Méthode : la dissertation philosophique

Remarque : il ne faut pas dès l’abord rejeter la dissertation en considérant que c'est un exercice trop difficile. Souvent, et de façon tout à fait injustifiée, la dissertation effraie les candidats. En effet elle est un travail de construction et d’argumentation où le sujet croit-on donne peu d’indication. Pourtant en fait la dissertation laisse une grande liberté de pensée et de construction et peut, si elle est bien menée être plus valorisée lors d’un examen que les autres sujets. Tout d’abord la dissertation est toujours un écrit très construit, avec une argumentation serrée, il ne s’agit pas d’écrire vaguement sur un sujet donné, fournissant des exemples précis et des définitions des concepts principaux du thème étudié. Il faut donc en effet une bonne connaissance des textes et des notions étudiées au cours de l’année, et apprendre quelques citations caractéristiques pour chaque notion.

I-

Etudier le sujet.
A) Lire le sujet

Le premier travail est une étude approfondie (qui peut prendre 10 à 15 min) sur les termes mêmes dans lesquels le sujet est exprimé. Ce travail loin d’être de l’excès de minutie est fondamental, c'est en effet au cours de cette phase que se déterminera en fait l’axe de votre réflexion. Sans ce travail préalable les risques de hors sujets sont décuplés, et de façon générale vous pouvez être sûr de passer à côté d’éléments de réflexion important, j’insiste donc encore sur la nécessité de regarder de près tous les termes du sujet. Chacun a une importance. L’attitude à ne surtout pas avoir serait celle qui consiste à lire le sujet puis à se précipiter à trouver des références, là on passe à côté du sujet de manière certaine. Le hors sujet étant le plus grand péril de la dissertation, il faut donc s’adonner sérieusement à ce premier travail. Ne pas hésiter à réécrire sur le brouillon le sujet, toujours l’avoir sans les yeux, même au cours de la rédaction, il faut sans cesse le relire. B) Définir les termes du sujet. Chaque mot doit être étudié, car il a une signification pour l’ensemble du sujet, y compris les « petits mots » du début du sujet qui sont loin d’être insignifiant ou décoratif : « Peut-on dire » n’est pas « En quel sens », en effet, pour cette expression, on remarque que le terme « pouvoir » peut avoir deux sens distincts : l’un relevant d’une idée de capacité (je peux dire cela, faire cela, c'est à dire j’en suis capable) et d’autre part d’une idée de légitimité (le peux 1

dire cela, c'est à dire il est juste, de le dire, c'est légitime) ou d’une idée simple de possibilité (je peux dire cela, c'est à dire il m’est possible de le dire) : on voit donc qu’un mot simple, auquel on ne prête souvent pas attention peut en fait donner des pistes importantes. Par ailleurs, définir les termes, c'est saisir la nature du sujet et donc de ce que l’on vous demande exactement. C) Les types de sujets. On peut distinguer différents types de sujets, qui induisent des développements distincts. ϕ Sujets dialectiques : Sujet prenant l’apparence d’un questionnement pouvant attendre une réponse positive ou négative : « Pour être heureux, faut-il pouvoir ne pas travailler ? » : ce sujet semble souvent rassurant car il offre 2 directions, néanmoins il présente aussi un écueil à éviter absolument, c'est une réponse de type I- oui, II- non, III- peut être on ne sait pas ou au mieux, c'est plus compliqué que cela. Ce type de sujet attend une réponse qui se construit peu à peu : on part alors de ce qui paraît au 1er abord évident, pour montrer en quoi ça ne l’est pas, pour parvenir à proposer une autre réponse, une ouverture du sujet (sans faire de hors sujet !!!) : le plan est un plan dialectique, qui examine 3 positions différentes possibles, selon les modifications que permettent les définitions. C'est à dire que l’on peut construire le plan de la façon suivante : si on considère que le bonheur, c'est pouvoir faire ce que l’on veut quand on le souhaite, alors, en effet le travail est un obstacle. Mais cette définition est trop restrictive, une meilleure définition du bonheur serait plutôt la possibilité pour l’homme d’être autonome (par exemple), donc dans ce cas, le travail nous aide à accéder au bonheur, enfin le bonheur c'est plutôt l’épanouissement personnel, donc dans ce cas le travail joue un grand rôle dans l’accès au bonheur, car il nous donne la reconnaissance d’autrui etc. ϕ Le sujet définitionnel : il s’agit de discuter une définition donnée : « Je est tu » On adopte dans ce cas un plan dit thématique. Dans ce cas le + judicieux est de partir dans le sens de cette définition en analysant ce qui peut être juste en elle, pour ensuite parvenir à en montrer les limites et proposer une autre définition, cependant, bien souvent, encore il s’agit surtout de partir du plus évident, dans notre exemple, la définition proposée est la suivante : « je » c'est à dire moi, c'est à dire le sujet individuel peut être considéré comme un « tu » qui représente

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l’altérité. On peut se souvenir ici du mot de Rimbaud : « Je est un autre » : le moi c'est l’altérité. Si on part du plus évident, c'est le contraire, le « tu » et l’autre, et le « je » c'est ce qu’il y a de plus proche, il s’agit donc de saisir comment on peut en venir à définir le « je » comme un « tu » et à dépasser peut-être aussi cette définition : le « je » est une construction.

ϕ Le Sujet « libre » : c'est un sujet très large de type : « Respecter autrui » ou « Art et Liberté », il ne faut surtout pas prendre peur devant de tels sujets, qui ne sont pas plus difficiles que les autres, en effet, il s’agit de le problématiser avant tout, donc de voir, dans un 1er temps ce qu’on pense habituellement de ce rapport, le rapprochement des deux termes est-il évident ou surprenant ?

On voit donc que le sujet peut prendre plusieurs formes, il faut donc bien définir à quel type de sujet nous avons affaire pour éviter de faire fausse route, puis après on peut constater que le cheminent est assez simple et toujours le même. De façon générale aussi il s’agit toujours de parvenir à saisir la réalité des choses sous un angle novateur, inattendu et ce en partant du plus évident, de l’opinion courante, de discuter cette opinion pour en montrer les limites, ce qui nous permet d’accéder à un point de vue qui la renverse et qui est plus précise.

Construire un plan.
Face à un sujet on ne sait souvent par où commencer. Tout d’abord, si le travail préparatoire a été bien effectué le plan viendra de lui-même. On doit dégager des idées directrices. Puis les accorder avec nos connaissances : des concepts, des lectures, des exemples. On rassemble donc après les analyses des idées et connaissances. . On présente la thèse qu’il permet de développer, il s’agit de chercher des arguments allant dans son sens ou en sens inverse. Ensuite on peut en montrer les limites, puis on propose une lecture plus personnelle. Attention : on ne peut jamais dire strictement une chose et son contraire, d’où un développement construit et progressif. On part de l’idée la plus faible, quoique possible et étayée d’exemples à l’idée la + complexe, celle qui vous semble la plus pertinente et la plus novatrice, celle qui se distingue le plus de l’opinion courante.

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Autre chose : il est vrai qu’un plan en 2 parties seulement est acceptable, mais il est souvent signe d’une mauvaise analyse, d’oublie de certaines options possibles et risque de vous faire plonger dans le oui-non abhorré.

II-

Rédiger une dissertation.

Il est vrai que la dissertation est un exercice fastidieux, elle a des règles d’écriture, il est absolument impossible d’écrire sans plan ou fil de la plume, de parler d’une chose puis d’une autre et de revenir sur la première. A) L’introduction. L’introduction, comme toute introduction se fait en 3 parties, c'est à dire comporte 3 moments distincts ce qui induit obligatoirement 3 paragraphes (alinéas de 2 ou 3 carreaux), ces conditions formelles permettent la lisibilité et la clarté qui est la 1ère qualité de toute dissertation. • Présentation du sujet : amorce rapide et DEFINITIONS des termes du sujet, explication de la citation de l’auteur en expliquant en quoi cet auteur est pertinent pour tel thème. Sans définitions il est impossible de construire un raisonnement puisqu’on ne sait pas exactement de quoi on va parler. C'est une phase importante donc car elle montre ce que vous avez compris de sujet, comment vous l’avez compris, quels sont les termes et thèmes important selon vous. C'est de cette phase que doit découler quasi naturellement le 2ème. • Problématique : c'est à dire la question que pose le sujet, cela peut prendre la forme d’une question, voire de deux (mais pas plus, pas d’avalanche de question car vous ne faites qu’une dissertation, vous ne pouvez donc répondre à 10 questions !!!!) ou de phrase telles que « en quel sens pouvons nous donc considérer que … ». Il s’agit en fait de mettre à jour les questions implicites du sujet ce qui peut poser problème dans ce sujet. • Annonce du plan. Trois parties valent toujours mieux. Il s’agit ici aussi de montrer le lien logique des parties entre elles, comment elles découlent les unes des autres.

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B) Le développement de la dissertation. La dissertation se développe de préférence en 3 parties pour les raisons que nous avons déjà évoquées. Mais dans tous les cas elle se construit suivant une certaine méthode. • • Annonce de la thèse générale de la partie et des sans parties, de façon succincte, clair et précise. Alinéa, 1er § : o Annonce du 1er argument développé et justification, c'est à dire explication, développement de cet argument. C'est le passage plus théorique, où l’on attend les grands thèmes (pacte autobiographique, etc.) o Exemple, tirés des textes que vous avez étudiés et des textes présents dans le corpus. Les références doivent être précises et pertinentes et ne pas se réduire à un vague « Comme le dit Descartes», il faut donc avoir en tête des passages et des textes précis et des citations toutes prêtes pour chaque thème. o Récapitulation de ce qu’on apporté les exemples. o Passage au 2ème argument, même procédé. o 3ème argument. • Transition de la 1ère à la 2nd partie. C'est une récapitulation rapide où on analyse en même temps les limites de cette partie : « Peut-on néanmoins considérer cette définition comme suffisante pour … » et présentation d’une autre possibilité. • Seconde et troisième partie s’effectue selon le même modèle que la 1ère.

C) La conclusion. On vous recommande souvent une récapitulation de la thèse et des options que vous avez prise. Cependant attention à ne pas être trop long, c'est ennuyeux. Ce qui importe + dans la conclusion c'est d’ouvrir le sujet et de se positionner clairement face au sujet. C'est dans cette partie que vous pouvez le plus vous impliquer, par un « je » ou « il me semble ».

Remarques : Attention à l’orthographe et à la syntaxe, au registre de la langue.

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Modèle type de dissertation, architecture de la dissertation. Introduction : • Amorce et Définitions des termes du sujet. Citation et explication par des définitions de la citation. • Problématique. • Annonce du plan. I• • Partie I :

Annonce de la thèse et des sous-parties. 1ère sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument. ème 2 sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument. ème 3 sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument Transition de la partie 1 à la partie 2. IIPartie II :

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Annonce de la thèse et des sous-parties. 1ère sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument. 2ème sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument. ème 3 sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument. Transition de la partie 1 à la partie 2. IIIPartie III:

Annonce de la thèse et des sous-parties. 6

1ère sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument. ème 2 sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument. ème 3 sous-partie : o présentation de l’argument et explicitation. o Exemple, illustration. o Conclusion rapide sur ce qu’apporte ces exemple et cet argument. Transition de la partie 1 à la partie 2.

Conclusion : • Récapitulatif rapide. • Positionnement sur le sujet • Ouverture.

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