Thème de la « vie » dans l’œuvre : l’approche littéraire de Pygmalion.

ROUSSEAU, scène lyrique, 1762 : méditation sur un drame lyrique à une scène et à un seul personnage ( ?) sur la nature des relations entre l’artiste et son œuvre. Jouée à l’opéra de Paris 10 ans plus tard. Mal reçue. La musique de Coignet (médiocre) comporterait des morceaux de Rousseau (cf l’édition viennoise de 1772). Manuscrit conservé à Neuchâtel (bibliothèque de la ville). Les premières lignes opposent la vie à la pierre, au marbre mort. Le sculpteur qui se despespère d’abord de donner la vie à sa sculpture, Galatée, finit par aimer sa statue. Galatée naît à la vie et se touche elle-même. Elle dit « moi ». Et touche Pygmalion et dit « encore moi ». Pygmalion répond qu’il lui a donné tout son être et qu’il ne vivra que par elle. En réalité, « moi » et « toi » masquent le fait que l’œuvre et l’artiste partagent un « soi commun ». l’œuvre devient alors le soi extériorisé de l’artiste. Mais en donnant son être ) Galatée, Pygmalion s’efface, s’exposant à la mort pour elle. L’esthétique de Rousseau est en jeu. Goethe reproche à Rousseau de dégrader l’œuvre d’art, un produit de l’esprit, en objet purement sensoriel (Poesie et Vérité, III, livre XI, Hetzel 1863, ed le Signe, Paris 1980) Pour Goethe le désir de Pygmalion pour Galatée contredit l’œuvre d’art. Dans Jean-jacques, La transparence et l’obstacle, 1957, Starobinsky voit moins un objet des sens, qu’un onjet narcissique, narcissisme d’un moi aimant pour une partie de lui-même. Le dédoublement de Pygmalion tient à ce qu’une partie de son âme est passée dans cette chose sans vie. Mais Pygmalion ne veut pas se séparer de ce qu’il a créé. Il refuse que l’œuvre lui soit étrangère. (Starobinsky, p 86). Si elle est idéaliste, l’esthétique de Rousseau ici est tournée vers le sujet, mais le soi fini de l’artiste, et non celui de la conception idéaliste de l’objectivation du sujet absolu. On est loin de Hegel mais aussi de Schopenhauer. Le kantisme est plus crucial. L’art est subjectif et dynamique Mais Pygmalion va au delà du kantisme. Si Pygmalion « meurt » en un sens, il survit à lui-même en un autre. Il y a une négativité. « J’ai perdu mon génie ». La finitude de l’artiste signifie un moment de négativité ou radicale discontinuité. Cette négativité du soi est qu’il ne s’identifie pas à lui-même et ,n’est pas substantiel. Il détermine sa structure réflexive (avec l’animation de Galatée). Il ne s’agit pas d’action mais de réflexivité. La réflexivité porte sur la fait de fabriquer la statue. La scène est l’esprit de Pygmalion, et l’action est mentale. Son interprétation est orientée vers le soi, et sa nature, et la statue est une transition, sous forme d’un mouvement en soi-même, vers une conscience réflexive (aspect hégélien, reflexion an sich). Ce mouvement est intégré dans l’expérience temporelle d’une conscience finie. Goethe déclare que Pygmalion est une tentative de dissoudre l’art dans la nature et qu’elle est marquée

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par un primitivisme desthétique digne de la légende grecque d’origine. Mais Goethe a tort de lire Rousseau à travers le légende grecque. La négativité du soi est l’essentiel et non une histoire d’émancipation grecque de l’œuvre de l’art par rapport aux objets naturels. Ce qui apparaît à l’issue du récit de Rousseau est que le désir de Pygmalion est idéal et non réel, c’est à dire une forme d’échec du partage du « même soi », sans constitution d’une altérité véritable. Devenir « autre » pour Pytgmalion n’est pas devenir autre que Pygmalion mais « autre que Galatée ». Starobinsky se trompe sur la structure paradoxale du désir de Pytgmalion. A la fin de la pièce, en réalité, l’artiste et l’œuvre (NB : achevée avant qu’elle ne commence) sont à nouve’au séparés. Pygmalion est alors affecté d’une ironie amère, conscient qu’il est de la négativité de son expérience. Le point ici est celui d’une sexualité idéale. C’est ce qu’il faudrait répondre à Goethe. La différenc sexuelle est entre deux « soi », et non une union. Cf. Narcisse, de Rousseau, pièce à un acte, la seule à avoir été publiée et représentée à la comédie française. Le soi est séparé de lui-même. Manifestation de la négativité ironique du soi, par discontinuité, la statue dérive de la consicnce de l’artiste en tant qu’« image de ce qui n’est pas ». Rousseau souligne l’aspect négatif de l’union du soi (fini, mortel, inintégrable dans l’absolu). Il y a donc une radicale discontinuité entre matière de l’œuvre et conscience. Negativité de l’image : en un premier sens celle inéhrente à la conscience comme telle en un second sens : relation de l’image esthétique au naturel. Ici elle renvoie à elle-même comme phénomène de conscience, et à rien de naturel. La structure réflexive est anti-naturelle. La priorité est donnée à Galatée, à l’œuvre d’art qui idéale mais non mortelle ne prolonge pas la nature. L’esthétique de Rousseau est dérivée de l’analyse du soi. Son esthétique est critique. La négativité qui sépare la conscience sépare la conscience de l’absolu et de l’union avec la Nature. Goethe sur Pygmalion in Vérité et Poésie t 2, livre XI p 264 A propos des français de siècle, Goethe écrit : « je mentionnerai encore un opuscule qui fit une vive sensation, le Pygmalion de Rousseau. Car cette production singulière oscille, pour ainsi dire, entre la nature et l’art, avec la fausse prétention de

résoudre celui-ci dans celle-là . Nous y voyons un artiste qui a achevé l’œuvre la plus parfaite et qui néanmoins n’est pas satisfait d’avoir exprimé son idée hors de lui, suivant les règles de l’art, et de lui avoir donné la plus haute existence ; il veut encore la faire descendre jusqu’à lui dans l’existence terrestre. Il détruira ce que l’intelligence et le travail ont produit de plus sublime, par l’acte sexuel le plus vulgaire ».

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