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CONSEIL NATIONAL

Anivé

G- 1- 11

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ll0V. 20ll

4 novembre

2OIl

NO

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DE PRocÉpunp

{r

PROJET DE LOI

pÉuar,p EN MATIÈnp DE GARDE A VUE
ExposB DES MoTIFS

1.343 du 26 décembre 2OO7 dite o justice et libertéu a introduit, dans le Code de procédure pénale, la garde à vue (articles 60- 1 à La loi 60-12l et en a déterminé le régime juridique.

n'

La garde à vue consiste pour la police judiciaire à maintenir solls la contrainte, à sa disposition, pour les nécessités des investigations, une personne suspecte, c'est-à-dire, selon l'article 60-2 du Code de procédure pénale - qui slnspire en cela de lârticle 5 S 1, c) de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme -, une ( personne contre qui it existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu'elle a commis ou tenté de comm,ettre un cime ou un délit, (une u infraction,
indique la convention).
Elle est par conséquent soumise aux dispositions fondamentales préservant la liberté individuelle mais aussi à celles garantissant les droits

de la personne mise en cause, et en particulier les droits de la défense, consacrés tant par la Constitution monégasque (articles 19 et 20) que par la
Convention européenne (articles 5 et 6).

Or, c'est au regard, précisément, d'exigences constitutionnelles similaires et en référence à I'article 6 de la Convention européenne que la législation française relative à la garde à vlle, comparable en de très nombreux aspects à celle en vigueur à Monaco (durée de la garde à vue, droits de la défense), a connrl, tout récemrnent, r.rne profonde remise en
cause.

2

Dans ce contexte, les autorités françaises ont été amenées à réagir par l'adoption d'une loi réformant le régime de la garde à vue (loi n" 2OII-392 du 14 avril 201 1 relative à la garde à vue).
Nonobstant le fait que les motifs qui sont, pour partie, à lbrigine
de la réforme française (accroissement considérable du nombre des gardes à

vue, développement de l'enquête au détriment de llnstruction) ne présentent pas un caractère déterminant à Monaco, l'indéniable parenté des législations française et monégasque en la matière a conduit le Gouvernement Princier,
en pleine concertation avec la Direction des Services Judiciaires, à souhaiter,

aussi, tirer les conséquences, sur le plan juridique, de l'évolution ainsi
intervenue dans le pays voisin.

Or, sur ce terrain juridique, d'autres nécessités sont apparues, en réalité tout aussi impérieuses que les dernières décisions, dans le domaine de la garde à vlle, de la Cour de cassation et du Conseil constitutionnel français, pour engager une réforme des règles y afférents et en premier lieu, les contraintes nées du droit européen conventionnel. En effet, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme applicable à la garde à vue est venue fïxer, ces dernières années, des orientations importantes concernant le moment d'intenrention de l'avocat, la portée de son assistance ainsi que les conditions de son contrôle juridictionnel, impliquant pour la Principauté, comme pour d'autres Etats membres du Conseil de l'Europe, de revoir son niveau de protection des droits de llndividu placé en garde à vue tel que prévu dans la législation
interne.

En outre, les juridictions monégasques ne sont pas restées à l'écart du mouvement jurisprudentiel européen en la matière et plusieurs
décisions sont également intervenues au cours des derniers mois qui ont mis en lumière, au plan national, les insuffisances du régime actuel de la garde à
vue.

3

Ainsi, en engageant la réforme du régime de la garde à vue, le Gouvernement Princier a entendu satisfaire fondamentalement aux deux objectifs suivants : d'une part, mettre en adéquation la législation interne avec la jurisprudence de la Cour de Strasbourg et, d'autre part, éviter une
trop grande divergence entre les régimes français et monégasque.

Toutefois, le présent projet de loi ne se contente pas de transposer à Monaco la loi française votée Ie 14 avril 20 1 1. Des adaptations ont été nécessaires pour mieux atteindre ce double objectif et pour tenir compte de certaines spécificités monégasques. En outre, le Gouvernement a souhaité apporter des enrichissements au regard de la loi française. La garde à vue est une mesure indispensable à l'efficacité du travail de la police et au traitement judiciaire des affaires.
C'est la raison pour laquelle le suspect au stade des premières investigations - dont le caractère déterminant justifie qu'elles ne soient pas
entravées

ne peut bénéficier des mêmes droits que ceLrx dont il disposera lors de sa comparution devant la juridiction de jugement.

-

Dès lors, le régime de la garde à vue, à l'instar des autres phases

de la procédure pénale, pose la délicate question du juste équilibre, pour reprendre une formule du Conseil constitutionnel français, entre, d'une part, les exigences ( de la préuention des atteintes à I'ordre public et Ia recherche des auteurs d'infractions r, d'autre part, la garantie des droits de la défense.
C'est précisément à cette question que le présent projet de loi entend apporter une réponse, en sâttachant à concilier I'ensemble des exigences en jeu telles qu'elles résultent des principes conventionnels
éuropéens, des solutions retenues par la réforme française et des spécificités monégasques.

4

Sous le bénéfice de ces observations à caractère général, le présent projet de loi appelle les commentaires particuliers ci-après.

*****
Le dispositif comprend dix articles ; les

huit premiers concernent

le régime juridique de la garde à vue tel qu'il résulte des dispositions fîgurant

aux articles 6O-1 à 60-12 du titre IV bis du Code de procédure pénale; le neuvième article a trait à la procédure spéciale devant le tribunal correctionnel en cas de délit flagrant (article 399 du Code de procédure pénale) et le dixième et dernier article modifie la rédaction actuelle de lârticle 218 du Code de procédure pénale en vue d'éviter l'encombrement de la juridiction de jugement du fait de la multiplicité des nullités soulevées, sur le
fondement des nouvelles dispositions relatives à la garde à vue.

Sur les douze articles constituant actuellement le régime de la garde à vue, le projet de loi en refond cinq (articles 6O-l à60-4, article 60-9) et en insère 6 nouveaux (articles 60-9 bis et 60-9 ter, articles 60-13 à 6016). Les articles 60-5 à 60-8, et 60-10 à 60-12 demeurent, quant elx, rte
uqriefiir.

La réforme législative de la garde à vue est par conséquent
dâmpleur avec plus d'une vingtaine d'avancées proposées lesquelles peuvent
être présentées de la manière suivante
:

60-1 nouveau)

;

juge d'instruction lorsque une information est ouverte, en liaison avec le juge des libertés (articles 60-2, 60-3 et 60-16 nouveaux) ;

5

un renforcement des droits de la personne gardée à vue ; sur ce point, le projet de loi innove, d'une part, en obligeant désormais l'officier de police judiciaire à notifier au suspect son droit de ne faire aucune déclaration (article 60-9, 4ème alinéa nouveau), dâutre part, en consacrant le droit d€tre assistée par un avocat (article 60-9, 1" alinéa nouveau) et non plus seulement de s'entretenir avec un avocat (article 60-9 bis, 1.' alinéa nouveau), ce qui a entraîné deux autres évolutions importantes du régime de la garde à vue consistant à prévoir lâssistance de l'avocat tout au long des auditions et des interrogatoires (article 60-9 bis, 2e*' alinéa nouveau) et la possibilité, pour celui-ci, dâccéder aux procès-verbaux dâudition de la personne qu'il assiste ainsi qu'au procès verbal de notification des droits de la
personne gardée à vue (article 60-9 bis, !ème alinéa nouveau).

60-13 à 60-15 nouveaux)
S'agissant de la définition de la earde à vue et de ses conditions léeales, lârticle premier du projet de loi remplace les dispositions de lâctuel article 60- 1 du Code de procédure pénale par celles issues de lârticle 60-2
lesquelles font, cependant, l'objet de plusieurs modifications.

Si l'autorité qui place la personne en garde à vue demeure
lbfficier de police judiciaire, le procureur général ne pouvant ordonner cette mesure, non plus que le juge d'instruction lorsqu'une information est ouverte puisqulls sont appelés à en contrôler la conduite, l'ajout, au premier alinéa de lârticle 60-1, de la qualification des raisons du placement ainsi que de la précision relative à la peine encourue constitue des innovations
notables.

6

En effet, l'exigence de n raisons sérieuses o de soupçonner la personne a été préférée à celle de u raisons plausibles, à laquelle font
référence tant la loi actuelle monégasque que celle votée en France Ie L4 avril

2OIl ainsi que lârticle 5 de la Convention européenne, compte tenu de la subjectivité et de l'imprécision pouvant être attachées à la notion de plausibilité. Effectivement, la définition du terme o plausible r €st
communément admise comme étant ce qui peut être vraisemblable, ce qui

mène sur le terrain de lhypothétique. Or, le terme n sérieux,
signifie, généralement, ce qui est réel ou, du moins suffîsamment consistant

pour être allégué, soutenu, et le recollrs à la garde à vue se doit d'être
subordonné à des conditions légales précises et lisibles. En ce qui concerne le critère de gravité des infractions, le régime

actuel comporte dbres et déjà des dispositions qui limitent le recours à la
garde à vue aux crimes et délits.

qull s'agira dorénavant des crimes et délits n puni[s] d'emprisonnemertt,, le projet de loi permet de satisfaire aux
Mais en précisant
exigences de

lârticle 18 de la Convention européenne des droits de I'homme (limitation de l'usage des restrictions aux droits) et assure, de jure,le respect

du principe de proportionnalité. Ainsi, des délits sanctionnés par une simple peine d'amende ne pourront plus donner lieu à une mesure de garde à vue, le droit monégasque s'alignant désormais sur la plupart des législations
étrangères.

A titre d'exemple, les codes de procédure pénale belge, espagnol et italien définissent explicitement les infractions qui peuvent entraîner un placement en garde à vue. En Belgique, il s'agit des crimes et des délits, en
Espagne et en Italie, le quantum de la peine permet de déterminer dans quels cas un placement en garde à vue est possible et, en Espagne, seule la

personne soupçonnée d'avoir commis une infraction punie d'une peine supérieure à cinq ans d'emprisonnement peut, en principe, être placée en
garde à vue.

Enfin, et pour compléter I'encadrement de la définition juridique de la garde à vue, le projet de loi précise, au second alinéa de l'article 6O-1, que la garde à vue est < ttne mesure de contrainte D et ce, afin de mieux marquer le fait qu'elle revêt, par nature, un caractère attentatoire à la liberté

dâller et venir.
Le deuxième axe de la réforme a pour objet de consolider les , trôle conduite de la garde à vue qu'implique, d'ailleurs, le renforcement corrélatif des droits de la personne gardée à vue, savoir le procureur général et le juge d'instruction, sous l'æil avisé du juge des libertés. Pour ce qui concerne le rôle du procureur général et du juge d'instruction, l'article 2 du projet de loi remplace les dispositions de lârticle 60-2 actuel du Code de procédure pénale par de nouvelles dispositions qui, confortant les principes issus de l'article 60- 1 en vigueur, les désignent
expressément pour contrôler la conduite de la garde à vue 1ler alinéa de l'article 60-2 nouveau).

I1 est effectivement apparu expédient, au Gouvernement, de conforter la compétence de ces magistrats, et en particulier celle du procureur général dès lors, quâ ce stade de la procédure, les impératifs de l'enquête, placés sous la direction de ce dernier, dominent.
L'article 3 du projet de loi, qui refond entièrement I'article 60-3 du Code de procédure pénale, introduit, à ce titre, de nouvelles dispositions destinées à rendre plus effectif l'exercice des prérogatives du procureur ou du juge d'instruction, conférant ainsi à leur contrôle du placement en garde à vue un caractère moins n administratif ,r et plus n judiciaire '' .

8

Ainsi, le projet de loi prévoit que le procureur général ou le juge dlnstruction, lorsqu'une information est ouverte, devra être informé par lbfficier de police judiciaire, ,, dans les meilleurs délais et par tous mogens [...] des motifs du placement en garde à true et de Ia nature de I'infraction, (article 60-3, 1.. alinéa).'

L'ajout de par tous
<<

moAens

)' autorisera l'utilisation de

l'ensemble des moyens de communication existant au jour de la garde à vue.

Llnformation pourra donc se faire, indifféremment, par voie téléphonique, électronique ou par télécopie. Cette rapidité dlntervention permettra au procureur général ou au juge d'instruction d'exercer plus efficacement ses prérogatives, par exemple en autorisant lbfficier de police judiciaire à différer llnformation d'un proche demandé par le gardé à vue ou en ordonnant un examen médical que le gardé à vue nâurait pas lui-même demandé.
Quant à la précision de la qualification des faits notifiée à la personne gardée à vrJe, cette qualification pourra, grâce au nouveau dispositif, être modifiée par le procureur ou le juge dlnstruction (article 603, 3a*. alinéa), étant observé que la nouvelle qualification retenue devra alors être notifiée à la personne gardée à vue par lbfficier de police judiciaire.
Par ailleurs, conformément au principe de proportionnalité et de nécessité de la mesure de garde à vue, le deuxième alinéa de l'article 60-3 tel

qu'il résulte du projet de loi, précise eue rr Ie proanreur ou le juge d'instruction apprécie Ia nécessité de cette mestare,,, les principes selon lesquels ils peuvent, à tout moment, mettre fin à la garde à vue, se rendre sur les lieux ou se faire présenter la personne gardée à vue, déjà prévus par le Code de procédure pénale, étant logiquement reconduits.

Enfin, le renforcement du rôle du procureur ou du juge
dlnstruction se manifeste dans la nouvelle possibilité qui leur est reconnue par le projet de loi de déroger aux dispositions consacrant l'accès à un avocat dès le début de la garde à vue, o lorsque des raisons impérieuses le justifient r, précise lârticle 8 du projet de loi créant, à cet effet, le nouvel
article 60-16 du Code de procédure pénale.
Le Gouvernement a ainsi entendu donner à I'autorité judiciaire

la possibilité d'exclure la

présence

de l'avocat en considération

des

circonstances particulières de l'affaire. Cette possibilité, envisagée par le projet de loi est le résultat de l'évolution de la jurisprudence de la Cour de Strasbourg qui s'est montrée de plus en plus stricte au fil des arrêts. En effet, elle s'était dâbord contentée,

pour admettre que la présence de l'avocat pouvait nuire à la recherche de la vérité, de u motifs raisonnables,', dans son arrêt Brannigan et Mc Bride c/Rogaume Uni du 26 mai 1993, pour ensuite exiger des (raisons ualables o, dans les arrêts Brennan c/Rogaume-Uni et Ocalan c/Tùrquie du 12 mai 2OO5 et enfin, imposer dans son arrêt Salduz c/ Tlrquie, précité, QUe l'accès à un avocat devait être consenti dès le premier interrogatoire du suspect par la police o sauf à démontrer à la htmière des circonstances
particttlières de I'espèce Et'il enste des raisons impérieuses de restreindre ce droit o.

européenne n'est donc pas réticente à ce que l'assistance de l'avocat puisse être retardée et, si elle nâ pas précisé la nature même de ces raisons, c'est pour permettre aux juridictions de

La Cour

conserver leur liberté d'interprétation. Toutefois, elle estime que ces impéneuses
D

a

raisons

ne peuvent découler de la seule nature de llnfraction, mais de la combinaison de faits d'une extrême gravité et d'une grande complexité. Tel pourrait notamment être le cas, lors de la mise en cause de nombreux

auteurs

et coamteurs, ou

encore dans une affaire d'enlèvement, pour

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localiser dans la discrétion et l'urgence, le lieu de détention de la victime ou plus généralement dans des hypothèses de périls graves et imminents,
(menaces dâttentats, mises en danger de la vie humaine...).

L'ensemble de ces règles

fait donc du procureur et du juge

dlnstruction si une information est ouverte, les garants de la sauvegarde de la liberté individuelle, en les chargeant de veiller au respect des critères de
placement en garde à vue et à l'effectivité des nouveaux droits reconnus dès le début de la mesure (sauf faculté de dérogation dans des cas exceptionnels)

mais aussi d'exercer un contrôle non plus seulement * initial , de la mesllre mais désormais n continq o, c'est-à-dire durant tout son déroulement.

De ce point de vue, le schéma retenu par le projet de loi sâpparente à celui consacré par la réforme française eui, elle aussi, a
conforté le rôle central notamment du procureur de la République. Or, en application de lârticle 5 S 3 de la Convention européenne selon lequel toute personne arrêtée doit être présentée ç aussitôt o devant

un juge ou un autre magistrat habilitê par la loi à exercer des fonctions judiciaires r, la Cour de Strasbourg a jugé qu'en France, le magistrat
u

indépendant devant lequel doit être traduit la personne détenue ne pouvait être un magistrat du parquet du fait de son positionnement par rapport au pouvoir exécutif et de son rôle actif dans la poursuite (C.E.D.H., Meduedgeu

c/ France, 29 mars 2OIO et C.E.D.H., Moulin c/ France,23 novembre

2O1O).

A Monaco, la situation est différente, pour plusieurs raisons.

En premier lieu, s'il est vrai que l'article 8 de la loi n" 1.364 du 16 novembre 2OO9 portant statut de la magistrature énonce que n les
magistrats du parquet sont placés sous la direction et le contrôle du proanreur général lequel est placé sous I'autorité du Directeur des Seruices Judiciaires o,
ce dernier nâppartient pas au pouvoir exécutif et ce, en vertu du principe de

séparation des pouvoirs édicté par l'article 6 de la Constitution.

11

L'exposé des motifs du projet de loi no 778 relative a |âdministration et à lbrganisation de la justice est, dâilleurs, explicite à ce
sujet
u
:

des Services Judiciaires] constitue le département monégasque de la justice. Il s'agit en effet, d'un point de uue organique, d'un uéitable département ministériel. Celui-ci est toutefois dénuê de tout
Celle-ci

[a Direction

lien hiérarchique et de toute subordination administratiue auec le conseil de gouuernement ou Ie ministre d'Etat. Ainsi I'exige I'application des prtncipes constihttionnels de séparation des pouuoirs et d'indépendance
de la justice (cf. Constitution, articles 6, 46 et 88/. [...] ,

clair, dès lors, que le Directeur des Services Judiciaires constitue une autorité indépendante du pouvoir exécutif, y compris sur le plan administratif. A défaut d'une telle indépendance, il ne pourrait, sans méconnaître les principes constitutionnels précités, jouir de sa qualité d'autorité judiciaire désignée comme telle par la loi. Celle-ci lui confie, en effet, la direction de I'action publique - sans quIl puisse l'exercer lui-même ou en suspendre le cours - et lhabilite notamment à ordonner au procureur général le dépôt de pourvois dans l'intérêt de la loi (Code de procédure
I1 est

pénale, art. 506 et 507).

En second lieu, le régime de la garde à vue instauré en 2OO7 par le Code de procédure pénale monégasque a, d'ores et déjà, prévu f intervention d'un magistrat du siège : le juge des libertés. Désigné par le président du tribunal de première instance, ce magistrat s'est en effet vu confîer la compétence exclusive en matière de prolongation de la durée de la garde à vue.
Cette spécificité monégasque est non seulement maintenue dans le cadre du nouveau dispositif mais se trouve renforcée.

t2

En effet, le deuxième alinéa de l'article 60-2 nouvellement introduit par l'article 2 du projet de loi, sans remettre en cause la
compétence du juge des libertés pour les prolongations de garde à vue, étend

son rôle en ce qu'il oblige le procureur ou le juge d'instruction à f informer désormais n dans les meilleurs délais et par tous mogens [...1 de la garde à
uue
rr.

Ainsi, en prévoyant cette information systématique du juge des libertés, le projet de loi entend renforcer la conformité de la loi monégasque avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme précitée

qui a rendu indispensable, sur le fondement de lârticle 5 S 3 de la
Convention, f intervention d'un magistrat du siège pendant la garde à vue, sans toutefois en détailler les modalités.

A ce propos, s'il est vrai que l'article 5 S 3 de la Convention européenne prescrit que toute personne arrêtée en vue d€tre conduite
devant l'autorité judiciaire compétente, lorsqu'il existe des raisons plausibles

de soupçonner qu'elle a commis une infraction, soit at aussitôt, traduite devant un juge, la Convention, pour les juges de Strasbourg qui se sont gardés jusquâ présent de fixer des seuils précis, n'impose pas une comparution immédiate devant un juge. L'intervention de celui-ci doit en
revanche être < automatiqrte ù, ce qui sera précisément le cas de celle du juge des libertés.

Le troisième axe de la réforme a pour objectif d'assurer un
renforcement des droits de la personne qardée à vue.

A cet égard, le projet de loi comprend un ensemble

de

nouveautés qui peuvent être présentées en quatre volets : la garantie de la dignité de la personne pendant la garde à vue, la notification de son droit de

ne faire aucune déclaration, la consécration du droit à lâssistance d'un avocat, la modification de certaines règles relatives à la durée de la garde à
vue.

13

Au titre du premier des volets précités et dans le droit fil

de

l'article 20 de la Constitution qui énonce o Les lois pénales doiuent assurer le respect de la personnalité et de la dignité humaine. Nul ne peut être soumis à des traitements cruels, inhumains ou dégradants o, le projet de loi a entendu
opérer un rappel solennel de l'exigence de dignité en matière de garde à vue.

L'article 4 du projet qui refond entièrement les dispositions de l'article 60-4 du Code de procédure pénale pose désormais, au premier alinéa de lârticle 60-4,le principe légal selon lequel n la garde à true doit être
exéantée dans des conditions assurant
personne.
rr.

le

respect

de Ia dignité de la

Destinée

à donner sa pleine force au contrôle assuré par

les

autorités judiciaires, cette nouvelle disposition s'inspire, en réalité, d'une évolution du droit français de la garde à vue intervenue avec la loi du 14 avril 2OlL en application d'une décision du Conseil constitutionnel qui a, pour la première fois en matière de garde à vue, appliqué le principe de la sauvegarde de la dignité humaine. (DC, n" 2OlO-14122 QPC du 30 juillet
201O).

sauvegarde de la dignité des personnes gardées à vue, les deuxième et troisième alinéas du nouvel article 60-4 du Code de procédure pénale introduisent des innovations protectrices

Découlant

du principe de la

des droits de la personne en prévoyant, d'une part, que l'officier de police judiciaire a pour obligation de veiller à la sécurité de la personne gardée à vue en sâssurant qu'elle ne détient aucun objet dangereux pour elle-même ou pour autrui (2e'oe alinéa) et, d'autre part, que la fouille à corps intégrale ne peut être réalisée, sur décision exclusive de l'officier de police judiciaire et par une personne du même sexe, que lorsqu'elle est rendue indispensable à titre de mesure de sécurité ou pour les nécessités de l'enquête (3e*' alinéa).

l4

Quant aux investigations corporelles internes, le quatrième alinéa du nouvel article 60-4 du Code de procédure pénale reprend le
principe, déjà prévu par le régime actuel de la garde à vue, de l'intervention obligatoire d'un médecin, en exigeant dorénavant, comme c'est le cas pour

les fouilles intégrales, gu€ ces investigations corporelles

apparaissent

indispensables, à titre de sécurité ou pour les nécessités de l'enquête.

Ainsi, en dehors de ce cadre légalement fîxé, le recours à ces pratiques est prohibé et ce, conformément à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme qui, dans lârrêt Frérot c/ France du 12 juin 2007, a condamné l'Etat défendeur sur le fondement de l'article 3 de la Convention en raison de pratiques n de nahtre à créer urr sentiment d' arbitr aire, d' infé io ité et d' humiliation, .

La Cour a considéré qu'un tel traitement n'est pas en

soi

illégitime, des fouilles corporelles, même intégrales, pouvant parfois se révéler nécessaires pour assurer la sécurité dans une prison - y compris celle du détenu lui-même , défendre I'ordre public oll prévenir les infractions pénales. Il n'en reste pas moins que de telles fouilles se doivent, en sus d'être n nécessaires, pour parvenir à I'un de ces buts, être menées
selon des
n

modalités adéquates

o

de manière à ce que le degré de souffrance

ou d'humiliation subi par les détenus ne dépasse pas celui que comporte inévitablement cette forme de traitement légitime. Ce n'est quâ défaut qu'il
enfreint l'article 3 de la Convention énonçant que n nul ne peut être soumis la. torfine ni d des peines ou traitements inhumains ou dégradants u.
à"

Le second volet du renforcement des droits de la personne
gardée à vue concerne l'introduction, au quatrième alinéa du nouvel article

60-9 du Code de procédure pénale tel quIl résulte de l'article 5 du projet de loi, du droit pour les personnes placées en garde à vue n de ne faire aucune
déclaration o lors des auditions, établissant ainsi contact entre les régimes monégasque et français.

un

nouveau point de

l5

Ne figurant pas expressément au sein de la Convention européenne des droits de I'homme, le droit de garder le silence a été en
revanche consacré par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme qui, de ce fait, l'a intégré parmi les garanties fondamentales du

droit à un procès équitable tel que protégé par l'article 6 de la Convention.
Selon la Cour de Strasbourg, le droit de garder le silence se traduit par le droit de se taire et le droit, plus général, de ne pas contribuer à sa propre incrimination.

En effet, d'abord construite autour du contentieux fiscal, la
jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'leomme, par ses arrêts Funke c/ France, du 25 février 1993 et Saunders c/ Rogaume-Uni, du 17 décembre 1996 a constaté une méconnaissance de lârticle 6 dans des situations où des informations fournies par le requérant aux autorités, alors que la loi lui en faisait obligation, avaient été utilisées à sa charge dans llnstance au terme de laquelle il avait été reconnu coupable.
Sur cette base, la Cour a élaboré une jurisprudence du droit au silence et de ne pas s'auto-incriminer dans des termes suffisamment généraux pour être applicables aux divers stades de la procédure pénale, y
compris à la garde à vue.

Depuis lors, la jurisprudence de la Cour n'a cessé, de manière constante, de réaffirmer ce droit au silence. Ainsi, peuvent être notamment évoqués l'arrêt Murrag c / Rogaume-Uni du 8 février 1996, relatif à l'application de la législation spéciale de prévention du terrorisme en Irlande

du Nord, dans lequel la Cour a affirmé, de manière explicite, que n le droit de se taire lors d'un interrogatoire de police et le droit de ne pas contribuer ô sa propre incimination sont des normes internationales généralement recowrues qui sont au cæur de la notion de procès équitable consacrée par I'article 6 r,

16

mais aussi l'arrêt Bntsco c/ France du 14 octobre 2OlO, dans lequel la Cour a sanctionné le pays voisin au motif que sa législation ne prévoyait pas

l'information de la personne gardée à vue de son droit de garder le silence. Les termes de l'arrêt sont sans équivoque :
u

La personne gardée à rrue a le droit d'être assistée d'un auocat dès Ie

début de cette mesure ainsi que pendant les intenogatoires, et ce a fortiori lorsqu'elle n'a pas été informée par les autorités de son droit de se
taire
>.

ajoutant qu'en I'espèce, le requérant
n

:

rt'a pu être assisté d'un auocat que uingt heures après le début de Ia
à. rrue [...1.

garde

L'auocat n'a donc pas été en mesure ni de l'informer sur

son droit à garder le silence et de ne pas s'auto-incriminer auant son

premier interrogatoire, ni de l'assister lors de cette déposition et lors de celles qui suiuirent, comme I'exige I'article 6 de la Conuention r.
Par cet arrêt, la Cour a donc, pour la première fois, affirmé que

le régime français de la garde à vue nëtait pas conforme aLlx exigences de la Convention ce qui a été un des arguments décisifs ayant entraîné la réforme
de la garde à vue opérée par la loi française

du L4 avril2OLL.

Même si le droit de ne faire aucune déclaration n'est pas neutre,

la décision d'un prévenu de garder le silence tout au long de la procédure pouvant naturellement avoir une incidence sur l'appréciation des éléments pesant contre lui, la Cour de Strasbourg invite les juridictions nationales à se montrer prudentes avant de tirer des conséquences négatives à I'encontre
d'un prévenu qui a exercé son droit de garder le silence.

t7

Sur ce point, la plus haute juridiction judiciaire de Monaco a, dans un arrêt du7 avril 2011, expressément reconnu l'existence du droit, pour le gardé à vue, n de ne faire aucltne déclaration D, trne formule qu'a entendu expressément reprendre le présent projet de loi pour renforcer la
prise en compte des exigences d'une justice équitable.

Sâgissant du troisième volet du renforcement des droits de la personne gardée à vue, qui en constitue même le cæur, les modifications textuelles apportées à l'article 60-9 du Code de procédure pénal par l'article 5 du projet et f insertion d'un nouvel article 60-9 bis par lârticle 6 du projet,

viennent faire évolLler, en profondeur, les règles relatives à la présence de
I'avocat. Consacré par le nouveau premier alinéa de lârticle 60-9,le droit

pour la personne gardée à vue * de bénéficier de I'assistance d'un auocat dès Ie début de Ia garde à uue r est le noyau dur à partir duquel I'ensemble des
évolutions a été envisagé.

Parmi celles-ci, certaines s'avèrent, en réalité, être de simples reprises des dispositions actuelles. Tel est le cas des deuxième et troisième alinéas de lârticle 60-9 traitant respectivement de la désignation et de llnformation de l'avocat, étant obsenré que celui-ci est désormais informé

non plus de la K rlature o de f infraction mais des n circonstances > de celle-ci et ce, dans un souci de précision. En revanche, les cinquième et sixième alinéas de I'article 60-9, entièrement nouveatlx, règlent les situations concernant lâttente et l'arrivée de l'avocat qui ne sont pas, actuellement, prises en compte par le Code de
procédure pénale.
A ce titre, elles illustrent le juste équilibre entre les nécessités de

l'enquête et la garantie des droits de la défense, en apportant, en outre, un

surcroît de sécurité juridique.

t8

S'agissant du cinquième alinéa, celui-ci vient préciser que n Si I'auocat ne se présente pas dans un délai d'une heure après auoir été auisé, I'officier de police judiciaire peut décider de débuter I'audition,.

LIntérêt de cette garantie légale est d'éviter toute incertitude sur le moment où, en cas de retard de lâvocat, les auditions ont pu valablement commencer hors sa présence. Par ailleurs, la jurisprudence de la Cour
européenne des droits de thomme n'implique pas que l'avocat, sollicité dans

des conditions rendant possible l'effectivité de sa présence, doive
impérativement être présent à toutes les auditions.

Quant au sixième alinéa, le principe est que les auditions sont interrompues à la demande de la personne gardée à vue si son avocat se
présente après l'expiration du délai d'une heure et alors qu'elle est en train d€tre auditionnée : il sâgit, en effet, de lui permettre de s'entretenir avec son avocat. Toutefois, si la personne gardée à vue refuse cet entretien, l'avocat pourra alors assister à l'audition en cours dès son arrivée dans les locaux de

la police judiciaire.

Lârticle 6 du projet crée un nouvel article 60-9 bis.
Hormis son premier alinéa qui reprend les dispositions actuelles relatives à l'entretien de la personne gardée à vue avec son avocat (durée de l'entretien et garantie de confidentialité), lârticle 60-9 bis comprend une

série de dispositions novatrices, au premier rang desquelles figure celle introduisant dans le droit monégasque la présence de I'avocat u tout au long
des auditions et des interrogatoires en uue de Ia manifestation de la uérité,.

t9 Ce droit résulte de la jurisprudence de la Cour européenne des

droits de lhomme qui en a affirmé la nécessité dans l'arrêt Salduz c/ Tùrquie précité. Une longue série de décisions s'en est suivie, parmi lesquelles celle du 2 mars 2OlO, Adamkiewicz c/ Pologne dont il résulte ell€ a même lorsque des raisons impérieuses peuuent exceptionnellement justifier le refus de I'accès à un auoca| pareille restriction - quelle que soit sa justification - ne doit

pas indûment préjudicier aux droits découlant pour I'acatsé de l'article 6, ; Ia Cour a estimé en conséquence, qu',. il est en principe porté une atteinte inémédiable aux droits de la défense lorsque des dêclarations incriminantes faites lors d'un interrogatoire de police subi sans assistance possible d'un auocat sont utilisées pour fonder une condamnation o. Ainsi, dans le respect des droits de la défense, les déclarations faites en dehors de la présence de l'avocat ne pourront seules, sans être corroborées par d'autres éléments de
preuve, servir de fondement à une condamnation.

Par ailleurs, est également consacrée, au deuxième alinéa de l'article 60-9,la possibilité nouvelle pour I'avocat d'accéder à certaines pièces
de la procédure.

A ce titre, le présent projet de loi autorise dorénavant l'avocat à consulter le procès-verbal de notification des droits à la personne gardée à vue ainsi que les procès verbaux dâudition déjà établis.
L'accès au dossier ainsi ménagé, s'il est circonscrit à ces deux

catégories de documents est suffisant selon la jurisprudence européenne, constante en la matière, sachant quà ce stade de la procédure, le contenu

du dossier de la personne gardée à vue est nécessairement limité. De fait,
aucune décision de la Cour européenne des droits de l'tromme nlmpose, atl stade de l'enquête, l'accès à la totalité du dossier qui sera assurée lorsque sbuvrira la phase judiciaire. La jurisprudence du Conseil constitutionnel français et des juridictions suprêmes de nombre d'autres pays européens
(Belgique, Danemark, Espagne, Suède) va dans le même sens.

20

Monsieur Robert Bepli.ttpR relevait d'ailleurs, le 1O février 2OIO, lors d'un débat au Sénat français au sujet des droits des personnes placées
en garde à vue
:

de communiquer la totalité du dossier ne uaut qu'au stade de la mise en examen, quand des charges suffisantes - et non une raison plausible de soupçonner qu'il ait commis une infraction - ont êté réunies contre celui qui n'était jusque là qu'en garde à uue. Il s'agit alors d'un
n L'obligation

degrê de grauité tout

fait diffêrent et I'auocat, qui deuient dans ce cas le défendeur à. I'action publique, doit éuidemment auoir accès à toutes les pièces du dossier en uertu du pincipe du contradictoire ,.
d

Compte tenu du renforcement de la présence effective de l'avocat

durant la garde à vue, il est apparu essentiel au Gouvernement Princier de prévoir une disposition traitant du bon déroulement de la procédure (article
60-9 bis, 3e'o. alinéa).

l'assistance de l'avocat ne saurait justifier des comportements destinés à nuire ou à faire échec à la manifestation de la vérité. Ceux-ci, telle par exemple Ia multiplication dlnterruptions intempestives visant à perturber l'audition pour empêcher lbfficier de police judiciaire d'interroger sereinement la personne gardée à vue, ne sauraient constituer une modalité légitime d'exercice des droits de la défense.

En effet,

Dans ce but, en cas de difficulté, possibilité est donnée à l'officier de police judiciaire d'en aviser le procureur général ou le juge d'instruction qui pourra saisir, le cas échéant, le président du tribunal de première instance aux fins de désigner immédiatement un nouvel avocat. Dans cette attente, lbfficier de police judiciaire sera fondé, en application des
futures dispositions, à mettre fin, de son propre chef, à l'audition.

21

Par ailleurs, et s'inspirant des dispositions de la loi française adoptée en avril 2OII, le projet de loi a entendu introduire dans le Code de procédure pénale le droit pour la victime d'être assistée par un avocat en cas de confrontation avec une personne gardée à vue (article 60-9 bis, 4e-'
alinéa).

Comme 1â rappelé le Ministère français de la Justice et des libertés, ( ces dispositions ont été adoptées par le Parlement pour garantir le respect de l'égalité des arrnes au cours de la procédure pénale et éuiter qu'une uictime soit confrontée sans être assis/ée par un auocat auec une persorlne

gardée à true elle-même assistée. o (circulaire n" 2O11-06 du 3O juin 2O11).

du 23 mai 2OlI,

BOMJL

Le cinquième alinéa de lârticle 60-9 bis consacre, quant à lui, lbbligation de ne pas faire état, auprès de quiconque, des informations recueillies pendant la garde à vue. Ce devoir de discrétion s'étend aux

informations recueillies lors de la consultation des procès-verbaux. Il est en outre précisé que cette interdiction est édictée ( sans préjudice de I'exercice
des droits de la défense,. Cette disposition constitue la déclinaison du principe posé par la

modification de l'article 31 du Code de procédure pénale, telle qu'elle résulte de lârticle 9 du projet de loi portant réforme des Codes pénal et de

procédure pénale en matière de corruption et de techniques spéciales d'enquête selon lequel u sauf dans le cas où la loi en dispose autrement, et sans préjudice des droits de la défense, Ia procédure au cours de I'enquête et
de I'instntction est secrète
>t.

22

Enfin, et en correspondance avec les nouvelles prérogatives reconnues à I'avocat dans sa mission dâssistance de la personne gardée à vue, le sixième et dernier alinéa de lârticle 60-9 bis vient poser le principe selon lequel lbfficier de police judiciaire est désormais tenu de mentionner, sur le procès-verbal de fin de garde à vue, la présence de l'avocat aux actes auxquels il a assisté.
Le quatrième et dernier volet du renforcement des droits de la personne gardée à vue a trait aux dispositions relatives à la durée de la
garde à vue.

Figurant dans l'actuel article 60-4 du Code de procédure pénale, ces dispositions sont déplacées au sein du nouvel article 60-9 ter créé par lârticle 6 du projet de loi.

Sâgissant des durées de la garde à vue, l'article 60-9 ter du Code de procédure pénale projeté reconduit le délai de droit commun de vingt-quatre heures maximum, avec une possibilité de prolongation pour un nouveau délai de vingt-quatre heures (article 60-9 ter, ler alinéa).
Les délais exceptionnels, notamment en matière de blanchiment

du produit d'une infraction, dlnfractions à la législation sur les stupéfiants, dlnfractions contre la srireté de l'Etat, sont aussi maintenus avec llntroduction, dans la liste des infractions concernées, des actes de
terrorisme (article 60-9 ter, dernier alinéa).
Dans ces hypothèses, après un premier renouvellement selon le

prolongée pour un délai supplémentaire de quarante-huit heures, ce qui porte à quatre jours la durée maximale de la mesure conformément aux exigences de promptitude de lârticle 5 de la Convention européenne des droits de I'homme.

droit commun, la garde à vue peut-être

23

En revanche, des évolutions ont été apportées au texte actuel dont deux au moins sont directement destinées à assurer le renforcement
des droits de la personne gardée à vue.

En premier lieu, si le procureur général ou le juge d'instrrrction doivent toujours requérir l'approbation de la prolongation de la garde à vue par le juge des libertés, le projet de loi prévoit dorénavant une exigence de motivation de leur demande de prolongation (article 60-9 ter,2ème alinéa). En second lieu, l'autorisation de prolongation de la mesure par le juge des libertés - qui statue pâr n ordonnance motiuêe , dont il est ajouté qu'elle est u insusceptible d'appel D - pourra être accordée après que celui-ci, sIl l'estime nécessaire, se soit fait présenter la personne gardée à vue.
Le quatrième et dernier axe de la réforme législative du régime de

la garde à vue concerne f introduction de nouvelles dispositions spécifiques à la garde à vue des mineurs.
A cet effet, l'article 7 du projet de loi crée trois nouveaux articles qui prennent place dans le Code de procédure pénale à la suite de I'article 60-12 actuel.
I1

sâgit des articles 60- 13 à 60- 15.

Le mineur délinquant est régi par la loi n" 74O du 25 mars L963,

laquelle ne prévoit pas l'exercice, contre un mineur de dix-huit ans, de poursuite en matière de crime ou de délit sans information préalable confiée au juge tutélaire.
Devant l'évolution constante de la criminalité et lâbaissement de des criminels, le Gouvernement Princier a estimé indispensable

lâge

dâdapter les règles applicables aux majeurs délinquants en direction des
mineurs.

24

Ainsi, le mineur à I'encontre duquel il existe des raisons
sérieuses de soupçonner qu'il a commis ou tenté de commettre un crime ou

un délit puni d'emprisonnement, peut, au même titre et dans des conditions
similaires à celles applicables aux majeurs, être placé en garde à vue (article
60-13).

Dans ce cadre, l'officier de police judiciaire a lbbligation d'informer de cette mesure les représentants légaux ou la personne, le
service auquel est confîé le mineur ou, le cas échéant, l'administrateur ad
hoc désigné lorsque la représentation de ses intérêts n'est pas complètement

assurée par son ou ses représentants légaux (article 60-14).

Le Gouvernement Princier a enfin souhaité, dans un but

de

préservation des droits du mineur, que la durée de la garde à vue soit limitée à douze heures, sauf décision du juge des libertés et que la possibilité, offerte par le cinquième alinéa de lârticle 60-9 projeté, de débuter l'audition

si

l'avocat ne se présente pas dans

le délai d'une heure, ne soit

pas

applicable en l'espèce.

Ainsi, lârticle 60-15 tel qull résulte de lârticle 7 du projet de loi dispose que, si le régime de droit commun sâpplique aux mineurs, aucune audition ne pourra avoir lieu en lâbsence de l'avocat.

Lârticle

9 du projet de loi modifie lârticle 399 du

procédure pénale qui concerne la correctionnel en cas de délit flagrant.

code de procédure spéciale devant le tribunal

En effet, les exigences de I'article 5 S 3 de la Convention tel qu'interprétées par la Cour de Strasbourg ont un impact non seulement sur
la procédure de garde à vue mais aussi sur d'autres procédures de privation de liberté comme celle procédant de lârrestation d'une personne en état de flagrant délit.

25

traduite 'r d'immédiatement. Dâilleurs,

A cet égard, si la personne arrêtée ou détenue doit être < aussitôt devant un juge, l'expression n aussitôt r n'est pas synonyme

le terme n aussftôt r utilisé dans la

version

française ne coïncide pas exactement avec celui de u promptlg, figurant dans la version anglaise et supposant moins de diligence.

La Cour de Strasbourg nâpporte pas d'éléments précis
certains quant au délai correspondant à I'exigence de promptitude.

et

Cependant, des arrêts européens ont retenu toute lâttention du Gouvernement: dans les affaires Brogan et autres c/ Royaume Unis du 29

c/ Tlnquie du 23 février 2OlO,la Cour a considéré qu'une comparution à I'expiration d'un délai supérieur à quatre jours
novembre 1988 et Yoldas

méconnaissait, en principe, les exigences de promptitude de l'article 5, y compris dans le contexte spécial d'enquêtes sur des infractions terroristes (C.E.D.H., Affaire Brogan et a. c/ RU du 29 novembre 1988 et Yoldas
c/Tùrquie du 23 février 2O1O).

C'est pourquoi,

le projet de loi entend faire obligation

au

tribunal correctionnel de se réunir pour juger le prévenu non plus dans le délai maximal de trois jours à compter de la présentation de la personne au
procureur général mais dans le délai maximal de deux jours.

Ainsi, en prenant en compte le premier délai de vingt-quatre heures dans lequel la personne arrêtée en état de flagrant délit doit être conduite devant le procureur qui llnterroge et décide, otl non, de la traduire devant le tribunal correctionnel, le délai total de présentation devant un juge sera alors de soixante douze heures maximum, ce qui est en parfaite
conformité avec les exigences de promptitude de l'article 5.

26

L'article 1O du projet de loi ajoute, à l'article 218 du Code de procédure pénale disposant que u Si le juge d'instrutction estime que le fait constitue une infraction de nature à être punie de peines correctionnelles et qu'il g a des charges suffisantes contre l'inanlpé, il renuoie ce dernier deuant le

tibunal correctionnel,, un second alinéa destiné à consacrer le principe qui n'est actuellement applicable qu'en matière criminelle (article 460 du Code
de procédure pénale) de la purge des nullités de procédure par une décision
de renvoi.

La pratique judiciaire révèle, en effet, que les nullités

de

procédure sont généralement invoquées devant le tribunal correctionnel lors

du jugement sur le fond des affaires, alors qu'elles pourraient l€tre
antérieurement à lbrdonnance de renvoi lorsqu'une information est ouverte.

Afin d'éviter que les décisions sur les nullités de procédure nlnterviennent tardivement, le projet de loi oblige désormais llnculpé à invoquer ses moyens de nullité au cours de llnformation et non après la
clôture de celle-ci.
Cette modification devrait avoir pour conséquence dâméliorer le

cours de la justice pénale, en tenant compte des moyens de nullités qui seront judiciairement soulevés à l'avenir, sr.lr le fondement des nouvelles
dispositions relatives à la garde à vue.
Tel est lbbjet du présent projet de loi.

*****

27

PROJET DE LOI

Article premier

Lârticle 60- 1 du code de procédure pénale est remplacé par les
dispositions suivantes
:

t La personne à I'encontre de laEtelle il existe des raisons sêrieuses de soupçonner qu'elle a commis ou tenté de commettre un cime, ou un déIit puni d'emprisonnement peut, pour les nécessités des inuestigations, être placée en garde à true par un oJficier de police judiciaire.
La garde à rrue est une mesure de contrainte qui emporte, pendant toute sa durée, Ie maintien de cette personne à la disposition de I'officier de police judiciaire ,

Article 2 L'article 60-2 du Code de procédure pénale est remplacé par les dispositions suivantes :
o

La garde à. true est conduite conformément aux dispositions du présent titre sous le contrôle du proanreur gênéral ou, du juge d'instntction Iorsqu'une information est ouuerte.

Le proatreur général ou le juge d'insttuction informe dans les meilleurs délais et par tous mogens le juge des libertés de la garde à true. Le juge des libertés est un magistrat du siège désigné par le Président du tibunal de première instance, qui peut établir un tableau de roulement à. cet
effet.>>

Article 3

Lârticle 60-3 du Code de procédure pénale est remplacé par les dispositions suivantes :
n

L'officier de police judiciaire donne, dans les meilleurs délais et par tous moAens, connaissance au procureur général ou au juge d'instntction des motifs du placement en garde d uue et de la nqhre de I'infraction Et'il a notifiée à Ia personne gardée d true en application de I'qrticle 60-6.
Le proanreur général ou le juge d'instntction apprécie mesure et peut g mettre fin à tout moment.

la nécessité de cette

Le procureur général peut modifier I'appréciation de la nature de I'infraction. En ce cas, il en est donné connaissance d la personne
intéressée selon les modalités de I'article 60-6.

28

Le proatreur général ou le juge d'instruction peut, d tout moment, se rendre sur les lieux ou se faire présenter la personne gardée à. true. , Article 4

Lârticle 60-4 du Code de procédure pénale est remplacé par les dispositions suivantes :
n

La garde d true doit être exécutée dans des conditions assurant

le

respect de la dignité de la personne.

L'officier de police judiciaire doit ueiller à la séqtrité de la personne gardée à true, notamment en s'assurant qu'elle ne détient auann objet dangereux pour elle-même ou pour autrui. Lorsqu'il est indispensable, à titre de mesure de séanrité ou pour les nécessités de I'enquête, de procéder à une fouille à corps intégrale d'une personne gardée à ulte, celle-ci doit être décidée par un officier de police judiciaire et réalisée par une personne de même sexe que la personne faisant I'objet de Ia fouille. Lorsqu'il est indispensable, à. titre de mesure de sêatrité ou pour les nécessités de I'enquête, de procéder à des inuestigations corporelles internes sur une personne gardée d true, celles-ci ne peuuent être réalisées que par un médecin requis à cet effet.
La personne gardée d true est en outre tenue de se soumettre ù toutes formalités d'identification et de uérification d'identité utiles ,.

Article 5 L'article 60-9 du Code de procédure pénale est remplacé par les dispositions suivantes :
n

La personne gardée ù" true a Ie droit de bénéficier de I'assistance d'un auocat dès le début de Ia garde à true.

Si elle n'est pas en mesure d'en désigner un ou sf I'auocat choisi ne peut être joint, elle peut demander qu'il lui en soit commis un d'office par Ie Président du tribunal de première instance sur la base d'un tableau de roulement établi par Ie Bâtonnier de I'ordre des auocats-défenseurs et auocats de Monaco. L'auocat est informé par l'offi.cier de police judiciaire de la nahtre et des circonstances de l'infraction. Procès-uerbal en est dressé par l'officier de police judiciaire et signë par l'auocat.

29

La personne gardée à. true est également informée qu'elle a Ie droit de ne faire aucltne dé clar ation.

Si I'auocat ne se présente pas dans un délai d'une heure après auoir été auisé, I'officier de police judiciaire peut décider de débuter I'audition.

Si I'auocat se présente après I'expiration de ce délai, alors qu'une audition est en cottrs, celle-ci est interrompue à la demande de la personne gardée à uue afin de lui permettre de s'entretenir auec son auocat dans les conditions prëuues à I'article 6O-9 bis et que celui-ci prenne connaissance des doq"tments préuus à I'article 60-9 bis alinéo 2. Si la personne gardée d true ne demande pas à s'entretenir auec son
auoca| celui-ci peut assister à I'audition en cours dês son arriuée. Article 6 Sont insérés au Code de procédure pénale des articles 60-9 bis et 60-9 ter rédigés comme suit :
u

Article 60-9 bis
une heure.

; a Dès Ie début de lq garde d uue I'auocat peut s'entretenir auec Ia personne gardée à rrue dans des conditions qui garantissent la confidentialité de l'entretien dont la durée ne peut excÉder

L'auocat peut assisfer la personne gardée d uue tout au long des auditions et des interrogatoires en uue de Ia manifestation de la uéité. fi peut consulter les procès-uerbaux d'audition de la personne qu'il assiste, ainsi que le procès-uerbal ëtabli en application de I'article 6O-5.

En cas de dffiatltQ I'officier de police peut, à tout moment, mettre un
terme à I'audition et en auiser le procureur général ou
commis d'office.

qui peut saisiL le cas échéan| le Président du tibunal de première instance aux fins de désignqtion immédiate d'un nouuel auocat choisi ou
Si la uictime est confrontée à la personne gardêe à true, elle peut se faire assisfer d'un auocat désignê par elle-même ou d'office, dans les conditions de I'article 6O-9.
Sans préjudice de I'exerctce des droits de la défense, il ne peut être fait état auprès de quiconque, des informations reaneillies pendant la durêe de la garde à rrue.
Le procès-uerbal

le

juge d'instntction

d'audition uisé à I'article 60-11 mentionne la présence de I'auocat aux actes auxquels il assis/e. n

30

Article 60-9 ter : u La personne gardée à true ne peut être retenue plus de uingt-quatre heures. Toutefois, cette mesure peut être prolongée pour un nouueau déIai de uingt-quatre læures.
Dans ce ca.s, le proanreur général ou le juge d'instntction doit requértr l'approbation de Ia prolongation de Ia garde à rrue par le juge des libeftés, en motiuant sa demande en g joignant tous doanments utiles.

Le juge des libertés stahte par ordonnance motiuée immédiatement exécutoire et insusceptible d'appel après s'être fait présenter, s'il l'estime
nécessaire, la personne gardée d true.
Sa décision doit être notifiée d la personne gardée à true auant l'expiration des premières uingt-quatre heures du placement en garde à uue.

Une nouuelle prolongation de quarante-huit heures peut être autorisée dans les mêmes conditions, lorsque les inuestigations concerrLent, soit le blanchiment du produit d'une infraction, prêtru et répimê par les articles 218 à 219 du Code pénal, soit une infraction à la législation sur les stupéfiantq soit les infractions contre Ia. sûreté de I'Etat prétrues et réprimées par les qrticles 50 d 71 du Code pénal, soit les actes de terrorisme prétrus et réprimés par les articles 391-1 à 391-9 du Code pénal, ainsi qte toute infraction à laEtelle Ia loi déclare applicable le
présent alinéa. ,

Article 7
Sont insérés au Code de procédure pénale des articles 60-13, 60-14 et 60-15 rédigés comme suit :

Article 60-13

existe des raisons sérieuses de soupçorrrrer qu'il a commis ou tenté de commettre un crime, ou un délit puni d'emprisonnement peut, pour les nêcessités des inuestigations, être placé en garde à true dans les conditions prétrues par les articles 6O-1 à 60-12 du présent code. ,

: n Le mineur à I'encontre duquel iI

Article 60-14 : t Lorsque qu'un mineur de seiz,e ans est placé en garde d utte, I'officier de police judiciaire doit informer de cette mesure ses représentants légaux, la personne ou le seruice auquel est confié le mineu4 ou le cas échéant I'administrateur ad hoc désigné lorsque la protection des ses intérêts n'est pas complètement assuré par son ou ses
représentants légaux.

La garde à true s'exerce dans les conditions préuues aux an-ticles 6O-1 à 60-12 du présent Code.

3l

La garde d true du mineur ne peut excéder douze heures; toutefois la durée de cette mesure peut-être portée jusqu'd uingt-quatre heures sur décision du juge des libertés. n
Article 60-15 : u Le régime de droit commun de Ia garde à uue s'applique aux mineurs. Néanmoinq aucune audition ne peut auoir lieu en I'absence
de I'auocat.
n

Article 8 Est inséré au Code de procédure pénale un article 60-16 rédigé
comme
n

suit:

Lorsque des raisons impérieuses le justifient, Ie proaffeur général ou le juge d'instruction, peuuent déroger aux dispositions des articles 6O-9 et 60-9 bis. ,

Article 9
Le premier alinéa de est modifié comme suit :
<

lârticle 399 du Code de procédure pénale

Toute personne arrêtée en état de délit flagrant est conduite immédiatement et au plus tqrd dans les uingt-quatre lrcures deuant le proc'ureur général qui l'interroge et, s'il g a lieu, Ia traduit deuant Ie tribunal correctionnel soif sur-le-champ, soit à I'une des prochaines audienceq sans, néanmoinq pouuoir dépasser le délai de deux jours francs ; le tibunal est, au besoin, spécialement conuoqué. ,
Article
11

10

est ajouté à lârticle 218 du Code de procédure pénale un second alinéa rédigé comme suit :
o Toutes les nullités

sonf couuertes par I'ordonnance de renuoi lorsqu'elle est deuenue définitiue r.