Histoires de relations (2010) Natalia de Mello

Dès la fin de mes études de dessin, de gravure et de photographie, j’ai commencé à exposer régulièrement, de 1990 à 1999, en Belgique et au Portugal. Mon travail était essentiellement axé sur l’exploration formelle de l’espace et j’en suis ainsi venue à m’interroger sur le rapport entre le moment de la création dans l’espace de l’atelier et le moment de l’exposition qui est sensé accueillir et intégrer le visiteur, soit sur la relation de l’œuvre au public. Cette remise en perspective de mon travail m’a amenée à investir des lieux où je pouvais travailler sur la circulation et le rythme de la déambulation en co-construisant une fiction avec le concours du visiteur. Il s’agissait en quelque sorte autant de sortir l’art de la vitrine de la galerie que de faire pénétrer le public dans l’espace de l’œuvre. Cette double préoccupation pour le rapport à l’espace (comment investir un lieu; comment organiser la circulation dans ce lieu; comment dérouler cet espace dans le temps) et pour la relation à l’autre (comment susciter la rencontre et accueillir l’autre ; comment produire un échange ; comment construire une mémoire partagée) pourrait définir globalement ma démarche artistique depuis 2000. Cela m’a conduit à élaborer des fictions plastiques qui développent des problématiques contemporaines en mobilisant des matériaux issus de notre espace de vie domestique. Ces propositions sont autant de réflexions sur notre condition technologique actuelle à partir des outils de notre quotidien. Ainsi se perpétue, selon moi, l’hybridation de l’humain et de la machine, forcément humaine, à travers un faire artisanal qui permet, comme à chaque époque de l’humanité, de s’approprier les langages de notre temps. Cet intérêt pour l’autre ne se limite pas à la rencontre avec le public mais a également eu pour effet de m’ouvrir à d’autres formes disciplinaires de pensée et de création et à investir d’autres disciplines jusqu’alors largement cloisonnées. C’est ainsi que j’ai évolué au sein du collectif Metamorphoz, durant cinq années de recherches, de spectacles, de performances et d’installations. Le collectif pluridiciplinaire MéTAmorphoZ a été fondé par Valérie Cordy et moi-même en 2001 dans un esprit d’hybridation des pratiques artistiques traitant de problématiques d’actualité en recourant à des technologies domestiques dans une forme qui mêle intimement arts numériques, arts visuels et arts de la scène. Cette structure a permis des rencontres et des collaborations ponctuelles ou régulières avec de nombreux artistes, vidéastes, musiciens, comédiens, auteurs et penseurs, parmi lesquels Moreno Boriani, Alain Cofino-Gomez, Laurence Drevard, Laurent d’Ursel, Emmanuel Flety, Hélène Henrichs, Béatrice Hudry, Sandra Nazé, Dorothée Schoonooghe, Derek Sein, Guy Van Beele, Rachel Winthagen, etc. Dès novembre 2001, dans le cadre du Festival des arts électroniques Netd@ys, nous avons présenté une première performance intitulée « Zone temporaire » qui était basée sur un jeu vidéo (les Sims). Puis, avec « Doppelgänger », performance qui portait sur la surveillance, la traçabilité et le thème du double électronique, nous avons plongé plus profondément dans les rapports entre technologie et société. Nous avons ensuite présenté à Avignon le spectacle-manifeste « J’tapLDkej’pe », en 2004, et la première étape du processus MéTAmorphoZ a abouti au spectacle multimédia « Métamorphoses » présenté, en mars 2005, à la Maison Folie de Mons dans le cadre du Festival Via et à un DVD interactif réalisé grâce au Prix multimédia de la Communauté française dont MéTAmorphoZ fut le lauréat cette année-là. En parallèle de MéTAmorphoz, j’ai mené une série de projets participatifs (« Ami » ; « Tentative de survie pour 9 ou 147 personnes » ; « Digérez la Déclaration universelle des droits de l’homme » ; « Banque de fleurs artificielles » ; etc.) et je continue à collaborer avec des musiciens (Gauthier Keyaerts dans le cadre de vidéo-performances « Bye dad » et « Radicaux libres »), avec des artistes plasticiens (Evelyn Fischer-Lenotte pour le projet « Ici… regarde. Les sculptures dans l’espace public à Bruxelles ») ainsi qu’avec Valérie Cordy (« GPS : Gioconda Painting Show ») tout en menant des travaux plus personnels.

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Mots croisés - Dessin expérimental dans l’espace 1990-1999

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Collages, pâtes à bois, bandes de papier dérivant sur l’eau - Dessin expérimental dansl l’espace 1990-1999

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Maquettes et photographies d’architecture - Dessin expérimental dansl l’espace 1990-1999

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Nettoyage à sec et Ce que nous sommes, 2000 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Nettoyage à sec est né aux Bains::Connective à Forest avant de se transformer progressivement en Ce que nous sommes, projet développé pour De Markten et Bruxelles nous appartient dans le cadre de Bruxelles 2000. Les Bains étaient un laboratoire socio-artistique, un lieu de rencontre et d’échange entre artistes plasticiens, musiciens, danseurs… J’y ai découvert des centaines de vêtements abandonnés par tous ceux qui ont dû passer par là. Ils ont vécu et été aimés. Maintenant, ils nous répugnent par leur état. J’ai décidé de les retravailler, de les transformer, afin qu’ils redeviennent utiles et qu’ils soient à nouveau admis parmi les vivants. Le travail s’est fait en plusieurs étapes : 1° triage, création des ensembles et réutilisation conventionnelle; 2° découpage : les vêtements redeviennent des tissus; 3° transformation en coussins et oreillers recouverts de peinture blanche; 4° création d’un espace blanc, propre (l’envers de ce qui existe). Nettoyage à sec est un nettoyage superficiel car je ne retire pas les couches d’histoires. Je les insère à l’intérieur des oreillers peints sur lesquels j’invite les gens à venir s’asseoir et je leur offre de la vodka et des tic-tac. Ironie de l’histoire : les photos que j’ai prises de cet espace sont sorties blanches.

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NETTOYAGE À SEC
28 35 36 29 08 01 01 01 01 11 35 30 28 09 -------------------------222 pantalons chemises pull-overs manteaux pantalons d’enfants écharpe justaucorps gant collant foulards jupes robes ticheurtes caleçons pièces vestimentaires abandonnées et récupérées aux Bains, dans la salle des massages. transformées en 32 coussins.

total

NETTOYAGE À SEC = PROPRE SUPERFICIELLEMENT = PEINT EN BLANC

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Ouvrage de dames, 2000

- Formes de l’échange et de l’action 2000-2010

Installation évolutive et envahissante d’une durée de 6 mois pour Artistes en vitrine (Bruxelles). Mise en parallèle du travail intimiste et solitaire de l’artiste enfermé dans son atelier avec le précieux ouvrage de dames du temps jadis comme avec le tissage laborieux de la toile d’araignée.

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Digérez la Déclaration universelle des droits de l’homme, 2002 - Formes de l’échange et de l’action 20002010 Installation réalisée pour l’exposition « 100 artistes pour les 100 ans de la Ligue des droits de l’homme », à la Médiatine. La Déclaration universelle des droits de l’homme est sans conteste l’un des textes les plus importants du patrimoine mondial et pourtant l’un des plus méconnus. L’idée est venue de reprendre ses trente articles « au pied de la lettre » (7 949 lettres) et d’inviter le public à assimiler leur contenu par une action naturelle et concrète de notre vie quotidienne, soit en les digérant au sens propre. Afin de rendre comestibles ces articles de la Déclaration, j’ai utilisé les pâtes alimentaires en forme d’alphabet qui se vendent dans le grand commerce.

Deux espaces ont été créés : dans l’atelier clandestin situé au sous-sol, des personnes complices avaient pour consigne de ne pas parler avec le public durant leur travail qui consistait à trier les pâtes pour reconstituer les trente articles et les mettre en sachets.

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La cuisine, ou espace de réception, était peinte en gris, symbole de neutralité, et couverte de centaines de lettres en pâtes alimentaires collées sur ses murs. Trente ustensiles de cuisine y étaient exposés; chacun d’eux représentant un article (le fouet, le couteau, la passoire, etc.). Sur chaque ustensile, on pouvait lire l’article qui lui correspondait. Dans la cheminé de la cuisine était placée une télévision qui montrait et surveillait les travailleurs au noir dans l’atelier clandestin en train de trier les pâtes pour former les articles. Ceux-ci étaient jetés dans un bouillon offert individuellement au public dans cet espace de réception.

Le jour du vernissage, chaque visiteur recevait un ticket qui lui donnait droit à digérer un bouillon des droits de l’homme et les articles en sachets étaient également mis en vente au prix de 10 cents par lettre (art. 1er de 165 lettres au prix de 16,50 €, etc.). Le jour du finissage, les « travailleurs au noir » sont montés dans la cuisine et ont tout détruit.

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Auprès de la mer intérieure (d’Edward Bond), mise en scène Valérie Cordy, scénographie et costume Natalia de Mello, 2001-2002 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Fabrique du Théâtre, La Bouverie - Les Arbalestriers, Mons - théâtre Océan Nord, Bruxelles – théâtre de l’Eden, Charleroi

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Salvador (de Suzanne Lebeau), mise en scène Valérie Cordy, scénographie et costume Natalia de Mello, 2003-2004 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Centre culturel Jacques Franck - Bruxelles - festival Mons au Carré - festival de Huy

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Zone temporaire, 2001-2003

- Formes de l’échange et de l’action 2000-2010

Performance du collectif MÉTAmorphoZ, avec le jeu « Les Sims », festival multimédia Netdays, Bruxelles (voir Dvd-Rom MéTAmorphoZ lettre Z pour le concept). Chapelle des Brigitinnes, 2001, festival Netdays, Bruxelles - Quai de la gare, Festival Recyclart dans le cadre du Festival Maïs, 2003.

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Articulations culturelles, 2003 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 La fondation CERA a invité des artistes à collaborer avec des associations qui s’occupent de personnes en situation précaire. Notre point de départ a été de nous demander ce que nous pouvions apporter à ces personnes en tant qu’artistes et comment parvenir à établir une communication qui pourrait déboucher sur un langage artistique commun, dans un contexte où nous ne parlions pas la même langue. La photographie fut le médium retenu pour permettre aux habitants du quartier Prado, à Courtrai, d’aller à la rencontre de leurs voisins et d’exprimer leurs sentiments et leurs rêves intérieurs.

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Ami, 2003-2007

- Formes de l’échange et de l’action 2000-2010

Ami est un projet qui a débuté en 2003 à l’occasion d’une invitation à participer à l’exposition « La science de l’art » au Centre culturel Jacques Franck. Ma réflexion sur les rapports entre la science et l’art, entre l’humain et la machine, entre la domesticité et la domestication, se poursuit et se nourrit de la rencontre avec d’autres intervenants. Elle fait l’objet de présentations qui varient selon les lieux et les contextes.

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Banque de fleurs urbaines et artificielles, 2004 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Dans le cadre de l’exposition « Entre être et hêtre», à la Médiatine, j’ai ouvert une banque de fleurs qui collecte et stocke les fleurs artificielles et écoulait des fleuros contre des euros.

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Doppelgangër I : Who’s Who, 2002

- Formes de l’échange et de l’action 2000-2010

Installation performance du collectif MÉTAmorphoZ, festival Netdays, La Bellone, Bruxelles.

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Doppelganger II, 2003 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010
Installation et performance du collectif MÉTAmorphoZ, festival Mons au carré, Manège.Mons.

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Doppelganger III, 2007 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 « Quotidien sous contrôle », performance interacive et vidéo, semaine thématique organisée en décembre par la Ligue des droits de l’homme, Maison du Peuple, Saint-Gilles.

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Surveiller, être surveillé, se surveiller : le public est filmé par des caméras de surveillance. Dans son parcours, il est invité à réaliser une action en suivant des consignes d’un balladeur devant une caméra. Ailleurs il est projetté en grand : ses actions sont interprétées autrement. Textes et images sur la surveillance interfèrent directement sur la projection (V-jing).

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Je t’ai à l’œil : pour les Nuits du Paradoxe, Liège, 2010 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010

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construction d’un tableau nature morte. j’tapLDkjpe, spectacle performance du collectif Métamorphoz, 2004 Théâtre des Doms, Avignon Pour ce projet, le collectif s’est penché sur les mutations de la scène et des relations humaines confrontant sur le même plateau des objets technologiques scéniques (prothèses pour acteurs, décors virtuels…) et des objets technologiques du quotidien (portable, ordinateur, agenda electronique…).

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www. Extraits vidéo.

… se cogner. Extraits vidéo.

Les Tours de Nina. Extraits vidéo.

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Métamorphoses, 2005 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Collectif MéTAmorphoZ, spectacle performance dans le cadre du festival Via 2005, Maison Folie, Mons. « Petit tour de manège dans le 21e siècle, le spectacle Métamorphoses s’est posé la question du rapport entre l’humain et la société contemporaine. Nouvelles technologies, mondes virtuels, malbouffe, icônes cathodiques, chirurgie esthétique; autant de dépendances incarnées par les différentes figures du spectacle. Métamorphoses proposait au public un parcours où l’on déambulait à travers plusieurs types de manifestations dont le fil conducteur était de montrer les liens qui nourrissent les illusions de l’individu pris dans le tissu social d’aujourd’hui. Entre raison et déraison, nos frontières devenaient perméables : nos illusions s’éclairaient… »

Collectif MéTAmorphoZ dans Métamorphoses :

manifeste d’une esthétique connecté de Guy Van Belle.

Vidéo-performance pour Métamorphoses sur la « malbouffe »,

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Tentative de survie pour 9 ou 147 personnes, 2006 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Nous vivons tous sur des Machines. En peignant le Radeau de la Méduse, Théodore Géricault a inscrit dans notre mémoire collective l’histoire indissociable de ces naufragés et de leur Machine. Travaillant dans un centre de jour pour adultes en difficultés psychologiques et/ou sociales, je leur ai relaté la tragique histoire et leur ai proposé de m’assister dans la construction d’un plan grandeur nature du Radeau. Construire la Machine est aussi un acte de survie. Collaboration avec Moreno Boriani et neuf membres du centre de jour La Fabrique du Pré, présenté dans l’exposition Mer à l’Atelier 340 (Bruxelles).

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Performance et projection Radicaux libres, 2008-2010 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Par The Aktivist (Gauthier Keyaerts) vs Natalia de Mello, festival des Transnumériques#3 de Transcultures, 2008 - Le Frigo à Mons, 2008 - Maison des Métallos à Paris, 2009 - exposition Le son s’exp(l)ose, Centre Wallonie-Bruxelles, Paris, 2009 - festival Sonorama de Besançon 2009 - Ligue des droits de l’homme, Bruxelles, 2010 - festival Vidéographies 21, Liège, 2010.

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Performance et projection Bye Dad, 2008-2010 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Par The Aktivist (Gauthier Keyaerts) vs Natalia de Mello, Le Bonheur, Bruxelles, 2008 - festival des Transnumériques#3 de Transcultures, Mons et Bruxelles 2008 - Brussels electronic festival, Bozar, 2010.

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Technologie mon amour domestique, 2010 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Petite gâterie pour l’ouverture de la semaine thématique de la Ligue des droits de l’homme 2010 à Bruxelles.

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Ici... regarde, les statues de notre ville nous contemplent, 2008-2010 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 Exposition avec Evelyn Fischer à la librairie Quartiers latins (Bruxelles) et projet éditorial à paraître à La Lettre volée avec un texte de Brigitte D’Hainault.

Tentative de volume sur des sculptures 1 - d’après La Cycliste d’Alain Séchas.

Vue de l’exposition.

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GPS Gioconda Painting Show, en collaboration avec Valérie Cordy dans le cadre de MéTAmorphoZ, 2008-2010 - Formes de l’échange et de l’action 2000-2010 La Joconde n’est pas qu’un tableau célèbre, elle en est venue à incarner et représenter la peinture elle-même et l’art de musée. Et, comme tout tableau exposé au musée, La Joconde n’est visible qu’à certains moments de la journée : aux heures d’ouverture, bien sûr, mais aussi au moment où le visiteur la regarde. Comme disait Marcel Duchamp – qui n’a pas manqué de brocarder la Joconde en lui apposant ses fameuses moustaches et en la renommant L.H.O.O.Q., « ce sont les regardeurs qui font les tableaux ». Non seulement en interagissant avec le tableau et en le faisant exister pour le regardeur, mais aussi en projetant sur lui toutes les représentations et tous les fantasmes que ce tableau – qui est le plus connu et le plus reproduit au monde sous toutes les formes – a pu susciter dans dans l’imaginaire collectif. La Joconde, à la fois miroir et mémoire des modes et des caprices de ses spectateurs, constitue donc par excellence un « tableau d’orientation » qui permet de capter, de retracer et de guider les mouvements et les intentions des visiteurs. Elle fait donc littéralement office de GPS, soit un système de géolocalisation par capteurs (Global Positioning System), mais aussi un spectacle de mise en abîme du spectateur (Gioconda Painting Show).

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