Chapitre 2 : Les moyens d’action des pouvoirs publics 2012

Objectifs : Montrer que l’État peut mener des politiques économiques et sociales Montrer que les dépenses publiques sont financées grâce aux prélèvements obligatoires : Montrer la spirale de la dette Montrer que les pouvoirs publics fournissent des services publics et que ceux-ci font l’objet d’une déréglementation.

Les principales politiques économiques 1. Les politiques économiques recouvrent l’ensemble des mesures prises par les pouvoirs publics dans l’économie. Elles sont caractérisées par la hiérarchisation des objectifs poursuivis et par le choix des moyens mis en œuvre pour les atteindre. Les objectifs principaux des politiques économiques sont ceux mis en évidence graphiquement par le « carré magique » proposé par Nicolas Kaldor : le plein-emploi, la croissance, l’équilibre des échanges extérieurs et la stabilité des prix. L’État devient ainsi une sorte « d’auxiliaire » du marché, en tentant, par son intervention, d’orienter l’activité économique dans un sens jugé souhaitable. 2. Les politiques conjoncturelles visent des objectifs à court terme de rétablissement des grands équilibres macroéconomiques. Elles sont essentielles au moment des retournements de la conjoncture, en vue d’échéances électorales ou encore face à la pression de l’opinion publique. Elles peuvent prendre des formes différentes en fonction des « outils » utilisés. Les politiques budgétaires visent, par l’intermédiaire du niveau et de la structure des recettes et des dépenses publiques, à influer sur l’activité économique. Ainsi, par exemple, une augmentation des dépenses publiques peut accroître la demande, ce qui poussera les entreprises à augmenter leur niveau de production. Les politiques monétaires ont pour objectif de contrôler le niveau de la masse monétaire, et donc indirectement le niveau de l’inflation. Depuis 1993, les politiques monétaires ne sont plus de la responsabilité des États en Europe, mais des banques centrales nationales, réunies depuis au sein de la Banque centrale européenne (BCE). 3. Les politiques structurelles sont, quant à elles, des politiques de long terme, qui visent une modification profonde du fonctionnement de l’économie. Elles tendent à modifier les grandes institutions en charge de la régulation des activités économiques et sociales, ainsi que les comportements des agents économiques dans un sens jugé souhaitable par la collectivité. Ce sont donc des politiques qui cherchent plus à influencer les conditions d’offre que les conditions de demande. Dans une optique néo-classique, elles cherchent à libéraliser les marchés, alors que, dans une optique keynésienne, elles cherchent à renforcer le poids de l’intervention publique sur ces marchés. 4. Pour mener à bien sa politique, l’État dispose de plusieurs moyens : le budget de l’État, le contrôle de la masse monétaire et des crédits, les incitations fiscales, la réglementation, les services publics. 1

Exemples :
Politique conjoncturelle
Baisse des taux d’intérêt de la Banque centrale Dévaluation de la monnaie nationale Augmentation des réserves obligatoires Augmentation de la prime pour l’emploi…

Politique structurelle
Privatisation des entreprises Baisse de l’impôt sur le revenu Loi sur la réduction du temps de travail Crédit d’impôt pour les firmes innovatrices Déremboursement de certains médicaments…

I- Les pouvoirs publics peuvent mener des politiques économiques et sociales…
A- Le budget de l’État…
Budget : document qui regroupe les dépenses et les recettes PParlementParlement Dépenses publiques : Dépenses de l’État, des collectivités locales et des administrations de sécurité sociales. Elles se répartissent en deux catégories principales : les dépenses ordinaires, qui sont essentiellement des dépenses de fonctionnement, et les dépenses en capital ou en d’investissement. Prélèvements obligatoires : Ensemble des contributions obligatoires (impôts et cotisations sociales) collectées par les administrations publiques. Conjoncture économique : Ensemble des indicateurs (production, emploi, prix, commerce extérieur ...) qui caractérisent une situation temporaire donnée. Doc 1. Le budget de 1’Etat est voté tous les ans
Tous les ans, à l’automne, le Parlement vote le budget prévisionnel de l’État par une loi de finances initiale qui autorise le gouvernement à engager des dépenses et à prélever des impôts. En France, le principe du consentement populaire à l’impôt et l’obligation pour les citoyens de participer à l’entretien de la force publique et aux dépenses d’administration en fonction de leurs facultés contributives trouvent leurs origines dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789). L’élaboration du budget de l’État obéit à des principes fixés par la loi: universalité (pas d’affectation à priori d’une recette à une dépense particulière), annualité (autorisation annuelle de percevoir des impôts), unité (présentation du budget dans un document unique), spécialité (examen détaillé des dépenses). Le budget n’est pas nécessairement présenté en équilibre : le solde budgétaire est la différence entre les recettes et les dépenses. Il peut être positif (excédent budgétaire) ou négatif (déficit budgétaire). De plus, au cours de l’année, sous l’effet de la conjoncture, les dépenses et les recettes peuvent ne pas correspondre aux prévisions initiales. Le Parlement doit voter des lois de finances rectificatives puis une loi de règlement définitif. Le poids de l’État dans la vie économique et sociale est loin d’être négligeable : environ 18 % du PIB sont redistribués tous les ans. L’état est aussi le premier employeur du pays avec 2,2 millions d’emplois publics (20 % de l’emploi total). L’examen du budget permet de mettre en évidence les choix de la nation-tant au niveau des structures des dépenses et des recettes que de leur montant. Le budget remplit plusieurs fonctions : financement des missions régaliennes de l’État, des biens publics, des interventions économiques et sociales. Il est donc l’expression de la politique économique et sociale du gouvernement et joue un rôle de redistribution des revenus. Par son poids, il exerce un rôle contra-cyclique sur la conjoncture : hausse des dépenses, baisse des recettes et déficit en période de récession, ce qui a un effet de relance ; ralentissement de la croissance des dépenses, hausse des recettes et réduction du déficit en période d’expansion, ce qui a un effet de freinage. Cependant, les dépenses et recettes budgétaires ne représentent qu’une partie des dépenses et des recettes publiques avec celles des administrations locales et des organismes de Sécurité sociale. • I. Waquet, Bréal, 2005.

2

Donc, Le budget de l’Etat est l’un des instruments essentiel par lequel l’Etat exerce son influence sur l’économie.

Le budget (ou loi de finances, la LOLF) est un des documents comptables qui retrace l’ensemble des recettes et des dépenses de l’Etat au cours d’une année. Il est voté tous les ans par le Parlement sur proposition su gouvernement et exprime les orientations de la politique économique et sociale. Le budget est l’expression des choix économiques et sociaux de la nation.

B- Les recettes de l'Etat 1. Les recettes de l'Etat proviennent en quasi totalité de l'impôt. Les
recettes non fiscales proviennent des actifs de l'Etat (dividendes des entreprises publiques...), des remboursements de la CEE ou de l'ONU et des amendes. Une partie de ces recettes fiscales sont restituées : Aux collectivités locales (mairies, départements, régions) ; A l’Union Européenne.

Les principaux impôts prélevés par l’État en France
Part dans le total des impôts en 2002 Part dans le PIB en 2002

Définition

Mode de calcul

Mode de versement

Posez vous les Questions :
Impôt
1. Quelle est la différence entre un impôt et une cotisation sociale ? 2. Quelle est la différence entre un impôt progressif et un impôt proportionnel ? 3. Quelle est la différence entre un impôt direct et un impôt indirect. 4. Les impôts directs et progressifs pèsent-ils fortement dans le total des impôts ?

Versement obligatoire et sans contrepartie directe à la différence des cotisations sociales qui ouvrent droit à des prestations. Impôt proportionnel calculé sur le prix de vente hors taxe des biens et services, Taux variable selon la nature des produits. Impôt proportionnel qui frappe les différents produits pétroliers. Impôt très progressif sur les revenus, avec des

100%

15,9%

. Impôt indirect supporté par les consommateurs, mais versé par les entreprises. 44,1 % 7%

TVA

Taxe sur la valeur ajoutée créée en 1954.

TIPP

Taxe intérieure sur les produits pétroliers.

Impôt indirect

9,7 %

1,6%

Impôt sur le revenu des personnes physiques,

Impôt direct, versé directement par

3

IRPP

en 1914.

taux d’imposition différents selon les tranches de revenus et de plus en plus élevés. Impôt proportionnel sur les bénéfices des sociétés.

le contribuable. Un peu plus de 50 % des revenus sont imposés. Impôt direct, versé par les entreprises.

18.8%

3%

Impôts sur les sociétés

IS
Autres impôts sur le revenu et la consommation, impôt de solidarité sur la fortune, impôt sur les successions

15,5%

2,5 %

Autres impôts

Impôts directs et indirects.

Impôts proportionnels au revenu, à la consommation, au patrimoine.

11,9%

1,9%

On distingue deux grands types d'impôts : les impôts directs et les impôts indirects. Situation France

Les impôts directs frappent les revenus et le patrimoine et sont déclarés et payés directement au Trésor par le contribuable. Ces recettes dépendent de la croissance des revenus, des taux d'imposition et de la lutte contre la fraude fiscale. Elles représentent les deux cinquième du total des recettes fiscales. Elles comprennent : L'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) qui est assis sur les revenus imposables des ménages de l'année précédente. C'est un impôt progressif parce que le taux d'imposition croît avec le revenu. Il représente 18% du total des recettes fiscales de l'Etat. L'impôt sur les sociétés (IS) frappe les bénéfices imposables des sociétés à un taux unique. Ce taux est passé de 50% en 1985 à 33,3% de nos jours. L'impôt sur les sociétés représente 17% des recettes fiscales de l'Etat. 4

Les autres impôts directs comprennent les impôts locaux, qui sont reversés aux collectivités locales, l'impôt sur les plus-values, l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Depuis 2007, la part du total des impôts directs (IRPP + ISF + Taxe foncière + Taxe d’habitation + CSG + Prélèvements sur le patrimoine) ne doit pas dépasser 50% du revenu de l’année précédente. Il s’agit du « bouclier fiscal ». • Les impôts indirects sont perçus à l'occasion d'une dépense et sont prélevés par les commerçants pour être remis ensuite au Trésor public. Les recettes dépendent, en conséquence, de la croissance du PIB et des taux d'imposition choisis. Elles représentent 60% du total des recettes fiscales de l'Etat. Elles comprennent :

La taxe à la valeur ajoutée ( TVA ) qui frappe le prix des produits selon des taux « normaux » (19,6% du prix hors taxe), « réduits » (5,5% pour les produits alimentaires, l'électricité...et 2,1% pour les médicaments et journaux), voire « zéro » (logement, hôpitaux). Elle représente la moitié du total des recettes fiscales de l'Etat.

Quels sont les taux d’imposition de la TVA ? 19,6% ; 5,5% ; 2,1%

Qui doit payer la TVA ? Le consommateur

Les entreprises payent-elles la TVA ? non

La TVA corrige-t-elle l’inégalité des revenus ? non

Situation Allemagne

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Source :
http://www.bundesfinanzministerium.de/DE/BMF__Startseite/Publikationen/Monatsbericht__des__BMF/2009/06/analysen-undberichte/b06-struktur-verteilung-steuereinnahmen/Abbildung_202,property=default.gif

2. L’impôt peut jouer trois rôles dans la politique économique :

Situation France En premier lieu, il finance les dépenses publiques. L'impôt a d'abord été inventé pour prélever sur le secteur privé de quoi financer des consommations collectives. Dans un premier temps, ce furent les fonctions régaliennes : armée, police, justice. Puis se sont ajoutées, avec les développements des sociétés modernes, d'autres missions d'intérêt public, comme l'éducation ou la santé. Est alors apparu ce que l'on pourrait appeler un problème de passagers clandestins : des gens qui bénéficiaient des services collectifs sans en supporter le financement. D'où l'idée que c'est l'Etat qui dispose de l'impôt, et qu'il tient sa légitimité du peuple pour le faire. En second lieu, l'impôt est un outil pour corriger les inégalités. En effet, les impôts sur le revenu et sur la fortune sont des impôts progressifs dont le taux d'imposition augmente avec le montant du revenu ou du patrimoine. Autrement dit, plus on est riche, plus on est imposé. Cependant, cette réduction des inégalités par l'impôt est fortement réduite pour plusieurs raisons : Seuls les impôts sur le revenu et sur le patrimoine sont progressifs. Un impôt progressif est un impôt dont le taux d’imposition augmente avec le revenu. Ainsi, un salarié qui gagne 297 900 € de revenus imposables (qui est inférieur aux revenus qu’il a perçu) va devoir laisser aux impôts un tiers de son revenu net alors qu’un 6

salarié qui a 11 340 € de revenus imposables ne sera taxé que pour 2,3% de son revenu net. Le premier salarié gagnait 26,3 fois plus que le second avant impôt et « seulement » 18,5 fois plus après l’impôt sur le revenu. Les inégalités se sont atténuée Mais cette progressivité de l’impôt sur le revenu a été atténuée par toute une série de décisions politiques qui ont réduit le pouvoir correcteur de l’impôt sur le revenu et sur le patrimoine : • • Les gouvernements en France ont réduit progressivement le taux de la dernière tranche qui est passée de 55% à 40% en une dizaine d’années ce qui a favorisé les hauts revenus ; Les gouvernements ont mis en place des « niches fiscales » qui permettent aux titulaires de hauts revenus d'échapper en grande partie à l'impôt. De l'emploi de salariés à domicile aux placements dans les départements d'outremer (DOM) ou le cinéma, ces niches fiscales réduisent les recettes de l'impôt sur le revenu de 39 milliards d'euros au profit des ménages les plus aisés. Le gouvernement a créé un bouclier fiscal qui plafonne le taux d'imposition global des contribuables à 50% de leurs revenus. Le dispositif prend en compte l'ensemble des prélèvements fiscaux : la CSG, la CRDS, l'impôt sur le revenu, l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), les taxes foncières et la taxe d'habitation sur la résidence principale. Le système fonctionne par remboursement de l'administration fiscale. Ce système empêche donc la réduction des inégalités et toute augmentation d’impôt pour les plus riches.

Les impôts sur la consommation, comme la TVA, les droits sur les tabacs et alcools ou la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), sont des impôts proportionnels. Ils s'appliquent au prix hors taxe et ne sont payés que par les 7

consommateurs. En réalité, les impôts sur la consommation sont des impôts régressifs. En effet, les ménages pauvres consomment une part beaucoup plus importante de leurs revenus que les ménages riches. En conséquence les impôts sur la consommation pèsent plus sur le revenu des pauvres que sur le revenu des riches. Par exemple, la TVA représente de 12% à 13% du revenu des plus pauvres, mais seulement 8% à 9% du revenu des plus riches. Or, les impôts sur la consommation représentent prés des 2/3 du total des impôts. • En définitive les prélèvements fiscaux et sociaux ne corrigent pas les inégalités. Impôts et cotisations sociales représentent 40% du revenu brut d'un individu qui gagne 1 700€ par mois, 49% de celui qui touche 4 200e par mois et....38% de celui qui gagne 63 000€ par mois.

Enfin, l'impôt est un outil incitatif pour modifier les comportements des agents économiques. une politique incitative consiste à taxer les externalités négatives et à subventionner les externalités positives afin de révéler aux acteurs économiques le vrai prix de leurs actions et de les inciter à modifier leur comportement. l'écotaxe, les taxes sur le tabac, les péages urbains...sont des exemples de politiques fiscales incitatives. Ainsi, l’écotaxe consiste à rendre plus cher la production ou la consommation de tel ou tel produit afin de modifier les comportements (les transports en commun plutôt que la voiture individuelle, le filtre à particule plutôt que la pollution…). Elle fonctionne sur le principe "pollueur-payeur". Ainsi, la mise en place d’une taxe carbone en Suède, qui augmente le prix de l’énergie, a incité les suédois à réduire leur consommation énergétique et à trouver des moyens de transport ou de 8

chauffage alternatifs. Les émissions de CO2 ont ainsi pu être réduites de 9% alors que la croissance augmentait de 50% entre 1991 et 2008.

Les dépenses publiques peuvent faire l’objet d’une présentation variée, mais c’est la répartition des dépenses qui donnent une image précise des choix politiques du gouvernement. Elles comprennent outre les dépenses de l’Etat, celles des collectivités locales et des organismes de sécurité sociale.

C– Les dépenses de l'Etat 1. Les dépenses de l'Etat ne sont qu'une partie des dépenses
publiques qui regroupent les dépenses de l'Etat central, les dépenses des collectivités locales et les dépenses de la Sécurité sociale. La structure des dépenses de l'Etat central peut être présentée de deux façons différentes : Situation France
Les dépenses par titres en 2011 Montant des crédits de paiement par titres et catégories LFI 2010 PLF 2011 Titre 1. Dotations des pouvoirs publics 1 017 647 695 Titre 2. Dépenses de personnel 116 894 561 224 Titre 3. Dépenses de fonctionnement 45 028 842 754 Titre 4. Charges de la dette de l'État 42 450 000 000 Titre 5. Dépenses d'investissement 13 426 610 891 Titre 6. Dépenses d'intervention 160 198 686 739 Titre 7. Dépenses d'opérations 404 588 187 financières 379 420 937 490 Total général Source : http://sesmassena.fr/premiereES.aspx

1 017 915 150 117 186 080 021 45 783 755 045 45 382 000 000 11 754 889 603 147 184 889 667 243 341 628 368 557 871 114

Par fonctions :
• • • • La dotation des pouvoirs publics comprend les crédits accordés aux grandes institutions de l’Etat (Présidence, Parlement…). Les dépenses de personnel comprennent le paiement des salaires, des charges sociales et des retraites des fonctionnaires et des contractuels de l’Etat (près d’1/3 des dépenses de l’Etat). Les dépenses de fonctionnement prennent en compte les achats de biens et services intermédiaires (électricité, fournitures…) et la part du financement public aux services publics. La charge de la dette (1/8ème du budget) qui comprend le paiement des intérêts. Sa part a progressé très rapidement en dix ans à la suite d'une accumulation des déficits budgétaires et de la hausse des taux d'intérêts réels dans les années 80. Les dépenses d’investissement correspondent aux investissements civils de l'Etat (Université, routes...). Ces interventions ont progressé moins vite que le 9

budget global ces dernières années car l’Etat a de plus en plus délégué ces dépenses aux collectivités territoriales. Les dépenses d’intervention (près des 2/5ème du budget) regroupent les transferts économiques et sociaux de l'Etat (subventions aux entreprises et aux collectivités locales, soutien à la recherche, aide au chômage, RMI, aide au logement, aide aux agriculteurs...).

Parmi ces fonctions, les deux composantes les plus rigides des dépenses de l’Etat, c'est-à-dire celles sur lesquelles les gouvernements ont la plus faible marge de manoeuvre concernant leur évolution, sont : • la charge de la dette : le paiement des intérêts de la dette publique représente une dépense obligatoire pour l’Etat. Le doublement de l’encours de la dette publique en 10 ans a induit une multiplication corrélative de la charge de la dette qui absorbe actuellement ¼ des recettes nettes du budget général (somme indisponible donc pour d’autres dépenses) ; • les charges de personnel : elles se concentrent sur les quatre ministères comptant le plus grand nombre d’agents : l’Education nationale (1 million d’agents), la Défense (300 000 agents), l’Intérieur (280 000 agents) et les Finances (150 000 agents). Ensemble, ces ministères représentent 87% des effectifs totaux (soit 1 730 000 agents sur 1 975 000 au total nombre de fonctionnaires.

Outre ces deux composantes qui incarnent le poids du passé venant contraindre les choix des décideurs, il faut mentionner deux autres facteurs venant former les déterminants des dépenses de l'Etat : • • la croissance économique : une baisse de l'activité économique engendre une hausse des dépenses de l'Etat (du fait des mécanismes d'assistance sociale) ; les dépenses évaluatives : ce sont les mécanismes automatiques qui s'imposent à l'Etat comme les frais de justice ou les remboursements et dégrèvements d'impôt.

Par missions :

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La présentation par objet montre que quelques grandes missions concentrent l’essentiel des crédits du budget général. Les trois missions les plus importantes en termes budgétaires de l'Etat sont les suivantes : • l'Enseignement scolaire : premier poste budgétaire, il représente 21 % des crédits du budget général; Si on y ajoute les crédits pour la recherche, pour la jeunesse et pour la culture, on obtient un peu moins d'un tiers du budget général ; • les Engagements financiers de l'Etat : ils représentent 16 % du budget général, ce poste concerne essentiellement la charge de la dette ; • la Défense : troisième poste budgétaire. Il pèse 14 % du budget général. Si on y ajoute les dépenses de sécurité (police) et les dépenses de la justice, qui sont les fonctions régaliennes de l'Etat, on obtient près d'un quart du budget général ; • Enfin, les dépenses sociales et environnementales (revenus d'assistance, allocations logement, aides à l'emploi...), représentent un sixième des dépenses. • Situation Allemagne :

11

Source : Wikipedia

2. Les dépenses de l'Etat peuvent jouer trois rôles dans la politique économique : Situation France
Tout d'abord, les dépenses de l'Etat ont un rôle actif dans la politique conjoncturelle. L'Etat peut accroître ses dépenses, en particulier ses dépenses de transfert (prestations d'assistance, fourniture de services publics...) et ses investissements publics (construction d'établissements scolaires, de routes...), s'il veut soutenir la croissance économique. Ainsi, le plan de relance de 2008-2009 représente une augmentation des dépenses de l'Etat de 26 Milliards d'€ (1,3% du PIB), et une priorité à l'investissement. Il se compose à grands traits de trois séries de mesures : • D'une hausse des investissements publics pour 10 Milliards d'€. Il s'agit d'une accélération des grands projets en cours : infrastructures (lignes TGV, tramways RATP, canal Seine-Nord, infrastructures électriques), université (plan campus), défense. D'une accélération des paiements dus par l'Etat aux entreprises et aux collectivités locales pour 11 Milliards d'€. Concrètement : paiements et remboursements anticipés de TVA, du crédit impôt recherche, des trop perçus d'impôt sur les sociétés, acompte de 20% sur les marchés publics, remboursement anticipé pour les collectivités du fonds de compensation de la TVA… D'une augmentation des transferts sociaux en faveur de la consommation pour 4 Milliards d'€. On y trouve des mesures ciblées sur le logement (doublement du prêt à taux zéro), l'automobile (prime à la casse), l'emploi (soutien au chômage partiel, exonération supplémentaire de charges) et les salariés les plus modestes (prime de 200€ aux futurs bénéficiaires du RSA). 12

• Ce plan devrait, selon le Premier ministre, apporter un surcroît de croissance de 0,6 point de PIB. A contrario, si l'Etat veut éviter la surchauffe (emballement de l'inflation) ou la dérive du déficit du budget de l'Etat (trop fort endettement de l'Etat), il peut mener des plans de rigueur qui consiste à maîtriser la croissance des dépenses de l'Etat voire à les diminuer ce qui provoquera un ralentissement de la croissance du PIB.

Ensuite, les dépenses de l'Etat joue une rôle dans la politique structurelle. Une augmentation des dépenses publiques dans des secteurs jugés stratégiques (la recherche, l'éducation, les infrastructures publiques...) devrait permettre une amélioration de la compétitivité à long terme de l'économie nationale. Ainsi, Nicolas Sarkozy a décidé fin 2009 de lancer un grand emprunt public afin de consacrer 35 milliards d'euros à cinq axes prioritaires : l'enseignement supérieur et la formation (11 milliards d'euros), la recherche (8 milliards), l'industrie et les PME (6,5 milliards), le numérique (4,5 milliards) et le développement durable (5 milliards). Enfin, les dépenses de l'Etat servent à réduire les inégalités et à renforcer la cohésion sociale. Une partie des dépenses de l'Etat sont consacrées aux prestations sociales d'assistance, celles qui sont accordées sous conditions de ressources aux population dont les revenus sont insuffisants pour vivre décemment (RSA, allocations logement, bourses scolaires, prime pour l'emploi...), et une autre partie à la fourniture de services publics gratuits ou quasi-gratuits (éducation publique, prise en charge partielle des dépenses de santé...). Or, ces dépenses de l'Etat, contrairement aux impôts, ont un fort pouvoir de réduction des inégalités comme le montre le tableau suivant :
Montant moyen du revenu annuel, des prélèvements et des prestations pour un individu en France en 2008 (en euros) 20% Montant moyen du revenu
Entre les 20% et les 40% les moins Entre les 40% et les 60% les moins Entre les 60% et les 80% les moins Les 20% les plus riches Ensemble

13

annuel, des prélèvements et des prestations pour un individu en France en 2008 (en euros) 20%
les moins riches

riches

riches

riches

Revenu avant redistribution Cotisations sociales Impôts et prime pour l'emploi1 Revenu après prélèvements Prestations sans conditions de ressources Prestations sous conditions de ressources2 Aides au logement Minima sociaux3 Revenu disponible

7 200

15 200 - 1 260 -60

20 870 - 2 090 - 500

27 770 - 2 980 - 1 240

53 760 - 5 640 - 5 590

24 960 - 2 510 - 1 460

- 560
+ 100

6 740

13 880

18 280

23 550

46 530

20 990

970

590

590

490

460

620

780

380

220

130

10

300

1 190 920 10 600

240 110 15 200

50 50 19 190

20 40 24 230

10 20 47 030

300 230 22 440

(Source : Insee 2009)

Prime pour l'emploi1 = impôt négatif versés à ceux dont les revenus sont insuffisants pour payer l'impôt Prestations sous conditions de ressources2 = prestations sociales versées à ceux dont les revenus ne dépassent pas un certain seuil (Bourses scolaires, allocation de rentrée scolaire...) Minima sociaux3 = RSA, minimum vieillesse, allocation pour adulte handicapé...

• Ce sont les prestations sociales qui réduisent le plus les inégalités. • Les services publics participent également à la réduction des inégalités. D'une part, les ménages pauvres n'auraient pas accès à ces services s'ils devaient les payer alors que les riches le pourraient. L'inégalité serait donc accrue. D'autre part, même si les populations aisées profitent davantage de certains services publics (les personnes aisées vivent plus longtemps et bénéficient davantage des soins gratuits, les enfants des milieux aisés poursuivent plus longtemps leurs études et bénéficient davantage du système éducatif gratuit...), les écarts dans la consommation de services publics est moins que dans celle de la consommation privée, ce qui aboutit à une réduction globale des inégalités.

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C- Le solde budgétaire est la différence entre les recettes et les dépenses.
Ce solde est nul lorsque le budget est en équilibre. Lorsque le budget est en déficit, l’Etat doit s’endetter. La dette publique doit ensuite être remboursée et la charge de la dette (remboursement du capital et paiement des intérêts) constitue une dépense inscrite au budget de l’Etat. Dans la plupart des pays industrialisés, la part des dépenses publiques dans le PIB et le taux de prélèvement obligatoires augmentent au cours des années 80 et 90. On note cependant qu’au Royaume-Uni on assiste à une légère baisse de ces indicateurs et qu’aux Etats-Unis la part des dépenses publiques augmente, alors que le taux des prélèvements obligatoires diminue.

1- L'existence d'un déficit budgétaire peut s'expliquer par plusieurs raisons
Des taux d'intérêt trop élevés qui pèse sur la charge de la dette. Les intérêts de la dette représentent souvent une part importante du déficit. Or ces intérêts versés dépendent, d’une part, du niveau d’endettement, et d’autre part, du niveau des taux d’intérêt, deux variables qui échappent au contrôle des gouvernements à court terme. Le solde primaire se calcule comme le solde total (dit « budgétaire ») hors paiements d’intérêt. Il reflète davantage que le solde budgétaire l’orientation de la politique budgétaire. Un pays peut cumuler un excédent primaire et un déficit budgétaire. Par exemple, le solde primaire a été continuellement positif en Belgique depuis la fin des années quatre-vingt, alors que le solde financier était continuellement négatif, en raison de lourds paiements d’intérêt sur une dette publique excédant 100% du PIB. La conjoncture : une récession (ralentissement de la croissance du PIB ou diminution temporaire du PIB) peut provoquer le déficit en diminuant les recettes fiscales (diminution des profits des entreprises, ralentissement des revenus des ménages, diminution des dépenses) et en augmentant les dépenses publiques (plus de chômeurs, de pauvres à secourir). Il s'agit d'un « déficit conjoncturel ». Dans ce cas, le déficit budgétaire non voulu va avoir un effet de « stabilisateur automatique » car il va augmenter la demande et relancer la croissance de la production à condition que l'Etat ne soit pas trop endetté. A contrario, une forte expansion va engendrer une augmentation des recettes fiscales (davantage de TVA, d'impôt sur le revenu ou les bénéfices) et une diminution des dépenses sociales (moins de chômeurs) qui va diminuer le déficit budgétaire. La politique de l'Etat : L'Etat peut provoquer volontairement une politique keynésienne de relance, soit en augmentant fortement les dépenses publiques, soit en diminuant fortement les impôts, pour gonfler la demande effective et inciter les chefs d'entreprises à accroître leur production. Le déficit est donc voulu. Il s'ajoute à celui qui a pu être provoqué par la situation conjoncturelle. Cette composante discrétionnaire est appelée « déficit structurel » et elle est une bonne mesure de la politique budgétaire. Dans ce cas, c'est le « budget primaire » (hors service de la dette) qui doit être en déficit. Le déficit ne doit pas servir à rembourser les créanciers de l’État mais à gonfler les dépenses . 15

L’utilisation du budget dans la politique conjoncturelle n’est pas conçue de la même façon pour les libéraux et pour les keynésiens : Pour les libéraux, le budget doit être neutre : s’il y a un déficit, il convient donc de rétablir l’équilibre budgétaire, car comme pour un ménage, l’Etat ne doit pas dépenser plus qu’il ne gagne. Il faut alors soit augmenter les impôts (ce que les libéraux ne souhaitent pas car ils veulent un Etat le plus petit possible) soit baisser les dépenses publiques (ce qu’ils préconisent). L’équilibre budgétaire est nécessaire pour que l’Etat n’ait pas à emprunter : car cela augmente la dette publique que les jeunes générations devront rembourser..... car cela crée un effet d’éviction: les épargnants préférant prêter à l’Etat plutôt qu’aux entreprises qui ont alors des problèmes pour financer leurs investissements.

Pour les keynésiens le budget public est actif. Il peut être en déficit ou en excédent selon la conjoncture économique dans le cadre des politiques contra-cycliques. il devient alors un instrument de la politique économique. Dans une économie en surchauffe qui risque l’inflation, le surinvestissement et la surproduction, l’Etat peut mettre son budget en excédent en augmentant les impôts pour que les anticipations des entrepreneurs soient moins optimistes. Lors d’une récession, le budget peut être en déficit. Il s’agit alors d’une politique de relance visant à augmenter les revenus (hausse du Smic, des allocations, et baisse des impôts sur les moins riches qui ont une propension marginale à consommer forte) et l’investissement (multiplicateur d’investissement) pour que la demande effective croisse entraînant ainsi une augmentation de la production (PIB) et la création d’emplois. Pour Keynes le déficit n’est pas dangereux, car, si l’économie est relancée, le déficit disparaîtra grâce aux rentrées supplémentaires d’impôt (plus d’impôts sur la consommation et sur les revenus) et à la diminution des dépenses publiques (moins de dépenses sociales). A l’époque de Keynes, l’économie était peu ouverte. Actuellement les politiques de relance se heurtent au fait qu’une partie plus ou moins importante de la demande supplémentaire peut se porter sur des produits importés. La balance des paiements courants voit son déficit apparaître ou s’accentuer. C’est le phénomène de la « contrainte extérieure ». Seuls les pays compétitifs peuvent se permettre de relancer seuls.

Pour les keynésiens le budget public est actif. Il peut être en déficit ou en
excédent selon la conjoncture économique dans le cadre des politiques contra-cycliques. il devient alors un instrument de la politique économique.

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La politique de relance : en augmentant ses dépenses publiques, en particulier les investissements publics, et en provoquant un déficit budgétaire, l’Etat relance la demande, la croissance de la production et de l’emploi qui devrait mettre fin au chômage. Pour Keynes le déficit n’est pas dangereux, car, si l’économie est relancée, le déficit disparaîtra grâce aux rentrées supplémentaires d’impôt (plus d’impôts sur la consommation et sur les revenus) et à la diminution des dépenses publiques (moins de dépenses sociales). Une politique de rigueur : en revenant à l’équilibre budgétaire, l’Etat ralentit la croissance de la demande ce qui devrait freiner l’inflation et redonner à l’économie sa compétitivité-prix pour dégager un excédent du commerce extérieur.

II.... mais depuis l’introduction de l’€uro et de de la BCE, les politiques budgétaires ....
A – Des politiques budgétaires contraintes et restrictives
1. Les politiques budgétaires restent définies au niveau national mais elles sont encadrées par le « pacte de stabilité et de croissance » adopté en 1997 au sommet européen d’Amsterdam. Le Pacte de Solidarité et de Croissance concerne avant tout la zone euro. L’objectif est de soutenir la politique de stabilité des prix de la BCE et d'éviter les effets de débordement négatifs d’une politique budgétaire trop déficitaire d'un État sur ses partenaires. En effet, avec la mise en place de l’Euro, les Etats peuvent être tentés : De mener des politiques de déficit budgétaire important pour soutenir la croissance économique du pays sans subir la contrainte extérieure puisqu’ils n’ont pas à défendre le cours de leur monnaie. En effet, les pays européens de la zone euro ne sont plus contraints d'équilibrer leurs échanges entre eux car une seule monnaie sert aux échanges. Les Etats européens sont donc globalement moins tributaires de l'équilibre de leur balance des paiements. Ils seront donc en principe beaucoup plus libres pour mener la politique économique qu'ils souhaitent. De s’endetter davantage car la création d’un marché de capitaux unifié dans la zone euro a tendance à diminuer les taux d’intérêt et donc la charge de la dette de l’Etat. En effet, la zone euro, par les avantages qu'elles présentent au niveau des coûts, des performances économiques, doit devenir une zone d'attractivité pour les capitaux internationaux. Cela aura pour effet de contribuer à la baisse des taux d'intérêt, ce qui devrait stimuler l'activité et là encore faciliter la mise en oeuvre de politiques budgétaires ambitieuses, rendues possibles par la présence de capitaux bon marché. On risque donc d’avoir un comportement de type « passager clandestin ». Les Etats dépensiers risquent de se reposer sur les Etats vertueux pour mener leur politique expansionniste sans contrainte.

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2. Le PSC va donc poser des règles strictes en matière de gestion des finances publiques pour des pays partageant la même monnaie : Il impose aux États l'équilibre budgétaire comme norme et leur interdit d'avoir un déficit public supérieur à 3 % du PIB, sauf circonstances exceptionnelles. Pour les Etats déjà endettés, cela signifie un excédent du budget primaire, c'est-àdire que les recettes publiques doivent être supérieures aux dépenses publiques avant le paiement des intérêts de la dette. De plus, le ratio entre la dette publique et le PIB ne doit pas depasser 60 %. Ces contraintes sont assorties d'un mécanisme de surveillance multilatérale. Chaque année, chaque État présente son programme de stabilité au contrôle collectif, c'est-à-dire à la Commission et au Conseil des ministres. Ce programme indique le budget de l'année courante et les prévisions en matière de finances publiques pour les trois années à venir. Les programmes de stabilité sont donc actualisés annuellement. Si la règle n'est pas respectée, un système d'alerte rapide signale les risques de dérapage. Lorsque cela ne suffit pas, un mécanisme de sanctions est déclenché. Elles peuvent aller jusqu'à une amende infligée aux pays contrevenants (de 0,2 à 0,5% de leur PIB).

3. Le PSC a subi de nombreuses critiques, dans son principe comme dans son application : D’une part, inspiré de la politique libérale, il interdit aux pays de pratiquer des politiques de relance en cas de ralentissement conjoncturel de l’activité. Un excédent du budget primaire peut même participer au ralentissement de la croissance. D’autre part, les grands pays n’ont pas été capables de respecter le PSC. La plupart des pays membres (notamment l'Allemagne, la France et l'Italie) sont entrés dans l'Union monétaire avec des dettes publiques déjà élevées et des déficits très proches de la limite des 3 % du PIB, de sorte que le premier ralentissement de l'activité affectant la zone, en 2001, les a mis en infraction, les contraignant alors, pour ne pas aggraver leur cas, à des politiques pro-cycliques, contraires aux exigences de la stabilisation conjoncturelle. Conscients de cette difficulté et des coûts politiques la Commission et le Conseil ont choisi de réformer le Pacte pour en atténuer les défauts notamment dans une optique de régulation conjoncturelle. La réforme adoptée par le Conseil européen, en 2005 élargit la définition des « circonstances exceptionnelles », pour y inclure les ralentissements conjoncturels, et non plus les seules récessions « sévères ».

B – La récession récente fin 2008 et 2009 réhabilite les politiques de relance

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a. La récession de 2008-2009 a remis fondamentalement en cause les règles du Traité d’Amsterdam. A la suite du G20, pays de l’UE ont présenté, sans véritable concertation, des plans de relance de type keynésien. Les dépenses publiques vont augmenter fortement en 2009 dans deux directions : La croissance de la demande : il s’agit d’inciter les ménages à consommer davantage (baisse de la TVA en GB, baisse de l’impôt sur le revenu pour les ménages modestes en France, prime à la casse pour les automobiles en France, en Allemagne…) et les entreprises à plus investir ou à sauvegarder l’emploi (les subventions au secteur automobile en France et en Allemagne, au secteur bancaire en GB, en France, en Allemagne…). La croissance de l’offre : les commandes publiques vont en priorité aux secteurs innovants (l’économie verte, la recherche) ou aux grandes infrastructures publiques (autoroutes, aéroports, tramways, train à grande vitesse…) afin d’amorcer le mécanisme du « multiplicateur de dépenses » mais aussi de renforcer l’attractivité du territoire.

Source : http://sesmassena.fr/Documents/

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L’augmentation du déficit public n’est pas due seulement aux plans de relance. On peut l’attribuer aussi à la récession elle-même. En effet, toute récession enclenche des « stabilisateurs automatiques » car le ralentissement de la croissance provoque : Une baisse des recettes fiscales : moindre rentrée de la TVA due au ralentissement de la consommation et des prix, moindre rentrée de l’impôt sur les revenus et les bénéfices. Une hausse des dépenses publiques : augmentation des dépenses sociales pour prendre en charge la hausse du nombre de chômeurs et de celui des pauvres, augmentation des subventions aux secteurs en difficulté… La relance en même temps dans tous les pays de l’UE a des effets cumulatifs. Même si tous les plans de relance mis en oeuvre dans tous les pays européens ne se ressemblent pas (certains pays souffrent plus que d'autres - le Royaume-Uni, l'Espagne - et d'autre ont des marges de manoeuvre budgétaires plus importantes - l'Allemagne en particulier) - et un manque chronique de demande intérieur, l'argent public traverse les frontières sous la forme d’importations de produits fabriqués par les autres pays de l’UE. Les importations des uns deviennent les exportations des autres. Le commerce extérieur de l’UE est ainsi dynamisé et profite à tous. Ces plans devraient atténuer l’impact de la récession en 2009 et accélérer la reprise en 2010.

C-On peut faire une série de critiques aux plans de relance des pays de l’Union européenne.
Il ne s’agit pas d’un plan de relance européen : le plan de relance annoncé au Conseil européen des 11 et 12 décembre 2008 n’est pas européen, il est la somme des plans de relance nationaux. Sur les 200 milliards d’euros annoncés, seuls 30 milliards sont d’origine communautaire, sous forme de prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) Le reste (170 milliards) est le total des sommes prévues par chaque Etat membre. Quatre Etats (France, Allemagne, Royaume Uni et Espagne) totalisent à eux seuls prés de 110 milliards d’Euros ; on mesure les progrès qu’il reste à réaliser pour une vraie politique communautaire de croissance économique. Le budget de l’Union européenne représente environ 130 milliards d’euros ce qui correspond à environ 1 % du revenu national brut de l’Union européenne. Les montants sont donc insuffisants pour une politique de relance efficace d’autant que ces montants sont affectés pour presque la moitié à l’agriculture (PAC) et qu’un déficit est interdit. Les plans de relance n’ont pas été coordonnés : chaque pays a annoncé son plan sans coordination avec les autres. Les réponses à la crise restent nationales, disparates et même divergentes. Ainsi le plan britannique a privilégié la consommation des ménages avec une baisse de 2,5 points du taux de TVA alors que les plans allemand et français consistent principalement à soutenir les entreprises par le remboursement de dettes et des avances de trésorerie. 20

Les plans de relance n’ont pas pas été assez ambitieux. Malgré l’annonce d’un plan équivalent à 1,5% du PIB européen, la réalité est plus proche de 0,7 et 0,6 % du PIB. Le FMI préconisait au moins 2% et les plans américains, japonais, chinois avoisineront les 4% de son PIB. D’autre part, le plan européen morcelé en plans nationaux est structurellement inadapté à une économie européenne intégrée. Si la crise peut être une chance, c’est celle de mettre en place une réelle ambition économique au niveau communautaire et de réorienter notre modèle de croissante vers un modèle plus écologique, créateur d’infrastructures collectives et d’emplois. Cette ambition ne peut se réaliser que par l’augmentation signification du budget de l’Union (toujours plafonné à 1%du PIB) ou par le recourt à l’emprunt auquel s’oppose toujours la réglementation européenne. En même temps, ces plans dégradent sensiblement la situation des finances publiques. Les déficits publics (ceux de l’Etat, de la Sécurité sociale et des collectivités locales) vont dépasser allégrement les 3% du PIB et la dette publique les 60% du PIB, ce qui peut avoir des effets négatifs à long terme : Une reprise de l’inflation car une partie du déficit est financée par de la création monétaire aux Etats-Unis et en GB, ce que la BCE se refuse à faire pour les pays de la zone euro. Un ralentissement de l’investissement privé car les Etats ponctionnent excessivement l’épargne disponible ce qui prive les firmes privées de ces capitaux (effets d’éviction). Une hausse future des impôts qui peut conduire les ménages à épargner par anticipation ce qui freinera la consommation et la reprise.

III -Les nouveaux principes de la politique monétairedans le contexte de l’U.E.

A. Suite au Traité de Maastricht (1992), la Banque centrale européenne (BCE) a
été créée le 1er juin 1998 à Francfort. Celle-ci se voit chargée de conduire la politique monétaire unique de la zone €uro. Elle forme avec les autres banques centrales nationales (BCN) des États membres de l'UE, une structure indépendante et supranationale, le système européen de banques centrales (SEBC). B- La Banque centrale européenne intervient sur le marché monétaire pour prêter de la monnaie centrale aux banques, moyennant paiement d'un intérêt et presque toujours en contrepartie d'une créance détenue par les banques (bons du Trésor, effets de commerce, devises). Elle peut donc contrôler la création de monnaie des banques de quatre façons : 21

En définissant la liste des créances que la Banque centrale est prête à acheter. Plus la liste est longue, plus les banques de second rang pourront faire des crédits et inversement. En définissant le volume de crédit qu’elle est prête à accorder aux banques pour une période donnée. C’est la politique d’Open Market. La BCE propose par appel d’offre aux banques, à intervalle régulier, le rachat (ou la vente) d’une quantité de titres de créance contre de la monnaie centrale à un taux décidé par telle en fonction de sa politique. Elle procède de deux façons : • Soit par les achats fermes sur appel d'offres, la banque centrale décidant du volume de titres à court terme qu'elle est prête à acheter en fonction de sa politique monétaire (le taux des appels d'offre est le taux directeur du marché interbancaire) ; Soit par la prise en pension pour une durée limitée, à la demande des banques qui vendent leurs titres contre promesse de rachat aux taux des prises en pension (le taux le plus élevé du marché).

Ces opérations d'Open Market permettent des ajustements instantanés des taux d'intérêt, pour de courtes périodes, alors que les autres techniques de politique monétaire sont utilisées moins fréquemment. Quand la banque centrale veut réduire la « base monétaire », elle peut vendre des titres (généralement des emprunts d'État courts ou des bons du Trésor) aux banques ; cela se traduit par une augmentation marginale du loyer de l'argent et une réduction de la liquidité du système bancaire. À l'inverse pour augmenter la circulation d'argent, la banque centrale achètera des titres appartenant aux banques, contre paiement auprès d'elle-même, ce qui implique l'entrée en circulation d'argent que les banques pourront prêter à leurs clients.

En définissant son taux d’intérêt directeur d’intervention au jour le jour sur le marché monétaire. En déterminant le taux des réserves obligatoires. Les réserves obligatoires sont les sommes d’argent, provenant des dépôts des clients, que les banques sont obligées de déposer sur leur compte à la Banque centrale. Plus le taux est élevé et moins les banques disposent de monnaie centrale pour garantir leurs crédits. Il est à l’heure actuelle de 2%.

C-La politique monétaire consiste à contrôler la croissance de la masse monétaire (M3 en particulier) de telle façon que celle-ci n’augmente pas plus vite que le PIB pour éviter l’inflation. 1- Le principal objectif de la BCE est de maintenir, au sein de la zone euro, l’inflation annuelle au dessous, mais à un niveau proche, de 2 %/an, sur le moyen terme. 22

Ainsi, si la Banque centrale prévoit une reprise de l’inflation, elle peut :

Augmenter son taux d’intérêt : les banques vont répercuter cette hausse sur le coût du crédit ce qui devrait dissuader les agents économiques d’emprunter à court terme, ce qui devrait limiter la création de monnaie supplémentaire ; Augmenter les réserves obligatoires : ceci privera les banques d’une partie de leurs ressources pour faire des crédits ; Diminuer le volume de crédit qu’elle est prête à accorder aux banques ou même leur vendre des titres pour les priver de liquidités.

2 – Des politiques monétaires restrictives
a -Les politiques budgétaires doivent être encadrés par une politique monétaire indépendante des Etats. L'Union européenne, et notamment la zone euro, se méfient fortement des déficits budgétaires excessifs susceptibles de menacer la stabilité monétaire de l'ensemble. Cette défiance, surtout allemande, repose sur la crainte que l'instabilité monétaire, au-delà de ses coûts purement économiques, menace la liberté individuelle et déstabilise la démocratie. Ces inquiétudes sont enracinées dans la mémoire des expériences douloureuses de l'entre-deux guerres (la crise des années 20 et l’hyperinflation en Allemagne) et de leurs conséquences politiques, avec l'accession au pouvoir de régimes totalitaires dans plusieurs pays européens et le drame de la Seconde Guerre mondiale. b-. Aussi, la politique monétaire de la zone euro a-t-elle été confiée à une banque centrale — la BCE — dont l'indépendance à l'égard des autorités politiques, nationales ou européennes, est sans équivalent dans le monde : la BCE, dont le mandat est d'assurer prioritairement la stabilité monétaire de la zone euro, a la faculté de choisir elle-même son objectif d'inflation, la manière dont elle entend le poursuivre, et n'a de compte à rendre à personne sur son action, si ce n'est l'obligation formelle qui lui est faite, de se prêter, une fois par trimestre, aux questions des parlementaires européens ; mais ceux-ci, à la différence de leurs homologues américains, n'ont aucun pouvoir sur la BCE ou sur ses statuts, de sorte que cette séance trimestrielle de questions tourne au monologue d'auto justification. Dans un autre registre, la Banque d'Angleterre, pourtant indépendante elle aussi, se voit fixer son objectif d'inflation par le gouvernement, et est soumise à des exigences de transparence de ses décisions. c-Comme nous avons dit : l’objectif de la BCE est d’avoir un taux d’inflation inférieur à 2% l’an en contrôlant la croissance de la masse monétaire et donc l’émission de monnaie et de crédits. Elle a admis un certain assouplissement, en faisant de ce taux une cible à moyen terme, qu'elle vise en moyenne. Il faut toutefois souligner que cette valeur est très faible : elle tend donc à installer une orientation permanente un peu trop restrictive, surtout en période de hausse des prix de l'énergie. Cependant, la fixation de cet objectif rencontre deux types de difficultés dans la zone euro : Les pays de la zone euro n’ont pas les même taux d’inflation ce qui pose le problème du choix du taux directeur. Si elle impose un taux d’intérêt élevé ce sont les pays les plus vertueux, c’est-à-dire les moins inflationnistes, qui sont pénalisés car leur taux d’intérêt réel (taux nominal – taux d’inflation) devient 23

très élevé. Si elle décide d’un taux faible, ce sont les pays vertueux qui peuvent ainsi soutenir leur croissance avec le risque que l’inflation s’accélère dans les pays inflationnistes. De même, les pays de la zone euro ne présentent pas le même bilan en matière de solde extérieur. Si l’Allemagne accumule les excédents, la France et l’Italie collectionnent les déficits. Un Euro fort n’a qu’une incidence limitée sur les résultats de l’Allemagne car elle bénéficie d’une forte compétitivité structurelle (spécialisation dans les

La politique de la BCE apparaît comme moins dynamique que celle de la Fed (la Banque centrale des Etats-Unis). Cette dernière, en effet, a aussi pour mandat de soutenir la croissance. En conséquence, la Fed agit plus tôt et avec plus de vigueur que la BCE. Ainsi : Au moment de la reprise de l’inflation en 2005 (forte hausse des prix du pétrole et du prix des matières premières), la Fed n’hésite pas à augmenter fortement son taux d’intérêt (à plus de 5%) pendant l’année 2005 alors que la BCE ne réagit qu’en 2006 avec un taux qui ne dépasse pas les 4%. Au moment de la récession de 2008-2009, la Fed abaisse rapidement son taux directeur à un niveau proche de 0% en 2008 afin de soutenir la croissance et d’éviter la déflation (baisse des prix) alors que la BCE n’agit qu’à la fin 2008 et se refuse de baisser ses taux au dessous de 1%.

3- La vraie question est donc le rôle international de l’euro à l’avenir. Créé pour permettre l’essor d’un grand marché intérieur européen, l’euro n’est pas devenu une monnaie de cotation, de transaction et de règlement sur les grands marchés internationaux. L’euro a la fonction de monnaie d’ajustement aux fluctuations du dollar entre les deux zones du système monétaire international. Or, l’instabilité du change euro dollar et la hausse récente de l’euro ont plusieurs effets négatifs sur la croissance de la zone :
Tout d’abord, elle augmente le pouvoir d’achat des agents de la zone euro vis-àvis des produits libellés dans les autres monnaies. En conséquence, les importations de l’UE vont augmenter plus vite ce qui risque de déséquilibrer les balances courantes et freiner la production interne. En revanche, ces importations vont coûter moins cher ce qui, dans le cas du pétrole et des matières premières, devrait réduire les coûts de production. Ensuite, elle augmente le prix des produits exportés par les pays de la zone euro et diminue sa compétitivité-prix. Les étrangers doivent donner plus de monnaie nationale pour acquérir des produits fabriqués dans la zone euro. Ils vont donc moins en acheter ce qui va freiner les exportations de la zone euro et déséquilibrer la balance courante des pays les moins compétitifs.

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Enfin, l’instabilité des cours met en en péril les grands groupes européens mondialisés, car ils peuvent subir des pertes de change importantes entre le moment où il signe un contrat et le moment où ils reçoivent les devises en paiement de la livraison.

4- Les politiques au sein de l’UE doivent être réformées
On peut donc faire plusieurs critiques à l’UE en matière de politique économique : Les politiques budgétaires restent nationales et ne sont pas coordonnées. C’est contradictoire avec la création d’une monnaie unique commune à tous les Etats de la zone euro. Le PSC n’a pas su harmoniser les politiques budgétaires et elle n’a pas été respectée. En conséquence, les pays sont tentés d’adopter des stratégies de « chacun pour soi » et de se faire concurrence en matière d’impôts et de charges sociales (le « dumping fiscal »). Les politiques monétaires et les politiques budgétaires ne sont pas coordonnées. En d’autres termes, le « policy mix » est impossible puisque la BCE et les gouvernements ne mettent pas au point ensemble le même type de politique. Le « policy-mix » est défini comme l’orientation conjointe des politiques monétaire et budgétaire, à un moment donné du cycle économique. Le policy-mix est par exemple « contracyclique » lorsqu’en phase haute et ascendante du cycle, son orientation est plutôt restrictive pour éviter une surchauffe, ou lorsqu’en phase basse et descendante, elle est accommodante afin d’éviter l’effet récessif du retournement. Politiques monétaires et budgétaires ne vont pas toujours dans le même sens dans la zone euro. Depuis 1999, alors que la politique monétaire a été contracyclique aussi bien en zone euro qu’aux États-Unis, (la FED se serait révélée plus réactive que la BCE), l’orientation de la politique budgétaire de la zone euro apparaît largement pro-cyclique entre 1999 et 2006. La dégradation des finances publiques en 2000 et 2001, lors de la phase haute du cycle, a privé les pays de la zone euro des marges de manoeuvre nécessaires pour stabiliser l’activité lorsque la conjoncture s’est retournée. Pendant la même période, les Etats-Unis menaient une politique budgétaire et une politique monétaire contra-cyclique autorisant une croissance plus rapide.

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