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‘Dagmar’ : l’histoire de Virginie.

Question: Qu’y a-t-il de commun entre les personnes suivantes? Simone Signoret (née Simone Kaminkar) Le Duc d’Edimbourg Alan Ginsburg Virginia Ruth Egnor. Réponse: Elles sont toutes nées en 1920. Bon. D’accord. Nous connaissons la vedette de ‘La Ronde’ et ‘Room at the Top’. Le mari de la reine d’Angleterre aussi. Nous avons entendu parler de Ginsburg et de la génération ‘Beat’. Mais Virginia Ruth Egnor? Qui est-elle? Que fait-elle dans un magazine Cadillac? Continuons ensemble, je vais vous l’apprendre. Du ‘fast-food’ à l’étoile. Virginia est née en novembre 1920 à Yawkey dans l’état de la Virginie Occidental. Cette région représente ‘l 'Amérique profonde’ pour la population citadine de NewYork ou de Boston. Après des études de commerce elle poursuit une carrière sans histoires. Elle se marie à l'âge de 23 ans, en 1944, avec un sous-officier de la Marine américaine, et vit à Long Island dans l'état de New York. Elle travaille comme serveuse dans un ‘fast-food’. (Rappelons-nous aussi qu’au même age la divine Signoret enseignait l’anglais et était secrétaire dactylo en intérim. Le futur Duc était, lui aussi, simple sous-officier dans la Marine anglaise …… mais aussi neveu du roi de Grèce.) La vie de Virginia va prendre un autre chemin, quand - encouragée par ses collègues de travail - elle se présente à une audition pour un théâtre de Broadway. Bien qu’elle n’ait aucune expérience du spectace, elle réussit à se faire engager pour le revue Laffing room only (" Que place à rire ") et poursuit une modeste carrière sur les planches de Broadway pendant quelques années. En 1950 (et notons bien la date) Virginia est choisie pour jouer le personnage de ‘Dagmar’ dans une série télévisée Broadway Open House. Il s’agit de tenir le rôle d’une belle blonde plutôt idiote. Broadway Open House connaît un grand succès et, grâce à ‘Dagmar,’ Virginia devint célèbre en très peu de

temps. Son visage et surtout sa remarquable poitrine ne pouvaient laisser indifférent ses admirateurs ! L’influence de Selfridge Field. Pour l’instante laissons Virginia Ruth, dans sa gloire. Nous sommes maintenant, au printemps 1941, neuf années plus tôt, à 760 Km vers l’ouest de New York. La base aérienne de Selfridge Field, dans le Michigan, abrite sous son hangar un P38, avion de combat secret de

l'USAF . Harley Earl, Bill Mitchell et Frank Hershey, tous grands concepteurs chez Cadillac, sont là et vivent un moment historique en découvrant pour la première fois les lignes d’un P38. Le bouleversement est tel pour les dessinateurs que leurs travaux en seront imprégnés. On retrouvera dans les œuvres de Bill Mitchell du milieu des années 1960, les stigmates de ce moment fort et heureux à la fois. Le pare choc. Laissons-nous pour le moment Harley et ses amis. Intéressons-nous maintenant à la naissance de l’humble pare-choque. Au début de l’histoire de l’automobile, le pare-choque n’était pas utile en raison du nombre peu important de véhicules en circulation. Les premiers pare-choques n’apparaissent, chez Cadillac qu’ en 1920, presque une génération après le début de la marque. Ils ont la forme d’un simple tube horizontal, à l’avant et à l’arrière. Le développement de cet élément est progressif jusqu' en 1935. De un tube on passa à deux puis à trois tubes horizontaux, et on ajoute deux pièces verticales avant et arrière pour éviter qu’un pare-choc monte sur un autre plus bas. Ainsi est né le ‘Bumper Guard’ , ici en photo. Aujourd’hui, personne ne comprend pas pourquoi les constructeurs

des premières automobiles ne pouvaient pas s’accorder entre eux, comme les ingénieurs des chemins de fer, tant sur la forme des pare-chocs que sur leur hauteur par rapport au sol ….. mais maintenant c’est bien trop tard. Demande insatisfaite Revenons à Harley, Bill et Frank. Depuis leur visite à Selfridge Field, le Cadillac modèle 1942, présente des bumper guards, d’une forme aérodynamique, qui ressemblent bien à la forme d'une tête d’hélice ou d’une balle. Mais le millésime 1942 fut, en effet, le dernier de l’avant-guerre pour Cadillac. La production de voitures ne reprend qu’en 1947. Après la guerre, grâce à l’abondanc de l'argent fédéral dépensé dans l’économie domestique pendant le conflit, Cadillac enregistra des centaines des milles de commandes, dont plus de 100.000 resteront sur liste d'attente à la fin de l’année. Pas besoin, donc, de changer quelque chose dans le style pour dynamiser les commands. Nos petits bumper guards continuent inchangés. …….jusqu’en 1953. Notons bien la date. Car en 1953, en pleine intervention américain en Corée, Ed Glowacke, sous la direction de Harley Earl, produit un bumper guard d’une taille beaucoup plus importante qu’auparavant. Il ressemble plus aux obus ou aux réservoirs supplémentaires de carburant (drop tanks) des avions de chasse à réaction Sabre qui sont en service pour Uncle Sam en Corée. Mais pour beaucoup de monde, en fait, le bumper guard ressemble en tout et pour tout à une partie de l’anatomie de notre très connue …. petite vedette de Yawkey, WV! Anatomie des ‘dagmar’. Comme le terme ‘Madame X’ pour un modèle V-16 des années ’30, ou bustleback pour le Seville 1980, le nom ‘dagmar’ n’était jamais employé officiellement par la direction General Motors. Pourtant, pour les autos américaines le mot dagmar veut bien dire ‘Cadillac bumper guards de 1953 à 1958’. Il y a trois générations de vrai ‘dagmars’ : l’initial de 1953 et 1954 (à gauche)

– les ‘obus’ de 1955, qui était plus massif mais aussi plus simple,

- et les ‘anatomiques’ 1956 à 1958 avec une rondelle en caoutchouc noir qui n’a pas besoin d’explication.

Or, en 1959, au moment où l’aileron vit son apogée, le ‘dagmar’ est absent. C’est un adieu définitif, la fin d’un moment fou dans l’histoire de l’automobile. Notes culturelles. Avant de quitter pour toujours le thème des ‘dagmars,’ il nous reste deux petits commentaires culturels. Virginia Ruth était la première personne dans l’histoire à devenir une ‘célébrité’ exclusivement grâce a la télévision – aujourd’hui essentielle. Son premier rôle à Broadway était peu connu et elle n’a jamais fait ni film ni gravé un disque en solo. Mariée trois fois, elle est morte en 2001 dans l’oubli, seize ans après la divine Signouret et quatre ans après Ginsburg. Le bon Duc d’Edimbourg nous reste. Ver 1998 la chanteuse ‘Madonna’ (née Louise Ciccone en 1958) une vedette d’aujourd’hui plus connue que Virginia Ruth, essaya en vain de lancer la mode des soutiens-gorges style ‘dagmar’….. sans aucun effet apparent sur le dessin de l’automobile américaine. Mince!