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Le Flagrant Délit
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SDL: Des Air Miles aux impôts
Gabrielle Fortier-Cofsky gfort099@uottawa.ca À chaque rentrée, une horde d’étudiants s’endettent avec enthousiasme en achetant leurs livres. Contents de ne pas avoir à sortir de Fauteux pour le faire, ceux-ci font la file devant le seul détaillant de Codes civils de la faculté  : le Service du livre (SDL). Cependant, combien de Fautois savent comment fonctionne son administration? Le Service du livre a été établi en 1994, pour une décentralisation face à l’Agora où la plupart des autres facultés achètent leurs livres. La Section a décidé qu’elle était mieux à même de déterminer quels étaient ses besoins, et qu’elle pourrait offrir de meilleurs prix aux étudiants. Le SDL est donc un organisme à but non lucratif avec quatre administrateurs : la présidente, un responsable de la vente, de la comptabilité, et un responsable de la gestion générale. C’est l’administration du Service qui pose les plus grands défis d’après la responsable des finances de l’année passée Caroline Bédard. Elle affirme que « c’est de la gestion de beaucoup de gens. » En commençant par le fort roulement de personnel : « les administrateurs changent chaque année, et les procédures aussi, car chacun pense faire mieux que l’autre d’avant ». Il faudrait au moins une personne de deuxième année engagée chaque année pour assurer la continuité, ce qui dépend de la qualité des candidatures. C’est le cas cette année. C’est ce roulement d’administrateurs qui a fait en sorte que les déclarations d’impôts du Service du livre n’ont pas été complétées pendant plusieurs années, de 1997 à chose du passé, car un comptable a été engagé l’année dernière dans ce but. Administrer le service du livre est aussi un exercice diplomatique certains professeurs ne répondent pas aux avis envoyés, supposant que leur livre sera commandé. D’autres s’y prennent à la dernière minute, ainsi leur livre obligatoire n’arrive pas à temps pour la rentrée. Le SDL est également un exercice de service à la clientèle, avec ses défis qui y sont associés. Mme Bédard se rappelle de comportements de certains étudiants qui l’ont particulièrement irritée, notamment au sujet des modes de paiement des livres. Le Service du livre ne fait pas de remboursements. Ceux-ci coûtent cher et le service ne peut pas se le permettre, étant à but non lucratif. Certains étudiants ne font donc pas attention et achètent le mauvais livre. Ils veulent ensuite se faire rembourser, mais ne peuvent pas, et appellent même M.Thibault à leur secours. D’autres ne comprennent pas pourquoi l’argent comptant n’est pas accepté. Une compagnie qui accepte l’argent doit faire des dépôts chaque jour. Avec des chiffres d’affaires de dix à vingt-deux mille dollars par jour, il ne serait pas très sécuritaire pour un étudiant de se promener avec de telles sommes avec lui. Finalement, certains n’ont pas apprécié le virage écologique du SDL, qui ne distribue plus de sacs en plastique. Mme Bédard n’a pas apprécié que certains essaient de prendre son sac à lunch pour y mettre leurs livres. Finalement, il est important de noter que non, le SDL ne prend pas Air Miles. Votre voyage à Disneyland devra attendre encore une année.

2010 pour être précis. D’après la présidente actuelle Kahina Daoud, ce n’est pas si grave, car étant un organisme à but non lucratif, le SDL n’a pas à payer d’impôts. Il était donc en défaut de produire, mais pas de payer. Dans tous les cas, ce défaut est maintenant

avec les professeurs, qui parfois tardent à commander les livres qu’ils souhaitent. Nos deux administratrices s’entendent pour dire que certains professeurs sont difficiles à rejoindre, et qu’il faut parfois de l’aide du personnel administratif pour pouvoir les contacter. Aussi,

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ture arrière Détails sur la couver du Flagrant Délit
S.E.N.C.R.L., s.r.l. STIKEMAN ELLIOTT

MENTOR 2011/2012

AVOCATS

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Se piquer sous supervision
Véronique Gingras-Gauthier vging057@uottawa.ca Grâce à la décision de la Cour suprême Canada (Procureur général) c. PHS Community Services Society, Insite, le premier site d’injection supervisée légal du continent, pourra rester ouvert. Depuis 2003, Insite offre des services médicaux dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver, un des quartiers les plus pauvres au Canada. Les estimations récentes évaluent à plus de 10 000 le nombre d’utilisateurs de drogues intraveineuses à Vancouver, dont près de la moitié résident dans Downtown Eastside. Cette consommation amène plusieurs autres problèmes, dont des taux de VIH et d’hépatites très élevés et des accidents causés par des surdoses. Insite fournit des instruments propres permettant aux clients de s’injecter sans risque de transmission de maladie, ainsi qu’un lieu sécuritaire où les surdoses et les blessures causées par l’injection peuvent être traitées immédiatement. Insite ne fournit aucune drogue et offre aux clients qui le désirent des services de désintoxication et de counselling. Plusieurs recherches faites sur l’impact d’Insite démontrent des effets bénéfiques. Chaque année, Insite sauve environ trois vies et évite 35 nouveaux cas de VIH, ce qui permet d’épargner environ six millions de dollars annuellement. Puisque les services d’Insite impliquent nécessairement la présence de drogues illégales et que le personnel soit au courant de leur présence, Insite doit recevoir une exemption médicale de certaines dispositions de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances concernant la possession pour pouvoir continuer ses opérations. En 2008, le gouvernement fédéral a refusé de renouveler l’exemption. Cela a mené au procès en cause. Dans sa décision, la Cour suprême a jugé de façon unanime que la décision du ministre de la Santé de ne pas renouveler l’exemption était contraire à l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, puisque non conforme aux principes de justice fondamentale. Elle ne pouvait pas non plus être justifiée par l’article premier. La Cour en vient à cette décision en soulignant que la décision du ministre était arbitraire puisqu’elle allait contre les objectifs de la Loi, soit la santé et la sécurité publique. C’était en plus deux objectifs qu’Insite permettait d’atteindre. Comme l’affirme la Cour : « Insite a sauvé des vies et a eu un effet bénéfique en matière de santé, et ce, sans provoquer une hausse des méfaits liés à la consommation de drogues et de la criminalité dans le quartier ». Le pouvoir discrétionnaire du ministre n’avait donc pas été utilisé en conformité avec la Charte. La Cour ordonna au ministre d’accorder l’exemption au site d’injections. Dans cette décision, la Cour suprême envoie un message clair au gouvernement fédéral  : une opposition morale n’est pas suffisante pour justifier une contravention à la Charte. La Cour a toutefois précisé que le ministre de la Santé conserve sa discrétion d’accorder ou non une exemption à la Loi. Cependant, puisque la discrétion du ministre doit être exercée conformément à la Charte, il est possible que ce jugement permette la mise en oeuvre d’autres sites d’injection supervisée à travers le Canada.

Les princesses de la construction
Lila Amara lamar045@uottawa.ca Chronique Il était une fois (il faut bien s’en tenir à la manière traditionnelle), c'est-à-dire il y a un peu plus de deux ans, un groupe de gens, communément appelés journalistes, qui sont tombés sur des documents révélateurs au sujet de certaines transactions, du financement de partis politiques et autres contrats douteux entre certains membres de la sphère politique et du monde de la construction. Ainsi est né le scandale de la construction. Après maintes joutes oratoires entre les membres du gouvernement, les membres de l’opposition, les syndicats de la construction et le système judiciaire, une commission d’enquête (le chevalier) voit enfin le jour dans le but de sauver nos valeurs de société telles la transparence, l’honnêteté, la légalité et la démocratie (la princesse en détresse). Après, il y a eu le rapport Duchesneau (nommé par le premier ministre), chef de l’unité anticollusion au ministère des Transports. Celui-ci a fait un portrait assez noir de la corruption au sein de la société québécoise et de ses conséquences irréversibles, comme la perversion du système en entier, si une commission d’enquête n’était pas créée au plus vite. Ce rapport a été malheureusement pour le gouvernement déterré par Radio-Canada, forçant ainsi le gouvernement à faire quelque chose. Soit dit en passant, Duchesneau fut congédié il y a quelques jours pour manque de loyauté envers son employeur. Notre honorable Jean Charest a tout tenté : de la banalisation jusqu’au risque qu’une commission d’enquête peut avoir sur le travail des policiers (destruction de preuves) pour ne pas souscrire aux conseils du rapport. Cependant, le public, l’opposition et surtout le Barreau du Québec ont exigé une commission d’enquête publique forçant les témoins à témoigner et donnant au système judiciaire le libre arbitre. Le Barreau a affirmé qu’une commission d’enquête qui ne donnait pas pouvoir de contrainte à la juge Charbonneau ne serait qu’une commission bancale ne servant qu’à établir les faits. Cette intervention du barreau (l’ami du chevalier) a été bénéfique et a donné un coup de pouce important pour redorer notre système démocratique et

rétablir la confiance du peuple. Tout à l’air d’être bien et finira surement bien (ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants). Cependant, il est pertinent de se demander si cette commission ne risquera pas de donner les mêmes résultats que la commission Bastarache : rien. De plus, il est aussi primordial de se demander si la juge Charbonneau va honorer la parole du barreau et demander d’obtenir le contrôle de la commission et si elle prendra les décisions nécessaires pour garantir une « vraie » commission d’enquête publique. Une autre question est au sujet de l’implication du gouvernement

dans un tel scandale et de la volonté du gouvernement de cacher certains faits qui pourraient leur porter préjudice. Un exemple révélé au grand jour est celui de l’ancien député libéral Tony Tomassi accusé formellement de fraude et qui siège toujours à la chambre. L’ultime question est : où va le Québec et est-ce qu’une simple commission d’enquête redorera le blason de notre système politique et restituera la confiance du peuple en son gouvernement? Bref, le conte de fées est à suivre : histoire éternelle, qu’on ne croit jamais…

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Zellers ciblé
David Lecours dleco059@uottawa.ca Target, le géant de la vente au détail et premier concurrent de WalMart aux États-Unis, s’installe au Canada. Pour ce faire, Target a conclu en février dernier une série de transactions totalisant 1,8 milliard avec la société Zellers pour la cession des baux commerciaux de 220 magasins, dont une soixantaine au Québec. De mégas transactions donc qui, en février dernier, n’annonçaient pas d’emblée un litige en droit du travail. Le litige, c’est celui-ci : que doit faire Target avec les employés actuels des magasins Zellers? Estce que Target a l’obligation de maintenir les contrats de travail ainsi que les conventions collectives qui lient Zellers à ses employés ou ceux-ci tombent-ils d’eux-mêmes? Certains voient déjà poindre l’article 97 de la Loi sur les normes du travail qui indique que « l’aliénation ou la concession totale ou partielle de l’entreprise, la modification de sa structure juridique, notamment, par fusion, division ou autrement n’affecte pas la continuité de l’application des normes du travail. » Une disposition qui pèse lourd dans la balance pour les employés des magasins non syndiqués! Mutatis mutandis via l’article  45 du Code du travail pour les employés des magasins syndiqués. L’argument principal de Target est à l’effet que les transactions effectuées n’étaient en fait que des transactions immobilières ni visant que les baux de location. Or, pour savoir s’il y a eu aliénation partielle d’une entreprise, qui nous exposerait aux articles ci-mentionnés, il faut regarder si les éléments essentiels de l’entreprise ont été cédés. Ce qui altère l’argument de Target, c’est que le bail est l’élément le plus important dans les entreprises de vente au détail. Cela étant dit, l’article 124 de la Loi sur les normes du travail mentionne qu’une compagnie ne peut congédier un employé qui compte plus de deux ans de service « sans cause juste et suffisante  ». Certains analystes affirment qu’une série d’arrêts confirme que la vente partielle de l’entreprise ne satisfait pas à ladite cause juste et suffisante, un élément qui reste encore à préciser (Alimentation de la Seigneurie Inc. c. Union des employés de commerce, local 500, D.T.E. 83T-694 et U.E.S., Local 298 c. Bibeault, [1988] 2 RCS 1048). On apprenait le 23 janvier dernier que la ministre du Travail du Québec, Madame Lise Thériault désirait rencontrer la haute direction de Target pour discuter de ce problème. Madame Thériault aurait, dit-on, bien expliqué le cadre juridique québécois et les différentes obligations auxquelles Target s’expose eu égard à ces transactions. Suite à cette rencontre, Target aurait partagé son désir de se conformer aux lois de la province de façon à pouvoir faire des affaires de manière harmonieuse. Le géant états-unien n’a sensiblement pas la même définition du mot «  conformer  » que bien des observateurs parce que le 28 septembre dernier, on apprenait que celle-ci ne compte toujours pas employer les salariés actuels des magasins Zellers. Voilà qui devrait occuper la Commission des Relations du Travail pendant un bon moment, tant et si bien que certains voient en cette affaire une saga juridique digne du plus haut tribunal de notre pays.

Savez-vous shpoonkler?
Teodora Niculae tnicu085@uottawa.ca Savez-vous ce qu’est « Shpoonkle »? Une nouvelle fonction Facebook? Un bar huppé à Montréal? Détrompez-vous! Au-delà du nom qui n’a aucune signification, Shpoonkle est un site web où des litiges potentiels sont mis aux enchères. Au premier coup d’œil, le concept est bien simple. Chaque personne doit créer son compte d’utilisateur, sans frais, sous la rubrique « client » ou « avocat ». Le compte du client est ensuite automatiquement créé, tandis que celui de l’avocat prend quelques jours avant d’être activé. Ce délai s’explique par le fait que les administrateurs du site web doivent vérifier que l’avocat fait bel et bien partie du Barreau auquel il s’est identifié, ou qu’il n’a pas été temporairement suspendu. Finalement, le client à la recherche d’avocat publie un court paragraphe sur son problème et identifie le domaine de celui-ci. En effet, les avocats inscrits et intéressés peuvent miser sur les litiges qui les intéressent. Le but ultime des mises est d’obtenir le tarif le moins cher pour le client, et pour l’avocat de se créer plus facilement une clientèle. Les règles sont simples : les avocats ont la liberté de miser jusqu’à ce que le client choisisse. Ils peuvent miser sur plusieurs cas, puis ils peuvent se retirer d’une cause une fois qu’ils l’ont gagnée. Sous l’aspect simpliste du site se cache bien sûr la question de sa sécurité. Les administrateurs de Shpoonkle se font rassurants : aucune information n’est divulguée jusqu’au moment de la rencontre de l’avocat et de son client, sauf la cause en question et le montant misé. Mais cette technique est-elle acceptée dans le monde juridique québécois? Selon Sochetra Nget, responsable du centre de développement professionnel de la faculté de droit civil, « le monde juridique demeure très conservateur ». En effet, dit-elle, aucun autre site de ce genre n’a survécu auparavant, malgré plusieurs tentatives. Pourtant, ce site semble lutter pour une cause qui nous est chère au Québec, soit celle de l’accès à la justice. En effet, selon la Loi sur l’aide juridique et sur la prestation de certains autres services juridiques du Québec, le salaire d’un individu seul ne doit pas excéder 18 535 $ par année pour être admissible à l’aide juridique. Il y a donc une multitude de personnes qui ont un salaire excédant celui demandé par la loi, mais qui ne peuvent se permettre de payer un avocat. Pour cette partie de la population dont l’accès à la justice pose un problème, « un tel site pourrait être tentant et même permettre de gagner du temps », affirme Mme Nget. Il est encore trop tôt pour juger de la popularité de ce service au Québec, car Shpoonkle Canada est offert depuis quelques mois seulement. D’un côté, il y a le service pratique, rapide, qui pousse l’aspect juridique à un plus haut niveau technologique. De l’autre côté se pose le problème de la confidentialité et de la sécurité. En effet, s’exprime Mme Nget, « le contact humain me permet de déterminer si je veux faire affaire avec un tel avocat ou non ». Il reste donc à voir si la communauté juridique est prête à faire une mise à niveau…

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Journal étudiant de la Faculté de droit Section de droit civil Rédatrice en chef Gabrielle Fortier-Cofsky gfort099@uottawa.ca Rédactrice en chef adjoint Charlotte Chicoine-Wilson cchic041@uottawa.ca

Le Flagrant délit est toujours à la recherche de journalistes, anglophones et francophones, afin d’offrir aux étudiants et au personnel de la Section un journal de qualité. Si vous avez des questions, commentaires, ou voulez écrire, vous pouvez le faire au

flagrant@uottawa.ca

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L’éducation chez les jeunes autochtones canadiens ou comment assassiner une génération
Philippe Pépin ppepi040@uottawa.ca Petit Harper devint chef honoraire des Blood d’Alberta le 11 juillet 2011. Le gaillard s’émeut  : «  Je suis particulièrement fier de cet honneur parce qu’il reconnaît les efforts que fait notre gouvernement pour aider à préserver la richesse de la culture et du patrimoine des à Stephen Harper de résoudre les défis actuels que pose l’éducation des jeunes autochtones canadiens, dont le taux de décrochage serait de 41  % selon les statistiques de 2001. L’éducation des autochtones était présentée en 2006 sous un angle bien glauque par Michael Mendelson du « Caledon institute of social au moins 1.54 fois plus élevé chez nos Terre-neuviens. La question de l’éducation des Premières nations représente une plateforme de débats bien polémique au sein du Dominion, ce tant par l’historicité (pensionnats autochtones) que par les rouages de l’appareil législatif/juridique. Sans se pencher sur la question des pensionnats, le trait d’union entre loi et décrochage se fait en d’abord via la compétence en matière d’éducation dans l’édifice fédéral. Elle est en un premier temps fédérale, tel que mentionné sur le site d’AADNC : « La responsabilité  pour l'éducation des Premières nations dans les réserves relève en premier lieu d'Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AADNC – [feu Affaires indiennes]) à travers divers traités tripartites avec les conseils de bandes et les provinces.  » La tâche colossale est ici d’articuler trois autorités gestionnaires, et de formuler un programme cohérent dans les écoles. Mais pourquoi tant d’embarras? En premier lieu, l’éducation est habituellement de compétence provinciale, or l’Autochtone souhaite voir son diplôme reconnu en la province au sein de laquelle il vit. Vient ensuite le Conseil de bande qui orchestre des personnalisations ayant pour objet d’adapter le programme à la situation immédiate de la réserve, puis enfin AADNC dans ses plans de développement pancanadiens d’émancipation des Premières nations. Le rapport de force entre le Conseil de bande et les strates provinciales/fédérales étant inégal, l’éducation s’en retrouve dénaturée et fort souvent mésadaptée. Dans un second temps, l’appareil législatif ayant pour sujet l’enfant, dans le contexte fédératif, encourt des effets pervers détériorant l’environnement social immédiat de l’autochtone. Un exemple est apporté par le doyen Grammond, qui constate que la loi sur la protection de la jeunesse résulte en une relocalisation massive des enfants à l’extérieur de la réserve, provoquant acculturation et scission de l’espace familial du jeune. Michael Mendelson rapportait en 2006 que la situation de l’éducation des jeunes des Premières nations, selon le traitement actuel, n’a virtuellement aucune chance de s’améliorer. Harper remplira-t-il son mandat? Seul le prochain recensement pourra le dire…

Premières Nations du Canada tout en investissant dans l’avenir des peuples autochtones. » La motivation de l’actuel chef Charles Weasel pour cette nomination prendrait ses justifications dans les excuses présentées en 2008. Ce mandat offre une opportunité en or

policy » : en 2001, 35 % des Autochtones obtenaient un diplôme quelconque, une hausse de 4  % par rapport à 1996. Au même moment, le taux de chômage était au plus 3.62 fois plus élevé chez les Autochtones de Saskatchewan face à la moyenne provinciale, et

La lutte pour le droit des femmes reconnue
Prix Nobel de la Paix 2011
Élise Vaillancourt evail062@uottawa.ca Chronique amnistienne Coup de théâtre lors de la remise du prix Nobel de la Paix 2011 ; trois femmes se partagent le titre  ! Et pas n’importe quelles femmes  : une dame de fer africaine, une guerrière de la paix libérienne et une journaliste sans chaînes yéménite. Chaque année, depuis 1901, le prix Nobel de la paix est décerné à la personne qui a le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix sur la scène internationale. Jusqu’au 10 octobre dernier, seulement douze femmes avaient été récompensées par ce prestigieux honneur. Les trois récipiendaires de 2011 sont; Ellen Johnson Sirleaf, Leymah Gbowee et la Yéminite Tawkkul Karman. Reconnue comme la première femme présidente d’un État africain en janvier 2006, Ellen Johnson Sirleaf a reconstruit le Libéria suite à une guerre civile qui a duré quatorze années. Économiste de formation, cette sexagénaire divorcée se fait surnommer la « Dame de fer africaine  ». En plus de reconstruire la paix nationale, elle a favorisé le développement économique et social du pays, tout en accordant une place prépondérante aux femmes africaines sur la scène internationale. Sa collègue et co-récipiendaire du Prix Nobel, Leymah Gbowee est également d’origine libérienne. Membre fondatrice d'un mouvement visant à mettre un terme à la guerre civile de 2003, « Women of Liberia Mass Action », cette « guerrière de la paix » a su rassembler les femmes de différentes ethnies et religions afin de mettre un terme à la guerre intraétatique. Ainsi elle s’est assurée d’une présence féminine plus importante en vue des prochaines élections démocratiques. Un des moyens de pression très prisés par ce groupe fut la « grève du sexe » tant que les hostilités persistaient. Le comité du prix Nobel n’a pas ignoré les révolutions arabes du printemps dernier, la Yéminite Tawkkul Karman fut la première femme arabe récompensée pour son militantisme et son implication dans les différents mouvements de libération des pays du MoyenOrient. Cette journaliste, mère de trois enfants, fonde en 2005 «  Femmes journalistes sans chaines », une organisation militant pour la liberté de pensée et d’expression. Elle fut la première Yéménite à choisir de braver le code moral sociétaire en se découvrant le visage publiquement. Ses qualités de leader furent mises à profit l’an dernier alors qu’elle fut à la tête des oppositions pacifiques au régime de Saleh. Elle dédia son Nobel aux manifestants du Printemps arabe. Par la remise de ces prix, on reconnait la place des femmes dans les vagues de contestation de la politique internationale. Particulièrement, on peut constater que le militantisme arabe aura su attirer l’attention. Par ce fait même, c’est l’abandon de l’image stéréotypée de la femme arabe passive. Aujourd’hui, la question est  : quelle sera la place de la femme dans les nouveaux gouvernements? Pour vous impliquer dans le groupe d’Amnistie Internationale de l’Université d’Ottawa, écriveznous à l’adresse courriel suivante : amnesty.uo@hotmail.com. Prochainement, Amnistie Internationale aura besoin de vos talents pour notre Talent Show. Soyez prêts!

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Octobre à la Cour suprême
Véronique Gingras-Gauthier vging057@uottawa.ca Canada (Commission canadienne des droits de la personne) c Canada (Procureur général), 2011 CSC 53 Droit administratif – Norme de contrôle judiciaire. Le Tribunal canadien des droits de la personne a, selon sa loi constituante, le pouvoir d’indemniser la victime pour « les dépenses entraînées par l’acte » et il interpréta cette clause comme lui donnant le pouvoir d’accorder des dépens. En révision judiciaire, la Cour fédérale appliqua la norme de contrôle de la décision raisonnable pour confirmer cette décision. La Cour d’appel fédérale infirma cette décision en appliquant la norme de contrôle de la décision correcte puisqu’il s’agit d’une question de droit, étrangère à l’expertise du tribunal. En se basant sur l’arrêt Dunsmuir et sur la notion de déférence, la Cour suprême identifia que la norme de contrôle applicable était celle de la décision raisonnable. La Cour suprême estima que la décision du tribunal était déraisonnable et conséquemment, rejeta le pourvoi. Colombie-Britannique (Workers' Compensation Board) c Figliola, 2011 CSC 52 Droit administratif. Des travailleurs ont porté plainte à la Worker’ s Compensation Board et, non satisfaits de sa décision, ont ensuite porté plainte au Tribunal des droits de la personne plutôt que de demander le contrôle judiciaire. Le Tribunal s’est jugé compétent pour entendre la plainte. La décision du tribunal sur sa compétence a été contestée en contrôle judiciaire et infirmée. Elle a par contre été rétablie en Cour d’appel. La Cour suprême a jugé que le Tribunal avait donné une interprétation trop stricte à la disposition du Human Rights Code de la Colombie-Britannique qui limite les demandes concurrentielles, s’il a été statué de façon appropriée sur le fond de la plainte. Cette disposition sert à éviter les « appels indirects » et le contrôle judiciaire entre tribunaux administratifs voisins. En appliquant la norme de contrôle raisonnable, la Cour a accueilli le pourvoi et annulé la décision du Tribunal des droits de la personne. Crookes c Newton, 2011 CSC 47 Diffamation sur Internet. Crookes a poursuivi Newton pour diffamation parce que son site web renvoyait par hyperlien à des sites externes exprimant des propos diffamatoires sur Crookes. Pour que la diffamation soit établie, il faut qu’il y ait une diffusion de l’information diffamatoire. La Cour suprême jugea que les hyperliens en tant que tels n’étaient pas une forme de diffusion. Cela irait restreindre grandement la circulation de l’information sur Internet et conséquemment la liberté d’expression. De plus, l’auteur de l’hyperlien n’a pas le contrôle sur le contenu de la page secondaire auquel il mène. Ce contenu peut aussi changer rapidement. Le simple fait de renvoyer par hyperlien à une page secondaire diffamatoire ne constitue donc pas de la diffamation. R c Barros, 2011 CSC 51 Droit criminel – Indicateur. Barros, agissant comme détective privé, a tenté d’identifier l’indicateur ayant fourni de l’information contre son client. Il a été accusé par la Couronne d’entrave à la justice et d’extorsion. Selon la Cour suprême, tenter de découvrir l’identité de l’indicateur peut faire partie d’une défense pleine et entière garantie par la Charte canadienne. Cependant, ce droit ne couvre pas toutes les tentatives d’identification et celles-ci doivent être faites légalement. Selon leur objectif ou la manière dont elles sont effectuées, des tentatives d’identification peuvent constituer une entrave à la justice ou de l’extorsion. R c Côté, 2011 CSC 46 Droit criminel – Charte. L’accusée a été trouvée non coupable du meurtre de son mari après l’exclusion de la preuve en entier par le juge du procès. Celui-ci a estimé que les actions des policiers violaient les droits garantis à l’accusée par les articles 7, 8, 10 a) et

10 b) de la Charte canadienne. La Cour d’appel a infirmé cette décision et ordonné un nouveau procès. La Cour suprême a accueilli l’appel et rétabli l’acquittement. Selon la Cour suprême, le juge du procès avait pris en compte les considérations applicables et n’avait pas tiré de conclusion déraisonnable. Conséquemment, il aurait dû y avoir une plus grande déférence, et la Cour d’appel n’aurait pas dû requalifier la preuve pour ordonner un nouveau procès. R c Dorfer, 2011 CSC 50 (jugement rendu oralement) Droit criminel – directives au jury. Le juge du procès a commis une erreur de droit dans ses directives au jury sur l’utilisation limitée qui pouvait être faite du dossier criminel d’un tiers. Cette erreur n’a pas causé un tort important pour l’accusé et conséquemment sa déclaration de culpabilité est maintenue. R c JMH, 2011 CSC 45 Droit criminel – preuve. JMH a été acquitté d’agression sexuelle envers sa cousine. Le juge du procès a jugé qu’il n’avait pas été prouvé hors de tout doute raisonnable que sa cousine n’était pas consentante. Selon la Cour d’appel, le juge du procès avait évalué la preuve de façon fragmentaire. Elle a conséquemment annulé l’acquittement et ordonné un nouveau procès. La Cour suprême a rétabli l’acquittement puisqu’elle

estimait que le juge du procès n’avait pas évalué la preuve de façon fragmentaire. R c Katigbak, 2011 CSC 48 Droit criminel – Moyens de défense. L’accusé a été inculpé de possession de pornographie juvénile entre 1999 et 2006. Il a été acquitté sur la base de la défense pré-2005 de « valeur artistique » des documents basés sur son témoignage que le matériel serait utilisé pour une exposition sur l’exploitation des enfants. La Cour d’appel a infirmé la décision du procès et a inscrit une déclaration de culpabilité. La Cour suprême a jugé que la juge de procès avait erré en établissant une valeur artistique basée sur le but artistique de l’accusé, même si le matériel n’avait aucune valeur artistique en soi. La Cour d’appel a également erré en substituant une déclaration de culpabilité à l’acquittement. La Cour suprême ordonna la tenue d’un nouveau procès. R c Whyte, 2011 CSC 49 (jugement rendu oralement) Droit criminel – Articles 8 et 9 de la Charte. La décision de la Cour suprême confirme la conclusion de la Cour d’appel de l’Ontario, 2011 ONCA 24, selon laquelle les policiers avaient des motifs raisonnables (subjectifs et objectifs) de croire que l’accusé était en possession d’armes à feu et conséquemment, que la fouille et l’arrestation ultérieure étaient conformes à la Charte.

Notre prochaine rencontre se déroulera jeudi le 10 novembre à 16h au FTX 202. Manquez pas ça!

PHOTO CHARLOTTE CHICOINE-WILSON

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J’occupe, tu occupes, nous occupons
Pierre-Alexandre Cardinal pcard006@uottawa.ca Chronique « We are the 99 % » est une phrase que l’on peut maintenant entendre dans plus de 1500 villes dans le monde entier. Mais qu’estce? me demanderez-vous. Bien simple : c’est la réponse (d’une partie) des indignés de la planète qui en ont assez de la domination économique des oligarques banquiers et financiers du monde. Qu’est-ce qu’on veut? Alors là, c’est plus compliqué! Pour répondre à cette question, je vous redirige vers le parc de la Confédération, situé de l’autre côté du canal Rideau, derrière le Centre National des Arts, où se déroule notre propre mouvement d’occupation ottavien, « Occupy Ottawa ». J’utilise de cette stratégie pour une raison bien particulière; pour que vous questionniez les occupants, que vous ayez un dialogue avec eux sur leurs motivations, car, ce qui est merveilleux de ce mouvement dans un sens, c’est l’hétérogénéité des revendications de ses militants. En effet, un peu à l’image du mouvement alter(anti) — mondialiste de la fin des années 90 (la Bataille de Seattle pour ceux qui se souviennent), on dénote un ras-le-bol général de la part des militants, pour reprendre les zapatistes « Ya basta! ». Toutefois, ce n’est pas à cette question que je m’intéresse – celle-ci étant déjà analysée de long en large dans les médias courants ces jours-ci. Non, en fait, je m’intéresserai surtout à l’aspect légal de la question – existe-t-il un droit (ou la liberté) d’occuper un espace public pour de telles manifestations? Le débat se situe au niveau de la liberté d’expression. Autant les instruments nationaux (Charte des droits et libertés, art.2b) qu’internationaux (Déclaration universelle des droits de l’homme, art.19) prévoient un droit pour chaque personne d’exprimer librement son opinion. Mais encore, pour reprendre Isaiah Berlin, quelqu’un n’est libre que jusqu’à ce que sa liberté interfère avec celle d’un autre. Dans sa jurisprudence, la Cour Suprême traite de la question des espaces publics et du droit de chacun de s’y exprimer selon son bon vouloir. La réponse est simple, il faut faire une pondération des inconvénients et des avantages de l’action en cause. Un point fondamental est toutefois à prendre en compte : un poids important doit être accordé au droit à la liberté d’expression, surtout lorsqu’il se manifeste dans un lieu public. Selon le professeur Panaccio, d’ailleurs très enthousiaste à ce que la ville soit ainsi « occupée », il n’y aurait pas d’inconvénients à avoir des gens « occupant » un parc, pourvu qu’ils ne causent pas, par leurs activités, une atteinte injustifiable aux passants, ou à la communauté en général. Dans une telle situation, lorsque l’atteinte « sociale » est minime et ne cause que des désagréments mineurs tels le bruit ou le fait que certaines personnes ne veuillent pas emprunter le parc, il faudrait, selon le Professeur Panaccio, pencher vers le droit des gens à la liberté d’expression, paraphrasant Dworkin. Donc, on peut ainsi affirmer que la Charte protège ce genre de manifestations de la liberté d’expression. Toutefois, y aurait-il une option quelconque pour l’autorité en place de se poser contre ce mouvement par l’usage de certaines lois spéciales et activités? Par exemple, serait-il possible d’employer la loi municipale stipulant que l’on ne peut demeurer dans un parc après 23 h? En suivant le raisonnement ci-haut, ce serait très peu probable, car l’atteinte à la liberté d’expression serait trop grande et de portée trop générale vu le nombre de gens qui occupent le site. en cause fasse valoir son point de vue, et il faudrait que l’atteinte à l’ordre public à laquelle on fait appel soit assez forte pour que l’on puisse dire que les manifestants non-violents doivent être délogés. Mais encore, loin de moi l’idée de médire contre l’autorité, mais certaines justifications employées lors du sommet du G20, à l’été 2010, on été très… écourtées, pour rester poli. Ainsi, l’occupation d’Ottawa se fait sous la protection de l’article 2 b de la Charte. Toutefois, la situation pourrait évidemment changer si le mouvement venait à causer des désagréments démesurés dans la ville, par exemple, si des actions violentes étaient entreprises par des groupes radicaux. Toutefois, il demeure encore, tel que l’a soulevé le professeur Panaccio « il y a une limite à être contre la vertu » — les gens qui occupent le parc y sont avant tout pour des considérations sociales des plus vertueuses telles qu’une meilleure redistribution des richesses, une meilleure transparence des institutions, et d’aller contre ces revendications en reviendrait à agir, si l’on veut, contre le sens commun !

Une autre possibilité d’éviction a été portée à l’attention des manifestants : est-ce qu’un événement comme le fameux « Winterlude » ou les commémorations du jour du Souvenir pourraient constituer une justification pour outrepasser le droit à la liberté d’expression et évincer les militants? Encore une fois, il faudrait que l’autorité PHOTO PIERRE-ALEXANDRE CARDINAL

Une nomination «shocking»
Gabrielle St-Onge gston082@uottawa.ca Lettre ouverte Le 27 octobre dernier, alors que la plupart d'entre nous étaient paisiblement en « semaine d'étude », deux nouveaux juges ontariens ont prêté serment à la Cour Suprême du Canada : Mme Karakatsanis et M. Moldaver. Bien que la première soit trilingue (anglais, français, grec), ce dernier est unilingue anglophone. Une importante vague d'indignation a suivi l’annonce de leur nomination dix jours plus tôt. C'est la deuxième fois que le premier ministre nomme un juge unilingue au plus haut tribunal du pays : M. Rothstein était le premier. Ces juristes ont été nommés à partir d'une liste finale de 6 candidats dont la moitié étaient bilingues. C'est un pas en arrière pour la francophonie à la Cour Suprême, car les nouveaux juges remplacent Louise Charron et Ian Binnie, qui étaient tous deux bilingues. Dorénavant, 2 juges sur 9 ne comprennent pas le français. Le gouvernement conservateur prétend que le choix des juges porte avant tout sur leurs compétences juridiques. Sébastien Grammond déplore cette façon de voir les choses. « Le bilinguisme fait partie de la compétence, car les juges interprètent des lois bilingues. Comment feront-ils s'ils ne comprennent pas la moitié? » Il y a aussi la question du droit fondamental de pouvoir s'exprimer dans la langue de notre choix devant un tribunal. Les juges unilingues anglophones doivent avoir recours au service d'interprètes et de traductions des jugements des cours inférieures. Ces intermédiaires peuvent naturellement faire obstacle à la bonne compréhension des causes francophones. Le doyen de la Faculté de droit civil y voit là un sous-entendu : « Le message que ça envoie est que les causes en français ne sont pas aussi importantes, qu'on ne leur accorde pas autant de poids. » M. Grammond n'est pas le seul à réagir à la nomination. Me Claude Provencher, directeur général du Barreau du Québec, exprime son désarroi : « C'est extrêmement important, ce n'est pas un détail pour nous, c'est une question d'accès à la justice. » Le Barreau a d'ailleurs demandé au gouvernement de reconsidérer sa décision. Celui-ci n'a pas donné suite à la requête. Quelques mois avant cette annonce, le député néodémocrate Yvon Godin a déposé, pour la troisième fois, un projet de loi sur le bilinguisme des juges à la Cour Suprême. La deuxième version du projet avait été bloquée au Sénat avant les dernières élections. Le chevalier du bilinguisme ne baisse pourtant pas les bras : « Un jour, il y aura un gouvernement en place qui va le passer : ce projet de loi ne mourra jamais! » Lors de l'audience en comité parlementaire qui précédait sa nomination officielle, Michael Moldaver a dû répondre aux questions des députés. Un néodémocrate lui a demandé ce qu'il disait à la province de Québec et aux francophones de tout le pays. Le juge Moldaver de répondre : « Je suis ce que je suis. Je vais faire tout ce que je peux pour devenir le plus compétent possible le plus rapidement possible... Je ne peux pas faire plus que cela. » Le magistrat a affirmé qu'il avait tout de même le plus grand respect pour la langue française et pour la culture canadienne-française.

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Nouvelles

Occupy Wall Street pour les nuls
Éric Veilleux eveil047@uottawa.ca Témoignage Vendredi 14 octobre 2011 6h30 du matin, direction New York Avec deux autres étudiants de droit, nous avions dans l’idée d’aller visiter Occupy Wall Street et par la même occasion, passer du temps dans la Grande pomme. 14h Arrivée au campement du Zuccotti Park L’association qui chapeaute le mouvement est très organisée. Cafétéria, don de vêtements pour les jours très pluvieux, librairie et même une souka pour les Juifs désirant se recueillir. Il y a un comité sécurité, un comité pour la nourriture et un comité propreté. 15h30 Les organisateurs veulent donner les lignes directrices pour la grande manifestation de demain qui soulignait le premier mois complet de l’occupation. Cependant, la ville a émis des règles strictes : ils ne peuvent pas utiliser de micro, de mégaphone ou de portevoix. La technique est donc de faire crier les gens de l’avant très fort pour que ceux de l’arrière et des côtés puissent le répéter à leur tour. Un portevoix humain en sommes. C’est relativement efficace, mais on se doit d’être très attentif pour ne pas perdre un fil de l’information. La grande manifestation aura donc lieu à Time Square, le lendemain à ver et partir, mais plusieurs centaines semblaient y être depuis quelque semaine. Il y a, pour ainsi dire, tout de sorte de gens. Des travailleurs et des chômeurs, des familles, des immigrants, des sans-abris et beaucoup de jeunes de la rue. Le discours de gauche radical et/ou le discours de socialisme corporatif sont omniprésents dans le Parc et dans les lectures disponibles à la librairie. Quoique très différent, il permet une atmosphère très zen et de colère à la fois. Je trouvais un peu particulier la présence d’une table de chrétien méthodiste à côté d’une table d’un parti plus radical. Samedi 15 octobre 2011 17h, nous nous dirigeons à Time Square pour la grande manifestation. C’est le plus important rassemblement depuis 40 ans selon les organisateurs. Dès notre arrivée, la présence policière donnait déjà le ton à l’évènement avec leur police montée et leurs innombrables clôtures. 18h30, le Square était déjà bondé de monde. Il y avait beaucoup de manifestants, mais aussi beaucoup de touristes venu visiter la ville et qui se demandaient ce qui se passait. « Banks got bailed out, we got sold out » « Show me what democracy looks like, this is what democracy looks like » « We are the 99% » scandaient les manifestants faisant notamment référence aux personnes qui subissent les effets collatéraux de la crise financière, de certains dangers de la spéculation boursière ou encore à ceux qui subissent les actions du FMI et de la Banque mondiale à l’échelle macroéconomique. Nous pouvions voir en temps réel l’impact de la manifestation, car elle était projetée sur écran géant et les hausses et baisses des indicateurs boursiers avait fait place à un breaking news où il était indiqué : Occupy Wallstreet movement goes worldwide. Deux heures plus tard, nous nous dirigeons vers un pub, question de se retirer de l’agitation qui commençait à se faire sentir. En somme, ce mouvement a fait et continu de faire couler beaucoup d’encre. Que nous soyons d’accord ou non avec le mouvement, il reste néanmoins un élément essentiel à notre démocratie comme symbole de la liberté d’association et d’expression. Il ébranle quelque grandes tours de notre système économique actuel, ce qui m’apparait sain à faire en tant que société. Se poser des questions, réfléchir, critiquer et construire l’avenir me semble être la responsabilité de tout citoyen, occupant ou non.

17h.

Reste que les occupants font face à un gros défi. Le parc où se situe le campement est un parc privé. Le Brookfield office properties a « toléré » les occupants jusqu’à maintenant. Cependant, depuis quelque temps, ils leur ont demandé de quitter les lieux pour un grand nettoyage. Un grand nettoyage ce sera. Un occupant, Mike Glickman, m’a raconté que : « les occupants ont nettoyé à la brosse à dents les lieux pour satisfaire les propriétaires et enlevé leurs tentes comme l’exige la loi… Les comités font le plus qu’ils peuvent, mais ce n’est pas tout le monde qui les écoute » Vers la fin de cette première journée, je pouvais voir des gens arri-

Politique à la Kiev
Olesya Akhtemiychuk oakht098@uottawa.ca Le 11 octobre dernier, le juge Rodion Kireyev a condamné l’ex-première ministre d’Ukraine, Yulia Tymoshenko, à sept ans de prison ferme, ainsi qu’à trois années d’absence dans la vie publique ukrainienne à sa sortie. Yulia Tymoshenko a été accusée d’abus de pouvoir à cause d’instructions sur la signature du contrat d’essence avec la Russie qui ont causé des dommages de 1,5 billion d’UAH (190 millions de $) à l’Ukraine, lors de sa fonction de première ministre en 2009. Elle a d’ailleurs été condamnée à rembourser ces dommages. La partie plaignante a affirmé que Tymoshenko a signé l’autorisation pour l’entente sans avoir consulté le Cabinet des ministres. Le prix du gaz en Ukraine s’était alors établi au prix courant européen, avec un rabais de 20%. À ce moment, le conflit russo-ukrainien portant sur l’essence s’était même calmé, au grand bonheur de l’Union européenne. La communauté internationale a fortement exprimé son désaccord suite à la condamnation de Tymoshenko. Les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, et l’Union Européenne ont sommé le président ukrainien, Victor Yanukovych de renverser la décision. Tous ont parlé de motifs politiques derrière la poursuite. À Bruxelles, la haute représentante de l’EU Catherine Ashton a affirmé être profondément déçue du verdict de la cour. Elle a souligné le fait que le procès n’a pas satisfait aux normes internationales, et qu’il n’avait été ni juste, ni transparent. Elle ajouta aussi que le comportement de Yanukovych relativement à ses opposants politiques aura nécessairement un impact sur les relations entre l’EU et l’Ukraine, et sur leurs relations bilatérales. Le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird a pour sa part souligné le caractère arbitraire des poursuites. Celles-ci font obstacle au développement de la démocratie en Ukraine. Mais pourquoi donc un tel soulèvement international pour ce procès? Pour y voir plus clair, il faut examiner quelques détails. Le procès de Tymoshenko a débuté le 24 juin 2011, mais elle était gardée en détention depuis le 5 août. Pendant le procès, les lois ukrainiennes et internationales ont été maintes fois violées. À un certain moment, l’avocat de Tymoshenko n’a eu que deux jours pour se familiariser avec 5 000 pages de pièces de dossiers. Le 15 juillet, la défenderesse et son avocat se sont fait expulser de la salle d’audience, mais les procédures ont continué sans eux. Tymoshenko a été détenue de façon injustifiée et s’est fait refuser des soins médicaux. De plus, le juge, qui n’avait que deux ans d’expérience, n’a entendu que deux témoins de la défense alors qu’il aurait fallu en avoir plus de trente. La violation des droits de la personne était flagrante. Quant au côté politique de la chose, il ne faut pas oublier que Yulia Tymoshenko fait partie de l’opposition officielle et que la date fixée des prochaines élections parlementaires est le 28 octobre 2012. Non seulement le président ukrainien Victor Yanukovych a démontré à quel point il pouvait ignorer les droits de l’Homme sur la scène internationale, mais il a aussi entaché la réputation du pays aux yeux de l’UE et l’a éloigné de toute association potentielle. Tant que l’Ukraine ne démontrera pas de valeurs européennes telles que la primauté du droit, la démocratie et le respect des droits humains, il lui sera impossible de se sortir des chaînes de la corruption.

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Nos avocats connaissent les réponses. Ils se sont posé les mêmes questions.
Le 1er janvier 2012, Macleod Dixon fusionne avec Norton Rose OR pour créer Norton Rose Canada

2 900 avocats 6 continents 1 vision

ladifferencenortonrose.com

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La Coupe Pierre-Elliott-Trudeau 2011
PHOTO MARIANNE ST-JACQUES

Les champions de la CPET:  Bruno Gélinas-Faucher et Aymen Sellami

Halloween à Fauteux
PHOTO CHARLES TREMBLAY PHOTO LAETICIA ANGBA PHOTO PHILIPPE CORDISCO

Les juristes vont droit au but

PHOTO ISABELLE JALLIFFIER-VERNE

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Vie campus Être ou ne pas être, telle est la question
Mot de la VP-Comm
Laurence Larrivée Fortin Vice-présidente aux communications à l’AEEDCO llarr074@uottawa.ca
PHOTO LAURENCE LARRIÉVE FORTIN

Vous êtes totalement étrangers à la politique étudiante de votre université ? Vous entendez de plus en plus parler du référendum des 15 et 16 novembre prochains et vous ne savez aucunement de quoi il s’agit ? Pas de panique! Cette courte chronique est tout spécialement pour vous! Commençons par le tout début. L’Association des étudiants et étudiantes en droit civil de l’Outaouais (« AEEDCO ») est un corps fédéré de la Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa (« FEUO »). Vous êtes membres de ces deux organisations et, en conséquence, payez des cotisations d’environ 90 $ par session (5 $ à l’AEEDCO et environ 85 $ à la FEUO), montant qui est automatiquement ajouté sur votre facture de frais de scolarité. Les cotisations à la FEUO servent à payer, entre autres, le Centre de bilinguisme, la Clinique d’aide juridique, la Maison internationale, le Centre de ressource des femmes, les clubs de la FEUO, le Centre de la fierté et la Banque alimentaire, ainsi que les frais de gestion interne de la fédération. Veuillez consulter le document sur les cotisations sur le site internet de l’AEEDCO dans la rubrique «  référendum  » pour une idée exacte d’où va votre argent.

Pour sa part, les 5  $ remis à l’AEEDCO par l’entremise de l’administration de la Section de droit civil servent à payer la semaine  101, la contribution aux clubs de l’AEEDCO ainsi que les événements sociaux, sportifs, académiques et de réseautage. La plus grande partie du budget de l’AEEDCO provient des commandites de cabinets d’avocats. La deuxième plus grande portion de notre argent provient des cotisations de la FEUO dont une certaine partie est remise aux corps fédérés chaque année (l’équivalent de 7.50  $ par personne, quoiqu’une augmentation soit prévue à compter de l’an prochain.) Encore une fois, voir le document des cotisations pour plus de détails. Depuis quelques années déjà, certains étudiants de la Section de droit civil manifestent leur désir de se défédérer de la FEUO. Cette idée germe aussi dans l’esprit d’autres corps fédérés tels que l’Association de la Faculté de génie et celle des Sciences sociales, qui sont même passés à l’étape du référendum. Ceux-ci ont toutefois été jugés invalides par le Conseil d’administration de la FEUO pour diverses raisons. La défédération n’a donc, jusqu’à maintenant, été réalisée par aucune faculté. Pour votre association, c’est cette année qu’aura lieu un référendum ayant pour objet la défédération. Le règlement sur le référendum a été adopté par l’assemblée générale de l’AEEDCO le 26 septembre 2011. Les deux questions référendaires sont les suivantes : 1)Êtes-vous en faveur à ce que l’AEEDCO mette fin à son statut en tant que corps fédéré au sein de la FEUO? OUI ou NON 2)Dans le cas où l’AEEDCO décide de mettre fin à son statut en tant que corps fédéré au sein de la FEUO, accepteriezvous en conséquence de ne

plus être membre de la FEUO et d’ainsi cesser de payer toute cotisation à celle-ci? OUI ou NON *** Dans le cas d’une majorité de oui aux questions 1 et 2, celles-ci seront considérées comme deux décisions conditionnelles l’une à l’autre. La première question vous invite à vous demander si vous voulez que l’AEEDCO demeure un corps fédéré au sein de la FEUO. Deux conséquences majeures découleraient de la fin du statut de l’AEEDCO en tant que corps fédéré. Premièrement, la Fédération étudiante cesserait d’avoir tout mot à dire dans les affaires de l’AEEDCO et, viceversa, l’Association étudiante n’aurait plus de représentation au sein de la Fédération. Bref, elles deviendraient complètement indépendantes l’une de l’autre. La deuxième conséquence est que la FEUO cesserait de remettre toute part des cotisations amassées à l’AEEDCO. Il est important de mentionner qu’en prenant la première question de façon individuelle, celle-ci n’a pas pour conséquence la cessation du paiement des cotisations à la Fédération. C’est pourquoi une deuxième question figurera aussi sur votre bulletin de vote. Cette deuxième question vous invite à vous demander si, dans le cas où une majorité de oui l’emporterait à la question 1, vous voudriez alors cesser d’être membre de la FEUO et, par le fait même, cesser de payer toute cotisation à celleci. Quoique la question 1 ne soit aucunement contestée, les conséquences reliées à la deuxième question restent contestées par certains partis. Advenant une majorité de oui aux deux questions, il serait donc probablement nécessaire de prouver notre droit de ne plus être membre de la FEUO

et d’ainsi cesser de payer des cotisations. La campagne débutera le 1er novembre. Pour avoir accès à certains documents tels que la constitution de l’AEEDCO, celle de la FEUO, le règlement référendaire, la liste complète des cotisations, le formulaire de plainte et de création d’un camp, veuillez vous rendre sur le site internet de l’AEEDCO (www.aeedco.ca) dans la rubrique « Référendum ». Nous vous invitons à fréquenter cette page régulièrement puisque nous y ajouterons graduellement de l’information pertinente et essentielle à un débat éclairé. Pour toute information, n’hésitez pas à communiquer avec Stéphanie St-Jean, directrice générale du référendum, à l’adresse courriel dg.referendum@gmail.com. Vous pouvez aussi communiquer avec un membre du comité exécutif du référendum, soit Laetitia Angba, Gabrielle Corriveau, Jade Descheneaux, ainsi que moi-même. Prenez note que toutes les personnes mentionnées dans ce paragraphe se doivent d’être neutres et ne prendront donc pas publiquement position. Sur ce, étant donné le montant assez élevé que vous donnez chaque session à la fédération étudiante, je vous recommande fortement de vous renseigner, de suivre les débats et de faire un choix informé. À la fin de l’année, seronsnous encore un corps fédéré de la FEUO? Telle est la question… Merci à Stéphanie St-Jean, directrice générale du référendum, pour la révision de cet article.

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Vie campus Bishop médiéval ou chef d’orchestre?
Comment devenir arbitre international
ciaux internationaux ont également été créés tels que la London Court of International Arbitration (LCIA), l’International Centre for the Resolution of Investment Disputes (ICSID), l’American Arbitration Association (AAA) et la United Nation Commission on International Trade Law (UNCITRAL). Par ailleurs, en plus de la forte demande, il est certain que la diversité des mandats, la nature internationale du travail et le caractère prestigieux du titre ajoutent à l’attrait de la profession d’arbitre international. Mais comment le devient-on? Dans le cadre de l’édition 2011 de la Conférence en arbitrage international de la CCI du Canada, des spécialistes en la matière ont répondu à la question. Il y a deux chemins possibles. Le premier est celui comparé au bishop médiéval, c'est-à-dire l’avocat chevronné qui compte plusieurs années d’expérience. Par la qualité de sa pratique, il en vient à se faire nommer arbitre par les parties ou par le secrétariat du forum choisi. Le deuxième est celui du chef d’orchestre. Il s’agit de l’avocat qui, tôt dans sa carrière, prend un chemin spécialisé en arbitrage international et qui, avec l’aide d’un mentor, se fait un nom dans le domaine et au sein de la communauté internationale. Ainsi, le mythe de l’arbitre aux cheveux blancs n’est peut-être pas fondé, finalement. Andrew McDougall Robertson est un exemple inspirant de ce chemin de « chef d’orchestre. » En effet, à 32 ans il obtient une première nomination en tant qu’arbitre. « Il est très difficile pour un jeune avocat d’obtenir une nomination d’arbitre dans un litige puisque souvent, les parties veulent un arbitre avec de l’expérience. Mais comment peut-on acquérir de l’expérience si personne ne nous laisse une chance? » Dans tous les cas, il a certainement trimé dur pour cette nomination. En effet, il a pratiqué dans le cabinet parisien de White&Case pendant neuf ans, en plus d’avoir Camille Flipot cflip090@uottawa.ca Des séminaires d’été spécialisés jusqu’aux programmes de maîtrises dans les plus grandes universités européennes et américaines, il est indéniable que l’arbitrage international est le sujet de l’heure. Cette discipline, d’abord créée afin de répondre aux besoins particuliers des marchands au MoyenÂge, a connu un second souffle au XXe siècle avec la création de la Chambre de commerce internationale en 1919 (CCI), l’avènement de l’Organisation des Nations Unies en 1947, la signature de la Convention de New York sur la reconnaissance des sentences arbitrales en 1958 et surtout avec l’établissement de l’Organisation mondiale du commerce dans la foulée du vent de mondialisation soufflant depuis les années 70. Plusieurs forums spécialisés dans la résolution de différends commerfait partie du comité canadien de la CCI. Par ailleurs, beaucoup d’autres conseils ont été lancés aux étudiants par les six panellistes : développer des connaissances linguistiques, particulièrement des langues « exotiques »; agir en tant qu’avocat ou conseil dans de tels litiges; se faire publier; se faire connaître. Il semble qu’encore une fois, le fameux « réseau de contacts » soit d’une importance primordiale dans l’obtention de cette première nomination d’arbitre. Pierre Bienvenu, un pilier en arbitrage international et avocat chez Norton Rose mentionne que les étudiants doivent être passionnés par ce domaine, mais également par le droit en général. Il est d’avis qu’un bon arbitre doit d’abord développer ses compétences d’avocat et maîtriser l’art de la plaidoirie et de l’interrogatoire avant de pouvoir véritablement se lancer sur la scène de l’arbitrage.

Au-delà de l’art oratoire et du débat
La Coupe Pierre-Elliott-Trudeau 2011
Catherine Blanchard cblan016@uottawa.ca La tenue de la 5e édition de la Coupe Pierre-Elliott-Trudeau (CPET) a donné le coup d’envoi à la saison 2011-2012 de tournois de la Société universitaire canadienne pour le débat intercollégial. Organisée par la Société étudiante des débats français de l’Université d’Ottawa (SEDFUO) les 14 et 15 octobre derniers, la CPET 2011 a accueilli près de 70 participants provenant de sept institutions postsecondaires canadiennes. Philippe Larochelle, étudiant en 3e année et membre de l’exécutif de la SEDFUO, affirme que l’événement a été un très beau succès. « Nous avons été heureux d’accueillir autant de participants d’universités variées », affirme-t-il. Huit équipes de l’Université d’Ottawa ont participé à l’événement, de même qu’une dizaine de juges ottaviens. Parmi les 16 débatteurs, cinq d’entre eux étaient des futurs juristes. Suite à cinq rondes de débats, les civilistes Bruno GélinasFaucher et Aymen Sellami, respectivement en 4e et 2e année, ont pu accéder à la finale. « La pression unique qu’offre une finale de tournoi est incomparable. En effet, le fait de devoir s’exprimer devant un comité de juge tout en étant scruté par un public envieux d'un débat mouvementé, c’est une sensation unique et très stimulante », explique Sellami. Le débat final, où deux étudiants ottaviens en philosophie ont présenté la motion qu’il soit résolu que l’opposition gagne ce débat, a été très apprécié par Gélinas-Faucher, qui incarnait le rôle du chef de l’opposition : « La finale était extrêmement intéressante puisqu’il s’agissait d’un débat de style et ce genre de débat développe beaucoup l’aspect d’orateur et d’éloquence chez les participants. » À l’issue du tournoi, Gélinas-Faucher et Sellami se sont vus couronnés champions en plus de remporter respectivement les 1re et 2e places aux pointages individuels. L’étudiant en 4e année s’est aussi vu décerner le prix du meilleur discours public. Notons également l’excellente performance de Simon Labat, étudiant en 3e année, qui se classe au 5e rang des pointages individuels. Selon Larochelle, tous ces honneurs viennent témoigner de la vigueur de la SEDFUO et du sérieux qu’y mettent ses membres. La CPET est un tournoi spécialement conçu pour initier les novices à l’art du débat. Selon Sellami, il s’agit d’une expérience inestimable : « Chaque débatteur a un style particulier et cela oblige à faire preuve d’adaptation et de créativité. » Pour Gélinas-Faucher, un tel tournoi force à sortir de sa zone de confort pour confronter des débatteurs différents. La CPET fut aussi une occasion en or pour rencontrer des débatteurs provenant d’autres universités. « Au-delà de l’aspect compétitif, c’est une chance inouïe de créer un réseau de contacts avec les autres participants venant de partout au Québec », explique l’étudiant en 4e année. « Bien que l’idée d'un tournoi de débat puisse donner l’impression d'une rivalité constante entre les équipes, au contraire, c’était avec beaucoup de rire que les participants ont échangé », ajoute Sellami. Les champions affirment que l’art oratoire s’étend au-delà des débats réalisés en tournoi. « Cela revêt un intérêt professionnel puisqu’il me permet de développer des compétences qui me serviront assurément pour plaider ou même parler en public en général. C’est aussi un loisir puisque j’y trouve un grand plaisir à constamment trouver des sujets d’actualité et rencontrer d’autres étudiants qui partage ma passion », affirme Gélinas-Faucher. Son co-champion abonde dans le même sens : « Le débat accorde à tout individu l’opportunité de s’épanouir intellectuellement, de franchir les barrières circonscrites de nos apprentissages académiques. » C’est donc un bilan positif que la SEDFUO peut retirer de la 5e édition de la coupe ottavienne. « La CPET est maintenant bien implantée dans le monde du débat francophone. Sa réputation et son excellente organisation permettent ainsi d’attirer les meilleurs débatteurs de plusieurs universités », explique Gélinas-Faucher. Les débatteurs de la SEDFUO se préparent actuellement pour le prochain tournoi de la saison, la Coupe René-Lévesque, qui aura lieu les 18 et 19 novembre prochains à l’ESG-UQAM.

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Vie campus
Pour ou contre... Le port de la cravate obligatoire à Fauteux ?
Chaque mois, la Société étudiante des débats français (SEDFUO) vous propose une chronique dialectique sur fond humoristique. En espérant vous donner le goût de débattre…

POUR
Bruno Gélinas-Faucher bgeli064@uOttawa.ca Que ce soit pour leur première entrevue ou leur première journée de travail, presque tous les étudiants en droit devront porter la cravate lors de leur vie professionnelle. À l’image de plusieurs écoles secondaires qui ont obligé le port de la cravate, j’essaierai de vous convaincre de la nécessité de la mesure pour les futurs juristes. Premièrement, cette mesure permettrait de mettre de l’avant le professionnalisme des étudiants en droit. En effet, fini les joggings, les gougounes agencées avec des bas en laines ou bien les camisoles déchirées. Au moins, on pourrait se moquer légitimement des étudiants qui décideraient tout de même de porter cravate et joggings. De plus, les conférenciers et les professeurs invités seraient tous estomaqués devant des salles remplies d’étudiants arborant la cravate et se sentiraient obligés de relever le niveau de leur discours. Deuxièmement, cela constituerait enfin une façon de se rapprocher des étudiants en common law. En effet, ces derniers se vêtissent souvent de chemises ou de complets. Je ne surprendrai personne en affirmant qu’ils entretiennent également un dédain pour les pauvres civilistes portant de simples tshirts. Le port de la cravate contribuerait donc à rapprocher les deux solitudes au sein de notre faculté. Troisièmement, cela nous permettrait de distinguer les étudiants en droit à la Bibliothèque BrianDickson. À cet effet, vous avez vu comme moi le manque d’espace dans notre précieuse bibliothèque. Quel meilleur moyen de distinguer les intrus que d’obliger le port de la cravate ! C’est donc pour ces raisons que je suis pour l’obligation du port de la cravate à la faculté de droit.

CONTRE
Catherine Blanchard cblan016@uottawa.ca Depuis quand la faculté doit-elle être considérée comme le Ministère de la Justice, la Cour d’appel ou encore les bureaux d’un grand cabinet? Premièrement, la faculté de droit est d’abord et avant tout un lieu d’apprentissage. Comment voulezvous étudier ou assimiler les notions présentées en classe alors que la cravate vous limite dans vos mouvements et votre respiration? Le confort d’un jeans ample et d’un coton ouaté, qui mène à un bon apprentissage, doit primer sur l’apparence. Et ceci n’empêche pas les étudiants de bien se vêtir à l’occasion d’un événement spécial. Deuxièmement, en tant que membre de la gente féminine, il est vrai que j’aime profiter de la vue d’un beau jeune homme arborant le complet-cravate. Cependant, si je devais côtoyer des cravatés tous les jours, les occasions spéciales de les voir si bien vêtus ne perdraient-elles pas leur charme? Finalement, Fauteux est une faculté, pas une exposition d’art contemporain. Soyons sincères, la capacité de faire «  matcher  » la couleur de la cravate avec la chemise n’est pas une qualité que tous possèdent. Parcourir les corridors de Fauteux pourrait alors entrainer dégoût et maux de tête à la vue du mélange de pois, de fleurs, de lignes et de carreaux, et ce, dans toutes les gammes chromatiques possibles. Les arguments de mon collègue ne sont pas adaptés à la réalité. Les liens avec les gens de common law sont beaucoup plus faciles à créer par le biais d’activités sociales ou académiques communes. Le rapprochement basé sur l’habillement reviendrait à approuver des valeurs superficielles. Montrons-leur que leur dédain est injustifié et que les civilistes sont dignes d’une carrière juridique de par leurs aptitudes  ! Également, La Rotonde recommande déjà aux étudiants intrus d’apporter un Code civil afin de passer inaperçus à Brian-Dickson. Ça ne serait pas plus compliqué pour eux de porter la cravate pour se faufiler incognito. Nous serons obligés de porter la cravate toute notre vie. Pourquoi devancer ce moment prématurément?

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Arts et culture

Les belles histoires des pays d’en droit
Véronique Laliberté vlali067@uottawa.ca L’heure est au bilan annuel dans les pays d’en droit. Séraphin assis à son bureau, dans le haut côté de la maison, calculait d’une part son actif et d’autre part son passif. À haute voix, il compta  : «  …110 piastres prêtées sur hypothèque, avec les intérêts à 8 pourcents, travaux menuiseries 89 piastres, produit de la terre 210 piastres [...] ouin une bonne année! Mon avoir asteure; mes terres, le bâtiment, les animaux, 2  200 piastres, l’argent placé en première hypothèque 11  000 piastres, l’argent chez le notaire 5 000 piastres, l’or 100 piastres… tu t’en viens bien mon Séraphin. » Donalda entra dans la maison : As-tu fini ton bilan? Toujours aussi pauvre mon Séraphin? Pas besoin de rire, je ne suis pas pauvre, mais pas riche non plus. Que j’chu dont tanné de compter d’l’argent, ils sont chanceux ceux qui possèdent rien. Donalda sourit, sachant que ces dernières paroles n’étaient pas sérieuses. Elle prit sa petite tasse, remplie de change et lui donna. C’est les cadeaux que tu m’as fait au courant de la dernière année. Laisse-moi compter, 1 cenne, 2 cennes […] Pas créyâble, 2 piastres et 10. Ben vite tu vas me rejoindre! Qu’ossé que tu vas faire avec ça la femme? Ça fait longtemps que je veux des bottines de magasin, mais… il manque encore 90 cennes… Séraphin se sentit généreux, mit sa main dans la poche de son veston Pourquoi tu veux de l’argent TiPère? Ben, pour payer des p’tits comptes ici et là, à St-Jérôme… J’t’avais dit Ti-père de pas faire de compte, l’auberge soutien déjà assez de crédit, tu t’obstines, alors paie pour! La vérité était que Ti-Père avait plusieurs comptes dus depuis longtemps; surtout des comptes de boisson! Situation très gênante pour un aubergiste… Alors que la Lionne servait les clients et que Rosa-Rose, la bonne, faisait l’ordinaire, des huissiers du village voisin arrivèrent à l’auberge, lettre de saisi à la main. «  C’est pas croyable!  » cria la Lionne devenue blanche. Elle s’assied pour reprendre ces esprits et lire la fameuse lettre… « Comment as-tu osé Ti-Père! Des comptes? De boisson je suppose?! Comment as-tu osé, Ti-Père, me mentir à moi, ta femme! » Alors que le couple se disputait, les huissiers sortirent les chaises, les tables, la boisson… puis monta à l’étage « Pas le lit à baldaquin! » cria la Lionne. Le maire du village arriva, juste à temps… « Un instant! » cria Séraphin. « Vous ne pouvez pas saisir, je suis premier créancier de l’auberge, j’ai le pôpier pour le prouver. » Dans cette cacophonie de procédure civile, aidez-nous à y voir clair.

et lui donna les 90 cents manquantes. Donalda, folle de joie, lui sauta au cou et l’embrassa. Séraphin se dépêcha d’enfiler son manteau et ses bottes puis commença sa marche jusqu’au village. Un cadeau d’argent, crève-cœur «  Les créatures, ça coûte cher  d’entretien» pensa-t-il.

Pendant ce temps, à l’auberge, la Lionne termina son bilan annuel. C’est tout Ti-Père? Non c’est pas toute la Lionne, j’aurais besoin de 50 piastres. Je vais te l’remettre dans 15 jours, il m’est dû de l’argent comme maréchal, encanteur et postillon.

Le Professeur Belleau répond
BAS LES PATTES MONSIEUR LE MAIRE !!! Vous qui vous targuez de connaître la loi, comment pouvezvous feindre d’ignorer que lorsqu’un créancier saisit les biens du débiteur en exécution d’un jugement, les autres créanciers, quel que soit leur statut, ne peuvent s’y opposer? Votre gourmandise dépasse les bornes et si vous ne vous désistez pas, le coût d’achat des bottines de votre belle Donalda vous paraîtra bien minuscule à côté des frais judiciaires que vous aurez à payer. À moins bien sûr que, de collusion avec votre bon ami, l’honorable Honoré Mercier, ci-devant premier ministre de la province de Québec, vous ne réussissiez à vous faire passer une loi rétroactive sur mesure… Quant à vous, TI-PÈRE, oui VOUS !!! DÉGRISEZ DONC UN PEU que je me fasse comprendre ! Quand jadis, vous aviez passé avec Madame la Lionne contrat de mariage devant le notaire Le Potiron, y aviez-vous fait stipuler pour elle une donation de biens meubles pour une bonne valeur et lui aviez-vous ensuite acheté ces biens, dont le grand lit à baldaquin? Si oui, Madame pourrait alors s’opposer avec succès à leur saisie, sauf le stock de bouteilles, pour le motif qu’elle en est propriétaire et qu’elle n’était pas visée par le jugement qui vous a condamné. Sinon… HÉ HO ! TI-PÈRE ! C’est VOUS qui pourriez faire une opposition à la saisie en alléguant plusieurs irrégularités commises par l’huissier et ses sbires : ils ne vous ont pas fait une demande préalable de paiement; ils ne vous ont pas laissé la faculté de distraire de la saisie une valeur de 6 000$ de meubles garnissant la résidence, dont le grand lit à baldaquin; ils ne vous ont pas nommé gardien des biens et les ont emportés sans autorisation préalable. Par contre, même si vous pouviez ainsi récupérer le grand lit, quelque chose me dit que vous allez perdre pour un bon bout de temps votre privilège d’y coucher… ET DE GRÂCE, durant votre carême, arrangez-vous donc pour que Rosa-Rose n’aille pas crier à la patronne: CHOCOLAT ! MADAME ! Ti-Père me HARCÈLE dans l’auberge !!!
PHOTO COURTOISIE DE LA SECTION DE DROIT CIVIL

Charles Belleau Charles.Belleau@uOttawa.ca

PHOTO PHILIPPE CORDISCO

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Arts et culture Interdit d’interdire – La loi sur l’unifolié
Les folies du Législateur: Chronique d’humour juridique
Charlotte Chicoine-Wilson cchic041@uottawa.ca Par respect pour les principes démocratiques fondamentaux, je n’ai pas l’habitude de commenter les projets de loi spéciaux présentés par les députés. Élus par la population, ceux-ci jouissent à mes yeux d’une très grande légitimité pour proposer de tels projets. Mais même la démocratie à ses limites, ou devrais-je dire ses errements? Je veux bien laisser passer quelques lois à l’arrière-goût partisan prononcé, mais il ne faudrait quand même pas abuser! J’ai une réputation à maintenir et pas des moindres… celle du système législatif canadien (feu le plusse meilleur pays au monde). Sans nommer personne, je ne peux m’empêcher de soulever que certains ont bien mal compris le célèbre « Interdit d’interdire » de Mai 68. Le slogan est aujourd’hui repris à la sauce patriotique et vise à protéger le drapeau rouge et blanc des brimades de ceux qui ne l’aimeraient pas suffisamment. J’ignore ce que PETA et Greenpeace en pensent, mais je n’ai pas l’impression que l’unifolié est une espèce en voie de disparition. Mes homologues étrangers s’occupent de grands enjeux sociaux tandis que moi, je me retrouve à porter secours aux vieilles dames à la fibre nationaliste un peu trop exacerbée qui affichent, suspendent et accrochent le drapeau canadien à qui mieux mieux. N’empêche que si ledit projet est adopté, je serai dans l’obligation de rédiger une loi visant à punir les administrateurs de condos qui appliquent avec trop de zèle leurs règlements interdisant tout affichage dans les parties communes. J’aurais peut-être dû me faire jardinière tout compte fait… Mais le temps n’est plus aux regrets, il faut agir! Je suggère une petite tempête d’idées afin de trouver une solution. Je vous encourage à y aller de vos suggestions, le temps étant à la participation citoyenne. Voici quelques suggestions pour commencer : Lancer un appel au terrorisme socialement acceptable : couvrir le 24 Sussex Drive, Rideau Hall et l’édifice de la Monnaie royale (pourquoi pas!) de drapeaux canadiens. L’arroseur arrosé comme on dit. Miser sur l’épuisement des stocks : acheter tous les drapeaux canadiens disponibles et les cacher quelque part (de préférence en-dehors du champ d’action de la Commission de la Capitale nationale). Faire appel à la Reine. Elle seule peut raisonner le PM. Il est vrai que ce faisant, on court le risque de se retrouver avec l’obligation d’afficher son portrait dans tous les édifices gouvernementaux et de porter de drôles de petits chapeaux pour toutes cérémonies officielles. Quoique pour voir Mr H avec un drôle de petit chapeau, ça en vaudrait sûrement la peine. Et puis, pour son portrait, c’est déjà fait. Occupons Ottawa. Ah non, cette option est déjà prise. Joignez-vous aux occupants alors… et n’oubliez pas votre drapeau!

DESSIN MARTINE ONGARO

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Sports K.O successoral
Jérémie Lemieux jlemi099@uottawa.ca Un litige successoral fait souvent beaucoup de casse. Le procès pour l’héritage d’Arturo Gatti est loin de faire exception. Décédé dans des circonstances mystérieuses lors d’un voyage au Brésil en juillet 2009, il est encore impossible de savoir si l’ancien champion du monde s’est vraiment suicidé par pendaison ou s’il a été assassiné. Sa fortune alors évaluée entre six et huit millions de dollars fait depuis l’objet d’une bataille sans merci devant les tribunaux québécois. Il est important de mentionner qu’Arturo a apporté des modifications à son testament trois semaines avant sa mort. Ce codicille déclarait Amanda Rodriguez, sa femme de l’époque, seule héritière de tous ses avoirs. Évidemment, la famille Gatti en demande l’annulation. Elle prétend avoir droit à la succession en vertu d’un testament datant de 2007. En vertu de ce dernier, dont on n’a toujours pas trouvé de copie signée, Arturo Gatti laissait ses biens à sa mère, à sa fille Sofia (issue d'une union précédente) et à son frère Fabrizio. La famille Gatti demande également au tribunal de déclarer Amanda Rodriguez indigne d’hériter pour cause de captation. En effet, selon le Code civil du Québec, une personne est indigne de succéder si elle a fait subir des sévices au défunt ou si elle a eu un comportement hautement répréhensible. C'est ce dernier élément qui est avancé par la famille du boxeur. Les attaques de la famille Gatti L’avocat des Gatti a fait témoigner de nombreuses personnes pour mettre en évidence le côté mesquin, manipulateur et colérique d’Amanda Rodriguez. Quatre amis de l’ancien boxeur ont tout d’abord attaqué la crédibilité de la veuve. Ils ont raconté que, lors d’un souper en 2008, Amanda avait mentionné que la fille d’Arturo Gatti avait l’air d’une enfant « mongole et déficiente », mettant son mari hors de lui. Ils ont également défini la relation conjugale comme très dysfonctionnelle. Au sein de cette relation, Arturo faisait preuve d’une grande patience car il avait peur de ne plus pouvoir voir son fils. La mère d’Arturo a également témoigné. La mère d’Arturo a elle aussi témoigné de nombreuses querelles au sein du couple, se rappelant même que des policiers avaient déjà dû intervenir. Elle accuse également Mme Rodriguez de l’empêcher de voir son petit-fils depuis la mort de son père. Elle a raconté à la Cour qu’elle s’opposait au voyage de son fils au Brésil, croyant au piège. Depuis le mois de juin 2009, Arturo pensait au divorce et sa mère était certaine qu’Amanda lui voulait du mal. L’ancien boxeur y est tout de même allé, rétorquant à sa mère que son épouse le menaçait de ne plus voir son enfant et donc qu’il n’avait pas le choix. Il est à noter qu’en cas de divorce, Amanda Rodriguez n’aurait rien reçu, même pas une pension alimentaire. Il en faut beaucoup plus pour qu’un tribunal déclare indigne une personne de recevoir un héritage. Il faut une faute grave, voire un acte criminel. L’exemple le plus évident est l’héritier qui a assassiné le défunt. C’est pourquoi la famille Gatti a fait appel à une équipe d’experts pour écarter la thèse du suicide. Ils veulent démontrer qu’Arturo Gatti a été assassiné, malgré l’enquête de la police brésilienne et du coroner québécois, qui ont tous deux conclu au suicide. Amanda Rodriguez se défend En réponse à la famille Gatti, qui l’accuse d'avoir manipulé Arturo pour arriver à ses fins, Mme Rodriguez nie ou minimise tout ce qu’on lui a repro-

ché lors des témoignages antérieurs. C’est lors d’une visite de routine chez leur notaire que celui-ci aurait proposé de modifier leur testament. Amanda affirme également que son mari et elle s’aimaient passionnément et qu’il n’a jamais été question de divorce. Les seuls problèmes du couple auraient été liés aux problèmes d’alcool d’Arturo Gatti. Elle se défend également d’avoir empêché sa belle-mère de voir son petit-fils. Des témoignages troublants Alors que plusieurs personnes, dont la famille Gatti, ne croient pas au suicide de l’ancien champion du monde, des sons de cloche complètement différents se sont fait entendre en cours de procès. En entrevue à Radio-Canada, Mario Costa, l’ancien gérant du boxeur, a confirmé les problèmes de dépendance d’Arturo Gatti à l’alcool, à la cocaïne et aux antidouleurs. Il va également affirmer qu’Arturo avait une tendance à être dépressif, et qu’il avait déjà pensé à se suicider : « Il voulait mourir, il voulait sortir d'ici, il était fatigué, il voulait s'en aller et être avec son père, c'est comme ça qu'il me l'a toujours dit ». Amanda Rodriguez va confirmer que tout le monde était au courant des problèmes de consommation de son ex-époux, y compris sa famille, mais qu’elle a été la seule à avoir tenté de l’aider. Un autre témoignage va venir

confirmer les dires de Mme Rodriguez. L’ancien parrain d’Arturo Gatti chez les alcooliques anonymes va mentionner que le boxeur était hors de contrôle, et que son épouse faisait tout en son pouvoir pour l’aider. Le photographe sportif Tom Casino, qui a longtemps suivi la carrière de l’ancien champion du monde, va renchérir en précisant qu’Arturo était une personne extraordinaire lorsqu’il était à jeun, mais qu’il en était tout autre lorsqu’il consommait. Ces problèmes de dépendances ont d’ailleurs grandement affecté les performances d’Arturo lors des dernières années de sa carrière. Avec le procès qui continue et l’héritage qui a déjà fondu de moitié, la juge Roy a fortement encouragé les parties à négocier. La famille Gatti a avancé vouloir que l’héritage serve à l’avenir des deux enfants, et qu’un pourcentage soit versé à Mme Rodriguez pour l’aider à l’éducation d’Arturo Jr. Voyant ici une possibilité d’entente, la juge a suspendu le procès pour permettre aux parties de discuter. Malgré plusieurs jours de sérieuses négociations, il a été impossible de trouver un compromis et la juge a dû ordonner la reprise du procès. Cependant, le cœur n’y était plus, d’un côté comme de l’autre. Les plaidoiries finales ont eu lieu entre le 17 et le 19 octobre 2011. Aucun verdict n’a encore été rendu dans cette affaire.

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S MANQU0E1R1 À NE PA BRE 2
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