B BARBARIE

Revue des actualités et civilisations européennes
Master Affaires européennes - Paris IV Décembre 2011

La Chine et l'Europe
• España pide el cambio
• Le G20 Développement : des solutions pour un nouveau monde • Referendum are int he air ... but not in the ballot box • Révlution au coeur de la Pologne catholique

• Volontariat et bénévolat : sources d’innovation sociale • Le G20 Développement : des solutions pour un nouveau monde

• Aide de la Chine au FESF : enjeux et conséquences • Interview - Dr. Lagree "La Chine a besoin du reste du monde, mais plus encore, le reste du monde a besoin de la Chine" • Portrait d'un jeune chinois • Lettre de Chine • Naître ou ne pas naître? Telle est la question.

• Dal Cavaliere al Professore Monti • Espaňa pide el cambio • Referendum are in the air ... but not in the ballot box

• (In)digne d'attention • Révolution au coeur de la Pologne catholique

• La peinture chinoise

• Ce qui vous attend en décembre 2

La démocratie est une chose parfois difficile à mesurer. Valeur fondamentale de l’Europe, on dit souvent qu’elle y est née. Mais certains ne se contentent pas de la démocratie telle que nous la connaissons, telle que nous la vivons. A Paris, ils essaient de montrer leur mécontentement en campant sur le parvis de la Défense. L’idée leur vient d’une autre place, d’autres mécontents : les Indignados de Madrid. L’Espagne justement où la démocratie a parlé pour appeler la droite au pouvoir, contre une gauche accusée d’avoir très mal géré la crise. En Italie, ce n’est pas la voix du peuple qui a fait déguerpir Berlusconi, mais la crise de la dette souveraine - et une série de scandales qui a lassé les Italiens. Avec la crise, l’Europe est au bord du gouffre. Dans ce contexte s’invite un nouvel acteur sur l’échiquier communautaire : la Chine. Barbarie a voulu dresser un portrait de ce géant où l’économie est malheureusement beaucoup plus avancée que la démocratie. Pourquoi donner un réel pouvoir au peuple fait-il si peur ? (Est ce l’exemple de la Pologne qui paradoxalement à son background catho et son climat homophobe ambiant a depuis un mois un des Parlements les plus « arc-en-ciel » d’Europe ?) Comme vous le lirez dans ce numéro "Encore que tout est possible !" Bonne lecture !

Rédactrice en chef : Maud Koetschet Responsable de publication : Marion Lecoq Relecture : Marianne Doyen Rédacteurs de ce numéro : Heidi Marleen Kuhlmann, Isabelle Podetti, Irene Moretti, Gérard Gilmore, Stéphanie Guinard, Fanny Cohen, Aline Bros, Lucie Bridonneau, Marianne Doyen, Marion Lecoq, Felix Pernas Ramirez, Arina Trynova, Morgane Buffet, Clémentine Lallier. MAES - www.affaireseuropeennes.eu - maes.assoc@gmail.com

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Sceptique, Catherine Lalumière, dénonce l’image trop « mercantile » de l’Union Européenne et insiste sur l’importance du rôle des bénévoles et des volontaires qui participent également au développement social et économique de l’Europe. Elle observe une certaine « professionnalisation » du bénévolat et déplore donc le fait que, dans le monde « tel qu’il est devenu », il soit difficile de s’engager par simple générosité. Pire, elle redoute qu’un manque de lucidité concernant le volontariat puisse conduire à une certaine exploitation des bénévoles, surtout chez les jeunes qui ont aujourd’hui du mal à entrer dans le monde du travail.

près autant d’hommes que de femmes s’engagent, quelle que soit leur tranche d’âge. Néanmoins, le bénévolat semble limité aux personnes relativement aisées, qui ont du temps à employer sans avoir besoin d’être rémunérées. A une plus grande échelle, on a pu noter que la participation bénévole était plus élevée dans les Etats les plus prospères, autorisant Madame Engsted Maquet à qualifier l’engagement volontaire de « signe de bonne santé d’une économie ». Chez les nouveaux entrants, le volontariat s’est développé au tournant de la chute du bloc communiste, lors de la mise en place de régimes laissant davantage de liberté à l’individu. Ainsi, selon Marie Chatardova, ambassadeur à Paris pour la République Tchèque, le volontariat n’est pas seulement un acte généreux : il représente aussi un héritage de la démocratie.

Au sein de l’Union, le nombre de personnes participant à des activités bénévoles est estimé entre 92 et 94 millions. Ces dernières contribuent entre 0,1 % et 5 % au PIB de leur pays, annonce Isabelle Engsted Maquet, directrice au sein du projet EU SILC (Statistiques européennes sur le revenu et les conditions de vie) à la Commission Européenne. D’après les statistiques, on a en outre pu observer une augmentation du nombre de bénévoles dans la plupart des pays membres, et ce malgré les effets de la crise économique. A peu

En France et en Allemagne, on note un lien entre la fin du service militaire et civil et le volontariat. D’après Werner Zettelmeier, chargé de recherches au Centre d’Information et de Recherche sur l’Allemagne Contemporaine (CIRAC), et Nadia Bellaoui, vice-présidente chargée de l’engagement associatif en France, on a cherché, après la suppresion du service militaire, une autre façon d’encourager l’engagement social et volontaire chez les jeunes afin de compléter leur formation « sur le terrain ». En effet, les Allemands voient dans le volontariat un moyen de se socialiser et de s’intégrer. Par ailleurs, les jeunes semblent très attachés à l’idée d’offrir un peu de leur temps de

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manière désintéressée, notamment avant de se lancer dans les études supérieures. En France, où la tradition du bénévolat remonte à la loi de 1901 sur les associations, on observe aujourd’hui une forte augmentation du nombre de bénévoles (14,2 millions aujourd’hui) due en partie à un soutien plus appuyé de la part des pouvoirs publics. Madame Bellaoui critique cependant une « stratégie de recrutement pointue » des bénévoles dont on exige désormais toujours plus de compétences. Selon elle, l’Etat, source fondamentale de financement du monde associatif, s’appuie de plus en plus sur le volontariat pour pallier les insuffisances gouvernementales. De plus, toujours selon la vice-présidente, la volonté des autorités publiques de « rentabiliser » leurs investissements à la façon d’une entreprise nuit au principe même du bénévolat, la simple « bonne volonté ». Alors que la matinée touche à sa fin, Madame Lalumière reprend la parole pour conclure cette première partie de la conférence. Elle affirme, en accord avec tous les intervenants, que le volontariat est un « souffle bienfaisant » qu’il faut encourager et développer, notamment chez les jeunes, tout en restant vigilant et en consolidant le statut, en particulier juridique, des volontaires afin d’éviter toute forme de substitution à l’emploi. Cette année aura sans équivoque revalorisé l’engagement bénévole des citoyens de l’UE, et permis à cette activité d’obtenir une importante aide financière en 2011 (8 millions d’euros de la part de l’UE dans le cadre de l’Année du Volontariat et du Bénévolat) pour mener à bien ses opérations. La présidente de la Maison de l’Europe

clôt alors la séance en soulignant une dernière fois l’importance des investissements dans ce secteur qui, bien que non « rentable », aide à « donner une place à l’individu au sein de la société ».

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développement ? Comment financer les besoins de développement actuels et futurs ? Comment nourrir 9 milliards d’humains en 2050 ? Comment mettre en place une protection sociale pour tous ? Le continent africain, le plus nécessiteux de l’aide au développement, a été le protagoniste de cette conférence. L’intervention du président de la Banque Africaine de Développement, Donald Kaberuka, a permis de mieux cerner la situation actuelle en Afrique. M. Kaberuka a rappelé qu’il faut compter sur la participation de la jeunesse à l’activité économique et sociale, à la prospérité en définitive. La BAD accompagne ainsi les mouvements de libération dans les pays arabes pour leur transition démocratique. Sur le plan interne, l’accent a été mis sur la nécessité de créer des emplois, et de faire en sorte que l’Afrique soit plus compétitive, d’où l’importance donnée à la question des infrastructures. L’Afrique est en outre soumise à un danger externe, la contagion de la crise économique. La sécurité alimentaire est l’un des défis les plus importants. L’agriculture est le plus gros secteur privé dans les pays en développement, et le monde paysan est très dynamique, c’est pourquoi il faut le soutenir. Et comme l’a rappelé Dov Zerah, directeur général de l’AFD : « il n’y a pas d’agriculture sans infrastructures ». Investir dans les infrastructures est une condition fondamentale au développement régional des pays en développement. Aujourd’hui, c’est l’Afrique subsaharienne qui souffre le plus du manque d’infrastructures. Le G20 a présenté 5 mesures phares dans ce domaine:

«Le G20 n’est pas la somme des intérêts qui le composent», selon les premières paroles du président de la République Nicolas Sarkozy lors du discours d’ouverture. Il défend au contraire l’intérêt général d’ «une seule et même communauté de destin». Il s’agit aujourd’hui de mettre en place des «réformes de fond pour une croissance durable» et de “remédier aux dysfonctionnements de l’économie mondiale”. Et la croissance de demain trouve ses fondements dans le développement. C’est un “engagement de tous pour le bien de tous”. La distinction Nord/Sud est devenue obsolète. Les équilibres se sont déplacés. Les pays pauvres d’hier comme le Brésil ou l’Inde, connaissent aujourd’hui une croissance économique fulgurante, et doivent ainsi participer davantage à l’aide au développement proportionnellement au rôle qu’ils jouent dans l’économie mondiale. Les réunions du G20 sont ainsi l’occasion de réunir les acteurs de la mondialisation afin de définir aujourd’hui ce que sera la croissance de demain ; une croissance créatrice de richesse et équilibrée. Face à la situation économique actuelle, les pays doivent agir ensemble pour répondre aux défis actuels et anticiper les crises futures. Comment libérer le potentiel de croissance dans les pays en

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• La promotion d’un environnement favorable à l’investissement dans les infrastructures. La perception du risque est un des principaux obstacles. “Les risques perçus n’ont rien à voir avec les risques réels” comme l’a souligné M. Lionel Zinsou-Derlin, Président de la société Pai Partners. • L’augmentation des financements en diversifiant les sources. • Assurer l’émergence de projets d’infrastructures susceptibles d’attirer les financements privés. Si ces pays ont besoin de financement, d’autres pays recherchent à l’inverse des actifs de long-terme pour placer leur épargne. Il s’agit donc de réunir une demande et une offre d’épargne. Pour attirer les investissements, il faut améliorer la partie préparative des projets et accélérer leur mise en place. Il ne s’agit pas forcément de projets à gros budget. • Identifier les projets d’infrastructures exemplaires. • Mobiliser les ressources domestiques. La volonté politique est dès lors fondamentale, et notamment au niveau des financements innovants. L’avenir des aides au développement passe par des financements innovants. Le modèle de financement du développement doit évoluer. Face à l’ampleur des besoins et au contexte de la crise financière, il faut impérativement trouver des alternatives, des flux plus stables et pérennes. Le menu d’options est vaste : les taxes assises sur les activités mondialisées, la garantie des États, les mécanismes des marchés, les contributions volontaires. A l’intérieur de la famille des taxes on trouve la taxation sur le tabac, le transport aérien et maritime, et les transactions financières. Cette dernière a été au coeur du débat, elle est défendue par un certain nombre de pays, dont le couple franco-allemand, et des ONG comme Stamp out poverty. Une taxe sur les transactions financières existe déjà dans certains pays comme le RoyaumeUni par exemple. A travers cette taxe, deux objectifs peuvent être poursuivis: tout d’abord elle permet le déblocage de fonds importants pouvant efficacement contribuer à financer l’aide aux pays en développement. Par ailleurs, cette taxe permettrait aussi de mettre “un grain de sable”

dans les rouages du système financier, pour reprendre l’expression du prix nobel d’économie James Tobin, afin d’empêcher la création excessive de liquidités sur les marchés financiers. Ces nouveaux financements sont complémentaires, ils s’insèrent dans une démarche d’amélioration qualitative et doivent s’ajouter à l’aide déjà apportée (et non pas la remplacer).

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crise européenne se ressentent d’ailleurs déjà sur l’industrie chinoise, qui, selon Françoise Lemoine, chercheur au CEPII (Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales), serait déjà fortement touchée par un effondrement de la demande européenne. Le 26 octobre dernier, alors que l’Union européenne (UE) se mettait d’accord sur de potentielles aides au Fonds Européen de Stabilité Financière de la part de la Chine principalement, Klaus Regling, président du FESF, était à Pékin pour y discuter des « défis économiques et des mesures prises face à la crise ». Selon une source proche de son gouvernement, la Chine « pourrait être désireuse » d’apporter à l’Europe entre 50 et 70 milliards de dollars (soit 35 à 70,5 milliards d’euros), rapporte le Financial Times. Reste à savoir quelles seraient les conditions et les enjeux d’un tel soutien financier. Ces aides permettraient de démultiplier la force de frappe du FESF. De retour de son voyage du 26 octobre à Pékin, le Président du FESF a assuré qu’ « aucune conclusion » n’avait été trouvée et que « les négociations restaient en cours ». Cela tombe bien, nous avons ainsi le temps de nous pencher sur les intérêts et les contreparties que le potentiel investisseur demande au potentiel receveur.

Tout d’abord, l’Europe partenaire commercial de pour celle-ci vital de économique des Etats de

représente la Chine. maintenir l’UE. Les

le premier Il est donc la stabilité effets de la

De plus, la Chine se méfie toujours plus de la dette de Washington : 2000 milliards de bons du Trésor américain seraient menacés de dépréciation à cause du surendettement des Etats-Unis. C’est pourquoi il est vital pour la Chine de diversifier ses réserves de change afin d’être moins dépendante de la dette américaine. Autre raison monétaire, la Chine détient 3200 milliards de dollars en liquidités, ce qui est beaucoup… trop ! Et représente, à terme, un risque inflationniste pour « l’Empire du Milieu ». Enfin, on peut voir cette aide chinoise à l’Union Européenne comme une sorte d’ « opération de communication » lui permettant de prouver que son influence n’est pas uniquement économique et que les Etats-Unis ne constituent pas pour les Européens l’unique nation qui compte.

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Dans un premier temps, la République Populaire de Chine veut que lui soit reconnu le statut d’économie de marché au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, ce qui aurait pour conséquence directe l’abaissement de certaines barrières tarifaires à l’égard des produits chinois. Par ailleurs, elle souhaite des garanties en cas de pertes de ses investissements, comme l’achat de dettes souveraines européennes. La Chine, qui a déjà acheté une partie des dettes grecque, portugaise, espagnole et irlandaise (elle possède environ 500 millions de bons gouvernementaux européens), s’inquiète de la capacité de ces Etats à payer leurs intérêts. Elle craint en effet de voir se reproduire la crise de 2008, lorsqu’elle s’était impliquée dans des investissements incertains chez Morgan Stanley et Blackstone. Elle demande que lui soit reconnu davantage de poids au sein du Fond Monétaire International. Cette condition avancée par la Chine est pour l’instant totalement mise de côté par l’Europe car cela se ferait bien évidemment au détriment de cette dernière et des Etats-Unis.

reprochent à la République Populaire son « opportunisme » consistant à « profiter de la crise de la dette pour augmenter son influence ». Les gouvernements européens ne sont pas les seuls sceptiques. Le 30 octobre 2011, l’Agence de Presse Chine Nouvelle titrait que la Chine ne serait pas le « sauveur de l’Europe ». L’Agence parle d’une insuffisance du plan européen, qui ne s’attaquerait pas réellement aux « causes de la crise de la dette ». Par ailleurs, Pékin ayant par le passé déjà souffert de ses investissements dans l’économie américaine en 2008, ne souhaite pas voir ce schéma se répéter. Enfin, le gouvernement chinois ne tient pas à être considéré par l’opinion publique du pays comme servant sa « soupe populaire » d’investissements massifs à l’Europe. Nombre de Chinois ne comprennent pas pourquoi leur gouvernement n’investirait pas dans son propre pays, compte tenu de ses 150 millions de pauvres et pourquoi le vieux continent serait toujours vu comme un « Eldorado ».

Du point de vue monétaire, la Chine souhaite que l’Europe cesse ses critiques vis-à-vis de sa politique de sous-évaluation du yuan et que cela se traduise dans les faits : l’intégrer au panier de monnaie attaché aux droits de tirages spéciaux du FMI. Ce faisant, le dollar ne serait plus toutpuissant et l’influence de l’Europe et des EtatsUnis s’en verrait diminuée. Malgré ce risque, et l’affirmation par Christine Lagarde que « l’heure ne serait pas encore venue », le compte-rendu du Conseil des Ministres du G20 à Cannes énonce qu’une « révision du droit de tirage conduite en 2015 (…) pourrait conclure à une inclusion du yuan au panier de droit de tirage spécial. »

Ces conditions très exigeantes relevées par la presse européenne vont de pair avec les grognements des dirigeants européens, qui

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. "Nous n’avons pas le choix. Nous avons besoin de cet argent. La Chine est déjà largement implantée en Europe. Son aide ne ferait que l’intégrer un peu plus dans l’économie européenne. Ce qui est inquiétant, c’est ce que la Chine demanderait en contrepartie, et son impact sur notre vie quotidienne. Mais ce n’est pas là un phénomène nouveau. Si cette aide permet de relancer notre économie, pourquoi pas ? Mais il faut s’attendre à verser une contrepartie."

. "Non, nous ne devrions pas demander d’aide à la Chine. Si c’était le cas, nous ne vivrions plus en Europe mais en Chine. Nous ne serions plus indépendants. Nous avons déjà traversé d’autres crises et nous en sommes sortis sans aide étrangère. Nous devons trouver d’autres solutions, internes, c’est-à-dire des réformes politiques. Demander de l’aide à la Chine ne ferait que repousser le problème et lui donnerait trop d’influence, de contrôle et d’intérêt dans l’économie européenne".

« Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera » titrait Alain Peyrefitte en 1973 [homme politique et écrivain français de 1945 à 1981]. Je pense qu’il avait raison. Le pouvoir de la Chine s’est amplifié en quelques dizaines d’années, et ça continue. Plutôt que de s’en plaindre, nous devrions nous demander comment nous en sommes arrivés là. Il est lamentable que des pays développés aient une si mauvaise gestion de leur budget."

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. On a beaucoup parlé, il y a quelques semaines, d’une aide potentielle de la Chine au Fonds de stabilité financière pour la zone euro (FESF) (voir notre article). Quelles sont les motivations de la Chine ? L’intérêt de la Chine est avant tout d’ordre proprement économique ou disons, politicoéconomique. Une telle aide permettrait la diversification des investissements et donc des risques. L’Europe est un marché de 500 millions de producteurs et consommateurs, qui disparaîtra si l’Europe éclate et disparaît. Quant aux Américains, ils sont hautement endettés. Qui achètera alors les produits chinois ? Mais l’Europe est également un partenaire mondial qui peut jouer un rôle d’arbitrage et éviter la bipolarisation du monde entre Etats-Unis et Chine, comme c’est le cas aujourd’hui en Mer de Chine(1). En cas de conflits ou de tensions, il est toujours très dangereux de laisser les protagonistes isolés et face a face. La Chine pourrait-elle « acheter l’Europe » et imposer son modèle ? Cette aide représente aussi, comme dans le cas du port du Pirée en Grèce(2), un investissement dans un appareil productif. Dans ce cas, la Chine peut fort bien racheter une partie de l’Europe. Mais elle ne pourra pas, ou fort difficilement, imposer son
(1) Lieu de rivalités en Chine, pays d’Asie du sud est et d’autres grandes puissances (Japon, Etats-Unis) (2) En juillet 2010, la Chine y signe un contrat de 3,3 milliards d’euros, considéré comme une véritable incursion de la Chine en Europe.

« modèle » de production. Il est difficile d’imaginer les Européens accepter des travailleurs comme les Mingongs, ces travailleurs qui migrent de la campagne vers les zones urbaines, comparables aux Africains et Maghrébins des années 1960 en France… Encore que tout est possible !!!

On entend souvent dire que la Chine, malgré son succès économique, est encore isolée sur la scène internationale. Qu’en pensez-vous ? D’abord il me semble nécessaire de replacer cela dans une perspective historique au long terme (3). L’ouverture de la Chine au monde date d’à peine dix ans ; c’est comme si c’était hier ! En 1997, la première fois que je suis venu a Shanghai, les cartes de crédit n’existaient pas, mais en revanche, il y avait déjà des embouteillages… de vélos ! Mais depuis 2001 et l’entrée de la Chine à l’OMC, regardez le chemin parcouru ! Jeux Olympiques, Exposition Universelle, les 6 mois consacrés à l’Afrique en 2005, la participation de la Chine au G20... A noter aussi, les étudiants chinois, qui, à l’exception de la France, forment partout le premier contingent d’étudiants étrangers. Réciproquement, les universités chinoises s’ouvrent aux étudiants étrangers.
(3) Voir l’Ecole des Annales qui, après la 2ème Guerre mondiale, s’intéresse au temps long, qui permet d'apprécier l'évolution des sociétés, plutôt qu'au temps court, celui de l'évènement, trop instable pour être significatif.

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La Chine a besoin du reste du monde, mais le reste du monde a encore plus besoin de la Chine, un marché de 1,3 milliards de personnes et une classe moyenne qui comptera 300 à 400 millions d'individus d’ici trente ans, ce qui signifie : voiture, appartement avec tout le confort, produits électroménagers, informatique… L’isolement de la Chine est donc tout relatif. Outre son économie florissante, quels sont donc les éléments de la puissance chinoise ? Notons d’abord que la Chine, seconde puissance du monde, n’est pas intervenue militairement à l’étranger depuis 1979. En lieu et place, les leaders de la « société harmonieuse» ont depuis lors mis en place une politique basée sur le « Soft Power » : rejet de l’intervention militaire et de la menace au profit d’une stratégie de séduction et d’attraction. Il s’agit de plaire et surtout, de ne pas faire peur. Cela se traduit concrètement en 1997, lors de la crise financière asiatique (qui fait suite à la crise américaine, déjà !!!) par une intervention financière de la Chine pour soutenir les pays de la zone asiatique. Se met en place une politique régionale, basée sur une forte diplomatie et une aide incontestable et incontestée aux pays voisins. Pourtant, la Chine fait peur… Pourquoi ? Si cette politique du soft power a connu un formidable succès, si la Chine a réussi à s’imposer dans le concert international mais également sur la scène régionale, comme un partenaire obligé, mais courtois, et surtout qui se refuse à intervenir dans les affaires intérieures des pays (comme en témoigne son attitude à l’égard de la Syrie au Conseil de Sécurité cette année 2011), au plan de la diplomatie et des relations internationales, elle n’est pas parvenue à évacuer la crainte, l’appréhension, la peur qui accompagnent sa montée en puissance. J’ai fait une petite recherche sur l’image de la Chine dans le quotidien Le Monde, en prenant les articles publiés dans ce journal durant l’année 2007, un an avant les Jeux Olympiques et les incidents de la Torche Olympique (4). Une question récurrente ressort, qui se décline dans tous les domaines (relations internationales, affaires militaires, économie, finance mais aussi culture et mode) : « Que va nous faire la Chine ? »
4) Le passage de la Torche en 2008 avait créé des incidents dans plusieurs villes à cause de manifestants pro-tibétains.

La Chine fait peur ! Et la peur est toujours mauvaise conseillère. Mais surtout beaucoup plus important que mon opinion personnelle, c’est le fait que les dirigeants chinois s’inquiètent de cette image que le monde et plus encore l’Occident leur ont collée. Dès lors, mon appréhension n’est pas tant que la Chine parvienne à séduire ses partenaires et les conduisent à faire de leur plein gré ce qu’elle veut - c’est la définition du soft power -, mais que cette stratégie échoue et que pour parvenir à ses fins, la Chine doive montrer sa réelle puissance, économique, culturelle (le chinois) et bien évidemment militaire.

Comment expliquer qu’un système politique aussi strict rencontre encore l’aval d’une grande partie de la population ? Je dirais qu’en France on a plutôt une vision de la vie sociale et politique qui est « bottom-up ». Mais en Chine j’ai été frappé par le fait que tout est décidé par le sommet (leaders et Congrès du Parti), et le peuple suit. Mais pour l’heure, et sans aucun doute parce que depuis 30 ans la Chine connaît une croissance du PNB avoisinant les 10 %, ça marche ! Les Chinois suivent ! Car tous plus ou moins bénéficient de la croissance et du mieux être. Mais que la croissance s’arrête ou même qu’elle ralentisse pour tomber en dessous de 8%, alors là, tout est possible. D’autre part, les populations migrantes sont de plus en plus conscientes de l’inégalité qui règne et de leur exploitation par les classes moyennes et supérieures. Cette prise de conscience de l’inégalité constitue un risque majeur d’explosion sociale, voire d’éclatement de la Chine, malgré un pouvoir autoritaire qui est parvenu jusqu’ici à maintenir l’unité.

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Quels autres défis la société chinoise rencontre-telle ? J’en citerai plusieurs. Parmi eux, le vieillissement accéléré de la population, conjugué et en partie dû à une politique de l’enfant unique. En régime normal, on a à la naissance 104 garçons pour 100 filles ; en Chine, on en est a 120/100. Chaque année, 2 millions de garçons ne trouvent pas de femme pour se marier. Dans 10 ans, 30 millions d’hommes resteront célibataires. L’éducation et le marché du travail : là aussi, le succès de la Chine est impressionnant mais relatif. Il y a trente ans, la part de jeunes entrant à l’université était infime ; elle est aujourd’hui de 26%. Mais ce chiffre doit être comparé avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne où les pourcentages oscillent entre 55 et 70%. Chaque année 1,6 millions de nouveaux diplômés ne trouvent pas de travail ; lorsqu’ils en trouvent, il s’agit d’emplois sous qualifiés et surtout sous payés. En cause, une productivité du système éducatif supérieure à la capacité du marché du travail à absorber les nouveaux diplômés. La solution réside dans une véritable modernisation du système de production et des services, avec un marché du travail demandeur de main d’œuvre qualifiée. L’urbanisation de la Chine : pour accueillir les 500 millions de personnes issues des zones rurales qui vont arriver d’ici 25 ans dans des grandes villes parfois déjà saturées, la solution réside dans un plan d’aménagement et de développement du territoire, similaire à ce que nous avons connu sous la présidence du Général de Gaulle avec le Commissariat Général du Plan (6). La pollution : sous toutes ses formes, elle est devenue un problème majeur de santé publique. Prenez le cas de la Bretagne et étendez-le à la Chine tout entière. Toutes les grandes rivières sont, non pas polluées, mais en état de mort clinique ! Mettons que la Chine mène des actions appropriées et efficaces, il faudrait 50 ans pour qu’elles reviennent à la vie ! Les nappes phréatiques sont polluées, la terre est polluée et les aliments et animaux en sont victimes : 20% du riz vendu est pollué ! A Pékin, l’air est irrespirable et les maladies respiratoires, les atteintes aux yeux se multiplient.
(6) Créé en 1946, il perdure jusqu’en 2006 et a pour charge de définir la planification économique du pays. Le premier Commissaire au Plan est Jean Monnet.

Enfin, et je terminerai par là, la Chine souffre d’un déficit d’identité et de culture identitaire, une question sans doute plus difficile à résoudre que celle de l’économie. Cette affirmation peut sembler paradoxale. Mais depuis les guerres de l’Opium [entre 1830 et 1860], l’invasion des puissances étrangères et la défaite face aux Japonais, les Chinois ont dénigré leur propre culture en imputant cette humiliation à la culture et aux traditions chinoises. Cette auto flagellation s’est poursuivie pendant 100 à 150 ans. Durant les années des réformes initiées par Dien Xiaoping, la croissance du PIB a tenu lieu de contrat social. Mais une croissance économique à deux chiffres ne peut remplacer une identité nationale. On assiste actuellement à une réinterprétation des traditions et héritages du passé, à commencer par Confucius. Mais son enseignement est tombé en désuétude avant d’être interdit par Mao. Après un siècle d’oubli, qui est encore capable d’enseigner Confucius ? Quel avenir entrevoyez-vous pour les relations entre la Chine, l’Union européenne et le reste du monde ? A cette question je n’ai pas de réponse. Ce que je vois c’est que le couple formé par les Etats-Unis, la Chine et l’Europe ne peut pas divorcer. Ils peuvent être en désaccord, en froid, parfois se combattre, mais ils ne peuvent pas rentrer dans un processus comme celui de la Guerre Froide. Maintenant, comme dans tous les couples, les relations peuvent être « harmonieuses », à peu près égalitaires ou bien inégalitaires. Mais comme aurait dit Karl Marx, ceci est une question de rapports de forces…

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La République populaire de Chine est la puissance économique mondiale après les Etats-Unis et devant le Japon depuis 2010. Son revenu par tête est dix fois inférieur à celui du Japon. : la Chine est le pays le plus peuplé de la planète. : PIB par habitant : la population reste pauvre (34 092 $ en France). : Mao Zedong fonde la République populaire de Chine, fondée sur une économie communiste. Fin des : Transition vers une économie socialiste de marché par le Président Xiaoping, considéré comme étant à l’origine du développement économique de la Chine : début des réformes : la Chine ne représente que 0,4% du commerce international Depuis les le Brésil , croissance économique fulgurante, en même temps que l’Inde et

: La Chine devient membre de l’Organisation Mondiale du Commerce. : la Chine est le premier exportateur du monde : taux de croissance chinois en 2010 (1,5% en France) : Elle en fait partie depuis sa création en 1999 et est associée aux débats sur les grands thèmes du . : tandem Chine-Etats-Unis surnommé « Chinamerica » qui a émergé lors de la crise financière de 2008-2009, efficace pour en limiter les conséquences. : nombre de prisonniers politiques. Il est estimé à par la Commission du Congrès pour la Chine, un organe du Congrès américain créé en 2000. Les arrestations auraient augmenté de 40% ces dernières années avec les manifestations pro-tibétaines et les Jeux Olympiques. Selon Amnesty International, des exécutions mondiales ont lieu en Chine.

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Je m’appelle Tom, mais mon nom chinois est Tang Jiyao . J’ai 21 ans, je viens du Sichuan, une province à l’ouest du pays. J’étudie l’anglais et les affaires internationales à la China Foreign Affairs University (CFAU), à Pékin.

Pas vraiment. Mon résultat au Gaokao, l’examen national d’entrée à l’université, n’était pas suffisant pour étudier l’économie et je m’étais déjà inscrit à la CFAU ; je ne pouvais pas changer d’université. Le système du Gaokao est compliqué et changeant… Mes études me plaisent maintenant, j’ai acquis un bon niveau en anglais et appris beaucoup de choses sur les relations internationales. Cela dit, je prépare le concours pour rentrer en master d’économie.

étaient enrôlés automatiquement ; il ne s’agissait pas d’un véritable engagement politique. Je suis en train de candidater pour devenir membre du Parti. La raison principale pour laquelle je le fais est que la plupart des personnes talentueuses sont membres du Parti, et qu’être membre du Parti rendra les choses plus aisées dans ma future carrière. Je ne sais pas encore si je vais faire de la politique mon métier, ou pour être plus précis, si je vais devenir fonctionnaire. Les choses sont un peu différentes en Chine car nous n’avons pas de ligne claire entre politique et administration, comme c’est le cas dans la plupart des pays occidentaux. On devient fonctionnaire après avoir réussi le « Concours National », très sélectif (il y a parfois 3000 candidats pour un seul poste). Mais fonctionnaire est un bon travail comparé à d’autres.

C’est difficile à dire. Je dirai quand même que ce sont mes études en ce moment. Nous faisons face à une compétition acharnée entre étudiants chinois. On ne peut pas passer sa vie à ne rien faire.

Je suis membre de la Ligue des jeunesses communistes depuis que je suis entré au lycée. A cette époque-là, pratiquement tous mes camarades

Le Concours National d’Entrée aux Etudes de Master ; il me permettrait de continuer mes études et sera déterminant pour ma carrière à venir. J’ai aussi suivi les actualités dans le monde : le Jobs Act aux Etats-Unis, la crise de la dette en Europe, les différends entre la Chine et la Birmanie, pour n’en nommer que quelques-unes… Je suis aussi très occupé à préparer mon prochain voyage à

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"Je pense que la chose la plus importante pour la Chine est de retrouver ses valeurs traditionnelles,"
vélo, peut-être de Chengdu au Tibet ou bien sur l’Île d’Hainan. marxisme, venu d’Allemagne, et de plusieurs mouvements de purge durant la Révolution Culturelle, nous avons beaucoup perdu en détails et précision sur nos traditions et nos valeurs traditionnelles. Nombreux sont ceux qui considèrent Taïwan comme « plus chinoise » car la culture chinoise ne s’y est jamais interrompue. Avec sa rapide croissance économique au cours des dernières décennies, la Chine est devenue incroyablement matérialiste. Des évènements récents ont choqué la conscience sociale. Je citerai « Xiao Yueyue Event » : une petite fille, surnommée Petite lune, a été renversée par une voiture. Des dizaines de piétons sont passés à côté d’elle sans en faire cas, l’abandonnant à la mort. Nos traditions et valeurs doivent vraiment être restaurées et le peuple chinois doit réévaluer les choses importantes dans la société plutôt que l’argent seul.

Je suis allé dans la région du Tibet, du Yunnan et d’autres endroits en Chine, et au Népal, mon seul séjour à l’étranger pour l’instant. Honnêtement, le monde entier m’attire ; les Etats-Unis, l’Europe, le Vietnam… J’aimerais vraiment venir en France mais comme le billet d’avion est extrêmement cher, je dois économiser de l’argent avant même de trouver un moment pour m’y rendre.

Steve Jobs et Wang Xiaobo, un écrivain chinois, m’inspirent beaucoup. Steve a recherché toute sa vie la perfection. Je ne pense pas avoir ce talent mais son conseil « Suis ton cœur » m’encourage beaucoup. Et dans les romans de Wang, il plaide en faveur d’une vie intéressante et de la vie intellectuelle. Ce sont aussi devenus des objectifs dans ma vie.

Jean-Jacques Rousseau. Pas seulement pour son immense contribution aux Lumières et à la Révolution française, mais aussi pour sa sincérité et sa volonté de montrer ses moments les plus humiliants et honteux comme il l’a fait dans ses Confessions.

Plutôt que de promouvoir la démocratie ou la liberté de la presse auxquelles les médias occidentaux appellent chaque jour, je pense que la chose la plus importante pour la Chine est de retrouver ses valeurs traditionnelles, que nous avons perdues au cours des dernières années. La Chine, en particulier la Chine continentale, est en fait très occidentale. Avec l’influence du

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"Cher

Oncle

Anatole,

Je t’écris depuis Tianjin, 39°7′0″ Nord ; 117°11′0″ Est, République populaire de Chine. Quelle surprise, me diras-tu ! Figures-toi que j’ai eu la chance d’être sélectionnée à l’issue de la convention européenne sur le bénévolat des jeunes pour faire partie de la délégation de jeunes européens participant aux cérémonies de clôture de l’Année UE-Chine de la jeunesse. M’y voici donc : un moment intense en activités, aussi riche en découvertes qu’en rencontres, côté chinois comme côté européen. Nous venons de réfléchir pendant cinq jours à Pékin avec nos amis chinois sur les thématiques de la jeunesse dans une société vieillissante, du développement durable et de la place des jeunes au niveau des institutions internationales. Après l’intervention d’experts pour identifier les enjeux dans chacun de ces domaines, le but de la rencontre était de rédiger des recommandations sur les initiatives communes que l’on aimerait voir le jour entre jeunes européens et jeunes chinois, afin de relever ensemble ces défis communs. Vaste programme… Espérons que les résolutions obtenues ne resteront pas lettre morte et que Mme Vassiliou, la Commissaire européenne à l’éducation et culture à qui nous les avons présentées hier, saura les défendre pour les mettre

en œuvre. En tout cas, nous sommes d’ores et déjà assurés que ce sommet aura porté ses fruits pour certains ; la délégation de jeunes entrepreneurs européens qui nous accompagne pour un sommet en marge avec de jeunes entrepreneurs chinois ont ou vont, pour certains, signer des contrats et monter des partenariats avec leurs confrères chinois. Au-delà des objectifs officiels du sommet, les sessions de travail ont été le moyen pour nous tous délégués d’avoir des échanges et discussions très profondes sur les politiques et le fonctionnement des systèmes politiques en place dans chaque région, et de créer des occasions de conversations informelles « mixtes » entre chinois et européens entre les sessions (discussions qui auraient eu le plus grand mal à voir le jour sans session formelle préalable, dur à comprendre pour un européen…). J’ai trouvé les discussions et négociations menées par moment pesantes, avec des partenaires finement choisis pour leur accointances avec certaines idées politiques dont je te laisse deviner la nature, dans un contexte diplomatique qui restreint la liberté de ton, avec la contrainte de la traduction qui empêche toute spontanéité dans les

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dialogues et peut potentiellement déformer le sens d’une idée ou question telle qu’initialement émise… Enfin, cela a été très encourageant pour moi d’entendre côté chinois un son de cloche parfois très différent lors de discussions informelles de ce qui a été dit en session, et de constater que les délégués chinois les plus jeunes ont des idées différentes de celles exprimées en session formelle, durant laquelle ils n’ont guère pu partager leur point de vue. Gageons que certains changements verront le jour en Chine lorsque des officiels de notre génération seront montés hiérarchiquement assez haut pour pouvoir émettre leurs idées sans crainte…

n’ose à peine imaginer ce à quoi ce paysage ressemblera dans une cinquantaine d’années, lorsque des vices de fabrication auront été mis à jour et que la vétusté gagnera certains bâtiments… car il est loin d’être sûr que tous les bâtiments construits seront occupés, à moins que la population de la ville se multiplie par un nombre à deux chiffres, et encore… On a rassuré mes craintes en me disant que le Parti a des outils d’évaluation très pointus pour estimer avec précision les besoins actuels de la ville. Je ne sais pas si je suis vraiment rassurée.

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J’apprécie beaucoup les visites de temples bouddhistes, de bâtiments historiques, mais aussi Nous avons été merveilleusement bien accueillis les quelques trajets en bus que nous avons eu hier pour ce sommet ; imagines-toi que nous avons et aujourd’hui, où j’ai pu apercevoir ne serait-ce passé quelques jours à travailler au pied du nid que le temps d’un clignement de paupière olympique, dans le bâtiment construit pour quelques scènes et paysages à l’extérieur de installer les médias lors des JO de 2008 ! Plutôt l’hyper-centre des grandes villes : une femme classe. Par contre, tout est extrêmement organisé et lavant son linge dans une rivière boueuse, un rigide au niveau du patchwork de petites programme. J’ai quand "...une femme lavant son linge dans une rizières dans lesquelles même réussi à rivière boueuse, un patchwork de petites sont plantés des panneaux m’échapper en soirée de rizières dans lesquelles sont plantés des publicitaires le long des la tour en ivoire dans panneaux publicitaires le long des routes" routes, des enfants en laquelle on avait pris pleine course de vélo, des soin de nous loger « par souci de sécurité » grâce à vieillards autour d’un jeu de cartes, … la complicité de certains européens sachant parler chinois et connaissant bien la ville. Nous nous Je vais te laisser car je pars profiter des rayons de sommes baladés en soirée dans le dédale des soleil dans la ville. C’est notre deuxième jour de petites baraques des quartiers populaires du centre- vrai soleil ! Non qu’il ait plu ou que le temps ait ville de Pékin et avons négocié quelques souvenirs été nuageux auparavant, mais la pollution de l’air chez de petits commerçants, avant de partager dans dans Pékin est telle qu’il est impossible la rue avec quelques autres passants un « hot-pot », d’apercevoir le soleil ; le ciel s’obscurcit chaque cuisine de rue très populaire (assortiment de jour davantage jusqu’à ce qu’il ne soit plus brochettes de petits morceaux de viandes et possible de discerner les bâtiments alentours à 100 légumes frits quelques minutes). mètres de distance. Et qu’un orage soit déclenché Nous sommes aujourd’hui passés à la partie plus pour permettre à la ville de respirer informelle de l’évènement, durant laquelle nos temporairement, comme hier, jour de notre hôtes tiennent à nous montrer l’exemple le plus cérémonie officielle… flamboyant de la réussite du développement à la chinoise : Tianjin city, où les visiteurs étrangers Il y aurait encore mille et une images et anecdotes sont conduits par bus entiers. Eh bien, cela ne à te faire partager, mais je garde tout cela pour laisse pas indifférent ! De ma vie entière je n’ai lorsque nous nous retrouverons autour d’un aligot, jamais vu autant de grue qu’aujourd’hui en une au coin d’un bon feu dans nos montagnes de seule journée, posées à côté de centaines et milliers l’Aubrac ! de tours de béton vides, toutes au même niveau de construction, ceinturées d’ « échafaudages » sur A très bientôt de retour, lesquels pas un européen ne s’aventurerait. Et dire que les courageuses petites mains chinoises de ce Aline." chantier titanesque, migrants des régions pauvres de Chine, n’ont pas le moindre droit social... Je

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Préoccupée par la rapide croissance de sa population, la Chine, avec ses 5 à 6 enfants par femme en 1970, instaure à la fin de la décennie une politique de contrôle des naissances baptisée « une famille – un enfant ». Grâce à ce programme, la Chine réussit à changer le schéma familial de ses citoyens en seulement 30 ans, faisant baisser l’indice de fécondité jusqu’à 1,8 en 2006. Malgré cela, la population de la Chine ne cesse de croître. Si elle compte actuellement 1,35 milliards de personnes, elle atteindrait, selon certains analystes, un pic de 1,4 milliards en 2025, avant de commencer lentement à diminuer. En Russie aussi, les experts considèrent 2025 comme une année de changement et espèrent que la chute démographique qui dure depuis les années 90 cessera. Cette crise démographique est la quatrième que subit la Russie depuis le début du XXème siècle. Or, contrairement aux trois premières, l’actuelle persévère malgré l’absence de guerres et de répression. Elle résulte d’une brusque chute de la natalité combinée à un accroissement considérable de la mortalité. Ainsi depuis 1991 le taux de mortalité surpasse celui de la natalité.

Dans 19 provinces, la politique est de « 1,5 enfants par famille », ce qui signifie que dans le cas où le premier enfant né est une fille, la famille a le droit d’avoir un second enfant. Les habitants des régions sous-développées ainsi que les minorités nationales ont droit eux aussi à deux enfants sans distinction de sexe. Quant aux villages de la province Ouïgoure de Xinjiang, ils ont droit à trois enfants ; au Tibet il n’existe pas de restrictions. En Russie, le plan démographique en trois étapes couvrant la période jusqu’en 2025 devrait faire repartir la croissance de la population : vaincre les premières causes de mortalité (maladies cardiovasculaires), sensibiliser la population aux questions de santé, et créer une ambiance favorable à la fondation des familles.

La politique « une famille – un enfant », malgré les idées reçues, ne s’applique pas aveuglément à l’ensemble du territoire chinois. En réalité, il existe plusieurs exceptions à cette règle.

Aujourd’hui on peut constater quelques résultats ambigus des deux côtés. Il est vrai que même si la population chinoise continue de croître et que la population russe diminue chaque année, les tendances vont dans le sens prévu par les politiques démographiques respectives.

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Ainsi la Chine annonce avoir évité la naissance de 400 millions de personnes. Quant à la Russie, les taux de mortalité et de naissance tendent à se rapprocher peu à peu, laissant l’espoir que bientôt les taux s’inverseront. Malgré des objectifs différents, les deux pays sont parvenus à un résultat commun : le vieillissement de la population. Le taux de personnes âgées de plus de 65 ans est de 7% pour la Chine et déjà de 13% pour la Russie. Les conséquences de cette situation sont bien connues en Europe : moins de personnes qui travaillent, plus de personnes âgées à leur charge.

En Chine, il existe un autre phénomène, celui du déséquilibre homme/femme dû à la tradition, encore vivace, qui impose que l’héritier soit un homme. Ainsi avec l’introduction des échographies, l’avortement sélectif s’est répandu parmi les femmes qui apprenaient qu’elles allaient avoir une fille. Mais même avant, fréquents étaient les cas d’infanticide chez les filles. D’ailleurs le taux de mortalité reste toujours plus élevé chez les filles que chez les garçons, ce qui s’explique par la négligence portée à la santé des enfants moins désirés… ceux de sexe féminin. Afin d’enrayer ce phénomène nocif qui risque de laisser des milliers d’hommes chinois sans épouse, d’augmenter le trafic des femmes et la prostitution, le gouvernement a mis en place depuis 2001 un programme de communication « La fille, c’est bien ». En dehors de cette propagande, il existe un système d’aide financière aux familles paysannes ayant deux filles. Dans le même registre des déséquilibres entre les sexes, en Russie il y a une carence masculine à partir de la soixantaine en raison d’une espérance de vie réduite (61,4 ans) comparée à la femme (73,9 ans) qui s’explique par une consommation excessive d’alcool fort et de mauvaise qualité, mais aussi par des taux de meurtres, d’accidents et de suicides élevés. En effet, l’homme russe se caractérise par sa nonchalance au sujet de la santé et du mode de vie.

Hormis cela les familles en Russie accueillent volontiers aussi bien les garçons que les filles, et une aide financière d’Etat est prévue pour chaque enfant né. Cependant, d’une part l’aide est dérisoire pour la classe moyenne, surtout en ville (par exemple, l’aide ne finance même pas le coût des couches), et de l’autre les opposants à la politique d’Etat prétendent que la stimulation financière ne fait que précipiter une volonté d’avoir un enfant, profitant des avantages existants (souvent provisoirement), sans pour autant changer l’indice de fécondité. Alors les premiers bénéficiaires de ce programme sont les minorités nationales où le taux de natalité est traditionnellement élevé.

Quant au vieillissement de la population, la politique est claire : la majeure partie n’ira pas jusqu’à l’âge de la retraite, et pour ceux qui bénéficieraient de leur pension, le système de santé nationale finira de les achever : beaucoup de personnes âgées se voient refuser l’hôpital (« à quoi bon, n’avez-vous pas assez vécu ? ») et le coût des médicaments rend prohibitifs les traitements à domicile.

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Parallèlement, il existe une politique de rétablissement démographique efficace encourageant les flux migratoires. Le gouvernement russe, non sans fierté, a affirmé qu’en 2009 la baisse naturelle de la population (moins 248,9 millions de personnes) a été compensée à 99% par l’immigration, notamment en provenance des ex-républiques soviétiques. Il est inutile de préciser que les Russes, fortement nationalistes, sont loin d’être satisfaits d’une telle posture gouvernementale. Reste à savoir si l’opinion publique pourrait changer quelque chose…

Quant à la Chine, sans attendre les retombées négatives, le gouvernement est déjà en train de changer doucement sa politique démographique. Dans les familles où le mari et la femme sont issus de familles à enfant unique, les parents ont le droit d’en avoir deux. Cependant les jeunes familles ne le souhaitent pas toujours, l’éducation des enfants étant une charge très lourde en Chine. Alors bientôt ce pays fera face à un nouveau phénomène socio-démographique: une génération majoritairement sans frères ni sœurs changera forcément le rapport des Chinois à la famille.

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Silvio Berlusconi, il piccolo gigante della politica italiana, Presidente del Consiglio per ben tre volte dal 1994, lo scorso 12 novembre ha dato le sue dimissioni da capo del governo dopo aver perso la maggioranza alla Camera. Quello che non era stato ottenuto da anni di proteste popolari, scandali, processi, è riuscito alla crisi economica ed alle pressioni dell’UE.

Monti ha risposto all’appello del Presidente della Repubblica accettando di formare e guidare il nuovo esecutivo.

Dal vertice di Cannes l’Italia è in effetti uscita come sorvegliata speciale posta sotto il doppio controllo della Commissione europea e dell’FMI, che si sono impegnati ad eseguire delle verifiche trimestrali sui progressi di risanamento del debito e del rilancio economico del paese, così come sull’attuazione dei provvedimenti annunciati. Una stretta vigilanza dovuta alla volontà di evitare che la crisi italiana non degeneri fino ad arrivare al crollo, come è successo in Grecia. Già a inizio novembre queste misure anticrisi segnalavano la mancanza di credibilità dell’Italia, una mancanza che molti pensavano dovuta alla presenza dell’ex premier che ha sempre rifiutato di ammettere la reale gravità della crisi tendendo a ridimensionarne la portata. Il duro richiamo all’ordine di Bruxelles ha ottenuto come risultato fondamentale di sbloccare l’attuazione di norme economicofinanziarie anticrisi. A seguito della dimissione di Berlusconi la gestione della crisi è passata nelle mani del capo dello Stato. Con il suo intervento Napolitano ha evitato il caos decidendo per la creazione di un governo tecnico di transizione, in attesa delle elezioni che si terranno nel 2013, e l’economista ed ex commissario europeo Mario

Il contrasto tra Monti e Berlusconi non potrebbe essere più grande: pacato ed elegante il primo, quanto l’altro era chiassoso; il tecnico conosciuto negli ambienti internazionali per la sua competenza contro l’uomo di spettacolo. Il Montistyle, come già viene chiamato, sembra piacere agli italiani, anche se l’annuncio dei necessari tagli è stato accolto da proteste studentesche al grido di “Noi la crisi non la paghiamo” e “Che se ne vadano tutti”. In realtà qualcuno se ne è già andato. Nel suo esecutivo Monti ha scelto di non inserire ministri politici ma solo tecnici, assicurando che l’affidabilità di questo governo “dipende dalla capacità di agire incisivamente e di spiegare ai cittadini ed al Parlamento il significato della propria azione”. Non sorprende che il programma del nuovo Primo Ministro si articoli attorno ad un migliore utilizzo dei fondi UE, ad un taglio selettivo della spesa pubblica e dei costi della politica ed alla creazione di posti di lavoro per puntare su una crescita sostenibile. L’obiettivo chiave è recuperare la

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fiducia dei mercati, dell’Europa e quella degli italiani verso le istituzioni politiche. Su richiesta di Monti tutti i partiti hanno annunciato il proprio sostegno al suo esecutivo, con l’unica eccezione della Lega Nord il cui leader, Umberto Bossi, è apertamente ostile al nuovo Primo Ministro. Persino Berlusconi ha affermato, qualche giorno dopo la sua dimissione, che “Siamo in buone mani”.

Il clima è positivo a Bruxelles: soprattutto è importante il fatto che non si parli più della crisi di credibilità né dell’incapacità di prendere decisioni dell’Italia. Merkel e Sarkozy hanno dichiarato il loro favore e l’intenzione di avviare una stretta cooperazione con il nuovo governo. Il neo Presidente del Consiglio ha contribuito all’ottimismo generale, dicendo che la crisi può rivelarsi “un’opportunità per il Paese di rilancio e speranza non solo per l’economia, ma anche per i

valori fondanti di una vera comunità”. Ha inoltre affermato di voler riportare il Paese al suo ruolo di protagonista nell’UE, dato che “l’Italia non è mai stata così decisiva sull’avvenire dell’Europa, e così estranea alle decisioni su questo stesso avvenire”. Una bella iniziativa da parte del nuovo premier, che testimonia del suo desiderio di finirla con l’immobilismo politico. Allo stesso modo ha consultato, per la prima volta nella storia della Repubblica, una delegazione di donne e una di giovani, le quali gli hanno fatto presenti rispettivamente l’importanza delle pari opportunità e dell’occupazione giovanile. Se dei dubbi sono stati sollevati contro la legittimità di questo governo imposto dall’alto, senza voto, la maggior parte degli italiani non sente la democrazia in pericolo. Certo resta il timore di ricadute nel populismo una volta arrivati alle elezioni, previste per la primavera 2013. D’altra parte Berlusconi ha annunciato che userà il periodo del governo Monti per rilanciare il Pdl. A buon intenditore.

Traduit par Isabelle Podetti la dette et de relance économique du pays ainsi que la mise en œuvre des mesures annoncées. Une vigilance stricte qui est due à la volonté d’éviter que la crise italienne ne dégénère jusqu’à l’effondrement, comme cela s’est produit pour la Grèce. Dès début novembre, ces mesures anticrises témoignaient déjà du manque de crédibilité de l’Italie, manque de crédibilité que beaucoup de gens pensaient dû à la présence du Cavaliere qui a toujours refusé d’admettre la réelle gravité de la crise, tendant à en diminuer l’ampleur. Le sévère rappel à l’ordre de Bruxelles a eu un effet primordial : il a débloqué la mise en œuvre de lois économico-financières anticrises. Suite à la démission de Berlusconi, la gestion de la crise est passée entre les mains du chef de l’Etat, Giorgio Napolitano. Par son intervention, Napolitano a évité le chaos en décidant de renvoyer le gouvernement et de nommer Mario Monti, expert économique et ancien commissaire

s. Silvio Berlusconi, le petit géant de la politique italienne, élu par trois fois Président du Conseil depuis 1994, a démissionné de son poste de chef du gouvernement le 12 novembre dernier après avoir perdu la majorité au parlement. Ce que des années de protestations populaires, de scandales et de procès n’avaient pas su obtenir, c’est aujourd’hui la crise économique et les pressions de l’Union Européenne qui y sont parvenues.

Depuis le sommet de Cannes, l’Italie a en effet été mise sous la double surveillance spéciale de la Commission Européenne et du FMI, qui se sont engagés à vérifier chaque trimestre les progrès de

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européen, pour la formation d’un gouvernement de transition composé d’experts, en attendant les élections qui se tiendront en 2013.

Le contraste entre Monti et Berlusconi ne pourrait être plus grand : le premier est serein et élégant, tandis que l’autre faisait scandale ; l’expert connu dans les milieux internationaux pour ses compétences contre l’homme qui se donnait en spectacle. Le « style Monti », comme on le nomme déjà, semble plaire aux Italiens même si l’annonce de restrictions budgétaires a été accueillie par des protestations étudiantes sous le slogan « Nous ne paierons pas pour la crise » ou encore « Qu’ils s’en aillent tous ». A vrai dire, ils sont déjà partis. Au sein de son gouvernement, Monti n’a voulu aucun ministre politique mais exclusivement des experts, assurant que la fiabilité de ce gouvernement «dépend de sa capacité d’agir de manière précise et d’expliquer aux citoyens et au Parlement le sens de ses actions.» Sans surprise, le programme de Mario Monti s’articule autour d’une meilleure utilisation des aides financières de l’UE, d’une réduction ciblée des dépenses publiques et des coûts politiques, ainsi qu’autour de la création d’emplois pour aspirer à une croissance durable. Son objectif clef ? La confiance : celle des marchés, de l’Europe et des Italiens envers leurs institutions politiques. A la demande de Monti, tous les partis ont témoigné de leur soutien, à la seule exception de la Ligue du Nord dont le chef, Umberto Bossi, se montre ouvertement hostile au nouveau premier ministre. Même Berlusconi a affirmé, quelques jours après sa démission, que les Italiens sont « entre de bonnes mains ».

Mario Monti a alimenté cet optimisme général en déclarant que la crise pourrait s’avérer être « une opportunité de relance et d’espoir pour le pays, non seulement en matière d’économie, mais aussi en ce qui concerne les valeurs qui aident à construire une vraie communauté.» Il a par ailleurs affirmé qu’il souhaitait faire en sorte que l’Italie retrouve son rôle protagoniste au sein de l’UE : « l’Italie n’a jamais eu une place aussi décisive face à la question de l’avenir de l’Europe, tout en étant aussi étrangère aux décisions concernant ce même avenir ». Une belle initiative de la part du nouveau Président du Conseil italien qui témoigne de son envie d’en finir avec l’immobilisme politique. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire de la République italienne, il a consulté une délégation de femmes et une autre de jeunes qui lui ont fait part respectivement de l’importance de l’égalité des chances et de l’emploi des jeunes. Si certaines voix s’élèvent contre la légitimité de ce gouvernement imposé par le haut, sans vote, la plupart des Italiens ne pensent pas que leur démocratie soit en danger. La crainte du populisme persiste jusqu’aux prochaines élections prévues au printemps 2013. D’ailleurs, Silvio Berlusconi a annoncé qu’il profitera du gouvernement Monti pour relancer son parti, le Peuple de la Liberté. A bon entendeur.

Le climat est positif à Bruxelles : on ne parle plus de crise de crédibilité ni d’incapacité de l’Italie à prendre des décisions, ce qui est particulièrement important. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont déclaré leur soutien ainsi que leur intention d’engager une étroite coopération avec le nouveau gouvernement italien.

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P minimizado las consecuencias. Primero, ignoró la crisis calificando de antipatriotas a los que la anunciaban. Y cuando la crisis se hizo evidente, incluso para él, reaccionó equivocadamente con medidas “keynesianas” de aumento del gasto, como el famoso “Plan E”, en vez de tomar a su tiempo las necesarias medidas de contención del gasto público y fomento del empleo. Siempre intentó evitar las medidas impopulares hasta que, por presiones de sus socios franceses y alemanes, adoptó de forma tardía e incompleta. La impopularidad de esas medidas es lo que le forzó a adelantar las elecciones con los siguientes resultados.

Estaba claro, las encuestas eran cristalinas, pero tenían que hablar las urnas. Y vaya si han hablado. Más que hablar, han gritado. Han pedido un cambio, un golpe de timón, un viraje hacia la derecha. El 20 de Noviembre lo consiguieron. Los resultados de los comicios han sido demoledores para el gobierno socialista. El centro-derecha, de la mano del Partido Popular (PP) ha arrasado, obteniendo una mayoría absoluta histórica desde su fundación en 1989 y dejando al Partido Socialista Obrero Español (PSOE) en una situación de crisis traumática.

Las causas que han propiciado este cambio de rumbo tan radical hay que buscarlas, lo mismo que en otros países europeos, en el contexto actual de crisis económica, que en España se originó por un sobrecalentamiento del sector inmobiliario, dramáticamente agravado por la crisis financiera y de crédito surgida en Estados Unidos y que rápidamente se contagió a toda Europa. Las consecuencias más visibles para España han sido un desempleo superior al veinte por ciento, un estancamiento, cuando no recesión, de la economía y un déficit público que ha llevado a la crisis de la deuda con una prima de riesgo casi fuera de control. Es evidente que las causas no son achacables al gobierno de Rodríguez Zapatero pero si el no haber

. De los 350 escaños que componen el Congreso de los Diputados el PP obtiene 186 y el PSOE 110. Hay que destacar que el mosaico parlamentario se ha visto enriquecido con el aumento de escaños por parte de partidos minoritarios como Izquierda Unida (IU) que obtiene 11 y Unión Progreso y Democracia (UPyD) que se hace con 5. Sin embargo, las elecciones impulsan también a partidos nacionalistas como Convergencia i Unió (16) y Amaiur (7). Este último es el heredero de la extinta Batasuna, brazo político de la banda

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terrorista ETA. Sin duda su fuerte irrupción en el Congreso se ha visto favorecida por el cese definitivo de la violencia armada y por la presumible solución del conflicto vasco. A pesar de la presencia del nacionalismo más radical, la atomización en el Congreso (13 partidos están representados) es una buena noticia, ya que el bipartidismo en España (popularmente conocido como PPSOE) está demasiado arraigado en el Parlamento. El gran derrotado de estas elecciones es sin dudo Alfredo Pérez Rubalcaba, candidato del PSOE y antiguo Ministro del Interior. No ha podido distanciarse lo suficiente de la sombra de Rodríguez Zapatero, un gobernante que deja a España con más de cinco millones de parados, la cara más visible y triste de una crisis que él mismo negó durante demasiado tiempo. Los socialistas han anunciado la celebración de un congreso en Febrero con el objetivo de elegir a un líder que sea capaz de devolver al partido la ilusión y la confianza a sus votantes. . O al menos esa es la reputación que le precede. De lo primero, de su paciencia, no cabe ningún género de dudas. Estas son las terceras elecciones a las que se presenta, tras haberse postulado como candidato a la presidencia en 2004 y en 2008. El eterno candidato por fin ha recogido los frutos de su larga espera. Rajoy, un estudiante modelo que con 23 años logró aprobar unas durísimas oposiciones para hacerse con una plaza del registro de la propiedad, ha sido también un político precoz. Un hombre que ha sido casi todo en política y que ahora se enfrenta a un reto extraordinario. Sobre su eficiencia se ha dicho mucho. Siempre tuvo la fama de ser un gran gestor y un mal candidato. Lo segundo ya ha dejado de importar. Un periodista le definió una vez de una manera

curiosa: Rajoy tiene una cosa mala y otra buena, la mala es que por donde pasa no limpia. Y la buena es que por donde pasa, no ensucia. . Ahora Rajoy ha acumulado el mayor poder político en la historia de la democracia, con una mayoría absoluta holgada tendrá que hacer frente a una crisis de todavía oscura solución. Como decimos en España, tendrá que coger el toro por los cuernos. Tendrá que devolver la confianza a unos mercados hartos que exprimen a un país que, en el momento de escribir estas líneas, tiene una prima de riesgo que ha llegado hasta los 463 puntos. Tendrá que reducir el déficit público aplicando unos recortes que no gustarán a nadie. Y sobre todo tendrá que hacer todo lo posible por bajar el índice de desempleo, para ello no le quedará más remedio que negociar con los sindicatos para conseguir una política laboral más flexible que dinamice la angustiosa situación de las empresas. A él le toca también recuperar la confianza de sus socios europeos, Angela Merkel y Nicolas Sarkozy. Una de las primeras llamadas que recibió Rajoy cuando se conocieron los resultados electorales fue la de Merkel, que le felicitó e instó a aplicar con urgencia las medidas necesarias. En su conversación Rajoy le dijo a Merkel: “España quiere dejar ser un problema para Europa para pasar a ser parte de su solución”. España puede salir de esta. Somos un gran país, una pieza a tener muy en cuenta en el tablero europeo. El pueblo español ha hablado muy claro y ahora espera no ser decepcionado, espera volver a sentirse importante y recuperar el sitio que le corresponde. Pero para ello habrá que pasarlo mal, peor incluso de como lo está pasando. Habrá que hacer sacrificios, pero también recuperar el optimismo que nos caracteriza para salir de esta situación. Es la única manera de remontar.

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On s’y attendait, les sondages étaient unanimes, mais il restait aux urnes à s’exprimer. Depuis le 20 novembre, c’est chose faite. Elles ne se sont pas contentées de parler, elles ont crié. Elles ont exigé un changement de cap, un virage à droite. Le centre droit, représenté par le Parti Populaire (PP) s’est imposé de manière écrasante, en obtenant une majorité absolue historique depuis sa fondation en 1989, laissant le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) dans une situation de crise traumatique.

Les raisons à l’origine de ce changement si radical se trouvent, comme pour les autres pays européens, dans le contexte actuel de crise économique. En Espagne, elle a été provoquée par la surchauffe du secteur immobilier, aggravée par la crise financière et la crise du crédit apparue aux Etats-Unis, qui a rapidement contaminé l’Europe entière. Les conséquences les plus visibles en Espagne sont un taux de chômage supérieur à 20%, un ralentissement de l’économie et un déficit public. Ce dernier, conjugué à une prime de risque galopante, a conduit à la crise de la dette souveraine.. S’il est évident que ses causes ne sont pas imputables au gouvernement de Rodriguez Zapatero, on peut reprocher à ce dernier d’avoir minimisé les conséquences de la crise. Tout d’abord, il l’a ignorée, qualifiant d’ « antipatriotes » ceux qui osaient l’appeler par son nom. Et quand la crise est devenue trop évidente, il a réagi avec des mesures « keynésiennes » d’augmentation des dépenses, tel le fameux « Plan E » (Plan Espagne) - au lieu de prendre les mesures nécessaires de contention de la dépense publique et de promotion de l’emploi. Toujours en évitant les mesures impopulaires… jusqu’à ce que, sous la pression de ses partenaires français et allemand, il en adopte, mais de façon tardive et incomplète. L’impopularité de ces mesures a contraint Rodriguez Zapatero à avancer les élections, avec les résultats que l’on connait.

Sur les 350 sièges qui composent le Congrès des Députés, le PP en obtient 186 et le PSOE 110. Il faut souligner que la mosaïque parlementaire s’est enrichie, avec l’augmentation du nombre de sièges pour des partis minoritaires comme Gauche Unie (IU) et Union, Progrès et Démocratie (UPyD), qui obtiennent respectivement 11 et 5 sièges. Néanmoins, les élections ont aussi renforcé des partis nationalistes comme Convergencia i Unió (parti Catalan) avec 11 sièges et Amaiur (parti Basque), qui en obtient 7. Ce dernier est l’héritier du disparu Batasuna, bras politique de la bande terroriste ETA. Sa forte irruption dans le Congrès a sans doute été favorisée par la fin définitive de la violence armée et par la supposée résolution du conflit basque. Malgré la présence nouvelle du nationalisme le plus radical, l’atomisation du Congrès, où 13 partis sont désormais représentés, est une bonne nouvelle, étant donné que le bipartisme en Espagne - «PPSOE», selon sa désignation populaire - était trop enraciné au Parlement. Le grand perdant de ces élections est Alfredo Perez Rubalcaba, candidat du PSOE et ancien ministre de l’Intérieur. Il n’a pas réussi à se détacher suffisamment de l’ombre de Rodriguez Zapatero, un gouvernant qui a laissé l’Espagne avec plus de cinq millions de chômeurs. Les socialistes ont annoncé la tenue d’un congrès en février dans le but de choisir un leader qui soit capable de rendre au parti la confiance des votants.

Telle est du moins la réputation qui le précède. Sa patience ne fait nul doute. C’est la troisième fois qu’il se présentait aux élections, après avoir été candidat à la présidence en 2004 et 2008. L’éternel candidat a finalement récolté les fruits de sa longue attente. Rajoy, étudiant modèle, qui à l’âge de 23 ans avait réussi un concours public très élitiste pour obtenir un poste de conservateur des hypothèques, a aussi été un homme politique précoce qui est d’abord passé par tous les rôles en politique avant de faire face au défi suprême.

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Sur son efficacité, beaucoup de choses ont été dites… Il a toujours eu la réputation d’être un bon gestionnaire et un mauvais candidat. Le deuxième n’importe plus désormais. Le célèbre journaliste Jose María García l’avait défini une fois d’une façon surprenante à la télévision espagnole : « Rajoy a du mauvais et du bon ; le mauvais est que là où il va, il ne nettoie pas. Et le bon est que là où il va, il ne salit pas ». … Avec une large majorité absolue, Mariano Rajoy va devoir prendre le taureau par les cornes. Rendre la confiance aux marchés déprimés qui étranglent un pays dont la prime de risque, au moment d’écrire ces mots, a atteint 463 points. Réduire le déficit public en appliquant des coupes budgétaires que personne ne va aimer. Et surtout, il devra faire tout son possible pour réduire le taux de chômage, en négociant avec les syndicats pour obtenir une politique du travail plus flexible qui soit capable de redynamiser la situation angoissante des entreprises. Charge à lui aussi de regagner la confiance de ses partenaires européens, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Un des tout premiers appels que Rajoy a reçus une fois les résultats connus a été celui de Mme Merkel, qui l’a félicité et prié d’appliquer en urgence les mesures nécessaires. Dans sa conversation, Rajoy a dit Merkel : « L’Espagne veut arrêter d’être un problème pour faire partie de la solution. » L’Espagne peut sortir de cette situation. C’est un grand pays, une pièce dont il faut tenir compte sur l’échiquier européen. Le peuple espagnol a été très clair et espère maintenant ne pas être déçu, pouvoir se sentir important une nouvelle fois et occuper à nouveau le rang qui lui correspond. Mais pour cela, il faudra souffrir. Il faudra faire des sacrifices, mais aussi retrouver l’optimisme qui caractérise le peuple espagnol. C’est le seul chemin pour remonter la pente.

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Par Gérard Gilmore people in the Westminster bubble are beginning to reflect the real concerns that people out there have about Europe”. Why did David Cameron not support the motion? After all, he is a known Eurosceptic and the referendum was a campaign promise. The Tory electorate is overwhelmingly eurosceptic, to say the least. The answer might be he is “prisoner of reality”. Going too much against the EU would mean breaking the coalition agreement he has with Nick Clegg, his Deputy Prime Minister, and the Liberal Democrats, incidentally the most euro-friendly party in Britain. Besides, 49% of British exports go to the EU. Being cast aside would undoubtedly have serious consequences for Britain and for Europe. David Cameron also knows if the euro collapses, it will drag the pound sterling down with it, a disaster for the British slowly-recovering economy. This however does not mean David Cameron endorses the EU. The coalition has found a compromise: ‘rebalancing’ powers between the Commission and the UK. But can an EU state decide to retrieve some of its powers? If the EU treaties remain intact, soon Britain will have to choose: euro or pound, in or out of the EU. No need to point at Britain. Today, how would the people of other EU countries answer?

Europe is a poison for the conservatives. It largely caused their crushing defeats of 1997 and 2001. It triggered the downfall of Margaret Thatcher in 1990, stabbed by her own backbenchers. On October 25th, a vote was held in the House of Commons concerning a motion calling for a referendum on Great Britain’s future in the EU. The motion was rejected by 483 votes against 111. Among those 111, there were 81 conservatives MPs, including two ministers who resigned. According to the British press, this is the biggest rebellion Prime Minister David Cameron has had to face from within his own party. The motion was rejected only thanks to Labour and Liberal Democrat votes. David Nuttall, the Conservative MP who proposed the referendum motion, warned ministers that they had “won this particular battle but they certainly had not won the war". The struggle of Eurosceptics will carry on, senior backbench MP Mark Pritchard insisted it would become "more rather than less of an issue" over the rest of the Parliament. A recent poll shows 70% of the British wanted a referendum on Europe. 49% of those would vote to leave the EU and 40% would decide to remain within it. Tory MP Peter Bone sums up this gap between “the people” and “the leaders”, ‘there is a rule in this House that when the three party leaders (Conservative, Labour, Liberal Democrat) agree on something then it must be wrong’. Tory MP Douglas Carswell says nothing else, “finally,

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travailliste, libéral-démocrate) sont d’accord sur quelque chose, cela veut dire que ce n’est pas bon ». Son collègue Douglas Carswell est sur la même longueur d’ondes : « la bulle de Westminster commence enfin à refléter les vraies inquiétudes des Britanniques concernant l’Europe ». . L’Europe est un poison pour les conservateurs, qui a largement causé leurs déroutes électorales de 1997 et 2001. Ce fut l’élément déclencheur de la chute de Margaret Thatcher en 1990, poignardée par ses propres députés. Le 25 octobre 2011 a eu lieu à la Chambre des Communes un vote sur la motion appelant à un référendum sur l’avenir de la Grande-Bretagne au sein de l’UE. La motion fut rejetée par 483 votes contre 111. Parmi les 111 députés qui souhaitaient le référendum, on compte 81 conservateurs. Selon la presse britannique, il s’agit de la plus importante rébellion à laquelle le Premier Ministre a dû faire face venant de son propre parti. La motion ne fut rejetée que grâce aux votes des députés travaillistes et libéraux-démocrates. David Nuttall, le député conservateur qui a déposé la motion, a averti les ministres qu’ils avaient « remporté cette bataille, mais qu’ils n’avaient certainement pas remporté la guerre ». La lutte des eurosceptiques se poursuivra, selon le député Mark Pritchard, qui affirme que cette question « prendra de plus en plus d’importance » durant le reste de la législature. Un récent sondage montre que 70% des Britanniques souhaitent un référendum sur l’Europe. Parmi eux, 49% choisiraient de quitter l’UE. Le député conservateur Peter Bone résume ce fossé entre « le peuple » et « les dirigeants » : « Il y a une règle à la Chambre : lorsque les dirigeants des trois partis (conservateur, Pourquoi David Cameron n’a-t-il pas soutenu la motion ? Après tout, son euroscepticisme est notoire et le référendum était une promesse électorale. L’électorat conservateur est pour le moins eurosceptique. La réponse pourrait être qu’il est « prisonnier de la réalité ». Trop aller à l’encontre de l’UE pourrait revenir à casser l’accord de coalition passé avec Nick Clegg, le vice-Premier Ministre, et les libérauxdémocrates, qui sont, soit dit en passant, le parti le plus europhile du pays. Par ailleurs, 49% des exportations britanniques sont à destination de pays de l’UE. Être isolé aurait à n’en pas douter de graves conséquences pour la Grande-Bretagne et pour l’Europe. De plus, David Cameron sait que si l’euro s’écroule, il entrainera la livre sterling avec lui, ce qui serait un désastre pour une économie britannique qui se ressaisit lentement. Cependant, tout cela ne veut aucunement dire que David Cameron est un partisan de l’UE. Sa coalition a trouvé un compromis : « rééquilibrer » les pouvoirs entre la Commission et la GrandeBretagne. Mais un pays de l’UE peut-il décider de recouvrer certains de ses pouvoirs ? Si les traités de l’UE demeurent en l’état, la Grande-Bretagne devra bientôt choisir : l’euro ou la livre, à l’intérieur ou hors de l’UE.

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Par Morgane Buffet
L

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En juin 1999, 29 ministres de l'éducation - ils sont aujourd'hui 47 - signaient la déclaration de Bologne, lançant ainsi le processus du même nom pour réformer et harmoniser les systèmes éducatifs nationaux, et créer un espace européen de l'enseignement supérieur pour le promouvoir sur la scène internationale (lire notre encadré). Quel bilan peut-on en dresser aujourd’hui ? Pour commencer, parlez de mobilité, et le mot Erasmus apparaît en quelques secondes sur toutes les lèvres ! Le nombre d'étudiants qui bénéficient aujourd'hui de ce programme d'échange, mis en place dès les années 1980, à l’initiative du président de la Commission européenne Jacques Delors, n'a rien à voir avec ses débuts. En 1987, seuls 3000 étudiants sont partis étudier à l'étranger. Il y a deux ans, ils étaient plus de 200 000 à vivre l'expérience. Mais si l'on parle du succès de la mobilité étudiante, celle-ci concerne principalement l'Espagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni et la Pologne. La circulation de l'information est rarement complète et les aides financières octroyées aux étudiants varient selon les pays. Cette inégalité dans l'accès aux échanges universitaires cache d’autres disparités, d’ordre social. L'accès à l'enseignement supérieur reste réservé à une certaine partie de la

population et la situation des étudiants se dégrade d'année en année. Quant à l'harmonisation des systèmes, elle suit son cours. La quasi totalité des pays signataires ont adopté une structure en trois cycles et ont intégré l'utilisation des ECTS. Mais si la charge de travail des étudiants est relativement homogène, la durée des cycles et les crédits obtenus en conséquence ne le sont pas. Les deux premiers cycles varient de quatre à six ans selon les pays mais aussi selon les régions et les établissements. Reste la question de l'assurance qualité, outil considéré comme fondamental dans le processus de Bologne mais complètement inconnu du grand public. Les agences d'assurance qualité définissent le cadre et les lignes directrices de la bonne gouvernance des institutions universitaires. Elles sont apparues un peu partout sur le continent, à la fois au niveau national et au niveau européen, l'Association européenne pour l'assurance qualité dans l'éducation supérieure (ENQA) et le Registre européen pour l'assurance qualité (EQAR) n'étant que deux exemples parmi d'autres. M t

Depuis son lancement, le processus de Bologne n'a cessé de provoquer des réactions de la part des

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parties concernées ; les mouvements étudiants qui ont traversé la dernière décennie en sont un bon exemple. Dix ans avant le processus de Bologne, quelque 80 universités européennes se réunissaient pour établir les principes de leur coopération. Le processus a en partie repris ces initiatives, qui émergent désormais d'une rencontre informelle entre des États membres, selon une logique communautaire, ce qui représente une nouveauté non négligeable. L'outil de Bologne a ainsi créé de la contrainte juridique là où il n’y en avait pas, en intégrant progressivement l'enseignement supérieur dans la politique de l'Union européenne. La Commission européenne s'est donc petit à petit immiscée dans les questions éducatives, orientant la réforme de l'enseignement supérieur européen, transformant sa vision, la gouvernance et les missions de l'université afin de créer une « économie de la connaissance ». Si l'éducation reste une compétence des États, la Commission fait néanmoins entendre son point de vue dans ses communications : « si toutes les universités peuvent partager quelques valeurs et missions communes, elles n'ont pas toutes besoin d'avoir le même équilibre entre enseignement et recherche [...] ou le même portefeuille de disciplines et de services universitaires» ou encore « les universités européennes représentent un immense potentiel, mais qui n'est pas totalement mobilisé pour faire aboutir les efforts européens pour plus de croissance et plus d'emplois ». Lors de la conférence ministérielle de Londres en 2007, le Commissaire à l'éducation Ján Figel a souligné entre autres la nécessité d'ouvrir les universités aux entreprises et de leur accorder plus d'autonomie. «Ce tournant dévoile l'objectif caché d'une libéralisation des systèmes éducatifs européens, l'éducation étant alors vue comme un service rendu

au monde économique et la connaissance comme un bien marchand »

Si le rôle des universités dans l'avènement d'une Europe supranationale a toujours été mis en avant, il semblerait que nous soyons passés du projet de créer une université européenne à la création d'une Europe des universités, envisagées comme des institutions qu'il faut mobiliser pour la croissance et l'emploi. Ce tournant dévoile l'objectif caché d'une libéralisation des systèmes éducatifs européens, c’est-à-dire de la mise en concurrence des établissements et de la marchandisation de l'enseignement, délaissant ainsi les valeurs premières des universités : quête désintéressée des savoirs, apprentissage de l'esprit critique, promotion d’un haut niveau de culture générale. La mise en place d'agences d'assurance qualité peut être vue dans ce sens. Cet outil, qui provient du monde industriel, consiste à certifier au consommateur que l'on s'engage à lui fournir une qualité définie par des standards. Appliqué à l'enseignement supérieur, il s'agirait d'établir des critères pour le management de la qualité pédagogique, l'éducation étant alors vue comme un service rendu au monde économique et la connaissance comme un bien marchand soumis aux lois de l'offre et de la demande. L’harmonisation des systèmes éducatifs européens permet d'augmenter la mobilité du monde universitaire ainsi que le partage des connaissances et des compétences. En ce sens, elle représente sans doute un pas de plus dans la construction européenne. Pour autant, doit-elle entrer dans la spirale libérale et être mise au service du monde économique?

Dans la déclaration de Bologne, les ministres de l'éducation ont cité trois enjeux majeurs : harmonisation, mobilité et lisibilité. Des conférences ministérielles, organisées tous les deux ans, permettent de dresser le bilan des actions réalisées mais aussi de préciser ou définir de nouvelles priorités. Les à l'horizon 2010 étaient : - adoption d'un système de diplômes qui les rend lisibles et comparables (notamment le supplément au diplôme, qui fournit une description détaillée du contenu et de la nature du cursus suivi). -adoption d'un système fondé sur trois cycles de diplômes : la licence, permettant l'accès au marché du travail ; le master; et enfin le doctorat. - mise en place d'un système d'accumulation et de transfert des crédits (ECTS) qui vise à une bonne lisibilité des diplômes ainsi qu'à la promotion d'une plus grande mobilité des étudiants. - promotion de la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs par l'élimination des obstacles à la libre circulation.

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Par Fanny Cohen comme celle du 15 octobre dernier, journée de la mobilisation mondiale des Indignés, ou encore celle du 11 novembre, lors de laquelle de nombreux manifestants ont dansé le Sirtaki à la Défense, certains médias présentent le mouvement français des Indignés de la Défense comme un échec, avançant le manque de mobilisation, des idées restant dans le flou, et expliquant la faible participation par « une situation moins critique qu’en Grèce ou en Espagne ». D’après Jaive, qui prend des photos du campement, la manifestation du 15 octobre 2011 a été peu relayée par les médias. Un manque de diffusion de l’information serait à l’origine de la faible participation. A Pour Gaby, un manifestant de 22 ans, « c’est parce que la France n’est pas à bout de souffle que notre mouvement peine à décoller ». Avis partagé au sein du campement. Ainsi, Willy ajoute : « on nous fait croire que la crise, c’est quelque chose qu’on ne peut pas combattre. Avant d’être indignés, les Français sont résignés. » A La présence constante d’officiers de police chargés de limiter l’étendue du mouvement de la Défense et d’éviter tout débordement pourrait aussi expliquer cette situation. Chaque soir, à 21h, c’est sur arrêté préfectoral que la police vient retirer les tentes des Indignés. Chaque nuit, ils ne sont pas plus d’une cinquantaine à dormir sur le camp, raconte Jaive. Les autres déclarent qu’ils « reviendront plus tard ».

eux qui avaient débuté leur mouvement dans le quartier de la Bastille à Paris ont déplacé leur camp sur l’Esplanade de la Défense le 4 novembre, devant la grande Arche, « symbole de l’oligarchie financière ». Là, c’est avant tout un mouvement calme que l’on observe : des stands, des ateliers, des « assemblées populaires », des musiciens, des pancartes aux messages questionnant le système en place, mais aussi du théâtre de rue, parfois.

Les passants passent et se pressent. Certains arrêtent et acceptent que les manifestants leur racontent ce qui les indigne : « l’humain n’est pas une marchandise, replaçons l’individu au centre », « dénonçons les excès de la finance », « nous sommes les 99%, nous refusons que le 1% restant décide pour nous », « nous déplorons le fait que les hommes politiques, sensés nous représenter, servent l’oligarchie financière », « résistons à l’assommoir médiatique », « pour une réelle démocratie ». Des idéaux à la pelle, auxquels il peut cependant sembler ardu de s’identifier tant ils remettent en question l’équilibre certes imparfait mais bien ancré d’une société…

Même si les Indignés ont gagné plusieurs batailles,

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En Europe, les mouvements d’indignés inspirés de celui de la Puerta del Sol ne prennent évidemment pas tous de la même manière. En Allemagne, le « Karneval der Empörten » (carnaval des Indignés) de Berlin, ouvert le 11 novembre 2011, avait pour slogan « Noch wir sind die Narren » (« Et c’est encore nous que l’on prend pour des clowns ») et dénonçait avec humour une société dans laquelle pêche la démocratie. Le 15 novembre 2011, à l’occasion de la première journée mondiale des Indignés, on a pu assister à de grandes manifestations dans les capitales européennes, à Bruxelles, Strasbourg, Paris, Madrid ou Rome.

Il faut cependant noter que certaines d’entre elles ont pâti de l’intervention violente d’autres groupes, comme ce fut le cas à Rome le 15 octobre dernier. Mais les frontières de l’Europe sont largement dépassées et de nombreux autres mouvements, notamment celui des Indignés de Wall Street constituent un exemple incomparable. Les Indignés rêvent et déclarent: « If you don’t let us dream, we won’t let you sleep ». Espérons que le réveil ne sera pas trop dur et que pour ceux de la Défense, les tentes Quechua feront bon ménage avec les stands du marché de Noël que l’on voit fleurir depuis quelques jours…

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Par Marion Lecoq

Lors des dernières élections législatives, le mouvement anti-clérical Palikot, créé il y a seulement un an, réalise une véritable percée politique en remportant près de 10% des voix. Quarante députés font ainsi leur entrée à la Diet pour représenter un parti devenu la troisième force du pays. Alors qu'aujourd'hui encore 90% des citoyens polonais se déclarent catholiques, le score du Palikot marque le début du renouveau de la scène politique nationale. Selon les sondages récents, les conceptions catholiques traditionnelles restent très prégnantes dans le pays. 80% des personnes interrogées se disent contre le mariage gay et 90% s'opposent à l'adoption des couples de même sexe. La contraception reste un sujet sensible et les manifestations contre l'avortement sont encore très fréquentes. Innovant, ambitieux et légèrement provocateur, le programme du parti anticlérical mène la vie dure à ces sujets tabous qui persistent depuis des années dans l'opinion publique polonaise. Parmi les revendications du Palikot, la suppression du financement de l'Eglise par l'Etat, la création du PACS encore inconnu en Pologne, le remboursement de la pilule contraceptive ou encore l'abandon des cours de catéchisme dans les écoles publiques. On a parfois du mal à réaliser que ce qui est acquis depuis longtemps en Europe occidentale reste encore à réaliser dans certains pays de l'est, derniers

adhérents à l'Union européenne. Le parti Palikot bénéficie de l'intérêt grandissant de la jeune génération polonaise pour les causes libérales comme celle de la défense des droits des homosexuels. La légalisation du mariage gay et de l'adoption par les couples gays figure d'ailleurs au programme du parti. L'élection de Robert Biedron, député ouvertement gay, et celle de la transsexuelle quinquagénaire Ana Grodzka, sont la parfaite illustration du renouveau incarné par le Palikot et sa volonté d'ouverture. Ana Grodzka est la première député transsexuelle de Pologne et la seule en activité dans le monde. Son élection est d'autant plus symbolique qu'elle a eu lieu dans la ville de Cracovie, fief du Pape JeanPaul II. Réputée ultra-conservatrice, la ville compte aujourd'hui de plus en plus d'étudiants et d'artistes souhaitant un changement profond de la société. .

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Selon un rapport rédigé en 2011 par le gouvernement, la majorité des jeunes Polonais de 15 à 34 ans partagent désormais le mode de vie de leurs homologues occidentaux. Pour ces grands consommateurs, le mariage ne représente plus vraiment une institution traditionnelle sacrée et la conception individualiste de l'épanouissement personnel est plus que jamais de mise. En 2009, un prêtre polonais a même publié un kamasutra catholique intitulé « Le sexe comme vous n'en avez jamais entendu parler : pour les couples mariés qui aiment Dieu». Impensable il y a encore quelques années… Cependant, rien n'est encore acquis. Malgré la percée encourageante du Palikot, d'immenses progrès restent à faire en matière de tolérance. Il y a peu, la justice polonaise a autorisé l'utilisation

par le Parti de la renaissance polonaise d'un logo représentant un acte sexuel entre deux hommes avec la mention «tarlouzes interdites »...Ce logo est actuellement affiché un peu partout en marge des manifestations en faveur des droits des homosexuels, auxquelles trois Polonais sur quatre se disaient encore opposés en 2010. Si les idées les plus strictes du catholicisme restent bien présentes dans la Pologne d'aujourd'hui, on espère que la force politique montante incarnée par le parti Palikot généralisera bientôt la libéralisation des esprits et aidera à promouvoir l'ouverture et la tolérance des citoyens de la Pologne de demain. .

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Par Heidi Marleen Kuhlmann

« Il est difficile d'attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu'il n'y est pas. » Quand on parle du chinois, on ne parle pas seulement d’une langue qui nous semble étrange, on parle aussi d’une culture bien éloignée de la nôtre, occidentale. On peut avoir tendance à rester sceptique face à cette « nouvelle puissance » qu’est la Chine, à s’enfermer dans le cadre européen, dans le bien-connu. Pourtant, les simples caractéristiques de sa langue valent que l’on s’y attarde au moins aussi longtemps que le temps de croquer un biscuit de fortune, de croquer un bout de cette culture transcrite par la plus ancienne écriture utilisée de nos jours.

Celui qui surpasse les autres est fort. Celui qui se surpasse lui-même est encore plus puissant. Conseiller est aisé, aider est difficile. Dans la sécheresse, on découvre les bonnes sources ; dans la détresse, les bons amis. L'échec est la mère du succès. Mieux vaut agir une fois avec les mains que de regarder mille fois avec les yeux.

Guillaume de Humboldt fut, au début du XIXe siècle, l’un des premiers Européens à s’intéresser à la langue chinoise. Son échange avec le bibliothécaire Jean-Pierre Abel-Rémusat marqua les débuts de la sinologie ainsi que l’attrait occidental pour la culture chinoise, si différente des cultures judéo-chrétienne et gréco-romaine. Le chinois fut d’abord considéré comme « incompréhensible ». Le 15 octobre 1769, le Père François Bourgeois écrit: « Le chinois est bien difficile. Je puis vous assurer qu’il ne ressemble en rien à aucune langue commune (…) chez les Chinois le même mot est substantif, adjectif, verbe, adverbe, singulier, pluriel, masculin, féminin, etc. C’est à vous qui écoutez, à épier les circonstances et à deviner. » Il est évident que la langue chinoise ne ressemble pas aux langues occidentales : on n’y trouve aucune conjugaison et aucune déclinaison : c’est

l’intonation qui fait la distinction entre les mots. De plus, l’écriture complexe a tout pour angoisser un Ooccidental, et pas seulement du XVIIIe siècle : pour comprendre un article de journal en chinois, il est souhaitable de connaître environ 4 000 des 30 000 symboles que compte la langue chinoise ! De plus, il est nécessaire d’avoir une bonne culture générale sur la Chine et ses dictons, car parfois, même de courts dictons de quatre symboles représentent des histoires traditionnelles indispensables pour la compréhension du texte. Supposant que « seules les langues grammaticalement formées possèdent une aptitude parfaite au développement des idées », Humboldt se heurte à l’exemple du chinois. Même lorsque Abel-Rémusat lui signale que le chinois a, lui aussi une structure grammaticale, Humboldt insiste en présentant le chinois comme « une langue presque entièrement dépourvue de grammaire au sens habituel du mot ». Il est vrai que la structure de la langue chinoise peut sembler arbitraire ; elle ne l’est pourtant pas. La composition des symboles se fait par exemple généralement en deux parties : une partie indiquant le sens et une partie indiquant l’intonation. De plus, il existe 216 radicaux qui réapparaissent régulièrement dans les signes et selon lesquels une

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" Business (niè) = vice, travail Crise (jī) = danger, chance Culture (wén) = composition littéraire, rites, magnifique Faire du business (mài) = vendre, jouer, trahir catégorisation dans des dictionnaires devient Mort (sǐ) = fin, rapide, inutile possible. Un symbole peut contenir jusqu’à 50 Nation (guó) = maison, famille, école traits ! Vie (shēng) = grandir, étudier, intelligence s Humboldt commence alors à supposer l’existence d’une « grammaire sous-entendue », en constatant que « le sens du contexte est la base de l’intelligence ». Lui, qui ne perdait pas de vue son projet de rédaction d’une grammaire universelle, se rend alors compte que le chinois se sert d’une grammaire invisible qui n’est pas fondée sur la distinction des catégories grammaticales des mots, mais qui se sert d’une « autre méthode » : « La langue chinoise emploie tous les mots dans l’état où ils indiquent l’idée qu’ils expriment, abstraction faite de tout rapport grammatical » . La phrase clé bien connue pour illustrer cette réflexion est : « mā mà mǎ ma » signifiant « La mère, insulte-t-elle un cheval ? ». Cet exemple illustre par ailleurs à quel point l’intonation est cruciale en chinois, à laquelle il faut ajouter des accents régionaux peuvent avoir un lourd impact sur la communication intra-chinoise. En effet, lorsqu’on dit « chinois », on se réfère au mandarin, langue officielle depuis 1955 Le mandarin est parlé dans le nord de la Chine par 875 millions de personnes. Pourtant, il existe une variété d’autres langues, qui ont tout de même une base commune avec le mandarin : la langue écrite. C’est donc par l’écriture que malgré les différences d’intonation les Chinois des différentes régions arrivent à se comprendre. D’ailleurs, même la télévision chinoise se voit obligée de sous-titrer ses émissions ! Dans son ouvrage De l’origine des formes grammaticales et de leur influence sur le développement des idées, Guillaume de Humboldt trouve finalement un point commun à toutes les

langues et conclut qu’il faut, dans chaque langue, une harmonie entre le signe linguistique et la chose signifiée. Si l’on considère que la langue chinoise est une « peinture s’adressant à l’oreille », comme le dit Humboldt, n’est-elle pas alors l’un des chefsd’œuvre du monde asiatique ?

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Conférence-débat à la Maison Jean Monnet (9 bis, rue Georges Berger, 75017 Paris) Samedi 3 décembre 2011 de 14h à 18h L’association Jean Monnet recevra M. Tomasz Orlowski, Ambassadeur de Pologne, dans le cadre de l’inauguration d’un Cycle de rencontres avec les Ambassadeurs des pays exerçant la Présidence de l’Union européenne.

“Asian and European Regional Integration Process in the New Context of Development Challenges”, le 1er décembre au CERI (Centre d’études et de recherches internationales) de Paris (Métro Saint-Germain-des-prés) « L’Union européenne et ses voisinages » le 2 décembre au CERI de Paris « Le budget européen 2014-2020 : Quel avenir après la crise ? » le 6 décembre à 18h au Bureau d'Information du Parlement européen. Informations et réservation sur www.nouvelleeurope.eu

organisé par la Maison de l’Europe

: Fête nationale en Roumanie : Fête nationale en Finlande : « Boxing Day » au Royaume Uni

Samedi 10 décembre de 14h à 18h à la Maison de l’Europe de Paris

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Une publication de MAES

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