~j' ? BULLETIN 1iliiJ~!hll~ «..

ç -tZ8Lu $6
LA SOCIÉTÉ
DES

ET SCIENCES ARTS DE
i;iLK Dr: LA UKUMON ANIMÉE 1884
'1, fv:Y. "k!Jh,i '

SAINT-DENIS
Imprimerie, W Lahuppo – Hl DE frères L'ÉGLISE & – Drouhet 48 fils

1885

l

4 5

t

ÿF r

t

= IÍ J_Ç| DE i.i' r~T~LL~~rt~ U-: t*
i n m Bulletin J DE LA ,LA -r.~X

<<

SCIENCES VRTS ET SOdKTfiDES DE
SAÏNT -DENIS
Ile de la Réunion

1 SAINT-DENIS 1 IMP. Tu. DROUHET, fils 0&

IMPRIMEURDE LA SOCÏMTËDESSCIENCES ET ARTS

BULLETIN 1 LA ^DE <f. 1t ÏSËIENGES ,-0 NCES de rDE LA RÉUNION ET ET. ARTS ARTS SOCIÉTÉ S ~CIÉTÉ DES

L'ILE

AliMBSK

f88

4

SAINT-DENIS
IMPRIMERIE 48 THÉODORE rue DROUHET FILS 48

DE L'ÉGLISE 1885

LISTE DES MEMBRESDE LASOCIÉTÉ DESSCIENCES ETARTS Au 1erjanvier
Membres

1885
`r

protecteurs

Mftfc De Lokmel (C jjfs), ancien Gouverneur.. Faron (C commissaire général de la marine, ancien &), Gouverneur. Cuinier (C %), conàmissaire général de fa manne, Gouverneur de la Réunion. membres honoraires

Mli. Louis CRIVELLI (|t), officier de l'Instrucl ion publique, Inspecteur des Etudes en retraite, ancien Président de la Société et son représentant à Paris. ` G. Imhaus (C #), receveur général des Bouches7 dn-Rhone. < G. Codtorier (0 ^), ancien Gouverneur de la Guadeloupe. L. Mobel (^s), avocat, officier d'Académie, ancien Président de la Société. ° Bureau 3IM. Lu Sineb (-^),prësideiit. Adolphe Le IIoy, \ice-président.
Pascal Qmot, Crémazy, trésorier. secrétaire.

·

BULL1ÎÏIX

DE LA HOClÛtÛ

Hcmbrcs ·

titulaires

MM. Azèïia (Mazat1)(j|), Officier de l'Instruction publique, docteur en médecine, président de la Commission du Muséum, conseiller municipal et conseiller général. Bhidet (flïlaire) (Q ^), capitaine de frégate en retraite, directeur du la Banque de l'île de la Réunion. Bdttié (Joseph), ingûinair colonial des Ponts et Chaussées. Crjémazy(Pascal), a»ocat, pomeitler général. Dcjbujsson(Edouard), rédacteur en chef du Sport colonial. Pocakd (Volily), greffier euclief de la Cour d'appel. Gbec; îigrégé des .«ciencesmathématiques, professeur au Lycée. Gkenard (Einile)udirccteur du Crédit agricole et 1 commercial. Jacob DECordejioy (Bénétlict), secrétaire général .de la Direction de l'intérieur. Jacob de Cohdemoy(Camille), ingénieur, conseil1er général di>. Saint-Pierre. Lamadox, ancien professeur du Lycée de Saint• Denis. v Lastz (Jean-Auguste) (^), Officier d'Académie, préparateur-conservateur du Muséum d'histoire naturelle de Saint-Denis. 1 Lu Roy -(Adolphe), négociant, consul d'Italie. Le Roy (Edouard), avocat, Officier d'Acddémie, conseiller municipal et conseiller général do Saint-Denis. Lç Siner (Jfe), Officier d'x\cadémle, docteur en f médecine. Il LourY (Jules), a^oué, conseiller général de SaintAndré. Mac-Aumffe (j&), docteur rn médecine.

DES SCIENCES T ARTS E SIM. Maure, procureur de la République à Saint-Denis. Ménabd (Camille), comptable à Saint-Den's.. Nicolas (Ernest), professeur de musique. Oriot, agrégé de l'Université, professeur de mai thématiques au Lycée. Pajot (Elie), propriétaire. Rœqdebourg (Louis), secrétaire de la Chambre de commerce. • •ItiKUL(Albert), avocat. Roussin (Antoine), professeur de dessin au Lycée. Sebs (Paul), avocat, conseiller prhé. Vinsok (Auguste), (%), docteur en médecine.' (Ambroisc), ancien notaire. VotiLABB Membres «orrespomlaiïts

MM. Audie», en France. Alleaume, ex-juge à Nossi-Bé. Barqcisseac (Jean-Baptiste), à Saint -Pierre. Redingfh.», à Maurice. Bellaigue DrsBughas (0 #), à Paris. Bon (Etienne-Josepli) (ê), OlQcier de l'Instruetion publique, proviseur au Lycée de Nantes^ Bottard (Léoace), à §aint-P<iuI. Brcnet (Dufour), procureur général à Pondit.éry. Châtelain (Louis-Charles), inspecteur "-en chef des services admiiistratifs et financiers de la marine et des colonies. Càstelkau (le comte de) (#), au Cap. Cazamian (Firmiu), licencié ès-lettrcs, Officier d'Académie, en France. Cahmont (Aldric) (^), avocat au Havre. Comte (A.-O.) (#), à Nantes. DELTEIL, pharmacien principat, en Francè.

1.. BULLETIN DE Là SOCIEfM

<

MM. Dostor (Georges), professeur en retraite, à Paris. à FôOTAiNE, Saint-Leu. Fopcaud (le comte de) (#), à Cayenne. Frappier (G.), à Maurice. “ de la marine en France. Gayet, pharmacien Gerbieb, professeur en France. Gibaud, publiciste à Paris. GONTIER (M.), en France. Grandidier (Alfred) (#), naturaliste voyageur à • Paris. Hervé (Edouard; (%), publiciste à Paris. Hugo (SchuchaftuV, professeur à l'Université (le > Gratz (Autriche). à Toulon. HucoguN (%), pharmacien.principal Itier (ï.-O.) (#),' receveur municipal à Marseille. Jacob deCordemoy (Eugène), docteur en médecine, à Saint-Benoît. Jacquier, ingénieur en France. JoLY (N.), professeur àJa Faculté dss Sciences et à l'Ecole de Médecine de Toulouse, membre correspondant de llnstiiut. x Joly, professeur en retraite, à Toulouse. Lacaussade (A.) (i§0, à Paris.
Lavollée (%), à Paris.

Lacour, en France. Lahdppe (Thomy)j juge-président du Tribunal de Chaudoc (Gochinchïne). LE Boucher, gouverneur de la Nouvelle.Calédonie. Lecoste DE Lisle, à Paris. Lejeune (D. M.), à Maurice. Lepine, Grand Vicaire, au Cap. LuraWshy DE Alexandre, gentilhomme russe, à Viarzaia. '< DE Mahy, député de la Réunion, à Paris.

MM. MUTINS,à Montpellier. Micbel (%), docteur on médecine, à Saint-Benoit. Oudemans,directeur de l'Observatoire de Batavia. Pollen (François), naturaliste, voyageur hollan· dais. Raoul (&), pharmacien de la Marine, en France. Sénèqde (le docteur), à Maurice. Textor DERayisi ($0, à Boliaine (Aisne). Toprris (L. de) (%), à Toulouse. • TnocnoN (A.), Procureur de la République, à Rouen.. i DE Villèle (Auguste), à Saint-Paul. i> Vivien (Placide), professeur en retraits à Paris. Wiéhé (Ch.), à Maurice. Ytieb, à Paris. r

2

Séance
Présidence

du i4

mars

1881

DE M. LE Siner

La séance est ouverte à 9 heures moins un quart. Sont présents MM. Le Siner, président, A. Le Roy, vice-président, P. Crémazy* secrétaire, Oriot, trésorier, Dubuisson, V. Focard, Lamadon, Lantz, Madre, Nicolas, Vollard. Sont excusés MM. Emile Grenard, J. Buttié, B, Jacob de Cordemoy. Lecture par le Secrétaire et adoption du procès-verbal de la dernière séance du 30 novembre 1883. Reddition par le Trésorier et approbation par la Société du compte de gestion de l'année 1883.

BULLETIN DELA. OCIISTIS S M. LE PRÉSIDENTonne des explications au d de certaines lectures, que deux memsujet bres de la société devaient faire à la séance d'aujourd'hui et qui sont renvoyées a la prochaine séance. Un membre fait desobservations sur l'état de la bibliothèque de la société elle serait mieux placée dans un autre local et plus ac-cessible aux membres qui voudraient compulser scë ouvrages elle est. aussi devenue trop petite et ne peut plus contenir les volumes mensuellement adressés à la société par diverses sociétés savantes de la France et de l'étrangei*. L'assemblée exprime le vœu que la bibliothèque soit agrandie et transportée dans l'une des salles de la bibliothèque coloniale, à l'Hôtel de Ville/Elle espère que M. le Directeur de l'intérieur voudra bien lui accorder une petite place dans ce local. M. Nicolas donne des explications sur le prochain concours de musique vocale et instrumentale, pour lequel des prix ont été fondés par la société. Il annonce qu'il a fait venir, pour ce concours, divers morceaux pour piano, violon et chant et qu'il les tient à la disposition des candidats qui se feront inscrire jusqu'au 10 avril prochain. Il est arrêté que le concours public aura lieu au commencement de juillet. M. DUBUISSON fournit des explications au de deux dessins qu'il présente à ses sujet collègues. L'un est la projection de l'hémisphère céleste. que vient de parcourir la comè-

DES SC1KNCKS ET ARTS

te de Pons. Elle indique la marche de cette comète dans le ciel, d'après ses propres observations vérifiées chaque mois par les éphémérides de Bossert et Shuloif. L'autre est le tracé de l'orbite parcourue parla comète à travers notre système solaire depuis le jour où elle fut aperçue pour la première fois Ces explications sont écoutées avec intérêt M. Dubuisson demande et obtient la nomination, comme membre correspondant de' la société, de M. Léonce Bottard, propriétaire à Saint-Paul. M. Dubuissqn veut savoir s'il est permis à un membre correspondant de faire lire, aux réunions de la société, ses travaux par un membre titulaire. Il offre de faire en séance la lecture d'un travail da M. L. Bottard sur l'éducation et l'instruction des La société déclare qne cette faculté femmes. n'est pas interdite aux membres correspondants; et, admettant ce principe, prie M. Dubuisson de réserver pour la prochaine séance la lecture de l'oeuvre de M. L. Bottard M. P. Gkémazy donne lecture d'une lettre qu'il a reçue en décembre dernier) du Secrétaire de la Société royale malacologlque de Belgique; cette lettre demande l'envoi des bulletins de 1870 1871 – 1872 – 1880 – 1881 et 1882, à charge d'échange par l'envoi de toutes les publications périodiques anciennes et nouvelles de cette société.

BULLETIN DE LA SOCHh'

DES SCIENCES ET ARTS

Le Secrétaire exprime le regret de n'avoir pu réunir tous les bulletins demandés, faute d'une bibliothèque où tous les volumes qu'on y place puissent être bien classés et gardés. La satisfaction qui sera donnée au voeu, que vient d'émettre la société, remédiera certainement à cet état de choses. On procède à l'élection comme menbre titulaire de M. Jules.Loupy, régulièrement présenté son élection a lieu à l'unanimité des membres présents.' On procède ensuite au renouvellement du Jailreau, pour 1884 le même bureau est réélu, le Président par 9 voix, le, Vice-président et le Secrétaire par 8 et le Trésorier par 7. Le dit bureau*reste donc composé pour 1884, de MM. Le Siner, président, A. Le Roy, vice-président, P. Crémazy, secrétaire, Oriot, trésorter. La séance est levée. à 10 h. 1/2. Le Secrétaire, P. Crémazy.

Séance

tin *§

mars

£S84

Présidence

DE M. LE Siner

Sont présents MM. Le Siner, président, P. Crémazy, secrétaire, • ` Bridet, Dubuisson, Camille JaeoïTâe Cordemqy, Lamadon, T 1 Lantz, Loupy, Madré, Roussin, Absent excusé

f î

M. Nicolas.

offre des compliments de M. LE PRÉSIDENT bienvenue à M. Jules Loupy, élu à la dernière séance membre titulaire de la société. M. Loupy répond qu'il est heureux de la nomination dont il a été honoré et qu'il ne négligera rien pour s'en rendre digne, M. LE,PRÉSIDENT remarque avec plaisir la de M. Roussin, récemment de retour présence à la Réunion, après un long congé c'est un zélé confrère que toute notre société revoit' avec satisfaction. t

BULLETIN DE LA. SOCIÉTÉ'

M. LE PRÉSIDENT fait l'interprète des sense timents de tous ses confrères, en exprimant les regrets que leur cause la mort récente et de M. C. Champon, membre • prématurée distingué de notre institution. Il dévoué et rappelle qu'il a été élu membre titulaire de la société en 1879. Déjà M. C. Champon avait fait représenter, l'année précédente, sur le théâtre de Saint-Denis, un épisode dramatique en un acte et en vers, Les Patriotes, qui obtint un légitime succès. Depuis,-il fit insérer dans notre bulletin de 1879 une comédie-vaudeville, en un acte et en prose, intitulée Les quatre ^prétendants, qu'il avait lue à la société, et encore, dans notre bulletin de 1881, deux pièces de vers qu'il avait déjà fait publier dans le Sport colonial .» L'homme d'affaires et Pauvre fille Assurément il a moins livré à la publicité qu'il n'a produit la maladie l'a paralysé au moment où il mettait la dernière main à un ouvrage sur Ghandernagor, ce pays où il a contracté le germe du mal qui l'enlève si jeune à son pays, à sa famille, au barreau où son talent l'avait mis en relief, et h notre Société qui garde de ce sympathique confrère le meilleur souvenir. La Société décide que le discours nécrologique prononcé, le 25 mars 1884, aux funérailles de M. C. Champon, par M. Albert Rieul, son confrère au barreau et dans notre Société, sera reproduit dans le bulletin de 1884 à la. suite du procès-verbal de la pré= sente réunion.

DES SCIENCES

ET

A.ETS

Lecture par le secrétaire et adoption par la Société du procès-verbal de la dernière séance du 14 mars 1884. La parole est donnée à M. Camille Jacob de Cordemoy qui fait la lecture d'un travail fort intéressant qu'il a écrit en 1882 sur YInstnwtion primaire à la Réunion Vu l'intérêt qu'offre cette étude, remarquable par les utiles vérités qu'elle met en* lumière et par les réformes importantes qu'elle propose,' la Société décide qu'elle sera imprimée dans le Bulletin de 1883 non encore composé. v~ M* Bridet donne ensuite lecture d'une note qu'il a rédigée sur le cyclone qu'a eu à combattre le Salazi^ vapeur de la; compagnie des Messageries maritimes, en route pour l'Australie, du 9 au 10 février 1884, et à 500 milles dans le S. E. 1/4 E. de Maurice. Cette lecture est écoutée avec la plus grande attention, grâce surtout à un croquis de la route du navire et de la marche du cyclone que M. Bridet avait remis à chacun de ses confrères Elle se termine par un épisode bien amené et fort émouvant de la vie do marin de M. Bridet, quand il militait dans lé corps des officiers de la marine française.
3

BULLETIN

DE LA. SOCu!tÉ

DES SCIENCES

ET

AKTS

L'heure tardive ne permet pas à MM. Dubuîsson et Crémazy de faire les lectures qui ont été annoncées elles sont renvoyées à la prochaine réunion La séance est levée à 11 heures 1/4, Le Secrétaire, P Ckêmazy.

Séance

du

16

uiaf

1884

Présidence

DE M. LE Siner

La séance est ouverte par la lecture du procès-verbal de la dernière séance du 28 mars 1884, qui est adopté. Sont présents :> MM. Le Siner, président, P, Grémazy, secrétaire, (Mot, trésorier) Dubuisson, V. Foeard, Lamadon, Madré, Nicolas, Roussln, i Absents excusés,: MM. Bridet, Lantz, Vinson et Loupy M. lePbésident annonoe que l'impression du bulletin de la Société, pour les années 1883," 1884et 1885 a été mise en adjudication. Une circulaire, adressée à tous les imprimeurs de Saint-Denis, a fait connaître les clauses et conditions du marché. Trois imprimeurs seulement ont envoyé Ieurg soumis-

BULLETIN LA SOCIETE .DE sions qui, successivement dépouillées, ont eu résultat de faire adjuger ce travail à M. l'our Théodore Drouhet fils pour trois années consécutives, d'après les charges de la circulaire. est constatée par un t – Cette adjudication lu en séance et adopté par la 'procès-verbal, Société, signé le 15 mai 1884, par tous les membres du bureau. M. LE PRÉSIDENTdépose sur le bureau les divers ouvrages et brochures qui lui ont été adressés pour la Société, depuis la dernière ce sont deux livraisons* de la Revue séance maritime et coloniale de 1884, etxin catalogue trimestriel de la librairie Alphonse Picard, éditeur à Paris. M. P. Crêmazy offre à la Société un exemplaire de la Notice bibliographique qu'il vient de publier sur Madagascar. Le même remet au Président l'ouvrage de M. H. Magny fils, Maurice à vol d'oiseau en iS82, dont son auteur l'a chargé de faire hommage à la Société. Au nom de cette der-nière, le secrétaire est invité à adresser à M. pour ce gracieux Magny des remerciements 1 envoi. M. LE PRÉSIDENT fait donner lecture de trois lettres, la première du ministère de l'Instruction publique et des beaux arts demandant, pour le dépôt de la Bibiothèque des sociétés savantes, les bulletins de la Société des sciences et arts de la Réunion, pour les années 1857, 1858, 1859, 1860, 1861, 1862,-

BES SCIENCES ET A&TS

la deuxième, de février 1872, 1879 et 1881 du Directeur du Musée Guimet, à Lyon, 1884, annonçant au Président Renvoi à titre d'échange, et au nom du Ministre de d'Instruction publique, d'un paquet renfermant Le catalogue du Musée Guimet. Le volume de 1878, du congrès provincial des Orientalistes. Le tome VI du Musée Guimet. La revue de l'histoire des religions. • La troisième lettre, du 1& février 4884 émane du même ministère. – Elle a pour but d'annoncer au Président que la 22^ réunion des sociétés, savantes aura lieu à la Sorbonnê en avril 1884, en congrès -présidé par M. le Ministre lui-même. Elle invite également la Société des sciences et arts de SaintDenis à nommer 5 ou 6 de ses membres, comme devant être sès représentants aux 4 séances de ce congrès. – En admettant qu'on eût pu déférer au vœu du Ministre de l'Instruction publique, à l'aide de certaines facilités pour déplacements et frais de circulation en France seulement, cette communication n'a pas laissé que de paraitre tardive à notre Société. Enfin, le Président fait connaître une autre demande à lui transmise par M. le Directeur de l'intérieur, au nom du Ministre de la marine et des colonies, pour obtenir deux exemplaires du bulletin de 1881, de la Société des sciences et arts de Saint-Denis, lesquels manquent aux collections de la Bibliothèque na-

Bi'Lums

DE LA société

DES SCIENCES ET abîs

1

tioiiale et du Ministère de l'Instruction publique. M. LE PRÉSIDENT prie de né pas négliger est de répondre sans retard à toutes ces commu• nications et réclamations. M Volsï FOCARD donne lecture de la suite et de la fin de son travail intitulé A propos du patois créole. On écoute jusqu£à la fin, avec un intérêt marqué) cette analyse critique qui est aussi originale que judicieuse. M. P. Crémazy récite une satire en vers intitulée Pris au piège, qu'il a dédiée à_M.Emile Bellier, à la suite* de la représentation sur le théâtre de SaintrDenis, le 29 décembre 1883, de la comédie en vers, dont ce dernier est l'auteur et qui porte le même titre M. E. Dubuisson fait part à la société da résultat de ses observations recueillies le matin même à Saint-Denis, au sujet d'une énorme iaehe qu'il u constatée sur le disque du soleil, un peu au-dessus du centre et dépassant de beaucoup les dimensions moyennes des, tâches solaires. Il en montre le croquis fait par lui-même. Vu l'heure avancée, M. Dubuisson ne peut faire la lecture du travail que M. L. Bottard l'a chargé de présenter à la Société cette lecture est renvoyée à la prochaine réunion. j La séance est levée à 10 h. 1/2. Le Président, LESiner. Le Secrétaire, P. Grémazy

Séance

tin 39 juin

4884

Présidence

de M. LE Siner

La première séance, du 27 juin, n'a pu avoir lieu régulièrement, sept membres seulement étant présents: MM.Le Siner, ] Y-Foeard; Lamadoiv Madré, r • • Nicolas, f Roussin, Pt.Sers., Sans doute le mauvaistemps de cette soirée a empôehê les membres titulaires de se réunir en plus grand nombre. .Néanmoins M..Ro'ussina fait donner lecture de la bidgraphie de M. PierrerMafîe Lahuppe dont il a fait aussi le portrait pour son Album de la Réunion. LEPRÉSIDENT renvoyé au 11 juillet suia vant la .prochaineréunion Le Président, Le Siner,

Séance Présidence

du

II

juillet

1884 Siner

DE M. LE

La réunion, du 11 juillet 1884, se composait de MM. Le Siner, président P Grémazy, secrétaire Oriot, trésorier Bridet,
Buttié,

Dubuisson, Lantz, Lamadon, Madré, Nicolas, • Roussin, Lecture et adoption du procès-verbal de la séance du 16 mai 1884. M. LE PRÉSIDENT savoir que le 27 juin fait malgré le petit nombre de membres présents on a écouté la lecture de la biographie de M. Pierre-Marie Lahuppe, faite par M. A. Roussi n. M^ Dbbuisson lit, pour M. Léonce Bottard de Saint-Paul, une étude qui fait honneur à
4

BULLETIN

DE LA

SOCIETE

0

l'imagination et à l'érudition de son auteur. Elle est intitulée Simple note sur la condition et Tinstruction des femmes. M. P. Crémazy donne-lecture d'une récente pièce de vers qui a pour titre Le Microbe M. Nicolas présente des. observations sur ré les démarches qu'il a faites pour assurer les u' éléments du concours musical projeté et annoncé par la Sociétés – Il s'est préoccupé deréunir les membres du jury nécessaire pour entendre les candidats et se prononcer sur: leur mérite. Il espère qu'avant quelques jours son jury sera complet, aussi bien pour les épreuves de chant que de piano. Il dit que les prix sont arrivés et qu'après Pexamen préparatoire, ils devront être offerts dans une séance publique qu'il prie la Société de fixer dans le plus bref délai. Plusieurs membres discutent à la fois et sur la fixation du jour du concours en petit comité, et sur celle de la séance où les récompenses seront distribuées publiquement. M. LEPrésident dit qu'il n*a pas encore reçu de France les médailles demandées et que tant que le jury ne sera pas constitué, le concours d'épreuve et le concours public ne pourront avoir lieu. On lui répond, pour les doit craindre de n'avoir pas médailles, qu'on à les placer, faute d'un nombre suffisant de concurrents dans les 2 parties du programme pour le jury on lui répond que M, Nicolas a répété qu'il prendrmt soin de le coin-

bKS SCIENCES

ET

ARTS

et do suite sans le pléter convenablement refus de quelques musiciens compétent*, choisis suivant les Conventions, en dehors de tous les" professeurs des deux sexes, enseignant la de musique à Saint-Denis, la composition ce jury serait déjà faite. Des demandes et sont échangées à ce sujet et, après réponses quelques propositions, la société arrête que le concours d'examen aura lieu dimanche 20 juillet à 2 heures de l'après-midi, à l'hôtel'de ville. Après cette réunion privée, a laquelle ne seront appelés que les membres titulaires de la société, en dehors des «personnes formant le jury et des concurrents assistés de leurs principaux parents, la société fixera le le jour et le programme de la séance publique, qui doit suivre. La séance est levée Le Président, LE Siner à 10 heures 1/2,

Le Secrétaire, P Crémazy

Séance

du

i<"

août

1881

Présidence

de M. LE Siner

Sont présents < MM. Le Siner, président A Le Roy vice-président <\ P, Crémazy, secrétaire Oriot, trésorier Bridet, Dubuissotij Lamadon, Lantz, Madre, Nicolas, Roussin, Vollard. SL Camille Ménard, présenté par M. Dubuisson, assiste à la séance. M. Auguste Vinson n'a pu venir à la réunion de ce soir, pour y faire la lecture qu'il avait annoncée." Lecture par le Secrétaire et adoption du procès-verbal de la séance du il juillet 1884. Lecture par le Secrétaire d'une lettre du 14-juin 1884, adiessée de Tours, à M. le Président par M Albert Trochon, ancien magis-

M-'LLimX

1)K LA SOCIÉTÉ

trat, membre correspondant de la société. Cette lettre a pour but de demander à M. le Président si la Société des Siences et Arts de de la Réunion consentirait à acheter' le catalogue imprimé des manuscrits de la biblioCe catalogue thèque municipale de Caen renferme une notice assez étendue sur la vie et les papiers politiques du général de division De Caen qui, comme l'on sait, gouverna les Etablissements français dans l'Inde de 1803 à 1811. M. Trochon propose aussi la photographie du même général, d'après le portrait légué par son fils à la viLle de Caen, avec tous les papiers de l'ancien général. La société adhère à cette double demande et charge son président d'y répondre sans retard en adressant h M. Trochon le prix de l'envoi qu'il offre de faire. M. LE Président dépose sur le bureau un recueil de cartes dont M. L. P. Adam fait don à la société et qui a pour titre SynopHe Weater charls of february 1867, préparée, and pubïished by the meterotagical Society of luauHUus, par le docteur Meldruni.. L'assemblée vote des remerciements à M. L'.vP. Adam et reçoit des explicalions de M. Dubuisson, au sujet des communications optiques dont 'les essais ont été tout récemment couronnés de succès et dont, déjà, notre Colonie a profité. Sur la proposition de M. M. le Président charge M Dubuisson Madré, de transmettre immédiatement, et par la môme voier les plus chaleureuses félicitations à

DES SCIENCES

ET

AKTS

y l'homme entreprenant et persévérant qui vient de réaliser ce projet, aussi grand qu'imprévu, de la jonction des deux Iles par la .correspondance aérienne La discussion est ouverte sur le jour et le programme de la fête musicale publique, annoncée pour faire suite au concours privé qui a eu lieu le 20 juillet dernier. Eu égard à certaines convenances qu'il faut observer1 envers quelques exécutante qui veulent bien, prêter leur coopération à la société, le jour de-la réunion est fixé au 24 août courant, dans le grand salon de l'Hôtel de Ville, et des invitations seront faites trois jours avant, par le Président et les membres de la Société auxquels des cartes seront remises Quant- au programme, M. Nicolas laisse présumer qu'il sera composé de 4 ou 5 morceaux de piano 1 morceau pour cor et piano 4 morceau de chant par M'ic X 1 duo, piano et violon, par M. et MUe X. Y. h' 2 morceaux de chant par MM Y. et Z. Le Président, LE Sixer. Le Secrétaire, P. Crémazv.

Séance

du

S décembre

188A

PRÉSIDENCE DEM. LE Siner

Sont présents MM. Le ïsiner, président P Grémazy secrtaire 11 Oriot trésorier Dubuisson, V. Focard, Lama<jlon,)r ` Lantz, Loupy, Madré, Nicolas, Raussin, Vinson.

i

MM. Biidet et Grenard se sGRt fait accuser. Lecture et adoption du prccès-verbaâdela séance du 1er août 188 't. Le seorétaife dit rendra compte, dans le bulletin âe Faaqu'on née prései,te qui sera imprimé en 1885, 4e la matinée musicale qui a eu lieu à l'Hôtel de Ville, le 24 août, sous le patronage de la société, pour la distribution des récompenses du concours musical.

«8

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

M. Auouste Vïnson donne lecture d'une étude sur le Lamarckisme et sur les travaux d'Hœèkel, professent* à l'Université d'Iéna. Cette lecture attachanté est suivie d'observations échangées^sar ce sujet entre MM. Vinson, Madré et Lamadon M. E. Dubuisson fait la" lecture d'une note qu'il a rédigée sur la comète de Pons dont il a fixé, avec autant d'exactitude que de patience, les diverses positions' dàiïs notre hémisphère – à l'appui, il présente des cartes où sont consignées ses observations non, moins nombreuses qu'utiles et qui ont servi, en France, à la détermination générale de la marche de la comète. Sur la proposition de M. Madré, la société adresse hM- Dubuisson les félicitations qu'il mérite pour ces travaux qui lui font honneur. A ce propos, il est parlé de la nécessité de restaurer l'ancien observatoire en lui restituant les instruments qu'on a cru devoir renvoyer en France. La société délègue M Bridet, ajn de; ses membres les plus compétents en cette matière, pour lui faire un rapport sur cette question Dès qu'il sera lu, la société avisera au moyen d'obtenir de l'Autorité supérieure le rétablissement d'un observatoire à la Réunion, où il est certain qu'il rendra des services à la science. a M. LE Président fait à M. Rouswin des com-· pliments, auxquels la société croit d'avoir s'associer,sur les succès de son fils Georges Rous-*» sin, à la récente exposition artistique de la

DES

SCIENCES

LT

ARTS

villrt de Rouen. La liste des récompenses qui y ont été décernées mentionne, en faveur de ce jeune peintre créole, une médaille de vermeil offerte par la société des amis des arts. Son nom figure auprès de noms déjà célèbres > dans la peinture, tels que ceux de MM. Boulanger, Ph. Rousseau, Krug, Damas, etc. etc., ce qui ne peut que rehausser la distinction dont il a été l'objet de la part du Jury de l'ex] position des Beaux-Arts de Rouen Il est ensuite procédé, suivant le règlement, à l'élection de M. Camille Ménard régulièrement présenté M. C. Mônard est nommé membre titulaire de la société des sciences et arts. La séance est leVée 5 10 heures 1/2. Le secrétaire, P.. Crémazy.

Séance

du Présidence

««

décembre DE M. LE Siner

1M84

Sont présents MM. Le Siner, président P Crémazy, secrétaire Ôriot, trésorier Dubuisson, Focard, {~ Lant^, f Lamadon, Madrç, Ménard, s Nicolas,

i

MM. Bridet et Roussîn se sont "fait excuser. Lecture par le gecrétair.e et adoption par la société du procès-verbal de la dernière, séance du 5 décembre 1884. LE Président souhaite la bienvenue à M, Ménafd, nommé membre titulaire à la dernière séance. Lecture d'une lettre datée à Tours du. 28 octobre 188ât de M. Albert Trochon, avocat, ancien magistrat à Tours Cette lettre annonce au président de notre société que

BULLETIN

DE

LA

SOCIÉTÉ

M Trochon recherche un nouvel exemplaire de la biographie du général De Caen publiée en 1850 et qu'il se propose de l'envoyer à la Réunion; elle offre, en outre, d'échanger le bulletin annuel de la société de géographie, récemment fondée à Tours, contre celui de la société des sciences et arts de la Réunion on adhère à cette demande et le Président se charge de donner satisfaction à M. Trochon. A ce propos, un membre déclare et répète que la collection est loin d'être complète des bulletins déposés dans lés armoires de la bibliothèque de la société, lesquelles sont placées dans la. plus petite salle de la bibliothèque de Saint-Denis Le recueil de 1879 manquait, après les recherches du Président, ©ette lacune n'a pu être comblée Lecture d'une lettre du 13 octobre 1884 du bibliothécaire de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie, qui sollicite l'échange de nos bulletins contre les Proceedings de cette Académie. Le secrétaire est invité à répondre, en faisant bientôt l'envoi demandé par la voie de la poste. Lecture d'une lettre, datée à Paris du 1er novembre 1884, du Président de la société nationale des antiquaires de France Elle a pour, but de prier notre compagnie de s'associer à la demande de cette société auprès du ministre de l'instruction publique et des beaux arts, dans le dessein d'obtenir une réforme utile de la législation en matière de monuments historiques II s'agit d'un voeu

ET DES SCIENCES AKTS

dans lequel-doivent s'unir toutes les sociétés littéraires, àrtistiques et savantes de la France et,de ses colonies, pour solliciter l'initiative d'un projet de loi de la part du Gouvernement auprès des Chambres. Cette loi serait destinée à assurer la préservation des monuments anciens, aussi bien sur le territoire national que dans les possessions françaises. La société ne statue pas sur cette demande d'adhésion. La question est ainsi renvoyée à notre prochaine réunion. 1 t Lecture d'une lettre datée de Bentré (Cochinchine française) du 11 octobre. 1884, de M. Thomy Lahuppe, ancien secrétaire, membre correspondant de la société des sciences et arts de la Réunion M. Lahuppe se plaint d'une note explicative placée en tête du bulletin de 1882j cette note, signée du président et du secrétaire actuels, mentionne que M. Lahuppe, précédent secrétaire, n'a laissé aucune pièce permettant au secrétaire, qui lui a succédé, de rédiger les procès-verbaux des séances du commencement de l'année 1882 jusqu'au 5 mai. Cette déclaration a paru éveiller la susceptibilité de M Lahuppe qui y a vu un reproche et même une accusation La pensée du Président et du secrétaire n'était pas assurément de froisser l'amour-propre de notre honorable membre correspondant; on a, simplement constaté l'absence des documents- relatifs aux réunions des quatre premiers mois de 1882, sans en attribuer la responsabilité à M. Lahuppe. Sur les explications fournies par MM,Le Siner et Grémazy,

BULLETIN DE LA SOCIKTK

la société décide que toute satisfaction sera donnée à M. Lahuppe parleur insertion dans le présent compte-rendu. M.P« Crèmazy fait savoir, que la Revue maritime et coloniale d'octobre 1884 contient une étude fort intéressante de M. -D^aur Brunet,membre correspondant de notre; société, sur l'instruction publique à l'ile de la Réunion Il prie ses confrères de l'autoriser à la publier dans le Bulletin de 1884. Ils souscriveat à cette demande, mais à la condition que l'on obtienne, au préalable, le consentement de l'auteur de ce travail. LE PRÉSIDENT la nomenclature de tous lit les ouvrages qu'il a reçus tant du ministre de l'înstruc'tion publique que,de diverses compagnies savantes de la France et de l'étranger. Ces livres et brochures sont déposés dans la bibliothèque de. la société. La liste en est reproduite pUis bas. M* ORIOT, trésorier, rend ses comptes pour l'année 1884, qui sont approuvés. ^ï. Lamadon fait une proposition pour que la société des sciences et arts -se décide à ouvrir, sous son patronage et au début de l'année 1886, fi ce n'est dans le eouiss de' 1885, une grande exposition agricole, industrielle, scientifique, artistique et littéraire. Cette idée est appuyée favorablement par quelques membres et combattue par d'autrfs qui montrent, en l'état actuel surtout, les

DESSCIENCES ARTS ET

nombreuses difficultés de cette entrepiîse, Ea question est renvoyée à l'ordre du jour de la prochaine séance. – On procède régulièrement au scrutin «ecret, au renouvellement du bureau pour l'année 1885 réélection du même bureau, composé de MM. Le Siner, président A.' Le Roy, vice-président; P Crémazy, secrétaire Chiot; trésorier » .La séance est levée à10 h: 1/2 Il Le Pfé&idûnt, Le Siner. r Le Secrétaire, P. Grémazy.

6

LISTE des ouvrages reçus par la Société des Sciences et Arts de la Réunion, en décembre Î884. 1 Des documents inédits d'histoire de France (4 vol. in 4'.) 2 Annales du musée de Guimet. 3 Journaux des savants de France. 4 Société de secours des amis des sciences (fondée ) par M. Tîiênard. 5 Journal asiatique. 6 Mémoire de la société nationale d'Agriculture. des Sciences et Arts d'Angers. 7 Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris; Bulletin hebdomadaire de l'association scientifique de $ France. l_ e 9 Bulletin de la sociêtê'de géographie de Paris. 10 Revue des sociétés savantes de France. 11 Annales de la société météorologique de Belgique. 12 Bulletin de la société industrielle d'Amiens 13 Archives du musée Teyler (vol. II.) 14 Bulletin archéologique et historique de la société de Tarn-et-Garonne. ° 15 Bulletin de la société académique ,de Brest. 16 Bulletin de la société des archives historiques de la Saintonge et. de l'Aunis. 17 Société pour la défense et le développement des in` térêts généraux de R»>yan 18 Bulletin de la société de la Charente Inférieure. 19 Bulletin de la société de Saint-Jean d'Angely. 20 Recueil de chartes de l'Abbaye de Cluny. 21 Bulletin de la société zoologique de France (nomenclature des êtres organisés,) Et autres publications périodiques. «

LE CYCLONE DU « SALAZIE ( FÉVRIER ) 1884 1

»

MESSIEURS,

J'ai pensé qu'il vous serait agréable de suivre avec moi les diverses manoeuvres exécutées^ par le commandant du Salazie, des Messageries maritimes, au moment où il s'est trouvé aux prises avec un cyclone dans son voyage de Maurice à Melbourne. Parti de Port-Louis le 8 février à 2 h. 30' du matin, le Salazi® ne tarde pas à se trouver en pleine mer faisant route au S. 42» E. suivant la ligne de plus courte distance du cap Brabant à la ville de Melbourne.. La brise est forte du S. E., l'horizon est chargé, la mer grosse et le coucher du soleil cuivré sont des pronostics de fâcheux angure, que le baromètre ne confirme cependant pas encore, il reste- stationnaire.Le lendemain matin 9 février, le vent augmente de violence, la mer se creuse en houles profondes, le ciel se couvre, de nimbus noirâtres, qui fuient avec rapidité, le baromètre, encore à 760, indique une tendance à la baisse, tout fait présager le voisinage d'une perturbation atmosphérique contre laquelle le commandant Macé prend toutes les précau-

BCLLETIN DE LA SOCIÉTÉ

tions commandées par l'approche du danger les tentes sont serrées, les perroquets dégréés, les voiles rabantées, les canots reçoivent des doubles saisines toutes les ouvertures sabords, hublots, panneaux, sont hermétiquement fermées, lés descentes sont condamnées et les panneaux à ouragan mis en place à midi le luxueux navire a pris son armure de combat,. il est prêt à faire tête à Fennemi, et il n'y a plus qu'à se rendre compte de la position et de la marche du cyclone pour manoeuvrer en conséquence. Le baromètre n'a encore baissé que de lm/m mais les vents ont halé le S. l/t S. :E. grand frais, indiquant le centre dans l'E. i/i N. E. du navire, la mer est très grosse, néanmoins le Salazie n'en souffre pas beaucoup. A 4 heures du soir le baromètre est descendu à 758, le vent hale le S. en fraîchissant. Le centre du cyclone est à l'E. du navire et il devient certain que, si l'on continue la route au S. 62 E., le Salazie no peut manquer de couper la trajectoire au centre du météore, ce qui serait aller, tête baissée, se jeter audevant d'une catastrophe. Il faut donc mettre à la cape pour laisser passer l'ouragan continuant sa course au S. -O» et au S., ou bien s'élever au N. à contrebord de-la route suivie par le cyclone pour se maintenir dans le demi cercle maniable et profiter des vents de la partie de l'Ouest qu'on 1 y rencontrera. Mais ces deux manœuvres, retardent l'arrivée du navire et le commandant Màcé cherche à perdre le moins de temps

DESSCIENCES

ET ARTS

possible pour continuer à justifier la réputation de vitesse qu'il a conquise en Australie. Il est à environ 200 milles du centre. Il peut courir encore en droite ligne, et il annonce à ses passagers qu'il va continuer pendant six heures la route qu'il suit, pour reconnaître ce terrible centre de plus près. Il leur explique que les vents ne varieront, probablement, pas plus que du Sud au S.-O. et à l'Ouest et qu'alors, étant à peu près à 100 milles du centre, il le contournera à cette même distance par le Nord, profitant des vents d'Ouest pour rattraper le temps perdu et utiliser ainsi les rafales de l'ouragan,, qui devien1 dra l'auxiliaire du navire au lieu d'en être l'ennemi redoutable Ce programme si clairement exposé et dont chacun pouvait se rendre compte, en le suivant sur le diagramme présenté par le commandant Macé, a été accompli de point en point et, m'écrit un passager émerveillé dir Salazie, réalisé aux heures indiquées par l'habile commandant. A 8 heures du soir, l'ouragan était très violent du S. y, S.-O., le baromètre était à 756 la reconnaissance du dangereux centre était complète et on l'estimait à 100 milles environ^ le Salazïe avait fait assez pour prouver qu'il pouvait sans crainte affronter le danger, il ne fallait pas, cependant, compromettre la sécurité des passagers et de l'équipage, au nombre de 289, qui suivaient avec anxiété la manoeuvre hardie du capitaine, mais qui,, voyant la tempête augmenter de fureur, se demandaient si_on n'allait pas être victime d'une

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

erreur d'appréciation et si cette loi des tempêtes, qui leur était affirmée avec une foi robuste, pouvait permettre de se jouer ainsi des éléments. A 8 heures donc, le commandant prend son parti. Il ne fallait pas mettre en péril son navire et le chargement d'une énorme valeur. Il était temps de remonter au Nord et mieux encore au N.-E. pour gagner toujours un peu dans l'Est le cap fut donc dirigé vers le N.-E. vrai du monde, route que l'on suivit jusqu'à 2 heures du matin le 10 février. Pendant ce temps, les rafales allaient toula mer jours en augmentant de plus redoublait ses fureurs sur le Salàzie, mais les en plus, lames le frappaient de l'arrière et augmentaient encore la vitesse vertigineuse du navire. Une pluie torrentielle, des 'éclairs éblouissants accompagnés de coups de tonnerre formidables, aveuglent ceux que leur devoir .tient enchaînés sur le pont la foudre tombe à droite et à gauche du navire, le baromètre continue sa baisse lente et progressive va-ton poursuivre une route qui semble conduire le navire au-devant du danger ? Le capitaine envisage avec sang-froid ces pronostics de fâcheux augure. Il a prévu, les diverses péripéties qui viennent l'assaillir et, confiant dans cette admirable loi des tempêtes, véritable palladium des navigateurs, il continue la route indiquée à l'avance sans se laisser émouvoir par les craintes des passagers jusqu'à ce qu'enfin le baromètre, ayant atteint 749 m/maccuse une tendance à remonter. Il est 2 heures du matin le dimanche 10

DESSCIENCES ARTS ET

février. Les vents soufflent de FO.-S.-O. et la distance minimum du centre est d'environ 75 milles. Deux heures de course au N.-E. accentuent encore le mouvement de hausse du baromè-, tre qui remonte à 750 m/m. Tout danger a désormais disparu, l'ennemi est en fuite vers le S. -S. -0 et le Salazie, par un admirable mouvement tournant, a eu raison de ses fuil est temps de reprenreurs impuissantes dre la route qui doit conduire à destination, le cap est mis au S. 48o E. Le Salazie a vaillamment reçu son baptême d'ouragan pas la moindre avarie, pas un fil de caret cassé Le beau navire bondit sur la lame encore affolée comme un noble coursier vainqueur dans un tournoi et, fier de sa victoire, il semble tout glorieux du triomphe qu'il a remporté. La loi des tempêtes a reçu la consécration de l'expérience et prouve que l'étude et l'esprit peuvent triompher de la force brutale et inconsciente,ce qui démontre une fois de plus que cos fléaux dévastateurs, si terribles autrefois pour les navigateurs, sont soumis euxmêmes à des règles fixes, invariables, qui permettent aux navires à vapeur, si puissants de nos jours,de se jouer des terribles météores qui sillonnent chaque année notre océan indien. Cette course au N.-E., a duré 6 heures, c'est en apparence un retard, mais les dernières rafales vont elles-mêmes y porter çemède, les vents soufflent, en effet, violemment du N.-O. et l'on peut les utiliser en faveur de la ` route au S. 48« E.

BCM.ETIN LA SOCIÉT15 DE

A. 8 heures du matin, le baromètre a remonté à 753 m/m, le temps s'embellit, la voilure est larguée pour augmenter encore la vitesse déjà considérable et l'on continue à courir ainsi toute la journée. Enfin, le 11 février, le temps a repris sa sérénité habituelle, on ne ressent plus que les dernières rafales de l'ouragan, qui soufflent grand frais du Nord le baromètre est remonté à son point normal et l'on constate que, depuis la rencontre da cyclone, on n'a perdu que 55 milles pour l'éviter sur 040 milles parcourus, retard insignifiant puisqu'en résumé,- malgré cela, 555 milles ont été faits en route diredte. Le commandant Macé, amoureux, fou de son navire comme le sont en général les vrais hommes de mer, n'a pas d'expressions pour en constater les admirables. qualités mon brave Sâlazie, s'écrie-t-il 5 ah,qu'on est fier de montrer sur les mers un pareil échantillon du savoir et de l'habileté de nos ingénieurs t Si des langues envenimées, des esprits chagrins proclament à chaque instant la décadence de notre chère patrie, la marine, du moins, est toujours en progrès et chacun s'empressera de reconnaître que nos officiers sont dignes de diriger les irréprochables instruments confiés à leurs soins par nos puissantes Compagnies maritimes. Je vous disais tout à l'heure, Messieurs, que le commandant Macé poussait l'admiration de son navire jusqu'à l'enthousiasme, c'est qu'il a eu plusieurs fois déjà l'occasion d'en constater les solides et brillantes qualités.

DES SCIENCES ARTS ET Il y a quelques mois, il s'est trouvé, par hasard, appareiller de Melbourne en même temps que la Clyde, grand vapeur appartenant à la compagnie Péninsulaire-et-Orientale, réputé comme le meilleur marcheur des des navires de cette compagnie. On partit à la même heure sous les yeux d'une population immense, se livrant immédiatement à des paris sans nombre, qui en faveur de la Clyde, qui en faveur du Se~e~e La réputation de ce premier navire était si bien établie à Melbourne qu'on tenait pour la Clyde à 3 contre 1 pour ie 'S~c~e. Le commandant Macé aurait pu retarder son départ de quelques heures pour ne pas s'exposer à une défaite qu'on lui représentait comme certaine, mais il avait confiance, il fit sa route pour sortir du poit de Melbourne comme s'il n'avait pas à ses côtés un concur? 1 rent redoutable. Il y avait 45 milles à parcourir jusqu'à la bouée qui signale l'entrée de la rivière et il se trouva que, sur ces 45 milles, il en avait gagné 5 à la Clyde. Jugez du bonheur du commandant Macé qui, à son voyage de retour, avait l'occasion de battre avec 14 heures d'avance, sur un parcours de 576 milles, un grand steamer de la compagnie Orient-Line, le Chimboraço, allant de Sydney à Melbourne 1 Comprenez-vous maintenant l'admiration du Capitaine pour son magnifique Salazie, mais vous n'avez pas idée, vous dont la profession est de vivre à terre, de la part que les 7

BULLETIN DE LA SOC.tETE

marins prennent aux succÈs ou. aux insuccès de leurs navires. Pour eux, ces bâtiments qu'ils montent deviennent, pour ainsi dire, des êtres animés qu'ils chérissent à l'égal d'une maîtresse adorée, dont ils surveillent avec un soin jaloux les moindres aventures, se réjouissant de leurs conquêtes~ malheureux de leurs défaites, de leurs infidélités à là victoire, c'est leur âme tout entière qu'ils défendent avec énergie contre qui se permettrait une raillerie. Laissez-moi vous en offrir une preuve en vous contant un des souvenirs de ma jeunesse auquel je ne songe jamais sans en ressentir rémotion bien vivante du premier jour. C'était en 1840, j'étais embarqué comme aspirant sur cette charmante corvette la Blonde, qui vint l'année suivante à la Réunion. Notre mission était de surveiller la pêche sur les côtes de Terre-Neuve, et nous passions la plus grande partie de notre temps au mouillage d'une petite baie appelée le Croc. La vie était bien monotone. Chaquejour l'aspirant de corvée partait à 3 heures du matin pour aller, sur le lieu de pèche, recevoir les réclamations des pêcheurs et faire la récolte des morues pour les repas de l'équipage; ce n'était pas long car,-en trois heures au plus, notre embarcation se trouvait de ces énormes et excellents poissons, pleine les échantillons séchés qui vous sont dont i expédiés ici ne peuvent donner idée du goût exquis qu'Us ont dans leur fraîcheur. L'après-midi était consacré à la pêche~ à la chasse où nous trouvions des provisions

DESSCIENCES AMS. ET notre ordinaire se composait de abondantes saumons; langoustes, truites s-aumonées, perdrix, pintades, canards, sarcelles, courlieux dont le célèbre et regrette Cùzard, alors notre cuisinier, confectionnait d'excellents pâtés de faisaient pâlir les terrines de Strasfoie, qui bourg c'était, sous le rapport culinaire, une véritable vie de cocagne. Un jour le timonier signale une voile reconnue bientôt pour une corvette anglaise, qu'un vent frais du large amenait rapidement au mouillage à une encablure de notre belle ` Blonde Deux gracieux et superbes navires, on aurait dit les deux sœurs Le Commandant anglais vint rendre visite à notre Commandant, le brave et intrépide officier, dont les annales de la Réunion ont conservé le touchant souvenir alors qu'il se jetait à l'eau tout habillé pour sauver au bout du pont l'un de ses volontaires, j'ai nommé celui qui fut depuis l'amiral Tréhouart. On visite la corvette et le Commandant anglais ne tarit pas en éloges sur sa bonne tenue, sur l'ordre et la discipline qui .régnent & bord, puis il annonce son départ pour le lendemain. La conversation l'amené à parler des qualités de son navire et surtout de sa réputation de vitesse. Le commandant Tréhouart répond que la Blonde ne marche pas mal, mais plein de conRance, au fond du cœur, dans les qualités du navire qu'il commande, il propose au Commandant en anglais de -l'accompagner dehors de la passe, c'est accepté.

BUUiETIN

M

LA SOCï~T~

Voilà donc le lendemain les deux navires appareillant, à la même heure, ou plutôt à la même minute tant les manoeuvres se font avec précision de part et d'autre. H vente jolie brise debout, la mer est magnifique, ce sont d'excellentes conditions pour la lutte, mais il faut louvoyer dans un étroit goulet les deux corvettes ont pris chacune une bordée différente pour ne pas se gêner et, après cinq bordées, la Blonde atteint la première la pleine mer, il en avait fallu six à la corvette anglaise. C'était un vrai triomphe dû à l'habileté de notre commandant qui était un manoeuvrier de premier ordre, et qui, à chaque virement de bord, terminait sou évolution si près de terre que l'on pouvait sauter sur le rivage. < Le commandant anglais, connaissant sans doute'moins bien les côtes, ou peut-être moins hardi, n'avait pas osé se hasarder si près de terre et avait perdu un peu de temps. Enfin nous voità dehors, les deux navires sont par le travers, là lutte est ouverte 1 Le silence le plus profond règne à bord de la J9t!&Mc!~ comme toujours pendant la manœuvre, mais, cette fois, une vive anxiété l'accompagne, les poitrines sont oppressées, chacun interroge les impressions du Commandant qui, debout sur la dunette, suit les mouvements de la corvette anglaise et la reJ lève au compas. La'distance semble toujours la même, les deux adversaires paraissent de même force, mais nous enrageons dpjà de ne pas voir

DES SCIENCES ET ARTS

l'avantage se dessiner en notre faveur, hélas 1 nous n'aUions pas tarder à voir s'évanouir nos illusions. La corvette anglaise restait toujours par notre travers et ne nous gagnait pas en vitesse, mais peu à peu nous nous aperçûmes qu'elle s'élevait plus que nous au vent sa voilure, mieux disposée que la nôtre, lui permettait de pincer le vent davantage et nous la voyions s'éloigner de nous par le travers jusqu'à ce qu'enfin à une encâblure de distance, elle laissa porter d'un quart et nous dépassa d'une demi longueur. En véritable gentleman, le Commandant anglais ne poussa pas plus loin ses avantages, il mit en panne et vint à bord saluant le Commandant par ces mots élogieux je vous félicite. Commandant, d'avoir tenu tête à la première marcheuse d'Angleterre. Notre brave Commandant accepta, en grimaçant,. ce trop gracieux emphémisme, nous avions été battus quant à nous, rien ne peut vous donner une idée de la rage sourde et de la consternation de tout l'équipage nous aurions volontiers engagé un plus terrible duel avec ce trop heureux anglais si notre Commandant avait fait faire le branle-bas de combat et je ne jurerais pas qu'il n'en eût bien envie 1 Nous quittâmes notre compagnon de route, honteux et confus de notre mésaventure et nous revînmes à notre mouillage où pendant de huit jours, nous n'osâmes pas aborder plus notre excellent Commandant -dont les traits énergiques semblaient tout attristés cte

·

BULLETIN DE LA. SOCIÉTÉ

sa défaite. Ces souvenirs ineffaçables de ma jeunesse, vous donneront une idée de rattachement sans borne qu'on porte au bâtiment qui nous conduit au delà des mers. C'est une partie essentielle de notre France, et nous le chérissons à l'égal de notre mère dont il fait respecter partout et toujours le pavillon glorieux. Pourquoi faut-il que ces souvenirs soient attristés par la mort de tous ceux sur l'affection de qui j'étais sûr de compter a bord de la Blonde ? Commandant, officiers, aspirants, tous ont disparu tour a tour et je reste le seul à vous conter. les émotions de ce duelpouvoir là carrière du nautique C'est marin on vit côte à côte pendant des années, on se crée des amitiés ~bien vives et -qu'on croit éternelles, puis on se quitte un jour pour 1 ne plus se'revoir que dans l'Eternité Mais nous voilà bien loin du commandant Macé et de son admirable Sc~o~c, je ne dois pas cependant terminer sans insister sur la manœuvre habile qui lui a fait éviter un danger au devant duquel pouvait courir un capitaine moins, instruit, compromettant ainsi l'existence des passagers et de l'équipage en même temps que la sécurité de son navire. On dit que les passagers, en arrivant a Melbourne~ lui ont remis une adresse de félicitations, je ne puis mieux faire, en me joignant à eux, que d'appliquer au .So~ct~e les conclusions auxquelles j'étais parvenu dès 1860,conclusions que vous pourriez lir.j a la fin du chapitre V de l'étude sur les ouragans de noZ) tre hémisphère

DES SCÏENCES ET ARTS

« Confiant dans la nxité des lois. qui les régissent, familiarisé avec l'étude des diverses phases qu'ils peuvent présenter, j'en suis arrivé à cette conviction qu'on. peut passer impunément au milieu de ces phénomènes terribles, sans s'exposer à de sérieuses avaries. « Pour un bâtiment à vapeur, toujours maître de sa manœuvre par le moteur qui lui de se placer là où le capita:ne'l'orpermet à un -moment donné, il n'est plus donne, d'ouragan possible, comme ouragan bien entendu sans doute il peut être enveloppé dans le tourbillon et y rencontrer de violentes bourrasques, mais plus de ces ranàles terribles, plus de ces,sautes de vent qui exposent le bâtiment et le3 hommes qui le montent à une perte presque certaine 1 <cUn capitaine instruit se joue du centre redoutable autour duquel il circule, s'en éeartant ou s'en approchant selon que cela lui est utile. Par lui tout est prévu 1Il sait d'avance quelles variations le vent doit présenter, quelle sera la violence des raffales, et il est parfaitement sûr de ne jamais être fatalement exposé a ces désastres effroyables qui peuvent amener la destruction de son navire. « Non seulement le bâtiment à vapeur n'a rien à craindre de ces ouragans jusqu'ici si redoutés, mais ils deviennent au contraire, pour lui, un auxiliaire puissant. « Méprisant leur fureur, un capitaine peut aller chercher des vents favorables à sa route, et, s'il ne lui est pas possible d'anéantir le météore dévastateur qui le menace, du moins

BM-LB-nN DB ïi

SOCIÉTÉ DM jSCtBNCES ~T AtttS

péut-i1; en le contournant à distance, en faire servir la violence à le conduire au point de destination qui lui est assigné. Ne dirait-on pas que ces réûexions ont été fâites pour le Salazie et par son habite capi` taine ? N'est-ce pas de point en point le programme annoncé et suivi et ne sommes-nous point en droit dé dire au commandant Macë Bravo mon jeune camarade, vous avez bien mérité de la loi des tempêtes 1 Saint-Denis, le 28 mars 1884.
H. BRIDET.

piSCOURS

DE ]~. ~LBERT

J~IEUL

Prononcéle 25 mars <884
8Mt ¥l LA TMMMBE r

DE If. CHRISTIANCHAtfPOIf

'1

Messieurs,

On chercherait vainement à maîtriser ses émotions en face de cette tombe si prématurément ouverté et qui va pour jamais engloutir tant et de si nobles espérances. Champon nous est enlevé dans toute la force de l'âge~ et, quelque courte qu'ait été sa carrière, il aura laissé parmi nous- une trace profonde et durable. On se souviendra longtemps au Palais de ces plaidoiries étincelantes de verve et d'esprit où le culte de la forme s'alliait avec un si rare bonheur à la rigueur des déductions juridiques. Avec quelle netteté se dégageaient ses pensées et comme il savait les traduire dans cette langue élégante et sobre dont il avait le secret 1 Champon était, Messieurs, un délicat de l'esprit. Ce n'est pas seulement dans les travaux professionnels qu'il donnait la mesure de ses qualités littéraires. Parfois il se sentait tourmenté du désir de parler une autre langue. ¡
8

BULLETIN DE LA SOCIETE

Ses goûts artistiques se donnaient alors libre carrière et c'est, Messieurs, à ces heures d'inspiration que nous devons toutes les poésies qu'il nous a laissées, les unes simples et touchantes, les autres pleines i le souffle, de mouvement, des généreux élans de son patriotisme honnête et sincère. La sincérité de l'accent, tel était bien, Messieurs le trait dominant de toutes ses productions, et c'est ainsi que se réflétait jusque dans ses travaux la plus brillante qualité peut-être de cette riche nature. Quel est, en effet, celui qui, l'ayant approché d'assez près, ne s'est point immédiatement: aperçu de la franchise de son caractère et de la sûreté de ses relations ? Tous ici nous pourrions en rendre témoignage, nous surtout qui l'avons connu dans l'intimité et qui ajoutions tant de prix à cette amitié pleine d'abandon et .de cordialité. Aussi, Messieurs, n'est-ce pas sans tristesse que nous apprîmes un jour que Champon alïait nous quitter. La Magistrature lui ouvrait ses portes. Le poste de président était vacant à Chandernagor; on lui offrit d'en remplir les fonctions. Il partit, non sans avoir longtemps hésité à s'éloigner du pays, de ses parents, de ses amis, de ce barreau enfin, témoin de ses premiers efforts, et qui avait applaudi sans réserve à ses premiers succès~ Son absence ne fut pas cependant de longue durée. Après quelques années, il revint au milieu de nous mais il revint l'âme brisée par de cruels malheurs et la santé profondément altérée. On se disait que l'air du pays natal

DES ET SCIENCES ARTS restituerait bientôt à cette puissante organisation toute la vitalité d'autrefois. Lui-même se le persuadait du reste, et, quand il se vit dans l'impossibilité de prolonger son congé, il n'hésita pas à donner sa démission de magistrat pour rentrer au barreau. C'était, Messieurs, toute une carrière à recommencer t Certes, il était bien armé pour la lutte et pouvait se flatter de surmonter sans peine les premiers obstacles. Mais les temps étaient difficiles et le mal qu'il avait contracté sur les bords de l'Hoogly continuait lentement son œuvre. Un jour, il quitta le Palais, frissonnant la ce ne fut qu'une lonfièvre, et depuis. gue et cruelle agonie, qu'il supporta sans défaillance, ne se plaignant à personne des injustices du sort, donnant ainsi l'exemple de l'adversité soufferte sans aigreur, avec une inaltérable sérénité. Aujourd'hui, voilà. Messieurs, tout ce qui nous reste de notre cher confrère 1 Oh 1 non, je me trompe, Messieurs, tout n'a pas disparu avec le souffle vital. Cette intelligence si vive et si.brillante ne s'est point évanouie à jamais Elle revit dans ce monde meilleur que Dieu réserve à ceux qui, pendant leur existence terrestre, ont pratiqué les saintes lois du devoir. Puisse cette pensée nous consoler au milieu de notre deuil et porter quelqu'allégement aux souffrances des êtres chéris qui prient en ce moment pour lui 1

M.mnJPPE(MEME-MME)
pfÉ A SAÏNT-DENÏS (tLE BOURBON) LE 10 AYML 1796 PECÉDË A SA!KT-DEMS LE 20 AOUT 1875

La. seconde édition de l'Album de Réunion nous permet enfin de consacrer, dans cette publication éminemment coloniale, la place qu'elle mérite à l'une des personnalités qui ont le plus'marqué dans notre petit pays. Quelle mémoire, en effet, est plus digne d'être recueillie dans cet ouvrage, que celle de M. Lahuppe, qui fut le fondateur de l'Im". primerie dans notre île ? La Publicité remplit un strict devoir en protégeant contre l'oubli et en offrant, comme exemple aux générations nouvelles, l'homme de bien qui a voué toute sa longue et noble existence au culte de la Presse et à la propagation des lumières, aussi bien qu'à l'amélioration progressive et incessante des moyens mécaniques que la Science a mis au service de la pensée humaine.. Nous nous acquittons nous-méme d'une dette personnelle de reconnaissance, en retraçant ici cette vie ei bien remplie, en payant un légitime tribut de notre affectueuse vénération-à celui qui fut notre doyen respecté, qui nous a ouvert la carrière où ses conseils

BUM-KMN DB LA SOCÏ~

nous ont si longtemps guidé, au vaillant créole dont le nom a été mêlé, par tant de services rendus depuis le commencement du siècle~ à l'histoire de la Réunion. M. Lahappe (Pierre-Marie) est né à SaintDenis, en l'an ÏV de la grtinde République (10 avril 1796). Son enfance fut bercée par le récit des batailles et des victoires de la République et, comme cela était naturel, sa jeunesse ardente s'enivra des légendes de Tépopée impériale. Hélas il était destiné à voir de près cette guerre qui passionnait son cœur, dès les premières années. Il était presque un homme, quand les Anglais s'emparèrent de l'Ile, en d810. Le souvenir de ce douloureux événement avait fait une telle impression sur son esprit et surtout sur son âme de patriote, qu'il en avait conservé le souvenir jusqu'aux moindres détails. Il ~vait connu les héros de cette époque et c'est, les larmes aux yeux et les sanglots dans la voix, qu'il racontait le combat de la Redoute et la mort glorieuse des braves créoles tombés pour la patrie. Dès ce moment M. Lahuppe affirme sa virilité. Le Gouverneur anglais exige de tous les Français habitant file d'opter entre le scr~ ment d'allégeance ou le départ de la colonie. Malgré son amour ardent pour sa mère, Lahuppe refuse le serment. Il est compris dans un cartel et il est envoyé en France sur un bâtiment & voiles, en compagnie d'un grand nombre de ses compatriotes qui, comme lui, n'avaient pas voulu subir la dominaa tion de l'étranger.

MMSCt<NCBSB'PAafS

Le jeune créole arrive à Paris au lendemain de la campagne d'Espagne. Il se prépare pour l'Ecole de médecine. Mais surviennent les désastres de d8i2 le bruit des armes retentit d'un bout à l'autre de la France et de l'Europe. La campagne d'Allemagne va commencer Ce sera peut-être la revanche de Moscou et de la Bérésina 1 Toute la jeunesse française est saisie d'une sorte de vertige belliqueux. Il y a à Paris une douzaine de créoles de l'île Bourbon ils rê" vent, eux aussi, de courir au péril, afin d'être à la g~ire. Lahuppe est un des plus jeunes. Il n'a pas encore dix-sept ans. Cependant il a déjâ~ la taille d'un homme et il en a tout le courage. Il est admis, à sa grande joie, dans le régiment des Hussards de la garde. Il fait ainsi la campagne d'Allemagne (1813) où il assiste à la déroute de Leipsick, < puis la campagne de France (1814~. La capitulation de Paris et l'abdication de l'Empereur venaient d'être signées, et des courriers ennemis allaient de tous côtés en porter la nouvelle. Lahuppe, alors maréchal des logis, était aux avancées, en sentinelle perdue, lorsqu'un groupe de cinq Cosaques arrive sur lui, II se défend vaillamment et mérite d'être porté à l'ordre du jour de son régiment. Après l'abdication de Napoléon, le jeune soldat, navré des désastres de la patrie et désabusé de la gloire militaire, ne songe plus qu'à rentrer dans son pays. Il donne sa démission et prend passage sur un navire qui

BULLETtN LASOCIÉTÉ DE met six mois pour se rendre à l'île Bourbon. Ce n'est qu'à son arrivée à rile natale que Lahuppe apprend le Retour de l'île d'Elbe, les Cent jours et la catastrophe finale. de Waterloo. C'est vers 1821 que M. Lahuppe fit la connaissance de M. Boyer, qui venait de monter une imprimerie à Saint-Denis. La création était un peu primitive il fallait un homme pour la faire vivre et prospérer. M. Lahuppe acheta, l'imprimerie naissante et sut InL donner une telle impulsion que le Gouvernement, qui avait une imprimerie à lui, pensa qu'il était préférable de traiter pour ses fournitures et pour l'impression de son journal avec un industriel, dont les aptitudes spéciales et la haute probité s'étaient affirmées du premier coup. L'imprimeur Lahuppo, qui faisait déjà une rude concurrence à l'imprimerie en régie, fut sollicité d'acheter le matériel du Gouvernement et de traiter avec ce dernier pour les fournitures typographiques, nécessaires aux divers services. Mais on lui demandait trop cher. C'est alors que l'Administration, pour l'indemniser du coût réellement trop élevé de son matériel, consentit à M. Lahuppe, non pas, comme on l'a cru, le privilège, mais la propriété à perpétuité des Annonces légales. Notons-le en passant, pour être juste, la concurrence a crié bien haut contre ce monopole. Elle oubliait que le privilège des annonces judiciaires était une véritable propriété, acquise a titre onéreux, dont le légitime pro-

DES SCIENCESET ARTS

priétaire ne pouvait être dépossédé que moyennant juste et préalable indemnité. Cependant, lorsque, en 1866, il plut au Gouverneur amiral Dupré de dépouiller M. Lahuppe de la propriété des annonces légales, ce dernier ne fit pas entendre la moindre plainte contre l'arrêté du 17 décembre, qui l'atteignait si profondément dans ses intérêts industriels. Devenu seul imprimeur de la Colonie, M. Lahuppe employa toute son intelligence et toute son activité aux progrès de sa profession, nous pouvons dire plutôt de Fart auquel il devait vouer son existence entière. La Gazette officielle de l'île jBot~&oM se transforma bientôt et devint l'Indicateur Colonial, journal de grand format pour l'époque. L'~tdMa~eMr avait Tme Po~e o/~tc~H~ dans laquelle étaient publiés les actes et les avis de l'Administration puis, une .PcN'~e non officielle, dont l'Editeur-propriétaire pouvait disposer à son gré, soit pour traiter les questions locales et de politique générale, soit pour donner les nouvelles, publier des extraits de journaux et les annonces légales et du Commerce. A-côté de l'Indicateur, dont les allures, en raison de ses attaches officielles, ne pouvaient pas être libres et franches, M. Lahuppe fonda la Feuille Hebdomadaire, journal hebdoma-daire comme I~dïca~M~ organe indépendant, tribune ouverte aux généreuses aspirations qui se faisaient jour de toutes parts et galvanisaient ce coin de terre-perdu, où res9

BULLETIN DELASOCI~TË prit public ne demandait qu'à avoir un interprête pour s'affirmer et se discipliner. Grâce à une exquise urbanité, à.une loyauté' parfaite, à un tempérament foncièrement sympathique, M. Lahuppe ne tarda pas à rallier autour de son œuvre les esprits les meilleurs, les plus délicats, les mieux cultivés de la Colonie. Lescolonnes de son journal étaient toutes grandes ouvertes aux débutants, qui s'honoraient de faire leurs premières armes sous des maîtres dans l'art d'écrire comme les Chabanneau, les de Montmerqué, les de La Serve (père et fils), les Adrien Bellier, les frères Houpiart, les Chaniot, les Jugand, Geor- Y ges Azéma, Ernest Lahuppe et tant d'autres qui, pour avoir été au second rang de cette brillante pléiade, n'en ont pas moins inscrit leurs noms d'une façon indélébile dans les annales de la presse locale (*) En 1856, FjMMc~eMf Colonial et la Feuille ~&~OMO[c!en~e fusionnèrent et prirent le titre de Moniteur de la Réunion, paraissant deux fois par semaine. Le Moniteur resta journal officiel jusqu'en d862. A cette époque, l'opinion publique commençait à s'agiter dans notre île, comme en France, et de courageux publicistes, à la~tete desquels se trouvaient MM. A. Laserve, notre regretté sénateur, et Adrien Bellier, revendi(*) Nous croyonspouvoirrappeler ici les noms de M. Thomy Lahuppeet de Henri de Guignequi, eux aassî,ont, tour à tour, faithonneur à la rédaction du et à JM~MttcMr la pressecoloniale.

,DES SCIENCES ETARTS quaient hautement les libertés coloniales, confisquées par l'Empire. Malgré ses liens officiels et en dépit de ses intérêts professionnels, la direction du Moniteur n'hésita pas a s'associer à cette campagne patriotique. A la suite de la publication d'un article de M. Adrien Bellier, le Mo~eMf se vit enlever l'officialité, et un arrêté du 1er mai 1862 créa un Journal o/~c:e~ exclusivement chargé de la publication des actes officiels et des annonces administratives. Le rôle que M. Lahuppe a joué dans la locale est considérable. Pendant un presse demi-siècle, il a inspiré aux rédacteurs, qui écrivaient sous sa paternelle direction, les idées de patriotisme, de justice, de liberté, et en même temps, de modération, qui étaient le fond de son caractère. Il avait fait de la Presse une véritable puissance, non par la violence, mais par la sagesse et le calme de ` la discussion. Aux époques les plus troublées de notre histoire, on ne le vit jamais se départir de ce sang-froid correct et de cette impartialité incorruptible qui lui donnaient une si légitime autorité tant auprès du peuple qu'auprès de nos gouvernants. Que,de fois la haute Administration n'a-telle pas eu recours au journal que M. Lahuppe dirigeait pour faire de la propagande en faveur des questions vitales encore mal comprises, pour dissiper les malentendus funestes à la paix publique, pour. prêcher et obtenir la paix et la,concorde t La critique n'a pas épargné M. Lahuppe cela était naturel c'est le sort commun ~à

SCtLE'HN DBtA SOCï~fë
tous les hommes en évidence. On a dit souvent qu'il était trop l'homme de l'Administration. Ceux qui ont été ses collaborateurs et qui l'ont connu dans l'intimité peuvent témoi,gner que c'était l'esprit le plus indépendant et le plus libéral et que, s'il professait un respect profond pour le principe d'autorité, il savait à un haut point concilier la légalité avec la défense des droits de la pensée et des intérêts sacrés de son pays. La collection des journaux créés et dirigés par M. Lahuppe, dans le cours d'une si longue carrière, est là pour attester ce que nous disons. Si le Pays a traversé sans désordre la révolution de ~1848, certes, on' peut dire, ~ans se tromper, que c'est aux sages exhoret tations de l'jNdM'ft~iM*o~oMMt! de la Feuille c NeMo~M~etM'e qu'il doit devoir ~évité les catastrophes qui ont ensanglanté les Antilles à la même époque. M. Lahuppe n'a pas seulement exercé une inâuence prépondérante sur le développement de l'esprit public dans notre pays. C'est à lui que l'on doit tous les progrès accomplis depuis cinquante ans dans l'art typographique colonial. Il avait une véritable passion pour sa profession et ne reculait devant aucun sacrifice pour se mettre au courant des inventions de la science. Il fut le premier à fondre les rouleaux qui remplacèrent si avanle premier, il intageusement les tampons troduisit dans la Colonie les merveilleuses presses mécaniques de Marinoni, et substitua, comme moteur de ces lourds engins, la vapeur au-travail si pénible de l'homme.

DBSSCOBtCBSBTABTa

Pendant plus d~un demi-siècle qu'il fut le fournisseur de l'Administration, celle-ci n'eut jamais même un prétexte de reproche à lui adresser. Il la servait plus que loyalement, on peut dire qu'il la servait avec générosité, car il ne faisait pas de métier, il faisait avant tout de l'art. Il préférait perdre parfois mais donner du bon et du beau, plutôt que de rabaisser sa profession à celle des vulgaires commerçants. Aussi chercherait-on vainement l'ombre d'une contestation survenue entre lui et l'Administration. Ses travaux de chaque jour, admis à toutes les expositions universelles et locales, ont toujours obtenu les hautes récompenses des jurys. Quand de nouvelles imprimeries se fondèrent à côté de la sienne, M. Lahuppe, loin de penser un seul instant à combattre ses rivaux naissants, s'empressa de les aider de ses, conseils, de son expérience, et souvent de quelque chose de plus. Ses magasins, toujours largement approvisionnés, étaient à la disposition de tous ses confrères, qui ne lui ont jamais demandé en vain un service. On peut dire à ce sujet, sans crainte d'être démenti, qu'après avoir été le fondateur de l'imprimerie dans la Colonie, M. Lahuppe en fut le plus énergique soutien et la protecteur le plus désintéressé. La situation m&uente que M. Lahuppe avait prise dans la Presse le désignait naturellement pour les honneurs de la vie publique. Pendant presque toute ~a durée .de l'Empire; il fut choisi par le Gouvernement comme con-

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

seUler municipal de la ville de Saint-Denis, avec les attributions de premier adjoint au 1 maire. Il a occupé également, comme représentant du canton de Saint-Denis, élu par le Conseil municipal, un siègg au Conseil général pendant plusieurs législatures de cette assemblée et jusqu'à la fin de i870. Lorsque la Révolution du 4 septembre éclata comme un coup de foudre, à la suite du désastre de Sédan, M. Lahuppe fut chargé par mtérim de la mairie de Saint-Denis, en remplacement de M. Gibert des Molières, démissionnaire. C'est à lui qu'échut: la tûche de dresser les listes électorales de Saint-Denis tâche lourde entre toutes, car, depuis 1851, le suffrage universel ne fonctionnait plus dans la Colonie, et plusieurs générations avaient grandi dans l'ombre de l'ostracisme, loin des urnes. II fallait constituer en quelques jours cette armée d'électeurs avides d'exercer leurs droits, et la constituer en dépit de toutes les erreurs et de toutes les défectuosités de l'état civil. M. Lahuppe se mit à l'œuvre avec un rare courage malgré ses soixante-treize ans, et tout en administrant les affaires d'une importante commune, il termina son travail assez à temps pour les élections qui eurent lieu le 20 novembre 1870, et qui envoyèrent à l'Assemblée nationale MM. A. Laserve et F. de Mahy. Le suffrage universel ratifia le choix que le Gouvernement impérial avait fait de M: Lahuppe comme représentant de la corn"

DES SCIENCESET AMS

munauté. Les électeurs de Saint-Denis lui accordèrent, en 1871, une double élection au Conseil municipal. Nommé de nouveau par le Gouverneur, M. de Lormel, premier adjoint au maire de SaintDenis, M. Lahuppe refusa cet honneur. Non ce pas qu'il eût une plus haute ambition qui eût été d'ailleurs très naturel et très légitime de sa part, n'étaient sa modestie et son désintéressement mais parce qu'il croyait avoir suffisamment payé sa dette à son déjà qu'il pays, et surtout parce où les pensait qu'il arrive une heure fatale, anciens doivent laisser la place et ouvrir la carrière aux jeunes. Depuis 1860 M. Lahuppe faisait partie de la Légion-d'Honneur, en récompense du courageux dévouement dont il fit preuve pendant l'épidémie de choléra en 1859, et l'on peut dire que rarement l'Etoile fut mieux placée que sur la poitrine de ce vétéran des armées du premier Empire, qui fut ensuite le vétéran de la Presse et des Assemblées coloniales. Il était egalement décoré de la médaille de Sainte-Hélène. M. Lahuppe avait épousé en 1825, M~eCatherine-Gulnare Garien, fille d'un des premiers instituteurs venns dans la Colonie, et qui fut pendant cinquante ans la digne compagne de sa belle et utile existence. MmeLahuppe, que la société locale a perdue tout récemment (23 décembre 1882), a marqué, elle aussi, une empreinte profonde dans ce pays. L'Orphelinat des jeunes filles de Saint-Denis, dont elle fut une des fondatrices en 1833, avec

BUU-ETINE;&A D E SOe~T~DES 9CNSCES TARTS

MmeMarie Cuvillier, femme'du Gouverneur de l'époque, et qu'elle- a dirigé jusqu'à sa. mort comme vice-présidente, perpétuera dans notre ville et dans la Colonie le souvenir de son nom et de sa charité. M.'Lahuppe est mort à Saint-Denis le 20 août 1875, dans sa quatre-vingtième année. L'existence toute d'honneur, de patriotisme,de vertus civiques et privées de ce patriarche est d'un grand exemple, et nous l'offrons à la méditation des générations nouvelles. <t ' tt ` Â~ ROUSSIN.

SIMPLEMOT 1SUR
Il MXD!T~N ET SURL'NSTMMTMN DESFEMES

Un voyageur, qui a passé plusieurs années en Perse, dit que, dans ce pays-Ft, les~femmea jouissent de la plus grande liberté, et que leurs actes, comme ceux des enfants, ne tirent pas à conséquence, le jPropAë&Byant reconnu t a qu'il leur manque quelque chose dans l'entendement. Dirons-nous de même ? Non pas. Pour exprimer notre opinion sur les femmes, nous ne pouvons mieux faire, que de transcrire celte phrase de Bernardin de SaintPierre, cet admirable écrivain, dont le style nous rappelle & la fois Jcan~Jacqrtes Rousseau et Fénélon « Parler aux hommes de ce sexe, qui partage avec eux le poids des besoin~ de la vie et porte seul celui de leur enfance de ce sexe, qu'ils auraient appelé du nom d'industrieux, de consolateur, de nourricier, s'ils ne lui avaient donné par excellence celui de Beau de ce sexe qui, naissant en nombre égal au leur~ par toute la terre, parait le sc'il bien que la Nature ait réparti a ch tenu d'eux en particulier c'est s~adresser il tout lo genre humain, r

10

BULLETIN DE !,Â. SOClEtë

Loin d'être inférieures aux hommes, sous le rapport des facultés de l'esprit, il faut reconnaître, au contraire, que. les femmes ont ces facultés plus fines, plus aiguisées, et que souvent, elles ont mérité de conduire les hommes. Lorsqu'Ulysse sort des Sots, nous dit Homère, il est revêtu d'habits par la fille du roi Alcinoùs, la belle Nausicao, qu'il trouve, avec ses femmes, lavant son linge à la rivière. K Infortuné, lui dit-elle, allez à la ville, et quand vous serez au Palais, au lieu de chercher mon père, qui, assis devant son foyer, boit comme un des Immortels, embrassez d'abord les genoux de la sage Areté, ma mère, qui peut tout sur son esprit. » « Cet enfant, disait Thémistocle, en montrant son fils, est le plus puissant des Grecs. En effet,les Athéniens commandent aux Grecs, moi je commande aux Athéniens, et cet enfantt gâté commande à sa mère, qui me'fait faire tout ce qu'elle veut. » Tacite nous dit que les Germains trouvaient, dans leurs femmes, « je ne sais quoi de divin. » Lorsqu'Annibal traversa la Gaule, il fut si touché de réquito des femmes, qu'il décida que si quelques plaintes s'élevaient contre des hommes de son armée, il prononcerait luimême sur ces plaintes mais que si les Carthaginois se plaignaient des Gaulois, les femmes en seraient les juges. Jeanne d'Arc, que les Anglais brûlèrent, pour les avoir battus, et à qui les Grecs eus-

DES SCIENCES ET ART&

sent élevé des autels, comme à une divinité tutélaire de la Patrie, sauva la France. Que de prophétesses se sont fait écouter des hommes ?. ce qui prouve, au moins, leur étaient supérieures. qu'elles La liste en serait longue, Marie, sœur de Moïse – Déborah, qui tenait ses audiences sous un palmier et qui conduisait Israël à la victoire Anne, qui reconnut le fils de Dieu dans l'enfant de Marie – La Pythonisse d'Endor, à qui Saül s'adressa pour voir l'ombre de Samuel La Pythie de Delphes, dont le 'trépied était établi sur un gouffre, d'où venait une vapeur prophédque, qui la faisait entrer en délire Les Sybilles, dont François Rabelais porte le nombre à 10, sans y comprendre celle de Panxoust, dont Panurge vit l'antre, et qui prophétisait au et cette pauvre temps de Gargantua Cassandre, aux oracles de laquelle personne < né voulait croire etc. II Tous les peuples civilisés environnent la femme d'égards et de respect. Mais si'nous remontons dans le passé, et à mesure que nous nous approchons dés temps barbares~ nous voyons que, presque partout, le sexe fort a plus ou moins opprimé le sexe faible. Pour ne parler que de la France, dans tout le moyen-âge, la femme était encore consi-

BULLETtNE ÏA SOCï~T~ B i

dérée comme un être inférieur, disons plus comme un étr<~impur. Maudite, en souvenir d'Eve qu'elle représente, l'Eglise lui jetait, comme une cruelle ironie, le mot de Saint« 0~<mt<Mt Dt~&oH.?– Ce que Augustin je n'ose ajouter ici, on peut le lire dans les historiens qui ont le mieux étudié le moyenâge, cette triste période de l'histoire de l'humanité, que l'un deux appelle « L'âge du désespoir. C~était, il est vrai, la belle époque de la chevalerie, des tournois, des grands exploits en l'honneur des dames. C'était l'époque des gais troubadours, chantant l'Amour et les Belles C'était aussi Fépoque des cours d'Amour, nit Eiéonorc de Guyenne rendait cette décision, devenue classique en. ce temps « Nul amour possible dans le mariage. Oui. Mais qui voudrait se faire une idée de cette société, en regardant au travers du prisse de la chevalerie et des hommages rendus aux grandes dames; héritières des fiefs, serait étrangement abusé. Dans les châteaux mêmes, il se passait d'autres scènes, ainsi que nous le voyons par deux contes de ce temps-là, qui sont de la vraie histoire. Qui ne connaît ce conte touchant de Grise/M~, J humble, la douce, la patiente, et aussi la fidèle ?. Et celui de La Barbe JMcMe,qui tue ses femmes, pour se donner le plaisir du changement ?.

DES SCIENCES ET ARTS

Qui ne se souvient de c~'s contre :)vec lesquels notre enfance a été Lfrcée ? (J~i ne s'est attendri aux malheurs de ces tristes victimes, que l'imagination du jeune âge met.t.ait vhanr. tes sous nos yeux ? Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi. La femme est l'égale de l'homme, égaie, aimée, estimée et respectée. Si la loi- lui a, jusqu'ici, refusé les droits politiques et si clic ne peut exercet aucune magistrature, elle peut, du. moins, occuper toutes les positions qui sont compatibles avec sa nature, avec ses'aptitudes, avec ses devoirs d'épouse et de mère.' Elle peut être nommée interprète, recevoir la mis&ion d'expert, être institutrice communale, être directrice des salles d'Asile, être inspectrice des prisons, être directrice de bureaux de poste, de bureaux de'tabac, de bureaux de papier timbie, être professeur au corservatoire de musique,, directrice d'école de dessin pour les jeunes filles, etc. e!Ie peut être journaliste, romancière, poète, peintre, sculpteur, etc. on loi ouvre des Ecoles secondaires, où elle peut apprendre le latin, le grec, les sciences f'tla philosophie et depuis plusieurs années, la faculté de Droit et la faculté de Médecine leur. ont même ouvert leurs portes. Quelle est donc Fambition de M" Mubertine Auclert, de vouloir encore voter, et comme conséquence, envoyer des femmes à la Chambre des députés et au Sénat ?.

1 MnAETIN ELASOCÏETE D m La nature n'a-t-elle pas mis, entre l'organisation de l'homme et celle de la femme, des ditïërencss sensibles, comme pour marquer la dinêrence de leurs destinées ? Consultons les physiologistes. Entre autres choses, ils nous disent que la femme dinère de l'homme par ?a taille, qui est moins élevée par ses os, quiprésentent moins d'aspérités, parce qu'ils n'ont pas besoin, comme ceux de l'homme, de servir de points d'appui à des muscles robustes par son larynx, plus étroit et moins saillant, pour lui donner la séduction d'une voix moin~ grave et plus douce que. celle de l'homme en&n, par la prédominance du système cellulaire et du système lymphatique, qui, en arrondissant ses formes et en donnant plus d~e délicatesse à son organisation, lui assurent les avantages de la grâce et de la béante. Ils remarquent aussi que le mouvement est beaucoup moins nécessaire à sa nature, qu~ celle de l'homme. La femme est donc faite pour plaire, pour aimer et être aimée, pour garder la maison, pour élever les enfants. Voilà sa vraie voca'tion. A Je ne veux pas perdre l'occasion de remarquer, en passant, que, de ce que la femme est faite pour praire, vient le défaut qu'on fui' â0e plus souvent reproché cette coquetterie (pai lui fait désirer de conqM~rir tous les (Me&rs~. On a dit qu'elle ressemble un peo:.â ccs<gB~"

bB8 SCIENCES ET ANM

riers, qui ne se soucient pas dé faire le bonheur de tous les peuples dont ils font la conquête. Mais un philosophe trouve que c'est pour le mieux, puisqu'elle obéit à ses instincts. t cette digression, je reprends. Après Le royaume de la femme est la maison. Sa place est auprès du foyer domestique. Son devoir, comme sa mission, c'est de rendre heureux tous ceux qui vivent auprès d'elle son mari, ses enfants, ses serviteurs. Sa couronne, c'est ses enfants, qu'elle doit élever dans les sentiments du bien et de l'honnête. Son sceptre, c'est sa quenouille. Vous auriez tort~d'ambitionner autre chose, mesdames. Les amazones de l'antiquité, qui se brûlaient le sein droit, pour mieux manier l'arc et lancer le javelot celles du roi de Dahomey et du roi de Siam et aussi des femmes qui seraient magistrats des femmes députés des femmes sénateurs des femmes jurisconsmtes des femmes médecins et chirurgiens Tout cela, n'est-ce pas un contre-sens ?. Je veux dire un manquement aux vues et aux lois de la nature. Cela me rappelle certaine satire~que Juvénal fit sur les femmes de son temps « Quelle pudeur, dit le satirique latin, quelle pudeur peut rester a une femme qui se coitTc d'un casque, qui, reniant son sexe. aspire la vigueur du n~tre ? Quel honneur pour toi, si l'on vient à mettre en vente les etfets de ta femme, d'entendre crier son baudrier, ses gants d'assaut, ses.aigrettes, san

BULLETIN DE LA SOCoh'K

cuissard pour la jambe gauche 1 C'est pourtant là ce sexe délicat, qui ne-peut supporter le poids d'une, robe légère ce sont ces êtres faibles, qui étouffent sous une tunique de soie. Regarde-la porter, en frémissant, les coups qu'on lui enseigne contemple-la, chargée d'un casque pesant, bien campée sur ses jarrets, bras et jambes liés dans des bandes épaisses. Puis, Ws~Mc~erm<Mc~ la voil~ qui pose un instant ses armes, pour prends un. ?») Je demande ici au lecteur la permission de m'arrêter, car il est convenu que le latin seu!, dans les ïpots, .a le droit de er braver l'honnêteté. » Je viens de dire que c'est un manquement. aux vues dg la nature. Il me semble que c'est plus encore i c'est une maladresse. Omphale 61e, et Hercule est à ses pieds f a Il faut que Icredout.t.htc. rieuse veut plus héros, qui avait promené sur toute la terre sa justice, détruisant partout les monstres et tyrans, Clé aussi et Hercule, vêtu d hab~s de femme, risiblement grotesque, prend un fuseau. IV Vos charmants défauts, mesdames, vos charmants défauts, si fort exagérés, il est vrni, par l'éducation que le monde vous donne, je ne voudrais pas même que vous les perdis1. siez.

t)ES SCIENCES ETiM~
Ces défauts sont dans votre nature, et votre première mère, Eve, les avait dans le Paradis, si nous en croyons le récit de la Bible. Adamne voulait pas toucher a la pomme, .parce que Dieu Pavait défendu. Mais Eve était dévorée du" désir de la posséder. Ah seulement la voir de près disait-elle. Seulement en aspirer le parfum Seulement la toucher Elle en rêvait la nuit. Vous savez comme le serpent fit le reste, et comme Eve se laissa persuader. Ensuite, Adam fut induit en tentation par sa femme; et tous deux mangèrent le fruit de l'Arbre de la Science du Bien et du Mal. Ce qui les perdit, rien n'étant propre a entretenir l'innocence, comme l'ignorance. Nous voyons que, dans le Paradis, la femme était déjà curieuse, crédu!e, friande, impatiente de la contrainte, cPimaginatton envieuse et légère. Il me semble que c'est tout comme main-' tenant. V Suis-je l'ennemi de l'instruction des femmes ? Suis-je de ceux qui pensent que la femme en sait toujours assez, quand elle peut tenir l'aiguille et conduire le ménage ? Je voudrais, au contraire, que la jeune fille fût très instruite, parce que Finstruction développe Finteltigerce, et surtout parce qu'eue doit être mère. La. mère n'est-elle pas le premier instituteur de Fenfatit ? Se rend-on bien compte de

«

BULLETtN DELASOCNH~ l'immense influence qu'elle a sur lui ? Dans cet âge tendre, où les facultés ne font que de s'éveiller, sans avoir pris encore aucune direction définitive, la mère peut façonner l'enfant à son gré, comme une cire molle elle peut lui donner son âme, son esprit, ses passions nobles ou mesquines, enfin tout son être moral. Aussi, a-t-on dit avec raison « Pas un homme, qui M'Ot~eu pOMr mère une j/rCtMd! '> ~t'oM~e/~)KMM. ? demandait un jour à madame Napoléon Cnmpan g Que manque-t-il, en France, Madame, pour que l'instruction ne laisse rien :*t ésirer? d Sire, it y manque des mènes. Vous avez "raison, Madame, -répondit Napoléon, d'abord étonné de la profondeur de cette réponse. Hé bien que les Français vous aient l'obligation ~d'élever des mères pour leurs enfants 1 Que la femme soit donc savante, c'est pour !c mieux. Mais l'écueil est ici – elle en sera moins aimable.. Ma pensée se reporte encore, malgré moi, vers cette satire de Juvénal ce qui prouve que, si l'humanité se renouvelle, elle conserve toujours le même fonds de vices, de travers et de ridicules. a Quelle peste, dit le satirique latin, qu'une femme qui est toujours à ruminer le Manuel de Po~woM~ et jamais ne manque aux règles de la syntaxe, qui me cite des vers que je ne connais pas des curiosités d~érudit enfin, qui reprend sévèrement, dans le langage d'une amie peu lettrée, une faute que, des hommes ne remarqueraient pas ? C'est bien le

NS

~6l~nMS~ Ël*'

~HS*

moins, qu'un î mari puisse se permettre un solécisme ?' Quand on sait tant de choses, comment résister an désir de prouver qu'on les sait- ?' La jeune fille qui, pendant plusieurs années de pénibles études, aura employé toutes les forces de son intelligence à s'instruire, se résignera-t-elle à n'avoir appris l:t litté t'attire grecque, les sciences et la philosophie, que pour développer {'intelligence des enfants qu'elle aura ? En attendant, comment ne pas en tirer un peu vanité ? La pente est' glissante ;.il faut bien du tact ou un bien bon naturel, pour se retenir et l'on tombe, plus ou moins, dans la comédie <f d~s femmes sctMHt~es ou dans celle « des Précises a WtMcM~S: ? » Les Philamintes de nos jours ne chasseraient peut-être plus Martine, pc ur des manquements a la grammaire, « qui ~~e~e ~Ms~o~s. Peut-être aussi écouteraient(~(es CMt;e elles, avec moins de formules admiratives, les vers de Trissotin, – quoique cet autre trait de la comédie me semble éternel, comme le ridicule qu'il sert à nous peindre
« On se- sent, à ce~ vers, jusques au fond, de t'âme, Couléfje~né sM~qad~ qui fait que l'on së'pânië.~ .tt.t.t.t.

<Onn~en Onpâme. Onse meurtdepla!sir. De mille peutplus. douxfrissonsvous voussentezsaisir. Mais elles seraient; tout de Tnômc,'dépourvues de cette simplicité, de cette candeur, de cette modestie qui sont la grâce et le char` me d'une lëm'm~

BULLETIN DB LA SOCBÉTÉ

A ces savantes, comme aux jprecMMs~ qui font leur étude de s'éloigner du naturel, on pourrait appliquer le mot de l'auteur des Caractères Ce n'est pas sans peine, qu'ellesplaisent moins. » Un autre inconvénient est à signaler je le 1 fais timidement. Les hommes supérieurs seuls peuvent désirer de sellier à des femmes supérieures, par l'esprit ou par la science. Or, il me semble que ceux-là sont rares. Quant aux autres, l'effet ordinaire de la- supériorité d'une femme, qui pourrait discuter leurs actès, apprécier leur mérite, trouver incomplète leur instruction, d'une femme qui ne leur- vouerait pas l'obéissance passive et l'admiration sans réserve, est de les mettre en fuite. Les hommes sont égoïstes, quelque peu despotes et toujours un peu vaniteux. Ces défauts sont dans isur nature, tout comme vos jolis défauts sont dans la vôtre, mesdames la main du Créaen refaisant son ouvrage, pourrait teur, seule, changer les hommes il faut donc les prenil faut dre je parle pour le philosophe, donc les prendre ainsi, ou ne point les prenpre du tout. Il me faut m'arrêter dans ces observations, qui sont déjà plus longues que je ne voulais, et c'est par cette remarque que je veux finir. Je ne sais si je ne me trompe 4

DES SCIENCES AM3 ET Mais il me semble qu'il y a certains mots de la langue scientiSque, qu'on ne pourrait entendre prononcer par une bouche du jeune fille, sans songer à cette belle demoiselle des contesdes fées, de la bouche de qui, toutes les fois qu'elle parlait, il tombait des grenouil es. Ecoutez cette phrase, qu'il me serait facile, certainement, de composer de mots plus durs <f Des Paléontologistes ont nom'né à tort Glossopctres, les prenant pour des langues fossiles d'Ophidiens, des dents d'Icthyolithes, qui ont dû appartenir au genre des Squales, do la classe de Chondroptérygiens, de la famille des Sélaciens de Cuvier, ou des Plagiostomes de Dumeril, et qu'on trouve dans la couche crétacée, ou dans la couche Paluothéricnnc des terrains sédimentaires. » Faites tépéter cette phrase, par-telle bouche, qu'il, faudra, pour que l'illusion existe. Et maintenant, dites-moi Avez-vous vu ` les grenouilles ? L. BOTTARD.

ÉTUDE SUR BMEC&EL
LE LA.MARCKISME

Pendant le mois de mai d884 alors que j'étais enfermé aux Lazarets de la Grande Chaloupe pour faire purger aux troupes et aux marins de notre division navale de Madagascar, ainsi qu'aux autres passagers de la Corrèze, leur quarantaine d'observation, je reçus la commission suivante Votre honoré président, qui a à coeur les destinées de notre Société des Sciences et des Arts, m'écrivît un petit billet pour me demander de consacrer mes loisirs Lazaréens à quelque sujet de critique ou d'observation. Je cherchais un objet quand le hasard me Pon'rit. Ayant demandé à l'un des passagers un livre qui pût m'intéresser, il mit en mes mains un volume dont je recherchais depuis longtemps la possession je veux parler de l'~Rs~e de la créaou tion Me~M~eMë Doctrine de fe~M~oM par ERNESTïLECKEL,, professeur de zoologie à l'Université d'Iéna. Nulle bonne fortune littéraire ne pouvait mieux combler l'es vœux d~un amoureux ardent des magninques travaux de Darwin sur la mémorable révolution qu'il a opérée dans les sciences naturelles. Ce sont les impressions que m'a fait éprouver ce livre que je viens vous communiquer.

BULLETINE LA SOCIÉTÉ D

En plus d'un endroit je prendrai la liberté de le citer textuellement et vous admirerez avec moi, j'en suis sur, et sans réserve, toute l'indépendance d'un grand esprit. Ernest Haeckel naquit le 16 février 1834 à Potsdam. Dès l'âge le plus tendre sa vocation était tournée vers les sciences natur elles, la botanique et la zoologie. Il obtient en 1857 le titre de Docteur en médecine et en chirurgie, essaya un an de pratiquer à Berlin. Mais il se dégouta de cette voie, entraîné par l'irrésistible passion de l'histoire naturelle, de l'anatomie comparée et par un libéralisme qui n'était pas fait pour le faire réussir. Enfin après plusieurs excursions et voyages consacré: a l'étude et dos travaux qui l'ont mis à un rang d'élite parmi les savants~ de l'Europe, Ernest Haeckel est aujourd'hui professeur à l'Université d'Iéna. C'est du haut de cette chaire qu'il a développé pour ses compatriotes les idées nouvelles de Charles Darwin. Avant de commencer, puisque l'occasion se présente, permettez-moi de vous faire sur l'étude de l'histoire natu'elle une déclaration personnelle de principe qui détruit par !a base la méthode classique aujourd'hui et de tout temps suivie. Par un sentiment d'égoïsmc pur, on débute toujours dans la c!ass'ncation et dans l'étude des êtres par l'étufle physique de t'homme. C'est un anachronisme. C'est précisément par l'homme qu'on devrait finir l'importante étude <!el'histoire des êtres. De même, les classifications en histoire naturelle devraient commencer du plus petit au plus grand, du moindre -au suprême. Car c'est

DES SCIENCES BTARTS ainsi que l'organisation du monde a procédé, en s'élevant, non en se dégradant. Les méthodes classiques suivent donc le contre-pied de ce qu'elles devraient faire ta géologie devrait précéder la botanique et la botanique précéder la zoologie. Dans la géologie on devrait procéder comme l'a fait la formation du globe dans la botanique on devrait commencer par les plantes les plus simples, par leur organisation et s'élever aux plus compliquées par leur structure ou leur vocation enfin, dans la zoologie, il serait plus rationnel de commencer par les animaux les plus inférieurs, pour arriver par degrés aux mammifères les plus perfectionnés et enfin à l'homme. Qu'en pensez-vous, Messieurs ? Si une telle méthode avait été adoptée par les naturalistes, nous aurions suivi sans nous en douter celle de l'évolution, c'est-à-dire celle dont Lamarck, Goethe et Darwin ont été les pères et qu'on a droit d'appeler la méthode naturelle et qu'on a caractérisée, ainsi que le dit H&eeke!,du nom de méthode Darwinienne ou Darwinisme. Un français, Jean Lamarck, est le véritable fondateur de cette méthode nouvelle. Si jamais un-monument est élevé à Charles Darwin, écrit le professeur Baillon, il faudra placer~ au faite la statue de Lamarck. » Cette gloire immortelle a été posthume pour ce génie méconnu. Elle lui a été disputée et ravie par l'écrasante personnalité de Georges Cuvier, son fier compatriote et son collègue. Pour la faire sortir de l'oubli, il a fallu le secours, les efforts, l'impartiale justice des savants étran-

MUE'HN

DE LA SOOt~T~

gers, anglais et allemands. C'est d'abord Charles Darwin qui après, plus de soixante ans, en fait la base de ses principes nouveaux. C'est Ernest Haeckel qui place, en quelque sorte, par des preuves nombreuses, son livre sous le patronage de notre compatriote, en lui associant la glorieuse assistance du plus universel génie de son pays, de Gœthe, qui, à la poésie transcendante, joignit le secret d'interpréter les mystères de la nature. cette théorie de révolution ait été <!t Bien.que mise en avant et défendue au commendéjà cement de ce siècle par divers grands naturalistes, notamment par Lamarck et Gœthe, pourtant, c'est seulement il y à dix-sept ans que Darwin Fa exposée dans son éntier, en lui assignant une base~étiologique et voilà pourquoi on ne désigne plus cette théorie que par le nom quelque peu immérité de théorie Darwinienne, » On est atterré d'étonnement lorsque dés ~815, en pleine apogée de la célébrité de Cuvier, on voit Lamarck dans sa Philosophie ~oo~og~Meémettre des propositions de la force de celles-ci <: Les divisions systématiques, classes, ordres, familles, genres et espèces, ainsi que leurs dénominations, sont purement une œuvre artificielle de l'homme. Les espèces ne sont point toutes contemporaines elles sont descendues les unes des autres et ne possèdent qu'une Ëxité relative et temporaire les variétés engendrent les espèces.

M9

SGJBNCES ET A.RTS

a La diversité des conditions de la vie influe, en les modifiant, sur l'organisation, la forme générale, les organes de ranimai; on en peut dire autant de l'usage et du déiaut d'usage des organes. Tout d'abord, les animaux et les plantes les plus simples ont seuls été produits, puis les êtres doués d'une organisation plus com`, plexe. « L'évolution géologique du globe et son peuplement organique ont eu lieu d'une manière soutenue et n~ont pas été interrompues 1par des révolutions violentes. a La vie n'est qu'un phénomène physique. Tous les phénomènes surtout sont dus à des causes mécaniques, soit physiques, soit chimiques, ayant leur raison d'être dans la constitution de la matière organique. e Les animaux et les plantes les plus rudimentaires, placés aux plus bas degrés de l'échelle organique, sont nés et naissent encore aujourd'hui par génération spontanée. « Tous les corps vivants ou organiques de la nature sont soumis aux mêmes lois que les corps privés de vie ou inorganiques « Les idées et les autres manifestations de l'esprit sont de simples phénomènes de mouvement qui se produisent dans le système nerveux central. a Eu réalité, la volonté n'est jamais libre. « La raison n'est qu'un plus haut degré de développement et de comparaison des jugements. y

BOU.BTïH DEÏA SOCïAr~ Chacune. des propositions que je viens de citer peut donner lieu à un ou à plusieurs volumes. <t Les vues exprimées par Lamarck, dit Haeckel, il y a plus de soixante ans dans ses propositions, sont étonnamment hardies elles sont larges, grandioses et ont été formulées à une époque où l'on ne pouvait entrevoir même la possibilité lointaine de les fonder, comme nous le pouvons aujourd'hui, sur des faits d'une évidence écrasante a C'est ce que Charles Darwin, c'est ce-que Ernest HaeckeL Lyel! ont cherché à établir par des faits jnultiples. Mais Darwin a ajouté à la théorie -de la descendance de Lamarck le principe < de la sélection naturelle dans la lutte pour l'existence D~découvert cinquante ans plus tard par l'éminent naturaliste anglais. Cuvior régnait en maître. ~Opulent, honoré justement pour ses grands travaux paleontologiques, recherché, adulé, il écrasait par son autorité omnipotente, le pauvre Jean Lamarck, pauvre jusqu'à l'indigence et que consolait, dans un intérieur intime où le nécessaire même faisait défaut, l'assistance touchante d'une fille dévouée. Il y a pour les élus de l'humanité un martyre physique et moral qui semble être le sceau de leur gloire et de leur génie. A côté de Lamarck combattait pour la même cause, mais avec quelque divergence de vues, le premier des Gconroy Saint-Hilairc, un des précurseurs do Darwin, lui aussi. L'un et l'autre furent écrasés dans la séance de l'Académie des sciences du 19, à la veille

DM

sctBNCEa

m

AMa

de la Révolution de juillet 1830, par l'autoritaire Cuvier. Un vieux génie en Allemagne suivait, avec anxiété, cette lutte mémorable, malgré ses 81 ans, c'était Volfrang Gœthe, l'auteur immortel de Faust. Il avait ses bonnes raisons pour cela lui aussi il était partie dans la question. Il voulait sauver ses aigles, ou du moins, tout ce qui touche à la vérité intéressait son grand esprit. Un contemporain, Soret, raconte jusqu'à quel point ce grand débat entre Lamarck, et Cuvier intéressait le Geoffroy Saint-Hilaire plus quoctogénaire poète On y lit « Dimanche 2 août 1830. –Les journaux nous ont annoncé aujourd'hui que la révolution de juillet était commencée et ont tout mis en émoi. Dans l'après-midi je suis allé chez Gœthe. – < Eh bien B s'écria-t-il en m'apercevant, « que pensez-vous de ce'grand événement ? Le volcan est en éruption tout est en flammes ce n'est plus ici un débat à huis-clos. » <tUn grave événement B, répliquai-je. < Mais, d'après ce que l'on sait des choses et avec un tel ministère, il faut s'attendre à ce que cela Ënisse par l'expulsion de la famille royale, » – « Nous ne paraissons pas nous entendre, mon excellent ami, a répliqua Gœthe. Je ne vous parle pas de ces gens. C'est d'une bien autre affaire qu'il s'agit pour moi. J'entends parler de l'éclat qui vient de se faire à l'Académie, du débat si important pour la

BpU.E'HN DB LA SOCt~É survenu science, Saint-Hilaire. entre Cuvier et Geoffroy

Cette sortie de Gcethe était si inattendue pour moi que je ne sus rien dire et, pendant quelques moments, mon trouble fut visible. « L'affaire est de la plus haute importance, » continua Goethe, < et vous ne pouvez pas vous figurer ce que j'ai éprouve, en lisant le compte-rendu de la séance du i9 juillet. Nous avons maintenant en Geoffroy Sa nt-Hilaire, un puissant allié, qui ne nous abandonnera pas. Je vois quel grand mtérét le monde scientifique français porte à cette affaire car en dépit de la terrible animation politique, la salle des séances de l'Académie était comble le 19 juillet. Mais ce qu'il y a de plus important, c'est que la méthode synthétique ennistoire naturelle que Geoffroy vient d'inaugurer en France ne peut plus disparaitre. Par le fait d'une libre discussion à 1 Académie et en présence d'un nombreux auditoire l'affaire est lancée dans le public impossible à présent de s'en débarasser par une exclusion on ne pourra plus l'expédier et secrète i'étouner à huis-clos. » Quel aveu, messieurs, dans la bouche du plus grand des Allemands C'est donc réellement en France que le Darwinisme a pris c'est là qu'il a eu son berceau. naissance Hoeckel l'appelle le Lamarkisme L'autorité magistrale de Cuvior en a eu raison un moment. Mais ce colossal édifice devait s'effondrer. Les nombreux progrès accomplis dans toutes les branches de la géol<)gMet de la botanique devaient faire voir

DES SCïBKTCBS ET ARTa de plus en-plus l'absolu défaut de fondement de l'hypothèse de Cuvier et la venté de la théorie d'évolution naturelle formulée par Lamarck la première, comme l'observe devait continuer seule et longtemps Ho3ckel, encore à trouver crédit chez presque tous les biologistes, « Cet état de choses résultait, avant tout, dtt-41, de la grande autorité de Cuvier, et cela montre d'une manière frappante combien est nuisible au développement intellectuel de l'humanité, la croyance à une autorité quelconque (Hoeckel). » Gœthe a dit excellemment, de l'autorité « que toujours elle éternise ce qui devrait disparaître, mais abondonne et laisse périr ce qu'il faudrait appuyer, et que c'est particulièrement à elle qu~il faut attribuer l'état stationnaire de l'humanité. )) Je recueille attentivement ces dernières paroles si libérales de la bouche d'un allemand. Je termine par cette citation cette première étude sur l'ouvrage d'Hœckel. J'espère pouvoir la continuer une autre fois et vous donner une idée étendue et plus détaillée du système qui semble prévaloir en histoire naturelle et qui *net entièrement d'accord la géologie, la paLéontologie, la zoologie et la botanique, c'est-à-dire toute l'histoire naturelle de notre globe depuis sa formation jusqu'à nos jours.
AUGUSTE VINSON.

1~ août 1884.

HÉMISPHÈRE CELESTE ~ansie c dePonse'n.l883''l~M. maimiant.~marciM'a.pparentecielJ&la. ornue DkprèsDiesobservionsvmiiees cM~e.moispar les ë~emeri~s d.eSMoî etBossert. ~-D~;le30~s438~,

Planer.

DE PONS LA COMÈTE 4812-1883 I
Messieurs, Dans notre séance du 17 mars dernier, l'honneur de vous présenter deux cartesj'eus résumant mes observations personnelles sur la comète de Pons ou de 1812, qu'il m'avait été donné, grâce à une série de temps favorables, de pouvoir suivre sans interruption, du 8 janvier 1884 jusqu'à l'heure même à laquelle je me rendis en séance. L'une de ces cartes, et je vous les remets ici sous les yeux, représente la route que la comète a suivie à nos yeux à travers les cons-' tellations, c'est-à-dire sa marche apparente (Planche I). L'autre est un diagramme donnant, à l'échelle 'de 1 millimètre pour 1 million de lieues, le tracé de l'ellipse qu'elle a décrite. à travers l'orbite terrestre (PI, II) et ses dis-, positions astronomiques. Je complète ces cartes en vous mettant sous les yeux le tracé complet de son orbite, dont le grand axe mesure 85 millimètres, à l'échelle de 5 m/m pour un rayon de l'orbite terrestre. Les deux premières planches ont été adressées, par la malle du 15,jn1u$^ à^M. Camille Flammarion, et, par celted'avril, je lui fis par-

13

BULLETIN DELASOCIÉTÉ venir mes dernières observations, allant jusqu'au 29 mars, date après laquelle il me fut impossible de retrouver la comète. Je fus bientôt de la peine que • j'avais prise pourrécompensé la marche de cet surveiller astre, car à partir du 4 février, sa déclinaison australe atteignant 46 degrés ne permit plus aucune observation en Europe, et il se trouve que c'est moi qui ai l'honneur d'avoir fourni la dernière observation faite dans l'hémisphère austral. Permettez-moi de transcrire ici le chapitre du 1«* consacré par le.journall'Astronomie, juillet derniers aux divers observateurs sur lesquels sa rédaction s'est appuyée pour dresser la marche de la comète sur la sphère céleste: cl Le mouvement apparent de la comète « pendant toute la durée de l'apparition a « été dressée, d'après l'ensemble des obser« vations de position qui sont parvenues à « notre connaissance. On sait que la comète « a été retrouvée le ter septembre 1883 à « Phelps (Etats-Unis) par M. Brooks; la pre« mière observation précise est celle de M. « Wendele à Cambridge,, le 3 septembre. g, Le lendemain 4, elle était observée à Paris « par M.1 Bigourdan, et, depuis cette époque « jusqu'au 4 février, elle a été suivie et ses «.coordonnées déterminées par MM. Péri« jgaud Henry, Bigourdan à l'observatoire de « -Paris, Perrotin à Nice, Goggia et Borelly à « Marseille, Trépied et Rambaud à Alger, «, Rayet à Bordeauxj Mïsten à Bruxelles, Ter« by à Louvain.

DES SCIENCES ET ARTS

« A partir du 4 février, nous n'avons plus d'observations de position en Europe. Nous avons utilisé une carte du mouvement de la comète dressée jour par jour, d'après ses observations personnelles, par M. E. Dubuisson, qui, à l'Ile de la Réunion, a pu suivre la comète, à l'aide d'une lunette de 108 m/mjusqu'à sa complète disparition. Sa dernière observation est du 29 mars. Pour cette dernière partie de l'apparition, où la comète, descendue dans l'hémisphère austral, était devenue invisible dan» nos climats, nous avons encore les observations de M. Atkinson, faites à Nelson (NouvelleZélande). » A la suite, le même journal publie un tableau résumé, jour par jour, de toutes les observations avec les dates, l'aspect du noyau et la longueur apparente de la queue, les r noms des observateurs. Ce tableau ne relate pas moins de 25 de mes observations, à partir du 8 janvier, date à laquelle je, découvris la comète à 1° à l'Est de Zêta Pégase, jusqu'au 29 mars, jour où elle disparut, dans la constellation de l'horloge à 5° au S.-E. de l'étoile Phi Eridau, c'està-dire vers le 57e degré de déclinaison, australe. « « « « « « « « « « « « « « II 4 La comète de 1812 fut découverte par Pons, concierge de l'observatoire de Marseille c'était la 9meque trouvait ce concierge asfero..yt

»

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

nome et ce ne fut pas la dernière, puisque ce nombre s'est élevée à 25 en 1827. -Il fut à beaucoup près le plus fécond chercheur de comètes et, cependant, il ne possédait aucune connaissance des mathématiques. Les premiers éléments de l'orbite de la comète de 1812 furent calculés par Encke, qui lui avait trouvé une période do 70 ans 68 il est utile d'observer qu'à cette époque les limites du système solaire bien déterminées jusqu'à Saturne, étaient encore incertaines en ce qui concernait Uranus, dont le rayon moyen fut évalué exactement depuis, à 19, celui de l'orbite terrestre étant 1, c'est-à-dire plus de 70 millions de lieues. Plus tard, en 1846, quand ollustre Le Verrier eut découvert Neptune par la seule puissance des calculs, les limites de nôtre système se trouvèrent transportées à la distance 30, ou 1100 millions de lieues. Les astronomes n'eurent pas de doute alors, que si la comète de Pons 1812 revenait à son périhélie dans le temps déterminé par Encke, cet astre a été conquis à notre système par la nouvelle planète. De là l'intérêt majeur qui s'attachait à la constatation de ce retour et l'acharne-, ment qu'on a mis à la vérification des calculs de Encke. MM. Schuloff et Bossert publièrent des éphémérides qui portaient à 73 ans 68 la période de la comète, déduisirent de ce chilfre 544 jours '/s pour tenir compte des perturba-,

DESSCIENCES \UTS ET

tions produites par l'attraction des planètes, et annoncèrent le nouveau passage au périhélie pour le 3 septembre 1884. La comète parut le ler septembre 1883 et passa au périhélie le 25 janvier 1884, devançant de 7 mois le jour indiqué. Sept mois, sur plus de 72 ans, c'est peu, en vérité, et on ne saurait trop admirer la précision de semblables calculs, quand on songe qu'ils n'avaient pour base que la portion comparativement si petite de cet immense parcours, portion que vous pouvez voir sur la planche II. Il n'y a donc plus de doute c'est bien à Neptune que revient l'honneur d'avoir frappé au passage la comète de Pons, pour la laisser à tout jamais sous la dépendance du Soleil vous voyez, en effet, à la planche III, que son aphélie est située à une distance de l'orbite de · Neptune à peine égale à 3 rayons de celle de la Terre, c'est-à-dire 110 millions de lieues, et nous sommes obligés de regarder ce chiffre comme iusigriifiaiit, relativement. C'est la seconde comète à si longue période dont le retour s'opère exactement, affirmant ainsi les immenses progrès de l'astronomie moderne elle ne sera pas la dernière, car il y en a encore 7 dont les orbites calculées, varient de 28 à 35, et parmi elles, celle de 1815, qui viendra nous revoir en 1889. La première est celle de Halley, revue en 1835, après 76 ans d'absence. Voilà donc les astronomes fixés sur le rôle de Neptune dans la marche d'un certain

BULLETIN DELASOCIÉTÉ nombre de comètes, et ils ont le droit aujourd'hui d'attendre à coup sûr celles dont les orbites des comètes de 1862 (dist. 49) et celle de 1532, revenue en 1661 (dist. 48) ? Cette dernière, avec sa période de 128 ans, a dû repasser en juillet 1789, mais on avait alors d'autres préoccupations, et l'astre passa inaperçu au milieu de la tourmente politique ceux qui vivront encore vers 1917 pourront -constater son 4e passage au périhélie. Par qui donc ont-elles été capturées, celleslà, dont l'aphélie dépaeso 1775 millions de Ijeues ? Le doute^n'est plus admis, sur cette question Il existe, au moins, une planète au delà de Neptune .son orbite correspond au chiffre que nous "avons donné,, c'est-à-dire à la distance 48, et elle décrit son cercle autour du Soleil en 330 ans environ Cette planète extrà Neptuntmne, les astronomes la cherchent et la trouveront, soyez-en certains, avant longtemps. Du reste la distance accusée par les comètes répond parfaitement aux exigences de la loi de gravitation planétaire, qui place bien à cette région, toute planète extérieure à Neptune. Nous pouvons donc attendre en toute confiance la confirmation du fait et former le vœu qu'un observatoire nous permette afors,à nous aussi à la Réunion, de voir de nos propres yeux la lointaine planète, dont l'aspect ne devra pas dépasser celui des étoiles de 11 à Ic2egrandeur* e'êatriKlire accessibles seuleaux. laeiUew^iastrameiits. Tfflfëk

t)ËS SCIENCES ARTS BI ni Messieurs,

Quelqu'honorable que soit pour moi la consécration donnée par M. Camille Flammarion au modeste travail que je vous avais soumis sans prétention, croyez bien que ce n'est pas pour en tirer vanité que je l'ai mis ici en relief mon but est toujours celui que j'ai tenu à déclarer dès la première fois que vous avez bien voulu écouter mes communications sur ce but, est d'arriver à démonl'astronomie trer que l'Etat fait tort à la science en ne dotant pas Ilite de la Réunion d'un observatoire.. lies Anglais en ont placé, et de premier ordre, au Cap de Bonne-Espérance, à Maurice, en Australie, en Nouvelle-Zélande quelle n'a pas dû être l'abondance des observations' ` fournies à Greenwich au sujet de la Comète de 1812 1 En France, on a été heureux de se raccrocher aux notes d'un pauvre amateur qui n'avait à sa disposition aucun instrument de précision, aucun observatoire tant soit peu commode. Toutes mes mesures de position ont été obtenues uniquement- et péniblement^ à l'aidc d'une jumelle dont le champ m'est bien exactement connu, et pour toute carte céleste, je n'avais que la feuille qui se trouve à la fin du traité de Garcet. Ne trouvez-vcus pas urgent que toutes les voix influentes s'élèvent pour faire comprendre l'importance de la création, à la Réunion^l i d'un observatoire qui rendra d'immenses ser*

( DE BULLETIN LASOCIÉTÉ vices et rehaussera quelque peu aux yeux du monde et surtout de nos orgueilleux voisins, l'infériorité dans laquelle la France semble se complaire dans ses colonies. Parmi ces voix, la plus autorisée, Messieurs, est celle de la Société des Sciences et Arts et vous- penserez avec moi qu'il lui appartient de prendre l'initiative d'une démarche très accentuée auprès du ministère compétent. Elle pourrait être transmise par Monsieur le Gouverneur Guinier, dont nous connaissons la passion pour le progrès et qui appuierait chaleureusement, sans doute, votre demande. D'autre part, nos représentants se chargeraient avec plaisir de la remise d'une pétition qui aurait encore, je puis l'affirmer, le puissant patronage de M. Faye, c'est-à-dire -l'Académie des Sciences et le Bureau des Longitudes, de M. Flammarion et de tous ceux, en un mot, qui sont à même d'apprécier les avantages de cette création. L'astronomie est la plus grandiose et la plus attrapante des Sciences. Partout -en Europe et surtout en Amérique, s'élèvent des observatoires munis d'instruments perfectionnés non-seulement les Gouvernements multiplient ces centres d'études, mais l'initiative privée cherche à dépasser les Gouvernements et des observatoires particuliers s'inaugurent chaque jour. s A Paris, le Trocadéro a été transforma en observatoire populaire, et M. Léon Joubert qui en avait, pendant 15 ans, étudié l'économie, l'a appelé l'Institut du Progrès et de la vulgarisation scientifique. Chacun peut aller

DES SCIENCES ET ARTS-

là donner libre cours au besoin qui pousse les hommes à se rendre compte de ces mouvements célestes qui charment et excitent l'esprit à l'étude des admirables lois de la nal ture. Ici, on n'a pas même songé à enrichir le cabinet de physique du Lycée d'une bonne lunette, au moyen de laquelle la cosmographie, réputée science aride, deviendrait, pour nos jeunes gens, la plus attrayante de toutes, dès qu'il leur serait donné de constater les mouvements des planètes,.de leurs satellites, d'admirer les anneaux de Saturne, d'étudier la géographie de la lune et de fouiller les profondeurs de l'espace jusqu'aux-étoiles de 12« grandeur, c'est-à-dire contempler tout ce que la faible portée de la vue humaine ne permet pas même de soupçonner. Je recommande cette question à la sollicitude de la Société, avec la conviction qu'elle a une très haute portée pour elle et que le succès doit couronner les efforts qu'elle fera pour la faire, triompher. Saint-Denis, 4 décembre 1834.

Ed. DuBuisson.

14

1
j

TABLEAU RÉSUMÉ OBSERVATIONSCOMÈTE DES DELA DEPONS a i 1 d i r

A PARTIR DE: SON APPARITION AU-DESSUS DE L'HORIZON A LA RÉUNION ( Extrait du tableau général publié par la Revue d'Astronomie juillet 1884.)
IiONGBCR de la queue

DATES

ÉCLAT

REMARQUES

OBSERVATIONS

<"janvier 4°°janvier 2 – 3 '– 4 6 8 -*• –•

5,0 4,8 4,5 4,4 4,0 3,3

Queae toujoursfaiblemaisplus Queae toujours longue faiblemais lus p La queue fuit en pointe. La queue devientplus brillante, deux enveloppessuccessivesentourentle noyau. Moins brillante que la veille, queue presque Invisible à cause de la Lune P. û. Deux.noyaux inégaux, queue invisible Eclat égale, Zêta; Pégase.3*

3 3° ° 3* 3• 3 _i. ·

Guillaume, onessiat,Terby. G d° d° Niesten, Guillaume. Guillaume, Boreliy. Guillaume, Denningà yjënningâ Bristol,Gaillanme. DuBuimn A h Réunion, Borelly.

i i ¡ a n i

DATES

I ECLAT

REMARQUES r

LONGUEUR de la queue

OBSERVATIONS

9 jamier ,10 – «i 12 – – 1 i

3,3 3,4 3,0 3,0

Apparence de queue à l'œil nu, gaîne lumineuse. L$ qneue est plus longue au sud qu'au nord.

43

2,5

U

2,5

Noyaubrillant, queue en poing te, éventail de lumière en 3 ° 30 DwJ?wJss<m,Guillaume,Terry. Si1 avant P>. Queueîmisible (P. L.) é\env 4• tail de lumière en avanl Tremblay,Terby, Rayet. o » Courtois à Muges, Cruls à taRio Janeiro. a.. Egale Gamma Pégase.vQb.anT gements remarquables ob4° servesdans le noyau hafflpson a Washington, Lamey à Grignon, | Tremblay, UuBuisson. très faible et ondulée. DuBuisson,Ginieis,Borelly. Queue 4*

J .“ G 3 3.• DuBuisson, uillaume. n “ 3», 30 Guillaume,Borelly.' Gonessiat,Rayet.

e

'1 DATES 15 janvier 46 47 18–2,2 ,19 20 21 1 22-24 – 25 ` ÉCLAT REMARQUES Noyau enveloppé d'une auréolé épaisse. ,i. Queue mieux vrsble, plus d'éciat que ces jours derniers. La Comète se projette sur la lumière Zodiac: Eclat égale Alpha, Pégase. Commence à diminuer. Queue brillante Observations de position. Queue bien visible, parait plus r longue.

LONGUEUR de la queue 430 ° 5* 5"30 S' 30 6°° ° 6* S° 5 • ° 5" f

OBSERVATIONS

2,5 2,3 2,3 2,0 2,1 2,1 2,1 2,1

Faraut au Cambodge. Tremblay, Ginieis, DuBuisson. Tremblay. Tremblay, Borelly. Flammarion, Tremblay, Perrotin. Borelly. Vimont, DuBuisson, Terby, Borelly. Périgaud, Bigourdan. DuBuisson, Borelly. Guillaume

t~. t4 1 s i

v

DATES

ÉCLAT

KEMABQUES • •<

LONGUEUR

de la queue

OBSERVATIONS

26 janvier 27 29 –

2,5 2,7 3,1 3,5 3,6 3,7 3,8

– 29 février ,A" 2 – – 3 4 – î

6 9

– –

4,0 4,2

La queue s'infléchit au Nord S» DuBuisson. Passage au périhélie" Queue large dans le voisinage ° du noyau, s'effile ensuite.. x S* DuBuisson. Bigourdan. La CMn&të6,afflîbiît rapide' La ment./ Gomke sWMt apider 4°30 DuBuisson, Bigourdan. ° Observations de position. 4" r DuBuisson, Boielly. 4" 30 Bigourdan. Fainte, clair de lune. Faible, clair de lune, encore visible à l'œilnu j .?. 4 • 30 DuBuisson. Queues'infléchit \ers le Sud. dernière observatipn de position Atkinson (N* Zélande), Du 3 • .$u~sson. Buisson, Visible à l'œil nu avec la Z' queue malgré lune DuBuisson, Trépied à Alger. Visible comme Alpna l'a lede lier du sculpteur, queuedevinée plutôt que ue. 2 30 Atkinson..

1 = lm t'"

e.

DATES

ÉCLAT

REMARQUES ;cc

LONGUEUR de la queue

OBSERVATIONS

40février. il – 42–5,0 43 –» 16 18 24 – – –

4,5 5,0 5,4 3 5,3 5 5,5 5,8 5,9 6,0 6,1 6,2 6,3 6,5

Queue mieux visible qu'hier. VisibleàTœilnu, malgré P. L. – – Une petite étoile visible à travers la queue Beau noyau. • Queue inusible à la jumelle, visible dansune lunette de

° 2* 2° 2.° ° 2° 1° 3 0° 40

Atkinson. Atkinson, DtiBumon. Atkinson. DuBuisson,. DuBuisson. DuBuisson.
a 2\-

9

26 27 – 28 – 4" mars. 2~ 3,

0*15 DuBuisson. b c Plus dequeue 408»/ trace Tremblayà Gignac. Nébuleuse sans noyau. disparue Tremblay. l – Tremblay. Encore \isible à l'œil nu ÀtMnson,Tremblay. Moinsbrillante que ta veille. Tremblay, visible à l'œil Atkinson. Atkinson. Difficilement nu

]

i^.

` REMARQUES

LONGUEUR

DATES 5 mars.. j'4 t5 j6 i7 18-23^– 24 2S-27 28 29.–

ÉCtATi k 6,8 7,0 7,0 7,0 70 7,3 7,4 7,4 7,5 7,5

de la queuJ

OBSERVATIONS
ai

Invisible, à l'œil nu. Nébuleuse sans noyau.. T Invisible à !fœîl nu, visible dans, jumelle Oiûa pu la revoir à Toeil nu, après l'avoir déjà vu dans la jumelle.; Beau noyau. Même éclat qu'hier. Visible la jumelle. Visible à la jumelle.; Visible à la jamelfeï Kébulosite sans condensation.».

DuBuisson. Atkinson Atkinson. DuBuisson. Atkinsot:, DuBmsson. Atkinson. · Atkinson > Alkinson. tDuPvisson.
l'munpE Gêrint.

H s t~

ï g
o

I

i a r

Astronome..

I

/INSTRUCTION -A A L'ILE DE LA

PVBL.1QITK

RÉUNION

APERÇUHISTORIQUE

1

Le premier acte qui ait réglementé l'instruction publique à l'île de la Réunion, autrefois connue sous le nom de Bourbon remonte,,au 27 mars 4690. Cette île n'était alors habitée que par quelques centaines1 de personnes, tant libres qu'esclaves, groupées autour de cinquante chefs de fami le environ. Déjà cependant elle ap.partenait, depuis près d'un demi-siècle, à la France, qui l'avait d'abord livrée, pour, dix années, à la Compagnie de l'Orient, puis comI Ce nom,qui lui avait été donné, en 1649, ar Flap de courti l'un de»directeursde la Compagnie l'Orient, ilans lui a été retiré par un décretde I79J, promulgué la coloniel'annéesuivante. lle l'a repris en 1810,pour E le perdre Jèiiniliveniem' 4848,après s'être en de son nom actuel,. le de la Kèunio.i, e 1194appelée d î à 1806, de “ puis île Bonaparte 1806à 18(0 13

BULLETIN DELA SOCliïé prise dans la concession perpétuelle faite, par l'édit d'août 1664, à la Compagnie des Indes orientales, de « toutes les terres, places et isles qu'elle pourroit conquérir ou occuper. » Mais les débuts de la colonisation y avaient été pénibles, non-seulem »nt à cause de la lenteur et de la difficulté avec lesquelles se faisaient les voyages au long cours il y a deux cents ans, mais encore parce que la Compagnie avait laissé dans un abandon presque complet les habitants du pays. Aussi, ces derniers s'étaient-ils décidés à écrire directement au roi de France, pour lui faire connaître leurs besoins spirituels et temporels et lui demander un gouverneur. Leur requête fut accueillie, A la fin de l'année 1689, ils virent arriver parmi eux Habert de Vauboulon,-porteur de la réponse de Louis XIV et aceonipagné d'un capucin du nom de Hyacinthe. Investi de pouvoirs à peu près illimités, Vauboulon aurait pu être utile à l'œuvre na'ssante dont la direction venait de lui être confiée, s'il avait cherché à se faire bienvenir des colons placés sous son autorité, au lieu de les pousser à la révolte par ses exactions et par sa tyrannie. De toutes les mesures qu'il prit, et dont quelques-unes rendraient jaloux le despote le

î 4 L'original e celle lettre de Louis XIV n'existé d plus mais on peut en lire la copie,de la maindu père Hyacinthe,sur. l'undes registresde l'étatenil de SaintPaul (île de la Réunion)»-

DES

SCIENCES ET ARTS

plus accompli de l'Orient', une seule doit nous occuper, c'est l'ordonnance du 27 mars 1698, relative à l'instruction de la jeunesse. Elle mérite d'être citée textuellement a Ayant fait réflexion sur le peu de cas que « les habitants ont fait de l'affiche que nous s avons fait publier le 23 décembre dernier « et que, suivant la volonté du Roi et notre « avis, ils n'ont point donné d'apprentis aux « ouvriers qu'il a plu à Sa Majesté envoyer « dans cette île,et ayant reconnu que les pè« res, préférant leur intérêt particulier à î'é« ducation de leurs enfants, aimaient mieux « les garder près d'eux pour les envoyer à la « chasse et à la pêche que de leur faire ap« prendre un métier, à lire, à écrire, et, ce <cqui est le' plus cruel, non pas même les «cprincipaux mystères de notre religion -ni « l'usage des sacrements nécessaires indis« pensablement au salut nous, désirant en « ce, comme en toute autre chose, obéir aux « ordres que nous avons reçus du Roi, et te« nirj la main que les habitants s'acquittent « envers leurs enfants du devoir que la na1 Vauboulon avait été jusqu'à décider, par deux ordonnances du 1S décembre 1689, que la peine de mort serait encourue 1° par tout habitant qui s'absenterait de sa demeure pendant plus de quinze jours sans, la permission écrite du gouverneur 2° par celui qui, témoin d'un fait de cette nature, ne ramènerait pas le déserteur » moit ou vif. Quant à l'escla\e, il lui suffisait d'une absence ;le plus de ingt quatre heures, sans la permission écrite de son maître, pour être marqué,de la fleur de lysla première fois, et pendu, haut et court, la seconde.

BULLETIN DB LA SOCIÉTÉ

« ture et l'honneur exigent d'eux, leur en« joignons, dans six semaines pour tout dé« lai, de prendre des mesures pour l'exécua tion du contenu en ladite affiche, de s'adres« ser au père Hyacinthe pour faire instruire « leurs enfants de nos principaux mystères et « de l'usage des sacrements et de prendre le « temps et la méthode qu'il voudra donner « pour cet effet, à peine de trente livres d'a« mende contre les contrevenants; et afin que « la jeunesse se porte d'elle-même à appren« dre ce qui lui est nécessaire au salut et à « travailler, nous déclarons, à ladite jeunesse « de l'un et de l'autre sexe, que nous empê« cherons de tout notre pouvoir qu'on ne leur « administre le sacrement de mariage qu'au« paravant ils ne répondent, pendant-huit « jours, sur les points principaux de notre « foi et que les garçons n'aient appris un mé« tîer ou à lire et à écrire, et que les filles pa« reillement ne sachant le devoir de chré« tien, lire et écrire, travailler et faire ce a qui est nécessaire dans leur ménage, que « même les uns et les autres n'aient de leurs « parents ou gagné de quoi se nourrir pen« dant trois ans, qui est le temps suffisant « poor mettre une habitation en état de four«_nir des vivres et, en cas que les personnes « qui ont des enfants persistent dans leur « opiniâtreté et négligent le présent avis, nous « leurs déclarons que nous prendrons leurs t enfants près de nous pour les faire élever « et apprendre à travailler à leurs dépens. » Ce document fait voir que, sous l'ancien régime, on entendait appliquer, même dans les

DES SCIENCES BT ABTS

colonies, le-principe de l'enseignement obligatoire au profit exclusif de la religion catholique Il prouve aussi que le grand Roi avait su trouver, dans son représentant, un interprète fidèle de ses volontés. Il existe, en effet, une parenté visible entre l'acte qui vient d'être cité et la déclaration destinée à la métropole, du 13 décembre 1689, enjoignant « à tous les « pères, mères, tuteurs et autres personnes « chargées de l'éducaâon des enfants et nom« mément ceux dont les pères et mères ont « fait profession de la religion prétendue ré4 formée, de les envoyer aux écoles et caté« chismes jusqu'à l'âge de quatorze ans, si ce « n'est que ce sont des personnes de telle « condition qu'elles doivent se faire instruire « chez elles par des précepteurs instruits de « la religion et bonnes mœurs, ou les envo« yer aux collèges, à peine de condamnation « d'amende ou de plus grande-peine, suivant « l'exigence des cas. » L'ordonnance de Vauboulon ne s'exécuta pas longtemps. Fatigués de l'oppression à laquelle ils étaient soumis, les habitants s'en1 Le principe de l'enseignementobligatoire avait en ses partisans avoués, en France, des le seizième siècle,ainsi que le prouve le vœuémis par la nobless-e protestante, aux Etats généraux d'Orleans de 1560, \œu reproduit,auxEtatsde Bloisde 4588,par le clergé, dont la convictions'était faite, sur ce point, le jour oùil avait reçu m mdatde présiderà notre premieressaid'enseignement rimairegratuit.(Art.8, 9 et 40de p t'ordonnance d'Orléans.Recueil esanciennes frand lois çaises,lotnc XIV,p. 67.)

BULLETIN LA. OCIÉTÉ DE S tendirent bientôt pour se débarrasser de leur gouverneur. Le dimanche 26 novembre 1690' pendant la messe, sur un signal donné de l'autel par ce même Hyacinthe qui avait été chargé d'élever chrétiennement leurs enfants, ils s'emparèrent du chef de la colonie et le jetèrent dans un cachot où, après vingt-deux mois de détention, il mourut empoisonné. Un demi-siècle devait encore s'écouler avant que s'ouvrit le premier établissement scolaire que l'ile Bourbon ait possédé. Voici dans quelles circonstances il fut créé. L'édit d'août 1664 avait imposé à la Compagnie des Indes* orientales l'obligation d'entretenir un certain nombre d'ecclésiastiques dans les lieux où elle s'établirait, afin d'y assurer l'exercice du culte. Pour se conformer h cette prescription, la Compagnie s'était adjoint les missionnaires de Saint-Lazare par un tFâité du 22 septembre 4742: « Dans ses « vues, dit M. Pierre Margry, l'instruction de« vait suivre l'éducation religieuse. Ainsi, le « quatrième prêtre -devait tenir une espèce, « 4e petit collège, où les petits garçons se« raient élevés dans la connaissance de la re« ligion, l'étude des lettres et les principes « des sciences. La Compagnie se proposait, « sur ce point, pour compléter son œuvre, « d'envoyer trois maîtres et trois maîtresses « d'école pour enseigner aux enfants à prier « Dieu, â lire et à écrire, et aux filles à tra4 Cettedaterésultede l'acte de décèsde Vauboulon, qui existeà l'Elat civildela communede Saint-Pauf.

&B9SCIENCES ARTS ET « « « « « « « vailler en linge, en tapisserie, en habite de femme, à tricoter, et à d'autres petits ©uvrages convenables à leur sexe ce que faisait alors par dévouement et gratuitement Louise Payet, femme du sieur François Cauzan, qui pouvait être l'exemple des femmes » » Mais bientôt l'exécution du contrat de 1712 donna lieu à de graves difficultés, et ce contrat fut rompu. Avisé du fait, le contrôleur des finances Orry intervint. Des conférences s'établirent ectre les directeurs de la Compagnie et le supérieur général de la congrégation. EUes aboutirent à un nouvel accord, signé & Paris le 27 juillet 1736. L'une des clauses de ce dernier traité, écrit dans un style qui rappelle beaucoup celui de Vauboulon, portait qu'un collège, avec externat gratuit, serait annexé au presbytère dé Saint-Denis et confié à des lazaristes que chacun; des régents recevrait annuellement, sur les fonds de la colonie, quatre cent cinquante livres fortes, et, sur ceux de la Compagnie trois cents livres, une barrique de vin et trente pois d'eau-de-vie enfin que la colonie fournirait un terrain attenant au presbytére et se chargerait de la construction et de l'entretien des bâtiments scolaires, ainsi que de la fourniture du mobilier. 4 Documentsnéditsde l'histoirede la Marine'etdes i Colonies(Revuemaritimeet coloniale,octobre 18<>2, p. 337.)

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

L'exécution de toute cette partie du contrat ° -de 1736 se fit attendre bien des années. En 1751, le missionnaire Teste, qui exerçait à l'île Bourbon les fonctions de préfet apostolique, rappela au gouverneur Lozier Bouvet l'engagement pris au regard de sa communauté. Bouvet s'empressa d'adresser aux habitants de l'île un appel qui fut écouté. Chacun y aidant, on put commencer bientôt la construction du collège sur une partie du terrain curial de Saint-Denis, livrée en échange d'un autre terrain situé au bois de Nèfles Ce bâtiment, composé d'un rez-de-chaussée et d'un étage,, ne fut terminé qu'en septembre 1759 C'est encore aujourd'hui l'un des édifices les plus importants de la ville de Saint-Denis. Après avomperdu' sa destination première et servi longtemps de caserne, il -est maintenant affecté aux bureaux du cominissariat'de la marine 3. Le nouveau collège ne tarda pas à être connu et fréquenté. Voici ce que nous ap1 Ce terra'n est à la base duBoisde Nèfles,au lieu ditla Plaine.Il estconnusousle nomde « lerrain des .prêtres ». 2 "Notes par historiques l'île BoHr&o», Da\elu. sur 3 Ce bâUnent,qui touche à Id rue de Pariset s'ouvre sur la placede l'hôpital militaire,a été couronné d'un secondétage il y a quelquesannées.Onle voit Jau gurer. tel qu'il existaità l'origine,sur le plan joint En Voyagedatts les mers de l'Indede Legentil,4779. <7t)3j^Duplcssis, gouverneur «lela colonie,proposad'y réunir tous les corps constituéset de loger les troupes • ailleurs.(Lettresà l'assembléecoloniale,du 13 sep• tembre.)

DES SCIENCESET ARTS

prend, à ce sujet, l'astronome Pingre, dans sa Description de Vile Bourbon' « Il y a, « dans la paroisse de Saint-Denis, un curé, « un vie dre et, de plus, un clerc de la même « congrégation (Saint-Lazare) qui, conjointe« ment avec le curé, le vicaire et quelques « autres personnes, travaillent à la desserte « d'un collège qui y est établi. En temps de « paix, on envoie à ce collège des époliers « non-seulement de l'ile de France, mais des « Indes. On y a même vu des élèves portu« gais. La guerre l'avait rendu presque dé« sept. ) » C'est en se rendant à Rodrigue, pour y observer le passage de la planète Vénus sur le disque solaire, de 1761, que Pingré s'arrêta à l'île Bourbon. Il parle donc ici de cette funeste guerre de Sept ans, à laquelle le caprice d'une favorite avait poussé le plus débauché de nos rois, guerre qui engloutit tant d'hommes et d'argent, et entraîna J'effondrement de la puissance coloniale française. Après le désastreux- traité de 1763, notre collège ne put reprendre sa splendeur première. Mais comme la population des îles de France et de Bourbon augmentait de jour en jour, il conservait encore une incontestable utilité» Son utilité ne devait pourtant pas le préserver d'une destruction prochaine.

i Cet o jvragen'a jamais été imprimé. Il est déposé à Parisà la bibfijlhèqueSainte-Geneviève.
16

Jff^HfP

j»5 M £©O$TÉ II

En 1767, la Compagnie des Indes fit la remise des îles de France et de Bourbon au roi, représenté, dans l'une, par le gouverneur général Dumas et l'intendant général Poivre, dans l'autre, par le commandant Bellecombe et l'intendant Crémont. Cette rétrocession, convenue dès 1764, avait été nécessitée par l'impuissance dont la Compagnie s'était vue frappée à la suite de ses revers dans l'Inde. Il semble que le passage de nos deux îles, des mains d'une société commerciale avide et despote, aux mains de celui qui, personnifiant alors l'Etat, se disant le seul représentant légitime de la nation, aurait dû avoir pour conséquence de provoquer» des mesures favorables à leur unique établissement d'instruction publique. Ce fut le contraire qui se produisit. Le pouvoir royal transforma le collège '.en caserne. Cette transformation eut lieu dans des circonstances utiles à faire connaître, parce qu'elles ont donné naissance à une légende que les lazaristes ont contribué à former, et qui n'est pas entièrement conforme à ce qui s'est passé. D'après cette légende, le personnel de notre maison d'éducation, maîtrès et élèves» aurait été l'objet d'une dépossession brutale et tout à fait imprévue, le 10 avril 1770. Pendant qu'ils entendaient l'office du mercredi saint à l'église voisine, des troujpes, destinées à renforcer la garnison de l'île, auraient pris possession du collège en jetant, par les fenêtres, tous les livres, cahiers et pupitres. L

CES SCIENCES ET ART9

« Qu'on se figure, dit un historien de cet « épisode, la stupéfaction des élèves, des pro« fesseurs et surtout de M. Teste, quand, à la « fin de l'office, ils apprirent la scène de dé« vastation, plus digne des Vandales que « d'une nation civilisée, qui venait d'avoir « lieu t Sans nul doute, il y a de grands mots « tout prêts pour les grandes circonstances. « On mit en avant l'impérieuse nécessité où « l'on se trouvait de loger les défenseurs de la « patrie. Mais ce n'était là évidemment qu'uri « prétexte spécieux car enfin, chaque famille « de la ville n'eût- elle pas consenti à loger « chez elle, comme en France, deux ou trois « de ces soldats, en attendant qu'on leur trou« vât un gite ?f Et les missionnaires eux-mé« mes, pour sauver leur collège, pour lequel « ils avaient fait tant de sacrifices, pour le« quel l'un d'eux, M. Caulier, curé de Saint« Denis pendant près de 18 ans, n'avait pas* « dépensé moins de cinq à six mille francs* « de son patrimoine, n'eussent-ils pas Volon« tiers offert le presbytère de Saint-Denis ? » Voici la vérité, elle est assez triste et n'a* pas besoin d'être exagérée. Au moment de la rétrocession des îlesr if avait été convenu que tous les bâtiments de là Compagnie des Indes seraient Mvrés au gouvernement royal. Celui-ci avait immédiatement projeté de transformer le collège en caserne. On lit, en effet, ce qui suit dans une lettre adressée, le 16 juin 1868, par Cfêraçstt aux préposés de la Compagnie « Les travaux « de votre magasin vont nécessairement être; <csuspendus, et, par suite, la remise au coHè*

BUU.ETIN DELASOCIÉTÉ • ge que vous devez nous faire pour nous ser« vir de caserne. » Une année et demie plus tard, la livraison n'ayant pas encore été faite, Crémont écrivit de nouveau « Vous deviez « remettre aux administrateurs du roi, dans « le courant de juillet dernier, le bâtiment « appelé le Collège nous voilà au mois de « décembre je ne vois pas que vous vous « pressiez beaucoup de faire la remise de ce « bâtiment. Cependant nous en avons le « plus pressant besoin. Messieurs le gou« verneur général et l'intendant, d'après l'as« surance qui leur a été donnée par M. de « Bellecombe^ pensent qu'il a dû être livré « depuis plusieurs mois. Je me suis transpor« té dans le nouveau magasin en pierres que « vous avez fait construire, et il m'a semblé le travail intérieur pouvait être accéque « 1ère davantage en augmentant le nombre de vos ouvriers. Au reste, comme vous êtes « en état d'y faire transporter une partie des « marchandises que vous avez dans le collè« ge, j'ai l'honneur de vous prévenir, Mes« sieurs, que vous ne pouvez commencer trop « tôt cette opération, et qu'il est même indispensable qu'elle soit achevée à la fin du ce bâtiment devant servir en partie « mois, « de magasin à grains. «Enfin, le 5 avril suivant, les préposés de la Compagnie s'étant déclarés prêts à remettre les clefs, Crémont les prie d'attendre le retour du commandant, qui est en cours de voyage à Saint-Paul. Ces documents prouvent qu'il n'a pu y avoir,.le 10 avril 1770, un acte de surprise et de violence pour s'emparer du bâtiment seo-,

DES SCIENCES ET ARTS

laire de Saint-Denis. Il faut ajouter que, à cette date, le personnel enseignant n'existait plus en quelque sorte. Les lazaristes, pour la plupart vieux et infirmes, étaient hors d'état de se livrer à un travail actif. Leur supérieur Teste ressentait les premières atteintes du mal qui devait l'emporter à la fin de 1771 Caulier, frappé d'une affection nerveuse grave, ne pouvait même plus célébrer la messe. Le gouverneur général et le ministre avaient été mis au courant de cet état de choses par lettres du 31 août 1769 et du 8 février 1770. Quant à placer les troupes chez les particuliers, il n'y fallait point songer. On lit, ,dans un rapport adressé au département de la marine, le 10 février 1769 « Il n'a pas été possi« ble aux officiers de la légion de se procurer « un logement chez l'habitant, même en pa« yant. La plupart des maisons du chef-lieu, « ne sont que, des cases en bois, fort peu côn« sidérables, et qui ne peuvent qu'à grand'«peine loger le propriétaire et sa famille. » On le. voit* la situation était telle, qu'elle fournissait aux administrateurs des deux îles un prétexte pour supprimer lecollège. Ce prétexte, ils n'en avaient pas besoin. Le 15 août 1768, le ministre leur avait écrit « Le « collège, qui n'est qu'une école, doit être dé« frayé par les étudiants et, si la Colonie « n'est pas assez riche pour subvenir, par un « nombre suffisant d'écoliers, à l'entretien du « collège et des régents, il faudra s'en tenir « aux^coles particulières de chaque parois« se. »

BTOLKTÏK tX SOCIÉTÉ îfS C'est pour se conformer à ces instructions, qui avaient déjà dû. leur être données oralement à leur départ de France, pour préparer une destruction convenue, que Bellecombe et Crémont avaient décidé, par une ordonnance du 10 juillet 1768 que, dans chacun des huit une école serait quartiers de Me Bourbon et entretenue aux frais des habitants. érigée Cette ordonnance ne reçut un commencement d'exécution qu'au bout de vingt années. Ce n'est qu'en 1788 et'en 1789 que de petites écoles primaires s'ouvrirent à Saint-Pierre, à Saint-Paul, à Saint-Benoit, à Saint-Louis et à Saint-André. Mais en 1770, où donc les habitants" de'fîle auraient-ils trouvé des ressources pour l'érection et l'entretien de huit maisons d'éducation ? Où donc auraient-ils pris le personnel enseignant nécessaire à ces divers établissements f [ Si l'on veut apprécier leur situation à l'époque dont j'è parle, il faut se souvenir que Bourbon, n'ayant fait que décliner depuis la départ de Labourdonnaîs, avait été laissé par la Compagnie dans une sorte d'anéantissemêttî qu'aucun profit sérieux n'était encore résulté de la liberté relative qui venait d'être accordée à son commerce, et que la période prospère de la culture des arbres à épices s'ou-

t Code ÏHslateu, partie, n°170,p. 68. 2 Ces huit quartiers étaient Saint-Denis, SainteMarie,SïMe-Sazanne,Saint-André, Saint-Benoît, SaintPierre,Saint-Louiset Saint-Paul.

DES SCIBSCES .ET 4$TS

vrait à peine pour elle. Il faut nde jphis savoir les années qui suivirent la ferque, pendant meture de gon collège, elle fut constamment visitée par de violents cyclones que, du 4 décembre 1770 au 15 avril 1772, c'est-à-dire en deux hivernages, elle fut frappée .cinq fois' que le dernier de ces ouragans et celui de 1773 sont comptés parmi les plus terribles de tout le siècle Cependant les colons se seraient efforcés, sans doute, de conserver leur unique établissement d'instruction et ils y seraient parvenus en le ramenant à des proportions modestes jusqu'au retour des jours heureux, si le Gouvernement avait cherché à leur venir ,en aide. Dira-t-on que la détresse des finances publiques, fruit d'une folle dépravation, enlevait au pouvoir royal la possibilité de les secourir ? Ne pouvait-il pas, au moins, leur enyo? yer les lazaristes que les administrateurs locaux lui avaient instamment demandés ? Ne devait-il pas surtout respecter leur bâtiment scolaire, ou bien, s'il en avait un besoin temporaire pressant, le rendre, au bout de quelques années, à sa destination primitive ? ïgû,orait-il donc que l'instruction est indispenga-

1 Correspondancees administrateurs e la colopie d d avecle ministre. 2 A Bourbon,les vieillardsse rappellent l'ouragan de 4751 en revenant vers nous,on cite ceuxde 4772 et de1786. (Billiard, Voyageaux colonies orientales, <832.)

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

blé, surtout dans les colonies lointaines, au développement du sentiment national ? Pour éprouver avec vivacité ce sentiment, le colon, qui n'a jamais eu le bonheur de fouler le sol de sa métropole, doit s'être rapproché d'elle par la pensée, s'être nourri de son histoire et de sa littérature, avoir en quelque sorte vécu dans son sein pendant de longs siècles, avoir partagé ses souffrances et joui- de ses triomphes car il n'est pas uni à cette mère commune par l'amour instinctif que l'homme éprouve pour le lieu où il est né, où il a grandi et qui est peuplé de ses souvenirs d'enfance. Il lui faut donc puiser, de bonne heure, aux sources fécondes de l'ènseignement, et se mettre ainsi en état de participer à la communion qui, aux heures solennelles, réunit à travers l'espace, dans un même élan et pour l'accomplissement d';un même devoir, des millions d'êtres nés sous des ciels divers, mais également jaloux de concourir au salut de la patrie et à la grandeur nationale.Ces considérations n'étant point de nature à toucher le héros du Parc-aux-Cerfs et son entourage, le collège de l'île Bourbon devait disparaître et il disparut. Pourtant les institutions utiles survivent d'ordinaire aux hommes qui les ont vues naître, et se perpétuent aussi longtemps qu'exigent les besoins qu'elles sont appelées à satisfaire. Ici le contraire arriva. Teste eut la douleur, avant de fermer les yeux, de voir anéantir l'oeuvre dont il avait été le principal créateur et le soutien infatigable,

DES SCIENCES Et

ARTS

A de l'année 1770, les habitants de partir Bourbon n'eurent d'autre ressource, pour faire instruire leurs enfants, que de les envoyer en France. Mais ce moyen, auquel avaient eu recours, même à l'époque où florissait lexsollège des lazaristes, les personnes riches et déPersonnes sireuses de donner une éducation soignée à leurs fils', n'était pas à la portée de tout le monde. Du reste, s'il offrait des avantages à ceux qui pouvaient en profiter, il avait, au point de vue de l'intérêt général, l'inconvénient grave d'entraver les progrès de la colonisation, de favoriser l'absentéisme dont les îles-sœurs souffraient déjà8. La meilleure partie de leur jeunesse masculine émigraifc3 souvent même le départ du fils déterminait celui de toute la famille, qui quittait ces colonies pour ne plus y reparaître. Quant aux enfants condamnés à grandir ù l'ile Bourbon, ils étaient presque tous voués. à l'ignorance. Parmi les habitants de ce pays, il y en avait alors bien peu qui fussent en '–* 1 C'estain*ique Bertinet Parnyétaient partispour la France, l'un en 1761,l'autreen 1763. â Voiries vi\es objurgationsde Poivreaux colons, sa aux syndics,députés et au sujetde l'absentéisme, notableshabitants de l'île q dans le discours qu'iladresde France, lors de soi arrivée dans cette colonie commeintendant général.(OEuvres.) 3 « Comme l'attentiondes pèicsse porte'[rincipa« lementsur les garçons,ils les font passeren France <id'où ils reviennentrarement. » (Bernardin Saintde d Pierre, lettre du 21 tlccimbre4770, atéede Bourbon. QEtivres.) ,•
17

BCLIiEKN DE Là SOCIÉTÉ

état de remplir le rôle de précepteur. Ceux même qui, plus favorisés que les autres, avaient passé la première partie de leur existence en France, devaient avoir un bagage littéraire et scientifique fort léger, par le double motif que, au siècle dernier, l'instruction était moins répandue qu'aujourd'hui, et que, depuis leur arrivée dans l'île, « où tout le « monde, dit l'astronome Legentil, menait « une vie champêtre et simple, en cultivant « son champ et s'occupant à la chasse et à la « pêche »,ils avaient dû oublier une grande partie de leur rudiment. Dansun tel milieu, quel avenir eût été réservé à Lislef Geoffroy si sori père n'avait pas été capable de lui ouvrir la voie dans laquelle il s'est distingué ? Combien d'autres natures privilégiées ont *vaine'ment attendu, pour prendre leur essor, des conditions meilleures que celles qui se rencontraient, à cette époque, soit à l'île de France, soit à l'île Bourbon 1 « On ne se doute pas, dit Parny, dans une « lettre qu'il écrivait à Bertin en janvier 1775, « peu de temps après son retour dans leur « patrie commune, on ne se doute pas, dans « notre 'île, de ce que c'est que l'éducation. « L'enfance est l'âge qui demande, de la part d de Voyagé ansles mers l'Inde,t. II, p. 667. 2 LisletGeoffroyst né à Saint-Pierre (Réunion),le e 23 août 1755* C'estpar erreur que, dans la notice"biographique de ce savant, AragoFa fait naître à l'île de France.

DESSCIENCES ARTS ET « des parents, le plus do prudence et le plus « de soin ici, l'on abandonne les enfants aux « mains des esclaves, ils prennent insensible« ment le goût et les mœurs de ceux avec « qui ils vivent aussi, à la couleur près, très « souvent le maître ressemble parfaitement à « l'esclave. A sept ans, quelque soldat ivro« gne leur apprend à lire et à écrire, et leur « inculque les quatre premières règles de l'a« rithmétique alors l'éducation est complète te » Il y a certainement de l'exagération dans ce tableau, tracé par un jeune homme de vingt-deux ans, sous l'empire de l'impression pénible que lui avait fait éprouver le contact de l'esclavage après onze années d'absence Il regardait d'un œil désenchanté son île natale, qui n'était point encore devenue pour lui le « paradis des amours » il aspirai avec toute l'ardeur d'une âme brûlante, à revoir" Paris, à se replonger dans cette société nourrie de la moelle d'Athènes et de Rome, dans ce grand foyer de lumière. Pourtant on ne peut nier qu'il existe un fond de vérité dans sa triste peinture. Quel contraste, en effet, au seul point de vue qui doive nous préoccuper, l'éducation de la jeunesse, entre ce que Pàrny avait laissé derrière lui et ce qu'il retrouvait à 4 Œuvres de Parny. 2 « Non,je nesauraisme plairedansun paysoùmes « regardsne peuvent tomberque sur le spectaelede la servitude,où le bruit du fouetet deschaînes « sourdit monoreilleet retentitdansmoncœur as« (même « Lettre).»

BULLETIN

DE LA

SOCIliTÉ

l'llé Bourbon Ici, le dénùment le plus comau' moins à partir de la fatale année plet, là-bas, un mouvement généreux que 770 l'expulsion des jésuites venait accentuer encore., Ce mouvement, auquel participèrent toutes les forces intellectuelles de la France, finit par se perdre dans le grand courant de la Révolution. III La Révolution française a été faite pour restituer, aux classes asservies, l'usage des droits qui font la force de l'homme et sa dignité, et pour en assurer à tous le respect. Dès lors, elle ne pouvait omettre de comprendre, dans ses projets de réforme, renseignement, dont le rôle est de nous soustraire à la pire des servitudes, celle de l'ignorance, et qui est la plus sûre gardienne de la liberté. Mais, au milieu de la tourmente soulevée par ceux qui s'efforçaient d'entraver sa marche, il lui fut impossible d'achever l'œuvre derrénovation général? qu'elle avait entreprise. Du moins, elle eut la gloire de poser les principes qui servent de base à la société moderne. C'est ainsi que l'Assemblée constituante déclara « qu'il serait créé et organisé une instruction « publique commune à tous les citoyens, gra« tuite à des parties d'enseignement l'égard pour tous les hommes' 4». « indispensables Constitution 179/. Titre 1" Dispositionstonde «lamentâtes garantiespar la Constitution.

DES SCIENCES ET ARTS

La Convention fit de vains efforts pour réaliser cette solennelle promesse et nous doter d'un immense enseignement primaire obligatoire. Qui pourrait lui reprocher son insuccès, quand, après un siècle bientôt, nous touchons à peine au but qu'elle s'était proposé d'atteindre ? Au reste, assez de créations durables témoignent de sa sollicitude pour ce grand besoin social l'éducation de la jeunesse. Mais ce n'est point ici le lieu de rappeler, même à grands traits, ce qui a été fondé en France, à cette époque* en faveur de l'instruction publique. Il faut revenir à la colonie sur laquelle doit se concentrer, notre attention., Lorsque la nouvelle des premiers événements qui signalèrent la grande aurore de 89 parvint à l'île Bourbon, de nombreuses manifestations s'y produisirent. La plus éclatante de toutes fut la fête que la jeunesse du cheflieu offrit au détachement du régiment de · Pondichéry, alors en garnison à Saint-Denis. L'un des organisateurs de cette fête était un jeune diacre, du nom de Louis Delsuc, qui avait professé au collége royal de Vitry-leFrahçois. L'occasion s'offrait à lui d'appeler l'attention publique sur l'utilité d'une maison d'éducation à Saint-Denis. Il la saisit et présenta un, projet. Ce projet méritait de recevoir et reçut l'accueil le plus favorable de l'assemblée générale des députés des quartiers. Malheureusement, cette assemblée eut une existence trop éphémère pour s'occuper d'une création qui nécessitait du temps et des ressources de diverses natures. Elle fit place, en octobre 1790, à une assemblée dite coloniale

BULLETIN- DE LA SOCIÉTÉ

élue en vertu des décrets de la Constituante autorisant chaque colonie à faire connaître ses vœux sur la constitution, la législation et le régime administratif qu'elle désirait obtenir. Rassemblée coloniale, ou plutôt une partie de ses membres se chargèrent de faire connaître les besoins et les vœux du pays, et signèrent, dans ce but, à la date du 21 avril 1791, une longue pétition à la Constituante. Après avoir dit le sort infligé à l'île Bourbon par la perte de son collège, les pétitionnaires firent ressortir l'avantage qu'on trouverait à cultiver les dispositions naturelles de la jeunesse créole, qui déjà s'était rendue utile à la patrie par son courage, et qui pourrait la servir par ses talents, si les ^moyeûs de les développer lui étaient fournis. Ils s'attachèrent à démontrer que la création et l'entretien d'un établissement d'instruction publique étaient aa-dessus des seules forces .des colons, et que la mère-patrie pouvait les aider sans un trop leard sacrifice. Pour atteindre ce résultat, disaient-ils, il suffirait à la métropole de permettre â la colonie d'imposer la jouissance des pas géométriques ou d'autoriser la vente des biens curiaux, à la condition toutefois' que le produit de cette vente fût, avant toutes choses, employé à garantir aux desservants 4 à l'île de la Réunion, i Onappellepas géométriques, une zone de 81 mètres environ,qui a été réservéepar le pouvoirconcédant,tout autour de l'Ile, et qui a été déclaréeinaliénable.

DES SCIENCES ETARTS des paroisses le service exact de leurs traitements et affecté, pour le surplus, à fonder et à entretenir une école. La Constituante venait de clore ses travaux lorsque cet acte parvint en France. Les députés de la colonie le remirent au ministre de la marine, en l'accompagnant d'une note destinée à appuyer la demande de la représentation localç. La réponse à cette double requête fut apportée par Tirol, qu'un acte du 1er février 1792 avait nommé commissaire civil à Bourbon. Dès son arrivée à Saint-Denis, en septembre suivant, il se mit en rapport avec l'assemblée coloniale, ou plutôt avec sa commission intermédiaire (on dirait aujourd'hui sa commission de permanence). Il offrit, au nom de l'État, de céder gratuitement le jardin de l'intendance et de coopérer à l'érection, sur ce terrain, d'un établissement d'instruction pu- • blique. La commission intermédiaire accepta cette offre par un arrêté du 31 octobre 1792 que le gouverneur approuva le 2 novembre ` suivant. Le. jardin de l'intendance, désigné depuis sous le nom de jardin Floris1 convenait parfaitement, il faut le dire, à la destination qu'on se proposait de lui donner. En effet,il est situé dans les hauts de la ville au pied du Brûlé, ` tout près de l'abondante source si connue pour la fraîcheur et- la pureté de son eau situation inappréciable à une époque où l'on ne songeait pas encore à établir le canal de dérivation qui arrose aujourd'hui le chef-lieu de l'île.

BULLETIN tA SOCIÉTÉ »B

Cependant la création projetée ne put avoir lieu. En juin 1792, un prêtre du nom de BelIon avait fondé, à Saint-Denis, une école pour les garçons sur l'emplacement du lycée actuel Dénué de ressources et ne pouvant parvenir à payer l'immeuble sur lequel était installé son collège, Bellon s'adressa aux représentants du pays qui demandèrent au ven-deur de reprendre sa chose, dont on n'avait plus besoin depuis que la colonie pouvait disposer du jardin de l'intendance. Le vendeur repoussa cette offre. Alors là commission intermédiaire prit, à la date du 21 novembre 1792, un arrêté où, « considérant que M. Bel« Ion a dû compter sur le secours de la colo« nie pour son établissement d'une maison « d'éducation, et que le service qu'il a rendu « en cela mérite sa* gratitude », elle décida s 1 On,plus exactement, ur la partieouest du lycée. Bellonavait achetéce terrain de Martin quien était propriétairedès 1777,ainsi qu'on peut s'en convaincre l en rapprochante plande la villedressé par Bancks,à cette époque, e la liste des concessionnaire- ui acd q compagne ceplan. Sur ces pièces,le terrain Martinest l comprisdans'îlot n° 58 et porte le n*444. « J'ai l'honneurdevous adresser\à tableau-de la « positiondu collège. Vousverrez,parcet aperçu,com« bien ilest urgent quevouseuillez bien prendre des « mesurespour venirà son secours. Je l'ai soutenu, a le du crédit que l'ona « jusqu'à présent,par et moyen secours u'un de mes bien, voulu faire, par les me q « collaborateurs une autrepersonnelui ont fournis. et M «.Permettez, . M.,que je voussollicitede me mettre «à mêmede pouvoirles satisfaire.» (Lettre de Bellon à l'Assemblée d coloniale, u 2i octobre1792.)

"ÛES

SGfttNCÉS Eî

AfeTS

i que les dépenses faites par cet instituteur seraient regardées comme dettes de la colonie et soldées à l'aide d'un emprunt remboursable sur le produit de la vente des biens nationaux, avec intérêt au taux commercial. Cet arrêté confiait au procureur général, syndic du district du Vent et au maire de SaintDenis la.surveillance de la maison d'éducation qui, provisoirement,- devait rester à la charge de Bollon et donner ouverture, à. son profit, aux mêmes rétributions scolaires que par le passé. L'emprunt décrété n'ayant pu être réalisé, Tirol proposa de contracter, au nom de l'Etat, l'engagement de payer l'arriéré et de faire les avances nécessaires à la marche du collège, jusqu'au moment où la colonie pouirait pourvoir à cette dépense par la rentrée de ses contributions. La proposition du commissaire civil fut acceptée parmi acte du 28 mars, qui érigea l'établissement Bellon en collège national. 0uant au jardin de l'intendance, il fut vendu. La direction de ce collège ne tarda pas à -passer aux mains de Delsuc, qui dirigeait à ce moment l'imprimerie coloniale et qui, plus .tard, devait être appelé aux fonctions de «juge au tribunal d'appel et criminel dé la co-

1 Cesdépendesmpayées livres. i s'étçvaientà 15,17-1 2 L'îledela Réunionest diviséeea deux arrondissement du Ventet arrondissement sous\&Vent.Autrefois on disaitdistrictdu Ventet districtsousle ^Tent. ••
18

BULLETIN DE LA. SOCI&li

Ionie t, puis de juge à la cour d'appel de l'ile Maurice. Le nouveau principal, désireux de donner un gage do sollicitude à ses élèves, leur composa un traité de morale, de politique et de législation. Il n'est pas sans intérêt de rappeler que l'assemblée coloniale, a qui cet ouvrage fut soumis, décida, par un arrêté du 16 messidor an III 1° que Louis Delsuc avait bien mérité de la patrie 2° que son traité serait imprimé à cinq cents exemplaires et distribué aux habitants de l'ile et cie préférence aux pères de famille 3o que chacun était invité. à faire parvenir ses observations critiques au comité d'utilité publique do l'assemblée, afin que ce comité, de concert avec l'auteur, pût « travailler à la réjiactioh définitive des institutions élémentaires » Ces déclarations pompeuses, ;à l'occasion d'un petit traité bien oublié depuis, peuvent étranges, aujourd'hui que les livres d'étude et les publications de toute sorte desparaître tinées à l'enseignement ont été multipliés à l'infini. Elles prouvent du moins, aussi bien que le concours- qui avait été accoVdé à BelIon trois ans plus tôt, que l'assemblée coloniale de l'île Bourbon ne marchandait pas son appui à ceux qu'elle voyait se dévouer à l'éducation de la jeunesse. Elle créait une tradition qui ne devait pas être perdue. Jamais 1 Pardélibération l'assemblée de coloniale 8 iherdu midoran VIII, enregistrée tribunald'appelle 3 frucau tidor anVIII.

DESSCIENCES ARTS ET

fine mesure, favorable àu développement de l'instruction publique, n'a été proposée à l'une des assemblées délibérantes qui se sont succédé dans notre colonie de la mer des Indes, sans éveiller sa sympathie et sans provoquer son assistance. Mais les évènements peuvent paralyser les meilleures dispositions de l'homme. C'est ce qui arriva aux mandataires élus du pays, mandataires dont les louables efforts devaient finir par être frappés d'impuissance. Le 28 brumaire an VI, le directoire local fut contraint d'ordonner la fermeture de l'établissement scolaire dont je viens de raconter la création. Le principal et les professeurs de ce collége, qui n'avaient pas reçu leurs appointements depuis plusieurs mois, s'étaient démis de leurs fonctions. La caisse coloniale était absolument vide. Pour se procurer quelques ressources, J'assemblée venait, sans aucun succès, de frapper d'un droit de sortie les cafés, les cotons et les girofles, et d'un droit d'entrée les arracks, rhums, eaux-de-vie et autres liqueurs. File était à la veille de déck der que les fonctionnaires non payés de leurs appointenents seraient cependant tenus de payer leurs impôts.' s Jamais pareille crise n'avait encore sévi sur la colonie: Il est vrai que, depuis plusieurs années, la métropole ne lui envoyait plus de secours pécuniaires. Comment la France eûtelle pu lui en adresser, alors qu'elle-même se trouvait aux prises avec les embarras financiers les plus graves ? Ces embarras, issus des désordres et des dilapidations de l'ancien régime, avaient été conjurés, un moment, par

DE BUM.ETIK LASOCIÉTÉ l^a vente des biens nationaux. Ils étaient reyenùs, plus menaçants que jamais, à la suite de la longue lutte que la Révolution avait eu à soutenir contre l'Europe coalisée et la Vendée soulevée, à la suite aussi des séditions et des coupables excès produits, sous le règne de la Terreur, par l'ardente lutte des partis et l'explosion des colères populairès longtemps contenues, Pendant le cours de ces événements, les iles de France et de Bourbon durent se suffire à elles-mêmes. Qu'importait que la plus grande partie des dépenses publiques continuât de figurer comme charges du.gouvernement central et à être ordonnancées en son nom, puisqu'on ne recevait pas d'argent pour les payer? Aussi, dès le 21 juillet 179^ l'assemblée -de lllc.de la Réunion, constatant que l'on minquait de fonds et que la caisse nationale présentait un arriéré de sept cent millelivres,pritelle-le parti d'ordonner 1° la rentrée immédiate de tout ce qui était dû à la République 2« la vente des biens meubles et immeubles qu'elle possédait dans l'île et'dont on n'avait pas un besoin absolu 30 la réduction de toutes les dépenses publiques 4° enfin la fixation, sur de nouvelles bases, des appointements des fonctionnaires, « sans égard à la « valeur de la piastre qui ne pouvait plus « être considérée que comme marchandise ». JSn menue temps, elle fit appel aux « riches « cultivateurs, commerçants et capitalistes, •s et ^éciftlejTKient aux célibataires, les invi« |an| à venir au secours de la République, po$r payej ses, dépenses dans la coloriiç,par

•PSS SCIENCES ET AttTS

ledon patriotique d'une partie de leurs re* venus, soit en argent comptant, soit en bons payables dans les cinq derniers mois de l'année, soit même en denrées. » Bientôt cette détresse; déjà si grande, saccentua encore davantage, par suite de la dépréciation du papier-monnaie qu'on avait émis pour remplacer le numéraire absent. Enfin la production des céréales se réduisit dans une proportion considérable, parce que les cultivateurs se souciaient fort peu de faire des produits pour les échanger contre du papier sans valeur. Ce papier, appelé billet Malartic, du nom du gouverneur général qui l'avait signé, inspirait si peu de confiance, que les caisses publiques elles-mêmes en étaient venues à lui attribuer une valeur six cents fois moins élevée que sa valeur nominale. Delsuc, payé, le 27 pluviôse an VI, de ce qui était dû à son personnel enseignant et à lui-même pour les mois de prairial et de messidor précédents, reçut un bon de un million six cent quarantequatre mille vingt livres, savoir en billon, 1,370 livres équivalant à 822,000 livres de panier-monnaie, et, en papier-monnaie, 822,020 livres Quelques jours après, le 2 ventôse au VI, l'assemblée coloniale autorisait le directoire à « « ft « 1 Onraconteque Dt'lsuc,se,rendant à l'île ittaurjce quelques année?pins tard, prit soin, pour se réserver une tesgottrceattcasoùil tonibrrait aux mainsdes Anglais, de rempl,rer tous les boulons de ses babils p» tles piècesd'or recouvertes d'étoffe..

44

BULLETIN

DE LA

SOOIÉTÉ

louer l'immeuble du collège « moyennant trois cents piastres par an ou l'équivalent en café ». On lui demanda l'autorisation de le vendre. Elle s'y refusa énergiquement. Elle prévoyait, avec raison, qu'un jour la situation de la colonie et de la métropole finirait par s'améliorer et permettrait de rouvrir les portes du collège. Vingt-deux longues années, pendant lesquelles une cruelle épreuve était réservée à Me de la Réunion, devaient encore s'écouler avant que cette prévision se réalisât. Du moins, pendant ce temps, une partie de la jeunesse du pays put aller chercher, dans la colonie voisine les bienfaits de l'instruction publique, que notre colonie n'était plus en mesure de lui offrir. La Réusnion devint, sous ce rapport, tributaire de l'île de France. Plus tard, elle devait prendre largement sa revanche. IV En 1802, le général Decaen fut nommégouverneur des îles-sœurs. Il se fixa à l'Ile dè France,, où ses principaux auxiliaires- furent le commissaire de justice Crespin, qui-a laissé ,.F <l« Vers le mois de juin 1799s'ouvrit un collège « colonialau Port-Nord-Ouest Port-Louis)où éxis( taient déjà deux pensionnatsassez florissants dirigés Il par MM.Michelet Boyer. » Souvenirsd'un vieux colonde Maurice(p. 179 et 180, 1840,in-8% chez F. Boutet,à la Rochelle.)

DES SCIENCES ARTS ET des traces durables de son passage dans ce pays, et le préfet colonial Léger.. L'un des premiers soins de ce dernier fut de préparer un règlement pour l'école centrale, qui existait alors au Port-Nord-Ouest (Port-Louis) et qui "reçut le titre de lycée des iles de France et de la Réunion. « La localité, « dit ce règlement daté du 5 brumaire an « XII, ne permettant pas l'établissement d'é« coles primaires ou secondaires à la charge « du Gouvernement et des communes, toutes « les parties de l'enseignement qui sont du « ressort de ces écoles seront professées au « lycée1. » Si aucun effort ne fut fait, à cette époque, pour relever de ses ruines le collège de la Réunion, il ne faut pas en accuser le gouverneur particulier de cette colonie car, aux termes de l'arrêté organique du 13 pluviôse an XI, ce gouverneur n'était qu'un lieutenant chargé d'exécuter « les ordres et les instructions qu'il recevait » et « devait se borner à régler les détails du service courant ». Il n'était pas armé de pouvoirs suffisants pour résister aux tendances du général Decaen qui, à l'exemple de son maître lo premier Consul, cherchait à tout centraliser autour de lui. Après la prise de l'Ile de France par les Anglais, qui lui rendirent le nom de Maurice qu'elle avait originairement porté son lycée 1 Ce règlementcréait au lycée un cours de langue grec et un coursde languepersane. 2 Nomdonné par les Hollandaisavant l'occupation de francaise,en souvenirde Maurice Nassau.

BUltETIN DEtA SOCrérÉ reçut, pa* un acte du 23 avril 1811,te titre de collège royal il fut placé soitë la direction cfon comité d'administration générale et les • créoles de l'ile Bourbon continuèrent d'y être admis. Cette dernière colonie était aussi tom< bée aux mains de l'Angleterre. Alors, un certain nombre d'habitants de Bourbon,jaloux de conserver intact et pur chez leurs enfants le sentiment dè la nationalité, l'amour de la patrie, seul lien qai les rattachât à la France depuis qu'ils avaient Subi la conquête, ne voulurent pas que ces enfants fussent élevés, dans un établissement public sur lequel flottait le drapeau de l'ennemi. Ils se" préoccupèrent de leur procurer, à SaintDenis même, les moyens de,' s'instraire, et s'adressèrent, dans ce but, à un homme déjà connu pour sa vertu et^on aptitude-à élever la jeunesse. Je parle de Gallet qui, sous le titre modeste d'instituteur privé, devait reûikè <le réels services èkt colonie1.f. Les portes de l'institution Grallet s'ouvrirent 1812. Mais, quels que fussent. le le l^juin Zèle et lé dévouement de son directeur, elle ne pouvait évidemment suffire à des besoins qui grandissaient sans cesse.

4 Dansun discours prononcéle- 22 août 48S7,à la distribution des prix du lycée de-la Réunion,M.Re"nouâfd, professeur de\ seconde, a ^rappeléà grands traits la vie de cet hommede bien qui,aprèsune laborieuse carrière, est mort entouré'de ja vénération" e d tous ceuxqui l'avaientapproché.

DES SCIENCES ET ARTS

V

Avant de rappeler ce qui a été Mt â l'île Bourbon, dé 1815 à 1823, pour l'éducation publique, il est nécessaire de dire dans' quelle mesure on s'y était occupé des jeunes filles pendant la période qui vient d'être parcourue. Leur instruction avait été singulièrement négligée. Combien de temps, en effet, a régné ce préjugé funeste Qu'unefemmeen sait toujoursassez,» Q.iand capacitéîle son esprit se hausse la A connaîtreun pourpointd'avecun liaut-de-chausst1! On commence à peine, en France, à faire disparaître l'inégalité choquante avec laquelle les fonds consacrés à l'instruction publique sont répartis entre les deux sexes. Au siècle dernier, la jeunesse féminine était complètement sacrifiée dans ce partage, Ce • qui se produisait, sous ce rapport, dans la métropole, devait se reproduire à Bourbon, où les difficultés qu'il avait fallu vaincre, lorsqu'il s'était agi de créer un établissement d'instruction pour les garçons, étaient peu propres à encourager ceux qui auraient été disposés à s'occuper d'une fondation de même nature pour les filles. Cependant, vers le milieu du XVIIIe siècle, une femme s'émut de cet abandon et chercha à y porter remède: Elle n'est point parvenue à atteindre le but qu'elle s'était proposé, et le souvenir lui-même de sa louable tentative s'est effacée peu à peu. Le 14 août 1759, mourait à Saint-Denis une ancienne religieuse,
«-

BULLETIN DELASOCUSTÉ Mlle de Trévalou, laissant un testament où elle exprimait la volonté que les biens qu'eue possédait dans le pays fussent employés à fonder une école pour les jeunes filles. En instituant, pour l'un de ses exécuteurs testamentaires, le préfet apostolique Teste, qu'elle avait vu s'employer activement à la création du collège des lazaristes, elle dut penser que son dernier vœu serait exaucé. Mais l'action de Teste fut paralysée par Finsuffisance même des biens légués. Ils se composaient de quelques hardes sans valeur, de cinq jeunes esclaves estimés six cents piastres (soft environ trois mille livres fortes), enfin d'un emplacement bâti, dont la concession avait été faite à la testatrice, par la Compagnie des Indes, le 3 janvier 1750. Avec cet avoir.on ne pouvait entretenir une maison d'éducation.llaurait'falluque la Comou la colonie y ajoutât un secours pépagnie cuniaire. Mais elles venaient d'édiner, à frais communs, le collège dont nous avons parlé, 6t ne se trouvaient pas en état de subventionner un second établissement de même nature. Onrésolut d'attendre. Les esclaves furent placés sur ce qu'on appelait alors l'atelier du roi ? et l'immeuble fut loué. Bientôt survinrent les événements qui ont été racontés plus haut la perte de notre puissance dans l'Inde, la rétrocession de l'île à la Couronne et la suppression de son collège. Les circonstances étant de moins en moins favorables à l'exécution du testament de M~ de Trévalou, on attendit encore, après avoir constitué, conformément au règlement du

DES &C!BNCEa ARTS ET

conseil supérieur du 11 mars 1768, un conseil d'administration composé du vice-préfet apostolique, de l'ordonnateur, du procureur général, d'un membre du conseil supérieur, et enfin d'un administrateur et caissier. Il y avait vingt-trois ans que M~ode Trévalou était morte ce conseil ne s'était encore arrêté à aucun parti définitif, lorsque, dans un rapport du 18 octobre 1782, l'administrateur proposa de vendre les esclaves qui avaient augmenté de valeur, d'en placer le prix ainsi que l'argent en caisse, et enfin de louer, même à bail emphytéotique et pour un prix modique, l'immeuble qui se dégradait chaque jour. Ces conclusions furent adoptées en partie. On vendit l'un des esclaves, et, après quelques années d'attente, une occasion se présenta de se défaire de l'immeuble par voie d'échange. Le coéchangiste s'engagea, moyennant une soulte de sept mille livres environ, à bâtir une maison principale en bois et quatre petits pavillons sur le terrain qu'il livrait. Enfin, le 5 avril 1790, l'école s'ouvrit. La dame Letort en eut la direction pendant trois années. Au mois de septembre 1793, elle se retira en disant que les élevés, d'abord nombreuses s'étaient éloignées peu à peu jusqu'à la dernière. Elle ajouta que son mari venait de fonder une maison de commerce et avait besoin de son aide. La dame Lepère prit la place de la dame Letort. Réussit-elle mieux que celle-ci ? parvint-elle à faire prospérer l'école ? que devint dans la suite le legs Trévalou ? Malgré les recherches que j'ai faites, je ne suis pas en mesure de répondre à ces questions.

BULLETIN

DE LA SOCIÉTÉ

VI L'insufnsance des ressources qu'offrait l'île Bourbon pour l'éducation de la jeunesse, au moment où cette île fut restituée par l'Angleterre à la France, en vertu du traite de Paris du 30 mai 1814, ne pouvait manquer de frapper l'attention des administrateurs placés à sa tête, et du gouvernement métropolitain lui-même. Cette colonie comprenait alors 68,300 âmes, groupées comme suit par les statistiques de l'époque blancs, d4,48d libres, c'est-à-dire anranchis et fils d'aSranchis, 4,459 esclaves, 49,360 Pourtant, elle ne possédait aucun établissement d'instruction publique entretenu par l'Etat, la colonie ou les ~communes. Les premières connaissances étaient données aux garçons par quelques anciens sous-o~plers et soldats et une cinquantaine de privilégies trouvaient, chez Gallet, un programme un peu plus étendu. Quant aux jeunes SIIes, elles étaient encore moins bien partagées, puisque, dans toute l'ile, il n'existait pas une seule maison qui leur fût destinée. (fêtait un impérieux devoir que de remédier a cet état de choses. J'ai déjà fait ressortir l'importance de l'instruction aux colonies pour développer le sentiment national. Elle n'y est pas moins nécessaire pour combattre le funeste préjugé que i Tb&tBa~ <a<Mtt~<~ S <64,i84 et 2~i. Bourbon,ome pages t

MSS ~CIBNCBS BT AM8

l'esclavage a fait naître et qui, s'il a survécu à cette institution odieuse, a été du moins à la Réunion, en s'affaiblissant peu à peu, grâce à la diffusion des lumières. Réunir des enfants qui appartiennent à des classes sociales différentes, les placer sur le pied de la plus complète égalité, les convier aux luttes fécondes de l'intelligence, les habituer à se traiter en camarades et à ne voir entre eux d'autre différence que celle qui est produite par le mérite et le travail, c'est le moyen le plus simple et le plus efficace, de faire cesser l'ostracisme qui frappe, jusque dans leurs descendants, les malheureux auxquels le sort et l'injustice des hommes ont ravi la liberté. Cependant, on n'ouvrit qu'à demi les portes de nos écoles à cette partie de la population, longtemps marquée du signe de la servitude. Les fils et filles d'affranchis, les libres comme on disait alors, y furent admis au · même titre que les blancs mais jamais les nls et filles d'esclaves n'y furent reçus. Il était réservé à la République de d848 de réparer cette injustice. En abolissant l'esclavage, elle a fait asseoir sur les mêmes bancs, et côte à côte, sans distinction d'origine, tous les enfants qui grandissent aux colonies. C'est le 3 avril d8i5 qu'eut lieu la reprise de possession de l'île Bourbon, au nom du roi de France, par le général commandant Bouvet de Lozier et le chef d'administration ordonnateur Marchand. Dès le mois suivant, Bouvet expose au ministre que l'île n'a qu'une seule maison d'éducation, alors qu'elle aurait besoin d'une

BULLETIN DE LA SOC!~TE

école dans chaque paroisse et d'un établissement secondaire au chef-lieu. Il prie, pendant qu'il va faire réparer l'ancien collège, de s'occuper de l'envoi du personnel enseignant, des six frères des écoles chrétiennes qu'on lui a promis et des deux professeurs dont le choix est déjà fait. Il en faudrait encore quatre autres s. Le 24 octobre de la même année, on fait savoir au général qu'il recevra prochainement les professeurs. Le 13 février 1~16, on lui écrit que ses demandes pour la colonie ont été accueillies. Le 15 mai, il remercie le ministre de la bonne nouvelle que lui a portée la dépêche du 24 octobre. Mais Bouvet n'eut pas la joie de présider lui-mômc à l'ouverture des établissements scolaires dont la -fondation l'avait préoccupé dès son entrée en fonctions. Vers le milieu de 1815; son remplacement est décidé. On désigne, pour lui succéder, le général Lafitte de Coorteil et l'on nomme Desbassyns de Richement ordonnateur, à la place de De Lànux, que Bouvet, nature bouillante et royaliste convaincu, avait, de son autorité privée, donné pour successeur au bonapartiste Marchand, après avoir destitué ce dernier, à cause de son attitude pendant les Cent-Jours. A la même époque, deux ordonnances royales accordent aux créoles de l'île Bourbon neuf bourses gratuites six pour les garçons, dans les collèges de la métropole, et trois 1 Dépêchedu 4 mai <8<5.

DES SCIENCES ET ARTS

pour t les filles des membres des ordres royaux s, dans la maison de Saint-Denis et dans sa succursale de Paris. On veut profiter du départ des nouveaux administrateurs afin d'adresser à la colonie le personnel enseignant qu'elle attend. Par dépêches du 31 octobre, Richemont apprend que l'un des professeurs précédemment nommés ne suivra point sa destination et que des « encouragements )) sont donnés à Rabany, Albran et J ~évi,qui avaient accepté de coopérer à la réouverture du collège secondaire de Pile Bourbon. Ces jeunes gens s'embarquent, avec les futurs administrateurs de la colonie, sur la flûte de l'Etat l'jE~~pM~, qui part de Rochefort en janvier 1817. A peine sord du port, le navire fait des avaries et relâche à Plymouth, où il séjourne près de deux mois. Peu encouragés par un tel début, plusieurs passagers renoncent au voyage et reviennent en France. Desbassyns de Richement écrit au ministre qu'il n'a plus avec lui que deux des professeurs destines à l'enseignement secondaire, et que cela ne suffit pas pour fonder un collège. Enfin r.E'~p/Mm< reprend la mer et, le 28 juin 1817, il dépose à Saint-Denis les administrateurs, les professeurs de lettres Albran et Rabany, six institutrices, dont deux laïques et quatre soeurs de Saint-Joseph de Cluny. Ces personnes avaient été précédées par Bernard, instituteur primaire suivant la méthode de Bel! et Lancaster, et par les frères des écoles chrétiennes, qui étaient arrivés, au nombre de six, un mois et demi plus tôt.

DE BUH.BTIN t~ SOCIÉTÉ

Dans te discours qu'il prononce au moment de son installation, Richement annonce que < des écoles primaires et gratuites vont être « formées successivement dans tous les quar<[tiers, et qu'il va être créé, à Saint-Denis, un < établissement destiné à une instruction <tmoins élémentaire, où la jeunesse recevra « les premiers principes d'une éducation « qu'eUe pourra perfectionner dans la métro< pole\ s Richemont a rempli, à moitié ce programme, que ses successeurs se sont chargés d'exécuter complètement Trois frères furent dirigés sur Saint-Paul et logés à la cure on installa les autres à Saint-Denis, dans l'ancien collège colonial qui se composait alora de trois corps de logis distincts. Ces bâtiments, après avoir servi de logement au commandant militaire, à l'ingénieur en chef et au capitaine de port étaient tombés, pendant l'occupation anglaise, dans un-complet abandon. Un rapport de Fingénieur en chef des ponts et chaussées Partiot, daté du 1er octobre 1817, signala l'impérieuse nécessité de les réparer et d'y ajouter quelques dépendances, moyennant quoi, disait-il, on aurait un établissement scolaire complet. Saint-Benoit eut en partage l'instituteur Bernard. Quant aux sœurs de Saint-Joseph de Cluny, qui étaient fort jeunes, on ne jugea pas < BM!!p<Mt de la R~MMtoM, 2"édition,<omct, o/c~ page 2M. 2 Voir le p!aHde la villede Samt-Denis, resséen d RH)et. Arctuves(te la comtTtaxc <8M,par rîngénMMr f de Saint-Denis.)

DBS SCIENCES ET ARTS

convenable de les séparer tout d'abord les unes des autres. On les dirigea sur SaintPaul. Leur, présence dans ce centre important parut plus utile qu'à Saint-Denis, où les demoiselles Philibert venaient de fonder un pensionnat de jeunes nlles. Ces faits furent portés à la connaissance du pouvoir métropolitain par des dépêches du 5 septembre 1817. Elles nous apprennent que les deux maisons des frères étaient fréquentées chacune par une cinquantaine d'élèves, que tout le matériel scolaire dont on avait fait suivre le personnel enseignant s'était perdu sur le navire l'A~OMe~c,enfin que la commune de Saint-Denis se préoccupait d'acheter un immeuble pour y transférer son ` école. Dans ce même mois de septembre, le maire de Saint-Denis se rendit adjudicataire, pour dix-huit mille francs, d'un vaste terrain d'emplacement compris entre les rues Saint-Denis, Saint-Joseph, Sainte-Anne et la Boucherie, sur lequel se trouvait une maison en pierres qui avait appartenu, parait-il, a la Compagnie des Indes'. L'école primaire y fut installée. On ne garda que deux frères à Saint,Denis et deux à Saint-Paul, afin de pouvoir fonder un établissement à Saint-Pierre. L'existence de ces écoles naissantes fut un instant menacée, par suite des exigences de < Gonfler, ~Vo/tCë !<?Fh'n's desEco~sc&r~Mttà tMJ! la A<*MKto~ (Bulletinde la Sociétédes~cte'tccset ~rts, page ~45).
Y

30

BTJLLETM

DH LA. SOCIHTË

ceux qui étaient chargés de les diriger. Rendant compte au ministre des dimcultés que les frères avaient soulevées, l'ordonnateur disait, dans une dépêche du 22 octobre 1817 Vous aviez porté à mille francs leur traite« ment qui, enFrance, est de six cents francs. « Le taux ordinaire de l'augmentation qu'é« prouvent les traitements des entretenus « employés dans les colonies se trouvait donc « dépassé. Cependant, le prix excessif des « choses nécessaires à la vie en ce pays, et la « nécessité d'assurer aux frères de la doctrine « chrétienne une existence qui les dédom« mage de ce quêteurs fonctions ont de plus « pénible dans ce climat, nous ont fait pena ser qu'on aurait pu élever leur traitement à « quatorze cents francs pou? le supérieur et « à douze cents francs pour les frères. Mais « cette fixation ne les satisfait point, et ils « exigent impérieusement quinze cents francs « pour chacun, menaçant de quitter la colo« nie ou de se livrer à des éducations partia culicres si l'on n'acquiesce pas à leur de« mande. Ils ont apporté la même exie gence pour leur logement. Nous avions dé« terminé la commune de Saint~Denis à ache« ter, pour cette institution, une vaste maison « composée d'une grande salle, de quatre au« tres pièces au rez-de-chaussée et d'autres < C'est frèresdesEcoles cAr~MMM aurait fallu qu'il dire. L'erreur que je relevé ici se trouve reproduite dansun grand nombrede documents officiels e ('épod que et même aujourd'hui elle est commiseà tout moment.

DES S01EHCBS ET ARTS

« logements dans le haut ils ne la trouvent « suffisante que pour loger les deux frères « qui y résideront, et ils ont demandé qu'on « élevât à côté des bâtiments pour les classes. « Enfin, Monseigneur, nous ne reconnaissons <c pas en eux cette humilité et ce désintéres« sement qui sont une des règles de leur ins« titution. Les frères mêmes se plaignent de « Faigreur du caractère du supérieur depuis « trois semaines il a quitté Saint-Denis, sans « autorisation, et parcourt File. Cette dépêche était suivie d'un post-scriptum daté du 1er novembre ainsi conçu « Les « frères viennent de gagner leur procès les « communes de Saint-Denis, Saint-Pierre et « Saint-Paul ont consenti à leur accorder un a supplément de cinq cents francs par an, et « ils se sont décidés à recevoir le traitement » <c que le roi leur alloue L'école de Saint-Pierre ne réussit pas et fut · fermée quelques mois après son ouverture. Celles de Saint-Denis et de Saint-Paul paraissaient promettre plus de succès. Dans cette dernière commune, la maison ouverte aux jeunes filles prospérait et comptait déj~. de à quatre-vingts élèves. & Les soixante-dix < Soit en tout quinze cents francs, et non dcax mille francs, comme l'a dit à t~rt Gonthier, dans la notice que j'ai citée, plus haut, noUce évidemment écrite sous l'inspiration des Frères. Dans une note que ces derniers ont fait imprimer en <87t, pour répondre aux observations faites par la Commission du budget du Conseil général de t'ite de la Réunion à leur sujet, la même erreur est reproduite (pageS).

BULLETIN DE LA SOCIETJ!

a soeurs continuent, disait Richement, à don« ner l'exemple de toutes les vertus. » Bientôt on appela deux d'entre elles au cheMieu, où fut établie une école gratuite qui, dès les premiers jours, fut fréquentée par un assez grand nombre déniants. Une année ne s'était pas écoulée depuis l'arrivée de Lafitte de Courte!! et de Desbassyns de Richemont, que le pouvoir royal jugeait utile de placer, aux mains d'un seul, l'administration supérieure de l'île, dont le dédoublement avait eu de fâcheuses conséquences. Par le même acte, du 11 mars 1818, il nomma le capitaine de ~vaisseau Milius & commandant et administrateur pour le roi à Bour» bon. ? Lorsque, en septembre suivant, la remise du service eut lieu, Fécole secondaire, dont la création avait préoccupé Bouvet dès 1815~ n'avait pas encore été ouverte. Milius, dans l'allocution qu'il fit au moment où ses pouvoirs furent enregistrés à la Cour d'appel, déctara. que « l'instruction publique serait l'ob« jet de ses soins particuliers Il tint parole. Pendant l'exercice de ses hautes fonctions, il favorisa le développement des institutions scolaires créées avant lui, et eut le mérite d'attacher son nom à la réouverture du collège de Saint-Denis, qui était resté fermé près d'un quart de siècle. Il est vrai que, pour l'accomplissement de cette dernière par< BM~ttt officiel la Réunion.. édition, tomet, de a* page 38'

DES SCIENCES ET ARTS

tie de sa tâche, il fut singulièrement favorisé. Il trouvait les matériaux déjà réunis et, de plus, il rencontrait un homma qui, depuis plusieurs années, nourrissait le projet de doter le pays d'un établissement public d'enseignement secondaire je veux parler du colonel Maingard. Celui-ci était disposé à se dévouer à la réussite de l'entreprise il avait & cœur de la mener à bonne fin, pourvu qu'on le laissât agir. Après une honorable carrière parcourue dans l'Inde et à File de France, son pays natal, dont il s'éloigna le jour où les couleurs nationales cessèrent d'y ilotter, Maingard fut chargé de missions importantes à Saint-Malo, à Nantes, à Cherbourg, puis nommé directeur d'artillerie à Bourbon, au moment où notre 41efut restituée à la France. La paix allait faire des loisirs à cet officier, chez qui l'âge et la vie des camps n'avaient pu affaiblir l'amour des études littéraires. Aussi, en échange de l'asile que lui offrait, pour ses vieux jours, l'île Bourbon, où l'attendaient des souvenirs et des camarades de jeunesse, se promit-il de la doter d'un établissement secondaire semblable à celui qu'il avait fondé dans File voisine~ quelques années auparavant, avec Rudelle, avec Foisy, son ancien condisciple du collège Mazarin. Maingard n'eut pas de peine à convertir à ees idées Bouvet de Lozier. Mais le brusque remplacement de Bouvet et diverses circonstances firent subir un temps d'arrêt à l'exécution de ses projets. Dès ses premiers rapports avec Milius, il vit bien que ce dernier lui fa-

BULLETIN DE LA SOCtëfë

ciliterait l'accomplissement delà mission qu'il s'était imposée. Le 24 décembre 18d8, le Chef de la Colonie rendit une ordonnance qui créait un collège royal dans la ville de Saint-Denis. Aux termes de cette ordonnance, le t personnel administratif et enseignant devait se composer d'un proviseur chargé, en même temps, de l'économat de quatre professeurs, le.premier de mathématiques, le second de rhétorique et les deux autr< s d'humanités d'un professeur de dessin, d'un professeur de lecture, d'un maître d'écriture et d'un « surveillant des élèves Le proviseur et les quatre premiers professeurs devaient recevoir, chacun, dixhuit cents francs par an. Ils avaient droit, ainsi que le surveillant, au logement et à la nourriture. Les appointements annuels des deux autres professeurs, ainsi que du maître d'écriture étaient, pour chacun, de douze cents francs, et ceux du surveillant général de seize cents francs. Tout le personnel était placé sous les ordres d'un directeur, dont le mandat consistait, notamment, à faire les règlements nécessaires sur « les objets d'enseignement, sur les examens et distributions de prix », sauf approbation du gouverneur, à proposer les professeurs au choix de ce dernier, et a lui rendre compte de tout ce qui pouvait intéresser l'établissement confié à sa vigilance. Les fonctions de directeur étaient gratuites et compatibles avec toutes autres fonctions. Quant aux rétributions scolaires, elles furent Sxées par mois, à quatre-vingtquinze francs pour, les pensionnaires, a*soi-

DES SCIENCES ET ARTS

xante francs pour les demi-pensionnaires à qui l'on fournissait le coucher sans la nourriture, et à trente francs pour les externes surveilles. Les leçons de langues vivantes, .d'escrime, de danse et de musique se payaient à part. Un prêtre, désigné par le préfet apostolique, était chargé de l'instruction religieuse. Enfin le médecin en chef devait visiter la maison une fois par jour, et donner des soins médicaux aux maîtres et aux élèves. Un conseil d'administration arrêtait, chaque mois, les comptes des recettes et des dépenses présentés par le proviseur ce conseil, dont le surveillant des élèves était secrétaire, se composait du directeur, du proviseur et, en outre, de l'un des professeurs, qu'on appe-, lait à tour de rôle, pendant un semestre. Le règlement déterminait la façon dont les comptes devaient être reçus et vérinés par l'administration supérieure il précisait les attributions du proviseur, des professeurs, du surveillant et même du portier, indiquait la composition du trousseau des pensionnaires, fixait l'uniforme des élèves, la distribution du travail, heure par heure, le nombre et la nature dos repas, et les différents genres de récompense et de punition. Il se terminait par « M. Maingard est nommé l'article suivant « directeur du collège royal de la colonie de a l'île Bourbon-, M. Duhau est nommé provia seur. M. Wetzell, professeur d'hydrogra« phic, est nom~é professeur de mathémati« ques, et, lorsqu'il fera les deux cours, il < jouira d'un supplément à raison de trois « cents francs par an. M. Albran est nommé

BUJ.~RrH< DB LA S9(X&EE

<[ professeur de rhétorique. MM. Rabanyet < Jamin sont nommés professeurs d'humanic tés M. professeur de dessin M. Raya naud, maître de lecture maître M. « d'écriture, M. Vigneaux, surveillant des < élèves e Quelques joursaprèsjel7 janvier 1819,rou~ert~ire des cours eut lieu, avec solennité, dans le collège colonial fondé sous la Révolution. Le corps de logis situé à l'Est n'existait plus deux ailes latérales avaient été ajoutées à celui du milieu, et un rez-de-chaussée étroit et long avait été construit à l'angle des rues du Barachois et de la Fontaine. Tout cela a bien changé d'aspect depuis cettè époque. Maingard prononça le discours d'inauguration. Pour perpétuer le souvenir de la-journée, il fit placer, au-dessus de la principalo porte de la salle d'étude, l'inscription suivante due à sa verve poétique Ut ~M<M MMMt~ ~t F<t(rMB alumnos, ?<? o~ceMMMs sacrent Miliusœdes3.
< B!<H~!M .Re~oM, 2' édition, toms c~eM page 43~ a C6!te inscriptit)n a disparu depuis longtemps, avec le bâtiment lui-même. Je la cit" d'après M. ~ran~ois MoSet, l'un des témoins de la fête du n jan\ier <8i9 (\0tr le jaurnal ~n J)~t!~ du 16 août 4863). Thomas (Statistique de r~BoM~oM) a introttmt dans le premier vers une variante Ut re~t et patrioe dignos Mf~ctre~ alumnos, qui a été jeproduite par M. Renouard dans le disMors m'énoncé, le ~2 août 1857, a la distribut~n des prix du lycée.

DES SCIENCES ABTS ET On commençait avec vingt-cinq élèves. Un des hommes les plus distingués qu'ait produits File Bourbon, Joseph Hubert, se dépouilla, au profit du collège, d'une collection de minéralogie comprenant plus de cinq cents échantillons et d'un cabinet de physique qui,. pour l'époque, était suffisamment riche. Il tenait donner à notre établissement scolaire ce double gage de sa vive sollicitude. Ayant été privé, dans sa jeunesse, des bienfaits de l'instruction, mieux qu'un autre il en comprenait tout le prix car il avait eu à surmonter de grandes difficultés pour s'élever, seut et sans guide, jusqu'au point que lui assignaient ses facultés et son amour da travail. L'acte de générosité d'Hubert fut porté à la connaissance du ministre qui fitremercier le donateur. Milius rendit aussi compte de l'ouverture du collège. Puis il adressa au pouvoir métropolitain, sur Fêtât, de l'instruction publique a Bourbon, un rapport très curieux à lire, où se trouve une appréciation du caractère créole qui aurait fait honneur à la sagacité du commandant, s'il ne l'avait textuellement puisée dans une lettre que Gallet lui avait écrite quelques jours auparavant 1 Cette cottcctinnavait été faitj par i'académicien Desmare~s. 2 La lettre adressée Galletà ~itius a été repropar duitepar M.Crhe)h,(Lms ne ejquis~c t'iustruf~itm u sm' hmà publiqueà )a KouMi~)), ta séance pubii)ue de la Sociétédes Sciences t Arts du ):!jnin ~(i4 (Bull. e~. e ~8M,p. 56.) a<

BULLETIN DE'LA

SOCIÉTÉ

Il résulte de ce rapport que le collège comptait, à la fin de mars 18d9, quarante-sixélèves, savoir onze pensionnaires, dont deux et vingtboursiers, douze demi-pensionnaires trois externes. Le nombre des élèves de Gallet, ma'gré le mérite de cet instituteur, était tombé à quinze. Les frères avaient, à Saintélèves (cinquanteDenis, quatre-vingt-quinze cinq blancs et quarante libres), et, a Saintélèves (soixante-douze Paul, quatre-vînt-dix blancs et dix-huit libres). Ennn, & SaintBenoit, l'école Bernard était fréquentée par quarante-trois élèves, dont vingt-sept blancs, ce qui portait la population scolaire masculine, pour toute la colonie, au chiffre très modeste de deux cent qnatre-vingt-neuf 3. La population scolaire,, féminine était enElle ~était répartie core moins nombreuse. dans quatre écoles, dont deux publiques et gratuites, et deux payantes et .privées. Milius parlait de celles-ci dans les termes suivants « Le pensionnat de Mlle Philibert est peu a nombreux; les demoiselles qui le compo« sent sont toutes filles de parents riches « leurs dispositions paraissent assez heureu« ses mais comme on leur apprend, dans « cette maison, tous les arts d'agrément, on <Lne peut encore rendre compte de leurs pro« grès, en raison du peu de temps que la 3 Je vois, d:'ns ânelettre adressée par Jnsep!)Hubert à Milius, que !\)tnerLuM de nfts pr.'miet'f's ëcott's primaires fut d'abon) accm'iUmavec défaveur par la population. Elle s'imaginait que tous ce.)x qm entraient dans les é~otesgratuites étaient destiné; au seruM militaire.

DES SCIENCES ET ARTS

< pension est ouverte. Ces élèves sont au nombre de seize. Une autre maison d'éduwcation, établie à l'instar de la précédente, « existait a Sainte-Sazanne, depuis 1817. MmeVe Raoul, qui en est l'institutrice, m'a demandé à transférer son pensionnat à a Saint-Denis. Je lui ait accordé cette faveur mais, comme elle est nouvelle, elle n'a pu me transmettre aucun rcnseigne« ment sur ses écolières. Il Quant aux deux écoles publiques et gratuites confiées aux Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, elles comptaient celle de Saint-Paul; cent deux élèves et celle de Saint-Denis, quatre-vingt-qnatre, dont vingt-six blanches et cinquante-huit libres. Après avoir rendu un hommage spécial à la douceur et à la bonté des sœurs qui dirigeaient la maison du Cheflieu, la dépêche faisait remarquer qu'il régnait « entre les libres et les blanches une « espèce de fierté qui ne permettait que ra« rement les communications intimes, sur« tout devant les parents. Il Cette réilexion ne peut cLonn~r ceux qui savent que le préjugé de la couleur est beaucoup plus vif et plus tenace chez la femme que chez l'homme, chez la jeune fille que chez le jeune garçon. VII Nous avons vu que, au XVIIIe siècle, les tentatives faites, à deux reprises, pour constituer un enseignement secondaire public, à. l'île Bourbon, étaient venues échouer, à un

BULLETIN

DE LA SOCIÉTÉ

moment donne, contre divers obstacles. Pendant la période qui s'ouvre à la reprise de nie, il n'en est plus de môme. Chaque effort produit un résultat durable, et, les établissements scolaires successivement créés abritent un peuple d'écoliers de plus en plus nombreux. Ce n'est pas que des épreuves leur aient été épargnées, même au début. Mais ils devaient les surmonter, grâce surtout, il faut le dire, au talent et au dévouement de quelques hommes dont les noms ne peuvent être oubliés de ceux qui ont passé -leur enfance sur les bancs de ces maisons d'éducation. J'ai déjà nommé celui qui était alors la providence du collège de Saint-D'enis, la tête et l'âme de son personnel enseignant personnel d'élite, plein de savoir, mats à qui l'expérience et la maturité manquaient encore. Maingard, à qui l'on a contesté l'honneur d'avoir été le principal fondateur et le plus ferme soutien de cet établissement n'épargnait rien pour assurer le succès de son oeuvre. Voici dans quels termes s'exprimait sur son compte, en d850, Wetzell, le dernier survivant de ses premiers collaborateurs « Eût-on « prié le ciel de réunir à souhait, dans un « même homme, et l'instruction littéraire « telles que la donnent de fortes études fé« condées par le goût et la possession des au« teurs latins, assez sûre pour suppléer à « l'improviste un professeur malade, et l'ins1 Voirle journalla AfoHe u <6 août 4863et les d sur SimplesretMe~HSM~M~ ~0 Bourbonpar M. EUe Pajot, p. <66.

DES SCMNCHS MTAKTS « truction mathématique a laquelle un ofGe cier d'artillerie ne peut, être étranger, et < surtout cet amour cordial de la jeunesse « qui fait d'un chef d'institution le pcrc d'une « nombreuse famille, le ciel n'eût pas donne '« un autre homme que. le colonel Maingard. « Il n'est pas jusque sa bourse qui n'ait aidé, plus d'une fois, celle du collège, à (c cette époque de débuts où, d'une part, beau«coup de parents n'apportaient pas l'exac« titude voulue à payer les rétributions et « où, d'autre part, l'établissement ne pouvait < prendre un premier degré de consistance « et d'affermissement qu'à la condition d'une « certaine tolérance, au lieu d'exigences inex« érables envers les familles. J'ajouterai « que la table du colonel Maingard fut enco« re, presque continuellement, celle des pro« fesseurs et de beaucoup d'élèves du collège, « les premiers n'ayant qu'à gagner au con« tact de son érudition, de son expérience et « de son urbanité toute française, les seconds « trouvant le mobile le plus énergique d'ému« lation dans cette chaleur de cœur qui « électrise un autre cœur bien autrement que ? « le simple honneur d'une invitation un témoignag& isolé, et n'est point là Ce j'en pourrais citer bien d'autres, pour établir que-la reconnaissance dos habitants de l'île de la Réunion ne s'est pas égarée lorsque, en 1863, vingt-cinq ans après la mort du colonel

< Lettre du 26 mars ~880.

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

Maingard, le buste de cet homme de bien a été érigé dans la cour d'honneur du lycée Il serait injuste de ne pas associer à son nom ceux de Wetzell, d'Albran, de Jamin et surtout de Rabany, qui, moyennant un maigre salaire, n'hésitèrent pas à mettre au service du pays la science qu'ils avaient puisée dans les grandes écoles nationales. Cependant on ne peut faire une part égale à ceux dont je viens de citer les noms. T~neffet, les uns ne tardèrent pas à s'éloigner de notre collège, tandis que les autres lui restèrent ndèles jusqu'au bout. Le premier qui se retira fut Albran Dès le 7 juin d819,'il partait pour explorer les côtes Sud et Est de Madagascar avec le titre d'agent commercial. Il allait contribuer à la reprise de possession du~fort 'Dauphin, de Tintingue, de Saint-Luce, de Sainte-Marie, et chercher à rétablir l'influence française dans cette île, vaste et riche, où de si cruelles blessures ont été faites à notre iierté nationale. Sa mission accomplie, il revint à Bourbon, en décembre de la même année, avec le Il songea germe de la fièvre paludéenne rentrer en France, puis se décida crabord à à repartir pour Madagascar. Il fit, en 1823, un dernier voyage dans notre colonie, occupa pendant quelque temps la chaire de mathématiques du collège, et retourna à File Sainte-Marie où il mourut.
< Voir ie compte-rendu de cette cérémonie dan? le de d journal <eJMbMtteMr !<t~s!tM!OH~u <â aQût <863.

DES SCIENCES ET ARTS

A la fin de juillet 1819, Wetzell, dont la santé s'était altérée, prit le parti d'aller se retremper dans l'air natal. Il était à Bourbon depuis quatre ans, enseignant l'hydrographie et remplissant les fonctions d'examinateur pour le brevet de capitaine au long cours. Sans attendre l'ouverture des portes du collège, et dès le mois de décembre 1815, il avait donné à la jeunesse créole la mesure de son dévouement, en faisant, dans une des salles du pensionnat Gallet, un cours yrc~M~ et pMblie de mathématiques, de dpux heures par jour. Wetzell ne disait pas adieu pour toujours à File Bourbon. Il y est revenu après dix années d'absence et y a passé le reste de sa vie. Il a rendu un service considérable à l'industrie sucrière il l'a dotée d'un appareil simple et ingénieux, éminemment utile, connu sous le nom de &<xsse température, dont les fabricants do sucre de canne qui ne cuisent pas dans le vide font encore usage. Wetzell fut remplacé, mais pour bien peu de temps, par l'arpenteur Petit de la Rhodière. Comme lui, ce dernier sortait de l'Ecole de cette polytechnique. Petit avait fait partie de l'attade jeunes braves qui, lors poignée que de Paris parles alliés, en 1814, avait opposé une résistance héroïque, sur la chaussée de Vincennes, à la colonne conduite par le prince de Wurtemberg. Le collège n'avait pas une année d'existence lorsqu'éclata, sur Saint-Denis, en plein été, une épidémie de choléra. La peur, plus communicative encore qu'aucune maladie, s'em-

BULLETIN DE LA SOCt~TE

para de la population, et un grand nombre d3 personnes quittèrent le chef-lieu. Au nombre des fuyards se trouvaient deux professeurs du collège, Rabany et Delahogue qui cependant étaient des hommes de cœur et d'énergie. Trente-six élevés furent aussi emmenés par leurs parents. Le premier mouvement de Milius, lorsqu'il apprit le départ de Rabany et de Ucliboguc, fut d'écrire au colonel Maingard de les faire arrêter et conduire en prison. H voulait, par un exemple, prévenir le départ des'fonctionnaires encore présents au chef-lieu. Mais bientôt il comprit qu'il avait été trop loin et ne tint pas la main a l'exécution de cet ordre rigoureux. C'est alors qu'une ordonnance 'vint défendre aux fonctionnaires pubfies dc~quitter leur poste sous peine d'être destitués et déclarés incapables de servir le roi et la patrie Le collège avait été licencié. L'épidémie passée, le commandant fit publier un ordre du jour, pour rappeler a leurs postes ceux qui s'en étaient éloignés, disant qu'\ eu égard aux services précédemment rendus par ces fonctionnaires, et aux sentiments naturels qui avaient pu les agiter soit pour eux, soit pour leurs familles, il se « désistait s, a leur égard, d'une sévérité devenue inutile 3. Les cours furent repris. 1 f)otnhog)]i! cha~6 dn coursde dfssin. é:ait 2 Bull.< J!<;«HMH, 2*mlHi~n,t. I!, p.J2. 3 Or(h'n jour ')') )nu'<~J!0 ('JM<. jR<'MMM~ du o~ 2°MiL, L tt. p. :~).

Et BES SCÏE!<CES ARTS

La direction du collège faillit, à ce mo-~ ment, changer de mains. Le préfet apostoli-' ¡ que. Paquiet, avait manifesté l'intention de se démettre de ses fonctions et de rentrer en France. Rien n'était de nature à justiûer cette détermination, si ce n'est la tristesse et le découragement où il était tombé, sans cause apparente. Milius, cédant au désir de donner une diversion aux idées sombres du prélat, lui écrivit dans les termes les plus délicats et les plus pressante pour lui offrir la direction du collège. « Là vous pourriez, « lui disait-il, retrouver, dans la culture des « lettres et des sciences, un délassement qui « vous fut-toujours cher là votre sollicitude « viendrait se concentrer sur une jeunesse « intéressante, dont vous prendriez platsir ~< là enûn, vous « former l'esprit et le cœur « pourriez réaliser l'heureuse idée que vous « avez eue d'ouvrir un cours de physique, et « ce nouvel emploi me permettrait de vous « allouer de nouveaux appointements. » Pour lever les scrupules légitimes qu'aurait pu avoir le préfet apostolique d'accepter des fonctions qu'un autre remplissait si dignement, le chef de la colonie ajoutait « M.le co« lônet Maingard n'ignore pas la démarche « que jetais auprès de vous; cet estimable & officier ne s'est chargé de 1:1direction du <?collège que par intérim et jusqu'à ce qu'on « pût trouver quelqu'un qui convînt à cet « emptoi; il a d'autres occnpations et se « trouverait ûatté de remettre dans des « mains aussi dignes que les vôtres, le dépôt
?

BUM.ETnt DE LA SOCIÉTÉ

<Lprécieux qui lui avait été confié momentaenément'. ?» Paquiet repoussa ainsi l'offre qui lui était ainsi faite et, moins de deux mois après, il se donna la mort par strangulation Vers la même époque, Duhau, dont l'inaptitude s'était révélée, fut remplacé, comme proviseur, par le curé de Sainte-Marie, l'abbé Cottineau, qui ouvrit un cours d'anglais 3. Les détails dans lesquels je viens d'entrer sembleront peut-être minutieux; mais ils font voir par quelles singulières vicissitudes a passé le lycée de la Réunion à sa naissance. L'enseignement primaire des garçons subissait des épreuves encore plus graves. Il avait fallu, pour des motifs que la correspondance particulière du gouverneur faisait connaître renvoyer en France deux des six frères reçus en mai 1817. Un troisième, le frère Florent, dont la conduite avait été excellente, s'était rendu à Pondichéry pour y recevoir les ordres majeurs. Dès lors il était devenu nécessaire de fermer l'école de Saint-Paul et de demander instamment au ministre d'autres frères. Je dois ajouter que ceux qui restaient dans l'de, sous la direction du frère 1 Lettre du H avril <820. 9 Lettre du gouverneur au ministre, du 13 juin m 48 M,n*200 Paqnicta été t.rnuv'3 ortdanssa<hantbrCyS'eiant pendu« à la targetted'une porte ». 3 Voirtes numérosde h FeuilleA<'MoMM<~«<rc du 28 · juin t't du ~juiuet ~<L MpScbodu 44 avril 1819.

ET DES SCIENCES A&T8 Benezet, était loin d'offrir, en toutes circonstances, l'exemple de la soumission à l'autorité Les écoles destinées aux jeunes filles continuaient de prospérer. Milius, qui était à la veille de solliciter son remplacement, voulut donner un complément a cette organisation encore imparfaite. Par un arrêté du 1er juillet 1820, il créa, sous la présidence du colon 4 Maingard, une commission d'instruction publique composée du procureur général, du chef du service administratif, du préfet apostolique, de l'ingénieur en chef, du maire de Saint-Denis et du principal du collège. Elle fut chargée de surveiller tous h's établissements scolaires publics ou privés de la colonie, de prendre connaissance des programmes d'enseignement et d'éducation proposés ou suivis dans ces maisons, et, en outre, de déUvrer des diplômes après examen, sous la sanction du chef de la colonie, à ceux qui désiraient se livrer à l'enseignement. Cet acte décidait que nulle école ne ponrrait être établie dans la colonie, ni continuer ses exercices, sans une autorisation du commandant. Enfin, il frappait d'une peine de police, et, en cas de récidive, d'une peine correctionnelle, toute personne reconnue coupable d'avoir tenu une école, même gratuite;

< Lettredu comaoaRdant (tère Adrien,du 7 avrit au <8<9.

BULLETtN DE IA SOCIÉTÉ

sans s'être confoirnée aux prescriptions cidessus 1. Le mois suivant, Milius institua une société philotechnique ayant pour objet « de ré« pandre, dans la colonie, le goût des arts et (les sciences, d'y propager les connaissan« ces utiles, et d'y introduire les machines « qui économisent l'emploi des forces' de « l'homme ainsi que les procédés propres à « améliorer l'agriculture ». Maingard fut élu vice-président, Hugot trésorier, et Gtbcrt des Moliércs, secrétaire perpétuel de cette société trop éphémère, dont la présidence fut réservée, par les statuts, au chef de la colonie, qui s'était fait inscrire au nombre des membres fondateurs Un acte du 3 octobre 182?, additionnel au règlement du 24 décembre i818, décida qu'aucun élève ne serait admis au collège sans une autorisation du gouverneur; qu'en cas de maladie, le proviseur serait remplacé par le professeur le plus ancien; que les ordres de dépenses journalières pour la nourriture des élèves seraient soumis a l'approbation du colonel Maingard; et que a toutes les autres dépenses un peu importantes ne pourraient se faire sans l'ordre du commandant. Enfin, pour terminer le bilan de ce que iit Milius, dans l'ordre d'idées qui nous occupe, je dois rappeler que, par dépêche du 2i avril i8d9, il avait proposé la fondation d'une école j_ < Bull. 0~. Réunion, 3' édit., t. If, p. 74. 2 ~MM. B~HtoH.2'éJit., t. H, p. 81. off.

DES bCïBNCESAM8 ET de droit à Saint-Denis, « Les résultats proa duits par le collège, disait-il, seraient plus « sérieux si les élèves avaient la perspective de recevoir une éducation plus complète « sans quitter le pays. » Il avait eu pour inspirateur, dans la circonstance, l'avocat Lesueur, (lui exerçait alors près les tribunaux du pays. Dans une lettre du 4 avril, le commandant remerciait le futur doyen de notre « école de jurisprudence)) » d'avoir fixé ses idées sur cet objet d'intérêt public N. L'un des premiers soins de Freycinet, qui succéda au baron Milius, fut de refondre tes actes des 24 décembre 1818, 1er juillet et 3 octobre 1820, de les réunir en un seul, en les complétant. L'ordonnance qu'ii prit, à cet effet, le 28 juillet d821, se divise en six titres le premier a trait à la composition et aux attributions de la commission d'instruction publique le deuxième, au collège royal le troisième, aux institutions particulières; le quatrième, aux recettes et dépenses relatives à l'enseignement; le cinquième, aux contraventions et peines enfin, le sixième, aux recouvrements des droits, aux instructions et poursuites contre les débiteurs. Sa promulgation amena le remaniement de la commission d'instruction publique dont la présidence demeura confiée à Maingard 4. Bientôt après, en considération des services rendus à l'enseignement par Gallet, son pen< ~tK. off. Réunion,2' édit., t. II, p. 08 et 205.

BiM.t.BTm M

LA SOCÏËTN

donnât fut érigé en succursale du coltège royat. La conséquence de cette mesure était de faire admettre, a un même concours et à une distribution des prix unique, à la fin de chaque année scolaire, les élèves des deux établissements La dotation annuelle du collège, notoirement insuffisante, fut portée à huit mille francs ce qui permit d'améliorer un peu le traitement du personnel, dont Les services avaient été jusque-là très imparfaitement rémunérés. Rabany, nommé proviseur, fut, en même temps, chargé ,de la classe de seconde. Il était toujours assisté de Jamin. La chaire de mathématiques était momentanément vacante VIÏI Je termine jci ce récit. La suite est presque de l'histoire contemporaine; elle est connue, au moins do mes compatriotes de File de la Réunion, et c'est surtout eux, je dois en écrivant les lignes l'avouer, que j'ai pensé qui précèdent, car des faits qui n'ont qu'une < Ordonnance u 5 octobre <82t (ML 0~ 2' édit. d Il, p. 209). t. 3 Ordonnances <5 décembre18~ et dn 3< mars du <823.(Bull.off.jR~tMtom, 2' édit., t. 11, . 236et 328). p 3 Ordonnance 29décembrei83i. (Bull. o~ a* du s édit., t. M, p. 240.

OES SCHMCSS BT AMCS

importance locale attirent peu l'attention des personnes étrangères aux lieux où ces faits se sont déroulés. Mes compatriotes savent à quels hommes sont dus l'accroissement et la prospérité des établissements scolaires dont je viens de rappeler les modestes origines, et qui abritent aujourd'hui plus de douze mille écoliers. Peut-être étaient-ils moins bien renseignés sur la période que je viens de parcourir et que deux motifs m'ont déterminé à retracer. Le premier 'de ces motifs, c'est qu'on ne doit jamais laisser dans l'oubli les noms de ceux qui ont contribué à nous doter d'institutions .utiles. Le second, c'est que l'un des meilleurs moyens de nous attacher à une œuvre d'iatér~t public, est de nous montrer que, loin d'être le résultat d'un eiîort passager, elle est le produit de dévouements accumulés, de sacriiices persévérants. Or, il ne faut rien négliger pour éveiller la sympathie la plus vive autour de nos oeuvres scolaires, coloniales; ou métropolitaines. Cette sympathie fera mieux comprendre qu'il est nécessaire de les soutenir, et de leur donner, a l'aide de transformations successives, une organisation complètement en rapport avec les besoins qu'elles doivent satisfaire, en harmonie avec tes principes sur lesquels reposent. nos institutions. Malgré son isolement au milieu des mers, malgré l'exiguïté de son territoire et de ses t essources, l'ile de la Réunion a pu se créer une place Jionorable parmi les pays qui considèrent que le premier devoir de toute com-

MJiJLBT!tt DE LA SOCIHT~

munautê sociale est de fournir à chacun des membres qui la composent lés moyens de développer ses facultés naturelles. L'essentiel est qu'elle se maintienne au rang où elle s'est élevée peu à. peu~et ne compromette point, par une dangereuse inertie, les résultats obtenus. Ne pas avancer, c'est reculer lorsque tout marche autour de soi. La science ajoutant tous les jours à ses conquêtes, la somme des connaissances à acquénr est de' plus en plus considérable, ce qui impose à chaque génération le devoir de donner, à la génération qui la suit, une instruction de plus en plus étendue, ce qui nous oblige à oSrir,: &nos enfants, un pain plus substantiel que celui qui nous a nourris dans notre jeunesse. Ce n'est pas tout. Aujourd'hui tés colonies françaises participent intimement a la vie na-Monate.Chez elles, comme dans la métropole, les positions les plus élevées sont accessibles à tous, et tous concourent, par le suffrage universel, à l'organisation des pouvoirs publics. Il ~aut donc, aux colonies comme en France, qu'une éducation coloniale, établie sur de larges bases, vienne au secours de ceux que le hasard a fait naître dans les couches inférieures, et permette à chacun de s'élever jus" qu'au rang que lur assigne son mérite il faut qu'elle prépare de bonne heure le jeune garçon à devenir un homme, dans la haute acdu mot, un citoyen conscient de ses devoirs ception et de ses droite et qui ne soit pas &ousl'influence des idées fausses- et des préjugés qu'engendre l'ignorance, le jour où ils~ rendra au scrutin pour se prononcer sur la

DES SCBBNCES ET ARTS

conduite de ses mandataires élus, pour confirmer ou redresser la politique de la représentation nationale. Là-bas comme ici, il faut que cette éducation fasse de la jeune fille,' destinée à jouer le rôle d'épouse et de mère, une femme capable de partager la vie intellectuelle de Fhomme auquel son sort aura été uni, capable d'être la première institutrice de ses enfants et de leur donner des notions justes et saines des choses de la vie. Ces résultats ne seront obtenus que par l'amélioration incessante de notre enseignement public, aux colonies comme dans' la métropole. DUFOUR BRUNET.

23

DU

PATOIS

CRÉOLE

DEL'ILE BOURBON
L'Ile de la Réunion a eu plusieurs fois cette heureuse fortune, au cours de son histoire, d'attirer sur elle l'attention publique;, aussi bien dans la mère-patrie qu'à l'étranger, En ces derniers temps surtout, et aujourd'hui encore, ses communications devenues rapides avec l'Europe, ses relations suivies avec des pays qui, naguère, la connaissaient à peine, les voies ferrées ouvertes a travers ses montagnes étonnées d'entendre siffler la vapeur dans leurs entrailles de granit, les deux ports qui se creusent sur ses plages tourmentées et, enfin, le bruit du canon de la France qui retentit à côté d'elle et en partie pour elle, toutes ces choses d'autant plus grandes qu'elle est petite, ont jeté un nouvel éclat sur notre chère Colonie. Il n'y a pas jusqu'à son patois créole qui n'excite la curiosité des gens du monde et cela, de Paris en Autriche. Voici qu'un savant professeur de l'Université de Gratz, en Styrie, veut le faire entrer dans une monographie philologique dont il prépare en ce moment même les éléments. Puisqu'il en est ainsi, je ne veux pas laisser échapper l'occasion de dire, moi aussi, mon sentiment sur cet intéressant sujet.

B~LLETtN LA. OCitM M S Ma foi, je mettrai toute modestie de côté, et j'en parlerai avec l'autorité que me donnent ma qualité de créole et le souvenir de mes dialogues d'enfant avec les petits noirs de la maison paternelle. Il est bon, d'ailleurs, que l'on cherche à fixer ce langage original, à nul autre pareil, qui va se perdant chaque jour, à mesure que les livrés de notre vieux Lhomond. pénètrent chez les plus infimes d'entre nous. Mais, est-ce un patois que le parler populaire de Bourbon ? Oui, parce qu*il est un « langage particulier à une province qu'il est né de l'altération de l'idiome~.d'une nation H, pour écrire comme les dictionnaires mais il diffère essentiellement des patois proprement dits tels, par exemple, que celui de la Bourgogne, de la Picardie, de la Provence, qui sont faits tout d'une pièce, avec des mots 'pour chaqae objet à désigner, pour chaque idée à émettre. Il diSèr~ de ces patois, et, ceci est caractéristique, parce qu'il est composé exclusivement de mots français, les uns restés entiers, les autres seulement modifiés, d'autres, enfin, ou raccourcis ou allongés ou retournés (il faudrait dire contrariés), comme si leurs créateurs s'étaient fait un jeu d'en déplacer les lettres, tout en conservant les traces de leur origine et les signes de leur nationalité. Il est donc loin de ressembler à ses grands parents de France, notre patois créole. Et, puisque je parle de son origine, c'est ici le lieu de relever une opinion rapportée jusque dans Iss livres à savoir que le « créole

DES SCIENCES

ET ARTS

est un français altéré, mêlé à une foule d'expressions et de mots empruntés aux marins, cafres, malgaches, indiens, etc~ p Que le créole soit un français altéré, je le veux bien mais qu'il ait été créé avec des mots mêlés de cafre, de malgache et d'indien, je puis d'autant moins l'admettre que je ne trouve aucun de ces mots là dans sa phraséologie générale. Les mots cafres et malgaches les Indiens n'ont rien à faire ici, mots très rares, que tout le monde emploie aujourd'hui, ne s'y rencontrent que. dans les désignations de lieux. Ils proviennent, évidemment; des ancomme ciens marrons, les noirs MOM~eema~ on les appelait alors, qui, fuyant à l'intérieur de l'ile dès leur débarquement dans la Colonie, ont baptisé de noms pris dans leur dialecte respectif (plutôt malgache que cafrc) quelques-unes de nos montagnes, certains' sites de nos forets qui leur rappelaient le pays pour eux perdu et qui nous rappellent, à nous, au contraire, la découverte de notre Ile. Mais à induire de là que notre patois créole descend des insulaires de la côte d'Afrique ` et de Madagascar, il y a loin. Autant voudrait-on dire que la langue française est mêlée de mots italiens et anglais, parce que nous avons pris à l'Italie et à l'Angleterre, par fantaisie et par mode, quelques termes techniques quand nous parlons « musique et sport. » Non, le langage- populaire de Bourbon, le créole~ne doit rien aux dialectes dont se ser-

BUMLETÏN DE LA SOCl~T~

vent MM. les Hovas et MM. les Macouas il est tout français, français bizarre, excentri` que, mais fort doux et fort gracieux. Il y a une autre particularité qui distingue le patois de Bourbon c'est qu'il n'est point parlé absolument de la même manière par les diverses castes ou classes de notre population. Ainsi ceux de nos compatriotes qu'on quaIine, à la fois, de créoles de 60~, de petits créoles, qui descendent des premiers colonisateurs de l'ancienne Mascareigne, qui se sont retirés sur les hauteurs à mesure qu6 le littoral se peuplait de nouveaux venus, emportant avec eux'leurs mœurs, leurs habitudes agrestes et l'indépendance, cette soeur aînée de la Liberté, eh bien, ces' créoles-là ne prononcent pas tes syllabes tout à fait comme les noirs indigènes, et ceux-ci, à leur tour, ne s'énoncent point comme Ips cafres et les malgaches que l'esclavage et l'immigration ont naturalises che~nous. Je laisse toujours de côté les indiens. Pour les créoles – les petits créoles ils ont ce parler qu'on appelte vulgairement parler gras et, en même temps qui le croirait ? très emphatique, agrémenté d'intonations gutturales des plus marquées. -Ils abusent étrangement de l'accent grave; et ils emploient, en les rendant risibles, des expressions relativement relevées, d'un français qui leur a été légué par leurs ancêtres, les « bons blancs », comme ils le font remarquer avec une vanité qui remonte aux premiers âges de la Colonie.

DES SCIENCES ETANTS Ainsi, supposons une rencontre entre deux descendants de ces < bons blancs. ? Ils s'abordent – Ah! via Dessaline, quouq y dit, mon créole (crai-ole). – Mafoi, pas grand çose, mon brave Maillott, inque tantine Zézette que la perde son cien, l'attrapé juin dM~stûM de mayoc &OM~M. Dis pas, don, le pauve Cascavelle l'a succombe (succombait.) – Voui, mon créole, c'été fin famé cien, in bon çassêre de tang. Voulez-vous une pareille rencontre entre deux noirs indigènes? Ah via Zean-Baptiss, qué nouvelle ? Nouvelle n'a point. Zautt la dit malhère l'arrive la case ton tantine, ma Phrasie. N~apas rive malhère, inque le cien tantine Fa crévé Tout de bon, son zoli ptit cien coton là? Voui, ça minme. Quoué ça que Favé ? L'avé dijisjion mayoc boui. Voulez-vous entendre deux cafres s'entre-: tenir d'un même malheur: la mort d'un chien arrivé récemment ? Bouzou quou qui di à vous ? Eh, eh, li là, ça va, ça va coume ça minme.

DELA BULLETIN SOCIETE – Mai zou di là, von y mace tout sel aquou!éLacouti?(Langouti). Ah! vou y conné pas?. Lacouti li mot. – Li mot! qui malade li cien la la gagné ? – Mayoc la fé mot à li, Fattape douzoussoh. Li la fini là mainme. Saisissez-vous, Messieurs, la diNérence, et remarquez-vous que plusieurs des. mots restés français dans la bouche des petits créoles et des noirs indigènes ne se font plus entendre chez les cafres ? Mais revenons aux c~o~ de bois, nos compatriotes, chasseurs de merles et de cabris marrons ils ne se contentent pas d'enjoliver la langue française, de la façon que vous savez, ils prétendent.encore de la doter de qualificatifs dont certains, du reste, ne déplairaient peut-être pas à FAcademie. Certes, ils ne se sont jamais doutés qu'ils avaient l'honneur, en cela, d'imiter Corneille, J.-J. Rousseau, Napoléon (~) ils ne s'imaginent pas que, depuis trente ans, il y a nombre de locutions nouvelles qui ont pris droit de cité dans nos dictionnaires, mais ils adorent le néologisme, et, partant ils ont créé et ils créent tous les jours des adverbes, des noms, des pronoms, des adjectifs, surtout des adjectifs. Ainsi ils disent b~zardier, bazardièrè (de bazar), pour désigner celui ou celle qui vend, qui colporte dans les rues des légumes bu des fruits. w
(t) Invaincu, investigation, idéologue.

DES SCïEKCSS ABT& HT

Ils ont inventé le mot e~6<tfa~e, ~M&6tf<t<cse,c'est-à-dire faiseur, faiseuse d'embarras. Ce mot là nous a paru si expressif que même les plus lettrés d'entre nous l'emploient usuellement, en le francisant tout à fait, sans égard pour l's final de son étymologie. Ainsi tout le monde dit ceci, un peu par dérision, il est vrai, un embarrateur. Ils ont deviné le vieux substantif ecgaceM~ (taquin, querelleur) oublié depuis longtemps déjà, et ils l'ont rajeuni pour leur usage particulier, en le prononçant e~c<~e. Je dis qu'ils ont deviné ce substantif, s'ils ne l'ont pas hérité des agents de la Compagnie des Indes ('}. Ils ont qualiné de eM~M~fe, eMt&~s~ le causeur ou la causeuse qui, suivant l'un, de leurs dictons, « n'a n'a de miel dann la bonce (qui a du miel dans la bouche, qui a, des paroles mielleuses). Ne crpyez pas qu'il s'agisse ici d'unennuyeux, de quélqu~un qui, selon l'expression malhonnête~ nous embête, mais d'un ehjo-' leur de celui; pour rester dans là trivialité, qui donne des colles. Le baron de Craque,s'il a jamais existé, était in e~&e~e. et la femme célèbre qui avait sie~6~~e. gné un bon billet à laCMtre.était~ (t) ~aceMr, s. m., ancien mot dont on se servait au figuré pour désigner celui qui pique, qui irrite, e qui taquinepar de; paro!<'s, tc. Ce vieux mot pourrait être réintégré dans la langue moderne (Bescberette).
~4

DE S BULLETIN LA~OCt~T~ Ils ont d'autres mots des plus pittoresques. On connaît leur c~Mï~ ça H~wc, qui veut dire bien plus encore que notre je ne sais ~pOM~MO~. Ce « comme ça même est une réponse toutes les questions auxquelles on ne, pour peut ou l'on ne veut pas répondre. Ils ont aussi in &<wjp~ (un bon peu) pas beaucoup, mais phis que peu, très suffisamment, dans une mesure convenable. Veulent-ils déterminer la quantité de rhum qu'il importe de verser dans un verre, pour un vrai co<~?de sec de créole, ils recommandent la mesure des ~Ma~e~o~s fanés.Vous voyez d'ici quel peut être ce cocp de sec de ~MO~~û~s ~M~ les quatre doigts de la main, ouverts, écartés, in~és, du verbe fanev, (étaler le foin). II ne faut pas oublier, non plus, le mot e< ~M~dont nos emphatiques se servent comme pour déprécier un terrain où il y a de grosses roches, des caps. Remarquez que cette expression n'est hasardée qu'à demi, puisque nous en avons les cousins germains dans les mot p~?'eMa~ yosol pierreux, montagne c~eM~ Mca~eiM' rocailleuse. rocheuse, terre L'un de leurs plus jolis barbarismes est celui qu'ils commentent avec le mot pM~~c, au moyen duquel ils désignent un terrain, piaf, par oppositit.n à un terrain capeux. Dosimond m'~ du que tu la venu propriéteur que toué l'atrapû cent gaulettcs ja-

DES SCIENCES Er

ARTS

vec ton onc Zean-Zacques Pérott,et que ch'est · in terre que lé bon? ch'cst pas juin terain capcux ? Aregarde Ch'est in platitude depis la roce à Zaquot zisque la caveurne de bras sec. (Aregardc: allons donc, tu n'y penses pas). C'est ainsi qtra la personne qui nous. dit uneénornnte, nous repétons par cette .exclamation <r Par exemple s ou bien, <c vous vous moquez. » Ainsi le p?'opWe<eMt' oncier qui possède f une ~(~t~Kdp, n~a chez lui « Aucun chemin montant, sablonneux, malaise. » U y a, en outre le mot ~et'&a~)Ke/î~que nous avons à relever au profit de nos néologistes créoles, et qui, dans leur parler ne veut plus dire « de vive voix j~ mais carrément, sans ambages. Y m'a du toué ce fin faille créole je = l'ai nànqué juin Founé. tout d'in coup comme ça ? – Mâtin, – Voui, je l'ai flanqué ça fo'&a&?e)M< (Sur le champ, sans hésitation). = Ce n'est pas tout ils ont d~ plus cette manie d'adopter, après les avoir entendu 'prononcer en bon français, les locutions dont les consonnances leur plaisent l'oreille et cela sans égard aux acceptions pour lesquelles elles ont été créées. Vous venez de voir ce Qu'ils ont fait du mot~c~M<~e,

SCULETïN

DE LA

SOCHETÉ

Eh -bieï~ demandez à un c~~ <~e&~s – nous tenons Àcette vieille désignation – demandez-lui s'il connaît tel individu. Dans le cas où il'ne le connaîtrait qu~imparMtemeat~ il vous répondra qu'il le coanaît ~MMcA~a~ewe~. Il est vrai que, cette fois, l'expression n'est pas malheureuse, puisque machinal vent dire & sans Hitention et que connaître quelqu'un seulement pour l'avoir rencontré par hasard, Mms avoir recherché sa société, c'est; en eifet~ le connaître machinalement. C'est égal, ce mot destiné à caractériser des choses – mouvement machinal;– a une comique, appliqué aux personnes. étrangeté Et que dites-vous du verbe corresp<md)"e qui apparaît subrepticement dan~ la phrase suivante v Deu~ créoles se prennent de dispute dans tme case quelconque,~ l'un d'eux voulant terminer le diSerent par quelque chose comme an pugilat, adresse cette apostrophe a son m~en vé te co~~asadversaire ;<sort~ de/s, ~oM~e. Cela équivaut à cette menace vulgaire Viens, je vais te dojoner ton compte; s Nous sommes toujours n'est-ce pas, aux mots adoptés ? Eh bien, écoutez Jpseph/Bidic avait été obligé de recourir à Fant~rité paternelle du juge d~ Paix de sa localité, pour rétablir l'ordr,e dans son ménage. Il rencontre, au Bras-Panon, D<M;~ma jp~ce~ (Do~ité fils de Fanchette) qui l'aborde avec cette question

DES SCIENCES ET ARTS

– Et que ta femme y acoute à toué à ce t'hèrc? Ah voui, grâce à Dié, depis que Msié le de Pai la donne a li zin corruption. (corjige rection, admonestation) cé fin mouton; y travaye comme m satyre. Est-ce par ce que sa femme était devenue douce comme un « mouton que Did~c comparaît le travail qu'elle accomplissait à celui d'un homme-&OMc? Mais ce n'est pas dans ce langage prétentieux, dans ce boursoufflàge sans règles des petits créoles, ni dans le baragouin des cafres, qu'il Ëmt chercher le véritable patois de Bourbon. < Il est chez les noirs indigènes, surtout chez les négresses. C'est là qu'il se trouve dans toute sa verdeur et sa vivacité. Et, -encore, a-t-n changé quelque peu depuis l'émancipation des esclaves. qui a fait changer également, à leur désavantage, il faut bien l'avouer, les moeurs, les habitudes et le caractère de y ces mêmes esclaves. Voilà comment, hélas! 1 les plus belles, les plus grandes choses, comme ta."Liberté, par exemple, peuvent amener certains résultats lamentables. Témoin cette superbe montagne de Salazie qui s'écruutait naguère, engloutissant sous ses débris fbrmidaMes, ceux-là mêmes de ses habitants qui avaient été attirés à ses pieds par la fécondité de so~ sol et l'abri protecteur de. ses gigantesques remparts.

BULLETIN DELASOCIETE Oui, ce sont les noirs et les négresses créoles qui retiennent encore pour eux, et à grand' peine, ce joli parler bourbonnais. Chc~ eux, ~1 est facile, expressif. Si la phrase paraît devoir être longue, elle est raccourcie par le retranchement d'an mot, d'usé syllabe; si le récit d'un racontage ne -semble pas courir assezvite,il lui est donné un autre tour, et cela avec la rapidité de la pensée et au moment même où celle-ci est exprimée. Entendez deux commères se dépotant au milieu de la rue, parlant en -même temps et à qui débitera avec le. plus de solubilité ses rllusions mal sonnantes, ses injures même. (?est merveilleux Nous avons dit plus haut, que les-petits aréoles abusaient de l'accent grave les noirs indigènes, eux, abusent de l'accent aigu: – A cause li là ? ça (il a fait cela). – Ou queléj où ça qui lé ton papa (où est ton papa, oit qu'il ~est). Ils ont une prédilection tejlë~ pour le z' qu'ils lui font remplacer plusieurs lettres de notr& alphabet notamment le et le Toujours moîu va ress ensembe mon famé voui, ma garde à li (mOin va garde à !i) qu~amême ça que zautt va di. (Je resterai toujours avec ma femme, quand même, malgré ce qu'on va dire). y Sans doute de vilains propos pour l'éloi)gner d'elle. – Li la /e travaye à moin~li la garde mon lardent.

MS

SCIENCES ET ABT6

– A. cause ti tappes mon zenfant, ti crois ça zenfant crévére la f~im comme toué, boug de nanère. Ta l'hère m'appelle Zean Batiss pour nanque à toué si la guéle. Qui ça ? toué ? Va-t-en çace ton Zean Batiss, mène à 11 ici, t'a voir, comme m'a ranze à li. (Amènes-le ici, tu vas voir comme je vais l'arranger.) (') – Mn'ami (mon ami) li la ~e ~e à li li apré ~a bime, bime à li. Il l'a injurié à plusieurs et il;a fini fa abimé (6êMe). par lui donner des coups, ilreprises – 0 toué Marizeanne, où que ti viens.? Depis ce matin mou y rode à touc. Ti crois moin la prend a tot~ô pour toué couraille partout dann saincnis, pour aller cacaille, caille dànn la rie.. Toué la yi a moin couraille dann la rie Eh bon. mou y vicn voir in aim~e & moin lé J, malade,~). Co~f~ef, pour com'~ de côté et d'autre, raceuMe?' pour cailleter, babiller, allusion au gtoussemeitt de la poule mère ou pondeuse. Ma cere, voutt poule-la tardra pas r onde, via li,commence cacaillé. Si le est la lettre favorite des indigènes; par contre ils n'aiment pas assez la lettre l MM' <Ht'a ~aM~c, e soitM!om (<) ~a~cH~ v'aptoitévu raccoul'~is 11clll', t'tt M;ret inoi)iva ran.-e, r pcUp,<CM~loirfa voir ça r<tM30jaccourcispou)'la pouI'1a circon~t~nc.' d'aller \itc. afin (2) Am:M,vo!iàun secondfémininan motami.

MJÏABKN NUA

~Ctéf~

pour l'employée là o& elle est cependant des~Hnée à être prononcée. Ainsi ils diront. ensembe pour ensemble, capabe pour capable, parera pour pareil Ce qui veut dire qu'ils tendent toujours~ et partout, à rédture leurs mots en. moins de syllabes possibles. Delà: /7'o~~ pour effronté, placement pour emplacement, Z~M~ pour Agénor, pour arranger; etc. – Ou caque vou y ress & présent ? – Mou y re~sdann placement Me-sié Z~~oî\ II même l'a veni rode à moin pour f~K~ son zardin. Ils ~ont mëm~ jusqu'à dire ~K~ pour in1 valide. – 0& quelé vouft frère; n'a n'a' longtemps e 1 moin n~ pas vi à IL Comment, vcu y conné pas~ li la parti travayela <K Pointe », laTninela pète coté la ca~se son bras, à via li la veni ~?~6 Souvent ils dirent Me pour avec, comme ils dt§ent parfois ma pour moin, ta pour toué. r Ils ne pï ononcent jamais le eh. Aussi, en parlant, proscrivent-ils la seconde de ces deux lettres lorsqu'elle suit la première. Exempte là, lé longue mn~ami. – 6~mtn – C~miné-lâ, le haut, va ('). – Moin n~a n'a ~~rtn même, depis que moin la perde mon famé. d!Metmtn ? Ktondue,cna!ttelà K haut. (t) L? ca6'&

DBS E ëCIENOES T ABTS

Quant aux genres, aux nombres, il n'en est = tenu aucun compte dans notre langage populaire. C'est-à-dire que le masculin est confondu avec le féminin, le singulier avec le pluriel. DeIà:moM fame, pour ma femme, mon sentant, aussi bien pour mon enfant que pour wes enfants. Quant aux noms, prénoms, verbes; adverbes, adjectifs, ils donnent lieu à ce: qu'on pourrait appeler; avec un peu de boursouftlure, une perturbation grammaticale Et pourtant, lorsqu'on entend le langage si précis, si clair de nos indigènes, on" dirait qu'ils ont l'instinct du.s pouvoir d'un mot mis en sa place. » Ils ne conservent guère, d'ordinaire, les syllabes finales pleines et sonores, ils les ouvrent, les éclairent pour ainsi parler. De Reur, ils feront fière; de menteur ~eM<~e de chasseur, pc~sere de -voleur, w~re; de taquin, <c~M~ére; de flaneur, ~e~e; de natteur, /~«er6 Ou bien, ils en changent la désinence. Ils diront MïeK~ne pour mensonge, jct~se~e pour jalousie, ~Mc~e pour nanan (friandise). ~– Plère pas mon zenfant, ta l'hère man' man va donne à ,vous naname. (Ne pleure pas mon entaut, tout a l'heure ta maman, moi, va te donner du nanan, (à manger). Ce mot de naname me rf-ppelle celui de K<m~(MMC,qui. est cafre celui-là, et qui exas

BCÏ.LBTIN DE LA 60Cl~T~

prime quelque chose comme balbutier embarras de s'expliquer sur un fait intéressant à un titre quelconque. Mou-y pale à vous (c~est un cafre qui se plaint), vou y aponde pas ziss, vou y MaMteMam& (moi je parte à vous, vous ne répondez pas juste (ziss). Vous hésitez, vous tergiversez et cela pourrait bien être à dessein, pour ne pas vous expliquer franchement sur l'objet de la question qui vous est adressée. Que de gens qui souvent namenament sans y être obligés 1 Bien que ce soit incidemment- que je reviens au cafre, il convient, toutefois, puisque j'ai rappelé la prédiclection du noir indigène de faire remarquer celle de pour la lettre la Qôte d'Afrique pour la syllabe l'insulaire de ou avec laquelle il remplace invariablement les syllabes au et on, en même temps qu'il interdit à la lettre r l'entrée des expressions dont il entend se servir. Exemples 0 vous, pa Â~or, y timbe beaucoup la la haut Brilé ? plie Ah n~a n~a boMcoup la poulie mainme. Quoué ç&tapaze zautt la fé dann fond là, hier à sair ? Quou ça tapaze là ? tambou café ça, (tambour caf?'e ça, tamtam). – Voutt garçon y fé pas rien don, mou y voué a li maroe, marce dann la rie ? – Laquel, Joseph ? quoM ça li va fé, li mace coumme ça mainme d~o~, diho (dehors, l dehors) li paisse ça pitit MO!à.

DES SCIENCES ABTS ET Vous voyez quelle horreur il a des au, des OMet des r, ce vieux macoua. Je n'oublie pas que si nos noirs indigènes n'ont pas adopté tous les barbarismes que nos petits créoles emploient avec emphase, tels que, par exemple, cope~a?, p~~M~, corruption, cr~o~, qui réclament une prononciation particulière et nette, ils ne manquent pas, cependant, de s'emparer des mots créés par leurs aines et qui entrent dans !eur manière de dire, dans leur diction. Exemples Quoué ça ton papa y fé la basjsaintizanne ? Lé touzours cocé li ? (il est toujours cocher ? ) Non va, li la rente bazardier à ce t~hère. est entré, il s'est fait bazardier, à cette heu(Il re, maintenant. ) C'est comme si nous disions a quelqu'un Qu'avez-vous fait de votre fils ? et qu'il nous répondrait Je l'ai fait entrer dans la Marine. A bas, ress tranquil don, vec ton Zoson e (Joson), cé fin em&cM'm~'e. – Ma cère, comment ti pé acoute ptit noir là, ti conné pas cé tin em&e~re. Et que li lé capabe sogne à toué, qua même li va marié avec toué ? Ti croué li va embête a moin (ou v'embête à moin ? ) Lé tard Voilà encore une expression à noter.

BtILtETiN

DE tA

SOBJÈ1Û

Lé tcfrd'li, c'est-à-dire il ne s'est pas levé assez matin pour cela il s'abuse, le pauvre Cette sorte de défi parait avoir remplacé celui de navé hTeien pour nïrinse lfailt qui ne se dit plus que fort rarement aujourd'hui, et qu'on entendait à chaque instant, il y a un« vingtaine d'années, Pends gare à toué oui, si ti sa va son case li va flanque à toué. – Navé le cfen pour manze l'ail. (C'est ça qui n'est pas vrai, par exemple.) A cause toué la fé ça, Guistine ? GoMme pamêma, manman. (Je n'eu sais rien, je l'ai fait sans but, fans motif, tout naturellement.) Ceet comme ça même est une réponse à toutes les questions auxquelles on ne peut ou Poix ne;véiat pas répondre, – Quandli la donne à toué maïs là, li la donne à toué in sae entière 1 Li n'a pas donne à moin in sac, mai li la donne à moin in bon pé. Et celui des deux interlocuteurs qui a reçu le maïs se tient pour satisfait. Nous terminons ce paragraphe par deux aphorismes fort employés par MM. les noirs j et mes dames les négresse. L'iin est à l'adresso des présomptuenx,des inconséquents, des prétentieux. «.Sa langue n'aipoimtlws.»

DES.SCIENCESET ABTS

C'est-à-dire qu'elle est légère mobile qu'elle se remue aussi bien pour affirmer une chose raisonnable que pour avancer une énormitê. Et, ce n'est pas étonnant, rien ne la gêne dans ses mouvements elle n'apo nt d'os. – Ti voué grand palmiss si piton, la rivière Bitorlà, mou y parié moin va sorte ici dé zères dmatin, mou-a arrive là haut à la brine – Tou'é? l Voui moin. 1 – Y voué bien la langue n'a point faos. L'autre aphorisme v maxime, est destiné ou aux ingrats. • « Vou y nourri lé cien, in jour Umorde à t'otts. » (Vous nourrissez un chien, et un jour il vous mord). l' C'est ainsi qu'en semant le bien on récolte le mal; que la bonté engendre l'ingratitude. Et c'est à propos de « l'ami de l'homme » que les noirs rappellent cette désolante vérité Messieurs, on a fait imprimer plusieurs fois, dans la Colon m, des fables et des chansons écrites en langage créole. Eh bien, on peut avancer en toute vérité les auteurs de ces fables et de ces chanque sons ont peu réussi. Ah 1 c'est qu'il est très difficile d'écrire le parler populaire de Bourbon, et surtout .de l'écrire en vers c'est là où Boileau n'aurait pas fait obéir ia rime «omme « une esclaves,

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

Nous allons chercher à justifier cette assertion par l'examen des documents qui nous viendront sous la main. Nous commencerons par les fables de M. Héry, la première production littéraire, croyons-nous, qui ait été- publiée en notre patois. M«Héry était un homme d'esprit, instruit, plein de bonhomie, d'une aménité proverbiale et personne mieux que lui, parait-il, ne savait Qu'un ami véritableest une doucecliase» On comprend qu'avec de pareilles qualités et de tels sentiments il devait, par quelque côté, ressembler au bon Lafontaine. Il a donné une preuve durable de eette heureuse ressemblance, en cherchant à imiter notre classique « bonhomme », c'est-à-dire en faisant parler des bêtes, et encore en les faisant parler malgré leur répugnance à s%xprimer en erêyole or eryols a n Mais M. Héry? cet excellent homme, était européen et s'il connaissait le français, le latin et le grec, c'était qu'il avait appris le grec, le latin et le français tandis que langage payé Bourbon, c'était seulement depuis son arrivée dans la Colonie, remontant, il est vrai, à quelques années déjà, qu'il l'avait entendu employer autour de lui. Pouvait-il ainsi rendre fidèlement sa pensée en cc même langaze, lui un lettré, qui ne devait se servir dans son style de professeur de belles lettres, que d'expressions justes et de

bESSCIENCES ARTS ET phrases, correctes? C'eût été tenter l'impossible. Aussi, j'estime qu'il n'attachait pas grand amour-propre à écrire ses fables elles me paraissent avoir été, pour lui, comme un pur passe temps. Et cette appréciation qui est aussi celle d'un de ses parents me sied d'autant plus, qu'elle lève les scrupules que je pouvais avoir à l'idée de critiquer l'œuvre d'un homme dont le cœur et, l'esprit le rendaient des plus recommandables. i I. Et l'observation que je viens de faireJiMessieurs, à l'égard de M. Héry, en sa qualité d'européen, je puis la renouveler pour nos compatriotes qui vont achever leurs études en France et qui à leur retour au milieu de nous, veulent écrire langaze crêyole. Ah ils nous reviennent, nos compatriotes, des hommes distingués, aimables, ayant des connaissances variées ils nous reviennent ayant gardé la mémoire du cœur à leurs parents, a leurs amis, à leur pays, mais ils ont oublié le dialecte qu'ils parlaient dans leur enfance, ils n'en retrouvent plus les termes précis, les prononciations exactes, les tournures de phrases, les nuances diverses qui en colorent la forme. » r Et où. donc en auraient-ils conservé le souvenir juvénile ? est-ce dans les lycées de Paris, aux écoles de droit et de médecine, au Quartier Latin ? non assurément. Nous l'allons montrer tout à l'heure. Voyons les fables de M. Héry. Je n'en examinerai que deux ou trois, par cette double

BULLETIN DE LA SOCIETE

et bonne raison qu'elles prêtent toutes aux mêmes redressements de langage et que, pour les analyser toutes, en votre compagnie, il me faudrait trop demander, Messieurs, à votre courtoisie habituelle La première de ces fables est Intitulée la Cigale et la Fourmi avec ce sous-titre La fourmi ensembl' li grélé (grelet, grillon, cricri ). Nous faisons remarquer tout d'abord que la fourmi est français, ensembl'"aussi, malgré l'apostrophe qui nous invite à ne pas prononcer l'e final. Dans li grélê, il n'y a que grêlé qui soit du créole Quant au pronom lî, il figure là en intrus, attendu qu'il « s'est introduit en cet endroit sans avoir qualité pour y être admis » Pourquoi ? parce que li ne veut pas dire le, mais il, luif elle Moin la vi à li, mais ? n'a Exemples vi à moin (moi je Vai vu, mais lui ne m'a pas pas vu) ou bien, li la vi h moin, moin n'a pas vi à lîf (il m'a vu et je ne l'ai pas vu) Moin la vi voutt lame, ce matin, quand li la passe ptit bazar. Voui, li la di à moin ça. De sorte que M. Hory, alors qu'il entendait écrire le grêlé, écrivait il grêlé ou lui grêlé ou même elle grêlé II résulte de cette simple remarque qu'il n'y a que le nom de grélé qui appartienne au patois créole, dans le sous-titre de la -fable dont nous nous occupons ici.

DESSCIENCES ARTS ET

Il convient, dès lors, après avoir élagué • certains autres mots do ce même sous-titre, de le rétablir de cette manière a Fourmi ensembegrêlé » Arrivons à la fable elle-même. « Au bras sec dans l'pli haut d'Brilé. » Au bras sec est français, dans également les mots l'pli haut d'Brilé, malgré les apostrophes qui les décorent, n'ont pas davantage le parfum du terroir. 1 Ainsi il faut remplacer au bras sec, par là bas bras sec, dans par dann écarter fcpli et jeter dehors l'apostrophe du mot Brilé, Nous aurons alors le vers créole suivant « Là bas Bras sec dann haut Brilé » Nous sommes au second vers « A proç fricé ma Véronique » 1 Ah voilà la calvacade des apostrophes qui a disparu, les h ont été mis de côté aussi le mot proche est écrit comme on le prononce, ou à peu près, soit proç. Peut-être convienil drait-il, toutefois, d'ajouter au ç cédille me semble que je fais un mot peut-être, dîs-je, conviendrait-il d'ajuster un e muet au mot proçe," pour bien en fixer la prononciation. Et pourquoi ce vers est-il couronné d'un « a proce » (approche) au lieu de « proce » (proche). Cette voyelle a précédant ainsi le mot proce n'est pas plus créole que l'article la devant fourmi, que le mot au mis devant Bras-sec.
2G

BTOtETIS

DE tA.

SOCIETE

II est vrai que cet a enlevé, le vers ne marcherait plus sur les huit pieds dont il a été pourvu, Il n'en aurait plus que sept. Ce qui veut dire qu'il convient, ainsi que je l'ai conseillé plus haut, d'accrocher un e au mot proee pour le faire de deux syllabes. Alors ce second vers de la première fable de M. Héry serait écrit de la façon suivante « Proce fricé ma Véronique, » Proce près, fricé défriché.) < ,Toutefois eôiê fricé serait mieux que proce fricé. Voici le troisième vers « Iïavait ein s'en mêler grêlé. » C'est Vavé qu'jl faut ef non l'avait, par les m6tifs déjà déduits ci-dessus, au sujet du constant emploi de l'accent aigu-' par nos indi•; • gènes. Quant a l'adjectif un, devenu in dans notre langage populaire^nousnous demandons pour quel motif on a paré son front d'un e muet ? ]1nous semble, cependant, que in i, n, se de un u, n que etn rapproche davantage n. e, i, – Il y a, en outre, une modification qu'il importe d'apporter dans l'orthographe de ce mot. Je Veux dire que, bien qu'il reste toujours du genre masculin, il est cependant prononcé différemment, selon qu'il, se trouve placé au commencement ou à la fin d'une phrase.

DES SCIENCES ET ABTSr

0 toué Guistîn; comment Exemples dann bataye là, zautt dé Moncéry la gagne le coups ? (ou gaigne le coups) – Eh ben, moin l'avé in baton; li l'avé irine, nous la tape à nous l'in à l'autt Toué n'a n'a in zoli çapeau' là, ZeanLui ? Dédé n'a n'a inne pli zoli que la mienne. Donc le mot in doit être écrit, avec un ou deux n, suivant les cas à moins dèll'écrire avec deux n ét deux e, enne, ce qui, l'éloignerait, par trop, de son étymologie. |i Du reste, dans les écrits de M. Héry, dont nous nous occupons ce soir, l'auteur, en certains endroits, s'est souvenu de cette différence de son, et il a tenté d'en tenir compte. e'
l r

Restent lés derniers mots du vers trois «rS'en mêler grêlé. » de Ne parlons pastracé grélé, nous avons dit ce nom était en créole mais s'en que mêler Un s'en mêler. Bavez-vous, Messieurs, ce que c'est que ce s'en mêler grélé ? C'est un s'enntélère et un s'enmélère est ^un individu qui s'occupe d'une chose étrangère à sa profession, à ses habitudes. « C'est ainsi, dit Bescherelle, qu'il n'ap« partient pas à un cordonnier de se mêler « de peindre. » « Un poète ne doit pas- se mêler de com« bats, avoue Voltaire, »

BULLETIN DBLà SOCIÉTÉ Cequi ne l'empêchait pas, ce grand scrupuleux, de se mêler « de tout et d'autres choses encore. » Remarquez que c'est par le rapprochement du pronom personnel se et du verbe mêler que Je substantif s'enmêlère a été formé. Un s^enmélère désigne donc un individu qui se mêlô d'un art ou d'un métier qu'il se figuré savoir et qu'il ne sait pa£, ou qu'il jse donne pour connaître et qu'il ne connaît pas. Demandez au bonhomme François, si Zean Zacques qui ress côté li, dann fond Lataniers, lé in bon zouvrier. Il vous répondra i Li travaye de bois, voui, mai comme ça môme, li s'en mêle, s'en môle.. – Et son frère Lui Mkrie*! – Ah bas, ce fin $utfc s4ennîélère. Jean Jacques et Louis Maria sont dès lors classés ce sont de médiocres charpentiers. Boileau avait deviné le s'enmêlère de la Réunion lorsqu'il donnait' à ses contemporains ce judicieux conseil Soye2plutôt maçon si c'est votre tâieat. Est-ce qu'il n'y aurait pas aussi, de par le -monde, des s'enmélères de sentiments ? M. Héry n'a donc pas traduit sa pensée en écrivant le mot mêler d'après notre orthographe. Il était tenu' d'y ajouter un r ou un e muet, de façon à produire le son mélerr, mèlère.

DES SCIENCES ET ABTS

De plus, ces mots « s'en mêler » donnent lieu à une véritable confusion de sons, eu égard à l'expression de sang-mélé Il importé, dès lors, de rectifier ainsi ce troisième vers. « L'avai in s'enmélerr grêlé (ou lavéj. » En doublant l'r du verbe mêler, on obtient, à la fois, la consonnance du mot et la mesure du vers. Peut-être y a-t-il' par là quelque' jchose comme un hiatus, mais il s'agit, ici, dej patois et le vers modifié de M. Héry ne serai pas, pour si peu, mis hors la loi de la prosodie française. C'est ici le lieu de faire remarquer à propos du redoublement de la lettre r, opéré plus haut, l'avantage que présente cette manière d'écrire les mots1 du langaze créyole, d'après' leur prononciation même. Et j'ajoute, que je ne crois pas qu'il soit possible de rencontrer, pour le, rendre fidèlement sur le papier, un procédé plus'simple, plus ingénieux. 1 Me voici, messieurs, au quatrième vers de la fable que nous analysons ensemble. Il est encore moins créole que les précédents. Voyez plutôt « Qui çantait tout l'jour son misique. » Eh bien, le pronom qui se met devant les substantifs et non avant les verbes ljui ça, pour qui celui-là qui zour, pour quel jour. Aussi n'est-il pas à sa place dans ce <juatriè^

BULLETINELA gOCIKÏlî D

me vers C'est un y qu'il faut att lieu du mot qui, tout étonnant que cela puisse*'paraître. Exemples Lavé (ou l'aval in vié eafe là tas la motagne, y zoué zoûé bobo la zournée entière (et non pas qui zoué). – Moin la trouve voutt maman y sa va la rivière (et non qui sa va). Çaiïtait, dont on a heureusement enlevé la lettre H, doit être ramené à Qmnté. Quant à tout Jtfaur, (il faut lire zonr), d'ailleurs nos indigènes disent toute la Murnée ou la zournée entière.. Remarquons encore qu'ils -ne connaissent ni les superfëtations ni les redondances. Dès' l'instant qu'ils ont dit ^que le grelçt-chantait, ils jf ont pas à spécifier qu'if chantait sa musique plutôt que celle de Rossini. Et surtout ils ne diront jamais musique pour chanson, comme le leur a fait dire M. Héry..x II n'y a donc pas un mot de notre patois dans ce quatrième vers qui, certes, n'est pas facile à créoliser. Ainsi, voulez-vous, tout en le corrigeant à peu près, y conserver le mot mislque'? Eh bien, je vais écrire y çanth y çanth de` pis lmatin zisqu'à soir la misique. Voilà bien l'idée que le narrateur s'est proposé de traduire pour ses lecteurs, mais alors vous aurez un vers égal, en longueur, à l'ancienne mesure agraire dû la Colonie, la gaulette de 15 pieds,

DES ET SCIENCES ARTS

Le, voulez-vous complètement rectifié, ce vers malencontreux ? le voici tout à fait dans le « langaze créyole. » « Y çanth y çanth tous 16zotfrs son canton. » lui aussi dépasse la mesure, et la Hélas, correction lui a fait perdre sa rime pour ma Véronique. Je reviens au mot musique et je vous ,prle de remarquer que, pour être entré dans le langaze créyole, il n'a pas changé de genre pour cela, il est reste du féminin, aussi) e^t-ce l'article' la qui commande invariablement ce substantif. Toué la di toué va veni zoué Exemples ,ici à soir, toué ii'a n'a la misique ? (As-tu des instruments de musique ?) – Quand ça ton sœr l'a marié 1i – L'a marié zédi. – L'avé la misique ? – Ah l'avé même (ou l'avai). Je n'ai jamais entendu dire son misique ni ton misique. Comme Vjon'ai jamais entendu confondre misique avec çanson – Hier à soir, l'avai la misiquala case tonton Guistave nou la boire, la manzé, çacainc laÆo son çanson tire La seconde fable est intitulée « L'âne et le petit chien. » Ici pas de sous titre. Disons qu'il s'agit de « Bourrique ensembe ptit cien »

BtflXETIN

DE LA SOCI^T^

Voici les premiers vers de cette fable î « Saint* Sizanne cez bonhomme Zozet. » II faut Saintizaime. On dit Sizanne, ma mais tizanne quand il s'agit de la Sizanne commune de Sainte-Suzanne. Là bas Saîniizanne moin l'avé in cocon diss piass, dmonde la volé. (Un cochon de dix piastres.) ) ` La case doit remplacer cez Les noirs ne disent pas être, ,ou aller chez quelqu'un. C'est toujours mon case, son case. Mou y sa va la case manman. Le proverbe « il n'y a pas de petit-chezsoi », n?a pas été fait pour eux Et pour Zozet, ils disent Zoseph ou Zouzé. « L'avait ein vié vié %ourriqust. » Pour la vingtième fois, -l'avait doit être remplacé par l'avâ ou Vw&aï. Il importe également de mettre le substantif masculin bourriquet au féminin et de dire bourrique, qui est appliqué indistinctement à tous les descendants – > mâles et femelles – de maître Alrboron Nos indigènes ont même un proverbe qui consaer© cette appel la'don > Ainsi ils disent, sans pitié, en parlant des individus qui naguère dans l'aisance sont aujourd'hui dans la gêne « Son bourrique la erêyé. » Je passe au vers suivant a Son dos l'était plein carapaiee. Lisez Pété plein.

DESSCIENCES ARTrf ET

« JJètaît lourd comme criole batate. <> Méme observation pour Vêtait. Le mot lourd ne s'emploie pas en pareil cas, surtout lorsqu'il s'agit de creyoles de bois et non crioles qui ne sont jamais lourds, étant des hommes fluets, secs, nerveux Pour désigner le bourriquet de M. Héry, les noirs diraient in gros gros bourrique. Et voyez la bizarrerie en parlant do certains autres animaux, ils n'emploient jamais le féminin. Vous pouvez les mettre sur voie en leur prononçant le mot propre, Vousperla drez vos paroles. Dis donc Jules, à qui est cette bel'e mule que tu conduisais hier au soir ? Ça mile me-sié Fancin ça. M. Fanchin élève toujours des cabris ? voudrais avoir une chèvre je – Toutt son cabris la crévé, y ress àfli à cet'hère fin ,qu'in sève serment (rien quun chèvre,seulement) La troisième fable La laitière, et le pot au lait – n'a pas non plus de sous titre. Jl était sans doute difficile de lui en donner un. Nous ne connaissons, dans la Colonie, en fait de Perette, que « malbar y,vende de lai dann ferblanc. » Le premier vers do cette troisième fable est ainsi conçu -<La vaç, mon cousin Nicolas. »' Non seulement cette tournure de phrase n'est pas créole (par cette raison qui nous
27

·

BULLETINE LA SOCIÉTÉ D

vient de M, de La Palisse), qu'elle est française, mais parce qu'il n'y a qu'un seul de ces mots, le mot va& qui puisse être pris pour du patois, encore faudrait-il l'accentuer davantage, vace. en le terminant par un e Le second vers porte « Dan n'haut d'bilor (vous pé croire).^ » 1 Le troisième e Li mois passé l'était metë bas. » Je renouvelle les mêmes observations faites plus haut, à l'égard de d?ans, d'bîtor, pê croire, li mois, Vêtait mett\ 4 Messieurs, je crois devoir m'arrêter ici, fai suffisamment démontré, ce me._sembîe, que M. Héry, dans ses fables'bourbomiaises, avait laissé voir, d'une façon .frappante, qu'il était européen. Pour écrire langaze payé Bourbon C'est pfiu d'être poète,41 faut Être. créole. Mais l'honorable et bon M. Héry était des .anciens je vais passer maintenant aux modernes, à ceux de nos compatriotes qui ont écrît^ eux aussi, en patois créole. Je me bornerai, puisque déjà fai assez abusé de votre bienveillante attention, à relever simplement dans leurs fables et dans leurs chansons, les mots qui me paraîtront ne pas rendre fidèlement leurs pensées. Et pour que l'on ne croie pas que j'aie, choisi à plaisir, et pour cause, les plus défectueuses de ces productions, je vais prendre le

DES SCIENCES ET ARTS

dernier bulletin de notre Société des Sciences et Arts, celui de 1882, où plusieurs d'entre elles ont été rapportées par un de nos distingués confrères et amis. Ainsi je trouve écrit dans ce bulletin « Ça que voui connaît bien, ma ser. » Ehbien c'est conné qu'il faut dire et non connait et vou y (vous) au lieu de voui (oui). Et, ce qui est plus sérieux, c'est que cer, dans la circonstance, s'écrit avec non un è 'et avec un s.J |, Exemple – 0 vous ma cère, n'a pas vous que l'a marié avec garçon pa Figaro ? Non ma, cère, mon soer ça (ma sœur ça). C'est-à-dire que cère, au féminin, veut dire chère et au masculin, sœur. Il est, dès lors logique d'écrire le motjpar un c dans le premiercas, ma cère, et par un s dans le second cas, mon sœr J'estime d'ailleurs qu'il est de rigueur, lorsque l'occasion s'en présente, de rappeler, autant que faire se peut, l'étymologie des dérivés que nous employons. A propos d'une sorte de chanson de nénenne, nous avons également lu des mots écrits ainsi « Dors mon zenfant. « Çat marron va manz' à vous. » Qui me dit que le t du mot çat (chat) doit être prononcé ? Et il le doit. Pourquoi aussi cette éternelle apostrophe à la syllabe finale de manz' ?

BULLETIN DELASOCIÉTÉ Cette fois ce n'est pas dans la crainte de voir une voyelle « en son chemin heurtée. » Ecrivons donc « Dors mon zenfant, dors. « Çatt marron va niante à vous, » Çat avec deux t, çatt ou avec t, h; çath ou"avec t, e, gâte, et manz' avec un e final, manze. Y Ah il ify a pas à dire, il faut rendre la prononciation -du mot hors delà pas de fables, pas de chansons, pas de contes à écrire en créole Permettez4noij à propos dfe e&tte mèmeprononciation, de rappelej? ici une historiette que la tradition a Conservée aw PalaisrIl s'agit d'un vieux lîôir, gardien, venant déposer en police correctionnelle devant un honorable magistrat européen. – Dites-neu% demande de magistrat à ce témoin, dans quelle circonstance vous avez f arrêté le prévemrîei présent. 1 On traduit la question au vieux noir, qui .'noire qui répond – Eh ben, moin l'amarre à li avec gatïr Ah î ah s'écrie le président avec GatirfJ disais bien que le prévenu avait un com)$ piiee qu'il n'avait pu accomplir soûl le méfait qui lui est reproché, J'en étais sûr. – Et quel est ce Gatir? ajouta-t-iL – Eh ben, répliqua le vieux gardien, gatir laloua. – Comment, exelama de nouveau le magistrat, il connaissait la loi, et il a osé l'eft-

• DES SCIENCES

ET AUTO

freindre ? Par exemple c'est fort Et l'indignation le gagnait. Mais, eh même temps, il voyait un certain mouvement se produire dans l'auditoire, et le ministère public, qui est toujours un peu malicieux, sourire sournoisement. Il s'en inquiéta et ordonna le silence. Puis, s'adressant encore au témoin Dites-nous donc où est Gatir. En quel lieu il s'est réfugié ?, – Eh ben, avoua le vieux noir (cbmprenant par intuition), Gatir l'a ress 'v volère-là même ensemble vl Ah il a caché son complice, il la dérobé à la justice répressive de son pays. Eh bien, je vais renvoyer l'affaire à plus ample informé. Ce quiproquo allait continuer, loisqufun des juges crépies siégeant» fit comprendre à son collègue' européen qu'il s'agissait, dans la circonstance, non pas d'un complice apnon pas de pelé Gatir, mais d'une- ligature la loi mais de Valoès. En un mot, d'une ligature en aloès, qui avait servi à garotter le i voleur. Le Président, qui avait de l'esprit; comme beaucoup de présidents, se mit à rire, et l'auditoire l'ayant imité, on eût à notre Palais de » Justice, ce jour là, l'audience correctioniielle la plus gaie qui se soit jamais tenue aux deux îles-sœurs. On croit môme que, par suite, le prévenu a été mis immédiatement en liberté.

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

Indépendamment de l'impérieuse nécessité d'écrire les mots de notre patois, selon leur prononciation propre j'en donne l'exemple il importe également de n'y conserver des expressions restées françaises .que celles usitées et pour ainsi dire reconnues, consa< crées. Telles que faire, comment, voir, gagner ou gaigner, hasar, .viens, à cauée, tête, voix* et cœtera. Il y en a un certain nombre de ces expressions demeurées entières dans leur forme primitive, mais il faut savoir s'en servir d'après les règles d'ueage et surtout se garfder d'y suppléer par d'autres mots qui resteraient certainement imoempris Et M. Hêry, pas^plus que nos compatriotes qui ont écrit après lui, ne se sont préoccupés de ce côté délicat du parler créole. Je vais eiter^en les soulignant quelquesuns de ces mots – quelques-uns seulement, bien entendu qu'ils ont à tort employés Ainsi hivernage, hardiment, côutïnuellçment, fourniment, appart&ment, v&au, mystère^ entasser, -emplettes, chagriner, froid et cœtera. Combien y en a-t-il dans les fables et les chansons créoles imprimées, qui n'ont jamais été prononcés par nos indigènes noirs. Voilà pourquoi ils ne comprennent pas ces mêmes fables et ces mêmes chansons. Chacun de vous, Messieurs, peut en tenter l'épreuve

DES SCIENCES ET ARTS

Quant à la fable – La truie et la caille émaillée d'apostrophes, en voici les premiers vers « Ein zour (ça l'été mimazine). » Je ne parle plus du mot ein, mais il n'y a pas moyen de laisser passer ça Vété m'imasine, et le pourquoi, c'est que le mot ça, est de trop, que mHmasine n'étant pas du créole, doit être remplacé par mou y masine Exemples Comme ça vou-y fé vous l'a parti, parti même, vous l'ablyë à moin ? – N'a point, moin n'a pas blye à vous, mou y masine à vous toujours (nwu y masmé) au lieu de mHmaâine. Continuons « Côté Quartier français proch' madam' Desrabinel» t, Côté quartier laisse un peu à désirer, si 'l'on se souvient que les noirs indigènes disent1 toujours là bas Là-bas Quartier français. Ils ne disent côté que pour parler d'endroits rapprochés. – Li ress côtë moin. – Là bas côté bord la mer: (près, de la mer.) Quant à français, il doit être écrit comme on le .prononce françai ou francé. De même de proch' qui fait proce en créole et qui pourrait être avantageusement remplacé par côté madam' Desrabine. Le mot côté se trouverait alors à sa place.

1 DE BULLETIN LA SOCtETM Il

L'auteur oublie la répugnance que montrent les noirs pour le eh. Mais voici le troisième vers L « Ein truie -s'enva rod* son samL » Rien à dire pour rode son zmni (sauf l'apostrophe inutile, superflue, mise au verbe rode) mais s'en va n'est pas du langage bourbon. C'est sa va qu'il convenait.d'écrire. Voyons le quatrième vers v « Li p'Mt cailV Bourbon, ça soli » D'abord li doit être écarté, .puisqu'il tient t lieu, nous l'avons vu plus haut, de il ou de ` lui ou de ellë. Exemples – Ça zozèau là, lé plit, mai li vol bien va (il est petit, mais il vole bien). A guette négresse là, €.on, à cause f^lé en lair, comme ça ? l Je ne veux pas chicaner sur le substantif caille. Toutefois, il serait plus dans la prononciation voulue,- s'il était écrit avec un y soit caye, c'est-à-dire en lui coupant les lf sans jeu de mots, comme on le fait pour traYCiye, bouTsayç (broussaille), mirage (muraille.) Pour le mot joli, par exemple, il doit être invariablement écrit avec un ê. J'ai déjà fait remarquer que, dans notre "patois, le z remplaçait le j et le g. Nous voici au cinquième vers « Ma cer, comment dire manwn truie» »

1> DES SCIENCES ET ARTS

Il convient de changer dire en dit, et maman en tnanman. En outre, je ferai remarquer que Je mot truie se prononce trouye Poursuivons « Michant temps ta Vhèr ma vint » Il y a là un double oubli à l'égard du eh et de l'e fermé. Ce n'est donc pas michant temps qu'il faut écrire, c'est miçant temps.. 1 Ce n'est pas va vini, qui sort du pajtois de l'ile Maurice, c'est va veni. Et plus \o\ii^rand di l'eau, non, beaucoup dî Veau If vmtt, non, lvent gros la pluie, non, beaucëup la f plie. Exemple La rivière Sainnis n'a n'a beaucoup de Peau zourdi. i Hier soir tvent l'a té fort bord la mer la tombe beaucoup la plie dann la, rade. LJe lis encore dans la même fable « Aide â moi vié nxonâ? vot maman. » Eh bien, au lieu de aide il faut ide, au lieu de moi il faut moin, au lieu de vot il faut voutt (youte), et manman au lieu de maman, ainsi que je l'ai rappelé plus haut
x Exemple

0 vous me n'ami, Toute bras l'est' plis fort que la mienne, ide à moin in pâ pour lève paqué linze là, m.xnman y aspère à moin la case.
28

BULLETIN DE LA SOCIETE

<_ À propos du mot moin (moi), il y a une remarque à consigner ici> c'est que de même que le mot int il se prononce différemment suivant la place qu'il occupe dans le discours. Exemple Tous les zours mou y voué à li, mai li voué pas moin. y v – Ti dis moin ce t'in volère, mou y coné qui ça la di à toué ça. – Ti coné ? – Voui, mou y coné Ce moin èt ce mou y deviennent, aussi, parfois, des .ma^ des im6) des mi et des moua (moi). De même que le toué (toi) devient, à l'occasion, ta et ti comme ci-dessus. Aussi faut-il beaucoup de discernement alors que vous devez employer #ces divers pronoms. Allez dire, par exemple, au lieu de – Toué capabe fé ,ça, toûé ? (tu es capable de faire^ça, toi Allez dire Ti capabe fé'ça Ut Ou bien t Ta capabe fé ça ta.. Et au lieu de moin la vi à li, dire me ou ma la vi â li Le premier petit noir venu se moquerait de vous. Je suis convaincu, du roste3 que ces mots ma, me, mi, mou, moua, ti, ta, toua, sont le résultat d'une corruption, d'une altération du langage Bourbon, dont la~responsabilité incombe évidemment à ME nos concitoyens, natifs de la côte d'Afrique.

DESSCIENCES AlliS ET Ainsi, au lieu de Moua dit à li ça. Ta voir ça que va rive à toué Pour parler notre vrai créole Bourbon, il faudrait Moin va di à li ça. Toué va voir ça que va rive à toué (rive – ¡ arrive). pour Et au lieu de Mi sa va bitation – Ti conné pas ça. j, i > Dire Mou y sa va bitation. – Toué y conné pas ça. Remarquons, en passant, que dans le parler créole de l'.ancienne île de France, le moi, que dans le créole de Bourbon nous prononçons moin, se fait entendre franchement m^i.Mais il a, aussi- son pendant c'est-à-dire mo. Comme avons moin et mou y nous « – Mo ti guette li, li té guette moi. ? Ce mot li que je viens d'écrire me fait pen,ser qu'il est employé par les indigènes de l'ilesœur, à la fois comme pronom – lui, il – et le. comme article ` Ainsi voyez ce joli. séga: ` mari mo ti contentli (content lui). Mon Bon Dié fine perendli (prend lui).. Mo blizè pereudmalabar, Pour consolmon li cœr (le cœur). Dans la chanson intitulée Li cœr w'a pas magasin, insérée au mêmeBulletin, je tecon-

BDU.ETIN

DE LA. SOCIÉTÉ

nais que, par exception, il y a beaucoup de mots créoles Aussi je regrette que l'auteur ait cru devoir suivre trop ? auvent l'orthographe irréfléchie de sm devanciers. Ainsi, pourquoi avoir, écrit Li cœr au lieu de le cœur, Icœr Je ne saurait trop répéter que Ii veut dire il, lui, elle. Pourquoi, encore, n'avoir pas terminé le nom de Çouçout par un second. t ou par un h ou par un e, afin de faire résonner la dernière syllabe Çpaçoutt, Çouçou^i, Ço'uçoufe. Je continue « A cam'wijir'f vijvf- é moin ? » Il faut dire A cause %a y zîre,zire à moin Exemple î Li êafie^^» à' moînr Li zùuè, ztruê vec maiiî. Li flatte, flatte à li (il flatte lut). Par grâce* renonçons aiix apostrophes si nous voulons que nos lecteurs comprennent ce que nous avons écrit pour eux en notre patois.. Voieà Pautfe Wth  c©«s vi dît mon plûtf derrière ? » Je crois que nos indigènes, et cela sans tenir compte de la césure, diraient ainsi ce vers: « A cause vou y dit mon place éParrière ? » Pour eux, je l'ai déjà fait observer, vi, veut dire vu et non vous. Vous la vi à moin Baraçoîs ? Mentère. Quant au vers suivant 8 À catàs* arpousseâ moin dann* coin ? »

DES SCIENCES

EX ARTS

convient de le modifier de la sorte « A cause y arpousse à moin dann coin? » De cette chanson « Li cœt n'a pas magasin », je retiens les quelques vers créoles qui suivent, après élagage des malencontreuses apostrophes qui les embarrassent. « Ress tranquill, moin v'cmbrasse vot pic (voûte pié). » « Gros comme la case y aime à moin » « Tout ça que voui vé m'a donne à,, » vous.» A la bonne heure, voilà voui qui reqiplace vi, mais il importe de changer" son i en t^l Vou y, puisque nous savons que voui veut dire oui. ( II est aussi question, dans ce même Bulletin, d'une autre chanson ayant pour titre Nounoutte. L'auteur, qui est un de mes-amis, me l'avait présentée quelques heures après qu'il l'eût mise au jour, et malgré les attraits de la nouvelle venue, je n'avais- pas caché au père les défauts que je trouvais alors à sa fille. Tout récemment encore, je lui en parlais, et lui annonçais mon intention d'écrire les réflexions que, naguère, je lui avais faites de vive voix à ce sujet. Il les retrouvera dès lors, sans surprise, dans'ce modeste travail que je i4e propose de lui adresser par dessus les mers, aujourd'hui que nous avons le regret de l'avoir loin de nous. Voici un couplet de cette chanson de Nou° noutte.

Il

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

Premier vers « Nounoutte à caus' fa$ cômm* ça même « (à cause face comme ça même). J'en demande pardon à mon ami l'auteur, mais ce doux reproche formulé de la sorte, pourrait bien être attribué à un immigrant indien. Aussi je propose de lui donner un autre tour, celui-ci, par exemple Nounoutte à cause vou y face comme ça 1 (pourquoi vous fâchez-vous ainsi, sans raison.) Ou, bien: Nounoutte vou face comme ça même, (vous vous fâchez pour rien.) Il me parait convenable, en effet, que le solliciteur ayant à s'adresser à Nounoutte en personne, lui dise directement « A cause vou y face ? » Autrement Nounoutte pourrait répondre au « A cause face ?» » j dans le patoi$ dé l'immigrant inToujours dien « Qui ça face » Et l'auteur, bien certainement, n'a pas eu en vue pareille réponse. Au sujet du pronom personnel uousf qui se change parfois en vou yt et qu'il ne faut pas confondre avec l'adverbe vonî, je tiens à montrer une fois encore quelle est leur place dans la conversation – Vaujf vé moîn va donne à voUs bonbon, mon ptit hye (fille). – Vouij papa » r » – O vous, bonhomme Azor, vou if rode rode darrière nottte placement là, pends gard

DESSCIENCES ARTS ET

vou va vole mon gros poule çatigant l'aprés ponde dann miraye là, voui. – Ah 1 voui don, n'a pas moin même y vole toute poule ici Camp Ozoux. A que faire vou y parle comme ça même, vous la vi à moin vole qui que çose à tous. Deuxième vers « Qu'o ça qu'lâ féplèr vont beaux ziês f » Je ne rappellerai pas ce que j'ai dit pour le vout (votre ou vos) dont la dernière lettre doit ` résonner à Poreille/ ,,1' Quant au quo ça, il. conviendrait de le changer en quoué ça comme il conviendrait d'écarter le mot beaux, mis au devant, de ziés nous ne l'avons jamais entendu employer, surtout en pareille occasion. Les noirs ne se servent de cet article; que pour appeler l'attention de quelqu'un sur in bel ce>jâl, in bel zenfant, mais pour les yeux, ils disent zolis ziés, comme ils disent zolis cevés (cheveux) – Ah v'ia in bel ceval. En outre, ils ne connaissent pas, du moins comme nous la connaissons, nous, cette figure de rhétorique appelée la répétition, qui « don. ne plus d'énergie à la phrase », enseignent les grammairiens.. Nos créoles qui chanteraient la chanson de Nounoutte ne diraient pas qvio ça quHà fé flèr vout beaux ziés.

BULLETIN DE LA. SOCIETE

Cette question, dictée par une tendre sollicitude, il l'adresserait tout simplement et de cette façon: « Quoué ça y fé plère à vous ? Troisième vers « Voùi conné bien vous mêrrf qv? moui l'aime, p Très bien pour l'oreille, mate il conviendrait d'effàfôer; 'apostropha de mârn', d'écarl ter le qu' et enfin de changer l'orthographe du mot voui (oui) mis pour vous, von y G*e&t ainsi que le vers, au lieu de dire r « Vous eâsmé bien.)?» Exprime Qui conné bien. Soit un barba– risme. -i • Je vais rappeler une*dernière fois les. modifications que doivent subi? ces pronoms et < adverbes dans la formation* des -phrases» Ce .sera une nouvelle bGcasion,.lpoiir moi, d'écrire certains autres, mots du patois qui nous ocî cupe.. >>• – Vou y di à moin, vous la vi mon fâme 1 la Pointe ? r- Tûuif moin la vi à li. – Li n'a pas di à mus mou y aspère à li ici ? – Non, moin' n'a pas cause ehsembe 1i. Quatrième Vers « Ares' tranquiW mouemùrass' vont ptés. » JSerait bien, si après avoir ajouté un second t au- mot vout. on enlevait- les apostrophes

ET • DBS SCIENCES ARTS

de aress' tranquilP et embrass' qui sont sans objet. Aress tranquill mou embrass voutt piés (ou m'embrass) cela se dit. Mais pour parler le vrai créole de Bourbon, il faudrait dire moin va embrasse voute piés J*ai fait cette remarque à propos de ce même vers qui se trouve dans -la chanson cœr n'a pas précédente Li Le cinquième vers porte magasin. | « Vous l'é zalou? dia moin à cause » Très bien., Il y a lieu, toutefois, de séparer les lettres du mot dia. Il convient également de bifîer l'apostrophe de jaloux qui fait supposer qu'on a voulu écrire jalouse. Ce qui serait une autre- faute, cet adjectif n'ayant pas de féminin dans notre langage populaire. ï Exemple – Non va zamai moin n'a pas vidmonde comme ça son mari l'é zaloû, son famé l'é zalou. Le vers resterait dès lors à peu près ce qu'il est. "• « Vous l'é zalou di à moi à cause ? 9 j) Le .sixième vers est ainsi conçu « Qu'ouc moin la fé qu'çagrln à vous ? » Pour rendre bien la pensée que l'autour a voulu exprimer dans ce vers, il- faudrait écrire
29

BULLETIN DELA SOCIÉTÉ « Quouque moin la fé (ou quoué ça moin la fé) pour fé la peine à vous on encore « Comment, que moîn la pis fé la peine à vous. » Mais le vers serait par trop allongé dans sa mesure.. Dans le septième vers, il y a « Viens l,rr~c~uav'enahrâss' vo~it p'tit gxcét rose. » Au quatrième vers, il y avait mou eimbrms' Nous ne relèverons plus le mot vout. Quant à petit guèle rosé, cela ne se dit pas – en créole. On fera cette menace Moin va flanque à toué si la guèle mais r jamais celle plus tendre de – Moin va embrasse ton |*uèle rose,,ou ton guèle noire. C'est ici le cas de chanter la chanson qui courait les rues l'année dernière Zênfi zens mou y connè pas ça, Mouy conné pas ça. mou y conné pas ça Amène,,amènea inoin La case mon mànman Enfin, nous sommés àù huitième et dernier vers du premier couplet de la chanson « If a pas de miel que lé plus doux'. » Le chanteur n'en .sait absolument rien, puisqu'il est encore au futur.

DES

SC1KNC1SS ET

AHTS

Et, d'ailleurs, il faudrait w'a pointeau lieu • » de n'a pas: Les noirs ne se servent pas indistinctement de ces deux adverbes de négation, comme le font la plupart du temps les Européens. Ainsi ils diront, par exemple, moin l'a té voir à li, moin n'a pas trouve à li son case. Tout de bon ton sœr la gagne irièbes son mariaze ? (mêbes-meubles) pour Voui, li la gaigné, mai li n'a' point l'ormoire (armoire) Il' C'est-à-dire que, pour indiquer qu?une chose n'existe, pas, ils diront n'a point; et pour une chose seulement absente, ils diront n'a pas. Tout de bon volère l'a veni ton casé '? Voui mn'ami, la rouve mon porte, la balié toute mou ravaze, mon case l'é vide»; n'a point serment in morceau cifon y traîne â terre. (Ravaze; ustensils 'de ménage soccifon, chiffon). ment, seulement D'autre part les mots que lé, sont de trop. Voilà pourquoi j'écrirais, moi, ce huitième vers de la chanson de Nounoutte, de la maIl 1 nière suivante · « N'a point de miel plis doux. » Et mieux encore « De miel vert n'a, pas plis doux. » Je crois devoir me borner à ces quelques remarques, à l'occasion -de la chanson de Nounoutte, bien qu'elle en comporterait beaucoup d'autres, à la condition, toutefois, de ne

«

UVI.IKT1N

DU L.V S0C1ÉT1Î

·

7

pas la laisser chanter par l'auteur autrement t les contré-sens, les mats mal orthographiés en en raison de leur prononciation, les apostrophes inutiles que j'ai relevées et qui sautent t aux yeux à la lecture, ne seraient plus suffisamment appréciables, et alors, suivant le proverbe, ce serait « l'air qui ferait la chanson. ». Chose particulière, il en est de même d'un conte de M: Héry, dans lequel Didier IVJaillott rappelle un terrible accident qui l'a conduit en Cour d'assises. Nous connaissons tous, à la Réunion, cette ancienne histoire do cinq ou six créoles de bois, qui, un .beau. jour,- s'attrapant par les pieds;. l'un âvk suite dé l'antre; se suspendirent à un arbre penché sur un précipice, afin que le dernier de cette chaîne -humaine atteignit une ruche. pleine de miel, qui bourdonnait à l'un deg flancs du rempart. A peine êtaîent4ls sur l'abîme, que le créole qui formait le- premier anneau de la chaîne, celui qui avait saisi la branche. de l'arbre, se plaignit de ne pouvoir résister au poids attaché à ses pieds; que les mains' lui brûlaient Eh berp, emee dann ton main, lui cria l'un de ceux que j'appellerai ses compagnons de l'espace. 11 eut la naïveté fatale d'écouter ,ce déplora-ble conseil. Il lâcha la hranche' qu'il tenait fort, pour cracher dans, ses mains, et toute la grappe de créoles de bois, dit la tradition des .montagnes, la calbité dann fond de rempart. I.Giest ce. vieux conte malicieux, inventé par « ç0ssère§ de miel et casser es de cabris » et

DES bClSSCUS

HT A.RTK

qui remonte peut-être au temps de Labourdonnais, que M. Héry a mis en un dialogue spirituel, mais écrit dans un patois des plus fantaisiste Eh bien, si vous entendiez réciter ce conte, ainsi que je Fai entendu réciter a une distribution de prix de chez les chers Frères a Saint-Denis, vous croiriez entendre du vrai et bon patois de Bourbon Et pourquoi ? parce que les petits créoles, élèves de l'Ecole Chrétienne, chargés de'le débiter au public, ne tiennent aucun compte de l'orthographe de l'auteur, qu'ils rectifier tout naturellement par leur bonne façon de | prononcer les mots employés et, enfin, qu'ils impriment à ce même conte un mouvement qui doit être où qui doit se rapprocher de son allure originaire 1 De telle sorte que l'oreille est complètement trompée. Mais si, après avoir écouté, avec curiosité, sortir des petites bouches de, ces élèves des Frères, le patois transformé'de M. Héry, vous en lisiez le texte même, vous ne le reconnaîtriez certainement pas. Et vous pourriez répéter ce que j'ai entendu dire, parfois, de certaines comédies, qui réussissent quand même au théâtre « Ce n'est pas la pièce qui est bonne, ce sont les acteurs qui sont excellents. » Ainsi donc, je me suis permis de rectifier, dans leurs expressions, les vers des trois pré.mières fables de M. Héry, et je n'ai pas cru manquer de la sorte au respect dû à la mémoire de cet homme de mérite, de cet homme de bien.

B0UUBT1N

i)E

LA

SOCIÉTÉ

Je suis persuadé que, si nous avions l'avantage de l'avoir encore parmi nous, il me féliciterait de ma témérité. Peut être même corrigerait-il ses fables qui resteraient alors pour la Colonie, une oeuvre originale Quant à mes compatriotes dont les fables et les chansons ont donné lieu, de ma part, à à l'eau de rose – ? que l'examen critique vous venez d'entendre Messieurs, je ne doute pas qu'il ne me pardonnent de connaître lattguze payé Bourbon un peu mieux qu'ils ne le connaissent. ILne me sera octroyé aucun, brevet de capacité pour cet examen-lâ. Du reste, j'ai eu soin de faire suivre mes observations*»de termes de comparaison propres à mettre le lecteur à même d'apprécier leur plus ou moins de justesse. Je vais les compléter parla reproduction de dèux chansons IÀme est écrite en vers, l'autre, pour n*être pas riméle, marche cependant sur des pieds, afin de suivre, dans ses maures, l'air qui lui a été donné. La première a été composée en France^, la seconde a pris naissance ici même, â la Réunion Il convient de faire observer que Fautejur n'avait pas à choisir les sujets de ces chansons. Ils lui étaient imposés par l'usage, lés noirs créoles n'ayant que deux cordes à leur guitare Fune résonne av^c « la plaintive élégie » pour exhaler leurs sentiments d'amour, et l'autre pour accompagner des paroles destinées à ridiculiser, notamment, MM. les Indiens et MM.les Chinois. G*«stlà qu'ils exercent, et avec entrain, leurs moqueries natives

DES SCIENCES ET ARTS

lls composent d'ailleurs fort rarement, quand ils composent aussi s'emparent-ils de nos romances et de nos chansons dont ils dénaturent les paroles à ce point, qu'elles ne sont plus comprises ni par. eux, ni par personne. Mais, peu leur importe c'est aux airs qu'ils tiennent, qu'ils s'appliquent, et qu'ils réussissent, dureste, à rendre-fort bien, ayant des voix très justes, ainsi qu'on peut en juger lorsqu'ils chantent en, choeur dans les rues. Il est ici question des jeunes gens. Pour les hommes akm certain âge et particulièrement ceux auxquels il reste encore des souvenirs du temps de l'esclavage, ils cultivent volontiers, sartput dans- nos campagnes, les chansons de table. presque toujours les mêmes, qu'ils répètent, on peut dire, par tradition ils 1. pansons cabarés. 1 w les appellent Nous la bien amiëé dimance, la case la çante cabaré zisqu'à in Gaspard nous hère dmatin Voici des couplets de ces chansons de. cabaret, qui doivent remonter, pour sûr, à la Compagnie des Indes:1 Ils sont tout-à-fait incompréhensibles
La belle à la fenête Voulant voir s'hâbiyé (bis).' Sir le bord du là Fran-an-fe s'hâbiyé, 1 Voulant voir dé Sir lé bord l'eau, Sir le bord d'in vé-scan 1

BULLETIN

DE 1A

SOCIÉTÉ

Deux r

autres.

Trois navire êtranzés jÇarzê de la mareandise. La potence été dressée, II y a di bois tout à l'entour. Cé pour brilé la belle Sir lendemain, à la pointe di zour. Fa mère courant après Comme ine fâme folle Me-siè de la jistice Hendez-moi ma belle enfant l de l'or, de Parzent, Pour Vous m*aurez pas voûte.belle enfant. Un mttre-' La Ce Le Ce haut dans ces .bois, fin zoli pâté.1 plaisî du la tabe régalé. pou/ nous ttiîlHUtN La bouce plehiô tout sorUlu bons \îns niistals Ce pour nous- rend famie, ce pourinoinèd'embari'as. Encore un autre. <

Valet, valet, apporté mai mon fisi, Vouéla A'oéseau pret à volé Si z'ai le bonbère de tié l'oéçsau Z'aurat d'arzent pour mon YP-yaZf, Et mon arrfré,

DES SCIENCES ET ARTS

Est-ce quelqu'un des compagnons d'Antoine Taureau que la maladie du pays faisait désirer de tié l'oéseau, afin d'avoir d'arzent pour payer son vo-yaze de retour en France 1 Peut-être pourrait-on s'en assurer en demandant aux échos du vieux Saint-Paul et de la Possession, de répéter une fois encore les chants qu'ils ont entendus, aux. dix-septième siècle, sortir des fortes poitrines de nos premiers colonisateurs. J'ai dit plus haut que nos noirs créoles ne créaient pas plus de poésies qu'ils ne ccimposaient de musique. Ils trouvent cependant des semblants de couplets faits de quelques paroles peu clairs d'ailleurs, qu'ils adaptent à des airs plus ou moins connus Mais ces paroles chantées ne constituent ni des chansons, ni des romances, ni des chansonnettes, ainsi que le démontre le ` spécimen l que je transcris ci-dessous Ce qui n'empêche pas les fl®nère$ et les marmajjes de la bonne ville de Saint-Denis de crier ce même spécimen avec un entrain ` marqué. Ainsi que tout le monde, à l'heure qu'il est, peut entendre dans les rues
Moin l'a di à vous, madame Edouard, | • m' Ma Ranie faille, faille, j In zour vou-a gagne malhère, j Vou-a gagne malhère e Pour ce f?me là. ) [ bis. La cloce l'a sonné, madame Edouard, { h!a Çaboaque rVpêtô • -j •*
30

BULLETIN

nE LA SOCIÉTÉ DE LA. 90,0e'Ti

r

la zour vou-a gagne raalhère, 1“ Vou-agagne malfière • i bis, Pour ce fame là. J ¡. 'iIls devraient ajouter « devine si tu peux ». r Toutefois, il convient de faire remarquer ici, qu^une chanson attribuée à un petit créole malgache et très en vogue depuis l'année dernière, est ornée de rimes plus ou moins riches. Mais ce poète franco-hova ;ou sakalave, çoné lire-écrira, Il composerait même des airs pour ses hexamètres burlesques. Ce serait là, des lors, Une exception unique dans les annales, poétiques do nos noirs. Ils ne se sont jamais doutés que le vers français était fait de mots alignés sur mesures et accouplés par des terminaison^ uniformes Quoi qu'il en soit» voici la chanson en vogue. Elle est à l'adresse de.MM. les Cinoîs. Cinois dann ljcomolive vec son pantalon larze, Dehors, guette son zencive, I Son lés dents lé coulère ciraze f j> ° d Mou-y. i à vous compère Vou-y lé trop l'embarras, Quand^voti-î rente en première Vttu-ycroit vous mazistrat. Ginoisdann lacomotive, etc. r Suivent plusieurs couplets à Tayenant Quant aux femmes, aux négresses, presque toutes chanteuses, elles donnent lieu à une remarque fort piquante résultant du con-

DÈS SCIENCES ET AKTS `

et traste qui existe entre- leur- prononciation celle des hommes, alors qu'il s'agit de répéElles les chantent presque ter nos romances. en français, montrant par là "qu'elles les comprennent. 1 voici la preuve dans les couplets de la En il y a quelque romance qui suit, laquelle, à la ville et à la temps, a eu un grand succès campagne. Je vais en souligner les mots qui laissent à • 1 désirer, eu égard à leur créolisme Partez, partez; Ernm, ze vous en prie, l Mon ctèr et faibe, ze crains vote pouvoir Ze vous aimai cé par coqwtteriUe, Z'ai trop longtemps mêconni mon devoir Avec vous ze pourrais être hérèse j De mon bonhère vous vous montrez zaloux. Si vous m'aimez, laissez-moi vertièse, { t.Eloignez-vous, Erriess, éloigaëz-vous. J IS., Il' jl Vous le savez, mon mari vient d'apprenûfc Qu'il est trahi par moi qu'il aime tant. Au saint autel ah laissez-moi me rendu, Zé vê mourir oa çoîsir m cornent. Vole âme, Erness, ne sera point zalouse Car pour toitzours ze vê fuir mon époux. Eu \ous cmttlanf, ce Vie sel que Eloignez-vous, Erness, éloignoz-vous. jJ ^épouse, In plis tari à la sainte capelle, Aux doux accords des cantiques pies, mots Sœr Amélie, aussi pâle que belle, Prenai le voil et prononçai ses vê$. Le même zowr, élendi sir la pierre, Erness mourai dans la méson des fous. 11redisait en fermant la paupière j b• éloignez-voust f Eloignez-vôos Erness,

>

BULLETIN LA. OCIÉTÉ DE S C'est ainsi que les négresses chantent nos vous voyez qu'elles les reproduiromances sent d'une façon parfaitement compréhensible, Il est vrai de dire qu'elles ont beaucoup plus d'intelligence que MM. les hommes, qu'elles ont même de l'esprit naturel, de la finesse. Maisil est temps d'arriver aux deux chansons annoncées plus haut, de façon à pouvoir répondre, le cas échéant, à la classique apostrophe « Mais vous, pour en parler, vous y con» naisse&rvous ? p /J 1.La première de ces chansons se chante 3ur l'air Depis longtemps ze vous udofe. Elle est intitulée Malhère l'arrivé d moin.

Si moin l'a té capab bien «rire, Comme moin l'a te crire Bourbon, Moin l'aurai envô-ye à vous lire In zoli ptît, ptit çanson; Mai moin n'a pis rien dann mon têlc, Mon cevés même y vient viës-viés. Mon seprit la veni betbête» w* t$. Depis que moin la vi voutt ziès, j L'autt soir, si moin l'avé la force Saute gante tomme cabris, Qu'à mèm moin la-père zentorse, Moin l'aurai défonce zambris Mai Don, moin n'a pis gambegambe, Comme moin l'a té dann l'autcfois, Vous mêm qu la casse mon zambe, I hIfepi? que moin l'a ufatt ^oott vçix, f.

D86 SCIBNCB9 ET ABTS

Mon corps, mon seprit, mon magnèrô, Azourd'hi tout ça ra çanzé, Sai pas si vous n'a pas sourciére, Ptett vous l'aranz mon manzô Moin qu'étai in famé créyole, Que la vi de flamm dann volcan. A présent, ah que ça l'est drôle 1 I Via moin lé tout sai pas «omment. La seconde chanson Çansort a pour titre pa Félis. s

f

In zour vous l'a di à riiom, Viens voir à vous voutt case, Moin l'a té voir à vous, Mai vous l'arpousse à moin. A cethère» à cethère, à cethère, • j Comment que' moin va faire. Moin la sertt bitation, Moin la sauve mon famé, bloin la quitt mon zenfants, Avec mon zanimaux. A cethère, à efethôre, à cethèré» Comment que moin va faire. Là-bas dann Saintizann, Nous déx la manze ensembe A vla, ici Sainnis, Via \ou y arbite à moin. ` A cethère, à cethère, à cethèra, Comment que moïn va faire. Mon ptit cien Langouti Y guette à moin y plère, Dann son mazination, Li conné mon malhère. A cethêre, à cetftèrê, à cetWsr?, Comment que raoin va faire!1

j ft>' \uts*

f hL. j= 5

|

BULLBT1M DB LA, SOCIBÏ^

Ptett vou-y rode in rob ` Pour aller trainn la course, Mai mon dêx trois marqués Monfamé là serré. A celnère, à eeftière, h cèlnèf*, Comment que moin ira faire. ° jloin* n'a déx Mereêyum • Vec in roupi malpare, ° Mai toutes magasins If arlisa mon rafzent, A eettière, à cethèrp, à eethêre, Comment que moin m faire. Ç&qmoin la pi gagné L'est là dann mon bretelle, In moreeap boucané "Vecin ptit-ptjl tandree» A «^tbére, a (rêthère, à cethêrê. Comblent que moin va faire* Mou-y pè pis viv comme ç\, Moïn n'a n a trop misère, T Mou-y ça va zett mon corps Dann rempart çateau d'eau.. A cethète, â, cethère, à cethère, Comment que m^ta va faire Si vou-y promène in zonr En bas la rivière, Dmonde \& montre à vous Où«ila .ramasse à .main, Acethèrje, à cethèrc, à ceihftrp, Vou^a piôre pa Félis.

j

iu

|

1 M }

( i

AtV

| hWK'

Me voici, messieurs, à la fin de cette modeste étude, pour> laquelle, Dieu merci, je n'ai pas eu à remonter aux Grecs et aux descenRomains, le langasepayé Bourbon dant directement du français.

DBS SCIENCES ET A.BTS

Mais en l'écrivant, j'ai eu la prétention, peut-être vaine, de fixer l'orthographe, jusqu'ici indécise, incohérente, des mots qui servent à parler ce langage original et aussi de le retenir, au moins dans le Bulletin de notre Société, alors que pai' les modifications qu'il subit chaque jour, il e*t menacé de n'être bientôt plus l'cconnai:sable au lieu même où il est né Et je me suis figuré qu'il y avait là, dans cette pensée, quelque chose qui touchait à notre patriotisme créole et réveillerait en nous des souvenirs d'enfance auxquels^ comme les coeurs généreux de tous le.j pays,Jnous restons tendrement attachés. C'est vous, Messieurs et chers confrères, qui direz si cette pensée était vraie et si j'ai su la réaliser quelque peu. FOGABD. VOLCY J J

CONCOURS

MUSICAL

SOUS LE PATRONAGE DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES ET ARTS ( 20 juillet 1884. )

1.

Le concours de musique, dont la Société des Sciences et Arts a voté le programme et les conditions, a eu lieu le dimanche, 20 juillet 1884, dans un salon de l'Hôtel de Ville. C'était le concours préparatoire, préludant à la #tê musicale publique qui a été annoncée pourra distribution des récompenses. Il n'y a eu qu'une partie du programme remplie, celle du concours pour piano personne ne s'est présenté pour le cor, le violon et le chant, malgré la louable tentative de notre confrère, E. Nicolas, do soumettre au jury les épreuves d'exécutions variées sur • plusieurs instruments. sur ce champ, les quatre jeunes deMais, moiselles qui se sont disputé les prix n'ont pas montré moins de talent que d'émulation Une sonate -de Weber a été le premier morceau du- concours, et l'on peut affirmer que les quatre pianistes qui l'ont jouée ont agréablement occupé l'attention des auditeurs, pour la plupart compétents, qui entouraient le jury. Doigté sûr autant qu'agile, irréprochable précision, sentiment délicat des 31

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

successions mélodiques et des combinaisons instrumentales de l'auteur, toutes les qualités des exécutants expérimentés ont été révélées par ces jeunes filles dont l'aptitude et l'étude ont fait déjà des virtuoses Aussi n'est-ce pas sans embarras que le jury s'est décidé à décerner le ler prix à Mlle Anna O'Toole, et le second à Mlle Fanélie JButtié, pendant que l'auditoire était partagé d'opinions j mais l'honneur du, 1er rang n'affaiblit en rien le mérite du second, lorsque le prestige, de l'art rend la calme au&si incertaine entre dés rivales aussi distinguées. « · A u, ,k,. r '.l' ~4 r < C'est encore le piano qui a fourni la matière de la 2e partie du pyogranime. Mlle Anna O'Toole déjà placée en première ligne dans le précédent concours, y a j'donné une nouvelle preuve de son habilité à côté de sa sçeur airiée, Mlle Julia; O'TsoIe,. Une composition de Fumagallîj Un. ckfn(mol de plus, thème difficile à variations sur un aïr .connu, •à servi à mettre en relief l'entrain et le brio de la cadette, alors que par de plus, longues études et une plus grande expérience du clavier, MHeJulia a tenu les assistants sous; 1© charme d'un jeu mécanique plein de correction, ce qui lui a valu le ler- prix, sans hésitation. • Cette double -épreuve, en, petit comité, en présence des membres du jury et des membres de la Société,, témoigne du. développement des études musicales dans le pays et du

DES SCIENCES ET ARTS

zèle des excellents professeurs qui y président. La Société se félicite de l'avoir tenelle ne peut que regretter la modicité de tée ses ressources qui ne lui permettent pas d'affirmer qu'assurément elle renouvellera chaque année cet essai. Il à été incomplet, faute des parties de cor, violon et violoncelle, sur les quelles on croyait pouvoir compter; mais leur absence a été rachetée par la supériorité des exécutions sur le piano que nous avons eu la bonne fortune d'écouter. Nul doute que notre Société n'avise aux moyens, soit par elle-même, soit par l'appui qu'elle devra solliciter des pouvoirs compétents, de rendre plus fréquentes ces luttes artistiques. Elles seront positivement encourageantes pour la jeunesse studieuse de la Colonie, et favorables à la production au grand jour de bien dés talents qui s'ignorent ou que l'on dédaigne, que cache la modestie ou que la jalousie méconnaît. l, Le Secrétaire,
PASCAL Grémazy.

MATINÉE

MUSICALE

A L'HOTEL DE VILLE DE SAINT-DENIS Le dimanche, 24 août 1884. SOUSLE PATRONAGE E LA SOCIÉTÉ D DES SCIENCES ARTS ET (Distribution des récompenses .du Concours musical)

[\

Après le concours musical privé, destiné a fixer l'opinion du jury sur le mérite des concurrentes, la Société des Sciences et Arts devait donner la fête musicale publique, destinée à la distribution des récompenses. Cette fête a^ eu lieu, le 24 adiit 1884, dans le grand salon de l'Hôtel de Ville avec tout l'éclat $6 ces réunions, grâce au local où, sur les invitations de M. le Président, s'était empressée une foule d'élite, et. grâce aussi à l'attrayante composition du Concert. Il a été ouvert par le discours de M. Le Siner, président de la Société, et par celui de M. Ernest Nicolas dont le zèle actif ne saurait être trop loué et surtout imité, puisqu'il a réussi à vaincre l'indifférence générale, qui 'dans notre pays, est l'obstacle permanent à la réalisation des plus utiles entreprises. De nombreuses et charmantes musiciennes, des exécutants jouissant de. la légitime réputa-

BUM.RnN

DE LA i~OCïETË

â Fappel dé la tion d'artistes avaient répondu a été àccompli pour Société. Le programme de l'auditoire !s ptus grand agrément dans des deux parties qui étaient ainsi divisées tPtenttè~e partie e

t° Concerto de Mozart à 2 pianos par M" Jntia et Anna O'Toole. 2' La Sentinelle perdue, romance chantée par W~Mar,< celin Donce. 3" Scherzo de Chopin, exécute par M~Fané!yButtM. Scène et air d'0phë!ie (PIamtet) chanté par M"' FtappifrdeAtonthenoit. S" Rondo Capricioso de Mendelsohu, exécuté par M"* Hli~BarafU.. BteM~c'Me jMM~ie .1.

6° Fantatsic sur Bobert le Mjtbtc~exccutÉe rpar )F'* Anna O'Toole. 7" Les OisRanx, ïnëditatMn de Lamartine, chantée par 'JM"°'AureiieNogaos. 8° Huo de piano et ~lolon~'6'af te.~Dragons de Vit~rs, MLécutse par M'" Lafo~se eL M. E. Lauratet. 9° Finale de la Sonate (clair de lune) de Beethoven, exécutée par M'" Aurètie Nbgaes. <0" Solo de cor/ ave~ accompagaeinen~ de ptano, exe" Mité par M. Mènard. a~ Cette représentation, pour ne pas être thé-âtralG, n'en a pas moins ~tê des plus brillanles applaudissements n'ont point été tes à ces vaillantes Slles qui, épargnés jeunes sons raidillon de Famour ont Mt propre,

DES ET SCIENCES ARTS assaut de grâce et d'habileté pour plaire à ce public donateurs quelles ont su captiver les compliments que l'on adresserait particulièrement à l'une d'elles feraient tort aux autres, car textes en ont mérité & un titre égal et dans la plus large mesure. Elles ont été du reste intelligemment secondées, pour l'exécution de morceaux aussi variés que bien choisis, par M. Nicolas, l'organisateur de la fête, et MM. Marcelin Douce, Emile -Lauratet et Camille Ménard. ) Ces trois derniers ont beaucoup contribué à la rehausser encore, M. Douce, par la romance qu'il a chantée avec sa maëstria ordiM. Lauratet par la partie de violon naire, a jouée avec expression, qu'il M"e Lafosse tenant le piano, dans un ,duo sur les Dragons de Vil lars,- et M. Ménard par son~solo de cor, qu'il a si bien étudié et qui a mis en relief ses progrès continus sur cet instrument difficile. Les prix distribués, chacun s'est retiré à regret, emportant de cette matinée musicale le plus agréable souvenir, et aussi, l'espérance d'en revoir une autre, plus belle encore s'il se peut, en 1885 ou 1~86. Mais s'il ne, nous appartient pas de dire ce c[ue notre Société fera l'année prochaine ou après, eu égard aux circonstances, à son budget et enfin aux subventions qu'elle poarra recevoir, nous avons le droit d'avancer que

BULLETIN LA SOCOSTN DE cette expérience relativement fort satisfaisante est d'un bon. augure pour l'accomplissement de ses vœux. Elle mentirait à son titre si elle ne mettait pas tout en œuvre afin d'enle goût des arts dans notre Cotonic tretenîr ce n'est pas pour le fermer qu'elle a ouvert le livre d'honneur où elle vient d'inscrire les noms de ses premiers lauréats. Le .Secf~Kr~ PASCAL CRÉMAZV.

Discoufs

de M.

Le So~

Siner

<~ Pr<~M~M<

Monsieur te Gouverneur~ Mesdames et A!essieurs~ rendissiez dans ce Il a quelques jours, vous sj'Qu, vous.y applaudissiez des talents e!t pleine maturité qai avaient fait le sacrijSce de tou' modestie ot'Uiujtit'e pour soutager l'infortune. J~ous nous trauvons tous aujourd'hui, htea décides uotre présence et a cacouragerpai' àuonorcfpar nos applaudissements'de~tat~njs leur aurore. Après le coeur, l'intelHg~nce. Après le rôle de la charité, celui des jettrcs, des scieNcos et des arts. C'est dans Pordre et voire présence. ici.noMsproove quf, siYoas sa\ez vous dé~OHer à la prennm'c, vous n~entcndex au nom pas pour (eh diminuer ta part d~s auircs de )a Sociétc <K'sSdcnces' et Aris, je vous en rcmercM.

bES SCIENCES ET A&TS

Notre Société, vous le savez, a été fondée en 4857 par un de nos anciens gouverneurs, M. H. HubertDelisle. Depuis i860, un bulletin publié annuellement prouve son activité et renferme les travaux, lus travaux dont la chaque mois devant nos confrères variété "~rme et dont le mérite séduit science, beaux arts, géographie et histoire, poésie, mèdeci ro.nan même, tout s'y trouve si notre île, qui n'a pas d'histoire ancienne, n'offre pas aux esprits envieux des temps passés l'occasion de découverte sarchéolagiques et préhistoriques ou de récits du moyen âge, si fort à la mode aujourd'hui dans les sociétés scientifiques du continent, elle fournit, encore dans ses deux siècles d'existence assez d'épisodes dramatiques et plaisants pour que la mine n'en soit pas encore épuisée. Vous voyez que le champ ouvert devant nous est vaste pour le fertiliser, pour multiplier le nombre des ouvriers de bonne volonté, la Société, à deux reprises, en 1864 et en <88~, a institué deux expositions artistiques dont le succès a révèle des talents inconnus hors du cercle de la famille. Vous vous rappelez, j'en suis sûr, ces merveilleux ouvrages de peintures, de sculpture, de dessin, de travaux à l'aiguille, broderies, dentelles, vannerie, qui ont été exposés dans cette salle. Malheureusement, au lendemain de chaque exposition, les' lauréats rentrent volontairement dans 1 ombre et ces fêtes de l'intelligence ne peuvent se renouveler chaque année. Elles sont onéreuses et notre Société, millionnaire de bonne volonté, ne l'est guère que de cette façon. Dans les deux expositions précédentes, il existait une lacune regrettable, la musique n'avait pas été représentée. Sur l'initiative d'un de nos honorables confrères, M. Ernest Nicolas, la Société a décidé de créer, chaque année, un concours où elle appellerait la jeunesse des deux sexes, divisée en deux catégories selon Page. Jusqu'à 20 ans pour la première et jusqu'à 25 ans pour la seconde. Cette décision prise, nous en avons hâté l'exécution et cette hâte n'a pas permis à quelques candidats de prendre part A la lutte. Aussi pour cette fois quatre deOMiaeUesseulement se sort présentées pour le piano,
33

r BULLETIN DE LA. SOCIETE

une seule pour le chant, mais un deuil de famille l'a empêchée de sejMre entendre. Nous n'avons pas en de concours de violon ce ne sont pourtant pas les violonistes qui nous manquent, je n'aurais guère qu'a étendre la main pour en dés{gner plusieurs. Pas un jeune homme ne s'est, présenté ni pour le VMion, m pour le pi&ne, ni pour le chant. Est-ce modestie exagérée ? est-ce indifférence ? nous le regretterions. Ne serait-ce pas plutôt par galanterie et nos jeunes artistes auraient'-Ns iroavè de mauvais goût d~ehtref en lutte avec des dames ?Galanterie bien mal placée alors, car personne ne poorra direj aujourd'hui, qu'à vamere sanis péril on triomphe sansgtoire. t~ lutte a été vive, presqu'à armes- égales, un yrai régal d'amateurs et, ponr un premier essai, je puis le déclarer, sans exagération, notre concours a donné, au point de vue de f exécution, lc~ plus Mmarquabtes.résalta~. Vo~ allez dans un instant vous eu convamcre, et pom' ne pas jetat'det'ptus longtemps votre lëgi~me ïmpat~ice, je vais prier les detRoiseUes qui &nt participa à notre concours, apres avoir ééouté les paroles de notre honorable ceaJMEe, ?<. E. Nicolas, de v~nir recevoir leurs récomBenses avant de.. se faiM entendre. Puisse leur exemple encourager ies timides et pei'mettre à notre concours de 1&S5de compter de nombreux · candidats 1 Diséours de M. E. I~icotas T

Mesdames, Messieurs,

Mon but, en créant un concours musical, auquel je convia toute la jeunesse créole de la Réunion, était de donner à ceUe-ci un sSmutant dont elle avait maniqtré jusqu'à présent. J'appelais les jeunes musiciens de la Colonie à participer à nue œu~'re sans précèdent, qui devait développer leur goût artistique, et réveiller par l'éamIatiaQ l'apatbie Mierente à notre ~Hmat. ~eaaeoa.p de jeunes personnes se secaient pent-étre présentées A ce ~HicoBEs, des .motifs particuliers ne i..

DES SCIENCES ARTS ET les avaient arrêtées l'abstention a donc été presque générale. Les parents font de grands sacrifices pour l'éducation musicale des enfants mais faute d'émulation les talents ne se développent pas. It était nécessaire de chercher un moyen qui pût, tout en excitaot le zèle des élèves, les faire arriver à un travail sérieux de la musique celui que j'ai choisi était le seul susceptible de réussir. Le but que je me proposais n'a donc été qu'imparfaitement atteint mais il faut un commencement à toute chose donc j'espère qu'après les efforts sérieux que j'ai faits pour établir dans mon pays une institution nouvelle, d'autres plus heùreux que moi la soutiendront et la feront fructifier. Cette institution, je l'avais mise sous le patronage do la Société des Sciences et Arts dont je fais partie comme musicien j'ai d& par conséquent assumer toutes les responsabilités de la partie musicale, tandis que Monsieur le Président, ainsi que mes cottègues, me prêtaient un généreux appui et s'occupaient de propager et d'encourager rosuvre qui devait faire tant de bien, au point de vue du résultat que nous voulions obtenir. A cette même société, je laisse donc tous mes pouvoirs désormais, avec mes règlements elle choisira un musicien qui voudra bien continuer, modifier mê~me au besoin, selon l'esprit du pays, ce que l'on aura trouvé de défectueux dans la première année de Finstitution. Avant la distribution des justes récompenses décernées aux tauréates, laissez-moi vous remercier, pères et mères de famille, qui avez soutenu notre, œuvre en nous présentant vos jaunes filles. A vous aussi, mes bien sincères .remerciements, Monsieur le Président, pour le bienveillant concours que vous m'avez prêté et qui m'a fait triompher des difficultés que j'ai eu à vaincre.

PRIS

AU A M,

PïËGE EMtLE

1

DÊDÏÉ

BELLÏEF<.

Le lendemain de la représentation sur le Théâtre de Saint-Denis de sa comédie, en un acte, et en vers, Pris au j~ ,r

l, Oh certe 1 on n'en a pas toujours pour son argent r l' Au théâtre on s'ennuie, on y baille et souvent Le plus doux des fauteuils d'un supplice est le siège Le titre de ta pièce, en entrant, me fit peur Mais personne, en sortant, n'a dit, s'il n'est menteur, Qu'il avait été pris au piège 1 Ton Ton Qui Ton Sur art sait ennoblir même un commun sujet poème intéresse et brille d'un cachet d'auditeurs lettrés a charmé le collège osuvro fait penser' elle ouvre un horizon ce monde pervers, foyer de trahisoUt Ou'nous sommes tous pris au piège 1 j

Des exemples constants montrent l'iniquité D'un siècle qui vieillit dans l'immoralité A mille passions la ruse y fait cortège L'ambition perfide et l'orgueil sont ses pairs De la simple franchise elle usurpe les airs, Et nous voiiA tous pris au piège 1 Tartufe et Machiavel, se tenant par la main, Se glissent, affublés du ffao républicain, Dans la rue, aux salons, dans les conseils, que sais-je ? Leur bouche papelarde est tout ointée de miel Notre bien seul les touche ils jurent par le ciel, Comment n'être pas pris au piège 1

BCH.RONDELASOCIÉTÉ SCÏBNCES A&M DES ET Du vrai le Mite est mort. La mode est aux discours, Ballons des charlatans qui gouvernent toujours La tourbe des niais c'est comme un sortilège 1 Un pygmée au pouvoir vi?e, sur ses tréteaux, Au pays il promet d'Hercule les travaux, Et tons encor sont pris au piège i L'amour de la patrie est un mot contenu Que l'intrigant exploite en gloire et revenu Devant la honte, aucun ne crie au sacrilège L'honneur est persiSIë de la famille on rit La phrase x M el6et nous sert un faux esprit, Où presque tous sont pris au piège t Les caractères Sers gémissent abattus. ~r Les vices souriants se drapent en vertus. Qu'un imposteur triomphe, il est blanc comme apigc De la sainte amitié l'on à rompu les nœuds, Et son autel n'est plus qu'un abri dangereux, Où nous sommes loo~prM an p~ge t L'amour, divine avance, ineffable îayear, Qu'escompte tout mortel sur sa partie bonheur, N'est qu'un jeu d'intérêts, un sensuel manège Leandre et Roméo sont des noms dé romans, Et l'ingénu qN croit à la foi des serments, Est hélas toa~ours pris au piège 1 Les financiers sonit ro~ maitreâ da eapttal t~ veuves, d~orphetins jetés à l'hôpital, Des trésors de 1 épargne en massé Hs foaf le sij&ge Les lois coupent en vain leurs grijB~s~e vaotottrs L'actionnaire y tombe, enlacé dans leurs atours, Et toujours reste pris au piège Malgré ce tableau sombre, un avenir meilleur, Quand je lis les beaux chants des poètes de coMU~ M'apparaît pour ~France. Ab que Dieu la protège M~N marche la nation, Qn~Lleurs SMfSMta Qu~ tout entière ao <ë% brisant l'invasion, Non, N6 sera plus~prise au pîêge 1 PASCALCtUEMAZT.

`

LE

MICROBE

La dernièrestropheest<MdMj sx volontaires a créoles On nous parle en tous lieux d'infiniment petits Aux cellules des corps parasites b)otLs Nul à leurs coups ne se dérobe Monstre, auteur de nos maux, il fuit l'oeil et )e~ mains Il nage par milliards dans les tissus humains t; Les savants le nomment microbe 1 ) )' Le monde qui respire est l'esclave d'un ver j Grouillant dans notre sang, grouillant sous notre chair Qu'il suce jusqu'au moindre lobe ` En vain le microscope éclaire cette nuit Où Pasteur veut saisir le secret qu'il poursuit Notre vrai maître est un- microbe La nature extermine, en ses bras étouffants, De la vie en travail les germes renaissants nans l'immense ovaire du globe Et le foie éternel des -générations Est le où vit, rival des vibrions, charnier Ce Gargantua, le microbe Qu'on s'élève des sens vers le monde moral, L'homme gémit broyé sous le poids de son mal D'innocence il n'a plus la robe Quand il est vertueux, il ne l'est qu'à demi, ` Et son cœur est rongé par un hôte, ennemi Plus dangereux que le microbe 1 L'égotsme implacable à son joug asservit Les plus nobles instincts sur toute âme il sévit C'est pis que rage d'hydrophobe L'homme las, non repu, se ruant aux plaisirs, S'agite consumé d'invincibles désirs Il.est comme en proie au microbe t “

BCLMTIN NELASOÛÏ~ DB$ SCtENCES BTAB~ Libre il porte des ïers petit dans sa grandeur, Il soufre dans sa joie et cherche le bonheur Dont il ne ~erm jamais,l'aube i A son seul ÏMeo, la Force, il tnunole le droit, Pour ses vœux inquiets ruoivers est étroit, Quand tM-îïïêmo n'est qu~tm microbe 1 Pour vous, Cotons~chez qui toujours vibre en un coin, L'honneur, ce, feu sacfé que nourrit avec soin Tout patriote ner et probe, Quand notre France appelle aux armes, la torpeur Serait crime en a~ant t du doute et :de la peuf vous n'aurez jamais le microbe F 1"" 4PASG&t. CRÊM~M.``

r' J~ABLÈ DES 1j~ÎATIERES `

ï*ag<!S Page~ Liste des membres Id 1 S '~t' au 1 janL~ t d b de la Soci&té i~' vier <88S.).. 8 Liste des membres correspondants 7 u. Séance du <4mars <884. U'. 28 mars<884. 0 <6mai 1884. t9 – 27jui)t<884. J. 33 – «jamet<884. – <"aoM<884. 29 – 5 décembre 4884 33 – 36 dc<?embre<884. 37 Liste des ouvrage~ reçus par la Société en décem- ) bre i884. ? Le cyclone du ~a~ lecture par M. Bridet~ 43 Discours de M. Albert R!M~ sur la tombe de M. C. 57 Champon i. <;) Biographie de P~ -M~ Lahuppe par M. Roussin De la condition de l'instruction des femmes par M. 73 L. Bottardo" Etude sur Hœckel (Le Lamarckisme) par M. A". Vinson, 87 La cornée de Pons (~81~-1883), par M. C. Du Buisson a\pc si~ taMeaax d'ob~en'attons. 97 L'instruction pubtique à rite de la Réunion par M. D.Brunet. t<3 Du patois créole de l'Ue JBourbonpar M. V. Focard. <79 Concours musical sous te patronage de la Société~ 20 juillet 1884 (Compte-rendu par M. P. Crét mazy).

'iABLBDES MATIÈRES MaMnée musicale du 2~ aont t884 f~o~s !c même patronage – (Compte-rendu de M. P: Crëmazy Discours de M. Le Sînpr, président: de la Soctété, prononcé dans cette cefëmonie.. .< Mscottrs de M. E~Meot~ pronMtPC dans la même cérémMMe. Pr!s aa piège poésie par M. P. Cr~mazy. Le Mîcrobc, poëste par M. P. CréiBazy.

M5 348 38& 353 265

FJRjRATTHM
Au lieu de tout oM~c <NM~–<pH Page 383. se trouve dans le vers de ja~4'.strophe de la pièce F~^isc~u~ge, == ~ed: PfMaM~~–lisez .~<M~.

Imprimerie

Ljunjppz

frères et BMCHET Nts

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful