cette » manière indécente se t o u r n e tellement en habi» tude qu'on ne peut plus s'en corriger. On dira » ce q u e l'on voudra , mais p o u r moi j'ai bien de la » peine k m e persuader q u ' u n p r ê t r e ait dans le
a

(n) Quod si in eodem tempore iu plurihus locis mïssa eelebranda sit, rationem înennt episcopi, ne sacerdotes alius ab alto perturbentur. Conc. MecUol de missâ. (h) Part. 2. c. >Y7A p. 21. 22, ledit*

a5o

DISSERTATION XV,

c œ u r l e respect qui est du à Dieu , lorsqu'il lui parie d ' u n e manière qui ne serait pas supportable en parlant à u n h o n n ê t e h o m m e . Ce n'est pas là honorer D i e u , mais c'est déshonorer son m i n i s t è r e , et scandaliser les a s s i s t a n s , au lieu de les édifier. » Le même a u t e u r n e souhaitait pas moins que les prêtresdissent secrètement ce q u e les r u b r i q u e s prescrivent de dire à voix basse. Il r e c o m m a n d a au Père Martenne d écrire contre ceux q u i disaient le canon t o u t h a u t ; et si le Père Martenne n'a pas fait un traité s u r ce s u j e t , il n'a pas m a n q u é de faire des notes en différens endroits p o u r faire voir l'antiq u i t é du silence du c a n o n , et il m'a témoigné qu'il avait eu un sensible plaisir d ' a p p r e n d r e q u e j'avais fait u n e Dissertation s u r ce sujet. Si les prêtres qui disent bas toute la m e s s e , ne peuvent avoir ni apologistes ni défenseurs, et si on l e u r ô t e tout lieu de r é p l i q u e r , il n'est pas si aisé de fermer la b o u c h e à ceux qui veulent dire toute la messe à h a u t e voix. Ils croient q u e c'est là le bon usage et le plus conforme au véritable esprit de l'Église, qu'ils o n t en vue de renouveler. Us renouvellent du moins un sentiment q u i fut avancé au X V I . s i è c l e , p e u de temps avant le Concile de Trente. Après q u e les novateurs L u t h é r i e n s et Calvinistes e u r e n t s o u t e n u qu'il fallait célébrer les offices e n langue v u l g a i r e , quelques Catholiques dirent qu'il é t a i t du moins à propos de dire t o u t e la m e s s e à voix haute sansen excepter le canon. Georges Cassand e r , h o m m e savant et m o d é r é ( ) qui s'appliquait à chercher a u t a n t qu'il lui é t a i t possible d e s moyens d'accorder les Catholiques avec les Protestans, donna un recueil liturgique ( ) où il i n s i n u a ce s e n t i m e n t , [chap. a8.J fonde s u r quelques prétendus témoignafa) Ilist. Thuana , éloge des savans. T. I. p. 322.
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n » » » » »

(h) Liturgîca de ritu et online doininioc Cœnae. Colonix. Cap. 28.

DU SILENCE DES PUJKRFS DE LA MESSE.

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ges qu'il termina p a r celui de Lorichius , dont on sera peut-être bien aise de savoir q u e l q u e chose de plus que ce qu'il en rapporte. Gérard Lorichius avait été d u r a n t q u e l q u e temps séduit ( ) par L u ther; mais il l ' a b a n d o n n a , o u t r é de voir la fureur avec laquelle on voulait abolir la messe * il était , persuadé qu'on ne pouvait être animé en cela que par l'esprit malin. 11 voulait t r o u v e r un milieu entre la véhémence avec laquelle les novateurs attaquaient la religion , sous prétexte d'eu ôter le superdu , sans craindre de couper j u s q u ' a u vif, et entre la superstition qui pouvait p o r t e r des Catholiques à autoriser des abus. Il met parmi ces abus les messes p r i v é e s , l ) l'application qu'on en fait à des paniculiers, et aux morts , les t r e n l e n a i r e s , les annuels et l'argent qu'on donne p o u r cela, usage qu'il traite de simonie. Mais ce serait passer à u u e h o r rible extrémité q u e d'abolir la messe, ou d'en changer le c a n o n , et c'est ce qui le porta à faire u n traité De missu publicu prorogandu, qui fut imprimé en (5'36. Il aurait voulu ramener les novateurs eu leur accordant q u e l q u e chose , sans se faire u n scrupule de l'ùter aux Catholiques, à cause qu'ils avaient abusé de quelques p r a t i q u e s . Si l'on ne veut dire la messe qu'en langue vulgaire, par exemple en a l l e m a u d , q u e l q u e extraordinaire q u e cela lui paraisse, et sans exemple [pullo Qxemplo ( )) il le permet p o u r v u q u ' o n dise aussi tout le canon q u i ne peut être rejeté q u e par un mépris formel de l'église primitive ( ) et par u n mouvement diabolique. Il relève ceux qui p r é t e n daient q u e l'Église ne faisait réciter le canon en silence q u e p o u r cacher absolument les mystères a u x fidèles, et il ne blâme pas moins les novateurs qui s'avisaient de faire chanter u n e partie du canon. Pour l u i , en s'appliquant à m o n t r e r la sainteté d u
a b c (î

(a) Voyez la préface de YEpltome mer à Cologne en lôVX
lb) P. 2S. 29. 30. et seq.

in Tesiam. Nov.

qu'ilfitimpri-

(c) P . 261. 202.

(d) P. 133.

DISSERTATION XV.

canon , il croît qu'il faut p r e n d r e u n milieu entre le chant et la récitation en silence. 11 dit pourtant d'abord q u e le canon M n'a été appelé le secret qu'à cause qu'on le récitait secrètement et en silence, il est persuadé q u e cela se faisait ainsi dans les siècles les plus flurissans d e l'Église, il le p r o u v e par l'ouvrage de saint D e n y s , par d'autres observations et par la réflexion q u e fait Erasme s u r la coutume de tirer les rideaux de l'autel au commencement du canon. Il m o n t r e ensuite c o m b i e n est ridicule la c o u t u m e qu'on osait i n t r o d u i r e en quelques endroits de m e t t r e en notes de m u s i q u e , et de chanter les paroles de la consécration. Il revient à ce qu'il croit u n j u s t e m i l i e u , q u i est d e réciter le canon à voix b a s s e , de telle manière cependant qu'il puisse être entendu de ceux qui sont a u t o u r de l'autel ; et il croit q u e le p r ê t r e doit se faire entendre à cause des Amen , qui s o n t à la fin des oraisons du c a n o n , et qui doivent être dits par les assistans. Ces Amen , comme nous v e r r o n s plus bas , ont t r o m p é plusieurs personnes. Il suffit de remarquer i c i , q u e c'est après les innovations de L u t h e r que des Catholiques c o m m e n c è r e n t à inférer de ces Amen q u ' o n ne devait pas dire le canon en silence. Ce q u ' o n disait alors a été renouvelé depuis quelques années p a r plusieurs prêtres q u i , passant
(a) C w o n etîam alio nomîne dicitur secretum, non quod à plchc [quod alïquï sommant] ncfas sit audirï, lesï, nosci, sed quod in missâ submissu vel pressa voce legi expédiât. Kam eùm ad canonem fuerit ventum, majori omis est attetKîoite ; unde tacite legit sacerdos , ut lis quai exequenda instant, devotiïis possit ïntenilere. Tune sarerdoti cubiculuin cordis sui est intranrium ; etclatiso ostio sensmun, Deus tarità devotione est adorandus. Sileuliuin hujusmodï t'iium observatum est in dore Kecîesix, ut videmusapud ipsum Dionysïum. Consuetudinem eam perornnes rctro ccelcsïas usque ad nostra temporaobservatamesse, ususloquendi vulgaris arguit ridiculu, ne quid duriùs loquar, est no\ailla commentât»!), qiui etiam verba consecrutionis modulaHone ccrlrt eomple.xa, littcrfe stanneisdesmpta in lucem sunt emissa, et in templisinter sacrum ofiicium celekrandum, saint plerisque in locisderantata. liisiunem superbuespirilum videinus omnes primitives ecclesiaî ritus vel ta fut1ère, et nescio quo? nova velle suflieere. Litleram Scriptural Iindii? oinnes contendunt esse sequendam : quare ergô contra Scriptnrain eliam verba cousecratïonis concinunt ? Miss.jmùlic. prorog. L 2. p . VZS.etscq.

DU SILENCE DES PRIÈRES DE LA MESS...

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de la théorie à la p r a t i q u e , sans attendre aucun nouveau j u g e m e n t de l'Église, disent toute la messe à voix haute. Le n o m b r e de ces prêtres augmente tous les j o u r s , lis croient suivre l'esprit de ^Église, et se conformer à la tradition , et ils regardent ceux qui ne disent pas encore le canon tout haut comme des personnes trop servilement attachées aux nouveaux r u b r i q u a i r e s . Cette p r a t i q u e n'est p o u r t a n t pas tellement a p plaudie, qu'elle ne soit blâmée par bien des savans de nos j o u r s qui font profession de lire les Pères et les Conciles , et de les suivre volontiers dans la pratique , et qui ont été très-persuadés q u e le nouvel usage q u ' o n veut i n t r o d u i r e , n'est conforme ni à l'ancienne discipline, ni à l'intention de l'Église. On a déjà vu les souhaits des savans Pères bénédictins Mabillon et Martenne. Le Père Mabillon ( ) sur ces mots de l'ancien o r d r e romain , tacite intrat in canonem , n'a pas m a n q u é de mettre en note non ergo elatâ voce, etc. Nous e n t e n d r o n s le Père Marianne parler plus fortement en son lieu sur un a u t r e ancien o r d r e romain m o n a s t i q u e ; et le Père I l u i nart, a u t r e savant bénédictin , n'a pas o u b l i é , clans son édition de saint Grégoire de T o u r s , de faire remarquer l'ancien usage de réciter le canon secrètement, en parlant de l'ancien canon gallican , dans ses n o t e s , o ù il dit : Hœc autem omnia secreto page I36A. Le Père D a n t e c o u r t , chanoine régulier de sainte Geneviève, curé de saintEtienne-du-Mont, et chancelier de l'université de P a r i s , a montré en peu de mois dans u n ouvrage ( ) dédié à feu M. l'archevêque de Paris , combien est respectable l'usage du .silence des prières de la messe. «Il représente que » ceux qui n'entendent pas ce qui se dit à la messe, » ne perdent rien des grâces qui y sont attachées; » ils en peuvent encore tirer l'avantage d'un t r è s a b

fa) Mus. Ital Tom. 2. p. 48. ÎB) De l'usage de faire le service divin en langue non vulgaire; À
Paris, 1687.

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DISSERTATION XV.

» profond respect , d'une humilité sainte et d'une » vive foi p o u r les mystères de la religion. » L'Eglise en est si p e r s u a d é e , q u e c'est dans cet » esprit que le Concile de T r e n t e ( ) a désiré qu'on » observe toujours la pratique ancienne de réciter » à voix basse le canon de la m e s s e , q u e saint Ba» sile (Rappelait autrefois Sécréta in secret is: et » saint Grégoire ( ) pape , Sacri/iciorurn arca/ia, » parce q u e rien ne convient mieux aux mystères » ineffables, dit saint Ambroise ( ) q u e le silence. » Le Père J u é n i n , ( ) prêtre de l'oratoire, demande, dans son grand traité des s a c r e m e n s , s i les prêtres sont obligés de réciter une partie de la messe sec r è t e m e n t , et l'autre à voix claire ou intelligible : IVum sacerdos aliqua secretô, alia clarâ voce reci~ ' tareteneatur. Il répond affirmativement, parce q u e , dit-il, cela est prescrit dans les liturgies grecques et latines , et o r d o n n é dans les canons ; d'où il conclut qtie les prêtres q u i , sous prétexte de s'exciter et d'exciter les autres à une plus grande dévotion % disent toute la messe k haute voix , ont un zèle qui n'est pas selon la science. M. Renaudot qui a donné avec t a n t de soin et d'exactitude la plupart des liturgies orientales , y fait souvent r e m a r q u e r ce qui doit être dit à voix intelligible, et ce qui doit être récité secrètement. Mais ne se contentant pas de ce qu'il avait dit dans ses n o t e s , il n'a pas m a n q u é dans la dissertationp r é l i m i n a i r e , de faire observer au lecteur quelle était l'ancienne discipline de l'Eglise par rapport même aux initiés, auxquels elle ne faisait expliquer les saints Mystères qu'en peu de m o t s , avec quelq u e o b s c u r i t é , et toujours avec u n e réserve qui les tenait comme voilés par le silence ; suadet (0 id etiam ecclesiaslicœ disciplinée ratio , quœ mysieria tanto silentio tegi jubebal , ut nonnisi initiât is, et breviter quidem , imo obscuriusculè exp/icarentur.
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(a) T o n c . T r i d . S e s s . 22. can. 9- (h) S. Bas. de Spiritu sancto c. 7, (c) Greg. 4. Mal. c. 4. (d) Àmbr. t. (i. de Sacram. (•») Tom. 1. deSacram.p. 47'I. [f) Liturg. or. Tom. 1. p. IX»

DÎT SILENCE DES PRIÈRES DE LA MESSE»

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Plusieurs prêtres qui veulent récî ter ton te la messe à haute voix ne conviennent pas de cette discipline de l'Église. Ils p r é t e n d e n t q u e le Concile de Trente et la discipline présente n e fournissent rien de décisif contre eux. Et q u a n d ils a b a n d o n n e r a i e n t l'usage présent sans e n t r e r en d i s p u t e , ils se croient autorisés par l'usage des dix premiers siècles de l'Église, et ils s'applaudissent par c o n s é q u e n t comme s'ils étaient conformes à l'usage le plus ancien et quia duré le plus long-temps. Voyons d o n c d'abord quel est l'usage q u e l'Église nous prescrit clairement et indubitablement dans ces derniers t e m p s . Nous examinerons ensuite si l'Église prescrivait un usage différent p e n d a n t les dix premiers siècles. Ainsi nous diviserons cette dissertation en trois parties. Dans la première n o u s examinerons ce q u e l'Église a ordonné aux p r ê t r e s , en r e m o n t a n t depuis notre temps jusqu'au X . siècle. Dans la seconde nous montrerons qu'il n'y a eu aucun changement sur ce point dans l'église latine , ni au X . siècle , ni aux siècles précédens , en r e m o n t a n t jusquos aux premiers, et dans la troisième nous r é p o n d r o n s aux motifs de ceux q u i disent le canon à voix haute. Le principal de ces motifs est pris des Jmen qui sont dans le c a n o n , et qu'ils croient q u e les assistons devraient r é p o n d r e . On m a r q u e r a l'origine d e ces Amen , et les disputes qu'ils o n t causés.
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Ait reste le b u t de cette dissertation n'est pas de montrer q u e les p r ê t r e s doivent réciter le canon de telle manière qu'ils ne puissent être e n t e n d u de que ce s o i t , mais de les engager à le dire de la manière que la r u b r i q u e d u missel romain et des autres missels , soit de Paris ou d ' a i l l e u r s , le marque, c'est-à-dire, que le prêtre s entende lui-même, et qu'il ne soit pus entendu de l'assemblée. Je ne puis pas p r o n o n c e r de telle manière q u e je m'entende moi-même sans q u e c e u x q u i s o n t à m e s côlés, comme le diacre et le sous-diacre ne m'entendent ; ce qui est nécessaire p o u r obliger les prêtres à prononcer distinctement sans manger les m o t s .
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DTSS. XV. ART. I.

DU SILENCE DES PRIÈRES

P R E M I E R E

P A R T I E .

Exposition de la discipline présente de l'Église qui ordonne clairement aux prêtres, depuis six ou sept siècles , de dire une partie de la Messe à voix basse > sans qu'ils puissent être entendus des assistans.
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ARTICLE

PREMIER.

Ce qu'on a entendu généralement par ces mots submiss;! vuee. Le sens du Concile de Trente clairement marque par les historiens contemporains et par t église de Rome > à laquelle les Vires de ce Concile renvoient.
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If. y n cinquante ans qu'il n'y avait s u r ce sujet aucune dispute ni partage. On ne trouvait alors aucune difficulté à expliquer ce q u e c'est que-la secrète. On entendait par ce terme l'oraison qui se dit en secret ou tout b a s ; et Ton convenait avec les rubriques du missel, qu'il fallait distinguer les oraisons secrètes et le canon d'avec la préface qui doit cire chantée ou récitée d'une voix q u i se fasse e n t e n d r e des assistans ; coiwenienti et intelligibili voce. On parlait alors comme a parlé l'ancien M. de Harlay , archevêque de Rouen , dans son livre intitulé : La vraie manière de bien entendre la messe: Le prêtre dit-il , [art. x m . De l'offertoire: ] commence à dire bas les prières qui suivent l'offertoire, VEglise commence a entrer dans le secret. C'est
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DR LA MESSE ÏMHS TOUS LES SIECLES.

l5j

ici Tinté rieur de l'Église , elle n'est entendue que tk Dieu. Tel était l'usage d o n t parle le Concile de T r e n t e , lorsqu'il dit q u e pour porter les hommes à lu méditation des choses divines. VÉglise notre pieuse mère a établi qu'on prononcerait une partie de la messe à voix basse , et Vautre en élevunt un peu plus la voix : et lorsqu'il a déclaré anathème à celui qui dirait que le rit de l'église romaine, qid fait prononcer à voix basse une partie du canon et les paroles de la consécration , doit être condamné , ou que la messe ne doit être célébrée quen langue vulgaire. ( ) Ces paroles du Concile, qui sont assez c l a i r e s , paraissent obscures à quelques personnes qui donnent différens sens à ces deux mots submissâ voce ; voyons-en la véritable signification. Quelques-uns voudraient faire entendre p a r submissâ voce ce qui ne se chante p a s , et ils mettraient volontiers dans les r u b r i q u e s submissâ voce, idest, sine cantu ; mais peut-on recevoir cette explication ? Depuis neuf ou dix siècles il se dit b e a u c o u p plus de messes sans chant qu'avec c h a n t : o r c o m m e n t voudrait-on qtt'au XVI*. siècle , où p r e s q u e toutes les messes se disaient sans chant comme aujourd'hui, une assemblée aussi grave et aussi sainte que l'est un Concile général , eut décidé sérieusement et t r è s - i n u t i l e m e n t , q u e dans ces messes basses , où certainement il n e se chante rien du tout , on en dirait une partie sans c h a n t ? Trouve-t-on q u e l q u e part qu'on ait jamais chanté tout le canon ? À quoi penseraient donc ces auteurs qui prétendraient q u e l e C o n c i l e a lancé l'anathème contre ceux qui blâmaient l'Église de dire submissâ
a

(a) Propterea pia mater ecclesia ritûs quosdam, ut scilicet qua>dam submissâ voce, alia vero elatiore in missà pronuntiarentur instituit. Ses*. 22. desacr. — Si quisdixeritecclesiœromanasritum quo submissâ voce pars canonis et verba consécrations proferuntnr, damnandum esse, aut linguâ tantùni vulgari missam celebrari debere .... anatbeina sit. Ibid* Can. 9.
?

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$58 DISS. X V . A R T . !. — DO S U . E N C K * DKS T M U K U F S voce c'est-à-dire, d e n e pas c h a n t e r u n e partie du canon et les paroles de la c o n s é c r a t i o n ? Certainem e n t jamais-explication n e fut plus éloignée de la pensée des Pères d u Concile de T r e n t e ? Plusieurs d i r o n t avec u n peu p l u s d ' a p p a r e n c e , q u e quoiqu'il faille a v o u e r q u e cette expression submissâvoce est c o n s t a m m e n t opposée à un autre t o n d e voix qu'au c h a n t , i! faut convenir aussi par r a p p o r t m ê m e aux messes b a s s e s , q u e ces paroles peuvent avoir deux sens. Elles p e u v e n t signifier une voix si basse , qu'elle soit seulement e n t e n d u e de la personne qui p r o n o n c e : et ces termes surtout submissâvoce opposés aux suivans elaliori voce, peuvent désigner u n e voix qui puisse ê t r e entendue de plusieurs assistans. En effet cinq o u six personnes peuvent être censées parler bas et m ê m e en s e c r e t , quoiqu'elles soient e n t e n d u e s les u n e s des autres. P o u r lever cette difficulté , si c'en est u n e , et p o u r savoir exactement ce q u e le Concile a entendu p a r ces mots submissâ voce , il faut voir premièr e m e n t contre qui le Concile p r o n o n c e ce décret: a°. consulter les historiens du Concile : 3°. enfin, consulter l'église de R o m e , à laquelle le Concile M renvoie la révision et l'explication du missel. On doit donc savoir p r e m i è r e m e n t q u e le Concile ne lance des anathèmes q u e c o n t r e les hérétiques qu'il avait ici en vue , c'est-à-dire, L u t h e r , Calvin et leurs s e c t a t e u r s , qui o n t si souvent reproché à l'Eglise avec des railleries i n s u l t a n t e s , qu'elle faisait parler les prêtres c o m m e des m a g i c i e n s , dont on n'entend point les paroles. Ces novateurs ontils jamais blâmé l'Eglise de ce q u ' o n n e chante pas t o u t e la messe? i°. Trouvaient-ils mauvais qu'on dit le canon d'un ton b a s , mais assez haut pour se faire e n t e n d r e des assistans? Le décret est certain e m e n t relatif à ce q u e les hérétiques reprochaient
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(a) Ses*. 25.

DE LA MESSE DANS T O t S LES SIECLES.

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à l'Eglise; et p u i s q u e ce ton bas qu'ils condamnaient si fort, était u n e voix qui ne se faisait pas entendre des assistans, le Concile n'a donc voulu marquer aussi par submissâ voce q u ' u n e voix qui n'est entendue q u e du p r ê t r e , et non des assistans. 2°. Si Ton consulte les historiens de ce Concile M ils ne nous laissent pas lieu de douter sur cet artïcle. « Il n'y avait, dit Fra-Paolo , q u e la défense de » dire la messe en langue vulgaire q u e les Protes* tans contrôlaient ; car ils trouvaient conlradic» toire de dire q u e la messe contient de grandes » instructions pour le peuple fidèle, et puis d'ap» prouver q u ' u n e partie en soit p r o n o n c é e tout » bas ; comme aussi d'en défendre la célébration » en langue vulgaire , et puis de c o m m a n d e r aux » Pasteurs d'en expliquer quelques mystèresau peun pie dans leurs proues. On leur répondait qu'il y » a dans la messe deux sortes de c h o s e s , les unes » mystérieuses qui doivent toujours êtres cachées » au peuple à cause de son i g n o r a n c e , et p o u r cela » sont dites t o u t bas et en langue inconnue. Fra% Paolo, Hist. du Conc. de Trente. L. 6. de la tra* » duction d'Amelot de la Houssaye. L'autre historien du Concile est le cardinal Pallavicin qui relève Fra-Paolo sur tout ce qu'il avance légèrement.( ) « Il convient q u e les Pères a p p r o u b

(a) fJlst. du Conc. de Trente. L. VI. (b) Ad aliud pergamus. Quod quzedam sacrifîcii partes submissâ roce proferantur, qui ritus ibidem à Concilio comprobatur, non ea sunt in causa qua; comminiscitur Suavis , ligiuim sibi signum e\truens, quod feriat pro sua libidine; sed sunt rêvera ihajor illa reneratio qua; rébus divinis oritur ex arcano, et major il te pietatis sensus qui exeitatur et alitur à silentio * unde lit u t qui célébrant et , iiitersunt, possint attentais qua; aguntur mysteria meditari. Hœc autem arcani silentiique decentia in sacriliciis , ostenditur quoque ex institutione divinû in sud lege veteri ubi praïsertiin in capite 10. Levitici, cum solemne sacrilicium thuris describitur, jubetur solu$ sacerdos ultra vélum pergere, ibique precari, non modo non auditus, sed ne visus quidein à populo. Quin û/em pariter naturac lumine ipsi Kthnici in suis sacrificiis agnovere. Quod si bujusmodi fonsnetudosensui vetenim Patrum non consonaret, sed orta esset ab utilitate mortalisque vitte rationibus, sicut Suavis blaterat ; certc

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m s s . x v . \ m \ i. — m i

SL X E D S m i i c u r s IE C E

» vcnl par ce décret l'usage de dire u n e partie de la » messe en silence. Il r e m a r q u e seulemeut que ce » n'est pas p o u r cacher absolument les mystères au » p e u p l e , comme Fra-Paolo le disait malignement, » mais que les Pères a p p r o u v e n t cet usage pour » des raisons très-considérables; q u e c'était pour » inspirer plus d e vénération aux fidèles, p o u r don» ner lieu de méditer les mystères avec plus dat» tenlion , q u e le secret et le silence conviennent » au sacrifice ; Dieu l'ayant ainsi o r d o n n é dans l'an* » cieune loi, au chapitrer XVI d u L é v i t i q u e , que le » sacrifice solennel fut fait p a r le grand-prétre, » q u il entrât seul dans le saint des s a i n t s , et qu'il » y priât sans être ni vu ni e n t e n d u du p e u p l e ; ce » q u e les païens mêmes ont r e c o n n u , p a r les seules » lumières de la n a t u r e , devoir o b s e r v e r ; et que » bien loin que cette c o u t u m e fût contraire au sen* » timent des anciens Pères , elle se t r o u v e marquée » dans les plus anciennes liturgies , dans celles de » saint Basile et de saint Chrysostôme , quoiqu'on » y trouve aussi q u e l q u e s paroles du canon , comme » celles delà consécration prononcées à haute voix, » en quoi le rit grec est différent d u rit latin. » Après avoir consulté les historiens q u i ne devraient cependant laisser aucun d o u t e s u r ce sujet, il faut consulter aussi l'usage d e l'église d e Rome p o u r bien e n t r e r clans le sens des Pères du Concile de T r e n t e ; c a r i e rit qu'ils a p p r o u v e n t et qu'ils aut o r i s e n t , est le rit de l'église île R o m e ; W et nous voyons qu'à la dernière session, ils renvoient au trèssaint évêque l ) de l'église de R o m e lu révision et
b

non rxstaret apud ecclesiam grœeam , jam tôt secula sejunctamab obedienlia romani pontificis. Practerquàm quod expressa legiturea consuetudft in vetustissimis Iiturgiis sancti Basilii et sancti Chrvsostoini; tametsi de quibusdam voeibus quac ibi elato sono dicunlur, hujusinodi sunt vooes consecrationis, graecus ritus discrepet à laUno, Patavie. flist.C'onc. TricL L t 8 . cap. 10. n?/m.5. (a) Si quis rotnanœ ecclesîac rituin, etc. Scss. 22. Can. S). (b) Pracipit ut quidquid ab illis prastitum est sanctissimo roman!) pontiQci exhibeatur, ut ejus judieio atque autoritate terminetur et

DE Ï A MESSE DA.NS TOUS LES SIÈCLES.

-i6l

l'explication du missel , et la décision des difficultés qu'on y peut faire naître.

ARTICLE

IL
3

L'Eglise de Rome à laquelle le Concile renvoie met à la tète du missel toutes tes rubriques sur la manière de prononcer. L'Eglise de Milan les met aussi. Les Conciles Provinciaux de France prescrivent le même usage. Discussion sur le Concile de Reims.

LES disputes qui s'étaient excitées q u e l q u e s années avant le Concile de Trente sur le ton h a u t ou bas des prières de la messe, firent à ce qu'il semble relâcher quelque chose du silence des p r i è r e s ; car le concile de Cologne de 1536 veut q u e tout ce qui précède le canon soit dit d'une voix c l a i r e , c'està-dire intelligible ; qui legit missam ( ) , cum reverendu modestia , clarè , distincte et exacte légat omnia usque ad eanonem. Le Concile d'Ausbourg de 1548 o r d o n n e seulement de dire le canon à voix basse , et il recommande de réciter d'une voix intelligible toute la messe des catéchumènes ; Canon misscei ) submissa voce , excepta dominica o ratio ne quemadmodam hactenàs à catholicis factum est.... pronuntieiur. licliquee vera misses partes quœ catechumenonun dicitur débita religione et voce altâ intelligibilique legantur. Nous n'examinons pas si les oraisons secrètes peuvent être renfermées dans la messe des catéchumènes.Peut-être l'entendait-on ainsi alors à Cologne et à Ausbourg; et en ce cas l'oraison appelée secrète
a b

cvul£ctur. Itlemque de catechismo et de missali et breviario fieri
M j n c l a t . Sess. 25. de indice et missali. Orne T. XU\ Col. 505 , 506. (b; Ibid. Col. 57$.

a6a DÏSS. xv. A T IL—DU SL N E D S P I R S B. I E C E RÈ E
qui précède la préface, n'aurait pas été récitée sec r è t e m e n t dans ces endroits. Mais après le Concile de T r e n t e , il n'y a plus à hésiter s u r la manière dont on devait réciter les secrètes et le canon. L'église de Rome à laquelle le Concile renvoyait p o u r lever tous les d o u t e s , mit au long les r u b r i q u e s à la tcte du missel q u e Pie V publia en 1 5 7 0 . Dans ce missel romain et dans ceux qui furent imprimés ens u i t e , la manière dont on doit p r o n o n c e r toute la m e s s e , est si clairement m a r q u é e qu'il n'est pas possible de p r e n d r e le change. Par e x e m p l e , la r u b r i q u e m a r q u e q u e le prêtre ayant fini la secrète W , dit Per ornnia sec. sec*, et la préface d'une voix intelligible; convenienti et intelligibili voce. Le prêtre commence le canon secrètement ; incipit canonetn secreto, dicens : Te igitur; ( Num. 8.) et q u a n d il le finit , il dit : Fer ornnia d'une voix intelligible; dicit intelligibili voce: Per ornnia secula seculorutn. ( Nam. 1 0 . ) Si tout cela pouvait laisser encore q u e l q u e difficulté , elle serait levée par l'article seizième de la première partie des r u b t i q u e s , où Ton explique distinctement c o m m e n t on doit prononcer ce qui est m a r q u é en secret ou à voix haute. Rapportons ici les propres termes qui ne sauraient être trop présens aux prêtres qui veulent r e m p l i r leurs fonctions avec exactitude. « Le prêtre (b) doit être très-soigneux de pronon* » cer distinctement et d'une manière convenable, » ce qui doit être dit à voix claire ; ni trop vite,
fa) Part. iunn. 7 . 8 ei ÏO.

(b) Sacerdos autem maxime curare débet ut ea q u x clarâ voce dicenda s u n t , distincte et apposi'rè proférât: non admodum festinanter ut adverterc possit qiue legit, nec nimïs morose ne audienle.s tnedio afliciat, neque etiam voce nimis data ne perturbet alios qui fortassè în eâdein ecciesiJtunc temporis célébrant : ncuue tam submissâ , ut à circumslnntihus audivi non possit : sed meuiocri et gravi qure devotionem moveat, et audieutibus ità sit arcommodata, ut q u x feguntur intelligant. Q u x verô secrète dicenda s u n t , ità prommliet, ut et ipsemet s e a û d i a t , e t à cîrcumstaulibus non audiatur. Hubr. gcn. art. 10.

DE LA MESSE X>kNS TOUS LES SIÈCLES.

û63

» afin qu'il puisse faire attention a ce qu'il l i t ; ni » trop l e n t e m e n t , de p e u r de causer d e l'ennui à » ceux qui e n t e n d e n t la m e s s e ; ni d ' u n e voix trop • élevée, de p e u r de troubler ceux qui célèbrent 0 peut-être en m ê m e temps dans la m ê m e église, 9 ni trop basse qui n e puisse être e n t e n d u e des as1 sistans. Mais il doit p r o n o n c e r d'une voix médio9 cre et grave , q u i d o n n e de la dévotion , et qui » s'accommode si fort à la portée de c e u x qui écou» t e n t , qu'ils puissent c o m p r e n d r e ce q u ' o n lit. x Quant à ce q u i doit être dit s e c r è t e m e n t , qu'il » prononce d e telle manière q u ' i l s'entende lui» même et ne soit pas e n t e n d u d u p e u p l e ». Voilà quel est le rit de l'église r o m a i n e , qui ne peut être blâmé sans encourir la censure du Concile de T r e n te. Les historiens nous avaient déjà fait voir que ces mots submissâ voce, signifiaient u n e voix qui n'est point entendue d u peuple. Et l'on convint p a r t o u t , que ce que l'église de Rome faisait sur ce point était le vrai et ancien usage de dire la messe. Quoique l'église de Milan ait toujours eu son rit particulier, elle n'a point été de différente opinion oV l'église de R o m e s u r la prononciation d u canon. Le premier Concile de Milan a u q u e l saint Charles présidait, et qui fut tenu après le Concile de Trente en n<>5 , o r d o n n a q u ' o n suivrait a b s o l u m e n t le rit de. l'église de R o m e en ce q u ' o n devait dire à voix liante ou à voix b a s s e : « Nous ( ) o r d o n n o n s q u e » dans la célébration de la messe les p r ê t r e s garde» ront absolument les cérémonies prescrites par » l'église romaine , et qu'ils n'en a d m e t t r o n t point » d'autres; qu'on ajoutera et q u ' o n n otera rien de' » tout ce qui doit être dit tout h a u t ou en s e c r e t , * suivant l'ordre de l'église de R o m e . »
a

fa) Pracipimus autem ut sacerdotes in missse celebratïone ceremonias à romanâ ecdesM institutas ad ungueni servent neque alias aJhiheant Ut prxter institntuui prelesia? romanx , iis qux secreto vel qux |u!.'uu dicuntur quidquaai addi vel dctulii non liceat.

aG4 DISS. xv. A T ir. — D SL N E D S P I R S R. U I E C E RÈ E
Qu'on O) dira d'une voix claire et distincte ce qui doit être p r o n o n c é intelligiblement, et qu'on p r o n o n c e r a secrètement ce q u ' o n appelle les secrètes. Dans le second Concile de Milan en i56c), il fut o r d o n n é q u e dans c b a q u e diocèse il y aurait un ou deux prêtres capables de bien enseigner toutes le$ cérémonies de Ja m e s s e , e t q u ' o n se servirait ( ) pour cela d'un petit livre qu'on devait d o n n e r incessamm e n t par o r d r e de ce Concile. Après q u e le missel de Pie V e u t p a r u , on mit de m ê m e les r u b r i q u e s à la tête du missel de l'église de Milan, t o u t y fut détaillé suivant le rit ambro-* sien et les constitutions de ce Pape. L'oraison intitulée S P R OBLATA, q u i est particulière à ce rit. UE ambrosien , laquelle précède immédiatement la préface , est m a r q u é e à voix claire , clarâ voce, comme elle s'est dite suivant ce r i t depuis un temps i m m é m o r i a l . Mais les deux oraisons précédentes q u ' o n dit en faisant l'oblation , s o n t récitées secrètement. ( ) Selon la r u b r i q u e détaillée il y est aussi inarqué q u e le canon se dit secrètement. T o u t cela n'a pas été moins clairement exprimé et moins a b s o l u m e n t r e c o m m a n d é dans les actes de cette église , où on lit : Distincte missœparles pronuntiabit: quœ vero sécréta dicenda sunt ita le* get, ut à circumsiantibus non audiatur. Au lieu que dans les missels manuscrits et dans les premiers imprimés en i^Sa et i<Î99» on lit : Sequuntur ora* tiones S E C R K T J E ad manus offerendum, et que dans un missel i m p r i m é en 1548 , il y a seulement SE-,
h c 1

(a) TIt quœ palàm pronuntianda sunt distincte et clarâ voce dicant. Ut sécréta qiue vocantu>\ secreto etiam pronuntient. Conc. Mediol. L ann. U>V>$. part. 2, îth 2. De celebr. miss. (I)) Qua in re libellas de missœ ceremoniisadhibeatur, qui nostrâ curA conscriptus in lueem prodibit. 7V7. 2. Décret. 12. (c) Profonde inclinalus secreto dicit orationes Omnipotens sem* pli crue Deus, et Smcipesancta Triuttas.... Oratio super oblata... clarà voce... Incipit eanonein secreto dicens Te igitur, etc. Miss. Mediol. an. 1010 et ICG9. (d) Act. Mediol. p. 4. /. 1. j»- 0 G Insfr. pro. celebr. Miss. 2.

DE LÀ MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

aGj

aux titres des pages d u c a n o n , depuis le commencement Te igitur j u s q u ' à la communion, excepté le feuillet o ù est le Pater. Les anciens missels des églises de France ne contenaient pas non plus les r u b r i q u e s . D a n s le missel Je Cliâlons-sur-Saône, en i5oo , dans les premiers missels de Tours imprimés en 14^5 , 1^92 et i 5 1 7 , dans celui d'Avranches en i5o5, dans celuid'Amiens en 1514> et en plusieurs autres d u m ê m e t e m p s , il ny a ni ordinaire de la m e s s e , ni a u c u n e r u b r i q u e pour le ton de voix, et il m'a p a r u p a r u n grand nombre d'observations, qu'on ne mit quelques rubriques dans plusieurs missels à l'égard du t o n , que pour taire observer le silence des prières dans les endroits où Ton y m a n q u a i t a p p a r e m m e n t . Le total des r u b r i q u e s devait être appris par l'usage, en consultant les anciens p r ê t r e s , ainsi q u e les canons des Conciles l'ordonnent aux nouveaux prêtres. Mais les églises de France suivant l'exemple de 1 église de R o m e , c o m m e avait fait l'église de Milan , ordonnèrent q u ' o n ferait i m p r i m e r ces rubriques avec le missel. En 158 Î Wle Concile de R o u e n o r d o n n a qu'en conservant les usages des diocèses, les évèques feraient imprimer des missels et des bréviaires suivant les constitutions de Pie V , touchant le bréviaire ctle missel qu'il avait rétabli par le décret d u Concile de Trente. Les évèques de la métropole de Bordeaux assemblés au Concile de Bordeaux en 1 5 8 3 , o r d o n nèrent que ( ) t o u s ceux qui célébraient les divins
b

CRETA, les secrètes,

(a)Libros emendatos quoad fieri potest servato usu diœcesuni, juxta tamen constitutiones sanctse mémorise Pii V super breviario romano et missali ex decreto sancti Concilii Trid. restituto et edito procurent imprimi et provideant in omnibus monasteriis, parochiis » etc. Conc. lîothom. titul. 3. tom. x v . 824. (b)In ore prrcsentium decerniimis ut in posterum breviaria, mïsrlia, mnnualia ex decreto Concilii Trid. ad usum rom. ecclpsiœrestituta atque instaurata , et Pii V , Pont. Ma\ïm. jussu édita, ab

aG6 DISS, X . A T II. — U SL N E D S P I R S V U. D I E C E KÈ E
mystères , auraient incessamment le bréviaire elle missel à l'usage de Rome , publics par Pie V ; qu'on commencerait à s'en servir cette année-là même, et q u ' o n u eu aurait p o i n t d'autres. Les mêmes Pères o r d o n n e n t particulièrement q u e , M dans la célébration de la messe, on observerait exactement et religieusement t o u s les rites marq u é s dans le missel r o m a i n , sans en omettre et sans e n ajouter a u c u n : ( ) qu'on prononcerait distinct e m e n t et intelligiblement ce qui doit être dît à voix claire , et qu'on réciterait à voix basse ce qui doit ê t r e prononcé secrètement. L'année suivante le Concile de Bourges prescrivit aux évèques M de rétablir le missel et les bréviaires ; et q u e si quelques églises se servaient actuellement de l'office r o m a i n , on les obligeât de recevoir la réformaliou q u i avait été faite par le décret du Concile do T r e n t e . Le Concile ajoute au titre a3 q u e dans la célébration de la inesse o n gardera exactement et religieusement tous les rites et toutes les cérémonies marquées dans les missels, sans y rien ajouter, et sans en rien d i m i n u e r . Les anciennes églises cpii avaientleurs usages particuliers, ne t r o u v è r e n t rien s u r le point en quesb

iis omnibus qui in IiAc provtnciâ sacramentorum administration! incumbere et divino cultui ac precibus missarumque celebratiuni ex officio vacare debent ad summum nnte adveritum proximi anni J583 tam privatim qitàm publiée recïpiantur, eaque sola ubique et apud omnes in usu sïnt. Conc. Burdig. tit. 4. Col. 9-18. (a) In celebratione verô omnes ritus ac ceremoniac quas in missali romanopreseribuntur, exacte et religiosè observeutur, nullis prastermissisniillisnue omnino adjectis. (b) Quœ clara voce recîtanda sunt, ea distincte et intelligent» pronuntientur : seerctô pronuntiandasubmîssâ vocerecitentùr./d. tit 5. col. 050. (c) Provideant ppïscopî ut mîssaïia, breviaria, legendaria, monualia et codices precum, sive fuerînt, restituantur.... Si quaîefr, riesix hactenus usa? sunt veteri oflîcio romano, nuperreformatum f)\ Concilii Trîdentini decreto recipere cogantur. Conc. Bituric.

lit. i.can.d.

col.

ion.

(d) Can. 13. tit. 23. Col 1093.

DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

2G7

lion dans les rubriques du missel romain qui s'éloignât de ce qu'elles pratiquaient , et ne différèrent pas d'ordonner q u ' o n s u i v r a i t , du moins en ce point, tout ce qui est m a r q u é dans le missel romain de Pie V. Le Concile d'Aix en 1585 o r d o n n a (*) q u e toutes les églises de la province eussent le missel romain dans Tannée même. Le Concile de N a r b o n n e , en 1609, veut aussi qu'on suive le rit du missel et du bréviaire romains. Et véritablement depuis ce temps-là on s'est servi dans l'église de N a r b o n n e d'un missel cpii est presque tout r o m a i n ; cependant cette église si célèbre n'a pas laissé d e conserver j u s q u ' a u commencement de Pavent de 1709 ses anciens livres d'église, mais sans a u c u n e différence du rit romain par r a p p o r t au ton haut o u bas. Le Concile de Malines en 1607 , déclare qu'il faut prononcer le canon secrètement. Canon missce secreto pronuntietur. Tit. 12. c. 12. Enfin il n'y a aucun concile ni a u c u n e église qui Se soient éloignés de ce rit. Je ne sais p o u r t a n t si quelqu'un ne croira pas q u e le Concile de Reims tenu en 1583 , a voulu établir un rit opposé lorsqu'il a fait ce décret : ( ) Que celui qui dit la messe prononce cf une voix si claire et distincte, qu'il puisse cire entendu des assistans, ou du moins des mi/us1res qui servent et répondent au prêtre, et qui ne
b

(a)Ideô cum aliœ cathédrales ecclesise oflicio metropolitanae conformari non possint, statuit hsec s y n o d u s , ac omnibus ad quos spectat praccipit et mandat sub pœna excominunicatîonis ac alia arbitratu episcopi, ut usum breviarit romani et missalis ex decreto sacro-sanctï Concilii Tridentini restituti et editi in omnibus bujus provinciaî ecclesiis intra illud tempus , quod hinc ad principium mensis januarii anni proximi 1586 interjectum est, omnino introducant. Conc. Aqitens. tit. de miss. tom. xv. 1134. (b) Sacrum autem faciens clara distinctaque voce ita pronuntiet, ut ab assistentibus salteinque à ministris altaris possit intelligi. Ministrorum verô 10 mi ne censemus etiam eos hoc loco qui sacriû1 ranti respondent et inservîunt, quos non pauciores duobus (si wnmode (ieri potest) volumus adhiberi, eosque vel clericos vel :aite.n iJoneos. Conc. tihem tit. dp E'tch.

a63

DISS. XV. ART. II.

DU SÏLENCE DES PRIÈRES

doivent pas être moins de deux, si cela se peut commodément. Mais il n'y a nulle difficulté; c o m m e le Concile ne fait ici a u c u n e mention du canon , il y a lieu de croire qu'il ne parle q u e c o n t r e certains prêtres, ( e t plût à Dieu qu'il n'y en e û t p o i n t à présent,) d o n t on ne saurait e n t e n d r e six mots de suite quelque près q u ' o n soit d'eux. Or n o u s avons vu plys h a u t , q u e , dire la messe sans laisser presque rien e n t e n d r e aux assistans, c'est u n a b u s qui doit être corrigé. On a d'autant plus de sujet de l e n tendre a i n s i , q u e l'usage de l'église de Reims n'était pas d o u t e u x sur la variété de la prononciation et sur la récitation secrète d u canon. Si quelques-uns eu d o u t e n t , il n'y a q u ' à les renvoyer à u n éclaircissem e n t décisif» qui est sans a u c u n e obscurité dans les anciens missels de R e i m s , et q u ' o n trouve à Paris dans la riche b i b l i o l h è q u e q u e f e u M.leTellier, archevêque de R e i m s , a laissée en m o u r a n t à l'abbaye de sainte Geneviève. On verra a u missel de i5/|5 q u e la conclusion seule des secrètes et la préface sont marquées altâ voce; à voix haute A*) Cela p o u r r a i t leur faire voir q u e le Concile ne fait pas tout u n i , p o u r parler comme eux. E t si cela ne suffit p a s , le missel qui a été fait suivant le décret de ce Concile l ) , et publié p a r l'archevêque même qui en fut le président, ferme e n t i è r e m e n t la bouche à tous ceux qui voudraient r é p l i q u e r , parce qu'à la r u b r i q u e des oraisons secrètes on lit : ( J Elles se disent secrètement jusquà ces paroles : Fer ornnia ; et à la r u b r i q u e du canon on lit : ( ) La préface étant finie, il commence le canon en disant secrètement Te igitur, selon Tordre delà messe, etc.
b C c]

Je n e crois pas que personne veuille se flatter de
(a) /1//**. Ilhem. 1545. (b) Miss. Jlhem.jtixtadecretumConc. Rliem. ann.lS83digpstnm et reformatum, Lud, Card. à Guisia, archiep. Rhein. autoritate editum. le) Secreto dicuntur usque ad illa verba, Per ornnia. (d) Incipit canoneiu secrète dïcens, Te igitur, etc.

D L M SE D N T U L S SÈ L S Û Q E A ES A S O S E I C E . 6 .
mieux entendre le Concile de Reims que le cardinal de Guise qui en était l'âme et le p r é s i d e n t , et qui conjointement avec le chapitre de son église, fit imprimer le missel de Reims p o u r exécuter le décret du même Concile. 'S\ au témoignage de l'archevêque de Reims on veut joindre celui de M. M e u r i e r , doyen et chanoine théologal de cette église, on n'a qu'à voir de quelle manière il parle de la secrète dans ses sermons sur la messe ( ) prêches dans l'église métropolitaine en i £ 8 3 , l'année même qu'on imprimait le missel que je viens de citer. «Tous nos docteurs en cela, dit-il ( ) , convien» nent qu'elle est appelée secrète, à cause q u e tout » bas secrètement elle est toujours p r o f é r é e , non • à haute voix*, comme la collecte et celle d'après * la communion ; ce qui ne se pratique point seu» lement en l'église latine , mais aussi en l'église » grecque , comme il appert par le titre qu'a fait le • cardinal Bessarion , a u t e u r G r e c , de ces paroles I sacramentelles : Hoc est corpus meum; Hic est * sanguis meus. Et par les liturgies de saint Jac» ques, d e saint Marc , de saint Basile et de saint » Jean-Chrysostôme , j'estime q u e cette oraison est » celle que saint Jacques appelle l'oraison du voile, » oratio velamiais, à cause que q u a n d le p r ê t r e la • dit, les courtines sont coulées alentour de l'au» tel; et celle que saint Basile appelle l'oraison de • Toblation, à cause q u e c'est la première que le s prêtre dit sur l'oblation, et que saint Jean-Chry» sostome nomme la première oraison des fidèles , i à cause q u e ceux qui ne devaient assister aux nsr.înts mystères, s'étant r e t i r é s , la première orais son que disait le prêtre était celle-ci, et de fait
a b

(a) Chrétienne et catholique exposition des saints Mystères , par M IL Meurier, doyen et chanoine théologal de Hheims ; le tout . faillit par les sermons prêches en l'église métropolitaine ; imprima à Rheims en 1:ï84, 1585 et 1587. (b) Sermon. 33 de la messe, tom. h p. 281. de la secrète.

2^0

DISS. XV. AUT. H .

DU SI&KffCE DES

PlXlkRtS

o elle rie contient autre chose q u e n o t r e secrète, et o se dit secrètement comme la n ô t r e . On fermait » les portes de l'église et du choeur après que les » catéchumènes s'étaient retirés , et tirait-on les » courtines tout alentour de l ' a u t e l : le diacre criait » janaas , januas , c o m m e il a p p e r t par les lilur» gies des anciens , et saint Chrysostôme fait men» tion de ceci en plusieurs lieux. S. Denys Hierurch. » eccL c. 3» En la messe de saint Àmbroïse je trouve des » oraisons appelées orationes secretee ad manus » oblatum , qui se disent tout bas après l'évangile » et devant le s y m b o l e ; et u n e a u t r e oraison appe» \éeoratio super oblatum , laquelle se dit touillant » immédiatement devant la préface. Quant aux » causes p o u r q u o i cette oraison se dit tout bas et » s e c r è t e m e n t , nos docteurs en amènent plusieurs. » P r e m i è r e m e n t , p o u r signifier la retraite et le si» lence de Jésus-Christ au c o m m e n c e m e n t de sa » passion P o u r signifier t o u t ce mystère , non » seulement le p r ê t r e prie secrètement, mais aussi » on fait silence par toute l'église, et les choristes » mêmes ne se doivent p o u r m e n e r par le chœur. » S e c o n d e m e n t , etc. » En voilà bien assez p o u r n e laisser plus de doute sur l'usage de l'église de Reims , et p o u r faire évanouir tout ce q u e l'apologiste de M, de Vert a dit encore s u r l'article du Concile de Reims en répondant à la Dissertation du secret des mystères par M. de Vallemont. Jpolog. p. 3 1 4 -

DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

271

ARTICLE

III.

Preuves tirées du Pontifical et du Sacerdotal qui étaient d'usage avant le Concile de Trente et des dateurs du XIV*. siècle , où l'on voit que les rubriques du Missel de Pie V n étaient pas nouvelles*
*

saint Pape Pie V ait fait m e t t r e à la tète des missels toutes les r u b r i q u e s qu'un n'y metlait pas o r d i n a i r e m e n t , elles ne laissaient pas d'être ancienues. Elles étaient presque toutes dans le pontifical et dans le livre sacerdotal qui étaient en usage long-temps avant l u i e t a v a n t l e Concile de Trente. Le pontifical i m p r i m é à Rome sous I n n o c e n t V I I I , l'an i4t>5, nous a déjà m a r q u é ce qu'il fallait dire d'une voix intelligible à la messe. Ce pontifical contient les instructions q u e les évéques d o n n a i e n t aux prêtres dans le synode. Parmi ces instructions o n n oubliait pas la manière de p r o n o n c e r toute la m e s s e , et on n'y distinguait q u e deux sortes de t o n s , l'un haut qui est intelligible, et l'autre bas opposé à la voix intelligible. T o u t ce qui n'est pas secret doit être lu d'une voix haute et intelligible, mais il faut lire les secrètes e t le canon à voix b a s s e , lentement et d i s t i n c t e m e n t , et cœtera (*) non sécréta , alla et intelligibili voce proférât. Sécréta %wro et canonem morose et distincte submissâ voce légat. Rurchard ,( ) qui avait travaillé à l'édition du pontifical , s'appliqua aussi à m a r q u e r en détail dans le
(a) Pontifie, fol. 197. (b) Ordo missx pro informatione sacerdotum quàm accuratissime per 1\. P. D. Joanneni Burchardum argentinum decretorum flortcrem, et sedis apostoliesc protonotaiium capellseque S. D N. Paprc ceremoniarum inagistrum hune in libellum redactus. Denuô rorrertns, impressusuue Ronuc anno 1524. Dans la Bibliothèque de sainte Geneviève de Paris.
b

Q OQ E le UIU

DFSS. XV. ART. I l î .

OU SILENCE DES PRIÈRES

sacerdotal toutes les cérémonies de la messe basse. Ce sacerdotal fut imprime plusieurs fois à Hume sous les papes Alexandre V I , Léon X et Clétjient VIL J'en ai vu trois é d i t i o n s , deux de R o m e , u n e de i5o2 , l'autre de i5a/| , et u n e troisième de Ven i s e , sous ce titre : Liber sacerdotalis miperrimè ex libris sanctœ romance ecclesiœ et quaramdam allarum ecclesiarum et ex antiquis codicibus coltectus alque compositus ac autoritate SS. D. N. Leonis X approbatus* On voit en détail dans toutes ces éditions ce q u i doit être récité à voix haute et intellig i b l e , ou à voix basse non e n t e n d u e . T o u t le comm e n c e m e n t de la m e s s e » à la réserve d e VJuferà nobis, doit être dit d ' u n e voix q u i soit entendue des assistans aussi bien q u e l ' i n t r o ï t , le Kyrie, le Gloria in excelsis, les o r a i s o n s , les p r o p h é t i e s , l'ép î t r e , le g r a d u e l , 1 'Alléluia , le t r a i t , l'évangile, le Credo, l'offertoire, Orale fratres , Per omnia secula seculorum la préface, et \eSanctus. Le reste doit être dit s e c r è t e m e n t , d e telle manière que les assistans n e l'entendent pas. Cet article mérite d'être mis ici t o u t entier , afin q u ' o n n e dise plus que le m o t de secretb qu'on n souvent r é p é t é dans les m i s s e l s , vient de ce q u e les rubriquaires n'ont pas bien e n t e n d u le submissâ voce du concile de Trente.
! 9

Quœ dici debent per sacrrdotrm plané * el quœ allé. Cap. XV.
Sacerdotale.

Praxîicfaomnîa celebranti o r d i n a t a , excepfo Ait* fer à nobis etc. dici d e b e n t per e u m intelligihili voce, ita q u o d ab interessentibus missa* intelligibi* liter aucliantur et introitus e n r n s u o p s a l m o e t Gloria Patri, Kyrie eleison, Gloria in excelsis Deo* etc. Dominus vobiscum, Oremus, Flectamus genua% Levate, o r a t i o n e s , prophetiar, cpistoîa , graduai?, Alléluia, tractus c u i n suis versibus , evangelium, Credo » Dom'nus vobiscum, offerlorium, Orale fra*
9

DE LA MESSE D \ N S TOUS LES SIECLES.

2^3

1res, Per omn'a seculaseculorum , prœfatio , Sano* tus, etc., Nobis quoque peccatoribus, Per ornnia se* culuseculorum , Fax Domini, e t c . , Agnus Dei, etc., Vax tecum , Domine non sum dignus, c o m m u n i o , Dominus vobiscum, lté missa est, Benedicamus Domino , Requiescant in pace Denedicat vos, etc. Ornnia alia quœ in missâ d i c u n t u r dici debent secrète , ità q u o d à circumstantibus seu interessentibus missœ n o n audiantur. Cela ne souffre ni subterfuge ni réplique. Ce sacerdotal c o n t i e n t , sur ce p o i n t , la m ê m e chose que les rubriques du missel i m p r i m é après le Concile de Trente. O u t r e l'article qu'on vient de voir, on y lit pour t o u t e la suite de la messe. Dicit secrète sécrétant orationem. W Dicit secrète Te igitur. ( ) Verba consecrationis distincte , secrète.... dicens secrète hœc quotiescunque. En un mot on y répète secrète dans tous les endroits o ù , par coutume ou par défaut d'attention, quelques-uns élèvent la voix, et à la fin du canon on y lit : Dicit intetligibili voce Per ornnia secula seculorum. 1 ! Amen. O r e m u s , etc. 5. Après le pater on lit : Dicens secrète libéra nos quœsumus ; et à la fin, intelligibili voce dicens Per ornnia secula seculorum. y). Amen : Pax Domini sit semper vobiscum, etc.
f b

Vincent Gruner.

En voilà trop dans un temps où il n'y avait ni doute ni dispute sur cet article. En effet les auteurs du XV . siècle , qui o n t fait des traités de la messe, n'ont pas parlé du silence d u canon comme d'un point contesté, mais comme d'un usage qui devait être religieusement gardé , et d o n t ou devait connaître l'excellence et les mystères. Vincent Gruner, docteur de Prague en Bohème , qui en i 4 * o , fit l'ouverture de l'université de Leipsick par un Traité de la messe ( ) explique au long la nécessité et les
e c

(0) i.lh.

sacvrd. misste

chap.

25.

(b) Cap. canonis

27. expesitio
y

(c) Officll

sacrlque

etc. in aima

uni-

4.

18

274

DISS. XV. ART. I I I .

DU SILENCE DES PRIÈRES

raisons de dire secrètement plusieurs prières. Il dît d'abord q u e la secrète est ainsi appelée, parce qu'elle doit être dite s e c r è t e m e n t , en silence et dans un grand recueillement, afin q u e l'âme se t o u r n e entièrement vers Dieu , et q u e le sacrifice lui soit agréable ; sequilur oratio sécréta quœ sic vocatur quia secretè et sub silentio et recollectâ mente dici rfebet, etc. M Le canon est le grand m y s t è r e , le grand secret dans lequel le p r ê t r e doit e n t r e r c o m m e Jésus-Christ qui priait seul. 11 est même voilé , dit-il, p a r des rideaux qui sont aux côtés de l ' a u t e l , pour m a r q u e r le grand secret où il doit être. Enfin les paroles du c a n o n , ajoute-t-il, sont d i t p s en silence p o u r inspirer un plus grand respect aux assistans.
Eggeling de Brunswick , et Gabriel Biel.

E g g e l i n g d e Brunswick fit une semblable explication de la messe p o u r le clergé de M a y e n c e , qui fut retouchée ensuite et enseignée publiquement dans l'université de T u b i n g e l'an 1 4 8 7 et 1 4 8 8 , par Gabriel Biel , célèbre par les diverses éditions q u ' o n a faites d e son livre intitulé Sacri canonis missa? expositio , etc. Je me sers de l'édition de T u b i n g e m ê m e , en 1 4 9 9 - Ces auteurs disent q u e le canon est appelé secrelum p o u r trois raisons : i ° . à cause de ce qu'il signifie , de ce qui s'y o p è r e , et de la m a n i è r e d o n t il est p r o n o n c é : le canon doit nous faire h o n o r e r la retraite et le silence d e Jésus-Christ, et exprimer le g r a n d recueill e m e n t d'esprit et de c œ u r dans lequel le prèlre doit entrer. a°. Le c h a n g e m e n t du pain et du vin an corps et au sang d e Jésus-Christ, q u i s'opère
vernitate. Lf/pseensi édita , in-foL C'est une édition en vieux gothique des plus anciennes sans date. Les exemplaires sont tres-rares , on n'en connaît qu'un à Paris , qui a passe de la bibliothèque de M. leTellier, archevêque de Reims, à celle de sainte Geneviève. J'en ai vu aussi un en Flandre dans la bibliothèque de l'alihcve d'Ilnnnnn sur la Searpe. (a) Item verba commis dicuntur sub silentio propter majorent reverentiam et ïdeo non licet ut haec sacratissinia verba à laicis auuiantur.

DE LA. VRSSE D \ y S TOUS LES SIÈCLES

2^5

dans le c a n o n , est u n très-grand secret auquel les sens ne peuvent a t t e i n d r e ; et c'est encore uu secret par la manière de le p r o n o n c e r en silence pour inspirer aux assistans u n e p l u s grande vénération. L'ouvrage de Biel est t r o p c o m m u n p o u r en r a p porter les propres termes.
Bernard de Parentinis»

On parlait de m ê m e , au XIV . s i è c l e , dans des pays bien éloignés de ceux des auteurs q u e nous venons de citer. Bernard d e Parentinis, Dominicain de la province de T o u l o u s e , donna à Àlbi en ï 3 3 9 , et k Toulouse en i34* * u n traité de la messe intitulé : Liliatn misses seu elueidarius omnium dif ficultatum circa ojficium missa: ; il le dédia à l'évêque d'Albi n o m m é Poitevin , lequel fut évêque en i3'*8, et ensuite cardinal. J'ai trouvé ce traité manuscrit dans la bibliothèque de l'église cathédrale d e saint Bavon de Garni. On m'en a c o m m u n i q u é un a u t r e <le l'église de Chartres, et il a été imprimé à Paris avec beaucoup de fautes en *5io. ( ) Cet a u t e u r donne la raison du n o m de la secrète et d u silence des prières de la messe. Il commence par les mots Orale fratres, lesquels doivent cire dits d'un ton tant soit peu h a u t , q u i fasse c o m p r e n d r e aux assistans qu'ils sout invités à prier : Sacerdos l ) vertitse adpopulum dicendo Orale pro me fralres. Ista autem verba aliquali cum sono debent dici sic saltem quod assistentes capere quodammodo possint, quod per hase verba ad suppiicandurn invitantur ibi. Après VOratefratres, le prêtre dit les oraisons secrètes, ainsi n o m m é e s , parce qu'on les dit secrètement ; deinde sequuntur secretee orationes, quœ propter hoc sécréta vocatur, quia secrète dicitur et dici débet , ut denoietur mentalis conversio in Deum.
a b

e

(a) Cotte édition est dans la bibliothèque de sainte Geneviève. (b) De sécréta oral, foi LXXXL

18.

27^

DISS. XV. ART. III. — D U SILENCE DES PRIÈRES

Il n'est pas moins précis s u r le silence de tout le c a n o n , car dans l'endroit où il d e m a n d e p o u r q u o i le canon est appelé sécréta, il en r e n d trois raisons : la p r e m i è r e , parce qu'il est p r o n o n c é secrètement ; îa s e c o n d e , parce q u e le p r ê t r e est caché par des r i d e a u x , s u r q u o i il r a p p o r t e l'usage de son temps W ; la troisième à cause de l'effet qu il opère très-secrètement; primo, quia secrète pronuntiatur ; secundo, quia propter maximum secretum sacerdos veiatur ; tertio , quia secretissimè operatur. L'auteur demande ensuite p o u r q u o i on p r o n o n c e le canon secrètement et en silence : quœriturquare verba canonis secrète et sub silentio dicuntur; et il dit après le Pape I n n o c e n t I I I , q u e c'est p o u r quat r e raisons : la p r e m i è r e , p o u r n o u s représenter les prières secrètes de Notre-Seigneur. La seconde, afin q u e le p r ê t r e se tienne dans un plus grand recueillement. La t r o i s i è m e , de p e u r q u e les laïques n ' a b u s e n t de ces p a r o l e s , c o m m e des b e r g e r s en avaient abusé autrefois. La q u a t r i è m e , p o u r imprim e r aux assistans plus de respect et de vénération ; et de l à , d i t - i l , la défense de faire e n t e n d r e ces paroles aux laïques ; et ideo non licet ut hœc sacratissima verba à iaicis audiantur, etc. Peu d'années avant q u e Bernard de Parentinis d o n n â t son Lilium missœ, u n autre a u t e u r n o m m é Gui de M o n t - R o c h e r , composa u n Manuel p o u r les c u r é s , qu'il intitula Manipulus Curatorum M , etc.< qu'il dédia en 1 3 3 3 à R a y m o n d , évéque de Valence. On connaît un grand n o m b r e d'éditions d e cet ouv r a g e , mais les deux plus anciennes sont celles de Paris en i 4 7 3 ( ) , et de R o m e en i477- Cet a u t e u r d o n n e presque les mêmes raisons du silence que n o u s venons de voir. Il suffit de dire qu'en parlant
c

(a) ïn figura Iinjus ïn Iege vetevi sacerdos orans veîabatur, sicut nos modo trahinius cortinas ne sacerdos orans videatur aut turbetur. (b) Manipulus curatorum Guidonis de Monte Rochcrii. (c) Cette édition est dans la bibliothèque de sainte Geneviève.

DE LA MESSE

DW ÀS
a

TOUS LES SIÈCLES.

277

delà secrète, il dit : ( ) Quelle est ainsi nommée , parce quon la prononce secrètement, et que tout ce qui est dans le canon est récité en silence , à la réserve du Pater,

ARTICLE

IV.

Preuves tirées d'un grand nombre d'anciens Missels * et surtout de celui de Paris, qui a clé porté de tous les côtés depuis cinq ou six cents ans par les Carmes j par les Dominicains > etc.

N o u s avons r e m a r q u é q u e les r u b r i q u e s ne se mettaient pas autrefois -clans les m i s s e l s , et qu'il est rare d'en trouver d'anciens où il y en ait quelques-unes. Mais ce qui mérite une attention particulière, c'est qu'on n'en saurait trouver aucun o ù i! soit m a r q u é qu'on dira les secrètes et le canon à haute voix ; et q u ' a u contraire le peu de r u b r i q u e s qu'on y a mis sont toujours p o u r r e c o m m a n d e r la récitation secrète et en silence aux e n d r o i t s d e l à messe où il y a lieu de croire qu'on y manquait. Àix. — Arles. — Vienne. Dans le missel d'Aix imprimé en i 5 ^ 7 , il n'y a point d'autre t o n d e voix recommandé aux prêtres qu'après X Jufer à nobis ; on lit en cet e n d r o i t , postea inelinatus dicit secrète hanc orationem , Oramus te Domine , etc. On lit de m ê m e dans les missels d'Arles manuscrits ( ) et dans l'imprimé en i 5 3 o ; et dans celui de Vienne de 1 6 1 9 , clans quelques missels , comme dans celui cle l'ordre de saint Jean de Jérusalem , i m p r i m é en 1 5 5 3 , on distingue seulement VAufer à nobis d'avec Oramus te Domine ,
b

(a) Dicitur sécréta, quia secrète pronuntïatur; totum quod continetur in canone, excepto Pater noster^ dicitur sub silentio. (b) in bibtioth. Colbert.

PHlfenES p a r cette r u b r i q u e : Dicitur hœc oratio (aufer) ait* quant ulhm altè dam ascendit sacerdos ad ait tue*, postea inclinatus in rnedio altaris dicit sub sitentio Oratnus te Domine. Le missel de Nîmes ( ) de I5I 1 , o r d o n n e Fe silence des secrètes : Dicat tôt sécrétas quoi collectas.... Orationes secret ce dicuntur sub silentio , <t Per ornnia secula seculorum dicat alla voce. Au missel de Viviers 00 en i 5 a 7 , on lit seulement à l'offertoire: Qu'il dise secrètement cette oraison Suscipe sancta Trinitas, etc. Dans un beau missel romain i m p r i m é à Lyon en i 5 a 6 , on ne Ut dans l'ordinaire de la messe que ce peu de r u b r i q u e s sur ce sujet : Le prêtre étant monté à F autel dit secrètement : Qramus te Domine. Dans tout le canon il n'est prescrit d'élever uu peu la voix qu'à Nobis quoque peccatoribus ; et après le Pater il est m a r q u é qu'on dit en silence Libéra nos.
278
} a

1 Ï S X . A T I . D SL N E D S >S . V R . V O I E C F —

Avignon.

Dans un ancien missel de la paroisse de saint Àndiol du diocèse d'Avignon , q u ' o n dit avoir été à l'usage des Templiers , q u i me paraît tout romain , et où le canon m a n q u e j u s q u e vers la fin, on lit : Benedicto populo dicat secrète. Placeat tibi sancta Trinitas, etc.
Clullons-sur-Marne.

Dans le missel de Châlons-sur-Marne, imprimé p o u r la première fois en 1 4 8 9 , on lit : Submissâ voce dicat secretam vel sécrétas.... et in fine ultitnœ sequitur alla voce Per ornnia secula , etc. Et dans deux autres missels de cette m ê m e église, l'un imp r i m é en i5og et l'autre en if>43, on lit : Dicta Prœfatione et Sanctus, immédiate dicatur sub silentio Te igitur etc.
9

Bayeuw

Dans le missel de Bayeux i m p r i m é en I5OI , après le veni sanclificator, etc. on lit : Vertens se
(a) Miss;. Nemense. (b) Miss. l'ivariense.

DE LA MESSE DANS TOUS LES SlfcCLES.

37Q

ad poptdum demissâ et humdi voce dicat Orate fratres et sorores, etc. ; postea dicat secretam vel se* cretas sub silentio usque ad Per ornnia secula seculorum, Grenoble. Un des anciens missels où Ton ait mis avec plus de soin les cérémonies de la messe détaillées, est celui de Grenoble imprimé en i53a. Ces cérémonies sont à la tête du missel, et ou y lit : Dicat secreto Oramus te Domine, etc.... Vertat se ad populum dicens parùm altè : Orate pro me fratres , et secreto dicat sécrétas...* et altd voce Per ornnia sec. sec... Canon latine régula Secretum autern dicitur ratione prolationis submissâ voce atque sécréta proferendœ. Et après avoir dit qu'à Nobis quoque peccatoribus il faut élever un peu la voix , il ajoute : Residuum dicat submissâ voce ut prias.
Chartres.

Dans les manuels de Chartres, l'un imprimé en t4ç)o M et l'autre en t5oo ( ), on lit : Dicens submhsâ voce Orate fratres.... dicat orationes sécrétas et jiniendo altâ voce Per ornnia sec. sec... Hic elevet vocem sua/n dicendo Nobis quoque peccatoribus.... Cooperiat calicem altâ voce dicens Per ornnia secula seculorum.
b

Sens.

Dans un missel de Sens de i 5 7 5 , on lit ; Dicens secrète Jffcec sacrosancta commixtio. Bâle. Dans un missel de Bâle imprimé en T48O, que je trouvai à Aix-la-Chapelle dans l'église collégiale de saint Adalbert, o ù il est marqué qu'il a été imprimé sur ceux dont les Pères du Concile de Bâle se servaient, on lit à la fin de la secrète : Incipituraltâ voce Per ornnia secula, etc Et dans un autre missel ( ) de cette même église imprimé quelc

(a) lu bihlioth. patrum Minimorum. (b) In biblioth. regia. (cj H est à Paris dans la bibliothèque des Pères de Nazareth.

a8o

DISS, XV. MIT. I V . — D U SILENCE DES PK1KRES

ques années a p r è s , on lit : Hic parùm cem, Nobis quoquepeccaloribus.
Valence.

exaltât vo*

Dans un missel de Valence de i5o4 » on lit: Voce submissâ sequentern dicat canonern distincte 'Te igitur, etc.
Lângres, Senlis, Beauvais, Soissons et Laon.

Dans le missel de La o g r e s , de i4fM > d a n s celui de Senlis de i486, dans deux de Beauvais de «497» et de i 5 3 8 , dans celui de Soissons de i 5 o 6 , et dans celui de Laon de 1557 * Oicat orationes sécrétas et in fine ultimce dicat altâ voce Per omnia sec. sec.
o n : y

Salisbury*

Les missels de l'église de Salisbury d o n t j'ai vu quelques exemplaires manuscrits et deux imprimés , l'un à Londres en 1554 9 l'autre à Paris i 5 5 5 , m a r q u e n t q u ' o n doit ( ) dire dune voix non entendue l'oraison Aufer à n o b i s , /'Orate fratres, et les oraisons secrètes, lesquelles étant finies , le prêtre dit à haute voix Per omnia s e c et de même après le canon.
e t a

Meaux.

Le missel de Meaux imprimé à Paris en \t\$% ( ), et réimprimé en 1 5 1 7 et i556 , ne contient que ces deux r u b r i q u e s ; l'une après YOrate fratres, o ù il est m a r q u é q u ' o n lira les secrètes à voix, basse, et la conclusion et la préface à haute voix ; l'autre à la fin du canon , o ù il est m a r q u é q u ' o n dira le Pater à haute voix. E t c o m m e si l'on avait voulu prévenir alors la pensée de ceux qui pourraient s'imaginer que ces mots à haute voix, altâ voce, signifient le c h a n t , et q u e ces mots submissâ voce, d'une voix basse, signifientseuleruent q u ' o ù ne doit pas c h a n t e r , la r u b r i q u e est ainsi expliquée à
(a) Dîcat tacitâ voce Aufer à nobis, etc. racitd voce dicat, Orale fratres, et sécrétas orationes, cjuibus /ïnitis, dicat sacerdos altâ voco. Per omnia sec. Miss. Salisbnr. (b) In bibliolheca bignoniana.

b

DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.
a 9

281

YOrate fratres : Que le prêtre ( ) s étant tourné entièrement , dise à voix basse les secrètes Jusque Per ornnia exclusivement, quil dise à voix haute, soit qu'il chante, ou quil ne chante pas, Per oinnia secula et quit finisse le canon et le Pater à voix haute , soit en chantant ou en ne chantant pas. Plusieurs missels de Paris manuscrits et tous ceux qui o n t été imprimés depuis Tan 1 4 3 1 jusqu'en 1 6 0 0 , n ' o n t p o j n t d'autres r u b r i q u e s t o u c h a n t la prononciation h a u t e ou basse , q u e ce q u e nous venons de voir dans u n g r a n d n o m b r e de missels. Ceux de Paris s'énoncent ainsi : le prêtre dira les oraisons secrètes, et à la fin de la dernière, si Von en dit plusieurs, il doit dire à haute voix. Per ornnia secula seculorum. Par l'oraison secrèle on entendait évidemment u n e oraison p r o n o n c é e secrètement j u s q u ' à la conclusion qui ne doit plus être secrète. C'est ce q u i a été assez bien exprimé dans une traduction française d'environ 35o ans sous Charles V , o u après Frères et sœurs priez pour moi.... notre Sire, on lit : / / doit dire les oraisons secrètes et sans Per ornnia $ etc. p o u r marquer qu'on ne doit pas dire secrètement Per ornnia. Mais dès q u e l'église de P a r i s , à l'imitation de l'église de R o m e , de l'église de Milan et de plusieurs autres, eut commencé de m e t t r e les r u b r i q u e s à la tête du m i s s e l , on n'y a rien vu de différent t o u chant la prononciation d'avec celle de R o m e . Cependant l'auteur a n o n y m e ( ) d'un livre imprimé à Bruxelles en 1 7 1 7 , sous le titre <XApologie de M. de Vert, ou remarques critiques sur le livre de M. de Vallemont, du secret des mystères,
(a) Facto întegro turno dicat submissâ voce sécréta misssc usque ad Per ornnia exclusive, et dicat altû voce sive cum cantu sive sine cantu Per ornnia secula,.. dicat- altâ voce sive cantando sive non enntando , Per ornnia secula. etc. Pater, etc. (b) Il y a des personnes qui assurent que cet ouvrage est du docteur qui a eu la principale part au fameux missel de Meaux, où Ton avait inséré des Amen après les paroles de la consécration.
b

*8«ï

1>ISS. XV. ART. ÏV.-*-DU SILENCE DES PRIERES

veut que rien ne soit plus nouveau que île prendre le mot de secrète pour une oraison dite à voix basse, et que l'église de Paris n'y a donné ce sens qu'au temps de M. de Péréfixe. Les nouveaux rubriquaires, dit-ii ( ), ne trouvant plus l'usage naturel du Secretum dans toute son étendue.... en ont fait une application au ton de la voix , lui ont donné tel sens quil leur a plu , et Vont inséré partout où ils Font voulu. Il njr a qu'à jeter les yeux sur les missels , on ne le trouvera dans aucun parisien avant M. de Péréfixe. Je n'aurais jamais cru que l'inadvertance put pro» duire autant de méprises et de faussetés que j'en ai trouvées en parcourant ce livre. C'en est ici une qui n'est pas des moindres ; il est aisé de le montrer.
a

Missels de Paris.

M. de Péréfixe, après avoir été évêque de Rho* d e z , fut fait archevêque de Paris en 1064- Il fit imprimer l'année d'après un missel parisien qui parut en tG66. Or, pour voir que ce n'est pas là la date du Secretum , appliqué au ton de voix , il n'y a qu'à jeter les yeux sur le missel parisien imprimé en 1654 P ordre de M. Jean François de Gondi, archevêque , et des vénérables doyen , chanoines et chapitre de l'église de Paris, comme on le voit dans la cession faite au libraire , aussi bien que dans le titre. Dans ce missel, à l'article des secrètes et du canon on lit : Secreto dicuntur usque ad illa verba in conclusione, Per omnia sec. sec. quœ dura voce proferuntur.... Incipitur canon misset secreto. On y voit l'article de his quœ clarâ voce aut secreto dicenda sunt.... Quœ vero secrète dicenda sunt, ita pronuntiet ut et ipsemet se audiat et à circumstantibus non audiatur. Enfin on y trouve toutes les rubriques qui sont dans le missel romain touchant le ton haut ou b a s , et qui sont de même dans plusieurs autres missels parisiens antérieurs,
a r

(a) Apolog-pag.

UG.

DE LA MESSE DA9S TOUS LES SIECLES.

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imprimés depuis 1614- A l'égard des autres missels précédens, en r e m o n t a n t jusqu'à celui qui fut imprimé p o u r la première fois en i 4 8 i , on n'a garde d'y trouver d'autres r u b r i q u e s s u r le ton de voix, que celles q u e n o u s venons de r a p p o r t e r , parce q u e , comme n o u s avons dit , on ne mettait pas anciennement les r u b r i q u e s dans le missel. Tel était encore celui de Pierre de Gondi en 1185. Son neveu et son sucesseur Henri de Gondi laissa d u r a n t quelques années le missel dans le même é t a t ; et enfin après qu'on eut résolu de joindre les r u b r i q u e s au m i s s e l , il e n publia un du consentement d u chapitre en i 6 i 5 , o ù , à l'exception de quelques usages particuliers , on trouve mot p o u r mot toutes les r u b r i q u e s du missel romain , avec ordre de s'y conformer absolument ; ce qui a été toujours observé dans toutes les réimpressions qui se sont faites de ce missel jusqu'à M. de Péréfixe. Cependant ce rit t o u t semblable au rit romain q u a n t à la manière de p r o n o n c e r , et prcsqu'en tous les autres usages , a été toujours appelé le missel de P a r i s , ainsi q u ' o n p e u t le voir dans les statuts s y n o d a u x publiés en 1 6 2 0 , où l'ordre de s'y conformer est énoncé en ces termes : Les cérémonies requises au divin service seront gardées ponctuellement en la célébration de la sainte messe, suivant l'ordre prescrit par tes rubriques des bréviaires et missels imprimés de nouveau au diocèse de Paris, à peine d'excommunication. Tous ces actes sont rapportés dans le Syuodicon de l'Eglise de P a r i s , l ) publié par M. (le Harlay. M. de Péréfixe changea très-peu de choses dans les r u b r i ques générales, et il y laissa tout ce qui regardait le ton haut ou bas dans les mêmes termes q u e nous venons d'extraire d u missel de Jean-François de Gondi. Mais au c o m m e n c e m e n t d u c a n o n , où l'on ne mettait point de r u b r i q u e s p o u r le t o n , ni au
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(a) Synodtc. eccl. Paris, pp. 396. 397. 398 et 417.

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DISS. XV. A.RT. I V . — D U SILENCE DF.S PRIER r.S

missel romain , n i au parisien , il y a mis submissâ voce p o u r se servir du terme du Concile de Trente; et comme dans les r u b r i q u e s générales il a mis incipit canonern secreto dicens te igilur, etc. il nous a fait voir que par submissâ voce on e n t e n d la même chose que par secreto. Après M. de Péréfixe, M. de Harlay fit travailler à un nouveau missel , p o u r y rétablir autant qu'il serait possible les anciens usages de l'église de Paris. Ce missel p a r u t en 1685. L'on y déclare ( ) en effet qu'on a suivi les anciens missels et les livres d'une très-haute a n t i q u i t é , dont l'église de Paris s'est servie. Ce nouveau missel composé avec tant d'application et de recherches, et qui a reçu sa dernière perfection en 1 7 0 6 par les ordres et. par les soins de Monseigneur le Cardinal de Noailles, a été à juste titre regardé comme le missel le plus parfait qui eût paru jusqu'alors. On y a omis une partie des r u b r i q u e s générales d u missel r o m a i n ; mais à l'égard de la seconde partie de ces rubriques , qui a pour t i t r e , Des rites quon doit observer pendant la célébration de la messe, on y transcrit presque tous les c h a p i t r e s , et Ton y m a r q u e ce qui se doit réciter secrètement. Ainsi l'on ne peut s'empêcher de dire que les prêtres q u i disent la messe à la nouvelle m o d e , ne respectent pas plus le missel de Paris d'aujourd'hui que celui de Rome. S'ils croient que le mot secreto dit plus q u e submissâ voce , il se trouve à la te te de plusieurs prières qu'ils ne disent point secrètement. On lit en effet à la tête du missel, q u e le p r ê t r e dit secrètem e n t : ( ) Manda cor meum Per evangelica dicta.... ( ) In spiritu humilitatis.... Veni sanctificatoi\... Suscipe sancta Trinilas , etc.
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(a) CoIIatis vetustissimis codîcibus, neenon antiquis mïssaruin exemplaribus quibus Parisiensis usa esl ecclesia , quaedam ex usu veteri repetenua, quaedam vero ad meliorem forinam revocando judicavimus. (h) Cap. G. Sacerdos profonde inclinatus, dicit secreto Manda cor meum..secreto Per evangelica dicta. (c) Cap 7. Dicens secreto In spiritu hnmilitatis... secreto Fcni sanclificaior... secreto Suscipe sancta Trinilas.

DE LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

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Et dans le canon m ê m e avant les paroles de la consécration, q u e plusieurs prêtres p r o n o n c e n t ordinairement u n p e u plus h a u t que les autres paroles du canon, à cause qu'ils paraissent r e d o u b l e r leur application en les p r o n o n ç a n t , o n l i t : Profert verba consecrationis secreto, distincte et attenté. On y lit de plus dicens secreto HÎCC commixtio.... Dicit secreto sequentes orationes Domine Jesu Christe qui dixisti, Domine Jesu Christe Fili Dei vivi ; Perceplio corporis', etc.... Dicit secreto ,Vanem codestem..., Elatâ aliquantulwn voce dicit ter Domine non sum d i g n u s , secreto prosequitur u t in t r è s , etc. Si tous ces endroits et les autres q u e je ne rapporte p a s , et qui sont si clairement exprimés depuis plus de cent a n s , n e suffisaient pas p o u r être convaincu q u ' o n n'a m a r q u é ces usages dans le missel , q u e parce qu'ils étaient prescrits et observés depuis un temps i m m é m o r i a l , il serait aisé d'en prouver encore l ' a n t i q u i t é , parce q u e pratique u n grand n o m b r e d'ordres r e l i g i e u x , qui depuis cinq ou six* cents ans o n t p o r t é le missel de l'aris dans toutes les parties du m o n d e . N o u s aurons occasion de m o n t r e r dans le volume s u i v a n t , en parlant de l'origine des variétés des r i t e s , que l'abbaye de saint Victor de Paris p r i t ce misse) , et que c'est de celte abbaye q u e l'ordre de la Trinité o u des Mathurins p r i t ses offices; et ce qui est plus considérable, c'est qu'au temps de Godefroi de Bouillon ce missel fut pris par l'église de Jérusalem et par les Carmes ; et ensuite par les Prêcheurs peu d'années après le c o m m e n c e m e n t de leur ordre. L'uniformité de leur chant avec l'ancien chant de Paris, la préparation d u vin et de Peau dans le calice avant la m e s s e , le commencement de la messe par Confitemini, et quelques autres particularités qu'on voit dans les missels de Paris jusqu'à i C i 5 , et que ces religieux o n t toujours conservées, doivent constamment faire regarder leur missel comme l'ancien missel de l'église de Paris. Quoique les pro-

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DÏSS. XV. ART. V.

DU SILENCE DES PRIERES

miers établissemens de leur ordre se soient faits à T o u l o u s e , d a n s quelques autres villes d u Languedoc et en Italie , ils ont cependant suivi le missel d u premier couvent de Paris. C'est ce couvent qui leur a donné le nom de Jacobins, à cause de la nie saint Jacques, ou plutôt de l'hôpital saint Jacques qu'on leur d o n n a , et qui doit être plus ancien q u e l'église de saint Jacques-du-Uaut-Pas , qu'on appelle à présent saint Magloire , depuis que l'abbaye et les reliques de ce saint y o n t été transportées de la r u e saint Denys en 1 5 7 5 . Or ces religieux qui ont élé si exacts à garder leurs anciens usages, ont eu dès le commencement le rit qu'ils suivent aujourd'hui dans la prononciation haute et basse des prières de la messe , comme nous Talions prouver dans l'article suivant ; d'où l'on doit inférer que tel était l'usage de l'église de Paris il y a plus de cinq cents ans.

ARTICLE

V.

Preuves de la prononciation des prières en silence par l'usage de tous les Ordres religieux institues depuis l'an 1 0 0 0 -

Saïnt

Ruf.

Q u o i qu'on ait p u dire de l'antiquité des chanoines r é g u l i e r s , il faut convenir q u e nous ne connaissons point de congrégation plus ancienne q u e celle de saint Ruf. Quatre chanoines d'Avignon l'établirent en i o 3 8 , et l e v è q u e de cette ville l'autorisa par un acte d u premier janvier IO3Q ; mais en 1 1 Go l'abbave fut transférée à Valence en Danp h i n é , où le siège abbatial c h e f - d o r d r e , a toujours élé depuis ce temps-là. Parmi les anciens livres de cette abbaye je vis au mois de juin 1 7 1 7 ? l'ortli-

DE LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

287

naire écrit sur du p a p i e r , qui me p a r u t avoir été copié Tan ii\65. M. l'abbé et d'autres religieux de qui je reçus beaucoup d ' h o n n ê t e t é s , me firent la grâce de me d o n n e r un exemplaire de leur ancien missel ( ) imprimé à Valence en i 5 o 8 , dont ils ne se servent plus , parce qu'il y a environ cent ans qu'ils ont pris le missel romain. Dans ce missel il y a un ordinarium missœ assez a m p l e , et on y lit : Orationibus super oblala secrète dictis.... dicit uhâ voce sacerdosr'Per ornnia sec. s e c . . . secrète dicat igitur.... Focern mutât ut audiatur dicendo : Nobis quoque peccatoribus.... sub silentio dicit Sacerdos : Libéra nos quaesuinus, etc.
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Les Chartreux.

Les Chartreux établis en 1 0 8 4 , ont été assurément bien éloignés de rien innover. Ils n e prirent point d'autre missel q u e celui qui était en usage à Grenoble , et il nous ont conservé avec soin ce qu'ils observaient dans leurs commencemens. Or dans l'ordinaire des Chartreux , ce qui se dit secrètement est opposé à ce qui se dit à voix intelligible, et il est m a r q u é q u e le prêtre doit dire eu secret la prière'qu'il fait en offrant le calice, les oraisons secrètes, le canon et la prière avant la comn)un ion : ( ) Quœcunque à circumstantibus aud'enda sunt, Celebrans inlelligibili voce proférât, reliqua vero secrète , scdicet lu spiritu humilitalis, sécrétas oraliones, canonem cum oratione commun'onem prœcedente ; oratio autem dominica cum Sanctus et Agnus Dei dard voce dicitur. Pierre S u t o r , p r i e u r de la Chartreuse de Paris en j 5 r 7 , i 5 i 8 et i 5 f g , composa un traité De vita cartusiana, imprimé à Paris en 1 0 2 2 , dans lequel
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(a) Il v a lieu de croire qu'on avait, conservé à saiiit Ruf l'ancien missel de l'église d'Avignon, laquelle abandonna ses anciens livrer dVgiise en 1337 , pour' prendre l'office romain : Quo, disent les statuts , ecclesta vtitur et romana curia» Status. Eccl Âceii.

(\v Orditi. Carlus. thn. n. 8.

Tfirsaur.

Anecd.

T. 1. Col 558. c. S2. de

modo

celebrandi

missas

priva-

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DISS. XV. ART. V.

DU SILENCE DES PRIÈRES
a

r e n d a n t raison de la plupart des usages des Chartreux , il demande : D'où vient ( ) qu'ils se tiennent inclinés pendant que le prêtre récite les prières secrètes ; à quoi il répond , Afin que le prêtre priant en silence , nous priions de même , el qu entrant dans un grand recueillement el tenant notre corps dans une posture humiliée, nous puissions, comme le prêtre faire de très-profondes prières.
Citeaux.

Les Us de Tordre de Citeaux établi en Ï 0 9 8 , ne font dire aussi à voix intelligible q u e les derniers mots du canon : ( ) Quo incipiente cunclis audientibus Per omnia secula sec. etc. ; suivant ces Us le prêtre dit Oremus avant les secrètes , mais il doit le dire en silence ; dicens sub silentio Oremus.
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Le Val-des-Choux.

L'ordre du Val-des-Choux, établi vers la fin du XII . siècle dans le diocèse de L a n g r e s , a u n e lieue de la Chartreuse de Lugni , et confirmé par une bulle d'Innocent I I I , l'an 1*206 , e m p r u n t a les usages des Chartreux et de Citeaux. L'ancien ordinaire qui s'est conservé et que j'ai l u , n'a rien que de conforme touchant la messe à ce q u e nous venons de rapporter. Les Guillemites ou Guillemins. Je ifois dire la même chose des G u i l l e m i t e s , ou G u i l l e m i n s , établis en 1 1 6 0 en T o s c a n e , d o n t les constitutions furent écrites l'an 1 2 6 0 , lorsqu'ils se répandirent en France et en Allemagne. J'ai trouvé trois manuscrits de leur o r d i n a i r e , q u e j ' a i collationués, l'un aux Augustins Déchaussés , et les deux autres aux Blancs-Manteaux , la r u b r i q u e pour le ton de v o i x , pour les secrètes et le canon est exfa) Cur dum secretœ à sacerdote d i r u n t u r , intérim super sedes
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vestras înclinati perscvpralis? /ï. Tit sncerdole in silentio orante, nos quoque silenles oremus ; et collecta mente Immiliatoque corp o r e , profundiores preces concorditer ad sacenlotem ipsum pro ratione temporisac officii fatiaimis. lit, CarL ïtb. 2. cap. 5.
(b) lu monastteo Clslerc. p. 1-11 et 142-

DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

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primée en mêmes termes que dans les Us de Ci(eaux. On voit seulement ici de plus , qu'après le Confiteor le prêtre montant à l'autel prie en silence : Sacerdos accédai ad médium altaris et ibi incurvants dicit sub silentio has orationes, Exaudi quœsu* mus Domine supplicum et aufer à nobis.
Prémontré.

L'ancien ordinaire de Prémontré écrit sous le bienheureux Hugues qui succéda à saint Norbert en 1 1 2 9 , ne recommande pas moins le silence des prières. Il veut q u e le prêtre dise YOrate fratres (tune voix si modérée qu'elle puisse être seulement entendue : Dicat Orate fratres mediocriter ut pos~ sit audiri ; et par rapport au c a n o n , il n'en laisse entendre que Nobis quoque peccatoribus , et la conclusion : Et quando dixerit Nobis quoque peccatoribus élevatâ paululiun voce, pectus tundut..» Teneat ut raque manu corpus Domini super calicem, subjungens cunctis audientibus Per omnia secula, etc.
Les Cordeliers.

Les religieux de l'ordre de saint François ont toujours observé la prononciation haute et basse qu'ils suivent à présent; et le missel que les Cor» ileliers écrivirent en t n 4 4 pour leur o r d r e , fut suivi dans la plupart des églises qui voulaient suivre exactement le rit romain, parce que leur missel était le même que celui qui était de leur temps en usage à Rome.
Les Augustins.

Les ermites de saint Augustin ont aussi suivi exactement le rit romain depuis que le Pape I n nocent IV les eut réunis en un ordre Pan 1 ^ 4 4 * ainsi ils n'ont pas été différens des Cordeliers.
Les Carmes*

Le missel des Carmes nous fait remonter plus haut que celui des Cordeliers et des Augustins, parce qu'il est aussi ancien que celui de l'église de L "9 *

29O PISS. XV. ART. V.

DU SILENCE DES PRIERES

Jérusalem rétablie par Godefroi de Bouillon et les autres Français qui prirent cette ville Tan 1099. Or dans l'ancien ordinaire des Carmes imprimé à la tète de leur ancien missel à Venise en 1 5 1 4 » on voit distinctement qu'il fallait dire secrètement u n e partie des prières de la m e s s e : Les secrètes dit cet ordin a i r e , doivent être dites en silence. ( ) Quelque expressif q u e soit le m o t de s i l e n c e , la r u b r i q u e de cet ordinaire le détermine encore d'une manière plus p r é c i s e , ( ) en disant qu'iï faut dire le canon d une 7>oix ù basse quelle ne puisse être entendue des assistans.
a b

Ordinaire et missel des Dominicains*

Les Dominicains nous a p p r e n d r o n t plus en dé* tail ce qu'ils observent depuis le commencement de leur o r d r e . Ils résolurent dans les chapitres généraux de lioulogne , de Cologne et de Paris , en ia/|4» 1 2 4 5 et 1 2 4 6 9 d'avoir p a r t o u t u n office uniforme. Ils d é p u t è r e n t q u a t r e religieux p o u r y travailler ( ), et il fut enfin réglé q u ' o n se servirait p a r t o u t des offices dressés et dirigés p a r Humbert de Romans ( ) dès qu'il eut été élu maître de l'ord r e en 1 2 5 4 , dans le chapitre général de Bude, où l'on fit ce décret ; Totum officium tam diurnum quàm nocturnum secundùm ordinalionem et exe/nplar veuerabilis F. Humberti magistri ordinis confirmamus. H u m b e r t de Romans avait travaillé et fait travailler à cet ouvrage au couvent de saint Jacques à Paris ; et l'exemplaire dont il est parlé dans le d é c r e t , est sans d o u t e celui qu'on y conserve. Ce manuscrit q u e l'on m'a fait la grâce de me communiquer , est un très-grand in folio fort épais , et d'un caractère fort s e r r é , mais b e a u , écrit sur du
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(a) Dicat sub silentio.... Sécrétas tôt et tali modo scilicet sub silentio. llubr. 41. lb) Canonem vero distincte et perfectè dicat ; ac sic submissè quod audiri non possit à circumstantibus. Rub. 44. (c) Scriptores Ord. Prœdic. T. t. Parts. 1719, 143. •d) En Datiphiné.

DE LA MESSE DAITS TOUS LES SIÈCLES*
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agi

félin, Tan rs54 i lorsque saint Thomas était dans cette maison. Ce grand livre ( ) qui est un trésor sans prix, renferme tous les usages ecclésiastiques et conventuels, avec le détail et la netteté qu'on trouve dans les rubriques du missel romain depuis le Concile de Trente. Il serait à souhaiter que dans les diocèses , o ù Ton s'applique à renouveler et à rectifier les livres d'église , on fût informé de tout ce que ce merveilleux livre c o n t i e n t , afin qu'on put apercevoir ce qui s'observe assez généralement depuis cinq cents a n s , et quels sont les changcmens qui se sont faits depuis ce temps-là. Voici ce que contient ce grand livre : Ordinarium. Martyrologium. Colkctarium, Processionarium. Psalterium. Breviarium. Lectionarium Antiphonarium* Pulpitarium. Graduale. Epislolarium. Mis saie Conventuale. Missale minorum AlEvangelistarium. tarium. L'ordinaire , le missel conventuel et le missel des petits autels npusdonnent lieu d'assurer ce que j'avais conjecturé , que les Dominicains avaient simplement retranché, surtout des messes privées, tout ce qui n'était que de dévotion, et qui n'était pas prescrit absolument. Au commencement de la messe on disait communément ou Judica me Deus, ou Confitemini, et à Paris on avait la dévotion de dire l'un et l'autre ; les Dominicains se fixèrent à ConfiteminL ( ) Nous aurons lieu d'exposer quelques autres particularités dans les Dissertations sur la variété des rites. Remarquons seulement à présent que l'usage de dire le canon de la messe à voix basse y est exb

fa) Il y a une copie de ce livre à Salamanque et une autre à Toulouse , et il y en a des extraits en quelques autres endroits, comme à saint Maximin en Provence. {!») Sacerdos accedens ad altare missis bis qiias sroculares dicere "aasaeveniut. dicat ( tmfih » • •"«' * r »jj wittule.

aga D/SS. xv, A T V.—DU SK V E ves PU R S R. Ï ZC I JÈE
pliqué d'une manière qui ne permet ni de disputer, ni de s'y m é p r e n d r e , car il est m a r q u é précisément q u e le prêtre doit dire le canon si bas quil ne puisse être entendu des assistans. (») Cette explication est inarquée dans Je missel conventuel et dans celui des messes basses. Et elle est énoncée en mêmes termes dans l'extrait des grandes Constitutions ( ) imprimées à Milan en i5o5. Cela p r o u v e clairement que les explications que n o u s t r o u v o n s dans la rubriq u e du missel romain publié après le Concile de T r e n t e , n'étaient pas n o u v e l l e s , et q u e le Pape Pie V ne fit cpie m e t t r e à la tête d u m i s s e l , ce qui s'observait alors , et qui était expressément marqué, dans les ordinaires et en divers manuscrits depuis plusieurs siècles. Comme u n p e u après le commencement du XVI . siècle diverses personnes crurent qu'il était à propos de p r o n o n c e r toute la messe à voix h a u t e , il y eut des Dominicains qui suivirent ce nouvel usage. Cela fut si blâmé clans les chapitres g é n é r a u x , q u e celui de Salamanque d e 1551 ordonna qu'on dirait la messe à voix intelligible, et au contraire le canon s e c r è t e m e n t , et que ceux qui y m a n q u e r a i e n t seraient punis , de m ê m e que ceux qui diraient la messe si bas q u ' o n n'en pourrait rien e n t e n d r e ; ordinamus , quod missa tali voce adeo distincte dicatur , quod sacerdos audiri et intelligi possit à populo circumstanti ; è contrario vero canon et verba consecrationis proferantur secrète et reverenter , et facientes contrarium puniantur.Cela fut encore renouvelé et confirmé dans le chapitre général tenu à R o m e en \56(j: Verba consecrationis sicut et lotus canon, non altâ voce [ut quibusdam est usus contra rnultorum capitulorum et conciliorum décréta) sed submissâ voce dib e

(a) Tn Y o c e medincritatem servet, ne nimis altè clamando conturbet alios célébrantes vel nimîs snbroissè dicendo non audiatun r.anonom sic- submissè dicat quod intelligi non possit à cireumstnntibns. Miss, conrent.ef min. aitar* ann. 1254. (b; Ctmstitittiones ont. FF. Pnrdlc* tit. de mlssis primtis.

DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

n^J

cantur. Ces décrets furent faits douze ou treize ans
avant le Concile de T r e n t e , et renouvelés avant la publication du missel de Pie V. Tout cela est rapporté par Jean de Palencia , religieux du couvent île saint Etienne de S a l a m n n q u e , dans ses notes sur l'ordinaire d e Tordre approuvé eu 1 0 7 6 , cl imprimé à Venise en i 5 8 2 .
Les Célestïns.

Joignons e n c o r e ici l'usage des Célestins établis au XIII . siècle. Ils ont pris depuis quelque temps le missel romain comme les nouvelles congiégations de Tordre de saint Benoit, où Ton voit tout le détail des r u b r i q u e s d u missel de Pie V. L e u r ancien missel contenait en moins de termes ta manière W de dire ta messe selon leurs usages et la rubrique romaine. Or dans ce modus cetebrandi, le second chapitre est i n t i t u l é : De quelle voix (oui doit être prononcé : ce qui s'y trouve si bien m a r q u é qu'on ne saurait s'y m é p r e n d r e . Depuis ( ) le verset Introibo jusqiCà C introït tout doit être récité d'une voix intelligible; à la réserve ^ ' O r a m u s te Domine qui se dit en silence. Tout ce qui se chante aux grand*messes, tsoit à l'autel, soit au chœur, doit cire dit à voix intelligible aux messes basses qu'on ne charité pas « en sorte qu'on puisse être entendu. On dit de même : Orate fratres ; Nobis q u o q u e peccatoribus ; Pax tecum ; la bénédiction et F Evangile de saint Jean , lorsqu'on le dit à l'autel après la messe. Tout le reste doit être prononcé secrètement et en silence, en sorte qu'on ne soit pas entendu des assistans.
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{n) Modus F F . Celestinorum in celebrandis missïs secundùm rufcricam romanam. (b) A veisu Introibo usque ad introitum missae, ornnia intelligivoce d i r a n t u r , praeter orationem Oramvs te Domine, quac sub silentio dicenda e s t ; ita quaecunque in missâ altâ, sive in chorosive inaltari c a n u n t u r , in missis etiam quœ sine cantu dicuntur, inteiligibili voce dicenda s u n t , ita ut ab iis qui missac intersunt possit aiidiri: praeterea Orate jratres , Nobis quoque peccateribus , Vax tecum , benedictio in line niissx, et evangelîuui sancti Joannisciim post missam dicitur in altari. Cetera vero secrète et sub sîlentio dicuntur, ita ut à circumstantibus minime audiantur.

ag4 s s . xv. A T VI. — D S E C D S P I R S R. U I N E E RÈ E L Nous voyons donc par la pratique des ordres religieux qui depuis plusieurs siècles ont porté par t o u t e la terre leurs missels, quel était l'usage des diocèses où ils ont été i n s t i t u é s ; ce qui montre en même temps d'un seul coup d'oeil l'usage universel de réciter une partie de la messe en silence.
D I

ARTICLE

VI.
e y

Témoignage des auteurs du XP XII > et XIII' siècle touchant le silence des prières de la Messe, en remontant jusqu'au dixième.

ÎNous ne trouverons pas moins dans les écrivains ecclésiastiques l'usage de réciter u n e partie des prières de la messe en silence, q u e nous l'avons trouvé dans les Constitutions et dans l'usage des ordres religieux. Le X I I I . siècle n o u s fournit u n grand n o m b r e d'auteurs qui parlent d e la liturgie. D u r a n d , évêque de Mende , qui écrivait en 1 2 8 6 , s'étend b e a u c o u p sur les raisons du silence des secrètes et du canon , qu'il appelle la grande secrète. U n e d e ces raisons est ( ) q u e le p r ê t r e doit imiter les prières secrètes q u e Jésus-Chris-t fit avant que de consacrer son c o r p s , et en s'offrant en sacrifice s u r la croix. Le lecteur peut voir les autres raisons dans le livre même qui est assez c o m m u n . Saint T h o m a s , dans sa Somme ( ) est fort court et fort expressif s u r ce point. 11 expose d'abord Pusasre de réciter secrètement le c a n o n ; secreto cornmernorat; et il m a r q u e ensuite la raison de ce qui se dit h a u t ou bas. Le p r é l r e dit publiquement ou
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(a) Dicitur sécréta, quia secrète et sub silentio dicitur ; Cbrïstus enîm ad consecrationem corporis sui venturus, secrète et solus orabat ab hora cœnac usque dum suspensus est in cruce. Rational lib. IF. c. 35. De sécréta vel canone missœ. (b) 3. part. q. 8 3 . art. 4.

DE I A MESSE DÀ2ÎS TOUS LES SlàCLES.

3

à voix h a u t e ce qui appartient au prêtre el au peuple; mais à l'égard de ce qui n'est q u e du ministère du p r ê t r e , comme l'oblation et la consécration, il doit le dire secrètement ; quœdatn verô pertinent ad solum sacerdotem , sicut oblaiio et consecratio ; et ideb quœ circà hœc dicenda , occulte à sacerdote dicuntur. Albert-le-Grand a fait un traité ( ) du sacrifice de la messe, où il parle au long du silence de la secrète et du canon ; et la principale raison p o u r laquelle il croit qu'on le dit secrètement et en silence, est afin d'inspirer plus de vénération pour les saints Mystères. Saint lîonaventure dit ( ) expressément dans son exposition de la m e s s e , q u e le canon doit être lu en silence ni trop vite ni trop lentement : Canon eninx discrète et sub silentio legendus est, discrète ut verba canonis nec nirnis velociter syncopando , vel nitnis protrahendo circumstanlibus generet tœ~ diwn. C'est l'Eglise qui a o r d o n n é ce silence: Ecclesia statuit ut canon dévote et sub silentio dicatur s etc. Guillaume d'Auxerre , théologien de P a r i s , qui vivait dans le même t e m p s , a laissé une somme théologique , ( ) qui est conservée dans les manuscrits de saint Germain-des-Prés , o ù d'abord après l'Oratefratres, il dit en parlant des secrètes, que ie prêtre prie à voix basse de peur d'avilir l'office de la messe, ou pour prier avec plus de dévotion , ( ) ou parce que Jésus-Christ s'éloigna un peu de ses disciples p o u r prier plus secrètement , ou eufm pour représenter le silence q u e Jésus-Christ observa dans sa passion. 11 vient ensuite au canon où il dit
a b c cl

(a) Tom. 2 1 . de sacrif. miss, tract. 3- c. 2. (b) Ronav. exposif. miss. T. Fit. part. 3. p. 73(c) Sutnma Guillelm. autisslod. theoi. Paris, deojficiis artic de missa.

divinis.

(d) Oratauteni [Sacerdos] vocedemîssâ nevilescatofficium mîssa\ vel ut devotiùs o r e t , vel quia Dominus elongatus est à discipulis quantum jactus est lapidis, ut secretiùs oraret; vel quia reprœsentatur silentium quod Dominus liabuit in passione.

296
a

DISS. XV. ART. Vr.

DU SILENCE DES PRIERES

( ) q u ' o n le récite secrètement pour plusieurs raisons , d o n t la dernière est q u e le secret ou le silence inspire plus de dévotion. Le X I I . siècle ne fournit pas moins de témoignages des prières de la messe faites secrètement ou en silence. Nous pouvons nous dispenser de lesrajv p o r t e r tous , et pour éviter la longueur , et parce qu'on peut les trouver facilement dans le livre des mystères de la messe q u ' I n n o c e n t III composa peu de temps avant que d'être élu pape en 1 j 98. Myst. Miss. lib. III. cap. 1 . Dans Jean h e l e t h : Divin, offie. cap. 46. Dans Hugues de saint V i c t o r : Erud. Theolog. de Myst. Eccl. cap. 7. Dans Honorius-lcSolitaire , Eco la tre d ' A u l u n : Gemma animée sea de anliq. Hit. Miss. lib. 1 . cap. i o 3 . Dans Etienne , évéq u e d ' A u t u n , qui parle'Irès-souvent des prières que le p r ê t r e fait en silence, prières qu'il fait ainsi pendant q u e le c h œ u r m ê m e garde le silence : Si/ente choro sacerdos incipit orare in silentio: 10 ce qui * doit être r e m a r q u é contre ceux qui s'imaginent que le urètre n'a été d é t e r m i n é à réciter tout bas les secrètes et le canon qu'à cause que le c h œ u r cont i n u e alors à c h a n t e r , et q u e le p i è t r e n e pourrait pas se faire entendre : l'usage ancien au contraire est que le p r ê t r e ne devait commencer les prières s e c r è t e s , et surtout le Te igitur, q u ' a p r è s q u e le c h œ u r avait fini de c h a n t e r ; silente choro. Ce silence du prêtre est tel qu'il le r o m p t à peine pour faire un peu e n t e n d r e Nobis quoque peccaforibus.l*) L ' a b b é U u p e r t , qui écrivait son traité des divins offices en 1 1 1 1 , suppose le m ê m e u s a g e , et ce qu'il dit mérite bien de n'être pas omis ici. 11 fait un chapitre exprès du silence après l'offertoire : De silentiopost offerendam , ou plu tôtpost offertorium,
e

(a) Canon secreto dicitur etc.... potest et dici quod sacerdos orat secreto causa devotîonis. (b) De Sacrant, alfar. Bibl. PP. tom. FI. col 977. (c) Cum dicitur Nobispeccalorihus, solet runipi silentium paululùm suppressa voce. Ibid. col. 380.

DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIKCIXÔ.
a b 9

2C)J

comme on lit dans un fort ancien manuscrit ( ): Le prêtre, ( ) dit-il , désire d entrer dans la solitude du silence.... se tenant dans le silence, et disant sur les oblations Voraison en silence, il prépare le saint sacrifice. Ce silence n'est i n t e r r o m p u que p o u r engager tous les fidèles à élever les cœurs à Dieu , et à se joindre aux esprits célestes p o u r célébrer ses louanges. Le profond silence recommence d'abord a p r è s , et il d u r e plus long-temps: Après ( ) le chant de la préface plein cf allégresse , dit encore l'abbé R u pert, suit l'histoire de la douleur secrète et la cause du profond silence. Car le prêtre célèbre la mémoire secrète de la Passion de notre Seigneur lorsqu'il impose le silence au chœur. C'est la coutume de quelques églises , ajoute-t-ii, de rompre ce silence en élevant un peu la voix pour dire Nobis q u o q u e peccatoribus. Citons encore p o u r le onzième siècle le Microloguc: Dicit sacerdos sub silentio , cap. 1 9 . sequitur sécréta Te i g i t u r , etc. cap. 2 3.
c

Albù

Je ne dois p?s o m e t t r e un fort beau sacramentaire d'Albi, qui paraît avoir été écrit avant l'an iroo , d o n t M. l'archevêque d'Albi , à présent archevêque de Toulouse , m'a fait la grâce de m'envoyer u n e c o p i e ; on y l i t : Sequitur oratio super oblata, quâ sub silentio compléta, etc. Hildebert du Mans exprima alors en vers tout ce qui se fait
(a) Ms. Colbert. ». 3G23. (b) Post lucc jam sacerdossîîentiîsolitudinem ex-petit... Tnsilentio stans et silenter super oblata dicens orationem, sanctum p r é parât saerilicium. RuperL de dio. O/'fic. t. 2. c. 4. (c) Post laîtam populi acclamalioncm [Ms. Colbert: exclamationem.] sequitur bistoria secreti mœroris et profundi causa silentii ; sécréta namque meinoria dominicac passionis est quaudiu choro silenlium indicit. Ibid. c. 5. (d) îMoris est plerisque ecclesiiscùmad id venlum est .Xohis qnof/nepeccatoribus famutis tuis, pauJulùm expressà voce silentium nimpere. Ibid. c. 14.

398

DISS. XV. ART. VI.

DTI SILENCE DES PRIÈRES

à la m e s s e , et les prières q u e le p r ê t r e doit faire secrètement : IIis ita prœmissis secreto presbyter orat, Sécrétas mcmoram assimilansque preces. Yves de Chartres qui écrivait dans le m ê m e temps, fait de merveilleuses allusions ( ) s u r le silence du p r ê t r e pendant l'oblation et le canon. II le voit entrer par ce silence, comme autrefois le grand-prêlre dans le Saint des S a i n t s , p o u r n'avoir d u r a n t quelq u e temps aucune communication avec le peuple. S'il sort u n m o m e n t du secret de sa p r i è r e pour inviter les fidèles à élever leurs cœurs à Dieu , c'est c o m m e Jésus-Christ qui interrompit sa prière secrète p o u r dire à ses disciples Veillez et priez. Le prêtre r e n t r e aussitôt dans u n plus long s i l e n c e , ('*) qu'il n e finit que p o u r demander au peuple de consentir et d'applaudir à toutes les prières quil a faites en secret en disant à voix haute : Per ornnia secula sec u l o r u m : à quoi te peuple répond: Amen. Comment trouver des expressions p l u s précises p o u r le silence, q u e celles qui ont élé déjà rapportées par tant d'auteurs q u e nous venons de citer ? 11 n'y a qu'à voir si ceux de notre temps q u i veul e n t que le canon soit récité à voix h a u t e , peuvent t r o u v e r des explications ou des interprétations qui r e n d e n t inutiles tous ces témoignages.
a

Nouvelle explication donnée aux témoignages des auteurs qui parlent de la récitation en silence. 1 )
e

L'apologiste de M. de V e r t , ou de la prononciation du canon à voix h a u t e , a c o n n u la plupart des témoignages de ces a u t e u r s . lueurs expressions
(a) De convenwtf. et novi sacrif.

(I>) Quibus laudibus tanquam de interiorîhus ad exteriora procédons , assensuni quœrit ecclesiœ sacerdos dicens sonora voce Per ornnia secitla seculorum. Supptet populus et respondet Amen. (c) Apologie de M» de V e r t , ou remarques critiques sur un livre de !U. de Vallemont, intitulé : Dissertation du secret des mystères. A Bruxelles, 1717.

DE LA MESSE DANS TOCS LES SIÈCIX*.

299

ont pour lui quelque chose de fort surprenant, et il croit, pour leur faire h o n n e u r , que le silence dont ils parlent doit être expliqué d'un ton opposé seulement au chant ; sans cela , il faudrait donc, dit-il, ( ) parler sans parler, prononcer sans prononcer , réciter sans réciter, parler et se taire en même temps. « Honoré d'Autun , reprend-t-il plus » bas, ( ) dit à la vérité qu'on récitait le canon dans » le silence ; mais se taire et réciter , encore un » coup , sont deux choses incompatibles. Il faut » donc nécessairement, ou appliquer le silence au » peuple qui écoutait sans rien dire autre chose » que les Amen* ou dire que cet évéque entend » seulement par ce silence un ton de voix uni et » modéré quil oppose au chant qui précède, » Etienne d'Autun , dit-il encore, ( ) qui vivait » un peu après Honoré, c'est-à-dire, vers le milieu » du XII . siècle,est entré visiblement danslesen» timent de son prédécesseur. Le silence et léchant » sont les deux contradictoires qu'il a en v u e : Si» lentium quod sequitur illum concentum , Sanc» lus, etc. désignât cerlam memoriam instantispas» sionis , Jésus autem fam non palàm ambulabat. » Et ce n'est même qu'aux assistans qu'il impose » silence, selon le texte que l'auteur en rapporte. » Tout étant en cet é t a t , !e chœur est dans le si» leuce, et le prêtre commence à prier, dans ce si» lence du peuple et non le sien , puisqu'il s'agit » d'une prière vocale où tout le monde est inlé» ressé. Faire garder le silence au célébrant, dans » le sens du nouveau système, c'est donner dans » une contradiction manifeste , à moins qu'on ne » l'explique par un ton de voix bas et uniforme, » qui peut en quelque sorte être appelé silence par » rapport au chant auquel il succède. »
a b c e

RÉFLEXION.

Comment concevoir qu'après que tous ces au(a) P. 106. (b) p.

222.

(c) P. 224.

3 û O DISS. XV. AUT. VI.

DU SILENCE DES PRIERES

leurs ont dit en tant de manières différentes que les prières q u e le prêtre fait en silence , représentent les prières secrètes de Jésus-Christ qui n étaient entendues de p e r s o n n e , il n'y a qu'à dire que ce silence est un ton haut opposé seulement au chant ? Comment opposer cette voix haute au chant dans u n e messe basse où Ton ne chante rien ? L'apologiste pouvait-il ignorer q u ' o n peut parl e r , r é c i t e r , p r o n o n c e r d'une voix si basse qu'on ne soit point e n t e n d u des assistons , et q u e celte voix s'appelle u n e prononciation en s i l e n c e ; qu'on p e u t dire q u e l q u e chose très-distinctement à l'oreille d'une p e r s o n n e , sans que les voisins l'entend e n t ; qu'on voit dans l'Évangile Marthe parler ainsi à Marie sa s œ u r en silence : SL N I D E S , MaI E TO I N C gister adest et vocal te ; et q u e l'Évangile appelle silence ce qui s'était dit à voix étouffée, dit saint Augustin , vocem suppressam sdentium nuncupavit, tract. 4Q. in Joan. n. 1 6 . ; et qu'enfin il y a tous les jours aux églises des personnes pieuses q u i récit e n t des prières vocales sans i n t e r r o m p r e ceux qui sont a u t o u r d'elles?Ces personnes p r o n o n c e n t trèsréellement et prient en silence , c o m m e faisait Judith dans la tente d'IIolopherne, où elle ne voulait être e n t e n d u e de p e r s o n n e ; orans cum lacrymis et labioruni rnotu in silentio dicens, etc. Judith xur. 6. Si la récitation des prières était incompatible avec le silence , comme le veut l'apologiste, que feraient d o n c des personnes , des ecclésiastiques , par e x e m p l e , qui se trouvant dans un même lieu, auraient différentes prières à réciter ?Ne pourraientils pas réciter chacun leur office sans s'interromp r e les uns les a u t r e s , et le réciter ainsi en silence, p o s é m e n t , distinctement en s'cnlendant eux-mêmes, sans être entendus des voisins. Faudrait-il qu'en leur disant de réciter en silence ils comprissent qu'ils doivent réciter d'un ton haut o p p o s é seulement au c h a n t ? lisseraient bien s i m p l e s , s'ils l'entendaient ainsi,

DE TA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

3or

et s'ils s'exposaieut à prendre ciiacun ce ton haut qui les troublerait les tins les autres. Voilà cependant tout le dénouement' de l'apologiste. Si Ton excepte de son livre ce qui est personnel contre Tauleur du secret des m y s t è r e s , tout le reste se réduit àde pareilles explications ou i n t e r p r é t a t i o n s ; aussi ne saurait-on y trouver quelque preuve apparente Je son sentiment. Rapportons ici ce qu'il oppose , et qui pourrait d e m a n d e r quelque éclaircissement.

P E I R OBJECTION. R MÈ E
H u b e r t , archevêque de Cantorbéry , M ordonna dans un Concile, où il présida à L o n d r e s en n o o , < Que dans la célébration des saints Mystères , tous r » les prêtres eussent à p r o n o n c e r r o n d e m e n t et » distinctement les paroles du canon de la messe : * Salubriprovisione Concilii, ut à quolibetsacerdote » célébrante verba canonis rotundè dicuntur et ho» nestè. » Ce qu'il ajoute immédiatement après dans le » même décret est décisif. Il déclare qu'il entend » qu'on récitera aussi les heures et les autres offi» ces clairement et d i s t i n c t e m e n t , sous peine de » punition ; sirniliter et o/nnes korce et ornnia of» ficia apertè et distincte dicantur. Il ne reconnais» sait donc q u ' u n même ton clair et distinct pour » le canon et p o u r les autres offices. » Richard P o o r e , évéque de Salisbury, PO adopta » et inséra mot p o u r m o t le décret du Concile de » Londres dans les Constitutions qu'il fit en 1 2 1 7 . » Le Concile d'Oxford, tenu en i a a a , o r d o n n e » aux prêtres de p r o n o n c e r entièrement et parfai» tement les paroles du c a n o n , s u r t o u t lorsqu'ils » en sont à la consécration du corps de notre Set» gneur Jésus-Christ; M verba quoque canonis , » prœsertim in consecratione corporis Christiplenè » et intégré proférantur.
(a) Apologie de J/. de Vert. p. 226. (b) Pag. 22S.

(c) Can. G.

Soi

D1S5. XV. ART. VI. — D U SILENCE DES PRl£RE9 ,
a

» » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

» E n 1 2 8 9 le Concile d e C i c e s l r e , ( ) ou Chtchtster en A n g l e t e r r e , o ù présida l'évêque Gilbert, e n c h é r i t s u r cette l o i , et parla encore plus positiveinent. Il commence d'abord par recommander aux ecclésiastiques l'assiduité à l'office, puis il leur o r d o n n e de p r o n o n c e r haut et distinctem e n t tout ce qu'ils sont obligés de lire à l'office, ou dans les mystères qu'ils c é l è b r e n t , afin d'exciter p a r là la piété dans le c œ u r des assistans: Quœ autem tractant vel léguât distincte profèrant et apertè. » U n synode de Iîayeux, ( ) tenu en i3oo , ord o n n e aux p r ê t r e s , sous des peines rigoureuses, ( ) de célébrer l'office divin de la nuit aussi bien que du j o u r , d i s t i n c t e m e n t , d ' u n e voix h a u t e et dévoteraient; districtè prœcipimus ut sacerdotes diviiium officium nocturnum pariter et diurnum distincte et apertè célèbrent et devotè. La messe n e fait-elle pas la principale et la plus auguste partie de l'office du j o u r ? Aussi ce synode , loin de l'eu e x c e p t e r , semble l'avoir eu principalement en vue. »
f b c

RÉPONSE.

La traduction de tous ces endroits é t a n t rectifiée, il n'y a rien dans tous ces témoignages , q u i ne puisse et qui ne doive ê t r e toujours dit à ceux q u i , suivant la r u b r i q u e du m i s s e l , récitent le canon sans faire e n t e n d r e la voix aux assistans.il ne s'agit point ici de la prononciation h a u t e ou basse ; car ce que disent ces synodes regarde la récitation du bréviaire en p a r t i c u l i e r , aussi bien q u e celle des prières de la messe. Or on n'a jamais exigé ni prétendu q u e les ecclésiastiques q u i disent l'office en leur p a r t i c u l i e r , le récitent à voix haute. Il n e s ' a g i t q u e d ' u n e prononciation ouverte , articulée , distincte. Le Concile de Bâle et divers autres tels q u e ceux de Sens en i/|6° et i 4 8 5 , l'expliquent nettement
(a) Pag. 231. (b) Pag. 235. (c) Can. 3. fil) Art. 1. c. t. conc. I. XilL col. 172G.

ÏTE LA. MESSE DÀlfS TOUS LES SIÈCLES,

3o3

en ces termes : Ceux qui veulent faire des prières agréables à Dieu , ne doivent pas les faire dans le gosier, ou entre les dents, en mangeant ou abrégeant les mots, ou les interrompant par des causeries ou par des ris ; mais soit qu'ils prient seuls ou en compagnie, ils doivent réciter Voffice du jour ou de la nuit avec révérence et par des paroles distinctes. Tout est ici d'une trop grande conséquence p o u r ne pas m e t t r e en original les termes mêmes d u Concile: Admonet sancta Synodus, ( ) si orationes suas Deo acceptas fore cupiunt, ut non in gutture , vel inter dentés, seu deglutiendo aut syncopando dictiones nec colloquia , vel risus intermiscendo , sed sive soli, sive associati diurnum nocturnumque officium reverenter , verbisque distinctis peragant. Réciter d u gosier, c'est réciter sans articuler les mots: réciter entre les dents , c'est les articuler à moitié en en mangeant u n e partie ou les précipitant. Il faut articuler les paroles , et p a r conséquent les syllabes distinctement. C'est ce q u e les synodes rapportés dans l'objection expriment par aperiè et distincte. La prononciation ouverte est une p r o n o n ciation articulée p r o d u i t e p a r l'ouverture de la bouche et le m o u v e m e n t des lèvres ; et l'on sait bien ue cela se fait, q u a n d on v e u t , sans faire entoure a u c u n son. L'objection n'est donc fondée q u e sur la mauvaise traduction de l'apologiste q u i traduit mal à propos : réciter Voffice d'une voix haute et distincte, au lieu qu'il faut t r a d u i r e : réciter Voffice en articulant distinctement et dévotement ; ce qui doit ê t r e toujours observé par les prêtres cpii récitent les paroles d u canon sans faire entendre leur voix aux assistans.
a

3

SECONDE OBJECTION.

» Le cardinal Jacques G a ï e t t e , ( ) neveu de Bonite) Conc. Basil, sess. 21 .Num. 5 de horiscanonicis (b) ApoU 240. extra chorum.

b

3o4

DISS. XV. AUT. Vï.

DU SILENCE DES PRIÈRES
t

» lace V I I , et qui écrivait encore sous Clément VT * élevé au souverain pontificat en i34^ i nous ap> » prend , dans son Commentaire s u r Tordre ro» m a i n , q u ' o n pouvait chanter ou réciter bas à sa » volonté les oraisons q u ' o n appelle s e c r è t e s , di» cant sécrétas orationes, sive cum cantu, sive sub~ » misse : preuve i n c o n t e s t a b l e , i°. Q u e le chant et » la voix basse o u o r d i n a i r e , étaient les deux con» tradictoires , et q u e ce terme submissè n'exclut » absolument q u e le chant. a°. Q u e ce n'était point » la c o u t u m e ou la règle établie dans l'église ro» maine d'observer le silence impénétrable de no» tre d o c t e u r , p u i s q u ' o n avait la liberté de chan» ter les secrètes. »
REPONSE.

Cette objection n'a p o u r fondement q u ' u n e infidélité et u n e inadvertance. L'infidélité consiste en ce q u e dans Tend roi t cité ( p . 3o3 et non 3o5) on n e lit pas tout de suite : ( ) Dicut sécrétas orutionés sive cum cantu, sive submissè ; mais on lit: Dicat sécrétas orationes correspondentes illis , quas anteà dixit sive cum cantu, sive submissè; c'est-àdire , comme on le voit dans toutes les r u b r i q u e s , qu'il dise a u t a n t de secrètes qu'il a dit de collectes avant Tépître , soit qu'il les ait chantées ou qu'il les ait dites à voix basse. O r cet ordo a m a r q u é , p . 5 9 7 , 2 9 8 , q u e le Pontife après avoir dit : Pax vobis, et chanté les collectes , il p o u r r a dire tout bas deux autres o r a i s o n s , u n e p o u r lui et l'autre p o u r les m o r t s ; et postquam dixerit orationes dicendas cum nota, poterit dicere submissâ voce duas orationes, unam pro se , etc. Cela s u p p o s é , il doit dire a p r è s VOratefratres a u t a n t d'oraisons secrètes qu'il a dit auparavant de collectes , soit qu'il les eut chantées comme à l'ordinaire , soit qu'il en eut ajouté quelques-unes à voix basse par une dévotion particulière. O n n e p e u t r a p p o r t e r ces m o t s sive
a n

(a) Mus. liai

Tom. F>

D L M SE D N T U L S SÈ L S 3o E À ES A S O S E I C E .
cum cantu aux oraisons secrètes q u e p a r u n e méprise qui doit être dissipée n o n - s e u l e m e n t par ce qui précède, mais encore par ce qui s u i t , p u i s q u ' o n y lit, qu'après avoir dit les secrètes le pontife élève sa voix en les finissant : Postquam dixerit sécrétas orationes , elemtâ voce, dicat : Per ornnia, elc. comme on le lit dans tous les missels r o m a i n s , qui suffiraient seuls en cet endroit p o u r lever le d o u t e , s'il y en avait q u e l q u ' u n de réel. «I •• " ———— — — ———f — ARTICLE
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VII.

Plusieurs prières récitées secrètement à la M esse dans toutes les Eglises chrétiennes qui ont conservé leurs Liturgies. réciter u n e partie des prières de la messe en silence , est si c o n s t a n t , si ancien et si universellement a u t o r i s é , qu'il n'y a p o i n t d'églises chrétiennes o ù il n'ait été observé j u s q u ' à p r é sent. On sait qu'il 'peut y avoir des rites différens à cause de la diversité des l i e u x , des temps et des personnes , qui tendent p o u r t a n t toujours à la m ê m e , fin. On sait q u e la variété des rites de l'Eglise est l'ornement de .la robe de l'épouse que la diversité fait briller. Q u o i q u e sa gloire lui vienne principalement d u d e d a n s , elle doit aussi éclaterai! dehors jusques aux franges de sa r o b e : mais ou doit encore savoir q u e ces variétés se t r o u v a n t en différens temps et en différens lieux , il ne dépend pas de quelque particulier de suivre p a r t o u t le rit qui lui pl.ut davantage. Il faut se conformer à celui de l'église où Ton est. Q u o i q u e la consécration ait pu se faire autrefois indifféremment en pain levé ou en pain a z y m e , et q u e les Grecs aient préféré l'usage

LU A E de 'SG

4.

20

3oG orss. xv. A T vu.—DU S E C D S pnri:iu:s R. I NE E L du pain levé , il ne nous est pas permis de nous on servir à l'Autel. Chaque église doit suivre son rit particulier : ainsi quand même l'église grecque ou q u e l q u ' a u t r e église d'Orient ferait dire toute la messe à voix h a u t e , comme quelques-uns le supposent sans l'avoir e x a m i n é , il ne serait pas pour cela convenable de suivre ce rit préférablement au n o t r e . Mais ce qu'il y a ici de particulier , c'est que ceux q u i veulent dire toute la messe à voix haute, n e peuvent pas même s'autoriser du r i t de l'église g r e c q u e , ni d'aucune a u t r e église du m o n d e chictien. Il est certain q u e p a r m i les Orientaux une par* tie de la messe se dit à voix basse. Q u o i q u e ces pa* rôles , Ceci est mon Corps , se disent à h a u t e voix, ils d i s e n t à voix basse d'autres paroles qu'ils croient c o n t r i b u e r a la consécration. Et nous pouvons dire p r é s e n t e m e n t à ceux à q u i l'usage ou la discipline des prières secrètes ne plaît pas , ce q u ' o n disait dans le onzième siècle aux Béreuçariens s u r l e dojym e de l'Eucharistie : C o n s u l t e z , leur disait-on , toutes les n a t i o n s , et vous apprendrez qu'elles croient t o u t ce q u e nous croyons. Disons ici de même sur ce point de discipline : Voyez toutes les liturgies du m o n d e chrétien, et vous y trouverez qu'il est m a r q u é q u e le prêtre prononce u n e partie des prières secrètement. On vient de le voir dans toutes les églises latines en r e m o n t a n t jusqu'au onzième siècle. Cela n'est pas moins évident dans les liturgies du patriarchat de Constanlinople. On ne saurait ouvrir les liturgies q u i y sont en usage , qu'on ne voie presque à chaque page ( ) la différence de ce q u i se doit dire en secret ^w*5*, d'avec ce qui se doit dire à haute voix \x.<pwas Ces t e r m e s ne sont pas équivoques : eephonos signifie un son e x t é r i e u r , un son qui se fait e n t e n d r e au d e h o r s ; et le terme opposé mysticos, en mystère,
a

(a) On lit dans l'édition de Démétrius Ducas trente fois et guère moins daus celle du P. Goar.

secretà,

3<>7 en secret, signifie p a r c o n s é q u e n t u n e prononciation qui ne se fait point e n t e n d r e , s i ce n'est du prêtre même et des ministres q u i se tiennent a u t o u r de lui à l'autel. S'il fallait des arbitres p o u r j u g e r de cette explication du terme mysticos, on en aurait un bort n o m bre qui l'autoriserait. Le cardinal Bellarmin (») en a montré la vérité contre Chernnitius W qui voulait que la récitation m y s t i q u e des prières n e fût pas une récitation faite en silence. Le cardinal Du Perron ( ) explique ces termes de même q u e Bellarmin : Les Grecs , d i t - i l , opposent les oraisons qui se disent mystiquement, c'est-à-dire, secrètement, twïtx&t à celles qui se disent ifc<pûw , c'est-à-dire , à haute voix, prenant là le mot de mystique pour secrète et occulte. Cette explication est autorisée par toutes les traductions latines où on Vit secreto on tacite, au lieu de mysticos. Démétrius Ducas de C r è t e , qui le premier a d o n n é la liturgie de saint Chrysostôme avec une traduction latine i m p r i m é e à Venise en i5a8 et en 1544 * traduit jamais le m o t ecphonos q u e par cum voce, et le m o t mysticos q u e p a r secreto; ce qui m o n t r e bien q u e p a r secreto il entendait u n e prononciation opposée à u n son de voix qui se fait entendre. La même explication est autorisée par le cardinald Bona W et p a r M, l'abbé R e n a u d o t , qui ont été si versés dans les liturgies. Elle l'est par u n auteur Grec aussi habile q u e l'était Cabasilas, dont Gentien Hervet a t r a d u i t VExposition de la liturgie: on y voit q u e le prêtre é t a n t à l'autel fait des prières si secrètement q u e n u l des assistans ne p e u t les entendre : Prius ( ) enim ad altare , et apud se, et
DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.
c n e c

(a) De miss. lib. 2. cap. 12. (b) Kxam. décret. Conc. Trid. part. 2. (c) Traité de PEucharistie, liv. i.pag. 261. (d) Grxci item atiquot titursiae orationes secreto legunt, ouarum postremam clausulam voce dard pronuntiant, ut ab omnibus au* dialur. fier, liturg. ilb. 2. cap. 9. n. G. (e) Cabas, exposit. liturg. c. 53. p* 157.

ao.

3oR

DISS. XV. AUT. VII.

DU SII.Ï-tfCE DES PltllUlES

nullo audiente ad Deutn ititentus oral : nunc autem ab ahuri egressus et in medio populi existens, om* nibus audientibus, pro ecclesia et omnibus fidelibus communem Jacit orationem. Et sans recourir à des a u t o r i t é s , u n e seule réflexion peut m o n t r e r q u e le mot mysticos ne désigne pas une oraison q u e le peuple doive e n t e n d r e . Il n y a en effet qu'à faire attention q u e la rubrique mysticos n'est jamais (ointe à une prière à laquelle les fidèlesdoivent r é p o n d r e ; e t q u e q u a n d ils doivent e n t e n d r e la conclusion et y répondre , alors la rub r i q u e ecphonos y est j o i n t e , afin q u e le célébrant la prononce à haute v o i x , comme nous faisons au Per omnia secula sec. de la secrète et d u canon, et q u e le peuple réponde Amen. T o u t cela supposé , on n'a qu'à voir la liturgie de saint Basile ou de saint Chrysostôme. ( ) Si on veut jeter les yeux s u r celle de saint Basile qui est traduite en latin , insérée dans la Bibliothèque des P è r e s , on y trouvera dix-neuf fois secrète. Dans la liturgie des Cophtes ( ) il y a plusieurs oraisons dites secrètement avant m ê m e la préface et le canon : Oratio post evangelium secrète dicenda. Oratio veli secreto. On a vu que les Ethiopiens ont les mêmes liturgies q u e les C o p h t e s , et qu'ils se conforment à leurs usages. Les Syriens ont aussi un grand n o m b r e d'oraisons secrètes ; et l'on doit observer par rapport à tous les Orientaux, i ° . Qu'ils en disent beaucoup secrètement, q u o i q u e cela ne soit pas m a r q u e dans la liturgie; parce q u e , c o m m e nous l'avons dit plus h a u t , on ne mettait pas autrefois les r u b r i q u e s dans les missels. 2 ° . Que quand on lit dans les missels de la plupart des Orientaux : le prêtre dit étant incliné, cola veut dire aussi qu'il récite à voix basse secrètca b

(a) mblioth. PP. tom. VU p. t. (h) Litura. or. L t. iwg. 8. 9 cl 26.

DE LA. MESSE BANS TOUS LES SIÈCLES.

3oQ

ment. On le m a r q u e quelquefois assez précisément, ainsi qu'on le voit dans la liturgie traduite par M. Renaudot ( ) : Inclinatar coram mensâvitœ, et dicit secreto. Ce qui a fait faire encore cette remarque au même a u t e u r q u e parmi les Syriens le mot qui signifie inclination répond au mysticos des Grecs; Orationum ( ) , ut apud Grœcos, aliquœ elatâ voce dicuntur, alhe secret à, et cum inclinatione, quce ita notantur, T LT , elevatio vocis, et G E N O , incliAIO HE T natio : et illœ formulée respondent grœcœ et
a b

Cette explication des mots incliné et inclination pour signifier les oraisons qui doivent ê t r e dites à voix basse en s i l e n c e , a été donnée depuis mille ans par le célèbre Jacques-le-Syrien, évéque d'Edesse, n o m m é le Commentateur ou VInterprète ; car dans son explication de la liturgie des Syriens, q u e nous avons donnée d'après M. Asseman ( ), il nous apprend q u e ' p o u r m a r q u e r ce qui doit se réciter secrètement, on dit indifféremment eu inclination ou en silence, parce q u ' o n j o i n t ces deux pratiques du silence et de l'inclination, in silentio, h o c e s t , in inclinatione.Jacques d'Etlesse avait r a p p o r t é dansson explication de la liturgie plusieurs raisons du secret et du silence, mais elles sont seulement indiquées par u n Et cœtera dans u n e copie q u e Denys Barsalibi, S y r i e n , en avait faite au X I I . siècle, d'où M. Asseman Ta tirée. 3°. Il faut encore r e m a r q u e r q u ' o n récitait anciennement u n plus grand nombre de prières secrètement; car c o m m e n o u s le verrons plus b a s , l'empereur Juslinien souhaita qu'on dit la liturgie à vofx haute : mais la plupart des évéques et les p r é Ires ne le satisfirent q u ' e n partie , c o n t i n u a n t toujours d'en dire une b o n n e partie secrètement. Les Arméniens, c o m m e presque tous les autres Orientaux qui se sont accommodés à cet usage de
c e

(n) t.lhtrg. or. /. 2. p. 2 1 . fh) fbrct. t. 2. p. OS. (:': ISibL or. Asseman. t. l.p. 180.

3 1 0 DISS. XV. ART. VII.

DU SILENCE DES PRIÈRES

la liturgie de Constantinople o n t p o u r t a n t conservé t a n t de prières secrètes, qu'on t r o u v e vingt-cinq fois secreto dans leurs liturgies q u e nous venons de d o n n e r tout entières. 00 Les Nestoriens ( ) disent aussi un g r a n d nombre d'oraisons secrètement. Dans leur liturgie ordinaire, on lit cinq lois Sacerdos dicit secreto avant la préface. La consécration se fait absolument en silence. Les fidèles ne r é p o n d e n t q u ' à la conclusion q u e le prêtre dit à haute voix. Le diacre avertit les assistans de ne prier q u e m e n t a l e m e n t , p e n d a n t q u e le prêtre fait les prières de l'invocation et de la consécration ; in mentibus vestris orale fratres nobiscurn. C'est ce q u ' o n lit dans la liturgie c o m m u n e , pag. Dans la liturgie, de Théodore , pag. 4 4 9 > tous sont avertis par le diacre d'élever leur esprit au ciel, et de se tenir en silence, c o m m e on le lit dans la messe des Chrétiens d u Malabar, qui est celle des Nestoriens xAttendite ( ) his quœ aguntur, tremendis mysteriis quœ consecrantur. Sacerdos accessit ut oret, oculos vestros deorsum démit tit e, et mentem vestram diligenter curate in cœlum levure : petite et obsecrate hoc tempore : nemoque loqui audeat; et qui oral, corde oret : in silentio et tremore permanetexpax nobiscurn. Le canon d e l à liturgie des Nestoriens n'est point i n t e r r o m p u par a u c u n amen,a\r\$\ q u e nous a u r o n s lieu de le voir plus bas. C'en est assez présentement p o u r être convaincu qu'il y a b e a u c o u p de prières qui doivent être dites secrètem e n t dans les liturgies des O r i e n t a u x , aussi bien q u e dans celle des Latins. Venons a u x raisons de ce secret ou de ce silence.
b c

(a) XL Dissert t. 3. (b) Liturg. or. t. 2. pp. 587. 588. 589. 590. (e; Ibid, pp. 003 et 604.

DE LA MESSE DAffS TOUS LES SIÈCLES*

3ll

ARTICLE

VIII.

Raisons mystérieuses du silence du canon tirées des Pères et des Conciles- D'où vient qu'on laisse à présent entre les mains des fidèles le canon qu'on leur cachait autrefois.

IL faut avouer que plusieurs auteurs ont souvent donné d'assez mauvaises raisons de ce silence; tantôt ils les ont prises du silence des Apôtres qui n'osaient ni parler, n i s é montrer durant le temps de la passion : tantôt de l'inaction des saintes femmes qui n'allèrent pas au tombeau de Notre-Seigneur le jour du sabbat ( ) * et quelquefois ils ajoutent , d'autres raisons qui ne paraissent pas plus convenables. Ce qu'il peut y avoir seulement de fâcheux, c'est que ces raisons si peu fondées sont appelées des raisons mystiques, et cela est cause que la plupart des personnes d'esprit et de discernement font fort peu de cas de tout ce qu'on appelle mystique. Cependant l'Eglise, après les Apôtres et les hommes apostoliques, nous fait toujours entendre que parmi plusieurs usages que la commodité et la bienséance ont introduits, et dont il est inutile d'allé* guer des causes ou des raisons étrangères et forcées, il y a aussi des rites et des usages qui sont véritablement tirés du fond des mystères, quoique tout le monde ne les découvre pas. La religion est pour ainsi dire tout environnée de mystères; et il n'est pas surprenant qu'elle les fasse quelquefois révérer par des signes extérieurs. Si quelques personnes ne vont pas jusqu'à la vraie raison qu'elle a eu en vue, elle ne leur reproche pas leur peu de pénéa

(a; Sabhato quideni siluerunt. Luc. x x u i . 56.

3 12 DISS. XV. AUT. VIII.

DU SILENCE DES PRIÈRES

tration , et d'ailleurs elle ne blâme pas les efforts [u'on fait pour s'élever au-dessus des s e n s , et pour aire admirer les usages de l'Eglise aux personnes d o n t la portée n'est pas plus é t e n d u e q u e la leur. Mais aussi l'Eglise a toujours des personnes qui savent entrer dans les raisons des m y s t è r e s , et qui peuvent faire apercevoir comment plusieurs rites qui paraissent indifférens , en sont p o u r t a n t des expressions et des images. Tâchons d'exposer ici les raisons mystérieuses du silence prescrit pendant la m e s s e , que les auteurs versés dans l'antiquité e l l e s conciles ont tirées du fond même du mystère. La première raison est tirée de la sublimité du mystère de l'Eucharistie, et delà profondeur même des prières de la consécration ou du canon. Plusieurs laïques n e sont pas en état de p é n é t r e r dans tout ce qu'il y a de grand dans ces prières , et l'Eglise a mieux aimé d u r a n t longtemps laisser à ses ministres le soin de leur développer ce qu'ils jugeraient a propos , plutôt q u e de réciter le cation tout h a u t , ou de le leur laisser e n t r e les mains. 11 a paru raisonnable aux anciens Pères de l'Eglise , qu'il y eût de la différence e n t r e le sacrificateur et les assistans , entre les ministres sacrés et le peuple. Il est j u s t e en effet qu'il y ait de la différence entre celui qui préside à l'assemblée pour consacrer le corps adorable de n o t r e Seigneur, et ceux p o u r qui il l'offre. Rien ne p e u t ê t r e caché au p r e m i e r ; et il convient aux autres de n'apercevoir ce qui se dit et se fait de grand dans les saints Mystères, qu'avec u n e obscurité et un secret qui peuvent souvent exciter plus efficacement leur c r a i n t e , leur respect et leur a d m i r a t i o n , q u e ne p o u r r a i e n t le faire les expressions les plus vives. On ne laisse pas toucher aux laïques les vases sacrés qui sont entre les mains des ministres de l'autel : l'Eglise a cru de même qu'il était à propos de ne pas p o r t e r j u s q u ' a u x yeux ni aux oreilles des

?

DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.
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31 3

fidèles les saintes prières du canon de la messe, qui servent à la consécration. Le Pape Nicolas 1 . nous apprendra plus bas qu'on ne met pas le livre d u Jugement des ecclésiastiques, touchant la pénitence entre les mains des l a ï q u e s , parce qu'ils n'ont point le pouvoir de j u g e r , et qu'il en est de m ê m e du livre qui sert à la célébration des messes. Ce secret dans lequel l'Église voulait garder le canon de la m e s s e , n'est plus d'usage du moins dans l'église de France. Les blasphèmes q u e les novateurs osèrent proférer il y a plus de deux siècles, dès la naissance de leur hérésie , c o n t r e les prières de la m e s s e , l'ont obligée de les m e t t r e dans u n grand j o u r , et d'en accorder la lecture à tous les fidèles. Si elle les leur cachait a u p a r a v a n t , à cause de la profondeur des mystères q u e ces prières renferment, et q u i est au-dessus de leur capacité, elle a eu lieu dans ces derniers temps de se persuader que la lecture de ces prières ne pourrait pas manquer de les édifier, et q u e l'obscurité m ê m e qu'ils v trouveraient leur donnerait lien d'admirer et d'àdorer la g r a n d e u r incompréhensible de ces mystères. Elle a p u voir q u e ces p r i è r e s , semblables aux Ecritures saintes, porteraient toujours avec elles la dignité de leur s e c r e t , dans la difficulté d'en pénétrer tout le s e n s , et qu'elles se feraient respecter, comme saint Augustin respecta l'obscurité de l'Écriture , lorsqu'il en e u t e n t e n d u développer quelques difficultés. » » » » » » » » « Depuis q u e j ' e n eus e n t e n d u , dit ce P è r e , expliquer plusieurs endroits en des sens très-raison-* n a b l e s , j ' a t t r i b u a i s à la profondeur des mystères qu'elle contient les prétendues absurdités que je pensais y avoir trouvées , et qui avaient c o u t u m e de me c h o q u e r . Et son autorité m e semblait d'autant plus digne de f o i , plus sainte et plus vénérable, que d'une p a r t elle est simple p o u r le style, et p r o p o r t i o n n é e à l'intelligence des lecteurs les

3 1 4 DISS.

x v

- ART. VU!.

DU SILENCE DES PRIÈRES

» plus simples et les moins habiles ; et q u e de Fau» ire elle r e n f e r m e , d a n s le sens caché sous Fécorce » de la l e t t r e , la sublime dignité de ses mystères » secrets, s'exposant ainsi aux yeux et à la lecture ) de tous les h o m m e s par des termes très-clairs, > » et par des expressions très-basses et très-ordinai» res , et exerçant en même temps tout l'esprit et » toute la capacité de ceux qui o n t une plus haute » lumière et une vue plus perçante.» ( ) Cette réflexion de saint Augustin devrait faire penser à quelques personnes qu'elles p o r t e n t trop loin la publication du c a n o n , en le mettant sans explication et sans aucun ménagement entre les mains de toutes sortes de g e n s , et souvent dans des livres qui n ' o n t aucun rapport à la messe. Comme saint Augustin ne se trouva véritablement édifié des grandeurs cachées dans l ' E c r i t u r e , q u e quand il les entendit d é v e l o p p e r , on doit considérer qu'il en est de même du canon , et qu'on ne peut le donner utilement aux fidèles qu'en leur en développant les sens sublimes. C'est dans cette vue qu'on m'engagea à d o n n e r le Manuel ( ) pour la messe, on courte explication des prières et des cérémonies pour entrer dans l'esprit du sacrifice. Quand on y fera attention , on verra combien il est i m p o r t a n t de ne pas d o n n e r le canon aux laïques sans y j o i n d r e des explications qui leur inspirent le respect qui lui est dû.
a b

Quoi qu'il en soit, lorsque l'Eglise donne aux fidèles la consolation de méditer à loisir les divins mystères que les prières du canon renferment, elle ne change rien dans la discipline qu'elle a prescrite
(a) Jam enim , absurdilatem qua* me in illis litteris solebatoffend e r e , cum multa ex eis probabiliter exposita audiissein , ad sacramentorum altitudiuem referebam, eôquc mihi illa venerabilior et saurosanctà fide dignior apparebat autoritas , quo et omnibus ad legendum esset in prointti et secretî sui dïgnitatem in iiitellcctu prbfmidiore servaret, verbis apertissimis et luimillimo génère loqueiidi seeimctis praîbpns et e\ercens intentionem eoruin qui non sunt tev(»s corde. Contes*• iib. fi. cap. n. 8.
(li) A P a r i s , c l i c / O e L u i l a e , 1 7 1 » .

DE LÀ. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

3 I5

touchant le silence avec lequel les prêtres doivent le proférer à l'autel, parcequ'elle a d'autres raisons de ce silence tirées du fond même des mystères. Eu effet une seconde raison du silence est que tout ce qu'il y a de plus grand et de plus auguste dans le saint sacrifice, se passe en secret et en silence. L'opération du Saint-Esprit qui change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ, ne tombe point sous les sens. Ce divin Sauveur, qui prend réellement u n corps sur l'autel, qui s'offre, qui prie et qui s'immole, n'est ni vu , ni entendu des fidèles. M N'est-il donc pas bien c o n v e n a b l e , comme dit un très-ancien a u t e u r , q u e pendant ces saints mystères l'Église exprime par un profond et religieux silence, l'admiration de ce q u e Dieu y opère si s e c r è t e m e n t ? Une troisième raison du silence est tirée de l'essence du mystère même de la prière. Nous ne devons prier que p o u r u n i r a Dieu nos esprits et nos cœurs. La prière consiste essentiellement dans cette union et dans le désir de la vie bienheureuse. T e nez toujours votre c œ u r uni à Dieu , disent les Pères : désirez toujours les biens éternels , et vous prierez toujours. Or cette union avec Dieu est toute intérieure et toute s e c r è t e ; ce désir de la vie future ne se voit p a s , ne tombe point sous les sens : d'où vient qu'il nous est si souvent r e c o m m a n d é de prier dans le fond du c œ u r , en secret et en silence. NoIre-Seigneur a prié ainsi plusieurs fois. Et pourquoi n'observerions-nous pas ce silence pendant une partie d u temps qu'on donne à la liturgie, surtout pendant la prière ou le canon q u e les Pères ont souvent appelé tout c o u r t et par excellence la prière? Divers a u t e u r s , depuis le I X . siècle, ont tiré cette raison du fond du mystère de la p r i è r e , et il est évident qu'ils l'ont apprise dans saint Cye

'n) î'cfns pag. US.

exposit.

Miss.

ap.

Martenne,

deanliq.

EccLriLL

1.

3 16

DISS. XV,

A.HT. VIII.

DL

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SILENCE DES

P 1ERES U

p r i e n , qui justifie et r e c o m m a n d e p e n d a n t le divin sacrifice la prière du c œ u r à laquelle la voix n'a point de part : Quia ( ) Deus non vocis, sed cordis audit or est. A cette raison tirée de saint Cyprien on pont ajouter avec saint Augustin q u e cette manière de parler à Dieu en s e c r e t , est fondée sur le modèle de Dieu m ê m e qui parle à nos c œ u r s en silence, et qui y parle d'autant plus fortement que nous faisons taire tout ce qui est en n o u s . ( ) Q u a t r i è m e m e n t : q u e l q u e soin qu'on prenne d'instruire les fidèles du saint Sacrifice de la messe, il y aura toujours beaucoup de choses q u i seront au-dessus de leur p o r t é e , q u e les plus habiles mêmes ne développeront jamais e n t i è r e m e n t , et qui doivent être adorées dans le silence. L'ineffabilité des saints mystères est d o n c une q u a t r i è m e raison du silence ; aussi n o u s est-il expressément recommandé par les Conciles des deux derniers siècles. Le Concile de Cologne en 1 5 3 6 , décernant des peines contre l'abus de l'irréligion de ceux qui sortaient de l'église le d i m a n c h e avant le canon, dit que ( ) c'est principalement à cet endroit de la messe qu'on doit assister, lorsque le prêtre prononçant à voix basse ou plutôt en silence , chaque fidèle parle à Dieu seul ; qui seul en effet peut faire sentir la g r a n d e u r incompréhensible de l'adorable mystère de l'Eucharistie. Le Concile d'Ausbourg en I5/J9 I o r d o n n a n t q u ' à l'élévation ( ) de l'hostie
a b c d

(a) Cypr.

de oral.

Dont.

(b) Occulté enim dicit Deus, multis în corde loquitur, et magnus ibi sonus in magno silentio cordis ( Corporis ex octo jnanuscript. ) , quando' magnâ voce dicit, saius tua ego sum. In psal 38. mon. 20. (c) Àtqui tum prïccipuc popuii partes e r u n t , quando subniissiùs Ipgcnti aut tacente sacerdole, quisque cum Deo loquilur. Conc.
Coton, cap. 26.

(d) Sub elevntione sacra Iiostia; antiphonae ad hoc sacriliciuni tanlùm pertinentes oantentur ; quanquàm melius et veteri eocL'siitï e o i i v e i i i t i i i i t i s e s s e t prasentiam dominici corporis in altissiroo Siiiiiîtio p r - i s l r a t ' ï s couteinplari. Conc. sluonsf. cap. 18.
j

DR TA MESSE DAWS TOUS LES SIECLES.

3 I7

on ne chanterait q u e des motets du saint Sacrement, a souhaité q u e conformément à l'ancien usage on contemplât dans un profond silence la présence du corps de Notre-Seigneur s u r l'autel. Le Concile de T r ê v e s , en i54{) • défendit M de troubler ce silence par aucune a n t i e n n e , ni même par.l'orgue, afin q u e chaque fidèle prosterné par lerre, ou d u moins à g e n o u x , révérât en silence le mystère de la m o r t de Jésus-Christ, et lui rendit grâces des biens infinis qu'elle nous a procurés. Plusieurs autres Conciles o n t o r d o n n é que rien n'interrompe c e - g r a n d s i l e n c e ; el le Concile de Reims t e n u en i 5 o 3 , dit l ) q u e les plus savans d'entre les laïques qui assistent à lu m e s s e , ne sauraient rien faire de mieux q u e d'employer toute l'attention de leur esprit et la ferveur de leur c œ u r à méditer et à contempler les saints mystères q u i s'opèrent à l'autel depuis la préface. Cinquièmement enfin, le Concile de Trente met le silence d ' u n e partie de la messe au n o m b r e des moyens q u e l'Église a établis p o u r entretenir ou pour renouveler l'attention des fidèles et les élever à la contemplation des mystères. ( ) L'esprit de l'homme est léger et v o l a g e ; il sort s o u v e n t , p o u r ainsi d i r e , d e l u i - m ê m e , et q u i t t e facilement Je sujet qui l'occupait d'abord, s'il ne trouve le moyen
b c

(a) In eleratione corporis et sanguinis Christi et post usque duin cantatur Agnus Dei, sileant organa; nuila cantetur antiphona, neque pro pace neque adversùs péstem aut inortatitem , sed silenterprose quisque aut flexis gembus, aut prostratis luimi corporibus, passionis ac mortis Christi commemorationem i'aciat, ac I\edemptori gratias agat pro beneficiis per inortem ipsius largissimè acquisitis. GVmc.'TVewr. cap. 9. (b) Qui inter eos doctiores reique chrîstianœ peritiores exstiterint, imcclarîùs agent, si loco precum ex scripto recitandarum à prœfatione quà pertractantur mysteria anîmo defixo mentisque ferrore complectanturatqueeontemplentur. Conc.Ithcm. cap. 5. tom. 15. coi. 802. JFI) Cùmque natura hominum ea s i t , ut non facile queat sine adminiculis exterioribus ad rerum divinarum meditationem stistolli, pruptereà pia mater Ecclesia ritus quasdam , ut scilicet quœdain summissâ* voce, alia verô elatiore in missa pronuntiarentur, institut. Sess. 22. cap. S.

3(8

DISS. XV. ART. VIII

DU SILENCE DES PRIÈRES

de se recueillir de temps en temps. La diversité du ton haut ou bas est capable quelquefois de le faire r e v e n i r , s'il s'égare; c'est donc un excellent m o j e n d'entretenir le recueillement p e n d a n t la messe, que d'y joindre ou d'y faire succéder de temps en temps la prière vocale et la mentale en suivant le prêtre dans tout ce qu'il dit lorsqu'il parle h a u t , et en méditaut ou contemplant ce qui se passe de grand à l'autel , lorsqu'il prononce à voix basse ou en silence. Voilà à quoi doivent servir les différens tons du prêtre selon le Concile de T r e n t e . T o u t e la inesse e s t , p o u r ainsi d i r e , animée par ces divers tons de voix , parles gestes du corps W, les signes de croix, les b é n é d i c t i o n s , la lumière et les autres cérémonies que le Concile regarde comme a u t a n t de signes visibles de religion et de p i é t é , q u e la tradition apostolique nous a laissés pour p o r t e r les fidèles h la contemplation des sublimes mystères qui sont cachés dans le sacrifice de la messe. Si q u e l q u ' u n croit pouvoir d o u t e r q u e l'usage d u silence vienne de la tradition a p o s t o l i q u e , on ne p e u t d o u t e r d u moins par tout ce q u e nous ven o n s d ' e x p o s e r , q u e depuis sept cents a n s , l'Église n'ait prescrit et n'ait fait observer la récitation d'une partie des prières de la messe en silence. Après avoir d o n c vu dans cette p r e m i è r e partie q u e ce n'est ni l'usage ni l'intention de l'Eglise des derniers siècles de réciter le canon à voix haute, voyons dans la seconde si c'est l'usage et l'intention des siècles précédens.
(a) Czcremonias item adliibuit ut mysticas benedictiones, lumïna, thymiamata, vestes, aliaqtte id genus multa ex apostolira disciplina et traditione, quo et majestas tanti sacrifie» commendarctur et mentes (idelium per hacc visîbilin religionis et pietatts signa , ad reruin altissimarum qua; in hoc sacrificiolatent, contemplatiouem excîlarentur. Conc. Trid* sess. 22. cap. 5.

DE L à MESSE DANS TOUS LES SJÈCLES.

3l

SECONDE

PARTIE.
durant manière

Examen de la discipline de l'Église les dix premiers siècles touchant la de réciter les prières de la messe.

On fixe la signification du mot S c c r e t a ; on remonte ensuite depuis te X . siècle jusqu'aux premiers temps > et l'on fait voir l'usage constant de dire une partie des prières de la messe secrètement et en silence.
e

LES divers faits q u e nous avons déjà rapportés touchant l'usage universel des églises depuis notre temps, en r e m o n t a n t j u s q u ' a u X . siècle, n'ont pu manquer de faire apercevoir par avance q u ' o n suppose sans fondement q u e d u r a n t les dix premiers siècles on a dit t o u t e la messe à haute voix. On a même pu voir q u e depuis ce temps-là nulle église na introduit l'usage J e prononcer en secret une partie de la liturgie ; e t q u ainsi le silence des prières de la messe a sans d o u t e une plus haute origine : mais l'estime que méritent les personnes qui donnent lieu à cet éclaircissement, exige u n e discussion plus détaillée des motifs qui les d é t e r m i n e n t à ne pas s'assujettir à la discipline des derniers siècles, q u e nous ayons exposée, et à croire q u e l'ancien usage de l'Église était de dire toute la messe à haute voix. La plupart de ceux qui suivent cet u s a g e , parce
e

3^0

DISS. XV. PART. I I .

DU SILENCE DES PRlf:RE5

qu'ils le croient a n c i e n , n e peuvent pas ignorer q u e les particuliers doivent se conformer aux règles que nous trouvons prescrites dans n o t r e temps, et q u e nous ne nous réglons pas s u r les coutumes dos siècles les plus reculés. Ils s a v e n t , avec saint A m b r o i s e , qu'il est à propos de j e û n e r le samedi q u a n d on est à Rome, quoiqu'on ne jeûne pas étant à Milan ; qu'un usage s i n g u l i e r , q u e l q u e utile qu'il paraisse, comme dit ( ) saint Augustin , peut causer du trouble par sa n o u v e a u t é ; que les bienséances des temps et des lieux où l'on se trouve , doivent être gardées ; q u ' u n clerc ne voudrait pas se mêler parmi le clergé dans l'église avec une t o q u e sur la t è t e , parce q u e c'était le b o n n e t d'autrefois; qu'on serait blâmé de d o n n e r la communion dans la main des fidèles, q u o i q u ' o n Tait fait dans les premiers t e m p s ; que la c o m m u n i o n sous les deux espèces, q u o i q u e de p u r e d i s c i p l i n e , n'est pas laissée à la liberté des p a r t i c u l i e r s ; et qu'on ne tolérerait pas ceux qui ajusteraient la liturgie selon leur sens et leur idée particulière. Ces réflexions ne peuvent étre.ignorées d e l à plupart de ceux qui depuis q u e l q u e temps disent toute la messe à voix h a u t e , parce qu'ils sont gens d'étude , et capables d'enseigner les autres ; mais ils croient que les rubriquaires ont i n t r o d u i t l'usage de dire u n e partie de la messe en silence par une fausse notion du mot sécréta. Ces r u b r i q u a i r e s ont cru , disent-ils, que le m o t sécréta signifiait une oraison dite en s e c r e t , au lieu q u e sécréta vient de secretio, séparation , c'est-à-dire, q u e l'oraison n o m m é e sécréta , se fait à la séparation des oblat i o n s , qui doivent être c o n s a c r é e s , d'avec celles qui ne doivent pas l ' ê t r e , ou à la séparation des catéchumènes d'avec les fidèles. Voilà le premier
a

(a) rit... tâtes tione

Faciat ergo qtiisque quod in ccclesîa Jn quain v e n î t , inven^i|>sa quippe mutatio consurtiulinïs etïam q u x arljuvat milinovitate perturbât. Quaproptor quee utii s non est, perturliainfructuosa, conseqaenter noxia est. S. Ai/g. f/;. tr>4. at. l l&
;

DE LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

3a I

motif que plusieurs ont eu de ne pas se conformer aux rubriques du secret. Si les r u b r i q u a i r e s , poursuivent-ils, se sont trompés, on ne peut être blâmé d'en appeler à l'usage q u i a précédé leur e r r e u r ou leur mécompte. Or les plus savans dans les usages ecclésiastiques, tels que sont le cardinal Bona et quelques autres , supposent comme un fait c o n s t a n t , q u e d u r a n t les dix premiers siècles on a dit à haute voix la secrète et le c a n o n , à quoi ils ajoutent que depuis six cents ans un grand n o m b r e d'auteurs l'ont cru de même. C'est là le second motif qu'ils ont de préférer l'usage qu'ils veulent établir à celui qui a d u r é tant de siècles. Examinons ces deux motifs dans cette seconde p a r t i e , et commençons par la vraie intelligence du mot sécréta , afin que nous ne soyons pas obligés de discuter plusieurs fois ce m o t , lorsque nous le trouverons en exposant la tradition des dix premiers siècles.

ARTICLE

PREMIER.

Q ETO P É I I AR . U S I N R LMN I E
On examine si le mot sécréta vient du mol secretio., ou si avant le X\ siècle ce terme signifiait simplement l'oraison secrète ^ dite secrètement et en silence.

parlent sur ce point avec tant de confiance , qu'il semble qu'il n'y a pas lieu de révoquer en doute q u e sécréta ne se prenne pour secretio, et ne signifie séparation. On dit que cette explication a été reçue avec.applaudissement parmi les savans : qu'en effet dans les anciens auteurs on ne trouve ce terme qu'en substantif sécréta , et non pas en adjectif oratio sécréta ; qu'il 4* 21

P U I U S personnes L SE R

$22

DISS. XV. PART. II. ART. T. — DU SILENCE DES

n'y a q u e les nouveaux r u b r i q u a i r e s qui l'aient pris p o u r un adjectif, et qui lui aient fait signifier une oraison dite secrètement. Cependant on est obligé de leur dire qu'ils n e sauraient trouver dans l'antiquité aucune preuve de ce qu'ils a v a n c e n t ; que cette explication est u n e idée sans f o n d e m e n t , idée toute récente qui n'a guère plus de trente ans d'ant i q u i t é ; je ne crois pas qu'elle ait été écrite dans aucun livre avant l'an 1 6 8 9 : voilà la vraie époque. Ce fut alors u n e simple conjecture hasardée par feu M. Bossuet, évêque de M e a u x , dans son Explication de quelques difficultés s u r la messe. ( ) Ce savant p r é l a t , après avoir r e m a r q u é avec raison « qu'on a dit missa, congé , renvoi p o u r missio, x> comme remissa p o u r remissio, rémission , par» don , oblata p o u r oblatio , oblation , ajoute et » peut-être même sécréta p o u r secretio, séparation, » parce q u e c'était la prière q u ' o n faisait s u r l'obla* » lion après qu'on avait séparé d'avec le reste ce » qu'on en avait réservé p o u r le sacrifice, o u après » la séparation des c a t é c h u m è n e s , etc. M. de Meaux était louable de m a r q u e r avec un peut-être la conjecture q u i lui vint dans l'esprit, et qu'il p o u r r a i t examiner à loisir. S'il avait fait lui-même cet e x a m e n , il aurait b i e n t ô t vu q u e cette conjecture n'était appuyée s u r a u c u n fondement réel , et qu'il fallait l'abandonner. Mais ni M. de Meaux ni aucun a u t r e savant que je connaisse, ne s'est appliqué à discuter cette conjecture. On a mieux aimé la regarder c o m m e une décision. Un a u t e u r postérieur saisit l'explication sans réfléchir s u r le peut-être, et il changea en assertion u n e simple conjecture hasardée. Un autre a u t e u r en fit a u t a n t , sans peut-être et sans citer M. de Meaux. Voyons c o m m e n t ces a u t e u r s ont parlé. M. de V e r t , en dans sa Dissertation s u r les mots de messe et de communion , pag. 1 9 2 , r e m a r q u a q u e M. l'évêque de Meaux faisait déria

(a) Explic. p. 19.

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

3a3

ver (ce mol de secrète) de la sécrétion ou séparation des catéchumènes etavec les fidèles; secret a , dit-il en son explication de la messe, p+ 1 9 , pour secretio. Et M . T h é r a i s e , en 1 6 9 9 , dans ses Questions s u r la m e s s e , sans trouver a u c u n e difficulté sur le mot de secrète , répond ainsi à cette question : Pourquoi Coraison qui s'appelle secrète estelle ainsi appelée ? R. Secrète vient du latin sécréta, dont on s'est servi au lieu de secretio , séparation , parce que c était la prière quon faisait sur le pain et le vin, soit après, quon avait séparé ou mis à part les pains qui devaient être consacrés, soit après qu'on avait séparé les catéchumènes d'avec les fidèles, soit après qu'on avait fait retirer le peuple qui s'était avancé vers l'autel pour y présenter son offrande. Après cela M. de Vert a soutenu ce sentiment plus ouvertement en 1 7 0 8 , dans ses remarques sur les cérémonies de la messe : Cette prière, dit-il, n'a pris le nom de s e c r è t e , que de ce quelle était récitée après le renvoi de ceux à qui on faisait un mystère et un secret du sacrifice. Page 20. Et à la la page 3 9 0 : La secrète est ainsi appelée, non quon la dit en secret et à voix inintelligible , F Église ayant au contraire toujours intéressé les fidèles à cette prière. 11 trouve fort mauvais q u e des auteurs s'avisentde dire q u e ce mot secrète signifie q u ' o n dit cette oraison en secret : Quand vous leur demandez, dit-il, pourquoi cette prière se dit secrètement et à voix inintelligible, ils vous répondent froidement que c'est parce qu'elle est nommée secrète , expliquant ainsi l'un par t autre, et faisant ce cercle vicieux, la secrète est ainsi appelée de ce quelle se récite secrètement ; et elle se récite secrètement parce quelle est appelée secrète ; c est-à-dire , que ces auteurs supposent le principe qui est précisé* ment à prouver ; savoir que la secrète se disait autrefois secrètement, et qu'ils prouvent ensuite, ce principe par la chose même, etc.
f 9

ai.

3*4

DTSS.

x

v

- PART. II. ART. I.

DU SILENCE DES

Mais sans rapporter pins au long les paroles de cet a u t e u r , disons qu'on ne saurait consulter les m o n u m e n s de l'antiquité, qu'on ne voie que c'est u n e idée tout à fait nouvelle, p o u r ne pas dire une p u r e imagination , de penser q u e le terme sécréta est pris p o u r secretio, séparation. i*. Pour p r o u v e r u n e pareille i d é e , il faudrait qu'on pût trouver du moins une fois quelque part secretio au lieu de sécréta, comme on trouveoblatio au lieu (ïoblata^ remissio p o u r remissa, collectio p o u r collecta. C'est p o u r t a n t ce q u ' o n ne fera jamais. II faudrait d u moins q u ' o n t r o u v â t quelque part une expression qui répondît au verbe secerno s é p a r e r , auquel on r a p p o r t e sécréta; qu'on trouvât par exemple secernitur populus , comme par r a p p o r t au mot de missa , on t r o u v e très-souvent mittunluv, dimittuntur catechumeni, dimittiturpopulus etc. C'est p o u r t a n t encore ce q u ' o n ne saurait montrer. 3°. Non-seulement on n e t r o u v e rien en ce sens, mais ou trouve très-souvent ce t e r m e accompagné de l'explication qui exclut celle q u ' o n a imaginée, et qui l'a fait p r e n d r e distinctement p o u r une oraison dite en s e c r e t , en silence. ( ) Ainsi Rcmi d'Auxerrc dit en cet endroit , Dicendum erit à sacerdote cum silentio. L'abbé R u p e r t dit aussi l'an i ï f r , Sacerdos in silentio slans et tacite super oblatarn dicens. 4°. On se t r o m p e quand o n dit q u e sécréta ne se trouve point en adjectif. Il est m a r q u é précisém e n t en adjectif il y a plus de mille a n s , dans l'ancien sacramentairc de R o b i o , q u e le père Mabillon a fait imprimer au premier tome de son Musœuni Itulicum : collectio sécréta , p. 3f\2. L'ordre romain qui est du m ê m e t e m p s , prend aussi sécréta en adjectif : dicta oratione super oblaias sccrcU'u
y a

(a) L. 2.

de dio.

offic.

cap* 4.

tniÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES.
a

3'i5

On voit qu'il y a neuf cents ans qu'il est en plusieurs endroits dans Amalaire ( ) , d o n t i ouvrage n'est p r o p r e m e n t q u ' u n e compilation de fragmens: ter suant secretam orationem, etc. dit cet ancien auteur au c o m m e n c e m e n t de son o u v r a g e ; et ce n'est qu'après avoir rapporté des témoignages aussi anciens q u e l'est saint Cyprien , qu'il dit au chapitre ao du 3 . livre : Sécréta icleo nominatur quia secreto dicitur. On lit dans ïlïïdehert sécrétas preces, comme on le voit par le vers suivant : Sécrétas memorans assimilansque preces. Dans de t r è s - a n c i e n s ordinaires d e la messe on lit : Sacerdos dicit sécrétas orationes. On le voit aussi plusieurs fois dans Ives de Chartres ( ) qui s'énonce ainsi : In myslicis orationibus.... Secretœ orationes quas post ofjertorium facit Sacerdos Explelis de/une orationibus secretis admonet popuItun sacerdos. Les plus anciens sacramentaires p r e n n e n t aussi sécréta en adjectif pluriel , p o u r signifier eu quœ fiunt dicuntur secrète. Dans l'ancienne messe donnée par Illyricus on d i t : Tum Sacerdos fundat pro semetipso hune orationem ante sécréta , et ensuite Tune incipiat sécréta quibus finitis, etc. Dans l'ancien pontifical de R o u e n rapporté par Dom Hugues Ménard ( ) dans ses notes sur le sacramen taire de saint Grégoire; on lit dans le même sens : Presbyteri persequuntur sécréta missce dicentes : In ppiritu h u m i l i t a t i s , etc. Suscipe sancta Trinitas, etc. I l é r a r d , archevêque de T o u r s ( ), de même en 858 dans ses statuts : Ut secretâ presbyteri non inchoent antequam sanctus finiatur. Et p o u r m o n t e r beaucoup plus h a u t , on voit plusieurs (ois dans l'ancien missel gallican ou gothique , q u ' u n e prière
e b c d

fa) Âmal. prœ/at. de offie. eccles. p. 103. (b; tro carnnlensh , de convenientiû ceteris et novi (c) In lib. sacrron. S. Greg. p. 80. (d) Num. 16. cap. Tenu I. col. 138G.

sacrijicii.

3aG

DISS. XV. PART II. ART, I.

DU SILENCE DES

faite i m m é d i a t e m e n t après le rnnon est intitulée, Post-secretah la messe de Noël M, à celle d e l à Circoncision l ), à celle du Jeudi-saint, In cœna Domini. M 11 est donc évident q u e le m o t sécréta ne signifie pas la séparation des catéchumènes d'avec les fidèles, ni celle des o b l a t i o n s , p u i s q u e la consécration est faite ici , e t q u e cette séparation se doit faire avant la consécration. 5°. Celte d e r n i è r e remarque n o u s fait voir qu'on donnait aussi le nom de secrète au canon , ce qui est confirmé par beaucoup d'autres endroits. Les Capilulaircs ( ) de Charlemagne o r d o n n e n t qu'on ne commencera point la secrète ou le Te igitur, c'est-à-dire, le c a n o n , qu'après q u ' o n a u r a fini le Sanctus, qui est ici appelé l'hymne des Anges. Dans un ancien ordre de la messe i m p r i m é à la fin du sacramentaire de saint G r é g o i r e , le canon est appelé sécréta : postquam sacerdos Te igitur incipit etc ; et ensuite expletâ secretâ et oratione dominicâ. Le missel ambrosien a toujours mis le mot sécréta au-dessus du canon en titre. Commun é m e n t on voit cette différence e n t r e la secrète et le canon , q u e la secrète est simplement appelée sécréta o u sécréta oratio, et q u e le canon est bien appelé aussi quelquefois sécréta , p o u r signifier prière secrète : mais il est désigné plus c o m m u n é ment dans l'ancien missel g o t h i q u e ou gallican, et a i l l e u r s , par secretum, ou mysterium, p o u r marq u e r les paroles et les choses de cette partie de la messe q u on ne voulait pas faire connaître aux laïq u e s , ni m ê m e a u x clercs inférieurs. On voit dans plusieurs conciles provinciaux que le canon est appelé Tabella secretorum , sécrétaruni , secrelarum orafionum. Le Concile d'Ypres en i Ï$5 l'appelle secretum missce, et vers le mémo
b d

(a) Cad sacr. Thomasit. pag. 20. (b) P. 270. (c) P. 323. (d) U t sécréta incïpiatur nisi post hymnmn finitiim//* igitur non inclinent sacerdotes nisi post hymnum angelicum. Capitid. liv* VI. num. 173.

P I R S D L M SE D N T U L S SÈ L S 3 RÈ E E A ES A S O S E I C E .
temps le Pape Innocent III ( ) nous fait entendre quec'étail le nom le plus c o m m u n qu'on donnait au canon. On ne Ta distingué souvent de la s e c r è t e , qu'en ce q u ' o n le nommait la grande secrète, sécréta magna, sécréta major. ( ) Oratio ipsa perse* cretè dicitur, dit D u r a n d , à quibusdam sécréta, à quibusdam secretela , ad differentiam majores secretee, comme on peut le voir dans Durand , et même dans M. de V e r t , qui r a p p o r t e quelquefois des choses q u i ne s'accordent pas avec ce qu'il semble vouloir autoriser. Enfin on peut voir aisément qne tous ces endroits de la liturgie latine , où Ton trouve sécréta, sont non-seulement expliqués par les endroits q u e nous avons indiqués , mais ont aussi un rapport évident avec toutes les prières de la liturgie g r e c q u e , où Ton trouve mysticos en secret, et avec l'ordre prescrit par le Concile de Laoclicée, de p r o n o n c e r quelques prières en silence, comme nous le verrons dans l'examen de la tradition. On doit d o n c établir comme un fait constant , que sécréta ne signifie a u t r e chose que la prière qui doit être faite secrètement. Ce qui fait assez voir q u ' o n ne doit pas se laisser aller légèrement à des conjectures.
b a

ARTICLE

II.

Quels sont les auteurs qui ont cru qu'on disait au* trefois la messe à voix haute.

IL est constant qu'un grand n o m b r e d'auteurs depuis le X I I . siècle, ojit s u p p o s é qu'autrefois on avait prononcé à voix haute la secrète et le c a n o n , et qu'on a o r d o n n é dans la suite de les prononcer en secret, à cause q u e des bergers qui avaient e n e

ta) tnnoc. III. de mystcrilsmissz.

(b) Ub. 4. cap. 32. num.G.

3i8

DISS. XV. PART. II. ART, II.

DU SILENCE DES

tendu les paroles s a c r é e s , et qui avaient osé les p r o n o n c e r sur du pain , avaient élé frappés du (eu du ciel. On n'a rapporté d'abord ce fait que s u r un ouïd i r e , et Ilonorius d'Autun , qui écrivait eu n a o , est le premier a u t e u r c o n n u qui paraisse avoir attribué à cet ouï-dire ou à ce conte u n e des raisons de dire le canon en silence. ( ) La troisième, dit-il * est de peur que les paroles saintes et un si grand mystère ne s'avilissent étant prononcées dans des lieux qui ne conviennent point, par le peuple qui pourrait les apprendre , eu les entendant tous les fours prononcer tout haut. On dit qu'au commencement , quand on récitait publiquement le canon, et que chacun pouvait l'apprendre, quelques bergers , dans un champ , ayant récité le canon sur du pain et du vin , apperçurent à Vinstant devant eux de la chair et du sang, et que par punition divine ils furent frappés de mort. C'est pourquoi il fut ordonné par le décret d'un Concile que personne ne dirait le canon que dans le missel en habits sacrés sur Vautel et sur Vablation ou le sacrifice, et qu'on n'offrirait ce sacrifice que dans des vases d'or ou d'argent que tout le monde ne peut pas avoir.
a

Nous verrons plus bas le fait qui a d o n n é lieu à ce c o n l e , auquel Ilonorius d'Autun a joint le premier assez légèrement le changement du pain et du vin en chair et en sang. Quoi qu'il en s o i t , Ilonorius y rapporte une des raisons de la récitation en silence. Bélcth, qui écrivait q u e l q u e temps a p r è s , a été plus hardi qu'TJonorius. Il a rapporté ( ) ce lait c o m m e une histoire à laquelle il paraît ajouter foi, et il ne fait pas difficulté de copier I l o n o r i u s touc h a n t le prétendu décret synodal. ( )
b c

(a)

Tlonor.

Cemnu

L I. cap.

103. hibl.

Pair.

T.

20.

(h) E \ quo quidem facto statutum fuit ut posthac tacite ac submissè diceretur, aut ideo sane occulte et quasi sub silentio dicitur,
etc. Die. Ofjic. explic. (c) Cap. 4G. cap. 44.

frllftRKS DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

3*9

Les a u t e u r s postérieurs qui o n t cherché avec plus de soin les anciens u s a g e s , n'ont r a p p o r t é ce iait que comme q u e chose incertaine o u comme un conte qui ne méritait pas qu'on y ajoutât foi. Durand, évêque de M e n u e , q u i m o u r u t à Rome en 1 1 9 6 , et q u ' o n doit m e t t r e au n o m b r e de ces savans qui faisaient b e a u c o u p de r e c h e r c h e s , n ' i gnorait pas ce conte de la p r é t e n d u e origine d u changement. ( ) Il l'a r a p p o r t é comme un ouï-dire, fertur enim , ainsi q u ' o n avait fait avant Iîéleth. 0>) Mais il fait si peu de cas de cette historiette fondée seulement sur un ouï-dire, qu'après avoir dit dans le même chapitre en parlant du canon , q u ' o n l'appelle sécréta , parce q u ' o n le récite en silence, il ajoute q u e dans les premiers temps les anciens Pères offraient aussi le sacrifice en silence. Saint B o n a v e u t u r e M , AJbert-Ie-Grand ( ; et saint Thomas ( ) n'ont pas fait plus de cas q u e D u r a n d de c e t t e prétendue origine de silence : ils n'eu ont pas seulement fait mention ; et Albert-le-Grand rapporte le secret et le silence qu'on doit garder à fégard des fidèles, au soin qu'on avait dans l'ancien Testament d'envelopper toutes les parties du sanctuaire, q u e les enfans d e Caath devaient p o r ter p o u r leur inspirer plus de respect de ce qu'il ne leur était pas permis de voir. (0 Voilà, dit-il , en parlant de l'oraison secrète et du c a n o n , la vraie cause du silence avec lequel on le récite. En quoi Albert-le-Grand a eu la.même pensée qu'Origène , qu'il ne cite pas , mais d o n t nous rapporterons les paroles en son lieu. Ce n'est donc pas par l'autorité des écrivains qui o n t parlé au XII . et au X I I I . siècle sur cet article, qu'on a commencé de dire les prières de la
a d e e e

(a) De sécréta vel canone miss. cap. 25.
(b) Dicitur etiani sécréta, quia secrète et sub silentio dicitur.... Priscis quoque teniporibusantiqui Patres sub silentio sacrificabant.

(c) Exposit. Miss, (d) Sacrifie. Miss. Tract. 3. c. 2. (e) 3. p. q. 83. art 4.
(0 iiacc igitur vera causa hujus silentii et sequenttum silentiorum.

3lo

DïSS. XV, PA.BT. II. AUT. U .

DU SILENCE DES

messe en silence, p u i s q u e les uns n e parlent que s u r des o u ï - d i r e , d o n t ils font même souvent fort peu de c a s , et q u e les antres o n t c r u q u e l'usage d u secret et d u silence a été de tout temps. Aussi plusieurs personnes q u i depuis environ trente ans font s o n n e r bien haut ce prétendu changement fait vers le X . siècle, n e paraissent se fonder q u e sur l'autorité d u cardinal Bona. Ce pieux cardinal, q u i était bien-éloigné de vouloir autoriser a u c u n e i n n o v a t i o n , a dit historiquem e n t dans son Traité de la liturgie, q u e l'église latine prononçait autrefois tout haut les-paroles de la c o n s é c r a t i o n ; q u e les fidèles répondaient Amen dès qu'on les avait p r o n o n c é e s , et q u e cet usage n'a é t é changé q u ' a u X . siècle, a u q u e l o n a comm e n c é de dire la messe à voix basse (a): Eumdem morem servabat ohm ecclesia occidentales ; omnes enim audiebant sanctissima et efficacissima verba quibus Christi corpus con/icitur.... Postea statutitm est ut canon submissâ voce recitaretur, et sic desiit ea consuetudo seculo X, ut con/icio. Voilà ce qui a fait dire il y a trente ans à M. le T o u r n e u x l ) et à divers autres auteurs , q u e d u r a n t les dix premiers siècles on avait dit toutes les prières de la messe à voix haute.
e e b

On ne doit pas être surpris q u e des personnes d'ailleurs habiles se soient laissées entraîner à celle autorité. Nul ne peut disconvenir q u e ce pieux et savant cardinal n'ait m é r i t é d e très-grands éloges, et qu'il n'ait fait de très-belles et de très-utiles recherches s u r la liturgie. C'est avec peine q u ' o n se trouve obligé de dire q u e c'est ici un des points qu'il a avancé sans p r e u v e s , et s u r lequel il sVst tout à fait mépris. Il est faux ( ) q u e l'église latine
c

(a) Bona. Rerum liturgie. I. 2. cap. 1 3 . 1 . (b) Meilleure manière (ïentendre ta messe. (c) On verra dans la suite ce qui s'est observé selon le rit mozarabe dont le cardinal Bona ne parle pas ici.

PRIERES DE LA. MESSE DAKS TOUS LES SIECLES. 33 f

n'ait commencé à dire tout bas le canon q u e depuis le X . siècle; et Ton n e saurait m o n t r e r q u e dans l'Eglise latine les fidèles aient jamais répondu Amen d'abord après les paroles de la consécration. Mais il ne s'agit à présent q u e de savoir si la coutume de dire u n e partie de la messe en secret et en silence s'est introduite vers l'an i o o o , comme on le suppose et comme M. de Vert l'a assuré en ces termes : Suivant ( ) les conjectures bien fonciers du cardinal Bona on ne peut guère reculer plus loin que le X . siècle le point du changement dont il s agit, et il faut nécessairement le placer et te fixer vers ce temps-là. Et même le premier qui ait jamais fait mention de ce changement, est le faux Alcuin, écrivain du onzième siècle. Commençons donc cet examen par le faux Alcuin , nous passerons d'abord après au témoignage de B e r n o n , qui a vécu certainement au X . et au X I . s i è c l e , afin que nous puissions trouver l'origine de ce p r é t e n d u changement , s'il s'en est fait q u e l q u ' u n s u r ce point, o u q u e nous d o n n i o n s lieu à toutes les personnes raisonnables de se convaincre q u e ce changement est tout à fait chimérique.
e a e 9 e e

(a) De Vert. Cér. de la messe, p. 366. 2. êdit.

33 a

TUSS. XV. VA. HT. 11. ART. III. — DIT S1LEJVCK I)FS

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ARTICLE

Qu'on n'a point établi la coutume de dire une partic de la messe en secret vers l'an î o o o ni auparavant.

Première preuve par Vauteur anonyme du livre des divins offices attribué à Àlcuin. On montre que C histoire des petits bergers a été insérée mal à propos dans cet auteur.

{JET ouvrage des divins offices n'a p o i n t de nom d'auteur dans les.manuscrits. Il été i m p r i m é pour la première fois en i5Go par Wolfgang L a z i u s , sous ce titre : Fragmenta quœdam Caroli magni imperatoris, aliorumque incerti nominis , de veteris ecclesice ritibus et ceremoniis. Lazius avait trouvé ces fragmens dans un fort ancien m a n u s c r i t , et il les donna sous le nom de Charlema&uc , à cause q u e ce recueil commence par une lettre de Charl e m a g n e à Alcuin. Ilittorpius trouva un manuscrit plus complet, et le donna au public en i 5(38 , réimprimé à Ilome en i5c)8 sous le nom d'Alcuin, à cause sans doute q u e ce recueil finit par u n e lettre d'Alcuin. Depuis ce temps-là ce recueil a été appelé Àlcuin ou le faux Alcuin, comme si le compilateur avait pris à faux le nom d'Alcuin , au lieu qu'il est demeuré a n o n y m e jusqu'à Wolfgang Lazius et à Ilittorpius. On peut assurer que cet ouvrage a t t r i b u é à Alcuin n'est pas de lui : Alcuin est m o r t en Sof\ , et l'auteur de cet ouvrage ou plutôt de ce recueil est sans doute postérieur. Il place dans l'office des Hameaux l'hymne Gloria laus et honor, qui est ccr-

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

333

lainernent de Théodulfe d'Orléans, et q u e cet évéque ne composa q u e dans sa prison d'Angers où il était en 8 1 8 . Il parle de la féte de tous les Saints qui ne fut établie q u ' e n 835 par Grégoire IV. Le long chapitre Decelebratione niissce es t pris de Rem i d'Auxerre qui vivait encore en 900. T o u t cela m o n t r e clairement q u e le recueil de cet anonyme n'a pu être fait qu'au X . siècle. Quelques-uns l e r e j e t t e n t m ê m e bien avant dans le onzième depuis l'édition d'Alenin q u e M. d u Chêne d o n n a en 1 6 1 7 , â cause que dans le manuscrit des divins offices q u e M. d u Chêne a s u i v i , il s'y trouve clix-huit chapitres De natalitiis sanctorum a t t r i b u é à Elpric q u i vivait, selon T r i l h ê m e , en i o 4 o . Mais T r i l h ê m e a bien pu être t r o m p é par q u e l q u e fait marqué l'an lo/jo en suivant la m é t h o d e et la supputation d'Elpric. Plusieurs a u t e u r s , avant l'an 1000 et vers Tan 900, ont fait mention d'Elpric qui avait fait u n traité de Computo. On n e saurait le placer plus tard que Ta fait le Père Mabillon dans les Annales Bénédictines, Fan 9 8 0 tom. 3. pp. 6 6 0 et 6 G 1 . Nous p o u r r o n s parler plus à propos d'Elpric dans un a u t r e ouvrage Jonchant la chronologie. Laissons présentement Alcuin un peu après l a n 1 0 0 0 , auquel plusieurs savans l'ont placé. Le voilà dans u n temps tout propre à nous a p p r e n d r e s'il s'est fait avant lui quelque changement s u r la manière de réciter les prières de la m e s s e ; et il est d'autant plus en état de nous instruire de ce qui s'est fait avant l u i , qu'il n'a fait q u e compiler diverses pièces depuis CharIcmagne jusqu'à son temps. Cet anonyme nous fait voir premièrement qu'il ne connaît point de changement fait dans le X I . siècle sur le point en q u e s t i o n , lorsqu'il nous dit que les livres péniteutiaux sont un secret p o u r les laïques et même p o u r les clercs inférieurs ( ) : Non enim omnes clerici aut ullus laicus kanc scripturam nsurpare aut légère debent, nisi soli illi quibus nee e a

()' Cap.

13.

334

DISS. XV. PART. M. ART. 111.

DU SILENCE DES

cesse est. Hoc sunt episcopi vel presbyteri quibut claves regni cœlestis traditce sunt. Or on mettait alors sur lu même ligne les missels et les livres péuilentiaux , comme le Pape Nicolas 1 . va bientôt nous Tapprendre. En second lieu, le compilateur va nous faire voir plus précisément qu'il ne connaît point d e changement en son temps s u r ce p o i n t , p a r l e chapitre ?l<> de la célébration de la messe, qu'il a tiré certainement de Rémi d ' A u x e r r e , si Ton en excepîe q u e l q u e s lignes indifférentes qu'il a omises , et quelques autres qu'il a ajoutées au commencement <-t à la fin du canon , tirées de Flore de Lyon , dont lîemi d'Auxerre ne fait souvent q u ' u n abrégé. Dans cette e x p o s i t i o n , l'usage d u silence ou de la récitation secrète du canon est très-clairement m a r q u é e . Voici les termes q u i suivent immédiatem e n t (a préface, sur lesquels nous a u r o n s plusieurs observations à faire. « ( ) Après ces louanges et ces actions de grâces » p o u r le grand bienfait de notre rédemption, opérée » et renouvelée dans ce divin mystère, t o u t e l'Eglise » se tenant dans un silence qui fait cesser tout » b r u i t de paroles, p o u r ne laisser élever à Dieu » q u e les vues de l'esprit et les désirs de tous les » coeurs réunis e n s e m b l e , le p r ê t r e commence la » prière par laquelle le mystère du corps et du sang » d u Seigneur est consacré. Il faut en effet qu'au » temps de cette sacrée et divine action, l'àme s'é» levant entièrement par la grâce de Dieu au-des» sus de toutes pensées t e r r e s t r e s , l'assemblée avec » le p r ê t r e , et le prêtre avec l'assemblée entrent n p a r leurs désirs spirituels dans l'éternel e t su» blime sanctuaire de Dieu. Et comme Dieu est es» p r i t , et qu'il veut q u e ses adorateurs l'adorent » en esprit et en v é r i t é , il faut q u e le p r ê t r e s'afa) Post lias laudes et gratiarum aetiones pro tanta gratîa redctnptionis nostr;c qiuc in illo divino niysterïo a g i t u r , et commend a t u r , facto totius ecclesia? silentio, m quo cessante omni strepitu
e r a

P I R S D L M SE RÈ E E A ES

DA2JS

T U L S SE L S 33 O S E I C E.

» dresse ainsi à Dieu le P è r e , en lui disant : Te igi» iur clémentissime Pater. De là , dit-on , L C O U A B TU M E est venue dans l'Église q u e cette prière et M la consécration se disent T O U T B S par le p r ê t r e , A » de p e u r q u e des paroles si sacrées et qui appar» tiennent à un si grand m y s t è r e , étant apprises » par le p e u p l e , à force de les entendre souvent » r é c i t e r , ne fussent proférées dans les c h e m i n s , » dans les places publiques et en d'autres lieux » profanes. En effet, on raconte qu'avant que cette y> coutume fût établie, des bergers qui les récitaient » dans les c h a m p s , furent frappés par la justice » de Dieu. » Nous devons r e m a r q u e r , en premier l i e u , q u e puisqu'il ne fait que copier Flore de Lyon et Remi d'Auxerre qui écrivaient au I X . siècle, et qui ont parié distinctement de l'usage de dire en secret ou en silence toutes les prières du c a n o n , comme nous verrons b i e n t ô t , il n'a eu garde d e croire q u e l'usage du silence s'était introduit de son temps. Aussi n'en parle-t-il que comme d'une c o u t u m e établie , qui par conséquent n'était pas nouvelle. R e m a r q u o n s , 2 . Q u e la petite histoire contenue dans Vidcircout ferunt etc. n'est q u ' u n e note qui n'a été d'abord mise qu'à la marge , par quele 0 %

verborum solaad Deum dirîgitur întentio et devotio eordium, sociatis sibi omnium votis et desideriis , incîpit sacerdos orationem fwndere quà Ipsum mysterium dominici corporis et sanguinis consecratur. Sic enim oporlct ut in iila hora ta m sacrai et divinae actionis, tota per Dei gratiam à terrenis coçitationibus mente separata, et ecclesia cum sacerdote , et sacerdos cum ecclesia spiritali desiderio intret in sanctuarkun Dei aeternum et supernum : et quo-' niam spiritus est Deus, et eos qui adorant eum in spiritu et veritate oportet adorare , sic eumdem Patrem Deum oeprecetur Te itjitur clvmentissime pafer et reliqua. Idcircô , ut ferunt, venit consuetudo in Ecclesia Dei ut tacite ista obsecratio atque consécration sacerdote cantetur, ne verba tain sacra et ad tantum mysterium pertinentia , dum penè omnes in usum ea retinentes , per viens et plateas aliisque in locïs ubi non conveniret, ea decantarent. lude fertur quod antequam lixc consuetudo inolevisset, cum past"p»s ea decantarent in a g r o , divinîtùs sunt percussi. Dicit ergo sac-nlos supplices royamus vt pelimus , et hoc per Jesum ChrisLui, etc.

336

DISS. XV. PA.RT. I I . ART. IJJ.

DU SILENCE DES

q u e h o m m e d'une légère é r u d i t i o n , et qu'on a insérée avec fort peu de discernement dans le discours de ïtemi d'Auxerre. Je dis sans discernem e n t ; car la moindre attention peut faire apercevoir que ce conte fertur n'est point lié avec ce qui précède , qu'il y est même opposé et qu'il interrompt la suite naturelle du discours qui coule parfaitement, si Ton en ôle cette historiette , idcinù ut ferunt , etc. 3°. On voit q u e si ce compilateur avait écrit celte h i s t o i r e , il n'en aurait pas fait b e a u c o u p de cas, puisqu'il ne la rapporte q u e comme un simple ouïd i r e , ferunt, et qu'il ne l'établit pas p o u r cause ou p o u r fondement de l'usage du s i l e n c e , mais qu'il tire la nécessité du silence de ce qu'on doit prier alors du c œ u r , non de la bouche ; adorer Dieu en esprit par les seuls d é s i r s ; et entrer ainsi dans le Saint des Saints. La seule lecture des propres paroles q u e rapporte le faux Alcuin , fait assez voir t o u t ce q u e nous r e m a r q u o n s : car c o m m e n t ne pas voir dans ces paroles l'usage du silence de toute l'Kgl'se , c'est-à-dire , du prêtre et des assistans? Facto totius Ecclesiœsilentio ; silence qui exclut tout b r u i t de paroles ; cessante omni strepitu verùorum. 11 n'y a que l'esprit et le c œ u r qui s'élèvent ici vers Dieu : Sola ad Deum dirîgitur intentio el devolio eordium. Avec une voix qui ne se fait e n t e n d r e que de Dieu , le prêtre récite la prière qui consacre le corps de notre Seigneur : Incipit sacerdos orationem fundere quâ ipsum mysterium dorninici corporis et sanguinis consecratur. Jusque là , ce sont les propres paroles de Remi d ' A u x e r r e , tirées de Flore. Et comme si ces paroles ne suffisaient pas au compilateur pour bien exprimer la nécessité du silence d u prêtre , il ajoute les paroles suivantes que Flore avait écrites près de deux cents ans avant l u i , et q u e Remi d'Auxerre avait omises : sic enim oportet ut in illa horâ tam sacra* et divince acliouiSy tota per Deigraliam.... Ecclesia cum sacerdote,

PRIÈRES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

et sacerdos cum Ecclesiâ spiritali desiderio intrèt in sanctuarium Dei œternum et supernum. C'est donc ainsi en silence , selon cet a u t e u r , q u e le prêtre doit commencer cette divine a c t i o n , et s'adresser à Dieu en esprit comme fait le peuple , adorant ainsi en esprit, et lui d i s a n t : Te igitur démentisse Pater. Jusque-là tout est bien s u i v i , et l'ancien usage dti silence du canon bien m a r q u é ; et si l'on oie l'historiette, la suite est t o u t à fait lié : supplices rogamuset petimus, etc. Mais cette parenthèse idcircô ut ferunt, gâte tout. Elle n'a a u c u n e liaison avec ce qui p r é c è d e ; car il n'est point dit auparavant q u e la raison du silence du canon est la crainte que les laïques n'apprissent ou n e prononçassent les paroles sacrées. Q u e voudrait donc dire l'auteur de cette p a r e n t h è s e , idcircb ut ferunt, cousuetudo venit ut tacite istà obsecralio, etc., et quelle liaison avec les raisons exposées avant la parenthèse ? Elle en a encore moins avec les paroles du canon e n t r e lesquelles on Ta insérée : Te igitur dementissime pater, idcircb ut ferunt. Est-ce q u e ce conte éclaircit te igitur, ou ces mots de Père, et de Père très-miséricordieux ? Et quelle singulière liaison y a-t-il encore e n t r e la fin de l'histoire, que les bergers furent frappés du c i e l , et la suite des paroles du canon : Inde fertur quod divinitus sunt percussi. Dicit ergo sacerdos supplices rogamus et petimus. 11 est assez clair, ce me s e m b l e , <|iie celte parenthèse ne pouvait être q u ' u n e note marginale de q u e l q u e h o m m e s i m p l e , et q u ' u n c o piste ignorant à fait passer dans le texte. Si Ton avait mis d u moins , dicit ergo sacerdos silentio supplices , etc. on aurait lié en q u e l q u e manière là fin de la parenthèse , et on nous aurait peut-être embarrassé. Mais la fin est aussi peu liée q u e le commencement. Nous n'avons donc qu'à ôter e n tièrement cette parenthèse pour la faire repasser à la marge d'où on lavait tirée mal-à-propos. Elle

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DISS. XV. PART. I I . ART. I J I . — D U S ILE I CE DES V

m é r i t e d e tre conservée à la m a r g e , parce que le fond de l'histoire p e u t être v r a i , et q u e l'application seule n'est pas.juste. Il y aura lieu d e laire ce discernement plus bas. Nous ne nous serions pas si fort é t e n d u s sur le faux A l c u i n , s'il parlait de lui-même, II n e mériterait pas tant d'attention ; mais tirant ce qu'il dit de Flore et de Remi d'Auxerre , son témoignage devient considérable , parce qu'il embrasse trois siècles , le I X . , le X . , et le commencement du X I . , et qu'il nous fait voir par c o n s é q u e n t que le prétendu changement q u ' o n place au X . siècle, n'est q u ' u n e p u r e fiction.
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§•

IL
s

Seconde preuve par Bernon abbé de Richcnau j l'an 1 0 0 8 . Bernon était moine de Pruim Tan 1 0 0 0 . Il fut fait a b b é d'Auge o u Richenau près d e Constance l'an 1 0 0 8 , et son Traité De quibusdam rébus ad misses officium pertinentihus, doit être placé entre i o r 4 > e t l'an 1 0 2 2 , car il parle de l'année 1 0 1 4 «et ii traite au chapitre septième de la question agitée alors , savoir en quel mois devait commencer le j e û n e des quatre-temps , question qui fut ensuite décidée par le Concile de Salingestat, tenu en loaa. Il avait fait voir la nécessité de suivre les anciens usages de l'Église. Il avait cité les P è r e s , et en dernier lieu Amalaire, qui lui paraît très-instruit de l'antiquité ; Amularius dwinorum officiorum indugator solertissimus, cujus dicta catholicorum virarum sentent iis fulgent munita. Et il n'aurait pas m a n q u é de citer le Concile de Salingestat , s'il n'avait écrit son traité avant ce Concile. On ne peut d o u t e r q u e Bernon ne fût en état de r e m a r q u e r les changemens qui se seraient faits dep u i s Amalaire , c'est-à-dire . depuis Charlemagne. 1! avait voyagé, il connaissait les uspges des égli-

PRIÈRES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

33g

ses, et il paraît qu'il était h o m m e de considération; il accompagna à Rome en 1 0 1 4 l'empereur Henri II. S'il s'était fait q u e l q u e c h a n g e m e n t dans le rit de la messe vers la fin du X . siècle , il nous en informerait mieux q u e tout a u t r e a u t e u r . C'est précisément son temps , et Ton ne p e u t d o u t e r qu'il n e cherchât à s'instruire avec soin des anciens usages. On trouve dans le livre qu'il a fait sur la •messe, des observations et des recherches beaucoup plus curieuses q u e dans les a u t e u r s qui l'ont précédé et qui l'ont suivi. Il voulait non-seulement savoir les anciens usages , mais les suivre a u t a n t qu'il était possible. Il d e m a n d e dans le premier titre de son livre c o m m e n t on disait la messe dans les premiers temps ; qualiter prisais apostolorum temporibus missarum celebritas agerelur. Après quoi il parle de ce q u ' o n trouve avant saint G r é goire, du missel de saint Gélase , et de ce qui a été ajouté au canon. Il connaissait les anciens rites de la messe qui étaient en usage dans les Gaules et on Espagne avant Chariemagne. Il avait lui-même dans son abbaye les anciens missels, et il parle de ceux q u ' o n conservait à saint Denys en F r a n c e , dont l'abbé Ililduin faisait mention dans sa lettre à Louis-le-Débonnaire. Il r a p p o r t e la réponse de saint Grégoire-le-Grand à saint A u g u s t i n , l'apôtre d'Angleterre, t o u c h a n t la liberté de joindre l'usage de l'église gallicane à l'usage de R o m e ; et Bernon infère de là qu'il n'est pas blâmable q u a n d il s'attache à suivre les anciens rites. ( )
e a

Qui p o u r r a i t d o u t e r après cela q u e cet illustre abbé n'eût voulu faire dire toute la messeà voix haute, et n'eût fort blâmé le silence de quelques prières de la m e s s e , si l'on avait voulu l'introduire alors comme on le suppose : mais Bernon était bien éloi(a) His satïs instruimur exemplis nil nos delinquere , si ea q u a ex auctontate pontificum qui illuni sanctum virum tempore pvaecessmint , instituta suscepimus et vel ex fcallicanarum ecclesiarum mit hispanicarum usu mutuavimus , fideli devotione servimus.
liera, cap. 2.

34o

DISS. XV. PART. If. ART. III.

DU SILENCE DES

gué de croire que l'usage du silence fût récent. 11 avait lu et loué Amalaire, qui va nous exposer clair e m e n t la récitation secrète des prières et les raisons de ce secret; et il ne trouve rien de particulier à r e m a r q u e r s u r la récitation s e c r è t e , si ce n'est que dans la plus haute a n t i q u i t é , l'oblation même et la communion se faisaient en silence. ( ) Nous pouvons donc regarder Bernon comme un témoin qu'en son temps on n'a pas quitté un ancien u s a g e , en autorisant la récitation secrète des prières de la messe.
a

§.

m.

-Troisième preuve par C usage de faire réciter secrètement les noms des morts dans les diptyques > ou de 1rs placer ailleurs qu'à la messe, pour ne pas interrompre le silence du canon. On sait que les diptyques étaient u n livre qui se pliait en deux et se fermait comme les livres d'aujourd'hui. II y en avait un pour les n o m s des vivons, et un autre pour les morts. Q u a n d on récitait ces noms dans l'église latine pendant le canon , le diacre ou sous-diacre les récitait en silence à l'oreille du prêtre. C'est la r e m a r q u e du l'ère Mabillon dans le troisième tome des annales de l'ordre de faint Benoît. ( ) Duplex in eis ordo erat , vivorum et uwrtuoru/n , quorum nomina in sucris ad aurem sacerdotis à diacono recensebantur. Flore nous fait en tendre que selon l'ancien (°) u s a g e , le prêtre pouvait recommander au mémento des m o r t s tous ceux qu'il souhaitait. Cette commémoration , pour ainsi dire m e n t a l e , ne contentait peut-être pas assez différentes personnes. Dans les congrégations
b

(a) Cum veraciter credi possit priores sanetos silentio obtulisse vel communicasse. C. X.
(b) Annal, ben. 859. tom. 3. p. 70.

(<;) In quo utique locoautlibeniin estsacerdoti quos desideraverit pecnliaritcr riominare et nominatim Deo commendare, aut certè iflw! ni) anliquîs tisurpatiim est ut ibi nomina offerentium recitnriîiitur. i'tvi a.s intniss. can.

pitlÂAES DE LA. BIESSE DANS TOUS LES SIKCLES.

°S]\

on voulut avoir la consolation d'entendre réciter tout haut les noms des confrères. On fit p o u r ce sujet, au lieu des d i p t y q u e s , le nécrologe ou le livre des morts , q u ' o n appellait aussi quelquefois le livre de v i e , o ù l'on écrivait tous les n o m s des frères et des personnes unies. Ce qui s'observa dès le commencement de l'ordre de saint Benoît. C'est encore la r e m a r q u e d u Père Mabillon: Diplycoram exemplo inventum est apud monachos necrologium seu liber pro morluis, in quo adscripta sunt nominafratrum, etc. Mais ces noms n'étaient lus qu'à prime après le martyrologe , o ù rien n e pouvait empêcher de les réciter tout haut. Les diptyques étaient encore en usage au X . siècle dans les grandes églises. On voit dans la chronique de Lobes écrite alors par Folcuin, cp'Adalberon , qui fut fait archevêque de Reims en 969 , recommanda q u e selon l'ancienne c o u t u m e observée j u s q u ' à son temps , le sous-diacre réciterait tous les j o u r s à Voreille du p r ê t r e en silence les noms de ses p r é d é cesseurs, (a) Rien n ' i n t e r r o m p a i t d o n c alors le silence du canon, et l'on n e suivait en cela q u e l'ancienne coutume; ductam usque ad se consuetudinem. Au temps de saint J é r ô m e on récitait à l'offertoire même le nom de ceux qui offraient, et on le faisait alors à haute v o i x , ce qui est blâmé par saint ( ) Jérôme. Mais le Pape Innocent 1. fit e n t e n d r e qu'il était à propos de ne faire ces sortes de mémoires que p e n d a n t le canon ; ce qui a donné lieu de ne
e b

(a) Dîxit etiain epîscopus suprà nominatus [Adalbero Rhemensis) iradecessorum suorum ductam usque ad se consuetudinem » ut mter missarum solemma, in ea speciali commemoratione defunclorum qua; suprà diptvca dicitur , et in consecratione dominici corporis solemniter agïtur, quotidie I N A U R E M presbyteri R É C I TANTE S I L E N T E R subdiacono , omnium îpsius sedis nomina scripto vecitentur episcoporum. Fotcvlnus. Chron* Laub. cap. 7. (b) N U D C publiée recitantur offerentium nomina , et redemplio peccatorum mutatur in laudem. llieron. t. 2. comment, in cap.

Àl- t/ieremiœ. 0. 15.

34^

DISS, XV. PART. I I . ART. I I I .

DU SILENCE DES

le faire q u e s e c r è t e m e n t ; M saint Augustin n o m fait , ce me s e m b l e , e n t e n d r e q u e la mémoire des m o r t s se faisait pendant le canon , q u i a élé désigné par le seul mot de prières ou des prières que les prêtres faisaient à l'autel.
§• IV.

Quatrième

preuve par Remi d'Auxerre

* l'an 8 8 5 .

R e m i d'Auxerre est loué comme u n très-savant h o m m e par plusieurs a u t e u r s c o n t e m p o r a i n s . Foui* q u e s , archevêque de R e i m s , successeur d'TIincmar, qui m o u r u t en 88*i, l'appella à Reims p o u r diriger les études des c l e r c s , ( > et entre l'an 8 8 0 et l'an *) 9 0 0 il vint enseigner p u b l i q u e m e n t à P a r i s , où saint Odon , second abbé de Ctuny , fut son ( ) disciple, c o m m e nous l'apprend le moine Jean q u i écrivait en 9 3 9 . Nous avons déjà vu q u e le compilateur anonyme des divins offices avait transcrit son Traité De cele* braiione missœ , dans lequel Remi nous apprend distinctement l'usage de réciter le canon en silence: Facto l ) totius ecclesiœ silentio, in quo cessante omni strepitu verborum.... incipit sacerdos orationem Jun* dere... Te igitur. Ainsi nous n'avons que deux remarques à faire. La p r e m i è r e est q u e c'est ici le premier a u t e u r dans lequel on aitinséré le cou te q u ' o n faisait ne l'usage de dire le canon tout b a s , venait de ce que es laïques avaient osé p r o n o n c e r les paroles sacrées s u r du pain. Ce conte tirait sans d o u t e son origine
c d

(a) Non parva est universac ecclesia; qua; in hae consuetudîne claret auctoritas , ubi in precibus sacerdotis , qua? ad altare Domino Deo ftindnntur , locum suum babet et cominendatio mortuorura.
S. Aug. lib. de cura pro mortuis. (b) Flodoard. hist. I. 4. cap* 1.

(c) His diebus bonestus juvenîs succensus a more dicendi, Parisium adiii studéndi gratia , primam sedis resisc civitatem, ubi liemigius Autissiodorcnsis vir prœdicabilis et tliesauros scientisc tune temporis Iiabens moderandis et regendis studiis insudabat. Joan.
liai. Fit. S. Odon. etchronic. Benedict. Tom. III. p. 444. (d) Bibl. Pair. tom. IL p. Clan. 449. p. 1631. Vide etiam Annalts

PIUfcRES DE LA. MFSSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

343

de riiistoire du Pré spirituel écrit par Jean Moschus et Sophronius vers l ' a n 6 3 o . On ne savait pas cette histoire distinctement au I X . ni au X . siècle eu Occident, parce q u e le Pré spirituel n'avait pas été traduit en latin. Paschase R a t b e r t , qui était encore en vie en 8 6 a , et qui avnit rapporté plusieurs miracles touchant l'Eucharistie, tirés de ia vie des Pères d u d é s e r t , parce qu'il y en avait alors une version l a t i n e , d o n t ( ) Aven tin avait u n e belle copie écrite en 8 1 8 , n'a omis ce miracle q u e parce qu'on n e le connaissait pas alors. Le Pré spirituel n'étant pas t r a d u i t , et ne se t r o u v a n t pas en Occident, on ne pouvait le r a p p o r t e r q u e confusément: nous en parlerons plus bas. Il suffit q u ' o n voie à présent q u e Remi d'Auxerre ne s'est pas fondé sur cette histoire p o u r établir l'origine du silence du canon.
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Cinquième preuve par Hêrard de Tours Van 858 j et par le Pape Nicolas I. l'an 866.
s

On marque quelles prières on prescrivait alors aux fidèles ; ce que contenaient les heures de Charles-leChauve, et la méprise de quelques savans sur ce point. Tïérard , archevêque de T o u r s , dans les Statuts qu'il lit l'an 8 5 8 , déiend aux prêtres de commencer le canon avant q u ' o n ait chanté le sanctus, et il appelle les prières d u canon des secrètes , parce, qu'on ne les laissait pas e n t e n d r e au peuple ; ( ) et ut sécréta presbyteri non inchoent antequàm Sanctus fîniatur. Le Pape Nicolas I. n o u s a p p r e n d en effet q u e le canon de la messe était u n secret p o u r le peuple , et qu'on ne le laissait p o i n t e n t r e les mains des laïb

(a) Aventinus in annal. Bojorum. Cet auteur écrivait au commencement du XVI*. siècle. (b) Cap, 16. tom. t. capltuL 1286.

3^4

JNSS. XV. PART. If. ART. 111.

OU SI LE 5 C E DES

{

q u e s , non plus q u e les livres qui contenaient 1rs pénitences. C'est ce qu'il r é p o n d distinctement l'an 0 6 6 aux consultations des Bulgares nouvellement convertis. A Végard des jugemens touchant la pénitence que vous demandez les évéques que nous envoyons dans votre pays l'auront par écrit ; et l'évêque qui sera ordonné parmi vous, le montrera quand il sera nécessaire. Mais ces sortes de livres ne doivent pas être entre tes mains des laïques , parce qu'ils nont aucun pouvoir déjuger. Nous disons la même chose du livre qui sert à la célébration des messes. M 11 est d o n c constant qu'on n e laissait pas lire alors le canon d e la messe aux fidèles ; et il est bien aisé de voir par là q u e les p r ê t r e s ne le récitaient pas tout h a u t , puisque les fidèles auraient p u l'apprendre par c œ u r . Cependant si l'on s'en rapportait aux conjectures de nos j o u r s , on dirait q u e le canon aurait été ent r e les mains de tous les fidèles durant les dix pre* m i e r s siècles, et qu'il y était précisément dans le t e m p s q u e nous venons de m a r q u e r , c'est-à-dire, s o u s Nicolas I. et sous Charles-le-Chauve. De la m a n i è r e q u e parlent quelques personnes d'érudition , il semble qu'il n e puisse pas y avoir heu d'eu douter. ( ) L'auteur de La coutume d'adorer et de nier debout, en paraît bien convaincu; car en para n t des auteurs du I X . siècle : On voit encore, dit-il, un formulaire de prières composé par l'ordre du roi Charles-le-Chauve pour l'usage du peuple , dans lequel on trouve toutes les oraisons du canon que le peuple devait dire conjointement avec le prêtre.
9 b e

(a) Judinum prcnitentîae quod postuiastis, episcopî nostri quos in patriam vestrain misimus, inscriplissecumutïque défèrent, aut certè episcopus qui in vobîs ordinabitur, hoc, cùm oportuerit, exhibebit: nam seculares taie quid habere non convenit, mmîrùm quïbus per id judicandi quemquain ministerium nulltim tribuitur, Similiter et de codice ad facieudas missas asseritnus. Resp. ad Consuit. Bulg. num.lGet77. (b) Coutume de prier concit. font. Vlll.hM. debout. T. Lp* 298.

PRIÈRES DE LA MESSE DANS. TOUS LES S O C L E S .

11 est tout-à-fait s u r p r e n a n t q u o n ose parler ainsi , sans avoir vu ce formulaire de prières de Charles-le-Chauve , et Ton peut bien assurer que cet a u t e u r n e Ta jamais vu ; car c o m m e n t voir ce qui n'est pas ? Ce q u i a t r o m p é quelques p e r s o n n e s , c'est q u e des savans o n t parlé des heures deCharlesle-Chauve qui se sont conservées en Allemagne et en L o r r a i n e j u s q u ' à n o t r e t e m p s , et Ton s'imagine que des h e u r e s q u i o n t p r è s de 9 0 0 ans d'antiquité, et qui o n t été faites avant le I X . siècle, n e peuvent pas m a n q u e r de c o n t e n i r le canon de la messe. Il faut d o n c exposer ici ce q u e contiennent ces h e u r e s , afin q u o n n e s'y t r o m p e plus. Les heures de Charles-le-Chauve o n t été écrites avec tant d ' a r t , et si richement reliées, q u e véritablement la postérité les a toujours regardées et conservées c o m m e u n e curiosité remarquable. Il y en a de deux sortes , d e g r a n d e s q u i é l a i e n t destinées apparemment p o u r les grands offices , où il y avait beaucoup de psaumes à c h a n t e r ; et de petites qui étaient p o u r tous les j o u r s , ce qui les faisait a p p e ler les heures manuelles, ou le Manuel. Les g r a n des heures sont à P a r i s , et n ' o n t jamais été imprimées. Les autres ont été imprimées en Allemagne il y a cent vingt-cinq ans. Ces deux sortes d'heures n'ont rien de c o m m u n q u e les litanies , lesquelles nous font pourtant connaîlrc eu quel temps elles ont été écrites ; car dans les grandes heures il y a : Ut Hirmindrudirn conjugem nostram conservure digneris , Te rogainus audi nos ; et dans les petites heures on lit : Ut Yrmindrudim conjugem nostram mm liberis nostris conservure digneris, Te rogarnus audi nos. Ainsi ces deux sortes d'heures ont élé faites pendant la vie de la reine I r m e n t r u d e . Or Charles-le-Chauve épousa I r m e n t r u d e l'an 8 ^ 3 , et elle m o u r u t l'an 86g. Ainsi ces heures ont été écrites entre Van 843 et l'an 8G9. Il est visible que les premières ont été écrites peu après le mariage de Charlese

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DlSS.XV. ART. I H . PART. II. — D U SILENCE DES

le-Chauve, et par conséquent Tan 8 4 4 > avant qu'il e û t des e n f a n s , et q u e les dernières doivent être placées vers l'an 8 6 0 , lorsqu'il avait plusieurs enfans qu'il joint dans les litanies à la reine leur mère. V o y o n s comment ces heures se s o n t conservées, et ce qu'elles c o n t i e n n e n t . Après la m o r t de la reine I r m e n t r u d e les grandes h e u r e s où e l l e é t a i t n o m m é e dans les l i t a n i e s , furent vraisemblablement données par Charles-le-Cbauve à l'église cathédrale de M e l z , d'où elles o n t passé à la bibliothèque inestimable de M. Colbert. C'est là q u e je les ai vues avec u n e singulière satisfaction. C'est assurément u n e pièce très-riche et trèscurieuse. La forme de ces heures est c o m m e un //*quarto ordinaire, et les couvertures sont enrichies de beaucoup de pierreries. Tout y est écrit sur de beau vélin en lettre d'or capitales, d o n t la dorure est incomparablement plus belle q u e celle qu'on fait à préseut. Voici tout ce qui y est contenu : le psautier tout entier ; les cantiques qui finissent par Nunc dimittis; le Te Deum intitulé Hjmnus ud matutinum diebus dominicis, dans lequel on sera peutêtre bien aise de savoir qu'il y a cum sanctis tuis gloriâ munerari ( ) ; le Pater; le symbole des Apôt r e s , le Gloria in excelsis, intitulé Jiymnus Angelicus; le symbole de saint Alhanase intitulé Fûtes sancti Athanasii; et enfin les litanies des S a i n t s , où le roi ne d e m a n d e q u e l a conservation de sa femme, n'ayant point encore alors apparemment d'enfans: Ut Hirmindrudim conjugem nostram conserva? e, etc. , une oraison p o u r implorer l'intercession des Saints, Beuedicamus Domino, Deo gratias. Ainsi finissent les grandes heures. Les petites ont été trouvées en Allemagne, et données au public p a r l e s soins de Félicien , évéque de Scala, qui y fit une préface en 1 5 8 3 à Munich.
3

(a) On lit de même dans un bréviaire manuscrit du X I . siècle, qui est à l'Institution de TOratoire de Pans.

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PIufeaES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

Ces heures o n t été aussi écrites en lettres d'or» et Ton y voit e n m i n i a t u r e un j e u n e prince qui est apparemment Charles, roi d ' A q u i t a i n e , fils de Charles-le-Chauve. Voici le titre de ces heures m a n u e l les: Incipit liber orationum quem Carolus piissimus rex Ludovici Cœsaris filius Omonymus, voltigera atque sibi manualem scribere jussit; e t voici ce qu'elles c o n t i e n n e n t : i°. deux mots p o u r offrir son Ame à Dieu en se l e v a n t , u n e oraison de saint Augustin , u n e de saint Jérôme , u n e de saint Grégoire, u n e d ' A l c u i n , plusieurs psaumes des plus courts, Oratio ante iitaniam les litanies o ù i! y a , Ut Yrmindrudim conjugem nostrum cum liberis nos* tris conservare, etc; u n e oraison de saint Augustin , et u n e p o u r les vivans et pour les m o r t s . Null« mention du canon. Il y a seulement deux oraisons pour la messe q u e nous mettrons i c i , l'une pour offrir le sacrifice» l'autre pour réciter q u a n d le prêtre dit Oratefratres.
9

OaATio quando ojfertis ad missam pro propriis cutis et pro animabus amicorum.

pec-

Suscipe sancta Trinilas > atque indivisa imitas hanc oblaiionem quam tibi offero per manus sacerdotis tui pro me peccalore et miserrimo omnium kominum , pro meis peccalis innumerabilibus quibus pceeati coram te > in dictis^ in fa dis , ht cogilalionibns ni prœterita mihi dimiltas, et de futuris me cuslodias, pro sanitate corporis et animœ meœ pro gratiarum actione bonorum tuorum quibus tttor quotidie. Quid retribuam tibi Domino pro omnibus quœ relribuis mihi ? liane oblaiionem salularis tibi offerre prœsuma j etnomen tuum invocabo , laudans invocabo Do* minum , el ab inimicis meis salais cro* Suscipe etiam* Domine eamdem oblaiionem pro animabus parentwn mcorum et amicorum, el omnium in Christo quiescentium , ut consortio sanclorum tuorum cum perpétua fruantur œternitate.
3 3 3

348

DISS. XV. PART. II. ART. III.

I*U SILENCE DES
r

QUID O A D M sit ad ANU

missam pro sacerdote petit pro se orare.

qaanâo

Spirîtus sanctus supcrvcniat in te j et virtus Àllls* sfmi obumbret te. Memor sit sacrificii tut et halocaustum tuum pingue fiât. Tribuat tibi seciindum cor muni, et omnem petitionem tuam confirmet. Da , Do* mine s pro nostris peccatis acceptabile et susceptibile fieri sacrificium in conspectu tuo.
s

O S R A I N sur B E V TO

la Prière marquée dans les Heures de Charles-le-Chauve au lieu de Suscipiat.
a

O n ne r é p o n d a i t pas précisément d e la même m a n i è r e , dans c h a q u e église. ( ) Q u e l q u e peu do temps avant Charles-le-Chauve , Amalaire avait ent e n d u dire trois versets de YExaudiat. ( ) Remi d'Auxerre , peu d'années après Charlesle-Chauve , r a p p o r t e quelques autres formules: ( ) jdcclinans ergo se populus orare débet ita : Sit D o m i n u s in corde t u o , et in o r e t u o et suscipiat sacrificium sibi acceptum de ore tuo et de manibus tuis pro nostra o m n i u m q u e sainte. ( ) Amen. Vel hoc dicant omnes ; Spiritus sanctus superveniat in te , et virtus Altïssitni se infundere et obumbrarc dignetur t i b i , qui excutiat o m n e m rubiginem pecc a t o r u m tuorum et evacuet sordes o m n i u m vilior u m , et e m u n d e t , e t e x p u r g e t , castificet et sanctificct corpus l u u m , et ejus templum et Christi mercaris esse m e m b r u m , et facial te idoneum et dignum ministrum ad îmmolandum Deo sacrificium laudis, et reddendi Altissimo tam tua quàm omn i u m nostrorum v o t a ; Exaudiat te D o m i n u s in die tribulationis, et cœtera usque pingue fiât. Suscîpe preces et mimera tua qua? ei offers p r o t.uâ et omn i u m nostrorum iniquilate vel i g n o r a n t i â , et pro
b c a

(a) Audivi dfcere quod plebs eadem hora très versîculos cantet pro sacerdote. (b) Mitlat tibi Dominus auxilium de sancta, et duos sequentes.
(c) De Eccl Ofjic. i î. cap. 19.

(d) De

célébrât, missx.

JiibL PP.

t.

0.

p.

542.

PRIÈRES DR LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

3^9

universa Ecclesia s a n c t a , catholica et apostolica per orbem terrartun longé latèque diffusa. On voit par là q u e la formule m a r q u é e dans les heures de Charles-le-Chauve est u n précis de ce qui se disait p a r t o u t . Enfin pour les j o u r s de c o m m u n i o n il y a deux oraisons fort c o u r t e s , l'une avant la c o m m u n i o n , et l'autre après.

OAI R TO

ante

Communionem.
9

Domine sancte j pater omnipotens > œierne Deus du mihi corpus et sanguinem Christi Filiitui Domini nostri ita sumere, ut mereatur ( ) per hoc remissionem peccatorum accipcre , ex tuo sanclo Spiritu repleri quia tu es Deus, et in te est Deus , et prœtcr tenon est alias cujus imperium permanct in secula seculorum.
a 9 3

O A I post H TO

Communionem.
s

Quod ore sumpsi j Domine mente capianij fit de corpore et sanguine Domini nostri Jcsu-Christi fini mihi remcdiumsenipilcrnum. Per ewndem Dominum , etc. Voilà tout ce q u e contiennent les grandes et les petites heures. Ceux qui n'ont pas craint d'assurer q u e dans les heures de Charles-Ie-Cliauve ( ) on trouvait toutes les oraisons du canon de la messe que le peuple devait dire conjointement avec le prêtre, n'auraient pas
h

(a) Merear. (b) Si Ton voulait tâcher d'excuser Fauteur de La coutume d'adorer et de prier debout, ne pourrait-on point dire qu'il avait voulu pnrler, non des heures de Charles-le-Chauve, mais de Charles A , dit le Sage, quoiqu'il y ait 500 ans entre les deux ? Ce prince <|ui était pieux et qui aimait la lecture, s'était fait traduire l'ordinaire de la inesse selon Fnsige de Paris, nous pourrons insérer cette traduction dans la Bibliothèque liturgique : Ici commence l'ordonnance delà messe, etc. Le même roi fit aussi traduire pour son usage le rational des divins offices de Durand, êréqve de Mende, ce qui fut fait par Jean GoJin, Carme. 11 s'en trouve trois manuscrits dans la bibliothèque du r o i , cotés t\. GS40 , 7031 , 7278. Le, nnnuscrit 7031 est signé à la On du roi même- Le troisième , coté 7278, lui est dédié. Charles V mourut en 1380.
r

35o

TUSS. XV. PART. t l . ART, HT.

DTï SILEKCE DES

p a r l é d e cette m a n i è r e » s'ils avaient j e t é les yeux s u r ces heures. Ils n ' o n t a p p a r e m m e n t vu dans q u e l q u e catalogue q u e ce t i t r e , sous lequel elles o n t été imprimées à I n g o l s t a t , Liberprecationum quas Carolus Calms imperator sibi quoticliano usu cotti^i mandant. I n g o l s t a t , r585 , */ï-ia. ; et ils n e p o u vaient guère plus mal placer l'époque d u canon mis e n t r e les mains d u peuple fidèle qtie d a n s le temps auquel le Pape Nicolas nous a a p p r i s q u ' o n n e le lui confiait pas. On croyait alors q u e les fidèles devaient se contenter, pendant la messe, de se joindre à l'Église pour c h a n t e r ce qu'ils pouvaient savoir par c œ u r , comme le Kyrie eleison , ou de méditer en silence , t e n a n t leurs esprits et Ie.urs c œ u r s élevés à Dieu. C'est tout ce q u e l'archevêque l i e r a r d leur d e m a n d e d a n s ses statuts M : Aut communiter Kyrie eleison cantent, aut singulariter oral ionem dicant et in ecclesia cum silentio stent, et pro se et pro omni populo Dei orent, corda semper ad cœlum habentes erecta. Les statuts d'IIincmar de R e i m s , en 85a , ne prescrivent q u ' a u x seuls prêtres la connaissance du canon : < ) Populum sibi commissum seduto instruat, prœfationem quoque canonis et eumdem canonem intelligat, et memonter ac distincte projerre valeat.
b

§. VI. Sixième preuve par Flore de Lyon l'an 84o. F l o r e , diacre de L y o n , florissait sous A g o b a r d , archevêque de Lyon , m o r t en 84o. Il passait p o u r u n des plus savans h o m m e s de son t e m p s . Walfrid r a p p o r t e son éloge dans des vers adressés à Agobard, et Wandelbert qui écrivait vers l'an 85o , appelle Flore un h o m m e très-connu et irès-savant, dont il dit jqu'il avait reçu beaucoup de secours (°) p o u r
(a) Cap. 114. {h) Cap. \. Conc. tom. 8 pag. 569. (c) Ope et subsidio pneciptic tisus sut» sanrtî et nomiiiaticsimi viri Flori Lugdunensis eeclesiae subdiaconi, qui ut nostro tempore re-

PRIÈRES DE TA MESSE DANS TOtJS LES SIECLES. 35 I

son martyrologe. Cet h o m m e si savant et si versé dans les rnonumens de l'antiquité , a recueilli de tous les Pères u n e explication du canon de la messe sous le titre De actione missarum , qui a été imprimée p o u r la p r e m i è r e fois à Paris en i 5 4 8 ( ) , et réimprimée en partie dans u n e des Bibliothèques des Pères , et ensuite plus au long à Lyon dans la grande bibliothèque des P è r e s , to/zie^X*Armais toujours sans les témoignages des Pères cités à la m a r g e , comme on les trouve dans la première édition. Le traité de Flore est t o u t d o g m a t i q u e , pour expliquer le fond du mystère , et développe la vérité de la présence réelle du corps de n o t r e Seigneur. Cependant ce t r a i t é , t o u t d o g m a t i q u e , nous fait assez connaître l'usage et les principaux motifs du silence du c a n o n , puisque ce savant a u t e u r nous d i t , qu'après la préface et le Sanctus, « toute Fé» glise e n t r a n t dans un grand silence , p o u r ne don» ner plus lieu à d'autre langage q u ' à celui d u » c œ u r , le prêtre commence la prière Te igitur. Il n'est pas nécessaire de m e t t r e ici au long tout ce qu'il dit du silence avec lequel le canon est récité, puisque le faux Alcuin et Remi d'Auxerre ont tiré de lui tout ce q u e nous avons r a p p o r t é plus h a u t , ainsi que nous l'avons r e m a r q u é . Mais p o u r aller au devant des évasions de quelques personnes qui prétendraient peut-être éluder le témoignage de Flore, en disant qu'il ne parle q u e du silence des assistans pendant la récitation du canon , et non pas du sia

vera sïngnlari studio et assiduitate in divins scriptural scientia polIet, ita libroruin antiquorum non mediocri copia et varietate noscitur abundare. IVandelb. in Martyr. (a) La première édition a été donnée sous ce titre : Brevis et admodum d'ducida in missx canonem exegesis^ sans le nom de Flore, parce qu'on ne savait pas alors que ce traite fiit de lui. I.iudanus , évêque de G a n d , donna ce même t r a i t é , en I 5 8 ï ) avec son vrai t i t r e , Ds actione missarum , et le prologue qui manque à la première édition, mais sans savoir encore qu'elle était de Floro. L'ouvrage est anonyme; on marque seulement qu'il est tiré d'un très-ancien manuscrit , ex aniiquissimo codice , etc. auquel il manquait six feuillets.

35*

DISS. XV. PART. U . AUT. I I I . — DU S1LCTCÈ DES

lence avec lequel le p r ê t r e devait le r é c i t e r : il faut ajouter ici ce q u e Flore répète q u e l q u e s lignes plus b a s , q u e le prêtre prie avec r a s s e m b l é e , non pur la voix , c'est-à-dire, on faisant e n t e n d r e sa v o i x , mais par le c œ u r : Clamât sacerdos cum ecclesia, non voce,sed corde, dicens: Te igitur , etc. §. V I L Septième preuve par Amalaire , vers Van 8 2 0 . Nul a u t e u r n e p e u t mieux qu'Àmalaire n o u s instruire des usages de son siècle , et de ceux qui Tout précédé. Il vivait dans un temps ou I o n s'appliquait particulièrement à l'étude des offices d i v i n s , parce q u e Cbarlemague et Louis-le-l)ébonnaire souhaitaient qu'on introduisît en France le rit r o m a i n , et qu'on p û t trouver p a r t o u t un m ê m e office, soit q u ' o n fut à R o m e , soit en A l l e m a g n e , soit eu France. Amalaire était particulièrement chargé du faire des recherches s u r les offices divins , et principalement sur le m i s s e l , qu'on appelait alors (e Sacramentaire. M h*peccatori, dit-il ( ), grossa res data est potiàs ad indagundum quam ad exponendum , id est, de ofjicio quod continetur in sacramentario, etc. Cet a u t e u r était c o n n u avant la mort d e Charlemagne. ( ) La règle des chanoines qu'il tira , comme avait fait G o d é g r a n d , des anciens décrets des Pères et des Conciles , fut approuvée au Concile d'Aix-la-Chapelle en Si 7,et depuis ce tempslà jusqu'à Tan 8*7 il composa les q u a t r e livres des offices ecclésiastiques. Il m a r q u e fort clairement dans la préface ( ) des offices divins q u e le prêtre fait l'oblation de l'hostie par une prière secrète ; au livre 3. chapitre i<). de l'offertoire, il a p p o r t e phisieurs raisons du silence des prières du p r ê t r e ; et
a !> c

(a) Prolog, de Offre. Eccks. p. 105. (b) Mort en 814. (c) Cantoresin eo loco ubi sacerdos compnnit hostiain in altarî, et facit <um transire per suaiu serretam oraliuiiem admodum hostiœ, sive muneris donive, vel sacrilk-ii seu oblutiouis. Amal. prtefal de ofjic. eccL

PRIÈRES W. LA MESSE DANS TOUS T.ES SIECLES.
8

353

au chapitre ao. de sécréta, il dit ( ) quelle s'appelle ainsi parce qu'on la dit secrètement, et que le p r ê t r e ne p r o n o n c e les paroles ( ) q u e p o u r être averti des choses auxquelles il doit penser- 11 examine , au chapitre a 3 , qui a p o u r titre ( ) de Teigiiur, d'où vient q u ' o n dit ces prières s e c r è t e m e n t , et voici les raisons qu'il en d o n n e , et qu'il t r o m e dans saint Cyprien. L ' u n e , parce q u e Jésus-Christ nous a appris à prier en secret ( ) ; magisterio suo Dominus secreto nos orarepnecepit. L ' a u t r e , parce que cette prière secrète convient à la f o i , qui n o u s apprend q u e Dieu p é n è t r e dans tout ce q u i est caché ; quod magis cowenit fidei ut sciamus Dominurn..: in abdita quoque et occulta penetrare. La troisième, q u e Dieu qui voit les pensées des hommes écoute la prière d u c œ u r et non pas le son de la voix : Quia Deus non vocis, sed cordis audit or est, qui cogitaliones hominum videt. La q u a t r i è m e , que la célèbre A n n e qui était la figure de l'Église, triait sans faire e n t e n d r e ce qu'elle disait. Elle par* ait dans son c œ u r , dit M l'Écriture. On voyait remuer ses lèvres sans pouvoir e n t e n d r e a u c u n e p a r o l e , et le Seigneur l'exauça. Je ne sais ce q u ' o n pou rrait apporter de plus précis pour m a r q u e r q u e , par la prière s e c r è t e , l'on enlen d une prière faite d ' u n e voix non e n t e n d u e des assisfans , et p o u r e x p r i m e r la manière d o n t le canon et les autres prières secrètes sont d i t e s , suivant la
b c J

Ï

(a) Sécréta ideo nominatur, quia secreto dicitur. (b) Ac ideo quia Oeo cogitationibus loquimur, non est necessarïa vox reboans, sed verba ad hoc tantùra ut eisdem adraoneatur sacerdos quid coghare debeat. (c) AmaL deOff. EccL t. 3. c. 23, (d) Ex S. Cypr- deoraL dovu (e) Quod Anna ecclesia* typum portans custodit et servat quac Deum non clamosâ petitione , std tacite ac modeste intra îpsas pec* toris latebras precabatur, et loquebatur prece occulta, sed manifesta fuie : loquebatur non voce sed corde, quia sic Dominum sciebat audire, et impetravït eflicaciter quod petiit, quia fideliter postulavît. Déclarât Scriptura divîna quse dicit, Loquebatur in corde suo et labia ejus movebantur, et vox ejusnon audiebatttr, et exaudivit eani Dominus, 1. Reg. 1.

3!)'i niss. xv. P R . n. A T n i . — nu sirjîffcfc ÏK AT R, >S r u b r i q u e , par !e p r ê t r e , à qui l'on voit r e m u e r les lèvres ,sans e n t e n d r e ce qu'il dit. C e p e n d a n t Amalaire tire tout cela de saint Cyprien ( ), tant il étoit persuadé que l'usage de son temps , q u i était tout semblable au n ô t r e , devait être très-ancien. II parleencore plusieurs fois de c e s i l e n c e d a n s s o n a u t r e ouvrage sur l'ordre romain , qu'il intitula Eclogue, et qui nous a été donné par M. Baluze a la fin des capitulaires des rois de France : Amalaire, dans ce dernier o u v r a g e , qu'on peut r e g a r d e r , ce me s e m b l e , c o m m e un recueil de fragmens et de pièces qu'il ramassa à Rome peu après Tan 8 2 7 , lorsqu'il y fut envoyé par l'empereur Louis-le-Débonnaire , explique plusieurs fois le mot de sécréta ( ), et pourquoi l'oraison q u e le prêtre dit s u r les oblations est récitée en secret? ( ) C'est qu'il est utile q u e l'oraison qui est particulière aux prêtres soit s e c r è t e , afin qu'ils ne pensent pas si leur voix ou leur récitation est agréable au peuple ; mais qu'ils n e s'occupent u n i q u e m e n t q u e d ' u n i r leur esprit à Dieu qu'ils prient. Il met aussi un titre exprès au sujet du secret du canon : De Te igitur cursecreto cantetur : s u r quoi il fait r e m a r q u e r la différence qu'il y a e n t r e la préface et le canon. Par la préface qu'on dit à haute voix, tout le m o n d e est averti des louanges dues à Dieu notre c r é a t e u r , et q u e nous devons faire tous ensemble : Quod excelsa voce dicirnus ante Te igit u r , ad laudetn pertinet qui hanc valent distinguère , omnibus demonstrelur, creatoris nostri, ut manifesté, etc. «Mais quand on vient au Te igitur » c'est alors la prière spéciale du p r ê t r e . C'est lui
a b c $

(a) S. Ci/pr. de oral. Donu (b) Sécréta dicitur, eô quod secretam orationem dat super oblationem. Col. 1301. (c) Christus solitudinem quicsivit in oratione. Quantô magis nos oportet quaerere qui undique cireumdamur tumultibus \!tiorum et consuetudine seculari. Utile namque est omnem orationem specialem sacerdotum secretam esse , ut noneogitemus quomodo placent vox et compositio oris populo terreno, sed tantummodo cogitemus qualiter meus soli Deo concordet quem orat. Col. 13CS.

PRIHRES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

355

» seul q u i e n t r e d a n s le Saint des saints, et qui doit » faire cette prière en s e c r e t , en q u o i il suit le pré» cepte de Notre-Seigrieur, son m a î t r e , q u i dit (a), » lorsque vous voudrez prier, entrez dans un lieu » retiré , et fermant la porte, priez votre Père en » secret. Cette c o u t u m e s'est conservée dans l'É» glise j u s q u ' à p r é s e n t , q u e celui qui fait la prière » ( d e la c o n s é c r a t i o n ) la fasse en p a r t i c u l i e r : qu'il » la dise d ' u n e voix q u i serve à l'avertir de ce » qu'il doit d e m a n d e r à Dieu dans le secret de son » c œ u r . Et ce n ' e s t pas sans raison q u e celte côu» tume s'observe p a r m i les Chrétiens. C'est sans > doute parce q u e Jésus-Christ a prié s e u l , suivant » ce q u e dit saint Matthieu : / / monta seul sur la » montagne pour prier. ( )» En est-ce assez p o u r être persuadé q u ' a u temps d'Amalaire, l'oraison s u r I e s o b I a t i o n s , o u le canon, se disait secrètement ou en silence , et qu'il croyait celle c o u t u m e bien, ancienne ? Q u a n d les explications qu'il d o n n e ne plairaient pas à ton t le m o n d e , son témoignage n ' e n a u r a i t pas moins d'autorité par la certitude des usages qu'il r a p p o r t e . On ne peut disconvenir q u ' o n ne lui ait d o n n é b e a u c o u p d éloges. Un h o m m e d'aussi bon sens et d'une critique aussi judicieuse , q u e l'était Guillaume de Malmesbury , au X I I . siècle , en fit un abrégé C)
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(a) Malth. v i . 16. (b) Tsta oratio specialiter ad sacerdotem pertinet, solus sacerdos in eadem întrat, secreto eam décantât. Sequitur magistri sui pnecepta qui dicit : Tu autem càm oraveris, intra in cubicvtum, etc. Iste nanique mos apud nostram ecclesiam usque hodiè nianet, ut siquis orationein facit, specialiter facit. Ha ne ita exaltât voce , ut seipsum admoneat quid in secreto cordis sui postulare debeat. Neque absre est quare mos iste apud ebristianos teneatur; procul dubio quia Glirîstus solus orabat UndeMatthœus : Et dimissâ turbii ascendif in montent soins orare. Col. 1362. (c) Cet abrégé d'Amalaire par Guillaume de Malmesbury, est dans la bibliothèque de Lambeth, d'où M. Allix, autrefois ministre de Cbarenton, a tiré une partie de la préface dans laquelle on lit : Cxteràm de varietatibus officiorum, alittm frustra desiderabis qmm Jmatarium ; ftteritjortassis aliqnis qui seripserft disertiùs nemo certè peritiûs. In Joannem Parisiensem. Londini, 1686. page 84.

3'>G niss. xv. PÂTIT, ir. A ^ T . m . — on S I L E N C E DES ou i l d i t , q u e si q u e l q u ' u n a traité des offices avec plus d é l o q u e n c e , personne ne l'a fait plus savamment. Son ouvrage fut fort examiné et c r i t i q u é , même par Agobard, archevêque de Lyon , et par Flore. Mais ceux-ci ne l'ont jamais accusé d'avoir manqué d'exactitude ou de fidélité en r a p p o r t a n t les faits et les usages. Ainsi nous pouvons conclure sûrement s u r son a u t o r i t é , et s u r celles qu'il a compilées , q u ' a u c o m m e n c e m e n t d u IX . siècle, on croyait q u e la coutume de dire en silence la secrète et le c a n o n , était d'un temps immémorial.
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Réflexion sur Raban-Maur , et sur Walfrid
e

Strabon.

Comme nous venons de recueillir avec soin tout ce qui se trouve dans les auteurs du I X . siècle, touchant la manière de p r o n o n c e r les prières de la m e s s e , on serait peut-être surpris de ne trouver ici aucune mention d e K a b a n et de Walfrid. Dîsons-cn deux mots. R a b a n - M a u r , dans ses trois livres de institutions clericorum, n'a faitque deux petits chapitres de l'office et de l'ordre de la messe, et il ne parle pas distinctement de la manière d'en prononcer les prières ; on peut cependant apercevoir la prière secrète du canon dans ces paroles :( ) Lesacri* five est ainsi appelé, parce qu'il est consacré parla prière mystique : et véritablement on trouve souvent dans les auteurs indifféremment prières mystiques ou secrètes. Walfrid Strabon a fait aussi un l i v r e t exordiis et incrementisrerum ecclesiasticarum , où l'on trouve u n long chapitre ( q u i est le 2 2 . ) de online missœ. Mais il ne parle que des additions qui ont été faites au canon , sans rien dire de la manière de prononcer. Il traite au chapitre douzième de orandi modis, ac distantidvocum\ et là il loue les prières
a e

(a) Saoxificïum dictum quasi sacrum factum, quia prece mystica consecratur. Z.. i. c. 32.

PRIÈRES DE LA. MESSE DA.KS TOUS LES SlfcCLKS.

à voix h a u t e , et celles qui sont secrètes. ( ) 11 montre Futilité de celles-ci par l'exemple d ' A n n e , mère de Samuel ; et il dit encore qu'on p e u t parler bien haut devant Dieu sans faire e n t e n d r e aucun s o n , puisqu'en effet Dieu dit à Moïse d'où vient qu'il criait vers lui quoiqu'il ne paraisse pas qu'il e û t parlé : Quid clamas ad me ? cum non legatur ibi aliquld clamasse. On tirera de ces paroles ce q u ' o n croira de plus convenable. Je n'insiste point là-dessus. Les a u t e u r s n e disent pas tout s u r toutes choses. Si ceux-ci n e disent rien de précis p o u r le s i lence des prières de la m e s s e , ils ne disent rien contre, et ils c o n t r i b u e n t même à faire l'éloge de ce silence.

a

ARTICLE

IV.
s

Que depuis À malaire, sous Ijouis-Ie-Dàbonnaire en remontant jusqu'à saint Grégoire , U ne s'est fait aucun changement sur la manière de réciter le canon. Preuves qu'il était récité en silence par de 1res* anciens monumens Pontificaux, Sacramentaires * Ordres romain ; gallican* monastique * etc.

CE q u e nous avions entrepris de m o n t r e r qu'il n e s'est fait aucun changement au X . siècle touchant l'usage de réciter le canon à voix b a s s e , est fini. O n vient de voir qu'au c o m m e n c e m e n t du IX . siècle les a u t e u r s parlaient de m ê m e q u e ceux du X I . L'oraison de l'oblation devait être secrète, et le pré-* tre disait le canon en silence. C'en est assez ; le changement supposé par quelques savans est donc une pure illusion.
e e e

(a) Intelligauius ergn his exemplîs quid Dominus in templis suis fleri vêtit... Annani matrem beati Samuelis in secreto cordîs inotu, tnntiim labiorum sine strepitu vocis orantem , in filii pétitions e.'ûutdivît-

3)8

DISS. XV. PAKT. I I . ART. IV.

DU SILENCE DES

Mais il ne sera pas inutile de r e m o n t e r plus haut, afin q u ' o n ait lieu d'examiner en quel temps on peut placer l'époque du prétendu changement , ou plutôt p o u r se convaincre qu'on n'en peut point trouver. Nous allons faire voir ici q u e ce changement ne s'est pus fait depuis saint Grégoire jusqu'au commencement du règne de Louis-Ie-Débonnaire, sous lequel Amalaire écrivait. Il sera aisé de s'en conv a i n c r e , en faisant réflexion s u r le zèle de Pépin, de Cbarlemagne et de ses e n f a n s , à faire suivre exactement le rit r o m a i n , par les auteurs qu'Amalaire avait vus , et par la messe d'Wyricus , par quelques anciennes expositions de la messe romaine écrites vers l'an 8 0 0 , par l'ancien rit gallican, et par l'ancien o r d r e romain. 1*. On ne dira pas que P é p i n , ni Charlemngne, ni L o u i s - l e - D é b o n n a i r e , aient voulu recevoir le rit grégorien , en y faisant des changemens. Ils ont paru trop attachés à introduire le rit romain pur et simple. Dans les livres c a r o l i n s , q u e Charlemagne voulut bien laisser publier sous son nom l'an 794» il loue le roi Pépin son p è r e , d'avoir introduit l'office romain dans les églises des G a u l e s , afin q u ' o n fût uniforme dans la célébration des offices, comme on était uni dans la foi; nec sejungèret officiorum varia celebratio , quas conjunxerat unicai fideipia devotio. 11 déclare qu'il s'applique à faire recevoir cet o r d r e romain dans les églises qui ne l'avaient pas encore reçu. Louis-le-Débonnaire ne fut pas moins zélé sur cet article q u e son père ; et Char* ies-le-Chauve y tint aussi la main. ( ) Il écrit au clergé deRavonne ,qu'il avait vu célébrer des mesa

(a) Nam et usque ad tempora abavi nostri Pipini gallicanx et hispanica; ecclesiaï, aliter quàm romana vel mediolanensis ecclcsia divina officia celcbrabant, sicut vidimus et audivimus ah eis qui ex pnrtibus toletanrc ecclesiaï ad nos venientes secundùm morem ipsi:is ecclesiœ , coram nobis sacra officia celebrarunt. Celebrata sunt etiarn coram nobis sacra missarum officia more Microsolymitano au tore Jacobo apostolo, et more Constantinopolitano, autore Basilio. Sed nos sequendam ducimus romana m ecclesiam in missarum celebratione. In cat-al. tesU veriL

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

35i)

ses de la manière q u ' o n les célébrait à Jérusalem selon le liturgie de saint J a c q u e s , à Constantinople Sï'lon la liturgie de saint Basile ; mais qu'il suivait uniquement l'église romaine dans la célébration de la messe. Tous ces princes auraient donc été bien éloignés de vouloir changer q u e l q u e chose dans l'office r o m a i n , tel q u ' i l avait été réglé par S.Grégoire. a°. Amalaire n'a pas regardé l'usage de dire la secrète et le canon en silence comme un usage nouveau. Il le d o n n e au contraire comme bien ancien. S'il ne sait pas en quel t e m p s il a c o m m e n c é , et s'il ne s o u p ç o n n e pas m ê m e qu'il ait eu un commencement , qui est-ce qui p o u r r a trouver l'époque de ce c h a n g e m e n t ? Il avait s u r la messe tous les écrits q u e n o u s pouvons avoir. Il en avait même beaucoup q u e nous n'avons pas. On ne peut disconvenir qu'il ne fit de grandes recherches sur le rit romain , q u ' o n introduisit alors en France. Il s'appliquait e n c o r e p l u s , c o m m e il le dit lui-même, à rechercher les anciens usages q u ' à les expliquer. Et au fond son ouvrage doit être regardé comme un recueil de fragmens et de témoignages anciens. Il cite très-souvent l'ancien o r d r e romain ; et la moindre chose q u ' o n puisse lui accorder , c'est d'avoir su du moins ce qui s'était fait depuis saint Grégoire jusqu'à Pépin et à Charlemagne, qui voulurent faire recevoir dans les églises de France le missel romain on grégorien, cpii était la même chose. 3°. Flaccus I l l y r i c u s , chet des Centuriateurs de Magdebourg, d o n n a au public en 1557 une messe latine sous ce titre : Missa latina quœ olim anle romanam circa septingentesimum Domini annum in usu fuit, bona fide ex vetusto authenticoque codice descripta. W Le cardinal Bona a fort bien m o n tré que cette messe n'était pas l'ancienne gallicane qui se disait en France avant q u e le rit romain y eut été i n t r o d u i t ; mais que c'était la messe romaine
(a) Voyez ce qui a été dit de cette messe au tom. 2. pag. 290.

36o

DISS. XV. PART. I I . ART. I V . — DU SILKNCE DBS

m ê m e avec quelques additions ; et Ton doit la placer après Tan 8 0 0 , et non pas Tan 7 0 0 ; mais toujours elle contient des rites fort anciens , et l'on y voit q u e tout le canon s'y disait si fort en silence, sans (pie le peuple y pût rien e n t e n d r e , que dès que le prêtre commençait Te igitur ( ) , les ministres de l'autel chantaient et récitaient les psaumes Exaudiat ; Ad le Domine levavi; Miserere Domine réfugiant , etc. jusqu'à la fin du canon. Les assistans ne pouvant e n t e n d r e le p r ê t r e , on jugeait à propos de réciter des prières à voix h a u t e p o u r demander p u b l i q u e m e n t la grâce d'être e x a u c é , et la componction du c œ u r pendant q u e le prêtre opérait secrètement et en silence les saints mystères. 4°. Dans de très-anciens manuscrits que l )Cocla?us et ( ) Hittorpius ont donnés touchant la messe, et qu'on croit d u moins aussi anciens qu'Amalaire, il est dit q u e la prière de la consécration se fait en s e c r e t , p o u r honorer et p o u r imiter les prières secrètes de Notre-Seigneur, et l'on ajoute q u e les saints Pères nous ont laissé cette c o u t u m e , de consacrer en silence, vers Tan 800 ; on était donc dans cette persuasion. 5°. Nous avons une autre explication de la messe ( ), q u e le Père Martenne croit avoir été écrite vers l'an 800 , c'est-à-dire , avant q u e le rit romain eût été introduit en France. Or dans cette explication l'auteur r e m a r q u e d'abord q u e le prêtre récite le canon tout bas en silence :( ) Facto magno circumquaque silentio incipit jam sacerdos fixa in Deum mente salutarem corporis et sanguinis dominici hostiarn consecrare. Il ajoute e n s u i t e , qu'il croit que
a b c d e

(a) Deinde cum summa reverentia incipiat Te igitur, et ministri statues in gradibussuis cantent istos psalmos usque dum Te igitur finiatur. (b) Joannis C o d a i spéculum antiquaî devotionis erga missam.
(c) llittorp. pag. G80.

(d) Cette pièce que le Père Martenne croit avoir été faite il y a plus de 000 a n s , a été tirée d'un manuscrit qui a plus de 700 ans d'antiquité, de Tabbave de saint Aubin d'Angers.
(e) Antiq. EccL ritibus. tom. 1- p. -133.

PB1KA£S DE LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

361

cette consécration se célèbre toujours en silence, parce que le Suint-Esprit y opère le fruit du sacrement eu secret : C) Quant consecrationem corporis et sanguinis Dominici ideo semper in silentio arbitror celebrari, quia sanctus in eis manens Spiritus eumdem sacramentorum latenter operatur effectum* Cet auteur si ancien est bien éloigné de faire e n tendre que cet usage est n o u v e a u , puisqu'il tire la raison de ce silence du secret même avec lequel Dieu opère dans ce sacrement, et que pour ce sujet il le croit nécessaire à cette sainte action, 6°. Cet usage n'était pas particulier à R o m e , le rit gallican ne différait pas du romain sur cet article, nous le voyons par ces beaux missels écrits en grandes lettres capitales, que le cardinal Thomasi a fait imprimer. Le Père Morin avait lu et admiré ces merveilleux manuscrits dans la bibliothèque de M. Pétau, conseiller au parlement de Paris. I,e cardinal Bona les admira aussi à Rome dans la bibliothèque de la reine Christine, qui les communiqua au Père Thomasi, Théatin, et depuis cardinal. Ces missels , sur lesquels le Père Mabillon a fait de savantes recherches, ont été écrits selon lui au VII . siècle, et même au Y i . selon le Père Morin, sous la première race de nos rois ; mais on doit les placer un peu plus tard. Voyez ce que nous en avons dit au Tome I I , / ' . 2o3. L'un de ces missels est intitulé gothique ou gothique-gallican , parce que c'était le missel des églises des Gaules de la province Narbonnaise , qui avait été soumise aux Goths : or dans ce missel si ancien , le c a n o n , qui est aussi appelé plusieurs fois le mystère, y est nommé très-souvent les secrets; ( )post tnysterium ,post sécréta , etc. Et ce terme a été assez expliqué pour n'être plus équivoque. Ajoutons ici que le Père Mabillon, dans son commentaire sur l'ordre romain,( )
a e e b c

(a) Tom. 1. pag. 447. 448. (b) Pag. 222. 230. (c) Sécréta voeàt canonem , quod eum sacerdos submissâ voce, etquidem solus recitaret. Kodem modo appellruir in veleri missali

36a

DTSS. XV. PA.RT. II. ART. IV.

DU SILENCE DES

ne voit pas q u e ces mots puissent signifier autre chose q u e le c a n o n , et p a r conséquent q u e selon le rit gallican , aussi bien q u e selon Tordre r o m a i n , le canon se disait secrètement ; c'est la remarque de ce savant h o m m e . 7°. Le pontifical d ' E g b e r t , qui fut fait évêque d'Yorek en 731 , et celui de T i l p i n , archevêque de l t e i m s , n o u s a p p r e n n e n t q u e l'évêque devait dire les prières de la consécration des saintes huiles et du saint chrême d'une voix si basse, qu'elle ne se faisait pas e n t e n d r e ; tacite dicens E m i t t e , etc. submissâ quasi taciiâ magis voce benedicens, Deus qui virtute sancti S p i r i t u s , etc. Les paroles q u ' o n prononce en mettant une partie de la sainte hostie dans le calice, se disaient aussi en s i l e n c e , tacite, selon les mêmes pontificaux. ( ) Véritablement il y a d'anciens pontificaux postérieurs à celui d'Egbert qui m a r q u e n t c o m m e le pontifical d'à p r é s e n t , publié par les Papes Clément V l t l et Urbain V I I I , q u e ces paroles Emitte Spi* riturn tuum , etc. sont prononcées par l'évêque d'une voix qui puisse être e n t e n d u e de ceux qui sont a u t o u r de lui. Le pontifical manuscrit d ' E v r e u x , qui a 8 0 0 ans d ' a n t i q u i t é , et qui se trouve à la fin de celui d ' E g b e r t , le prescrit ainsi M ; mais il marque expressément que le canon se dit secrètement. 8 ° . Le Père Mabillon trouva au célèbre monasa

gallicano , pag.

335 , ubi collectio

post.sec.reta

ea dicitur, quœ

consécration) proximè succedebat. Quod argumento e s t , canonein missa; submissâ voce, etiain in ordine'gallicano, fuisse recitatum; ira etiam in romano. Unde in secundo online romauo hic legîtur, quod pontifex sewetè intrat in canonem* In Ord. Rom. Càmm. pag. XT/VIII.
(a) Ex M arienne duobus vetmtiss. cod. mss. lit* Saxon, de div. 0(fic cap. 22. pag. 2S1. et Longob. apud

(b) Canatur secreto secundum ordinern usque Sed venix largiEpiscopus autem deosculetuïuinpullam et sufflet in eâ ter et benedicat, ut ipsi circumstantes audire possint Emitte Spiritum tuum raraclilum de cxlis. Toliîturjam dîctum olemn à diacono ab altari.... et tune ad ultiinum peragatur sécréta missa in ordine suo. Ex Ms. Cod. hccl. r.broic. apud Mari, dt die.
tor admiite.... Offic.pay. 300.

PRIERES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

363

tère d e Bobio en Italie u n ancien sacramen taire qu'il c r o i t écrit depuis plus de mille ans. Ce sacremeu taire est u n c o m p o s é d e Tordre romain et de Tordre gothique-gallican, suivant la c o u t u m e de plusieurs églises a v a n t Charlemagne : o r , dans cet ancien s a c r a m e n t a i r e W d o n t le seul caractère montre qu'il a été écrit vers Tan 7 0 0 , on voit q u e l'oraison q u i précède la p r é f a c e , et q u ' o n appelait alors c o m m u n é m e n t ( d u inoins selon le rit gallican ) collectio o u collectio super oblata , est aussi appelée s o u v e n t collectio sécréta, ( ) o u sécréta M tout c o u r t . 9*. L ' o r d r e r o m a i n qu'Amalaire avait devant les yeux et qu'il cite fort s o u v e n t , s'est h e u r e u s e m e n t conservé j u s q u ' à nos j o u r s . L e M i c r o l o g u e l ' a cité, de même q u ' A m a l a i r e ; e t C a s s a n d e r , H i t t o r p i u s , les collecteurs d e la Bibliothèque des P è r e s , et le Père ( ) Mabilion, Pont fait i m p r i m e r . Onufre Panvin lavait cru plus ancien q u e saint G r é g o i r e - l e - G r a n d , mais on est c o n v e n u ensuite qu'il a été écrit depuis saint G r é g o i r e , q u e c'est c e l u i - l à m ê m e q u Amalaire a s u i v i , et qu'il faut le placer, suivant les observations d'Usserius et d e plusieurs autres s a v a n s , d u moins vers Pan 7 3 0 . Q u e l q u e c o u r t et succinct q u e soit cet o r d r e romain , il n o u s m a r q u e q u e l'oraison super oblata doit ê t r e dite secrètement : q u e la conclusion de la s e c r è t e , et la préface se disent à voix h a u t e , et le canon en silence d'une voix q u i ne se fait p o i n t e n t e n d r e . I ) On voit u n peu plus bas q u ' o n n'élevait la voix
b d e

(a) Mus. Mal, tom. 1. (b) Miss. S. Joan.p. 342. (cj Miss, jejunii. p. 307. in Invent Stm. Crue. p. 323. In Letania.p. 335. Miss. S. Michaêl, p. 356. Miss. yotiv.pp.ZW. 361* 362, etc. (d) Mus. Italie, tonu 2. p. 42.
(e) Dicta oratione super oblationes secretû et episcopo ïncipiente Per ornnia secula seculorum post sulutationem et exhorUitionem, finitd Prefatione, incipiantdicerelJymnum Angelicuin, id est Sinetus, Sanctus , Sanctus, in quo nobis vepetitur Mosanna. Q u » <lum expleverint, surgit solus Pontifex, et tacite intrat în Cano-

ntm. Ordo Iîom. uum. 10.

364 DISS. XV. PATIT. IT. AUT. IV. DU SILENCÇ 7>ES qu'à ces mots Nobis quoque peccatoribus, comme n o u s le faisons encore à présent ; et ciun dixerit apertd damans voce , Nobis q u o q u e peccatorib u s , surgunt subdiaconi, etc. Voilà d o n c , long-temps avant Amalaire, desexpressions toutes semblables à celles q u e nous avons trouvées dansles a u t e u r s , s u r ce p o i n t , d e p u i s le X . siècle : le terme sécréta pris en adjectif oratione sécréta, p o u r exclure la pensée de ceux qui croyaient que sécréta se prenait, avant la fin du X . siècle,pour secretio : la seule conclusion, comme à présent,dite à haute voix avec la préface et le canon dit en sil e n c e , o u , ce qui est la même c h o s e , dit d'une voix qui ne se fait point e n t e n d r e , tacite intrat in canonem ; car certainement tacite ou Incita vox m signifie naturellement q u ' u n e voix qui n e se fait pu.? e n t e n d r e , et qui ne r o m p t pas le silence. Il faut faire ici deux réflexions à ce sujet. La première est q u e la raison p o u r laquelle le p r ê t r e dit le canon sans se faire e n t e n d r e des assistans , n e vient pas de ce q u e le choeur chante, et qu'il se trouve par là obligé de baisser la voix j u s q u ' à n'être plus e n t e n d u , c o m m e plusieurs se l'imaginent. L'ancien o r d r e romain éloigne ces sortes de conjectures , puisqu'il m a r q u e q u e personne n e chantait q u a n d le p r ê t r e commençait le canon. Ce n'est donc pas le chant du choeur q u i a amené le silence du prêtre. Si l'on voulait joindre des conjectures aux faits , on aurait plus de sujet dédire q u e le silence du prêtre et l'impossibilité de l'entendre pendant le c a n o n , ont été cause qu'en quelques endroits le clergé a chanté ou récité des psaumes et d'autres prières lorsque le prêtre faisait la prière secrète que le peuple n'aurait pu entendre, q u a n d le chœur aurait toujours gardé le silence.
e e

ftttlftllES DE LA. MESSE DANS TOTJS LES SIECLES.

3C5

Messes basses ou privées au temps de saint

Grégoire.

La seconde réflexion est q u e n o u s t r o u v o n s cet ordre r o m a i n d a n s u n temps o ù Ton disait un grand nombre d e messes b a s s e s , c'est-à-dire, de ces messes ( ) dar.s lesquelles on n e chantait rien du t o u t ; ceux q u i o n t l u , n e disconviendront p o i n t q u e , depuis saint G r é g o i r e , il n'y ait eu plusieurs autels dans les églises, puisqu'il en c o m p t e sept dans une église des apôtres , et q u ' o n n'ait dit un grand nombre de messes basses, lis a u r o n t p u r e m a r q u e r q u e saint Grégoire o r d o n n a à un p r ê t r e d e dire trente messes de suite p o u r le r e p o s d e l'âme d'un moine nommé Juste, (b) Avantle temps de saint Grégoire, on célébrait quelquefois le q u a r a n t i è m e j o u r p o u r les m o r t s , comme on le voit dans les Constitutions ( ) a p o s t o l i q u e s , dans saint Àmbroise ( ), et d a n s P a l l a d e . Mais p o u r ne faire observer ici les messes q u o t i d i e n n e s sans chant q u e vers le temps d e saint Grégoire , on sait que saint G o a r , a n a c h o r è t e , m o r t en 6 4 9 » avait coutume de dire la messe tous les j o u r s , à l'exception d u Vendredi saint. Dès q u e saint G e r m e r , a b b é de Flay en 6 5 8 , fut p r ê t r e , il offrit t o u s tes j o u r s le sacrifice. Leofride, d o n t Bède a écrit la v i e , célébra t o u s les j o u r s la messe j u s q u ' a u j o u r de sa mort ; usque ad diem quo defune tus est, quotidie missa cantatâ , salutaris hostiœ munus Deo offerebat.On voit m ê m e a u p a r a v a n t , dans saint Grégoire de T o u r s , q u ' i f u e femme fit dire tous les j o u r s des messes de morts pour son mari p e n d a n t une année. On voit dans les actes ( ) bénédictins à l'année 7 0 9 ,
a c d c

(a> £ . 5. Ep. 50. (1); Vade itaque et ab hodierna die continuas triginta diehus offtrre pro eo sacrilicium stude, ut nullus omnino prseterinittatur (lies quo pro absolutione ejus salutaris hostia non niactetur. (c) A. etc. 48. (d) Quia aliî tertium diem et trigestmum, alii septimum . et qua* dra«esimum observare consueverunt. Orat.fuKeo. Theodos. (e) Ssec. IV. part. 1. p. 719.

366

DISS. XV. PART. II. ART. IV. — D U SILEITCE^ES

q u e le successeur d e saint Wilfrid faisait dire tous les j o u r s u n e messe particulière ou u n e messe basse p o u r ce saint a b b é , évéque d'Yorck ; omni die pro eo missam singularem celebrare constituit , dit Eddius , a u t e u r de la vie de saint Wilfrid q u i écrivait i m m é d i a t e m e n t après sa m o r t . L ' o r d r e romain d o n t n o u s parlons a donc été dressé dans u n temps où Ton disait des messes basses sans chant. Cet o r d r e était suivi dans ces messes en t o u t ce qui ne concernait pas la grand'messe; il fallait d o n c aussi l'observer dans les messes basses à l'égard de la récitation tacite. O r comment opposer la récitation tacite au chant d a n s des messes o ù l'on n e chante rien ? io°. Enfin dans un ancien o r d r e romain monast i q u e (») écrit depuis environ mille ans à l'usage des monastères de l'ordre de saint B e n o î t , lequel a élé d o n n é p a r deux savans B é n é d i c t i n s , le Père Mart e n n e et le Père D u r a n d , la manière de prononcer la secrète et le canon est exposée de telle sorte qu'il n e reste ni réplique ni subterfuge à ceux qui ont dit q u e la prononciation secrète est seulement opposée au chant ; car il est dit n e t t e m e n t que le p r ê t r e p r o n o n c e la p r i è r e s e c r è t e , sans q u e pers o n n e e n t e n d e sa voix , j u s q u ' à cet e n d r o i t , Per ornnia secula seculorum ; dicat ( ) orationem et secrète , nullo alio audiente, nisi tantùrn ut venerit ad hoc verburn^ Per ornnia secula seculorum. * Sur quoi le R. P. M a r t e n n e , dans u n e n o i e , dit assez vivement q u e cet e n d r o i t réfute suffisamment
y b

(a) Cet ordre a été tiré d'un niisset de l'abbaye de Morbac, au diocèse de Bâle , et son titre fait assez connaître qu'il est romain et monastique : le voici tout entier : tn nomine Dei svmmiincipit breviarium ecclesiastici or(Unis. Qualiter in cœnobiis fiiteliter Domino servientes , tam juxla auforifatem cathotich aiqve apostolicm romance ecclesioi , qvam et Jttxfa dfspositionem re* gulx S. Benedieti missarum solemniis, vel natali sanvtorum, sive o/ficiis divinis anni circuli die noctuque auxiliante Domino, debeant celebrare, sicut in sancta ac romana ecefesiasapientibus ac venerabilibus Patribus tradilutn fuit* Thesaur» Anecd. Toin. 5. col. 103. (b) Thesaur. Anecd. t. & col. 103.

FKifellES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

367

les amateurs des n o u v e a u t é s , q u i , contre l'usage universel d e l'église r o m a i n e , disent à h a u t e voix les prières secrètes et t o u t le canon de leur p r o pre autorité, (a) Véritablement cet o r d r e m a r q u e seulement après ia préface c h a n t é e , q u e le p r ê t r e ayant dit le Sanctus, commence le canon d'une voix différente, doucement : Incipil sacerdos canonem dissitnili voce kniter. Mais on voit assez q u e cela est relatif à ce qu'il a m a r q u é u n peu plus h a u t , t o u c h a n t la secrète, qu'il faut la p r o n o n c e r secrète nullo audiente. Nous n e trouvons d o n c a u c u n changement s u r la manière d e p r o n o n c e r les prières de la messe e n t r e le VIII . siècle et le V I . dans l'église latine. Il est temps de voir la discipline de l'église d ' O r i e n t , avant et après le temps de saint Grégoire.
e e

ARTICLE

V.

Discipline des Églises d'Orient touchant le silence de la Messe au VV. siècle. Changement introduit dans la liturgie par Vempereur Justinien.

Nous avons vu dans la première partie de cette Dissertation {ArL ^ 7 / . ) , q u e les Orientaux disaient u n e partie de la messe secrètement, en silence ; et nous
(a) Forro cum plura notatu digna hoc in ordine videantur, illud pnesertim singuiari consideratione ponderandui.i est,quod orationes post ohlationem dicendae secrète nullo audiente recitandae prœseribuntur « qui locus sutïicere débet ad refutandos nonnullos novîtatinn amatores, qui contra uiiiversans romanae ecclesiœ consuetudineni, proprià autoritate integram missam, sécrétas orationes canonemque ipsum eodem vocis sono, hoc e s t a l t è , pronuntiant. Nam quod respondent variis antiquisque autoribus sécrétas et canonem sub silentio recitari prœscribentibus ; quod, inquam, aiunt, Pentium apud illos cantui tantùm non altae voci opponi, omninô falsi convincitur, ut nullus sit ampliùs effugiendi locus, cum secrète nullo alio audiente ante annos mille in ecclesia romana aliisque ipsius ordinern sequentibus haïe dicerentur. Thcsaur* Anecd.

T.r.pp.

101. 102.

368

DISS. XV. PART. I I . ART. V.

DU SILENCE DES

t r o u v e r i o n s dans toutes leurs églises la même uniformité q u e nous venons d'observer dans les églises l a t i n e s , si l'empereur Justinien n'avait souhaité, a u t a n t q u e quelques personnes paraissent le souhaiter à présent , qu'on dit toute la messe à voix haute. Il employa p o u r en venir à b o u t toute son a u t o r i t é , j u s q u ' à l'ordonner, absolument dans une constitution qui est la Novelle 13y. Commençons par en r a p p o r t e r les termes s u r lesquels nous ferons quelques remarques ; et nous verrons ce qui sVst observé sur cet article, avant et après cette Novelle, d o n t voici les termes en latin et en français. ( ) « ( ) Nous o r d o n n o n s q u e les évèques et les pré» très feront la divine o b l a f i o n , et la prière du » saint b a p t ê m e , n o n en secret , mais d'une voix » qui soit e n t e n d u e du peuple fidèle; afin que les » assistans soient portés à louer et à bénir Dieu n\cc » u n e plus vive dévotion. C'est ainsi q u e nous Pen» soigne le grand Apôtre dans son épître aux Co» riuthiens ; Au reste , dit-if, si vous ne bénissez y> qu'en esprit, comment celui qui n'est que du simple y> peuple rêpondra-til ce suint Amen à votre action » de grâces, puisqu'il ne suit ce que vous dites ? » Four vous , vous /dites de fort belles prière* ,
a h

(n) Justin.

Nonel.

137, al.

123. cap.

VI.

(h) Ad luce jubemus omnes episcopos et presbyteros, non ïn secreto , sed cum eî\ voce qnac à fîdetissimo populo exaudiatur, di\inam oblationem et precationem qua; fit in sancto baptismate lac è r e , ut îndè audieiKium animi m majorem devotionem et Dei laudatîonem et benedictionem etïerantur : sic enim et divinus \ p n s tolus docet, dicens in priore ad Corinthios episfola : Cxierùm, inq u i t , si solhm benedicis spiritu , is gui idiots: locum imptet, rjitômodo tux gratiarum actioni subjiciet Deo sanctum illitd Amen? Siquidem quid dicas ?ton no fit ; tu autem pulchrè gratias agit, sed alias non xdificatur. Et rursùs in ea qnx est ad Komanos , sic dicit : Corde quidem creditur ad juslitiam, ore autem con* fessio sit ad salutem. Idcirco igitur convenit, ut ea precatio

(|iii*e

in sancta oblatione dicitur, et afh« orationes cum voce à sanctissimïs episcopis et presbyteris proferantur Domino nostro Jesu CJiristo Deo nostro cum Pâtre et Spiritu sancta. Scïturis reiîgïosissimis sacerdotibus, quod si quid liorum enntempserint, et horrendo Dei et Salvatoris nostri Jesu Christ» judicio rationem reddituri sunt » et nos ista cognoscentes non reiinquemus quieta et inutta.

.PRlfeRES

D E

LA MESSE

D N TOUS LES SifcCLES, 36f) AS

» mais les autres nen sont point édifiés. Et dans son » épître aux R o m a i n s , il dit : llfaut croire de cœur » pour être justifié, et confesser de bouche pour » être sauvé. » C'est p o u r q u o i il est à propos q u e les très• saints évéques et les p r ê t r e s tassent à voix in» telligible la prière de l'oblation , et les autres » prières à Jésus-Christ n o t r e Seigneur et notre » D i e u , dans l'unité d u Père et du Saint-Esprit. » Que les très-religieux évéques sachent donc q u e » s'ils méprisent q u e l q u ' u n e de ces c h o s e s , ils en » rendront compte au terrible jugement de Jésus» Christ n o t r e Dieu et n o t r e Sauveur , et q u e nous » ne laisserons pas cette négligence i m p u n i e , lors» qu'elle viendra à notre connaissance. » Remarques sur la Novelle de Justinietu i°. Cette Novelle m ê m e n o u s a p p r e n d qu'on n e disait pas alors toute la messe à voix haute. L'empereur n'allègue ni l'usage des églises anciennes et Lien r é g l é e s , ni aucun canon .ecclésiastique ; ce qu'il n'aurait pas m a n q u é de faire, s'il y eu eût eu à citer : il veut i n t r o d u i r e u n usage nouveau q u i lui paraît meilleur q u e l'ancien , suivant lequel on disait u n e partie de la messe en silence. a°. La même Novelle nous fait voir qu'on disait une partie de la messe , non pas simplement d ' u n ton opposé au c h a u t ; mais q u ' o n la disait secrètement d ' u n e voix n o n - e n t e n d u e . L'empereur ordonne le c o n t r a i r e , N N I S C E O , sed cum ea O N E RT voce quœ exaudiatur. On le disait sans faire entendre a u c u n s o n , il veut q u ' o n entende u n son
CUM VOCE. .

3°. Justinien n'a d'autre p r e u v e , p o u r autoriser sa pensée et sa v o l o n t é , q u e deux passages de saint P a u l , qu'il e n t e n d , et q u ' i l applique comme il lui plaît, car u n grand n o m b r e d e Pères et d'interprètes expliquent tout a u t r e m e n t q u e ne tait la Novelle

S70

DISS. XV. P A R T . I I . ART. V . — D U STLEIfCT DES

ces paroles de saint Paul : Comment celui qui n'est que du simple peuple répondra-t-il Amen à la fin de votre action de grâces , puisqiiil ne sait pas ce que vous dites ? Il est visible que ces paroles se rapportent aux personnes qui ne savent pas même de quoi Ton parte dans les discours, ou dans les prières qui sont faites en langue inconnue ; et il n'est pas moins clair que tous les Chrétiens à qui l'on a dit sans cesse, q u e par les prières du canon on consacre le corps adorable de Jésus-Christ, et qu'on offre à Dieu le père son divin sacrifice, pour la rémission de nos péchés, sont parfaitement en état de répondre Amen à la fin de ces prières, quoiqu'elles soient prononcées dans une langue qui leur est inconnue , ou qu'elles soient faites secrètement pour leur faire adorer, par un religieux silence , la profondeur et l'ineffabilité des mystères. Le prêtre a demandé le consentement du peuple , avant que de commencer le canon : ce consentement lui a été donné par toute l'assemblée; elle ne fait que le ratifier à la fin de la prière, comme les Israélites ratifiaient ce que le grand-prêtre disait dans le Saint des saints , et comme nous unissons nos voix à celles de Jésus-Christ et des saints a n g e s , qui ne se font pas entendre à nos oreilles. Cette remarque a été très-souvent faite par les Pèr e s , et Justinien pouvait la voir aisément dans saint Chrysostôme. Ce n'est pas le prêtre seul, dit ce P è r e , qui fait la prière action de grâces ; tout le peuple la fait aussi : car il ne commence qu'après quil a demandé leur consentement, et qu'ils lui ont répondu quil était juste et qu'il était digne ; et il ne doit pas paraître étrange que le peuple soit censé parler avec le prêtre , puisqu'il sait s'unir même aux Chérubins, et aux Puissances célestes , pour chanter les saints hymnes en Phonneur de Dieu. Justinien autorisait donc assez mal l'innovation qu'il voulait faire. L'autre passage qu'il tire de l'épîtrc aux Romains,

PHlfeRKS DE L \ MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

$7!

Corde creditur ad justifiant, ore autem confessio fit ad salutem, ne fait pas mieux à son sujet; car pourquoi faut-il e n t e n d r e toutes les prières que le prêtre fait, p o u r croire de cœur et confesser de bouche? P o u r q u o i n'appliquera-t-on pas ce texte de saint Paul au symbole de la foi, que toute l'assemblée croit de cœur et confesse de bouche ? Les motifs de Justinien étaient donc très-faibles , et Ton a bien eu lieu de se plaindre en cette occasion , c o m m e en bien d ' a u t r e s , q u e cet e m p e r e u r faisait l'évêque et le P a p e , s attribuant un pouvoir dans l'Église qu'il n'avait pas. Raronius, qui tâche souvent de l'excuser , n'a pu s'empêcher, à l'occasion de plusieurs autres s u j e t s , d'appliquer à Justinien ( ) ce que disait saint Ambroise Imperator bonus inlra ecclesiam , non supra ecclesiam est.... Ad Imperatorem palatia pertinent, adsacerdolem ecclesiœ. Baronius ajoute M que Justinien foulait souvent aux pieds les canons en faisant semblant de vouloir les faire observer. M. de Marca , clans sa Concorde du Sacerdoce et de Vempire ( ), ne croit pas non plus q u ' o n puisse se dispenser de blâmer Justinien , d'avoir osé p u blier une constitution touchant la l i t u r g i e , pour o r d o n n e r , contre la c o u t u m e solennelle , que les paroles mystérieuses de la consécration seraient récitées à voix h a u t e , afin que l'idiot pût répondre Amen ; car o u t r e qu'il entreprenait de régler le rit du sacrifice, ( c e qui n'appartient qu'aux évèques,) il s'en prenait aux anciens usages de l'Église, laa d

(a) Bar. ann. 528 ». 7. (b) S. Ambr. (c) Baron, ann. 541. mon. 16. 21.

Ep.

33.

(d) Quare vereor ne Justïnianum damnare c o g a m u r , quod de sacrai liturgiae ritibus constitutionem ediderit, quû mystica verba consecrationis eucharistisc , elalû voce, non autem (temissà, ut solenine erat , prof'erri j u b e t , ut qui locum tenet idiotse , Amen succinere possit. Practerquam ouodf enim de ritu sacrificiorum decernere tentât, quai pars disciplina; solis sacerdolibus competit, a n tiquos ecclesiœ mores sollicitât; q u i , ut reverentia mysteriis conciliaretur, preces mysticas demissà voce proferri induxèrant, ut testatur Basilius, etc. Concord. sacerdot. et imper, lib. 2. cap. G;

»4*

DISS. XV. PART. I I . ART. V. — DU SILENCE DES

q u e l l e , p o u r a d i r e r plus de vénération aux saints mystères , faisait réciter à voix basse les prières mystiques , selon le témoignage de saint Basile. Quoiqu'il en s o i t , Justinien eut assez de crédit p o u r faire dire à Constantinople une partie du canon à voix h a u t e , et p o u r y faire r é p o n d r e plusieurs fois Amen par les assistans. II serait bien é t o n n a n t q u e cet e m p e r e u r n'eût trouvé ni prêt r e s , ni évéques disposés à faire suivre dans leurs églises, du moins en q u e l q u e manière , ce qu'il souhaitait. On n'a q u a faire un peu d'attention à l'inclination q u e les sujets , et même les membres d u clergé ont si souvent fait paraître à suivre le goût des princes. Voici d o n c le changement qui se fit à la liturgie. Innovation faite dans la Liturgie Justinien. , sous l'empereur

On ne récita plus à voix basse q u ' u n e partie du canon , et i o n continua de réciter ainsi des prières qui servent à la c o n s é c r a t i o n , mais on marqua et on prononça à voix h a u t e les paroles qui sont tirées d u nouveau T e s t a m e n t , et après ces paroles, on inséra des Amen , q u e l'asssemblée devait rép o n d r e . Les patriarches d'Alexandrie et d'Antioc h e , qui avaient intérêt de ne pas déplaire à l'emp e r e u r , suivirent ces changemens ; et même dans quelques églises on mit des Amen presque à toutes les paroles de l'institution de l'Eucharistie : il ne faut q u e voir la liturgie de saint C y r i l l e , qui est en usage chez les Cophtes, dans l'église d'Alexandrie l ) , et q u e nous avons rapportée dans la VII . Dissertation; on y lit : Sacerdos, Accepit panem.... Populus, Amen. Sacerdos, Et gratias egit. Populus, Amen. Sacerdos, Benedixil cum. Populus , Amen. etc. Il est certain q u e les Amen insérés dans ce canon étaient une innovation. Cela se prouve évidemment par toutes les litura e

(a) Tom. IL pag. 425.

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

gies qui o n t été écrites avant J u s t i n i e n , et auxquelles il n'y a pas eu lieu d e faire des changemens. i ° . Par saint Cyrille de J é r u s a l e m , qui après avoir exposé aux néophytes ce qu'ils répondent à la p r é f a c e , ne leur dit point qu ils e n t e n d e n t distinctement aucun m o t d u canon , ni qu'ils doivent répondre dçs Amen* a . P a r la liturgie des Constitutions apostoliques ; elle contient le canon fort au l o n g , et elle ne marque cependant aucun Amen, qu'à la fin de toutes les prières. 3°. Par la liturgie de la Hiérarchie céleste et ecclésiastique , c o n n u e sous le n o m de saint Denys l'Aréopagite, dont nous allons bientôt parler. Cet ouvrage fut cité en 5 3 a , à Constantinople , dans la conférence des Catholiques et des Sévériens, et par conséquent plusieurs années avant la Novelle de Justinien. L ' a u t e u r , au IV . c h a p i t r e , s'étend assez sur le secret des mystères, et il fait regarder l'usage d'observer un tel secret non-seulement comme établi dans le temps qu'il écrivait, mais comme venant des A p ô t r e s , puisqu'il se d o n n e p o u r saint Denys l'Aréopagite. 4°. Par les liturgies de ceux qui ne dépendant pas de l'empereur Justinien , n'admirent pas ce changement; tels furent les Nestoriens q u i , chassés de l'Empire peu de temps après le Concile d'Ephèse , se répandirent dans la Syrie , la Mésopotamie , la P e r s e , la Tartarie , les Indes et la Chine. Ces Nestoriens conservèrent la liturgie qui était en usage du temps de Nestorius leur chef : or dans cette liturgie, qui est encore en usage chez eux , le canon est tout de s u i t e , il n'est i n t e r r o m p u par aucun Amen , le peuple ne répond rien , la r u b r i q u e marque q u e le prêtre dit s e c r è t e m e n t , et dès que le prêtre va le c o m m e n c e r , le diacre ne fait autre chose q u e d'exhorter les fidèles à méditer les grands mystères de Jésus-Christ qui opèrent notre salut. Nous l'avons déjà fait r e m a r q u e r dans leur liturgie
0 e

"5^4

DÎSS. XV. PART. If. ART. V.

DU SILENCE DES
a

c o m m u n e , et dans la liturgie de T h é o d o r e . ( ) On le voit de même dans la liturgie de N e s t o r i u s , où le diacre fait cette monition si pieuse et si consolante : Souvenez-vous (*0 de Vadmirable dispensation de Jésus-Christ notre Sauveur, qui a été accomplie en nous , et qui, par sa venue, a guéri nos maux : Tenez-vous avec révérence, et priez : La paix soit avec nous tous. Tel était l'usage à l'égard du canon, dans tout le palriarchat de Constantinople avant Justinien. Il n'y avait non plus aucun Amen avant la fin d u canon dans les liturgies d'Alexandrie. 11 n'y a qu'à jeter les yeux s u i * celle que les Ethiopiens ont conservée depuis q u e saint Athanase leur envoya F r u m e n t i u s , qui fut leur premier é v é q u e , ou depuis q u e les disciples de Dioscore les engagèrent à rejeter le Concile de Calcédoine. Voyez ces liturgies q u e nous avons rapportées dans la huitième Dissertation, Tom. 2 . pag. 486. et suivantes. L'on voit par là les changernens auxquels cet e m p e r e u r a donné lieu. Tous les Amen qu'on lit dans les liturgies des patriarchats de Constantinop l e , d'Alexandrie et d'Antioche, sont d o n c des innovations. 5°. Cela n'est pas moins évident par la liturgie des églises l a t i n e s , qui n'eurent aucun égard à la loi de Justinien. Jusqu'au XII . siècle , le canon romain n'a jamais élé interrompu par aucun Amen. Une infinité de manuscrits eu sont u n e preuve c o n s t a n t e , et il est aisé de voir dans le Micrologie écrit à la fin du X I . siècle , que ce n'est qu'à la conclusion du c a n o n , c'est-à-dire, après ces paroles , Honor et gloria per ornnia secula seculorum qu'on répondait Amen.
e e 9

(a)Sup.p. 3 1 0 . (b) Liturg. flcst.

T. 2. Liturg.

Orient,

pag.

G27.

PRIERES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

ARTICLE

VI.

Plusieurs usages du secret et du silence conservés dans les églises d'Orient, malgré même la Novelle de Justinien.

CET e m p e r e u r avait o r d o n n é q u e le peuple eût une pleine connaissance de tout ce q u i se faisait pendant le saints mystères ; qu'on laissât voir tout ce q u i se faisait à l'autel pendant le canon ; qu'on ne dit la messe qu'en u n e langue e n t e n d u e de tous les assistans, et q u e le prêtre ne p r o n o n ç â t rien secrètement ou en silence. Cependant après sa constitution on a encore caché ce q u i se faisait pendant les saints mystères ; on a souvent dit la messe en u n e langue q u e les assistans ne pouvaient ent e n d r e , et le prêtre a fait une partie des p r i è r e s , en silence.
L'autel couvert par des rideaux, et par des portes pendant les saints mystères.

i°. Ce q u e nous avons vu dans saint Chrysostôtne, s'est observé par Justinien , et s'observe encore parmi les Grecs. Toutes leurs liturgies marquent la cérémonie de fermer les portes w , rxç S-vpxç. L ' e m p e r e u r n'ayant pas fait changer cet usage, se contenta , lorsqu'il fit bâtir la magnifique église de sainte Sophie à C o n s t a n t i n o p l e , d'y faire élever des galeries M s u r des colonnes ( ) d'où l'on pouvait voir tout ce q u i se faisait à l ' a u t e l , et où l'empereur et l'impératrice se plaçaient les jours
b

(a) Procop.

L. 1. œdif. Justin

Eoarjr.

t. 4. Baron,

an. 557. n.

X.

(b) Sunt etiam alta tabulata aliis columnis similibus suffulla , in quibus, si qui volunt, Mysteria peracta videre possunt; in illis quoque imperator ( Christophorson a traduit imperalrix ; en effet il
y a dans le grec n BxnXyç.) diebusfestis , dum sacrosanctaî mysteI. 4 . c.

riorum célébration» interesset, assidere solet. Evagr.

30.

$-]6

D'SS. x v , PART. II. ART. VI.

DU SILENCE DES

de fêtes, lorsqu'ils assistaient à la célébration des saints mystères. Q u e l q u e teiïips après Justinien , saint Maxime q u i explique avec soin ce qui se fait dans la liturgie, parle en plusieurs chapitres de l'usage de fermer Tes portes du s a n c t u a i r e , et des motifs qu'a l'Église d'en user ainsi. « Elle veut p o r t e r i e s assistans, dit » ce saint a b b é , à la contemplation des choses , où » l'intelligence seule peut atteindre , afin que fer* » mant leurs sens et leur raison, et s'élevant pour » ainsi d i r e , a u - d e s s u s du monde , de leur chair » et d'eux-mêmes , ils puissent être instruits des » secrets , après avoir élé invités à élever leurs » cœurs en h a u t , et à s'unir aux saints Anges.» ( ) On peut voir dans les chapitres sui vans quelques autres réflexions du saint Martyr s u r cet usage de fermer les portes. Saint Germain , élu patriarche ( ) de Constantinople en 7 1 5 , explique a u s s i , dans son commentaire sur la liturgie , la cérémonie de fermer les portes du s a n c t u a i r e , et de tirer même les rideaux sur les p o r t e s , comme on le pratique , dit-il, dans les monastères. i°. Après Justinien on a fait u n e partie des prières en silence, c o m m e on l'a vu plus h a u t . Le saint Abbé Maxime , toujours c h a r m é des écrits do l'auteur de la H i é r a r c h i e , qu'il croit être véritablement saint Denys l'Aréopagite ( ), rapporte l'usage du secret et du silence p e n d a n t les saints m y s t è r e s , avec les réflexions de cet ancien auteur. La variété de ce q u e l'on cache et de ce q u ' o n laisse connaître des saints mystères lui paraît u n e merveilleuse vicissitude pour passer de l'action à la
a b c

(0) Ad eorum quac mente intelliguntur, consiJeratïonem per portarum claustium, et sanctorum" mysierioruni introitum, eos dedticens. Kt cum rationmn et actiomim jam sensas clauserint, et extra carnein et numdum l'uerint, eos areàna doeet, jam aille ;ul se ipsos, et ad euni per salulationem introductos , etc. S. Maxim, de
Eccl. Mystugogia , cap. 11. ex interprétai. (b) lier uni Êccles. Thcoria, pag. 108. I/rrrefi, (c; Myslag. Paris. cap. 25.

PRIÈRES DE L MESSE DANS TOUS LES SIECLES, A
a

fy*]

contemplation , et revenir de la contemplation à l'action. ( ) T o u t l'extérieur de la religion, et tout ce qui sert au sacrifice, est un corps animé qui nous porte à D i e u , et à la connaissance de sa grandeur suprême. Le temple est ce corps , le sanctuaire est l ' â m e , et l'autel avec tout ce qui s'y fait de plus caché, est la partie la plus pure de l ' e s p r i t , dont Je silence est d'autant plus éloquent qu'il nous élève à l'ineffahilité de la majesté d i v i n e , qui doil être adorée dans le silence , et q u i n o u s instruit dans ce silence. l ) 3°. Nous t r o u v o n s au I X . siècle u n e preuve qu'on prononçait en secret une partie de la messe: cette preuve se tire de la vie du saint patriarche de C o n s t a n t i n o p l e , Antoine Cauleos.( ) N i c é p h o r e , auteur contemporain qui a écrit sa vie , imprimée dans Lippoman , dans Surius et dans Bollandus , dit q u e dès sa plus tendre jeunesse ( ) , il imitait à la maison t o u t ce qu'il avait appris p a r coeur, toutes les prières qui ne se disent pas en s e c r e t , non mysticè ac secreto, et q u e le sacrificateur laisse entendre aux initiés. Toute la liturgie ne se prononçait donc pas dans l'église de Constantinople de la manière q u e Justinien l'avait souhaité. II y avait toujours u n e partie des prières q u ' o n ne laissait pas entendre aux fidèles. 4°. Avant et après Justinien les saints mystères ont été célébrés quelquefois en u n e langue non
b e c d

(a) Cap. 5. (b) Tanqunm per mentis altare id quod est in adytis decantatissim u m , obscurœ et ignotre divinitatis magniloquentiac silentîum, per aliud ioquax et vocalissimum silentium provocat. Mystag* cap. 5, et 25.
(c) Mort fan 895. ex Simeon. Log. etc.

(d)Ciim ad quintum autem annum pervenisset, îitterarum figuras doctus à sancto Spiritu ; neque enim venire ad ludimagistrum, piierorum irrisioneset alias puériles ineptias declinans, in anîmum induxit : omnes sacras orationes, maxime qux non mysticè ac seerelô prolatae saerifieïi voce perveniunt ad aures eorum qui inîtiant u r , ingeniosè memoriter pronuntians, de csetero autem res ipsas imitabaatur ac reprajscntaoat, panem p r o p o n e n s et manu tenens thuribulum. Surius Lippom. Bolland. 12. Jebr.
>

^3

DISS. XV. PART. 1T. ART. VU.

DU STLRKCE Dï!S

entendue des assistans. On a vu en effet dans les vies de saint Sabas (*) en 531 , et de saint Théodose en ( ) 5 3 6 , que ces célèbres a b b é s , Pères d'une infinité de moines , dont plusieurs n'entendaient pas la langue grecque, avaient fait bâtir diverses chapelles où les Arméniens et les Besses chantaient ou récitaient l'office en leur l a n g u e ; mais que les dimanches , après avoir chanté ou récité la liturgie jusqu'à l'évangile, ils se réunissaient tous dans la grande église des Grecs, pour assister et pour participer aux saints mystères, .quoiqu'ils n'entendissent pas le grec. Cela s'est fait avant la constitution de Justinien, datée du consulat de Basile , c'est-à-dire, l'an 5/}r, et cela s'est observé aussi après cette é p o q u e , puisque l'auteur de la vie de saint Théodose nous dit ( ) que cela se pratiquait encore dans le temps qu'il écrivait.
b c

ARTICLE

VII.

Effet de la Novelle de Justinien. Le Canon récité tout haut en quelques églises d'Orient. Histoire des Bergers qui contrefont les mystères de la Messe, et tombent à demi-morts par le feu du Ciel. Cette histoire n'a point été cause de la récitation secrète du Canon en Occident.

que nous venons de rapporter , nous fait voir qu'on ne suivit pas en tout la constitution de Justinien : mais on la suivit en quelques endroits ; et un fait arrivé vers la fin du règne de ce prince, nous fera voir l'égard qu'on eut pour sa constitution , et le mauvais effet qui en résulta.
(a) VUa (b) ï'ita Bibl. Req. (c) Boit, S. Sabse per Ctjrill. mon. ap. cotel. T. 3. S. Theoaosiiper Theodor.ap. Uppom. etBoU. Ms. in cum versione Combejis. it.jan. cap. 31.

TOUT ce

ÏTUKRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

3^9

Q u a r a n t e o u c i n q u a n t e ans après que ce fait fui arrivé l'histoire en fut insérée vers 6 a o o u 63o par Jean M o s c h , clans u n ouvrage intitulé : Le Pré spirituel, q u i a été loué dans le VII . Concile g é néral , et d o n t Photius W a fait l'éloge. Ce n'est pas qu'il n'y ait dans cet ouvrage plusieurs faits racontés s u r des ouï-dire , d o n t on aurait bien de la peine d e justifier la vérité : mais on n e voit point de critique solide et décisive à opposer c o n tre le fait suivant, Jean Mosch dit ( ) d o n c q u e dans la seconde Syrie , des petits b e r g e r s voulant imiter les cérémonies de l'Église, l'un d'eux fit le p r ê l r e , et p r o n o n ç a s u r d u pain e t d u vin les paroles de la consécration qu'il savait , parce q u e les enfans étaient placés auprès du s a n c t u a i r e , et q u ' e n quelques e n d r o i t s , les prêtres p r o n o n ç a i e n t les paroles saintes à voix h a u t e : mais r a p p o r t o n s toutes les circonstances de ce fait si r e m a r q u a b l e de la manière d o n t l'abbé Jean l'avait appris de G r é g o i r e , gouverneur d'Afrique, q u i avait vu un des enfans et le lieu m ê m e de la cérémonie qui avait été frappé du feu d u c i e l , et s u r lequel on bâtit u n e église et un monastère. « Ces enfans en se divertissant , » ayant dit entr'eux : Célébrons la messe offrons le » sacrifice et communions ainsi que le prêtre fait » dans la sainte Église ; l'un d'eux fut choisi p o u r » tenir la place du p r ê t r e , et deux autres p o u r lui » servir de ministres ; et p r e n a n t pour autel u n e » pierre qu'ils trouvèrent élevée dans la p l a i n e , ils » mirent d u pain dessus et d u vin dans u n p o t d e » terre ; celui qui faisait le p r ê t r e se tenait devant » l'autel ; ayant les deux ministres à ses c ô t é s , et il » proférait les paroles de l'oblation s a i n t e , tandis » que les autres se servaient d e petits linges au lieu » d'éventails, p o u r exciter d u vent sur l'autel. Cet » enfant qui faisait le p r ê t r e , savait les paroles de » la sainte o b l a t i o n , parce q u e , selon la c o u t u m e » de l'Église, les enfans q u i assistaient à la m e s s e ,
v e b 9

(a) Biblioth.

cod. 199. pag. 519.

(b) Prat. spir. cap. 19G.

38o

DISS. XV. PART. II. ART. VII.

DU SIT.ENCE DES

» » » D » >i » » » » » » » » » » » » » » » * » » » » » » » » » » » » » » » »

se tenaient devant l'autel , et participaient les premiers après les clercs au saint et adorable mystère de Jésus-Christ n o t r e D i e u ; et parce que les prêtres prononçaient tout haut en quelques lieux les paroles du saintsacrifice, les enfans q u i étaient les plus près d ' e u x , les avaient e n t e n d u dire si souvent qu'ils les avaient retenues. » Ayant donc observé tout ce qui se pratiquait dans l'église, lorsqu'ils étaient prêts de rompre le pain , et de c o m m u n i e r , un feu q u i tomba du ciel , consuma la pierre , et tout ce qui était d e s s u s , sans qu'il en restât rien du tout. Ce qui épouvanta de telle sorte les enfans qu'ils tombèr e n t tous par t e r r e , et y d e m e u r è r e n t fort longtemps à demi-morts sans pouvoir se relever ni dire une seule parole. Leurs parens voyant qu'ils n e retournaient pas à la maison à leur ordinaire, vinrent les c h e r c h e r , p o u r savoir quelle pouvait être la cause de ce retardement , et les ayant trouvés dans cet é t a t , sans qu'ils pussent répondre un seul m o t , ni m ê m e les reconnaître , chacun ramena le sien chez s o i , bien surpris de ne pouvoir tirer aucune parole d ' e u x , ni d u r a n t le reste de ce j o u r , ni d u r a n t la nuit suivante. Enfin les enfans étant revenus à eux peu-à-peu , ils confèrent le lendemain matin tout ce q u i s'était p a s s é , et les menèrent avec tous les habitans du village, sur le lieu où s'était fait ce m i r a c l e , et où ils montrèrent encore les m a r q u e s d u feu du ciel qui était tombé. Aussitôt on courut à la ville p o u r raconter le fait à l ' é v ê q u e , qui é t o n n é de la grandeur et de la nouveauté du m i r a c l e , y alla à l'heure même avec tout son clergé. Il o b serva les traces du feu du ciel, se fit dire de nouveau tout ce qui était arrivé , envoya tous ces enfans dans un monastère , et en fit bâtir un très-spacieux en ce l i e u - l à , dont l'église et partientièrement le saint autel furent placés à lVndroit où le feu était tombé. G r é g o i r e , qui était

PRIÈRES DE LA. MESSE DA.XTS TOUS LES SIÈCLES.

381

un h o m m e très-sincère, assurait qu'il avait v u u n de ces e n f a n s , et c o n n u u n des solitaires d u monastère bâti s u r le lieu du m i r a c l e ; et il ajou» lait n u e ce divin et terrible événement était arrivé de n o t r e temps. » Voilà l'histoire qui fut r a p p o r t é e assez tard en F r a n c e ; mais on racontait ce tait sans avoir lu l'auteur, s u r un simple ouï-dire ^fertur , et avec des exagérations considérables : l ' u n e , q u e le pain et le vin avaient été changés en chair et en s a n g , ce qui n'est pas ; l ' a u t r e , q u ' a u lieu de dire q u e le pain , le vin , et la pierre avaient été consumés d u feu d u c i e l , o n disait q u e les enfans mêmes avaient été frappés de m o r t (a), sans faire a t t e n t i o n qu'on les mettait ainsi hors d'état de nous rien a p p r e n d r e de ce qu'ils avaient fait. On a p r é t e n d u q u e ce miracle avait fait i n t r o d u i r e l'usage de réciter le canon en silence au X . siècle o u au V I I I . ; mais ce fait est arrivé au V I . siècle , vers la fin d u règne de J u s t i n i e n ; et il n'a pas été l'origine de la récitation à voix basse ; p u i s q u e la constitution m ê m e d e Justinien nous a p p r e n d l'usage d u silence qu'il voulait changer.
e e e

» » » » »

Je dis q u e ce fait est arrivé au V I . s i è c l e , vers la fin du règne de Justinien , quoiqu'il n'ait été écrit qu'au c o m m e n c e m e n t d u V I I . siècle par Jean Mosch , parce q u e cet a u t e u r ne nous en parle p a s , comme d'un fait fort récent. II l'avait appris d'un h o m m e qui ne vivait p l u s , d'un h o m m e âgé qui n'avait pas vu ces petits bergers dans le temps q u e le miracle arriva ; mais qui fait regarder comme u n e chose considérable d'en avoir vu un longtemps a p r è s , et qui parle du monastère bâti s u r le lieu du miracle , comme d'un monastère q u i était devenu très-considérable. Toutes ces circonstances m o n t r e n t assez clairement q u ' o n ne p e u t raisonnablement placer ce fait, q u e peu d'années après la
e

e

(a) Atqueinderllvinitus percussi mterirent. Uonor. Jugust. c 103. BeMh. vap. 44 et 46.

L J.

38l

DISS. XV. PART. U . AUT. VII. — DU Slt&ttCB DÉ»

m o r t d e J u s t i n i e n , e n v i r o n c i n q u a n t e ans avant q u e Jean Mosch l'eût écrit. Revenons à p r é s e n t b la liaison qu'a cette histoire avec la Novelle de Justinien. Nonobstant cette constitution , ce n'était qu'en quelques endroits q u e les prêtres p r o nonçaient toutes les paroles et les prières de la consécration à haute v o i x ; car ces m o t s , en quelques endroits , sont dans l'original et dans toutes les versions. C'est la première r e m a r q u e q u i fait voir q u ' o n n ' e u t égard à la constitution de Justinien qu'en peu d'endroits. U n e seconde r e m a r q u e est q u e cette prononciation ne se faisait e n t e n d r e q u e de q u e l q u e s assis* tans. Les enfans n'entendaient les paroles q u e parce qu'ils étaient les p r e m i e r s devant le sanctuaire. T o u t le reste d u peuple ne les entendait d o n c pas. Ainsi cet usage particulier de quelques p r ê t r e s , ne remplissait pas même en ce peu d'endroits le souhait de Justinien ; p u i s q u e les paroles mystérieuses n'étaient entendues q u e de ces enfans , et qu'elles étaient prononcées p o u r tout le reste de l'assemblée c o m m e en secret et en silence. Enfin la constitution de Justinien q u i , comme n o u s v e r r o n s , a fait faire q u e l q u e changement dans les liturgies é c r i t e s , d o n n a lieu au nouvel usage de quelques églises, et par conséquent à la t é m é rité des petits bergers. Mais aussi cette témérité a d û être cause qu'on r e p r i t l'ancien usage d u silence dans ce peu d'endroits o ù il avait été i n t e r r o m p u . Cette histoire ne p u t introduire a u c u n nouvel usage en Occident, parce q u ' o n n'y avait p o i n t int e r r o m p u le silence. Amalaire , Flore et Remi d ' A u x e r r e , qui en parlent comme d'un usage d'un t e m p s i m m é m o r i a l , ne savaient rien de ce miracle qu'ils n'auraient eu garde d'omettre. Ainsi les aut e u r s latins qui ont écrit depuis l'an 1 1 0 0 , et qui s'avisaient de chercher u n Concile qui eût o r d o n n é à l'occasion de ce miracle de réciter le c a n o n à voix b a s s e , se donnaient u n e peine fort inutile.

PRIÈRES DE LA. MESSE DAKS TOUS LES SIÈCLES,

383

Ce n'est pas n o n plus cette histoire qui a fait introduire l'usage d u silence dans les grandes églises d'Orient On l'y gardait a u p a r a v a n t , comme nous avons v u ; et si Tes r u b r i q u e s des liturgies telles que nous les voyons a u j o u r d ' h u i , n ' o n t été écrites que dans le temps q u e ce fait est arrivé , on pourrait plutôt dire qu'il a contribué à ne suivre qu'à demi la constitution de Justinien , et à laisser toujours dans le secret et dans le silence u n e partie des prières du canonVers l'an 7 1 5 , sain t Germain de Constantinople, qui nous a expliqué plus haut la cérémonie des portes fermées, et des rideaux tirés s u r le sanctuaire, p o u r conserver le secret des mystères , nous parle assez distinctement du silence. U d o n n e au long l'explication de toute la l i t u r g i e , et après avoir rapporté l'invitation d'élever les coeurs à Dieu p o u r le louer et lui rendre grâces, et la réponse du peuple, il est digne et il est juste, il d i t , q u e le p r ê t r e dans la plénitude de la foi va s'entretenir avec Dieu, lui parler seul à seul , non comme Moïse à travers la n u é e , mais sans voile, parlant seul avec Dieu seid , annonçant les mystères en m y s t è r e s , c'est-à-dire , en secret et en silence ;progreditur ( ) sacerdos, et solus cum solo Deo mysteria loquitur, mjsteria annuntians in mysteriis* :
a

Enfin au siècle s u i v a n t , u n a u t r e patriarche de Constantinople, q u i , comme nous avons v u , avait appris par c œ u r dans sa jeunesse t o u t ce q u e le prêtre disait à voix h a u t e , nous a fait assez voir qu'une partie des prières se disait secrètement ou en silence. Toutes les liturgies des G r e c s , où uous avons vu si souvent la distinction de la voix secrète et é l e v é e , p u n i a s , Uq>ù»oç, ne nous laissent aucun lieu de douter du secret et du silence d'une partie de la messe. Siméon , archevêque ( ) de Thessaionique , et
b

W Gprm* rer. cccles. theoria , pog. [\>j Stjm. Thess. Ep. Goar. 226.

10!).

384

DISS.

XV.

PART. IT. À.RT. VI1Î.

DU

SILENCE DES

très-savant dans le rit des Grecs , nous explique d'où vient que le peuple n'est pas instruit par le p r ê t r e même de ce qui se fait dans le sanctuaire, il dit que comme il y a de la subordination parmi les Anges , selon'la céleste doctrine de D e n y s , que les premiers voient Dieu sans milieu*, q u e le second o r d r e est éclairé par le p r e m i e r , le troisième par le second : de m ê m e dans l'Église le pontife s'entretient avec Dieu seul et sans m i l i e u , les prêtres et les ministres se r a p p r o c h e n t par la voie du pontife, et tout le peuple par le clergé. La constitution de Justinien , q u i voulait donner au peuple une entière connaissance des m y s t è r e s , n'a donc pas élé suivie , et n'a pas empêché que le p r ê t r e n'ait récité plusieurs prières en silence sans v o i x , comme c'était l'usage avant cet e m p e r e u r , en r e m o n t a n t j u s q u e vers l'an / | O o . V e n o n s à cette é p o q u e p o u r l'église latine , en c o m m e n ç a n t par le temps du pontifical de saint G r é g o i r e , où nous sommes demeurés.

ARTICLE

VIII

Qu'on n'aperçoit aucune marque de changement dans l'église latine depuis l'an 6 0 0 jusque vers l'an 4oo et qu'on trouve toujours des preuves du silence des prières dans les missels de Rome , des Gaules et d'Espagne*
9

O E q u e nous connaissons du missel romain avant saint Grégoire , fait assez voir qu'il ne s'est pas fait de changement en ce temps. Le Pape V i g i l e , en 5 3 8 , dans sa lettre à l'évêque P r o f u t u r u s , parle du canon c o m m e venant de la tradition apostolique. Le Pape Gélase, m o r t en 4i)6» avait j o i n t au missel romain des oraisons et des préfaces ; et c'est ce qui l'a fait appeler le missel gélasien. Saint Gré-

PRIÈRES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

335

go ire y fit les petits changemens q u e nous avons exposés dans la 1P. Dissertation, article a. Dans ce missel gélasien , qui a été d o n n é p a r le cardinal Thomasi W , l'oraison s u r l'oblation est intitulée S É C R É T A ; et depuis ce temps-là on a mis indifféremment p o u r titre à cette oraison S U P E R O B L A T A , OU simplement S É C R É T A , ce qui n e signifie a u t r e chose que prière secrète ou récitée s e c r è t e m e n t , comme nous l'avons montré plus haut. Avant le Pape G é l a s e , saint Léon avait composé quelques o r a i s o u s , mais il n'avait rien changé aux rites. On ne recommandait rien t a n t alors q u e l'uniformité. Plusieurs Conciles d'Afrique, d'Espagne et de France le recommandaient expressément. Les supérieurs des monastères en usaient de même, et Cassien nous fait e n t e n d r e ( ) q u ' o n était attentif à n e laisser point i n t r o d u i r e de différens r i tes , on des variétés dans le rit des offices, de p e u r que dans la suite on vit naître des e r r e u r s , des t r o u b l e s , et peut-être des schismes. Ce n'est donc pas là u n temps où l'on ait lieu de placer quelques changemens ; et plus nous r e m o n t e r o n s , plus aussi nous verrons le soin qu'on avait de tenir le canon dans le s e c r e t , et par c o n s é q u e n t de le réciter en silence dans l'église de R o m e . Le rit gallican n'était pas différent en ce point. Saint G e r m a i n , abbé de saint Symphorien d'Autun , vers I!an 54o , el ensuite évêque de P a r i s , nous a laissé une exposition de la messe gallicane que n o u s avons rapportée dans la If*. Disserta' tion, art. 2. Or dans cette exposition au t e m p s de l'offertoire après le renvoi des c a t é c h u m è n e s , lorsqu'il n e reste plus q u e les fidèles, il parle d u silence dans lequel on doit e n t r e r ; spiritualiter (°)
b

(a) Lîbri très sacramentorum rom. eccL Rom. 1680. (b) Verentes scilicet ne qua in quotidiams solemnitatibus inter riros ejusdem cultunc consortes dissonantia, vel varietas exorta, quandôque imposterum erroris , vel œmulatioiiis, seu schismatis noxiuni germe» einitteret. Cass. Itb. 2. Institut, cap. f*. pag. 23. (c) Tome II. pag. 210, 4.

386

DISS. XV. PART. I I . ART. V I I I . — D U SILENCE DES

jubemur silentium facere. 11 ne fait p o i n t connaître tout ce qui est contenu clans le canon ; et il nous dit s e u l e m e n t q u e p e n d a n l / e * secrets , l'ange de Dieu descend sur l'autel ; Angélus Dei ad sécréta super alture tanquam super nwnumentum descendit. Si e n t r é l'oblation et la préface on peut placer quelques cantiques de j o i e , c o m m e Y Alléluia, au temps pascal , il les fait dire d'une voix claire : Tune libéra lingua et voce dura cantica recipiunlur : ce q u i paraît ainsi m a r q u é par opposition à ce qui devait être dit à voix basse et étouffée. Saint Grégoire de T o u r s ne parle pas plus ouvert c m c n t d u canon , c o m m e on p e u t le voir dans la même Dissertation. Le canon est toujours regardé comme un mystère et un grand s e c r e t ; il est intitulé o r d i n a i r e m e n t , Collectio post sancius, mais toujours indiqué c o m m e le m y s t è r e , le s e c r e t , ou les secrets par excellence : et la prière q u i suit le canon a p o u r titre Posisecreta ou Posimysterium dans les missels gallicans. G'est p o u r q u o i le père Mabillon nous a déjà fait tirer plus haut cette conséquence de diverses réflexions : Canonem W missœ submissâ voce , etiam in ordine gallicano fuisse re* citatum. Et le père R u i n a r t a tiré aussi la même conséquence dans ses notes sur Grégoire de Tours. ( ) 11 y aurait lieu d'être supris q u e le missel mozar a b e , presque tout tiré du gallican, n'y fût pas conforme à l'égard de la récitation secrète des prières. Si l'on en croyait l'apologiste de M. de VertW, il faudrait regarder le r i t mozarabe c o m m e absolument opposé à toute récitation secrète. Il est bien vrai qu'entre l'offertoire et la préface il y a des oraisons qu'on dit à h a u t e voix , mais il est bien certain aussi qu'il y en a qui sont récitées en sil e n c e ; il n'y a qu'à voir cette liturgie telle q u e nous
b

(a) Mus. liai. Tom. 2. in ordin. rom. pog. XLVllt. ( b ) l l x c autem cmnia secreto et submissâ voce facta et dicta fuisse collïgimus ex oratione sequentî, quan ubique Poslscvrcta seu Postmyalovium appcllatur. Gregor. Tur, append. col. 1202.
(.';) Apol. IG i eï S'dr.

PRIÈRES DE LA. MESSE DAK& TOUS LES SIÈCLES.

387

l'avons r a p p o r t é e dans la A*. Dissertation, Art. III, ou le missel m ê m e , si Ton a la commodité de le c o n sulter; ou si Ton veut la voir rapportée par d'autres a u t e u r s , il n'y a q u ' à ouvrir le traité De liturgia galiicana ( ) d u Père Mabillon, il y a mis à la Fin la messe du premier dimanche de l'A vent. On y verra qu'après q u e le p r ê t r e a p r é p a r é le pain elle calice s u r l ' a u t e l , et lavé ses mains , il doit dire sur l'oblation une oraison en silence ; dicat in silentio super oblationem cum tribus digitis^ ln nomme Palris f et Filii, etc. Inciinet se ante altare, et dicat in silentio istam ^orationem : Accedam ad t e , etc. Après le Sanctus Poraison d u canon est récitée en s i l e n c e ; deinde dicat presbyter in silentio, functis manibus inclinando se ante altare, hanc oraiionem : A d e s t o , a d e s t o , etc. Cette oraison contient toutes les paroles de l'institution de l'Eucharistie, soit p o u r la consécration d u c o r p s , Hoc est corpus meum , etc. soit p o u r la consécration du calice; et ces paroles sont toutes dites secrètement sans ê t r e interrompues d'aucun Amen jusqu'à ces mots : in meam commémorât ionem. Alors le p r ê t r e élève la voix en disant : in claritatem de ccelis, et le choeur répond Amen. La r u b r i q u e le dit expressément : Et ciun perventum fuerit ubi dicit iu meam commemorationem : dicat presbyter altâ voce omnibus diebus pi cet erfestins. Pari modo ubi dicit: in claritatem de c œ l i s , et quâlibet vice respondeat Chorus Amen. Que voudrait-on de plus précis p o u r ê t r e convaincu q u e la prière de la consécration se faisait en silence ? T o u t ce q u ' o n p o u r r a i t dire de plus s p é cieux c o n t r e cette r u b r i q u e , c'est qu'elle n'est p e u t être pas aussi ancienne q u e le c o m m e n c e m e n t d u rit mozarabe ; et l'on p o u r r a i t s'autoriser de ce q u e j'ai m o n t r é en son lieu , q u ' a u temps du Cardinal Xia

fa) Liturg. galiie. append. pag* 444.

a5.

338 Diss. xv.

P R. AT

ir.

A T vm.—DO SL N E D S R. IE C E
e

menés on avait ajouté au missel q u e l q u e s rubriques qui n'étaient pas anciennes. Mais nous avons un témoignage authentique du V I . siècle, qui est un assez bon garant de la r u b r i q u e qui ordonne la récitation secrète du canon. C'est le troisième concile de Tolède tenu en 58q. C e c o n c i l e q u i ordonna, p o u r la première fois en O c c i d e n t , q u ' o n réciterait le symbole de Constantinople à la messe , selon Tusage des églises d ' O r i e n t , marqua en m ê m e temps qu'on le dirait a la fin du canon A VOIX CLA.HU?, avant l'oraison dominicale , sytnbolum ( ) fidei récitée ur ut priusquam dominica dicalur oratio, VOCE CLARA à populo decantetur. Pourquoi marquer si expressément qu'il serait récité A VOIX C L A I R E , si ce n'est parce qu'il était placé à la fin du canon qui était récité d'une voix basse non e n t e n d u e . II n'est peut être pas inutile de r e m a r q u e r que les églises d'Espagne qui prirent alors quelques usages d ' O r i e n t , ne suivirent pas ce q u e Justinien avait o r d o n n é dans sa Novelle, et qu'au lieu d'int e r r o m p r e les paroles de la consécration par des Amen, comme l église de Constantinople venait de faire , on continua à n'élever la voix q u ' à la fin du canon p o u r faire répondre. Amen.
a 9

ARTICLE

IX.

Preuves du secret et du silence du canon vers l'an 4oo j par le Pape Innocent I et par saint A ugustin.

JN^ons voici arrivés au temps où l'on cachait avec p l u s de soin les mystères ; et nous ne pouvons pas par conséquent espérer de trouver des traités qui exposent t o u t ce q u e la liturgie contient. Il nous faudra donc ici plus de recherches p o u r recueillir
(a) ConcTolet. 1 1 ! , can. 2.

PMkHES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

Sft)

différens traits qui se t r o u v e n t épars dans les saints Pères. Cette grande réserve est déjà u n e forte preuve qu'il y avait beaucoup d e choses q u ' o n ne voulait ni écrire ni faire m ê m e e n t i è r e m e n t c o n n a î t r e aux fidèles. Nous voyons cette r é s e r v e , i°. dans la lettre du Pape I n n o c e n t I à l'évêque Décentius , q u e nous avons rapportée au p r e m i e r article de la p r e m i è r e dissertation. (») Il s'agissait de savoir en quel endroit de la messe il fallait se d o n n e r la paix. Ce saint Pape veut q u ' o n n e la d o n n e qu'à la fin d u canon avant la c o m m u n i o n , au lieu q u ' e n diverses églises on la donnait avant la consécration des saints Mystères. Le Pape lui dit sur ce sujet qu'il ne faut la d o n n e r qu'après toutes les choses q u ' o n n e doit pas découvrir par écrit : Pacem l ) igitur asseris ante confecta mysteria quosdam popuiis imperare, vel sibi inter sacerdotes tradere cum post ornnia quœ aperirenondebeo paxsitnecessario indicenda. Y aurait-il eu q u e l q u e sujet de craindre q u ' o n ne découvrît ce qui se disait ou ce qui se faisait pendant le c a n o n , si l'usage avait été de l'écrire ou de le réciter tout haut dans l'église , de telle manière que les fidèles en eussent été e n t i è r e m e n t informés? Ceux q u i croient qu'il faut dire toute la messe à haute voix , et m e t t r e indifféremment e n t r e les mains du peuple le canon en langue v u l g a i r e , parleraient-ils comme parlait le Pape fnnocent ï ?
b 9 9

2 ° . Saint A u g u s t i n , dans le même t e m p s , peut nous fournir diverses raisons de cette réserve M marquée par le Pape Innocent I; une de ces raisons est q u ' u n même discours et une même formule ne convient "pas à toutes sortes de personnes p o u r leur faire e n t e n d r e ce qu'ils doivent savoir des mystères. Il faut s'accommoder à la différente portée des esfa) Tom. 2. pag. 11.
(b) Innoc. epist. ad Décent* cap. t. pag t94.

3gO

DISS. XV. PART. If. ART. IX.

DU SILENCE DES

p r i t s , parler aux u n s plus o u v e r t e m e n t , et employer p o u r les autres les comparaisons et les exemples, de p e u r qu'ils ne méprisent ce q u ' o n leur propose, sans les explications d o n t ils ont besoin. C'est ainsi q u e ce saint Docteur en usait à l'égard des initiés qui devaient recevoir l'Eucharistie ; de (*) sacramento quod accepturi sunt, sufficit prudentioribus audire cjuid res tila significet, cum tardioribus autem aliquunto pluribus verbis et sirnUitudinibus agen* dam est) ne contemnant quod vident. Une seconde raison est q u ' o n sent plus d'ardeur et d'empressement p o u r c o n n a î t r e ce qui nous est voilé. Il y avait des catéchumènes qui auraient été très en état d'être instruits des saints M y s t è r e s , et d'en a d m i r e r la g r a n d e u r ; et saint Augustin dit qu'on ne le leur cachait q u e p o u r leur en faire désirer plus a r d e m m e n t la connaissance ; ( ) quia etsi non eis ( c a t e c h u m e n i s ) fidetium sacramentel produntur, non ideo fit quod ea ferre non possurtt, sed ut ab eis tanto ardentius concupiscanlur, quanta eis honorabilius occultanlur. Ainsi quoiqu'il y ait toujours eu plusieurs fidèles capables d'entrer saintement dans tout ce qu'il y a de plus sacré dans la liturgie , soit en l'entendant p r o n o n c e r o u en l'ayant p a r écrit e n t r e les m a i n s , on a p o u r t a n t cru qu'il était à propos de cacher sous le silence u n e partie de la liturgie pour inspirer aux fidèles le désir d e d e m a n d e r avec quelq u e empressement d'être instruits des grandeurs renfermées dans ce q u ' o n leur c a c h a i t , et p o u r leur en d o n n e r plus utilement la connaissance de la manière qui leur conviendrait davantage. 3°. Nous t r o u v o n s dans saint Augustin u n e autre raison du secret et du s i l e n c e , c'est q u e nous nç p o u v o n s espérer de voir toutes choses à découvert q u e dans le Ciel ; et q u e tant q u e les saints seront
b

(a) De catechis. rudibus. cap. 9 . (b) Tract. 96. in Joan. num. 3 .

PRIKRES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIECLES. 3ç) 1

dans ce m o n d e , Us verront toujours a travers quelque énigme , quelque voile et quelque obscurité. Le pontife seul qui offrait le sacrifice représentant le grand-prêtre, entre dans le Saint des saints, d'où il ne pouvait être vu ni entendu du peuple qui se tenait au dehors ; ideoque et tune sacerdos sohts inlrabat in Sancta sanctorum, populus autem stabat foris ; ou plutôt l'évêque représente à l'autel Jésus-Christ notre Seigneur, qui après sa résurrection est entré dans le secret des cieux pour interpeller pour nous tandis que son peuple gémit au dehors. Ce peuple ne peut entendre ce que JésusChrist dit à son Père, mais il applaudit à tout ce qui est dit secrètement par son Sauveur qui est son avocat et son pontife. U se joint de même à l'évêque qui entre seul dans l'intérieur du sacrifice, et il souscrit autant qu'il peut à ses prières; sicut nunc ille sacerdos post resurrectionem suam iniravil in se* creta cœlorum, ut ad dexteram Patris interpella pro nobis. Populus autem cujus ille sacerdos est, adhuc foris gémit ; nam cum episcopus solus intùs est, populus et orat cum illo , et quasi subscribens ad ejus verba respondet Amen. Le peuple ne peut pas alors répondre Amen avec autant de connaissance qu'il répond aux oraisons qui se disent ouvertement, mais il le fait de la manière que les Israélites souscrivaient aux prières du Grand-Prêtre, et que nous souscrivons à celles de Jésus-Christ. Aussi saint Augustin se sert ici d'une restriction : Quasi subscribens ad ejus verba respondet Amen. 4°. Enfin on trouve encore dans saint Augustin la distinction de la voix du prêtre qu'on e n t e n d , d'avec celle qu'on n'entend pas pendant les saints Mystères; car il est écrit dans sa seconde lettre ou dans son second livre à Janvier, qu'il ne conviendrait pas de chanter lorsque le célébrant prie à voix claire ; quando autem non est tempus càrn in eccle(a) Aug* contr. epist Parmen. cap. 7. tom. 9. llb. 2. p . 33.

3g2

DISS. XV. PART. I I . ART. IX.

DU SILENCE DES

sia fratres congregantur , sancta cantandi , nisi cum legitur aut dispulatur, aut autistes clarâ voce deprecatur. ( ) Saint Augustin parle aussi dans sa lettre à Vital des diverses manières d o n t le prêtre prononce les prières à l'autel : IVumquid ubi audie* ris sacerdotem Dei ad ejus altare populum horiontem ad Deum orandum , vel ipsum CLARA VOCF orantem , ut incredulas gentes ad fidem suam venire compellat, non respondebis Amen ? Ep. i i 7. Il y a d o n c des temps où le p r ê t r e étant à l'autel prie à voix claire , et d'autres où il prie à voix secrète ou en silence ; car selon le même saint Augustin , parler à voix p o u r ainsi dire étouffée • c'est parler en silence. Ce saint d o c t e u r fait cette remarq u e s u r ce que l'Evangile dit q u e Miirthe parla en silence à Marie sa s œ u r ; ( ) adverlendum est quemadmodutn S U P P R E S S A M vocEMsilentium nuncupavit Nous voyons le secret et le silence religieusement observés par saint Augustin dans les prières du sacrifice qui ne se font pas à voix claire. Ce saint D o c t e u r parle très-souvent de tout ce qui se dit à haute voix de l ' é p î t r e , de l'évangile, des oraisons et des réponses du p e u p l e ; mais il passe toujours fort légèrement s u r toutes les prières de la conséc r a t i o n , ne faisant q u e les indiquer sans les prononcer ni les faire connaître. Il n'y a qu'à voir de quelle manière il expose toute la liturgie aux nonveaux baptisés. Ces endroits ont été rapportés dans l'article VU. de la première Dissertation. On y voit q u e le canon y est passé sous silence, et seulement désigné par ces mots : Ubi est peracta sanctificatio , dicimus orationem Dominicam. Et toutes les fois q u e saint Augustin indique ailleurs le c a n o n , il se contente de dire q u e la consécration se fait par la prière m y s t i q u e ( ) \ prece mysticâ consecratum. Or on a
a b c

(a) Aug. L 2. ep. 55. adJanuar. c. 19. (b) Tract in Joan. (c) Corpus Christi et sanguinem dicimus,

illud tantum quocî ex

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

3Q3

vu plus d'une fois q u e la p r i è r e mystique est u n e prière secrète.

ARTICLE

X.
s

Qu'en remontant de tan 4<>o au troisième siècle on trouve dans l'église d'Orient et d'Occident le secret et le silence des mystères..

AVANT T a n 4 ° ° nous ne t r o u v o n s pas moins le secret e t le silence des mystères q u e n o u s l'avons vu dans les siècles postérieurs. 1. Par l'Auteur de la Hiérarchie ecclésiastique sous te nom de saint Denys VÀrcopagite* Les livres attribués à saint Denys l'Aréopagite furent cités par les Sévériens ( h é r é t i q u e s Monophysites ) en 5 3 a , dans u n e conférence tenue à Constantinople e n t r e eux et les Catholiques. Quelque défiance q u e les Catholiques témoignèrent s u r cet o u v r a g e , parce qu'il n'avait été cité ni par saint Athanase ni par saint Cyrille, il fut cité bientôt après avec respect par plusieurs écrivains ; quelques-uns p r é t e n d a n t seulement q u e l'ouvrage avait été altéré par des hérétiques. Au commencement du V I . siècle, vers l'an 5 o o , J e a n , é v ê q u e de Scythopolis(Usser. ap. Cave in Joann. RJaxent.y^t au VII . saint M a x i m e , le d o n n è r e n t avec des notes ou scholies. Ces a u t e u r s , aussi bien qu'Anastase le Sinaïte , plus ancien q u e saint M a x i m e , ont r e gardé l'ouvrage comme venant originairement de saint Denys d ' A t h è n e s , dans YHodegos ou guide , c. s a . Mais quel moyen de soutenir raisonnablement que ce q u ' o n y lit louchant les moines , les e n c e j i e e

fructibus terra acceptum et prece mystieâ consecratum.... opérante învisibiliter spiritu Dei. Liù. 3. de Trinit. c. 4. tom. 8. p. 70.

Sg-I

D r s s

- * - PART. II. ART. X. — DU STLEITCB DES

v

semens et quelques antres u s a g e s , conviennent nn temps des hommes apostoliques ? Rien n'est plus raisonnable que le sentiment de trois savans, Pearson ( ), Usserius ( ) et C a v e , qui a t t r i b u e n t cet ouvrage ou à Apollinaire le P è r e , évéque de Laodic é e , contemporain de saint À t h a n a s e , ou à quelqu'autre a u t e u r du I V . siècle. Depuis q u e ceci a élé é c r i t , j'ai lu avec plaisir la troisième dissertation du savant Père le Quien sur saint Jean Damascène. Il m o n t r e par des réflexions très-judicieuses que cet ouvrage n'a pas été fait par u n Apollinariste^ mais qu'il doit avoir été supposé par quelque inonophysite , peut-être par Pierre-Ie-Foulon, qui causa tant de troubles à A n t i o c h e , et qui s'empara du siège épiscopal en 4 7 1 . Ce qui est c e r t a i n , c'est que r a i l l e u r , quel qu'il soit, qui a pris le nom de saint Denys l'Aréopagite, a exprimé ce qui était rec o n n u en son temps c o m m e très-ancien , et par conséquent observé du moins au IV . siècle. Or cet a u t e u r , au premier chapitre de sa Hiérarchie ecclésiastique, parle des s a c r e m e n s , à son disciple, et il lui dit ( ) que ces choses sacrées qui nous viennent en partie de la t r a d i t i o n , ne s'écrivent p o i n t , qu'il ne faut les révéler qu'avec beaucoup de précaut i o n , et q u e la connaissance entière n'est que pour les ministres s a c r é s ; e t Pachymère son paraphraste' lui fait dire q u e ces mystères doivent être révérés par le silence ( * ; et q u e , quand il convient de les *) c o m m u n i q u e r , ce ne doit pas être à des personnes peu instruites , mais aux saints , et toujours en m o n t r a n t les sens relevés qu'ils renferment ; car c'est ainsi qu'ils nous ont été confiés à nous-mêmes, quoiqu'appliqués à traiter des choses divines.
a b e e c 1

(a) Findic. part. t. c. 10. (b) Ap. (c) Dion. Ar. tom. 1 - 77. 201.

Cav.

script,

eccles.

ann.

3G2.

(d) At si qunndo etiam opus sit istiusmodi communicare, ne communions rudioribus , sed sanctis; idqueillissocrosanetnetruni sacra illusfratîone, minime immorando tvpis, sed in aspectabilia iliustrandn : Sic. etiam nobis ad divina oonversis , vel divina continentibus collegis tradita fuerurtt. Ibid. pag. 207.

PltlÈRES DE LA MESSE DANS TOÇ$ LES SifcÇLES.

*3c)5

Dans le troisième c h a p i t r e , saint Denysexplique assez a u long l'ordre d e la l i t u r g i e , et il d o n n e même les raisons des lectures, du chant des psaumes, des prières qu'on fait s u r les c a t é c h u m è n e s , sur les énergumènes et s u r les p é n i t e n s , de leur renvoi, des prières p o u r les fidèles , du baiser de paix, d u lavement des mains ou plutôt des d o i g t s , des diptyques ou de la mémoire des m o r t s , de l'ordre des ministres sacrés qui e n t o u r e n t le célébrant à l'autel. En parlant des prières qui précèdent le canon, il dit bien q u e le prêtre s'excuse de son indignité, et q u e p o u r se r a n i m e r il élève sa voix en criant : Vous l'avez dit Seigneur, faites ceci en mémoire de moi. Mais dès qu'il a parlé de la préface, il garde un si grand silence s u r le canon , qu'il se contente de dire q u e le pontife célèbre alors les divins mystères jusqu'à ce qu'il les élève et les m o n tre ; porro .(») ubi pont if ex sacrosancta Dei mimera collaudavit , divinissima consecrat mysteria , quce etiam celebrata sub symbolis sacrosanctè propositis in aspectum ducit. T o u t ce qu'il nous apprend touchant cet espace de temps de la célébration des saints mystères ou du canon , c'est q u e , depuis l'oblation , le pain sacré et le saint calice d e m e u r e n t voilés : Coopertus ( ) quidem divinus ille panis , calixque benediclionis proponilur. Ce qui a fait dire à saint Maxime qu'il faut bien remarquer q u e le calice même était c o u v e r t , ce qui ne se fait p a s , ditil , présentement ; animadvertendum ( ) est non solum divinum panem obtectum proponi soliturn fuisse , verum etiam sanctum calicem : Quod nunc minime observatur. Saint Maxime veut même q u ' o n remarque q u e les dons sacrés demeuraient alors plus longtemps couverts qu'en son temps ; diutius( ) tune obtecta divina doua manebant, usque ad tempus sandre communionis : idque paulo post explib c d

(n) Ibid.

pag.

243.

(b) ibig. pag.
(d) Ibid.pag.

253.
74»

(c) Ibid. font. 2. p. 72.

DISS. XV. PAHT. Tt. ART. X . — DU SILENCE DES .

f

cat, aut accurata hœc est explication quod pontifex attollens sanctumpanem ostendebat benediciionem, seu sacramentum, dicens : Sancta sanctis* Enfin il règne dans t o u t l'ouvrage de saint Denys u n e si grande crainte de révéler par écrit , ou de faire connaître t r o p o u v e r t e m e n t ce q u e renferme le c a n o n , p e n d a n t lequel les saints mystères sont o p é r é s , qu'on ne saurait t r o u v e r u n a u t e u r plus opïosé à l'usage de faire v o i r , lire et e n t e n d r e à tous es laïques sans aucun d i s c e r n e m e n t , t o u t ce qui se fait et se dit p e n d a n t la consécration des saints mystères. II. Par saint Ambroise.

C'est u n e maxime assez souvent répétée dons saint Ambroise, q u ' o n d o i t conserver les mystères dans q u e l q u e obscurité ; Mysteriorum W premendam esse doctrinam : qu'il faut les tenir voilés sous u n fidèle silence ; et quasi ( ) operiri fido silentio: q u ' o n ne doit les d é c o u v r i r q u ' a v e c b e a u c o u p d e r é serve ; ut non divulgemus C) orationem , sed abs* condita teneamus mysteria : et la raison q u e ce saint docteur donne de cet usage , c'est l ) qu'en exposant crûment de grands mystères à des oreilles infidèles ou infirmes, il ne leur fasse mépriser des vérités q u i seraient p o u r eux u n e n o u r r i t u r e délicieuse, si elles leur avaient été données avec les préparations nécessaires. De là vient q u e dans saint A m b r o i s e , n o n plus q u e dans saint Augustin, on ne trouve a u c u n mot d u c a n o n , et qu'il l'appelle le secret o u le mystère
b c d

(a) DeCaïn et AbeL cap» 9. ». 35. (b) De Abraham, lib. 1. cap. 5. n. 38. (c) De fain et Abel. cap. 9. d. 35. (d) Stint enim plurima qua; muta displicent, coacta délectent. Fove igitur pectore tuo alla mysteria, ne pnnmaluro sermone, et înfidis "auribus vel inflrinis quasi inenctn committas, atque a»idiîor avertatur et borrorc fnstidi.it, qui si coctiora pustaret,spnitalis tibi pereiperet suavitatem. S. Ambr. ibid. num. 37.

PRIÈRES DE LA MESSE DAflS TOUS LES SIÈCLES.

cle la prière sacrée ; sacramenta ( ) quœ persacrœ orutionis mysterium in carnem transfigurant UT , et sanguinem. Le pontife est préposé p o u r cacher l'arche d u testament au p e u p l e , et les diacres e m p ê c h e n t les simples fidèles d e voir t o u t ce q u i se passe à l'autel pendant les grands mystères ; prœpositus C ) tabernaculo.... positus ut operias arcam testamenti. Non enim omnes vident alta mysteriorum , quia operiuntur à levitis ne videant qui videre non debent, et sumant qui se/vare non possunt. Saint Ambroise C) ne croyait pas devoir dispenser de cette loi les e m p e r e u r s mêmes. L o r s q u e T h é o dose étant dans l'église d e M i l a n , après avoir a c compli sa p é n i t e n c e , s'approcha cle l'autel p o u r faire son offrande , et s'arrêta au dedans du balustre p o u r ê t r e présent aux saints mystères , saint Ambroise lui fit dire par le premier d i a c r e , q u e ce lieu intérieur n'était q u e p o u r les ministres sacrés; qu'il devait en sortir et se tenir parmi les laïques, parce q u e la p o u r p r e fait les e m p e r e u r s , et ne fait pas les prêtres. T h é o d o r e t , qui rapporte ce fait, ajoute q u e Théodose fut si édifié de cette r e m o n trance , q u ' é t a n t de r e t o u r à Constantinople, il ne se tint jamais au dedans des balustres , q u o i q u e le patriarche Nectaire l'y invitât. Il avait appris à Mian la différence qu'il y avait e n t r e u n e m p e r e u r et un é v ê q u e , et même e n t r e un-évèque et un évêque ; c'est-à-dire, e n t r e celui qui est zélé p o u r l'observation des règles ecclésiastiques, et celui qui ne l'est pas. Sozomène dit ( ) q u e « saint Ambroise assigna » dans l'église un lieu devant les balustres d e l'au» tel p o u r l ' e m p e r e u r , afin qu'il précédât le p e u » p i e , et qu'il fût précédé des prêtres. Cette admîb c d

â

(a) (b) (c) (d)

Ambr.defide ad Grat lib. 4. cap, 5. De 0ifici'is, Ub, t. cap. 50. Théodoret: His t. lib» 5. cap» 17. Sozomen. Itist. Eccl. lib» 7. cap. 24.

3()8

DISS. XV. PART. I I . ART. X.

DU SILENCE DES

» rable c o u t u m e , poursuit-il , fut approuvée'de » Thébdose et confirmée par ses s u c c e s s e u r s , comme » elle s'observe aujourd'hui.» Nous voyons en effet q u e Théodose ( ) le jeune et Valentinien parlent ainsi dans l'édit qu'on peut voir au code Théodosien , et q u i a été mis aussi à la fin des actes du concile d'Ephèse : « Nous < ) à qui il » convient de porter Pépée, et de ne marcher qu'en» tourés de personnes armées , nous laissons 1rs » armes dehors lorsque nous entrons dans le tem» pie de Dieu; nous q u i t t o n s le d i a d è m e , le signe » de la majesté royale , et nous n'approchons même » des sacrés autels q u e pour y offrir nos présens , » après quoi nous revenons dans le lieu où est tout » le peuple. » Les fidèles de nos jours qui mettent l e u r dévotion à voir, à lire , ou à e n t e n d r e tout ce q u i se dit à la messe , ne voudraient pas être traités comme l'étaient alors les empereurs, lis n'auraient pas é l é contens de saint Ambroise ni des autres anciens Pères; et ils peuvent facilement r e m a r q u e r p a r tous ces traits (pie leur dévotion n'est pas celle de cet ancien temps.
a b

111. Par saint Chrysoslôme > qui parle tirs rideaux qui cachaient l'autel pendant la célébration des saints Mystères, et du grand silence qu'on ne rompait qu'en les découvrant.

.Saint A m b r o i s e , qui chaient l'autel, ne nous tait en tirant un rideau uns des autres auprès
(n) Cod. Tkead. lib. 0.

a parlé des diacres qui caa pas dit clairement si c'éou en se tenant si près les de l'autel, qu'ils en déro-

(b) Nam et nos qui semper jure imperii armis circumdamur, fjuosque sine armatis stipatoribus esse non convenit, Dei temnlmn in^ressuri, forts arma relinquimus, et ipsum etiam diadema aeponimus et quo submissioris imperii speciem pnrlerimus, eo m nuis imperii nobis majestas promitritur. A sacra quoque altarîa muned rum tantùm ofierendorum causa aocedimus : etcùmcircumseptuin sacromm adytum irigressi sumus , statim e^redimur. Conc. tom. 3. col. 1237.

PRIÈRES DE L \ MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

baient la vue au peuple. Mais saint Chrysostôme ne nous laisse a u c u n lieu de d o u t e s u r l'usage des rideaux q u i cachaient l'autel p e n d a n t la consécration des saints Mystères. Nous avons r a p p o r t é dans la première dissertation deux endroits où ce saint docteur en parle bien expressément. Suicer ( ) dans son Trésor ecclésiastique des Pères grecs, a fort bien expliqué cet endroit célèbre de la troisième homélie sur l'épître aux Éphésiens , où saint Chrysostôme dit : Quand vous voyez tirer les rideaux, pensez que vous voyez le ciel s'ouvrir et les unges descendre. On peut voir d'autres endroits semblables d a n s . les ex traits que Claude d e X a i n t e s , évéque d'Evreux, a faits de saint Chrysostôme s u r l'Eucharistie, N o u s avons aussi cité quelques mots de saint Cyrille d'Alexandrie , lequel à l'occasion de ce que Jésus-Christ se p r é s e n t a à ses a p ô t r e s , les portes étant fermées, parle de ce qui se passe sur l'autel, lorsqu'on vient à p r o n o n c e r ce qu il y a de plus sec r e t , et qu'on ferme les portes , à cause q u e ce qui s'y opère est au-dessus de toute intelligence; JésusChrist s'y rendant présent invisiblement comme Dieu , et visiblement par le corps qu'il d o n n e a toucher et à manger. T o u t e la réflexion de saint Cyrille mérite bien d'être rapportée. La voici de la traduction du savant Aubert de Laon : Justissimis ( ) itaque de causis sunclos convenlus in ecclesiis agimtts octava die : et càm arcanius quiddam effari oportet, quia omnem intelligendi modum superat > fores quidem claudimus, sed supervenit et apparel Chris tus nobis omnibus, irmsibiliter simul ac visibiliter ; itmsibiliter quidem , ut Deus; visibilitervero in corpore : permittit vero et dut sanctam carnem suant tangendam. Accedimus enim secundum D c i gratiam ad participât ionem eulogice mysticce Christum in manus suscipientes.
a b

Le silence des prières du canon n'est pas moins
(a) Svic. Thcsanr. Eccl. col. 256. ApÇtSvpor. (b) Ctjrill. in Joann. lib* 12. tonu A. pag. 1104.

4oO

DISS. XV. PART. I I . ART. X. — DU SILENCE DES

bien exprimé que ce grand s e c r e t , par saint Chry-sostôme, dans ses homélies sur l'épître aux Héb r e u x , qui sont venues à la postérité avec d'autant plus d'exactitude qu'il les dicta lui-même à Constantin , prêtre d'Anlioche , qui les donna au p u b l i c Ce saint Docteur parle magnifiquement de ce silence dans la XVII . H o m é l i e , où il nous dit que ce vénérable silence est i n t e r r o m p u par la voix redoutable du d i a c r e , qui dit : les choses saintes sont pour les saints : cela se fait après que le sacrifice est achevé. Cette voix du diacre , avec l'autorité du célébrant , est d'autant plus é t o n n a n t e e t t e r r i b l e , qu'elle succède au redoutable silence dans lequel le sacrifice a été opéré ; magna voce , terribili clame re tanquam prœco, manum tollens in alturn, stans exeelsus, et omnibus mani/estus, et in tre* mendo illo silentio vehemenler vocife/ans, alios quidem vocat, alios vero arcet sacerdos : non hoc manu Jaciens , sed lingua ctariùs et apertiàs quant manu»
e y

IV.

Par le Concile de Laodicëe.

Le concile de Laodicée, qu'on peut placer vers l'an 3 6 3 , suivant les remarques de Godefroi sur Philostorge , nous apprend que le prêtre faisait des prières en silence avant m ê m e le temps de la consécration , et qu'on ôlait non-seulement aux laïques , mais aux sous-diacres mêmes la liberté de se tenir auprès de l'autel p o u r voir tout ce qui s'y faisait. Le canon 2 1 déclare que les sous-diacres ne doivent pas se placer dans la diaconie ou sacristie , ( <l * joignait l'autel ) , ni toucher les vases sacrés. Zonare et Balzamou r e m a r q u e n t judicieusement sur ce canon et sur le suivant, qu'il n'était pas absolum e n t défendu au sous-diacre de toucher les vases sacrés ; mais que le concile ne le leur défend q u e pendant le sacrifice, parce que nul autre q u e les p r ê tres et les diacres ne pouvait se tenir auprès de Pauu

PRlfoiES DE LÀ MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.
a

/jOl

tel. L e concile d'Agile renouvela ce canon dans les Gaules ; quoniam ( ) non oportet in sacratos ministres licentiam habere in sécréta)Hum , quod Grœci Diaconicon vocant , ingredi, et contingere vasa dominica. Le concile de Laodicée o r d o n n a de plus qu'après que les catéchumènes et les pénitens sont s o r t i s , et qu'il ne reste plus que les fidèles dans l'église, on doit dire ( a v a n t le baiser de p a i x ) trois o r a i s o n s , dont la première est récitée en silence, et les deux autres à haute voix ; très ( ) orationes fiant, una quidem ( i d est p r i m a ) per silentium, secunda verô et tertia per vocis pronuntiationem : c'est ainsi qu'on' le lit dans la collection d'Isidore. Denys le p e t i t , qui donna au V I . siècle u n e version des c a n o n s , traduit de m ê m e , prima quidem sub silentio ; et le texte original ne laisse aucun lieu de traduire aut r e m e n t ; ïi* euànns en silence, silentio, sub silentio.
b e

ARTICLE

XL

Suite des preuves du secret et du silence par saint Basile,, et parles remarques de plusieurs savans sur les usages du VI\ siècle.
3

nous fait clairement entendre que par un religieux silence on cachait toujours quelque chose des mystères à ceux mêmes qui y participaient. Les prières de l'invocation qu'on faisait au milieu des saints Mystères étaient de ce g e n r e : et nous avons rapporté dans la première Dissertation^) ce q u e ce saint Docteur nous a dit si positivement ( ) que personne n'osait mettre par écrit ces
d

SAINT Basile

(a) Conc. Aqath. can. 66. (b) Conc. Laod. Can 19. (c) Tom. 2. pag. 10 et. i l . (d) De Spiritu sancto. cap. 27. paq. 352.
%

4-

2

6

402

DISS. X V . U B T . TT. ART. X I . — D t J STtENCE'Dt^S

paroles q u i n e nous venaient q u e de la tradition; qu'il en était de m ê m e à l'égard des formules des autres s a c r e m e n s , q u e les ministres d e l'autel apprenaient et conservaient par tradition : ce qu'Erasm e a traduit en ces termes : Nonne ex minime publicata et arcana traditione ? ISonne ex doctrina, quam patres nostri silentio quieto, minimèque curioso sermrunt ? Pulchrè quidern illi nimirum docti arcanorum venerationem silentio conservari/On ne p e u t pas d o u t e r q u e saint Basile n e parle en cet endroit du silence qu'on gardait à l'égard même des fidèles , parce qu'il justifie en m ê m e temps cette d o c t r i n e , par l'exemple de Moïse q u i cachait plusieurs choses aux lévites et aux prêtres mêmes. « Que faisait donc , dit saint Basile , ce grand lé» gislateur, Moïse, qui non-seulement éloignait du » premier parvis les profanes, mais q u i n'en per» mettait l'entrée q u ' à ceux qui étaient les plus » p u r s , ne jugeant q u e les seuls lévites dignes » d u ministère divin , c'est-à-dire, d'assister les prê» très auxquels il appartenait d'immoler les victi» mes et d'offrir les holocaustes ; ne permettant » l'entrée dans le lieu le plus saint qu'à u n seul (le D g r a n d - p r ê t r e ) , encore n'était-ce pas p o u r y entrer » t o u j o u r s , mais un j o u r seulement dans l'année; » et dans ce jour m a r q u é , il ne pouvait y entrer » qu'à une certaine h e u r e , afin qu'il p u t voir avec » étonnement le Saint des saints, où il était si rare» m e n t permis d'entrer : sachant bien q u e ce qui » est trop c o m m u n peut être exposé au m é p r i s , et » q u e ce qui est rare et accompagné d e réserve, » peut exciter l'admiration et un a t t a c h e m e n t res» pectueux ? C'est ( ) s u r ce modèle , p o u r s u i t saint » Basile, que depuis les commencemens de l'Église,
a

(a) Ad eumdem profectô modum, et qui in primordiïs Ecclesias certos rîtus prascripserunt apostoli et patres in occulto sï!enuoque mysteriis suam servavêre di^nitatem. Neque enim omninô mysterium est quod ad populares ac vulgares aures effertur. DeSpirUu sancto. pag. 352.

PIU&RES DE LA MESSE DANS TOTS LES SIÈCLES.

4°3

les apôtres et les p r ê t r e s o n t conservé aux roystères leur dignité, dans le secret et dans le silence: et en effet ce qu'on fait passer aux oreilles du pcupie n'est plus tout-à-fait un mystère.» Les savans qui o n t fait des recherches dans l'ant i q u i t é , soit parmi les Catholiques ou parmi les Protestans, ont été obligés de convenir de cette vérité, que les anciens Pères cachaient une partie du rit des sacremens aux fidèles mêmes. Quoiqu'il y ait eu plusieurs disputes entre les sieurs Schelstrat ( ) et Tentzelius( ) touchant la manière dont les Pères grecs annonçaient les dogmes, et touchant l'étendue de la discipline du secret ; on est convenu que si les anciens Pères n ' o n t pas caché l'efficacité des s a c r e m e n s , ils en o n t souvent caché aux fidèles mêmes les rites et les formules, et les raisons de ces rites. Casaubon ( ) le dit en termes assez précis. Tentzelius ne paraît pas non plus en d o u t e r ; et o u t r e le témoigna'ge de C a s a u b o n , rapporté par Schelstrat , Tentzelius y joint celui de plusieurs autres auteurs p r o t e s t a n s , qui conviennent du m ê m e p r i n c i p e , selon la r e m a r q u e de Schelstrat ( ) ; et T e n z e l i u s , dans sa r é p l i q u e , cite parculièrement Théodore Meïer ( ) qui parle de même dans son traité De recondita veteris ecclesiœ theolog'a.
a h c J c

» » » »

Quelques recherches que le Père Morin ait faites touchant les s a c r e m e n s , il a reconnu q u e les Pères,
(a) Dedtscipl. (b) Tentzcliî arcani. excr citât loues. Franco f, 1G02.

(c) Veteres non arteo resinsacramentis significatas , etefficacïam illorum siiuisse , quam synibola ipsa et ritus ceiebrandi ae rituum causas, Lxercit. ÏG. ad A un. Eccl. Bar. (d) Pîcit banc Casauboni annotationem ab aliis a d m î t t i , întelligens procul dubiô non solos Lutberanos, sed et Calvinistas, inter quos Albertinus lib. 2. dispulatione de retieentia mysteriorum, illam fusiùs probandain suscepit. Disc. Arc. cap. 2. pag. 0. (e) Ex lege ï lia Christi nu Ha sacra dogmata canibus et porcïssunt aperienda , disciplina autem veteris ecclesïaî quaedam tantùm sacra vult legi, et quidem coram iis etiam qui non sunt canes et porci.
Theod. Mêler, nurn. 56. apud Tentzel. pag. 121.

a6.

4o/|

DISS. XV. PART. II. ART. XI.

DU SfLtiXCK DES

q u i parlaient très-souvent de leur efficacité, en cachaient avec beaucoup de soin les f o r m u l e s ; qu'ils n'osaient les mettre par é c r i t , et q u e q u a n d ils les o n t écrites dans la s u i t e , les évèques les tenaient cachées avec soin sans les laisser voir au peuple, a Quoique W les anciens P è r e s , soit dans leurs » écrits , soit dans leurs c a n o n s , ne r a p p o r t e n t que » très-rarement ou plutôt jamais les formules de » l'absolution , ils r e m a r q u e n t n é a n m o i n s très-sou* » vent q u e les pénitens s o n t absous p a r les prières » des prêtres ; que les péchés sont remis ; q u e Dieu » est l'auteur de cette réconciliation , et q u e les pré» très ne sont que les ministres de ses grâces el de » son autorité. Ils passent ainsi sous silence plu» sieurs choses q u e nous écrivons présentement. » P o u r ce qui est des formules de l'absolution, ils » les ont tenues comme sous le scellé dans les ri» tuels et les livres p é n i t e n t i a u x , où il fallait les » chercher > comme ils le m a r q u e n t quelquefois. » La raison de cette conduite est c o m m u n e à ton» tes les formules des sacremens ; c'est de peur » qu'on ne divulgât les m y s t è r e s , et q u ' o n ne jetât » les perles devant les pourceaux. Car les écrits de » ces Pères étaient e n t r e les mains de tout le m o n d e , » au lieu q u e les rituels et les livres pénitentiaux » n'étaient conservés q u e sous les y e u x des évé» qnes et des prêtres qui les tenaient renfermés » dans les églises. »
(a) Qiianquam rarissime aut nunquam antiqui Patres, vel cùm scribebant, vel cùm canones condebant, formulas absolutïonîs referebant, sœpissimè tamen adnotant precibus ecclesia; vel sacerdotum pœniteutes à peccatis absolvi, pecrata dimitti, nonnunquam Deum remissionis illius esse nutorem, sacerdotos ministerium tantùm precibus suis illi pnrbere et alia ejusmodi plurima quœ mine exsrnbimus. Quod ad formulas absolutiônis attinet, eas libris ritualibus et prcnitentialibus consipnarunt, è quibus, ut aliqunndo adnotant , repeti volucrunt. Cujus rei ratio sacramentorum omnium formulis communia est, ne scîliect mysteria in vulgus emîtterent, et margaritas porcis obtruderent. Korum enim seripta în omnium manibus versauantur, sed ntuales pœnitentialesque libri episcoporum et presbiterorum proprii erant, et in ecclesiarum cimeliis conservati. DePœnit. lia, 8. cap. 8. num. 3.

PIltfellES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

4°5

Le Père Morin appuie ce qu'il vient de dire par l'autorité du Pape Innocent I , qui craignait de trahir l'Église,s'il eût mis par écrit la forme de la confirmation ; verba ( ) vero dicere non possum , ne magis prodere videur , quàtn ad consultationetn respondère. On en usait de m ê m e à l'égard des autres sacremens, que les prêtres ou les évéques conféraient solennellement. Dans tous les écrits q u e nous avons du I V . siècle , et dans tous ceux mêmes qui composent les pandectes des c a n o n s , o ù il est si souvent parlé des ordinations , on n'y t r o u v e point les formules des sacremens. On ne les écrivait p o i n t , ou si quelques évéques les écrivaient, ils ne les laissaient pas dans u n livre à l'église, et ils les récitaient par c œ u r d'une voix si basse, q u e les assistans, ceux mêmes qui touchaient l'évêque ne pouvaient pas les e n t e n d r e . Nous le voyons assez clairement dans les ordinations de plusieurs grands p e r s o n n a g e s , qui étaient faits prêtres ou évéques sans le savoir. T h é o d o r e ! nous en fournit quelques exemples. Flavien ( ) qui fut fait évéque d'Antioche en 38 \,« voulant o r d o n n e r prêtre un moine n o m m é » Macédonius qui était en grande o d e u r de sain» t e t é , lui o r d o n n a de quitter sa montagne , et le » fit venirdans l'église, comme p o u r subir un exa» men sur q u e l q u ' a c c u s a t i o n , et le faisant entrer » à l'autel p e n d a n t le saint Sacrifice, il le fît prêtre. » Tout étant fini , Macédonius qui ne savait rien » de tout ce qui se faisait, en fut averti par un des » assistans, ce qui le mit si fort en colère qu'en » leur disant des injures à t o u s , il voulait les bat» tre avec le bâton qu'il avait à la main , et ne s'a» paisa qu'en a p p r e n a n t q u e la chose ne pouvait » être changée.»
a e b

T h é o d o r e t , dans le même livre , r a p p o r t e encore l'exemple de l'ermite Salomon q u ' o n surprit de la
(a. F.phLa.t Dirent. {!>) Theodor. Pliiht. cap. 13.

4o6

DISS. XV, PART. If. ART. XL

DU SILENCE DES*

m ê m e manière. « L'évêque de la ville fit enfoncer » d'un coté une partie ue sa cellule, y e n t r a , lui » imposa les m a i n s , fit la prière. Après quoi il lui » signifia qu'il avait reçu la grâce de l'ordination.» Il est bien certain q u e les prières q u i furent faites sur ces bons anachorètes , exprimaient le don qu'on leur avait conféré; et il est bien clair qu'ils n'auraient pas ignoré ce q u e faisait l'évêque , s'il n'eût récité les prières secrètement et en silence. Le Père M o r i n , dans son savant traité des o r d i n a t i o n s , n'a pas omis ces e x e m p l e s , ni la raison du secret et du silence qui empêcha ces bons anachorètes d'entendre les prières q u e l'évêque fit en leur imposant les mains. « Car, dit-il, ces prières ( ) se disent mysti» q u e m e n t , c'est-à-dire, secrètement , et ne sont » point entendues des assistans. On ne p r o n o n c e à v liante voix q u e la conclusion de ces oraisons. » C'est pourquoi il ne faut pas être surpris , q u e ces » moines ne pussent pas c o n n a î t r e , p a r l e s prières, » l'ordre qu'ils avaient reçu. » Il y avait dans ce même temps d'autres moines qui n'étaient pas si simples, ou qui étaient fort curieux de savoir ce qui se disait dans l'église. Cassien parle ( ) d'un solitaire scythe , qui faisait dans sa chambre le pontife et le diacre ; mais il ne paraît pas qu'il sût autre chose que la messe des catéchumènes. Quoi qu'il en soit , nous t r o u v o n s encore plus de formules et de prières conservées dans le secret et dans le silence, que saint Basile ne nous en a marquées distinctement. Mais au fond il nous en a assez dit p o u r nous faire apercevoir tout ce qui est essentiel à n o t r e sujet; et puisqu'il nous assure q u e la prière d e l ' i n v o c a a b

(a) Preces enim illas mystîcè dicuntur, hoc est s e c r e t o , nec à eircumstantihus exaudiunïur ; finis tantùm qui omnibus orationibus communis e s t , aif.3 voce profertur. Itaque nihil mirum si simplices illi monacbi de ordine recepto ex precibus nihil cogaoscerent. Morin. de ordinal part. 3. pag. 30. [b) Cass institut, lib. W.cap. 15.;?.

252.

PRIÈRES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

4<>7

tion p o u r changer le pain et le vin au c o r p s et a u &aug de Jésus-Christ n était pas écrite , il nous apprend qu'on ne faisait pas connaître au peuple le cation; c est-à-dire, la règle de la c o n s é c r a t i o n , et (pic Ton était par c o n s é q u e n t bien éloigné de p r o noncer cette prière d'une voix qui se fit e n t e n d r e des assistans, puisqu'en l'entendant s o u v e n t r é p é ter, ils auraient pu l ' a p p r e n d r e , de m ê m e q u e s'ils lavaient eue par écrit. De ces r e m a r q u e s et de plusieurs autres q u e nous avons faites dans la première Dissertation, il est aisé d'inférer : i°. Q u e le canon n'avait pas encore été écrit au I V . siècle. a°. Q u e les a p ô t r e s , n o n plus que saint Basile, n ' o n t pas écrit les liturgies qu'on leur attribue. 3°. Q u e les prêtres ne se servaient pas d'un livre à l'autel p o u r la consécration des saints Mystères. 4°- Q t u n e p u r e imagination de supposer q u e le c a n o n était alors e n t r e les mains des fidèles.
e u e c e s

ARTICLE

XII.

Qu'au IV. el au IIP. siècle on ne voit pas qu'on empêchât les fidèles de voir ce qui se faisait sur l'autel pendant les saints Mystères ; mais on ne leur faisait pas entendre toutes les prières du canon.

IL ne faut pas chercher dans les temps de persécution cet appareil de cérémonies q u e les Pères ont réglé i lorsque l'Église a joui de la paix sous Constantin, et qu'on a bâti des temples magnifiques. Dans ces premiers temps les offices se faisaient plus simplement et avec moins de réserve à l'égard des fidèles. On avait d'autant plus lieu de se fiera eux, qu'ils faisaient paraître plus de foi el plus d'amour pour Jésus-Christ p o u r lequel ils étaient prêts

4<>8 DISS. XV. PART. I I . ART. X I I . — DU SILENCE DES à d o n n e r leur vie. Divers faits m o n t r e n t qu'au 11 . siècle les mystères étaient opérés à d é c o u v e r t , mais que les fidèles n'entendaient pas toutes les prières du sacrifice. Saint Cyprien et Origène nous exposèrent les raisons du secret et du silence. Saint Irénée parle de l'hérésiarque M a r c , magicien c é l è b r e , qui par ses prestiges représentai! la transsubslantion dans le calice; car en faisant semblant d'offrir l'Eucharistie par une longue invocat i o n , il faisait paraître le vin et l'eau du calice d'une couleur rouge et p o u r p r é e W ; pro calice enim vino mixto fingens se gratias agere C ) et in tmdtum extendens sermonem invocatiotds , purpureum et rubicandum apparere facit ; ut putelur ea gratta ab iis , quœ sunt super ornnia, suum sangui* nem stillare in illias calicem per invocalionem ejus. Saint Epiphane ajoute que ces hérétiques se servaient de vin blanc p o u r faire mieux paraître le changement qui se faisait en couleur rouge dans le calice. Ces hérétiques qui voulaient contrefaire nos saints m y s t è r e s , nous a p p r e n n e n t donc q u e l'autel était d é c o u v e r t , c o m m e il l'est à p r é s e n t , p u i s q u ' o n voyait le calice rougir et p r e n d r e la couleur du sang dans le temps de l'invocation. Ce n'était pas seulement parmi les hérétiques qu'on voyait le calice, on le voyait aussi parmi les catholiques qui y peignaient le bon Pasteur chargé de la b r e b i s , comme Tertuliien , devenu monlanist e , le dit aux catholiques : Procédant ipsie ( ) picturce calicum vestrorum ; et un peu plus bas : Pastor que m in calice depingis... Al ego hujus pastoris scripluras haurio , qui non potest frangi. Ces faits n o u s a p p r e n n e n t que les calices étaient de verre, que
e b c

(a) / r a i . lib. t.c ap 1 3 . al. 0. (b) L'auteur de la nouvelle édition de saint Tré.née, a traduit le grec un peu plus exactement en ces termes : Pocula vino mirta
fingens se conaecrare atque invocalionis tendensi efjicit ut purpurca et rubicunda (c) TertulL lib. de pudie. cap. 7 et 10.
t

verba in longius appareanL

pro-

PIUEBES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

4°9

tout le m o n d e les voyait, et q u ' o n n e tirait point alors de rideau s u r l'autel, p e n d a n t les prières de la consécration. Mais on ne voit pas q u e toutes les prières du canon fussent écrites, ni qu'elles fussent prononcées d'une voix à être e n t e n d u e s des assistans. Saint Justin n o u s fait assez clairement e n t e n d r e que le prêtre ne se servait pas de livre en célébrant l'Eucharistie : il faisait seul une longue p r i è r e ; et que le peuple ne répondait Amen, qu'à la fin de cette prière. Nous avons déjà fait cette r e m a r q u e à la prçmière Dissertation. Mais nous n e p o u v o n s pas nous dispenser de parler encore ici de ce qu'il dit dans la g r a n d e apologie qu'il présenta aux Empereurs l'an i 4 o , et q u i est par conséquent la première , q u o i q u e dans les éditions elle soit intitulée la seconde. Ce saint apologiste expose l'ordre de l'assemblée et de la liturgie; et après avoir parlé de la préparation du pain et du calice, il dit : Celui qui préside emploie beaucoup de temps à la célébration de rEucharistie , c'est-à-dire, l'action de grâces que nous rendons à Dieu pour les dons que nous avons reçus de sa bonté. Le prélut ayant achevé ses prières et ses actions de grâces , tout le peuple fidèle qui est présent s'écrie d'une commune voix A m e n , pour témoigner par ses acclamations et par ses vœux la part qui il y prend» Le saint Martyr dit encore un peu plus b a s : Celui qui p r é side fait les prières et les actions de grâces a u t a n t qu'il p e u t , c ' e s t - à - d i r e , selon toute sa capacité , «m fn&ptt Aura s ou c o m m e le traducteur l'a e x p r i m é : Quantum pro virili sua potest» Ce q u i n o u s fait voir assez clairement q u e toute la p r i è r e de la consécration n'était pas fixe et déterminée ; q u e le prêtre ne lisait pas dans un livre une certaine formule qui aurait toujours été la même sans q u ' o n eût p u ajouter ou d i m i n u e r , et q u e les assistans eussent pu a p p r e n d r e par c œ u r si elle avait été dite à haute voix.

410

DISS. * V . P à R T . XI. AUT. XII.*—DU $1L8I{C& P I S

P a r m i ces prières q u e le p r ê t r e f a i s a i t , il y en avait cependant q u e l q u e s - u n e s q u i étaient déterminées , comme n o u s l'avons m o n t r é d a n s la p r e mière Dissertation. Saint Justin fait m e n t i o n des paroles de l'institution de l'Eucharistie , q u i ne pouvaient pas ê t r e o m i s e s , non plus q u e la. prière de l'invocation p o u r d e m a n d e r le c h a n g e m e n t du pain et du vin. Mais quelle était cette prière en propres termes? C'est ce q u ' o n ne manifestait p o i n t Une malheureuse femme dont parle Firmilien» q u i était possédée d u d é m o n , et qui avait s u b o r n é un prclre j u s q u ' à le faire t o m b e r dans le c r i m e , contrefaisait les saints mystères sans o m e t t r e le secret ou le sacrement de la prière a c c o u t u m é e ; Eucharistiam facere simularet , dit Firmilien W , sacrifia cium Domino non sine sacramento soiiLce precatio* nis offerret. Cela prouve en m ê m e t e m p s qu'il y avait u n e prière fixe , et qu'elle n'était pas sans mystère o u sans u n secret q u i n'aurait pas été su de cette femme , si elle n'avait été i n s t r u i t e par ce m a l h e u r e u x p r ê t r e qu'elle.avait séduit. Les Pères parlaient toujours de cette prière avec b e a u c o u p de réserve , lors même qu'ils en indiquaient o u v e r t e m e n t le fond et l'effet. Après que nous avons, dit saint Irénée ( ) , invoqué Dieu sur le pain qui est une substance qui vient de la terre il cesse d'être un pain commun ; et il devient VEu^ charistie. 11 dit ( ) encore au livre c i n q u i è m e : Le pain et le Vin ayant été consacrés par la parole de Dieu, deviennent lEucharistie , qui est le corps et le sang de Jésus-Christ. Voilà toujours l'invocation ; mais t o u t ce q u ' o n en sait , c'est qu'il y en avait u n e q u i était venue.de la tradition s e c r è t e , selon le témoignage de saint Basile. Tertnliien (<*) à l'occasion d ' u n e s œ u r , c'est-àb f c

(a) hit. Kpht. Cypr. t 5 . (b) Lib. A. tap. 3<l. (c) L*b 5. cap. 2.
(ih fcst hotlie soror apud nos revelationum clurïsmata sortïta, q^e in Ixelcisia inter Dominica whmvia per extasia îu &i'Jritu pa-

HHÈHES DE LA ftfESSS DAKS TOUS LES SIÈCLES. ^ I f

d ' u n e femme chrétienne q u i avait des visions peudabt la m e s s e , o u l'assemblée d u d i m a n c h e , marque assez distinctement les diverses parties de la liturgie, la lecture des E c r i t u r e s , la récitation des psaumes, les discours ou les exhortations ; tuais il n'indique les prières du canon q u e par ces deux mots : Petitiones dèlegantur; et saint Cyprien se contenté de l'appeler simplement la prière. À toutes ces réserves avec lesquelles on indiquait la prière o u l'invocation, sans jamais en rapporter les t e r m e s , on ajoutait qu'il y a des prières qui doivent être faites en secret; q u e la discipline que Jésus-Christ nous a montrée eu p r i a n t , est toute céleste, et qu'elle .renferme un p t é c e p t e de prier secrètement; Ce s o n t les expressionsdeTertuliien; ( ) et quid non cœleste quod Domini ( hristi est ; ut hœc quoque orandi disciplina ? Consideremus ita* que, benedicti cœleslem ejus sophiam , in primis de preecepto secrète adorandù Saint Cyprien fait l'éloge du silence dans les prières du saint sacrifice. Il dit qu'il faut se souvenir de la p u d e u r et de la d i s c i p l i n e ; ce qui marque assez u n o r d r e établi de ne pas faire éclater nos prières par des s o n s , parce q u e Dieu écoute le cœur et non la voix ; et quando l ) in unum cum fvatribus convenimus, et sacrificia divina cum Dei sacerdote celebramus yVcrecundiœ et disciplinée memores esse debemus : non passim ventilare preces nostras inconditis vocibus, nec petitionern commenitandam modeste Deo , turnultuosa loquacitale facture. Quia Deus non vocis, sed cordis uuditqr est. Ce Père ajoute q u ' A n n e ( ) mère de Samuel , a été
a b c

air?,

titur;.... jam vero prout scriptura; Jeguntur, aut psalmi canuntur, aut ad locutiones proferuntur, aut petitiones dèlegantur, ita indè materia» visionibus subministrantur. Tertull. de anim. cap. 9. pag. 311. (a) Tertull. deorat. cap. 1. p. 149. (b) Cgpr. deorat. Dowtn.p. 100. (c) Quod Anna in pnoio. Uegnoruivs îibro, tteclesias typum portails, cuslodit et E r n . ^ ; (juso Dominum non elamosâ petilione,

4*2

DISS. X . V

PART. I I . ART. XII.

DD SILENCE DES

en cela la figure de l'Église, parce qu'elle pria sans clameur dans e l l e - m ê m e , secrètement et modestement. Sa prière était s e c r è t e , mais sa foi était à découvert. Elle priait non-seulement de la voix, mais du c œ u r , parce qu'elle savait q u e Dieu entendait cette prière secrète. C'est ce que la divine Ecriture nous a a p p r i s , qu'elle priait dans son c œ u r , quelle remuait les lèvres sans faire e n t e n d r e aucun son, et q u e Dieu l'exauça. C'est de cet endroit qu'Amalaire a tiré ce qu'il a dit touchant l'usage du silence de la secrète et du c a n o n ; et par conséquent cé silence ne permettait pas aux fidèles de pénétrer dans tons les mystères de la prière du prêtre. Mais Origène nous f.iit entendre q u e cela devait être a i n s i , parce (pic les prêtres de la nouvelle loi , aussi bien que fie l'ancienne , devaient toujours m e t t r e un voile sur les Saints et sur l'arche du Testament. Il parle ainsi en expliquant cet endroit du troisième chapitre des Nombres : Aaron ( ) et ses fils couvraient du même voile Varche du Testament ; et la défense sous peine de mort aux enfans de Caalh , de toucher l'arche qu'ils portaient voilée sur leurs épaules. « R e v e n o n s , dit Origène, à l'Eglise qui est le ta» b e r n a c l e d u Dieu vivant, et voyons comment les » prêtres doivent observer toutes ces choses. Il » faut que les p r ê t r e s , à qui les vaisseaux sacrés, » c'est-à-dire , les secrets des mystères ont été » confiés, a p p r e n n e n t par ces paroles à les garder » dans le fond de leur c œ u r , et à ne les pas di» vulguer facilement ; ou s'ils sont obligés de le » faire devant leurs inférieurs, c'est-à-dire , devant
a

sed tacite et modeste intra ipsas peotoris latebras precabatur. Loquebatur prece occulta, sed manifesta lide; loquebatur non voce, sed corde : quia sic Deum sciebat a u d i r e ; et impetravit efficariter quod peliit, quia fideliter postulavit. Déclarât hoc Scriptura divina qua; dicit: Loquebatur in corde s u o , et labia ejus movebantur, et vox ejus non uiuiiebatur, et exaudivit eam Deus. Cypr. etc oral. Domiii. par/. 100. (a) Ori'j. komiL l. in cap. 3. nmn.

PftlkllES DK LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

4'3

i les i g n o r o n s , qu'ils se gardent bien d e les expo» ser ouvertement à l e u r v u e ; car a u t r e m e n t ils i'e» ront un homicide. En effet celui qui touche aux » mystères secrets et ineffables, avant q u e d'être » élevé par ses mérites et par sa science à la dignité » du s a c e r d o c e , sera exterminé. Ce sont les seuls » fils d'Àaron , c'est-à-dire , les p r ê t r e s qui peu» vent voir à découvert l'arche du t e s t a m e n t , lu * table, le chandelier et les autres vases sacrés. Origène ajoute q u e ceux mêmes qui ont quelques degrés de spiritualité, mais qui ne s o n t pas encore parvenus k tout ce qui convient à la grâce sacerdotale, ne peuvent pas voir toutes choses à découvert ; nam M ad illa quœ mystica suni et in secretis recondita, et solis sacerdotibus patent non soIwn nullus animalis homo accedit, sed ne ipsi qui" detn qui habere aîiquid exercilii et eruditionis videntur, nondum tatnen meritis et vitâ ad gratta m sacerdotalem conscenderunt : non solàm per spéculum ea et in enigmate vident, sed et operla et révéla ta suscipiunt Cette maxime est r é p é t é e en plusieurs endroits par Origène. U nous dit qu'il y a des discours qui peuvent être à la portée de tout le m o n d e ; mais qu'il y en a qui renferment les secrets o u les m y s tères ; est i ) vero alius qui sécréta contineat et de firle Dei et rerutn scientia disserat; et q u e ces discours ne sont q u e p o u r les p r ê t r e s , p o u r les enfans d'Aaron ; iste solis sacerdotibus séquestrât us est, et filiis Aaron ccterno munere condonalus. Quelque soin qu'il faille prendre p o u r discerner ceux q u i doivent a p p r o c h e r de la sainte t a b l e , il croit qu'il faut encore plus s'appliquer à connaître ceux à qui l'on peut développer la science des saints mystères , et leur confier les paroles secrètes et mystiques qui sont réservées aux prêtres comme une n o u r r i t u r e sacerdotale : Quanto mugis hoc et
9 h

(a) Origen, hom. A, in cap. 3. Nton(b) Origen. hom. 13. in cap. 23. LeviL

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t>ÎSS, XV. PART. H. ART. Xlf.

DU SILEBTCE OT5

verbo Dei reclè meriioque dicemus. Hic sermo non est omnium, nec cujuscunque, sed sanctorum est* Non quilibet verbi hujus potest audire tnysterium ; vobis enim datum est, inquit, nosse mysterium regni Dei, illis autem , id est qui non meren» tur, qui non sunt taies ut mereantur, nec capaces esse possunt ad intelligentiam secretorum, illis non potest dari ille sacerdotalis punis qui est secretus et rnysticus sermo , sed in para ùo lis qui commuais est vulgi. On a d o n c toujours fait e n t e n d r e qu'il convenait aux prêtres de ne p o i n t faire connaître les saints Mystères au peuple fidèle qu'avec quelque réserve. Et par conséquent tout ce q u e nous trouvons dans les anciens a u t e u r s ecclésiatiques, est conforme a ce q u e nous avons vu plus distinctement dans les siècles p o s t é r i e u r s , et n o u s y remorq u o n s les principes et les motifs d u secret et du silence des prières du sacrifice. Si nous voulons r e m o n t e r j u s q u ' à l'institution de l'Eucharistie, n o u s verrons q u ' o n n'a pas mis en écrit t o u t ce q u e dit Jésus-Christ p o u r changer le pain et le vin en son corps et en son sang. On lit dans l'Evangile, dans saint Paul et dans les lit u r g i e s , q u e Jésus-Christ prenant le pain et le calice , rendit grâces et bénit avant q u e de d i r e , Ceci est mon corps, etc. Il est évident q u e Jésus-Christ rendant grâces à Dieu son p è r e , invoqua la Toutepuissance p o u r faire le grand miracle du changem e n t du pain et d u vin en son corps et en son sang, à peu près c o m m e il l'invoqua lorsqu'il voulut ressusciter Lazare. A l'égard de ce miracle de la rés u r r e c t i o n , l'Évangile nous a appris u n e partie de l'action de grâces et de l'invocation en ces termes: Jésus ( ) levant les yeux en haut , dit : Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exauce. Pour moi, je sais bien que vous m'exaucez tOUa

ia) Joaiu x i . 4L

PRIÈRES DE LA MESSE DAÎÏS TOUS LES SIÈCLES.

l\ I 5

jours ; mais je dis ceci pour ce peuple qui m'environne afin qu'il croie que c'est vous qui m'avez envoyé. Ayant dit ces mots , il cria à haute voix : Lazare sortez dehors. Mais p o u r la consécration de l'Eucharistie les Evangélistes n ' o n t p o i n t rapporté les termes de l'invocation et de la bénédiction. Ce>endaut Jésus-Christ o r d o n n a à ses A p ô t r e s , et en eur personne à tous les p r ê t r e s , d e faire ce qu'il avait fait : Hoc/acite. II a donc fallu qu'ils aient rendu grâces et invoqué la Toute-puissance. Mais comme les Evangélistes n'en o n t pas mis les paroles par é c r i t , les Pères de m ê m e , d u r a n t les q u a tre premiers s i è c l e s , ont tenu les paroles de l'invocation dans le secret et dans le s i l e n c e , n e confiant ces prières q u ' à leurs successeurs dans le sacerdoce.
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ARTICLE

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Conclusion de la Tradition perpétuelle du secret et du silence. L'Eglise a toujours voulu accoutumer ses enfans à contempler les mystères en réprimant la curiosité. voici à là fin de la tradition q u e n o u s avons entrepris de développer. Nous sommes parvenus à l'origine de tout ce q u e les écrits des Pères peuvent nous a p p r e n d r e sur ce sujet. Les Chrétiens avaient appris de saint Paul ce qu'il fallait faire touchant l'Eucharistie, puisqu'il écrivait aux Corinthiens , qu'il réglerait toutes choses ; ccetera cum venero disponam ; et les Pères s'en sont tenus aux règles du Docteur des nations. Il n o u s o n t marqué les principes d u secret et du s i l e n c e , et il ne faut pas croire q u e les persécutions seules aient été •cause de cette g r a n d e réserve. La p r a t i q u e du s e cret e t d u silence n e s'est m o n t r é e qu'avec plus d'éclat, lorsqu'on n'a rien eu à craindre d u coté
Nous

4l6

DISS. XV. PART. I I . ART. X I I I . — D U SILENCE DES

des t y r a n s , et q u ' o n n'a plus été obligé de dire fa messe dans des prisons et dans des caves , où I ou supprimait tout ce qui n était pas essentiel. Dès que l'Eglise a joui de la p a i x , et q u e sous la protection des princes elle a pu en liberté célébrer les divins offices avec toute la décence qui lui paraissait convenir aux saints m y s t è r e s , elle a voulu marquer aux fidèles m ê m e s , par le secret et par le silence, la g r a n d e u r et l'ineffabilité des mystères. ( ) Elle n'a pas permis à ces fidèles d approcher d e l'autel ni de le voir en tout temps. Elle a tiré des rideaux sur le sanctuaire ; elle l'a même e n t o u r é d e balustrcs et de cloisons. Elle en a fait fermer les portes saintes pendant les prières de la consécration ; et elle n e leur a laissé ni lire ni entendre ces prières. Nous avons vu q u e l'ancienne discipline de l'Église touchant le secret et le silence du canon h l'égard des fidèles, était la m ê m e q u e celle que le Concile de T r e n t e a autorisée , et q u e la discipline présente n'a c o m m e n c é ni au X*. siècle, ni au VIII . c o m m e on le supposait ; mais qu'elle vient des premiers siècles. C'était tout le b u t d e cette Dissertation. Comme l'ordre et la méthode p o r t e n t toujours q u e l q u e lumière dans les sujets q u ' o n examine , nous avons suivi la méthode des géomètres qui n'est pas inutile dans la science même des faits. C'est-àdire , q u e nous avons commencé par tout ce qui pouvait être vu plus clairement , p o u r pénétrer jusqu'au temps qui pouvait passer p o u r obscur. L'usage des derniers siècles depuis le X . a été mis d'abord aisément dans le plus grand j o u r , sans qu'on puisse s'y méprendre. Le temps m o y e n , c'està-dire , le VIII . I X . et X . siècle embarrassaient quelques p e r s o n n e s , et pendant cet intervalle de temps on a trouvé un si grand n o m b r e d'auteurs qui o n t parlé clairement de la liturgie , q u ' o n n a
a e e e e e

(a) Conc. Laod. Gan. 19.

PRIERES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES. 4

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pu m a n q u e r d ' a p p r e n d r e d'eux qu'il n e s'est fait alors a u c u n changement. Enfin en r e m o n t a n t plus h a u t , j u s q u ' a u temps o ù les liturgies ont été écrit e s , on a trouvé l'origine d'un c h a n g e m e n t » mais tout a u t r e q u e celui q u ' o n s u p p o s a i t ; car au lieu que des savans de nos j o u r s et plusieurs auteurs depuis le X I I I . siècle, supposaient q u ' o n avait introduit la récitation en silence c o m m e un usage nouveau , nous avons vu au contraire q u ' u n empereur avait voulu i n t r o d u i r e l'usage de dire toute la liturgie à h a u t e voix , et que vers la fin de l'empire de J u s t i n i e n , ce fut u n e nouveauté de dire une partie d u canon à voix h a u t e daus l'église d'Orient. Les recherches q u e nous avons faites s u r l'orig i n e , le temps et les auteurs des liturgies qui sont en usage dans toutes les églises, o n t dissipé toutes les obscurités q u ' o n croyait trouver dans ces siècles si reculés. N o u s avons eu lieu de voir q u e nonobstant la constitution de Justinien , il n e s'est fait aucun changement dans l'église l a t i n e ; q u e généralement dans toutes les églises on n'a point mis le canon par écrit d u r a n t les q u a t r e premiers siècles; et que q u a n d on n'a point fait de difficulté de l'écrire et de l ' e x p l i q u e r , il est d e m e u r é entre lès mains des p r ê t r e s et des é v é q u e s , sans passer e n t r e les mains des laïques. Il paraît q u e l'Église a voulu accoutumer les fidèles à croire sans v o i r , à adorer, dans l'obscurité m ê m e , la g r a n d e u r et l'ineffahilité des Mystères : en u n m o t , elle a voulu leur a p p r e n d r e à n'être pas c u r i e u x , mais fidèles. En cachant q u e l q u e chose des m y s t è r e s , et t i r a n t , p o u r ainsi d i r e , un voile s u r u n e partie des prières qui nous en exposent la p r o f o n d e u r , elle n e fait en cela q u e suivre la conduite de Dieu même q u i , nous révélant ce q u e contient la divine Eucharistie , la laisse néanmoins à l e g a r d de tous nos sens dans le secret et dans le silence. Le Verbe y e s t , mais en silence, Verbum sifens. L'Humanité sainte s y trouve el s'y commite

4-

»7

4 I 8 D/SS. XV. PART. H. ART. XUL

DU SILENCE DES

nique comme n o i r e vraie n o u r r i t u r e , c o m m e véritablement viande et véritablement b r e u v a g e ; mais toujours sous le voile et les apparences du pain et d u vin. Ainsi q u a n d tous les fidèles parviendraient à voir et à e n t e n d r e tout ce que les p r ê t r e s de Jésus-Christ font et disent pour opérer les saints myst è r e s , ils ne perceront point le voile q u e Dieu y a tiré sur son h u m a n i t é ; ils rie feront point cesser le silence de Jésus-Christ, et n ' e n t e n d r o n t point les prières que ce divin Sauveur fait p o u r n o u s à Tautel pendant l'adorable sacrifice. Il faudra donc touj o u r s dire aux fidèles ce que saint E p h r e m leur disait au milieu du IV*. siècle , qu'il faut voir par l'œil de la foi 00, sans vouloir approfondir, par une vaine curiosité, les mystères d'une foi qui est toute sainte et toute divine. Ne savez-vous pas, leur ditil, que si vous entrez avec curiosité dans cette recherche , vous ne porterez plus le nom de fidèles, mais de curieux? Contentez-vous de participer avec une foi pleine et entière au corps et au sang sans tache de votre maître , sans douter que vous ne mangiez le divin agneau qui a racheté les péchés du monde. Le vrai fidèle ne doit pas trouver mauvais que dans l'opération des plus saints mystères on dérobe quelque chose à ses yeux ou à ses oreilles, )arce qu'on lui laisse encore p a r l a plus de lieu de es contempler par la fui. Et si saint Louis , roi de France aima mieux se contenter de voir par la seule foi Jésus-Christ présent au sacrement de l'aut e l , que d'ouvrir les yeux corporels p o u r voir de la chair qui parut un j o u r uu lieu de p a i n , quoiq u e ce miracle que Dieu opérait pût être vu avec religion par tous les assistans; à plus forte raison les fidèles doivent-ils souffrir avec d o u c e u r el avec piété que Dieu leur cache quelque chose des prières mystiques par le ministère de l'Église. Ils doi(a) S* Ephrem. de natura Dei curiosè non scruianda.

4*9 venl alors r e d o u b l e r l e u r foi , reconnaître qu'il y a beaucoup de choses en Dieu qtti sont ineffables, et qui doivent être adorées dans le secret et dans le silence. Ils doivent se servir de cette variété, de ce qui se dit à h a u t e voix et en s i l e n c e , comme d'un moyen de faire succéder très-souvent la contemplation à la prière vocale, ce qui a été toujours la vue de l'Église. Enfin ils doivent ne vouloir pas être plus sages q u e cette sainte m è r e , et ils doivent aimer u n usage si a n c i e n , si c o n n u et si u n i forme. Il est à souhaiter q u e tous les prêtres s'y c o n f o r m e n t , et q u ' o n n'ait jamais lieu d é d i r e à quelques-uns , q u e s'ils introduisent ou autorisent un autre u s a g e , ce n'est point parce qu'ils connaissent les pensées de l'Église, mais parce qu'ils aiment les leurs ; à peu près comme disait saint Augustin d e q u e l q u e s personnes q u i , a b o n d a n t trop dans leurs sens , voulaient faire dire à Moïse ce qu'il ne disait pas ; nec noverunt ( ) Moysi sententiam, sed amant suam ; non quia vera est, sea quia sua est. Il faut enfin inférer de toute cette t r a d i t i o n , q u ' o n ne devrait mettre le canon e n t r e les mains des fidèles q u ' e n l e u r en inspirant u n grand resp e c t ; qu'il n e convient pas de le l e u r d o n n e r sans des explications qui leur fassent apercevoir les sens sublimes q u i y sont renfermés; et qu'il convient encore moins de mettre le canon dans divers petits livres q u i n'ont aucun r a p p o r t a la messe, et q u ' o n voit traîner de tous côtés avec indécence,
MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.
a

P i H S DF. LA nK F

(a) S, Aug. Confess. lib. 12. cap. 25.

f\10

DÏSS. XV. PART. I I I .

DU SILENCE DES PRIÈRES

TROISIEME

PARTIE.

Examen des motifs sur lesquels on a cru que V ancienne Eglise à fait dire le Canon de la Messe à voix haute jusqu'au X. siècle.
e

O N croît avoir plusieurs preuves q u e , d u r a n t les dix premiers siècles, le canon se disait p a r t o u t à voix haute. La première de ces preuves est q u e , selon les anciens Pères , les fidèles répondaient Amen aux paroles de la consécration. La seconde est tirée des anciennes liturgies des A p ô t r e s , de saint Basile, et de saint Chrysostôme, où l'on trouve les Amen à la consécration , et du témoignage de Flore au IX. . siècle. La troisième est tirée de l'ancien rit gallican et du rit mozarabe. La quatrième est qu'il faut j u g e r des Amen de la c o n s é c r a t i o n , comme de celui de la c o m m u n i o n qu'on a rétabli à Paris. Enfin la cinquième preuve ou le cinquième motif, est que l'église latine a toujours conservé j u s q u ' à présent des Amen dans le canon. Ce qui p r o u v e é v i d e m m e n t , dit-on , q u e les fidèles ont droit de répondre Amen , et qu'il faut par conséq u e n t prononcer tout le canon à voix h a u t e , afin qu'ils répondent Amen. Je ne sais comment on pourrait ne pas se rendre à tous ces motifs, s'ils étaient fondés s u r la vérité. Mais la discussion que nous avons faite des dix premiers siècles, nous a disposé à nous en défier. Achevons de discuter tous ces motifs par ordre.
0

DE LA MESSE DANS TOUS LES S1KCLES.

ARTICLE

PREMIER.

Premier motif; que, selon les anciens Pères * les Fidèles ont répondu Amen aux paroles de la Consécration jusqu'au X . siècle.
e

Réponse ; que ce fait n'a été avancé que par des méprises.

. L E cardinal Bona a dit q u e , d u r a n t les dix p r e miers siècles, les fidèles entendaient les paroles de la consécration et répondaient Amen\ il l'a prouvé par l'autorité de saint Denys d'Alexandrie, de Tertuliien , de saint A m b r o i s e , à quoi il j o i n t les t é moignages d'Alcuin et de F l o r e ; « l'église ( ) d'Oc» rident , dit-il , gardait autrefois la même cou» tume : tous les fidèles entendaient les très-sain» tes et les très-efficaces paroles qui font le corps » de Jésus-Christ. De là vient que T e r t u l i i e n , au » livre des spectacles , s'élève c o n t r e ceux q u i ne » craignaient point d'applaudir avec la m ê m e bou» che qui a p r o n o n c é Amen sur le Saint. Et saint » Ambroise dit au livre des initiés : Ce qui a un » autre nom avant la consécration , on l'appelle » sang après la consécration : et tu dis Amen , cest» à-dire, cela est vrai. Alcuin assure la m ê m e chose,
a

(a) Eumdem morem servabat olim ecclesia occidentalis; omnes enim âudiebant sanctissima et efiicacissima verba quibus Christi corpus coalicittir. HincTertullianus, lib. despectac. cap. 25. în eos invehitur qui ex ore , quo Amen in sanctum protulerant, gîadîntori testîmonium reddere non verebantur. Et Ambrosius, 7i6. de ils gui initiantur ait : Ante oonsecrationem aliud dicitur, post ermsecrnîionem sanguis nuncupatur : et tu dieis Amen, boc est, vennn est. Alcuinus idem asserit, et ex eoFlorus magister in exposition? inîssœ; Amen a u t e m , etc. Postea statutum est ut canon submissâ voce reeitaretur, et sic desiit ea consuetudo seculo decimo, ut conjicio ; quia post Florum qui nono labente vixit, ejus mentionem non reperi apud asvi posterions scriptores. Bona, rer. liturg. L. 2. cap. 13. nunu 1.

4*2

DISS. XV. PART. Ml.. ART. I . — D U SILENCE DES

et Flore après l u i , dans l'exposition de la messe: Amen autem etc. Ensuite il a été o r d o n n é qu'on réciterait le canon à voix b a s s e , et ainsi celte coutume a cessé, comme je c r o i s , au X . siècle , parce qu'après Flore qui vivait vers la fin du IX ., je n'ai trouvé aucun écrivain qui en ait faitmentiou. » Ces autorités ont été souvent transcrites ; et l'aut e u r des additions au nouveau missel de Meaux n'a pas manqué de les exposer avec é t e n d u e , et de les faire valoir dans sa lettre sur les Amen. Voici comme il expose ces autorités.
e e

» » » » » » »

Preuves par les saints Pères que les fidèles répondaient Amen ( ) après les paroles sacramentelles de même qu'en recevant la sainte Communion pour donner un témoignage public de leur foi > et en faire une haute profession.
a y s

A T RT S D S P R S GRECS. UO IÉ E È E
o » n » » » » » » » » » v » » « Eusèbe ( £ . 7. Hist. cap. 9.) l'apporte q u e saint Denys d'Alexandrie écrivait au Pape Sixte sa lettre c i n q u i è m e , où il dit q u ' u n fidèle baptisé p a r l e s Hérétiques lui demandait le b a p t ê m e de l'Église, à cause des saintes cérémonies qu'il y voyait faire, et qui n'avaient point été faites s u r lui. Et saint Denys ajoute : » Quod equidem facere non swn ausus sed diaturtuun illi communionem ad id sufficere dixL Nam qui gratiarum actionem fréquenter audierit, et qui cum cœteris responderit Amen : qui ad sacrum mensam adsti/erit.... et corporis ac sanguinis Domini nostri Jesu Christiparticeps fuerit, diutissimè eutn ego ab integro renovare no/2 ausûn. » Ea profession de foi de ce fidèle disant Amen après la consécration, est relevée par saint Den y s , de la même manière que son assistance et sa participation aux saints mystères.
9

(a) Leftres sur les A m o n , p» 20.

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.
»

» » » à

» Voyez la même chose en d'autres endroits d'Eu5 è b e , de même dans la cinquième catéchèse de saint Cyrille de Jérusalem , et dans la seconde apologie de saint Justin : et ailleurs communément chez les Grecs, même dès les derniers temps.» L'auteur de l'apologie de M. de Vert rapporte peu près les mêmes argumens.
RÉPONSE.

On convient que le fidèle dont parle saint Denys, avait assisté plusieurs fois au saint sacrifice, qu'il avait répondu Amen aux actions de grâces; mais il ne s'ensuit pas de là qu'il eût dit Amen immédiatement aux paroles de la consécration. On faisait celle réponse après que ces prières étaient finies. On en a toujours usé ainsi dans toutes les églises jusqu'au milieu du VI . siècle, comme nous le faisons encore aujourd'hui dans l'église latine. Baronius ( ) et les Centuriateurs ( ) ont rapporté les autorités de saint Justin et d'Eusèhe, et ils ont reconnu en même temps que les fidèles ne répondaient Amen qu'à la un des actions de grâces. Voyez,, dit-on, la même chose en d autres endroits d'Eusèbe. L'endroit considérable dont on ne marque pas le l i e u , se trouve au livre VI. chap. 35 ( ), et il n'y est parlé que de Y Amen delà communion. Le Pape Corneille écrit à Fabius d'Antiochc, que Novatieu donnant la communion , après avoir distribué à chacun une partie du sacrement, au lieu de faire répondre Amen , faisait dire ; Je ne retournerai plus à Corneille. Baronius ( ) n'a pas omis ce fait qui ne regarde évidemment que la communion. De m ê m e , poursuit-on, dans la cinquième catéchèse de saint Cyrille de Jérusalem, et dans la
e a h c d

(a) Bar.

ann. 57* (!>) Centur. 2. cap. Vf. p . 85 ; et Cent. 3. c. $. VI. p. 93. (c) Cap. 35. ap. Vates. 43. (d) An. 57. num. 147.

4?4

DISS. XV. PART. I I I . ART. I.

DU SILEWCE DES

seconde apologie d e saint Justin ; celte cinquième catéchèse a été rapportée tout entière dans la première Dissertation, art. 6 , et il n'y est parlé que de la communion. On peut voir aussi dans ce q u e nous avons rapporté de l'apologie de saint Justin , que les fidèles ne répondaient Amen q u ' a p r è s q u e le prêtre avait fini les paroles de la consécration. Saint Justin dit la m ê m e chose dans le dialogue avec Triphon , q u e les Centuriateurs W expliquent de m ê m e , parce q u e , en effet, il ne peut être entendu autrement. L'usage de ne point r é p o n d r e Amen qu'à la fin des prières de l'invocation ou du c a n o n , est clairement m a r q u é au VIII . livre des Constitutions apostoliques, où se trouve le plus ancien canon de la messe qui ait été mis par écrit dans l'église grecque. Le peuple est ( ) en silence nonseulement d u r a n t les paroles de la consécration, mais d u r a n t la longue prière d o n t elles sont suivies , et ne répond Amen q u e lorsque le prêtre dit : Honneur, gloire , adoration au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, maintenant et dans tous les siècles des siècles. Enfin , ajoute-t-on , et ailleurs communément chez les Grecs, mêmes des derniers temps. Il fallait dire que c'est un usage des derniers temps , mais qui ne s'est introduit parmi les Grecs q u e vers la fin du V I . siècle, comme nous l'avons m o n t r é au l o n g , et que depuis qu'ils ont suivi cet usage ils n ' o n t pas laissé de dire une partie du canon en silence. Venons aux preuves qu'on croit tirer dos Pères Latins.
e (> e

AUTORITÉS

DES PÈRES

LATINS.

Saint Ambroise, pour Y Amen après la consécration ( ) ( L. de AJyst. cap. g. n. 5/J. edit. nov. tom. i. col.
c

(a) Cent. 2. /?. 85. (U) Const. Apost. L* 8. art. Vllt.

cap.
3

13.

t'oyez

D>ssert.

\.

tom*

2.

(<;) Lettres

sur tes A m e n pag.

21.

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

4^5

3^o.)Ipse clamât Dominus Jésus Christus : Hoc est corpus meum. A nie benedictionem verborum cœlestium alia species nominatur , post consécration nem sanguis significatur. Ipse dicit sanguinem suum. Ante consecrationem uliud dicitur ; post consecrationem sanguis nuncupatur ; et tu dicis Amen , hoc est verum est.
9

RÉPONSE.

Saint Ambroise dit que ce qui était autre chose avant la consécration , est appelé sang après in c o n s é c r a t i o n ; et q u e l'on dit Amen c'est-à-dire, il est vrai. Mais saint Ambroise ne dit pas qu'immédiatement après avoir p r o n o n c é les paroles de la consécration le peuple répondit Amen, ni u'il ne soit vrai de dire que c'est du s a n g , que ans le moment qui suit les paroles de la consécration. Pour vérifier l'expression de saint Ambroise , il faut q u e dans tout le temps qui précède la consécration, ce soit du pain et du vin , et que dans tout le temps q u i suit la consécration jusqu'à la consomption du s a c r e m e n t , ce soit le corps et le sang de Jésus-Christ , et q u e les fidèles aient raison de l'appeler ainsi dans tout ce t e m p s , comme ils l'appellent en effet quand on distribue les dons sacrés ; puisque selon le rit ambrosien on disait alors Amen c'est-à-dire, il est vrai. L'auteur du traité des sacremens a t t r i b u é à saint A m b r o i s e , a transcrit au livre [\, chapitre 4 ? tout ce qui regarde la consécration : et l'on n'y trouve point q u e le peuple r é p o n d e Amen. On ne le trouve seulement qu'au chapitre 5 , en parlant de la comm u n i o n , où il dit : Dicit tibi sacerdos : Corpus Christi , Amen, hoc est, verum. L'auteur de la nouvelle édition qu'on cite,avait trop lu ces endroits de saint Ambroise en le faisant i m p r i m e r , p o u r ne pas reconnaître que ces Amen convenaient plutôt à la c o m m u n i o n qu'à la consécration. Mais p o u r n e pas rejeter tout à fait
y y

/f*6

DIRS. XV. PART. H!. ART. ï.—DU SILEHCE DES

la pensée du cardinal Bona, il ajoute q u e l'endroit de Flore q u e ce savant cardinal a cité , est plus clair M ; apertior autem est Flori locus. Nous verrons bientôt que F l o r e , loin d'être conforme à la pensée du cardinal Bona , y est é v i d e m m e n t opposé. C'est q u e l'auteur de la note parle de Flore sans l'avoir entre les m a i n s , et sans l'avoir lu dans la source ; et qu'il n'a pu se t r o m p e r de même sur le s e n s de saint A m b r o i s e , dont il a été obligé de lire plusieurs lois les parolesen le faisant imprimer. P a m é l i u s , q u i a exposé l'ancien rit ambrosien dans s o n recueil des liturgies , n'a mis cet Amen qu'à la fin du canon el à la c o m m u n i o n : Corpus Christi. ri. Amen. Et n o u s avons r e m a r q u é dans la troisièmeDissertalion sur la liturgie ambrosienne( ), q u e dans les anciens missels ambrosiens manuscrits et imprimés j u s q u ' e n 15Go inclusivement, il n'y avait point d'autre Amen dans tout le canon. On peut voir dans la bibliothèque de sainte Geneviève deux des plus anciens missels ambrosiens imprimés en 1 / 1 8 2 , et 1 4 9 9 . Il y en a un de i 5 4 8 , à la bibliot h è q u e du Roi, u n autre de i5(5o, à la bibliothèque de saint Germain-des-Près, et ailleurs. Q u ' o n prenne la peine d'ouvrir ces missels p o u r se convaincre qu'il n y a dans le canon d'autre Amen q u e celui de la fin.
b

Les Pères contemporains de saint Ambroise placent aussi VAmen à la communion ; qua conscientid, dit saint J é r ô m e ( ), aci Eucharistiam Christi accedam , et respondebo Amen , citm de caritate dubitem porrigentis? Saint Augustin parlant aux nouveaux baptisés devant l'autel où ils allaient c o m m u n i e r , leur fait faire attention à VAmen qu'ils allaient r é p o n d r e ; audis enim corpus Christi , et respondes , Amen. C'est ce qui se pratiquait de
c

(a) Quorum tamen testimoniorum statim à consecratione Amen succineretur, an tantum post reeitatas alias orationes , non liquida exponunt. Apertior autem est Flori locus que.*n idem citât. In S.
Amhrns. pag. 3-10. (b) Tom. 2. pag. 17î). (c) llieron. Kpist. G2.

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.
e

4^7

même alors aux églises d'Orient, comme on le voit au VIII . livre des Constitutions apostoliques, chap. XIII . ; dans saint Cyrille de Jérusalem : Le corps de Christ, Amen ; et en plusieurs autres e n d r o i t s , car Y Amen de la c o m m u n i o n se voit de tous côtés dans les p r e m i e r s temps. Mais on ne voit nulle part qu'on l'ait dit aux paroles de la consécration avant le milieu d u V I . siècle.
e e

Suite des autorités qu'on oppose. L ' a u t e u r de la lettre s u r les Amen du nouveau missel de M e a u x , continue ainsi : « Tertullien W , » saint J é r ô m e , saint A u g u s t i n , saint L é o n , et au» très , parlent de m ê m e de la pratique constante » des fidèles de dire Amen à la consécration et dans » la c o m m u n i o n : et les auteurs des traités sur la » messe et sur les offices divins et ecclésiastiques » conviennent tous u n a n i m e m e n t , p a r des témoi» gnages exprès , q u e cette p r a t i q u e a d u r é j u s » q u ' a u X*. siècle et au delà. »
RÉPONSE.

Sans avoir ajouté inutilement et autres, ce serait bien assez d'avoir q u a t r e auteurs aussi considérables que le sont Tertullien , saint J é r ô m e , Saint Augustin et saint Léon , si l'on trouvait dans leurs écrits la c o u t u m e de dire Amen à la consécration. Mais, i ° . Tertullien reproche seulement aux Chrétiens d'oser applaudir aux Gladiateurs avec la même bouche qui a p r o n o n c é Amen sur le Saint ( ) : Ex quo ore Amen in Sanctum protu/eris. Si Ton savait p a r q u e l q u ' a u t r e témoignage qu'on prononçât Amen dans le moment de la c o n s é c r a t i o n , comme on le prononçait certainement au m o m e n t de la communion , o n pourrait supposer que Tertullien rapporte cet Amen au temps de la consécration, comme à celui de la c o m m u n i o n . Mais nous savons certaib

(a) Pag. 22.

(b) Tertull. L. de Spectac. mon. 25.

4*3

DISS. XV. PART. III. ART. 1.

DU SILENCE DES

n e m e n t qu'on disait Amen en recevant la commun i o n , et n u l témoignage clair ne n o u s apprend q u ' o n Tait dit au m o m e n t de la consécration. Donc lorsque Tertuliien parle de YAmen q u e les fidèles prononçaient sur le S a i n t , il est naturel d'entendre Y Amen prononcé s u r le corps de Jésus-Christ qu'on recevait à la main. a°. Il est évident q u e saint Jérôme ne parle q u e de Y Amen de la communion , puisqu'il dit : Comment rêpondraisje Amen M en doutant de la charité de celui qui me donne l'Eucharistie ? 3°. Saint Léon ne parle pas moins clairement de YAmen de la c o m m u n i o n , puisqu'il dit l ) qu'on reçoit par la bouche ce qu'on croit par la foi ; et qu'en vain on r é p o n d Amen, si l'on dispute contre ce qu'on reçoit. 4°- A l'égard de saint Augustin , il dit en trois ou q u a t r e endroits qu'on iY\t Amen à la c o m m u n i o n ; mais je n'ai vu nulle part qu'il ait parlé d'un Amen à la consécration : et q u o i q u e dans un aussi grand n o m b r e d'écrits q u e nous avons de saint Augustin il soit difficile d'avoir présent tout ce qui s'y renc o n t r e , je crois néanmoins pouvoir assurer qu'on n'y trouve point d'Amen à la consécration. Je sais qu'après q u e le Père Mabillon a déclaré 1 ) quil n'avait jamais trouvé un Amen après les paroles de la consécration dans tous les manuscrits de tordre romain , non plus que duns les sacramentaires de saint Grégoire, il lui est échappé d'ajouter : quoique saint Augustin en ait fait mention dans sa lettre à Janvier. Ce qui fait voir q u e le Père Mabillon a supposé q u ' o n voyait cet usage dans cette
b e

(a) Supr. p. 3. (b) Hoc enim ore sumitur quod fide creditur , et frustra ab illis Amen respondetur à quïbus contra id quod accipitur disputatur, S* Leo,Serm. 89. Lib. G. dejejim. aeptimi mensis. (v) In quibusdam ecclesiis Amen post verba conseerationis à populo dicebatur, sed nihil line de re nec in lihellis no?trîs , nec in sacramentario Gregoriano , tametsi ejus rei meminit Augustiiiusiu Kpîstofaad Januarium. Comment, in Ord. ram. p. x n x .

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

4*9

lettre qu'il cite. Ce savant h o m m e , q u i . e s t fort exact dans ce qu'il cite positivement, s'en est peutêtre r a p p o r t é p o u r cette citation à ce q u ' o n en disait. Q u o i qu'il en s o i t , c'est u n e méprise. Il y a deux livres ou deux lettres de saint Augustin à Janvier, qui s o n t la 54 et la 5 5 . dans la nouvelle édition ; et dans l'une et dans l ' a u t r e , il n'y est point certainement fait mention de YAmen. Si le Père Mabillon, au lieu de la lettre à J a n v i e r , avait voulu m a r q u e r la lettre à Vital ( ), nous y trouverions véritablement Y Amen q u e les fidèles répondaient aux prières du p r ê t r e ; mais nous y verrions aussi que saint Augustin ne parle ( ) en cet e n d r o i t q u e de Y Amen r é p o n d u aux prières q u e le p r ê t r e faisait à voix h a u t e , claravoce, p o u r d e m a n d e r la conversion des nations. Ainsi ce serait toujours u n e méprise. L'auteur de la lettre s u r les Amen aurait p o u r t a n t sans d o u t e bien fait valoir cette autorité d u Père Mabillon , s'il avait pu alléguer u n garant aussi respectable. Mais son grand a u t e u r est M. de V e r t , auquel il renvoie. Et véritablement. M. de V e r t , après avoir cité des autorités q u i n e p r o u vent q u e p o u r la c o m m u n i o n , en j o i n t une q u i serait bien expresse p o u r la consécration si elle était réelle : Voici I ) encore, dit-il, le témoignage de saint Augustin ; Pendant la célébration de la messe les fidèles disaient très-souvent Amen , surtout quand le prêtre consacrait le pain et le vin , ils répondaient Amen.
e a b e

M. de Vert ne cite ni lettre , ni t r a i t é , ni livre , ni t o m e ; et je ne devine point sur quel témoignage il fait dire à saint Augustin qu'on r é p o n d a i t Amen q u a n d le p r ê t r e consacrait le pain et le vin. Je ne trouve point celte expression dans saint Augustin;
(*)Epist. 217. (b) Nunquid si audieris sacerdotem Dei ad ejus altare populuin liortnntem ad Deum orandum , vel ipsum clard voce orantem , ut incredulas gantes ad (idem suam venire compellat, non respondi-t's tmeii! Ep. 217. cap. t't. num. 2fi. U', t)e t'ert, cêrém. tom. \. p. 359. 2. édit.

4ÎO

DISS. XV. PART. I I I . ART. IK

DU SILENCE DBft

et j ' a i si souvent vu de fausses citations dans l e s a u t e u r s , s u r t o u t dans les écrits des scolastiques et des r u b r i q u a i r e s , q u e je ne suis pas surpris de celle-ci. Mais laissons les autorités imaginaires pour venir à celles qui paraissent réelles et q u ' o n croit décisives.

ARTICLE

II.

Témoignages tirés des anciennes Liturgies Grecques , et de Flore de Lyon. Rvponsc : Que les liturgies ne sont pas de ceux dont elles portent le nom* cl que Flore dit le contraire de ce qu'on suppose.

L'AUTEUR de la lettre sur les Amen p r o u v e encore l'antiquité des Amen à la consécration par les plus anciennes liturgies de saint Jacques et de saint Marc : Ce qui fait voir, dit-il , que cet Amen est d'institution apostolique : joignez la liturgie de saint Basile et de saint Ckrysoslôme , et la pratique de toute l église orientale : A-t-on si grand tort de par* 1er et d'agir comme les saints Pères Grecs et Latins ?
REPONSE.

Nous avons détruit par avance toules ces prétendues a u t o r i t é s , en m o n t r a n t dans la première Dissertation et dans la seconde partie de celle-ci, q u e ces liturgies n'ont point été mises par écrit avant le V . siècle , et qu'on n'y a ajouté des Amen aux paroles de la consécration qu'après u n e constitution de l'empereur Justinien. Nous avons vu de m ê m e que les églises latines qui ont suivi le rit romain , ont toujours suivi l'ancien usage , sans ajouter des Amen à la consécration. Ce serait donc vouloir au XVIII . siècle changer un usage qui n'a
e e

PRIERES

0E L MESSE D H TOUS I.ES SÈ L S 4^1 A AS I C E.

jamais été i n t e r r o m p u , et i n t r o d u i r e p a r conséquent u n e nouveauté. II faut avouer q u e l'autorité de ces liturgies a élé cause q u e plusieurs savans o n t cru trouver des Amen à la consécration dans les Pères des cinq premiers siècles. Comme les Amen se trouvent dans ces liturgies, et q u ' o n les croyait venir des docteurs dont elles p o r t e n t le n o m ; la moindre l u e u r faisait rapporter à la consécration les Amen q u e les Pères des cinq premiers siècles ne rapportaient qu'à la communion. C'est aussi u n e des principales raisons pour lesquelles, après avoir traité avec soin de l'origine de ces anciennes liturgies, nous avons marqué le tepnps auquel on y a ajouté des Amen. Passons à l'autorité de More d o n t on a dit : Apertior est Flori locus; parce qu'on la croit plus claire et plus décisive q u e tout ce q u ' o n a tiré des anciens Pères. Témoignage de Flore qu'on croit décisif * auquel on joint ceux de Paschasc et de Ratramne. L'autorité de Flore est en effet celle s u r laquelle le cardinal Bona s'appuie principalement, et qu'on fait valoir tous les j o u r s : voici les paroles qu'on cite : Amen autem quodab otnni ecclesia respondetur interpretatur verum, non ubicunque et quomodocunque, sed mystica religione. Hoc ergo adtanti mysterii consecralionem, sicut est in omni légitima oratione, respondent fidèles, et respondendo subscribunt. M. de Vert j o i n t à ce témoignage, qu'il croit décisif, celui de Paschase et de R a t r a m n e , auteurs du même temps , et il s'exprime ainsi l ) : « Les fidèles « du I X . siècle répondaient donc encore Amen à » la consécration et à toutes les oraisons du canon » pour y souscrire par cette réponse ; et par con» séquent le canon se récitait encore à voix intel» ligible. Pasch;ise Ratbert , abbé d c C o r b i e , conb e

fa» liona, rer. iihtrg. I. 2 . cap. 1 3 . (î) Ci-rem. de Clùjt. tam. 1. pag. 3 0 * .

43l

DISS, XV. PART. m. ART. II.

DU SILENCE DES

» temporain deFlorus,faitaussi m e n t i o n de Y Amen, » r é p o n d u de son temps par toute l'assemblée , » après ces paroles , ut fiât corpus et sanguis filii » tui Domini nostri Jesu Christi. Voici ses termes : » La prière qui consacre le corps et le sang de Jè» sus-Christ étant achevée , nous réunissons nos voix » pour répondre Amen ; et c'est ainsi que VÉglise » en tout pays et en toute langue loue Dieu et le » prie. R a t r a m n e , moine d e l à même abbaye * et en* » suite abbé d'Orbais, qui ne survécu t à Paschaseque » de cinq ans , parle encore de YAmen répondu » par le peuple à la fin des oraisons du canon. » Ainsi sur toutes ces autorités et suivant les con» jectures bien fondées du cardinal Bona , on ne » peut guère reculer plus loin q u e le X . siècle, » le point du changement dont il s'agit , et il » faut nécessairement le placer et le fixer vers ce » temps-là. »
e

RÉPONSE.

Il n'est pas possible q u e le cardinal B o n a , ni aucun des auteurs qui citent ce témoignage, aient lu tout ce que dit Flore depuis les paroles de la consécration et les s u i v a n t e s , qu'il explique en détail, jusqu'à cet Amen qui est la fin du canon. Car si on lavait lu avec la moindre a t t e n t i o n , on aurait rem a r q u é qu'il n'y a point cYAmen aux paroles de la consécration , el l'on aurait vu qu'il y a dix-neuf grandes pages ou douzes colonnes in-folio entre les prières de" la consécration qu'il rapporte et qu'il e x p l i q u e , et Y Amen d o n t on parle. Il n'est donc pas possible que ceux qui citent Flore aient pris la peine de r e m a r q u e r à quoi se rapportait Y Amen en question , ni qu'ils aient jeté les yeux eu le citant sur ce qu'il dit après les paroles de la consécration. Il n'est pas même probable qu'on ait lu dans Flore même ce peu de paroles q u ' o n cite. Car ce qui précède et qui suit immédiatement aurait pu

r&l&RBS DE LA MESSE DANS TOUS t E S SIÈCLES,

4^3

faire,remarquer aisément q u e cet Amen d o n t parle Flore n'est point u n Amen q u e les fidèles aient dit pendant q u o n p r o n o n ç a i t les paroles dé la consécration ; mais q u e c'est YAmen q u e Ton disait, et q u e nous disons e n c o r e à la fin du c a n o n , immédiatement avant l'oraison dominicale : ce qui prouve bien q u e les fidèles souscrivaient à tout le canon par cet Amen, c o m m e nous y souscrivons à présent , q u o i q u ' o n n'en e û t entendu q u e la conc l u s i o n , Per omnia secula sec. Il n'y a pas lieu de d o n n e r un a u t r e sens à ce q u e dit F l o r e , puisqu'il n'explique ici q u e Y Amen q u ' o n répond après q u e le p r ê t r e a d i t , Omnis honor et gloria, per omnia secula sec. et qu'il ajoute : adjungit autem sucerdos*> et dicit : Oremus prœceptis sulutaribus mo» niti, etc. T o u t le canon se disait alors en s i l e n c e , comme Flore n o u s l'a a p p r i s , et l'on n e r o m p a i t ce silence q u ' à ces dernières paroles du canon , Per omnia secula sec. auxquelles le p e u p l e r é p o n dait Amen. Flore est donc bien éloigné d'autoriser ce q u e le cardinal Bona voulait m o n t r e r , qu'on eût p r o n o n c é les paroles de la consécration tout h a u t , et q u e les fidèles eussent r é p o n d u Amen. Cet a u t e u r [Flore] parle aussi d'un a u t r e Amen que les fidèles répondaient après la c o m m u n i o n : Post ( ) hcec ergo , dit-il , sutnptâ Eucharistid, id est, bona gratiât (grutia enim Dei pro omnibus gus» lavit mortem ,) celebraiâ gratiarum actione respondetur ab omnibus Amen ; hcec est enim data vox sanguinis Christi, quam sanguis ipse expritnit ex ore fidelium eodem sanguine redemptorum. On voit bien q u e Flore regarde cet Amen comme celui q u e les fidèles disaient autrefois au moment, qu'on leur donnait le sang p r é c i e u x , et q u e son expression est m ê m e tirée de ce q u e saint Augustin dit de l'acclamation q u e l'on entendait à la corumua

(a) Flor. BibL PP. tom. 15. p . 8 3 .

4.

28

434

DISS. XV. PART. UU ART. I I . — OU S1LKSCS D f $

nîon d u précieux sang; (*) habet enim magnum vo* cent Christi sanguis in terra , t'àfftaccepta ab
omnibus respondetur Àrnen. Mais on voit aussi par là qu'au t e m p s d e Flore o n ne disait plus Amen en recevant la c o m m u n i o n , comme certainement on n e plaçait a u c u n Amen au m o m e n t de la consécration d u corps et d u sang d e Jésus-Christ. Le cardinal Bona j o i n t l'autorité d'Alcuin à celle de Flore. Mais n o u s avons vu q u e l'auteur des divins olfices, q u ' o n a n o m m é Alcuin , n'a fait que transcrire l'exposition de la messe de Rémi d'Auxerr e , qui vivait à la fin du I X . s i è c l e , et q u e Rend d'Auxerre n'a placé aucun Amen à la consécration; n o n plus q u e Flore qu'il n e fait presque q u e copier. A l'égard de Paschase Ratbert et de R a t r a m n e , q u e Lorichius avait allégués autrefois, et q u e M. de Yert r a p p o r t e après lui sans les avoir lus apparemm e n t dans leurs s o u r c e s , c'est encore u n e inadvertance visible. Paschase ne parle q u e de Y Amen q u e les fidèles o n t toujours r é p o n d u à la fin du canon , p o u r d o n n e r par là leur consentement à tout ce qui est renfermé dans ces prières ( ) ; qua prece expletâ , dit Paschase consona voce omnes Amen dicimus. R a t r a m n e au contraire ne parle que de Y Amen q u ' o n répond aux oraisons q u e le prêtre dit après la c o m m u n i o n , et q u ' o n appelle la post-communion. Je n e sais c o m m e n t ou peut s'y t r o m p e r en lisant les termes de R a t r a m n e ; les voici d e l à traduction de M. Boileau (°) : « Nous voyons » q u e les oraisons qui se disent après les mystères » d u corps et d u sang de Jésus-Christ (à la fin des» quelles le peuple répond Amen, c'est-à-dire, il » est v r a i , ) sont conçues en ces t e r m e s , et q u e le n pré Ire dit : Recevant le gage de la vie éternelle, » nous implorons votre miséricorde, Seigneur; afin
e b

(a) Aug* L. 12. cantr. Faust, c. X (b) l\PS|>ico in sacramentorum tibro, etc. Puscha&ius. (c) Ratramne, num- 8->.

PTUiRËS M

LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

435

* que nous recevions dans une connaissance parfaite » et sans voile ce que nous recevons sous l'image » et sous les voiles du sacrement. » Il est certain q u e cette oraison est la post-comm u n i o n des anciens missels; et M. I abbé Boileau, alors doyen de S e n s , r e m a r q u e q u e c'est encore l'oraison des nouveaux missels de Sens , comme elle Test des anciens et d u missel d u Pape Gélase. C o m m e n t voudrait-on d o n c prouver par Ratramne q u ' o n disait Amen aux paroles de la consécration ?
f

ARTICLE Troisième motif

III. et du

L'autorité du Rit Gallican Rit Mozarabe.

Réponse : Méprise sur le Rit Gallican. sur le Rit Mozarabe.

Discussion

l'auteur ( ) de la lettre s u r les Amen, » à q u e l q u e chose d e plus précis et de décisif. O u » tre la pratique de l'église même latine de dire » cet Amen à la fin des paroles sacramentelles j u s « q u ' a u X . siècle, nous voyons encore a u j o u r d ' h u i » dans les anciens missels imprimés cet Amen » joint à la consécration; et c'est la liturgie galli» cane ou mozarabique où cette pieuse a n t i q u i t é » s'est conservée. Prenez la peine d'ouvrir le livre » du P. Mabillon, de liturg. gatlic. pag. 448. et » vous y trouverez au bas de la page à la suite de v la consécration cette r u b r i q u e en italique : Et » quâlibet vice respondeat chorus Amen ; et en» core par une ij). en abréviation ; Et Ï ! Chorus, J. y> Amen. En faut-il davantage? Nous voilà fondés » en pratique et en exemple p o u r rétablir Y Amen.
e

« V E O S ,dit NN

a

(a) Pag. 8 et 9.

28.

436

DISS. XV. PART. 111. A HT. 111.

DU SJLEHCE DES

» Les anciens missels de nos églises d e F r a n c e n o u s » Tout c o n s e r v é , et ce n'est p o i n t u n e addition. »
RÉPONSE.

Il est fâcheux d'être toujours obligé d e se plaind r e des autorités mal aiiégtiées. Mais c o m m e n t se dispenser d e d i r e qu'e/i ouvrant le livre du P. Mabilîon , de liturgia gallicana , on n'y t r o u v e rien q u i fasse voir q u e dans l'ancien missel gallican on répondît a u c u n Amen, si ce n'est à la fin du can o n ? L e P. Mabillon a fait i m p r i m e r les missels q u e Thomasius avait donnés au public : il en a joint quelques autres , et l'on ne voit YAmen à la consécration dans a u c u n de ces anciens missels gallicans. On ne p e u t d o n c avancer q u e s u r u n e p u r e méprise qu'on disait Amen à la consécration suiv a n t le rit gallican. Mais cela a été suffisamment m o n t r é plus h a u t , pag. 386. On a vu aussi q u e le rit mozarabe n'était pas moins opposé aux a u t e u r s de la récitation à haute voix et des nouveaux Amen, p u i s q u e la r u b r i q u e d e ce missel m o z a r a b e m a r q u é e après le Sanctus dans la page 4 4 8 , citée par l'auteur m ê m e de l'objection , dit expressément : Dicat presbyter in silentio , etc. Comme on l'a déjà r e m a r q u é ^pctg. 387. Aussi le cardinal Bona , q u i a été le principal a u t e u r de l'opinion devenue vulgaire sans fondem e n t , q u e d u r a n t les dix premiers siècles on disait t o u t le canon à voix haute , et q u ' o n répondait Amen à la c o n s é c r a t i o n , ne s'est point a p p u y é sur le rit mozarabe qui ne lui était pas i n c o n n u , puisqu'il en a fait u n précis dans son ouvrage. A l'égard des Amen q u i sont dans ce c a n o n , i \ Ils n e sont pas mis d'abord après les paroles de la consécration , mais après d autres mots p r o n o n c é s à voix haute p o u r faire répondre Amen. a \ Il n'est pas surprenant q u e le rit d'Espagne, q u i , à la fin du VI . siècle et au VII . e m p r u n t a q u e l q u e s usages de l'église de Constantinople, eut inséré quelques Amen
e e

PRIÈUES DE LA MESSE DANS TOUS LES S1&CLES.

^7

au canon à l'imitation de cette église. Cela ne tire point à conséquence p o u r les autres églises latines* Voudrait-on s u r l'autorité de ce missel faire dire tous les autres Amen qu'on y trouve ? 11 y en a huit au seul Pater; car après les premières p a r o l e s , **l après chacune des sept demandes on y a placé un Amen : Pater noster qui es in cœlis. 4. Amen, etc. On craindrait peut-être de passer p o u r trop singulier si on s'avisait à présent de dire tant A'Amen. Il suffit enfin de r e m a r q u e r ici q u e les Amen qu'on mit au canon n ' e m p ê c h è r e n t pas q u ' o n ne p r o nonçât en silence les principales paroles et une partie des prières.

ARTICLE

IV.

Qu'il n'y a pas plus d'inconvénient d'ajouter des Amen à la consécration , que d'en ajouter à la communion > comme on a fait au diocèse de Paris. Réponse : Origine du nouvel usage de Paris qu'on peut autoriser par saint Charles. Le seul Amen de la communion fondé sur la première antiquité.

une nouvelle preuve dont se sert l'auteur <le la lettre p o u r p r o u v e r qu'on a pu placer des Amen à la consécration dans le missel de Meaux : « Il faut b i e n , d i t - i l , q u e l'on ait cru à Paris que » l'évêque a ce pouvoir , puisqu'on y a rétabli » VAmen , et m ê m e dans l'administration publique » de lasainte c o m m u n i o n , au missel de cette église, * des 1685 , par l'autorité de feu M. de Harlay, et > » encore dans la seconde édition de 1 7 0 7 par l'au» torité de M. le cardinal de Noailles : et il y a » vingt-cinq ans q u e cette administration se prati» q u e ainsi tout p u b l i q u e m e n t ; et ces messieurs

C'EST ici

438 DISS. XV. PART. III. ART. IV.-— DU SILENCE DES

» l'ont tentée les premiers sans avoir a u c u n exem» pie avant e u x , si ce n'est la pratique cle l'ancienne » église qu'ils ont fait revivre. »

R P NE ÉO S .
Les faits qui se t r o u v e n t p o u r ainsi dire sous nos y e u x , ne sont pas m ê m e exposés ici avec quelque exactitude. Dans le missel de M. de H a r l a y , publié en i685 , il n'est point m a r q u é q u e celui qui recevrait la communion dût r é p o n d r e Amen; et il n'est pas vrai non plus q u e q u a n d on a introduit cet usage , on n'ait pu citer d'autre exemple que celui de l'ancienne église. Car en p r e m i e r lieu lous les pontificaux romains imprimés m a r q u e n t que l'évêque d o n n a n t fa c o m m u n i o n à tous ceux qui s o n t ordonnés en d i s a n t , Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat te in vitam œternam , chacun doit répondre Amen, et baiser la main de l'évêque avant q u e de recevoir la sainte hostie ; quilibet IJJ. Amen. a°. Nous avons vu en exposant M la liturgie a mb r o s i e n n e , q u e saint Charles voulant rappeler quelq u e chose de l'ancien u s a g e , fit o r d o n n e r dans le cinquième Concile de Milan qu'après que le prêtre aurait dit la formule ordinaire , Corpus Domini nostri, etc. le c o m m u n i a n t répondrait Amen ; sacerdos (*>) ministraturus antequcïm prccbeat unicuique cui ministrabit sigillutim , illa verba pronuntiet : Corpus Domini nostri Jesu Christi custodiat ani-m a m tuam in vitam œternam ; et qui suscepturus est prias respondeat Amen. Id quod antiquissimi instituti est, nec sine mysterii signi/icationeJïerisanctissimus Pater et ecclesiœ catholicœ cloctor Ambrosius scribit. 3*. Cela s'est observé d u r a n t quelques temps dans les diocèses suffragans de Milan. On a p p r e n d même par des lettres de Milan , q u e quelques églises ou du moins quelques particuliers conservent encore cette pratique. 4'. Le cérémonial de
(a) Dissert. 111. art. 2. tom. 2. pag. 183. (b) Conc. mediol. V. tit. 0. tom. XK. conc. col. 587.

PRIÈRES D E L A . MESSE DANS TOUS LES SIECLES.

^3«)

l'église de Paris p o u r les personnes l a ï q u e s , dressé par M. S o n n e t , et i m p r i m é p a r l'ordre des grandsvicaires du cardinal de Retz en i 6 5 8 , prescrit aux fidèles de r é p o n d r e Amen après q u e le p r ê t r e a dit toute la formule Corpus.... vitam œternam. Voici les termes d u Chapitre il\ de la c o m m u n i o n , pag. 6. Il faut r é p o n d r e Amen au prêtre après qu'il a tout d i t , Corpus Domini, etc. Le rituel de Metz de l'an i3 a m a r q u é le m ê m e Amen ; et dans tous ces exemples Y Amen r é p o n d au souhait q u e le prêtre vient de faire. Mais YAmen qu'on répondait autref o i s , et q u ' o n a voulu rétablir en q u e l q u e s endroits , est un Amen d'assertion q u i doit être rép o n d u non après le souhait m a r q u é par la formule entière , mais d ' a b o r d après les premiers mots Corpus Domini nostri Jesu Christi. L'usage de placer ces seuls mots avant le souhait s'est introduit en 1 6 8 r . Lorsque M. le T o u r n e u x , chargé d e revoir l'édition d u livre d'église à l'usage des laïques , fit i m p r i m e r à la fin l'ordinaire de la m e s s e , et y ajouta ces paroles : Lorsque le prêtre présente le corps de Jésus-Christ ISotre Seigneur, eu disant Corpus Domini nostri Jesu Christi, iecommuniantfaitun acledefoienrépondant Amen : quatre ans après cette r u b r i q u e h a s a r d é e , il ne parait point q u e l l e e û t été approuvée par M. l'archevoue de Harlay , ni par les messieurs de l'assemblée es r i t e s , p u i s q u ' o n n'en fit aucune m e n t i o n dans le missel o ù on laissa la formule usitée q u e le prêtre termine en disant Amen , et que dans le rituel i m p r i m é en 1 6 9 7 , on laissa encore la. formule ord i i K i i r e en ajoutant simplement un rf.avant YAmenW p o u r insinuer sans d o u t e q u e le c o m m u n i a n t devait le répondre à la fin de la formule, conformém e n t au cérémonial dressé p o u r les laïques eu iG58.
>

(a) Les rituels précédens de 1645 et 1654, n'avaient rien prescrit sur ce point, quoique l'auteur de l'apologie de M. de Vert se soit avisé de dire le contraire. Pag. 144.

440

DISS. XV. P A R T . HT. ART. I V . — D U S1LE5CE DES

Mais dans les paraisses trtêmes de P a r i s , o ù l'on a a c c o u t u m é les c o m m u n i o n s k r é p o n d r e Amen après Corpus Domini nostri Jesu Christi, les prêtres accoutumés à dire la formule ordinaire c o n t i n u e n t p r e s q u e tous à la finir par Amen. C'est d o n c deux Amen au lieu d'un. Si cet usage c o n t i n u e , on p o u r r a dire avec raison q u e le p r e m i e r Amen est la p r o fession de foi du c o m m u n i a n t faite p a r u n e assertion Amen , id est verum , selon l'explication de saint Ambroise et de l'auteur d u traité des sacrem e n s ; e t q u e le second Amen est u n souhait du p r ê t r e :Amen> c'est-à-dire t/iat Ainsi soit-il. Amen en effet a ces deux significations. 11 faut a v o u e r néanm o i n s q u e cet usage n'est pas rpçu universellement dans le diocèse de Paris. MM. les chanoines de No t r e - D a m e ne font pas r é p o n d r e Amen dans leurs messes solennelles. M. le cardinal de Noailles même en d o n n a n t la c o m m u n i o n , continue à dire la furm u l e ordinaire terminée p a r YAmen, et le plus g r a n d n o m b r e d e p r ê t r e s fait toujours c o m m e il faisait avant la nouvelle r u b r i q u e . Il semble donc q u ' o n n'a inséré ce petit changement dans la rub r i q u e que p o u r m o n t r e r qu'on le laissait à la vol o n t é des particuliers. Quoi qu'il e n s o i t , on ne )eut pas dire qu'il soit aussi indifférent d a n s 1 église a l i n e de placer des Amen à la c o n s é c r a t i o n , q u e d'en ajouter un à la c o m m u n i o n , ou seulement de le déplacer sans rien a j o u t e r , c o m m e fait la nouvelle r u b r i q u e . La différence qu'il y a e n t r e ces Amen, c'est q u e l'ancienne église latine a fait rép o n d r e Amen à la c o m m u n i o n durant les cinq pre*miers siècles, ce qui a même été renouvelé à Milan p a r saint Charles u n siècle et demi avant le nouveau missel de Paris; et q u e l'église de Milan , non plus q u e l'église de R o m e et les autres églises latines q u i o n t suivit le rit romain , n'ont jamais placé des Amen à la c o n s é c r a t i o n , au lieu q u e YAmen de la communion n'est q u ' u n renouvellement de l'ancien usage. Voyons en peu de m o t s q u a n d est-ce q u e cet usage a cessé, et p a r quelles raisons.
y

Î

PRIERES S E LA MESSE DANS TOUS LES SIECLES. 44 t

ARTICLE V.
Suite de l'article précédent. De la manière dont on a donné la Communion et des paroles qu'on a prononcées en la donnant dans tous les siècles. Quelle conséquence on doit tirer de ces usages.

IL est constant q u e jusqu'après le milieu d u V I . siècle les fidèles o n t r é p o n d u Amen en recevant l'Eucharistie ; et ils o n t même fait un peu plus long-temps cette réponse en recevant le précieux sang dans le calice. Car dans le commentaire sur la Genèse a t t r i b u é à Eu c h e r , archevêque de Lyon ( mais qui doit être p o s t é r i e u r , parce q u e l'auteur parle de saint Grégoire , p a p e , et de Cassiodore; ) il y est fait mention de Y Amen q u ' o n répondait en recevant le précieux sang. Dans la suite on ne disait plus cet Amen à la communion , comme on faisait auparavant ; on peut voir cette différence dans l'auteur du traité du corps et d u sang de Jésus-Christ, sous le n o m de Rertram ou de Ratramne. Cet a u t e u r cite l'ancienne formule d u temps de saint Augustin , et de saint Fulgence: ( ) Audis ergo corpus Christi » et respondes Amen. Mais à l'égard de son temps ,il ne place Y Amen du peuple qu'à l'oraison après la communion ; i )in orationiùus queepost mysterium corporis sanguinisque Chrisii dicuntur et à populo respondetur Amen sic sacerdolis voce dicitur; pignus cetewx vitw capienles , etc. Voilà où Y Amen, qui est un aveu de la réalité du corps de Jésus-Christ dans les saints m y s t è r e s , était placé a l o r s ; c'est-à-dire, à la p o s t - c o m m u n i o n , comme il Test encore. 11 me paraît q u ' o n en a ainsi usé depuis q u ' o n a commencé à m e t t r e la sainte
a b 9 %

e

(a) Ex Epist. Fulgenlii ad Ferrand.

Diac.

(b) Ibid. mon. S5.

44* DISS. XY. PART. III. ART. V.—DU SILENCE OES

hostie dans la bouche des fidèles; au lieu q u e jusq u e vers la fin du VI . s i è c l e , les p r ê t r e s la leur mettaient dans le creux de la m a i n , en disant Corpus Christi; et celui qui la recevait répondait Amen. C'était donc en la d o n n a n t ainsi q u e le p r ê t r e tirait cette confession de foi de celui qui la recevait dans sa main : Le corps de Jésus-Christ, Amen , c'est-àd i r e , ii est vrai, je le confesse. Cela était d'autant p l u s convenable dans ces premiers t e m p s , q u e les fidèles recevaient l'Eucharistie non-seulement pour c o m m u n i e r dans l'église, mais p o u r la p o r t e r trèssouvent chez e u x , c o m m e on p o u r r a i t le m o n t r e r p a r un grand n o m b r e de faits. Saint Basile (*) fait mention du p o u v o i r qu'avaient les fidèles de consommer l'Eucharistie dans l'église en la portant eux-mêmes dans leur bouche après l'avoir reçue dans la m a i n , ou de la porter chez eux p o u r la conserver et la p r e n d r e dans leurs maisons , selon l'usage ordinaire des fidèles d'Alexandrie et du reste de l'Egypte. Athanase le S i n a ï t e , au milieu du V I . siècle, r a p p o r t e cet endroit de saint Basile, en faveur des anachorètes qui conservaient l'Eucharistie dans leurs cellules , et communiaient de leur propre main. Et vers le même t e m p s , Jean Mosch fait mention de quelques miracles t ) touchant l'Eucharistie conservée dans les maisons. Comme les laïques m ê m e s portaient quelquefois l'Eucharistie à des anachorètes , ou à d'autres fidèles , il était important que ce divin sacrement ne passât pas d'une main à une autre , sans attester en même temps que c'était le corps de Jésus-Christ et que celui qui le recevait protestât, par l'Amen, qu'il le croyait ainsi. Mais cet usage donnant quelquefois lieu à des profanations , plusieurs évèques d'Espagne o r d o n n è r e n t , sous peine d analhcrne,decousommer l'Eucha*
e e h

(a) Basil. Episf. 289. (b) L'un est rapporté au chapitre 3 0 , et l'autre au chapitre 79.

PRIKRKS DE LA. MESSP DAKS TOUS LES SIÈCLES.

443

rîslie dansTéglise. W Le Concile de Sarragosse eri 38o, l'ordonne expressément sous celte d e r n i è r e p e i n e , et le premier Concile de Tolède tenu Tan 4001 PO ajoute q u e : Si quelqu'un après avoir reçu du prêtre r Eucharistie ne la consomme pas , il sera chassé de l'église comme un sacrilège. LesPriscillianistes d o n n è r e n t lieu à ce règlement, parce qu'ils recevaient l'Eucharistie dans leur main p o u r paraître c a t h o l i q u e s , et qu'ils ne voulaient pas c o m m u n i e r , p o u r faire sans doute plaisir aux Manichéens leurs amis qui ne ( ) recevaient pas notre E u c h a r i s t i e , et avec qui ils étaient si liés, et si intimement u n i s , qu'ils ne différaient p r e s q u e que de n o m , comme saint Léon Ta remarqué. Qjioi qu'il en s o i t , cet usage d'emporter l'Eucharistie dans les maisons ne fiit pas encore aboli partout. Maisavant la fin d u V I . siècle, p o u r remédier plus s û r e m e n t à tous les înconvéniens , on ne mit plus dans l'église latine l'Eucharistie d a n s la main des fidèles. On la mit dans leur b o u c h e , et alors cessa la coutume de faire répondre Amen. On voitdans Grégoire de T o u r s (°) l'usage de recevoir l'Eucharistie p o u r la porter soi-même à la b o u che : Tu vero si idoneus ut adseris, accède propiùs et sume tibi Eucharistiœ particularn , atque impone ori tuo* Un des derniers faits (111*011 puisse alléguer pour l'usage de l'Eucharistie donnée à la main dos fidèles dans l'église l a t i n e , est le 3 6 . canon du Concile d'Auxerre tenu vers l'an 5 7 8 , (0 où il est d i t , q u e les femmes ne recevront pas l'Eucharistie dans la main nue. L'usage de l'Eglise de F r a n c e , était
c e 9 e

ta) Can- 3. (b) Can. 14. (c) Aug. lier. 70. lllemn. adn. Prtay. là) Ad ecclesiam cathnlicam conrenlunt.... duin se noslros mentiuntur: faciunt hoc Priscillianislac, fariunt Mank'lian , quorum cum istis tom fœderata sunt corda, ut solis nominib::s discret! > etc. Léo , Ep- 15. vulg. 93. (e) Greg. L. X. cap. S. (0 Non licet mulieri uudà manu eucharisiinm ntvipere. Can. 00.

4^4

WSS. XV. PART. III. ART. V.

DU SILEffC* DES

qu'elles reçussent l'Eucharistie s u r un linge bien* p r o p r e , comme on le voit dans u n s e r m o n de la dédicace des églises i m p r i m é parmi ceux d e saint Augustin. a5a. de Temp. quotiescunque etc. que les auteurs de la nouvelle édition ont eu raison de m e t t r e dans l'appendix, Serm. 2 2 9 , Tom. 3 . pag. 376. parce qu'il paraît ê t r e bien p l u t ô t d e saint Césaire, archevêque d'Arles. On lit dans ce s e r m o n : Omnes viri , quando ad altare accessuri sunt , lavant manus suas, et omnes rnulieres nitida exhibent linteaminay ubi corpus Christi accipiant. Le linge qu'elles devaient mettre s u r la main pouvait être appelé le dominical : car le m ê m e Concile d'Auxerre, dont nous venons de-citer le canon 36- l e u r défend au canon de c o m m u n i e r sans avoir le dominical. (*) Mais c o m m e , selon le précepte de l'apôtre marqué dans Tépître aux C o r i n t h i e n s , les femmes devaient être voilées, on d o n n a i t p e u t être aussi le nom de dominical au voile qu'elles devaient avoir sur la t é t e , et sans lequel on leur refusait la c o m m u n i o n . On lit en effet dans un ancien manuscrit de ce concile : Si mulier commun* cans dominicale suum super caput suum non habuerit , usque ad alium diem , etc. Enfin au temps de saint Grégoîre-le-Grand on ne voit presque plus dans l'église latine q u ' o n mette l'Eucharistie dans la main des laïques. Il n'y est plus parlé que de l'usage de la mettre dans la bouche. Ce saint Pape fait e n t e n d r e q u e cela se faisait déjà avant son temps à Rome.PO Car au livre des Dialog u e s , il parle d u Pape Agapet qui offrant le sacrifice pour guérir un boiteux m u e t , le guérit en effet dès qu'il lui eut mis le corps de Jésus-Christ dans la bouche. 1) Jean Diacre nous apprend que
f e

(a) U t unaqmcque mulier quando c o m m u n i â t domïniealem suum liabeat. Quod si qua non habuerit, usque in alium diem domiuicum non commum'eet.
(b) / / ne tint le siège qiïun an , et mourut en 536.

(c) Cumque ei Doinïnicum corpus niitteret in os. Dialog. lib. 3. cap 3. (d) Ht. S. Grcg. lib. 2. n. 4 1 .

PRIÈRES DE I A MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

445

saint Grégoire mettait de m ê m e l'Eucharistie à la bouche des communions. Les autres églises latines p r i r e n t insensiblement cet usage , et défendirent m ê m e d'en user a u t r e m e n t , comme on le voit dans u n Concile de Rouen tenu régnante Hludoveo( sous Clovis I I , vers l'an 6 5 o , comme le met judicieusem e n t l'auteur de la nouvelle édition des Conciles de R o u e n en 1 7 1 7 . ) Nulli ( ) autem laico ( ) aut fœ~ mince Eucharistiam in manibus ponat, sed tan tum in os ejus cum his verbis ponat : Corpus Domini et sanguis prosit tibi ad remissionem peccatorum et ad vitam œtemam. La coutume de la d o n n e r à la main ne cessa pas sitôt en Orient. ( ) Le Concile in T r u l l o tenu en 6cja , o r d o n n e au contraire de ne m e t t r e l'Eucharistie qu'à la main nue des communians , défendant m ê m e sous peine d'excommunication de la donner à ceux qui voulaient la recevoir dans de petits vases d'or ou d'autres matières qu'ils portaient à la main. Saint Jean D a m a s c è n e , au VIII . siècle, suppose qu'on ne la reçoit point a u t r e m e n t que dans la main nue. Mais p o u r revenir à l'église l a t i n e , on la mettait dans la b o u c h e , soit p o u r prévenir tous les inconvéniens , soit parce qu'il n'était plus n é cessaire de la porter dans les m a i s o n s ; on ne dit plus Corpus Christi en la d o n n a n t , et on ne fit plus r é p o n d r e Amen. Le prêtre prononça à peu près la formule dont nous nous servons a u j o u r d ' h u i , telle q u e la r a p p o r t e Jean Diacre dans la vie de saint
a b c e

(a) Conc.

Rothom.

cap.

2. pag.

8.

(h) L'usage de prendre l'Eucharistie a la main dura peut-être encore quelque temps parmi les religieux. Bède , dans l'histoire d i s Anglais , parlant d'un religieux nommé Cedmon , qui vivait au temps de l'abbesse Hilde, morte en 680, dit que ce religieux avant sa mort étant dans l'infirmerie, souhaita qu'on lui aporttU l'Eucharistie, et que l'ayant prise dans sa main , il demanda à tous ceux qui étaient présens s'ils n'avaient rien contre l u i , pour mourir dans une parfaite réconciliation avant que de prendre le saint Viatique; offerte
mihi Eucharistiam qua accepta in manu interrogavit, nes placidum erga se animvm, sine qverela controversix coris haberenf. Hist. Ang. lib. 4. cap. 24.
y

si

ometran*

(c) Conc.

TrulL

can.

loi.

44$

DISS. XV. PÀ.RT. TU. ART. V . — D U SILENCE DE*

Grégoire M o u qu'on vient de la voir au Concile de Rouen. On distingua seulement les prêtres et les diacres, en continuant à la leur donner dans la main,d'avec tous les autres fidèles, et les sous-diacres même qui la recevaient à la houche.L'ancien ordre romain porte expressément : ( ) Que lesprêtres et les diacres, après avoir baisé l'évêque, reçoivent de lui le corps de Jésus-Christ dans leurs mains pour aller communier au côté gauche de TauteL Pour les sous-diacres ils recevront à la bouche le corps de Jésus-Christ de la main de l'évêque en la baisant. Cette distinction des prêtres et des diacres d'avec tout le reste des fidèles est fort bien marquée dans la messe d'illyricus vers l'an 9 0 0 : les prêtres et les diacres* ( ) est-il dit dans cette m e s s e , recevant Peucharistie dans leur main, on leur dit : La paix soit avec vous. Ils répondent: Et avec votre esprit; ou ils disent en même temps : Le Verbe s'est fait chair, et il a habité dans nous. Ce qui convenait parfaitement à la sainte communion qu'ils portaient eux-mêmes dans la bouche, et qui allait faire habiter dans eux le Verbe fait chair. A. l'égard des simples laïques, à qui Ton ne donnait plus l'Eucharistie dans la main , mais qui la recevaient dans la b o u c h e , ils ne répondaient rien, et le prêtre leur disait en les communiant : Corpus et sanguis Domini nostri Jesu Christi prosit tibi in remissionem omnium peccatoruni et ad vitam œternam; Amen. On gardait aussi cette distinction aux ordinations.
h c

(a) Cum diceret ; corpus Domini nostri .T*su Christi conservet animam tuam : l,aseivasul>mit. ille continué dextram ah ore ejus convertens, partem illam DominicJ corporis, etc. Fila S- Grwj. tib. 2. w. 41. (b) Presbyteri verô et diaconi osculando epïscopum , corpus Christi ab eo manibus aecipiant in sinistra parte altaris communicaturi : subdiaconi autem osculando manum episcopi ore accipiaut corpus Christi abeo. Mus. ttal. tom. 2. p. 75. (c) Deinde presbyteris et diaennis corpus in manu ampientibus et communieantihus dicitur singulis : Pax tecutn. ij!. Et cuin spiritu tuo. DeAnt. Hit. tom. t. pag 511.

PRIÈRES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

t\!f]

Car comme le Père Morin Ta r e m a r q u é , on mettait la sainte Eucharistie clans la main de celui qui était o r d o n n é , qui en portait u n e partie dans le moment à sa b o u c h e , et conservait le reste p o u r en communier durant quarante jours. On voit au X l \ siècle ce même usage de donner la c o m m u n i o n p o u r q u a r a n t e j o u r s . Fulbert consulté par Enard dit q u e cet usage était c o m m u n à t o u t e la province. On la donnait à un évéque pour q u a r a n t e j o u r s , et à u n prêtre p o u r huit. Et le Père Mabillon qui fait cette r e m a r q u e au I V . tome des Annales bénédictines, a j o u t e , qu'il a lu dans ufi ancien sacramentaire de Reims q u ' o n donnait aussi l'Eucharistie p o u r huit j o u r s aux vierges le j o u r de leur* consécration. L'Eglise a toujours accordé quelque privilège particulier aux vierges en les consacrant. Je* ne sais q u a n d est-ce qu'on a cessé de mettre l'Eucharistie dans la main des prêtres et des diacres; ce q u i leur laissait la liberté de r é p o n d r e Amen. On ne voit plus q u e quelques restes de cet tisage dans le pontifical, o u , c o m m e nous avons vu plus h a u t , tous les ordinans recevant la communion rép o n d e n t Amen après q u e l'évêque a dit Corpus... in vitam œternam ; au lieu q u e dans la bénédiction des abbés , dans celle des a b b e s s e s , et à la consécration des vierges, où la communion est m a r q u é e , il n'y a nulle différence d'avec la c o m m u n i o n de tout le*reste du peuple. Celui ou celle qui c o m m u nie ne répond rien ; de sorte qu'on peut dire à l'égard du p e u p l e , q u e dans l'église latine depuis mille ans , ou n'a plus fait répondre Amen , en donn a n t l'Eucharistie , j u s q u ' à ce qu'on ait renouvelé cet usage à Milan, et ensuite dans le diocèse de Paris. On n'a pas cru d u r a n t tout ce long espace de temps q u e celte profession de foi exprimée par u n Amen lût nécessaire, parce q u e les autres Amen
e

(a) Morin de Sacr. Ordin.part. (b) Ann. Wb.pag. 118.

2. pag. 281.

448

DISS. XV. PART. Ilf. ART. V.—DU SlLtXCE

DÉS

q u ' o n a déjà plusieurs fois répondus k la messe dep u i s la c o n s é c r a t i o n , el la posture avec laquelle on se tient à l'autel et l'on se présente à la sainte comm u n i o n sont une profession de foi assez solennelle d e l à présence réelle de Jésus-Christ n o i r e Seigneur. L'ancien usage de d o n n e r l'Eucharistie dans la main a été conservé plus exactement dans l'église grecque p a r rapport aux p r ê t r e s , aux diacres i*t aux e m p e r e u r s le jour de leur c o u r o n n e m e n t . Nous a p p r e n o n s d e W Siméon , évêque de Thessalonique, contemporain de Caliste, patriarche de Consianlin o p ! e ( e n i 4 * > ) » q n e les p r ê t r e s et les diacres qui servent à l'autel % p i e n n e n t la sainte Eucharistie dans leur m a i n , après avoir baisé la main et la joue de l'évêque. Ce mérite usage de d o n n e r l'Eucharistie dans la m a i n n'a p u m a n q u e r de se conserver dans le cour o n n e m e n t des empereurs de C o n s t a n t i n o p l e , parce q u e dans les cérémonies anciennes et solennelles on garde avec religion les usages primitifs. Nous le voyons dans Jean Cantacuzène, daus Codin l ) Curopalatc et dans Siméon de Thessalonique. Curopalate ( ) dit q u e « le patriarche s étant communié » met la sainte Eucharistie dans la main de l'em» p e r e u r q u i la prend dans le m o m e n t , et q u e le » patriarche le fait participer au calice, comme on » en use à l'égard des prêtres. ( ) » Siméon de Thessalonique ajoute q u e l'empereur reçoit le pain sacré de la main du p a t r i a r c h e , c o m m e les diacres, parce q u e l'empereur dans son sacre est l'oint du Seigneur, le ministre et le défenseur de l'Eglise. On n'en a pas usé de m ê m e au c o u r o n n e m e n t et au sacre de nos r o i s , parce q u e la cérémonie du sacre n ' a été réglée et mise par écrit q u e long-temps après le commencement de la seconde race. Nous
r

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(a) Shneon de templ. et miss. ap. Goar. 209 et 230. (b) A. t, inst. cap. 41. (c) Corh Cttropnh de offic Const. cap. iï. num. 44. pag. 0 5 . (d) In eucol. grxc.pag. 'J2ÎI.

PRIÈRES DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

449

n e t r o u v o n s distinctement Ja première onction de nos rois q u ' e n la personne de P é p i n , faite en 702 à Soissons par l'évêque Boniface, légat du Pape Zacharie. Il apporta sans d o u t e cette c o u t u m e de Home. Le Pape Etienne I I I , en 754 ,sacra de nouveau Pépin à saint D e n y s , et en m ê m e temps Charles ot Carloman ses fils. On sait q u e ce même Charles, c'est-a-dire , Charlemagne , fut sacré de nouveau comme e m p e r e u r à Rome l'an 800. Or dans toutes ces premières cérémonies des sacres et des couronnemens de nos r o i s , l'église latine ne mettait plus l'Eucharistie dans la main des fidèles. Ainsi il n e faut pas être surpris si d a n s les sacres on ne donne point l'Eucharistie dans la main. T o u t ce qu'on a retenu de l'ancien u s a g e , c'est q u e le métropolitain d o n n e sa main a baiser au r o i , et lui présente le calice. Le pontificat ( ) romain m a r q u e q u e le roi et la r e i n e , avant q u e de recevoir la c o m m u n i o n , baisent la main du métropolitain qui leur présente successivement le calice. Finissons ces remarques sur le reste des anciens usages touchant la c o m m u n i o n , et concluons q u ' o n ne peut en inférer q u e , voulant suivre l'ancien rit l a t i n , on puisse placer des Amen à la consécration. On ne peut pas non plus inférer de tout ce q u e nous avons observé chez les C r é e s , qu'on a i l l a i t à haute voix toutes les prières de la messe à l'égard m ê m e de la consécration d e l'empereur. Codin Curopalate ( ) marque que le patriarche fait les prières de l'onction une partie secrètement et une partie à voix claire ; partim tacite, partira clara voce; comme Cretser le traduit fort bien.
a 1 b

(a) Rex priusquam communionem s u m a t , osculatur manum dexteram metropolitanï. Tùm simili modo communicat reginam , quajsimiliter ejus manum osculatur, et successiveambosex calice suo purificat. Pontîf. rom. p. 233. (b) Cad. deoffic. ConsL cap. 17. nunu 17.

4.

a

9

45o

DISS. XV. PART. HT. ART. VF,

DO SlLEffCK DRS

ARTICLE

VI.

Cinquième motifz Que les Amen des oraisons du canon sont une preuve que les assistans doivent y répondre, et par conséquent les entendre* Réponse: Que ces Amen n'ont été mis qu'au XIII*. ou au XIF*, siècle, el qu'alors tout le canon se disait en silence.

qui termine le canon avant le Pater, i! y a quatre oraisons dans le corps d u canon qui finissent par Amen: Communicantes, Hancigi* tur, Supplices te rogamus, et le Mémento des morts. O r tous ces Amen paraissent à plusieurs personnes u n e raison démonstrative q u e le canon se disait à voix h a u t e , afin q u e les assistans répondissent à c h a q u e oraison ; et ils infèrent de là qu'il doit être dit de m ê m e à p r é s e n t , puisqu'on conserve encore les Amen qui doivent être naturellement répondus p a r les assistans, et non par les prêtres. Voici ce qu'en dit M. de Vert. ( î « Une preuve démonsîra» tive de la prononciation à voix intelligible des » paroles du canon , est YAmen q u e le peuple ré» pondait à celles de la consécration, *»t à d'autres » prières où il est encore resté ; savoir, au Comtnuy> n/cantes,kHanc igitur oblaiionem , à Supplices te » rogamus et au Mémento des morts. Car on ne t) p e u t s'empêcher de tirer cette induction avec » GeorgeCassander, M. Meurier, M. l'abbé F l e u r y , » Théraize , e t c . q u e de nécessité ces prières étaient » entendues du p e u p l e , et par conséquent pronon» cées à voix intelligible. D'où vient q u e depuis » q u e par la récitation à voix basse de ces mêmes » prières le p e u p l e a cessé de r é p o n d r e Amen,
a

OUTRE YAmen

(a) Page 364.

PRIÈRES DR LA. MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

f\5l

» » » » » » » » » » » » » »

on a aussi retranché t o u s les Amen comme inutiles en plusieurs missels. Tels s o n t les anciens missels ue Citeaux, d'Autan , de P r é m o n t r é , et quelques autres. » Bien p l u s , Cassander et Lorichius déjà cités concluent de ces Amen restés dans le c a n o n , que toute celte prière doit être encore à présent lue et récitée à hante et intelligible voix.... Il faut ici observer y disent ces a u t e u r s , qu'on ne doit point lire le canon d'une voix trop basse, mais d'un ton clair et distinct, en prononçant et articulant si bien les mots qu'ils puissent être entendus des assistans. C'est ce que nous apprend la conclusion de cette prière qui se termine par le mot Amen, aussi bien que les six autres suivantes. »

R P NE ÉO S.
Lorichius fit i m p r i m e r en i 5 3 6 , u n traité de missa publica proroganda , qui n'est pas si avantageux aux défenseurs d u nouvel usage qu'on se le persuaderait. Voyez ce q u e nous en avons extrait plus haut page a 5 i et suiv. Mais il est vrai que cet auteur qui était encore alors à d e m i - l u t h é r i e n , inférait des Amen q u i sont dans le canon qu'on devait le réciter à voix h a u t e , afin q u e 4es assistans pussent répondre tous ces Amen. Cassander a r a p porté ( î les paroles de cet auteur sans les réfuter; et quelques prêtres de n o t r e t e m p s , zélés pour rétablir ce qu'ils s'imaginent venir de l'ancienne discipline, ont trouvé cette observation si décisive et si pressante , qu'ils o n t cru devoir dire le canon à voix haute et se faire répondre Amen p a r le c l e r c , ne pouvant y engager les assistans. 11 faut donc dire présentement à tous ces p r ê t r e s , que cette singularité qui est regardée avec quelque ctonnement par le peuple , n'est pas conforme à l'ancienne discipline. J'ai vu un très-grand nombre
a

(c) Cassand. litiirg. cap. 28. pag. Gâ.

P.q.

/|5i

DTSS. XV, PATIT- 111. ART. VI. — DU SILENCE DES

d'anciens sacramentaires et de missels manusciiîs et i m p r i m é s , et je dois déclarer q u e j e n'en ai vu a u c u n o ù ces Amen se trouvent avant le X I I . siècle , et qu'il est m ê m e rare d'en t r o u v e r avant le milieu du X I I I . siècle. Jusqu'au milieu d u V I . siècle, soit dans l'église g r e c q u e o u d a n s l'église l a t i n e , il n'y avait point d'autre Amen au canon q u e celui de la (in. Saint Justin n o u s a dit plus d'un fois fort clairement q u e les fidèles ne répondaient Amen qu'à la fin des prières. D a n s la liturgie des Constitutions apostoliques, on n'y voit selon l'ancien usage q u ' u n Amen à la fin d u canon , quoiqu'il soit fort long. Justinien ne souhaitait si fort q u e le peuple e n t e n d i t p r o n o n cer les paroles de la sainte o b l a l i o n , qu'afin que le peuple pût r é p o u d r e avec connaissance le saint Amen. On ne parlait q u e d'un Amen ; sanctumillud Amen. S'il y e u t alors q u e l q u e c h a n g e m e n t dans les liturgies de l'église g r e c q u e , il n'y en e u t point à cet égard dans celle de l'église latine. Tous les plus anciens canons de la messe n'ont q u e YAmen de la fin. i ° . Nous avons l'ancien missel gallican ou des Francs , où l'on n e voit point ces Amen dans le milieu ( ) du canon. a°. Le plus ancien o r d r e romain , ou le premier q u e le Père Mabillon a (ait i m p r i m e r , et qu'on croit plus ancien q u e saint (iregoire , n e ( ) m a r q u e q u e Y Amen de la fin du canou. 3°. Dans le .sacramen taire de saint G r é g o i r e , ou le canon est à la t ê t e , il u'y a que YAmen de la fin. J'en ai vu plus de vingt qui ont été écrits au IX . siècle vers la fin du règne de Louis-Ie-Débonnaire, et sous Charles-le-Chauve, la plupart en lettres d'or capitales, et tous se t r o u v e n l u n i f o r m e s en ce point. II y en a plusieurs dans la bibliothèque du R o i , dix ou douze dans celle de M. C o l b e r t , q u a t r e de la m ê m e a n t i q u i t é dans la bibliothèque de saint
e e e a b e

(a) Coi sacram, Thomas, pag. 430. (b) Mus. liai. tom. 2. pag. 12.

PRIÈRES DE L à MESSE DANS TODS LES SIÈCLES.

Germain-des-Prés, s u r l'un desquels le Père Ménard a fait imprimer celui qu'il a d o n n é au public en iG/p. I' en est de m ê m e de celui q u ' o n conserve dans le trésor de s a i n t D e n y s , et d'un très grand nombre d'autres q u e j'ai vus dans la p l u p a r t des églises de F r a n c e , sans parler de celles de L i è g e , d'Aix-laChapelle, de C o l o g n e , etc. En un m o t , il en est ainsi de tous les anciens q u e j ' a i vus écrits depuis saint Grégoire jusqu'au XII . siècle. L'Amen n'est qu'à la fin avant le
e

Pater.

4° Tous les auteurs qui o n t écrit sur cet article dans cet intervalle de temps nous r e n d r o n t le même témoignage. Amalaire, dans ses éclogues sur le canon , le r a p p o r t e tout entier (*) avec les cérémonies qui doivent l'accompagner, et n'y place aucun Amen q u ' à la fin après omnis honor et gloria. Alors, di il , le prêtre dit à haute voix : Per ornnia secula seculorum et les assistans répondent Amen ; omn

honor et gloria. Tune dicit in altum : Per orn cula seculorum. Respondent Amen. 5°. Dans c ancienne exposition de la messe ex venerandœ vetustatis codicibus, q u e Cochlseus et Hittorpius (
c

b

ont fait i m p r i m e r , et qui est dans la bibliothèq u e ( ) des Pères de la fiigue , on n e trouve de m ê m e Y Amen qu'à la fin et en mêmes termes. Tune AmïMi, 6°. Le même usage se voit encore plus clair e m e n t dans F l o r e , où le canon est tout eutier avec une ample explication. 7 . On le voit tout de même dans Remi d'Auxerre. 8°. L'auteur du traité ( ) des divins offices q u ' o n a n o m m é Alcuin , n'a garde d'être différent en ce p o i n t , puisqu'il ne fait q u e copier Reini d'Auxerre en ce qu'il dit de la messe, comme nous avons vu à la seconde partie. 9 . Le Micrologue après Tan 1 0 9 0 met le canon tout en0 d 0

dicit in dltum : Per ornnia secula seculorum

(a) Tom. 2- Capital. reg Franc, (b) tiitiorp.pag. GS2. (c) liibt.

pag. J3G7.
PP. tom. 6.

(d> Je crois que c'est le même traité que celui d'Amalaire-

454

DISS. XV. FART. 111. ART. V I . — D U SlfcElffCS DBS

lier avec les cérémonies qu'il faut faire en le récitant en silence ; et il n'y a ni Amen marqué ni rép o n s e , si ce n'esta la fin du canon ; Ornais honor et gloria. Hic élevât oblatatn cum calice dicens : Per o/n nia secula seculorum. Responsio ; Amen, et reponit oblatatn dicens : Per omnia secula seculorum. Ilesponsio: Amen , et reponit oblatatn dicens : Oremus. i°. llildebert, archevêque de T o u r s , peu d'années après le Micrologue, ne rapporte que VAmen de la fin dans l'exposition de la messe; et il ajoute: quon dit tout le canon en secret, non-seulement pour adorer Dieu en esprit, mais ajin qu'à la faveur de ce profond silence , les ministres de l'autel et les assistans se tiennent dans le recueillement, méditant sur la force et f efficacité d'un si grand sacrement, et sur le fruit qu'ils doivent en retirer. ( ) S'il ne suffisait pas de nous l'avoir dit en prose, il nous dit encore en vers que durant tout le canon, le prêtre demeure par son silence tout à fait séparé du peuple qui ne peut l'entendre , mais qu'il sort, pour ainsi dire, au dehors à la fin du canon eu faisant entendre sa voix :
a

(b) Dicitur ad populum tanquam remeare sacerdos Jamque ,velut foris cùm vocem mutât et orans Admonet ut pariter oret et ipse chorus. 11°. Ives de Chartres nous dit aussi très-distinctement qu'il n'y a point d'autre Amen que ce dernier ; que par ce seul Amen le peuple répond à toutes les diverses prières que le prêtre y a faites ( ) : Tanquam de interioribus ad exteriora procedens assensum quœrit ecclesiœ sacerdos dicens sonorâ voce : Per omnia secula seculorum. Supplet populus super oratione ejus locum idiot ce, et respondet
c

(a) Ex hoc secretis verbis canon pronuntiatur et etiam alio respectu , videlicet ut habilo cimnnquaquc silentio , mînistri et circuinstantes se ipsos infra ipsum canonem r e c o l l a n t , vimque et ratiotiem tant! sacramenti advenant quatemis eis proGciat. Uddeb. oper. pag. 1131. (b) td. ibid. pag. MAI. (c) loo Cum. de conven. vet. et non. sacrif.

P1MKRES DIS "Lk MESSE DÀÏTS TOUS LES àlÈCL£9.

4^5

Amen. Hâc una participent voce j efaciens omnium charismatum quœ sacerdos multiplici sacramentorum diversitate studuit impetrare. t a . Hugues de saint Victor dit . q u e pendantle canon le prêtre est comme était le grand-prêtre dans le Saint des saints , ou comme Jésus-Christ prie dans le ciel , sans que nous entendions sa voix; mais qu'à la fin du canon il revient au peuple en élevant la voix et en disant l'oraison dominicale ; M sacerdos etiam redit ad populum , .qui duin rursàs altâ voce preces mult'plicat, foras exire videtur. i3°. Robert Paululus, clans les livres des sacremens et des offices qu'on a attribués à Hugues de saint Victor, explique le canon sans marquer d'autres Amen qu'à la fin ; et il nous dit que le prêtre élève la voix afin que le peuple confirme tout ce qui y est contenu en répondant Amen ; ( ) élevât vocem sacerdos, ut ejus continentia ab omnibus confirmetur dam respondent Amen. i4°« E t i e n n e , évêque d'Autun, autre auteur du XII . siècle, remarque qu'on rompt le silence I ) pour dire Nobis quoque peccatoribus, et que ce silence ne finit qu'à la conclusion (<*) du canon. Enfin lorsqu'au XIII . siècle on s'est avisé de mettre des Amen aux diverses conclusions du canon , on ne prétendit pas d'abord que personne dut les prononcer. Albert-le-Grand nous le fait assez clairement entendre,lorsqu'il nous dit: Quant à ce qui suit, par Jétus-Christ notre-Seigneur, c'est une conclusion à laquelle personne ne répond Amen, non plus qu'aux autres conclusions des secrètes, si ce n'est les Anges qu'on dit être présens à l'autel ; quod autem sequitur, per Christum Do0 b e e e

ta) Hitg. à S. Vict speet. Ecoles, de myst. cap. 7. (b) Ertid. TheoL deoffic. L. 2. cap. 37. (c) Cum dicitur nobis quoque peccatoribus , solet rumpi silentium paululùm suppressa * voce. \Leg. expressâ.] (dj Sacerdos rompit silentium alta voce canendo Per omnia secala secidomm. BILL PP. Lugd.iom.%0 ,pag. 1882.

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DISS. XV. PART* IIT. ART. Vf.

DU SILENCE DES

m i n u m n o s t r u m , est conclusio adquam nullus rerpondet Amen, sicut in aliis secretorurn conclusion^ bus nisi Angeli qui in ministerio esse dicuntur. C'en est peut-être assez p o u r voir combien on s'est éloigné de la vérité en osant dire q u e les Amen q u e nous avons au canon sont u n e p r e u v e d é m o n s trative qu'autrefois on les faisait toujours répondre par les assistans. C'est au contraire un fait démont r é , q u e les fidèles ne les ont p o i n t d i t s , et qu'il n'y a point eu A'Amen écrit dans le corps du canon j u s q u ' a u X I I I . siècle. Il n'y en a p o i n t eu dans plusieurs missels a u X I V . et au X V . siècle. Cela se voit dans les anciens missels de C i t e a u x , o ù l'on n'eu trouve p o i n t j u s q u ' e n I5I* inclusivement. Il n'y en a p o i n t non plus dans les missels des Chartreux en i5ao et en I54I* ni dans les autres éditions avant x56o. Il en a été de m ê m e dans quelq u e s diocèses q u i n'avaient point d'autres Amen au canon q u e celui de la fin. Mais c o m m e vers le milieu d u X I I I . siècle les autres Amen d u corps du canon furent insérés dans plusieurs missels, sans p o u r t a n t ê t r e dits par quelqu'un tre q u e par le prêtre et en silence, il ne sera pas inutile d e m a r q u e r ici l'occasion de ces additions.
y e e e e

ARTICLE

VIL

Origine des Amen insérés dans le canon au milieu du XIII'. siècle. On était alors en peine si tes Anges ou les Prêtres doivent répondre Amen.

dans ce siècle les faits historiques étaient assez i g n o r é s , et qu'on cherchait souvent des rais o n s a b s t r a i t e s e t a l a m b i q u é e s , p l u s i e u r s ne voyaient pas p o u r q u o i dans le canon on finissait des orai-

CM E O M

PRIÈRES DE LA. SI ESSE DANS TOUS LES SIÈCLES.

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sons par Jésus-Christ notre Seigneur, sans ajouter Amen ; et a u lieu d e dire q u e cela se faisait ainsi de tout temps à cause du s e c r e t , e t ' q u e YAmen de la fin était la confirmation de toutes les prières sec r è t e s , o n voulait trouver u n e raison mystérieuse p o u q u o i ces q u a t r e ou cinq oraisons du canon n'étaient pas suivies d'un Amen : on s'avisa d'avancer q u e le p r ê t r e ne disait pas Amen p o u r le laisser dire aux Anges q u i étaient présens au sacrifice. Cette raison était fort m a u v a i s e , et si les prêtres n'en avaient point eu d'autres p o u r passer les Amen, il aurait été plus à propos de les dire comme nous le faisons à présent. Q u a n d je dis q u e cette raison n e valait r i e n , ce n'est pas p o u r r é v o q u e r en d o u t e la crovance comm u n e des fidèles, q u e les saints Anges assistent au saint Sacrifice, o ù le Roi du ciel et de la t e r r e , le Sauveur des h o m m e s et des Anges se rend p r é s e n t Cette croyance est de tous les temps. Saint Chrysostôme nous a p p r e n d q u e non-seulement on le croyait, mais q u e ( ) longtemps avant lut Dieu avait fait la grâce à quelques Saints de les voir à l'autel ; et saint Grégoire-le-Grand dit avec a s s u r a n c e , sans craindre de pouvoir être contredit : « Q u e l est le fidèle00 » qui peut d o u t e r qu'à la voix du p r ê t r e , à l'heure » même de l ' i m m o l a t i o n , le ciel ne s'ouvre, les » choeurs des Anges n'assistent au mystère de Jé» sus-Christ ? » Maïs q u o i q u ' o n n'ait aucun lieu de révoquer en doute la présence des saints Anges au saint Sacrifice, il n e s'ensuit pas q u e nous puissions les charger de r é p o n d r e à n o s prières. Le r a p p o r t q u e nous avons avec les Àn^es est secret. Nous n'avons pas avec ces esprits bienheureux un c o m m e r c e o u v e r t , et nous ne p o u v o n s pas dans nos missels leur laisser q u e l q u e chose à dire. Ils n e sont à l'autel n i p o u r dire u n e partie de nos p r i è r e s , ni p o u r r é a

(a) Desacerdot.

L G. c. 2.

(b) 5 . Greg. Dialog* L 4. c. 58,

458

DfSS. XV. PART. IÏ1. ART. V U . — DU SILENCE DES

p o n d r e , ni p o u r suppléer au p r ê t r e s'il m a n q u a i t à q u e l q u e chose. Une histoire de l'abbé J e a n , rapportée dans le Pré s p i r i t u e l , n o u s le fait assez voir. « Un vîeillardMqui voyait des Anges assister à sa mes» se, avait appris d'un hérétique la formule et les priè» res de la consécration, et les disait avec simpli» cité sans y t r o u v e r du mal. Un diacre fort habile » lui dit q u e les prières d o n t il se servait n'étaient » pas conformes à la foi de l'Église catholique. Le » Saint n e pouvait le c r o i r e , parce q u e les Anges » qu'il avait vus et qu'il continuait à v o i r , l'au» raient sans d o u t e averti de l'erreur. Il exposa en» fin son d o u t e et sa peine aux A n g e s , et il apprit » d'eux q u e le diacre avait r a i s o n , mais qu'ils ne » l'avaient pas r e p r i s , parce q u e Dieu voulait que » les hommes fussent instruits par les hommes.» L'on n ' a d o n c pas cru dans l'antiquité que nos prières vocales dussent être n i dîtes ni suppléées p a r l e s Anges. Ainsi supposé q u ' à ces prières secrètes auxquelles le peuple n e pouvait r é p o n d r e , il fût nécessaire q u e les prêtres o u les Anges répondissent Amen , il fallait sans hésiter faire dire ces Amen par le p r ê t r e . Cependant s u r ce sujet si léger de doute quelques-uns s o u t i n r e n t q u e l'Église ne terminait pas ces oraisons secrètes d u canon pour les laisser t e r m i n e r par les Anges. Les bons esprits qui ne pouvaient se contenter de ces r a i s o n s , trouvèr e n t plus à p r o p o s d'ajouter Amen en s i l e n c e , et les Jacobins n e furent pas des derniers à p r e n d r e ce parti. Ils insérèrent ces Amen au missel qu'ils écrivirent dans leur maison de saint Jacques en ia54i dans le temps q u e saint T h o m a s y faisait ses études et son cours de licence. L e célèbre cardinal Hugues de saint C h e r , autre savant Dominicain contemporain d'Albert-le-Grand et de saint T h o m a s , nous fait connaître ce partage d e sentiment et d'usages dans son explicatiou d u
(a) PraL spiriL cap.

PRIÈRES DE LA. MESSE DANS TOUS LES SIECLES. f*5g

c a n o n ; c a r , s u r la p r e m i è r e c o n c l u s i o n , par Jésus* Christ notre Seigneur, il n o u s dit qu'on n e doit pas Ja t e r m i n e r par u n Amen , parce q u e selon quelques-uns le c h œ u r des Anges q u i assistent au sacré m y s t è r e , répond Amen ( ) ; etterminando non débet dici Amen secundum quosdam , quia Angelorum chorus sacro mysterio assistens respondet Amen. Ici j e ne puis me dispenser de faire r e m a r q u e r le peu de fidélité des allégations d u livre de M. de Vert. Il veut absolument q u ' o n ait dit autrefois le canon à voix h a u t e ; q u e le p e u p l e ait r é p o n d u Amen j u s q u ' a u X I I I . siècle ; et e n t r e autres preuves qu'il a fallu réfuter , il allègue le témoignage d u cardinal Hugues q u e nous venons de rapporter. Mais au lieu de dire qu'on ne r é p o n d pas Amen, p a r c e q u e , selon q u e l q u e s - u n s , c'est la réponse d u c h œ u r des Anges , il s u p p r i m e quia Angelorum chorus, p o u r faire dire cet Amen par le peuple. Voici ses paroles ; «Depuis ( ) q u e par la récitation à » voix basse de ces mêmes prières le peuple a cessé » d'y r é p o n d r e Amen, on en a aussi retranché tous » ces Amen, c o m m e inutiles, en plusieurs missels. » Tels sont les anciens missels de C i t e a u x , d'Au» tun , de P r é m o n t r é , et q u e l q u e s autres. Le misD sel de Chartres de 1 4 8 9 les y laisse à la v é r i t é ; » mais c o m m e c'est naturellement au peuple à les » r é p o n d r e , le p r ê t r e , selon le missel de cette même » église d e i6o4* a défense expresse de les dire. » C'est aussi p o u r cette raison q u e le cardinal Hu» gues , en son Miroir des p r ê t r e s , prétend avec » quelques a u t r e s q u e le p r ê t r e n e doit point ajou» ter Amen à ces paroles : Per eumdem Dominum » nostrum , d u Communicantes , parce q u e , dit » ce c a r d i n a l , Y Amen est sur le c o m p t e des assis» tans , et terminando non débet dici Amen secun» dum quosdam, quia sacro mysterio assistentes res» pondent Amen. Sentiment qui suppose q u ' a u XIII .
a e b e

faySpec. EccL in cmu (h) Cêrêm* de la messe, tom. 2. w w . 350

46û

DISS. XV. PART. 117. ART. VII. — Dtf SILBJCCK DES

» siècle, o ù vivait le cardinal H u g u e s , d u moins » le Communicantes se récitait e n c o r e assez haut » p o u r pouvoir être ouï du peuple et attirer Y Amen. On ne saurait concevoir c o m m e n t on peut prendre le change dans le peu de paroles du cardinal H u g u e s , ni c o m m e n t ou p e u t ignorer son sentiment. Son ouvrage intitulé : Spéculum ecclesiœ, ne contient q u e trente petites pages in-quurlo; et il dit trois o u q u a t r e fois q u e les secrètes et le canon s'appellent le s e c r e t , parce q u ' o n le dit secrètem e n t ; dicit autem ea secrète, quia Christ us secrète oravit.... hœc pars dicitur quandoque secretum et hoc ideo quia in secreto dicitur. Aliquando canon,, etc. C o m m e n t ê t r e informé du sentiment de ce cardinal par M. de V e r t , à qui l'on devrait néanmoins s'en r a p p o r t e r , s u r t o u t p o u r un livre aussi rare q u e l'est celui du cardinal Hugues ? Les Dominicains ne l'ont p o i n t , et l'on n'en connaît q u e deux exemplaires à P a r i s , l'un dans la bibliothèque d u roi , q u e j ' a i devant les yeux , et l'autre dans la bibliothèque de Sorbonne. Je fais cette observation avec peine touchant feu M. de V e r t , parce qu'il y a, ce s e m b l e , beaucoup de recherches dans son livre , et qu'il serait à souhaiter q u ' o n pût s'y fier, au lieu qu'il peut imposer à tous ceux qui ne sont pas eu état de juger par eux-mêmes de t o u t ce qu'il allègue. Ce qu'il n'a pas voulu voir dans le cardinal H u g u e s , est encore plus d'une fois dans D u r a n d de Mende , qui écrivait 3o o u 4 ° ans après l u i , et qui est m o r t en 15196. Durand dit d'abord , s u r la conclusion du Commun* cantes, qu'on ne répond pas Amen, selon quelquesu n s , p o u r la raison déjà m a r q u é e : ( ) Quia Angeloru?n chorus sancto ministerio assistens respondet Amen. Mais il ajoute q u e cela ne s'observe pas part o u t : Hoc tamen non ubique setvatur; parce qu'en effet depuis Pan i s 5 o , il y avait déjà bien des missels où l'on avait mis les Amen. Mais il y en avait
a

(a) Ilafton. dio. off. I. 4 eaz>. 3.

PïllkRES DE L \ MESSE DA.NS TOUS LES SIÈCLES.

$1

aussi un plus grand n o m b r e o ù Ton ne voyait pas cette addition. L'anciel missel de l'abbaye de SaintGermain-des-Prés, qui m e paraissait écrit depuis près de cinq cents a n s , mais à qui les habiles auteurs du catalogue des manuscrits de l'abbaye n'ont d o n n é q u e q u a t r e cents ans d ' a n t i q u i t é , n'a point d'autre Amen au canon q u e celui de la fin. On voit à la bibliothèque de sainte Geneviève un ancien missel de l'église de Sentis écrit sur du vélin un peu avant l'an l a o o , o ù il n'y a aussi q u e Y Amen de la fin. E t ce qui m a parti fort r e m a r q u a b l e , q u o i q u e ce missel ait été en usage long-temps après et qu'on y aperçoive plusieurs additions de diverses mains , j u s q u e vers l'an r 3 o o , on n'y a point ajouté les Amen au canon. Ce qui fait voir qu'on suivit encore en bien des endroits l'ancien usage. J'ai vu un a u t r e missel plus récent à la bibliolhèue des Cholets , o ù il n'y a non plus q u e Y Amen e la fin. M. de Vert m ê m e vient de dire qu'il y en a plusieurs o ù il n'a pas vu les Amen ; et en cela il doit être cru ; puisque j'en puis citer un trèsgrand n o m b r e où les Amen du corps d u canon n e se trouvent p a s , non qu'ils aient été r e t r a n c h é s , comme M. de Vert le p e n s a i t , mais parce q u e suivant l'ancien usage on ne les y avait pas encore mis. D u r a n d dit encore plus bas sans restriction qu'on ne répond pas (*) Amen , ou parce q u e les Anges r é p o n d e n t , ou parce qtte ces prières se disent sec r è t e m e n t , et q u e ceux qui répondent à la m e s s e , ne sauraient les entendre : et à la fin du canon il a j o u t e , ( ) q u e le prêtre élève sa v o i x , afin q u e le peuple e n t e n d a n t la fin d u canon puisse répondre Amen. Voilà d o n c j u s q u e vers l'an r 3 o o , t o u t le canon dit secrètement sans autre Amen que celui de la fin. Ce n'a été q u ' a u X I V . , au X V . et au X V I .
b e e e

(a}

(I>) Dicitur altè tespondeat Amen.

4. cap.

4G.

ad incitationem populi ut sciens Ibid.

flnem

canonis

1

46a Diss. xv. P R . tir. A T vn. — D S E C D S AT R. U I UE E L siècle q u ' o n l'a mis enfin dans t o u s Jes m i s s e l s , et q u e les p r ê t r e s se sont a c c o u t u m é s à les d i r e , mais toujours secrètement. Q u a n d Lorichius, e n i 5 3 6 , s'avisa d'inférer de ces Amen q u e le peuple a d û toujours les répondre , et e n t e n d r e par conséqu e n t toutes les prières du c a n o n , on pouvait lui dire : Vous vous t r o m p e z ; il n'y a q u e deux ou trois siècles qu'on a c o m m e n c é à m e t t r e ces Amen dans q u e l q u e s missels ; il y en a plusieurs où ils n e sont pas e n c o r e : voyez ceux de Citeaux , de P r é m o n t r é et des Chartreux. On aurait p u tui dire q u e peu d'années avant qu'il écrivît son livre, diverses personnes étaient d é t e r m i nées à ôter les Amen des nouveaux missels, parce qu'ils ne les voyaient pas dans les anciens. C'est ce qu'on p e u t voir dans l'explication du missel par Jean Rechoffen , de Tordre des Augustins , imprimé à Strasbourg en ISÏQ. Cet a u t e u r crut p o u r t a n t q u ' o n n e devait pas p r e n d r e la liberté de les ôter. Mais en les m e t t a n t o u en les laissant, on avertissait toujours qu'on les disait en silence. En u n m o t , on a pu aisétnent convaincre L o r i c h i u s , et tout a u t r e , q u ' o n n e saurait a p p o r t e r de b o n n e s p r e u ves p o u r m o n t r e r que l'usage du silence des prières de la messe est récent. L o r s q u e le canon a été mis par écrit dans l'église l a t i n e , on n'a point placé d'Amen à la consécration , ni à la fin de chacune des prières du corps d u canon , et Ton n'a pas voulu par conséquent q u e toutes ces prières fussent entendues du peuple , afin qu'il p û t r é p o n d r e Amen. A l'égard de l'église o r i e n t a l e , la plus h a u t e antiquité n o u s a p >rend qu'il n'y avait pas non plus d'Amen aux paroes de la consécration dans les liturgies qui ont clé écrites avant l'empire de Justinien. Voyez celle dts Constitutions apostoliques, dans la première dissertation,» Tom. i.pag. 75 etsuiv. Il n'y a point d'Amen non plus dans les liturgies des Chrétiens qui n ' é taient p o i n t renfermés dans l'empire au temps de

ftMÈRES

DE LA MESSE DANS TOUS LES SIÈCLES,

fài

Justinien. Tels étaient les Nestoriens ; aussi n'y voit* o n pas les Amenqui furent ajoutés à la liturgie de Constantinople. Il n'y en a point dans les plus a n ciennes des Ethiopiens q u e nous avons données a p r è s Wansleb et Ludolf.- Voyez tom. a. pag. 487 et 4 9 3 . V o i l à , ce me s e m b l e , la tradition s u r ce point plus q u e suffisamment développée. Il ne reste qu'à dire un mot p o u r faire cesser I é t o n n e m e n t de quelq u e s personnes. Est-il p o s s i b l e , d i t - o n e n c o r e , que d u r a n t les six premiers siècles on ait usé de tant d e réserve à l'égard des fidèles qui étaient si saints, e t q u ' o n ait caché les mystères à d'autres q u ' a u x infidèles, aux catéchumènes et aux pénitens? C'est u n e nouvelle difficulté p a r laquelle il faut finir.

ARTICLE

VIII.

Dernière difficulté : Plusieurs réflexions montrent que jusqu'au VIIP. siècle il aurait été injuste de cacher les mystères aux fidèles. Réponse : On se fonde sur des erreurs historiques. Durant tes sept premiers siècles il y a toujours eu des fidèles qui ont mérité qu'on leur cachât une par* tic des saints Mystères , et les saints n'ont pu trouver mauvais qu'on usât à leur égard même de quelque réserve* DES personnes qui b l â m e n t fort le nouvel usage d e dire toute la messe à voix h a u t e , et de faire rép o n d r e par les assistans les Amen du canon , conviennent néanmoins que l'usage d u silence des prières ne s'est établi au plus tôt qu'au VIII . siècle; et les raisons qu'ils en d o n n e n t , sont q u e l'histoire des bergers a d o n n é lieu à l'usa