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NUMÉRO 2 / MARDI 11 OCTOBRE 2011

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Chéri Samba interdit de séjour
PAR PHILIPPE RÉGNIER

Chéri Samba, La vraie carte du Monde, 2011, 135 x 200 cm, Acrylique et paillettes sur toile, Courtesy : MAGNIN-A. © Florian Kleinefenn

L’Europe a-t-elle peur à ce point des étrangers qu’elle ferme aujourd’hui ses frontières aux artistes ? Cette question peut légitimement se poser, même si les discours officiels ne cessent d’appeler les grands artistes des autres pays et continents à venir s’installer et travailler sur notre sol, comme l’appelait encore de ses vœux le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand dans notre édition d’hier. Pourtant, Chéri Samba, citoyen de la République démocratique du Congo, vient de se voir refuser une nouvelle fois sa demande de visa. L’artiste est pourtant l’un des plus importants peintres africains actuels. En 1989, il a participé à Paris à l’exposition fondatrice les « Magiciens de la terre », au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette. Avec cette manifestation, il a acquis une renommée internationale qui l’a conduit à exposer dans les

plus grands musées et à entrer dans les collections les plus importantes, en particulier la Contemporary African Art Collection (CAAC) de Jean Pigozzi, ou la collection de la Fondation Cartier pour l’art contemporain. De nombreux collectionneurs lui ont aussi passé des commandes. C’est précisément pour une nouvelle commande qu’il devait se rendre en France, à l’invitation de Louis Vuitton. Le géant du luxe souhaite en effet que l’artiste congolais réalise une centaine de dessins pour illustrer l’un de ses carnets de voyage, une nouvelle collection qui doit être publiée en 2013. L’artiste était attendu cet été mais il a déjà dû faire face à trois refus de visas auprès de la maison Schengen de Kinshasa. « Nous avons tout fait dans les règles. C’est tout à fait incroyable qu’on ne lui délivre pas son visa », estime-t-on chez Louis Vuitton, qui SUITE PAGE 2

* p.3 LE CENTRE POMPIDOU MOBILE S’INSTALLE À CHAUMONT * p.6 MARTIN SZEKELY EN VEDETTE À PARIS * p.8 L’ART EN CALIFORNIE

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ACTUALITÉ
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Chéri Samba interdit de séjour

Une nouvelle application pour aider les amateurs d’art
Le collectionneur belge Alain Servais et son associé Jean-François Picaud-Laethier viennent de lancer une application E.Art.T téléchargeable gratuitement sur tous les Smartphones pour aider les amateurs et collectionneurs dans leurs pérégrinations culturelles à Paris, Londres, Munich. A partir de l’endroit où l’on se trouve, on peut trouver l’adresse, et la localisation des lieux d’exposition, du plus proche au plus éloigné. La base de données traite des lieux concernant l’art contemporain, l’art ancien, les antiquités et le design. Elle indique par tranche de quinze jours le programme des vernissages, conférences et événements temporaires. Cette application comporte un module payant permettant de pousser la recherche. Pour 14,99 euros par an, l’amateur peut bénéficier d’un choix des meilleures expositions conseillées par les prescripteurs de la ville.
www.e-reputation.org

a déjà dû plusieurs fois annuler les places d’avion qu’elle avait réservé pour le peintre. Ce dernier avait fait une demande d’un visa de longue durée pour plusieurs entrées, le travail sur le livre nécessitant environ un an de travail et de nombreux aller-retours entre la République démocratique du Congo et la France. Nous avons pu obtenir une copie du document officiel stipulant à Chéri Samba son refus de visa. Malgré la lettre d’invitation de Louis Vuitton et celle de son galeriste André Magnin (Magnin-A, Paris), il est précisé qu’il existe un « doute quant au but réel du voyage ». Parmi les motivations pour ce refus figurent : « Défaut de preuve de moyens personnels réguliers et suffisants transférables en France » et « Défaut pour la couverture financière pour la durée du séjour ». Les fonctionnaires de l’espace Schengen ne sont visiblement pas au fait de la cote de l’artiste sur le marché de l’art. J’aime la couleur, une peinture de l’artiste datant de 2007 et provenant d’une collection privée après avoir été acquise auprès de Magnin-A, a ainsi atteint l’enchère de 98 500 dollars chez Phillips de Pury & Company le 15 mai 2010 à New York ! Face à ce refus de visa, l’artiste, joint par téléphone à Kinshasa, manifeste son incompréhension. « Je voyage chaque année vers l’Europe, je ne comprends pas, nous a-t-il déclaré. J’avais des invitations demandées de Louis Vuitton et d’André Magnin, mais j’ai essuyé plusieurs refus de visas. L’on met aujourd’hui des barrières pour empêcher les artistes africains de venir en France. Je ne comprends pas et cela m’énerve.... ». ❚ P.R.
SUITE DE LA UNE

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Le Quotidien de l’Art

Gaston Chaissac
14 octobre - 19 novembre 2011
1940/1950
Photo Renée Boullier

1951/1964
Brame & Lorenceau
68, boulevard Malesherbes, Paris 8
www.gbl.fr

Galerie Louis Carré & Cie
10, avenue de Messine, Paris 8
www.louiscarre.fr

Exclusif : le document officiel motivant le refus de visa de Chéri Samba

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Le Pompidou Mobile en campagne
ROXANA AZIMI

Le Centre Pompidou bat la campagne. Ou plutôt son président, Alain Seban, lequel sillonnera de manière symbolique la « France d’en bas » pour conforter, à l’instar des candidats à la présidentielle, son renouvellement en avril prochain. L’établissement parisien inaugurera jeudi, le 13 octobre, à Chaumont (Haute-Marne), le Centre Pompidou Mobile. Cette capsule nomade d’une superficie de 650 m2 dessinée par l’architecte Patrick Bouchain, abritera des pièces issues des collections du musée national d’art moderne. Cette première étape de trois mois sera suivie en 2012 par une itinérance à Cambrai (Nord) et à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). En écho à l’enveloppe colorée conçue par Patrick Bouchain, ce musée nomade focalisera sur la couleur en présentant quinze œuvres très chromatiques telles que Double métamorphose IIIContrepoint et enchaînement, de Yaacov Agam ; Papa Gymnastique de Jean Dubuffet ou encore le mobile Deux vols d’oiseaux de 1954 d’Alexander Calder. Cette initiative d’un coût global de 2,5 millions d’euros est certes louable car elle s’accompagne d’un travail de médiation locale. Mais elle frise la condescendance en faisant fi de trente ans de décentralisation. La somme payée à chaque étape par les collectivités - 200 000 euros - n’est-elle pas exagérée pour profiter d’à peine une quinzaine d’œuvres, ce d’autant plus que la collection du Centre Pompidou fait partie d’un

Centre Pompidou Mobile © Patrick Bouchain

patrimoine national que financent tous les contribuables français? Heureusement, le Centre Pompidou Mobile semble tenir compte de l’existant. Une collaboration devrait ainsi voir le jour à Boulogne-sur-Mer entre le Centre Pompidou mobile, le Fonds régional d’art contemporain (Frac) Nord-Pas-de-Calais et le musée-château. Une telle synergie n’existe pas encore en Lorraine entre le Centre Pompidou-Metz et les différents acteurs locaux. Il était ainsi regrettable que le vernissage de l’exposition Daniel Buren en mai dernier ait coïncidé avec la fermeture pour montage d’expositions au Fonds régional d’art contemporain (Frac) Lorraine, au musée de la Cour d’Or et à la Synagogue de Delme… ❚

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Quand les villes se piquent d’événementiel
ROXANA AZIMI poursuit Thomas Bernard, directeur de la galerie Cortex Athletico. Mais la question que je me pose, c’est : avons-nous un environnement mature pour cela ? Les budgets culture sont à la baisse, les organismes sont à la peine. Il faut voir comment un événement pourrait être une courroie d’entraînement à la fois par rapport au public, et par rapport à l’environnement professionnel. Il faudrait profiter de l’événement pour planter des racines. Tout dépend à quelle profondeur on sème. Là, c’est proche du semis de gazon ». ❚

Pascale Marthine Tayou, Poupées Pascale, 2008, Crystal, mixed media, dimensions variable

Pour attirer les voix, les municipalités se sont emparées de l’art contemporain. En 2001, la Ville de Paris a lancé la Nuit Blanche, en injectant 1,2 million d’euros pour une seule soirée. De quoi faire tiquer les institutions parisiennes, qui, même si elles se prêtent à l’opération, souffrent de graves carences en termes de sécurité, de personnel, sans parler des budgets en berne pour les expositions. « Les musées réclament la Nuit blanche, défend Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, chargé de la culture. L’événement coûte moins cher que le prix d’un café par habitant, et il permet à beaucoup d’artistes de montrer leur travail. Nuit Blanche fait partie de l’histoire de Paris, ce n’est pas pour remplacer un musée, mais c’est un complément. Cela n’aurait pas de sens de dire que l’on va grignoter sur le budget de cette manifestation pour redistribuer aux musées. Les musées eux-mêmes ne seraient pas d’accord. » Pas sûr… De son côté, le festival Evento, organisé à Bordeaux jusqu’au 16 octobre sous la houlette de l’artiste Michelangelo Pistoletto, ne pioche pas dans le budget culture de la municipalité, mais dans une cagnotte spéciale allouée par le cabinet du maire Alain Juppé et complété par des apports privés et publics. Programmé initialement en 2009 dans l’idée de Bordeaux capitale européenne de la culture 2013, l’opération a tout d’une danseuse, coquette et gourmande, puisque qu’elle coûte la bagatelle de 4,2 millions d’euros pour seulement dix jours d’exposition. Soit plus que le budget annuel du CAPC - Musée d’art contemporain de Bordeaux, lequel ne dispose que d’environ 300 000 euros par an pour ses expositions. Jusqu’à présent, l’empreinte sur les institutions de la ville était restée modeste. « Ce qui est intéressant, c’est que Pistoletto a fait pour cette édition un énorme travail avec le milieu associatif local », souligne Charlotte Laubard, directrice du CAPC. « L’événement est artistiquement positif,

Entretien avec Michelangelo Pistoletto, commissaire d’Evento
R.A. : Comment le public bordelais peut-il réagir à votre édition d’Evento ? M.P. : Les citoyens bordelais sont sur la réserve, ils ne croient pas vraiment que cela les regarde. Bordeaux se place plus ou moins comme toutes les cités européennes. Il y a une compétition entre les villes pour être la Miss France. Il faut aller plus loin. R.A. : Plus loin comment ? M.P. : Le peuple n’est jamais en condition de proposer, mais Michelangelo Pistoletto de s’opposer. Avec le Chantier © F Deval mairie de bordeaux des savoirs partagés, les artistes se mettent en relation avec les différentes associations. Si notre expérience à Cittadelarte [fondation créée par Pistoletto sur le mode du laboratoire à Biella, en Italie, NDLR] a été productive et positive, elle le sera aussi pour Bordeaux. R.A. : Mais n’y a-t-il pas une contradiction entre votre ambition d’ordre éthique et écologique, et l’ambition politique de la ville ? M.P. : Si on n’amène pas quelque chose de différent, on reste dans la plate normalité. La particularité d’Evento, c’est de faire une ré-évolution. La révolution n’amène pas une capacité d’organisation. Ré-évolution, ça veut dire changer les choses en sachant comment le faire. R.A.

ENTRETIEN
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Martin Szekely
DESIGNER

ANTI ZAHA HADID DU DESIGN, MARTIN SZEKELY A BÂTI UNE ŒUVRE MINIMALISTE ET DISCRÈTE CENTRÉE SUR L’USAGE, À DÉCOUVRIR D’URGENCE AU CENTRE POMPIDOU ET À LA GALERIE KREO. ENTRETIEN.

Martin Szekely sur le bureau Heroic Carbon, fibres de carbone, édition limitée à 8 ex. + 2 EA + 2 prototypes, h. 115 x 226 x 75 cm galerie kreo, 2010. © photo : Fabrice Gousset

A.C. :En 1996, vous déclarez ne plus vouloir dessiner, titre de cette exposition au Centre Pompidou. Qu’estce qui vous conduit à cette rupture ? M.S. : Je continue à « prendre des notes » en dessinant. Mais je suis arrivé au constat qu’après avoir beaucoup dessiné, le dessin m’enfermait dans mon moi profond. J’ai alors commencé à faire des objets en mettant de la distance avec eux. Et pris en compte tout ce qui m’était extérieur : les origines d’une table, son histoire, son mode de réalisation, sa destination… Mon but est d’arriver à des objets tangibles, pas à des signatures graphiques. A.C. : L’auteur ne risque-t-il pas alors de disparaître au profit de la fonction ? M.S. : Ce n’est pas de l’anonymat, sinon ce serait un jeu de dupes. Si la question de la signature, de l’auteur m’importe peu, il s’agit bien d’une exposition « Martin Szekely » ! Comme un chef d’orchestre avec les sons, je synthétise des données.

A.C. : La discrétion du meuble, si l’on pense à la table ML dont le plateau miroir absorbe l’espace environnant, n’est-elle pas une ruse ? M.S. : Invariant anthropologique partout dans le monde, la présence d’objets autour de nous est l’un de mes principaux sujets d’étude. Dans le pire des cas, ils vous encombrent, dans le meilleur, ils vous accompagnent comme des ombres. Mon rôle, c’est de rendre acceptable la présence des objets, ces prolongements de nos corps nécessiteux. Ils soutiennent, contiennent et n’ont pas à s’exposer, contrairement aux œuvres d’art. Sans une certaine distance propice à la contemplation, je n’aurais pu les montrer au Centre Pompidou. A.C. : Quand on visite l’exposition, on est frappé par la palette chromatique réduite… M.S. : La couleur ne m’intéresse pas, je ne la mémorise pas. On passe tout de même dans mon œuvre tour à tour du blanc, gris ou noir à un vert d’eau très naturel, assez présent. Mais la couleur ne rentre pas en ligne de compte pour moi. A.C. : Vous définiriez-vous comme artiste ou designer ? M.S. : Je ne me définis pas. J’emprunte SUITE PAGE 7

ENTRETIEN
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SUITE DE LA PAGE 6 au travail de l’ingénieur, de l’anthropologue et du scientifique et de l’artiste…que je ne suis pas. A.C. : De quels designers français vous sentez-vous proche ? M.S. : Peu de Starck et Matali Crasset, qui fonctionnent comme des marques. Sans jugement de valeur, mon rôle à moi est de poser des questions à travers des objets. Je suis très attentif au travail des frères Bouroullec, d’une grande qualité. A celui de Marc Newson, qui a beaucoup travaillé en France, de l’Allemand Konstantin Grcic ou de Pierre Charpin. Mon œuvre n’existe qu’en réaction, parce que les autres font un travail différent. Mais ma démarche n’est ni un dogme, ni un manifeste. A.C. : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? M.S. : Sur des œuvres encore inédites : une série sur les faux, avec une variante sur le clonage. Une table qui semble en bois est en fait du métal recouvert ; un tabouret en pierre se soulève d’une main car il est évidé. J’ai envie, grâce aux possibilités technologiques actuelles, de bousculer notre perception et nos acquis culturels. ❚ PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE CROCHET

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Martin Szekely, Rangement Cork 3, simple boxes liège, corian, nylon h. 120 x 99,5 x 49 cm édition limitée à 20 ex. + 2 EA + 2 prototypes galerie kreo, 2009 collection Centre Georges Pompidou, Paris © photo : Fabrice Gousset 13

Deux expositions parisiennes pour Szekely
Né en 1956 dans une famille d’artistes, menuisier formé à l’école Boulle, Martin Szekely expose au Centre Pompidou une anthologie en quarante pièces, de la chaise longue Pi (1983) en cuir, acier et aluminium, à l’Heroic Carbon Desk (2010), en passant par de nombreux produits industriels. Au degré zéro du design – la primauté de l’usage – fait écho le degré zéro de la scénographie. L’écriture minimaliste à la finition délibérement inachevée du designer a séduit Karl Lagerfeld, François Pinault ou le milliardaire et collectionneur Peter Brant, pour qui il a réalisé une bibliothèque. On la retrouve à la galerie Kreo, soutien de longue date, du 15 octobre au 23 décembre, avec de nouvelles pièces baptisées « Unit shelves » et « Unit towers ». Ces éléments modulables dans l’esprit utopique des années 1950 sont réalisés dans un matériau inédit à base de plâtre. Des séries limitées en 8+2+2 exemplaires, « à partir d’environ 1 000 euros », précise le directeur de la galerie parisienne, Didier Krzentowski. www.centrepompidou.fr www.galeriekreo.fr
« MARTIN SZEKELY, NE PLUS DESSINER », du 12 octobre 2011
Marin Szekely, des plats, verre, dimensions variables, édition limitée à 21 ex. + 4 EA, réalisation Cirva, Marseille - collection Cirva Marseille, galerie kreo, 1999-2000© photo : Christoph Kicherer

au 2 janvier 2012, Centre Pompidou, Paris, www.centrepompidou.fr, tous les jours sauf mardi 11h-21h

ART CONTEMPORAIN
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La californie remet les pendules à l’heure
JULIE PORTIER

Sous le soleil d’automne de Los Angeles était inauguré fin septembre le festival « Pacific Standard Time ». Pensée et financée par le Getty Museum, cette ambitieuse manifestation fédère de manière inédite une soixantaine d’institutions du sud de la Californie autour d’un projet que James Cuno, directeur du Getty, présente comme une véritable aventure scientifique au-delà de l’événement : écrire l’histoire de l’art de la Californie. En préparation depuis dix ans, il a en effet donné lieu à une réévaluation sans précédent de sources qui assurent à ces expositions une qualité et une pertinence notables, prolongées par des éditions qui comptent parmi les nouveaux ouvrages de références. D’une exposition à l’autre, le visiteur doit emprunter les longues routes bordées de palmiers qui mènent des villas de stars aux ghettos, d’Hollywood à Venice Beach, comme s’il fallait traverser ce territoire tout en contradictions – une allégorie du monde contemporain à lui seul – pour entendre cette histoire singulière. INNOVATION FORMELLE. Si l’événement a la vocation de revaloriser la scène artistique de la West Coast (Côte Ouest) dans l’histoire de l’art moderne et contemporain, l’exposition « Crosscurent in L.A. Painting and sculpture, 1950-1970 » au Getty Museum s’y emploie sur le mode du « digest », dans un parcours qui met en avant les innovations nées dans le berceau du Pacifique. L’exposition énumère à coup de pièces majeures les différents mouvements caractéristiques de la « Bay », à l’exemple de la céramique monumentale ou de la peinture minimaliste « hard edge », avant de rendre hommage aux grandes figures de l’assemblage. Mais pour en mettre plein les yeux, l’accrochage se risque à contrarier la rétine, comme dans la salle consacrée au renouveau de la peinture où le fameux tableau A Bigger Splash (1967) de David Hockney est audacieusement encadré par deux autres chefs d’œuvres d’Ed Rusha, The Los Angeles Country Museum on Fire (1968) et Standard Station, Amarillo, Texas (1963), aux diagonales sévères et à dominante noir et rouge. Cette promiscuité sied cependant aux œuvres rattachées au courant « light and space » qui achèvent le parcours en apothéose. Dans le Red Concave Circle (1970) de De Wain Valentine se

Asco, Instant Mural, 1974, photographie, Courtesy Harry Gamboa, présentée au LACMA à Los Angeles dans l’exposition «Asco: Elite of the Obscure»

reflètent quelques joyaux emblématiques des expérimentations menées entre autre par Larry Bell ou Craig Kauffman sur les matériaux synthétiques pour ouvrir les horizons de la perception. Ces innovations formelles témoignent d’une énergie artistique indomptable et multidirectionIl a en effet donné lieu à une réévaluation nelle, indifférsans précédent de l’art ente aux légitimations de la californien critique newyorkaise, qui a longtemps relégué la production californienne au rang d’art « provincial ». C’est aussi cette insoumission qui qualifierait le « Californian way ». Mais il apparait dans le discours de plusieurs commissaires de l’événement que l’intrépidité qui caractérise les artistes de la « West Coast » pour exister en tant que tels est à rapprocher des luttes politiques et sociales dans lesquelles beaucoup se sont impliqués. La protestation des minorités noires ou Chicanos et les mouvements féministes ont constitué le terreau de nouvelles pratiques. C’est une des hypothèses de Kellie Jones, commissaire de l’exposition « Now Dig This. Art & Black Los Angeles 1960-1980 » au Hammer, une brillante réévaluation de la place des artistes afro-américains sur la scène californienne. L’hypothèse se vérifie dans l’incontournable rétrospec- SUITE PAGE 9

ART CONTEMPORAIN
tive consacrée à Asco au LACMA. Ce groupe révolutionnaire d’artistes Chicanos a développé des stratégies artistiques multiples, performances dans l’espace public, défilés et danses macabres, tags, mailart, dans une entreprise critique à l’égard de la société américaine et des discriminations dont les membres d’Asco étaient également victimes dans le monde de l’art.
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Five car stud, la resurrection

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HUMOUR PINCE SANS RIRE. L’histoire de l’art de la côte Ouest (et d’ailleurs), même dans ses aspects les plus conceptuels, ne peut se lire qu’au regard de l’histoire avec un grand H. Ainsi Paul Schimmel signe-t-il une excellente exposition au Museum Of Contemporary Art (MOCA) sous le titre – emprunté à une chanson punk – « Big black sun ». Celle-ci propose d’explorer les fondements de la postmodernité dans la période charnière de 1974 à 1981, entre la démission de Richard Nixon et l’élection de Ronald Reagan, alors que l’écroulement du rêve américain donne lieu à une série de remises en questions qui s’expriment dans ce parcours dense, à travers les thématiques de l’identité, de la morale, de la religion, de la guerre, etc. Mais c’est aussi l’humour pince sans rire, ou parfois carrément potache qui semble ici caractériser un certain esprit « West L’écroulement du rêve coast », qui a américain donne lieu à du moins l’art une série de remises en de dénoncer questions gravement sur un ton iron i q u e . L’ o n pense à ce titre à la campagne électorale loufoque de Lowell Darling en 1978, au remake de l’assassinat de Kennedy par T.R. Utho et le groupe Ant Farm – quand la mythification confine à la mascarade – à l’hommage rendu, après dégustation, au poulet frit nommé Blinky par Jeffrey Valence exposant les reliques de la volaille dans un dispositif qui rappelle celui adopté par les artistes conceptuels. La déconstruction du langage prend encore une forme joyeuse dans les pièces de théâtre de Guy de Cointet, l’ensemble de photographies empruntées au cinéma hollywoodien légendées par John Baldessari, Virtues and Vices (for Giotto) (1981), ou peut-être l’entreprise donquichottesque (à l’issue funèbre) de Bas Jan Ader, In search of miraculous (1975), réponse la plus poétique à l’ère de la dystopie. Enfin, pour saisir le contexte de ce renouveau artistique venu de l’Ouest, il ne faudra pas manquer l’exposition documentaire organisée par l’institut de recherche du Getty, « Greeting from L.A. : artists and publics », et l’exposition très réjouissante qui se tient au 18th Street Art Center à Santa Monica sur les « artist spaces », afin de mesurer le rôles des galeries, des écoles d’art et surtout des lieux alternatifs créés par les artistes eux-mêmes, où le mode d’apparition de l’œuvre et son rapport au public ont été profondément réinventés. ❚

Edward Kienholz, Five Car Stud 1969-1972, Revisited. Installation view. Photo: Tom Vinetz. ©Kienholz. Collection of Kawamura Memorial Museum of Art, Sakura, Japan. Courtesy of L.A. Louver, Venice, CA and The Pace Gallery, New York.

Le LACMA présente Five car stud, et c’est un événement. Achevée en 1972, cette installation parmi les plus ambitieuses d’Edward Kienholz est montrée pour la première fois à la « Documenta V » de Cassel grâce à l’obstination d’Harald Szeemann et malgré le coût faramineux de son transport. Presque aussitôt après, la pièce monumentale rejoint une collection privée au Japon où elle reste stockée près de quarante ans. Ainsi Five car stud est-elle pour la première fois dévoilée outre-Atlantique, dans le musée même qui consacra sa première exposition à l’artiste en 1966, sous les hués du public. Sculpture, mise en scène ou décor ? Five car stud est la reconstitution à échelle réelle d’un fait divers tristement banal dans l’Amérique des années 1960 : le lynchage d’un homme noir par six hommes blancs s’apprêtant à lui infliger le supplice de la castration dans la lumière éblouissante des phares des voitures et sous l’œil des témoins, dont celui du visiteur. Car la puissance esthétique et la force critique de l’œuvre réside dans cette implication ambigüe. Même si la facture grossière de ces personnages masqués les tient à l’écart du réalisme, les visiteurs ont le sentiment d’avoir franchi l’écran de cinéma et de figurer dans cette sombre fresque historique. Ainsi, en sortant de l’œuvre, se débarrasset-on du sable sur ses chaussures comme on essuie les traces de sa culpabilité : la preuve que la violence que dénonçait Kienholz sommeille encore dans le refoulé du monde égalitaire. J.P.

COMMANDE
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Aaron Curry chez les Rosenblum
ROXANA AZIMI

Aaron Curry, Yeahnt, 2011, 315x287x121,9 cm

Aaron Curry, Yeahnt, 2011, 315x287x121,9 cm

Depuis l’ouverture de leur espace en octobre 2010 dans le 13e arrondissement, à Paris, les collectionneurs Steve et Chiara Rosenblum ont donné le ton de leur ambition : passer commande une fois par an à de jeunes artistes. Cette année, dans le cadre de leur exposition « WYSIWYG », organisée à partir du 20 octobre, ils ont donné carte blanche à une jeune artiste de Los Angeles, Aaron Curry, né en 1972 et représenté par la galerie David Kordansky (Los Angeles). Cette installation dont nous vous dévoilons l’un des éléments en exclusivité, se déploiera dans l’espace occupé l’an dernier par l’artiste Loris Gréaud. Le plasticien californien l’a habillé entièrement du sol au plafond avec des cartons sérigraphies. « Cet habillage crée un étrange sentiment d’être transporté dans une scène imaginaire, où nos repères ont disparu, confie Steve Rosenblum. Des sculptures abstraites très colorées habitent l’espace et convoquent un sentiment de joie, tout en nous projetant dans un futur lointain. » A l’instar de

son ami le sculpteur Thomas Houseago, Aaron Curry essore les tropismes modernistes, emprunte à Calder, Mirò, Picasso et Salvador Dalì. Ses œuvres très « flashy », oscillant entre deux et trois dimensions, font aussi penser au Pop art et à la société de consommation, tandis que sa signature, très visible sur le socle des sculptures, relève de la culture du tag. Cette manière d’osciller entre plusieurs tendances est assez emblématique de l’art de Los Angeles, une ville elle-même très ambivalente. L’installation commandée par les Rosenblum se trouve en dialogue avec une autre commande, confiée quant à elle à l’Allemand Matthias Bitzer. Deux approches se font ainsi face, entre le Nouveau Monde, conquérant dans ses couleurs acides, et le Vieux Continent, empreint de mémoire et de littérature. ❚
ROSENBLUM COLLECTION & FRIENDS, 183 rue du Chevaleret, 75013 Paris, www.rosenblumcollection.fr

GALERIE
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La galerie Schleicher+Lange ouvre à Berlin
ROXANA AZIMI

S’il faut du courage pour inaugurer une galerie à Paris, il en faut tout autant pour ouvrir à Berlin. Chasse gardée de quelques enseignes berlinoises qui défendent jalousement, et parfois férocement, leur pré carré, Berlin n’est pas une ville aussi cool et lénifiante qu’elle paraît. Le marché y étant petit, une poignée d’enseignes y tiennent le haut du pavé. Le 17 septembre, le quotidien allemand Tagesspiel a d’ailleurs publié une enquête édifiante sur le « cartel » artistique qui a noyauté la capitale. Ce contexte délétère n’a pas inquiété outre mesure la galerie Schleicher + Lange, qui y ouvrira en novembre ou janvier prochain une nouvelle vitrine, après s’être inscrite en 2004 dans le paysage parisien. « Aussi bien Julia [Schleicher] que moi-même, nous venons de Berlin. Mais à l’époque, nous avions préféré ouvrir à Paris, car la ville connaissait de grands changements, notamment d’ordre générationnel. Paris avait un grand potentiel, et nous nous sommes demandés : Pourquoi être une petite galerie parmi d’autres à Berlin ? Pourquoi ne pas faire partie à Paris de quelque chose de nouveau ? Mais aujourd’hui, la galerie a 7 ans, et c’est le moment de se poser des questions, de prendre du recul, et de mettre à plat les choses », explique Andreas Lange. PLUS DE 100 M2. En général, la deuxième étape consiste à s’agrandir, car après deux ou trois expositions, un artiste peut se lasser d’un espace qu’il connaît par cœur. Surtout, une énième exposition parisienne ne va sans doute pas faire avancer sa carrière. Il est aussi frustrant de ne pas pouvoir déployer d’œuvres monumentales. « On ne voulait pas soudain payer un loyer énorme qui impose une contrainte à notre programmation, poursuit Andreas Lange. Très vite, l’idée de Berlin s’est imposée. On y va sans naïveté. On est conscient du risque, mais rester immobile est un risque encore plus grand, tout comme se lancer dans une logique économique qui nous est étrangère. » Installée non loin

La nouvelle galerie Schleicher+Lang Berlin

de la galerie Carlier-Gebauer, cette antenne berlinoise disposera d’une surface de plus de 100 m2, permettant de déployer des pièces monumentales, notamment celles récentes de Timo Nasseri. Dans la configuration future, il est vraisemblable que la vitrine parisienne revêtira une dimension plus expérimentale de laboratoire. Avant Schleicher + Lange, une autre jeune galerie parisienne avait pris le pari d’ouvrir à Berlin. Associé à Alexander Koch et Nikolaus Oberhuber, le galeriste Jocelyn Wolff y a créé en septembre 2009 la galerie KOW. On est conscient du risque, mais rester immobile est un « Nous avons été très bien accueilrisque encore plus grand lis, à ma grande surprise. Il est vrai que l’aspect peu commercial de la programmation a probablement aidé, tout comme le fait que la galerie apporte quelque chose qui n’existait pas dans le paysage berlinois, souligne Jocelyn Wolff. Nous avons toujours fait attention à construire par nous-mêmes plutôt qu’essayer de récupérer une situation construite par d’autres. » ❚

GALERIE

LE QUOTIDIEN DE L’ART / NUMÉRO 2 / MARDI 11 OCTOBRE 2011

Cortex Athletico prend des abonnements et s’agrandit

Eric Touchaleaume rêve d’un centre d’art dans les calanques

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MARSEILLE. Le marchand de design des années 1950 Éric Touchaleaume, qui a racheté une friche industrielle de trois hectares aux portes des Calanques de Marseille, rêve d’ouvrir en mai 2013 un centre d’art dédié à l’architecture légère et à l’écologie. « J’imagine lancer, par exemple, un concours sur le thème du cabanon et faire un parc de sculptures Land Art, confie-t-il. Je veux un projet modeste, mélange du cabanon marseillais et du jardin Zen dans l’esprit de Noguchi. Je voudrais quelque chose de poétique. La Méditerranée est une synthèse contraire au chaos de notre époque. » ❚ R.A.

Eva Hober s’agrandit
PA R I S . L a g a l e r i e Eva Hober inaugurera le 18 octobre une nouvelle enseigne au 35-37, rue Chapon, en face des galeries Sémiose et Zürcher. Après avoir inauguré r ue Saint-Claude, puis migré rue des Arquebusiers, la galeriste fait un bond conséquent Eva Hober en s’installant dans 140 m2. Un déménagement qui lui a permis d’attirer de nouveaux artistes, notamment Damien Cadio. L’inauguration se fera toutefois avec Jérôme Zonder, le premier artiste à avoir rejoint sa galerie. « Cet espace va me permettre d’accompagner davantage les artistes, de monter de vraies expositions construites. On pourra avoir plusieurs salles d’exposition, présenter des grandes installations de Nicolas Darrot. Pendant deux ans, rue des Arquebusiers, je n’ai pas pu le montrer », explique la jeune galeriste. Et d’ajouter : « J’ai décidé de ne plus faire de foires. C’est très utile quand on est une jeune galerie, ou une galerie qui existe depuis trente ans. Je pense que si je m’équipe d’une bonne galerie où je présente de bonnes expositions, les gens vont venir. Aussi, avec l’exposition « La Belle peinture » est derrière nous, j’avais une solution alternative, de production et de commissariat. » ❚ R.A.

Vu du nouvelle espace de la galerie Cortex Athletico

BORDEAUX. La galerie Cortex Athletico, à Bordeaux, a mis en place depuis juin dernier un système d’abonnements annuels de l’ordre de 10 000 euros, répartis en versements mensuels, destiné aux jeunes collectionneurs de la région bordelaise. Nom de guerre, le Cercle 1870, en hommage au collectionneur bordelais Gabriel Frizeau, né à Bordeaux en 1870, et qui fut l’un des premiers acheteurs de Paul Gauguin ou Odilon Redon. « L’abonnement nous permet d’être dans un système où on peut lisser un chiffre d’affaires et anticiper. L’idée est aussi de faire entrer des gens dans une histoire et de construire avec eux un regard », explique Thomas Bernard, directeur de la galerie. La vingtaine d’abonnés actuels sont pour la plupart des gens qui n’ont jamais acheté d’œuvres d’art à ce jour. Grâce à ces versements, ils disposent d’un crédit pour l’achat de pièces. Dans le même temps, la galerie ouvrira un deuxième espace d’environ 700 m2 dans une ancienne usine de pâtes située à proximité de la gare de Bordeaux. Un endroit qui servira à la fois de stockage, de show-room tout en accueillant des artistes. ❚ R.A.

EXPOSITION
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LE QUOTIDIEN DE L’ART / NUMÉRO 2 / MARDI 11 OCTOBRE 2011

Mise en scène pompéienne
SARAH HUGOUNENQ

Cela faisait plus de quinze ans qu’aucune exposition n’avait été montée à Paris sur Pompéi. Cette absence est aujourd’hui réparée par la reconstitution d’une villa de Pompéi au Musée Maillol. Basé sur le principe d’« aires fonctionnelles », le parcours présente successivement l’espace public (atrium, cuisine, triclinium…) et au premier étage du musée, l’espace privé (chambres à coucher, balneum, jardin privé…). Cette reconstitution pièce à pièce convie le visiteur à entrer dans l’intimité d’un habitant lambda de Pompéi. Si l’explication scientifique des pièces est souvent minimale, la présentation ne tombe pas pour autant dans le spectaculaire ni le mimétisme d’une restitution fallacieuse. Fresques, bronzes, verrerie, bijoux ou marbres sont autant de manifestations d’une vie moderne et confortable sous tous ses aspects. Plus de deux cents œuvres venues pour moitié du musée national de l’archéologie de Naples et du site de Pompéi reflètent le quotidien raffiné de la Rome antique, loin de l’histoire officielle impériale. Si les pièces choisies n’appartiennent pas aux fastes des grands de l’Empire, elles n’en sont pas pour autant rustiques ou grossières. Au contraire, l’élégance et la minutie s’affichent au moindre détail de chaque objet, depuis une lampe à bec avec tête de nubien aux traits incroyablement fins et naturalistes, à une œnochoé en forme de tête de femme incrustée de fines lamelles d’argent et de cuivre, reflet de la subtilité des artisans. EFFONDREMENT. Cette présentation de la modernité et du faste de la vie pompéienne intervient moins d’un an après les effondrements qui étaient intervenus sur le site. Si l’exposition passe entièrement sous silence ces dégradations, l’accent est mis sur la dette de l’Europe envers l’héritage culturel de Pompéi au moment des premières fouilles, au XVIII e siècle. « Une chose est la conservation du site, une autre est de rappeler l’importance de Pompéi au niveau européen. Ce deuxième point est une contribution morale », explique Stefano De Caro, directeur général hoCOMMISSARIAT A noraire du patrimoine arValeria Sampaolo, Directrice du Museo Archeologico Nazionale chéologique italien et comdi Napoli, missaire de l’exposition. Antonio Varone, Directeur Sur fond de redes fouilles de Pompéi, Stephano De Caro, Directeur cherches de nouveaux figénéral honoraire du Patrimoine nancements privés pour archéologique, professeur à relancer la campagne de l’Université Federico II di Napoli restauration, dans un par-

Fresques du triclinium de Carmiano, fresque divers panneaux : H. 264 ; L. max. 478 cm, inv. 63685 Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici

Un moment de sensibilisation du grand public face aux financements colossaux dont à besoin ce site

tenariat entre le ministère des Biens et des activités culturelles italien et notamment l’Unesco, Patrizia Nitti, directrice artistique du Musée Maillol, estime que « cette exposition va être un moment de sensibilisation du grand public face aux financements colossaux dont a besoin ce site ». Pourtant, l’on pourra regretter que ne soient pas plus explicitement exposées les menaces qui pèsent sur cette cité figée il y a deux mille ans au témoignage archéologique inestimable. ❚
POMPÉI, UN ART DE VIVRE, jusqu’au 12 février 2012, Fondation Dina Vierny, Musée Maillol, 59-61 rue de Grenelle, 75007, Paris. www.museemaillol.fr. Catalogue sous la direction de Patrizia Nitti. Coed. Musée Maillol/Gallimard. 224 p.39 euros. ISBN 978207013522