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Almeras, Henri d'. Henri d'Almeras. Le Marquis de Sade, l'homme et l'écrivain, d'après des documents inédits.

Avec une bibliographie de ses oeuvres.

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l'NK AVEC HIBUOGRAPIIIB DESESOEUVRES ® 16 HORS TEXTE *

PARIS ALBIN ÉDITEUR MICHEL, des 5!) 59, Rue Mathnrins,

LE

MARQUIS

DE

SADE

.DU MÊME AUTEUR et de Librairie A la Société Française d'Imprimerie Rue de Clunr. 4 S LES ROMANS DE L'HISTOIRE . Cagliostro Emilie de Sainte-Amarantlie Les Dévotes de Robespierre Fabre d'Églantine . 1 vol.. : 1 vol. 1 vol. 1 vol.

HENRI D'ALMERAS Le MARQUIS L'HOMME (D'après ET DE SADE L'ÉCRIVAIN inédits) DE SES OEUVRES des documents AVEC UNE BIBLIOGRAPHIE PARIS ALBIN 59.' .THURINS. RUE DES MA.5o. ÉDITEUR MICHEL.

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généalogiste des Ordres du Roy. « homme de Clairambault. Nicolas-Pasneveu et successeur de son cal de Clairambault. est fils de Messire 1. attesta par l'acte qu'on va lire la noblesse d'un jeune gentilhomme provençal demandé à entrer qui avait dans le corps très aristocratique des Chevau-légers de la garde du roi : « Nous. né le 2 juin Donatien-Àlfonse-François I7/4O et batisé le lendemain dans l'Église Parroissialle de S'-Sulpice à Paris. . versé oncle. certifions à Monseigneur le Duc de Ghaulnes.LE MARQUIS DE SADE UN OFFICIER DU ROI Au mois de mai de l'année 1754. Pierre dans la connaissance des généalogies». de la Compagnie dés ChevauRoy et Lieutenant ordinre de Sa Majesté. légers de la Garde que de Sade. Pair dé et Commandeur des Ordres du Chevalier France.

que leur filiation remonte à plus de /|00 ans . des services militaires de considération. Sr dc Sade présenté pour être receu dans la d. Coste. chevalier seigr de Mazan et Lieutenant de Bresse. dont un est mort Grand Prieur de alliances S' Gilles en 1719. ches tant en Provence qu'au Comté Yenaissin . d'AsCambis-d'Orsan. de de Simiane de la. et Ministre du Roy auprès de l'Electeur de Cologne. Dame d'accompade Bourgnement de feue Madame la Duchesse bon . capitaine ou Gouv 1' héréditaire des mey Yille et Château de Vaison. et de Dc Marie-Eleonor de Maillé de Carman. D'où il resuite que mond:. dit de Malte. cy devant Ambassadeur en Russie. huit Chevaliers de l'ordre de S1 Jean de Jérusalem. depuis environ 1/|50 jusqu'en 1716. un autre de Vaison l'an 17i:û5-. de Porcelet. Et que les principales do cette Maison sont avec celles de Forbin. Bugey. qu'on des emplois distingués y trouve anciennement dans les cours des Papes et des Comtes de Proun vence. de Grimaldi-d'Antibe. son épouse. que sa Maison dont le surnom se trouve également écrit de Sade et de Sado dans les litres est divisée en plusieurs branoriginaire d'Avignon. et deux autres de Cavaillon en 1660 et 1665. etc. Grillon. apellé le comte Jean-Batiste-François de Sade. . de BertonIraud-de-Murs. Valrogênerai des Provinces et Gex.2 -"'-. LE MARQUIS E SADE D de Sade. Evêque de Marseille en iliOh.

le 24° jour du mois de May. alliée aux plus grandes familles de la région. etc.UN 0FEICIER DU ROI. pour lé distinguer de son fils Hugues III. et qui épousa Laure de Noves. en 1216. passait pour une des plus ande la Provence ciennes et des plus illustres (3). surnommé le vieux. des Chevaulegers de la Garde ordir Compagnie naire de Sa Majesté a toutes les qualités requise s pour y être admis : En foy de quoy nous avons et avons aposé le cachet signé le présent certificat de nos armes. dont parle César de Noslre dame dans son Hisloirc el Chronique de Provence. de Mazan. mil sept cent cinquante quatre (1). assista à une assemblée tenue dans la ville d'Arles. du Ministère de la Guerre. à la famille desMédicis). du petit village de Saze. de Braciès. (3) Le premier membre de celte famille dont l'hisloire fasse mention est Bertrand dc Sade. Un des fils dc Hugues Ier. pour simplifier. (2) C'est le litre qu'il portait comme fils aîné (quoique son père eût celui de comte). dans tout le cours de celle élude. Bertrand de Sade cul pour fds Hugues dc Sade. dit-on. étaient « de gueules à une étoile d'or armes et couronchargée d'une aigle de sable becquée née de gueules ». de Yauredonnc. de Poil. de la Goy. Hugues II. » La famille. Nous le lui conserverons. Jeanne Larlissal (qui appartenait. Paul de Sade eut. . — et s'était Beauchamps. d'Aiguières. dont les. de de Romanil. (lui épousa Raymonde Garnie!'. les (i) Archiues adminislr. cl qui. près Originaire. de Goult. dc sa première femme. du marquis de Sade (2). dit-on. de Saumane. A Paris. elle avait formé plusieurs branches — d'Avignon.

les Causatis. il semblait (1) Aline el Valcourl (sic) ou le Iloman philosophique. Girouard. que la nature et la fortune se réunissaient pour me combler de leurs dons . dans le sein du luxe et. Remond-Modene. 8 vol. 1798. une influence sur sa destinée.Paris. sur son caractère. Nous nous sommes servi de la réimpression -faite à Bruxelles en i833. né à Languedoc pouvait avoir de plus distingué Paris. . je le crus parce qu'on avait la sottise de me le dire. d'insister un peu sur ces déIl est nécessaire en apparence. qui peut passer pour une auto-biographie et auquel nous ferons de nombreux emprunts : de « Allié par ma mère à tout ce que la province . et ce préjugé ridicule me rendit hautain. et cet orfut celui d'un féodal qui ne vougueil intraitable des lait subii aucun joug et se croyait au-dessus cl Vallois. dès que je pus raisonner. que nous aurons plus Ses fautes vind'une fois l'occasion de constater. les Barbentane. décisive. car assez tails. Simiarie.4 LÉ MARQUIS E SADE D les les Fortin. écrit à la Bastille un an avant la Révolution. je crus. Il a écrit dans son roman Aline cour (1). que tout dut me despote et colère . rent en grande partie de son orgueil. prépondérante. .de l'abondance. insignifiants l'homme dont nous allons raconter l'histoire ne les et ils eurent considéra jamais comme négligeables. les Grimaldi — sans compter les Médicis et les Doria. in-18.

de Saumane et de la Coste. celte lettre du ministre de la maison du roi dont la copie se trouve aux Archives (o'/Jo/i) : « Les loueurs de carrosses de remise n'ignorent pas. qui obtint la charge de Condé. auSur une partie de l'emplacement qu'occupe et qui fut jadis le Clos Brul'Odéon jourd'hui de Pari. du parlement neau. entre les mains de duc de Retz. de dragons au régiment cien capitaine de Maillé-CarMarie-Eléonore avait épousé de dame de comman (1).UN OFFICIER DU ROI 5 entier dût flatter mes caprices céder. Henri 11 de Bourbon. Condé. un premier président au avait fait de Corbie. ainsi. prince et il le paya l'acheta deux ans après. etc. Cependant. seigneur de Condé. je verrai si ces fermiers voudront se prêter à quelque arrangement. quinzième du maréchal Jérôme de Gondi. (1) C'est à elle probablement que fui adressée. ande Sade. charge qui suppagnie de la princesse posait une très haute noblesse. comte Son père. que l'univers et qu'il n'appartenait qu'à moi seul d'en former et » de les satisfaire. Jean-Baptiste-François-Joseph. et c'est un article qui ne doit regarder que le cocher. passa siècle. un hôtel qui.. la saisie a clé faite en règle. « . en 1610. le 25 décembre 17G2(quoiqu'elle porte pour subscriplion : Mme la marquise de Sade). Arnaud construire. Je proffilerai toujours avec" beaucoup de plaisir des occasions où je pourrai vous marquer le respect avec lequel j'ai l'honneur d'être.«. madame^ qu'il leur est deffendu de venir à Versailles sans en avoir obtenu l'autorisation des fermiers des voilures de la cour.

été agrandi L'hôtel. des enfoncements. De très-belles fêtes furent célébrées dans cette demeure. qui avait été si long-temps consacré au plaisir. des pilastres des festons. . rebâti en grande et ses sucpartie par son nouveau propriétaire leur nom à deux voies cesseurs. la et Madame. que naquit le marquis de Sade. sur une scène improvisée. le 11 décembre 1663. des perspectives. l'éclat de leurs réceptions écrivait le 16 février 1680 Mme de Sévigné. qui donnèrent nouvellement ouvertes dans les environs. le 2 juin 1740. années années revers et de misère. les Condé se signalèrent par : « Il y eut hier soir. deux de ses plus Reine. devant le Roi. qui avait déjà par le maréchal de Retz. Jusque de dans les dernières du règne. » C'est dans ce palais. Monsieur récentes des de l'Ecole oeuvres. somme énorme pour l'époque. des orangers tout chargés de fleurs et de fruits. A l'occasion du mariage du somptueuse duc d'Enghien avec la princesse Mopalatine. Pour se rendre compte de ce qu'était . fut restauré.G LE MARQUIS SADE DE quarante mille écus. enfin toute cette petite soirée coûte plus de deux mille louis. une fête extrêmement enchantée à l'hôtel de Condé.-le-Prince. Un théâtre bâti par les fées. la rue de Condé et la rue des Fossés-M. la Critique Femmes et VImpromptu de Versailles. lière et sa troupe y jouèrent.

il suffit de se reporde Germain ter à la description Brice. « Il faut voir le jardin. «faits aveclieauGoup d'in- . a la manière d'Hollande. fait remarquer que l'art et la . qui viennent morency. composée cartes à la main des plus rares. qui a longtemps appartenu duc de Lesdiguièrès. lequel dans une étendue assez médiocre.nature joints ensemble de >très produisent toujours "Il y a des cabinets de treillage grands agréments. bâtiment. quoiqu'elle d'une trentaine d'années : « Le soit antérieure dit de quelque côté que Ton considère. cependant. ont été peints par cabinet de Madame la Princesse de Sève : mais en récompense pour des meubles. ni qui puisse satisfaire la du tout d'extraordinaire curiosité il y a quelques moindre .UN OFFICIER DU ROI à cette époque l'hôtel Condé. rang. vera aussi des tableaux des maîtres du premier entre un Baptême de Notre-Seiautres. des tapisseries extraordide l'illustre maison de Montnaires. au gneur. il est difficile d'en voir dans aucun autre palais de On-y trouplus riches et en plus grande quantité. et des pierreries plus qu'en aucun autre endroit. assez propres et assez régulièrement appartements distribués pour les dedans où il paraît qu'on a fait Le plafond de la chambre et du de la dépense. On y conserve aussi une nombreuse de livres curieux et de bibliothèque. de l'Albano. n'a rien ce guide 1res sûr dans son naïf langage.

mais le petit (i) Description nouvelle de la ville de Paris et Recherche des singularités les plus remarquables qui se trouvent à présent dans celle grande ville.. p. . laissait à sa mort. Louis XV après là régence du duc d'Orléans. des députés. en 1740— l'année même de la naissance du marde Sade — comme héritier de son nom et de quis ses richesses assez mal acquises un enfant dc de Bourbon. Le caractère du futur prince de Condé (2) se par bien des côtés de celui du jeune rapprochait marquis de Sade. né le ans. qui en rendent la promenade agréable (1). époque où ils le vendirent 3.8 LE MARQUIS E SADE D dustrie. qui queur de Rocroy. en 1709. 5° édition. emportés. querelleurs. 291. i5 sols pour servir de nouvelle saljc à la Comédie-Française. Ils allèrent alors habiter le Palais-Bourbon. 1706. II. Son le premier ministre de Louis-Henri.156. qui était situé à l'extrémité du faubourg SainUGermain et qui estaujourd'hui laChambrc .107livres. vifs. l'un et l'autre. (2) Le principal chef des armées émigrées en 1793. Henri-Jules mourut quelques années plus tard. Les Princes de Condé occupèrent cet hôtel jusqu'en 1778. En été ce jardin est rempli d'orangers et d'arbustes. Louis-Joseph quatre 9 mars 1736. Paris. Ils se ressemhautains. Ils étaient. blaient trop pour s'aimer beaucoup. » L'hôtel Condé appartenait alors au fils du vainde Bourbon.t.. et l'ami de la marquise de Prie. Il paraît à l'extrémité de chaque allée un petit arc de triomphe du même ouvrage. petit-fils.

d'amuseur fois que se prébatailles chaque quotidiennes. il s'y croyait par son rang. illustre auquel sa mère avait l'honneur d'appartenir à peu près de mon âge. sans plus encore de ce qu'à de très grands autorisé doute. malgré les Il ne l'essaya illait jamais.. et dans les docile et de souffre-douleur. tience. de concessions de jeux qui les bonnes grâces de son compagnon et qui ne Touétait en même temps son maître. il rendit coup pour coup. je me de ses résistances très vengeais par des coups sans qu'aucune considération m'arrêtât multipliés. senta l'occasion. en revenant qu'il avait été période de sa vie. on s'emet qui se trouvait de me réunir à lui. et sans qu'autre chose que la force et la violence . exhortations se faire un dont on avait espéré qu'il saurait au rôle il ne voulut pas se résigner protecteur. « Né le palais du prince dans et élevé. mais il ne le regrettait pas. mais ma vanité encore rien à ce calcul. afin qu'en étant connu pressait son appui dans dès mon enfance je pusse retrouver du tous les instants de ma vie .. il reconnaissait fort peu habile. écrivait-il. moment qui n'entendait de s'offensant un jour dans nos jeux enfantins ce qu'il voulait chose et me disputer quelque titres. sur cette Bien des années plus tard. peut-être marquis à s'attirer et de flatteries. Traitant en égal celui maternelles.UN OFFICIER DU ROI à force de paserait arrivé. même pas.

il quand il quitta le collège. I. 27. on l'expédia en province. dans son abbaye en Au d'Ebreuil. mon adverpussent parvenir ' ' » saire^). ministre do France à Cologne et ne pouvait plus de son éducation. . par une très aristocratique 11 paresse. savait un peu de latin.10 LE MARQUIS SADE DE à me séparer de. et son orthographe s'élevait sensiblement au-dessus de la moyenne. Cependant. ses Mémoires sur la vie de Pétrarque. entra ensuite au collège Louis-le-Grand. » Son père avait été nommé. dit-il. chez une grand'mère. guère s'occuper Après avoir années chez sa grand'mère. 26. qui préparait alors.1. . 11 vergne. t.). {2) Aline et Valcour. a Je fus. lère. etc. bien titrés. il fut confié à un de ses oncles. où il se comme beaucoup de ses condisciples distingua. puisqu'il ne savait pas s'accommoder à son humeur et se plier à ses caprices. dont passé quelques la faiblesse finit par paraître excessive. à Avignon. Pour l'en séparer plus sûrement et d'une manière définitive. dresse trop aveugle nourrit en moi tous les défauts que je viens d'avouer la co(2) (l'orgueil. se jugeait de trop bonne famille pour faire avec les livres une connaissance sérieuse. (i) Aline et Valcour. t. p. p. dont la tenenvoyé. après sa troisième. . l'abbé de Sade. en 1774.

Ils sous le règne de Louis XIII. aux Comptes faits de Barment de Despautère. Sa famille le destinait à la carrière militaire. lorsqu'il dit adieu.un et =un des plus des=plus riches de ^toute l'armée . Clairambault. Louis XII avait créé plusieurs compaon avait légère gnies de cavalerie auxquelles donné le titre de Chevau-légers. reproduit En 1498. La requête garde ordinaire suivant l'usage. avec quelque chance débuter d'y réussir.Sade avait quatorze ans. On demanda pour lui une place dans un et par consédes corps les plus aristocratiques de la quent les plus enviés. en 1599. et rème. et pour armes offensives : Tépée ou le sabre et les:pistolets. du roi.plaspagnie qui avait pour armes défensives tron. était . sansregret. Un siècle plus les tard.uniforme. le au traité De Dûs et Hcroibus marquis de. les Chevau-légers fut appuyée. les mit au nombre de ses gardes. la seule où il pût aussi jeune. : le .donna le fusil en 1745.. par le certificat du généalogiste certificat officiel. une comformaient. Jjouis XV leur. la calotte. Henri IV.UN OFFICIER DU ROI _ 11 au rudiEn 1754. dix-huitième Leur.. pour récompenser du courage dont ils avaient fait Chevau-légers preuve pendant les guerres d'Italie et les guerres de religion. que nous avons au commencement de ce chapitre. au Prsedium du père Juvenc3r.au siècle. ruslicum du père Vaincre.

et au centre on lisait cette fière devise : Sensere gigantes. le capitaine-lieutenant allait prendre les ordres du roi. plumet et cocarde blancs . La compagnie sous les armes. 19 officiers et 200 gardes (2). » La compagnie des Chevau-légers comprenait.12 _ LE MARQUIS SADE DE carrés élégants (1). lui et ses . tout soldat qui avait servi pendant vingt ans dans les Chevau-légers avait droit. qui assistait presque toujours à cette présentation. en 1754. comme dans tous ceux de la maison du roi. avec parements blancs. ceinturon blanc brodé d'or . culotte de soie blanche avec boutons d'argent et jarretière d'or . Etendards et timbales. le roi vous donne Monsieur un tel. galons en plein et brandebourgs d'or. boulons or et argent. poches en travers. boutonnières d'argent. chapeau galonné d'or. bottes fortes. A chaque coin était brodée une foudre. en dehors des prises d'armes et des parades ou revues. la présentation des nouveaux officiers se faisait avec un cérémonial où se particulier. combinaient l'esprit militaire et l'esprit de camaraderie. Leur ca(i) Habit écarlale bordé de soie blanche. restaient dans la chambre du roi. Darts ce corps. veste blanche avec galons et bordure d'or. (2) Depuis Louis XIII. et se tournant ensuite vers les officiers et les soldats : « Mes compagnons. et dont la hampe se terminait par une fleur de lis d'or. Ils avaient quatre étendards de talFetas blanc brodé d'or et d'argent. disait-il.

du Ministère de la Guerre (dossier du marquis de Sade). Il n'est que gouverneur juste d'ajouter que ces enfants avaient dans les descendants. qui permettait sans appointequi en tenait lieu. Bongars). l'Hôtel des Chevau-légers. lorsque. depuis 1701. était compagnie écossaise. lieutenant à une illustre simplement parce qu'il appartenait lignée. son l'avait suivi à l'armée. le 14 décembre 1755. où la pension coûtait 3. (2) Archives adminislr. Le 24 niai 1754. Le vicomte de Noailles débutait à douze ans comme garde de corps dans la treize ans. Les officiers appartenaient tous à la plus haute noblesse. sous-lieutenant du roi. serne. Il avait quinze ans. . mais à cause de la préjuger ou de son nom. il fut nommé. au titre d'éeuyer. avenue de Sceaux (1).ooo livres par an et qui fut l'origine de l'École militaire dc Paris. (3) Id. (infanterie) ments au régiment (3).à en second.l'École militaire des Chevau-légers (dirigée par M. Ce n'était pas une exception que ce grade d'officier donné à un enfant. Saint-Maurin-Montbarey. recevait à douze ans un brevet d'enseigne à la compagnie colonnelle du régiment de Lorraine. le marquis de Sade fut admis dans ce corps d'élite (2). Pour qu'il pût terminer ses études-. On pourrait en citer d'assez nombreux exemples.UN OFFICIERDU ROI 13 était à Versailles. (î) Ils y avaient adjoint. non pas à cause de sa valeur militaire. Wimpfen.

immobiles. il obtint une commission de cornette au régiment dés carabiniers. pour entrer dans ce corps. fait de mille poitrines. (2) L'ordonnance du 20 mars 1751 prescrivait que. Louis XV rétablit le grade de cornette (officier Un des premiers qui bénéficia de porte-drapeau). . on peut le dire sans aucune exagération. une élite dans l'élite (!). fils. plus d'une fois. Les carabiniers formaient. son suite. De cela besoin. quelques-uns de ses hommes. mur d'airain. aussi on pourrait citer de nombreux exemples.ils vinrent lenir garnison à Saumur et s'y montrèrent de si admirables soldais. dans la défensive. ou à ses chocs répétés. décidèrent du sort des batailles. Louis XIV qui les jugeait à leur valeur voulut être leur premier mestre de camp. ne fournit autant de traits de bravoure ou de résistance. En 1757.1-1: veines LE MARQUIS E SADE D du sang de soldat et qu'ils savaient. ils eurent encore comme chef un (i) En 1763. Le 14 janvier. ces géants (2). vivant. avant comme après la Révolution. 11'désigna enle duc du Maine. il fallait avoir au moins cinq pieds quatre pouces. de 1763à 1771. pour prendre modèle sur eux. au se battre comme des hommes. En 1758. cette mesure fut le marquis de Sade. pour les commander. et. que. chaque régiment de cavalerie envoya à Saumur. Lancés d'un impétueux élan sur l'ennemi. boulet résistant. dans les premiers jours de janvier. dans l'offensive. Nul corps.

qui portaient Sur leurs étendards au centre un Soleil d'or. « On propose au Roy (i) Luzignan. M's de Tocqueville a une dans le régiment de cavalerie de Luzignem (1). de soie bleue. « Le prix'est de 10. Ils la gardèrent grand Roi : Necpluribus 17 septembre 1782.UN OFFICIERDU ROI membre de la famille royale. ils avaient obtenu le glodevise du rieux privilège de broder la glorieuse impur. Régiment de cavalerie de Bourgogne. au-dessous étendards commencèrent armes de Monsieur.000 fr. les jusqu'au des à porter. Le marquis de Sade servit deux ans dans les Le 21 avril 1759 il fut proposé comme carabiniers. c'est-à-dire l'entrée du marquis de Sade dans leur le de Monsieur le Royal Carabiniers 15 Provence. aussi au chemin digne d'eux que l'ancienne : Toujours de Vhonneur.le comte de ' un et ils devinrent alors. cette nouvelle devise. A cette époque. . de Bourgogne capitaine au régiment (cavalerie). an après régiment. par cette note qui fait partie de son dossier et du roi : qui obtint l'approbation « 21 avril 1759. « Il y a une compagnie vacante par le changement du S. comte de Provence.

qu'il joint de la naissance bien à beaucoup et qu'il a l'honneur d'esprit à M. « M. Chaque brigade était composée dc qualre escadrons. (i) Le corps des carabiniers formait cinq brigades.ôGo hommes sur pied de guerre.c de Provence. le régiment de Bourgogne (cavalerie) avait d'abord porté le nom de régiment de et Bretagne (3). a passé dans celle cy par ordre du pr avril suivant. Ctu de Sade. cornette dans la Brigade de carabiniers de S1 André du 14 janvier 1757.1(5 LE MARQUIS SADE DE d'en disposer en faveur du S. et il observe qu'il a été trois ans à l'école et du des chx légers. (2) Archives adminislr. . boutons blancs unis à trois filets et galons mouchetés de blanc. La compagnie comprenait i. » Fondé en 1666. (3'j Le régiment dc Bourgogne linfcuUcrie) fut formé deux ans plus tard. du Ministère de la Guerre. Les soldats qui le composaient. cl chaque escadron dc cinq compagnies. qui comptaient parmi les meilleurs l'habit bleu avec revers et parements portaient rouges. le Pcc de Condé par Madc sa d'apartenir mère qui est Maillé-Brézé (2). d'infric du Roy le 5 Xro 1755. le C. « Il a été fait sous-lieutenant dans le rég. le M's de Poyaniie s'y intéresse particulièrement.3oo hommes sur pied dc paix et î. cornette dans le brigade de Malvoisin (1) du régiment des carabiniers de M. de l'armée.

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taire. un courage héroïque. à défaut de témoidont on doit tenir gnages précis.r par leur vanité 2 . une tradition Bon soldat. l'indifférence pour l'instruction le dédain de la hiérarchie. Il avait. pléer. même avec un grade bientôt de changer inférieur : « 11 avait obtenu en 1762.UN OFFICIER DU ROI 17 a dix-neuf ans. On pensait alors que le courag-e. dit une note d'un guidon de gendarde son dossier. Je ne sais quis pour quelle raison il ne s'en contenta pas. et c'était l'époque trop influencés de Français et lev. sur sa carrière militaire nous ne connaissons La guère que ses états de services. parmi ses camaqu'il s'était fait à son régiment. classe sociale à laquelle il appartenait permet de croire — et c'est d'ailleurs. de corps. l'agrément le grade de porte-drapeau). déjà le caractère inquiet garda toute sa vie. il dut être un assez mauvais officier. Il exagéra les défauts dont il voyait autour de probablement lui tant d'exemples du métier mili: l'ignorance des troupes. un assez grand nombre d'ennemis. et difficile sans doute. Il essaya rades. la tendance à l'indiscipline. c'était pour le marCapitaine de Sade un assez bel avancement. merie (c'est-à-dire mais son peu dc fortune l'a empêché de payer. pouvait avantageusement y supoù les nobles. et qui fut une des princiqu'il On peut supposer pales causes de ses malheurs. » En somme. compte — qu'il se battit vaillamment.

Parnasse. Servir le roi. Il brilla dans les bals. sans les de petits vers au Mercure signer. cette vie agitée et un peu folle de très qui faisait de la plupart des garnisons Il fréquenta les assemblées. faveur. Voilà l'esprit du régiment El r'ii et r'iaii Comme les autres. leur prouva qu'ils se trompaient. pour ne pas avoir l'air d'un cuistre du Il eut et sans y attacher d'importance. où se donnait rendez-vous toute la noblesse de la ville.Officier de cour. Favart. Il se vanta de ses bonnes for- . les spectacles. le marquis de Sade dut servir les dames. croyaient tout savoir sans avoir rien appris. en plus d'une occasion. des duels et s'en tira le mieux du monde. plus que les autres. Il joua la comédie et envoya dc France. principaux devoirs d'un bon officier. avec cette fougue et cet emballement qui toujours le caractérisèrent. Il fit des dettes et ne paya pas son tailleur.18 LE MARQUIS E SADE D orgueil d'aristocrates. au' moins autant que le roi. qu'on reconnaissait avait indiqué les deux dans un de ses refrains. car c'est a cela un vrai'gentilhomme. et des prix de places réservées. Frédéric II. le marquis de Sade dut mener. et parada dans les carrousels. servir les dames. où ses camarades et lui avaient des bien en vue. agréables résidences.

quelques lignes plus loin. sommation. Cédons-lui 11 n'est pas incapable de dire la vérité. t. Dans Aline et Valcour amours un de ses amours de garnison. d'après ce que dit. et quelquefois avant. coeurs de ne parle pas du nôtre — ne faice temps-là —je saient pas grande résistance quand un jeune offiIls se rendaient à la première cier les attaquait. p. pour suivre la mode. le marquis de Sade. qu'un autre bal voyait mourir. de Sade. était le mariage. ni (i) Aline cl Valcour. c'est là que commence garnison en Normandie la première partie de mes malheurs. Celui qui en fut le héros avait été ïiommé •depuis trois ans capitaine du régiment de Bourgogne. Le marquis et eut très vite. quelquefois d'un coeur à la pointe de son épée. doit se passer en 1762. quand elle ne le gêne pas. la s'efforça d'avoir d'un « mauvais sujet ». Les. entraîné jusqu'alors perpétuellement par les travaux de~ mars. sans doute. je n'avais ni connu mon coeur. Il la conserva réputation il a raconté toute sa vie.UN OFFICIER DU ROI 19 Il accrocha imaginaires. dit-il (1). plus tunes. et voyait naître. . Cet épisode. qu'un bal . ce dénouement la plume et écoutons ses confidences. fut envoyé dans une . et personne ne pourrait le peindre aussi bien que lui-même : « Notre régiment. sauf quand qui allaient très vite au dénouement. 28. « Je venais d'atteindre ma vingt-deuxième année . I.

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de soupçonné qu'il pût être sensible. Adélaïde Sainval, fille d'un ancien officier retiré dans la ville où nous séjournions, sut bientôt me convaincre embraser que tous les feux de l'amour devaient aisément une âme telle que la mienne ; et que, s'ils c'est qu'aucun n'y avaient pas éclaté jusqu'alors, Je ne vous objet n'avait su fixer mes regards. peindrai point Adélaïde ; ce n'était qu'un seul genre de beauté qui devait éveiller l'amour en moi, c'était toujours sous les mêmes traits qu'il devait pénétrer mon âme, et ce qui m'enivra dans elle était l'ébauche des beautés et des vertus que en vous. Je l'aimai, parce que je devais j'idolâtrai nécessairement adorer tout ce qui a des rapports avec vous ; mais cette raison qui légitime ma défaite, va faire le crime de mon inconstance. « L'usage est assez dans les garnisons de se choisir chacun une maîtresse et de ne la regarder malheureusement que comme une divinité qu'on déifie par désoeuvrement, qu'on cultive par air, et qui se quitte dès que les drapeaux se déploient. Je crus, d'abord, de bonne foi que ce ne pourrait Adélaïde; la majamais être ainsi que j'aimerais nière dont je l'en assurai la persuada ; elle exigea des serments, je lui.en fis ; elle voulait des écrits, et je ne croyais pas la -tromper. j'en signai, A l'abri des reproches de son coeur, se croyant même innocente, parce qu'elle couvrait peut-être

UN OFFICIER DU ROI sa faiblesse

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fait pour la' de tout ce qui semblait Adélaïde céda, et j'osai la rendre coulégitimer, pable, ne voulant que la trouver sensible. dans cette illusion, sans « Six mois se passèrent eussent altéré notre amour ; que nos plaisirs de nos transports, un moment dans l'ivresse fuir ; incertains de la liberté même nous voulûmes nous voulûmes aller les à former nos chaînes, La raison serrer ensemble au bout de l'univers... et dès ce moAdélaïde, triompha ; je déterminai clair que je l'aimais ment fatal il était moins. Adélaïde avait un frère capitaine d'infanterie, que mettre dans nos. intérêts... nous espérions On il ne vint point. Le régiment l'attendait, partit, nous nous finies nos adieux, des flots de larmes coulèrent ; Adélaïde me rappela mes serments, je les renouvelai dans ses bras... et nous nous séparâmes. « Mon père m'appela cet hiver à Paris, j'y volai : il s'agissait d'un mariage ; sa santé chancelait, il désirait me voir établi avant de fermer les yeux ; ce projet, les plaisirs, enfin ! que vous dirai-je cette force irrésistible de la main du sort qui nous nous où ses lois veulent porte toujours malgré que nous soyons : tout effaça peu à peu Adélaïde de mon coeur. Je parlai pourtant de cet arrangement à ma famille ; l'honneur je le m'y engageait, fis ; mais les refus de mon père légitimèrent bien-

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tôt mon inconstance ; mon coeur ne me fournit aucune objection, et je cédai, sans combattre, en étouffant tous nies remords. Adélaïde ne fut pas 11 est difficile d'exprilongtemps à l'apprendre... mer son chagrin ; son amour, sa sensibilité, sa grandeur, son innocence, tous ces sentiments qui venaient de faire mes délices, arrivaient à moi en traits de flamme, sans qu'aucun parvint à mon coeur. « Deux ans se passèrent ainsi, filés pour moi par les mains des plaisirs, et marqués pour Adélaïde par le repentir et le désespoir. « Elle m'écrivit un jour qu'elle me demandait pour unique faveur de lui assurer une place aux Carmélites ; de lui mander aussitôt que j'aurais réussi ; qu'elle s'échapperait de la maison de son toute vivante dans père, et viendrait s'ensevelir ce cercueil qu'elle me priait de lui préparer. « Parfaitement calme alors, j'osai répondre à cet affreux projet de la quelques plaisanteries douleur, et rompant enfin toutes mesures, j'exhortai Adélaïde à oublier dans le sein de l'hymen les délires de l'amour. « Adélaïde ne m'écrivit plus. Mais j'appris trois mois après qu'elle était mariée ; et dégagé par là de tous mes liens, je ne songeai plus qu'à l'imiter. » Le traité de Paris, signé le 10 février 1763, avait

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— la — peu glorieusement de terminé guerre de Sade fut Sept Ans. Le 15 mars, le marquis en profita pour le.marier. réformé (1). Sa.famille lui donnerait le goût Elle espérait que le mariage d'une vie plus régulière. Elle devait et le besoin être bien déçue. (i) Celle mesure élail prise après chaque traité de paix à l'égard d'un assez grand nombre d'officiers cl de s'oldats« Les réformés ne perdaient pas la qualité d'officier et leur carrière ne se trouvait pas absolument brisée. Par la suite, ceux susceptibles de servir rentraient soit dans leur corps d'origine, soit dans d'autres régiments, enfin les emplois dans la Milice leur étaient presque exclusivement réservés. On les employait aussi dans des postes sédentaires : gouvernement des places, juridiction du poinl d'honneur, clc. Il n'y avait donc que ceux qui ne voulaient plus servir, qui demeuraient définitivement réformés ou ceux qu'une infirmité rendait impropres à tout service. » Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, N° du 3o' novembre 190a(article dc M. Collrcau).

Il LE MARIAGE DU MARQUIS DE SADE LES DEUX FILLES DE M. DE MONTREUIL UN AMOUR CONTRARIÉ

En 1763, M. Claude-René Cordier de Montreuil de la troisième était, depuis vingt ans, président Chambre de la Cour des aides à Paris. Il habitait rue Neuve-du-Luxembourg, dans un des quartiers les plus élégants de Paris. Il avait épousé Marie-Madeleine de Masson Plissay, et il laissait à cette femme énergique et autoritaire le gouvernement du ménage. 11 ne présidait qu'à la Cour des aides, chez lui il n'avait même pas les pouvoirs d'un juge. Mme Cordier de Montreuil rendait des sentences, et le mari, désireux avant tout d'être tranquille, se contentait, dans la plupart des cas, d'opiner du bonnet.

LE MARIAGE MARQUIS SADE DU DE De leur

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étaient nées deux filles. mariage en 1763, vingtavait, L'aînée, Renée-Pélagie, trois ans. Elle n'était pas jolie, où du moins elle ne le paraissait pas au premier abord. La beauté, chez elle, s'était réfugiée dans les yeux, des yeux un peu voilés de mélancolie, tendres, expressifs, comme si elle eût deviné sa destinée, et qui caau repos, sous les paupières à demi chaient, dans une attitude baissées, gauche et timide, la ferveur invincible d'une âme. passionnée. Cette mais d'un charme indécis jeune fille charmante, et un peu éteint, n'avait et pas cette confiance cette vanité que la Providence, qui sait bien ce aux femmes, pour qu'elle fait, accorda largement leur permettre de ne pas trop souffrir de leurs ou même de ne pas s'en apercevoir. imperfections Elle ne se croyait pas digne d'être aimée, d'inspirer une passion sincère et, dans le mari, de trouver l'amant. Son miroir ne lui disait pas ce qu'il dit à tant d'autres. Elle n'y voyait pas la douceur de ses yeux et la grâce de son sourire. Il la décourageait d'espérer (1). Cette modestie excessive, cette défiance de soi devaient avoir pour Renée-Pélagie de Montreuil les plus funestes conséquences. Au premier qui (0 II ne faut pas trop la juger par son portrait, singulièrement embelli comme la plupart des portraits de femmes.

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avait fait battre son coeur, elle allait, pleine de se livrer tout entière, corps et âme, gratitude, sans défense, sans recours. La plus jeune des filles de M. Cordier de Montreuil, Louise, ne ressemblait guère à l'aînée. Elle avait cet âge délicieux, seize ans, qui de l'enfant fait naître la femme comme du bouton la fleur. Elle avait l'âge de Juliette et attendait Roméo. C'était déjà, en 1763, une amoureuse latente, coquette, ardente, éprise de tous les plaiSon caracsirs, plus sensuelle que sentimentale. troutère se lisait dans ses yeux singulièrement blants, dans sa physionomie mutine et piquante, et de rouerie fémidans le mélange de candeur nine qui se dégageait de toute sa personne. Le marquis de Sade, qui tenait à ne pas se à laisser trop oublier par ses maîtresses, passait Paris la plus grande partie de ses congés. Les étaient des amis de sa Cordier de Montreuil famille. Il allait souvent leur rendre visite. De plus en plus il était attiré chez eux par la beauté éclatante de Louise, et ce blasé précoce s'étonnait avec tant de naïveté et d'ardeur, celle d'aimer, qu'il prenait pour une ingénue. l'emSa passion, qui chaque jour grandissait, pêchait de voir celle qu'il avait inspirée à Renéeil ne l'encourageait Il l'ignorait, en auPélagie. ce qui don-. cune manière et voilà précisément

LE MARIAGE MARQUIS SADE DE DU

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nait plus dé force à cette inquiète sitendresse, méconnue, toujours menacée. Les deux soeurs étaient mais l'une rivales, aimait plus que l'autre et c'était celle qu'on dédaignait. Elle en éprouvait un chagrin profond, mais n'en éprouvait aucune surprise. Elle ne se plaignait pas. Elle ne croyait pas avoir le droit de se plaindre. Les quelques petites joies que lui laissait sa triste passion, elle les savourait avec délices.' Un mot prononcé avec plus de douceur, un regard moins indifférent la rendaient heureuse toute une à avoir confiance, et, du journée. Elle se reprenait fond de l'âme, elle pardonnait à sa soeur d'être plus jeune qu'elle et plus belle. De la moindre marque de sympathie, du plus de courtoisie où elle vouinsignifiant témoignage lait voir un peu d'amour, était Renée-Pélagie reconnaissante à ce bel officier du roi, mince, dans aimable, et si irrésistible élégant, spirituel, son brillant uniforme de capitaine du régiment de Il avait la réputation d'un homme à Bourgogne. bonnes fortunes. C'est, de toutes les réputations, celle que les femmes apprécient le plus. autour de ces désirs et de ces espéCependant de ces amoureuses autour les . rances, intrigues, tissaient la toile matriparents précautionmieux moniale. Ils avaient décidé, dans de mystérieux conciliabules, que le marquis de Sade épouserait

» vi) Ce document a été reproduit par M. Paul Ginisly dans son intéressant ouvrage la Marquise de Sade (Paris. le marquis de Sade. puis il s'inclina devant la volonté de sa famille. leur fils. le comte et Mme la comtesse de Sade sont venus pour avoir l'honneur de vous voir et vous faire part du mariage de M. avec Mlle de Montreuil (1). 1901). continuait. . la stupéfaction. mais'c'était suffisant pour en faire sa femme. On imprévue dérangeait résolut de n'en pas tenir compte. Charpend tier. Il ne semblait l'aimer qu'avec modéRenée-Pélagie. ration. Le marquis de Sade résista quelque temps. N'était-ce pas agir très sagement ? Dans les derniers jours du mois de mai 1763. ont je me suis beaucoup servi dans ce chapitre.28 LE MARQUIS SADE DE . du côté des Montreuil.. Lorsque le fringant officier avoua officiellement que la plus jeune des deux filles avait fixé son du côté des de Sade comme coeur. et le petit manège des tendres des furtives confidences. le « porte-claquette » déposait chez tous les amis des deux familles ce billet imprimé : « M. Il ne fallait pas espérer qu'elle changeât d'avis. Cette fantaisie toutes les combinaisons. La femme du président affirma qu'elle ne se résignerait jamais à marier la cadette avant l'aînée. On attendait et sans inquiétude tranquillement qu'il se déclarât. C'était un beau mariage qu'on lui imposait ainsi. un mariage riche. fut grande. regards.

elle espérait le conquérir. 11 était devenu titulaire de cette charge le 4 mars 1760. enivrée par la réalisation de son rêve.LE MARIAGE MARQUIS SADE DU DE 29 Le mariage avait été célébré le 17 mai. avec une joie mêlée" d'angoisse. Les affections les plus ardentes sont aussi les La marquise de Sade ne voulait plus aveugles. La marquise. dans la à l'église Saint-Roch. ment être heureux. à la suite de la démission de son père en sa faveur. le garder pour toujours. Elle saurait à force de tendresse désarmer ses préventions ou ses rancunes. et pas ou ne pouvait pas se douter de l'irritation de l'amertume que laissait au fond de l'âme de son mari cette union qu'il détestait et à laquelle on l'avait contraint. Il n'avait guère que ses appointements de de la haute et basse Bresse. si l'argent autant comptait aurait pu très facilequ'on le dit dans le bonheur. L'homme aimait lui appartequ'elle nait de par la loi. Entre sa femme et lui il voyait . faut de beauté. lieutenant-général Bugey. et qu'elle sentait encore si loin du sien. A déplus stricte intimité. Le jeune ménage. forun coeur tout plein de lui et une assez grosse tune. Valromey et Gex. Renée-Pélagie à celui apportait qu'elle épousait. Ce coeur qui s'était vendu et non donné. Le marquis de Sade était beaucoup moins riche. oubliait les heures de déet se montrait aussi confiante couragement que dévouée.

l'amoureux sourire de Louise. quelquefois aimables. Le souvenir. Ces amours de rencontre. comme les autres. après son mariage. ment vicieuses. peut-être. Les souffrances qu'il imposa aux autres furent. incapables de guérir la plaie qu'il avait au coeur. un soulagement pour la sienne. des dettes. il voulut les punir d leur sottise et de leur banalité. pour ces femmes vulgaires. Il se vengea sur l'amour du mal crue l'amour lui avait fait. courtisanes ou actrices qui étaient souvent jolies. de celle qui restait à ses yeux l'intruse. mais à qui il ne pardonna jamais de n'être pas Louise de Montreuil. Pour la fuir et pour la braver. visage. Il avait gardé. Ce qu'on a appelé son sadisme n'a pas eu d'autre origine. dans la détresse morale où il se trouvait. une vengeance Il se remit à faire très légitime et une revanche. pour oublier il se rejeta. dans cette vie de plaisir qui lui semblait. Il eut des maîtresses et il les afficha Il essaya de s'étourdir et n'y réussit ouvertement. pourtant si humble. au moins au début.30 LE MARQUIS SADE DE le fin. mais une vériniaisetable. si soumis. Il eut non seulement. le regret de l'absente lui rendait odieux la présence et l'attachement. qui ne lui laissaient que de l'ennui ou du dégoût. sa petite mai- . du mépris. haine. avec une sorte de fureur. si prêt à tous les sacrifices. pas.

au fruit défendu. tine fois par hasard. quelques années plus tard. très rigoureusement. petites bourgeoises de goûter. mais des femmes moins célèbres. dames de l'Opéra orandes 31 non seulement ces et de la Comédieà l'aristocratie du Française qui appartenaient moins éléA'ice. Sur les premières manifestations de cette folie erotique. Peu connues et — aussi méprisées très méprisées qu'elles étaient difméprisables pour la plupart — elles devaient intéresser la police à leurs' ficilement. En quoi consistaient les mauvais. à prend.DE LE MARIAGEDU MARQUIS SADE Il y conduisait son d'Arcueil.traiteplaintes. pasdu marquis sionnelles de Sade. aux expériences virent. La plupart des victimes recevaient de leur bourreau une sérieuse indemnité et s'en allaient très consolées. qui sersoir attendaient sans l'avoir désiré. celles qui le le client au coin des rues. qui. ments qu'elles eurent à subir dans la petite maison en 1763. On peut admettre qu'ils ressemblaient ceux. Ce singulier presque amoureux ne: les changeait des pas beaucoup . désireuses parisiennes gantes. la galanterie Ce furent les simples prostituées. comme nous le verrons au chapitre excisuivant. heureuses. en 1768. dans la carrière de ou filles du monde qui débutaient et n'y avaient encore aucun grade. aucun document ne nous l'apd'Arcueil. teront tant de scandale. le silence a été fait. croyait-il.

la malheureuse situation où je me l'unique grâce et la seule consolation que (i) II y avait alors 1res peu dc prisonniers au château dc Vincennes.En 176/. loin des profanes. duc dc Jusliniani.. adressée. leurs plaintes furent entendues. « Monsieur ". Très indulgent pour ses propres vices.enfermé en 1757pour avoir mal parlé du roi. A peine enfermé à Vincennes pour quelques — sans importance peccadilles qui lui semblaient comme d'ailleurs toutes celles qu'il commit dans le cours de sa carrière monomane — le marquis de Sade se hâta de réclamer sa liberté par cette lettre de police. trop malou d'un caractère moins conciliant. et. Dans trouve.Le plus important élail le suisse Thorin. (2). le marquis de Sade. 'croyons-nous. à la grande surprise plaignirent.on y emprisonna l'aventurier Douceur. pour apitoyer ses se fait ermite. au lieutenant . le 2 novembre. et. au lieutenant et dans laquelle le jeune diable. et qui fut transféré à Charenlon en 177S.32 autres. qui se disait comte de Saint-Ange. se du marquis. (2) Cette lettre. il donna l'ordre de conduire le coupable au château royal de Vincennes (1). geôliers. le 29 octobre. Il fut avisé des singuliers divertissements auxquels se livrait à Arcueil. adressée. Louis XV se montrait volontiers sévère pour les vices de son prochain. traitées LE MARQUIS E SADE D Quelques femmes cependant.

au château d'Echaufour près Cigai. en fesant partir la lettre demain jeudi. par VAigle. détester mes erreurs. Elle fit ensuite partie de la collection Emile Michelot. en cas que vous soyez assez bon que de m'accorder cette grâce : Mme la présidente de Montreuil. 120. je vous en supplie. Monsieur. Permettez que j'ai (sic) l'honneur de vous donner ici son adresse. je ne me plains point de mon sort. pleurer mes fautes. elle la recevra dimanche. je l'éprouve . « Tout malheureux que je me trouve ici. qu'elle en reçoive au moins une de où vous ne vous.DE LE MARIAGE MARQUIS SADE DU 33 ma j'ose demander est de vous supplier d'instruire femme de mon triste sort.un amateur la paya. qui eut lieu les 7 et 8 mai 1SS0. pas eu la bonté de faire passer la lettre que pour ma j'eus l'honneur de vous faire remettre belle-mère. je méritais la vengeance de Dieu.: ' 3 . et elles seront sûrement toutes deux plus tranquilles que ne sçachant absolument ce que je suis devenu. en Normandie. en 1866. est mon unique de police de Sartine. a été publiée dans VAmateur d'Autographes. et à la vente de celte collection. marquerez que ce que vous jugerez qu'elle sache au moins que je suis arrêté et que vous savez de mes nouvelles. ne rer l'inquiétude si A'OUS n'avez cevant plus de mes nouvelles. Monsieur. à propos. A VAigle. Rien ne peut égaler dans laquelle elle va être. Voilà tout ce que je désire-.francs.

aucun de mes gens n'estait dence. Par ses bonnes instructions et mon sincère repentir. je vous en prie. je serais perdu sans ressources dans leur esprit. « Quant à un domestique.31 D LE MARQUIS E SADE Hélas! Dieu pouvait m'anéantir préoccupation. Monsieur. fois depuis qu'elle estait meublée et encore n'est-ce que le jour. et personnellement avoir n'a jamais mis les pieds dans la petite maison qu'une. donnés m'en les moyens. j'espère être à même bientôt de m'approcher des sacrements divins. Je puis d'ailleurs avoir l'honneur de vous assurer qu'il ne participait pour rien dans tout dans la conficeci . si vous avès la bonté avès bien de m'en accorder un. en me permettant de voir un prêtre. . aucun n'a jamais sçu ni vu ce dont il étaitcelui que je désire question. que vous voudrez bien ne point instruire ma famille du véritable sujet de ma détention. j'ose vous prier de permettre que ce soit mon valet de chambre. ainsi que ATOUS voulu me le faire espérer. toute ma famille vous en rendra sûrement de bons témoignages. Monsieur. J'espère aussi. dont l'entière néodio-ence estait devenue la première cause de ma perte. sans me donner le temps de lès reconnaître et de les sentir. vous pouvez vous informer de ses moeurs. et après que tout fut entre vos mains. que d'actions de gi*âce ne dois-je pas lui rendre de me permettre de rentrer en moi-même.

« M. « Nous avons. Quelque court qu'ait été le temps de mes erreurs. quand je ne devrais plus m'occuper qu'à me repentir. le commandant me dit de m'adresser à de vous. je me repens presque j'éprouve de vous avoir fait ces remarques. le commandant à quoi je dois m'en tenir sur les articles de cette lettre (1). M.. Sur cela j'ai été Il y a huit jours que trois mois à la campagne. » (i) A celte pièce élail jointe la minute ci-dessous d'une' lettre écrite par le père Griffet. un nouveau prisonnier à Vincennes . elles ont toujours été l'être suprême assez longues dont^ pour irriter la juste colère . je me suis marié le 17 mai et je puis vous assurer que je n'ai mis les pieds dans la dite maison que dans le mois de juin. Monsieur. « J'ai l'honneur d'être. J'ose espérer que vous .. votre très humble et très obéissant serviteur. avec respect. pour obtenir la permission prendre l'air quelquefois . « Ce 2 novembre 1763.LE MARIAGE MARQUIS SADE DU DE 35 « J'ose encore vous faire une remarque. je n'en suis pas moins coupable . j'en estais arrivé quand j'ai été arresté.. si vous le jugez compatible avec ma punition. monlivre n'est que du sieur : la date du malheureux mois de juin. DE SADE. et dont le destinataire nous est inconnu. monsieur. je la crois absolument nécessaire à ma santé. devrais-je songer à m'excuser. voudrez bien faire dire à M.

de Sa Majesté est l'intention qu'il ne reste pas longtemps à Vincennes. « Les raisons qui ont déterminé le Roy à donner des ordres pour mettre M. GRIFFET. Il faut même que sa famille voye plus tôt que plus tard où on pourra le faire transférer pour y vivre à ses qui demande à parler au confesseur. .le marquis dc Sade. P. ne paraissant pas convenable de lui permettre d'avoir le sien près de lui. Vivement sollicité. etc. et lorsque vous lui aurez parlé vous nie feres •plaisir dc passer chez moi. D'ailleurs. A l'égard d'un domestique.3G LE MARQUIS E SADE D Pendant ce temps. » L. il peut lui en donner un pour le servir. Je vous prie dc l'aller voir le plutôt que vous le pourrez. jeune homme dc vingt deux ans. C'est M. les familles de Sade et de Montreuil multipliaient les démarches pour obtenir la mise en liberté. « 4 novembre1763. « Je suis. et cerles il a grand besoin dc votre ministère quoi qu'il ne soit pas malade. Guyonnet qu'il n'y sera qu'à la pension ordinaire.. aussi vous pouvez mander à M. de Sades au château de Vincennes sont trop graves pour qu'il doive y avoir un traitement distingué . le lieuet reçut du tenant général de police s'entremit ministre de la maison du roi-cette réponse peu : encourageante « Monsieur.

_' _ gentan. arrondissement d'Ar. de sa jeune belle-soeur et son indifLa résistance bientôt férence plus apparente que réelle rendirent au marquis de Sade ce château d'aspect intolérable de Mme où. C'était bien mal le connaître. plus défiante encore que les il était obligé de vivre de Vincennes. arrache par de pressantes de sa les portes ouvrait au marquis démarches. Paris lui manquait et il aspirait (i) Arch. un ordre du roi. sous la surveillance peu engageant. ne devant pas rester jesté. Nal. et où il retrouva par le mariage et aussi par la prison. est un village de l'Orne. » à la charge 37de Sa Ma- Celte lettre est du 4 novembre. à prison. Son dossier militaire n'en fait aucune mention. Paul Ginisty assure qu'on l'obligea à rejoindre son régiment.DE LE MARIAGE MARQUIS SADE DU dépens. « Je suis. il qu'assagi avait renoncé à son amour. mais on l'obligeait aller se faire un peu oublier en province (2). (1). etc. o'/|05. où résidait partit une grande partie de l'année la famille de sa femme On espérait Louise de Montreuil. 11 pendant pour Echauffour (3). (2) M. Cordier de Montreuil. ' (3) Echauffour. Il était mis en liberté.. geôliers comme un reclus. . ainsi nommé des fours à chaux qui y abondaient. Quelques jours après.

Le 3 avril 1764. in parlibus. 11 repentir n'avait que trop raison. le ministre de la Maison du roi écrivait à M. de Montreuil : « Jay. Il avait su persuader à sa femme que son plus ardent désir était de venir vivre près d'elle. il ne l'accordait et le qu'à la dernière extrémité moins possible. La marquise de Sade s'obstinait à ne voir dans son mari qu'une victime. le président Cordier de Montreuil. par rapport à M. Monsieur. il évoquait cette existence familiale et ces joies de l'intimité dont le privait un cruel exil. Poussé par ses plaintes continuelles. le retour de l'enfant prodigue. reçu les ordres du Roy. rait. qui était un bon homme. En réalité. mais seu- . ce n'était pas sa maison qu'il regrettait. où vous jugés que sa présence est nécessaire. Il était jeune et elle l'aimait. Elle remuait ciel et terre pour faire cesser son exil. Le gouvernement hésitait. Avec des phrases émues. il se défiait du prétendu du marquis de Sade.38 LE MARQUIS SADE DE à y revenir. réclama. Ce qu'on lui demandait. mais sa petite maison. en invoquant je ne sais quel du mari prétexte. Sa Majesté a bien voulu lui permettre d'y venir et d'y rester trois mois. Son éloignement la désespémontrait prodigue. le comte de Sades et des motifs qui vous font désirer qu'il puisse venir passer quelque tems à Paris. Elle croyait aux protestations dont il se .

etc. de me communiquer qu'il est indispensable que M..... ce qu'il n'a point fait jusqu'à n'étant connu que par des traits qui conprésent. « Mme .. le marquis obtenait l'autorisation d'aller à Dijon : « Sur ce que vous me faites l'honneur. conformément aux tems il retournera Ainsi vous vouordres de Sa Majesté. Il faut qu'il commence par prouver qui il est. Nal. » Lettre du Ministre de la Maison du roi au président de Monlreud. jugera à propos. Bagey. (2). oV|oG. il pourra s'y rendre quand il voudra et revenir tout de suite. (2) Arch.Le 4 ruai. Madame. » (i) Arch. viennent très peu aux qualités qu'il prend et au nom sous lequel il s'annonce.LE MARIAGE DU MARQUIS.Nal... dont les sollicitations n'obtenaient très médiocre qu'un comme on pourra en juger par cette lettre" résultat. premiers drès bien lui dire qu'il peut partir quand il le » (1). présenté mémoires elle demande le plusieurs par lesquels rapel à Paris de son mary. SADE DE 39 du 15 de celui-ci. Ce n'est même qu'avec beaucoup dc peine que Sa Majesté se porté à lui accorder celte permission. après lement à partir lequel où il est. Monsieur. en ne restant à Dijon que le temps indispensable pour sa réception. On faisait intervenir Mme de Marsan. de la Maison du roi à la marquise du ministre de Sade (le 20 mai) : de Marsan a déjà. de Sade set rende à Dijon pour s'y faire recevoir au Parlement dans la charge de lieutenant général du département dc Bresse. 01406. .

de l'ordre du Roi. toute la famille : « J'ay. près de sa femme. oi4oG...40 DE LE MARQUIS SADE Enfin le roi se laissa fléchir. Il comprit qu'il ne pouA'ait continuer à se montrer rigoureux pour un homme que réclamait à cor et à cri sa femme. l'honneur de vous envoyer l'ordre du Roy qui révoque entièrement celui que Sa Majesté avait donné à M.la de venir cet été à permission Paris où il est encore. le comte de Sade que. était libre désormais de venir vivre. a obtenu. Madame. j j'ai conduit à Vincennes. comme il l'avait demandé. de Sades de se retirer au château de Chauflour (1). Quel usage fit-il de cette liberté réclamée avec tant d'obstination et si difficilement obtenue? C'est un rapport de l'inspecteur de police Marais qui va nous répondre : . J'ai très fort recommandé à la Brissaut (2). » Le marquis. et dont sa belle-mère elle-même plaidait la cause. (2) « Les Brissault (ou Brissaut) eurent. reçut du ministre ce billet qui combla de joie. déporté pendant un an clans un château de Normandie.« 30 novembre 1674. Nat. M. la présidente de Montreuil qu'on avait fait donner à la fin. comme dans les batailles de l'Empire la vieille garde. Le 11 septembre 1764. d'une joie qui ne devait pas durer longtemps.unegrande vogue dans le monde galant : car ils étaient mari . il y a un an. vers 1760. sans m'expliquer daArantagè. de (i) Arch.

vant les jours et les occasions. II. L. 1905. . c'est tout simplene s'expliqua pas davantage.^auxquels assistaient le baron de "Wangen. au dire dc Marais. 333. le ménage Brissaull donnait fréquemment des petits soupers.p. de ses faits L'opinion publique. le duede Grammont. Il continuait à ensanglanter habitudes ses amours. il veillait aussi avec soin à la santé dc ses pensionnaires. qu'il taisait toujours visiter par un médecin attaché à rétablissement. Daragon. 1826. de Clau/. Les dix ou douze mois qu'il venait de passer en province lui avaient permis de faire des économies suiou plutôt l'y avaient obligé. ce jour-là. Sa femme lui faisait honneur.LE MARIAGEDU MARQUIS DE SADE 41 de filles pour aller avec lui en ne pas lui fournir petites maisons (1). M. (1) V. 272. M. la fleur de la noblesse.i de Rochcforl. » Raoul Vèze. t. puis rue Française. lui attribuait cl femme pour diriger deux maisons : l'une à la BarrièreBlanche cl l'autre d'abord rue Tire-Boudin. M. » Si le bon Marais. Les rapports de poUcc de l'inspecteur Marais ont été publiés par M. 11les dépensait.el. le comte dc Charollais. Paul d'Estrée dans la Revue (numéro du 1" juillet 1900). une des femmes les plus déliées cl qui mil dans son métier le plus do décence. même de passage.Paris. en parties fines ou en g'rossières orgies. qui s'occupait et gestes plus qu'il n'aurait voulu. p. Paris. Brissault avait la réputation d'être insinuant et d'une éloquence persuasive auprès des jolies femmes . Très apprécié parmi les viveurs dc l'époque. La Galanterie parisienne auXVHI^siècle. ment parce que son ancien client avait repris ses d'autrefois. de Bauze. de Villemur. Souvenirs et Mélanges. puisqu'elle avait reçu dc ses clientes le surnom de présidente cl qu'elle était.

la BeauVoisin. mais les outrages du temps et les plâtres l'ont presque défig-urée.. en titre était une danseuse de l'Opéra. remplaçait avantageusement son défaut de jeunesse par un excès de dépravation. Il l'avait choisie comme professeur de vice. Il eut sans doute à cette époque une intrigue pasmais sa maîtresse sagère avec cette demi-actrice. il fut beaucoup plus capable de donner des leçons que d'en recevoir. . courte et ramassée ». vaguement attachée à la Comédie Italienne pour avoir un titre un peu moins humiliant que celui de courtisane. » La Beauvoisin qui connaissait les hommes. contre les principales courtisanes du temps et recueilli par les continuateurs de soigneusement Bachâumont lui consacrera cet article peu flatteur : « Modèle d'antique d'après MlleB. poulies avoir beaucoup fréquentés. La Beauvoisin a été souvent citée dans la chrodu dix-huitième siècle. Les Ménique galante moires secrets la représentent comme assez jolie « mais sans taille. et quelques années plus tard un libelle dirigé. dans cet ordre d'idées. Cette figure a pu représenter autrefois une assez jolie nymphe. A [fiches et Avis divers. Elle commençait à ne plus être très jeune.-quoique. .42 LE MARQUIS E SADE D •comme maîtresse Mlle Colette. célèbre par le cynisme de sa vie amoureuse.. (Beauvoisin). en 1764. sous ce titre anodin Annonces.

Le rêve de toutes ces marchandes d'amour était au théâtre. mais avec des titres bien inégaux. III. du Barry. elle ne demandait. plus souvent. On se lasse de tout. tombée dans le domaine public. princes en femme bien avisée. » Anecdotes dramaliquës: 1775. Musique et l'un des grands danseurs de l'opéra pour la danse forte et légère. C'est ainsi qu'elle put figurer en même temps. . elle avait-eu de nombreux amants. Un peu alourdie par l'âge et dégoûtée des jetés-battus et des entrechats. Elle dansait spectacles mais elle aimait beaucoup quelquefois. l'actrice intermittente changea de goûts et de passions.LE MARIAGE DU MARQUISDE SADE 43' découverte Elle avait été lancée et peut-être . d'entrer leur pour mieux achalander avait pris des leçons du commerce. Elle joua ou plutôt elle fit jouer. Puis. t. que d'être riches. La Beauvoisin danseur Lany (1) et peu de temps après elle avait à de hautes protections. par le marquis très délicat. grâce admettre comme danseuse surnuméraire à l'Opéra. traitants ou commis. à se faire réussi. auxquels ou gentilshommes. Elle eut deux tripots dans ses deux maisons de la rue (1) Jean-Barthélémy Lany « Maître et compositeur des Ballets de l'Académie Royale de . même d'être danseuse surnuméraire à l'Opéra. un amateur du Barry lé roué. sur le Calendrier des et sur celui de Cythère.

importuns qu'on avec politesse et qu'on voyait partir avec inspecteurs de police de M. qui apportait dans ce coin de province les modes de la veille et celles du lendemain. de toute éternité. les Il convient se bornait de l'amour aux vices metteuse. Ils la trouvèrent un peu évaporée. elle lui plaisait. et. s'imposait à sa sympathie. Secourablè d'autrui. mais elle n'en avait à leurs yeux que plus de charme. Il l'emmena en Provence et lui fit les honneurs de son château de la Coste. Invités de la région par lui. tout prêt. Sous sa direction . Ils furent vite conet le bagout de cette Pariquis par l'enjouement sienne. fournissait pas à jouer. la plupart des hobereaux vinrent avec empressement. 11 donnait des bals et des spectacles. à tous les prix. près de Marseille. à s'entendre et à s'accoupler. Le marquis ne se contente pas d'exhiber à Paris cette maîtresse un peu mûre mais encore très cotée. La Beauvoisin pouvait être utile au marquis de de ses débauches. Ces deux âmes choisies étaient destinées. de Sartine. Le marquis recevait très aimablement. d'ajouter que dans ces tripots on ne là. Sade. L'hôtesse. par l'exagération par son goût très connu pour les raffinements erotiques.44 Saint-IIonoré LE MARQUIS SADE DE et de la rue des Deux-Écus ou apvisiteurs parfois. la catin vieillie se faisait entre- paraissaient accueillait plaisir.

Son premier chef fut le marquis de Sourdis. se au plaisir. La ardente affection. le marquis fut réintégré dans l'armée. lités ne le rendaient que plus redoutable. Ils passaient (1) Archives adminislr. sous Richelieu. entièrement tantôt en Provence. un de cavalerie. consacrée . il reçut. fondé en 1674. et à la suite de ses fois elle se décida à intervenir.Sa A'ie. un gentilhomme très élégant. où passait Mme de Sade l'accueillait toujours avec la même avec la même indulgence. faiblesses à part. sans' doute et regrettait peu trop compromettant Pour la seconde de l'avoir fait sortir de Vincennes. : de Montreuil se montrait de moins présidente Elle trouvait ce gendre un bonne composition. passionnelles et ses brillantes quaplein de goût. Il eut pour successeur le marquis de ' . Les officiers. jouait la comédie d'après les Cet érotomanê bonnes traditions. Il y avait deux régiments du Mestre dc camp général. démarches Le 16 avril 1767. abusaient. corps mixte comme on sait. au dix-huitième siècle. du Ministère de la Guerre. tantôt à Paris. était fort recherché. plein d'esprit. fondé en i635. à cause de sa charge dc mestre de camp général dc la cavalerie légère. était. l'autre de dragons. avec l'ordre de partir de sans délai. Le régiment Mestre de camp cavalerie (celui dont fit partie le marquis dc Sade) avait été formé lors du premier essai d'organisation dc la cavalerie. hors de leur garnison des congés. le grade de capitaine commandant la compagnie du Mestre de camp (1).DU DE LE MARIAGE MARQUIS SADE 45 où le moindre bout de rôle une troupe d'amateurs.

Louis-Marie de Sade. Paris. On entendit parler. demoiselle Rivière. voyages. Marais écrivait dans son rapport du 16 octobre 1767 : « On ne tardera pas à entendre des horreurs de M.Conti. pour à vivre avec lui et de l'Opéra. qui prit le commandement dc ce corps. et aussi flatteur que peu mérité. à condition ne serait pas au spectacle. C'était un joli avancement.» d'Arcueil. vivait. qui ne fut pas. sous la surveilsans s'en douter. . Le grade dc capitaine commandant d'une compagnie du Mestre de camp général équivalait au grade dc colonel. Il lui cadeau elle dut être très sensible. on peut le croire. lui a offert vingt-cinq louis par mois. il fit à sa femme un entre deux parades. que les jours qu'elle avec lui à sa petite maison elle irait les passer Cette demoiselle là refuse. caution. pour un officier de vingtsept ans. auquel donna un fils. le comte de encore parler déterminer la 11 fait l'impossible Sades. ne se trompait Marais bientôt pas. Condé et la princesse très sujet à L'ancien amant de la Beauvoisin. qui eut un illustre parrain illustre le prince de et une non moins marraine. du marquis suivant. MARQUISDE SADE de Sade ou cinq mois par an. lorsqu'on l'organisa définitivement en i038. Praslin. Le marquis Dans très souvent un de ces à .46 quatre venait LE. lance de la police. comme nous allons le voir dans le chapitre des horreurs de Sade. de. un Le 27 août 1767 naquit enfant de l'amour partagé.

C Jardin de ondé dèvhotel .

ARAMINTE Oh ! non. pas ici ce qu'on . Je me sens dans une joie d'être dans une Petite Maison. n'est-ce appelle une Petite Maison ? MATIIUIUN C'est une maison qui n'est pas bien grande.... je m'entends bien. On dit..e quoi.. MATIIURIN Et d. âvez-vous peur ? .III LA PETITE MAISON D'ARCUEIL L'AFFAIRE ROSE KELLER «ARAMINTE Bonjour. mon cher .. et puis en même temps j'ai une frayeur. diantre.

reuse. .. là. des comme dans l'ancienne chevalerie.. mais pour ce qui est quant à présent.. nains.. galantes. il me parait que cela resregarde semble à toutce que je connais : j'avais imaginé.48 LE MARQUIS SADE DE ARAMINTE tant entendu J'avais donc. Mais je parler de cela à M. . tout ce qui annonce la galanterie amou- MATIIURIN Je ne sais pas comme cela était du temps de feu M.tout cela tiendrait? miséricorde! Et où est-ce que ARAMINTE Enfin.. de tous côtés. MATIIURIN Eh! mon Dieu. des des emblèmes. je puis vous assurer qu'il n'y a pas plus de galanterie ici que dans mon oeil. Enfin MATIIimiN Quoi ? qu'on y entrait par les fenêtres ? ARAMINTE Je ne sais. m'y voilà.. des trapes. de la Grivoisière. mais je me figurais que ce devait de ces inventions être toutes choses singulières. des devises. des guirlandes. de la Grivoisière. fausses portes.

LA'PETITE MAISON D'ARCUEIL ARAMINTE

43-

Comment ! ce n'est point l'amour qui conduit ici de jeunes amants, que les recherches importunes des jaloux... MATIIURIN Si c'est l'amour qui les y conduit, remment qu'il les laisse à la porte. ARAMINTE Vous m'étonnez. Et pourquoi MATIIURIN Pour voir si le changement de lieu ne remettra pas quelque petit grain d'amitié ; et je ne sais comment cela se fait, mais il arrive toujours tout le contraire. Tenez, Madame, depuis que je suis ici, je n'ai pas passé un jour sans entendre des cris et des querelles, comme si on s'égorgeait. Moi, j'étais comme vous d'abord et j'avais même pour que cela ne donnât mauvais exemple à notre ménagère; mais, tatigué, que j'ai été bien rassuré ; je pourrions y envoyer Javotte à l'école. On prépare un bon souper et on n'y mange rien ; quelquefois môme le souper reste, et il n'en vient qu'un qui s'arrache les cheveux de ce que l'autre y manque. Ordinairement c'est la dame qui arrive la première. Voyez quoi contre-pied. Et puis, quand le 4 donc y venir? il faut appa-

50 monsieur arrive,

LE MARQUISDE SADE

quelquefois je les éclaire ; je au col. Bon! sauter m'imaginais qu'ils s'allaient Ah ! Monsieur, vous voilà ? Je ne croyais pas que vous vinssiez. —Madame, voilà vos fantaisies ; si mal à propos, il n'y a qu'à dire, je m'en j'arrive irai. — Vous êtes bien le maître. — Holà, ho! que — Non, Monsieur, l'on ti 1 mes chevaux! ôlepoint vous resterez Puis, après cela, ils pour enrager. ils marchent, entrentdansla chambre, ils marchent, ils marchent tous deux jusqu'à ce qu'on apporte le qui sers ; ils souper ; c'est moi pour l'ordinaire sont plus tristes, plus tristes : ils m'adressions si c'était la parole tous deux, comme toujours (1) ». pour moi qu'ils fussions venus... ce comédie nous fait connaître Mail'envers des Petites qu'on pourrait appeler sons. 11 est certain que plus d'une fois un jeune se vit obligé très épris de changement, seigneur, une maîtresse dont il était excédé et d'y recevoir le Cependant qui ne l'en aimait que davantage. me Malhurin tableau que nous en fait le jardinier au noir. Cet honnête servisemble un peu poussé teur n'a pas tout vu et ne dit pas tout. vint souvent s'abriter et replier ses L'Amour Cette scène de (i) La Petite Maison, comédie en trois actes, par le président llénault, 1770. Je ne crois pas que celle pièce ail jamais clé représentée sur un théâtre public.

D LA PETITE MAISON ARCUEIL ailes

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dans ces asiles discrets où rien n'avait été ne fût-ce qu'une nuit, de ce qui pouvait, négligé et le retenir. On ne fût-ce qu'une heure, l'attirer des charmilles, construisait pour lui, à l'ombre Il dût en profiter des nids de verdure et de marbre. largement. Les Petites Maisons sont nées de la corruption raffinée et élégante du dix-huitième siècle. Sous le grand roi, amants et amantes du beau monde, allaient quand ils avaient envie de s'encanailler, tout simplement dans quelque guinguette côtoyée par la Seine et éloignée du centre, au Moulin de ou au Gros-Caillou. Javelle, au Port à l'Anglais des cabaretiers Ils trouvaient là de vrais paysans, sans façon, des cabinets le vin du cru rustiques, et d'excellentes fritures. Le voisinage, le savoureux argot d'un garde française, d'une grisette ou d'un clerc de procureur, les amusaient, les chandes attitudes et geaient agréablement gourmées des exigences de l'étiquette. Ils s'évertuaient euxà paraître naïfs et simples mêmes, bien déguisés, et à parler la langue du peuple. On affectait de les en bonne forprendre pour de petits bourgeois tout le tune, mais sous leur costume d'emprunt monde les devinait. Pour plus de sûreté, un grand seigneur, un riche de la ville ou financier, louait parfois à l'extrémité dans les faubourgs, à la Grange-Batelière, à la

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LE MARQUISDE SADE

une maison de paysan, dont on Ville-l'Evèque, tant bien que mal deux ou trois pièces. meublait Tant que durait leur passion pour la femme, titrée avoir sans ou non, riche ou pauvre, qu'ils voulaient cette maison ils gardaient trop la compromettre, cachée aux regards Il leur arrivait rareprofanes. ment de la garder plus de six mois. et Ces logis provisoires d'élégance manquaient au dix-huitième de confortable. L'amour, siècle, très cher voulut être chez lui. Ceux qui payaient d'incommodes cabanes, pour ne les avoir que peu intérêt à faire de temps, comprirent qu'ils auraient bâtir ou à acheter toutes prêtes de jolies maisons qui seraient bien à eux. Quelques grands seigneurs, le duc dc Richelieu, le prince le comte d'Evreux, de Soubise, le comte de Noce, donnèrent l'exemple. Il fut bientôt suivi par tout ce qui avait un nom ou et robins adoptèrent de l'argent. Nobles, financiers amoucette mode si favorable à leurs intrigues reuses. dans les quartiers Un peu partout, peu frél'aspect dc la camquentés et qui avaient conserve s'élevèrent des Folies. On les désigna pagne, ainsi parce qu'elles se cachaient sous les d'abord ou plutôt parce que le luxe qui. sub foliis, arbres, ruina plus d'une fois leur propriéy était déployé taire. Plus tard on les appela des Petites Maisons. Maisons On avait des Petites pour y donner

D LA PETITE MAISON ARCUEIL

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d'un jour, pour se dérober asile à des maîtresses d'un mari jaloux, on en aux curiosités indiscrètes avait aussi par vanité et elles étaient alors aussi Dans la comédie que possible. peu mystérieuses que je citais tout à l'heure, le laquais La Montagne, valet dc confiance de Yalère, à la souexplique bien brette Frozine le rôle joué par l'amour-propre dans l'achat de ces volupplus que par l'amour tueuses retraites très coûteuses, mais qui créaient d'aimable roué : ou maintenaient une réputation « FROZINE (à LA MONTAGNE) Il est vrai que ton métier exige une grande et que discrétion ; que tu us beaucoup à t'observer, cela ne laisse pas dc gêner. Par exemple, quand tu viens dans cette Petite Maison, il faut prendre pour qu'on ne garde qu'on ne t'y A'oie entrer, sache pas dans le quartier qu'elle appartient à ton maître. LA MONTAGNE Je Que veux-tu donc dire avec ta discrétion? crois que tu le moqius de nous. Ah ! ma pauvre Frozine, tu t'es bien rouillôe pendant deux ans de province. Et pourquoi du mystère? FROZINE Apparemment bonnes fortunes que ? ton maître en met à ses

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LE MARQUIS DE SADE LA MONTAGNE Lui ? Point du tout. FROZINE

Et son?

à quoi lui sert-il donc Il me semble qu'elles à la dérobée pour y venir sonnes l'on ne pourrait que conséquence. Cela

d'avoir une Petite Main'ont été inventées que et y attendre les pervoir chez elles sans

LA MONTAGNE était du temps bon du roi Guillemot. Auune Petite Maison n'est indiscréjourd'hui qu'une tion de plus : on sait à qui elle appartient, ce qui les comme s'y passe, personnes qui y viennent, dans une maison de ville a ; et excepté qu'il n'y la porte, en lettres Hôtel de Valère, d'or, pas sur d'ailleurs c'est tout la même chose. Encore je ne n'en vienne désespère point que la mode (1). » aux Consacrées vices coûteux d'un arand seid'un traitant de haut « vol », beaucoup de gneur, ces Petites modestes et rustiques, Maisons, quand on les voyait du dehors, étaient à l'intérieur des merveilles de luxe et d'élégance. Une barrière à claire une porte voie, vermoulue, donnait accès à une entre deux murs mal allée, (1) La Petite Maison, scène I.

LA PETITE

MAISON D ARGUEIL

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murs on apercevait un de ces Au-dessus crépis. d'une ferme habâtiment propre l'aspect qui avait à leur aise. des paysans bien On entrait bitée par un de ces palais dans et on se trouvait transporté d'un enchanteur faisait de rêve que la baguette sortir du sol. les plus célèbres archiCes palais minuscules, les avaient construits ou aménagés. Pour tectes les orner, on s'adressait aux artistes les plus connus. Boucher, ou Fragonard Pierre, Halle, Doyen des nymphes et des amours. Pirot, y dessinaient à l'infini le caprice sur les lambris, variait de ses du plafond, Sur les corniches Bachearabesques. lier ses et ses de semait bouquets guirlandes fleurs. Les pièces étaient mais admirablement petites, elles diIntimes, confortables, proportionnées. saient le plaisir de vivre et invitaient à l'amour. Elles consemblaient faites pour les mystérieuses les Elles émois les fidences, passionnés. pour et les rendaient durables et provoquaient plus doux. plus Les sous toutes les formes, tasujets erotiques bronzes ou porcelaines, dans abondaient bleaux, le salon lumicirculaire tendu d'étoffes fraîches, ou bleu souffre tendre neuses, lilas, turquoise, le jardin, Sur de larges fenêtres, jonquille. par s'ouvrait la salle à manger, avec ses murs revè-

56 tus de

LE MARQUIS

DE SADE

de stuc ornées de toiles ou par Clérici, d'Oudry des tableaux des fruits, représentaient qui des parties dc chasse. Elle était ileurs, soigneusement à la curiosité des valets interdite qui aurait les inscrits dans prévus, pu gêner épanchements de ces l'êtes Par une oule programme galantes. dans le descendait verture plancher pratiquée dans les cuisines et remontait la table chargée avec en bois Le boudoir, son parquet d'argenterie. de dans une fine de rose, était tapissé glaces, en bordure d'or. ottomane Une occupait large tout un côté. de marbre Un revêtement augmenla salle de la tait la fraîcheur dc bain, où, dans sur un rocher facposée baignoire, conque d'onyx à tête de cygne versaient une eau des robinets tice, La chambre étoile de soie drapée'd'une inépuisable. le dans une rose cachait, alcôve, d'argent glacée de glaces lit monumental entouré mouvantes. tables d'aventurinc ou vernies Fauteuils dorés, consoles sur lesquelles par Martin, marquetteries, de Caffieri un bronze ou une terre cuite reposaient Gerde Clodion, toilettes ciselées par d'argent contournés avec une escadres délicatement main, ou de clavecin de Gravelot Cochin, peint tampe lustres de cristal ou de Walteau, cuivre, par des satyres et des sur lesquelles jouaient pendules si souvent et qui sonnèrent l'heure du berdryades et ou chiffonniers guéridons, ger, girandoles

était à Arcueil et s'apsituée qu'elle simplement sauf le nom. nymphes des corbeilles de fleurs. de la grâce et . Cupidons qui portaient toutes blanches de carquois. les berceaux On y avait prodigué de marbre. dans ses goûts. semblaient tous MAISON D ARCUEIL les meubles. Une eau limpide sous un rayon jaillissait un Apollon. mants.LA PETITE chaises Allantes. armés s'érigeaient éternellement le sur le vertdes répétaient pelouses. la maison d'amour. Des statues et les grottes. qui. pas de tout son entourer même après mariage. y amenait au hasard et de vulgaires ramassées courtisanes. Elle devait simple le plus possible aux car celui regards. qui en faidc ses orgies intérêt sait le théâtre n'avait aucun à éveiller l'attention. et ne s'animaient même geste qu'à la nuit tombante de lune. pelait être très et dissimulée vécu. au ironique. avaient - 57 sourire. Rien. Un petit jardin ombrageait les bosquets. de l'esprit. nous On sait son les renseignements manquent. le marquis de Très éclectique Sade des grandes des actrices dames. de Sade n'était assez Le marquis riche. pour maice luxe ses amours Sur sa petite passagères. charlégers. n'en a surVA timonerie. D'une casdominait du bassin que de lierre un ruisseau cade s'échappait tapissée mêlait murmure bruit des son baisers.

et un caractère très accommojeunesse. charmante. 11 était de ceux qui neselaissentpas éblouir. dant. nommé Yalentin. Tous les gibiers étaient bons à ce chasseur. sa voix douce et un peu plaintive. . lorsqu'une Elle était jeune.5S LE MARQUIS DE SADE des rencontres. sur le pavé de Paris. Son émotion. Elle lui apRose Relier et qu'elle était prit qu'elle s'appelait la veuve d'un garçon pâtissier. et pour qui toute femme est femme. Le 3 avril 1768. dans la femme lui demanda l'aumône. jolie. aurait pu croire que sa pudeur. soumise à de trop rudes épreuves. à celles qu'il avait remarquées et choisies que la la beauté. quelque grisette minois. d'un titre ou par l'importance l'éclat d'une toilette. dans leurs poursuites amoureuses. il se trouvait sur la place des Victoires. se prêtaient de de ses conquêtes quoi la plupart la meilleure et ne demandait grâce du monde. soirée. qui était le samedi saint. 11 l'interrogea. avec une bourse bien pleine en guise de à la taille fine et au frais fusil. mais la femme était L'histoire était banale. plus de piquant. qui l'avait laissée sans un sou. Il aimait ce à à brusquer le dénouement. qui une grande passait partie de son temps à poursuivre. et qui avait d'abord hésité devant une profession coradéshonorante mais lucrative. pour un blasé et un roué comme le marOn lui donnaient quis de Sade.

il faut recueillir les bruits qui coururent sur cet épisode de bouche en bouche. La misère. grossi démesurément Écoiitons d'abord la marquise du Deffant. Toutcela. tait sur le chemin du vice où d'autres étaient allées tout naturellement. comment les choses durent se passer. où elle trouverait un bon souper.elle se résignait à faire de l'amour. Elle écrivait le 12 avril à Horace Walpole. Apitoyé et souriant. Quand il lui parla de sa petite maison d'Arcueil. son gagne-pain.LA PETITE MAISON DARCUEIL 59 la metmençait à se lasser.le marquis de Sade le crut ou feignit de" le croire. semblait-il. quand il lui offrit de l'y conduire. je crois. mais. un peu d'amour et quelques louis. parce que le plus souvent elles se passaient ainsi. et. dont elle aArait si grand besoin. avec tendresse. Il lui parlait avec Elle l'écoutait. et ils partirent. cue d'avance. avant de continuer notre récit. en racontant à sa manière l'histoire de Rose Keller. elle accepta sans hésiter. Voilà. tantôt subi. Un fiacre qui les guettait s'approcha sur un signe du marquis.il affecta de s'étonner qu'avec de si beaux yeux une femme qui n'avait qu'à le vouloir pour être heureuse fit un aussi triste métier. poussée par la nécessité. tantôt offert. Cette comédie l'amusait. dont s'entretenaient les salons du beau monde émous: « 11 (le martillés par un scandale retentissant . convaindouceur.

dans le château de Saumur. il fouetta et déchiqueta la malheureuse le même jour (le 3 avril) et tout de ~(i) De Sarline. Je ne sais s'il la fit boire et manger . et si l'on se bornera à cette punition . » Ce jour-là. après avoir donné quelques marquise détails manifestement erronés. le pistolet sur la gorge. il s'enferma grenier. ajoute la. Sade) la conduisit chambres de la maison. On ne sait ce que deviendra cette affaire. Tout le peuple s'attroupa autour d'elle. lieutenant On a arrêté M. lui -lia les mains et la fustigea Quand elle fut toute en sang. de Sade. il tira un pot d'onguent de sa poche. mais il ne la revit que le lendemain. Le de police (1) a été informé de ce fait. puis il la mena dans le avec elle.. nue. ce qui pourrait être parce qu'il appartient à des srens assez considérables en crédit. » Dans une lettre écrite le lendemain. du Deffant. . donna. Il est. lui orArrivé là. la marquise du Deffant à Horace Walpole de nouenvoyait Areaux renseignements : « Depuis hier j'ai appris la suite de M. Le village où est sa petite maison est Arcueil . de se mettre toute cruellement. « cette femme déses sespérée se démena tellement qu'elle rompit liens et se jeta par la fenêtre qui donnait sur la rue. en pansa ses plaies et la laissa..co LE MARQUIS SADE DE d'abord dans toutes les quis de. de Sade. dit-on.

C'était pour la pauvre femme. l'accueillir men et l'exagérer de son mieux. sur laquelle . ainsi il apparemment y a tout lieu dc croire qu'il en sera quitte pour la prison. l'enveloppa dans beaucoup de linges et la coucha dans un bon lit. à ce titre. loin de désavouer et de rougir de son crime. de Sade. fourmille des erreurs vod'erreurs. Elle s'est désistée de poursuivre son assassin. Sa relation. un des témoins à charge du marquis de Sade dans cette affaire.LA PETITE MAISON ARCUEIL D Cl suite il lui versa du baume dans ses plaies et sur ses écorchures . donnée dans la 194° des Nuits de Paris. Elle avait avec reconnaisaccepté sance. le juge d'Arcueil lui dit dé porter plainte au procureur et au lieutenant de police. il devait. il lui délia les mains. » Restif de la Bretonne. A peine fut-elle seule qu'elle se servit de ses bas et de ses couvertures pour se sauver par la fenêtre . Il raconte que le marquis avait proposé à Rose Relier de devenir concierge de sa maison d'Arcueil. il est vrai qu'il a produit cet effet sur cette femme. général Ce dernier envoya chercher M. était un de ses ennemis personnels. moyennant quelque argent . Tout ce qui pouvait lui sans exanuire. qui sont probablement lontaires. prétendit avoir fait une très belle action et avoir rendu un d'un grand service au public par la découverte baume qui guérissait sur le champ les blessures . qui.

Là se tenaient plusieurs personnes qui paraissaient attendre le marquis. » . aA'ait manifesté l'intention de la disséquer Ayante. de Sade a\'ait conduit sa victime dans une « salle d'anatomië ». louant sa beauté. i émane d'un metteur en scène de premier ordre : « Peu d'années avant la Révolution. sans hésitation. comme on ne devait pas en trouver souvent dans les Petites Maisons. treminstruments blait comme une feuille. quelle. numéro du 21 juillet iS/|<j. 5 reproduit (et arrang'é) par \ Brierre de Boismont. la perfection de ses formes. romancier. canif. Un récit du temps. Les assistants Rose Relier. « Il est fâcheux. s'apitoie A peine arriArés à destination. 11 leur aArait présenté la jeune femme. remarque dans son Cabinet secret de l'histoire {étude sur le marquis dc Sade) le docteur Cabanes. coups de frayer. est particulièrement dramatique. terril'approuvaient. par les de chirurgie étalés deA^ant elle. la finesse de ses traits. que l'auteur de ce récit ne nous dise pas d'où il l'a lire . très sérieusement. au nom de la science à laet. il nous paraît bien romanesque pour être vrai. fiée par la grande table de marbre bianc. Heureusement le marA'oulu sans doute que l'efquis de Sade n'avait lise contenta delà taillader à.62 LE MARQUIS SADE DE le vertueux la Aie assurée. mais dont il n'indique pas 11 l'origine (1). il sacrifiait il l'amour. raconte ce (i) Gazelle médicale de Paris.

était étendue une jeune femme. qui céda à elles découvrirent leurs efforts. pouvant à peine se faire enses membres et son corps étaient fixés par tendre. Sur ces ordres. échapper ce liquide . blanche comme de la cire. laissait sexuelles. après aA'oir fait le tour delà maison. coucher sur la table dépouiller de ses vêtements. Imméun grand nombre d'incisions diatement tout le monde s'était retiré. chèrent et. . \ passaient dans une rue isolée de Paris (sic) entendirent de faibles gémissements qui partaient d'une Elles s'approj pièce située au rez-de-chaussée. Elles -traversèrent plusieurs pièces à une pièce au fond : là. il l'avait fait saisir par ses gens. j une petite porte. et le mars'était livré. le sein. absolument nue. qui occupait le milieu de la pièce. sur une et arrivèrent table. et attacher. se déshabillant. le eette maison par le fameux marquis souper terminé. également secours lui eurent été proLorsque les premiers digués et qu'elle fut revenue de l'espèce d'anéantissement dans lequel elle se trouvait. des liens : le sang lui coulait de deux saignées faites au bras. un homme lui aArait et pratiqué ouvert les Areines avec une lancette sur le corps. étaient baignées incisées.LA PETITE MAISON DARCUEIL chroniqueur 63 plusieurs personnes qui anonjTme. elle raconta à ses libérateurs qu'elle avait été entraînée dans de Sade. enfin les parties de sang. sur elle à ses dequis. légèrement tailladé.

après avoir sa monstrueuse assouvi laissa ce lie brutalité. « Le scélérat. (2) Dans celle relation. » quement et disparut Nous sommes là en plein roman. Cette page où la médecine descend jusqu'au feuilémouvante. femme (Rose Relier) comme expirante. leton populaire. H. le marquis se leva brusavec ses gens. deArrait être signée Purgon du Terrai 1. Des personnes (i) L'Espion Anglais. p. ayant rassemà s'échapper blé ses forces parvint toute nue et tout ensanglantée par une croisée.t. 1779. mais elle ne renferme que quelques détails noiiA'caux (2) qui trouveront plus loin leur cette sorte d'enquête place.04 LE MARQUIS SADE DE bauches habituelles. 35n. passage dans lequel le marquis de Sade est présenté comme un A'éritable vampire. qui évidemment ne devait pas produire le même effet. mais comme elle ne cessait de crier et qu'on entendit du bruit dans les environs. . disait-il. On pourrait encore citer une autre relation conantemporaine qui a été publiée dans l'Espion glais (1). n'était point de lui faire du mal. Son intention. Nous terminerons par la reproduction d'un passage de Dtilaurc. le baume avec lequel le marquis dc Sade pansa les plaies dc Rose Kcllcr est remplacé par de la cire d'Espagne. et s'occupa lui-même à creuser dans son jardin une fosse pour mais cette malheureuse l'enterrer.de la maison.

[Sousle règne île LouisXV.j .Chevau-légers de la Maison du lïoi.

.

D LA PETITE MAISON ARCUEIL 65 ' et la sauvèrent de la là reconnurent charitables tannière de ce tigre enragé (1).2e partie. le marquis se jeta sur elle. qu'il allait la découper comme une volaille. qui des sensations à se procurer cherchait rares. Essayons-le. son bistouri à la main. n° XVIII (consacré entièrement ~ au marquis de Sade). " elle appela au secours. Avec le bistouri (i) Liste des ci-devant nobles. » de toutes ces léces exagérations. l'an second de fa Liberté (1790). sans nul doute se donner le plaisir de proAroquêr chez cette jeune femme un peu niaise une terreur Il prit l'attitude d'un tortionnaire. La pauvre créaqu'il brandissait ture crut aA'oir affaire à un fou.. ou peut-être de sadisme. p. Elle se débattit. Il exhiba de\rant elle de chirurgie.tragi-comique. Le marquis de Sade était à la fois un blasé. De toutes gendes. et un mystificateur qui avait trop dégoût pour les Rose Relier fut Lorsque lugubres. et. il n'est certes pas facile de dégager la Aréen reprenant notre récit là ou rité. nous l'avons laissé. 91. elle cria. plaisanteries il voulut arrivée dans la petite maison d'Arcueil. . des lames aiguës des instruments d'un air terrible. Paris. Dans un accès de fureur. elle ne se trompait pas. dans une certaine mesure. Garnery. Ce fou lui disait. à ne trouver là où elle s'attendait qu'un amant sentimental. Il la menaça.

se plaignait. le lendemain. Le sang jaillit. tout à la petite maison d'Arcueil. transmise de génération en génération. culait déjà les bénéfices que lui rapporteraient. d'après la plupart des qu'il tenait. il la bâillonna et partit en la laisque davantage. sant étendue sur le lit. parce que le qu'à gagner . précieusement. mais non sans avoir pansé les plaies avec un de ces merveilleux onguents dont on gardait dans les familles. de Sade y songea probaLa mettre en liberté. bien ennuyé.66 LE MARQUIS SADE DE la main ou. la recette. si elle savait manoeuvrer les quelques habilement. La nuit dut lui inspirer de salutaires réflexions. au comble de l'épouvante. pour permettre à sa colère de se calmer et pour laisser cicatriser ses blessures. Ce fut le parti auquel il se décida. pour déposer une plainte ? Mieux valait la garder encore un ou deux jours. n'en criait malheureuse. geignait. très légèrement. et calRelier. Il ne songeait du temps. — mais n'allait-elle blement pas ameuter le Alliage par ses cris? N'était-il pas à craindre qu'à peine délivrée elle courut chez le bailli d'Arcueil. Il revint. sur son lit.à avec un canif. Il comprit qu'il s'était mis dans un fort mauvais' cas et que son érotisme chirurgical pouvait le mener loin. ou Rose penaud. Comme la blessa. " entailles qu'on lui avait infligées. il la témoignages contemporains.

Tous ces paysans d'Araccomplissait cueil. au risque de se casser une jambe. mais déjà et depuis longqu'éclatât la haine. On on l'interrogea. soit pour se Soit pour se rendre plus intéressante. périls auxquels elle avait été exposée et le traitela ment qu'on lui avait fait subir. son oeuvre. dans l'eféchevelée. détestaient ces grands seigneurs hautains. courbés sur leurs humbles besognes. Les passants virent une femme à moitié nue. s'étaient rouA'ertes. elle exagéra les préparer une plus forte indemnité. Elle désigna maison et la maison révéla le coupable. sauta dans la rue. fort qu'elle Arenait de faire. dont la vie inutile n'était qu'une longue . autour des nobles. Rose Relier n'avait qu'un désir : quitter le plus tôt possible cette maison maudite à tout prix de où sa Aie était menacée. avec des mots histoire. temps. s'éloigner " dont elle prévoyait et ce dangereux maniaque. méprisants et riches. elle parvint décuplant liens. avec l'entoura.D LA PETITE MAISON ARCUEIL 67 Un scandale bien des choses. de la conservation redoutait le retour. De son côté. des cris de douleur et de colère. AArec des larmes. lentement. encore s'écouler ans devaient aArant Vingt la RéArolution. L'instinct à détacher ses ses forces. car les plaies. temps arrange ajourné est souvent un scandale évité. Elle courut à la fenêtre et. elle raconta sa douloureuse entrecoupés. ensanglantée.

sans en être bien sûrs. sans courir aucun risque. le château et plus jalousait encore la petite maison où tant d'argent se dépensait à côté de tant de misère. Même laides ou A'ieilles. L'indignation menaçait de finir en émeute. L'affaire qui venait de surgir si dans ce petit village d'Arcueil l'étoninopinément . On escorta la « Alctime » jusque chez le bailli. attachées sur un lit. que justice serait rendue. et à ne pas s'attirer de trop puissantes inimitiés. Les femmes se montraient les plus excitées. La cabane misérable. et leur haine ! En quelques minutes le Alliage fut en feu. Les notables allaient de à la populagroupe en groupe. recommandaient tion le calme. mais vingt également dramatiques. elles en frémissaient. Et voilà que.68 LE MARQUIS SADE DE où trimait partie de plaisir. Des gens qui n'avaient rien vu s'offrirent à servir de témoins. récits contradictoires. leur envie manifester-. et le magistrat dut entendre. qui tenait beausa place. à A'ivre en paix aArec coup à conserver tout le monde. pour ces paysans une occasion s'offrait de d'Arcueil. Ce bailli était un braAre homme. et sa plainte fut déposée. et promettaient. en face d'un homme qui brandissait des petits et couteaux. du matin au soir la ménagère flanquée d'une ribambelle d'enfants. sans parler de la déposition de la plaignante. elles se Aroyaient à la place de Rose Relier.

l'apaisement produit. par des menaces. » L'Espion Anglais. II.t. lui ayant reproché son indolence.LA PETITE MAISON ARCUEIL D 69 nait et l'ennuyait. qui comptait bien demander un bon prix. Ce qui est certain. p. comme tant d'autres. mettre l'accusé hors de cause. mais que le président Pinon. des protecteurs très influents. 35g. de le séduire par des promesses. Il fallut se résigner à agir. les lamentations de Rose Relier avaient Aralu à cette jeune de ses plaies femme. qui une maison à Arcueil et qui intei'A'int possédait très énergiquement. Sade. et qui en donnait. c'est qu'il aurait bienAroulu faire traîner les choses en longueur et.de Sade aA'ait intimidé ou gagné ce juge (le bailli). Je n'essayerai pas d'excuser complètement un homme qui ne se bornait pas à donner. fut sérieusement Le procès L'enquête engagée. et entre autres le président Pinon. très dévoués. . par-dessus le marché. En réalité. (i) « On prétend que la famille très accréditée dc M. à tous maîtresses. Malheureusement pour lui. qui a une maison au même lieu. Avait-on essayé de l'effrayer. et encore plus pour le marquis de. il y aArait disproportion éAldente entre la faute commise et le scandale qui en résultait. 1779. à ses mais cette affaire Rose Relier. des coups de canif dans le contrat. put paraître inévitable (1). ou même de l'acheter à beaux deniers comptants ? On ne le saura jamais. l'affaire est en train.

ne tardera pas. au plus haut degré. en effet. démesurément enflé. de Rose Keller. que la prospérité d'autrui blesse et irrite. à prendre les apparences semble incontestable que la veuve Valentin aArait intérêt à exagérer le dommage souflert. et qu'on s'abaissât jusqu'à Il écrivait dans Aline et les protéger. le mépris sinon de la Aucune ne lui femme. pour pouA'oir réclamer une plus sérieuse compensation. LE MARQUIS SADE DE ceux qui l'examineront de près. je d'un chantage. 11 parait non moins certain que bien des gens profitèrent de ce scandale. dont il donna aberrations. pour soulager des haines de caste ou de famille. et sans doute en songeant à ces plaintes Valcour. et qui. que ce passionné. C'est toujours à ces heures-là que se révèlent les âmes basses et perfides qu'on ne connaissait pas encore. pour expliquer ses cruautés perverses. il faut se . longtemps Non pas pour amnistier le marquis de Sade mais ses pour mieux le comprendre. lorsque par hasard elle se trouve menacée ou compromise. -' semblait de sympathie. qu'elle réclama. tant de preuAres et dc si tristes preuves. de pitié. et qu'elle obtint. qu'on n'aurait pas osé soupçonner.70 . prennent avec joie la revanche attendue. Son orgueil dédaigneux s'étonnait qu'on eût pour elles le moindre égard. sottement accueillies par la justice : . 11 crois. du moins de la courtisane. ou même digne d'affection.rappeler cet homme déplaisir. avait.

DARCUEIL LA PETITE MAISON 71 « Il n'y a qu'à Paris et à Londres où ces mépriA Rome. on les menace de les faire enfermer si elles étourencore les juges de saletés dissent pareilles. à Venise. et tout allait aussi bien qu'aujourd'hui . sables créatures à Varsovie. On Aroit où peut conduire On sait où elle conduisit le marquis de Sade. ou si celui-là ATOUS plaît. leur dit-on. à qui en donnait le prix. point de journaux chez les courtisanes. disait-il. on exige qu'elles le soient .. il n'y aA^ait point d'espions d'aussi grands tentateurs. cela est juste. Sa chair. à de Sartine l'absurde Il attribuait importance créaqu'on attachait aux propos de ces indignes tures : « Avant le règne de Louis XV. p. l. » Ainsi la courtisane ne devait être que la misérable serve d'amour. souffrez-le à ses épines (1). 26s. aux on leur demande. lorsqu'elles comparaissent si elles ont été tribunaux dont elles dépendent. . Si elles ne l'ont pas été. faite pour le plaisir. pourvu qu'on la payât. III. ainsi la jeuon ignorait cet art infâme de pervertir nesse et de produire un très petit bien en opérant maux . time. à Pétersbourg. était permis et légicette théorie. Si elles l'ont été et qu'elles n'aient à se plaindre que de traitements.. sont aussi soutenues. payées ou non. Tout aArec appartenait elle. à Naples. c'est à (i) Aline et Valcour. Changez de métier.

t. (i) Sartine . Cet l'engourdissement imbécile imagina qu'il fallait colorer d'un vernis fonction dont on le chard'équité la déshonorante geait et prendre l'amour des moeurs et de la décence pour excuse de ces Arexations (2). pour en réveiller du souArerain. tout ce qui a été ajouté par la crédulité populaire et le besoin d'éprouver des émotions. 11 n'attribuait à cette petite partie de plaisir du 3 aA'ill 1768..était né à Barcelone. d'une famille d'origine française. Tout le resle. était des plus simples et que la prétendue victime fut plus terrifiée que maltraitée. p. On ordonnait à ce méprisable Espagnol(1) de faire des listes de toutes ces turpitudes. si commencée et si mal. » Dans le procès qu'on lui faisait pour donner satisfaction à une prostituée. qu'une agréablement très médiocre importance (3).. dramatisée à plaisir. 26C. » (3) Le docteur Cabanes raconte dans le Cabinet secret de /7/is/oire-que M. La Tournelle ne partageait pas cette opinion. finie. C'est aussi noire conclusion. le président dc Blamont. 11y cul une mystification poussée un peu trop loin et accompagnée de quelques brutalités. n'est que du mauvais mélodrame. . « J'aimerais mieux. le marquis de Sade ne A'oyait qu'une de ces « Arexations » dont abusait le lieutenant de police Sartine. être accusé aujourd'hui d'une conspiration contre le gouvernement que d'irrégularités envers des câlins. qui possédait toute une correspondance du marquis de Sade. lui assura que celte histoire. dit un des personnages du roman. III. (2) Alineet Valcour. Alfred Bcgis.72 LE MARQUIS E SADE D Sartine que furent dues ces absurdités inquisitoriales.

après six se^ fut rendu à sa maines de captiA'ité.. Valentin. Lyon (1). » Liste des noms des ci-devanl nobles. ment. Repoussés faiA'inrent à la charge. « On assure. dans celle prison même. Je n'ai trouvé ce détail que dans lé livre de Dulaure.ces solliroi et ses ministres ils reciteurs infatigables. . Les dernières résistances cette obstination blirent devant et. Le furent assiégés par. le marquis famille. teux. De puis à la prison de Pierre-Encize. que. et avec cette somme elle se maria. mais il ne sortit pas complètement quences. qui Le marquis de Sade échappait risquait d'aAroir pour lui les plus fâcheuses conséin. mirent en mouArement les démarches. mère. de faire agir auprès de la se hâtèrent Montreuil On obtint pour cent louis son désisteplaignante. histoire. Rose Relier. 92. Il me parait extrêmement dou. fut ramenée à un procès. C'est ainsi qu'après une aA'enture qui devait pour longtemps la dégoûter du vice. raconté Dulaure. il tenta de violer cette parente. beau-père. veuve dans le sentier de la Arertû. p. multiplièrent tous leurs amis pourvus de quelque influence.D LA PETITE MAISON ARCUEIL 73 de la et~ menaçait Elle s'était saisie de l'affaire Les familles dé Sade et de mener rondement. Un ordre de demne de cette déplorable Louis XV le fit enfermer au château de Saumur."à et femme belle-mère nouAreau. d'abord. (i) Le président de Montreuil vint l'y visiter avec sa plus jeune fille. .

autour de lui et qui n'étaient que trop justifiées. Un détail très significatif Ara nous fournir la preuve de ces de ces résistances qu'il trouvait répugnances. le sur la vie qu'il menait pendant virent reArenir sans enthousiasme. Ses anciens camarades. renseignés ses congés. à force de mauArais procédés. il venait. en semant sur sa route les difficultés et les obstacles. Après quelques mois d'exil au château dc la Coste. on le fit partir pour l'armée.IV DANS LA MAISON PUBLIQUE A MARSEILLE LES PASTILLES A LA CANTHARIDE Libre ou prisonnier. cet amateur d'émotions inédites était également gênant. une carrière qu'il n'honorait pas. après un . A la fin du mois de juillet ou au commencement du mois d'août de l'année 1770. On s'efforça dc lui rendre impossible.

sitôt au lieutenant-colonel du régiment. de cavu de Bourgogne ou à la personne qui sera chargée-dc sa procuration les 10. L'année suiArante. lorsque ses chefs. de rentrer à Compiègne où il était en garson sernison. M.000 liv. au (i) Archives adminislr. et il se présentait pour reprendre Alce. Délivrés à M. le Ctc Dosmont pour le prix dc lad. par une lettre du 23 août 1770.DANSLA MAISON A PUBLIQUE MARSEILLE 75 congé. de Saignes. soutenus'évidemment par presque tout le corps des officiers. de Boullongnc. 13 mars 1771. comme cote : « M. le marquis de Sade. malgré les scandales de sa Aie. il se trouvait en congé. charge dont il a obtenu l'agrément. le protecteurs. le marquis de Sades le prix du coftip'0 de Bourgogne CavcK » . une commission de mestre de eampattaché au corps de la (colonel) saus appointenient. au dos de celle lettre. Le dossier renferme celle lettre. (2) Archives adminislr. de Boullongnc et qui est du 1" juin 1771: « M. Vous aurés attention dc retirer la quill" nécessaire que vous me reporterez avec la présente lettre afin que je vous fasse rendre votre récépissé.. caA'alerie (2). le M'5dc Sades M0dc camp dc CMcyd. s'y opposèrent. qui.adressée à M. cap""dans le Rég. aArait encore de puissants Leur appui lui valut.. du ministère de la Guerre (dossier du marquis dc Sade). sous prétexte qu'il n'aA'ait pas été reçu en la qualité de capitaine Il se plaignit auscommandant. vous dôlivrerés à M. Méprisé ajuste titre par ses pairs.» Il y a. lui fit obtenir satisfaction (1). qui ont été déposées entre vos mains par M. du ministère de ta Guerre.

se sont mangé. assemblées licencieuses. qu'un passage des Mémoires secrets (1) Ara nous faire connaître : «22 juillet 1772. elle s?est trouA'ée telle que ceux qui en aA'aient d'une ardeur impudique. 1777. Elles étaient en abondance. laquelle il s'est enfui. si renommées parmi les Romains . qui fit tant de bruit en 1768. légende. mais effroyable par les suites. pour les folles il s'était porté contre une horreurs auxquelles Aient fille. cantharides. le comte de Sade. il existe une attira sur lui l'attention. VI.187. mais il y aA'ait amalgamé des mouches On connaît la Arertu de ce médicament. aA'ec au sup-. pour se soustraire (i) Mémoiressecrets. lorsqu'une Là aussi. et dans le dessert il aArait glissé des pastilles au chocolat.amoureuse. « On nous écrit de Marseille que M. Il a donné un bal où il a invité beaucoup'de monde. brûlant livrés à tous les excès auxquels porte la fureur la Le bal a dégénéré en une de ces plus. sous prétexte d'éprouA^er des-topiques. . de Sade a joui de sa belle-soeur. . si excellentes que quantité de gens en ont dévoré. les femmes les plus sages n'ont pu résister à la rage utérine qui les traATaillait. t. C'est ainsi que M. p.76 LE MARQUIS SADE DE nouvelle frasque château de la Coste. et personne n'en a manqué . de fournir dans cette Aille un spectacle d'abord très plaisant.

ce qui arrivait quelquefois. Elles servaient. Dans les maisons hospitalières de Paris. Plusieurs personnes sont mortes des excès auxquels elles se sont livrées dans leur priapisme effroyable. et d'autres sont encore incommodées. à multiplier les forces d'un amant désireux de satisfaire largement une maîtresse ou à exigeante. avec un grand luxe de détails. qui en fait les honneurs : cicérone très et très complaisant. seille. II convient d'abord de remarquer que. les bonbons càntharidés jouaient un rôleprépondérant.la visite d'un étranger au sérail de la Gourdan. proAroquer chez des femmes d'un tempérament trop une ardeur calme. peu près courant.le 21 juin . » L'histoire scandaleuse dont parlent les conti-. mais elle aA^ait eu des suites bien moins effroyables qu'ils ne prétendent. s'était passée à Marnuateurs de Bachaumont. d'autant plus AIA'O qu'elle était artificielle. abusa de l'amour et du plaisir. C'est le président delà Tournelle. les pastilles aphrodisiaques étaient d'un usage à suivant le cas. un habitué dû lieu. par vanité autant que par déchaînement des sens. comme dans celle de Marseille où le marquis de Sade s'abandonna un peu trop à ses fantaisies erotiques.A DANSLA MAISON PUBLIQUE MARSEILLE 77 plice qu'il mérite. dans ce siècle qui ne recula deArant aucune forme de la corruption et qui. après avoir introrenseigné . L'Espion anglais raconte.

ses maître.st-à-dire escorté par lui. il les aArait toutes séduites. maison publique. p. J'en demandai la raison (I). non pour lui. Elles étaient étiquetées : Pas tilles à la Richelieu. Le 21 juin 1772. un valet de contrès digne de servir un tel fiance. « il tira d'une petite armoire une boîte où étaient des pastilles de toutes couleurs. le marquis. daient folles d'amour pendantquelques Pauvre vertu qui ne résistait pas à quelques bou! lettes de sucre mêlées de canlharide Revenons au marquis de Sade. 1779. Un valet l'accompagnait. et bientôt après. 12)L'Espion anglais. Londres. . 359. d'en manger une. (i) C'est l'étranger qui est censé faire lui-même le récit de sa visite. qu'ils aA'aient une efficacité telle qu'ils excitaient le tempérament des plus A^ertueuses. c'e. il partit du château de là Coste. mois pour se rendre les femmes dont il avait fantaisie et favorables rebelles . Toujours alla passer sa soirée dans une affaires terminées.t.-II. continuat—il. Il me répondit que ce seigneur en aArait fait beaucoup d'usage. et les renheures (2) ». qu'en leur faisant qu'il aArait trouvées manger de ces bonbons. on se sent un nouA'el homme.78 LE MARQUIS SADE DE duit le visiteur dans une pièce où étaient réunis les excitants de divers genres usités a cette époque. et se rendit à Marseille. où il résidait avec sa femme et ses trois enfants. 11 suffit.

courageait d'un regard bienveillant. elles s'efforçaient d'être aimables. se produisit presque aussitôt. et pour lequel il était venu. Les femmes. tandis que la vénérable les enmatrone. et dont les murs étaient couverts de gravures libres. avec ce mélange de familiarité et d'insolence qui caractérisait. et offrit à la ronde des pastilles d'anis très fortement cantharidées. les gens du beau monde. Du bout des lèvres. Vêtues d'étoffes claires et légères. buvnient. mais avec une intensité qui dépassait de beaucoup ses prévisions.DANSLA MAISON A PUBLIQUE MARSEILLE . le domestique de céans apportades bouteilles de vins fins et des liqueurs.79. en français et en patois. Dans le salon aux tentures fanées. et de fixer le choix de ce grand seigneur qui aArait si bonne mine. et. L'effet auquel il s'attendait. devinant le Alsiteuf de marque et le client sérieux. Tandis que les femmes jacassaient. . aux dorures ternies. de nudités proATjcantes. aidé par son laquais. s'essayaient Désireuses d'attirer l'attention daient. elles Elles minauà de menus badinages. qui présidait à leurs destinées. le marquis de Sade s'était assis. mais à des nymphes marseillaises un peu lourdes et trop. s'étaient empressées d'accourir à sa rencontre. souriaient. il donna un ordre. grasses. semblables à des nymphes. il sortit négligemment de sa poche une bonbonnière..

Ils entendaient et comme un bruit de interminables. les imploraient de leurs cris et leurs gestes. étendues sur le sol. Il y en aA'ait qui. D'autres riaient d'un rire de démoniaques. Des rues voisines.. renles autres. unes.80 " LE MARQUIS SADE DE Ces pauArres marchandes de plaisir tarifé. • miers arrivés. retentissait à rieux. Dans le quartier perdu où elle se cachait. Les les nerfs. ombres. A'ersaient d'intarissables enténébrait larmes. aigus. sans rien savoir eux-mêmes.sanglots. et correct. Les passants. des. joints et les rideaux épais. comme prise de folie. L'ignoble orgie qui en résulta fit reculer les bornes du A'ice ordinaire . Sous la double influence des A'ins trop généreux et de la terrible drogue. aA'ec une Aréhémenee qui les surprit. Les prelutte. puis les épouA^anta. connurent soudain. s'arrêtaient. la maide cris fuson. dont la soif de luxure tendait le cerveau. qui les appelaient. le salon se remplit de bacchantes qui s'offraient aux étreintes. de clameurs prolongées qui ressemblaient des appels de bêtes perdues. on accourait. des ardeurs depuis longtemps supprimées ou attiédies. Elle échappe à toute description. Que se passait-t-il dans cette seignaient . saisis A tra\rcrs les volets mal de terreur. trop habituées à l'amour pour y apporter le moindre emballement. hurlaient comme des chiennes. La dose avait été trop forte. ils Aboyaient s'agiter des des éclats de rire.

qu'une de. que deux autres mortes ou sur le point de mourir. et que nous repro^ duisons en entier. le marquis de Sade. dans le mémoire que rédigea la famille Sade pour défendre le marquis. aAraient envahi. Marseille apprirent Le lendemain. le visage décomposé. C'était l'opinion mais personne n'osait intervenir. Lorsque le silence peu à peu se fut fait. sauf sur certains points de détail. des évéde tous. la foule s'écarta passer. nements effroyables. les habitantsde Arenus on ne sait avec stupeur que des misérables. d'où. s'était jetée par la fenêtre et étaient grièArement blessée. qu'ils aA'aient obligé femmes à manger des bonbons de malheureuses empoisonnés . parut sur le seuil. une paisible maison du quartier d'amour. aux premières lueurs du jour. quoi qu'il soit un peu long. assez exactement exposée. lorsque.A DANSLA MAISON PUBLIQUE MARSEILLE 81 maison pleine d'épouvante ? Sans doute. à cause de son importance : . On la trouvera La Arérité était moins dramatique.ces femmes. soûl d'amour et de Arin. à main armée. dansunaccès de fièvre chaude. les A'ètements en désordre. soutenu par son lar devant lui et le laissa quais.

pour y recêvelr de Paris. de poison. prostituée Ce (i) Archives des Ajfaii'es étrangères. 3i5. avec sa femme et trois de leurs enfants en bas âge (2). il fut chez des filles publiques (le 21 juin). dernière descendante du marquis.Trois jours après son départ (le 30 juin). mourut à Echauffour en 18/14. il fut dénoncé aux juges de la sénédu crime chaussée de cette Aille comme coupable d'un délit aussi grave. de la procédure de Sade et sa fa- Précis des faits contre laquelle mille réclament « Vers la fin du mois de juin 1772. domestique personne Elle déet complice de ses désordres. a été déférée à la justice par une d'une infâme par son état. Donatien ClaudeArmand. et retourna ensuite dans sa terre. née le 17 août 1771 et qui. né le 27 août 1767. n'avait pu faire naître délit dont aucun intérêt l'horrible idée. des effets qui lui avaient été adressés Dans le court espace de temps qu'il y séjourna. (2) Louis-Marie. t. p.82 DE LE MARQUIS SADE et extrait le marquis (1). n° 17/J1-151. Madeleine-Laure. de Marseille «.. le marquis de Sade habitant alors sa terre située en Provence. mémoire a été publié pour la première fois par le docteur Cabanes dans le Cabinet secret de l'histoire. fit un voyage à Marseille. L'accusation d'un dénuée de toute espèce de ATaisemblance. III. avec une tranquillité qui donne lieu de présumer qu'il était très éloigné de penser s'être attiré une poursuite criminelle. .

de douleurs internes et de vomissements. renfermés dans une bouteille scellée et close par autorité de justice et déposée (1er juillet) au greffe.DANSLA MAISON PUBLIQUEA MARSEILLE clare 83 que cette fille est travaillée depuis quelques: et jours. que l'une d'entre elles n'en a pas voulu manger. Une autre fille (1) de même espèce dépose qu'un homme qu'on lui a dit être le marquis de Sade est Arenu chez elle . et que celles qui en ont mangé en ont été incommodées. requiert transporté qu'il soit procédé dans la chambre à la recherche ou anis sucrés. et les a jetés par terre. C'était assurément prendre toutes les précautions imagi(1) Les deux femmes interrogées s'appelaient Marguerite Coste et Mariette. Le procureur du roy qui s'était chez la déposante aArec le juge. et pour procéder à la décomposition des matières provenues des ve-missements. qui lui a présenté ainsi qu'à d'autres filles rassemblées dans le menu appartement des anis sucrés . Le procureur du roy requiert le transport du juge dans la maison de cette fille. On en tronva deux des pastilles qui avaient échapés à la balayeuse généralle que la déposante déclare aAroir été faitte le même jour. lie juge nomme des experts pour vérifier la qualité de ces anis. . qu'elle se trouve en cet état après avoir mangé avec excès des pastilles qui lui ont été présentées par un étranger qui est venu la visiter.

après l'examen le plus scrupuleux. nécessaire « Dans le cours de l'instruction. faAreur. . Deux apothicaires chimistes attestent. filtré et reposé. sur lequel d'ailsans aucune leurs on avait ordonné l'informaticn plainte rendue. on ne sçut ce qui se passait que le jour même qu'il fut décrété (5 juillet). elle n'adonné « 11 est à observer que toute cette procédure a été instruite aArant que le marquis de Sade ni per: aussi les sonne de sa famille en eût connaissance prenves à décharge ne pouvant être suspectées de à Marseille. « Un rapport aussi précis ne laissait pas subsister la plus légère trace du délit. après aAroir fait toutes les expériences que l'art indique. l'un odeur ayant été jette au feu. et dont le détail est clairement expliqué : « 1° Que le résidu de la liqueur distillée. rosif . et qu'une parcelle ayant été mise sur la langue de l'un des aucune sensation d'âcreté. ni sublimé corminéralle. experts. dissous dans l'eau. & 2° Qu'à l'égard des deux grains d'anis. que l'autre examiné au microscope a paru un grain d'anis entouré de sucre. On a éleA'é l'édifice d'une procédure criminelle sans en aA7oir posé le fondement : et contre le texte de l'ordonnance. n'a produit aucune substance ni arsenic. n'a donné aucune d'arsenic.84 LE MARQUIS SADE DE nables pour éclaircir la Arérité. une autre fille.

« Oh s'est écarté dans cette affaire des premières notions de l'ordre judiciaire et des règlements particuliers émanés du Parlement de Provence. défondent aux juges d'entendre témoins sur d'autres faits que ceux contenus dans la plainte. la déclaration a été reçue par le juge en présence du procureur du Roy. Il se borne à requérir que les informations soient. « Deux arrêts de cette cour.DANSLA MAISONPUBLIQUEA MARSEILLE S5 du nombre de celles dont il a été parlé pour être et dont rassemblées dans le même appartement. portant permission relatives au second délit. pour de ce qui lequel. continuées sur le délit. etc. procédure. dit-il. ne pouvait être au sans texte de la loy la matière d'une instruction du une plainte préalable. sans tantes. le procureur Cependant roy n'en rend point. Ce nouveau chef d'accusation. des S may 1677 et des 18 avril 1766. reçut des dépositions . à absolument étranger et celui qui était l'unique objet des recherches des poursuites de la justice. au mépris des règles les plus cons«Cependant du procureur du roy. sans réquisition on ordonnance d'informer. on ne doit rien négliger peut sei'Alr pour l'éclaircir. a imputé à l'accusé et à son des actes tendant à un crime qui domestique offense également la nature et les moeurs. à peine de nullité et cassation de la.

plus vil intérêt. les multiplient délations contre un homme qualifié dans. Non seulement il n'en existe aucune du crime du poison.poursuites. en admettant même comme rece\rables des dépositions dans leurs de témoins récusables : on n'aperçoit déclarations de quelque les détails inconcevables et la ques faits de débauche. dommages et intérêts qu'elles ont fait par deA'ant Me dé Carrais. procès quoiqu'antériours « Par rapport au deuxième chef d'accusation. mais il est détruit par le rapport des deux invinciblement de la santé experts. par le parfait rétablissement dos deux filles qui aAraient été malades et qui ont même reconnu l'innocence du marquis de Sade à de toutes cet égard. le au 8 aoust 1772. l'espérance de satisfaire le.:86 LE MARQUIS E SADE D qui n'aArait rien de commun avec le premier : qui n'était pas même un corps de délit. Mais rassemblez l'accusamalgré tous ces témoignages tion intentée reste sans preirvo. et qui n'ont pas été produits au jugement. etne peuvent jamais mériter la confiance de la justice. . notaire à Marseille. par les actes de désistement . des filles perdues qui retirent de leurs désordres une infâme rétribution. dont la bizarrerie ne prouveraient que la démence de -dépravation celui qui s'y serait HATC. On admet comme témoins les personnes mêmes qui aA^aient fait successiA'ement des dépositions contre l'accusé absent .

. la chambre des A'acations avec une précipitation si étrange qu'on ne peut se refuser à croire qu'elle était proAroquée. pour y demander la cassation par nullité de la et de toute permission d'informer. du décret et de tout ce qui s'en est ensuivi.sans égard qui déposaient en pour toutes lés considérations faA'eur de l'accusé. pour se contre pourvoir ensuite à produire sa justification l'accusation intentée contre luy. information.. comme atteint et convaincu des deux crimes dont il était accusé. dont l'injustice est uinversellement reconnue. la procédure instruite contre luy en la Sénéchaussée de Marseille. « L'absence seule est-elle donc une preuve du crime? ou en est-elle un par elle-même? C'est à cette erreur si funeste qu'on doit tant d'arrests qui ont fait gémir la justice même. Le crime n'est tel que quand il. magistrats tenant alors le Parlement. et confirmée par. . « Dans les circonstances. il a été condamné par la Sénéchaussée de Marseille aux peines les plus rigoureuses. y a un A'éritable corps de délit et qu'il n'a pu être commis qu'à mauvaise intention. le marquis de Sade est conseillé de s'adresser au Roy étant en son conseil. sentence et arrêt confirmatif.DANSLA MAISON A PUBLIQUE MARSEILLE 87 « Malgré toutes les règles judiciaires. « Cette sentence fut eiwoiée 8 jours après aux de la chambre des comptes à Aix.

un père de famille. lations des mêmes femmes prostituées. ni de venimeux. peut avoir induites au parjure.que l'appas du gain et l'espérance de l'impunité des choses dont elles sont coupables de leur scandaleuses. mais encore toutes les branches de sa maison. Les filles n'ont fait que se plaindre d'une incommodité qui peut aA'oir eu d'autres causes dans les différents aliments qu'elles avaient pris dans la même journée.8S LE MARQUIS SADE DE « Comment a-t-on pu juger que les pastilles de poison ? Lès médedonnées étaient infectées dont la Alsite avait été cins et les chirurgiens ordonnée n'avaient pas cru pouveir taxer ces pastilles de poison. « Cette iniquité contre laquelle il réclame. condamnent le marquis de Sade et son domestique et sans preuve pour un crime sans A'raisemblance au double supplice de la mort et à l'infamie. ou une indisposition de accidentelle. Les apothicaires chimistes. qui fonde son espérance sur les lumières et l'équité des juges auxquels il s'adresse. ils propre aveu. un citoyen. intéresse non seulement luy et sa descendance. coupable envers deux malheureuses d'empoisonnement qui ne méritaient Sur les déque leur animadversion. Et des juges ont eu la témérité déclarer un homme issu de la plus ancienne noblesse. Elle ne se dissimule point les difficultés qui peuvent se rencon- . après n'aA'aient rien trouvé de mortel leurs expériences.

» Dès le lendemain de sa répugnante aventure dans la maison publique de Marseille. comme ses enfants par leur innocence. qui ne peut tirer à conséquence pour l'aArenir. plus préArenus que circonspects. par des mades loix gistrats peu instruits vraisemblablement et de l'ordonnance criminelle. pour détruire que l'erreur ses tribunaux a imprimée sur le marquis de Sade sa par un jugement dont la honte COUATC femme. qui en ont provoqué le jugement précipité. et rejaillit sur toute leur famille.DANSLA MAISON PUBLIQUEA MARSEILLE 89 au Conseil des trer dans l'usage de n'admettre Dépêches que les affaires qui ont trait à l'admien matière nistration et de renvoyer les cassations criminelle au conseil privé ou au Bureau des cassations : mais elle espère que Sa Majesté et son conseil auront égard aux circonstances qui ne rendent pas celle-ci tout à fait étrangère . dont s'entretenait le marquis de Sade toute la Provence. « Par des considérations enfin qui particulières là placent dans une classe unique. Elles excitent la confiance que la famille ose prendre dans les bontés du Roy et de son conla flétrissure de seil. n'étant pas présumable qu'aucune autre affaire puisse réunir toutes les circonstances malheureuses que renferme celle-ci. intéressante par ses malheurs et sa vertu. .

Sa femme. et de le frapper durement. dont le chancelier à celte occasion.) (2) Le décret d'accusation est du 5 juilleL 1772. après ce nonveau crime et ce nonveau très sévère. Ce procès s'instruisait aArec une rapidité peu habituelle aux juges de ce temps-là. Paris. il venait d'instituer sur les ruines de l'ancienne magistrature. par.. . le marquis dc Sade el son valet de chambre à la peine de mort. au milieu de la résistance générale. marche et les Alcissitudes de son procès. à un châtiment le déArouée. Maupeou. fut cassé en 1778. excitait le zèle (1). Il pouvait s'attendre.90 LE MARQUIS SADE DE aA'ait pris la précaution de se cacher. saisirait avec empressement l'occasion de le frapper. et qui suffirait à elle seule à proiwer la secrète et puissante intei'A'ention de haines personnelles. Le jugement fut rendu le 3 septembre. Il condamnait. renseignait. cl confirmé huit jours après.suite de la jalousie qui existaitalors exista jusqu'à la fin de l'ancien régime entre la de noblesse de robe et celle d'épée. scandale. Il saA^ait et qui que. sur la aArec beaucoup d'exactitude. qui voulait ainsi donner une certaine réputation dc sévérité au corps que. pour crime d'empoisonnement cl de sodomie. i83/| (article sur dc Sade. héroïquement toujours indulgente. comme nous le verrons plus loin. La sentence (ij « II est assez curieux de savoir que l'on a la preuve que ce jugement rigoureux avait été sollicité avec instance auprès du procureur général par le chancelier Maupeou. par contumace. Ce jugement. » Biographie universelle et portative des Contemporains. le Parlement et en partie gagné par ses ennemis Provence.

et qui. son orgueil intraitable. Paris. Mi Lefébure. administrateur du département de Vauclusc. M. mort en i83g. pussent agir ainsi sur sa destinée. sa soeur partie pour Paris où elle multipliait ses généreuses et infatigables (i) La dernière partie de ce chapitre a été empruntée. et. Louise de Montreuil. que des robins' il n'avait que du mépris. A la Abeille d'une condamnation beaucoup trop rigoureuse. Ce fut pour les braver et pour les punir. par rancune au moins autant que par amour. menacé. i85S. à l'élude de Paul LACIÏOIX le marquis dc Sade. 22». après la Révolution. Paul Lacroix assure qu'il avait été renseigné par un « vieillard digne de foi ». trop peu corrigé par tant de tristes aA'entures. Lefébure avait été. et qui connaissait très bien loule l'histoire du. il était dans un état d'exaspération qu'expliquerait à défaut d'ausuffisamment. à 86 ans.DANSLA -MAISON A PUBLIQUE MARSEILLE -81 allait être prononcée et on en prévoyait la rigueur lorsque le marquis de Sade se décida à quitter la retraite dans laquelle il se terrait. il en éprouArait une humiliation profonde. sur pour le fond. qu'il se décida à un crime plus odieux peut-être que les précédents. que pour assouvir la folle passion qui avait dominé et détraqué sa Aie (1). 11 n'en sortit. obligé de fuir. . tre raison. mépris de pour-lesquels grand seigneur et mépris de soldat. 11 se sentait traqué. p. Curiositésde l'histoire de France. lui permettait par suite de se poser en victime. 2e série : les Procès célèbres.marquis dc Sade.

Dans quelques jours il sera frappé d'une peine très dure et . Il simuler. A des aveux qui semblent lui échapper et dont le misérable suborneur a soigneusement préparé les termes et calculé l'effet. est-ce d'amour? évoque sa A!C souillée Ses fautes. serrant contre ses lèvres les blanches mains qui tremblent. il reste quelque temps silencieux.92 LE MARQUIS SADE DE se trouvait démarches. 11 se jette à ses pieds. et personne n'a pour lui plus de dégoût et plus de haine que lui-même. Elle a quelque peine à_ le reconnaître. est Arenue. Puis. loin de les dispar tant de scandales. Effrayée. son image se fût et à un coeur qui n'aimposée à une imagination vaient cessé de lui appartenir. se coucher. Un pas furtif glisse dans le corridor qui conduisait à sa chambre. Heureusement. il mêle le récit de son aArenture de Marseille. La porte s'ouvre et son beau-frère apparaît. il s'en repent. Comme si la douleur et les remords l'empêchaient de dire un mot. aArec des larmes dans la Aroix. elle se lève. Devant la jeune fille qui frémit — est-ce dc dé— il goût. il parle. quand il n'était pas là. aA'ec quelques doau château de Saumane". s'en accuse. on dirait qu'il les exagère à plaisir. quoique trop souvent. il en reconnaît toute l'horreur. Elle venait de mestiques. seule. 11 l'attendait l'heure de l'expiation et A'oilà qu'elle s'impose à ses remords.

Sans doute il a commis des fautes.DANSLA MAISON A PUBLIQUE MARSEILLE 9? que cependant il tronve trop douce. à la subir. et à livrer au bourreau la tête d'un marquis de Sade. ou mourir. sans Arous. sans dire un mot. pour les dangers qui le menacent. elle a le devoir de les lui pardonner. mais il s'infligera lui-même le châtiment trop mérité. il n'hésiterait pas. pour se venger d'avoir été séparé d'elle. s'écrie-t-il dans une sorte d'ivresse. me deAlent impossible. mais ensemble. ils le pleureront peut-être. mais peutil se résoudre à déshonorer sa famille. l'ayant méritée. plus que jamais. Elle l'aime pour l'humble et douloureuse confession qu'il Aient de faire. pour les raffinements de débauche que ses aveux lui ont réA-élés. puisque la Aie. mais il les a commis pour elle. fuir sans retard. fuir. des crimes. Non ! il saura se soustraire à l'infaniie du supplice. Mort. il est à charge à tous les siens. Seul. Seule elle a le droit. très émue.. et aussi. J'e. et ses beaux yeux sont pleins de larmes. Que parle-t-il de mourir? Il faut fuir. si ATJUS m'abandonnez. Louise de Montreuil. à porter sur l'échafaud cinq siècles d'honneur et de gloire. Vivant.me tue. Elle écoute aussi son coeur qui plaide pour ce coupable. car toute Alerge est femme. Et elle l'aime. l'écoute. Chacun de ces crimes est une prenve de son amour. « Oui. Saiwez-moi ! » .

puisqu'elle aime. brisée par plus. Arers le châtiment (1). mais. Il est trop tard. (i) Paul Lacroix ajoute ces détails. DE Elle essaie de lutter. DeA^ant la nécessaire l'argent du château. une chaise de poste les porte attend. Le marquis triomphait. l'emporte presque inanimée vers l'amour. faites. moyennant à un long A'oyage. pressés de partir. Louise de Montreuil hésite encore. et le marquis de Sade était trop habile cl peut-être aussi trop épris pour s'exprimer avec ce cynisme. il l'implore. pénitence : je vais fonder un ermitage en Italie cl adorer le parfait amour.94 LE MARQUIS SADE. au moment où il avait le plus grand intérêt à jouer la comédie de la tendresse et du remords. Il la presse. où sa honte cl sa rougeur n'avaient pas d'autre voile qu'une nuit obscure. Toutes ses dispositions . de tout ce qu'elle laisse derrière Au souvenir elle. jette un dernier regard sur sa chambre de jeune fille qu'elle ne reA^erra toute frémissante. elle est Araincue d'avance. « — Adieu. Sur un signe de son amant. qui me semblent inventés de toutes pièces : « La pauvre demoiselle restait muette au fond de la voiture.sont Le payement de ses fermaprises. comme moi. Il l'entraîne l'émotion et l'angoisse. le galop des lourds chevaux. messieurs. » Pour des opérations dc ce genre on n'a pas besoin de témoins. à peine éclairée par quelques flambeaux. lui a procuré ges. anticipé de fortes remises. Elle s'habille à la hâte. . dit-il gaiement aux témoins de cet enlèvement.

et le bonheur lui faisait une âme moins agitée et plus pure.• V AU CHATEAU DE MIOLANS Les deux amants s'étaient réfugiés en Italie. et cette amertume que toutevolupté recèle et qui en est l'expiation lui montait . dans ce pays qui offre à l'amour la beauté de ses paysages et la splendeur de son ciel. Louise de dans le tourbillon Montreuil. le Piémont. Elle n'y parvenait pas. elle ne ponvait chasser les souvenirs importuns. de cette vie errante. à Gênes. Alexandrie. multipliés sous ses pas. si confiante et si indignement trahie. Le marquis de Sade était parcoururent au comble de ses voeux. à sa soeur. Au milieu des plaisirs. désespérée par sa fuite. à force d'agitation. s'arrêtant Turin. essayait d'endormir ses remords. ils grandes Ailles. Elle songeait sans cesseàsamère. dans les plus Pendant quelques mois.

à Chambéry (1). empoisonnait ses plus douces heures d'ivresse. le moins Ils en sortaient campagne Le marquis de Sade aAiiit sans doute possible. En effet elle le décoiwrit bientôt et se hâta d'aA'ertirles autorités de la ville. Les caprices de leur fantaisie. pour échapper plus facilement riosités des naturels du lieu. été aAlsé que la police sarde suiArait depuis quelque temps ses traces et qu'il aurait beaucoup de peine à lui échapper. il aArait pris ses précautions. jours par le major de place quis de Sade fut arrêté de Chambéry. on le conduisit Miolans. passa quelque temps dans un couvent. . arrivé à ChamCarteron. (2) Paul Lacroix affirme qu'elle mourut en Italie. dans une maison de des eiwirons.96 LE MARQUISDE SADE du coeur aux lèvres. et sa famille finit par lui pardonner. Son domestique. (i) Entre l'épisode de Marseille et l'arrestation à Chambéry. On fit des perquisitions chez lui. Tandis que Louise de Montreuil receA'ait l'ordre de au château de rentrer en France (2). la vie du marquis dc Sade est très peu connue. dans les bras du marquis. l'inou peut-être conscient désir de se rapprocher de la France les aArait conduits. Averti à temps. puis. En réalité elle revint en Provence. Ils s'étaient logés à l'hôtel de la Pomme aux cud'Or. Dans les premiers le marde décembre. et on n'y trouva que quelques papiers sans importance. Il faut remplacer pour celle période les documents qui font défaut par des conjectures. à vingt et un ans. au mois de noArembre.

Carabiniers Cavalerie). .) . lii'gncdc LouisXV.

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son donjon sourcilleux. ses larges murailles que l'âge et les orages ont brunies. De Miolans il partit pour Nice. Menabrea. son histoire offre des particulari(1) A son retour. « AA'ecses robustes tours. perché qu'il est sur un rocher taillé à pic de plusieurs centaines de pieds d'éhVvation. lettre citée avec bien d'autres documente originaux dans un excellent ouvrage de M. Tous ces détails relatifs à l'arrestation sont extraits d'une lettre du comte de la Tour. Les dépenses du maître et du valet. Manoir féodal d'abord. un charme tout particulier. puis prison d'Etat. auquel nous ferons dans ce chapitre de nombreux emprunts. . Turin. éeriyait près décent ans plus tard. des papiers et des livres laissés dans cette ville par son maître lorsqu'il y était passé au commencement de l'automne (1). i865. puis place de guerre. en 1772. on congédia le domestique Armand resté auprès du marquis. MENABREA. ministre du roi de Sardaigné.DE AU CHATEAU MIOLANS 97 fût autorisé à béry le lendemain de l'arrestation. mais à condition de ne s'arrêter à Miolans qu'une nuit. étaient évaluées à 282 livres par mois. Pour un amateur de pittoresque — mais le marpas et on ne quis de Sade ne l'était probablement l'était guère de son temps — le château de Miolans deArait avoir. M. et il fut seul chargé de le servir dans sa prison. les Origines féodales dans les Alpes occidentales. dont on l'avait' lui rendre compte des commissions chargé. y compris les meubles fournis. d'où il devait rapporter des effets. il semble n'avoir rien perdu de son antique fierté et a l'air de commander en maître à tous les alentours.

car il vécut d'une vie active jusqu'au de notre siècle.Dans Arerdures.. unique gardien de ses traditions. merveilleuse situation ? Sans doute à l'époque de l'invasion des Sarrasins dans le pajrs. » Cette description date de 1856. on apercevait des forêts au noir feuillage. Du roqui se détachait cher où il était posé comme un guetteur chargé de sui'ATeiller toute cette région. sur une espèce de contrefort du plateau des Bauges. puis une ceinture de nouée par le ruban d'archamps et de vignobles. on ne lui laissa pour hôte qu'un simple concierge. Depuis. de ces Sarrasins contre lesquels bataillèrent les sires de aArant l'an mille. qui fit certainement Miolans. commencement deA'enu caduc. apparaissaient çà et là le village de Saint-Pierre-d'Albigny. bornant l'horizon. les châteaux d'Ayton. de l'Ileuille. des masses blanches ou grises. la nids d'aigles ou de ramiers. . et plus loin. Il ne reste aujourd'hui teau de Miolans que des ruines. de Chamoux. tour de Montmayeur. jaillir du sol plus d'églises que de châteaux. Il s'éle\rait dans luA-iallée de l'Isère. au milieu des rienne. cette pard'écume. mélian et Conflans.98 LE MARQUIS E SADE D tés curieuses. le temps du châa fait son oeuATe. époque à laquelle. de l'Isère aux eaux blanches gent du fleuve. entre Mont. du Dauphiné la Mautie des Alpes qui séparait la plaine qu'il dominait. dans cette A quelle époque l'àvait-on construit.

sa femme.99 En 1523. duc de Savoie.AU CHATEAU MIOLANS DE . il fut vendu à Charles III. Menabrea a reproduite dans son. On y lisait encore. prison dont les éclairés que cachots creusés dans le sol n'étaient par d'étroites fissures du roc. On le rebâtit alors presque ans plus tard. sans cesse assiégées par les ouragans. avec ses tours Arêtues de Prison formidable nuages. livre : o MON DIEU ME ArOTOM FAIRE PASSÉ POA'REMEMT JEUNESSE AUX MA PRISONS DE MIOLANPOUR N'AVOIR MAL FAIT ET ArOICILA 3e PRISON QUE JE SUIS DEPUIS LE 29 1583 POVT. cette inscription. 1585 1585 : . dans ces cachots des ossements On tronva humains.EINNOCENTL'ON MAT AMENÉ CÉANS DIEU LE SAIT MON DIEU j'AY ESPÉRANCE EN TOY NE ME LAS JAMAIS MON DIEU cri. battues par les pluies. que M. en 1856. et sur lesquelles s'attardait le Arol silencieux des gerfauts . Cinquante resse devint prison. par Guillaume de Poitiers et Claudine de Miolans. la forteentièrement.

On mit en accusation les deux coufut pables. depuis le 22 février 1771. et il y mourut. où presque tout son temps se passait à faire d'admirables paysages à la plume. de faux billets du Trésor royal. Vincent Lavini. arrêté en 1762 et emprisonné à Miolans.LE MARQUIS SADE Faussement accusé d'aAroir entretenu des intelle père Monod. Miolans. pour aAroir essayé. par ordre de Richelieu. LaAlni. au château d'Ivrée. de faire éA'ader. Sa chambre en était tapissée (1). dont le froid et l'air trop A'ifl'avaient rendu malade. fut enfermé à Miolans. L'autre détenu. François de Songy. le l\ décembre 1770. le château de l'Allée. alors ministre. Sur l'instigation du comte Stortiglioni. où il ne larda pas à mourir. deux Sardaigne détenus démarque s'y trouvaient déjà. commis des finances sous le III.10Ô ' DE .il fut transféré de Miolans. . de la un certain Benoit Bazelon prison de Bonneville. habitait. qui s'était enfui en France. pour une somme considérable. baron de bien malgré lui. . à l'époque où cette Bastille du roi de s'ouvrit pour le marquis de Sade. il fabriqua. jésuite. avait le dangerègne de Charles-Emmanuel reux talent d'imiter à la perfection toutes les écritures. — ce à quoi il réussit d'ailleurs — et pour aAroir (i) Le 9 juin 1786. ligences avec l'Autriche. Le crime fut découvert.En 1772. .

: engagement « Je promets et donne ma parole d'honneur au fort de Mioce jourd'hui qu'ayant été traduit aux arrêts. François de Songy. ment rattrapé. être si mal tenu de prendre. cet lui faisait signer château. conM. en foi que je n'en aye une permission de quoi je me suis signé à Miolans. sur les instances . de Launay de formément aux instructions toutes les précautions possibles arrêté sonnier très important. et de ne point passer la porte du donjon. M. mais on l'avait assez rapideblique de Genève. Le marquis de Sade aA'ait été incarcéré le 8 dédu le commandant cembre 1772. le commandant les défenses par lui et de ne point enfreindre faites. promettant lans pour y être détenu tous les ordres qui me seront intimés d'exécuter dudit fort. ni de le faire. pour que ce pri-. à moins à mon domestique permettre spéciale. dans la nuit du 26 au 27 décembre de la même année. de ne faire aucune tentatiATe pour m'évader. le 9 décembre 1772. Le lendemain. » — qui deArait Cet engagement — n'empêcha pas M. de Launay. de la part de M. après dans la répus'était réfugié ce double exploit. tenté de tuer un soldat en faction dans un corps de garde.DE AU CHATEAU MIOLANS 101 aussi. de la Tour. le marquis de Sade.

dont nous les passages les plus intéressants : reproduisons « La famille du comte et de la comtesse de Sade du comte de Sade au ayant appris la détention fort de Miolans. E. De même son appartement devait être fermé a clef la nuit. sa femme. ambassadeur du roi de Sardaigne à Paris. sa bellemère (que son emprisonnement ne gênait pas du tout et qui l'aA7ait probablement proAroqué). elles adressèrent au comte de la Marmora. en tout ce qui ne pourra porter le moindre ni faciliter préjudice à la sûreté de sa personne. Les parents du marquis. Pendant ses promenades dans les fossés ou les chemins de ronde du fort. se plaiet gnirent qu'on n'ait pas pour lui assez d'égards. supplie S. pour qu'il le fit parvenir au comte de la Tour. commandant général du duché de SaAroie un mémoire. il deArait être gardé à vue par le sergent de planton et. « On désirerait aussi que son vrai nom ne fut . et qu'il lui soit procuré tout le bien-être possible qu'un homme de son état est dans le cas de désirer.102 LE MARQUIS SADE DE du duc d'Aiguillon. M.la tenter. le comte de la Tour de A'ouloir bien donner des ordres pour que ce gentilhomme y soit traité avec quelques égards. un soldat était chargé de le sui'Areiller et de fermer la porle à clef derrière lui. s'il voulait. son é\-asion. ne put pas s'échapper. lorsqu'il montait sur le donjon.

et qu'il ne soit connu dans le fort que sous le nom de comte de Mazan qu'il a porté jusqu'ici. manuscrits. lettres. M. garnie de cuivre.. S'il l'a emportée avec lui dans le fort. le commandant général du duché de SaA'oie répondit par une note. ayant fait trop de bruit pour n'aA'oir pas inspiré des pimentions fâcheuses qu'il faut le temps d'affaiblir et de détourner. dans laquelle il se montrait également soucieux de se conformer aux instructions autant que reçues et de ménager possible une famille très influente': « Le comte de la Tour. La malheureuse affaire. c'est ce qui oblige à désirer qu'on ignore le lieu de sa retraite.. lui soient remis.. à l'exception de ses papiers. que de S. si elle n'y » est pas. qui contient aussi des papiers. etc. on s'en passera. le comte de la Tour. tant pour son utilité que pour son occupation. Quant à la clef.. de quelque nature qu'ils être. que sa famille demande lui être puissent envoyés aA'ec une petite boite ou coffret de bois.. A ce mémoire. que des circonstances ont aggravée. écrivait-il.AU CHATEAU MIOLANS DE 103 connu dé personne. L'on prie que les effets qu'il pourrait avoir avec lui. a satisfait . l'on prie de tâcher de les raA'oir sans aucun des qu'il puisse le prévoir et ne soustraire papiers qu'elle contient. E. qu'on croit être rouge. nécessaire à un esprit aussi vif que le sien.

Il a donc adoucir l'amertume de ce château d'engager chargé le commandant lui-même la M. Le même commandant chambre et un cabinet à portée de son appartement de la saison qui a été réparé contre les intempéries où nous sommes. qui peuvent de sa situation. aArec la précaution cependant d'avoir toujours auprès de luy. un bas officier qui le garde à vue. le Roy de Sardaigne. Il est certainement très empressé de marquer à ses parents l'envie qu'il a de les obliger. le comte de Sade. mais en même temps assurée d'éArasion. maître. ayant même déjà prévenu leurs intentions dans la manière dont ils souhaitent que ce gentilhomme soit traité. Quoy qu'il ayt établi une sentinelle à sa porte.faisant arrêter et conduire au château de Miolans M. des tables. Un tapissier de contre toute tentative Chambéry a fourni des lits. matelas. il luy laisse la liberté entière de passer quand il souhaite dans son appartement. et de se promener à son gré dans l'enceinte du donjon. avec tous les égards et les agréments dus à sa naissance.104 aux ordres de DE LE MARQUIS SADE son S. M. le comte de Sade de déterminer être nourri et entremanière dont il désirerait lui a donné une tenu.. il est défendu aux soldats . en.. Son domestique est consigné à la garde de ce donjon et ne peut par conséquent de se charger sortir. des chaises. linge de table et délit. et autres commodités qui ont paru nécessaires. pour lors.

duchesse de la Val- . Louise-Françoise La Baume-le-Blanc. mais il était réellement situé rue d'Enfer. » Quelque temps auparavant.. fais fermer la première porte de son appartement pendant la nuit de manière qu'il ne pourrait s'éA'afenêtre dont je ne l'éponds pas. le marquis de la Chambre Je et un cabinet y contigu pour son domestique. C'est là que mourut. époque à laquelle les Carmélites vinrent s'y établir.. L'église et le couvent furent occupés par les religieux dc Marmoulicr jusqu'en 1604. en 1710. » derqueparla La marquise de Sade.. qui ne permet pas à son prisonnier de recevoir ny d'écrire aucune lettre qu'il ne l'aye auparaArant lue et cachetée lui-même. le comte de la Tour aA'ait reçu du commandant du fort de Miolans une lettre relaie au nouAreau détenu.. s'était retirée au couvent des Carmélites faubourg Saint-Jacques (1). le 11 décembre 1772. que de l'exprès consentement du commandant. sous le nom dc soeur Louise de la Miséricorde. et dans laquelle se tronve ce passage : « J'ai donné à ce prisonnier la même chambre à feu qui fut occupée par M. Celait autrefois un prieuré de l'ordre de Saint-Benoit dépendant de l'abbaye de Marmoulier.DE AU CHATEAU MIOLANS 105 d'aucune espèce de commission pour son maître et pour luy. n° 67. De là elle écrivait (i) « On l'appelait couvent des ReligieusesCarmélites de la grande rue du faubourg Saint-Jacques. qui avait sans doute deAlné le rôle joué par sa mère dans l'arrestation de son mari et qui ne se résignait pas à lui pardondu ner.

adoucisseque-les ments obtenus pouivce malade. Ce couvent fut supprimé en 1790. je lui ai fait lecture de la lettre que M. 1828. Celui-ci.le 8 janvier.p. qu'il souffrait d'insomnies presque et qu'un médecin avait été appelé pour continuelles. M. 1er mars 1773 : « J'ai vu hier le moralui arrivait. très embarrasséentre une femme trop sensible qui réclamait un régime de faveur et un surcroît son gonvernement qui lui recommandait de surA'eillance et de rigueur. qui M. et elle menaçait de protester auprès do l'ambassadeur de France en Sardaigne. le duc d'Aiguillon. qui n'était probablement qu'un malade imaginaire. 127.il était tombé malade. elle se plaignait au commandant du château. -I. par Antony BERAUD P. qui ne savait trop non plus quelle conduite tenir. du fort de Miolans. de Launay.le à l'instance de ministre.. » Dictionnaire et historique de Paris. Le 21 janvier. Il au demandait sans cesse de nonvelles instructions comte de la Tour. De Launay.. ne fussent pas exécutés. examiner son état. s'efforçait de contenter tout le monde et ne contentait personne. .106 lettres sur LE MARQUIS SADE DE lettres pour intercéder en faveur du prisonnier. Elle avait appris que. DAFEY.t. Paris. en référait au goiwernedu ment français qui aA'ait réclamé l'arrestation La Marmarquis et qui en était seul responsable. vous a écrite à commandant Itère. de Mazan (le marquis de Sade) est détenu.

que vous me fassiez la grâce de m'en instruire . il doit excuser la vivacité d'une femme mal informée et abusée par le crédit que son mari. c'est un hommage que vous (1) Cette supplique. on le resserre davantage . Que dois-je penser de tant de rigueurs ? Qui peut les avoir occasionnées ? J'attends.de Ces décisions du ministre de France. adressée au roi de Sardaigne CharlesEmmanuel III. se : mêlent les prières et les récriminations « Dans le temps même que je sollicite pour mon mari. de Sade . qu'on lui retranche toute douau dehors lui soit ceur. reproche .auprès de votre Roy la supplique que j'ai l'honneur de vous envoyer (1) .de Launay est au-dessus de tout prisonnier.. Elle lui écrit aussitôt une nouvelle lettre (le 18 mars) dans laquelle.. si mon approche est devenue un crime nouveau pour lui. le comte delà Tour les fait connaître à la marquise de Sade. de s'expatrier. joignez-y celle d'appuyer. que toute communication interdite .AU CHATEAU'-DE MIOLANS l'occasion 107 de celle qu'il a reçue de l'épouse de ce M. débutait ainsi : « Une affaire malheureuse a forcé le marquis de Sade. il a cherché un asile dans vos . mon mari. monsieur. comme dans les précédentes. qu'on ne laisse pas surtout sa femme lui. je suis bien à plaindre. conserve malheureusement esprit... » approcher. sur "son qu'elle aime. Il est nécessaire que l'on resserre plus que jamais M.

où il est délenu depuis quatre mois. » à le défendre. qu'a en sortir le plus. il n'avait songé même sans possible..de Piémont et qu'il s'informe s'il y a un pont sur France. malgré toutes mes précau» tions. écrivait de Lauexaminer secrètement nay au comte de la Tour. lorsque des ordres supérieurs l'ont privé de sa liberté.. Pendant états . le 5 février 1773. Mon mari n'est donc pas assez malheureux d'être flétri en France par un arrêt injuste. il a fait chanen argent de ger tout son argent. en le faisant enfermer au fort de Miolans. que sa femme s'obstinait de Sade menait à Miolans une exisle marquis mais tence qui manquait un peu de confortable qui n'était pas trop ennuyeuse. je n'ai rien trouvé en lui de solide et vois que ses menées ne tendent qu'à pouvoir s'échapper . outre les propositions qu'il m'avait faites. l'Isère qui soit bien loin de France.108 DE LE MARQUIS SADE devez à l'innocence opprimée . faut-il encore le punir doublement dans un pays où il a rempli tous les devoirs qu'inspirent les lois divines et humaines? » . il y élait paisible. A peine entré dans sa prison.tôt de ses geôliers : « J'ai sondé et fait l'assentiment ce seigneur. je la réclame pour mon mari et ie l'attends des sentiments de voire coeur. puisque. de façon que d'un prisonnier je ne puis pas répondre qui a la liberté dans le fort et qui peut escalader les murailles dans un instant.

sous le nom de domestique.:. en éprouvait le 27 février. ce à craindre. ne pas. Il Il se une irritation assez naturelle. il écrivait au comte de l'ignorait la Tour que de Sade venait de perdre douze louis. plaignait. qui. Il a un jeune homme avec lui (Armand). dans une après l'avoir débarrassé de pharaon. de douze louis. » Le commandant n'hésitait pas à donner presque tous les torts. Le 12 mai's. que le baron de l'Allée. De Launay. qui m'est recommandé avoir du bien un jour ». à la bassette : « Duclos (lieutenant du bataillon des invalides de Miolans) était partie au gain. en effet. et qui peut famille. de Sade est un esprit très léger. c'était probablement son chiffre. il s'est toujours raidi contre moi. le compagnon de ses débauches . Il insinuait que le commandant. avait gagné au même jeu partie « jeune homme de cent louis à son domestique. Duclos. du château savait qu'on jouait et qu'il ne faisait rien pour s'y opposer. On s'est disputé. ils font même courir le bruit qu'il est le bâtard du duc de . qui le rendra toujours singulièrement surtout tant qu'il sera lié avec M. à ce que je crois. disait-il. à son nouveau prisonnier : « M. dans ces disputes. Loin de suivre mes conseils. est.DE AU CHATEAU MIOLANS 109 de prendre la clef des champs. le En attendant sa prison par marquis de Sade s'efforçait d'égayer de nombreuses parties de cartes dans lesquelles il perdait un peu plus souvent qu'à son tour.

ger de conduite. il affectait de la considérer comme un châtiment très mérité. le 16 août. me montre tous les jours plus do confiance. Nouvelle lettre. naguère si hautain et si emporté. rait lui causer plus d'amendement que plusieurs années de détention. le plus profond repentir. Le marquis de Sade.. dans . On attend l'autre domestique. Cet homme. chaque fois l'occasion et même quand elle que s'en présentait ne se présentait pas.. au comte de la Tour : « M.depuis quelque temps. au lieu de lui faire chan» davantage l'irriter. la surs'efforçait.. le 9 avril. il constatait. sait part. comprenant que la violence et les récriminations ne lui serviraient à rien. qui. L'avenir le prouva bientôt. » Ce de Launay se prenait pour un habile psychologue . le 1er avril. Il est inquiet et mélancolique de sa Le grand repentir qu'il ressent pourdétention. laquelle il ..d'endormir veillance de ses geôliers. n'avait plus sur les lèvres que des paroles aimables et douces. que son prisonnier ne recevait « aucune nouvelle avantageuse » et que sa santé s'en trouvait très altérée.110 LE MARQUIS E SADE D Bavière !. Il manifestait.. il n'était qu'un bon homme des plus faciles à tromper. pourraient Quelques jours après. disait-il. de Sade. Le commandant constatait avec joie ce change11 en faiment. Quelque pénible que lui fût sa détention. qu'il attribuait à ses exhortations..

ses à Châmbéry. m'ayant prié de ne point l'obliger à lui faire des excuses. sur lequel M. et entre autres d'un certain François Dcvanz. ses commissions m'aperçois qu'il ne dépense que très à propos. ces (i) Probablement par l'entremise de quelques amis qu'il avait à Châmbéry. (2) Le chef de l'expédition était sans doute Joseph Violon^ d'Ermieux (en Dauphiné). 11 avec M. Je habillements. bien payés et très résolus (2). » Le marquis de Sade recevait à cette époque des nouvelles « avantageuses (1) ». non compris son linge. Mme de Sade était venue dans le Dauphiné. -Il jouait la comédie du découragement moment où il était en réalité plein d'espoir.. Menabrea a publié de curieux documents tirés des archives du château de Châmbéry. L'exécution suivit de près. qui lui était très dévoué. Dans la nuit du 1er au 2 mai. sa femme avait préparé un plan d'évasion qui présentait les plus sérieuses chances de succès. de s'est reconcilié très généreusement l'Allée. Elle y avait recruté une petite troupe de quinze hommes.DE AU CHATEAU MIOLANS 111 louait l'économie et la docilité du marquis : « La nourriture de son domestique et tout ce qui est nécessaire dans sa chambre se monte à cinq livres douze sols par jour. Joseph Violon fut accusé et convaincu d'avoir favorisé l'évasion du marquis de Sade et du baron de: .. D'après ses indications.mais il se gardait bien de les communiquer au commandant du châau teau.

hommes. par une requête adressée à Viclor-Amédée III.à Charles-Emmanuel III.112 LE MARQUIS SADE DE distance du château. en leur gratitude. avaient averti. ses prisonniers tournée étaient habituelle. qui avait succédé. par une sentence du %ftjuillet 1775. Sous prétexte de recueillir les débris d'une succession. le lieutenant cette uuitils devaient ne rien voir. il demanda sa grâce. M. et on finit par la lui accorder. une des plus « sensibles donnée en entier. mais pour adoucir que pouvait ils avaient lui causer ce brusque laissé à départ. le lendemain. Il n'y avait peut-être du châque le commandant teau qui ne fût pas dans le secret. en 1773. que des émissaires sa porte avec une fausse ouvrit tranquillement clef. acte d'une amusante l'Allée. de Launay fit sa Lorsque. au bannissement perpétuel des États du roi de Sardaignc. reux de profiter de cette excellente occasion. son adresse deux lettres d'adieu. descendit sans bruit. La étaient à commencer plupart des soldats gagnés.ne rien entendre. de Sade. il fut condamné. Duclos. pas à craindre de résistance de la petite garnison. termes choisis. très heugrand galop. Après trois mois de prison. déjà les regrets loin . où s'exprimait. avec le baron de l'Allée. Celle du marquis » qu'il ait écrites. postés à quelque attendaient le signal Ils n'avaient convenu. C'est mérite d'être le dernier comédie. se dirigea vers la petite monta achevai et partit au troupe qui l'attendait. Le marquis. Pendant toute par leur chef. .

Régiment <!<• Cavalerie <l'»ile.-she-.. (à .M.lo camp général.

d'autre part que je ne suis point un prisonnier et que ma famille (1). monsieur. . va donner tous ses soins à ce qu'il ne vous arrive rien. les Voilà. et qu'en un mot je ne l'ai due qu'à mes propres manoeuvres.AU CHATEAUDE MIOLANS 113 « Monsieur. raisonnements dont vous pouvez tirer vos excuses. Naturellement porté d'adoucir [sic) le sort des malheureux qui sont dans votre château. il était d'allier avec l'honnêteté de ces procéimpossible dés des attentions trop suspectes. que bien loin de favoriser en rien cette fuite. Si mon attestation peut être cependant de quelque poids vis-à-vis de vos supérieurs. Après toutes vos honnêtetés et toutes vos je ne puis vous cacher que cette pensée politesses. mettre ici. « Vous êtes d'ailleurs tout justifié par les attentions qu'on vous recommandait d'avoir pour moi. si quelque chose peut troubler la de mes chaînes. c'est la crainte joie de m'affranchir de mon éAraoù je suis de vous rendre responsable sion. vos soins vigilants l'ont retardée de plusieurs jours. qui seule m'a fait d'Etat. et je vous les garantis Considérez légitimes. Vous vîtes l'empressement qu'elle (i) C'est-à-dire sa belle-mère. ici dans la parole d'honje les prie de le trouver neur authentique que je leur donne. qui ne pouvaient même que déroger aux ordres^ que vous aviez reçus à mon égard. me trouble.

fite pour m'évader d'un secours que ma femme m'envoie de mes terres (1) . ce secours est composé de quinze hommes bien montés. que vous parvinssiez à me reprendre.ceux qui la composaient avaient été recrutés sur-place et payés fort cher. au bas du château.DE SADE montra au sujet de M. . ce ne serait. et qui sont qui m'attendent tous déterminés à sacrifier leur vie plutôt que de me laisser reprendre. mais la plupart de. comme vous le croyez bien. rapport à moi. car je défendrai ma liberté au péril de ma vie^ Alors croyezvous que mes parents vous auraient une forte obligation ? (1) Il pouvait . Duclos et combien elle-aurait été désespérée qu'un officier fût sacrifié par un excès de vivacité. que fort blessé. Si cependant il arrivait qu'après aA'oir massacre beaucoup de monde et en avoir fait écharper davantage. Je vais vous l'expliquer. Cependant. s'il arrivait.par auquel il ne sera peut-être plus temps de remédier lorsque vous lirez cette lettre. bien armés. choisis à cause dé leur dévouement éprouvé.114 LE MARQUIS.'y avoir dans cette troupe quelques serviteurs ou vassaux des de Sade. vous courez risque de tout gâter et de rendre vos plus mortels ennemis ceux qui sans cela vont devenir vos plus puisJe prosants protecteurs. dis-je. vous voyez qu'il est et que inutile de compromettre votre garnison même tout secours extérieur ne saurait m'arrèter. ou même mort.

en ensans perdre de temps. je ne désire que des de Vous en convaincre . « "V. Tour. remercier de toutes vos bontés . un jour viendra. Ils ont laissé toute (1) Celte lettre justificative porte la date du 1" mai . avec son domestiqué. E. et avec lesquels et très d'être votre très humble j'ai l'honneur obéissant serviteur. et que M. accompagné des lettres des deux ex-prisonniers. verra par la ci-jointe que mes craintes n'ont pas été sans fondement. une sorte de mémoire justificatif (1).AU CHATEAU MIOLANS DE « Il ne qu'à vous rai toute occasions 1J6. mais elle a été écriteévidemment dans la journée du 2 mai. je l'espère au moins. de l'Allée. le marquis de Sade. se sont évadés ce soir avec M. j'y sema vie sensible. mon cher commandant. « Le marquis « Miolans. ce vendredi] de SADE. où il me sera permis de me livrer entièrement aux sentiments de reconnaissance que vous m'avez inspirés.. au comte de la voyant. me reste plus. Il essaya de dégager sa responsabilité. . Ces protestations de dévouement et de gratitude ne diminuèrent que dans une très faible mesure le déplaisir au malheureux que causait commandant une fuite trop habilement combinée. » » 30 avril.

Je suis cependant heureux qu'ils n'aient pas pu parvenir à faire sorfacile tir les autres prisonniers. « Il pourrait bien se faire qu'il ait été aidé du dehors par quelqu'un. et j'y ay trouvé les deux lettres verrez qu'il aussi V. comme il serait aux arrêts. et que j'ay encore trouvé le chapeau de M. d'où il lorsqu'il y a des prisonniers m'en pourrait coûter la vie. d'où l'on peut sortir de de vous toutes parts.'¥16 LE MARQUIS SADE DE la nuit leur chandelle allumée dans leur chambre. par quelque invalide ou de quelque autre personne du fort. et c'est par là que je conjecture qu'ils sont sortis. ce qui a rassuré les sentinelles. de Sade dans les commodités la chambre neuve où ils mangeaient. à portée de la cantine. s'il leur en était venu l'idée. E. un pied et demi de hauteur. comme j'ay eu l'honneur en prévenir cy devant. quoique je ne laisserai pas encore d'en être la victime. et le ministre jointes. J'ay fait enfoncer les portes de cila chambre. le marquis dans les mêmes commodités. et je n'ay trouvé ni cordes. ce qu'ils auraient pu faire. et peut-être encore pour de l'argent. J'ai fait visiter par tout le château. n'est pas possible de tenir des personnes aux arrêts dans ce fort. à la distance de plus de douze pieds . ni échelles. par où ils auraient pu passer. où il y a une fenêtre d'un pied et d'un pouce de large et. sinon la de redingote de M. "» .

Louise de Carpincl. Le baron de l'Allée eut la mauvaise idée de se diriger vers Paris. On pourrait croire. Ils n'y restèrent que peu de temps. et de nouvelles frasques le firent. . à Genève.DE AU CHATEAU MIOLANS 117 Si cette évasion ne fit pas perdre la vie à M. Pendant ce temps. (i) lien sortit le 17mars 1778. assure qu'à peine libre il reprit « une (2) M. Les excuses et comme il qu'il invoquait parurent insuffisantes.les deux fugitifs se reposaient de leurs émotions. Paul GINISTY correspondance abjecte avec une maîtresse ». veuve de Songy . 1901. Le chevalier du cbâteau de la Balme fut nommé commandant Miolans. Paris. on le sacrifia. si on ne le connaissait du dépas. qu'il lui témoigna quelque gratitude dont elle venait de lui donner tant de vouement preuves (2).à la suite des sollicitations de sa mère. enfermer à Miolans. p. Il s'y trouvait à mois lorsque la police de peine depuis quelques Il fut ramené à Miolans M. de fallait une victime. mais il n'était pas corrigé. de Launay. 24. pour la troisième fois. Le marquis de Sade partit pour l'Italie. vers le milieu de l'année 1774 (1). où sa femme le rejoignit bientôt. Lenoir l'arrêta. elle lui fit perdre sa place. . La Marquise de Sade.

il fut arl'êté. avait à subir de quoique conjugal. il reprit bientôt. Pendant un de ces voyages. sa vie de La malheureuse débauche. dont l'amour. en vertu d'une lettre de cachet à laquelle il aurait dû s'attendre. DE ROUGEMONT de Sade avait espéré reconqué-Sila marquise rir son mari. que tout elle impose. 11 venait assez souvent à Paris. Rentré en France. L'existence avec la contrainte provinciale. avec le même cynisme.VI LES PENSIONNAIRES DE M. ne suffisait malgré pas à ce mari volage. chez une de ses mai- . réinstallé de la Coste. elle dut perdre assez vite ses illusions. très ardent. femme. le \h janvier 1777. après un court séjour dans son château en Italie. de se obligée retitrer chez les Carmélites de la rue d'Enfer. fut de nouveau rudes épreuves.

Mme de Sade adressa. " servante. DE ROUGEMONT TÏ9 et conduit le même jour à yincennes. « J'ai l'honneur d'être très respectueusement. cette suptembre 1777. le 23.'' « CORDIEU DE MoNTREUlL. aux dont nous sollicitons aujourd'hui jugement pieds du throsne l'annéautissement. sa famille. du marquis la belle-mère au comte de Vergennes : » écri- . -. c'est me permets pas de me présenter et de ma retraite profonde que j'ose implorer attendre avec coniience de vos bontés et de votre de l'honneur de mon mari justice la réhabilitation si injustement flétri par un et de mes enfants. Pendant qu'on l'envoyait de avec une infatigable persévérance. rue d'Enfer. à son tour.D LES PENSIONNAIRES E M. au comte de Vergennes plique. vait. s'occupait la revision de son dernier procès. tout à l'heure.tresses. où se révèle sa détresse morale : « Monsieur. « L'excès de malheurs. Nous l'y retrouverons en prison. Au Monastère des Carmélites.septembre 1777. Le lendemain. Du couvent de le 23 sepla rue d'Enfer. MARQUISEDE SADE. » « A Paris. dont je suis accablée ne à vos yeux. votre très bumble et très obéissante monsieur.

ils m'ont remis leurs intérêts comme celui de leur nom qui est celui de ma fille et de mes petits-fils. de « Sans . son frère Prévôt du chade Marseille. Plus encore l'injustice qui a été porté contre leur père. (1) Le comte de Vergennes avait été ambassadeur France en Turquie.un précis très abrégé de mais de la plus exacte vérité. Leur âge. j'ose espérer dé votre justice à la bien être favorable que vous Vôudrès au Roy en son Requête qui doit être présentée conseil des Dépèches vendredy prochain. leurs alliances augustes avec les princes de sang. Absens. Qui plus qu'une et intéressé mère est touché de leur malheur de travailler à le terminer autant qu'il est possible. et de vos bontés. « Une branche de cette famille ne vous est pas du même nom qui inconnue. et le chef d'Escadre a eu l'honneur de vous ramener do Conslantinople sur son bord (1). leur innocence. « Je joints ici.120: LE MARQUIS SADE DE « Monsieur. tout parle en du jugement leur faveur. Je vous l'affaire. Amelot m'a fait espérer au nom du marquis de Sade mon gendre. monsieur. réclameraient pitre de Saint-Victor avec moi vos bontés dans une affaire qui les touche infiniment. à ce que M. avoir l'honneur d'être connue dé vous.

(2) Arch. faubg Sainl-Honorè. n'était plus possible. » Tant d'efforts. j'ai l'honneur d'être. le 27 mai 1778. folio 227. votre très humble servante. n«/. défendit très (J) Ces deux lettres se trouvent aux Archives _da ministère des Affaires étrangères. Je suis d'audience vendredy très empressée d'y réclamer à nouveau toutes vos les sentiments bontés. Ces lettres. 1741-147. que la procédure avait été « infectée de nombre de nullités absolues >> mais que.o'3o5. la revision Juridiquement. . parce qu'on avait laissé passer le délai de cinq ans pour purger la contumace. . monsieur.. par suite de la prescription. tant de démarches finirent par du procès aboutir. des lettres d'ester en droit (2). Rue de la Madeleine. le futur ministre et pair de France. tueux que je vous prie d'agréer. le marquis de Sade ne pouvait poursuivre la nullité de la sentence qu'à l'aide d'une autorisation spéciale du roi. » « A Paris. le 1h septembre. Siméon. DEROUGEMONT 121 un moment supplie de vouloir bien m'accorder matin à Versailles. datées de Marly le 27 mai 177S. et de renouveler respecet avec lesquels . et très obéissante « MASSON CORDIER DE MONTREUIL. où un des premiers avocatsdu barreau de Provence. n°. mais le roi accorda au marquis de Sade.DE LES PENSIONNAIRES M.étaient basées sur ce qu'il n'y avait pas eu de preuves et encore moins de preuves légales du prétendu crime. Le 1/j juin on l'autorisa à se rendre à Aix.

supposé général retint aussitôt les faits de débauche outrée dont était également accusé le marquis. dont l'instruction M0 du Bourguet. En 1777. Guyonnet Rougemont. Un arrêt du 30 juin cassa la sentence de 1772./jour défaut absolu d'existence du délit préLe procureur d'empoisonnement. de château de Vincennes.etc. qui semblait prendre à tâche de le faire regretter. Marseille pendant les trois années qui suivraient l'arrêt et à payer une amende de cinquante francs au profit de l'oeuvre des pauvres prisonniers. dans une prison moins confortable que celle de Miolans. et qui avait succédé à M. engagé de Sade à avoir désormais plus décente. conseiller du Roi. L'affaire clos.) une seconde fois devant les juges. . s'engagea.122 DE LE MARQUIS SADE fut jugée à huis brillamment sa cause. le Parlement d'Aix rendit un arrêt définitif qui condamnait le marquis à être admonesté. sur lequel plane à peu près impénétrable. on le garda en prison. encore un mystère Le premier président du parlement d'Aix avait une conduite .Mariette. Pour l'y aider autant que possible. Le parurent l/i juillet. Les témoins (Marguerite comCoste. C'est ainsi que se termina ce procès. Une noufut confiée à velle procédure. par le premier président. à l'époque où il avait été enfermé au le gouverneur était M. le bureau et en présence du procureur derrière à ne pas aller à général.

Pénétré importance. p nct était. du i5au 25 décembre 1760. Des Lettres de cachet. y avait été détenu lui-même. 4o5. franc et actif ». qui est une de ses pages les plus : Aprement ironiques « Cet homme. Comme la vanité n'eut jamais un plus déavanies costume. 1S20. nous envoya à la place de M. l'ami des hommes. ou tant l'habitude de mentir incorpore le mensonge au menteur. Georges BIÏP. Théorie de l'Impôt. a toute la bouffissure de la ignorance : c'est un ballon remplus orgueilleuse du sentiment de sa propre pli de vent. dit-il. Paris. obligeant et zélé.Il en sortit le 17 décembre 1780." généreux et compatissant. et se faire regarder comme un homme essentiel et à l'État.- . le 8 juin 1777. moires (1). Guyondont l'âme n'était qu'un net le sieur Rougement composé des vices les plus bas et qui était vrai» ment digne d'être l'agent de nos bourreaux. Mirabeau fut enfermé à Vinccnnes.TIN.' Sa mémoire resta longtemps en vénération à Vinccnnes.pour son ouvrage. —M. Guyon(1) Edil. il reçoit de fréquentes goûtant « L'enfer Paris (1SS9). DE ROUGEMONT 12& dans ses Méécrit Lâtude déchaîné.Son père. grâce aux instances de son père qui avait obtenu contre lui une lettre de cachet. (2)Arrêté le i/f mai 1777. qui l'y faisait incarcérer. il le croit même. Il le dit . i5o. pendant dix jours. d'après Mirabeau. p. .D LES PENSIONNAIRES E M. un porMirabeau (2) a tracé de ce personnage trait ex iralo.3 Amsterdam. il voudrait l'infuser à tous les autres. nécessaire tant la bêtise est présomptueuse.

Il va traînant son énorme partout corpulence . de défaire. par l'amour-propre. de multiplier les précautions. Comment s'en ? En faisant courber sou s le poids dédomniage-t-il de ses fantaisies et de ses caprices tout ce qui est dans sa dépendance. vous donneriez d'autant plus aisément dans ses pièges que sa lourde élocution inspire plus de sécurité : il a la malice comme la ligure d'un singe sans en avoir l'esprit . renaissent repoussées. river des chaînes. allez droit à votre but . sa stupide cersans cesse velle. appesantir son un sceptre de fer. qui jouit lorsqu'il peut ouvrir des cachots. mieux il dort (1).124 DE LE MARQUIS SADE de tous ceux qui ne lui sont pas subordonnés. en bourdonnant. en un" mot de jouer un rôle. c'est un despote absolu. et ses prétentions. Mais au donjon. la moindre gambades appale met en fureur . les sarcasmes pleuvent sur lui : n'importe : il continue. et réduite Incapable à se faire valoir pour des riens. Dunciade. de faire. . son assoupissante allure: le railler. ne le suivez point dans ses pesantes . Gardez-vous de prendre perfide patelinage pour de la douceur . de tout. agitée s'évertue continuellement à trouver quelque moyen d'étendre son empire. il rence d'une contradiction (1) POPE. c'est fouetter un sabot : plus on le fouette. toujours toutes du sein des humiliations.

Il n'a pas sept pieds et demi de longueur sur six de largeur : quatre portes à . il vous étouffera (1).. p. vous n'obmais il vous tiendrez rien que de vaines promesses. de Rougemont était le fils du marquis d'Oise (père du duc de Brancas) et de Mme Hatte. il vous opprimera: craindra . cachot. un pot ébréché. Vincennes était devenu. si vous lui donnez prise. Il avait. de La Vrillière et il s'efforçait en naturellement. assure Mirabeau. aux bon comptable. Lettres de cachet. enferrer. dans ses débours. 4i5(2) Mé?noiressecrets. L'emprisonnement Conduit dans son pour ne pas éveiller l'attention. grâce à lui.raconte Latude. modérez-vous.» M. de rentrer dépens de ses détenus. « un grabat. « On me plaça (le 17 décembre 1765).LES PENSIONNAIRES E M. avait lieu pendant la nuit. DE ROUGEMONT 125 D laissez-le écume . p. bientôt il sera souple et rampant . Des (5) MIRABEAU. A la suite d'un procès en question d'Etat. une table enduite de presque toujours graisse » (3). (i) Des Lettres de cachet. le nouveau détenu y trouvait deux chaises de paille et souvent de bois. « chèrement du payé sa place » de gouverneur à' la Sabbathin. si vous fléchissez. 421.. une prison des moins agréables à habiter. dans un cachot affreux dont l'aspect faisait trembler. maîtresse château de Vincennes. un arrêt l'avait déclaré bâtard ne s'en (2). soyez ferme . 18 mars 17SÔ. Sa carrière trouva pas compromise..

» Les livres étaient remis un par un. Lettres de cachet. on décidait du régime auquel le détenu devait être soumis. Pour dangereux. « Suit une injonction d'éviter le laconique et hautaine bruit le plus léger. qu'il possédait de précieux. un pied de dislance l'une de l'aube. et ainsi de suite jusqu'à l'article du cachet qui ordinairement ne passait qu'après de longues conférences et quelquefois des discussions très vives (2). bijoux. p.Ce cachot. ceux à qui on les accordait. dit Latude.. le papier arrivait six feuilles par six feuilles toujours paraphées par le « Il fallait. p. etc. des permissions particulières. (2) LATUDE. .126 LE. Auxuns.. dit le commandant (1). i2C). p. » Après une première période d'emprisonnement. les unes garnies de fcr7 toutes avec trois énormes verrôux en défendent l'entrée. nouveau code Rougemont. d'après le gouverneur. jugés plus on refusait papiers et livres. i5g. Mémoires. des ordres exprès du ministre et pour ainsi dire des lettres de cachet pour fournir à un prisonnier des feuilles de papier : d'autres ordres pour l'encre. Des (î) MIRABEAU. MARQUIS'DE SADE était immédiatement Cette installation suivie par la fouille. » Mémoires. On enlevait au prisonnier tout ce argent. C'est ici la maison du silence. ajoute Latude. une période d'essai. C'est dans ce tombeau que l'on me précipita. tout ce qui aurait pu lui servir pour se tuer. était si humide que la paille s'y pourrissait. 422.

. M. et il y a tel homme au donjon de Vincennes. se les plus favorisés Les prisonniers pouvaient promener une heure par jour dans un minuscule d'un guichetier. Aucun traiteur. nourrissait mieux ses prisonniers et faisait cependant d'assez gros bénéfices pour en sacrifier une partie.le gouverneur voyait quelquesuns des prisonniers. Dans le moment où j'écris (177S). depuis "dix ou quinze. de Rougemont. Lettres de cachet. » MIRABEAU.. Unefois par mois.qui recevait moins. de Rougemoiit gagnait le plus possible. » MIRABEAU. Des Lettres de cachet. et je crois sans en être sur qu'il avait deux places mortes de moins que M. et. à Vincennes. et chaque volume était mais par le nonsêulemént par un des porte-clefs : gouverneur'. moitié des prisonniers en est la absolument privée. ne (1) « Le plus grand nombre n'entre jamais dans ce jardin sans un ordre particulier de M. aujourd'hui. qui. de Rougemont. de S à 9 francs) par tète de prisonnier.DE LES PENSIONNAIRES M. à Paris. donnait lieu à toute sorte de trafics et de marchandages. 11 mettait dans sa poche une bonne partie de l'argent que le roi donnait pour leur entretien (2). Sur chacun des détenus. presque toujours. Il écoutait assez patiemment leurs réclamations et leurs plaintes. sous la surveillance avait ordre de ne jamais leur adresser un mot (1). 428.ans. 4!4-- . la nourriture. p. il n'en tenait aucun compte. Guyonnet n'avait que 4 livres 10 sols (ce qui représenterait. Il a avancé jusqu'à vingt mille écus au roi. « M. Comme à la Bastille. DE ROUGEM0NT 127 examiné page par page. qui jardin. (2) Son prédécesseur. n'est pas sorti de sa Des chambre de dix pieds carrés. p.

Mémoires. de la mauvaise pâtisserie. et il tenait à laisser une belle fortune à ses enfants. tous les jeudis. i53. ses pour envoyer profitait du moindre prétexte au cachot. avec aussi peu de risques. p. qui n'était presque jamais cuite : tels étaient nos aliments (1). (i) LATUDE. « On eût dit qu'il ne nourrissait les prisonniers que parce qu'il était de son intérêt qu'ils ne mourussent pas . DE faisait. enfermé à Vincennes le 23 janvier 17/|6. un vin aigre et plat . .128 LE MARQUIS SADE . d'aussi énormes bénéfices. » Comme la peine du cachot s'accompagnait d'une mise à la ration. faisant le mal pour le mal. de la viande de boucherie qui était presque toujours .. le gouverneur. parce qu'il avait introduit dans le régime de Vincennes l'uniforme et monotonie que l'on observait à la Basdégoûtante tille. c'est-à-dire tous les jeudis.buvait chaque matin à son déjeuner une bouteille de bon vin apportée de quelque cabaret du voisinage et qui lui permettait. Le marquis de Sade n'avait ni le caractère heureux ni la douce philosophie de Fréron. par économie. des légumes sans apprêt ou gâtée et scorbutique des sauces sans assaisonnement . quelquefois. qui. quoi qu'en prisonniers aient dit Latude ou Mirabeau. Ce n'était pas. mais il pensait à l'avenir. un méchant homme.

les longueurs que nous éprouvons à cet effet sont et sans les tourments incroyables. Tu as trop d'esprit pour n'être pas convaincu de ces raisons. Aussi. Sa femme dans ces illusions que sans doute'elle l'entretenait Elle lui écrivait. de l'Arsenal. sans répit pendant douze ans. comme on dit. (i) Le marquis attribuait en grande partie — et-il ne se trompait pas — son nouvel emprisonnement à l'influence de sa belle-mère. C'est précisément que je ne puis te dire autre à te faire sortir. DE ROUGEMONT 129. le 30 octobre 1777 : partageait. « Tu trouves mes lettres stériles sur tes affaires. Il continuera serait Il avait espéré que sa réhabilitation bientôt suivie de sa mise en liberté. martel en tête.. sinon que l'on travaille qu'on ne cesse de s'occuper de toi. si nous n'étions pas sûrs de la bonne volonté de ceux dans les mains de qui cela est. Ms 12455.. M. Mais il nous est défendu de douter plus que de notre existence (2).DE LES PENSIONNAIRES M. ne te mets pas. 9 . » assurait-il. que lors même la haine que tu dis serait réelle (1). l'on a trop d'intérêt à en finir. (2) Papiers du marquis de Sade à Vincennes et à la Bastille. que cela te cause. ce ce serait désespérant. et chose. de Rôugemont. Sûrement. Bibl. qu'il commença à se plaindre. le reste de la de supporter patiemment A peine fut-il devenu le pensionnaire de journée. Tu dois d'autant plus être convaincu de cette vérité.

qui n'était remise ou envoyée qu'après avoir été soidu château de lue par le gouverneur gneusement Vincennes. peut-être pour ne pensant elle-même. et dont la partie secrète est imprimée « Je ne me suis pas servi de se secret parce que que lu disoit que l'on ne je me suis ressouvenu Tu ne doit pas douter mon tendre ami de tout la du la lire et malgré tout les précaution pouvait satisfaction que j'éprouve de recevoir de tes noumonde j'ai brûlé et n'ai pu lire que quelle que velles et tu ne sorait m'en donner trop souvan mot. d'autres lignes écrites avec du jus de citron ou toutautre procédé analogue et qui restaient invisibles tant qu'on n'avait pas chauffé le papier. de dévouement de protestations Pour pouvoir correspondre plus confidentiellement ils intercalaient entre les lignes de chaque lettre. . La page à l'adresse éloit toute effacée. qu'à lui. par exemple. Ses lettres et d'amour. une de ces doubles lettres avec sa véritable orthoque nous reproduisons montrer comment écrivaient au dixgraphe. Voici.130 Sans cesse DE LE MARQUIS SADE elle l'encourageait. ne s'encourager étaient pleines lui parlant que de lui. ser toi de citron. je parce que cant je n'en reçoi pas je suis dans une Tu me marque n'ai pu la lire.—pour huitième siècle la plupart des grandes dames — en italique. Comme je connois çominquiétude inexprimable.

Ms 12455... Croi que je souffre olant que toi de ta situation. j'ai moin d'inquiétude que loi mais ces et linquiétude l'agilalion que tu me marque qui me tourmente parce que je tador et tout ce qui Je t'affecte me semble au delà de tout expression. Tu tout finira bien et tu Calme-toi. Elie a dû être écrite dans les premiers mois de l'année 1777. T'inquiéter tu perpetuellement soit pas pourquoi lu est si inqaieste. Je ne conen crinte pour toi. Sois sur que cet frase souligné nés sur et ne tavise pas d'attenter a tes jour. de l'Arsenal. Dans ta pas mis en laire. sortira des que l'affaire d'Aix cera jugé sois en cera content. DE ROUGEMONT DE 131 estre à Vincenne n'esce pas le jour de ta sorti bien ta tette est suseptible de se chauffer je suis cera celui que ton affaire cera fini. lellre g avait une bande de papier large environ avoir été coupé et dont 5 ligne sont 4 doi quiparoil effassé.. l'on pouvoit être et que rien ne te manquois. je t'en conjure.» (1) Bibl. L'on m'a n'en as surrement de sujet ne doute point de mon assuré qu'excepté la liberté tu éloit si bien que amitier et de mon attachement le plus tendre.LES PENSIONNAIRES M. Ménage ta santé..Le marquis y a ajouté cette note : « Voilà une lellre pleine de contrariétés (de contradictions ?). de nien- . le repelle ossilot ton affaire que tu sortira fini(\).Celte lellre ne porte pas de date. Elle commence par ces mot : note particullier...

et ne me pas. « Pourquoi ne me réponds-tu -de ses vêtements. marquis. et. le renseignait sur son château de la Coste. marques-tu pas comment tu veux ton habit d'été. Ce n'est pas la peine d'employer un tel secret pour dire autant de bêtises et si méchamment tournées. Gaufridi (un de leurs domestiques). pour lesquelles il semble avoir eu un goût très vif. il l'a fait remettre de même que les autres en place dans la galerie (1). afin que je le commande de suite à Carlier. le 6 juin 1777. s'occupait de son linge. LE MARQUIS É SADE D elle le tenait au courant de tout ce qui pouvait l'intéresser. et comme il a trouvé le portrait du maréchal de Belleisle écaillé. » Sans cesse. Tout est en bon état au château. et si mal récompensée de Mme de attentive. songes el de bêtises dont je me souviendrai jusqu'à mon dernier soupir. et aussi des lisatisfaire. de l'Arsenal. <i) Bibl. -queurs et des confitures. en avait fait la visite. Sade. il fallait expédier à ce prisonnier de plus en plus exigeant et que rien ne pouvait jamais des habits. » .132 En attendant. M* 12455. lui écrivait-elle. Pour les tableaux. La note qu'on va lire et qui est rédigée par le valet de chambre du nous montre la sollicitude Carteron. mais pourquoi m'étonner ? N'est-ce pas l'usage lorsque vous êtes sous la ferrule dé votre abominable mère. ménagère soigneuse autant que tendre épouse. avant que je lui «usse écrit pour cela. . du linge.

à deux fins. . 2 serre-tête. Noiedu marquis de Sade. 1 bâton de pommade. 1 pot de gelée de pomme. un d'alpaga et un vieux. A pièces d'estomach. 1 pot de cerises fines. 2 bonnets. DE ROUGEMONT I33-. c'est-à-dire 1 cure-oreille dents après (1). 3 cure- (1) « Veut dire 3 semaines après la dernière lettre ». 2 livres de poudre.D LES PENSIONNAIRES E M. 8 livres de bougie. « Liste marquis de ce que l'on a envoyé. i bouteille d'eau de Cologne. à Monsieur le la veste verte piquée. de Sade . 1 paire de pantouphle. 1 paire de gand. 1 pot de marmelade d'abricot. 6 paires de bas de coton. Un habit d'alpaga. 1 ruban de queue et un cordon de cheveux 2 pièces d'estomach (?) Autre liste de ce qu'on d'hui 3o octobre i777 : lui a envoyé < aujour- . 1 pot de pommade de moelle de boeuf. 6 gilets.

de ces arrivée le 5 juilquatre hommes et du marquis. lorsque le prisonnier prit la clef des champs. dans une cassette et un car- CARTERON. . à cinq heures d'Aix. de l'Arsenal.» le temps passait. réintégré de police. comme on. 1 gillet d'espagnolette.était let 1778 à Lambesc. Ms12455. le marquis l'a vu.on lui envoyait un almanach de cabinet. une bouteille de sirop de violette et de la pâte de guimauve.131 LE MARQUIS E SADE D 1 veste de drap pluché. Comment s'effectua cette fuite une déposition de l'inspecteur de police imprévue. d'assez L'opération présentait sérieuses difficultés. La petite troupe. tous les résultats qu'espéraient et sa femme. Le roi ordonnait que de Sade„fût dans sa prison de Vincennes. et s'apprêtait à y coucher. composée de Marais. Il n'eut pas. mais avec une clarté qui l'explique longuement.— Au mois de décembre. laisse beaucoup à désirer : 4 (i) Bibl. Le procès de réhaCependant bilitation touchait à sa fin. Le tout renfermé ton (1). Le marquis de Sade en proun plan d'évasion fita pour préparer qui réussit parfaitement. et quatre L'inspecteur de ses agents avaient été chargés de le conduire d'Aix à Vincennes. Louis Marais.

de Sade. de Sade de le garder à vue. qui nous a exposé avec serment. Environ l'exheure après son entrée dans laditte chambre.à de police de la du Roy. et arriva au présent terres du marquis logis environ vers neuf heures et demie du soir. le places dans laquelle était le marquis sieur Antoine Thomas Marais. DE ROUGEMONT 135 de juillet mil sept « A comparu le dix-septième trois heures. et son frère ont conduit le marquis l'exposant On n'a point cessé dans sa chambre. conseiller ville de Paris. Louis Macentsoixante-dix-huit. il se saisit de la personne marquis de Sade et partit de laditte ville d'Aix. sons de la Conciergerie d'Aix. le sieur marquis de Sade^ et de le conduire au château deVincennes aux frais de sa famille ayant reçu ledit ordre en du laditte ville d'Aix.DE LES PENSIONNAIRES M. ayant à leur suite deux hommes de confiance. par ordre du Roy. grande une demi où le souper allait être servi. A quoi il are- . La voiture étant entrée dans la cour dudit logis. M. du cinq du qu'étant des priqu'il dut retirer présent mois de juillet. il s'est mis à la fenêtre jour sur la prenant moment où il est resté jusqu'au route. posant s'étant approché dudit marquis lui a proposé de se mettre à table. dans une berline à quatre de Sade. qui ont fait la route d'Aix à Tarascon pour ne passer près des de Sade. Entré dans laditte chambre. à trois heures du matin. inspecteur rais. chargé. son frère.

ayant une lupassé par lé corridor. s'étânt relevé avec la plus grande légèreté. et. lorsque le marquis de Sade. ayant vu'par lui-même que. Le marquis de Sade. il faut passer dans un corridor d'une assez grande longueur. a passé et a souple dans les mains de Thomas et Marais gagné l'escalier en pierre qui se trouve tout près d'un corridor. Thomas et Marais s'étant empressés de le soutenir et étant presque tombés avec lui. Ces messieurs se mirent à table. le marquis de Sade a promené dans laditte chambre. est venu à l'endroit même où étaient ces le marquis ayant affecté de faire un messieurs. portant lui-même mière et escorté par les sieurs Antoine Thomas et le dernier ayant Marais. au lieu commun dont il s'était assuré en entrant dans ledit logis. sans aucune issue. à l'entrée dudit couloir la seule issue par laquelle le marquis de Sade put passer. Pendant ce temps. s'étant adressé au frère de l'exposant.13G LE MARQUIS E SADE D pondu qu'il était sans appétit et qu'il ne mangerait point pour ce soir. lui ayant dit qu'il avait son dit homme de conquelque besoin pressant. que ledit marquis de Sade. faux pas et feignant de tomber. en circulant dans le corridor même de la chambre de l'exposant. ont été aux commodités. fiance le conduisit aux commodités. le seul qui conduisit au pressant . après avoir resté cinq à six minutes au lieu commun. pour se rendre aux commodités.

des serviteurs de acheté la complicité. il put trouver.. qui ne sal'écurie.. Il fallut attendre jusqu'au de la malendemain pour avertir le commandant (1) Bibl. sans doute à Lambescmême. sans oublier le jardin et les voisins. DE ROUGEMONT 137 au dix l'escalier premier ayant appartement. huit au second. Ils interrogeaient vaient rien ou ne voulaient rien dire. puis laporte-cochère s'étant trouvée ouverte.un refuge assuré. » détails du plan d'évasion avaient Les moindres dont on avait : été réglés avec soin. de rattrapIls fouillaient la maison. ce Les cinq policiers s'efforçaient. sur la cour marches. coup de temps. avaient pris beauqu'elles restaientinfructueuses. où Marais et ses Compagnons s'étaient laissés et si naïvement tromper par lui. Archives de la Bastille. Dès que le marquis sortit de la maison de Lambesc. d'autant plus longues Ces premières recherches. du présent logis. On avait fermé les portes de la ville. pendant temps. ou peut-être la famille de Sade se tenaient. Des paysans.D LES PENSIONNAIRES E M. au poste convenu. il Laquelle portc-cochère est à présumer que ledit marquis de Sade a passé la sortie et l'a pressée par icelle (1). depuis per leur capture. avec plus de zèle que de succès. la cave jusqu'au grenier. de l'Arsenal. et donnant en entrant. . La nuit était venue.

. quelques Le marquis de Sade s'était réfuprit sa revanche. Marais dut renoncer son prisonnier. « douze personnes avait mis en campagne de confiance pour visiter tous les refuges. Marais. Marais reçut. désireux (i) Déposition de l'inspecteur Marais. incapable de s'imil s'y cachait très mal. sa retraite à l'effet de le faire capturer (1) ». qui risquait de le faire accuser de négligence et même de complicité. Louis Maréchaussée. Sa présence en Provence ne tarda pas à être signalée à la police. dans la matinée. rais fit partir son frère Thomas. l'arrêou bien devant donner vent de tant s'ils pouvaient. pour plus de sûreté. gié au château delà Coste. mois plus tard. sur la route de Valence. maisons et chaumières aux environs de cette ville (de Lamdans la besc). poser la moindre contrainte. et perquisitions furent également Chevauchées à retrouver inutiles. compagnons Le 6 juillet. de son côté. L'habile inspecteur. sur la route de Montélimar. avec un des poliet un autre de ses ciers. le commandant de la maréchaussée envoya des cavaliers pour surveiller le passage du Rhône. mais. ou plutôt. et il revint à Paris. avec ordre donné de se répandre ville et dans les pays à la ronde pour tâcher de découvrir la retraite ou piste du marquis.138 LE MARQUIS SADE DE mais. un peu honteux de cet échec.

Elle exagérait les protestales démonstrations. si peu désiré. Elle lui pardonbrutalement aucune nait tous ses défauts et il ne lui pardonnait de ses qualités. inévitablement Comme cela se produit pour les de se surveiller affections excessives. très passionnées. et à force de le subordonner vouement. DE ROUGEMONT 139 sa première faute. on en conviendra. Elle aArait l'invincible indulgence de l'amour et comme il-ne l'aimait pas. Sa femme naturellement atrabilaire. et qui ne pouvait s'intéresser et s'attacher qu'à l'indifféd'amour. pour adoucir l'humeur. dans la pension de Ce retour. tout ce qu'elle faisait pour lui plaire lui était odieux. à lui écrire des lettres Elle avait recommencé Il y répondait plus très tendres. de Sade réintégra il ne devait plus sortir que pour entrer à la Bastille. un coeur tout débordant . cette fois. avilissait le détions. pas dont sa prison de Vincennes. de Rougemont. sollicita la mission de réparer d'aller le saisir au gîte et. incapables et de se diriger.D LES PENSIONNAIRES E M. il ne le laissa Au mois d'avril 1779. le marquis échapper. n'était pas famille que dirigeait M. encore qu'autrefois. fait. blasé. rence. s'en aperçut bientôt. Elle offrait sans cesse avec une insistance touchante à un homme cynique. du marquis. celle de Mme de Sade se montrait presque toujours maladroite et importune.

pour amuser ses vices et. Si je n'ai pas rompu à toi. dans une certaine mesure. combien elle a donné à gauche dans tout. une maîtresse intelligente. les désarmer. Dans la même lettre. de trop suivre ses conseils. et tu en verras des preuves non suspectes à ta sortie. et totalement avec elle. c'est par rapport avec elle toujours dans le but de te raccommoder et lui faire voir. n'était qu'une possédée de l'amour conjugal.140 LE MARQUIS SADE DE Pour dominer le marquis de Sade. Tu as tort. C'est à ce reproche que Mme de Sade répond dans une lettre du 11 novembre 1779 : « Tu t'imagines que je suis bien avec elle et que je ne me conduis que par ses conseils. Il y a longtemps que je sais » qu'on ne prend pas les mouches avec du vinaigre. . elle rend compte à son mari des démarches qu'elle vient de faire pour lui et elle lui communique ses projets. habile. trop docile et trop tendre. Le marquis sait qu'il a eu dans sa belle-mère une ennemie et il accuse sa femme de trop l'écouter. La présidente de Montreuil s'étonne et s'indigne d'une ténacité d'affection dont elle ne devine pas les véritables causes. rouée. encore un coup. aurait à peine suffi. Elle ne se ressaisira que lorsque son mari aura vieilli. sans réplique. et sa femme. un peu niaise.

à cause de la vie absurde qu'il menait dede puis près de vingt ans. » fond de sa prison il restait le chef de la famille. mais je les reculerai toujours jusqu'au ment où nous pourrons y aller avec toi (1). ce que tu me marques que tout ce que tu jusqu'à désires te soit accordé. livrées à des serviteurs se trouou incapables. sur habitée. pas même à Valéry. J'avais promis à tes enmofants. Pour la chambre. l'on m'a dit qu'il n'était pas possible pour le mode te la donner à plus de quatre ment présent (jours) par semaine. Sa femme. de l'Arsenal. Le Noir et ne cesserai de le voir. indigne. paresseux vait dans une situation pécuniaire assez difficile. on ne peut te l'accorder parce qu'elle est mon cher ami. l'ancienne que tu te demandes. Du (i) Bibl.D LES PENSIONNAIRES E M. de procès en procès. Sois bien tranquille. Je ne la quitterai certainement pas pour aller nulle part. mais très respecté. à cause du manque de surveillance des terres privées de l'oeil du maître. Ms 12455. prison en prison. DE ROUGEMONT 141 « J'ai vu M. A l'égard de la promenade. à cause du nombre des prisonniers. . 11 n'en éproun'en témoignait vait aucune aucune surprise. puisque cela te déplaît. Il se plaignait continuellement et reconnaissance. mon séjour à Paris. semblait chercher les occasions de se plaindre.

ce même de trop longtemps la laisser sans noureproche sa folie s'exaspère et velles. ardente et humble. avec toute sorte de précautions et de ménagements.142 LE MARQUISDE SADE Il en profita pour l'accuser de négligence et même d'indélicatesse ! Son affection. on le devine. demanda la marde ce que je t'ai 1779.s'imagine . aller jusqu'au fond de bien connaître son âme. » A cette il ajouta : « Et moi dans phrase. La pauvre femme. son orgueil s'irrite. Il faut être un monstre avéré et une gueuse sans honneur et sans pudeur des tournures de mensonge pour aller chercher » aussi noires et aussi impudentes que celles-là.. puisqu'il cet homme. « Est-ce que tu es mécontent. de plus en plus. quise le 9 septembre envoyé ? Est-ce pour ta que tu ne veux rien Ton silence me tue.. Les lettres qu'elle lui Donécrit. au bas de la tendre supplique. pour quelques exemples. 11 n'est sorte de quinzaine? chose que je me mette dans la tète. en guise de comil note cette réflexion mentaire. Quelque temps après elle lui annonce qu'elle et qu'elle « meurt de peur de devenir engraisse une grosse coche ». qui le juge : « Voilà un fier mensonge. » Lui fait-elle dans une autre lettre. nons-en faut. le c. l'excède. il les salit de ses ignobles annotations.

ils le vénèrent. elle s'évertue à guider la sympathie. elle plaide sa pitié. que son coeur trop faible à faire naître. à s'obstine à adorer. héroïquement passionnée. •. davantage. Elle leur a persuadé ils doivent l'aimer est malheureux. que veut-il dire ?» de la marquise ne se lasse pas. une cause difficile à gagner. Sans répit. fera juger de toutes les autres : « Mon cher papa. datée du grand respect. sans défaillance. et pour vous prier de pancer à vos (i) Ce mol a ici le sens de personne substituée secrètement à une autre. Grosse! pour ce mot. en les signant du nom de ce personnage. Il ne lui inspire que que ce badinage : « A force de te reannotation cette grossière tourner avec mon teinturier (1). je profite du jour de l'an pour vous offrir les voeux que je fais tous les jours à Dieu de votre santé qui nous pour (la) conservation est si chère. cause. Elle veut que ses enfants ne l'oublient pas.I LES PENSIONNAIRES M. puisqu'il Et en effet. 26 décembre 1779.[• . Le dévouement Autour de ce triste mari. encourager. DE ROUGEMONT 143 DE l'amusera. que. au prisonnier leurs Chaque année ils envoient voeux très cérémonieux. Celui par exemple qui écrivait les mémoires de quelque homme d'Étal ou illustre général. ils l'aiment. avec le plus présentés Une de ces lettres. était son teinturier. la l'affection. cette parce qu'ils ne le voient plus qu'à travers âme assoiffée de sacrifice.

votre très humble et très obéissant serviteur et fils. Je prie j'ai bientôt fini l'histoire Dieu tous les jours pour vous. pas jusqu'au (i) Louis-Marie. « CHEVALIER DE SADE (1). » Tout le monde dans l'entourage de la marquise à adoucir (sauf son père et sa mère) s'évertuait ou moins démonstrations. mais je ne suis guère habile. J'ai recommencé pour la troisième fois mon rudiment. le prieur m'a promis que je commencerais la métode ce mois de janvier (1780) : de Louis quatorze. de sincères. je feray mon possible pour vous plaire et pour que vous soyez content de moi. mon cher papa. de Il n'était valet Rougemont. Je baise votre main et j'ai l'honneur d'être avec un proToiid respect.144 LE MARQUIS DE SADE chers enfants. cepteur). par d'amicales plus la captivité du pensionnaire de M. Nous voudrions nous serions bien content. le prieur (son prébien vous voir à Valéry. . M. celle de ma chère maman et de M. Si vous aviez la bonté de m'envoyer un petit thème à faire. Je fais tout que vous me trouviez mon possible pour mériter toutes vos boutez. mou cher papa. Il avait alors douze ans. Depuis que j'ai eu l'honneur de vous écrire je me suis bien appliqué à l'écriture affin bien avancé. et de me rendre digne de votre tenje luy demande dresse.

(Sousle régne Je LouisXV.) .Régi mcn\SdtrvRoi.

.

Je ne voua que je Arous ai fait sur la Méditerranée. et une verve un peu bouffonne. votre matelat (i) Il mourut en 1780. DE ROUGEM0NT D 145- chambre. Je ne serais pas étonné que la Révolution ait fait de lui un personnage. aprèsavoir parlé au marquis de l'escadre commandéecomte de par un de ses parents. j'ai oublié de répondreà un article de votre lettre dans ma précédente queC'est au sujet j'ai eu l'honneur de vous adresser.LES PENSIONNAIRES E M. que je n'ai pu la sauter d'une enjambée. en ai fait aucune. monsieur. mais de l'entregent qui ne manque pas de saveur. .10 . un Frontin qui aspirait à devenir un Figaro. voulezvous que je vous ai fait des découvertes d'isles. Hippolyte. il ajoutait : l'éruption « A proy^os. près s'être distingué dans la guerre a d'Amérique. Comment diable. Carteron. C'estbonpour et* vous. pas même celle de Caprée car vous y avez été seul. qui êtes un marin déterminé ordonné au pilote qui de dessus. Sade (I). moi qui n'ai jamais traversé de bras de mer. qui ne se crut obligé de se rappeler de temps en temps au souvenir de son maîtreCe Carteron était un type curieux.. et lui avoir donné quelques détails sur du Vésuve toute récente. monsieur. de la découverte de ces îles que vous prétendez. Dans une lettre du 29 septembre 1779. Il avait de l'aplomb.

surtout étant dans les de Venise. tempête . un pauvre gondoles à fond de cale. car j'ai bien besoin que vous peu d'érudition. mais n'importe. non pas moi. (des progrès) et que vous vous seriez appliqué un mais je vois que c'est toupeu dans l'art d'écrire. enfin je suis en les attendant (1). dis-je. de vous faire une petite comparaison. que vous . « Permettez-moi de même. mais je ne m'en fâche point. monsieur.' cherclnezce en me qualifiant de votre compliment-là descouvreur d'isles. Arous vous moquez de moi. où je vous voyais faire une belle manoeuvre et manger comme quatre et fumant votre pipe comme un corsaire. . j'aurais grand me donnassiez quelques leçons . donnez des ordres comme un amiral. C'était pour me persifler. « Comme diable. mais il reprend élan et il continue. vous voudrez bien m'excuser. monsieur. diable qui était continuellement c'est là. (1) Il allait terminer sa lettre. prian Dieu qui n'arriva point d'accident. J'ai cru que vous auriez fait. Vous allez dire tout de suite que c'est bon pour moi. mais vous avez bien raison. monsieur. faites en de même. d'autant mieux que c'est digne de moi. Il y a longtemps. c'est là où votre commandement était utile.146 Raviol LE MARQUIS DE SADE de conduire bien le gouvernail et au mousse des mâts pour pietro bigolo de grimper au-dessus voir arriver plus tôt la.

s'il vous plaît.—Carteron.-» En dépit de toutes ces lettres affecteuses ou la détention du plaisantes. de l'Arsenal. DE R'OUGEMONT 147 D jours de même. vous me permettrez. (i) Bibl. le chevalier Quiros (1). semble lui avoir élé très dévoué. Il l'affirmait du moins dans sa lettre de bonne année du 25 décembre 1777. aigre et inquiet. Il semble que ce soit un essaim d'abeilles qui aient pâturés sur votre papier . Ms 12455. que Sade avait surnommée Dom Ouiros.LES PENSIONNAIRES E M. vous pourriez me dire que je me donne des airs qui ne conviennent pas. je sais que jadis ATJUSm'avez dit qu'il n'y avait que le menu peuple qui devait savoir écrire. plus son caractère devenait marquis Il commença dès cette époque. votre très humble et très obéissant serviteur. Pas de colère surtout. pas de colère. monsieur. dans les journeaux « J'ay l'honneur d'être avec respect. mais je vous en ai demandez pardon d'avance.lellre qui se termine ainsi : « A tous les soùbails que je forment (sic) pour vous que mon refrain est celui de vous revoir bien portant hors de voire chienne de cage. plus se prolongeait de Sade. à à mon cousin tout le moins si vous me comparoisez Don Quichotte pour la figure. « Je vais travailler à vous relever des extraits de différentes années. » . « Surnommé « CARTERON. à vous comparoitre à Sancho pour l'écriture.

plus que de Sade parce qu'aucun n'était plus hautain. peu importants. de Rougemont. il aggravait à en exiger ment par le soin qu'il apportait Plus méticuleux l'observation exacte. à ceux était de rendre ses heures d'abandon. aucun ne le détestait Parmi ses prisonniers. la prison aussi douce que Ils s'étonnait qu'on ne tînt pas mieux possible. s'additionnant. que méchant.148 LE MARQUIS SADE DE toujours après deux ou trois annés d'espérances et la fureur déçues. c'était l'irrice qui dominait haine qu'il inspirait. tation et le mépris. en par eux-mêmes. plus ennemi de . prenaient une très grande force. qu'elles confinaient à l'aliénation ceux qui ont parlé de lui M. plein des les intentions du monde. faisait peser sur les sont unanimes d'autant de Vincennes une tyrannie prisonniers et ne sournoisement plus odieuse qu'elle agissait se manifestait guère que par mille petits détails. Cet homme doucereux était. du règleles rigueurs En réalité. à pousser si loin l'exaltation mentale. compte de ses efforts. à le constater. assurait-il bonnes paroles. minutieuse. en apparence. en principe. qu'on ne lui en fût pas plus reconnaissant. il avait cette autorité mespeut-être Dans la quine et tatillonne des esprits médiocres. qu'on lui avait confiés. plus violent et. Il prodiguait meilleures dans Son seul désir. mais qui.

DE ROUGEMONT 149 de la plus haute notoute règle. favori de M. moins décemment. tout encrassé de roture sous son nom d'emprunt.. il m'a demandé mon nom. qui avait été et qui : restait son protecteur « M. Ce joug humison D'ailleurs..de et qui n'a canne. absurde et intolérable trouvait de France. comme vous croyez bien. simples geôliers. Boucher. entretenue par de quotidiennes vexaexaspération. Le Mirabeau à M. La patience m'a échappé et je lui ai dit : « Mon nom est celui d'un homme d'honneur qui n'a jamais disséqué ni empoisonné de femmes. Ce représentant allié aux plus grandes familles blesse provençale. enfin. fut un de ceux à qui elle s'attaqua. qu'un bâtard. de R. sans la moindre provocation de ma part. et c'était pour me donner la promenade qu'on la lui ôtait . osât lui donner des ordres. horreurs. qui vous l'écrira sur le dos à coups . celui-ci premier commis de la police. Du gouverneur des geôliers aux co-détenus... J'étais. écrivait 28 juin 1780. et m'a fait l'honneur. . disait-il. afin d'avoir le plaisir de me couper les oreilles à sa liberté. n'épargnait tions.D LES PENSIONNAIRES E M. de Sade a mis hier en combustion le et en se nommant donjon. de me dire lés plus infâmes le. par de perpétuels perdu château elle allait aux sonne. il le subissait en frémissant. si vous n'êtes roué auparavant. conflits. liant.

(i) Mirabeau et de Sade étaient quelque peu parents par les femmes. (5) Comme le marquis de Sade écrivit à Vincennes ou à la Bastille une douzaine de pièces. . mais.100 DE LE MARQUIS SADE de crainte que d'être mis par vous en deuil sur la Grève . en 1768.» Les détenus de Vincennes passaient une grande partie de leur temps à lire et à écrire. lui promettait de lui envoyer le prospectus des oeuvres de Voltaire. pardieu. • elle lui les Fausses In fidélités. (3) Le prospectus de l'édition que préparait Beaumarchais el qui parut à Kohi à partir de 17S5. (2) Celle lettre a été publiée pour la première fois dans la Revue rétrospective. Sa femme. et l'épître qu'il venait de composer (5). de envoyait Barthe dédicatoire d'une pièce (4). et assez triste d'habiter la maison qu'un tel monstre habite (2). Le 22 janvier 1781. . de Taschereau. le 12 décembre 1780.(1). dès qu'il paraîtrait (3)". (-4)Comédie en un acte en vers. il est aisé de patienter gronderez de loin. Il s'est tu et n'a pas osé ouvrir la vous me bouche depuis. Le marquis de Sade fit comme les autres. surtout dans les dernières années de son séjour dans cette prison et lorsque son espoir d'en sortir bientôt commença à l'abandonner. il est assez difficile de savoir quelle est celle dont il s'agit ici. jouée au Théâtre-Français. Si vous me grondez.

Comme le marquis (i) En même temps que des livres. trouvait qu'on abusait un peu de sa complaisance. dans le genre de ceux de l'abbé philosophiques se Raynal ou de M.D LES PENSIONNAIRES E M. lui écrivait sa femme le 3i mars 17S1. il se soignait beaucoup. le 2à mars 1781. avec la meilleure volonté du monde. 11 y avait des romans légers. de livres que je ne veut point donner absolument une grande partie de ceux que ne lui en rapporte tu as. mon tendre ami. pommades.-de Pauw. des récits de voyages. et aussi. « Je t'envoie. je ne puis t'envoyer le volume que tu demandes (1). » cabinet de lecture C'était un véritable que le marquis de Sade avait formé dans sa chambre de un cabinet de lecture aussi disparate prisonnier. il y avait des pièces de théâtre. Malade imaginaire. des ouvrages historico-. >> . vèlemenls. que son esprit. Ainsi. de l'onguent pour ton croupion. et des sousmorales. DE ROUGEMONT 151 était son fournisseur Le libraire Mérigot de mais un fournisseur récalcitrant et qui livres. des dissertations sérieux. des comédies au dialogue alamdéclamatoires. « Mérigot. rédigées par des bâtards bâtards de La Bruyère. liqueurs et mêmes remèdes continuaient à èlre expédiés au marquis. écrivait Mme de Sade. représentant l'élément biquc et précieux. dans des amants intarissables s'accablaient lesquels de lettres ironiques alternativement et sentimendes tragédies tales.

un roman par lettres. tendre ou ironique. Le « libéralisme » naissait peu à peu dans son âme ulcérée de la haine quil éprouvait «ontre ses prétendus persécuteurs. opprimé quelques -comme lui. mais il en avait eu une autre. après trois années d'une très assidue. commencé en 1778 et qui en 1781. car pour les siennes il jugeait sans -doute la tâche trop difficile. de sa conviction en l'emprisonnant. Je n'insiste pas pour le moment sur cet iniquité. «n roman d'amour. Il commençait à découvrir vertus à ce peuple. tour à tour correspondance railleuse ou sentimentale. La lecture était à Vincennes la principale distraction du marquis.152 LE MARQUIS SADE DE prenait ingénuement pour une A'ictime du pouvoir il donnait dé plus en plus dans le monarchique. et pour lequel il aArait eu jadis un mépris si hautain. J'aurai l'occasion d'y revenir. . 11 voulait lui -aussi réformer les lois et les moeurs — les moeurs des autres. civisme et dans l'humanitarisme. une -qu'ils avaient commis. état d'esprit qui n'avait pas encore donné tous ses résultats. touchait à sa fin.

sauf quand ils sont mauvais. de demander des. LE MARQUIS DE SADE ET MLLE DE ROUSSET Les Les femmes ont besoin de confidentes. . presque aussi grand peut-être. Ce fut utile. attentive. sur sa route. plus que toute autre. même à une femme. et on peut tout dire. le désir d'avoir près d'elle. celui de parler d'elles abondamment.conseils et de ne pas les suivre. Mme de Sade.VII UN ROMAN D'AMOUR PLATONIQUE . elle la rencontra Mlle de Rousset. arrive quelquefois. Cette amie dévouée. confidentes leur procurent un double plaisir. une amie. indulgente. auxquelles de la consoler et de lui être désireuse patiente. qui ne trouvait dans sa famille aucun réconfort. éprouvait. et celui. une de ces amies qui vous aiment.. ce qui.

Mlle de Rousset était bien de son temps. elle se rattrapait sur les petites joies. nous le verrons dans une de ces lettres. elle avait un de ces caractères cordiaux et pleins d'entrain à la beauté.154 LE MARQUIS SADE DE Mlle de Rousset habitait en Provence. Elle n'était. Un peu mûre mais encore appétissante. précieusement d'assez agréables restes.. qui ajoutent plus qui lui donnent d'éclat et de rayonnement. par lesquelles elle débute. Elle fréquentait le monde. Elle disait parfois. — — mais elle gardait seconde. c'està-dire de n'avoir pas les préjugés dont peut se ni femme. Elle ne boudait pas à la vie et elle aimait le plaisir. ni trop romanesque ni trop sentimentale. à condition qu'il ne l'entraînât pas plus loin qu'elle n'aurait voulu. pensation.Elle estimait avoir droit à cette commais elle n'en abusait pas. moins vives mais nullement négligeables. dans les environs du château delà Coste. d'un où la bégueulerie déshonorait temps presque . mais elle ne le croyait pas.-Elle n'était de la ni peut-être pas de la première jeunesse. Ce sont là des choses que les femmes ne croient jamais. Elle ne reculait passer une honnête devant une anecdote un peu leste ni devant une cour un peu pressante. qu'elle était laide. pas connu les N'ayant délicieux dénouements d'une passion partagée. quoique vieille fille. Elle se vantait d'être sans préjugés.

qui n'ignorait Elle contine se montrait pas moins indulgente.D'AMOUR UN ROMAN PLATONIQUE autant 155 que le vice. passait pour un mauvais à toutes le rendait Cette réputation sympathique lui en voules femmes. pour qu'on ne lui tînt pas rigueur et qu'on ne la trouvât pas trop ridicule. le marquis de Sade l'avait connue dans un de ses séjours au ou par de la Coste. où tout le monde affectait la et de caractère. Comment pouvaient-elles surtout a écarts qui prouvaient loir de quelques ? Elles lui quel point leurs charmes l'intéressaient un excès auraient plus difficilement pardonné elles ne savaient D'ailleurs d'indifférence. tations d'un très bas érotisme. Elle" n'y attacha pas politesse. se croyait obligée d'être gaie. l'indépendance largeur où la vertu elle-même. à peu près rien. les conséquences que ni l'un ni l'autre ils ne prémais à l'ombre de cet amour artificiel voyaient. naquit une réelle amitié. sa verve enlevaient pas mal d'années. paspendant . Le marquis sujet. et sensible. pas tout. d'esprit. Par désoeuvrement château il lui fit la cour. n'eut pas Leur marivaudage grande importance. Mlle de Rousset. . Elles traitaient. le culte qu'il à travers nuait à voir le marquis un de ses entr'actes avait rendu.-aimable à qui son esprit et Cette voisine de campagne. pour ne pas les connaître fredaines ces manifesd'aimables suffisamment.

je crois. un peu infatigable. etc. par goût. C'était paralyse l'effort et compromet une âme robuste. Elle n'était pas bien sûre de ne pas l'aimer. les bottiers. chez les tailleurs. à une beauté que ravissait le moindre hommage. avec son insistance et maître remisé à Vincennes. En 1778. lui Cette tristesse semblait assez naturelle mais notablement exaà la marquise. une semeuse d'énergie. elle était réintégré devenue l'amie intime. la confidente apitoyée de cette pauvre femme qui pleurait sans cesse un mari vivant et très vivant. si on juge les femmes d'autrefois par celles d'auelle l'accompagnait dans les boutiques jourd'hui. ne fût-ce que pour faire aboutir plus sûrement ses démarches. les bonnetiers. l'exhortait à avoir plus de courage et plus de confiance. dait.. le seigneur Elle . Elle la conseillait et la guidait avec un dévouement A Paris. Elle le reprochait Elle gérée. vaillante. les libraires. où elles choisissaient ensemble tout ce que demantatillonne et aggressive.15C DE LE MARQUIS SADE finissante sionnels. Elle pensait avec raison et affirmait à tout propos que le découragement le succès. Sa bonté un peu brusque et autoritaire veillait sans cesse sur cette amie plaintive et trop souvent désemparée. à l'époque où de Sade venait d'être dans sa prison de Vincennes. et les magasins. par devoir et un peu aussi. les lingères.

plus «philosophe bien et le second. excellents. intendant et La tâche la plus délicate de Mlle dé Rousset. qu'exaspérait à ne rien brusquer. lui écrivait-elle.UN ROMAND AMOURPLATONIQUE 157 de correspondre avec l'intens'était chargée dant du château de la Coste et autres lieux. d'exhortations Sans avoir les illusions tenaces de Mme de Sade. M. de — l'Arsenal. Elle engageait se montrer plus indifférente. admettre. ce Gaufridy que le marquis prenait pour un voleur — car on peut toujours et qui l'était peut-être du contraire. elle correspondait assiduement étaient de conseils Toutes ses lettres remplies au calme et à la patience. . Depuis le commencement avec le marquis (1). (i) Les originaux de ces lettres se trouvent dans le recueil des papiers de Sade à Vincennes et à la Bastille. nier. à savoir mais elle l'engageait le 30 noattendre : « Les esprits.à son étude sur la marquise de Sade. de l'hiver de 1778. elle essayait de donner quelque espoir au prisonde plus en plus sa détention. était de servir de elle s'y évertuait entre cette femme qui aimait trop trait d'union son mari et ce mari qui n'aimait pas assez sa à sans cesse la première femme. de son mieux. jusqu'à preuve qu'un est un voleur. ». sur lequel elle avait d'ailleurs de sa brutalité et de moins de prise. à se corriger son acre ironie. M» 12-456. Bibl. Paul Ginisty en a publié un assez grand nombre dans le chapitre qui fait suite.

vous n'êtes plus -mon ami. si ce n'est quelquefois dans vos lettres pour montrer le danger qu'il y a de vous laisser plus . elle ne voit pas toutes les difficultés qui se rencontreraient : votre famille réclamerait son captif sur jies raisons bonnes ou mau11 vaut vaises. Si vous me le refusez. à toute rigueur. et je vous abandonne. poir. mieux finir une bonne fois pour toutes : un mois.158 LÉ MARQUIS SADE DE vembre 1778. deux mois. je juge. plus ou moins. Sade le pense . que votre détention n'ira pas au-delà du Ce serait un abus que de printemps prochain. Je veux bien croire que vous avez un moment de découragement et d'ennui: soyez sûr que nous avons les nôtres aussi. bonne santé et jamais plus de désesmonsieur. et vous seriez toujours tourmenté. Entendez-vous ? Jurez-lejamais moi sur tout ce qu'il y a de plus sacré. lettres soient marquées au coin du sentiment et . sont encore trop prévenus . ne sont rien lorsqu'il est question d'acheter une tranquillité permanente. Ecrivez-moi aussi souvent et que Aros que vous le pourrez. L'espoir de les oublier. vouloir l'emporter comme Mme de d'autorité. mais que le désespoir longtemps n'approche de votre coeur. C'est à quoi nous rêvons jour et nuit. avec de la douceur et de bonnes raisons. Adieu. vous dans les bras de l'hymen et moi dans le charme du sentiment et de l'amitié me soutient et me donne du courage.

c'est moi qui vous en réponds. qu'elle escomptait Un saucisson fut envoyé au marquis de Sade. 11 Mlle de Rousset lui vint une idée qui paraîtra bizarre et qui est. mes batteries Vos tantes vont mettre lé branle. mais il recelait un brouillon de lettre que Mlle de Rousset y avait introduit et que devait le marquis de ses. recopier pour faire preuve excellentes Elle se défiait de son dispositions. il chargé de M.UN ROMAND AMOURPLATONIQUE 159 Mon projet est de tirer parti de de la confiance. Gaufridy et de Cavaillon . se mit en tète de l'y amener.protestations. est leur donne leur pain taillé à tous. l'intrépide une partie de la famille. le commandeur agira. celle qui l'intendant. je 1er à l'assaut. . amazone Ainsi avec mobilisait. Seule n'avait aucun intérêt à l'emprisonnement. Pour la désarmer. je lui ai mis » les feux au derrière. malheureusement. sont toutes prêtes pour mon tout. moins bizarre que touchante. de Montreuil —• son mari préférant la présidente — refusait malveillante de garder une neutralité il aurait fallu se laisser fléchir. en une idée qui réalité. fait honneur à son coeur autant qu'à son ingéniosité et qui. que le marquis mais c'est ce dont il était le moins capable. manifestât de bons sentiments . style et lui dictait les aveux. n'eut pas le succès d'avance. les. Ce saucisson n'avait en apparence rien de séditieux.

Cependant. . en effet. mademoiselle. le dégoût d'être seul.ICO LE MARQUIS SADE DE Très docilement. mais à un coeur flétri tel que le mien vous devez un aliment plus solide. Le temps passé n'est plus : si vous êtes de bonne ont foi. que pensez-vous de plus secrets l'état de mon âme ? Dois-je espérer ou m'abandonner tout à fait à la douleur ? Nos entretiens passés m'ont soutenu jusqu'à présent . vous avez dû voir que mes malheurs La jeunesse a totalement changé mon existence. qui était censée adressée adressée à celle qui l'avait écrite. D'où vient que vous ne m'écrivez pas ? Vous adouciriez mes maux si vous ne pouvez abréger ma peine. Vous (1) Au bas du brouillon envoyé par Mlle de Roussel. de n'avoir personne qui vous aide à la patience me décourage. « Que fait ma femme? Ne me mentez pas ! A coup sûr vous l'avez trouvée changée. A'ous rendre sage. de Sade recopia cette lettre (1). je suis trop directement puni. des écarts . quelle conduite mon égard ! Quel est le but de ma captivité ! lestement. me répondrez-vous est délicieuse La plaisanterie. quand on ne souffre pas. de Sade a écrit : « trouvé dans le cervclal {sic) le 9 décembre 177S». et qui fut. Je ne peux me mettre dans la tête que l'on désire la mort à de tous les deux. « Vous qui avez su lire jusqu'aux replis les de mon coeur.

La marquise de Sade. .

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mis. 11 est même de son honneur de demander ma liberté. elle est plus simple. Ce ne sera pas en me privant de de ma raison qu'on apporma liberté et peut-être tera de grands remèdes.. nière de raisonner. si repentant. Je voulais être heureux. je n'en serais pas où je suis.L'intérêt exige que j'aie l'oeil à mes affaires. nous serons tous contents. rendre tels tous ceux qui m'entouraient à . où le marquis se montrait si différent de lui-même. « N'y a-t-il pas quelque raison de politique qui dans ces misérables lieux ..UN ROMAN AMOUR D PLATONIQUE 161 savez que nous avons dit souvent que le mal n'était pas sans remède.. J'ai encore bien présents tous les projets d'économie que vous me mettiez sous les yeux. puisque je n'en veux faire qu'un bon votre mausage. mademoiselle. je vous assure. mon ouvrage peine commencé.. si souMlle de il . vous le savez plus que personne. Enseignez-lui. on s'est plu à le détruire ! » Cette lettre. que j'ai laissées en souffrance. s'il en fallait une!. plus perSi j'avais eu l'honneur suasive et va droit aubut. Qu'on me laisse faire et mes enfants béniront leur père . faites entendre que ce n'est là qu'une est actuellement remchimère ! Toute satisfaction de ma famille plie. si je vous avais même écrit dans ces derniers temps.' Oh ! me retiendrait mes amis. de vous connaître plus tôt.

la avait. Elle ne demandait qu'une chose.Malheureusement. dont il trouvait trop démonstrative et. dont il se mettait à être jaloux. depuis longtemps. de l'affection Mme de Sade. lui femmes. 11 n'y a que Qui de vous s'en plaint. afin de ne rien négliger de ce qui pouvait le rendre désag-réable. je voudrais qu'il me le dit cent fois par jour. Les remords qu'il étalait une fois de plus ne lui disaient rien qui vaille. écrivait. Elle lé considérait comme incurable. cette excellente amie. brillant plus « Les . Avec le même dévouement Mlle de Rousset reprit sa correspondance avec le marquis. si j'avais un amant ou un mari. qu'il restât en prison. en général. « Vous ne devez avoir aucun sujet de jalousie contre le maître de guitare : c'est un comme il faut. rempli de vertus.. Elle continua à plaider la cause. présidente jugé son gendre et savait à quoi s'en tenir sur ses protestations.. Cela est pourtant bien ioli et bien doux . mais la première à qui elle dût là faire lire fut Mme de Monti'euil. sont franches. le 11 janvier 1779. le marquis de Sade qui ne veut pas que la » sienne lui dise : « Je suis un second toi-même. pensant bien. Là seulement il cessait d'être dangereux. et la même ardeur. messieurs? M.162 DE LE MARQUIS SADE Rousset la colporta partout .

Je l'ai prié de donner quelques leçons pour nous aider à tuer le temps. En tournant le tableau. finissent toujours par se laisser Mlle de Rousset devait en faire l'expéprendre. moralisant sans fin. n'est-ce pas. mais que le ciel je m'observerai vous préserve d'avoir jamais le plus petit caprice à tous les pour moi ! Je vous ferais donner diables ! Vous ne risquez rien. Occupée à écrire ou à à entendre solfier autre chose. je vous avertis de vous tenir sur la défensive . » On ne badine pas avec l'amour. C'est un jeu auquel les femmes. rience. nuie pas en cet instant-là. âme. les laides sont plus adroites que les jolies. et un certain coquin les hommes sans qu'ils s'en doutent . Sans songer à mal où plutôt sans se dou- . amusant . et vous vous en applaudissez ? Eh bien. ne riant que loin de vous. qui assassine vous tomberez dans mes filets. parce que ses affaires ne lui permettent pas de venir plus souvent. .. plus encore que les hommes. « Puisque vous êtes d'un tempérament jaloux. Vous m'avez toujours vue grondeuse. vous y verrez une physionomie plus douce.UN ROMAN AMOUR D PLATONIQUE 163 bonne du côté du coeur que du côté dé l'esprit. bien là dessus .. a dit Musset. qui n'est pas démaintien pourvue de grâce. nous le voyons peu. j'ai du plaisir Je suis sûre au moins qu'elle ne s'en^Madame.

en riant. dans chambre de prisonnier. lui paraissait très désirable. une fût-ce que pour ne pas se rouiller. l'amusait et l'occupait. appelait. Chaque jour il voyait augmenter 11 ne pouce qu'elle avait de familier et d'intime. entraient à dose à peu près égale. par D'ailleurs il était plus épris qu'il correspondance. un peu grondeuse parfois mais gaiement et avec Il la comparait à sa femme et n'hésitait esprit. un dérivatif.164 ter encore LE MARQUIS SADE DE I des sentiments elle qu'elle éprouvait. Il ne déplaisait C'était pas à ce très habile d'exercer ne séducteur ses talents. Mlle de Rousset. d'en éprouver vait s'empêcher quelque émotion. quoitrès jeune. Il songeait souvent à cette amie si dévouée. Il en goûtait vivement bonne humeur. et. puis passionné la verve et la de Sade. faute de. avait intéressé qu'elle ne fût plus de plus en plus le marquis d'abord. de l'endroit où il se trouvait et où il n'avait pas beaucoup de choix. si affectueuse Cette correspondance d'une femme qui pouvait passer pour jolie.mieux. Il était d'ailleurs de ceux qui pas à la préférer. le petit dieu malin. Sa prison lui laissait des loisirs pour ce que les la rumination sentimenpsychologues appellent tale. de la gratitude et du désoeuvrement. préfèrent à leur femme toutes les autres femmes. Il vint au rendez-vous. si cordiale. . dans lequel Cet amour naissant.

UN ROMAND AMOURPLATONIQUE 165 en badinage. Cet amour. avait pris un tour assez sca- . sous l'influence de cet amollisseChose étrange. jaillir comme d'une terre qui semblait desséchée. » avait de l'esprit Sa « sensibilité ou s'efforçait d'en avoir. Peu à peu la correspondance. Les hommes ne sont pas construits tout d'une pièce. intérêt à se doubler époque. à cette d'un poète. Ses aveux et ses désirs parlaient souvent en vers. Lovêlace mait en berger soupirait comme Nemorin. Il y a chez les meilleurs de subites poussées de passions brutales. ont connu. tout étonné de le ressentir. à certaines aArec Sade. ment de la volonté et de cet attendrissement que le malheur. de badinage se mettait de la partie. que les pires débauheures. le roué se transforproduit parfois de Florian. en vers fades et musqués comme ceux qui remplissent le Mercure de France ou VAlmanach des Muses. Un amant avait. et chez les plus mauvais un coin du coeur où se réfugie un peu dé candeur et les fait de sentimentalité. fût en qu'elle vers ou en prose. le marquis de chés. L'amour. La rime autorisait bien des libertés. une source limpide. grand même médiocre. l'exprimait les procédés et dans le langage de son temps. frais et pur. soudain. le coeur ne croyait et.

lelSjanvierl779le plusadroitpour subjuguer l'autre PG'est ce que nous verrons. elle répondait par des plaipuis très pressantes. et même. en Quelle confusion pour un homme qui voudrait frétillonner !» Des lettres comme celles-là. Par quel bout la prendrez vous donc ? Vous jouerez le sentiment délicat et oh ! mais je connais quelques petits accessoires. vous ne boirez pas. Les femmes aimaient et chérissaient que vous avez connues vos passions et votre argent : avec Sainte Rousset. malgré son défi et ses énergiques proà se laisser empaumer. Elle affectait de ne pas prendre au sérieux la subite passion du marquis. écrivait-elle. je ATOUS réponds. dont elle ne devinait pas assez le . santeries.166 LE MARQUIS SADE DE breux. sans s'apercevoir que trop souvent se croire fort c'est la pire faiblesse : « Quel sera. Ne vous flattez pas d'avoir une science parfaite sur cette matière. si par hasard cette passion était sincère. Mlle de Rousset faisait bonne contenance. Mlle de Rousset ne s'en rendait pas compte ou peut-être ne le savait-elle que trop. elle s'affirmait très capable d'y résister victorieusement. Elle trouvait testations. il n'y a rien à mordre. un vif plaisir. Elle commençait. cela ! Croyez-moi. Aux déclarations d'abord discrètes. enveloppées. refusez d'entrer en lice : il est encore temps.le feu. c'était de l'huile sur . Il me semble voir Tantale au bord du fleuve .

les deux amants le provençal. lui écrivit un jour des cure-dents. alimentaient. se terminait lettre Plus explicite.. m'est sensible Mlle de Rousset.. Le marquis. il un amoureux.. en effet. Qui m'eût cet effet. Ce n'est pas le tout de dire : voulez-vous Un de moi pour votre amoureux (câlineur). calitout de dire : voulès de ieou per vostre gnaire. mais on peut croire offert l'amour donnait plus de prix. si j'avais avec moi. beaucoup qu'à l'objet peu de chose . qui. » dit "que des cure-dents produiraient de gratitude pour bien C'était. une autre votre baiser. pour mieux je ne le garde que pour vous le m'expliquer. ainsi : « J'accepte ou. Pour donner à leur correspondance plus d'inti— ils méritent désormais mité. cendait du ciel. moi.. Les petits cadeaux entraient étaient fort bornées. sainte desrendre. C3titre — employaientparfois langue : « Es pas lou plus amislousa plus caressante. aussitôt plus louis. dont les ressources envoya « Ce cadeau.D UN ROMAN AMOURPLATONIQUE 167 érotico-sentimentales danger. leur correspondance. à ces dissertations enflammaient de plus en plus. en jeu. je le voudrais toujours de toutes les puissances faudrait qu'il occupât . Rousset » Définitivement. Vous remuez de cinquante cadeau qu'un mon âme d'une façon bien singulière. amoureux qui est loin ! Voyez-vous.

Toutes ses bonnes résolutions avaient fondu comme la neige sous un femme rayon de soleil.veux pas. que je le contemplasse.. « mon coeur contre le tien te ferait bien sentir que « j'ai une âme tendre et délicate. Or. ce sera pour les autres. que je lui fisse mille et mille baisers par ne suffiraient pas jour. « Quand pourrais-je m'asseoir sur tes genoux.. et toutes ces bagatelles encore pour ma tendresse. je vous dirai : « Mon cher de Sade. en patois. puisque tu ne le . et. très éprise. dé« lices de mon âme. je meurs de ne pas te voir.. et. qui retrouverait l'amie énergique et vaillante des premiers jours ? « Je n'ai pas osé mettre « Monsieur » au commencement de ma dernière lettre.. qu'un échantillon de ce qui se passe en moi et je ne veux pas tout dire. te dire beaucoup de « jolies choses à l'oreille. et je ne puis que vous plaindre bien fort. Dans ce billet qu'on va lire. . encore je croirais n'avoir rien fait ! Ce n'est. Mais écoute ma petite raison pour le mettre dans l'avenir : ce ne sera pas pour nous que je le mettrai. si tu faisais le sourd. évidemment. et qui est daté du 2l\ avril 1779. Elle n'était plus qu'une très faible. te couvrir « de baisers à mon aise. et puis.168 LE MARQUIS SADE DE mon âme. te « passer mon bras autour de ton cou. » Chaque lettre marquait un progrès dans la passion de Mlle de Rousset. vous êtes loin. que je l'admirasse.

Elle pardonna d'autant plus facilement qu'un mari prisonnier se trouvait dans d'assez mauvaises conditions pour tromper sa femme. « je ferais épanouir Adieu.on sous les yeux. Mme de rouées quand il s'agit Sade. mes petites mes forces. » manière. Tout doux.. Une des mystérieuses épîtres celle du ne sait trop comment. il résulta un refroidissement notable dans l'amitié de Mlle de Rousset et de la marquise de Sade . Je vous mettrai m'oppose de toutes des entraves pour n'aller ni plus loin ni plus près Amusez-Afous tous deux de cette que je veux. mais que penses-tu sainteté? Elle s'évertue à te dire de jolies choses . a qui depuis quelque temps Mlle de Rousset ne montrait plus les lettres envoyées ou reçues se douta que cette correspondance devenait un peu trop cordiale.. je t'embrasse de la « façon et de la manière que tu aimes.fait damner. jolie chose « et meilleur de mon Coeur. mais celle-ci ne tarda pas à pardonner. mais pas plus. ce de sa langage me. je pied?.. lui tomba. ne voudrait-elle sous le pas me couper l'herbe bonnes gens. » Les femmes les plus niaises sont terriblement de leur amour. Delà découverte de cette amoureuse intrigue... et elle inscrivit au dos cette annoà son mari : « Voilà tation qui est censée adressée bien des déclarations que la « sainte » te compte .UN ROMAND AMOURPLATONIQUE 169 là tienne. !h avril 1779.. Ce fut aussi la réflexion .

monsieur. qu'elle eût jugé plus agréable. Ce sera donc un étranger qui régira toutes choses . que la bonne et franche amitié d'une femme très pratique qui s'occupait. avec dévouement. croyez-vous. des affaires passablement embrouillées du marquis. qui nommera à une administration. qui lui a dit que vous veniez de faire opposition sur tous vos biens. que vos affaires en iront mieux? Je pense que vous devez annuler ce que vous avez . comme au début. devenait par trop difficile. Je sais. La passion disparut de ses lettres.170 LE MARQUIS SADE DE que dut se faire Mlle de Rousset. comme le faisait Mme de Montreuil. et que le mal que vous faites est sans réplique. vous liez les mains à tous ceux qui régissent par votre ordre ou par office d'amitié. qu'elle allait rembourser que votre opposition a arrêtée : ce monsieur clabaude depuis un temps infini et fait les menaces les plus fortes . à n'en pouvoir douter. et elle se résigna à reprendre son rôle de conseillère du marquis. et il n'y eut plus. on craint qu'il ne fasse une saisie en Provence : cette alerte donnera le branle aux autres ils se pourvoiront au Parlement. D'un trait de plume. créanciers. Cette démarche peu réfléchie de votre part me donne parce que je ne vois pas le quelque inquiétude bien qui peut en résulter. Elle lui écrivait au mois de mai 1779 « Mme de Sade vient de chez Madame sa mère. un no miné Teissier. puisqu'un autre rôle.

» Le marquis de Sade avait vu avec regret Mlle de Sa vanité en souffrait encore Rousset se ressaisir.. vous êtes en droit de deman: avec une administrader des dédommagements tion. vous n'avez plus rien à dire. cessa. monsieur. Il se plaignit si amer. Il n'avait pour elle aucune la affection. pleine de renseignements de La sur l'état du château locales. et il en était jaloux. il est des temps où vous vous fâchez de tout. de lui écrire.. qui pourrait mal penfermiers où gens d'affaires se conduisent dant votre absence. Si vos fait. le marquis semblait prendre à lâche de faire expier à sa femme les déboires de son amour-propre blessé. mais vous ne pouvez J'ai l'honneur d'être. elle en mourut. indifférence. dans ses reproches. si maladroit. et il fut. un peu irritée encore. La correspondance reprit au mois de mars 1781. jaloux jusqu'à . qu'il méconnaissait cruellement. au début. do cette subite plus que son coeur. de menues histoires ainsi jusqu'en dans les der178'2. Depuis deux ans. bien que les circonstances pouvaient on vous libérait petit à petit. brusquement. rester tranquilleje n'en sais rien. puis tout à fait apaisée. si indifférente niers temps. Elle se traîna Coste. Tout allait aussi le permettre.. de la part de Mlle de Rousset. vers le milieu de l'année 1779.. que l'amie dévouée. que.UN ROMAND AMOURPLATONIQUE 171 être contre vos intérêts.

je ne m'en inquiète nullement. moi qui ne vis et n'existe et avilie ! Je que pour toi ! Me voir soupçonnée me tais. NouvelleDesLes Pensions y sont de 45° livres. L'objet de cette communauté est l'éducation de la jeunesse. . Je n'ai pas à Pourtant. » DULATOE. ou de continuer à loger dans sa maison.172 frénésie. » au lieu d'aller Pour désarmer ses défiances. » (i) « Celte communauté est située rue Neuve-Sainle-Gcneviève et elle suit la règle de Sainl-Auguslin. rue de la Marche. il n'est pas possible que. père de Louis XVI. est très régulier. 173. disait-elle. me con:~ naissant comme tu dois me connaître. DE LE MARQUIS SADE 11 lui écrivait des lettres grossièrement un jour ce cri de injurieuses. elle s'était enfermée dans le couvent de Sainte-Aure (1). Toute sorte de d'assiduité beaucoup femme n'y entrerait pas et n'y serait pas contente. Elle fut fondée par Monseigneur le Dauphin. et déclarait s'y trouver très bien : « Le couvent. Non. Mme de Villette. tu penses ce que tu écris. il ne se refermera jamais. cription des curiosités de Paris. qui lui arrachaient douleur : « Ta façon de penser à mon égard m'atterre. qui ne crains pas sa régularité sache ce que je fais. mais vous faites une plaie à mon coeur. 1786. ma conduite est au su et au vu de tout le monde. ni qu'on mais moi. me justifier. habiter chez une de ses amies. m'humilie.p. m'anéantit. exige au choeur.

se décida à les le lieutenant au grand désespoir de la femme admiinterdire. et il en plus outrageantes à frapper la malheureuse femme arriva bientôt venait le voir dans sa prison. autorités. Plus lorsqu'elle à ces visites d'une fois les témoins qui assistaient et empêchèrent Mme de Sade durent intervenir blessée . les accusations les injures ne lui suffisaient pas. le de Vincennes à la marquis de Sade fut transféré Bastille. Le 25 septembre l'attention 1782.UN ROMAND AMOURPLATONIQUE Rien 173 ne le rassurait. Le Noir. de police M. mais elles parurent d'être grièvementtrop dangereuses pour ne pas attirer cependant des. rable qui avait à plusieurs failli en être reprises victime. lorsque. rien ne le calmait. ses démarches et ses prières.. le 29 février 178A. Aucune sollicitation n'avait encore pu faire fléchir la volonté du lieutenant de police. Les les plus ordurières. Malgré l'interdiction fut maintenue. .

Delosme (ou de Losme). (1) Remplacé en 1785par le chevalier du Pugel. le bailli de Gallardon. le chevalier de Saint-Sau. Chevalier.Larcher d'AubancourL Ingénieur recteur des forlifîcaau Gros-Caillou. en survivance. tions. en chef et di. marquis de Launay. était ainsi Gouverneur. Lieutenant du roi. veur (1). Major.VIII LA BASTILLE EN J 784 L'état-major composé : de la Bastille. . en!78/i. Adjoint Officier adjoint à l'étalmajor.

Le marquis de Launay avait succédé. du château. rue Stl'abbé Duquesne. Ce dernier faisait d'énormes profits sur les remèdes qui étaient payés par le roi. en outre. pensionnaire du roi.Chenon père avait son commissariat rue Baillet. de Faverly. Louis. Leu. qui habitait de moindre imporsans compter un personnage tance qui était chargé des besognes policières. rue des Marais. — — honoraire. Chapelain Confesseur.200livres.— Le gouverneur louchait 6. commissaire au Chatelet. au comte de Jumilhac-Cub(i) Almanach royal. en 1776. .000 livres. — Delon de Lassaigne. de la Basdu roi et du château des bâtiments rue Montmartel..5oo livres. le chirurgien 1. le major 4. ayant le département de la Bastille (1). faubourg Saint-Germain.000livres. l'aide. Le'Faivre.ooo livres.LA BASTILLEEN 1J84 Médecin. Le Cocq. comme gouverneur. major i. l'abbé Macmahon. vicaire à StFosserier. deux Gardes des Archives un Entrepreneur de ta Bastille èl de Vincennes. Il y avait. îe lieutenant du roi 5. année 1784. 175 et apothiChirurgien caire major. Chénon père. . tille..

21 (la première édition est de 1774). il y avait une cinde porte-clefs comme quantaine qui cherchaient. Au-dessous de cet état-major. Cet ouvrage. 1789. A ce défaut près. moins le mérite de ne pas s'aggraver d'hypocrisie. leurs chefs d'ailleurs. de Rougemont. doit être consulté avec précaution. C'était très asservie aux règlements.alors que son père en élait gouverneur. sible de leur situation. (2) Remarques historiques sur la Bastille (par Brossais du Perray). honnêtes gens de la Bastille.17p zac LE MARQUIS SADE DE un soldat rude et brutal. (i) Il y était né en 1740. Londres (Paris). p. dont (1). dit un des livres lesplus curieux et les plus complets qu'on ait écrits sur la Bastille (2). Il était à celui-ci ce qu'est un dogue à une fouine. comme tous ceux qui ont été consacrés à la Bastille. Les descriptions. à tirer le meilleur parti pos« Ce sont ordinairement. Il se montrait en cela bien moins odieux que M. avait du l'autorité. . que la modicité de leur paie rend presque les porte-clefs sont en général les plus excusable. » compatissants. d'anciens du gouverneur domestiques qui ont pour cette besogne un salaire de 7 à 800 livres et qui bonifient ce médiocre et dégoûtant emploi par les vols et les escroqueries qu'ils peuvent faire sur les malheureux qu'ils appellent leurs pigeonneaux. faites d'après des racontars de prisonniers sont souvent poussées au noir. On les trouve encore humains et portés àrendre service.

Les cachots de cette tour s'étendent sous les cuisjnes et sont les plus incommodes de tous. mais il en est une qui a pour nous un et dont il convient de dire intérêt particulier quelques mots. la massive forteresse les noms de ces Point n'est besoin de rappeler huit tours. pour leur laisser le nom donné par les gardiens. et plus encore par. près à coups de de la place de la Bastille. elle ne parait rien moins que plaisante à cet. qui 12 . les eaux grasses et puantes. dans laquelle avait été enfermé (1) Ce nom vient peut-être d'une évasion. « Est-ce par dérision ou par ironie que cette tour porte un tel nom ? Ce qu'il y a de particulier c'est que celte tour de la liberlc est la plus austère. les ouvriers qui. la tour de la Liberté (l). la plus noire et la plus infecte des huit qui composent le château de la Bastille. infortuné qui depuis vingt ans y gémit de son esclavage et qui échangerait volontiers ce prétendu séjour de la liberté pour les fers de Maroc ou d'Alger. imaginée par quelque guichetier d'humeur joviale.LA BASTILLE I784J EN 177 A ces pigeonneaux. Avertis aussitôt. ouvraient pics et do pioches un chemin au Métropolitain. Si c'est une plaisanterie. d'énormes pierres. enfouies dans le sol depuis près des archéologues de six siècles. à moins qu'il ne soit simplement une appellation ironique. par le bruit continuel qui se fait audessus. trouvèrent au pied de la maison située entre la rue Jacques-Coeur et l'angle de la rue Saint-Antoine. dont aucun souvenir n'a survécu. survinrent et reconnurent les fondations d'une des tours les plus anciennes de la vieille prison. Au mois de février 1899. les huit énormes tours de servaient de colombiers.

des Célestins. ou que l'on paie sèchement d'un cen'est pas vrai. un enfant de treize prisonniers.ou cellier. par deux petits soupiraux pratiqués dans l'épaisseur du mur. un cachot et six étages de chambres. la tour de la Liberté à la veille de la Révolution. de chambres. près de l'Arsenal. 23. » Remarques sur la Bastille. parmi lesquels ans. et qui. de quatre étages dont une portait le nom de lardiev. p. Un petit rideau ne s'écoulent pas facilement par les conduits engorgés de la citerne qui est auprès. et vont inonder le prisonnier. A côté de la tour de la Liberté. Dans les dernières années du dix-huitième siècln. Il y avait à cette époque sept et d'un grenier. Cinq niches grillées la messe vaient cinq prisonniers qui entendaient le dimanche sans voir ni être vus. on avait construit partement recela nouvelle chapelle. se répandent souvent dans ces cachots. Un inventaire rédigé en l/i31 nous apprend qu'elle se composait d'une cave. Hugues Aubriot. Avec la Bertaudière. déplacée le marquis sur le quai s'élèA'e aujourd'hui.-178 DE LE MARQUIS SADE avec soin. . dans un vieil apdu rez-de-chaussée. qui rappelle le souvenir de l'homme au masque de fer. la tour de la Liberté construite formait la bastide de Sainl-Anthoine. par le prévôt de Paris. comprenait tout à l'heure l'expliune calotte. Nous donnerons cation de ce terme. en 1370. au nez duquel on rit lorsqu'il s'en plaint. de Sade.

. rongés par le salpêtre. Un prisonnier son nom. à l'intérieur de chaque commandés Ces chambres. mais le remède était presque aussi dangereux que le mal. le second du Trésor.LA BASTILLEEN I784 couvrait 179 la grille et au moment de l'offertoire les tiraient ce rideau — quand par hasard porte-clefs .. On les distinguait par le nom de la tour et la hauteur de l'étage : première seconde Berlaudière. Au-dessus les calottes étaient formées de huit arcades en pierres de taille qui se réunissaient au milieu. il devenait le premier de la Basinière. (1) Cependant. cause souvent des maux de tète. presque inhabitables pendant l'hiver.. dans des chambres.. •. troisième ou quatrième du Puits. qui^ dans un lieu aussi resserré. étaient extrêmement froides. sous le prélexe qu'on n'en finirait pas s'il . Entre ces murs. étaient également Les calottes avaient un autre inconintolérables.. lorsque la température était par trop glaciale. on allumait du feu. en entrant à la perdait Bastille . Berlaudière. On ne pouvait se tenir droit que sous la partie la plus élevée de cette espèce de dôme.. auxquels on ne fait pas beaucoup d'attention. très épais. On y met un poêle. Lés détenus les moins coupables ou les plus reétaient logés. pendant le froid pendant l'hiver (1). d'une épaisseur de 2 mètres et demi. la chaleur l'été. des chambres. Il y avait tout juste assez de place pour un lit. etc. ils y pensaient. aux murs tour. «Il ne s'y trouve point de cheminée.

que les prisonniers sont heureux. .. .180 vénient. Au pied de chaque tour. il y avait un cachot. : on les tire lorsde canon sur cette plate-forme naissances de qu'il y a quelques fêtes publiques. 29. (1) P. LE MARQUIS SADE DE « Le dessus des tours. mortier. etc. calottes. fois à ceux qui sont enfermés dans les chambres et que l'on nomme les des tours. fallait écouter toutes les plaintes des prisonniers. dit l'auteur des sur la Bastille (1). victoires sur les ennemis. princes. Plusieurs. les pierres. peu accoutumés d'entendre d'aussi près le fracas du canon. les instruments à aggraver annoncent le bonheur public. mêmes qui dans cet horrible lieu. est une Remarques historiques en terrasse continuée d'un bout à plate-forme Il y a treize pièces l'autre et fort bien entretenue. et ce n'est font que par le bruit que ces énormes machines au-dessus de leur tète. supérieures le d'être blessés par les éclaboussures. Mais souvent. » Remarques historiques sur la Bastille. servent le plus souvent les maux de ceux qui l'habitent » sans savoir pourquoi. etc. que l'explosion subite et violente détache de la voûte. 37. p. une surdité fâcheuse ou en conservent longtemps et c'est ainsi que des tressaillements convulsifs. instruits des événements de la capitale fait le malheur de quell'allégresse Il est arrivé plus d'une ques-uns de ces infortunés.

pour les qui se plaignaient trop vivepunir. une paillasse fort incommodes. il quand on a l'air d'être bien sage. cette époque il n'y en eut jamais. un chandelier de cuivre. les prisonniers un lit de fer contenaient ment (1). 11 consiste ordinairement en un mauvais lit de serge verte.LA BASTILLEEN I784 181 une cave obscure. un matelas que pleine d'insectes l'on fait semblant de battre tous les ans.. (( . un pot de chambre à moitié cassé. autrement faut s'en passer. un vieux fauteuil rembourré de cuir (0 En 1776. sans air. crainte d'accidents . pour mettre de l'eau. et que son successeur doit raccommoder de son mieux. une fourchette "de fer. Necker interdit d'y enfermer aucun prisonnier. garni de rideaux que la colère d'un prisonnier met souvent en lambeaux. une table dont les pieds sont rarement égaux. deux ou trois chaises délabrées. une cuiller d'étain. sans atteindre fortable.. par sa noirceur. . Ces cachots scellé dans lé mur et sur lequel on posait quelques de paille qu'on renouvelait de planches couvertes temps en temps. et quelquefois. une cruche fêlée. si ce petit désordre blesse sa vue. Depuis. par surcroît de luxe. quand elle commençait à pourrir. un gobelet de même métal que l'on jurerait être du plomb. des chambres était un peu plus L'ameublement toutefois au luxe ni au consoigné. dont les murs suaient l'humidité et dans lequel on enfermait.

On donne à chaque prisonnier un briquet.. 44- . p. ont des chambres. et un balai par semaine (c'est le seul article dont on Mais quel besoin un soit servi avec profusion). et jusqu'à des relieurs. et une pelle. n'obtient des pincettes que rarement dans des mains dont on craint également l'usage un peu promptes. de police. d'un balai a-t-il par seprisonnier pauvre maine (1) ?. On chenets. de l'amaune provision d'allumettes. ou plutôt par nuit. une chandelle par jour.182 LE MARQUIS DE SADE à demi pourri : tels sont les meubles élégants des chambres si l'on en excepte deux de la Bastille. dou. ce sont des meubles trop dangereux. « Quelques mais fort peu. ou trois appartements dans les tours de laBertaudière et du Trésor.. et que l'on donne aux prisonniers illustres ou d'un rang trop élevé pour oser leur manquer tout à fait. » de à la Bastille deux catégories On distinguait détenus : enfermés pour des raiLes prisonniers d'Etat. qui sont un peu moins pitoyablement meublées. Les prisonniers libraires. sons politiques plus ou moins graves . écrivains. (1) Remarques historiques. libres ou satiriques. teurs.. colporgraveurs d'estampes Généralement... après quelques semaines ou quelques mois de détention.

ni en linge. me disait-on. était par un exempt de police. qu'on voulait loger pour quelque temps à la Bastille aux frais du roi. 11 ne m'a pas été possible de me procurer quoi que ce soit de la fin de plus.Bastille.). chez lui ou appréhendé # ailleurs. Au moment où il y pensait le moins. aux autres prisonniers. jusqu'à novembre suivant . il fallait ou me condamner pas sortir de ma chambre. Il était rare que cette correction paternelle ne les rendit pas pour le restant de leurs jours un peu plus sages ou un peu plus prudents. littéralement nu. braver dans la promenade (dans la cour du château) la violence du froid . ni en habits. avec la garde-robe conséquent que l'on emporte pour un pareil voyage dans cette saison. dans ce mois qui a été rigoumoi-même à né reux. raconte et par Linguet (1). 167. dans l'état où il se trouvait. 1783 (irc éd. « J'ai été arrêté le 27 septembre (1780). un Quesne (marchand (i) Mémoires sur la. et d'acheter ces je ne demandais que la permission culottes que l'on donnait. p. ou aller nu. l'homme. j'avais de l'argent cependant déposé dans les mains des officiers. 11 y a plus : dans les derniers de nojours vembre on m'envoya enfin de chez le sieur Le d'étoffes de soie.- . à Paris). Linguet resta vingt mois à la Bastille. innocent ou coupable.LA BASTILLEEN 178^1 183 on les relâchait. allant dîner à la campagne.

il contenait des bas qu'un enfant de six ans n'aurait pas pu mettre. ment la voix sur une expédition aussi dérisoire. en présence de ses collègues et d'un porte-clefs. me le laisser acheter . qu'il se f. qu'il fallait ne pas se mettre dans le cas d'être à la Bastille ou savoir souffrir quand on y était. . solides et bien armés. je de renvoyer cette lagelte... amenait le prisonnier à la la Bastille. Le nouveau était ensuite conduit pensionnaire à la chambre qui lui était par un des porte-clefs . jusqu'à l'hôtel du gouverneur. titres et qualités... bien de mes culottes . « J'avoue les baissèrent que ses camarades yeux. et que huit jours après j'eus une robe de chambre et des culottes. Là on le remettait entre les mains du major et du lieutenant du roi. un fiacre dans lequel montaient avec lui l'exempt et trois ou quatre hoquetons. on avait calculé que je devais être J'élevai douloureuseprodigieusement maigri. » Pour éviter des pertes de temps et des curiosités gênantes. Sans doute.. quittance inscrivait sur un registre spécial ses nom. et priai le gouverneur de s'intéresser ou de pour obtenir un supplément.. il me répondit nettement. et le surplus de l'habillement taillé sur les mêmes proportions.184- LE MARQUIS SADE DE convoi d'hiver. qui en donnait et à l'exempt. que je pouvais m'aller faire f.

sentinelles réservée. montrés. condamné à une solitude presque complète. les officiers de l'état-major recevaient les lettres. pour ne pas le voir. le détenu n'avait. et.LA BASTILLEEN I784 • . auquel le plus souvent il n'avait pas le courage de toucher. et aussi des objets précieux. muet par ordre. qu'un seul désir. 185 et soldats. de débarrassé tous les instruments tranchants qu'il pouvait porter sur lui. . Fouillé très consciencieusement. comme oublié. fermée d'une triple porte.. dont on craignait qu'il ne se servît ses gardiens. à midi et le soir. bagues. les expédiaient. débarrassé surtout pour corrompre de ses papiers. L'autorisation n'en était accordée que très rarement. car rien ne doit moins exciter l'appétit que l'emprisonnement. etc. Sur son passage. de papier et d'encre. qu'interrompait deux ou trois fois par jour le passage rapide et silencieux d'un porte-clefs toujours muet... . se couvraient le visage de leur Aucun ne paraissait chapeau. règlement plus observé important et n'était plus rigoureusement que celui-là. Privé de livres. Dans ce cas. dans une chambre nue. On lui apportait enfin les meubles strictement nécessaires et son premier repas. écrire à sa famille et au lieutenant de police. dans l'état de détresse et d'accablement où il se trouvait. le prisonnier restait pendant deux ou trois heures.

(1) Quand le lieutenant de police ne dirigeait pas lui-même l'interrogatoire. Elle visait au même but.18C Aucune lue. ou un comun conseiller missaire du Châtelet. Après deux ou trois gatoire traînait l'homme le mieux se sentait séances. coupables pendant de longues heures. traitait l'accusé en coupable et n'attendait lui que des aveux ou des dénonciations. sans. descenle prisonnier dait à la salle du Conseil où un conseiller d'Etat. un maître des requêtes. LE MARQUIS SADE DE ne partait. on usait de tous les pièges. l'interrogie. Comme on avait intérêt à venir à bout de l'énerde l'accusé.avoir été dont Après une première période de captivité. aucune n'arrivait. il assistait ordinairement aux dernières séances. de tice. trempé torturés vaincu. qu'ils qu'ils n'avaient pu commettre. s'avouèrent de crimes n'avaient pas commis.un interrogatoire comme tous ceux de l'ancienne jusinterrogatoire. Si parfois les juges employaient la douceur. provoquer. Cet police. la durée était très variable. lorsqu'il s'agisde sait d'un personnage le lieutenant important. quelquefois. lui faisait subir. par des moyens plus tortueux. . Pour les on avait recours à toutes les menaces. (1). de la force de résistance en longueur. cette douceur était beaucoup plus dangereuse qu'un excès de sévérité. C'est ainsi que des innocents.

pouvait se régler que par un ordre ministériel attendu.les serviettes par semaine. c'est-à-dire grandes de ceux dont le tarif est le plus haut sont. des « allumettes Il avait droit à une paire de draps tous. «Les l'ordinaire tables. longuement La table réservait-elle des compensations aux malheureux embastillés ? On en jugera par ce curieux passage du livre de Brossais du Perray : « La nourriture des personnes est réglée par un tarif suivant leur qualité (1). . pour son chauffage. dès princes du sang aux colporteurs. pour les (i) Ce tarif variait de 5o livres à 3 livres. si le gargotier en donnait à ses hôtes pour l'argent qu'on lui paie. c'était là une affaire très grave qui ne garde-robe. avec quelque exagé». ration sans doute. en Il recevait chaque jour. patiemment demandé.LA BASTILLEEN 1784 187 son cachot et l'absurde Le prisonnier regagnait les plus minutieux contirio-ueur des règlements nuait à peser sur lui. quinze jours et à quatre de la Basmais ce droit gênait le bas personnel sans cesse de nouveaux prétille et on trouvait sa Voulait-il renouveler textes pour le supprimer. hiver — sauf quand on lui accordait et qu'il pouvait se payer un traitement de faveur — six petites bûches que Linguet appelle... Tout est prescrit suivant le cadastre ministériel dont on aurait assurément pas lieu de se plaindre.

« Le lundi. une bouteille de vin par jour. vice détaillé : « Le dimanche à dîner. ou quelques oiseaux fort quartier avancés. le dessert du matin et du souper est un biscuit ou une pomme . veau ou mouton. ce sont deux côtelettes ou un haricot. dîner . ou un pied de cochon. elle fait soulever le coeur et serait tout au Tous les soupers plus bonne pour les réverbères. le soir. une tranche de rôti. et une salade. L'huile est ordinairement de la plus mauvaise qualité . un ragoût. soignée pour qu'ils puissent une tranche de rôti. une soupe. un plat de poisson. Elles consistent dans un de plus. u Les différences des tarifs moyens aux grands sont bien peu de chose. « Quant aux tables en voici le serordinaires. une tranche de vache bouillie etdeuxpetits pâtés dont la cuisson n'est pas assez être bons. une entrée. « Le mardi. En maigre. ou un mauvais demi-poulet de lapin. deux entrées .188 DE LE MARQUIS SADE à jours gras : une soupe. un petit haricot où les navets abondent. ou une légère grillade de porc prétendu frais. un plat d'oeufs et un de légume . une soupe de bouillon de corps dé garde. le soir. le bouilli. en gras sont uniformes. le soir. à midi. au lieu des petits pâtés. une saucisse. une salade. enfin. . ou un pigeon.

. accompagnée ou autres légumes. séchée. « Le jeudi. et le cercle invariable recommence le lendemain sans aucun changement sependant les cinquante-deux maines qui composent l'année. chaque prisonnier a une augmentation de portion qui consiste dans un demi-poulet rôti. de la morue ou quelque friture desd'un plat d'oeufs. on donne une tourte chaude. la répétition de la veille. ou des groseilles : cela serait beaucoup trop délicat. ou raisins secs semés légèrequelques amandes ment sur le fond d'une assiette. de la raie puante. « Chaque a par jour une livre de prisonnier pain et une bouteille de vin. à dîner. qui est toujours mauvais et aussi aigre que du vinaigre. des tripes en ragoût. ou quelques vieilles bribes de volaille qu'on ne pourrait pas dimanche suivant. ou l'équivalent en autre chose. et dont le dessus est presque toujours brûlé ou à moitié cuit. une petite carpe frite. garder jusqu'au « Le vendredi. A souper. « Le jour de la Saint-Louis. une petite tourte dont le dedans est rempli de restes de cuisine. Rarement y a-t-on des cerises dans la saison. et deux oeufs à des épinàrds la coque.LA BASTILLEEN I784 189 « Le mercredi. Le dessert consiste en une pomme qui certes n'est pas choisie. Le lundi gras. de Saint-Martin et des Rois. « Le samedi.

Quant à l'étain. il faut être un homme un homme recommandé.190 LE MARQUIS DE-SADE « On est servi en étain . Les marmitons. la gamelle dans quoi l'on jette ce qu'on leur donne est toujours assez propre. p. 11n'y a point de gargote à 12 sols par repas où l'on ne soit mieux traité qu'à la Bastille (1). Cependant Mar- . d'importance. il est impossible dés assiettes former une idée de la malpropreté et et autres maisons des . le gouverneur. Dans les auberges où par économie l'on se sert de ce mépubliques. des mets n'est que l'abondace qu'un moyen de plus pour avoir niai au coeur. mais l'accommodage est en général si dégoûtant..plats. et pourvu qu'ils rie meurent précisément de faim.. 56. » (0 Remarques historiques. on le récure une ou deux fois tal. Latude parle dans sca Mémoires de « la monotonie constante avec laquelle on servait sans cesse les mômes mets et toujours avec une exactitude si géométrique qu'un prisonnier eût pu annoncer pendant un siècle entier ce qu'il devait "avoir le lundi. « Il y a des tables qui ne sont pas si dénuées quelquefois que l'ordinaire qu'on vient de détailler. le mardi et tous les autres jours de la semaine ». mais à la Bastille on n'a pas le temps ou la volonté de s'en donner la peine. pour obtenir d'être servi en faïence à ses propres frais et avoir cuiller et fourchette d'argent. qui de se est pour l'usage commun. ordinairement par an.. ne regardent les prisonniers que comme les chiens de la maison . tous occupés de la cuisine de M.

Restait la grande cour. glacière en hiver.formait un manquait de long et de 28 mètres carré de 40 mètres elle ressemblait de large. comme lieu de promenade. (1) La promenade sur les plates-formes ne larda pas à être rétablie. 191 était A défaut de la bonne chère. dit Linguet. nay préférait garder pour son usage particulier. que M. il l'a loué à un jardinier qui en vend les légumes et les fruits et lui en paie une somme fixe par an : mais pour n'être pas gêné dans son marché. qui défend le jardin aux prisonniers. montel. il a cru qu'il fallait en exclure les priil est venu une lettre sisonniers . Du haut des tours à un immense puits. « Le gouverneur actuel. en conséquence. lieu. fournaise en été. et qui.LA BASTILLEEN 1784 . ni sur les plates-formes (1) où le ministre Amelot l'avait interdite parce que les détenus. absolument de charme. tous les jours. du 28 déeem. . à l'époque où de Sade fut enfermé à la Bastille. qui passa à la Bastille onze jours. assure qu'il y fut très bien nourri. la promenade de ceux du des prisonniers. Séparément. la grande distraction Elle n'avait plus moins à qui on le permettait. bre 1709 au 7 janvier-1760. est un homme ingénieux qui tire parti de tout : il a réfléchi que le jardin pouvait être pour lui un objet d'économie intéressant . causaient avec avides d'entendre ni dans le jardin. Elle . de Laules factionnaires. la voix humaine. » gnée Amelot.

Tous ces détenus. mander avec instance et persévérance. ressaient à eux. Pour obtenir cette il faut le defaveur.1<)2 LE MARQUIS SADE DE aux heures fixées par le règlement. plongés dans un perpétuel des amis. chaque prisonnier s'y promenait On ne devait quelques instants. après les interrogatoires. si cette s. « Quand un étranger est admis à visiter quelque on prend les plus grandes précautions prisonnier. le gardien chargé « Cabinet ! » et il allait précipitamment se cacher dans une sorte de renfoncement. . C'est d'abord que. On ne devait même pas le voir. des amis puissants au gouverneur qu'il faut s'adresser. avaient des parents. pas lui parler. et surtout le sollicitent. « Les prisonniers ne reçoivent jamais aucune Arisite du dehors.'ràce sera accordée ou non. ce qui arritraversait quelque personne Arait assez souvent à cause du voisinage des cuide le surveiller criait : sines. pratiqué sous une ancienne A7oùte et qui avait h mètres de long sur 60 centimètres de large. qui s'intésilence. Si la cour. pour qu'il ne puisse être vu d'aucun autre que de celui qu'il vient voir. lorsqu'on en fait une. avant que l'instruction. Leurs visites n'étaient autorisées et on les soumettait que par mesure exceptionnelle <à une très rigoureuse réglementation. d'après le ministre. puis au lieutenant de police que décide. ne soit commencée.

) (La .-rfaoïi petite au YIIIe Folic-tScnlis.X Siècle. Une iii.

.

parler à un prisonnier ni de rien qui ait rapport à son affaire. » (1) Remarques historiques.. fût-il au milieu du discours le plus intéressant. m.LA BASTILLEEN 1784 193 « Pour parvenir à parler à quelque détenu à la écrite du Bastille. Le nombre et la durée des visites y fixés. et leur.. p. présent aussitôt que le moment désigné expire.. le major rend compte par écrit au lieutenant de police des visites reçues. et qui n'est enfreinte pour personne. il faut marcher. ou au moins toujours d'un porte-clefs . Elles se font que le prisonnier en présence d'un officier. mais dans la salle du conseil. Le bastilà la visite. et jusques aux gestes qu'il croit susceptibles d'interprétation (1). il faut sortir. Il n'est jamais permis de des motifs de sa détention. Elle est ordinairement sur lieutenant est au lieutenant du roi une lettre dont l'adresse ou major. qu'on doit avoir de ces insupportables Mais telle est la règle universelle. « Tous les jours. par la défiance continuelle gardiens. à moins ne soit malade. a la montre en main. ce qui empêche qu'on ne puisse s'ouvrir mutuellement.. Ces visites ne se rendent sont toujours presque jamais dans les chambres mêmes des prisonniers. il entraîne à grands pas le visitant .. 13 . il faut avoir une permission de police. de tout ce qui s'y est dit.

à peine caricatural : « Quand un prisonnier tombe malade et qu'il se celui-ci en avertit le major. la fièvre se déclare. s'écoulent. quand on se résignait réduits au minimum. ouïe lieutenant du roi.194 LE MARQUIS SADE DE Avec le régime que nous venons d'indiquer et qui agissait également sur le physique et sur le moral il était assez difficile de se bien porter à la Bastille. médecin et s'occupaient le plus tard possible. il conclut à faire venir le doc- . enfin. plaint à son porte-clefs. Brossais du Perray nous le fait toucher du doig't dans ce tableau ironique. clamer. quand il peut le rencontrer. Le chirurgien reçoit alors l'ordre de se rendre à la chambre du malade qu'il doit examiner pour en faire son rapport et décider si le médecin doit être ne trouve point de fièvre appelé. les troubler doctes travaux. il n'est point réputé malade . Il vient au bout de cinq ou six heures. Comme maison de santé. étaient d'ordinaire attente. il ordonne une tisane. d'autant beaucoup plus que les soins à les réqu'on y recevait. il s'en xa et ne revient plus. c'est une légère indisposition. on rappelle de nouveau le chirurgien. Deux ou trois jours le sang s'allume. il examine le malade en ricanant. Si le chirurgien au prisonnier. cette prison laissait à désirer. Avec quelle mauaprès une interminable vaise grâce et quel mépris très visible. de ces chirurgien dans leurs importuns qui osaient.

il est faite. 114. sortait. p. le médecin qui montre alors une mine et qui semble se fâcher de ce que la renfrognée. il y a au moins une lieue . ou connu. fut inscrit sous le nom de Marchiali : « L'an mil sept cent . il tâte lé poulx de son malade d'un air distrait . Matlhioli.. Si le prisonnier va mieux. il n'est pas chez lui . si le prisonnier a absolument perdu la santé. de la Bastille. On y envoie . » on mourait parfois dans cette prison. il ordonne quelque potion ...LA BASTILLE EN 1784 195 teur. en 1767.aux chanoines de la culture Sainte-Catherine. Le ministère n'aime pas que les gens connus meurent à la Bastille (1). l'église Saint-Paul avait été cédée. Il arrive pourtant : l'odeur ambrée de sa perruque le devance . on renvoie chez M. soit pour le transporter si c'est un homme protégé surtout de ailleurs. le prisonnier comme il y était entré.. il s'en va et ne revient plus. (3) C'est ainsi que l'homme au masque de fer. quelqu'un. mais la commission viendra quand il pourra. maladie ne fuit pas à son aspect. vivant — en voiture et pendant la nuit. (2) Après l'expulsion des Jésuites à qui elle appartenait. « Enfin. tout est dit : s'il empire. Le corps était transporté à la paroisse Saint-Paul sur les re(2) où on l'inscrivait gistres avec un nom d'emprunt (3) pour que le (i) Remarques historiques. Cependant. soit pour tout à fait. ministérielles. on le fait sortir. et si l'on craint pour ses jours. cas. Dans ce malgré les instructions mort.

196 DE LE MARQUIS SADE et l'enveloppât silence l'accompagnât jusqu'à sa ensevelissedernière heure. Ce triste aboutissement était. lâchait sa au moment de proie. major. le 20 du prc•sent. en foi de quoi j'ai signé le présent. de ne parler à qui que ce soit. assez rare. / « Fait au château de la Bastille. jusqu'au mystérieux ment dans le cimetière qui dépendait de l'église et est en partie occupé aujourdont l'emplacement d'hui par le passage Saint-Paul. des prisonniers. qui ont signé. et de M. mais chaque prisonnier. duquel le corps a été inhumé -dans le cimetière de Saint-Paul. sa paroisse. le 19 novembre. Je reconnais en plus. La Bastille. Rosarges. redevenir libre. Marchiali. il faut en convenir. papiers et effets que j'ai apportés ou fait apporter audit château pendant le temps de ma détention . d'aucune manière que ce puisse être. conformément aux ordres du Roy. que l'on m'a rendu tout l'or. le » trois. » . Reilh. signait sur le livre de sortie cette : déclaration « Avant de sortir du château. chirurgien-major de la Bastille. ni autre chose concernant le château de la Bastille. tôt ou tard. je promets. qui auraient pu parvenir à ma connaissance. «st décédé dans la Bastille. en présence de M. l'argent. âgé de 4» ans ou environ.

CABANES. I. avait conduit à la Bastille le marquis de Sade (1). Après les formalités habituelles.C'est le titre que porte un registre que possédait M.IX LE MARQUIS DE SADE A LA BASTILLE Le 29 février 178/i. par l'un des officiers de la Bastille. les dates des constatations. à sept heures du soir. sans doute par de LosmeSalbray. l'insde police Surbois. 338.Alfred Bégis. Cabinet secret de l'histoire. avec une marge sur laquelle se trouvent indiquées. t. il renfermait les éléments de la correspondance qui devait être adressée quotidiennement au lieutenant de police. major adjoint. Il était tenu. » V. 366 pages de 40 lignesenviron. jour par jour. qu'il a publié en partie dans la Nouvelle Revue (novembre et décembre 1S80)et sur lequel une note de lui donne ces curieux détails : « Il se compose de i83 feuilles numérotées. . p. muni d'un ordre du pecteur roi qui portait la date du 31 janvier. le prisonnier avait été installé dans la chambre qui se trouvait au deuxième étage (i) Répertoire ou Journalier du château de lu Bastille à commencer le mercredi i5 mai 1782.

et.fol. mais à condition de le remettre la chaque fois au porte-clefs qui venait desservir table. Ainsi. nouvellement férés du donjon de Vincennes à la Bastille. Le Noir écrivait au gouverneur « M. » L'interrogatoire. le \l\ avril. (i) Bibl.. 47- . de l'Arsenal. M. : Le 3 mars. M3 12017. Dès le début de son séjour à la Bastille.. eut lieu le 5 mars. Mme de Sade vint pour la première fois voir son mari. M. Sa permission signée par le de police et datée du même jour — elle lieutenant — n'avait pas perdu dé temps pour s'en servir l'autorisait à faire deux visites par mois. le 16. la sévés'atténua rité des règlements pour le marquis. de Sades et de Solages. Le major de Losme note dans son registre qu'elle lui apporta six livres de bougie. auquel étaient soumis tous les détenus. à la suite des sollicitations réitérées probablement de sa famille. de la à continuer ne vois point d'inconvénient leur accorder.198 LE MARQUIS SADE DE à la deuxième de la tour de la Liberté.. c'est-à-dire Liberté. en observant les précautions d'usage (1). Monsieur. le marquis de Beauvau. jouisJe saient de temps en temps de la promenade. ainsi que trans•M. de Launay « trouvait bon » qu'il se servit pendant les repas d'un couteau rond.

une paire de draps. Lorsque Girard.délégué par les familles de Montreuil et de Sade. . sa signail la refusa énergiqueture pour une procuration. des divers. elle venait empressement voir ce mari dont l'accueil hargneux et les injurieux propos ne diminuaient ne pas sa tendresse. Rien ne pouvait décourager Mme de Sade. ment (1). avec le même gulièrement. dix-neuf cahiers de papier. même porté à supposer toujours chez les personnes qui l'aimaient le plus.. au même Girard escorté d'un notaire de renfort. lui demanda. qu'il méritait si peu et Ce traitement qu'on ne lui accordait qu'avec regret. et les mêmes illusions. chaque fois de linge.c'était beaucoup. (i) Il la refusa encore. Son désir de nuire. lassaient Elle arrivait pas sa patience. chargée objets qu'elle avait achetés pour lui et dont il n'était Elle apportait. son esprit défiant chez les autres. jamais satisfait. le 5 octobre 1786. Rédeux fois par mois. n'adoucissait auIl ne négligeait pas son humeur atrabilaire.LE MARQUIS SADEA LA BASTILLE DE 199 de faveur. des calculs honteux et de perfides machinations. de se montrer aux cune occasion désagréable à rendre responsables de siens. devaient contribuer dans une large mesure à accélérer la ruine que ses folies avaient provoquées. le 20 avril. Deux notaires pour un refus. le sieur Gibert . qu'il s'obstinait son emprisonnement le sieur prolongé. le 24 mai 1784.l'aine. notaire .

à imputer jusqu'au lBr octobre ». placard.on veut neur de déranger la garde. de Sade représente à messieurs les offilui fait ciers de l'état-major que M. Launai cela pour faire meilleure ou à ses valets. de l'état- « M. six grosses plumes taillées. une boîte de le 7 juin. teille d'encre. Le journal du major de Losme fait mention. La détention de ce triste sire coûtait cher à sa famille. « pour un mois de Montreuil donné au président et vingt-trois jours de la pension du sieur marquis de Sade. une bouteille d'orgeat.200 LE MARQUIS SADE . beaucoup plus cher qu'il ne valait. et de tout. pastilles bonnet. à la date du 24 septembre 1785. journellement tion du roi n'est pas qu'il soit permis au gouverla santé de ceux dont. . Le Il se plaignait perpétuellement consa détention recueil de ses papiers pendant contient ce. six plumes de coq. et vingt et un cahiers de papier réglé. DE une bouune demi-livre de pâtes de guimauve. et bien lui accorder bourse ou à M. d'un reçu de 350 livres. servé à l'Arsenal qu'il afficha peut-être sur la porte de sa chambre : « A Messieurs major les officiers de la Bastille. six coiffes de de chocolat. et la nourriture. le gouverneur boire un vin si tellement {sic) frelaté qu'il en est Il imagine que l'intenincommodé.

' (2) Répertoire (3) Bibl. de l'Arsenal.LE MARQUIS SADEA LA BASTILLE DE 201 « En conséquence. de Losme. de M. . M» 1245&. (i) Bibl. Bonne. M*1257. de . . Eau des Barbades façon d'Angleterre. » Il n'est pas probable que les officiers de l'étatleur médiation . note rédigée par lui et trouvée dans ses papiers nous fait connaître son opinion sur les produits assez peu réussis d'un vinaigrier du temps : LIQUEURS DU SIEUR GILET Eau de vie de Bayonne. à déguster des liqueurs. Le marquis qui avait à la Bastille des loisirs les Une employait. Détestable. . . Elle devait naturellement en payer le prix (2). Médiocre (3). mais le major aient interposé fit écrire à Mme de 20 janvier 1787. il prie messieurs les officiers et l'équité d'interposer dont il connaît la droiture soit faite à cet leur médiation pour que justice égard (1). le gouverneur Sade par le major de Losme pour la prier d'envoyer pour son mari une pièce de vin pareil à celui dont elle buvait elle-même. Ratafia de Turquie Eau d'Angélique Bohème Huile de Vénus . . de l'Arsenal. en partie. Ne vaut rien. . Mauvaise.

.Comme à Vincennes. il recevait beaucoup de le 7. Un panier de fraises. Thiroux de Crosne avait succédé à M.. . dés brochures qu'elle lui envoyait. juin 1784. de Crosne (3) : (iJ. 15 » 15 » bougies 0 » 9 » Du 3. .202 LE MARQUIS SADE -DE Une autre note. de sa main également. . 1 » 5 » (1). est intides dépenses tulée : Mémoires faites par la le mois d'octobre 2e liberté pendant 1787 : Du 1er. On lui repour la rédemption du lieutenant de police. Le Noir comme lieutenant de police. . livres. Sa femme lui apportait. un paquet de livres énumérés dans ce billet de M. Quatre livres de et une petite. Neuf plumes taillées 2 » 9 » Du 4.. Payé à Jean. le mettait par ordre 29 août 1786. de Losme. (2) Répertoire de M. Une lettre à la petite poste. — Des fleurs . 0 » 2 » Du 3. Envoyé chercher une demi-bouteille de fleurs d'oranger 3liv. . et le 17 mars 1788. Du 3.W. . 1 » 6 » Du 2. 2 sols . (S) Louis. « deux comédies brochées et trois volumes reliés de relations de voyages au Maroc et de voyages des captifs (2) ». le 11 août 178a.

le Quelques de police écrivait lieutenant à M. que son mari puisse prendre lecture des Gazettes et journaux. 4 volumes in-12°. en lisant les oeuvres des autres. Il s'était découvert. 1 Délia. On lit au-dessous de ce billet : « Remis le 17 à M. la détention avait fait naître chez le marquis de Sade une vocation d'homme de lettres. broché. de Launay : « Mme de Sade demande. « M. 2 volumes in-12°. 1 Clara. broché. 203: 1 dict. de santé. Je ne vois aucun inconvénient à lui procurer cet adoucissement et je vous prie de l'en faire jouir. 3 volumes in-12°. 1 Histoire delà comtesse deRochau. de l'Arsenal. volume (sic). » Il m'a été impossible d'identifier les romans indiqués dans la note. 1 Anna. broché. de l'imagination (i) Bibl. 2 volumes in-12°. 3 volumes. broché. 2 vol. de Sade. 1 Emma. le comte de Sades Bastille de faire remettre les livres dont la note est ci-dessus. « Ce samedy 15 mars (1). M3 12517.LE MARQUIS SADEA LA BASTILLE DE 15 mars 1788. broché. le 30 octobre 1788. . Decrosne delà prie M. Monsieur. » mois après. broché. 260. fol. le gouverneur à M. 3 volumes in-8°. I Louise. » En lui imposant l'amour de la lecture.

Voir Bibliographie (Manuscrits). drame en cinq actes (ne fut ni joué ni imprimé). lution.204 DE LE MARQUIS SADE et du style. Plusieurs de ces pièces de théâtre datent de 178/i aussi de cette époque. sans rien présenter de choquant. remaniés mis à la mode du jour. de Juliette. Ce qu'il produisit à 1790 est énorme (1). Il avait deux sortes de littérature. qui contient vingt cahiers recouvert de papier de tapisserie et sur lesquels le marquis de Sade écrivait le brouillon ou le canevas de ses contes et nouvelles. Henriette 1787 le manuscrit et Saint-Clair (2). (2) Henriette et Sàinl-Clair ou la Force du sang. elle répondait aussitôt : (i) Il existe à la Bibliothèque nationale (Ms Fr. etc. et. celle qu'il volontiers et qui n'était montrait qu'ennuyeuse. heureusement. pour échapper transformer ses rancunes en théories anarchistes. plus capable de lui donner des éloges exagérés que des conseils utiles — mais il ne lui demandait pas autre chose — il envoyait en d'une de ses pièces. et celle qu'il cachait avec le plus grand soin et sur laquelle il comptait le plus. Presque tout ce qu'il devait publier plus tard.. très heureuse de cette marque de confiance. pendant la Révod'ailleurs. . acquis. il le composa à la Bastille. nouv. A sa femme. 4oio) un gros volume in-4°. à commencer par ses romans de Justine. Il écrivait pour se distraire et aussi à l'ennui et pour pour se" venger. Tout n'a pas été imprimé.

en 1761. ne fut ni représentée ni imprimée. et faite pour faire le plus bonne foncièrement grand effet vis-à-vis ceux qui ont de l'âme. jouée ail Théâtre-Français. (2) Comédie en cinq actes. Elle est assez différente du Père de famille (2) pour n'être pas crue calquée dessus.parce qu'on y faisait l'éloge de Louis XI. en prose. elle a de grandes beautés. Je la relirai encore plus d'une fois parce que j'aime à la folie tout ce qui vient de toi. mais probablement écrivait au lieutenant du roi. drame en trois actes. (3)Cette tragédie. Voilà tout mon avis sur une simple lecture.LE MARQUIS SADEA LA BASTILLE DE 205 « J'ai lu Henriette et j'y ai reconnu l'auteur de de l'Infortune Je la trouve l'Egarement (1). par Diderot. étant trop » partiale pour en juger sévèrement. qu'il datée. une pièce patriotique. dont nous aurons l'occasion de reparler. (non de 17S7 ou 1788). . fut refusée au Théâtre-Français en 1791. En général. Il avait composé une autre pièce. le chevalier du Puget : (i) L'Egarement de l'Infortune. que l'auteur prenait pour un chef-d'oeuvre. comme la précédente. Elle ne. révoltera que les âmes pusillanimes qui ne sentiront pas la position et la situation. Cette pièce. Jeanne Laisné ou le Siège de Beauvais (3) et il réussit à en imposer la lecture aux officiers de comme le prouve cette lettre l'état-major..

le chevalier du Puget y refusera-t-il Il serait bien précieux à l'auteur.206 DE LE MARQUIS SADE « Par une complaisance beaucoup trop grande on veut bien écouter demain à la visite cette tragédie de Beauvais dont il fut question l'autre jour. de l'Arsenal.. me jurant de. 11 s'obstinait sa femme.qu'il avait imaginés pour la torturer était de lui demander des nouvelles de sa soeur. rendre responsable dur pour elle (2) qu'on avait supprimé les visites. assez imprévu de se venger. Ms I24â0. me souviens au mieux que dans le monde je regardais ces invitations comme des guets-à-pends (sic) — auxquels mon médecin répondait pour moi (1). mon ami.Faire avaler à ses geôliers une tragédie. Puisque: de l'avoir rompu par envie de te satisfaire ne sert qu'à te faire tirer de fausses conséquences. auquel il se livrait reprises fatiguait ses yeux --. Elle lui écrivait à ce propos : « Le silence que je mettais..ne plus en ouvrir la . parle d'elle. pour un détenu. on le sait. son avis? M. nouveau pour lui. mais la demande est importune. Sacrifier une journée amusante pour de l'ennui ! Je ne conçois pas comment ces choses-là se proposent et je. Le travail. (2) Un des moyens. c'était un moyen on en conviendra. c'est pour la dernière fois que je te. Tu exiges que je réponde à tes questions.il reçut à plusieurs — et ne l'empêles soins de l'oculiste Grandjean chait pas de supporter chaque jour avec plus d'irrià en tation son séjour à la Bastille. à ne point te parler de ma soeur était bien raisonnable. » . (i) Bibl. Il s'était montré si .

l'espoir bouche et de te calmer ! C'est donc pour te calmer que j'écris. lui écrivait celui-ci. Il s'était mis à Vinchait rapidement à la Bastille. cela ne peut te nuire. Quel qu'il soit. il cherchait et croyait trouver et l'indication de le secret de son avenir. mais le lieutenant par voulut depolice. Il épelait pour ainsi dire toutes les lettres qu'on lui envoyait et dans le nombre des mots. Cette réponse est inutile à-faire. avec plus de cennes et il continuait à de maniaque. » . du baron de Breteuil. ministre avoir l'approbation de la maison du roi. « Est-elle mon ennemie? Non. mois. les combinaisons multiplier les calculs mystiques. de chiffres. Sa détention avait fini par agir sur son cerveau. il maroù il se trouvait. « J'ai reçu. avant de les permettre. que le 13 juillet 1786. des syllabes. si le primari. Mme de Sade sonnier n'en abuse pas. avec un acharnement passion. « Quel est le genre de son logement ? Je ne peux désigner ni rue ni quartier. Je ne vois point d'inconvénient à Mme de Sade de voir son que vous permettiez sauf. la lettre que vous m'avez écrite au sujet du marà ce quis de Sade. Dans l'état d'exaltation à là folie. à autoriser » à la remise des visites plus fréquentes.DE LE MARQUIS SADE A LA BASTILLE 20T une fois Elles ne furent de nouveau autorisées. de Crosne. « Quelle est la raison qui l'a fait sortir de chez ma mère ? ' v Rien qui te regarde et qui la déshonore. une fois par mois seulement.

de son écriture fine et aiguë. de calcul en calcul. Avertis les prisonniers étaient au crétions des porte-clefs. . mon cher papa. Autour de la Bastille. jusqu'en 1790. prit de telles pro(i) Du 20 décembre 1779. Etats Généraux portait à l'ancien régime le predémier coup. que ma bonne ait l'honneur de vous présenter ses respects. L'attente liberté qu'ils savaient certaine et prochaine les rendait désormais de se résigner à incapables leurs dernières heures de détention. menacée par cinq siècles de haine. après avoir compté le nombre des syllabes : « 22 sillabes (sic) et encore 22 se30 mai. d'une courant de ce qui se préparait. Ce moud'impatience vement de révolte alla si loin. commençait à par les journaux. par les indisgronder. de la phrase finale d'une lettre Ainsi.20S LE MARQUIS SADE DE sa mise en liberté. le temps marchait. réveillait tous les enthousiasmes. des annotations à et qui se rapportent peu près incompréhensibles toutes à cette délivrance devenue une idée fixe. Chacune de ces lettres portait. Il attendit. chaînait toutes les rancunes. »il écrivait. » C'était maines donc le jusqu'au 30 mai 1779 qu'on devait lui rendre sa liberté. l'émeute. La réunion des Cependant. au-dessous de son fils (1) : « Permettez. avant de livrer son formidable assaut. Ils frémissaient et bravaient leurs geôliers.

(BEAUDOUIN.Le Carquoisépuisé.) .

.

le 2 juillet. On . il cria à plusieurs'reprises par la fenêtre de sa chambre. Quelques jours plus tard. mais jour. de Launay crut devoir interdire les promenades sûr les platesaux prisonniers formes d'où ils essayaient. (2) Répertoire de M. par leurs cris. il eut l'idée de se servir en guise de porte-voix d'un long tuyau en fer blanc. Elle venait à peine d'être prise. était parti « qu'en lui montrant le bout d'un fusil d'un peu près (2) ». exaspéré du refus que persistait à lui opposer le gouverneur. de sa chambre et essaya. gestes. par leurs le peuple.LE MARQUIS SADE A LA BASTILLE DE Î09 portions que M. ne fut.ne put le ramener d'où il .l'autorisation de se promener tous les jours Une heure le matin sur les plates-formes et une heure le soir dans les cours. à s'échapper les sentinelles en vain. terminé à une de ses extrémités et qu'on lui avait par un entonnoir donné pour vider ses eaux dans le fossé (3). irrité par cette mesure (1). qui s'ouvrait sur la rue Saint-Antoine^ « qu'on égorgeait les de la Bastille et qu'il fallait venir les prisonniers (i) Il avait obtenu. 14 . lorsqu'il un réussit. en 17S3. dlécarter qui gardaient l'entrée des tours. plus que le marquis de Sade. Ce détail est donné par Manuel dans la Bastille dévoilée. Aucun des détenus. de Losme. A l'aide de cet ustensile de se qui lui permettait faire entendre de plus loin. d'ameuter d'ailleurs peu nombreux en 1789. (3.

(2) « Le ministère de ce temps-là. Un rassemblement attiré par ces furieux appels. délivrer (1) ». éprouva des craintes assez sérieuses. si les circonstances l'exigeaient. que le pouvoir Mme de Sade adressait au commissaire (3) cette lettre de son mari qui est datée du 9 juillet : « J'ai l'honneur de vous envoyer. de Launay qu'il le laissait libre de faire ce qu'il jugerait à propos. Monsieur. Il l'envoya dans une prison moins étroite. un courrier à M. sa femme et de lettres entre le marquis le commissaire Chénon. de Villedeuil. deLaunay^ qui n'ignorait pas à quel point étaient excités les esIl déprits. pêcha sans retard. compte de ce qui venait de se pour lui rendre ses instructions passer et prendre (2). vue les sireonstances je vous oloiïse par ce billet à faire . En même temps nécessaire. répondit au message de M. Ce fut un ordre royal daté du 3 juillet qui envoya le marquis de Sade à Charenton. le pouvoir que vous avez demandés. -•Noie de la Biographie Michaud. donna lieu à un curieux échange de Sade.210 . monsieur. qu'on n'accusera pas d'avoir été sévère et cruel. La levée des scellés qui se fit. disposer de la vie du prisonnier. à une heure. et qu'il pouvait même.—Il y a la une erreur. LE MARQUIS SADE DE se forma bientôt. et le commissaire Chénon mit les scellés sur sa chambre. de police Quidor conduisit le prisonl'inspecteur nier récalcitrant de la Bastille à Charenton. et M. Dans la nuit du 3 au 4 juillet. de Losme. \3) « Voilà. par (i) Répertoire de M. une quinzaine de jours plus tard.

Paris. J'ai l'honneur d'être. vous observant cription que vous employez me paraît déplacé. » Arch. Lorsque Chénon le reçut. dispersé dans la cour et jusque dans les fossés. le pouvoir que vous demandez pour de la Basdu scellé de ma chambre l'ouverture tille. >> DUSAULX.. p. 99. non daté — et auquel nous avons conservé son orthographe— doit. Je part pour la campagne juscace qu'il y est une décision qui ramène la tranquilitô.. le jeudi 16. ^go. . Je me suis conformé mot à mot à votre moseulement" que le mot desdèle. « Le pillage des papiers continua pendant deux jours (le 14 et le i5).DE LE MARQUIS SADE A LA BASTILLE 211 Mme de Sade. le scellé n'ayant point été mis sur chaque caisse.G. sur mais seulement meuble ou effets particuliers. mes collègues et moi (c'est Dusaulx. qui parle) nous descendîmes dans l'espèce-de cachot où étaient les archives. On en avait tiré les pièces les plus importantes : le reste était répandu sur le plancher. commissaire de la Bastille. De l'insurrection parisienne el de la prise de la Bastille. nous trouvâmes sur des tablettes les cartons très bien rangés . mais . chargée recette desdits seule par moi de la vérification pour le mieux et redemander ccst eftait et quelle ne soit point exposé o pillage et a la vue de tout le monde. l'émeute avait envahi la Bastille. o'Bo. Ce billet. monsieur Votre très humble et très obéissante servante. Cependant les curieux y trouvaient encore de quoi glaner. MONTHEUIL DESADE. la description particulière de chacun de ces effets devient parfaitement inutile et d'autant plus que Mme de Sade. Lorsque. ou nomenclature la chambre .être du i4 ou du iâ juillet. Nal. ils étaient déjà vides.

et où je relaterai juridiquement l'instant où il fut consigné. inventaire. l'honneur d'être très sincèrement. attendu dans qu'il viendra une époque où je le réclamerai vos mains. et les recommandations faites par particulières ceux pour lesquels vous allez opérer. Monsieur. et je suis bien sûr que vous 'vous conduirez sur cet objet avec toute la prudence qu'exige votre place.212 LE MARQUIS SADE DE effets. d'après cela. Mon- . Monsieur. Monsieur. « Je joins à cette lettre. donne également avis. un écrit important de ma part. vous êtes bon et sage. « J'ai sieur . vous voudrez bien les faire rendre à Mme de Sade et assurer . et porte plainte envers vous qu'un des alguasils . Votre très humble et très obéissant serviteur.envoyés de la violence qui vepour l'exécution vous nait de m'ètre faite à la Bastille quand parûtes dans la nuit du 3 au 4 juillet 1789 m'a volé deux louis dans ma poche. qui trouvera sa place en temps et lieu et que je vous prie de conserver. superflu de décrire — il ne s'agit pas d'un il n'est question que d'une remise. « Au reste. qu'il est. doit en brûler quelqu'un. « LE COMTEDE SADE. » Ce 9 juillet « Je vous178 (9).

sans observer les formalités usitées en pareil cas. . ayant des raisons de n'en être personnelles pour désirer pas chargée. le commissaire Chénon. le 19 juillet. 213 par moi au cri. en se charcar elle écrivit. » . ' . ou de se compromettre. au commissaire Chénon : « J'ai réfléchi. je vous prie de disposer les choses de manière que je ne puisse pas être regardée comme responsable des papiers et effets de M.Sade. ol5g6. — Au dos de cette lettre le marquis a écrit : « Mme de Sade voudra bien faire remettre les papiers ci-joints à M. ou de faire quelque pénible découverte. vous n'aArez pas encore fait usage de ma lettre pour retirer delà Bastille les effets de M. geant de ces papiers.' » « DE SADE (1). de Sade. Monsieur. « J'entends trop peu les affaires pour vous proposer à cet égard un parti que votre prudence vous suggérera mieux qu'à moy. La marquise de Sade dut probablement craindre de déplaire à son mari. et qui en même (1) Arch.LE MARQUIS DE SADEA LA BASTILLE ledit exempt qu'il sera poursuivi minel aussitôt que je serai libre. de. mais il me semble qu'un moyen qui concilierait tout. Nal.. à la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire dans un moment où j'étais Si trop troublée pour en peser les conséquences.

Monsieur. — le comte de Solange. qui aime à se sentir ému. puisqu'il déposer sous cachet dans un autre dépôt sur.pour avoir fabriqué de fausses lettres de change . . enfermés en 1787. « Tout ce que je demande encore une fois est de et c'est pour cela. Communauté rue Neuve-Sainle-Geneviève (1). — Claude Tavernier. » « la avaient été très Les vainqueurs de la Bastille surpris d'y trouver si peu de détenus (2). votre très humble et très obéissante servante.214 temps serait effets DE LE MARQUIS SADE avec le désir de mon mary. fou également . Monsieur. En tète celle annotation : « 19juillet 1789. Jean La Corrèze et Jean Antoine Pujade. emprisonné sur la demande de son père pour dissipation. o'5gG. n'en pas demeurer chargée. Rep. Devenu fou.. les sans description. le 27. supposait qu'il en restait dans de mystérieux enfermés cachots. —le comte de Withé de Maleville. s'accorderait bien en retirant ces que vous voulussiez le souhaite. « MONTUEUIL DE SADE. pour complot contre la vie du roi. Je suis. où il ce qu'il ait déterminé resterait l'usage jusqu'à qu'il en veut faire. il fut conduit à Charenton. Nal. plusieurs (i) Arch. des Dames de Sainte-Aure. avec autant de considération que de confiance. Le peuple. que je vous demande vos bons offices. « Ce 19 juillet 1789. Bernard Laroche. » (2) Ces prisonniers étaient au nombre de sept : La Barle.

ouvraient les ordres adressés par le maire ou le commandant général de la garde nationale et veillaient à leur exécution. emprisonnés à la Bastille dans des oubliettes que seuls connaissaient les geôliers. recevraient les plaintes ou les dénonciations des citoyens. de ces prétendues vicet le déroutait. qui siègaient jour et nuit.du du district (1) et lui exposèrent leurs soupçons.. elle avait sauvé la patrie. On ne trouva rien. .LE MARQUIS DE SADEA LA BASTILLE . Le comité envoya un de ses membres. faisaient la police du quartier. escorté de quelques notables du district. Cerdes malheureux restaient tainement. Ainsi parla la délégation des neuf citoyens. conduits et elle se retira. Lamarre. cachots. ne pas perdre un instant. pour visiter. très toutes les chambres et tous les soigneusement. Avec quelle impatience et quelle angoisse ils devaient attendre qu'on les délivrât ! 11 fallait. Neuf habitants s'était mis un certain en-1'Isle. Pour plus de sûreté. condamnés Le petit nombre tortures. 215 à d'affreuses liés par des chaînes de fer. Ils se déléguèrent eux-mêmes comité auprès. le comité manda les quatre (1) Les comités de district. se hâter. aussi par M. times l'humiliait Il ne voulait pas ^ du district de Saint-Louisv croire. Lamarre. pour ne pas les exposer à mourir de faim ou de désespoir. convaincue qu'une fois de plus. à la tête desquels résolurent de tirer la chose au clair* M. gravement qu'elle était venue.

sur les deux tours Lossinote. i34. un au Coin. mais que depuis plus de quinze ans aucun détenu n'y avait été mis. Trécourt déclara qu'il y avait un cachot à la un à la Comté.216 *:•':- : LE' MARQUIS SADE" " DE delà Bastille. un au Puits . rue Saint-Antoine. à onze heures dû matiu. pour la conservation des différents objets qui y ont été lais. après avoir juré de dire foute la vérité. Ce procès-verbal fut imprimé et envoyé à tous les districts de Paris. -Basinière. porte-clefs depuis 1781. il a été apposé des scellés par le commissaire Chénon. . les chambres. qu'on interrogea dont il avait la garde. transféré dedans la maison des puis environ trois semaines de Charenton. les renseignements les plus précis sur les tours. Trécourf. chez le sieur Pôstien. porte-clefs Ils se présentèrent le 17 juillet •Gùyon et Fànfart. Lossinole (1).après la prise de la Bastile. Nat. sur la porte de la chambre. était chargé de la tour de la Liberté et de celle de la Chapelle. répondit entre autres choses « que le dernier prisonnier qui a été dans la tour de la Liberté a été le comte de Sade. en 1789. sés (2) ». Il logeait. ils donnèrent.. C. marchand papetier. Interrogés séparément. 5. les cachots et les prisonniers qui y avaient été en•--fermés. deux à la Liberté. . (i) Pierre Lossinote. doss. religieux que lors de la translation. (2) Arçh." un à la Bertaudière. .

ce sont quatre nefs île caves bâties à cent pieds au-dessous du sol du jardin. nissaient les pensionnaires. Latude n'héqui y avait vécu quelques années auparavant dans ses MéIl raconte site" pas à en convenir. vers 1775. et jouit d'une charmante vue : leur enclos est immense. 1787. p. tout indiquée.p. n'existait si tolérante. maison est en 1res bel air. lisaient des livres ou des au trictrac. Autant de lanternes en forme de puits les éclairent. indirecteTaudis qu'on s'occupait de Sade faisait ses débuts dans ment. Aucune surveillance. se réudans lesquelles plusieurs salles communes Ils jouaient au billard. et en rendent la disposition très saine.DE SADE. Malgré vaste jardin et la charmante vue. moires (2) qu'il y avait à Charenton. » THIÉRY. .A LA BASTILLE LE" MARQUIS 217 ainsi de-lui. ou une surveillance journaux. (2) Ed. Toute leur. Bertin. Elles peuvent contenir quinze cents muids de vin. aux cartes. Ils ont aussi une maison de force. On trouve dans la maison de ces Religieux un morceau de maçonnerie fort hardi. lé marquis où sa place était de Charenton cet asile-prison le les immenses caves. signalés et admirés par tous les guides de Paris (1). quatorze pieds de largeur et douze de hauteur.Guide des voyageurs à Paris. si bénigne. Chaque cave a soixante quatre toises de long (120 mètres environ). 527. pour qu'elle (i) « Les religieux de le Charité ont un établissement considérable à Charénlon-Saint-Maurice : leur maison est destinée aux malades d'esprit qui ont besoin d'èlrc renfermés. il n'appréciait dont le résidence pas à sa valeur cette nouvelle bien plus régime et la discipline étaient cependant faciles à supporter que ceux de la Bastille.195.

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LE MARQUIS DE SADE

ainsi dire pas. Sauf dans quelques cas exceptiond'une très grande nels, les prisonniers jouissaient liberté. Ils pouvaient assister ou ne pas assister à la messe qui se disait à heure fixe dans la chapelle de l'asile. Ils pouvaient faire gras ou faire maig-re. à leur choix, le vendredi et le samedi. Ils n'étaient tenus qu'à obéir à la cloche qui réglait leur vie. A huit heures du matin, à onze heures, àsixheures, à huit heures en hiver et à neuf heures en été, Cette cloche leur annonçait le moment des repas — servis dans leurs chambres — et celui du couvre-feu. Ce régime, qui était un peu celui d'une pension de famille, n'avait pas changé depuis 1775. Le marquis de Sade semblait, au début, assez à son internement dans cette maison de résigné fous, peut-être parce qu'il espérait bien ne pas y « Il avait fait décorer saprison séjourner longtemps. sa chambre), et y conservait (c'est-à-dire plusieurs habits brodés, galonnés et même des habits de caractère avec lui de Vinqu'il avait apportés cennes (1). » Très autoritaire et très vaniteux, il un peu régnait sur un petit groupe d'admirateurs, de grand plus fous que lui, et prenait des attitudes homme méconnu. Liste (I)JDULAUKE, des noms des ci-devanl nobles..., p. 94. Je n'ai trouvé ce détail que dans l'ouvrage dé Dulaurc. Je le reproduis à cause de sa précision, mais l'authenticité m'cn paraît douteuse.

DE LE MARQUIS SADEA LA BASTILLE

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Mme de Sade continuait à s'occuper, par acquit de sa mise en liberté, mais elle de conscience, même ne n'avait plus grande confiance. Peut-être Elle commentenait-elle plus beaucoup à réussir. çait à connaître enfin son mari. Elle y avait mis le temps. Elle écrivait, le 16 août 1789, au commis: saire Chénon(l) « Vous voudrai bien, Monsieur, marquer dans votre réponce que vous este instruit que l'on fait des démarche pour le tirer de Tendrait des fol où il ce trouve, comme de vrai je vai voir le ministre pour voir à ce qu'il soit mieux. « Vous voudrai bien, Monsieur, observer dans lettre les terme pour qu'il ne croye pas que ce soit pour avouer sa liberté, ou plus to qu'il nentir delà pas cette conséquence, parce qu'il partirait pour dir que l'on le trompe. Le but est le bien-estre et sa sûreté. Ceci est pour vous seul, Monsieur, c'est une marque de confiance que je dois à votre probité et à la réputation que vous méritée à si juste titre. Je suis très parfaitement, Monsieur, « Votre très humble et très obéissante servante. « MÔNTREUIL DE SADE (2). » (1) Je suppose que c'est à lui que celte lettre est adressée,, mais elle ne porte pas de suscription. (2) Arck. Nat., o1 096.

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"-

DE LE MARQUIS SADE.

C" :

_' Un mois.plus tard, le 16 septembre, « en exécution des ordonnances, arrêts et règlements, » Louis le Peletier de Rosambo, président au Parlement, le conseiller Dupuis de Marcé, Le Breton, avocat et commis au greffe criminel du Parlement, et Pierre un des substituts du procureur Dèlaurencet, général du roi, vinrent visiter la maison de Charenton. Ils se firent présenter par le prieur et le proet les documents cureur les registres relatifs à Un procès-verbal contient une chaque prisonnier. nomenclature de tous ces prisonniers (150 environ). Voici l'article qui concerne de Sade : •' comte de Louis-Alphonse-Donatien, Salde {sic), âgé.de ans, entré le quarante-huit /i juillet dernier par ordre du roi de la veille, contrejour de la Bastille, signé de même. Sorti.ledit Sa famille paie la pension (1). » pour inconduite. Cette visite à Charenton et celles qui furent faites, vers la même époque, dans la plupart des prisons, avaient surtout pour but de se rendre compte des arrestations arbitraires que l'opinion publique reen les exagérant à l'ancien prochait, beaucoup, régime. Le 13 mars 1790, après une discussion très mouvementée, dans laquelle d'Epremesnil prononça un discours qui excita une vive émotion, (0 Arch. Nal., Xs£i335. « M.

LE MARQUIS SADEA LA BASTILLE DE

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l'Assemblée constituante adopta un projet de décret sur les lettres de cachet, présenté par M. de Casarticle était ainsi iellane (1), et dont le principal formulé : « Dans l'espace de six semaines, après la publidécation du présent décret, toutes les personnes maisons religieuses, tenues dans les châteaux, maisons de force, maisons de police, ou autres par lettres de cachet ou par prisons quelconques du pouvoir à moins ordre des agents exécutif, décrécondamnées, qu'elles ne soient légalement tées de prise de corps, ou qu'il n'y ait eu contre elles une plainte en justice à l'occasion d'un crime emportant peine afflictive, ou renfermées pour cause de folie, seront mises en liberté. » le Le marquis de Sade eut connaissance,' 17 mars, de ce décret qui allait lui ouvrir lés portes de sa prison, et le lendemain ses fils, qu'il n'avait lui apprendre, à pas vus depuis 1773, vinrent Cliarenton, que sa mise en liberté était prochaine. Ils n'avaient pas annoncé cette visite à leur mère, (i) Députe de la noblesse du baillagede Chàteau-Neuf aux Ktals Généraux. Le 12 octobre 1789^1se plaignit qu'il existât encore des prisons d'Élal : « Des citoyens, dit-il, gémissent serasle despotisme ministôriel,quoiquele despotisme n'existe plus. » Le 2 janvier 1790 il fit décréter que tous les agents •le détention arbitraires seraient tenus de donner l'état de îeurs prisonniers. ... - -. -- . . -- . ;

222

DE LE, MARQUIS SADE

mais là présidente de Montreuiï les avait encouratrès sceptique gés à la faire, tout en se montrant sur les résultats la qu'aurait pour son gendre mesure dont il était sur le point de bénéficier : « Je souhaite, avait-elle dit, qu'il.soit heureux, » mais je doute qu'il sache l'être. triste opinion qu'on aie de l'âme du Quelque on peut, je crois, supposer qu'il revit ses marquis, fils avec émotion. Il les invita à dîner et, pendant avec eux dans le jardin deux heures, se promena de Charenton le 23 mars et lui (1). Ils revinrent le décret de l'Assemblée constituante. apportèrent Six jours après, le 23 mars, il était libre. visites fut pour le couvent Une de ses premières de Saint-Aûre. Sa femme, refusa de le recevoir. Elle était guérie et pour toujours de toute affection mépour le misérable qui l'avait si longtemps connue et torturée. Elle ne demandait qu'à vivre loin de lui et à l'oublier. Le mépris avait tué l'amour. Cette âme enfin apaisée, délivrée de ses illusions et de ses faiblesses, se réfugiait en Dieu. du Châtelet, le 9 juin 1790, proUne sentence « de nonça, entre les deux époux, la séparation suivit ». Chacun désormais corps et d'habitation sa voie. Le marquis prit pour maîtresse la présidente de Fleurieu. Mme de Sade, religieuse laïque, (i) Biographie Michaud.

LE MARQUISDE SADE A LA BASTILLE ."' s'adonna de plus en plus Elle expia pour son mari, Elle vécut ses dernières et c'est là d'Échauffour, 7 juillet 1810. aux

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de piété. pratiques qui avait tant à expier. années dans son château que la mort la prit, le

X LE CITOYEN SADE — « JUSTINE. OU LES MALHEURS DE LA VERTU »

L'ÉCRIVAIN.

d'améliorer le caractère et moyen le sens moral, l'emprisonnement, il faut d'épurer en convenir, laisse beaucoup à désirer. Pendant les heures de captivité, de recueillec'est-à-dire ment et de méditation, que leur imposent les juges, les condamnés ne passent pas le temps, comme on pourrait le croire, à déplorer leurs crimes et à s'en repentir.Pleins d'indulgence pour eux-mêmes, ils accusent la société, et ils ont quelquefois raison. La loi qui les a frappés, ils n'hésitent à la jamais trouver inique. Ils attribuent à une misère imméritée — que tant d'autres supportent vaillamment, sans se plaindre — au droit qu'a tout homme do

Comme

LE CITOYENSADE. L ECRIVAIN vivre,

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même aux dépens ou encore aux d'autrui, aussi naturelles de la exigences qu'invincibles de préjugés, ce qui fut unipassion, et à l'absence de leurs provoqué par la grossièreté quement instincts. Sans cesse occupés à se défendre, à s'excuser, / ne les plus incontestables à s'admirer, coquins tardent pas à se poser en victimes. Ils jugent ceux qui les ont jugés. Entre leurs vices et les vertus des honnêtes gens, ils établissent des rapoù se complaît leur orgueil. Ainsi,, prochements l'homme que la société a presque inévitablement, rejeté de son sein et qui porte avec une rage sourde le poids de la réprobation devient le publique, de rëvollé, le complice dévoué, ardent, fanatique, ceux qui, pour d'obscurs la desseins, agitent du adversaire du soldat, foule, l'irréconciliable du prêtre, de tout ce qui représente la magistrat, Discipline, la Loi, la Règle et le Devoir. Cet état d'âme était exactement celui du marquis de Sade quand le couvent pénitentiaire de Chaen 1790, lui ouvrit ses portes. De ces renton, si douces et on pourrait presque prisons, d'ailleurs dire si confortables, où était entré, un aristocrate, un libertin de sortait, aigri, exaspéré, plein haine et de fiel, un révolutionnaire, un anarchiste. — Ses nouvelles théories que nous exposerons ..- 15

l'aurore avec moins de conviction. scélérats qui servent l'un et l'autre . comme il en salua. t. L'ancien régime l'avait frappé — nous savons — il se déclara avec quelle indulgence l'ennemi de l'ancien régime. disait-il. l'ennuyeux Un bâtard littéraire et politique Raynal. . « O Raynal. (3) Aline et Valcour. je pendant la Terreur. était à cette époque son maître préféré :. t. (2) Aline et Valcour.°. le sanglant crépuscule.226 LE MARQUIS SADE DE » Aline et Vald'après le roman « philosophique cour. tu sentiras qu'un peuple libre par la nature et le génie ne doit être gouverné que par lui-même (2). dont!Histoire philosophique des deux Indes avait eu un si retentissant succè. Il salua de ses voeux de la Révolution. ton siècle et ta patrie ne te méritaient pas » (3). « O France ! s'écriait-il dans cette première coulait à pleins bords. II. p. à qui sa famille et lui devaient tant d'abusives faveurs. » de Rousseau. qu'il écrivit à la Bastille et remania sans doute plus tard (1) — il les met au service de ses rancunes. 04. je l'espère : l'énergie tu t'éclaireras de tes citoyens brisera bientôt le sceptre du despoen foulant à tes pieds les tisme et de la tyrannie. suppose. période où l'enthousiasme un jour. II. éd. Cet excès d'admiration pour un (i) La première édition parut en 1793. de iSS3. p. 33.

. parce qu'il avait souffert de l'obstacle qu'opposent la plupart des religions au déchaînement des les auxilià ires sens. 259. non content abandonna le soin de diriger ses intolérables. p. Aline et Valcour.. Hostile au Christianisme. II. un tombeau qu'il faudrait se presser de faire abattre s'il était malheureusement dans notre pays (1) ». d'être. signé contre lui des lettres de cachet qui n'avaient que trop leur raison de Sade. ou plutôt à toute religion. un fanatique.LE CITOYENSADE. sévère pour saint Louis. qui parait inspiré par ÏEssai (i. même les meilleurs. «ce roi cruel et imbécile. devenu républicain. C'est une théorie qui lui semblait coms'accordait avee ses vices. L ECRIVAIN 227 et aussi insipide suffit écrivain aussi déclamatoire à juger un homme. montraitparticulièrement un fou. Parce que Louis XV et Louis XVI. sur les Turcs. t. de faire des lois absurdes et qui. puisqu'elle dans aucun passage de son roman philosophique il ne l'a aussi clairement exprimée que dans celuisur les Moeurs : ci. il affectait de faire des. Comme on en peut juger par cet extrait. pour aller conquérir du sang de ses sujets. . l'antimonarchiste se complétait par le libre-penseur. le marquis Il se attaquait tous les rois. et mode.prètres des rois. au prix États. monarques avaient assez débonnaires.

II. ne peut être celui d'un peuple libre . de son livre. plein de ridicules et d'absurdités. t. non jamais les adorateurs d'un esclave crucifié n'atteindront aux vertus de Brutus (2). . elle là soutient. sans détruire couper qu'une des têtes de l'hydre . t. de cette idée. c'est là qu'il se réfugie. au nom delà liberté. la religion n'est que le moyen de la tyrannie . Bannir les le culte religieux. p. et c'est de là qu'il reparaît pour enchaîner les hommes quand " on a été assez maladroit pour ne pas l'y poursuivre en détruisant et son perfide asile et les scélérats » qui le lui donncnt(l). 271. Le premier devoir d'un gouvernement libre ou qui recouvre sa liberté doit être incontestablement le brisement de tous les freins religieux. que C3 culte atroce dont vos ennemis profitent avec tant d'art contre vous.228 EE MARQUIS SADE DE « Les rigueurs théocratiques étayent toujours l'aristocratie . que les sectateurs Raison allaient bientôt entreprendre : « Français. 125. elle lui prête des forces. persécuté despotisme dans un Etat. la retraite du est le parvis des temples . était l'objet ds Naturellement le catholicisme Dans une noie ses attaques les plus véhémentes. II. » L'éloge des vertus de Brutus ne manque pas de sa(1) Aline et Valcour. (2) Aline et Valcour. c'est ne rois. il en demandait. Sentez donc que voire pénétrez-vous culte catholique. p. de la l'entière suppression.

: « C'est n'inspirait pas une indulgente sympathie une affreuse habitude. où sont les juges de ne jamais regarder qu'un coupable dans l'accusé. . prendraient plus de force si un autre que le marquis de Sade les exprimait ! Cet ancien officier. Les bons juges. dans toute âme honnête. le premier mouvement devrait de l'accusé . mais où toujours être à la décharge des juges de cette vertu (1). II. la calomnie sont si fort en usage qu'il paraîtrait que. passionnément tariste. » y a-t-il aujourd'hui Combien ces réflexions. 11 disait à ces Français trop belliqueux qu'il avait pris à tâche de réformer : (1) Aline et Valcour.LE CITOYENSADE. ceux qui rapproche les arrêts par des homélies civiques. et il flétrit les autres. tout imprégné Sur bien des points. était devenu. qui avait montré pendant ses de courage. de si sanglantes qui leur fait commettre méprises : tant de causes pourtant peuvent avoir attiré des ennemis à un homme . remplaceront il les prévoit. t. p. veur ni d'imprévu sous laplume dumarquis et des rois était. il les réclame. dit-il. 349. campagnes beaucoup antimilipar amour de l'humanité. L ECRIVAIN 229 deSade. il a devancé son temps et se du nôtre. la médisance. excellentes par ellesmêmes. d'idées pense bien. -on le Cet ennemi des prêtres humanitaires. ceux à qui le crime ceux qui le condamnèrent.

n'introduirez pas l'esprit de licence et de débauche (par la vie de garparmi l'élite de vos concitoyens d'avoir nison). (3) « Dans le sac du château. de trouver et qui lui permettaient de matérialisme. C'étaient des seringues de toute grosseur. 3o5.230 « Renoncez LE MARQUIS SADE DE à l'esprit de conquêtes et. En tout cas on n'épargna même pas la célèbre salle des Clyslères dans laquelle un peintre de talent avait couvert les murailles des peintures les plus bouffonnes. Dès sa sortie de prison. « L'anlbropophagie n'est certainement pas un crime. vos limites. t.. (2) « Tout est affaire de goût et d'organisation ». devaient l'entraîner que l'anthropophagie.. 72. afficha son amour pour le peuple. » toujours fortement teintées Ces théories humanitaires. Aline el Valcour. (i) Aline et Valcour. 5S. vous n'aurez pas besoin de garantir soudoyer une si grande quantité d'hommes en tout cent mille en les réformant temps. p. II. Révolutionnaire. p. vous rendrez bras à la charrue. mais elle est indifférente par elle-même ». elle peut en occasionner sans doule. par tempéraCoste (3). il les idées nouvelles. à . p. t. et moins excusable moins naturel le militarisme vers (2). t. et tout cela pour le luxe imbécile une armée formidable (1). dit-on — mais n'est-ce pas un racontar ? — des instruments de torture qui servaient à ses débauches. on découvrit. IiL. Vous n'enlèverez plus au père vous de famille des enfants qui lui sont nécessaires. II. II. pour ce peuple qui. pillait et brûlait son château de la il le fut. n'ayant ne devant vous occuper qu'à jamais d'ennemis. en 1790.

dos. 343. à cinquante à Heureusement pour lui. donne vains de notre temps. d'écrire beaucoup. seule l'idée. d'ailleurs médiocres. ren-. Histoire de Sainville et de Léonore. et ses ou du moins ses romans étaient de ceux manuscrits qui peuvent plaire à un nombreux public et dont le ne rencontre pas trop de difficultés. 11 se voyait par suite dans l'obliintimement ans. de vivre de sa plume. CADANÈS. Sa femme s'était pour toujours séparée Ses fils avaient émigré. il n'avait d'autre appui — un de ressources. il attachait une extrême importance (l). et pour un très pour un penseur très original de écrivain. .. Aline et Valcour. Sa fille vivait enfermée et A peu près cachée dans le couvent de Sainte-Aure. Cet éroto• mane était aussi un graphomane. à côté du titre. devait l'aider beaucoup. à qui elle rendaient les armes.. III. Il se prenait. (1) En voici un exemple. Une astôrique.son roman. placement dont celle de quelques écriSa vanité littéraire. La trente-cinquième lettre de. ligures humaines. à la plus médiocre de ses inventions. poursuivant dans une espèce de ronde de sabbat.a. de lui. Vincennes et à la Bastille. il avait eu lé temps. dans ses actions. pour titre particulier. privé appui qui allait bientôt lui échapper-— que l'amitié du comte de Clermont-Tonnerre.avec qui il s'était lié.LE CITOYENSADE. gation. A la plus insignifiante remarquable ses phrases. » Cabinet secret de lllisloire. L ECRIVAIN 231 dans ses écrits comme ment et par représailles. une foule de.

comme auteur dramaIl débuta publiquement. très curieux. » (î) V. Ses fautes trop réelles sont assez nombreuses pour qu'on ne lui en attribue pas d'imaginaires. souvent très aventureux croit qu'il composa queldans ses suppositions. Le bibliophile Jacob. 190. Catalogué Soleinne. Mme de Polignac. Jeanne Laisné ou refusée au Théâtre-Français— le Siège de Beauvais (2) — et une pièce jouée au les Effets du LiberThéâtre-Molière— Oxliernou lui parut-elle suffisante? tinage. il eut une pièce en 1791. Cette année-là. Permettons du doute. voie h celle note : « Le lecteur qui prendrait ceci pour un de ces épisodes placés. et qui mériterait Un personnage directeur une étude spéciale.LE MARQUIS SADE Il se tourna d'abord vers le théâtre. parce que l'auteur y fait l'éloge de iouis XI. clandestines sur des scènes (1). 1844. commettrait une faute bien lourde..IH. C'est jouées aucune possible. La compensation Je n'oserai pas l'affirmer. mais nous n'en avons trouvé au divin marquis de bénéficier preuve. de ques-unes de ces pièces obscènes qui parurent la princesse 1789 à 1793 contre Marie-Antoinette. Boursault-Malherbe. qui.232 DE --.t. nous l'avons vu. . tique. (2) Cette pièce fut refusée. etc. et qui furent de Lamballe. rapportait coup plus que le livre. p. alors en général beaucomme aujourd'hui. sans motif et qu'on peut lire ou passer à volonté.

de la Rue Martin (17$)). Henry Lecomle. drame (i) Celle maison appartenait. Molière pour la seconde fois (1797). sans grand quelques reprendre succès. fit construire du Théâtre vis-^à-vis la cour du en 1790.LE CITOYENSADE. En 1794: l'Heureuse Nouvelleou la Reprise de Toulon. et ce fut aussi une de celles où se succédèrent le plus de faillites et. le Théâtre-Molière.X ECRIVAIN 233- de Marseille en 1789. la France régénérée.des Amis des Arls et des Elèves de l'Opéra Comique des (1798-1800). igo5. Oxtiern ou les Effets du Libertinage. maison où avait logé îMaure et dans une ancienne Gabrielle d'Estrées (1). en i799. DoursaultMalhcrbc et réponse à quelques pamphlets.Molière pour la troisième fois (1802). (4) D'après M. 40.des Variétés Etrangères (1S06-1S07) (Histoire des Théâtres de Paris.par le Théâtre des Troubadours. (2) mais de l'événement pour mois plus tard. Ce fut une des scènes les plus révolutionnaires de Paris. p. ce théâtre malchanceux s'appela tour à tour : Molière (1791-1793). pendant quelques mois. à la Compagnie des Indes occidentales qui y recevait les engagements des émigrants {•i)Notice sur la vie publique et priuée de J.Louis XIV cl le Masque de fer. de Scio . rue Saint-Martin. En 1793: l'Ainéc despapesses Jeanne. . par'Fabre d'Olivel.. par Chaussard. (3) En 1791 : la Ligue des fanatiques et des tijrans. etc. Paris. Il avait été occupé. 6..des Sans-Culolles ([793-i794).-F. Variétés Nationales et Etrangères (1802). 181g. par de Fauconpret.) —11fut fermé par le décret de 1807. p.qui changèrent le plus et de titres sans désarmer le souvent de directeurs destin (fi). dans les dernières années du dix-huitième siècle. par Lcgrand. mus. le cours de ses représentations civiques (3). qui ouvrit le 8 juin 1791 et ferma un an après « lors du 10 août ». par Ronsin .

n'ont point de principes : tout ce qui sort de la . mais que le principal était d'une personnage atrocité révoltante. dédaigneusement. n'était mais le père de Justine. l'homme de la petite maison d'Arcueil. pour donner quelque satisfaction au public. Le marquis de Sade était un peu son hisplein de son sujet et il racontait toire. l'auteur. Il avait mis en action une des douze nouvelles historiques des Crimes de l'Amour. Il se reconnaissait dans ce scélérat et ce monstre. les coquins médiocres. disait-il . le traitait de scélérat et même de d'insmais c'était vers lui qu'allaient monstre. Les théories qu'il théoplaçait dans sa bouche étaient ses propres et déclamaries. Oxtiern.. capables de à de misérables et asservis scrupules préjugés : "« Ces imbéciles-là. ses éternels panégyriques déré comme la marque d'un esprit Ce supérieur. composées pendant son séjour à la Bastille et qu'il ne devait Le Moniteur 1800. qui accales blait de son hautain de philosophe mépris pauvres hères. du publier qu'en 6 novembre 1791 constata qu'il y avait dans ce drame très noir « de l'intérêt et de l'énergie ». d'une immoralité pédantesque du crime consitoire.231 DE LE MARQUIS SADE en trois actes et en prose. pas Oxtiern. Le principal personnage. fut joué au ThéâtreMolière dans les premiers jours de novembre 1791. La pièce eut du succès. tinct toutes ses sympathies.

Il parut. en 1791. . ne connut pas. Cette pièce déplut tellement au public qu'il refusa de l'entendre jusqu'à la lin. le de Versailles. le Misanthrope par amour ou Sophie et à l'auteur Desfrancs (1) et donna ses entrées pendant cinq ans — mais il ne donna pas. qui les aurait peutêtre applaudies.. ses entrées ou le Suborneur pièce. fut joué en 1792. malgré les engagements à la qu'il avait pris. le remords les effraie. L ECRIVAIN 235 du vice et de la friponnerie les règle ordinaire étonne. beaucoup dramatiques. De même que la précédente elle n'a jamais été imprimée. Si VHomme dangereux (2). ensevelirent dans leurs cartons que les directeurs funéraires et que le public. marquis de Sade avait eu plusieurs pièces reçues. (2) Comédie en un'acte et en vers de dix syllabes. de ce drame contribuèrent beaucoup qui se prolongea pendant toute la période révoluOxtiern n'était pas encore oublié. » et le ton prêcheur La phraséologie emphatique à son succès. d'auteurs ou Comme. reçu au Thôâtre-Favart (i) Comédie en cinq actes et en vers. Libertinage. 13 décembre 1799.LE CITOYENSADE. huit tionnaire. peut-être Le Théâtre-Français accueillit très favorablement. en 1790. sifflées. le plutôt comme tous les auteurs dramatiques. ans après sa première représentation. sur le Théâtre un peu modifié : les Malheurs avec ce sous-titre du et il y fit assez bonne figure.

Alcide lîonneau sur Justine dans la Curiosité littéraire el bibliographique. . en 1791. dont une seule. Il comptait sur ses romans pour le consoler de la triste destinée de ses pièces. On a dit que Napoléon faisait passer en conseil de guerre et impitoyablement fusiller les officiers ou soldats qui étaient convaincus d'avoir en leur possession ce terrible livre (1). resta à l'état de manuscrit inutilisé. Ces déboires n'affectèrent dramatiques que médiocrement le marquis de Sade. officier d'artillerie. Tout cela est faux et absurde. i 10 série.prêtres. il de revoir. Charles Un écrivain Villers (2). avait réussi. Couthon et Saint-Just la lisaient assiduement pour y chercher des leçons de cruauté. Paris. Liscux. de rendre d'achever.236 - LE MARQUIS SADE DE VEcole du Jaloux ou le Boudoir.1767. On a dit que l'auteur lui-même dans l'imprima une caAre. cette Justine dont on a tant parlé sans la connaître et sur laquelle couraient tant d'absurdes •légendes. Déjà à cette époque les directeurs promettaient beaucoup et tenaient peu. Depuis sa mise en liberté. né en . a (i) Voir un curieux article de M. s'occupait plus en la farcissant de lieux communs révolutionnaire. reçue également au Théâtre-Favart. 1880. très oublié. comme on vient de le voir. (2) Charles Villers. de diatribes contre les rois et les démocratiques. On a dit que Robespierre. ancien aide-de-camp du marquis de Puységur (le disciple de Mes- .

conte inédit par le marquis de Sade. ennuyeux que cette littérature de maniaque érotisme perpétuelle(2).. ment. Joseph de Maistre. » ANATOLERANCE. lesque et poncif cuistre où l'amour n'est qu'un ignoble détraqué Je n'irai pas jusqu'à et intarissable._ huitième siècle sont innocenls. il y fut interdit à partir de celle époque.élire sur le roman intitulé « Justine ou les Malheurs de la Vertu ». . Rien n'est éprouvé à peu près la même impression. (1) Ce journal parut à Hambourg de janvier 1797 à décembre 1S02. pédansans trêve. de Pradt. Paris. et en même temps rien n'est aussi aussi répugnant et un où l'érotisme. 1881. passa une grande partie de sa vie en Allemagne.d'orgies. ces abominables romans ayant leur morale particulière. Delille. dogmatise fait la classe. notice F placée en tête de Dorci ou la Bizarrerie du sort.p. Ses ennemis disaient que l'étude de la langue allemande lui avait désappris le français. disserte où le vice. i(j. (2) « Ces récits de l'érotisme le plus noir. de sang et de vin. Villers. qu'il voulut publiée parle Spectateur roman et que jace volumineux lire entièrement sous les baguettes à passer mais soldat condamné l'exécude voir se terminer ne fut plus heureux J'ai à la dernière tion que lui d'arriver page. leur philosophie et leur doctrine propres. de cadavres poignardés cl violés.LE CITOYENSADE. On a réimprimé en 1S77 sa /-. auprès desquels des petits livres polissons du dix.. ces manuels compliqués de la débauche et de la cruauté. où il mourut (à Heidclberg) le aQ février iSi5. pleins de flagellations. Ses principaux collaborateurs étaient Baudus. d'enfants mutilés. dans une lettre fort intéressante du J\Tord (L).Réimprimé numéro par numéro en France jusqu'au iS fructidor. L ECRIVAIN raconté 237 . Rivarol.. prétendre mer). en 1797. monte en chaire.

âû moins par ce côté-là. Deux éditions de Justine ou les Malheurs de la l'autre in-12. et formant égaFeWa. et ayant entendu prononcer sa condamnalion à mort. mais j'estime des que la peinture passions coupables y dégage une telle horreur et un si formidable ennui qu'ils pourraient. » Aline et Valcour. elle se leva avec courage pour accuser les juges et demanda le même sort. les offrir sous de jolis dessins est le moyen de les faire aimer. se rendit à l'audience le jour où il devait être jugé. « en Hollande. ainsi que Mme Fruscher. quand la vue est sous mon pinceau. ramener bien des âmes à la vertu. chez le libraire qui fut le principal éditeur du marquis de Sade. i03. l. et ce projet est loin de ma tète. en 1791. religieuse. c'est-à-dire. croyons-nous.presque en même temps. C'est celle à laquelle il convient de se (i) « J'ignore l'art de peindre sans couleur. but qu'il se proposait (1). On voulait la forcer à se retirer. à Paris.runefein-S°. (2) Ce Girouard était un zélé royaliste qui fut arrêté pour avoir imprimé. I. à en croire le marquis de Sade. Fôuquier la fit alors mettre en jugement et aussitôt elle fut condamnée et exécutée avec son frère.23S LE MARQUIS SADE DE dans les écoles les livres qu'on devrait introduire de ce genre. lement deux volumes. au moment du procès de Louis XVI. L'éditionin-8° est généralement considéré comme la première. tant mieux si elles révoltent . amie de Durosoy ». pâr_u£ent. 1807. plusieurs pamphlets en sa faveur. p. je l'esquisse avec toutes ses leinlcs. Girouard (2). . Biographe moderne. Leipzig. chez les Libraires associés ». et elle éleva la voix encore plus fortement en criant : Vive le roi. « Sa soeur. c'est le D'ailleurs.

comme pour le prendre et elle prononce sans doute les vers infortunes. L ECRIVAIN poui> avoir reporter modifié depuis. . : la prospérité du Crime est comme les feux trompeurs n'embelissent l'atmosphère de la mort que pour précipiter les malheureux qu'ils Un frontispice. Luxure Elle" lève les yeux vers à témoin de ses Dieu. d'après de la gravure » donnée par de Sade.LE CITOYENSADE. et pas Le nom du marquis sur la page de titre. dont (sic) un moment dans les abîmes » ont éblouis. finement dessiné (par Chéry) une jeune femme êplorée entre un jeune représente honime à moitié nu et une vieille matrone d'aspect assez désagréable. Ce qui est hors de doute c'est qu'il parut de ce roman des éditions clandestines dans lesquelles le texte. le texte 239 souvent original.sans l'aveu de l'auteur. toujours par l'auteur (1). de Sade n'est pas indiqué qui porte. Dans le fond on aperçoit des arbres tordus par le vent et un ciel orageux. la foudre. subit des remaniements. avec un pseudocette lequel on lit Eternité. (1) Le marquis de Sade se défendit toujours d'avoir écrit Justine. c'est la Vertu — — entre la une Vertu qui paraît bien ennuyée et l'Irréligion. « l'explication Cette jeune femme. écusson d'éditeur dans épigraphe sentencieuse « O mon ami.

pour intéresser.240 inscrits DE LE MARQUIS SADE au-dessous de ce groupe : emblématique « Qui sait. auxquels ils se croyaient permis. Mois puisque. » . ils n'en seraient pas devenus meilleurs : il est une sorte de gens pour qui la'vertu même est un poison. alléguant un 1res faux amour de l'ordre. faisaient jadis usage de magiciens. délester aux hommes ? « Malheur à ceux que les tableaux de Justine pourraient corrompre! mais qu'on né nous accuse pas. (2) « Nos aïeux. leurs romans. qui n'existe que dans les premières éditions : chez Admètc de Ducis. lous les crimes possibles ne sont-Us pas à sa disposition? N'a-l-il pas le droit de les peindre tous pour les faire. les Magistrats. il existe une classe d'homme chez laquelle le dangereux penchant au libertinage détermine des foiTails aussi effrayants que. malheureusement pour I'huni. Si le plus grand malheur n'est pas un bien pour nous (1). d'après cela.ceux dont les anciens auteurs noircissaient fabuleusement leurs Ogres et leurs Géants. de prèler tous les vices dont ils avaient besoin pour le ressort île. le 4 décembre 177S.-inité. les filles de mauvaise vie eu embrasent l'imagination de leurs Sectateurs et par une bien plus coupable imprudence. » La note explicative du frontispice est précédée d'un avis de l'éditeur (2) et de cette préface. quelque voie que nous eussions prise. osaient en souiller les annales de Thémis. lorsque le Ciel nous frappe de ses coups. (i) Ces vers sont tirés de YOEdipe Celte tragédie avait été représentée au Théâtre-François. Oui retiendrait donc le Romancier ? Toutes les espèces de vices imaginables. pourquoi ne pas préférer la Nature à la Fable? FI pourquoi se refuser les plus beaux elTcls dramatiques dans la crainlc de n'oser souiller celle carrière? Uedoulera-l-on de dévoiler des crimes qui paraissscut faits pour ne jamais sorlir des ténèbres? Hélas! Hélas! qui les ignore de nos jours? Les Bonnes les content aux enfants. de tous personnages fabuleux. de mauvais génies.

.

sans cesse par tes actions et partes combattant discours. l'eston sexe. je les redoute peu : mes motifs dévoilés par toi n'en seront point désavoués . c'est le vice qui. l'ascendant croirait) (1) Quelle est celte Constance? Probablement la femme avec qui vivait à celte époque le'marquis et dont nous parlerons plus loin. sures. des libersera l'ouvrage bigots . le de est nouveau sans doute . le cynisme de certains nages crayons l'a pu) ne (adoucis néanmoins autant qu'on . 241 CONSTANCE (1).A ma bonne « Oui. réunissant à l'âme la plus sensible prit le plus juste et le mieux éclairé. gémist'effrayera pas davantage sant d'être dévoilé. c'est à toi que j'adresse A la fois l'exemple et l'honneur de cet ouvrage. larmes qu'arrache Détestant du libertinage les les sophismes et de l'irréligion. après t'avôirplu. L ECRIVAIN « . 1G . Amie. et je dois. crie au scandale aussitôt qu'on fut fait par des Le procès de Tartuffe l'attaque. ou plaire de toutes les cenou me consoler universellement. ce n'est qu'à de connaître des toi qu'il appartient la douceur la vertu malheureuse. « Le dessein de ce roman (pas si roman qu'on. celui de Justine tins . je ne crains point pour toi ceux qu'a nécessités dans ces mémoires le genre des personétablis .LE CITOYENSADE. ton opinion suffit à ma gloire.

hardis. errante de malheurs en malheurs. du bien. CONSTANCE? Une larme de tes mon triomphe ? Après yeux déterminera-t-elle avoir lu Justine. n'ayant pour opposer à tant de revers. parvenir au but par une route peu frayée jusqu'à présent. et les plus en butte aux goûts les plus barbares des sophismes les plus étourdie monstrueux. les plus spécieux . on en conviendra. lu sur le vice. plastron de toutes les débauches. à tant de fléaux. « Aurai-je réussi. extraordinaires. aux subornations les plus irrésistibles . les coups de pinceaux les plus énergiques. un esprit en un mot les de courage. voilà la marche ordinaire les ouvrages de cette espèce. montrer une infortunée. la récompense de tous punition du mal. diras-tu : « Oh ! com« bien ces tableaux du crime me rendent fière « d'aimer la vertu ! Comme elle est sublime dans . qu'une âme sensible. Ne devrait-on pas en être rebattu ? « Mais offrir partout le vice triomphant et la vertu victime de ses sacrifices . pour repousser tant de corrupnaturel et tions. les situations les plus peintures les maximes les plus effrayantes. dans la seule vue d'obtenir de tout cela l'une des plus de morale que l'homme ait encore sublimes-leçons reçues : c'était. en un mot. jouet de la scélératesse. hasarder beaucoup les plus hardies. en proie aux séductions les plus adroites.242 la vertu LE MARQUIS SADE DE.

la première âgée de douze ans. Juliette. elle l'empoisonne. 213 ! » et maintenant Pénétrons dans ce livre. le comte de Lorsange. elles avaient déjà perdu leur mère — complèteLe couvent ment ruinées et livrées à elles-mêmes. où elles faisaient leur éducation. de Corville. comme vous pourrez en juger par le portrait flatteur. se trouvent. » mes travaux sont couronnés. avec qui elle se retire dans sa terre de Montargis. (de Panthémontj. a vite pris son parti.LE CITOYENSADE. Il faut bien aussi que je me résigne à en donner une analyse. personne. l'autre à la mort de leur père — de dix-huit. réussit très bien dans maison qui l'a abritée et épouse un l'hospitalière de ses amants de passage. Après s'être assurée qu'il l'a inscrite dans son tesruine un certain nombre tament. la cadette. s'empresse de les mettre à la porte avec quelques écus et un paquet de vêtements. est une charmante Justine. M. tracé avec une légèreté de pinceau . Elle va L'aînée. de hauts personnages et devient la maîtresse d'un des hommes les plus importants du royaume. Les deux filles d'un banquier parisien. chez une « appareilleuse ». exacte que possible. L ECRIVAIN les larmes ! Comme les malheurs l'embellissent « O CONSTANCE! que ces mots t'échappent. Justine et Juliette.

lâchasse.244 qui ne lui est Sade : « Douée LE MARQUIS DE SADE pas habituelle. Mme de devenue Juliette. absolument différente de celle dont la nature avait embelli Juliette . décence Un air de de grands et d'âme vierge. autant on voyait de manège. Justine . de et de timidité dans l'autre. une candeur soeur. rière et n'en trouve pas. et fixée à Montargis où elle vit en châLorsange. qui devaient la faire tomber dans des pièges. une taille souple d'intérêt. pleins une peau éblouissante. elle n'avait qu'une ingénuité. dans les d'artifice. d'une sensibilité surau lieu de l'art et de la finesse de sa prenante. yeux bleus. de coquetterie. carrière assez Elle cherche du travail chez une coutuingrate. Elle entre. autant on admirait de pudeur. Cette une physiojeune fille à tant de qualités joignait nomie douce. fatiguée par une longue route et mourant de faim dans un presà ses bytère. et flexible. Le curé. un organe touchant. irrité de ce qu'elle résiste avances. Douze ans après. par le marquis de d'une tendresse. traits à l'une. Aroilà l'esquisse dont les grâces naïves de cette cadette charmante sont au-dessus et les traits délicats de nos pinceaux. des dents d'ivoire et les plus beaux cheveux blonds. » se destine à la vertu.

et comme rien n'est aussitôt dissipé. dit ce philanthrope. dans une auberge. depuis son départ situation. à qui elle ne peut payer sa note. prêteur sur gages. la prend comme servante. M. de chez le curé. en retour de l'argent et de l'asile qu'il lui promet. va voir arriver pour se distraire. . Elle . de Corville obtient de l'interroger. Un aubergiste l'envoie chez un certain Dubourg qui la reçoit bien mais lui demande. L'ÉCRIVAIN 215 la dilitelaine. on ne sait trop pourquoi.on a gratuitement reconnu que les plaisirs de la charité n'étaient que les jouissances de l'orgueil. meurtre à Paris où l'attendent de nouveaux la conduit juges. gence qui vient de Lyon et se dirige vers Paris. il valait infiniment mieux retirer par exemple. on a voulu des sensations plus réelles. à Lyon Condamnée Une jeune fille en descend. de iie pas se montrer cruelle : « On est revenu. la pauvre Justine. réduite à cette triste raconte son histoire.M.du Harpin. tous les plaisirs pour prix de ses avances que peut offrir la luxure que ceux très froids et très futiles de la soulager » gratuitement. incendie.Sous le nom de Thérèse qu'elle a pris. de cette manie d'obliger les autres . Elle part sans vouloir rien entendre. On a vu qu'avec une enfant comme vous. Justine (nous lui conserverons ce nom pour plus de clarté) ne goûte pas ce raisonnement.LE CITOYENSADE. on nour vol.

après . Mme Dubois. énergique Ils les conduisent les attendaient. sortent et reviennent bientôt. dans la forêt de un peu ivres. de la poignarder et de l'enterrer au pied résister. Mme Dubois et son amie redeviennent associés de cette Des bandits. venge en la faisant arrêter pour vol d'un diamant dans ses hardes de mille écus qu'on découvre d'autant plus facilement qu'il l'y amis. honneur heureusement. Il y avait là de quoi ébranler fille se préparait la plus solide. La jeune déjà à son avec désespoir mais avec résolution sacrifier une à sa vie. Justine les propositions les plus à la malheureuse de et la menacent. Enfermée pour un crime qu'elle n'a pas commis.24G DE LE MARQUIS SADE était chez lui depuis deux ans lorsqu'il l'engage de la maison à voler. une alerte qu'on peut qualifier alerte se produit. sont brûlées. malgré une montre habitent. et il se ses tirades contre le droit de propriété.qui ont entendu des de providentielle. Elle refuse. bruits de pas. Justine se lie avec une autre détenue. Les bandits. font Bondy. lorsque. qui lui annonce très tranquillement qu'elle va mettre le feu à la prison et qu'elles pourront En effet. l'opération ainsi s'échapper. la vertu d'un arbre. chez un locataire qu'ils en or. si elle essaie outrageantes. et une personnes mais Vingt libres. s'exécute. anciens femme et qu'elle avait avertis de ses projets. Laces quatre gredins.

Justine à dans la bande. Pendant condition qu'il s'enrôlera sont endormis. dans dépareilles chambre ne futengagée conditions. ce qu'elle Jamais. il lui applique un grand coup de bâton sur la tête et. le comte de Bressac. elle lui fait signe que les brigands son portefeuille de prendre qu'ils ont oublié de cacher. où ils n'ont plus dans les profondeurs et Saint-Florent rien à craindre. se précipitent sur elle et l'attachent à quatre par les bras et les jambes arbres très rapprochés. l'infortunée Justine aperçoit un laquais et son maître. Ils l'entendent remuer dans les feuilles.LE CITOYENSADE. femme de accepte sans hésiter. s'en va tranquillement. L ECRIVAIN 247 un quaavoir tué trois hommes. mais. pendant il la viole et la vole. mais le comte de Bressac lui propose simplement d'entrer au service de sa tante comme femme dé chambre. puis il qu'elle est évanouie. quelques pas plus loin. au détour d'un sentier. Ils entrent de la forêt. Ils en ramènent et s'apprêtent à le trième. demande sa grâce et l'obtient. A peine revenue de son évanouissement. Cette pauvre femme n'a vraiment pas de chance. nommé Saint-Florent. je crois. tuer. Elle s'attend à être écartelée ou pour le moins égorgée. ensemble à qui se livrent des divertissements hétérodoxes. et à s'enfuir. offre à celle qui l'a sauvé son coeur et sa fortune . Elle part avec lui. Tous ceux qu'elle rencontre sur sa route sont d'abominables coquins. .

qui te paraît si énorme. A l'égard appartient chère sois-en certaine. Il veut en faire l'instrument de ses crimes.248 DE LE MARQUIS SADE Ce n'est pas sans raison que ce Bressac a placé Justine près de sa tante. Or toute forme est égale aux yeux de la Nature. il propose. de te prouver que n'est au fond ce crime. tes répugnances. . je me suis bien douté de mais comme tu as de l'esprit. mais il n'a pas plus celui de varier celui de les anéantir. je me suis flatté de les vaincre. toutes les portions de matière qui y tombent en rejaillissent sous d'autres incessamment figures. le pouvoir de fille. rien ne se perd dans le creuset s'exécutent immense où ses variations . . d'une : la destruction yeux peu philosophiques et le mal dont cette créature qui nous ressemble. nous destruction s'augmente quand cette créature du crime de la desde près. et quels que (1) Nous rappelons que c'est le nom qu'avait pris Justine. et pour l'y décider il lui tient le discours suivant. Abusant de l'amour qu'elle a d'empoipour lui. truction de son semblable. Thérèse (1). qui est du de Sade tout pur : « Écoute. il est purement chimérique détruire n'est pas accordé à l'homme : il a tout nu les formes. Thérèse.à la malheureuse la parente à héritag'e sonner qui ne meurt pas assez vite. qu'une chose toute simple. « Deux à tes forfaits s'offrent ici.

» Justine ne se laisse pas convaincre. Quand on m'aura la sublimité de notre espèce... raniment son pouvoir. aucun ne saurait l'offenser. mais ... main toujours créatrice que cette masse de chair un individu se conformant aujourd'hui bipède reproduise demain sous la forme de mille insectes différents? Osera-t-on dire que la construction de cet animal à deux pieds lui coûte plus que celle d'un vermisseau et qu'elle y doit prendre un plus convaincu de grand intérêt?. elles entretientructions mais aucune ne l'atténue.LE CITOYENSADE. Eh! qu'importe à sa n'est contrariée par aucune. aucun ne l'outrage soient nos procédés Nos dessans doute. je n'admettrai jamais que le changement d'un de ces êtres en mille autres en rien déranger ses puisse vues. mais elle feint d'accepter de commettre le crime dans le but de l'empêcher Elle avertit la plus facilement. le plus imparfait des ouvrages de la Nature est d'un égal prix à ses yeux. tante qui se hâte d'expédier un courrier à Paris pour réclamer l'arrestation de son neveu." elle nent son énergie. L'ÉCRIVAIN 249 sur cela. je pourrai croire alors que le meurtre est un crime . mais quand l'étude la plus réfléchie m'aura prouvé que tout ce qui végète sur ce globe. quand on m'aura démontré à la qu'elle est tellement importante nature que nécessairement ses lois s'irritent de cette transformation.

Elle se réfugie chez un chirurgien. la détachent et le comte de BresSes bourreaux sac lui apprend sa tante. . « Je suis ravi. qui a une pension des deux sexes. Les grands (i) Eugène Sue a pris ce nom dans le roman de Justine ainsi que celui dé Cardoville. attire celui-ci. il est arrêtent ainsi odieux que de futiles considérations hommes se le progrès des sciences. (sans impatience) le félicite de Un ami du chirurgien. scrune pas se laisser influencer par de pareils pules. enfermée dans une cave attend son tour d'être disséquée. Rambeau. valet. aux quatre arbres où elle avait déjà été liée. et qu'il l'a dénoncée comme coupable de cet empoisonnement. Ce Rodin est affligé d'une petite manie. qui se défiait. en quelques minutes. celle de dissé« pour éclaircir cervivantes quer des personnes » et il choisit ses tains points douteux d'anatomie même pas victimes dans sa pension. répond Rodin . que tu te sois enfin ta fille). et lance sur elle des dogues furieux qui. nommé Rodin (1). l'attache. la couvrent de sang. lui dit-il. 11 n'épargne sa propre fille qui. je le suis.250 LE MARQUIS SADE DE la lettre. intercepte où ils s'étaient Justine dans la clairière connus avec l'aide de son pour la première fois. déterminé (à disséquer — Assurément. qui qu'il a empoisonné se meurt en ce moment.

doit-on balancer à ce prix? Le meurtre opéré par les lois est-il d'une autre espèce que celui que nous allons faire.à expériences. L ECRIVAIN sont-ils laissé chaînes? captiver par d'aussi méprisables 251 voulut rendre un Christ au Quand Michel-Ange de crucifier naturel. Mais quand il s'agit des progrès de notre ne doivent pas être ces art. je l'avoue. jamais le (1) Est-il besoin de dire que le fait est absolument faux? . où j'ai travaillé s'instruire. parce qu'elle est ma fille? Belle raison ! Et quel rang t'imagines-tu donc que ce titre doive avoir dans mon coeur ? On est le maître de reprendre ce qu'on a donné . remarque la seule façon de Rambeau. « Quoi ! s'écrie-t-il. je craignais. mal à se les permettre ? C'est un sujet de sacrifié pour en sauver un million .LE CITOYENSADE. balançasses Rodin s'indigne de la faiblesse que lui suppose son ami. cette créature. et si sages. toute ma jeunesse. de quelle nécessité et combien y a-t-il un moindre mêmes moyens. j'ai vu faire mille semblables A cause des liens qui t'enchaînent. et dans lés hôpitaux. que tu ne ». n'est-il l'objet de ces lois qu'on trouve pas le sacrifice d'un pour en sauver mille ? « C'est. se fit-il un cas de conscience un jeune homme et de le copier dans les angoisses (1).

etc. les Grecs. /ou trois ou quatre moines lui font subir d'odieux Ils la confient ensuite à une de leurs / traitements. les Mèdes. malheureuse. colosse extrêmement gros. thicaire. amies. mais. Justine parvient à s'échapper . pendant qu'elle marche tranquillement se précipitent sur long d'un bois. apoAprès être restée un an chez ce Barbe-Bleue à Lyon Saint-Florent. près d'Auxerre. Justine rencontre devenu fort riche et qui lui propose d'être sa proElle refuse avec indignation. la quent Justine et entraînent Rosalie pour la disséquer. au moment où elle est sur le point de réussir arrivent Rodin et Rambeau. mais dès le lenle demain. Omphale. M. deux cavaliers elle et l'emportent chez une espèce d'ogre erotique. chassent. il cite les Perses. Toujours en quête d'un pays où elle puisse sans danger . directrice d'une maison d'amour soumise à des règlements très compliqués. Ils marà l'épaule avec un fer rouge. Rosalie . qui ses u pour principal divertissement de saigner femmes avec une lancette ce qu'elles jusqu'à Il en a déjà-tué trois et il est en train en meurent. d'achever la quatrième. Justine essaie de sauver la fille du chirurgien. déplus en plus Nous retrouvons dans un couvent. de Germande.252 droit LE MARQUIS SADE DE ne fut contesté de disposer de ses enfants » Et pour le prouver par aucun peuple de la terre. notre héroïne. cureuse.

coûté si cher. Elle cède une fois encore à son prochain ce besoin d'obliger qui lui a déjà du blessé. à une sorte l'attache de meule autour de laquelle elle tourne du matin au soir et ne lui donne chaque jour pour sa nourriture que six onces de pain et un plat de fèves. et. condamnés. Or ce Roland est un bandit de la pire espèce. Pour l'empêcher de ce régime et de se plaindre lui apprendre à obéir. il la pend et la dépend pluce misérable sieurs fois. L ECRIVAIN 25^ satisfaire son goût pour la vertu. Elle espère que ce sera pour l'épouser. arrêtés. La Dubois qui tient à Grenoble une table d'hôte et qui se fait appeler Mme la Baronne lui promet . comme tous ceux qui traversent les romans du marquis de Sade. de son souterrain. sont dénoncés à la Ses successeurs et Justine sort enfin police. très reconnaissant qui s'appelle Roland et qui se donne pour un châtelain du voisinage. elle aperçoit sur la route de Lyon à Grenoble un homme étendu au de viennent bord d'un champ et que deux bandits laisser à moitié mort. Heureusement cède. Elle s'approche en apparence. à pied ou à chevah II conduit sa victime dans un souterrain. cet inconnu. son fonds de faux monnayeur — car ce châtelain n'était qu'un faux prétendu — et il se retire à Venise pour y vivre monnayeur de ses rentes. le soigne. l'emmène avec lui. après fortune faite.LE CITOYENSADE.

comme police la saisit . quitte M. Non. Juliette effravée — on léserait à moins — convaincue peut-être que le tonnerre s'est trompé d'adresse. mais bientôt la après. elle la conduit chez un maniaque qui a la spécialité de trancher d'un coup de sabre la tête des femmes. Et c'est pourquoi time. ne Vertu. 11 pratique devant elle cette délicate opération. ce qui a pour résultat de lui inspirer le plus vif immédiatement désir de quitter cette maison trop dangereuse. les juges. la considérant complice des crimes dont elle ne fut que la vicà mort. mais comme ces deux romans se complètent ou plutôt n'en . en 1796. à Montargis. de Corville obtient sa grâce et une pension de mille écus sur l'argent saisi dans l'antre des Va-t-elle enfin être heureuse? fauxmonnayeurs. la condamnent nous l'avons trompée. dans la première partie du sur le chemin de Paris où roman. Juliette parut que cinq ans plus tard. doit être confirmée la sentence. ou les Malheurs de la La suite de Justine ou les Prospérités du Vice. Elle a à peine obtenu quelque répit qu'un terrible orage éclate dans le château où elle vit avec sa soeur et la foudroie.254 "" LE MARQUIS SADE DE de s'occuper d'elle. M. En effet. de Corville et va s'ensevelir dans un couvent de Carmélites. Pendant de tètes dîne avec la que le coupeur Dubois elle se sauve .

il me paraît logique de la première parde donner ici. breux domestiques. d'un certain Noirceuil qui a devient la maîtresse ruiné son père et qui ne lui en parait pas plus la présente au ministre d'Etat odieux.LE CITOYENSADE. un coiffeur à la mode. du Crime et dont sont Noirceuil. CeNoriceuil lui proSaint-Fond qui. Juliette sort du comment de Panthemont. L ECRIVAIN 255 forment en réalité qu'un seul. petite maison à la Barrière nomvoitures. après l'analyse tie. elle met le feu à la cabane d'un brave homme de paysan dont les enfants sont brûlés vifs. et comme elle s'ennuie. cure tout le luxe qu'elle désirait et qu'elle s'était terre dans juré d'avoir : hôtel rue Saint-Honoré. Je dois d'abord noter que cette seconde partie est encore plus révolutionnaire que la précédente. pour s'amuser un peu. ce qui est. dont la Supérieure l'a initiée à tous les vices. Blanche. Une de ses amies. lady dans une société qui Clairwil. dire. les environs de Sceaux. d'ailleurs augmenté. Il s'en faut de beaucoup. celle de la seconde. une lectrice.et le ministre losprincipauxmembres . Tout cela ne lui suffit pas. plus antiroyaplus teintée de politique jacobine. la fait admettre s'intitule la Société des Amis. sans compter chevaux. amant riche et généreux. maison il me semble. close de Mlle Duvergier. Dans la. beaucoup elle où elle débute. n'en est pas L'intérêt liste et plus anticléricale.

haut de sept pieds un salmis de femme de qui leur sert le lendemain son lui prennent chambre. Naples. à qui il le communique. arrivent à Rome — où Juliette appelle le argent. antichrélien de Sade l'occasion de (ce qui fournit au marquis louer le culte delà Raison et de la Philosophieet aucune forme du plaisir. trois pouces. à Turin. quelque répugnante Saint-Fond prépare un projet de dépopulation de la France. avec la complicité i '-". et. plusieurs s'associe avec un aventurier chemin faisant. tôt après à empoisonner. on n'y recule devant qu'elle puisse paraître.. opération rentre en seule l'argent. plusieurs elle dénonce Cette brillante achevée.. nommé Sbrigani. Rome. Juliette. Ses jours sont désormais menacés. ils renEn allant à Florence. contrent un ogre. années à Florence. pape Pie Vil « vieux singe » et essaie de le convertir au culte de la Raison — puis à Naples où de la reine Marieelle vole. passe s'arrête Elle part pour l'Italie. et le roman est fini. la reine. ne cache pas son horreur. Ils l'empoisonnent.25G LE MARQUIS SADE DE On y est résolument Saint-Fond. l'abbé Chabert. . pour garder France. millions au roi Ferdinand Caroline. Elle est obligée de fuir à Angers et de se cacher dans une maison de tolérance où elle se lie et que le avec le comte de Lorsange qui l'épouse l'aide bienconfesseur du comte.

(XV1I1" siéele.) .Plan de la Bastille.

.

On dirait les conversations trop fidèlement reproduites d'un Diderot ivre ou d'un Holbach atteint de fièvre chaude. ce souterrains d'un me semble. ces femmes lancette. qu'un ennui mortel accompagné profond dégoût. 1 ces par des chiens. mutilées. L ÉCRIVAIN 257 de bandits mélodramatiToutes ces histoires ques. de la philosophie du dix-huitième siècle. et ces caves ne peuvent inspirer.LE CITOYENSADE. pendues. le bistouri dévorées violées. l'ignoble dépôt où elles ont été recueillies. fécondes et nécessaires. est Justine. antiautoritaire. de mesurer détruisit en définitive victimes. classées. d'hommes qui/tranchent assassinent avec la des têtes. qui touche beaucoup plus souvent au ridicule. disséquées. 17 . se grisant ses succès. l'aboutissement de toutes ces meurtrières théories. beaucoup plus d'idées morales. de cette philosophie qui semblait se donner comme but de tout discuter. également dans la fièvre du incapable. ou le poignard. que d'abus et de préjugés. ses coups et à choisir ses combat. de de tout nier. un fils dégénéré. Ce n'est pas au hasard que je cite ces deux noms. ces bois infestés de brigands. Il n'y a au fond de tout cela que maniés lourdement des paradoxes par un écrivain et pour étonner ses lecteurs. de coquins à tirades. Le marquis de Sade est un fils. livre antireligieux. et qui. qui vise à l'horrible. percent des veines.

. i834..» Biographie universelle et portative de* Contemporains..258 où elles . leurs dernières poussées jusqu'à conséquences mais faciles cependant à reconnaître.. apparaissent exagérées.LE DE SADE MARQUIS caricaturales. (i) « On sait que c'est une production (Justine) où l'auteur ne s'est pas borné à décrire les scènes les plus dégoûtantes d'obscénités. mais où il a pris à lâche d'insinuer et d'étaler à plaisir tous les lieux communs les plus révoltants que la corruption de son siècle a fait éclore contre la religion et contre la morale. Paris.

J'en ai fait profession dans tous les temps. Permettez . me lient à votre théâtre.de l'Idée sur les Romans du marquis de Sade.APPENDICE DU CHAPITRE X I LETTRES DE DE SADE AUX ACTEURS LA COMÉDlE=FRANÇAISE (1790-1793) (l) DE I Messieurs.-Elles ont été publiées pour la . en 1878. depuis des années.dé vous rappeler que j'aie l'honneur sans cesse les sentiments d'estime et d'attachement qui.première fois dans la réimpression qu'a donnée M. . Octave Uzanne. j'ose dire même (et les preuves existent) que pour avoir pris avec trop de chaleur votre parti lors de (1) Ces lettres se trouvent dans les archives du Théàtrel'rançais.

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DE LE MARQUIS SADE

troubles vos derniers m'ont (1), - vos ennemis écrasé dans des papiers publics, sans que jamais : la récompense de mon attarien m'ait découragé chement a été votre refus du dernier ouvrage que pas fait je vous ai lu, et qui, j'ose le dire, n'était pour être traité aussi sévèrement. fait éprouver ce que m'ait Quelque chagrin et général, je ne vous en refus formel, rigoureux consacre pas moins à l'avenir et ce qui reste dans de nouveau. et ce qui le remplira mon portefeuille Mais, Messieurs, permettez que, traité par vous dans l'occasion que je viens de si rigoureusement et au moins et votre indulgence citer, j'éprouve votre équité sur deux autres objets. une pièce à moi, Vous avez depuis longtemps unanimement reçue par vous (2); dès que j'accepte nouveaux tous les arrangements qu'il vous a plu avec de faire avec les auteurs, je vous demande de la faire passer le plus tôt Messieurs, instance, cet encouragement, - possible ; donnez-moi je vous en supplie ; cela doit vous être facile, s'il est vrai, ne vouainsi qu'on le dit, que plusieurs auteurs, vos arrangements lant pas adopter ayant retiré et leurs pièces. Moi je souscris à tout, Messieurs, ne vous demande que de ne pas me faire languir. (i) Les troubles qui se produisirent à propos do la représentation du Charles IX, de M. J. Chômer, (à) Le Misanthrope par amour, ou Sophie et Desfrancs.

LETTRES DE SADE L'autre

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faveur implorée par moi, Messieurs, en dédommaparce que vous me l'avez promise réception gement à la mauvaise que vous fîtes à ma dernière consiste comédie, à-vous'prier'.de le plus tôt possible vouloir bien entendre la lecture de trois ou quatre ouvrages tous prêts à vous et que je voudrais être présentés ne pas donner ailleurs. Aussitôt que vous aurez bien voulu me faire savoir le jour qu'il vous plaira de m'accorder, l'honneur de vous porter celui des quatre j'aurai que je croirai le plus digne de vous être offert. J'ai l'honneur Avec les sentiments Votre très humble d'être, Messieurs, de la plus haute et très considération serviteur.

obéissant

DE SADE. 2 mai 1790.

II Je soussigné déclare que c'est faussement et contre ma volonté et mon assentiment que mon nom se trouve sur la liste des auteurs qui ont délibéré qu'il ne devait être accordé que 700 livres de

262

DE LE MARQUIS SADE

frais par jour à la Comédie-Française (1). J'atteste n'avoir mis mon nom que sur la liste de ceux qui ont signé àla minorité, que, par des considérations il devait être accordé huit cents livres particulières, cette façon de penser de et viens pour certifier à Mes"une lettre publique ma part en adressant sieurs les auteurs, signée de moi, et dont je distriles , comédiens des copies à Messieurs buerai de ma façon afin qu'ils soient persuadés français, de penser. DE SADE. A Paris, le lundi 17 septembre 1790.

III des conditions J'ai pris connaissance réglementaires, auxquelles les comédiens français ordinaires à les pièces où ils s'engagent du Roi reçoivent (i) Il y avait à cette époque une véritable guerre entre la plupart des auteurs dramatiques et la Comédie-Française. Le 24 août, La Harpe et une dôputation de gens de lellres avaient présenté à l'Assemblée Consliluanle une pétition qui réclamait la fixation légale des droits d'auteur et protestait contre certains abus de la Comédie-Française, parmi lesquels la somme Irop élevée (et fictive) qu'elle accusait pour ses dépenses. En 1791, un rapport de Beaumarchais obligea les Comédiens à ne pas exiger pour les frais quotidiens plus de 700 livres, au lieu de 900précédemment fixées.

LETTRES DÉ SADE

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pécuniaire qu'ils jouer, ainsi que de la convention font à chaque ouvrage. et je Je souscris aux conditions réglementaires, le marché si ma pécuniaire promets de signer la Rose d'amour des ou l'Union pièce intitulée A rts, pièce en six actes, et en vers, prose et vauest reçue. deville^), DE SADE. A Paris, le 27 janvier 1792.

IV la Comédie-Française, Monsieur, n'agrée point l'offre que je lui ai faite d'une petite pièce en un acte et que j'ai eu l'honneur de vous envoyer Je dernièrement, je vous prie de me la renvoyer. n'imaginais pas qu'il fallait être soumis aux mêmes délais pour ce que Von donne que pour ce que l'on vend. En un mot, Monsieur, je vous prié de m'instruire du sort de cette négociation, et de me croire avec tous les sentiments possibles, Votre concitoyen, SADE. Si Le 16 mars 1793, l'an 2 de la République, rue Neuve des Mathurins, n° 20. chaussée d'Antin, (i) V. Bibliographie. .

Il DE SADE ET RETIF DE LA BRETONNE

Bien des gens, à l'époque où parurent Justine et Juliette, affectèrent de s'indigner de ce grossier si bête, si peu dangereux. Un écrivain érotisme, s'efforça de le flétrir. Cet écrivain, comme le marse croyait moral. 11 se quis de Sade d'ailleurs, volontiers des proposait pour but l'amélioration besoin d'être masses, qui ont en effet grandement améliorées. Il se préoccupait surtout de donner à ses livres, pour augmenter leur vente, l'attrait de l'actualité. — c'est de lui Rétif de la Bretonne qu'il s'agit —- connaissait certainement le marquis de Sade (1). Il avait dû le rencontrer dans un de ces mauvais (1) Sans cesse il cherchait, en bon romancier, des types, des exemplaires curieux d'humanité. Celui-là l'allira sans nul doute. Il voyait en lui le spécimen le plus complet de ja débauche maladive, tandis que le marquis de Tilly,à qui il alla demander de lui raconter sa vie (V. Mémoires de Tilly), représentait pour lui la corruption élégante et raffinée.

DE SADE ET RETIF DE LA BRETONNE

265.

lieux qu'il fréquentait pour y chercher des documents humains. Il a souvent parlé de lui dans ses oeuvres. dans sa bibliographie de Rétif, a Paul Lacroix, cité les principaux où il est question de passages l'auteur de Justine. C'est une sorte de table des matières partielles que je reproduis, pour plus de clarté, sous la même forme. LES NUITS À PARIS, publiées de 1788 à 1794. (Il Benavent, l'y appelle quelquefois parce que le roi de Sicile, Louis II, avait donné le titre de duc au à un de Sade). ' àBenevent, gouverneur des aven118°, 119°, 157° nuits. (11 lui attribue tures insignifiantes.) 155e. (Il raconte que pour se venger de la fille d'un sellier qu'il n'avait pu séduire, il obligea le mari de cette femme à se livrer à trois prostituées, tandis devant lui et de temps en qu'elle était attachée Cette histoire est évidemtemps battue de verges. ment inventée de toutes pièces.) 19Zie. (11 raconte à sa manière l'histoire de Rose Keller. Nous connaissons déjà son récit qui est plein d'invraisemblance.) 284°. (11 transporte à Paris la scène de la maison publique de Marseille et en y ajoutant des détails mais erronés.) dramatiques Dans la seizième partie, qui parut en novembre au Palais 1794, il parle de trois soeurs, brossières Royal, qui furent envoyées chez M. Benavent « aux

26G nrcades

LE MARQUIS SADE DE

du Palais Royal, près le passage. Per,thièvre, n° 16 ». L'une d'elle, entourée tout à coup de fils de fer, formant une cage, fut enlevée au plancher par une poulie. Survint alors une jeune fille air que qui se mit à jouer un air sur utte serinette, la brossière fut obligée de chanter pendant que M. Benavent s'efforçait de lui prouver à quel point il appréciait ses charmes. Les aventures des deux soeurs sont dans le même autres aussi genre, aussi impossibles. absurdes, LE PIED DE FANCHETTE, nouvelle édition de fausse date de 1786.. 179/i (1), portantla T. II, p. 20/j. « Tous les sacripants dont le scélérat auteur de Justine a décrit les atroces et les dégoûtants plaisirs ». MONSIEUR NICOLAS, publié de 179/t à 1797. T. XI. « J'ai tâché de découvrir la cause des et je l'ai trouvée dans goûts atroces des vieillards leur impuissance... J'y ai trouvé la source de la cruauté des exécrables ouvrages composés depuis la Révolution, Justine, Aline, le Boudoir (2), la Théorie du Libertinage. Et si j'ai l'air d'en indiquer l'auteur dansla huitième partie (ou le tome VU 1) de cet ouvrage, c'est que j'ai voulu prévenir, en lui (i) La première édition du Pied de Fanehelle ou l'Orpheline française, histoire intéressante et morale, est de 1769. (2} Le Philosophe dans le Boudoir ou les-Instituteurs libertins, dialogue, 1795. Cet.ouvrage a été attribué au marquis de Sade, mais n'est probablement pas de lui.

DE SADEET RETIF DE LA BRETONNE

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de la montrant qu'il est connu, la publication Théorie qui ne paraît pas encore et que j'ai lue » Il donne ensuite une sorte de en manuscrit... de cet ouvrage, résumé analytique probablement supposé et qui en tout cas ne parut jamais, du moins sous le titre qu'il lui attribue. T. XVI, dans un passage daté de 1796 : « Est-ce soit absolument libre où un bien que la Presse Par exemple premièrement doit-on la restreindre? comme Justine, Aline, le Boupour des ouvrages du Libertinage, et autres du doir, la Théorie même homme dont il est parlé dans les Nuits de une femme vivante... Paris et qui allait disséquer Le premier (genre d'ouvrages à interdire) est certainement très nuisible, Juscar, non seulement tine (Aline, etc.), sont du plus imprudent érotismé, mais leur auteur dénature la volupté, en la chancruauté... Le scélérat a geant en une exprimable rêvé ses horreurs dans la Bastille où il fut mis vivante. » Il lui reproche pour la femme disséquée tout particulièrement la Théorie du Libertinage : « C'est là que le monstre auteur propose à l'imitation du Pornographe d'un lieu (1), l'établissement o (0 LE PoRNOGRAriiEu Idées d'un honnête homme sur un projet de règlement pour les prostituées, propre à prévenir les malheurs qu'occasionne le publicisme des femmes; avec des notes historiques et justificatives, 1769. A Londres chez Jean Nourse, libraire dans le Shand. A la Haye, chez Gosse junior et Pinel, libraires de S. A. S.

Rétif de la Bretonne publia un roman pamphlet de qui est le plus rare et un des plus répugnants « l'Anti-Justine ou les Délices tous ses ouvrages. Parlem. quelques jours après sa mise en liberlé. par M. cette infernale dégradation. le 1/1 juil• leti789. » chez feue la veuve Girouard. respectable ou non. . Il avait été guillotiné le 27 juillet 1794.et que l'on futobligé de conduire à Charenton.26S de débauche. vogue scandaleuse /. II.Tavernier. du marEn 1798.:807)donne à ce Tavernier le nom de comte de Lorges. dé rAmour. à la Bastille.Le journal de Prudhonime ajoute : «On croit que c'est l'ancien comte de Lorge ».. qu'un fou. Au Palais Royal. LE MARQUIS SADE DE J'avais travaillé la pour arrêter de la nature : le but de l'infâme disdégradation un ouvrage à vif. (i) Cet homme à longue barbe blanche n'était pas le marquis de Sade. en parodiant de ma séqueur à l'excès cette odieuse. Quel monstre qu'un idées! Et c'est un noble! un' homme à pareilles noble delà famille delà célèbre Laure de Pétrarque! C'est un homme à longue barbe blanche qu'on porta en triomphe en le tirant de la Bastille (1). O » peuple aveugle. Linguet (2) av. pour combattre les théories pour tirer parti de la quis de Sade. il fallait l'étouffer. Carra dans ses Mémoires sur la Bastille (t. "(2)Linguet avait de sérieuses raisons pour ne pas protester. . ou peut-être du livre qu'il était censé flétrir.. Il n'y avait de vieillard. mais. p. a été d'outrer jeunesse. d'après les Révolutions de Paris (n° du 12 au 17 juillet 1789). « un vieillard respectable qui y était enfermé depuis quarante ans •>.. au et en Avec soixante figures.. détenu le 4 août 1709.

» Au verso du titre on lit cet. n'était de le payer fort amateurs capables qu'à quelques cher. » (a) Bibliographie de Rétif de la Bretonne. . par le bibliophile incomplets qui sont que les trois exemplaires conservés dans YEnfer de la Bibliothèque Nationale proviennent de la saisie opérée en 1803 chez les libraires du Palais Royal et dans les maisons de prostitution. tiré à un très petit nombre d'exemdestiné plaires et vendu sous le manteau. dans son étude sur Rétif de la Brene fut pas mis tonne. C'est une erreur qui a été justifiée Jacob : « Il faut constater. Manibus puris sumite (cumiôs). Il a paru une réimpression de VAnti-Justine. Cet ouvrage. en 1964. On ne connaissait que six exemplaires de l'édition originale. prétend que YAnli-Justine.- DE SADEET RETIF DE LA BRETONNE d'épigraphe 269 et Un vers arrangé par Rétif servait indiquait l'esprit du livre : Casla placent superis. avertissement du pseudo Linguet : « Quelle excuse peut se donner à lui-même l'homme qui publie Un ouvrage tel que (i) « On ne doit pas trop tenir compte à Rétif de cette production trouvée chez lui en paquets et destinée à demeurer enfouie dans le cabinet d'un collectionneur. dit-il.par ordre exprès du premier Consul de chaque ouvrage qui décida que deux exemplaires libre resteraient déposés et sous clef à la Biblioet que tous les autres seraient thèque Nationale détruits et mis au pilon (2). en vente (1). Monselet.

délices de l'amour qu'accompagnés delà mort môme. Rétif ajoute de nouvelles explications qu'il attribue cette fois non pas à l'auteur supposé du livre. » Or. où l'amour ramené à la nature..270 LE MARQUIS E SADE D celui qu'on Va lire. la plus entraînante est celle des ouvrages erotiques. Un auteur doit avoir pour but le bonheur de ses lecteurs. il n'est rien qui contribue autant au bonheur qu'une lecture agréable. pour savoir si je cet ouvrage posthume du trop fameux publierais (i) Ce mot n'est pas de Fontenelle. dit-il. elle me mit en feu. Blasé sur la femme depuis longtemps. Personne n'a été plus indigné que moi des ouvrages de l'infâme de Sades que je lis (sic) dans ma prison. Fontenelle disait : « 11 n'est point de chagrin qui tienne contre une heure de lecture (1). mais de Montesquieu. et de préjugés. Ce scélérat ne présente les de tourments. ne présente exempt de scrupules » que des images riantes et voluptueuses. Mon but est de faire un livre plus savoureux que les siens. la Justine de Dsds me tomba sous la main. A la fin de la première partie. . mais à l'imprimeur : « J'ai longtemps hésité. de toutes les lectures. où le libertinage le sexe des Grâces. surtout lorsqu'ils sont accompagnés de figures expressives.. J'en ai cent pour une. et que les épouses puissent faire lire à leurs maris. un livre oùles sens parleront n'ait rien de cruel pour au coeur .

. dans cette que ne le fait l'auteur. ce Balzac cynique préface. Jug-ez donc. par la table seule. Il serait difficile déjuger ce livre plus sévèrement sans s'en douter. Je ne suis pas assez dépourvu de sens pour ne pas sentir que YAntiJustine est un poison. « On a vu. combien cet ouvrage est salace : mais il le fallait pour produire l'effet attendu. a-t-il réussi? maris blasés pour les faire jouir de leurs femmes avec goût. éloigner de la soif du sang et de la mort de la femme pos11 a prétendu ranimer les sédée. mais ce n'est pas de eedontil s'agit. Sera-ce le contre-poison de la fatale Justine? Voilà ce que je veux consulter près des hommes et des femmes désintéressés. et craignez de m'induire » en erreur. Rétif de la Bretonne. je résolus exemplaires pour mettre deux ou trois amis éclairés à portée de juger et autant de femmes d'esprit sainement de son effet. qui jugeront de l'effet que le livre imprimé produira sur eux et sur elles. Le caseihent déjà Linguet. mes amis. et s'il ne fera pas autant de à laquelle on veut le mal que l'oeuvre infernale faire servir de contre-poison.DE SADE ET RETIF DE LA RRETONNE 271 avocat considéré. de n'en tirer que quelques commencé. a-t-il atteint ce but ? C'est ce que la lecture décidera.. à l'aide de la lecture d'un demi-chapitre de son ouvrage . « L'auteur a prétendu de la cruauté.

-J. un des plus complètement mauvais qu'il ait écrits. . Rétif reprochait à l'ouvrage mais la cruauté. Assezat : « Ce n'était pas la lubricité. moins que rien. presque géniaux. Comme le remarque très justement J. a publié des livres plébéien du dix-huitième qui sont. » Ce n'était pas la peine. de ressusciter (i) Bibliographie raisonnée des oeuvres de Reslif de. piètre résultat. que du marquis de Sades.272 LE MARQUIS SADE DE siècle. 11 a cherché à son tour un assaisonnement moins répugnant et il n'a trouvé que l'inceste (1). Celui-là est un des plus mauvais. au point de vue littéIl ne vaut pas grand'chose il vaut un peu raire et au point de vue moral. publiée chez Flammarion). pour un aussi Linguet.la Bretonne (en tète du 3evolume de la réimpression des Contemporaines. tout au moins dans certaines parties.

' 18 . on ne sait victimes comment. DES PIQUES. LA. prisonniers détenus dans le» cet homme. LE POLITICIEN. SECTION DE MARAT.XI LE CITOYEN SADE. a été confondu. 2* partie. avec les malheureuses que le despotisme ministériel y maintenait injustement. — UN ADMIRATEUR Dulaure écrivait en \ 790 (1) : « Le marquis de Sade est resté à Charenton de l'exécution du décret jusqu'à l'époque qui ordonna la liberté des. Cet exécrable scélérat vit parmi des hommes civise compter au rang des lisés.JEt à qui ses fers que la prison sauvait de l'échafaud. prisons d'État par lettres de caehet. étaient une faveur. ose impunément (1) Liste des noms des ci-devant nobles. n° 18 (entièrement consacré au marquis de Sade).

Le marquis Sade avait déjà souffert du régime nouveau qui venait de détruire son château de la Coste. sont seules dignes d'être comparées à cette race noble du dix-huitième siècle. et l'histoire des forfaits de la noblesse. on l'a vu. dit-on. chaudement municipalité. « On avu ce monstre. . part de ceux qui commençaient. » Dulaure se montre trop sévère pour un homme moins que la pluqui ne valait pas beaucoup à ce moment. qui fait honte à la nature des entière.. de Gilles bert dcBellesme. Et le marquis de Sade est paisiblement parmi nous.274 LE MARQUIS SADE DE citoyens . pour capter la bienveillance le public et contre la comédiens révoltés contre leur défense. etc.. prendre se ranger dans le parquet de la comédie parmi les vils agents de ces histoires rebelles. « Le crime exécrable dont ce marquis s'est rendu coupable à Arcueil est connu de tout Paris.. Les atrocités de Rodu bâtard de Bourbon. mais il espérait bien en obtenir quelques compensait) L'Homme dangereux ou le Suborneur. il vient. dans les et d'impunité.-et frapper les des règlel'exécution patriotes qui réclamaient ments de police. de à faire la conquête du pouvoir. de Laval. de produire une tragédie qui est déjà reçue aux Français (1). offre à peine d'anarchie temps quelques exemples semblables.

sa tant de haines. étaient Moulins. Chàtelet (puis Morel). contre la monarchie ses plaintes Ses théories. Ses le 10 août 1792.LE CITOYENSADE. Piron. 11° 20 . le citoyen Sade. Duveyrier. rue . Laignelot et Robespierre (2). l'étalage répulongue captivité et aussi ses livres ignobles. (2) Les quatre premiers furent ensuite remplacés par Arthur. de nom. en être nommé secrétaire. (i) C'est en 1793 qu'il publia Aline et Valcour. Le citoyen Sade ne négligeait pas d'aller régulièrement aux séances de la société populaire de sa section. . La section des Piques. fabricant de papiers peints. la section des Piques.des Piques. dans commissaires qui entrèrent. pris soin de se démarquiser un patriote. Pour vite une popularité le hautain avait mieux la mériter. de disparaître et que menaçaient qui était entrain de ses malheurs. par ses discours. de bons principes et a anagnants mais saturés assez logues aux circonstances (1) » lui procurèrent dont il était très digne. d'esprit et jour au lendemain. Orguelin (puis Tresfontaine). qui s'était appelée de la place Vendôme. LE POLITICIEN 275 d'une place de bibliolions. gentilhomme du et était devenu. comptait parmi les plus démocratiques de Paris. Il s'y fit remaret finit par quer par ses motions. Frenard (puis de Baurillon). un pur. quitte à se contenter thécaire qu'il sollicita le 27 février 1795. le Conseil général de la Commune. On peut la juger par ses élus.

. s'écria-t-il. la section des mois plus tard. au acte sacré naissent toutes les vertus nécessaires » Cette reconet à la gloire de l'Etat. Briffaut qui habitait rue Saiht-Honôré. un brûlant qui respirent. lorsque Piques eut décidé de célébrer une fête en l'honneur des mânes de Marat et de Le Pelletier. Quand le dieu du jour mourut. : patriotisme Du vrai républicain unique et clière idole. Marat. le 29 septembre. il prononça un discours à cette occasion. maintien naissance. iS33. ton image console. p. qui plus que ces deux victimes des haines méritait de l'obtenir : « Marat ! Le Pelroyalistes (i) Revue rétrospective. . Qui chérit un grand homme adopte ses vertus : Les cendres de Scévole ont fait naître Brutus (1). t. 257. il lui dédia ces quatre vers comme on disait alors. Il ne cachait pas son admiration pour Marat.276 DE LE MARQUIS SADE en chef le citoyen Elle avait pour commandant numéro 37/[. Ces vers furent sans doule composés au moment où on plaça dans la salle des séances de la Société populaire un buste de Marat. due est la reconnaissance vraiment républicains de cet de l'épanchement aux grands hommes. qui : excita un vif enthousiasme Deux à des coeurs « Le devoir le plus cher. auraient eu mauLes collègues de l'ex-marquis vaise grâce à douter de ses sentiments civiques. De ta perte.. 1.

aux Armées. l'envoie à la Convention Nationale. aux quarante-sept autres Sections et. GIRARD. teur. 277 La voix des siècles à venir ne fera que vous rend aujourd'hui qu'ajouter aux hommages la génération de la qui fleurit.LE CITOYENSADE. «VINCENT. Comment a-t-on osé. se demandait ensuite l'orameilleur serviteur de la Révolution.. une et indivisible.. Sublimes martyrs c'est Liberté. tuerie « Sexe timide et doux. Ah ! que la séduction aiguisait votre empressement à venir jeter des fleurs sur le tombeau de ce véritable ami du peuple nous fait oublier que le crime put trouver un bras parmi vous.l'an II de la République Française. MANGIN.» . ce 29 septembre 1793. aux Sociétés populaires. là que toujours révérés des humains. président. comle vertueux Marat? ment se peut-il que vos mains délicates aient saisi le poignard ?. à tous les départements. « Arrêté en assemblée générale. vomis par les enfers pour le désespoir (i) Discours prononcé à la fêle décernée par la Section des Piques aux mânes de Marat et de Le Pelletier... par Sade.. LE POLITICIEN ietier!. vous planerez au-dessus d'eux comme les astres bienfai» sants qui les éclairent. déjà placés au temple de Mémoire. PARÉS. secrétaires. ciloyende celle section et membre de la Société populaire (1793)A la fin de la brochure se trouve cet avis : « L'Assemblée générale de la Section des Piques applaudissant aux principes et à l'énergie de ce discours en arrête l'impression.. Le barbare assassin de Marat. semblable à ces êtres mixtes auxquels on ne peut assigner aucun de tous sexe.

son effigie sous l'emblème enchanteur de la beauté.278 deux. et dont les passignifisages qu'on va lire sont particulièrement catifs : Législateurs. trop crédules. comme on qu'on cesse surtout de nous présenter. ou ne versez. ose le faire. enfin l'homme s'éclaire.. (1) Pétition de la Section des Piques aux représentants du peuple français (1793). » Ce fut encore de Sadequi rédigea la pétition (1) réclamait dans laquelle la section des Piques la aux nouvelles consécration de toutes les éslises divinités. d'une main les frivoles jouets d'une et détruisant il élève de l'autre un autel à la religion absurde. LE MARQUIS DE SADE directement à aucun. plus chère Divinité de son coeur. Il faut n'appartient qu'un voile funèbre enveloppe à jamais sa mémoire. défigurez l'offrez à nos yeux indignés qu'au milieu des furies du Tartare. . les traits de ce monstre. Elle est signée : « SADE. ne s'allumera plus qu'aux pieds de la déesse qui brisa nos liens. « Le règne de la philosophie vient' anéantir enfin celui de l'imposture .. lait aux genoux d'une femme adultère. La Raison remet l'encens qui brûplace Marie dans nos temples.-rédacteur ». Artistes renbrisez. la Raison et la Vertu.

la route est tracée. anéantir du même coup une religion sanguinaire. 11 y avait longtemps que le philosophe riait en secret du catholicisme des singeries . Eh ! comment la tyrannie n'eût-elle pas étayé la superstition ? Toutes deux nourries dans le même berceau. nouvelles moeurs. et surtout soyons conséquents. mais s'il osait élever la voix. parcouronsla d'un pas ferme.LE CITOYENSADE. avec de impurs. « Le seul gouvernement républicain pouvait. LE POLITICIEN 279 « Législateurs. toutes deux servies par ces êtres inutiles. en envoyant la courtisane de Galilée se reposer de . qu'elle n'admettait que pour servir les passions de ses satellites Sans doute. toutes deux filles du fanatisme. nommés Prêtres au temple et Monarques au trône. ce n'est qu'à l'énergie de notre gouvernement que nous en devons l'élan rigoureux. et celui d'un Juif esclave des Romains ne pouvait convenir aux enfants de Scévole. qui. nous devrons un nouadopter veau culte. de ses saints poignards au nom du Dieu égorgea si souvent les hommes. elles devaient avoir les mêmes bases et se protéger toutes deux. c'était dans les cachots de la Bastille où le despotisme ministériel savait bientôt le contraindre au silence. « Législateurs. ne nous aveuglons pas . cette marche rapide est bien plutôt l'ouvrage de nos moeurs républicaines de notre que des progrès raison . en brisant le sceptre.

la bienfaisance. qu'une femme peut enfanter cesser d'être vierge.^280 LE MARQUIS SADE DE la peine qu'elle eût de nous faire croire pendant dix-huit sans siècles. des Magdeleine ou des CatheSulpiceou rine. Sanet. que toutes ces vertus. dis-je. Bisoir. Gérard. Vincent. Que les. GmUemard Becq. etc. présenter un de ses secrétaire. la bonne d'âme. même autel où des voeux inutiles s'offraient à des en embrafantômes . érigées chacune dans un de nos anciens deviennent les seuls temples. aussi tous ses Congédions du temple de la ' .monuments souillés précieux par le se consacrent aussitôt à de plus majesmensonge tueux emplois : adorons les Vertus où nous révérions des chimères.. la le courage. et Sade. Le 25 brumaire an 11. nomma pour la l'imprimerait à la Convention son président. grandeur l'égalité. Artaud. sant nos coeurs.. que cet emblème expressif. nous fasse incessamment passer de l'idolâtrie à la sagesse . d'une vertu que l'emblème morale soit placé dans sur le chaque église. l'amour de la patrie. foi.. ce n'est plus auprès acolytes Raison révérer encore des que nous pouvons des Paul. cette pétition et arrêté qu'on après avoir approuvé à mille exemplaires. que la piété filiale. » objets de nos hommages. et six de ces membres. L'assemblée générale de la section des Piques. c'est-à-dire le 15 novem- .

c'était une idée qui ne pouvait naître que dans la tète du citoyen Sade. 281 se présentèrent bre 1793. dans des occale porte-parole sions solennelles. en changeant sa manière. la création publiques combattu. l'auteur de Justine. Il avait la prétention de devenir un des théoriciens Il préparait. LE POLITICIEN. » (2) « Plan qu'il qualifiait de digne de la philosophie du siècle. de sa section. par l'Etat (2). Sade ne se bornait pas à être. les huit délégués . Faire del'Etat un patron de maisons de tolérance. entretenus et dirigés organisée. des glade lieux de prostitution l'établissement diateurs. du nouveau régime. Il rédigeait plan patiemment.dans et l'un la matinée. Ces un peu ces théories subversives phrases déclamatoires. comme en Grèce et à Rome. son de constitution. à la barre de la Convention. (0 Ce même jour. . Perlet écrivait dans son journal : « La plupart des églises de Paris sont fermées et ne se rouvriront que pour servir de temples à la philosophie. d'eux lut le factum qu'avait élaboré. au gouvernement révolutionpour les soumettre naire. eurent le sort qu'on leur réservait La pétition de la section des Piques obtint lamention l'insertion au bulletin et le renvoi au honorable. lui aussi. deux projets sur lesquels il comptait beaud'arènes où auraient coup. D Biographie universelle et portative des contemporains.LE CITOYENSADE. d'ordinaire. Comité d'instruction publique (1).

puis aux et enfin à Picpus. 11 se garda bien de Carmes. Cette promenade ne le tentait pas le moins du monde. moins d'un mois après qu'on l'avait vu parader à la Convention et savourer le succès de sa prose anticléricale. (î) Rovère élait un compatriote de de Sade. veau gouvernement était un peu moins débonnaire que l'ancien et qu'il envoyait volontiers les prisonsur niers récalcitrants faire une petite promenade la place de la Nation.282 . Pendant quelques mois. le 6 décembre 1793. Suspect quoi accusé de de la particule. Tout ce déploiement comme noble. Il savait que le nouprotester trop violemment. Officier des gardes du pape à Avignon. Sade fut enfermé aux Madelonnettes. Il était né à Bounieux (Vauclusc). On sait qu'elle méconnut fidèles défenseurs. Rovère (1).pas à grand'chose. il avail été élu par son dôparlcincnl député à la Convention- . Evidemment la Révolution ne lui rendait pas ainsi ses plus justice. qu'il se fût amputé dans les modérantisme. il ne chercha qu'à se faire oublier. Il tenait à conserver un père à ses enfants et un citoyen utile à sa patrie. probablement impliqué poursuites dirigées contre son libraire le royaliste il fut arrêté par ordre du comité de Girouard. puis il se ménagea un protecteur puissant en cédant sa terre de là Coste à un des maîtres du jour. en compagnie du bourreau. . DE LE MARQUIS SADE de zèle civique ne lui servit. Sûreté générale.

il me reste néanmoins de Par arrangegrands droits sur les exemplaires. ne porte pourtant pas encore le caractère que doit lui assurer le genre de notre gouvernementaetuel. Girouard devait m'en livrer un grand nombre qui vont se trouver perdus pour moi si l'on ne me remet pas en possession de l'ouet le plus fort enfin tient à vrage. LE POLITICIEN 283 qui finit par obtenir. auteur de cet ouvrage et vous prie de vouloir bien à cette mêle faire rendre. « Le premier est que cet ouvrage. : il écrivait aux membres du département « Citoyens. qui vont être levés à la sollicitation veuve. lui donneront Trèspeu de changements cette physionomie mâle et sévère qui convient à une nation libre et je désire faire ces changements. Il se La politique Le 5 décembre 1794. lui avait assez mal réussi. un ouvrage à moitié imprimé intitulé : Aline Je suis cl Valcour ou le roman philosophique. bien que payé du manuscrit par Girouard. en octobre 1794. Le second motif est. ment tacite et verbal. Le troisième . livré à l'impression depuis cinq ans. sa mise en liberté.retourna vers la littérature. « Il existe sous les scellés de Girouard impride sa meur. que.LE CITOYENSADE. quoique dans d'excellents principes. Trois motifs m'engagent réclamation.

(2) La rue du Pol-de-Fer-Saint-Sulpice qui s'était successivement appelée du Verger. surtout des écrivains plus ou moins célèbres. des réduits à une vie précaire. des gentilshommes moins. n" 871. « Rue Neuve-des-Maihurins. poètes sans éditeurs et des gazetiers (i) Arch.. sans public. allait de la rue du Vieux-Colombier à la rue de Vaugirard. Nal. 1074. une société un peu mêlée et d'autant plus joyeuse. » il se transDe la rue Neuve-des-Mathurins. des Jésuites. (2). Je neux est le fruit de plusieurs n'en jouirai jamais si on ne me met pas. donc vivement tout ce qui se trouvera d'imprimé de ce roman dans le cabinet de Girouard. porta dans la rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpicc Il y habitait un appartement luxueux où il recevait . et j'attends de votre justice.231 " DE LE MARQUIS SADE de l'auteur. « Salut et fraternité. ruinés. en me le en état de le faire paraître. Je réclame rendant. « Chaussée du Mont-Blanc (1). des Jardins-Sainl-Sulpice. « Votre concitoyen. déchus. t. « Ce 15 frimaire de la 3° année républicaine. refuser cette demande.-Cet volumil'amour-propre ouvrage années de veille. des gens de théâtre. homme de lettres. de ne pas me citoyens. « SADE. .

que de Sade dédia sa préface de Justine. et jusqu'à une origine trahissait Un mysaristocratique. Redevenu en. dans les rôles d'amoureux. avec un soin minutieux. et s'occupait avec soin de l'édition collective de ses deux romans sur les malheurs de la Vertu et les prospérités du Vice.LE CITOYEN SADE. la distinction son pâle visage voilé de mélancolie. assure-t-on. On la disait fille d'un émigré et tout en elle. 1796. de ses manières la dignité de sa tenue. reçue des leçons de Mole. dont on ignorait le nom et que de du Sade appelait sa Justine. guère. Nous avons proportions physiques (i) C'est vraisemblablement à cette femme. bien qu'il eût dépassé la cinquantaine. était un fort bon comédien. faisait les honneurs logis. tère planait sur elle. littérateur. quoique les circonstances n'y prêtassent On y jouait la comédie comme au temps de la De Sade. sous ses yeux. « Il faisait dessiPaul Lacroix. de sensibibeaucoup lité dans sonjeu. à régler les de ses héros. raconte suite de sujets choisis et décrits par lui-même. comme nous l'avons déjà dit. une ner. Quel dommage qu'il n'en ait pas eu autant dans sa vie ! il publiait. et il s'attachait. cir(l). qui avait Dubarry ou de la Pompadour. 11 avait. LE POLITICIEN 285 Une femme. On . Juliette. Nul ne put jamais l'éclair^ s'amusait chez beaucoup l'ex-marquis.il réussissait tout particulièrement.

dans une pétition envoyée quelques jours plus tard aux repréavec l'espoir d'en bénéficier sentants. L'année de Sade publia un roman très ennuyeux. quoi qu'il n'eût pas quitté la et la faute de la plupart France. mais plus moral que les précédents —. . i863. » Cette édition collective (dans laquelle Justine fut de nouveau remaniée) parut en 1797. De Sade. l'avait lait inscrire. 11 cherchait à la même époque à obtenir sa sur laquelle radiation de la liste des émigrés.ce qui n'est et Belval ou les dire — Pauline pas beaucoup Victimes d'un amourc/vwu'/ze/. Le 12 juillet 1799 (22 messidor an VII) le Conseil des Cinq-Cents avait rendu par. lui-même à ses dessinateurs (1). Les victimes de cet amour du dix-huitième criminel furent surtout ceux qui eurent la mauvaise idée d'acheter l'ouvrage. son incarcération de ses parents. demandait. 278. était faite pour Exception ceux qui avaient rempli des fonctions publiques a la nomination du peuple. anecdoteparisienne siècle. (i) L'Amateur d'Autographes.une loi absolument les parents et les ci-devant inique d'émigrés nobles responsables des brigandages et des assassinats qui se commettaient dans les'départements du Midi et de l'Ouest. .2SG LE MARQUIS SADE DE vu les programmes monstrueux qu'il fournissait. p. suivante.

LE CITOYENSADE. Je que la plus cruelle injustice suis sûr maintenant du triomphe dès que vous voulez bien vous en mêler. 3J juillet au Conseil des Cinq-Cents qui se contenta de passer à l'ordre du jour. une 287 nouvelle en faveur des exception qui avaient donné des preuves d'attasexagénaires Cette pétition fut lue le chement à la Révolution. Solliciteur de Sade avait compris qu'il ne pouvait avoir quelque chance de réussir dans ses démarches. il ne me reste plus qu'à vous prier de vouloir bien hâter l'instant où je de vous posséder pourrai avoir la satisfaction de ce printemps à Saintquelques beaux jours (i) On l'appelait de Montaigu (il avait été notaire dans cette ville) pour le distinguer d'un autre Goupilleau. qu'en les faisant 11 s'était par un personnage appuyer important. dit de Fontenay. habile autant que tenace. Goupilleau de Montaigu (1). ami de Rovère. . et député comme lui. adressé à un membre du Conseil des Cinq-Cents. 11 lui écrivait le département h février 1799 : « Citoyen Représentant. - « On ne peut être plus sensible que je le suis à l'intérêt que vous voulez bien prendre au malheur nie fait éprouver. LE POLITICIEN lui-même. de missions dans le chargé à plusieurs reprises de Vaucluse. par et qui avait été qui il le connut probablement.

2SS LE MARQUISDE SADE toute ma reconnaisOuen. de mèni«' que les deux autres que nous donnons plus loin. » De Sade essaya de se servir de ce Goupilleau non seulement de la liste pour obtenir qu'on le rayât des émigrés mais aussi pour imposer au Théâtresa pièce. 21 juillet de du Journal 1798. aux directeurs de cette lettre où il étale une érudition Paris. pour Arous témoigner sance. Beauoais. estime et vénération. Vous ne vous occasionnés imaginez pas combien les créanciers de dix-huit mois me vexent <>l par un séquestre me tourmentent . « Salut. Je remets à cette époque la révélation des dont on me rend grands mystères d'iniquités victime et qui vous surprendront. mais je suis consolé de tous les maux que me fait endurer l'injustice par l'espoir de tenir de vos mains seules tout ce qui doit les faire cesser. « SADE (1). c'est assurément celui (i) Cette lettre de Sade à Goupillau de Monlaigu. fraîche date : un savant dans le monde auquel on une faible erreur dans l'histoire puisse pardonner des événements de la terre. 1867 « S'il existe . Jeanne Laisnd ou le Siège de Français le au sujet de laquelle il avait adressé. ont éiô publiées par VAmaleur d'Autographes.

Caricature «le la Bastille .

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les lettres accordées XI -à patentes par Louis l'illustre guerrière de cette ville. Garnier autres. à Beauvais fait. tous les l'héroïne quand presque la route de cette historiens modernes lui tracent erreur? Je le prie donc de me pardonner. du ciel. il fut devenu tout simple que j'eusse pensé. que cette femme s'appelait Jeanne du mais pour me rendre plus certain Hachette. même.LE CITOYENSADE. bien moins pour relever cette légère faute que pour le véritable nom de cette rendre à l'immortalité héroïne. comme le citoyen Lalande. je les transcrivis et elles seront un jour littéralement à imprimées côté de ma pièce. « Ayant traité ce sujet dans une tragédie lue au le 2/i novembre Théâtre-Français. je prouve évidemment que" jamais cette fille ne porta le nom de Hachette. dans l'histoire Occupé d'objets si sérieux. Voici ce que l'on trouve dans ces lettres. de calculs intéressants n'est-il Lalandè et toujours si justes. et ce que je crois devoir placer ici. je crus devoir consulter. si. de préqui met autant de profondeur. et déposées pour lors à la maison commune . D'après et quelques Hainau (sic). 1791. le citoyen de s'être sur le nom de oas excusable trompé de Beauvais. des événements cision. LE POLITICIEN :289 de sagacité. j'ai été prendre les plus exactes précautions pour éclairer les faits historiques qui la concernent. pour donner à ce que j'établis toute l'authenticité 19 .

« Après le protocole c'est ainsi que d'usage. fille de . un de ses descendants.» (i) Le Dictionnaire Encyclopédique de Le Bas fait suivie son article sur . troupes n'a pour objet que d'accorder à Jeanne patentes Laisné et à son amant Colin Pilon les récompenses dus à cette courageuse action. etc. à la tète des femmes de la ville. dans les patentes Louis XII s'exprime accordées à l'héroïne dont il s'agit : « Savoir faisons que par « considération de la bonne et vertueuse résistance « qui fut faite l'année dernière passée (1472) par « notre chère et bien-aimée Jeanne Laisné. Lalande. et ils ne contrarieront patentes un fait établi sur d'aussi fortes preuves. des remparts vigoureusement. à Beauvais. Bourguignons. « SADE. Fourquel d'Hachette. repoussa les de Beauvais. demeurant « Beauvais àl'encontredes etc. comme je l'ai fait.290 DE LE MARQUIS SADE d'un reproche littéraire que doit avoir la hardiesse tels que Garnier. plus que je cite.« Mathieu en notre ville de Laisné. le nom de la fille célèbre manière incontestable. (1) ». Le reste de ces du duc de Bourgogne.Jeanne Hachette de cette note : « M. « En voilà assez pour faire d'une connaître. qui. fait à des savants Hainaull. et les honneurs « Je prie ceux qui voudraient révoquer en doute la peine d'aller cette vérité de prendre auparavant les lettres vérifier. a donné au sujet .

avait évidemment pour but d'appeler l'attense heurtion sur une tragédie dont le placement tait à des difficultés assez sérieuses. Jeanne Hachette ou le Siège de Beauvais. Il y avait déjà eu plusieurs pièces sur ce sujet patriotique parmi lesquelles le Triomphe du beau sexe. tué à la bataille de Monllhéry.LE CITOYENSADE. Ces gens-là assurément manet les héroïnes d'autrefois quaient de patriotisme Peut-être ne se leur étaient bien indifférentes. préoccupaient-ils que de l'argent que pourrait leur ou leur coûter. il fit résolument appel à son intervention. le surnom d'IIachelle lui aurait élé donné à cause de l'arme qu'elle portait. . . le Siège de Calais. entre les mains d'une dame Laisné. qui est du 1er octobre 1799. jouée au Théàlrc-Français. la pièce. rapporter. En ce cas. LE POLITICIEN Cette 29Î en dissertation historéclame. lui prodigua les soins d'une mfere. très jeune encore. » La tragédie historique du marquis de Sade lui avait été sans doulc inspirée par celle de du Belloy. et le Siège de Beauvais (tragédie réimprimée en 1766)par Araignon. Suivant lui. qui. l'auteur de cette tragédie. le i3 février 1765. La mauvaise volonté des directeurs ne s'en trouva pas le moins du monde diminuée. ami Goupilleau. et qui avait laissé sa fille. dont à son personne ne voulait. maisdonlle succès se prolongea pendant dix ou quinze ans. déguisée rique. de celle incertitude (sur le véritable nom de l'héroïne) des détails qui pourraient concilier toutes les opinions s'ils étaient appuyés sur des témoignages authentiques. par le sieur du Roussel. se décida à recourir Dans cette lettre. Jeanne Fourquct était fille d'un officier des gardes de Louis XI. De guerre lasse.

n'était pas une pelite maison. sous offre du meilleur de mon coeur. que de nous faire avertir Arous eussiès la complaisance quand vous voudrès nous dédommager. autrechoseà vouscommu«J'ai maintenantune citoyens niquer. Malheureux le l'ancien régime. Les moyens blement l'une des premières sont sans aucun intéque j'offre à la République (i) De Sade y avait une maison de campagne. et tous les bons républicains pensent représentants. « Je dois commencer par vous rendre mille et mille grâces de l'honneur que vous avez bien voulu de Sainten venant nous faire dernièrement en même temps mon Ouen (1). mon roman philosophique énergie. je désirerais regret bien. est de même. qu'une des choses la plus essentielle de ranimer l'esprit public par de bons exemples et de bons écrits. et vous témoigner de ne pas m'y être trouvé . et les lui j'offre donc mes moyens à la République. Vous êtes tous d'avis.292 LE MARQUIS SADE DE « 9 vendémiaire « Citoyen Représentant. an VIII. On dit que ma plume a quelque l'a prouvé . vous savès si je dois craindre retour d'un ordre de choses dont je serais infaillivictimes. mais ce. et j'ai été chez vous pour vous en prier. . la voici. Son âge. sa pauvreté et les moeurs du temps ne lui permettaient plus ce luxe.

pourquoi veut-on que j'aie d'un gouvernement à me plaindre pour lequel je mille vies. citoyen représentant. en conjure. et faitesmoi-rayer. et pourquoi à l'aumône sans depuis cette époque me réduit-on N'est-pn que j'aie mérité cet horrible traitement? pas convaincu qu'au lieu d'émigrér. je n'ai cessé d'être employé à tout. j'offre ma plume et mes moyens. citoyen représentant. 293 on me tracera un plan.LE CITOYEN SADE. me suis-j e conduit comme un noble ? leur conduite et leurs m'a-t-on jamais vu partager ont effacé les torts de sentiments? Mes actions . ce me semble. « Quoi qu'il en soit. dans les plus terribles années de la Révolution ? N'en possédé-je pas les certificats les plus authentiques ? Si donc on est de mon innocence. noble ou non. je vous en supplie . donc au gouvernement mais que l'iniquité. qu'importe . et la misère que l'infortune ne pèsent plus longtemps sur ma tête. si je les avais? donnerais Pourquoi prend-on mon bien depuis deux ans. LE POLITICIEN rèt.à ceprocédé autant d'injustice que d'impolitique. qu'une affreuse cesse d'attiédir en moi les sentiments injustice dont je suis embrasé. et Mais je vous j'ose croire que l'on sera satisfait. persuadé pourquoi me traitet-on comme coupable? à cberche-t-on Pourquoi placer au rang des ennemis de la chose publique le plus chaud et le plus zélé de ses partisans ? Il y a. je l'exécuterai.

et quelque tort qu'ail avec moi il aura jusqu'au le gouvernement. royalistes du 12 fructidor dernier (2). bien plus au théâtre qu'aille feu presque éteint de leurs où il faut rallumer l'amour que tout Français doit à son pays .291 LE MARQUIS SADE DE ma naissance d'être (1). citoyen représentant. il s'élail vanté d'être le fils d'un laquais. c'est là des dangers qui doivent exister qu'il se convaincra sous la main des tyrans. mon choix. l'ouvrage le plus capable d'échauffer dans tous les coeurs l'amour de la patrie. et c'est à cette manière que j'ai dû tous les traits dont m'ont écrasé les et notamment dans sa feuille Poultier. « En un mot. . acleur. sur un rapport de Fouché Poultier a raconté certains épisodes de sa vie dans un bien curieux roman. journal royaliste qui fut supprimé après le 18 brumaire. pour premier essai de mes oifres. Victoire ou les Confessions d'un Bénédictin. Mais je les brave comme je les hais. s'il retombe l'enthousiasme né là dans son coeur. C'est là. commis. il le rapporte (i) On a dit que. suivant un exemple fameux. — rédigeait en 179g l'Ami des Lois. je vous propose une tragédie en cinq actes. croyons-nous. pour lui. je serai avec lui. ma plume et tous les sentiments de mon coeur . une calomnie. pardonnes ma comparaison.. commel'amant lcplus tendre pleurant l'infidélité d'une maîtresse aux pieds do laquelle il soupire toujours. bénédictin. (2) Poultier d'Elmollc qui avait été soldat. député —Brissol l'appela un jour lemoinejaseur. et c'est. vous en conviendras. dernier moment de ma vie.

pendant mes cinq actes. il est pris dans le règne de Louis XI.LE CITOYENSADE. que . Trop près de nous le cet spectateur n'apporte jamais à ces événements espèce (sic) d'intérêt que lui inspire ceux de l'histoire ancienne . c'est le moyen d'intéresser plus vivement des Français . Mon texte est choisi dans l'Histoire de France. à la tête de toutes les femmes de la et ravit aux ville. défendit avec tant de courage desseins de l'oppresseur. parce qu'au théâtre ce sont par des exemples que la leçon -lui est donnée et il la retient. nous l'avons vu. Étaient-elles d'un autre sous un susceptibles tyran tel que Louis XI ? J'ai soin de le dire. LE POLITICIEN 295 dans ses foyers. « Le sujet de ma tragédie n'est point pris dans les événements du jour. il redoute le désir qu'on peut avoir de le tromper et la scène est déserte à la seconde représentation. de le prouver. et les effets en sont bien autrement bien autredurables. à l'époque où Charles. tous n'y verront républicain. Le seul amour de la patrie inspira ces braves citoyennes et. voulut assiéger que Jeanne Laînô. ment ardents que ceux qu'allument un" instant en lui des articles de journaux ou des proclamations. il l'inspire à sa famille. duc de Bourla ville de Beauvais gogne. et mon ouvrage devient par là l'école du le plus pur et le plus désintéressé. patriotisme Le le royaliste. je ne leur prête que ce seul sentiment. d'ailleurs il craint la surprise.

. « Pardon d'une"aussi longue lettre.. aimons-la donc quand nous en dira le républicain. « Tel est. dé l'antique. point le caractère national. et que le royaliste bafoue. ordonner par de l'apprendre qui de droit. tenables délais.. et de la jouer tout de suite. ma pièce est essentielle. de le grand intérêt plus que les ouvrages de situation.. elle est utile sous tous les rapports. comme je viens de le dire.. si l'ouvrage ou désespèrent l'auteur par. en désirant. elle est bonne. citoyenrepré- . l'ouvrage que je désire vous souinettre. au Théâtre-Français. et la certitude que ce n'est pas un de ces véhicules payés dont le républicain sourit. elle a. l'instant. tous LE MARQUIS SADE DE diront : le patriotisme a toujours été la ne démentons première vertu des Français. ou le diens. 'qui. citoyen représentant. sentation. je crois essentiel alors d'en hâter la repréabsolument c'est l'instant. Cet ordre est indisles langueurs des comépensable pour prévenir ne leur plaît pas. et. mais apprenons là aussi quel est le danger qu'ils nous préparent. à tous les individus. si vous trouvés bonnes. dira le royaliste. leurs insourefusent. aimons-la même eu craignons.296 cela. On a aussi aimé la patrie sous les tyrans . et vous voudriez bien en ce cas faire.. Si la lecture que je vous de vous demande la permission en faire vous soient que mes intentions plaît.

comme la fasse jouer d'autorité. » fut très flatté de ce qu'on le supposait Goupilleau et son zèle s'en capable de bien juger une tragédie de ses réponses. plaisance des radiations. le 30 octobre : « Sade a l'honneur le citoyen Goupild'assurer d'avoir la comil le supplie leau de son respect. lettre que lui écrivit celui-ci. ne déplairont qui.LE CITOYENSADE. « Il attend le jour que le citoyen Goupilleau du Siège voudra bien lui indiquer pour la lecture de Beauvais . gouvernement . être très aimables mais elles durent pour son si nous en jugeons par cette seconde protégé. l'une pour la commission chargée l'autre pour le Ministre de la Police. Per-f vous. aime autant la République en vous offrant l'hommage mettes que je termine reconnaissance. il faut que la pièce soit lue par fort aise que le lui-même. réunisse citoyen Goupilleau aussi en état d'en juger que le quelques personnes Si elle plaît. comme pas à quelqu'un et les arts. « SADE. Sade sera l'auteur chez lui. Nous n'avons aucune accrut. de se charger de ces deux pétitions. il faut que le citoyen représentant. LE POLITICIEN 297 sentant. de ma plus respectueuse « Salut et vénération. ce jour-là. qu'elle conmaisje crois que les détails tient.

en 1790. avait succédé en 1797comme directeur à Salle. patronné ex-terroriste.et fut comme bien d'autres supprimé en 1807. Théâtre-Français. Prévost LIXONTE. en 1788. était devenu d'abord acteur et décorateur. Pendant . au mois de septembre 1799. moment où il est bon de la donner passera : vos victoires la vieillissent déjàain peu.298 LE MARQUIS SADE DE Sans cela. rien ne finira. en 1787. après avoir été entrepreneur de spectacles forains et.boulevard du Temple. mais qu'on peut. 1905.» par un que l'ex-marquis. « SADE.p. en 1797. il devint Théâtre des Amusements Comiques. s'occupait ainsi de forcer la main au il sous prétexte de patriotisme. Théâtre Sans Prétention. lui attribuer. 14. Un certain Jacques-Augustin Prévost. dans une salle qui n'avait jusque-là abrité que des marionnelles . puis directeur de l'ancien Théâtre des Associés (1) auquel il avait donné le nom aussi peu ambitieux que possible de Théâtre sans prétention. Théâtre Patriotique. de faire jouer sur une essayait plus secrètement scène plus modeste une pièce qu'il s'était bien gardé de signer. fit annoncer un drame intitulé Justine ou les Malheurs (i) « Théâtre des Associés. Ce Prévost. instructeur des Enfants de géographe France. » Histoire des Théâtres de Paris. « Salut et respect. jusqu'à preuve du contraire. installé en 178/1. et le pièce patriotique.

Il n'est pas sans intérêt de savoir ce que pensait du roman l'auteur de Justine. bornée est dit-il. . 11 avait compté sans la police qui se la pièce. arrivaient difficilement oeuvres dramatiques jusde romans ou de nouqu'au public. Il avait eu le temps de les accumuler. nouvelles et tragiques d'une Idée sur héroïques précédées les Romans (1). publia. les manuscrits velles ne lui manquaient pas. quels sont les plus célèbres ? « Et quelles sont enfin les règles qu'il faut suivre pour arriver à la perfection de l'art d'écrire ? » Sur l'origine du roman sa théorie est bizarre'et : « L'homme. Voir Bibliographie.LE CITOYEN SADE. LE POLITICIEN 299 de la Vertu. Ses tiroirs en étaient 11 pleins. les Crimes de l'Amour ou le Délire des Passions. en 1800. chez le libraire Massé. singulièrement sujet à deux faiblesses qui tiennent à son exis(i) Vidée sur les Romans a été réimprimée en 1S78. L'introduction seule dans cet insipide recueil peut encore supporter la lecture. hâta d'interdire Par bonheur si ses pour le fécond écrivain. Les trois questions qu'il se pose sont celles-ci : « Pourquoi ce genre d'ouvrage porte-t-il le nom de roman? « Chez quel peuple devons-nous en chercher la source.

avec quelques mots d'anades principaux romans lyse vague et banale.par le mélange d'horreur et de volupté qui caractérise certaines de ses oeuvres. - LE MARQUIS SADE DE Partout il faut qu'il tence. pour Marmontel (1) Public en Angleterre en 1793. aimait.de Lewis. de Clèves. jusqu'à l'injustice. Benoit. le Moine avait paru en France. Dcsprez. qui « captiva et Rousseau. ppic. En revanche il se montre sévère.300 . beaucoup. etc. . les Milésiaques et modernes. Aussi celui-ci l'admirail-il . qui la caractérisent. traduit par Deschamps. plus fait pour écrire le roman (il ne nous le prouve que trop depuis dix ou quinze ans). il en a fait pour peindre les êtres il en a fait pour célébrer ceux qu'il qu'il implorait. Lamarre. l'âme et fit pleurer ». depuis antiques jusqu'à Clarisse Harlowe elauMoine (V). à bien plus de laupeut. » Suit rénumération.en 1797(chez Maradan). eii ce genre. l'amour lui-même traçait de son flambeau toutes de Julie » (c'est la première les pages brûlantes fois qu'on écrit avec un flambeau). Voltaire « Lorsque Momus dictait Candide à Voltaire. de Mlle de En parlant de la Princesse il défend les femmes de lettres Lafayette. Il loue Marivaux. se rapproche du marquis de Sade. (voilà un défenseur bien imprévu et un peu compromettant !) et il assure que « ce sexe. naturellement plus délicat. et voilà la base de tous les romans . prétendre riers que nous ». Lewis. partout il faut qu'il aime .

.LE CITOYENSADE. Si les personnages viennent que les idées « sont quelquefois contraints à raisonner ».. qu'il se laisse entraîner par son imagination et se garde surtout de s'asservir à un plan.. des aventurés dégoûtantes. tout en embellissant ce qu'il peint. nul autre compagnie mérite enfin que celui d'une prolixité. dont les seuls marchands de poivre le remercieront (1). qu'ils n'aient pas l'air de n'être que les porte-parolés de le marquis de Sade a l'auteur. par des règles qu'on peut résumer Le romancier est « l'homme de la nature ». si lu n'écris comme R. » se termine Ce traité passablement pédantesque ainsi. il lui faut une presse au chevet de son lit .. nous donner quatre volumes par mois. que ce que tout le monde sait. dans la plus mauvaise . « ce n'est qu'en travaillant ». dusses-tu. heureusement que celle-là toute seule gémira de ses terribles . On sait comment observé dit-il pour cette règle. comme lui. d'autre joug que Sans s'imposer celui de ce demi-réalisme. ne pas s'écarter du vraisemblable. un" style bas et ramproductions toujours puisées pant.. Il doit éprouver « la soif ardente de tout peindre » et. » .. (0 IL revient sur Rétif quelques pages plus loin : « On n'a jamais le droit de mal dire. quand on peut dire tout ce qu'on veut. LE POLITICIEN 301 » et pour dont il appelle les contes « des puérilités un pasRétif de la Bretonne. auquel il consacre : « R. 11 faut surtout. ce n'est pas la peine de prendre la plume. inonde le sage où se devinent ses rancunes public.

ycompris Justine. De Sade fut indigné de l'outrecuidance de ce le juger et qui ne s'injournaliste qui prétendait clinait pas. Un journaliste n'est qui dit du mal d'un littérateur s'il en dit du bien. c'est un fin qu'un folliculaire. Le romancier atrabilaire se plaignait surtout osât lui attribuer Justine : « Je te que Villeterquè r de prouver que je suisl'autei somme. 11 appartenait à cette variété d'écrivains — la plus nombreuse— qui ne supportent que la louange et qui la trouvent toujours. lorsque ils l'obtiennent. Pour par hasard à cet article irrévérencieux. 11 n'y a qu'un calomniateur qui jelte ainsi sans preuve aucune sur la des soupçons . s'écriait-il. les livres précédents de l'auteur. dans son article. son talent. avec toute l'humilité devant désirable..302 LE MARQUIS SADE DE conclure (et c'est là sa théorie préférée). que les héros criminels le soient à un tel point qu'ils n'inspirent « ni pitié ni amour ». dans lequel répondre on ne l'admirait luipas autant qu'il s'admirait chez son éditeur Massé un même.. insuffisante. il fit paraître mémoire très violent qui a pour titre : l'Auteur des Crimes de l'Amour à Villeterquè folliculaire. critique. de ce livre. L'ouvrage auquel YIdée sur les Romans servait d'introduction eut un succès des plus médiocres. en parla très peu élogieusement dans Villeterquè le Journal de Paris et rappela.

LE POLITICIEN 303 Quoi qu'il en soit. » Il l'avait en effet affirmé àplusieurs reprises (1). j'ai dit probité d'un individu.. il protestait encore avec la même indignation artificielle. . il a plu à l'exécrable auteur de Justine de me voler une situation. mais qu'il a obscênisée. de sa prison de Sainte-Pélagie.LE CITOYENSADE. mais personne n'en croyait rien et il n'en croyait rien lui-même. luxurioséc de la plus dégoûtante manière. il publiait une lettre dans laquelle il disait : « Il circule dans Paris un ouvrage infâme ayant pour litre Justine ou les Malheurs de la vertu.... » En 1802. comme nous le verrons. Malheureusement pour moi. (i) Quelque temps après la mise en vente de la première édition. et affirmé que je n'avais point fait de livres immoraux et que je n'en ferais jamais.

et où étaient complaisamment sous des noms orgies. lu et commenté dans précaution et les milieux officiels. intitulé Zoloé et ses deux acodécrites les lytes. — LES DERNIÈRES ANNÉES DU MARQUIS DE SADE. au mois de juillet 1800. qui se vendait sous le manteau. un énorme scandale. et qui. sans nom d'auteur — et pour cause — un roman à clef. dont se réjouissaient. figuraient plus répugnantes d'emprunt qui ne pouvaient tromper aucun lec- . tous ceux qu'il n'éclaboussait pas. transmis avec de main en main. Il avait paru. recherché par la curiosité avait bientôt provoqué colporté par la médisance. — DE SAINTE-PÉLAGIE A CHARENTON. au fond de l'âme. Dans ce roman.XII UN ROMAN A CLEF : ZOLOÉ ET SES DEUX ACOLYTES.

.S du arquis m de Autographe ade.

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Mme Tallien (Laureda). les principaux personnages (1). disait-il. Bonaparte? patrie. Dès les premières pages du livre l'auteur écrima chère Zoloé? Votre vait : « Qu'avez-vous. que nous parlons en historiens. Sur les limites de la quarantaine (2). Bonaparte (d'Orsec Mme Joséphine (Zoloé). sible. à votre ? Votre immortel puissance époux n'est-il pas le soleil de la patrie ?» Dans cet immortel époux. Ce n'est pas notre faute si nos tableaux sont chargés des couleurs de l'immoralité. Puisse celui-ci en produire de meilleurs et prêter à nos pinceaux les charmes de la vertu. La fortune n'a-t-elle pas assez souri à vos voeux ? Que manque-t-il à votre gloire. mais d'une ressemblance peine ébauchés parfaite : « Zoloé a l'Amérique pour origine. 20 . (Sabar. » (2) Joséphine ôlail née le 24 mai 1703. elle n'en a pas moins la (i) L'auteur essayait très inutilement de donner le change en reculant son sujet de dix ou quinze ans : « Qu'on se rappelle. teur. des portraits et la minutie des L'exactitude sans erreur posdétails permettaient d'identifier. Nous avons peint les hommes d'un siècle qui n'est plus.A UN ROMAN CLEF 305 — anagramme de Corse). qui n'aurait reconnu. dans ce soleil de la en 1800. front sourcilleux n'annonce que la triste mélancolie. Et pouvait-on songer à d'autres femmes qu'à Joséen lisant ces portraits à phine et Mme Tallien. Barras encore un Visconti (Volsangé). de la perfidie et'de l'intrigue. anagramme). etc.

ils jurèrent tous de ne pas et Zoloé. De put consentir cotte union sont nés un fils et une fille. qui engloutirait « Elle n'a jamais été belle. ne être malheureux. le revenu de dix provinces.. Loin de se disperser avec le comte de Barmont par son mariage (le comte de Beauharnais). hypocrite mée. Fille d'un comte de nouvelle date. près de Madrid.. la sensible Zoloé. Cadix ». le sénateur D. un luxe effréné.. . » étaient mis en scène. mais extrêmement riche. Mme Tallien était née le 3i juillet 1773 à Saint-Pierre de Caravenchel de Arriba.avec D'autres personnages des rôles plus épisodiques. à leur faire violer leur serment. pourri (i) Fille de François Cabarrus (plus lard anobli) et de Marie-Antoinette Galaberl. une joint l'ardeur avidité d'usurier pour l'argent. La duchesse d'Abrantès assure qu'elle « était à douze ans la plus ravissante de toutes l'es jeunes filles de . A un ton prétention une dissimulation consominsinuant. Sa fortune lui permet de satisfaire tous ses goûts. elle la plus vive pour les plaisirs. qu'elle dissipe avec la promptitude d'un joueur. « Laureda justifie l'opinion que l'on a conçue de la nation espagnole (1) : elle est tout feu et tout amour. à tout ce qui peut séduire et captiver. mais à quinze ans à son déjà raffinée avait attaché sa-Coquetterie char un essaim d'adorateurs.306 LE MARQUIS SADE DE de plaire comme à vingt-cinq. aujourd'hui attachés à la fortune de leur illustre beau-père.

. dés dans cet équipage... dit-il. « Comme ce spectacle paraissait m'affecter. impurs.. yeux qu'il roulait pleins de vin... Je m'imagine affaire d'honneur avait envoyé le que quelque dans l'autre monde et qu'on allait le personnage remettre à sa famille pour en disposer. me firent bientôt connaître la cause de l'état où je trouvais un des représentants de la France.UN ROMAN CLEF A 307 et le représentant du de vices. l'un des porteurs me dit : Vous êtes bien bon de plaindre le citoyen C. Cinq fois par décade notre ministère lui est nécessaire. je rencontre une esdeux forts qui portaient sur un brancard pèce d'homme couché et enveloppé de la tête aux d'abord pieds dans un manteau bleu. Je demande avec un air d'intérêt. . des gestes d'insensé. Que diable voulezvous qu'il fasse ? C'est aujourd'hui un cnlrejM'c(1) Les véritables noms sont difficiles à trouver pour nous. le joueur S.. des paroles sans des restes suite. de quoi à l'un des porteurs. que le libelliste nous représente de ses fonctions : dans l'exercice « En traversant le Carrousel. vous me répondit-il. (1). car c'était lui-même qu'on promenait Sa figure couperosée. et dont ses habits qui sortaient étaient tout dégouttants. peuple C. Le brancard s'arrête à la maison du citoyen C. il s'agissait : iSuivez-nous.. de sa bouche. mais ils ne l'étaient pas pour des-contemporains.. en jugerez..

Le 5 mars 1801. d'ignorer Zoloé et ses deux acolytes. le trahissaient. en Son arrestation voulant étouffer le scandale. . qu'on peut parler affaire. » dont Quel était l'auteur de ce roman-pamphlet. préoccuper que de Juliette une réimpression (1). fut décidée . et il n'en avaler. sur papier de luxe. chef de bureau ou tel autre avec lequel il a quelque chez un traiteur.308 LE MARQUIS SADE DE une autre fois un neur. presque ouvertement. « Il n'y a que la première bouteille qui coûte à la suivent. imprimés des exemplaires de ceux velin. au public. les détails obscènes.. avaient été envoyés à quelques-uns qui y figuraient ? Presque tout le monde désigna le marquis de Sade. (i) Voir le rapport du préfet de police Dubois (i3 septembre i8o3). La police feignit donc déjà que trop connu.. Trente et quarante faut pas moins du tiers pour mettre l'officieux C. mais il importait. denepas l'augmenter. intérêt à démêler qui l'entraîne Ce n'est que là. Bertrandet. et le style. cilé plus loin. par et de ne pas signaler davantage un livre qui n'était une répression maladroite. en vérité. et de ne se dont on annonçait. de Sade fut arrêté chez son édià qui il devait ce jour-là remetteur. On le savait très capable de l'avoir écrit. demain un fournisseur. en belle humeur.

Le gouvernement. l'avait chargé de copier l'ouvrage. mais on ne leur laissait que les accusés de ou l'acquitdroit commun. assura qu'il vil de Sade au Temple et en i8o3. procédait qu'il jugeait gêner. continuaient à juger et les avocats à plaider . et on n'en entendait plus parler. Dans ses Souvenirs et Portraits de la Révolulion (2). nels. sans rasser. par voie administrative. Les juges. d'exemplaires le marquis déclare Interrogé. Charles Nodier raconte qu'emprisonné en 1802 à Sainte-Pélagie (3) il eut l'occasion d'y voir (i) Un manuscrit qui devait contenir quelques parties ajoutées ou remaniées: (2) Publiés pour la première fois en 1826. le marquis Pélagie. parfois même des innocents. Ce manuscrit d'un assez grand nombre on s'empara également des anciennes éditions. à cette théorie. qui a ses avanConformément de Sade fut enfermé à Saintetages. à cette époque. dont les livres sont pleins d'erreurs. . dont la condamnation tement n'intéressait en rien le salut de l'Etat. le 5 mars i 801. Des crimiéclat.UN ROMANA CLEF 309 fut saisi et tre son manuscrit (1). et le plus rapidement possible. Il se trompe. qu'il n'était pas mais que le véritable auteur l'auteur de Juliette. pour éviter de l'opinion publique qui aurait pu le l'intervention volontiers inutile. (3) Charles Nodier. disparaissaient ainsi un beau matin.et à l'égard de ceux dont il avait besoin de se débarsans bruit.

poli jusqu'à affable jusqu'à l'oncl'obséquiosité. Je me souviens qu'il était . Ce de Sade est le prototype des victimes exlrajudiciaires de la haute police dû Consulat et de l'Empire.. ses mouvements dont on déployer un reste de grâce et d'élégance. suivant c'est en 1S02 qu'il le vit et à Sainte-Pélagie.. Je ne d'abord en lui qu'une obésité énorme remarquai de pour l'empêcher qui gênait. qui se disposait ces messieurs (de ces messieurs les détenus).. Cet embonpoint. En réalité. depuis le mot charmant qu'on l'y avait déposé. se leva de bonne heure parce qu'il allait être transféré (à Bicêtre) et qu'il en était prévenu. où il avait été emprisonné lui-même quelque temps pour son ode satirique. Dans un autre passage de ses Souvenirs il dit du marquis : « Ce n'était pas un conspirateur et personne ne pouvait l'accuser d'avoir pris part aux affaires publiques (Nodier a dû ignorer l'existence du roman de Zoloé).310 LE MARQUIS SADE DE le 27 avril. et qu'il parlait respectueusement » qu'on respecte. des traces dans l'ensemble dé ses maretrouvait nières et de son langage. de tout ce tion. Ses yeux fatigués conservaient cependant je ne sais quoi de brillant et de temps à autre comme de fin qui s'y ranimait ne fit que passer sous une étincelle. semblerait prouver que de Sade ne s'était pas trop mal trouvé de sa nouvelle prison. Le prisonnier seulement mes yeux. l'auteur à en partir. dit-il. » .. la Napoléone. après un an de captivité. le lendemain de son arrivée.'. « Un do de Justine.

riens. Abrial. Bicêtre qu'on avait appelé. je souffre et ne dis mot.qui pourtant n'émana jamais de moi. etc. comme prévenu d'avoir fait le livre de Justine. C'est pour répondre à ses récriminations et à ses plaintes qu'on l'envoya à Bicêtre. reprises tion croissante. ils offraient le triste spectacle des plus infirmités. la Bastille était. . les méchants. jeunes tal-prison.. il n'avait pas cessé de se A plusieurs et avec une irritaplaindre. nistre de la Justice. fous furieux. honnêtes malades ou bien Les malades surtout y abondaient. un hôpipeuplé de trois mille individus. gâteux.UN ROMAN CLEF A 311 du préfet Dubois (1). » moyens possibles. de mon silence et de ma désespérés cherchent à me nuire par tous les résignation. ou vieux. comptant chaque mais lorsque jour sur la justice du gouvernement. il avait réclamé sa mise en liberté en affirmant devant Dieu et devant les hommes — — les serments ne lui coûtaient guère qu'il n'était de cette Justine pas l'auteur [2) pour laquelle il se croyait frappé : « Détenu dépuis neuf mois à écrivait-il le 26 décembre 1801 au MiPélagie. Paraportants. épileptiques. en 1801. ou criminels. (2) Chaque fois que de Sade désavoue Justine il sous-entcnd Juliette. je les démasque. sous l'ancien régime. vénélytiques. les deux romans pour lui n'en faisant qu'un. répugnantes (i) Voir son rapport du i3 septembre i8o3. de la canaille.

professeur à ses élèves. signé le 26 avril 1803 et à Charenton(2). et je me promenais avec eux dans l'établissement. tive. j'allais quelquefois à l'hôpital de Bicêtre. où deux de mes amis étaient internes. On a raconté qu'il passait une partie de son temps. mais le Grand Juge Régnier) une nouvelle lettre pour protester de son innocence : « C'est à vous seul. (2) De Bicêtre il avait envoyé (le 20 mai 1802)au ministre de la Justice (ce n'était plus Abrial. » Extrait d'une lettre de A'ictoricn Sardou au docteur Cabanes.-'. c'était le traiter comme un fou. le transféra (i) « En i855.. LE MARQUIS SADE où se donLoger de Sade dans cet hôpital. dans ce milieu d'imtrès propre à cet enseignement.312 DE . qui avait connu le marquis lors de sa détention. puis la trempait dans la bourbe du. il prenait chaque rose l'une après. il en profitait pour se faire. l'autre. à traîner dans la boue des ruisseaux roses qu'il achetait fort cher (1). nous contait que l'une de ses distractions était de se faire apporter de pleines corbeilles de roses. lui disait-il. On fut obligé de l'enlever un peu trop. près d'un ruisseau fangeux qui traversait la cour. et un que ses leçons intéressaient ordre du préfet de police. exécuté le lendemain. les plus belles et les plus chères que l'on put découvrir dans les environs.. à des Bicêtre. en éclatant do rire. moralité. Quelques-uns de ses actes ne démentaient pas cette opinion. qu'il appartient de faire exécuter les lois et d'écarter loin d'elles l'arbitraire . la flairait voluptueusement.ruisseau et la jetait au loin. toutes les variétés d'aliénanaient rendez-vous tion. à titre de malade. souillée cl puanle. publiée dans la Chronique Médicale du i5 décembre 1902. d'une liberté relaJouissant. la contemplait. Un vieux jardinier. Assis sur un tabouret.

.mon jugement. Paris. Quelle est donc celle arbitraire partialité qui brise les fers du coupable pour en écraser l'innocent ! Est-ce pour en arriver là que nous venons de sacrifier pendant deux ans nos vies cl nos fortunes?. un dérangement d'es^des gens à qui on attribuait le gouparce qu'ils attaquaient prit simplement vernement ou le gênaient. c'est-à-dire espèce particulière..UN ROMANA CLEF Il existait à celte 313 des aliénés d'une époque des fous d'Etat. je vous le jure au nom de ce que j'ai de plus sacré !.. par devant et par derrière. comme Esope. Je suis ou non l'auteur du livre qu'on m'impule. je veux subir. avait composé contre Napoléon ainsi : une chanson satirique qui se terminait Oui le grand Napoléon Est un grand caméléon. publiées par Mme Edgar Quinet. mentionnent de ces prétendus fous et les quatre peines dont on les frappa pour leur rendre la raison.. Ce n'est pas une raison parce qu'un homme est bossu et couche sur un hamac pour l'enfermer à Charenlon. » (i) Il n'était pas fou mais il avait des idées bizarres : « Bossu. » Bibliographie Moderne. mes malheurs et les lois me le donnent. Si l'on peut m'en convaincre. je veux cire libre. Les Notes historiques de Marc-Antoine Baudot.. Le poète Désorgues. On m'accuse d'être l'auteur du livre infâme de Justine : l'accusation est fausse. qui se disait ou se croyait républicain (1). il avait rempli sa chambre de magots chinois et couchait sur un hamac. 181C.. dans le cas contraire. J'ai le droit de parler ainsi. ancien député à l'Assemblée législative. Oii affecta de voir dans celte appréciation une odieux qui les mine et qui les atténue. . Je veux être libre ou jugé.

traire. mais enfin il n'était pas fou. devint chapelain de l'empereur. une cervelle de folie. C'était. « Celui-ci. mais la composition dans la ouvrages exigeait beaucoup de recherches (i) Il rentra plus tard en grâce. « Il y avait là germes mais pas de dépravation. est l'auteur de plusieurs ouet d'une d'une monstrueuse obscénité vrages un sans contredit. il fallait le faire juger sur ses oeuvres. rut en 1808. . Après avoir signalé ces trois victimes de l'arbila moins Baudot arrive à la quatrième. déraisonnable. de Laage.314 LE MARQUIS SADE DE de détraquement cérébral et le marque infaillible où il mouchansonnier fut expédié à Charenton. dit-il. suspect et un vaincu parut une chose tout à fait et de Laage fut enfermé à Bicêtre. par l'entremise du cardinal Fesch. et. pendant tout le cours de son procès. un pareil travail supposait même do ses bien ordonnée. en 1S0J. en iSoG. s'était signalé par son zèle pour lui. l'abbé Fournier. C'est aussi à Bicêtre qu'on avait enfermé. de Sade : intéressante. coupable d'avoir prêché des sermons qui ne plaisaient pas au premier consul.évoque de Montpellier. Un ami du général Moreau. 11 ne recouvra sa liberté qu'en 1804 (1). homme pervers en théorie. morale diabolique. 11 n'en sortit qu'au bout de deux ans. Cette sympathie persistante pour un .

le 15 juin 1797. sans Ce genre d'investigations doute. était nommé médecin en chef. Déguise. avait été supprimé en 1795 avec le titre d'hôet. nommé régisseur général. la concession provisoire de certains immeubles.A UN ROMAN CLEF 315 et avait littérature ancienne et moderne. Dumoutier. mais il fallait une raison et du raisonnement pour l'exécuter . Le couvent de Charenton où le marquis de Sade venait d'être admis^ raisonnable' ou fou. chirurgien^ et M. . sur la demande de sa famille. L'année suivante. La location de ces immeubles permit dé restaurer les bâtiments et de-créer un quartier spécial pour les femmes. pour but dé démontrer dépravations que les grandes avaient été autorisées par les Grecs et lès Romains. M. parmi lesquels ce qui restait des Thermes de Julien. Simon de Coulmier ou Decoulmicr —il préférait (1) Quelque temps après. l'hôpital de Charenton recouvrait ses anciennes propriétés et on lui accordait. M. Gastaldi. économe-surveillant. de Coulmier. n'était pas moral... à titre d'indemnité. par le Directoire qui l'avait placé de l'Intérieur sous la dépendance du ministère cette chargé de faire les règlements qu'exigeait transformation (1). pital de la Charité. A la même époque. la direction avait été confiée à M. il fallait une raison droite pour faire ces recherches qu'il met en action sous forme de romans et qui établit sur des faits une » sorte de doctrine et de système. réorganisé.

dans son petit royaume d'autre d'autre influence de Charenton. nommé que malgré lui et après une lutte acharnée. Il préconisait les spectacles. Lorsque le médecin Gastaldi rut. De Coulmier avait sur le traitement des aliénés des théories qui sont un peu celles d'aujourd'hui. comme bien d'autres. . toujours empressé. enl805. la danse et même les feux d'artifices. mouque la sienne. sement (i) Royer-Collard fut nommé médecin en chef de Charenton en janvier 1806.il essaya d'obtenir qu'on ne lui donnât et Royer-Collard (1) ne fut pas de successeur. Un fou à demi raisonnable. et de ses chefs.316 LE MARQUIS DE SADE le premier de ces noms au second — ancien abbé de Notre-Dame d'Abbecourt régulier (ordre des avait siégé aux Etats Généraux comme Prémontrés) du clergé delà vicomte de Paris. Il se considérait comme un excellent administrateur et n'admettait pas. très servile à l'égard assez à faire peser sur ses subordonnés une autorité plus brouillonne et naïvement vaniteuse que despotique. 11 devait trouver dans le marquis de Sade un collaborateur précieux. Villiaume. C'était député un homme fort habile. à se mettre du côté du manche. aimait qui. qui vécut a tracé de cet établisquelque temps à Charenton « Des un tableau des plus engageants. volonté.

(a) Archives de la Maison de Charenton. des damiers. une nourriture saine et abondante . 1818. p. officier de paix. voilà ce que Charenton offre à ses malades.. des chauffeurs. Ordre du préfet de police du 6 floréal an II (28 avril t8o3). Le préfet de police avait confié au citoyen Bouchon.UN ROMAN CLEF A 317 bien secours à toute heure. » on devait y être beaucoup mieux Assurément qu'à Vincennes ou à la Bastille. une bibliothèque. nerie (1).. un immense d'où l'on jardin élevé en forme d'amphithéâtre. une grande quantité d'infirmiers et d'infirmières. un salon décemment meublé . une distribution ordonnée dans les diverses classés de maladies . sur lesquels l'administration exerce une surveillance sévère . découvre un site charmant et un vaste horizon . comme à de Coulmier de le préfet. 5o. des corridors parfaitement éclairés et aérés. établies par de cupides spéculateurs et dirigées. . et ce qu'on ne trouve pas dans les maisons particulières de santé. trictracs. des chambres proprement tenues . avec dureté et parla plus sordide lésila plupart. dit-il. jeux de cartes ou d'échecs pour se récréer . Villiaume sommeillant à Charenton. Paris. la mission de l'y conduire (2) et sa famille. Le marquis de Sade était entré dans cette maison modèle le 27 avril 1803. avaient recommandé (i) M.

portance des plus compropour les cacher ou les détruire. Note (3o floréal) an II.ooo livres. le 5 juin 1807. lence des procédés dont usait à son égard M. perquisitions devaient avoir lieu quelques annéesplustard. Dans une lettre du 20 juildirecteur let 1803. chef de division à la préfecture de police. La police attachait avec raison une grande imaux papiers du marquis. On s'empara. cer (1) ». Le prix de la pension. payé par la famille. De nouvelles mettants. le régime imposé à de Sade fût très Quoique doux et qu'on affectât de le traiter non pas comme un prisonnier. il n'avait en guerre ouverte avec le pas tardé à entrer de l'hôpital.Au Coulmier reste. le direcquer avec personne. Bouchcsèchc. teur s'était empressé de tirer parti de ces craintes et de demander pour son nouveau pensionnaire « un prix proportionné aux soins que l'on doit donner et à la.-B. vous avec moi vous pas que votre conduite n'ignorez (i) Archives de la Maison de Charenton. de et terminait ainsi : «. mais comme un malade. le 1er mai 1804. deux mois à peine après son arrivée à il se plaignait avec une extrême vioCharenton. .318 veiller LE MARQUIS SADE DE à ce qu'il ne pût pas s'évader ni communiEn homme avisé. 20 mai iSo3) de J. fut fixé à 3.vigilence (sic) qu'il faut exer. qui représenteraient aujourd'hui à peu près le double.

Et.. 1837. l'Empire dut faire naître en eux bien des espérances. de Sade le pîu'e. 11 en éprouva autant de surprise que d'indignation (1). On jugera combien il m'a fallu de patience avec lui.par les ministres.UN ROMAN CLEF A ravale 319 au rang des plus vils laquais. .» :-. prend connaissance.Paris. que justifiaient d'ailleurs cesquatre articles du 28 floréal an du sénatus-consulte organique XII (18 mai I8O/1) : « Une commission de sept membres nommés par le Sénat et choisis dans son sein. En marge de cctle lettre de Coulmier a écrit : « Correspondance avec M. qui avaient sort. Avec des malades tranquilles et résignés à leur des fous. lorsque les personnes traduites devant les tribunaux dans les dix jours de leur arrestation . cette commission est appelée de la liberté individuelle commission^ sénatoriale (i) Catalogue d'unecollectiond'autographes'vendus te 26 mars 1887. à l'article /16 de la constitutuées conformément arrêtées n'ont pas été tion.donnée. vivaient à Charenton la manie de la persécution. Ils s'intéressaient égaleLa création de ment aux événements politiques.-. et des détenus qui aspiraient à être libres. » C'était la première fois sans doute qu'on traitait de laquais aussi important un personnage que M. Charavay. de Coulmier. sur la communication qui lui en est des arrestations effec.

.320 Toutes LE MARQUIS. et par voie de parents. recourir directement. la personne détenue n'est pas mise en liberté. ou renvoyée devant la commission demande les tribunaux ordinaires. elle invite le ministre l'arrestation à faire qui a ordonné ou à la mettre en liberté la personne détenue. velées dans l'espace d'un mois. ordinaires.DE SADE arrêtées et non mises en les personnes jugement après les dix jours de leur arrestation. leurs ou leurs représentants. peuvent par elles. n'avait commencé à fonctionner La commission à peine. à la commission sénatoriale individuelle.. de la liberté pétition. la déclaration -président « 11 y a de fortes présomptions suivante: que N. » est détenu arbitrairement. que depuis quelques jours. Lorsque la commission estime que la détention au delà des dix jours de l'arrestation prolongée n'est pas justifiée par l'intérêt de l'Etat. renvoyer devant les tribunaux renouSi après trois invitations consécutives. s'il y a lieu. une assemblée du Sénat qui est convoquée par le et qui rend. elle existait lorsqu'elle reçut cette pétition : .

on n'a cessé. « M'efforçant à trouver la cause d'un acte aussi enfin dans une affreuse arbitraire. constant et opinions : furieux de mon attachement soutenu tant à ma patrie qu'à ceux qui la gouvernent. De là l'époque de mes malheurs. « Il y a quarante mois que je gémis dans les fers les plus injustes et les plus cruels. A. de me retenir sans jamais vouloir me laisser juger. je l'aperçois coalition de parents dont je n'ai jamais voulu parni les ni les démarches. depuis dans différentes prisons époque. « Soupçonné. « Sénateurs. tager. De là 21 . profité du faible instant de crédit offert par leur rentrée en France pour perdre celui des leurs qui n'avait pas voulu les suivre. seule chose était la "seule qui pût que je désirasse. désolés de l'ordre que je voulais mettre à à mes affaires en satisfaisant tous mes créanciers à la ruine desquels ces malhonnêtes gens ils ont adroitement gagnaient. SADE. homme de lettres. S. d'être l'auteur d'un livre immoral que je vous proteste cette n'avoir jamais fait.A UN ROMAN CLEF 321 D. en Révolution. depuis le 15 ventôse an IX. aux membres de la Commission sénatoriale de la Liberté individuelle. puisqu'elle faire éclater mon innocence.

de ce moment. avaient lu sa Juspour arbitres tine. « Son Excellence le sénateur ministre de la police (i) Cette pétition a été publiée pour la première fois par M.. de ce moment je vous implore.. » Les mains sacrées du génie. n° du 20 octobre 190a. se montrèrent pas aussi secourables pour lui que de Sade. de la justice et de la raison (ce qui était beaucoup même en 180/i) ne pour des mains de sénateurs.. si malheureuse. Sans doute l'avait espéré le marquis beaucoup de ces illustres vieillards.unnouvelordrede les juges et les arbitres de ma destinée . delà sagesse. de la sagesse.s. sous forme de note. la pétition ne fut pas tout à fait inuCependant. le 13 septembre ISO/i. . tile. « Ce 1er messidor an Ier de l'Empire (20 juin 180/j (1). mensongères inculpâtion. Il y eut probablement une enquête. choses vous rend tcSénateurs.. Henry Lecomte dans l'Intermédiaire des Chercheurs cl. puisque cette destinée. qu'il prenait de sa destinée. ce rapport qu'avait réclamé Fouché et qui précise et complète certains détails donnés au début de ce chapitre. Dubois rédigea.322 leurs LE MARQUIS E SADE D et mes chaînes. se trouve maintenant confiée aux mains sacrées du génie. des Curieux. je suis tranquille. de la justice et de la raison.

me demande un rapport sur le nommé Sade. La liberté fut promise à l'éditeur. (2) Le 5 mars 1801. ex-marquis connu . mais était imprimé et il s'agissait de découl'ouvrage vrir l'édition. Je le fis arrêter le 15 du même mois (2). Lasaisiedu manuscrit était importante . . de l'infâme roman de Justine. « L'auteur et l'éditeur furent amenés à ma préfecture. que le copiste et non l'auteur. chez le libraire-éditeur de cet ouvrage.j'avais été informé que le nommé Sade. « Celui-ci conduisit nos agents dans un lieu inhabité que lui seul connaissait.UN ROMAN CLEF A 323 générale de l'empire. « Dans lespremiersjours de ventôse anIX. . dans son interrogatoire. Il convint même qu'il avait été payé pour le copier. détenu à Charenton. pour être l'auteur se proposait de publier (1) un ouvrage plus affreux encore sous le titre de Juliette. où je savais qu'il devait se trouver muni de son manuscrit. s'il livrait les exemplaires imprimés. par sa note du 7 de ce mois. reconnut son mais il déclara qu'il n'était manuscrit. et ils en enlevèrent une quantité assez considérable d'exemplaires pour que l'on pût croire que c'était l'édition entière. (i) C'esl-â-dire de réimprimer. mais il ne pût faire connaître les personnes de qui il tenait les originaux. « Sade.

de prendre. pour le punir administrativement. conférences Après diverses que j'eus avec Son Excellence. pour aviser. On ne pouvait douter qu'il n'en fût l'auteur. et en moyens qu'il serait convenable référer aux consuls. moyennant un salaire. lui dont le cabinet était tapissé de les principales obscégrands tableaux représentant nités du roman de Justine. le plaire.324 LE MARQUIS SADE DE « Il eût été difficile de croire qu'un homme qui eût pu jouissait d'une fortune assez considérable devenir copiste d'ouvrages aussi affreux. Son Excellence le ministre de lajustice me demanda les pièces relaaux tives à cette affaire. je le fis déposer 12 germinal (2) de la même année. desquelles il résulta qu'une poursuite causerait un éclat scandaleux judiciaire qui ne serait point racheté par une punition assez exemà Sainte-Pélagie. « Au mois de floréal suivant. « Le 23 ventôse de rendre (1) j'eus l'honneur à Son Excellence le compte de toute l'opération ministre de la police générale et de lui demander quelle marche j'avais à suivre pour parvenir à la punition d'un homme aussi profondément pervers. s'il y avait lieu. . m'écrivait-il. (2) 2 avril 1801. à «J'eus l'honneur de rendre compte verbalement (i) Le i3 mars.

« Les plaintes qui me parvinrent alors me forcèà Bicêtre. « Sade y serait encore.. fut d'avis nullement proportionnées dans la maiqu'il fallait l'oublier pour longtemps son de Sainte-Pélagie. « J'estime qu'il y a lieu de le laisser à Charenton. . lui être appliAraincu que les peines qui pourraient et insuffisantes. j'ordonnai qu'il serait transféré eut lieu le 7 floréal et son transfèrement renton. s'il n'eût pas employé tous les moyens qui lui suggère son imagination et corrompre les jeunes pour séduire dépravée circonstances faisaient gens que de malheureuses et que le hasard faisait enfermer à Sainte-Pélagie placer dans le même corridor que lui. rent de le faire transférer « Cet homme incorrigible était dans un état perA la sollicitation de pétuel de démence libertine. (i) 27 mai 1801.... quées par un tribunal" seraient à son délit. continuellement toutes les craintes et il justifie par sa conduite ennemi de toute que peut donner son caractère soumission. connaissant déjà tous les délits et conque Sade avait commis avant la révolution. an XI (1). « Depuis qu'il est dans cette maison il s'y montre en opposition avec le directeur. à Chasa famille.UN ROMAN CLEF A 325' Son Excellence qui.

t. il avait été obligé. Il laissait inachevé un ouvrage qui n'est pas sans mérite. il allait. Rentré en France en 179'!. honneur. il est (i) Bévue Rétrospective. Sous-lieutenant du régiment d'Isembourg. arrondissement duqualrième « DUBOIS (1). bataille. est écrit : Approuvé. » Quatre ans plus tard. en et roi. rejoindre son corps lorsqu'il fut assassiné par des brigands. protecteur au Conseil d'État. préfet de la police générale. » sa commission des pétitions « Sire. (2) Louis-MariedeSadc. reste. Il venait en 1808 de reprendre du service et s'était déjà distingue sur plus d'un champ de.Lieutenant au régiment de Soubise en 17G3. h cause de la ruine"de sa famille. le marquis de Sade « à Sa Majesté l'Empereur s'adressait directement de la confédération du Rhin. p. I. de laquelle il voit pour aux armées distingue vingt ans dans trois tives. la vie du monde père de famille dans le sein sa consolation un fils qui se (2). En marge de ce rapport. d'exercer la profession de graveur. 258. dans une supplique qui porte la date du 17 juin 1808. elle désire'qu'il " de police. . Histoire de la Nation française. chargé «. « Le sieur de Sade.326 DE LE MARQUIS SADE et où. avait émigré pendant la Révolution il cl servi dansle corps de Condc. i833. traîne depuis près de différentes prisons consécula plus malheureuse .Le conseiller d'Étal. né en 1767. pour son où sa famille paie sa pension. en 1809.

accabléde gouttes et de rhumatismes dans la poitrine et dans l'esto^ mac qui lui font souffrir d'horribles douleurs . C'était de s'y rendre Il remplissait impossible. » sans Cet incorrigible solliciteur avait trouvé. l'hôpital de ses colères furibondes. de Coulmier. se montra de moins bonne tl crut qu'il était de son devoir d'avertir composition. qui n'osait et crapuleux sur ses plus lui résister. des certificats de médecins de la maison de Charenton. objet de scandale. « Avec le plus profond respect.UN ROMAN CLEF A 325! septuagénaire.presque aveugle. et il lui écrivit. théoricien du vice depuis que la prail était pour tousun tique lui devenait impossible. Il abusait sans cesse de l'indulgence et de la patience de M. Il ose se dire de Sa Majesté. en proet l'autorisent testant qu'on n'aura jamais lieu de se repentir dé la lui avoir donnée. oùil est maintenant. attestent la vérité de ces faits à réclamer enfin sa liberté. le . très obéissant serviteur et sujet. « DE SADE. le très humble. Fouché. s'en douter. M. mais le médecinen chef Royer-Collard. le ministre de la police. le meilleur moyen d'obtenir qu'on 1e laissât sortit de Charenton. de Coulmier s'y résignait. « Sire. Cynique vieux jours.

Cet homme n'est pas aliéné. faut que l'individu qui en est atteint soit soumis à la séquestration la plus sévère. soit pour mettre les autres à l'abri de ses fureurs. à Son Excellence Monseigneur de l'Empire. « Le-Médecin en chef de l'hospice de Charenton le Sénateur. « J'ai l'honneur de votre de recourir à l'autorité essentielExcellence pour un objet qui intéresse lement mes fonctions ainsi que le bon ordre de la maison dont le service médical m'est confié. Son seul délire est celui du vice. « Il existe à Charenton un homme que son rendu audacieuse immoralité a malheureusement dans cet hospice trop célèbre. soit pour l'isoler exalter lui-même de tous les objets qui pourraient . 2 août 1S08. et ce n'est point dans une maison consacrée au traitement médical de l'aliénation Il que cette espèce de délire peut être réprimé.328 DE LE MARQUIS SADE le docu2 août 1808. de la police générale Ministre « MONSEIGNEUR. et dont la présence entraîne les inconvénients les plus graves : je veux parler de l'auteur de l'infâme roman de Justine. cette lettre qui constitue ment le plus complet que nous ayons sur le séjour : du marquis à Charenton « Paris.

dis11 est le tribue les rôles et préside aux répétitions. Or. plit ni l'une ni l'autre M. Il avec un assez grand nombre peut communiquer de personnes des deux sexes.UN ROMAN CLEF A 359 sa hideuse passion. et il 11 a la faculté de se promener on souvent des malades auxquels y rencontre accorde la même faveur. dans le cas dont il s'agit. représentations à sa disposition. dans le parc. et aux funestes effets qu'un appareil sans réfléchir devait nécessairement aussi tumultueux produire M. . de Sade est le directeur sur leur imagination. nombre de billets d'entrée et. Enfin le bruit général dans la maison est qu'il vit avec une femme qui passe pour sa fille. Il prêche son horrible : il prête des livres à doctrine à quelques-uns d'autres. de Sade y jouit d'une liberté trop grande. ou aller les visiter dans leurs chambres respectives. la maison ou entretenir de Charenton. encore malades ou à peine convalescentes. maître de déclamation des acteurs et des actrices. sous prétexte de faire jouer la comédie par les aliénés. de ce théâtre. ne remde ces deux conditions. et les forme au grand art de la scène. C'est lui qui indique les pièces. Le jour des il a toujours un certain publiques.On a eu l'imprudence de former un théâtre dans cette maison. les recevoir chez lui. « Ce n'est pas tout encore. il fait en partie les placé au milieu des assistants.

et la seule idée de sa présence corruption la maison n'est-elle pas suffisante pour ébranler de ceux même qui ne le voient pas? l'imagination « J'espère ces trouvera que Votre Excellence motifs assez puissants pour ordonner qu'il soit à M. quelle idée se formerait-on établissement où l'on tolère d'aussi étranges abus ? Gomment veut-on d'ailleurs que la partie morale se concilier du traitement de l'aliénation puisse avec eux ? Les malades qui sont en communication avec cet homme abominable ne reçoijournalière de sa profonde vent-ils pas sans cesse l'impression dans . une pièce allégorique en son honneur. MARQUIS SADE DE delà salle.330 honneurs LE. je pense. ou au moins couplets à sa louange-. ne demande point: qu'on le renvoie . le Directeur. Je. le scandale d'une pareille existence et de lui représenter de toute les dangers Si ces détails étaient espèce qui y sont attachés. 11 est même auteur dans les occasions : à la fête de M. de faire sentir à Votre Excellence. grandes il a toujours soin de composer ou par exemple. d'un connus du public. quelques Il n'est pas nécessaire. en de le laisser çlle la défense communiquer aucune manière avec les personnes de la maison . de Sade un autre lieu de réclusion assigné En vain renouvelleraitque l'hospice de Charenton. cette défense ne serait pas mieux exécutée que et les mêmes abus auraient toujours par dépassé à Bilieu.

avertie aussitôt. dans la tégés. le communiquée le 11 novembre 1808. I. qui. précautions « J'ai l'honneur d'être. qui étaient mêlées à toutes les choses de la politique. ~ cêtre.Ge billet ne porte pas de date. avec un profond respect. » • Cette lettre. se laissait influencer par des sollicitations aristocratiques. au préfet de police. qu'il fût pour elle. où il avait été précédemment placé.-UN ROMANA CLEF 33Ï. comme leprouve Revue Rétrospective. le très humMonseigneur. ble et très obéissant serviteur.p-S263:. . mais à Votrede représenter je ne puis m'empêeher Excellence maison de sûreté ou un . « ROYER-COLLARD. de Votre Excellence. quelque avantageux. Elle fit agir auprès de Fouçhé. mais la fert du marquis réussit à retarder l'exéfamille. cution de cet. au château de Ham. ordre. On lui dépêcha une de ces grandes dames.châqu'une lui conviendrait mieux qu'uni teaù-fort beaucoup consacré au traitement des malades établissement la plus assidue et les qui exige la surveillance morales les plus délicates. et elle n'alla pas le voir sans profit pour ses proce billet reproduit. terroriste et jacobin facilement repentant repu.. le transdécida à ordonner. (i) T.

de Sade demande qu'il reste à Charenton. où il est depuis huit ans. qui tenait si peu à lui. Chaque fois qu'elle a l'honneur de le voir elle a une raison de plus d'ajouter à sa reconnaissance. la dette ne fera qu'augmenter. mais certes ce n'est pas en restant qu'il (de Sade) s'acquittera.. « Mme de Talaru joint à la pétition un certificat de médecin qui prouve que l'état de M. de Sade.. Menacé de le perdre. . les pétitions dont elle a eu l'honneur de lui parler ce matin. où il reçoit des soins que sa santé exige : ses supérieurs sont parfaitement contents de sa conduite. veuille bien donner les ordres les plus prompts à Chapour que M. de Sade reste indéfiniment renton. de Coulmier ne restait pas inàctif. « La première afin qu'il pour M. » De son côté. il écrivit lui aussi à Fouché (1) : (i) Il avait déjà écrit à Dubois qui sur une de ses lettres a mis cette note : « Lui dire de s'adresser directement au Ministre. » En effet les raisons invoquées par de Coulmier sont absurdes. « Elle a l'honneur de remercier de nouveau Son Excellence d'avoir bien voulu la recevoir ce matin. M. Pour des raisons que nous exposerons tout à l'heure. il tenait à son pensionnaire.332 LE MARQUIS SADE DE « Mme Delphine de Talaru a l'honneur d'enMonsieur voyer à Son Excellence Fouché.

et de faire des arrangements avec sa famille pour que les arrérages dus à la maison. - « Je suis prévenu que Votre Excellence avait M. de décidé.A UN ROMAN CLEF: 333 « A Son « Charenton.soient autrement la maison. soin de toutes ses ressources. Je vous la translation prie.470 francs. j'ai consacré pour des constructions des malades. d'accorder. « MONSEIGNEUR. les pensables pour le traitement des pensions dues. dont je connaissais arrérages à peu près le montant. le 12 septembre 1809. qui montent à environ 5. puisqu'elle pension. qui a bepayés ou assurés. envoyé par le gouvernement le 7 floréal an II. Excellence. pour faire ces dépenses extraordinaires. au château de Ham. . le Ministre de la Police. Monseigneur. serait exposée à est pour perdre cette créance sacrée. de faire transférer à Charenton. « Désirant faire de la maison de Charenton un établissement qui annonce les bontés paternelles du Gouvernement en démence pour les infortunés et ménager en même temps les charges du trésor indispublic. d'Arles où sont temps de recevoir des nouvelles situés ses biens. dans sa sagesse. bois et lumière.avant le de ce prisonnier dans sa nouvelle destination. Sade.

l'ordre ces lettres. la perte sur les" entrepreneurs. ner plus spécialement comment il y vécut. Monseigneur. per à la sagacité de Votre Excellence.MARQUIS SADE « Les bâtiments sont faits et parfaits. J'ai groupé par ordre de date dans les quelques qui se rapporpages qui précèdent les documents de du marquis tent aux efforts très infructueux " Il reste à examiSade pour sortir de Charenton. retomber pourrait gens dont les bénéfices sont honnêtes. de Sade restait en souffrance. pour la sévérité de la surveillance qu'on y a mise. Si l'arrière de M. amicales fut ajourné indéfiniment et on n'en de transfert parla plus. . (i) Archives de la Maison de Charenton.33t DE LE. J'ajouterai seulement d'avoir que je serais bien malheureux compromis mon crédit pour des objets dont l'avanet pour honorer tage est au profit des infortunés. comment il y l'ut traité et. de toutes ou administratives. « DE COULMIER (1). Je ne m'appesantirai pas davansur cet objetqui ne peut échaptage. par un établissement « J'ai l'honneur d'être avec respect. le gouvernement utile. » A la suite de toutes ces sollicitations. parfaitement très minces.

en aucun cas. Monsieur. vous vous êtes plaint vivement de sa conduite et surtout de son insubordination. et.Le — nous revenons sur nos pas pour la deuxième de ce chapitre — Dubois écrivait à M. que vous avez. pas pensé que la présence d'un pareil homme ne pouvait inspirer que de et exciter des troubles en public. sans une autorisation lui permettre de sortir. Monsieur. Charenton. l'horreur « Votre extrême complaisance pour le sieur Desade a d'autant que. une lettre très caractéristique 17 mai 1805 fet de police peut déjà nous éclairer.»3». Sur les égards tout particuliers qu'on lui prosur la liberté — relative bien entendu— digua. « Cet individu n'a été transféré de Bicêtre où il devait rester toute sa vie que pour donner à sa famille la facilité de régler ses affaires. Il est prisonnier chez vous et vous ne devez ni ne pouvez. les ordres donnés « Je . permis au sieur Desade. détenu par ordre du Gouvernement dans votre maison. et formelle de ma part.A UN ROMAN CLEF . plus droit de me surprendre plus d'une fois. comment expresse n'avez-vous encore. de rendre le pain de béni et de faire la quête dans l'église paroissiale le jour de Pâques dernier. du prédont il jouit. « Je vous rappelle. ni sous quelque prétexte que ce soit. de partie Coulmier : suis informé.

il avait fait disposer un théâtre etc. (2) Ces détails sont extraits du livre d'Esouiuoi. . nous l'avons vu. t. Au-dessus d'une salle qui était affectée aux avec orfolles. raisonnable ou non. étrangers à assister au spectacle (2). mité d'opinions sur le traitement de Charenton. des Maladies mentales. chestre. Paris.Cette théorie. p. de Coulmier avait de grandes idées. Esquirol était médecin en chef de l'hôpital de Charenton. quoiqu'ils moins souvent guérie que provoquée. de Coulmier Cette excessive indulgence de leur conforpour le marquis de Sade venait des aliénés.33G DE LE MARQUIS SADE désor- à son égard et je vous invite à les exécuter mais à la lettre (1).. quinze ou vingt aliénés. » de M. et participaient tique. scène. occupaient les graaux bienfaits de l'art dramadins. il s'efforçait de l'appliquer à ses malades. était réservée au directeur et à ses invités. Quand il publia cet ouvrage. En face de la coulisses. parterre. en saillie sur le parterre. les hommes à gauche. une vaste loge. Le directeur la danse et les spectacles comme repréconisait l'aient sans doute mèdes de la folie. De chaque côté. les femmes à droite. II. Le reste de la salle était réservé à des et à quelques personnes de la maison. autorisées M. mais il (i) Archives de la Maison de Charenlon. i83S. 56a.

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comme je vous (1) Cette lettre (non datée et sans suscription) a fait partie de la collection Valtemare. il revivait ses succès d'autrefois. 22 .4. Directeur et acteur principal du théâtre de C.UN ROMAN CLEF A 337 ne daignait pas entrer dans les détails. employé ou pensionnaire de Gharenton. mais il savait être au besoin machiniste ou souffleur. Ce n'était pas d'ailleurs La lettre qu'on va lire. nous en fournit la preuve : « MONSIEUR. 23. « Permettez-moi de me justifier. il dirigeait 11 se réservait les rôles les plus importants. Elle a été publiée pour la première fois par l'Amaleur d'Autographes. il réplus d'une de lui— il recrutait les répétitions. ou devant " son public delà rue du Pot-de-Fer. Aucune besogne ne l'arrêtait et ne lui paraissait indigne de son talent.haL'ancien renton. quoiqu'il eût beaucoup vieilli et grossi démesurément. pouvait se croire encore au château de la Goste. Il choisissait les pièces — il dut en faire jouer les acteurs. élève de Mole. adressée à M. L'orga-— nisateur de ces représentations thérapeutiques auxquelles prenaient part des actrices et des danseuses des petits théâtres de Paris — l'infatigable imprésario. avec la Beauvoisin. c'était le marquis de Sade. i865. glait la mise en scène. de Goulmier par un certain Thierry. p. . un directeur commode.

ayez la bonté de m'écouter. « Je dois vous instruire que depuis quelques jours je n'allais plus chez M. au sujet de la scène que j'ai eue avec M. monsieur. ai bien payées par mon zèle à faire tout ce qui pouvait lui plaire et lui être utile. le polisson. la patience m'est échappée. Alors. de Sade. et je n'ai pas pu de lui répondre sur le même ton dont m'empécher il m'a parlé. il a eu des bontés j'étais je les pour moi. lui tournais le dos pour aller chercher ce qu'il me il me prit brusquement demandait. car après tout il ne m'a jamais donné que quelquefois à diner. puisque je me disposais à exécuter sa volonté . mais. j'en conviens . par les épaules en me disant : M. de Sade qu'il a fait pour moi . ce n'était qu'à titre d'amitié que je lui ai rendu service. Veillet de faire quelque et comme je chose nécessaire pour la décoration. « La Société est un échange de bienfaits et j'ose dire hautement que j'ai fait autant pour M. « 11 me dit devant M. que je lui avais tourné le et que j'étais un drôle à qui dos par impertinence il ferait donner cent coups de bâton. monsieur. je lui répondis tranquillement qu'il avait tort de me parler ainsi.338 LE MARQUIS SADE DE l'ai promis. . Je suis las de passer pour son valet et d'être traité comme tel . il me répondit que cela n'était pas vrai. de Sade. parce que las de ses brutalités .

« Ces documents — entièrement inédits—sont dus.à l'obligeance d'un collectionneur distingué.. « L'intérêt aux que vous avez paru prendre récréations des pensionnaires de ma dramatiques maison me fait une loi de vous offrir des billets à chacune de leur représentation (sic). io3. 339 ne nie don» — celle du 28 mai Sur une des représentations 1810 — qui furent données au théâtre de Chàrenton. « Des spectatrices telles que vous.sont d'une si grande puissance sur leur amour-propre rien que dans l'espoir de vous qu'ils trouvent.A UN ROMAN CLEF « Il en résultera que M. dit la Revue Anecdotique. qui promet de nous en donner sous peu d'autres non moins intéressants. » .ci-dessous : « A Madame Cochelel. dame de la reine de Hollande. SPECTACLEDU 28 MAI l8lO MADAME. longue.Madame.. (1) P. L'original de celui que nous publions ici se compose de trois feuillets d'un gros papier ' bleuâtre couvert d'une écriture serrée. de Sade nera plus de rôles pour la comédie. trois documents qui sont du plus vif intérêt et que nous reproduisons. en 1860 (1). la Revue anecdotique a publié. maigre et presque droite.

(3) Je n'ai pu découvrir le nom du père de ces deux Savoyards. . •'i SADE. jouée pour la: première fois au Théâtre-Français. de Dubois (Théâtre-Louvois. et vous supplie mes respects aux dames de la cour bien présenter de Sa Majesté la reine de Hollande. leur imagination « Ils donnent lundi prochain 28 du courant l'Eset Frontin (1). Elle est restée au répertoire. « Il est instamment prié de vouloir bien ne voulant faire aucune personne prouver. et les Deux Savoyards (3\ « J'attends vos ordres pour l'envoi des billets que de vouloir vous pourriez désirer. directeur de Charenlon. Marton prit de contradiction (2). Coulnous l'apsorte (i) Comédie en un acte en prose. tout ce qui doit exalter et nourrir leurs talents. » « A M. (2) Comédie en un acte en prose.310 LE MARQUIS SADE DE posséder et de vous plaire. de du Fresny. 16 janvier I804I. de Coulmier. de la maison « J'ai l'honneur de de saluer Monsieur tel que mier et de lui envoyer le répertoire l'avons arrêté entre nous. princesse réunissent si dont les qualités rares et précieuses délicieusement près d'elle le coeur de tous les sacré de ceux qu'elle à l'hommnge Français régit. le 29 août 1700.

le Directeur. Monsieur. . il n'était pas admis à ces petites fêtes. de Coulmier dut les refuser. et qui sont inscrits sur la liste que je vous ai présentée. . . La maison Sauvan. Royer-Collard. en forme de la demande M. La maison Finot La maison de Guise (2) .. Treillard rue de Choiseul. Déguise. Mme Cochelet. Mme Ronchoux. ..A UN ROMAN CLEF 341 de frais et surtout de mémoire sans avoir l'approbation de son chef au bas de ses projets. le chirurgien. . . . . v « Vous m'obligerez de ne pas les sensiblement refuser (1). Quant au médecin en chef. . « Voilà. . » Liste rectifiée par M. (i) M. et de Mme de Romei dont j'ai eu l'honneur de vous parler. ' 2 8 1 /i 2 3 — — — — — — — - M.. 3 places. « Agréez teur. (2) C'est-à-dire la famille de M. 1 hommage de votre dévoué servi- « SADE.. . damé de la reine de Hollande .3 Mme d'Houdetot Le médecin irlandais . . n°13 . car ils ne figurent pas dans la liste ci-dessous.

. Le maire de Gliarenton . . i833. Lorsque. Pas une fête ne se donnait à l'hôpital-sans qu'il en fût l'orgasans qu'il y jouât un rôle prépondérant.1 Le marquis de Sade n'était pas seulement le directeur du Théâtre de Charenton. Toujours ferme. de Sade. I. une cantate dont voici le principal couplet : Semblable au fils de l'Éternel Par une bonté peu commune.^ (a) Revue Rétrospective.. Celui des Carrières (1) ... Cette cantate était du marquis sectateur du culte de la Raison. Novert.. vint visiter l'établissement archevêque on lui chanta. Mme Gonax.... . . sur l'air Dès de M.342 DE LE MARQUIS SADE .. toujours égale. 3 2 3 2 —• — — — — Mme Lambert . . Ne dédaigne point le malheur (2).. Venant consoler l'infortune. . le 6 octobre 1812. 262. .. le cardinal Maury.. Le curé pour M. Sous la pourpre pontificale. mon enfance.. . l'ancien Il ne la trouvait (i) Village près de ChareTiton. nisateur. pleine de grandeur. Sous l'apparence d'un mortel. . p. de Paris. Votre âme. . de Coulmier. t.

à défaut d'autre victime. Privé. feux d'un génie qui là les derniers C'étaient allait s'éteindre. c'est maintenant sur lui que s'exerce sa rage. est un homme d'une haute naissance. accès décolère cas. archevêque de Paris. dont les hurlements redoublèrent lorsqu'ils nous aperçurent à travers les barreaux de leurs loges. et.à la maison de Santé près de Charenton. (i) Couplets qui ont été chantés à Son Éminence Monseigneur le cardinal Maury. L'âge glaçait peu à peu la verve 11 enfin Jes violences du marquis. de Coulmier.ia Maison desFous. . 27 février ïSiS. toutes les années de sa jeunesse ont été marquées par des crimes dont il a osé faire publiquement l'apologie dans un âge plus avancé. du pouvoir de nuire.la figure du premier de. Se repentait-il ? Peut-être.je me charge de vous faire écorcher tout vifs. On aurait dit que la crainte et l'approche de la mort lui donnaient une âme nouvelle. » Nous nous éloignâmes promplcment de ce forcené qui nous laissa pour adieux ce charitable avertissement : « Soyez -tranquilles '. le 6 octobre 1S12. nos tragédiens. pour toute punition. et adoucissait n'était pas en 1813 le fou furieux que décrit dans un tableau fantaisiste l'Ermite de la Chaussée En tous d'Antin (2). et qui nous menaçait d'un sourire dont je n'ai jamais vu la cruelle expression que sur. Son existence accusait la justice des lois. 1S12. il est devenu fou de méchanceté. je m'arrêtai un moment à considérer un homme sec {sic) dont le regard était plus méchant que farouche. il n'avait plus ces terribles qui faisaient trembler M. « Ce malheureux. » N° 67. sa démence a vengé la morale publique. Paris. me dit notre guide. (2) « Nous approchons du quartier des furieux.A UN ROMAN CLEF 343 prit la peine de la pas indigne de lui puisqu'il faire imprimer (1). à qui la nature avait donné le coeur d'un tigre et l'esprit d'un singe .

le très humble et obéissant teur (2). direcl'hôpital de Charenton teur général de la police du Royaume (1 ) : «MONSEIGNEUR. Beugnot était remplacé par d'André. E. je pense qu'il n'y a point de nécessité. V. (2) Archives de la Maison de Charenton. de Sade fils pour croire que de luimême il supprimerait des papiers s'il dangereux en existe chez son père. servigneur. « J'ai l'honneur avec respect. E. dans la maison Royale de Charenton. étant présent. M. son fils. de V. et elle daignera me donner ses ordres . . « Sa santé sensiblement dépérissait depuis quelque temps . Monseid'être. d'après la loi les scellés. Armand de Sade.344 LE MARQUIS DE SADE Le 3 décembre 1814. mais il n'a cessé de marcher que deux jours avant sa fin qui a été prompte et au commencement d'une fièvre adinamique et gangreneuse. le marquis de Sade que le ministre de la Police générale y avait fait transférer de Bicêtre. jugera si elle a des précautions à prendre. » (i) Le 4 décembre. de faire apposer Quant mesures et à l'ordre public. . un des fonctionnaires de écrivait à Beugnot. aux civile. « M. je présume assez de l'honnê•teté de M. « Hier soir sûr les 10 heures est décédé.en floréal an II.

au" bois de ma terre de la Malmaison. t. suivi d'une charette (sic) chercher mon corps pour être transporté sous son escorte. après une courte maladie qui. rédigé le 30 janvier 1806. le 2 décembre. commune de Mancé. d'après le docteur Ramon qui le soigna à ses derniers moments. Illaissait un testament. III. à Versailles. près d'Epernon. placé dans une bière de bois qui ne sera clouée qu'au bout des quarante-huit heures prescrites ci-dessus. pour le prier de venir lui-même. Voir le Cabinet secret de l'Histoire.A UN ROMAN CLEF 345 Le marquis de Sade était mort.Alfred Begis au docteur Cabanes. il réglait ainsi ses funérailles : que mon corps soit ouvert sous quelque prétexte que ce puisse être. n° 101. dans le premier taillis fourré qui se trouve à droite (3) Note communiquée par M. Dans le dernier paragraphe. où je veux qu'il soit placé. « Je défends . boulevard de l'Égalité. à l'expiration desquelles ladite bière sera clouée . à soixante-quinze ans. pendant cet intervalle. marchand de bois. p. aurait été un engouement (sic) pulmonaire à forme d'asthme (1). sans aucune espèce de cérémonie. il sera envoyé un exprès au sieur Lenormand. Je demande avec la plus vive instance qu'il soit gardé quarantehuit heures dans la chambre où je décéderai. et qui n'est pas la moins extraordinaire de ses oeuvres. 367.

346 DE LE MARQUIS SADE dans ledit bois. «D. le 30 janvier 1806. Celui A. qui. . de Jules Janin. de dessus la surface de la tombe disparaissent terre. de ladite fosse se que. il pourra se faire accoms'il le veut. raison et de santé. par la suite. Gomme je me flatte que ma mémoire s'effacera de l'esprit des hommes. par ceux pagner dans cette cérémonie. qui ne quittera placé dans ladite fosse . de mes parents ou amis. château Ma par la grande dans ce taillis par le fermier fosse sera pratiquée de M. » en état de qui a écrit cette page d'une si terrible celui qui demandait ainsi de disparaître amertume. sous l'inspection mon corps qu'après l'avoir mand. « Fait à Charenton-Saint-Maurice. en y entrant du côté de l'ancien allée qui le partage. p. F. il sera semé dessus afin recouverte. Lenorde la Malmaison. des glands. Paris. « Signé. (i) Ce testament a été publié pour la première fois dans le Livre. le terrain et le taillis se trouvant trouvant fourré regarni les traces de ma comme il l'était auparavant. sans aucune espèce bien voulu me donner auront cette d'appareil. SADE (1). 231. 1870. La fosse une fois dernière marque d'attachement.

n'était certainement pas. qui se décomposent ainsi : cercueil 10 livres.numéro du i5 décembre 1902. pour le chapitre 6 livres. » CABANES. pour l'empêcher recommandations. cicrges9 livres. t. et trouvé plaisant que la Révolution ait récompensé ses vertus eivi(i) " Nous avons trouvé dans le dossier conservé a Charenton la note des frais funéraires s'ôlevanl à la somme de 65 livres. aumônier 6 livres. d'y obéir. pour la croix de pierre le posée sur la tombe 20 livres. on procéda à l'exhumation (2). à quelque point de vue qu'on le juge. qui lui fut dérobé.A UN ROMAN CLEF -347- tout entier. igo5. il resta détenteur du crâne. pour lui dire à quel point j'approuvais la monarchie et l'empire de l'avoir coffré comme malfaiteur et comme fou. III. dit M. (elle me l'a du moins. (2) Le docteur Ramon fut chargé de l'autopsie. corps et âme. un homme ordinaire. porteurs 8 livres. des obstacles invincibles. Elle fut faite. On fit à cet homme qui portait un des plus grands noms de France des funérailles de supplicié (1). (3) Lettre au docteur Cabanes publiée dans la Chronique Médicale. malgré les prières dela famille. Quelques jours plus tard. Sa famille ne tint aucun compte de ses suprêmes où elle trouva. en sorte que je n'ai le marquis à la pas eu la satisfaction d'interpeller façon d'Hamlet. assuré) mon vieil ami le docteur Londe. disciple de G ail. fosse 6 livres. Victorien Sardou (3) « la nuit. 366. par trois personnes. p. Cabinet secretde l'Histoire. dans l'oubli et dans le néant. . clandont une était destinement.

Paris. Un sans savoir de qui il provenait. e Marquis de Sarfe. Victorien Sardou. Jules Janin — il l'affirme. i834- .. phrénologiste. et il y découvrit les l'examina très attentivement. en le faisant secrétaire laire de la Section des Piques ». mais il avait tant d'imagination! — put avoir ce crâne sous les yeux. Plus heureux que M. l (1) Jules JANIN.348 DE LE MARQUIS SADE de la Société popuques. bosses de l'amour et de la tendresse platonique maternelle (1).

232. la collection Vattemare a été publié par l'Amateur d'Autographes. On remarquera m'écarte peu de ce plan. On accorde à madame Quesnel vingt mille francs au lieu de trente-cinq mille qui lui sont dus — elle les accepte . (1) Ce mémoire. le 6 fructidor an XIII (24 août i8o5) et qui fit partie de. écrit par le marquis de Sade. p. à Charenton. cinq mille francs de pension. annexé ci-joint. Dernières . en cela seul consiste la difficulté qui . mais je demande que cette somme porte intérêt à cinq pour cent du jour où l'acte se signera .APPENDICE LES FINANCES DU MARQUIS DE SADE EN 18o5 propositions faites à ma famille d'après l'acceptation desquelles je promets de signer surdont on m'a envoyé le le-champ la transaction en lisant ceci combien je plan. On m'accorde pour la cession totale de mon bien. je les accepte. i865.

(sic) à cette somme . Monsieur de Coulmiers et le peu de dettes que j'ai ici seront payés de suite sur les revenus actuelde lement.000 francs faite à madame Quesnel nous seront payées comme . dépendances m'engageant mais désirant que madame Quesnel puisse y finir ses jours si elle le veut. Je me réserve de disposer à ma mort de . on l'a proposé par quartier d'aA^ance tous les trois mois. en sorte que je serai totalement quitte ce qui est dû à Charenton.000 francs et celle de 1. Ma rente de 5. elles payées en numéraires seront exemptes de toute espèce d'impositions et de retenue tant présente qu'à venir. mais à condition que c'est la famille qui avec eux et que l'humeur résultative s'arrangera de leur réduction ne rejaillira pas sur moi.350 LE MARQUIS SADE DE m est faite . Ces deux rentes seront insaisissables et toujours en tel lieu que j'habite. Je me réserve le château de Saumane et ses à ne le jamais vendre. Je me réserve les rentes foncières si elles reviennent. on n'en veut donner neuf. or. à l'époque de la signature. doit-elle l'être par des enfants sacrée de celte dette? qui connaissent l'origine J'ai demandé mes quinze mille francs pour créanciers il se monte chirographiques. j'y consens.

ces deux objets seront rendus inaliénables par l'acte et elle sera tenue par le même acte à manger cette rente avec moi. Madame Quesnel ne pourra disposer ni de sa rente. Sil'on veut. et ces clauses ainsi que l'acte seront signés de la mère et des trois enfants. qu'il soit déclaré dans comme liquidé envers l'acte que l'on me regarde madame de Sade et ses enfants. on pourrait céder à madame Quesnel une des terres de Beauce. Le notaire chargé de ma rente la payera à mon ordre sur un mandat. avant qu'on ait le droit de retirer un sol desdits fermiers. La rente des vingt mille francs de madame Quesnel sera réversible à son fils seulement pendant la vie de cet enfant. ni dé son fond. Les payements seront indiqués chez un notaire dans probe et connu. quel que soit mon sort. et^'e me réserve de rentrer au moindre défaut de l'une ou mes propriétés Vautre des clauses de ladite transaction.D LES FINANCES U MARQUIS E SADEEN l8û5 D 800 francs 351 de rente en faveur de l'individu quelconque qui soignera mes derniers instants et seulement pendant la vie de cet individu. ou mon domicile. Il faut que les deux rentes soient saisissables sur les fermiers. toujours avec la pré- . ma situation. pendant ma vie. à ce défaut ladite rente cesserait d'être réversible à son fils.

à payer 7. Or. SADE. en acquitterait donc Madame alors les vingt-neuf. (î) Le marquis de Sade devait. Le 6 fructidor an XIH (24 aoill 1805) (1). arrondissement jugement du tribunal de la Seine. à nous ainsi que les revenus serait toujours quand les dettes seraient A ces conditions on ne payées. caution LE MARQUISDE SADE de la rendre inaliénable.352. demande plus que les vingt mille francs de madame intérêt. à la maison de Charenton une somme assez forte. à sa moii. Je me mets^ comme on voit. fut condamné par un Cheroy. Quesnel portent On doit voir que cet ultimatum est beaucoup modéré plus que celui de l'an passé. Alors elle se de ses vingt mille francs et du payement chargerait des neuf mille francs des créanciers chirographiqui ne vaut guère que vingt ques. . Quesnel payerait et le fond créanciers avec les revenus de la terre. habitant à Valéry.53-4 francs. Son fils « Armand de Sade-Mazan. le 14 mai i83i. à la raison sur tout le reste mais je ne puis absolument me relâcher sur cette clause. quoique sa pension eût été régulièrement payée. cette terre à vingt-cinq mille francs. puisqu'il n'existe celle de faire porter plus qu'une difficulté. mais un autre jugement du 24 juillet i83-2 débouta la maison de Charenton de sa demande. de Sens ». intérêt aux vingt mille francs de madame Quesnel. commune du canton de propriétaire.

de rat. Ma L'assassinai une du ) gravure (D'après leni|» .

.

La dernière. qui en avait. sollicite la destruction. l'hôpital de Charenton à la Bibliothèque royale (1). I. p. avec la plus honorable insistance.soigneusement des drames et des comédies trouvés dans ses papiers et qui avaient été apportés de. à diverses reprises. dit la Revue Bclrospeclive (2). a5g. C'est ainsi qu'après sa mort on brûla. (2) T. ont été. a été brûlé en présence d'un membre de la famille. eut lieu en 1832 par ordre du Gouvernement. ou une des dernières de ces exécutions. « En 4832. acquis par la bibliothèque du roi pour être livré à la circulation. II. le manuscrit d'un roman inédit de cet homme. saisis et détruits par la police. 258 " 23 . lettres ou oeuvres. i833.BIBLIOGRAPHIE DES OEUVRES DU MARQUIS DE SADE 1. Ce manus\i) Cataloguede la Bibliothèquede Soleinne. I844Jp. MANUSCRITS X La plupart des manuscrits du marquis de Sade.l.

S actes en vers. auteur de l'article : •1°COMKDIHS : Le Prévaricateur ou le Magistral du temps passé. restées après . Nous le reproduisons avec les divisions un peu arbitraires adoptées par Micliaud jeune. se trouve clans la Biographie Mic/iaud (3).-té détruites précédemment à la préfecture de police sous l'administration de M. de Levau. le Capricieux. . (3)\Biographie universelle ancienne et moderne. ne serait qu'une coupable déception. (i) Destiné probablement à une nouvelle édition de Justine. de Sade). . (2) La Biographie universelle des Contemporains a été publiée en i83/. .. et nous savons qu'il en a eu. . Le catalogue le plus complet qu'on ait dressé des oeuvres manuscrites du marquis de Sade. Le Misanthrope par amour ou Sophie et Dcsfrancs. 1811-1828. (4) J-B.a mort entre les mains de sa famille. » Cette assertion n'est pas exacle. D"au très productions du môme gînre avaient .-54 DE LÉ MARQUIS SADE . «joule: « Nous sommesfondés à déclarer queloule lenlaiive de donner au public quelque nouvelle production ^ous le nom de l'auteur de Justine. connue nous le verrons bientôt.>actes en vers (reçue au Théâtre-Français en 1790 et non jouée). Rousseau avait fait jouer au Théâtre-Français. » La Biographie universelle des contemporains (art. dans l'espoir de spéculer sur les 'goûts dépravés d'une certaine classe de lecteurs (2). 5 actes en vers (reçue au Théàtre-Louvois et retirée par l'auteur) (A). LACapricieux ou l'Homme inégal. rit (1) portait sur le titre une note signée du marquis ans laquelle il déclarait n'être que le copiste de celle î-îuvre. comédie en 5 actes et en vers. après avoir également parlé de cet autodafé. le 17 décembre 1700..

5 acles. La Fêle de l'Amitié. en 1738). en 1790. comédie en 4 acte en vers de dix syllabes. conseiller au Parlement de Toulouse. comédie féerie en 1 acte en vers libres. Les Antiquaires.BIBLIOGRAPHIE DE"SESOEUVRES 355 _ Les Jumelles. (i) Jean Dumas d'Aigueberrc. Éuphémie de Melun ou le Siège d'Alger.les Trois Spectacles. 2° DRAMES : Hcnrielle cl Saint-Clair ou la Force du Sang. mise en musique par Mounet Pan et Doris. 2 actes en vers. opéra comique en 4 acte. La Tour mystérieuse. reçue au Théàtre-Favart. non m pas'en 172G. 3° TRAGÉDIES : ^Jeanne Laisné ou le Siège de Beauvais. ais le 9 juillet 1729. comédie épisodique en 4 acte. une comédie. prologue. 4° L'Union des Arls. tragédie en 1 acte enjers. Azelis ou. I acle en prose. l'Avare amoureux. vaudeville en . La pièce du marquis de Sade en comprend cinq. la Coquelle punie. 3 actes. Fanny ou les Effets du désespoir. reçue au théâtre de la rue de Bondi. Le tout se termine par un divertissement. et une pastorale. scène lyrique en vers. Franchise et Trahison. -' (2) Les Muses (au Théâtre-Italien. ambigu dans le genre de celui que d'Aigueberrc donna en -1726 (4} et de celui qui est imprimé dans les oeuvres de Morand (2). L'Égarement de l'Infortune. dont le premier sert de prologue ou de liaison aux autres : les Ruses d'amour. Polixène. assure la Biographie Michaud. 4 acle (3). qui comprenaient une tragédie. 5° Tancrède.en 1790 ou 1791. avait fait représenter au Théâtre-Français. en prose. . l'Homme dangereux ou le Suborneur. (3) « Cette dernière pièce. L'Hommage de 'la Reconnaissance.

se trouve dans ce recueil. 2 volumes. a été faite pour être jouée à Charenton. » . » G°Onze cahiers du journal de la détention de l'auteur à Vincennes et à la Bastille. écrit. « Les sujets en sont noirs et terribles mais non immoraux. On y trouve l'extrait man intitulé Conrad. et dont il fait connaître la division. et le douzième qui comprenait Tannée entière 4 789). 7° Deux romans historiques « qui paraissent avoir été les derniers ouvrages du marquis de Sade» : Isabelle de Adélaïde de Bavière. au milieu des fadeurs et des pièces. depuis 1777 jusqu'à sa sortie • de Charenton en 4790 (il manque le premier quicontenait les années 1777 à 4781. l'épigraphe et divers fragments. Ce recueil a été fait dans la vieillesse de l'auteur. Toutes les autres. ainsi qu'Oxtiern.35G D LE MARQUIS E SADE 6° Un devis raisonné sur le projet d'un spectacle de gladiateurs à l'instar des Romains. 9° Cinq cahiers de notes. mais les choses les plus remarquables sont écrites en chiffres dont lui seul avait la clef. dans lequel il devait être intéressé. pensées. qui fut saisi lorsqu'on le conduisit à Cbarenlon en 1803. chansons et mélanges de vers et de prose. senti et pensé pendant treize ans. ont été composées à Vincennes ou à la Bastille. lu. Tout ce que le marquis de Sade a dit. 3 volumes. extraits. médiocres qu'il renferme. et des Mémoires ou Confessions qu'il parait avoir écrits dans l'intention de se justifier. on voit percer les remords du marquis sur celles de ses fautes qui ont le plus nui à sa réputation et le plus empoisonné ses vieux fort étendu d'un rojours. reine de France. composés et recueillis pendant sa dernière détention. On y voit aussi qu'il avait composé un autre roman. tiré de l'histoire des Albigeois. princesse de Saxe. Marcel. fait ou entendu. pas plus que dans les manuscrits cités ci-dessus. Brunswick.

. p. L'École des Jaloux.) (î) Ce catalogue des manuscrits du marquis de Sade se termine par l'indication d'une épitaphe. bu la Fille malheureuse. folie vaudeville en 1 acte. (Ces deux ouvrages lurent écrits à la Bastille en 1788. se trouve peut-être. in-4°. III.BIBLIOGRAPHIE SES OEUVRES DE 357 4° Autres productions perdues ou saisies : Contes.) Cléonline. Le Portefeuille drun homme de lettres. 1884. qui avait. en •1791. « Celte pièce est soladique. comme son titre l'annonce. comédie reçue au Théâtre-Favart. A volumes. cl dans laquelle il se représentait « comme une victime de ses contemporains destinée à être vengée par la postérité ». A volumes. s'ils n'étaient pas du nombre dé ceux que M. Le Boudoir. prenant chaque jour une valeur plus grande. rédacteur du catalogue. des manuscrits du marquis de Sade ou qui se rapportaient à lui passèrent dans les collections particulières. ainsi que beaucoup d'autres. de plus en plus recherchés et. n'ayant pu obtenir qu'ils lui fussent remis (4). dans les cartons de la policé et du ministre de lTnlérieur. de Sade le lils fit brûler en sa présence. drame en 3 actes. » Malgré toutes les précautions prises. composée par lui. L'écriture ressemble à celle du marquis de Sade. démoralisé les prisonniers de Bicôlre. L'Epreuve. « Quelques-uns de ces ouvrages (de cette 40e catégorie. comédie. J'en ai noté quelques-uns dans des catalogues d'autographes : 1° CATALOGUE SOLEINNE. 333 : DE t Julia ou le Mariage sans femme'. ajoute Michaud jeune. comédie en I acte en vers saisie en 4782 par le lieutenant de police Lenoir et non rendue parce qu'elle renferinaitquelques passages obscènes. comme on sait. » (Note du bibliophile Jacob. écriture contemporaine autogr. en les dressant à jouer des pièces infâmes qu'il composait pour eux. .

p. 4849. (2) Le litre exact est: Mélanges curieux et anecdoliques tirés d'une collection de lettres autographes et de documents historiques ayant appartenu à M. Dossier extrêmement rieux. Ouénu-Court. 519.point de vue documentaire. sig. Tcchcner. 44 : « Pièces relatives au séjour 'de l'auteur de Justine à Gharenlon en l'an XII. s'opcuposent à la mise en liberté (I). p. Un catalogue d'une collection d'aulo- . 4861. très recherché. médecin de Charenton. an VI (S). de Dubois.Paris. Paris. « Fragment inédit d'un recueil de conles philosophila puques dont il (le marquis de Sade) avait entrepris blication 48 p. Charles Aschneau. in-4" d'une écriture très fine et très serrée. . LE MARQUISDE SADIÎ 2° CATALOGUED'AUTOGRAPHESDES XVÎIICET XIX° SIÈCLES (vendus les 3 et A juin 1884). de Mme Delphine de Talaru. (3) t> février 1798. Laverdet. et adressée à un négociant de Lyon. 446 (2) : Une lettre autographe signée et trois fragments autographes. autog. Ce catalogue. à M. 130: « L. pour intérêts particuliers. Lettre aut. Lettre aut. sig. (0 Non pas à la mise en libcrlé. Alliance des Arts. est fort important au. 5 avril Charenton. aut. mais au transfert au château de liant. conseiller référendaire à la Cour des comptes. Lettre aut. ainsi que celles de Dubois et de Roycr-Collard. publiés avec les noies du collecteur et précédés d'une notice par M. « La lettre de la page in-4° est datée du 46 pluviôse. » A" CATALOGUE D'AUTOGRAPHES DE LA COLLECTION FOSSÉ-DARCOSSE. de Royer-Collard. p. préfet de police.358 ' . Paris. » 3° CATALOGUED'AUTOGRAPHESDE LA COLLECTIONCAPELLE. Nous avons donné celle lettre. 4814. Fossé-Darcosse. 1884.

» 5° CATALOGUED'UNE COLLECTION D'AUTOGRAPHES. 33 p. s.. — 3y> lettres de Mme de Montreuil.élu député de ce département pour la session 1828.. Charon) annonce une lettre du marquis de Sade.â. datée de Sainl-Ouen le 25 octobre 1797el adressée à M. et 3 seulement sig. député du département de l'Aisne (I).. Fixé à Condô. — 2° 3 pièces en 4 partie aul. 3b : « 4° Quatorze lettres dont 5 aut. il avait" été nommé en 1S22membre du Conseil généralà. . » Celui sur lequel sont les mots : HISest TOIREDE MADÉTENTION. du commandeur de Sade. puis à Châleau-Thierry. Xavier de Sade. Charavay. 1768. 4793. Eug. Il est question dans ces lettres de son mariage.D BIBLIOGRAPHIEE -SESOEUVRES 359- « Quant aux fragments autographes composant les: pages in-4°.. une lmire de promenade et permission d'écrire une seule fois la semaine. « Plus une pièce autographe signée Armand de Sade. sans air. négociant à Lyon. Ladite note est datée du 1er décembre 1834.de l'abbé do Sade.. ils paraissent se rapporter-soit au journal de sa détention à la Bastille cl à Vincennes. s.. sig. « Joint une noie autographe signée de M.. d'Albarct. en 1777.<i6 (Paris. son secrétaire. — 5°L. soit à ses mémoires : «. La deuxième de 34. ni encre. en 1827. ni quoi que ce soil au inonde. — 7° L. de ses affaires avec sa belle-mère. cachets à ses armes. supposition : la première division de 33. s. 6 aut.. « Précieux dossier pour la biographie du marquis de Sade. son oncle. VENDUE 31 JIARS4882. a. Pcyrond. (1) Né à Aix. son parent. Paris.. Temps divisé en 12 parties. sa bellemère. ni lellre. son oncle. l'Aisne. — 6° L. 1882. Une de ces lettres est adressée à son oncle et les autres à des amis du département de Vaucluse. puis plus tard avec sa graphes vendue le i6 avril iS..il appartenait à la branche do Sade d'Eyguière. auteur des Mémoires sur Pétrarque. a. LE p. particulièrement curieux.. el. in-4".

un volume in-4°de 494 feuillets.nom de Lorsange. cette note : « Mettre dans le conte anglais un autre nom que Nelson. Les lettres de sa belle-mère sont toutes relatives à. Contes. du 8 ventôse an III (27 février 1793). dont le testament qu'il lui procurer des ennuis avec sa reproduit enenlierdoit famille. sont très rabelaisiens et daus le genre de ceux du seizième siècle. canevas.volumes petit in-folio contenant les lettres (souvent annotées par lui) écrites aii marquis de Sade pendant sa détention à Vincennes ou à la Bastille et les documents relatifs à cette détention. écrits par le marquis-de Sade. » Au feuillet 450 : « Commencé le 47 juin au travail du soir. » Le dix neuvième cahier débute par Juliette et Raunai ou la Conspiration d'Amboise. 2. ayant bien mal aux . brouillons.360 LE MARQUIS SADE DE femme. 4010. xà ses démêlés avec la justice. » Au feuillet 476-: « Changer le . de Sade demandant à la Convention une place de bibliothécaire ou un emploi analogue. dont elle était obligée de s'occuper. Quelques-uns de ces coules. les détails les plus piquants. 11 est formé de vingt cahiers reliés ensemble. Bibliothèque nationale : Ms Fr Nottv. Portland par exemple. historiettes.yeux. Elle est datée. acq. Au feuillet 98. on trouve sur la fameuse affaire de. Musée Carnavalet (dans la salle de la Bastille) : Lettre de. nouvelle historique.» Manuscrits du marquis de Sade qui se trouvent dans des dépôts publics : . entre autres. il est pris. A côté du titre on lit: «Com- . comme/' y a place pour deux. Marseille.ses faits et gestes. de la mort de son père. Le volume commence par une nouvelle intitulée l'Heureuse Feinte. Bibliothèque de l'Arsenal : Ms 1248b-12456.

11 écrivait. » Le vingtième et dernier cahier a été commencé cinq jours plus lard. le 48 avril. . On peut ainsi"mesurer la puissance de travail du marquis dé Sade. à cette époque. chaque jour. cinq ou six pages d'une écriture très fine et très serrée.BIBLIOGRAPHIE SES OEUVRES DE 301 mcncc le 13 avril 1785.

. non chi lires (2). par D. tragédie lubrique el royaliste en trois actes cl en vers. in-8°. l'an des f.II LIVRES A.. date supposée. . PIÈCES DE THÉÂTRE : (4) Oxliern ou les Malheurs du Libertinage.composé vers 17/ioune pièce qui ne fui ni jouée (sur un théâtre public) ni imprimée. A.et -I f. manse.de 2 f• et A8 p. Jacôb sur l'exemplaire de la biblioth. Elle a élé réimprimée en 1871... 5796 (1796. an VIII. S.. A barbe en c. F.) in-42 de -179 p. avec l'indication supposée de Strasbourg. de Soleinne: « Pièce très rare dont le titre a fait la célé(i) Un auteur dramatique très peu connu. Attribuée au marquis de Sade : La France f. Blaizot. Noté du biblioph.à cent exemplaires.. .. la Double Intrigue. a. de Sade. en F. (Donalicn Alphonse François Sade). sans doute un parent du marquis. Il ne la croit pas du marquis de Sade. drame en 3 actes el en prose.. (2) Barbier pense que celte pièce a dû Cire imprimée en 1799ou 1800. Versailles..

Boulard. le duc d'Orléans. . a certainement été publiée avant l'apparition du roman de Zoloé. A sa guise il nous fait des lois. mais pour avoir ses ouvrages « qu'il nous donna comme les siens.. il le lit assassiner. l'empereur François II. mais il espère que son ignoble badinage produira des fruits honnêtes : « Lorsqu'il s'agit du bien. n'a pas été imprimée en -1796. » On peut apprécier que celle pièce dégoûtante. non par la « jalousie de ses sacrifices. la Vendée. « Les notes sont remplies de traits satiriques contre les hommes du Directoire : « Notre Brutus de Douai (Merlin). Cet exemplaire provient de la bibliothèque de M. pour le punir d'avoir insulté Joséphine dans un roman allégorique et impure intitulé _Zoloé (1) : Buonaparte règne en maître. Petit-fils d'un petit bourgeois. dont les personnages sont la France. roi d'Espagne. Ônle reconnaît aussi à ses attaques qui l'avaient fait enfermer à Charenton.BIBLIOGRAPHIE E SES OEUVRES D 383 brilé. Puis en despote il nous les donne. Ouc lui manqucrl-il ? la couronne. le roi de Prusse. N'avez-vous jamais pris du poison pour vous « guérir ? » C'est du marquis de Sade tout pur. autant qu'il « était mauvais Français. Et notre Caïn (M. L'auteur. comme le prouvent les notes historiques et politiques de sa tragédie : il s'adresse aux libertins. était un royaliste dévoué. « dit-il. qui dit avoir écrit avec sa plume. sans jugement.mais au plus tôt en 1799. l'Angleterre.. (i) 11y a là une erreur. La France f. Assis sur le trône des rois. de mauvais mari devinlmauvais pôré. Clïénier) « dénonça son frère Abel. qu'importe comment on « l'opère. sans que son coeur y fut pour rien. le comte de Puisaye.-J. el Charles IV..

3G1 LE MARQUIS E SADE D . il nous semble difficile à admettre que le marquis de Sade. « Cette édition est précédée d'un avis de l'éditeur el d'une dédicace : « A ma bonne amie » . 5° édition. (2) V.. » Malgré les arguments assez spécieux que fait valoir le bibliophile Jacob.ultra-royalisles. 2e édition. XXX. Bibliographie en tôle de l'Idée sur les Romans. 4792. Frontispice non signe et 8 gravures libres. (3) O. catalogue de Pixcricourt.. Le frontispice est réduit et gravé par Texter. Paris. Philadelphie. Justine. 1S76. de 337 et 288 p.. 1791. : B. à Londres (Paris. chaînes et instruments de supplice (3). C'est le plus rare de lous les livres édités par Cazin. le premier de 483 p. in-16. soit l'auteur d'une pièce à tendance.2 vol. elle est d'une exé(i) Klle se trouvait également dons les catalogues Baillcl. in-12 de 337 el 228 p.. Uzannc. 2 vol. 4791. n" i23g. 2 vol.V. chez les Libraires associés. » Justine. par de Sade. . « Cette pièce a été vendue publiquement chez Boulard et Saiul-Morys (1). On trouve quelquefois celte édition ornée de 42 ligures libres avec encadrements de tèles de morts..2 vol. en Hollande. Lcberl el Pixcricourt. 1794. Frontispice d'après Chéry el 5 figures libres. qui était encore en 1799 ou 4800 à demi jacobin. .col. Cohen. chez Cazin).. en Hollande. ROMANS NOUVELLES ET Justine ou les Malheurs de la Vertu. dans le format in-12 de l'édition qui précède. 3e édition (c'est en réalité la -4e)corrigée et augmentée. in-18. Justine.-. 1S7S. Première édition (2). Frontispice par Chéry. Rouvcyre. 437." « Réimpression en 2 vol.. le second de 191 p. p Guide de l'amateur de livres à figures. in-8°.

Bruxelles. Froment. de 136. fut mis en surveillance par ordre de M. à Londres (Paris) 4797.. II. . p. Il avait déjà paru plusieurs lois dans cette maison. . » C'est à notre avis un Cazin. (3) La Police dévoilée depuis la Reslaiwation el notamment sous MessieursFranchet el Delavau. le 49 mai 4845 (2). en Hollande. La police se chargea d'y suppléer.Catalogue des Bcrils.. pour le compte de divers libraires de Paris. p. Bibliographie. 1829. « Il était accusé. et il pria Mme Lavocat de lui garder pendant quelque temps les deux volumes qu'il (î) O. p. l.. « En conséquence. iS5o. 5° édition. 436.. Justine. (2). ainsi que son épouse. A vol.. XXXI. l'agent Charles se présenta au café avec deux volumes de Justine. 109. de Froment (3). Delavau. 1800. Uzannc. in-I8. tenant un estaminet place SaintSulpice..DE BIBLIOGRAPHIE SES OEUVRES 365 cution comparativement 1res belle. 6° édition (contrefaçon de l'édition Cazin de 4792). la destruction fut ordonnée par arrêt de la Cour royale de Paris. in-48. Avol. de vendre clandestinement des ouvrages séditieux et obscènes. sans fournir les moyens de le découvrir. les éditions de Justine se vendaient sous le manteau. Sous la Restauration. Justine. Gravures el Dessins depuis 1814 jusqu'au 1" janvier 1S00. 43iet 432 p. Paris. par M. le papier est légèrement bleuté (1).«Comment en acquérir la preuve? Le dénonciateur annonçait le délit. nous montre à quels abus leur recherche donnait lieu et le zèle excessif déployé par les agents chargés de ces perquisitions : « Le sieur Lavocat. 332. ex-chef de brigade du cabinet particulier du préfet. C'est probablement cette édition dont.. Un passage de la Police dévoilée. A frontispices et 8 gravures libres. 6 ligures.

. « Les agents de police furent trompés dans leur espoir. avec préface par le marquis de Sade. « Plusieurs agents de police étaient dehors. Alors ils auraient. Un très médiocre romancier. et la culpabilité eût été prouvée. Raban. chez Bordeaux. elle n'eut point de coupables à punir. Lavocat et son épouse sortissent l'un ou l'autre. pour les arrêter et s'emparer de ce qu'ils porteraient. et qu'il reprendrait ayant une course à faire. sans même y jeter un coup d'oeil. et Paris. 4836. « Celle dame mil les volumes dans son comptoir. puisqu'ils auraient trouvé dans un tiroir un exemplaire de Justine. Paris. éditeur. Le provocateur échoua dans sa perfide machination. ce fut la police » qui assura ce'succès. a obtenu une grande publicité.36G LE MARQUISDE SADE venait d'acheter. « L'agent Charles eu tut quitte pour reprendre ses deux volumes.. in-8°. ni à se plaindre de la démoralisation.2 vol. le mot préface était écrit en caractères très fins.. Il n'y avait du marquis dans cet ouvrage que la préface (la dédicace: « A ma bonne'amie »). et la préfecture vit ses espérances déçues .. Olivier. 1835' 2 vol. dans une heure. Maltesse. eut l'idée d'exploiter le succès scandaleux des oeuvres du marquis de Sade et il publia dans le format cl avec les caractôresdes volumes de cabinets de lecture : ~ Justine ou les Malheurs de la Vertu. « Si l'infâme ouvrage qui porte le titre de Justine a été répandu. bien des gens s'y laissèrent tromper. l'auteur des Aventures de Vidocq et des Fleurs animées. hôtel Bullion. fait une perquisition dans la maison. Ils ne s'occupaient que de leur estaminet el des moyens de le faire prospérer. Le sieur Lavocat et son épouse avaient élé calomniés de la manière la plus infâme. mais comme sur la couverture et sur le titre. in-8". impr. et ils attendaient que M..

(3)La Cité des Intellectuels. mais un de ses éditeurs. francs Aline cl Valcour ou le Roman philosophique. mais qui ne lui ressemblait guère. .. Paris. qui avaitpréféré garder l'anonyme. en 1792. Bordeaux. écrit à la Bastille un an avant la Révolution. il échappa grâce à des protestations de dôvouementà la cause révolulionnaire . . Ils s'élonnenl avec raison de la trouver si. à l'hôpital Necker. dut payer 3. Cet imprimeur. Ce pauvre Raban qui.BIBLIOGRAPHIE SES OEUVRES DE 367 Cette fausse Justine. Aujourd'hui encore il arrive à des collectionneurs d'acheter à des prix assez élevés la Justine de Raban (2). Girouard fut condamné à mort. 492. Girouard. expia durement sa faute. Rabau.Paris. il désirait. fut condamnée. fut arrèlô ainsi que de Sade. Gravures el Dessins condamnés. 8 volumes petit in-12. ne put être inquiété. libraire. 00. « De Sade chargea Girouard de l'impression de son roman. dont il avait d'ailleurs. il rejeta la qualification de noble. pour gagner quelques centaines de francs. trompa plus d'un bibliophile. Depuis longtemps. par le citoyen S. il y a quelques années. qui imitait gauchement la vraie. . p. 37 fr. se disant petit-fils d'un valet el fils d'un parvenu vaniteux ayant (i) Cataloguedes Ecrits.. igo5. en 1870. grand besoin.000 francs d'amende et faire six mois de prison (1). morale el la répulalion du marquis de Sade leur paraît loul à fait usurpée. ambition suprême. 1793. Il mourut très vieux et très misérable. p. par la Cour d'assises de la Seine. à cause de son titre. (2) Le catalogue d'un libraire allemand la cotait encore. le 45 mars 4836. i35. raconlcFirniin Maillard (3). faire partie de la Société des gens de lettres et il n'avait jamais pu mettre de côté les vingt " nécessaires. compromis dans une conspiration royaliste. quant à de Sade.

En 1795. ce fut alors qu'il parût avec le nom de la veuve Girouard. en réalité. ne voulait point porter. 1 volumes in-12. Pigoreau dans sa Petite Bibliographie Biographie romancière dit que quelques extraits du roman d'Aline cl Valcour ont. « En résumé.été insérés dans deux autres romans publiés l'un en 1798. mais ces ouvrages.. jugé si diversement. Maradan acquittes exemplaires invendus. en ce moment. l'autre en 4799. peut-être alors dangereux. n'en sont qu'une.. il remplaça les titres primitifs par de nouveaux litres et il changea aussi un frontispice. le roman d'Aline el Valcour continua d'être imprimé secrètement jusqu'au jour de son complet achèvement. que lui. 3 volumes in-12. en 481b et en 4825. dnns ces circonstances. s appuyant sur sa haute et antique noblesse et sur les illustres faits de plusieurs de ses aïeux. le roman d'Aline cl Valcour trouva peu d'acheteurs. dune condamnation. à s'épuiser el fut frappé. « La Révolution était. C'est ainsi qu'il existe deux éditions de ce livre qui. n'offrent plus aujourd'hui qu'un intérêt bibliographique. Aline el Valcour est celui qui caractérise le mieux cet auteur. Cette thèse était contraire à sa supplique sous Louis XVI. Il est certain que sous la Révolution ces livres de débauches et de principes révolutionnaires pouvaient faire craindre le réveil de passions à peine éteintes. de tous les ouvrages de de Sade.dans toute sa violence. ni de sa fortune. son fils. dès lors. en 4793. la lête du roi et de la reine venaient de tomber sous Iccouperetde la guillotine. écrit à la . sous le titre de Valmor el Lydia. Le roman ne tarda pas-.368 D LE MARQUIS E SADE acheté un titre de marquis.nul n'était sûr. « Après la mort de l'imprimeur Girouard. alors qu'il sollicitait sa grâce. (1) » y (i) Aline et Valcour ou le Ronian philosophique. Alzonde el Koradin. ni de sa vie* et..

» Pauline et Belval ou les Victimes d'un amour criminel. empruntés à Lucrèce. —-C'est la même que la première avec un nouveau frontispice. énonce cette idée qu'il ne faut pas craindre de donner aux hommes des remèdes désagréables : mais salutaires : à prendre . suivi de l'histoire de Juliette. les réimpressions modernes exécutées en Belgique conservent également le même titre et la même date. 4797. La Nouvelle Justine ou les Malheurs de la Vertu. 4 vol. La Nouvelle Justine est la troisième rédaction de cet exécrable ouvrage.. J. Bruxelles... Les mêmes gravures se rencontrent lithographiées ou modifiées presque au trait. A Paris.. 46 gravures (la 2e figure de la bc partie manque presque toujours). à la lettre S). 6 pour Juliette).... 2e édition.10 vol. 8 vol. chez la veuve Girouard. Aline et Valcour.-J. 4796. Supercheries littéraires."12(avec gr. ou les Prospérités du Vice. . VI: 24 .. L. lrc édition.4Vol. i'883. « Il existe plusieurs éditions sous la rubrique de. sa soeur. 1 frontispice et 100 gravures.1. Une épigraphe de sept Vers latins. 'Nam velulipucris absinlhia tclra medenles. lro édition collective. Hollande (Paris).BIBLIOGRAPHIE SES OEUVRES DE ' 369 Sur le frontispice est représentée une lyre surmontée d'une couronne avec des rameaux de. p. . in-8°.. ' Anecdote parisienne du xvme siècle. petit in-12. On doit trouver à la fin du tome IV l'indication au relieur contenant' l'ordre des gravures.). âvànt-propos. Juliette ou la Suile de Justine (S. "Gay.Hollande et sous la même date . 4795. un an avant la Révolutionde France. d'après les corBaslille. in-18 (4 pour 'JusUne.ji 1.laurier de chaque côté et les mots : Veritas impavida (Quérard.

la Double Epreuve. chez Chambon et Lenprmand. par M. A. 4813. A vol. La Marquisedc Bcchet.) '-"' primé ..(i) « Je me procurerai à moi-même l'honneur d'être imet n'en aurai d'obligation à personne. Deux figures gravées par Giraud. 1800). . Fa. Ce conte devait figurer dans les Crimes de l'Amour. •lroédition.370 LE MARQUIS DE SADE rections de l'auteur d'Aline-et-Valcour. Pauline amour criminel.! vol. conle inédit par le Dorci ou la Bizarrerie.. in-12 carré orné d'uue eau-lorte par G.R.Sade. auteur par D. in-12. chez Massé. 2 vol. in-12. du Sort. deux acohjlhes ou quelques décades de la véritable du siècle vie de trois jolies femmes.veFlorville el Courual ou lange ou. an VI (1798). marquis de Sade. anecdote récente avec'romances el figures. A. frère. 1881. De l'imprimerie de nouveautés. et Bclval ou Suites funestes d'un i" édition. publié sur le ihanilsçrit avec une notice sur l'auteur Paris. Laurence el le Fatalisme. Zoloé el ses. Thermidor. » (Préfacé.cl lroédition. 3 vol. in-18 de 142 pages. Gqnges.CharaYay. les Torts de l'ambition. Charpentier (61 pages). in-12. au VIII (1800). in-12 avec A gravures. F.. Paris. Les Crimes de l'Amour ou le Délire des Passions. Histoire A Turin (Paris) chez tous dernier par un contemporain. frontispice gravé non signé (1). : Juliette.. 1" édition (vendue 40 francs a la vente Saint-Morys). de l'aules marchands an VIII (juillet teur (1). Nou^ velles héroïques et tragiques précédées d'une idée sur Us romans cl orné de gravures. 2 vol. Miss Henriette Slralson ou les Effets du Désespoir. Antonio. France).Paris. Rodrigue oulaTourcnchanlée. d'Aline et \alcour. Dans cet ouvrage ontétéréunies Raunai ou la Conspiration d'Amboise. . (par Anatole . A Paris. 1812. Paris. etc.

de Roviri. en quelque sorte. » Ainsi le chevalier Neuville-Monlador. Cécile. « Ce roman. « Cet ouvrage critique contient des récits libres. Mlle d'Hcrbcville. Il y a des morceaux qui semblent pris dans dé Soupe des petits maîlrcs'eldansla Confession de Wilforl. C'est une oeuvre sentimentale et niaise (genre Gorjy)qui n'a d'intéressantque le nom de son auteur. Le chapitre intitulé « La Comédie » n'est autre qu'un souvenir du théâtre de société que l'odieux marquis avait inauguré dans son château de Lacoste. fils de M. de Sade lui-même? Qui découvrira les noms véritables de Serf et Falime. Despras. Mme de Bccni. actrice du Théâtre-Français qu'il faisait passer pour sa femme légitime. etc. etc. 2 vol.F. de Fallon. ajoute-l-il. P. sacrifice. 153). où les médecins l'envoyèrent se refaire de ses fatigues de débauche. à Lampsaque. on y retrouve les vieillottes métaphores habituelles de ce genre d'écrits: autel. Mme Berlc.p. l'abbé Sainl-Ildcbergc. A D C. côtoie. . 4884. iri-18 de 115 et 111 pages avec une post-face de 3 pages. serait M. Clolilde. La notice estsignée A.D BIBLIOGRAPHIE E SES OEUVRES 371 On ne sait pour quelle raison il resta inédit. et où il amena Mlle Beauvoisin. les aventures du marquis de Sade luimême.? » Quelque sérieuses en apparence que soient les raisons sur lesquelles s'appuie le bibliophile Jacob. roman. Il n'hésite point à dire qu'il est convaincu que cet ouvrage est encore le plus honnête de ceux du marquis de Sade qui était alors à la Bastille.Didon. où les noms des personnages offrent quelquefois des anagrammes à deviner. M. mais les termes ne sont point obcènes. ROMANS TTRIBUÉS UMARQUIS E-SADE: A L'Étourdi. Lacroix a consacré à ce livre une bonne notice dans le Bulletin dû Bibliophile (1853. il ne nous semble pas du tout démontré que l'Etourdi soil du marquis de Sade.

ne sont absolument que la même chose. in-12. et chez Cerioux et Moutardier. in-18 de 290 et 246 pages. A Londres Paris). 3 vol. le 6 octobre 4812. Paris. /£->:< . 4795. 2 vol. Massé. à la maison de santé près de Charenlon (1812). in-12 de 49 pages. Couplets chantés à son Eminence le Cardinal Maury. Cerioux et Moutardier. Aline cl Valcour. « Il est essentiel pour nous. Paris. de prévenir que l'ouvrage qui se vend chez Pigoreau et Leroux. an XI (4800).372 LF MARQUIS SADE DE Le Philosophé dans le Boudoir ou les Instituteurs liber. aux dépens de la Compagnie. Dialogue. 2 vol. Pigoreau. Ouvrage (prétendu) posthume' de Vauteur de Justine. 4799. an Y1I (4799). Alzonde et Koradin: Paris. in-42. et tous les deux littéralement pillés phrase pour phrase de l'épisode de Sainville et Léonore. Un frontispice et 4 gravures libres. sous le titre de Valmor et Lydia. sous Celui d'Alzonde el Koradin. dit de Sade dans une note dé son Idée sur les Romans. formant à peu près trois volumes de mon roman. OEUVRES DIVERSES : L'Auteur des Crimes de l'Amour à Villctorquc folliculaire. Valmor et Lydia ou Voyage autour du monde de deux amants qui se cherchent. lins. » D.

... 1 II... Comédie-Française. -. .. 197 X. — Les deux filles de M. . VIII. 174 IX.. La petite maison d'Arcueil.7/1 tilles à la canlharide .*". La Bastille en 1784.... Le citoyen Sade. . . — Justine ou les Malheurs de la Vertu . .. . . V... .. .. de Rougemont . . Au chAleau de Miolans . .. — Les pas.. . 118 VI. . . Le marquis de Sade à la Bastille . Le mariage du marquis de Sade. 2?4 Lettres de de Sade aux acteurs de la APPENDICE. 259 de la Bretonne. VIL Un roman d'amour platonique. — L'écrivain.— L'Anti-Justine. . 95. . . —L'affaire Rose Keller • •47 IV. — Un amour contrarié . . .. 24 III. . .. .. dé Monlreuil. — Le marquis de Sade et Rétif .TABLE DES CHAPITRES I... ..... . ... Les pensionnaires de M. ... .... .. Dans la maison publique à Marseille. Un officier du roi . — Le marquis de i53 Sade et Mlle de Roussel ': . .

304 349 353 li-2-'JG.— Tours. imprimerie K. Le citoyen Sade. de Maral Piques.374 TABLE DES MATIERES 273 — La section des XI. .AUUAULT et C'« . — Le politicien. . Un roman à clef : Zoloé el ses deux acolylcs. Les finances du marquis de Sade en 1805 BIBLIOGRAPHIE DES OEUVRESDU MARQUISDE SADE . — De — Les dernières années à Charenton. Sainte-Pélagie du marquis de Sade APPENDICE. — Un admirateur XII.

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Le mariage du marquis de Sade. . . .Le marquis de Sade et Mlle de Rousset VIII.De Sainte-Pélagie à Charenton. Un officier du roi II. Lettres de de Sade aux acteurs de la Comédie-Française.Un amour contrarié III. Un roman d'amour platonique.Le marquis de Sade et Rétif de la Bretonne.Un admirateur de Marai XII.Justine ou les Malheurs de la Vertu APPENDICE.Les pastilles à la cantharide V. Les finances du marquis de Sade en 1805 BIBLIOGRAPHIE DES OEUVRES DU MARQUIS DE SADE . Les pensionnaires de M.L'écrivain. Le citoyen Sade. Dans la maison publique à Marseille. . . La petite maison d'Arcueil. . de Montreuil.L'affaire Rose Keller IV. de Rougemont VII.TABLE DES CHAPITRES I. . Le marquis de Sade à la Bastille X. .Les dernières années du marquis de Sade APPENDICE. . Au château de Miolans VI.Les deux filles de M. La Bastille en 1784 IX.Le politicien. . Le citoyen Sade. .La section des Piques.L'Anti-Justine XI. . . Un roman à clef : Zoloé et ses deux acolytes. .