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Jeudi 27 octobre 2011

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Les affaires de corruption éclaboussent Le pape Benoît XVI le gouvernement ANC en Afrique du Sud imprime sa marque Le président Zuma a renvoyé deux ministres et le chef de la police, accusés d’enrichissement personnel à la rencontre d’Assise
Johannesburg Correspondance

ouée pour son courage et sa détermination, Thuli Madonsela est devenue l’empêcheuse de tourner en rond de Jacob Zuma. Sur le bureau du président sud-africain, celle qui dirige l’autorité anticorruption dépose depuis le début de l’année des rapports accablants et le presse d’agir. Lundi 24 octobre, Jacob Zuma s’est décidé à couper des têtes lors d’un remaniement ministériel, le second depuis son arrivée au pouvoir en mai 2009. Gwen Mahlangu-Nkabinde a dû quitter son poste. La ministre des travaux publics est accusée d’avoir tacitement accepté la location de bureaux par la police à un prix plus élevé que celui du marché en faveur d’un promoteur se présentant comme un proche de M. Zuma. Le chef de la police nationale, Bheki Cele, a aussi été suspendu de ses fonctions. Sicelo Shiceka, chargé des affaires locales, a lui aussi rendu son portefeuille ministériel. Il aurait dépensé près de 10 millions de rands (900 000 euros) d’argent public à l’occasion de séjours dans des hôtels cinq étoiles et de billets d’avion en première classe pour rendre visite à sa petite amie détenue en Suisse pour trafic de drogue. « Mieux vaut tard que jamais », a réagi Helen Zille, responsable de l’Alliance démocratique (DA), le principal parti d’opposition sudafricain. Saluées par la société civile, ces décisions prises par M. Zuma lui permettent de mettre une sourdine aux critiques récurrentes. « On le disait irrésolu, il montre qu’il sait prendre son temps pour trancher et qu’il est toujours aux commandes, estime Sipho Seepe, analyste politique. A un an de l’élection du prochain candidat de l’ANC [Congrès national africain, le parti ultramajoritaire au pouvoir] pour la présiden-

poches de particuliers. Un chiffre difficile à évaluer précisément, mais qui aurait doublé en une dizaine d’années. A titre de comparaison, le plan de relance présenté mardi par le ministre des finances, Pravin Gordhan, s’élève à 2,3 milliards d’euros. Grâce, notamment, à l’instauration du Black Economic Empowerment (BEE), un programme de discrimination positive qui oblige des entreprises étrangères ou

Quatre philosophes non croyants participent à ce dialogue interreligieux lancé par Jean Paul II

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Depuis 2007, l’Afrique du Sud a perdu onze places dansle classement de Transparency International, une ONG qui lutte contre la corruption
détenues par des Blancs à avoir des partenaires noirs pour décrocher des contrats publics, des responsables de l’ANC, au niveau local ou national, se sont considérablement enrichis en monnayant leur influence politique auprès des décideurs. « La législation anticorruption sud-africaine est sophistiquée, rappelle Lawson Naidoo, de Casac, une association luttant pour les droits constitutionnels, mais on ne dépense que 500 millions de rands par an pour lutter contre ce problème, alors qu’il en faudrait quatre fois plus ! » La SIU a rappelé qu’elle ne pouvait traiter que la moitié des dossiers de corruption soumis, par manque de personnel qualifié. A la tête du programme de recherche sur la corruption à l’Institut d’études de sécurité (ISS), Daryl Balia est toutefois confiant dans l’avenir : « Jacob Zuma veut agir et a déjà un bon bilan, à l’image de cette loi votée en début d’année qui oblige désormais les municipalités à en référer au niveau national si un contrat public dépasse un certain montant. » Lundi, le président sud-africain a aussi annoncé l’instauration d’une commission d’enquête sur un contrat d’armement conclu en 1999 et entaché de forts soupçons de corruption. Des avions et des patrouilleurs navals avaient été achetés par l’Afrique du Sud à des groupes européens, dont le français Thomson-CSF (devenu Thales). Dans ce dossier, des poursuites à l’encontre de Jacob Zuma avaient été abandonnées peu de temps avant son accession au pouvoir. p
Sébastien Hervieu

Accusé de corruption, Bheki Cele, le chef de la police, a été suspendu de ses fonctions, le 24 octobre, par Jacob Zuma. FRANCISCO LEONG/AFP

tielle de 2014, ce fin stratège politique améliore aussi son image auprès d’une opinion publique fatiguée de ces abus à répétition. » Dans le pays le plus inégalitaire au monde, selon le coefficient de Gini qui mesure le degré d’inégalité de la distribution des revenus, où les manifestations des plus pauvres pour réclamer de meilleurs services publics surgissent chaque semaine, les affaires d’enrichissement personnel aux

Des prévisions de croissance économique à la baisse
Le ministre des finances Pravin Gordhan a présenté, mardi 25 octobre, un plan de relance économique de 25 milliards de rands (2,3 milliards d’euros) afin de stimuler une économie dont la croissance ne devrait pas dépasser les 3,1 % en 2011. « II y a un an, nous pensions que nous aurions une amélioration durable de la reprise mondiale et de notre économie. Ça n’a pas été le cas », a regretté le ministre, qui a révisé de 0,3 point à la baisse sa prévision de croissance. Le gouvernement sud-africain compte financer son plan de relance en creusant le déficit budgétaire (5,5 % du produit intérieur brut en 2011). Le pays aurait besoin d’un taux de croissance de 7 % sur au moins une génération pour effacer l’héritage économique de l’apartheid, a estimé M. Gordhan. L’objectif du gouvernement est de créer 5 millions d’emplois d’ici à 2020, pour ramener le taux de chômage à 15 %, contre 25 % actuellement. – (AFP.)

dépens de l’Etat débordent des colonnes des journaux. Entre autres, le maire de la capitale, Pretoria, les dirigeants de la SABC – le groupe audiovisuel public sudafricain –, le patron de la poste locale ont été mis en cause. En 2010, Jackie Selebi, le prédécesseur du commissaire de police désormais suspendu, a écopé d’une peine de quinze ans de prison pour corruption. Certes, le fléau existait aussi sous le régime de l’apartheid et les pots-de-vin ne sont pas rares entre acteurs économiques privés (environ 9,5 milliards d’euros par an selon des cabinets d’audit). Mais les abus dans le secteur public ont fortement augmenté selon les observateurs. Depuis 2007, l’Afrique du Sud a perdu onze places dans le classement de Transparency International, une organisation non gouvernementale qui lutte contre la corruption. L’unité d’enquête sud-africaine spécialisée dans ce domaine (SIU) estime que 30 milliards de rands d’argent public disparaissent chaque année dans les

Quand Elie Wiesel parraine les extrémistes juifs de Jérusalem

e n’est un secret pour personne : le pape Benoît XVI ne goûte guère les rassemblements interreligieux, susceptibles d’instiller dans les esprits l’idée que « toutes les religions se valent ». Telle n’est évidemment pas la conviction du chef spirituel des catholiques, pourfendeur du « syncrétisme » et du « relativisme ». Aussi, sa décision de commémorer le vingt-cinquième anniversaire de la rencontre interreligieuse d’Assise (Italie), voulue par son prédécesseur, Jean Paul II, en 1986 puis réitérée en 1993 et en 2002, a surpris. D’autant qu’en un quart de siècle la situation a changé. Dans un contexte de montée des fondamentalismes religieux et de mondialisation, les relations entre les religions sont aujourd’hui soumises à un double mouvement, caractérisé à la fois par une plus grande crispation et une meilleure connaissance mutuelle. Conscient des réticences qui entourent la démarche ou « l’esprit » d’Assise au sein de la curie, dans les épiscopats ou chez certains fidèles, le Vatican a donc pris soin d’expliquer la logique et les enjeux de cette rencontre, à laquelle Benoît XVI a apporté sa patte. Gêné par la prière de 1986 critiquée pour son apparent syncrétisme, le pape a insisté sur un point : le moment de prière en commun est transformé en une « prière privée », facultative, accompagnée d’un « temps de silence », dans des espaces séparés mis à disposition des participants. Ils se dirigeront ensuite, ensemble et en silence, vers la basilique Saint-François. Une autre innovation, plus personnelle de Benoît XVI, est diversement appréciée. Il s’agit de la présence de quatre philosophes non croyants, parmi lesquels la Française Julia Kristeva. Pour le Vatican, cette invitation permet de souligner l’importance que donne le pape à l’articulation entre la foi et la raison et de mettre en avant le rôle des « hommes de bonne volonté » en quête de paix et de justice. Mais, du même coup, cette présence interroge sur la spécificité d’un dialogue entre « croyants ». Signe du caractère potentiellement polémique de cette manifestation, le quotidien du Vatican, L’Osservatore Romano, a publié ces derniers mois des mises au point de hauts responsables de la curie. « Le dialogue interreligieux ne vise ni à effacer les différences entre les religions ni à les souli-

gner », ont-ils rappelé en substance. Benoît XVI a aussi été clair dès son élection : il n’est pas non plus question de dialogue théologique. « On ne va pas discuter avec les musulmans, notamment, pour se convaincre les uns les autres que Mahomet est un prophète ou que Jésus est le fils de Dieu », complète un prêtre engagé de longue date dans le dialogue interreligieux. Il s’agit plutôt de mettre en avant « ce qui rassemble » les croyants, notamment « la défense de la vie et de la famille », de promouvoir « la paix et la justice », de condamner ensemble « l’instrumentalisation des religions » et les « violences commises au nom de Dieu ». L’enjeu est aussi, pour les croyants, de réaffirmer leur foi et leur identité propres, en évitant tout risque de dilution. « Ce qui a pu être énervant dans le dialogue œcuménique [entre chrétiens], juge, par exemple, Mgr Michel Santier, chargé de ces dossiers à la conférence des évêques de France et qui participe à la rencontre d’Assise, c’est lorsque des catholiques se faisaient plus protestants que

Le Vatican souhaite profiter de cette occasion pour défendre la liberté de conscience et la liberté religieuse
les protestants ! » « Nous ne sommes pas dans la recherche du plus petit dénominateur commun, poursuit Mgr Santier. Mais, enracinés dans notre foi, nous devons accepter que d’autres trouvent d’autres chemins de vérité. » Le Vatican souhaite aussi profiter de cette occasion pour défendre la liberté de conscience et la liberté religieuse. Un thème que le pape aborde désormais lors de chaque rencontre avec les représentants d’autres confessions, et notamment avec l’islam. Car, au-delà des déconvenues régulières dans le dialogue entre chrétiens ou avec les juifs développé depuis le concile Vatican II, la situation dégradée des chrétiens d’Orient représente l’un des principaux freins au dialogue avec l’islam. C’est d’ailleurs ce sujet sensible qui explique l’absence du responsable de l’université Al-Azhar du Caire, l’un des plus hauts représentants de l’islam sunnite, à Assise. Critique envers les prises de position du Vatican après des attaques contre les coptes égyptiens, il a décliné l’invitation du pape. Dans ce contexte, tout en se félicitant des progrès réalisés ces dernières années en ce domaine, avec notamment la multiplication des groupes interreligieux, Mgr Santier reconnaît la difficulté de justifier la poursuite du dialogue : « On sait que les responsables engagés dans cette démarche sont souvent la cible d’attaques au sein de leur propre communauté. » Benoît XVI est bien placé pour le savoir. Les catholiques intégristes, à qui il a tendu la main pour une réintégration dans le giron de l’Eglise catholique, sont farouchement opposés à tout dialogue avec ce qu’ils appellent « les fausses religions ». Ces dernières semaines, ils ont une nouvelle fois publiquement traité la rencontre d’Assise de « blasphème, de scandale, de perversion ». p
Stéphanie Le Bars

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ans sa campagne de relations publiques visant à renforcer son emprise sur les secteurs arabes de Jérusalem, l’organisation d’extrême droite israélienne Elad a reçu un renfort de choix en la personne d’Elie Wiesel. L’écrivain américain, Prix Nobel de la paix en 1986 et gardien de la mémoire de la Shoah, a accepté de prendre il y a quelques mois la tête du conseil d’administration de ce groupe de colons qui gère un parc archéologique israélien, en plein cœur du quartier palestinien de Silwan. Passée inaperçue dans les médias, cette nomination a été mise en lumière à la mi-octobre par le blogueur juif américain Richard Silverstein. Le sous-sol de Silwan, situé en contrebas des remparts de la Ville sainte, est truffé de vestiges et de tunnels antiques, que les histo-

riens israéliens considèrent comme des reliques de la cité de David, le berceau de la Jérusalem biblique. La mise en valeur de ce site, qui reçoit des centaines de milliers de visiteurs chaque année, s’est accompagnée de l’implantation de familles juives, au détriment de Palestiniens, expulsés de leur domicile. En l’espace d’une vingtaine d’années, moyennant harcèlement juridique, falsification de documents et recrutement de collaborateurs, Elad a réussi à s’emparer de plus de cinquante habitations. Si le ralliement d’Elie Wiesel à cette entreprise n’est pas une surprise, compte tenu de son opposition farouche à tout partage de Jérusalem, son geste a néanmoins semé la consternation dans les cercles pacifistes israéliens, persuadés que la judaïsation de Jérusalem-Est constitue une bombe à retarde-

ment. « Elad est l’une des organisations de colons les plus dangereuses d’Israël, soupire l’archéologue Yonathan Mizrahi, de l’association Emek Shaveh. Elle conçoit l’archéologie non pas comme un moyen de faire dialoguer les cultures, mais comme un moyen d’en légitimer une sur le dos de l’autre. Ça n’a rien à voir avec l’idéal de paix qu’Elie Wiesel est censé incarner. »

Cour suprême saisie L’enrôlement dans les rangs des colons du rescapé d’Auschwitz survient d’ailleurs à un moment crucial pour Elad. L’organisation bataille pour faire adopter par la Knesset – le Parlement israélien – un projet de loi qui aboutirait à la privatisation des sites archéologiques en terre sainte. Opérateur de fait du parc de Silwan pour le compte du dépar-

tement des antiquités israéliennes, Elad en deviendrait alors le propriétaire de jure et n’aurait plus à s’inquiéter des velléités de supervision des pouvoirs publics. Une perspective que combat l’avocat Daniel Seidemann, de l’association Ir Amim. Il a déposé un recours devant la Cour suprême israélienne, visant à casser le monopole des colons sur le site de Silwan. « Elie Wiesel fait partie d’une campagne destinée à transformer les gens d’Elad en mère Teresa, raille-t-il. Dès qu’il est question de Jérusalem, la conscience morale de ce grand homme part en vacances. » Joint par e-mail aux EtatsUnis, Elie Wiesel a réagi de façon lapidaire : « Je ne me mêle jamais de la politique intérieure d’Israël, écrit-il. Seules les fouilles archéologiques m’intéressent. » p
Benjamin Barthe

Trois cents religieux venus de cinquante pays
Quelque 300 responsables religieux devaient se retrouver à Assise, en Italie, jeudi 27 octobre, vingt-cinq ans après la première rencontre interreligieuse spectaculaire mise en scène par Jean Paul II. Intitulée « Pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix », cette journée réunira des responsables religieux de 50 pays, avec de fortes délégations musulmane et bouddhiste, mais aussi des représentants de religions asiatiques et de religions traditionnelles africaines et américaines, du judaïsme et de toutes les confessions chrétiennes. Pour la première fois, quatre philosophes non croyants seront aussi présents. Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a également été invité à Assise.