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Olivier Donnat

La stratification sociale des pratiques culturelles et son évolution 1973-1997
In: Revue française de sociologie. 1999, 40-1. pp. 111-119.

Citer ce document / Cite this document : Donnat Olivier. La stratification sociale des pratiques culturelles et son évolution 1973-1997. In: Revue française de sociologie. 1999, 40-1. pp. 111-119. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsoc_0035-2969_1999_num_40_1_5150

1981. Cuatro encuestas sucesivas acerca de las prácticas culturales de los franceses . very discriminative : since 1973 no significant reduction in the gap between occupational groups has been observed. Die zuletzt gemachte Untersuchung zeigt. 1997 . 1997 . in particular. Four successive studies on the cultural practices of French people . . are still.han sido efectuadas por la iniciaiva del Ministerio de la Cultura. 1981.zu den kulturellen Verhaltensweisen der Franzosen auf Veranlassung des Kultusministeriums durchgeführt. restent très discriminées socialement : aucune réduction significative des écarts entre catégories socioprofessionnelles n'est observable depuis 1973. cultural practices remain in many cases exclusive and cumulative. élitaires et cumulatives. 1981. 1989.Resumen Olivier Donnat : La estratificación social de las prácticas culturales y su evolución 1973-1997. en particulier.1973. die kulturellen Verhaltensweisen in zahlreichen Fällen elitär und kumulativ sind. Las prácticas más tradicionales de manera específica quedan socialmente muy discriminadas. Abstract Olivier Donnat : Social stratification of cultural practices and its evolution from 1973 to 1997. A partir de 1973 ninguna reducción significativa de separaciones entre categorías socioprofesionales no es observable. La encuesta más reciente muestra que las prácticas culturales perduran. 1989. 1997 — ont été conduites à l'initiative du ministère de Culture. Vier aufeinanderfolgende Untersuchungen wurden . 1989. 1997 . les pratiques culturelles demeurent. a pesar de haberse llevado a cabo transformaciones profundas en las relaciones entre el arte y la cultura. The most recent study shows that despite profound transformation of people's relations with art and culture. Besonders die traditionalsten Verhaltensweisen sind weiterhin sozial sehr diskriminierend : seit 1973 kann keinerlei sichtbare Verringerungen der Abstände zwischen den sozioberuflichen Kategorien festgestellt werden. L'enquête la plus récente montre que. The most traditional practices.1973.were conducted on the initiative of the Ministry of Culture. socially-speaking. dans bien des cas. 1981. dass trotzt einer tiefgehenden Veränderung der Beziehungen zur Kunst und zur Kultur. 1989. en muchos casos de manera elitista y acumulativa. Les pratiques les plus « traditionnelles». en dépit d'une transformation profonde des rapports à l'art et à la culture.1973. Zusammenfassung Olivier Donnat : Die soziale Schichtung der kulturellen Verhaltensweisen und ihre Entwicklung 19731997. Résumé Quatre enquêtes successives sur les pratiques culturelles des Français — 1973.

élitaires et cumulatives : plus de sept Français sur dix par exemple n'ont jamais assisté de leur vie à un concert de musique classique. à l'échelle de la population française. Les pratiques culturelles des Français.R. 1998. Le Seuil. Donnât. Enquête 1997. 1997 . (1) Voir l'article d'A. dans bien des cas. en dépit d'une transformation profonde des rapports à l'art et à la culture. 1989. 111-119 Olivier DONNAT La stratification sociale des pratiques culturelles et son évolution 1973-1997 RÉSUMÉ Quatre enquêtes successives sur les pratiques culturelles des Français — 1973. les pratiques culturelles demeurent.fut au fondement de la création du ministère des Affaires culturelles d'André Malraux (1). XL. dans notre «société de masse ». plus de la moitié ne sont jamais allés au théâtre. Que nous apprennent sur ce point les résultats de la dernière enquête sur les pratiques culturelles des Français (2) ? Qu'en est-il des écarts entre les catégories socio professionnelles? Quelle a été leur évolution depuis 1973. Leurs résultats. Elles apparaissent dans bien des cas.traditionnelles».ont été conduites à l'initiative du ministère de Culture. franc. social. restent très discriminées socialement: aucune réduction significative des écarts entre catégories socioprofessionnelles n'est observable depuis 1973. Sirinelli. date de la première enquête? Les pratiques et consommations culturelles demeurent. comme minoritaires. 1999. L'enquête la plus récente montre que. 1981. Rioux et J. Girard «Les enquêtes sur les pratiques culturelles ».1. 111 . Les pratiques les plus <. Pour une histoire culturelle. élitaires et cumulatives.-P. L'origine des enquêtes sur les pratiques et consommations culturelles est étroitement liée à l'objectif de démocratisation qui -on le sait. (2) VoirO. étroitement liées à la position et à la trajectoire sociale des individus. sous la direction de J.-F. 1997. après avoir été longtemps mobilisés pour justifier l'urgence d'une politique de réduction des inégalités géographiques et sociales. ont désormais tendance à être interprétés comme autant de preuves de son inefficacité. La Documentation Française. en particulier.

Les pratiques culturelles selon le milieu social Sur 100 personnes de chaque groupe (pcs chef de ménage) Sont allés au théâtre 44 21 16 11 Au cours des 12 derniers mois Ont visité un Ont fréquenté Ont joué d'un Ont lu 25 Ont regardé monument une instrument de livres et Arte au moins historique bibliothèque ou musique plus une fois par médiathèque semaine 57 55 27 29 30 44 27 29 46 37 28 17 16 13 12 7 20 16 9 6 10 23 15 16 15 16 Cadres et professions intellectuelles supérieures Professions intermédiaires Employés Artisans. et de surcroît la possession de produits multimédias de type culturel au sein des ménages équipés est plutôt le fait de personnes dont l'intérêt pour la culture est déjà important. les cadres et professions intellectuelles supérieures (3) arrivent en tête. L'arrivée ces dernières années du micro-ordinateur dans l'espace domestique n'est pas venue modifier cet état de fait : les taux de possession de cet appareil. Ainsi. (3) Nous désignerons ces professions. dans la suite du texte. dont les résultats sont souvent très proches. puis les employés et artisans.Revue française de sociologie Tableau I. La hiérarchie des taux de pratique triés selon la catégorie socioprofessionn elle. devant les professions intermédiaires. et enfin les ouvriers et les agriculteurs dont les taux de pratique sont également toujours proches. très liés aux niveaux de revenu et de diplôme. de lecture de livres. d'usages culturels des médias ou de pratiques amateur. commerçants et chefs d'entreprise Ouvriers Agriculteurs Source : Enquête Pratiques 6 21 23 5 25 21 culturelles des Français 1997. soient les formes de participation à la vie culturelle retenues. sous le terme de «cadres ». respectent la même hiérarchie que les pratiques culturelles «traditionnelles». avec une hiérarchie des taux de pratique inchangée. commerçants et chefs d'entreprise. Même dans le cas d'activités plus largement répandues comme la fréquentation des salles de cinéma ou réputées moins élitaires comme celle des concerts de rock. . les cadres arrivent en tête. 112 . la possession de cédéroms éducatifs ou culturels est-elle près de six fois plus fréquente dans les milieux de cadres que chez les ouvriers. quelles que est toujours la même : qu'il s'agisse de fréquentation des équipements culturels.

commerçants et 14 35 29 chefs d'entreprise Ouvriers 28 35 26 Agriculteurs 35 30 31 Source : Enquête Pratiques culturelles des Français 1997. La cons truction d'un indicateur synthétique portant sur cinq types d'équipements cul turels (les salles de cinéma. soit près de deux fois plus que les professions intermédiaires et cinq fois plus que les ouvriers.Olivier Donnât Tableau П. (4) Un score calculé sur la base du rythme de fréquentation des cinq types d'équipements culturels retenus a été ainsi attribué à chaque personne enquêtée : pour chacun des cinq équi pements. les salles de spectacle. qui est déjà importante quand on analyse les résultats équipement par équipement. . aucun point n'a été attribué quand la Régulière 22 16 15 16 8 0 Habituelle 32 16 7 6 3 4 personne ne l'avait pas fréquenté au cours des 12 derniers mois. un point quand elle l'avait fr équenté de manière occasionnelle et deux points quand elle l'avait fait de manière plus régulière. commerçants et chefs d'entreprise 11 Employés 9 Ouvriers 5 Agriculteurs 1 Source : Enquête Pratiques culturelles des Français 1997. les bibliothèques et médiathèques. La note maximale était par conséquent de dix 113 .Possession de cédéroms éducatifs ou culturels selon le milieu social Sur 100 personnes de chaque groupe Possèdent dans leur foyer au moins un cédérom (pcs chef de ménage) éducatif ou culturel Cadres et professions intellectuelles supérieures 29 Professions intermédiaires 18 Artisans. apparaît de manière encore plus spectaculaire lorsque l'on raisonne sur la fréquentation globale.La fréquentation des équipements culturels selon le milieu social Fréquentation des équipements culturels au cours des 1 2 derniers mois (4) Sur 100 personnes de chaque groupe Nulle Exceptionnelle Occasionnelle (pcs du chef de ménage) Cadres et professions 3 12 31 intellectuelles supérieures Professions intermédiaires 8 20 39 Employés 13 32 32 Artisans. L'ampleur des écarts entre milieux sociaux. . les lieux d'exposition et les lieux de patrimoine) permet de mesurer combien le fait d'être un habitué des équipements culturels est une propriété très inégalement répartie dans la société française : plus de la moitié des cadres (54%) ont une fréquentation régulière ou habituelle des équipements culturels. Tableau III.

. de régulière pour six ou sept points. à une progression des taux de fréquentation des agricul teurs.. patrons de l'industrie et du commerce et surtout des cadres supérieurs . La fréquentation a été qualifiée de nulle pour un total de 0 point. et dans une moindre mesure des professions intermédiaires. renvoie au gonflement des catégories de population les plus familières des équipements culturels (les cadres.Revue française de sociologie Participer à la vie culturelle de manière à la fois régulière et diversifiée suppose le cumul d'un maximum d'atouts favorisant l'accès à la culture (n iveaux de diplôme et de revenu élevés. si l'on ne tient pas compte des évolutions structurelles de la société française. L'exemple des musées est là en effet pour rappeler qu'une augmentation des entrées dans un équipement ne signifie pas nécessairement diversification des publics. mais on n'observe aucune réduction significative des disparités entre milieux sociaux. op. d'occasionnelle entre 114 trois et cinq points. La comparaison des résultats de la dernière enquête avec ceux de 1 973 montre que les pratiques et consommations culturelles des Français ont profondément évolué au cours des trente dernières années. Il n'y a pas eu de «rattrapage» des milieux sociaux les moins investis dans la vie culturelle : la progression observée à l'échelle de la population française. La tendance générale est dans l'ensemble légèrement orientée à la hausse. les professions intermé diaires et les étudiants notamment) ou à une intensification de leurs pratiques plus qu'à un réel élargissement des publics. . Voir O. Donnât. mis à part celle des bibliothèques (devenues pour une partie d'entre elles médiathèques) qui a connu une forte progression au cours des années 80 et 90. l'augmentation considérable de l'effort de l'État et des collectivités territoriales en faveur de la culture.) qui se retrouvent en priorité dans les milieux de cadres. et enfin d'habituelle pour un total supérieur à sept points. La fréquentation des équipements culturels a toutefois peu évolué à l'échelle de la population française. On constate en effet que l'augmentation de la proportion des Français ayant visité un musée au cours des douze derniers mois (33% en 1997 contre 27% en 1973) renvoie. la médiatisation qui l'a accompagnée. mode de loisirs tourné vers l'extérieur du domicile et la sociabilité amicale. Les rapports à la culture se sont largement diversifiés sous l'effet de multiples facteurs : l'équipement des mé nages en appareils audiovisuels.. les transformat ions de l'offre privée de produits culturels.. Tous ces éléments ont contribué au déve loppement des consommations culturelles. des les taux de fréquentation des cadres moyens. des employés et des ouvriers par contre n'ont pas bougé. surtout quand on écarte les fréquentations ou les formes de participation de type exceptionnel ou occasionnel. 223-226. (suite de la note 4) points (deux points pour chacun des cinq équipements). proximité à l'offre culturelle.. familiarité précoce avec le monde de l'art. les progrès de la scolarisation. d'exceptionnelle pour un ou deux points. cit. pp. dans la plupart des cas.

de position dans le cycle de vie et d'appartenance générationnelle.Olivier Donnât Tableau IV. les professions des personnes interrogées en 1997 ont été recodifiées dans l'ancienne nomenclature des catégories socioprofessionnelles.Les sorties culturelles selon le milieu social. celui de tous les autres milieux sociaux chutait brutalement dans les années 70 avant de se stabiliser par la suite. contre 7% en 1973) est due presque exclusivement à l'évolution structurelle de la société française au cours de la période : les cadres supérieurs et professions libérales sont le seul groupe dont le taux a augmenté entre 1973 et 1997. . contre 78 % vingt-cinq ans plus tôt. moins de la moitié de ces derniers (44%) se sont déplacés au cinéma au moins une fois dans Tannée. sans que les effectifs des échant illons enquêtes soient suffisants pour conclure sur le rôle respectif de ces deux séries de varia bles. Le cas des salles de cinéma est différent : l'apparente stabilité observée à l'échelle de la population française (49% des Français de 15 ans et plus ont fréquenté une salle au cours des 12 derniers mois. du fait du retrait relatif des milieux populaires.constitue. (6) Les effets de diplôme s'entrecroisent en permanence avec les effets d'âge. Alors que le taux de fréquentation des cadres supérieurs demeurait stable au cours de la période. aujourd'hui comme au début des années 70. la légère augmentation de la fréquentation (9% des Français ont assisté à ce genre de concert au cours des douze derniers mois. de lieu d'habitat. L'ampleur des écarts observés entre les catégories socioprofessionnelles. la variable la (5) Pour permettre une comparaison avec les résultats de l'enquête de 1973. Dans le cas des concerts de musique classique. Évolution 1973-1997 (5) Sont allés au cours des 1 2 derniers mois Sur 100 personnes de chaque groupe (csp du chef de ménage) Musée Concert de musique classique Salle de cinéma Agriculteurs Patrons industrie et 28 32 commerce Cadres supérieurs et 56 60 professions libérales Cadres moyens 48 49 Employés 34 33 Ouvriers 25 24 Source : Enquêtes Pratiques culturelles 1973 1981 1989 1997 1973 1981 1989 1997 1973 1981 1989 1997 17 19 22 23 4 5 4 3 39 36 31 32 32 61 34 65 7 22 7 25 8 31 14 7 4 7 27 11 6 4 76 82 90 78 78 60 81 76 64 55 52 82 70 62 46 59 82 72 61 44 43 46 12 13 30 34 7 9 23 24 4 4 des Français 1997.toutes les enquêtes le confirment . 115 . renvoie au jeu complexe des multiples facteurs qui « se cachent» derrière cette variable composite : différen ces d'origine sociale. de revenu et surtout de niveau de diplôme qui . contre 52 % en 1973) masque en réalité les importantes mutations survenues dans la composition sociale du public. en dépit d'un léger recul dans les années 90. sauf dans le cas des ouvriers dont la fréquentation a continué à baisser : en 1997. avec l'âge (6).

La force des effets liés à l'origine sociale permet de comprendre que l'abai ssement. vient bien entendu amplifier ou au contraire contrarier ces effets liés au niveau de diplôme : ainsi. dans tous les cas. Il apparaît par conséquent que les effets liés au niveau de diplôme (de la personne mais aussi de ses parents) sont souvent à l'origine non seulement des 116 . en permettant notamment à une large partie des jeunes des milieux populaires d'avoir une connaissance. Les disparités en fonction du niveau de diplôme sont en effet. Ainsi par exemple. ils sont plus sensibles aux valeurs du monde de l'entreprise (exaltation de la réussite matér ielle. même si tout porte à croire qu'il a contribué à faire monter «le niveau culturel moyen» des Français. les fils d'agriculteurs ou d'ouvriers ayant accédé à l'enseignement supérieur ont un rapport à la culture plus proche de leur nouveau statut que de leur ancien. de milieux peu familiers du monde des arts et de la culture : détenteurs d'une formation à dominante technico-économique. plus porteuses des signes extérieurs de la modernité ou moins consommatrices en temps. des grands noms de la culture consacrée. celles du niveau d'études ou du milieu social auquel ils ont accédé pour ces derniers. près de quatre fois plus fréquent que chez les bacheliers. une femme non bachelière mariée à un diplômé de l'enseignement supérieur ou un ouvrier marié à une bachelière auront en moyenne un niveau culturel supérieur à celui de leur «niveau». même quand ils ont fréquenté l'enseigne ment supérieur. au moins superficielle. ont profité des progrès de la scolarisation et/ou des opportunités offertes par l'essor de nouvelles professions (dans le domaine commercial ou informatique par exemple) sont issus. Cette règle se vérifie également au sein des couples où l'élément le moins diplômé a tendance à se rapprocher du rapport à la culture de son conjoint : ainsi. de la concurrence. en tout cas très éloigné de celui de certaines professions du secteur public : aux activités culturelles qu'ils jugent souvent excessivement intellectuelles. mesurée à travers la profession ou le diplôme des parents.. par exemple. on constate que le fait d'être un usager régulier ou habituel des équipements culturels est dix fois plus fréquent chez les titulaires d'un diplôme de second ou troisième cycle que chez les titulaires d'un CAP. sans atteindre toutefois en moyenne le niveau des diplômés ayant une origine sociale plus favorable. au cours des dernières décennies. depuis les années 60. Beaucoup de ceux en effet qui.. L'origine sociale.qui conservent dans leurs rapports à la culture plus de traces de leur passé que les individus en mobilité ascendante -. plus spectaculaires que celles relatives à la PCS. si l'on reprend l'indicateur synthétique utilisé dans le Tableau III.) et ont souvent un investissement «moyen» dans les activités culturelles.Revue française de sociologie plus discriminante dans le domaine culturel. des barrières d'accès au baccalauréat et à l'ense ignement supérieur n'a pas entraîné de diffusion spectaculaire des pratiques culturelles « traditionnelles » ou liées à la création contemporaine. Les résultats indiquent que les Français ont en général tendance à aligner leurs pratiques et consommat ions culturelles sur celles correspondant au niveau de diplôme ou à la position sociale la plus élevée : celles des parents pour les déclassés . ils ont tendance à préférer d'autres activités plus distrayantes.

De manière générale. commerciales des entreprises Techniciens Contremaîtres Source : Enquête Pratiques culturelles des Français 1997.deux fois moindre que celle des «professeurs et professions scientifiques». mais aussi de la dispersion interne des rapports à la culture au sein de chacun d'eux. L'exemple des cadres et des professions intermédiaires . à deux 117 . des arts et du spectacle ont un niveau d'investissement dans la vie culturelle nettement supérieur à la moyenne de leur groupe d'appartenance.au sens défini ci-dessus . notamment dans le domaine des sorties et visites culturelles.indique que les écarts à l'intérieur d'une même catégorie socioprofessionnelle entre les différents groupes qui la composent peuvent être importants : ainsi.cela est manifeste dans le cas des enseignants expliquent pour une large part les différences constatées au sein d'un même (7) Nous ne présentons pas dans ce tableau les résultats relatifs aux autres postes de la nomenclat ure chiffres. arts et spectacles Cadres d'entreprise Ingénieurs Instituteurs Professions intermédiaires santé et travail social Professions intermédiaires administration. professions scientifiques Professions information. Au cours des douze derniers mois Ont eu une fréquentation habituelle Ont lu 25 livres des équipements culturels ou plus 51 44 41 27 27 33 27 22 33 29 20 26 16 9 10 27 16 11 Le niveau de diplôme. si bien que les «gens du public» ont en général des taux de pratique ou de fréquentation supérieurs à ceux du privé.Olivier Donnât écarts observés d'un milieu social à l'autre. l'origine sociale mais aussi le contenu même de l'activité professionnelle . par exemple.que nous avons privilégié dans le Tableau V en raison de leur niveau élevé de participation à la vie culturelle . en raison d'effectifs trop faibles. ces derniers ainsi que les professionnels de l'information. . au même titre que les instituteurs et les professions de la santé et du travail social au sein des professions intermédiaires. Tableau V. les ingénieurs et les cadres d'entreprise ont-ils une fréquentation habituelle des équipements culturels .Les différenciations internes au sein des groupes « Cadres et professions intellectuelles supérieures »et« Professions intermédiaires » (7) Sur 100 personnes de chaque groupe (PCS de l'individu) Professeurs.

apparaissent moins discriminantes socialement que la fréquentation des équipements culturels : les «nouveaux » usages de l'audiovisuel liés à l'apparition du magnétoscope et du micro-ordinateur ainsi qu'à la diversification des programmes. en décalage par rapport au milieu d'appartenance. citons bien entendu l'âge. La question notamment du rapport des milieux populaires à la culture cultivée reste posée : la majorité des ouvriers et. les catégories de populat ion faiblement diplômées continuent à accorder une place très limitée aux activités artistiques dans leur temps de loisirs et à fréquenter rarement les équipements culturels. celui d'être un catholique pratiquant à un relatif désintérêt pour les formes modernes d'expression. Il serait imprudent toutefois de s'en tenir à un tel constat qui s'appuie pour l'essentiel sur les pratiques culturelles «traditionnelles». les spectacles de rue. est impossible pour juger de l'évolution de la stratification sociale des pratiques culturelles. les seules pour le squelles existent des données depuis le début des années 70. les Journées du patrimoine.notamment le fait d'habiter Paris intramuros . 75001 Paris 118 . pour reprendre la perspective de Malraux.) participent d'une diversification des rapports à l'art et à la culture. Au total. Certaines d'entre elles. C'est pourquoi leur prise en compte qui. les «hors festivals d'été.. est indispensable pour comprendre la dispersion des univers culturels au sein d'un même groupe d'appartenance ainsi que la complexité . Olivier DONNAT Département des Études et de la Prospective Ministère de la Culture et de la Communication 2.mais aussi les variables de nature idéologique : toutes choses étant égales par ailleurs. à l'échelle de la population française. le fait de se situer à gauche sur l'échiquier politique par exemple est en général associé à un engagement plus fort dans la culture. le lieu d'habitation . si elles respectent dans l'ensemble la même hiérarchie sociale. la pratique en amateur d'activités artistiques ou la participation à des manifestations culturel les les murs» (la Fête de la musique.Revue française de sociologie groupe socioprofessionnel et peuvent contribuer à l'existence de comportements atypiques. pour mettre en demeure évidence les fortes disparités qui continuent à marquer l'accès aux grandes œuvres de l'art et de l'esprit. Parmi les autres facteurs explicatifs de ces disparités internes. et qui tend par conséquent à ignorer les formes de participation ou de consommation culturelle apparues au cours des dernières décennies. il apparaît que l'approche en termes de catégories socioprofessionn elles efficace. faute de données.probablement accrue des rapports d'homologie entre pratiques culturelles et catégories socioprofes sionnelles. plus généralement. notamment dans les jeunes générations diplômées.. rue Jean-luntier.

interrogation en face-à-face au domicile de la personne interrogée. méthode des quotas avec comme variables le sexe et l'âge de la personne interrogée ainsi que la catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage.Olivier Donnât ANNEXE Les enquêtes « Pratiques culturelles des Français » Le Département des Études du ministère de la Culture et de la Communication a réalisé à quatre reprises l'enquête « Pratiques culturelles des Français ». 119 . été identique : sondage auprès d'un échantillon représentatif de la population française de 15 ans et plus. Le dispositif a. 5 000 en 1989 et 3 000 en 1997. à chaque fois. Les résultats de chacune de ces quatre enquêtes ont été publiés à la Documentation Française. 3 000 en 198 1. 198 1. La taille de l'échantillon était la suivante : 2 000 individus en 1973. en 1973. échantillon stratifié par régions et catégories d'agglomération. avec un descriptif détaillé de la méthode d'enquête en annexe. 1989 et 1997.