Uwv.

or
Toronto

'ùbrary

REVUE BIBLIQUE
INTERNATIONALE

Typographie Firmin -Didot

c et C'

.

Paris.

^

4P-

NOUVELLE SERIE

DIXIEME ANNEE

TOME V

REVUE BIBLIQUE
INTERNATIONALE
PUBLIEE PAU

L'ÉCOLE PRATIQUE D'ÉTUDES BIBLIQUES
ÉTABLIE AU COUVENT DOMINICAIN SAINT-ETIENNE DE JÉRUSALEM

IX

PARIS
LIBRAIRIE VICTOR LECOFFRE J. GABALDA, ÉDITEUR
RUE BONAPARTE, 90
1913

H

t'A>{
:

Mo
R.2>

t. 22,

UN NOUVEAU DOCUMENT SUR UES ORIGINES DE LA YULGATE

On

a publié souvent d'intéressantes souscriptions de manuscrits,

qui éclairaient d'un nouveau jour l'histoire littéraire, et récemment encore Dom J. Chapman (1) a bâti sur le célèbre colophon des Évangiles d'Echternach
terait

une théorie dont M. Sanday a

dit qu'il souhai-

de l'avoir inventée. Je

me

permettrai d'appeler l'attention sur
et

une autre souscription plus ancienne encore
sante.
Elle se trouve avec

non moins

intéres-

quelques variantes dans deux manuscrits. L'un est « cet excellent manuscrit de Saint-Germain-des-Prez » comme l'appelait Richard Simon. Il semble originaire du midi de la France et se trouve maintenant à la Bibliothèque nationale sous le numéro 11553. L'autre, le ms. G de la même Bibliothèque, provient de
Saint-Pierre de

Roda en Catalogne.

J'appellerai le premier G,

le

second R. S. Berger a publié avec soin le texte de leur souscription >2), mais n'en a pas cherché l'origine ni utilisé les données. Cette fois encore, comme trop souvent, l'historien de la Vulgate s'est

montré
crits

superficiel, plus appliqué à noter les curiosités des manusqu'à rechercher l'histoire des textes. Depuis S. Berger, on a beaucoup écrit sur le texte latin du Nouveau Testament, mais l'An-

cien Testament est resté abandonné. Ainsi s'explique que cette note

curieuse n'ait trouvé jusqu'ici personne qui daignât s'y intéresser. Avant d'étudier l'origine de cette souscription, il sera nécessaire

de réimprimer
tions.

les

textes.

Je les

emprunte à

S.

Berger, en faisant

ressortir par la disposition

typographique

les omissions et les addi-

(1) itotes
(2)

on the early history of the Vulgate Gospels, 1908. Histoire de la Vulgate, p. 24 et 67.

REVUE BIBLIQUE.

Hucusque completum est uetus testamcntum id est omnes cannonicas scripturas quod fiunt 01 quas transtuli 1III libri XX
'

Hucusque completum
testamentum, id est
uiginti

est

uetus
ca-

omnes

nonicas scripturas quod fient libri

'

quattuor quas

transtulit

ego hieronimus presbiter de haebraica ueritate et in latiuum eos

hieronymus praesbiter. De hebraica ueritate
uerti

in latinum

sermonem summo studio summaque cura per diuersos codiuerti

sermonem.

Summo

studio

summaque cura per
ces oberrans
in

diuersos codi-

ces oberrans aediciones perquisiui
et in

editiones perquisiui

unum

collexi corpus et scri-

unum

collexi corpus et scri-

bens transfudi. fecique pandectem.

bens transfudi fecique Pandectem. Obsecro rogo per ipsum te
peto

omnipotentem quicumque hune codicem legis pro Scriptore
humillimo
digneris.
ferat
et

peccatore

orare
Sic tri-

Vt

manibus

propriis

mercedem aeternam.
sancta tribuat
tibi

nitas

lumen

aeternum, ut ueniam peccatorum
Cetere

adeptus
sit

meorum

mihiprae-

mium

fugisse supplicium. Ceterae

uero

scripturae quae
set

non sunt
aeccleest liber

uero Scripturae
canonicae
sed
siasticae istae

quae non sunt
dicuntur
eccle-

cannonicae
siasticae

dicuntur
sunt
id

iste

sunt.

id est liber

iudith. tobias. libri
11°.

machabeorum
Syrach.
spiritus

Iudith.Tobias. Libri Maccabeorum

sapiecia quae dicitur salomo-

duo. Sapientia quae dicitur Salo-

nis. et liber

ihesu

filii

monis Et Liber Hiesu
Liber pa[s]toris
-+-

Filii Sirac.

Et

Explicit in no-

Explicit In no-

mine
sancti.

patris.

et

lilii.

et

mine
sancti.

patris.

Et

filii.

Et

Spiritus

Amen.

Amen.

Nous déterminerons d'abord laquelle de ces deux formes est primitive, ensuite nous rechercherons ou plutôt nous établirons i^car il n'y a pas à chercher) l'auteur de la souscription, enfin nous en tirerons quelques conclusions pour mieux connaître les origines de
la

Vulgate et les premiers temps de son histoire.
I.

COMPARAISON DES TEXTES.
:

Les principales différences entre les deux textes sont les suivantes G parle de saint Jérôme à la troisième personne, tandis que d'après
aurait écrit le colophon.

R Jérôme lui-même

UN NOUVEAU DOCUMENT SUR LES ORIGINES DE LA VULGATE.

7

G ajoute une prière pour le copiste. G ajoute le Pasteur aux livres exclus du canon.

Il

n'y a pas de doute que la mention de saint Jérôme à la première personne ne soit primitive. L'auteur de la forme G qui inséra

en même temps la demande de prières, n'a fait qu'obéir à un scrupule très naturel. Voulant parler lui aussi au lecteur à la première personne (obsecro, rogo, etc.), il n'a pas conservé les mots transtuli
ego hieronymus, mais les a transposés à la troisième personne.
est vrai qu'il n'a
Il

pas été conséquent jusqu'au bout et qu'il a con-

servé à la première personne tous les verbes qui suivent in latinum
verti sennonem, etc., comme si verti n'était pas l'exact synonyme de transtuli. Cette inconséquence nous permet d'affirmer avec certitude que G dépend d'un manuscrit où on lisait le même texte

que R. 2° La prière pour

le copiste est

une interpolation.

Il

serait difficile

de trouver un contraste plus frappant que celui qui règne entre les deux parties du colophon. La demande de prières, assez ordinaire
sous la plume des copistes,

interrompt

brusquement

l'exposition

didactique. La lamentable platitude de ce trop

humble quémandeur

presque la vanité, que trahit celui complaisamment de la traduction qu'il a faite et le style confus et obscur du premier jure avec la clarté et l'élégance du second. Celui-ci observe avec soin les règles du cursus, celui-là les remplace par un vulgaire jeu d'assonances. 3" On pourrait croire que le copiste de G ou un de ses prédécesseurs a ajouté de même la mention du Pasteur d'Hermas qui lui aurait été suggérée par la présence de ce livre à la fin du manuscrit. Cette hypothèse parait peu probable, car il est à remarquer que l'on n'a pas cherché à harmoniser la souscription avec le contenu du manuscrit. Ensuite le prologus galeatus joint lui aussi le Pasteur aux livres « apocryphes » de l'Ancien Testament « Igitur Sapientia quae vulgo dicitur Salomonis, et Jesu filii Sirach liber, et Judith, et Tobias, et Pastor non sunt in canone ». Depuis longtemps les
la
fierté, je dirais

cadre mal avec
qui parle
si

:

critiques ont élevé des doutes sur la pureté de ce texte.

à substituer au

On a cherché mot Pastor soit Pastora, soit Philopator, soit Esther. Tout récemment L. Schade, dans un livre d'ailleurs très soigné, a
conclu qu'il fallait ou bien supprimer
le

Pasteur ou bien

le

rem-

placer par Baruch

(1).

Mais le témoignage des manuscrits est déci-

(l)

Schade, Die Inspirationslehre des h.

Hieronymus

(Bibl.

Sludiea, X,

4-5),

1900,

p. 304.

8
sif.

REVUE BIBLIQUE.
Dans
le

prologus galeatus

il

faut maintenir le Pasteur intact et
il

j'incline à croire que dans la souscription de la Bible

faut le gar-

der aussi, malgré qu'il soit omis par R. Son omission s'explique comme le Pasteur fut bientôt plus facilement que son addition écarté définitivement du canon et tomba dans l'oubli, il est très
:

naturel qu'un copiste n'ait plus voulu le joindre à des livres bien connus qui avaient été admis comme canoniques.
II.

ORIGINE DE LA SOUSCRIPTION.

Après avoir résolu
réduit au
faussaire qui veut se

le problème textuel, la question d'origine se ou bien cette page est l'œuvre d'un dilemme suivant
:

pour saint Jérôme, ou bien elle Jérôme lui-même. On pourrait, en bonne critique, est l'œuvre de s'arrêter ici et admettre l'authenticité de la note, en attendant que quelqu'un vienne faire la preuve du faux. Je crois qu'on attendra longtemps. Essayons cependant de prévoir les difficultés qu'on pourrait faire et de relever les arguments en faveur de l'authenticité. Un copiste, dira-t-on, désireux de donner de la valeur à son
faire passer

manuscrit

et

de

le

présenter

comme

celui

de saint Jérôme, aura
:

il inventé cette note. La science qu'il étale est une science facile n'avait qu'à emprunter au prologus galeatus sa liste d'écrits apoCette hypothèse est inadcrvphes, sans même oublier le Pasteur.

missible. D'abord

le

copiste

aurait
dire

entièrement

manqué

son

but.

manuscrit d'EchterPour l'atteindre, il aurait sur un manuscrit qui a nach Cette Bible a été copiée directement appartenu à saint Jérôme 1 Maintenant il dit seulement que Jérôme


.

comme

le

:

a traduit l'Ancien Testament de l'hébreu, ce que tout le
et

monde

savait

pouvait empêcher son texte d'être corrompu par la série des copistes intermédiaires. D'ailleurs un faussaire qui longue imitait le prologus galeatus aurait évité de se mettre inutilement en contradiction flagrante avec lui et de compter vingt-quatre livres
ce qui ne

nellement par
loin
:

de l'Ancien Testament; tandis que le prologue commence solenles mots Viginti et duas esse lifteras, et continue plus

A (que

ita fiunt

pariter veteris legis libri viginti duo.

Deux expressions seulement pourront paraître étranges et ont fait hésiter un instant des savants auxquels je communiquai la présente étude. D'abord la Bible est appelée pandecte, ce qu'on ne rencontre pas avant Cassiodore, et ce qu'on ne conçoit pas avant Justinien qui
(1)

Remarquons qu'on

n'a

jamais soupçonné

la

note d'Echternacfi d'être l'œuvre d'un

faussaire.

UN NOUVEAU DOCUMENT SUR UES ORIGINES DE LA YULUATE.
a publié

9

en 533 sous

le

nom

de pandecte ou de digeste

le

recueil

du jus vêtus. Ensuite les deuterocanoniques sont appelés scripturae quae non sunl canonicae, sed dicuntur ecclesiasticae Or, de ce terme
.

qui parait

ici

comme

usuel

il

n'y a pas trace chez saint Jérôme.

Remarquons aussitôt que cette double difficulté exclut l'hypothèse d'un faux. Un faussaire aurait recueilli des expressions et des sentences hieronymiennes et se serait bien gardé d'employer des mots
insolites.

Or,

si

cette
le

note n'est pas d'un faussaire, elle est de saint

Jérôme. D'ailleurs
le

mot pandecte au sens de compilation,

recueil

complet, était connu dès l'époque de Cicéron. Si l'on prétend que

mot employé par
loi,

l'auteur de la note et par Cassiodore implique la

notion de

je dirai

que

les jurisconsultes

classiques
le

longtemps

avant Justinien, avaient écrit des ouvrages sous
tel

nom

de Pandectes,

cle

par exemple Modestinus qui vivait au milieu du troisième siè(i). Il est vrai qu'ailleurs saint Jérôme n'appelle pas les apo-

cryphes scripturae ecclesiasticae, mais dans sa préface aux livres de Salomon il reconnaît qu'ils sont lus par l'Église et qu'ils servent à
l'édification des fidèles.

Dès lors

ils

pouvaient s'appeler

«

ecclésias-

tiques

».

Pas n'est besoin de réfuter plus longuement des objections possibles. Je serai

thenticité.

même très bref dans la démonstration positive de l'auQuelque courte que soit cette souscription, je crois que ceux qui ont l'habitude de lire saint Jérôme n'hésiteront pas à y reconnaître la pensée et le style du grand Docteur. C'est bien le Maître
versé dans
les Écritures,

toujours soucieux d'instruire, qui parle

ici;

c'est aussi l'écrivain élégant,

au style classique;

c'est surtout

l'homme

qui aime à parler de ses travaux, qui étale complaisamment sa vaste

du caractère, ou si l'on veut, un défaut de Jérôme. Encore faut-il reconnaître que dans le cas présent il avait quelque raison d'être fier. Tandis qu'autour de lui on décriait sa traduction, il la considérait lui-même comme sa plus belle œuvre et la postérité lui donna raison. Il avait conscience d'avoir doté le premier l'Église d'une traduction latine des saints Livres faite directement sur l'hébreu et pour exprimer ce fait capital, dont il entrevoyait sans doute l'énorme influence, il multiplie les synonymes Iranstuli de hebraica veritafe, in latinum vert/ sermonem, transfudi(2). Je crois qu'un faussaire aurait évité cette répétition.
érudition; on reconnaît bien là
trait
(1)
t.

un

Daremberg-Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines,

t.

III, p.

"->;

IV, p. 312.
(2)

Ce mot ne peut

signifier

que

«

traduire

»,

il

est

employé dans ce sens par Rufin,

contemporain de Jérôme.

10

REVUE BIBLIQUE.
III.

LA BIBLE DE SAINT JEROME.

L'authenticité
l'utiliser

du colophon étant mise hors de doute, nous pouvons en toute confiance pour établir l'origine de la Vulgate. Dans

cette note saint
et

Jérôme nous dit d'abord comment il a fait sa traduction nous permet ensuite d'indiquer exactement le contenu de sa Bible. Le solitaire de Bethléem dit avoir examiné avec grand zèle et grand

soin plusieurs manuscrits afin de rechercher les diverses éditions de
la Bible. Il ne s'agit évidemment pas des manuscrits hébreux, car longtemps avant saint Jérôme le texte hébreu avait été rigoureusement fixé; il ne s'agit probablement pas de manuscrits latins, car bien que Jérôme eût consulté plusieurs Bibles latines et remarqué

leurs divergences, jamais

il

ne parle des diverses éditions latines. Le
texte latin, qui

problème de
siècle.
Il

l'origine

du vieux

brouillé aujourd'hui, n'était pas
s'agit

beaucoup plus
:

g-ène tout le

monde

donc de manuscrits grecs savait, et Jérôme surtout,

nous parait si emclair au cinquième grâce aux hexaples d'Oriqu'il

éditions de la Bible grecque. Les critiques avaient déjà
les versions

y avait plusieurs remarqué que
la

grecques avaient exercé une certaine intluence sur
Il

cependant pas inutile d'avoir une affirmation directe de l'auteur lui-même. Décrivons maintenant dans le détail le manuscrit de saint Jérôme. J'ose espérer que cette description sera de quelque utilité pour l'hisn'est
toire de la Vulgate.
1.

nouvelle traduction de Jérôme.

Saint Jérôme a écrit ce colophon à la fin de l'Ancien Testament

latin qu'il avait traduit

de l'hébreu,

le psautier était aussi «

hébraï-

que

».

Les différents livres étaient précédés des préfaces du traduc-

teur, car

on peut

dire,

en règle générale, qu'on n'a jamais copié la

Bible sans ces préfaces.
2.

Cet Ancien Testament formait un seul volume; c'est ainsi que
in

je

comprends

umim

collexi corpus... fecique
qu'il ait

pandectem.

Si l'on a

quelque peine à croire

existé

des manuscrits aussi volusiècle, je ferai

mineux au commencement du cinquième qu'ils contenaient beaucoup moins que
3. Cette

ces Bibles complètes
tiers.

remarquer que

Cassiodore faisait copier; la différence devait être d'un
Bible se terminait par Esthcr; c'est, en
le
effet,

après Esther
l'ont

que

se

trouve

colophon dans

les

deux manuscrits qui nous

conservé.
k. C'est

une théorie passée

à l'état

d'axiome que saint Jérôme a
et

ajouté à sa traduction des livres protocanoniques de l'Ancien Tes-

tament sa propre traduction de Tobie

de Judith ainsi que l'an-

UN NOUVEAU DOCUMENT SLR LES ORIGINES DE LA VULGATE.

1

1

cienne version des Machabées et des deux Sapiences (1). Cette opinion, en faveur de laquelle on n'a apporté aucun argument, est insoutenable. Les six grands deuterocanoniques étaient absolument
oxclus,

même

sous forme d'appendice. La formule est nette
»

:

«

Hucus-

que completum est des « apocryphes »,
suivi. Mais
il

Puisque saint Jérôme parle Vêtus Testamentum. il eût été très naturel de les annoncer s'ils avaient

explicit, suivi
ficile

n'y a plus à'incipil, au contraire, il y a un solennel de l'invocation des trois personnes divines. Il était difil

5.

d'indiquer plus clairement la fin. Pour les motifs que je viens d'indiquer
le

me

parait très pro-

bable que
6.

Nouveau Testament

n'était pas

dans ce manuscrit,

Les parties deuterocanoniques d'Esther et de Daniel y figuraient sans doute, car c'est précisément à la fin des additions deuterocanoniques d'Esther que se trouve la note que nous étudions. D'ailleurs il

jamais n'y a aucun indice qui permette de croire que saint Jérôme ait les parties deuterocanoniques (2). Il serait publié ces deux livres sans
injuste de l'accuser

au canon hébraïque, caries rubriques qui précédaient ces parties et les obèles qui les accompagnaient tout le long du texte avertissaient suffisamment le lecteur. lettre dite de 7. Si Tobie et Judith étaient exclus, Baruch et la

pour cela

d'infidélité

Jérémie ne pouvaient être admis. Bien qu'on ait ajouté partout les on six grands livres deuterocanoniques à la Vulgate hieronymienne, n'est que plus tard qu'il a réussi n'a cependant pas ajouté Baruch. Ce à se faire admettre, d'abord en Espagne, puis en Italie et en France;
mais^

comme

il

arrive aux intrus,

il

n'a pas eu de place fixe;

il

se

trouve tantôt après la prophétie de Jérémie, tantôt après les Lamenles tations, tantôt après les petits prophètes, quelquefois même après

Machabées ou l'Apocalypse. Parfois il est séparé de sa compagne ordie défininaire, la lettre de Jérémie. Ce n'est qu'au xm siècle qu'il reçut encore aujourd'hui. tivement droit de cité et la place qu'il occupe
Aux trois ordres des livres hébreux, S. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 302 même Jérôme ajoute naturellement les livres deuterocanoniques ou apocryphes ». De saint auteurs H. J. White, article Vulgate dans le Diclionary oftlie Bible, t. IV, p. 805. Ces deuterocanoniques de n'ignorent évidemment pas que Jérôme rejetait l'inspiration des nécessaireTestament. Mais l'exclusion de ces livres hors du canon n'entraînait pas l'Ancien t'ait les ment leur exclusion hors des manuscrits bibliques. Ils auraient pu y figurer et de
:

(1)

de livres lus par parties deuterocanonique- de Daniel et d'Esther y figurèrent, en qualité cependant leur exclusion hors de la Bible suppose le rejet de leur part
l'Église.

D'autre

canonicité.

Ceci soit dit pour ceux qui s'obstinent,

malgré l'évidence, à présenter saint

Jérôme comme un
(2)

défenseur des deuterocanoniques.

et

de Daniel White, dans l'article cité, place la traduction des parties deuterocanoniques vois aucune raid'Esther quelque temps après celles des parties protocanoniques. Je ne son en faveur de cette opinion.

12
8.

REVUE BIBLIQUE.
Cet Ancien Testament était divisé en vingt-quatre livres. Ce n'est
le

pas la division annoncée par

célèbre prologus galeatus

qui ne

compte ni Ruth ni les Lamentations pour des livres distincts. Cependant saint Jérôme connaît aussi la division en vingt-quatre livres et il l'emploie quelquefois (1). La différence entre les deux systèmes est purement théorique les deux supputations étaient basées sur des considérations mystiques qui avaient plus de valeur aux yeux des
:

anciens qu'aux nôtres, mais même alors elles n'avaient pas de conséquences pratiques. Car sans doute le livre de Ruth a toujours été dis-

comme d'autre part les petits prophètes ont toujours en douze parties. On peut se demander toutefois si Samuel, les Rois, les Paralipomènes, Esdras étaient divisés dans l'édition de saint Jérôme chacun en deux livres comme dans nos éditions modernes. Dans Esdras il n'y avait pas de distinction et tous les bons manuscrits n'en font pas. Pour les autres au contraire, le témoignage des manuscrits semble plaider très fort en faveur de la distinction.
tinct des Juges,

été divisés

9. Il est

plus important de savoir en quel ordre les livres se sui-

que le colophon n'en parle pas explicitement, la réponse n'est pas douteuse. Puisque saint Jérôme s'est tenu strictement au canon juif pour le nombre des livres, il n'a pu s'en écarter pour
vaient, et, bien
l'ordre des livres.
Il

a

annoncé solennellement
si

cet

ordre dans

le

pro-

logus galeatus qui est pour ainsi dire le

programme de son œuvre.
Esther. qui était le der-

Ce n'est donc pas une simple coïncidence
nier livre
livre

du canon

juif, était aussi,

comme nous

avons vu,

le

dernier

du manuscrit dans lequel saint Jérôme écrivit sa souscription. Pour achever la description du manuscrit, disons qu'il n'a pu être
405 quand Jérôme traduisit Esther. La Bible de Saintaffinités espagnoles, celle

écrit avant

Cermain a des

de Roda fut écrite en Cata-

logne. C'est sans doute en Espagne qu'il faudra placer leur ancêtre

commun.
tre ait

Il ne faudrait cependant pas croire que ce vénérable ancêquelque relation avec cette Bible que les notarii envoyés par Lucinius copièrent à Bethléem sous les yeux du solitaire et rapportè-

rent ensuite à leur maître en Espagne
et Esther, ce n'était

(2). Il y manquait l'Octateuque pandecte ». Du reste, la souscription de Jérôme ne s'adresse à personne, c'est que le manuscrit n'était destiné à personne, il ne devait ni réjouir le cœur d'un ami. ni attirer la

pas un

«

faveur de quelque grand personnage. C'était un exemplaire de librairie.

Peu importe dès
Schade,

lors le

pays où nous plaçons l'ancêtre de nos

'!)

o.

c,

p.

171.

(2)

Epist. 71, n. 5 (Migne. XXII, 671).

UN NOUVEAU DOCUMENT SUR LES ORIGINES DE LA VULGATE.
deux Bibles. Des exemplaires tout pareils ont dû exister en
Afrique, peut-être en Gaule.
IV.

13

Italie,

en

LA BIBLE APRÈS SAINT JEROME.

chercherait vainement parmi les milliers de Bibles qui nous sont parvenues un manuscrit qui réponde à la description que nous venons de donner. Car si le texte de saint Jérôme a été rapidement

On

accepté par tout
canon, mais
ajoutés partout.

le

monde

latin, il

n'en a pas été de

même

de son

les livres

deuterocanoniques
ici qu'il

qu'il avait exclus ont été

pour ces deuterocanoniques une assez grande variété de textes. On sait combien sont rares les représentants des anciennes versions latines pour l'Ancien Testament.
Il

convient d'observer

existe

Leur nombre

est,

comme

il

fallait s'y attendre,

en proportion de l'im-

mieux conou quatre manuscrits, tous incomplets; nous servé, il en reste trois avons moins encore pour les Bois, les Prophètes et Salomon; nous n'avons rien des Paralipomènes, dEsdras et de Job. Pour les deuterocanoniques, au contraire, qui ne sont pas plus importants que Job, les témoins des anciennes versions sont relativement nombreux, bien plus nombreux que pour le Pentateuque. Ces témoins ne représentent pas une tradition isolée, ils se trouvent dans des manuscrits complets ou incomplets de la Vulgate. Bien que saint Jérôme ait fait une nouvelle traduction de Tobie et de Judith, on trouve, d'après les listes de Thielmann (1), douze manuscrits du texte ancien de Tobie et
portance des différents livres. Ainsi le Pentateuque est le
quinze de Judith
Judith.
;

sur ce nombre, onze sont

communs

à Tobie et à

Esther, le

dernier des
il

livres

protocanoniques, occupe une

position intermédiaire;

y a cinq témoins du texte ancien, sans compter quatre manuscrits qui ont une ancienne traduction des deux premiers chapitres suivie de la traduction vulgate complète; c'est plus que les autres protocanoniques, moins que Tobie et Judith (2). Ces faits demandent une explication. Pourquoi trouvons-nous si souvent dans des manuscrits de la Vulgate l'ancienne version de Tobie

de Judith? Loin d'avoir reçu une solution, pas avoir été remarqué.
et

le

problème ne semble

C'est encore le colophon qui donnera la solution très naturelle. Il nous a appris que saint Jérôme n'a pas voulu insérer dans sa Bible les
(1)

Bericht iiber

das gesammelte handschrifllîche Matériel zu

einer kritischen

Ausgabeder lateinischen Uebersetzungen
(2)

biblischer Bûcher des alleu Testamentes dans II, p. 217-227. les Sitzungsberichte de l'Académie de Munich, philos.-philol. Classe, 1899, t. Les autres livres deuterocanoniques que saint Jérôme n'a pas traduits sont hors de

cause; pour eux,

peut être question que de concurrence entre différentes versions il ne anciennes ou entre différentes recensions d'une même traduction.

14

REVUE BIBLIQUE.
deuterocanoniqnes, qu'il n'a pas voulu faire une exception pour et Judith, bien qu'il eût fait une traduction de ces deux livres.

livres

Tobie

Ainsi la traduction

du canon hebraicae
et

veritatis circula seule et se

répandit vite. Tobie et Judith furent envoyés à
les avaient

Rome aux
le

amis, qui
d'au-

demandés,
«

de là se répandirent dans

monde par

tres voies,

plus lentement.

Vulgate les

apocryphes

»

Ceux qui s'empressèrent d'ajouter à la ne possédaient pas, ne connaissaient peutde Tobie
les

être pas la nouvelle traduction

et

de Judith,

ils

ajoutèrent

l'ancienne version. Sans doute, tous
cles, travaillèrent à

savants qui, au cours des siètexte

donner à leurs contemporains un bon

de

la Bible, Cassiodore, saint Isidore de Séville, Alcuin et Théodulfe,

que quelques noms, adoptèrent la nouvelle version de de Judith au lieu de l'ancienne, mais les manuscrits échappent parfois à l'influence des recensions les plus autorisées. Ne nous en plaignons pas, bien au contraire. Quant à Esther, il y a deux explications possibles du phénomène
pour ne
citer

Tobie

et

que nous avons constaté plus haut. On sait que ce livre a été traduit par saint Jérôme en dernier lieu. Ne pourrait-on pas supposer que la Bible a été publiée avant que cette traduction ne fût faite? En ce cas, ce qui est arrivé à Tobie et à Judith serait arrivé également à Esther, mais dans une mesure plus restreinte, car l'édition complète du canon hebraicae veritatis ne tarda pas à remplacer l'édition incomplète. Il y a une autre explication plus simple et, à mes yeux, plus probable. x\ous savons par Cassiodore que dans l'ancienne version
latine

Tobie, Esther, Judith. Or, comme on avait l'ordre suivant à copier Tobie et Judith d'après l'ancien texte, et comme on continuait on copiait rarement des Bibles entières, mais le plus souvent des
:

recueils de livres

du même genre,

il

devait arriver parfois qu'en

copiant Tobie et Judith on se laissât entraîner à copier l'ancien texte
d'Esther, sans songer à le remplacer par le nouveau.

Les origines de la Vulgate
été conservée

étaient réputées
la fin

obscures. Cette note

authentique de saint Jérôme, écrite à

de son volume, qui nous a

par deux manuscrits après Esther, à sa vraie place, malgré tous les bouleversements et Tes interpolations qui défigurèrent l'œuvre du grand homme, cette note précieuse, qui n'a pas été comprise des anciens, puisqu'ils ne respectèrent pas la volonté de Jérôme,
et

qui a été négligée par les modernes, jette un nouveau jour sur les

premiers temps de la Vulgate. Nous pourrons désormais poursuivre son histoire d'un pas plus ferme. D. Donatien de Bruyne, O.S.B.

LA RELIGION DES ACHEMENIDES

les

Notre dessein n'est pas de revenir sur les discussions qui ont divisa historiens dans l'étude de l'ancienne religion des Perses. Les théories

successivement en vogue ont été exposées et critiquées dans cette revue (1) aussi est-il facile désormais de reconnaître quelles sont les con;

clusions qui s'imposent à tout esprit

non prévenu. Mais

la

période des

Achéménides marque un moment tout à fait important et caractéristique dans l'évolution de la religion des Perses. En outre, nous avons, pour connaître cette période, des témoins de première valeur dans les monuments et les documents contemporains. Pour ce qui est, en particulier, des documents, ils viennent d'être rendus accessibles à tous dans l'admirable ouvrage de M. YYeissbach que nous avons signalé lors de son apparition (2). Nous avons désormais entre les mains, et en un seul volume, toutes les inscriptions royales des Achéménides
connues jusqu'à ce jour. Et ce sont, d'ailleurs, les plus importantes. Il est douteux, en elfet, que le hasard des voyages ou des fouilles
puisse ajouter beaucoup à ce que nous apprennent de la religion de

Darius les textes de Behistoun, de Persépolis ou de Naqs-i-Roustem.
C'est toujours à ces textes qu'il faut revenir

religion des Achéménides. Et c'est, en vérité, un

quand on parle de la phénomène bien

étrange que de voir l'obstination de certains historiens à négliger
ces textes,

pour donner

la

préférence aux dires d'Hérodote ou pour

projeter dans le passé

les Achéne tiendra pas compte qu'il n'existe, dans les inscriptions officielles, aucune trace de la doctrine de Zoroastre (3). On considère Hérodote comme l'un des anciens les
les idées

de l'Avesta. On veut que

ménides aient

été zoroastriens et l'on

(1)

Lacrange, RB., 1904, pp. 27-55, 188-212. Les deux
:

articles sont réunis

en un vo-

lume
(2)

La religion des Perses.
p.

RB., 1911,
les

C'est

d'après cet

nous citerons
(3) Cf. la

474 s. Rectifier, à la p. 475, 1. 15, « Darius » au lieu de « Cyrus ». ouvrage de Weissbach, Die Keilinschriften der Achùmeniden, que textes des Achéménides.

thèse d'Ed.

Meyer

et

sa réfutation dans

Lacrange, La religion des Perses,

p. 40.

iQ

REVUE BIBLIQUE.

mieux informés concernant les coutumes et les idées religieuses des Perses, on commente son récit par des citations de l'Avesta (1), mais on ne se demande pas si les renseignements du « père de l'histoire » proviennent de la véritable source. La confrontation de son témoignage avec les données des inscriptions est pourtant très suggestive. On nous permettra donc, avant d'exposer le système religieux supposé par ces inscriptions, de faire le départ entre ce qu'il faut admettre et ce qu'il faut rejeter dans les affirmations d'Hérodote. Après
avoir ainsi déblayé le terrain, il nous sera facile non seulement de reconstituer, dans ses traits essentiels, ce qu'était la religion des

Perses an temps des Achéménides, mais encore de montrer comment cette religion, loin de présager l'Avesta, est en opposition avec un

courant d'origine mède qui doit aboutir à la réforme zoroastrienne Par là même il sera facile de voir les points de contact entre
Perses et les Juifs, dans le domaine religieux.

(-2).

les

de son Histoire, au moment où il raconte viennent de supplanter Astyage et les comment Cyrus sur l'Asie, Hérodote s'interrompt pour Mèdes dans la domination signaler quelles sont les principales coutumes des Perses (I, 131-140).

Dans

le

premier

livre

et les Perses

Parmi

ces coutumes, il s'attache de préférence à relater celles qui se rapportent à la religion. C'est donc surtout du culte qu'il aura à parler et, s'il touche aux idées religieuses, c'est afin d'expliquer ce

culte ou

simplement par manière de digression.
usages suivants
:

«

Je sais, dit-il, que

les Perses pratiquent les

ils

n'ont pas
ils

coutume

(3)

d'ériger des statues, des temples, des autels, mais

ils estiment comme il me semble ceux qui le font, parce que les dieux ne tiennent pas de la nature humaine comme pensent que les Grecs (4). » Hérodote oppose la conception du divin chez les

taxent de folie

Perses à celle qu'en ont les Grecs. Non pas, certes, qu'il reconnaisse chez les premiers une théologie purement abstraite, car nous verrons
qu'ils

adorent

les astres, le ciel, les

éléments. Mais
et c'est cette

ils

gnance pour l'anthropomorphisme,
aurait créé

ont une répurépugnance qui

un

culte sans statues, sans temples, sans autels. Peut-être

Hérodote
religion
(1)

a-t-il

voulu marquer

les traits les

plus frappants de l'antique

des Perses.

En

tout

cas,

à
I,

la période qui
131 ss.).

nous occupe,

la

Stein, dans son édition d'Hérodote (sur

il est sûr que le culte, tel qu'il est connu dans l'Avesta, a pu être pratiqué par les Achéménides, étant donné le grand rôle joué par les Mages dans les cérémonies et les sacrifices (cf. Hérodote, I, 132). pas nefas existimant comme traduit C. Mùller (Hérodote de Didot). L'ex(3) El non pression èv voaw 7ioiésa0a-. a le sens de voiitÇetv, comme le prouve Stein (sur Hér., I, 118, 8).

(2)

Nous parlons surtout des idées

religieuses, car

(4) I,

131

LA RELIGION DES ACHEMENIDES.

17

tendance

l'anthropomorphisme, tendance si naturelle à l'esprit jour dans les représentations figurées de la divinité. humain, Les Assyriens du temps des Sargonides avaient ajouté des ailes au disque solaire, qui était l'emblème du dieu Satnas; les Achéménides
à
se fait

introduisirent dans le disque le buste de leur dieu,
e

Ahoura-mazda.

Ils

représentèrent

comme un

roi

«

coiffé

de

la

même

tiare et vêtu de la

robe », mais terminèrent son corps par un bouquet de plumes avec les ailes du disque, achevait la ressemblance du personnage qui, total avec un oiseau planant au-dessus des groupes humains de Behistoun et de Persépolis (1). On voit comment les sculpteurs de

même

barius

de Xerxès n'ont pas hésité à anthropomorphiser le dieu le plus éthéré rie leur religion. Cet homme-oiseau est bien l'un de ces conteste l'usage chez les Perses. Nous le xyx'h'j.y-y. dont Hérodote
et

retrouvons fréquemment sur les cylindres et cachets au temps des Achéménides (2), ce qui prouve que cette figure de la divinité était

répandue parmi le peuple. Ce qu'il faut retenir, c'est que la statuaire de la Perse ne s'était pas ingéniée à multiplier les idoles de forme humaine (comme à Babyloue ou en Assyrie), ou de forme animale (comme en Egypte). La sobriété de cet art, due sans doute à la prééminence du culte d' Ahoura-mazda, avait frappé l'historien accoutumé à rencontrer dans les temples grecs tant de personnages divins représentés par des statues d'hommes, de femmes ou d'enfants. De là à conclure que la théologie des Perses était plus abstraite que celle des Grecs il n'y avait qu'un pas. Et non seulement les Perses se seraient abstenus de donner à la divinité une figure humaine, mais ils n'auraient pas prétendu faire « Ils n'ont pas coutume habiter aux dieux une maison terrestre
:

d'élever des temples

(vyjoûç

».

Cicéron n'ignorait pas ce texte d'Hérosi

dote

quand

il

prétendait que,

Xerxès avait brûlé les temples des

Athéniens, c'était parce qu'il considérait

comme un crime
les

l'acte

de

vouloir enfermer dans une enceinte quelconque

dieux quorum

domus
(1)

essel

omnis hic mundus

3).

La conduite de Xerxès en Grèce a pu
Achéménides,
cf.

Sur ces représentations de
t.

la divinité des

Perrot

et Chipiez,

His-

toire de l'art,
(2) Cf.

V,

p.

813

s.

Collection de Clercq (publiée par de Clercq et Menant). n° s 375-385; collection

de

la Bililiollièque

Nationale (publiée par Delvpokte), n" 5 634-635.

On

retrouve ce disque

ailé

avec

le

buste humain dans un cyl. syro-cappadocien (ibid., n° 650).

Eamque unam ob causant Xerxès inflammari Atheniensium fana jussisse dicideos, quorum domus esset omnis hic mundus, inclusos parietibus contineri nefas esse duceret {De republica, III, 9, 14). Comparer un autre texte du même auteur
(3)

tur,

quod

(De legibus, II, 10, 26) Delubra esse in urbibus censeo nec sequor magos Persarum, quibus auctoribus Xerxès inflammasse templa Grsecix dicitw, quod parietibus indu2 REVLE BIBLIQUE 1913. N. S., T. X.
:

18

REVUE BIBLIQUE.
chez
les historiens classiques.

/

faire naître cette opinion

Eschyle, qui

avait

combattu

à Salamine et à Platées, ne considérait-il pas la dé-

route de Xerxès
et ses

comme un châtiment du

sacrilège

commis par

lui
et

troupes en incendiant les temples, en détruisant les autels

les statues (1)?

Ce qui confirmait encore ces légendes touchant l'avers'était
(3),

sion des Perses pour les temples, c'était le vandalisme de Cambyse

en Egypte. Cambyse ne
égyptien
le

de violer des sépultures
(4),

pas contenté de tuer le bœuf Apis ± de jeter au feu les statues du Vulcain
,

mais
la

il

avait bel et bien saccagé les temples,

comme

on
à

voit

par
(5).

lettre

de

la
si

communauté
de
tels faits

juive

d'Éléphantine

Bagoas

Rien d'étonnant

ont contribué à accréditer

chez les Grecs et les Latins l'opinion que les Perses étaient non seulement des iconoclastes, mais encore des destructeurs de temples. Or, d'après les propres témoignages des Achéménides, loin d'avoir voulu raser les demeures des dieux, cette dynastie contribua plus

qu'aucune autre à les relever. Le cylindre d'argile de Cyrus, retrouvé en 1879 par Rassam à Babylone, atteste le souci du roi de faire habiter « une demeure qui réjouit le cœur » aux dieux importés par Nabonide à Babylone (6). Une autre inscription donne à Cyrus le titre de « bâtisseur de l'é-sag-il et de Yé-zi-da (7) », c'est-à-dire des temples de Mardouk et de Nabou. On sait comment ce monarque
devait rester célèbre dans toute la tradition juive
risé et favorisé la reconstruction

comme
il

ayant auto-

du temple de Iahvé

à Jérusalem. Si

Cambyse

avait détruit des sanctuaires égyptiens,

avait

du moins

respecté le temple des Juifs à Éléphantine (8). Une tradition égyptienne, sauvegardée par le texte d'une statue naophore (au musée du Vatican) prétendait que Cambyse avait fait évacuer par ses
,

temple de la déesse Xit et avait réparé les dégâts occasionnés par cette occupation (9). Quant à Darius, nous avons son
troupes
le

derent deos, quibus omnia deberent esse patentiez ac libéra, quorumque hic rn.wn.dm

omnis templum
(1)

esset et

domus.

Perses, 807-812. Eschyle parle successivement des temples (vewç), des autels (pwjioî)', des statues (oouuôvwv 6' lop'Jij.aTa). Comparer àyàXaocxa jisv *«» vkjoùç xat [îwjxoO; dans Hérodote,
I,

131.

Strabou (XV, m.
III,

13) suit

Hérodote

:

nipsai toivuv àiakpaxa

(xèv

xoù j3wu.où;

oô/_ ISpvovxai. (2)

Hérodote.
lbid.,

29.

(3) lbid., III, 16, 37.
(4)

III,

37.
etc.,

(5)Sachvu,
((»)

Aram. Papyr. und Ostraka,
1.

papyrus

I,

1.

13

s.; cf.

RB., 1908, p. 32G.
p. 8-9.

Cyl. de Cyrus,

33
:

s.

(7) (8)

Brique de Warka

cf.

Weissiuch, Die Keilinschriften der Achilmeniden,
III, p.

Sachau,

toc. cit.
<;63.

(9)

Maspf.ro, Histoire ancienne...,

LA RELIGION DES ACHÉMÉNIDES.

19

affirmation personnelle. Parlant de la restauration qu'il réalisa au
(le pseudotemples qu'avait détruits le Smerdis), mage Gaumàta (1). » La traduction babylonienne a bien soin de spécifier qu'il s'agit de véritables « demeures des dieux », bitàte m.

début de son règne, après
il

la

mort du mage Gaumâta
les

déclare

:

«

Je rebâtis

ildni.

construisaient pas,

Hérodote a raison de dire que les Perses n'en Ton entend par autels (^wp.oûç) les tables de pierre ou de métal sur lesquelles on immole ou consume les victimes. Par contre, les Perses connurent très bien, dès la période des Aché-

Quant aux

autels,

si

les pyrées ou autels du feu sur lesquels brûle incessamment la flamme divine. Les bas-reliefs de Persépolis et de Naqs-iHoustem sont d'accord avec les représentations de la glyptique, pour nous montrer le roi en prière devant le pyrée surmonté d'une flamme triangulaire (2). On a même retrouvé de ces anciens autels sur divers points de la Perse, et les habitants du pays leur donnent '3). Il faut tenir compte de ces le nom à'atech-gah « places du feu faits pour évaluer à sa juste mesure l'affirmation d'Hérodote. Nous nous sommes permis de mettre le témoignage des inscriptions et des monuments en désaccord avec celui d'Hérodote, sur un point

ménides,

>

capital, à savoir la conception qui régnait chez les Perses
la

concernant

nature de

la divinité.

Quand nous étudierons

les

dieux des Aché-

ménides, nous verrons qu'il est tout aussi malaisé de prêter foi à l'historien quand il prétend que les Perses sacrifient « au soleil, à la
lune, à la terre, au feu, à l'eau et aux vents
(i) ».

Du moins

s'il

s'agit

des Perses tels que nous les révèlent les inscriptions, car

il

semble

bien que la religion décrite par Hérodote est celle de l'époque primitive (5). Le peuple avait pu conserver un culte naturiste dont le feu
formait

comme

l'objet principal. Les

Mages, chargés officiellement

du sacerdoce

(6),

n'avaient pas modifié ce culte dont les pratiques

entretenaient les fidèles dans les idées assez grossières que les anciens
s'étaient forgées sur la divinité.

Une religion s'épure, tandis que le que bien lentement. C'est ce qui s'est passé à l'époque des Achéménides, comme nous aurons à le constater. Hérodote a
culte n'évolue

(1)

(2) Cf.
(3)
(4)

Grande inscript, de Bphistoun. ï 14. Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, V,
I,

p.

641

ss.

Ibid.

Hérodote,

131.

(5)
«

A propos des dieux auxquels

sacrifient les Perses,

Hérodote emploie l'adverbe iyffizv

jadis »
(6)

m

(I,

131).

20

REVUE BIBLIQUE.

surtout étudié

du

sacrifice

le culte

(1)

et

consulté les prêtres

(2).

Quand
il

il

parle

et il
Il

y

revient à plusieurs reprises

mérite toute

notre créance.

a été témoin des scènes rituelles qu'il raconte. Lorsqu'il s'élève jusqu'à vouloir exposer le fond de la religion, il est

influencé par les Mages, ce qui lui fait confondre Religion et Magie. Des cérémonies religieuses il croit pouvoir déduire les idées elles-

mêmes, ce qui est une source d'erreur. Autant on doit l'écouter quand il raconte ce qu'il a vu, autant on doit le contrôler quand il
expose la doctrine de ceux chez qui il a passé. Si donc nous ne nous rangeons pas à l'avis d"Hérodote sur le fond

il

de la religion des Perses, nous pouvons le suivre sans crainte quand s'agit du culte. On a insisté avec raison sur la simplicité vraiment
(3).

primitive des rites qui accompagnent le sacrifice

La description

d'Hérodote (1, 132) donne bien l'idée d'un banquet servi à la divinité sur une jonchée de verdure. Le rôle joué par la jonchée dans le
sacrifice

védique a permis à M. Oldenberg de mettre ce sacrifice en parallèle avec celui des Perses (4). Nous sommes en présence du
vieux cérémonial aryen,

commun

à l'Inde et à l'Iran.

On n'en

était

pas encore arrivé au rituel compliqué de l'Avesta. Et pourtant le Mage intervenait d'une façon solennelle dans le sacrifice pour réciter une « théogonie » (5). Qu'il se soit agi d'une véritable théogonie, c'est-à-dire de la genèse des dieux, c'est ce que prouve l'emploi du mot Gscv^v^v dans un autre passage d'Hérodote G Or, dans un texte néo-babylonien que j'ai publié récemment, le grand prêtre [urigallu) doit réciter la théogonie babylonienne, c'est-à-dire le poème
.

pour le client qui offre le sacrifice (7). Cette similitude entre les deux rituels et le fait que les Perses, au dire d'Hérodote (8), ont emprunté une de leurs divinités aux Assyriens permettraient de conclure que la récitation de la théogonie a été, chez les Mages, une imitation du culte babylonien. N'oublions pas que les

enûma

élis,

Perses aimaient à adopter les coutumes étrangères (9 Un dernier point sur lequel Hérodote doit être utilisé avec cir.

(1) I, (2) I, (3)

132

S.

140.
p.

(4)

Lagrance, Lu religion des Perses, La religion du Yéda (trad. Henry),
Hérodote,
I,

17.

p. 293 s.

(5)

133.
la

(6) II, 53,

Hésiode.
(7)

II

où Hérodote prétend que ceux qui imaginèrent s'agit, dans ce passage, des généalogies divines.

théogonie sont

Homère

et

Cf.
I,

(8
(9)

131.

Revue d'Assyriologie, VIII, p. 'ii. Sur celte déesse, appelée Mithra par Hérodote,
I,

cf.

inf., p. 28.

Hérodote,

135.

LA RELIGION DES ACHEMENIDES.

21

conspection, c'est lorsqu'il s'agit des prescriptions légales de la religion achéménide. Ainsi, par exemple, sous prétexte que les Perses

éprouvent

le

plus grand respect pour l'eau des fleuves, l'historien

prétend qu'ils ne la voudraient souiller d'aucune manière, pas même en s'y lavant les mains (I, 138). Dans sa grande inscription de Behistoun (§ 19), Darius se vante de ce que, grâce à la protection d'Ahoura-mazda, les eaux de l'Euphrate emportèrent les cadavres
des Babyloniens. Or on sait que le cadavre est

un des objets impurs

(1). Il semble rigoureusement compte donc que les Achéménides ne tenaient pas des coutumes mentionnées par Hérodote. Pour ce qui est des funérailles en particulier, le père de l'histoire montre parfaitement le dualisme qui existait dans la religion des Perses. Ainsi le cadavre

qu'on évite

même

de mettre en contact avec la terre

ne pouvait chiens ou

mis en terre avant d'avoir été déchiqueté par les les oiseaux de proie (I, 140). Telle devait être la loi générale, et nous savons que la coutume a donné naissance aux lugubres « tours de silence » qui maintenant encore se dressent çà et là autour des villes de l'Inde. Et pourtant, Hérodote reconnaît
être

Les Perses, plus soucieux de garder

Mages qui se livrent à cette pratique. au corps une certaine intégrité, pâture aux animaux. Ils préfèrent l'enduire li.sitent à le jeter en de cire, ce qui évitait le contact avec la terre, mais permettait quand même d'ériger au mort de somptueux tombeaux. Les Aché-

que ce sont principalement

les

ménides ont pu se creuser des hypogées royaux tel celui de DaOn n'y déposait pas seulement des restes rius I à Naqs-i-Roustem ramenés d'un charnier quelconque, mais le cadavre lui-même. A lire attentivement le texte d'Hérodote (l, 140), on voit que les Mages maintiennent une tradition ancienne, mais que les Perses
.

réagissent contre cette tradition. Cette réaction se produit surtout
à l'époque

on

le

sait

des Achéménides. Les Mages étaient des Mèdes, comme par Hérodote (I, 101, 107, etc.) et les autres historiens
«

classiques. D'abord désignation ethnique, le terme de

Mage

»

était

devenu synonyme de « prêtre, sacrificateur, devin », par l'importance qu'avait acquise cette caste dans les fonctions sacerdotales (2). Strabon montre bien le rôle joué par ces étrangers chez
les Perses,

suite de

quand

il

les

compare aux Chaldéens qui exerçaient

les

140. Pour l'Avesta, « l'objet impur par excellence est le cadavre » I, (1) Hérodote, (Darmesteter, Le Zend-Avesta, II, p. x). Strabon XV, 3, 16) remarque expressément que les Perses « ne jettent pas de cadavre » dans les fleuves.
(2)

Hérodote,

I,

107, 132, 140, etc.

22

REVEE BIBLIQUE.

fonctions sacrées chez les Assyriens (1). Or, c'était un mage, Gaumàta, qui avait voulu se faire passer pour Snierdis, frère de Cambyse, et s'emparer frauduleusement (en 52*2 av. J.-C.) du trône

des Perses. Darius, qui

('-tait

«

Perse,

fils

d'un Perse

(2)

», s'était fait
(3).

aider de six nobles Perses pour lutter contre l'usurpateur

Le

triomphe des Perses sur les Mages, succès de et par conséquent sur les Mèdes. Un massacre s'en était suivi et Hérodote a soin de faire remarquer que, chaque année, au jour anniversaire de la magophonie, les Mages n'osaient parcourir les rues (111, 79). Il est facile de se rendre compte de la situation de ces
Darius avait été
le

Mages à
ils

cour des Achéménides. Héritiers des traditions cultuelles, présidaient aux sacrifices, aux incantations, aux cérémonies divila

ou magiciens (i) En face d'eux, et souvent contrairement à eux, la religion des Achéménides se développait librement. Si nous voulons saisir l'essence 'de cette religion, ce n'est donc pas
natoires, etc.

On

se les représente plutôt sorciers
dits.

que prêtres proprement

aux pratiques superstitieuses enregistrées par Hérodote qu'il faut en demander la clef. La doctrine qu'elles supposent et à laquelle elles
servent de véhicule sera plus apparentée avec celle de l'Avesta qu'avec
celle

contenue dans
urger

les inscriptions

Si l'on osait

les différences entre les

de Darius et de ses successeurs. deux faces d'une même

on dirait volontiers que la religion des Mèdes, répandue en Perse par les Mages, s'est prolongée dans l'Avesta, tandis que celle des Perses, contaminée par le culte médique, a atteint son apogée sous les Achéménides et n'a laissé dans l'Avesta qu'un seul de ses traits essentiels, le culte du feu. Nous allons voir, en effet, que la doctrine religieuse des Achéménides s'écarte radicalement de celle qui est enseignée dans l'Avesta. Par le fait même nous aurons
religion,

mis en relief le caractère distinctif de l'ancienne religion des Perses. Une idée domine toute la théologie de l'Avesta, c'est l'existence de deux principes ennemis, le Bon Esprit et le Mauvais Esprit (5). Aristote, cité par Diogène Laërce, et Théopompe, cité par Plutarque, connaissaient ce trait de la religion des Perses; le premier donne
(1)
(i,

Geogr., XVI. 2. 39. Ce sont ces Chaldéens dont
il,

il

est parlé

dans

le livre

de Daniel

4;

2, etc.).

(2) Inscript,
(3)

de Naqs-i-Roustem,

a. ï

2.

70 ss.) sont pleinement confirmés par la grande Les noms des conjurés (Hérodote, III, 70) sont les mêmes que ceux de cette inscription (§ 68). Le texte officiel ef la relation d'Hérodote insis terit sur ce fait que Darius et les six conjuré?, sont tous des Perses. mage et à son dérivé magie. (4) C'est le sens qui est resté attaché au terme de

Les

faits

racontés par Hérodote

(III,

inscription de Behistoun

11

ss.).

(5)

Cf. Darmesteter,

Le Zend-Avesta,

I.

p. cv.

Nous

citons l'Avesta d'après cet ouvrage.

LA RELIGION DES ACHEMENIDES.

23

même

les

noms

des deux principes, à savoir

'Qpo;j.à<rSYj<;

(Ormuzd,

Ahoura-rnazda) et 'Apeqxàvtoç (Ahriman, Angra-mainyu) (1). Mais il faut remarquer que l'un et l'autre auteur proposent cette doctrine

comme

étant celle des Mages. Et ce fait se concilie parfaitement avec

ce que nous trouvons dans Hérodote au sujet de ces prêtres. D'après cet
historien
(I,

140), les

Mages mettent un

zèle sans

mesure à tuer tout ce
(3).

qui

vit,

sauf le chien et
les

l'homme
très

(2)

;

leur fureur de destruction s'a-

charne surtout sur

fourmis, les serpents, les reptiles et les oiseaux

Comme on

l'a

remarqué

justement,

«

le

Mage

fait

son devoir

en exterminant des créatures qu'il juge ahrimaniennes à cause de
leur nuisance physique, ou de leur laideur, ou pour

un motif supers-

quelconque enseignaient donc
titieux

(4.)

».

Les Mages, dès l'époque des Achéménides,

le

dualisme avestique, ou du moins un certain

dualisme qui leur permettait de répartir les créatures en deux groupes, les bonnes et les mauvaises. Mais c'est la théorie des Mages et, avant d'exposer la pratique découlant de cette théorie, Hérodote a eu soin
« les Mages dill'èrent beaucoup des autres hommes, que des prêtres d'Egypte (5) ». Dans tout le paragraphe auquel nous empruntons cette citation, l'historien s'attache précisément à montrer en quoi les Mages se mettent à part des autres Perses. Stcin en profite pour rappeler que les Mages, d'origine mède, n'appar-

de nous dire que
ainsi

tiennent qu'indirectement à la nation des Perses

(6).

Pour conclure
il

du passage d'Hérodote que
des Achéménides,

le

dualisme

était déjà la religion officielle

comme semble

l'insinuer Darmesteter (7),

fau-

drait trouver quelque trace de cette doctrine dans les inscriptions

royales, puisque ces inscriptions ont

un caractère

religieux très pro«

chaque mot » on a pu répondre que « pas un mot des inscriptions des Achéménides ne sort du cadre des religions naturalistes de l'antiquité et ne révèle un zoroastrien 8) ». L'un des derniers qui aient cherché à synthénoncé.
l'affirmation

A

de Meyer qui prétendait que

des inscriptions de Darius nous montre en lui un zoroastrien

Lagrange, La religion des Perses, p. 26 et p. 34. l;r fargard (chapitre) du Vendidad est consacré à la sainteté du chien et aux pénalités encourues par ceux qui le tuent. (3) Parmi les pénalités qui atteignent celui qui tue la loutre ligure l'obligation de tuer
(1)
(2)

Sur ces textes

cf.

Dans

l'Avesta, le

des serpents, tortues,
didad).
(4) (5)
(6)
(7)

grenouillos, fourmis,

vers,

mouches (dans

le

li" fargard

du Ven-

Lagrange, op. laud..
Hérodote,
1,

p. 27.

140.
I,

Steix, dans son édition d'Hérodote (sur

140, 4).

(8)

Le Zend-Avesta, III, p. lxvi. Lagrange, op. laud.. 40.

24
tiser la religion des

REVUE BIBLIQUE.

Achéménides, M. Albert Carnoy, de Louvain (1), « On n'y retrouve, en réalité, écrivait à propos de cette religion rien qui soit anti-avestique. Toutefois la mention de Mithra, l'absence de toute allusion à Zoroastre, au dualisme et aux Ameshas Spentas, la différencient assez bien de la religion qui inspire les gâthâs, telle que nous l'exposerons plus loin. Sans exagérer l'importance de cet argument a silentio, il semble pourtant qu'on fera bien, jusqu'à nouvel
:

ordre, de considérer le

mazdéisme des Achéménides
ces «

et

celui des

gâthâs

comme deux formes
»

religieuses, assez voisines,

mais point

identiques.

Nous ajouterons que

deux formes

religieuses »

ne

sont point tellement voisines, puisqu'elles diffèrent sur les points essentiels

du dualisme. Aussi

les historiens

qui veulent à tout prix faire

rentrer Darius et ses successeurs clans la secte de Zoroastre se sontils

ingéniés à extraire

un

certain dualisme des inscriptions de Darius.

Louis H, Gray, auteur de l'article Achaemenians dans Encyclopaedia

résume ainsi l'argumentation des partimal dans le royaume est considéré comme étant dû à l'influence pernicieuse du « Mensonge » [drauga), qu'il faut comparer avec la druj de l'Avesta. Le « Mensonge » était la cause de la révolte, tandis que le pouvoir de Darius était dû, dans sa pensée, au fait qu'il n'était pas un « menteur ». Le « Mensonge » est ainsi en étroit parallèle avec Angra-mairtyu de l'Avesta. et il n'est pas impossible que ce soit un terme euphémique pour signifier le chef des démons, ce qui expliquerait l'omission de toute mention d Angra-mainyu dans les anciennes inscriptions perses (3) ». Les derniers mots décèlent le sophisme. On veut à tout prix trouver du dualisme et on n'hésite pas à forcer le sens d'un passage limpide pour faire dire à l'inscription ce qu'elle ne veut pas dire. Sans doute, Darius insiste spécialement sur le mensonge et il écrit (4) « Ces pays qui se révoltèrent, c'est le mensonge qui les rendit révoltés, parce que ceux-là trompèrent le peuple. » Darius vient d'expliquer lui-même le sens de cette phrase, puisque, dans le § 52, il énumère les neuf rois usurpateurs et dit de chacun d'eux « Celui-ci mentit, en disant Je suis un tel. » Il s'agit donc bel et bien du péché de mensonge, acte répréhensible au dernier chef, surtout chez les Perses, qui en ont une véritable horreur. Hérodote le savait bien
(2),
:

of religion and ethics sans de cette théorie

«

tout le

1

'

:

:

:

:

(1;
{'i)

Dans Christus,
70.

p. 179 ss.
le
t.

Éditée par Hastings. L'arlicle de Gray dans

III

1908). p. 69 ss.

(3) P.
'i

Grande inscription de Behistoun,
p. 61).

g

5'i

(Weissbach, Lie Keilinschrift. der Acharne-

nid en,

LA RELIGION DES ÀCHÉMÉNIDES.
«

25

considère-t-il le

Mentir leur semble la chose la plus honteuse (1) ». Aussi Darius mensonge comme le plus grand crime des révoltés.
illustrent
l'inscription de Behistoun
:

Chacun des personnages qui
mage, mentit en disant
songe
et
:

porte son verdict gravé au-dessus de sa tête
Je
suis

«

Ce Gaumâta,

le

Smerdis,

fils

de Cyrus; je suis
se

roi », etc. (2). Darius supplie les rois à venir

de

garder du men-

de punir les menteurs (3). Le souci qu'il a de ne pas passer « Ainsi parle le roi lui-même pour menteur est des plus curieux la volonté d'Ahoura-mazda, bien d'autres choses ont par Darius été faites par moi. Cela n'est pas écrit dans cette inscription. Et voici pourquoi cela n'est pas écrit, c'est afin que ce qui fut fait par moi
:

:

ne paraisse pas trop fort à celui qui lira plus tard cette inscription, » si bien qu'il ne le croirait pas et le prendrait pour un mensonge (4
.

du « Mensonge » cette entité malfaisante, identique à Angra-mainyu et opposée à Ahoura-mazda, il y a de la marge Le mensonge est un vice dont les Perses connaissent les déplorables ell'ets, ils veulent l'extirper à tout prix. Pour identifier le mensonge [draugd] avec la druj de l'Avesta, il faudrait que la druj fut spécialement le démon du mensonge. En fait, la druj personnifie le vice,
De
là à faire

quel qu'il
jusqu'à la

soit.

Elle est le génie des enfers, qui lutte contre le bien

du monde. Pour Darius, le mensonge est une faute morale, comme par exemple la violence (5), ou une calamité publique comme une invasion d'ennemis ou une mauvaise récolte (6). Loin d'être une entité personnelle, c'est un substantif commun que la colonne babylonienne des inscriptions rend par un pluriel, parsdtu. Que plus tard on ait personnifié le mensonge et qu'on en ait fait
fin
le

principe de tout mal, cela est très vraisemblable et permettrait

d'expliquer pourquoi, clans la langue de l'Avesta, le
fie

mot druj

signi-

à la fois
7i.

le

mensonge
n'est-il

et

le

démon

infernal
le

dont nous avons

parlé

Satan

pas essentiellement

père du mensonge.'

Mais ce travail d'abstraction n'avait pas été fait au temps de Darius. Il est donc contraire aux règles de la bonne méthode de s'appuyer
sur le rapprochement entre draiiga et druj pour retrouver la théorie
dualiste

dans

les

inscriptions

des Achéménides. Dans les imprécail

tions qui terminent la
(1)
ï,

grande inscription de Darius à Behistoun

138.
p. 77 ss.
%

(2)
(3) (4)

Weissbvch, op. laud.,
Ibid.,
58.

Grande inscription de Behistoun,
\
I

55.

(5)
6)

Ibid.,

63 et 64.
2
:>

Inscription de Persépolis. d.
Cf.

(Weissbvch, p.

8:!).

(7)

de Hvri.ez.

Manuel de

la

langue de l'Avesta,

p. 361.

26
est

REVUE BIBLIQUE.
facile

que les maux comme les biens proviennent du dieu suprême Ahoura-mazda. « Si tu ne caches pas ce récit, mais que tu l'annonces au peuple, puisse Ahoura-mazda être ton ami, ta famille être nombreuse, et puisses-tu vivre longtemps... Si tu caches ce récit et ne l'annonces pas au peuple, puisse Ahourade ss rendre compte

mazda

frapper et ta famille être réduite à rien (1). » 11 n'y a même pas un dieu chargé d'exercer les décisions du dieu suprême n'est et de châtier les coupables, comme chez les Babyloniens. Ce
te

que plus tard qu'on attribuera au principe du mal les malheurs qui atteignent les hommes. De même les Juifs finiront parfaire remonter à Satan, « l'Adversaire », les fléaux dont gémit l'humanité {!). Nous
avons essayé,

dans

les

pages

précédentes,

de

déblayer

le terrain,

en montrant ce qu'il y a d'exagéré dans les théories qui veulent interpréter les inscriptions des Achéménides sur les bases d'Hérodote ou de l'Avesta. Nous allons chercher maintenant à dégager les idées religieuses que contiennent ces inscriptions. Elles ne

nous renseignent guère sur les prescriptions rituelles ou légales, mais elles nous mettent à même de saisir la conception de la divinité chez les Perses de cette époque. Pour ce qui est du cylindre de Cyrus (3), disons tout de suite qu'il ne peut nous aider à pénétrer la religion du monarque. L'inscription, rédigée en babylonien et par
des scribes babyloniens, se rapporte uniquement à la restauration des cultes locaux en Chaldée. Mardouk, dieu de Babylone, est irrité

de l'impiété de Nabonide qui

permis de collectionner clans sa capitale les principales divinités du Tigre et de l'Euphrate. Cyrus est choisi par le dieu pour punir Nabonide et restituer à chaque ville la
s'est

divinité qui

protège de temps immémorial. Tout au plus se faiton une idée, à la lecture de l'inscription, de l'esprit de tolérance dont Cvrus devait donner une si belle preuve eu autorisant les Juifs à regagner leur pays et à rebâtir leur temple. En tout cas, Cyrus n était
la

pas monothéiste. Une brique inscrite (4) le donne comme constructeur de YÉ-sag-il (temple de Mardouk à Babylone) et de XÉ-zi-da
(temple

deNébo

à Borsippa).

C'est à

partir de Darius (5) que les textes vont nous renseigner

60-61. De même dans les gg 66-67. recensement Très instructive à ce point de vue la comparaison entre le récit du de II Sam., des Israélites par David dans II Sam., 24 et I Chron., 21 (cf. notre comm. fondre sur Israël. 24). Satan a été substitué à Iahvé comme cause des maux qui vont Une Le texte très intéressant de ce cylindre d'argile a été publié dans VR., 35.
(1) §g
(2)

(3)

excellente traduction dans Weissbach, Die Keilinschriften
(4)

der Acho meniden,

p. 3 ss.

(5)

Weissbach, oj). laud.j Nous n'avons aucune inscription de Cambvse,

p. 8-9.

fils

de Cyrus.

LA RELIGION DES ACHEMEMDES.
directement sur la
d'oeil

27

religion

des

Achéménides.

Un
I

simple

coup

sur ces

textes

qui s'échelonnent de Darius

(522-i8G av.

J.-G.)

à Artaxerxès

Ochus (350-338), montre que

les

Achéménides
la

n'étaient pas

monothéistes. Sans doute, Darius réserve

première

place à son dieu Ahoura-mazda. Si

on ne possédait que les soixante et un premiers paragraphes de la grande inscription de Behistonn, on serait porté à conclure au monothéisme de Darius. « Ahoura-mazda m'a porté secours, ainsi que Mais, au § 62, on lit les autres dieux qu'il y a. » La colonne élamite, dans ce passage, accole à Ahoura-mazda l'épithète « dieu des Aryens » conmic pour
:

même

montrer que

«

les autres

dieux
:

»

sont ceux des nations. Et

le §
(i)

03

commencera par

ces

mots

«

Voici pourquoi

Ahoura-mazda

m'a

porté secours, ainsi que les autres dieux qu'il y a... » De même, dans les inscriptions de Persépolis, Darius associe « tous les dieux » à

Ahoura-mazda
classiques

« le

plus grand des dieux
«

(2

».

Xerxès, le successeur

de Darius, invoque aussi
n'ignoraient

les

dieux

»

à côté du grand dieu. Les
s'il

pas

ces

formules,

en faut juger par
tcîç

Xénophon qui montre Cyrus
stXXot;
()i'J.z

s'adressant à Vesta, à Jupiter, mai
soleil,
-/.a»,

(3

i,

ou bien sacrifiant à Jupiter, au

zoïq aXXaxç

OzzXç {%).

Un mot
«

spécial, le

mot baga

(5),

servait à désigner la divinité en
« les

général. C'était celui qu'on employait dans l'expression tous les dieux
», « les

dieux

»,

autres dieux

».

On

le

trouve

comme

élément

de noms propres, par exemple dans

de montagne PorffoTcwov (devenu Bénis toun, Bisoutoun), ou dans des noms de personnages, tels que Ba-ga-'-in (6»), Ba-ga-^-da-a-tu (7), Bagâbigna (8), Bagabaksa (9), ou dans le nom de mois ancien persan bàgaiddïs (10). Mais, dans les inscriptions, c'est un simple appellatif, correspondant au babylonien ilu {== êl des Sémites). Les formules vagues, employées
le

nom

par Darius et ses successeurs, indiquent assez que le nombre des dieux n'était pas limité à quelques ligures du panthéon aryen. La conduite de Cyrus vis-à-vis des Babyloniens et des Juifs, celle de Da(t)

La colonne
f

élamite ajoute encore

«

dieu des Aryens
p. 81
ss.).

».

(2) Pers., d,
(3)
(4)

(Weissbach, op. laud.,
1,

Cyropédie.

6,
3.

1.

Ibid.. VIII, 7,

(5) (6)
(7)

Conservé en slave sous

la

forme

bogti.
1,

Claï, dans les publications de l'Université de Pennsylvania. série A, vol. VIII,

p.

'i2.

Hilprecht

et Clay, ibid., IX, p. 27,

où figurent un certain nombre de noms à premier

élément baga.
(8) (9)

Grande
Ibid.

inscript, de Behistoun, § 08.

(10)

Nom

du

T

mois, équivalant au babylonien tesrîtu.

28

REVUE BIBLIQUE.
à l'égard des Égyptiens (1) sont autant de traits qui dénotent les Achéménides furent respectueux des divinités étrangères.

rius

combien

Il ne faudrait pas croire, pourtant, que cette religion fût un polythéisme analogue à celui de l'Egypte ou de la Babylonie. On avait singulièrement évolué depuis l'époque où. suivant Hérodote (I, 131),

on au
le

au cercle entier du ciel, au soleil, à la lune, à la terre, feu, à l'eau et aux vents. Une sélection s'était opérée parmi les antiques divinités aryennes. Des dieux invoqués par les Aryens, dans
sacrifiait

fameux

traité

de paix entre Soubbilouliouma, roi des

Hittites,
(2),

et

Mattiwaza, roi des Mitannites, au xiv e siècle avant notre ère
seul, le dieu Mit lira, figure

un

forme, en

Achéménides. Il les deux autres dans deux textes membres sont Ahoura-mazda et la déesse Anahita, d'Artaxerxès Mnémon, l'un de Suse (3), l'autre de Hamadan (4). On le retrouve encore avec Ahoura-mazda dans l'inscription d'Artaxerxès Ochus à Persépolis (5). Dès avant les Achéménides le nom de Mithra
dans
les inscriptions des
effet, le

troisième terme d'une triade, dont

figure sur

un texte de comptabilité élamite (6). Il entre comme élément divin dans Mithiidate, nom du trésorier de Cyrus (Esdr., i, 8), Mitra'inet Mitraddtu (Mithridate) à l'époque d'Artaxerxès I (7). On la glose sait que dans un syllabaire du temps d'Asourbanipal (8
,

Mi-it-ra était accolée
n'hésite pas à dire

à l'un

des équivalents du dieu-soleil. Strabon

que les* Perses adorent « le soleil qu'ils appellent en cela le géographe se montre plus exact que l'historien Hérodote, pour qui Mithra serait le nom de la Vénus céleste (10).
Mithra
» (9), et
(1)

Darius releva

le

temple de Habit
III,

Histoire ancienne...,
tuèrent
(2)

p. 713).

et combla de donations le temple d'Edfou (Maspeuo, Les auteurs grecs, tels que Diodore et Polyen, accen-

p.

le côté généreux de la conduite de Darius à l'égard des Egyptiens (Ibid., p. 685 Sur ce traité, cf. Les Aryens avant Cyrus. dans Conf. de S.-Etienne, 1910-1911, 61 ss. Les dieux mentionnés sont Mithra, Indra, Varouna. les Nâsalya (Gémeaux). (3) Weisspach, Die Keilinschriften der Ac/'dmeniden, p. 123~ss.
(4)
5) (6)

Ibid., p. 127.
Ibid.. p. 129.

signe ut a la simple valeur

135. Le nom est écrit Mi-ut-ra, mais le lit. n° en élamite. Pour ne rien omettre, ajoutons qu'on a cru reconnaître le nom de Mithra dans un nom propre égyptien du xiv< siècle avant notre ère. Le nom en question est Mtf-sm que Burchardt propose de décomposer en Mlr-sm (")2l," IDC)

Scheil, Textes élamites-anzanites,
t

:

Orient. LUI. Zeitung,
(7)

1912, col.

153

s.

Cf. aussi
p. 2 7.

M\x

Muli.er, ibid.. col. 252.
les

Hilprecht
(sup.).

et

Clay, op. laud., IX,

Comparer

noms de Baga'ddtu

et

Ba-

ga'in
(8)

Publié d'abord dans ///

«., 69, n° 5, ce texte intéressant

(catalogué K. 43.43) est rele

produit dans Cvneiform texts...,

XXV,
,

pi.

25.

Jensen a été

le

premier à reconnaître

dieu

Mithra dans Mi-it-ra
(9)

(cf.
:

KAT. S

p. 486).

Strabon, XV, 3, 13

tiu,w<ji 8è

xoù

r^.tov, ôv y.ol).o~jgi

Mt6pr,v.
(la

(10)

Hérodote,

I,

131.

Il

y a eu confusion entre Anahita

Vénus

céleste des Perses) et

Mithra.

LA RELIGION DES AGHEMENIDES.

29

En dehors

d' Ahoura-mazda et

de Mithra,

les inscriptions des rois

perses ne mentionnent qu'une divinité, Anahita. Nous avons signal»': les deux inscriptions d'Artaxerxès Mnémon dans lesquelles elle complète
la triade avec

Ahoura-mazda

et Mithra.

Ce prince était resté

célèbre dans la tradition hellénique (1), pour avoir élevé partout dos statues à Aphrodite- Anaïtis, contrairement à l'usage des Perses de ne pas ériger de simulacres de la divinité. Tout un chapitre de prières

yasht 5) dans l'AvesIa est consacré à cette déesse des eaux, qui plus tard identifiée à la planète Vénus et à la déesse des plaisirs (-2 fut Pour l'époque qui nous occupe, elle ne figure qu'incidemment, et
(le
.

seulement dans les inscriptions d'Artaxerxès Mnémon. Artaxerxès Ochus ne possède plus que les deux dieux, Ahoura-mazda et Mithra;
la

déesse a disparu.

voit combien le polythéisme des Achéménides diffère de celui que les classiques ont attribué aux Perses. Plus encore diilerera-t-ildu polythéisme de l'Avesta. Le premier chapitre (Hd du Vasna (rituel pour la préparation et l'offrande du Haomà) énumèrc les divinités On y rencontre un avestiques qui accompagnent Ahoura-mazda (3 grand nombre d'abstractions divinisées, depuis les six Amesha-spen-

On

.

ttts

génies des astres

jusqu'aux génies des jours, des mois, des saisons, sans oublier les et les vertus personnifiées. L'un des paragraphes
:

de ce chapitre est ainsi conçu
ces lieux et ces contrées; à ces
à ces eaux, ces terres,
saint,

«

J'annonce

et j'offre [ce sacrifice

à

campagnes, ces demeures, ces étables; ces plantes; à celte terre et à ce ciel; au vent

aux
;

étoiles,

à la lune, au soleil, à la lumière infinie créée d'elleCette série d'êlres divins auxquels
le

même
fice

à toutes les créatures de l'Esprit Bienfaisant, saintes, maitres
(i). »

de sainteté

on

offre le sacri-

rappelle singulièrement
ciel,

passage d'Hérodote

(1,

131) sur le culte

du
fait

de la terre, du

soleil,

de

la lune,

du

feu.

de l'eau

et

des

vents. Mais les inscriptions officielles n'en portent aucune trace, et ce

confirme la distinction que nous avons établie entre la religion

des Perses Achéménides et la religion des Mages (chez qui Hérodote
puise ses renseignements;, cette dernière se rapprochant davantage

de l'Avesta.
nides, c'est la prééminence,

Le phénomène capital, qui domine toute la religion des Achémépresque exclusive, prise par le dieu
Texte de Bérose cité par Clément d'Alexandrie (Protrept., 5);
II,

(1)

cf.

Darmesteter, Le
ss.

Zend-Avesta, II, p. 364. (2) Les textes sont réunis dans Darmesteter, Le Zend-Avesta,
(3-)

363

Ibid.,

I.

p. 7 ss.

\i)Ibid.,

I,

p. 17.

.

30

REVUE BIBLIQUE.

Ahoura-mazda. Ce dieu, qui n'apparaissait pas dans le traité entre Soubbilouliouma et Mattiwaza, a éclipsé tous les autres dieux, même les dieux aryens. Nous avons déjà dit que la grande inscription de Darius à Behistoun ne fait aucune allusion aux autres dieux jusqu'au § 61. C'est par une sorte de scrupule tardif que le grand roi finit par mentionner la, foule anonyme des « autres dieux qu'il y a ». Xerxès et Artaxerxès I sont tout aussi dédaigneux, et c'est seulement avec Artaxerxès Mnémon (VOi-359 av. J.-C.) que nous apprenons que d'autres divinités portent elles aussi un nom, à savoir Anahita et Mithra. A
quoi bon, d'ailleurs, conserver ou faire revivre les anciens habitants du panthéon aryen? Ahoura-mazda, dieu spécial des Perses (1 ), est aussi « le dieu des Aryens (2) », et il est « le plus grand des dieux (3) ».
Il

a supplanté
(4).

le

dieu
le

suprême de l'époque iranienne,
les attributs

le

céleste

Varouna

Sur

mur

extérieur de la terrasse de son palais, à Per-

sépolis, Darius a fait

graver
est

de son dieu

(5)

:

«

Ahouraqui

mazda

est

grand, lui qui

grand au-dessus de tous

les dieux, lui

a créé les cieux et la terre, lui qui a créé les hommes et a comblé de toutes grâces les humains qui vivent en elle (la terre). Lui quia

accordé la royauté au roi Darius sur ce

sol

étendu, où se trouvent de

nombreux

pays, à savoir la Perse, la Médie et les autres nations de

langue différente (6), montagnes et plaines en deçà de la mer et au delà de la mer, en deçà du désert (7) et au delà du désert. » On retrouve des énumérations similaires dans les inscriptions du tombeau

de Darius à Naqs-i-Roustem (8), de même que sur un cylindre d'argile provenant de Suse(9), sur les rochers du mont Elwend (10), et même sur l'une des pierres dont Darius voulait jalonner son canal de Suez (11). Les inscriptions de Xerxès à Persépolis ne débuteront pas
autrement. Artaxerxès Ochus, fidèle à la tradition, écrira sur
les

murs

(1)

(2)
(3)

Darius, inscript, de Persépolis, e, Grande inscription de Behistoun,
Inscription de Persépolis, d,
ï
l

g

3

(Weissbach,
(dans
la

p.

83).

§§ 62-68

colonne élamite).
27, n.

(4) Cf. (5) (6)

Oldenberg, La religion du Véda (trad. Henry), p. Inscription de Persépolis, g, g 1. Remarquer, en babylonien, l'expression lisànu sanitu

1.

«

autre langue

»,

à

comparer

avec
(7)

mnx rwb
«

(#-j 28, 11).

En babylonien qaqqar sumdmâitu,
endroit de soif
»
(<

littéralement

«

sol assoiffé ».

désert s'appelle

(Les pays

bibliques et l'Assyrie,
13.

Pour Asaraddon. le p. 95). Comparer

XDÏ tHX
(8)

'erre de soif»
a,. %
s.

dans Ezeeh., 19,
1.

Naqs-i-Roustem.

(9)

Weissbach,

p.

99

(10) Ibid., p.
(il) Ibid., p.

101.

103.

LA KELIGION DES AOHÉMÉNLDES. de sa terrasse à Persépolis
<|iii
:

31

«

Ahoura-mazda

est

un grand dieu,

lui

a créé cette terre,

lui

qui a créé ce

ciel, lui

qui a créé .l'homme,

fait roi,

de bénédiction pour l'homme, lui qui m'a moi Artaxerxès, seul roi d'entre beaucoup, seul seigneur d'entre beaucoup (1). » On voit que le point sur lequel on insiste le plus, c'est la création. Dans l'Avesta, le titre principal d'Ahoura-mazda sera celui de dàtar « créateur ». Mais alors que l'Avesta n'attribue à Ahoura-mazda que la création des choses bonnes, nos textes ne font aucune dis]ui qui a créé plénitude
le ciel et la terre englobent tous les êtres en dehors de l'homme, et celui-ci couronne Je monde. Aussi a-t-on soin de spécifier que l'homme est doté de faveurs particulières. Nulle allusion à l'activité pernicieuse d'Ahrimau. Créateur et, par le fait même, maître suprême de toutes choses,

tinction

:

'est

à

Les textes

Ahoura-mazda qu'il appartient de communiquer le pouvoir. que nous venons de citer le disent assez clairement. La

grande inscription de Darius à Behistoun redit sans cesse que le roi est roi « par la volonté (en babylonien « par la protection ») d'Ahoura-mazda ». Si les nations sont soumises au roi (et ces nations sont au nombre de vingt-trois!), si elles marchent suivant la loi du roi, c'est toujours par la volonté du dieu (2). Aussi la volonté « Ce pays du roi s'identifie-t-elle à celle du dieu. Darius écrira de Perse, que m'a accordé Ahoura-mazda, il est beau, possède de par la volonté d'Ahourabons chevaux et une bonne population mazda et de moi, le roi Darius, il ne craint aucun ennemi (3). »
:

:

La royauté spéciale de

est

un don du

ciel,

elle sera

l'objet d'une protection

Dans le récit de ses luttes contre les fameux « Menteurs » qui ont usurpé le pouvoir dans diverses contrées sou« Ahoura-mazda mises aux Perses, Darius ne se lasse pas de redire assistance et par sa volonté je fis ceci ou cela (\). » C'est m'accorda grâce à ce secours divin qu'il passe le Tigre, bat l'armée des Babyla divinité.
:

loniens révoltés, triomphe successivement de tous ses

adversaires.

S'il

bon vouloir d'Ahouramazda (5). Xerxès aura soin, lui aussi, de ne rien entreprendre, en fait de constructions, que par la volonté d'Ahoura-mazda (6).
bâtit

une

forteresse, c'est encore suivant le

(1)

Weissbach,

]).

129.
gjj

(2)

Grande inscription de Behistoun,
Inscription de Persépolis, d,
g 2.

6-9.

(3)
(4)

A

partir

du

g

18 de la grande inscription de Behistoun.
f.

(5;
(6)

Inscription de Persépolis,

Dans

ses diverses inscriptions de Persépolis et

de Suse.

32

REVUE BIBLIQUE.

Voici

comment

l'assistance

Darius résume d'Ahoura-mazda
:

cette
«

doctrine sur la
le

protection et
:

Ainsi parle

roi Darius

Ce qui

a été fait par moi, tout cela je

l'ai fait

suivant la volonté d'Ahoura-

mazda. Ahoura-mazda m'a donné assistance jusqu'à ce que j'accomplisse cela (1). »

seulement un démiurge, c'est encore aux menteurs et aux violents « pourquoi Ahoura-mazda m'a apporté aide, ainsi que les Voici autres dieux qu'il y a c'est que je n'ai été ni méchant, ni menteur,
Ce dieu suprême un dieu moral. Il
n'est pas

refuse son aide

:

:

non seulement moi, mais encore ma famille (2). » Une phrase résume les conditions morales que le dieu exige de ses « J'ai marché suivant la justice et l'équité (3). » La loi sujets « homme, que la loi (4) d'Ahoura-mazda vient d'Ahoura-mazda paraisse pas pénible N'abandonne pas la voie droite, ne pèche ne te pas (5)! » Le mot choisi pour désigner l'ensemble de la loi morale, c'est le mot arsta, dérivé de ars « droit, vrai ». Plus tard, ce radical servira à former deux abstractions déiliées Rasnu (6) « la Vérité »
ni violent,
:
: !

et Arskit «
tice
»

la Justice

»

(7),

correspondant aux dieux Kettu

«

Jus-

Mêëaru « Droit », fils du dieu-soleil à Babylone (8). Pour moment, la « voie droite » est la mise en pratique des préceptes le énoncés par Ahoura-mazda. Éviter la violence envers les faibles, rendre à chacun suivant ses œuvres, tel est le premier de ces préet

ceptes. C'est pourquoi lorsque Darius veut expliquer
a

marché suivant

le droit et l'équité »,

il

ajoute

de violence ni contre l'orphelin, ni contre le rendait service à ma maison, je l'ai bien traité; celui qui

comment « il commis pauvre. L'homme qui
:

«

Je n'ai

faisait

d'après tort, je l'ai fortement puni (9). » On remarquera que, suivante Onésicrite (10), l'épitaphe de Darius portait la mention çîXoç t;v -.oïq fCkoiç. Être un ami pour les amis, un ennemi pour les
:

ennemis, telle était bien la loi de la morale antique, stigmatisée par Notre-Seigneur dans le discours sur la montagne (11).
(1) (2)

Inscription de Naqs-i-Roustem,

a,
\

g 5.

Grande inscription de Behistoun,
Ibid.

G3.

(3) (4) (5)
(fi)

Le mot est framunâ Par métathèse.

«

préceptes moraux
g 6.

»,

d'après Cawnoy, Chrislus, p. 181.

Inscription de Naqs-i-Koustem, a,

(7)

Ces deux génies sont réunis dans
I.

le

premier Hù du Yasna (Darjiesteter. Le Zendp. 222.

Avesta,
(8;

p. 12).

Sur ces dieux, cf. notre ouvrage La religion assyro-babylonienne, Grande inscription de Behistoun, g 63. (10) Dans Strabon, XV, 3, 8.
(9)

(11)

Mt.,

v,

43

LA RELIGION DES ACHÉMENIDES.

33

Le roi, choisi par Àhoura-mazda, devait veiller naturellement à ce que la loi du dieu fût observée par les hommes. Le mensonge et la violence étant les deux plus grands des péchés, c'est contre les « toi qui violents et les menteurs qu'on sévira dé préférence plus tard seras roi, de l'homme qui est menteur et de l'homme qui est violent ne sois pas l'ami, mais punis-le fortement (1)! » D'ail:

leurs,

le

dieu se charge d'exécuter lui-même les représailles. x\ous

passages de la grande inscription de Behistoun appelle le châtiment d'Ahoura(§§ 61 et 07), dans lesquels Darius mazda contre quiconque détruirait son inscription. Et cette malé-

avons

cité

déjà

les

diction n'atteint pas seulement le coupable, mais encore sa famille,

de

même

que la récompense de
social.
Il

la vertu rejaillit

sur la famille du

vertueux. Une remarque s'impose à ce sujet. Le Perse est

un
il

être

éminemment

ne

vit

pas isolé daus sa maison, mais

est

en
la

relations étroites avec sa famille et son peuple. C'est pourquoi les

vertus Igs plus prùnées sont des vertus sociales, la véracité
justice.

et

Hérodote avait vu juste lorsqu'il écrivait que celui qui fait un sacrifice, chez les Perses, ne peut demander des biens pour lui seul, mais doit prier pour le bonheur des Perses et du roi, « car il est lui-même de la totalité des Perses (2) ». Darius s'inspire de
ce

sentiment national, lorsqu'il s'adresse

aux dieux

:

mazda m'accordera assistance, ainsi que tous les dieux, mazda gardera ce pays de l'invasion, de la mauvaise

AhouraAhourarécolte, du
«

et

mensonge. Que contre ce pays ne s'avancent ni une invasion, ni une mauvaise récolte, ni le mensonge! C'est pour cela que je prie Ahoura-mazda avec tous les dieux; Ahoura-mazda me l'accordera, avec tous les dieux (3). » De même, dans sa grande inscription de Naqs-i-Roustem (§ 5) « Ahoura-mazda me gardera de tout mal, ainsi que ma maison et mon pays. C'est pour cela que je prie Ahouramazda Ahoura-mazda me l'accordera » Les considérations qui précèdent ont montré dans quel relief saisissant la figure d'Ahoura-mazda se détache sur le fond de Tantique panthéon aryen. Dieu essentiellement moral, il porte un nom symbolique « le Seigneur Science >/. Vers lui convergent les adorations des Achéménides et de leurs sujets. C'est de lui que l'homme reçoit l'existence. Il est en même temps le principe de toute con: ;

!

duite morale. Les autres dieux se sont singulièrement éclipsés devant

(1) (2)
(3)

Grande

inscript, de Behistoun, g 64.
I,

Hérodote,

132.
g 3.

Inscription de Persépolis, d.

REVUE BIBLIQUE 1913.

N.

S.,

T. X.

34 lui,

REVUE BIBLIQUE.

surtout à l'époque de Darius et de Xerxès. Sans doute on n'a pas encore atteint au monothéisme, mais un courant monolatrique du moins au témoia passé sur la Perse. Qu'importe si le culte

gnage d'Hérodote

et

des Mages

nous apparaît encore

comme

alourdi par les grossières superstitions et les rites naturistes des

époques primitives? Une conciliation sera possible

entre le dieu
lui

suprême des Perses

et

le

dieu des

Juifs,

Iahvé.

Cambyse,

qui

a laissé dans l'histoire l'image d'un fou et d'une brute, était peutêtre plus près de la vérité

que ne

le

suggèrent les récits d'Hérodote.

dans un mouvement de dégoût pour la zoolatrie des immolait leurs dieux et saccageait leurs temples, n'avait-il pas respecté le temple des Juifs à Éléphantine (1)? Et en cela dont nous avons signalé il suivait la tradition de son père Cyrus,
Alors que,

Égyptiens,

il

ailleurs la bienveillance toute spéciale vis-à-vis

du culte de Iahvé

(2).

un double résultat. Si, d'une part, les Juifs dévots et fidèles profitèrent de l'édit de Cyrus pour regagner leur ville sainte, d'autre part tout un groupe de marchands ou d'artisans préférèrent demeurer sous la tutelle immédiate des Achéménides en Babylonie. Ils avaient trouvé sur place de quoi exercer toute l'activité de leurs aptitudes au commerce. Quelquesuns de leurs descendants nous sont connus, grâce aux contrats datés du temps d'Artaxerxès I (465-424 av. J.-C). Nous aurons l'occasion d'étudier leurs noms dans un prochain article. Il nous suffit, pour le moment, d'avoir établi combien la religion des Perses achéméuides était transcendante parmi les autres religions païennes de l'Orient. Darius et ses successeurs n'ont pas dissimulé, dans leurs inscriptions, la part considérable que le point de vue religieux occupait dans leurs entreprises. N'oublions pas que, chez les anciens, la politique générale n'était jamais séparée de la religion. Si les Juifs furent soutenus et encouragés par les Perses, ce n'est donc pas seulement parce que les Perses trouvèrent leur propre intérêt dans cette attitude- C'est bien plutôt parce que les Juifs leur apparurent en possession d'une religion éminemment supérieure, dont les caractères généraux, aussi bien que les tenCette bienveillance devait avoir

dances de l'heure,

se

rapprochaient singulièrement plus de leur

idéal religieux que les cultes grossiers de la Chaldée, de l'Élam ou

de l'Egypte. Les Perses furent les premiers à profiter de ce qu'ils

(1)

cf.

Sachai, Aramâische Papyrus und Ostraka..., n° Lagrange, RB., 1908, p. 326. (2) RB., 1912, p. 44 ss.

1,

1.

13

s.

Pour

la

traduction,

LA RELIGION DES ACHÉMÈNIDES.
tirent
et les

33

Au

pour Israël, car ils ne furent pas englobés dans les anathèmes sarcasmes que les prophètes lancèrent à la face des Chaldéens. sombre récit de la captivité de Babylone s'opposent, dans les
sacrés, les explosions de
joie

livres

qui pressentirent
et

et

saluèrent

de Balthasar. Cette accession fut pour le peuple choisi l'occasion d'une véritable renaissance. Les pages qui précèdent suffisent, je l'espère, à montrer
l'accession

de Cyrus au trône de Nabonide

comment la religion des Achéménides les prédisposait non seulement à témoigner aux fidèles de Iahvé un sentiment de tolérance,
mais encore à user à leur égard d'un traitement de faveur.
P.

Dhorme, 0.

P.

/

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL

(i

y a de réelles difficultés à dresser d'une manière précise la chronologie de saint Paul. Jusqu'à ces dernières années, nous ne possédions qu'un point d'appui, la date du rappel du procurateur Félix et de l'arrivée à Césarée de son successeur, Porcius

On

sait

qu'il

Festus

(2), et il était

lui-même

l'objet de vives controverses,

comme

je l'expliquerai plus loin. Or, on a découvert dans les ruines de Delphes une lettre de l'empereur Claude qui est datée et qui mentionne Junius Gallion, proconsul de l'Achaïe, celui-là même devant

lequel comparut saint Paul.

Il

y a là un nouveau point d'appui,

un point fixe, permettant d'établir la chronologie des Actes des Apôtres et de dirimer la controverse au sujet du rappel de Félix et de l'arrivée de son successeur à Césarée. Le but de cet article est
d'exposer aux lecteurs de la Revue cette découverte importante et de montrer sa portée au point de vue biblique. La tâche sera relativement aisée, car l'inscription de Claude dont on n'avait pas saisi

de prime abord tout

l'intérêt,

a

déjà

suscité

de

nombreux

tra-

vaux
(1)

(3).

pour moi un très agréable devoir de remercier M. E. Bourguet, maître de la Sorbonne. Il a bien voulu me procurer la photographie ci-jointe, me fournir des renseignements nombreux et me suggérer des vues intéressantes. La photographie a été prise par M. Bourguet en décembre 1910.
C'est

conférences à

(2)
(3)

Act., XXIV, 25; XXV; XXVI.

E. Bourguet,
1905;

lier,

De rébus Delphicis imperatorùe setatis capita duo, in-8, MontpelW. M. Ramsay, The Expositor, May 1909, p. 467-169; H. Coppieters, Diction-

naire apologétique de la Foi catholique, 1. 1, 1910, col. 268; L. Jalabert, art. Épigraphie, dans le même Dictionnaire, col. 1428; P. B., Le proconsul dAchate Gallion, dans le Bulletin d'une, lilt. et darch. chrét., 1911, p. 214-215; H. Lietzmann, Ein neuer Fund

t.

zur Chronologie des Paulus, dans Zeitschrift fur wissenschaftliche Théologie, 1911, XVIII, 345-354; Bares, Ein interessanter Fund von Delphi, dans Pastor bonus, 1911, et S. Paul, dans t. XXIV, p. 219-223; E. Ch. Babut et A. Loisv, Le proconsul Gallion la Rev. dhist. et de litt. relig., nouv. série, 1911, t. II, p. 139-144; M., Das Jahr des
Prohonsulats des Gallio in Achaja, dans Theologische Litleraturzeitung, 1911, t. XXXVI, and Gallio, dans The Princeton theop. 349; W. P. Armstronc, Jalaberts Epigraphie

Inscription

île

Claude relative à Gallion. (Cliché de M. Bourguet.)

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.
L'inscription, très mutilée

37

comme la plupart de celles qu'on a rede Delphes, se compose de sept fragments trouvées dans les ruines qu'il convient de diviser en deux groupes. Le premier, A, qui comprend les quatre fragments supérieurs de notre illustration, au-dessus de la ligne brisée, a été sûrement recomposé par M. Bourguet et
publié par lui en 1905, dans la thèse qu'il présentait à la Faculté des lettres de Paris (1). Le deuxième groupe, B, est formé des trois

fragments qui se trouvent au-dessous de la ligne brisée; l'un a

deux autres sont inédits et publiés aujourd'hui pour la première fois, avec la gracieuse autorisation de M. E. Bourguet. Le savant épigraphiste a pu m'assurer, en novembre trois 1912, que le groupement de tous les fragments, même des derniers (3), doit être tenu pour certain, comme on peut, d'ailleurs, ignore la s'.en convaincre par la forme des cassures. Toutefois on les groupes A et B. M. Bourguet hauteur de la lacune qui sépare
été déjà publié
(2), les

affirme également

et ce

point est important

— que

les sept frag-

ments appartiennent à la même lettre de Claude. Non seulement les sept blocs sont du calcaire gris-blanc tel qu'il est débité dans les carrières du mont Saint-Élie, à quelques kilomètres à l'ouest de Delphes, mais les lettres, malgré des ditl'érences de détail, présentent la même forme. Si dans la partie inférieure, surtout du
groupe B, elles paraissent plus allongées, il faut l'attribuer à l'obpierre, jectif de l'appareil photographique qui, placé près de la les premiers plans (4). a grossi sensiblement
D'après les archéologues qui ont étudié directement le document

logical Beview, 1911, t. IX, gionsgeschichtlkhe Skizze,

D. A. Deissmann. Paulus, Eine kultur- und reliTubingue, 1911, p. 159-177; E. Dubowv, Paulus und chronologie de l'âge Gallio, dans Biblische Zeitschrift, 1912, p. 143-153; F. Prat, La dans Recherches de science religieuse, 1912, p. 374-392. apostolique, imperatoriœ xtatis capita duo, ouvrage déjà mentionne. (1) De rébus delphicis épigraphiNikitskv, dans un ouvrage écrit en russe et portant le titre Études
p. 290-298;
in-8,
(2)

Par

plus loin la transques sur Delphes, 1-VI, Odessa. 1894, 1895, planche VII, n° xlyi. Voir cription du groupe B. 164, 165, l'archéologue H. Pomtow pense que ces trois (3) Au rapport de Deissmann. p. même nouveaux fragments ont été gravés par la même main, mais n'appartiennent pas à la Quant à Deissmann, il ils seraient, en effet, la conclusion d'une autre lettre.
inscription;
laisse la question ouverte,

en faisant observer que l'argumentation de H.

Pomtow

ne lui

donne pas eutière
les

satisfaction, puisqu'on

quatre premiers fragments, et
nature de
la pierre.

remarque des différences d'écriture même dans déclare qu'il faudrait avant tout examiner de nouveau
les

la

(4)

Les sept fragments sont au musée de Delphes,

quatre premiers sous

les

numé-

500, 2311, ros 3883, 2178, 2271 (ancien 59), 4001, les trois derniers sous les numéros 728, d'après Deissmann, Paulus, p. 164, 165, texte et notes.

38

REVUE B1BUQUE.

une hauteur de 18 à 20 millimètres.' Nous début des lignes 1 à 10 dans le groupe A; le reste est perdu. Peut -on cependant conjecturer cruelle était leur longueur? M. Bourguet, qui a reconstitué la première ligne, compte
original, les lettres ont
le

possédons

54

lettres;

M.

Deissmann

fait

observer, avec raison, semble-t-il,

que la restitution est incomplète, qu'il faut suppléer xpyy.zzj; [Kéyiaxoq ce qui donnerait au document original une et compter 71 lettres m 40. Quoi qu'il en soit de ce dernier détail qui largeur d'environ l est fort hypothétique, il reste que le passage principal au point de
:

vue biblique

est

bien conservé et très

lisible.

Cette inscription, qui était probablement gravée sur les murs du temple d'Apollon, reproduit une lettre de Claude à la ville -de

Delphes

ligne 3). L'empereur y manifeste sa religion pour le sanctuaire du dieu (ligne 4); il est même possible qu'il garantisse des

privilèges au sanctuaire et à ses larges dépendances (lignes 7, 8) ou bien, s'il faut lire r.i'w ou rcaXat au début de la troisième ligne,

que confirmer les privilèges anciens, comme il avait confirmé de nouveau les faveurs accordées aux Juifs d'Alexandrie et à ceux de Jérusalem (1). On peut du moins tenir pour sûr que comme la lettre de l'empereur était favorable à la ville de Delphes M. Deissmann l'a justement fait observer, on n'expliquerait pas autrement qu'on l'eût fait graver sur les murs du temple d'Apolne
fait-il
:

lon.

Après ces notions préliminaires sur l'origine, l'état et l'objet de l'inscription, nous pouvons tenter son explication détaillée. Je la cite d'abord avec les restitutions de M. Bourguet et de M. Deissmann. Le texte majuscule reproduit l'inscription, tandis que le texte cursif
est

une reconstitution. Les
i.

lettres soulignées sont douteuses.

Groupe A.

Boukguet

:

TIBEpi:;

y.lauZioi;

y.AIIap crsêas-cO^

yep^avixoç, Ir^.y.zyy/.r^ e£ou

Deissmann
y.i'C.z-z:

:

TIBEpioç xXauSicç xAISap creêaarOS
: zzz'J

Tiz-j.ynv.z: ap^iepeuç

2.

'£,'

TiiXTjTYjç ;s/.ç.(ov

3.

rraTPIAcç... — SIAS 16'aoTOxpaTwp ^0 KE «noxparwp xO KL' Uy-r -aTPIAor D. — 2IAS tÛN AEA'l'.ov îcpoQYMOTora tHÎ B. — IIAAiv?
B.
tc

or,[j.y.py<.'/.r l

Uocrrt?

tc
t

'i6'

l?

okçcxoç

"

xr i

r.z'/.zi

yy.zv.i

(3)

IloXei

x«ipew

(1) Jos.,
N

Ant., XIX. v,

2. 3;

XX.

i,

2.

Tyji

IIAAaioTaTïii, dans une lettre de Bourguet à

Deissmann, Paulus,

p.

170.

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAIX.
D.
;;.£v;ç

39

IlAAai

[Asv

TIII

II^as-

TQN AEA$wv

-çsOYMOç

V sv:-

eutu

i.

B.

X..

ISA

ExsTHPH™

tyjN

©PHSKEIav... OIAIIO....

D.


XHSAEnETHPHaaBsTYjN 8PH2KEIav tOYAIIOXXu):

voç tco -j 0tou (ou
5.
A. 15U

6sOY AilOXXwvoç
KAI.....
I

B.

NYNAErETAl

TQN EPr

EINAI

Q...

D.
v.y.bu):

_ — —

\r\ AErETAl
lou

KAI tcoXEITQN EPI.. eKELNAIQ...
? iXoç

Xouxioç

6.

B.

XI 01

rAAAIQN

;;.0Y

Kai r/JuII AT02 xxataç

D.
y.yy.'.y.z
'
.

NIOS PAAAIQN
..

$iXoç

MOV

KA-

xv6 u

nAT02

njç

t-[z y:\v>.

7.

B.

D.
8.

— —

B.

D.
9.

B. D.

10.

B. D.

— — — — —

TON ilPotspov... TON ïlPOtspOv «XAQN EOAEQN KA... AQN nOAEQN KA
ETI ESEIN ETI EEEIN

optajxcv (1)

IIE...

AYT0I2 AYTOIS
«I'QNQï

EIIITPE...
EIIITPE-io...

— — — aï'TOV 12. D. — toTTOT. Groupe B. — Ligne
11. B.

IL

$QNQ2 nOAE QOAE tAI ME TLJ K TAI ME TQKIaa

B.

1.

illisible, les lettres

étant coupées en deux,

dans

le
2.

sens de la hauteur
I

M EX TAPE

3.
ï.

TOnOYSK
NIÏANTQSE 0HOITIXE IXAIT02YNA EIUTLL. X ME. 0I2MEN

5.

6.
7.
8.

9.

AA2EENTEAA0MAIY

(1)

Dans

le

commentaire de

l'inscription, p.

»;4.

40
10.

REVUE BIBLIQUE.

QNENAYTQrErPAM (1)
1 [o]i
;j.àv

Interprétation.
2.
3. i.

yap

z...

totcouç y„[ai]
v

ïcavrwç

s...

fou

:

[è]v

-xv :w 75

fjLVCTaTW (juveSpuo] (2)

5.
6.

8 y]
'.

otxive[<;]

x,aï

to

ou
V

ta)

7uva...

7. 8.
9.

£Z'.

TW..

[èv

xoîç a)pK7](j.e[v]oiç

jjLs[stv]

(peut-être

:

;j.£.

ôiajxsv)

Xj:7£

IvceXXôjxat u...

10.

[t]wv èv ajTw

lit clairement TIBEP AIS Oï. Le T mais il photographie que je publie montre nettement sa ligne verticale dans la phototypie que M. Deissmann a obtenue au moyen d'un estampage. Tous ceux qui ont étudié

Groupe A.

— L2>we — On
*.

[y}t'(py.[x [j/ivw'v]

n'est

pas visible

dans

la

;

l'inscription suppléent KXauSioç.

La reconstitution leur paraît

même

s'imposer avec une
la justifier.

telle

évidence qu'ils ne jugent pas à propos de

Cependant il ne sera peut-être pas inutile d'indiquer les pour les profanes. D'abord les lettres visibles dans cette ligne et la suivante permettent d'affirmer que nous avons sous les yeux une lettre d'empereur romain; l'antiquité classique et les inscriptions nous ont conservé assez de modèles de ce genre d'écrit pour exclure ici tout doute à cet égard (3). Or, cet empereur est bien Claude qui portait le titre de Tibère (i), et non pas celui de ses préraisons
(1)

Nikîtsky, op.
:

cit.,

planche VII, n"
fi.

xr.vi a

transcri ainsi le fragment,

du milieu dans

le

groupe B

1KAITO
EIIITQI

7.

8.

OlIMEX

9. 10.

AAOMAU
EPTAM
la

Toutefois dans cette transcription faite à
pas entièrement dessinée et
pierre.
le

main

la

barre latérale du F, ligne

9.

n'est

M, ligne

10, est

inachevé,

comme
;

d'ailleurs sur le bloc de

(2)

Dans

les inscriptions impériales, l'expression to ffejivÔTaTOM

auvéôptov désigne le con-

seil

amphictyonique.
Ant., XIX, v, 2
:

(3) Jos.,
8yi|Aap-//.y.rj;

TioÉpioç K).a-J6to; Kaïo-ap, leëaarôç, rspjjtavixô;, àpy.upsù;

jjiytffTo;,

èEouata; * *, Xéyet...

Ant.,

XX,

I,

2

:

K/a-Jôio:

Kaïo-ap,

rîptiavtxd;,

or,jj.apx'.y.v;;

èÇoufffa; to 7ré(x^Tov., oTtato; aTioSiÔEty[j.î'vo; to TÉTapTOv, a-jtoxpaTwp to oéxaTov, 7TaTr,p TtaTpîôo;...

Voir dans Deissmann, Licht
op.
cit..

vom

Osten,

in-8, 1909, p.

284 et

s.

p.

70, 72, 89, des lettres

de Trajan, d'Hadrien. d'Antonin

Voir aussi dans Bourguet, le Pieux à la ville de

Delphes.
(4)

On

lit

sur une statue érigée à Delphes en l'honneur de Claude en 46
Tiëe'piov K),a\!»ôiov

:

Kaiaapa Iîoa<7TÔ[v],
roxTE'pa 7:aTpî5o;...

Tepixavixdv, àp/up^, Srjuapxtxîiç èSouo-ca; to extcv, usaTov êLnoÔBOZiy(AÉvov

to TÉxapTOv, avroxpaTopa to ÈvoéxaTOv,

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.
décesseurs qui avait
le

41

môme nom.

Celui-ci est appelé sur les

mo-

numents TI CAESAR AVG (1), TIBEPIOS KAISAP SEBAÉTOS, sans aucun qualificatif entre Tibère et César, et c'est précisément pour ce motif qu'il ne peut être question de lui dans notre inscription.

Entre Tiêspioç
les

et

/.afoocp, il

y a une lacune qu'il faut combler;
serait

rapprocher
rendre
Les

deux mots, ce

rompre

la suite

des lignes et

le reste

du

texte inintelligible.

restitutions
I^oufftaç

^.zoy^i:

(Augustus

.

rep|/.avixôç

(Germanicus),

or,[).y.py '.v.%;

[tribunitiœ potestatis) sont certaines en raison des

analogies fournies par les inscriptions des empereurs romains, en

rons,

que nous avons citées ou que nous citeen commentant les lignes suivantes. Pour le même motif, il faut très probablement suppléer àp^iepeùç péyictoq Pontifex maximus), ou du moins le premier de ces deux mots (2).
particulier celles de Claude

Ligne

$.

Cette ligne, qui contient la date de la lettre, mérite
spéciale.

une attention
en
effet,

Dans leurs

lettres, les Césars

mentionnaient,

l'année de leur puissance tribunitienne, de leur consulat, ainsi

que le nombre des acclamations impériales (3). Disons tout de suite que la lecture r.y.-^p rcarpiSoç est évidente, que les restitutions autoimperator), j-y.-z; {consul), -'.[j.r-r,: (censor) sont suggérées xpdtTwp par les autres inscriptions des empereurs romains, de Claude luimême, que la restitution AeXçûv -.r rcôXsi yy. .zz<:> est plus hypothétique
:
<.

;

t

cependant rendue vraisemblable par la comparaison avec les lettres de Trajan, d'Hadrien, d'Antonin le Pieux à la ville de
et.

Delphes

(4).
la

Sur une autre statue érigée en l'iionneur de Claude dans
[Tt6épiov IQa]û8iov

même

ville,

en 42

:

KaiVapa
',

SeêxtrravJ

[rspi&avixbv] àpyiEprj |ieY[i<rcov, 8r)(xapx'[-/.-?,;

èÇouffta; t]o

aûrox[pâTopa tô y

.

['jrcatov

to P', Gic]atov...
p. 62, G3.

Dans Bourguet, op. cit., mentant la ligne 2. Inscription de Delphes
l

Voir plus loin

les textes

que nous citons en com-

:

[Aù]ToxpdcTopa
Tioî'piov

Kaîaapa
utâv...
t.

0eoû -eêaaxo'j

dans Boukgiet, op. c, p. 48. Cf. Corp. Insc. lat. (édit. Mommsen), post., p. 2421, ou l'on trouvera le renvoi aux inscriptions.

III,

SuppL, pars

dans (2) Ces qualificatifs sont à peu près dans tous les textes de Claude. Ils manquent une des lettres citées par Josèphe et reproduite plus haut, p. 40, note 3. Les titres des empereurs sont expliqués par R. Cagnat, Cours d'épigraphie latine. 3° éd., p. 156 et s. désigne le (3) Dans le courant d'une inscription, le mot aÛToxpixwp suivi d'un chiffre nombre des salutations impériales du César. « Chaque fois que le prince ou un de ses lieutenants remportait une victoire, il ajoutait une unité au nombre de ses salutations impériales ». Cagnat. Cours d'épigrap/iie lat., 3 e éd., p. 157, 158. (i) Voir Bourguet, op. cit., p. 70, 72, 77, 78, 82, 89.

42
Il

REVUE BIBLIQUE.
reste les lettres

OKE

(ou S) dont la lecture est assurée. Or ce

ne peut désigner la puissance tribunitienne de Claude, soit parce qu'il est trop éloigné de yr^j.y.py.v.%: à^ouoraç, soit parce que la puissance tribunitienne ne fut accordée que 14 fois à cet empereur; il ne peut désigner davantage les années de son consulat qui ne se renouvela que cinq fois (1). Il n'y a qu'une autre hypothèse admise
chiffre 26

ce chiffre donne le nombre sans hésiter par tons les archéologues des acclamations impériales de Claude et date sa lettre d'une manière
:

précise. Cette interprétation

du

chiffre

26 une
i6'

fois
')

admise,
les

le

syn-

mots puise après consul. Claude a donc écrit tribunitienne, enlin to s' (5 sance e à la ville de Delphes la 12 année de sa puissance tribunitienne, alors qu'il avait été consul 5 fois et que le peuple l'avait acclamé
chronisme des dates oblige
à suppléer -b
|

(12

e

après

26

fois

empereur.

Cette donnée importante

une

fois acquise,

il

faut poursuivre nos

investigations et rechercher la date exacte de la 26' acclamation impériale
(2).

Dans
e

l'état

actuel de nos connaissances, nous savons que
L

Claude fut salué empereur 27 fois. D'après l'inscription de YAqua Claudia, la 27 acclamation eut lieu la 12 année de sa puissance tribunitienne qui court du 25 janvier 52 au 25 janvier 53 (3) Ti. Clàvdivs Drvsi p. Caisar Avgvstvs Germamcvs poniif MAXIM.,
:

TRIBVNICIA POTESTATE XII, COS. V., 1MPERATOR XXVII, PATER PATRIAE

(>).

que l'aqueduc fut inauguré le Or, il est certain er août 52 (5). A cette date, Claude avait donc été acclamé empereur 1 27 fois et le 1 e août 52 est une date extrême en deçà de laquelle on ne peut reculer la lettre écrite par cet empereur à la ville de Delphes. Quelle est la date extrême au delà de laquelle on ne peut la faire
par
ailleurs
'

éd., p. 478; Pauly-Wissowa, Real-Encyclopûdie 3 (1) Cagnat, Cours d'épigraphie, der klassischen Altertumswissensphaft, in-8, t. III, art. Claudius, p. 2812, 2813; Corp. Insc. lat., t. III, Supplem., p. 2421. par Cagnat, Cours d'épigraphie, supplément a (2) La date des acclamations est fournie la troisième édition, p. 478, surtout par Groag clans la Real-Enajclopudie der Idassischen Altertwnswissenschaft de Pauly-Wissowa, t. III, p. 2812, 2813, qui renvoie aux sources. Je reproduis in extenso les documents qui permettront au lecteur de se former un
e

leur élévation a l'Empire.

puissance tribunitienne fut accordée aux empereurs au moment de A chaque nouvelle année de règne, le souverain ajoutait une unité au chiffre de sa puissance tribunitienne. L'année impériale comme celle de la puissance tribunitienne se comptait à partir du jour de l'avènement. Corp. Insc. lut., t. VI (Inscript, urb. Romx tatiiuc. pars prima), iv 125G. Voir
la
(4)

jugement personnel. (3) Après Auguste,

aussi Corpus,
(5)

t.

III,

pars prior, n
aquis,
c.

os

409, 4591.
:

C. Caesar... duos ductus inchoavit. Quod opus xm, xiv Claudius magnificentissime consummavil dedicavitque Sulla et Titiano cos... Kalendis

Frontinus,

De

August'.

:

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL. remonter? La 22 acclamation
Il
e

43

et la

24

e

eurent lieu la 11 e année de

la puissance tribunitienne qui court

en

l'ut

de

même
il-

de la

du 25 janvier 51 au 25 janvier 52. 23 sur laquelle nous ne possédons aucun
e

renseignement.

CLAVDIVS CAESAR- AVGGERMANICVSPONT- MAX TR- TR- POTXI

LMP

XXII- P- P- COS- V-

(1

ti CLauDlus CAISar AVG Ger MANICVs pont

MAXIM
IMP

tr.

pot.

xi

XXII- P- P-

COSw

(2)

CLAVDIO imVST- CAESARI AVG- CER* M- PONTIF- MAX
TRIR- OPE- XI
IMP- XIILII

COS
P- P-

V

DEFENSORI PATRI PATRIE
Ce texte
n° 1977)
est ainsi rectifié

ANÏEIO" LEG
(t. III,

par l'éditeur du Corpus

pars prior,

ti CLAVDIO- DRYsr f- CAESARI (51/52 AVG- ^ERM- PONTIF- MAX TRIR- p- XI- IMP xxIIII. COS- V

ap. J.-C.)

CENSORÎ- P-PP- ANTEIO- LEG
La 25
e

acclamation qui

tions connues jusqu'ici, devra être placée à la fin de 51

de 52. On

lit

mentionnée sans date dans les inscripou au début sur un fragment de marbre
est
:

Clavdivs

(3).

Or Cavedoni semble avoir démontré que
l'acclamation impériale
Plusieurs
(4).

le

chiffre

XXV

désigne

inscriptions mentionnent,

comme

celle

de Delphes, la

(1)
(2) (3)

Corp. lnsc. Corp. Insc.

lat.,

t.

III,

pars prior, n° 476.

lat., t.

III,
t.

Supplem.,

n° 7206.

Le

texte en italique est

une
p.

restitution.

Corpus
lett.

Insc. lat.,

XI, pars prior, n° 824.
lett.

(4)

Cavedoni,

Mem.

di relig. mor.

17 (1830), p. 407;

nuov.

sill...

24, n°

xxn;

due

arch., p. 17 (note du Corp. Insc).

44

REVUE BIBLIQUE.

26 e acclamation impériale de Claude, sans fournir aucun renseigne-

ment permettant de
Ti.
trib.

la dater

:

Claudio Cœsari AVG- GERM- PONT- Maximo
potest.
(1).

XII

imp.

XXVI. COS-

V-

PATRP PATR-

CENson
IMP

V

XXVI P

COS P
conven.
(2).

cIviTas

Cependant une inscription grecque de la ville de Kys, en Carie, cite à la fois la 12° année de la puissance tribunitienne de Claude
e (25 janv. 52-25 janv. 53) et sa 26 acclamation impériale
:

Tiôépiov

KXauSiov

Kàiaapa

reppi.avix.bv

AùTOxpàtopa 9eov
Swâéxatcv,
Tcaftepa

— zoxutcoctov

arbv àpyizpiy.
to

[j.é'fis-zv,

zr^.y.zyy/.r^ Ujoucfifaç zb

ttévztcv,

a&TOxpâropa

tg

eixoaTev

xat

r/.tcv,

icarpi-

cc; (3)...

Tel est l'état des documents.

Ils

un

fait

désormais acquis

— que du 25 janvier 51 au
22'', la

établissent avec certitude
1
er

— car
et la

c'est

août 52 eurent

lieu cinq acclamations impériales, la

23°, la

24 e la 25°
,

20 e

,

que
52,
pr

celle-ci

ne peut

être postérieure

au

1

er

août 52, qu'au 25 janvier

Claude n'avait été Imperator que 26

fois,

que par conséquent
le

sa

lettre à la ville
l

de Delphes a été écrite entre

25 janvier 51
fut-il

et le

août 52. Dans quel mois, à quel jour, Claude

pereur pour la 26 e fois? Il est superflu de le tants des inscriptions; ils laissent même indécise la question si le fait n'aurait pas eu lieu au cours ou vers la fin de 51. Pour arriver avec quelque probabilité à une plus grande précision,
il

proclamé emdemander aux textes exis-

faut interroger l'histoire militaire des années 51 et 52. Les exploits
effet, L.

guerriers n'y manquèrent pas. En 50, en
des Cattes en Germanie
Icônes,
(4).

Pomponius triomphe
année
les succès

Tacite place cette

même

des armées romaines contre les peuplades de la Bretagne appelées
Brigantes, Silures
(5),

mais arrivé au terme de son exposé,
acclamation
:

Autre inscription mentionnant
ti.

la 25"

Claudi

DRVS1

Germunici FILIO CAESARI Aug. German. PONT1F- MAXIM trib. pot. XII (?) cos. V IMP- XXV
dans
(1) (2) (3) (4)

le

Corpus,

t.

III,

Suppl., n° 13880.
t.

Corp. Insc.

lat.,
t.

VIII, suppl., Berlin, 1891, n° 14727.

Corp. Insc,

XIII, pars prior, Aquitania, n- 254, p. 32.
t.

Bulletin de correspondance hellénique,
Tacite, Afin., XII,

XI, 1887, p. 305-307.
II,

xxvm. Voir

la

date au début de

xxv.

(5)

Tacite, Ann., XII, xxxii-xxxvm.

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.
il

45

observe qu'il a interrompu l'ordre des faits, qu'il a groupé des événements se rapportant à plusieurs années, et qu'en reprenant l'histoire

au début de
il

51,

il

revient à l'ordre chronologique

(1).

Dans ces

téméraire de reporter au début de 52 une partie de ces succès. Selon toute probabilité, c'est au début de cette même année que Cumanus, gouverneur de la Judée, réprime une
conditions,
n'est pas

sédition des zélotes dans des conditions telles qu'elle occasionne sa

destitution et son bannissement (2). Tacite rapporte expressément à

triomphe des armées romaines sur les Glites de il n'est pas étonnant que du 25 janvier 51 au er 1 août 52, Claude ait été salué empereur plusieurs fois; on peut même regarder comme probable que la 20" et la 27 acclamation ont leur place marquée au début du printemps 52, après la reprise des campagnes militaires interrompues par la mauvaise saison. La lettre de Claude daterait donc du printemps 52.
cette

année 52

le

Cilicie (3).

Dès lors

e

Cette ligne qui n'a pas d'importance au point de vue Ligne S. auquel nous nous sommes placé, ne doit pas nous retenir longuement. Notons seulement qu'il est difficile de décider s'il faut suppléer
-iXtv, «
« très

de nouveau
».

»,

ou

-^'/,r.,

«

autrefois

»,

ou

même

r.y.\y.<.z-J-r
l

,

ancienne

Du moins,
de

si

l'on accepte

ligne précédente la leçon

/ai'petv, il

probable dans la faudra la remplacer ici par un
eù-ciî

comme

autre mot.

À

la fin

la ligne 3, les lettres

paraissent postulées

par

XHSA
4.

dont

la lecture est

presque certaine dans la gravure de

M. Deissmann.

La restauration de M. Deissmann parait ingénieuse. observer, le mot vj-jyr^y., « j'ai été heureux », cadre bien avec la pensée à compléter Claude fait savoir à la ville de Delphes qu'il a été heureux de lui témoigner sa bienveillance. L'idée qu'il a observé le culte d'Apollon se retrouve dans une lettre d'Hadrien à la ville de Delphes (V. Claude lui-même parle de r.i-pio: bpr^y.zhx.
Ligne

Comme

il le fait

:

(1)

Tacite, Ann., XII, \l

:

Heec,

quamquam

a duobus,

Ostorio Didioque, propraetorisui valerent.

bus, plures

per annos gesta conjunxi, ne
Ant. jud., XX,
v,
vi.

divisa,

haud perinde ad memoriani

Ad lemporum ordinem redeo.
(2) Jos.,

Sur

la
cf.

en fonction de son successeur Félix,
p. 570, 571, notes 11, 16.
(3)

date de la destitution de Cumanus et de l'entrée Schurer, Gescfiichte des jiid. Yolkes, t. I, 4 e éd.,

exposer

Tacite, Ann., XII, lv. Sur la chronologie obscure des années 50-52 qu'on ne peut ici, voir le Régeslc de Claude dans Puly-Wissowa, Real-Encyclopudie, t. III,

p. 2808-2813.
(4)

Bourguet, op.

cit., p.

78.

xaî elç

ty)v

àpf^aiôl-

[TY)Ta T7j"; tcôXîw; xai ci; Tr,v roy

xaTÉ/ovxo; a[ÙTr,v

6e-]

[ov 0p7i«r]x£tav àçopwv...

46

REVUE BIBLIQUE.
lettre

dans sa

aux

Juifs

d'Alexandrie

et

dans

celle qu'il écrivit

aux

autorités juives de Jérusalem (1).

Ligne

5.

— La lecture

du début ne présente aucune

difficulté; le

en ajoutant les lettres E I K qui gravure de M. Deissmann; à la lin, iqu se voient assez bien dans la est exigé par vwç qu'on lit à la ligne suivante. Il semble bien qu'il faut suppléer aussi Aoutuoç, autre prénom de Gallion, comme dans
milieu semble inintelligible,

même

une inscription grecque qui a

été trouvée

aux environs de Platée

et

qui paraît concerner le magistrat Gallion dont elle mentionne les deux prénoms, le proconsulat ou le consulat. Je la reproduis ici, car

nous aurons bientôt à

la discuter (2).

HnOAIEIIAATAIEQNAQYK ///// NIDNTAAAIÛNA ANÎANON / nATONTONEATTHE ETEP / /
/

/

/

II

Dittenberger

lit

et transcrit le texte

comme

J
il

/

[
:

suit (3)

r ïïokiq flXoraiéiùV Acyxfiov 'Isj|
(

vcov

TaA/awva 'Aviavôv,

[il]

jcarov, tbv laurrçç E&ep[y]
st[t;v]

M.

ligne,
tion,

Deissmann supplée, au contraire, avQu à la fin de la deuxième au lieu de u, de sorte qu'au moment où fut gravée l'inscripGallion n'était pas consul, mais bien proconsul de l'Achaïe.

Le déchiffrement de cette ligne, aussi importante que Ligne 6. la première et la seconde, ne présente pas de sérieuses difficultés. En effet, on y lit clairement NIOS TAAAIQN lIATO^. La restau:

ration
est

O

{

PCkzç

MOT,

exigée par la place et l'espacement des lettres,
:

conforme au style des lettres impériales de nombreux exemples montrent que les Césars appelaient leurs amis les magistrats alors
en fonction
(i).

Faut-il suppléer avôu

plutôt que

u

et

lire

âvôûIIATOS

et

non

uIlATO-? L'argumentation que nous

établirons plus loin sur l'ins:

observation du (1) Jos., Ant., XX, v, 2; XX. i, 2. Dans les papyrus, 6pv]<jxeta signifie mois artémisien en tant que consacré à la déesse protectrice Àrtémis. C'est en harmonie avec le sens caractéristique de ce mot qui désigne le côté extérieur de la religion. Moulton, Lexical notes from the papyri, dans The Expositor, mai 1909, p. 473.
(2)
(3) (4)

Inscriptiones grœcx, t. VII (Insc. Boeticse), n° 1676. Dans le Corp. Insc. grœc, au passage précité. Trajan, dans une M. Deissmann cite les exemples suivants
:

lettre à la

ville

de

Delphes, parle de [à]v8u7taTw xai çiXcp u.ou 'Epevv[c]w latopvetvw, dans Bourguet, op. cit.. p. 70; une lettre de Marc-Aurèle appelle le proconsul T. Atilius Maximus ô xpàtiaToç àv6--Troao; xai cpîXo; fi(Awv.

Dans Ditti;m;erg

et,,

Sylloc/e, 2 e éd., n° 406.

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.
cription de Delphes,
la date

47

dépend tout entière de

la

restitution

de ce

de la lettre de Claude. Or ceux qui ont étudié mot et de l'inscription, s'accordent à lire àvôtaa-coç, car avOu remplit exactement l'espace qui sépare OY'K et IIATOS. D'ailleurs, cette raison fondamentale d'ordre épigraphique est appuyée par d'autres considérations. Les Actes des Apôtres, xvm, 12, mentionnent expressément la magistrature proconsulaire de Gallion en Achaïe; ajoutons que son frère Sénèque parle de son séjour dans cette province (1), vraisemblablement pour y exercer une haute magistrature qui, dans une pro-

vince sénatoriale, était proconsulaire

;

Claude, d'ailleurs, n'avait à

le

nommer que comme
De
entre
cette restitution

proconsul
il

(2

.

résulte qu'on ne peut suppléer t6ts, « alors »,

J-7.t:ç et que « Claude ne donnait pas à Gallion le titre v.y.i et proconsul rétrospectivement... Le texte eût alors porté à la ligne de Or d'après la photographie v.r. -z-.i àvMitanoç. <> un mot tel que
:

que
qu'à

j'ai

sous les yeux
2-271
et
2,
,

(3),

l'intervalle entre les

deux fragments de

droite
la

iOOl) est presque exactement le

même

à la ligne 6

ligne
:


est

l'intervalle,

{xatYjp -y-z 2zz

de six

lettres. Gallion était
(i)
».

mesuré par une restitution certaine donc bien proconsul
la

en exercice au printemps de l'an 52 Il n'v a pas lieu de retracer ici

biographie de ce magistrat
encyclopédies bibliques.

qu'on trouvera dans

les dictionnaires et les

Pour comprendre les inscriptions précédentes, il suffit d'observer que par sa naissance, il s'appelait Anmeus Novatus; mais qu'ayant été adopté par le sénateur et rhéteur Junius Gallion, il porta le nom
Séwèque, Épitre 104. le consulat de Gallion nous n'avons aucune donnée précise. Pline, dissertant sur les avantages des voyages maritimes et les propriétés thérapeutiques du climat égyptien, fecisse post consulalum memi« sicut proxime Annteuiu Gallionem écrit cette phrase nimus ». Gallion n'est pas cite dans les fastes consulaires; mais assez souvent les con(1)
(2)

Sur

:

sules suffecti, à titre de remplaçants, ne sont pas mentionnés. Pline, Hist. nat.. XXXI. 33. Voiries notes du Corp. lnsc. lot., t. IV, suppl., lab. cer., p. 338-340: Prosopogra-

phia imperii romani,

t.

II,

p. 238.

Deux

inscriptions paraissent mentionner le consulat de Gallion. L'une est celle de Platée

qui a été reproduite ci-dessus
la restauration

longueur de

la

mais il est certain que le côté droit est mutilé, que de M. Deissmann lisant avôu au lieu de u correspond plus exactement à la première ligne. Une tablette enduite de cire, trouvée dans les ruines de Pompéi,
:
:

porte en caractères latins
.

.

u

.

.

o
[vi]

.

.

.

o L. Junio Gallione c[os]

k. [S]eple[mbr.]...

(3)

On peut

le

Corp. Inscr. lat.. t. IV, suppl., tab. cer., n° XLV,p. 337 et s. constater également sur la photographie publiée ici: elle est la même que
d'hist. et

M

.

(4)

Bahut a eue sous les yeux. E. Cn. Babot, dans la .fter.

de lût.

rcliij.,

1911, p. 141.

48

REVUE BIBLIQUE.
Junius Gallion ou L. Junius Anna?us Gallion (1). Par contre, son proserait du plus haut intérêt de déterminer les dates de
L.

de
il

consulat en Achaïe. A ce sujet, il est certain que l' Achaïe, après avoir été province impériale de l'an 15 après J.-C. jusqu'à l'an 44, gouvernée fut de nouveau à cette dernière date cédée au sénat et

par suite par des proconsuls

La durée de la charge de ces magisRépublique. Il trats était annuelle, sous l'Empire comme sous la même est bien vrai que parfois et pour des causes particulières, en 44-45, leur fonction se prolongeait pendant deux sous Claude ans (3). Mais c'était une exception et pour l'admettre dans un cas donné il faut la justifier par des preuves positives (4). Pour ce qui
(2).

proconsul Gallion, son état de santé fournit plutôt la preuve contraire. En effet, au rapport de son frère Sénèque, il contracta en Achaïe une fièvre qu'il attribuait au climat et dont il « illud mihi in ore n'était nullement disposé à subir les rigueurs

regarde

le

:

erat domini mei

Gallionis, qui

cum

in Achaia febrim habere coepisset,

protinus

navem ascendit clamitans non

corporis esse sed morbi lo:

atteint Sa santé semble, d'ailleurs, avoir été fragile d'une autre maladie qui était la phtisie ou une hémorragie pulmonaire, il fit plus tard, après son consulat, un voyage en Egypte pour trouver aux bords du Nil un air plus pur et plus sain (6). Dans

cum

»

(5).

on tiendra pour peu vraisemblable qu'il ait prolongé son séjour en Achaïe au delà d'une année, le temps nécessaire pour
ces conditions,

remplir sa magistrature.

donc un point certain que le proconsulat de Gallion n'a eu qu'une durée normale. Il reste encore une question grave à éluà quel moment a-t-il commencé? La date à laquelle les cider
C'est
:

gouverneurs sénatoriaux,

doute aussi les autres magistrats, avec les époques. L'an 25, Tibère devaient quitter Rome a varié avait fixé le départ au cours de la nouvelle lune de juin (7); Claude
et sans
Tacite, Ann., XVI, xvn; Pline, Hist. nat., XXXI, 33; Quint., Inst. or., Prosopographia imperii romani, I, 58 et s.; II, 237, 238.
III,
i,

21;

(1)

IX, ii,91. Cf.
(2)
îjp?E,

Dion Cassius
&tSo[A£va;

:

Tï]v ôà

'Axouccv xai

tyîv

àTtéSwxev ô K).auSto;

wi
t.
:

xài

MaxsSoviav aipeToïç âpxousiv, il o-j^cp 6 Tiëspioç x>.ripw, LX, xxiv, 1. Cf. Mispoulet, Les insxai
tivàç êûv

titutions politiques des
(3)

Romains,

II, p.

91, 107.
i7ti

Dion Cassius, XL, lx; XXV,
cit.,
t.

vi

xaixoi

o-jo

Èxr]

ccjtwv

âp-/eiv.

Ct.

Mispoulet, op.
(4)

II, p.
:

89, 91.
«

Ramsay

dit

justement

The

safe plan in

«eneral rule,

and refuse

to tiave recourse to
p. 469.

chronological reasoning is to follow the exceptions wilhout clear évidence in their

favour ». dans Expositor, mai 1909, CIV, 1. (5) Sénèque, Epît. mor.,
(6)
:

(7)

Pline, Hist. nal., x\\l, 33. Dion Cassius, LVII, xiv, 5 êx&Xsu<ré

aspurtv ivrà; ty^ç

xo-j

'Iouvîov vou^vi'a; àçop|ià<j6at.

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.
en l'an V2
le

40

(1) et en l'an 43, données que le proconsulat était pour ainsi dire à cheval sur deux années du calendrier, que l'entrée en fonction n'avait pas lieu partout à une date unique, qu'elle variait avec l'éloignement de la province et les difficultés du voyage. Aussi la phrase de Mommsen « L n terme normal parait avoir été fixé pour le changement des magistrats, probablement le premier juillet (3), doit-elle s'entendre, pour êlre exacte, des provinces très éloignées de Rome, comme la Bithynie et le Pont, la Cappadoce, l'Arménie, la Mésopotamie, la Bretagne. Gallion, parti de Rome avant le 13 avril, dut être en Achaïe à la fin du mois trois semaines suffisaient amplement pour faire le voyage de terre et de mer, aller de Rome à Pouzzoles, Naples, Reggio ou tout autre port de l'Italie méridionale, traverser l'Adriatique et aborder à Léchée ou Cenchrées, les deux ports de Corinthe. Enfin no serait-il pas possible de déterminer avec plus de précision si, au printemps de 52, au moment où Claude écrivit la lettre que nous possédons, le proconsulat annuel de Gallion touchait à son terme ou ne faisait que commencer? A cet égard, on peut faire une conjecture plausible, et presque démontrer qu'au moment où parut

le

plaça avant la nouvelle lime d'avril
(2), Il

avant

milieu d'avril

résulte de ces

T

:

>>

:

la lettre

de Claude, Gallion exerçait sa magistrature au moins depuis plusieurs semaines ou plutôt depuis quelques mois. Nous partons de
titre

non pas en raison de son de proconsul, mais en raison du rapport qu'il lui a fait parvenir au sujet de la ville de Delphes. La restitution de M. Deissmann xaOwç
ce fait que l'empereur mentionne Gallion
l~;zy.''jv>

YyJJJ.w ligne 5 et 6) est séduisante et peut-être trouve-t-elle
la

un confmnalur dans
[Y]sYpa[/,[jjt.lvG)v].

dernière ligne

du groupe B
il

:

[tôv] àv

xûtô

Si

cette supposition est fondée,

s'est

bien écoulé

plusieurs semaines, ou

mieux quelques mois entre

l'arrivée

du pro-

consul en Achaïe et l'arrivée de la lettre de Claude dans la ville de
il faut laisser à Gallion le temps de s'installer, de se mettre au courant des affaires de sa province et de la ville de Delphes, de rédiger et d'envoyer son rapport à Rome, comme il faut laisser à l'empereur le temps de faire parvenir sa réponse. C'est pourquoi,

Delphes

:

après avoir daté la lettre de Claude des premières semaines du prin-

(1)

Dion CASSIUS,

LX,

xi,

6

:

xoTsSstie

3s

-/.ai

txû£, toC;

ts

x/yipwtgù; âpyovîa;

jcpà

Tr,; io\j

'À7ïpt).îo-j vouf*.r,via;, iTtzirji\Tzzù

ln\ 7toKi èv t<Ô âatei
ô'

èvexpovtÇov, àçopjxâffOat.

(2)

Dion Cassius, LX, \\n,
TYJ;

3

:

irpb;

eu

xoïç âpyouci -ïoiç xXtipwtoïç,

PpaSfw;
29

Itt

"/.ai

xôte éx
(3) i.et.

7tdXsw; è£op<j.wfA£vo<.?, TtpoeÏTte itpiv (iï^oCv tôv 'A7tpî).iov àitaipeiv.
trad.
II,

Mommsen, Mon. des antiquités romaines,
Les institutions politiques des Romains,
t.

franc.,

t.

III,

p.

293,

i

;

Mispoi-

p. 89.

REVUE BIBLIQUE 1913.

— N.

S., T.

X.

4

50

REVUE BIBLIQUE.
52,

temps

on placera

le

proconsulat de Gallion de la
serait à plus forte
la

fin

d'avril 51
si

à la fin d'avril 52.

Cette date

raison fondée

Claude avait été acclamé empereur pour

26 e

fois

avant

le

mois de

mai

52.

Lignes 7-1%.

— Ces Hunes sont trop mutilées pour fournir une base

à une reconstitution probable. Je dirai seulement que si l'on supplée, d'ailleurs très hypothétiquement, ôpiqiiv, « délimitation», àla ligne 7,

rapproche ce mot de tcoXXwv ou a'/./.wv tcôXewv, et de la on pourra peut-être y voir une allusion aux dépendances du temps d'Apollon. La restitution et l'interprétation de ce passage très Groupe B. le précédent exigent une grande réserve. Tout au mutilé comme plus peut-on hasarder que -z-z'jz fait également allusion aux dépendances du temple, que Claude donne des ordres, èvTeXXôjjuzi, et mentionne un écrit antérieur relatif à ce sujet. Pour aller plus loin, ne faudrait-il pas être voyant ou fils de voyant?
et
si

l'on
4,

ligne

L'étude minutieuse que nous venons de faire de l'inscription de Delphes, nous a donc permis de placer le séjour de Gallion en Achaïe

sûrement du printemps 51 au printemps 53, probablement même entre la fin d'avril 51 et la fin d'avril 52. Nous ne pouvons nous arrêter à cette constatation, si importante soit-elle au point de vue historique. Nous devons maintenant utiliser cette donnée et montrer le profit que l'exégèse peut en tirer. D'abord le lecteur a remarqué qu'il y a là un témoignage nouveau, aussi précieux qu'inattendu, en faveur de l'historicité des Actes des Apôtres. Déjà l'épigraphie, « les découvertes modernes » avaient éclairé bien des points

de ce livre (1) et justifié le crédit que l'Église lui attribue avec raison. Nous savions même par les historiens anciens qu'au temps de Claude F Achaïe était redevenue une province sénatoriale, qu'à ce titre elle
avait à sa tête

un proconsul, et que Gallion avait séjourné en Achaïe, vraisemblablement pour y exercer une magistrature, mais il est intéressant de constater que l'épigraphie

vient à son

tour rendre

le

même
Il

témoignage.

de signaler ce point de vue, sans s'y arrêter longuement. Il faut montrer plutôt comment la chronologie de saint Paul trouve un nouveau point d'appui dans l'inscription de Delphes. On lit dans
suffit

les Actes des

Apôtres

:

«

Paul demeura (à Corinthe) une année et six

mois, y enseignant la parole de Dieu. Or Gallion étant proconsul de
'Il

Vigouroux, Nouveau Testament

et

découvertes modernes,

2

e

éd., p. 195-350.

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.
l'Àcbàïe, les
.Juifs

51

se soulevèrent

unanimement contre Paul
:

et le

con-

duisirent devant le tribunal, disant
servir Dieu d'une

Cet

homme

excite les gens à
allait

manière contraire à la Loi. Paul
:

ouvrir la

S'il s'agissait d'une injustice bouche, quand Gallion dit aux Juifs ou d'une mauvaise action, ô Juifs, je vous écouterais comme de rai-

son; mais
sur des

s'il

s'agit

noms

et votre loi, cela
il

d'une discussion sur une parole (ou une doctrine), vous regarde moi. je ne veux pas être
;

juge de ces choses. Et

renvoya du tribunal. Alors tous ayant saisi Sosthènes, le chef de la synagogue, ils le frappaient devant le tribunal, et Gallion ne s'en mit pas en peine. Paul resta encore assez longtemps à Corinthe (1)... » Les critiques les plus difficiles reconnaissent que ce synchronisme ne peut désormais être négligé par ceux qui s'occuperont d'établir la chronologie de l' Apôtre. « Il reste que l'auteur des Actes faisait coïncider le séjour de Paul à Corinthe avec le proconsulat de Gallion.
les

Même

pu l'imaginer

en supposant qu'il ait inventé la scène du jugement, aurait-il s'il n'avait trouvé dans quelqu'une de ses sources le
Gallion pour
»

nom de

à Corinthe (2)?

marquer l'époque précise du passage de Paul Le séjour de saint Paul à Corinthe coïncide donc en partie avec celui de Gallion et l'épisode que nous venons de lire a sa
(1)
2)

Act., xviii, 11-18.

A. Lmsi, Rev. d'ffist. et lift, relig., 1911, p. 144. Par contre, les doutes que M. Loisy soulève contre l'épisode lui-môme sont dénués de fondement; l'épisode n'est pas plus suspect que le synchronisme. « L'affaire de Gallion, dit-il, vient en surcharge et presque

en doublet du paragraphe précédent, Act.. xviu, 5-11, où le différend de Paul avec les Juifs a été autrement présenté ». Peut-être, en effet, l'épisode forme-t-il un doublet; l'indication chronologique du verset 11 qui paraît rompre cependant ce n'est pas certain
:

la

suite

du

récit,

peut résumer
Gallion

Corinthe. L'affaire de

la première période de l'activité missionnaire de Paul à inaugurerait une nouvelle période d'évangélisation plus

courte, xvin, 18, mais d'un caractère

différent. D'ailleurs, l'existence des doublets n'est

pas en opposition avec

la vérité

historique.

On remarque même
le

qu'ils sont ici la confir:

mation l'un de

« Sois sans crainte, personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal » or, le second nous montre la réalisation de cette promesse. En réalité, le premier épisode détaché du second serait une énigme. Cf. Act.. xi, 2(i, 27: xix, 8, 21, 23 et s.

l'autre.

Dans

le

premier,

Seigneur dit à Paul

parle..., car je suis

avec

toi et

;

M. Loisy ajoute « La mise en scène est des plus vagues. Les Juifs surgissent on ne d'où, ex machina, on peut le dire... Tout est flottant, sauf la réponse de Gallion, c'est-à-dire l'idée même de l'écrivain ». Non, la mise en scène n'est pas vague; les Juifs ne surgissent pas ex machina, ce sont ceux qui sont mentionnés au verset 6, ceux-là mêmes qui s'opposaient à Paul et l'injuriaient, ces Juifs que l'Apôtre a délaissés pour
:

sait

s'adresser
le

aux païens

et qui jaloux
il

de ses succès,
les

8,

essaient de le compromettre devant
la

proconsul. Quant au récit,

n'a pas

contours vagues de
:

légende;

il

est
les

plutôt

dessiné avec les lignes fermes, précises de l'histoire

nous connaissons l'accusé,
le

accu-

sateurs dont Sosthènes est le chef, la nature de la plainte,

juge qui

est le

proconsul

d'Achaïe. L'intrigue juive rappelle ce qui s'est passé déjà à Bérée, Thessalonique, Antio-

che de Pisidie...

52

REVUE BIBLIQUE.
(1)

place marquée de la fin d'avril 51 à la fin d'avril 53
la lin d'avril 51 à la fin d'avril 52.

ou plutôt de

On peut

arriver à plus de préci-

sion.

D'une part, en

effet,

d'après le témoignage exprès des Actes,
la fin

xviii, 11, 18, l'Apôtre était vers
cité; d'autre part,
il

de son séjour dans la grande
possible l'épisode de
entre cet incident

faut retarder autant que

Gallion pour ne
et le

pas laisser

un immense espace vide

début de la captivité qui n'est pas antérieure à 57-58. Nous sommes donc amenés à placer au cours de l'hiver ou du printemps 52 la comparution de saint Paul devant Gallion (2).
Protégé par la décision du proconsul, l'Apôtre continua son œuvre
d'évangélisation
«

assez

longtemps

»,

i^Apa: Êxavaç, xviii, 18, ce qui

peut s'entendre de plusieurs mois. Probablement au cours de l'été ou de l'automne de la même année, tandis que la navigation était encore favorable, il s'embarqua pour la Syrie et fit escale à Éphèse où il ne séjourna pas. Quelques jours ou du moins quelques semaines plus tard (3), il arrivait au port de Césarée et de là montait à Jérusa«

Le caractère tendancieux du
pouvait

récit

n'est guère contestable et les
la

propos que l'auteur
:

des Actes prête à Gallion ne sont pas mieux garantis que
«

parole d'Agrippa à Festus
».

On

acquitter cet homme-là,

s'il

n'eût fait appel à César

Act., xxvi, 32.

déclarations

d'innocence

n'appartiennent sans doute pas plus à l'histoire
».

Ces que celles de

Les magistrats romains, Gallion en particulier, sont, il est coreligionnaires. Est-ce donc étonnant? Ces magistrats, sceptiques et indifférents aux querelles de synagogue et pour ainsi dire de sacristie, ne devaient pas épouser facilement le fanatisme religieux des Juifs. La conduite de Gallion à Corinthe est conforme à ce que l'antiquité nous apprend de la droiture Nat. et de la noblesse de son caractère. Sén., De ira, initio; De vita beata, .initio « Solebam tibi dicere, Gallionem fratrem meum, quem nemo non quest., IV, pra'fatio parum amat, etiam qui amare plus non potest... nemo enim mortalium uni tam dulcis est, quam hic omnibus »; Stace, Silv., II, vu, 32. Ce n'est d'ailleurs pas de parti pris que l'auteur des Actes est favorable aux magistrats romains, puisqu'il nous montre les stratèges de Philippes faisant battre de verges et emprisonner S. Paul, Act., xvi, 22, et qu'il ne cache pas la bassesse d'àme de Félix et même de Porcius Festus, xxiv, 26, 27. (1) Tous les systèmes chronologiques plaçant l'arrivée de S. Paul à Corinthe avant 49 Fooard, S. Paul, ses missions, appenou après 51, sont donc erronés. A titre d'exemple dice, arrivée de Paul à Corinthe vers l'automne de 53; Cornely, Introductio specialis in sing. N. T. libros, 2 e éd., p. 343, arrivée de Paul à Corinthe en 52; A. Harnack, Die Chronologie, p. 717, 2 e voyage apostolique de 47(46) à 50(49) Th. Zahn, arrivée de Paul à
Pilate en faveur de Jésus
vrai, plus

favorables à S. Paul que ses anciens

;

:

:

:

Corinthe vers novembre 52, Einleit. in das N. T., 2 e éd., t. II, p. 645. (2) A Corinthe, S. Paul logeait chez Aquila et Priscille arrivés récemment

d'Italie,

car

Claude avait chassé tous place cet édit de Claude
25
janvier 50
»,
:

les Juifs

de Rome, Act.,

xviii, 1-2.

Or, Orose rapporte que Josèphe

«

la neuvième année de son règne qui court du 25 janvier 49 au Anno ejusdem nono, expulsos per Claudium Urbe Judfeos, Josephus
t.

refert

Hist., VII, vi, Migne,
Il

XXXI, 1075. Cette indication ne

se

lit

pas dans les textes

existants de Josèphe.

n'en est pas moins remarquable que la conclusion à laquelle nous

sommes
'3)

arrivés cadre bien avec cette note chronologique.

On

ne peut supputer avec précision la durée du trajet

:

elle

dépendait de

la

direc-

tion du vent, de l'état de la
taires

mer

et

de l'importance du

commerce que

faisaient les proprié-

du bateau.

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.

53

lem où

il

ne

fît

que passer
il

:

les Actes,

xvm,

22, notent

seulement

qu'il salua l'Église (1). Enfin

descendit à Antioche. C'était très pro-

bablement à la fin de l'été ou de l'automne 52. Ce point fermement fixé, nous pouvons tenter d'établir avec probabilité la chronologie de
saint Paul antérieurement et postérieurement à l'incident de Gallion.

On a remarqué

l'expression avec probabilité. Les données des Actes

étant ou trop vagues ou se réduisant à quelques chiffres pour une période de trente ans, on ne peut déterminer les détails avec certi-

que grâce à l'inscription de Delchances d'erreur sont pour toute la ligne chronologique limitées à une ou deux années.
tude. Ce qu'on peut affirmer, c'est
les

phes

[A suivre.)
Issy.

A. Brassac.

(1)

D'après un
le

certain

nombre de
Paul

textes (DHLP...,

Peshito, Philoxénienne,
la fête

plusieurs

Pères,
C'est

texte dit reçu), S.

allait célébrer à

Jérusalem

prochaine,

xvm,

21.

une donnée vague qui ne peut fournir une indication chronologique;
les

d'ailleurs, elle

manque dans

meilleurs textes (KABE, la Vulgate, les versions sahidique, copte, armé-

nienne, éthiopienne) et parait tirée des Actes, xx, 16.

MÉLANGES
i

AU BORD DU LAC DE TIBÉRIADE

(1)

Après avoir esquissé, dans la conférence de l'an passé, en un aperçu rapide la flore et la faune du bord du lac de Tibériade, il me reste à dire quelques mots sur la population qui y séjourne, population si bariolée que les principales races et religions de l'Empire Ottoman paraissent presque s'y être donné rendez-vous. Chrétiens de toutes
les dénominations, Juifs

de tous

les

pays, Musulmans de différentes

observances, Arabes, Turcs, Circassiens, Persans y sont représentés

en plus ou moins grand nombre. Et déjà aux temps évangéliques il la création d'Hérode Antipas, n'en fut pas autrement Tibériade. qui en avait fait sa résidence de prédilection et lui avait donné son
:

nom

qu'étaiten l'honneur de son bienfaiteur l'empereur Tibère, qu'un ramassis de tous les éléments possibles, puisque ce autre chose Hérode, pour la peupler, dut y amener de force des habitants et sut y attirer, par les grands privilèges qu'il accorda à la nouvelle
cité, des aventuriers de toute espèce? A côté de cette ville au cachet romain, nous remarquons les cités libres helléniques de Gadara, d'Hippos et peut-être de Gérasa; non loin d'elles les villes exclusivement juives de Tarichée et de Gamala, toutes deux destinées à devenir un peu plus tard, dans l'insurrection des Juifs contre les Ro-

mains,

le théâtre de cruelles et sanglantes tragédies, tandis qu'au nord du lac nous voyons surgir des centres juifs tellement vigoureux que c'est d'un de ces centres, de Giscala, el-Djich d'aujourd'hui, que fut jeté, par Jean Lévy, le brandon de la révolte contre les Ro-

mains, révolte qui

finit

par la prise de Jérusalem

et la destruction

du

Temple. Pendant de longues années encore le cliquetis des armes se mêla aux cris de triomphe des vainqueurs et aux clameurs lugubres des vaincus. Mais le calme se rétablit enfin et nous sommes étonnés de
(1)

Conférence prononcée dans

la

grande

salle

de l'École biblique,

le 31 janvier.

MELANGES.
voir cette

55

même

Tibériade, abhorrée jadis

par

les Juifs

orthodoxes

à cause de sa population semi-païenne

et des

nombreux tombeaux

sur lesquels elle avait été bâtie, devenir, comme par une ironie du destin, un des centres intellectuels du monde juif, le siège, du sanhédrin et la haute école des études talmudiques. C'est probablement aussi vers ce temps que furent bâties, au nord du lac, ces nombreuses

svnagogues, dont nous admirons encore aujourd'hui les splendides débris. Depuis lors, les Juifs n'ont jamais abandonné complètement Tibériade, qui était devenue une de leurs villes saintes. Opprimés, chassés à mainte reprise, nous les voyons invariablement, avec toute
la ténacité religieuse de leur race, retourner

aux tombeaux de leurs
ils

grands maîtres talmudiques, dont aujourd'hui encore
oublié le
Il

n'ont pas

site.

ne sera peut-être pas sans intérêt pour mes auditeurs de m'accompagner dans une visite à cette nécropole juive en si haute vénération chez les orthodoxes qu'ils viennent de toutes les parties de l'Europe et de l'Asie pour y déposer le tribut de leur vénération. Nous nous ferons escorter par un bon vieux rabbin des Séphardim, au courant de toutes les traditions et légendes se rapportant à ceux

que recouvrent ces tombes séculaires.

En sortant par la porte occidentale de la ville nous rencontrons, non loin de l'ancien château fort et à droite de la route qui conduit à Hattin, un groupe de tombeaux appelé par les juifs de Tibériade
«

la nouvelle Kortéchiké »

(probablement de l'espagnol cortc chico,

nous l'explique notre guide). Un petit mur « petite cour », entoure une série de tombeaux dont les intervalles sont grossièrement dallés. Ils sont au nombre de six, dont le mieux conservé est celui de Rambam, Rabbi Moché bar.Maimon, ou, comme nous l'appe-

comme

l'aigle de la synagogue, comme le nomment les Cependant, à cause de son livre Muré nebouchbn « la voie des Juifs. égarés », il fut mis au ban de l'excommunication et mourut au Caire en 1204. « De Moïse à Moïse il ne surgit jamais d'homme plus sage que Moïse (bar Maimon) », disent de lui les Juifs. Le tombeau à côté est celui de son père, Maimon. Un troisième tombeau renferme la

lons, Maimonides.

du Nasi, Rabbi Juda, duquel on raconte que, étant admis en audience près de l'empereur Dioclétien, il fit dire un jour à celui-ci de prendre un bain avant l'audience, afin que le Rabbi ne un infidèle. Notre soit pas contaminé par le contact d'un goï guide nous indique aussi le tombeau du Rabbi Chilo, venu, il y a trois cents ans, de la Pologne à Tibériade où il édifia les Juifs par sa piété et sa sagesse. Un dernier tombeau renferme les cendres
dépouille mortelle

56

REVUE BIBLIQUE.
les Juifs

du Rab Ami Rab Achi, pour
Il

une seule

et

même

personne.

aurait fondé treize écoles talmudiques à Tibériade.

Un peu
«

plus loin, sur la pente de la montagne, nous tombons sur
»,

où seraient ensevelis les Rabbis Rareina et Hananéel, tous les deux disciples du Rab, talmudiste distingué sous l'empereur Antonin le Pieux. Le Talmud dit que cet empereur avait été instruit dans la religion juive par le Rab lui-même et que
l'ancienne Kortéchiké

pour se faciliter l'accès auprès de son maître il avait fait creuser un tunnel de Séphoris à Tibériade. Pour rendre la cbose plus plausible, un soi-disant savant de Tibériade prétend avec beaucoup de désinvolture que le khirbet Roammeh, au nord de Séphoris, n'était rien autre que Rome, « où Antonin vivait ». A quelques minutes plus haut, près de la route qui conduit à Nazareth, divers pans de mur indiquent le tombeau de Rabbi Aqiba.

On raconte que dans ses pérégrinations, il emportait toujours avec lui un coq qui, annonçant par son chant l'aurore, indiquait au pieux Rabbi l'heure exacte pour faire ses prières du matin. Un beau jour un chat sauvage dévora son réveil-matin. Le Rabbi était désolé et
tant son dicton favori

de le consoler en lui répézon letôba, cela aussi est pour le bien ». On le vit en effet. Les longues recherches pour retrouver le coq ne leur avaient plus permis de gagner leur gite pour la nuit et ils du-

quelques-uns de

ses disciples essayèrent
:

«

Gam

rent camper clans la forêt. Le lendemain, arrivant devant la maison qui aurait dû les héberger durant la nuit, ils la trouvèrent pillée et
ses habitants assassinés

par des voleurs qui y avaient passé. Le Rabbi gam zou letôba. donc échappé belle guide, la femme du Rabbi Aqiba serait enterrée dans D'après notre la petite mosquée, appelée par les musulmans Sitt Iskéné. Là se trouverait aussi le tombeau de Nabal, mari d'Abigaïl, dont l'histoire
et ses disciples l'avaient

nous

racontée au livre des Rois (I Reg. xv). mausolée le plus vénéré à Tibériade est celui qui est renfermé dans la vaste construction que nous rencontrons à quelques pas au sud des bains thermaux. Il a été restauré par les contribuest

Mais

le

tions des Juifs

encore aujourd'hui tenu en bon Khassidim, membres d'une secte état surtout par les aumônes des cabbalistique et piétiste dont les adeptes se recrutent surtout parmi le Juifs de la Galicie, de la Podolie et de la Rukowine. Ce mausolée

du monde entier

et est

contient les restes
«

du Rabbi Méïr que

les Juifs appellent aussi

Baalhan

maître des miracles ». Il serait issu d'une famille de prosélynés, tes et serait même, selon quelques-uns, le petit-fils de Néron. Il était le disciple de prédilection du Rabbi Aqiba et demeure surtout célèbre

MÉLANGES.

57

par ses paraboles. On dit qu'il en a composé jusqu'à trois cents. Une de ces paraboles a quelques ressemblances avec celle que nous lisons dans saint Matthieu, au vingtième chapitre, où il est parlé des ouvriers que le maître envoie dans sa vigne à différentes heures de la
journée
et

auxquels
:

il

paie le soir

le

même

salaire. Voici ce

que
les

dit

uns était des Nazaréens, c'est-à-dire des hommes qui avaient fait vœu de s'abstenir des boissons enivrantes, et les autres des buveurs de vin. En leur payant le salaire, il donna aux buveurs de vin le double de ce qui était convenu. Sur cela les Nazaréens se plaignirent, di« Seigneur, n'avons-nous pas tous fait le même travail? Poursant
:

Rabbi Méïr

Un

roi

envoya dans sa vigne des gardiens, dont

quoi donnes-tu donc
:

à

ceux-là deux

fois

plus qu'à nous autres

?

»

Le roileur répondit « Ceux -là boivent du vin, et c'est pour cela qu'ils reçoivent le double du salaire convenu. » Le Rabbi oublia de donner
l'application de sa parabole.

La sagesse du Rabbi Méïr
temporains, qu'on disait de

était
lui
:

en
«

si

haute estime auprès de ses conle

Quand

Rabbi Méïr enseigne,

c'est

comme

s'il

déracinait des montagnes, qui seraient jetées les unes contre

les autres. » Et

encore

:

«

Celui qui désire obtenir la science et la sa-

gesse, n'a qu'à toucher le bâton

du Rabbi

Méïr.

»

L'épouse du Rabbi Méïr, Rérouria, fille du Rabbi Khanina ben Téradion, jouissait d'une grande réputation dans le monde savant juif à

cause de la sagacité et de l'élévation de son esprit.

Un jour, quand son
:

mari rentra à
«

la

maison,

elle l'accueillit à la porte

avec cette demande

Qu'en penses-tu? Est-on obligé de restituer au propriétaire un bien qu'il nous a confié? » Le Rabbi, étonné de cette question, soupçonna un mystère. Elle le prit alors par la main et le conduisit dans l'appar-

tement où gisaient
la

les

corps inanimés de leurs deux enfants, morts à

même

heure, et lorsque le Rabbi
lui dit
:

commença
les
!

à se lamenter et à déa confiés,

il nous les a. que le nom de l'Éternel soit béni » Lorsqu'un jour le Rabbi José ha-Galily demanda àBérouria « Quel chemin faut-il prendre pour se rendre de Tibériade à Lydda? » elle lui répondit « Galiléen, ne connais-tu pas la maxime des sages, qu'il ne faut pas user de beaucoup de paroles avec une femme? Tu aurais dû demander tout bref « Par où va-t-on à Lydda? » Apparemment la maxime des sages ne s'appliquait point aux discours des femmes, car elle eût pu répondre sans discourir. Une autre fois le Rabbi voulut éprouver la fidélité de son épouse, et à cet effet il chargea secrètement un de ses disciples de se ménager un tête-à-tète avec Rérouria. Celle-ci se rendit au rendez-vous, mais y

chirer ses habits, elle
repris,

«

Dieu nous

:

:

:

58

REVUE BIBLIQUE.

trouva son mari, et se donna la mort. Le pauvre Rabbi fut d'abord au désespoir. Il quitta Tibériade et se rendit à Babylone, d'où il revint

une autre épouse. Le 12 lyâr de l'année juive on célèbre à Tibériade l'anniversaire de la mort du Rabbi Méïr. C'est une grande fête et les pèlerins juifs y arrivent en foules nombreuses non seulement de la Palestine et de la Syrie, mais aussi de l'Egypte et même des contrées lointaines du Yémen,
bientôt avec

du Kurdistan et de la Bokhara. Le clou de la fête est la Chaaleh, « le flambeau », ou « l'illumination », et c'est de là que toute la fête a pris son nom. Dès l'après-midi du jour de fête, des troupes nombreuses de Juifs indigènes et étrangers se rendent au tombeau du Rabbi Méïr et s'y livrent à toute sorte de divertissements. A la nuit tombante les Sé-

phardim se réunissent dans la cour qui leur appartient et de laquelle on entre au mausolée du Rabbi. Un danseur attire bientôt l'attention de l'entourage. On se groupe autour de lui et, tout en faisant les contorsions les plus grotesques, il chante les louanges du Rabbi Méïr. Les assistants répondent par une espèce de refrain, en élevant et en rabaissant le bras droit, en battant des mains et en se frappant les cuisses. Dans la cour supérieure, où sont réunis les Achkénazim, qui eux aussi prétendent être en possession du vrai tombeau du Rabbi Méïr, résonnent les violons, les clarinettes et les tambours et là aussi des danseurs montrent leur prouesse aux spectateurs. La scène devient
de plus en plus bruyante, les rondes d'eau-de-vie se répètent à de plus courts intervalles et çà et là des individus titubants accusent des libations trop fortes et trop fréquentes. Au milieu de ce tumulte nous
ils préparent le sacrifice remarquons quelques hommes affairés qu'on va offrir en l'honneur du Rabbi Méïr. On apporte des étoupes,
:

de vieux habits, des chiffons et'd'autres matières inflammables qu'on dépose dans une cavité, pratiquée dans une espèce d'autel au fond de
la cour, et l'on

imbibe

le
:

tout de fortes quantités d'huile. Lue voix
aussitôt les danses cessent et l'on se

stridente se fait entendre

autour de
mettre

l'autel. C'est

un
;

crieur qui

groupe vend aux enchères l'honneur de

le feu

au bûcher
n'est

il

paraîtrait qu'on trouve enchérisseur jus-

qu'à mille francs et

même plus. Les mauvaises langues prétendent pas seul en jeu, car les pèlerins jettent dans le feu toute sorte d'objets précieux, des bagues et des boucles d'oreilles en or et en argent, des tissus en fil des mêmes métaux; quand le bûcher s'est éteint, ces précieux résidus sont le petit bénéfice de l'afque l'honneur
fermataire. Aussi, pour ne pas courir de trop grands risques, l'amacar d'ordinaire il se forme un consorteur ou plutôt les amateurs

MELANGES.
ti

59

aimablement au-devant des pèlerins étrangers pour sonder leurs intentions plus ou moins généreuses, et surtout pour jeter un regard sur les joyaux des femmes, puisque ce sont elles qui, à la suite d'un vœu ou par un acte spontané de générosité, se dépouilleront de quelque pièce de leur parure. Une fois fixés sur ces points, offrir et l'on dit ils se mettent d'accord sur le montant de la somme à dans leur expertise. qu'ils se trompent rarement Huit jours plus tard, la même cérémonie se répète, mais dans des proportions plus grandes, à Meiroun, petit village situé à une heure à l'ouest de Safed, au tombeau du fameux Rabbi Simon ben Iokhaï,

um

vont

du Rabbi Aqiba et, d'après la légende des Juifs, auteur d'un de leurs plus fameux livres cabbalisiiques, leZohàr. Le soir de la fête, de nombreuses lampes sont allumées autour du mausolée, entre autres une lampe énorme qui contiendrait jusqu'à cent litres d'huile, on lit des extraits du Zohàr et les réjouissances se prolongent bien avant
disciple

dans

la

nuit;

elles finissent ordinairement par des orgies, qu'il est

plus sage de couvrir d'un voile. Kl, puisque nous sommes près de Safed, disons en passant un mot

de quelques coutumes de ses habitants juifs, coutumes qui, pour autant que je sache, ne se trouvent pas ou ne se trouvent plus dans d'autres centres juifs de la Palestine et probablement vont disparaître aussi bientôt à Safed. Les voici. Quelques heures avant l'aurore, des
« Levezcrieurs traversent les rues des quartiers juifs en chantant servir l'Éternel. Pourquoi les serviteurs de l'Eternel s avous pour
:

donnent-ils au sommeil? Craignez l'Éternel qui demeure dans les cieux » Les Achkénazim. avaient et ont peut-être encore maintenant
!

dans leurs nombreuses synagogues, l'habitude d'exprimer par des gestes extérieurs les idées contenues dans les versets des psaumes. « Louez le SeiAinsi quand, par exemple, le rabbin récitait le verset trompettes », l'assistance imitait ces sons en mettant gneur au son des de le poing fermé contre les lèvres. Le psaume parlait-il de la colère
:

Dieu, comparable à l'ouragan, toute l'assemblée trépignait des pieds
et

poussait des hurlements pour exprimer

le

grondement du tonnerre

et l'impétuosité

du vent. Quand le psaume racontait les persécutions on exprimait sa compassion par des plaintes et des gémissements, et ainsi de suite. Si nous prenions 1 expression « au bord du lac » dans son sens étroit, tout serait bien vite dit au sujet des habitants qui vivent sur ses rivages. Mais si nous élargissons cette expression en y comprenant les habitants des trois districts gouvernementaux qui par une de leurs limites touchent au lac et qui par là ont avec lui des rapports plus ou

du

juste,

60

REVUE BIBLIQUE.
directs, l'horizon s'élargît et

une population très variée se prénous avons le qadâ de Tibériade, au nord celui de Safed, tous les deux dépendant du Liwâ de Saint-Jean d'Acre et du vilayet de Beyrouth. A Test, c'est le qadà de Qounétra qui est sous la juridiction du Liwâ du Hauràn, dont le siège est à Sahem el-Djôldn, et qui dépend du vilayet de Damas. Les lieux habités au bord du lac sont, en dehors de Tibériade, les deux villages de Medjdel et de Samah. Le premier est situé sur le
moins
sente.

A

l'ouest

du

lac,

en

effet,

rivage occidental, à mi-chemin entre Tibériade et la plage septen-

du lac, a aujourd'hui une station du chemin de fer de Haifà à Damas. La population actuelle de ces deux villages n'a point des origines aussi anciennes sur les rives du lac, que les habitants juifs de Tibériade. Elle y est arrivée à une date assez récente. Medjdel est occupée en grande partie par des Égyptiens qui y sont venus probablement lors de l'invasion d'Ibrahim Pacha. Le type des habitants, celui de femmes surtout, rappelle beautrionale; le second, à la pointe sud

coup celui des paysans d'Egypte et les noms des différents clans appuient cette opinion. Nous y trouvons la famille des Fayoumi (du Fayoum), des Assiouti (d'as-Siout), des Masri (Égyptiens) et d'autres encore. Les misérables taudis qu'ils habitent ne se distinguent que fort peu des sordides habitations des paysans égyptiens. Mais comme
ceux-ci,
ils

sont d'infatigables travailleurs et d'intelligents agricul-

eux qui ont défriché petit à petit un grand tiers de la plaine de Génézar et il faut connaître par expérience ce que c'est que le défrichement des terres au bord du lac, pour estimer cette somme de travail patient et assidu, dépensée dans la lutte continuelle avec une végétation sauvage mais exubérante comme celle des tropiques. Ces vaillants pionniers auraient mérité un meilleur avenir, mais ils ont éprouvé le sort funeste de tous les propriétaires de terrains au
teurs. Ce sont

bord du
de

lac.

Les épizooties fréquentes qui leur enlevaient leurs bètes
suite, le

trait et,

par

manque de bonnes

récoltes les ont jetés
Ils

peu

à peu entre les mains d'usuriers sans conscience et sans pitié.

durent
qu'ils

mettre leurs immenses terrains en gage contre des
n'avaient jamais reçues entièrement, ou dont
ils

sommes

n'avaient

même

touché qu'une faible partie.

Ils

devinrent ainsi des métayers sur leurs
si

propres terrains, trop heureux

chaque année,

à la fin des comptes,

leurs bourreaux impitoyables leur laissaient assez pour vivre avec

leurs familles et pour s'acheter les vêtements les plus indispensables.
le capital, Le dénouement fatal fut ce qu'il est partout ailleurs augmenté par des intérêts exorbitants, avait plus que décuplé, les usuriers pressaient, et force était aux malheureux paysans de leur
:

MÉLANGES.

01

céder les terres, et d'en opérer le transfert légal auprès du gouvernement, où siégeaient ordinairement les aides et complices de ces
écorcheurs.

y a huit ans à peu près, un consortium de catholiques allemands acheta ces terrains de seconde main pour la somme de 100.000 francs,
Il

dans le but d'y fonder une colonie. Plusieurs colons s'y étaient déjà fixés et avaient même bâti des maisons, quand tout d'un coup la société fut dissoute pour des raisons qu'il ne m'appartient pas d'indiquer et l'agent qui avait
fait l'acquisition

reçut l'ordre de revendre

la propriété au prix d'achat. Un membre du comité s'était abouché avec les Trappistes allemands de Bangalouka en Bosnie, assez dési-

reux de venir se fixer en Palestine. Deux

membres du monastère

furent envoyés sur les lieux. Mais ils arrivèrent trop tard; car pendant leur voyage les terrains avaient été vendus à une société juive, qui a l'intention d'y planter le coton en grand. D'après ce que j'apprends,

d'imposants travaux d'irrigation sont en train et une fabrique de dalles de ciment, qui trouve les matières premières sur place et de qualité supérieure, fonctionne déjà et expédie ses produits jusqu'en
Syrie.

Samah, à la pointe sud du lac, est occupée seulement depuis une cinquantaine d'années par des émigrants algériens, qui y sont venus au nombre d'une vingtaine de familles, auxquelles se sont jointes petit à petit une dizaine de familles arabes indigènes.

Samah, comme
pour
la

station terminus

pour tous

les riverains
si

du

lac et

Haute-Galilée, pourrait avoir de l'avenir,

l'administration

des domaines privés de l'ex-sultan
l'autre des concessions

Abd el-Hamîd donnait un jour ou
mis

pour

bâtir. .Mais cet avenir risqua d'être

en péril quand ne pouvant obtenir la permission de bâtir un hôtel près de la gare, loua une maison arabe, sur le toit de laquelle il construisit une bara-

la nouvelle ligne fut ouverte.

Un Grec

entreprenant,

que en bois. Au rez-de-chaussée, il installa le restaurant; l'étage fut arrangé en chambre à coucher, et le tout décoré de la pompeuse enseigne « Hôtel du Belvédère ». Au-dessus de la porte d'entrée du « Mangé froid et chaud », mangé au participe restaurant on lisait passé! ce français elliptique eût pu donner le frisson aux voyageurs qui auraient entendu parler du lac des anthropophages. Heureuse:
:

ment, quehques semaines plus tard, l'équivoque enseigne avait été enlevée; l'honneur de Samah était sauf. Sur la rive orientale du lac, la secte persane des Bàbistes a acheté
des terrains assez étendus qu'elle cultive en régie propre, n'ayant pu

obtenir d'y fonder une colonie,

comme

elle

en avait l'intention. Cette

62

REVUE BIBLIQUE.
bannie de
la Perse à cause

secte,

la

Chia, religion officielle
;

Constantinople

mais

le

de ses idées religieuses contraires à s'était d'abord réfugiée à sultan Abd el-Hamîd, craignant des compli-

du royaume,

cations avec la Perse et peut-être aussi des troubles religieux, leur donna l'ordre de quitter sa capitale et de se rendre à Saint-Jean d'Acre,

ils

furent internés et mis sous la surveillance

la place

comme des criminels politiques. C'est dateur de la secte, Béhâ ed-Din. La maison mortuaire est encore aujourd'hui en si grande vénération auprès de ses adeptes, qu'ils ne
passent jamais devant elle sans croiser les bras sur la poitrine et ils se tiennent face à elle, jusqu'à ce qu'ils aient atteint le coin de la rue.

du commandant de là que mourut le fon-

Dans

les dernières

années, la surveillance ayant été
sortir se fixera Haifà.

un peu
et

relâ-

chée, les Bàbistes
sieurs d'entre

commencèrent à

de Saint-Jean d'Acre

plului-

eux vinrent

Leur chef religieux

même, Abbas
Mont-Carmel,

Effendi, s'était fait bâtir

un

petit palais sur la pente

du

où de nombreuses personnes venaient lui présenter Mais comme il eut beaucoup de visiteurs et de visitatrices leur respect. venus d'outre-mer, surtout des États-Unis, et qui y passaient des mois entiers, le Gouvernement en prit ombrage et des ordres sévères arrivèrent de Constantinople intimant au chef et à ses adeptes de
rentrer à Saint-Jean d'Acre, sous peine d'être expulsés de l'Empire

Ottoman.
Les croyances religieuses de cette secte sont un mélange d'idées chrétiennes mal comprises et de doctrines bouddhistes et parsies. Béhâ ed-Dîn est le kalimat, « le verbe » il est le bdb, « la porte » par
;

laquelle

il

faut entrer,
», il est
il

il est,

comme
;

le dit
il

son

nom,

«

la

splendeur
de
la divi-

de

la

religion

la lumière

bref,

est l'incarnation

nité à laquelle

faut rendre des honneurs divins.

Comme

toutes les utopies religieuses, celle des Bàbistes a acquis

des adeptes aux États-Unis. Je viens de lire dans un journal américain que la police a dissous une secte religieuse qui s'était donné le nom

de Mazdaznan ou
étaient des

«

adorateurs du soleil
la

».

Les

membres de

la secte

femmes de

haute société sous

la direction

d'une mistress

Lindsey, veuve d'un entrepreneur de constructions et multimillionnaire. Elles adoraient le Dieu-Soleil en la personne d'un petit

bon-

de de douze ans qu'elles appelaient du nom « Zar Adush Hanish » et qui était le fils de la présidente. Quand la police, sur la sollicitation de l'oncle paternel du petit dieu, entra

homme

fantastique

dans

temple improvisé, elle y trouva une vingtaine de dames affublées de costumes orientaux et exécutant une danse grotesque autour de leur Dieu-Soleil, logé dans un fauteuil doré et revêtu d'hale

MÉLANGES.
bits étincelants d'or et

63

de pierres précieuses. La police mit fin à la cérémonie, empoigna le petit homme et le plaça sous la tutelle de son oncle. A la plage septentrionale du lac nous rencontrons deux établisse-

ments européens à Telhoum, l'ancienne Capharnaûm, etkTdbgha, le Heptapegan des anciens pèlerins. Les ruines de Telhoum, avec les immenses terrains qui les entourent, furent acquises en 1890 par la
:

Custodie de Terre Sainte, qui céda,

il

y a quatre ans, les terrains ara-

Ides à la société de colonisation italienne et se réserva seulement les

ruines avec les terrains adjacents. Malheureusement la guerre qui
vient d'éclater a enrayé, espérons d'une manière passagère seulement,
le

vigoureux élan de

la colonie naissante.

pour voisin à l'ouest l'hospice catholique allemand, bâti en 1891 par la « Société de la Palestine pour les catholiques allemands » (Palâstina-Verein der Katholiken Deutschlands). Cette société, qui avait presque les mêmes buts que son ainée, la Société du Saint-Sépulcre de Cologne-sur-Rhin, s'est fusionnée plus tard avec celle-ci pour ne former qu'une seule sous le nom de « Société allemande pour la Terre Sainte » [deutscher Vereinvomhh Lande) (1). Les vastes terrains achetés par la nouvelle société, dans le but d'y fonder un village modèle de chrétiens indigènes, sont pour le moment
La colonie italienne a
exploités par la société elle-même, sous la haute surveillance des PP. Lazaristes allemands, qui y dirigent en même temps une douzaine d'écoles de filles et de garçons établies dans les villages grecs-catho-

liques des environs et de la Haute-Galilée. Le petit hospice offre une

franche et cordiale hospitalité à tous
distinction de nationalité

les

voyageurs

et pèlerins sans

ou de

relis-ion.

A une dizaine de kilomètres au nord du lac, nous rencontrons un groupe de colonies juives, qui, avec beaucoup d'autres disséminées
en Palestine, doivent leur origine à la généreuse philanthropie du baron Edmond de Rothschild. Il y voulut créer des lieux de refuge

pour ses coreligionaires expulsés de la Russie et des pays du Ralkan et en même temps les amener à se livrer à l'agriculture, et à se créer ainsi une existence aisée et assurée. Mais le malheureux choix de l'élément colonisateur, hommes qui pour la majeure partie avaient, en se retirant en Palestine, rêvé tout autre chose que le dur travail des champs et des usines, et sans doute aussi une administration qui, ne connaissant ni le pays ni ses besoins et ses ressources, marchait tou(1)

naûm de
il

Je tiens à redresser, à cette occasion, une erreur que je trouve dans l'article sur CapharBr Le Camus, dans le Dictionnaire biblique de M. l'abbé Vigouroux, clans lequel

M

est dit

que Tàbgha appartient à une société autrichienne.

04

REVUE BIBLIQUE.

jours à tâtons, tout cela avait à la fin tellement rebuté le généreux représenbaron, qu'il se décida à remettre toutes ses colonies
tant une valeur réelle de 23 millions de francs

— entre

les

mains d'une

nouvelle société juive qui venait de se constituer avec la splendide
succession

du baron Hirscb et sous les auspices des Sionistes. A sa magnifique donation il ajouta encore 2 millions de francs pour frais d'exploitation et se réserva seulement voix délibérative au conseil

d'administration. Depuis ce temps les colonies ont pris une autre tour-

nure. Les rouages de l'administration ont été de beaucoup simplifiés et l'on n'y rencontre plus cette foule de surveillants presque aussi

nombreux que
fortunes, et
vailler

les ouvriers

à surveiller, ni ces énormes frais pour

voyages d'inspection,

— the

frais qui à

eux seuls constituaient déjà de petites

last

not ihe least

les colons sont obligés

de tra-

eux-mêmes

leurs terrains, sans qu'il leur soit permis de faire

exécuter ces travaux par des ouvriers à gages.

Dans les districts de Tibériade et de Safed et même jusqu'à SaintJean d'Acre, nous rencontrons, parmi la population musulmane, une

du siècle passé, a fait grand bruit dans la Syrie tout entière. Un Algérien, nommé Cheikh Aly el-Moghreby, ou simplement Cheikh el-Moghreby, s'était mis en tête de fonder une nouvelle secte politico-religieuse dans un but qu'on n'a jamais pu savoir. Dans des conventicules qu'il tenait de tous côtés, il enseigna les grands mystères de la religion chrétienne, la Sainte Trinité, l'Incarnation, la Maternité de la Sainte Vierge, la Passion de Notre-Seigneur; il accepta la nécessité des souffrances pour
secte assez intéressante, qui, vers l'an soixante

prochain et la bienfaisance fondamentaux. Il affecta une étaient ordonnées comme principes grande estime pour nos Livres Sacrés, dont il recommanda la lecture à ses adeptes, tout en conservant le Coran qu'il s'ingénia à expliquer d'une manière chrétienne. Selon lui, la pratique extérieure de sa
arriver

an

salut;

la charité

envers

le

nouvelle doctrine n'était pas nécessaire et

il

permit à ses sectateurs

de suivre tous les préceptes de l'Islam en cas de nécessité. Bientôt ses
adeptes se comptèrent par milliers, surtout à Damas et dans les environs et même jusque parmi les tribus nomades du désert. La nouvelle
doctrine se répandit à tel point que
le

gouvernement

se crut obligé

d'enrayer
litaine

le

mouvement en punissant sévèrement

les

principaux
la Tripo-

propagateurs, qui furent mis en prison et
1).

même

exilés

dans

Par suite de ces vexations,

le

mouvement

parait avoir perdu petit

(1)

Voiries articles parus à ce sujet dans Das heilige Land, XVJ, 1872, n°

1,

p.

13 ss.

MELANGES.
à petit son caractère politique;
affectèrent de se
il

60

se réduisit à des

opinions

reli-

gieuses d'autant plus inoffensives aux yeux de l'État que les adeptes

montrer fervents musulmans et excellents patriotes. De nos jours ils ne font plus mystère de leurs opinions et prennent ouvertement leur ancien nom de Khadlyeh, d'après un Algérien appelé Khadl, qui aurait été un des plus fervents propagateurs de leur tarîqah, leur observance. On a remarqué le grand nombre de

femmes

qui, dès le

commencement, ont accepté

la

nouvelle tarîqah,

probablement parce qu'elle leur accorda de plus grandes libertés et ne les condamna plus à l'existence indigne dans laquelle elles croupissaient. Il parait que maintenant les idées chrétiennes ont été complètement éliminées du système et qu'il n'en reste plus qu'un certain respect qu'ils s'empressent de témoigner aux représentants de notre religion. Entre eux ils pratiquent la charité à un haut degré et s'entr'aident dans leurs nécessités même au prix de sacrifices personnels. Ils s'appellent frères et sœurs et se réunissent souvent dans des agapes fraternelles, où les femmes initiées paraissent aussi et la face découverte.

Leur fondateur, Cheikh el-Moghreby, est mort,

il

y a une ving-

taine d'années, à Saint-Jean d'Acre, où ses adeptes lui ont érigé

un

splendide mausolée dans sa propre maison, qui a reçu le nom de ez-zaouieh. A l'heure qu'il est, la dignité de chef religieux des Khadlyeh est entre les mains d'une jeune fille de la lignée du Cheikh

el-Moghreby, qu'on entoure d'un vrai culte,
j'ai

et, il

y a

six

ou sept ans,
la

pu observer moi-même que

les

hommes Khadlyeh

portaient

sur leurs bras, de peur que ses pieds ne se heurtent contre quelque
caillou sur la plage.

Nous aurions encore à passer en revue la population des villages que nous rencontrons à une certaine distance du bord du lac, surtout à l'ouest et au nord-ouest, population très variée au point de vue de la religion, puisqu'elle se compose de chrétiens grecs-catholiques et orthodoxes, de maronites, de musulmans, de druses et de métoualis. Mais le temps fixé pour cette conférence ne permet pas cette divagation; du reste les encyclopédies fournissent à ce sujet tous les éclaircissements nécessaires. Relevons seulement en passant quelques détails qui aideront peut-être à mieux expliquer certains événements et passages de nos Saints Évangiles. Le voyageur qui connaît les villages dans la Judée est agréablement surpiis, à son arrivée en Galilée, de rencontrer une plus grande propreté, tantautour qu'à l'intérieur des habitations; mais ce qui
le

frappe

surtout, c'est de rencontrer dans les maisons,
KEVUE BIBLIQUE 1913.

au

lieu de voûtes
5

som-

— N.

S.,

T.

X.

(3

g

REVUE BIBLIQUE.

bres et écrasantes, un tout autre genre de construction qui permet de mieux éclairées. faire les habitations plus spacieuses, plus aérées et
nâry, que sa légèreté et sa grande cades pacité d'absorption désignent de préférence pour la construction pas, il est pourtant fort rare de trouver des maivoûtes, n'y manque consons voûtées. Les nombreux tremblements de terre auxquels cette

Quoique

la pierre

poreuse,

le

trée volcanique a été sujette dans tous les

temps ont pu y être pour

quelque chose; car le genre de construction dont je parle est plus toulé^er et ne risque pas tant de s'écrouler. Et puis le bois abonda village jours en cette contrée, où de nos jours encore presque chaque sa colline boisée qu'elle défend jalousement contre les a son ouara,
voisins; et,
si le

bois de la forêt ne suffit pas, les oliviers et les ca-

roubiers prêtent leurs branches superflues. Voici en quelques mots on bâtit un carré ou un rectangle, la construction de ces maisons
:

qui,

à l'intérieur, est coupé, de 2 en 2 mètres, par des arceaux en pierres appareillées. Sur ces arceaux reposent, à des intervalles de

30 à 40 centimètres, de grosses pièces rustiques de chêne, d'olivier ou de caroubier, qui elles-mêmes portent un clayonnage de roseaux dépose une couliés les uns aux autres. C'est sur ces roseaux qu'on d'épaisseur, et le che de terre glaise d'une trentaine de centimètres
est fini. Chaque année, avant les pluies de l'hiver, recouverte d'un mince enduit de la même terre; en cette couche une dizaine d'années la terrasse s'épaissit à tel point qu'elle pèse sur
toit

de la maison
est

les bois

Pour empêcher qu'ils ne se cassent, on pratique ce qu'on appelle le qalab, le « renversement ». Cette opéraqu'on tion consiste à enlever toute la terre pour mettre à nu les bois, renverse en mettant en haut les parties courbées le clayonnage est
et les fait fléchir.
;

remis en place et recouvert avec la terre enlevée. Tout le travail, même aux plus grandes maisons, ne prend pas plus d'une journée. Chaque maison est pourvue d'un escalier plus ou moins rustique, qui

donne accès sur la terrasse. Devant les maisons se trouve presque toujours une cour plus ou moins grande, qui ferme la maison contre la nuit. rue et sert en même temps à parquer le petit bétail pendant la nous admettons, et tout porte à croire qu'il en fut Si maintenant construction existait, nous ainsi, que dutempsdeX.-S. lemême mode de la descente du paralytique par le pouvons nous expliquer facilement se trouvait (S. toit dans l'intérieur de la maison, où le Divin Maître Marc, ii, V). On n'avait qu'à enlever la terre au-dessus de deux de ces bois tout au plus pour obtenir une ouverture assez grande; puis on
pouvait aisément y faire descendre un homme au moyen de cordes. Les cours devant les maisons qui les ferment contre la rue, me

MÉLANGES.
faisaient toujours penser

67

fut jeté le

aux ténèbres extérieures, dans lesquelles malheureux convive qui avait osé entrer dans la salle des noces sans porter un vêtement nuptial. Le roi ordonna de le jeter non seulement hors de la salle, dans la cour où pénétraient dehors encore quelques rayons de lumière et où se tenaient les mendiants

en attendant les restes du
c'est-à-dire
se trouvait

festin,

mais dans

les

ténèbres extérieures,

et où il animaux immondes, attirés par l'espérance d'attraper eux aussi quelques os, leur part du festin. Sur les toits, dans un des angles, on voit ordinairement le col d'une jarre à huile s'élever au-dessus de la terrasse. Un auteur moderne croit trouver là une réminiscence d'un exécrable abus du temps du prophète Jérémie qui reproche au peuple d'Israël d'offrir de l'encens à Baal dans toutes les rues et même jusque sur les toits des maisons [Jér. vu, 6; xi, 17; xix, 13) (1). Ces jarres ont une destination plus

dans la rue, où régnait une obscurité complète
les chiens, ces

en société avec

au-dessous d'elles, dans l'intérieur des maisons, se trouve mâgadeh, la place où l'on fait le feu, et la jarre a pour but de donner issue à la fumée. Après avoir passé en revue la population sédentaire du lac, il nous reste encore à faire une visite aux: tentes des bédouins, si nombreuses dans ces parages. A l'ouest et au nord du lac, cette population elle aussi est devenue plus ou moins sédentaire, car, en plus de ses troupeaux, elle s'occupe d'une manière plus ou moins intense de la culture des terres arables situées dans leurs petits districts nettement délimités. Elle est donc plus attachée à la glèbe que le vrai bédouin nomade, pour qui le travail des champs est déshonorant. On ne ren:

prosaïque
la

contre plus ce dernier qu'à l'orient
les

du
et

lac, où,

suivant les saisons et

pâturages,

il

va

et

vient de l'est à l'ouest, et

du nord au sud, avec

ses

magnifiques troupeaux de vaches
lac.

de petit bétail.

Commentons au sud du
tentes,

La première tribu que nous y rencon-

trons est celle des Delaïkeh, qui comptait jadis environ quatre-vingts

parce que
à l'est

mais qui, dans les dernières années, a diminué beaucoup, le chef, avec une bonne partie de ses bédouins, est passé

pour se perdre dans une des grandes tribus nomades. Conpar la misère, ils s'étaient jetés entre les mains de quelques usuriers de Saint-Jean d'Acre qui à la fin leur prirent leurs magnitraints

iiques terrains et les vendirent à la Société juive Ica. Ces terrains

s'étendent depuis le lac jusqu'au pied

du Thabor

et

produisent un

froment
(1)

renommé dans

la contrée, le fcamh ed-Delaïkeh « le

froment

Dr. Sepp. Xeue. hochwichtige Entdechungen, etc.. p. 93.

68

REVUE BIBLIQUE.
».

des Delaïkeh

A

cause de sa dureté

et

de sa pesanteur,

il est

surtout

recherché par
farine est

les

négociants italiens, qui l'exportent en
faire les

Italie,

où sa

employée à

macaronis.

Au

sujet de la vente de ces terrains,

on

se racontait l'anecdote sui-

vante dont je

puis garantir

l'authenticité.

Quand

les

acquéreurs

voulurent faire la délimitation des nouveaux terrains, les habitants du village voisin de Loubieh réclamèrent comme propriété à eux un

morceau de
les titres

terre qui avait été englobé

dans

la vente.

Des deux côtés

de propriété n'étaient pas clairs au sujet des limites; les

ahel ech-chobbera, les

hommes

qui pouvaient avoir connaissance des

limites et qu'on appelle d'ordinaire
litiges,

en dernier lieu pour trancher les ne tombaient pas d'accord et l'on décida enfin de laisser, comme on dit dans le pays, l'affaire sur la conscience des hommes de Loubieh. Ils devaient jurer par le Prophète que le terrain contesté était
fils;

leur propriété abban oaa djiddan de père en

mais, n'étant eux-

mêmes

pas trop sûrs de leurs droits et ne voulant pas prêter directevoici ce qu'ils firent
les lieux.

ment un faux serment,
Avant de
sur place,
et

pour

se tirer d'affaire

:

se

rendre sur
ils

car le serment devait être prêté

purent jurer sans scrupules

mirent dans leurs souliers de la terre de leur village, « Par la vie du Prophète, la terre
:

que nous avons sous nos pieds est notre propriété depuis des temps immémoriaux. » Le terrain leur fut adjugé etl7c« dut l'acheter une seconde fois. A l'ouest des Delaïkeh nous trouvons la tribu des Sbéh, voleurs de grande route qui rançonnaient les voyageurs et les caravanes entre Nazareth et Tibériade et qui étendaient leurs razzias jusque dans les villages éloignés de Moghàr, de Ràmeh et même jusqu'au bord du lac. L'administration du tchiftlik, des domaines privés du sultan Abd elHâmid, à laquelle ils avaient vendu leurs terrains, les a domptés petit à petit et ne leur permet plus de voler ouvertement et l'arme à la main. Dans la plaine de Génézar et à partir de là sur la plage nord du lac se trouvent beaucoup de petites tribus, toutes appauvries par les usuriers qui se sont emparés de leurs terrains et même de leur bétail. Ce sont les Charanebeh, les Smeireh, les Mouéssi, les ICdérin, les Samakie h, les Zengharieh, les Chemalneli. Les hommes de ces tribus sont ou laboureurs à gage sur leurs anciens terrains, ou paissent les troupeaux de vaches des riches propriétaires pour le lait. Le chef des Smeireh avec sa
(el-ard)

famille

fait
Il

exception, et l'origine

même

de cette famille

est assez inté-

ressante.

y aune soixantaine d'années, l'aïeul, qui s'appelait es-Smiri, il était de la tribu arriva comme fugitif des montagnes de l'Adjloun et se fixa dans la plaine de Génézar, qui, en ce des Beni-Hassan

MELANGES.
temps- là,
élever
était

09 et servait

encore en grande partie abandonnée
Il

de repaire

aux sangliers et aux chacals.

commença

à défricher la terre et à

main et le cœur ouverts malheureux vinrent bientôt le rejoindre et se mirent sous sa protection, comme tannaïeb, ou, comme on dit au lac, comme kossar, comme ses pupilles. C'est ainsi que se forma peu à peu tout un campement composé de tentes et de huttes en roseaux
du
bétail.
le fugitif avait la

Comme

pour

les indigents, d'autres

et les

habitants de ce

campement

s'appelèrent arab es-Smiri ou les

Smeireh. La généreuse hospitalité de Smiri est encore aujourd'hui
proverbiale dans la contrée. Sa tente était ouverte ila er-raieh oua
djaï, « à celui qui allait et qui venait »,
lière
et
el-

pour que

sa tente hospita-

pût être atteinte plus facilement,

il

la fixa toujours à la bifurca-

tion des chemins, habitude religieusement observée encore de nos

jours par ses descendants.

Comme

je viens de le dire, les
l'est

grandes tribus nomades,

les vrais

Bédouins, se trouvent à

son abondance d'eau

et

des Bédouins et qui est

dans le Djôlân, qui à cause de de ses gras pâturages est à vrai dire l'El Dorado aussi appelé par eux halad er-rabia , « pays
lac,

du

de verdure».

11

en

était ainsi

depuis

les

temps

les

plus reculés et le livre

de l'Exode (chap. xxxn) nous raconte déjà que

les tribus

de Ruben, de

Gad

et la moitié

bétail, avaient

de verdure,

si

de la tribu de Manàssé, qui possédaient beaucoup de renoncé à la Terre Promise pour se fixer dans ce pays favorable à l'élevage du bétail. Le pays de Basan, le

Djôlân d'aujourd'hui, échut en partage à la demi-tribu de Manassé.

Déjà l'Ancien Testament connaît dans le territoire de Manassé un Golan, qui est tantôt appelé une ville de retuge (Dt. iv, 43), tantôt une ville
lévitique (Jos. xxi, 7;
1

Parai,

vr, 71). Serait-ce

peut-être le

Sahem

el-

Djôlân d'aujourd'hui, situé sur
occidentale

la limite

du Djôlân, dans

la partie

du Hauràn? Flavius José phe [Bell. jud. I, iv, 4) nomme un Gaulané et appelle la contrée la Gaulanitide. Dans les premiers temps du christianisme nous voyons que Harit V, appelé él-'aradj (le boiteux), le plus éminent des phylarques ghassanides, avait été placé, par l'empereur Justinien, à la tête de toutes les

tribus arabes de l'empire byzantin, c'est-à-dire
et

du Hauràn, de Damas

des territoires riverains du Jourdain, donc de la Gaulanitide et de

la Belqà.

Après la défaite des Byzantins auprès du fleuve Yarmouk (en 634) le Djôlân tomba avec toute la Syrie entre les mains des Arabes, qui
pays à la hauteur de la culture dans laquelle ils l'avaient trouvé; mais les discordes intérieures anéantirent bientôt tout progrès et déjà les armées des Croisés, à leur entrée en Syrie,
d'abord ont tenu
le

70

REVUE BIBLIQUE.

le pays dans un délabrement complet, auquel ils n'eurent temps de remédier. Après la chute du royaume latin, qui sous Baudouin II (1118) embrassait aussi le Djôlàn, celui-ci est perdu pour la civilisation. Les invasions fréquentes des Mamelouks et des Mongols

trouvèrent
le

pas

firent le reste et cette contrée

vori des tribus

nomades

si riche et si fertile devint le séjour faqui n'avaient aucun intérêt à la culture du

pays

et

vissement de
à l'empire

qui ne connaissaient d'autre plaisir que la rapine et l'asserla population sédentaire. En 1518 le sultan Sélim I er
et

arracha la Syrie
jours. Mais les

avec

elle le

Djôlàn aux Mamelouks et l'incorpora
il

ottoman
ils

sous la

domination duquel

est resté jusqu'à

nos
les

nomades

n'ont

pu

être refoulés, et,

comme

dans

anciens temps,

traversent encore aujourd'hui avec leurs
et

nombreux
les

troupeaux de chameaux, de vaches

de brebis, les plaines et

pentes verdoyantes du Djôlàn, de temps en temps repoussés vers l'est, mais revenant toujours à l'assaut et rançonnant comme toujours les
tribut,

pauvres paysans. Ils prélevaient même chaque année une espèce de appelé chaoueh, mais dans les derniers trente ans le Gou-

vernement a fait de louables efforts pour mettre la population agricole du Djôlàn et du Hauràn à l'abri des vexations des Bédouins et pour assujettir ceux-ci mêmes à de certaines lois, en établissant une administration régulière.

On menaça d'extirper les tribus rebelles et l'on ne s'en tint pas aux menaces. La main de fer de l'énergique Mamdoul.i Pacha, gouverneur du Hauràn, avait rendu cette contrée, autrefois
si

redoutée, tellement paisible et sûre qu'il aimait à dire, sans trop

exagérer, qu'on pouvait traverser son district, une pièce d'or sur la
tète, sans

craindre d'être dépouillé.

et si

le Djôlàn de temps à autre l'effusion du sang réclamait la vengeance, les deux tribus ennemies devaient trancher leur différend dans la hammâd,

Les guerres sanglantes de tribu à tribu durent cesser dans

une des tribus était repoussée dans le district gouguerre ne pourrait être continuée qu'avec le consentement du gouverneur, et comme ce consentement n'est jamais donné, une
dans
la steppe. Si
la

verné,

pareille retraite est considérée

comme une

défaite, et c'est alors

commencent ordinairement

les négociations

que pour une paix plus ou

moins sincère et durable. Quelques mots maintenant sur ces différentes tribus. Après avoir passé le Jourdain, la première tribu que nous rencontrons est celle des Tellàouîyeh, du nom de et-Tell, colline couverte de ruines qui nous rappellent le site de l'ancienne Bethsaïda-Julias. Ils cultivent la plaine fertile mais malsaine à'el-Batéha, qui cependant ne leur appartient pas en propre; c'est la propriété d'un certain Wbd er-

MÉLANGES.

71

Rouhmàn med Saïd

Pacha, de Damas, qui l'a héritée de son grand-père MahomPacha, jadis chef du pèlerinage à la Mecque. Cette tribu

parait ne pas être originaire des bords

du

lac; le teint de ses

mem-

bres, qui est de beaucoup plus foncé que celui des autres tribus riveraines du lac, les lèvres boursouflées, le nez écrasé et les pommettes

manière de prononcer l'arabe qui ressemble beaucoup à une origine africaine. C'est pour cette raison aussi qu'ils ne contractent aucune alliance avec les tribus voila iokhodhou oua la iâ'tou, «ils ne prennent pas et ils ne donsines nent pas », c'est-à-dire ils ne prennent pas en mariage des filles d'ausaillantes, la

celle des nègres, font croire à

:

tres tribus et

ils

ne donnent pas

les leurs

aux autres.

C'est la seule

bord du lac élevant le buffle, qui leur fournit le lait et dont ils se servent pour le labourage. Les Tellàoaîyeh peuvent avoir une centaine de tentes, qui pendant l'hiver se trouvent le long de la plage et pendant les chaleurs de l'été s'échelonnent sur les premières pentes des montagnes du Djôlân. Quoique à proximité de centres plus ou
tribu au

moins

civilisés, ils sont

eux-mêmes encore
si je

lisation et leur simplicité est

peu léchés par la civiproverbiale au bord du lac, un peu
fort

comme

sont en France,

Beaune, et en Allemagne

les

suis bien renseigné, les habitants de braves citoyens de Schilda. Voici quel-

ques-uns de leurs exploits. En arrivant dans la contrée,
nous avons
ils

les

Tellàouiyeh avaient un autre

nom;

dit

comment,

s'étant fixés

furent

nommés
s'ils

Tellàouiyeh. Ce

nom

autour des ruines d'et-Tell, n'était pas de leur goût et ils

craignaient,
qu'ils

l'adoptaient, que leur ancien

nom

ne

soit

oublié et

ne perdent ainsi le souvenir de leur origine et le nom de leur aïeul. Les vieux de la tribu se réunirent donc en grande assemblée dans le but de délibérer sur les moyens à prendre, pour se débarrasser du

surnom gênant. On tomba d'accord que l'unique moyen
le Tell.

était

prendre? L'aplanir c'eût été trop long et trop dispendieux. Enfin on résolut d'emenlever d'emblée le Tell et ses assises et ployer un moyen radical le faire disparaître dans les profondeurs du lac. Aussitôt dit, aussitôt fait. On détache toutes les cordes des tentes, on les noue ensemble et
de faire disparaître
Mais
s'y
:

comment

comme
loppe

cela ne suffit pas, on y ajoute tous les couvre-chefs des
et

mes, des femmes
le

des enfants. De cette

homimmense on envecorde

Tell et tout le

monde

se

déjà usés par un long service,

met à tirer. Lorsque les mouchoirs, commencent à se déchirer, les vieux
:

qui surveillent

l'opération

s'écrient

Achetou! Achetou!

« »

Cou-

rage! courage!... Les racines du Tell commencent à craquer!

On

devine la

suite.

Les Tellàouiyeh en étaient pour leurs frais et du-

72

REVUE BIBLIQUE.

porter, bon gré, mal gré, le nom qu'on leur avait octroyé. Un jour, arriva dans le campement un personnage important. Pour l'honorer, le chef fit tuer une vache et l'individu qui fit le métier de boucher, reçut pour sa part, comme il est d'usage, les intestins, les

rent

karchât.
cela

Il

appelle

sa

femme

et

lui

dit

:

«

Tiens,

prépare-moi

pour ce

soir; le

souper, sous la tente du chef, sera de bonne

l'effendi, sera longue. J'aurai de nouveau faim en arrivant chez moi. Tâche donc de préparer les intestins pour ce soir, et quand ils seront bien cuits, laisse-les dans la marmite et va dormir. » A minuit notre homme s'en retourne sous sa tente, rêvant déjà en route de la bonne collation qui l'y attend. Le feu est éteint et son épouse dort du sommeil des justes; mais qu'à cela ne tienne! En tâtonnant il touche enfin à une marmite. « Nous y

heure,

et la veillée,

auprès de

sommes!
ceau qu'il

» pense-t-il. Il

y plonge

la

main

et

en

retire

un

gros mor-

commence

à dépecer à belles dents. Mais était-ce dur! Cela

n'a pas été cuit du tout, et sa

femme, au

lieu

de s'occuper de la cui-

sine, sera allée faire la causette sous

pour lui temps que là-bas, sous la tente du chef, dort l'effendi, qui lui saurait fort mauvais gré d'avoir été éveillé par les cris d'une femme battue. Il replace donc le morceau entamé dans la marmite et se met sur l'oreille en remettant l'exécution jusqu'au matin. A la pointe du jour, il voit sa femme vaquer aux ouvrages de la tente. Les dents lui font mal et lui rappellent le souper dont il a été frustré. De rage, et sans
se lève
;

quelque tente voisine. Déjà il administrer une bonne raclée mais il se rappelle à

mot

dire,

il

se précipite
«

sur sa chère moitié, qu'il accable d'invec,

tives et de coups.

Misérable

lui

crie-t-il,

ne t'avais-je pas

dit
t'a-

hier de
vais-je

me

préparer

les intestins

pour

mon

second souper? Ne

pas recommandé encore qu'ils soient bien cuits, et tu me les laisses tout crus dans la marmite? » La pauvre femme, étonnée, lui répond en pleurant « Mais, ô fils de mon oncle, j'ai bien fait selon
:

tes ordres; les intestins étaient cuits à point et tendres

comme du
lit,

beurre

frais.

Même
et

je les ai essayés avant

de

me

mettre au

tiens,

goûte toi-même

juges-en!

»

Puis

elle

ouvre une

marmite de

laquelle s'exhale une odeur appétissante. Pendant qu'il est occupé à

ma belle outre manger, sa femme pousse des lamentations. « s'écrie-t-elle, ma belle outre qui m'a coûté tant de travail! mon outre que j'avais mise dans l'eau pour l'assouplir! La voilà rongée comme
si les

chiens l'avaient eue sous les dents!
lui.

»

L'homme comprit;

et

vous

aviez déjà compris avant

Au-dessus des Tellâouiyeh, vers

le

nord, se trouvent les Ouessiyeh,
Ils

qui peuvent compter une centaine de tentes.

élèvent surtout

du

MELANGES.

73

grand

bétail qui est recherché
ils

mières pluies

dans la mois de mars, quand au bord du lac les herbes commencent à se dessécher,' ils s'en retournent au Djôlân, où ils trouvent une seconde saison de verdure. Ils emmènent avec eux leurs hôtes du quartier d'hiver, les Smeireh, qu'ils laissent participer à leur pâturage d'été, car dans le Djôlân, la verdure, grâce à l'abondance de l'eau, se
maintient jusqu'au mois de juin.

dans toute la contrée. Après les preJourdain avec leurs troupeaux et se rendent plaine de Génézar où la verdure est déjà assez développée. Au
passent
le

Au sud des
les Djé'dlin,

Ouessiyeh, vers l'ouâdy et-Tellâouiyeh nous trouvons
forte,

une tribu assez

mais pas aussi riche en bétail que

la

précédente. Les

niers
et

femmes des Djé'dtîn étaient, jusque dans les dertemps, renommées pour les beaux tapis qu'elles confectionnaient

auxquels elles travaillaient pendant des années avec une persévéEntre l'ouâdy et-Tellàouiyeh et Mouâdy es-Samak
la tribu
ils ils

rance admirable.
des Didb

a ses campements.

En dehors de

l'élevage

du

bétail

cultivent les

terres fertiles de leur district. Très riches autrefois,

sont tombés

Erkébàt. Ils cultivent une où l'ouâdy es-Samak débouche. Ils peuvent compter une soixantaine de tentes assez misérables. Autrefois ils ne jouissaient pas de la meilleure réputation et encore aujourles

maintenant dans l'indigence. Dans l'ouâdy es-Samak campent

partie de la plaine orientale

du

lac, là

d'hui

ils

molestent parfois les explorateurs isolés qui veulent faire

de

là l'ascension

Au sud du

lac,

de Qalaat el-Hosn, l'ancienne Gamala. dans la vallée du Jourdain, se trouvent
le

les tentes

des Hinâdi (sing. hindâoui, indien) dont

chef porte le

titre officiel

d'Agha. Le père du chef actuel, Kouétin A g ha, est entré au Kérak avec le Gouvernement, pour servir d'intermédiaire entre celui-ci et
les

Bédouins. Plus tard

il

fut

nommé commandant

de la gendarmerie

du nouveau pachalik. Le père de Kouétin Agha Agha qui, en 1860, a défendu avec ses Arabes
contre l'invasion des Druses et
naires les
seigné,
il

était le

fameux AMI
de Nazareth

la ville

même

contre ses propres coreligion-

musulmans de

la ville et des environs. Si je suis bien renle

a été décoré par

gouvernement

français

pour

les

mérites

qu'il s'était acquis à cette occasion.

Dans
les

le

Djôlân septentrional nous rencontrons une tribu de Bé-

douins aristocratique, qui s'arroge une certaine suprématie sur tous
titre

Bédouins de la contrée. Ce sont les Fadçlel, dont le chef porte le d'Émir et qui reçoit ses hôtes sous sa tente garnie de vrais tapis de Perse.

74
Il

REVUE BIBLIQUE.
s'est bâti

dans

les dernières

loin de Tell el-Qâdy et y a planté aussi Circassiens, qu'ils voulaient subjuguer

années une espèce de palais non une grande vigne. Cette tribu
lui a attiré
les

possède plus de 300 tentes. Son arrogance

la

colère des

comme

autres habitants

du

Djùlàn; mais ceux-ci comprirent l'affaire tout autrement et dans une
bataille sanglante
ils

ont

même

tué l'Émir Chàhadi el-Faddel. Depuis

ce

y a inimitié implacable entre les Faddelet les Circassiens. En dehors de ces tribus nomades qui se trouvent de temps imméil

temps

le Djôlàn, nous y rencontrons aussi une tribu de Turkomans, qui y est immigrée il y a une centaine d'années des frontières de la Russie. Ils mènent à peu près la même vie que les nomades arabes, desquels ils diffèrent par leur langue qui est un jargon turc. Les hommes, au type mongol, sont en général d'une taille plus éle-

morial dans

vée que
et leur

les

Arabes

et leurs

barbes sont longues et bien fournies. Par
ils

leur intelligence et leur énergie

sont arrivés à une certaine aisance

chef actuel,

administratif

un certain 'Aid Agha, a même siégé au conseil du Qadâ de Qounétra, où il se présente en veste et panta-

lons européens. Leur principale richesse consiste en de considérables troupeaux de vaches, très recherchés par les abattoirs de Damas, et en chevaux de race magnifiques qui égalent bien ceux des Anézeh et des Rouallà. Il y a quelques années ils ont vendu à unDamasquin une

jument blanche au prix de 20.000 francs. Les Turkomans tiennent beaucoup à la pureté de leur propre race et ne prennent que fort rarement en mariage des filles de descendance arabe. Dans les derniers temps un autre élément colonisateur, mais pas les Circassiens. A la suite de la civilisateur, s'est fixé autour du lac
:

guerre russo-turque, ne voulant pas rester sous une puissance chrétienne, ils émigrèrent de la Bulgarie et du Caucase et arrivèrent au

printemps 1878
dirent

à Saint-Jean d'Acre
filles

dans un état

si

misérable qu'ils vend'existence. Le
occi-

même

leurs

pour

se procurer des

moyens

gouvernement ottoman leur donna des terrains dans la Palestine
persévérant
lequel
ils

dentale, dans le Djôlàn et dans le Haurân. Par leur travail assidu et

arrivèrent bientôt à une certaine aisance.

Ils

bâtirent

des villages en pierre, cultivèrent les champs, élevèrent du bétail pour

— chose inouïe jusque-là dans
mois secs de
l'été.

pour
ils

les

pays Les Bédouins, dans
le

ils

gardaient du foin
desquels

le territoire

peu à peu lâcher pied et se retirer, ne pouvant tenir contre la vaillance des nouveaux immigrants et la supériorité de leurs armes. La rage dans le cœur, ils quittent les succulents pâturages, où leurs ancêtres, pendant des siècles, ont fait paitre
se sont introduits, doivent

leurs troupeaux, et s'en vont dans les steppes orientales.

«

Mais, disent-

MELANGES.
ils,

i:>

à

notre tête

un jour nous reviendrons, et ce jour arrivera quand nous aurons un chef capable de nous réunir sous son commandement,
gare aux Circassiens
!

et alors,

»

Entre temps ceux-ci s'étendent

et,

à l'heure qu'il est,

ils

possèdent

une douzaine de villages assez bien construits qui se groupent autour du chef-lieu de Qounétra, qui, luimême, en dehors des employés et des commerçants, n'est habité que par des Circassiens. A l'ouest du lac, au pied du Thabor, ils possèdent trois gros villages, qui, par leur propreté et leur bon ordre, se distinguent favorablement des villages voisins des Algériens et des paysans indigènes. Dans leurs rapports avec les étrangers, les Circassiens sont plus que retenus et montrent même une certaine animosité. Il m'est assez souvent arrivé, en passant par des villages Circassiens, d'entendre derrière moi les mots de Moskow Djaour! « Russe, mécréant! » amabilité que je devais probablement à ma barbe età nia taille un peu extraordinaires, qui me faisaient passer pour un Russe, et c'est contre les Russes qu'ils ont une haine implacable. Le souvenir de vingt années de lutte (1839-1859) contre la Russie pour leur indépendance et leur religion ne s'est pas encore effacé de leur mémoire, et les pères racontent à leurs fils les exploits de leur héros populaire, Khàmyl Mollah, qui avait réussi à unir les peuplades caucasiennes si divergentes de nationalité et de religion. Écrasés par le nombre, ils durent céder à la fin et Khàmyl avec VOO de ses fidèles fut cerné dans un village situé sur le sommet d'une montagne. Réduit avecses hommes à l'extrémité, il se rendit au commandant des forces russes, le prince Baryatinski, qui l'amena lui et son fils à Saint-Pétersbourg. Le czar Alexandre les
dans
le

Qadà el-Qounétra

seul

rerut avec beaucoup de bienveillance et leur assigna
la ville

comme

résidence

de Kaluga. Quelques années plus tard Khàmyl obtint la permission de faire un pèlerinage à la Mecque et mourut à Médine.
Mais je m'aperçois que déjà l'heure est avancée, et puisque je vous
ai

surtout parlé des pâturages et des cultures de la plaine de Génézar,

arrosée par mille ruisseaux, vous

me

permettrez de dire avec

le

poète

des Bucoliques

:

Claudite

jam

rivos,

pueri, sat prata biberunt.

Dom

Zéphyrin Biever,

.

Missionnaire du patriarcat

latin.

REVUE BIBLIQUE.

II IX FRAGMENT D'ONOMASTICON BIBLIQUE
La traduction dite des Septante contient un bon nombre de mots hébreux simplement transcrits en lettres grecques, en particulier les noms de lieux et de personnes. Or, les noms propres sémitiques ont un sens, la Bible ne renferme-t-elle pas plusieurs de ces étymologies populaires où se conserve souvent quelque chose de la signification originale? Compléter la collection étymologique du texte sacré, dresser une liste de toutes les traductions, voilà un but bien digne d'attirer juifs hellénisants et savants chrétiens. Plusieurs ont cédé à la ten-

temps les plus anciens Philon aurait montré la voie où Origène se serait engagé à sa suite (1). Saint Jérôme explique ainsi la genèse d'une collection, qui circulait de son temps « Philo, vir disertissimus Judaeorum, Origenis quoque testimonio comprobatur edidisse librum hebraicorum nominum eorumque etymologias juxta ordinem litterarum e latere copulasse... In hoc laboravit (Origenes) ut quod Philo quasi Judaeus omiserat, hic ut christianus imtation, et dès les
:
:

pleret

(2). »

Philon interprète des

noms

des patriarches, Origène de

ceux des apôtres, ne serait-ce qu'une hypothèse alléchante,
toujours à la manière d'un
(1)

comme

certains le prétendent? Sans doute, Eusèbe et Procope de Gaza citent

anonyme

le

lexique onomastique auquel
et Origène auraient eue dans la rédac-

On

a

beaucoup discuté sur

la part

que Philon

tion de l'onomasticon qui circulait sous leur
traite la question,

nom

à l'époque de saint Jérôme. E. Schiirer

avec son information si ample, à propos de Philon. dans Geschichte des jildischen Volhes im Zeitaller Jesu Christi, III vol., 4 e éd.. p. U93 sq. Bardenhewer. Geschichte de?- altèhrisllichen Literalur, II. p. 146-149, à la suite de Huet dont la dissertation est citée
ait

par Marlianay (P. L.
qu'il

23,

1504 sq.

,

estime peu probable qu'Origène
la

compilé un onomasticon, parce

ne connaissait guère

langue hébraïque.

11

ne

pu ignorer l'araméen qui s'y parlait; nous admettrons volontiers qu'il l'a su assez mal, et que son oreille n'était pas habituée à saisir les nuances dans la gamme des gutturales sémitiques (Burkilt, The syriac forms ofthe N. T. proper names, p. 12; cf. R.B., 1911, p. 612). Il y a trop d'interprétations de noms propres dans les œuvres d'Origène pour qu'on le déclare incapable d'en avoir trouvé, Zahn parait sage en maintenant l'attribution origénienne de l'onomasticon sur le témoignage de saint Jérôme, Geschichte des neulestamentlichen Kanons , II,
faut pas oublier cependant qu'Origène a

vécu en Palestine,

et n'a

p.

948-954.
(2)

soit

On trouvera le Liber interpretationis de saint Jérôme, où se trouve cette phrase, dans P. L. :>:i, 815-904 (ou 771-858 dans l'édition de 1845), qui reproduit Vallarsi, soit 1" éd., p. 1-81) où le texte dans Paul de Lagarde, Onomastica sacra (2 e éd., p. 20-1 16

=

est

accompagné de quelques notes

critiques.

MÉLANGES.
ils

77 le

ont recours, mais leur silence n'annihile pas

témoignage formel

de saint Jérôme (1). Sur le Liber interpretationis hebraicorum nominum, nous sommes, en tout cas, mieux renseignés Jérôme explique dans la préface, où il
:

parle de ses devanciers, pourquoi et comment il l'a composé, c'est l'œuvre du savant gui profert de thesauro suo nova et vetera; l'ono-

masticon grec pourra bien fournir ses interprétations, elles ne seront admises qu'après enquête, et de nouvelles explications s'adjoindront aux anciennes ou les remplaceront suivant que besoin sera « Verum
:

tam dissona

inter se exemplaria repperi et sic

confusum ordinem ut
scri-

tacere melius judicaverim
bere... et vêtus aedificium

quam

reprehensione quid dignum
fecisse

nova cura instaurans,

me

reor quod

a Graecis quoque adpetendum sit ». Il est bien regrettable que saint Jérôme n'ait pas exprimé d'une façon quelconque ce qui était en son

ouvrage part personnelle ou interprétation traditionnelle, il nous aurait fourni par là un critère pour l'appréciation des onomastica entiers ou fragmentaires qui se sont conservés dans quelques manuscrits grecs.

Les premiers éditeurs de ces documents ne se sont pas montrés trop scrupuleux dans leurs attributions Martianay reproduisant dans son
;

Jérôme un lexique assez complet qu'il avait trouvé clans le Parisùiu* graecus 464 {Bey. 22S2) mais qui dérive en fin de compte du Vat. gr. 1456, Ta baptisé sans crainte « Origenianum
édition de. saint

a été conservé par Vallarsi, et l'onomasticon (nunc gr. 2617) partage avec lui l'honneur d'avoir du Colbert. 4124 été attribué à Origène, malgré la diversité de ses interprétations

Lexicon

(2) ».

Ce

titre lui

:

«

Origeniani Lexici

aliud exemplar

». Considérer ces

deux

listes

(1)
(2)

Schùrer, toc.

cit.

Les onomastica grecs publiés par Martianay aussi bien que le premier Lexicon Origenianum dérivent tous en dernière analyse du Vat. gr. /456. Ce manuscrit est leur unique témoin, comme il est le seul manuscrit ancien du mçt\ tov Tomviv ovo[j.àTwv d'Eusèbe; c'est une collection d'onomastica pour noms de lieux et de personnes écrite proe bablement dans le sud de l'Italie aux \i ou xii" siècles (cf. la note de M? Mercati, Appunli
sut palinsesto Vat. gr. 1456, dans Rheinischcs
338, où se trouvent quelques

Muséum

flir

Philologie, 1910,

LXV,

331-

compléments et rectifications à la description du manuscrit par E. Klostermann, Eusebius Onomastikon der biblischen Ortsnamen, p. xix sq.). Voici nous citons Les. la correspondance des éditions Migne et de Lagarde pour les textes que
:

On. vat. Lag. 185, 84-200, 12; Lex. Orig. ait. P. L. 1311Orig. P. L. 23, 1259-1310 On. vat. Lag. 172, Glossae colbertinae, Lag. 200, 13-20^, 50; P. L. 1199-1209 1328 On. vat. On. vat. Lag. 174, 5-177, 62; P. L. 1220-1229 44-174, 4; P. L. 1210-1219

=

=

=

=

=

On. vat. Lag. 179, 24-181, 83; P. L. 1239-1254 Lag. 177,63-179, 23; P. L. 1230-1238 Lag. 181, 84-186, 83. Bien que nous ayons eu sous les yeux la deuxième édition On. vat. édides Onomastica sacra, nous mentionnons toujours les pages et lignes de la première
tion qui sont notées en chiffres gras dans la

=

=

marge de

la

deuxième.

s

7

REVUE BIBLIQUE.
dérivées d'une

comme

lettre la

source, c'est prendre un peu trop à la Jérôme « tam dissona inter se exemplaria repperi... ». Il est possible que dans ces deux recueils onomastiques il y ait une bonne part d'éléments anciens, comme dans Y onomasticon Coislinianum, malheureusement incomplet, et dans les florilèges

même

donnée de

saint

qui contiennent seulement les

noms

des patriarches ou des pro-

phètes, mais nous pouvons penser aussi, étant donnée la distance qui
les

sépare, que l'œuvre originale y est devenue indiscernable.

Les interprétations de

noms propres

qui se trouvent dans les marges
représenteraient

de plusieurs manuscrits, mêlées aux variantes hexaplaires, ont pro-

bablement mieux que

une

ancienneté plus authentique,

et

les collections isolées l'état

de l'onomasticon traditionnel
d'Aquila,

à l'époque où la Bibliothèque de Césarée fournissait aux copistes de

quoi illustrer leurs marges avec
publia une

les

noms

Symmaque ou

Théodotion. Cette vue a été exprimée par M. Klostermann lorsqu'il

de notes interprétatives relevées dans les marges du ms. Q (Vat. gr. 2125) sous le nom à' onomasticon Marchalianum (1). 11 y a des gloses du même genre dans d'autres mss. riches en leçons
liste

hexaplaires, par exemple dans le Coislinianns

M où
13

les interpréta-

tions marginales diffèrent de celles contenues dans la liste mutilée

du

début, ou encore dans le Basileensis A. N.

iii.

Omont

1) étudié

par M. Lindl

(2).

L'onomasticon dont

il

est

question dans cet article appartient à la
il

catégorie des onomastica marginaux;

provient du palimpseste Vat.

PU II gr. 15 (3). Le manuscrit actuel renferme douze feuillets, compris entre le chapitre trente-septième de la Genèse et le sixième de l'Exode, enlevés à un exemplaire du Pentateuque. Hexateuque ou
Octateuque, écrit à ce qu'il semble dans le cours du neuvième siècle.

La copie avait été exécutée avec grand soin

:

le texte sacré,

en onciale

(1) E. Klostermann, Onomasticon Marchalianum, dans Zeitschrift fiir die altteslamentUche Wissenschaft, 1903, 135-140. (2)E. Lindl, Vie Oktateuchcatene des Proliopvon Gaza und die Septuagintaforschung, Mùnchen, 1902, p. 23-33.
(3)

Le manuscrit a été décrit par L. Dicijesne,

De

codicibus manuscriptis

PU

II in

bibliotheca Alexandrino-Yaticana, Bibliothèque des écoles françaises d'Athènes et de Rome, fasc. XIII. Paris. 1880, p. 12. Cf. aussi H. Stevenson senior, Codices manuscripti

Reginae Suecorum et PU H, Rome, 1888, p. lit sq. Quelques renseignements supplémendonnés par M" G. Mercati. qui a lu la partie juridique du palimpseste, Xitori frammenti dei libri 58-59 dei Basilici in un palinsesto Vaticano, dans Reale lstiluto
taires sont

lombardo di scienze

e lettere,

Rendiconti. série

III,

vol.

XXXIV,

p.

îoosq.

MÉLANGES.

79

penchée, occupe deux colonnes de 32 lignes chacune; dans les marges sont disséminées les notes, écrites en cette onciale droite qui

adopta
le

les

formes resserrées de i'onciale inclinée. On ne saurait accuser

ces notes detre

une superfétation postérieure;
travail, l'intention

le scribe avait eu,

dès

commencement de son

de les ajouter,

comme en

témoignent
cées sur le

les lignes, écartées

de 3 à i millimètres, qui ont été tra-

parchemin dans les marges intérieure et supérieure. plupart des notes marginales sont des variantes hexaplaires, La habituellement accompagnées des sigles convenables, %tJ ou 0s pour Aquila et Théodotion, comme c'est l'usage du Coislinianus, a' isolé pour Symmaque, suivant la coutume la plus répandue. Les autres notes ont une utilité diverse quelques-unes sont destinées à expliquer brièvement une difficulté, d'autres indiquent le sommaire d'une secr

:

tion, d'autres enfin
c'est

contiennent des interprétations de noms hébreux,

s'agit-il
I'.

de celles-là seulement que nous allons nous occuper. Encore ne que d'un lot de notes, celles qui se trouvent au recto du

106 et traduisent les

noms

des

fils

de Ruben, Siméon
vi,

et

Lévi

tels

qu'ils se

trouvent rapportés dans l'Exode,

14-25.

La

série

commence au bas de

la

première colonne, à côté de deux

notes, l'une d' Aquila et l'autre de Symmaque, se rapportant au v. 12. Trois noms ont été conservés en cet endroit, le quatrième a été presque entièrement rogné et le cinquième a disparu par la faute d'un
relieur.

Au sommet de

la

page, au-dessus de

la

deuxième colonne,
si le

sont deux séries de trois noms, qui devraient être de quatre,
relieur n'avait tranché en tète

comme en
du

base. La suite de la

liste
à

occupe la marge
souffrir.

extérieure à droite

texte, et n'a

presque pas eu

La correspondance entre

les

noms hébreux
:

et leurs interprétations

ne va pas sans quelque hésitation sans doute, le scribe avait eu soin de marquer dans le texte et dans la marge des sigles variés, mais le lavage a eu raison de presque tous ceux qui se trouvaient dans la partie centrale de la page, il ne reste à peu près que ceux des marges. D'ailleurs, il ne faut pas trop regretter la disparition de ces réclames, le rubricateur avait eu soin de varier les signes, mais

non point de veiller à leur correspondance dans les quelques cas où il nous a été donné de discerner les marques insérées entre les lignes du texte, il a fallu reconnaître qu'elles ne répondaient pas
:

à celles des marges. Le rubricateur fut-il vraiment distrait ou malhabile, le copiste principal a été
si

attentif à placer les interprétations

dans l'ordre où les mots se présentaient dans le texte qu'il ne peut y avoir de difficulté, ce fait une fois reconnu. In point seulement est à

80

REVUE BIBLIQUE.

noter, c'est

que

les interprétations

des mots déjà rencontrés dans les

chapitres précédents ne sont pas répétées.

n'y avait pas lieu de reproduire ici la disposition matérielle du manuscrit, qui pourra prendre place dans une autre publication; la
Il

liste

suivante contient les

noms

propres, avec l'orthographe qu'ils ont

dans le manuscrit, et les interprétations marginales accompagnées de quelques notes, qui ont paru de nature à les mettre en valeur.
t. cvor/j eYy.aiv«r[j.oç
(

nis

-

eYxevtcrjxoç), cf.

dedicavit Jér. Interprétation

habituelle des onomastica, correspondant à l'hébreu "pn, dédier, riDJn dédicace. Cf. on. coisl. Lag. 164, 57; on. vat. Lag. 174, 2; 176,
yzpiç sou (1). 42; 177, 70; 191, 48; gl. colb. Lag. 202, 72. Procope Procope 6aujj,ao-Tbç r 2. oaXouç (écrit plutôt çaXXouç)] 8ai>jj,a<jTcv,
:

:

t

r.xÛGiq aùxwv; Jér.

:

Fallu mirabilis. Adjectif Nlbs dérivé de nSs, être

extraordinaire. Dans

un des

on. vat. (Lag. 178, 86)

8aujj,a<rçôç

est faus-

sement attribué à

Poo6ijj.

tandis que $eXcx est interprété tôEov aîwviov,

ce qui conviendrait à Eapwjj, omis dans ce

document; l'erreur a

été

reconnue par Marti an ay.

du parchemin ne permet pas de lire la traduction proposée, les explications des trois noms suivants yjxo\u, u=jj,ouyjX et tajj.£iv ont disparu les deux premières au bas, l'autre au sommet du
3.

aapwv] L'état

feuillet.
4.

awo] zTj.ooçoq (2) == gloriosus Jér. Les

Massorètes ont vocalisé

~nk; la forme awâ peut être rapprochée de la racine
nTina je loue, je glorifie,
cf.

HT au

hiphil

dans Gen. xxix, 35,

et xlix, 8, le

jeu de

mots sur l'étymologie populaire de Juda. Les onomastica ont des
interprétations qui se rattachent à la
Yyjtôç (Lag.
fils

même

racine

aïveaiç

ou

è^ojxoXoles

186, 4).

Von.

vat.

Lag. 178, 88 a introduit parmi

de Siméon l'interprétation du nom hébreu de l'arche d'alliance par confusion paléographique entre A et A QsX a-/.^vu>jj.a. 5. uz/av] ETotjj.aaajj.EVoc (mot très peu lisible; il semble qu'il y ait eu
:

dans

le

début erreur puis surcharge, à

est difficile de discerner les linéaments

;

certaine ne laisse guère de doute sur la

une abréviation dont il de lecture restitution) praeparans Jér.
la fin la partie centrale

=

}W
6.

impf. hiph. de
:

*p3 il

prépare.

Cf.

on. coisl. Lag. 168,

42; Pro-

cope

YJTOlJJ.aCTJJ.EVOÇ.

c-aap] jj.E6vjjj.£ptvoç

= meridianus (Sor)
celles

Jér. ins signifie midi.

7. uaouX] L'interprétation a été

rognée au sommet de

la

page.

(1) Cf.

E. Lindl, loc. laud.
lettres

(2)

Les

marquées d'un point sont

dont

la

lecture est douteuse.

.

MÉLANGES.
8. <poma<nj?] xavavataç

81

(ms. xavaveaç). Leçon

commune aux

trois inter-

prètes d'où

elle

est

passée dans la Syro-hexaplaire et la Vulgate.

Certains mss. ont la leçon xavocvaiaç dans la marge, d'autres l'ont fait

entrer dans leur texte; ce n'est pas une explication d'onomasticon. (au v. 17 yeSacov) ] TcpouïjXuToç. Saint Jérôme a Gersam Gersom eiectio eorum sive advena ibi aut advena pupillae advena ibi. Gersan advena vel aliénas, sive profugus aut eoram eiectio. Bède Il y a dans les explications de saint Jérôme trois traditions différenla forme vocalisée en a se décompose sans difficulté en deux tes mots DU? "U habitant ici, tandis crue la forme en o, tantôt est rattachée à la racine ïïhJI jeter dehors, tantôt est décomposée comme Gersam, ou d'une façon vraiment singulière dans la traduction advena pupillae de rittTiN "13. Les onomastica ont dans le même sens que notre document d'autres mots xàpoixoç ïy.zï Lag. 180, 98 ou rcapoixoç, Hvoç de
9.
yfjpctùv
: :
:

gl. colb.

Pie

II

et

Lag\ 202, Qï. Dans ce dernier recueil, comme dans le ms. de dans Bède, l'auteur n'a retenu que le premier mot de l'inter-

prétation, l'adverbe
10. y.axOl
i>tco[/.ovy)
:

= patientia

=

DU? a disparu.
Jér. (en

explications

molares dentés sive
on. vat. traduit
(

première ligne avec d'autres dolans vel componens). L'on, coisl.
6zc;j.:vy;,
-;z\)/^.y.-\j.zz,

Lag.

171, 20 a plusieurs traductions ÛTCOi/ivwv,

auvaxTOç;
Yojjtçiâuiç

un des
r,

î/.v.\r 7'.x~zr ;.
l l

Lag. 178, 90, un autre
s'explique en sup-

£7./.>.r,7'.a^Tr ç,

Lag. 193, 23.

'ExxXiQGiafjrrçç

posant une leçon
\j.z-

/.aXO

A devenu A) rapprochée de

Coheleth. Yoysvxv;

est la traduction de }vpz, racine nnp
-jv-j.v-o; (cf.

=

vojjiçiaÇsiv

les autres

interprétations grecques
se rattachent à la racine
11.
[jLspapet]
-'.-/.cor

componens)

et ûtuojjlsvwv, ûxojaovt^

mp.

(cf.

amara
;

sive amaritudines Jér.)

de la racine

Yin être amer. L'explication est classique, mais l'ora. m£. Lag. 178, 91 a le participe TCixpatvé^evoç on ne comprend pas bien pourquoi saint

Jérôme a un
12. Xo6evt

pluriel, la vocalisation
uioiç
;j.:j:

massoré tique de plus exactement /*//o ?neo

l'adjectif est meriri.
Jér. qui ajoute ye/

répond exactement à la vocalisation massorétique mb, oiolq ;j.;j suppose un original Xoôevat qui n'est pas attesté. Cor ego correspond à ">:n dh et candor est rattaché à la racine pS, être blanc.
cor ego aut candor. La traduction à
fils

mon

13.
ffDttJ,

ie{j.£ï]

a/.:jwv.

Toutes les explications se rapportent à la racine
soit celles

soit celles

de saint Jérôme audi vel auditio mea,
àv.z-q

de

Von.
Pie
II

vat.

Lag. 198, 58

[aoo,

.<7a-/.oua;ji; s;

pou;

le

manuscrit de

ne tient aucun compte de la finale en i que d'autres se sont efforcés de rendre par le pronom de la première personne. La plus grammaticale des explications est la première des deux que propose
REVUE BIBLIQUE 1913.

N.

S.,

T.

X.

6

.

82

REVUE BIBLIQUE.

audi à la 2'' pers. fém. sing. ce qui correspond rigoureusement à la forme massorétique T2w\ Il se pourrait que zxoûuv dérive de cette traduction, et soit une mauvaise
saint Jérôme, en supposant l'impératif

copie d'un original
li.
y.j.y.zy.[j.

oaouirov.
yj.y.zyj.zz:

cf.

Josèphe

plus généralement
la

y.y.zyj..

ainsi

dans
v.

le

lemma
=y.

qui se trouve au
:
.

sommet de

pare

:

20)]Xaoç

[j.z--.b)zz

on. coisl. Lag.

162, 21

=

au populus exçelsus
::
y.izy.y. et

-

Jér.

m

15.

'.z-z-yy.z

;x£0r,;j.£C'v;

ç

:

Jér.
les

meridies sive meridianus aut uncliô

mea

vel [xstaçoptxûç

olewn,
la

deux premières traductions
inîl
cf.

latines se

rapportent
16.

comme

grecque à

supra

zy.y.z

;

les

deux suivan-

tes à -ny*. huile nouvelle.
-/y-zwi
juÇeuÇiç.

Les deux premières interprétations de saint

Jérôme participatio hébreu en deux éléments deux sens de tristesse et
le

tristitiae sive fortitudinis
"
l

décomposent
la

le

mot

~~ participer, être uni

à, et \\X qui a les

force. SùÇe-jÇis ne

répond qu'à

première

moitié de cette analyse participatio, l'interprète grec ayant négligé

second élément, ou bien ayant pensé à une forme nominale

"""

dérivée de "On-

A

noter que ce mot
les gl. colb.

z-j'it-j'z'.z

traduirait aussi
et

bien

Lévi rendu soÇuyia dans
17.

Lag 203, 3
.

additus par Jér.

;L>

"/.j

=

(

vryuq

\j.zj

(il

faut ajouter hzzz, qui a été omis parle scribe)
Jér.

fort it ado

mea deus
vat.
y-.z

Interprétation correcte, meilleure que
2.

•r/j; Beau

dans on.

Lag. 196,

Jér.. après de infirmitate sive meus. Cette dernière explication vient de Tirra ou rnno, les deux autres supposent en tête du mot la préposition * _ sous sa forme abrégée et ensuite *"~ maladie, ou """. Sn rempart, forteresse, qui

18.

\Looki]

yy/r,;

=

ab

initio

clioras

est traduit

deux

fois

par

y.zyr,

Abd.

i.

20

et

Nah.

ni, 8,

comme

si

ce

mot

dérivait de la racine bbn et
z'j.zjz'.

19.

L'explication de ce

non pas de ""~. mot que saint Jérôme
été

traduit adtre-

ctator vel palpator
était la

meus Mosi a
celle

omise, peut-être parce qu'elle

même

que
uzu

de

[ii^zf,;

donnée sans doute dans un chaJér.,

pitre précédent.
20.
'.ur/y.zzz,

zz\y.

=

domini gloria

étymologie correcte.
le

Les onomastica grecs ont généralement traduit x/jpwç
nini;

tétragramme
la

pourtant

ils
IJTi

ont gardé quelquefois la transcription tau de

forme abrégée
21.
y.y.zuyj

comme
iùq

ici.

zzzz zny.j.i

on. vat. Lag. 176,

i0=

mons

fortitudinis

Jér. Cette

traduction conviendrait à

pa

in,

mais non pas à l'ortho-

graphe massorétique pm*.
22.
xope]
oy~/.y.v.zuj.y.

(nis.

:

pro u

=

calvitium Jér. Les autres ono-

MÉLANGES.
mastica ont un

s;-

mot de même

signification saXa/pô? on. coisl, Lag.

17-2, 42; on. rat. Lag. 193, 82; de

mp

rendre chauve
2
.

(1).

23. vaçsx] rrarchma, à corriger en

y-.y;zi-.y.

cf.

Jér. seductio. Cette

explication parait tirée de l'araméen pE: dont le sens ordinaire est
sortir,

mais qu'on aurait entendu
vel carbo

ici

dans

le

sens factitif

:

faire sortir.

Les deux explications proposées en première ligne par saint Jérôme

prana
en
traduit

viennent du mot ~e: qui aurait donné une finale

y et qui

désigne une pierre précieuse. Ex.
par les Septante.

wvii. 66, mais a

été

ovO'palj

L'orthographe massorétique 33J ne
Jér.

correspond à aucune racine.
2i.
".v/zi
|/.vy){j.o<iuv[tj]

=

memoria mea
le

Le lien avec 137 est

évident; l'on,

coisl.
[Avr,[/.v]

Lag. 165. 85 a
[*.ou,

mots

:

|xvY)[jt.Y],

[avi/jimov.

même sens, mais d'autres Gomme ailleurs, notre document
vaoaê,

omet
25.
et

le

pronom personnel représenté par la voyelle finale. la marge porte sxouoioç, répétée ci-dessous pour [i.i(jaYjX
il

dont
26.

ne saurait

être

question pour traduire

[AitjarjX;

tac/us Dri

sire (juis i/tferrogarit, dit saint EXuraçav
y.s/.pjy.y.rvc ;

Jérôme.
,

9eoç

cf.

cfews mezis

abscondens

Jér.
il

Le
le

mot
le

0s6ç a

disparu ainsi que la dernière lettre du premier mot,
avait transcrit sans doute le

faut

supposer pour l'honneur du scribe, qui peut bien avoir oublié
y.:j.

pronom
les

}22 était trop

nom divin. Le sens de mais connu pour qu'il y ait divergence fondamentale entre onomastica, mais remarquons bien l'indépendance de notre docuvis-à-vis

ment
don.
27.

à on.
8ecu

coisl.

Lag. 163, V2,
ctxottkz.

8soy

z/.ï-r
t

.

Gebç

z/.z-rh et

rat. Lag. 191, 50 Oeou
sXiffaêîi;]

TjX^ffjjiovTQ,

cf.

on.

rai.

Lag.
r,

176,

48

8sgu

\j.zj

TrXYjffjjLOvr,,

Lag. 190, 37

x.upfeu

àvaicauffiç

?:•:

-'/.r^v-crr,;

deimei satula

ritas Jér.

de
fait

"ai:*

être rassasié. Ici encore le

pronom de

première

personne

défaut.

populus meus spontaneus Jér. z-;. r/e 28. y.[v:>y.zy.: Xaou iv.zjz'.zj bonne volonté ou noble L'on, coisl. Lag. 161, 14 a ioprJ; sY y u7 ai0 S pour i vxûxXioç), Xabç sùooxîa; mais la première traduction est erronée et se
-

=

rapporte sans doute à un autre
hnOujJUQirôv se

nom commençant

par

y.-;...

EOvc;

trouve dans

o;i.
-j.zj

rat.

Lag. 179, 37 et dans Lag. 185, 91


i

il

est

précédé de

-y.-.zzz

sùcoxia, interprétation

de aéivacaê, inles
:

Toutefois le ras.

P du commentaire d'Hésychius de Jérusalem sur
çaXdcxptaiia à

tient lui aussi la leçon

propos du Ps.
a).

xliii

cf.

G. Mercati

Il

Psaumes concommenlurio

d'Esichio Gerosolimitano sui.Salmi. dans Studi
e cristiana antica.
(2)

e Testi, fasc. 5,

Note di lelteratura biblica
est

Roma,

1901, p. 161, note

On

pourrait songer aussi à une leçon à-a-wvra, mais

xr.z-;o>

mieux en

relation

avec

---

84

REVUE BIBLIQUE.
par un scribe habitué aux formes de la minuscule où p fort. Cet onomasticon nomme ensuite (Lag\ 186, inconnu à la Bible et dû à cette même confusion un y.[wrj.oy.[j.
ici

troduite
et
18.)
(3

se ressemblent

graphique

:

è'Ovoç

èm8u|«iT&v

r,

Xabq sù8ô*nwç. C'est toujours la
;

même
II

traduction en des termes divers que les Septante traduisent plusieurs fois par

noter à l'avantage du ms. de Pie
éxoiiatoç

des dérivés

Hatch-Redpath, s.v. augUrans vel augur Suvapiv •29. vaacrawv] oiuvwjAevsç (m. ow...) on. vat. s'écartent absolument de cette tradition avec fortis Jér. Les Lag. 179, 37 àva^auatç aîwvta de la racine m: et Lag. 195, 87 oçiwSyjç
de la racine

ma

et

jamais par

eàSsxfa, cf.
|

=

de ë na serpent. Notre document et saint .Jérôme se sont adressés au verbe' composé des mêmes lettres qui signifie pratiquer la divina;

tion; sur la finale wv 30. va§aê]
ey.oucrioç

= =

"pa cf. yeêpwv n" 16.

spontaneus

Jér., cf. apivaoaê.

Les

0//os. colb.

on peut faire La°-. 203, 19 ont vaoàp eùocyia, mots au sujet desquels ci-dessus. les mêmes réflexions que
31. a6iouS]
Tin UN»).
rca-cepa

auxwv

=

/>tf/<°r

La forme massorétique

WW

eorum

Jér.,

après patris robur

signifie sora

père ou

t7 es*

père.

La traduction /ewr père conviendrait à aêiap ou plutôt à aêioup qui se trouve encore dans ms. a„ en cet endroit même. Les on. rat. Lag.
180, Il -y.rrl? Ipxôpevcç et 186, 7 mrriip ispo<repx*|Asvoç ont cru trouver à la fin du mot la racine v;\ ils n'ont aucun égard pour la forme

hébraïque. La traduction des glossae Colbertinae Lag. 201, Il appartient à un autre mot. 32. eXeafop] 9sou fo^uç o«. cois/. Lag. 162, 31 (après 8eo3 (io^8eta). Saint Jérôme a reconnu le sens précis de 17" dens meus adiutor sive
:

dei adiutorium. L'auteur de notre interprétation avait peut-être en vue le mot"" ou bien a traduit trop librement; son explication est au deuxième rang dans on. coisl., elle n'a été reçue en aucune

manière dans
33.
i<)y.[iy.p]

le

Liber interpretalionis.
r.v/.pov

ovta

=

amants

Jér.

Le début est expliqué au

moyen de l'araméen ma; l'auxiliaire être négligé par Jér. se trouve encore dans la deuxième traduction de Von. coisl. Tcixpta, ê<mv rcixpôç Lag. 199, 79. Von. rat. Lag. 192, 92 est riche en interprétations de
mauvais
aloi crimëXeia
r.v/.piy.:

("ÎO

an),

oix-ctpii.oç (?)

r\

cpoîviS ("inn).

34. aaeip] icaiîia (lire watîeCa). Saint
.4sz> vinclus

Jérôme a expliqué correctement
le fils

= Y»dn.
fils

Les onomastica ont oublié

de Coré à cause

de Jacob (héb. W«). L'explication de notre onode l'homonyme masticon n'est pas isolée toutefois, car elle se rencontre dans le xoy.oq (cf. P. G. eiç MaBOortov d'Origène, à propos de Matth. xvm, 19 il' Alexandrin peu 13, 1185 et n. 91). Huet a reconnu que le docteur

MÉLANGES.
familiarisé avec l'hébreu, hebraicae linguae

85

parum

consultus,

avait

confondu
35.

ici les

eXxfcvat]

deux racines IDX 8sou y.Ttcn; (corr. en
;

lier et "lDi discipliner, corriger.
KTYjatç)

iw. cois/. Lag. 163, 40
20*2,

= De/
Les
ïj

possessio Jér. (Sa et n:p).

Les gl. colb. Lag.

66 ont Gsîj
;

y.-^^a.

on. vat. ont W/yzjjy. oi;a, 182, 7; .r/jsç o£;a, 183, 31
190, 39; Origène (/oc. cit.) a
ôsoti

Ôesj y.T^aiç

ci';*,

*rï}aiç

(qq. mss. y.pwTcu)

quia

été

traduit par l'ancien interprète latin suivant l'orthographe de notre

ms.

y.T'0-i;,

creatura.
zi-tcc. Cette explication
était écrit a6iaaap,

36.

a6ia<ra<ï>] rca-rjp

provient sans doute d'un

orthographe de AB bfïnqru, par Vallarsi dans son édition de saint Jérôme, ad Latina vêtus, suivie loc. L'interprète a dérivé de T^f et traduit un peu librement, wtorôç au lieu de îiy.w.zz. D'ordinaire, c'est la forme xàmyo qui a été commentée soit par Origène (in Matth. tom. XIV) xa-cpbq wj.^i>rrrn soit par saint Jérôme patris mei conlectio; *\UH signifie bien rassembler, mais on attendrait pater meus conligit ou pater meus conlector, plutôt que
manuscrit où ce

nom

forme abstraite rxrx\>M';r\ aSiaea?; pour expliquer y.zxo
cette

=

conlectio. Les

onomastica ignorent
piiipTOv

ils

ont eu recours à

(on. vat.

Lag. 180, 42; 187, 39), à ïr.^^y.^b\>.vr^ {on. vat. Lag. 180, 52) et à (juvayor/Yi (on. vat. Lag. 187, 39). Dans la traduction de notre ms.
il

n'y avait pas lieu d'introduire le

pronom de

la

première personne

puisque l'analyse laissait 2x et "W*, mais l'interprétation
d'Origène devrait l'avoir;

du

tôjxoç

dans worpbç my.-^r;-^ je remarque une tendance à négliger le pronom, tendance déjà remarquée dans les gloses du ms. de Pie IL Le commentaire d'Hésychius de Jérusalem
connaît pour zsxo deux interprétations v.z'-r,; et tjwayuiyfi (i). 37. ipotmeX. Les trois dernières lignes marginales du manuscrit
:

sont

:

z-oy.x-.'.y.

|

Uz-jQ-z[j.y.-z[z]
|

yeiSojAsvoç.

Ces trois lignes corresponles interprétations
ov.îzy.vtzz.

dant aux deux noms ©outiA
suivantes
:

et sivesç,

on obtient

©oims\]

z-.o[j.y-.ix

Osou

et

©iveeç^

dTO[AaToç

Nous

avons, pour nous aider à comprendre la traduction de ©outisX, les —iv.a ou a-.z\).y. tpouâ gloses du Marchalianus à propos de Ai'êueç

=
:

:

zt.3vjJ.vov-o: et les

traductions de saint Jérôme

et Futiel oris declinatio dei.

Fut oris declinatio (2) D'après ces étymologies, Fut (ou ©eue)
:

serait

composé des deux éléments

H9, bouche, et rraJ, incliner.

Que
oris;
ori-

faire de z-z^y-ix? question difficile à oscillum, petite bouche; ce n'est pas tout à fait le declinatio
:

résoudre

z-zy.x-izv

signifie

d'autre part on ne s'explique guère par quelle transformation
(1)

un

Cf. l'Interpretatio

Psalmorum B. Athanasil
noms du

qui est l'œuvre d'Hésychius dans P. G.

27, par ex. 843 et 943.
(2)

Explication donnée dans les

livre de la

Genèse (Lag.

6, 11).

86

REVUE BIBLIQUE.
ffTojj.a

ginal

gwjoxXivovtoç aurait

donné

cet avatar. Qu'il suffise d'avoir

reconnu identité d'analyse entre l'explication de notre onomasticon et celle que saint Jérôme admet en troisième ligne, après hic (adv. loci) déclinons deum vel declinans deus qui supposent n'3, ici au lieu de
HB, bouche.

38.

ipivesç] <szo\>.a-oq ov2o[j.v/o;

= ori parcens
dpi

.1er.

DrCS, forme mas-

sorétique, est à

la

base de cette interprétation où la finale on: est traitée
(rac. Din),

comme une

dérivation du verbe

épargner. Ori par-

cens est la première explication proposée par saint Jérôme, qui donne
ensuite vel ore requievit sire ori* augurium.

Quelques réflexions en terminant
dire

:

outre mesure sur le caractère origénien

nous ne voudrions pas insister et par là nous entendons

des interprétations au moins époque ou milieu d'Origène que nous avons relevées. Cependant, là où une œuvre authentique d'Origène nous permet de contrôler la traduction de trois noms, le manuscrit de Pie II s'accorde parfaitement dans deux cas avec le
tcjj.cç
'.5'

sic

Maôôaîov

:

v.r^p

=
il

r.y.<.z,ziy.,

eXxoçvos

=

Ôeou XT^trtç, il diffère
et

une

fois

pour

aSiaaao. Mais
il

ne

suffit
:

pas de dire deux d'un côté

un de

l'autre,

importe d'apprécier

dans le cas dissonant,
aê-.aaxp et

il

y a

d'une part interprétation de la forme rare
celle de la
;

d'autre part

forme plus fréquente aSuxtraç de ce quOrigène ait expliqué xSiaaa? dans le ~z\).zz i5' zl; Ma98a?ov, il ne s'ensuit pas que aêtacap n'ait pas été traduit dans son milieu ou même par lui rcar/jp tzukoç. rcaiâeta D'autre part, l'accord est très remarquable dans y.ar p d'Origène ou que luicette fausse étymologie, qui circulait à l'époque môme a maladroitement inventée, ne se trouve nulle part, sinon dans
t

=

:

son commentaire
la liberté

et ici.

D'autres faits encore plaident l'antiquité de nos gloses; et d'abord,

de leurs interprétations, leur mauvaise qualité si l'on veut, mais en matière de traductions, l'histoire des Septante et de leurs recensions nous enseigne assez qu'on va généralement du moins littéral au plus littéral. Les omissions signalées du pronom jxou, de la
particule

négligences de copiste,

de yqpGMv) pourraient être comptées comme si elles étaient isolées, mais elles font groupe, révèlent un procédé que nous trouvons justement dans le r.axpzç
b/.eï

(trad.

cwaytùfii d'Origène; c'est encore
il

un argument de minutie,

peut-être,

n'en reste pas moins qu'il s'ajoute aux autres.
Enfin, plusieurs
fois,

lorsque les étymologies proposées sont plus

MELANGES.
singulières

87

dans la
ainsi,

que de coutume, elles ont été remisées au dernier rang" liste de saint Jérôme; pourquoi celui-ci les aurait-il placées
à l'écart, sinon parce qu'il les réprouvait?
Il

comme

ne les

accepte, semble-t-il, dans le Liber interpretationis, qu'à titre d'explications traditionnelles,

pour ne pas étonner

ses

contemporains, en

manifestant une défiance trop absolue à l'égard d'un onomasticon estampillé aux noms d'Origène et de Philon. M. Klostermann a pensé que les gloses marginales du Marchalia-

mis

(1)

se rattachaient

comme
;

ses variantes hexaplaires à la collec-

tion origénicnne de Gésarée

celles

du manuscrit de Pie

II

provien-

nent, à ce qu'il semble, de la

même

source et valaient bien à cause

de cela l'honneur d'une publication spéciale.
Rome,
le

30 octobre L912.

Eugène Tisserant.
Loc.
13G
«

(1)

cit., p.

:

...

eine Anzahl von iibersetzten Eigenn amen, die so gut wie sicher
...

dera Origenes zuzuschreiben

sind

».

CHRONIQUE
I.

JÉRUSALEM. FOUILLES AUX ABORDS DE LA TOUR PSÉPHINA.
le

en mémoire, une tour monumentale qui protégeait l'angle nord-ouest de la ville développée sous Hérode Agrippa. L'historien Josèphe, dont elle excitait l'admiration, nous a livré sur sa nature et son emplacement quelques
Pséphina désigne, ainsi que tout

monde

l'a

qu'on voudrait plus circonstanciés (1); ils suffisent toutefois à en déterminer la position sur le site couvert par les ruines dites Qasr Djdloud et partiellement occupé aujourd'hui par le collège et le pendétails

sionnat des Frères des Écoles chrétiennes.

cours de l'été dernier divers travaux d'agrandissement des constructions firent apparaître quelques débris antiques. Avec une obli-

Au

geance empressée, dont il m'est très agréable de lui exprimer ici toute ma gratitude, le Très Honoré Frère Directeur voulut bien signaler à l'École les fouilles qu'il entreprenait et les premiers résultats qu'elles
avaient déjà fournis. Dans toute la durée des travaux la plus entière liberté nous a été laissée d'aller et de venir aussi bien à travers la
fouille

de l'Établissement, pour opérer des raccords de niveaux, ou revoir quelque détail des beaux restes de constructions anciennes si habilement respectés et protégés dans l'édifice neuf. Les chers Frères du pensionnat nous ont, d'autre part, secondés

que dans

les sons-sols

en mainte circonstance de façon

très expérimentée, et je dois enfin à

l'amabilité de l'excellent Fr. Elisée

un relevé d'ensemble du Qasr Djàavoisinant qui a simplifié beaucoup notre loud.etde tout le quartier
propre tâche (voy. fig. 1). Les premiers sondages avaient mis à jour une grande porte [A et fig. 2) assez énigmatique au premier aspect, mais devenue promptement intelligible quand la fouille eut progressé. En son dernier état elle trahissait un remaniement sommaire, non sans adresse dans sa
visible brutalité.
(1)

Pour s'épargner
2 s.

la

suppression de quelques ruines,
p.

Guerre juive, V, 4,

Voir provisoirement RB., 1908,

195 et 360

ss.

.ES

RUINES DE LA TOUR
-

PSEPHiNA

à

Jérusalem

1876

- r

-

y

'--;

-

Fig.

I.

Le quartier

<!e

Qasr Djàloud. (Relevé du T. H.

Fr. Elisée.

Fi?.

-2.

Plan développé de la zone fouillée eu

191-2.

00

REVUE BIBLIQUE.

un niveau, l'architecte de cette restauration avait remblayé la base élégamment moulurée mais mutilée des anciens piédroits et substitué au seuil détruit un fût de colonne en calcaire, a. Quoi qu'il en ait pu être à l'origine, la porte ainsi reconstituée était prévue comme une porte charretière. En effet, sur la colonne couchée en guise de seuil deux entailles transpeut-être aussi par le désir de modifier
versales avaient été pratiquées pour éviter le glissement des roues, et
il

est

office d'ornières.

manifeste qu'elles ont fréquemment ou longtemps rempli leur Leur écartement axial est de l m ,30et leur écartement

minimum

de

1'"

à 1"',05. Les débris de l'ancien seuil, qui semble avoir

deux remployés à contresens, comme le montre leur forme. L'intérieur de la porte, face orientale de la tranchée, n'a pu être exploré (1). A l'extérieur, l'espace délimité par les deux piles avancées C et D n'était qu'un amas de blocs d'appareil en éboulis. Vers la base apparaissaient les traces d'un pavement grossier à peu près de niveau avec les dalles remployées c et d; au-dessous, une petite couche de ruines et le roc fruste vêtu encore par endroits de
été fait de lourdes dalles, ont été dispersés, à l'exception des
c et d,

fragments extrêmes,

quelques centimètres d'argile rouge. Dans ce remblai lonne

s'est

trouvé

enfoui un autre tronçon de cod,

assez semblable à celui
utilisé

qu'on a
tout

en manière de

seuil et qui pourrait

même

être
la

bonnement
colonne.

le

sommet de
il

même
cile

Sous cette refaçon

a été fala

de

reconnaître

porte

primitive avec son niveau plus
bas, son seuil plat et les jolies

bases sculptées sous les pilastres
saillants qui encadraient le seuil

Une base de colonengagée (fig. 3) reproduit strictement les mêmes moulures et porte l'empreinte du
(cf. fig. 6).

nette

même
- Case provenant d'un

ciseau

;

elle avait été re-

montant de
fig. 4.

la

porte primitive. Cf. a

mise en œuvre comme élément de remplissage côte à côte avec
(fig. is.).

un superbe chapiteau de
(1)

pilastre

composé

Au

N. le massif C

Une

fosse

dégoût y

est installée

depuis longtemps.

CHRONIQUE.

0!

bute presque immédiatement contre le rempart sans liaison avec lui. Le développement de la pile D au S. est encore indéterminé. Il subsistait deux et trois assises d'appareil dans ces piles (fig. 6). Le caractère

Vi^.

1.

Chapiteau de pilastre appartenant à l'encadrement de

la

porte primitive.

de ces belles assises, leur taille à stries diagonales et <;à et là une marque latine de tâcheron ne laissent aucun doute sur l'origine du monu-

ment à l'époque médiévale. A quelques pas de
l'intérieur de l'édifice, des cons-

on peut

voir,

dans

tructions

l'ranques,
,

d'aspect

yy

o.?:?

r,

-,;<-* ---«.^->

identique
restes

superposées
Plus

aux

hérodiens de
Pséphina.

l'antique
explicite
le

tour

encore en ce
ture,

même

sens est

témoignage des pièces de sculpCroisés dans le courant
siècle. Mais

œuvre bien évidente des du xn c
avant de préciser la

date de cette porte, mieux vaut

achever
et

le détail

de la fouille
Fig.
,">.

examiner ensuite d'ensemble

Plan du chapiteau médiéval,

au

lit

de pose.

les résultats acquis.

Une large tranchée poussée à l'occident jusqu'à l'angle du rempart moderne ne traversa d'abord qu'un remblai vulgaire et de récente

M

02

REVUE BIBLIQUE.

complètement stérile au point de vue archéologique. A la profondeur de 2 mètres en moyenne, le sol de la tranchée se hérissa de crêtes de blocs parfois si volumineux qu'on eût pu croire à des endate,
tailles

pareil gigantesque,

de carrière. Or c'était bien pourtant un chaos de pierres d'apoù dominait le style à bossage proéminent et fruste,

Coupe sur nri du plan

tig.

-2

et élévation

de

la porte.

non toutefois sans alliage de refend plus élégant (fig. 7). Quelques fragments moulurés, une grande auge creusée apparemment dans un ancien bloc d'appareil, surtout une remarquable quantité de boulets de pierre dont l'un ou l'autre peut peser de iOà 50 kil. entaillaient
cet éboulis.

Du

reste pas

un

tesson, pas une

monnaie, pas un fragment

H.lf l|-|'r'",;-'iT

)

111ËI W~S
m fa .-Ai l,lU-b:ht.
Fia.
7.
i, 19

g

il

c.og

1=0

1

1

Échantillons des pierres d'appareil antique dans l'éboulis, et fragments moulurés.

de métal dans la terre et la cendre glissées entre ces blocs. Et ce ne sous fut pas sans quelque surprise d'abord qu'on put voir apparaître, ce puissant amas de décombres, la mince couche de sol vierge couvrant l'épiderme intact du rocher. Vers l'extrémité occidentale seulement la déclivité naturelle du roc était interrompue par quelques

décrochements

artificiels, d'ailleurs

sans régularité, ni considérable

profondeur. Ces coupures s'alignaient dans

une direction N.-S. qui

traversait en écharpe le bout de la tranchée et s'engageait de part et

CHRONIQUE.

93

d'autre sous les faces ouest et nord de la muraille turque. Le fond de cette entaille, BB, était rempli par un noyau compact de maçonm nerie en blocage épais de 2 ,50 au minimum sinon de 3 mètres et
terrassiers; car, après

dont l'extraordinaire résistance déconcertait par moments l'effort des l'achèvement de la fouille et l'examen des
ruines et

du

sol, la

tranchée a été nettoyée pour créer une splendide

citerne.

Le bénéfice archéologique de ces fouilles ne se réduit pas aux rares éléments isolés qu'on vient de décrire. Leur portée bien autrement intéressante est de se raccorder de la façon la plus inespérée aux

y a cinq ans à l'extérieur du remdans l'intelligence de certains détails constatés en 1907, enfin de préciser la connaissance du relief et la nature des ruines aux abords de ce point stratégique essentiel que protégea pendant quelque temps la puissante tour Pséil

travaux accidentels pratiqués

part

(1), d'éclaircir les difficultés qui subsistaient

phina.
pointe de l'arête faitière

Les ruines encore imposantes de la tour hérodienne couvrent la fine déjà la porte 4, en relation évidente avec
;

ces ruines, est établie sur la déclivité occidentale vers l'ouàdy elMeisé. Déclivité douce d'abord jusqu'au point où la traverse l'antique

muraille démantelée

(fig. 8). Aussi bien ne sera-t-il douteux pour personne que les fondations massives, incrustées dans la roche et presque indestructibles, découvertes par les nouvelles fouilles n'aient été préparées pour un rempart. Et précisément les voici s'adaptant

avec spontanéité à

la ligne identique déjà connue à l'extérieur. Ce ne sera donc plus par la simple et logique hypothèse des savants officiers du Survey anglais de 1865, mais par une constatation positive que sera déterminée la marche du rempart antérieur à celui de Soliman à cet angle N.-O. de la ville. La soudure très précise des deux sections dans une ligne parfaitement droite substitue à l'invraisemblable angle vif de la clôture turque actuelle une paroi obliquement tracée, dont le calcul était parfait pour amener aussi prudemment que possible un rempart vers la crête qu'il s'agissait de franchir d'ouest en est. La marche du fossé constaté en 1907 confirmerait d'ailleurs au

mieux cette direction de la muraille s'il en était encore besoin (2). La principale énigme posée par les constatations partielles de 1907
Voy. RB., 1908, pp. 267-275 et pi. i-ir. remarquer à quel point ces faits achèvent d'anéantir la chimère d'un rempart qui serait encore amorcé à l'angle NO. actuel et que la belle carte de M. Kuemmel par exemple dessine avec énergie, non sans compliquer d'une erreur notable de pla(1)
(2)

Inutile de faire

cement une interprétation erronée de M.

Scliick;

cf.

RB., 1908,

p. 274, n. 2.

Quant au

94 était

REVUE
l'apparente interruption

BIBLinl'E.

du fossé à 17'" de l'angle moderne, vers Le raccord désormais précis du mur ancien avec cette saillie rocheuse donne toute la vraisemblance possible à l'hypothèse d'une porte installée dans ce flanc sous la protection très efficace de la Psél'orient.

même en relation immédiate avec ce formidable développement intégral ne nous est pas encore et ne sera probablement jamais connu. L'attribution chronologique s'éclaire notablement aussi. L'absence radicale de vestiges d'habitations dans l'angle intérieur, depuis le rempart jusqu'à la porte A, témoigne que ce coin extrême de la cité
phina, peut-être
bastion, car son
niveau

adueL

d# la

cour

Fii?.

s.

Coupe sur

mm

du plan

lig.

2 et relief naturel <Ie la colline.

ne fut qu'assez tard inclus dans le circuit fortifié. Le monceau de blocs en éboulis où se mêlent surtout des boulets de pierre, souvent éclatés

par la violence du choc, atteste la ruine systématique d'un rempart à l'issue d'une lutte opiniâtre. Parmi les pièces mesurées reviennent avec une extraordinaire fréquence des hauteurs de l m ,12, l m ,145. m l ,19. Il ne saurait être fortuit que ces hauteurs soient précisément
les

mêmes que dans

certaines assises des remparts ou d'autres édifices
la ville.

hérodiens demeurées en place sur d'autres points de

On

se

rappelle aussi que des matériaux analogues ont été remis en

œuvre

autour de l'angle NO. dans la muraille de 1538
raison attentive

(1),

pêle-mêle avec
cette

des pierres à refend médiéval d'un galbe tout autre. Une compa-

du grand chapiteau de

pilastre

noyé dans

mu-

raille disparate (2)

avec celui de la porte

fig. 4)

oblige à l'attribuer

A parait impliquer un où le monument médiéval successeur de la tour Pséphina communiquait par là directement avec l'extérieur.
aussi à l'époque des Croisades. Enfin la porte
état
canal
s,

sur lequel on a maintes fois trop spéculé,
sa position

combien
quité.
(1) Cf.
(2)

même

(lig.

1,

2,

6,

8)

il suffira de noter pour le moment témoigne peu en faveur d'une bien baute anti-

RB., 1908, p. 271
s.

s.

et pi.

I.

Ibid., p. 272

et pi. n.

CHRONIQUE.
Les vicissitudes de cet angle
fortifié se

9o

conçoivent dès lors ainsi.
er

Quand

les

ingénieurs d'Hérode Agrippa

I

,

vers k\

de notre ère,

nouveaux quartiers le tracé du troisième rempart, la nécessité d'une marche rationnelle dicta la position de leur ligne au flanc occidental de la grande colline. Au point où le nouveau mur devait se souder à la tour protectrice, une certaine surétablirent autour des

encore de toute construction se trouva englobée dans les habitations ne l'envahirent car, après une assez longue interruption, il fallut achever en toute hâte le « grand
face
libre
le

circuit.

Jamais

;

mur

»

;

les

effroyable et Titus faisait
rieuses sur les ruines

Romains étaient aux portes. Quelques mois de camper une partie de ses légions

lutte
victo-

mêmes

de la Pséphina, pour y préparer l'assaut
cet

des remparts intérieurs. Après la ruine lamentable qui suivit la vic-

extrême de la ville aucune part à la résurrection éphémère sous Barkochébas. Laissé hors du périmètre de la colonie fondée par Hadrien, il demeura par conséquent aussi en dehors de la ville chrétienne. Au contraire, les ruines de la tour voisine semblent bien avoir passé par une série de transformations que ce n'est pas le lieu de chercher à suivre. Le premier état de la porte A appartient à l'une de ces restaurations celle des Francs au xii e siècle. Après la tourmente où devait sombrer la capitale du royaume latin, on ne sait trop ce qui subsistait du monument; mais un passage de la chronique de Moudjir ed-Dîn se présente à point pour expliquer la restauration attestée par le dernier état de la porte. Parmi les œuvres que le sultan Bibars accomplit à Jérusalem est mentionnée « la construction du khân situé en dehors de Qouds l'illustre, au flanc nord-ouest et connu sous le nom de khân ed-Dâher ». 11 y fit « établir un four et un moulin, constitua un imàm pour la mosquée qui s'y trouvait » et le pourvut de dotations considérables, à charge d'héberger libéralement les voyageurs (1). L'adaptation est spontanée entre cette description et l'ensemble des ruines du Qasr Djdloud. La porte est remaniée dans un goût qui s'accorde bien avec les procédés du temps; et il ne viendra certainement en l'esprit de personne d'objecter qu'une simple restauration ne réalise pas toute la valeur du terme amara, « il construisit », chez le chroniqueur arabe. Rien ne se conçoit mieux, pour une entrée de khàn, que cette porte au seuil infrangible, dont les ornières ont été polies sous le
toire

définitive

des Romains,
et

angle NO.

d'Agrippa demeura désert

n'eut

:

(1)

Histoire

diffèrent

de Jérusalem et d'Hébron, éd. ar. du Caire, p. 434. Quelques dans les extraits traduits sur un manuscrit par M. H. Sauvaire (p. 239).

détails

96

REVUE BIBLIQUE.
de chars innombrables. De
la

grincement lourd
être
qu'il ne

disposition inté-

rieure les fouilles d'antan eussent

pu

reconstituer

un peu plus peut-

demeure

possible aujourd'hui. J'allais dire pourtant

que rien ne manque des éléments essentiels dans la fondation de Bibars, si ce n'est tout au plus le moulin; car pour évoquer le souvenir du four et des distributions de pain, voici une grande boulangerie installée à l'extrémité orientale du groupe de ruines (1) et la mosquée annexe est toujours là, un peu minable et oubliée c'est la qoubbeh de Sitty Qamreh, dont le nom. fort inconnu à la plupart des citadins cosmopolites, est le mieux conservé par quel:

ques vieillards de Lifta, le village qui lui avait été partiellement
attribué en ou aqf

ou

fief.

Moudjir ed-Dia s'apitoyait que la péjoration des temps eût annihilé toutes les dispositions bienfaisantes de Bibars. Les siècles ont
progressé beaucoup
et
le

chroniqueur mélancolique se consolerait

sans doute, à voir combien mieux encore de nos jours, dans l'établissement une dernière fois rajeuni, une charité intelligente et

dévouée
tent (2) ».

se

consacre à

«

améliorer
ici,

l'état

de ceux qui

le

fréquen-

Et les Frères qui sont

depuis tant d'années, les bien-

faiteurs discrets et inlassables de

plus, bien mérité

vaux de fouilles une connaissance plus précise de
NO. de
la ville et

légions d'enfants, ont, une fois de de l'archéologie en complétant leurs habiles trapar les fructueuses recherches d'où est résultée
la fortification antique

à l'angle

des dernières vicissitudes de la tour Pséphina.

II.

LES FOUILLES ANGLAISES d'aÏN SKMS.

trouvailles

Depuis la note pleine d'espérances de l'an dernier (3), de fécondes rémunèrent les sacrifices du comité anglais et les efforts

de MM. Mackenzie et Newton sur le tertre d'Ain Sems. Abandonnant la mise à jour complète du rempart qui n'offrait plus qu'un intérêt
secondaire, une fois connue la majeure partie du circuit, les explorateurs ont concentré leurs investigations sur les nécropoles déve-

loppées en ceinture aux flancs du tell en dehors des murailles et sur la partie centrale de la plate-forme où fut Beth-Sémès. Une série

de riches mobiliers funéraires ont fourni des éléments qui seront
(1)

Cf. fig.

1.

Dans

le

mur

septentrional, au point x, est remployé un
la fig.

grand chapiteau
:

de pilastre de
p.

même
:

style

que celui de
-';'~'

4 et depuis longtemps signalé

RB., 19os.

273, n.
(2)

1.
i~> ,.

Lot: laud.

r

J'^ ~~-^'.

3

RB., 1912.

p.

111 SS.; cf. 631.

CHRONIQUE.
très

97

précieux pour l'histoire du développement de
tandis que
les

la

civilisation
les

palestinienne,

constatations faites

dans

larges

tranchées de l'esplanade fixent les phases mouvementées de l'histoire spéciale

de Beth-Sémès.

On

se rappelle

que M.

le

D r Mackenzie

les

résume en

trois
«

grandes

périodes auxquelles conviendraient bien les rubriques

indigène et

cananéenne », « philistine », « israélite ». La l ro s'étend des origines lointaines dans le troisième millénaire jusque vers la fin du xv° siècle avant notre ère; elle est close par un cataclysme formidable qui ensevelit pour un temps la ville entière sous la cendre. La renaissance dans la seconde période est caractérisée par la culture philistine, qui désormais prend corps dans l'archéologie de cette contrée. Vers la fin du xn e siècle la conquête israélite implante dans la cité dont elle a ruiné à tout jamais les fortifications une culture plus hétéroclite que nouvelle, car elle est faite entièrement des traditions artistiques du passé; mais elle les anime par des sentiments et des besoins nouveaux. Sennachérib s'écartera un jour de sa route, en montant de Lâchis, pour anéantir la petite cité israélite et la mort y règne depuis ce jour. La multiplication des sondages reproduit invariablement le même schéma d'où les heureuses surprises de détail se chargent d'éliminer toute monotonie.

Au nombre

des plus

récentes, des plus attrayantes aussi, doit être

mise la découverte d'un haut-lieu qu'on pourrait croire aménagé sur le modèle du sanctuaire célèbre de Gézer (1). Combien, hélas, moins
respecté par les

hommes ou par
le

les siècles

!

Les cinq grandes stèles

qui en constituaient

plus remarquable élément ne se dressent plus

sur leur primitive plate-forme, mais gisent renversées, non sans conserver,
tions

jusque dans cette ruine, un certain alignement. De proporà peine inférieures à
celles des pierres levées

moyennes

de

Gézer, elles en ont aussi le caractère fruste; à peine sur l'une ou
l'autre relèverait-on

l'ensemble elles ont cependant une
stèles

quelques touches d'un ciseau en silex. Dans physionomie plus marquée de avec leur épaisseur plus faible, leur double face relativement

plane et leur

sommet comme arrondi. A ce

dernier détail près, le reste

pourrait être mis au compte de la formation naturelle clans le lit de carrière où les blocs furent pris. Il demeure qu'on a voulu donner à
leur tête

une certaine régularité qui les rend comparables sans anomalie à des stèles funéraires. Frappé de cette analogie, accentuée par
1

Mackenzie, Quart. StaL, 1912,
ss.

pp.

171

ss.,

sans documentation

graphique.
II,

Sur

le
;

haut-lieu de Gézer, voir maintenant Macalister,
cf.

The Excavation of Gezer,

381 ss.

Vincent, Canaan, pp. 109

REVUE BIBLIQUE 1913.

N. S., T.

X.

7

98
la

REVUE BIBLIQUE.

fréquence d'une sorte de colonnette presque de même forme utilisée dans la fermeture de certains hypogées de Beth-Sémès, M. le D
tale

r

Mackenzie a cru pouvoir en déduire une notion religieuse fondamendu haut-lieu que nous allons résumer. Ajoutons seulement au
préalable que le cailloutis sur lequel paraissent avoir été fondées
stèles est situé

les

dans la couche

«

philistine

»

et qu'après avoir

traversé un amas à peu près stérile de remblai pour atteindre le sol primitif et le roc, les heureux explorateurs ont atteint les orifices

d'une double caverne complétant jusqu'au bout l'étroite similitude avec Gézer. La campagne touchait à son terme par suite des rigueurs de la canicule. On a dû se contenter d'une première reconnaissance

dans

les

cavernes de Vadytum; juste

le

temps de constater qu'elles
rs

regorgeaient de sépultures intactes, avec de copieux mobilie
sera la reprise

datant

des plus lointains âges historiques sur ce coteau. Combien alléchante

du labeur, dans

la tiédeur

clémente de l'automne,
!

pour inventorier avec circonspection ce trésor archéologique Avec ce qu'on sait dès maintenant, on z, l'impression que la double caverne n'a été divisée que dans la suite des siècles. Une partie, renfermant les plus archaïques sépultures, aura été murée plus ou moins complètement. Le reste continuant de faire fonction à'adijtum pour le sanctuaire, on a dû en modifier l'orifice et le protéger à mesure que s'élevait le niveau extérieur. D'âge en âge la plate-forme des stèles aura été relevée chaque fois qu'une trop grande accumulation de ruines menaçait d'enfouir les stèles, et une manière de puits s'est construit en même temps par degrés sur l'oritice rocheux de la caverne. La couronne supérieure de cette entrée artificielle parait affleurer le niveau israélite; l'esplanade des stèles semble au contraire un peu plus bas dans la couche philistine. C'est donc apparemment l'orthodoxie israélite qui, vers la fin du xn siècle ou le commencement du xr", aura brusquement mis un terme à l'évolution de ce haut-lieu inauguré au moins mille à douze cents ans plus tôt. Et voici maintenant en raccourci sous quelle forme cette évolution
e

conçue par M. Mackenzie. aux blocs plus ou moins volumineux, plus ou moins aussi analogues à des tronçons de colonnes qu'il emprunte le point de départ de son hypothèse. Il estime qu'à l'origine on aurait érigé dans la sépulture, ou mieux, au-dessus ou aux abords immédiats, une
est
C'est

pierre

commémorative du défunt pour y
sorte à

servir d'asile à ses

Mânes

et

l'incarner en quelque

nouveau, surtout pour délivrer les vivants de ses importunités. Avec le temps, cette stèle commémorative prenant un caractère magique plus accentué, on l'aurait employée

CHRONIQUE.

99

comme une manière de

sceau protecteur dans la fermeture de s la

tombe. Quand on voulait rouvrir l'hypogée et évoquer le souvenir du mort, on redressait le bétyle et on le faisait participer aux offrandes; la fête funéraire achevée, le mort était de nouveau emprisonné sous le sceau fatidique de son bétyle. D'où auraient procédé, par un long- 'développement, cinq phases aboutissant à l'idée d'une divinité céleste. Dans la première, le bétyle

qu'un ancêtre, théorique la plupart du temps, parfois cependant le chef connu d'une famille. Dans la seconde, cet éponyme familial incarné dans une pierre devient le bétyle d'un clan ce bétyle est associé aux réunions communes et au moyen de rites magiques
n'est
;

suffit à

rendre présents les aïeux de chaque famille. Mais la lignée

d'ancêtres s'allonge et dans le troisième stade les clans, groupés en tribu, finissent par canoniser à l'amiable leurs éponymes respectifs

quelque part un alignement permanent de ces ancêtres héroïsés : sénat divin où la tribu pourra, le cas échéant, incoret c'est la quaporer quelque nouveau membre. Elle pourra aussi retirer temporairement son mandat divin à celui de trième phase ces titulaires qui cesserait de se montrer bienveillant et secourable dans les affaires d'ici-bas. Mais parvenu à ce point le bétyle perd sa notion primordiale et se conçoit finalement comme approprié à l'habitat transitoire possible d'un dieu qui n'a jamais rien eu de terreset l'on constitue

tre

:

cinquième

ot

dernière phase.

M. Mackenzie expose avec beaucoup de verve cette esquisse où se mêlent des théories qui furent, depuis quelques années passées,

beaucoup plus en faveur qu'elles ne le sont aujourd'hui en certaines écoles d'historiens des religions. La discussion de détail en serait longue, superflue du reste pour la plupart de nos lecteurs (1), et les nuances à introduire dans l'interprétation du sanctuaire laissent tout son intérêt à cette splendide découverte. Une autre, qui est seulement
amorcée par
les

dernières couffes de déblai enlevées avant la suspen:

c'est l'osion des travaux, ne pique pas moins vivement la curiosité rifice d'un grand puits ouvert sur l'esplanade du tell, au voisinage de

la porte méridionale.

On songe invinciblement aux
les villes

habiles installa-

tions hydrauliques

par les cananéennes exemples magnifiques de Jérusalem, de Gabaon, de Gézer, etc. Beth-Sémès, qui vient de révéler un haut-lieu si apparenté à celui de Gézer, livrerait-il aussi, par fortune, quelque descente secrète à l'eau comparable de près ou de loin au tunnel de Gézer...?
dans
attestées déjà
(1)

On

se reportera spécialement à l'article
les rel. sémitiq.,

du P. Lu:rance, SB., 1901, pp. 223
éd. pp., 197 ss., et 314 ss.

ss.,

ou

à son

ouvrage Études sur

T

10o

REVUE BIBLIQUE.
UNE INSCRIPTION GRECQUE CHRÉTIENNE A

III.

AMWAS.

Le R. P. Paul, de la Trappe &el-Athroun (Latroun), a eu l'aimable obligeance de communiquer à la Revue une petite inscription chrétienne
le

récemment exhumée par des chercheurs de pierres à bâtir, sur à' 'Arnicas, c'est-à-dire sur remplateau situé à l'ouest du village

La description qui une dalle en marbre blanc, accompagne l'estampage note que c'est m ,60 0'V20, brisée à gauche; caractères nettemesurant environ
placement de l'ancienne
Nicopolis.

Emmaûs -

X

ment

tracés, hauts

de

ni

,0io en

moyenne

et

d'une lecture

facile. Et

présence du le savant religieux ne s'est pas trouvé au dépourvu en seulement vu au premier coup d'œil la formule fragment. Il y a non

du signe de la croix, mais a retrouvé en sa mémoire un autre fragment épigraphique, découvert il y a quelque trente ans à Amvvâs et
brièvement signalé en 189i par le R. P. Germer-Durand (1). Je n'ai eu qu'à rapprocher du fac-similé soigneux du R. P. Paul un schéma du fragment dont il signalait lui-même l'existence pour rendre évidente sa très judicieuse restitution de ce petit texte
fig.

9)

:

souhait

pour
a
b c

la cité

chrétienne de

d

Nicopolis, ou plutôt, sim-

+

€i®#!ATÎ^TÔC+!
CCOCKAÂYh

ple «*f«»ati,m
tive, à la suite

admira

^Yl#ï-KAnôYfrN€Y

d'une pro-

fession de foi. Car on ne

Fig. 9.

Inscription chrétienne cT'Amwâs. a fragm. déjà publiés: b encore inconnu; c et d récemment

pourra hésiter, avec lui, que sur le choix d'un seul mot, soit au subjonctif, -j/,irr par exemple, par

"^A(

découverts.

au présent. Dans cette seconde alternative les formules usuelles hnfrOii ou g<mj s'offriraient le plus spontanément. Tout bien considéré, on donnera sans qui s'harmonise le mieux avec le débris de doute la préférence à
1,

ayec

ps

^^

soit

-/.a*/.-/;,

lettre.

A, très net au bord de la cassure et avec le nombre de lettres possibles dans l'espace nettement délimité dont on dispose. L'inscription évoque tout de suite le cri enthousiaste de Balaam, transporté à

la vue des tentes d'Israël [Nomè. xxiv, 5 Ainsi se rejoignent, grâce à la sagacité du R. P. Paul, des frag.

ments disloqués depuis plusieurs siècles peut-être et inutilisables isolément. Depuis qu'il l'a reconstitué, ce petit document a son inté(l)

RB., 1894,

p. 255,

en transcription typographique.

CHRONIQUE.
rêt historique,
ses

101

en dépit de son apparente banalité littéraire. A en e il n'est pas postérieur au iv siècle juger par de notre ère. Or à cette date, dans l'antique Emmaiïs macchabéenne, devenue la cité romaine de Nicopolis, des groupes ethniques et religieux très variés cohabitaient des Romains à coup sûr, des Samaritains, M. Clermont-Ganneau en avait fait la preuve très perspicace avant que des trouvailles épigraphiques variées l'eussent rendu la Revue a cru pouvoir l'établir manifeste, des Juifs aussi
formes graphiques,
:

naguère

(1).

— —

En

face des textes lapidaires de diverse nature qui

attestaient l'existence

de ces communautés,

le petit

groupe chrétien

dut vouloir s'affirmer aussi, surtout quand régna de nouveau la paix

en faveur de l'Eglise. L'humble dalle aurait pu quelque part, à l'entrée du quartier chrétien, ou sur la porte de l'église. Et tandis que, sur un chapiteau de leur synagogue, les Samaritains gravaient, dans la langue officielle de la cité,
romaine
et cette fois

s'afficher alors

E-.r ©sec, comme une protestation un peurogue opposée au syncrétisme religieux des Romains, les Chrétiens s'emparaient judicieusement d'un mot fameux de la Bible pour

leur profession de foi monothéiste,

déclarer leur présence et

ils

manifestaient avec discrétion leur foi et

leur confiance en la divine Trinité.

Nos lecteurs seront donc reconnaissants avec nous au R. P. Paul. milieu des rudes labeurs de colonisation et de bienfaisance qui absorbent sa vie, l'aimable et savant religieux a pris soin de recueillir

Au

ce petit texte dont

il

a

si

bien pénétré

l'utile

portée. Nicopolis n'est

plus

:

des siècles d'incurie et de misère rapace en ont extirpé

même
du

les ruines.

Au

spectacle de l'oasis admirable que l'héroïsme persévé-

rant et silencieux des PP. Trappistes a substituée aux rocailles

coteau voisin et aux marais funestes de la plaine environnante, on

songera que la modeste inscription dit encore vrai
ïlcczpbq
y.

:

'Ev
!

b>'vyj-<.

y.\

Y'.zj x(at)

'Ayîou H/iJj.y.-z;. KtxXr; r Tzokiq ^picruavwv
t

IV.

FOUILLE A L'ANGLE N.-O. DE JÉRUSALEM.

Entre

le

vallon initial .cYes-Sdhire/t et la terrasse dite

Karm

ech-

du remp art, le Haram a la possession d'un domaine réservé de temps immémorial sur les propriétés du
Cheihh, sous l'angle nord-ouest
village de Lifta. Les paysans de ce village avaient la charge de l'ense-

mencer; mais leur zèle pour la grande mosquée se refroidissant d'une année à l'autre, le domaine était d'un assez mince revenu. La
(1)

RB., 1908, p. 393

s.,

à propos d'une amulette juive.

102

REVUE BIBLIQUE.

fait céder pour y consune école municipale plus spacieuse, plus hygiénique surtout que les vieux locaux en usage aux abords du sérail, dans l'intérieur de la cité. Comme de juste, le premier labeur est le forage de la

Direction de l'Instruction publique se Test

truire

citerne

:

occasion idéale de scruter le sol en cette zone d'une parti-

culière importance dans la controverse fastidieuse

du troisième rem-

part de Jérusalem antique.

L'emplacement de
«

la citerne a été

la route carrossable et à

70 mètres environ au S.-O. du

déterminé à 30 mètres au N. de vieil arbre dit
plus grande partie

de Godefroy

»; les

bâtiments projetés doivent se développer juste

sous l'esplanade rocheuse de

Karm ech-Chcikh. La

des tranchées de fondation ont traversé seulement des remblais stériles,

révélé quelques traces d'antiques carrières, ou l'épidémie intact
la moitié

du rocher. Mais dans
pour
la

septentrionale de l'espace déblayé

tombé sur des remblais stratifiés au-dessus d'un fond de carrière. Une maisonnette avait été blottie contre la plus haute paroi de la carrière qui mesure 2 1U ,90 à 3 m les murs paraisciterne on est
;

sent avoir été rasés précisément à cette hauteur et leurs matériaux

ont été renversés sur
*-"fc.-*^.

le

pavement disloqué mais

très reconnaissable

T-sa*"* tel-ruse

niveau moyen de la. de kdrm sch-CheiJch

irfa.cn

â-ctuecté.

ouest

a-rnuidz-iseni? Je

â

haiti-

07

1" 5.

10
Fig. 10.

)

2

ô

h

5

Hzétêm

Profil

de

la

terrasse de

Karm ech-Cheikh, rampe

occidentale.

sur son

lit

de mortier de cendre noirâtre. Sur ce pavement
pièces brisées, la petite

gisait,

parmi de nombreuses
[a, fig. 10)

marmite juive

intacte

niveau les

vu découvrir. A peu de distance et au même ouvriers prétendent avoir découvert quelques monnaies et

que

j'y ai

je dois au T. R. P. Maurice Gisler l'obligeante information

que

trois

pièces acquises en effet par lui en ce chantier sont des bronzes d'A-

grippa. Sous le pavement la couche de débris,
suivant les irrégularités de
la carrière,

I,

d'épaisseur variable

contient seulement quelques

tessons de poterie juive, rares d'ailleurs.
tessons surabondent mêlés à quelques jolis

Au

contraire ces

mômes

morceaux de marbre parmi

CHRONIQUE.

103

l'éboulis de pierres d'appareil un peu fruste qui constitue, sur le m pavement, une couche, II, haute d'environ l ,10.A cet amas se superpose un lit régulier de terre noirâtre pleine de débris carbonisés, III, qui limite strictement le niveau des tessons juifs. La petite couche

il

supérieure de gravats, IV, doit avoir été assez tardivement apportée; s'y est trouvé plusieurs monnaies arabes de basse époque et un

très variés; enfin la mince couche de sol mixte, ameublé par de longues années de culture. Ce maigre butin n'est point tout à fait à dédaigner. Ajouté à des centaines de constatations identiques dans la zone qu'on voudrait inclure dans le circuit du rempart d'Agrippa, il confirme la preuve qu'en ce point du Bézétha, qui eût dû être un quartier très dense d'après l'hypothèse du mur dilaté, les vestiges d'habitat sont une parcimonieuse exception. Le cas nouveau de la maisonnette qui

amalgame de débris

V,

vient d'être révélée se conçoit facilement dans sa situation et l'état

des ruines

:

c'est

une modeste

villa érigée à

proximité de quelque

jardin et devant

un

front de carrière d'où l'on avait tiré peut-être

la muraille toute voisine. Quand le siège commença, la maison fut naturellement rasée; mais ses ruines nivelées ne furent pas autrement bouleversées. Recouvertes plus tard par quelques décombres transportés de la ville, elles ne disparaissent

quelques pierres pour

aujourd'hui qu'après avoir livré leur utile attestation archéologique.
le croquis topographique maisons nouvelles sont mises en construction dans la section D 6. L'une se dressera bientôt juste au carrefour qui fait à peu près face au Vicariat patriarcal Syrien, n" k du plan. La préparation de sa vaste citerne a fait constater que sous m la couche d'argile vierge, à moins de l ,50 sous le sol actuel, la crête du rocher demeurait absolument fruste. Espérons qu'à force

Depuis moins d'un an qu'est achevé
pi.
1,

publié dans Jérusalem,

trois

de s'accumuler des constatations positives de cette nature auront
raison des hypothèses qui servent de béquilles à

un troisième rempart

reporté loin au nord de la ligne actuelle.

V.

UN HYPOGÉR JUIF A DJIFNEH.
ville

Malgré

les

légendes talmudiques relatives à la
le

de Gophna,

les

qui en perpétue

extrêmement rares dans le village de Djifneh nom. La nouvelle qu'un hypogée juif venait d'y être découvert nous y a récemment attirés, dans le désir de ne pas laisser échapper même cette humble bribe d'information archéolovestiges israélites sont

gique.

104

REVUE BIBLIQUE.

Le village s'adosse à une colline dont la stratification rocheuse était éminemment propice à l'installation des tombeaux. En fait, il ouvert déjà un assez grand nombre; mais leur disposition et leur mobilier, dilapidés aussitôt que connus, sont depuis longtemps perdus (1). La sépulture qui vient d'être mise à jour, tout à l'extrémité septentrionale du village, dans le jardin d'une

semble bien qu'on en

ait

maison neuve, consiste en deux pièces exiguës, que détailleront assez

M^m^mac^'^J

'"'
:

iM

1 i-»| &i Mt pfr
-

£?.

a.

La

U o-ne

cd.

h.

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Coupe transversale sur

ef.

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!

witudinale sur âb. 2.Ceune [onaitudi

e
mitres.

L

_*

i

Si

0,

02

Fig. 11.

L'hypogée de Saloiné à Gofna.

le

plan

et les coupes.

Tout

est

simple

et

de chétive apparence en cet

hypogée de campagne. L'exécution est sommaire; à peine s'est-on imposé de régulariser tant bien que mal les cassures d'assises, en vue d'obtenir des parois cà peu près droites. L'agencement familier
n'appelle aucune observation.

La

petite cavité g, à l'angle S.-E., est peut-être
était

naturelle. L'ossuaire h

plein, d'ossements

disloqués,

une anfractuosité mêlés à

quelques débris de céramique et un peu de terre glissée par infiltration. Six ossuaires du type usuel étaient déposés dans la première chambre, quatre dans celle du fond. Us offrent tout au plus quelques
(1) Cf. le

sarcophage publié dans RB., 1895,

p. 96.

CHRONIQUE.
vestiges de l'ornementation
:

105

commune lignes ondulées encadrant le ou quelque branche de palme stylisée et des rosaces trachandelier cées au compas. Aucun ordre saisissable dans leur placement et il n'y avait plus dedans que des ossements effrités et de la cendre humaine pas un bijou, pas même un objet de parure, ni une menue monnaie. A côté gisaient quelques ampoules et flacons de verre, de petites lampes rondes et de rares tessons de céramique judéo:

romaine.

Tout l'intérêt de cette sépulture consiste dans le graffite gravé, non sans affectation d'élégance, dans un étroit cartouche sur le cou-

du plus grand ossuaire. La lecture évidente, EaXwu-Y] 'IaxetjjLou, « Salomé femme de plutôt que probablement s'entendre Iakimos ». Le contenu déjà bouleversé de cet ossuaire fille de n'autorisait aucune déduction. Les noms sont d'excellente physionomie juive. 'Izv.v.ij. es * dans les LXX: SaXwjXY] s'est trouvé mainte fois sur les ossuaires depuis que M. Clermont-Ganneau l'y découvrit le premier, sous les formes juive et grecque; l'un et l'autre noms sont fréquents dans Josèphe. La courte épigraphe pose sa petite énigme. Qui put bien être cette Salomé provinciale, assez insignifiante à en juger par la pauvreté du monument? et pourquoi son nom seul dans cette sépulture de famille, où des restes d'enfants en bas âge sont mêlés à des ossements de vieillards? Diverses réminiscences amalgamées pendant la mise au net des croquis de l'hypogée m'ont donné la tentation de bâtir à son provercle
doit
:

pos une façon de roman.

Chacun
leuse était

sait,

de par la sentence de rabbi Yohanan, combien popuet

On

quelle place y tenait la caste sacerdotale (1). a également en mémoire l'histoire tragique de ce prêtre Alcimos

Gophna

ou Iakimos (2) qui reçoit illégalement le souverain sacerdoce par les bonnes grâces d'Antiochus Épiphane ou de Démétrius, s'attaque au vieux Temple « bâti par les anciens prophètes » et périt misérablement, victime d'un châtiment divin. C'est dans une halte à Beerzetho.
aujourd'hui Bîr ez-Zeit sur
Bacchidès,
le

la colline

au-dessus de

Djifneh, cjue
le

lieutenant du roi de Syrie, avait proclamé

plus

offi-

ciellement la suprématie d'Alcimos-Iakîmos à la suite d'un acte de
cruelle férocité
(3).

(1) « 80 couples de cohanim, tous frères, se sont mariés avec un même nombre de sœurs en une seule nuit, dans la ville de Gofna, sans compter les autres mariages qui eurent lieu de frères n'épousant pas de sœurs, ou des lévites, ou de simples israélites » (Talmud Jerus. : Ta'aniih, traduction Schwab, VI, 191).
(2) (3)

Joskhiie, Antiquités, XII, 9,

7, §

385

ss.

Ibid., XII,

10,

2,

§ 397. Cf.

I

Macch.

7, 18

ss.

106

REVUE BIBLIQUE.
se

persuade aisément que le Syrien ait fait halte en ce lieu pour y être l'hôte de sa créature. Après l'issue funeste de cette éphémère prospérité, la famille de Iakîmos ne pouvait qu'entrer dans l'ombre. Lui, châtié par Dieu, devait être passé sous silence, si tant est que ses

On

pu parvenir à la sépulture familiale. Pourtant il avait été et son nom, de ce chef, resterait à l'histoire. Sa femme revendiqua ce lambeau de gloire et s'eu fit, par piété, un moyen
restes aient

grand-prêtre

d'échapper elle-même à l'oubli. La fragilité de ce roman s'harmonise bien avec la misère du document. Elle incitera, je l'espère, de plus habiles à trouver mieux. En
attendant la tombe de Salomé se transforme en minuscule citerne,

comme pour évoquer
puits
» (1)

encore, par une ironie cruelle,

«

le

de la sombre tragédie dont cet endroit fut

le théâtre

grand aux

jours de Bacchidès et de Iakîmos.
Jérusalem.

Hugues Vincent,
DÉCOUVERTES A TOCRMOl
S

0. P.

A VA.

A
une

37 kilomètres au nord de Jérusalem, par la route carrossable
le

qui conduit de la ville sainte à Xaplouse,

voyageur

laisse à droite
s'

petite plaine, large de sept à huit cents mètres, et

étendant
centre
village
localité

d'ouest en est sur une longueur de plusieurs kilomètres.

Au
le

de cette plaine, sur une faible éminence rocheuse, se dresse

de Tourmous'aya.

Ce

nom

ne rappelle

celui

d'aucune

biblique ni historique de la Palestine; tout au plus pourrait-on y reconnaître une certaine ressemblance phonétique avec Thormasia
(NiDDTin), lieu mentionné dans le Talmud. Le village actuel, divisé en deux quartiers ayant chacun son cheikh, peut renfermer de cinq à six cents habitants. Il n'offre rien de remarquable et, jusqu'ici, les explorateurs n'avaient signalé à Tourmous'aya que quelques belles pierres d'appareil, d'apparence antique, encastrées dans des maisons modernes, les débris d'un vieux linteau placé au-dessus de la porte de la meddfeh et un ou deux tronçons de colonne (2). La localité était connue surtout comme point de repère

pour

aller visiter les ruines

de
là,

Silo,

aujourd'hui Khirbet Seiloun,

situées à

un quart d'heure de

au nord.

(1)

I Macch. 7, 19

:

Koù

dwnjjpev Baxyjor,:

ooib

'Isço'jcra/.rifji..

xac Trapsvsêa/E/ bè

[Br,pÇr,6fe>],

xai... crjveXaêïv 7to)).o'J;... xat k'ôwcv aOxo-J; s!; xb cppéap xo
(2)

(Ae'va.

Guérin, Samarie,

II,

p. 28.

CHRONIQUE.

1

07

On ne fut donc pas peu surpris d'apprendre, au commencement du mois d'octobre dernier, qu'on venait de mettre à jour, à Tourmous aya, de très belles antiquités et en particulier un grand
sarcophage avec plusieurs « statues ». M. Mehmed Rifaat, directeur de l'Instruction publique à Jérusalem, se transporta aussitôt sur les lieux et constata la découverte qu'on lui avait annoncée. Quelques jours plus tard, il voulait bien inviter un dos professeurs de l'École biblique de Saint-Étienne à faire partie d'une nouvelle excursion à

Tourmous'aya en compagnie de M. Fehdy effendi, membre de la municipalité de Jérusalem, et de deux membres de la colonie américaine. Nous avons rapporté de cette promenade archéologique les quelques notes suivantes que nous livrons au public, telles quelles, en attendant que de nouvelles fouilles permettent de les compléter. A l'extrémité occidentale du village, sur la première pente de la
on avait dégagé, lors de notre passage le 21 octobre 1912, m soubassements d'un mur long de 6 ,25, formés d'une assise de les très belles pierres de taille alignées à peu près du nord au sud. La hauteur de l'assise était de 0"\65
colline,
et la

longueur des blocs qui la composaient variait entre 1"',52 et l"'.i:$. Ces blocs reposaient sur le rocher, à cet endroit presque
à fleur

*_.o

il

o^si
{T58

de terre,

et qui,

en avant,
-ris

à l'ouest, a été taillé verticale-

ment

à

l'aplomb du mur. Dans

cette paroi du roc s'ouvrait une grande baie au sommet arrondi, déaasée sur une hauteur de 0'".90 C
v.

et

large à la base de 2"'.i0.

Au

i~^,o

_.

_

_

_

premier abord on aurait pu croire à l'entrée de quelque chambre funéraire mais une petite fouille postérieure a montré que c'était
;

Fig. 11.

Coupe du sarcopliage.

un simple arcosolium au-dessous duquel avait été creusée une sépulture en forme d'auge, longue de 2'", 30, large de 0"\85 et
1
.

profonde de 0'",5.") A un mètre environ en avant de la paroi du rocher, gisait en contre-bas. à moitié enfoui dans la terre, un énorme sarcophage de marbre blanc, allongé d'est en ouest. Il mesure à l'extérieur 2".».">
Ces mesures nous ont été fournies ultérieurement par M. Fehdy eflendi.

(1)

108

REVUE BIBLIQUE.
1
IU

de long sur
est intacte,

,30 de large et plus d'un mètre de
le

mais
par

couvercle a été

haut (1). La cuve brisé au milieu, de longue date,

semble-t-il,
lisses

les

chercheurs de trésors. Les parois extérieures,

soin,

sans ornementation aucune, ont été dressées avec grand surtout une des grandes faces, qui constituait sans doute le
et

devant du sarcophage et était plus exposée aux regards que les autres. Le haut est orné tout autour d'une moulure on ne peut plus simple (fig. i). L'intérieur a été creusé avec une certaine négligence, sans grand souci de la régularité. L'épaisseur des parois est en

moyenne de 0"\12; on a ménagé au sommet de l'intérieur, un léger rebord dans lequel

tout autour,

du

côté
le

devait s'emboiter

couvercle. Celui-ci était à deux pans avec une protubérance à chaque angle suivant la forme bien connue de la plupart des sarcophages romains ou gréco-romains découverts en Palestine (fig. 1). Tout près du sarcophage dont nous venons de parler, les gens

du village nous montrent au fond d'un trou

ce qu'ils appellent des

statues. Quelques coups de pioche nous permettent d'y reconnaître le couvercle d'un second sarcophage, admirablement sculpté. Ce couvercle, à la manière de nombreux couvercles de sarcophages

étrusques ou romains, représentait une sorte de lit funéraire sur lequel était étendu un personnage plus que de grandeur naturelle,

accoudé sur le bras gauche, et le bras droit passé autour du cou d'un second personnage dont il ne figurait que le haut du buste Amour qui (fig. 2). Peut-être en avant, à l'angle, y avait-il un petit que deux bras, aura été détérioré. Les deux têtes ont disparu ainsi mais, tel qu'il est, le monument est encore digne du plus haut intérêt; jusqu'à ce jour la Palestine n'avait point fourni de pièce
analogue.

On exhume encore d'un monceau de

pierres et de terres où

il

avait été caché, un gros bloc de marbre avec des sculptures sur deux de ses faces. C'est un angle de la cuve d'un magnifique sar-

cophage, sans doute le sarcophage auquel aura appartenu le couvercle décrit quelques lignes plus haut, puisque les deux pièces ont été trouvées l'une à côté de l'autre. Le nouveau bloc mesure m ,03 de haut. Sa plus grande face, large de m ,70, nous donne la l
plus grande partie de l'un des petits côtés du sarcophage. Sur cette train face (fig. 3) est sculpté en un léger relief un génie, debout, en corbeille de cueillir des fruits. Derrière, à ses pieds, se trouve une
déterminée exactement,
le

(1)
-

La hauteur

n'a pas pu être

bas du sarcophage n'étant

point dégagé.

CHRONIQUE.

100

déjà remplie de fruits, des pommes (?), que tassait peut-être un second génie dont on distingue la tête penchée, à la hauteur des épaules du premier. L'autre face (fig. i), dont la plus grande largeur est de 0"',50, appartient à l'extrémité d'une des grandes
parois du sarcophage. Il y a, sculpté en haut relief, presque en ronde bosse, un jeune personnage debout, ailé, àpéu près entièrement nu. portant un court manteau noué sur l'épaule gauche. La tête

Fig.

lî.


et

Couvercle du sarcophage.

est

encadrée de feuillage
génie

de

fruits;

une grappe de
droit était

raisin

pend

derrière l'oreille gauche. Sous le bras
petit

sans doute un

il ne reste plus qu'un avant-bras avec la main chargée d'une corbeille pleine de fleurs et de fruits. Dans le bas, vogue sur les flots une barquette, à l'intérieur de laquelle est assis

dont

un individu,
tenait la

le

autre bras qui a l'air de

bras droit levé et appuyé, semble-t-il, contre un porter un monstre marin; la main qui
les

rame a été cassée. En examinant attentivement
ces

extrait

débris

archéologiques,

bords de la tranchée d'où l'on a nous croyons reconnaître un

nouveau fragment qu'on se met aussitôt en devoir de dégager. C'est un bloc analogue au précédent et représentant sûrement l'autre bout du même sarcophage. La hauteur est identique, l m ,03. Sur une des deux faces sculptées (fig. 5) on retrouve, tracé en un léger relief, un génie montant cette fois sur une échelle pour aller ramasser des fruits.

Au bas de

l'échelle est

une corbeille regorgeant de

110

REVUE BIBLIQUE.

que dispose une personne penchée au-dessus. Sur l'autre côté (fig. 6), un génie ailé debout fait admirablement pendant à celui qui a été donné dans la figure i. Entre ses jambes surgit une femme portant une longue corne d'abondance dans laquelle deux petits amours ailés ont l'air d'accumuler des fleurs et des fruits. Dans l'angle, derrière le buste féminin, est couché un animal, un veau(?),à côté duquel un petit personnage très détérioré se tient debout avec une torche à la main. Au dire de l'un des cheikhs de Tourmous'aya et de quelques autres
fruits

deux brocanteurs d'antiquités, bien connus, endroit, il y a deux mois, quatre morreprésentant aussi des statues. De retour ceaux de marbre sculptés,
habitants du village,

auraient emporté du

même

à Jérusalem, M.
assez

le

Directeur de l'Instruction publique et M.
;

Fehdy
ils

effendi se mettent à la recherche des fragments signalés

sont

heureux pour

les

découvrir dès

le

7. Incontestablement ils sarcophage et à peu de chose près on pourrait les rajuster même avec le premier gros fragment (fig. ï). Le vendredi 25 octobre, MM. Mehmed Rifaat et Fehdy etfendi repartaient pour Tourmous'aya escomptant quelque nouvelle découverte. Deux ou trois jours plus tard ils rentraient avec trois nou-

dans la figure

lendemain. On en a trois appartiennent toujours au

veaux morceaux qui s'adaptent à un des fragments trouvés à Jérusalem et à deux autres pièces que nous avions rapportées le lundi précédent (fig. 8). Le plus petit fragment de cet ensemble, celui du bas, à gauche, doit être rapproché de la figure 6; il contient le bout du pied du personnage principal de cette figure. On possède donc maintenant presque en entier le devant de ce merveilleux sarcophage (1). Il nous a semblé qu'il valait la peine de signaler aux
lecteurs de la

nous sort un peu des petits objets banals qu'on a l'habitude de trouver en Palestine. Il serait à souhaiter que le couvercle sculpté avec les deux gros

Revue

cette découverte qui

fragments restés à Tourmous'aya trouvassent au plus tôt un asile clans le musée municipal de Jérusalem, où ils seraient mis à l'abri de toute injure nouvelle. Il faudrait exécuter aussi en même temps

où tout cela a été trouvé; il est assez vraisemblable qu'on réussirait à mettre la main sur les quelques petits morceaux qui manquent encore. Qui sait si on n'aurait même pas la bonne fortune de découvrir d'autres objets dignes d'intérêt?

une

petite fouille à l'endroit

Nous devons à l'obligeance de M. Spafford, administrateur de la colonie américaine, photographies des fragments découverts jusqu'à ce jour; ces photographies que nous donnons ici ont été faites par M. Louis, photographe de la colonie.
(1)

les

a. z

CHRONIQUE.
Il

111

a existé à cet endroit, on ne peut en douter, un mausolée important auquel ont appartenu les débris de mur mentionnés en com-

mençant. Ce mausolée renfermait sûrement une tombe creusée dans mais n'y auraitle roc avec deux sarcophages qui nous sont connus il pas eu encore d'autres sépultures? Quelque inscription nous donnant le nom des personnes inhumées en ce lieu ou du moins le nom de la famille à laquelle appartenait le mausolée ne serait-elle point ensevelie dans les décombres? Il suffirait de donner quelques
;

coups de pioche pour en avoir le cœur net; nous faisons des vœux pour que ce petit travail soit entrepris le plus tôt possible.
Jérusalem.

Fr.

Raph. Savignac.

SARCOPHAGE REPRÉSENTANT BACCHUS ET LES GÉNIES DES SAISOXS DÉCOUVERT A TOURMOl SAYA.
Le beau sarcophage sculpté dont
la découverte à
dit-il,

le P.

Savignac vient de raconter
rattacherait,

Tourmous

aya,
lit

et

auquel se

nous

étendus, appartient

un couvercle en forme de à un groupe de sarcophages représentant BacGénies des Saisons.

funéraire avec deux personnages

chus

et les

Le dieu, en sa pose et son costume habituels, les cheveux entremêlés de pampres, le corps aux trois quarts nu, les jambes enveloppées d'un manteau, se laisse aisément identifier dans la figure médiane Bacchus (fig. 8), malgré son aspect très juvénile, presque d'enfant est d'ailleurs figuré tout à fait enfant sur l'un des exemplaires du
:

groupe dont
thare, dont
il

il

dessus de la

sera parlé plus loin. Il élève du bras droit son caiirépand le liquide, tandis que son bras gauche, brisé aumain, semble avoir reposé sur un thyrse entouré de

bandelettes

(fig. 7).

La vue seule de l'original permettrait de fixer avec certitude certains détails que des photographies, même assez grandes, étant données sur quelques points les cassures du marbre, ne laissent pas pleinement distinguer; mais on reconnaît sans aucune peine, dans les figures voisines, à moindre échelle, les suivants de Bacchus Silène sur sa monture que guident, en le maintenant, (fig. 7 et 8) deux Satyres, et Pan, que représentait sûrement, d'après la comparaison avec d'autres exemplaires, le personnage incomplet, un peu
:

en l'air, placé à la droite du dieu. La tête de bélier posée entre ses jambes rappelle les sacrifices bachiques. Les deux moitiés de part et d'autre de cette partie centrale se partagent les quatre Saisons et les figures de la Terre et de l'Océan.

112

REVUE BIBLIQUE.
le Génie de l'Hiver, poignet droit brisé, mais la
il

Vers l'extrémité gauche,
sur la poitrine, a
le

chlamyde nouée
tient

de l'autre
:

main

les oiseaux qui sont

son

emblème accoutumé

(fig. 6 et 8)

ïum gruibus pedicas et retia ponere cervis Auritosque sequi lepores, tura figere damas
A
ses côtés, le Génie

(1).

du Printemps, dont il ne subsiste plus que le buste, le bras gauche appuyé sur un rameau noueux, soulève de la main droite une corbeille remplie de fleurs derrière sa tête des pampres et des raisins meublent le fond jusqu'au Bacchus (fig. 8). Du côté gauche de celui-ci vient le Génie de l'Été, aux ailes plus nettement visibles que celles des autres, la chevelure ceinte d'épis, la chlamyde fixée sur l'épaule droite et rejetée en arrière, muni
:

Printemps d'une corbeille, mais pleine d'épis débordants (fig. 7). Il est séparé de son voisin par un petit personnage mutilé, à l'arrière-plan au-dessus de la tête de l'Océan, vêtu d'un simple linge noué au- tour des hanches et entre les jambes, qui paraît porter de la main gauche un panier de fruits. Le bas-relief se termine enfin, à droite, par le Génie de l'Automne, tourné vers le centre de manière

comme

le

à faire pendant à l'Hiver, la

chlamyde en sens inverse de

celle

de

l'Été,

aujourd'hui privé des attributs qu'il avait clans les mains, mais suffisamment désigné, s'il en était besoin, parles lourdes grappes de raisins qui lui encadrent le visage
fig.

4).

La Terre

et

l'Océan, double domaine de
le

la vie,

double source de

la fécondité,

occupent

bas du tableau. Aux

pieds de l'Hiver, la

Terre, couronnée d'épis, le torse nu,

puie sur son coude

:

un bracelet au bras droit, s'apun groupe d'enfants ailés l'accompagne deux
;

sont tournés vers elle, dont celui qui est placé le plus haut puise dans sa corne d'abondance; un troisième, en partie détruit, placé plus

haut encore, tenait une corbeille qu'on reconnaît sous celle du Génie du Printemps; dans l'angle même sont un quatrième enfant portant une torche et un animal au repos, symbolisant les troupeaux qui paissent sur la terre (fig. 6). L'Océan, sous les traits d'un homme
barbu, est disposé symétriquement entre
de lui de monstre marin,
aussi seul le buste
et,

l'Été et

l'Automne

(fig. 7)

:

émerge du bord

inférieur, avec sa

queue

pour le caractériser, à l'animal de la Terre répond dans l'angle un personnage en barque sur les flots (fig. i). Les faces latérales, suivant la coutume beaucoup plus sommairement traitées, offrent chacune deux Génies ailés occupés à la récolte à gauche Génies de la vendange, l'un montant à l'échelle, l'autre
:

(1)

Virgile,

Géorgiques,

I,

v. 307-308.

CHRONIQUE.
tassant les grappes dans
la cueillette des
beille, l'autre

H3
5.)
;

une corbeille
les

(fig.

à droite Génies faisant

môme dans une coren train de les détacher de l'arbre (fîg. 3). La division de l'année en périodes trimestrielles correspondant aux saisons ne remonte pas plus haut que l'époque d'Alexandre et la représentation tout naturellement employée d'abord pour perfruits, l'un

empilant de

sonnifier les Saisons fut celle des antiques

Home. Il suffit pour cela au nombre de quatre. L'historien Callixène (1), dans un fragment que nous a conservé Athénée, rapporte que, dans le cortège de Ptolémée Philadelphe à Alexandrie, « on voyait les quatre Horae ornées de leurs attributs et portant chacune les fruits qui
de
les figurer

leur sont propres

(2)

».

Telles elles apparaissent sur

un

très

beau sarcophage de

la Villa

Albani, dont le décor est consacré aux Noces de Thétis et de Pelée, daté par M. C. Robert du début de la période des Antonins (3). Aux

extrémités se voient, d'une part Pelée et Thétis recevant les présents de Yulcain et de Minerve, de l'autre Vesper, l'étoile du soir, et le

dieu de l'Hyménée, un

montre
tunique

les
et

Amour et Junon Pronuba. La partie centrale Horae des quatre Saisons l'Hiver garantie du froid par une un manteau, une perche sur l'épaule, d'où pendent un
:

lièvre et un canard, portant un marcassin; l'Automne, encore en tunique et manteau, la tête retournée du côté de ses compagnes qui la suivent, ayant sur la main un plateau chargé de fruits variés
les pattes de devant un chevreau qui se dresse vers aux vêtements flottants, marchant d'un pas allègre et dansant, une guirlande de fleurs entre les mains; enfin, fermant la

et tenant

par

elle; l'Été,

marche, le Printemps vêtu d'une étoffe un peu plus épaisse et chargé, dans un pan de sa draperie, d'une provision de petits fruits, sans doute des olives. Il appert par ailleurs d'un sarcophage de basse

époque du Musée du Latran

(4), aux bouts de la face antérieure duquel sont encore, encadrant les Génies dont nous allons avoir à parler, deux figures à'Horae, que, même à une époque romaine tardive,

ce genre de
et

MM. Benndorf remarquables pour la décoration des sarcophages de basse époque, le manque particulièrement frappant d'intelligence dans la reproduction des
:

personnification ne
le décrivant,

disparut jamais

Schone, en

ont signalé,

comme

très

(1)

Fragmenta historicorum graecorum
Athénée,
A£i7ivo<7<xpi<7Tôiv
1.

éd. Mùller,

t. II,

p. GO

(2)

IV, 198 a.
t.

(3)

Robert, Die antiken Sarkophag-Reliefs,

II,

Mythologische Cyklen,

p.

1-G

t

pi. I.
(4)

Benndorf et Schône, Die antiken Bildwerke des Lateranensischen Muséums, UEVUE BIBLIQUE 1913. N. S., T. X. 8

n" 381.

4

H

REVUE BIBLIQUE.

types traditionnels qui résulte de la présence de deux

modes de
dans un

figuration différents d'un seul sujet, les Saisons, et le fait que deux

formes mythologiques différentes de
esprit

celles-ci sont réunies
et

purement décoratif sur un seul

même monument

(1).

Les Saisons, toutefois, sont d'ordinaire représentées par les sculpteurs de sarcophages autrement, non plus par des Horae (2), mais par des Génies. La description du palais du Soleil, dans les Métamorphoses d'Ovide, peut-être inspirée d'une œuvre d'art, après avoir

nommé

les

Horae,
positae spatiis aequalibus

Horae

(3)

continue en ces termes qui paraissent mieux convenir à des Génies

qu'aux Horae traditionnelles

:

Verque novum stabat, cinctum florente corona, Stabat nuda Aestas et spicea serta gerebat, Stabat et Autumnus, calcatis sordidus uvis, Et glacialis Hiems, canos hirsuta capillos (4).
Il

semble, à vrai dire, que, originairement au moins, de

tels

Génies

personnifient moins les

saisons proprement dites, considérées au

point de vue de la succession du temps, que les richesses produites

par
fils

adolescents la terre aux différentes périodes de l'année (5) de la Terre, pour cette raison même l'image de la Terre leur est souvent jointe et nous la rencontrerons précisément sur quelques-uns des sarcophages de la série. Les monnaies impériales, où on les retrouve, les désignent par la légende felicia tempora et c'est avec ce sens qu'ils prennent place sur les arcs de triomphe qui commémorent la félicité du règne de tel ou tel empereur, l'arc de Trajan
:

à Bénévent, l'arc de Septime Sévère, l'arc de Constantin. Une telle

conception, précisément, convenait particulièrement bien aux sar-

cophages, où,

si le

temps après
symbole de
Très
et le recueil

l'hiver peut

à la mort, l'idée
la vie

renouveau des saisons ramenant sans cesse le prinévoquer l'idée d'une vie nouvelle succédant la plus en faveur encore est celle de l'abondance,
heureuse
et
(6).

nombreux sont donc
de MM. Matz

sarcophages ainsi décorés de Génies von Duhn sur les antiques de Rome n'en
les

Benndorf et Schône, op. cit., p. 257-58. Voy. encore un fragment avec des Horae, Matz-Duhn, Antike Bildwerke in Rom mit Ausschluss der grosseren Sammlungen, t. II, n° 2690, et d'autres encore, mais où les ligures sont couchées ou assises, Ibid., n" 3036-304.") a.
(1)

(2)

s

(3)

Ovide, Métamorphoses,

II, v. 26.

(4) Ibid., v. 27-30.
(5)
(6)

Petersen, Annali dell' Instituto, 1861,
Ibid., p. 220-221.

p. 215.

CHRONIQUE.

H9
les

énumère pas .moins d'une cinquantaine dans
privées
(1
).

seules collections

Il

faut, toutefois, tenir

compte,

et cela

en réduit de beau-

coup la portée, que, dans ces représentations, le caractère spécial de Génies des Saisons souvent s'affaiblit ou disparait, soit par la non-distinction et l'absence d'attributs propres à chacun d'eux, soit par la liberté prise dans le nombre des Génies figurés, et que d'autre part il y a parmi les exemplaires de très nombreux fragments.
Il

suffira

de mentionner, à
le

titre

de spécimen, un sarcophage du
inscrits

Palais Barberini où la relation avec les saisons s'affirme par le zodiat

que sculpté sur
les

bord du médaillon central dans lequel sont
(2).

bustes des deux époux défunts

Les Génies eux-mêmes ne sont

que par les ornements qu'ils portent dans la chevelure, l'Hiver, le premier vers la gauche, des roseaux, le Printemps des fleurs, l'Été des épis, l'Automne des pampres et des raisins, et que par ce détail que l'Hiver, au lieu d'être nu comme ses compagnons, avec une simple chlamyde nouée sur l'épaule, porte des anaxyrides qui, tout en étant largement ouvertes en avant et en dégageant la poitrine et le ventre, couvrent les jambes et les bras; mais ils sont en outre accompagnés de petites figures disposées sur la base, à droite de l'Hiver un sanglier, entre le Printemps et lui un pâtre qui trait une chèvre, à gauche de l'Été un paysan ramassant une gerbe, à côté de l'Automne deux panthères.
différenciés

Les

mêmes

Génies adolescents,

ailés, figures

par elles-mêmes assez

imprécises et dont le type neutre pourrait presque servir à tout, se retrouvent sur un devant de sarcophage du Louvre provenant de la
Villa

Borghèse
et

(3).

Trois d'entre eux sont couronnés de fleurs,

l'Hiver seul a des roseaux,

et

deux, le Printemps et l'Été, portent

un rameau

une corbeille de fleurs et de feuillage, que remplacent pour l'Automne une branche de vigne et une grappe de raisins. Vers leurs pieds sont assises ou étendues, près de l'Hiver une antilope, près de l'Été une vache, allusion aux travaux de l'agriculture, près de l'Automne une panthère. Ici, en outre, et c'est à ce titre que le sarcophage doit être cité, aux
(1)

Malz-Duhn, Antike Bildioerhe in Rom,
Ibid.,
t.

t.

II,

nos 2355, 2488-2490, 2494,
a été

2506, 2532,

2597-2602, 2657, 2688, 2705, 2856, 3005-3035, 3088, 3118, 3127, 3404.
(2)
II, p.

301-302, n° 3016.

Le sarcophage

to!i-Bellori,

Admiranda romanarum antiquitaium ac

anciennement reproduit par Barveteris sculpturae vestigia, éd.

pi. 78, et par Montfaucon, Supplément à l'Antiquité expliquée, t. I, pi. III. Catalogue sommaire des marbres antiques, n° 348, alors salle des Saisons, aujourd'hui galerie Mollien; Frofaner, Notice de la sculpture antique, n° 341; Clarac, Musée de sculpture, t. II, pi. 124, 105 (Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine,

de 1693,
(3)

1.

I,

p. 23, n» >).

116

REVUE BIBLIQUE.
et

Génies des Saisons sont joints

Bacchus, dont on

sait

combien

la

représentation est fréquente elle aussi sur les sarcophages, sous la

forme d'un Bacchus enfant porté triomphalement par deux Victoires qu'aide un Panisque, et, au-dessous de Bacchus, la Terre, assise, le haut du corps nu, des épis dans les cheveux, tenant des fruits dans

un pan de

sa tunique et

accompagnée d'un adolescent qui

se

penche

vers elle et, comme elle-même, cherche à se couvrir de sa draperie. Les Génies des Saisons environnent de même Bacchus sur un sar-

cophage qui fut
xvii
été
siècle

aussi

au Louvre, de 1807 à 1815, après avoir été au
il

in aedibus Eminentis[simi) cardinalis Carpinei (1), et a

rendu en 1815 au Musée de Cassel d'où

avait été apporté

(2).

Le

catalogue des antiquités et peintures conquises par la Grande Armée le « Grand bas-relief décrivait en ces termes lors de son exposition
:

qui a formé autrefois
considéré

le

devant d'un sarcophage. Le sujet est Bacchus
Soleil et dieu des Saisons.

Il est monté main droite, dans un rhysur une panthère, ton placé entre les mains d'un Satyre qui porte une outre. Les génies des quatre saisons environnent Bacchus. Le premier à gauche est Y Hiver avec des oies, et couronné de roseaux; le second est le Prin-

comme emblème du
et il

verse

du

vin de la

temps couronné de fleurs, avec des festons dans les mains; le troisième, Y Été couronné d'épis de bled, tenant la faucille des moissonneurs; le quatrième, Y Automne, avec les symboles des vendanges. Tout le fond est rempli de figures accessoires. Ouvrage estimable par
la belle composition,

par l'exécution hardie et la parfaite conservagravé par Pietro Santi, dans Y Admiranda (3). » Il faut tion. Il ajouter que Bacchus, représenté ici entièrement vêtu, y est accompagné de jeunes Satyres et de Pan et que les Génies, distingués par
a été

des attributs vraiment spécifiques (4), le sont encore par des ligures secondaires et des animaux placés sur la base. La même association, enfin, avec les Génies des Saisons, non plus

seulement de Bacchus, mais aussi de deux autres sarcophages (5).
Admiranda,

la

Terre et de l'Océan existe sur

(1)

Bartoli-Bellori,

pi. 79,

donnant,

comme

d'ordinaire, la gravure retournée.

Musée des antiques, t. III, Bas-reliefs, pi. V, 2. (2) Bouillon, bas-reliefs, bronzes et autres antiquités, peintures, dessins et (3) Statues, bustes,
par la Grande Armée, dans les années 1806 et 1807, dont a eu lieu le 1U octobre 1807, premier anniversaire de la bataille d'Iena l exposition 1-2, n° 6. (Paris, Dubray, imprimeur du Musée Napoléon, 1807), p. Les prétendus festons dans les mains du Printemps sont en réalité des chapelets de (4)
objets curieux, conquis
figues.
(5)

Vov. aussi un fragment avec

la

représentation de la Terre, Matz-Duhn, Ànlike Bild-

verlie in

Rom,

t.

II,

n° 3028.

CHRONIQUE.

117

Le premier est conservé à la Villa Carpegna à Rome (1). Au centre Bacchus répandant de son canthare le vin que reçoit un petit Satyre. En pendant à celui-ci est Silène sur son âne, soutenu par
est

un autre Satyre. Les cpiatre Génies ont pour attribut, l'Hiver un roseau et un oiseau, le Printemps un rameau et des fleurs, l'Eté une faucille et une corbeille d'épis, l'Automne un thyrse, un lièvre et une panthère. Entre l'Hiver et le Printemps est étendue la Terre accoudée,

entre l'Été et l'Automne, l'Océan.
L'autre, qui est celui de tous les sarcophages

énumérés qui présente

avec le sarcophage de Tourmous 'aya la plus étroite similitude, appartient au Louvre et est exposé dans la seconde des deux galeries où a été ces dernières années réunie et classée l'admirable collection
Il

de nos sarcophages,

la galerie Mollien (2).

montre au milieu Bacchus, dans une pose presque identique et le bas du corps entouré de même de son manteau, la tête, couronnée de raisins, tournée vers sa droite, élevant de sa main droite un canthare dont s'approche un petit Amour ailé, le bras gauche appuyé sur un thyrse entouré de bandelettes. A ses pieds une panthère pose une patte de devant sur une tète de bouc. A sa gauche, le groupe de Silène chevauchant et des deux Satyrisques de l'exemplaire auquel est consacrée cette étude est remplacé par un enfant assis à côté d'un panier de fruits et par un Satyrisque, la nébride sur l'épaule, qui apporte un second panier rempli de raisins; mais Silène n'était pas absent et sa tète apparaît dans un espace vide à la gauche de
celle

de Bacchus
très

et,

de l'autre

côté,

se

retrouve,

disposée d'une

manière
le

analogue, la figure, demi-grandeur des figures princi-

pales, de Pan. Les Génies, avec quelques variantes dans la pose,


ils

Printemps

et l'Été

regardent vers leurs compagnons des extré-

mités, l'Hiver toujours le premier à gauche, l'Automne le dernier à
droite,

ont la chevelure nue, —

au

lieu de regarder vers le centre,
et

— dans

la coiffure,

dans

le

port de la chlamyde

— — tous
:

l'ont

attachée sur l'épaule, tantôt à gauche, tantôt à droite, jamais nouée

en avant,

— sont

fort

analogues

et

sont caractérisés de

même

l'Hiver

accompagné d'un chien, par les deux oiseaux d'eau qu'il tient suspendus de la main gauche; le Printemps par une corbeille, ici garnie de chapelets de figues convenant mieux au Printemps, dont un Amour a

(1)
(2)

Ibid.

y

p. 94-95, n° 2355. I! n'y

en a pas, à

ma

connaissance, de reproduction.

Catalogue sommaire des marbres antiques, n° 1046, alors salle des Saisons, Frohner, Notice de la sculpture antique, n° 233; Clarac, Musée de sculpture, t. II. pi. 146, 116 (Reinach, Répertoire de la statuaire, t. I,*p. 41, n° 2).

H8
saisi

REVUE BIBLIQUE.
quelques-uns;
l'Été,

au contraire, avec des raisins qui lui sont moins appropriés que les épis, mais auprès de qui un Amour, qui vient les dérober, peut avoir quelque rapport avec le petit personnage visible sur ce point du nouveau sarcophage; l'Automne avec le

même

geste

du bras
et

droit étendu.

l'Océan y figurent également, mais l'Océan occupant la place de la Terre près de l'Hiver et, inversement, la Terre celle de l'Océan entre l'Été et l'Automne, le premier sous l'aspect d'un homme

La Terre

barbu, colossal, dont

le torse dressé seul

apparaît et qui,

le

bras droit

appuyé sur
beaucoup

un gouvernail, repose accoudé sur une urne;

plus petite taille, entièrement

de drapée sauf l'épaule droite,
la Terre,

environnée de deux Amours accroupis qui portent des fruits et munie d'une corne d'abondance qu'un Amour aussi est en train de mettre au pillage, et enfin accompagnée d'une vache dont la tête s'aperçoit à l'extrême angle droit inférieur, de même qu'un animal couché
est

dans l'angle gauche du sarcophage de Tourmous aya. Les rapprochements qui précèdent, sans rien ôter, au contraire, du prix de ce dernier, montrent une fois de plus comment les sculpteurs de sarcophages répétaient des données que leur fournissaient des recueils de modèles; mais il est de grand intérêt de constater, pour

connu exclusivement par des exemdans une région aussi éloignée de plaires romains, son adoption l'Italie et qui par bien des points avait dû rester soumise à des influences aussi différentes que la Palestine. Les côtes de Syrie avaient déjà fourni des sarcophages de marbre sculptés, mais sa provenance donne au sarcophage de Tourmous aya une valeur spéciale. Il s'y ajoute le mérite d'un travail qu'il est difficile, précisément à cause de
l'un de ces modèles en particulier,
cette reproduction des

mêmes

types qui est de règle dans la décora-

tion des sarcophages,

n

1'

siècle

de notre

ère,

de

sans doute du dater avec certitude, mais qui de toute manière témoigne d'un

bon

style.
Paris.

Etienne Michon.

RECENSIONS
Handbook
Frédéric G.
édition,

the textual Criticism of the New Testament by Sir Second Director and Principal Librarian, british Muséum. with sixteen Facsimiles; in-8°, xn-381 pages. London, Macmillan, 1912.
to

Kenyon,

Kenyon, alors « Assistant-Reeper of manuscripts » au British un Manuel de critique textuelle du Nouveau Testament, qui reçut des étudiants le meilleur accueil; c'était, en effet, un excellent résumé, clair et

En

1901,

M.

F.

Muséum,

publia

que l'on savait alors sur toutes les questions qui concernent le texte du Nouveau Testament. Depuis cette époque les travaux se sont multipliés; certains points de vue ont changé; un nouveau système dé critique textuelle, celui de von Soden, a été proposé. Il était donc nécessaire, de rajeunir et de mettre au point l'ancien Manuel: c'est ce que vient de faire M. Kenyon, actuellement « Director and Principal Librarian » British Muséum. Si nous mentionnions seuleprécis, de ce

ment ce que contient de nouveau
et assez

cette seconde édition, l'exposé serait trop aride
qu'il sera
le

décousu;

il

nous semble

plus intéressant d'indiquer les positions

du Nouveau Testament. Du reste, nous ne répéterons pas des explications déjà données dans la Revue biblique, car on n'y a pas encore parlé de ce manuel. Toutefois, l'auteur n'est pas un inconnu, Our Bible and the puisqu'on a analysé dans cette Revue deux de ses ouvrages ancient Manuscripts, 1896, p. 482, et Facsimiles of biblica! Manuscripts in the
principales que tient

M. Kenyon sur

texte

:

British

Muséum, 1901, p. 646. Le Manuel de M. Kenyon est
tâche de
la critique

divisé en huit chapitres.

Le premier

est

consacré

à définir la
qu'il

textuelle et à déterminer l'étendue des corrections

dans
fait

y a lieu de faire subir au texte, fourni par les manuscrits, afin de reproduire, la mesure du possible, le texte original du Nouveau Testament. L'auteur

observer avec raison que
et

les

variantes portent à peine sur la
et intéressantes

millième partie
qu'elles puissent

du texte
être,

que ces variantes, quelque sérieuses

ne mettent en péril aucun des dogmes chrétiens. le second chapitre il essaye de se représenter quelle a été autographes du Nouveau Testament, puisque nous ne les possédons

Dans

la

forme des
ont

plus. Ils

été écrits

parchemin n'était employé, au I er siècle, d'une manière générale, que pour les notes, pour les copies à bon marché, ou en feuilles détachées; ils n'ont pas d'ailleurs été écrits par des scribes professionnels. Quant
sur papyrus, car
le

faites par des particuliers, elles n'étaient pas surveillées et présentaient de nombreuses variantes. Or, ce sont précisément ces copies qui ont été sauvées, au temps des persécutions, car celles des églises furent détruites. Ceci nous

aux copies,

explique pourquoi nous trouvons tant de leçons divergentes dans les manuscrits

du Nouveau Testament. Dans le troisième chapitre sont
quatrième,
les

décrits

les

manuscrits majuscules
la

et

dans

le

manuscrits minuscules. M. Kenyon expose

manière de désigner

120
les

REVUE BIBLIQUE.
manuscrits. C'est
et

Wettstein qui est l'initiateur de

la

notation,

perfectionnée

par Tischendorf

Scrivener et employée jusqu'en ces dernières années. Actuelleet

ment, deux nouvelles notations ont été proposées, l'une par von Soden
par Gregory.

l'autre

M. Kenyon
il

préfère cette dernière parce qu'elle est peu compliquée
lui

et laisse subsister fort

une partie de l'ancienne notation. Celle de von Soden
croit

parait

ingénieuse, et

qu'elle pourra

devenir

familière à celui qui la prati-

quera ordinairement, mais qu'elle sera
s'en servira

difficile

à retenir

par

l'étudiant

qui

ne
le

qu'occasionnellement. Elle ne

sera

pas

d'ailleurs

aussi utile que
qu'il

pense von Soden. Ce dernier a voulu surtout donner par
la

les sigles

emploie

date des manuscrits. Mais, d'abord,
qu'il

la

date des minuscules est fort incertaine-,
c'est
la

de plus, ce

importe surtout de connaître,
Or, tous les manuscrits

date des manuscrits des

neuf premiers

siècles.

antérieurs à l'an 900, sont,
siècle indistinctement.

dans
saura

cette notation, catalogués en bloc

du iv e au ix e

On ne
le

donc pas exactement auquel des cinq
crit

siècles après le

quatrième appartient

manus-

noté.

L'inconvénient

le

plus grave de

cette

nouvelle notation est de rendre

difficile

l'identification

des manuscrits; pour les codex bien connus, tels que N B,

on

souviendra que

von Soden les note 3 2 et o 1, mais qui se codex Purpureus Petropolitanus, ou a 1029 le codex Augiensis? Il faudra avoir constamment recours à la nomenclature. Il n'y a pas lieu de nous arrêter à la description des manuscrits, très complète
se

rappellera facilement que
s

19 désigne

le

et

très exacte,

comme on
d'ailleurs,

pouvait l'attendre d'un

paléographe aussi expert que

M. Kenyon,
les

qui,

comme

directeur du British

meilleures sources d'information.
11

Muséum, a sous la main Nous signalerons seulement quelques obserque
le Sinaiticus
Il

vations intéressantes.
et le

est très probable, d'après notre auteur,
fait

Yaticanus ont été copiés en Egypte.

encore remarquer, après avoir

catalogué et décrit les principaux manuscrits minuscules, qu'une très petite partie
des 3218, que nous possédons, a été collationnée. Et l'on connaît encore moins
les Lectionnaires.

Le cinquième
donnée,
les

chapitre traite des versions anciennes; une attention spéciale est
il

comme

convient, aux versions les plus anciennes et les plus importantes,
et

versions

syriaques, coptes

latines.

M. Kenyon étudie

assez

rapidement

le

Diatessaron, les syriaques Sinaïtique et Curetonienne et adopte l'opinion de Burkitt
sur la date d'origine de la Peschitto. Rabbula, évêque d'Edesse,
le

en 411, traduisit

Nouveau Testament en syriaque, et ordonna qu'une copie en fût déposée dans chaque église pour l'usage du culte. Or, avant Rabbula, on ne trouve aucune citation de la Peschitto, tandis qu'après lui elles se multiplient; c'est donc sa traduction qui est la Peschitto. Tous les syriacisants n'ont pas adopté cette
opinion.

Les versions Sinaïtique-Curetonienne

représenteraient

la

vieille

version version

syriaque des évangiles, ce qui nous parait très probable.

A

propos de

la

philoxéno-harkléenne, M.

Kenyon

n'étudie pas la question posée en ces dernières
l'on

années

:

La

revision harkléenne est-elle représentée par les manuscrits que

croyait jusqu'à présent la contenir?

Quant aux versions coptes, elles dateraient de la fin du n c siècle ou de la ancienne que la Bohaïrique. la Sahidique serait plus première moitié du ni e La Sahidique contient un nombre considérable de variantes', analogues à celles du codex de Bèze et de ses congénères. M. Kenyon a soin de rapporter en note
;

que Horner,

le

dernier éditeur de la version sahidique, trouve que ces variantes
Bible latine est celle qui est aujourd'hui

sont moins nombreuses qu'on ne l'avait supposé tout d'abord.

L'hypothèse de l'origine africaine de

la

RECENSIONS.
Je plus

121

en faveur;

elle le

sera de plus en plus d'après M. Kenyon.
le

de cette traduction serait
a été faite entre l'an

milieu du

W

La date probable
qu'il

siècle

;

il

nous semble
serait

faudrait

plutôt la reporter vers la fin de ce siècle.

M. Mangenot

même

d'avis qu'elle

210

et 220.

A
avec

propos de

la

version gothique

nous aurions aimé que l'auteur
de type
italien,
et,

traitât

plus

en détail ses rapports avec

les versions latines

en particulier,

question une bonne étude de le codex Brixianus. On trouvera sur cette M. Mangenot dans l'article qu'il a écrit sur Ululas dans le Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux, vol. V, col. 2354. Le sixième chapitre est consacré aux citations néotestamentaires des anciens écrivains ecclésiastiques et le septième à la critique textuelle du Nouveau Testament. Dans celui-ci sont passées en revue les éditions les plus remarquables du Nouveau Testament depuis la Polyglotte d'Alcala jusqu'à nos jours, et les systèmes de critique textuelle qui ont été élaborés pour l'établissement du texte néotesta-

mentaire

(1).
il

Le chapitre huitième où
Quatre types de texte, a
les
(3

est

question du problème textuel est très suggestif.

y

S,

sont présentés avec leurs caractéristiques textuelles,
et leur

manuscrits qui

les
la

contiennent

valeur critique. Voici quelle est l'opinion

de M.
«

Kenyon

sur

solution probable

A

son origine, l'histoire
:

du problème. du texte du Nouveau Testament

se

présente à nous

de

la

façon suivante

les différents livres se

répandirent inégalement chez les chré-

tiens isolés et

dans

les

communautés

chrétiennes, sans que rien les protégeât contre
soit involontaires.

des altérations,

soit

intentionnelles,

A

ce stade qui

suivit

de

très près l'apparition des

autographes originaux, appartiennent ces diverses leçons,

primitives,
si

si

l'on considère leurs témoins,
et

peu convaincantes cependant d'ordinaire,
et Blass

on

les

examine en elles-mêmes,
o,

dont l'ensemble forme ce que nous appelons
» «

le

texte

ce que Hort

nomme

«

texte Occidental

Romain

»,

lorsqu'il

parle des deux livres de saint Luc.

Un

idéal plus parfait de ûdélité textuelle existait
:

en Egypte seulement (peut-être faudrait-il dire
phère
littéraire

surtout en Egypte); dans l'atmosvilles

d'Alexandrie

et

des autres grandes

se conserva

un texte

relativement pur. Ce texte nous est parvenu

— peut-être par Origène
neutre
».

et ses disciples

— dans
appelé
aussi

le
le

codex Vaticanus
texte
|3

et les

manuscrits de son groupe-, c'est ce que nous avons
« texte

et

que Hort

nomme

Un
le

autre texte qui repose

sur

des

autorités

égyptiennes
est celui

et

diffère

du précédent seulement par des
texte y et Hort « texte

détails de

peu d'importance,
Enfin,
il

que nous appelons
qui,

alexandrin ».

y a

un

texte

après

avoir

pris

naissance

dans

le

un grand nombre des leçons diverses existantes à cette époque, avec des changements de rédaction nombreux, mais de médiocre importance; il arriva à former un texte qui fut adopté par
voisinage d'Antioche, vers la fin du
siècle, réunit

l'ensemble

de

l'Eglise

d'Orient

comme
siècle,

satisfaisant.

C'est

le

texte

a

de notre

nomenclature,

le « texte syrien »

de Hort; ce texte fut adopté dans toutes nos mais
il

éditions imprimées jusqu'au

xix e

est à

présent abandonné de tous,

sauf de quelques rares savants.
position de Hort et en acceptant comme ensemble son analyse du problème textuel, nous n'allons pas forcément aussi loin que lui pour le rejet de tout témoignage étranger au groupe
« Cependant,

tout en revenant à la

exacte

dans son

Les éditions des critiques catholiques, Brandscheid, Hetzenauer, Bodin, ne sont pas menlionnées. Il n'est pas parlé non plus du traité de Paulin Martin sur la critique textuelle du Nouveau Testament.
i

422
p.

REVUE BIBLIQUE.
résultat des recherches, ainsi que les témoignages découverts depuis le grande écrivait Hort, ont contribué à faire ressortir le caractère primitif et la

Le

temps

diffusion

rendre probable qu'avec beaucoup de faux, il renferme dans aucun aussi des éléments originaux, qui n'auraient cependant été conservés scribes autre texte. Si haut que nous prisions la précision et le sens critique des doit son origine, il est a priori et des savants d'Alexandrie, auxquels le texte p

du

texte

6,

et à

très
tort,

peu probable
lorsqu'ils

qu'ils aient toujours
Il

raison et les copistes du texte 3 toujours
est

ainsi c'est

que Hort
dans
le

une classe particulière de leçons où, montré, une probabilité a priori se trouve en faveur du texte 8 cas de ses omissions, comme celles que l'on rencontre dans les
sont en désaccord.
:

l'a

derniers

chapitres de

saint Luc.

Une

addition à

un

texte s'explique toujours

beaucoup plus facilement qu'une omission, excepté quand on peut prouver que considérations doctrinales cette omission est purement accidentelle ou due à des
:

aucune de ces explications ne convient aux cas en question. Les passages que renferme le texte en plus de ce que l'on trouve dans le texte 8, peuvent être sueur des incidents ou des paroles authentiques; deux d'entre eux, au moins, la pardon de sang et l'ange du jardin de Gethsémani d'une part, les paroles de prononcées sur la croix d'autre part, sont de telle nature qu'on ne voudrait pas formé une facilement les abandonner, il reste cependant fort douteux qu'ils aient
or,

partie de l'Évangile primitif.

On

peut en dire autant, avec des degrés variables

Mais de probabilité, de nombreux passages contenus seulement dans le texte 8. hésitation une leçon simplement parce que il n'est pas prudent de condamner sans

en sa faveur appartiennent au type o. Si ces leçons sont exactes, comme elles le sont contre le texte p, en omettant les passages signalés plus haut, d'autres divergences. Il il est probable qu'elles le sont quelquefois encore dans règles de faut examiner les divers mérites de ces passages et leur appliquer les
les autorités

critique textuelle qui permettent de déterminer laquelle de

deux leçons doit être

tenue pour originale. Sans doute, il y a présomption en faveur du texte p puisque, dans l'ensemble, il a la meilleure réputation d'exactitude mais il faut être disposé serait sans doute à examiner dans les cas particuliers les droits de son rival. Il
;

plus aisé de supprimer toutes les leçons spéciales à

8,

comme nous supprimons
le

toutes les leçons particulières

du

texte

a-,

mais
texte
»

le

moyen
et

plus facile ne conduit

pas toujours à la vérité, et la

tendance de
le

la critique
o,

récente a été certainement

de réhabiliter dans une certaiue mesure

de demander qu'on l'examine
critique
textuelle

avec plus de soin et d'attention à l'avenir.

Après
Soden.

cet'
Il

exposé, M.

Kenyou

étudie

le

système de

de von

connu des lecteurs de la Revue biblique, auxquels il a été exposé seulement que, plusieurs fois; il n'y a donc pas lieu de s'y arrêter. Signalons d'autres critiques, notre auteur croit que l'influence perturbatrice d'accord avec von du Diatessaron de Tatien sur les textes néotestamentaires a été exagérée par compte du peu de soin qu'ont apporté Soden. Ce dernier n'a pas tenu suffisamment
est bien

à

ils l'ont exécuté. leur travail les premiers copistes et surtout de la façon dont étant donnée leur Enfin, l'étude des versions anciennes est trop peu approfondie,

importance.

fait aucune découverte, Il ne semble pas d'ailleurs que von Soden ait e e diminue l'autorité du texte qui a été dominant en Egypte aux iv -v siècles. qui lecteurs l'ouvrage Ce bref exposé suffira pour faire connaître, en substance, aux car tout de M. Kenyon et leur inspirer le désir de l'étudier à fond. Il le mérite,

toutes les questions qui se rapportent à la y est traité avec le plus grand soin et résolues d'après les critique textuelle du Nouveau Testament ont été exposées et

RECENSIONS.
meilleures méthodes.

123
les

On

peut ne pas toujours adopter

solutions
(1).

proposées,

mais on reconnaîtra qu'elles sont soutenues par de bons arguments
Lyon.
E.

Jacquier.

The People of God, An Inquiry
Lennoxville, Canada.
I.

into Christian Origins by H. F. Hamilton,

D.D., formerly Professor of Pastoral Theology in the University of Bishop's Collège,

— Henry Frowde,
II.

Oxford University Press, London.

Israël.

— Volume

— Volume

The Church.
simplement
la religion

Le Christianisme
le

est tout

des Juifs réorganisée par Jésus

Messie. C'est essentiellement la

même

religion, puisque

son adoration se dirige

vers une seule et
nal d'Israël.

même

divine Personne, le Tout Puissant et Très Saint Dieu natio-

De

part et d'autre d'ailleurs, les croyances ne sont que les conclusions

logiquement déduites des documents
de
l'histoire, fut

mêmes

d'une révélation qui, au point de vue

donnée aux

Juifs. Tel est, d'après

M. Hamilton,

le lien

qui unit les

deux parties de son travail et en fait un tout consistant, répondant bien au titre général, une véritable esquisse des origines chrétiennes. Et voici les considérations qui ont motivé cette œuvre. L'ancienne théorie de
l'inspiration verbale
est

périmée,

et

rien ne rend son

retour

vraisemblable.

Nous

sommes désormais

habitués à dire que l'inspiration n'est pas une dictée des livres,

ce mot rend mal le terme anglais, an mais une sorte de communication intime de l'Esprit de Dieu aux cœurs et aux consciences des hommes. Les inbreathing

cœurs des écrivains sont
mais leur conscience
composition de

purifiés, leurs facultés

de perception sont

vivifiées, excitées;

et leur volonté

ne sont pas entièrement supprimées pour

faire

place à quelque chose qui ne soit pas humain, mais divin.
la

De

vient que, dans la

Bible,

il

même

ce dernier se doit proportionner à ce qu'aux étapes successives
est susceptible

y a un élément humain aussi bien qu'un élément divin; du dévelop-

pement, l'élément humain

de recevoir et d'exprimer. Cette conception
Bible était la cour d'appel suprême, en
ses paroles étaient infaillibles et s'imet à leur

présente beaucoup d'avantages, mais plus encore d'inconvénients peut-être. Pour

ceux qui admettaient l'inspiration verbale,
posaient inéluctablement à la croyance des

la
;

toutes les matières de religion et de morale

hommes

obéissance; ainsi

armé

de

la

Bible, le prédicateur chrétien était en possession d'une autorité sans rivale.
et aussitôt la

Mais que l'on admette, à côté de l'élément divin, un élément humain
question se pose
:

finit

l'humain
l'est

et

le

divin commence-t-il? Qu'est-ce qui est
l'on n'en arrive à

infaillible et qu'est-ce

qui ne

pas?

A moins que

demander plus
di-

simplement

:

Y

a-t-il

même un

élément que, sans hésitation, l'on puisse appeler

vin? Et l'on voit la situation du prédicateur chrétien ébranlée du
auditoire n'a plus conscience qu'il possède
infaillible certitude;

même

coup

:

son

un message dont

l'origine divine soit

d'une

pour autant,

la chaire ecclésiastique se

trouve presque rabaissée

(1) Les facsimilés phototypiques de manuscrits sont d'une belle exécution. L'impression de l'ouvrage a été très soignée et nous n'y avons relevé aucune faute. M. Kenyon nous permettra de lui poser quelques questions. Pourquoi, p. 70, n'a-t-il pas mentionné l'édition pliototypique du Yaticanus (Nouveau Testament) publiée en 1904 par ordre du Pape \ Pourquoi, p. 452, a-t-il passé sous silence l'édition des Old syriac Gospels, publiée en 1910 par M rs Agnes Smith Lewis? Pourquoi n'a-t-il pas catalogué le codex S, Athos, « 2 d'après von Soden, 49 d'après Gregory? Nous lui signalerons, ce qu'il sait probablement, mais qu'il n'a 10-20, par von Soden. Eniin, nous a été noté i 14, et le Papyrus 11, pas dit, que le codex lui donnerons deux renseignements qui nous ont été communiqués par Dom de Bruyne Le codex Saretianus a été imprimé, par les soins de Dom Atnelli, par l'imprimerie du MoniCassin; comme le dit M. Kenyon, il n'a pas encore été publié. Les codex r et rs sont des fragments d'un même manuscrit.
'.'

W

a.

:

124

REVUE BIBLIQUE.
la

au niveau de

presse ou de la tribune. Ce n'est pas que l'on ne mette des preuves
la Bible.

en avant pour établir l'existence d'un élément divin dans
reconnaît aisément
les

Mais

le

D

r

H.

points

faibles

de

ces constructions apologétiques. Il y a

place pour quelque chose de plus solide et lui-même va s'y exercer.

Cet exposé nous montre de quelles vues élevées l'auteur s'inspire. C'est un angli-

can

:

on a déjà senti que,
les

même

sur une question aussi grave que l'inspiration, son
la

langage n'a pas

salutaires précisions de

doctrine catholique. Aussi bien les

inconvénients qu'il signale
ils le

comme

conséquences des nouvelles théories montrentà

danger

qu'il

y

a,

non seulement

supprimer, mais

à

relâcher

le lien

de con-

tinuité

que

l'histoire atteste entre la Bible et la Tradition.

Le

Dr

H.

est d'ailleurs

un

esprit sincèrement et foncièrement religieux; son attitude n'a rien

du

dilettante;

elle est

basée sur des convictions dont on entrevoit
il

la

force et la profondeur au tra-

vers des arguments par lesquels
fait la

veut les faire partager aux autres. C'est ce qui par

il

réelle valeur de son oeuvre

;

se rattache au

grand courant du Chrisqu'il

tianisme.

Le catholique trouvera en son
marquer d'un a
fortiori. Je
il

livre des

vues apologétiques

pourra

adopter presque sans correction; en plus d'un cas
posant, les

même,

il

devra, en les trans-

ne

sais,

en

effet, si le

D

r

H. est un critique

biblique de profession. Sans doute,

ne se range pas aux opinions extrêmes qui ne

sont pas de mise dans les bonnes sphères de l'anglicanisme; mais son émancipation
n'est pas telle à cet égard qu'il évite toute

inconséquence

:

de

certaines exagéra-

tions qu'à l'occasion nous devrons relever.

Le

fait

capital de l'histoire religieuse d'Israël est le

monothéisme;
Il

c'est sur

ce

point que fort longuement le

D

1

H. concentrera son attention.
soit

va d'abord

l'étu-

dier au point de vue des strictes données de l'histoire.

Que monde
le

le
le

monothéisme des Hébreux
dit et

un
la

fait

unique dans l'antiquité, tout
en

le

avec raison.

Il

faut s'entendre toutefois. Israël n'est pas,

effet,

seul

peuple chez lequel

que l'on peut découvrir dans les religions égyptiennes ou assyriennes. Le monothéisme grec suffit à attirer l'attention. Le D r H. en commence l'histoire par un aperçu sur le polythéisme. Il n'en faut peut-être pas tout retenir, et une place trop grande y semble
sons de côté les tendances
car
il

on rencontre
s'agit

croyance en un seul Dieu.

Lais-

de cela seulement

faite

à l'animisme.

Mais

il

faut relever des
et

vues très suggestives. Les fidèles du

polythéisme n'ont pas toujours
l'humanité
ils

entièrement ignoré cette idée d'un dieu suprême

unique qui aujourd'hui nous paraît seule digne d'un esprit s'élevant au-dessus de
et

ont, dans la pratique, préféré des rêveries

du monde contingent pour en reconnaître l'auteur. Mais à cette idée que volontiers nous traiterions d'ab-

surdes.

La

raison en est que ces rêveries répondaient assez adéquatement aux con-

ceptions de l'univers alors régnantes.

Aux

esprits les plus simples, certaines succes-

sions de faits s'imposèrent, capables d'exprimer les relations de cause à effet. Mais

de

telles constatations furent limitées et

fragmentaires; certains
;

faits,

grâce à leur

soudaine apparition, demeuraient en dehors de ces catégories

et,

d'autre part, on

ne

saisissait rien

ou presque rien de cette subordination des causes qui devait aboutir
et

au concept d'un ordre général

d'une

loi universelle. Il était

tout naturel d'attribuer
la

chaque groupe de

faits

indépendants à l'une de ces nombreuses divinités dont

tradition avait fixé les

noms

et les attributs, d'expliquer,

par

le

jeu de leurs senti-

ments
Et

et

de leurs passions,

comme on

était sous la

d'avoir pour soi de la
s'imposait

anomalies que l'on ne pouvait pas ne point remarquer. dépendance de ces dieux, qu'on pouvait les soupçonner sympathie ou de l'inimitié, la multiplicité des devoirs religieux
les

comme

d'elle-même.

RECENSIONS.

123
la

A mesure
les

seulement que se développera l'étude de
le sort

nature, on verra apparaître
le

lacunes de ce polythéisme qui multiplie les panthéons selon
et les destinées

nombre des peuples.

qui subordonne

des dieux à ceux des nations placées sous

leur égide, qui, à ces dieux enfin, prête les passions humaines, les plus basses
les plus nobles.

comme

Le progrès fut lent. Il était réservé aux Grecs de devancer le reste de l'humanité. Leur connaissance de la nature leur permit de s'élever à l'idée d'une cause universelle du monde qui, du seul coup, ne laissait plus rien à l'aire à la multitude des dieux. Cette causalité générale fut successivement attribuée à des éléments
fort divers, jusqu'à ce

qu'elle eut trouvé sa

forme délinitive dans
garda
la

le seul

Dieu de
et le
Il

Platon

et d'Aristote. C'est ainsi
la

que

le

monothéisme
Il

fut véritablement

l'œuvre

produit de
fut

philosophie et du raisonnement.

marque de

ses origine.

toujours et avant tout une idée, qui ne se concrétisa pas en une personnalité netl'idée était trop belle, trop haute,

tement tranchée; aussi bien
l'incarner dans

pour qu'on songeât
fut

à

aucune des

divinités

de l'Olympe! Par

suite, ce

système ne

presque

pas une religion. Ses fidèles croyaient-ils avoir autre chose à faire que de se con-

former au rôle que la suprême causalité attribuait à chacun des éléments de ce grand tout qu'elle dirigeait? On peut au moins se demander à quels sentiments ils obéissaient quand ils continuaient de s'associer à des cultes populaires, vides pour
eux de toute leur signification.

titre

développement du monothéisme juif. Je n'aime pas beaucoup le Yahweh, the charactcristic Scm/ii*' Deity; il est apte à causer plus d'uue méprise. Le D r H., d'autre part, me paraît avoir réduit à l'excès le rôle de Moïse. Ce n'eût pas été dépasser la portée des textes et des traditions que de se
Tout autre
est le

du chap.

n

:

montrer

très affirmatif

pour attribuer au fondateur de

la

religion prophétique la

exclusivisme et mopremière mise en lumière de ces deux caractères de Yahweh qui devaient être si féconds dans la suite, que les voyants du huitième ralité


et

siècle

du septième devaient reprendre avec tant de
le

force. Ces

notes, en effet,
la

marquent, dès

début, ce qui distingue
les oublier;

Yahweh
c'est

des autres divinités sémitiques;

masse du peuple pourra
privilégiés,

mais

parce qu'elles remontent aux ori-

gines, parce qu'elles se sont transmises d'âge en âge,

au moins dans quelques groupes

prétendre au rôle de novateurs. Peut-être, au surplus, auraient-elles fourni la meilleure explication de r cette autre particularité, dont le D H. place l'origine au commencement même du

qu'un Élie ou un

Amos

pourront y

faire appel sans

Yahwisme, mais
lien

qu'il est loin

de mettre suffisamment en valeur

:

le

caractère du

d'alliance,

faites, les points

non de nature, qui unit Yahweh à son capitaux du rôle de Moïse sont bien mis en

peuple.
relief
:

Ces

réserves

délivrance de

l'Egypte et union des tribus en une organisation sociale et religieuse; relation de

Dieu-à-peuple établie entre

Yahweh

et Israël,

avec de mutuelles obligations; simili-

tudes de cette relation avec celles qui étaient à la base des religions sémitiques,
particularité

du

lien d'alliance;

Israël

voué au culte d'un seul Dieu.

On

sait quelle

répercussion l'établissement en Canaan eut sur
le

la vie religieuse d'Israël,
il

comment
l'établis-

peuple de

Yahweh

se laissa initier
si

au culte des Baals;
de
la résistance

aurait perdu le bénéfice

de sa religion propre

la nécessité

aux invasions, puis

sement de
leurs,

la

royauté, ne l'avaient pas ramené de temps à autre, enfin d'une manière

définitive, à l'intelligence
il

de ce qui

faisait

son unité et sa force.

De Yahweh
lui

d'ail-

ne se

fit

pas une idée en rapport avec ce que les prophètes

devaient rap-

peler plus tard.
et

morale
il

d'Israël, soit avant le schisme, soit

tout

ne

me

H. pousse peut-être au noir le tableau de la vie religieuse dans les deux royaumes séparés. Surparaît pas faire la part assez large à un groupe d'âmes moins terre à

Le

Dr

126
terre,

REVUE BIBLIQUE.
dont l'existence, notamment
à partir

de Samuel, transpire à chaque page de

l'histoire: surtout il des voyants de l'âge prophétique. C'est seulement en tenant compte de ces remarques que jusqu'à la captivité qu'il est juste d'admettre des assertions comme celles ci courant principal de la religion populaire se déroula sur un niveau de Babylone le
:

me

paraît restreindre à l'excès le cercle où rayonna l'influence

polythéiste;

que le parti prophétique, avec ses vues plus élevées, ne fut jamais qu'une petite minorité, parfois réduite à une poignée. En revanche, et c'est le principal pour le but que poursuit l'auteur, il est exact que jusqu'à l'exil babylonien, le
pente générale de la masse en matière de religion n'étaient pas dans la direction du monothéisme. Les vrais prophètes n'étaient pas portés par le flot du sentiment populaire; tout au contraire, il leur fallait maintenir leurs rares vues malgré l'opposition violente et à la face d'une incrédulité qui, sauf à de
génie du peuple et
la

intervalles, était

à

peu près universelle.

Il

n'y a

caractère national ou au génie national pour rendre compte du

aucun avantage à en appeler au monothéisme hébreu.

Quelle est donc sa provenance? Il faut noter que, même envisagé de l'extérieur,
tingue nettement

le monothéisme hébreu se disdu monothéisme grec. Le prophète israélite n'éprouve aucun besoin de raisonner pour lui-même sa croyance en l'existence de Dieu. De plus, il ne reconnaît; il se met nullement à l'écart de son peuple; c'est le Dieu national qu'il attribue une vie intime, analogue à celle que conçoivent ses contemporains; il lui admet les relations très spéciales que ce Dieu est, aux yeux de tous, censé entreteDieu unique se il n'a rien d'ailleurs de cette idée moderne d'un nir avec Israël dévoilant, à des degrés différents, au travers des nombreuses religions de l'humanité. Mais, pour reculée qu'elle soit, la question se pose toujours comment s'est formée
;
:

la

tradition dont le prophète est
a

le

représentant?

Y a-t-il

eu un

moment

le

raison-

conduit quelque sage israélite du polythéisme ou, si l'on veut, de l'hénor basé théisme, au monothéisme? Un tel raisonnement, nous dit le D H., n'a pu être la nature. La conception de la causalité est la même sur l'observation des faits de vodans l'Ancien Testament que dans le reste du monde sémitique; il s'agit d'une

nement

lonté supérieure

unique,

ici

— aux
ni les

interventions universelles, incessantes,

imméordi-

diates, auxquelles

n'échappent

événements

les plus

réguliers, ni ceux qui se

font

remarquer par leur caractère

insolite

ou qui vont

à

rencontre des

faits

naires, ni la vie et la liberté de
lois naturelles;

l'homme lui-même.

Israël ne s'élève pas à l'idée des

chaque incident, si petit soit-il, dépend d'un acte propre de la volonté exacte des de Dieu. Les monoyahwistes ne semblent pas avoir une pénétration plus que les hénosecrets de la nature, ni une conception plus avancée de la causalité, raison d'attitudes théistes qui les entourent. C'est ailleurs qu'il faut aller chercher la
si

différentes.

En développant

cet

argument, l'auteur

a peut-être trop insisté sur l'u-

prophétiques; niformité des concepts dans la masse populaire et dans les milieux qu'ils avaient de Yahweh comme du seul Dieu a rejailli sur la mala connaissance
nière dont les voyants interprétaient l'univers

y ont mis plus de précision et de démonstration demeurent fermes. largeur de vues. Mais les lignes générales de la repose Avec le D H. il faut pareillement reconnaître que le monothéisme hébreu ne appellent pas à l'hispas sur l'étude des faits de l'histoire. Les monoyahwistes n'en pour justifier leur enseignement; Is. xl-lxvi ne constitue à ce point de vue
:

ils

1'

toire

intimement

était si qu'une exception apparente. Bien plus, à une date où la fortune des dieux nations, les malheurs d'Israël et de Juda auraient liée à celle des naturellement conduit à la faillite du monothéisme; le langage que les adversaires

de Jérémie

lui tenaient

en Egypte

suffit à le

prouver. Ce n'est pas

le

raisonnement

RECENSIONS.
qui a produit la croyance juive au seul Dieu. D'ailleurs, en

127

main

était si

s'élever

un temps où l'esprit huprofondément pénétré de polythéisme, on ne pouvait lui demander de par une sorte de progrès irréfléchi là où le raisonnement ne pouvait le

conduire.

Mais

le

Yahweh
Ils

des prophètes est aussi un Dieu juste. Les voyants ne se présentent
la

pas avec un idéal moral abstrait, en rapport avec une vue philosophique du but de
vie

humaine.

jugent

le

peuple d'après sa conformité avec les règles de conduite

qu'il

connaît et qu'il devrait mettre en pratique. Le

D

1'

H.

les restreint

aux déca-

xxxiv, 12-26 et au code de l'alliance (Ex. xx, 22-xxiii, 33). Il ne voit d'ailleurs en ces documents qu'une codification de ce qui se faisait en Israël, sans rien qui force à leur attribuer une cause supérieure à celles que l'on peut constater ailleurs; une comparaison plus attentive de ces législations avec celles qui étaient en vigueur parmi des peuples beaucoup plus avancés en civilisation conduirait sans doute à une autre conclusion. Quoi qu'il en soit, la remarque du D r H.
logues d'Ex.
et

\x

touchant l'attitude des prophètes parait exacte. Cette attitude
qu'ils

est inspirée
fait

par l'idée
nation

ont de Dieu. Les autres religions sont très faibles en
le

de moralité; les
;

dieux subordonnent trop souvent
puis,
si

souci des individus à celui de la
est
si

et

que peuvent-ils réclamer quand leur propre caractère

peu élevé, parfois

l'idéal

profondément immoral? Yahweh, au contraire, apparaît aux voyants comme de la justice au sens le plus large du mot, incapable dès lors de traiter avec

faveur un peuple immoral; de
leur venait cette idée,

leurs perpétuels appels à la réforme. Mais d'où

ou

plutôt, d'où

ne leur venait-elle pas? Elle, non plus, ne de
conceptions aussi
tout en perpétuel

procédait pas d'une induction. Les Israélites n'avaient pas

profondes que celles d'un
l'idéal

monde formant un

acheminement vers
en certains cas
l'histoire

moral; leur expérience intime elle-même n'était pas

telle,

surtout, qu'elle put engendrer une telle persuasion.

La considération de

du

peuple de

Yahweh

n'y suffisait pas davantage
lui

:

si

les désastres étaient attribuables
satis-

la colère divine,

pourquoi
:

chercher une autre cause que celle qui donnait
aussi lamentable

faction

au vulgaire

la

négligence
fait

volontaire ou ignorée dans l'accomplissement

des rites?

Au

surplus un

que

la le

en échec une théorie qui se serait appuyée sur
corrélation
inéluctable

mort de Josias n'eût-il pas mis raisonnement pour établir une

entre la fidélité aux exigences morales de
la

Yahweh

et les

récompense? En réalité, ceux qui jugèrent l'histoire d'Israël au point de vue de la sanction morale ne le firent qu'à raison de principes déjà fortement enracinés dans leur âme. Que déclare donc le prophète lui-même touchant leur origine? Il s'en explique
bénédictions qui en auraient été

dans ses controverses avec des rivaux dont
tiques. Car,

il

traite

les visions

comme

inauthen-

même

en

Israël, le

prophétisme,

trait

commun

de toutes

les religions

sémitiques, n'éleva pas toujours ses représentants au-dessus des préjugés
gaire.

du

vulet,

Un

petit

nombre seulement
il

fit

écho aux véritables exigences de

Yahweh

pour

les faire

triompher,

fallut lutter contre des

hommes
esprit.

qui, usant

de semblables

méthodes, prétendaient parler au
la différence

nom du même
;

A

en juger de l'extérieur,
les

entre vrais et faux prophètes s'exprimait surtout par les vues opposées

qu'ils

avaient

du présent
à

et

de l'avenir
leur

les

uns étaient optimistes,
de
la

autres

plutôt pessimistes. Mais

quel argument supérieur les représentants

théisme faisaient-ils appel?

A

expérience intime

divinité.

du monoLe D r H.

analyse avec beaucoup de finesse, à propos d'Is. vi, la forme que prenait cette

expérience dans les circonstances plus solennelles où Dieu manifestait au prophète
sa vocation.

128

REVUE BIBLIQUE.
l'histoire

Les données de
de
la

ne vont guère plus loin
ne saurait
les

et

cèdent
si

la place

aux recherches

philosophie.

Celle-ci

entreprendre

elle

ne considère déjà
:

comme
pour
Dieu;
le

acquis un certain

nombre de

principes

tence d'un dieu personnel, créateur de l'univers,

fondamentaux et élémentaires exislui demeurant toujours immanent
temps, s'en distinguant en vertu
la

maintenir dans l'existence, mais, en

même

d'une incontestable transcendance; idée précise de
possibilité

parfaite sainteté

morale de ce
la

de relations directes avec
il

les

hommes,
sa

consistant en des manifesta-

tions et des révélations par lesquelles

exprime

volonté et indique
la

manière

de l'observer.

De

ces conceptions

primordiales elles-mêmes résulte

nécessaire

distinction des vraies et fausses religions, des vraies et fausses révélations.

Le jugement à porter sur le polythéisme est facile. On ne saurait traiter comme une doctrine qui méconnaît à un pareil degré la supériorité morale de la divinité; en dehors de toute autre cause apparente, les expériences religieuses qui se rattachent au paganisme se doivent rapporter aux irruptions du subconscient. Quant au monothéisme grec, on a déjà dit qu'il ne se réclamait d'aucune révélation; tant qu'il demeura confiné en son lieu d'origine, il ne se traduisit jamais
révélation

par une véritable organisation religieuse.

Lorsqu'on pénètre dans
changées.
Ici

le

domaine de
religieuses

la

religion

d'Israël, les conditions

sont

les

expériences

sont

des

plus nombreuses et des plus

caractéristiques, absolument rebelles d'ailleurs à toute explication tirée de la sub-

conscience
les

:

tout ce qui constitue l'atmosphère intellectuelle et morale de ceux qui

ont

faites

va à leur encontre.

Il

faut

ici

reconnaître

le

fruit
si

d'une

communion

directe avec Dieu, d'une révélation au sens vrai
existe quelque part, c'est
ici

du mot. Et
Il

la véritable religion

qu'il la faut

chercher.

est

même

nécessaire d'aller

La perpétuelle association des expériences avec le nom de Yahweh et le système religieux par lequel on l'honore montre que ce nom et ce système font partie de la vraie religion. Peu importent d'ailleurs les préjugés de notre époque contre tout ce qui est organisation cultuelle. En établissant de pareils moyens de communiquer avec lui, Dieu vient au secours des âmes qu'il ne favorise pas à l'égal des prophètes; il témoigne du souci qu'il a de nos adorations; il fournit
plus loin.
cet adjuvant social
si

nécessaire à l'épanouissement personnel de l'individu. L'objec-

tion serait peut-être plus grave qui serait tirée

du

fait

que

la

vraie religion

était

limitée à un seul peuple; mais

il

faut reconnaître que, de l'aveu

même
si

des croyants

israélites, cette disposition était transitoire.

On
elle

peut se demander ce qui serait advenu de

la

religion d'Israël
le

elle eût été

confinée dans le seul

dogme du monothéisme,
limites de
la

si

complet qu'on

suppose. Aurait-

jamais franchi
à maintenir

les

nation? Aurait-elle

survécu au grand catarésurrection
d'Israël

clysme de 586? Ce qui

est certain, c'est

que l'espérance messianique contribua granqui

dement

et à aviver dans l'âme des exilés la foi en la
fut
le

nationale; c'est

qu'elle

ferment

transforma

la

religion
la

en

religion de l'humanité; c'est qu'elle
l'ordre ancien et l'ordre

marqua en quelque

sorte

transition

entre

nouveau; tandis qu'elle témoignait de
le

l'état

inachevé du

judaïsme,
avec
le

elle

devenait pour

christianisme naissant le principal point d'attache

passé. Inutile de rappeler avec le

D r H.

les

grandes lignes de cette espé-

rance, fondée sur le choix que

Yahweh

avait fait d'Israël

pour s'unir à

lui,

en

même

temps que sur

du plus brillant avenir auxquelles il ne pouvait manquer d'être fidèle. Il y aurait eu à montrer comment, en dehors d'une révélation consécutive à celle du monothéisme, cette idée ne trouve aucune explication adéquate, et comment elle constitue par elle-même un argument très fort en faveur
ces promesses

RECENSIONS.
de
la

129

vérité

de

la

religion

d'Israël.

On comprend
cet

aisément quelle preuve plus

éclatante encore

la

réalisation

de
le

monothéisme. Or cet espoir, on
sa

autres arguments du verra bientôt, Jésus de Nazareth l'a réalisé
:

espoir ajoute aux

religion

se

présente

comme

l'héritage

antique d'Israël développé
thèse

et

agrandi

au bénéfice de l'humanité.
regarde
apologétique du D r H. en ce qui Personne ne contestera la grandeur de ces vues; tous ceux qui prendront contact avec le volume qui les renferme reconnaîtront la vigueur des argumentations qui en font valoir les points forts. Je me sens peu qualifié pour poursuivre l'étude de ce livre et des chapitres intiTelle est, dans
la

ses grandes

lignes, la

religion

de l'Ancien Testament.

tulés

:

Jésus

et la

religion des Juifs, Les Apôtres et la religion des Juifs, Le Nouvel
:

et la Loi, L'office des Apôtres. Ce qui suit Développement du ministère (chrétien), Unité de l'Église, relève de l'histoire ecclésiastique plutôt que de l'exégèse apologétique. Disons seulement comment le D r H. résume l'attitude de Jésus.
Il

Israël,

Les Croyants de la Gentilité

pose

le

dilemme

suivant. L'assertion que Jésus a délivré les

hommes de
il

la

Loi

peut être entendue en deux sens et en deux sens seulement.
les

Ou

bien

leur a ouvert

yeux pour leur montrer

n'avait pas
la Loi,
il

qu'ils n'avaient jamais été liés par la Loi, que celle-ci une autorité surnaturelle. Ou bien, acceptant l'origine surnaturelle de s'est attribué une pareille autorité pour la remplacer par quelque chose
est conduite,

d'autre.

La discussion

d'observation, en vue de montrer que

avec beaucoup de finesse et une grande richesse la première attitude ne correspondait nulle-

ment aux

conditions de la pensée et de la vie religieuses du temps. Au surplus les Évangiles témoignent clairement de l'attitude de Jésus. Les Écritures sont pour lui décisives en matière de conduite et de doctrine, et c'est par respect pour leur autola mort. D'autre part, il observe la Loi et enseigne aux autres à la ne se soustrait qu'aux traditions des Anciens. Il reconnaît le privilège exclusif des Juifs. Mais, en même temps, il s'attribue le pouvoir d'établir une nou-

rité qu'il

accepte

garder:

il

velle alliance

aux termes de laquelle

la

Loi cessera d'être obligatoire

comme moyen
la

de salut.
L'attitude des Apôtres fut pareille à celle

du Maître. Sincèrement persuadés de

divine origine de la Loi, ils crurent avec autant de fermeté que Jésus avait eu l'autorité
les

voulue pour

lui

substituer une nouvelle alliance; la descente du Saint-Esprit

confirma dans cette conviction.

Même

ses promesses, ils continuèrent de reconnaître le choix

en proclamant que Dieu avait accompli que Dieu avait fait d'Israël. Sur

ce point l'attitude de saint Paul ne fut pas différente de celle des douze; aussi, longtemps encore après que les Gentils eurent été affranchis des observances légales,
les convertis Juifs

continuèrent de les garder c'est seulement
;

à

mesure que

la

sépara-

tion s'établit entre l'Israël obstiné et le
inutiles,

tombèrent en désuétude

et

nouvel Israël que ces pratiques, devenues cessèrent de nuire à l'expansion du christiaJ.

nisme.

Touzabd.

Essai sur la chaîne de l'Octateuque, avec une
Diodore de Tarse qui
8° de
s'y

édition des Commentaires de trouvent contenus, par Joseph Deconinck (Bibliothèque de l'École des Hautes Etudes, Sciences historiques et philologiques, 195 e fascicule),

vin-175 pp.

Paris,

H. Champion, 1912.

Depuis quelques années, les travaux sur les chaînes bibliques sont à l'ordre du jour en Allemagne. MM. Karo et Lietzmann et Faulhaber, en publiant leurs précieux caKEVUE BIBLIQUE 1913. N. S., T. X. 9

130

"

REVUE BIBLIQUE.

talogues des manuscrits des chaînes grecques, ont facilité l'accès, jusqu'alors étran-

gement compliqué, à ces énormes compilations et ont contribué à modifier l'opinion trop répandue qu'il était impossible de rieu en tirer de certain. M. Deconiuck rendra en France un service semblable, par l'Essai sur la chaîne de l'Octateuque qu'il vient de faire paraître. Il est, lui aussi, un croyant; car on peut bien parler de croyance
à l'intérêt et à la valeur des chaînes, mais sa foi a le mérite de reposer sur une étude

consciencieuse des manuscrits. Tout au plus, pourrait-on
trop optimiste lorsqu'il s'agit de
la

lui

reprocher d'être un peu

contribution apportée par les chaînes à l'histoire

du texte biblique. Il semble croire possible une reconstitution plus ou moins complète du texte scripturaire dont se servaient les auteurs de la chaîne, ou même les commentateurs utilisés par ceux-ci (p. 16 s.); cependant il faut entendre cette affirmation

cum grano
s'agit

salis

:

«

Nicéphore, quand

il

a édité la chaîne de l'Octateuque, a utilisé
» (p.

un

autre texte biblique que celui qu'il trouvait dans ses manuscrits

33)

;

et lorsqu'il

de son

e de Diodore de Tarse, dont M. D. édite les commentaires, dans la 2 partie livre, on doit tenir compte de l'indication que « lorsque le texte (de Diodore)

ne nous est pas ainsi transmis (c'est-à-dire lié aux commentaires de Diodore), il y est suppléé par celui de l'édition de Lagarde qui tend à reproduire le texte de l'édition de

Lucien

»

(p. 84).

On

peut être moins sceptique au sujet de l'apport des chaînes à

la

littérature patristique.

Le plaidoyer de M. D.

(p.

17 ss.) est habilement

mené
la

et la

réponse aux objections classiques pleine de sagesse. Et
n'a de valeur que
si elle
:

même

ceux pour qui

science

aboutit à des conclusions absolues ne seront guère satisfaits

« Nous disons d'un fragment qu'il est authentique quand les de la formule finale témoignages comparés des différentes classes et groupes de manuscrits mettent tout à fait en vedette le nom de Diodore; qu'il n'est pas authentique quand parle même

procédé ce

nom

est

positivement écarté; qu'il est douteux quand cette confrontation
» (p. 83). C'est

ne nous

a pas

permis de prendre parti

avouer que

la

chaîne

à elle

seule ne suffit pas pour permettre l'attribution certaine d'un passage ou d'une série

de passages

à tel

ou

tel

Père, et que son témoignage doit être contrôlé,
cf. p.

si

possible,

par d'autres procédés de critique

vu). Lorsque ce contrôle est impossible,

force est de s'en tenir à des probabilités et de faire crédit au compilateur de la chaîne
et

de ses copistes.

La

partie la plus intéressante de l'essai de

M. D.

est celle qu'il

consacre à la claset

sification

des manuscrits de

la

chaîne de l'Octateuque. Déjà Achelis

Lietzmann
la

avaient reconnu l'existence de trois classes principales de manuscrits, représentées

première par

les Paris, gr.

128

et 129, le Coisl. 193, et la

chaîne de Nicéphore;

la se-

conde par leBarb.569 (VI,

8), et la

troisième par le Basileense (A. N. III, 13).

En

étu-

diant les fragments patristiques contenus dans ces divers manuscrits, M. D. confirme
cette conclusion et essaie de retracer l'histoire de la chaîne qui aurait débuté par

un

noyau de commentaires communs aux
serait à

trois classes

de manuscrits

et

dont

le

terme
les

chercher dans

le

Basileense et les codices apparentés
l'objet

(p. 57).
il

Les manuscrits
résulte

de

la

première classe forment

d'une discussion spéciale, d'où
«

que

manuscrits de Paris gr. 128 et 129 fournissent

que nous connaissions

jusqu'ici, celle

deux traditions préférables à celle de Nicéphore. et que, de ces deux manuscrits,

129 est plus autorisé que 128

» (p. 76).

Comme
point, ses

il

convient, M. D. se préoccupe également

du

rôle de Procope de Gaza,

et des relations possibles

de son commentaire avec
:

la

chaîne de Nicéphore. Sur ce
lui,
le

conclusions sont plutôt négatives
ni avec la

on ne peut, d'après

assimiler

le

commentaire de Procope

chaîne de Nicéphore

comme

voulait Lindl,

ni avec l'état représenté par le Basileense, selon l'opinion de Faulhaber.

Reste

le

type

RECENSIONS.
représenté par
futures.
L'essai de
le

131

Barber. 569 p. 70

.

La question demeure ouverte aux investigations

M. D. se termine
la

de Tarse contenus dans

p. 91-173) par une édition des fragments de Diodore chaîne de l'Octateuque. Nous savons déjà dans quel sens

D. entend l'authenticité de ces fragments. Notons pourtant que l'attribution de extrêmement probable par le témoignage concordant d'une chaîne latine, due à Jean le Diacre et qui cite Diodore
plusieurs d'entre eux à Diodore est rendue Victor de

M.

d'après

Capoue

(p.

80

autre que celle de la

nous trouvons dans cette dernière une tradition tout chaîne grecque et donc une heureuse confirmation de ses
s.};

lemmes.

dogmes ne peut s'empêcher de regretter que M. D. de tirer parti des textes qu'il a édités. Les quelques pages d'introduction qu'il leur consacre ne nous apprennent rien de nouveau sur Diodore (p. 85-89) on les aurait tout de même souhaitées plus approfondies. Nous ne saurions songer à faire, dans une simple recension, le travail que M. D. n'a pas osé entreprendre.
n'ait pas essayé
;

L'historien de l'exégèse et des

Tel

qu'il est
la

prépare

son ouvrage est une contribution précieuse à l'étude des chaînes. Et il voie aux travailleurs qu'intéresse l'histoire de l'école exégétique d'Antio-

che, et qui attendent

impatiemment la publication des documents nouveaux annoncés par le P. Maries, pour reprendre de plus près cette histoire.
Gustave Bakdv.
I.

La Palestine, Guide historique et pratique, par des professeurs de N.-D. de France à Jérusalem. 2 e éd. in-16 de x\xix-720 pp. 48 plans ou dessins, 23 cartes et un panorama de Jérusalem. Paris "Bonne-Presse, 1912
; ;

II.

Palestine et Syrie, dans la série des manuels Baedeker. 4 e éd. française le D' Em. Benzlxger. In-10 de c-458 21 cartes, 56 plans et un panopp. rama de Jérusalem. Paris et Leipzig, 1912.
par M.
;

Une

réédition simultanée rapproche

différents, réalisés l'un et l'autre avec

ici deux manuels conçus de points de vue une compétence éprouvée que sanctionne un

n'a qu'à choisir. Suivant son caractère et son choix sans embarras liseur forcené, qui n'a jamais trop d'indications à dévorer avant d'observer, il emportera les deux recueils; soucieux de voir par ses propres yeux et attiré de préférence par les souve(1).

succès croissant

Le voyageur qui part
il

d'après le but de son voyage,

fixera

:

nirs religieux et historiques,

il optera pour La Palestine: moins spécialisé dans ses préoccupations et désireux d'un contact plus immédiat avec le pays, il choisira Palestine et Syrie. Celui-ci en effet décrit essentiellement la contrée; l'histoire n'intervient

qu'au second plan; des cartes intégrales, dont

la lecture est facilitée

par

le détail

de

nombreux « itinéraires », le rendent utile en n'importe quel district palestino-syrien. Celui-là donne du pays en général la notion pratique nécessaire pour en mieux pénétrer l'histoire qu'il s'attache

davantage

à

mettre en

relief.

s'ajoutent des nuances profondes dans la méthode, scientifique des deux parts, mais régie par de tout autres principes. Le sous-titre adopté par les professeurs de N.-D. de France atteste qu'ils ont voulu faire

A

ces

programmes divergents

œuvre

d'historiens;

on constate

vite

que

l'historien en

eux

s'est

documenté par

la

topogra-

phie, l'archéologie,

l'ethnographie, la linguistique et l'exégèse triturées avec une prudente critique; ces sciences toutefois ne sont que de seconde ligne. Croyants sin1

H

a été
l re

maintes

lois

Sur la

éd.

du Guide historique,

question du manuel Baedeker dans cf. RB., 1904, p. i7.j s.

la

Revue :1a

1"= éd.

date de

188-">

132
cères, les

REVUE BIBLIQUE.
sympathiques auteurs
l'ont

passer dans leur Guide quelque chose de leur
la

piété éclairée et de leur

amour pour

Terre Sainte.
et

Mais leur croyance s'informe avec précaution;
vaincue,
experts,
ils
ils

parce que leur religion est con-

entendent n'en adresser l'hommage qu'à bon escient 1). Théologiens « la Trane sont jamais dupes des expressions si fréquemment abusives
:

dition, le

témoignage des Pères,

la

tradition de telle église ».

Discrets et respec-

la conduite de leur délicate enquête, quand ils innovent à rencontre d'une commémoration traditionnelle, c'est qu'ils s'y croient obligés par des faits

tueux dans

positifs,

à

sa correction.
Il

ou par un retour direct à la tradition la plus indemne d'influences funestes Le manuel Baedeker est impersonnel et dégagé de préoccupation
n'ignore pas
le

religieuse.

caractère exceptionnel de la Palestine, l'intérêt spécial
relief,

des Lieux Saiuts; son but néanmoins n'est pas de les mettre en
nir au lecteur,
facilités

mais de four-

exactement

comme

pour

la

Norvège ou

le

Soudan,

le

maximum

de

pratiques en vue d'orienter son observation. Parce qu'il ne se restreint à

aucune catégorie de voyageurs et veut être agréable à tous, il s'attache à donner du pays une connaissance succincte et complète, où chacun puisera selon son goût. Géographie, ethnographie, linguistique, art, histoire et folk-lore vont de pair.

M. Benzinger se réduit au rôle d'appareil enregistreur précis. Au Haram de Jérusalem par exemple, les souvenirs bibliques relatifs à la Roche sacrée, les spéculations rahbiniques et les légendes musulmanes défilent bout à bout, sans que le manuel se
révèle plus impressionné par l'adaptation de l'autel des holocaustes, les propriétés de

Yeben satyâ,

le
Il

bruissement du ruisseau de paradis, ou

les «

poils

de

la

barbe de
»
;

Mahomet
n'est

».

emploie manifestement au hasard
la

« la tradition,
«

une tradition
»

il

même
».

pas souvent facile de discerner

nuance entre

une tradition

et

«

une
cri-

légende

A

cette indifférence dans la présentation des choseï à voir s'allie

une

tique passablement radicale des sources historiques.

Une autre cause encore
facilités

différencie les

deux Guides

:

leur contenu. Les professeurs

de N.-D. de France visent toujours
avec une excursion à travers
ils

la Palestine

spécialement; mais parce que les
le

désormais plus grandes du voyage permettent de combiner
la

pèlerinage

Syrie, voire

même

avec un circuit en Méditerranée,
essentielles

ont consacré de substantiels chapitres à

la

Syrie centrale (Liban, Cœlésyrie, Baalles indications

bek, Damas,
visite

Haurân).

Un

appendice groupe
villes

pour

la

des grands ports et des

fameuses
près

:

Naples, Athènes, Alexandrie, Le Caire,
la

Éphèse,

Gonstantinople.

A peu

pour tous ces points
et

collection

Baedeker

avant des manuels particuliers, celui de Palestine
Il

Syrie n'avait pas à en traiter.

à

offre au contraire l'avantage d'itinéraires à « La presqu'île de Sinaï (2) », à Pétra, Palmyre et dans la Syrie du Nord, et d'appendices précieux sur L'ile de Chypre et

sur La Mésopotcwrfe et la Babylonie.
Si

dans un
il

tel sujet les

considérations artistiques et littéraires gardaient quelque

intérêt,
(4)

faudrait signaler que, malgré la plus parfaite lisibilité

du Guide historique

C'est ainsi qu'à

propos de Nazareth

ils

concluent leur diligente monographie du sanctuaire

et des récentes découvertes : « L'examen des fouilles consciencieuses des Pères Franciscains et les descriptions des anciens pèlerins permettraient difficilement d'accoler à la groite

même

Pédicule de Lorette » (p. 432), et ils montrent pourquoi. Avec une sincérité qui les honore, ils confessent « que la tradition orientale ne mentionne pas la translation miraculeuse, et qu'aucun texte ancien ne nous renseigne clairement sur la situation ou même l'existence de la sainte maison... devant la grotte de tout temps vénérée » [t. L). On se rappelle quelles angoisses cet essai d'adaptation causa jadis au P. Thomas de Novare, ancien custode de T. S., jusqu'au jour où Dieu lui accorda la révélation d'une concordance qui sine fide haberi non poterat vel capi
(Rcv. Or. latin, XI, 401). (2) Une « presqu'île » de telles proportions est appelée de préférence dit mieux du Sinaï en français.
<•

péninsule

»,

et l'on

RECENSIONS.
dont l'impression
par l'harmonie,
est

133
touffues, le

moins dense (1,

les cartes

moins

Baedeker l'emporte
et

la netteté et

l'agencement mieux nuancé d'un texte extrêmement dru.

mais surtout par l'élégance
a la supériorité

et la précision

de sa documentation graphique; cartes
(2).

plans ne laissent rien à désirer au point de vue artistique

Eu revanche,
fatalement,

le

Guide
le

d'une rédaction excellente,
la rigidité

alors qu'on sent

dans

manuel Baedeker,
sible

d'une traduction qui devait être aussi littérale que pos-

sous peine de trahir son texte et qui demeure en plus d'un cas inintelligible

une certaine connaissance de la structure littéraire allemande, ou du terme allemand sous-jacent (3). Mais voici que ce compte rendu vient de glisser dans une comparaison délicate entre les mérites des... savants. Elle était d'autant plus inévitable que, par la majeure
sans
partie de leur contenu, les

deux manuels

traitent les

mêmes

sujets,

souvent dans

le

même
(1)

ordre, parfois avec des représentations identiques

(4).

On

pourrait montrer

La correction typographique est désormais excellente; à peine ai -je relevé, dans une lecquelque vétilles comme p. 41,1. 11 e. b. rési, dences; p. 64, n. 1 S'etli. pour Neh.; p. ;U7. 1. 8 cl Obiréh, lis. Qbiréb ce qui est d'ailleurs aussi mauvais que possible comme
ture assez suivie,
; :
:

:

:

rabaise. f/yramides et n. transcription p. 672, 1. l!) Plan (p. 19). (2) Voici quelques observations sur divers graphiques de Jérusalem seulement. éire à jour il exige une refonte des quartiers neufs septentrionaux, répartition des édifices l'our et surtout ochevau des voies môme la grand'route est mal indiquée à l'angle NE. La disposition des portes d'Herodeet Sitly Mariam est modifiée depuis plus de trente ans et il ne serait pas inutile non plus de rectifier le tracé du passage à la porte deJaffa. Etang, Ci, est une rubrique mal choisie pour cette insignifiante ruine d'un bassin exigu. L'institut hydropathique est depuis longtemps loin de là. Les voûtes antiques médiévales) qui couvrent un large espace dans E l ont été supprimées en 1896. Le patriarcat syrien catholique n'est pus à la porte de Damas, mais dans D 3. Au birk. es-Soultàn, pourquoi ne pas indiquer l'antique fontaine arabe, la prise d'eau moderne sur le canal des Vasques et l'établissement de la « Société protectrice des animaux »?
:

I

:

:

lire « rue du Marché au blé •. G-H6, Hâret el-Bizàr par » rue du It;izar :>. on oarait traduire Êakoûret [cf. plan face p. tô devrait être Hâkoûret. Enfin il y aurait à introduire dans le circuit extérieur une nomenclature loponymique et des repères plus utiles que des étiquettes comme Jérusalem antique (p. 28). Depuis 1908 « Porte de la Vallée, Tomb. du Christ selon Conder, etc. '. l'angle M», de l'enceinte moderne (RB., 274) il est évident que le noble tronçon de vieux mur e est un mythe; il continue à servir d'amorce à un tracé de III enceinte où s'alignent à souhait des fragments nombreux, guère moins faux. Se dégagera-t-on une fois de cette fantaisie de Robinson? En guise de progrès, ce plan s'est agrémenté du pire contresens exégétique et archéologique, en inscrivant la Cite' de David sur la colline du Cénacle et la Forteresse des Jébuséens sur Ophel. Ces termes sont inséparables, de toute rigueur, et un tel compromis ne fait pas honPlan du Uaram la Voie douloureuse s'amorce à neur au sens critique du distingue reviseur. Dans bâb Sitty Mariam On devrait enfin supprimer (dit Piscine de Belhesda) au birk. Isrâ'il. Environs de Jérusalem {p. 69). h'Institut agrola coupe p. 63, Arche de Wilson, lis. Robinson. nomique anglais et la Colline de Cendres par exemple ont disparu depuis de longues années, et Le plan du c'est là surtout qu'un peu de toponymie contemporaine serait bien opportune. tombeau des Rois p. 85) conserve naturellement son antique forme, assez conventionnelle. Les parallèles du Guide historique ne sont cependant pas comparables. documents Amarna •, docu(3) V. g., p. lxx « se transporter en extase »; p. i.xxut les « tables de Tell ments écrits « sur des tables d'argile », cf. p. 224 pour les tablettes de Ta'annak; p. lxxv« l'idée... passes'était approfondie » p. lxxxiii « le sultan... a pu soumettre... et imposa »... p. 9 la rue devant le gouvernement et des piliers « accomp. 12 une façade « revêtue de maçonnerie pagnés de colonuettes » ; p. 31 « le triste tableau... correspond bien au dénouement du grand drame » (?) la route se fraye en serpentant un passage entre les tours » d'une porte; p. 36 les colonnes... à côté » [pour latérales'!] au portail du S. Sépulcre; p. 61 « des blocs bruts, non taillés » p. "5 la crypte du Credo « dans un site bas et enfoncé »; les adjectifs « hérodiaque (p. xcn,6l, 112, etc.), « palmyréen » (xevi), des expressions comme « tomb. à dépositaires », « base de vallée qui se déplace », terrain qui « possède une dépression » (p. 29), muraille ou voûte qui « se déploie » (p. 30, 39, etc.), « couches de blocs » (p. 33. 61, etc.) autant de détails qui n'ont pas été originairement pensés en français. Ailleurs quelques expressions techniques comme Brande (plan de Jaffa), ou Versants au plur. (plan de Caiffa) pour désigner la seule rampe occidentale du Carmel, sont des équivalences de dictionnaire pour l'allemand Haide et Abhdnge. Je doute que tous les lecteurs comprennent « huit des champs... restés intacts », à propos d'une frise « conservée en partie»; les vieilles éditions allemandes notaient que cette frise fut naguère divisée en « 10 Feldern » panneaux. Et que d'autres! i) Identité imposée par la source commune exemples plans de Jaffa, de Bethléem et de la basilique, de l'acropole de Baalbek; ou par la dérivation successive des graphiques. Dans le

E

»

:

;i

:

'.

c

•>

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••

;

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:

=

;

:

134

REVUE BIBLIQUE.

qu'à tout prendre c'est le Guide de N.-D. de France qui est le plus à jour, lui qui a
réalisé le plus considérable progrès

en sa réédition;
saisir

il

est plus

pragmatique, dégage

mieux
d'un

le

principal de l'accessoire,

fait

avec plus de relief l'aspect d'ensemble

monument ou son ordonnance
l'état

architecturale et cherche généralement à serrer
(1).

de plus près

présent de l'exploration ou de la discussion
la

Au
la

lieu

de cette

confrontation stérile mieux vaut concrétiser

nature des améliorations concevables
la fatuité

encore dans l'un et l'autre ouvrage

:

non avec

de régenter

codification

du

« guide-type »,

mais avec

le

sincère désir de témoigner aux sympathiques

au-

teurs l'intérêt pris au perfectionnement toujours plus grand de leurs courageux ouvrages.

D'abord La Palestre. La première qualité d'un Guide est la concision: d'autre groupes mixtes ou de la généralité des touristes nécessite la substitution de formules catégoriques aux exposés minutieux. Mais pour synthétiser
part, l'expérience des

correctement
la

l'histoire,

il

est indispensable d'en posséder le

détail. Pris

au pied de
tel

lettre ce principe interdirait
le

pour longtemps encore tout essai de compiler un
et l'on doit

manuel comme
question,
perle

Guide historique,
la

pourtant savoir gré à ceux qu'un
possédaient tous
:

labeur ne décourage point. Dans

mesure où

ils

les

éléments d'une

ils l'ont exposée en un raccourci admirable Le Saint-Sépulcre paraît la du manuel; pour mettre plus de précision dans leur historique, les savants

auteurs eussent été contraints d'alourdir leur description par des détails qui relèvent

d'une monographie technique. Toutes

les

questions au contraire dont

ils

s'étaient

moins assimilé au préalable
thode annoncée
est

les

éléments fondamentaux sont traitées avec un moin-

dre succès, encore qu'ils aient été très circonspects sur les points litigieux.

La méfaits et

de fonder ou

la localisation

des souvenirs « sur l'examen des
» (p.

des lieux, et aussi sur

la tradition

authentique

v).Or

l'histoire

du développement
(p.

de Jérusalem

(p.

64

ss.),

les localisations
ss..),

de Gabaon à Tféby-Samouîl
(p.

320

ss.),

de Maspha à el-Bîrch
à Kersa (p. 496),

(p.

345

de Gamala à Djemleh

497

et 597),

de Corozaïn

etc.,

causeront l'appréhension d'opinions qui ne respectent pas
exigences archéologiques, topographiques et scripturaires. Le

suffisamment toutes
cas

les

du Prétoire
135
ss.).

serait plus suggestif encore;

a
:

sujet

ne peut être touché en passant
plus
indifférent

et la
(p.

formation de l'esplanade du Temple fournira un exemple

Le Guide est extrêmement net l'esplanade actuelle date d'Hadrien. A quoi sert que M. Warren, au cours de trois années de fouilles, ait dessiné une trentaine de planches in-folio pour montrer avec une admirable précision les profondes nuances techniques de ces parois? Mais si l'on s'abstrait ainsi des faits essentiels en

panorama de Jérusalem eu

particulier, il serait vraiment extraordinaire que deux dessinateurs indépendants eussent interprété avec le même tour de main des photographies prises strictement du même point, sous le même angle, avec les mêmes groupes de passants, pn sque les mêmes petites déformations. L'artiste du Guide a seulement traduit N.-D. de France d'après des vues plus récentes. Un assez piquant exemple de coïncidence littéraire est le conseil pratique sur la « car il arrive [add. souvent, Baed.] qu'on chaussure solide [Guide hist., p. xiv; Baed., p. xx' « dans des lieux généralement reste [passe, Baed.] des journées entières sur pied » Guide aj. remplis de cailloux ». Cf. sur le nom Syrie, ech-Cham opposé à Yémen (Guide, 513; Baed., l'autre aurait bien fait d'ajouter que ces désignations proviennent du mode p. xlvi). L'un ou
: ;

:

d'orientation antique.

Exemples l'église de l'Agonie et l'église constantinienne de l'Éléona, étudiées dans le Guide totalement inconnues au Baed., bien que ces découvertes aient fait le tour des revues palestinologiques depuis beau temps. Les plans de détail du Guide sont avantageusement multipliés et ses analyses de fouilles généralement expressives et correctes, mérite que n'ont pas toujours « Trois couches de murs les phrases du Baed. sur ce sujet; ex. (p. -22-2) les fouilles de Samarie hébraïques, que des tessons d'argile portant des inscriptions en vieil hébreu (comme celle de débrouille qui pourra! ou Mcsa...) font supposer avoir été bâtis par Omri, Achab et (?) Jéhu »
(1)
:

et

:

-f.

BB., 1911, p.

1-2'»

ss.,

290

ss.

RECENSIONS.
cette question,

135

mieux vaudrait du moins ne pas intituler un paragraphe Substructions du Haram. (Il est juste de dire que le sujet n'est guère mieux traité dans le Baedeken, moius au contraire ceux où l'on risque p. .58 ss.)- De tels cas sont d'ailleurs rares; documenter (2). Il des arguments caducs (1), ou des assertions qu'il serait malaisé de
de la première pour constater n'y a toutefois qu'à mettre l'édition de 1912 en regard sure garantie qu'en toute l'amélioration réalisée en huit ans. Ce progrès est la plus peu d'années
informé
et
si

les

professeurs de N.-D. de France auront
le

fait

de leur Guide,

si

bien

précieux déjà,
et

manuel

le

plus élégant et le plus impeccable.

Dans Palestine
atténué par
le fait

Syrie, cet inconvénient des axiomes trop rigides est un peu que l'histoire passe au second plan. Par contre, l'impersonnaiité

la

presque indistincte des données de i'histoire et de germination folklorique constituent sans doute une certaine infériorité. Aux mains voyad'un critique, l'ouvrage est sans écueil et sera uniquement profitable; tous les
affectée et l'accumulation souvent

réaction geurs, pèlerins du touristes, ne sont malheureusement pas aptes à cette personnelle; plus d'un, à coup sur, distrait ou ingénu, brouillera dans une égale légende indifférence le plus grand souvenir biblique et les plus puérils racontars de la aurait parasitaire. Sans nuire le moins du monde à la neutralité confessionnelle, il y

probablement un biais pour remédier à cette sorte d'atonie scientifique. En tout cas, à quoi je ne prétends nullesi l'on estime avoir de bons motifs d'y persévérer, générales, il n'en sera que plus urgent d'éviter, dans les notions ment contredire. toute hypothèse insuffisamment mise à l'épreuve des faits dans le détail de la descripprécision tion, il y a peut-être un dernier effort à faire pour atteindre la moyenne de

;

détails s'expliquent parfaitement » (i) v. g. p. iii. «|ue dans le « parcours de Néhémie... tous les preuve exégésur la seule colline orientale; j'en voudrais bien trouver quelque part un essai de contretemps. tique et archéologique... Mais c'est avec les noms surtout qu'on opère souvent à

confondu avec y^jjj^l si. p. 2!)l, le contresens • aîn Arrottb ou source du Caroubier » n'entraîne aucune conséquence, il peut y en avoir dans le rapprochement du « nom d'el 'Hazar de la de la « colline occidentale d'Abougoch » et de l'Éléazar biblique p. 310); le nom actuel comprocolline est Azhar, ce qui pose le problème un peu autrement (RB., I907, p. 415). Plus par mettantes encore pour la tenue scientifique du manuel sont des équivalences risquées exemple entre el-Bireh et 1' « arabe Qbireh (grande) » (p. 34.'», n. 1 » Ain Misba » et Maspha
••
<

Vv^
,

crains que le nom ne soit 'aîn Misbah (?) et nous voilà loin de Maspba, dont le nom arabe est Nasbeh aussi littéralement que possible); Syrie— Kharou égypt. ou l'assyr. Akharrou, jeu de transformés en Charou p. 512. n. 2. Les confrontations onomastiques ne sont pas un lépreux hasard. P. 583 Cheikh Meskin ne veut probablement pas dire « le Cheikh pauvre », mais = Job; cf. Cl.-Ganxfau, Recueil..., V, 11; VI, S6. On peut négliger tout essai de rendre l'orthoperceptible en français; mais un hasard malheureux fait qu'on écrit generale(p.

317;

je

graphe >émitique des ment Karial et tjbtreh à l'inverse de ce qu'il serait si simple de rendre assez correct. Dans alors quon plans comme celui du Haram, p. 138, à quoi bon maintenir quelques noms arabes traduit les autres? et qu'est-ce que « Bab el Achatt »? * vallée coupant P. 63, indiquer les « fouilles anglaises » qui ont attesté une (2) Ex. au hasard infranchissable » « la colline d'ophel dans toute sa largeur » et « taillée artificiellement en fossé que l'invraisemcf. p. 119; cette vallée, où l'on tient à situer Millo, a-t-elle une autre preuve Titus », P. 66 s. Jérusalem « saccagée plus de vingt fois depuis blable hypothèse de M. Guthe? conson « sol aplani » par Hadrien de sorte qu'on puisse à peine retrouver quelques « vestiges P. 127, temporains de Notre-Seigneur », sont à tout le moins des expressions hyperboliques. mais tradidoute, 136, etc., le capitole d'Aelia sur le site du Temple est l'assertion gratuite sans un mot de tionnelle que ce temple ait eu « trois nefs » (127) est apparemment une méprise sur — P. 80. A-t-on une bonne preuve qu'au S. Sépulcre le rocher est conserve la Chronique pascale. l'église tout autour de la chambre sépulcrale, sous le revêtement »? ou que a l m ,50 de haut P. 169. Dans l'excellente monoS.-Jean-Baptiste du Mauristàn a dû servir de baptistère (p. 229) ? avant graphie sur Saint-È tienne, pour maintenir la thèse du R. P. Vailhé sur l'église de l'Est « 451 », il n'eût pas été hors de propos d'éliminer au moins les observations du P. Lagrange Peeters, Anal. {Rev.de l'Orient chrétien, 1908, p. 6 ss. Cf. Nau, Patrol. Or., Mil, i, 583 [183], n. 1. daP. 502. Si les ruines A'^Araq ci-Emir Bolland., XXVII, 1908, p. 361 ss.: R.B., 1908, p. 635 s.). y compris tent d'Hyrcan elles seraient les plus anciennes qu'on rencontre en Palestine », M. r.l.-Gan« les ruines du palais d'Amri agrandi par Achab » p. 376 ?— P. 509. Est-ce vraiment
• : ;

:

•>

•<

neau, qui a trouvé

la stèle

de Mésa

?

136
et de correction qui
si

REVUE BIBLIQUE.

rendra le manuel de Palestine et Syrie aussi parfait que tels autres, justement renommés, de cette élégante collection (1). Cette réédition française
déjà

marque
1)

un grand pas de plus vers

l'idéale perfection.
A.»

P. l. Le malaky n'est remarques pour collaborer à cette amélioration. P. i.xxiii. Les pas le « rocher des cavernes », mais l'assise préférée pour creuser les tombes. Les Hittites... peu« Khabiri c.-à-d. Hébreux » (le coutraire RB., 1899, p. 1-27; 1909, p. 72 s.). P. lxxiv. La liste ple... originaire du royaume de Khatti » n'est pas une définition lumineuse. P. xci. Pour des conquêtes de Thoutmcs couvre-t-elle « les portes du temple de Carnac »? « la grande habileté des [populations de l'âge de la pierre] à se servir comprendre la phrase sur métal » on devra recourir à l'édition allemande de 1900 par exemple (p. cix) d'instruments de Le « travail du cuivre... connu en Syrie depuis une très haute antiquité » tous les monuments de pierre « ont rapport au culte » les dolmens « tables pour les sacrifices »: les masséboth Les pressoirs phéniciens « taillés avec ' pierres de l'onction », sont des aphorismes vieillots. plus de soin que ceux des Hébreux ° le mégalithisme de l'architecture phénicienne p. xen), le divisé en cinq nefs par quatre rangées de classement des tombes, les synagogues sur plan colonnes grossières » (xciv), sont de mauvaises généralisations. « Pour couvrir de grands espaces, et le Panthéon d'Agrippa ? Le « style recourut dès la fin d u m e s. à la voûte en coupole » on

Voici quelques

:

:

;

— =

;

;

•<

rococo

La disde certaines façades à Pétra est un rossignol usé, qui devrait disparaître. tinction entre basiliques à piliers et « plus tard des basiliques à colonnes - n'a aucun fondement P. 16. Les ruines de la basilique et tout ce paragraphe Architecture chrétienne n'est plus correct. banal outrage au sens archéologique. M. B., d"Amwâs «semblent provenir de thermes romains III, XI sur la question d'Emmaiis, aurait bien fait d'ajouter qui cite dans cette même page RB., I, P. 20. Dans les indications pratiques on « XII, 571-599 précisément au sujet de ces ruines. saisit mal le principe qui a régi le choix des drogmans nommés pour Jérusalem. Un sort curieux r fait que le D La Bonnardière, qui fut pendant quelques mois titulaire de l'hôpital français, voici bien des années, se perpétue d'édition en édition malgré la « mise à jour ». M. B. habite cepenP. 29. Sion sur la colline occidentale d'après « La tradition... sans doute avec dant Jérusalem. P. 30. Le tracé du second raison » exigerait un essai de preuve exégétique et topngraphique.
»

•>

:

>>

est sur cette section [quelle section?] aussi incertain que la situation des... tours Hananéel Méa est un mythe {RB., lNii'i, p. 582 ss.).— P. 31. La muraille rasée sur une petite et Méa » étendue, en 1898, pour se procurer l'espace nécessaire à une route carrossable >•— euphémisme

mur

«

<•

P. 32. nécessaire à l'entrée de l'empereur Guillaume IL douteux. P. 39. Arc de l'Empereur est une traduction servile qui donnera le change sur cette désignation de l'arc triomphal du chœur grec on n'a. au Saint-Sépulcre. Toute la description du monument médiéval est assez mal venue saisi ni le transept, ni le déambulatoire, appelé « Le vieux chœur » et tout s'enchevêtre sans P. 46. » La porte Saint-Étienne » parce que « les chrétiens qu'on dégage une idée d'ensemble. indigènes l'appellent « porte Notre-Dame-Marie»... Voici vingt ans que la Bévue (II, 036) demande A Sainte-Anne les Pères Blancs la raison d'être de cette appellation incorrectement savante. séminaire; la basilique et la piscine sont insuffisamet aussi un petit dirigent un grand « le \r s. » qu' « on a cherché ici la piscine de Béthesda ». ment décrites et c'est bien avant P. 47. Le long de la voie Douloureuse on énumère à peu près sur le même pied la Flagellation, la basilique de l'Ecce Homo et » la prison du Christ » frauduleusement creusée il y a peu d'années P. 49. Le « dodécastyle » érigé par Hadrien au Haram est un contresens {RB., 1907. p. 113 ss.). attesté »? P. 56. Où est-ce que regrettable; et voudrait-on citer par quelles monnaies il est Justinien (cf. xciv) est Tacite « parle » de la citerne du Roi? El-Aqjâ < basilique élevée par « cours d'eau » de Warren et p. 63 le brouillaP. 61. Le l'axiome décrépit que rien n'ébranle! mini sur la « porte de l'Escalier » représentent des inexactitudes trop longues à éclaircir. dédicace latine à Sérapis ne provient probablement d'aucun « monument de Sérapis ». P. 69. La trompera P. 70. Birket el-Asbdt (réservoir du dragon) se présente comme une traduction qui selon la tradition » les simples. Le rocher de « la lapidation de S' Etienne » n'est indiqué là que depuis l'installation de la route qui a enfoui un autre rocher tout aussi peu authentique. La prochaine édition ajoutera sans doute le témoignage du sanctuaire grec créé en ces derniers P. 74. Le rapprochement entre le p>eristereon de Josèphe et les temps {RB., 1907, p. 607 ss.}. catacombes du Viri Galilaei est par trop précaire. —P. 77. Tophel, • place de la crémation », où demanderait beaucoup de restricles Israélites sacrifiaient quelquefois des enfants à Iahvé » P. 80. Tout le système hydraulique de Siloé aura besoin Kattoûn » ? P. 79, cf. 133, ou. tions. Bogel qu'importe dès lors « la date [.'] de P. 81. On admet que Bir Ayoub d'une revision. P. 83. Les « caveaux » sous la fontaine de Job » pour résoudre la question de Zohéleth? les tours de la porte de Damas et le « bruissement d'un cours d'eau » sont des méprises ou des P. 84 s. A Saint-Étienne on décrit » deux églises actuelles, celle de fantaisies de folk-loie. L'église de PO., qui est plus petite, s'élève sur les ruines de l'église basilique d'Eudoxie l'E des Croisés ». Il y a maldonne l'église des Croisés n'a jamais été reconstruite; il a failu la supprimer en 1896 pour reconstituer intégralement l'atrium de la basilique primitive et depuis 1900 et restaurée exactement sur son ancien plan. il n'y a que cette basilique eudocienne visible Mais les limites imposées à ce compte rendu ne permettent pas de suivre cette fois le guide

pour indiquer

Amygdalon

= la Tour, chez Josèphe est fort —

la

brèche

officielle


:

•<

<•

<•

— —

=

;

:

plus avant, ni hors de Jérusalem.

BULLETIN
Nouveau Testament.

T

La société italienne pour

la

recherche des papyrus

volume de textes (1), soit 112 pièces dont la plupart proviennent des fouilles exécutées au compte de la société à Hermupolis magna (aujourd'hui Aschmonnaïn) et Oxyrhinchos (Behnesa). M. Vitelli est
l'éditeur
ticulier

grecs et latins en Egypte a publié un premier

responsable de l'ensemble, mais
les

il

a

eu plusieurs collaborateurs, en parPistelli.

pour

papyrus dont

il

va être question, publiés par M. Ermenegildo

Des onze frag uents chrétiens qui se trouvent dans ce recueil, cinq appartiennent au Nouveau Testament, et deux à des livres apocryphes, deux autres (65 et 54) sont patristiques, enûn les deux derniers [26 et 27) contiennent divers passages des actes
grecs des martyres de saint Paphnuce le moine et de sainte Christine.

Le premier fragment biblique
Luc, 22, 45-47 et 50-53) ne

\lt.

25, 12-15

et 20-22)

ne présente aucune variante
le

par rapport au texte de Voctava major de Tischendorf;

manque

pas de singularités.

deuxième au contraire Nous nous arrêterons
photogra-

d'autant plus volontiers à l'examen de ce fragment qu'il est reproduit

phiquement dans la planche I, ce qui permet d'en parler avec moins d'hésitation. C'est un débris de parchemin qui provient, à ce qu'il semble, d'un assez grand manuscrit à deux ou trois colonnes, de 27 à 30 lignes par colonne. L'écriture très
arrondie rappelle assez les papyrus littéraires du début de notre ère, et ne saurait
être reculée

au delà du quatrième
o

siècle

;

elle parait antérieure à celle

du Vaticanus
v.

B. Voici
et:

la liste
o~-

des variantes du fragment par rapport à
XeyojJiEvo;]

B
V.

:

v.

45 eXôwv] pr. xai
(?)

47
52

add.

o xaXoujxevoç

io-jox;]
xcCi

qdd. [axaptwâ

v.

51 om.

v.

za: -fîa6uT£ooj;

om.

£:ï/Jja7c] = çEÀ0î7a

çjÀ'ov

om.

53

/.aO' rjuspav]

pr.

~o.

M.

Pistelli insiste
il

sur l'omission

du

v.

51, et ce n'est pas

un

détail insignifiant
:

pour
xa\

la critique, car
à-bi'xvj'jt
toïï

s'agit

de

la

guérison

du

serviteur au jardin de Gethsémani

...

wti'ou (àwxto xutov.

Comme

saint

Luc

est le seul à porter ce détail

dans

un

récit

commun
amener
à

pourrait

aux quatre évangiles, son omission dans un manuscrit très ancien en suspecter l'authenticité. La cause de l'absence du v. 51 est sans

teleuton SsÇtov
il

doute impossible à déterminer, mais l'hypothèse d'une omission causée par l'homœoafcdv paraît encore la plus vraisemblable, car dans le seul v. 52,

y a deux omissions de ce genre -ïztôj-iwjz, après Eepou et ijûXtov après aayaipwv. Si deux mots ont été omis accidentellement sans qu'aucun correcteur ait songé à les
:

rétablir,

La

lecture de

pourquoi faudrait-il croire intentionnelle l'omission d'un verset? M. P. aux lignes 12-13 du recto /.a', ô xaXou[i.ev[oç 'Ioû oa; 'Is]xa[pt«9
|

est assez

douteuse; car
la

les lettres lues
la

par lui xo se liraient aussi bien ao,
a.

et,

à en
il

juger par
(1)

photographie,

première est plus probablement un

D'autre part,

greci e latini, vol.

Pubblicazion i délia Société Italiaaa per la ricerca dei papiri greci e latini in Egitto. Papiri primo >v 1-112 con 13 tavole fotocollografiche, Kirenze, 191-2, Lire 30.

138
est impossible de supposer au

REVUE BIBLIQUE.
début de
la

ligne 13 cinq lettres perdues;

il

tout au plus pour deux

ta

ou

même

seulement pour une

lettre large, car le

y a place discu/.

table est sous le premier a (xa\) de la ligne précédente.

Les

trois autres

fragments bibliques ont un texte moins remarquable
le

:

III provient

d'un livre en papyrus de petit format où se trouvait
il

seul évangile de saint Jean,
et

reste 3, 14-17 sur le feuillet 35; 17-18 et 31-32.

est

un morceau de parchemin.
aux pp. 17
qu'il

— IV (Rom. 1,27-30 — Egalement en parchemin, débris d'un
les

petit

1,32-2, 2) volume,
2-3 sq.

V, qui contenait avant l'épitre de saint Jacques un écrit assez court, car Jac. 1,
se trouvait
et 18.

M.

Pistelli avait publié jadis la plus

grande partie des fragments du Protévangile
13,1; 14,1; 15,2; 16,1; 17,2; 18,2;
1906,

de Jacques

reproduit au n° 6

:

Prot.

19,2-3; 20,3-4; 21,2; 22,1-3;
p. 129-140) a

23,2-3. Cette publication (Studi religiosi,

Michel
le

(1),

échappé aux deux derniers éditeurs du Protévangile, MM. Amann et sans doute à cause de son titre Papiri evangelici qui en révèle assez mal
au moins à préciser
la

contenu. Ces débris, qui n'ont peut-être pas grande importance pour l'établissetexte, servent

ment du
reculer
31.

date de

la

compilation déûnitive,
à

puisqu'ils appartiennent
la

aux deux parties de l'apocryphe dont plusieurs tendent

fusion jusqu'au

ve

siècle.

M.

P.,

s'appuyant sur une appréciation de

volume de papyrus en forme de codex donc atténuer même la formule de M. Amann qui fixe à la fin du quatrième siècle ou au commencement du cinquième l'incorporation de l'Apocalypse de Zacharie au Protévangile primitif. A moins qu'on
siècle le

Kenyon, attribue au quatrième
proviennent
ses

d'où

fragments.

Il

faudrait

ne révoque

le

verdict de

MM.
si

Pistelli et

Kenyon

sur la date de ce manuscrit en onciale

penchée, écriture encore

discutée, mais dont les papyrologues affirment de plus en

plus qu'elle est contemporaine de l'onciale verticale.

Le septième papyrus, écrit par la même main que les fragments du Protévangile de Jacques, ne contient plus qu'un petit nombre de mots, identifiés, grâce à M. Steindorff, et qui correspondent au chap. 42,3 de Y Apocalypse d'ÉHe (2). C'est le premier passage retrouvé du texte grec de cet apocryphe connu seulement dans une
traduction achminique.

L'apport de

la

Société italienue n'est

pas négligeable; nous souhaitons que les

volumes

se succèdent rapidement,

riches en textes aussi intéressants et aussi bien

présentés.

Canon, M. Jacquier étudie le texte du Nouveau Testament (3). C'est Le Nouveau Testament dans l'Église chrétienne Chose étrange, il n'avait pas paru en français d'ouvrage sur ce sujet depuis les cahiers lithographies de l'abbé Paulin Martin, qui n'avaient eu qu'une diffusion très restreinte, et qui prenaient parti pour le textus receptus dont la déroute est aujourd'hui si complète. Et quel que soit le système que l'on adopte, le sujet a été renouvelé par d'importantes découvertes et par de nombreux travaux. L'ouvrage de M. Jacquier était donc assuré d'un accueil empressé. Et en effet nous possédons maintenant, grâce à lui, un excellent recueil d'informations. La partition est nette
Après
le

le

second volume de son ouvrage

:

:

Matériaux

de

la

critique

textuelle,

à savoir les

manuscrits
:

grecs,

les

versions

anciennes, les citations des écrivains

ecclésiastiques; ensuite

Règles de critique

(1) E. Amann, Le Protévangile de Jacques et ses remaniements latins, Paris, 1910. Évangiles apocryphes. J, Protévangile de Jacques, Paris, I9H. i G. Steindokff, Die Apokalypise des Elias, dans Texte und Unlersuchungen, N.

— C.
F.,

Michel,
II,

Band

Helt

3, p.

104,

11.

6-14.

H) in-12 de

vi-53.-;,

pp. Paris, Gabalda, 1913.

BULLETIN.
textuelle; enfin
:

139

Histoire du texte grec du N. T., soit manuscrit, soit imprimé.

De

la sorte les parties les

mieux établies sont fixées avant la discussion des problèmes. M. Jacquier a très bien reconnu que le principal est celui des textes occidentaux, que, en bonne logique, on ne devrait plus nommer occidentaux. 11 expose diverses
solutions sans

donner une conclusion ferme. C'est sagesse, puisque, de l'avis comen ce moment une crise qui durera à tout le moins jusqu'au jour où l'on pourra apprécier les résultats de M. von Soden et de ses

mun,

la critique textuelle subit

collaborateurs.

Au

contraire M. Jacquier aurait pu se prononcer avec plus de fermeté pour l'an-

tériorité

de

la

version,
et

-

qui n'est bien

qu'une version,
à la Peschitto.
il

représentée par les
si

manuscrits Lewis

Cureton par rapport

Mais

l'on est tenté

de

regretter parfois l'excessive modestie de l'auteur,

faut admirer sans restriction la

précision de ses analyses et la richesse des éléments qu'il

met en œuvre. Qui pos-

sédera bien son livre sera au courant de tout ce qu'on a écrit de sérieux dans les dernières années et sera à même, par des exemples très bien choisis, de saisir les rai-

sons du pour et du contre. Et ce qui est plus nécessaire encore que de résoudre des problèmes souvent insolubles, ceux qui tenteront de pratiquer par eux-mêmes la
critique textuelle auront sous la

mot

c'est peut-être,

de tous
le

aux élèves, celui qui vient

main un aide-mémoire parfaitement conçu. En un ouvrages de M. Jacquier, si utiles aux maîtres et mieux à son heure et qui rendra le plus de services.
les
1

de dix-sept chapitres peu étendus, le D Zarantonello (1) expose les divers épisodes de l'évangile de l'Enfance. Sans s'occuper des fables apocryphes, cet auteur fonde son travail sur S. Matthieu et S. Luc. qu'il étudie à la lumière des travaux contemporains. Son exposition en effet ne se borne pas à la seule édification; elle tient compte des problèmes historiques liés à cette partie de

Dans une

suite

l'évangile.
la

L'auteur

n'a

pas craint de mettre à
le

contribution

divers

articles

de
Sa

RB., entre autres celui du P. Lagrange sur

recensement de

Quirinius.

position

est franchement conservatrice et catholique. Loisy y est fréquemment combattu dans des notes. Des reproductions des chefs-d'œuvre de la peinture italienne, où l'art l'emporte de beaucoup sur la couleur locale et la reconstitution historique, agrémentent ce livre qui aura certainement son utilité dans les sémi-

naires d'Italie. Malheureusement les citations grecques fourmillent de fautes, surtout

dans

la

position des esprits et des accents.

M. Joseph Bach discute avec précision la question du jour et de l'année de la mort du Christ (2). Le jour est le 14 nisan, comme cela résulte des textes de saint Jean, c'est-à-dire le jour de la manducation de l'agneau, non le premier jour des azymes. On sait que les textes des synoptiques paraissent contraires, en particulier saint Marc
quand il dit -?, r.^iô-^ r^.ï-.-j. -Kv àZW"»- L'auteur résout cette difficulté comme le P. Lagrange dans son commentaire de saint Marc, en prenant -v'jtïj dans le sens de cite le t.qô. Il est vraiment étrange que M. Bach ne s'en soit pas aperçu et qu'il P. Lagrange comme s'il avait simplement suivi M. Chwolson; en réalité il n'a parlé de l'araméen que comme offrant une tournure qui pouvait aussi avoir les deux sens, ce qui rend d'avance l'interprétation du grec plus vraisemblable et plus complète (3).
(1) Il
(2)

vangelo

dell'

Infanzia,

8°,

Monatstag und Jahr des Todes
la

124 pp. Vicence, Société anonyme, 1911. Christi, von Dr. Joseph Bach. 8° de 51 pp. Fribourg-en-Bris.

gau, Herder, 1912.
M. Bach qui ne cite pas pages 348 s., et 337.
">

page du commentaire de saint Marc pourra se reporter aux

140

REVUE BIBLIQUE.*
à la date de l'année,

Quant

M. Bach

choisit l'an 33, solution qui est, en effet, très

plausible.

la réédition ou mieux la refonte du Manuel BiM. Brassac pouvait faire réaliser dans les études des Grands Séminaires. L'infatigable travailleur est le premier à reconnaître que son œuvre et c'est toujours le cas d'un Manuel — est perfectible; aussi consacrer deux nouvelles années à enseigner les Évangiles, c'est pour lui travailler à la perpétuelle revision de son livre. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Car ce travail nous vaut une nouvelle édition au sens complet de ce mot. Elle est augmen-

Nous avons déjà

dit quel

progrès

blique (Nouveau Testament) par

tée puisque, au lieu de sept cent soixante-dix-buit pages, nous en avons sept cent
quatre-vingt-dix-,
c'est

cela

n'empêcbe pas que quelques sections aient

été abrégées;

au bénéfice des plus importantes qui ont reçu d'utiles développements. Pour
il

tout le reste,
le

n'y a qu'à souligner le travail
le

immense que

progrès constant qui en est
la

fruit.
:

Il

faut toutefois noter

révèle cet ouvrage et une modification très
la

heureuse dans

deuxième partie

sauf pour les récits de

Passion et de
11

la

Résurrection, les Synoptiques et Saint Jean sont exposés à part.

en résulte de

grands avantages; le principal est de mieux mettre en relief le caractère spécial du quatrième Évangile, c'est aussi bénéfice sans perte que de se libérer des difficultés auxquelles donne lieu la concordance des quatre textes. Les étudiants du Nouveau Testament auront désormais un supplément très précieux au Manuel dans la Nova Evangelioinm Synopsis du même auteur. Ne perdons pas de vue le but poursuivi par M. Brassac fournir un instrument de travail à tous les élèves des Séminaires; car partout où elle sera adoptée, la Syiwpsis sera mise entre les mains de tous les étudiants sans exception. L'auteur a donc bien fait d'adopter le texte latin, réservant aux élèves les plus développés l'usage des
:

synopses grecques qui existent déjà

;

il

a bien fait aussi de limiter l'apparat critique
les

aux proportions

qu'il lui a assignées

;

professeurs auront d'ailleurs toute liberté

d'ajouter et de préciser ce qui leur paraîtra exiger de plus amples développements.

M. Brassac s'applique en des notes
graece de Nestlé

à

relever

les

divergences notables entre
le

la

Vulgate et les éditions grecques critiques, spécialement
;

il compare pareillement la Aulgate Testamentum latine secundum editionem Sancti Hieronymi collationné sur les manuscrits par J. 'Wordsworth et IL J. White. La base de la synopse est l'Évangile de

Novum Testamentum Clémentine avec le Novum

des récits de la Passion et de la Résurrection, Saint Jean est une section de l'Introduction signale les principaux points parallèles entre les synoptiques et le quatrième évangile. Le principe de cette séparation est excellent; mais on aurait peut-être gagné, malgré qu'on puisse donner des raisons en sens contraire, à l'appliquer aux récits concernant les derniers jours de la vie terrestre du Sauveur. Nous parlons de VIntvoduction ; la première partie pourrait être traitée de hors-d'ceuvre; mais elle rendra de grands services en mettant à la portée des étudiants les documents relatifs à l'origine des Évangiles que l'auteur n'a pas cru devoir insérer dans le Manuel. La Synopsis aura sans aucun doute une large diffusion et l'auteur se fera un point d'honneur de la perfectionner.
édité à part; mais
;

Saint Marc.

En dehors

Nous

que le format est peu maniable et qu'il gagnerait mais c'est question très extérieure. Dans les dispositions du texte, nous ne voyons pas pour quelle raison certains de ses éléments sont en plus petits caractères, v. g. p. 50, 59, etc. Nous n'avons trouvé l'indication d'aucune raison et ce^.e typographie ressemble trop à celle dont les critiques se servent pour indiquer
lui signalerions volontiers

à être réduit;

BULLETIN.
les textes inauthentiques;

141
telle n'est pas la

nous savons d'ailleurs parfaitement que

pensée de l'auteur. Page 133, les colonnes grecques seraient mieux dans un appendice qu'au cours même du texte; page 193, 194, le texte des Actes ne nous parait
pas non plus en son
lieu.

Dans
sens

les notes, certains

des textes prophétiques traduits
Évangélistes

de l'hébreu gagneraient à
la

être entourés d'un contexte restreint;
littéral

différence

entre

le

et

celui

que

les

on verrait mieux ont adopté
lieu tels

(Jer.

xxxi, 15; Os. xi, 1; Is. lui, 4, etc.). Nous n'entrons pas dans les discussions auxquelles pourrait donner
ne
lui

ou

tels

parallélismes de textes; l'auteur a le droit d'avoir ses opinions dès qu'il est

fidèle à signaler celles qui

paraissent pas admissibles et à donner ses raisons.

A

cet égard, les notes sont bien conçues. Ainsi

donc beaucoup

à

louer

même

dans

une première édition qui sûremenf sera revue

et corrigée bien des fois.
l'histoire

Ancien Testament.
l'A. T., l'un

Parmi

les

problèmes que pose

des versions de
la

des plus compliqués est celui des relations qui existent entre

version

syriaque et les Septante. Aussi accueillera-t-on avec faveur toutes les études de détail

destinées à éclairer ces relations et à en

Nestlé, dans ses Marginalien

marquer la vraie nature. On sait que und Materialien (Tubingue, 1893), croyait pouvoir
par Lucieu
(1). 11 insiste

conclure à une utilisation de
article sur les traductions

la Pesittâ
la

sur ce

fait

dans son

de

Bible

(2),

paru dans l'encyclopédie de Hauck en 1897.
la

L'opinion de Nestlé

était surtout
la

motivée par

lecture d'un travail de

Stockmayer

sur les rapports entre
livres
le

recension de Lucien et la version syriaque à propos des

de Samuel

(3).

Voici maintenant que, dans une étude très consciencieuse sur
versions dans la Genèse, M. J. Hanel s'inscrit en faux contre

texte des

mêmes

cette théorie (4).

Un

premier chapitre étudie

la

Pesittâ en elle-même et

montre que
le

les variantes des divers

manuscrits n'empêchent pas de fixer très solidement

texte

génuin de
et celles
ficile

la

version syriaque. Le travail de comparaison entre les leçons des Septante
la

de

Pesittâ est poussé à

un degré de précision dans
les

le détail

qu'il est dif-

de surpasser. Ce sont d'abord
accord existe entre
la

passages où

la

Pesittâ s'accorde avec l'ensem-

ble des manuscrits des Septante contre le texte massorétique, puis les passages

où ce

même
il

Ptsittâ et quelques-uns des manuscrits. Selon Hânel,
le fait

cet accord ne s'explique

nullement par
la version

que Lucien aurait

utilisé la Pesittâ (car

va sans dire que
ni
à

si

syriaque a servi à une recension des Septante, ce
il

n'est

celle

d'Origène. ni à celle d'Hesychius). Et en cela

faut

remarquer que
le
l'ait

la tradition appuie,

par un argument négatif, de
la

la

thèse de l'auteur. Les anciens qui

ont mentionné
qu'il a

les caractéristiques

recension de Lucien ont insisté sur
à

eu recours au texte hébreu, aux Septante,
faite à
la

Aquila,

Symmaque

et

Théodotion,
la

mais nulle allusion n'est
utilisé

version syriaque. Faudra-t-il dire que

Pesittâ a

Lucien chaque
fait

que? Hanel
que par

y a accord entre elle et lui contre le texte massorétiintervenir un précieux distinguo. Dans certains cas l'accord s'explifois qu'il

que la Pesittâ et Lucien ont eu sous les yeux un texte un peu différent du texte massorétique actuel. Si, par exemple, le nom d'un des rois du chapitre 14
le fait

de Gen. est lu

-^o.;i

par

la Pesittâ et

OapyaÀ (OspyaÀ, Oa&xyaÀ,
c'est

/..-.

À.)

par les Septante,

au

lieu

de

h'J~T\

du texte massorétique,

qu'on avait un 1 au lieu d'un - dans

Ich glaube dass Lucian die Peschittha benûtzt hat (p. 4S). Bibeliibersetzungen dans la Realency klopadie (3 e éd.), t. III, p. 18. (3) Zeitschr. fur die Altt. Wissenschaft, 1892, p. 218-223. (4) Die aussermasoretischen Uebereinstimmungen zwischen der Septuaginta und der Peschittha in der Genesis von Lie. Tlieol. Joiunnes Haenel. nans les Beihefte de la Zeitschr. fur die Altt» Wissenschaft (XX). ln-8 de 88 pp. Giessen, Topelmann, 1911.
(1) (2)

142
la leçon suivie

REVUE BIBLIQUE.
par

P

et

G.

Il est

sur, en effet,

que

les

manuscrits hébraïques ont

fréquemment écrit un i pour un " et vice versa. Dans les autres cas, soigneusement catalogués dans l'ouvrage de Hânel, l'accord provient de ce que la Pesittâ a utilisé les Septante à travers la recension de Lucien. La double solution proposée a le grand avantage d'être amenée progressivement par une analyse minutieuse de tous les passages de Gen., où P et G diffèrent simultanément de TM. Tous ceux
assez qui s'occupent de critique textuelle ren Iront

hommage

à la

patience et à l'acribie
et aussi fas-

qui ont permis à l'auteur de
tidieux.

mener

à

terme un travail aussi monotone

S. Me Iutosh sur une autre version de que cette version a été surtout reconstituée à l'aide des anciennes citations patristiques. Parmi les témoins les plus autorisés figure saint Augustin. C'est pourquoi l'auteur a cherché surtout à établir le texte suivi

Mêmes

qualités dans l'ouvrage de
la Vieille

M. John

la

Genèse,

Latine

(1).

On

sait

par le grand docteur, à en noter toutes les variantes, ce qui n'était pas un travail bien nouveau après ceux de Nobilius, Sabatier, Linke, Lagarde, etc. La partie la plus originale est, sans contredit, l'étude philologique qu'il consacre à la latinité

de la Vieille Latine. Toutes les particularités morphologiques ou syntactiques du style de cette version sont notées et analysées scrupuleusement. En appendice, les grécismes et les hébraïsmes. Saint Augustin lui-même avait déjà fait remarquer que
bien des tournures bizarres pour des oreilles latines s'expliquaient par l'influence du grec et, en dernière analyse, par celle de l'hébreu. Il en va de même dans nos
traductions françaises de l'Ancien Testament.

La langue de

l'original

impose tou-

jours un caractère un peu exotique à
affirme qu'on a exagéré le
distinctif
latinité

la

traduction.

A

la suite

de Corssen,

Me

Intosh

nombre de tournures populaires qui auraient
lui,

été le trait

de

la Vieille
la

Latine. Selon

ces tournures se rencontrent dans la bonne
la

de

même

époque. Quelques-unes cependant appartiennent à

langue

vulgaire, mais elles ne peuvent servir à préciser

un

dialecte. L'auteur s'abstient

donc

de

tirer

une conclusion concernant
la

le

home de

la version. Il se

contente de citer les

diverses opinions qui
riantes

font naître en Afrique, à

Rome, en

Syrie.

A

propos des va-

dans

les citations

d'Augustin,

il

admet que

celui-ci a utilisé plusieurs codiees,

que ces codices ne représentaient pas des versions différentes, mais simplement des copies, plus ou moins fidèles, d'un même texte.
Je doute fort que la dissertation de M. J. Meinhold sur le chapitre 14 de la Genèse trouve partout un bienveillant accueil (2). L'auteur en est encore au point de vue des anciens critiques qui veulent attribuer toute la narration au judaïsme de basse époque.

Sa conviction est que

l'histoire a été inventée

guerrier par excellence et dans Melchisédech
ville

le

pour montrer dans Abraham le héros prêtre-roi, type du sacerdoce de la

de Jérusalem. Pour commencer par ce second point, disons tout de suite que ce

qui a forcé la conviction de Meinhold. c'est que Melchisédech est roi de Salem. « II ne peut y avoir le moindre doute que par là est désignée Jérusalem. L'usage de Salem

pour Jérusalem dans Ps. 76, 3 de la citation dans les Psaumes,

le

c'est qu'à

montre bien (3). » Mais la conclusion à tirer une certaine époque on a identifié les

John S. Me Intosh, in-8 de x-130 pp. The (1) A study of Augiistine's versions of Genesis by University of Chicago Press, 4912. Untersuchuncj von D. Johannes Meinuold, Prol'essor der (2) I Mose 14, eine historisch-kritische Théologie in Bonn. In-8 de 50 pp. Dans les Beihefte de la Zeitschr. fur die altt. Wissenchaft, XXII.
tiiessen, 1911. (3) P. 48-49.

BULLETIN.
deux
ne
localités par suite des idées messianiques qui entouraient la

143

personne de Melcas de

chisédech. Si l'auteur de Gen.
l'aurait-il

14

avait

voulu

parler de la ville sainte, pourquoi
le

pas simplement appelée Jérusalem? Meinhold met en parallèle

Béthel et des théophanies.
expliquer le

Or

l'auteur

de Gen.

28

n'hésite

pas à indiquer et à

nom

remplacement de Salem
Melchisédech est
Moïse. Mais «
permettait à
«

de Béthel. Pourquoi dissimulerait-il celui de Jérusalem? En outre, est assez connu par la tradition byzantine et l'onomastique

actuelle. Cette ville se trouvait

dans

les

parages de Cheikh-Sàlim au sud de Beisan
».

(i).

prêtre

du Très-Haut
le
»

D'après Meinhold, on

a

employé

V\"h'J

Sn
elle

pour ne pas mettre dans l'épisode
le

nom

de Iahwé qui ne doit pas apparaître avant

dieu très haut

est

uue désignation des plus intéressantes, car

de

la

Abraham de rendre hommage au prêtre et de s'unir à lui dans le culte divinité suprême. Le code de Hammourabi ne commence-t-il pas par menle

tionner ilum sirum «

dieu très haut

» ?

Pas plus à

l'abri

de

la critique la

première

partie de la thèse de Meinhold qui traite de l'invasion des quatre rois en Canaan.
le

Pour

fond historique nous nous contenterons de renvoyer à notre article
(2).

Hammourabila

Amraphel

Naturellement Meinhold ignore l'hypothèse qui voit dans

syllabe

Se, terminaison deS£"n2N, une lecture pil (pour bi ou pi) d'un signe cunéiforme ayant les valeurs bil, pil. bi, pi. Quand il croit pouvoir expliquer "îTHN par Ui-aku pour

Mm-aku (=

Rim-Siri),

il

ne

sait

pas que cette hypothèse est déjà

vieille

de quatre

Riw-àku (3). De même pour la vallée de Siddim et les villes maudites, l'auteur n'aurait rien perdu à consulter les travaux français, en particulier les renseignements fournis par le P. Abel dans Une croisière autour de la Mer Morte. Mais rien de cela n'existe pour Meinhold. Il réfute successivement toutes les vraisemblances apportées en faveur d'un très vieux fond historique du récit de Gen. 14. Il oublie que ces vraisemblances tirent leur force de leur nombre. Ce n'est pas seulement un nom ou deux, mais un ensemble frappant de noms, de circonstances, de traits de mœurs, qui n'ont pu être imaginés par un conteur en quête
ans, avec pour intermédiaire la forme
d'effets à produire.

Ne soyons donc

pas étonnés

si

l'infatigable
la

lance en faveur de ce

même

chapitre de

M. Konig Genèse (4).

s'est
Il

déterminé à rompre une

reconnaît d'abord que peu

d'exégètes ont résisté à l'envie de dire leur
les thèses inadmissibles qui

mot
la

sur cette question et s'élève contre
narration de Gen.

veulent voir dans

14 une légende

de basse époque ou un simple miclras.

On

avait déjà insisté
les

— entre autres M. Hommel

dans Altisraelitische Ueberlieferung

— sur

annotations qui accompagnent les
(5).

noms de
tion.

localités

dans l'épisode des quatre rois

Ces annotations sont une preuve

indéniable que l'auteur utilise

Selon

lui. le

S final

Kônig reprend toute cette argumentade Set^N proviendrait d'une lecture Hammurapi-ilu « Hamun ancien
récit.

mourabi-dieu
celle

»,

hypothèse que nous avons réfutée en son temps, pour
bi

lui substituer

y a de plus intéressant dans l'étude de Konig, c'est l'analyse qu'il poursuit, avec une patience admirable, des difficultés agitées par Meinhold contre l'historicité fondamentale de Gen. 14.
d'une leçon pil au lieu de
(cf.

ou pi

sup.).

Ce

qu'il

Sans contester que
i/ematria sur le

le

nombre 318 des

nom

d'Éliézer, l'auteur

secondaire dans l'épisode. Avec lui
(1) Cf. la
(2)

d'Abraham puisse provenir d'une montre qu'il ne s'agit là que d'un élément nous tenons pour ce qu'il appelle une altère
serviteurs

localisation d'Eusèbe dans l'Onomasticon.
ss.

RD., 1908, p. 205
Ibid., p. 209.

(3)
(4

Genesis

14,

von Ed. Kônig, dans Neue Kirchliche

Zeitscltrifl, 191-2, 6, pp.

i25-46i.

(5) Cf.

R.B., 1908, p. -206.

144

REVUE BIBLIQUE.

Grundlage, un vieux fond de tradition non pas seulement orale mais écrite, et pro-

bablement écrite en cunéiformes. A ce que nous exposions en 1908 sur ce sujet nous devons ajouter, ce que ne font ni Meinhold ni Kônig, l'intéressante découverte du nom d'Abraham dans l'onomastique de la première dynastie babylonienne. Les lecteurs de
la

Revue Biblique ont déjà
est

été informés

de ce

fait (1). Il

est à

remarquer

que

le

nom
sait

de l'époque du roi

se trouve précisément

dans

le

Ammi-zaduga; or l'élément zaduga p~ï nom de plîp'obn le contemporain d'Abraham.

=

(2)

On

que, depuis quelques années, M. B. D. Eerdmans, professeur à Leyde, a

entrepris de soumettre à une sévère revision les doctrines de Wellhausen et consorts

au sujet de

la

composition des
il

livres

de l'Ancien Testament. Après avoir étudié
si

la

Genèse

et l'Exode (3),

consacre tout un fascicule de ses Alttestamcut fiche Studien
(4).

à la question

du Lévitique

On

se tromperait

l'on imaginait

que l'auteur oppose
il

une théorie

à la théorie

en vogue parmi

les critiques

radicaux. Sans doute

esquis-

dû aboutir au Lévitique tel que nous le possédons, mais cette synthèse tient en une page et ne constitue qu'un regard en arrière (un Rùckblick) sur la route parcourue. La méthode d'Eerdmans est essentiellement analytique. Il prend un chapitre ou un groupe de chapitres bien défini, en indique succinctement le contenu, examine, pour la combattre, la théorie de l'école régnante en Allemagne, et finalement propose, un essai d'explication plus en harmonie avec les constatations de détail. Et vraiment on ne s'ennuie pas à suivre pas à pas la discussion. Le point en litige est l'origine post-exilienne ou pré-exilienne des lois promulguées dans le Lévitique. Eerdmans a beau jeu pour prouver combien est outrancier le verdict de Bertholet qui écrivait, dans son introduction au commentaire du Lévitique « La question de l'origine du Lévitique appelle la réponse la plus
sera une synthèse
travail qui, selon lui, a
:

du

simple qu'on puisse imaginer

:

le

Lévitique entier appartient à P,

il

n'y a là-dessus
fait

aucun désaccord.
tir

»

C'est ainsi que, à propos

de Lee. 13-14, Eerdmans
« Si

ressor-

combien

les

préceptes renfermés dans ces chapitres ne se
l'exil.

comprennent que dans
pas refuser à ces lois
la

la

période antérieure à

Et

il

ajoute

:

l'on ne veut

tout

bon

sens,

on devra
fait

les

placer à

l'époque

pré-exilienne et reconnaître que

Thora, à laquelle
Il

montre, par

la

leur codification,

animaux purs
«

et

24, 8, nous a été réellement conservée (b). » Bible elle-même, que non seulement les prescriptions, mais encore ont existé bien avant l'exil par exemple la distinction entre les impurs (cf. Gen. 1). L'hisioire des religions sémitiques appuie
:

allusion Deut.

ces conclusions, surtout en ce qui concerne le sacerdoce.

Au

sujet

du grand-prêtre

:

Les parallèles que présente

ici l'histoire

des religions, prouvent que nous n'avons

pas affaire à

un concept de

sainteté artificiellement exagéré et qui eût été étranger

au temps pré-exilien, mais que ce sont des idées partout répandues et non pas amenées par le progrès de l'évolution (6). » Ne croyons pas cependant que la thèse

d'Eerdmans soit d'accord avec la tradition des livres sacrés pour faire remonter à Moïse la promulgation des lois. Selon lui « De même que le Dentéronome est le livre de la réforme de Josias, ainsi le Lévitique, à cause de Lev. 25-27, doit
:

être regardé

comme

le

livre de la

réforme d'Ézéchias

(7).

»

Mais qui

dit

«

livre »

(1)

(2) (3) (4)

RB., 4910, p. 150. Sur cette équivalence, RB., 1908, Cf. RB., 1910, p. 619.

p. 214.

AltteslamentUche Studien von
P. 73-74.
P. 103. P. 144.

B. D.

Eerdmans, IV, das Bucli Leviticus. In-8 de 144 pp. Giessen,

Tijpelmann, 1912.
(5)
(6)

(7)

BULLETIN.
ne

143

dit pas origine première. Eerdmaas reconnaît que le fond des lois est antérieur à Achaz et à Ézéchias'. Bien des prescriptions ne se comprennent que dans la vie nomade. Promulguer de toutes pièces au moment de la captivité ou au retour de
L'exil

une

loi

dont

la

moitié des exigences n'avait plus de lien avec

la vie

ordinaire,

c'eût été étrangement procéder pour en

imposer au peuple. Dire avec
étaient contents
lois
»

les partisans

de

la

théorie radicale que les

prêtres

«

préceptes dans de nouveaux domaines, c'est oublier les
rique et figer
la

de

de planter de nouveaux la vraisemblance histola vie sociale.

religion d'Israël

dans une législation sans action sur
de
de
les
la

On pourra l'autre. On

contester les conclusions de M. Eerdmans, soit dans

un sens

soit

dans

n'aura pas

le

droit

traiter

comme

des

quantités négligeables et

nous attendons que
aucune, aigreur.

les partisans

théorie adverse viennent répondre aux objec-

tions qui leur sont faites, dans cet ouvrage, avec

beaucoup de pénétration

et sans

L'opuscule dans lequel le Rev. J. S. Griffiths s'attaque à l'école Graf-Wellhausen au sujet du Deutéronome (1) est moins original que l'étude d'Eerdmans au sujet du Lévitique. L'auteur a condensé les arguments extrinsèques et intrinsèques qui empêchent de voir dans le Deutéronome une forgery du temps de Josias. L'authenticité

mosaïque de ce
divine et
tion.
il

livre

saint

lui

paraît

une condition

sine

qua non de son autorité
la

se refuse à distinguer la question

de l'inspiration de celle de
il

composi-

Ce

qu'il y a

d'étrange,

c'est

que, malgré ce principe,
et

possibilité

d'un remaniement postérieur
la

reprend à

admet très bien la son compte l'hypothèse d'une

revision par Esdras et
la

Grande Synagogue. La

plus grande courtoisie règne dans

discussion et M. GrifQths s'est efforcé,

vis-à-vis

de ceux dont
»

il

réfute le

comme il le dit lui-même, to be quite faitsystème. Un petit appendice signale le fait, mis en
Égyptiens enfouissaient un chapitre du
«

relief surtout par

M. Naville,
les

(pie les

Livre

des Morts

dans

fondations de certains temples.
la

On

a

vu ailleurs

(2)

ce qu'il

faut penser
et celle

du rapprochement entre
livre des

découverte du Deutéronome dans

le

Temple

du

Morts chez

les

Égyptiens.

Le

P. Nivard Schlôgl, 0. Cist., a entrepris le
le

commentaire des

livres des

Rois et

des Livres des Chroniques dans

Kurzgefasster wissenschaftlicher Commentar de
sont, en réalité,

Vienne

(3),

édité par B. Schiller.

Ce

deux volumes en un seul

et la

pagination elle-même diffère d'un commentaire à l'autre. Pour les livres des Rois,

Schlôgl prête crédit à
C'est ainsi

la

tradition qui y verrait volontiers une
lui,

que s'expliquerait, d'après
le

le

silence des livres des Rois au sujet
le fait

œuvre de Jérémie. du
Reg.

rôle joué par

prophète.

Un
lire

confirmatur serait
ainsi et

que

II

25

présente
,

xvi de l'introduction 4 ss. Pourquoi Jérémie aurait-il éprouvé le besoin de répéter en deux endroits la même narration? Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que Schlôgl harmonise II Reg. 25 avec Jer. 52 afin de bien montrer que les deux narrations proviennent de la même main. Pour les Chroniques, c'est Esdras qui est donné comme auteur. Schlôgl n'atune réplique de Jer.
à la p.

52

non pas 32

tache qu'une importance secondaire à ces questions toujours agitées sur
nalité qui a

la

person-

mis en un tout

le^

récits

historiques. Le point qui lui tient le plus à
primitif.

cœur

est la

reconstruction du

texte

Comme

dans ses autres travaux,

l)

Problem of Deuteronomy by the Rev.

J. s.

Griffitiis, assistant-curate of

Uppingham.

In-12 de

1-28

2

pp. Londres, 19H. kB., 1910. p. 6-20 ss.

(3)

Schlôgl, 0.

Die Bûcher der Kônige, Die BOxher der Chronick, ûbersetzt und erklart von D r Cist. ln-8 de viu +- 341 pp. et ix -t- 210 -+- 35 pp. Vienne, Mayer, 1911.

P. Nivard

REVUE BIRLIQUE

1913.

N. S., T. X.

10

146

REVUE BIBLIQUE.

Schlogl se montre d'une grande hardiesse, beaucoup trop grande selon nous. Les corrections arbitraires, sollicitées seulement par une conOance trop absolue dans la
recension de Lucien, y sont en
ce

nombre déconcertant. Lucien harmonise presque

toujours et l'on sait combien on doit se défier des leçons harmonisantes. L'oubli de
fait et de ce principe contamine toute la critique textuelle de Schlogl. Déjà en 1904 nous avions crié gare, en recensant le commentaire du même auteur sur les livres de Samuel (I) et, dans notre introduction à Samuel, nous déplorions que

Schlogl eut suivi Klosterniann presque à l'aveugle. Nous regrettons que ces avertissements soient restés inutiles. Le nom de Klosterniann pourrait émailler toutes les

marges des deux, nouveaux commentaires. Ceux qui ont eu
le

à utiliser les travaux de

cet exégète savent à quoi s'en tenir sur l'incorrigible fantaisie

de ses corrections

et

sans-gêne avec lequel
listes

il

traite le texte massorétique.
les restitutions

On nous

dispensera d'enfiler

bout à bout des

de passages où

proposées sont inutiles et insufs'il

fisamment

justifiées.

Une

question de méthode s'impose, à savoir

faut toujours

donner

la

préférence aux Septante, et spécialement à la recension de Lucien, quand

cette version est

en désaccord avec l'hébreu. Plus on étudie la Bible, plus on se montre circonspect dans les restaurations du texte primitif. Il est des cas tout à fait décisifs, mais dans combien de passages la divergence présentée par les versions ne provient-elle
pas d'une mauvaise lecture ou d'une interprétation tendancieuse!

Quant

à

la

critique littéraire. Schlogl n'a
le

sources utilisées par

rédacteur final des Rois
la

pas de peine à reconnaître qu'il y a des et des Chroniques, puisque plus

d'une allusion à ces sources se rencontre sous
crois

plume du rédacteur lui-même. Je

que l'interprétation des passages qui font mention de particularités topographiques de Jérusalem, eut été différente si l'auteur avait fait son voyage dans la
ville sainte

non après l'achèvement de son commentaire. Nous n'insisterons la Jérusalem antique du P. Vincent. Au point de vue historique, Schlogl utilise les documents égyptiens ou cunéiformes. Il se prononce catégoriquement contre une double campagne de Sennachérib contre Juda (2). Ceux qui ont suivi, sur le prisme de Taylor. la campagne aux pays de Phénicie et de Philistie (3), ne seront pas peu étonnés d'apprendre que ce récit contient
avant
et

pas sur ces passages qui relèvent de

bien des réticences et des mensonges, sans parler des erreurs chronologiques. Quand il est si facile de concilier les récits bibliques et les textes assyriens, pourquoi refuser toute conciliation parce qu'il faudrait légèrement modifier notre façon de souder

ensemble

les

deux narrations parallèles de

la

Bible? C'est, d'ailleurs,

un procédé

défectueux de ne prendre des textes cunéiformes que ce qui rentre exactement dans le cadre de l'histoire sacrée. Celle-ci ne s'attache qu'aux destinées d'Israël et ne
traite

qu'incidemment des autres royaumes.
la

Les documents

officiels
les

de Ninive ne
peuples étrandoit être assez

considèrent que
gers.

splendeur d'Asour et s'arrêtent bien peu chez
histoires est unilatérale.

Chacune des

La combinaison des deux

vaste pour que la raison saisisse l'enchaînement des faits et puisse les envisager dans

une même lumière. Faute de tenir compte de ce point de vue, on risque de saboter documents qui doivent servir à mieux comprendre l'histoire biblique. Il va sans dire que, par ces réserves sur la méthode critique et les principes de l'interprétation
les

historique, nous ne prétendons rien enlever au
et

commentaire de Schlogl de sa sagacité
les

de son érudition. Mais chercher
(1)

il

faudra contrôler soigneusement

corrections proposées

et

si

la solution

des problèmes historiques n'est pas souvent un peu trop

(2)

RB., 1904, p. 008 S. Pour la thèse contraire
ibid., p.
."JOîJ

cf.

RB., 1910, p. 511

ss.

(3) Cf.

ss.

BULLETIN.
prompte
orientale.
et trop
facile.

147

Un

long tableau chronologique, qui comprend trente-cinq
les

pages d'appendice, met en parallèle

événements bibliques

et

ceux de

l'histoire

Dans The century Bible, M.
taire

A..

S.

Peake, D. D., fournit
le

la suite

de son

commen-

de Jérémie

(1).

L'introduction figurait dans
la

pas reçu. Le texte courant est

premier volume que nous n'avons traduction anglaise officielle, The revissa version,
:

publiée avec une manière d'imprimatur

printed by permission of thc Universities

of Oxford and Cambridge. Des
lorsque
la

notes indiquent la traduction littérale de l'hébreu

version s'en écarte trop. Quoiqu'il s'agisse d'un commentaire destiné au

grand

public,

on ne peut que rendre

hommage

à l'ampleur de l'érudition et des

discussions critiques.
laisse

Aucun des exégètes

récents n'est omis, mais l'auteur ne se

pas séduire par les
les

vues aventureuses de Cheyne.

On

est

heureux de voir

mentionner

en Egypte royaumes signalés dans Jer. 51, 27, ;ivcc les peuples ftVrartu. les Mannai, les Askuzai des textes cunéiformes montrent que l'auteur connaît les récents travaux sur la matière. Le Dies irse est cité en même temps que le discours eschatologique de l'évangile, pour montrer l'interprétation du « jour de Iahvé » aux différentes époques (30, 7 D'après les sigles usités dans la traduction, il semble que l'auteur morcelle facilement les divers morceaux prophétiques et admet bien des remaniements. Tout cela est sans doute expliqué dans l'introduction au premier volume. Pour ce qui est des Lamentations, Peake récuse l'attribution à Jérémie. Il distingue quatre poètes l'auteur de Thren. 2 et 4 (les plus anciennes lamentations), celui de Thren. i. celui de Thren. 5, finalement celui de Thren. 3 (lamentation postérieure à l'exil). Comme ces considérations dépendent exclusivement de la critique interne, il s'y rencontre une grande part de subjectivisme. La facture des poèmes n'est pas, à elle seule, un indice de divers

papyrus d'Assouan à propos des Juifs déjà
1).

installés

au temps de Jérémie (44,

Les

identifications

des

1.

:

auteurs, car

il

n'est pas nécessaire

que

le

poète se soit toujours servi d'acrostiches.

Au
a

point de vue esthétique, la palme est accordée à Thren. 2 et 4, dont l'auteur
être

pu

témoin des catastrophes signalées. Rien de

saisissant,

en

effet,

comme
et

les descriptions

contenues dans ces deux lamentations, rien de plus sombre

de
n'a

plus précis. C'est
rien enlevé à la

un des rares cas où le caractère artificiel de l'acrostiche véhémence et à la force des idées ou des sentiments.
d'Angers ne s'effarouche pas devant
C'est ce
les

La
dans

faculté de théologie
le

travaux d'érudition

domaine biblique.

que prouvent
(2).

les

deux thèses de

MM. Cheminant
la

et Plessis sur les

prophéties d'Ézéchiel

Les auteurs se sont partagé

besogne, et

comprend facilement lorsqu'il s'agit d'Ezéchiel. Le premier s'est contenté des chapitres 26-28, 19, le second des chapitres 29-32. La disposition générale est
on
la
le

même

:

introduction, commentaire, critique littéraire,

critique historique,

ap-

pendice; mais tandis que l'appendice à l'ouvrage de M. Cheminant n'est que le texte
des prophéties contre Tyr, disposées en vers et en strophes, M. Plessis traduit, dans
le sien, l'inscription

égyptienne de Nsi-hor (d'après Breasted) et celle de Nabucho-

A. S.

Jeremiah and Lamentations, vol. II, Jeremiah to LU, Lamentations, edited by Peake, D. D., etc.. Grand in-16 de vi -f 359 pp. Edinburg, Jack, 191-2. (-2) Les prophéties d'Ézéchiel contre Tyr (xxvi-xxviu, 19), thèse pour le doctorat présentée à la faculté de théologie d'Angers par P. Cheminant, prêtre du diocèse de Rennes. In-8 de x 1-29 pp. Les Prophéties d'Ezéchiel contre l'Egypte (xxix-xxxii), thèse pour le doctorat présentée à la faculté de théologie d'Angers par Joseph Plessis, prêtre du diocèse de Nantes. In-8 de vin -+- d-21 pp. Paris, Lelouzey, 1912.
(1)

XXV

+

448

REVUE BIBLIQUE.
les

donosor concernant Ahmasis (d'après
ver
la
le

notes de M. Gry). Souci très vif de retrou-

texte et l'arrangement primitif de l'hébreu, travail diligent pour éclairer par

philologie et l'histoire orientale chacune des phrases du prophète, telles sont les

deux auteurs. L'un et l'autre reMM. Legendre et Gry. Dans sa critique historique, Cheminant condense, avec beaucoup d'érudition, tout ce que les anciens nous ont appris concernant la campagne de Nabuchodonosor contre Tyr et la déchéance de cette ville. Le passage, si intéressant au point de vue géographique, d'Ezech. 27, 12-24 est interprété comme une explication de l'allégorie du navire (27,3 ss.), ce qui permet à l'auteur une digression sur le commerce de Tyr d'après les écrivains classiques, commentés par les travaux de Perrot et Chipiez, Bérard. Clermont-Ganneau. La théorie de Manchot, qui mutile les chapitres 26-28 de façon
qualités qui se rencontrent
les

éminemment chez

connaissent qu'ils les doivent à l'enseignement de

à obtenir jusqu'à cinq couches d'oracles successifs, est passée au crible d'une critique

courtoise mais très ferme.

A

propos de

la

métrique
était : il

:

«

Il

se rencontre pourtant
si

ici

ou

certaines irrégularités; mais le

rythme

toujours

rigide et

ne visait-on

pas tout d'abord à l'essentiel, c'est-à-dire à
faits

la

correspondance

et

au parallélisme par-

des peosées, en ayant soin d'ailleurs que les licences restassent ce qu'elles de»

vaient être, des cas isolés?

L'écueil de la métrique, sur lequel

Cheminant
le

attire si

bien l'attention, n'a pas été suffisamment évité par lui-même

dans

commentaire,

par exemple quaud

il

introduit des chevilles

comme

"»3

ou

riN"

ou bbl pour ajouter

une syllabe 26. 11, 21, 14, 18; 27, 27. 36: 28, 19, etc.). Nous ne sommes pas non plus partisan du changement de personne dans l'hébreu de 26, 4-5, sous prétexte que l'apostrophe doive se continuer dans le style direct. Une pratique assidue des textes poétiques montre combien on passe facilement de la 2 e à la 3 e personne dans les cas similaires. De même, dans l'invasion du roi des rois (26, 7 ss.). pourquoi ne pas laisser le pluriel à partir du v. 12? L'idée du roi des rois évoque celle de son armée. Ce sont les soldats qui « pillent, abattent, etc. ». Les Septante ont voulu garder le singulier pour éviter ce que le brusque passage d'un nombre à l'autre peut avoir de choquant. Les w. 13-I4 a paraissent à Cheminant ne plus appartenir à la description qui précède. On vient de montrer le pillage, le massacre, la destruction, « Je ferai cesser le bruit de tes cantiques la voix de tes et soudain le texte porte je ferai de toi un roc aride, une place kinnors on ne l'entendra jamais plus où s'étendent les filets, voilà ce que tu seras! » Manque de progression, d'après MM. Manchot et Cheminant. Et pourtant ce silence de mort qui succède à la dévastation est tout à fait naturel. Dans le récit de sa campagne contre les Elamites, Asourbanipal écrit « En un mois, je subjuguai l'Elamen totalité. Je privai ses campagnes de la voix des hommes, du piétinement des bœufs et des brebis, de la cla: ;

:

:

meur de

jubilation.

Comme

en un désert,

j'y

fis

s'accroupir les onagres, les gazelles,
le trait final

les fauves

tant qu'il y en a(l). » Silence et solitude, c'est bien

d'une des-

truction méthodique. Ces divergences sur des

points de détail n'enlèvent rien à la
l'écriture

valeur du travail de Cheminant.
lieu de

Nous n'aimons guère

Nebukadrësar au

Nabuchodouosor. La vocalisation, passée des Septante dans la Vulgate, est plus proche du nom primitif Nabû-kudur-usur que celle du texte massorétique. Même le changement de la lettre de kudur en la lettre n a pu exister dès l'époque de Nabuchodonosor (2). La ville d'Azdod s'écrirait mieux Asdod ou Asdoud, d'après
?*

l'hébreu

et le

nom

actuel de la ville.

Dans

la

transcription des textes cunéiformes la

(1) /}/>'..
-2

1011. p. 358.

Cf.

notre note sur Nin-ib dans Hilpreçht anniversary volume, p. 366.

BULLETIN.
juxtaposition du déterminatif pluriel

149
ni après sar-

MIS

et

du déterminatif phonétique

râni

« les

rois

»

pourrait induire en erreur.

On

devrait mettre ces deux déterminatifs

entre parenthèses.

L'introduction de M. Plessis aux chapitres

29-32
«

Seinecke, l'authenticité des prophéties sur l'Egypte.

revendique, contre Zunz et Nous ne voyons aucune raison
les textes
:

de rejeter ou de négliger les dates traditionnelles que témoignent
particulier,

le livre

d'Ezéchiel en son entier est du temps de l'Exil, et les prophéties contre l'Egypte, en

de

la

période comprise entre

la fin

de 587

et le

commencement de

570. »

Le commentaire présente le même aspect critique et scientifique que nous avons reconnu à celui de M. Cheminant. Mêmes réserves aussi sur les corrections du texte, par exemple pour le changement de la 3 e pers. en 2 e pers. dans 29, 3, et surtout pour l'intervention du rythme dans les corrections, suppressions, additions de mots
(29, il, 12, 18, 20; 31, 5, 11, etc.) sur ce dernier point Plessis est allé plus loin que Cheminant, beaucoup trop loin selon nous. Comme appendice à 32, 18-32, bonne étude sur les idées des Hébreux concernant le se^ôl, rapprochées des conceptions
;

babyloniennes.

La

chodonosor

réalise les

unique qui fasse
trouve
la

montrer comment Nabumenaces du prophète contre l'Egypte. On sait que le texte allusion à une descente de Nabuchodonosor en Egypte, est un
critique historique s'attache surtout à

fragment du British

Muséum,
...

publié

jadis par

le

P.

Strassmaier.

Au

verso,

se

mention de

a-su sur Mi-sir, qu'on a complétée en A-ma-a-su ëar Misir

« Ahmasis roi d'Egypte ». C'est ce texte, composé de 28 lignes bien mutilées, que nous donne Plessis en appendice. Il y signale les diverses interprétations de Pinches, Wiuckler, Langdon et propose la sienne (le plus souvent d'après M. Gry). Comme il s'agit de restaurer un texte très lacuneux, les conjectures restent sujettes à caution. On peut dire cependant que Plessis tire tout le parti possible du document en ques-

tion.

Dans sa préface à la 2" éd. de ses AusgewâkUe Fsalmen, M. Gunkèl écrivait Pour quelques-unes des opinions en faveur aujourd'hui, et devenues tout à fait à la mode, par exemple l'explication du « je » des Psaumes comme signifiant « la communauté », je les ai à peine mentionnées, car je les tiens pour complètement
:

«

erronées; ce n'était pas

ici le

lieu

de

les réfuter (1). »

Un

élève de M.

Gunkel

a été

chargé par son maître de porter

le

coup

définitif à la théorie préconisée surtout
la

par

Smend,
dans
les

et

qui consiste à

ne plus voir dans

personne qui chante,

prie, pleure

Psaumes qu'un symbole de la communauté juive, réunie dans le second Nous pouvons dire que l'ouvrage de M. Emil Balla était attendu 2 Non pas que de nombreuses protestations ne se fussent élevées contre l'hypothèse en
temple.
.

dans les introductions à l'A. T. ou dans les commentaires sur les Psaumes, mais on n'avait pas encore, si j'ose dire, pris le taureau par les cornes et montré du doigt, en confrontant tous les passages où le psalmiste se met en scène,
question, soit

combien

énoncée en termes précis

lui enlever toute personnalité. La thèse de l'auteur est Les Ich-Psalmen (Psaumes où le psalmiste parait à la P' e personne) dans le Psautier et les autres livres de l'Ancien Testament doivent, en bloc, être interprétés au sens individuel, sauf ceux où une autre compréhension du
il

était arbitraire

de
«

:

« je » est exigée par

des indications expresses dans

le texte » (p. 5).

La première

(1) Rlï.,
•2

1907, p. 4oC.

Kiel.

Dos Ich der Psalmen uatersucht von Lie. Theol. Ejhl Balla, Privatdozent a. d. Univers. Dans les Forschungen zur Religion und Literalur des A. und N. T., xvi. in-8 de 155 pp.

Gôttingen,

Vandenhœck

et Hupreclit, 191-2.

130

RENTE BIBLIQUE.

ceux où

aux cas les plus limpides, par exemple formellement du peuple ou de la communauté ceux où les données du texte ne convien(cf. Ps. 22, 23; 35, 18: 109, 63, etc. Tu es celui qui m'as nent qu'à un personnage isolé, comme lorsqu'il dit à Dieu
partie de l'argumentation est consacrée
le

psalmiste se distingue

;

:

fait sortir

du sein maternel (As. 22, 10): ... Mon père et ma mère m'ont abandonné, mais Dieu m'a recueilli (Ps. 27, 10), etc.. etc. Une étude sur les diverses catégories de Psaumes et une comparaison avec les cantiques religieux en dehors du Psautier
la

rendent plus saisissante encore
qui met en parallèle avec les
aussi dans cet aperçu sur la

frappe individuelle.
les

On

lira

avec profit

le

chapitre

Psaumes
si

chants religieux des Babyloniens et des
(1). eussent pu figurer Avec non moins de force et

Égyptiens. Les prières de Goudéa,

fortement personnelles

littérature extra-biblique.

de brio que pour
théorie de
tiques et
la

psaumes évidemment personnels, Balla passe au crible « la » en ce qui concerne les psaumes liturgiques, prophéalphabétiques. Il ne nie pas que, parmi ces psaumes, un certain nombre
les

communauté

furent utilisés pour le service solennel
culier le P>..
est

du temple.
20. où

Il

en

est, d'ailleurs

tel

en

parti-

66

.

où l'alternance entre

les strophes
le

de l'individu

et celles

du chœur

nettement accentuée. De
rôle.

même

le Ps.

chœur
:

et le roi

chantent à tour

de

un des cas où l'interprétation qu'on peut appeler collective s'impose, mais les expressions ne laissent place à aucune équivoque. Après avoir montré ainsi comment il faut réduire au minimum le rôle de la communauté, Balla n'a pas de peine à réfuter les allégations

Le

Ps.

129

parle clairement au

nom

d'Israël

c'est

de ceux qui ont voulu mettre
des

la

communauté

partout, et enlever ainsi à
Il

la

plupart

Psaumes

leur saveur personnelle et poétique.

voit

dans cette théorie l'influence

d'un état d'esprit qui porte à rechercher un sens ésotérique aux passages les plus clairs de la Bible. Espérons que désormais on nous fera grâce de toutes ces exagérations qui dénaturent l'exégèse

du texte

et le

rendent obscur systématiquement.
P.

Dhorme.

Pays
M.

voisins.

— Nabatéens. —
sous
(2),

nabatéen Dusarès
C. R.

Morey

« La première représentation authentique du dieu une forme anthropomorphique » est diagnostiquée par sur une monnaie de Bosra, conservée au musée de Princeton
:

University. Elle est ainsi décrite

au revers d'un bronze de

Commode

:

«

BOC~

Dusarès, portantle diadème, ou un bandeau. » Le type de ce Dousarès évoquerait, à la rigueur, Hélios ou Dionysos : l'option pour ce dernier est appuyée de bons arguments iconographiques. Les historiens qui, sur la foi des textes antiques, avaient admis cette équation accueilleront

TPHNOON AOVCAPHC- Buste drapé,àdr., de

avec faveur cette confirmation archéologique de leur exégèse.

Avec bien de la perspicacité M. Dussaud (3) conjecturait naguère que l'influence romaine avait dû créer dans la capitale de la province d'Arabie « une représentation anthropomorphique de Dusarès en harmonie avec la civilisation occidentale ». Il croyait la reconnaître dans le type de Jupiter Ammon qui apparaît sur diverses pièces de Bosra. M. Morey prouve que cet Ammon, costumé parfois en légionuaire, n'est autre que le dieu égyptien devenu le dieu tutélaire de la légion III' Cyrénaïque en garnison à Bosra depuis 107-8 de notre ère. La légion implanta ce culte dans la nouvelle province et il paraît bien y avoir fleuri, mais non pas s'être substitué au
RB., 190G, p. -181 ss. Une nouvelle représentation de Dusarès et autres types de Bostra; Revue numismatique, 1911, p. 69-85 et pi. m. C'est la première publication photographique du monnayage de Bosra. (3) Rev. num., 1904 et Notes de mythol. syrienne. 1905, p. l"9.
I

<-l

BULLETIN.

loi

vieux culte local de Dousarès romanisé en Dionysos-Bacchus. Le Jupiter Ammon est un type subsidiaire, comme la Tyché de la ville, comme les divers sujets agonistiques, comme le Marsyas emblématique des privilèges coloniaux (t). Avec le type d,u

chameau
feste

libre

ou monté,

le

distingué

numismate

se

demande

si l'on

ne serait pas en

présence de quelque animal attribut de Dousarès. C'est en tout cas un symbole manid'Elagabale

du Dionysos nabatéen qu'il faut reconnaître au revers ainsi décrit d'un bronze « Table sur une plate-forme où l'on accède par trois degrés placés par devant; sur la table, torcular entre deux jarres à vin ». Les vestiges de la légende
:

AOV... 0G... ne permettent
et le
«

pas de douter de

la relation

voulue entre ce pressoir

dieu Dousarès
il

».

Déjà M. de Saulcy

(2) l'avait très

correctement indiquée.
et tenté de substi(3).

M. Dussaud,

est vrai, a

mis en doute cette définition du symbole
décisive en faveur

tuer au pressoir des bétyles compliqués d'éléments à signification cosmique
pièce publiée par

La

M. Morey semble

du

pressoir dont la

valeur

emblématique est désormais transparente. Il pourra n'être pas bors de propos d'examiner si le ou les bétyles n'interviennent pas dans l'un ou l'autre cas trop ronde-

ment expliqué par
11

le «

pressoir

»

;

il

reste

n'apparaîtra donc plus

comme un
les ruines
ait

hasard indifférent que dans

que ce symbole a été certainement employé. les temples de ce

Dionysos nabatéen dont
la

sont retrouvées par l'exploration contemporaine,

M. Morey (4). Sans une observation analogue pour l'art hellénistique en Judée et les rinceaux de pampres à grappes de raisins paraissent avoir été l'élément favori des sculpteurs à travers la Tripolitaine des temps romains (5), pour ne
«

décoration bachique »

prévalu, suivant l'expression de
faire

doute on a pu, avec tout à-propos,

pas alléguer en ce

moment

d'autres analogies. Aussi ne sera-t-il pas question d'invofois
le

quer un symbolisme dionysiaque explicite chaque

qu'on sera en présence d'un motif ornemental est associé
(6),

rinceau de vigne ou d'une grappe sculptée. Mais quand
assez plausible, encore que l'on doive tenir

aux vestiges manifestes d'un temple, en pays nabatéen

sa valeur religieuse est

Dans
Il

la

compte de la routine des ornemanistes. décoration d'un tombeau par exemple (7), les enroulements de pampres n'ont

à voir avec Dousara, même s'il s'agit de quelque temple funéraire (8). en va autrement dès que ce motif est accompagné de symboles beaucoup plus explicites, dans un ensemble architectural comme dans cette porte d'un vieux temple

probablement rien

Dont Bosra jouissait depuis Septime-Sévère: M. Morey en fait la preuve (p. 81 ss.). Nu rais mat. de la Ter. S., p. 370. Cf. Cleumoni-Gannf. vu, Recueil d'arch., IV, 397. (3) Notes de mythol. syr., p. 170; on lui a suggéré aussi l'idée de « pains de proposition » empilés au-dessus de ces bétyles. M. Dainiaii {Petra und seine Felsheiligt., p. 54) songe à des couronnes de vainqueurs dans les jeux sacrés, ce qui est encore moins vraisemblable. Déjà la RB., 1905, I'. 14G, formulait quelques objections à l'interprétation que donnait M. Dussaud de la prétendue base de ces bétyles. Il faut d'ailleurs noter que l'étude se fondait sur d'insuffisants dessins de M. de Saulcy. (i) Op. L, p. 78. Et il renvoie à Waddington-, Inscr..., n" 2023, qui l'avait non pas » longuement noté », comme son traducteur fait dire à M. Morey, Waddington l'a exprimé d'un seul mot, mais il y a « longtemps » et sa remarque si juste, voici tantôt un demi-siècle, est confirmée de jour en jour. Cf. Di ssaud-Maclek, Missio/l dans les régions désertiques de la Syrie moyenne, p. 18. (5) M. de Matiicisieulx, Noue, archives des miss, scientif., XII, i, 1901. pp. 25, 27, pi. vu 1, vin s.,
(1) (2)

;

xi

2 et
(t>)

3,

xv

2.

tout de suite aux splendides exemples de Si'ah et de Soueidâ, qui motivèrent la Une observation de Waddington et qui ont été dessinés par M. de Vogué (Syrie centrale architecture, pi. n-iv, pp. 34, 39). On en trouvera maintenant d'autres à travers le Hauràu dans Butlcr> Ancient arcliit. in Syria, Divis. II, A 2, fig. 87, p. 108, ûg. 90, p. 113, et Architecture, du même savant, dans les publications antérieures de l'expédition arcbéol. américaine en 1899-1900, t. Il, pliot. non numérotées, pp. 329, 332,334, 346, 300, etc. Cf. Dussaud-Màcler, Mission., pi. m. (7) Cf. Butler, Ane. archit., II, A 3, p. 210 s., fig. 191. (8) P. Abel, RB., 190G, pp. vil ss., aux abords de Pétra.
:

On songe

152
à

REVUE BIBLIQUE.
cite

fl-Oumtaiyeh dont on

souvent

le

linteau dessiné naguère par

M. Dussaud

(i).
:

Les pampres du chambranle y sont associés à une représentation bétylique évidente posés sur un socle ou autel élevé, celui du milieu plus haut trois bétyles coniques

que plusieurs gradins précèdent et que flanquent symétriquement deux autels plus petits à quadruple bétyle de même dimension et deux autres autels beaucoup plus élancés que ce n'est pas le lieu d'examiner en détail (2). Il n'est pas douteux, et

M. Dussaud
seul,

l'a

très bien établi,

que

le

groupe central ne

soit

un symbole de Dousara

mais envisagé sous divers états (3); les rinceaux de vigne prennent par conséquent aussi leur valeur de symbole dionysiaque.

Au même
mental
est

cycle pourra dès lors se rattacher aussi l'amphore
si

4)

dont

le

rôle orne-

prodigué dans l'architecture nabatéenne. Avant de passer au rang de
répertoire des sculpteurs, elle pourrait bien avoir eu, sur les acrotères

poncif dans

le

des frontons dans les niches à bétyles, une valeur plus ou moins analogue à celle qui
lui doit être attribuée

quand

elle s'adjoint

au pressoir

à vis

dans

la

monnaie de Bosra,

ou quand Mais
la

elle est

en relation avec

l'autel sur des linteaux (5) nabatéens.

détermination du type authropomorphique de Dousarès-Dionysos dans la

la plus profondément influencée par l'hellénisme et la culture romaine va guider fort heureusement surtout dans l'interprétation des sujets figurés. M. Morey a déjà comparé ce type à diverses autres représentations monétaires de Bacchus, à des statues de Dionysos, en particulier à « la charmante statue... trouvée en 1909 dans le Temple des dieux orientaux sur le Janicule » G) et il songe avec vraisemblance que ce Dousarès aurait pu être dédié dans le temple syrien « par un Nabatéen résidant à Rome ». La présence à Rome au ii e -m e s. ap. J.-C. de quelque riche trafiquant nabatéen n'est assurément plus pour surprendre et Dousara n'était pas déplacé dans ce panthéon syrien (7). Pour demeurer eu pays nabatéen, on pourra

zone nabatéenne

(1)

Xotes de mylh. syr.,
archit.,

fig.

41, p. 173.

Voir maintenant les reproductions meilleures de Butler,

Ane.

p. 54) croit reconnaître ° clairement » des (2) autels, ce qu'il n'accorde pas avec sa théorie générale qui exclurait tout rôle
'

II, A 2, fig. 68 s. M. Dalman LVeue Petra-Forsch.,

flammes sur ces du feu dans les

sauctuaires nabatéens. Plutôt qu'à des flammes ce couronnement sera comparé à celui de divers autels à cornes (v. g. Butler, Ane. arch., II, A 1, lig. 42, p. 0-2. à Amman; cf. fig. 17, p. 26, à kh. el-Bardhôn; II, A 2, lig. 67, p. 87, à Sameh; II, A 3, lig. 193, p. 211, à Oumm el-Djemâï (3) Op. ?.. p. 170 ss. Comparer, dans la série des niches à bétyles du Siq a Pétra, le type à pierre unique » presque pirilorme », où M. le duc deLuynes (Voyage d'explor., I, 291) avait déjà et les groupes de trois stèles (Biu.nreconnu une image en relation avec le « culte de Dusarés >, Miw, Provinc. Arab., I, 221, fig. 253 et 256; Dalma.v Petra..., p. i45 ss., lig. 67, 69, 76; beaucoup plus clairement encore la série remarquable des abords du Diwân à Médâïn Sâleh (JaussenSavignac, Miss, archéol. en Arabie, p. 405 ss., surtout fig. 205 ss.). Là, en effet, des inscriptions précieuses fixent avec toute évidence sur la valeur symbolique exacte de tel ou tel bétyle. par
.

pi. xli et p. 41", cf. 204 s.) et l'analogie très étroite avec la stèle unique du dieu A'ara niches du Siq montre avec quelle indifférence Dousara pouvait être représenté un ou triple. (4) Ainsi que paraissent l'avoir soupçonné les PP. Jaussen et Savignac [Mission..., p. 397 s.). (5) Amphore unique et centrale flanquée de deux autels, v. g. à Sa'ddeh <Bitler, Ane. archit., II, A 2, fig. 115, p. 136), pierre remployée (?) dans le camp d'Odroh (Brùknow, op. L, I. fig. 502: Dalman. Neue Petra-Forsch., fig. 53); deux amphores encadrant deux autels, sur le linteau déjà cité de Sameh. Le motif central dans ce dernier linteau t a été soigneusement détruit au ciseau », note M. Butler; on peut imaginer sans témérité qu'il offusquait plus directement les croyances ultérieures: peut-être était-ce quelque buste de la divinité dont on laissait subsister les symboles. On se rappellera peut-être aussi les deux amphores qui encadrent un autel à cornes, sur la peinture de Pompéi qui a été comparée au Khazneh de Pétra (Hittorff, Mémoires de l'Institut..., XXV, n, pi. ii mais en ce cas elles n'ont apparemment que la valeur de récipients pour le liquide des libations et leur meilleure analogie nabatéenne serait probablement la cupule pratiquée au pied d'une stèle ou dans une niche sacrée (cf. Jalsse.n-Savigsac, Mission..., p. 425), mieux encore peul-étre le bassin qu'il n'est pas rare de trouver en relation avec une niche à bétyle (ibid., lig. 215 par exemple) cf. les petites jarres où sont déposées les offrandes d'huile en certains sanc-

exemple
les

:

;

tuaires
6)
17)

à travers la Palestine contemporaine. Morey, op. t., p. 79, n. 2; voir Nicole et Dakier, Le sanct... Cf. RB., 1908, p. 311 s.: Nie ole-Dai.ier, op. t., en. s.

musulmans

au Janicule,

p. 36-45, pi. ui-v.

m

BULLETIN.

153

.

comparer divers monuments jusqu'ici insuffisamment expliqués. Le relief du Sîq à Pétra, où M. Brùnnow (I avait cru discerner une déesse assez comparable à quelque Isis-Fortune, et que M. Dalman (2) décrit avec plus de précision, a bien des chances d'être un Dionysos plutôt qu'une déesse. L'attribut le plus clairement reconnaissable est un groupe de panthères dressées aux pieds de l'idole. La dédicace gravée au-dessous par un panégyriarque d'Adraa ne peut que renforcer l'interprétation en rappelant le « Dousara dieu des Adraéniens figuré souvent par un bétyle sur lés anciennes monnaies de la cité et qui aurait pris ici l'aspect anthropomorphe inauguré aux temps romains (3). Le précieux fragment de Teimâ. découvert et publié par Euting(4) comme une « scène de sacrifice », évoque singulièrement l'idée de Dou;

>.

sara-Dionvsos avec ses deux jarres accostées l'une d'un cep de vigne aux grappes opulentes, l'autre d'un palmier à double régime de dattes au sommet duquel est juché

un personnage qui

a

cherché

ainsi à se

dieu, haussé lui-même sur un socle

monumental

mettre en relation plus immédiate avec son et fort enchevêtré (5). Mais la plus

évidente représentation plastique de Dousara-Dionvsos semble bien avoir été cette monumentale statue dont M. Butler découvrit naguère le pied à la porte du temple

de Si'ah
tique

(6).

Suivant un concept hellénistique dont
la

il

y a de bons exemples,

le

sculp-

teur avait représenté au-dessous de

statue divine le buste d'un Bacchus

embléma-

émergeant de lourdes grappes et de pampres. Ce monument ne peut que plaire M. Morey, en apportant une confirmation à son élégante démonstration par la numismatique.
à

Et dans
(l

la

numismatique nabatéenne elle-même
25-2.

l'intéressante découverte de

M. Mo-

i

(2)

Op. L, p. 200, fig. Petra..., p. 145 s.,

Le
68.

monument

est très effrité.

fig.

3) Cf. Di'ssaud, Xotes de mylh., p. 167 ss. et Clermont-Gannuai Recueil d'arch. or., VI, 333 ss. L'influence romaine est précisément accusée en ce même groupe par la dédicace laconique de la légion, ainsi que l'a très bien interprétée M. Clermont-Ganneau, op. L, p. 335. » (4) Nabatâische Inschriften, p. 16 et fig. 7. (5) Il faut déplorer que le haut de la stèle ait disparu. Elle présentait sans doute quelque représentation de Dousara. La vigne et le palmier qui sont réunis ici comme attributs, avec des amphores de galbe nuancé, apparaissent séparément ailleurs. On a déjà vu des exemples de la vigne ou de la jarre à vin comme emblème religieux en relation avec un autel. Voici quelques exemples du palmier dans un rôle analogue le palmier associé à un bétyle dans une même niche, à Pétra (Dalman, Xeue Petra-Forsch., p. 41 et lig. 38), exactement comme en d'autres cas une même niche abrite bétyle et autel distincts (Dalman, Petra, n° 530, lig. 244, p. 301) ou groupés (Jacssen-Savignac, Mission..., p. 427 s., Gg. 218). Ailleurs le bétyle est encadré de deux palmiers (Brïnnow, op. 1., I, fig. 284, p. 249 et Dalman, Petra..., fig. 94, p. 177 , ou bien c'est l'autel que flanquent les pa miers (Br., fig. 355, p. 322; Dalm., lig. 185, p. 2*3). En présence de cette double série parallèle de symboles, on songera peut-être, sinon à un double aspect de Dousara, du moins au double type divin nabatéen suivant les régions, dionysiaque et bachique, ou abstème, ce dernier portant le nom spécial de Saï^al-Qaoum. Les PP. Jaussen et Savignacont trouvé à Hégra une originale niche qui paraît bien lui avoir été consacrée {Mission..., p. 415, fig. 204, cf. p. 221, inscr. n° 72). La niche n'a point de stèle, mais un champ lisse légèrement ravalé dans le tympan un aigle de face aux ailes éployées et des Yases sur les acrotères. On trouve les mêmes symboles dans une niche à bétyle toute voisine (op. t., p. 428, fig. 218) et l'on peut comparer aussi la niche fig. 200 s. à bétyle hémisphéro-conique rappelant le Dousara du Sîq et des monnaies d'Adraa cl/aussi à Pétra la « niche à aigle . de Dalman (op. L, p. 117, lig. 34, autant de variations qui tendraient à prouver combien il demeure délicat de fixer avec rigidité des concepts mythologiques orientaux, surtout a la période de syncrétisme à outrance que fut l'ère romaine en Arabie. Dousara élait Dionysos, c'est un point acquis: mais il existait à côté de lui une divinité anti-bachique, M. Clermont-Ganneau l'a démontré (Recueil.... IV, 3-J6-402; cf. Lagrange, Étud. relig. sém., 2 e éd., p. 500 s.) et cette antithèse impliquait peut-être quelque dualité ethnique dans la race nabatéenne (p. 397 s.). Dousara-Dionysos-Osiris ne pouvait guère manquer d'être identifié au Soleil (cf. Brunisow, op. L, I, 189 s.; Dussaud-Macler, Mission..., p. 63); son antagoniste, sous des masques variés, doit offrir une figure plus ou moins typhonienne (Clermont-Gaxnf.u-. op. L, p. 401). Mais le même savant a montré aussi (Rec, VII, 306 que Dousarès fut encore assimilé àZeus comme dieu suprême et peutêtre lui decouvrira-t-on d'autres avatars. 1 (0) Butler, The Temple of Dûsharâ at Si dans le Floriletjium Melchior de Vogué, p. 82 s.. 89
,

III e

:

:

;

;

:

,

et pi.

ii.

154

RENTE BIBLIQUE.

reyaura probablement une répercussion utile. Un certain nombre de pièces, qui pordu roi et de la reine, offrent au revers une « tête aux cheveux flottants et diadémée (1) ». Depuis la savante étude de M. Dussaud sur
tent au droit les portraits conjugués
la tête

numismatique nabatéenne, il était d'usage de l'interpréter comme une réplique de du roi quand on substitua le poids attique au système ptolémaïque on ne se serait pas mis en frais d'invention et la tête du roi aurait pris la place de l'aigle ptolémaïque des anciennes monnaies (2). M. Morey conjecture avec toute vraisemblance que ce buste est celui de Dousarès-Dionysos et ce type anthropomorphique avait préla
:

cédé de beaucoup, dans
naie romaine de Bosra.

le

monnayage nabatéen.

la

réplique découverte sur une

mon-

VJam.

On

sait

avec quelle maîtrise

les
J.

recherches archéologiques

et scientifi-

ques en Perse ont été conduites par M. de l'Instruction publique
et des

de Morgan, délégué général du ministre

Beaux-Arts. Aussi est-ce avec un regret profond que

tous ceux qui applaudissaient au succès de cette

œuvre

française ont appris la retraite

de cet

illustre directeur

de travaux (octobre 1912). La RB. qui a souvent appelé

l'attention de ses lecteurs sur d'aussi étonnantes découvertes

ne peut que

lui expri-

mer une
Dans
le

fois

de plus sa sincère admiration.
les biblistes

le

volume XII des Mémoires,
et

ont à noter surtout les Études sur
(p.

serpent figure

symbole dans l'antiquité ëlamite, par M. P. Toscanne
le

153-228).

L'auteur a relevé avec soin tout ce qui regarde
considérables,

serpent soit dans les
soit

monuments

comme

la table

de bronze ou

les

koudourrous.

sur les fragments

de poterie, ou
tiennent pour

les intailles,

ou divers autres

petits objets.

Us proviennent de Suse

ou de Tépé Moussian, à environ cent kilomètres au nord-ouest de Suse, et apparla plupart à la deuxième classe de la poterie, celle qui a suivi sûrement l'hégémonie accadienne sémitique rattachée aux grands noms de Manichtousou
et

de Naràm-Sin.
Le serpent

C'est toute

une série d'épisodes parallèles
relations avec

à divers
le

passages des

livres

de Moïse qui auraient été peints sur des vases ou sculptés dans
est

bitume ou

la

pierre.

constamment en
P.

un arbre que M. Toscanne
ait

nomme
très

tout simplement l'arbre de vie.
le

Que

l'arbre

de vie

eu sa tradition en
ss.), et
il

Chaldée, c'est ce que

Dhorme

a

montré

ici

même

(RB., 1907, 271

est

probable que l'Elam a connu des légendes semblables à celles de ses voisins. Cependant il importe de noter que l'arbre quiest sûrement un palmier-dattier et

dans un cas un oranger,
cyprès ou plutôt un cèdre.

est
Il

aussi

un arbre

stylisé qui

doit être

un

conifere,

un

y a donc une certaine variété dans la représentation de l'arbre, peu compatible avec la conception d'un mythe que le dessinateur aurait

perçu distinctement
Et
la
il

et qu'il aurait

prétendu reproduire ou traduire par

l'art.

en

est

de

même du

serpent qui paraît dans les attitudes les plus variées et dans
et

compagnie

soit

de l'homme

de

la

femme,
317)

soit

du bouquetin. M. Toscanne

croit

reconnaître l'épisode de la tentation de la
res. Voici, par

femme représenté de

différentes maniè-

avec un personnage pour cueillir des

où l'on dirait que le serpent est d'accord chacun de son côté de l'arbre; le personnage est poussé par une sorte de démon. Faudrait-il donc admettre que le tentateur est pour ainsi dire dédoublé, paraissant sous la forme d'un serpent, et en même temps sous la forme d'un homme ou d'un singe? Ce serait bien subtil. Le personnage
exemple, une scène
(fig.

fruits,

paraît être

un

homme

plutôt qu'une

femme. Et

le

démon anthropoïde

n'est-il pas

Moret, Rev. numism., 1911, p. 79. Un type dans Jaussen-Savignac, Mission..., p. 4SI. DossÂud, Journ. asiat., 19.H. I, 213; cf. l'étude du même savant dans le Florilegium... de Vogué, p. 209 ss. Une nouvelle drachme nabatéenne au nom d'Obodas.
i

2

:

BULLETIN.
prptôlun bon génie qui pousse l'homme à prendre
par
le

[55
les fruits sans se laisser effraver

serpent

?

la

Sur un autre tesson (ûg. 297), le serpent se dresse près de la femme séduire en lui parlant à l'oreille; mais alors il n'y a pas d'arbre, et
le

comme pour comme une
(n>. 319),

autre pièce montre assez clairement

serpent cherchant à s'unir à

la

femme

nous sommes loin de

scène de la Genèse, à moins qu'on ne l'interprète à la façon de certains guostiques anciens ou modernes, contrairement à son véritable sens.
la

Et M. Toscanne nous paraît prouver beaucoup trop lorsqu'il écrit
serpent semble jouer
le

(p.

même

rôle de tentateur,

non

plus envers la

« Le 182) femme, mais
:

envers

le

bouc ou

le

bouquetin.

En

effet,

ce ne seront plus des personnages qui goûl'arbre

teront ou voudront atteindre aux fruits de
femelle
».

de

vie,

mais un bouc

et

sa

Ne

serait-ce pas alors qu'au lieu d'être investi

du

rôle de tentateur, le

de l'arbre, à la manière du dragon du du serpent du jardin d'Éden? Ce qui est assez étrange c'est qu'il est d'accord avec L'homme pour barrer le cbemin aux bouquetins comme dans la fig. 322, où le palmier est défendu d'un côté par un homme qui tient par la patte un bouquetin maie qu'il menace de son bâton, et de l'autre côté par le serpent qui l'ait face au bouquetin femelle. Dans un autre cas (fig. 312), tous sont en bonne harmonie; on voit l'arbre avec ses fruits, la femme et le serpent derrière elle, puis un bouquetin, un homme qui tient une palme et un scorpion. L'artiste a donc simplement réuni les motifs les plus ordinaires de décoration. On voit le serpent lui-même manger des fruits (fig. 335) et voici un cas où la resles fruits

dragon

a plutôt mission

de défendre

jardin des Hespérides, plutôt qu'à celle

semblance avec l'iconographie chrétienne est tout à fait curieuse. place entre deux arbres de vie, portant longue robe, peut-être un
n'est point révélé
»

«

Un homme

est

officiant, le sexe

'p.

191); l'officiant est « debout sur le serpent, qui
vie est

sous les pieds du personnage; un globule de
l'artiste a soit

devant sa gueule

».

rampe vaincu Evidemment

voulu dire que le serpent mangeait le fruit. Que la victoire sur le serpent représentée par cette situation, rien de plus naturel; mais que le serpent foulé
fruit

aux pieds mange un
Conception, certes,
car rien dans
le

la

rond comme le serpent de certaines images de l'Immaculée rencontre est étonnante. Mais ce ne peut être qu'une rencontre,

texte biblique n'indique que le serpent ait

mangé du
192)
:

fruit.

On

ne

saurait conclure avec

M. Toscanne qui
soit

cite la

Genèse

(1) (p.

«

Le narrateur a
archaïque

donc parfaitement connu,
et

oralement, ou par certains écrits,

le récit

authentique des

vieilles traditions

de

la

Basse-Chaldée;

il

a

l'ait

siens ses récits,

mais ne

les a peut-être point toujours

rapportés avec justesse.

11 serait

plus exact de dire que l'auteur de la

sa nation, et qui ne concordait

tains éléments

communs

Genèse a suivi la tradition propre à sûrement pas avec les mythes de l'Élam, malgré cerà supposer que ce soient des mythes qui ornent la poterie

susienne.

monde

bien être la porte gardée par les génies. Tout le musées de Paris ou de Londres ces animaux fantastiques qui encadraient les portes du palais. Dans l'Élam antique on voit deux serpents à cornes qui sont postés devant une porte (fig. 357} figurée par un cadre rayé indiquant une barrière. Le même cadre contenant un arbre stylisé, on peut, sans exagération, dire que les deux serpents qui l'accostent gardent le chemin de l'arbre de vie
a vu

Un de ces

éléments

communs paraît

dans

les

femme

(1) Et ce qui est assez étrange en partie d'après la Vulgate • Celle-ci l'écrasera la lète et toi tu la blesseras au talon ». On sait que l'hébreu et les Septante parlent du descendant de la
:

(et

non de

la

femme elle-même) comme vainqueur du
qu'une femme.

serpent. D'ailleurs l'officiant est

bien plutôt un

homme

156
(flg.

REVUE BIBLIQUE.
359).

Ce

n'est pas

une raison

cependant

de se représenter

les

Chérubins

comme

des

serpents.
ifig.

Lorsque deux serpents

ailés (1)

posent leur tête au-dessus

d'une porte

360),

on

dirait

plutôt en

hébreu
porte

deux

Seraphim, que deux
la

Keroubim.

Avec

les

Chérubins, Dieu avait placé à

la

du paradis

flamme du glaive
(p. 198).

qui tourne.

M. Toscanne

la

reconnaît dans un foudre à trois branches, posé près
C'est

d'une sorte de demi-roue qui pourrait bien être une porte cintrée
très ingénieux, et ce

rapprochement est du moins fondé sur un document. Et l'on peut en dire autant de ce serpent juché sur une hampe (p. 199), qui n'est pas sans
le

analogie graphique avec

serpent d'airain.
:

Un
«

collaborateur des plus autorisés des Mémoires a exprimé ce jugement sévère

La même confusion entre l'art décoratif céramique et l'art spécifiquement symbolique des monuments religieux me parait avoir guidé les interprétations de M. P. Toscanne, dans ses Études sur
le

Serpent... Je ne saurais souscrire, pour
(2).
»

ma

part, à la

plupart des explications qui y sont proposées

Et en

effet,

peut-être

M. Tos-

canne

a-t-il été

trop prompt à voir des mythes dans ce qui ne fut qu'une tentative

d'artistes s'inspirant plus

ou moins de

la

nature. C'est ainsi que les oiseaux
faits
le

des serpents

(p.

215

ss.)

appartiennent au domaine des
l'art le

quotidiens. Et

mangeant M. Pottier.

qui place à l'origine de

souci de l'utile avant

goût du beau, n'est pas sus-

pect de méconnaître de parti pris les sujets religieux. Mais

défense de M. Toscanne, que

la

seconde poterie, en

même

on pourrait dire, à la temps qu'elle représente

un
la

effort pour mieux reproduire la nature, est aussi un essai d'employer les vases à reproduction de thèmes traditionnels d'un caractère plus ou moins religieux. Dans

la poterie fine l'instinct esthétique

l'emporte tellement que

les

dessinateurs paraissent

bien n'avoir d'autre but que l'ornementation. Si leurs sujets ont eu d'abord un sens
fétichiste,
il

est possible et

même

probable qu'ils l'avaient oublié. Mais rien n'empêche

adonné à une peinture expressive. Il est bien évident, par exemple, que les mythes sont beaucoup plus clairement exprimés sur les vases grecs du V siècle que sur ceux du Dipylon. La difficulté, pour les poteries élamites, serait plutôt de discerner le sens des mythes. C'est sur ce point que nous ferions le plus de réserves mais il reste encore assez d'explications ingénieuses dans l'œuvre de M. Toscanne pour faire honneur à
qu'à une époque plus basse, et sous des influences nouvelles, on se soit
3
;

cet essai de classement.

Palestine.
le

— De son journal de route dans
visitées
et

la

Syrie

du Nord, Son Altesse Royale
(3).

prince Jean-Georges, duc de Saxe, extrait un charmant ouvrage
villes

Même

dans
c'est

des

aussi

que Homs, Ilamâ ou Alep,

l'illustre

explorateur recueille

d'utiles

données artistiques

de précieux documents iconographiques. Mais

surtout hors des grandes routes, dans les chevauchées courageuses à la recherche

des cités désertes blotties dans les replis du

dj.

Rîkà, que

la

moisson devient fruc-

tueuse. Si les ruines d'époque hellénistique retiennent une

bonne part d'attention (4), l'art chrétien qui demeure et comme de juste en cette contrée c'est néanmoins l'objet des investigations les plus diligeutes et des plus pénétrantes observations. Les vastes connaissances du prince lui fournissent à chaque pas le rapprochement et la notion spéciale qui éclairent. Devant le baptistère en forme de rectangle annexé à

(i)
(2) (3)

L'un des serpents est incomplet, mais il devait être ailé Mémoires..., XIII, p. 59, note 2 de M. Pottier.

comme

l'autre.
illustré.

(4)

Tagebuchbldtler aus Nordsyrien, libraire Teubner, 1912. Très artistiquement Voir surtout l'excellente description d'Apamée, p. 17 ss.

;

BULLETIN.
l'église

1S7

mémoire le baptistère analogue de l'ÉIéona à forme ou la place d'un monogramme chrétien lui fournis sent, en temps voulu, un heureux appoint historique. A son point de vue. les localités du dj. Rihà seraient des fondations chrétiennes du temps des persécutions. Après
il

de Ruweihâ
(p.

a

aussitôt en

Jérusalem

40

s.), et la

l'ère

constantinienne,

tiens.

ÉLBâra h

tions,

on y aurait marqué plus ostensiblement les symboles chrécommerciale de ces aggloméraSerdjillâ le rendez-vous de plaisir et de luxe, Buweih.â le chef-lieu ecclésiasserait en quelque sorte la capitale
à la

tique et la résidence épiscopale.

Les plus récentes contributions de Son Altesse Royale

connaissance de

l'art

chrétien en Palestine traitent de miniatures et tableaux découverts en des recoins obscurs de vieux monastères, à Jérusalem et à Saint-Sabas, ou de pièces de sculpture

observées à l'église du puits de

la

Samaritaine,

à l'église

grecque de Nazareth

et

au

couvent du Mont Carmel

(1).

La belle citerne dite Ur
des guides à Ilamleh

— menace

eWAneiziyeh
ruine.

de

«

Sainte- Hélène

»

dans

le

folklore

Une

inscription coufique assez intacte encore

pour qu'on y puisse lire la date de construction en 172 de l'hégire ou 789 de notre donne à ce monument un exceptionnel « intérêt pour l'histoire des formes archiis tecturales », ainsi que le note M. le de Vogué au début du Mémoire excellent
ère

M

consacré au retour de sa récente exploration nouvelle (2). 11 y montre « le plus ancien des exemples connus d'un édifice entièrement construit à l'aide » du tiers-point ou arc brisé tracé d'après des formules mathématiquement définies. Et comme chez M. de Vogué la donnée minutieuse de technique conduit toujours à une
qu'il lui a
l'art, cette analyse éclaire toute l'évolution problèoie plus attrayant encore des influences architecturales réciproques entre Orient et Occident.

vue précise

et

féconde pour l'histoire de

de

l'arc brisé palestinien et le

D* Mackenzie, Les fouilles à 'Ain aucune documentation graphique des derniers mois de travaux. Ou a mis la main sur un haut-lieu qui promet les plus étroites analogies avec celui de Gézer. Cinq énormes bétyles en relation avec des cavernes incomplètement explorées, dont l'une est un hypogée intact, sont une évidente réplique des stèles alignées dans le sanctuaire cananéen de Gézer. On ne peut
le

PEFund, Quart.

Stat., oct.
:

1912.

M.

Sems, juin-juillet

1912

bref aperçu sans

campagne. M. E. J. Pilcher conclusion de cette monographie qui classe et interprète avec une excellente érudition les poids inscrits découverts en Palestine. Ils sont répartis en cinq catégories d'après les étalons métrologiques prépondérants
le

qu'attendre avec

plus vif intérêt la reprise de la
:

Poids de

la

Palestine antique

suivant les périodes poids phéniciens, assyriens, perses, égyptiens et grecs. Malgré l'incommodité créée par la réduction au système pondéral anglais des grains, cette étude sera fort précieuse aux spécialistes de métrologie biblique. On sera frappé des variations déconcertantes qu'offrent parfois, dans la même série, des poids de même
:

fraction.

que

soit le titre qu'il choisit, le

M. A. AV. Crawley-Boevey, La porte de Damas ou Bdb el-'Amoud; quel fécond « avocat retraité du service civil à Bombay »
les thèses
:

retombe fatidiquement dans
tiels

lui

sont le plus étrangers
«

le

avec son

bon sens ordinaire

»,

dont il est hanté et dont les éléments essentroisième rempart de Jérusalem qu'il développe le Calvaire « lieu d'exécutions officielles chez les

(1) Drei Ikonen in Klôstevn Jérusalem* el Einige Beitruge zur christl. Kunstgesch. Palâstinas dans Zeitschr. fur christl. Kunst. 1012, col. 211 ss., 247 ss. 2 La citerne de Ramleh et le tracé des arcs brisés. 20 pp. in-i": 3 planches; extr. des Mém. de l Acad. des Inscr. et B.-L., t. XXXIX. 1012.

158
Juifs
»,

REVUE BIBLIQUE.
le

Saint-Sépulcre

«

comméuioratif
:

>>

imposé par d'innombrables bulles des

Papes
tait

(!) à la foi

des catholiques romains

rien ne
à la
île

manque
et

à cette nouvelle déclaelle

mation de
de

prétoire...

moins quelque allusion
J.

porte de

Damas dont

promet-

traiter.


la

M.

Offord, Les localités

l'Exode

Documents concernant Jérusalem dans les papyrus égyptien; cf. RB., 1912, p. 314; d'Aphrodisias, époque musulmane; ouvriers et matériaux envoyés d'Egypte pour
des travaux
à

un nouveau papyrus,

mosquée

et

au palais du gouverneur.

Rév.

J.

E.

Hanauer,

Note sur Vinscr. de
rait

Damas

relative au droit d'asile à la
et

grande église;

le texte date-

vance du droit
fier

de 431 environ, sous Théodose II, d'asile dans la mosquée.

quelques

faits

récents attestent la survi-

M. P.

J.

Baldensperger propose d'identi-

'En-Rimmon avec 'Ain Urlds non

loin

de Bethléem.
r

Rév. D. L. Pitcairn
«

adresse quelques judicieuses objections à l'hypothétique Sépulcre

commémoratif

»

vainement rajeuni par M. Crawlev-Boevey.
à la

—D

E.

W.

G. Masterman, Observations

mer Morte.
J.

M.

E.

Dinsmore

et ses savants

assistants

au Botanical Department de

la Colo-

nie américaine à

Jérusalem publient une troisième édition de leur Catalogue hiéroso(1).

lymitain des plantes de Palestine
essentiellement celle de
la la Bible, «

La Palestine au sens où on l'envisage
à Bersabée ».

ici

est

de

Dan
:

Par

sa structure géologique

contrée est divisée en huit districts

le

haut pays,

le littoral

méditerranéen,
vallée

la

plaine intermédiaire, la Samarie et la Galilée jusqu'à l'Hermon. la
dain, Galaad et le
sigles

du Jour-

lïauran,

Moab

et la

mer Morte. Un
et

très ingénieux

système de

donne au classement une concision

restreint de cet

une lucidité admirables. Sous le volume élégant catalogue sont classées non moins de 2.165 espèces, réparties
l'état

en 735 genres et 120 familles. C'est

présent de l'incomparable herbier réalisé
la

par les distingués savants, et le Bulletin n° 9 de la section botanique à
(juil.

Colonie

1912) annonce qu'on publiera périodiquement des feuilles supplémentaires au
utile.

catalogue actuel à mesure que de nouvelles herborisations l'auront rendu

Voilà

une excellente
Zeitsc.hrift

et très précieuse publication.

des D. Pal.

Vereins,

XXXV,
:

3.
«

M.

le

prof.

M. Rlanckenhorn,

Courte esquisse de la géologie de Palestine

note pour accompagner une nou-

velle carte géologique de la Palestine ». Ce sous-titre est presque trop modeste pour la plus exacte et pratique mise donner la vraie notion de cette magistrale esquisse au point des informations acquises à ce jour sur le sujet. La carte superbe, au 1:700.000 e a pour base topographique la carte bien connue de MM. Fischer et Guthe.
:

,

Elle

comprend,

dans deux

cartons

annexes, une réduction au

1:20.000 e

de

la

carte géologique de Jérusalem et environs

duction au 1:400.000 e
le golfe

(ZDPV., XXVIII, 1905, pi. n) et la trades plateaux qui encadrent l'Arabah entre la mer Morte et

Un tableau synoptique résume les phases de la formation du sol en signale les éléments les plus caractéristiques et les compare aux divisions géologiques dans le sol d'Europe. M. le past. J. Reil, Nouvelles fouilles
Élanitique.
palestinien,

d'églises

dans

les

dépendances du couvent latin à Nazareth, analyse

la belle

publica-

tion

du T. R.

P. Prosper

Viaud

(cf.

RB., 1910, p. 601

s.).

Mittheihuigen... des

D. P. Vereins, 1912, n ,,s

3 et 4.

M.

le prof.

H. Guthe,

Contributions à la topographie de Palestine (suite), propose de chercher Beth Esob
(t) The Jérusalem catalogue of Palestine Plants. In-8° de 46 fines pages à deux colonnes. Jérusalem, Fr. Vester et G ic , 1912. On peut obtenir à la même adresse divers autres catalogues; par exemple celui des bois et arbres fruitiers de Palestine et des herbes bibliques sont en vente.

BULLETIN.
de Josèphe (Guerre..., VI, 4, 3 dans û"Adjloun. II montre bien, en second
Beit
les ruines
lieu,

159

de Za'tar non loin au N.-N.-O. que Fidentilication de Capitolias avec
il

Râs ne saurait être sérieusement mise en question; mais
er-Ràs,

demeure

assez douer-Jlâs,

teux qu'à travers les fluctuations de l'onomastique actuelle

Kef

Kef Râs

M. Guthe cherche à l'établir. modernes, réagit d'abord contre
«

— on puisse — M.
Il

— Beit Râs, Beit
la

ressaisir

quelque déformation de Capitolias

R. Hartmann, Contre

que formation de légendes
ainsi

l'assertion de

Migdal

»

hébreu.

relève ensuite à

son tour

M. Guthe que tout Medjdel cache un la plaisante bévue de M. le chan.
(cf.

Mommert

fourvoyé dans l'étymologie de Schurahbil

ZDPV.,

1908, p.

297); la

Revue a depuis longtemps mis en garde contre cette étymologie de contrebande.
p. loi) et il ne peut que lui être agréable de constater qu'un arabisant bonne marque explique ce curieux groupe toponymique du Ghôr septentrional exactement comme l'avaient fait naguère le P. Abel (voy. RB., 1911, pp. 408 ss., et

(RB., 1909,
si

de

Clermont-Gànxeau,
héros de
la

Bec. Arch. or.,

I,

un logion arabe parlant de Blé et miel à propos de la Syrie. S. A. R. le prince Jean-Georges, duc de Saxe, Un relief à Tell-Houm, publie et commente une remarquable pièce de sculpture qu'il a photographiée dans r les ruines de Capharnaùm. Il l'estime du v ou du II e siècle et propose d'y reconnaître une représentation schématisée du Temple de Jérusalem. M. Th. Kiihtreiber, Remarques sur la carte de la « Palestine actuelle dans r Atlas biblique de M. Guthe.
:

conquête arabe. célèbre formule Luit et miel

— Le même savant fournit un nouveau parallèle pour

346

ss.

.

c'est-à-dire par le

souvenir des
la

>•

Das

heilif/e
le

Land, 1912, n°

4.

M.

l'abbé Heidet conclut son intéressante

monola

graphie sur

dernier solitaire de Palestine.

R. P. H. Hansler, O.S.R., Contri-

butions à l'histoire de la civilisation de Palestine (suite); bonnes remarques sur

relation des styles géométrique et naturiste dans l'évolution de la céramique peinte

vases et idoles de période cananéenne choisis du musée de Sion. Ï.R.P. Maurice Gisler, O.S.B., Jérusalem sur la carte -mosaïque de Mâdabà. Les diverses publications de ce monument exceptionnel rendaient désirable l'intervention d'un artiste qui fut en même temps un savant. Le relevé du T. R. P. Gisler comble ce souhait. Dessinateur élégant et précis, il a exécuté du plan de Jérusalem une copie calquée coloriée avec un soin extrême et il en a fait exécuter, dans les ateliers de Beuron, une reproduction chromotypographique très satisfaisante par le procédé des trois couleurs. Architecte
et

quelques excellents documents
les riches séries

dans

éminent,

il

a interprété le plan nécessairement schématique du mosaïste dans une

projection perspective à la
fait

même
De

échelle que le dessin en mosaïque. Savant très au
il

de l'archéologie de Jérusalem,
édiflees.

a concrétisé sur

un plan topographique
le

réduit

le

placement des

substantielles notes précisent la documentation des

trois

superbes planches. Après quelques remarques très pénétrantes sur

caractère

artistique de la
et les

mosaïque elle-même, sur les procédés un peu négligés de l'exécution circonstances dans lesquelles a dû travailler le mosaïste pourvu d'ailleurs d'un
accepte la date de 575 environ.

matériel relativement pauvre, le T. R. P. Gisler analyse la composition générale de
la ville représentée. Il
ville
;

par conséquent

il

s'agit

de
et

la

chrétienne telle que l'avaient faite les travaux de Constantin, d'Eudocie

de

Justinien, transformant l'aspect,

donne de

la ville

place de la

mais non la configuration d'Aelia Capitolina. Il romaine une analyse architecturale ingénieuse, situant autour de la porte septentrionale trois portes triomphales où s'amorcent la grande
la « voie

rue à colonnades N.-S.,

triomphale
le

»
;

qui va rejoindre

le

de VEcce

Homo

et la

rue qui gravit

Bézétha ces portes à

trois baies

Temple à l'arc dit monumentales

100
représenteraient
le

REVUE BIBLIQUE.
Dodécapylon de
la

Chronique pascale. Le Tricamaron

serait

un

portique occupant trois côtés d'une place hexagonale située au carrefour actuel de
l'Hospice autrichien, au point où
la

colonnade secondaire se raccordait à
leur a

la «

voie

Dans le réseau constitué par le recoupement de prennent place un à un les édifices analysés d'après la nature que
triomphale
».

ces grandes voies

donnée

le

mosaïste et identifiés avec une connaissance judicieuse de

documentation littéraire. La publication du T. R. P. Gisler fait le plus grand honneur à l'artiste et au savant qu'il est. Avec la plus aimable libéralité, il a bien voulu autoriser dans le fascicule
la

de

la reproduction de ses deux principales en adresser ici déjà le plus cordial remerciement. R. P. W. Bausch, Une ordination à Sainte-Anne de Jérusalem, d'après le rite grec-catholique dans le grand séminaire que dirigent les Pères Blancs. Comment nos prédécesseurs allemands accomplissaient le pèlerinage de Jérusalem

«

Jérusalem

»

actuellement sous presse
lui

planches et nous avons à cœur de

rers la fin

du

XV

e

siècle .-l'itinéraire usuel et les étapes consacrées.

Schmitz. Nouvelles de Terre Sainte.

— Colonies
la liturgie

— T.
la

R. P. E.

et

commerce an
et le culte a

lac de Génëzareth.
les

La

vitalité

d'une Eglise s'exprime par son culte

pour expression

cérémonies

et les rites.

Dès longtemps

de l'Église grecque,

plus véné-

rable des antiques Eglises d'Orient, a préoccupé les savants spéciaux et tous ceux
qu'intéressent les origines et le développement

du Culte chrétien. On apprendra
(1).

cer-

tainement avec

plaisir la publication

d'un Cours de liturgie greeque-melkite

lia

pour auteur

R. P. A. Couturier des Pères Blancs, depuis tantôt 30 aDS professeur de Liturgie au Séminaire de Sainte-Anne de Jérusalem. A une pratique constante de
le

cette liturgie

dans

les

cérémonies admirablement accomplies au Séminaire grec,

le

savant

et

aimable maître a joint des recherches
à l'occasion

travers les églises et les monastères de Syrie et

persévéramment poursuivies, « à de Palestine, chez les Catholiques

ou

même

chez

les dissidents »
le

(préface, p. xiv). Fidèle jusqu'au bout à
:

sa vie de labeur
faire

dévoué

et discret,

P. Couturier semble n'avoir eu qu'un but

oublier le savant et rendre la Liturgie grecque expressive et claire pour les
initiés.

moins
il

puisse

La reconnaissance de tous demeurer le moins insensible.

ses lecteurs sera la

récompense

à laquelle

>ous tenons
Ils

à remercier ici nos amis de la sympathie qu'ils

nous ont témoignée

sur le bruit que la Revue biblique cesserait de paraître.

auront compris que sa publication n'eût pas été continuée sans une permission
.

expresse du Souverain Pontife (N. D. L. R.

l

In-x

.

très illustré;

en 4 fascicules dont

le

1" vient de paraitre. Jérusalem, à Sainte-Anne.

Le Gérant

:

J.

Gabalda.

Typographie Firmiu-Didot et C le

.

— Paris.

16

1

FRAGMENTS GRECS ET IATINS
DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY

Le présent travail a eu pour point de départ la découverte dos fragments latins du Vatican ou, pour parler exactement, une indication relative au manuscrit qui renferme ces fragments,
l'un de

donnée à

r nous par G. Mercati, il y a déjà plusieurs années. Si Ton estime donc que notre publication a quelque mérite, c'est à l'aimable et savant scrittore de la Bibliothèque Vaticane qu'il faudra d'abord l'attribuer (1).

W

A

partir des fragments latins inédits,

il

était inévitable d'arriver,

et sans retard, à cette

conclusion que les différents textes apocryphes,
(2;,

qui ont rapport à la personne de l'apôtre Barthélémy
tent tous, sous

représen-

une forme ou sous une autre, l'ancien Évangile de Barthélémy, attesté de divers côtés à l'époque patristique. Ce résultat, par lui-même non dépourvu d'intérêt, invitait à une étude
(1)

Nous sommes
plaisir à

aussi redevables, après

M

r

Mercati. à plusieurs personnes dont nous
:

avons

bibliothécaire

le Révérend Diacre Hippolyte, du patriarcat orthodoxe de Jérusalem, qui a permis la photographie du manuscrit de Saint-Sabbas le R. P. Savignac, 0. P., du couvent de Saint-Étieune, qui a pris les clichés; le R. P. Compès et M. Pio Franchi de' Cavalieri, qui ont participé à l'établissement du texte grec; le P. Cyrille Karalevsky, de l'éparchie de Lvov, qui nous a aides ùans l'utilisation du slave; le Dr. M. R. James, principal de King's Collège, Cambridge, qui s'est intéressé à l'édition des fragments latins. Par contre, —et on l'aura déjà pressenti, nous entendons porter ensemble la responsabilité de tout le travail, et ne désirons pas spécifier la part de chacun dans cette amicale collaboration, dont le premier effort remonte
;

reconnaître publiquement les bons offices

à près .de quatre ans.
(2)

La Passio Bart/iolomaei
,

est

naturellement hors de cause; on sait que M. Ronnet,

qui
cf.

l'a

éditée en latin et en grec, en a

démontré

1

origine latine,

et

d'ailleurs

tardive,

Analecta Bollandiana XIV, 1895, p. 353 ss. Quant aux détails des auteurs byzantins touchant saint Barthélémy (cf. Acta sanctorum, 24 août, t. V, 2 e éd., p. 39 ss.), il n'est pas interdit de supposer qu'ils proviennent de quelque source écrite; mais cette source
(s'il

faut la présumer) ne connaissait
le récit

que

pu alimenter

latin

du

vi

e

siècle.

le martyre de l'apotre, de même que celle qui a Les textes apocryphes dont nous nous occupons

sont situés dans

un autre

plan.

REVUE BIBLIQUE 1913.

N.

S..

T.

X.

H

162

REVUE BIBLIQUE.

plus attentive des documents grec et slave antérieurement publiés,
voire

même

des indigents récits coptes. Pourtant, la comparaison

des pièces du procès aurait été probablement restreinte, sans une
circonstance inattendue, aux parties recouvertes par la version latine.

La rencontre fortuite d'un second texte' grec (1), parallèle à celui du manuscrit de Vienne, mais mieux conservé pour une part (2), obligea et à de nouveaux délais. Gomment atteinà de nouveaux labeurs,

dre ce manuscrit

de Jérusalem? puis, comment tirer parti d'une
si

rédaction matériellement
auxiliaire,

défectueuse? Avec le temps, ce grand
des

qui nous

apporta d'abord

photographies,

ensuite

l'occasion d'une consultation directe, et parle rapprochement patient

des données concurrentes, une édition des fragments grecs de Saint-Sabbas devint possible. Nous n'avons pas voulu aller plus avant

pour le moment. Reconstituer par approximation l'état de l'Évangile de Barthélémy qu'attestent, chacun pour son compte, les trois dès lors grecs, slavons, latin témoins ou groupes de témoins

existants,

était

sans doute une entreprise attrayante, sinon aisée.

Elle aurait eu le grave inconvénient

que chacun peut voir de con-

fondre dans la masse totale, et pour autant de faire disparaître les

nouveaux textes qu'un heureux hasard venait de tirer de l'oubli. Il valait donc mieux commencer par le travail documentaire, moins ambitieux, mais plus net, que nous livrons maintenant au public. Les explications qui précèdent nous dispensent, croyons-nous, d'entrer dans de plus grands détails au sujet du plan adopté. Notre travail comprendra cinq parties ou chapitres, plus ou moins étendus, qui, même si l'harmonie n'en est pas très apparente, répondent exactement en fait à la matière que nous entendions traiter. Nous
voudrions
et
:

rappeler les publications antérieures qui se rappor-

tent, sans le

nommer

le plus souvent, à l'Évangile

de Barthélémy,

en même temps montrer la réalité de ce nom; -2° faire connaître les fragments latins du Vatican; 3° éditer le texte grec de Jérusa(1)

i

Nous n'avons pas

à cacher

que l'existence de ce texte nous a

été révélée par

une

i

curieuse référence du Dr. A.

Ehrh\kd {Die altchristliche Litteratur, 1900, p. 167) au catalogue des manuscrits grecs de Papadopoulos Kerameus (.voir plus loin) le professeur allemand s'est bien aperçu que les premiers mots du texte grec rapportés dans le catalogue
:

\

I

concordaient avec

le

début de

la

version slavonne de Vassiliev; mais

il

a cru, sur la foi du

même

catalogue, qu'ils introduisaient des Actes inédits de Barthélémy.

l'assertion de

M. E. H. Vollet

(art.

Apocryphes de

la

Au contraire, Grande Encyclopédie) louchant la
Bibliothèque Nationale demeure
1904, p. 41, n.
1.
'

présence d'une apocalypse inédite de Barthélémy à
inexplicable; voir de
(2)

la

même

P. Lacau,

Fragments d Apocryphes copies,
;

Le texte grec de Vienne est sans doute plus long, au total mais il comprend des parlies adventices. Le texte grec de Jérusalem, en dépit de graves défectuosités, a l'avantage d'offrir toute la portion du début, jusqu'à présent connue seulement par le slave.

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY.

163

lem, et présentera cette occasion les variantes des autres témoins; V' rapprocher l'Évangile de Barthélémy ainsi connu des écrits apo-

cryphes qui se meuvent dans le même cercle d'idées; 5° indiquer les traits de l'Évangile de Barthélémy que la tradition copte a conservés.

/.

Les textes apocryphes relatifs à Barthélémy un Évangile de Barthélémy.
est

:

La question qui se pose en premier lieu
n'est pas possible,
plète.

d'ordre littéraire.

Il

évidemment, d'y répondre d'une manière comNous l'aurions d'ailleurs laissée de côté, tant en raison des
qu'elle présente qu'à cause des complications

difficultés réelles

que

moderne y a introduites, si la mise au jour des fragments latins du Vatican n'avait permis d'en dégager sans beaucoup
l'érudition

de peine

les termes essentiels. La réponse que nous proposons sera donc sommaire, elle aussi; toutefois elle nous donnera l'occasion

de faire l'inventaire des différents textes déjà publiés qui composent et de parcourir les opinions successivement émises par les savants intéressés au problème. Cette sorte de revue rétrospective
le dossier,

permettra au lecteur, nous semble-t-il, de
toute

saisir

l'étendue

du

sujet

et

d'apprécier en connaissance
elle facilitera,

d'un seul coup d'œil de cause
cas, la lecture

la justesse

de notre solution;

en tout

des textes qui suivent.

Les textes grecs et coptes qui mettent en scène l'apôtre Barthélémy
appartiennent-ils à la

même

tradition littéraire? et
:

quel est leur

nom

traditionnel? La réponse est

s'il en est ainsi, on donne une expli-

cation satisfaisante de ces textes apocryphes en les réunissant tous, nonobstant leurs différences, sous un titre commun; et ce titre doit

que garantit spécialement la tradition latine, dépendante l'Évangile de Barthélémy. 1. Les auteurs anciens sont peu explicites sur le personnage littéraire de Barthélémy; d'où précisément le problème. Cependant ils en disent assez pour qu'en présence des textes eux-mêmes on n'ait pas à hésiter trop longtemps sur la manière d'entendre leurs allusions. Ces témoignages sont bien connus (1). Saint Jérôme, parlant des faux évangiles dont les auteurs sans mandat ont donné naissance
être celui

de la grecque

:

thélémy

h diverses hérésies, fait mention entre autres d'un Évangile de Bar« ut est illud hixta Aegyptios et Thomam et Matthiam et
:

l Cf. A. Harnack, Geschichte der altchristlichen Lilleratur, t. I, 1893, p. 4 s.; 0. Bardenhewer, Geschichte der althïrchlichen Litteratur, t. I, 1902, p. 408 s.

164

REVUE BIBLIQUE.

Bartholomeum, duodecim quoque Apostolorum et Basilidis atque reliquorum quos enumerare longissimum est (1)... » De le Decretum Gelasianum, document dont la nature et la teneur même sont désormais assez bien fixées, sinon la provenance et la date (2), place parmi les livres apocryphes Evangelia (? Evangelium) nomîne Bartholomei (3). On a pensé que ces indications ne répondaient à rien de réel l'auteur du Decretum devrait son renseignement à saint Jérôme, et celui-ci aurait ajouté de son propre chef aux données littéraires qu'Origène lui fournissait (4), se souvenant peut-être qu'Eusèbe avait envoyé l'apôtre Barthélémy prêcher dans l'Inde l'Évangile de saint Matthieu (5), et surtout voulant corser sa matière (6). Ce raisonnement est tolérable en effet, aussi longtemps qu'aucun texte capable de représenter un évangile de Barthélémy n'est là pour s'élever contre; mais qui n'admettra que, si un texte de cette espèce est produit, et un texte latin, les deux témoignages de l'antiquité latine
Apellis, ac
: :

retrouvent tout aussitôt leur pleine valeur et affirment, à part l'un de l'autre, la diffusion de l'Évangile de Barthélémy en latin, c'est-à-

Les échos qui au commencement du vi e ? viennent du monde grec sont beaucoup moins distincts, et il nous n'est permis d'en faire état quant au présent, croyons-nous, que sous
dire à la fin

du

e iv siècle et

bénéfice d'inventaire; peut-être l'enquête ultérieure autorisera-t-elle une meilleure explication. Le Ps. Aréopagite rapporte un propos de
saint

de l'évangile

Barthélémy sur la merveilleuse élasticité de la « théologie » et (7). De son côté, le moine Épiphane allègue une autre

(1)

Wiiite,
ad.
i,

Comment. inEvang. Matthaei Prologus Novum Testamentum latine,l, 1889,
1

{P. L.,
p.

XXVI

[1884], 17

A;

cf.

Wokdsworth-

Il); de

même

Bède, Comment, in Luc,
recipiendis et

(P. L., XCII, 307).

(2) Cf.

E. v. Dobsciretz,

Das Decretum Gelasianum de

libris

non

re-

cipiendis in kritischen Text herausgegeben u. untersucht, 1912. Le nouvel éditeur fait voir qu'il ne saurait s'agir d'une décrétale ni d'un instrument conciliaire, mais seulement

d'un travail privé, et proprement pseudépigraplie, placé dès l'origine sous le patronage du pape Damase. Il estime aussi que celte composition ne remonte pas au delà de la pre-

mière moitié du

vi e siècle, et

suppose que l'auteur vivait dans

la Haute-Italie.

On

aimera

peut-être mieux penser avec M. R. Massigli (cf. Theologische Literaturzeitung, 1913, Nr. 1, c. 14 ss.) que ce prétendu Decretum a été rédigé dans la Gaule méridionale aux

environs de l'an 500. (3) Decretum, c. V,
(4)

3, 6"

éd. v.

Dobschletz, op. c,

p.
s.

11 et 51

(1.
:

275).

Homilialin Lucam

(dans la traduction

même

de

Jérôme)

P. G., XIII, 1803; voir
p.

là-dessus Th. Zahn, Gesckichte des neutestamentlichen
(5) (6) (7)

Kanons,
c. 36.

II,

624

ss.

H. E., V, x, 3, et cf. s. Jérôme, De vins inlustribus, Ainsi Harnack, t. c; v. Dobschuetz, op. c, p. 293.

Oûtw

yoûv ô ôeïoç Bap9o),ojJ.aïoç cp^at xat Ttoklty
a'j9iç (7uvT£T(xri|j.évov
:

t/)V

OsoXoyîav elvai xai èXa^t'or/iV, xai

tô £Ùayy£^tov 7tXatv xat ijiya xat
III,

De mystica

theologia,

I,

§ 3 (P.

G.,

1000 B, et

cf. II,

785

s.).

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY.
parole du

165

même

apôtre relative au testament de la sainte Vierge

(1),

dans un passage où il est question expressément de l'Assomption sur l'autorité de l'Aréopagite. Nous supposerons provisoirement que ces deux références visent ensemble un récit perdu de l'Assomption de Notre-Dame qui dépendait de la partie de l'Évangile grec de Barthé-

lémy dans laquelle Marie
main.
Il

confie

aux apôtres

ses secrets (chapitre n);

en d'autres termes, l'allusion ne serait pas directe, mais de seconde

nous paraît que les divergences de la tradition copte concernant Barthélémy favorisent singulièrement cette hypothèse, puisque cette tradition est elle-même la preuve des défigurations qu'a
subies l'Évangile grec.
2. C'est

en 1835 que fut publié

en cause l'apôtre avait trouvé dans la diques ou, comme on s'exprimait

Barthélémy, —

premier texte apocryphe mettant par Edouard Dulaurier. Cet érudit Bibliothèque du Boi à Paris quatre feuillets sahile

alors, thébains,

dont

il

fit

paraître

Fragments des révélations apocryphes Cette désignation n'était pas absolument (2). inexacte, à s'en tenir à une partie du récit et à prendre les choses à la lettre. On entend en effet Barthélémy, au début du morceau, raune traduction sous de Barthélémy »
le titre
:

«

conter aux apôtres assemblés l'introduction
ciel,

d'Adam

et

d'Eve dans le

en présence des anges, pour leur pardon définitif; il a assisté aussi à l'arrivée des justes, admis à leur tour à la béatitude, et les apôtres émerveillés le félicitent d'avoir été jugé digne de telles faveurs. C'est la scène qui a fait impression sur l'éditeur, à ce qu'il parait, au point de lui faire oublier la suite; et il faut avouer que le
reste

du morceau, qui donne plutôt

l'idée

d'un évangile de la Bésur-

rection et de l'Ascension, est passablement incohérent à première vue.
11

était

naturel après cela qu'on parlât

du fragment de Dulaurier

comme
3.

d'une apocalypse de Barthélémy.

Ainsi firent, par exemple, A. Harnack et C. Schmidt, lorsqu'ils

publièrent en 1891
la

un autre fragment
ils

copte, acquis depuis

peu par

reconnurent la parenté avec les textes de Dulaurier. Ils crurent être en présence d'un débris d'une apocalypse d'Adam ou de Moïse et supposèrent cette apocalypse en
Bibliothèque de Berlin et dont
ànâoToXo;

(1)

'H 8e àyta GeoTÔxo;...
b.

ôi<x6y)xy)v

ërcoi^yaTG,

w;

~/,iyzi

6 àytoç BapOoXojjiaïo; ô

:

CXX, 213 B-D). Fragments ...de Barthélémy et de l'histoire des commu(2) Plus complètement nautés religieuses fondées par s. Pakhome, Paris. On trouvera la reproduction de la partie qui concerne Barthélémy dans C. Tischendorf, Apocalypses apocryphae Mosis, Esdrae, Pauli, lohannis item Mariae Dormilio, 1866, p. xxiv-xxvu, et une nouvelle
De vita
Virginis, 25 (P. G.,
:

traduction dans Lacal, op. c, p. 73-77.

166

REVUE BIBLIQUE. Barthélémy
(1).

relation avec la prétendue Apocalypse de

De

fait,

comme
let

l'a

constaté M. Lacau dans la suite

(2), il s'agissait

d'un feuil-

appartenant à une autre rédaction de

l'écrit

apocryphe traduit par

Dulaurier. Le titre auquel s'arrêtèrent les éditeurs allemands suffit à

montrer que celui-là était excusable de s'être trompé le premier. k. Dans l'intervalle (1863) Tichonravov avait retrouvé en slave des le nom même « questions du saint apôtre Barthélémy » (3). C'est que proposait le manuscrit slavon, et il était assez commode, malheureusement, pour dispenser d'en chercher un plus significatif; on
s'y tint

désormais

(4),

sans se

demander

si

cette appellation factice

ne recouvrait pas en réalité l'évangile de Barthélémy mentionné par saint Jérôme et par l'auteur du Decretum Gelasianum. La publication de Tichonravov, toute en russe, fut reprise et vulgarisée en 1893 par A. Vassiliev, qui avait eu la bonne fortune de découvrir à Vienne un
texte grec parallèle

au

slave, avec cette différence que, privé acci-

dentellement de la portion du commencement, le nouveau document prolongeait le récit au delà des limites de la version. Celle-ci avait été faite évidemment d'après un exemplaire très voisin de celui de

Vienne

et valait

pour

l'original.

Sa

fidélité

— générale, s'entend —

devint plus manifeste encore,

quand

N. Bonwetsch mit en œuvre,

dans un travail d'ensemble (1897), les matériaux recueillis par ses devanciers, en y ajoutant un second témoin de la tradition slavonne. Il était dès lors établi qu'un écrit apocryphe important dans lequel
l'apôtre

Barthélémy occupait

la place principale avait existé autrefois

en avait une recension équivalente, partie en grec partie en slave, quoi qu'il fallût penser de

en grec et joui d'un certain crédit, et
ses origines.

que

l'on

ne semble pas qu'on ait à ce moment songé à rapprocher les » coptes de Dulaurier des « questions » grecques, accessibles à tous dans l'édition de Bonwetsch. Ce dernier se contenta de noter, après Vassiliev, les traits les plus remarquables des questions qui reparaissaient d'autre part dans les divers apocryphes chrétiens et permettaient de déterminer un milieu littéraire commun. Le
5.
Il

«

révélations

fragment de Dulaurier

n'est pas

même

rappelé.

Il

est vrai

que

les

Ein Koptiches Fragment einer Moses-Adam-Apolialypse, dans Sitzungsberichte (1) der K. pr. Akademie der Wiss. zu Berlin, 1891, p. 1045 ss. et cf. Harnack, Geschichte der ACL., I. 776 s., 856 s., 919. (2) Op. c, p. 39 ss. Tichonravov. Vassiliev, Bonwetsch sera (3) La référence précise aux publications de donnée plus loin, \ III. sancti Bartliolomaei apostoli (Vassiliev), « Die apocryphen l'ragen (4) Quaestiones
;

des Bartholoniaus » (Bonwetsch).

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY.

I6"7

deux

écrits étaient fort distants

au premier abord,

et

que

le

récit

copte n'avait encore qu'une faible étendue. Passant en revue les apocryphes anciens, M. Liechtenhan ne mentionne l'un près de l'autre
les

textes
(1).

relatifs

à

Barthélémy que pour

les

distinguer

et

sé-

parer

G. La question allait prendre un nouvel aspect, grâce à la mise au jour de nouveaux textes coptes. Nous ne parlerons maintenant de ces textes et de leur publication que dans la mesure où l'identité de l'é-

vangile de Barthélémy y est intéressée, c'est-à-dire brièvement, et nous réservons pour un chapitre spécial l'examen direct des récits
Il y a eu en effet beaucoup de confusion et d'incertitude dans la production de ces documents, principalement par suite de leur état fragmentaire. Aujourd'hui, c'est une tâche facile de débrouiller cette effroyable matière littéraire, M. R. de Rustafjaell ayant rapporté récemment d'Egypte et fait traduire un manuscrit presque

coptes.

complet de l'apocryphe copte de Barthélémy
extraordinaire incohérence, et que, sont conservées, c'a été dans une
lité,
si

(2).

Mais

il

n'en reste

pas moins que la tradition de FÉglise copte est un

amalgame d'une
s'y

quelques perles de prix
la plus grossière

gangue de

qua-

les seuls linguistes

être dit d'une

trouvent à prendre; ceci d'ailleurs peut manière générale de presque toute la littérature na-

tionale de l'Egypte chrétienne.

— En

190'*

Eugène kevillout

revint,

sans s'en rendre compte (semble-t-il), aux documents de Dulaurier

de Harnack-Schmidt, plus précisément aux manuscrits mêmes dont avaient fait partie primitivement les quatre feuillets de Paris traduits en 1835 et le feuillet de Berlin traduit en 1891. Il fit connaître au
et

total

douze

feuillets

nouveaux, mais presque tous détachés

les

uns

des autres, et qu'il était par conséquent aussi difficile de présenter

en bon ordre que d'interpréter correctement. Pour trois de ses fragments, l'éditeur eut l'incontestable mérite de bien voir qu'ils provenaient d'un récit qui avait existé dans une double recension et dans lequel l'apôtre Barthélémy jouait un certain rôle; il les donna

donc
(1)

comme

les restes

d'un

«

Évangile de Barthélémy

(3)

».

Par

Die pseudepigraphe Litteratur dér Gnostiker dans Zeitschrift fur neutestam. III, 1902, 232 ss. Toutefois dès 1897, et avant même de disposer de l'édition de Bonwetsch, M. R. Jamm s'était exprime en ces termes au sujet du texte des Quaestiones : « It is difïicult not to think that it must be connected with the old Apocalypse of Bartholomew of whicli we hâve fragments but thèse fragments do not occur in the Greek text hère published » (Apocrypha Anecdota, II, Texts and Studies, p. 155 V, N° 1). (2) The Light of Egypt, London, 1909, p. llo ss. la traduction est de M. W. E. Crum.
Wissenschaft,

:

:

;

(3)

Les Apocryphes coptes, Patrologia orientalis,

II,

2, p.

185

ss.

168

REVUE BIBLIQUE.

contre,
«

il hésita sur l'origine d'un fragment, qu'il classa parmi des morceaux douteux (1) » et surtout il en confondit quatre autres dans un recueil combiné arbitrairement par le rapprochement de

pièces disparates sous le titre d'« Évangile des douze Apôtres
7.

(2) ».

La même année que Revillout, et indépendamment de lui, Lacau fit des mêmes fragments coptes de la Bibliothèque Nationale l'objet d'un travail qu'on peut déclarer définitif au point de vue philologique (3), il n'y a de réserves à formuler qu'au sujet des noms attribués aux textes. M. Lacau s'aperçut que les cinq feuillets de Dulaurier et de Harnack-Schmidt avaient la même origine que les douze feuillets disséminés dans le manuscrit copte 129, 17 de Paris; or ceux-ci avaient été acquis avec beaucoup d'autres par M. Maspero
M. P.

au couvent d'Amba Senoudah, à Akhmim. Les dix-sept feuillets ensemble étaient le reste de deux manuscrits, et pour autant de deux
recensions parallèles du

même

ouvrage

:

dix feuillets d'une part, sept

de l'autre, donnant respectivement de répartir sans

six et

quatre fragments, que la
les cas,

pagination primitive, conservée dans presque tous
difficulté. L'unité et la continuité
il

permettait

de chaque rédac-

tion était assurée, et

paraissait bien,

malgré

les lacunes,

que l'une

et l'autre étaient des répliques

de la

même

narration évangélique,

diffuse et étrange, se poursuivant

depuis la Passion de Jésus jusqu'à
se trouva ainsi

son Ascension. Mais, à l'exemple de Dulaurier, l'éditeur ne sut pas
écarter l'hypothèse d'une apocalypse, et
il

amené

à

distinguer deux groupes de fragments
il

:

dans ceux du premier groupe,
mis
en avant par Dulau-

était
(4)

tenté de voir les débris d'un Évangile apocryphe indéter;

miné
rier
8.
:

aux autres il maintenait le Apocalypse de Barthélémy (5).
les
fit

nom

Prononçant plus tard sur

mérites des éditeurs rivaux

(6),

M. A. Baumstark ne

pas difficulté de reconnaître l'excellence de

la

distribution textuelle proposée par M. Lacau; mais, loin d'accepter
les conclusions

pour toute

la

de ce dernier, il revendiqua hautement matière apocryphe des fragments de Paris le seul nom
littéraires

(1) Ib.,
(2) Ib.,

p.
p.

195
157

s.

gile des

165 ss., 149 s. (= 6% 12 e et 3 e fragments); cf. E. Revili.olt, L'ÉvanXII Apôtres récemment découvert, Revue Biblique, -Mil, 1904, p. 167-187,
s.,

321-355.
(3)

français d Archéologie orientale
ia-f°.
(4) lb.,

Fragments d'apocryphes copies (Mémoires publiés par du Caire, t. IX), Le Caire,
p.

les

membres de

l'Institut
et 6 pi.,

1904, iv-118 pp.

23

ss.

(5) Ib.,
(C)

p. 39 ss.

Revue Biblique, XV,

1906, p. 245

ss.

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY.

169

d'Évangile de Barthélémy, déjà adopté par Kevillout pour une partie

de ces textes

(1).

Le savant professeur ne craignit

même

pas, afin

d'étayer mieux sa thèse, de faire appel au Commentaire de saint Jé-

au Décret du Ps. Gélase, comme si l'Évangile de Barthélémy rendent témoignage était proprement l'absurde récit des Coptes. Nous ne pouvons suivre M. Baumstark jusque-là. La tradition copte n'est pas négligeable, et on la peut décorer du nom d'évangile, faute d'un meilleur terme (2) mais à condition de bien entendre que cet Évangile copte de Barthélémy n'est qu'une pauvre rhapsodie dont la forme authentique a été conservée dans le texte grec des « Ques-

rôme

et

auquel

ils

;

tions
9.

».

Il

importait avant tout en
les

effet,

pour apprécier

la valeur des

fragments coptes, de

mettre en connexion avec les textes grec et

slave publiés d'autre part. C'est ce qu'a

vu

et dit très

nettement ce

connaisseur émérite delà littérature apocryphe qu'est M. M. B. James.

On regrettera seulement
coptes

qu'il

ait

continué de

parler des feuillets

comme

des

débris

d'une Apocalypse

de

Barthélémy
grecque,
et
il

(3).

M. James

a relevé avec soin tous les traits des textes édités et traduits
la tradition

par Lacau qui ont quelque rapport avec
pas

n'a
(4).

manqué

d'insister sur les différences, qui sont
il

considérables
is

Voici

comme
will
».

résume son enquête
to

:

« ...

The Greek book
identical

to

my

mind

in favour of the notion that the Coptic Apocalypse of Bartholo-

mew
10.

be found

be

ultimately

with the

Ques-

tions (5)

Le dernier fait à relater dans ce sommaire a déjà été annoncé, et on en va connaître immédiatement tout le détail. Il est à nos yeux déterminant. Nous estimons qu'un seul titre peut convenir aux fragments latins, édités ci-dessous, d'un apocryphe de Barthélémy celui d'Évangile de Barthélémy, qui se trouve être traditionnel. Ce même nom doit donc être aussi donné au récit grec, et celui de
:

«

Questions

» écarté.

apocryphes relatifs à l'apôtre Barthélémy (son martyre mis à part) qui nous ont été conservés se ramènent à un non pas une apocalypse un évangile seul écrit fondamental représenté par une rédaction normale dont d'importants fragments

En résumé,

les textes

:

Revue Biblique, XV, 1906, p. 253. Le titre admis dans l'ouvrage de M. de Rustafjaell est assurément plus conve« The Apocryphal Narrative of Christ by the Apostle Bartholomew ». nable (3) Journal of theological Studies, VI, 1905-1906, p. 581, 583 s., et VII. 1906-1907, p. 634.
(1)
(2)
:

(4) Ib.,

VI, p. 577

ss.

(5) Ib., p.

584; de

même

p. 583.

170

REVIE BIBLIOl

E.

subsistent en grec, en slave et en latin, et par

une recension méta-

phrastique, et notablement divergente, en copte.
//.

Les fragments latins du Vatican.

Le cardinal Mai avait remarqué parmi les collections de la Bibliothèque Vaticane un fragment d'un évangile de Barthélémy, qu'il « Evangelii apocryphi secundum Bartholosignale en ces termes
:

apud nos in mss. (1) ». La référence est imprécise, parce qu'évidemment l'illustre érudit se proposait de tirer parti lui-même de sa découverte; il n'était pas homme à laisser échapper une proie de cette sorte. Mais il mourut peu après (le 9 septembre 185i); et, bien que les historiens de l'ancienne littéraest

maeum fragmentum quoddam

ture chrétienne n'aient pas

manqué de

recueillir

ce détail

comme

bien digne d'intérêt (2), on aurait pu attendre longtemps encore le coup du hasard qui permit de vérifier le dire du cardinal, si celui-ci
n'avait eu soin de laisser sa
Il

marque sur

le texte qu'il

avait distingué.

en examinant le Vaticanus Reyinensis 1050, qui est un e recueil juridique du ixe -x siècle assez célèbre (3), de ne pas prendre
est difficile,

garde à cette note d'une

fine écriture cursive,
(f.

supérieure d'un des feuillets liminaires
continelur ; et
n'est pas

V)

cuius apocryphi in quo Bartholomei Apostoli
il

la marge Fragmentum libri alicum Christo colloquium

apposée dans

:

douteux que l'indication ne
feuillet,

soit

de la main
Il

même

de Mai, et, ce

qui est plus important, parfaitement exacte.

ne s'agit malheureusement que d'un seul
soixante-six lignes d'écriture.

donnant

en tout
et

Le manuscrit Rey.
dont, par
suite,

lut.

1050, qui a

fait partie

du fonds Petau

extrêmement probable, est augmenté, au commencement, d'un double feuillet adventice, portant les chiffres 4 et 1. Ce n'est pas là, qu'on le remarque, un banal feuillet de garde, mais plutôt le débris d'un manuscrit qu'on a voulu sauver pour quelque raison, et qu'on a pensé sauver plus sûrement en l'adjoignant à un manuscrit complet. Cet arrangement ne doit remonter qu'au xvi* siècle; on peut donc se dispenser d'examiner le recueil principal, qui n'a rien de plus à nous apprendre.
l'origine française est
(1) Cf. (2)

Nova patrum

bibliotheca,

t.

VII, 1854, p.

3, p.

117.
t.

Voir par ex. O. Bardenhewek, Geschichte der altkirchlichen Litteratur,

I,

1902,

p. 409.
(3) Cf.

Revue Bénédictine,

t.

XXVII, 1910,

p. 403, n. 1. 11
le

y a donc lieu de

s

étonner que

les

savants qui ont eu à s'occuper de ce manuscrit dans

passé n'aient pas accordé d'at-

tention aux lignes révélatrices qui vont être rapportées; on n'aurait pas cru que, pour se
soucier des choses du droit ancien ou barbare,
il

fallût ignorer

ou dédaiguer aussi complè-

tement

les textes chrétiens.

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE RARTHÉLEMY.
L'écriture qui couvre le double feuillet

171

page)

est

date la

(305X202, 33 lignes à la une minuscule soignée, à laquelle on peut assigner pour e fin du ix siècle et pour lieu d'origine la France, plus précirégion française qui confine à l'Allemagne.

sément

la

Des chiffres marqués
aujourd'hui encore
le

apparemment au xvi

e

siècle, et qui

désignent

bifolium, on conclura

sans difficulté qu'un

autre bifolium, celui-là intérieur et noté 2-3, avait été d'abord préservé en même temps que le précédent, puis a fini par se perdre.

ensemble devaient formerune suite continue, et pour autant, qu'ils occupaient dans le recueil primitif le centre d'un cahier. Si l'on veut donc se rendre compte
les

On conclura de même que

deux

bifolia

de

la disposition réelle
il

nensis,

faut

des deux feuillets conservés en imaginer cette figure élémentaire
:

tête

du Regi-

quaternion x

d
>

e
3

Les textes du feuillet
sous
le titre

1

ont déjà

fait l'objet

d'une petite étude,

d'Extraits d'Acta Pauli

(1). C'était sans

doute trop dire,
-

encore que l'hypothèse n'ait été énoncée qu'avec la plus grande circonspection, mais d'ailleurs en partant des données les plus saillantes

du manuscrit. Depuis
être traitée

lors, des faits littéraires

été observés qui modifient considérablement la question. Celle-ci

nouveaux ont ne

présentement avec l'ampleur désirable, il suffira d'en indiquer ce qui peut aider à connaître la compilation dans laquelle est entré l'Évangile de Barthélémy, et par là même à mieux apprécier la nature des passages empruntés à cet écrit. Examinons donc rapidement, dans cette intention, les cinq morceaux qui forment

pouvant

la matière

intelligible

du feuillet 1, et qui constituent pour nous tout le contexte du feuillet 4. Le premier est une glose en marge des évangiles canoniques sur la
il

valeur de laquelle
fait

est

malaisé de se prononcer; aussi bien
se

le

début
aux

défaut, et rien n'autorise à supposer qu'elle

rattache

pièces suivantes; mais rien

n'empêche non plus
(2).

qu'elle ait été tirée

d'un recueil de textes apocryphes
(1)
(2)

En

tout cas, elle a été lue du-

Dans

la

On

la

Revve Bénédictine, l. c, p. 402-412. trouvera avec ses variantes et références dont

l'article cité

de
:

la
«

Revue Béné...

dictine, p. 405.

En

voici la teneur correcte, à l'intention des biblistes
ille

in

hac

die,

quia non venerat hora eius; et

exiit de

templo

et

abscondit

se.

Tria réfugia fuerunt

172

REVUE BIBLIQUE.

rant le haut

moyen

âge, puisqu'on en surprend l'écho distinct dans
et

une des Quaestiones de vetere
bliées sous le

novo testamento trouvées
(1). Il

et

pu-

nom

de saint Isidore par Arevalo

faut

remarquer

enfin que le développement s'arrête brusquement après l'indication des miracles accomplis par Jésus dans ses deux premiers « refuges »
[in deserto, in

cisé

par

le

monte); on attend vainement un in mari, dûment prérappel de la tempête apaisée. On a donc nettement là un

un extrait fait par une main peu soigneuse. Les autres morceaux achèvent de nous instruire. Ils se présentent ensemble, sous le patronage de saint Paul, et quoi qu'il faille penser de la collection
extrait, et

de laquelle
n'est pas

ils

ont été

tirés, il est

certain que leur rapprochement
siècle; la transcription est si
si

imputable au scribe du ix e

maladroite, et d'autre part l'orthographe demeure
rédaction plus ancienne,

barbare qu'une

du

vm

c

siècle

à

tout le moins, doit être

supposée, dont nous

avons ici la copie servile. Le n° II provient d'un apocryphe paulinien caractérisé; il donne eu effet les « macarismes » de la Passio Theclae, sous une forme tout à fait particu-

von Gebhardt avait déjà rencontré le même texte dans un manuscrit de Saint-Kmmeran (Munich liiiG B, s. vm-ix), pourvu de son titre original Praedicatio sancti Pauli ad Teclam, et suivi comme dans notre feuillet d'une courte homélie sur les fins dernières (Adlière; 0.
:

per gratiam Dei... n u III) (2). Le manuscrit de Saint-Ematteste donc de son côté l'existence soit de la collection dont sont dérivés médiatement les extraits du Reghiensis, soit de la compilation même que reproduit le Reginensis. La première hypothèse
vos
est plus probable, et

moneo meran

=

dans ce cas l'homélie Admoneo

était

dès lors

illi,

quando déclina vit

:

nions desertum et mare; et in his tribus faciebat plurimas vir-

tutes. In deserto satiavit

quinque milia hominura de quinque panibus

exceptis parvulis et mulieribus. In

monte namque adlocutus

est

et duobus piscibus, Patrem et Spiritum

sanctum in conspectu trium discipulormn Pétri Iacobi Iobannis, fulgente super eos ritate Dei patris ».
(1)

cla-

Quaestio XXXVI,

n.

50

:

«

Tria réfugia

Dominws
cf.

habebatf, id est in monte, in deserto

et in mare... » (P. L.,

LXXXIII,

206). Arevalo s'exprime

en faveur de l'authenticité isidot.

rienne avec plus de décision qu'il ne convient;
c.

P. L.,

LXXXI,

411

ss.

[Isidoriana,

que le manuscrit des Quaestiones, le Palatinus 227 (en onciales), ne saurait être postérieur au milieu du vm e siècle; sa provenance de Lorscb est vraisemblable (voir la bibliographie dans L. Tralbe, Vorlesungen und Abhandlungen, I,
64)
;

mais

il

est vrai

1909, p. 235).
(2) Cf. 0. v. Gebhardt, Passio s. Theclae virginis : die lateinischen i'ebersetzungen, der Acta Pauli et, Theclae, Texte u. Unters., N. F., VII, 2, 1902, p. 137 et cix s. sur le contexte du manuscrit de Munich, voir Bévue Bénédictine, art. cité, p. 403 s., n. 3 à noter que les quatre fleuves du Paradis, l'un de miel, l'autre de lait, le troisième d'huile, v le quatrième de vin (f. 159 ), sont un trait dérivé de la Visio Pauli g 23 (éd. M. R. James,
;

Texts and Studies,

II, 3,

1893, p. 24).

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY.
rattachée aux

173

« macarismes » de la Passio Theclae comme un prolongement du discours de saint Paul in medio ecclesiae. Par ellemême, cette prédication est proche tout à la fois des discours de l'Éphrem latin (1), de plusieurs sermons de saint Césaire 4 (2), et des

homélies imprimées sous le nom de saint Boniface (3). C'est dire e qu'il n'y aurait pas plus d'inconvenance à la placer au v siècle qu'au

vn e ou au vin Les numéros IV et V sont introduits expressément par les mots Pau lus apostolus ait, Paulus ait; ce sont deux parénèses sur l'Eucharistie, gage du royaume des cieux. La seconde s'arrête après quelques lignes, au terme du feuillet; mais elle est conservée intégralement, à la suite de la première, et parmi d'autres
e
.

:

parénèses de

même

inspiration et de

même

style, attribuées la plufol. -20-22 (4).

part à saint Augustin, dans le manuscrit Palatinus 556,

On

a donc une nouvelle preuve, et cette fois passablement

embar-

rassante, de la circulation des pièces qui sont entrées dans le recueil
c ou au \v siècle s. Éphrem, qui remonte au v vogue extraordinaire au moyen âge, n'est abordable aujourd'hui, manuscrits e à part, que dans deux éditions du xvi siècle, Cologne 1547 et Dillingen 1563, celle-ci indépendante de la première. l'homéliaire de Durlach (éd. Engelbrecht, (2) Par exemple les pièces XI, XII et XIV de Corpus scr. ceci, lot., XXI, 1891. p. 262 ss., sous le nom de Faust de Riez); rapprocher aussi les serinons 250 et 251 de l'appendice de saint Augustin (/'. /.., t. XXXIX, p. 2209 ss.).

(1)

Cette version de huit parénèses de

et a joui d'une

(3)

Voir V, n. 6; VI,

points de ressemblance tant avec
991
ss.),

qu'avec les

5 [P. L., t. LXXXIX, 854 ss.). A retenir aussi les De tribus kabilaculis du Ps. Augustin (/'. L., t. XL, Apocryphes priscillianisles de Dom De Bruyne, Revue Bénédictine,
n. 2;

XIII;

XV,

le

XXIV, 1907, p. 324, 325, 329. en anglo-saxonne pointue doit provenir de Fulda ou de Mayence. On (4) Ce manuscrit en trouvera une description complète dans A. Reifferscueid, Bibliotheca patrum latinorum italica, I, 1870, p. 2'il ss. Il peut être utile de reproduire ici les passages du Pala0> tinus qui correspondent aux d IV et V du Reginensis : 1° « Magnum vero sacramentum quod nobis a Deo (Domino Reg) per Cliristum (per Ch. om. Rcg) donatum est, qui non solum descendit (d. om. Reg) de caelo missus (ut pi: Reg) a Paire, redemit (reddimeret Reg) nos per sanctum suum sanguinem (sang, sanct. Reg), seil etiam (iterum Reg) cotidie in statum meliorem par lavacrum regenerationis (per Reg) bis maius est et subliinius 1. r. in m. st. cot. ord. Reg) renovamur, et quod (quia (est add. Reg), in sancto mensae huius mxsterio (sancta mensa; Cuius ministerio Reg) ad regnum caelorum praeparamur, id est adsumptione (in pr. Reg, corporis et sanguinis Domini nostri per sanctum Spiritum (sp. s. suum Reg) venientem de caelis qui est pignus (p. om. Reg) hereditatis nostrae usquedum veniamus (perven. Reg) ad eam (eum Reg), et Sur ce texte, voir les remarques de P. Batiffol, Adsimiles (ei add. Reg) erimus ».

sumptio, dans le Bulletin d'anc. iitt. et d'arch. chrétiennes, I, 1911, p. 126 s. 2° « Sancti Augistim episcopi (Paulus ait Reg). O fratres dilectissimi, magna [injdignatio {sic l'ai, maie, dilectio melius Reg) est (om. Reg) qua nos Christus dignatus est (d. est Iesus Ch. Reg) adsumere, quod (quem Reg) pignoravit nobis propriurn et {om. Reg) corpus et sanguinem ad çonhrmandam spem quam habemus in ipso (in ip. h. Reg) regni caelestis.
Qualis promissio ista cuius taie pignus, et [om. Reg) quale [hic desinit Reg) regnum cuius Voir le Bulletin précité, p. 283, sur l'emploi du terme transfigurafe taie arra etc. »

qui se présente un peu après.

174

REVUE BIBLIQUE.
le

d'apocryphes du Reginensis;

rédacteur est suspect d'avoir composé

son florilège sans discernement, peut-être
serait étonnant, surtout si l'on a
d^e

même

sans

bonne

foi; il

que découpage et d'attribution soit plus ancien que le vn e ou e le vm siècle. Pourtant de nouvelles découvertes pourraient améliorer le cas; le moyen âge a connu relativement à saint Paul toute une littérature d'édification encore mal explorée (1). La dernière pièce amorcée à la fin du feuillet 1 a pu suffire, telle que la reproduit le Palatinus, à remplir l'intervalle qui séparait les
textes,

égard aux deux derniers

ce travail

textes attribués à saint Paul des extraits de l'Évangile de Barthélémy.

Le schéma proposé plus haut

fait voir que la distance n'était que de deux feuillets; la parénèse du Palatinus sur l'Eucharistie aurait facilement couvert un feuillet et demi ou trois pages, et le début de

l'Évangile était de la sorte rejoint. Toutefois on croira plus aisément

que le compilateur s'est contenté de prélever une portion de la parénèse et qu'il a inséré à la suite, selon son goût, d'autres morceaux plus ou moins courts.
représentée par
le

que la collection davantage exploitée. Mais il reste, en toute hypothèse, que l'Évangile de Barthélémy avait son commencement au feuillet 3, et qu'il occupait vraisemblablement tout le
Il

se pourrait alors

Palatinus

ait été

rerso.
Il

n'y a en effet aucune raison de penser que la scène dont nous
la dernière partie fol.
le

avons
dans

V

n'était

pas complètement rapportée

Reginensis, c'est-à-dire le premier chapitre entier (d'après

la distribution

de N. Bonwetsch), sauf retranchements de détail. La

question de l'unité de l'Évangile, sous la forme qu'il revêt en grec, est sans doute fort délicate et ne peut être tranchée dès maintenant
à

propos des fragments

latins.

Mais avant tout examen, et quelque

parti qu'on adopte au sujet de la composition primitive de l'Évangile,
il

saute aux yeux que le récit de la descente du Christ aux enfers, à

la

demande de Barthélémy

(ch.

i),

est

d'une seule venue,

et qu'il

appartenait au fond

où il faudrait distinguer des couches successives. La conservation des versets 21
et suivants du premier chapitre oblige d'admettre que la lacune antécédente était comblée par le début de l'Évangile. On présume pareillement que le troisième morceau se poursuivait après le feuil-

même du

discours, pour le cas

(1) D'après une communication du Dr. M. R. James, le Laudianus Mise. 129 de la bibliothèque Bodléienne en lettres anglo-saxonnes du ix° siècle [provenant de Wurzbourg?])

renferme une Praedicatio sancti Pauli apostoli
L'homéliaire wisigothique de Silos fait lire sous
attribué à saint Césaire
(cf.

(fol.

107),

commentant Gal.,
I,

v, 16

ss.

le titre

d'episfola beati Pauli un sermon
1893. p. 421).

D. Morin, Anecdota Maredsolana,

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE RARTHÉLEMY.
let ï,

i'i'ô

sinon jusqu'à la fin du quatrième chapitre, du moins avec les

versets 54 à 60, qui complètent les révélations
L'état

du

diable.

dans lequel nous sont parvenus les textes latins du Reginensis ne permet d'en parler que comme de fragments : fragmentaire, et proprement décapité, comme on vient de le voir, le premier morceau
donné; fragmentaire aussi, et réduit à presque rien, le troisième. le second morceau, qui n'a pas subi de pertes, offre l'image exacte du recueil. Celui-ci, on le sait déjà par l'analyse du
Par contre,

formé principalement d'extraits, de passages détamis bout à bout dans une intention didacfréquemment employé dans le haut moyen tique, selon un procédé âge; et c'est ce terme d'extraits, à'excerpta, qui désignerait le mieux nos textes, à part leurs diminutions fâcheuses en avant et en arrière. Un compilateur du vu 6 ou du vm siècle a rencontré à portée de sa main l'ancien Evangelium Bartholomei et a retenu trois épisodes jugés
feuillet 1, était

chés, puis rapprochés et

1

'

venue du Christ dans l'Hadès après la passion afin de ruiner l'empire du diable, la comparution du diable enchaîné devant Barthélémy et les Apôtres, le récit de la chute du diable à l'origine des temps. Il n'est pas indifférent de constater que ces histoires ont été lues et goûtées dans le monde latin jusqu'à une époque relativement basse.
plus instructifs, dans lesquels figure le diable
:

la

Il

n'y a pas lieu d'être surpris des défectuosités de la rédaction
c

du Reginensis. Le texte qui nous a été transmis par le copiste de la fin du i\ siècle ne nous apporte pas seulement les fautes qui ont échappé à ce copiste, mais aussi celles du compilateur qui un ou
deux
trois passages en question exemplaire de YEvangelium Hartholomei, et donc en d'après son outre, pour s'en tenir là, les erreurs qui avaient dû se glisser déjà dans cet ancien exemplaire de l'évangile latin. Il y a ainsi trois mo-

siècles plus tôt avait transcrit les

ments que
tique,
il

la critique textuelle est

autorisée à distinguer. Dans la praet

ne peut guère s'agir que des fautes du premier
ix'
!

du second
siècle.

degré, c'est-à-dire commises au

-x

e

siècle et

au vn -vnr
e

Les négligences du copiste du Reginensis ne sont, autant qu'on

peut voir,
titions

ni

nombreuses

ni très graves. Certaines omissions et
fait,

répé-

en particulier peuvent être son
difficulté qu'il a

occasionnées sans doute
les

par la

éprouvée à séparer

mots de son modèle,

dont

le texte

était

visiblement rédigé en écriture continue, proba-

blement onciale. On a l'impression qu'il a pris le parti le plus souvent, pour sortir d'embarras, de calquer ce qu'il avait devant lui, sans chercher à comprendre. Cette disposition résignée a donné lieu nécessairement à des déformations de tout genre, mais ordinairement

176

REVUE BIBLIQUE.

remédiables.
fidélité

On

relève d'autre part
:

un indice presque constant de

la

générale de son travail
le texte

dent dans sa transcription;

c'est

les barbarismes graphiques abonqu'il n'a pas senti le besoin de

ramener

carolingienne. La

qui lui avait été livré aux règles de l'orthodoxie liste des variantes présentera, il va presque sans

dire, tous les détails matériels

dont

la

mise au net n'a pu s'accom-

moder. Le rôle du compilateur des extraits a dû être beaucoup plus important; il faut en convenir, quelque regret qu'on en ait. De même qu'il n'a pas eu de scrupules à priver ces passages de leur contexte naturel ni à les démarquer, il ne s'est pas fait faute d'y opérer à sa guise des retranchements; il a décharné en quelque sorte la narration originale, comme le recours aux textes grecs et aux versions slaves permet de s'en rendre compte. En outre nous pouvons constater fré-

quemment, grâce au même moyen de
gré de sa fantaisie les parties

contrôle, qu'il a modifié au
qu'il a conservées.

mêmes

Quelques

pour l'ensemble, le dommage est d'autant plus fâcheux et irréparable qu'on ne possède pas de critère absolu pour établir la présence ou l'absence d'une influence perturbatrice et qu'on s'expose, en conséquence, à faire disparaître des leçons latines primitives en cherchant à amender le texte dans le sens des autres témoins. Le mieux est donc de s'en tenir à la lettre du Reginensis, à moins que l'erreur n'en soit flagrante. A la critique littéraire de statuer, quant au reste, sur la valeur du técorrections sont possibles dans ce dernier cas. Mais

moignage de

la tradition latine.

Les divisions du texte sont celles qu'a indiquées N. Bonwetsch en 1897; on n'a pas même voulu changer les plus contestables.

Premier fragment latin

c
21
...

i,

n. 21-30.

iterum ascenclentes in memorias suas. Manifesta mihi, Domine,
ille

quis est

homo quem
es ad

ferebant angeli in manibus portantes? Et
suspiravit.

<cum> locutus
21. iterum] sic
:

eum, graviter

abrupte cum pagina textus noster incipit; supple, si vis, pro sentenmortuos résurgentes leque salutantes et: quae verba apostoli Bartholomei simillimave servavit slavonica versio, ut infra videbis; haec tamen versio nihil aliud habet latini frag menti initio consentaneum. Infra invenies sub graeco textu praecipuas latinae versionis (— L) discrepantias peculiaresque notas-, hic de in memorias] Httera Vaticani codicis (= Cod) agitur,sed et de translationis sensu michi Cod est fortasse pro erat aut immiinorias Cod (i 2° exeper rasuram) et locutus est sic Cod; correximus, ut quem] qui Cod esset (cf. gr. et si.)
lia deficienti
vidi..

potuimus

e si. vers.

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY.
22

177

Ait ei Iesus
:

:

Ipse est

Adam
cum

propter

quem de
filios
:

eaelis

ego descendi.
placuit
tibi,

Dixi ei

Ego, Adam, propter
Ipse

te et

propter

tuos in cruce suspenSicut

sus snm.

suspirans

lacrimis dixit

Domine, in
23

eaelis.
:

cedentes

dixit Bartholomeus Vidi, Domine, omnes angelos praeAdam, hymnum dicentes. 24 Unus autem exangeliserat omni pulchritudiue decoratus, et nole-

Iterum

cum ipsis, et erat intendens ad te. 0mnes vero angeli deprecabant ei ut ascenderet cum eis, et nolebat. Quando praeceperas ei ascendere, vidi flammam exeuntem de
bat ascendere
25

manibus
26

eius

usque ad civitatem Ierusalem.
:

Et dixit Iesus
Dei.

Unus ex angelis

erat qui stant ad

vindicandum

thronum
27

me. Flamma vero quam vidisti de manibus eius egredientem percussit aedificium syoagogae Iudaeorum, propter testiinonium meum, in quo crucifixerunt me.
Et rogabat
28

Postea vero dixit Iesus

:

Expectate

me

in loco isto,

quoniam hodie
:

nïunus offertur in paradiso.

Bartholomeus dixit Quid est munus Animae iustorum hodie ingrediuntur inter
:

29

in paradiso? Dixit Iesus
iustos.

30

Bartholomeus

dixit

:

Quantae sunt animae quae egrediuntur de

22. ihs

Cod

(et

infra)

est fortasse

pro

erat
celis

(cf.

superius); hic
(et

tamen

si.

v. est

suscipere videlur

tuimus

e

quem] qua;m) Cod parallelis locis, pro dieitet Cod

Cod

infra)

dixi ei] sic resli-

dixit] dicit

Cod

(ut in

proximo

loco, et

simililer inferius)
23. dixit] dicit Cod barlholoms Cod (constunler) cum superiore lineola ad contractionem notandam; quae mira contractio ex adiectivo possessionis ms meus cerlo

=

de/luit

pr(ae)cidentes

Cod
angélus

voces

hymnum
pulcritud.

dicentes maioris distinctionis signis

(y) secluduntur
a 24. ex angelis 2

manu ex

n supra lineam addila fuit ab ipso scriptore,

Cod erat] erant Cod, sed littera ad mendum intendenles, ut videlur,

complendum

intendens] restituimus ex altéra parle, quae singularem

numerum

Cod 25. deprecabant retinuimus, quamvis correctio deprecabantur placeret ei cum Cod; eum tamen malles Et nolebat quando sic maie distingua Cod, vide si. vers. flama exeunte sic Cod vidi corr., vidit Cod 26. tronum Cod quam]que Cod (pro quem archetypi, ut suspicaris) 27. llama Cod aedifitestirnonia primo notaverat scriptor, sed ipse supra lineam cia(m) sinagoga sic Cod
testatur (SteveÛEto), pro intendentes

correxit
28. dixit

mae Cod
bis
in

Cod
29.

offeretur

Cod Cod

locum istum Cod.; corr.
!

e

gr.

q(uonia)m Cod
sic

hodiae

lineola), fortasse
30.

iesus] ahs pro quid, forsitan scribendum quod [cf. x .q... 6v<7ia.) anime Cod ex archetypo autem iesus anime Cod s(unt) Cod quae] qui Cod quante Cod REVUE CIBUQIE 1913. N. S., T. X.

Cod (cum

egraediuntur
12

178

REVUE BIBLIQUE.
:

corpore cotidianis diebus? Dixit Iesus
D. CCG. et

Amen

dico tibi

:

XII.

<CM.>>

LXX.

III.

animae egrediuntur de corpore singulis diebus.

Deuxième fragment
c.

latin

iv, n.

7-29.

Ostende nobis, Domine, Adveniente lesu, dixit Bartkolomeus illum contrarium hominum malignum, ut videamus illum, qualis est aut quae est opéra eius aut qualem virtutem habet, qui fecit te in
7
:

ligno suspendi.
8

Aspiciens Iesus dixit ad

eum

:

cor audax, putas quia possis

eum

videre?
9

10

Bartholomeus conturbatus iactavit super <pedes>> Domini. Dixit Iesus ad eum Si vis ergo illum agnoscere, non solum <tu>
:

sed apostoli

eum

Maria,

cadetis in faciem vestram,

et eritis sicut

mortui.
11

Et deposuit eos in

montem

Oliveti.

Innuit

autem a Micahel tuba
tremuit terra,
IIII.

canere in excelsis virtutis suae,
et

et cantavit Micahel, et

mox advenit Antechristus conprehensus eum flammeis catenis conplicatus.
13
14

a VI. M. LX.

angelis,

Longitudo
Et videntes
Iesus

illius

eum
||

vero cubitis D.C., et latitudo eius cubitis CCC. apostoli ceciderunt in faciem suam quasi mortui.

autem adpropinquans apostolis excitavit eos et dédit eis V (f. 4 Tune dixit Bartholomeus, adpropinqua et spiritum virtutis.
)
:

15

Cod
7.

iesus] ahs

Cod

sicut superius, sed hic scriptor ipse correxil

M

tantum sup-

plevimus ut verum
Adveniente
scissura aliqua

numerum
dicit

légères

ut supra dictum est, praecedentibus iunguntur in Cod sine sane habet Cod, quam lectionem alteri testes firmare viderentur, sed latina haec versio plerumque superius et inferius perfecto tempore utitur, hominem Cod, sed homidicit per errorem oculorum tantum recepto, ut videtur
et reliqua,

num eum
8.

altéra pars petit
gr. ?
dixi(t) sic

que Cod

abes

Cod

qui]

an quia

scribendum

Cod suspendit, ut aiunt
faciae(m)

puta Cod

9.

pedes restituimus e gr. textu sed Cod 10. tu suppl.

Cod

11. eos]

Cod
dentibus
13.

induit sic holiveti Cod eu(m) Cod, sed inlerroga alteram partent Conpreh. etc. distinguit Cod e praeceante xps Cod micabœl 1° Cod
milia.

sex centis Cod, aut(em)

flamaeis Cod Lx la Cod quod transtulimus
virtutis] il
;

c(on)plic.

Cod

15.

Cod

ad

v. 7)

bartbolom(eu)s

eum G
gnatur,

coniceres
et

prius in

v.

dicit Cod [cf. supra supra lineam supplevit Cod Adprop. sic Cod, ut Bartholomeo pro nominalivo casu sunt] sint Cod, sed indicativus modus in altéra sententia desi7 ceterum est velles ut in eodem v. 7 et apud graecum scripto,•

rem

[H)

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'EVANGILE DE BARTHELEMY.
calca cervicem eius pedibus tuis, et interroga
eius, aut
17 18

179

eum quae

sunt opéra

quo modo persuadet hommes peccare.
:

Tune tremuit Antechristus et furore repletus est. Domine, da mihi ex Bartholomeus recessit et dixit ad Iesum
tui, ut

fimbria vestimeati
19

audaciter adpropinquem

ei.
:

Dixit Iesus

:

Non potes accipere istam
:

<jstolani

non

est illa>>

stola
20

quam induebam, quando me
Bartholomeus
deglutiat.
:

crucifixerunt Iudaei.

Dixit

Timeo, Domine, sicut angelis non pepercit,
facta sunt

ne

me
21

Iesus dixit

Non<ne>> verbo meo

omnia

et intellectu

patris
22

mei missus sum sub solem?

Bartholomeus faciens signum crucis ante facicm suam atque post <<Adpropinqua>>. Adprotergum perrexit. Et dixit Iesus ad eum pinquante Bartholomeo, ab omni parte ignis visus est circa Iesum, et vestimenta eius ignea. Calcante Bartholomeo cervicem eius, usque sic suscitavit faciès eius usque ad aures et mergit in terram. 23 Dixit Die mihi, quis es tu vel quid nomen et Bartholomeus tuum? Et ipse dixit Relaxa me modicum, et manifestabo tibi quod
:
: :

ip<se> sum.
24

Ipse

autem relaxavit eum dixitque
abscondas.
:

ei

:

Confitere quanta

fecisti,

26
27

et nihil

Satanas dixit

Iurabo perdexteram
stat

<Dei>

:

si

voluero absconSi

dere non
25

<pos>-sum;

autem qui

conprobat me.

autem

potuissem, et vos absorbuissem sicut
Si vis scire

unum

de prioribus nostris.

angélus
17. ante
18.

— tartaricus.
xps Cod
et

Antechristum, vocabar Satanahel, quod interpretatur

michi Cod

iam maie addit ex diltographia ut
lectio

audacil(er),

bria(m)

Cod; sane

optima

esset

— quia

eum

gr. consentiret

— si

cf.

gr.

fini-

ex antecedens

vi careret

19

potest
;

Cod
|

istam...

quam]

sic

emendavimus ut potuimus
: alii

e

comparatione eum
pro
aliis

graeco
20.

iste stola

bartho

que tanlum habet Cod iudei Cod m(eu)s Cod angelis e gr. restituimus

[certe

= angelis

Cod
21. 22.

degluciat

Cod

non tantum Cod, foi-tasse iure mei] me Cod solu(m) Cod bartholoms sic Cod (sine lineola superiore) suam] et ante qua(m) addit Cod adpropinqua partim ex diltographia adq(ue) Cod postergum sic Cod supplevimus ignis restiiuimus : igitur Cod calcate sic Cod 23. m(ih)i Cod (i suprascripta) quot Cod ipse sum restituiestu Cod mus : ipsum simpliciter Cod
24.

eum

;

Dixit sic distinguit

Cod

confiteri

Cod

26. niebil
27. Dei

Cod
:

sic

Cod

25.

abscondero supplevimus ad graecum textum quodammodo revocandum aut(em) 1° Cod possum restituimus (— 8-jvatj.at GH) sum Cod vocabor antixpm Cod (eum super, lineola) vocabar restituimus (= i).eYÔ;A7]v)
:

180
2S

REVUE BIBLIQUE.

Ego autem primus angelorum formatas

sura.
:

Dominus autem

accipiens flaoïmam ignis formavit
29

me priorem

hel

tertinm Raphasecundum autem Micahel, honorem virtutis quartum Gabrihel, et alios septem quorum nomiua enarrare
:

:

non possum. Septies
ditionem.
et

in die et septies in nocte

perducunt
Isti

me

in per-

virtutem

meam

totam confringunt.

autem angeli

vindicatores sunt <Cqui adstanU>
-""•'Filium

regnum
et

Dei.
et

autem suum, qui caelum

terram

nos formavit, habe-

bat.

Troisième fragment latin
c.

iv, n.

51-53.
:

51 Tune Bartholomeus adpropinquavit Satanae dicens Adcede in locum tuum cum omnibus similibus tuis. 52 Expecfa me, ut referam tibi quo modo captus Et dixit diabolus sum, quando fecit Deus hominem. 53 Ego in secundo eaelo iam eram...
:

praemiltendum post antechristum omissum ex haCod; clare post angélus Jonga sentenlia e dittographia decidit, verbi gratia angélus <Dei. cuin autem nescirem figuram Dei, vocatum est nomen meum satanas, quod est angelus> tartaricus; sic enim graeca oratio procedit 28. flama Cod •1111- Cod gabrihele(m) Cod alii Cod raphahele(m) Cod 29. lercium Cod Perducent Cod et narrare Cod enarrare scripsimus coru(m) Cod VII- Cod aule(m) i" eras. confringunt cor résinais e <jr. : confringerunt Cod perdiccionem Cod

Cod ; forsitan primum (=
:

7rpw-rov)

plotjraphia

tharlaricis sic

:

;

post

isti

qui adstant

supplevimus

=

ot

TrapiTràij.r/o'.

regno scribere potes,

si

placet
28-.

celum Cod

abebat

Cod
[cf.

51. salane

Cod
li

adcede retinuimus

G

iropeûpu);

abcede vel abscede scribas,

si

relis

similibus]

supra lineam

1*

manu
9\

quando] expex tarhe sic Cod (tantiim &pe« G) 52. dicit Cod, sed G l-yr, tmz maie G iam eramj {ifm G ypro r^ry Vas53. in secundo caelo (celo Cod)\ èv xâ -/.&<7[i.w G siliev), et prosequilur : TîEpispxô"-^ ^ *«' EÎirev <ô 8sôç> tô Mixa^X" o-yayé jxoi [iûXov [etc.
id est de figmento hominis et furore diaboli).

Barthélémy en latin. On voumesure ces fragments aident à fixer le véritable texte pour les parties qu'ils documentent, quelle est aussi la place qu'ils occupent dans le concours des divers témoins. Ces questions ne pourraient être traitées complètement que si l'on avait à établir une nouvelle édition de l'évangile qui dût mettre en œuvre toutes nos ressources présentes. D'ailleurs le texte grec de Jérusalem n'est pas encore connu. En le plaçant sous les yeux du lecteur, on aura soin d'y
Tels sont les restes de l'évangile de
drait savoir dans quelle

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY.
rapporter
les

181

ment, dont
si les

les singularités seront ainsi

levons particulières des autres textes, du latin notammises ea évidence et la valeur

propre aisément appréciable. C'est assez de noter, en attendant, que, fragments latins ne suffisent pas d'eux-mêmes le plus souvent à déterminer le texte authentique, ils départagent maintes fois les leçons rivales et fournissent un précieux moyen de contrôle; ils permettent même de reconnaître que l'une des versions slaves V) est
(

régulièrement préférable à l'autre (P), celle-là base au travail de Bonwetsch.

même

qui a servi de

III.

Le

texte cjrec de Jérusalem.

Le manuscrit sabbaïtîque 13, un des derniers qui soient restés aux moines de la célèbre laure de Saint-Sabbas ad mare mortmim, est conservé depuis 1887 à la bibliothèque du patriarcat orthodoxe de Jérusalem. C'est un beau volume de parchemin, haut de 35 centimè-

de 25, écrit vers la fin du x e siècle ou le commencement du xi vraisemblablement par un moine du monastère où il est demeuré pendant environ neuf siècles. M. Papadopoulos-Kerameus,
tres et large
e
,

qui

l'a

décrit au

seul mot. IlavY)Yupwtov.

de

fêtes,

de sa 'IepcdoXujmMoi BiêXioÔï)**] (1), le qualifie d'un Son contenu, homélies pour certains jours nous importe d'ailleurs assez peu, car notre texte y est
t.

II

absolument adventice. Le discours de saint Jean Chrysostome sur la naissance de Jean, Précurseur et Baptiste, commencé au fol. 107, se terminait au verso du fol. 114, laissant vides la moitié de la première colonne et la
seconde entière. Le morceau suivant,
Pierre et Paul,
était
fol. 115; le parchemin inocpour donner à un moine l'idée de le remplir. Au treizième siècle, le vide fut comblé et au delà, car il fallut, pour ne rien perdre du document qu'on avait commencé de reproduire, écrire dans les marges des quatre pages suivantes. L'évangile de de Barthélémy occupe donc en notre manuscrit presque tout le

— ne commence

— actes apocryphes des apôtres

qu'au

cupé

donc

suffisant

fol.

11V

et les

tres Pierre et

marges des fol. 115-116 \ Le martyre des saints apôPaul n'est sans doute pas étranger à son insertion en

un moine copia volontiers à l'ombre de cette célèbre passio un document sur l'apôtre moins connu, dunt la fête, par ailcette place,

leurs, se célébrait

dans le même mois, exactement le 11 juin. L'apparence extérieure de notre document est détestable
Saint-Pétersbourg, 1894, p. 23-26.

:

l'écri-

(1)

182

REVUE BIBLIQUE.
fol.

tare est des plus irrégulières, grosse et inhabile au
fine

114 V

,

plus

au fur

et à

mesure

qu'il fallut salir de

nouvelles marges, plus

hérissée aussi de ces multiples abréviations syllabiques qui consti-

tuaient l'arsenal tachygraphique d'un scribe grec. Ce n'est pas tout
les

:

marges ont

été raccourcies par

désireux de présenter un livre à
les pertes sont

un relieur des temps modernes tranche régulière et, même quand
;

minimes, la vue de soixante lignes serrées, privées de

leurs premières ou dernières lettres, n'est pas engageante. Ajoutons

qu'un censeur, animé des sentiments d'une étroite orthodoxie, ou
encore

d'un texte où le démon figude rendre au parchemin indûment occupé par notre apocryphe son ancienne blancheur. Les traces d'eau que Papadopoulos-Kerameus signale en sa description ne sont pas fortuites,

par

la crainte superstitieuse

rait souvent, a tenté

elles sont les

marques d'un lavage;

et,

bien que l'encre fût bon

teint, l'eau et la graisse

des doigts, qui tournèrent, pendant quelques 114 v et dans la marge extérieure du
115.

siècles,

ces

pages,

ont eu raison de plusieurs lignes, surtout à la
fol.

partie inférieure

du

fol.

Le scribe qui a conservé pour notre joie ce texte intéressant était
aussi

dépourvu de science
et %,
et
u,

qu'il était

pauvre en parchemin; ce
àvop86ypa:po<; (1)
:

n'est

pas trop de déclarer sa copie syohpa
fusion de
y. (3

iotacisme, con-

x

et

0,

tout y passe, c'est

fautes rendues possibles par la prononciation de cette époque.

un musée des Nous

nous dispenserons d'autant plus volontiers de les rapporter ici qu'on trouvera en note la collection de ces monstruosités, et celle-ci serait,
de beaucoup, plus riche,
si

l'emploi très fréquent des abréviations

n'avait dispensé le scribe d'un

bon nombre

d'erreurs.
le

A

l'édition

du

texte

de Jérusalem qui nous restitue
et

grec des

27 premiers versets jusqu'alors inconnu, nous ajoutons

les variantes

de celui de Vienne publié en 1893 par Vassiliev

reproduit en 1897

(2). Bien que nous n'ayons pas eu sous les yeux le manuscrit grec historique 67 de la bibliothèque impériale et royale

par Bonwetsch
décrit par
(1) (2)

Lambecius sous

le n°

23 du

t.

VIII de ses

Commentarii

(3),

Papadopoulos-Kerameijs, loc. laud.

Anecdota graeco-byzantina, Mosquae, 1893, I, p. 10-22, cf. Introd., p. vii-xii; et Nachrichlen von der K. Gesellschaft der Wissensckaften zu Gôttingen, 1897, p. 9-29. Nous avons tenu compte des corrections proposées par Brinkmajjn, Rheinisches Muséum fur Philologie, 1899, t. LIV, p. 93-110. M. Karl Wessely a collationné minutieusement en vue de notre travail le ms. de Vienne; c'est un service dont nous lui sommes très reconnaissants.

de augustissima bibliotheca (3) Pétri Lambecii Hamburgensis rommentariorum Caesarea Vindobonensi liber Octavus, éd. altéra studio et opéra Adami Francisci Kollarii... Vienne, 1782, col. 748-758. Cf. Nessel, Catalogi bibliothecae Caesareae manu-

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'EVANGILE DE BARTHELEMY.
il

183

nous semble utile d'en dire quelques mots pour préciser des détails que les descriptions antérieures n'ont peut-être pas assez mis en évidence. Le manuscrit, qui est de parchemin palimpseste et très endommagé, fut écrit pour la seconde fois, à ce qu'il semble, vers la e e fin du xi ou le début du xu siècle (1) il ne forme probablement pas
;

on y distingue plusieurs mains. C'est en l'état actuel une collection assez hétéroclite qui débute par un feuillet d'une vie de saint Alexis et se termine sur une série d'extraits parénétiques, comprenant aussi des questions sur la foi et un traité sur

un

tout organique, car

l'usage des
r

azymes dirigé contre

les Latins. Les

fragments de
fol.

littéra-

ture apocryphe font groupe au début, à partir
et 2-4

du

2.

Les

fol.

9-15

contiennent l'apocryphe de Barthélémy, dont les 27 premiers

versets occupaient

probablement un peu plus de deux
At-rçpjaiç
y.y).

folios aujour-

d'hui disparus. La

-zk\-,v.y.

'Aî'yj.

v.y.\

E'ôaç

publiée par

Tischendorf
f.

(2)

sous

le titre

d'Apocalypse de Moyse suivait au bas de

k

T

et se trouvait tout entière
lit

dans les groupes i-8
la fin

et 16. 17.

En

suite

de quoi, on

Satana dont

le

aux fol. 18. 19 v début occupait un

de

la Disputatio Christi

cum

feuillet, puis le récit

saint Georges de bobus Theopisti (3) nous avons un contexte nettement apocryphe, et les relations ne manquent pas entre les pièces de ce recueil rôle important de l'ar:

du miracle de v s'étend de 19 à 21. Ici du moins

change Michel, apparition du démon,

etc.

Le lecteur trouvera encore, au bas du texte nouveau que nous éditons, les variantes de deux autorités slaves. P désigne le ms. de la
laure d'Alexandre Nevsky à Saint-Pétersbourg publié par Tichonra-

De ce volume staroslave écrit au xiv e siècle où les « questions du saint apôtre Barthélémy (ms. Yalphromiéï) » occupent les fol. 136 v -li7 v nous n'avons aucune description à donner, n'ayant eu à notre disposition que le texte imprimé. L'autre document, V, en dialecte slavo-serbe (5), est contenu dans
vov
(4).
,

scriptorum pars V, quae complectitur codices manuscriptos historicos et ecclesiaslicos et profanos graecos, Vienne et Nuremberg, 1690, p. 131-133. La description de Lambecius fol. 1-4 vita s. Alexii et 4-19 dont Nessel a reproduit la meilleure partie donne en bloc narratio apocrypha de vita Adami et Evae. e (1) Dziatzko (apud Bonwetsch) date du xi siècle, Tischendorf (Apocalypses apocryphae,
:

p. \i)
(2)

dit

:

«

xu

fere saculi

>

;

Vassiliev recule au

xm

e
.

Apocalypses apocryphae, Leipzig, 1866,

p. 1-23.

Le ms. de Vienne

est désigné par la

lettre C.
(3)
(4)

Bibliotheca hagiographica graeca, n° 689.
IlaMflTHiiKii

OTpeyeHHoii pyccHoii .iiiTeparypbi
1863,
II,

crypharum russicarum], Saint-Pétersbourg,
(5)

18-22. Ce

[Moniunenta lilterarum apovolume nous a été prêté

par M. Glubokovski grâce à l'obligeant iutermédiaire du P. Palmieri 0. S. A.

Ce texte

utilisé par

M. Bonvvelsch d'après

le

ms. est peut-être imprimé, mais nous

1

.

18i
le

REVUE BIBLIQUE.

volume du xvn e
la

siècle qui porte à

la bibliothèque impériale de

Vienne

L cote slave 1 25 et que, grâce à l'obligeance de M. le baron

von Pastor, nous avons pu consulter à l'Institut historique autrichien de Rome. Une minutieuse description de ce manuscrit est donnée par M. I. Sokolov dans son édition d'Hénoch slave (1) et nous n'avons aucune raison de la répéter; notons seulement que le volume a été formé par la réunion de deux groupes de feuillets indépendants, fol. 1-162 -4- 163-362, et que la seconde partie abonde en discours eschatologiques on y trouve en particulier l'apocalypse de Paul ravi au troisième ciel et le livre slave d'Hénoch en sa recension brève.
:

L'évangile de Barthélémy a fourni à cette collection deux fragments

séparés par

un

discours de saint Jean Chrysostome sur la descente du
le

Précurseur aux enfers,
contient les chap.
la
«

premier

(fol.
«
1.

259,

1.

18-26V,
8),
»,

1.

12) qui

ii-iv,
;

13 est intitulé

Questions des saints apôtres à
19-280,
1.

mère de Dieu » Question du saint
i.

l'autre (fol. 276,
et glorieux

sous

le titre

de

apôtre Barthélémy

correspond au

chap.

Cette division opérée

ment
La

intéressant; nous en parlerons à

en notre texte est un fait particulièrenouveau en discutant la valeur

des différents témoins.
liste

des sigles est la suivante
hist.

:

= H = L = P = S = V =
G
(

Vindobon. gr.

67,

fol.

9-15

+ 2-4
V
v1 1

(éd. et collât.

Wessely).

Hierosol. sabbaiticus 13,

fol. 1

6

Vat. Reg. lat. 1050, fol. i. cod. Alex. Nevski, éd. Tichonravov.

P

-{-

V.
fol.

Vindobon. slav. 125,
le

276-280
:

-f-

259-20 V.

n'avons pas su

déterminer. M. Bonwetsch écrit

«

Die anclere Handschrift, vermutlich

die von Moculskij, Spnren der Volksbibel in der slavischen

und altrussischen Litteratur
étude dont
npii
la
la

Odessa, 1893) abgedruckte, cod. slav. 125...
(1)

»

M.

II.

Coko.iob'l, C.iaBaHCKaa KHiira

EHOxa npaBe^Haro,

publica-

tion a été acbevée par

M.

Speranski, Moscou,

1910; éditée en deux

parties dans les

M

renia

bt>

mm.

oôuiecTB-fe

ncTOpin
fasc.

n
et

jpeBHOCTeù pocciiiCKiixt
1910, fasc. IV.

mockobprésence

ckomï. yiiiiBepctiTeTi, 1899.

IV

M. Sokolov relève

en noire texte de russismes notoires.

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'ÉVANGILE DE BARTHELEMY.
I

18b

1

yit-'y. TTjv

Ix vexpôv àvaotaatv t; j xoptou Yjfxwv 'Irjddj Xpurcoy; zpcaeX[6tov
;

ô

|

Bap0oX6p-.aïoç t;v xypiov

èrrspona

XéywV

«tcoxccXu^ov

;j.;'.,

[xypie,

|

tz

[jtucrT^pia
2

xôy oùpavûv.
5

'AicoxpiÔsîç 5i
EtXEÎV

'I^7:j; elicev ayTÔ' siv

|

àzw-;;j.a'. to

7(7>;j.x

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uapxôç,

O'J

§DVl/)<70|i.at
*

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5

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|

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ii

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1.
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|

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|

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|

ot7COxaXei<|<ov
|

i

u.ï]OTOipj]<z

tov ouvov.

2. ûMtOXpr|8ï]ç
4. 5.

XUTCOV

XKOSOUE

Tr^av/.o:

j

o\)Vtaa>u.£

EtTCJV jr).

^YY^aa:
Àîyi
|

|

egtoiv.
'o
[j.îÀt,;

Y'jvoazo
|

^ey^v
|
[

(3ouXï) epoTOicrov

xayo
[

a7roxpT)0ec<jouat.

6. Tj7tev 7.

oTat
|

|

to

|

xpep.aa0etv£
|

r)8ov

|

xpepjxaôeivat
[J-'-*;*
|

tov ouvov.
y.~i:'/J)::.

Ëtxoùov

~r
t

:

x.aTa/Oov^'.ï,;
:

pptyjx(ov) açvo

|

Quaestiones saacti apostoli Bartholemaei P, vel : Quaestio sancti et gloriosi apostoli lliristi Bartholomaei. Pater benedic V. Ante codicis titulum

S praemittit litulum

etiamtitulum alterum posuit Tichonravov : Bartholomaei interrogationes ad Deiparam. Pro « Barlholomaeus », forma ex vulgari pronuntiationn slavica litlerae 6 semper in

P

:

Valphromieï.

1.

Metx] ante

P

|

7ipoo-£X6(bv - Xe'ywv]

et

locuti

sunt aposloli

:

interrogemus

dominum

:

révéla nobis prodigia P.
2-3.

Cum

apostoli

gare, quia

non

fuit eius visio,

dominuin interrogare vellent. et oinnes non ausi sunt eum interroquoniam autera ante suam resurrectionern erat, et magni-

tudo divinitatis suae visibilis erat V.
2. àuoxpi6£î; - aù-w] et dixit eis Iesus proponit nisi deposuero propter textum istud corpus carnale P ooi] vobis P.
\

P
v.

|

èàv

à7ta)(TO[xai]

si

deposuero P; Bonwetsch
|

1

ante resurrectionern {P)

to oùy.*

t?,ç

aapxô;]

3.

(vers.

ont. in

eum

interrogare, quia

H) Quando autem sepultus fuit et resurrexit, et omnes non ausi sunt non fuit eum videre, sed plenitudo divinitatis suae re ipsa erat P.

4. ô -eïitev].

Et adpropinquavit B. ad

dominum Iesum
1
|

et dixit

P;

Adpropinquavit B.

et

locutus est ad
5.

dominum

V.

quoque

yivwaxw] vide S: pr. dilecte mi, B. ouv -soi] sed de quo tu non cogitas, hoc tibi docebo P; quid cogitas me interrogare, quid tu non meministi, tibi docebo
B.
elitev] et
|

(V

corr. poveda<yu>ti).
dixit B.

6. ô Se

èyw] et pr. S
cOf,vat 2°]

àrco u.axp69:v
|

om. V

sionem
',.

P

pendentem 5 otê om. P.
|

-/.ai -

confixum esse S add. V xpsjxaoùpavwv] et angeli de caelo descenderunt et S ai] tuam pas|

P

ktcïjpxou]
|

voluisti

P

\

xpc[xao-8?ivai 1°]

\

$xo>.oû8ouv] te,

domine add.

P;

te

\

|

iyû]

P

|

ànô] in

aatemadd. P syw èQewpouv om. V\ V afva> om. P y^ôja. ;aéy3(v ?;•. V
\

àçavjj
\

-

o-raupoû] in cruce invisibilem

factum

|

|

reoù]

quoinodo

F.

186
a<pvw Y£v6[;.£vcv
[x^/av.

REVUE BIBLIQUE.
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oè c 'Ir,aoj;

|

EiiceV [Jiaxàpioç et, BapBûXojAaïe àvaicYjTé'
|

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|

oti èôsâTo) to puarqpiov tojto. jtat
toi.
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av licepwTTQdYjç pot àcTza^ek tl)
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9

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|

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To|t£ X=Y£i
5 5

BapOoAo;j.aïo;
'Ir/O-oûç' 5

-

Ktipte, tiç iartv

r,

çuvij

|

f,

YevojAÉvuj;

AsYet aÙTÔ
î;y.ei.

a'Sïjç

eTtcev

rcpbç

|

tov BeXstàp*

wç ^Xéicw ôebç

èvTauôa
16-17

'0 oè Be|Xetàp
è<JTÎv
r,

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y)

:w aor/

;

.oè

àxptêôç tiç

à'pa èaTt'v, oc

£

|

ott

'HXe(aç

'Evùy
|

èx twv rcpoçYjTâv £l; èpos :jt:ç <pa(veTai.
[i.oaripipv
| |

8. a-oxft6r]ç

|

aya^'.TE

otoi eôïaso
|

tootwv

|

cTZEpoTOiav};

7.-avy.£Ào.
|

9. £y£vo[j.otv

|

-rotai xaxetXOov

7capaxXeiarjv
to-.;

p.etf.

10. rotat ÀEvr) 11. ÀEyrj
|

(3ap0oXop.eoç
|

|

ecttuv et çovï).

|

eixï|.

16-17. to aor,

|

ï]8ê

azp-.oo; Tr,ç

|

e<ttï)v

|

oxr) eiAt(aç)

|

ex tov
|

revête

|

ToOavarw

|

owïo-

8. à7roy.pi8eiç

Se...

eluev] et

dixit 5
|

|

ô ,'Itqo-oûç]
- coi]

dominus P
tibi

|

Bapô.] vidi quid vis dicere

omne quod me rogabis 5. V) Abraham Isaac Iacob S xaTà[le-r' aù-coù] patriarchas (inde ab add. 9. ydip] om. P umovoniu = ).ov<7iv (ex pro Trapàx)>r,o-iv V lectionem dubiam habet ixsixari) om. P
add.

V

|

xat vûv]

nuac ergo V

Ttàvxa

revelabo

|

|

:

|

Xûfftv?).

10.

tôt£-(11)

'Iïîo-oùç

om.

P

|

tôte] et

V.

11. )iy£i]

et pr.

F|

6'«<hi

SSyiç)-17, translationem

meis in tartarum

(aSriO

multum différât a graeco in vv. 11 (ô ex integro damus : Quando igitur [om. V] descendi cura angelis ut proteram firmos pessulos et aereas * fores evertam [pessulos
/ea;<Ms

slavicus

« quasi veniat Deus in terram video ego confringam, et P], dicens tartarus diabolo [video ego quasi Deus in terram descendat P] ». Et clamabant angeli potestatibus di[om. P], auferte portas aeternales, quia « tollite portas, principes, vestras et centes
: ;

rex gloriae venit in terram [ecce
12.

enim descendit rex
:

gloriae P]

».

El

dixit tartarus

[Tartarus autem dixit P]
»

«

Quis

est rex gloriae

<qui>

transit

[de caelo add. P) ad nos?
13.

tarus dicens
altissimi
14.
:

Quando autem descendi D gradus, [et add. P] valde [om. P] conturbatus « puto quod Deus descendit in terram, audio enim vocem Altissimi
:

est tar-

[puto -

audio nunc Altissimum anhelantem P], Diabolus autem dixit [respondit dicens P]

et
:

nequeo tolerare

».

«

Noli te subicere, tartare, et [sed P]

Deus enim [ipse enim Deus P] in terram non descendit. » clamabant 15. Et quando [Quando autem P] descendi alios [iterum (II) P] D gradus et « tollite portas régis vestri, et angeli et potestates [angelicae postestates V ex cofr.] gloriae attolite portas aeternales [tollite portas, auferte P] ecce enim introit [om. P] rex
te

corrobora.

:

« Oh vae mihi! qui halitum [egreditur add. P] », iterum dicit [et dixit P] tartarus » Dei [Domini V] audio [sed tu, o diabole, dicis Deus in terram non descendit add. V]. [te V] conturbas, tartare, propbeta est et « Quid me 16. Et dixit diabolus tartaro et adducamus [eum [o)n. V] assimilât se Deo; eum [prophetam istum P] habeamus, add. P) ad arbitrantes ascendere eum [om. P] in caelum. » « Quis est ex prophetis? certiorem 17. Tartarus autem dixit ei [Et dixit tartarus P]
:
: : :

me

Henochne veracissimus [verax P] scriplor? sed non permisit [eum add. P] Deus de=cendere eum îom. P] in terram ante iinem VI millium annorum an Heliam dicis
fac!
;

.

FRAGMENTS GRECS ET LATINS DE L'EVAiNGILE DE BARTHELEMY.

187

0)V-y.'..

Kai

tcsOsv

ouïoi slatv,

|

B-Xeiap; ts titXov

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Ta?; /ep 7 iv

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|

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5

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|

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|

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;

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y.ai E;./.atTT'.;a

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(

7a ixutov

C£j;j.cf.;

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Bap|6o]Xop,aîoç' cncàYY ei
|

^

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01 » xiipie, t(ç r( v

ov àvsçepov

Taîç /spsiv aÙTtov,

a]v8pa>icoç

:

-avjj.ev£0^- Ixeïvoç.

Ta:

|

YjrjXta

;

jtEîiXstpovTac

j

nr)xXov
j

^aipauv.

18. /?es^. ej? V,

m
|

w/s. iHflL xacrao
i-.i

au/ -atjo
|

[ii

Bpoeiflus

aaçaXïjaat
»

|

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|

u.o-

-/ÂoJaoj EVta^ufftov
19.
<jt°

/.ir.iy/
|

À^y-fi

|

SiapprpiTat

£3tt,v

|

eixit|

|

Et|x.oi
[

t::

|

Suvajis»

|

EtaEXOuvECCFsauTcov

|

vid. rcXa-

£:;jl'..

20. TOTa-. EcaiXOcov

|

ixutùv

|

EÔEsjr.sa

xutcuv

|

kXt]toi;

|

restituendum vid. in princi-

pio

lin. x(ai) £?...
|

|

EtX0ov -aXiqv.
|

21. Xîyr, ajTO

to:ç Siv ojv

auTOV

|

êxtjvoç.

vindicem? sed ante finem [finem om. P] non descendet [descendit P]. Quid faciam? * ad perditionem nostram finis est [quia ex Deo perdilio est, iam enim finis nostra est P],

Habemus [enim add. P) numerum annorum [om. P]
18.
e

in

manu mea.
|

»

autem diabolus quod verbum Patris in terram descendit, et dixit ei P ôpoïjôrj;] tartare add. S àff?â).i«ïai] confirmemus <rou om. S xai— iviayyaov] et corroboremus catenas nostras S vôei [iot] om. V ; ipse P; enim add S. 19. XÉYei] et pr. P aù-rô om. S ovx-f,/.£i om. S oÎ[aoi noy ?ûyw] vae mihi, quo fugiam an ubi me condam V; ubi nos condemus P aûtoû om. S Suvàfiscaiç] om. P; Dei arfrf. S
O-£t7t£v] et dixit diabolus
T"
|

'0

ao/j]

intelligens

|

.S'

I

\

|

\

\

\

\

[

|

EÎffsXOeïv

eU

ffeavmiv] ipse obsiste

20. Tôte]

Tune
\

[et

F; ne obsistas P pr. P] effracta sunt aereae portae
|

.

* et firmi pessuli [et

catenae ferreae
|

disruptae P] S
21. Aéyei]

Et<rijX6ov]

cepi

eum add. P

|

bûtov

1°]

centutn vulneribus add. S

uâvra;]

Adam etpr. P; om.
et pr. et

V.
|

\

uâXtv om. P.
vidi te iterum [om. P] in cruce

S

ayTû om. V\ àniyyew.o^] Domine
i>;

pendentem
est

angelos

stantes ante te [domine add. P] et mortuos résurgentes et pro\\

sternentes se [tibi domine add. P] pr.

iterum ascendentes in memorias pr.
pr. V;
|

L S

|

8v] ille

homo

pr. L;

bomo permagnus
\

portantes

L

|

oE

âyy. àvéç.

P

a.iiû>v\

gnus valde P;

et

quid dixisti

ei tu,

om. P ; ante quid [et ipse P]

L ^v] homo pr. P àvésEpov] ferebant... te V à'v0pw7to; - êxsîvoç] om. V; masuspiravit * homo tibi [om. P] add. S;
|
\

et locutus est {pro

cum

locutus es?) ad

eum

graviter suspiravit

L

188
22

REVUE BIBLIQUE.
A-cv.piHi'.^ se 5
^ y-

Ir^yjç eîxëv aùtw" cjtcç
/.atïjXGov.

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5

TCpancJTcXaaTbç
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'Asàjj,

§t'

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|

v

oùpavwv Iz! Y^ç
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y.at
y.a:

T£7.va

crsu

cxaupo)

èxpe(J.àtf(h)v."

Autoç

se

àxoucaç àvauteva^sv

sî-îv" ouTtoç vj'jâolxYjaa-ç, y.upis.
23

TI y. X iv eIttev c Bap^sAstJ.aïoç' stssv,
'Aocqj.
|

y.'jpis,

xat xoùç àyyékou: àvEpyoy.évs'jç

l'ij.^poaÔsv tou
24

v.oà

ù[xvoOvTaç.
Sia[/.£Yiôvjç

Elç

§è
|

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aYyéXwv
Se èv
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O^èp

t.oùç

â'XXouç

xal

or/.

èôoûXeTO

aveXôètv,
22.
outo;.

I'tu]-/sv

tyj */£tpi

ocjtou fboiJKpaia rcupivï] x,at StevEiieto uoi u,àva).
tov o-jvov
|

a^oxpYjOeîç

|

eiv

|

~ooto...

|

you xaTetXôov

|

to

|

ExpetiaeiOECv
|

23. r.i\ïiv

ï|-ev

iriov
j

|

EUOTpoaxev.
|

24. tov ayy£Àov
22.
'AitoxptOeiç

|

aXo-j;

Tt

y r, p

:
|

po;j.5£a jcupêtv»)
clixit

|

(JU

[J.wvo.

aùxw] et [om. F]

Iesus S; ait ei Iesus L

|

outo;] ipse

Z

|

^v] est

L S

|

ô îipwT07t).a<7To; ASâp.]
I
\

Adam £; primus
| \

liomo

îm yr^ om. L xou om. L èytô] ; ego P add. V «JTbç - àvacTTEva?Ev] ipse suspirans cum lacrimis L; ille autem respondit P xaî 3° om. L outw; YiûSéxvicra;] bis script. Y; sicut placuit tibi L xupie] in caelis add. L; mi deus add. V xa: 1" om. L àyyeXou;] potestates angelieISov] et pr. V 23. IlâXtv] et/)r. 1'; et P
caelo
|
|

P Èyw Adam add. L
|

£•/.

tùv oOpavùv] trans. L; ex téxvoc trou] in terram veni et
|

|

|

|

|

|

.S'

|

cas
tris

P P

|

àv£pxo|iÉvouç] in
xocî

caelum
erat

add. S

|

àvepx-

ë[j.Tipoa&£v]

praecedentes
|

L

|

'Aôâp.]

pa-

|

om. L S
T"

|

ûjiivoyvTaç] te,

domine add. P:

te

add. V
|

ûirép] et

omni pulchritudine decoratus L ôiap,ey£97]<;] valde add. F| omnes P xa: o?h. T àv&),8eïv] cum ipsis add. L; in caelum add. P; te videre in cruce pendentem V\ zvjiev - 7iupivyj om. L euix £v Se] habebat autem P; gerebat V auxou om. P pojx^aia 7iuptvvi] ensem igneam et lanceam V; îanceam
24.

Ata|AEyé0YK -

à),).ovç j

pj\

|

toù: àD.ou;]

|

|

|

|

\

igneam

P

\

ôieveûeto -

(j.6v<p]

erat intendens ad te

L
et

Textum damus :

vv. 25-27 in

H

omissum secundum latinam

slavicam versiones ex integro

25. Et [om. L Y] omnes [vero add. L] angeli deprecabant ei ut ascenderet * in caelum |cum eis L; om. F], ille autem [et L Y] nolebat ascendere [om. L; videre ascendentes V], Quando autem [dm. L] praeceperas ei [ascendere add. L], et vidi flammas igneas exeuntes [Hammam exeuntem L] * de manibus eius [om. V], euntes [usque L] ad civitatem [in civitate S; Ierusalem add. L].

26.

sleria haec
gelis
tris

L] Jésus Beatus es, Bartholomee, dilecte mi, quia vidisti my[mysterium hoc T]. Et ille [Beatus - ille om. L; ille enim ille V] unus ex anvindex [qui stant ad vindicandum L], * ex adstantibus anle [om. L] thronum * pamei [dei L]. * Hune enim misit angelum [Hune enim misit cum angelis V; om. L]

Et

* dixit ei [dixit

:

[et rogabat me L]. Propter hanc causam noluit ascendere [in caelum add. '], * volebat enim potestatem abolere mundanam [pater meus et dederat ei potestatem, ut everteret illam pote-

ad

me

27.

F

Y}. Quando autem praecepi eurn ascendere [in caelum pr. V], llammae exeuntes de manu eius [misit gladium add. V] et scindens [secans Y] vélum * templi [in II V], in II partes divisit in auditionem flliorum Israël propter passionem cruci [et crucem quia cruciùxerunt me V; v. 27 in L : flamma vero quia crucifixerunt me quam vidisti de manibus eius egredientem, percussit aedificium sinagogae ludaeorum prop-

statem mundi annui Iudaei
et

ter

testimonium

meum

in

quo crucilixerunt me;

...Ta; u.e G]

2b. * Koù taùTa ).Éyovxo;

akoO [Postea vero

dixit Iesus

L; postea locutus est Iesus V],
,

eIuev [om.
ôti

tva

L V ; et pr. P] toïç ànoaiôXoi; [om. L]' •<7tEpi>jx£t vaTÉ (te èv tw xùtcw to-jtw vict. P) in paradiso S\ ff^|j.£pov * èv tw uapaosiew 6yaia àva^pÉpETat [victima oft'ertur (ofl 7Tapay£và[iiEvoç [om. V] ÔE^w^ai aOTrjv [om. L P; oblatum Y].
.

FRAGMENTS f.RECS ET LATINS DE F/EVANGILE DE BARTHELEMY.
29

189

Kai

eîftev' juipie, tiç ka-iv

h

-o>

Tcapaâeiaw

|

Ou(j]ia;

'0

Se 'lr Gzi>q \é*{zi' 4"J"/a\
t

Sixauov èi*eX6o0aat zisépyovxxi èv
iv tco Trapaos-'-to.
xtfpie,
rcôcrai
|

tw

icapaâei'a'W

xai âiv
30

[j.r,

ii:apal7év]a)[A.ai

oux eî<j£p^0VTai

'Arçoxpiôelç
£•/.

8s

;

Bxp6:A;;j.afoç
;

Xé^si'

&u

|-/xî

r^épiov

£rEp7:vT7.i

tîj x6e|J.ou
ô 'Iyjuouç"

Aéyst a'j-w
31

Tpîôç

[Aiipiai.

IlàXiv
-oc:

c

Bap6oX|o[«rïoç]" xiipie, oxe

y-sO'

f^ôv
Xlyw

xbv

Xoyov

îâi'Saaxèç,

ïziyoj

Oua&xç Iv :w TcapaSsia-cp;!
6

'A iroxpifleiç oè
1

'Ir^si;; Xr/ei
|

aùtô'

à|J.r,v

7:i >

àYarçrjTS
[aou

J- 0i>
l

->

° t£
||

xaî
(f.

[j.sO

û[i.ôv
32 ~ 33

tov
...]

Xivcv

s8t8a<rxov xat
k'zipyov-y.i

fj.sTa
lv.

tôti

Trarpiç

Èxa0eÇ6[Jt.Yjv
tlr-r/a'.

115)...

zz\}.z-..'.

tsU y.ij[xcu, -isar. ouv

Sixaiot

sûp(<jxovcai

;

Asyst ajTw
29. xo -apo!
|

|

:

'iYjarcftç'

7tevn/)xcVT;a.

Sixai(ov)
|

|

Etsep^tuvrai

|

?o rcapaScao

a;
j

|

rjoEp^ov. xai

|

to jcapa8i<jio.

30. wtoxpotOetç
31. JtaXY)v
|

.[iepitov
|

EÇsp^ovxe
|

[xupis.
|
|

otai
|

-apaotao

ju(ov)
|

£xaO££a>jj.O!y.

32-33.

~o<sz

o'./.îo:

eupotoxovxat
F. Barlh.
I

jcevTOtxovTa.
àiroxpi8eiç pr., 7rpbç tov

T/io-oûv add. G; locuom. P ; post ÔuTta F 6u<rtaJ àva:pepo|xsv7) pr. G iusta arfrf. /' (ex erronea lectione «prava » pro « v' raï ») 3i] et P; owi. £ Xéyet] è?eX8oûaai] ix xoù dûp-axo; pr. G; om. f L daéç>ei add. V\ Bixaimv] ffrjjiepov adrf. G 7rapayévw[Aat] xai] nam P iv t<3 7iapa5si<7wj inter iustos L •/ovtat] spy/jvxai G hOilie pr. A 7tap. 2° offl. A. venio S iv z& Ttapaôsiaep 2°| svSoÔev G xai xypis offl. A J"| nôaan] àrcox. - Àsyst] et dixit B. 5 30. 'A7toxpi6ei; ck ô] à os G; om. L -^(xépiov o»(. L .S è?ip-/ivTai] al sïa£o-/6p.evat G; quae egresiaiv add. G; sunt add. L

29. Kaî]

'0 8s B.

G

L
[

P

|

£Ï7t£v]

tus est [ad
;

dominum

adcl.

']

5

iv xtà 7iapa8E:ffw

|

|

|

|

\

:

|

\

|

|

|

|

|

\

|

diuntur L

\

i% toj

x6<7(j.oy] cv 1(0
I'
\

7:apa5e{

<(yw> G; de
\

corpore cotidianis diebus L; ex hoc
e!7i£v 7ipoç

mundo
est
ei

quolidie

)iv£i - 'I-^^o-j?] à7roxpifj£t;

8è 6 'Iyi<jûû;

aordv

G;

et locutus

<m>
31.

[om. P] lesus 5; dixit Iesus L ipst; p.ûpiai] Tpeï; sluiv G; Amen dico tibi xh. animae egrediuntur de corpore singulis diebus L; y in circula- ind. ccc. i.\\.

m

scripta

Omissa sunt sequentia in L usque ad IV, 6. B. >iya aJtû G; et iterum B. dixit V ; et dixit B. P tov X6yov om. P xà; ôjaiaç] victimam i' à7roxpi9ci; - ajxû] et respondit Iesus P; et dixit ei 7| aûtô] npbç aùxôv G ameu ôis 7J aoi] vobis V \lo-j 1°] Bartholomee add. V ôxi xaî p-sxi] à6ia/.£Î7txto; (Brinkmann; Bonwelsch post E. Kurtz àSiaÀûxw;; àôî àXûira) o»i. S.

P

;

tria millia V.

\

ITi).tv
|

ô B.] ô

<8è>
|

|

|

|

\

|

|

corf.)

pr.

G

\

iraxpâ;

[xou]

jioy
:

o»«.

G.S; ad dexteram add.

P Lmea
|

/

a

/".

/iô resecta

periit,

finis v. est in

G S

xai [om.

V] iv Tin 7rapa3sï<7w * xa6' éxâ-rrr)v [om. S] xà; ôuacaç

[xyjv Ouffîav .S] £8£y_6p.riv.

32-33.

Codex G in

/?is

ot. arfeo dissonat
:

ab

H

et

rimus quant conlationem
«J'Usai

32 àuoxpiôct; Se ô Bap8a)).wp.aïoç
;

S ut textum integrum ponere malue)iy£t aûxû xûpie, xp£tç p.6vov
-

ÈEIpxovxai
33

xa6'

ixàaxriv

Aéya
XéyEi
-

a-jxw à

'I^to-j;'

(jl6).i;

ai

7î£vxr,xovxa xp£Îs,
sic

àya7ir|:

(xou.

ITâXiv

Bapf)o))-(Djj.aroç

xai ttw; xp£Ï; jxovov £Ï(7£py_ovxat
v

xbv 7tapà6£tcrov

Aéyet

a-jx<ô 6

'Irioo-j;'

ai ij.évxoi 7t£vxrixovxa xp£Ï; Etiip/ovxat £Ï; xov 7iapàôst<rov v^xot a7rox:9ov£Îff'.v
(

xai Ei; xbv xôXtcov 'Aopaàjji- ai 8è Xotîtai
bxt o-jx £iatv
...]

ia<îtv

Bonwetsch)

eiç

xbv tottov

xr,ç àva<jxào-£(o:,

al xpetç
:

w;

a-jxai ai 7i£vxT]xovxa.
si tria

et dixit B.

Domine,
:

miUia (tantum add. P) S; initium clausulae
[aut
i%o\t.o...

restitiien-

dum

videlur in
|

H

si

xf£ïç [xOpiai ôp.o\3

forsitan
|

piôvai)

|

ix xoû x6ap.oy] ex hoc

mundo 5
Iesus S
|

irdaai - Sîxaiot]

quot animae ex

Tt£VTr,xovxa]

yix VIII (H pro

N

;

iuslorum S Xéyet - 'ft)<roO;] et [om. V] dixit Bonwetsch : X) P; dilecte mi add. V.
eis

.

190
34

.

REVUE BIBLIQUE.
xiipie,

Aéyei

ocÙto)

Bapôo^o^aïoc"

^oaai ùvycti rj^spicv vsvvwvTat

sv

Aé*fe[i aùxÇ)
35

|

é

'Iy)œcuç' [Ma

jjlovyj

iceptTTY; tcov s^ep'/opiivtov
sîpfvjvYjv
|

sx tou xoa^ou.
à<pavv;<;

Kat TajTa Xéy/ov-oç xjtou, Bwxev aùtoîç
»

xaî

s^Ivet:

az

9

5

~>

auTtov
papôoXofjLSo;
|

34. auxo
35. sSoxev.
34.

siixepiwv
|

yevovit
|

|

xo
|

p.ovei

|

rcEpsiTtç (sic) to e|sp)(op.svov.

Aéysi

-

B.]

et

dixit

B.

P

|

aùxû om.

V\ Bac9.]
picSvov

6

B.

G
|

|

xûpis o;«.

x6<7fi<<>]

uotou

||

(f. 9')..

<

<j>u

> /as,
èx

xûpie, év

x6a|A<o 7rEptaaai èyÉvovxo

G

-?)jj.Épiov

P

|

tû] hoc

P

Xéyei -

'IïjuoO;]
\

et locutus est Iesus
to-j xoitjaou]
|

P

^.<5vy]]
|

G 5

|

irepiTTiq]

jtepMTffevsxai

G

(

-ovca

Bonwetsch)
pr.

yevvàTai

tyvyri

G.
\

35. Kai] Sa

P

xaviïa - aùtoû] postea

V

>iyovTo; aùtov] ).£ydvT(wv)
...

G; om. F

|

eSwxev] et

P;

lesus pr.

V

|

aùxoîç

...

àrc' aùxcôv] ei

ab eo

F.

(i4

suivre.)
Rome.

Farnborough.

André Wilmart

0. S. B.

Eugène Tisserant.

OSÉE

VII, 3 sqq.

ET LES DERNIÈRES ANNÉES

DE SAMARIE

Si l'on fait

exception de van Hoonacker, tous les commentateurs

récents d'Osée vu, 3 sqq. se sont laissé guider par Wellhausen, et ont reproduit, à peine modifié par quelques nuances, le sentiment

qu'exprimaient en 1892 les Skizze und Vorarbeiteri. Au v. 3, la lecture îrwoi était préférée à Massor. inattfi; v. 4 passait pour être un raccord d'une glose à deuv mots authentiques (Nowack, Harper), sinon même un accolement de deux gloses; la fin du v. 5 (après
l'athnah), d'importance secondaire, sans doute, semblait en
état

mauvais

quel qu'ait été enfin le début du v. 6, l'on devait accepter au milieu de la ligne une vocalisation D.1SN recom-

de conservation;

mandée déjà par
essentielles

le Targum et la Pschitto. Ces mesures critiques donnaient au passage le sens suivant. Les gens d'Éphraïm ont consacré par l'onction des rois et des princes [Kônige ..., Fùrs-

ten...

:

Marti,

Nowack, après Wellh.), mais
«

ils
»,

agissaient alors avec
les princes se sont

perfidie et duplicité.

Au jour

de notre roi

ou bien les Éphraïmites ont plongé roi et princes dans les fumées de l'ivresse. La colère enflammait le cœur de ces gens, mais ils surent la contenir jusqu'au matin, tel un four embrasé qui flambe encore au petit jour c'est alors, sans doute, qu'ils dévorèrent leurs juges et abattirent leurs rois. Ce développement bizarre et qui semble incohérent ferait allusion,
le

échauffés dans

vin,

:

parait-il, à un événement de l'histoire récente, et les contemporains, suffisamment avertis, devaient saisir facilement la pensée du Prophète. Israël a choisi rois et princes sans tenir compte de la volonté de Jahvé les rois qui régnent à Samarie en ce temps sont donc des
:

monarques impies
s'était

et illégitimes. Ils

ont obtenu le pouvoir, grâce à
:

leurs compatriotes, par la perfidie et la déloyauté

fomentée pour

les

une conjuration porter aux premières places, et le complot

192

REVUE BIBLIQUE.
« le

a réussi

jour de notre roi

».

Cette dernière formule étonne et
:

il

au moment où l'oracle se s'agit n'était donc point reconnu de tous, prononçait, le roi dont il peut-être était-ce le dernier roi légitime aux yeux du Prophète, celui auquel s'attachaient toujours dans leur fidélité un groupe plus ou moins restreint de partisans. Les conjurés, en tout cas, ont préparé
est manifeste

qu'Osée l'emploie à dessein

unguet-apeus pour se débarrasser du roi et des juges, ront le coup d'Absalom à Ba'al Hasôr (II Sam. xm, 23
:

ils

renouvelle-

Pendant une fête de nuit, le roi et ses courtisans ont bu avec abondance; les factieux qui sont au repas cachent leurs sentiments tant que se pourvienne le petit jour, les nobles épuisés auront perdu suit l'orgie toute conscience et toute force, ce sont autant de victimes qui tomberont sous les coups assurés des assassins. L'affaire s'est passée dans
sqq.).
:

les derniers

temps de

la royauté éphraïmite, peut-être
«

même

pour-

rait-on préciser davantage.

Les circonstances du meurtre du roi
»,

Zacharie semblent visées, vu, 3-7

phètes, p. 4). Marti reporte l'épisode

van Hoonacker [Petits Proau mois suivant, « wahrscheinlich in die erste Zeit Menahems, der Sallum, den Morder Sacharjas, des Sohnes Jerobeams, nach einmonatlicher Regierung besiegte, aber offenbar selbst noch nicht ûberall sich Anerkennung verschatft
écrit
(vgl. II Heg. xv, 13 ff.) » [Dodekapropheton, p. 60); Duhm, dans ses Anmerkungen zn den Zwôlf Propheten (ZATW'., 1911), p. 25, embrasse le même sentiment. Ce serait avec plus de raison pourtant

natte

qu'on songerait au meurtre de Pekahja, frappé « dans la citadelle du palais royal de Samarie » par son adjudant et cinquante conjurés de Gile'ad (II Reg. xv, 25); on pourrait aussi remettre l'aventure à plus
tard et
tion s'était ourdie et qui fut frappé

de Pekah contre lequel une conjurapar Osée (II Reg. xv, 30). Pure affaire de goût, d'ailleurs, et que chacun jugera à sa convenance! A une question ambiguë, il peut être plaisant de hasarder une réponse, et les esprits les plus sérieux ne dédaignent pas de s'arrêter au lieu aux charades qui sont susceptibles de plus d'une solution

commémorer

l'assassinat

:

d'en demeurer à ce jeu

futile,

peut-être ferait-on

œuvre plus

solide

en s'assurant tout d'abord du lumière des documents qui nous apprennent ce que furent les dernières années du royaume d'Israël. La lecture proposée inîÇO» n'a point l'appui des Mss. et V. 3. des Vss., mais elle trouve un ferme soutien dans le passage parallèle Os. vin, h (Wellh., Valeton, Now., Marti, Harper). Sans doute, les princes ne reçoivent pas l'onction des rois et, dès lors, il peut être
texte d'Osée, puis en le relisant à la

surprenant que

les

uns

et les autres paraissent ici établis sur

un même

OSÉE

VII,

3

SQQ. ET LES DERNIÈRES ANNÉES DE SAMARIE.
....

193

plan (Hoon.). Mais l'opposition des deux termes

VVCM

....'p'npn
:

en vin, 4 montre qu'il ne faut point trop presser

le

sens de inu?a"

l'auteur n'entend point dire qu'une onction fut départie aux princes

comme aux
die,

rois;

il

affirme plutôt que le roi auquel l'onction fut don-

née n'était point destiné à la recevoir, mais qu'il la reçut par perfi-

de

même

que

les princes

furent établis par la fausseté dans une

place d'honneur qui ne leur revenait point en justice, que les uns
aussi bien

appelés,
,

que l'autre occupent indûment une situation où les a non la volonté de Jahvé (vin, 4), mais le caprice d'Éphraïm. ....D 'Vtf ...."pD D'après Sept., on traduit généralement, rois...

princes

...

A

la vérité, l'aoriste in^Qi
27
,

ne peut guère s'entendre qu'au
:

sens fréquentatif (Ges.-K.
oint plusieurs fois rois et
cette action

par le passé, Éphraïm a déjà § 107 e) princes en semblables conditions. Pourtant
répétée une fois de plus, et maintenant ce
le

mauvaise

s'est

sont encore un roi et des princes illégitimes qui détiennent
voir
V.
:

pou-

de
4.

là,

l'opposition

du singulier

~]bi2

au pluriel

D"»"nZ7-

Di2N:o qSd.
le

— Le Prophète vise,
:

ou bien
le

les

Éphraïmites qui

consacrèrent

roi et les princes,
le

ou bien

roi et les princes qui

furent consacrés par eux
sujet de la phrase.

— Quelques Pères de
comment
les
«

contexte seul permettra de juger du
l'Eglise avaient déjà certaines

difficultés à expliquer

Ephraïmites ou les personnages

en cause pouvaient
(Knabenb.,
b'SJfo nhz
le

être adultères

comme un
95,

four qui chauffe
Curs. Scr. S.)

»
:

Comm.

in Pro/j/i. min., p.

clans le

depuis lors, on a renoncé à toute explication. L'ingénieuse lecture

de Hoon.
l'état

est d'ailleurs fort

heureuse

et

rend compte pour

mieux de

présent de Mass.
(1),
....

:

tout autant, sinon plus

que

la

lecture aTisia (Oort, Valeton)
intéressante de Syr cAmbros-

elle

peut s'appuyer sur
(tous
...

la

leçon

^^

voov^
est

brûlants.

Il

est vrai

que

cette leçon

du

C.
...

Ambros.

manifeste m eut une

correction

adroite de

^^

(tous

adultères), et

que

l'édition d'Urmia, après les

polyglottes, indique sufiisamment qu'ici Syr. s'entend avec les autres
Vss.

pour témoigner du texte mass. actuel. ...."22. L'on est d'abord tout surpris de voir Yun considéré comme un mot féminin, et pourtant aucun Ms. ne témoigne de

nSNG

la

forme masculine

~\'J2

(cf.

rètes avaient noté

comme
Duhm

de Rossi, Yar. lect., III, 115). Les Massoétrange cette présence du féminin nyj2,

(1)

L'hypothèse récente de

(1.

c.)

D^SN

V2-

hSd

(ou J27]) n'explique pas aussi
le

facilement le texte mass. actuel.
portait
infra).

Au

lieu

de cette annonce banale d'une glose,

texte

une pensée nouvelle
REVUE BIBLIQUE 1913.

et précise

qui répondait en quelque manière à vu, 5 b (voir
T. X.

N.

S.,

13

194

REVUE BIBLIQUE.
et
le

hapax en tant que le mot était écrit défectif En fait la Bible elle-même (Levit. xxvi, 26),
6, etc.;
lîoji.,

accentué mil'êl

(1).

Targum (Onk. Gen.
vi,
4-,

xv, 17; Levit. xxvi, 26) et la Misnâ (Bab. mes. n, 2; Kel. Ohal. v, 1. etc.), les langues sœurs (ass. tinûru;
d'où
le

fem.

I«qji;

5,

syr.

ar.
(2).

,yj),

ne permettent pas

le

moindre
les Vss.,

doute sur
fautif
:

le

genre de T:n

Notre texte actuel est donc sûrement

reste à trouver le texte original. Si

nous consultons

nous constaterons que Sept., xaiôp-evoç il; 7ce<j>iv, et Syr., ic^si-iop ^;, supposent également une leçon nsacb lin. Que ce ne soit pas là l'original même, un coup d'œil sur le contexte suffît à l'indiquer. Il n'empêche pourtant que le texte suivi par ces Vss. connaissait avant le mot nsN les deux lettres oS, et celles-ci peuvent être difficilement U qui se trouve, défiguré encore, en autre chose qu'un reste de

2

>

même

milieu, au v. 6 (voir infra). La phrase, qui se lisait
v.

TUn

"

--

WDh TJi, pouvait donc être un doublet de
critiques avaient de

6,

et la

plupart des

Leur bonnes raisons pour la juger adventice. plus près. Il est curieux jugement cependant doit être examiné de que, si semblables à leurs débuts, les vv. V' et 6 se poursuivent en autre façon, et l'on devra tout de suite admettre la possibilité que le premier de ces vv. ne soit point le décalque de l'autre, par conséquent ne s'affirme point en surcharge, mais qu'il prépare et équilibre comme parallèle celui qui suit. Or, justement Vulg., saccensus a coquente, témoigne très fermement en faveur de l'hébreu, et il se tjipeut que Tgm. NDinrtJ ]inVîîn, soit issu d'un texte mixte hsn L'hébreu, qui s'écarte davantage de v. 6. a donc plus de chances
ici

m

d'avoir gardé l'original, et tout indique

comme

primitive
...

la

lecture

proposée par Oort (TheoL Tijdschr., 1890,
"PÏN9 ....nSND.

— Les Mss. hébr.
soit là

p. 480),

on

ijra.

hésitent sur la présence
la

du

waw

IYDW>. Dans
et
il

un

cas, Kennicott relève

se

peut que ce

au contraire un reste du primitif

forme

rVDttPP

en n£N
;

rvnttfi

tien recom-

Now. Le waw intérieur, qui se présente aminci et étranglé dans un Ms., qui a disparu complètement dans onze autres, était rejeté à la fin du mot dans le texte intéressant qui se trouve à la base de Vulg., quievit paululum civitas ("P" T>îTï ratzn),

mandé

à bon droit par Wellh.,

peut-être aussi dans celui que lurent Sept.,
-vjç

(eîç rcé^iv) v.oc-y.v.y:y xy-z:
i

à-b

yXo-yôç

(TVO

^W)

(3).

Au

contraire,

Tgm. prPTipD
Ginsburg,

]"hv n'affîr-

(1)

La Mass. porte jnSo
Cf. aussi Albrecht,

"ill

btybol
Is.

bft

V

Cf.

The Massorah,

l,

3

6

(hapax en tant que défectif
(2) (3)

et milra',

\x\iv.

9).

Das Geschl.

Adiré

vrai, je crois

cl. hebr. Hauptwôrter, dms ZATW, 1895, p. 88. beaucoup plus probable une confusion entre le grec xataxaù^aTo;

et xaTa7tavy.aiOi;, l'équivalent

même

de nïi&l.

OSÉE

VII, 3.

SQQ. ET LES DERNIÈRES ANNEES DE SAMARIE.

195

mait le waw en sa même mot (ons/a
V. 5. "iSnn
....

vraie place que pour oublier la dernière lettre
i2tP). Ici donc,

du

une

fois

de plus, notre confiance
à entendre

doit rester au texte mass. actuel.

av.

On n'aura
si

point d'étonnement

parler du roi en ce contexte,

déjà en cause au

v. 3.

remarqué qu'un roi unique était Pourtant Kennicott mentionne treize Mss., et de
l'on a
(et

Rossi en compte huit de plus, qui portent l^aSo; Sept, et Syr. lisent
aussi le pluriel.
Il

est

curieux qu'ici nombre de Mss. grecs
(3.

arabes,
et

d'après de Rossi) témoignent d'un autre suffixe,
ceci n'est peut-être

j;xwv (ddidSd),

que

la correction réfléchie

d'un original étrange.

En

Tgm. pointe dans cette direction, et sa teneur, lNijm M2V pnafft] Jirpby, ne se comprend que sur la foi d'un primitif Daibnn av. Le parallélisme marqué de ce vs. avec vm, 4, indique assez que c'est là
effet,

la leçon

authentique

:

l'hébreu actuel semble dès lors provenir de la
l

disparition du d final, puis de la confusion habituelle de

et \

3

et 3,

sur la lecture des

Sept. (DDibon, Sept.

DD^San
à

et

nécessairement

p3"oba, D^bn, aisbD, imSd).
...."ptfD.

— Les Comment,
:

s'accordent

trouver incompréhensible

ce

groupe de quatre mots

pourtant l'ensemble est témoigné correct

les Vss., à l'exception toutefois de Tgm. qui, cette fois encore, nous indiquera la route à suivre. r~\^ -;: (compar. Ms. grec Q, lv

par

et celui-ci même peut être dû à une double lecture de la lettre unique S. Nous devons compter en conséquence avec la possibilité d'un hébreu Tri iWID.

-y yv.pij

suppose un original Yfn DWO,

V. 6. 021x2...

mp-13.

Sept, hésitent entre rpïp et

de

même,
ou

lit

n~p qui convient d'ailleurs au sens.

— Le mot

imp;

Syr.,

02b a été
et Ar. le

jeté ici

là,

un peu au hasard, dans

le texte actuel. Syr.

trouvent aussitôt après
trent après n:rc. mais

mp;
un

Sept., Vulg., ainsi

que Mass.,

le

rencon-

Ms. héb. (Kenn. 161) proteste contre cette

place fautive par
finiJiaDriNa,

suppose que

une note Dlb xb; enfin Tgm. pnib 13:2 NYUrn le mot suit immédiatement 1"2, lequel de
TJn. Cette dernière disposition rappelle
j'ai

son côté flanque
v. i,

le substantif

et fait

souvenir des hésitations que

signalées entre deux

vieilles lectures,

comme un

four brûlant, eux,

...

brûlant, leur

cœur.
ici

Au v. i, les lettres dS marquaient assez le tronquement de 02S; même, les finales ai de lénigmatique 021x2 présentent une autre

mutilation du
lut le reste

même
il

mot. La première lettre en étant tombée, chacun
pouvait, en l'unissant toujours au

comme

mot précédent,
èv

bnsn

:

Sept, entendirent 021112 qu'ils traduisirent avec justesse
aÙToùç; plus tard,

70) y.rrxpajss'.y

on comprit 021x2 qui a passé dans

les Vss. et

que

les Massorètes signalèrent

comme

hapax. Tgm. con-

196

REVUE BIBLIQUE.

mais son texte qui portait ici un doublet avait gardé aux côtés de la restitution hypothétique le texte original. Aujourd'hui notre texte hébreu rend toujours témoignage de ces errements du mot perdu 02b au travers de la phrase.
naissait déjà cette lecture,

D'après ces notes de critique textuelle,
présentait

le texte

d'Os,

vu, 3-7

se

donc comme

suit.

...

-ba-ïin^p'i

ansrp

3

var.

dsS) en

"ixr'a

"flan
...

ma
...

d^eik obs

4

ïwn

iydw» insfc

n^ben dv
...

5

i-i

burn
6

anb

iy'3

tuna mp"i3

Avant que nous puissions traduire,

ment sur
v. 5.

les relations

il nous reste à porter un jugemutuelles des vv. 4 et 6, enfin sur la teneur du

L'on a déjà remarqué que vv. 4 et 6 formaient parallèle, apportant
l'un et l'autre la

même image du

four qui brûle et l'appliquant aux

mêmes
moins

individus. D'ailleurs v. 4 semble

bien authentique, tout au

les objections

des Comment, ne tiennent pas devant un simple

rétablissement critique de 1HSN

du

texte.

De ces données,

il

résulte

que l'un
DiiSN (6)
ici

des versets pourra être expliqué par l'autre. Dès lors, le
est corrélatif
(4) et

mot
:

s'entend dans le

même

sens

accepter

une vocalisation particulière et une signification spéciale, là en adopter une autre même sur la foi de Syr. et Tgm., est sacrifier manifestement à l'illogisme. Or, au v. 4, le sens n'est pas douteux on met cause quelqu'un qui a pétri la pâte et attend sa fermentation en r-£k (4) et n~2à (6) désignent donc le boulanger qui a chauffé le
:

:

four dont on parle. Si l'on s'exclame sur une pareille lecture du
et'

v. 6

qu'on la

mette en question (Wellh.

:

ihr (?/) Bcicker), c'est tout

simplement que l'on n'a point compris ce qui précède. Osée dit (4) et redit (6) que les gens en cause sont tout enflammés, que leur cœur, qu'eux-mêmes sont pareils à un four qui chauffe; étant donné l'équation ainsi établie de ces gens et de la fournaise ardente, pourquoi le prophète ne parlerait-il pas du boulanger qui embrase ce four, ou si l'on aime mieux, ces cœurs? On voudra bien admettre qu'Osée pouvait être plus fidèle à développer ses images et moins incohérent dans Il y a ses figures de langage que tel ou tel savant de nos jours (1).

(1)

C'est avec

une grande justesse que Budde

écrit

:

«

Hosea

ist allen

ùbrigen Prophe-

OSÉE VU,

3

SQQ. ET LES DERNIEKES ANNÉES DE SAMARIE.

197

longtemps qu'on a renoncé à l'identification proposée par W. R. Smith de ym (6) avec \aw, et que l'on traduit exactement dormir : un rapprochement de ce mot avec ityn mn^ (i) aurait assuré davantage
encore cette
peut-être, et
il

même signification
un
(4).

et épargné par ailleurs des hésitations contre-sens. Si le boulanger dort pendant la nuit (6),

a donc cessé son travail

V.

Hoon. ne va pas plus
le

loin, et

il

appuie
à ses
tien-

ce sens sur le seul verbe

ma»*, tandis que

yeux le sujet de la phrase; d'un autre côté, nent unis les deux mots, considèrent le second
et
,

mot suivant forme les Gomment, qui

comme un part. hiph. expliquent cette jonction d'après Ges.-K. 27 g 1 20 b. En réalité, mur se construit avec ^n et un infinitif (cf. Ex. v, 5; Job xxxu, 1 Ps. lxxxix, 45; Jer. xxxi, 36; Ez. xxxiv, 10), et c'est un cas analogue que pré;

TW, que Vulg.. paululum civitas, avait lu écrit deux fois, mais isolé sans le d, ï>" peut être un infinitif régulier d'un i"î? correspondant à Tiy (cf. ar. j*b faire acte de vivacité) il est beaucoup plus
sente
v.

4.

;

probable

(1)

que nous avons
i

confusion habituelle de

et

mot v? lui-même, dénaturé par la \ De même que les vv. 4 et 6 mentionlà le

naient à double reprise le four qui chauffe et le boulanger, de
qu'ils identifiaient la nuit
l'a pétrie,

même

au temps où
ils

la pâte
le

de

même

aussi

opposent

fermente après qu'on sommeil de l'artisan à sa

veille.

Comment devons-nous entendre la dernière partie du v. 5, et quel sens faut-il donner tout particulièrement à iSnn? Ar. et Mass. (le mot est signalé hapax ont vu ici l'hiph. de rnn. Cet exemple isolé aurait
i

besoin d'être garanti. Or Ges.-K.

un
à

causatif

§ 53 e, qui admet cette forme comme du Kal à sens permansif (devenir malade, puis continuer
.

27

,

l'être),

ci d'ailleurs

cherche seulement à expliquer la ponctuation massor. Cellene saurait trouver un appui dans l'aph. ^~of, car le syr.

ne possède plus le Pe al correspondant, et nous avons là seulement un cas de la subsistance du causatif aux dépens du simple à une période tardive. En pareil contexte iSnn ne peut être que l'hiph. régulier de SSn dès lors, le mot qui suit nnn se présente à nous
:

comme un

infinitif. Sept.,

Vulg., Syr., qui traduisent s échauffer, con-

sidèrent par conséquent ce dernier verbe

terminaison féminine de
ten,

Dm

=

ar.

^

comme

l'infinitif

correct à
Il

(2) (déjà v. Hoon.).

est vrai

mandweiss

Jeremia etwa ausgenommen, durch den Reichtum seiner Bilder ûberlegen, und niesie so voll auszufuhren und auszunulzen wie er». ZA., 1912, p. 32. (1) L'idée de colère paraît secondaire en ar., et,.- semble différent de ftC qui nous ' concerne.
(2) Il

vaudrait mieux encore rapprocher de

Drp

l'ar.

,^ (par métathése de l'yôd),

d'où

dérive justement le mot

V^j

force alcoolique

du

vin.

198

REVUE BIBLIQUE.
(cf.

que *=^

ses

dériv. *^j,
v

_5

*aj)
le

s'entend à

l'origine des désirs
le sens

amoureux de
d'entre?'

la femelle, et

que

verbe hébreu a toujours

ou demeurer en

chaleur. Mais le radical ar.

accepte aussi le

sens plus général de s'échauffer
être aussi s'agiter

(d'où «»-j jour de chaleur), peut-

avec bruit); enfin

comme un le nom non

fiévreux (d*où

«^

vol à tire-d'aile
le

et

qui dérive de crr (d'après

type n:r

de W">) (1) parait avoir passé progressivement par les sens de philtre d'amour, poison (2), boisson échauffante, d'où échauffement, passion, fureur d'amour ou de colère (3). Je ne vois pas dès lors qu'on puisse
objecter quoi que ce soit à la lecture de v. Hoon., et celle-ci, plus

que

Oettli, Now., tient compte de l'ordre masdu reste par toutes les Vss. sor. des mots, témoigné Nous pouvons maintenant traduire le texte d'Osée.
la lecture ]*

nonc de

3. 4.

Dans leur malice, ils ont consacré un roi, Comme un Eux tous, des furieux
!

et

dans leur duplicité, des princes!
ils

four embrasé, tels

sont

:

Celui qui les chauffe peut

cesser sa

veille

depuis

le

pétrissage

de

la

pâte

[jusqu'à sa fermentation!

5.

les princes commencèrent à s'échauffer dans le vin Le jour où ils firent un roi, 6. C'est que leur cœur brûle Sa main commande à des bredouilleurs [comme un four embrasé
! !

:

Tuute

la

nuit peut sommeiller celui qui

les chauffe,

au matin

il

est

ardent

[(encore) de feu et de flamme!

La pensée du Prophète

est nette et l'image qu'il emploie, suivie

:

l'une et l'autre se développent en

deux strophes simples et aux pard'après vv. 1ties justement équilibrées. Voici que les Éphraïmites ont établi sur eux-mêmes un roi et des 3, c'est d'eux qu'il s'agit princes. C'était là une méchante entreprise, mais la malice et la duplicité dont les auteurs de ce bouleversement ont fait preuve n'é-

taient pourtant qu'à moitié raisonnées

:

ce sont, en réalité, des fous

furieux! Le second couplet précise l'affaire. Ceux qui ont consacré le roi, ce sont les princes déjà mentionnés; qu'ils aient agi en forcenés, rien d'étonnant
son,
et le
:

dès

le

premier jour,

ils

étaient pris de boisà

roi

qn'ils ont

fait

commande maintenant

une bande

Barth, Die ISominalbildvng*..., g 62 e. Dans ce sens, il est identique à l'assyr. imtu. dont la signification originale est expliquée en IV Rawl. -, xxvi, 2, 15-18, par BAT-MUS, le venin du serpent, et imat zukakipi, le venin du scorpion, et dont les significations secondaires, fureur, colère, sont connues L'on comparera ar. **=»., venin de guêpe ou de scorM (cf. Lenormant, TSBs. VI, 168 sqq.
(1) Cf.

(2)

.

:

pion, eth. ^«p»^(3)

:

fiel,

d'un inusité

( j„*i>tD

t

échauffer.
et

Le dernier sens, déjà en assyr., mais surtout en hébreu

aram.


OSÉE
VII, 3

SQO. ET LES DERNIÈRES ANNÉES DE SAMARIE.
les

199

d'ivrognes (comp.
rain
Is.

ivrognes d'Ephraïm, dans l'oracle contemposi

xxviii, 1). Mais
:

leur langue est pâteuse, leur

humeur

est

surchauffée

c'est

un four qu'on
il

a bien allumé et qu'on peut négli-

ger dans
Quoi est

la suite,
le

sera encore tout chaud à l'heure de la cuisson. a

chauffeur dont l'action

enflammé de

telle

sorte les

nobles d'Israël? le vin, sans doute, d'après notre texte. Si pourtant

nous jetons les yeux sur les phrases qui suivent, il deviendra bien probable que c'est encore quelque autre chose, et que nous n'avons point ici une peinture à vives couleurs d'une folle orgie sans préméditation et sans conséquences.

Les Ephraïmites n'ont point agi à

ia légère,

puisqu'on les accuse de
ont offensé par leurs
le

malice

et

de fausseté
(0*3,73, v.

:

c'est

Jahvé

même

qu'ils

fourberies

13), et leur duplicité se
et

manifeste dans

choix;

qu'ils firent

d'un roi

de princes, sans avoir reçu au préalable pareil

que Jahvé ait eu par eux connaissance de Us ont multiplié les révolutions, dévoré les juges, jeté bas leurs rois, sans qu'aucun parmi eux ait songé à crier
ordre de Jahvé, sans
leurs desseins (vin,
\
i.

même

vers leur Dieu, à s'assurer

vu,

7). D'ailleurs il

de ses désirs, à se garantir sa faveur ne semble pas qu'ils aient cédé à leur caprice du

jour en bouleversant ainsi en élevant sur
le

pavois le présent

ne s'en

ira point

avec

les

gouvernement, et aux vapeurs du vin, roi. Leur manque d'intelligence fumées de l'ivresse, et les effets de cette
le

stupidité qui s'est manifestée dans l'élection royale seront désastreux.

— Ephraïm
:

est

une galette qu'on n'a point retournée sur

les

char-

bons

partout où la braise aura porté trop vive, la croûte sera cal-

cinée, et

il ne restera au kurs que certaines parties cuites à point et mangeables. Or des étrangers ont dévoré celles-là mêmes, les parties

saines et fortes

du pays,

et

Éphraïm n'y
(1

a pas fait attention (vu, 9)
ici et là

!

On
:

est allé plus loin (dj)!

Des captifs

ont été jetés
(1. c-.)!

chez lui

Éphraïm

n'a point voulu le

remarquer

Par suite de

la dispari-

tion de ces tranches de gâteau où l'étranger a posé les dents, en conséquence d'un essaimement des colonies de captifs clans le pays même, Israël se trouve tout mêlé de peuples divers '^"ir* ... n^z'jz. vu, 8). Ephraïm est encore une tourterelle stupide et sans réflexion « ils
:

coquelinent

(2) l'Egypte,

en Assûr

ils

s'envolent

(3) » (vu, 11").
»,

Leur

malheur sera de
(1)
(2)

s'être

«

effarouchés ainsi loin de Jahvé
lire

et leur

Au

lieu de HZ^ù?,

absolument incompréhensible en ce contexte,
vieille

n'OÏÏJ.

J'emploie

cette
le

expression, pour

rendre

le

jeu de mots de l'hébreu,
cris, telle

x^r
une

appeler, et N"ip

coq de bruyère. La tourterelle appelle l'Egypte de ses

faisane le cotj, pour qu'il vole à son secours.
(3) «

Richtig ùbersetzt Marti -pri mit ausfliegen (Budde,

1.

c.

en parlant du

v.

12).

200

REVUE BIBLIQUE.
:

perte est certaine

Jahvé étendra sur eux

le filet

de l'oiseleur

et ils

qu'on entendra leur pépiement» (vu, 12) (1). Est-il besoin de poursuivre cette enquête? La page qu'on vient de lire fut écrite alors qu'Israël hésitait encore entre deux politiques, les

tomberont à

terre, « alors

arrangements avec l'Egypte ou l'entente avec l'Assyrie. Alors plusieurs rois et des princes étaient tombés en Israël, et leur successeur actuel n'avait point été choisi par Jahvé, mais par des insensés qui
faisaient le jeu des

grandes puissances
Il

:

en

réalité,

un étranger même
la

avait excité les

nobles d'Éphraïm, les avait poussés aux révolutions et
s'est

avait causé l'anarchie.
qu'il était

tenu tranquille par

suite, assuré

habile et rusée

de recueillir en son temps tous les fruits d'une politique le boulanger pouvait dormir après avoir allumé
:

son four, à l'aurore
pétri la pâte et jeté

il

le trouverait

ardent et chauffé à point;

il

a

dans sa masse le levain amer, qu'il se repose maintenant, déjà le mélange tourne à l'aigre et s'apprête pour la on ne se soucuisson. En Éphraïm, il faut qu'on ait perdu la tête vient de rien, ni des territoires ou des parties saines de la population
:

qu'a enlevés l'étranger, ni des exilés qu'on a établis de droite et de gauche dans le pays. Au lieu de se souvenir et d'agir en conséquence,
l'on discute sur le secours à attendre

de l'Egypte ou de l'Assyrie
exil

'

Jahvé oublié abattra Éphraïm
secours
(x,
3, 7).

et le

punira par un

en Assûr

(cf.

vm,

10; ix, 3; x, 6; xi, 5 etc.), sans que son roi actuel lui soit d'aucun

Nous venons
désiguer les

une carte muette contours, nous devons rappeler
d'établir

:

s'il

faut maintenant en

l'histoire

même

des der-

nières années de Samarie.

Sallûm, après

Zacharie, le dernier roi de la maison de Jéhu, est massacré par c'est que la prossix mois de règne II Heg. xv, 13)
:

tituée d'Israël

a donné pour

fils

au prophète Osée

Izre'êl

au

nom

symbolique (Os. i, mort lui-même par Menahêm, un

3 sqq.). Quelques semaines après, Sallûm est mis à

homme

ou

officier

de Thirsâ, lequel

s'empare à main armée des portions du royaume fidèles encore à l'ancienne dynastie. L'ambition seule fit-elle agir Menahêm, on ne
saurait le dire; en tout cas, pour se maintenir sur le trône et affermir
sa puissance, le

nouveau

roi

dut s'assurer

l'appui

de

l'Assyrie.

Tiglath-Pileser

III

(Pûl), qui venait

de réduire
v. 5.

la Syrie septentrionale,

(1)

Lire DrUSrS avec Budde, et comp.
:

Ql^ïS

Ici

encore les gens d'Éphraïm n'ont

plus la parole nette et assurée

de

même que

leur pensée est de travers, leur langue n'est

plus correcte. Ces francs buveurs en étaient a l'instant au bredouillage; ces oiseaux qui cherchent l'étranger ne gazouillent plus de tout leur gosier, ils souffrent de la pépie (Budde
:

sobald

man

ihr

Welschen

hôrt).

OSÉE

VII, 3

SQQ. ET LES DERNIÈRES ANNÉES DE SAMARIE.

201

mentionne dans
(alu)

10)

:

les premiers rangs de ses vassaux Me-ni-hi-im-me Sa-me-ri-na-ai (Ann. 150 III Rawl. ix, 3, 1. 50; Rost, pi. xv, nous sommes en l'an 738. Il n'est pas sûr même qu'avant ce
:

temps, Samarie
en
effet,

n'ait point
:

déjà payé tribut

:

un passage fragmentaire

des Annales (Ann. 83 sqq.

Lay. 45b; Rost, pi.

xm

b, 2

sq

{.)

nomme

parmi

les tributaires précédents,

Rasùn [de Damas], Kustaspi

de Kummuh, [Hirùm] de Tyr, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui firent hommage avec Menahêm en 738 le roi d'Israël ne paraissait-il point, lui aussi, dans ce même contexte aujourd'hui tout tronqué et lacuneux? Quoi qu'il en soit, en 738, « Menahêm donna à Pùl mille talents
;

d'argent afin que ses mains fussent avec
la royauté

lui,

pour

qu'il rendit

ferme

en sa main

» (II

Reg. xv, 19).

fin au pouvoir de Menahêm, en temps qu'à l'influence de l'Assyrie en Israël; Pekah, le nouveau roi, par son alliance avec Rasûn de Damas, par son hostilité à l'égard d'Ahaz de Juda, indispose l'étranger, et Tiglath-Pileser agit à plu-

Une révolution nouvelle met bientôt

même

Nous savons, par la liste des éponymes, ». La petite inscription III Rawl. x, 2, 17 sqq. (Rost, pi. xxv, 6), nous donne d'ailleurs sur cette marche des détails intéressants, malheureusement fragmentaires « ... une
sieurs reprises contre lui.

qu'en

73'* le roi est «

en Philistie

:

ville

de Ga-al-('

-...) (1),

{une

ville de) A-bi-il-ak-(ka)

qui se trouve au

bout du Bît-Hûmri..., ..Ai (2) large (3) dans son é(tendue) en pays d'Assûr je transformai ; mes employés [en tant que) gouverneurs, (sur eux je pla-)çai. » Et, après avoir résumé la marche victorieuse du roi
contre Gaza,
le

même

texte, toujours fragmentaire, poursuit
(la nobles)se

:

«

Le

pays de Bît-Hûmri...,
roi
ils (h)

de ses homme(s)

(h)...

l'ensemble

de ses gens, (leurs biens, au) pays d'Assûr j'emmenai. Pa-ka-ha leur
(abat-)tirent et A-u-si-' (en qualité de roi) sur
d'or,
les

10 talents
d'Assûr je

1.000 talents d'argent em-)menai. »

(6)

d'eux je reçus

eux je plaçai. et (au pays

(1)

Le texte présente
ici.

la

première haste des signes za ou ha

:

ces signes pourtant sur-

prennent
(2)
(3)

Hommel complète {Nap-ta)-li. Ou plutôt éloigné (cf. Sarg.. Cyl.
à propos
le

marque
indique

dans leurs
(4)

19). C'est ainsi que Sargon (Nimr., Lay. xxur, 8) redu pays de Ja-u-dû que son emplacement est éloigné. Cette rubrique point extrême qu'avaient atteint les prédécesseurs du roi ou le roi lui-même campagnes antérieures.

Je complète ...il-lut amilu... eu (e-te-)il-lut amilû{-ti-su).
ses

Ou

pourrait aussi pen-

ser à {me-ti-) il-lut amilù[-ti-su), la vaillance de
le

hommes.

L'abstrait est

employé pour

concret, ses
(5)

hommes

nobles, ses

hommes

vaillants.

En

Rost, pi.

XXV, Ui

la lecture
(6)

(a-)du(-uk) de

KB

signes ii...b>i de is-ki-bn sont visibles et ne permettent plus II 32 d'après III Rawl. I. c.

Chiffres douteux.

202

REVUE BIBLIQUE.
sait

On

que ce

récit

ne
la

se
1.

lit

point dans les Annales. Celles-ci, en
les

revanche, apportent à

227

renseignements suivants

:

«

[Da)ns

mes premières campagnes, l'ensemble des villes [du Bît)-Hûmri... de lui f avais pillées, et la ville de Samarie toute seule je lui avais
lais{sée)...

Leur
tort

roi...

» (Lay.

66; Rost, pi. xxn).

Un second
:

frgm.,

numéroté à

Annal. 229

et

qui ne

fait

point la suite pourtant de ce

donne des détails d'une autre sorte « ... comme un ouragan,... territoires du pays de BU-(Hûmri) ; ... bara (1), 633 prisonniers delà ville de..., ... Hinatùna (2), 650 prisonniers de la ville de Ka(-na) (3),... ad-bi-te, 650 prisonniers de la ville de
qu'on vient de
lire,
.

.

.

Irru(-na)
Rost, pi.

(4),... ville

de

Arûma

(5), ville

de

Marûm

(6) » (Lay.

29 b;

Nous avons un double de cette même liste dans un frgm. qu'on regarde d'ordinaire comme une partie de Lay. 29 b, « 655 prisonniers..., et qui ne nous donne que des mots isolés [prisonniers)..., avec leurs biens..., des montagnes élevées... » 1S.5W

xvm

b).

:

(Lay. 72 b; Rost, pi.

xvm

a) (7).

Ces documents, pour morcelés qu'ils soient, nous apprennent que
Tiglath-Pileser parut plusieurs fois en Israël, et abattit en plus d'un

coup

l'hostilité

de Pekah.

Il

ne semble point d'ailleurs qu'il y

ait

lieu de reporter l'une de ces
(1)

campagnes

(Lay. 66)
xix, 14;

au temps du
II

roi

Probablement (Gimti-Ha)-bara, Geth-Hepher de Jos.
III, 44)

Keg. xiv, 25; d'après
2, 43.
(1.

Robinson [Pal.,
(2)

aujourd'hui el-Mesed. Cf. Sanda,

MYAG.,

1902,

mentionné el-Am. (Knudtzon) 8, 245; Jos. xix, rapprochement de ce nom de ville avec la mention des montagnes
est

Hinatùna

14.

Sanda

c), après

un

(inscr. suivante, Lay. 72),

pense à Gefât-Jotapata.
(3) Le mot est complété de la sorte par Rost. Comp. Ka'nô, Thutmosis 26. Aujourd'h. H. Kana dans la plaine d'Asochis (Sanda). (4) Irruna paraît identique à *Aruna de Thutmosis 27, mais différente de Y'Aruna de Thutm. Ann. pass. et de Sesonk 31, laquelle se trouve au sud du Carmel. (5) Il est

des plus invraisemblables qu'au milieu de localités galiléennes on voie appa-

raître ici Y Arûma de Jud. ix, 41 (el-'Ormeh

au

S.

de Naplouse). Sanda identifie de Thutm. 12 et de Rames

la ville

en ne

question au H. Rûme, également dans
(6)

la plaine d'Asochis.

Marûm,
si,

la

Merùm

biblique et

la

Marama

II.

— Je

sais

au lieu des villages proposés par

Sanda, on ne pourrait pas songer à certaines

de Mêrôm [Marûm). ...bara rappelle l'Achabara de Josèphe (B.j., II, xx, 6; Talm. (Neubauer, Géogr., 226), et auj. 'Akbara. Hinatùna est identifié souvent à Kefr 'Anàn (Survey \VP. Memoirs, I, 203; Armstrom, Wilson et Conder, Naines..., 79). Si on localise Kana à Kânat el-Gelîl, qu'est-ce donc que le mot complet ou fragmentaire
localités voisines

Vita, 37),

...ad-bi-te

que présente ensuite notre texte? Je
en réalité
si
:

me demande
(lat.) i,
1

si

le

signe

reproduit

ad
la

n'était point

dans ce cas, Si-bi-te serait philologiquement identique à
et notre

nSÏ du Talmud (Neub., 227), la Sephet de Tob. Anima ne serait-il point er-Râme, le har-Ràmà de
(7)

Safed actuelle. Enlin

Nephtali (Jos. xix, 36)?
:

c'est également un Lay. 72 b se réfère aux mêmes événements que Lay. 29 b catalogue de prisonniers et qui est noté juste avant la révolte de Mitinti d'Ascalon. Mais

les

deux fragments n'appartiennent pas
l'autre, les lignes

à la

même

pièce

:

les interlignes diffèrent en effet

de l'un à

ne se complètent point, et l'un des fragments enjambe en un

b point sur le texte de l'autre (Mitinti sar As.. Lay. 72

...

Askaluna Lay.

29').

OSÉE

VII,

3

SQQ. ET LES DERNIERES ANNEES DE SAMARIE.

203

Osée, et c'est écrire une page neuve de l'histoire que d'expliquer cette invasion plus récente par une révolte des Éphraïmites contre un roi
intronisé et soutenu par l'Assyrie. Les inscriptions brisées de TiglathPileser

ne forment point

la suite

d'un

même

récit

:

Smith remarquait

jadis que Lay. 72 racontait les premiers événements, et Tiele dans sa Babylonisch-assyr.

Geschichte

trouvait déjà vraisemblable

que

Lay. 72

-+-

29 ne

faisait

point corps avec les Annales.

Pekah renverse à Samarie le vassal fidèle des Assyriens; à Gaza, Hannon s'est révolté. Une première fois, Tiglath-Pileser s'avance vers
le sud;
il

érafle le Bit-Hûmri,
(2),

s'empare d'une
le
«

ville

de

Gai'...

(1),

d'Abêl Beth-Ma'kà
il

des territoires à l'extrème-nord d'Israël, et

se presse

d'avancer vers Gaza. C'est là
fut-il

but de sa campagne,

au pays de Philistie ». Les deux années suivantes, l'Assyrien était retenu « au pays de Damas ». C'est qu'auparavant Pekah et Basûn de Damas s'étaient entendus
aussi le

lima de 73 ï

dûment

caractérisé,

pour imposer leur politique aux voisins plus faibles, qu'ils avaient été contraints de lutter contre Ahaz de Juda, cherchant à renverser les Davidides de Jérusalem, prêts à tout du reste pour s'assurer des forces contre l'étranger vainqueur. Mais Tiglath-Pileser ne leur laisse pas le temps d'accomplir leur dessein jusqu'au bout les Annales racontaient comment il vainquit Basùn et ruina le pays de Damas; par Lay.
:

29 4- 72, nous savons encore quel fut le sort d'Israël. Dès 734, les Assyriens s'étaient assurés de la pointe du Bit-Hùmri, puisqu'ils y
avaient placé des officiers (Pet. inscr.,
ils
III

R. x, 2)

:

pareils à l'ouragan,

s'avancent maintenant plus loin, fondent sur la Moyenne ou la
elle coïncida,

Basse-Galilée, dévastent les villes et enlèvent leurs habitants. Cette

seconde campagne en Israël parait être de 732 t-il, avec la ruine de Damas ou suivit de peu la

:

semblesyrien.

fin

du royaume

Tiglath-Pileser, une fois de plus, continua sa route vers la Philistie,
(1) II Reg. xv, 29 mentionne à cette occasion 73nj- " es t difficile qu'il s'agisse là de la Transjordane méridionale, car le mot parait encadré de noms de villes ou de districts de Gile'ad s'étend Galilée. Peut-être faut-il entendre la chose au sens de Deut. xxxiv, 2
:

jusqu'à Lais-Dan,

et,

en tant que territoire oriental, s'oppose à

«

tout Nephtali

»

(même

expression en

II
1.

Reg. et Deut.).
la ville

On

sait

qu'Osée

ivi, 8)

connaît une ville de Gile'ad.

En IIIRawL,

c,

de Ga-al-('-

...)

parait précédée des

deux signes

...ni-te,

qui sont

évidemment les restes de ...{sa a-ah tâmtim e-li-)ni-te; du reste, la ligne d'avant mentionne une localité de Raspuaa (quelque ville consacrée à Resef, en tout cas, ni Arsûf
la

future Apollonia, ni Ruseif en Galilée et loin de
la

ta

Mer) située aussi sur
intérieure,

le pi.

littoral

de

mer supérieure

(en opposition à
...)

Raspùna sur

la

mer

— Kost,

xxiv
le

c).

Cette ville de Ga-al-{'-

qui se trouvait ainsi non loin

de

la

Mer, dans

voisi-

nage d'Abêl Beth-Ma'kà
...im (? Raspùna). fut

et au bout du Bit-Hûmri, avec le territoire qui s'étendait depuis annexée à l'Assyrie et soumise au gouvernement d'un SU-VD. sak<'

(Rost,
(2)

1.

c).

Transcrit Abilakka pour Abil (W)a'ka.

204
et s'apprêta

REVUE BIBLIQUE.
à réduire un autre des alliés
(1),

Mitinti

dWscalon

:

mais déjà celui-ci avait été frappé d'épouvante en apprenant le sort terrible de Rasùn (Ann. 236). Le roi d'Assyrie pourtant ne prend point de repos, il retourne vers l'Orient, ramène à la fidélité Samsi, reine
des Arabes, soumet les tribus du désert, Mas'ai, Timai, Sabéens,
:

etc.

Cependant une tragédie se jouait à Samarie affaibli par les campagnes précédentes de Tiglath-Pileser (Ann. 227), le parti au pouvoir
était

incapable de s'y maintenir; une conjuration se formait contre
et les

Pekah,
la

éléments favorables à l'Assyrie assuraient

le

pouvoir au

chef des révoltés, Osée.

Comme

l'événement se passait au temps de
les

marche des Assyriens contre

Arabes, l'auteur de Pet. inscr.,

III

R. x 2, pouvait le raconter avant cette

marche même, tandis que
après
(2).
II

le

rédacteur de Lay. 66 en faisait récit

sitôt

Ces deux campagnes de Tiglath-Pileser, que i'auteur de

Reg. xv, 29

pouvait grouper sous une
plétait

même rubrique, puisque la seconde comseulement la première, cette avancée continuelle de l'Assyrie
les

auraient dû pourtant ouvrir

yeux de tous en

Israël et

montrer
:

le

sort qui attendait le peuple à bref délai. Point

du tout

les

événe-

ments les plus graves se succèdent sans qu'on veuille les remarquer. « La force du pays » a été dévorée par l'étranger (Os. vu, 9 a ), la
région du Nord riche et vaillante (Pet.
inscr.,
III

R. 7, 16) a été
Bit-

annexée à

l'Assyrie (3)

:

on ne s'en soucie point. Les gens du

Hûmri ont été déportés, l'ennemi a fait le relevé par villages du nombre des captifs (Lay. 29 -h 72) à la place des exilés, suivant la coutume assyrienne, des colons étrangers ont été placés ici ou là dans
;

(1)

Que

Mitinli d'Ascalon, en

ennemi de

l'Assyrie, ait agi

de concert avec les rois de
II

Damas

et d'Israël

dans leur lutte contre Ahaz, cela paraît bien ressortir de
les

Chron. xxvii, 18.

Ahaz, menacé à Jérusalem par

Syriens et Éphraïmites
1.

(Is.

vu), dépouillé de ses villes

de l'Ouest par
(Il

les Philistins (II Chr.,

c), frustré de ses possessions de l'Arabà par Rasûn

Reg. xvi,

6),

en appelle à son suzerain et Tiglath-Pileser réduit successivement tous ces

ennemis de
(2)

l'Assyrie.

Ceci revient à dire qu'Ann. 227 nous place juste au
il

Les gens du Bit-Hûinri ont été emmenés en esclavage;
été considérablement réduit,
«

même point que Pet. inscr. 16. y a déjà eu plusieurs expéditions
le

de Tiglath-Pileser, celle de 734 et celle de 733 ou plutôt 732; enfin
la

royaume de Pekah a
je lui avais laissée ».

ville (territoire)

de Samarie seule

Ann. 228 commençait le récit de la révolution qui amena Osée sur le trône (= Pet. inscr. 17), mais la suite est perdue; nous savons qu'Ann. 229 appartient à un autre contexte. 3 264) remarque que l'Assyrie s'est emparée de Gile'ad (voir pourtant (3) Winckler (KAT. pag. prec, n. 1), c'est-à-dire de la région qui a produit tous les agitateurs et usurpateurs précédents, Sallûm (de Jabes), Menahêm (le Gadite), Pekah ou, du moins, la bande de conjurés qui assurèrent son emprise sur le gouvernement. Par ailleurs, Is. ix, 20
,

nous apprend qu'au temps de la guerre contre Ahaz, il y avait des luttes intestines entre « Éphraïm » et « Manassé » la paix est faite sans doute pour l'instant, puisqu'il ne reste plus à Pekah que le territoire de Samarie (Lay. 66). « Das ist der Grund, warum nunmehr der Frophet Hosea fast nur noch Ephraïm, aber nichtmehr Israël nennt » (Winckler, Le.).
:

OSÉE
le

VII, 3

SQQ. ET LES DERNIERES ANNÉES DE SAMARIE.
b
)
:

205

en un mot, de toutes façons Israël est mêlé parmi les peuples (Os. vu, 8). Hé! qu'importe tout cela? Éphraïm, l'Éphraïm qui reste, n'en a cure n'est-il pas en sécurité lui-même, puisqu'il vient de faire le coup d'État sauveur? Osée, lisons-nous en II Reg. xv, 30, forma une conspiration contre
pays
(Os.

vu, 9

:

Pekah

mourir et régna à sa place. TiglathPileser affirme d'autre part que les gens d'Éphraïm se révoltèrent contre Pekah, mais que lui-même plaça Osée sur le trône (Pet. inscr., III R.j. Les deux documents ne sont point en désaccord, et ils trouvent leur commentaire dans le passage du Prophète que nous avons étudié (Os. vu, 3 sqq.). Les partisans de l'Assyrie en Éphraïm ils créent le roi et les princes agissenf au mieux de leurs intérêts qui favoriseront une politique de conciliation et de vasselage. Fu:

l'ayant frappé,

il

le

fit

:

rieux de tous les

maux

qui viennent de s'abattre sur

le

pays, les

nobles en ont rendu responsable, non pas l'étranger qui les causa, mais le roi Pekah qui les fit venir sur Israël ils sont ardents à causer
:

sa perte, et

un

si

beau

zèle ne peut qu'être entretenu par les émissaires

de l'Assyrie. Tiglath-Pileser
son four
ait
:

la pâte lève

un boulanger habile qui a bien chautfé sous l'action du levain et sans que l'artisan
est
3, 4).

besoin de s'en occuper davantage (Os. vu,
s'il le

Lui-même,

il

peut

dormir
il

veut, ou,

comme

il

n'est pas

homme

à céder au sommeil,

peut s'en aller guerroyer chez les Arabes. Le feu continue le chaufvoici qu'il dévore maintenant les juges, partisans fage de l'appareil
:

de Pekah; de

même

que ses prédécesseurs, Pekah lui-même tombe

(1)

dans

la révolte (Os. vu, 7).
le

En

pareilles conjonctures, consultera-t-on
/.

Jahvé sur

choix d'un nouveau roi? Personne n'y songe (Os.,

c.).'

Non!

le

monarque ne

sera point l'élu de Jahvé, et Dieu n'aura point
:

Osée sera directement connaissance des princes choisis (Os. vm, 4) l'élu de l'Assyrie, et Tiglath-Pileser put noter en toute franchise que
c'était

lui-même qui
s'est

l'avait élevé sur le trône.
:

L'on

acquis en Éphraïm la bienveillance du Grand Roi

qu'a-

t-on à craindre désormais? Assuré du lendemain, on peut vivre sans soucis, se plonger dans les plaisirs et ne rêver que fêtes. En Juda,

quelques années plus
veillant au
soir
le

tôt, Isaïe

attaquait les joyeux compères

« s'é-

matin pour
le vin les

faire la chasse

aux liqueurs, s'attardant au

pour que

échauffe

»,

tambourin,

le vin,

du vin à guerre pour mêler gens de
la flûte, et

eux qui ont « le kinnor et la harpe, boire;... gibborîm s'il faut boire
les alcools! » (Is. v, 11,

12 a

,

22).

(1)

Comparer

les locutions parallèles,

Pakaha sarru-sunu iskipû

(Pet. inscr., III R. 17),

et

iSsJ DiToSa

(Os.,

1.

c).

206

REVUE BIBLIQUE.
les «

Chez

ivrognes d'Éphraïm

»

(Is.

xxviii, 1), la

bonne humeur

est

de tradition, et l'on continue
Couchés sur des
lits

les orgies

qu'avait connues Amos.

d'ivoire,

étalés sur leurs divans,
!

Mangeant les agneaux du troupeau, et les veaux de l'étable Modulant au son de la harpe, tel David, ils croient s'y connaître en chansons! Buvant dans les coupes le vin, d'huile de qualité ils se baignent!
Et
ils

ne souffrent point de

la

brisure de Joseph.

(Amos,

vi, 4-6.)

Depuis
fent

le jour qu'ils ont élevé Osée sur le pavois, les nobles s'échaufdavantage encore dans la boisson; leur vie n'est qu'insouciance
:

et plaisirs violents

le roi

n'a plus sous la
ils

(Os.

vu, 5)! Des affaires extérieures
tête et, stupides

main que des bredouilleurs se moquent bien! S'il arrive
tourtereaux, affolés,

pourtant que celles-ci s'imposent à leur attention, les voici qui per-

dent la

comme une bande de
l'homme de

volent de droite à gauche implorer bienveillance ou secours. Ce sont
des partisans de l'Assyrie, Osée est
Tiglath-Pileser
:

ils

engagent néanmoins des pourparlers avec l'Egypte et, à l'heure qu'il faudrait une décision, hésitent encore sur le parti à prendre (Os. vu, 11). Il serait possible que ces douloureuses constatations du Prophète aient été faites au temps de Salmanasar, alors qu'Osée de Samarie commençait imprudemment des entretiens diplomatiques avec le roi Sô' d'Egypte (II Reg. xvn, 4). Ces gens qui ne connaissent plus le langage distinct ni la pensée droite ont négligé d'appeler Jahvé à leur aide (1) Jahvé les jettera à terre quand ils voudront s'élever et préparera leur châtiment (Os. vu, 12). L'Assyrien sera leur roi Éphraïm, l'âne sauvage qui reste seul, pliera l'échiné à son tour sous les fardeaux du roi des princes (Os. vm, 10).
:

:

Angers.

Léon Gry.
(I)

C'est le grief que relèvent dans leurs temps

même

Isaïe et Jérémie.

Pour

se défendre

contre l'Assyrie ou les Chaldéens, on appelle les secours de l'Egypte et on oublie d'invoquer

Jahvé

:

l'Egypte ne sera d'aucune utilité à ceux qui se fient en

elle.

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL'
(Suite)

1

)

Du troisième voyage apostolique nous connaissons approximativele terminus a quo et le terminus ad quem : c'est d'une part le printemps de 53, car entre le deuxième et le troisième voyage saint

ment

Paul resta quelque temps,

woiVjaaç ^pôvov xiva, Act.,

xvm,

23, dans la

emprisonnement à Césarée. Entre ces deux points extrêmes, les Actes fournissent des données précieuses, mais incomplètes si nous savons que l'Apôtre séjourna environ trois ans à Éphèse, Act., xix, 8.10..., et trois mois en Achaïe,
:

capitale syrienne; c'est d'autre part son

nous ignorons quelle fut la durée de ses visites aux chrétiens et de Galatie et quel temps fut nécessaire pour 1 evangélisation de l'illyrie (2).
3,

xx,

de Phrygie

La fixation de la date de l'emprisonnement de dépend du sentiment qu'on adopte sur l'année de
lix et

saint Paul à Césarée

la destitution de Féde l'arrivée à Césarée de son successeur Porcius Festus puisque l'Apôtre fut retenu prisonnier deux ans par le premier et envoyé à Rome, au tribunal de César, par le second, vers les débuts de sa ma:

gistrature (Act., xxiv, 27;

Schûrer
la date

l'a fait

remarquer

xxv; xxvi, 1). Malheureusement, comme (3), on ne peut déterminer avec certitude
et

de la destitution de Félix

par suite celle de l'arrivée de son

successeur.
duites et

Néanmoins les chances d'erreur ont été notablement rél'hésitation ne peut porter que sur deux ou trois ans. L'ar-

rivée de Festus ne peut être postérieure à l'été 62, puisque à cette

(1)
(2)

Voir Rev. bibl., janv. 1913, p. 36-53.

Rom., xv,

19.
e

Jiïd. Volkes, t. I, 4 éd., p. 578, note 38. note un abrégé de la controverse et la bibliographie du sujet.
(3)

Geschichte des

On

trouvera dans cette

208

REVUE BIBLIQUE.
il

date

fut

remplacé par Albinus

(1); elle
;

de

soi,

être postérieure à

Tan 61
:

il

est

même peu

ne peut non plus, cela va probable qu'on

puisse la reculer après 60

peut-être aurait-on de la peine à placer

au cours d'une anuée les événements qui s'accomplirent sous le gouvernement de Festus et dont Josèphe nous a fait le récit (2). Par ailleurs, une indication fournie par les Actes, xxiv, 10, établit que la en eifet, vers les destitution de Félix n'est pas antérieure à 59 ou 60
:

débuts de

sa captivité à Césarée, saint Paul disait à ce magistrat

:

Je

%o\sais que tu gouvernes cette nation depuis beaucoup d'années, X&v è-wv. Comme Félix était entré en fonction en 52 ou 53 (3), saint

H

Paul ne pouvait tenir ce langage que cinq ou six ans plus tard, c'està-dire en 57 ou 58. Cette date est communément admise. Cependant, depuis quelques années, un groupe d'historiens et de critiques éminents, tels qu'A.

Harnack, 0. Holtzmann, Blass (4), s'appuyant sur la chronique d'Eusèbe et sur une indication de Josèphe, ont placé en 56 l'arrivée de Festus à Césarée (5) ce qui avance de quatre ans toutes les dates de
:

chronologie de saint Paul. Leurs arguments ont été examinés et réfutés, semble-t-il, par d'autres historiens et critiques de valeur
la

de renouveler une discussion qu'on manuels du JNouveau Testament (6). Mais il faut faire observer que sur ce point l'inscription de Delphes nous fournit une lumière nouvelle et qu'elle dérange complètement les

comme

Schurer.

Il

est superflu

peut

lire

dans tous

les

combinaisons d'Harnack et de ses amis. L'incident de Gallion s'étant produit sinon au début de 52, du moins dans l'intervalle compris entre la fin d'avril 51 et la fin d'avril 53, on ne peut placer entre
cette date et

56

le

troisième voyage apostolique et la première capti-

vité de Césarée.
quand, le jour de la Pentecôte, quatre ans avant la guerre (1) Albinus était procurateur, judéo-romaine, sept ans et cinq mois avant la ruine de Jérusalem, un prophète du nom de Jésus, fils d'Ananie, proféra de sinistres prédictions sur le sort de celte capitale, Jos.,
Bel. Jui., VI, v,
(2)
3. Cf.

Ant., XX, ix,

1.

Ant., XX, vu, 9-11.
:

« Claude chargea Félix, frère de Pallas, de gouverner la Judée. (3) Jos., Ant.. XX, vu, l Et la douzième année de son règne (qui commence au 25 janvier 52) achevée, il fit don au roi Agrippa de la tétrarchie de Philippe et de la Batanée... » Tacite, Ann., XII, liv. raconte la destitution de Cumanus, prédécesseur de Félix, en faisant l'histoire de l'année

52 (d'après
(4)

Schiirer).

A. Harnack., Die

Chronologie der altchrist lichen Litteratur
s.

bis

Eusebius,
125
et
s.,

t.

I,

p.

233-240; O. Holtzmann, Neutestamentliche Zeitgeschichte,

1895, p.

248;

Blass, Acta Aposiolorum, 1895, p. 21 et 423 et s. (5) Revue biblique, 1897, p.
(6)

Par exemple, Jacquier, Histoire des livres du Nouveau Testament,
t.

1. 1,

p.

16 et

s.;

Zahx, Einl. in das T. N.,

II,

dernier chapitre.

I

NE INSCRIPTION DE DELPHES ET

LA.

CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.

209

Le troisième voyage apostolique commence donc au printemps de 53 pour se terminer à la Pentecôte de 58 (1). Saint Paul reprit ses
courses aux beaux jours de 53 et consacra vraisemblablement une

année à
peut
le

visiter les chrétiens

de Galatie et de Phrygie. Autant qu'on

conjecturer,

il

arriva au cours de l'année suivante à Éphèse

où son séjour, interrompu probablement par une visite à l'Église de Corinthe (2), se prolongea près de trois ans (3). Il reste encore une année pour l'évangélisation de l'Achaïe, de l'illyrie et le retour à Jérusalem à travers la Macédoine (4). Et maintenant revenons en arrière. De l'incident de Gallion nous pouvons remonter jusqu'au concile de Jérusalem, au premier voyage apostolique et à la conversion de saint Paul. Le concile de Jérusalem ayant précédé tout au plus de quelques mois le deuxième voyage apostolique (5), dut avoir lieu au cours de
l'année 49.

Le premier voyage apostolique sera placé avec assez
blance de 45 à 48. Son terminus ad
il

d<>

vraisem-

quem

est fixé

par

le concile

dont

fut

séparé par un temps notable

(6), et

son terminus a quo paraît être

mort d'Hérode Agrippa survenue en 44 (7). En effet, saint Luc, qui d'habitude expose les faits dans l'ordre chronologique, fait d'abord le récit de la mort d'Hérode et ensuite celui du premier voyage aposla

tolique de saint Paul.

De la date du concile, nous pouvons remonter jusqu'à

la conversion

de saint Paul et juqu'aux événements qui précédèrent son premier

j

grand voyage apostolique. Sur cette période, nous possédons deux données importantes, l'une dans l'Épitre aux Galates, l'autre dans la deuxième Épitre aux Corinthiens. L'Apôtre écrit aux Galates qu'après sa conversion à Damas il partit pour l'Arabie et puis revint à Damas, i, 16-17. Trois ans plus tard, il monta à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas et demeura quinze jours auprès de lui. Ensuite il se rendit dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie, i, 18-24. Quatorze ans plus tard, il monta de nouveau à Jérusalem avec Barnabe et Tite pour conférer avec Pierre et d'autres apôtres et leur exposer l'Évangile qu'il prêchait aux Gentils, n. Nous savons, d'autre part,
(1) Act.,
2

xx,

1(3.

II

Cor.,

xiii, 1.

2.

(3)

Act., x\, 31.

(4) Act.,
(5) Act.,
l'.r.iv

xx; xxi. 1-16; Rom., xv, 19.
xv, 35
:

lïaj/o; ôà
IIaO).ci;'

/.où

Bapvâêa; oiérpioov

Èv

'AvT'.o/îîa

..

u.ix'x

<5î'

tivk; riui^a;

Ttpbç

Bapvâêav
:

èzi<7TpÉ'i/XvT£;...

Act., xiv, 28
los.,

Paul

et

Barnabe
:

Ant., XIX, vni, 2

oisTpiëo'v Se ypovov oux ônyov ffùv toi; Agrippa mourut après trois ans de régne.

[iz.Qr xa.ï;.
l

REVUE BIBLIQUE 1913.

— N.

S.,

T.

X.

14

210

HE VUE BIBLIQUE.

par la deuxième Épitre aux Corinthiens, xi, 32, qu'après son retour d'Arabie, au moment où il dut s'enfuir de Damas, Act., îx, 24, 25, cette ville était au pouvoir d'Arétas, roi des Nabatéens. Malheureusement ces diverses données, en apparence si précises, donnent lieu à plusieurs difficultés qu'il faut résoudre sommairement.

A

partir de quel

moment

faut-il

compter

les trois

années qui
ces

datent le premier voyage à Jérusalem? Est-ce à partir de la conversion,

du départ pour

l'Arabie ou

du retour à Damas? Toutes

cipal

hypothèses sont possibles. Cependant la conversion étant le fait prinmentionné par saint Paul, il semble bien que dans sa pensée
de départ des
trois

elle est le point

années. Par contre, qiud est le
le

terminus a quo des quatorze ans qui datent

voyage de Paul à

la

capitale juive pour conférer avec Pierre et les Apôtres au sujet de

son Évangile? Faut-il compter de ce voyage à la conversion 14 ans

ou 17? Beaucoup de commentateurs, entre autres Cornely, font comles 14 ans au premier voyage à Jérusalem, Gai., i, 18, ou, ce qui est la même chose, aux débuts apostoliques de saint Paul en Syrie et en Cilicie, i, 21. Ils font remarquer, en effet, que la conjonction

mencer

ensuite,

ercsixa,

i,

18,

21; n,

1,

répétée trois

fois,
:

partage en trois

époques le temps écoulé depuis la conversion voyage en Arabie, premier voyage à Jérusalem, autre voyage à Jérusalem; que iràXw (ëicetTcs 5ià csy.aTSscràpiov ètiov TcaXiv àvéêvjv) fait allusion formellement au premier voyage à Jérusalem, u, 1, que l'auteur emploie deux
prépositions distinctes,
\j.z-y.

-pix

Ityj,

i,

18, oix osy.zTsssxpwv hwv. u, 1,

que od intraduisible en français marque le temps écoulé depuis le dernier événement, interjectis quatuordecim annis. Ces raisons sont plus spécieuses que solides. Il n'est pas certain, en effet, que ïr.i'.-.y. soit ici une conjonction marquant une succession chronologique. ilâ>j.v fait sûrement allusion à un premier voyage à Jérusalem, sans
indiquer
la
le

point d'attache des 14 années.

Au

a été bien traduit par
fois

Vulgate post annos quatuordecim; mais encore une

quel est

le

point d'attache de ces 14 années?
tation n'est pas sans difficulté.

On

verra, d'ailleurs, que dans la

reconstitution chronologique de la vie de saint Paul cette interpré-

11 est plus important et plus délicat de décider avec quel voyage de saint Paul dans les Actes il faut identifier celui qu'il fit 14 ans après sa conversion pour exposer son Évangile aux Apôtres (1).

une première une deuxième fois avec Barnabe, à l'occasion d'une famine, pour porter des aumônes aux chrétiens éprouvés, xi, 27-30; une troisième fois avec Barnabe, à la fin du premier voyage apostolique ù l'époque du
(1)

D'après les Actes, saint Paul, devenu chrétien, monta à Jérusalem
i\,

fois

après son séjour à Damas,

26 et

s.;

x\n,

17;

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.
Presque tous
écule
qu'ils
les historiens et

211

appartiennent, identifient

commentateurs de saint Paul, à quelque le voyage de saint Paul à

Jérusalem à l'époque du concile avec celui qu'il fit quatorze ans ou dix-sept ans) après sa conversion; le chapitre xv dos Actes et le chapitre n de l'Épitre aux Galates ont le même objet, rassemblée des Apôtres, mais saint Luc et saint Paul se placent chacun à son point de vue, le premier racontant en historien, le second faisant son
apologie.

Depuis quelques années, une minorité très résolue (1) adopte une autre méthode et identifie le voyage du chapitre n de l'Épitre aux Galates avec celui de Paul et de Barnabe allant porter des aumônes à Jérusalem, Act., xi, 30; xn, 25. Ce n'est pas le lieu

de discuter

ici

ce problème.

Cependant

il

faut prendre parti sur ce

du moins provisoirement et jusqu'à plus ample information que la première solution, malgré ses difficultés incontestables et incontestées, est plus solidement fondée. Voici pourquoi aussi brièvement que possible.
il

point essentiel dans la chronologie des Actes. étudié de nouveau les raisons pour et contre,

Eh

bien, après avoir

me semble

D'après les Actes,

il

s'éleva

dans

l'Église, à vingt

ans environ de
;

sa fondation, une discussion à propos des observances légales

l'Épitre

aux Galates, considérée isolément, fournit la même donnée et la même date. De deux côtés, ce sont les mêmes personnes qui montent à Jérusalem dans les Actes, xv, 2, Paul, Barnabe et « quelques autres des leurs »; dans l'Épitre, Paul, Barnabe et Tite qui peut être « un des leurs ». Des deux côtés, l'occasion du voyage

:

est la

même (2)

affaire,

personnes qui interviennent à Jérusalem dans cette sont divisées en trois groupes Paul et Barnabe, des mécon;

les

:

concile,

cinquième

\v; une quatrième fois, à la fin du deuxième voyage apostolique, win, 22; une et dernière fois, à la fin du troisième voyage apostolique, \\i, 15 et s. II
le

est

impossible d'identifier

moment Barnabe n'était à l'occasion de la famine ou celui qui eut lieu lors du concile. (1) Belser, Einleitumj in dus X. T.. 1905; V. TVerer, Abfassung des Galaterbriefes vor dem Apostelhonzil, 1900; Id., Die Frage der ldenlitat von Gai., II, 1-20 und Apostg. XV, dans la BMische Zeitschrift. 1912, p. 155-167; Le Camus, L'œuvre des
Apàtres,
t.

voyage de Gai., n. avec celui des Actes, win, 22, car à ce plus avec Paul. La controverse ne peut exister que sur le voyage

II,

1905,

p.

116 et s.;
1907, p.

tians, 1906 [Rev.

bibl.,

435

Round, The Date of St. PauVs Kpistle to tke Galaet s. les éditeurs de la S. Bible traduite en
;

français par Crampon; A. de Boysson, La loi et la foi, 1912, p. 6 et s. et d'autres ; que mentionne Weber à la fin de l'article précite. Paul et Barnabe montent à Jérusalem vers les Apôtres et les Anciens (2, Act., xv, 1-3 pour traiter la question de la nécessité de la circoncision pour le salut; Gai.,
:

h,

l, 2

:

accompagné de Barnabe, monte à Jérusalem et expose aux Apôtres l'Évangile qu il prêche aux Gentils or, toute la suite du passage, 3, 4, 5, suppose qu'il posa la question de la
Paul,
;

circoncision et

il

ne semble pas qu'on se soit occupé d'autre chose.

212
tents, c'est-à-dire et les

REVUE BIBLIQUE.
des Judaïsants qui veulent imposer la circoncision

observances légales, Act., xv, 5; Gai., n, k, enfin les Apôtres, Dans les deux xv, 6 et s.; Gai., u, 2, 6 (les plus considérés). passages, on traite la question de l'admission des Gentils dans l'Église.

Dans les Actes, Paul et Barnabe racontent à l'Église, aux Apôtres, aux Anciens, xv, 4,12, ce que Dieu a fait pour eux au milieu desGentils; d'après l'Épitre, saint Paul expose aux Apôtres l'Évangile qu'il a prêché aux Gentils, de peur de courir ou d'avoir couru en L'Épitre mentionne une conférence particulière, n, 2, et va i n
.

la conférence générale; saint Luc, qui, en qualité d'historien, rapporte celle-ci, marque expressément la place d'une réunion avant l'assemblée générale, xv, \. L'eût-il omise, il serait naturel de sup-

omet

Des deux côtés, poser son existence avant la discussion publique. que les observances légales n'ont pas force de loi, et on convient

de

fait Tite

n'est pas circoncis.

En un mot,

la

substance des deux

récits est identique. Les divergences, qui sont

nombreuses, peuvent
:

y a déjà plus de vingt ans, J. Thomas écrivait « Les divergences sur les accessoires ne sont pas irréductibles, mais peuvent être complémentaires. Saint Paul ne raconte pas l'événes'expliquer.
Il

ment en historien qui donne surtout
il

les faits publics et les résultats;

agite une question personnelle : il veut répondre aux calomnies répandues contre lui par les Judaïsants de Galatie et montrer que son autorité d'apôtre n'a pas reçu d'atteinte dans ce voyage à Jérusalem, mais au contraire confirmation. Il insistera avant tout sur les

circonstances plus particulières, plus intimes, et son ton, celui de la polémique et du combat, sera très vif, très animé... L'auteur des

Actes écrit hors de la lutte, en historien, et placé déjà à cette dis-

tance où dans les événements les traits particuliers, intimes, s'effacent pour ne laisser voir que l'ensemble, les faits publics, l'issue

du débat. Son récit est calme, plus complet, il ne se place plus au point de vue spécial d'un seul auteur (1). » Or, peut-on supposer qu'à peu près à la même date, le même fait
s'est

sition n'est pas
être

reproduit deux fois dans des circonstances analogues? La suppodu domaine des impossibilités; du moins elle parait
c'est
(2).
catholique

de la plus haute invraisemblance. En tout cas, admettent sa réalisation à démontrer son existence qui
(1)

à ceux

Mélanges d'histoire

et

de littérature religieuse publiés par

l'Institut

de Toulouse, 1899, p. 28, 29. ont été déjà résolues. Puisqu'on les a ressuscitées récemment, il (2) Les difficultés faut les résoudre de nouveau. 1° Dans l'Épître aux Galates, l'argumentation de saint Pau! exige qu'il ne passe pas Saint Paul, qui fait son apologie et n'écrit sous silence le second voyage à Jérusalem.

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.

213

Faisons la contre-épreuve en comparant Gai., n et Act., xi, 27-30;
xii, 25.

Dans

les

deux

récits,

Paul

et

Barnabe montent

à Jérusalem,

mais

les

Actes ne mentionnent pas leurs compagnons.

D'après

pas une histoire, veut montrer

1

origine de son apostolat, l'indépendance de sa mission
Il

vis-à-vis des Apôtres, la conformité de sa doctrine avec la leur.

n'a

donc pas à menle

tionner
2"

un voyag

j

qui ne la pas mis en relation avec eux. Voir ci-dessus dans

texte.

aucune mention dans l'Épitre aux Galates du concile de Jérusalem qui résolvait la question des observances légales. C'est donc qu'il n'avait pas ou lieu et par suite le chapitre h de l'Épitre n'y peut faire allusion. Saint Paul ne cite, il est vrai, ni la décision solennelle prise en assemblée générale, mais il affirme aussi clairement que possible l'approbation que ni la lettre synodale les Apôtres lui ont donnée, en fait, n, 3, et en droit, n, 4-10, sur la question des obserne s'explique pas que saint Paul ne fasse

On

;

vances légales,
conciliaires.

c

esl-à-dire

ce

qui

fait

l'objet essentiel

de

la

décision et de
la

la

lettre

On
la

ne voit pas par quelle subtilité on regarderait
solennité des débats et le

solution des Apôtres

comme un

laisser-passer et non

constatation,

comme un jugement sur le fond de l'affaire. A côté de celle mode de publication de la décision sont des

il est permis de n'accorder qu'une importance secondaire. Il est à remarque l'approbation donnée par les Apôtres dans une réunion privée avait la même autorite que la décision solennelle et qu'on ne peut assimiler cette réunion privée aux réunions extra-conciliaires des conciles œcuméniques. Ce qu'il importait aux Galates de connaître, c'était l'avis des Apôtres. Saint Paul allirme qu'on ne lui imposa rien de plus sinon de se souvenir des pauvres et parait ainsi nier les quatre prescriptions du concile il faut s'abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, de la fornication, des animaux étouffés et du sang. Mais, si l'on met à part la fornication dont linterdiction devait être définitive, les autres prescriptions avaient un caractère transitoire, basé sur les susceptibilités étroites des judéo-chrétiens. Saint Paul admet le même principe, les mêmes restrictions et dans la pratique il y conforme sa conduite, I Cor., x, 25 et s.; Act.. xvi, 3. Puisqu'il est d'accord avec les Apôtres et sur le fond et sur les détails d'ailleurs accessoires et transitoires, il peut écrire dans son apologie que son Évangile sa doctrine et ses pratiques a été approuvé, qu'on ne lui a imposé rien de plus, sinon de se souvenir

détails auxquels
effet,

quer, en

:

des pauvres. Cf. Rev. bibl., 1907, p. 234. 235.
3° Si
le

chapitre
si

n de
le

l'Épitre

aux Galates

et

le

chapitre

w

des Actes doivent être
les Galates

identifiés,

par suite

concile est antérieur à l'Épitre,

pourquoi
légales

sont-ils

ébranlés par les judaisants?

La question des observances

Apôtres solennellement, définitivement.

a été réglée par les

L'occasion

de l'Épitre n'étant indiquée nulle

part expressément, doit être conjecturée

d'après son contenu. Or, dans l'hypothèse que

nous défendons, nous supposons que les judaisants n'attaquaient pas les décisions du concile que pour ce motif saint Paul n'avait pas à citer; ils les tournaient plutôt, imposant la circoncision non comme un moyen de salut, mais comme un moyen d'arriver à une plus haute perfection, de participer aux privilèges religieux accordés aux Juifs, de vivre en communauté avec eux. Ces derniers points de vue n'avaient pas été envisagés au
concile; aussi les Galates se laissaient-ils ébranler
11-21. Saint Paul, élevant le débat, ne s'arrête pas

comme

saint Pierre à Antioche, Gai., n,

au point de vue des judaisants et il les réfute en traitant à fond la question des observances juives et des moyens de salut- Quand il écrira aux Romains qui n'étaient pas judaisants, il exposera la même doctrine. Quoi qu'on en dise, la question des observances légales n'est pas finie avec le concile c'est à cause des judaisants que saint Jacques, à la fin du troisième voyage apostolique,
:

un vœu de nazaréat, Actes, xxi, 20 que tu enseignes aux Juifs..., le avoir pour sujet que les judéo-chrétiens, mentionnés dans la phrase précédente des milliers de Juifs ont cru et ils sont tous zélés pour la Loi. Ce sont des Juifs qui arrêteront saint Paul, 27; mais saint Jacques craint aussi les judaisants.
conseillera à saint Paul de prendre part publiquement à

Dans la proposition verbe ont entendu ne peut
et
s.
:

:

Ils

ont entendu dire de

toi

214
l'Epitre, saint
rait

REVL'E BIBLIQUE.

Paul se rend à Jérusalem sur une révélation qui pourici,

bien être

comme

dans ses autres Épitres, une révélation per-

sonnelle; dans les Actes, le prophète

Selon les Actes, les deux envoyés apportent y aura une des aumônes; d'après l'Épitre, on recommande à Paul de se souvenir des pauvres. Dans les deux récits, le but du voyage est différent; dans l'exposé de saint Luc, il n'est pas question des observances légales. Les personnes sont différentes les deux envoyés ont la mission de remettre les aumônes aux Anciens de Jérusalem. Non seulement les Apôtres, saint Pierre en particulier, ne sont pas mentionnés, mais le contexte suggère l'idée qu'ils étaient dispersés parla persécution. La persécution d'Hérode Agrippa, la fuite de saint Pierre, la mort du persécuteur sont racontées entre cette phrase ce secours fut envoyé aux Anciens par les mains de Barnabe et de Paul, xi, 30, et cette autre Barnabe et Paul, après s'être acquittés de leur ministère, s'en

famine. —

Agab annonce par

l'Esprit qu'il

:

:

:

retournèrent de Jérusalem, xn, 25.

Si,

comme

d'habitude, l'auteur

des Actes a bien ordonné son

récit, il faut

reconnaître que le voyage
la

de Paul et de Barnabe à Jérusalem à l'occasion de

famine, est con-

temporain de la persécution

et

de la mort

d' Agrippa (1). Ainsi

donc

pour

faire coïncider Act., xi. 27-30;

pléer dans les Actes ce qui forme la

xn, 25 avec Gai., h, il faut supsubstance de ce deuxième pasréalité,

sage. Nous savons que le livre des Actes contient des lacunes notables,

mais l'existence de

celle-ci est-elle

démontrée? En

il

n'y a

qu'une preuve, ce serait l'impossibilité de l'accord de Gai., net Act., xv.

Or beaucoup trouvent cette raison insuffisante. Avant d'utiliser les données chronologiques fournies par l'Épitre aux Galates, il faut chercher à quel moment Arétas, roi des Nabatéens, devint le maître de Damas 2 Ce ne fut sûrement pas avant 33/34, car jusqu'à cette date les monnaies de cette ville sont frappées à l'image de Tibère (3) il n'est pas non plus vraisemblable qu'entre 33/3i et la mort de Tibère arrivée le 16 mars 37, il eût pu en faire la conquête ou l'eût reçue de l'empereur à titre gracieux. A cette époque, en effet, il était en guerre avec Hérode Antipas et avait pu triompher
.

;

(1)

Les documents profanes ne fournissent pas

le

moyen de déterminer avec

précision la

date de cette famine. Elle se renouvela plusieurs fois sous Claude ob assiduas sterilitates,
(2)

Suétone, Claucl., xvm. Cf. Knabenbauer, la Actus Apostol., p. 12, 13, 206. M. Dussaud a prouvé, grâce à la numismatique des rois de Nabatène. que Arétas IV
l'an 9

a

régné de
(3)

avant J.-C, à

l'an 40

après J.-C. Cf. Revue bibl., 1905, p. 146, 147.

Damas portant l'image de Tibère s'arrêtent à 33/34; celles de Néron commencent en 62/63. Au temps de Caligula et de Claude, aucune ne porte l'image d'un empereur romain. A ne consulter que les données de la numismatique, on pourrait croire qu'à cette époque Damas appartenait aux Nabatéens. Mais on a vu dans le texte que des raisons historiques font retarder au moins jusqu'en 37 l'occupation de Damas par Arétas.
Les monnaies de

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.

215

de ses armées. Le vaincu ayant imploré le secours de Tibère, celui-ci ordonna à Vitellius, son légat, de lui envoyer Arétas vivant ou mort. En exécution de cet ordre, Vitellius entra en campagne contre le roi
des Nabatéens et se dirigea vers Pétra, sa capitale, pour en faire le siè^e. Arrivé à Jérusalem, il apprit la mort de Tibère et revint sur
ses pas (1). Si vers ce

temps Arétas avait

tenté

un coup de main
audace
et

contre Damas,

il

n'aurait pas

manqué

d'être châtié de son

l'on peut être assuré que le lieutenant de César aurait fait de cette ville le premier objectif de sa campagne, au lieu d'entreprendre une expédition longue, difficile, peut-être périlleuse. C'est pourquoi on

a supposé avec vraisemblance que Caligula, après son avènement,

en 37, avait donné Damas au roi des Nabatéens comme il donna la tétrarchie de Philippe au roi Hérode Agrippa (2). La combinaison des diverses données chronologiques recueillies dans les pages précédentes nous permet dès maintenant de déter-

miner avec probabilité

la date

de

la

conversion de saint Paul.

Le chapitre n de l'Épitre aux Calâtes ayant le même objet que le chapitre xv des Actes, la conversion de saint Paul a eu lieu 14 ans avant le concile, c'est-à-dire en 35 ou plutôt en 36, si dans le chifPaul a compté pour une année chaque fraction d'année. L'évasion de Damas et le premier voyage à Jérusalem se placent en 38, 39. Entre 36 et 38, 39, l'Apôtre se retire en Arabie et revient à Damas. Doit-on, au contraire, compter 17 ans depuis le concile de Jérusalem
fre 14 saint

jusqu'à la conversion, celle-ci datera de 32 ou 33; or, c'est trop tôt, car saint Paul se serait évadé de Damas à une époque où Arétas
n'était

probablement pas maître de cette ville. Il en sera de même si le voyage de l'Épitre aux Galates, n, est identifié avec le deuxième voyage à Jérusalem, à l'occasion de la famine, en 44 (ou en 45, 46). Il en serait de même, à plus forte raison, si 17 ans s'étaient écoulés entre la conversion et le deuxième voyage. Ce qu'on peut raisonnablement conjecturer au sujet du martyre de saint Etienne, justifie la conclusion à laquelle nous nous sommes arrêté. Un a peine à concevoir, en eifet, que sous le gouvernement de Pilate qui faisait peser une main de fer sur ses administrés et à l'occasion exerçait de terribles représailles, les sanhédrites aient osé intenter une action régulière contre le jeune diacre et surtout le mettre
à mort. Cet épisode ne peut guère se placer qu'au cours de l'an 36.

A

ce

moment,

le

procurateur n'a plus la faveur de son chef immédiat,
1, 3.

(1) Jos.,

Ant., XVIII, v,

(2) Jos.,

Ant., XVIII, vu,
la

Xabataer, dans

2. Voir sur cette question A. Steinmann, Arétas Biblische Zeitschrift, 1909, p. 174-187, 312-341.

IV Konig

der

216
le légat

REVUE BIBLIQUE.
de Syrie,
et se voit contraint d'aller à

Rome pour

se justifier

devant l'empereur du meurtre des Samaritains (1). C'est de cette époque que nous daterons la mort de saint Etienne et la conversion
de saint Paul qui
est

contemporaine.

Arrivés au terme de cette étude, nous pouvons en résumer les résultats

dans le tableau suivant Conversion de saint Paul, probablement en 36; pas avant 34, ni
:

après 37.

Premier séjour à Damas, retraite en Arabie, deuxième séjour à Da-

mas entre 36

et 38, 39.

Évasion de Damas, premier voyage à Jérusalem, 38, 39.
Saint Paul dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie
40-4-2.
;

à Tarse,

Saint Paul à Antioche avec Barnabe, 43, 44.

Deuxième voyage de
famine, 44.

saint Paul à Jérusalem, à l'occasion d'une

Premier voyage apostolique, 45-48. Concile de Jérusalem, *9. Deuxième voyage apostolique, 49-52. Proconsulat de Gallion sûrement du printemps 51 au printemps 53, très probablement du printemps 51 au printemps 52; épisode de saint Paul et Gallion, probablement l'hiver ou le printemps 52.
r

Troisième voyage apostolique, 53-58.
Visite des Églises

Départ d'Antioche, au printemps 53. de Phrygie et de Galatie, du printemps 53 au

printemps 54 (?). Séjour à Éphèse, du printemps 54 au printemps 57 (?). Séjour en Achaïe, évangélisation de l'Illyrie, retour à Jérusalem
par
la

Macédoine, en 57-58.

Passage à Philippes à la Pâque de 58.
Arrivée à Jérusalem à la Pentecôte, mai 58.
Arrestation de saint Paul à Jérusalem, mai 58.

mai 58 à l'été 60. de l'été 60. Arrivée à Rome, au printemps 61. Captivité à Rome, du printemps 61 à 03 (2).
Captivité de Césarée, de

Départ pour Rome, à la

fin

(î; Jos.,
(2)

Ant., XVIII,

iv,

1,

2.

A comparer avec
fin

les

conclusions des critiques qui
:

Tibère était mort, quand Pilate parvint à Rome. le plus récemment ont étudié
«

l'inscription de Gallion.

Deissmann

Si la lettre de Claude à la ville de Delphes a été
le

composée entre Ma

ou plus vraisemblablement)

commencement de

l'an 52

et le pre-

UNE INSCRIPTION DE DELPHES ET LA CHRONOLOGIE DE SAINT PAUL.
C'est ainsi

217

que

l'inscription de Gallion contribue à fixer d'une

ma-

nière précise plusieurs points tlottants de la chronologie de saint Paul
et qu'elle

diminue notablement nos incertitudes.

Il

faut espérer que

l'épigraphie nous révélera plus tard la date exacte de la prise de

possession de

Damas par Arétas
et

Paulus en Chypre
qu'elles

IV, celles du proconsulat de Sergius de la destitution de Félix. Ces découvertes pré-

ciseront plusieurs détails

du tableau précédent, mais

il

ne semble pas

en modifient
Issy.

les

lignes principales.

À. Brassac.

inier

août 52, et
l'été

si

à ce

moment
le

Gallion était en fonction, son proconsulat avait comentré en charge en plein été
:

mencé

(nominalement

1"

juillet?] 51... Si Gallion est

il en résulte ceci Paul qui avait déjà travaillé à Corinlhe dix-huit mois, avait dû y arriver dans les premiers mois de l'an 50 et il a quitté cette ville à la fin de l'été 51. » Paulus, p. 174. Dubowv Conversion de S. Paul, 34: premier voyage à Jérusalem, 37; concile de Jéru:

51 et si l'accusation des Juifs contre Paul s'est produite bientôt après,

salem, 51

:

premier séjour de S. Paul à Corinthe, 52-53; mission d'Éphèse, 55-57, dans

la

Biblische Zeitschrift, 1912, p. 154. F. Pk4t Conversion de S. Paul, printemps 36; première visite à Jérusalem, automne 38-39: S. Paul conduit à Antioche par S. Barnabe, 42-43; Barnabe et Paul à Jérusalem,
:

janv. -avril 44; départ pour la première grande mission, 45; assemblée des Apôtres, automne 49; départ pour la deuxième mission, printemps 50: arrivée de Paul à Corinthe, •"'0-51 rencontre a\ec le proconsul Gallion, été 52; départ pour la troisième mission,
:

printemps 53; arrivée à Ëphèse, hiver 53-:»4; départ d'Éphèse, été 56; commencement de la captivité de Paul, Pentecôte 57; remplacement de Félix par Festus, été 59; fin de la première captivité, printemps 62. Cependant le P. Prat fait observer qu'on pourrait modifier ce tableau en avançant de deux ans le début de la période et en reculant d'un an la plupart des autres dates, sauf pour les événements de 43 et de 44 qui gardent leur place

invariable. Recherches

de Science

relig., 1912, p. 391, 392.

>

MÉLANGES
i

EXPLORATION DE LA VALLÉE DU JOURDAIN
VIII.

(1

DK BEISAN A L'OUADV FAR A.

1910, nous gagnons en une heure Tell es-Sdrem, au pas ordinaire du cheval. Entre ces deux points s'étend une plaine grisâtre, peu cultivée, mais silloûnée de nombreux cours d'eau qui proviennent du massif de Gelboé. SurPartis de Beisàn à 8 h. 50. le 8 février

gissant de ce pays plat, le Tell es-Sdrem présente

un aspect

fort

impobien

sant qui le signale au loin
tertre qui recouvrait

(fig. 1). Il

paraît plus considérable que le
Ici,

raucienne Jéricho.

les

ruines sont

si

cachées qu'il
raille.

est

impossible d'apercevoir

le

moindre bout de mu-

Cependant, auprès d'un trou creusé par quelque fouilleur
trouvons des fragments de poteries antiques.
se voit

d'occasion, nous

Au

pied du

tell,

au nord-ouest,

un

chétif

hameau

;

au sud, passe

un

ruisseau canalisé.

Tell es-Sarem

ne peut être

identifié

avec la Salem des Byzantins,
plus de onze kilomètres, de
est assez difficile
,>,Lé,

parce que celle-ci était à huit milles,
tance entre Beisân
d'établir
et
et le tell

soit

la ville de Scythopolis, tandis qu'il n'y a pas la moitié de cette dis-

en question. D'autre part,

il

une équivalence phonétique entre sdrem ou sârim,
nSu.\

salem de l'hébreu,

dont

le véritable

répondant arabe de(2).

vrait être sdlem

ou sâlim, sans

l'initiale

emphatique, JL,

Le

nom

de Sdrem peut tout simplement être d'origine arabe. Holscher propose de
le faire

venir de Serera ou Sareda, connu par l'épisode de la

fuite des Madianites

devant

les

hommes de Gédéon

(3).

Malgré l'imtell, elle

portance que semble avoir eue la localité recouverte par ce
(1)

Voir RB., 1910, pp. 532-556; 1911. pp. 408-'i3li; 1912, pp. 402-423. chercherait en vain des équivalences entre s et s, et entre l et r dans l'étude de Kampffmeyer, Aile Xamen im heutlgen Paliïstina und Syrien, ZDPV.. 1892.
(2)

On

tée

[3)ZDPV., 1910. pp. 23 s. La question compliquée de Sarllian-Sareda longuement par le P. Lagrance, Le livre des Myes, pp. 138 ss.

se trouve trai-

2-/<&

Planche

I

r_.ui. Ji.usseu.

I,es

moelleux contours du massif crayeux d'où émerge (Vue prise de Coréa.)

la

pointe du Sartabeh...

BHttfiMB
i-'5v'-*\*
:

::,

4

.v*

J

hot.

Jautàsen.
lig. G.)

2.

Sartabek. Le canal collecteur s'engageait dans une chaussée qui traversait

le col...

Voir

Planche

11.

Phot. Jaussen.

Le pic du Sarfabeh

a

été séparé

du plateau par une coupure profonde...
railles.

Les pentes eu sonl très

_
2.

-

Pliot.

du

P. G-énier.

Le Jourdain

à

Beth-'Abarah. lieu traditionnel du Passage des Hébreux et du Baptême

«lu Christ.

MÉLANGES.

219

n'a pas attiré l'attention des premiers géographes chrétiens. Sa ruine
doit avoir eu lieu avant leur temps.

La seule ville que Y Onomasticon mentionne dans ces parages est une Roob, située à quatre milles de Scythopolis (t). Dans son intention d'en faire une cité biblique, Eusèbe la confond avec des Roob plus
septentrionales. Quoi qu'il en soit,
il

se

trouvait, à son époque,

un

W£**g

***"***

n
Phot. Jnusgnn.
Fig-.

1.

Tell es-Sârem.

bourg appelé de ce nom,
de Beisàn. Au

une distance d'à peu près six kilomètre, moyen Age, c'était encore un casai du nom de Reliapqui vint en même temps qu'Ardelle au pouvoir des chevaliers teutonis ques (2), De nos jours, le souvenir de cette ancienne localité est conservé par un bois sacré qui ombrage un cimetière arabe auquel les indigènes donnent le nom de Cheikh er-Rehâb. Sis à quelques mià

nutes au sud de Tell es-Sârem, ce

màqàm

est

par rapport à Beisàn
les

à la

distance voulue par Y Onomasticon. Toutefois

ruines qui l'avoisi-

nent sont d'une époque relativement récente.

temps
(1)

israélites

Si donc il a existé aux une Rohob de quelque importance dans cette partie

Koù sait 'Powê

142 'Potôë (Num., 13. 22), 5i' r;; y)/.6ov oî |j.£Tà 'Iy]<to-j v.a.za.'jY.or.o:. ành TEtâpTou or,[xîîou ly.'jfJoTto/ecoç. Hv 8è AeuÎtock; àyiopiay-ivi]... Et usque Iiodie viens Rooba in quarto lapide Scyt/topoleos sic vocalur... (2) Ardelle est aujourd'hui Berdeleh à une douzaine de kilomètres de Beisàn dans la montagne qui domine el-Fatour. Rey, Les colonies franques de Syrie, p. 430. Rôhricht,

Kl-OSTERMANN,

p.

:

xiojAï]

ZDPY.%

,

1887, p. 207, note 7.

220

REVUE BIBLIQUE.

Or, le plus

du Ghôr, nous devons la chercher dans un des tells de cette région. proche du mâqàm de ér-Rehdb est précisément le beau
il

Tell es-Sârem dont

vient d'être question. L'identification de ce tell

avec une antique Rohob sémitique est, par conséquent, une hypothèse acceptable. La translation du vocable au bois sacré voisin est un

phénomène

qui

n'est

point sans exemple dans le

domaine de

la

toponymie palestinienne. Quanta l'existence dans ces parages d'une Rohob qui pourrait être mise sur la même ligne que Beth-San, on a e pensé que le document égyptien du xiv siècle avant Jésus-Christ, connu sous le nom de Papyrus Anastasi I, en parlait en compagnie de
Beth-San et des gués du Jourdain (1). Dans la liste de Sesonq, Rohaba suit le cartouche de Bitsanra (2). Nous aurions donc là l'origine de cette localité dont le nom s'est perpétué sous les formes byzantines de Pow6, ou Rooba, sous la forme médiévale Rehap, et finalement sous
l'appellation arabe actuelle de er-Rehdb.

Après avoir

visité ce

màqàm

nous nous dirigeons vers

le tell

double

de Hamrah qui se dresse à un quart d'heure au sud de Tell es-Sârem, et à côté duquel se trouve le pauvre village de Samrîyeh composé de

masures et de lentes arabes. C'est là que nous prenons un guide pour la contrée dépeuplée que nous allons traverser. Depuis ce village jusqu'au pied de la
est

d'un rouge

très accentué,

sieurs lieues à la

montagne occidentale le terrain de la vallée formant une large tache visible de pluronde. De Samrîyeh un chemin nous amène directeà el-Fatour.

ment en 55 minutes
coupe
le lit

Rien de

saillant sur la route qui

d'un torrent jonché de galets et un sentier descendant de la montagne au Jourdain. El-Fatour est un ouély de la tribu des Souhour du Ghôr. D'après notre guide, le héros enseveli en cet endroit s'appelait Hammdd el-Fatour abou Saab; nous ne savons rien de
particulier sur son compte. Tout ce que nous

pouvons dire, c'est que ce lieu saint musulman occupe l'emplacement d'un édifice ancien. Il consiste en un tertre de ruines surmonté d'une enceinte grossièrement bâtie, mais où sont intercalées çà et là quelques pierres de taille (fig. 2). A l'intérieur, le mihràb s'ouvre entre deux colonnettes dépadont l'une en marbre est lisse, et l'autre, de basalte, présente des cannelures torses. Dans un trou pratiqué contre l'enceinte sacrée nous remarquons plusieurs instruments aratoires que les paysans ont
reillées,

(1)

Conder, The
Alt, Israël

first

traveller in Palestine, QS., 1875, p. 81.
p. 30.

(2)

und jEgypten,

auteurs
Texts,

comme MvxMûlIer. Asien und Europa,
I,

Lagier, Diction, bibl., fasc. 26, art. Sésac. D'autres p. 153, A. H. Gardiner, Egyptian Hieratic

recherchent une autre localisation pour cette SNttfrO ce l ue l es autres prennent pour Beth-San.
p. 24.
(

Rohaba

et lisent Bytsir =

MÉLANGES.

221

placés sous la garde respectée de l'ouély. A certaines dates, les nomades de la région amènent leurs enfants à el-Fatour, pour attirer sur

eux la protection d'Allah et celle du saint. Au pied du tertre s'élètrois huttes de nattes et de roseaux et quelques arbres épineux qui offrent au milieu du jour une ombre rare mais fort appréciée.
vent

Aux

alentours,

la

terre rouge, très fertile, est

sommairement

cultivée

par endroits. Pour le moment, Nous ne voulons pas nous éloigner vers

el-Fatour est complètement inhabité.
le

sud sans faire aupara-

rhot. Jaussen.
Fisc.
-i.

El-Fatour,

vant un petit crochet jusqu'au Tell Radghah, qui n'est distant de
l'ouély el-Fatour que d'une dizaine de minutes. Ce tell n'est pas très

considérable, mais

il

présente à sa base

comme

nombreux
visite,

arasements d'anciennes constructions.

à son sommet de Au cours de notre

nous surprenons tout un parti d'Arabes de Beisàn en train de mettre à découvert un mur d'appareil fort soigné, le long duquel s'alignaient quelques sépultures antiques d'où ils avaient extrait de beaux verres irisés. Quelques palmiers se balancent autour de la colline et une source jaillit vers le nord. Le nom de ce tell, avonsnous déjà dit, ne remonte pas au delà de la conquête arabe dont les
fastes ont enregistré la bataille livrée entre Beisàn et Fahil sous le
titre

de

yôm

er-radghah,

SiijJl

^

«journée de
p.
5t39.

la

boue
p.

(1) ».^C'est
421.

(1)

Guy le Straxge, Palestine under the Moslems,

RB., 1911,

222

REVUE BIBLIQUE.
le

gué du Jourdain nommé mahadet Fath Allah, qui conduit au tombeau de Sourahbîl, le vainqueur de la journée (23 janvier 635) (1). Nous n'avons pas réussi à contrôler le renseignement de Van de Yelde sur l'existence d'un Cheikh Salim à
dans
voisinage que se trouve
le

proximité de Tell Radghah (2). De retour au lieu sacré de Fatour, nous prenons la direction du

pénétrons immédiatement dans la région des sources. C'est d'abord 'Aïn Fatour non loin du tertre de même nom puis, à dix minutes de là, \Aïn ed-Deir, plus abondante que la précédente, très

midi

et

;

et poissonneuse avec un reste de bassin carré, dominée au nord par un tell montrant les arasements d'un long édifice, ancien monastère, comme le nom actuel de la source le porterait à croire. A trois minutes au sud, sourd un autre petit cours d'eau que notre guide désigne sous le nom de 'Aïn Côr'ân. [Aïn es-Semsiyeh jaillit à sept minutes de cette dernière vers le sud-ouest. A dix minutes plus loin

limpide

'Aïn el-Beida, ombragée de zaqoums et flanquée de deux tertres, fait une tache d'un blanc argenté au milieu d'un pré verdoyant (fig. 3). Dès le iv siècle, et probablement dès le temps d'Origène, ce groupe de sources fut regardé comme le dernier théâtre du ministère de saint
e

Jean-Baptiste,

.Enon près de Salim, où, suivant Joh. m, 23, il v avait beaucoup d'eau et où l'on venait pour être baptisé. Déjà inquiété sans doute par Antipas, le Précurseur avait quitté la rive gauche du Jourdain pour la rive droite et s'était remis à baptiser, non

comme

dans

le

fleuve,

mais dans

les

nombreuses sources qui

jaillissaient

dans un endroit de la vallée. Cet endroit, phes chrétiens à huit milles de Scythopolis, n'est autre que l'ensemble des ruisseaux qui naissent aux abords de el-Fatour (3). De plus, ils pensent que la Salim de l'évangile est identique à la Salem de Melchisédech, dont le nom est plus ou moins bien conservé à leur époque dans un bourg appelé Sedima par les uns, Salumias par les autres (4). Dans ce bourg situé au milieu de la plaine
(1)

signalé par les géogra-

Nous sommes heureux de ce que M. R. Hartmann

ait

adopté

[MuNDPV.,
p.

191». p. 58

notre point de vue sur l'énigmatique scharabil des cartes (RB., 1911.

il") et de ce qu'il

ait protesté aussi contre la fantaisie coutumière au chanoine Mommert. Sur les sépultures des autres émirs vénérées dans le Ghôrvoir RB.. 1911, pp. ilO avec gravure, 421. 423, II. p. 302. (2) Reise durch Syrien und Palâslina, trad. Gôbel,

Aenon iuxta Salim, ubi baptizabat Ioannis, sicut in EvanOnomasticon, p. il cata Ioannem scriptum est. Et ostenditur mine usque locus in octavo lapide Scythopoleos ad meridiem iuxta Salim et Jordanem. Cf. Carie de Mùdabà Aivwv yj èyyù;
(3)
:

qelio

:

au nord de Coreous. Salem... in octavo quoque lapide a Scythopoli in campo (4) Onomasticon, p. i">3 viens Salumias appellatur. S. Jérôme, ep. 73 ad Evanrjelum : Salem..., sed oppidum juxta Scylhopolim, quod usque hodie appellatur Salem, et ostenditur ibi palatium
toû
laXvifji,
:

MÉLANGES.
s'élève

223

un

tertre dont le

sommet

est

couronné par une église dédiée

à Melchisédech.
railles

Au

pied du tertre, on montre des arasements de
palais

mu-

de Salem. A deux cents ce tell, dans un verger appelé le « Jardin de saint Jean », et pas de où vivent des moines, se voit une source abondante où l'on administre encore le baptême au temps de Pâques. Tel était l'aspect de ces lieux à l'époque d'Eusèbe et d'Éthérie. Aujourd'hui les monuments

comme fondements du

du

roi

et les cultures sont

complètement ruinés

et les sources se font

jour

dans

le

désert. S'il n'y a pas de doute 'sur la localisation générale

d'/Enon etSalim, les points précis marqués par les Byzantins ne se laissent point
saisir

avec

certitude.

Le
el-

monticule de Melchisédech
a été cherché à

Oumm
située

Amdân, ruine
Fatour

au

sud de 'Ain ed-Deir, à elet au Tell Radghah. Auprès de tous ces tells

jaillissent des sources,

ce

qui

les

recommande

égale-

ment à l'attention des chercheurs. Les arasements re-

marquables encore visibles au pied du Tell Radghah et la proximité du Cheikh
Sâlim sembleraient devoir faire pencher balance en
faveur de ce dernier.
tout cas,
la

Fig. 3.

'Ain el-Beida...

fait

une

laclie

d'un blanc

En

argenté...

localisation

dans ces parages de l'.Enon évangélique et de la Salem de la Genèse demeure une hypothèse très admissible (1
.

Melchisédech, ex magnitudine ruinarum ceteris operis ostendens magnificentiam... De quo in Evangelio quoque legimus : Erat autem Ioannes baptisa as in Enwmjuxta Salim... Nec referl, utrum Salira, an Salem nominetur cum vocalibus in medio lilteris perraro utantur Hebrxi,etc. Mlh. Peregrinatio, Gever, Itin. Hieros., pp. 56-58.

Hxc est civitas régis Melchisédech, qux dicta est ante Salem, unde nunc, corrupto sermone, Sedima appellatur ipse vicus. {Salim est devenu Sedima, comme Arbela est devenue Irbid.) Nam in isto colliculo, qui est medio vico positus, in summilatem ipsius fabricant quant vides ecclesia est, qxue ecclesia nunc appellatur graeco sermone opu Melchisédech (ôtvou Mely^ioév.)... In hodie hic hortus nunc appellatur grxco sermone a/si cepos lu agiu iohanni id est quoi vos dicitis latine hortus sancti Johannis.
l) Cf.

Lagrance, Origine, La critique textuelle

et la

tradition topographique, HB.,

224

REVUE BIBLIQUE.

Sans entrer plus avant dans la controverse sur Salem qui s'agitait déjà ardemment à la fin du iv siècle, et que compliquait encore un contresens de la version grecque dans la traduction de Genèse xxxm,
c

nous nous bornons à constater l'existence de cette tradition, d'ailleurs assez fondée, pour continuer notre marche vers le sud. Laissons contre la montagne Tell Hammeh que l'on a proposé d'identifier avec Abel-Meholah, la patrie d'Elisée. Les dix milles de distance
18
(1),

par rapport à Scythopolis que V Onomasticon exige pour cette localité biblique se retrouvent en effet entre Tell Hammeh et Beisân, quatorze kilomètres environ (2). Un autre khirbeh (pressoir, colonnes, fondations, bassin), situé dans la plaine, plus près du Jourdain, mais

dont nous n'avons pu avoir le nom, remplit aussi bien la même condition. D'après Juges vu, 22, Abel-Mehola donnait son nom à la rive moyenne du fleuve, celle qui se trouve en face de Tabbdt, n2t2"Sîr. Ce dernier point se trouve être Bas abou Tâbât, sur les premiers contreforts des

monts Adjloun, au nord de l'ouàdy Kafrendji, affluent de rive gauche (3). Après un chemin mal assuré à travers les champs labourés et des andes où paissent des chameaux, nous arrivons à Aïn Heloueh où se dresse notre campement. Là coulent deux petites sources côte à côte, dont l'une est froide et l'autre tiède. Tout auprès, une éminence porte quelques ruines et une nécropole ravagée par les fouilleurs
l

du Ghôr. On peut encore y voir des grottes sépulcrales aux parois mal dressées, des fragments d'ossuaires sculptés et une fermeture de tombeau ronde. La voie que nous suivons dans la journée du 9 février a été peu
clandestins

fréquentée par les explorateurs. Après avoir passé le ruisseau assez abondant du Sarar, nous nous engageons dans la région aride et acci-

dentée que forme sur une vingtaine de kilomètres l'éperon oriental des montagnes de Saraarie. Perdant sa symétrie, la vallée du Jourdain se resserre singulièrement, et le fleuve creuse son lit au pied des

monts samaritains. La rive ouest du Jourdain n'est plus, comme audessus, une large bande de terrain plat, mais un dédale de dunes que surplombe une étroite terrasse rocailleuse constamment coupée par
Holsciier, ZDPV., 1910, pp. 24 s. 1895, pp. 506 ss. Thomsen, Loca sancta, pp. 18, 100. Survey of W. Pal., Memoirs, p. 247. UZVJ "PST oHxà 3p5p N2*!, et Jacob arriva en bonne santé à la ville de (1) TM. 'laxwo eU -aX'tu. noXw £hu{jlwv, et Jacob arriva à Salem ville des -/.où ï]X.8ev Sichem. LXX
: :

Sicbemites.
(2)

Àbelmaula... est autem nunc viens in Aulone (dans

le

Gbôr)... in

decimo a Scy-

thopoli miliario contra australcm plagam nomme Eetlnnaula. de l'est du Jourdain, feuille A ... (3) Voir Schumacher, Carte

MÉLANGES.
des ravines et des brèches âpres
et

22 S

desséchées.

Une ancienne

voie,

que

l'on suit encore, est établie sur cette terrasse qui se

termine à

l'occi-

dent contre une ligne de collines calcaires très déchiquetées (fig. k). Cette voie permettait aux voyageurs que n'effrayaient ni l'insécurité

de la région, ni la difficulté de certains passages, de se rendre directement de l'estuaire de l'ouàdy Far'a à la plaine de Beisàn. Dans son pèlerinage à Carnéas, Éthérie parait avoir suivi ce chemin. Le contraste entre l'aridité du pays qu'elle venait de traverser et l'agré-

ment des abords

frais

et

verdoyants d'.Enon

lui

fit

croire qu'elle

pénétrait dans une nouvelle vallée lorsqu'elle déboucha dans la plaine
(1). Ce fut aussi la route choisie Baudouin, en 1100, pour se rendre de Jérusalem par Bohémond et à Antioche (2). Abraham, revenant de sa campagne, suivit la vallée

qui s'étendait au sud de Scythopolis

en sens inverse, et bien plus tard, les légions romaines longèrent plus d'une fois cette rive accidentée, comme on peut s'en rendre compte par les traces de camps de marche ou de passage, castra œstiva, que
l'on

remarque

entre
tewa«e cUoU
rn

l'ouàdy Sarar et l'ouà-

m
jiuunr <.uîtiuu

>>

cL ( aîa*A }

dv Far a Pour réduire "... P Anstobule dans sa iori t

u leSamand
iccitiaire

Joui-dam
ttuati

aunes

totfines

teresse

de

l'Alexan-

Pompée venant de Damas passa par
dreion,
Pella,

Scythopolis
(3).

et
Fis. U.

Coréa

Nous nous

rendîmes très bien compte de l'impression que dut causer sur les soldats romains la vue rapprochée de la forteresse, lorsque dans l'aprèsmidi le cône du Sartabeh nous apparut soudain comme perdu dans
le ciel bleu.

A

ce

moment

de la route, nous quittions
la steppe à perte

montagne

et

nous pénétrions dans

le pied de la de vue, couverte

d'efflorescences salines et d'arbustes à soude,
l'estuaire de l'ouàdy Far'a.

qui précède au nord
laissions le fleuve

En même temps, nous

à notre

gauche

s'en aller en serpentant vers le

gué du Dâmiyeh.
le

Depuis

le Djisr

el-Moudjâmi' jusqu'à la hauteur de Beisàn,

fleuve

compte une dizaine de rapides, et ses rives sur quelques points prennent l'aspect d'une jungle où se pressent et s'enchevêtrent roseaux,
Geyer, Uin. Hierosol., p. 56. Guillaume de Tyr, IX, 15 in fines suos reversuri, ad Jordanem descend erunt; Inde per vallem illustrent ejusdem fluminis.ripam sequentes, Scythopolim transeuntes, usque Tiberiadem pervenerunt.
(1) (2)
:

(3)

Antiq., XIV, 3, 4

:

'Q; oè irapa[iîi^dc[j.£vo; né),).av xai

2v.-j9Ô7ro).tv eî;

Kopéaç

y)v.ev.

REVUE BIBLIQUE 1913.

N. S., T. X.

15

226

REVUE BIBLIQUE.

tamaris, saules et lauriers-roses. Dans la région de Bcisàn et au-dessous, le cours tumultueux de l'eau constamment heurtée à des tour-

nants brusques,

et l'apport

des

nombreux ruisseaux de
parfois
le
lit

la plaine font

perdre au Jourdain sa

limpidité. Si

du fleuve

est

bordé de rives basses et nues très propres aux passages à gué, il est, en d'autres endroits, encaissé dans de hautes falaises que miue une lente érosion. Aussi, des éboulements ne sont-ils pas rares. Il en est un dont l'importance lui a valu d'être enregistré par un annaarabe (1). En 1*266, le sultan Beibars ayant ordonné la construction d'un pont de cinq arches pour relier Dâmiyeh à Qaràouâ (2), le travail fut exécuté avec si peu de soin qu'une partie des piles du pont ne tarda pas à être emportée par le courant. Sur l'injonction du sultan irrité, on dut se remettre à l'ouvrage, qui, cette fois, l'ut facilité par un événement insolite. Dans la nuit du 7 au 8 décembre 1267, les ouvriers n'entendant plus le bruissement de l'eau, constaliste

tèrent que le fleuve avait suspendu son cours et que son

lit

était à sec.

Aussitôt d'allumer des falots et de profiter à la hâte de cette circonstance pour faire les réparations d'urgence et consolider ce qui était ébranlé. Les Arabes, toutefois, voulant avoir le cœur net de ce phéno-

mène, dépêchèrent quelques cavaliers en amont pour en rechercher la cause. Voici qu'il s'était produit un effondrement tel qu'un tertre élevé de la berge occidentale, sapé par les eaux, ayant glissé dans le lit du fleuve, en avait obstrué le cours et forcé les eaux à se répandre
dans
de la vallée situés au-dessus de cette digne natuminuit à 10 heures du matin, le Jourdain cessa de descenrelle. De dre, jusqu'à ce qu'enfin il eût rompu sa barrière. Le courant reprit alors sa route ordinaire avec la profondeur d'une lance, respectant, cette fois, la maçonnerie du pont, et se bornant à emporter les échales bas-fonds

faudages.
siècle, le Jourdain a changé de cours à cet endroit, de passer sous le pont de Beibars, il en est éloigné aujourcar au lieu d'hui d'une quarantaine de mètres, ce qui rend le travail du fameux sultan tout à fait inutile (3). On franchit maintenant le fleuve quelque

Depuis

le

xm

e

peu en aval sur une

sorte de bac.

(1)

Nowairi, dans un passage mis en relief par Cl.-Ganneai..

Cf.

Watson,

QS..

1895.

pp. 253-261.
(2)

y
s.

.5

sinage de Dâmiyeh, entre celle-ci et Qaràouà. Voir la description minutieuse de ce pont dans
(3)

^

3 [&J

Li a^b ^à.

jî j~^r\

îâa>j

:

et ce

pont est dans

le

voi-

Schumacher,

MuNDPV.,

1899.

pp. 33

avec illustration. RB., 1910, p. 555.

MELANGES.

227

IX.

DE L OU AD Y PARA A FASA

IL.

L

ALEXAXDRE10X.

On éprouve comme un soulagement
roches cariées,
les

lorsqu'en

contournant

les

arcades naturelles

et les grottes

du Mahrouk, Ton

débouche dans

le

spacieux delta de l'ouàdy Far'a, dont la terre d'al-

luvion très fertile et bien arrosée nourrit de belles céréales. La garde et la culture de cette région soût confiées à une ferme des domaines
el-Djiftlik, qui s'élève assez majestueusement à la de la vallée du Far'a. Non loin se trouve un moulin avec chute d'eau et un sarcophage encore engagé dans la carrière. Plus à l'est un ouély à coupole recouvre, d'après les indigènes, \ibd er-

du SuKan, Serai

sortie

Rahmân

fils

de

'

Abd él-Khader

el-Keildni de Bagdad. Le

tell

voisin
le

nommé Mazâr

présente des fondations de

maisons depuis
et

bas

jusqu'au sommet. Des arasements de murailles
ciens canaux sillonnent

des restes d'an-

également
Tell

la

plaine aux alentours.

Du

Mazâr

kqui

parait avoir été le centre de l'an-

tique installation connue sous le

nom
r

de Coréa,
sur les

regard s'arrête au sud moelleux contours du massif
le

crayeux d'où émerge
sée
la forteresse
1).

la

pointe émousportait jadis
(pi.
I,

du QarnSartabeh qui
Alexandreion
et

de l'Alexandreion
Coréa
le verrons,

ont eu,
\

comme nous

des points de
l'his-

metie.

contact à un certain

moment de
se

Ktoire. La nécropole
la plaine et sur

trouvait dans
situées
à

la colline

l'occident de

la

ferme. Des excava-

tions privées ont mis à découvart plu-

sieurs sépultures, et en particulier

un
Fig.
•;.

sarcophage de plomb que les Arabes ont fait fondre pour fabriquer des
balles.

Les sépultures qui

s'ouvrent

au pied de la colline sont des grottes naturelles dans lesquelles on a pratiqué au ciseau un ou deux lits. La figure 5 représente l'un de ces tombeaux. Suivant un gardien des cultures, toute la région qui avoisiue le Tell Mazâr et l'ouély s'appelle encore Qardoud, nom qui est donné tel quel par les écrivains arabes du moyen âge. « C'est un village du Ghôr, écrit Yaqoût, de la province du Jourdain. Il v croit

228

REVUE BIBLIQUE.
excellent sucre et j'y fus souvent (1).
»

un

Nowairi, nous l'avons vu,

en parle à propos du pont de Dàmiyeh. A l'époque byzantine, nous retrouvons cette localité sous le nom de Kcpïcuc dans la carte de Màdabà (fig. 10) et son ruisseau sous le vocable sémitique de NeeXxepaSx (2). Sft3. Le nom hellénisé dans Josèphe est Kcps'a et Kopéat. à la sortie de l'ouàdy Far a, cette localité se trouvait au débouPlacée ché de la meilleure route venant du cœur de la Samarie au Ghôr (3).

mp

Cette situation ajoutait encore à l'importance qu'elle tirait de la fécondité de son territoire. Les voyageurs qui craignaient de passer par l'étranglement de la vallée du Jourdain, au nord de la coupure du Far'a, pour se rendre du Ghôr inférieur à Scythopolis, remontaient la

voie qui, longeant cet
la

ouàdy jusqu'à sa source,
il

rejoint avant

Toubas

voie directe de Naplouse à Beisàn (4). De Tell Mazàr au sommet du Sartabeh,
C'est après trente -cinq

faut

deux heures de

marche.
plaine et

minutes consacrées à traverser la à remonter quelque temps le lit pierreux d'un torrent que

montagne commence. Certaines côtes sont trop accentuées pour qu'on puisse sans imprudence les gravir à cheval. Finalement,, l'ouâdy qui passe au nord de la pointe du Sartabeh nous amène vers une énorme digue de rocs éboulés, débris d'un aqueduc qui recueillait pour la citadelle les eaux des pentes voisines (pi. I, 2) (5).
l'ascension de la

Le canal collecteur, en cet endroit, s'engageait dans une chaussée qui traversait le col par lequel le plateau voisin du Sartabeh est isolé de la chaîne montagneuse de l'occident. Ce plateau, qui mesure environ six cents pas d'ouest en est, servait probablement d'assiette à une petite agglomération vivant à l'ombre de la citadelle. Nous y avons
noté une citerne. A l'orient, le pic du Sartabeh a été séparé du plateau par une coupure profonde qu'un étroit prolongement du roc, très facile à défendre, permet de franchir (fig. 6). La pente du Qarn Sartabeh est très raide (pi. lï, 1), mais le spectacle dont on jouit au sommet par une journée splendide comme celle
(1)

Le Stkynge.

Cj'ti, Palestine

under the Moslems,

p. 480.

Cyrille de Scythopolis, Vie de s. Sabas, n° 16. Julien le Bossu, disciple de saint àv x& 'lopSâvr) toù NeeXxepaëâ Sabas, fonda au Jourdain la laure appelée Neelkerava
(2)
:

•rcpo<jaYops"JO[jivr]v /oaipav (Tvi<7Tï]iîaaEvo;.

Vis-à-vis de Coréous, la carte de
ses troupes de la
...

Màdabà

figure

un

atïluent qui doit être le Jabboq.
(3)

Bel. Jud., IV, 8.
à

1.

Pour amener
:

Samarie

à Jéricho,
t/|

Vespasien deset;

cend

Coréa

et

y campe

xocTtxëà; elç Kopéocv

arpaToneSeûeTai,

é^rj;

'kpi/oùvra

àçiXVEÏTOU.
(4)

Les caravanes de l'École Biblique ont suivi plusieurs

fois cet itinéraire, qui est plus

favorable au transport des bagages et au ravitaillement des voyageurs et des montures,

notamment en 1907, et en 1895. Cf. RB., 1895, p. 616. (5) Cf. Survey of West. Pal., Memoirs, II, p. 397.

.

MÉLANGES.

229

du 10 février 1910, compense bien des fatigues. De la masse neigeuse du Grand Hermon jusqu'à la brusque tranchée de l'Arnon, le Ghôr se déroule avec majesté, offrant dans les innombrables sinuosités du
et les dunes ravinées du Zôr, de singulières arabesques qui terminent à la belle nappe bleue de la mer Morte dont l'extrémité méridionale s'estompe dans une brume légère. Le haut pays de Galaad d'où émerge le Qalaat er-Rabad n'échappe pas non plus aux regards. S'élevant à 379 mètres au-dessus du niveau de la Méditer-

Jourdain
se

ranée, la pointe du Sar-

tabeh se trouve donc à 728 mètres au-dessus
ItllClW

du fleuve qui serpente à
ses pieds (1).

I V. duuaHi.ij-.

in
'W'ï-ui

f

1
'

L'extrémité

du
la

--

Sar/.y

tabeh
Elle

est

artificielle.

N

affecte

figure

d'un losange d'environ cent mètres de long sur

quarante de large, avec

une
(fîg.

surface
7).

inégale

La partie sud
cou-

plus élevée était

ronnée d'une sorte de donjon dont les murs, disjoints par des phé-

nomènes sismiques, présentent deux sortes d'appareil
:

Flg. G.

un appareil

lisse
(fig. 8), et

dressé plus finement sur les bords

dimensions

fort variées (fig. 9 et 7 a).
si

un appareil à bossage de On pourrait se demander, après
simplement

un examen minutieux,

l'appareil lisse ne serait pas tout

d'anciens blocs d'où l'on aurait retranché le bossage. Cependant ce mélange d'appareil lisse et d'appareil à bossage dans une construction juive post-exilique n'est point

un

fait rare.

Un mur

d'enceinte

encadrait

prolongeait sur les bords de l'éperon septentrional du losange. Les ruines sont assez informes pour qu'on ne puisse saisir que les lignes essentielles du plan primitif. Du château il reste
le

donjon

et se

cependant quelques pans de murs; mais les pierres de l'enceinte ont été précipitées sur les flancs abrupts du pic. Quelques-unes de ces
Le niveau du Jourdain
est à ce point à
34'.)

(1)

mètres au-dessous de

la

Méditerranée.

230

REVUE BIBLIQUE.
l

pierres mesurent

m ,06 sur

m

,V7, d'autres 1"',36 sur

,n

,58,

avec des

bossages de
vallée

m ,06 de relief et des refends larges de Le cône du Sartabeh qui attire le regard de tous

m

,12.

les points

de la

du Jourdain

a été

peu

visité.

Beaucoup

se sont contentés de

l'étudier d'en bas à l'aide d'une jumelle. L'exploration de M. Natha-

Elle a été l'occasion d'une intéressante

Schmidt en 1905 a complété sur plus d'un point celle du Survey. monographie, Alexandriwn, parue dans le Journal of Biblical Literature de 1910 (1), laquelle,
niel

Fig.

L'acropole de l'Alexandreion.

toutefois, n'est
tile.

pas tellement étendue qu'elle rende notre travail inu-

Proposée vers 1865, pour la première fois, l'identification de Qarn Sartabeh avec la forteresse de Y Alexandreion tend à être universellement admise. Elle est si bien fondée que l'on peut s'étonner à

bon

droit qu'elle n'ait pas rallié plus tôt les suffrages des

hommes

compétents. Vraisemblablement construite par Alexandre Jannée, le célèbre conquérant juif qui mourut au siège de Ragaba, en 76 avant
Jésus-Christ, cette forteresse fut, avec Hyrcania et Machéronte, une des places de sûreté que la régente Alexandra réussit à soustraire à
la cupidité des Pharisiens (2). C'était

un gazophylacium

fortifié

elle

(1)
(2)

Avec illustrations, volume XXIX, pp. 77-83. Antiq., XIII. 16,3. N. Schmidt, op. L, p. 82, propose
("1212

comme

étymologie du mot Sarce
titre

labeh,

ytS,

le

rocher ou

la

forteresse

de l'égorgeur,

s'appliquant à

Alexandre Jannée qui, à plusieurs reprises, avait

massacré bon nombre de

ses compatriotes.

MÉLANGES.

231

avait entassé ses plus précieuses richesses. Durant la guerre civile qui

survint après sa mort (67) entre ses deux

fils

Hyrcan

et Aristobule,

l'Alexandreion

qu'en 03, avaient pris pour arbitre. Le général romain campait à Goréa dont la charmante plaine se voit très nettement de la pointe du Sartabeh. Les négociations difficiles entre Juifs et Romains avaient lieu dans le camp

demeura d'abord aux mains de ce dernier. C'est là Aristobule brava quelque temps Pompée que les deux frères

de Pompée.

«.

Quand

celui-ci, raconte Josèphe, eut

dépassé Pella et

Scythopolis, et fut parvenu à Corées, qui est la première ville de Judée,

quand on vient de
gne
(1).

l'intérieur, Aristobule se réfugia

dans

la

fique place forte d'Alexandreion, située sur le

sommet de

la

magnimonta-

rendre auprès de lui. Aristoses amis de ne pas faire la guerre aux Romains, descendit de son asile, et, après avoir plaidé contre son frère la question du pouvoir, remonta dans sa citadelle (2), avec la permission de Pompée. Il recommença une seconde, puis une troisième fois, flattant Pompée dans l'espoir d'obtenir de lui
lui

Pompée

envoya l'ordre de

se

bule, sur le conseil que lui donnèrent

nombre de

le trône, et

promettant d'obéir à tout ce qu'ordonnerait

celui-ci,

mais

toutefois se retirant toujours dans sa place forte afin de ne pas se
laisser

la crainte

désarmer, et se préparant des ressources en cas de guerre, dans que Pompée ne donnât le pouvoir à Hyrcan. Pompée lui
forts... il

ayant ordonné de livrer ses châteaux
il

dut obéir, mais

irrité,

Toutes ces allées et venues, tout le manège d' Aristobule s'expliquent clairement lorsqu'on se trouve perché sur
»

se retira à Jérusalem (3).

les

ruines de l'acropole du Sartabeh

(cf. pi. I,

1).

Aristobule ayant été

emmené

à

Rome comme

prisonnier à la suite

de Pompée, son fils Alexandre se mit en lutte ouverte contre les Romains et prit l'Alexandreion pour centre de la défensive (4). S'y étant solidement établi, en 57, il vit bientôt Je gouverneur de Syrie, Gabinius, accourir et fixer sa tente où six années auparavant Pompée avait planté la sienne. C'est encore de Josèphe que l'on tient le détail de cette campagne. « Cependant Gabinius marcha sur Alexandreion
et invita la garnison à se rendre, avec

promesse d'amnistie.

Comme

Cf. Antiq., XIII. 13, 5. Cette appellation serait à rapprocher de celle de Djezzûr Pacha appliqué à Ahmed. L'objection que l'on peut faire est que Sartabeh (héb. *013*1D) ne

commence pas par une emphatique.
(1) n"Eptxa),)i; ëf/JjJLa
(2) flâ).iv ï!ç ttjv

ïk' âxpo-j to3 ôpou; îSpvifAÉvov 'A)e?7.vôpetov.

àxpoao).iv àvocëiivei.
4,

(3)

Antiq., XIV, 3,

trad.

Chamonard.

Bell. Jud.,

I,

6, 5

:

...

etç 'A).e£âv6pctov

(toûto ôé

iitt ?povpiov
(4)

Twv

Ttivu çàoTtfito; k%i\G/.v\u.hu>v, ÛTtèp cbou;
:

{ii}/ïi>.où

y.e:[X.Evov).

Antiq., XIV. 5. 2

'AUïâvopeidv te dr/ûpou, to

itpôç tat; Kopiai;

êoupa. Bell. Jud.,

I,

8, 2.

232

REVUE BIBLIQUE.

les murs de la place, Romains s'avancèrent contre eux Marc Antoine se distingua dans le combat et en tua un grand nombre, au point qu'il parut remporter le prix de la valeur. Gabinius laissa une partie de son armée pour achever de réduire la place, et parcourut lui-même le reste de la Judée chaque fois qu'il rencontrait sur sa route quelque ville détruite, il en ordonnait la reconstruction. Ainsi furent relevées Après avoir pris ses mesures dans Samarie, Azôtos, Scythopolis, etc

un corps nombreux d'ennemis campait sous
kpû\).a~oq, les

-zpb tou

;

;

.

le pays,

Gabinius revint à Alexandreion

;

et

comme

il

poussait active-

Phot Jaussen. Fig. 8.

Appareil lisse au Sartabeh.

ment le siège, il reçut un envoyé d'Alexandre qui faisait implorer le pardon de ses torts et lui livra les places fortes d'Hyrcania, de Machairous et enfin d'Alexandreion. Gabinius rasa ces places
dreion aurait été relevé dès l'année suivante
étaient énergiquement opposés en donnant
si

(1). » L' Alexan-

les

Romains ne

s'y

la chasse à Aristobule qui

avait réussi à s'échapper de

Rome. Mais

les entreprises

de ce prince en

fin à MachéLa citadelle hasmonéenne demeura donc en ruines jusqu'au jour où Hérode, en train de se tailler un royaume avec l'assentiment

faveur de l'autonomie de la Judée allaient bientôt prendre
ronte
(2).

(1)

Anliq., XIV, 5, 3 et
Antiq., XIV, 6,

4, trad.

Chamonard. Kaî Taûxa

|ièv

Taêivioç xatéffxa^e. Ces termes

indiquent une véritable démolition.
(2)
1.

Cf. notre

Croisière autour de la

mer Morte,

p. 32.

MÉLANGES.

233

de iMarc Antoine
roras
(1).

et

du Sénat, en confia la restauration à son frère Phéle

Elle devint
tre

pour

nouveau

roi
il

un de

ces repaires

en sûreté

les biens

auxquels

tenait le plus

ou

ne voulait point

laisser s'échapper. Lorsqu'il se

où il aimait à metpersonnes qu'il rendit à Rhodes, en
les

30 avant Jésus-Christ, pour se concilier la faveur d'Octave, Hérode,
doutant du succès de sa

démarche
son

à

cause de
amitié

ancienne

avec Antoine, envoya à

l'Alexandreion femme Mariamme

sa
et sa
,

belle- m ère Alexandra

sous la surveillance de
l'intendant Joseph et de
l'Ifuréen

Soaimos.

Ces

deux hommes avaient
s'ils apprenaient quelque mauvaise nou-

ordre,

velle à son sujet, de faire

périr les deux princesses
et

de s'efforcer de conqu'il

server la royauté à ses
fils

avait eu soin

de mettre à l'abri dans
la

forteresse
(â).

de

Ma-

sada

Assuré

des

grâces

d'Octave

bonnes Hé,

Fig. 9.

Appareil à bossage au Sarlabeh.

rode ne négligea

rien

pour flatter le nouveau maître du monde. Il invita son gendre Marcus Agrippa à visiter la Judée et le reçut avec des honneurs extraordinaires. Parmi les merveilles de son royaume, Hérode montra à son hôte les forteresses de l'Alexandreion, de l'Hérodium et d'Hyrcania. Au cours des dissensions que la calomnie avait semées entre Hérode et les deux fils

(1)

Antiq., XIV, 15, 4: xeXsÛgoc;; aûxôv àvoaeiyjÇîiv xal x\>.e|âv3pîiov... Vers 38 avant J.-C.
I,

Bell. Jud.,
(2)

16,

3. 5.

Antiq., XV, 6,

Mariamme, appartenant

à la famille des

Hasmonéens qu'Hérode
le

avait

supplantée au pouvoir, éprouvait une grande aversion pour son mari et souhaitait l'échec

de son entreprise. Elle fut mise à mort quelque temps après
J.-C.

retour d'Hérode, en 29 av.

234
qu'il avait eus

REVUE BIBLIQUE.

'

de l'Alexandreion
princes de les

de Mariamme, Alexandre et Aristobule, le gouverneur promis à ces deux (1) fut accusé injustement d'avoir recevoir dans cette place, et de leur remettre l'argent

que leur père y faisait conserver. Ce n'était pas vivants, en tout cas, que la forteresse devait recevoir les deux infortunés, en 7 avant JésusChrist. Quand l'impitoyable Hérode les eut fait étrangler à Sébaste (Sébastiyeh), leurs corps furent portés de nuit à l'Alexandreion, dans le sépulcre où leur aïeul maternel et plusieurs de leurs ancêtres étaient
ensevelis (2).

Machéronte, a eu deux périodes bien tranchées, séparées l'une de l'autre par la destruction ordonnée par Gala période hasmonéenne débutant vers 100 avant notre binius en 57
L'Alexandreion,

comme

:

ère, sous Alexandre Jannée, et la période

hérodienne ayant pour

l'Alexandreion l'année 38

comme

point de départ. A l'instar de Ma-

chéronte

Sarfabeh servait pour les signaux de la nouvelle lune. Pour la. transmission des feux on observait, d'après le Talmud, du mont des Oliviers au mont Sartaba nutsid; de là à l'ordre suivant
(3),

le

:

Agrippina, au Hauran, à Beth-Baltan (4). La Tosefta donne la série mont des Oliviers, Sartaba, Agrippina, Thabor, Hauran, suivante
:

Beth-Balti

(5).

Il

n'est rien dit

du

rôle de l'Alexandreion

pendant

la

guerre juive de 66-70; d'ailleurs, à partir du début de notre ère l'histoire devient muette sur cette forteresse qui dut être renversée lorsque
Vespasien se rendit à Jéricho, ou durant l'occupation de cette
ville

par

les légions.

X.

DE FASA'lL A LA MER MORTE.

20, nous quittons les restes de la chaussée et de l'aqueduc, très visibles sur 300 pas. Une descente directe, par un sentier le plus souvent ruiné, nous amène en 40 minutes au fond du ravin qui limite

A midi

à l'ouest le massif

du Sartabeh. Tandis qu'au nord ce massif présente marnes semblables aux dunes du Ghôr, il offre au midi un caldes
(1)
(2)

Anliq., XVI, 10, 4

:

6 ?po<Jpapy,o; 'A).£?avSp£Îo-j.

Antiq., XVI, 11,

7. Bell.

Jud.,

I,

27,

6.
II,

(3)

Talmud de
et

Jérus., Rosch ha-Schana,

5

:

On

a enseigné

:

sur les montagnes de

Machérous
(4)
(5)

de Gadara, on allumait des feux.

Ibid.,

II, 4.

Rosch ha-Schana, II, 2, éd. Zuc.kekma.ndel, p. 210, 19. Cf. S.Klein, ZDPV., 1910, p. 27. Sur l'hypothèse de M. Cl.-Ganneau à propos de létymologie N3Ï -yQ) « capitaine de l'armée » et des rapports que le Sartabeh pourrait avoir avec Josué, 5, 13-15, voir Q.S., 82. A 1874, pp. 173-178, ou Survey, Memoirs, II, pp. 398 s., et N. Schmidt, op. *., p. notre avis, le fait auquel il est fait allusion, a eu lieu, suivant les indications de la Bible
et

de la tradition, près de Guilgal.

MÉLANGES.
caire délitescent et des silex noyés

23;>

dans la craie. Là où le ravin s'éau sud du Sartabeh, nous remarquons de véritables collines de silex où s'ouvrent des grottes habitées par
largit en atteignant la plaine

des Arabes.

à 20 minutes plus au midi. C'est probablement

Une enceinte carrée d'environ 120 mètres de côté se trouve un reste de camp

romain, datant de l'investissement de l'Alexandreion. Nous atteignons, un quart d'heure plus tard, la gorge par où Youâdy Fasail débouche dans le Ghôr. On y voit un tell de ruines, les murs d'un
ancien réservoir et un canal construit. Mais le Khirbet Fasail est situé à une demi-heure plus loin au milieu d'un terrain jaunâtre et pierreux. Les ruines sont assez étendues. Elles consistent surtout en canaux
d'irrigation qui

amenaient l'eau de l'ouâdy

et

en arasements de cons-

tructions particulières.

Dans le nom de Fasail, les Arabes ont fort bien conservé l'ancienne appellation Phasaélis, qu'Hérode le Grand avait donnée, en l'honneur de son frère Phasaël, à l'une de ses fondations de la vallée du Jourdain (1). Dans l'intention d'Hérode, Phasaélis devait être le centre
d'une exploitation agricole au milieu d'une terre jusque-là déserte et inculte. Aujourd'hui, à part quelques champs d'orge et de blé irri-

montagne, le sol s'est durci et stérilisé par du manque de culture. La création hérodienne réussit fort bien. Josèphe et Pline vantent la fécondité de Phasaélis en même temps que celle de Jéricho et d'Archélaïs, et ses belles plantations de palmiers (2). Hérode laissa par testament à sa sœur Salomé ce domaine d'un riche rapport; celle-ci, à son tour, le légua à Julie,
la

gués par l'eau qui vient de
suite

femme d'Auguste
lité

(3;.

décrite dans le

Nous n'insisterons pas davantage sur une locamenu détail par Guérin (4). Rappelons seulement

qu'aux temps

byzantins, Phasaélis jouissait encore d'une certaine

prospérité. C'est elle fort probablement qui figurait au sud de Coréous

survécu à la destruction de
et

dans la carte de Màdabà, si l'on en juge par la finale (A)1C, qui a la partie nord de la mosaïque. L'histoire monastique parle de plusieurs religieux fixés à Phasaélis, èv 3>a<riXai8t,

en particulier d'un certain Georges de Cappadoce qui se signala par divers prodiges. Un jour, à ce que l'on rapporte, armé d'un simple bâton, il poursuivit jusqu'au Jourdain deux lions qui en
Antiq., XVI, 5,

(1)

2.

Bell. Jud.,

I,

21, 9

:

Kal

TtoXiv âXXrjv

xîîoa;

-/.orra

tov àrcà 'lepr/ou;

Iôvtwv aOXûva 7tpàc
(2)

fSope'av «I>a(Tar)).îôa
:

ùvâpatTEv.
y.ai

Antiq., XVIII, 2, 2

rr,v

zz èv tô> tieôîw 4>aaariA:oa

'ApxeXacSa, êv6a çotvtxwv

irXetcfTT]

ç'jïsufft;

xai xapTio; aÙTwv àpiaro:. Pline, Hist. nat., XIII, 4, 44.
2. Cf.

(3)
(4)

Antiq., XVII, 8, 1; XVIII, 2,

Thomsen, Loca Sancla,

p. 113.

Samaric,

I,

pp. 228-232.

236

REVUE BIBLIQUE.
(1).

avaient au troupeau de porcs qu'il paissait
à Phasaélis

Un

autre moine édifia

en l'honneur de saint Ciryque (2). Les destinées d'Archélaïs, fondée dans la plaine du Jourdain par l'ethnarque Archélaus, fils d'Hérode le Grand, sont assez étroitement
église
liées à celles

une

de Phasaélis

(3).

Généralement,

les

géographes de

la

Terre Sainte ont cherché la fondation d'Archélaûs dans l'ouâdy Far a,
soit à sa sortie

de. la vallée (Bouseliyeh, Tell

de la montagne (Tell Mazàr, Mahrouk), soit à l'intérieur Kadiyeh) (4). La principale raison que

l'on

donne pour justifier cette recherche est l'ordre dans lequel Ptolémée énumère les villes du Jourdain appartenant à la Judée Arche:

lais,

Phasaélis, Hiericûs.

Il

ressortirait de là qu'Archélaïs aurait été

nord de Phasaélis, donc au-dessus du Kh. Faeâ'il, en un terque la vallée du Far'a. Les coordonnées du géographe alexandrin sont d'ailleurs conformes à l'ordre de cette énumération. Mais il faut reconnaître que c'est là une base assez fragile, car la précision de Ptolémée est souvent mise en défaut. D'après ses indications, par exemple, Scythopolis se trouve en Transjordane, et Naplouse plus à l'orient qu'Archélaïs. Toutefois, la géographie palestinienne s'en serait tenue là, si la carte de Màdabà, découverte
située au
ritoire fertile et irrigué tel

en 1897, n'était venue mettre en question la localisation à l'ouâdy Far'a de la ville créée par Archélaus. Tout d'abord, laisser la petite plaine de Qaràouâ, qui s'étend à la sortie de l'ouâdy, à l'ancienne localité de Coréa revivant dans Coreous, s'imposa avec plus de rigueur qu'auparavant. Restaient les positions admises à l'intérieur de l'ouâdy. La carte mosaïque les rendit égale-

ment inadmissibles en exigeant que

la localité d'Archélaïs fût placée,

non plus au nord de Phasaélis, mais entre Phasaélis et Jéricho, au sud par conséquent du Kh. Fasà'il (fîg. 10). Le premier à réclamer ce changement de localisation fut le P. Lagrange, qui, en 1897, écrivait Cette « ça^AlC. dans son commentaire de la carte de Mâdabâ restitution suppose que Phasaélis était au nord d'Archélaïs, ce qui est
:

contre toutes les opinions proposées. Mais d'après Josèphe. Ant., XVII, •Ïk0, il semble qu'Archélaïs était au bout de l'aqueduc de Neara, ce qui

correspond au

site de el-Aoudjé, au sud du Kh. Fasaïl. Les degrés de Ptolémée sont trop incertains pour exiger qu'Archélaïs soit plus au
1) Ce fait est à rapprocher de la scène de la carte de Màdabà représentant un fauve poursuivant une gazelle. Sur les lions dans le Ghôr, voir Croisière autour de la mer

Morte,
(2) J.
(3)

p. 164.

Mosch, Pré

spirit., c. 92.
1
;

Antiq., XVII, 13,

XVI II,

2,

2.

(4)

Guérin, Samarie,

I,

pp. 236, 252. Robinson, Later Biblical Researches, p. 304. RB.,
p. 27.

1895, p. 616. Thomsen,

Loca Sancta,

MÉLANGES.

"237

nord

(1). »

Schulten

1

2) et

Jacoby

(3)

ont admis la restitution propo-

sée, et tout

récemment

le D'

H. Guthe s'est

beaucoup rapproché de
à deux kilomètres envise

l'opinion qui vient d'être citée, en localisant Archelaïs à l'extrémité

des canaux amenant l'eau de l'ouâdy

Wudjeh
(4).

ron au nord du Kh. el-'Audjeh
ruines portant
le

et-tahtani.

trouvent quelques

nom

de Kh. el-Beyouddt

Le voisinage des ruines

« Ce nom, dit Guérin. semble indiquer que jadis elle était environnée de plantations de dattiers. En effet, je lis dans le dictionnaire de Freytag, au mot j^w, dactylos, e quitus mel fluit, proférons palma (5). » Or Archelaïs était" aussi le centre d'une célèbre plantation de palmiers. A propos des

appelées Masqarah confirme cette opinion.

dattes juteuses et nourrissantes connues sous le

nom
«

de caryotes, Pline
toute

déclare que
la

les

plus

renommées sont en Judée.
et

Non pas dans

Judée, reprend-il, mais surtout à Jéricho; quoiqu'on estime éga-

lement celles d'Archélaïs, de Phasaélis
pays
(6).
"

de Livias, vallées du

même

Comme

il

a été dit, la fondation d'Archélaïs se rattache

aux travaux de canalisation qui eurent lieu à Néara dans le but de détourner vers Jéricho la moitié des eaux qui coulaient dans, cette localité. Au iv siècle, Néara, appelée Noorath, était signalée à cinq milles au nord de Jéricho (7). Cette évaluation nous mène dans la
1 '

région de

Nedjmeh

et

du Kh. el-'Audjeh

el-fùqah. C'est à ce dernier
:

une pour atteindre Ain Douk; l'autre, après branche se dirige vers le sud être descendue directement à l'orient, fait un coude vers le nord où elle se ramifie en plusieurs ruisseaux. C'est dans ce réseau que se placeraient fort bien les palmeraies d'Archélaïs. Quant à la branche sud.
(1)

endroit que bifurque l'ancien aqueduc de l'ouàdy el-'Audjeh

(2)
(3)
(4)

RB., 1897, pp. K19 s. Die Mosaikharte von

Madaba

(1900), p. 81.
(1905), p. 85.

Bas Geograpli. Mosaik von Madaba

On ne peut faire fond non plus sur les de Peulinger met entre Jéricho et Archelaïs (cf. RB., 1911, p. 403): A cette distance, qui est encore en deçà du Kh. Fasà'il, le terrain est impropre à la culture, dominé par un monticule siliceux, et les ouàdys sont à sec. Si, d'ailleurs, on fait le

MuNDPV.,
que

1911, pp. 65-70. Bibelatlas, n° 14.

12 milles

la carte

total des milles

indiqués entre Jéricho et Scylhopolis, on arrive à 36 (53 kilom.), tandis
y en a 51 (75 kilom. 1/2).
Il

qu'en réalité,

il

y a donc des lacunes sérieuses dans les indi-

cations de cette carte. RB., 1912, p. 403.
(5)

Samarie,

I,

p. 228.

et

Ab his caryotx maxime celebranlur, et cibo quidem, sed suco uberrimx, ex quibus prxcipua vina orienti, inimica capitï, unde porno nomen. Sed ut copia ibi atque fertilitas, ibi nobilitas in Judxa, nec in Iota, sed Hiericuntc maxime, quamquam laudala et Archelaide et Phaselide atque Liviade gentis ejusdem
(6)

Hist. natur., XIII, 9

convallibus.
(7)

Onomast.,

p.

137

:

Naaratha
28.

in tribu

Efraim. Et nunc

est

Naorath

(Noopdtô)

vil-

lula
Jos.,

Judxorum
16,
7;
I

in quinto miliario Jerichus. S'identifie avec nl7J3 delà limite d'Ephraïm,

Chron., 7,

238

REVUE BIBLIQUE.

restaurée sans doute au

moyen
:

âge, elle n'en remonterait pas moins
elle

à l'éthnarque Archélaus

c'est

qui amenait dans les jardins de

Jéricho la moitié des eaux de Néara.

La nuit tombait lorsque nous traversâmes les terres irriguées et les quelques ruines de F'Audjeh, qui sont beaucoup plus connues que le reste de la vallée du Jourdain, à cause de la proximité de Jéricho (1). Sans guide, néanmoins, il nous était, à cette heure, impossible de gagner tout droit notre campement dressé à Ain Douk, à travers les

Fis.

10.

dédales du sol tourmenté qui défend les abords de cette source. Le guide de la veille nous avait quittés à l'ouàdy Malih, ne voulant point
s'exposer sur un territoire ennemi.
Il

en avait été ainsi durant tout

le

voyage, chaque bédouin refusant de dépasser les limites de sa tribu. Tous les clans du Ghôr sont en lutte plus ou moins ouverte les uns
contre les autres; aussi ne s'aventurent-ils pas trop au delà de leurs frontières. De là vient que la plupart des Arabes de la vallée du

Jourdain ont une science peu étendue de cette vallée. S'ils connaissent les moindres ravines et tous les tertres de leur territoire, ils ignorent bien souvent la géographie du pays d'à côté.

Au

fait,

comment nous procurer un guide dans
trois

milieu d'une région qui paraissait

la nuit sombre, au complètement inhabitée? Déchar-

ger deux ou
(1)

coups de
I,

fusil

en

l'air était le

seul

moyen

d'attirer
Biblical

Guérin, Samarie,
I,

p.

226.

Survey, Memoïrs,

II,

pp. 390

ss.

Robinson,

Resea relies,

p. 568.

MÉLANGES.
quelque bédouin du voisinage. Ce qui
peine une minute
s'est-elle

239

fut aussitôt mis à exécution. A écoulée après les détonations, que nous

nous entendons apostropher par une voix entrecoupée venant audevant de nous. « Qui ètes-vous? demande-t-elle avec des dents qui claquent violemment. Amis ou ennemis? » On rassure du mieux possible cet Arabe qui a eu le courage d'assumer à lui seul le rôle d'éclaireur. Nous le voyons alors glisser dans la pénombre, plié en deux

et

rampant,

le fusil

prêt à la réplique.

Il

s'approche, nous voit et l'on
11

s'explique. Cette fois, notre bédouin

respire à pleins poumons.

avait cru, jusqu'à la dernière

seconde,

avoir affaire à une razzia

11 consent avec empressement à nous conque nous nous sommes exposés à une fusillade. L'alarme, en effet, était donnée, car à mesure que nous avancions dans la nuit, les keffiés blancs surgissaient derrière chaque buisson. C'était alors autant d'explications à fournir et de confiance à rendre. Au sud de Aïn Douk, nous rentrions, le lendemain, dans la région de Jéricho, actuellement si connue et si visitée. La facilité des commu-

venue de

la tribu voisine.

duire, et nous avoue

nications avec Jérusalem, la multitude des souvenirs qui se pressent dans cette extrémité sud-ouest de la vallée du Jourdain, justifient l'empressement des pèlerins et des touristes à. parcourir l'oasis de

Jéricho et les steppes qui s'étendent jusqu'au fleuve et à la

mer

Morte.

Avant
rir

même
sites

des

premiers chrétiens eussent commencé à s'enquébibliques de ces parages, les Juifs y vénéraient les mirales

que

en Terre Promise. quand on voyait l'endroit du passage des Hébreux au Jourdain, ou le mur de Jéricho englouti sur place (1). L'existence du mur de Jéricho embarLes rabbins enseignaient qu'il fallait rendre grâce à Dieu
rassait

cles qui avaient

marqué

l'entrée de leurs ancêtres

quelques talmudistes qui se contentaient finalement d'admettre

pour solution que ce mur s'était en partie enfoncé en terre. « Comment dit-on que le mur de Jéricho a été englouti? Ne s'est-il pas effondré, comme il est dit (Josuë, vi, 20) Lorsque le peuple entendit la voix du schofar, ils entonnèrent un grand cri, et le mur tomba de lui-même? Comme sa largeur et sa hauteur étaient égales, il a dû v avoir un certain engloutissement (2). » Guilgal et ses douze pierres devaient également être chères à tout cœur israélite, pénétré de la recommandation de Josué « Lorsque vos enfants demanderont un jour à leurs pères ce que signifient ces pierres, vous en instruirez vos
: :

'1)

naipm
»)

Talmud de Babylone, Berakoth, chap. ix, éd. de Pauly, njtarc inni rravn... jTï»n nnaro... rwnn.
Schwab, pp. 450
s.

p.

45 (Schwab, p. 449)

240

REVUE BIBLIQUE.
:

enfants et vous direz
assez naturel

Israël a passé ce
e

Jourdain à sec

(1). » IL est

donc

que des rabbins du
tel

11

siècle soient allés visiter le

galgal

auquel se rattachait un

souvenir. Une tradition plusieurs fois enre-

talmudique rapporte « qu'Aba Khalafta, Éléazar ben Mathia et Khanina ben Khakinaï se sont trouvés auprès de ces pierres, qu'ils les ont mesurées, et ont compté que chacune avait un poids équivalant à quarante seas d'eau (2). » Ainsi, pour ce qui regardait les localisations de l'Ancien Testament, les chercheurs chrétiens avaient une tache facile. Ils n'avaient qu'à recevoir des Juifs les traditions touchant la Jéricho cananéenne, les douze pierres de Guilgal et le passage du Jourdain. Aussi les anciens itinéraires latins ne manquent pas de signaler les murs de Jéricho, la maison de Raab, et les blocs extraits du Jourdain par Josué. La carte de Mâdabà indique d'une façon palpable le sanctuaire de Galgala qui est aussi le oojos-/.xa'.0ov, c'est-à-dire le lieu des douze pierres (fig. 10). Quant à l'endroit où les Juifs pensaient que leurs pères avaient traversé le fleuve, il se trouvait vis-à-vis de Jéricho, au point nommé encore aujourd'hui Qasr el-Yehond, « le château des
gistrée dans la littérature
Juifs ».

Nous serions

très porté à croire
était

premiers siècles, cet endroit
c'est-à-dire « le lieu

que chez les Israélites des connu sous le nom de Beth-'Abarali.
(3).

du Passage

»

Lorsque

les

chrétiens se mettront à chercher le lieu du

baptême du
Origène
sait

Christ, c'est à

Beth-'Abarah

qu'ils

penseront

(pi. II,

2).

que l'on montre sur les rives du Jourdain une Bethabara où Jean, à ce que l'on raconte, aurait baptisé (4) aussi rejette-t-il la leçon Béthanie, appuyée pourtant par les meilleures autorités du Nouveau Testament, et introduit-il dans son texte évangélique Bethabara au lieu de Béthanie. Pour justifier cette modification, il fait remarquer que Béthanie est aux environs de Jérusalem et que sur les bords du Jourdain, on ne saurait trouver une localité de ce nom (5). J'oserais cependant proposer une autre raison à la localisation du baptême du Sauveur à Bethabara, à l'endroit du passage des Hébreux, c'est le
;

(1)
(2)

Josué, 4, 21.

Talmud de Jérusalem,
fi.

Sola, VII,

5.

Talmud de

Babyl.. Snia, 34". Tosefta, Sola,
s.

VIII,

Cf.

Bachek, Jeuïsh Quart. Rev.,

XIII. pp. 322

(3) Cf.

Berakolh: JTlVl
Joli.

nTOm
VI,

(4)

In

(Preuschen),
tov

40

:

Seîxvucôou os /iycvsi Ttapà

if, oyjjr^ to-j

'lopSayauxà Br,6aëapà,

svôa

t<7Tipo-j<7iv

'Iwàwr,v (kësuuxévai.

La

vieille version

syriaque qui est aussi pour

Bethabara ne paraît pas dépendre en cela d'Origène, mais bien d'une tradition locale déjà
établie.
(5)

Lag range, Origène. La critique textuelle
ss.

et la

tradition topographique, RB., 1895,

pp. 502

MÉLANGES.

2

H

rapprochement mystique que
établir entre ce
.

les

premiers théologiens
«

se sont plu à

baptême

et ce

passage.
I

Partant de cette citation de

Corinth.

:

Je ne

veux pas vous

lais-

ser ignorer que nos pères ont tous été sous la nuée, qu'ils ont tous traversé la mer et que tous en Moïse ont reçu le baptême dans la nuée
et

dans la mer

tout autant de vérité
frères,

Origène prétend que saint Paul aurait pu dire avec « Je ne veux pas vous laisser ignorer, mes que tous nos pères ont passé à travers le Jourdain et que tous
»,
:

et le fleuve. » Or Josué de Jésus-Christ... Suit un. parallèle assez développé entre la pénétration d'Israël en Terre Promise et l'accès du chrétien à Dieu par Jésus. Toutes ces considérations, estime le savant Alexandrin, ne

ont reçu le baptême en Josué, dans l'esprit
est la figure

sont vraiment pas déplacées, dans
à

une étude sur le baptême de Jean Dans sa cinquième homélie sur Josué, Origène accentue encore davantage le rapprochement esquissé dans son commentaire sur saint Jean Tous les Hébreux ont été baptisés dans le Jourdain, en Josué, de telle manière que les faits qui se sont déroulés au Jourdain sont le type du sacrement du baptême. Quant à la hâte du peuple de passer le Jourdain, elle marque le zèle avec lequel nous devons accourir au baptême et à la prédication (2). Cette exégèse symBethabara
(1).
:

bolique a bien pu avoir cours en Palestine avant Origène. Saint Paul n'en donne-t-il pas déjà de singuliers exemples? Après Origène, le
parallèle en question ne se perd point. Sur le verset du Ps lxv « Là nous nous réjouirons en lui ». Théodoret écrit « C'est-à-dire près du
:
:

Jourdain;

comme

le

doivent faire auprès du saint baptistère ceux qui

viennent de

la gentilité. Jadis le

Jourdain

s'est divisé

devant

le

peuple,
le

mais maintenant
Jourdain opère
notre Dieu
et

qu'il a

reçu le Créateur de tout
des

et le

Démiurge,

le salut

hommes. En y pénétrant, notre rançon,
et l'Esprit (3). »

Sauveur, nous a tous régénérés par l'eau

Dans la tradition chrétienne, le souvenir du baptême du Christ prima bien vite les autres faits qui avaient illustré Bethabara. En cette localité, la carte de Màdabà ne signale plus que le baptême de saint
Jean
[3e8a6apa, tc toj àyiou Iojâwoj tsj py.-- .G\).y.-.oc, (fig. 10). Le souvenir du passage des Hébreux ne disparait point cependant tout à fait. L'Anonyme de Plaisance (vers 570) rappelle les divers événements
:

r

;

qui eurent lieu en cet endroit
notre Seigneur fut baptisé.

:

«

Nous vînmes,

écrit-il,

au lieu où
fils

En

ce

même lieu passèrent

les

d'Israël;

(1)

In Joh.,

vi, 44.

(2)
(3)

PG., 12, 847. PG., 80, 1366.

REVUE BIBLIQUE 1913.

N.

S.,

T.

X.

16

242
et c'est là

REVUE BIBLIQUE.
aussi

que

les

fils

des prophètes perdirent leur hache

et

qu'Élie fut enlevé au ciel

(1). »

La localisation du baptême du Christ à Bethabara finit par attirer vers ce même endroit tout le ministère de saint Jean-Baptiste. A l'épo-

que de l'Anonyme de Plaisance, on montrait sur la rive gauche du Jourdain, à un ou deux milles du fleuve, une source où Jean aurait baptisé. Elle se trouvait dans une dépression, sorte de petite vallée,
où, disait-on, le prophète Élie avait été nourri parle corbeau. Tous les environs étaient peuplés d'ermites (2). C'est la source que la carte de

Màdabâ
était

(fig.

10) désigne
vjv

par la légende
5

:

/Enon où

est

maintenant
vi
e

Sapsaphas, Aîvwv ev6a
regardée

^a-craça;, et qui, au cours

du

siècle,

comme

l'.Enon évangélique, au détriment de l'.Enon

voisine de Salim, à laquelle cependant

un certain nombre de

parti-

sans demeuraient attachés. Jean Mosch signale cet endroit sous le nom contracté de Sapsas. Il y mentionne une petite grotte où le baptiste

aurait reçu à plusieurs reprises la visite de Jésus, et qu'un

moine

avait transformée en église. Le sanctuaire, selon lui, devint le centre d'une laure. A gauche longeait le torrent de Chorath vers lequel fut

envoyé Élie le Thesbite au temps de la sécheresse (3). La tradition de ce nouvel /Enon se poursuivit jusqu'au moyen âge, où elle se constate chez le moine Épiphane et chez Phocas (4). Aucun point de la région du Jourdain inférieur n'a conservé le nom de Sapsaphas, quoique ce nom, qui signifie « le saule », se soit maintenu en plus d'un endroit de la Syrie sous la forme arabe Safsâfeh.

On ne

saurait songer

pour

le cas

présent à la source 'Aïn es-Saf-

sâfeh qui se trouve dans les parages de Beisàn, entre Cheikh er-Rehâb et le Jourdain (5). Il s'impose de rechercher ce nouvel /Enon à l'est

du Jourdain, en

face de Qasr el-Yehoud. Le T. R. P. Féderlin (6) a été

fort bien inspiré en dirigeant ses recherches de ce côté et son explo-

ration, qui n'a pas encore attiré l'attention des topographes, s'est

vue

couronnée de succès. Sa découverte du petit ruisseau du Kharrar, qui
(1)

Geïer,
et

Itin. Hieros.,]). 165

:

Ex
filii

hoc venimus in loco, ubi baptizatus
Israhel;
ibi et filii

noster. In ipso loco transierunt

est Dominas prophetarum perdiderunt se-

curem
(2)

parle aussi

ex ipso loco adsumptus du fait d'Élie et d'Elisée.

est Helias.

Origène, à propos du baptême de Jean,

Geyer., op. t., p. 165. PG., 87, 2852 s. Cf. Onomasticon, pp. 174 s. Chorath torrens trans Jordanem,in quo absconditus est Elias e regione eiusdem fluminis. Le jardin de Jean-Baptiste, mentionné par Éthérie, n'est point du tout dans ces parages ainsi que le prétend Jacoby, p. 93.
(3)
:

et à sa suite. Metaxakis,
(4) (5)

Néa Sion,
p.

I,

282.

PG., 120, 269; 133, 955. Cf. Thomsen, Loca Sancta,

19.

(6)

Terre Sainte, 1902, pp. 152

ss.

avec une photographie et uae carte.

.

MELANGES.
coule au fond d'un ravin creusé dans la marne,

243

ombragé de saules et de peupliers; celle des ruines d'un monastère non loin de la source du ruisseau, sur un mamelon où des fouilles mettraient à jour la grotte plus ou moins éboulée, nous ont rendu le Sapsaphas ou Sapsas, et le
Il

Chorath des Byzantins.

vraisemblable que l'identification de l'aire d'Afad avec Bethagla que la carte de Màdabâ (fig. 10) enregistre d'après Y Onomasticon soit d'origine juive. Elle s'appuie sur l'étymologie de Beth-IIoglah, rr;.n fv>3, qui signifierait « le lieu de la ronde » (1).
est aussi très

C'est là

que

le

nombreux cortège qui accompagna en Canaan
accompli
les
(2).

la dé-

pouille mortelle de Jacob, aurait

rondes funèbres autour
saint Jérôme, tels

du patriarche défunt

Cette identification a fait fortune, car on la
à

retrouve chez des auteurs très postérieurs

que

Burchard, Jacques de Vérone Qàsr Hadjlah
C'est de ce point,
la tribu

et Fabri,

qui la rappellent à propos de

de Juda

(3). 11 n'est

en outre, que partait la limite septentrionale de pas dans notre intention de traiter du

tracé

de cette limite, bien qu'en route nous en touchâmes plus d'un

jalon. Elle n'appartient d'ailleurs qu'en

minime
il

partie à la vallée
le

du

Jourdain.
le

On

sait

qu'après avoir zigzagué dans

Ghôr,

elle traverse

désert de Juda pour monter à Jérusalem, où
Jérusalem.

est

temps de rentrer.

Fr. F. -M. Abel.

I

II

MARC-AURÈLE
LE JEUNE HOMME.

(4)

LE PHILOSOPHE.

L'EMPEREUR.
avait-il expiré,

Marc-Aurèle
le

est le saint
le

du paganisme. A peine

que

peuple

lui
la

donna

plus touchant des suffrages. C'est pour tout de
le

bon que
(1)

voix populaire se joignait au Sénat qui
:

mettait au rang

Areaatad, locus trans Jordanem (par rapport à la rive orientale], Onom., pp. 8 s. quo planxerunt quondam Jacob tertio ab Jéricho lapide, duobus milibus ab Jordanie, qui nunc vocaiur Bethagla, quod interpretatur locus gyri, eo quod ibi more plangentium, circuierunt in funere Jacob. (2) Genèse, 50, 10 s. TONH nâ""W, LXX et; «Xwva 'AtàS. Carte de Mâdabâ "A/.wv
in
:

:

:

'Aràô
(3)
(4)

Y|

vîv pr)0aY>.à.
6.

Josué, 15,

L'importance de

la

biographie de Marc-Aurèle dans l'œuvre de Renan sera pour la

244

REVUE BIBLIQUE.

des dieux. Comme il est raconté de plusieurs saints du christianisme, dans la douleur qu'on éprouvait de sa perte, on ne le pleura pas, tant on était assuré que, prêté par les dieux, il était retourné vers les dieux. On tenait pour sacrilège celui qui n'avait pas son image dans sa maison pour l'invoquer avec ses dieux familiers (1). Il demeura le modèle des meilleurs empereurs, de ceux du moins qui voulaient

un culte particulier, et heureux d'opposer cette mémoire vénérée à l'impression qu'avait faite la conversion de Constantin. Le souvenir de honte qu'il laissa dans l'histoire a été fixé pour nous dans ses statues. Parmi les maîtres du monde réunis autour d'Auguste dans les galeries des musées, on rencontre à chaque pas des figures intelligentes et énergiques, des types de soldats ou de politiques, Néron, aux mâchoires brutales, avec un vague regard, Vespasien cauteleux, Hadrien curieux et sceptique, Lucius Vérus fat de sa beauté, puis les durs capitaines, Septime Sévère, Probus, Maximin, Aurélien, le rusé Constance Chlore. A côté d'Antonin, dont la physionomie
passer pour
tels.

Dioclétien avait pour lui

Julien l'Apostat fut

n'est point révélatrice, sinon d'une sorte de fermeté tranquille, Marc-

Aurèle tient une place à part. Enfant, car il eut ses statues dès son enfance, il ravit par sa grâce charmante, sa physionomie ouverte et ingénue, son regard si droit et si sincère. Empereur, son visage

exprime encore
la tristesse.
toire, tant

la loyauté,
le

avec la bonté, teintée plutôt que voilée par

On
il

reconnaît à première vue, quand on a lu son his-

domine, par le rayonnement d'une âme honnête, cette splendide réunion d'Augustes, quelquefois vraiment désireux du bien public, plus souvent regardant le monde comme une proie, cruels
à l'occasion,

même

les sceptiques

comme

Hadrien, parfois féroces,

gladiateurs,

histrions,

efféminés, et dans cette incroyable variété
le

d'instincts débridés

par

pouvoir, tous adonnés à la luxure.

Le jugement de

l'histoire sur

Marc-Aurèle paraissait

définitif, et

Tillemont, peu enclin,

comme

janséniste, à payer
:

un

tribut exagéré
il

aux vertus païennes, n'avait pas hésité à dire

«

Certes

y aura bien

publication de cette brève étude dans la

Revue biblique sinon une
la

justification,

du moins

une excuse.
(1)

Marc,

18.

Nous indiquons

ainsi

Vie de

Marc-Aurèle par Jules Capitolin, dans

l'Histoire Auguste.

à l'excellente traduction laissée inédite par
qu'elle est bien son
nier,

Les passages cités des Pensées sont empruntés, avec l'aimable autorisation de M. Fournier, M. Couat et tellement revisée par M. Fournier

œuvre (Bordeaux,

1904).

Les notes, pour

la

plus grande partie de ce derj'ai

sont substantielles, très judicieuses, et m'ont été fort utiles. Le texte grec que
les

sous

yeux

est celui

de Stich, chez Teubner.

MÉLANGES.

245

des Chrétiens que cette douceur d'un païen et d'un Empereur condamnera au dernier jour (1). » C'était avec une entière impartialité que notre grand historien avait fait la balance des défauts et des
qualités, concluant

que

:

«

Son plus véritable défaut
par

a peut-être été
le désir excessif

sa bonté

même,

laquelle soit par son naturel, soit

qu'il avait d'être

estimé doux et bon,

comme
(2). »

on

le lui

a reproché,

dégénérait en une véritable mollesse

De nos jours, dans un temps qui aime
de cette sérénité, et
il

l'histoire,
si

on

s'est

départi

a été jugé

comme

sa vie était

un argument
:

pour ou contre
restrictions,

paganisme. Renan n'a pu se dispenser de quelques « Il parce que Marc n'était pas le parfait rationaliste
le
(3). »
«

n'osa jamais nier absolument le surnaturel
iMais

en somme,

sa vertu,

comme

la nôtre, reposait sur la raison,

hommes, non parce un homme accompli (k) ». qu'il était païen, mais parce qu'il était Aussi est-il déplorable que « le saint empereur » ne donne la main
sur la nature... Marc-Aurèle fut le plus pieux des

aux saints laïques d'aujourd'hui qu'après des siècles de christianisme « Oui, tous tant que nous sommes, nous portons au cœur le deuil de
:

Marc-Aurèle,

mort d'hier (5). » L'admiration de Taine est moins nuancée et plus fervente « Nous avons beaucoup appris depuis seize siècles mais nous n'avons rien
s'il

comme

était

:

;

découvert en morale qui atteigne à la hauteur et à la vérité de cette doctrine ». « Quelle est donc la puissante pensée qui a formé toute cette vertu et soutenu toute cette conduite? Une seule idée, celle de
la

nature

(6).

»
il

coup de tonnerre qui troubla l'azur du panthéisme optimiste de Taine. La religion antique venait de renaître avec Goethe. Les dieux d'Iphigénie en Tauride « devienCela était
écrit,

faut le dire, avant le

nent paternels; on croit sentir l'approche de la piété chrétienne. Il n'en est rien il a suffi à la pensée grecque de suivre son dévelop;

pement pour en venir

là.

Marc-Aurèle

et les

philosophes stoïciens, qui

sont les derniers prêtres de l'antiquité, parlent ainsi. La simple et

parfum.

eu qu'à s'ouvrir pour exhaler ce divin appartient à sa sève; elle n'a pas eu besoin de l'emprund'elle-même et par elle seule, en son ter à une plante étrangère
saine fleur de l'Hellade n'a
Il
:

(1)

Histoire des Empereurs, Venise,

MDCCXXXII,

II,

368.

(2)
(3) (4) (5) (6)

Loc. laud.,

p. 396.
fin

Marc

Aur'ele et la
p.

du inonde antique,

6« éd., p. 16.

Loc. laud.,
Loc. laud.,

17.

p. 488.

Nouveaux

essais de critique et d'histoire, p. 108 et p. 101.

240

REVUE BIBLIQUE.
final,
elle
l'a

répandu sur l'esprit humain (1) ». pourquoi cette plante d'une perfection si rare a dû périr en donnant sa plus belle fleur. N'avait-elle donc plus de sève? Et pourquoi? Et comment en aurait-elle assez pour être utile au monde moderne? L'auteur des études sur la Révolution n'avait point encore parlé de cette grande paire d'ailes qui a porté les âmes dans les hauteurs à l'avènement du christianisme. Sans métaphores, est-il vrai que la morale de Marc-Aurèle contenait plus de vérité que le christianisme naissant, et que l'humanité
épanouissement
Taine ne nous explique point
ici

eût gagné à suivre les traces de l'empereur philosophe? Cette question

ne

se pose

même

pas pour un chrétien, et l'on comprend qu'il
le texte (2)
est plus

y

ait été fait

des réponses un peu rudes.

non pas seulement dans combat, mais dans une note, ce qui
Brunetière,

de

ses discours
«

de
le

grave, a décrit

vrai Marc-Aurèle, se consolant de la misère universelle dans la con-

templation de soi-même,

et se

complaisant en lui
a été
le

comme au

miroir

de toutes

les perfections. Si l'orgueil

défaut du stoïcisme,
stérilisé toutes les

vertus, — Marc-Aurèle, qui
l'un des plus
«

et j'entends

par là

le

principe qui en a

comme

est l'un des derniers, est sans doute aussi

accomplis
le R. P.

»

stoïciens (3)

».

Et cependant Brunetière.

refuse d'opposer au portrait fantaisiste d'Ernest

Renan

« la

caricature

passionnée que
logie

du Christianisme,

— nous a donnée du mari de
Harnack qui ne
soit

Albert-Maria Weiss,

dans sa grande ApoFaustine et du
lui voir

père de
11

Commode

(4) ».

n'est pas jusqu'à M.
(5).

un peu agacé de

le

miroir à la main

N'y aurait-il pas intérêt, en présence de ces jugements contradictoires, à revenir une fois de plus à Marc-Aurèle? C'est, avec Socrate,
l'une des

âmes

les

plus nobles de l'antiquité.

Il

est certes

plus facile

de

le

connaître que Socrate. L'Athénien passait presque tout son temps

sur la place publique, mais la vie

même

privée de l'empereur était

abandonnée à
fixé ses

la publicité.
fin

Et Socrate n'a rien écrit, tandis que Marc a
le jour, et

pensées à la

de sa vie, au jour

pour

lui seul.

le 2

Derniers essais de critique et mars 1868. (2) Discours de combat, nouvelle
(1)

cl'

histoire, p. 84. Publié dans le

Journal des Débats,
sagesse, prendre en

série, p. 105

:

«

du fond de
»
;

sa
ss.

mépris plutôt qu'en
(3)
(4)

pitié les agitations des

hommes

cf. p.

204

hoc. laud., p. 206.

Loc. laud., p. 205, note. RealencyklopMie.., XII, (5) Nient ohne Pédanterie und Selbstbespiegelung, dans la 278. Je note en passant un lapsus étrange de l'illustre critique berlinois qui range l'jpwtixéç

parmi

les

œuvres de Marc. On

sait qu'il est sorti

de

la

plume de Fronton.

MÉLANGES.
Cette figure franche et ouverte est

247
le

donc moins impénétrable que

masque de

Silène auquel tant d'Athéniens se sont trompés. Enlin Marc

avait infiniment moins de génie et desprit, ce qui le rapproche de nous davantage. autant Et en effet, il ne serait pas trop malaisé de le connaître qu'on peut connaître par l'histoire une àme, et l'âme d'un ancien, s'il n'était si difficile de comprendre son attitude en présence du christianisme. Ne devait-il rien à la religion de Jésus, prêchant partout cette charité fraternelle, ce service de tous, où le religieux empereur voyait son rjlus impérieux et son impérial devoir? Et s'il ne lui devait rien, n'a-t-il pas compris du moins ce rapport de sa doctrine au christianisme dont plusieurs historiens ont été frappés? Est-ce donc

par jalousie, au
diats, plus

nom

de

la
il

pensée laïque,

comme

dirait

Renan,

qu'il

a été persécuteur? Car

l'a été,

plus que ses prédécesseurs
et stupides,

immé-

que certains tyrans, atroces

plus que son pro-

pre

fils

Commode.

Est-ce l'entêtement philosophique, est-ce l'attache-

une religion déjà désuète qui ont rendu sévère jusqu'à la àme bonne jusqu'à la faiblesse? Ou suffit-il de dire avec M b Duchesne que « les chrétiens essayèrent vainement de se faire écouter du philosophe; ils n'eurent affaire qu'à l'homme d'État, d'autant plus dur qu'il était plus consciencieux (1) »?
à

ment
'

dureté cette

C'est

l'énigme de cette vie.

Je ne puis songer à l'écrire en détail; je voudrais seulement assurer
les

principaux traits de sa physionomie morale, d'abord d'après son

éducation, puis d'après ses pensées, afin qu'on puisse juger plus aisé-

ment quel appui il trouvait dans sa philosophie pour régler sa vie d'homme, remplir ses devoirs d'empereur, et quel refuge sa doctrine pouvait être non seulement pour lui, mais pour un monde fatigué.

LE JEUNE HOMME.

Marc-Aurèle

est

le

26 avril 121 ap. J.-C.

(2).

Sa famille était oriil

ginaire d'Espagne

(3),

comme

celle d'Hadrien, et

y avait entre elles

un
il

de parenté qu'on ne peut définir exactement (4). Tout enfant, plut tellement à Hadrien que son historien, Capitolin, a pu écrire
lien

Histoire ancienne, de l Église, I, p. 210. Lecadre desa vie d'après Tillemont et vonRohden, EncyclopédieiePauly-Wissoira. ex Succubitano municipio ex Spania (3) Son arrière-grand-père, Annius Verus, « factus senator, vir praetorius » {Marc, I, 4). (4) Dion CHssius, LXIX, 21.
(1)

(2)

248 qu'il avait été élevé

REVUE BIBLIQUE.
par
lui

comme

son

fils (1).

Charmé de

sa gravité

précoce
le

et

de sa candeur, l'empereur, jouant sur son
Verissimus, très véridique. Dès lors
il

nom

de Verus,

nommait
si

le destinait à l'em-

pire. Cette prédilection

d'un

homme comme

Hadrien serait aisément
qu'il

suspecte,

l'on n'était assuré

par Marc lui-même

garda

la fleur

de sa jeunesse dans un milieu très corrompu. En adoptant

L. Ceionius

moins en vue les intérêts de l'empire qu'une affection déjà lassée. L'empereur, alors gravement atteint du mal qui devait l'emporter dans
(entre le 19 juin et le 29 août 136), Hadrien avait eu

Commodus

d'intolérables souffrances, fiança Marc, qui avait alors quinze ans et

qui venait de prendre la toge virile, à la
tait le

fille

de son
le

fils

adoptif. C'é-

désigner
le

comme

son second successeur. Mais
1
er

successeur éven-

tuel

mourut

premier, le

janvier 138, ce qui obligea Hadrien à

une combinaison nouvelle. Pour le bonheur du monde romain, il adopta T. Aurelius Fulvus Boionius Arrius Antoninus, dont la famille était originaire de Nîmes, à la condition que lui-même adoptât le jeune Marc et L. Ceionius Commodus, fils de son fils adoptif décédé. La première adoption ne pouvait qu'être agréable à Antonin, qui n'avait pas d'enfant mâle, et dont Marc était le neveu. Lorsque Hadrien fut mort à Baïes (10 juillet 138), Marc rompit ses premières fiançailles et fut fiancé à. la fille d'Antonin, nommée Faustine, comme sa mère,
qui était la sœur du père de Marc.
Cette histoire,
successifs

dont

les

détails s'enchevêtrent,

explique les

noms

que porta Marc. Par sa famille paternelle il était Annius Verus, mais il porta comme enfant le nom de son grand-père paternel, Catilius Severus. Lorsqu'il devint César, il emprunta à Hadrien le nom d'Aelius et à Antonin celui d'Aurelius; empereur, il se nomma M. Aurelius Antoninus Augustus. Ce mélange de relations, naturelles
ou adoptives, explique surtout
n'avait pas encore dix ans, et
il

les différentes influences

qui s'exer-

cèrent sur son éducation. Son père mourut vers l'an 130,

quand

il

ne connut guère que par le souvenir des autres « sa modestie et sa fermeté (2) ». De sa mère il apprit « la piété et la libéralité, l'éloignement pour le mal, et même pour l'idée
de faire le mal... et en outre, à être frugal et à s'abstenir d'un train

de vie luxueux

pour

pour le mal, et même ne dirait-on pas, si Domitia Lucilla avait été chrétienne, une mère animée des sentiments de Blanche de Castille? Marc n'en a rien dit de plus, mais il l'aima certainement
(3) ».

La

piété, l'éloignement

l'idée

de

faire le mal...

(1) (2)

Educatus
Pensées,

est in
I,
I,

Hadriani gremio, qui

illum...

Verissimum nominabat.

2.

(3)

Pensées,

3.

MÉLANGES.

249

beaucoup. Quand il écrit à son maître Fronton qu'il a longuement causé, ou plutôt familièrement jasé avec sa petite mère, assise sur son lit (1), on croit lire une page des Confidences de Lamartine. Cette

mère ne manquait pas de fermeté puisqu'elle enseignait la frugalité fils; il était plus naturel que sa tendresse s'inquiétât de ses austérités, et qu'elle modérât le zèle d'un jeune garçon de douze ans,
à son

qui couchait sur la dure. Elle avait assurément de l'esprit, affectant
d'être jalouse de Fronton (2), qui prenait peut-être trop à la lettre

l'enjouement d'une mère sûre de l'affection de son fils. Les maladies de cette mère causaient au jeune César un chagrin cuisant (3). Il
est

fâcheux que nous ne la connaissions pas davantage. C'est sûreâ elle

ment

que Marc a emprunté sa délicatesse presque féminine,
virile cette

et sans

doute n'a-t-elle pas contribué à rendre plus

bonté

un peu molle, ni plus ferme cette nature impressionnable. Toutes les Romaines ne furent pas des Cornélies. Si la mère de Marc ne cessa de s'occuper de sa formation morale,
officiellement son éducation fut confiée à son bisaïeul paternel. Le
vieillard s'opposa à ce qu'il fréquentât les écoles

publiques

et

pré-

féra choisir les meilleurs maîtres pour lui

maison, près du Latran. Ainsi Marc était
sa vie

donner des leçons dans sa un isolé il demeura toute
;

un peu

à l'écart, d'autant plus anxieux de l'opinion publique

qu'il n'avait point été

accoutumé dès l'enfance à

la

braver dans

les

regards de ses camarades.
Ces détails sur sa famille, nous les tenons de Marc lui-même. L'empereur, ayant déjà passé l'âge mûr, s'est complu à repasser tout ce
qu'il devait

aux

siens.

Il

n'a pas

ple —

même

oublié son frère, dont l'exem-

il

eût fallu dire le mauvais exemple

devait l'engager à se

surveiller, et qui lui avait

témoigné de
le

la déférence et

de

la

ten-

dresse

(4).

Et cependant Hadrien,

principal auteur de sa fortune,

nommé. Il lui savait sans doute peu de gré de cette élévamais on peut soupçonner aussi qu'Hadrien, débauché, sceptique, et cruel à la fin de son règne, ne lui inspira aucune sympathie. Il ne pouvait le confondre avec les Césars qu'il méprisait comme l'opprobre de la nature humaine, mais il lui reprochait sans doute son
n'est pas
tion,

égoïsme,

et

peut-être ne sut-il pas apprécier son goût éclairé pour
(p.

(1) Deinde cum mater cula mea supra torum sedente multum garrivi respondance de Marc avec Fronton est citée d'après l'édition de Naber.

70).

La corte tanto

(2) Solet mea Domina parens tua interdum iocose dicere, se mihi quod a opère diligar invidere (Fronton, p. 5).
(3) Mater iam levior est... (Lettre de Marc, meae matris quiescere non sinit (p. 90).

p.

79);

me autem

in fir mitas

Dominae

(4;

Pensées,

I,

17.

230
les arts.

REVUE BIBLIQUE.
Son modèle,

et

il

aurait dû limiter encore de plus près,
loi
(1),

c'est

Antonin, son père adoptif, mais, d'après la

romaine, son
il

véritable père.

A deux

reprises,

dans

les

Pensées

a tracé le

tableau des vertus du plus parfait des empereurs. La première de
ces esquisses est la plus familière. Elle révèle Marc-Aurèle aussi bien

qu'Antonin, car
imiter.
Il

le fils

n'a retenu

du père que

les traits qu'il eût

voulu

esquisse son idéal de l'empereur, mais

un

idéal

emprunté à
:

la réalité,

appréciée cependant par l'indulgence la plus respectueuse

« Il était fidèle à ses amis sans manifester ni lassitude ni enjouement; en toute occasion, il était maître de lui et d'humeur sereine.
Il

prévoyait et réglait d'avance les plus petites choses, sans faire
il

d'embarras;

arrêtait les acclamations
il

dont

il

était l'objet.

Économe

des biens de l'empire,

réglait avec vigilance les dépenses des choIl

régies et ne craignait pas d'en être blâmé.
tition à l'égard

n'avait

aucune supersil

des dieux,

et,

à l'égard des

hommes,

ne cherchait
Et plus loin
:

point à plaire à la foule et à se rendre populaire
«

(2)... »

Sois en tout

un

élève d' Antonin. Imite son énergie à agir confor-

mément

à la raison, sa constante égalité de caractère, sa pureté, la

sérénité de son visage, sa douceur, son dédain de la vaine gloire,

son ardeur à se rendre compte des choses

(3). »

Renan a bien vu qu'Antonin
Il

fut le véritable maître

de Marc-Aurèle.

ne

lui

enseigna pas la philosophie, ni

les lettres latines

ques, et

quand

il le

prit

chez

lui, le

jeune

homme

était déjà

ou grecformé à
fils

la politesse tions,

simple de ton, mais délicate par les procédés

et les atten-

de la haute société romaine. Mais Antonin apprit à son

adoptif quel sage peut être un empereur, et ce que l'empire gagnait à

par un sage. Et l'estime qu'il inspira au témoin de sa chaque jour est peut-être son meilleur titre à notre admiration, même en tenant compte de la bienveillance émue qui a pu égarer le cœur du fils. A prendre le nom de Plus au sens latin, c'est MarcAurèle qui aurait dû conserver ce surnom, tant il se montra fils docile et respectueux, d'un dévouement de tous les instants et à toute épreuve. Sa sincérité était d'ailleurs si évidente, qu'Antonin ne le de désisoupçonna jamais en dépit d'insinuations malveillantes pouvoir suprême devint vacant. rer que le A peine adopté, Marc dut habiter avec Antonin dans la maison de
être administré

vie de

Tibère sur

le Palatin. Il

lui
il

répugnait de s'installer dans

le palais

des Césars. Mais désormais
(1) I, (2)

ne quitta plus son père

et

ne

se sépara

16 et VI, 30.
p.

Trad. Fournier,

14.

(3)

Trad. Fournier, p. 120.

MÉLANGES.

251

que deux nuits dans la durée de vingt-trois ans. Yntonin, connaissant son goût pour l'étude, lui donna tout le loisir de se perfectionner dans les lettres et dans la philosophie. Mais ce fut sans doute
de
lui

lui qui exigea qu'il apprit aussi la

jurisprudence, car

il

l'initia

peu

à

peu à exercer

le

pouvoir, et surtout, semhle-t-il, à rendre la justice.

On

entendait plaider des causes

même

l'empereur

se rendait en villégiature,

Lanuvium et à Lorium où au temps des vendanges.
à

Ce moment était pourtant mal propre aux occupations sérieuses. Marc-Aurèle se plaint alors à son vieux maître Fronton de ne rien produire de bon. Son style se ressent des commérages des vignerons dont les cris joyeux montent jusqu'à sa chambre, pendant qu'il essaie de lire Gaton; ou plutôt, après avoir chassé le sanglier, galopé dans quelque course folle, après avoir gagné une bonne suée à cueillir les raisins en chantant comme les autres, il ne se sent pas de goût pour écrire. Il cause avec sa mère. Pendant qu'ils discutent si Domitia Lucilla

n'aime pas mieux Gratia,

fille

de Fronton, que Marc n'aime Fron-

ton lui-même, le timbre avertit que l'empereur se rend au bain. Marc

On soupe dans le pressoir, et l'on s'amuse aux lazzi des vignerons (1). A travers l'afféterie qui retourne à Fronton auquel son
l'y
suit.

élève l'a empruntée, on aperçoit dans ce tableau de genre l'image

d'une vie à la campagne cordiale
geoise,
si

et

simple, on dirait presque bour-

cette familiarité, traditionnelle

tocratie romaine, pouvait faire oublier le

en cette saison dans l'arisrang des vendangeurs d'oc-

casion qui gouvernent le

monde de

leur villa.

un mari très aimant et un père Marc se rend cet hommage, ou plutôt il attribue uniquement aux dieux cette grâce, qu'élevé dans la maison de son grand« J'ai père, il n'a point été trop longtemps confié à sa concubine conservé la fleur de ma jeunesse loin de devenir homme avant le
Le plus pieux des
fils

était aussi

très tendre.

:

;

temps,
n'ai

j'ai

même

différé

au delà

...

C'est

touché ni à Bénédicta, ni à Théodotus,
l'amour, je m'en suis guéri

et

grâce aux dieux que je que, saisi tard parles
(*2).

passions de

» Cette
il

guérison fut

sans doute l'œuvre de sa

femme
les

Faustine, dont

subit l'ascendant

eu une femme si douce, si tendre, si simple (3) ». Quoi qu'il en soit du caractère moral de Faustine, elle sut fixer l'affection de son mari. Ils eurent au moins treize enfants, dont on connaît les noms, entre autres deux jumeaux.
au point de remercier aussi
dieux
«

d'avoir

Plusieurs moururent en bas âge. Leurs maladies causaient de cruelles
(1)

Et rusticos carillantes audivimus libenter
17. 17.

(lettre

de Marc,

p. 70).

(2) I,
(3) I,

252

REVUE BIBLIQUE.

angoisses aux parents. Le père les exprime dans une lettre à Fronton

qui n'a plus rien d'attifé, car on ne peut regarder comme une négli« Grâce aux dieux, nous gence affectée le désordre des pensées avons quelque espérance de salut; la diarrhée a cessé, la fièvre a été coupée; mais la maigreur est extrême, et il reste de la toux. Tu comprends que je te parle de notre petite Faustine, qui nous a donné
:

tent bien, et

Aussi quelle joie quand les chères petites se porcombien il est aisé alors de supporter les incommodités de la saison! « Nous éprouvons encore les chaleurs de l'été; mais comme nos petites... se portent assez bien, nous nous imaginons

bien du mal

(1). »

jouir du meilleur temps et de la saison printanière

(2). »

Faustine est

naturellement de moitié dans ces inquiétudes et dans le bonheur qui les suit. Marc est très satisfait que Fronton ait vu sa fille, surtout parce

que le vieux maître, toujours habile à flatter, a retrouvé dans les traits de l'enfant un heureux mélange de ceux des parents (3). Et c'est peutêtre un trait du hasard, mais c'est un trait charmant que Marc-Aurèle parle si affectueusement de ses filles. Fronton n'oubliait pas les garçons jumeaux et cette fois il ne voyait plus en eux que le vivant portrait de leur père, l'un tenant un pain très blanc, comme un enfant royal, l'autre un pain bis, comme né d'un père philosophe (4). Le petit philosophe vécut peu. L'enfant royal devint Commode... Dans ce gladiateur couronné, plus brutal que Néron, aussi atroce que
Galigula, mais sans fantaisie, le

peuple se refusa à reconnaître la

ressemblance dont Fronton
Mais
fut
si

faisait

compliment au mari de Faustine.

des doutes surgirent aussi dans l'esprit de Marc-Aurèle, ce
n'était alors traversé
les familles.

plus tard, au temps du martyre intérieur dont a parlé Renan.

Son bonheur domestique

que par

ces

nuages

qui portent le deuil dans toutes

Et il faut dire encore que ce père si tendre avait assuré à son unique sœur une plus large aisance en lui abandonnant toute la fortune de leur père, invitant même sa mère à lui donner tout ce qu'elle avait, pour que cette sœur aimée ne fût pas inférieure à son mari. Ce désintéressement est d'autant plus louable qu'alors Marc n'avait pas

encore été adopté par Antonin

(5).

La
(1)
(2) (3)

tutelle affectueuse d' Antonin, oncle
p.

de Marc-Aurèle, son beau-

infantes vidisse

Filiam tuam vidi. Videor mihi te simul et Faustinam Fronton tantum boni ex utriusque vultu est commixlum. Marc Facile ergo intellegimus, quanta apud tesit fîliolae nostrae conciliatrix similitudo utriusque nostri.
p. 91.
:
:

Naber, Naber, Naber,

72.

p. 82.

:

(4)

Naber,

p.

101.

(5)

Marc,

4, 7.

MELANGES.
père et enfin son père adoptif, ne

253

suffisait-elle pas pour former un empereur parfait? Assurément Marc ne devait rien ignorer de ce qu'apprenaient les jeunes Romains dont l'esprit était le plus susceptible de culture littéraire. Toutefois on se prend à regretter que l'enfant ait été si maniable à ceux qui étaient chargés de former son intelligence. Son frère adoptif, Lucius Vérus, eut, lui aussi, des pédagogues très distingués, et il en conserva un certain goût pour les lettres. Marc se donna tout entier et subit si complètement des

influences contraires qu'il faut bien reconnaître à son esprit plus de
docilité

que

d'originalité.

Dans
pelle

les confidences des

premiers chapitres de ses Pensées, alors
il

qu'il était

absolument
les leçons

fixé

dans son stoïcisme particulier,
«

ne rapdirait

que

qui l'ont confirmé dans ses

dogmes

».

On

qu'on ne lui a jamais enseigné que ce qui avait contribué à sa trempe morale. C'est ainsi que Fronton, son maître d'éloquence latine, est cité pour lui avoir appris « tout ce
qu'il les a toujours professés, et

que la tyrannie a de méchanceté, de duplicité et d'hypocrisie; et combien peu de cœur, en somme, ont ces gens que nous appelons patriciens (1) ». Hérode Atticus, le maître des lettres grecques, n'est
pas
cité

du

tout, et

cependant son rôle dut être considérable.
doute
s'il

Celui qui exerça la première influence et peut-être la plus profonde

sur l'enfant fut Diognète. M. d'Arnim

(2)

était stoïcien

ou

même

philosophe. Et en
il

effet,

Maic-Aurèle n'ayant guère que douze

ans quand
gnait tout,

lui fut confié (3),

losophie. Diognète

était

ne pouvait alors étudier à fond la phivraisemblablement un précepteur qui ensei(4).

même

la

peinture

D'après Marc,

il

lui apprit à se

défier des charlatans et des imposteurs, des incantations

magiques,

de l'évocation des démons, de la divination par les

cailles. C'était

au moins en partie, la tendance d'une Il inspira au contraire à l'enfant le goût de la philosophie, avec l'attirail extérieur de la discipline hellénique, le pallium, le grabat, la discussion dialoguée et c'était une autre superstition. Domitia Lucilla modéra cet ascétisme indiscret et exigea que son fils couchât au moins sur des peaux en guise de matelas. La modération et le tact d'Antonin firent le reste. Désireux de
esprit fort qui limita,

donc un

âme

faible vers la superstition.

:

procurer à son
qu'il

fils

adoptif les maîtres les plus distingués et d'éviter
il

ne s'attachât trop à un système,
i,

lui

fit

continuer la rhétorique

(i)

m.

(2)
(3)

Pauly-W'issowa,

Diognetus.
I,

(4)

Comparer Pensées, Marc, 4, 9.

6 et

M ave,

2, 6.

254
latine avec

REVUE BIBLIQUE.
Fronton
et les lettres

dant qu'il avait pour maîtres de philosophie
le

grecques avec Hérode Atticus, penle platonicien Alexandre,

péripatéticien Claudius Severus, et le stoïcien Apollonius. Ce der-

que son élève vint chez lui; Antonin y consentit, non sans sourire des prétentions du philosophe qui avait fait le long voyage
nier exigea
d'Asie sans tant se faire prier.

Jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, Marc suhit surtout l'intluence de
Fronton. Nous possédons leur correspondance. Elle est telle qu'on ne

eu avec d'autres maîtres des une estime aussi profonde. Or Fronton n'est qu'un rhéteur, et un rhéteur de décadence préoccupé à l'excès du choix et de la place des mots, emphatique quand il ne poursuit pas lourdement les grâces légères qui le fuient, toujours prétentieux, au demeurant bon homme autant qu'on peut l'être avec une vanité sans cesse en éveil. Les lettres de Marc sont le fidèle écho de celles de son maître; on y trouve seulement, en plus de l'afféterie, un charme véritable de courtoisie et de bonté. Si l'on ne savait qu'il y a dans ce commerce beaucoup de littérature, et de la plus artificielle, on serait étonné des protestations d'amour qu'échangent le jeune homme et son maître. Fronton se demande pourquoi il est aimé, et se réjouit que ce soit sans raison, car l'affection est alors plus spontanée et plus ardente (1). Marc « Donc tu m'aimes plus s'avoue vaincu dans ce conflit d'amour qu'aucun homme n'en aime un autre; moi, qui ai moins le don d'aimer, je t'aimerai plus que personne ne t'aime; plus enfin que tu ne t'aimes toi-même (2)... » Et il était, en effet, difficile de sur« Ni breuvage ni philtre n'ont passer Fronton quand il écrivait inspiré plus de flamme à un amant que cette aimable action ne m'a rempli du plus ardent amour; j'en demeure étonné et stupéfait (3). » Je crois bien! Marc, César, avait lu dans le sénat un discours de Fronton! La littérature finit par se découvrir. Fronton s'essaye en grec à développer les arguments de Lysias dans le Phèdre de Platon, pour persuader à un aimable enfant qu'il a tout intérêt à n'être pas aimé. Marc répond gentiment qu'il n'est pas convaincu, et que toutes les belles raisons de Fronton ne l'empêcheront pas d'aimer
ait

peut supposer un instant que Marc

rapports aussi affectueux, fondés sur

:

:

son maître.

Il

l'aimait,

en

effet,

et

très

tendrement. Quand Fronle

ton a la goutte, le jeune César voudrait toucher avec précaution

(1)

(2)
(3)

Naber, Naber, Naber,

p. 7.

p. 26.
p. 19
s.

MÉLANGES.
pied malade
et le

255

le temps Fronton ne parle plus guère que de ses maladies. Le César ne se fatigue jamais de répondre non seulement avec politesse, mais avec affection, ne laissant
(1).

baigner

Avec

passer aucune plainte sans y répondre par une allusion délicate. Mais s'il ne se lasse jamais de bercer un égoïsme assez transparent,

moment vint où toute cette littérature fade et factice lui souleva cœur. Longtemps il se montra docile, d'une prodigieuse docilité. Si Fronton louait le sommeil, Marc écrivait, surtout à laide de vers homériques, une charge contre le sommeil. Plus souvent Fronton
le
le

imposait

le

thème,

et le

César devait traiter
il

le

pour

et le contre.

C'était l'exercice favori

des écoles;

y

fallait

surtout de la sou-

plesse,

et le

sophisme y régnait. Mais
le

c'était trop

de prouver deux

vérités contradictoires; l'àme droite n'en cherche qu'une.

Un jour de loin ce changement de son esprit à la conversion de Pascal, on pourra noter le moment où il se produisit. Marc avait alors vingt-cinq ans. Il écrit à Fronton
Marc-Aurèle
comprit. Sans comparer

même

:

<

Ton arrivée
fait

fait

mon bonheur, mais
nul ne
le

elle m'inquiète aussi.

Pourquoi

elle

mon bonheur,
te
le

quiète, je

dirai sans

détour.

traiter; je n'y ai pas touché, et

demandera. Pourquoi elle m'inTu m'avais donné un sujet à cependant j'en ai eu le loisir. Les

m'occupent en ce moment; ils me font du bien en m'enseignant une vie meilleure; mais lorsqu'ils me font voir comlivres d'Ariston

bien souvent

bien je suis dépourvu de ces biens meilleurs, ton disciple rougit et s'irrite contre lui-même, en constatant qu'âgé de

vingt-cinq ans, je ne suis aucunement
tions et de ces pures

imbu de

ces saines convicje

maximes. Aussi j'en

suis puni,

m'indigne,

je

m'afflige,

je

suis jaloux, je

me

refuse la nourriture. Enchainé

par ces soucis, j'ai remis chaque jour au lendemain le soin d'écrire. » Marc craignit-il que cette intransigeance affectât trop son vieux maître? Il y met un tempérament qui dut obliger le rhéteur à
Mais je m'en souviens! comme cet orateur athénien qui au peuple de laisser pour une fois dormir les lois, je demanderai pardon aux livres d'Ariston si je les laisse en repos pour me donner tout entier à ce poète comique, après avoir lu d'abord quelques petits discours de Cicéron. Quant au sujet que
sourire
:

«

conseillait

j'avais à traiter, je
la fois le

pour

et le
»

ne soutiendrai qu'un parti; car de défendre à contre, Ariston ne dormira jamais assez pour

y consentir (2).

(1)
(2)

Naber, Naber,

p. 4.

p. 75 s.

256

-

REVUE BIBLIQUE.
était

Ariston

bien

l'homme qui pouvait entraîner Marc-Aurèle
on
sait

dans cette crise décisive de sa vie intellectuelle et morale. Quoique
ses
écrits
Ne,

soient perdus,

qu'il

était

stoïcien,

disciple

de

Zenon.
lue,
il

s'occupant ni de logique ni de physique, pour se livrer
la

uniquement à

morale, où
vers
le

il

professait une intransigeance absoavait

inclinait

cynisme. Ce qu'Ariston

commencé,

Épictète l'acheva, ou plutôt Junius Rusticus, qui tira les Entreliens

de sa bibliothèque pour les prêter à Marc. Rusticus disputa à Fronton l'âme de Marc-Aurèle, et réussit si bien que l'empereur se félicita d'avoir désappris tant de belles choses où Fronton avait mis sa « Rusticus m'a fait comprendre que j'avais peine et ses espérances
:

il m'a appris à composer des exhortane pas ... tions dialoguées ... il m'a détourné de la rhétorique et du bel esprit; il m'a enseigné à ne pas me promener dans ma maison vêtu d'une longue robe, et à dédaigner toute ostentation de ce genre; à écrire des lettres simples, comme celle qu'il écrivit lui-même de Sinuesse à ma mère (1)... C'est à lui, enfin, que je dois d'avoir eu dans les

besoin

de redresser et de former

mon

caractère;

écrire sur les sciences, à ne pas

mains
César,

les

Commentaires d'Épictète
stoïcisme d'un
vrai

(2)... »

du jeune Romain, sans l'attirail d'un pédant grec. Marc est touchant, mais presque puéril, lorsqu'il rivalise de flatteur, caressant, doucereux. Avec si bonne grâce avec Fronton, Rusticus, il s'irrite parfois, mais ne cède pas à la colère (3), et c'est son honneur d'avoir préféré la rude franchise du stoïcien à l'éloquence melliflue du maitre es lettres latines. Fronton essaya un dernier effort lorsque Marc-Aurèle devint empereur. Il lui remontra,
Cette fois, c'était bien le stoïcisme qui prenait possession
le

non sans un mélancolique retour sur
pas rendre muet
le

les jours glorieux
il

du

passé, qu'il

était désormais seul à représenter l'éloquence;

le

conjura de ne
le

monde romain;

il

lui

fit

espérer que
(4).

temps

perdu à étudier

la

philosophie serait bien vite réparé

Marc se

prêta à son rôle d'orateur officiel

comme

à ses autres devoirs, mais

(1)

C'est
il

donc l'antipode de
:

1

absurde

lettre de

Fronton

écrite en grec à la
lui

mère de Marc
remettant

dont

lui disait

«

Adieu, Seigneur, donnez un baiser à votre mère, en
plus volontiers
»

ma

lettre,
(2)

pour qu'elle
I,

la lise

(Naber,

p. 25).

Pensées,
17.

7.

(3) I, (4)

de eloquentia. C est par paresse que Marc a laboris taedio defessus eloquentiae studium reliquisse, ad phdosophiam divertisse (p. 150) ... orbem terme, quem vocalem accepevideo te ... tam disertum, quant ipse voluisti. ris. mutum a te fieri (p. 145); cf. p. 95

Naber,

p. 139 ss.

Ad M. Antoninum
la

changé

la littérature

pour

philosophie

:

:

.Xani ubi

primum

cnepisti

rursum

velle, nihil offuit

inderdum

noluisse.

MÉLANGES.

2o7

Ariston ni Épictète n'auraient consenti à dormir trop longtemps, et

Rusticus veillait toujours.

Fronton reçut encore de l'empereur des
selon les règles. Son élève lui échappait au
faire le

billets

aimables, mais
pouvait lui

plus d'exercices de rhétorique, plus la moindre pensée développée

moment où

il

plus d'honneur
le

(1); c'était

un philosophe, non un rhéteur,

qui montait sur

trône.

Ce mot
teinte

même

de ttône eût choqué Marc

comme empreint

d'une

de despotisme oriental. Le gouvernement était devenu monarchique, avec l'appareil obligé d'une cour, si modeste qu'elle fût,

mais

le

prince se préoccupait de trouver grâce devant les anciens
Il

stoïciens qui avaient fait opposition à l'empire naissant.
qu'il ait appris à les vénérer

est

étrange

son frère
Brutus;
lité

:

-

Par

lui j'ai

j'ai

eu l'idée

du péripatéticien Sévère, qu'il nomme connu Thraséas, Helvidius, Caton, Dion, d'un gouvernement fondé sur la loi et sur l'éga»

des droits de tous les citoyens, d'une royauté respectueuse avant

tout de la liberté des sujets (2).

Sévère avait pénétré très avant

ilans le secret de cette nature délicate, faible par excès de bonté,

timide par crainte de désobliger. De sorte que, disait Sévère, l'en-

tourage ne savait plus à quoi s'en tenir César
:

content?

«

qu'on lui
les

était-il satisfait ou méQue veut-il? que ne veut-il pas? » Et Marc, comprenant enfin demandait d'agir en maître, se promettait d'être franc dans
(3).

reproches, et toujours clair dans l'expression de sa volonté

Mais où puiser l'énergie pour se corriger du
Il

manque de

décision?

pas pour cela d'un bon avis. Et si Sévère a essayé d'insMarc un peu de confiance en soi, tant de conseils, tant d'admonestations, tant de pédagogues, conspiraient au contraire à donner à sa vie la physionomie d'une tâche imposée à l'école. On sourit quand on voit l'empereur, déjà rompu au gouvernement du monde, remercier ce même Sévère de lui avoir appris à aimer ses proches (4) il tenait de Maximus que le sage doit rester ferme devant la perte d'un entant (5) et de Catulus « qu'il faut aimer ses en-

ne

suffît

pirer à

;

fants d'un

amour

sincère (6)

».

Heureusement
on
saisit ici

le

bon Marc n'avait pas
de cette

eu besoin de

cette leçon. Mais

sur

le vif l'excès

(1) Ego quom ad curant cultnmque ingenii lui accessi, hune te speravi fore qui nunc es; in haec tua tempora amorem meum intendi (p. 103 (2) I, 14. Scaliger a cru, à cause du mot frère, qu'il fallait corriger Zeou/jpoç en Our,po;,
.

;

mais

les critiques
14. 14.
8.

modernes

s'en tiennent

au texte des

inss.

(3) I,

(4) I,

(5)

I,

(6) I,

13.

REVLE BIBLIQUE 1913.

IV.

S.,

T.

X.

t7

2 :;8

REVUE BIBLIQUE.

pédagogie qui enseigne à aimer ses enfants comme à réciter un thème. Certes le Dauphin, fils de Louis XIV, avait une Ame médiocre; mais un précepteur médiocre n'en eùt-il pas tiré davantage que Bosgénie l'écrasa? Marc-Aurèle, décidé à vivre selon la nature, avait besoin d'être préalablement rassuré sur la conformité de chacun de ses actes avec la nature. La philosophie altéra donc en partie l'équilibre de cette excellente nature. Il eût beaucoup gagné
suet

dont

le

On lui a reproché naïvement le préambule de ses Pensées, où, sous couleur de rendre témoignage aux Dieux, à ses parents et à ses maîtres pour tout ce qu'il leur doit, il s'attribue, dans une interminable énumération, toutes les vertus et perfections imaà être,

comme

Antonin, philosophe sans le savoir.
l'orgueil qu'atteste
si

très

durement

«

ginables, sans se trouver un seul défaut, sans se faire un seul reproche, et se peint comme une Pandore, ornée de tous les dons (1) ».

Rien de plus injuste que ce réquisitoire. Nous verrons que MarcAurèle ne s'est point fait illusion sur certains de ses défauts, mais
il

précisément assez modeste pour ne point s'en excuser en alléguant des exemples contagieux. Vis-à-vis des autres, il croit n'avoir que des dettes. C'est très sincèrement que, repassant les premières
était

années de sa vie, il a résumé en de courtes notes, comme sur un livre de comptes, tout ce qu'il a reçu des siens. Cette gratitude émane d'un noble cœur. Mais on est tenté de penser qu'il a, en effet, trop j'ai été doué par les reçu et on lui pardonnerait presque de dire
:

de leçons. de tant d'excellentes personnes, n'ont pas contribué à m'assurer l'énergie dont j'avais besoin pour gouverner l'empire. En confessant tout ce qu'il dut aux dieux dans sa jeunesse, Marc ne
dieux d'une

âme douce

et

tendre, un peu

faible, et tant

que suivre la pente de son âme religieuse. En cela sans doute aussi Antonin fut son modèle, qui était « pieux sans superstition (2) ». Sa religion, probablement plus expansive que celle de l'empereur dès cette époque, était, autant qu'on en peut juger par la correspondance avec Fronton, la religion des esprits éclairés du temps. Elle se fait jour, comme il est d'usage, dans les souhaits qu'on échange à cerfaisait

taines dates; elle éclate
fête

spontanément au moment de l'épreuve. En la natale de Fronton, Marc invoque tous les dieux secourables aux
Cette piété,
«

hommes.

sans superstition

»,

n'exclut pas les

communi-

cations des dieux avec les
oracles, la révélation de
(1)

hommes par

des songes, des mystères, des

remèdes appropriés. De plus Marc imagine
dans les Discours de combat, nouvelle

M. Félix Ravaisson,
VI, 30.
>

cité

par M. Brunetière

série,
(2)

10« éd., p. 205, note.

MELANGES.
avec tout
saints,

239

le monde, comme beaucoup de chrétiens l'entendent des que les dieux ont chacun leur domaine et leurs attributions. On invoquera Esculape à Perg-ame pour la santé, Minerve à Athènes pour faire de bonne littérature (1), et si Ton ne peut faire ces pèlerinages en personne, on se transportera du moins par la pensée près

des dieux détenteurs des grâces spéciales. Dans cette occasion Marc a eu le temps de rédiger soigneusement. Plus souvent ses allusions aux

dieux sont des cris de l'âme, quand

il

pour sa mère
laisse

et sa

femme

à la fois

:

pas de repos. Et Faustine est
(3).

est inquiet pour sa fille (2) ou La maladie de ma mère ne me près d'accoucher. Mais nous de«

vons nous confier aux dieux

» Et,

ce qui est plus rare chez le

commun
ils

des

hommes, qui ne s'approchent guère de Dieu que quand
lui,

ont besoin de

Marc, nous l'avons dit déjà, sait exprimer sa
(4). Il lui plaît

reconnaissance aux dieux lorsqu'il a été exaucé
dit

même
il

d'attribuer aux prières de Fronton l'amélioration de sa santé (5), et

expressément dans ses Pensées (6) que les dieux lui ont révélé en songe à Gaète un remède contre les crachements de sang et les vertiges.
Il

faudrait transcrire en outre ici cette longue page où
les

il

rapporte

dons de sa nature, l'affection des siens, une éducation privilégiée, et ses bonnes actions elles-mêmes. Mais ce serait établir avant le temps une soudure entre les impressions de sa jeunesse
aux dieux tous
et les réllexions

de son âge mûr.
Fr. M.-J.

(A suivre.

Lagraxw:.

III

LA GROTTE DE LA NATIVITÉ SUR UN TARLEAU DE

1519.

Le tableau dont nous reproduisons ici la partie centrale date de 1519. Il est conservé au musée archiépiscopal d'Utrecht sous le n° 98.
Deos igitur omnis, qui usquam gentvum vim promptamque hominibus praebent, qui vel somniis vel mysleriis vel medicina vel oracv.lis usquai.i iuvant atque pollent, eorum deorum unumquemque mihivotis advoco, meque pro génère cuiusque voli in eo loco consliluo, dequo deus ei
(1)

Voici ce texte curieux. Naber, p. 47

:

siiam praesentem

rei

(2)

praedilus facilius exaudiai etc. Naber, p. 72. (3) Naber, p. 90. (4) Naber, p. 80, 83, 88. (5) Ego autem, iuvantiùus votum tuum deis, lavi hodie
17.

et civi

quantum

sat erat cepi.

(6) I,

200

REVUE BIBLIQUE.
d'œil suffit pour montrer qu'il a été

Un simple coup
une

composé d'après
de docu-

esquisse, certainement

dessinée sur place. C'est à titre

ment

intéressant

pour

l'histoire

d'un des

principaux sanctuaires

palestiniens qu'il est publié dans la Revue biblique. La planche cijointe sera peut-être utile aux topographes qui n'ont pas toujours à

leur disposition
d'Utrecht
la
(1)
;

le

splendide ouvrage de M. Dûlberg sur

le

musée

d'ailleurs,
il

planche XXV,

tableau entier y soit reproduit à serait malaisé avec cette héliogravure d'apprécier
le

bien que

tous les détails; car le tableau mesurant

m

,78

x

2 m ,08, la partie

centrale qui nous intéresse y a été reproduite dans des proportions assez restreintes. Le lecteur doit la présente photographie à l'extrême

obligeance du Directeur du Musée, M gr A. Jansen et du Conservateur M. l'abbé A. Rientjes qui, non contents d'autoriser une photographie,
l'ont

encore facilitée de toute manière. Le tableau est inscrit « Crypte de la Nativité du Christ à Bethléem. De r école primitive hollandaise. » C'est un ex-voto de pèlerins qui ont visité la Terre Sainte en 1519. L'auteur en est inconnu; on pour:

lui-même un voyage en Pa(/. c, p. 19), ce voyage a eu lieu quelques années plus tard. M. Dûlberg lui-même pense, pour des raisons de critique interne, à l'école de Lucas de Leyde. En tout cas le tableau date de l'an 1519, ou est de très peu postérieur, selon la
rait

penser au peintre Scorel qui a

fait

lestine; mais d'après M. Diïlberg

légende inscrite sur le cadre (2). La peinture est composée à la manière d'un triptyque la partie centrale représente la grotte de la Nativité à Bethléem de chaque côté sont deux des quatre personnes qui ont pris part au pèlerinage. Pour mieux faire ressortir la partie centrale, on a été obligé par la forme oblongue du tableau de ne pas reproduire ces figures, quelque
:

;

intéressantes qu'elles soient au point de vue artistique.

Le peintre a dû travailler d'après une esquisse que les pèlerins ont rapportée de l'Orient. Il a traité son sujet avec une scrupuleuse fidélité, toutefois sans renoncer complètement à sa liberté d'artiste. D'une part nous remarquons de petits détails rendus avec une précision étonnante par exemple l'étoile d'argent si fameuse qui marque
:

le lieu
(1)

de

la

Nativité, les colonnettes qui soutiennent

le

plafond

séum zm
(2)

Dulberc, FrilhholUinder H, Althollàndische Gemalde im erzbischhôflichen MuUtrecht, Harlem, Kleinmann et C ie e « int. jaer. ons. heerê. XV en. XIX. ware. tesame. te. jerusale Cette légende est
.
: ;

broeder. wouter. van. hogestey. jan. benninck. jacop. heynen. meijnnert. willems. zô. god. « dit. is. die. liguer, heb. lof. « Sous la grotte, sur le tableau lui-même, se trouve encore
:

vant. bethlahem. va. binnê. daer. god.

in.

gbeborê.

is.

»

L'orthographe Bethlahem est inté-

ressante; on la croirait rapportée par les pèlerins avec le dessin de la grotte.

c

MÉLANGES.

261

rocheux dans l'anfractuosité dite de la Crèche, enfin le petit massif de maçonnerie entre le lieu de la crèche et l'autel des Mages. D'autre part le pavé en briques de couleurs diverses rappelle vivement les
intérieurs hollandais

du xvi e

siècle. L'aspect
il

général de la grotte n'a

point changé depuis 1519; et
lorsqu'il s'agit des détails. Je

appartient aux spécialistes de déterminer jusqu'à quel point on peut faire appel à ce document curieux

dans

veux remarquer encore que cette espèce de grand carreau blanc le pavé au premier plan, n'est pas trop clair, ni sur la photo-

graphie, ni sur le tableau lui-même. D'après l'ombre

(?) légère qui se trouve à gauche on soupçonnerait une cavité; M. Rientjes, Conservateur du musée, y voulait voir, avec hésitation toutefois, un banc ou

une certaine élévation; il semble qu'il a bien vu, car en consultant un vieux plan de la grotte qui se trouve dans une traduction du récit de voyage de Sandy en 1010, le seul vieux plan que j'aie à ma disposition en ce moment, je vois marqué à cette même place « l'endroit où l'on prêchait » (1). Ces mots et le plan lui-même semblent supposer une certaine élévation.

Culemborg (Hollande).

W. VAN KOEVERDEN.
(1) «
't

De

plaetsen daer

Engels verlaelt door

.T.

men Oreerde. » Sandys Voyagien behelsende een c. Amsterdam, 1665, p. 159.

historié., uyt

JWWOÎ-

CHRONIQUE
TOMBEAU ET OSSUAIRES
JUIFS

RECEMMENT DECOUVERTS.
de deux Arabes

Le 30 janvier dernier, nous recevions la

visite

dont la mine pleine de mystère manifestait qu'ils étaient porteurs
d'un gros secret. Leurs premières ouvertures furent assez vagues
il
:

s'agissait

de la trouvaille aux environs de Cha'fât, village situé à
et

au nord de Jérusalem, d'une grotte remplie de portant une inscription peinte sur l'une de ses parois. A la demande que nous leur adressâmes spontanément de jeter, tout de suite, un coup d'oeil sur la découverte, ils opposèrent un
quatre kilomètres
coffrets

de pierre

refus provisoire, sous prétexte qu'il s'imposait de dépister l'attention

de

la police et la cupidité

toutefois

à

même

ossuaires qu'ils
effet,

en éveil des habitants de Cha'fât. Ils étaient de prouver leur dire en nous montrant deux avaient apportés avec eux. Ils ne tardèrent pas, en

à exhiber deux pièces extraites du stock qu'ils avaient trouvé, et

l'une d'elles offrait

un

graffite grec

dont

la

gravure ferme

et

bien

accusée avait attiré leur attention. Mais

le reste

des ossuaires en ques-

tion ne recélait-il pas d'autres textes intéressants qui leur auraient

échappé? Que notre point d'interrogation ne manquait point d'à-propos, la suite de cette petite histoire le rendra manifeste. Nous apprîmes, au cours des pourparlers, que les coffrets de pierre, au nombre d'une trentaine environ, avaient été transférés, nuitamment, dans une grotte sise au pied de Tell el-Foul, à proximité de la grand'route de Jérusalem à Naplouse. Ils n'étaient donc déjà plus à leur place primitive. Mais cette circonstance précisément devait nous en faciliter l'accès. On patienterait pour la visite du tombeau. On gagnerait, au contraire, dès l'après-midi, ladite cachette, afin de se rendre compte de la valeur de la trouvaille. En dépit de l'assurance de l'un des Arabes, vieil entremetteur rompu au commerce des « antiques », que les autres ossuaires n'avaient rien d'écrit, j'accompagnai le P. Jaussen à la grotte de Tell el-Foul. Nous étions guidés par le deuxième Arabe, habitant de Cha'fât, d'une humeur douce et complaisante, aussi embarrassé qu'heureux de

CHRONIQUE.

263

sa découverte et pressé d'en finir le plus vite possible avec ces objets

qu'Allah venait de lui mettre entre les mains, autant pour en palper le prix que pour se garantir des tracasseries de la maréchaussée.
L'entremetteur ay;mt été éconduit, nous n'avions désormais affaire
qu'avec le paisible fellah de Chafât, ce dont nous eûmes à nous louer. Dans notre premier contact avec les ossuaires réunis en un même lieu, nous ne fûmes pas longs à constater qu'à peu près la moitié d'entre eux présentaient des graffites qui pouvaient facilement échapper à des non-initiés en raison de leur finesse. Après le relevé de ces graffites qui, sauf un hébreu et un palmyrénien, étaient tous grecs, nous tentâmes de nous informer du lieu de la découverte. Gomme on se contentait de nous indiquer d'un geste circulaire la zone qui s'étend d'el-Djib à er-Ràm, nous crûmes bon de ne pas insister, mais d'entamer plutôt des négociations en vue d'acquérir les coffrets de pierre que l'homme de Cha fàt tenait à bazarder en bloc. Une fois le marché conclu, les objets nous furent apportés de grand matin. Il ne manquait au dénombrement qu une seule pièce, pour laquelle le rusé trafiquant d'antiques dont nous avons parlé avait réussi à trouver

acquéreur.

Le rapprochement que les opérations commerciales établirent entre nous et le citoyen de Chà'fàt fît que l'accès du tombeau lui-même ne tarda pas à nous être permis et facilité. Le 3 février, sous la conduite de notre Arabe, les Pères Jaussen, Vincent et l'auteur de ces lignes s'en furent à la fameuse grotte funéraire. Elle s'ouvre dans l'ouâdy Ard el-Beida, petite vallée tributaire de la grande coupure de l'ouâdy Beit Khaninah, à l'Ouest-Nord-Ouest de Cha'fàt. De la route de Naplouse, on peut y aboutir directement par le sentier qui descend du petit bois d'oliviers d'Abou Machàl au village de Beit Khaninah. La persistance du nom de ce village qui fut porté par un grand nombre
de Tannaïtes (Nr:n
fut particulièrement
,

semblerait indiquer, à lui seul, que la région

imprégnée de judaïsme. Gabaath-Saûl, encore commandait au Nord-Est l'entrée du vallon de Beida; d'autres localités, maintenant ruinées ou déplacées, le dominaient de divers côtés à l'Orient, Khirbet Sômà, au Sud, Kh. Megharb et Megharàt er-Râs, qui se dépeuplèrent et furent abandonnés au bénéfice de la moderne Cha fàt. Toute cette région de l'ancienne tribu de Benjamin est assez riche en monuments et en mobilier funéraires. La Revue a déjà publié divers ossuaires provenant du Scopus et d'er-Râm (1). Et combien d'autres sépultures intactes
existante au iv e siècle de notre ère,
:

(1)

RB., 1900, pp. 106-112; 1904, pp. 262

S.;

1907, pp. 410-414.

264

REVUE BIBLIQUE.

existent ignorées sous les bancs

du calcaire judéen, attendant

le

jour

où, faute d'exploration organisée et méthodique, quelque aventurier

fureteur viendra les saccager et en brocanter les objets avec des indications de provenance les plus fantaisistes.

Le déménagement de la grotte funéraire de Clia'fàt ne s'était point opéré sans dégâts, nous en eûmes la preuve en y pénétrant. Extraits sans précaution de leurs locidi, au cours d'un cambriolage ténébreux

wwM
Fig.
l.

Plan et coupe de

la

grotte funéraire.

et précipité, les ossuaires les

plus fins s'étaient brisés, et leurs débris

gisaient là pêle-mêle, sur
glissé

un sol envahi par la terre glaise qui avait par l'ouverture défoncée. Notre premier soin fut l'examen de ces fragments et nous eûmes la main assez heureuse pour recueillir
certain
Il

un

nombre de
en
allait,

entiers.

peinte sur le

graffites hébreux et grecs, la plupart encore par malheur, tout autrement de l'inscription crépissage au-dessus de l'ouverture des loculi inférieurs

les plus importants.

En

descellant les blocs de fermeture, les Arabes-

CHRONIQUE.

265

avaient émietté l'enduit sur lequel le texte était tracé au point de n'en

pas laisser deux mots intacts.
L'installation funéraire est des plus simples. Privée d'un de ces atriums ou de ces vestibules que l'on remarque dans maintes sépultures du nord de Jérusalem, elle ne comprend qu'une seule chambre

où Ton accède en se laissant descendre par une porte étroite que fermait hermétiquement une épaisse dalle de pierre. La chambre, évidée sommairement dans un banc de calcaire dur, granulé et d'une blancheur que l'obscurité a maintenue intacte jusqu'à ce jour, affecte une forme irrégulière dont on se rendra compte en jetant les yeux sur le plan et les coupes ci-dessus (fig. 1). L'ébrasement de la pièce d'Ouest en Est et les dénivellements du plafond sont assez frappants.
Les loculi pratiqués sur les côlés sont à l'avenant. On a cru bon de

racheter leur peu de profondeur,
rier à dresser les parois

comme

aussi la négligence

du car-

qui se

tombe, par une maçonnerie peu soignée dissimule derrière un appareil auquel on ne peut dénier une
la

de

grâce à une large bande de mortier destinée à prévenir les infiltrations, la muraille porte, au côté méridional, les traces d'un enduit sur lequel avait été
tracée finement au pinceau une inscription grecque de trois lignes au moins qui courait sur le front de plusieurs kôkim. Comme le permettent d'en juger les lettres qui ont survécu à la dévastation des fouilleurs, au-dessus des fours
i et j, l'épigraphe était peinte avec une couleur grenat. Elle se rapportait, nous le verrons plus loin, aux ossements placés dans les loculi h, i et j. Ces trois fours sont, par ailleurs,

certaine prétention à la régularité. Jointoyée partout

mieux soignés, et avec g, les plus profonds de cette sépulture. La feuillure de l'entrée permettait d'y appliquer une forte dalle entaillée
les

de façon à
rieurs

s'y

encastrer parfaitement. Dans
striée (fig.
2).

i

nous avons recueilli
les

les

débris d'une jarre toute

Tandis que
et celui

fours infé-

du Nord

et

du Sud

étaient aptes à recevoir des corps, les petits
e,
/,

ne pouvaient servir qu'à l'emmagasinage des ossuaires. D'ailleurs, dans Je dernier état de cette installation cimitériale, tous les loculi, grands
/',

réduits de l'Ouest et de l'Est, h,

du

Midi,

d

]

,

supérieurs, ne servaient plus qu'à cet usage. contenaient tous de ces coffrets de pierre renfermant les ossements de corps qui avaient subi, ici ou ailleurs, le travail de la décomposition.
et petits, inférieurs et
Ils

On

perdrait sa peine à rechercher

un

art très raffiné dans la con-

fection et l'ornementation de ces ossuaires. C'est ce qui existe de. plus

ordinaire dans

le

genre. Evidés dans des blocs de ndnj ou calcaire

doux du mont des

Oliviers, ils présentent ces combinaisons de rosaces élémentaires à six feuilles et de lignes brisées qui se retrouvent sem-

266

REVUE BIBLIQUE.
(fig. 2).

piternellement sur ces cassettes mortuaires

Le nombre des

rosaces varie suivant leurs propres dimensions et suivant l'étendue

de la surface qu'elles décorent. Tantôt il y en a quatre ou trois, d'un diamètre restreint et égal; tantôt trois, dont une plus petite est accostée de deux grandes; tantôt deux seulement occupant toute la face ou séparées par une manière de porte cintrée à panneau réticulé. Les
zigzags courants entre des
filets

parallèles constituent l'encadrement

favori. Le décorateur toutefois, sachant s'élever à des créations plus

compliquées,

s'est

plu aussi

à

dessiner des bordures en carrés garnis

>uv! -on

i

:6

Iig. i.

Un des ossuaires

et

fragments d'une jarre.

de

treillis,

ou on demi-cercles qui tantôt

se

touchent par leurs extré-

mités, tantôt chevauchent les uns dans les autres. Ces dessins au

compas
temps

et à la pointe étaient,

primitivement, tracés sur un fond bar-

bouillé de
et

minium,
ils

ce qui en rehaussait la netteté. Mais l'injure

du

l'humidité de la caverne ont atténué beaucoup l'éclat du

rouge, quand

ne

l'ont

pas totalement

effacé.

La plupart des cou-

vercles de pierre appartenant à ces coffrets sont légèrement
et

bombés

munis

sur les petits côtés

d'une cavité allongée qui en facilite la

préhension. Des quelques spécimens à pans inclinés, les uns sont à
arête vive, les autres ont une moulure convexe se profilant sur l'axe

de l'arête. Nous avons également récolté les fragments d'un couvercle absolument plat, d'un second dont la convexité assez prononcée est encadrée d'un listel et un troisième guilloché avec une certaine prétention artistique. Tous les trois portaient un graffîte bien gravé. Quatre ou cinq autres épigraphes se trouvent sur des couvercles entiers ou fragmentaires, mais le reste était tracé soit sur la face décorée (c'est le cas des graffites hébreux), soit sur une des faces brutes

de l'ossuaire

i

c'est le cas

ordinaire des graffites grecs). Les fac-

similés ci-joints dus,

ainsi

que

l'illustration

qui

accompagne

cet

[>|x
;^Vr
iB.
1

'

u'miniiMiilîUNiBiUirtiHWiruHiùri/uiii.-iii

inp^^auiiffiâii,.

>-/.^'

^/'-

5
(

f

J

V

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^0^:^-Nii©.C<P
willimiK,,,,

m

i'V^ WWsNN^O<VvKNN
/

*7

^^sMyêiêm^,

U1

Planche

I.

Inscriptions juives et palmyréniennes.

268
article, à la

REVUE BIBLIQUE.

plume habile du
détaillée.

P. H. Vincent,

donneront de l'aspect

de ces courtes épitaphes une idée plus nette que ne saurait le faire

une description Planche I.
~ir\z

Graffites
et

hébreux

et

palmyréniens.
qu'il

1.


de

cn:"£
X?i

û'Z'pv^, Pinehas
est

Y^aqibia/i prêtre. La

ligature

au

second mot
essai

à remarquer; on dirait

même

y a eu

comme un

-\ mais la forme de la seconde lettre semble s'y être de la dernière syllabe reprend les grandes proporopposée. Le tions qu'il a au n° 2 et que l'on peut constater dans d'autres inscriptions similaires. De iiuipy formé sur l'imparfait de 2py on peut rapprocher les formations déjà connues de îflpï? et NZ^p" qui prode
lier
'

viennent du
aussi

même

radical.

n pour N à la fin du troisième

Nous avons à signaler enfin l'emploi de mot (1). Cahana, xz~z, se trouve

comme nom

propre.

Néhémie. On sent dans la gravure soignée de cette une main qui a visé aux formes lapidaires plutôt qu'à la demi-cursive dont le numéro précédent nous offre un échantillon. D'autre part, l'appendice du n et la forme bizarre du n sont l'indice d'une certaine originalité chez le graveur. Les deux lettres du n° 3,
2 et 3.
inscription
qu'il est naturel

— mena,

de compléter en

[JT»a]nJ,

sont tracées sur

le

couvercle

brisé de l'ossuaire dudit

Néhémie. Elles sont de la
n.

même main
même main

que
sur

l'épigraphe 2.
ï et 5.

On y retrouve l'appendice du

TïSnfc,

Eléazar, écrit deux fois par la

deux faces du même ossuaire maintenant en morceaux. Il est intéressant de noter que la forme bouclée du ~ se retrouve dans un grat'fite d'ossuaire provenant du Scopus en vue du village de Cha'fàtet dans un autre découvert au Batn el-Hawa (2). Nn[*iD], Marthe. La fin de la lettre incomplète laisse difficile6. ment supposer une autre lettre que i. Le nom de Marthe a déjà été

lu sur d'autres ossuaires (3).

L'appendice du n noté aux nos 2 et 3 se reproduit ici. La forme ondulée de cette même lettre la rapproche du n palmyrénien. De plus, si l'on considère la similitude du ] final avec
7.

pnSfN], Elhanan.

celui

du

n° 10 appartenant à
emphatique de

un

texte palmyrénien,
à

on

serait porté à

(1) tOi13 état

*r\z (s'appliquant

une personne déterminée) pourrait

s'écrire aussi ftjrD, car l'emploi
et

de

,"1

pour

x

est

purement une question orthographique

ne touche pas
2
e

ici

la

Sprache,

éd.,

p.

morphologie. Cf. Marti, Kurzgef. Grammatik (1er Biblisch-Aram. final étant une sorte d'article postpositif, l'écriture n est 64. Cet

aussi bien en place que n.

On

serait tenté,

en supposant une écriture incomplète

(finale

H pour
(2)
(3)

j$V)i

de

lire

un

pluriel.

Pinehas est tellement un

nom

sacerdotal.
16.

RB., 1904, p. 263. Clermo:vt-Ganneau, Épigraphes... sur des ossuaires juifs, Par exemple Cl.-Ganneu, op. !.. 7. Cf. RB.. 1903, p. 406.

CHRONIQUE.
croire

209

que ce

graffîte

hébreu aurait

été tracé par

un graveur connaispourrait

sant également l'écriture de Palmyre. La
être faite à l'égard

même remarque

raison de la

du n" 2 tant à cause de l'appendice du n qu'en tournure du "2 et du n qui trouve dans le palmyrénien du
graffîte d'Elhanan, ce couvercle portait

des formes approchantes.

Avant
[2<xX]à[x

l'incision

une

ins:

cription grecque qui parait avoir été grattée intentionnellement
'A<ppsixavôç

que nous reverrons parmi

les

graffites

grecs.

D'abord écrite sur un couvercle qui n'appartenait pas à l'ossuaire du que l'erreur eut été constatée. Mais en dépit du grattage, l'œil exercé du P. Vincent a su
sieur Africanus, cette épigraphe fut effacée dés
la reconquérir.
'piynbttf, Salamsion. D'une gravure peu prononcée, ce graffîte rapproche beaucoup des n" ï et 5. Comme ceux-ci il appartient à un fragment de nâry rosé. Le a rappelle certaines formes de la même lettre dans les papyrus d'Éléphantine. 31. Clermont-Ganneau a déjà relevé le nom de Salantsion sur un ossuaire des environs du

8.

se

s

tions

des Oliviers (1). On peut voir là l'association des deux appellasymboliques de Jérusalem en faveur dans le monde rabbinique dSï? et ]VJ, Salem et Sion (2), ou bien un nom composé signifiant Salut de Sion. Par l'épenthèse du w, le grec, comme il est aisé d'en

mont

juger par Josèphe, a abouti à la transcription Itl'/.-^j/ju'o (3). x:n 21, Rabbi JJana. Grandes lettres grossièrement tracées 9. avec la pointe d'un pic. Dans le Talmud figure plusieurs fois un x:n

fils

d'Isaac.

J.

Lévy regarde ce

nom comme
fils

une abréviation de
Th....

]:n (ki.

10.

— ...n

12 JiTTypSN, Alexandrin

de

Épitaphe en carac-

tères palmyréniens. Si en général les lettres sont

moins contournées

que dans beaucoup d'autres inscriptions de la
et i n'en sont

pas moins très caractéristiques. Le

l'ethnique grec 'AXeijavSpïvoç
ainsi qu'il sera dit plus loin.

même origine, le D, le y nom de l'individu est devenu nom propre, comme Africanus,
Nous avons
si

ici

l'apocope de la terminai-

son hellénistique
y a des cas où

oq

qui est d'ailleurs

fréquente dans les transcrip-

tions sémitiques (5). Bien
il il

que

le \

grec

l'est

par Dp

(6). Ici

ordinairement transcrit D2, la présence de l'emphatique p a
soit

(1)
(2)

Épigraphes...,
Cf.

1

et 2.
109.

noms de Jérusalem, Memnon, 1912, p. fille d'Hérode, femme de Phasaël. Voir la note érudite de Dalman, Aramâische Grammatik -, p. 155. (4) Neuhebr. und Chald. Worterbuch, s. v.
Vincent, Les
(3)

C'est le

nom

d'une

l'index Je Niese,

p.

72, et

(5) (6)

Dalman, op.
Op. I,
p.

I.,

p.

185; xatrJYopo; 11312 p,

7tap<xx>.Ti'ro;

12 'Sp"lS e c t-

1

187.

6 I0JK1 ZûÛTO NJ

OCpW^â
};

C

/

!

C

ei

k^esK^Kid,

C
ffiX

6.i-

§

<\Z

l/hj
i

,.

n

'

vV^VNWAWiVA'SSNAKiv nr KAffflffCF

T^c^ror

15.
Planclic
II.

Inscriptions judéo-grecques.

CHRONIQUE.
attiré la sifflante

271
:

de

tres transcriptions

même ordre y. La chute du se vérifie dans d'audu même mot soit en épigraphie sémitique soit,

dans
11.

les

mal conservée à cause de la mauvaise qualité de la pierre. La lecture en est à peu près désespérée et peut donner lieu à un grand nombre d'hypothèses. Les premiers mots se lisent Npïp m, ceci est l'unie, et s'appliquent vraisemblablement à la jarre trouvée dans l'un des fours funéraires. Cette jarre que nous aurions aimé à voir en place contenait probablement des ossements apportés de loin et avait dû être déposée tout bonne-

— Épitaplie palmyrénienne assez

papyrus.

ment dans
et

l'ossuaire auquel appartenait le couvercle portant cette

inscription. Kplp en effet désigne spécialement

l'amphore de terre

(1)

non
la

la cassette

de pierre.

m est

le

démonstratif fém. sing. palmy-

réniemSi). Aussi serait-il difficile de proposer une écriture fautive de
n:*:,

A

la

tombe, le four mortuaire, qui est du masculin. seconde ligne nous devons avoir le nom du défunt
le

<»u

de la

premier nom lisible semble être împ, grec Kata^oç, qui a déjà été livré par l'épigraphie sémitique. Le second, Z2~,est un bon élément de vocable araméen. Le "» par lequel débute la troisième ligne, on serait tenté de le prendre pour le relatif ou la particule génitive de laraméen; mais on sait qu'en palmyrénien la forme "n remplace généralement la forme
défunte et

début de sa généalogie. D'abord

le

-7.

S'il

en

était ainsi, la suite pourrait être

un nom étranger comme

de Tarse, niDlTE (cf. talmud. -ndtc). », On est pourtant autorisé à regarder Tai? comme un nom de personne Paulu*, et le apparenté à laraméen de Palestine "itgtj le petit reste se lit alors nrvni hidi et Sarah et sa fille. La fin de la ligne est de nature à exercer l'ingéniosité des philologues. L'exclamation de
'ïy.pziy.. «

la

Tarsienne

gentilis

,,

.

douleur bin hélas! qui se voit si clairement en quatrième ligne, a été depuis longtemps vulgarisée par les bustes palmyréniens.

Planche IL Graffiles grecs. 1. e^wxiÇwtov zz~.-j.... [@yj]9? IÇoctow... G est le fragment de l'inscription peinte dont nous avons parlé. Il s'impose vraisemblablement de restaurer ce grec défectueux eu ir:'.-/.<ÇivTtov b-S. En donnant au verbe le sens moyen, il serait question des ossements de ceux qui s'expatrient, probablement de Juifs ayant quitté la Diaspora de gré ou de force. La première ligne, comme les deux autres d'ailleurs, se poursuivait jusqu'au-dessus de l'ouverture
(1) J.

Llvv, Neuhebr... WQrt., lp!|p. Pay?ve-Smith. Thésaurus Syriacus, \J>Ln
xo&tit),

=

<7Tdqj.vo;,

cruche, xa4>âxr)ç, capsa,
(2)
p.

amphore
St. A.

et aussi

urne funéraire.

Dalman, op. L,

p. 111. note.

Cook.

A Glossary of

the

Aramoic

Inscriptions,

38

272

REVUE BIBLIQUE.

de l'autre loculus. Par $rfi ou (3è0-'IÇcbwv faut-il peut-être entendre une famille dont la souche serait un 'l'Çx-r^ quelconque. Rappelons aussi à ce propos la survivance de ce nom dans le village de BeitIzza situé entre Bethoron et el-Koubeibeh. Mais nous ne saurions
affirmer
relation.
2.
s'il

existe entre la susdite famille et cette localité

quelque

Btviapùv Sojxàwv,

Benjamin de

la famille des Sonia.

A

la ri-

gueur, SopweMV peut être considéré

comme un

singulier, tel Sijaewv.

Chez
se

les

Syriens on trouve des Bar-Sôma et des Beth-Sômeh. Une

inscription de Trachonitide

mentionne un

-z[j.xi:;

(1).

Il

y aurait à

demander

si le

Khirbet es-Sômà qui se trouve non loin de cette

sépulture n'a pas tiré son
installée sur ce petit

nom

de cette famille juive qui se serait

sommet

s'élevant au

cœur de l'ancienne

tribu

de Benjamin, ce qui rend tout naturel l'usage du prénom indiqué. 2 a est un groupe formé du chiffre romain XI écrit à l'envers et à
l'endroit. Voir n° 9.

3 et
«ÊouXsia

k.

'A<ppeiy.avbç 'I^JXsicç, 3>ouXewc

'Açpewwcvâ (sur
'Açpety.av3f

un ossuairr
si

,

'Aç/psiy.avâ

(sur

un

ossuaire),

<bz~L-J.y.

(sur le cou-

vercle).

A fricanas
et si

Falius,

Fulia Africana; c'est-à-dire,

nous
et le
:

rétablissons pour l'un et l'autre le

même

ordre entre

le

nom

nous faisons abstraction d'une nuance phonétique du père et de la fille étaient enfermés dans deux ossuaires distincts mais semblables de forme et de dimensions. Les trois graffites finement gravés trahissent la même main. Nous sommes donc en présence d'une famille ayant adopté comme nom le genlilicium latin de la gens Fnria, et portant pour cognomen (2) l'indication d'un pays où jadis elle fut domiciliée. On pourrait attribuer ces appellations à la clientèle ou à l'affranchissement.

cognomen,

Furiiis Africanus et Furia Africana. Les os

Cependant
l'air

<

il

arrivait aussi, écrit M. Cagnat, que, à l'imitation de
les

ceux qui avaient reçu la civitas,
sant de leur véritable

pérégrins qui voulaient se donner

de citoyens s'attribuaient indûment un gentilice romain, fainom un cognomen. Cet abus était même assez

Waddincton, Inscript, de Syrie, 2506. Africanus cependant se renconlre aussi comme nomen gendlicium, par exemple dans Maria Africana C. Africano Abascanto, et Africette inscription, Corp. I.L.. V, 3481 canae Elpidi parentibus et Africano Juniano patrï, et Furius comme cognomen, ainsi dans Josèphe, Ant., XIV, 239 AuXo; 4>oûpto; A-J'Xou uîo; Tépivo;. Le nom du père a pu devenir le cognomen de la fille, et son cognomen à lui a pu être donné comme nom à la il tirait un gentilice du fille (<ï>oû),£ioç). C'est ce qui se passait parfois pour l'affranchi cognomen du patron. Ainsi le patron Yerecundinus Yerinns avait une affranchie nommée Verinia Ingénu a.
(1)

(2)

:

:

:

CHRONIQUE.

273

répandu au premier siècle pour que Claude ait cru devoir prendre des mesures destinées à l'arrêter (1) ». D après les usages observés dans la transmission des noms il n'y a guère à hésiter à regarder F'uria A/ricana comme la fille aînée de Furius Africanus (2). Voici nos raisons de tenir ^otiXstoç et $ouXs(a pour les équivalents de Furius et de Furia (3). L'articulation / pour r dans les mots étrangers a
été relevée plusieurs fois chez les Sémites. Ainsi Tupa-c^p devient Tobs,

frumentarius Te:?2S2, îpzy.y. anbi ('+)• Inutile d'insister sur l'emploi pour tant dans $ouXsioç que dans 'Açpetxfrvoç. La confusion de de la voyelle et de la diphthongue était si répandue depuis la période
s-,
i

alexandrine que la distinction de l'une
selon le

et

de l'autre

était

devenue,
le

mot de

Blass,

une

cruor orthographica.

Il suffit

d'ouvrir

Thésaurus linguae Latinae

(1,

1263) pour se rendre compte qiï Africa-

fréquemment porté chez les particuliers. En Palestine on connaît le fameux Julius Africanus qui illustra à jamais ce nom. 5. NctSuoi. Ce mot énigmatique se résout en 'Iouâav si l'on intervertit l'ordre des lettres. L'erreur du graveur peut s'expliquer de diverses façons. Ou bien il avait en main une copie de ce nom faite sur une matière transparente et il aura lu ce nom en regardant le verso. Il se peut aussi qu'il l'ait lu au recto, mais de droite à gauche comme de l'hébreu pendant que sa main traçait brutalement les L'hypothèse d'une application directe lettres de gauche à droite sur l'ossuaire du nom fraîchement tracé sur une feuille est aussi
nus
fut

un

nom

assez

:

très plausible.

Les formes des lettres

u,

o,

v

indi [uent en tout cas

que

le

graveur, ignorant totalement

le grec,

a procédé

a

rebours,

bien qu'ayant une bonne copie. min\ mais | ou moins maladroit de

'Iouoàv est

non un équivalent plus
de
]"ïTi,

la transcription étroite

nom

que plusieurs rabbis ont porté (5). 6. 'EÇexîaç, Ézékias, en grands caractères bien tracés. La transcription des LXX 'EÇexfccç est plus exacte que celle de la Vulgate

Ezechias,

l'hébreu n^rri ayant un

p.

Plusieurs

Amoraïtes de ce

nom
(1) (2)

sont connus par la littérature juive.
Cours d'épicjraphie

latine, p. 77.

Jucundus pour fille Julia Jucunda; à Flavius Secundus. Flavia Secundo à Fl. Faustinus, FI. Faustma. Cagnat, op. L, p. 68. (3) A propos de «ÊoXsia et de ^ouXsia il faut savoir que Vu latin est indifféremment trans.

L'épigraphie, par exemple, donne à Julius

crit par ou
).oûto;,

Furius devient tantôt 4>ôpioç, tantôt <f>oûpio;; Fulvius tantôt 4>oPape-Benseler, Wôrterb., s. v. V A. Cook, Glossary, p. 98. Dalman, Aram. Grain., pp. 101. 4i9. Dans les pap. d'Oxyr. 1146. 8, nous relevons le nom d'adoption *o'j).iavô;, obtenu sans doute par le même
et

par

o.

tantôt

4>o).oui;a, etc.

procédé phonétique.

(5) J.

Levy, Neuhebr.

und Chald. WorL,
1913.

s.

v.

REVUE BIRLIQUE

N.

S..

T.

X.

18

271
'.

REVUE BIBLIQUE.

1.xhx\)M, Salamath, une des nombreuses dérivations de aiba?, qui a son répondant exact dans l'arabe £>&« et dans un nom déjà
livré
8.

par l'épigraphie palmyrénienne nuTQJ (1). 'pTaojv, Philon; tracé à l'extrémité inférieure d'une face orneOsolwpou, Salami

mentée.
9.

— SaXce^ù

femme ou

fille

de Théodore.

Si la

simplement un signe d'abréviation, elle peut être tenue pour un iota mal conformé; l'inscription est, d'ailleurs, gravée par une main inbabile. Dans les Nombres xxxiv, 27, figure un irhvi que les LXX transcrivent par SeXsuei et SîXefù'. Nous
dernière lettre n'est pas
préférons cependant rapprocher notre
idSu? relevé
EaXa[/.£
(2).

du nom propre féminin
la

dans un texte palmyrénien
le chiffre

Les signes de

seconde

ligne paraissent être

probablement affaire ici du coffret et du couvercle, car plusieurs couvercles portent aussi des signes analogues. Mais cette numérotation peut également se rapa porter au nombre des ossuaires contenus dans la sépulture. Cf. 2 10. Ko-6XXa, Catulla. L'hébreu talmudique offre bien un équivalent dans «bicp ou ^"cp le meurtrier, nom qui aurait pu être
.

romain XIII écrit à rebours. Nous avons des repères marquant la correspondance à

donné

à l'occasion

d'un enfantement matricide. Mais

le

voisinage

noms romains nous amène plutôt à regarder ce vocable comme déformation aramaïsante du latin Catulla (3). A noter un chiffre une
d'autres

dans
11.

le bas.

'Iy;7:j;,

Jésus.
ici

Nom

fort bien

gravé sur un couvercle orneet

menté. Le fac-similé

ne tient pas compte des proportions relatives

de l'inscription et du couvercle. Les lettres n'ont qu'un centimètre

demi de hauteur
12.
ioç

"Aviç,

Ardus. "Aviç

est ici

pour

"Avioç.

est

d'un fréquent usage dans la

Kcivyj.

pour La désinence Pour nous restreindre à
<.z

l'épigraphie palestinienne, citons 'Iavouàpiç, Swasêtç, Su^cr/i;,

Av4

Pour Anius des exemples sont donnés dans les Corpus et bas, une sorte de chiffre.
Tfôvi;

publiés dans la Revue

(i).

et "Avtcç

avec un seul n

les Dictionnaires (5).

Au

13.

Nîcroy,

le

Nisus des Latins

et

le

Nfacç des Grecs. Lettres

(1)

(2)
(3) (4)
.

Handbuch der Nordsemit. Epigraphik, p. 377. Eod. loc, p. 376. Cf. Corp. I. Lat., VIII, 21629, Aurélia Catola. Voir Conf. de S'-Élienne. 1909-10, p. 236. Dans le Talmud D'I^p
LIdzbarski,

*3pi?

pour xôpioç

elc.

(5) Cf.

deux

n,

<|ui prit

XV, 20, 1, Sextus Anius. Avec Annius est bien plus fréquent. Josèphe signale Lucius Annius, lé^al de Vespasien Gérasa, et Annius Rufus, procurateur de Judée.
Pape-Benseler, W'ôrL,
s.

v. Ainsi Diod.

de

Sicile,

CHRONIQUE.
tracées fort
Av.;.

275

négligemment, à grands traits détachés comme pour le graffite 13% enchevêtré dans la rosace, était difficile à déchiffrer, on l'a répété sur une face décorée seulement de losanges tracés au minium. La finale ov s'explique non par l'accusatif qui serait ici non motivé, mais par une nounation familière aux JudéoPalestiniens. Chez eux [ââpfcxpoç devenait p-Oll, NcxôStjixoç pnflpj 1 Cette finale nominale est créée par analogie suivant le thème des noms hébreux en on, Sime'ôn, Aarôn, etc.

Comme

.

Grandes lettres de de hauteur, de lecture facile. '1:j7t:ç est un nom fréquemment porté au siècle de notre ère. Qu'il suffise de citer
3 à V centimètres
31 i'

14.

lo T J7-::

XaXxtBnjvoç, Juste le Chaleidien.

l'historien

Juste de Tibériade et l'aîné des

fils

de

FI.

Josèphe

(2).

IcjcTc; était aussi le

surnom de Joseph Barsabbas, d'un

certain Jésus

compagnon d<> saint Paul et d'un Titius, craignant Dieu, dont la demeure était contiguë à la synagogue de Corinlhe (3). XaXxtâ-rïvéç marque la patrie d'origine comme le Cyrénéen, le Nazaréen. An mot Wa/.-.ç. Etienne de Byzance compte plusieurs points géographiques de ce nom. ayant des gentilis différents XaXxiSsuç, \yj./J-r z. Mais, ajoute-t-il, la Chalcis de Syrie, fondée par l'Arabe Monicus, fait comme ethnique jXaXxtSYjvoç i.). Cotte Chalcis, Qinnasrin des Syt

peu de distance au Sud d'Alep. Il existait aussi une autre Chalcis sous le Liban, celle que l'empereur Claude céda à Hérode, frère d'Agrippa (5). C'est aujourd'hui Andjarà l'est de Tririens, se trouvait à
poli.

Le

même

(-hÉwaç, dont le

ossuaire contenait aussi les ossements d'un autre défunt, nom est gravé sur la face opposée à celle de Juste.
la

Theennas
-iiN-n,

est

transcription

avec finale grécisante de

l'hébreu

le

Figuier. Cet arbre, qui a été de tout temps très en
(6),

honneur

chez les Israélites

a bien pu donner lieu à un
d'Aristobula.

nom

de personne

comme
15.

le

palmier, à Thamar.

'Xp's-zïzù'KT,:.

Lagravure de ce nom

à celle du n° 14. Los

Hasmonéens
p.

et les

est analogue Hérodiens avaient mis fort à

(1)

Dalman, Aram. Gram..

185.

Aurait-on dans Nïsov une transcription de TDJ,

nom

de mois appliqué à un
(2)
(3)

homme?

L'hypothèse est peu vraisemblable.

Yita, 76.

Act. 1, 23; 18, 7; Col. 4, 11.

Le nom

est

passé en hébreu sous

la
to-j

forme

NOD^.
ravtijç

(4)
^

Éd. de 1825,

p.

458

:

TEiâprr, 7:0X1; èv lopîa.

y.T^cïaa

ùizb

Mcmxo-;

"Apa6 ç,Vo

lOvtxav Xa).xio'/iv6;.

Antiq. XIX. 5, 1. Golf.mann, La figue en Palestine à l'époque de la Mischna, Rev. des Et 1911, p. 216 ss.
(5)

(6)

Suives

276
la

REVUE BIBLIQUE.
le

mode
16.

nom

d'Aristobule.

On en compte un dans

la famille

d'Hé-

rode de Ghalcis. Le féminin pourtant est assez rare.

...:

$e(owvoç gç

-/.à'.

'EztxTYjTcç Kôjtâ toj Syjtoû,

un

tel fils

de

Pheidon qui

est aussi Epictète

de

Kôma de

Sêtos. Inscription finement

gravée avec une lacune au début et peut-être une autre à la fin de la première ligne. Pheidou est un nom grec de bon aloi. Le relatif Sç xat équivaut au latin qui et, formule habituelle pour introduire les surnoms. Epictète est surtout un surnom d'esclave. Le fragment s'interrompt après Kô^a. Ce mot à lui seul pourrait se soutenir. En latin. Coma comme nom propre est assez répandu. Chez les Syriens on trouve également Nf01j3. Vo est redondant si ce qui
suit est l'article
ville
-cou.

-yjtsj

peut être

le génitif

du

gentilis de ^-zi.

les
et

Syjtoç, port de Cilicie. On remarquera que de cette inscription ressemblent aux ~ hébreux de l'époque (1) que les x sont traités à la manière des o.

de Bithynie, ou de

yj

permis de faire un essai de groupement parmi ces différents noms en se fondant sur leur physionomie et sur des détails graphiques, on arriverait à constituer trois séries. La première comprendrait des noms indigènes à saveur juive 1res pr ononcée, appartenant à des familles sacerdotales ou rabbiniques ;. Phinées,
S'il était

Y e 'aqibiah, Éleazar, Rabbi

Hana. loudan. Benjamin, Ézékias, Jésus
est

Marthe, Sabmsion. Rappelons-nous que l'onomastique locale est encore empreinte de judaïsme avec Beit Khanina et Kh. Sômâ.
Il

traité Sota qu'on pourrait adapter avec une convenance au moins apparente à ce groupement de défunts « Depuis la mort de Ben Zoma, les prédicateurs ont cessé leurs exposés. Depuis la mort de Rabbi Jésus, la bonté n'est plus dans le monde... Depuis la mort de Rabbi Éléazar ben Azaria, il n'y a plus de richesse parmi les sages. Depuis la mort de Rabbi Aqabia, la Loi n'est plus en honneur. Depuis la mort de Rabbi flanina ben Dossa, les gens aux bonnes actions manquent. Depuis la mort de Rabbi Yossé le Petit, il Depuis la n'y a plus de gens pieux... Rabbi Pinehas ben Yaïr dit

un passage du

:

:

du temple, on voit rougir des compagnons d'étude gens de bonne famille; ils s'enveloppent la tête de honte (2). »
destruction

et

des

second groupe que nous appellerions palmyrénien se rangeraient Néhémie, Elhanan, Alexandrin, Kaiamos, Sarah, Salami et Salamath. Les circonstances qui ont amené leur émigration ou le

Dans

le

(1)

Même forme

dans

les

giaffites

publiés par Cleru.-G.wxevu. Épigraphes..., p.
Vif. p. 342. Cf. VII, p. 275.

16 et

remarque.
(2)

Schwab. Talmud de Jérusalem,

CHRONIQUE.
transfert de leurs restes mortels nous échappent, mais
il

277

ne sera pas

déplacé de citer
x<

ici

ce

que

les

Rabbis pensaient des Palmyréniens.

On peut admettre comme prosélytes, dit R. Nahman, des habitants de Corduène et ceux de Thadmor (Palmyre). En effet, dit R. Abahou, une Mischnâ dit formellement que les prosélytes de Thadmor sont aptes à s'allier aux Israélites (1). » Ailleurs on cite un fait à l'éloge de Miriam la Palmyrénienne qui fut aspergée un jour du sang des
victimes
fut qui
(2).
Il

est possible

que parmi

les Juifs

de ce groupe,

il

en

épousèrent des prosélytes de Thadmor.

Le troisième groupe, celui des noms gréco-latins, comprend Afriet Africana, Philon, Nisus, Juste de Chalcis, Anius, Épictète fils de Pheidon, Aristobula, Catulla. Plusieurs de ces personnages vécurent vraisemblablement dans la Diaspora. A l'occasion de quelque

canus

expulsion

comme

celle

qui eut lieu à

Rome

sous Claude, leurs

os

lurent apportés par les

membres de

leur parenté et ensevelis dans ce

repli obscur de la terre sacrée de la Judée.
Jérusalem,
le 16 février 1913.

F.-M. Abel.
(1)

(2)

Eod. loc, XI. Eod. loc, VI,

p.

19.

155.

RECENSIONS
Thr Doctrine of the Persan af Jesus^Christ, by Prof. H. R. Mackintosh, D. D. International Theological Library, T. T. Clark, Edimbourg, 1912.

L'ouvrage de M. H. R. Mackintosh, professeur de théologie à New Collège. Edimbourg The doctrine of tlw Person ofJesus-Christ, se présente modestement « comme un manuel d'étudiant qui. dans une mesure suffisamment complète, doit embrasser n'a pas le domaine tout entier de la christologie ». «Mon dessein, poursuit l'auteur,
:

été

avertis loyalement, qui

résultats, j'en simplement de formuler les résultats atteints par un seul esprit mais ne sont en aucun sens originaux ou extraordinaires aussi de fournir ce qu'on pourrait considérer comme un guide compétent pour les

meilleures discussions récentes, en ce pays (l'Angleterre et en Allemagne Si ces pages peuvent aider un étudiant à explorer le monde de la pensée christologique, ou si elles

suggèrent des directions fécondes pour une nouvelle enquête, leur objet aura été

pleinement atteint

».

Le

traité se subdivise

en trois livres

:

Christologie du

Nouveau Testament;

Exposé reconstructif de la doctrine. Le premier livre est une théologie élémentaire du Nouveau Testament, limitée au problème spécial de la personnalité de Jésus-Christ. M. Mackintosh examine successivement ce qu'il appelle les six types principaux de la doctrine apostolique le type
2° Histoire de la

doctrine chrisîologique:

:

synoptique, le type primitif (Actes et
types représentés par l'épitre aux

re
l

ép. de saint Pierre),
et

le

type paulinien. les

Hébreux

par l'Apocalypse,

et le type

johannique.

Ses positions exégétiques sont essentiellement traditionnelles et classiques. remarqué que la première épître de saint Pierre est considérée par lui
rattachant au type
«

On

a déjà

comme

se

du quatrième évangile est l'apôtre saint Jean, toutefois la possibilité de remaniements dus à un ou plusieurs éditeurs sans exclure ultérieurs; « le quatrième évangile, écrit-il. est fondamentalement l'œuvre d'un apôprimitif». L'auteur
tre qui, au soir de sa vie. et

pour protester contre
la

la

tendance idéalisante qui cherfait
:

chait à

muer

le

christianisme en un groupe de conceptions abstraites, a

connaître

l'intuition qu'il avait

acquise de

valeur éternelle du Seigneur historique
saint Matthieu il. 27,

son rapvie

port unique avec Dieu
et

comme
98).

Fils incréé, son rapport avec les

hommes, comme
9.
.3.

vérité essentielle

» (p.

De même

Rom.

et d'autres

passages d'importance dogmatique sont tenus pour authentiques. Les controverses « Paul même esprit. En et Jésus », « Conscience messianique de Jésus », sont résolues dans le

somme,

essaierait

Nouveau Testament constitue selon M. M. un tout homogène, dans lequel ou vainement de distinguer, pour les opposer, des tendances contradictoires. Chacun des six types successivement considérés possède son originalité propre, mais de Messie ou celui ils représentent tous les aspects divers d'une même foi. Le terme
le

de Logos se rencontrent l'un dans la théologie judaïque, l'autre dans la spéculation pbilonienne; mais à tous les deux il faut appliquer la remarque formulée par l'auteur

RECENSIONS.
à

279

propos des études pénétrantes de Wendland sur
L'histoire de

cienne, mais elle a été remplie d'un esprit
la

« la forme est anle mot ow-ij'p nouveau ». doctrine christolom'que est rapidement esquissée, un peu trop
:

rapidement peut-être, et surtout d'une manière insuffisamment « exhaustive ». Il semble que l'auteur ne soit pas toujours entré en contact direct avec les textes. Il doit beaucoup à Harnack. à Seeberg, et surtout à Loofs Leitfaden et article Chris3 tologie dans la Reatencyktopàdie de Herzog ), et n'en fait point mystère. Mais si
informés que soient
les

les auteurs dont il dépend, il eut fallu les contrôler et an besoin compléter par l'étude personnelle. Pour la période gréco-romaine, M. Mackintosh se cantonne trop exclusivement dans son rôle de rapporteur. Le traitement qu'il inflige à la théologie scolastique est celui de « la nation la moins favorisée ». Saint Thomas et Duns Scot sont exécutés en deux pages. Le premier est inconsciemment hérétique « Au fond, écrit M. M., sa théorie est monophysite » (p. 228). Pourquoi
:

pas docète? Le second

«

manifeste une

plus profonde appréciation de l'expérience
les

humaine de Jésus

et

indique

timidement
pour
». «

bornes
«

de

sa

science

en

tant

qu'homme
humaine,

».

Mais, pour l'un

comme
le

l'autre.

Jésus n'a pas de personnalité

ni d'être

indépendant
et

L'époque

s'intéressait à peine à la christologie ».

Du

sentiment délicat

tendre que
sait rien,

moyen âge éprouva pour l'Humanité de Jésus-

Christ,

M. Mackintosh ne
Il

Loofs.

ignore tout le

mouvement

qu'un court passage de saint Bernard, cité d'après franciscain, et l'Imitation, et les opuscules en-

flammés des mystiques français, flamands et germaniques. Et c'est pourquoi il « Il n'est pas exagéré de dire qu'avec la Réformation, et spéciaécrit saus hésiter lement avec Luther, se manifesta au monde une intelligence plus profonde de la personne du Christ qu'il n'en avait existé depuis l'âge apostolique. La cause en était
:

que

l'intérêt religieux se

concentra alors simplement sur

le

Christ, et ne se dispersa
;

qui pas vainement sur une multitude de médiateurs et d'exercices spirituels ce émerge en conséquence, c'est un type distinctif de la piété chrétienne » (p. 230); et « ce qu'il [Luther] apporte au monde, comme Loofs en a fait excellemment plus loin remarque, ce ne sont pas des idées dogmatiques, mais de nouvelles intuitions la
:

religieuses

Autant d'erreurs que de mots, s'il s'agit surtout du culte rendu à la personne de Jésus-Christ. Il ne faut point parler non plus de la « redécouverte du Sauveur historique ». caria liturgie catholique n'avait cessé de faire lire au peuple les passages essentiels des Évangiles, car elle dramatisait en quelque sorte les scènes de
».

la

Passion dans

les offices

de

la

Semaine Sainte, car

les verriers et les sculpteurs et

plus tard les imagiers ou les peintres, et aussi bien les auteurs de mystères popularisaient, vulgarisaient les
e enseignements officiels, car enfin depuis le xv siècle, de ou chemins de croix retraçaient par toute la chrétienté et dans nombreux que ces le pays même de Luther les étapes de la voie douloureuse; on n'ignore pas mais les hommes de l'époque représentations se mêlaient de données légendaires, tenaient ces données pour historiques, et c'était bien les phases de l'histoire hu-

calvaires

maine de Jésus
vent
le
si

qu'ils

entendaient figurer sur leurs
sens, à
l'histoire évangélique.
«

monuments

si

expressifs, et sou-

réalistes.

Dans aucun
la foi

aucun degré, Luther ne saurait être tenu pour
glorifié » que M. Mackintosh du Nouveau Testament », il

Christophe Colomb de

Et

s'il

s'agit

de

au de

Seigneur

tient avec raison
lui faudra"

pour un
naître

sauvegardée mieux que la plupart des groupements réformés. Voici ses propres paroles « C'est la grande reala Présence corlité évangélique que la théologie romaine a altéré dans le dogme de

— sans bonne grâce —
du Christ dans
les

a facteur vital

la religion

recon-

que

l'Église catholique l'a

:

porelle

éléments transsubstantiés

'?

?)

de l'Eucharistie. Nous ne

280

REVUE BIBLIQUE.
à

pouvons nous arrêter maintenant

examiner

cette doctrine

:

c'est

une tentative pour
à

traduire en termes matériels et donc erronés

un

fait

qui est intensément et objectielle

vement

spirituel.

Néanmoins,
il

c'est

une doctrine positive;

répond

une

exi-

gence réelle, et

est certain

qu'elle

ne pourra jamais être éludée par de pures

négations. Dans l'esprit chrétien existe un impérieux désir d'union actuelle avec le Rédempteur, d'association immédiate avec Celui qui pardonne le péché et aide l'âme qui lutte dans la poursuite passionnée de la sainteté. Et la force réelle de la théorie de la Transsubstantiation et de la Présence corporelle, on Ta dit justement, « réside dans l'impression de multitudes d'hommes que s'ils abandonnent leur foi au mystère redoutable de l'Eucharistie, le Christ ne leur paraîtra plus proche d'eux. S'il n'est pas présent d'une manière surnaturelle sur l'autel, ils pensent qu'ils doivent le per-

dre tout

à fait, et ils

ont l'habitude de parler de notre propre Service

comme

de

la

simple commémoraison d'un Seigneur absent
exigences de l'âme à une époque où
les

nous voulons prétentions exclusives de
».

Si

aller

au-devant des
exercent une

Rome

séduction plus sensible que jamais sur des esprits que
versés, ce n'est pas assez de proclamer la

la critique

historique a boule-

grandeur d'un Héros disparu depuis long-

temps. Le

monde

requiert une personne vivante, et que dans sa grâce présente, les
le

pécheurs puissent trouver

repos
«

»

(p. 381).
» la

Mais

si la

Réforme
suffit

n'a ni

redécouvert

carrière

humaine de

Jésus, ni

mieux
la

assuré l'affirmation de sa survie glorieuse, quel mérite lui reconnaître? Assurément

aucun. Et

il

de

lire les

pages loyales et attristées que M. M. a consacrées à
qualifie
vieilles

théologie postluthérienne, qu'il

[d'uninspiring âge, pour

s'en convaincre

pleinement.

On

voit renaître

les

hérésies; la dogmatique oscille du nestoet

rianisme au monophysisme, quand ce n'est pas de l'ébionisme au docétisme,
s'exprime en un jargon qui n'a rien à envier aux formules de
tique.
la

décadence scolas-

Ce christianisme exsangue
en contact avec
conflit qui
le

et invertébré se

trouve dès

le

milieu du

xvm
le

e

siècle

rationalisme de l'Aufklârung, avec l'idéalisme hégélien,

matéria-

lisme moniste et

le

radicalisme historique. M. Mackintosh raconte les phases de ce
et

dure encore,

tion qui se firent jour au

énumère les divers essais de confrontation xix e siècle en un chapitre qui est peut-être

et
le

de concilia-

mieux venu

de tout son ouvrage. Mais
avec son histoire
»

comme

il

se refuse à «

confondre

le

contenu d'une idée
et

(p. 6),

il

ne se borne pas au rôle de rapporteur,

consacre tout

modernisée de « Rien prol'ancienne doctrine. Il ne se dissimule pas les difficultés de l'entreprise bablement dans le livre, écrit-il, ne semblera aussi peu défendable que le ton plus ou
son troisième livre
le

plus important

à

un

essai d'expo>ition

:

moins spéculatif des chapitres terminaux. Plusieurs, je le crains, jugeront que. malgré toutes mes protestations, j'ai ajouté une tentative de plus à celles qui ont été
essayées pour expliquer en détail

comment Dieu
J'ai

est

devenu, pour notre rédemption,

incarné en

la

personne de Jésus-Christ.

conscience d'énoncer

un problème de

méthode sur
le

lequel les opinions sont largement divergentes et probablement doivent

demeurer. S'abs-tenir de tout effort pour réaliser une synthèse constructive des données qu'appréhende la foi, eût été, on le sait, en harmonie avec les tendances bien marquées et savamment représentées de notre temps. Je puis seulement plaider que s'il est certain « qu'il n'a pas plu à Dieu de sauver son peuple par l'argumentation »,

du Christ
le

ne semble pourtant pas possible de tenir ou de défendre le caractère absolu comme conviction intelligente autrement qu'eu s'aventurant nettement sur terrain de la théorie raisonnée. Ce n'est pas que la dogmatique parte d'où se teril

mine

la foi

;

c'est plutôt

que

la

dogmatique

est appelée à fixer

en formes conceptuelles

RECENSIONS.
lucides
la

281

la totalité de la riche vérité dont la foi est assurée... Aussi y aura-t-il toujours métaphysique dans la théologie, mais c'est la métaphysique implicite de la foi, qui se meut toujours dans la sphère de la conscience » (p. vin). elle appelle la sympathie, même L'attitude de M. M. est loyale et courageuse

de

:

empêché d'approuver toutes ses conclusions. ment un héros ou un génie religieux. Le prétendre,
si

l'on est

Jésus,
c'est

dit-il, n'est

pas seule-

arbitrairement,
l'a

méconsa transIl

naître et ses propres affirmations, et sa conscience telle qu'il

manifestée en des
et

propos et en des actes fidèleme cendance par rapport aux autres

ît

enregistrés
:

par les Synoptiques,
est

hommes

«

Le Christ

un

solitaire ».

faut

donc conclure
«

à la faillite

des efforts tentés par les critiques radicaux pour éliminer
part, la
si

toute Christologie.
la

D'autre

christologie chalcédonienne
la

est insoutenable

:

prend au sérieux, nous donne deux abstractions au lieu d'une réalité, deux moitiés impuissantes au lieu d'un seul tout vivant. Elle hypostatise faussement deux aspects d'une seule vie concrète, aspects
doctrine des deux natures,

on

qui sont

si

indubitablement réels qu'abstraction

faite

de l'un ou de l'autre

le

fait

dans son entier serait tout différent de ce

qu'il est, et qui

ne sont pas cependant

en elles-mêmes des substantialités fonctionnant distinctement, et qui pourraient être estimées logiquement ou ajustées l'une à l'autre, ou combinées en des modes
non-spirituels

(unspiritual

modes)

»

(p.

295).

«

Pour

la

tradition

l'unité
le

de

la

personne est toujours un problème

et

jusqu'au bout un mystère; pour
»

Nouveau
peine

Testament

c'est

la

première réalité que nous touchons

(p.

297).

Il

est à
:

besoin de montrer que toute cette critique repose sur une équivoque

l'Évangile

nous place directement en face de
la

la

personnalité une et complexe de Jésus-Christ;
les

formule théologique dissèque pour ainsi dire

éléments de cette personnalité,

elle les

analyse minutieusement, non dans l'espoir d'en rendre compte absolument
la

(car

pour nous

personnalité de Jésus-Christ reste et doit rester mystérieuse,
le

parce qu'elle est divine), mais dans

but de forcer l'hérésie dans ses derniers
définition chalcédonienne a cessé

retranchements, et d'éliminer toute orientation fausse, toute interprétation incomplète et erronée.
Il

faudrait

démontrer que

la

de rendre les services en vue desquels
deeper understanding
»
la

elle fut préci>ée, et

pour cela M. M. devrait
à

nous présenter une théorie nouvelle répondant d'une part
de l'Homme-Dieu, et
d'autre

ce qu'il appelle

part

« a moins mystérieuse

dans son énoncé que
Il s'y est

formule traditionnelle.
(christologie et le Christ historique, la peret

essayé, et n'y a point réussi. Passons rapidement sur les chapitres qu'il
«

consacre aux

questions préliminaires

»

sonne du Christ en relation avec son œuvre)
foi »

aux

«

affirmations immédiates de la
la

(Le Christ objet de

foi,

le

Seigneur exalté, l'Humanité parfaite du Christ,
«

Divinité du Christ).

On y

rencontre, à côté de remarques ingénieuses et utiles,
:

des assurances plus contestables, celle-ci par exemple

par

la

simple transcription

of Reste une dernière partie (ch. vin-su), qui aborde pro« les données transcendantes prement le problème métaphysique. Elle a pour titre « l'autolimitation de Dieu en impliquées par la Foi ». C'est surtout le chapitre \ Christ », qui me paraît renfermer la pensée originale de l'auteur. Il importe de
la

de l'expérience nous pouvons attribuer au Christ
Christ true deity
»

vraie divinité, ive predicate

(p. 412).

:

:

le

résumer brièvement. M. M.
siècle

se rattache à la
le

théorie de

la

kénose, imaginée

au

xix e

par des théologiens allemands dont

plus célèbre est Thomasius. Cette

théorie se fonde,

comme

on

sait,
t.

sur
X.

le

passage célèbre de Philip, ch.
à la suite

2
the

:

iauibv

èxivwasv [iopçïiv SoûXou ÀxSwv,

/..

M. M. l'exposé

d'un théologien anglais
:

moderne

:

Forsyth, qui

l'a

rajeunie et adaptée dans un livre intitulé

Person

282

REVUE BIBLIQUE.
voici les

and Place of Jesus-Christ. En
tenant divin, ont une

termes essentiels
sans

:

«

1° le

Christ est main-

comme

étant l'objet de la foi et de l'adoration, avec qui les croyants

communion immédiate, quoique non

médiation (immédiate though

not immediated). ce n'est pas le
être
et

Dans un certain sens personnel sa divinité est éternelle, produit du temps, puisque par définition la divinité ne peut pas
réelle,

venue à l'existence ex nihilo; son existence antérieure au monde est

non pas purement idéale. 3° Sa vie sur la terre a été humaine sans équivoque. Jésus était un homme, un Juif du premier siècle, avec une vie localisée et restreinte par un corps organique par rapport à la conscience qu'il avait de lui-même; de
pouvoir limité, qui pouvait être, et a été contrarié par une incrédulité persistante; de science limitée, qui, ayant été graduellement édifiée par l'expérience, l'a laissé sujet à la surprise et au désappointement; d'une nature morale susceptible de
progrès et exposée à
la

tentation tout

le

long de sa

vie,

d'une piété et d'une reli-

gion personnelle caractérisées à tous égards par la dépendance vis-à-vis de Dieu.
Bref,
il

s'est

toujours

dans

les limites
si elle

d'une expérience constituée d'une manière

humainement normale, même
d'être sans péché.

est

anormale parce

qu'elle possède la qualité

En

lui,

la

vie divine s'exprime par les facultés

humaines, avec

une conscience et une activité influencées par son milieu humain. 4° Nous ne pouvons parler à son sujet de deux consciences ou de deux volontés le Nouveau Testament n'indique rien de semblable, ce n'est d'ailleurs pas compatible avec une psychologie intelligible. L'unité de sa vie personnelle est un axiome » (p. 470).
:

Cette théorie s'appuie sur une doctrine philosophique qui limite en
tionnant moralement
mutabilité, écrit
inclurait,
»

les

«

condi-

l'immutabilité, l'omniscience et l'omnipotence divines. « L'im-

M. Forsyth, cité par M. M., à laquelle certains auteurs font appel donné un monde d'agents moraux qui changent, le plus grave caprice moral. Dieu serait arbitraire, en tant que, dans des situations morales qui varient, il agirait avec une consistance purement mécanique... Ce qui est immuable en Dieu, c'est le saint amour qui constitue son essence » (p. 472). Dieu se limite ainsi volontairement. M. M. ne veut point qu'on parle avec Thomasius
étant

de l'abandon provisoire des attributs

relatifs

de

la

Divinité,

mais seulement de
condition

transposition, en ce sens qu'ils « entrent en fonction d'une nouvelle manière, pour

assumer de nouvelles
Sujet
»

formes

d'activité,

réadaptées

à

la

nouvelle

du

(le

Sujet est le Dieu le Fils),

ces attributs étant

pleinemeut restitués au

pourtant pas que Jésus serait devenu du commencement jusqu'à la fin, il n'y a pas rupture de contiuuité personnelle, ni ascension d'une humauité pure à une grandeur qu'elle
Fils après la Résurrection. Ceci n'implique
«

Dieu par degrés, car
n'aurait ni droit de

posséder ni capacité de retenir

».

Que

si

Ritschl

objecte

:

pour

le

kénotiste,

« Je Christ,
»,

au moins pendant son existence terrestre n'a pas
à lui

de divinité du tout
des
faits

on
la

se

borne

répondre par une

fin

de non-recevoir,

ajoutant toutefois que

théorie proposée n'a d'autre but que de rendre compte

évangéliques.

se trouve le point de contact entre la Divinité et

l'Humanité dans

la

personne

de Jésus? Problème psychologique insoluble; inutile d'ailleurs, car avant de « construire une théorie pour expliquer comment deux courants de conscience ou de
volonté auraient coexisté, ou se seraient mêlés dans
la

même

personnalité, nous

devrions certifier qu'il y a deux courants, et c'est ce qui n'a jamais été prouvé jusqu'à présent ». Et M. M. entreprend le procès de l'opinion professée par le

Dr

Sanday

dans son ouvrage récent dans

:

Christologies ancient
intitulée
:

and modem
in

et

avec

quelq' e

atténuation

une plaquette

Personal iti/

Christ

and

RECENSIONS.
oursclves.

283
la «

On
»

sait

que
«

le

savaDt exégète a cherché à démontrer que

conscience

subliminale

est le

lieu »

de

la Divinité
:

dans

le

Christ incarné. M. Mackintosh

formule

les

objections suivantes
la

l

u

la

supériorité de l'inconscient est-elle réelleinclut

ment défendable? 2°

nouvelle

théorie

une

conception

de

la

divinité

comme
de vue

inconnaissable,

même
les

par la conscience morale; 3° l'hypothèse n'échappe
t

pas au dualisme traditionnel. Cette dernière objection n'est valable que du poin
«

deux premières sont très fortes, et suffisent à ruiner par M. Sanday d'adapter les théories de W. James et de Myers au ''essai tenté problème de la personnalité en Jésus Christ.
kénoiiciste »;

En résumé,

l'impression que

laisse la

lecture

du

livre
et

de M. Mackintosh est
croyant qui
contraste

assez complexe.

On
le

peut

en

louer

l'accent

religieux

heureusement avec

ton général des ouvrages de l'école « religionsgeschichtiieh »,

sans oublier toutefois que la théorie kénotique est

incompatible avec

le

dogme

chrétien authentique; elle n'en est d'ailleurs pas moins mystérieuse. L'information

de M.
lui

M.

est

généralement bonne, quoique
lui

le

plus

souvent de seconde ou de

troisième main. L'auteur a systématiquement ignoré

les

ouvrages catholiques. On

concède

qu'ils

eussent été d'une médiocre utilité pour l'aider à construire

sa théorie personnelle.

Mais

le

I

er 'et le II e

livres

de The Persan of Jesus-C/ms

i

appartiennent

à

l'exégèse et à l'histoire plutôt qu'à la dogmatique.

Dès

lors,

il

est

inconcevable que

M

M., qui

lit

les

auteurs français protestants,

ait

négligé

comme

de parti

œuvres d'aussi haute valeur que le Messianisme chez 1rs Juifs, les Origines du dogme 'le la Trmitd, la Théologie de saint Puai, ou l'Histoire des dogmes de M. Tixeroot.
pris

des

J.

Labourt.

A

Critical

and Exegetical Gommentary on Haggai and Zechariah

by Hinckley G. Mitchel!;. on Malachi, by John Merlin Powis Smith; on Jonah, by Julius A. Bewer; in-8° de xxvi-362, 88. 65 pp., Ediuburgh, Clark, 1913.
I.

— Ce
«

volume

est le troisième
...

que Y International Critical Commentant consacre

aux

petits

prophètes

pris la part la

Trois collaborateurs y ont travaillé. M. H. G. Mitchell a plus considérable et aussi de beaucoup la plus difficile, puisqu'il traite
livre de Zacharie.

d'Aggée
retour,
il

et

du

Pour bien comprendre
les

l'action des prophètes

du

est nécessaire

de connaître

circonstances dans lesquelles elle s'est déve-

loppée; de

l'étude

préliminaire de M.
er
I
.

M.

Il

de Cyrus, de Cambyse, de Darius
cette esquisse jusqu'au

On

pourrait regretter qu'il

y parle des débuts de l'empire perse, n'ait pas poussé

temps d'Artaxerxès I er et, de la sorte, établi le milieu du prophète Malachie. Les renseignements qui concernent les premiers temps du rétablissement des Juifs en Palestine ne sont pas abondants. On n'a guère que II Chron.,

xxxvi. 22, 23
qui sont mis en

et Esdr., i-vi.

Ce sont

à peu près exclusivement les
III

mêmes matériaux
la

œuvre dans l'apocryphe
le <