Université de Paris IV- Sorbonne. UFR de Philosophie.

Mémoire de DEA

« La raison formelle du pulchrum chez Saint Thomas d’Aquin »

Directeur : M. le Professeur Ruedi Imbach. Alberto Vial Valenzuela Septembre 2004.

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AVANT-PROPOS
En février 2003, Francisco Argüello1 a exprimé le désir que je réalise un travail de recherche sur la beauté dans l’oeuvre de Saint Thomas d’Aquin. A ce moment-là, je vivais à Barcelone, où j’ai eu l’occasion de fréquenter les membres de la dite « École Thomiste de Barcelone », comme José María Petit et le vétéran Francisco Canals. Dans un article publié cette année-là2, un peu comme un testament intellectuel pour les nouvelles générations, Canals encourageait les thomistes à s’intéresser au thème de la beauté: « Je ressens le besoin de suggérer une direction concrète: la recherche du lieu qui, dans l’édifice synthétique de l’oeuvre du Docteur Angélique, correspondrait au thème du pulchrum et de la pulchritudo, c’est-à-dire, de ce qui est beau et de la beauté »3; et à privilégier « une des multiples mais cohérentes directions à travers lesquelles on pourrait progresser pour redécouvrir l’authentique synthèse de Saint Thomas »4. Voilà comment j’ai décidé de commencer à travailler sur le thème de la beauté dans l’oeuvre de Saint Thomas, qui conservait encore des aspects inexplorés et qui offrait d’amples possibilités dans le domaine de la recherche. Je voudrais remercier plusieurs personnes pour l’aide qu’elles m’ont apportée pour la réalisation de ce mémoire : Francisco Canals et Umberto Eco, pour leurs commentaires. Antonio Amado, pour ses brillantes idées. Clémence Pélissier pour son énorme appui. Luc Baresta pour leurs conseils. Jorge et Josefina Mittelmann, pour leur généreuse aide. Enfin, je tiens à remercier Ruedi Imbach, pour sa direction, sa patience et son appui.

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Francisco Argüello, très réputé peintre espagnol, Prix National Exceptionnel de peinture d’Espagne en 1959, fondateur du groupe de recherche et de développement d'art sacré Gremio 62, il a réalisé des peintures murales en Israël, Italie, et Espagne, notamment une des plus grande peintures murales au monde (500m2), dans la paroisse de la Sainte Trinité à Piacenza, ainsi que la peinture de l’abside de la cathédrale de Madrid (avril 2004). 2 Francisco Canals Vidal, “El Camino recto”, dans Aportaciones del Espacio para la síntesis doctrinal de Santo Tomás de Aquino, site web de RIIAL (www.servidoras.org.ar). 3 Ibid.: « Siento la necesidad de formular una sugerencia en una dirección concreta: la búsqueda del lugar que, en el edificio sintético de la obra del Angélico, correspondería al tema del pulchrum y de la pulchritudo, es decir, de lo bello y de la belleza. » 4 Ibid.: « (...) una de las múltiples pero coherentes direcciones en que se podría avanzar para el deseado redescubrimiento de la auténtica síntesis de Santo Tomás. »

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p. même s’il faut admettre que ceux-ci sont les plus importants. pour pouvoir ensuite entreprendre une étude systématique sur « La raison formelle du pulchrum chez Thomas d’Aquin ». dont l’interprétation « commande à son tour la lecture de quelques autres textes. 5 Cf. avec l’illusion de trouver. une dizaine à peine.Présentation du « Recueil de textes sur la beauté » A lire les commentaires les plus connus de la doctrine thomiste sur la beauté. C’est ainsi que j’ai décidé de mener à bien le projet de chercher et de réunir en un seul volume tous les textes concernés. l’Index Thomisticus de Roberto Busa indique que dans l’oeuvre de Saint Thomas on trouve plus de neuf cent allusions seulement au couple pulcher/pulchritudo.INTRODUCTION I. En revanche. . Olivier Boulnois critique certaines études qui appuient leur interprétation de l’oeuvre «esthétique » de Saint Thomas sur un seul passage5. 6 4 . toujours les mêmes depuis Maritain. Ainsi. 5 a. des textes pas encore commentés.4. en outre. et cela peut surprendre. C’est maigre. sans en laisser aucun de côté. Olivier Boulnois. quand on sait que l’oeuvre de Thomas est à peu près aussi épaisse que l’Encyclopedia universalis ! Mais comment s’en étonner lorsque l’on sait qu’il est le principal fondement d’une interprétation autonome du beau ? »6. dans Le souci du passage : Mélanges offerts à Jean Greisch. 2004. Iª q. comme ceux de Maritain ou d’Eco par exemple. Paris.418. sans compter les autres synonymes latins de la beauté. on se rend compte que généralement ces textes font allusion à un nombre assez restreint de passages. « La beauté d’avant l’art: D’Umberto Eco à saint Thomas d’Aquin et retour ».

inis (beauté)9. en revanche.Dans ce travail de compilation – que je joins en annexe – toutes les allusions à la beauté faites par Saint Thomas tout au long de son oeuvre sont réunies. car. aujourd’hui nous savons avec certitude qu’elles n’ont pas été rédigées par Saint Thomas. . celle-ci est ajoutée ou. Chaque texte se trouve en version latine et. même si certains ne semblent apparemment pas apporter grand chose à notre étude (par exemple. dont on ne donne pas les traductions. Le recueil de textes proposé est exhaustif par rapport aux textes qui font des mentions explicites de pulcher ou pulchritudo. certaines citations bibliques qui sont récurrentes à plusieurs endroits à propos d’autres thèmes). II. La bibliographie de toutes les traductions se trouve à la fin du recueil de textes. car cellesci sont très accessibles et répandues. Hachette. dans la mesure du possible. glorieux. mais non par rapport aux textes qui font mention d’autres synonymes 7 Sauf dans le cas du texte de la Somme Théologique. la traduction italienne ou espagnole7. pour les cas où il existe une version française éditée.Gaffiot. elles pourront être utiles pour un autre chercheur voulant étudier un aspect déterminé de la beauté. 1934. à défaut de la française. F. 8 Cf. Dans la version latine de chaque texte. ce sont les allusions à la beauté faites dans les oeuvres appartenant à la dite « Opera Aliorum ». chrum (beau .Précision des termes sur les synonymes latins de pulcher/pulchritudo Les termes latins les plus importants pour désigner ce que en français signifient les mots beau/beauté sont l’adjectif pulcher. 5 . noble)8 et le substantif pulchritudo. chra. même si elles étaient autrefois considérées comme authentiques. les mots pulcher/pulchritudo et tous leurs dérivés sont en gras pour pouvoir les repérer facilement. 9 Ibid. Ce qui n’est pas inclus. C’est pour cette raison qu’aucun texte n’a été mis de côté. Paris. Dictionaire Latin-Français.

beauté su style13. um (175 fois chez S. École pratique de hautes études.): appareil. est de dénombrer la quantité de fois où ils sont mentionnés dans l’oeuvre de Saint Thomas. 12 Monica Calma. je recommande l’intéressant travail de Pierre Monteil Beau et laid. 1964. Nicolas de Cues. dont les traductions françaises ont été déjà évoquées plus haut. Pulcher et pulchritudo. et d’autres. mémoire de DEA dirigé par Olivier Boulnois. sont mentionnés par Saint Thomas (désormais abrégé en : S.T. quelques-uns font mention d’autres « types » de beauté . encore.A.).latins de beauté10. et 192 dans l’O. Les textes du deuxième type se trouvent en note de bas de page. plus 458 et 696 mentions présentes dans la dite. d’autres nous permettent de contextualiser des objections et des solutions où l’on mentionne pulcher/pulchritudo. et 153 dans l’O. Paris. a.T. Un exercice très utile pour avoir une vision d’ensemble de tous les synonymes latins de beauté. Pour réaliser une étude approfondie de ces synonymes. us (275 fois chez S.) et ornatus. nous pouvons au moins mentionner les autres synonymes latins de beauté que l’on trouve dans l’oeuvre du Docteur Angélique. pour ensuite préciser que pulcher/pulchritudo prime sur le reste. Denys le Chartreux. il était hors de question d’étudier la totalité des textes qui font mention de chaque synonyme latin de beauté. éd. 2004. Doctrines du Beau au XVe siècle: Jean Gerson.T. et de préciser ses synonymes respectifs en français. contribution à une étude historique du vocabulaire esthétique en latin11. Même si dans ce mémoire nous allons nous consacrer uniquement à l’étude de pulcher/pulchritudo. « Opera Aliorum » (désormais abrégé en: O. Dictionaire Latin-Français. ornement. seront simplement de notre intérêt pour notre discussion future. 11 Pierre Monteil. Parmi eux. Beau et Laid. ce mot se réfère souvent à la parure et à 10 En tout état de cause. on peut trouver divers adjectifs et substantifs. Ornatus. Relativement lié à decor/decorus.A. Les textes du premier et troisième type se trouvent en petit caractère et en-dessous le titre « Annexe ». ainsi que la première partie du DEA de Monica Calma Les doctrines du beau au XVe siècle12.Gaffiot.) 508 et 436 fois respectivement. on a rajouté quelques textes qui ne font pas mention explicite de pulcher/pulchritudo. parure . Klincksieck. Parmi les autres synonymes. F. Pour un travail de cet ordre. Ce travail sera publié prochainement. 6 .A. 13 Cf. outillage. attirail . Contribution à une étude historique du vocabulaire esthétique en latin.

Jean Michel Fontaner. Speciosus. et facies barbam. d’extérieur brillant20. Ibid. 16 Cf.T.31. IIa-IIae q. Super I Cor. Rennes. 21 Cf. p. et 57 dans l’O. 1 ad 3. gloire19.T. sed virili ornarnento.T. Dictionaire Latin-Français. 19 Cf. Comme le souligne Monica Calma en citant Jean Michel Fontaner21. magnificence.) : splendeur. ce qui est séant . 169 a. 2. il appartient à la raison naturelle de le modifier15. Même si le vêtement n’est pas en lui-même donné par la nature. nous verrons ultérieurement que la splendeur est considérée par Saint Thomas plutôt comme une caractéristique que toute entité qui est belle doit posséder.A. et non usum : sicut habet pectus virile mamillas. non pas pour protéger.. charme . grâce16.Gaffiot. restant à la limite très proche de la forma : « Il y a une contamination que le sens du pulcher exerce sur species qui ne signifie pas seulement eidos.7.cit. et 49 dans l’O. Ce nom reflète l’idée d’un rapport ordonné entre les éléments d’un corps. 14 et d. 7 .A. et 162 dans l’O.15. l. et 28 dans l’O. lib. Art.) et decor. a. 240 : Sunt vero quaedam ita positae in corpore. d’une correspondance fidèle avec une forme. 20 Ibid. a. et 112 dans l’O. 1 et a.A.A. qui est pour Saint Thomas un indice de la condition humaine14. considération. F. beauté corporelle.l’habillement extérieur. Presses Universitaires. Monica Calma. mais à titre d’ornement viril »18. op. p. cap. ut tantummodo decorem habet. quam non esse munimento. 2 d. oris (281 fois chez S. Cf. um (101 fois chez S. Decorus. oris (287 fois chez S. a. Même si ce mot est un synonyme de beauté. les sens de species sont multiples et glissent aussi vers la sphère de la beauté. XIV. mais aussi l’idée de la beauté comme effet de l’harmonie17. Dans cette même lignée.T.) : de bel aspect. ornement. parure. Splendor.T.Gaffiot. De venustate mundi et pulchritudine Dei.) et speciositas (une seule fois chez S.7. La Beauté selon Augustin. 1988.A. on peut citer Denys le Chartreux quand il dit que « certaines <choses> sont posées dans le corps comme pour montrer seulement la convenance (decorem) et non l’utilité : par exemple la poitrine d’un homme a des mamelons et le visage a une barbe. Dictionaire Latin-Français. la conformation 14 15 Cf. p. F. um (46 fois chez S. lustre. mais aussi par métonymie. 17 Cf. 18 Denys le Chartreux..30. In Sent.): ce qui convient.

sans qu’il y ait nécessairement identité : « même l’idée d’une synonymie avec ce qui est beau doit être aussi abandonnée.extérieure en laquelle elle s’exprime »22. 22. ita et isti pulchritudinem sanctitatis ostendebant in vultu. mais une beauté très matérielle. F. delicatae. p.. 1: Primo describitur civitatis pulchritudo: speciosae. c’est pourquoi les hommes de petite taille 22 23 Monica Calma. 25 Catena in Mt. 3 l. Monteil indique que formositas se distingue radicalement de pulchritudo : « elle n’est point une beauté objectivement et esthétiquement appréciée. 4: Item viperae a foris speciosae sunt et quasi pictae. 27 Pierre Monteil. intus autem veneno repletae.T. Quantum ad decora aedificia et multitudinem habitantium. Formosus. comme dans le texte suivant : « les vipères ont un extérieur brillant et nuancé de diverses couleurs (foris speciosae sunt et quasi pictae). et 40 dans l’O. En conclusion. p. 50. 6 l. il faut souligner la nécessité de ces vocables pour montrer l’anatomie interne du concept médiéval du beau.): belles formes.. un simple élément de l’ensemble de la beauté. cap. A ces deux critères. p. 25-26. op..A. comme quand il dit que le mot speciosae est utilisé pour décrire la beauté (pulchritudo) de Sion24..Gaffiot.T.) et formositas. species et speciositas entretiennent avec pulchrum une relation de dépendance. et 9 dans l’O. a. 26 Cf. In Jeremiam.A. cap. On constate cette nuance dans quelques textes de Saint Thomas où l’on trouve même une certaine opposition entre formositas et pulchritudo : «.cit. quantum ad fertilitatem terrae. et c’est ainsi qu’eux-mêmes offraient comme peinte sur leur visage toute la beauté de la vertu (pulchritudinem sanctitatis)»25. et subjectivement ressentie à travers l’appétit amoureux qu’elle éveille »27. um (22 fois chez S. atis (5 fois chez S. 8 .on appelle beau un homme qui a les membres proportionnés et un teint splendide. beauté26. 24 Cf. Speciositas ou le bel aspect selon les auteurs ici évoqués n’est qu’une partie. tandis qu’au dedans elles sont remplies de venin . Ainsi. op.. le Philosophe rajoute un troisième critère quand il dit que la beauté se trouve seulement dans un corps de grande taille. »23 Même si nous pouvons trouver quelques textes de Saint Thomas où ce synonyme semble être adopté.cit. Ibid. Dictionaire Latin-Français.. très incarnée. la différence entre speciositas et pulchritudo peut être appréciée dans la plupart de cas.

Ibid. et 12 dans l’O. ae (7 fois chez S. 111. correction30.. agréments . um (2 fois chez S. 29 Cf. Dictionaire Latin-Français. mais pas beaux (pulchri). l’agrément physique d’une personne34. 125.Gaffiot. et 3 dans l’O. 31 Ibid. 35 Cf.T.. 36 Cf. »28 Amoenus. l’agrément esthétique dispensé par la contemplation d’un objet inanimé35. F. Ibid. um (7 fois chez S.): beauté physique . p. et 9 dans l’O. et pose des problèmes particuliers dans la mesure où un rapport étymologique distinct l’unit au nom de la déesse latine de l’amour et de la beauté32. élégance. Ibid.cit. His duobus addit tertium philosophus ubi dicit. Elegantia.A). Ce mot peut être utilisé à certaines occasions comme synonyme de la beauté .. venustas désigne à la fois le plaisir charnel33. a. bien qu’il n’hésite pas à utiliser l’adjectif pulcher pour se référer à une phrase très bien dite ou très juste.T. distinction. Ibid. 1 d.. dans le sens d’agrément. chez Saint Thomas il fait plutôt référence à un fruit de la beauté. lib. p. unde parvi homines possunt dici commensurati et formosi. p. atis (4 fois chez S.. 34 Cf. atis (15 fois chez S. 9 . gràce.. beauté29.) et venustas. 32 Cf. Selon Pierre Monteil. 33 Cf.T. charme.) : délicatesse. Pierre Monteil.): agrément.A. p.T.) sicut dicimus homines pulchros qui habent membra proportionata et splendentem colorem. op. 1 co. et 14 dans l’O. a. et la grâce du ciel ou des dons des 28 Super Sent. p. 104. l’idée d’une chance..: (. 119. 30 Ibid.A. Entre les différentes acceptions qu’on trouve dans la langue latine classique. quod pulchritudo non est nisi in magno corpore. surtout pour désigner l’élégance du style pour parler ou écrire. Ce mot est utilisé par Saint Thomas dans un sens assez restreint. 122-123. 31 q. sed non pulchri. 2 a. l’adjectif venustus occupe une place singulière dans la classe des termes à valeur esthétique. l’idée d’un raffinement qui charme36.T.A.peuvent être appelés bien bâtis (commensurati) et bien formés (formosi). et 29 dans l’O. et amoenitas.A.. joie31. Venustus.

199: Dicentes in primis quod formositas et speciositas et pulchritudo et decor frequenter accipiuntur synonyme. mais elle semble exprimer un contenu intellectuel. seulement douze fois speciositas. 2 s. 39 Cf. sanctum concilians amorem. sicut et pulchritudo corporis. q. 8. 40 Iª-IIae. F.. Collectorium super Magnificat. car le couple ornatus/ornatus est mentionné seulement 350 fois. le bel aspect (speciositas). p. polie . p. mais aussi sa fréquence inégale d’apparition. A la lumière de cette énumération. un chiffre largement supérieur comparé à celui de ses plus proches concurrents. même si elle n’est pas si accentuée. nous pouvons citer la phrase suggestive de Jean Gerson: « Souvent la belle forme (formositas). p. Dictionaire Latin-Français. Cependant. beauté . la beauté (pulchritudo) et la convenance (decor) sont comprises comme synonymes »41. 37 38 Cf.Gaffiot.A. et 9 dans l’O. est tout aussi évidente: pulcher/pulcritudo apparaît 944 fois. Cf. 110 a. il semble que cette riche variété de termes ne peut pas être attribuée à un simple goût pour la diversité lexicale. «contrairement à la pulchritudo. on peut l’utiliser presque comme un synonyme de pulchritudo.: (.. um (8 fois chez S. 124. et le couple decor/decoro.. p. la venustas suppose une réaction plus périssable à une beauté moins accomplie. 128. extérieur brillant.T.) dicit Glossa quod gratia est nitor animae. éclat. Chez Saint Thomas. brillant.) et nitor. Par exemple. dans la Collectorium super Magnificat du même Gerson on trouve 125 fois le couple pulcher/pulchritudo.A. neuf formositas et sept decor et decus42. Ibid. 42 Cf. élégance. Cela est manifeste lorsque l’on trouve les différents contextes d’application de chaque synonyme. comme la beauté du corps »40. a. Or la beauté de l’âme est une qualité. c. »38 Nitidus. magnificence39. Sed nitor animae est quaedam qualitas. oris (38 fois chez S. la différence. De même que le terme splendor. 10 . Ainsi. éclat. qui stabilise la perfection. nitor peut être considéré comme une caractéristique appartenant aux choses belles. Monica Calma..T.dieux37. Néanmoins. op.): le fait de luire. et 14 dans l’O. 333 fois. Ibid. 41 Jean Gerson. comme quand Saint Thomas identifie l’éclat (nitor) de l’âme avec sa beauté (pulchritudo) : « Nous lisons dans la Glose: ‘La grâce est la beauté de l’âme: c’est elle qui lui attire l’amour divin’..cit.

71. hors de toute manifestation particulière. qui sert autant à exprimer la beauté divine et la valeur morale. op.cit. dans sa nuance religieuse–spirituelle45. au point que pulchritudo se présente spontanément à l’esprit dès que l’on veut évoquer.12. c’està-dire. cela ne signifie pas pour autant qu’il soit le plus vague. Cet emploi fréquent est permis grâce à la large signification de pulcher/pulchritudo. III. la beauté spirituelle. s’apprécie dans la traduction latine du « Traité Du Noms Divins » de Denys l’Aréopagite. p. Pierre Monteil. Ce dynamisme du terme pulchritudo lui permet de rester le nom référent essentiel pour la doctrine théologique de la beauté. ce qui a renforcé l’acception purement religieuse de la beauté. Bien que le terme pulchritudo soit le plus universel pour désigner la beauté. on peut constater une prédominance d’un nom qui prévaut sur les autres. p.. polarise par sa fréquence la sphère du discours sur le beau et impose implicitement un rapport particulier avec les autres noms43 .78 et 92. tout en répondant en même temps au besoin de décrire la beauté de la réalité extérieure. 11 . ne lui empêche d’être aussi le plus précis pour parler d’une certaine beauté en particulier.p. . Le « protagonisme » du couple pulcher/pulchritudo dans la discussion sur le beau est relevé aussi par Pierre Monteil: « Parmi les adjectifs latins qui expriment l’idée de beauté. qu’à désigner une beauté sensible : « pulchritudo représente un terme qui désigne à la fois une réalité abstraite et conceptuelle (divine et philosophique) et une réalité matérielle concrète comme la beauté d’une image ou celle d’une chose »46.27. et notamment de la beauté par excellence. le concept de ‘beauté’ »44. 45 Ibid.cit.Ainsi donc. Ibid. 46 Monica Calma.. p. pulcher est celui dont l’emploi est sans doute le plus fréquent et le plus général. L’analogie lui permet d’être à la fois le plus universel et le plus exact. Le fait que pulchritudo soit le terme le plus facilement applicable à n’importe quel type de beauté en général.Problématique et schéma de déroulement 43 44 Cf. op.. La première dimension de pulchritudo est celle qui. selon Monteil.

pouvons-nous dire qu’elles le 12 . dont la réponse pourrait sembler facile – option qui laisserait cette question dépourvue de sa portée problématique –. car il partage avec le monde une beauté sensible. nous considérerons la beauté de Dieu. soit à reconnaître la sagesse de Dieu. Tout d’abord nous classerons les différents types d’ens qui peuvent être appelés beaux d’une manière sensible. Dans un second temps. qui en tant qu’être immatériel ne peut être beau que d’une manière sui generis. cette question peut paraître sans intérêt. celle du corps. Autant l’une que l’autre peuvent nous conduire. Le paradoxe se présente si nous analysons l’ensemble de toutes les réalités que Saint Thomas appelle « belles ». nous aborderons une réalité plus complexe : l’homme. à partir de la collection des textes sur pulcher et pulchritudo. et aussi lorsque nous étudions les différentes définitions qu’il donne de la beauté.Maintenant que les précisions terminologiques sont établies par rapport aux synonymes latins de la beauté. dans toute l’oeuvre de Saint Thomas. et après avoir prévenu que la collection de textes cijointe et le mémoire ici présente portent uniquement sur l’étude du terme pulcher/pulchritudo chez Saint Thomas. Cependant celle-ci est loin d’être naïve ou anodine car. La problématique qui inspire cette recherche peut se formuler brièvement de la façon suivante: existe-t-il une raison formelle unique de la beauté? Sans une connaissance précise du thème. nous pouvons trouver de multiples réponses possibles. nous allons classer tous les types de beauté que l’on rencontre dans l’oeuvre de Saint Thomas. tour à tour. nous pouvons expliquer maintenant l’objectif de ce travail et présenter le schéma pour l’atteindre. pour ensuite analyser jusqu’où peut nous conduire sa beauté : soit à l’idolâtrer. qui non seulement diffèrent entre elles. la problématique qui est à la base de cette recherche apparaîtra alors plus évidente: si nous concluons que les réalités sensibles peuvent être aussi belles que les réalités spirituelles. A la lumière de cette classification. mais qui semblent en plus contradictoires. En dernier lieu. ou peu ambitieuse. ou à la contemplation de la beauté de Dieu. Dans un premier temps. et nous le ferons suivant une démarche ascendante. n’impliquant aucun accord ou harmonie de parties hétérogènes. celle de l’âme. mais il possède en plus une beauté spirituelle. au péché. c’est-à-dire le monde matériel et tout ce qu’il contient.

nous sommes conduits à admettre l’existence de deux types distincts de beauté. ou du moins rencontrer quelques pistes pour l’établir. comme l’âme humaine. pouvons-nous faire un lien d’unité entre les deux types de beauté? Le sens de ce travail est de chercher s’il est possible de trouver. les anges et Dieu ? Ou bien est-ce plutôt le contraire: que la véritable beauté. Si nous considérons ces éléments. et s’applique-t-elle seulement d’une manière métaphorique aux réalités immatérielles. comme la lumière. ou nous passerons en revue les différentes définitions et éléments que Saint Thomas considère comme constitutifs de la beauté. entre les textes et les définitions de Saint Thomas. On pourrait dès lors penser que la beauté s’applique à un seul des deux domaines. raison qui pourra s’appliquer aux choses sensibles et immatérielles sans l’intervention de métaphores. c’est-à-dire. auxquelles ne conviendrait qu’une appellation déplacée. nous ne pouvons pas dire que Dieu soit beau seulement d’une manière métaphorique. comme il a été dit ci-dessus. restreinte au domaine matériel et applicable aux réalités immatérielles seulement d’une manière métaphorique. Nombre d’entre elles paraissent relever de critères qui semblent être seulement sensibles. l’harmonie. Cependant. Dans toute l’oeuvre de Saint Thomas. étant spirituelle. une raison formelle unique de la beauté. la beauté immatérielle de Dieu et la beauté à la fois sensible et spirituelle de l’homme. Cependant. nous rencontrons certains éléments qui diffèrent entre eux et d’autres qui paraissent même se contredire. il semble impossible de pouvoir appliquer ces mêmes raisons pour justifier la beauté de son âme. 13 . voire impropre ? Après avoir considéré la beauté sensible du monde. la couleur. l’une sensible et l’autre immatérielle. et l’existence d’une beauté immatérielle d’autre part. la splendeur. La véritable beauté est-elle sensible dans sa notion même. d’une part. et même la magnitude. s’applique d’une manière purement métaphorique aux réalités sensibles. et que l’autre n’est dit beau que d’une façon secondaire et métaphorique. ou bien à croire à l’existence d’une seule beauté. Nous aborderons ainsi la deuxième partie. alors qu’il est la cause de toute beauté. qu’il s’agisse du matériel ou du spirituel. nous pouvons déceler beaucoup de pistes et de références qui peuvent être exploitées. après avoir trouvé les raisons pour lesquelles le corps d’un homme est beau. Par exemple.sont de la même manière. en utilisant la même raison formelle de « beauté »? Au premier abord il semble que la réponse soit négative.

nous devrons affronter aussi certains problèmes classiques dans notre discussion sur la beauté. ou la question tant débattue de la transcendantalité de la beauté.En essayant de résoudre ce paradoxe et de trouver une raison formelle unique de la beauté. comme l’objectivité de la beauté et sa relation avec la bonté. pouvant être appliquée tant aux réalités matérielles qu’aux réalités immatérielles d’une manière analogique (par analogie propre ou de proportionnalité). 14 .

PREMIÈRE PARTIE TOUT CE QUI EST BEAU 15 .

le monde. et l’oeuvre de l’homme. dont la beauté existe en fonction de l’homme. au sein de ces trois catégories nous tenterons de localiser « tout ce qui est beau ». toutes les réalités qui sont appelées « belles » par Saint Thomas47. ce qui pourrait paraître un peu arbitraire. Cependant on les inclura dans le chapitre de l’homme au moment de mentionner la beauté spirituelle.INTRODUCTION Dans cette partie. Cette classification aura lieu suivant la division classique monde/homme/Dieu. Par exemple. qui exerce une influence sur le monde. C’est uniquement par la suite que nous préciserons si les différentes réalités sont appelées belles selon le même critère. embellit ce même homme. a été en partie embelli par ce même homme. 47 Il existe peut être un cas qui ne rentre dans aucune de ces trois catégories: celui des substances spirituelles. c’est-à-dire. 16 . cette triple division se justifie pour montrer la différence entre la beauté sensible – celle du monde –. Malgré ces influences mutuelles allant d’un domaine à l’autre. surtout si on prend en compte que l’on ne peut pas instituer une division absolue entre les trois domaines. dans la mesure où l’ordre disposé par Dieu est respecté. Ainsi. nous allons classer les différentes réalités qui peuvent être appelées belles selon tous les textes dans lesquels Saint Thomas mentionne le couple pulcher/pulchritudo. la beauté sensible et spirituelle – celle de l’homme – et la beauté purement immatérielle – celle de Dieu –.

c. secundum unum et idem. en parlant de la beauté des créatures. si la beauté sensible et la beauté intellectuelle pouvaient être d’ordre complètement différent et sans aucune relation entre elles. nom.. Le problème esthétique chez Thomas d’Aquin. (.. « de sorte qu’on serait en droit de dénommer Beau ce qui participe de la Beauté. p. selon l’agent et l’objet de la participation. la Beauté participe de la cause première qui fait toutes les choses belles. 5 n. toutefois. 4. car Dieu renferme en soi les deux attributs.) Deus tamen utrumque comprehendit in se. donc en définitive avec l’Etre »49... En commentant ce passage. à savoir. Ainsi. lec. 48 In De div. 5 n. selon l’un et le même50. . pulchritudo autem participatio primae causae quae omnia pulchra facit: pulchritudo enim creaturae nihil est aliud quam similitudo divinae pulchritudinis in rebus participata. 49 Umberto Eco. 50 Cf. 4. c. lec.337: (. En effet. scilicet Deo non sunt dividenda pulchrum et pulchritudo. en qui le beau et la beauté ne se divisent pas. en introduisant le concept de participation.CHAPITRE PREMIER LE MONDE I. nom.) pulchrum et pulchritudo distinguuntur secundum participans et participatum ita quod pulchrum dicitur hoc quod participat pulchritudinem.Participation à la beauté de Dieu et à l’ordre A la question que nous avons posée ci-dessus. In De div.43. il dit que le beau et la beauté se différencient. Saint Thomas semble répondre d’une manière négative. 17 . Umberto Eco souligne que la beauté dans les choses « n’est que participation (notons-le avec soin: non pas un simple reflet) d’un Beau qui s’identifie avec le bien premier.336: (.. la beauté de la créature n’est rien d’autre qu’une similitude avec la Beauté divine dont participent les choses »48..) in causa prima. c’est-à-dire Dieu.

toute beauté que nous voyons dans le monde nous adressera d’une manière ou d’une autre à la beauté même de Dieu. il résulte. puisque toute créature est un certain témoignage de la bonté divine. et que celles-ci. d’autre part. sa beauté est un certain témoignage de la sagesse de Dieu. elle l’était en vertu de la beauté divine . dans la nature. comme l’atteste le Commentaire de l’Evangile de Saint Jean. Nous pouvons apprécier aussi un autre texte qui montre que la pluralité des choses fut conçue et disposée de telle manière que sa beauté peut manifester la bonté et la sagesse divine: « La multiplicité et la distinction des choses a été conçue et instituée par l’intelligence divine. sa beauté. Précédemment. 1 l. pulchritudo vero divinae sapientiae. en premier lieu. dans leur diversité. En considérant ces textes. 4: Fit ergo quaelibet creatura in testimonium Dei. nous avons remarqué que si une chose était belle. grâce à la participation à la beauté de Dieu. Et quidem magnitudo creaturae testimonium quoddam est divinae virtutis et omnipotentiae. laquelle n’est pas due au hasard.. Ainsi. On note ici la liaison entre beauté et sagesse. et. lib. 1 cap. car Dieu <lui a> conféré des multiformes de la 51 Super Io. 102 nº201: Est enim multitudo rerum et distinctio ab intellectu divino excogitata et instituta in rebus ad hoc quod diversimode divina bonitas a rebus creatis repraesentetur. nous voyons que. la grandeur de l’ensemble des créatures offre un certain indice de la grandeur de Dieu. une beauté qui soit une manifestation de la sagesse divine »52.Etant donné que toutes les créatures participent à la beauté de Dieu. 52 Compendium theologiae. 18 . y participent selon différents degrés. que pour Saint Thomas la beauté du monde provient de la beauté de Dieu et qu’elle est étroitement liée avec l’ordre qu’il lui a conféré. Il en est ainsi car la beauté des choses est étroitement liée à un certain ordre régi par la sagesse divine. nous pouvons voir. afin que la bonté divine soit représentée diversement par les choses créées. d’une part. inquantum quaelibet creatura est testimonium quoddam divinae bonitatis. ut sic ex ipso diversarum rerum ordine quaedam pulchritudo resultet in rebus quae divinam sapientiam commendaret. « l’ornement <de l’univers> est en relation avec la disposition des choses. cap. la bonté de la créature –au moins dans la mesure où elle existe – est un certain témoignage de la bonté de Dieu . un témoignage de la sagesse divine »51. De sorte que de cette diversité ordinaire des êtres. Dans ce texte. nous constatons à présent que la beauté d’une chose est un témoignage de la sagesse divine. et eam secundum diversos gradus diversa participarent. Ainsi. « Toute créature devient donc témoin de Dieu. finalement. Ainsi la grandeur de la création est un témoignage de la toute-puissance divine.

. 7: Ad providum igitur gubernatorem pertinet negligere aliquem defectum bonitatis in parte.. Le monde n’est pas simplement beau. mais si le monde est beau. 48 q. 3 ad 4: (.. 3 co.) Deus ex malo semper majus bonum elicit. lib. 1 a. De ce fait.. qui résulte de plusieurs degrés de bonté55. lib. de sorte que « les créatures amènent à la connaissance de Dieu.. car s’il n’y avait aucun bien d’une certaine manière diminué.. c’est pour manifester la sagesse divine. 1 co. 58 Contra Gentiles. 4 d. comme on pourrait l’interpréter à tort dans la phrase de Saint Augustin: « La beauté admirable de l’univers résulte de tout son ensemble. lib. la manifestation de la beauté divine appartiendra aussi.. »58 Cependant.. 71 n. 54 Cf. cela même qu’on appelle mal. 34 q. 19 . 56 Super Sent. De la même manière. et a établi les degrés des êtres pour la perfection de l’univers54. car du mal Dieu tire toujours un accroissement du bien. quia eas varia pulchritudine decoravit (. mais il est beau pour manifester quelque chose de plus que sa propre beauté.) Si autem nullum bonum esset in aliquo diminutum. 2 a. Iª-IIae q. fait ressortir 53 Super Sententiis Liber 2 Prooemium: Ornatus pertinet ad dispositionem rerum.). quae manifestant sapientiam facientis et gubernantis (.). il sera beau. ut fiat augmentum bonitatis in toto: sicut artifex abscondit fundamenta sub terra ut tota domus habeat firmitatem. du moins en relation à la totalité: « Du mal. Le mal n’empêche pas l’existence de l’ordre et de la beauté du monde. non nécessairement à l’endroit où il permet le mal mais par rapport à l’univers »57. 29 q..: Creatura autem praecipue in Dei cognitionem ducit sua specie et decore.. omnia bona aequalia essent. nous pouvons voir que cet ordre et cette beauté ont été conférés au monde pour manifester la sagesse divine.. D’autre part. et ainsi disparaîtrait la beauté de l’univers. sed in comparatione ad universum (. à l’ordre du monde: si le monde est ordonné adéquatement. lib.beauté »53. 2 d. 3 cap. Dieu en fait ressortir toujours un bien supérieur. tous les biens seraient égaux.. car il faut savoir « tolérer quelque défectuosité dans le bien de la partie en vue de l’accroissement du bien dans le tout: ainsi de l’entrepreneur qui dissimule les fondements de la maison dans le sol en vue d’assurer à l’ensemble sa solidité. 4 co. et sic pulchritudo universi deperiret. 57 Super Sent. d’une certaine manière... qui manifestent la sagesse de son créateur et gouverneur »56. surtout avec leur beauté et leur décor. quae ex gradibus bonitatis colligitur (. 112 a..)De hac etiam pulchritudine Boetius dicit: mundum mente gerens pulchrum pulcherrimus ipse. 1 a. (. 2 d. ramené à l’ordre et mis sa place.). il arrive la même chose au sein d’un gouvernement. il ne faut pas conclure de cela que le mal est nécessaire à la beauté de l’univers. en lui. non tamen illi de necessitate in quo malum esse permittit. 55 Super Sent.

24. ut Augustinus dicit in Enchiridio. En conséquence. nous pouvons considérer deux caractéristiques: la stabilité (. inquantum ex malis per accidens consequuntur bona.) Capharnaum autem interpretatur villa pulcherrima. 4. qui habet decorem ex ordine et dispositione divinae sapientiae. Saint Thomas. et indeficientem claritatem. nisi per accidens. la créature qui persiste stable dans la propre beauté »63.. Ainsi. 2: (. et significat mundum istum. cap. 9 arg. nous pouvons comprendre. parfois de manière indirecte. car celles-ci plaisent davantage et sont plus dignes de louange quand on les compare aux mauvaises »59. idest mundum istum. 60 Iª q.) malum non operatur ad perfectionem et decorem universi nisi per accidens. Descendit ergo dominus in Capharnaum. quae interpretatur villa pulcherrima. Ibid. 48 a. neque sub ordine universi concluditur... Cf. idest ratione boni adiuncti. ville très belle. les plantes et les animaux en terme général. 19 a. c’est-à-dire dans ce monde.La beauté des champs est en ma possession.. cap. Cf. 2: Et Augustinus dicit. 19 a.. c. Proverb. 6: ego feci in 20 . avec sa Mère. 2 l. significat mundum. ex omnibus consistit universitatis admirabilis pulchritudo.Beauté du monde et de tout ce qu’il contient Après avoir étudié d’où provenait la beauté du monde et vers quoi elle était dirigée. n. 6 l.) quod malum per accidens conferat ad pulchritudinem et perfectionem universi non est inconveniens. lec. cap.. 9: Mystice autem Capharnaum. 3: Capharnaum villa pulcherrima est. de qua Eccli.) et la splendeur. et significat mundum. en expliquant cette phrase. 1 ad 5: Unde malum neque ad perfectionem universi pertinet. les étoiles. 61 Iª q. des citations parlent de Capharnaüm. 15.. Ps.. ut magis placeant. Ibid. dum comparantur malis. II. 9 ad 2: (. Liber 2 Prooemium: In caelo duo considerare possumus: scilicet stabilitatem. précise que « le mal ne concourt à la perfection et à la beauté que par accident »60. c’est-à-dire. 19: stabilivit caelos prudentia. nous pouvons considérer quelques textes qui se réfèrent à la beauté du monde et de tout ce qu’il contient: le ciel.490: (. eminentius commendat bona. . XLIX. par le ciel.. Le Seigneur descendit donc à Capharnaüm. et laudabiliora sint. cum matre.davantage les choses bonnes. 3. « en raison du bien qui lui est conjoint »61. et discipulis. 11: pulchritudo agri mecum est. synagoga vero Iudaicum populum. in Enchirid. 63 Super Sententiis. 2 l.. nom. ses frères et ses disciples. 62 Super Io.. Dans 59 Iª q. La beauté du monde est mentionnée à maintes reprises. bene ordinatum. In De div.).. qui n’est pas moins importante (. »62 Nous pouvons trouver aussi des textes liés à la beauté du ciel et des étoiles : « Dans le ciel.. et loco suo positum.. in quem verbum patris descendit. in qua etiam illud quod malum dicitur. comme un signe du monde: « Capharnaüm veut dire ‘ville très belle’ et signifie ce monde dont la beauté provient de l’ordre et de la disposition <pensés par> la divine Sagesse . et fratribus. Cf.

Saint Thomas dit qu’ « Il fallait durant cette fête se munir du fruit d’un de plus beaux arbres.. il embrasse toutes choses. 67 Super Psalmo 8 n.: Pulchritudo autem caelestium corporum praecipue consistit in luce. le citronnier (. On signifiait par là qu’à travers un pays désert Dieu avait conduit son peuple vers une terre de délices »66 ou qu’ « il fallait qu’ils aient des fruits très beaux.. des dispositions ordonnées à la caelis ut oriretur lumen indeficiens.. La beauté des arbres et des fruits est attestée par quelques textes qui y font allusion de manière rapide: En parlant d’une des fêtes célébrées par le peuple d’Israël. 1: (. »67 De la même manière. ad significandum quod per aridam terram deserti eos duxerat Deus ad terram deliciosam.)..) et ideo oportebat quod haberent fructus pulcherrimos. 4 d. non celles de la beauté du ciel. 43. ordre radieux dans les hauteurs du Seigneur’ »64. 21 . Celui-ci n’est pas le seul endroit où la beauté s’identifie avec la splendeur. 3 co. 2 a. unde Eccli. 102 a. 65 Super Psalmo. et gloria domini plenum est opus ejus. Unde per caelos intelligere possumus creaturas quae in decore suo firmiter perstiterunt...). 64 Super Sent... 1 : Et quia sol illuminans per omnia respexit. quo tempore erant torcularia. comme toute beauté.) dans leur beauté grâce à laquelle nous est davantage encore révélé leur Créateur ». idest citrum (.ce texte il est dit que la stabilité et la splendeur sont les caractéristiques du ciel..) in ejus pulchritudine qua multo magis indicatur eorum artifex. mundum illuminans in excelsis dominus(. lib. ordonnée à manifester la gloire de Dieu: « Et parce que le soleil illumine. Et ideo intelliguntur isti caeli materiales indicare nobis gloriam Dei (. Elle se trouve aussi dans les petites réalités sublunaires qui peuplent la terre. à laquelle appartient seulement la seconde. c’est pourquoi ces cieux matériels sont conçus pour nous faire découvrir la gloire de Dieu (.. 66 Iª-IIae q. 4 ad 10: Unde in hoc festo debebant habere fructum arboris pulcherrimae. et son oeuvre est pleine de la gloire du Seigneur.. 18 n. comme on peut le constater avec une autre citation du Commentaire sur les Sentences : « mais la beauté du corps céleste consiste surtout en la lumière. chez les animaux. c’est pour cela que l’on lit: ‘La beauté du ciel est la gloire des étoiles. 10: species caeli gloria stellarum.. 48 q. La beauté du ciel et des corps célestes est. les astres ou la création dans son ensemble. au moment des vendanges.65 Mais la beauté ne se trouve pas seulement dans le ciel.. C’est la raison pour laquelle on dit que le ciel est la créature qui persiste stable – car la stabilité était la première caractéristique du ciel – dans la propre beauté – car la splendeur était sa deuxième caractéristique –. il est possible de trouver certains textes qui admettent l’existence de la beauté des animaux : « Il y a cependant.).

7. 31). on entend par pieds les affections qui sont droites. 50 a. sed propter hominum salutem et Dei gloriam. lib. 2: Alio modo possunt intelligi per pedes affectus qui rectitudinem habent. 4: Si igitur creaturarum bonitas. leur beauté et leur douceur. » 71 Pour ne pas perdre de vue que l’important est la source. pulchritudo et suavitas sic animos hominum allicit. »70 Nous pouvons dire qu’il arrive toujours aux créatures ce qui se passe avec « les pieds des prédicateurs ». 1 s. 1 qc. 2 cap.nature. 7. exigent la beauté du « tout » pour pouvoir dire qu’ils sont véritablement beaux: « on ne dit pas qu’un animal est véritablement sain ou beau s’il ne l’est dans toutes ses parties. 69 Iª-IIae q. 2 a. 52 a. nisi secundum omnes partes suas sit tale. 7: pedes eorum. la fontaine de la bonté divine. aut pulchrum. ipsius Dei fontana bonitas. 2 n.72 Si l’on ne tient pas compte de cet avertissement. » 69 III. pedes recti. 10 l. 2 co: Quia non dicitur animal sanum simpliciter. comme la santé et la beauté ». 2: Praeterea. dum non intentione laudis aut lucri verbum Dei annuntiant. Ainsi. c. La beauté de ce monde périra dans la conflagration universelle du feu ». Ez. la beauté des créatures devrait mener les hommes vers la source même de toute beauté en attirant leur attention: « Si donc la bonté des créatures. animas hominum inflammatas totaliter ad se trahet. dicit Glossa: pulchritudo hujus mundi mundanorum ignium conflagratione peribit. attirent ainsi les esprits des hommes. I. Saint Thomas dit que la beauté de ce monde est périssable: « ‘L’apparence de ce monde passe’ (1Cor.Danger de la beauté des créatures: l’idolâtrie Comme nous avons pu le suggérer au début de ce chapitre sur la beauté du monde. mais en vue du salut de l’homme et de la gloire de Dieu : ‘Leurs pieds étaient droits’. et sic idem quod prius. 1 Corinth. lib. en oubliant Celui dont elles 68 Iª-IIae q. 22 . 70 Contra Gentiles. 4 d. 3 ad 2: Sunt tamen in eis aliquae dispositiones in ordine ad naturam. attire totalement à elle leurs âmes enflammées. car ils sont beaux dans la mesure où ils annoncent Dieu et non en eux-mêmes: «Dans un autre sens.. ut sanitas et pulchritudo.68 D’autres. 71 Super Rom. super illud: praeterit figura hujus mundi. 47 q. comparée attentivement aux ruisseaux de bonté que l’on peut trouver dans les créatures.. celle des prédicateurs qui annonçaient la parole de Dieu sans intention d’obtenir de la louange ou du profit. on s’expose au danger de tomber dans l’idolâtrie des belles choses. cap. et non le moyen qui y mène. 72 Super Sent. . rivulis bonitatum in singulis creaturis repertis diligenter comparata.

gouverneurs du monde’ ». mais il est bon et beau quand il nous aide à contempler le « beau spirituel ». aut lunam. 21. Ce qui fait dire à la Sagesse (13. Confessions. 75 Super Psalmo 25 n. les hommes ont rendu le culte qu’on lui doit à des créatures dont la beauté ou la force les touchaient.: quod luxuria non est vitium pulchrorum suaviumque corporum. et il est possible d’aimer la beauté inférieure d’une manière désordonnée. 10. propter pulchritudinem seu virtutem. cuius excellentiam homines non considerantes.: Tertio. sed animae perverse amantis corporeas voluptates neglecta temperantia. Moral. aut citatum aerem. 94 a. 5: Dionysius: bonum et pulchrum est omnibus diligibile. en négligeant la tempérance qui nous rend aptes à des réalités plus belles et plus suaves spirituellement». 23 . 15 a. 77 De malo. 1 co. rectores orbis terrarum. Sed aut ignem. la lune. d’une manière parfaite ou imparfaite : « C’est pourquoi tout homme aime le beau : les charnels aiment le beau charnel. divinitatis cultum exhibuerunt. q. quibusdam creaturis. liv. Unde dicitur Sap.Cf: Augustin. l’abîme des eaux. le « beau charnel » n’est pas mauvais en soi. IV. 73 Cet oubli de Dieu ne contredit pas la classique sentence de Denys qui dit que le bien et le beau sont aimés par tous les êtres –bonum et pulchrum est omnibus diligibile74 –. Saint Augustin.1) : ‘Ils n’ont pas reconnu. Unde omnis homo amat pulchrum: carnales amant pulchrum carnale. XIII. neque. »75 On peut aimer la beauté inférieure d’une manière ordonnée. II. Saint Thomas l’explique en disant que tout homme aime le beau. aut spiritum. quel en était l’artisan. mais d’une âme perverse qui aime les voluptés corporelles. Pour expliquer ceci. le vent. le soleil. operibus attendentes. les spirituels aiment le beau spirituel.77 Ainsi. propter ignorantiam veri Dei. aut gyrum stellarum. XII. Grégoire de Grand. c’est-à-dire. dans la mesure où elle nous aide à contempler la beauté supérieure. comme le dit Grégoire Magne78 avec une 73 IIª-IIae q. méconnaissant son infinie perfection. en aimant ce qui est inférieur comme si c’était le supérieur76. 5. qua rebus turpia turpioribus. 4 co. Le danger est quand le premier nous fait oublier l’existence du second. Saint Thomas cite Saint Augustin quand il dit que la luxure ne vient pas d’un corps beau mais d’une âme qui oublie les réalités spirituelles qui sont plus belles encore: «La luxure n’est pas le vice des corps doués de beauté et de charme. 8.proviennent: « À cause de l’ignorance du vrai Dieu. deos putaverunt. aut nimiam aquam. spirituales amant pulchrum spirituale. 78 Cf. 76 Cf. l’air subtil. agnoverunt quis esset artifex. Noms Divins. aut solem. Mais c’est le feu. en considérant ses œuvres. 74 Cf. suavia suavioribusque aptamus. qu’ils ont pris pour des dieux. Cité de Dieu. c’est-à-dire.

Il nous faut donc veiller sur nous. Providendum ergo nobis est: quia intueri non debet quod non licet concupisci. cap. et semel species formae cordi per oculos alligata.. 16: Valde namque est quod caro deorsum trahit. vix magni luctaminis manu solvitur.79 79 Catena in Mt. les plus grands efforts suffisent à peine pour l’en arracher. et une fois que notre cœur est lié à cette image de la beauté que les yeux lui ont transmise.autre citation rapportée par Thomas d’Aquin: «C’est de tout son poids. 5 l. et songer que nous ne devons pas regarder ce qu’il nous est défendu de désirer ». que la chair nous entraîne vers les choses basses. et il est bien lourd. 24 .

nous voyons que la beauté s’identifie de nouveau à la splendeur. la santé et la durée font partie de l’impassibilité. car par le fait que le corps soit parfaitement informé par l’âme. Sur cette liste. quia ex hoc quod corpus est perfecte informatum per animam. fait partie de la splendeur. 25 .. la santé. la liberté et la force font partie de l’agilité. tout comme la beauté du ciel.. 4 d. la volupté et la durée– sont contenus dans quatre attributs: la beauté en effet. est ad déléctationem dispositum. 4 a. il est disposé au plaisir » 80. la beauté est un des sept dons du corps: ‘Ces sept attributs que propose Saint Anselme –la beauté. et la volupté peut amener à la subtilité. mais il n’est pas le seul: «On appelle beau un homme qui a les membres proportionnés et un teint splendide. lorsque l’on dit qu’un homme ou une femme sont beaux. 5 qc. voluptas vero potest reduci ad subtilitatem. la rapidité. où il dit que la beauté se trouve seulement dans un corps de 80 Super Sent. 49 q. A ces deux critères. ce qui est sous entendu c’est qu’ils sont beaux selon leur corps. la liberté.CHAPITRE II L’HOMME I. la force.) illa septem quae Anselmus ponit. continentur sub istis quatuor: pulchritudo enim continetur sub claritate.. sanitas et diuturnitas sub impassibilitate.Le corps Dans le langage courant. lib. 3 ad 1: (. car la beauté et la splendeur sont contenus parmi les dons naturels du corps: « Selon Saint Anselme. le Philosophe rajoute un troisième. . Elle est un des éléments exigés pour qu’il y ait beauté corporelle. Normalement on peut le dire de n’importe quel être humain. velocitas et libertas et fortitudo sub agilitate.

grande taille. C’est pourquoi les hommes de petite taille peuvent être appelés bien bâtis et bien formés, mais pas beaux. »81 L’exigence sur la proportion des membres se réfère à l’ensemble du corps, car il suffit qu’un seul de ses membres soit difforme, pour qu’on ne puisse plus appeler belle la totalité: « Or le bien, comme le dit Denys, tient à la totalité et l’intégrité de la chose, alors que le mal vient de défauts singuliers. Et c’est pourquoi, quel que soit l’élément qui est mauvais, de l’acte ou de son ordonnance à la fin, le tout est jugé mauvais; mais le tout n’est jugé bon que si chacun des deux est bon; ainsi on n’estime un homme beau que si tous ses membres sont proportionnés, mais on l’estime laid, même si un seul de ses membres est difforme »82. Cette exigence, qu’il n’y ait pas de déformation dans aucune partie pour pouvoir appeler le tout beau, est récurrent tout au long de l’oeuvre de Saint Thomas83, ce qui est en continuité avec le chapitre sur la beauté du monde, selon lequel le tout était plus important que la partie. Dans ce sens, ce qui importe ce n’est pas que la partie soit belle, mais qu’elle soit bien ordonnée pour le bien du tout. Dans la mesure où il en est ainsi, le tout composé de toutes les parties sera plus parfait et plus beau: « le pied serait une partie plus digne si la beauté et la vertu de l’œil lui étaient départies, mais le corps dans son ensemble serait moins parfait si la fonction du pied lui manquait ».84 Que la beauté du tout dépende de la disposition adéquate de toutes les parties, cela ne veut pas dire que les parties ne peuvent pas être belles en tant que parties. C’est ainsi que nous le constatons dans le texte récemment cité –dans lequel l’oeil est plus beau que le pied–, de même que dans les commentaires des passages où Saint Paul parle des membres honnêtes et déshonnêtes : « Il appelle ici moins honorables

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Super Sent., lib. 1 d. 31 q. 2 a. 1 co.: (...) dicimus homines pulchros qui habent membra proportionata et splendentem colorem. His duobus addit tertium philosophus ubi dicit, quod pulchritudo non est nisi in magno corpore; unde parvi homines possunt dici commensurati et formosi, sed non pulchri. 82 De malo, q. 2 a. 4 ad 2: Bonum autem, ut Dionysius dicit, est ex tota et integra causa, malum autem ex singularibus defectibus. Et ideo quidquid horum sit malum, sive actus, sive inordinatio actus in finem, totum iudicatur malum. Non autem totum iudicatur bonum nisi utrumque fuerit bonum; sicut nec iudicatur homo pulcher, nisi omnia eius membra fuerint decora; turpis autem iudicatur etiam si unum eius membrum fuerit deforme. 83 Cf. De malo, q. 8 a. 4 co.; De virtutibus, q. 1 a. 9 ad 16; De regno, lib. 1 cap. 4; Sententia Ethic., lib. 2 l. 7 n. 2; In De div. nom, c. 4, lec. 22, n.572. 84 Contra Gentiles, lib. 3 cap. 94 n. 10: ...dignior enim pars esset pes si oculi pulchritudinem et virtutem haberet; corpus autem totum esset imperfectius, si ei officium pedis deesset.

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les membres honteux, et honorables les membres qui sont beaux. L’honnête et le beau apparaissent donc comme une même chose. »85 A la fin du commentaire de la liste de Saint Anselme sur les dons du corps, Saint Thomas disait, en outre, que le corps était parfaitement informé par l’âme. Pour cette raison, sa beauté n’est pas détachée de celle de l’âme et la beauté corporelle devient un embarras si elle n’est pas ordonnée en vue de l’âme. C’est à cause de cela que la disposition la plus adéquate et la vraie beauté de l’homme sont en conformité avec l’âme rationnelle et ses opérations, qui constituent la fin proche du corps: « Ainsi, l’artisan qui fait une scie, destinée à couper, la fait avec du fer pour qu’elle soit apte à couper, et il ne cherche pas à la faire avec du verre qui est une matière plus belle, car cette beauté empêcherait d’obtenir la fin voulue (...). Or, la finalité proche du corps humain, c’est l’âme raisonnable et ses opérations; car la matière est pour la forme, et les instruments pour les actions de l’agent principal. Je dis donc que Dieu a établi le corps humain dans la disposition la meilleure pour répondre à une telle forme et à de telles opérations. »86 Bien que la beauté puisse devenir une gêne si elle n’est pas liée à sa finalité –comme le serait la beauté du cristal dans une scie–, cela ne signifie pas que la beauté du corps soit toujours nuisible, car, bien au contraire, elle fait partie des perfections de l’homme: « Toutefois, il faut savoir qu’une chose peut appartenir de deux façons à la perfection d’une autre. D’abord pour constituer son essence même, et ainsi l’âme est-elle nécessaire à la pleine constitution de l’homme. Ensuite, est requis à la perfection d’une chose ce qui ressortit à son être le meilleur ; c’est ainsi que la beauté corporelle ou la promptitude d’esprit appartiennent à la perfection de l’homme. »87 Cependant, comme il en découle de ce même texte, la beauté du corps n’est pas essentielle à la constitution de
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IIª-IIae, q. 145 a. 2 s. c.: Sed contra est quod apostolus dicit, I ad Cor. XII, quae inhonesta sunt nostra, abundantiorem honestatem habent, honesta autem nostra nullius egent. Vocat autem ibi inhonesta, membra turpia; honesta autem, membra pulchra. Ergo honestum et decorum idem esse videntur. Cf. IIª-IIae, q. 169 a. 2 ad 2: Sciendum tamen quod aliud est fingere pulchritudinem non habitam, et aliud est occultare turpitudinem ex aliqua causa provenientem, puta aegritudine vel aliquo huiusmodi. Hoc enim est licitum, quia secundum apostolum, I ad Cor., quae putamus ignobiliora esse membra corporis, his honorem abundantiorem circundamus. 86 Iª q. 91 a. 3 co.: Sicut artifex qui facit serram ad secandum, facit eam ex ferro, ut sit idonea ad secandum; nec curat eam facere ex vitro, quae est pulchrior materia, quia talis pulchritudo esset impedimentum finis. (...) Finis autem proximus humani corporis est anima rationalis et operationes ipsius, materia enim est propter formam, et instrumenta propter actiones agentis. Dico ergo quod Deus instituit corpus humanum in optima dispositione secundum convenientiam ad talem formam et ad tales operationes.

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l’homme et pour cette raison, le souverain bien de l’homme ne peut pas résider en elle ; comme on le lit dans un autre texte: « le souverain bien de l’homme ne réside pas non plus en ces biens du corps, tels que la santé, la beauté et la force. Ces biens sont communs aux bons et aux méchants, ils sont instables, nullement soumis à la volonté »88. En parlant de la beauté corporelle, nous pouvons citer quelques textes qui font référence à la beauté corporelle de la femme. Une citation de Saint Jérôme, reprise par Saint Thomas dans Contra Impugnantes, se rapporte d’une façon indirecte à la beauté de la femme quand elle dit que les moines peuvent s’appliquer à l’étude de la science profane, laquelle est comparée à la femme captive, de beauté captivante89. Lorsque Saint Thomas se réfère aux causes du mariage, il parle aussi de la beauté de la femme en ces termes: « Il existe un double moyen, celui de l’opportunité et celui de la nécessité. Le moyen de l’opportunité rend convenable la conjonction des extrêmes, laquelle pourrait exister même sans celui-ci; tout comme la beauté facilite la conjonction du mariage, même si à sa disparition le mariage ne se dissout pas ».90 Dans un autre passage, on rencontre la même conclusion, mais en faisant référence plus spécifiquement à la beauté de la femme : « Ainsi encore, dans le mariage, la beauté de la femme concourt à l’union conjugale, laquelle n’en demeure pas moins, une fois la beauté disparue »91. Il en est ainsi car la beauté n’est pas la cause principale du mariage; même si ceci n’empêche pas que la beauté de la femme puisse être la cause secondaire, comme ce qui s’est passé lors du mariage de Jacob et
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Iª-IIae q. 4 a. 5 co.: Sed sciendum quod ad perfectionem alicuius rei dupliciter aliquid pertinet. Uno modo, ad constituendam essentiam rei, sicut anima requiritur ad perfectionem hominis. Alio modo requiritur ad perfectionem rei quod pertinet ad bene esse eius, sicut pulchritudo corporis, et velocitas ingenii pertinet ad perfectionem hominis. 88 Contra Gentiles, lib. 3 cap. 32 n. 1: Quod autem nec in corporis bonis, cuiusmodi sunt sanitas, pulchritudo et robur, sit hominis summum bonum, per similia manifeste apparet. Haec enim etiam bonis et malis communia sunt; et instabilia sunt; et voluntati non subiacent. 89 Cf. Contra impugnantes, pars 3 cap. 4 co; Cf. Super Gal., cap. 3 l. 6. 90 Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 1 co.: Respondeo dicendum, quod est duplex medium, scilicet congruentiae, et necessitatis. Medium congruentiae est quod facit ad decentem conjunctionem extremorum, quae tamen nihilominus sine illo esse posset, sicut pulchritudo facit ad decentem conjunctionem matrimonii, qua tamen amissa, matrimonium non solvitur. 91 IIIª q. 6 a. 1 ad 3: (...) si aliqua in matrimonium ducitur propter pulchritudinem, quae facit congruitatem in muliere ad copulam coniugalem, tamen, cessante pulchritudine, adhuc durat copula coniugalis.

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quod decor faciei non fuit causa principalis. l’homme court le risque de désirer cette beauté d’une manière désordonnée. On lit à ce sujet dans l’Ecclésiastique. 1: (. les entretiens fréquents et la compagnie assidue des femmes. Il existe plusieurs textes qui mettent en garde contre ce danger : «Les objets extérieurs. et hoc bene potest esse sine peccato. avec un certain éclat harmonieux du teint. lorsque nous parlons d’un homme « beau ». 3 expos. c’est comme un feu qui enflamme la concupiscence’» 94. La première est celle corporelle qu’on a vu consister en la proportion des membres. cap. 9: (. les regards. 30 q. Sciendum. car la femme est indispensable à la conservation de l’espèce.: Jacob Rachel decoram facie et venusto aspectu amavit. 95 IIª-IIae. la couleur splendide et la grandeur. lib.95 II. il faut savoir que l’homme possède une double beauté.Rachel: «‘Jacob aima Rachel belle de visage et attrayante d’aspect’. q. il n’a pas le souvenir du mal qu’on lui a fait. 141 a. laesus non meminit. 29 . et cela pu avoir lieu sans péché ou peut-être sans péché véniel. et ne se réjouit pas en voyant une belle femme’ ».) Ex parte autem exteriorum rerum propositum continentiae impeditur per aspectum et frequentia colloquia mulierum et earum consortia: unde dicitur Eccli... Il faut savoir que la beauté du visage ne fut pas la cause principale mais secondaire. au contraire de sa beauté qui ne l’est pas93. si esset effrenata libido. la beauté spirituelle consiste pour l’homme à avoir une conduite et des actions bien 92 Super Sent. Si. Dans la mesure où une femme est belle. IX. IX: ‘La figure de la femme en a fait périr un grand nombre. ch. sed secundaria. la deuxième est la beauté spirituelle. vel quandoque etiam sine veniali peccato.L’âme Même si. qui est-elle aussi liée à une certaine proportion et à une certaine clarté: « La beauté du corps consiste donc pour l’homme à avoir les membres du corps bien proportionnés. 2 arg. 94 De perfectione.9: propter speciem mulieris multi perierunt: et ex hoc concupiscentia quasi ignis exardescit... le désir de la beauté eût été la cause principale.. non excusaretur a peccato mortali. Si autem esset principalis causa libido pulchritudinis. 4 d. 93 Cf. IIª-IIae. 142 a. 2 a. De même. . videns pulchram mulierem non delectatur.) dicit Hieronymus quod parvulus non perseverat in iracundia. q. nous nous référons d’habitude à sa beauté corporelle. 5 co. ou encore: «Saint Jérôme dit que ‘l’enfant ne demeure pas en colère. sont autant d’obstacles au propos de garder la continence. en revanche. le péché mortel ne serait pas excusé s’il s’agissait d’un désir effréné »92.

99 Même si la beauté de l’homme est double. Et similiter pulchritudo spiritualis in hoc consistit quod conversatio hominis. 2 l.proportionnées. comme nous pouvons le remarquer dans la Glose citée par Saint Thomas: «À propos du passage du psaume (104.’ Et il ajoute que ‘beaucoup de choses visibles sont belles. 4: . 4 d. a. La beauté spirituelle excède et prime sur la beauté du corps: « la candeur de l’âme sanctifiée surpasse toute beauté corporelle »100. à son tour.: Unde pulchritudo corporis in hoc consistit quod homo habeat membra corporis bene proportionata. quae consistit in ordinatione debita animae et affluentia bonorum spiritualium 99 Ibid: Alia est pulchritudo exterior. (Cf. Super Sent. cela ne signifie pas que ses deux parties soient de la même valeur. 2 co. in libro octogintatrium quaest. spirituelle. cum quadam debiti coloris claritate. auxquelles convient moins bien l’épithète d’honnête’. 101 Cf. quae est animae decor. pars 2 cap.La grâce. 2: Ornatus vero consistit in debita ordinatione et dispositione. 145 a. tout comme le corps et l’âme ne le sont pas. et ideo est laudabilis in illis qui facile solent declinare in actus turpes. Augustin : ‘J’appelle honnête la beauté intellectuelle ou. cap. Super I Tim. 2 qc. 1 ad 1: . non habent pulchritudinem spiritualem.. q. Item verecundia est de turpi actu. Eccli.. sive actio eius. 98 Contra impugnantes. 19: gratia super gratiam mulier sancta et pudorata)... pour mieux dire. nous lisons dans la Glose: ‘La grâce est la beauté de l’âme: c’est elle qui lui attire l’amour divin’. 97 Ceci il le répète en parlant de la beauté spirituelle de la femme en particulier. 100 Super Psalmo 50 n. sit bene proportionata secundum spiritualem rationis claritatem.quia gratiam non tollit. tandis que la beauté extérieure consiste en le bon agencement et l’affluence des biens extérieurs qui ont le corps pour objet. » 96 Par ailleurs. quae ad corpus ordinantur. XXVI. (... Sic in interiori decore nisi sint omnia ordinata ex dispositione per rationem. Or la 96 IIª-IIae. Saint Thomas explique que la beauté spirituelle consiste en l’ordre qui correspond à l’âme97.) Unde Augustinus dicit.candor animae sanctificatae excedit omnem pulchritudinem corporalem. lib. 15): ‘Pour que l’huile fasse resplendir le visage’. 2 a. quam spiritualem nos proprie dicimus. et affluentia exteriorum rerum.. et ideo hoc in eis laudatur. Et ideo quia mulieres deficiunt a ratione. Una spiritualis. selon l’éclat spirituel de la raison (…) Ce qui fait dire à S. est la beauté de l’âme 101. Et postea subdit quod sunt multa pulchra visibilia. beauté de l’âme Après avoir montré que la beauté de l’âme est une partie de la beauté de l’homme et que d’une certaine manière elle est la beauté de l’homme. cuiusmodi sunt iuvenes et mulieres.. requirit ab eis ornatum. non autem senes et perfecti. 16 q. 30 . on peut percevoir le rôle de la grâce qui. 6 ad 22: Est enim duplex pulchritudo.. quae consistit in debita ordinatione corporis. quae minus proprie honesta appellantur. honestatem voco intelligibilem pulchritudinem. et aussi dans l’affluence des biens spirituels98 .

1 qc. quod dividit inter nos et Deum. Comme le dit la suite de ce même texte. la splendeur de la grâce qui confère la beauté à l’âme peut rester éloignée de l’âme à cause du péché commis. permet à cette dernière d’être ordonnée et conformée à Dieu : « La beauté de l’âme consiste en son assimilation à Dieu.110. car celui-ci introduit une division entre nous et Dieu105.: Pulchritudo autem animae consistit in assimilatione ipsius ad Deum. quod quidem fit per gratiam spiritus sancti. 4 d. quem nostra mens habuit.) ita etiam claritas gratiae prohibetur ab anima per peccatum commissum. »102 La grâce. comme le soutient Saint Chrysostome cité par Saint Thomas : « Dans le sens spirituel. ad quem formari debet per claritatem gratiae ab eo susceptam. ut exhilaret faciem in oleo. 18 q.. et la pureté de conscience qui en découle. 6: egressus est a filia Sion omnis decor eius.. III. 2 qc. dicit Glossa quod gratia est nitor animae.2 c. 1 a.: Si amas pulchritudinem.: (. Thren. nous pouvons alors comprendre un conseil presque amusant que donne Saint Thomas à tous ceux qui veulent être beaux : « Si tu aimes la beauté. 22 q. et par conséquent il a perdu sa noblesse et sa beauté : ‘Toute la beauté de la fille de Sion s’est retirée d’elle. 1: Sed per peccatum hic sensus est corruptus. Iª-IIae q. cet esprit s’est corrompu et a semblé vieillir: ‘Tu as vieilli dans une terre étrangère’. 11: inveterasti in terra aliena..: (. a. et quasi inveteratus. ne permet pas seulement que l’âme soit belle. I. 104 Super Sent. sanctum concilians amorem. 103 Cf.) 107 Super Sent.... ad quam participando homo studium habere debet (. id est.. iterato formam et decorem mentis assumamus. la face 102 Iª-IIae q. c. auquel elle doit se conformer par la splendeur de la grâce reçue de lui. droit ». dont le sujet est l’essence même de l’âme103. ce qui se fait par la grâce de l’Esprit Saint. 110 a. confesse-toi. et per consequens pulchritudinem et decorem suum amisit.beauté de l’âme est une qualité. cap. lib. 4 d. 1 co. idest rectus. Ibid. 12 l. c’est-à-dire de reprendre de nouveau la forme et la beauté que notre âme avait <autrefois>. Bar. Sed nitor animae est quaedam qualitas. 2 s. ut sis pulcher. 106 Super Rom. le péché est la laideur de l’âme: «Par le péché. 2 a. »106 En tenant compte de l’obstacle que le péché oppose à l’action de la grâce dans l’âme. Monet ergo apostolus ut reformemur. 3 co.. De la même manière que la grâce est la beauté. à laquelle l’homme doit se prêter avec ardeur par sa participation.107 Cette rectitude de l’âme due à la grâce. c’est-à-dire à la beauté de l’âme – et donc à la beauté de l’homme –. »104. et tu seras beau. confitere. 105 Cf.. lib. mais permet de plus qu’il soit devant les yeux de Dieu comme un beau visage pour les yeux d’un homme. comme la beauté du corps. 31 . c’est-à-dire.)super illud Psalmi CIII. sicut et pulchritudo corporis.’ L’Apôtre nous avertit donc de nous réformer..

.) quia in creaturis quae suum ordinem servaverunt. La vertu même est dans l’âme une disposition bien ordonnée. et l’ornement de la beauté perdure inchangeable »112. . 6 l. La délectation.Les vertus. 113 IIª-IIae. car dans la créature qui conserve l’ordre propre. 110 Iª-IIae q.. car. est la disposition correspondant au corps111). q. Ibid: sanitati et pulchritudini. 2 ad 1: Et ideo ipsa virtus est quaedam dispositio ordinata in anima.de l’âme. C’est ce qui permet d’assimiler la vertu. En lien avec cet ordre que nous rencontrons dans la beauté. 2 ad 3: In virtutibus autem moralibus invenitur pulchritudo participative. quae sunt debitae dispositiones corporis (. cap. et divina bonitas clarius resplendet.. en tant qu’elle représente une disposition favorable de l’âme. et « tout comme les couleurs embellissent le corps. nous lisons dans un autre passage: « Dans les vertus morales. La vertu est ce qui donne à l’action d’être ordonnée. quant à elles. avec la santé. ce qu’on trouve c’est une beauté participée en tant que ces vertus participent à l’ordre rationnel » 113 . 3 (Bk 1104b5). 55 a. Spiritualiter autem facies animae conscientia intelligitur.»108 b. Aristote. Pour comprendre cela.La vertu. elle aussi. c’est la conscience .) 112 Super Sententiis Liber 2 Prooemium: (. 180 a. sic in oculis Dei speciosa est munda conscientia.L’expérience de la délectation est. et ad id quod est extra. inquantum scilicet participant ordinem rationis. il faut l’insérer dans le contexte du plaisir qui se trouve dans les habitus. . cap. Ethique.3 ps2 : Sicut colores pulchrificant corpus. dont une caractéristique est la délectation existante dans l’opération114. ainsi une conscience pure est un spectacle agréable aux yeux de Dieu. le plaisir et l’ordre L’ordre. 109 Sermones n. sic virtutes animam. très liée à la beauté de l’opération. et decoris ornatus immutatus non est. liv. Sicut enim in conspectu hominum gratiosa est facies pulchra. « la bonté divine resplendit plus clairement. « en ce sens que les puissances propres à l’âme sont dans un certain ordre les unes par rapport aux autres et par rapport aux réalités extérieures »110. 32 . secundum scilicet quod potentiae animae ordinantur aliqualiter ad invicem. II. 111 Cf.. contribuent à la beauté de l’âme. mais ses puissances: « et puisque l’âme est le principe d’opérations au moyen de ses 108 Catena in Mt. 114 Cf. à la beauté corporelle (qui. Les vertus morales n’ont pas comme sujet l’essence même de l’âme. de même qu’un beau visage plaît aux regards des hommes.. 13: Chrysostomus super Matth. la vertu embellit l’âme »109..

et en conséquence agréable.. car l’acte vers lequel la puissance est dirigée est accompli par celle-ci d’une manière chaque fois plus parfaite. les vertus ne seraient pas des habitus électifs. donc. ce qui semble essentiel à l’habitus. par le moyen des habitus.: Secundo ut operatio perfecta in promptu habeatur. pour une puissance. la cause de la délectation. La volonté précède à l’usage des habitus. (b) « pour que l’opération parfaite soit accomplie avec promptitude (. l’habitus est comme une seconde nature et rend connaturel l’opération.55 a. art. C’est pourquoi Saint Thomas affirme116 qu’une puissance est parfaite selon qu’elle est déterminée à son acte.: (.. 115 Iª-IIae q. facile immutantur. Dans ce sens.1 c: Primo ut sit uniformitas in sua operatione. 121 Ibid.) C’est pourquoi le Philosophe dit que les choses faites avec promptitude sont accomplies grâce à l’habitus »120 . Et ideo. Iª-IIae q. La convenance est. On considère toujours la vertu d’une chose par rapport à sa fin. in eis habitus esse non possunt. 117 Cf. car les puissances rationnelles propres à l’homme –qui ne sont pas disposées ad unum. operationem sibi propriam quasi naturalem reddit.. se trouvent inclinées. Iª-IIae q. 50 a. 120 Ibid. quod videtur ad rationem habitus pertinere.. on peut dire que toutes les vertus sont des habitus. 118 L’habitus donne une certaine uniformité à la puissance par rapport à l’objet. car elles se prêtent d’une façon indéterminée à beaucoup d’actions–.118 Bref. Cependant. et per 33 . proprie loquendo.) Deficit tamen ratio habitus quantum ad usum voluntatis.puissances.. 50 a. Quod quidem fit per habitum.) Unde philosophus dicit in V Ethic. de façon à agir comme s’il était mu par une inclinaison naturelle . 4. c’est l’acte. ea enim quae ex sola operatione dependent. quia non habent dominium utendi vel non utendi. C’est pourquoi le Philosophe établit comme signe de l’habitus la délectation existante dans l’opération »121. et (c). (. et c’est pourquoi à proprement parler il ne peut y avoir en eux d’habitus » (Iª-IIae q. ideo secundum hoc. l’homme a besoin de l’habitus des vertus pour trois raisons: (a) « Pour qu’il y ait uniformité dans l’opération » 119. Ces puissances ne sont pas déterminées par les habitus qu’à une seule chose dans le sens qu’elles doivent agir toujours de la même manière. Le mot vertu désigne. elle doit conserver la capacité d’agir de différentes manières.. en effet. et pour cela Saint Thomas dit que « pour que cela mérite le nom d’habitus il y manque l’usage de la volonté: les animaux ne sont pas maîtres de l’exercer ou non. il en résulte qu’à cet égard les habitus sont dans l’âme selon ses puissances »115. car s’il en était ainsi. habitus sunt in anima secundum suas potentias. et la fin. qui cum sit per modum cuiusdam naturae. « pour que l’opération parfaite se réalise avec délectation. 3 ad 2 : (. 1c.. pour que la puissance soit maîtresse de son acte. 116 Cf.) Et quia anima est principium operationum per suas potentias.. quod repentina sunt ab habitu..) 119 De virtutibus. une certaine perfection de la puissance.49 a. 2 co. nisi secundum aliquam inclinationem habitualem fuerint stabilita. donc. à l’accomplissement de certains actes117.: Tertio ut delectabiliter perfecta operatio compleatur.

le plaisir même est comme une certaine beauté de l’opération..) operationes secundum virtutem non solum sunt delectabiles. sed etiam pulchrae et bonae.. Cf.. lib. lib.... Ainsi le Philosophe nous dit que la beauté. quae quidem decorat operationem ipsam et perficit eam. 1 q.) est enim sicut quidam decor operationis ipsa delectatio. 4: Delectatio est quaedam operationis perfectio. Contra Gentiles. 1 a..Les opérations sont belles quand elles sont vertueuses.. 2 co. 1 a.: perficit enim operationem sicut pulchritudo iuventutem. ponit signum habitus.: (.. unde philosophus. sicut pulchritudo iuventutem.: (. 1 l. 49 q. mais non en ce sens que l’opération. velut si juvenibus superveniat pulchritudo. tout ce qui rend un être apte aux opérations propres à sa nature et lui donne de mieux atteindre sa fin. Ou bien. Super Sent. ut dicitur X Ethic. 123 Cf. nous pouvons trouver de nombreux textes qui affirment que le plaisir perfectionne l’opération comme la beauté la jeunesse.. et quand elles sont vertueuses. quae juventutem decorat. « les opérations vertueuses ne sont pas seulement délectables mais elles sont aussi belles et bonnes »122.) ideo consequitur maxima delectatio. mais en plus délectables. tout comme aux jeunes survient la beauté. 13 n. 9 a. lib. car le plaisir perfectionne l’opération comme une certaine fin qui survient. 1 ad 2: Perficit enim delectatio operationem. »125 Ainsi. sicut pulchritudo juventutem. 4 d. comme une certaine fin qui survient: « Le plaisir est requis dans la béatitude comme sa forme complétive. lib.123 En d’autres occasions. 1 d. l’opération ne peut pas s’ordonner au plaisir. q. 1 co. 2 ad 2: . 90 n. Or le plaisir est la perfection de l’opération. ut philosophus dicit. in II Ethic. lib. 125 Super Sent. ut dicitur 10 Ethic. 6: (. la force corporelle et d’autres qualités analogues sont des instruments du bonheur. 124 Super Sent. 122 Sententia Ethic. déléctationem in opere existentem. 38 q.. 1 cap. 34 . consequens delectabilem. Nam convenientia est déléctationis causa. Saint Thomas d’Aquin le précise plus loin: « Pareillement.. 1 qc. X Ethic. laquelle décore la jeunesse aux dires d’Aristote. car les opérations selon la vertu ne sont pas seulement belles et bonnes.»124 Mais que le plaisir soit comme une certaine beauté de l’opération ne signifie pas que le plaisir soit la fin de l’opération .. n’est pas la fin de cet être. Dans ce contexte. Quodlibet VIII. ut patet per philosophum. Saint Thomas va encore plus loin en disant que le plaisir est comparable à une certaine beauté de l’opération: « En effet. elles sont aussi délectables. il est tout au plus quelque chose qui résulte de l’opération vertueuse et bien ordonnée. c’est l’inverse. et ne peut utiliser pour cela le prétexte que le plaisir soit la perfection de l’opération et qu’il l’embellisse. 2 d.delectatio requiritur ad beatitudinem quasi forma completiva beatitudinis: quia delectatio perficit operationem ut quidam finis superveniens. Autographi Deleta G1 PG40 A: Quae quidem perficit operationem sicut pulcritudo iuventutem. dans l’ordre de Saint Thomas. 1 a.

) Unde in X Ethicorum philosophus dicit quod delectatio perficit operationem sicut decor iuventutem. et ad debitum finem congruentius consequendum. sed quasi consequens bonam dispositionem causarum iuventutis. Même si le plaisir est comme une certaine beauté de l’opération. même si le plaisir peut être définie comme ayant une certaine beauté.. 3 cap. 2: Sicut enim in corpore pulchritudo dicitur ex debita proportione membrorum in convenienti claritate vel colore. Aussi le Philosophe dit-il que le plaisir est à la perfection de l’opération comme la beauté à celle de la jeunesse. il y ait des actions qui procurent du plaisir et qui ne sont pas belles pour autant127. 142 a. qui quidem est propter eum cui inest iuventus.. 26 n. unde Tullius dicit. Cf.) sicut pulchritudo supervenit iuvenibus non quasi existens de essentia iuventutis. sed ordinatur ad alios fines (. 6 n. 129 IIª-IIae. et robur corporis. ce qui définit la beauté de l’action est un autre élément : « (…) Dans les choses humaines.... cap.. non sunt finis rei.. 2 co. Super I Cor. 128 IIª-IIae q..) est le plus contraire à l’éclat et à la beauté de l’homme » (Est igitur intemperantia (. de quibus dicit philosophus.) pulchrum in rebus humanis attenditur prout aliquid est ordinatum secundum rationem.)).: « L’intempérance (. lui soit ordonnée . et non e converso. est beau ce qui est ordonnée selon la raison . et que la beauté accordée aux actions par le plaisir ne peut pas être déliée de leur caractère vertueux. 10: (. Cela est possible compte tenu du fait que les actions qui procurent du plaisir ne sont pas toutes vertueuses.. lib.. »126 La délectation ordonnée. 4 co. et qu’il accompagne toujours une opération vertueuse en tant que telle. Sententia Ethic.: (.).Il peut paraître prima facie problématique que. 127 Cf. on ne peut pas dire qu’il contribue à la beauté de l’opération. in I de Offic. ex qua est tota claritas et pulchritudo virtutis. et non l’inverse. ita in actibus humanis dicitur 35 . IIª-IIae. sans ordre.. q. mais à sa laideur. lib. . Donc. sed magis e converso: sicut pulchritudo hominis. laquelle beauté est pour la jeunesse.2): Ea etiam quibus aptatur res ad proprias operationes speciei perficiendas. si le plaisir détourne l’opération de sa véritable finalité...129 126 Contra Gentiles.) apparet de lumine rationis.. et alia huiusmodi. quod organice deserviunt felicitati. 4 co..: (. quod pulchrum est quod consentaneum est hominis excellentiae in eo in quo natura eius a reliquis animantibus differt. Delectatio autem est perfectio operationis. 142 a. c’est pourquoi Cicéron dit que ‘le beau est ce qui est conforme à l’excellence de l’homme en ce qui distingue sa nature des autres animaux’» 128 .. Pour cette raison. celui-ci peut ne pas être véritablement beau.). 11 l. 10 l. 19 (ad. [reportatio vulgata]. et cette conformité est belle car en elle resplendit la lumière de la raison «qui donne à la vertu tout son éclat et sa beauté». il est aussi certain qu’il n’est pas uniquement la finalité de l’action et que. in I Ethicorum. q. Cf... 142 a.constituée dans son espèce. non ita quod ad ipsam ordinetur operatio secundum suam speciem. bien que le plaisir soit une certaine beauté de l’opération. elle tend à d’autres fins (. quia maxime repugnat eius claritati vel pulchritudini (.

33 q. Enfin. il s’ensuit que la beauté suprême est attribuée à la virginité. enseigne que « cette dilection doit être honnête.. dans le genre de la chasteté.’ Telle est cette belle dilection. dédiée au Seigneur. ut scilicet aliquis adhaereat alteri propter bonum virtutis. IV. Ambroise peut dire: ‘Quelle beauté peut être estimée plus grande que celle de la vierge. 12 l. approuvée par le juge.. non seulement une certaine beauté de l’action. 24: ego mater pulchrae dilectionis. consecratur Deo? (Cf.). 2: Tertio docet quod dilectio debet esse honesta. 1. être appellée « belle » ou honnête. XXIV. et pas seulement lorsque je suis présent parmi vous. Et comme la beauté est attribuée par excellence à la chasteté. lorsqu’il dit: vous attachant au bien. 18: bonum autem aemulamini in bono semper. La même citation dans Super Sent. 3 a. qui est aimée du roi.. 4 d. cap. je suis la mère de la belle dilection’. cité par Saint Thomas. in quibus lumen rationis resplendet. 131 IIª-IIae. 36 . lib. il est dit que. on peut dire que la virginité est la pulchritudo ex debita proportione verborum vel factorum. de qua dicitur Eccli. en tout temps. car il apporte beaucoup à notre discussion sur la beauté. .. dedicatur domino.Dans un texte de la Somme Théologique.La délectation qui s’ensuit pourra être. q. dont il est dit : ‘Moi. comme la virginité est supérieure dans le genre de la chasteté.. Les prémisses. 152 a. consacrée à Dieu?’» 131 Dans ce texte. Haec est pulchra dilectio. la virginité est la vertu supérieure et qu’elle possède la beauté suprême: « Elle l’emporte en effet sur la chasteté du veuvage et sur celle du mariage. Saint Paul. probatur a iudice.) transcendit enim et castitatem vidualem et coniugalem. faisant mention spéciale de la virginité. 3 arg. »130 c. ideo virginitati per consequens attribuitur excellentissima pulchritudo. Nous utiliserons des textes qui se réfèrent à la vertu de la tempérance en général et à la chasteté en particulier –qui occupe le plus haut lieu au sein de l’espèce de la tempérance–. attachez-vous au bien pour le bien. in libro de Virginit. nous voyons que la beauté est associée par excellence à la chasteté et que. 5 co. mais pourra. quae amatur a rege. C’est pourquoi S. Gal. que vous vous attachiez à autrui à cause du bien de la vertu : ‘Au reste. Et quia castitati antonomastice attribuitur decor. 130 Super Rom.: (. c’est-à-dire. la chasteté et la virginité Nous allons donner à ce thème une place importante dans ce chapitre. . pulchritudinem quis potest maiorem aestimare decore virginis. Unde et Ambrosius dicit. elle-même.La beauté de la tempérance. cum dicit adhaerentes bono.

3 corp: (. sunt simpliciter meliores quam illae quae habent aliquod corporale aut corporali adjunctum. 135 Cf. Sed virginitatis decor est maximus. même si le combat pour l’obtenir a pu être moins sévère que pour d’autres vertus. car le bien spirituel le plus noble est supérieur à ceux du corps135. . et ainsi les vertus intellectuelles et théologales sont plus dignes que les vertus morales. 33 q. D’autre part.. 3 a. la beauté appartient à la raison de la vertu.. lib. Donc. 33 q. »136 Pour cela. Ergo ipsa est maxima virtutum. Super Sent.14 ps 2: Puritas carnis et virginitas delectat oculos Dei et sanctorum.. Donc il semble qu’elle soit la plus grande des vertus. 3 qc.. 132 133 Sermones n. 3 a.. 3 a.. 134 Super Sent. les vertus qui ont pour objet les biens spirituels sont purement et simplement meilleures que celles qui ont quelque chose de corporel . elle devra être la vertu la plus proche des vertus intellectuelles. dans le Commentaire sur les Sentences.. car la vertu est dans l’âme une disposition bien ordonnée et. comme il en découlait d’un autre texte cité plus haut: « La candeur de l’âme sanctifiée surpasse toute beauté corporelle. la beauté apartient à la raison de la vertu. formule cette apparente conclusion de la manière suivante : « En effet. il semble que la plus parfaite des vertus soit la virginité. quae sunt circa actus et passiones aliquo modo corporales.plus belle des vertus.. Et la beauté de la virginité est maximale. 136 Super Psalmo 50 n.candor animae sanctificatae excedit omnem pulchritudinem corporalem.). 4: . on dit qu’elle est belle. Les conclusions apparentes. 1 ad 1: Corona autem non debetur pugnae. Super Sent. virtutes illae quae habent pro objecto bonum spirituale. « Car la couronne n’est pas due au combat mais à la victoire du combat »133. Plus loin. et inter virtutes morales illa per se loquendo est melior quae magis 37 . 4 d. 1: Decor enim est de ratione virtutis. lib... 4 d. Super Sent.Si la virginité est la plus belle des vertus et si la beauté d’une vertu doit être liée à sa perfection. »134 Si la virginité est la plus grande des vertus. 4 d. 3 arg. 3 corp: (.. 5 a. Saint Thomas.) quod cum bonum spirituale sit nobilius et melius quam bonum corporis. lib. 49 q. Saint Thomas dit que la victoire remportée par les vierges est la plus belle. 4 d. dans la mesure où une chose est bien disposée et ordonnée. qui sont responsables des actes et des passions d’une certaine manière corporelles. C’est pour cela que Saint Thomas dit que « la pureté de la chair et la virginité délecte les yeux de Dieu et des saints »132.) quod cum bonum spirituale sit nobilius et melius quam bonum corporis (. la meilleure vertu est celle qui se rapproche le plus des vertus intellectuelles137. en parlant per se. sed victoriae de pugna. et ideo virtutes intellectuales et theologicae sunt digniores quam virtutes morales. 137 Cf. au sein des vertus morales. lib. 33 q..

par leur identification. On pourrait ainsi avancer l’hypothèse que. semble-t-il. afin d’écarter les ennuis soulevés. Encore plus : la « beauté » paraît presque s’opposer à cette perfection appropinquat ad praedictas. du moins dans ce contexte particulier. patet. Cette contradiction entre la beauté et la dignité apparaît d’une manière encore plus évidente dans le texte suivant: « Les plaisirs qui sont objet de la tempérance sont les moins nobles.. nous devrons réviser l’argumentation pour voir où se trouve l’erreur. qu. qui est dans l’irascible. et pour cela la plus digne.Cependant. car ils sont communs à nous et aux animaux: c’est pourquoi la tempérance qui les réprime. ut in 7 Ethic. qui est une certaine limite entre la raison et la sensualité.. en parlant de l’«approximation quant à la convenance du sujet ». art. 138 Ibid.. summum decorem sibi vindicat. quae est in irascibili.. non tamen sequitur quod sit dignissima virtus. qu’elle est la plus éloignée des vertus intellectuelles et que. et ultimo temperantia.. comme on le voit chez Aristote. et propter hoc virginitas. comme la force revendique la difficulté et la justice la rectitude ..). et post hoc fortitudo... même si de cela il ne s’ensuit pas qu’elle soit la plus digne des vertus. se contredit avec la conclusion apparente donnée plus haut. »138 Ainsi donc. 3 a. d’un autre. Saint Thomas dit que la vertu morale la plus proche des vertus intellectuelles. lib. dictum est. est « la justice. Un examen quelque peu hâtif des prémisses conduirait à dissocier la beauté de la perfection. eo quod sunt in communibus nobis et brutis.: (. quae has cohibet. quae est quasi quoddam confinium rationis et sensualitatis.Les contradictions. 1. 38 . quae est in concupiscibili. revendique particulièrement pour elle la beauté commune à toutes les vertus. justitia rectitudinem. 33 q. 139 Super Sent.. qui est dans le concupiscible.. in corp. ut in 3 Lib.) déléctationes circa quas est temperantia. qui est dans la volonté (. et pour cela la virginité. . dans ce sens. qui est le grade maximum de la tempérance. quae est in voluntate (. « beauté » est utilisé dans un sens complètement indépendant de la perfection de la chose.. d’un côté nous voyons que la virginité est la plus belle des vertus et . praecipue vindicat sibi pulchritudinem communem omnibus virtutibus. sunt turpissimae. 1.) justitia. 4 d. sicut fortitudo vindicat sibi difficultatem. quae est summus temperantiae gradus.. vient ensuite la force. revendique la beauté maximale . 26. et en dernier lieu la tempérance.). Si cette conclusion est donc erronée. elle est la moins digne. unde temperantia. »139 Le fait que la tempérance (et de manière particulière la chasteté et la virginité) soit la plus belle des vertus sans être en même temps la plus digne. dist. selon laquelle la virginité est la plus parfaite des vertus. 3 ad 1: (.

de par sa nature. plutôt matériel. la plus proche est la tempérance. Ainsi. la tempérance est effectivement la plus digne des vertus. dans les textes de Saint Thomas nous trouvons une solution au problème posé plus haut. cela serait très problématique et nous forcerait à admettre certaines contradictions internes. dans le genre de la chasteté. de manière particulière la virginité– a une valeur suprême pour les sciences spéculatives. C’est pour cela que le Commentateur dit que la chasteté –et. car dans les plaisirs dont elle a la charge. peut-être insurmontables. – S’il existait une séparation conceptuelle radicale entre les deux types de beauté. mais qu’elle est la plus digne d’une certaine manière 39 . entre les parties de la tempérance. il faut dire que la chasteté n’est pas la plus digne de toutes les vertus. Cependant. pour la basse dignité de la vertu. Ceci impliquerait beaucoup de conséquences : notamment. proximité selon laquelle nous pouvons dire que. qui nous autorise à conserver les prémisses présentées ci-dessus. car. de la même manière qu’on ne peut pas dire que Dieu est plus coloré ou plus chaud que le monde. la raison est totalement submergée. entre toutes les vertus morales. il y a une autre manière de considérer combien la vertu morale est proche de la vertu intellectuelle. que Dieu est plus « beau » que le monde –dans le sens « matériel » du beau–. surtout la chasteté <est proche des vertus intellectuelles>. par exemple. la raison est affaiblie par les plaisirs. que pour dire que les substances immatérielles ou Dieu le sont. on pourrait croire que la beauté est une espèce de compensation légère ou un prix de consolation. et. qui sont la matière de la tempérance. ainsi qu’une vision unitaire sur la beauté qui soit en mesure de sauvegarder ses liens avec la perfection. En effet. dans un certain sens. Selon les derniers textes cités. on peut considérer la proximité de la vertu morale à l’intellectuelle dans la mesure où la première dispose l’homme vers la deuxième. Saint Thomas s’exprime ainsi: « D’une autre manière. on n’utiliserait pas le même concept pour dire que la virginité ou le monde sont beaux. dans la doctrine de Saint Thomas sur le beau. La conclusion définitive. On ne pourrait pas non plus dire. Ainsi.entitative.

Et dans la même mesure où elle est peut-être la plus digne.. Si on peut dire qu’elle est la plus belle c’est parce que. qui lui conviennent selon sa nature bestiale. C’est pourquoi ces jouissances sont appelées les plus serviles. est enim circa delectationes communes nobis et brutis. Cela est confirmé par Saint Thomas dans un autre texte où il explique les deux raisons pour lesquelles l’intempérance est dite la plus blâmable des jouissances : « D’abord parce qu’elle contrarie au maximum la dignité humaine. nous l’avons dit (. 141 IIª-IIae. dans un certain sens. quod virginitas non est dignior omnibus aliis virtutibus.). La chasteté n’est pas par elle-même la vertu la plus digne dans le sens absolu. Ensuite. et simpliciter et per se loquendo.. parce qu’elle est le plus contraire à l’éclat et à la beauté de l’homme. » 141 À la lumière de ces textes nous pouvons comprendre pourquoi la chasteté est appelée la plus belle des vertus morales.). Unde et huiusmodi delectationes dicuntur maxime serviles. Sic ergo dicendum est. Secundo. 4 d.entre toutes les vertus morales. et sic inter omnes morales propinquissima est temperantia.: Primo quidem. Aussi est-ce surtout à cause d’eux que l’homme a tendance à s’avilir ». elle a pour matière les plaisirs qui nous sont communs avec les bêtes. et in genere castitatis praecipue virginitas. le plus laid et le plus indigne des vices. 142 a. En effet... quae sunt ejus materia. 3 corp: Alio modo potest attendi propinquitas virtutis moralis ad intellectualem prout disponit ad ipsam. « Les biens dont détourne la tempérance sont les plus inférieurs chez l’homme et lui conviennent selon la nature bestiale. ex qua est tota claritas et pulchritudo virtutis. comme on le dira plus loin.. on n’est pas tenu d’abandonner l’idée que la beauté est toujours associée à la dignité d’une chose. minus apparet de lumine rationis. quia in déléctationibus circa quas est. car c’est dans les jouissances sur lesquelles porte l’intempérance qu’apparaît le moins la lumière de la raison qui donne à la vertu tout son éclat et sa beauté. 4 co. 40 . quia maxime repugnat excellentiae hominis. et inter partes temperantiae praecipue castitas. omnibus speciebus temperantiae. elle est la plus belle des vertus. »140 Pour autant. La chasteté peut être appelée la plus belle des vertus morales dans le sens où elle éloigne l’homme du 140 Super Sent. sed est dignior aliquo modo omnibus virtutibus moralibus. quia per déléctationes. q. 33 q. 3 a. elle est la plus digne entre toutes celles de l’espèce de la tempérance. Elle détourne les « biens » les plus inférieurs chez l’homme. et simpliciter et en parlant per se. maxime nata est ratio enervari. La raison pour laquelle il est possible de dire que la chasteté est la plus belle et la plus digne des vertus morales est qu’elle s’oppose à l’intempérance. ratio totaliter obruitur. car d’une certaine manière la chasteté est la plus digne des vertus morales. quod castitas maxime valet ad scientias speculativas. quia maxime repugnat eius claritati vel pulchritudini. Unde Commentator dicit in 7 Physic. inquantum scilicet in delectationibus circa quas est intemperantia. ut supra habitum est (. elle est la plus digne.. lib.

c’est-à-dire les voluptés bestiales. inquantum scilicet moderatur delectationes quae sunt nobis et brutis communes. Comme nous l’avons vu dans un texte cité un peu plus haut. C’est pour cela que le Commentateur dit que la chasteté –et. l’honneur est une certaine beauté spirituelle. 141 a. mais à cause de la grossièreté du mal contraire. dans le genre de la chasteté. la raison est totalement submergée. 8 ad 1 Ad primum ergo dicendum quod honestas et decor maxime attribuuntur temperantiae. dont elle préserve en réglant les jouissances qui nous sont communes avec les bêtes ». ratio totaliter obruitur. de manière particulière la virginité– a une valeur suprême pour les sciences spéculatives »142. 41 . a quo retrahit. 3 corp: (…) quia in delectationibus circa quas est. Et les contraires se font ressortir mutuellement au maximum. 4 d. elle peut être appelée « très digne » dans un sens relatif. Mais à ce qui est beau s’oppose ce qui est laid. quanto in ea quae sunt magis distantia potest suam operationem extendere. Et ideo ex hoc ipso ostenditur maior virtus rationis quod potest etiam concupiscentias et delectationes maxime distantes moderari. d’une certaine manière. Dans cette mesure. en ce sens où elle dirige l’homme vers celles-ci: « Dans les plaisirs dont la chasteté a la charge. Voilà pourquoi l’honneur semble spécialement appartenir à la tempérance. 7 ad 1: Ad primum ergo dicendum quod tanto maior ostenditur agentis virtus. q. « L’honneur et la bienséance sont surtout attribués à la tempérance non pas à cause de l’excellence de son bien propre. c’est-à-dire. quod castitas maxime valet ad scientias speculativas. Pour terminer cette section sur la beauté de la tempérance. Unde hoc pertinet ad principalitatem temperantiae. C’est à cela que tient la primauté de la tempérance »143. Il en résulte que le nom même de 142 Super Sent. dans la mesure où elle est belle. nous pouvons encore citer trois textes de Saint Thomas qui réitèrent l’idée que la tempérance est la vertu qui s’oppose par excellence aux vices les plus éloignés de la raison: « La force d’une cause se manifeste d’autant plus qu’elle peut étendre son action à ce qui est plus éloigné. de la chasteté et de la virginité. 141 a. qui repousse ce qu’il y a de plus laid et de plus indécent pour l’homme. C’est pourquoi la force de la raison se montre plus grande par cela même qu’elle peut ainsi modérer les convoitises et les plaisirs les plus éloignés. q.. lib. 143 IIª-IIae. 33 q. Unde Commentator dicit in 7 Physic. sed propter turpitudinem contrarii mali. non propter principalitatem proprii boni. la vertu la plus proche des vertus intellectuelles.144 « Comme nous l’avons dit. 144 IIª-IIae.. 3 a.plus indigne et du plus laid. Elle est donc. la chasteté est la plus proche des vertus intellectuelles. et in genere castitatis praecipue virginitas.

ce qu’on trouve c’est une beauté participée en tant qu’elles participent à l’ordre rationnel. vertu absolument nécessaire pour voir Dieu (. qui contemple la beauté de Dieu147 par le biais d’une action belle qui procure du plaisir à l’agent. Pulchro autem opponitur turpe. sicut supra dictum est.. inquantum scilicet participant ordinem rationis.. Unde et in ipso nomine temperantiae maxime intelligitur bonum rationis.. qui consiste dans un acte de la raison (. Et ideo ad temperantiam specialiter honestas pertinere videtur. cap. 6 : S. 1 co. q. 180 a.) ). scilicet brutales voluptates. q.: Respondeo dicendum quod.. – La vision béatifique Dans la contemplation.145 III. » 148 145 IIª-IIae. ou bien ceux dont la tempérance réprime les désirs sensuels. et particulièrement dans la vision béatifique. 148 IIª-IIae. per se et essentialiter invenitur pulchritudo. lesquelles obscurcissent au maximum la lumière de la raison. 4 co. 2 ad 3: (. 180 a. dans la tempérance qui réprime les convoitises.). se trouvent radicalement dans la raison qui se doit d’ordonner les choses avec clarté et proportion: « C’est pourquoi la beauté se trouve directement et essentiellement <impliquée> dans la vie contemplative. quae maxime necessaria est ad videndum Deum (. 5. 8). Mundos autem hic ait vel eos qui universalem virtutem possident et nullius sibi malitiae conscii sunt.) Les cœurs purs dont parle ici le Sauveur sont ceux qui ont toutes les vertus et n’ont à se reprocher aucun mal. au bien de la raison. q. 147 Cf. nous pouvons citer un texte dans lequel Saint Thomas dit que la beauté apparaît essentiellement dans la contemplation. nous pouvons découvrir une sorte de synthèse de ce que nous avons dit sur la beauté de l’âme et de l’action droite qui procure du plaisir. Opposita autem maxime se invicem manifestant.: « Saint Grégoire met l’essence de la vie contemplative dans l’ ‘amour à Dieu’. (Chrysostomus in Matth. 146 “Bienheureux les coeurs purs ar ils verront Dieu” (Mt. qui sont des éléments propres à la beauté. (hom..) Et ideo in vita contemplativa. » (Et propter hoc Gregorius constituit vitam contemplativam in caritate Dei... et praecipue in temperantia. quae consistit in actu rationis.) In virtutibus autem moralibus invenitur pulchritudo participative. vel eos qui in temperantia consistunt. et à titre premier. honestas est quaedam spiritualis pulchritudo.. plus que tout autre. 5 l. quae 42 . dont le rôle est de modérer et de «tempérer» les convoitises mauvaises ».. quant à cet amour il comtemple sa beauté..tempérance fait penser. Chrys. tous ces éléments s’entremêlent : le sujet de cette action doit être une âme pure et belle146. inquantum scilicet aliquis ex dilectione Dei inardescit ad eius pulchritudinem conspiciendam). Dans les vertus morales. Catena in Mt.. Ici. car la splendeur et la proportion..). IIª-IIae. (. Cf. Quant à la contemplation en termes généraux. quae id quod est homini turpissimum et indecentissimum repellit. 45. 145 a. cuius est moderari et temperare concupiscentias pravas.

unde quanto habitus est perfectior. sont généralement appelés beaux car ils sont proches de Lui. 1: Dicit enim Dionysius. 38 q. Cela est rendu manifeste par quelques citations de Saint Denys rapportées par Saint Thomas: « L’ange est un miroir pur. Nom. Ipsa autem operatio perfecta.. 1 a. objectum autem altissimum Deus est. mais nous en aurons une parfaite possession dans la maison future. 2 d. lesquels contemplent. De la même manière. clarissimum. Dieu. 3: Haec autem habemus in vita ista imperfecte et per fidem: in futura autem domo habebimus perfecte. En effet. le spirituel 150. l’opération qui tend vers celui-ci est belle et parfaite. 150 Cf. il reste à savoir pourquoi particulièrement dans la béatitude nous pouvons trouver la beauté de l’action parfaite. delectatio autem purissima est spiritualis delectatio. delectatio perficit operationem. pulchritudinem Dei. et le plaisir le plus pur. comme la beauté perfectionne la jeunesse. Dans le Commentaire sur les Sentences nous trouvons un texte qui souligne que la perfection d’une opération consiste en trois choses: l’objet. 43 . si fas est dicere. et operatio perfectissima ab habitu nobilissimo erit.: Quanto enim objectum est altius. 151 Super Psalmo 26 n. et ex nobilissimo objecto altissimam perfectionem. c. plus l’habitus est parfait. sicut pulchritudo juventutem. 2: in Angelis est summa pulchritudo post Deum. toute la beauté de Dieu » 153 . Dieu face à face. IV de Div.Ceci étant dit sur la contemplation. la charité. le plaisir perfectionne l’opération.. 2 d. Similiter. 149 Super Sent. lib. 153 Iª q. C’est à cause de cela que l’opération possède sa perfection en raison de l’objet. 4 arg. De la même manière. de sorte que.. et encore : « (les substances spirituelles supérieures) reprimit concupiscentias maxime lumen rationis obscurantes. suscipiens totam. Similiter etiam operatio perfecta non est nisi ex habitu.. lib. car en elle se réunissent l’objet le plus haut. recevant en lui. l’habitus et le plaisir: « Dans la mesure où l’objet est haut.. quod Angelus est speculum purum. ubi sunt sancti contemplantes Deum facie ad faciem. cap. 1 a. 2 co. 9 q. le plaisir même est comme une certaine beauté de l’opération »149. l’habitus le plus parfait. tanto operatio in illud tendens est pulchrior et perfectior: unde ex objecto operatio perfectionem habet. eux aussi. beatitudo est.En continuité avec la beauté spirituelle de l’homme et de la vision béatifique. plus l’opération sera parfaite. nous pouvons citer certains textes qui se réfèrent à la beauté des anges. »151 La beauté des anges. En vertu de ces trois éléments. 12 a. si l’on peut dire. est enim sicut quidam decor operationis ipsa delectatio. là où les saints contemplent Dieu face à face. Super Sent. l’opération est parfaite en vertu de l’habitus. et obtient la plus haute perfection en raison de l’objet le plus noble. 152 Cf. qui sont les plus beaux après Dieu152. très clair. « nous possédons ces choses en cette vie de manière imparfaite et par la foi. Ibid. ut dicit philosophus in 10 Ethic. Saint Thomas conclut que l’opération la plus parfaite et belle est la béatitude. habitus autem perfectissimus caritas est. Les anges. Cependant. et operatio perfectior erit. 5 s.

quantum fas est. elle peut être motif de péché si elle est la cause de l’oubli de la beauté de Dieu. 44 . unde dicitur Ezech. ni par les choses sensibles du monde. 1 a. 155 Cf. lib. 80 n. 2 ad 13: (.. lib. 1 a. comme le dit Saint Grégoire dans une citation de Saint Thomas.) peccant tamen allecti. élevées. 2 d. quia ex consideratione propriae pulchritudinis in peccatum ruit. q. Super Sent. en comparaison aux autres anges. Super Sententiis Liber 2 Prooemium: (.: Tertio modo dicitur superbia inordinatus appetitus propriae excellentiae. dont ils n’ont pas besoin. 157 De malo.17): ‘Tu as perdu la sagesse à cause de ta beauté’. et à la connaissance de la pensée qui préside aux œuvres divines »154 En contraste avec cette beauté des anges associée à leur proximité avec Dieu. 6 q. à travers lequel il désira d’une manière désordonnée sa propre excellence et dignité155. fut celui qui posséda la plus grande splendeur156. quia eminentiam dignitatis appetiit: tum etiam ex motivo. quod in aliorum comparatione ceteris clarior fuit. 3: Supremis intellecualibus substantiis (.. quam non habent. à la contemplation de la beauté immatérielle et invisible.. pour qui la considération de sa propre beauté fut le motif de son péché d’orgueil. nous devons signaler un autre aspect présent dans certains textes de 154 Contra Gentiles. Voilà ce qui arriva au Démon. tout au long de ce chapitre.. autant que faire se peut.). 1 s. Cette splendeur fut ce qui l’attira et qui l’a fait pêcher. mais par la beauté de leur nature.) ad immaterialem et invisibilem pulchritudinem. cap.. lib. nec a rebus sensibilibus mundi. IV. Super Sent.. (. 2: Praeterea.) pulchritudo est per peccatum obscurata et rectitudo obliquata (. in contemplationem adducuntur et ad divinorum operum scibiles rationes. qu’ils ne possèdent pas. sed a pulchritudine suae naturae... 16 a. il semble qu’aucun des anges ne pouvait égaler en perfection l’ange pécheur et. Aussi est-il dit dans Ézéchiel (28. De fait. non par la chair.. celle qui s’identifie avec le péché qui obscurcit la beauté de la créature et qui dévie sa beauté158. »157 A cause de la propre beauté spirituelle. et praecipue in dignitate vel honore. 2 d.sont attirées par la divinité même jusqu’à elle. 3 co. on peut tomber paradoxalement dans la laideur spirituelle.) et sic primum peccatum Angeli superbia fuit: quod patet tum ex desiderato. 5 q. 17: perdidisti sapientiam tuam in decore tuo. c.. de la beauté du corps et de la beauté de l’âme. il faut dire que.. non a carne. .La beauté de l’âme se reflète dans la beauté du corps Après avoir parlé. Gregorius dicit in littera. XXVIII.. 158 Cf. 156 Cf. au lieu de donner la gloire à son Créateur : « (les démons) pèchent cependant parce qu’ils sont attirés. comme toute beauté. 3 cap. Lucifer. quibus non indigent.

49 q.) et quaedam quamvis in corpore. s’ils étaient appliqués à une autre fin. 45 . Saint Thomas mentionne cela toujours en se référant à la beauté des saints et des martyres au ciel.. Nous partageons à ce propos l’opinion de Boulnois quand il dit que. 4 d. quod est aurea. 6. présente aussi dans Super Sent..... quam tamen lignum nodosum non potest recipere. 3 arg. il apparaîtra une certaine beauté surnaturelle même dans leur cicatrices. 4 d. Super Io. 44 q.160 V. lib. Comme toute réalité belle. 54 a. 1 ad 3:. 4 d. non corporis. ita ex gaudio aureolae resultat aliquis decor in corpore..) 161 Super Sent.. Dans ce texte il est dit que.. 3 . 1 qc. . lib. si la beauté d’un objet correspond à son insertion dans une 159 Cf. sed per quamdam redundantiam fulgeat etiam in carne. Saint Thomas dit que la joie de la beauté de l’âme « inonde » le corps159. aussi bien dans leur disposition interne que par rapport à leur fin : « C’est ce qui arrive à tous les objets qui sont destinés à un usage déterminé ou à une fin: en effet. 2 a.artifex per suam artem potest producere pulchram sculpturam. leur consonance ne serait pas conservée et par conséquent leur beauté non plus »162. redundat quidam decor in corpore. mais un honneur : « grâce à elles brilleront dans leur corps une beauté qui ne sera pas lié au corps mais à la vertu ». Super Sent. on ne saurait négliger la portée de certaines affirmations où la beauté de l’art humain s’affirme explicitement.La beauté de l’art humain En dépit du fait qu’il n’y ait pas une grande abondance de textes voués à ce sujet et que Saint Thomas ne s’applique pas à le développer en tant que tel. cap. 5 a. 3 d. qui est gloria corporis. Saint Thomas utilise de nombreuses fois une citation de Saint Augustin pour dire que dans le corps on peut trouver une beauté dont la brillance provient de la vertu. 4 co. lib.. dans les corps des martyrs. IIIª q. 20 l. les oeuvres humaines doivent être bien ordonnées.. Dans le cas de la beauté des martyrs en particulier. (Citation d’Augustin. 5 a. 4 qc. Sed sicut ex gaudio essentialis praemii. 3 co. comme il arrive dans le passage suivant : « l’artifice peut créer avec son art une belle sculpture. lesquelles ne sont pas un défaut. qu’un bois avec des noeuds ne peut pas recevoir »161.Saint Thomas qui mettent en relation les deux types de beauté de l’âme: la beauté spirituelle peut être reflétée dans la beauté corporelle. lib. 160 Super Sent. et ad arg : aureola proprie est in mente. sed virtutis pulchritudo fulgebit. ut sic aureola principaliter sit in mente. 4 qc. 1 a. 49 q. 1 ad 5: (. est enim gaudium de operibus illis quibus aureola debetur. 1 q. En ce qui concerne la beauté des saints en général.

Sicut artifex qui facit serram ad secandum. dans certains textes. que Saint Thomas méprise la valeur esthétique d’une oeuvre appartenant aux soit-disantes « beaux-arts ». « détourner un objet (par exemple. nec curat eam facere ex vitro. 165 Iª q. facit eam ex ferro. artifex non curat. 46 . op.finalité. 5 n. ex hoc ipso quod aliquos pulchrius et decentius aptat. non pas dans l’absolu... l’artisan qui fait une scie. 4. lorsqu’il s’agit d’objets produits par les beaux-arts. c’est lui ôter sa beauté. »165 Cependant.. c. 3 co. qui est une matière plus belle. même dans un domaine qui n’appartient pas non plus à l’ordre des beaux-Arts. ce n’est pas seulement l’arracher à son ordre. mais par rapport à la fin. dans tous les cas. 6 co.. Et pourtant. une image vénérable) de son usage (ici. non servabitur consonantia unde nec pulchritudo (. Ce qui interdit là encore un rapport purement esthétique aux objets »163.:Quilibet autem artifex intendit suo operi dispositionem optimam inducere.345: (. car cette beauté empêcherait d’obtenir la fin voulue ». videtur eos ad honoratiorem partem domus ordinare. on peut noter une certaine importance accordée à l’« utilité » des produits fabriqués par l’ homme. l’artisan ne s’en soucie pas. 164 Iª q.) sicut contingit in omnibus quae sunt determinata ad unum determinatum usum vel finem: si enim applicentur ad aliud. et il ne cherche pas à la faire avec du verre.: si aedificator lapides polit ad construendam domum. pour s’y rapporter d’une autre manière que dans le complexe de finalités où il s’insère. p. en dépit de leur valeur purement esthétique: « Or tout artiste vise à introduire dans son oeuvre la disposition la meilleure. quia talis pulchritudo esset impedimentum finis. nous ne nous trouvons pas face à une oeuvre d’art (dont la seule finalité serait le plaisir esthétique). il n’y a pas lieu de s’étonner de la liaison de la beauté d’un objet avec sa finalité. Saint Thomas considère naturel de se préoccuper de la beauté de l’oeuvre. Cependant.cit. nom. la fait avec du fer pour qu’elle soit apte à couper. quae est pulchrior materia. dans une maison.). par la contemplation). La preuve de ceci est que. ut sit idonea ad secandum.. Et si talis dispositio habet secum adiunctum aliquem defectum. nous le voyons destiner les plus belles et les mieux réussies aux parties les plus nobles. sans affecter la fonction de l’oeuvre: « Quand un bâtisseur polit des pierres en vue de construire une maison. 62 a. ce qui rend parfaitement valide de dire que sa véritable beauté lui est donnée par son 162 In De div. Ainsi. destinée à couper. comme si l’esthétique moderne pouvait ôter la triple configuration – mode/espèce/ordre – propre à tout ens fini. Et si une telle disposition comporte quelque défaut. non simpliciter. 91 a. lec. 163 Olivier Boulnois.164 Le fait d’utiliser un exemple lié à la charpenterie ne signifie pas.433. même dans le but de procurer du plaisir à la vue. sed per comparationem ad finem.

p. bien qu’inférieure à la raison. « Il faut ici considérer que si un artisan fait d’une matière vile un vase beau et apte à de nobles usages. Paris..-Y. 5 : (. 415). C’est pourquoi se poser cette question semble être sans intérêt. puta si ex luto faciat scutellas et urceos ad nobilem mensam decentes. op. en tant que titre de l’ouvrage éponyme Esthétique de Baumgarten.cit. cap. l’esthétique est une théorie de la sensibilité comme faculté de connaissance à part entière. alors il est sûr qu’il n’existait pas chez eux (les médiévaux) de préoccupations esthétiques. à sa définition.. d’une certaine manière. cité par Boulnois. il ne vaut même pas la peine de chercher. Si on désire. un art de penser la beauté.. Celui-ci définit l’esthétique comme la science de la connaissance sensitive (scientia cognitionis sensitivae). l’aisthesis. trouver une théorie médiévale des beaux-arts.167 En citant ces textes. L’esthétique unit donc la théorie du beau à celle de l’art. p. par une réflexion sur la sensation comme fondement des beaux-arts » (Olivier Boulnouis..14). trad. p. totum adscribitur bonitati artificis. attendu le fait que le système des beaux-arts n’existait pas: ce que nous appelons aujourd’hui « beaux-arts » n’en constituait pas un ensemble. Mais si nous entendons par Esthétique un domaine de préoccupations relatives à la valeur « beauté ». je ne veux pas nécessairement dire qu’il faille accepter l’existence d’une « esthétique » chez Saint Thomas. p. pour la simple raison que Baumgarten n’était pas né. Pranchère. 4: Ubi considerandum est quod si aliquis artifex ex materia vili faciat vas pulchrum et nobilibus actibus accommodatum. d’autre part. il est certain que la recherche sera infructueuse. op. L’Herne. nous permettent de répondre affirmativement à la question posée par Boulnois et Speer169 : « Peut-on considérer que les concepts d’ars et d’artifex sont 166 167 Super Psalmo 25 n. § 1. mais seulement préciser que l’ordination à l’usage de la part d’un objet n’empêche pas de le contempler en tant que beau. le nom « esthétique » apparaît en 1750. Elle suppose que la connaissance et la pensée du beau appartiennent aux arts libéraux. Kunst und Schönheit. une gnoséologie inférieure (gnoselogia inferior). 1988. continu Umberto Eco. fr. par exemple si avec de l’argile il fait de beaux plateaux et de belles cruches pour orner une table ». « Ainsi comprise.Speer.121).cit. op.. 950 . Aesthetica. Baumgarten. soit un analogon rationis (par allusion a Leibniz). (Cf. à sa fonction et aux manières de la produire et d’en jouir. J. affirme Boulnois. on a pu trouver ci-dessus quelques textes qui. « Si l’Esthétique est la philosophie d’une intuition lyrique du sentiment.. Elle implique que la connaissance sensible. Cela n’empêche pas Saint Thomas de se référer au travail d’un artifice qui a pour seul but la réalisation d’un objet beau. 169 Cf. ni ne lui enlève pas son autonomie. non aux arts mécaniques ou serviles. le tout est attribué au talent de l’artisan.. p. Malgré cela. 438 47 . 9 l. dans le sens strict et baumgartien168 du terme. 168 Comme il est bien connu.alors le Moyen Age a bel et bien parlé d’esthétique » (Umberto Eco. Si on veut trouver une esthétique médiévale.aménagement adéquat qui est sa finalité principale: « un maison n’est belle que dans la mesure où elle est habitée »166. A.) sicut domus non est pulchra nisi inhabitetur Super Rom.. la théorie des arts libéraux (theoria liberalium artium). un art de l’analogon rationis. mais lui donne sa splendeur.cit. mais se trouvait dispersé entre les divers arts.

on trouve aussi des textes touchants les actions politiques contribuant à la beauté d’un peuple. dicitur esse pulcherrima virtutum). et tentoria tua. Il est possible aussi de trouver des témoignages d’une appréciation critique de la valeur de la remarquable production artistique du Moyen Age. «Le livre des Nombres (24. » 171 VI. c. 3 q. La loi doit donc assurer au peuple cette bonne organisation. Cf. cap.liés à ceux de pulchrum et de pulchritudo ? ». . 3 d. modèle de beauté Une fois passé en revu tous les textes dans lesquels Saint Thomas se réfère à la beauté corporelle et spirituelle de l’être humain. 171 Super Rom. Iacob. 1 co. chargé de fruits.Paradigmes de la beauté du corps et de l’âme: Marie et Jésus a. 1 s. secundum philosophum in principio Ethic. 48 . quam pulchra tabernacula tua. lib. qui est vers un autre. quos attulit. Bien qu’il y ait des textes qui fassent une référence explicite à sa beauté corporelle.: “(. Super Sent. 35 q.La Vierge....: Sed contra est quod populus Israel de pulchritudine ordinationis commendatur.. fructiferam. speciosam vocavit Deus nomen tuum. . superbe. Ier. 1 ad 4 . 1 a. le Seigneur t’a appelé de ce nom’. 6: olivam uberem. comme le dit le Philosophe. Ergo per legem populus fuit circa principes bene institutus. précisant qu’elle était pulchra corpore172. unde et justitia quae ad alterum est. XI.) le bien de la multitude. Sed pulchritudo ordinationis populi dependet ex principibus bene institutis. Israel. 11 l. mieux encore. 1 a.. 3 d.. Or la beauté d’un établissement politique tient à une bonne organisation des pouvoirs. la plus grande partie des textes 170 Iª-IIae q.. nous pouvons étudier ceux qui se rapportent à la beauté de la Vierge Marie comme une sorte de concrétisation et une personnification ou. Super Sent. D’où la justice. c’est plus divin que le bien d’un seul. Num.. un modèle de cette beauté. 172 Cf. 105 a. 2 qc.. laquelle est associée aussi à un ordre et à une bonne organisation. Dans le domaine des oeuvres humaines. 3: Oliva quidem dicitur ipsa gens Iudaeorum propter uberes fructus spirituales.). XXIV. a philosopho in 5 Ethic. »170 De cette façon. pulchram. 3 qc. le Philosophe dit qu’elle est la plus belle des vertus” (quia bonum multorum. la beauté du peuple d’Israël est telle que souvent elle est identifiée à un olivier: « ce nom d’olivier est donné à la nation juive à cause de l’abondance des fruits spirituels qu’elle a portée : ‘Olivier fertile. lib. beau.5) fait l’éloge du peuple d’Israël pour sa belle organisation (. est divinius quam bonum unius.

Ibid. 18. 184 a. à savoir. Super Psalmo 17 n. cap. et quasi inveteratus). 224 nº457. amica mea et cetera. 180 Cf. 2: Ergo in ea nullum peccatum fuit: quod colligi potest ex eo quod dicitur Cant. 4: Beata autem virgo nec mortaliter nec venialiter umquam peccavit: Cant. 3 d. 3 d.proclame sa beauté spirituelle en disant qu’en elle il n’y avait pas une seule trace du péché.1. 1 cap. ) 49 . 3: Quod ergo dicit. beauté au sein de laquelle nous rencontrons les traits de l’ordre que nous voyons dans la beauté de l’univers. Super Sent.. 18 n. (. 4 co. c. partage avec Marie une beauté virginale180. quasi Mariam (…). Sermones n. il y a différents textes où Saint Thomas fait allusion exclusivement à la beauté de l’Eglise. Super Rom. Super Psalmo 45 n. 7: tota pulchra es.. Sermones n. . 4: tota pulchra es amica mea et cetera. (Cf. L’Eglise est belle car il règne en elle l’ordre que Dieu lui a conféré: « La diversité des états et des offices dans l’Église (. 45 n. 4.. 4.. 4: tota pulchra es. qui est la laideur de l’âme173. 4: tota pulchra es amica mea. In Salutatione Angelica.Saint Thomas se réfère en différentes occasions à l’Eglise.14 ps 2. Catena in Lc. 3 q. ni mortellement. 76: in mari via tua haec est impolluta: Can. qui. et macula non est in te. 177 Cf. 3 q. presque tous les textes que nous venons de lire sur la beauté de la Vierge peuvent s’appliquer d’une certaine manière à l’Eglise. sans souillure178.: Respondeo dicendum quod diversitas statuum et officiorum in Ecclesia ad tria pertinet. 178 Cf. 2 qc. 179 Cf. 181 IIª-IIae. idest corpus suum posuit in sole.14 ps2. elle n’a jamais péché. Super Psalmo 17 n. 4. 2 s. en elle il n’y eut aucun péché176. q. Compendium theologiae. 176 Cf.. « Tu es belle. A propos d’une même citation du Cantique des Cantiques. a. La beauté de l’Eglise. q. 2 co. Cependant. in sole posuit etc. 3 co. (…) nihilque in hac aliud reperiunt quam virginalem Ecclesiae pulchritudinem. il n’y a pas de taches en toi »174. 2 s.. et IIª-IIae. quae in quodam ordine consistit. lib. Saint Thomas donne diverses explications complémentaires qui justifient son attribution de la beauté de la Vierge Marie : En elle rien ne fut désordonnée 175 .. et elle est comme un soleil qui n’aurait connu eu aucune obscurité de péché179. c. Cf. lib. 18: Vel via Christi est virgo beata: Psal...) intéresse la dignité et la beauté de l’Église. 5: Beda. 183 a. 1 a. elle fut la voie du Christ. q.. 2 l. 183 a. 2. 2 qc. selon une citation de Bède. mon amie. quae nullam habuit obscuritatem peccati: Cant. et macula non est in te. aussi IIª-IIae. Super Psalmo 18 n. 3. Ibid. Super Sent. qui consiste en un certain ordre. 12 l. amica mea. Pour autant. 174 Cant 2. lib. ni véniellement 177.) Tertio hoc pertinet ad dignitatem et pulchritudinem Ecclesiae. idest in beata virgine. 1 a. »181 Il existe un autre texte selon lequel il faut considérer que la première cause de cette diversité provient de Dieu « qui dispense différemment les 173 Cf. cap. 175 Cf. 1: «Par le péché cet esprit s’est corrompu et a semblé vieillir » (Sed per peccatum hic sensus est corruptus.

et il vient dans l’Église (Capharnaüm) embellie des vertus du Christ. 4 co... et cetera 184 Catena in Mt. propter ejus claritatem (. 6: pulchra ut luna. qui signifie « ville trèsbelle ». Cant. qui proviennent du côté du Christ et l’embellissent ». VI. Super Mt. nous pouvons citer un autre texte où.) Nazareth interpretatur flos. »182 Nous retrouvons encore une relation entre la beauté du monde et la beauté de l’Eglise dans son rapport avec le nom de Capharnaüm. ad hoc quod ex diversis gradibus pulchritudo et perfectio Ecclesiae consurgat. 2 : Capharnaum enim interpretatur villa pulcherrima. . »186 b. sicut etiam diversos gradus rerum instituit ut esset universum perfectum. : Iste hortus irrigatur a Christo sacramentorum rivis.).. encore une fois. la vraie.. 185 Super Sent. Reliquit ergo florem figurarum. quae est Christi virtutibus pulchra. cap. 1. qui illumine tout homme venant en ce monde’. 4 l. Tout comme nous l’avons remarqué à propos de certains textes qui affirmaient que Capharnaüm était le signe du monde. amica mea.. 50 . 1: Luna est Ecclesia: Cant. »184. Claritas lunae est a sole.: Unde prima causa huius diversitatis accipienda est ex parte ipsius Dei. Capharnaüm.) 183 Cf. et significat Ecclesiam.Christ. A propos 182 Iª-IIae q. (.dons de sa grâce en vue de faire ressortir la beauté et la perfection de l’Église. vrai Dieu et vrai homme.. en raison de sa clarté (.. Ces vertus du Christ qui embellissent l’Église peuvent être communiquées par le moyen des sacrements: « L’Eglise est comme un jardin arrosé avec les sacrements. sic claritas Ecclesiae est a Christo: Jo. lib. Ainsi nous pouvons le lire dans le Commentaire de Mathieu183. qui ex ejus latere profluxerunt. de même qu’il a établi les divers degrés des êtres pour la perfection de l’univers. cap. 5: (. ou dans un texte de Rémi utilisé par Saint Thomas : « Nazareth veut dire fleur.). nous pouvons trouver d’une manière éminente les traits propres à la beauté spirituelle et corporelle de l’homme. De même que la clarté de la lune vient du soleil. 112 a. le plus beau des fils d’Adam En Christ.. 1: erat lux vera quae illuminat et cetera.. qui diversimode suae gratiae dona dispensat. 3: pulchra es. prooem.. clarté qui cette fois-ci vient de la clarté du Christ: « La lune est l’Eglise: ‘belle comme la lune’. ainsi la clarté de l’Eglise vient du Christ : ‘Il était la lumière. 186 Super Psalmo 10 n. nous voyons dans d’autres que Capharnaüm symbolise l’Eglise. la beauté est associée à la clarté .185 Enfin. Capharnaum villa pulcherrima. la ville très-belle. quo fructus Evangelii significabatur et venit in Ecclesiam.. Il quitte la fleur (Nazareth) des figures qui annonçait les fruits de l’Évangile. 4 l.

d’où ces paroles du Cantique: ‘Montre-moi ta face. 51 . »187 Concernant le premier type de gracieuseté. sa force à la guerre... où se trouve proprement la beauté : 187 Super Psalmo 44 n. la beauté de sa conduite honnête et la beauté de son corps. il existe une infinité de textes.).). la parole gracieuse à l’ouïe. dont les principaux seront ordonnés par la suite autour du commentaire du Psaume 44. celle de sa gracieuseté. En disant « moi. et la parole gracieuse à l’ouïe : « Notons qu’il y a deux sens qui exercent principalement leur puissance dans l’homme : ce sont la vue et l’ouïe. Ipse enim pulcher fuit et eloquens in his quae decuit suam eloquentiam. Saint Thomas note qu’il y a dans le Christ quatre sortes de beauté: La beauté de sa forme divine. sonet vox tua in auribus meis: vox enim tua dulcis et facies tua decora.. la beauté de sa vérité et de sa justice ce qui lui est conjointe.’ Car le Christ est beau. c’est-à-dire. Selon celle-ci. Et ces deux sens font apparaître la beauté de quelqu’un : la beauté à la vue.. nous pouvons citer ici quelques textes qui se réfèrent spécifiquement au Fils. et il est parole belle dans les choses qui illustrent son éloquence.de la beauté du Christ.. il loue le Christ sous la représentation d’un roi. car ta voix est douce et ta face gracieuse.. Même si nous étudierons la beauté de Dieu dans le chapitre suivant. « La première est selon sa forme divine (. je dis mes oeuvres au roi ». (. »188 Cette beauté appartient au Christ dans la mesure où il est Dieu. Saint Thomas affirme que le psalmiste loue ici le Christ selon son humanité.) Et secundum hanc fuit speciosus prae filiis hominum: nam omnes tantum habent gratiam secundum redundantiam et participationem. 2: Unam secundum formam divinam. tandis que lui l’a de lui-même et en plénitude (. la beauté à la vue. la multitude de ses délices. 188 Super Psalmo 44 n.). 2: Nota quod duo sensus vigent in homine principaliter. Or ces deux qualités furent avant tout dans le Christ. scilicet visus et auditus: unde per haec duo aliquis gratiosus apparet. Unde haec duo praecipue fuerunt in Christo: unde Can. 2: ostende mihi faciem tuam. per gratiosum verbum auditui.. que ta voix retentisse à mes oreilles.. c’est-à-dire du roi David. sed iste per se et plene (. Ici. au sein de laquelle on trouve la beauté à la vue. per pulchritudinem visui. son pouvoir judiciaire. en considérant quatre choses : sa gracieuseté. Au début de ce commentaire. en effet il fut beau au-dessus des enfants des hommes : car tous ont seulement la grâce par adoption et participation. c’est la description de la première chose qui nous intéresse spécialement.

Iª q. Quantum igitur ad « primum » (integritas. 3 expos..). qui est l’image proprement ». Quantu vero ad “secundum” (debita proportio..... 192 Cf. inquantum est Verbum. inquantum est Filius habens in se vere et perfecte naturam Patris (. 190 Super Sent. montagne sainte’ ». 3 d. 2 a. 1 co..). et la clarté. species et pulchritudo ab Hilario. : Et species. l’égalité selon Saint Augustin . 1 d. 193 Super Psalmo 44 n. nous trouvons en Christ la beauté de la justice et de la vérité : « La deuxième est la beauté de la justice et de la vérité : ‘Que le Seigneur te bénisse.). comme insiste Pierre Lombard. 1 Corinth. inquantum est imago expressa Patris (. : Perfectissima pulchritudo intelligitur filius. lib. qui proprie imago est. 31 q. cujus pulchritudo apparet in perpetua poena perpetuae culpae. 24: Christum Dei virtutem et Dei sapientiam: aequalitas ab Augustino. 1 q. convenit cum proprio Filii.. c’est-à-dire dans le Fils. lib. 2 a. similitudo habet cum proprio Filius. 1 d. car sa conduite 189 Super Sent.189 Et.). sive perfectio). car il possède réellement la nature du Père . sive consonantia).190 La beauté est un des quatre attributs appropriés au Fils: « Cela est la sagesse et la vertu selon l’Apôtre (. idest in filio.«Saint Hilaire dit que la forme. « la beauté la plus parfaite est le Fils ». car il est lumière et éclat de l’entendement192. convenit cum proprio Filii. comme cela se dégage du texte suivant: « Dieu n’inflige pas une peine éternelle comme s’il prenait du plaisir dans la peine pour la peine. mais parce qu’il se complaît dans l’ordre de sa justice dont la beauté apparaît dans la peine perpétuelle d’une culpabilité perpétuelle »194. quam dicit esse in imagine... sed quia delectatur in ordine justitiae suae. 1. 2: Alia est pulchritudo justitiae et veritatis: Jer. 8 co. Quantum vero ad « tertium » (claritas).: Inveniuntur etiam quatuor filio appropriata: scilicet sapientia et virtus ab apostolo. dont la justice est très belle. 2 a.. 2 co. la proportion ou consonance. 39 a. 31: benedicat tibi dominus pulchritudo justitiae (. la beauté. 52 . 42 q.191 Cette beauté est présente chez le Fils selon trois aspects : L’intégrité ou la perfection. c’est-à-dire. beauté de justice.. lib. lib. ce type de beauté s’applique aussi plus proprement à Dieu.. 2 d. La troisième beauté du Christ est celle de la vertu et de la conduite honnête « et selon cette beauté il fut beau au-dessus des enfants des hommes. Après avoir envisagé la beauté selon la forme divine. 1 a. est dans l’image. « et splendor intelectus » (..) 194 Super Sent. 191 Super Sent..193 Même si la justice et la vérité peuvent se trouver dans l’homme. 5 ad 4: Deus non infligit poenam aeternam quasi in poena propter poenam delectatus. quod quidem « lux » est. 3 q. idest pulchritudo. l’espèce et la beauté selon Saint Hilaire ». car il est l’image expresse du Père .

Non est ergo intelligendum. pulcher in patibulo. perdure à tout moment tant que la vertu est présente. on peut se demander avec Saint Thomas si la phrase « Tu es le plus beau des fils d’Adam » peut s’appliquer à la beauté du Christ. secundum quod competebat ad statum et reverentiam suae conditionis. au respect et au charme de son aspect: il rayonnait sur son visage quelque chose de tellement divin que tous le révéraient. vel fuerit rubeus. quae pertinebat ad statum et reverentiam et gratiositatem in aspectu: ita quod quoddam divinum radiabat in vultu ejus. (. 196 Cf. qui appartient à la beauté de l’homme. Il ne faut donc pas comprendre que le Christ eut des cheveux blonds. 195 Super Psalmo 44 n. on constate que la beauté de la vertu embellit l’âme. C’est surtout en se référant à ce type de beauté. et si. comme le dit Augustin »200. mon bien-aimé. Cette dernière fut aussi inhérente au Christ. sic virtutes animam. quod omnes eum reverebantur. Bien qu’il fût beau. il est vraiment beau par-dessus les enfants des hommes199. pulcher deponens animam. combien délicieux ! »198. sed illam pulchritudinem corporalem habuit summe. Saint Thomas dit que la beauté consiste en la proportion des membres et des couleurs. Cette beauté. beau au gibet. 2: (…) et sic hanc pulchritudinem Christus. beau dans ses miracles. beau sous les coups de fouet. 1.. de qui dépend la beauté de l’âme. pulcher in miraculis. 197 Super Psalmo 44 n. Ici. 16. comme on le voit dans une citation du Cantique des Cantiques: «Que tu es beau. quia hoc non decuisset eum.. et. ut Augustinus dicit. 2: Sed numquid secundum hanc pulchritudinem fuit speciosus prae filiis hominum? 200 Super Psalmo 44 n. 198 Cant. dans le cas du Christ.fut plus honnête et vertueuse que celle de quiconque »195. 2: Augustinus in originali: nobis cernentibus ubique speciosus: pulcher in manibus parentum. mais qu’il eut cette beauté corporelle par excellence. 2: Et hac forma fuit speciosus prae filiis hominum. beau dans le ciel. ou bien qu’il aurait été roux. »197 La quatrième sorte de beauté est la beauté du corps.. que Saint Augustin dit que le Christ est toujours beau : « beau dans les bras de ses parents. critères qui sont variables selon le cas : « Ainsi le Christ eut-il cette beauté corporelle selon qu’elle convenait à l’état et au rapport de sa condition. habuit. Sermones n. quia sua conversatio fuit magis honesta et virtuosa quam alicujus.3 ps2 : Sicut colores pulchrificant corpus. selon cette beauté. Super Psalmo 44 n. 199 Cf. Par rapport à la beauté corporelle.) 53 . beau sur la croix. tout comme les couleurs embellissent le corps196. quod Christus habuerit capillos flavos. beau lorsqu’il dépose son âme. pulcher in ligno. toujours et de manière éminente. pulcher in flagellis. une fois de plus. celle qui convenait à l’état. la beauté de l’homme. pulcher in caelo. en définitive. parce que cela ne lui aurait pas convenu.

Super Psalmo 21 n. mais l’ordonner adéquatement à la beauté de l’âme. Cf. et vaine est la beauté»203. fama et gloria populorum. À la beauté corporelle du Christ s’opposent deux arguments auxquels Saint Thomas répond en bonne et due forme : Le premier est celui qui dit que Jésus ne peut pas avoir été le plus beau des hommes dans le sens corporel car il est écrit dans Isaïe: «Nous l’avons vu. le Christ était effectivement beau. 2: Ad aliud dicendum. Cf. Cette dernière réponse revêt une grande valeur. Saint Thomas répond en disant que cette phrase veut exprimer le mépris dont le Christ fut l’objet dans sa Passion. quibus male utamur. Super Psalmo 44 n. mais pas nécessairement toute beauté corporelle. Or cela ne signifie pas qu’il n’ait jamais été beau. 30. mais plutôt le contraire.Ainsi. y compris selon la beauté corporelle. 204 Super Psalmo 44 n.. ainsi en est-il de la beauté corporelle. et il n’avait en lui ni éclat ni beauté »201. 31. facundia doctrinae. si celle-ci est bien ordonnée. 54 . laquelle se définissait par la proportion des membres et des couleurs. 2. 203 Prov. au cours de laquelle la forme de son corps fut altérée à cause d’une multitude de tourments202. Florere videbantur in Christo ante passionem tria: operatio miraculorum. «trompeuse est la grâce. il ne faut pas mépriser sa beauté. parce qu’elle révèle l’importance de la beauté corporelle aux yeux Saint Thomas: Comme le corps est un constitutif formel de l’homme. Le second argument qui s’oppose à la beauté corporelle du Christ dit que. selon ce qui convenait à son état et condition. 12: Hic ostendit quod quicquid pulchrum fuit in Christo evanuit. in qua deformata fuit sui corporis forma prae multitudine afflictionum. 2: Ad primum dicendum prophetam velle exprimere contemptum Christi in passione. À cela Saint Thomas répond que « doivent être méprisées ces richesses et ces beautés dont nous faisons mauvais usage »204. eas divitias et pulchritudines contemnendas. tout comme les richesses sont méprisables. 201 202 Isaïe 53.

Cependant. 2 co. 205 Traité dont le quatrième chapitre a été consideré par Jan Artsen comme la plus grande autorité concernant la doctrine médiévale du beau. nous allons analyser certains textes qui parlent de la beauté de Dieu. 206 Iª q. Or. non parce qu’il possède lui-même ces perfections. mais parce qu’il est l’acte pur et l’être même subsistant: « Il en résulte que.CHAPITRE III DIEU Continuant notre investigation. Il s’ensuit de là que la perfection d’aucun étant ne fait défaut à Dieu. par exemple. secundum hoc enim aliqua perfecta sunt. Jan Aertsen.: Unde. lequel est considéré comme étant la cause de la beauté de toute créature. 55 . 4 a. la beauté n’appartient pas à ce type de perfections qui sont spécifiques des créatures. car les étants sont parfaits dans la mesure où ils ont l’être. rien ne peut lui manquer de la perfection de l’être. nihil de perfectione essendi potest ei deesse. » 206. p. Dieu est aussi la cause de toutes les perfections matérielles que possèdent les créatures. en tant que « chaleur subsistant ». ni que la beauté appartient plus proprement aux réalités immatérielles qu’aux réalités matérielles. cela ne signifie pas encore qu’il est beau. (Cf. Même si l’on dit que Dieu est la cause de la beauté. quod aliquo modo esse habent.339). Dieu étant l’être même subsistant. cum Deus sit ipsum esse subsistens. les perfections de tous les étants se ramènent à celle de l’être. Unde sequitur quod nullius rei perfectio Deo desit. « Beauty: a Forgotten Transcendental ». Cette idée se déploie surtout dans le Commentaire sur les Noms Divins de Denys l’Aeropagite205. dont Dieu est la cause en tant qu’être subsistant mais non pas. Omnium autem perfectiones pertinent ad perfectionem essendi.

. dicit enim quod Deus dicitur pulcher sicut universorum consonantiae et claritatis causa.Il est vrai qu’on appelle Dieu beau car il est la cause de la beauté : « Comme on peut le conclure des paroles de Denys. c. Et si ce nom s’applique à Dieu dans un sens qui n’est pas métaphorique. comme le dit Saint Thomas dans un texte référé à la bonté et que nous avons adapté à la beauté. dire que « Dieu est beau » équivaudrait à énoncer seulement qu’il « est cause de la beauté » des créatures . 6 co. fontem totius pulchritudinis. IV cap. excellemment et primordialement. En confirmant notre adaptation du texte. « dans la mesure où il possède en soi. mais qu’en lui la sagesse et la bonté préexistent d’une façon suréminente »208. dicitur pulchritudo propter hoc quod omnibus entibus creatis dat pulchritudinem. nom. sicut accipi potest ex verbis Dionysii. et on le prédiquerait d’elles avant que de l’attribuer à Dieu. et il est appelé Beauté.. selon les propriétés de chacune de ces créatures.2. 5. 56 . mais il est beau.. 210 Ibid. 4. Cependant. Mais. Sed supra ostensum est quod huiusmodi nomina non solum dicuntur de Deo causaliter. Dieu n’est pas seulement la cause de la beauté comme si elle était seulement une perfection matérielle. lec. on signifie non seulement que Dieu est cause de sagesse ou de bonté (ou de beauté). sed quod haec in eo eminentius praeexistunt. sive decori. Nom. secundum proprietatem uniuscuiusque. non solum significatur quod ipse sit causa sapientiae vel bonitatis. 208 Iª q. 145 a. de sorte que le terme « beau » inclurait dans son concept la beauté des créatures. de Div. in quantum in seipso habet excellenter et ante omnia alia. même si la beauté peut être pour certaines réalités la disposition adéquate de leurs éléments matériels. c. n. ou sage (ou beau). »210 Il ressort de ce texte que. 4. selon qu’il donne la beauté à tous les êtres créés. ad rationem pulchri. il dit en effet que Dieu est beau ‘comme cause de la proportion et de l’éclat de l’univers’ » 207. Cum enim dicitur Deus est bonus. ‘à la notion de beau ou de décor concourent l’éclat et la bonne proportion’. lui-même. car quand on dit : Dieu est bon. on ne peut pas le lui appliquer dans un sens uniquement causal. Si Dieu a donné aux créatures matérielles une beauté propre à 207 IIª-IIae. concurrit et claritas et debita proportio. q. 13 a. 2 co : Respondeo dicendum quod. Saint Thomas déclare à un autre moment que Dieu est superpulcher. n. Dieu ne se dit pas beau de manière métaphorique et à partir des créatures. cela ne signifie pas que la beauté puisse être présente uniquement dans les créatures matérielles. « on a montré ci-dessus que les noms de cette sorte ne sont pas dits de Dieu uniquement en raison de ce qu’il cause. 209 In De div. De ce fait. sed etiam essentialiter. 339 : Deus qui est supersubstantiale pulchrum. la suprême beauté : « Dieu est le Beau supra substantiel. lec. la source de la beauté totale »209. vel sapiens. 347 : Deus superpulcher. mais aussi en raison de ce qu’il est en son essence. car dans un tel cas. mais il est.

Dans le Compendium de Théologie. quod est proprium obiectum amoris. IV. Et similiter contemplatio spiritualis pulchritudinis vel bonitatis. quod est omnis boni et pulchritudinis causa. dans la Somme Théologique : « La contemplation de la beauté ou de la bonté spirituelle est le principe de l’amour spirituel. ea ratione qua et bonum. c. universaliter loquendo: omne quod est.des êtres matériels. secundum Dionysium de divinis nominibus cap.) Deus quoad omnes et simpliciter pulcher est. n. 214 Cf. n. nom. 9 nº591 : Si enim unumquodque est amabile inquantum est pulchrum et bonum. lec.. qui est ipsa essentia pulchritudinis et bonitatis. c. n. Au contraire. Ibid. impossibile est quod Deus.. Ainsi donc la connaissance est cause de l’amour au même titre que le bien. 4. qui ne peut être aimé que s’il est connu ». c.. 50 q. ceci est Dieu »216. et sans variation214. est ex pulchro et bono quod est Deus. lec. 212 Cf. 27 a. Or. Dieu lui-même est le « beau supra substantiel » et « la beauté de la créature n’est rien d’autre qu’une similitude de la Beauté divine dont participent les choses »211. non per respectum ad aliquod determinatum. Dieu est beau toujours et simpliciter213.. Nihil enim amatur. Ibid. 217 Compendium theologiae.337: (. Dans plusieurs occasions. 215 Cf.2.. lec. 216 Super Sent. 2 a.). sicut in finem (.4. 4. 4 capit. Sic igitur cognitio est causa amoris. 213 Cf. primo. c. omnibus diligibile est bonum et pulchrum. qui est pulcher et bonus..) pulchritudo enim creaturae nihil est aliud quam similitudo divinae pulchritudinis in rebus participata. 57 . ipsum desiderans. sicut ad finem. 346 : Deus est pulcher in seipso. lec. 1. suivant Saint Denys (De divinis nominibus.: Visio corporalis est principium amoris sensitivi. en qui sont toutes les choses et envers qui toutes les choses sont ordonnées215. Ibid. n. ut dicit Dionysius. lec. 345 : Deus semper est pulcher (. L’association de bonté et de beauté. cause de tout bien et de toute beauté. 2 cap. 4. ch. quod non potest amari nisi cognitum.2. sans aimer Dieu qui est l’essence même de la beauté et de la bonté’. la bonté de Dieu s’associe à sa beauté: Il est appelé « Le Beau et Bon ». enfin. lib. et ad pulchrum et bonum convertitur. In De div. c. Dieu est beau en soi et non point par relation à une autre chose212.8. »217 Et. scilicet variabilitas. Saint Thomas insiste: «si une chose est aimable en raison directe de sa beauté et de sa bonté.2. 5 n. 4 d. per quod excluditur primus defectus pulchritudinis. ‘il est impossible de la voir sans l’aimer.218 211 Ibid. 2 co.). 4. 4.9. et leur identification avec Dieu. est mentionnée à plusieurs reprises à propos de Dieu comme objet de l’amour : « Denys enseigne que le bien et le beau. 346 : (Deus) est semper et uniformiter pulcher. nisi secundum quod habet rationem pulchri et boni). (Cf. n. lec. sed etiam inquantum omnes substantiae et actiones ordinantur in ipsum. Ibid..425 : Et iterum haec virtus attribuitur rebus creatis a Deo. qc 5.. sicut ex principio effectivo. est principium amoris spiritualis. et in pulchro et bono est. cela ne signifie pas que seuls les êtres matériels puissent être beaux... arg 1 : Quia. pour qui sont toutes les choses. et non solum est finis ut desideratus.. 218 Iª-IIae q. cause de tout bien et de toute beauté sont aimables par tous..390 : Dicit ergo. c. lib. propter pulchrum et bonum. Hoc autem Deus est.. de divinis Nomin. absque amore videatur.4. sicut in principio contentivo vel conservativo.

219 Cf. étant donné qu’en Dieu les deux attributions ne sont pas divisibles »220.cit.. d’une manière métaphorique. op. Ces textes à propos de la beauté de Dieu.En lui. 42. et que seulement à partir d’elles nous étendons le nom de « beau » à Dieu et aux réalités spirituelles. 220 Umberto Eco. le beau et la beauté ne peuvent pas être séparés l’un de l’autre. cette partie du Commentaire sur les Noms Divins « a pour but d’élucider le fait que le pulchrum et la pulchritudo sont attribués de façon différente à Dieu et aux êtres existants.336: In causa prima.). p. 4. mais il les contient en soi selon l’un et le même. c. In De div. 58 . secundum unum et idem.. Cette conclusion invalide une des possibilités que nous avions proposée comme solution au «conflit beauté immatérielle-beauté matérielle». mais qu’il en était la cause en tant qu’il est la beauté suprême.219 Comme l’explique Umberto Eco. 5 n. lec.. il n’est pas possible d’accepter une position qui serait qu’on l’appelle beau à partir des choses sensibles. nous montrent que Saint Thomas considérait non seulement que Dieu était la cause de la beauté en tant qu’être substantiel. Deus tamen utrumque comprehendit in se. si Dieu est la cause de la beauté et lui-même est la beauté per se. nom. scilicet Deo non sunt dividenda pulchrum et pulchritudo (. la Cause première. En effet.

celle de trouver une raison formelle unique de la beauté. nous avons vu que Dieu aussi se disait beau. nous avons présenté certains aspects des choses belles. du corps et de l’âme. dans le cas de la beauté corporelle de l’homme.CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE Après cette première partie. 59 . Nous avons vu que. car Dieu l’a orné d’une multiple beauté »221.. Tout au long de ces trois chapitres. Liber 2 Prooemium: Ornatus pertinet ad dispositionem rerum.. En troisième lieu. Ibid: De hac etiam pulchritudine Boetius dicit: mundum mente gerens pulchrum pulcherrimus ipse. nous pouvons observer plus clairement la difficulté que pose la problématique qui commande ce travail. nous nous sommes penchés sur la beauté de l’homme. Au début de cette partie. nous avons vu les textes qui se référaient à la beauté sensible du monde. Cf.). Quand on révise l’ensemble des réalités que Saint Thomas appelle belles. il existait un autre élément qui leur était essentiel: une certaine clarté ou splendeur. pour que le monde soit beau il était nécessaire qu’il soit dans un certain ordre : « L’ornement de <l’univers> a relation avec la disposition des choses. Ensuite. Tout comme la 221 Super Sententiis. quia eas varia pulchritudine decoravit (. le conflit entre la beauté matérielle et la beauté spirituelle et des éléments discordants apparaissent. En second lieu. Tant dans la beauté du monde que dans celle du corps humain. cet ordre prenait le nom de « disposition adéquate entre les parties».

142 a. 31 q.. unde parvi homines possunt dici commensurati et formosi. Cependant. lib.) ideo consequitur maxima delectatio. une couleur splendide. Super I Tim. 1 d. IIª-IIae q. 6 ad 22: (. car la beauté spirituelle consiste dans l’ordre adéquat de l’âme »224.. ut dicitur X Ethic. 2 a. Cependant. 60 . A propos de la beauté des actions humaines. 6 ad 22: Est enim duplex pulchritudo. quae consistit in ordinatione debita animae (et affluentia bonorum spiritualium). car leur beauté dépende de leur conformité avec l’ordre de l’intelligence 227. cap.) unde Eccli. »223 Au moment d’étudier la beauté de l’âme. 2 a.beauté du corps céleste consistait surtout en la lumière222. pars 2 cap.: Pulchritudo autem animae consistit in assimilatione ipsius ad Deum. 224 Cf. nous nous sommes trouvés de nouveau face à l’ordre. Contra impugnantes.. non habent pulchritudinem spiritualem. Cf.: (.. Cet ordre consiste en son assimilation à Dieu.. ad quem formari debet per claritatem gratiae ab eo susceptam. auquel elle doit se conformer par la splendeur de la grâce reçue de Lui »225. mais pas beaux. 4 d. dans la beauté des actions humaines nous trouvons à nouveau les éléments d’ordre et de lumière. outre la bonne proportion des membres.. 227 Cf. Cette conformité 222 Cf. 43. quod pulchrum est quod consentaneum est hominis excellentiae in eo in quo natura eius a reliquis animantibus differt. 18 q.. et c’est pourquoi les hommes de petite taille peuvent être appelés bien bâtis et bien formés.: His duobus addit tertium philosophus ubi dicit. lib.. unde Tullius dicit... 48 q.: (. in I de Offic. sicut pulchritudo iuventutem. 38 q. q. quod pulchritudo non est nisi in magno corpore..) pulchrum in rebus humanis attenditur prout aliquid est ordinatum secundum rationem. quae quidem decorat operationem ipsam et perficit eam. 1 co. mundum illuminans in excelsis dominus. comme on peut l’apprécier dans le texte suivant : « La beauté de l’âme consiste en son assimilation à Dieu. 223 Super Sent. lib. Super Sent. 1 a. 2 d. 225 Super Sent. 2 co. 2 l.) una spiritualis. 3 co. lib. sed non pulchri. 2 qc.: (. Sic in interiori decore nisi sint omnia ordinata ex dispositione per rationem.: (.. 2 co. Cf. la beauté corporelle exigeait. un autre élément problématique est apparu pour pouvoir définir une unité entre tous les types de beauté: le plaisir . 226 Super Sent. 2: Ornatus vero consistit in debita ordinatione et dispositione.. Quodlibet VIII. pars 2 cap. Saint Thomas dit en effet. car il n’avait pas été mentionné dans le cas des autres choses belles. que « le plaisir même est comme une certaine beauté de l’opération »226.. malgré cet élément un peu déstabilisant. quae consistit in ordinatione debita animae et affluentia bonorum spiritualium. 4 d. 10: species caeli gloria stellarum. Una spiritualis. 1 co. Contra impugnantes.. 1 co. nous avons trouvé aussi un troisième élément qui n’avait pas été mentionné auparavant et qui ne serait de nouveau exigé pour les autres types de beauté : «A ces deux choses – les membres proportionnés et une couleur splendide – le Philosophe rajoute un troisième critère quand il dit que la beauté se trouve seulement dans un corps de grande taille..) est enim sicut quidam decor operationis ipsa delectatio. 9 a. 1 a.

In De div.est belle car en elle resplendit la lumière de la raison. 232 Ibid. En ce qui concerne Dieu. 339. nous voyons que Dieu même est superpulcher 230. ad 3: obiectio illa procederet. d’une manière purement métaphorique. tandis que l’ordre des actions humaines semble ne pas être « visible » autrement que par le moyen de l’entendement. Il semble ainsi que les actions vertueuses peuvent être appelées splendides seulement en comparaison de l’éclat sensible. c. Cf. 5 n.: (. qu’il est justifié de se demander si nous ne nous trouvons pas devant deux types de beauté complètement différentes. Super I Cor. Iª q. 142 a.) pulchritudo enim creaturae nihil est aliud quam similitudo divinae pulchritudinis in rebus participata.. nous sommes face à une beauté complètement immatérielle et invisible. 3: Sed quod dicitur de aliquo per causam. quae est causa sanitatis. 61 . Si on ne peut pas dire que Dieu est beau seulement dans un sens métaphorique.. lec. nom. in quibus lumen rationis resplendet. per posterius de illo dicitur. lec. il semble que nous ne puissions pas trouver en Lui les caractéristiques de proportion des membres ou de clarté – et encore moins le magno corpore –. en dernier ressort. et que « la beauté de la créature n’est rien d’autre qu’une similitude avec la Beauté divine dont participent les choses »232. Ergo huiusmodi nomina per prius dicuntur de creaturis quam de Deo.228 Il semble. 13 a. 228 IIª-IIae. per prius enim dicitur animal sanum quam medicina. car de cette manière le terme beau désignerait les créatures avant Dieu229. Cependant. 2: Sicut enim in corpore pulchritudo dicitur ex debita proportione membrorum in convenienti claritate vel colore. pouvons-nous dire alors qu’il y a une beauté. c. 231 Cf. Ibid. lec. si huiusmodi nomina solum de Deo causaliter dicerentur et non essentialiter.. ex qua est tota claritas et pulchritudo virtutis. non pas d’une manière métaphorique.. néanmoins. 11 l. La difficulté n’aurait pas eu lieu de se présenter si on l’appelait beau dans un sens exclusivement causal. qu’avec « éclat » nous faisons référence plutôt à une couleur claire.)lumine rationis. 6 arg. ou.337: (. Le problème s’aggrave encore quand nous nous penchons sur le cas de Dieu. dans le sens où nous les rencontrons dans les autres réalités belles. nette. [reportatio vulgata].. 229 Cf. ita in actibus humanis dicitur pulchritudo ex debita proportione verborum vel factorum. 4 co. 4.. Les différences entre la beauté matérielle et la beauté immatérielle sont telles. 230 Cf. sicut sanum de medicina. cap. 5. à quelque chose de sensible. pour les choses immatérielles et une autre différente pour les corporelles ? Pouvons-nous trouver un lien d’unité conceptuel entre les deux beautés. le beau supra substantiel231..2. 4. q. 347. n. 4. « qui donne à la vertu tout son éclat et sa beauté ». propre et non métaphorique. Malgré le fait d’être Dieu la beauté même. n. Ibid. c.

la beauté de l’homme et la beauté de Dieu? 62 .qui nous permette d’affirmer que nous parlons de la même chose ? Pouvons-nous trouver une raison formelle unique de beauté. qui puisse servir en même temps à définir la beauté du monde.

DEUXIÈME PARTIE TOUT CE QUI EST LA BEAUTÉ 63 .

Dans la première partie de ce travail. ce qui ne rend pas simple la tâche de trouver une raison formelle unique. pour établir « tout ce qui est la beauté pour Saint Thomas ». dans l’oeuvre de Saint Thomas nous trouvons une grande variété d’éléments qui appartiennent à la beauté des différentes réalités. dans la beauté du monde. il sera nécessaire de trouver une raison formelle unique de beauté qui puisse être appliquée à chacune d’elles. la splendeur et la grandeur du corps. dans la beauté corporelle de l’homme. la proportion. il semblera que les divergences s’accentuent plus encore. ou l’ordre selon l’intelligence.INTRODUCTION Dans cette seconde partie nous étudierons les différents textes où Saint Thomas définit la beauté et qui mentionnent ses différentes caractéristiques. 64 . il y a eu déjà des allusions à certains de ces éléments. En faisant attention aux textes qui définissent spécifiquement la beauté. parfois même opposés. Pour que ceci soit possible. À la lumière de ces textes. comme l’ordre et la clarté. dans la beauté des actions humaines. nous verrons s’ il est possible d’appliquer le concept de beauté d’une manière analogue autant aux réalités immatérielles qu’aux réalités matérielles. lesquels sont parfois discordants. Cependant.

dans un texte de la Somme Théologique qui met en relation la beauté corporelle avec la spirituelle : « Ainsi. nous avons vu que.. Contra Gentiles. on dit que la beauté du corps est une certaine harmonie des membres et des couleurs.234 Ces deux éléments nous pouvons le reconnaître peut être dans le Commentaire sur les Noms Divins235 sous les noms de « proportion convenable sous le rapport de la quantité et de la disposition » et de « couleur claire et nette ». 2 a. 64 n. les conditions de proportion. pulchritudo. 234 65 . propter decentem proportionem in quantitate et situ et propter hoc quod habet clarum et nitidum colorem. nervorum et ossium. Cf. clarté et grande taille étaient requises233. 3 : Ratio harmoniae magis convenit qualitatibus corporis quam animae: nam sanitas est harmonia quaedam humorum. la beauté du corps dépend de la proportion des membres avec 233 Super Sent. 2 cap. 31 q. Dans la Somme Contre les Gentils. lib. fortitudo. 235 In De div. lec. nom. selon un texte du Commentaire sur les Sentences. membrorum et colorum. cette fois sous la forme de proportion et de lumière. lib. nous nous rendrons compte que les manières de les nommer. Si nous étudions d’autres textes qui essaient d’établir les éléments propres de cette beauté. varient. respectivement. surtout quand il s’agit de se référer à la beauté de l’âme –. et même leur quantité. 1 co. . 4. c.. n. 5.CHAPITRE PREMIER LES TEXTES SUR LA BEAUTÉ I. 1 d. Ces éléments nous les retrouvons.339 : Sic enim hominem pulchrum dicimus.Diverses approximations Par rapport à la beauté du corps. après avoir dit que la notion d’harmonie convient davantage aux qualités du corps qu’à celles de l’âme – raison pour laquelle nous préférerons aux traductions de proportio ou de commensuratio celle d’« harmonie ».

8 n. 4 ad. ut manus et pes et huiusmodi. Et similiter pulchritudo spiritualis in hoc consistit quod conversatio hominis. 1 a. : (. c. Sententia Ethic. 589 : sanitas est commensuratio humorum et pulchritudo commensuratio membrorum . 31 q. 4 l. 5 a. tanto est maior turpitudo. Par rapport à la beauté en général. Certains font consister la beauté fondamentalement dans la proportion : « D’où il suit que le beau consiste dans une proportion convenable »241 .. comme dans certains lieux de la Somme Théologique: « la conformation des membres. 4. earum dispositio naturae conveniens. quae 66 . lec. 1 d. 15: Pulchritudo in debita proportione membrorum <consistit> (. Super Sent. lib. In De div. 54 a. etc. des pieds. q. plus la laideur apparaît »240. des nuances du moins. 1 l.. 241 Iª q. lib.. sit bene proportionata secundum spiritualem rationis claritatem. nous pouvons trouver une multitude de textes qui essaient d’établir ses principaux éléments. nom. 349: Similiter etiam dictum est quod de ratione pulchritudinis est consonantia. c. ou dans la consonance: « la raison de la beauté <des anges> consiste en un accord ordonné de divers degrés »243. 9 q. c. c. 2: (In Angelis est summa pulchritudo post Deum). pulchritudo consistit. possunt dicit formosi propter decentiam coloris. unde omnia. et commensurati.: Unde pulchritudo corporis in hoc consistit quod homo habeat membra corporis bene proportionata. 4: Sicut pulchritudo proprie consistit in corpore magno. en revanche. se souligne uniquement la disposition convenable des membres. un élément qui parfois acquiert une grande importance et semble même prédominer sur la couleur et la commensuratio238.. des mains.) et quanto est maior inordinatio in membris.. ex divina pulchritudine procedunt. 238 Sententia Ethic.. Autographi Deleta 3S PG617.. et la beauté spirituelle consiste en ce que la conduite et les oeuvres soient proportionnées à la clarté spirituelle »236.21: Pulcritudo resultat sicut ex proportione membrorum decor corporis. 4. quae. Cependant. Plus les membres sont disproportionnés. 240 Contra Gentiles.. 237 Cf. 6 : Nam in debita commensuratione partium. 139 n. A d’autres moments.une certaine lumière qui les illumine. ou bien dans la Somme Contre les Gentils: « la beauté consiste en une sage proportion des membres (. lib. 239 Iª-IIae q. 13 n. 145 a. 5 s. 242 Cf. 243 Super Sent. constitue la beauté »239. 1: Unde pulchrum in debita proportione consistit. 2 co. Ibid. 3 cap. n.. lec. 2 a.) si vero accipiantur membra. non tamen possunt dici pulchri propter magnitudinis defectum. il existe d’autres textes237 où s’inclut en plus la grande taille. 236 IIª-IIae. lib. cum quadam debiti coloris claritate. Sed in diversorum graduum consonantia ordinata consistit ratio pulchritudinis. 22. dans la commensuration des parties242 . nom. qualitercumque ad consonantiam pertinent. n. propter debitam commensurationem membrorum. Cf. 4. n. 361 : Haec autem omnia ad causalitatem pulchri reducuntur.. est pulchritudo.. Même s’il y a des caractéristiques qui se répètent à différents endroits et sous des noms différents. lec. In De div. Unde illi qui sunt parvi. quia pertinent ad consonantiam. nous rencontrons aussi certaines discordances. 5. 6..).. l. si elle est conforme à la nature. 2 d. 1 co. sive actio eius. lib. Cf. 1 co.

246 Super Sent. 2 ad 3 : Pulchritudo. c’est-à-dire. que Dieu est la cause de toute beauté en tant que cause de la consonance et de la clarté. comme dans d’autres occasions. 1 ad 4 : Pulchritudo non habet rationem appetibilis nisi inquantum induit rationem boni: sic enim et verum appetibile est: sed secundum rationem propriam habet claritatem. Maritain. sicut dicimus homines pulchros qui habent membra proportionata et splendentem colorem. 5. 180 a. c. secundum quod habet claritatem sui generis vel spiritualem vel corporalem et secundum quod est in debita proportione 67 .cit.) quod unumquodque dicitur pulchrum. 31 q. c. Cette relation à l’intelligibilité se trouve aussi dans la clarté de la proportion. consiste en une certaine splendeur et exacte proportion qui se trouve radicalement dans la raison. lec. ut supra dictum est . 31 q. comme nous pouvons l’apprécier dans le texte suivant : « La beauté. -claritas est de ratione pulchritudinis (In div. op. quod Deus est causa omnis pulchritudinis inquantum est causa consonantiae et claritatis. IV. toute concorde. lux pulchrificat. sicut supra dictum est.mais c’est un resplendissement d’intelligibilité» 244. 1 d. selon Denys. 365: Haec autem omnia dicit ex pulchritudine causari. ad quam pertinet et lumen manifestans. In De div. est de ratione pulchritudinis. n.. q. secundum Dionysium. Un certain resplendissement est en effet d’après tous les anciens le caractère essentiel de la beauté.D’autres textes soulignent la clarté.. inquantum pertinent ad rationem consonantiae. 4. qui finalise sa liste d’attributs de la beauté de cette manière: «enfin et surtout éclat ou clarté. 642. quae est de ratione pulchritudinis. 1 d.. 2 a. op. qui rassemble toutes choses les unes avec les autres et qui les appelle toutes à soi.339 : Deus tradit pulchritudinem. Utrumque autem horum radicaliter in ratione invenitur. Il dit. p.. et proportionem debitam in aliis ordinare. méritant bien en cela ‘le nom de καλός. In Psalm. la consonance et la clarté. 245 IIª-IIae. propter decentem proportionem in quantitate et situ et propter hoc quod habet clarum et nitidum colorem.cit. Dicit enim.. scilicet consonantia et claritas. inquantum est causa consonantiae et claritatis in omnibus: sic enim hominem pulchrum dicimus. p. Nous pouvons le confirmer dans certains textes qui se réfèrent à Dieu comme cause de la consonance et de la clarté. comme on dit beau un homme qui a les membres proportionnées et une couleur splendide»246. nom. en effet. Cf. qui dérive d’appeler’ ».. Super Sent. nom. consistit in quadam claritate et debita proportione. nº5). (. Cf. et disent que selon sa raison propre le beau possède la clarté... lib. lect 6). lec. XXV. «Au concept de beauté concourent deux choses. lib.. type primitif et suréminent de toute consonance. c. quia sine luce omnia sunt turpia (Cf. Cette caractéristique est la principale selon l’opinion de Maritain. qui ordonne dans les choses la clarté et la proportion »245. n. Les textes qui font allusion à la clarté comme à la proportion ou consonance sont les plus fréquents. 244 Maritain. Ibid. toute amitié et toute union quelle qu’elle soit entre les êtres procède de la divine beauté. 6. 2 a. 4. Cf. parce que l’intelligence aime la lumière et l’intelligibilité. 649: « Et toute consonance ou toute harmonie. 1 co. : Ad rationem autem pulchritudinis duo concurrunt.

Dans ce texte, nous voyons que la consonance et la clarté dans le cas de l’homme, s’identifient avec la proportion des membres et avec une couleur adéquate. Ceci nous pouvons le voir dans le texte suivant, où la clarté est remplacée par la couleur : « la beauté n’intéresse qu’au tout les membres bien proportionnés et colorés.»247 Nous pouvons encore trouver un troisième élément qui fait partie de la beauté : l’intégrité. Le texte où il est mentionné pourrait paraître une exception parmi l’ensemble de passages portant sur la beauté en général, car il n’y a pas d’autres lieux où l’intégrité soit mentionnée. Toutefois, il s’agit d’un texte qui avance une formulation particulièrement claire et qui semble refléter la position définitive de Saint Thomas: « La beauté requiert trois conditions. D’abord l’intégrité ou perfection: les choses tronquées sont laides par là-même ; puis, les proportions voulues ou harmonie ; enfin, l’éclat : des choses qui ont de brillantes couleurs, on dit volontiers qu’elles sont belles »248. Pour achever la révision des textes pouvant guider la quête d’une raison formelle unique de la beauté, nous devons en rapporter trois de la Somme Théologique qui, même s’ils diffèrent de tous les autres, seront fondamentaux pour faire du reste une unité. Ces textes protagoniseront l’analyse que nous mènerons dans le chapitre suivant. Le premier d’entre eux est la fameuse réponse de la Somme Théologique I, q.5, a.4, ad 1 qui dit ceci: « En revanche, le beau se rapporte à la vertu cognitive: sont déclarées belles en effet les choses qui plaisent quand elles sont regardées. D’où il s’ensuit que le beau consiste en une proportion convenable: le sens éprouve de la délectation dans les choses convenablement proportionnées, comme en des choses
constitutum ; In De div. nom, c. 4, lec. 21, n.554 : (...) Malum enim corporis dicitur esse vel turpitudo vel infirmitas et utrumque horum est defectus alicuius formae aut privatio alicuius ordinis. Requiritur enim ad pulchritudinem et claritatem forma et commensuratio quae ad ordinem pertinet. Utrolibet autem privato, sequitur turpitudo ; Super Sent., lib. 1 d. 3 q. 2 a. 3 expos.: Pulchritudo consistit in duobus, scilicet in splendore, et partium proportione. 247 Sententia Ethic., lib. 2 l. 7 n. 2 : Pulcritudo non contingit, nisi omnia membra sint bene proportionata et colorata. Cf. Super Is., cap. 53 : Species enim proprie respicit pulchritudinem quantum ad commensurationem membrorum; sed decor quantum ad convenientiam coloris, et aliorum circumadjacentium. 248 Iª q. 39 a. 8 co. : Nam ad pulchritudinem tria requiruntur. Primo quidem integritas, sive perfectio : quae enim diminuta sunt, hoc ipso turpia sunt. Et debita proportio, sive consonantia. Et iterum claritas : unde quae habent colorem nitidum, pulchra esse dicuntur.

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qui lui sont semblables; car même le sens est une sorte de raison, comme toute vertu cognitive. »249 Le deuxième est parallèle au premier et nous le trouvons dans la Prima Secundae: « Le beau et le bon sont identiques, et ne diffèrent que par la façon dont on les considère. En effet, comme le bon est celui que toutes les choses existantes désirent, il lui appartient, par sa raison de bien, d’apaiser le désir, mais le beau est dans la vision ou connaissance par laquelle l’appétit s’apaise (...) Et ainsi, il apparaît à l’évidence que le beau ajoute au bon un certain rapport à la vertu cognitive; en sorte que l’on dit du bon qu’il est ce qui spécialement plaît à l’appétit, tandis qu’on dit du beau qu’il est ce qu’il est plaisant de percevoir »250. Le troisième texte que nous voulons citer sera utile comme instrument pour bien comprendre le sens des textes précédents, qui disent que « sont déclarées belles les choses qui plaisent quand elles sont regardées », et que l’on dit du beau « qu’il est ce qu’il est plaisant de percevoir ». Le texte en question est le suivant : « seul un homme se délecte en la beauté de l’ordre sensible pour la beauté même »251. Après cette longue énumération, nous nous trouvons avec un panorama difficile à saisir. Aux difficultés déjà présentées dans la première partie, nous devons ajouter la multitude, très variée, d’éléments qui sont mentionnés de manière inégale et irrégulière. À un moment, il est dit que l’essentiel est une chose, à un moment, une autre. Ainsi, entre les caractéristiques que nous avons rencontrées au cours de cette brève classification que nous venons de faire, nous pouvons nommer: proportion – due, bonne, décente, de membres, de parties– ; mesure –et mesure des membres– ; consonance –et consonance ordonné– ; harmonie des membres ; disposition conforme à la nature ; clarté –de la forme, spirituelle, corporelle– ; couleurs – convenables, clairs, nettes, brillantes– ; harmonie des couleurs ; lumière ; splendeur ;
249

Iª q. 5 a. 4 ad. 1 : Pulchrum autem respicit vim cognoscitivam : pulchra enim dicuntur, quae visa placent.Unde pulchrum in debita proportione consistit: quia sensus delectatur in rebus debite proportionatis, sicut in sibi similibus; nam et sensus ratio quaedam est, et omnis virtus cognoscitiva. 250 Iª-IIae q. 27 a. 1 ad 3 : Pulchrum est idem bono, sola ratione differens. Cum enim bonum sit quod omnia appetunt, de ratione boni est quod in eo quietetur appetitus, sed ad rationem pulchri pertinet quod in eius aspectu seu cognitione quietetur appetitus (...). Et sic patet quod pulchrum addit supra bonum, quendam ordinem ad vim cognoscitivam, ita quod bonum dicatur id quod simpliciter complacet appetitui; pulchrum autem dicatur id cuius ipsa apprehensio placet. 251 Iª q. 91 a. 3 ad 3 : Solus homo delectatur in ipsa pulchritudine sensibilium secundum seipsam.

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intégrité ; perfection ; grandeur du corps ; ce qui plait à la vue ; ce qui plaît à regarder ; et ce qu’il est plaisant de percevoir. Pour ordonner toutes ces informations et pour permettre de nous répérer dans cette multitude des éléments, nous pouvons dresser un tableau avec tous les textes qui définissent la beauté, pour se rendre compte que le chevauchement de perspectives n’est pas aussi grand qu’il ne paraît, surtout si nous divisons tous ces éléments en trois groupes (plus une quatrième annexe) : selon la triple classification de proportion, clarté et intégrité de la Prima Pars q. 39 a. 8 co.

II. - Tableau synoptique des éléments constitutifs de la beauté252
PULCHRUM Autographi Deleta 3S PG617 l.21 Catena in Lc., cap. 24 l. 4 Contra Gentiles, lib. 2 cap. 64 n. 3 Proportio proportione membrorum Membrorum (…) commensurationem Harmoniae quaedam mombrorum Contra Gentiles, Debita proportione lib. 3 cap. 139 n. 15 membrorum Iª q. 5 a. 4 ad. 1 in debita proportione consistit Iª q. 39 a. 8 co. Debita proportio, sive consonantia Iª q. 91 a. 3 ad 3 Iª-IIae q.27 a.1 ad 3 Claritas Integritas Autres (Beauté du corps) Harmoniae quaedam colorum (Beauté du corps) (Beauté du corps) Pulchrum autem respicit vim cognoscitivam: pulchra enim dicuntur, quae visa placent. claritas (...) colorem nitidum integritas, sive perfectio solus homo delectatur in ipsa pulchritudine sensibilium secundum seipsam. ad rationem pulchri pertinet quod in eius aspectu seu cognitione quietetur appetitus (...) pulchrum autem dicatur id cuius ipsa apprehensio placet figura, prout convenit naturae rei, et color (Beauté du corps)

Iª-IIae q.49 a.2 ad 1

Iª-IIae q. 54 a. 1 co. si vero accipiantur membra, ut manus et pes et huiusmodi, earum dispositio naturae conveniens PULCHRUM Proportio Claritas
252

Integritas Autres

Les ouvrages apparaissent en ordre alphabétique. Les textes intègres peuvent être consultés dans le « Recueil de textes ».

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4. c. 4. nom. lec. nom. 22. cap. n.. 180 a. q. lec. lib. nom. c. 5. n. 13 n. 4. 6. 2 ad 3 In De div. 5. 145 a.. c. lec. 21. q. 365. n. 7 n. 6.. lec. 2 l. lib. 1 IIª-IIae. lib. c. 145 a. 4 l. c. 2 Sententia Ethic.339 In De div. lec. q. q. c.339 In De div. In De div. 2 arg. In De div. nom. 360 In De div.. lec. 4. 6. 361. n.554 In De div. n. 8 n. 4. 2 IIª-IIae. lec. 4 Super Is. nom. Debita proportio (Denys) Debita proportione (Deus est causa) consonantia decentem proportionem in quantitate et situ In debita proportione constitutum (Beauté du corps) (Beauté spirituelle) Quod autem in ipsa apprehensione apparet decorum Claritate (Deus est causa) claritatis clarum et nitidum colorem Claritatem sui generis vel spiritualem vel corporalem claritas autem est de ratione pulchritudinis (Beauté du corps) Consonantiam (quae est de ratione pulchritudinis) Consonantiae (quae est de ratione pulchritudinis) Commensuratio Claritatem forma quae ad ordinem pertinet Commensuratio membrorum Debita commensuratione partium membra sint bene et colorata proportionata Corpore magno Commensurationem Convenientiam coloris membrorum sine luce omnia sunt turpia (Beauté du corps) 71 . 145 a. q. 4. sive actio eius).. 4. nom. n. 145 a. n. 145 a. nom. c. 2 co IIª-IIae. 4. 6 Sententia Ethic. 142 a. lec.339 In De div. sit bene proportionata. 589 Sententia Ethic. nom. 2 co IIª-IIae q. 2 ad. 2 co IIª-IIae. c. 53 Super Psalmo 25 n. q.. n. 4 co.IIª-IIae. 1 l. 5. IIª-IIae. 5 lumine rationis Decor quandam claritatem requirit cum quadam debiti coloris claritate Secundum spiritualem rationis claritatem Claritas (Denys) (Beauté de la vertu) membra corporis bene proportionata (conversatio hominis.

le magno corpore et l’integritas sont intimement liés. après qu’une multitude de textes qui se référaient à la beauté corporelle faisaient mention seulement de la proportion des membres et une couleur splendide. l’apparition isolée même de l’intégrité – comme troisième élément qui venait s’ajouter à la proportion et à la clarté – nous rappelait l’inexplicable apparition de la grandeur du corps.. La raison que les lies nous la rencontrons en lisant la version latine du texte où il est dit que l’intégrité est un élément constitutif de la beauté. (Denys) Super Sent. hoc ipso turpia sunt. dans celle des annexes. Ici. Dans le parcours de textes fait plus haut.. c. cela ne nous explique pas encore la liaison entre le magno corpore et l’intégrité... Cependant. a. Saint Thomas fait une précision qui rend présente la liaison: integritas. 2 d. 1 partium proportione Splendore d. lib. 1 d. 1 Consonantia Claritas (Denys) d. 31 q. Super Sent. 3 expos. 48 q. 2 a. 5 s. lib. Cependant. lib. 3 q. dans lequel nous avons classé le contenu des textes qui donnaient des éléments définitoires de la beauté. 2 a. 9 q. et non. dans la colonne de la proportion ou. 1 co. 3 co praecipue consistit in luce (Beauté du ciel) III. 1 a. par exemple. . 2 Proportio (in diversorum graduum) consonantia ordinata (consistit ratio pulchritudinis) sed secundum rationem propriam habet claritatem Claritas Magno (Beauté du corps) corpore (Aristote) Integritas Autres Super Sent. simplement. 31 q. nous devons apporter quelques précisions pour expliquer les caractères principaux ainsi évoqués. 2 a.Super Sent. 2 a. 1 ad 4 PULCHRUM Super Sent.Relation entre magno corpore et integritas Il peut sembler surprenant d’avoir inclus magno corpore dans la colonne de integritas. 4 d. lib.. lib. . sive perfectio : quae enim diminuta sunt. les choses intègres sont belles dans la même mesure où les 72 .Précisions liées au tableau synoptique Après avoir présenté ce tableau synoptique. Selon le texte.

Cependant. Un texte de la Somme Théologique le dit ainsi: « Or. incomplète. par rapport à la parfaite quantité qu’elle doit avoir. Et quia bonum habet rationem perfecti. inachevée ou. Le magno corpore. p. on dit qu’une chose est grande lorsqu’elle est amenée à la parfaite quantité qu’elle doit avoir. Traduction française de l’édition Cerf. être plus grand c’est être le meilleur’. parfaite et de grande taille. Augustin: ‘Dans ce qui n’est pas grand par la masse. ainsi s’explique la parole de S. petite. comme la perfection. 253 Umberto Eco. quae non reputatur magna in elephante. c’est le bien. on note l’opposition à l’idée de perfection. et une chose sera belle si elle est intègre. Quae diminuta sunt est traduit par l’édition française d’un ouvrage d’Umberto Eco par « les choses qui sont incomplètes »253.La présence peu fréquente d’integritas Un autre élément du tableau qu’il est nécessaire d’éclairer est la présence peu fréquente d’integritas en comparaison de la proportio ou de la claritas. on ne dit pas que cette chose doit être grande de manière absolue.cit. dans l’ordre quantitatif des corps. 1 co. le traduit par « les choses tronquées »254. 255 Cf. Quand il est exigé que le corps d’une chose soit grand pour être beau. p. ut Augustinus dicit. tandis que. on dit que quelque chose est grand dès qu’il est parfait. .82. De là. 256 Iª-IIae q.Gaffiot. 254 73 . c’est-à-dire. Le mot diminuta est utilisé ici comme un antonyme pour mieux comprendre le sens d’integritas. idem est esse maius quod melius. dans F. mais par rapport à ce qui lui correspond. propter hoc in his quae non mole magna sunt. il faut le dire.»256 b. 430. l’édition de Cerf de la Somme Théologique. verbe deminuo. De cette manière se justifie l’utilisation de magno corpore au lieu d’intégrité dans le cas de la beauté corporelle. 52 a. nous pouvons faire attention aussi à la nuance de petitesse255 que possède aussi diminutas: une chose sera laide dans la mesure où elle est tronquée. unde aliqua quantitas reputatur magna in homine.. in VI de Trin. est relatif à chaque réalité corporelle. secundum quod ad debitam perfectionem quantitatis perducitur. simplement.choses diminutas sont laides. dans l’ordre des formes. ainsi y a-t-il des dimensions qu’on estime grandes pour l’homme et qui ne le sont pas pour l’éléphant. ex hoc quod est perfectum. Dictionaire Latin-Français. Et. Unde et in formis dicimus aliquid magnum. Cependant. Dicitur autem in quantitatibus corporeis aliquid magnum. Dans les deux cas. op.

par exemple. 3 a. est tam id quod ordinatur ad speciem constituendam. 1 d. et sont démontrées les propretés conséquentes ». Ainsi donc.. tunc pulcherrime unumquodque definitur. sicut apodiacula. et demonstrantur omnes proprietates consequentes (.. n’implique pas nécessairement une contradiction avec les textes où tous sont mentionnés. lib. comme l’absence de n’importe quel autre terme. La beauté appartient donc.. car les trois sont mutuellement impliqués. lib.l’absence de cet élément.2): Perfectio vero ad speciem domus. Par exemple. l’association implicite de la beauté et de la perfection est patente dans l’usage courant du mot pulcher en langue latine pour désigner la perfection d’une définition ou une phrase très bien dite ou très adéquate. 259 Compendium theologiae. 74 . Illud igitur quod est perfectio rei secundum quod iam habet speciem. dans le Commentaire sur les Sentences. Saint Thomas dit que. cela ne signifie pas que l’idée de perfection qu’elle implique n’est pas toujours présente quand Saint Thomas se réfère à la beauté. iustificationem vero nostram resurrectioni. Des exemples comme celui-là. 3 cap. Finalement.258 Pour faire l’éloge d’une phrase. quam etiam illa quae faciunt ad hoc quod usus domus sit convenientior. 239 nº514 : Pulchre autem apostolus peccatorum remissionem Christi attribuit morti. si l’integritas n’a été explicité qu’une seule fois – trois si on prend en compte les textes qui parlent du magno corpore –.. est finis ipsius: ut habitatio est finis domus. à la perfection des choses. telle sa beauté »257. et ce qui en assure la conservation. nous en trouvons des dizaines. quae fiunt ad sustentationem domus. « C’est avec une admirable raison (pulchre) que l’Apôtre attribue la rémission des péchés à la mort du Christ. une chose est définie de la meilleure manière (pulcherrime) quand avec la définition se manifeste la nature de la chose. 1 cap. tels les contreforts qui la soutiennent. 3 co : (.. « selon le Philosophe. quam id quod ordinatur ad speciei conservationem. et ce qui la rend agréable. Les cases vides qui laisse l’absence de la mention explicite de l’integritas pourraient bien être remplies avec la phrase « contexte où la beauté est mise en relation avec la perfection de la chose ». 19 (ad. On le note aussi à plusieurs reprises dans les textes qui disent que le plaisir « perfectionne » l’action comme la beauté « perfectionne » la jeunesse. comme ses principes substantiels.). et notre justification à sa résurrection »259. lib. fait qui peut être constaté en plus de manière explicite dans certains textes: « Mais à la perfection d’une maison à bâtir sont requis ses éléments constitutifs. 257 Contra Gentiles. 258 Super Sent. Saint Thomas dit. 26 n. sicut principia substantialia ipsius.) secundum philosophum. 37 q. quando per definitionem manifestatur natura rei. sicut pulchritudo domus.

l’ordre est celui qui manifeste spécialement une sagesse et une intelligence. il est donc clair que ce n’est pas par hasard. il faut l’intervention d’une intelligence qui l’ordonne. – Présence d’un élément rationnel Un autre élément que. l’ordre. la beauté manifeste la sagesse. ce qui est privé de connaissance ne peut tendre à une fin que dirigé par un être connaissant et 260 Cf. Et quidem magnitudo creaturae testimonium quoddam est divinae virtutis et omnipotentiae. nous pouvons conclure que si on ne fait pas une mention explicite de l’integritas sive perfectio avec plus de fréquence. toujours ou le plus souvent. c. agissent en vue d’une fin. qui est la principale caractéristique de la beauté du monde.Ainsi donc. Or. nous reconnaissons en tous les stades c’est l’ordre. Pourquoi? Parce que pour qu’une chose belle soit ordonnée. 1 l. est un témoignage de la sagesse de Dieu260. L’ordre manifeste la beauté. 4: Fit ergo quaelibet creatura in testimonium Dei. inquantum quaelibet creatura est testimonium quoddam divinae bonitatis.. ce qui nous est manifesté par le fait que. dans ses membres et envers sa fin. Sagesse de celui qui ordonne. . Comme nous l’avons vu au début de la première partie. il faut accepter l’existence d’une intelligence qui l’a ordonnée à sa fin. Nous pouvons donc dire que. mais bien au contraire: il a une place si claire qu’il n’est pas nécessaire de la réaffirmer. pulchritudo vero divinae sapientiae. Saint Thomas formule cela de la manière suivante dans la classique Quinta via: « Nous voyons en effet que des êtres privés de connaissance. comme les corps naturels. d’une manière ou d’une autre. Nous pouvons dire cela dans deux sens. mais en vertu d’une intention qu’ils parviennent à leur fin. ils agissent de la même manière. lequel peut se présenter sous les noms de proportio. ce n’est pas parce que c’est un concept qui n’a pas de place assurée entre les caractéristiques de la beauté. 75 . Ce fait est utilisé par Saint Thomas pour démontrer l’existence de Dieu. Super Io. dans le sens auquel se réfère Saint Thomas dans le texte récemment évoqué: l’ordre manifeste la sagesse de celui qui a fait la chose belle.Avant tout. car lorsqu’une chose qui n’est pas intelligente est ordonnée. cap. ou commensuratio. entre les attributs de la beauté. de façon à réaliser le meilleur .

mais pour découvrir ensuite cet ordre il est nécessaire d’être intelligent.. p. et hoc dicimus Deum. Ergo est aliquid intelligens. 2 ad 3 : Pulchritudo. 264 Cf. «est un resplendissement d’intelligibilité» 262. unde patet quod non a casu. : Videmus enim quod aliqua quae cognitione carent. nous pouvons voir qu’une chose ordonnée « resplendit ». sicut supra dictum est. et proportionem debitam in aliis ordinare. d’une part. l’existence d’une intelligence qui a découvert cet ordre pour pouvoir dire « il existe une chose ordonnée ». La relation de la clarté et de la proportion avec la raison qui ordonne nous pouvons l’apprécier dans un texte que nous avons déjà cité plus haut: « La beauté consiste en une certaine splendeur et exacte proportion qui. De cette manière. 4 ad. elle est claire . operantur propter finem. et cet être qui les ordonne. 1 ad 3. Utrumque autem horum radicaliter in ratione invenitur. 180 a.intelligent. 1. car elle manifeste une intelligibilité interne et nous adresse à une intelligence ordonnée. L’ordre seulement pouvait avoir été constitué par une intelligence. 3 co. – L’autre sens qui nous permettrait de dire que l’ordre manifeste une intelligence. comme le disaient certains textes – « sont déclarées belles les choses qui plaisent quand elles sont regardées »264 et « on dit du beau qu’il est ce qu’il est plaisant de percevoir »265 –. Il y a des choses naturelles qui sont ordonnées à leur fin. d’autre part. Ea autem quae non habent cognitionem. par le seul fait d’être ordonnée. c’est lui que nous appelons Dieu »261. 262 Maritain. Dans ce sens. La phrase « il y a une chose ordonnée » implique. quod apparet ex hoc quod semper aut frequentius eodem modo operantur. avec une clarté qui. Iª q. Cependant. 76 . Donc. il ne semble pas qu’il faille être intelligent pour 261 Iª q. scilicet corpora naturalia. sed ex intentione perveniunt ad finem. comme la flèche par l’archer. 263 IIª-IIae. si l’ordre est une caractéristique de la beauté. 2 a. l’intelligence est nécessaire pour pouvoir découvrir qu’une chose est belle. q.642. Intelligence de celui qui découvre l’ordre. non tendunt in finem nisi directa ab aliquo cognoscente et intelligente. ad quam pertinet et lumen manifestans. op. est celui selon lequel l’ordre d’une chose peut être découvert seulement par un être intelligent. 265 Cf. Iª-IIae q. sicut sagitta a sagittante. si nous considérons seulement la beauté comme ce qui est délectable à la vue.cit. 5 a. qui doit instaurer la clarté et la proportion »263. nous pouvons dire que l’ordre et la clarté d’une chose sont intimement liés: La chose belle. 27 a. ut consequantur id quod est optimum. radicalement. le fait qu’une intelligence l’a ordonnée et. consistit in quadam claritate et debita proportione. au dire de Maritain. se trouvent dans la raison. a quo omnes res naturales ordinantur ad finem.

4 ad 3 : Et ita in nobis est delectatio non solum in appetitu sensitivo. ni ne nous sont pas toutes communes avec les animaux. même si les hommes et les animaux expérimentent de délectations et même si les hommes et les animaux voient. ainsi. Comme dit Saint Thomas. Mais ils ne peuvent pas se délecter en elles en tant qu’elles sont belles. commun à nous et aux anges. in quo communicamus cum Angelis. en nous il n’y a pas seulement une délectation qui nous est commune avec les « brutes » (animaux irrationnels). et en plus ils peuvent se délecter en elles. il semblerait que les animaux pourraient percevoir la beauté des choses belles. 2 ad 3 : Pulchritudo. 77 . in quo communicamus cum brutis. mais aussi une délectation qui nous est commune avec les anges: « La délectation existe en nous non seulement dans l’appétit sensitif. »268 Les animaux peuvent voir les choses belles. Utrumque autem horum radicaliter in ratione invenitur. Et. Pourtant. 268 IIª-IIae. Il y a certaines délectations qui exigent l’ingérence de la raison. mais en tant qu’elles sont agréables au tact ou pour l’alimentation: « Les plaisirs des sens autres que le toucher se manifestent différemment chez les hommes et chez les autres 266 Iª-IIae q. sed etiam in appetitu intellectivo. sicut supra dictum est. Si la beauté est ce qui délecte la vue.percevoir la beauté. 91 a. »267 Et quel est l’élément qui permet à l’homme de pouvoir se délecter dans la beauté des choses. 31 a. 3 ad 3 : Solus homo delectatur in ipsa pulchritudine sensibilium secundum seipsam. En utilisant un texte que nous avons cité plus haut nous pouvons dire que la beauté se trouve dans la raison: « La beauté consiste en une certaine splendeur et exacte proportion qui radicalement se trouve dans la raison. ce à quoi les animaux n’ont pas accès même lorsque certains d’entre eux ont le sens de la vue plus développé que le nôtre ? Nous trouvons la réponse dans l’élément qui nous distingue des « brutes » : la raison. q. consistit in quadam claritate et debita proportione. 180 a. les hommes pouvant expérimenter cette délectation et non les animaux. et proportionem debitam in aliis ordinare. 267 Iª q. mais seulement avoir la capacité d’expérimenter une délectation. »266 Ce fait permet que. ad quam pertinet et lumen manifestans. cela signifie que le plaisir dont on parle ici est lié à la raison. les délectations ne sont pas toutes sensibles. mais aussi dans l’appétit intellectif. seul l’homme peut se délecter dans la beauté de ce qu’il voit: «Seul l’homme se délecte dans la beauté de l’ordre sensible par la beauté même. celle-ci ayant pour mission d’ordonner les choses avec clarté et proportion. qui nous est commun avec les brutes.

1. . au contraire. le chemin d’ascension vers Dieu peut se faire en prenant comme point de départ la beauté de choses. mais aussi à cause de la convenance des sensations qu’ils donnent eux. perçoivent les choses telles qu’elles sont. les autres sens que le toucher procurent des plaisirs non seulement en référence à celui-ci.) delectationes aliorum sensuum aliter se habent in hominibus. on pourrait adapter l’argument de la Quinta Via par un recours à la beauté des choses. à partir de l’ordre des choses. sed etiam propter convenientiam sensibilium. nous pouvons remonter jusqu’à son ordonnateur.. q. 270 Umberto Eco. mais en référence à la nourriture. p. 13. 20 et de Sagesse 13. 5. ne possèdent pas le sens du Beau. c’est à la créature humaine que revient l’aptitude à le reconnaître ». 4 ad 3 : (.270 Réflexion autour de la Quinta Via. 141 a. 94 a. 4 co. les sens ne procurent de jouissance qu’en référence à ce qui se rapporte au sens du toucher. sicut leo delectatur videns cervum vel audiens vocem eius. Comme nous l’avons vu ci-dessus. Même en admettant que le Beau existe objectivement. et qui. et aliter in aliis animalibus. dans une certaine mesure. 271 Cf. Sg. »269 En commentant ce texte. ce plaisir supérieur n’appartient en propre qu’à l’animal doué de raison. op..cit..63-65. Chez ces derniers. comme un passage du livre de la Sagesse utilisé par Saint Thomas semble le faire: « Car de même que l’art se manifeste au moyen des oeuvres de l’artisan. et en s’inspirant des textes de Romains 1.animaux. 78 . Umberto Eco dit que « les animaux qui sont en quête d’un bien qui leur est propre. Homo autem delectatur secundum alios sensus non solum propter hoc.mêmes.A partir de ces deux manières de mettre la beauté en relation avec l’intelligence. IIª-IIae q. In aliis enim animalibus ex aliis sensibus non causantur delectationes nisi in ordine ad sensibilia tactus. en voyant les oeuvres. Chez l’homme. Ainsi. ainsi la sagesse de Dieu est elle-même 269 IIª-IIae. propter cibum. ainsi le lion a du plaisir à voir le cerf ou à entendre sa voix. nous pouvons reconnaître l’artisan271. en effet.

272 Super Rom. le Créateur de ces choses pourra être vu de manière à être connu’ (Sg. 6: Sicut enim ars manifestatur per artificis opera. 5) »272. XIII. 3 co. Ces prémisses étant acceptées. donné par un autre.manifestée au moyen de ses créatures: ‘Car par la grandeur et la beauté de la créature. 1 l. parce qu’il fut l’auteur de la beauté des choses273 et. 273 En affirmant qu’il y a des choses belles. 13. En premier lieu. Cf. ita et Dei sapientia manifestatur per creaturas. Sap. Ainsi donc. cap. et cet autre ne peut être que Dieu. parce qu’il fut celui qui nous fit intelligents et capables de percevoir cette réalité. Dans l’ordre et la proportion nous reconnaissons un élément intellectuel au sein de la chose belle. alors. on pourrait du seul fait que dans le monde il y ait des choses belles conclure à l’existence de Dieu. 5: a magnitudine enim speciei et creaturae cognoscibiliter poterit creator horum videri.. et que pour percevoir l’ordre d’une chose il faut l’intelligence . si on accepte que pour qu’il y ait beauté il doit y avoir ordre. avec plus de raison encore on devra accepter que pour causer l’ordre d’une chose il faut une intelligence. 79 . Cet élément « rationnel » doit avoir été. en second lieu. Iª q. on reconnaît que celles-ci sont ordonnées. même si celle –ci n’est ni intelligente ni vivante. 2 a.

– La beauté et le bien Pour accéder à la raison formelle de beauté que nous proposerons dans ce chapitre. pulchrum callos. Saint Thomas dit que les concepts de beauté et de bonté sont si intimement liés.CHAPITRE II PROPOSITION POUR ELUCIDER LA RAISON FORMELLE DE LA BEAUTE I. en lui-même il ne dit rien de faux. à savoir: la relation qui existe entre la beauté et la bonté d’une chose. Dans un autre texte.274 Même si ce passage est utilisé par Saint Thomas comme une objection. unde secundum nomen in Graeco etiam propinqua sunt. en grec ils portent le même nom. il est dit que le bon comme le beau suscitent une espèce d’appétence: « Pareillement. quia bonum dicitur calos. 80 . 1 d. 31q. 2 a.. il est nécessaire avant tout de faire attention à un aspect qui n’est pas reflété dans la table des matières. qu’en grec ils sont voisins jusqu’à porter le même nom: « Toutes les choses désirent le beau et le bon. tout ce qui suscite une espèce d’appétence 274 Super Sent. lib. mais qui est présent dans la majeure partie des textes où la beauté est mentionnée. si le bien est ce que toutes choses désirent. nous pouvons dire que dans le Commentaire sur les Noms Divins de Saint Thomas. car le bon se dit Kalòs et le beau Kallòs ». 1 arg. le mot pulcher apparaît soixante dix fois directement associé à celle de bonum. Seulement à titre d’exemple. 4: Omnia pulchrum et bonum appetunt. parce qu’il peut être facilement mal interprété. car il est certain que le bon et le beau attirent.

4. Saint Thomas affirme à un autre endroit: « Que l’appétit trouve son aboutissement dans le bon. nom. parce qu’il est inclus dans l’espèce du bon. la paix et le beau.275 Du moins matériellement. et pour le beau. car peu de temps avant il était dit que le beau se trouvait inclus dans l’espèce du bien. appetit simul et pulchrum et pacem: pulchrum quidem. de quibus etiam in hoc cap. la paix et le beau peuvent être formellement des choses distinctes. cum bonum sit quod omnia appetunt. Ensuite. le beau et le bon sont identiques: si l’appétit désire le bon. : Item. avec des « choses différentes » on fait référence ici seulement à des sujets matériels différents. quod in ratione boni includitur. le dire d’une manière encore plus hardie. Nous pouvons. assurément. quod appetitum terminari ad bonum et pacem et pulchrum. nous ne sommes pas en train de nier que le bon. Dans ce sens. in quantum est in seipso modificatum et specificatum. ne peut pas être interprétée comme une identification absolue du bon et du beau. ressent de ce fait de l’appétit pour le beau ». Ex hoc enim ipso quod aliquid appetit bonum. q. Unde quicumque appetit bonum.semble appartenir à l’espèce du bon: et en effet sont de cette nature et la lumière et la beauté. 22 a. dont il traite aussi dans ce même chapitre ». ressent de ce fait de l’appétit pour le beau. 276 Cf. il st légitime d’affirmer que toutes les choses désirent le beau et le bon. c. dans un certain sens. sans qu’elle soit fausse pour autant : « Le beau et le bon sont identiques»276. 27 a. affirme Umberto Eco. 1 ad 12 : Ad duodecimum dicendum. agit. avec Saint Thomas. non est eum terminari in diversa. Au début. Iª-IIae q. et dans la paix. sed bonum addit ordinem perfectivi ad alia. lec. 1. D’où il suit que quiconque ressent de l’appétit pour le bon. La dernière phrase. quaecumque de se important appetibilis rationem. 277 De veritate. ne veut nullement dire qu’il aboutit à des choses différentes. «Cette quaestio. la caractéristique propre 275 In De div. ad rationem boni pertinere videntur. il insiste sur le fait que. appetit hoc ipso pulchrum. 1 ad 3. cela ne signifie pas qu’il désire des choses différentes. en avançant que l’appétit n’aboutit pas nécessairement à des choses différentes. De même. Car. il n’y a pas de problème pour dire que le bon et le beau coïncident. par le fait même que quelque chose ressente de l’appétit pour le bon. celle qui dit que « quiconque ressent de l’appétit pour le bon. dans la mesure où il se trouve en luimême modifié et spécifié. 81 . Cependant. et dans le beau. elle ressent de l’appétit pour le beau et pour la paix. »277 Ce texte est très important pour notre propos. Autrement dit. mais le bon ajoute un ordre de perfectibilité aux autres choses. attribue au Beau une position subordonnée d’identification avec le Bon. huiusmodi autem sunt lumen et pulchrum.

280 Super Sent. parce qu’il perfectionne la faculté de connaître à titre d’object de délectation. aussi le vrai est appétissant. s’il est bien vrai que le beau et le bon sont identiques quant au sujet. p. 282 In De div. note 57. n’est pas alors d’être appétissante 281 mais d’être claire. 5. nom. car ce n’est pas cela qui distingue la beauté du bon. par sa raison 278 279 Umberto Eco. nous allons citer le texte de la Prima Secundae questio 27. ordinem ad vim cognoscitivam illud esse huiusmodi. le beau vient surajouter au bon certaine disposition à une vertu cognitive qui le désigne comme étant d’une sorte particulière ». Ce terme de « clarté » est utilisé ici d’une manière particulière. si le beau est appétissant c’est en raison de sa bonté. lec.. » 280 La raison propre de la beauté. »279 Mais si bon est ce que tous désirent.. et le beau aussi est désiré. La clarté dont il est question ici ne porte pas forcément sur une certaine couleur adéquate. lib.. La nuance ici utilisée fait appel plutôt à une intelligibilité de la chose: « Mais. comme le bon est ce que toutes les choses qui existent désirent. car tant la clarté que la consonance sont contenues dans le mode du bon. 1 d. op. op. De cette manière. 4. Maritain. et ne diffèrent que par la façon dont on les considère. d’incluire à ce titre spécial.47.282 Pour préciser le sens utilisé par Saint Thomas sur cette clarté appartenante à la raison propre du beau. note 57.du Beau (est in seipso modificatum et specificatum) est incluse dans la ratio boni. mais diffèrent quant à la notion (comme le vrai et le bien).cit. 356 : Quamvis autem pulchrum et bonum sint idem subiecto. quia tam claritas quam consonantia sub ratione boni continentur. p. c. en effet. 2 a. car tous les deux le sont.cit. Mais selon sa raison propre. étant donné que ces caractères se trouvent aussi inclus dans le bon.cit.744. 31 q. ils diffèrent néanmoins du point de vue conceptuel: en effet. tamen ratione differunt: nam pulchrum addit supra bonum. En effet. il lui appartient. dans sa notion même. qu’est ce qui en définitive distingue le beau du bon ? Pour le moment nous savons au moins que cela ne peut pas être le fait d’être appétissant. le beau possède la clarté.. 82 . n. 281 « Ce qui n’empêche pas le beau. op. p. comme le dira Saint Thomas dans un texte du Commentaire sur les Sentences qui nous révélera enfin la notion qui appartient proprement à la beauté : «Le beau n’a pas raison d’appétibilité si ce n’est dans la mesure où il revêt l’aspect du bon. 1 ad 4: Pulchritudo non habet rationem appetibilis nisi inquantum induit rationem boni: sic enim et verum appetibile est: sed secundum rationem propriam habet claritatem. qui reprend le problème du beau et du bien et qui le résout : « Le beau et le bon sont identiques. »278 En commentant ce même texte. De plus.744). un rapport à l’appétit » (Maritain. Maritain dit que « le beau et le bien coïncident alors matériellement.

mais pas seulement grâce à la perfection de son être. 2 co. possède la clarté. 83 . lib. il est vrai que cette clarté pourrait s’identifier à la couleur – car «la vue est satisfaite par de belles couleurs »284 –. apaise l’appétit. sola ratione differens. 1 a. et pour autant qu’il est connu. quendam ordinem ad vim cognoscitivam. q. car les choses se manifestent en tant que belles seulement une fois connues. à ce qui permet que la chose soit connue. En revanche. le bon attire grâce à la perfection de son être.de bien. tandis qu’on dit du beau qu’il est ce qui est plaisant de percevoir. Super De div. mais aussi lorsqu’il est connu. (. il faut comprendre la « clarté » quand on dit qu’elle est propre à la beauté. (De pulchro et bono). »283 Dans ce texte. de ratione boni est quod in eo quietetur appetitus. ita quod bonum dicatur id quod simpliciter complacet appetitui. sed ad rationem pulchri pertinet quod in eius aspectu seu cognitione quietetur appetitus. 283 Iª-IIae q. mais le beau est ce qui dans la vision ou connaissance duquel l’appétit s’apaise (. on fait référence à ce que possède une entité pour apaiser l’appétit. pulchrum autem dicatur id cuius ipsa apprehensio placet.) Et ainsi il apparaît évident que le beau ajoute au bon certain rapport à la vertu cognitive. 27 a. le beau. en parlant de manière plus universelle. pour sa part.. les différences entre le bien et le beau sont bien marquées et nous est révélé le sens dans lequel se disait que le beau selon sa raison propre. formellement. 1 ad 3: Pulchrum est idem bono. Dans ce sens. La beauté ajoute à la bonté un rapport avec la connaissance. 1 cap. Le beau. la clarté fait référence à « la splendeur de la forme »285. est ce qui apaise l’appétit quand il est vu ou connu. 284 Compendium theologiae. Le bon est ce qui est désiré par toutes les choses existantes. 165: Visus delectatur in pulchris coloribus. Cependant. Quand on utilise « clarté » dans ce sens. En parlant de la perception sensible..) Et sic patet quod pulchrum addit supra bonum. Pour l’exprimer autrement.: Dicendum quod pulcrum in ratione sui plura concludit: scilicet splendorem formae substantialis vel actualis supra partes materiae proportionatas et terminatas).. nom. en sorte que l’on dit du bon qu’il est ce qui plaît spécialement à l’appétit. Cum enim bonum sit quod omnia appetunt. tout comme le vrai est intelligible grâce à la perfection de son être. d’apaiser le désir.. 285 « La beauté est le resplendissement de la forme sur les parties proportionnées de la matière » (Albertus Magnus.

et propter hoc bonum laudatur ut pulchrum. ils diffèrent par la façon dont ils sont considérés: « Le bien concerne l’appétit. En plus de ces textes. quod omnia appetunt. (…) on dit du beau qu’il est ce qu’il est plaisant de percevoir. on est parvenu à la raison formelle du beau: « Le beau est ce qui est agréable à la vue ». pulchrum autem dicatur id cuius ipsa apprehensio placet. 27 a. 5 a. scilicet super formam.) Et ainsi apparaît à l’évidence que le beau ajoute au bon certain rapport à la vertu cognitive. 145 a..: Sed ratione differunt. 4 ad. car l’appétit est une sorte d’élan vers la chose même. Pour bien comprendre ce que cette formule essaie de dire. lorsqu’il la compare avec l’honnêté: IIª-IIae q. » 288 Saint Thomas énonce ainsi la raison formelle de la beauté: « ce qui plaît quand il est regardé ». s’y référant à 286 Iª q. (. En revanche.) quia super eandem rem fundantur. 1: in ipsa apprehensione apparet decorum. « parce qu’ils ont leur fondement dans une même chose. le beau se rapporte à la vertu cognitive: sont déclarées belles en effet les choses qui plaisent quand elles sont regardées.. Tout d’abord. nous réviserons les deux textes qui l’énoncent de manière explicite. 289 Iª-IIae q. le texte reconnaît que le bon et le beau sont identiques dans leur sujet286. 84 . et il a raison de fin. 287 Ibid.II.: (. Le principal texte se trouve dans la cinquième question de la Prima Pars et souligne les différences formelles entre le beau et le bon dont il vient d’être question. ce qui veut dire dans la forme. puisque le bien est ce vers quoi tend tout ce qui est.. 1 ad 3: Ad rationem pulchri pertinet quod in eius aspectu seu cognitione quietetur appetitus. Même si on peut dire que le beau et le bon coïncident matériellement. – Quod visum placet Ainsi. Pulchrum autem respicit vim cognoscitivam : pulchra enim dicuntur. 1: Ad primum ergo dicendum quod pulchrum et bonum in subiecto quidem sunt idem. il existe un troisième qui fait allusion de manière discrète à la notion formelle de la beauté. quendam ordinem ad vim cognoscitivam (. en précisant ce qui distingue le bon du beau. 288 Ibid... on peut revisiter le texte parallèle de la Prima Secundae: « le beau est cela dans la vision ou connaissance duquel l’appétit s’apaise (.. »289 On apprécie dans ce deuxième passage le sens que Saint Thomas voulait donner au syntagme «quand il est regardé». qui figurait sur le premier. Nam bonum proprie respicit appetitum: est enim bonum.. 2 ad.) Et sic patet quod pulchrum addit supra bonum.. et c’est la raison pour laquelle le bon est loué comme beau »287. accipitur ut conveniens et bonum.). Pour mieux la comprendre. quae visa placent.

c’est-à-dire. Saint Thomas affirme qu’il existe deux manières de nommer une chose : selon le sens premier du nom. Pour illustrer cette différence. vide quomodo sapit. En lisant le deuxième texte. 291 Iª q. mais de la perception en général et. vel quomodo est calidum). Iª q. nous citerons un texte dans lequel Saint Thomas traite ce sujet. mais en utilisant un sens qui appartient déjà à la signification du mot. elle peut s’appliquer aux êtres spirituels d’une 290 Cf. ou « regarde comme ça sent bon » ou bien « regarde comme c’est chaud »290. l’acte du sens de la vue. quoniam ipsi Deum videbunt. Quand Saint Thomas dit « regardé». secundum illud Matth. 85 . de toutes sortes de connaissance. sed propter dignitatem et certitudinem huius sensus. encore plus. quand il est perçu par n’importe quel sens ou intellectuellement. secundum usum loquentium. Sicut patet in nomine visionis. Au-delà de ceci. 67 a. V. Pour démontrer que le sens du mot « voir » inclut déjà une référence à toute connaissance et pas seulement à la connaissance sensible-visuelle. 1 co. peut-on dire « regarde comme c’est bon ». lorsque l’on dit que le beau est ce qui plaît quand il est regardé. il est employé pour signifier ce qui nous permet de voir. 1 co: Respondeo dicendum quod de aliquo nomine dupliciter convenit loqui. ad omnem cognitionem aliorum sensuum (dicimus enim. Ainsi. vu que la connaissance sensitive d’une âme intellective est pénétrée par la raison. secundum usum nominis. Cependant. le mot visio peut aussi s’appliquer à la connaissance intellectuelle291. car dans la seule vision sensible de l’homme se trouve toujours l’intelligibilité. vel quomodo redolet. Ce mot signifie avant tout. dans le langage courant le mot « visio » est utilisé pour se référer à la connaissance de tous les autres sens. secundum primam eius impositionem. il s’étend ensuite à n’importe quelle autre connaissance. Saint Thomas se sert précisément de l’exemple du mot vision – visio –. extensum est hoc nomen. Pour cette raison. il faut interpréter le mot « regardé» dans le sens large du terme. 67 a. car celui-ci. alio modo. Si nous prenons la lumière dans son sens premier. Il ne le fait pas d’une manière métaphorique. ou selon l’usage le plus courant. S’il fallait choisir. incluait déjà ce que le deuxième explicitait. à cause de sa noblesse et de la certitude que le sens de la vue donne à l’homme. Cela ne veut pas dire que le deuxième texte ait une portée plus universelle que le premier. uno modo. quod primo impositum est ad significandum actum sensus visus.quelque chose de plus large qu’à la simple vision sensible. en se référant à la vue ou au regard. on note qu’on ne parle plus seulement du regard. dit Saint Thomas. nous conserverions le mot « connu ».: et ulterius etiam ad cognitionem intellectus. il est donc en train de se rapporter à la connaissance en général. beati mundo corde. Il en va de même avec le mot « lumière » : « Premièrement.

lorsqu’il est connu. apaise l’appétit ». il ne serait pas possible d’affirmer que seulement l’homme est capable de jouir de la beauté294.manière seulement métaphorique. q. III. Pour élucider le rôle qu’accomplissent ces trois éléments dans la définition de la beauté nous pouvons nous demander ce qui serait nécessaire à la chose pour que l’on puisse la considérer comme belle. C’est pourquoi. postmodum autem extensum est ad significandum omne illud quod facit manifestationem secundum quamcumque cognitionem. on devra chercher les éléments qui sont requis dans la chose connue pour causer le plaisir de l’appétit sensitif et intellectif . 293 Cf. proportion et clarté dans la raison formelle. Iª q. Si la raison formelle du beau est «ce bien qui. Si autem accipiatur secundum quod est in usu loquentium ad omnem manifestationem extensum. 141 a. metaphorice in spiritualibus dicitur. – Intégrité. Comme on le verra. c’est-à-dire. proportion et clarté dans la raison formelle de beauté? Ces attributs. ut Ambrosius dicit. apaise l’appétit. 86 . connu. comme il est le plus usuel. Si ergo accipiatur nomen luminis secundum suam primam impositionem. IIª-IIae. en excluant une référence au sens du toucher293. connu. plaît. semblent être oubliés en faveur d’une raison formelle présente dans un petit nombre de textes. quel rôle accomplissent les attributs d’intégrité. ces trois caractéristiques participent activement de la raison formelle de la beauté. sans être elles-mêmes cette raison formelle. 3 ad 3 : Solus homo delectatur in ipsa pulchritudine sensibilium secundum seipsam. sic proprie in spiritualibus dicitur. Si ce qui est beau est ce qui. 292 Ibid : Nam primo quidem est institutum ad significandum id quod facit manifestationem in sensu visus. »292 Il faut conclure de ces textes que la raison formelle de la beauté est « ce qui plaît à la vue » en considérant « plait » comme faisant référence à l’appétit sensitif ou intellectif proprement humain. alors il peut être appliqué aux êtres spirituels au sens propre. 4 ad 3 294 Cf. S’il n’en était pas ainsi. qui étaient les protagonistes de la plupart des textes destinés à définir la beauté. 91 a. mais si on la prend dans le sens le plus étendu. nous pouvons dire que la raison formelle ultime du beau est: ce bien qui.

297 Compendium theologiae. dans la mesure où il est l’unité absolue. splendides – claritas –: « Il faut considérer que le plaisir naît de la possession de l’objet qui est agréable. sicut visus delectatur in pulchris coloribus. bien proportionnées – proportio – et. unité et clarté absolue. 165 : Rursus considerandum est. nam et sensus ratio quaedam est. 1 cap. 4 ad. et gustus in suavibus saporibus. 87 . car même s’il est la perfection. en effet. qui maxime cognoscitivi sunt. chacun de ses sens. laquelle laisse transparaître la « splendeur de sa forme » à l’intelligence de celui qui la contemple. Dans le cas de la vue. delectatio generatur. 1 ad 3 : Unde et illi sensus praecipue respiciunt pulchrum. car même le sens est une sorte de raison. surtout. 296 Iª q. surtout. nous parlons. de beaux spectacles et de belles musiques. spirituel ou matériel. 27 a. sont les plus proches de la raison: « Les sens les plus intéressés par la beauté sont ceux qui procurent le plus de connaissances. comme la vue est satisfaite par de belles couleurs ». clarté – peuvent s’appliquer à n’importe quel type de réalité298. en rendant agréable leur connaissance. la proportion. lib. Dans ce cas.Les appréhensions sensibles les plus parfaites. car la faculté cognitive se réfère à ce qui est « un ». dicimus enim pulchra visibilia et pulchros sonos. scilicet visus et auditus rationi deservientes. 1: Sensus delectatur in rebus debite proportionatis. Ainsi donc. ceci aura lieu face aux choses parfaites dans leur taille – integritas –. la clarté. car elle fait référence à l’intelligibilité de la chose. se reposera dans ce qui lui est connaturel. sa proportion est particulière. comme la vue et l’ouïe mises au service de la raison . et omnis virtus cognoscitiva. nous devons nous référer aussi à trois aspects: l’intégrité ou unité. De cette manière nous voyons que ces trois éléments – intégrité. qui est un élément rationnel de la chose. comme en des choses qui lui sont semblables. et. sicut in sibi similibus. quod ex apprehensione convenientis. 298 Le cas de Dieu est particulier. dans le sens qu’il est le plus intelligible quoad se. proportion.297 Il se passera la même chose avec l’appréhension intellective car l’intelligence trouvera son repos en ce qui lui est connaturel. 5 a. »295 Ses sens éprouveront de la délectation « dans les choses convenablement proportionnées. celles qui donnent le plus de plaisir et qui sont capables de capter la beauté. comme toute vertu cognitive »296. 295 Iª-IIae q.

lib. il semble que nous définissons la beauté à partir du sujet uniquement.. clarté. 1 ad 4: Pulchritudo non habet rationem appetibilis nisi inquantum induit rationem boni: sic enim et verum appetibile est: sed secundum rationem propriam habet claritatem. De nouvelles pistes pour trouver la raison formelle du beau s’annonçaient lorsque l’on considérait les relations existantes entre la bonté et la beauté. Tandis que le sujet n’éprouve pas de plaisir face à la connaissance d’une chose bonne.. de manière explicite ou tacite. pulchrum autem dicatur id cuius ipsa apprehensio placet. Néanmoins. et intégrité. 2 a. Ce fait est problématique. Cum enim bonum sit quod omnia appetunt.. c’est au cours de cette analyse que sont apparues certaines clés qui allaient nous guider vers notre objectif: «selon sa raison propre. À partir du moment où l’on a établi le fait que la raison formelle de la beauté est « ce qui plaît lorsqu’il est connu». de ratione boni est quod in eo quietetur appetitus. (. nous avons eu quelques difficultés à déclarer notre enquête aboutie. nous nous trouvons face à un conflit entre la dénomination du côté du sujet et la dénomination du côté de l’objet. quendam ordinem ad vim cognoscitivam. sed ad rationem pulchri pertinet quod in eius aspectu seu cognitione quietetur appetitus. ita quod bonum dicatur id quod simpliciter complacet appetitui. car il semblerait que les choses sont « belles » à partir de notre propre délectation seulement.) Et sic patet quod pulchrum addit supra bonum. 1 d. il est impossible de l’appeler « belle ». nous avons rencontré une multitude d’éléments qui pouvaient être classés en trois rubriques: proportion. S’il en était 299 300 . 27 a. 31 q. 88 . 300 Iª-IIae q. le beau possède la clarté. 1 ad 3: Pulchrum est idem bono. C’est ainsi que nous sommes parvenus à établir finalement une probable raison Super Sent. sola ratione differens. En effet.»299 Et «le beau est ce qui dans la vision ou connaissance duquel l’appétit s’apaise » formelle du beau : «Ce qui plaît à la vue ». Même si ces trois éléments étaient toujours présents.CONCLUSION DE LA DEUXIÈME PARTIE Après avoir révisé tous les textes de Saint Thomas se référant à la beauté.

De plus. Ceci est contradictoire avec le fait que Dieu est le Beau suprême. »304 Ainsi. car chacun d’entre nous considèrerait que ce qui lui produit le plus de plaisir est le plus beau. Saint Thomas affirme que la vérité se trouve proprement et formellement dans l’intellect301 et depuis ce dernier nous appelons « vraies » les choses : « il est nécessaire que la raison formelle de vrai passe à la chose par dérivation. Pour résoudre ce paradoxe. dans la connaissance. Et encore : « On dira donc qu’une chose est vraie.16 a. nous nous trouverions face à une dénomination de la beauté du côté de l’objet seulement.: necesse est quod ratio veri ab intellectu ad rem intellectam derivetur ut res etiam intellecta vera dicatur. l’être des choses précède la vérité . Ibid.ainsi. non veritas eius. ad. 301 302 Cf. en tant qu’elle est en rapport avec l’intelligence »302. on peut dire que. 89 . il n’existerait pas de critères objectifs de beauté. Dans le premier article de cette questio. nous aurons recours à la Questio X I. Cependant. Si la délectation n’est pas présente. causat veritatem intellectus. Dans ce cas. Après avoir établi cela. Iª q. absolument parlant. 3: Et similiter esse rei. De Veritate de la Prima Pars. de sorte que cette dernière soit dite vraie. Afin d’éviter ces problèmes nous aurions pu préférer comme raison formelle de la beauté celle de la clarté. Elle sera d’une grande importance pour éclaircir notre problème : « C’est l’être de la chose.1c: Sic ergo veritas principaliter est in intellectu. une certaine opposition apparaît entre cette raison formelle et le texte qui affirme que le caractère propre de la beauté est la clarté. nous ignorons le pourquoi d’une chose belle. et non sa vérité. en incluant aussi les éléments de proportion et d’intégrité que Saint Thomas nomme comme propres aux choses belles. l’être de l’arbre précède à sa connaissance. par comparaison avec l’intelligence dont elle dépend »303. qui cause la vérité dans l’intelligence. 303 Ibid: Unde unaquaeque res dicitur vera absolute. elle aussi. car la beauté s’identifierait à la bonté. cette solution n’est pas non plus admissible. 304 Ibid. secundum ordinem ad intellectum a quo dependet. Saint Thomas lance sa fameuse affirmation sur la relation de l’être avec la vérité dans la dernière solution des objections. car il arrive à la beauté une chose similaire à ce qui arrive à la vérité.

la dénomination d’une chose comme « belle » passe de l’intellect à la chose. sont ce dont consiste formellement la beauté de la chose. et omnis virtus cognoscitiva. 1: Sensus delectatur in rebus debite proportionatis. Dans le premier cas. dans ce cas. par comparaison avec l’intelligence dont elle dépend »305. nous permettra de retrouver les éléments rationnels que la chose possède pour la perfection de son être. « car même le sens est une sorte de raison. tels que la proportion. on peut considérer. on devra la considérer dans son rapport avec la connaissance : « On dira donc qu’une chose est vraie (et. S’il n’avait pas de repos dans la contemplation de cette chose. Tout comme la vérité. 90 . Pour connaître la définition de la vérité « absolument parlant ». D’ailleurs. 306 Cf. Les éléments propres à la beauté de la chose. l’intégrité et surtout la clarté. 4 ad. Cette considération. Il est vrai que l’on peut considérer une définition de la beauté. Mais. la délectation des premiers participe déjà à celle du second. secundum ordinem ad intellectum a quo dependet. dans le second cas. il faut la considérer dans son rapport avec la connaissance. De la même manière que les sens éprouveront de la délectation dans les choses convenablement proportionnées. nous ajoutons. à proprement parler. car.Suite à ces textes. en vertu desquels l’intellect se repose. ou en fonction de la chose ou en fonction de l’âme qui la contemple. sicut in sibi similibus. on ne saurait pas pourquoi on l’appelle « belle ». on pourra dire que la beauté dans la chose est sa clarté (ou. afin d’élucider sa raison formelle dans un sens absolu. absolument parlant. « belle »). Avec la beauté il se passe la même chose qu’avec la vérité. dans un autre sens. Iª q. « la clarté de sa proportion et de son intégrité »). on considérera non pas « la raison formelle de la beauté ». que la beauté se trouve dans la chose même. Néanmoins. nam et sensus ratio quaedam est. nous constatons que la dénomination d’une chose dite « vraie » passe de l’intellect à la chose. Comme pour la vérité. 305 Ibid: Unde unaquaeque res dicitur vera absolute. l’intellect trouvera son repos en ce qui lui est connaturel. si l’on veut bien. comme avec la vérité. mais la beauté de la chose. comme toute vertu cognitive»306. en tout cas. 5 a. la définition en fonction de l’âme qui contemple nous intéressera davantage.

causat veritatem intellectus.307 De la même façon que l’or est vrai or. ad. On dénomme « beau » ce qui complaît l’appétit. il faut remarquer que si la raison formelle ultime de beauté est quod visum placet. nous ne l’affirmons en tenant compte d’un sujet limité. Il faut souligner que. au sein d’elle-même. Ainsi. Tout comme avec la vérité. même avant d’être appelé « vrai ». Par son être. et non sa beauté. mais manifestent aussi quelque chose de plus de ce qu’elles sont. on peut dire que si quelque chose est beau il l’est par son être. S’il n’avait pas de repos ou de plaisir dans la contemplation de la chose. c’est l’être de la chose. la chose se dénomme « belle » car. les choses sont déjà belles pour la seule raison d’être. non veritas eius. Finalement. qui cause la beauté dans l’intelligence. la chose possède déjà quelque élément qui lui permettra d’être appelée « belle ». on ne saurait pas pourquoi celle-ci est «belle». dans un sens absolu. même si elles ne sont pas appelées « belles » jusqu’au moment de plaire à un étant doté de raison. 91 .Néanmoins. Le sujet de quod visum placet est l’étant rationnel. elle plaît. 307 Ibid. de toutes façons. en possédant ces attributs. La première dénomination du beau est dans l’intellect. les choses sont. 3: Et similiter esse rei.

qui en tant qu’être immatériel ne peut pas être beau de manière sensible. la multiplicité de choses dont la qualification de « beau » se prédique. Dans un deuxième temps. après avoir trouvé les raisons pour lesquelles le corps d’un homme est beau – à savoir. pour aboutir ensuite au problème de savoir quelle est la raison formelle « une » qui autorise cette prédication –pourvu qu’il y en ait une. il semblait que la réponse devait être négative. est-ce que nous pouvons dire qu’elles le soient de la même manière. qui partage avec le monde une beauté sensible. la problématique qui a commandé notre enquête ressortait de façon évidente : si les réalités sensibles peuvent être aussi belles que les réalités spirituelles. Par exemple.CONCLUSION Notre parcours au travers de quelques textes issus de la méditation thomasienne autour du beau nous a amené à faire ressortir. mais qui possède en outre une beauté spirituelle. de manière ascendante: Tout d’abord nous avons analysé les différents types d’étants qui peuvent être appelés beaux d’une manière sensible. Finalement nous avons pris en considération la beauté de Dieu. c’est-à-dire le monde matériel et tout ce qu’il contient. on a envisagé une réalité plus complexe : l’homme. celle du corps. intégrité et grande taille – il semblait impossible d’appliquer ces mêmes raisons pour justifier la beauté de son âme. celle de l’âme. Ainsi. c’est-à-dire. nous avons commencé par classer tous les types de beauté que nous rencontrons dans l’oeuvre de Saint Thomas. proportion. en employant la même raison formelle de « beauté »? Au premier abord. Au fil de cette recherche. Cela portait à croire que la beauté 92 . en premier lieu.

en vue d’éclaircir ce conflit dans les acceptions du « beau ». mais étant lui-même superpulcher et le beau supra substantiel. Finalement. soit à croire à l’existence d’une seule beauté restreinte au domaine matériel et applicable aux réalités immatérielles seulement d’une manière métaphorique. Tous ces éléments entretenaient un rapport conflictuel avec l’existence d’une beauté immatérielle. après avoir observé les principaux traits que nous offrait ce tableau. l’une sensible et l’autre immatérielle . au point que nous étions acculés. est-il possible d’établir un lien d’unité entre les deux types de beauté? C’est ainsi que nous arrivions à la deuxième partie de notre recherche. Ensuite. qu’il s’agisse du matériel ou du spirituel. dans le but de trouver. la beauté immatérielle de Dieu et la beauté à la fois sensible et spirituelle de l’homme. ni non plus d’une façon extrinsèque. car nous ne pouvions pas dire que Dieu soit beau seulement d’une manière métaphorique. l’harmonie. clarté et intégrité. Ces deux concepts sont très liés tout au long de l’oeuvre de Saint Thomas. la couleur. autant que possible. une raison formelle unique pouvant s’appliquer partout. ceci n’était pas admissible. ce qui était à la fois utile et problématique: nombre d’entre elles paraissaient relever de critères prima facie bornés à l’ordre du sensible. où l’on a divisé les diverses caractéristiques de la beauté en trois grandes rubriques : proportion.s’applique à un seul des deux domaines. Tous les deux suscitent une espèce d’attirance et. et même la magnitude. Dans toute l’oeuvre de Saint Thomas nous pouvions déceler beaucoup de pistes et de références. nous avons voulu classifier tous les textes pertinents dans un tableau. on est parvenu à la confrontation de la beauté avec la bonté. soit à admettre l’existence de deux types distincts de beauté. on peut dire qu’ils 93 . Cependant. tandis que l’autre domaine serait dit « beau » seulement d’une manière secondaire et métaphorique. d’un point de vue matériel. pour passer en revue les différentes définitions et éléments que Saint Thomas considère comme constitutifs de la beauté. seulement en tant que cause de toute beauté. Une fois considérée la beauté sensible du monde. la splendeur. comme la lumière.

et le texte où Saint Thomas précise l’usage du mot ‘vision’. l’homme. dans sa duplicité de corps et d’âme . se rapporte à la vertu cognitive: sont déclarées belles. » 308 . ils sont distincts. les choses qui plaisent quand elles sont regardées. (. on découvrait le rôle de la proportion. connu. et Dieu. 94 . Pulchrum autem respicit vim cognoscitivam : pulchra enim dicuntur.. pulchrum autem dicatur id cuius ipsa apprehensio placet. Et quel était l’élément présent dans la chose qui lui permettait d’apaiser l’appétit cognitif. 4 ad. A partir de cette différentiation entre bonté et beauté. 1 ad 3 : ad rationem pulchri pertinet quod in eius aspectu seu cognitione quietetur appetitus.s’identifient. qu’elle soit sensible ou spirituelle. on estime que celui-ci possède finalement les caractères qui nous permettent de l’ériger comme la raison formelle du beau. quendam ordinem ad vim cognoscitivam (. en effet. 1 : Sed ratione differunt. connu. il devient possible de parvenir à la raison formelle de beauté: « Le bien concerne l’appétit. dans le sens précisé auparavant. on peut conclure que les réalités intelligibles seront. 5 a. la clarté et l’intégrité. toujours incluses en toute chose belle. cuius ipsa apprehensio placet309. Le beau. et cela d’une manière analogique et non métaphorique. Entre tous les éléments nommés par saint Thomas. Mais formellement. Si le beau est « ce qui. le monde et tout ce qu’il contient.). plaît à la vue ».) Et sic patet quod pulchrum addit supra bonum. 309 Cf. en vertu de l’analogie elle-même. 308 Iª q. dans sa notion stricte.. puisque le bien est ce vers quoi tend tout ce qui est (. 27 a. De la sorte. « ce qui. apaise l’appétit ». quae visa placent. Nam bonum proprie respicit appetitum: est enim bonum. on peut revenir sur tous les éléments étudiés dans la première partie –à savoir. suivant la gradation que l’on retrouve dans toute prédication analogique. Néanmoins. Quae visa placent.. par opposition à la ‘raison commune’ d’un genre. on apprécie la nuance intellectuelle que cette raison formelle comporte. quod omnia appetunt. ce qui nous permet de dire que le beau est. source de toute beauté – pour constater que le beau est légitimement appliqué à n’importe quelle réalité. Iª-IIae q.. voici notre choix. Une fois la raison formelle de la beauté trouvée. de son côté. dans un sens absolu. on verra qu’il existe des choses plus belles que d’autres..).. cette raison formelle doit être utilisée avec analogie de proportionnalité et s’appliquer ensuite à tout ce qui est. une fois connue ? Dans la réponse à cette question. Après avoir considérer l’autre formulation disponible.

et en tant qu’ils sont connus. qui. 95 . on devrait poser la question déjà classique sur la ‘transcendantalité’ du beau. Tout étant. Pour y répondre. il faut reconnaître. 310 Non seulement nous ne donnerons pas une réponse trop rapide à ce sujet. ou non. Maintenant que l’on a trouvé une raison formelle « une ». il faut prendre en compte encore un autre aspect que de l’appartenance d’une caractéristique à toutes choses en tant qu’elles existent. En raison de ceci. il est peut être convenable de voir si elle se distingue des autres transcendantaux. la beauté se trouve plus proprement dans la vie contemplative. C’est pour cela que. alors. qui n’est pas dite métaphoriquement des divers choses (mais avec analogie propre ou de proportionnalité). De même. La raison en est qu’en elles la connaissance se réjouit davantage . un transcendantal. La vertu sera plus belle qu’un corps. comporte une certaine bonté. il est donc vrai qu’on ait pu trouver une raison formelle unique pouvant être appliquée à tous les êtres en tant que tels. et qu’il est possible d’affirmer enfin qu’il existe une seule beauté. que dans la vie active. on peut dire. avant de donner une réponse trop hâtive310. d’une certaine manière on pourrait même affirmer que la beauté est Dieu. induit un certain plaisir pour celui qui la connaît. Mais avant de décider si la beauté est. que ce qui plaît à la « vue » d’une manière suprême est Dieu. que la beauté appartient à n’importe quel étant en tant que tel.plus belles que les réalités matérielles. Toutes les choses belles trouvent en lui la raison de leur beauté et en lui se complaît de façon éminente la « vue ». pas à cette occasion. c’est que la beauté se prédique de tous les êtres : Tous les êtres sont beaux. le premier analogué de la raison formelle établie et la source de toute beauté. ou si elle n’est pas plutôt comprise sous un autre transcendantal. Du moins. mais nous n’apporterons pas de réponse définitive. grâce à laquelle on peut donner raison autant de la beauté des choses sensibles que de celle des choses intelligibles. la chasteté plus belle qu’une oeuvre d’art. quand elle est connue. Par la même raison. c’est là qu’elle trouve son repos. en effet. Ce qu’on peut dire. toujours en vertu de l’analogie. du moins en tant que tel. Néanmoins. surtout celle de Dieu lui-même. en dernier ressort. qui est dans la quiétude suprême de la connaissance de soi-même. Si cette jouissance appartient à la raison formelle de la beauté. il semble qu’on devra accepter que la beauté est un transcendantal.

II-II. proportion et intégrité – apaise celui qui le connaît. il y a quelque beauté. note 66). forme et mesure.180. il y a être. respectivement. elle est aussi et par excellence dans les choses spirituelles. soit dans le bien (comme l’a voulu Cajetan en disant qu’elle était « un analogué particulier du bien ontologique »311). et partout où il y a être. En tout état de cause. q. en faisant écho à Maritain 312 lorsqu’il dit que « la beauté est la splendeur de tous les trancendantaux réunis ». q. a.3) » (Maritain. Partout où il y a quelque chose d’existant. ad. sola ratione differens’ (STh I-II q. C’est essentiellement et par soi que la beauté se trouve dans la vie contemplative (cfr. ad3). la bonté et l’unité – en adoptant. ‘honestum dicitur secundum quod aliquid habet quamdam excellentiam dignam honore propter spiritualem pulchritudinem’ (S.2. q. 312 96 .1. Le bien honnête a une beauté spirituelle. forme et mesure. nous pouvons dire que le beau semble être ce dont la vérité. les formes de lumière.3). In I-II.soit dans la vérité. 311 Cf.145. « S’il est vrai que ‘pulchrum est idem bono. comment le beau ne serait-il pas un transcendantal comme le bien lui-même ? A vrai dire il est la splendeur de tous les transcendantaux réunis. II-II. Cajetan. a.Th.27.Th. La beauté est dans les choses sensibles.: Pulchrum est quaedam boni species. 27 a1. S. a.

» et « Ref »: la première indique le nombre de mentions faites au terme en question dans un ouvrage donné. il suffit de prendre en compte les mentions « Quant. Afin de s’y repérer. leur permettant de se rapporter avec peu d’efforts à l’index de Busa. Ce tableau pourrait s’avérer utile aux futurs chercheurs entreprenant une recherche sur le sujet.TABLE DE RÉFERENCES DE TEXTES SUR LA BEAUTÉ CHEZ SAINT THOMAS Nous présentons à continuation un tableau contenant tous les endroits du Corpus de Saint Thomas qui font référence au couple de termes pulcher/pulchritudo. 97 . l’autre. Busa sous chacune de ces deux entrées. la place qu’elles occupent dans la liste fournie par l’Index Thomisticus de R.

Ad Lect. 30 043 Resp. 36 044 Resp. Analyt. De Art. Vercell. 108 046 Resp. Venetum De Art. Bisuntinum 047 Responsio ad Bernardum 048 Principium Biblicum 049 Breve Principium 050 In Libros de Caelo Et Mundo 051 In Libros de Generatione et Corruptatione 052 In Libros Physicorum 053 Sententia Libri Ethicorum 054 Tabula Libri Ethicorum 055 Sententia Libri Politicorum 056 In Libros Poster. Ad Lect. Ad Lect. Vercell. Creaturis 016 Questiones Disputate De Anima 017 Questiones Disputate De Unione Verbi 018 Questiones Disputate De Virtutibus 019 Quodlibeta I . 42 045 Resp.Oeuvres de Saint Thomas OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM OM Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op Op C C C C C C C C C C 001 In I Sententiarum 002 In II Sententiarum 003 In III Sententiarum 004 In IV Sententiarum 005 Summa Contra Gentiles 006 Autographi Deleta 007 Summae Theologiae Prima Pars 008 Prima Secundae 009 Secunda Secundae 010 Tertia Pars 011 Questiones Disputate De Veritate . – Ref. 041 De Emptione et Venditione 042 Resp. – Ref 12 1-12 12 13-24 4 25-28 35 29-63 13 64-76 3 77-79 16 80-95 18 96-113 31 114-144 3 145-147 1 148 2 149-150 1 151 4 152-155 3 156-158 4 159-162 3 163-165 5 166-170 2 171-172 1 173 2 174-175 16 176-191 3 192-194 98 3 195-197 - Total 20 16 8 47 13 3 30 33 50 8 17 3 1 6 1 4 1 7 1 3 3 9 2 1 4 33 7 12 2 3 1 . Venetum De Art.XI 020 Contra Errores Graecorum 021 De Rationibus Fidei 022 De Forma Absolutionis 023 De Substantiis Separatis 024 Super Decretalem 025 Contra Impugnantes 026 De Perfectione Spiritualis Vitae 027 Contra Doctrinam Retrahentium 028 De Unitate Intellectus 029 De Ente Et Essentia 030 De Principiis Naturae 031 De Motu Cordis 032 De Mixtione Elementorum 033 De Occultis Operibus Naturae 034 De Aeternitate Mundi 035 De Sortibus 036 De Judiciis Astrorum 037 De Regimine Judaeorum 038 De Regimine Principum 039 Compendium Theologiae 040 De Articulis Fidei etc.1 012 Questiones Disputate De Veritate . 057 In Libros Metereologicorum 058 In Libros Perihermeneias 059 In Libros De Anima II et III Pulcher Quant. Ad Lect.2 013 Questiones Disputate De Potentia 014 Questiones Disputate De Malo 015 Questiones Disputate De Spirit. Ad Lect. De Art. 8 1-8 4 9-12 4 13-16 12 17-28 14 29-42 15 43-57 19 58-76 5 77-81 16 82-97 1 98 2 99-100 1 101 1 102 1 103 3 104-106 1 107 3 108-110 4 111-114 2 115-116 17 117-133 4 134-137 9 138-140 2 141-142 3 143-145 1 146 Pulchritudo Quant.

Symbologie: OM: Opera Maiora Op: Opuscula C: Commentaria R: Reportationes DA: Dubiae authenticitatis OA: Opera aliorum. 99 .

Curante Roberto Busa S. . Fromann – Holzboog. (Pour le détail des textes consultés.S. Milan. . 2001.Thomae Aquinatis Opera Omnia cum hypertextibus in CD-ROM.S. . Editoria Ellettronica Editel. Recognovit ac instruxit Enrique Alarcón automato electronico Pampilonae ad Universitatis Studiorum Navarrensis aedes. voir « Recueil de Textes » ci-joint). Thomae Aquinatis Opera Omnia ut sunt in indice thomistico additis 61 scriptis ex aliis medii aevi auctoribus. 1980. ed.BIBLIOGRAPHIE I. Busa. 1992.. I. Thomae de Aquino Opera Omnia. 100 . R.Sources Thomas d’Aquin : .

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.................................32 c...................... modèle de beauté.........................................................................17 I........36 III..........59 DEUXIÈME PARTIE...............................................63 INTRODUCTION......................................................................Précision des termes sur les synonymes latins de pulcher/pulchritudo................ la chasteté et la virginité...............4 II....................25 II.............. ..........................................25 L’HOMME........................... – La vision béatifique....................... .....................................................Danger de la beauté des créatures: l’idolâtrie... le plaisir et l’ordre............................................................................ ....................29 a.......... ...............................La Vierge..........30 b................................Paradigmes de la beauté du corps et de l’âme: Marie et Jésus............................................................................42 IV............................................................................................................................................15 INTRODUCTION..La beauté de l’âme se reflète dans la beauté du corps.....25 I..........................................................................................15 TOUT CE QUI EST BEAU.....45 VI...............TABLE DES MATIÈRES AVANT-PROPOS.............................La grâce....... le plus beau des fils d’Adam........................................................................................................Participation à la beauté de Dieu et à l’ordre................. ........................17 LE MONDE.................................... beauté de l’âme.........17 II.. ............................................................... ......................... ...................................................................................55 DIEU.............................................................. ....................La beauté de la tempérance...........................................................Le corps...........................................11 PREMIÈRE PARTIE..4 I.......................................................................... .................Beauté du monde et de tout ce qu’il contient ......................20 III..........................................................................Christ................................................................................................48 a....................................................................................L’âme..............................................................................................................3 INTRODUCTION........................................................La vertu...........................................................................Présentation du « Recueil de textes sur la beauté »...................La beauté de l’art humain...........................50 CHAPITRE III.............44 V............................48 b................................55 CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE.............................................16 CHAPITRE PREMIER..................................................................................................65 104 .....5 III....................................... .......... .................................. .........................................22 CHAPITRE II............................... ...............................................................64 CHAPITRE PREMIER...........................Problématique et schéma de déroulement.65 LES TEXTES SUR LA BEAUTÉ....................63 TOUT CE QUI EST LA BEAUTÉ.................................................................................... ..................

..............................................Relation entre magno corpore et integritas.... ............................................................I...................................65 II........................................................................75 CHAPITRE II............97 BIBLIOGRAPHIE......73 c........ ...............................................80 I....................................................................................................................................................................72 b..............................100 II...88 CONCLUSION...........................................................................................................................80 PROPOSITION POUR ELUCIDER LA RAISON FORMELLE DE LA BEAUTE................................................................................................80 II.................................. – Intégrité............... – Monographies et articles........ – La beauté et le bien............101 III................................................................................................................86 CONCLUSION DE LA DEUXIÈME PARTIE..... .........Diverses approximations....................................................................................................................................................................................................... – Présence d’un élément rationnel.................... proportion et clarté dans la raison formelle..........Précisions liées au tableau synoptique....................................... ......................................................................70 III..................102 TABLE DES MATIÈRES...........................................................84 III.............................92 TABLE DE RÉFERENCES DE TEXTES SUR LA BEAUTÉ CHEZ SAINT THOMAS...... – Traductions...La présence peu fréquente d’integritas..........................................104 105 ..................... – Quod visum placet...Sources.....................................................................100 I..................Tableau synoptique des éléments constitutifs de la beauté......................72 a...............

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