III

LE GRAND GUVRE D'ALCHIMIE

" Tu acquerras la Gloire de I'Univers Tout Entier. "
HnnuÈs TnIsuÉclsr"r

L'alchimie a été, pendant des siècles, science à la mode. Elle allie la magie à I'astrologie, la Kabbale et les lois de la physique. Elle vient des Grecs et des Egyptiens. Ses inspirateurs officiels étaient Isis. Horus, Hermès, Agathodémon, MoÏse,

la

I'appareil à distiller et le four. Les empereurs byza!tins protégeaient les alchimistes. En Egypte. au vlle siècle. le prince Omniade Chalid Ibn Jazid se rendit illustre par ses expériences d'alchimie. Quant à Platon, son Timée est une des sources les plus importantes de la phy-

Zoroastre. Le célèbre Démocrite la présente dans sa Physique et Mystique comme la science

sique au Moyen Age. L'alchimie était

millénaire des prêtres égyptiens. PIine raconte que I'empereur Caligula voulut fabriquer de I'or. Les Grecs utilisaient

pratiquée en Perse, aux Indes, avec les Sassanides. qui fournirent au monde les plus célèbres astronomes. L'alchimie babylonienne des tablettes d'argile d'Assourbanipal était réputée. On fabriquait
t57

L'ATHANOR ET LE BESTIAIRE DU GRAND GUVRE

(snsrI.e vller.rrrN)

du verre, des métaux, des pierres artificielles.

jeunesse éternelle, la richesse inépuisable,

L'Allemagne du xve siècle a pour livre de chevet des alchimistes Ie Buch der

dicté par I'esprit de la Sainte-Trinité et qui était dédié au burgrave Frédéric

heiligen Dreifaltigkeit, ou Livre de la Sainte-Trinitd, que I'on disait avoir été
de

puissance et également la faculté de fabriquer un être vivant. Les Égyptiens vainquaient la mort. Les Grecs deve-

la

de Nuremberg, premier margrave
Brandebourg, de zollern.

la maison des Hohen-

naient de vrais dieux. Le Grand (Euvre? La réalisation surtout de la Pierre Philosophale par la Nature, en saisissant le secret divin du Créateur qui nous fit naitre et qui régit le monde : I'imiter dans son æuvre grandiose, l'égaler
peut-être.

Depuis trois cents ans, de grands moines avaient pratiqué l'alchimie : maître Albert le Dominicain, Magister Albertus dixit, (la célèbre De Alchemia). Le dominicain italien Thomas d'Aquin, son élève, attaché au pape Alexandre IV et à Urbain IV et Clément V, le Docteur Angélique, reconnut valable I'or des

Philosophorutn, qui rapportait les thèses de Pythagore et des Grecs.

On consultait aussi beaucoup la Turba

L'immense aspiration du Moyen Age, I'immense ambition des plus grands savants, celle d'échapper aux lois de la réalité, de la vie, au-delà de la religion, le transcendantal étant retrouvé dans la matière, et le savant atteignant, captant et utilisant pour lui, I'arcane du magistère
souverain. La Pierre Philosophale, le but du Grand (Euvre des Sages, qu'Hermès appelle

le grand franciscain anglais Roger Bacon pratiqua lui-même la transmutation des métaux. Son Opzs Tertium et sa Scientia Experimentalis font une large part au Grand (Euwe et à la transmutation des métaux. Ne disait-on pas que Bacon sauva plusieurs fois son roi de la banqueroute? Le
pape le protégea personnellement contre

alchimistes. Nous avons exposé que

l'æuwe du Soleil, la vérité philosophique, I'absolu dans I'infini. La panacée universelle. Le but suprême, magistral.

toute accusation de magie, tant qu'il
le put. Le Grand (Euvre? Le profond secret du monde, le mystère de la Nature retrouvée et recréée. la révélation par une philosophie expérimentale secrète, de la formule cosmique d'oir découlaient la lumière et la vérité, la sagesse et aussi la
158

Dans son avidité de la connaissance. sa volonté de découvrir le secret des secrets, selon la réflexion de Paracelse, Johannès Faust se fit le serment d'acquérir cette Pierre Philosophale. Il apprenait que la Pierre est née du vrai mariage du Ciel et de I'Enfer, son nom est Superius et Inferius, ou bien Absolu, ou bien Le Petit Charbon, L'Escarboucle, Le Rubis des Sages; ces noms reviennent constamment dans les écrits
des Adeptes.

Mais fallait-il vraiment faire appel à I'Enfer? Le Feu philosophique menait-il à la vie luciférienne? Igne Natura Renovatum Integra, disaient les alchimistes,

La Nature entière est renouvelée par
Feu.

le

D'oit venait ce feu? Les aichimistes, derrière ies grands

moines, restaient dans ies voies du Christ et ne reniaient rien de leur foi. On lisait dans le Turba : Ploton a écrit dans son euvre d'Alchimie le même message
de

son Art Royai, et que cet écrivain architecte et constructeur. fils soirituel de saint Jacques. prétendait tenir sa formule des

Tout le monde savait qu'à Paris, en piein xrve siècle. Nicolas Flamel s'était enrichi par I'opération du Grand CEuvre,

joie,

aichimistes

que Jean l'Évangëliste, bien
après lui.

juifs d'Espagne. Nous en
basée

longtemps

parlerons plus ioin.

L'alchimie était essentiellement
t.ravaux

invoquaient saint Jean. Le visionnaire apocalyptique passait pour avoir été alchimiste : selon une légende byzantine. il avait transformé en or et en pierres précieuses les galets du bord de la mer. Pourouoi I'Ecriture ne serait-elle pas garnie dès secrets de I'Alchimie? Les sept étages de la fabrication de I'or ne se
devinent-ils pas dans la parole de Matthieu
:

En effet, les soffieurs, à leur fourneau

sur l'expérience personnelle, sur les durs Bacon écrivait : Sine experientia, nihil sfficenter sciri potest. < Sans I'expérience on ne peut rien savoir de précis. > Le mystique illuminé prescrivait la loi de I'expérimentation personnelle. Raymond Lulle, de son côté, dans sa Théorie, a écrit : Tant que tu n'es pas arrivé à une parfaite connaissance de ce que tu recherches, au

du soffieur à son four.

Roger

J'ouvrirai ma bouche en paraboles. Je
leur raconterai les mystères cachës depuis Ie Création (XII, 35)? Angelus Silesius a écrit :

tnoyen d'expëriences répétées, patientes et évidentes. la nqture ne t'invitera pas à t'qsseoir à sa table somptueuse. Ortolanus disait bien, au xrve siècle,
que, mieux que les leçons des professeurs, valaient ie travail assidu, opiniâtre, et la fatigue perpétuelle de I'expérimentateur, celle de la pratique. La vërité par I'expérience. disait Lulle. Tout magicien apprenait donc, avec les alchimistes, cette ioi du travail acharné au four. Nuit et jour, il s'y essayait. Son but? Un rêve presque inaccessible, un désir

Lo divine Alchimie. C'est l'Esprit-Saint qui fond. Dieu le Père dissout Le Fils est la Teinture où l'or se fait plus clair. mique : au xIIIe siècle, en Allemagne. le prieur de Walkenried. Dom Gilbert.
surnommé Abbas Aureus, y consacrait
ses

Beaucoup de reiigieux pratiquaient dans les couvents les expériences du four alchi-

Raymond Lulle confiait ouvertement possédait la Pierre Philosophale, grâce aux formules de la Kabbale. Arnoid de Villeneuve expliquait la science de Ia transmutation par I'action décelée. du

nuits, sans se cacher pour cela.

qu'il

Spiritus.

Il

possédait aussi

la

Pierre.

comme un alchimiste réputé. Il pratiquait Ie mys1p1's spagirique, capable aussi bien de faire de l'or que de guérir le corps
159

grandiose. divin : S'asseoir à la table somptueuse. Le but même de la magie. A Cologne vivait un médecin astrologue que plus d'un magicien allait consulter. Léonard Thurneyssen était considéré

corps l'état liquide. Léonard lui révéla l'(Euf Philosophique, I'encens fumant. les invocations (qu'il publiera dans un livre sur le Grand CEuvre L'Archidoxo). La Chimie. disait-il. venait de Cham. Isaie et Daniel faisaient de I'or. C'est en Égypte qu'Abraham avait appris ce Grand Art. Al-Chimie venait de I'arabe.
Léonard Thurneyssen conseilla à Johannès

humain. Il se flattait de posséder le fameux dissolvant alcaest, qui donne à tous les

liers et docteurs qui sortiraient un jour de son école. A Erfurt, on secu,rait. durement les théologiens : Martin Luther. toujours tourmenté. s'accusera un jour d'avoir hâté le trépas de son maître Jodocus par
ses

révoltes contre la théologie scolastique!

La bibliothèque était magnifiquement
constituée. comme toutes celles des villes universitaires allemandes. de manuscrits enluminés, rehaussés de miniatures. et

d'étudier à fond l'æuvre du célèbre moine
et maître alchimiste Basile Valentin.

de

nouveaux livres imprimés grâce

à

Gutenberg, livres saints. livres juridiques.

les arts libéraux (suspects au clergé); les maîtres choisis s'appelaient Cicéron, Virgile, Tite-Live, dont on soulignait les conseils. ies maximes pour la vie à venir. C'est là que vint se former le jeune Martin Luther, arrivant de l'école d'Eisenach, oir il avait appris la grammaire avec le maître Trébonius, dont on rapporte qu'il avait coutume de faire ses leçons tête découverte, pour honorer les chance160

Johannès se rendit donc à Erfurt. Mutianus Rufus I'y a rencontré en l5l4 : il y est nommé professeur et va faire un cours d'humanités extrêmement briilant. Ce sera une des plus belles époques de son existence hasardeuse. Il y vient enseigner Homère en chaire publique. Charmante petite ville d'Erfurt! Au début du xvre siècle, une brillante académie existait à Erfurt. On y enseignait

son meilleur ami, le jeune Alexis. qui

avec le parchemin du diplôme. I'habit et la bague. En 1505. un incident avait fait quelque bruit : le jeune étudiant Martin Luther, né en 1483 et ayant donc sensiblement Ie même âge que Johannès Faust, vit mourir à côté de lui, frappé par la foudre,

I'Université vous remettait solennellement,

Quand

on

parvenait

à Ia

maîtrise,

pour s'enfuir, comme frappé, lui
par la foudre divine, décidant de

faisait ses études d'humanités. ses insignes de maître, l'habit et

il

renvoya
aussi,

la bague,
se consa-

s'enferma au couvent la grande colère de son père. Martin Luther devait prononcer ses væux en 1507, non sans avoir été

crer

à Dieu. Il

des Augustins, à

durement éprouvé pendant son noviciat.

qu'il qualifiait de démoniaque, pour la
Bible, le livre divin; mais au couvent, il redoutait que le Démon le fît subitement mourir en état de péché. Des visions tourmentaient son sommeil. La nuit, il croyait entendre Alexis I'avertir de faire pénitence.

Il avait abandonné I'Université et Aristote

jour que le prêtre disait à la messe -Un I'Evaneile : Erat Jesus eiiciens daemonium et itlud eiat muîum.le jeune Martin Luther. secoué de frayeur, se leva en s'écriant :

Ha! Non sum ego, non sum egol Seule la musique (mais ne disait-on pas que la musique procédait de magie?) calmait
ses crises.

:

I

accourir de nombreux élèves. il se nommait Carlstadt Andreas Bodenstein et professait de singulières opinions. cherchant la vérité dans toutes les écoles. sans omettre les moins hérétiques. L'Histoire rapporte qu'il fut catholique, puis luthé-

A Erfurt, un

étrange maître faisait

c:6tr

U

tc
I I rt I

a

I

rien. puis anabaptiste. ensuite sacramentaire, pour finir laîc, avec le tablier du boulanger ! Les écoliers ne manquaient pas à son cours.

cLEF DU cRAND cEUvRE, t-'Ét-txrn

Erfurt otr était mort Albert le Grand : dans une colonne brisée. un couo de
foudre avait fait découvrir un manusciit du célèbre moine bénédictin Basile Valentin.

de faits surnaturels se déroulaient

On racontait aussi qu'un certain nombre
à

lines ravissantes, mystérieuses. traitant du Grand CEuvre. Le cénobite d,Erfurt. I'Adepte du Grand Art, le bénédictin secret, spagiriste et alchimiste convaincu. au couvent royal de Saint-Pierre, niché dans la montagne et frère sous la Règle
de saint Benoît, révélait le secret transcendantal des choses, Visita interiora terrae...

C'étaient ceux de La Grande Pierre

des

tous les alchimistes éprouvaient admiration, tendresse et émerveillement.

du plus étonnant magicien-alchimistè. Admirables ouvrages, pour lesquels

Anciens etdes Douze CIefs de Ia Philosophie

Visite les entrailles de la terre et tu trouveras le secret de la pierre cachée. Ia Pierre Philosophale de la Science. de

la

Connaissance,

LES DOUZE CLEFS DU MOINE BASILE VALENTIN
Ces æuvres du moine Basile Valentin étaient écrites en idiome germanique. On les avait éclairées de sravures sibvl-

s'affirmait son élève et son disciple? Qu'il détenait ses Secrets? Les secrets du Vitriol des philosophes, de l'(Euf Philosophique. Le moine Basile Valentin se disait lui-même le fils spirituel d'Hermès, de
I'Arabe Geber et de Lulle.

fabrication de I'Or! Ne disait-on pas qu'Auréolus paracelse

de la

Jeunesse.

de

la

r6l

Il leur devait la science du four. la distillation. la transmutation. I'art de la fabrication de la Pierre Philosoohale. le plus haut trësor Ierrestre accordé... pour la santë et la consolation des hommes
dans cene t'allëe de misères! La Pierre sur laquelle s'appuie la Vérité, at'ec la rëcompense temporelle et lo pro-

l'invisible.

Le moine Basile Valentin conseillait : Fais que ce qui est en haut soit en bas et que ce qui est visible. invisible. palpable, impalpable. et derechef, fais que de ce qui est en bas soit .fait ce qui est en haut. tle

le

visible. de I'impalpable. le

messe de l'éternité. Johannès Faust lut avec émotion ces pages de La Grande Pierre des Anciens Sages. ou le Secret de la Vertu de la Pierre Philosophale trouvée par I'Adepte, par la grâce de laqueile I'illustre moine se gardait de toute maladie, prolongeait

palpable. Cela est tout I'art intërieurement parJàit. sans J'aute ni oubli, dans lequel habitent la mort et la vie, la destruction et la rësurrection. C'est une sphère ronde

indéflniment sa vie. trouvait

la

par laquelle la Déesse de la fortune pousse son char et accorde aux hommes de Dieu le don de Sagesse: d'autre part, de son propre nom. selon la conception terrestre ; elle est appelëe toutes choses en toutes.
Au-dessus des choses éternelles. cet arbitre et juge se montre le plus ëlevé. Qui que ce soit qui désire savoir ce que sont toutes choses en toutes choses, qu'il fasse de très grandes ailes à la terue. qu'il la presse très fort. afn qu'elle-même se soulève et, tolqnt

source

couronne ornée d'une très précieuse escarboucle. tel que le raconte le moine et tel qu'il le vit. exhortant les hommes
de ces paroles
:

Qu'il était étrange ce vieillard à la barbe blanche. vêtu de pourpre et portant

inépuisable des richesses et la connaissance totale du passé et de I'avenir. dans la vision de I'origine symbolique du monde.

Réveille-toi, ô homme. et contemple la Iumière. que les ténèbres ne te sëduisent! Les dieux de la fortune et les dieux supérieurs m'ont instuit à la l'aveur d'un profond sommeil. O conrbien heureux esr I'homme qui reconnaît les dieux; que d'ëtonnantes

par l'air. s'élève dans la plus haute région du ciel supérieur. Alors briile ses ailes par un feu très viJ', afin que la terre précipitée tombe dans la mer rouge et y soit noyée. Et par le feu et par l'air. dessèche l'eau pour que de nouveau, la terre soit. Alors,
dis-je. tu as toutes choses en toutes choses.., O hommes mes amis, aussi. par I'enseignement de ma voix vous avez perçu la sagesse. de quoi et ('omment vous devez

meryeilles il opère ! Heureux celui de qui les .t'eux sont ouverts. de sorte qu'il voie lo luntière qui. auparavant. Iui avait

trouver

lq

Grande Pierre des anciens

été

<'achëe

!

génération. conserve les hommes en sanré

et imparfaits. leur fournit une nouvelle

Philosophes. qui guérit les métaux lépreux

par les dieux pour le conduire yers la grande sogesse ; observe-les. ô homme ! et
suis avet' constailce leur clartë. puisque en
.rcge.r.re.

Deux ëtoiles ont ëtë accordées àl'homme

et les conduit en un grand âge. Par sa célèbre lbrce et par son e.ffet. elle m'a

gardë .iusqu'à prësent. de sorle que. Ias tle cette vie. ,Je ma yolontë. ie souhaite
rnourir.

elles se touve la
162

Moine dans I'ordre de saint Benoît,
Basile Valentin était né en Haute-Allemagne, en région rhénane. Il vivait en 1413 au monastère du Divin Pierre. à Erfurt. Il y consigna son pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, comme ie font la plupart des philosophes hermétiques, tel Nicolas Flamel. qui prit I'habit

la Pierre Philosophale. I'Adepte prolonge sa vie indéfiniment, sans maladie. à son gré. EIle apporte le triple apanage de la source inépuisable des biens temporels, la connaissance totale des choses passées
et à venir. la jouissance ici-bas dd Paradis. La Pierre Philosophale? La Pierre

et Ie bourdon pour aller quêter Monsieur

angulaire et le rocher, la fontaine de tous

les bienfaits. Comment I'acquérir?

Peu

raconte que ses frères du cioître se moquèrent de lui, I'outragèrent et prononcèrent des blasphèmes, et il écrit : Dieu saura terriblement les punir ! ll se rendit ensuite en Belgique, en Angleterre,, puis se retira en Haute Thuringe, oir il se consacra à Dieu et à I'CEuvre du Grand Art. Sa réputation était grande. On le désignait sous le nom de I'Adepte, Artifex peririssimus. Son livre, Les Douze Clefs de la Philosophle. constitue la pierre de base, le traité capital de I'Alchimie. Basile Valentin, répétons-le, s'adresse sur un ton famiiier et enthousiaste à ses jeunes élèves : O très grand ami passionné d'Art, et il décrit magnifiquement Saturne, Mercure. Vulcain. Mars l'éoée à la main. Il invoque ses maitres : Heimès et Geber. et Lulle. Son but? La Fontaine de Vie, la Fontaine d'Or. Ses chapitres disent ses prières. puis ses recherches alchimioues : elles lui ont révélé le chemin de la Pierre Philosoohale. La Pierue sur laquelle s'appuie ta Vlrite. avec la récompense temporelle et la promesse de l'éternitë. Oui, déclare frère Basile Valentin. par

Il rapporta du champ de l'étoile Campus Stellae après un voyage difficile, des reliques. Mais Basile Valentin

Saint-Ja

cq

ues-de-G alli ce.

souveraineté. bien qu'un grand nombre soient occupés à élaborer notre Pierre.

de gens parviennent à la possession de cette

D'où vient son mystérieux pouvoir? De Dieu qui le lui accorde. Elle est /a vëritable science et sa connqissance non commune sera donnée à ceux qui I'aiment

d'un ceur sensible et prient Dieu. Frère Basile Valentin donnait ensuite
ce conseil généreux : Souviens-toi, lorsque tu seras porté aux honneurs, de venir en aide aux pquvres et

aux indigents. de les soulager de leur misère et de les réconforter de ta main
gënéreuse.

Et ces mots prometteurs des félicités éblouissantes, ceux qui illuminaient l'étudiant Johannès Faust :

commencement et la

Alors tu trouverqs la semence. le

C'était là le but suprême des savants et de tous les philosophes. Faust entrevoyait la lumière. Le frère Basile Valentin la lui promettait. par la Pierre mystérieuse et magnifique. Il désira ardemment cette puissance. Il voulait cette force. Le monde est partagé en forts et en faibles. l[ s'agit de se mettre du côté des forts. Et Johannès lisait ces lignes : Lorsque le Soleil. en hiver, développe
163

fn!

fant,
Ie

sa course loin de nous. il ne peut fondre la haute neige. mais. en été. s'il approche plus près de nous. l'air de,,,ienI plus britlant et plus fort. de sorte que la neige, se liquë-

et le plus /ort est maître du plus Jàible. Johannès fera tout pour être du côté
des plus forts. Sa décision est bien prise.

disparaît et tonbe en eau. En effet, faible est contrqint de céder au plus fort.

qu'ils tléshonorent et prostituenl n'e qu'un hut : extraire la quintessence des choses, préparer les arcanes, les teintures, Ies ëlixirs. capables de rendre à l'homme la
santë qu'il a perdue.

faire de l'or ou de

que ('ette science divine n'a qu'un but :
l'argenr

!

L' Alchimie

La

L'Alchimie lui en donnera les

La santé de l'âme.

Quintessence

I

moyens.

La semence, le commencement et La Fontaine de Vie,

h

rtn !

La Fontaine d'Or! On lisait dans le Livre de la Sainte Trinitë que celui qui tient la Pierre dans ie creux de sa main devient invisible, qu'il peut aussi s'élever dans les airs. L'étudiant Johannès Faust rêve de se rendre invisible.
S'élever dans les airs... La Pierre tenue dans le creux de la main rend invisible. Si on la coud dans un linge fn et si on porte c'e linge bien serré autour du corps, de manière à bien chauffer la Pierre, on peut s'élever ci,. : les airs aussi

LE MATÉRIEL OPÉRATOIRE
Albert le Grand avait affirmé dans son Traité De Alchemia :

J'ai connu de riches sevents, des abbés, des directeurs. des chanoines, des phvsiciens art. Nëanmoins cet exemple ne m'a
et des illettrés qui avaient perdu leur argent et leur remps dans les recherches de cet
pas

haut qu'on le désire. Pour descendre, il sffit de desserrer lëgèrement le linge. Le secret de la lévitation masicue.

Ce n'était pi., uniquement I'or, I'invisibilité, la jeunesse. mais Ia Sagesse

soffieurs. Paracelse écrivait : Arrière donc lous les faux disciples qui prétendent
166

transcendantale

que recherchaient

Et si elle n'est pas, commenl ne l'est-elle pas? Enfn. j'ai persévëré jusqu'à ce que ie sois arrivé à connaître que Ia transmutation des mëtaux en argent et en or est possible. << Donec inveni esse possibilem transmutationem in solem et lunam >>. Nuit et jour, Johannès souffiait, soufflait devant son four à sept étages. On rapportait que Bernard de Trévisan en Italie. vers 1453, connaissait au moins quatorze philosophes, possesseurs de la Pierre Philosophale et avec lesquels il avait constitué une société secrète. celle
des sou.ffieurs. Broie. broie sans te lasser.
Dessèche. brûle- cuis!

dëcouragë. Je travaillais sans relâche, ie voyageai de pays en pays, en me demandant : Si Ia chose est, comment est-elle?

les

Conseillaient Ies maîtres philosophes. Écoutons Nicolas FIamel
:

lignage mil tois cens quatre-vingt-deux. fis la projection sur le nrerc'ure. er i'en converlis dem.t'-livre ou environ. en pur argent. meilleur que celui tle la minière.
ie

Ce fut le 17 tle ianvier. un lundv environ Midv. en ma ntaison. présente Pernelle seule. l'an de la restitution de l'humain

nrince plaque de cuivre qui. après un chauf.fàge à blanr'. est trempëe de nouyeau dans le rnëlange. et cela asse: longtenps pour que le mélange pënètre bien le c'uivre qui prend le poids et la couleur de l'or. Cet or

est emplo.vë pour toutes sortes d'usages.

sur semblable qualité de mercure. en présence encore de Pernelle seule. en la nrême maison, le vingt-cinquième jour cl'Avril.
sur les cinq heures du soir. que.je tansmuai vérirablement en quasi aurail de pur or, meilleur très certainement que l'or commun. plus doux et plus plovable. Je le peux dire avec vérité. Je l'ay parJait trois J-ois avec

Et puis après, .je

le

fs

car le basilic et le sang ci'homme roux avaient une tout autre signification
secrète. Encore une clé...

Mais à cette lecture. les initiés souriaient.

avec la pierre rouge

l'ayls 4t

Pernelle qui I'entendait

Roger Bacon avait promis que par
I'alchimie. le savant parviendrait à d'ineffables délices : grâce à cette science mysté-

auss1,

bien que moy. (Nicolas Flamel, LIvRe oe Flcunrs.)
Le moine Théophile. AIlemand. conseillait plutôt dans sa Schedula Diversarum Artium. d'utiliser des basilics. N'avait-il pas fabriqué avec son or des calices, des encensoirs, fondu des cloches. formé des vitraux? Du basilic et du sang d'homme roux : Dans une cave de pierre à peine ëclairée. on ederme des vieux coqs et on leur laisse une quantitë abondante de nourrirure. IIs s'accouplent et pondent des æuJi qu'on fait couver par des c'rapautis : de ces æuji

naissent les basilics sous la Jbrme de poulets à queue de dragon. Au bout de six mois, on brûle les poulets et on titure
leurs cendres evec un tiers de sang d'homme roux, dans un rëcipient bien propre. On étend cette mixture sur les tleux /àces d'une

aux Jitrits du Paradis. grâce auxquels Adam aurait conseryé l'intmortalitë s'il n'avait péchë. Retrouver le Paradis perdu. la grande aspiration de la magie ! Aussi chaque magicien se mettait-il âprement au labeur. II compulsait l'Alchenlia d'Albert le Grand et tous les grimoires. ll avait en main le Trësor de Philosophie de Nicolas Flamel. oir le célèbre alchimiste parisien don ne sa méthode : Il n'-,- a qu'un seul (puvre: il .t' a deux travaux. lrois rëgintes, quatre opërations, sept degrés dans chacun des rëgimes et douze maisons cëlestes dans lesquelles
.s'at'conrplissent les quatre opërations.

rieuse. en effet. on peut, disait-il. goûter

Mais il ne fallait pas trop réfléchir et plutôt bourrer son four. Ne lisait-on pas

lo/

t{
,.]

dans le De Perfecto Magisterio

l'expërience que vers la réfexion. Le four avait quatre pieds de long et

rience sans la réflexion peut être utile. C'est pourquoi il .faut tendre plutôt vers
épaisses d'un

:

L'expé-

Valentin explique la formation
I'homme?

:i.

de

:i 'a
4i
:9

trois de large, les parois

dans le poêle pour i'alimenter et six à huit petites ouvertures d'oir s'échappait la fumée. Une grille, en bas, permettait de laisser tomber Ies cendres. Ceber expliquait cela minutieusement dans son Livre des Fours. Le combustible était du charbon de bois. recommandé par Albert le Grand. On pouvait chauffer au bois, ou à la paille, qui donne une chaleur extrême. Le fumier de cheval fermenté est aussi indiqué dans le Livre des Aluns et des Sels. Il y a quatre degrés de chauffage, prescrit Arnold de Villeneuve : le petit feu, le moyen feu, le grand feu, le feu de fusion. Bien entendu. il faut se munir de coupes, gobelets. flacons. cruches, chaudrons, pots et casseroles et cassolettes. La cornue et I'alambic serviront à distiller. munis de leur condenseur; l'Aludel et un appareil à sublimation. Geber l'écrit nettement dans sa Summa : un aludel en verre épais. Et, bien entendu. pilons et mortiers. Ferme I'entrëe de la Jbrteressel commande Basile Valentin qui donne les
douze opérations, les douze clés. les douze manipulations et combustions et tous conseils pratiques.

demi-pied pour une ardente combustion : il s'agissait de calciner même des métaux à feu vif. Un vase de terre surmontait I'ensemble. Il y avait quatre ouvertures

Adam le premier homme. fut formé d'une boule de terre par le Très Haut Créateur; il ne bougeait pas, jusqu'à ce que Dieu lui donnât le souffie. La boule recut l'énergie. Dans la terre était le sel, st-à-dire le corps: I'air inspiré était .- mercure ou l'esprit: par cette incorporation. I'air Iui donna chaleur. qui était le soufre. c'est-à-dire le feu. Adam
se mouvait alors.

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Adam fut tiré. composé, généré

de

vi

Puisqu'il s'agit de refaire l'æuvre du Créateur, savez-vous comment Basile
168

: I'eau, la terre, I'air. le feu. L'(Euvre consistait en : Séparation, Calcination. Sublimation. Dissolution, Distillation, Coagulation, Coaction. Sept opérations. Il fallait une extrême patience. Le Livre de Ia Sainte Trinité explique en son grimoire : mortifer c'est tuer ; sublimer c'est rendre valide; clistiller c'est puriJier l'eau : colciner c'est bruler : ttissoudre c'esl rendre liquide; rësoudre c'est colorer: coaguler c'esr sécher: voilà les sept degrés de l'Guvre sacrëe. ll faut soulîer, soulfler le feu. Un éventail sert à l'attiser. A portée de ia main. il faut avoir aussi des boyaux. des
éléments

incroyable, lorsque c'est la vérité même. Aussi le feu retient en soi I'air. I'eau et la terre, autrement il ne générerait rien. L'eau est participante de la terre. de I'air. du feu. sinon cela est révélé par la distillation dans la séparation des éléments. Il fallait toujours en revenir aux quatre

terre. d'eau. d'air et de feu, d'âme, d'esprit et de corps. puis, après, de mercure, de soufre. et de sel. C'est que I'air contient en soi le feu, I'eau et la terre, ce qui peut paraître

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vessies, comme le conseille Razi. Une balance, pour les mesures. Des fioles. Le pëlican est une cornue à Iong bec, recourbé vers le soi. Les grimoires parlent souvent

Parfois la Pierre Philosophale est d'un rouge éclatant, c'est la rubifir'ation .' le signe du phénix. le pélican. le jeune

du pélican. La matice est un récipient majeur. Lulle conseillait des vases et appareils ayant formes analogues aux vases de la nature. oir ils se produisent : la forme de I'æuf est recommandée pour le vase supérieur. On parlera beaucoup de l'(Euf Philosophique. Tout n'est que symboles. en alchimie.
Le travail est dur, pour ailumer et entretenir le feu, passer les pots, verser, broyer,

roi couronné. Le rouge brillant de I'escarboucle. Arnold de Villeneuve le réussissait Quant à la poudre tle projec'tion. elle est obtenue par les mêmes procédés et entraine des transmutations miracuieuses.

merveilleusement.

On utilise ie soufre beaucoup. le vifargent. I'arsenic, trop volatil, parfois on
pile quelques perles et pierres
précieuses

avec le métal. Souvent. on prend du sang,

sont nécessaires. Il faut, en effet. écraser le cuivre, le fer, l'étain, le plomb. les mélanger à I'acide, séparer le pur de I'impur. cuire, dissoudre : dissolution. lavage. réduction. fixation. quatre temps essentiels. selon Villeneuve. Le mercure
purifie par sublimation. Le sel, le vinaigre, agissent et sont conseillés aussi. En trente jours de feu doux, la matière

compter, préparer. Un assistant ou deux

des æufs. du fumier. des cheveux. de I'urine (très importante). de la semence
d'homme (de premier ordre). des foies de

de reptiles. des abats de volailles. très conseillés par Rhazi. notamment pour préparer le sel
crapauds. des viscères
de corne de bæuJ', capital.

Ne pas omettre de laisser la

matière

se putréfier avant de commencer

devient noire, blanche. rouge : bons signes de la marche des opérations. que I'on recommence sept fois. Le Petit Rosier va jusqu'à parier de cent vin-qt jours de feu!
faut fondre le soufre au mercure, qui donne les métaux philosophiques. réduire les résidus dans l'(Euf Philosophique. ce qui donne le Reôrs (Res Brs. la chose deux) ou l'Hermaphrodite alchimique.
Enfin le chauffage de l'(Euf Philosophique dans I'Athanor, fourneau du sommet du four, termine laréalisation mystérieuse. La Pierre apparaît blanche, couleur de la

ce soit

:

quoi que

sans

la

putrë.1'action.

rien n'est

ll

aux yeux émerveillés de I'alchimiste. Si le grain ne meurt..., déclare l'Écriture. Isis voulait que I'homme mourût avant que le dieu ressuscitât. La religion chrétienne en fera grand profit. C'est la palingénésie.

mis en lumière. écrit formellement Basile Valentin. Il faut de la mort. du pourri et du décomposé; du noir de corbeau, avant d'obtenir un corps nouveau. qui naît

résurrection. Le

la putréfaction et du corbeau.

noir était la couleur

de

Barmâ. a écrit un traité qui fit autorité : Saturnia Regna in aurea sae(ula conversa. paru à Nuremberg en 1674. Ce < Règne de Saturne changé en siècic d'Or > fut longtemps considéré comme le Magistère
169

Un alchimiste convaincu. Haginus à

des Sages. Ses maximes révèlent. la maîtrise de son auteur dans la Science et l'Art

d'Hermès. Nous en extrayons queiquesunes éloquentes
:

est rouge. les maladies solaires. Les maladies astrales lui résistent. Darce qu'elles sont absoiument soumises à la
latalité.

ramenez Ie ternaire à I'unité. et Toute chose sèche boit - Quiconque i_enore le son humide. moyen de détruire les corps. ignore aussi le moyen de les produire.

De I'Unité tirez ie nombre ternaire.

Les Sages. éloignant les Profanes. n'admettront que les Élus à leurs mystères
sacrés.

La Nature se réjouit en sa nature: la -Nature améliore la nature et la mène
à sa perfection.

à moins qu'il n'ait été
argent.

- A moins d'intervertir I'ordre de la Nature. vous n'engendrerez pas de I'or
auparavanr

verdeur

Si vous avez dissipé et perdu la du Mercure et ia rougeur du

parée; c'est pour cela qu'un homme ne peut point engendrer avec une femme
morte.

Soufre. vous avez perdu l'âme de la Pierre. Tout argent exige une matière pré-

vaporeuse. digérante. environnante, et qu'elle soit portée à travers un milieu. - Lorsque les petits corbeaux se sont une fois envolés de leur nid. ils ne doivent
plus y rentrer.

Dans I'oeuvre. la femelle dissout le mâle, et le mâle coagule la femelle. Les Phiiosophes ont dit sagemenr que le Mercure renferme tout ce qui fait I'objet de la recherche des Sages. Que votre chaleur soit continuelle.

< Il v a une pierre occulte. absconse et ensevelie au plus profond d'une fontaine, laquelle est vile. abjecte et nullement prisée; et si est couverte de fiens et excrémens; à laquelle. combien qu'elle ne soit qu'une, ou luy baille tous noms. Parquoy, dict le Sage Morien. ceste pierre non pierre est animée, ayant vertu de procréer et engendrer. Ceste pierre est molle, prenant son commencement. origine et race de Saturne ou de Mars, Soleil et Vénus. >
< Aelia Loelia Crispus est mon nom. ni homme. ni femme. ni hermaphrodite. ni vierge, ni adolescente, ni
Je ne suis

guérit les maladies lunaires. Lorsqu'elle
170

venue à une blancheur lixe et permanente.

Si vous ne teignez pas le Mercure. il ne tiendra pas. Notre Pierre. lorsqu'elle est par-

ni mon amant. ni mon esclave, sans chagrin. sans joie, sans pleurs, m'a fait
élever, sachant et ne sachant pas.pour qui.

vieille. Je ne suis ni prostituée, ni vertueuse, mais tout cela ensemble. Je ne suis ni morte de faim, ni morte Dar le fer. ni par le poison. mais par toutes ccs choses à la fois. Je ne repose ni au ciel. ni sur Ia terre. nidans I'eau. mais partout. Lucius Agatho Priscius qui n'était ni mon mari,

un sépulcre, mais les deux. C'est ici un tombeau qui ne renferme pas de cadavre; c'est un cadavre qui n'est pas renfermé
dans un sépulcre. Le cadavre et le sépulcre ne font qu'un. >> (Theatum Chimicum.)

ce monument qui n'est ni une pyramide ni

< Le Soleil est le Père de tous les la Lune est leur Mère. quoique la Lune reçoive sa lumière du Soleil.
métaux,
De ces deux planètes dépend le magistère

patient est à demi mort, son vrai vêtement lui a été enlevé, de sorte que tu ne peux le reconnaître que difficilement. à moins que tu ne possèdes les yeux et la volonté du Samaritain. > < Le mage doit entourer: de tous ses soins cette entreprise; quand, après qua-

tout entier. > (Raymond Lulle.)

< Celui qui regarde dans un miroir

tout ce qu'il a entrepris ne vaut rien; qu'il fasse attention de ne pas avoir un diable trop furieux ou un irop faible à combattre. parce que le Mercure s'allégerait et tendrait à rester dans sa propriété venimeuse. annulant ainsi I'effet
du baptême. > < Aussitôt que [e mage aperçoit les anges. qu'il mène le Christ hors du désert, et qu'il laisse de nouveau l'époux se nourrir de sa propre viande : le Christ fera alors beaucoup de miracles qui réjouiront et étonneront le cæur de I'Artiste. > < Il ne lui reste rien à faire : l'épouse est en l'époux, mariés I'un à I'autre, il ne leur faut que leur couche nuptiale. Ils s'embrassent I'un I'autre. se nourrissant réciproquement de leur chair propre, jusqu'à ce que i'enfant soit conçu. Si I'Artiste veut prendre soin d'eux jusqu'à dresser et échauffer leur lit, qu'il prenne bien garde de ne pas froisser leur amour! > < Il faut que I'Artiste vive, s'il veut dire à la Montagne : Lève-toi et te jette dans Ia Mer! > Jacob Boëhme a trouvé Ia vraie mission de I'alchimiste. celle du mage. ll est aussi un artiste. ll possède ses visions et vit dans le surnaturel < ll peut sembler étrange aux yeux de
r

rante jours. les anges n'apparaissent point,

font entendre, comprenant la réalité

ne regarde pas les ombres mais ce qu'elles
à

travers les apparences fictives. > (Zosime.)

< La sagesse, comme les autres matières précieuses, doit être arrachée aux entrailles
de la terre. > (Jérôme Cardan.) Avec Jacob Boëhme. on se demande si I'on ne pénètre pas dans le plus étrange. le plus obscur domaine de voyance. et si I'alchimie n'a ouvert pour cet illustre < souffieur > des régions où le sublime frôle I'incompréhensible. De la Pythie de Delphes à I'oracle de saint Jean. Une nouvelle race de prophètes illuminés apparaît autour de I'athanor. Les Initiés traduiront. < Christ disait : Cherchez et vous trouverez, heurtez et il vous sera ouvert : il vous a donné aussi la parole du bon Samaritain. C'est une repiésentation ouverte de la corruption humaine, et de celle de la terre, maudite de Dieu. Or. si tu veux être un mage, fais comme ce Samaritain; autrement tu ne saurais guérir ce qui a été blessé; car ie corps du

la raison que Dieu fasse suivre à l'homme

un tel procédé pour se régénérer et qu'[l

t7I

puRrFIcATroN DU MERCURE (BASILE vlLrNrtN)

ait laissé le Christ être méprisé. calomnié. rebuté et crucifié. puis errant pendant quarante jours sur la terre. avant de I'admettre en son règne invisible.
Ra.rsoN EST TELLEMENT avgucLÉe eu'ELLE N'ENTEND RrEN AUX cHoses ÉrrnNELLES. Elle ne sait rien du Paradis. de

<

LE TnÈs-HAUT A Mrs uNE sERRURE A

L'TNTELLIcENcE DE LA FoLIE, pour qu'elle reste aveugle. jusqu'à ce qu'elle se fatigue

< La

la condition d'Adam. de sa chute. de la malédiction de la terre : si elle entendait ces choses. elle comprendrait également la voie de la régénération. ll n'y a pas de différence entre la naissance éternelle. Ia réintégration et la découverte de la Pierre Philosophale. Tout étant sorti de l'éternité. tout doit v retourner d'une
même façon.
172
>

la Vérité. > Trois célèbres alchimistes normands, Nicoias Valois. Grosparmy et Vicot. prêtre. ont laissé des textes mystérieux.
oi.r se révèle I'inspiration des
sophes chymiques >.

de chercher: je dis cela selon le fonds de

<

Philo-

Et Kunrath.
:

encore une fois. recom-

mande le secret sur ce symbolisme exa-

cerbé Mon.fils. mets un chapeau sur ta bouche pour ne pas nuire à toi-même. C'est pourquoi si je parle secrètement de certaircs

FLORAISON

LE TERME DU CRAND (EUVRE, DE DEUX PIERRES (BASILE VALENTIN)

choses des plus secrètes. garde-toi d'être en colère contre ntoi; il ne convient pas

s'avilissent et qu'il excite contre lui Ia malédiction Divine! (AurHrrure,rnult). L'alchimiste interrogeait le schéma de Thomas Norton (mort en 1477). C'était

au philosophe de transgresser les prëceptes des sapients, de peur que les ercanes ne

du divin; les anges sont le soufre, le sel ct le mercure : âme, corps et esprit. Crémer. Abbé de Westminster au rrvc siècle conseillait une bien étrange
recette : Prenez l'eau d'un ieune homme non

divisé en quatre petits triangles : la terre. I'eau, I'air, le ciel. Au centre, I'homme. à moitié dans le ciel, car son âme participe

un plan de I'univers. un plan aussi du parfait fourneau alchimique. Son tbycr

polluë. après son premier sommeil. a.joutez deux verres de ,-inaigre très fort. deux
onces de chaux vit,e. une once et demie d'eau

est Satan; le rectangle inférieur. le chaos. I'abîme. les ténèbres. le monde non créé selon la Bible. Le foyer est la résidence du feu. Le royaume de Satan est surmonté d'un triangle représentant [e monde créé.

et mettez un alambic par-dessus. ou un vase à distiller. Le Secret obtenu est en tous points stupéfiant. De la magie pure? L'lnitié devait s'acharner à découvrir
r73

rive. place: le ntélange dan.ç un pot de terre

Philosophale. ll arrivait alors à la Très adnirable Maîtrise et Archimaîînse. selon

seul les règles prariques du procédé le meilleur pour la fabrication de la Pierre
n'est

doit être enfermée clans un récipient comme

jamais acheté

Norton. qui ajourait'. Ce don ni vendu!

avoir transgressé Ies secrets de leur Art. Raymond Lulle prescrivait à I'Adepte : Je te jure sur mon ârne que si tu déyoiles ceci, tu seros damnë sans rëntission ou Jugement dernier pour cette offense à la Maiesté diyine. Tout craintif d'avoir trop parlé. Basile Valentin. dans le CHen pe TnlonpHr oE L'ANTrMorNE. écrit : J'ai maintenant asse: parlë. J'ai enseignë notre secret d'une manière si prëcise qu'en dire un peu plus serait youioir .s'enf oncer dans l' Enfer !

Magie cette opinion : beaucoup de magistes ou d'alchimistes ont péri pour

On raconte souvent dans l'Histoire de la

le Christ dans le tombeau. Mais les raisins du four sont récoltés : Noé a planté sa vigne. qui a portë des raisins. De même. l'alchimisre. après tente .fours, rëcoltera les raisins de la rouse escarhoucle ( La Pierre Philosophale. ) te magicien-aichimiste cuisait donc rrenle jours. recommençait. M. Ganzenmuller a noté dans son Alcutrrle ou MoyeN Acr (1938) : Faust est le symbole du chercheur. du travai lleur in"fatigable.

Etait-il vrai que i'alchimie avait importée des Croisades et ramenée

3té de

vers le ciel et tnonter sur la croix de l'alambic com,ne un cristal. Poussant le symbole plus loin. il écrivait : Notre Pierre
174

I'Orient ? Les saints disaient que la Pierre a un corps et une âme et un esprit. comme la sainte Trinité. que les faussaires sont des Antéchrists, que I'Alchimie est dominée par la religion; Villeneuve avait déclaré : Le fls de l'homnte doit monter de la terre

et adopte la hiérarchie néoplatonicienne. Mais fabriqueront-ils l'homonculus? Seront-ils les égaux du Créateur? Un Etre vivant sortira-t-il de leurs mains. de leur souffie? Et distilleront-ils l'élixir de jeunesse éternelle. dont Érasme Iui-même annonce dans une lettre à son ami Jean Colet de Cambridge. Ies effets étonnants et les guérisons dues au dnquième élixir : il

chrétiennes et païennes. Il suffit d'ouvrir les traités de Paracelse.l'Archidoxum de Secretis Narurce M.r'steriis libri decem et le De Secretis Creqtionis puis le célèbre De Occulta Philosophia d'Agrippa, oir le magicien divise Ies esprits en six classes

Paracelse et Cornélis Agrippa mêlent à leurs doctrines magiques et alchimiques le nom de presque toutes les divinités

Alors. les extravagances de la théurgie se mêlent aux idées chrétiennes qui surnagent et s'affirment officiellement.

métamorphose les vieillards en jeunes gens

et ressuscite les morts,

L'alchimiste se fatigue. s'essouffle. ne dort pius. Il a le front soucieux. Le propre du savant. c'est la mélancolie. Les portraits des érudits. des chercheurs. des philosophes du Moyen Age montrent tous un visage triste. Même I'ange d'Albert Dûrer, I'ange de la Science, compas et règle en main. s'appelle Mëlancolia. C'est la ntëlancolie saturnienne des mages. Car le philosophe contemple le néant : En rien gisr rcû. a écrit le Sa-ee.

et qu'on le conserve pendant quara.nte semaines à une chaleur constqmment égale à c'elle du ventre
ment, avec du sang humain d'un. cheval, ce produit devient un vrai et vivant enfant, avec tous ses membres, (omme celui qui est në de la Jèmme et

< L'HONIONCULUS

>

On sait que les trois grands espoirs gique des opérations, étaient d'obtenir I'or, puis l'élixir de jeunesse et aussi de créer un petit être vivant. l'homonculus. Celui qui possédait ce perit homme y trouvait. croyait-on, mille avantages. le bonheur et la richesse. Paracelse affilme, dans son De Natura Rerum. qu'il est parvenu à en fabriquer un. II écrit : Voici comment il faut procéder pour rl parvenir : renfermez, pendant quarante jours dans un alambic. de la liqueur spermqtique d'homme: qu'elle s'y putrëfe jusqu'à <'e qu'elle (,ommence à vivre et à se mouvoir, ce qu'il est facile de reconnaître. Après ce temps. il epparaîtra uræ forme semblable à celle d'un homme. Si après cela. on nourrit tous les .jours ce jeune produit. prudemment et .soigneusedes alchimistes, mis à part I'aspect philosophique. transcendantal et même ma-

L'Allemagne, au xvre siècle, considérait que cela fût absolument possible. Ceux qui ne pouvaient parvenir à constituer un homonculus par I'alchimie, pouvaient encore se procurer une racine vivante de mandragore, le petit homme planté, qui, en magie, jouait un rôle fort important. Mise dans un coffre. la mandragore humaine doublait le nombre des oièces d'or. mais elle gémissait, se plaignait. Il fallait la nourrir. I'habiller. la traiter avec égards. Elle possédait les qualités humaines. Elle avait des propriétés magiques, quasi divines. Nous en parlerons à propos de Jehanne d'Arc. Ceux qui n'ont ni l'homonculus alchimiste, ni la mandragore humaine, peuvent encore s'essayer à recréer I'humanité en fabriquant des automates : il y a des
automates quasiment humains. Beaucoup
de savants en possédaient, et qui effravaient

seulement beaucoup plus petit.

le

peuple.

LA LOI D'HERMÈS TRISMEGISTE

Le Grand Maître spirituel des alchimistes. le Philosophe des Philosophes par excellence. était Hermès. Le Maître du Magistère du Soleil. On I'appelait Hermès Trismëgiste, le trois fois grand.
t75

LE souFRE pHrl,osopHleuE (BASILE vlr-rxrrN)

Toute la magie découle de ses merveilIeuses promesses.

On disait de ses préceptes - qui avaient depuis le xrue siècle une portée considérable au Moyen Age et qui influeront totalement sur l'évolution morale des grands magiciens tel Johannès Faust qu'ils

avaient été trouvés dans une tombe

égyptienne, au plus profond d'une pyra-

mide funéraire et gravés sur une table

d'émeraude bien avant l'ère chrétienne. Le moine Basile Valentin et après lui. Albert le Grand. Roger Bacon. Raymond

dina- commençait par une sorte d'hymne que devait réciter I'opérant au début de son Grand (Euvre : Univers, sou attentif à ma prière. Terre, ouvre-toi. que Ia masse des eaux s'ouvre à moi. Arbres, ne tremblez pas: .ie veux louer Ie Seigrcur de la Création, le Tout et I'Un. Que les cieux s'ouvrent, et que les vents se taisent. Que toutes les facaltés qui sont en moi cëlèbrent Ie Tout
et l'Un! Le grand principe initial, nouveauté au Moyen Age, était celui de I'Unité et celui du Tout. Una re, una via, una
dispositione.

Lulle et tous les princes de I'Alchimie,
La Table d'émeraude

se disaient disciples d'Hermès.

( par une chose, par
>

une voie,

-

Tqbula Simarg-

par une disposition.

r76

1àe!$È ;'! Ëi-1

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LA MoRT RÉcÉNÉurntcE (BASILE vueNrlN)

Les sept Lois d'Hermès formaient le Kybalion. Lois fondamentales de I'Unité du monde. de I'universalité du mouvement pendulaire, de la polarité sexuelle; la non-opposition des contraires: Karma; l'égalité de la Nature: le Cycle. Le principe majeur qui dominait. affirmait que Ce qui est en haut ëgale ce qui est en bas et réciproquement.

même que toutes choses se sont faites en un seul. par la mëditation d'un seul. Ainsi, toutes choses sont nées de cette même et est son père, Ia Lune est sa mère ; le Vent I'a portë dans son ventre: la Terre est sq

unique chose

par adaptation. Le

Soleil

nourrice. C'est

le Père de

l'Universel

La justification du monde inférieur

sublimisé

que ce qui est en bas est comme ce qui
est en haut, et ce qui est en haut est comme

II est vrai. il est certain. il

:

est réel.

ce qui est en bas. pour I'accomplissement des merveilles de la chose unique. Et de

en terre. Tu sépareras la terre, le Subtil et t'Épais avec délicatesse et une extrême prudence. II monte de la Terre au Ciel et. derechef, il redescend du Ciel en Terre. Et il reçoit la Jbrce des choses d'en haut et d'en bas.
Ainsi tu acquerras Ia gloire. de I'Univers
t77

Telesme du monde entier. Sa puissance est entière. quand elle est mëtamorphosëe

entier. Par là. toute obscuritë s'enfuira
de toi. Là. réside la Force de toutes Forces. qui vaincra toute chose subtile et pénétrera dans toute chose solide.

Ainsi, l'Univers a

été crëë. De là pro-

viendront les odaptations merveilleuses donr le mode est ici.

aussi. le changement d'air aidant. avec plaisirs de la route et I'appel des proles vinces inconnues à découvrir, l'étudiant comme I'apprenti-ouvrier devenu compagnon. faisait son ( Tour >>, allait de grande ville en capitale, terminer son
instruction.

sait-on pas à Paris. rue du Fouare. dans de petites cours d'auberge oir les élèves s'asseyaient sur les balles de foin ?

Trismégiste, possëdant

C'est pourquoi .je Jits appelé Hermès

les trois

parties

de la philosophie. Ce que.j'ai dit est complet sur le magistère du Soleil. Cette réalisation du Grand (Euvre consistait dans I'imitation du Créateur. dont
on révélait I'arcane.
de

Son résultat? Tu acquerras la Gloire
l'Univers Tout Entier. annonce Hermès.

De plus en plus. le magicien cherche à gagner cette gloire. à arracher cette puissance espérée. celle de Dieu. que les maîtres promettaient si souvent. Recherche

du

Savoir, cette supermaîtrise, cette

inépuisable richesse. Le magicien la désire. Il l'aura coûte que coûte.

LES BEAUX VOYAGES DU MAGICIEN AU XVIE SIÈCLE

Cornélis Agrippa et Faust parcouraient
sans cesse I'Occident.

A I'instar de la plupart des étudiants, maîtres, savants, Théophraste Paracelse.

II y avait aussi le désir de rencontrer les grands maîtres. En effet. Ies savants, les philosophes, les médecins en renom acceptaient (et s'en enorgueillissaient même) de trouver un auditoire d'élèves accourus des campagnes, des villes voisines pour s'enrichir I'esprit, se cultiver, au contact d'illustres personnages, dont on allait. après. assurer la célébrité. Le < Tour > de France. d'Allemagne ou d'ltalie faisait partie de I'apprentissage de tout magicien. aux xve et xvle siècles. Comme ces voyages étaient coûteux. i convenait de les préparer minutieusement : un docteur en théologie c'était le cas de Johannès Faust - trouvait ouverte la porte des monastères. Grâce à son érudition. grâce à sa faconde, et avec son habileté, Faust fut toujours hébergé gratuitement chez les moines et
les chanoines. Venaient ensuite les princes,

ll demeurera toujours surprenant de savoir qu'au Moyen Age, oir les moyens de transport étaient si difficiles, on pratiquait largement les voyages. Les Universités. les collèges, ne pouvaient suffire à I'instruction des étudiants ne Drofest78

et châtelains et les bons bourgeois aussi, qui acceptaient d'héberger un étudiant valeureux. Faust eut ainsi des protecteurs, des amis puissants. qui le
seigneurs

reçurent dans leurs châteaux Beaucoup d'étudiants ment ceux en médecine aussi le service rendu, les

et demeures. pruticulièrepratiquaient

petits

les consultations. moyennant

de

soins,

faibles

proposaient des horoscopes, disaient I avenir, tiraient les cartes, écartaient les pré-

sommes de monnaie. Le corps mé;rcal fermait les yeux là-dessus. Alors. d';.. ..es

sages. D'autres ensuite vendaient

des

crèmes de beauté. des onguents, même des

philtres d'amour. D'autres enfin jouaient quelque peu de sorcellerie, appeiaient ou conjuraient les Esprits, pour ie plus grand bien des cultivateurs qui espéraient la pluie, craignaient la foudre, redoutaient les mauvais sorts. ou voulaient revoir ieurs morts. Aussi pius d'un promettait-il la luhe, empochait le salaire... et disparaissait pour faire d'autres dupes. Ainsi Ies étudiants-voyageurs, vite appe-

truire au Vénusberg, la montagne mystérieuse de Vénus. où s'enseignait la magie, et où le Diable menait le Sabbat. Ces étudiants nomades propageaient les idées nouvelles, lancaient le nonconformisme des nouveaux philosophes, faisaient Ia plus large part à la Réforme et à I'Humanisme nouveau. Le mouvement naissant de la Renaissance, et surtout, le retour au classicisme et en même temps au paganisme antique leur convenaient
admirablement. Faust participait aux groupes qui attaquaient vivement la reiigion catholique, niant les dogmes les plus respectés.

fois accueillis avec la plus grande

lés étudi ant s-nomades, s cholasti. scho lqre s, vagantes, volatici, erratici, étaient-ils parmé-

Le

Protestantisme

leur ouvrit

larse-

manteau et à une sorte de filet iaune. écharpe d'ocre jetée sur les épaules et parfois ramenée sur la tête.

fiance. On les reconnaissait à leur grand

Ils proposaient leurs soins, leurs leçons. allant d'une maison à I'autre, quêtant des aumônes. Le Liber Vagatorum d,e Thomas Murner,,paru en 1509, précise que beaucoup d'entre eux se vantaient de conjurer le Diable, détaillant leur
savoir en magie, racontant qu'ils vendaient des figurines en racine de mandragore, les homunculi, pour dix-huit floïins d'or, selon Martinus Crusius. On les voyait dans les tournois. les foires. A la diète de Francfort. en 1397. ils étaient plusieurs centaines. Les voyageurs étudiants-nomades, bien reçus. écou-

L'Italie donnait le ton des idées les plus avancées : les échanges d'étudiants entre I'Allemagne et l'Italie étaient les plus abondants. La civilisation italienne débordait sur le Nord. La grande leçon . des dieux de l'Antiquité, I'exemple des héros, les déclamations virgiliennes, Ies
étudiants qui remontaient d'ltalie. Selon Emile Gebhart. la vie religieuse. la tradiambitions des Césars. la tendresse paienne des poètes. illuminaient les discours des

ment les bras. recrutant là des attaqua;ts zélés à saper les normes de l'Église. Ulrich de Hutten menait haut le drapeau de cette guerre de propagande révolutionnaire.

tion païenne et les légendes mythiques de la Cermanie mêlaient alors le paoe et Vénus. l'Église et la Myrhologie. Ie
mysticisme et les amours palennes.

tés. payés. prenaient profession de nomadisme... et oubliaient leurs études. Ils disaient alors qu'ils revenaient de s'ins-

Introïbo ad altare Bacchi Ad eum qui laetiJicat cor hominis.

Un contemporain écrivait : //s croient plus à Jttvénal qu'aux prophètes; ils lisent
179

Horace au lieu de saint Marc et se croient atteints du rayon de lune du gënie antique.

en manuscrits arabes. On allait
mistes.

visiter aussi Saint-Jacques-de-Compostelle. Saint Jacques devint ainsi le patron des alchi-

La coquille sera un

emblème

hermétique.

L'ITALIE DU MOYEN AGE
Un autre élément enfin, moins connu. plus occulte celui-là, et pour cause. jouait un rôle déterminant pour les étudiants voyageurs (vite accusés d'être des vagabonds), dans leurs déplacements et dans la qualité de I'accueil qu'ils recevaient dans les grandes villes et les Capitales. C'était I'organisation des Fraternités.

L'ltalie était le voyage primordial à faire. Tous les philosophes y passaient. Agrippa et Paracelse y firent d'importants séjours. Ils y travaillèrent, y professèrent. Luther trouva à Rome I'inspiration de sa carrière révoltée. Faust se rendit lui aussi en ltalie. Plusieurs déclarations le laissent entendre.

Nous exposerons plus loin. au chapitre de la Réforme. I'organisation très importante de ces sociétés sccrètes qui facilitaient amplement les voyages de leurs

membres, leur préparaient gîte

et

bon

accueil. Les Fraternités de Saint-Jean. Ce Compagnonnage intellectuel joua

soulevait.la plus vive curiosité : il apportait les nouvelles. Les Mëmoires du comte Bernhard rapportent le carnet de voyage de cet intellectuel-qui est allé à Rome. en Na-

un rôle efficace au Moyen.Age, pour les grands voyages. Entre Frères, on se rendait maints services. Le voyageur débarquait avec ses livres. Son arrivée

varre, en Ecosse, en Turquie. en Grèce. Alexandrie. Berbérie. Perse. à Messine.
Rhodes, en Gaule. Espagne. Terre Sainte. Italie, revenu en Allemagne. à la recherche

d'un homme ayant Ie sec'ret alchimique!
On
180 se

rendait beaucoup en Espagne. riche

Rome s'avère dramatique pour l'étudiant du xvr" siècle. Les Palais. les vestiges de I'Antiquité. la pompe des prélats romains. le culte des Beaux-Arts et de la Poésie. autant de motifs à enfiévrer une imagination. Les érudits revenaient aux théories philosophiques condamnées par I'Eglise et aux doctrines polythéistes de I'Antiquité. Lorenzo Valla. Poggio Bracciolini. Janozzi Manetti de Florence. Hermolao Barbaro de Venise, Angelo Poliziano. Marrilio Ficino très célèbre. rendaient hommage aux platoniciens et stoïcier Un cardinal. Bembo. proclamait s. ; admiration pour I'Antiquité. préférant les chefs-d'æuvre des maîtres antiques et paiens aux docteurs de la théologie. Et puis avec quelle verve. quelle indépendance on dénonçait les intrigues. les injustices qui sévissaient en ces temps de féodalité cruelle et exa-

Il

en parle dans ses récits de voyages.

tures d'un iVlichel-Ange. La peinture procède des appels de la magie. Michel-Ange était le contemporain de

cerbée

I

Émoi devant les immenses pein-

ardeur à vivre et à s'exprimer, qui tradui-

saient une passion profonde. Dans

sa

s'y arrête. On y reconnaîtra des points
communs avec celle de Faust.

Faust. Sa forte personnalité vaut que I'on

sculpture, la musculature représentait pour lui le jeu des forces de I'homme et, par là. son drame. A quinze ans, son Satltre le révèle. il lui conquiert le patronage de

Laurent le Magnifique. Le Combat

des

Michelangelo, jeune homme, avait sculpteur jaloux. Les prédications de Savonarole avaient jeté l'épouvante dans son âme. Il entendait ne vivre et ne travailler que dans I'art grec. Les statues de Cupidon, de Bacchus, d'Adonis, disaient ses admirations païennes. Le grand Léonard de Vinci le haïssait. Michel-Ange se disputait constamment avec Jules II. ne pouvant souffrir une contrainte. Sans la protection de Clément VII. il aurait été mis à mort par le duc Alexandre de Médicis. Son amour pour le beau jeune Cavaliéri. auquei il écrivait des lettres délirantes. lui attirait beaucouo d'ennemis. Il exprimait en d'admirables sonners toutes les flammes de la passion qui le consumait. Pour Paul III. il peignit la chapelle Sixtine, mais causa un réel scandale avec un Jugement Dernier oit tout le monde est nu. y compris le Christ, sa Mère, saint Jean et saint Pierre! (On sait que pour le même reproche, Véronèse en 1573 sera déféré devant l'Inouisition). Paul lV. plus tard (en i559) voudra etlacer sa fresque trop diabolique. Un jour viendra oir Michel-Ange. au terme de sa vie, tentera de briser toutes ses statues. Cet Italicn. nourri ardernment des antiquités classiques. révélait une tbugue, une

Michel-Ange témoin.

été marqué physiquement d'un coup de poing sur le nez que lui asséna un autre

Centaures. I'Ange agenouillé. son Bacchus ivre, son Cupidon agenouilit son Adonis mourant. notamment. et sa Pieta de saint Pierre en 1498, dénotent chez I'adolescent cette puissance qui éclatera dans son

fameux Moïse ésotérique

et

lumineux.

dans ses Esclaves forts et à la fois pitoyables. Son émoi religieux se t.ranspose pour

glorifier la forme humaine, la plastique

si

chère aux maîtres grecs; iltrouve dans cette interprétation de sa vérité intérieure. le

thropie aussi. Sa brouille avec le pape II. qui utilisait largement son talent pour le palais de saint Pierre. fit trembler I'ltalie. Les fresques de la Chapelle Sixtine. avec ses Mages-Prophètes, ses Sibylies. élèvent le drame de la désespérance au sublime des grands mystèies de la Tradition. Ses tombeaux ouvraient l'âme aux prospections infernales. Ses motifs, ses statues. offrent des aspects farouches non dénués de grandiloquence. Il abandonne dès lors le ciseau et le maillet. Sa palette lui offre. par la magie du pinceau et des couleurs. le moyen de magnifier le Jugement Dernier de 1534 à 1541, sur les murs de la Chapelle Sixtine. La souflrance. la contrition s'y lisent sur les visages et les gestes des coupables. Le
Jules

secret émouvant des purs chefs-d'æuvre qu'il sculpte en dramaturge. Ses querelles sont célèbres; sa misan-

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}IICHEL MAIER

:

L.CEUF PHILOSOPHIQUE

e

l'ÉpnpuvE DU

FEU

MICHEL I'IIITN : (< D'UN HOMME ET D.UNE FEMME. FAIS UN CERCLE, ENSUTTE

ux
UN

cnnnÉ, Puls uN TRIANcLE' ENFIN CERCLE. ET TU AURAS LA PIERRE
PHILOSOPHALE ))

drame humain devant la faute. La tentation a-t-elle été créée pour perdre les hommes?

Mage, sculpteur. peintre, architecte,

poète aussi, passionné pour les créations

infernales, passionné pour

le

compas

aussi bien que pour la plume. Michel-Ange Buonarrotti arrachait à I'au-delà, peu à peu. et par une sorte de puissance

caïn; I'Astronomie et Ptolémée; Ia Géométrie et Euclide; I'Arithmétique et Pythagore. Puis, c'est le Droit civil avec Justinien; le Droit canon avec Clément V; et les cinq divisions de Ia Théologie; jusqu'à saint Augustin. aux pieds de la Polémique, bandant I'arc de la Controverse.

magique,

des lambeaux de

révélations

et des émanations opérantes. Toute son cEuvre raconte sa prospection au-delà
des tombes. Ses excès. sa séduction et jusqu'à sa véhémence forcenée d'expression et d'hallucinations laissent échapper I'angoisse de ses rêves, la féerie de ses
recherches et les traces d'une magie réelle. celle ramenée de ses voyages vers I'infini

Age et perpétue le songe émerveillé

Ce chiffre Sept demeure évidemment le grand chiffre kabbalistique du Moyen

caché, tels les grands mages-prophètes de la Bible. Mais Michel-Ange entendait-il la voix de Dieu ou le srondement du
Diable?

Thomas se voit encore sur un tableau de l'église dominicaine de Pise. On le nomme Le Triomphe de saint Thomas d'Aquin. Là encore. Thomas a ses écrits
épars sur les genoux; derrière iui. Platon et Aristote; le saint foudroie du regard un personnage à turban. un Sarrasin,

de Pythagore. Sous une croisée d'ogives. et dans une sphère d'or, ayant au-dessus de lui MoÏse et les Évangélistes. saint

Le magicien voyageur allait également

tant, la célèbre fresque de 1350, représentant saint Thomas d'Aquin, assis sur un trône, ayant sur ses genoux la Somme et tenant enchaînés. comme des esclaves captifs, les hérésiarques Arius, Sabellius

visiter Florence. Là, il regardait, en médi-

soleil qui préside au jour.

un mécréant atterré. qui gémit à ses pieds dans une attitude de révolte et de rage impuissante. C'est le grand philosophe arabe. le docteur de I'lslam, Averroès. Saint Thomas crut à la magie, à I'or alchimiste, l'or jaune, nous I'avons dit. A sa mort. en 1274. on le consacra Le

la

ll fut la raison de scolastique, cette raison abattue

par les philosophes, combattue. repoussée
des alchimistes et des gnostiques.

et

Et pourtant, se trouvent derrière lui. sur
deux rangs, l'assemblée des Sept Sciences Profanes et des Sept Sciences Sacrées : c'est la Grammaire et Priscien; la Dialectique et Aristote; la Musique et Tubal-

Averroès les très mauvais magiciens.

L' ( AFFAIRE

>

DU PAPE JEAN XXII

Le pape Jean XXII était puissamment
érudit. On assure que ce passionné savant

installa au Palais d'Avisnon un labor83

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ratoire d'alchimiste et. pendant son rè_qne papal. de 1316 à 1334. il passe pour avoir fabriqué 20 000 Iivres d'or (témoignage de Louis Chochod)! Pagi lui attribue un ouvrage sur la magie ! Les papes ont-ils pratiqué - d'après I'aichimie. comme certaine certains ie Histoire - rapporte et comme on ne peut omettre de le mentionner dans une impartiale et objective Histoire de la Autant il est précisé que des religieux tels Roger Bacon. I'abbé Tritheim, ie moine Basile Valentin. et d'autres. furent de distingués et fervents alchiMagie?

(Dec une quantitë de mots qui ne signifient rien.
ce mo)ten. ils Jiappent de la fausse monnaie

S'il donnent un mëtal trompeur pour de l'or et de l'argent réritables, ils le font
Leur audace a ëtë Ûop loin car, par

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et trompem ainsi les peuples.

Nous ordonnons que ces hommes quittent

pour touiours le pa,vs. ainsi que ceux qui se font bottre de l'or et de I'argent. ou qui sont convenus avec les trompeurs de
leur paver cet or. et nous voulons que, pour les punir. on donne aux pauvres leur or
vëritable.

bert d'Aurillac. le pape Sylvestre II, pour lesqueis beaucoup de témoignages tendent à i'établir. Et pourtant. nous savons que saint Thomas d'Aquin admettait la fabrication de l'or philosophique. tout en condamnant les faux monnaveurs et les illusionistes. Or il est établi que le pape Jean XXII. sur lequel couru.rent tant de bruits quant à son savoir d'alchimiste. condamna formellement les faiseurs d'or. Voici les
termes de sa Bulle contre les alchimistes
:

mistes. autant on ne peut le prouver pour Albert le Grand. Raymond Lulle. ou Ger-

sont sans honneur, Si les movens de ceux qui ont enfreint à la loi ne leur permettent pas de pa),er cette amende, cette punition pourra être changée en une autre.
Si des personnes du clergé sont comprises

Ceux qui produisent de faux or et argent

parmi les alchinùstes, elles ne trouveront po[nt grâce et seront privëes de la dignité
ecc

lésiastique.

Ce texte mérite certaines observations

Les alchimistes nous tompent et nous promettent ce qu'ils n'ont pos. Quoiqu'ils se croient sages. ils tombent
dans l'abîme qu'ils creusent pour les autres.

Ils

se_

tlonnent. d'une manière risible,

comnre lesntaîtresde l'Alchimie et prouvent

écrivains plus anciens: et. bien qu'ils ne puissent découvrir ce que les anciens n'ont pas trouvé non plus. ils regardent encore comme possible de le touver à I'ayenir.
184

leur

ignorance

en citant toujours

des

et- condamne purement et simplement, répondant par ià aux bruits calomnieux qui ie concernent. se dégageant, il frappe. - Ou bien. le prélat renie ce qu'il a goûté, fait volte-face par un désaveu pubiic, comme beaucoup d'autres. Cornéiis Agrippa le premier. qui un beau jour, se repentent et brûlent ce qu'ils adorèrent, rejetant de ce fait. toute accusation. Le repentir officiel dans le refus totai, non sans indignation. Désenchantement et proclamation vengeresse. Ou bien. et le texte semble I'indi-

Ou bien le pape Jean XXll

:

accuse

quer tout en reconnaissant implicitement, comme saint Thomas d'Aquin et comme

tout le Moyen Age I'a cru, que i'on peut fabriquer de I'or, le prince de Rome condamne ceux qui. trompant les peuples, ne font que semblant ou fabriquent !/r? métal trompeur qui n'a de I'or que i'apparence, ceux qui promettent ce qu'ils n'ont pas et qui ne font que fausse monnaie : Ceux qui produisent de Flux o* et argent sont sans honneur. Mais ceux qui produisent de I'or véritable? Pouvait-il condamner ies deux franciscains Roger Bacon et Raymond Luile, et le grand dominicain Albert le Grand, et I'abbé Tritheim et le moine Valentin? En ce qui concerne le pape Silvestre II, on sait que ce grand savant étudia les sciences dites profanes chez les Arabes d'Espagne, aux écoles de Tolède et de Cordoue. Rien ne prouve qu'il y apprit ia magie. Certes, il introduisit en France
I'usage des chiffres arabes, l'architecture, Ie mécanisme des penduies à balancier. Il fit des automates. Et ne jetait-on pas à la tête de tous les savants I'accusation de pacte avec le Diable?

et

très souvent fantaisistes, qu'ils attribuèrent

le Pefit Alberr, la Magie du Pape Honorius, et même certain petit bréviaire appeié Rituel de Haute Magie et signé 1L C. Agrippa. Si les uns disent : <On ne prête qu'aux riches >. nous dirons que la malfaisance s'attaque à ceux les plus en vue pour les compromettre, surtout quand il s'agit
d'exercer une défense.

signèrent des noms illustres. C'est ainsi que seraient nés le Grand Albert et

Notons enfin avec quei empressement les adversaires du clergé, les réformés au premier rang, prirent à la lettre ces témoignages, accusations et brochures attribuées à, bien mieux sr'gndes par... et crièrent à la sorcellerie.

la possibilité de faire de I'or saintement pour se procurer des ornements. des vases, des instruments du culte et qu'il est prouvé que des moines soffièrent. Ces érudits, savants et chercheurs infatigables le faisaient avec beaucoup de pru-

Le fait est que dans beaucoup de monastères on admettait. à la suite de Bacon.

dence et les cendres de leurs fours furent

vite jetées aux quatre vents, la discrétion

fit le reste.

A la condamnation de Jean XXII, les alchimistes et certainement les trompeurs réagirent vigoureusement. On rapporte que c'est pour se venger qu'ils citèrent des papes et des évêques qui auraient
fabriqué de l'or.
Bien plus, ce seraient eux qui publièrent de petites brochures cie recettes magiques

PARIS AU MOYEN AGE
Comme pour Dante et Érasme. la tradition se perpétue en France, d'un court voyage que Faust fit à Paris, sans doute vers 1515, après avoir terminé ses études. Il fut certainement reçu par les confréries de Saint-Jean, il alla visiter Saint-Jacques185

la-Boucherie et contempla le porche orné de sculptures mystérieuses, offert par Nicolas Flamel. C'est surtout à Notre-Dame que sa rêverie de magicien s'attarda sur les signes cachés dans les bas-reliefs et les chapiteaux. ll s'amusa de la conviction populaire, qui voyait des démons enchaînés dans
les gargouilles et les chimères fantastiques

de la façade, le temple de Dieu semblant gardé par les Esprits. comme une maison par les chiens familiers (et ne dit-on pas que le chien est I'incarnation du démon)? Croyance populaire, qui fit aussi sourire
Faust, assurant que les admirables ferronneries des trois portes monumentales, aux

deux substances de la Pierre, I'humidité agissant contre le sec. Cela signifie la dissolution des corps et congélation de I'esprit. ce qui est tout le travail de l'(Euvre
hermétique.

se moquent de la science hermétique et qui offensent la vérité divine. Le quatrième comporte un chien et une chienne qui s'entredévorent : c'est le chien d'Arménie et la chienne de Corascène, combat des

< Biscornet >. Le magicien observait la triplicité du portail de Notre-Dame. Au portail visà-vis de I'Hôtel-Dieu, il contemplait les
hauts personnages ayant leurs symboles

courbes sinuosités. fleurettes. arceaux et dentelles de fer forgé, n'avaient pu être ciselées que par un démon. Le démon

C'est Guillaume le Parisien, Guillemus Parisiensis, évêque chargé de sa mitre, de sa crosse, en posture méditative audessous de ces figures, qui a bâti ce magnifique portail et y a fait mettre les Énigmes. Au pilier qui sépare les deux portes se voit aussi un évêque qui met sa crosse dans la gueule du dragon à ses pieds, sortant d'un bain ondoyant. d'où paraît
émerger la tête d'un roi à tripte couronne qui semble se noyer : c'est le sage Artiste Chimique, lequel, par son art, fait congeler la substance volatile du dragon mercuriel qui veut s'élancer et sortir du vase qui le contient. Ce roi couronné est le sôufre

aux pieds

volant qui dévore sa queue. C'est la pierre des philosophes, composée de I'esprit
éthéré et volatil. et le soufre, sel de nature,

: I'un représente un dragon

corporel, sec, qui dessèche I'humidité et la convertit en Pierre. Le deuxième Der-

corps, sel animé, qui désire reprendre avec avidité son âme et son esorit. Le troisième a sous ses pieds la figure ridicule qui se rit et se moque des figures qu'il regarde et qui semblent se présenter à lui. C'est I'image des faux philosophes et sophistes ignorants, qui s'amusent à travailler sur des matières hétérogènes,
i86

sonnage a sous ses pieds un lion dont la tête se contorsionne vers le ciel. C'est le

roi, que vient aider I'Artiste

I'esprit éthéré, mercuriel, le sel sulfureux ou nitreux, et le sel alcali ou fixe: trois principes du chaos humide où se noie le
chimique.

de nature, composé de la réunion

de

Tout le travail de l'(Euvre est de monter et redescendre. là se fait le Magistère des
après avoir mis dans l'æuf cristaltin le poids des triples substances. Et I'on fera apparaître le feu et I'eau, le sec et l'humide,
Sages qui dissout les corps, congèle I'esprit,

dont on fera un seul parfait pétrifié en sel, qui contient tout, le Ciel et la
Terre. Le magicien voyait les douze signes du

Zodiaque,

cÊuvre et hors-d'æuvre.

jeu

des

connaîLre tout alchimiste pour la réussite de ses travaux philosophiques. Il admirait encore Ie Dragon volant représentant I'esprit universel Saisons que

doit

genre des idoles asiatiques. son aspect rappelant le Baphomet des Templiers, sa masse qui écrase Ies Evêques et les Rois...
enorme...

. Omnipotence. Horreur.

Puissance

regardant fixement Bélier, Taureau, Gémeaux. Il contemplait la Croix au trait quarré, portant une larme et un calicei quatre éléments élémentaires de la Nature, ligne de Feu céleste, de I'air et de I'eau; larme humide de I'air pleine de feu vital, devant être reçue dans le Calice, récipient où elle ne sera recueillie que par ceux de la connaissance philosophique : Vierges folles ou faux philosophes. Guillaume.
Evêque de Paris, possédait toute la science

des alchimistes. Il n'y a pas lieu de poursuivre la description de tous les signes symboliques et hermétiques des sculptures de NotreDame. To'-r: le Grand (Euvre, ses secrets magiques, ..;s emblèmes, ses évocations, ont été commentés par de savants philosophes de I'Art d'Hermès et particulièrement par Bernard. comte de Trévisan. s:,':rnt adepte de la Table d'Émeraude, q.ui a scruté l'ésotérisme profond des tableaux bibliques taillés dans la pierre, otr par exemple se partagent les Élus et les Damnés. sous la bénédiction de trois doigts I'index levé (signe magique), du Christ en gloire, et sous la fourche à triple dent (magique) de Satan.

Saint Bernard avait pourtant dit que le Diable pouvait apparaître avec la plus belle figure et séduire autant que I'Ange. On se rappelle le beau Démon. signé de 1280, de la Cathédrale de Strasbourg; c'est un fiancé gracieux. un jeune séducteur, tendant la main avec une nomme à la vierge folle qui va s'en saisir. Son sourire vainqueur, sa couronne, ses cheveux

longs, expriment Ia noblesse. Mais les crapauds et salamandres qui s'accrochent à son long manteau disent sa provenance infernale. Sa royauté n'en demeure

pas moins conquérante. Les magiciens y discernent un symbole expressif.

Le difforme Démon de Notre-Dame de Paris, à la bouche immense. défiant la beauté, jette une horreur voulue. Ses seins lourds de graisse, sa tenue équivoque, sa volupté provocante, dans le

hideux, monstrueux

Que de démons grimaçants ou difformes.
!

La foi passionnée de l'époque des premières Croisades du xrre siècle s'était vite estompée. On ne construisait plus de Cathédrales, ces miracles de pierre.
Les grands ordres monastiques n'our87

il
I

vraient plus d'abbayes nouvelles. Roger Bacon. qui réformait I'enseignement. érait mort en 1252 en prison. Le prestige du pape diminuait. Crise religieuse aux xIVe et xve siècles. relevée par tous les historiens. Développement de la magie. en même temps. L'évêque d'Angers. Guillaume Le Maire, qui réciama la suppression de l'Ordre des Templiers. pour maeie. fit. au Concile de Vienne en l3ll. un sévère rapport sur la situation de la religion
au xlve siècle : Il arrive que lesfdèles. a-vant plus de goût pour les c'hoses de la chair que pour celles

ri
i
I I

de l'esprit. quittent l'église et ses offices, pour se rëunir en de tels lieux oit ils pratiquent leur cotnmerce ou leurs affaires. Par

suile, en (es saints iours oit Dieu devrait être adoré par-dessus lout. c'est le Diable qui esr adoré. Les églises restent yides! les âmes përissent.
blessëe.

fort à faire. ll traita son roi. Louis VI le Gros. d'Hérode. et flétrit le train de vie fastueux de I'abbé Sueer à Saint-Denis. dont les toilettes. lcs biJoux. la cohorte de soixante chevaux éblouissaient les pauvres gens. Toilettes de Jëmmes! rugissait saint Bernard. Suger le Suger qui s'instruisit des sciences arabes et de la magie. à Tolède. le Suger de l'art gothique fera amende honorable. De même, saint Bernard rivera son clou au trop intelligent Abélard. I'aristotélicien et arabisant. Ce fut au Concile de Sens. en I 141, que Bernard, en colère. s'en chargea. Abélard repentant mourra saintement, avec ses mutilations, au prieuré de Saint-Marcel, à Châlons-sur-Saône.
lement. eut

dans sa manie de l'austérité et du dépouil-

Le magicien regarde la Cathédrale

de

Paris. ses voûtes immenses. démesurées. dont les tours partent à I'assaut du ciel.
orgueilleusement. De vraies tours tle Babel!

Dieu est blasphémé, le Diable est réyéré. la Foi Catholique est
clame

C'est le Diable qui est adoré!

- codtempiant la profusion Et

des den-

l'évêque.

La

Cathédrale resplendissait dans le

coucher du soleil. Elle rougeoyait et ses trois tours se reflétaient selon le signe du ternaire dans la Seine couleur de plomb fondu. Saint Bernard était profondément hostile au Iuxe des Cathédrales frottées d'or. décorées de tapisseries. ou les prélats se montraient dans des ornements brodés de fils d'or. en tissus précieux. et portant

raie de Damas. le magicien se rappelle i'exclamation de Pierre Le Vénérable :
s.vnagogue de Satan - il sourit aux chimères. !à Arisrote. Et que I'on voit au portail. malgré la condamnation diabolique du Concile des évêques.

telles architecturales. puis pénétrant sous les immenses croisées d'ogive en palmeUne

Bernard s'écriait

:

aux collets des fourrures de grand prix. des manteaux à traîne de soie écarlate ou d'hermine. Saint Bernard. Bourguigi' 'n. cistercien farouche, révolutionnaire
188

- L'Eglise brille tlans .çes murailles. mais elle est nue dans ses pauvres ! Elle (ouvre d'or ses pierres et loisse sans
vêtentents ses enJànts !

Etrange saint Bernard. qui rédigea la
Règle des pauvres Che'r,aliers de la Milice du Temple. et qui dit-on. connaissait

LA GRANDE ARCANE

HERMETIQUE

l'Hermétisme. qui voulut peut-êûe malgré

lui, que la magie influât sur la
extraordinaire

et

destinée

finalement vouée au

guirlandes de diables triangulaires, hideux, crachant des ailes de chauve-souris. affreusement provocateurs et sexuels.

)

il

deuil, suppuration lépreuse. Le

bûcher, des Templiers ! On allait voir à I'angle de la clôture du chæur de Notre-Dame, sous le jubé. une sculpture célèbre, une figure du Diable, ouvrant une gueule énorme, dans laqueile les fidèles venaient éteindre leurs cierges. La pierre sculptée était toute souillée des déchets et bavures blanchâtres de cire, toute noircie de noir de fumee. larmes de
peuple

Se montrer familier de

la

Cathédrale

dale. On I'a supprimée. Le magicien prenait un cierge qui
flambait haut et I'enfonçait dans la gorge

I'appelait Maître Pierre du Coignet, parce qu'elle était la pierre angulaire du coin, pierre d'achoppement et pierre de scan-

du Diable. Le grésillement de la cire le faisait sursauter; on eût dit que I'on
entendait un rire étouffé, rauque.

saints malheureux n'y sont placés qu'au second rang. Il suffit de regarder deux scènes du tympan du porche central, pour être fixé sur le maître qui est le plus fort. de Dieu ou du Diable.

de Notre-Dame de Paris, est-ce se montrer familier avec le Diable qui y règne pleinement? Jésus et sa Dauvre cohorte de

qui pèse les âmes sur sa balance.

L'une, représente l'archange Michel
Un

La Fête des Fous n'était-elle pas un
carnaval de magie? Telle la Fête de I'Ane, la Flagellation de I'Alleluia, le convoi de Carême Prenant, la Diablerie de Chaumont, ces farces religieuses convenaient bien au décor des sculptures grotesques, hérissées, menaçantes, les animaux de

démon prend une âme avec I'aide d'un petit diable qui, avec un crochet, attire

I'Apocalypse johannite, les marmousets,
les mascarons,les chimères et les gargouilles

et les dragons, les stryges, les tarasques,
se moquait le peuple en étouffant une indicible frayeur. A la voussure du portail du Jugement Dernier se voyait le Démon à la bouche béante. dédaigneuse. altière. Tantôt bélier, tantôt chauve-souris. le Diable porte l'épouvante. A Saint-Benoîtsur-Loire. les moines ont représenté des
190

tous diables monstrueux et gtotesques dont

montre un démon tirant une longue et forte chaîne retenant les réprouvéi. Ève la première. un évêque mitre en tête. des mondaines élégantes, coiffées de toques, des laics. un diacre. un roi couronné. Pour hâter la marche de cette brillante société, le Diable pousse les derniers par les épaules. On sait que I'Enfer les attend. Ailleurs. c'est un entassement effroyable de démons. de serpents. de damnés. Un gros démon tirant la langue est assis sur un monceau de damnés qu'il accable de son poids. la bouche horriblement fendue, Ies oreilles dressées. pointues, des anneaux de fer au cou et aux oieds.

le plateau de la balance qu'il fait pencher traîtreusement. II I'emporte. L'autre

Partout des démons à crochets de fer supplicient les damnés. Pourrait-on vraiment y reconnaître I'empereur Frédéric II excommunié pour sorcellerie en 1243 par le pape; et Al-bert le Grand réputé rorci"r, et le sorcier Roger Bacon? Au portail de gauche de la Cathédrale,

I'origine des récits qui désormais la représenteront comme une nonne galante et lascive. Une vraie créature du Démon. Le chanoine n'y alla pas par quatre chemins.

où la Vierge tient une croix garnie

de

LES INSPIRATIONS

roses, se réunissent les initiés Rose-Croix,

DE L'ART GOTHIQUE.
MCOLAS FLAMEL

les lecteurs de Guillaume Lorris et de Jean de Meung en leur célèbre Roman de la Rose condamné par Gerson en 1402 pour son Grand (Euvre. Jean de Meung n'est-il pas l'auteur du Miroir de
I'Alchimie?

Au Moyen Age, I'art gothique

se

consacre à concrétiser la forme des idées. Le culte de la philosophie aboutit aux symboles, aux secrets, aux allusions, aux expressions ésotériques réservées aux ini-

tiés. L'architecture prend une virtuosité extraordinaire, elle entre dans le domaine du fantastique, dans I'immense, le démesuré; elle s'orne d'un fourmillement de
fouillures presque extravagantes. É,tait-ce, comme on I'a dit, que I'art veut connoître l'âpre volupté du sanglot et se secoue de

On lisait beaucoup à Paris à cette Ie nouveau récit en prose du Roman de la Rose de Jean de Meung, rédigé par le chanoine Jehan Molinet,
époque
bibliothécaire de Marguerite d'Aurriche,
gouvernante des Pays-Bas. Dans ce magnifique ouvrage, semé de roses, le chanoine affirme qu'Héloise, abbesse du Paraclet,

fut

épouse à Lucifer le grand maiste de tous les diables ! Le chanoine rapporte que I'abbesse répétait que puterie ëtait meilleure que mariagel (L VIII-XLI). Le Roman de Ia Rose fut comme la Bible laïque du Moyen Age et une sorte de bréviaire magique. La passion de I'abbesse pour le moine Abélard marque

termina ses jours dans I'hérésie et le péché, et qu'il est hors de doute qu'elle

névrose, attiré par la soufrance, même par l'odeur de la mort? (René Schneider.) L'art gothique, bâti au retour par les pèlerins, les Croisés, par les moines qui en avaient ramené d'Espagne maure ou d'Orient les formules surchargées de roses, de triangles, d'angles aigus, innervées de géométrie linéaire, libérée des servitudes pesantes de la pierre, du poids, de la poussée, s'élançait dans l'orgueil de son ambition mystérieuse. Le château des Papes en Avignon rappelait le Krak des chevaliers de Syrie, terre de mystère, de soleil et de féerie. Les Cathédrales flambaient de leurs tours, belvédères, courtines élégantes que dominaient les
flèches vertigineuses, souvent recouvertes
191

courbes et contre-courbes, mouchettes, souffiets, s'entrecroisant en fine résille comme les moucharabiés des harems et des mosquées arabes. Élancement du gable, hauteur des façades accolées de luxuriantes. aux crochets, aux nervures ajourées. aux lobes courant sur les trèfles, ies rosaces, ies ouvertures. Pointes, crochets, frisures végétales, polygonies infiniment compliquées, qui s'accrochent

de plomb doré; toujours soutenues

de

hauts contreforts. Arcs aux sinuosités

à la méditation.
I

{

ji,:

Cette passion d'écorché, cette fureur du sinueux, du flexueux dentelé jusqu'au paradoxe, ce raffinement vraiment extravagant, signes d'une flambée de I'esprit, expliquent-ils la marche des initiés vers le feu, leur attirance pour l'Enfer? Pareille acuité, pareille dentelle symbolique de pierre, paille luxuriante et qui magie, qui respirent le mystère d'où émane la vérité cachée, celle de I'efficacité des symboles sur l'âme, le jeu, des règles indicibles du Nombre d'Or, convenaient
parfaitement aux alchimistes philosophes. Les Templiers y trouvèrent leur aliment naturel. Le caprice et la fantaisie, I'agressivité
flamboie, tant de secrets qui expriment leur

RÈI

du culte en or, en argent, en cristal, les vêtements sacerdotaux rituéliques,
LA
MANDRAGORE

et puis I'illumination des verroteries arabes des vitraux, le luxe des objets

barbare, la volupté orientale, la magie d'un livre d'images taillées dans la pierre

de pierreries, pareille opulence symbolique chatoyait dans la pensée des adeptes. L'art gothique dont les Allemands
chargés

-

192

revendiquent la paternité

souffiure démoniaque. Un bouquet de sortilèges fleurit dans ia magnificence de sa sécheresse de lignes. son ésotérisme
des arcs, des angles, où la courbe et I'aigu s'achèvent perpendiculaires. autant de .en slgnes magrques.

flambe d'une

Il goûta l'horreur de la mort et de ce qui s'ensuit, jusqu'à l'Enfer.
dantesques.

L'Eglise insprait donc largement le drame philosophique avec un lyrisme exacerbé. qui tendait à faire des sensibilités d'écorchés, d'hystériques. Le grotesque. le difforme. les animaux épouvantables, les monstres enfin, gargouilles démoniaques, viennent couronner
cette angoisse de leurs rires, de leurs farces. deieurs soties. L'obsession de la souffrance.

La-vie n'offre que le linceui préparatoire.

Le st: s de la vie occulte? Interrogez la pierre.
Partout des Christs morts, des Vierges en larmes, des croix de supplice. L'agonie torturante, ie dernier cri dans ia bouche entrouverte. les yeux demi-clos, joues
amères de souffrance. Sépuicres. descentes

de Ia mort, du jugement, du supplice, éclate et se soulage en un ricanement. Rire. colère et bestialité.
magie de la danse macabre.

Danse. danse frénétique des vivants qui se repaissent de gloutonnerie. Telle est la

de croix, cadavres, mères de douleurs et
de sept plaies. Ensevelissements lugubres.

vers. Le cortège des funérailles et

: ces dalles funéraires, ces tombes portent des squelettes, des corps décharnés où la chair quitte les os. L'humanité? Une vraie pourriture où se promènent les
aussi
ses

Oui, le Christ est mort. Les hommes
On allait aussi au Charnier des Innocents scruter ia voûte de Nicolas Flamel, lieu de pèlerinage des alchimistes. Les fresques du Charnier. voulues par I'illustre Flamel. ont été reproduites sur

plourants rendent le deuil inconsolable.

La chevauchée devient parfois fantastique : squelettes ou morts décharnés
brandissant des faux et sabiiers. caracolant sur des chevaux pour aller chercher

les vivants. Danse. danse macabre ! Scènes du Jugement dernier, où damnés sont majorité. fourchus. triomphants.

les

les enluminures du manuscrit du Juif Abraham. du milieu du xrne siècle. Flamel les a commentées lui-même dans son ouvrage ; Explication des Figures hiérogh'phiques mises par moy Nicolas Flamel. escrivain. dans le Cimetière des Innocents, en la quatrième Arche.
Sept tableaux hermétiques, sept images magiques s'y voient :

DéfiIés des démons hideux. grimaçants,

Le xve siècle se repaissait des visions

-

Jeune homme Mercure tenant cadu193

- Saturne en mage armé de sa faux : mortification du Mercure et sel -;- vitriol. Montagne avec sept cavernes et
cée

du

sept serpents noirs et jaunes : Sublimation mercure.

-

aveugles

du mercure.

Jardin des Hespérides, fontaine, qui cherchent : Revivification
Roi couronné ordonnant le massacre : Préparation de I'argent

des Innocents

ou l'or. Deux serpents en caducée : Solution et-volatilisation. Serpent mort crucifié : Coagulation et Fixation (Image gnostique).

Désert de quatre fontaines, d'où : Multiplication. Enfin, on apercevait, peints, Nicolas Flamel et dame Pernelle sa femme. saint Pierre avec la clé; saint Paul avec l'épée. Dieu le Père aussi, complétait

sortent des fleurs

mel, écrivain public et

I'ensemble des significations occultes. Fla-

libraire-juré
une

de l'Université de Paris, montrait

la transmutation et à faire de I'or. Il fut aidé par sa femme, accumula de prodigieuses richesses. Très pieux, prudent, il consacra une partie de sa fortune aux éditces religieux et à son auberge charitable. Il donna beaucoup aux pauvres. Mais on parlait aussi d'autre chose. En 1394. Ie roi de France Charles VI ordonna I'expulsion en masse des juifs avec interdiction d'emporter quoi que ce fût. Beaucoup d'entre eux confièrent leurs biens à Nicolas Flamel afin de les garder jusqu'à leur retour. Ces juifs ayant péri, soit massacrés à Rouen, soit noyés au Havre, leur fortune échut à Nicolas Flamel qui, pour ne pas subir d'ennuis, déclara ouvertement qu'il devait à la pierre philosophale cette subite aisance. (La Martinière, médecin de Louis XlV, alchimiste sans succès, répandit cette opinion au xvlle siècle.)
Nicolas Flamel révéla que sa formule de I'or chimique, il la tenait du grimoire d'Abraham le Juif, prince, prêtre-lévite,
astrologue et philosophe, à Ia gent des Juifs,

il se rendit dans les milieux israélites. Revenu en France, il entrepdt les travaux indiqués et, à sa surplise, parvint à réaliser

curiosité [e mena très loin. Il se livra à l'alchimie et fit de l'or. On dit que c'est lui qui découvrit les manuscrits d'Abraham le Juif sur le Grand (Euvre, ce qui révéla les secrets de la Kabbale.

passion pour I'occultisme; son insatiable

Nicolas Flamel
de

il ,ti
j,

Il avait travaillé l'hermétisme ayec un juif et reçu d'un autre juif persécuté

I'Art

fut un grand

par l'ire de Dieu dispersës en Gaules. Il fit de I'or à Paris : Je peux le dire

maître

Royal.

,t

ses livres et ses papiers dans lesquels se trouvaient des manuscrits venant d'un autre juif ayant habité les Indes. Ayant compulsé cet ouvrage aux figures et dessins très significatifs, Nicolas Flamel se le fit traduire de I'hébreu, en Espagne 194

Le bruit se répandit rapidement à Paris que Nicolas Flamel se procurait ses inépuisables richesses par la magie. Craignant pour sa liberté ou redoutant - fit croire que le spectre du bûcher il sa femme était tombée fort malade. Bientôt même, il annonça sa mort. On ût un simulacre d'enterrement. Peu de temps après, on (( enterrait > aussi I'alchi-

avec vérité. (Léo Larguier.)

y

Philosophale ! Il avait rédigé un testament qui distribuait ses richesses. ll demandait qu'une pyramide symbolique fût élevée en souvenir de sa femme et de lui. Le couple vovagea aux Indes. dit-on.

miste, alors que déjà, dit-on. il avait fui Paris pour la Suisse, emportant avec lui

sa Pierre

mena une vie philosophique,

à I'abri

venait de lui supprimer partie de ses privilèges fiscaux et judiciaires, et Ia soumettait au Pariement. En 1499, il lui enieva Ie droit de protestation. Érasme et Rabelais ne se sont pas fait faute de critiquer et de moquer les ratiocineurs
terministes. scotisles

elie s'était totalement engagëe. Le prince

et

autres.

du besoin, gardant la miraculeuse jeunesse millénaire due aux prodiges de la Pierre. Il a laissé à Paris les sculptures hermé-

tiques de

la Tour

Saint-Jacques.

Les Fraternités rosicruciennes I'accueil-

laient partout. Ses livres portent la rose

Nicolas Flamel fit incontestablement des transmutations. Sa femme Pernelle I'assistait. La Femme est Dour les hermétistes, comme Ève, I'instigatrice. Elle est le symbole de la nature pour les alchimistes. La Nature qui mène à la perfection. Le Soleil est le Père, la Lune. la Mère. Sophia est mariée à son amant divin.

symbolique. On en possède à Paris qui prouvent.

le

Sophia pour les gnostiques

a

montré

Ies voies de la Connaissance. Les chefs de

de

Pierre Crockart professait. ainsi que Noël Bédier. Jean Mair, Jacques Almain. L'ocklamisme et I'averroïsme étaient en vogue. Ocklam et lvlarsile de Padoue, dès la première moitié du xrve siècle, avaient lancé le mouvement qui freinait les aspirations pontificales, séparait nettement le spirituel du temporel. Leurs doctrines devaient largement influencer Machiavel et Luther. Jean Duns Scot, au début du xrve siècle. Guillaume d'Ocklam, un peu plus tard, étaient deux grands docteurs franciscains, qui s'efforçaient de rejeter la raison des affaires de la foi. pour aboutir au criticisme et au scepticisme. Il s'en dégageait une puissance objective du libre arbitre et de la volonté
I'homme.

proclamer pour Reine. Marie (Vierge).

I'Église eurent à lutter contre la glorification de la Femme. avant de s'y jeter et

L'Université de Paris était en mouvement. Le roi Louis X[ ne lui pardonnait pas sa soumission aux occupants anglais. ni le procès de Jehanne d'Arc. dans lequel

Le criticisme était à la mode à Paris. Il renouvelait totalement les notions du Bien et du Mal, qui ne s'excluent pas nécessairement. Il donnait aussi libre champ à la magie. L'ombre de Dante revivait sur les rivages pittoresques de la Seine. au porche notamment. de I'antique é_elise des étudiants, SaintSéverin, ou sous les voûtes de SaintJulien-le-Pauvre, la plus vieille église de Paris. Le Proscrit Sublime. comme on a qualifié Dante Alighieri. banni de Florence. illustre par sa Divine Comédie qui le plaçait au rang sublime d'Homère.
r95

Guénon, il était johannite et gnostique. initié à l'ésotérisme et pour cela on I'a parfois qualifié d'hérétique. C'est que Dante appliqua la Kabbale aux dogmes chrétiens. Son voyage aux

d'Horace. de Lucain. ouvrit la voie des mystères et des évocations. D'après René

qui inspireront Ies voyages des grands magiciens du xvre siècle, s'accomplissent comme une initiation aux mystères d'Eleusis et de Thèbes. Virgile est le guide occulte. Il écarte du gouffre du désespoir le voyageur. Il y
surnaturels.

Enfers. ses itinéraires à travers les mondes

proue tournée vers I'Est. jouissait d'une célébrité et d'un prestige grandissants depuis la monarchie capétienne. la création de I'Université venant doubler l'école cathédrale. Rue Galande. rue de Ia Boucherie. autour de Saint-Séverin. encombrée des étudiants. autour de Saint-Julien-le-Pauvre rempli d'effiuves magiques. les étudiants entouraient les
maîtres libres et étudiaient dans le souvenir

à la

tête, position de pure magie. Il faut comprendre que I'initié prend le contrepied du dogme et qu'il remonte à la lumière, en se servant du Démon même, comme d'une échelle monstrueuse. Éliphas Lévi écrit : C'est. déjà le protestantisme dëpassë, et Ie poète des ennemis de

ses pieds

échappe. en mettant sa tête à la place de et ses pieds à la place de sa

de Dante et d'Abélard. La passion culturelle pour les Antiques éclatait. En France comme en Italie et en Allemagne et en Angleterre, on s'abreuve à la lecture des philosophes païens. à la beauté des pages

d'Homère, de Virgile. de Platon. de Cicéron et de Plutarque. Tout au long de la montagne SainteGeneviève, Ies clercs animaient les auberges. Les successeurs de François Villon hantaient les tavernes, chantaient.
vivaient en mauvais garçons. coupant les bourses. maraudant plus qu'ils n'apprenaient. Les professeurs réguliers du cha-

Rome a. déià deviné Faust montant au ciel sur la tête de Méphistophélès vaincu.
Cent cinquante ans avant Faust. Dante, au xIVe siècle. a accompli la résurrection de toutes les doctrines occultes. de toutes les religions. par son ascension mystique

pitre Notre-Dan ivaient beau alerter les gens d'armes ci r Prévôté. les moines
de I'abbaye Saini-riermain-des-Prés, ceux de I'abbaye Sainte-Geneviève au sommet de la colline. ils ne pouvaient rien contre ces garçons de tout âge qui s'intitulaient

aux cieux.

ll a choisi pour guide

saint

Boniface VIII. il condamnait aussi aux pires tortures Philippe le Bel. persécuteur des Templiers. Machiavel, aigu, pénétrant. avait prédit que I'Eglise serait châtiée. Repentez-vous! clamait Savonarole brûlé.

Bernard, fondateur du Temple. Ces figures de magie sont extrêmement éloquentes. Dante était plutôt Joachimite. il haissait

des

étudiants, qui déclamaient poèmes et dialectique et qui fréquentaient la cour
Miracles.

La cité française. belle nef lutécienne

Paris semblait le lieu de délices et de perdition de la jeunesse. le paradis de la jouissance intellectuelle. Pour certains. c'était I'antre du Diable : trop d'arguties, trop d'écoles, voire d'hérésies s'y affrontaient. au choc des verres et aux rires des femmes. Les maîtres du

t96

Chapitre de Notre-Dame s'indignaient avec Ies chanoines. de ces débauches de I'esprit et du corps. ces débordements de
perversité philosophique. cette passion pour la magie. en ces ruelles de la vieille
Rive Gauche médiévale que saint Bernard

copale. s'achève dès le xrv" siècle. Une lermentation de systèmes nouveaux éclôt

suppliait les jeunes de ne pas fréquenter Fuyez cette Bab"v,lone. rtt),ez et sQuvez

:

xv" siècle. fécondée par les Académies italiennes. I'Humanisme de Marsile Ficin. L'aristotélisme laïc des Universités. notamment celle de Padoue. le platonisme de Nicolas de Cuse. prouvent que la pensée rationnelle venue de Grèce par
avec le

vos

âmes

!
son

Mais venait-on à Paris pour sauver
âme?

l'apport arabe. enrichi des magies de l'Orient. bouleversait la civilisation chrétienne. La question primordialeest toujours

maîtres en théologie y côtoient les étudiants pauvres comme les truands et les
hères affamés. Des foyers intellectuels plus

Paris. c'est la rose magique du monde. le baume occulte de l'Univers. mundi rosa. balsamunr orbis. Docteurs ès-Arts, ès-Médecine.

Pour la jeunesse estudiantine,

celle des rapports de la raison et de la Foi. un conflit qui donne libre essor aux partisans de l'occultisme. Le xrve siècle sonne le glas du système philosophique chrétien préétabli. C'est

le siècle de l'échec. C'est aussi le signal de la magie qui
retrouve des ailes.

ou moins révolutionnaires

se

groupes

de goliards. de gibelins. de
y
attaquent

forment. Des

régime. sapent la papauté. la religion, professent une idéologie révoltée.

le

magistes épris de sorcellerie.

LE MOTNE RABELAIS
< DOCTISSIMUS
>

tour du Palais. que Charles V a fait construire en 1370 Dar un ouvrier allemand. Henri de Vic.

commette.-: des pratiques interdites. dans les fossés -,e la tour de la seule horloge que possédent les Parisiens. celle de la

ÉraTr-IT UN

SORCIER?

Comme I'a justement écrit M. Émile Bréhier, le Moyen Age intellectuel fixé par I'enseignement philosophique des maîtres religieux. ceux de i'écoie épis-

Rabelais, sous ses énormes farces. cachait les révélations d'un occultiste. d'un initié qui savait la nécessité de l'affabulation et de la légende. pour faire passer en les dissimulant. des anathèmes. des leçons. des messages secrets. des révélations ésotériques. Sensuel et facétieux. le moine Rabelais. grand savant encyclopédique et critique, homme d'opposition. avait tout pour plaire à Faust qui jouissait du même tempérament. On a dit souvent que le Moyen Age avait donné deux livres parfaitement occuites pour l'élévation et
197

I'instruction des âmes

: l'Imitation

et

Gargantua. Le moine médecin tourangeau. docteur universel. comme tous les esprits forts de ce début du xve siècle, cachait,

pour se fortifier dans la connaissance théologique comme Faust. Rabeloesus Chinonsis avait vingt ans en l5l0; il
savait la médecine, I'astronomie, la philologie ou science du langage et des mots, il
se

sous sa bouffonnerie. une sagesse et des théories dignes de I'Antiquité. Il naquit à peu près en même temps que Johannès Faust, passa quelques années au cloître

toutes les traditions secrètes des alchimistes. L'idée n'était pas nouvelle, d'envelopper Ies théories initiatiques d'un voile d'affabulation. de légende. de conte de fées. d'aventure. L'Illade et I'Odvssée. texte magique. et puis La Divine Comédie occulte de Dante. ou le Roman de la Rose. symbolique, et le Songe de Poliphile contenaient une forte signification ésotérique. Déjà. dans un mystère du temps de la vie de saint Louis, se voyait un Penthagruel. démon qui versait du sel dans la bouche des dormeurs... judaïque mangea un livre et fut clerc jusques aux dents; présentement vous en boirez un et serez clerc jusques au foye. Tenez. ouvrez les mandibules. Panurge ayant la gueule bée. Bacbuc prit le livre d'argent et pensions que fust
< Jadis un antique prophète de la nation

révélait affamé de lectures et de connais-

sance. Son hellénisme.
persécutions.

son admiration
les

pour Érasme, lui attirèrent rapidement

Il alla se réfugier au couvent Fontenay-le-Comte et I'on rapporte que ses prédications ftaient exemplaires. Doctissimus. disait-on de lui. Mais ne racontait-on pas qu'il s'esbaudissait à mélanger au breuvage des moines des

de

éblouit ses maîlres par sa science. car il parlait couramment le latin, le grec. l'hébreu. I'espagnol. l'italien. I'allemand. et I'anglais. Son Almonaclr de 1533 il en publiera jusqu'en 1550 est -signé de son nom. docteur en médecine et professeur d'astrologie. Gargqnrua et son Pantagruel en 1534 furent des événements. On déchiffrait sous son extraordinaire galimatias un occultisme où se retrouvent
198

plantes eschauffantes ou refroidissantes? Ne disait-on pas qu'un jour, il prit la place, sur son piédestal. de la statue de saint François? Aussi Ie couvent l'expédia-t-il in pace. au cachot. au pain et à I'eau. Rabelais y puisa son mépris pour les gens d'Eglise. A Montpellier. il professa. A Lyon. il

qui estoit comme d'un bréviaire;

véritablement un livre à cause de sa forme,
mais

c'estoit un vray et naturel flacon, plein de vin Falerne, lequel elle fit tout avaler à

Panurge. < Voicy. dist Panurge, un notable chapitre. et glose fort authentique :
est-ce

tout ce que voulait prétendre le mot de la Bouteille Trismégiste? > (PnNrncnuel). Saint Jean. en effet. a écrit : < Et la voix que j'avais entendue ciu ciel me paria de nouveau et dit : ( Va. prends le petit livre ouvert dans la main de I'ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre. Et j'allai vers I'ange en lui disant de me donner le petit livre. > Et il me dit : < Prends-le et avale-le: il sera amer à tes entrailles. mais dans ta bouche il sera doux comme du miel. >

avalé, mes entrailles furent remplies d'amertume. Puis on me dit : < Il faut que tu prophétises de nouveau sur beaucoup
de peuples. de nations. de langues et

Je pris le petit livre de la main de l'ange, et je I'avalai ; il fut dans ma bouche doux comme du miel. mais quand je I'eus

On sait que la lettre G est attachée à la symbolique des Rose-Croix. (Lire Paul
Naudon.) Le moine Rabelais fut initié à une secte de Saint-Jean Rosicrucienne. Le gamma fut I'attribut de saint Jean. Il avait raison de cacher ses convictions sous le voile de

rois. > (APocALYPSE.

X.8-ll.)

de

la

fantasmagorie,

et

quelles profondes

leçons se découvraient. à la recherche de la Connaissance philosophique, sous les aspects trompeurs aussi grossiers que

La géomancie et la Kabbale courent dans cette prodigieuse chanson de geste.
Soufre (la forme) donne au Mercure (la matière) ses compositions. Le Sel. médiateur des corps. peut être converti en or pur. Le Sel est aussi le correspondant du

le

Le sel de Rabelais. c'est la matière absolue.

mouvement. l'énergie

par quoi

Ie

Nombre d'Or. Le vin est signe magique du soleil. de la connaissance aussi. Le symbolisme du vin et de I'ivresse qu'il produit. la boisson de vie, conservent I'idée cosmique de vie
universelle. Le royaume de la Quintessence ? Rabelais a emprunté ce mot et sa sjgni-

ici la J'ontaine Phantastiqae du Temple cle Bacbuc! Le langage du mage, dans cette substantifque moelle. L'Ars Magna. Rabelais pratiquait I'alchimie. Sa dive Bouteille. c'était I'(Euf Philosophal. La Bouteille Trismégiste; la vigne, n'est autre que la Pierre des Philosophes, la matière initiale dont on tirera la Pierre Philosophale. Et Faust chantait avec Panurge : Sonne le bequ mot. je t'en prie Qui me doit oster de misère. Ainsi ne se perde une goutte De toi, soit blanche, ou soit vermeille!

les masques géants - Théâtre Antique du

L'élixir de la Connaissance. la lioueur de la Jeunesse Éternelle! Pour son extra-

la soif du Vin qui, sous
secrets kabbalistiques.

ordinaire voyage, Rabelais avait choisi les dehors du
Ies

vision suprême de connaissance. Le G abonde dans son ceuvre : Gënéa se trouvait déjà en 1459 dans Le Songe de Poliphile. lorsque le moine dominicain,
son auteur. Francesco Colonna. décrivait

la Kabbale. exprime la

fication à Paracelse. La lettre G, comme toutes les lettres de
Sagesse

dérèglement de I'esprit, permet les sciences

et

interdites. les préclictions de voyance,

la

Frère François Rabelais dut s'enfuir et se cacher, car on Ie dénonça comme essentiellement démoniaque. Son initiation à I'hermétisme, son goût de I'alchimie et des arts divinatoires de la magie,
se complétaient,

le temple merveilleux. lci. c'est I'initiale
de Grandgousier. Gargamelle. Gargantua.

en effet, d'attaques viru-

Ientes contre les théologiens. les sorbon199

nards. sorbillants. sorbonagres, sorbonicoles! Elles égalent ses traits contre les dévots, cagots. matagots, bigots. moines et dignitaires clerigaulx. cardingaulx et

Les apparitions de Jehanne procédaient.

allrmaient-ils. des démons Bélial. Béhémoth et de Satan. bien entendu. leur
chef.

à aller en geôle. Il affirme donc officiellement les meilleurs sentiments et le plus grand respect pour les papagaults. Génuflexions. N'était-ce pas là encore un trait

poix inutile de la terre. Mais Frère Rabelais se méfie de la discipline. Cornélis Agrippa, qu'il a dépeint sous le nom de Her Tripa. est fort suspect et frère Rabelais ne tient pas

papagaulx bossus, borgnes. boiteux, manchots. podagres. c'ontrefaits et malifciez.

sation. qu'il était établi que Jehanne portait une mandragore cachée dans son sein. d'oir elle tirait son merveilleux
pouvoir de divination. de commandement

On rapportait aussi. dans l'acte d'accu-

et d'influence. ainsi que son pouvoir
gore.

de conquêtes. (Laurens Catelan.) Les < voix >

n'étaient autres que celles d'une mandra-

La mandragore, en effet, disait-on couramment. permettait de livrer bataille
suivie toujours de victoire complète; ce pourquoi la pucelle d'Orléans. rapporte le chroniqueur../ut accusée d'avoir longuement tourmenté les Anglais par la ./brce et Ia vertu magique d'une mandrogore. Le célèbre jésuite Martin del Rio dénonçait en 1429 les droites Sorceries et Hérësies. dues au merveilleux pouvoir de la mandragore. Il raconta comment il découvrit dans les effets d'un licencié suspect, outre un livre plein de formules magiques. un petit homme mandragore virunculus mandragoreus. qu'il mit en pièces. arrachant ses membres et les jetant
au feu. devant les regards épouvantés des clercs qui savaient qu'un affreux malheur allait fondre sur le jésuite téméraire. En ce temps du xv" puis du xvle siècle on se répétait aveuglément les vertus magiques cle la mandragore.

de

Satan?

François Rabelais échappa de peu au bûcher. L'Église ne s'y trompa pas : Frère
Rabelais est

un

Révérend Père en Diable.

LA TRÈS CURIEUSE HISTOIRE
DE JEHANNE ET LA MANDRAGORE

On discutait beaucoup au Moyen Age
à Paris

Anglais, ranimé le courage, fait couronner le Dauphin et qui fut finalement brûlée pour sorcellerie. Cinquante ans avant la naissance de

allusions dans leurs sermons I'aven- de ture particulièrement horrible de Jehanne la Lorraine. qui avait sauvé la France des

et les religieux y faisaient maintes

de Domrémy. avait été rédigé, à

Faust. le Procès de Jehanne la visionnaire
la

demande des Anglais. par six des meilleurs

théologiens de I'Université de Paris. Sur ordre de l'évêque Cauchon. ils conclurent nettement à la magie satanique.

Qu'est-ce q.ue [a mandragore. cette piante dont les racines sont fourchues comme des jambes, la tête échevelée. le corps velu. qui ressemble à une forme
humaine
?

201

Connue des Anciens et notamment d'Hippocrate, la mandragore est une plante semblable à la belladone, dont les racines épaisses ont toujours passé pour
posséder des vertus stupéfiantes, érotiques et merveilleuses. Dès I'Antiquité. on la conseillait pour la préparation des philtres et enchantements magiques. La Bible. dans la Genèse. y fait allusion. puisque
mère

lise la terre. C'est le mariage de la Terre et du Ciei. Les gnostiques démontrent
ses

origines royales et sacerdotales et

la belle et stérile Rachei devint
après en avoir absorbé.

La recette de Rachel était connue en Italie. Selon
Laurens Catelan (1568-1647), c'ette racine

l'eau baptismale I'ont ointe. Pour cueillir la mandragore et I'arracher à la terre. car c'est sa racine aux formes humaines. qu'il faut posséder, cent précautions sont indispensables : choisir un jour propice, le vendredi, jour de Vénus, ou le samedi. jour du Sabbat. Les uns conseillent I'obscurité de la nuit, d'autres le lever du jour. Certains recommandent le début de septembre; d'autres la nuit de Noël. On entoure la plante d'un triple cercle magique, et I'on grave sur son écorce un triple signe de croix. Il est bon. pour I'apaiser par un fluide féminin, de répandre autour de la plante,

milent à I'Adam originel

le chrên" ;t

l'

:i-

n'est autre chose que sperme t'iril. La tradition rabbinique veut qu'eile ait poussé au paradis terrestre, au pied de
I'Arbre. Au Moyen Age, la mandragore est une panacée. On la prend en cataplasme. en bouillon, on la garde au lit dans la main.

du torticolis.

Elle g,:érit de la langueur. de la migraine,

Hildegarde de Bigen. au xrre siècle. détaillait ses meilleures qualités. Prise avec du vin. elle chasse la mélancolie
de l'âme, elle ranime le nauséeux. Pierius

un peu d'urine ou de sang menstruel d'une jeune vierge. Un chien noir. dressé à fouiller la
terre, aide à déterrer la racine. Lorsqu'elle apparaît, on y attache le chien, qui,

violemment commandé. accourt

à

son

rain de Faust. disait que cette

Valerian, né en 1477 et donc contempo-

racine

humaine donnait une fumée dont la force

est entre le venin et le dormir. On lui ses vertus extraordinaires. d'abord du fait qu'elle est le produit vivant de la tere. d'oir sortit Adam. premier élément vital de I'humanité. des animaux et des plantes. Tout ce qui croit sort de terre.
Plusieurs légendes tbrt anciennes veulent que I'on ait trouvé dans la terre. dans le
concède des vertus aphrodisiaques. fécondantes, guérissantes. La mandragore tient

maître. en arrachant de I'humus matriciel la mandragore. qui souveni pousse un cri d'enfant blessé. ll faut immédiatement offrir en holaucauste aux divinités souterraines, le chien. que I'on exécute au

poignard

de la mandragore sont

même d'où sortit la plante miraculeuse. L'aspect humain, les membres, le sexe

et que I'on enterre au trou

elTrayants. ll faut aussitôt la baigner. la nourrir de lait,

humains. La pluie venue des dieux vita202

sillon du laboureur. de petits

êtres

de vin, I'habiller de blanc et de rouge pour effrayer les puissances démoniaques qui voudraient s'en emparer. car la mandragore vivante. comme I'homme, tient de Dieu son créateur. mais peut

tomber au pouvoir satanique du Prince
des Ténèbres, qui en fera un épouvantable

doit

usage. Le rouge cardinalice. couleur du sang du sacrifice et de I'Esprit-Saint. convient donc. La racine antrooomorohe échapper

La mandragore poussait non loin de I'Arbre des Fées de Jehanne, à Domrémy, à I'ombre duquel les malades, quand ils
peuvent se lever. vonî
se

promener. consigne

dans une armol're étoffée. ou dans une cassette sur laquelle on a dessiné un gibet, un supplicié er une plante. La mandragore pousse en effet sous les pendus. On la trouve au pied des potences. C'est le sperme du moit qui l'a procréée. Elle contient I'âme des déses-

à l'Enfer. On ia gardero

le Procès de Jehanne d'Arc (trad. Ouràel) L'évêque Procureur v voit la main du
Démon.

: Dieu ne peut pas soutenir de ses inspirations les ennemis du roi
ment majeur

Procès de sorcière et d'hérétique. Argu-

le Diable peur inspirer

Henri Vl. seul roi légitime de France; seul,

Jehanne

Ia

Celui qui la possède échappe aux attentats, peut se rendre invisible, elle
peut faire mourir celles du voisin. C'est
elle qui indique oir les trésors sonr enfouis. féconde ses vaches et double Ieur lait. elle

pérés.

La lecture du réquisitoire de Jean d'Estivet, accusateur. dura deux iours. Dès son enfance. dit-il. Jehanne pràtique les sortiièges. fait métier de devineresie.
invoque les Esprits malins, a conclu pacte avec le Diable. Hérétique. Sorcière. Démone. Blasphématrice de Dieuet des Saints. scandaleuse, séditieuse. belliciste. cruelle. altërëe de sang humain et poussant au meurtre... elle avait abiuré Ia pudeur de son sexe... S'est fait notnmer la Pucelle. menteresse. pernicieuse. abuseresse du peu-

Guerrière. L'Angleterre remit dix mille l-rancs d'or pour la livraison de la Pucelle.

Glissez près de sa racine,

pièce de monnaie, le lendemain vous en
t.rouverez deux

le soir, une

et

plus.

Posséder une mandragore donne Ia jeunesse éternelle. le pouvoir. la richesse. Mais de qui donc tient-elle son prodigieux
effet?

La racine merveiileuse est une oouoée magique. On l'entend parler. c.ler.' se plaindre. Elle est I'homunculus des ohilo-

ple. devineresse, superstitieuse.,. présomptueuse... venteresse. idolâtre... dissolue.
invocateresse de diables. apostate. schismatique. hërétique. relapse.

On dit qu'au bout de sept ans. elle devient un enfant bien conformé. qui a tous les aspects bien qu'un peu difforme

sophes. dont nous avons parlé.

Tandis qu'elle attendait pour

être

-

des humains.-

les Nymphes et les Géants. dont la Divinité ou le Démon se sert pour exécuter ses desseins. Ce sonr plutôt des Éons. ou des Esprits. ou des
Anges.

C'est ainsi que naquirent les Sylvestres.

du pilori un sermon vindicatif d'un qui la couvrit d'opprobre. Dans les
certain docteur en théologie. Nicole Midi.
flanrmes. Jehanne cria à Cauchon : Évêque!

brûlée, Jehanne dut encore subir au pied

Jean d'Estivet mou_rut de la lèore. Nicole Midi se noya dans un egout. Quand à l'évêque Cauchon. il mourut
203

C'est par t'ous que je

meurs !

d'apoplexie quelques jours plus tard alors qu'on Iui faisait la barbe. bûcher. le Grand Inquisiteur de France. Jehan Graverent. prieur des jacobins. du haut de la chaire de Saint-Martin-desChamps. en grande solennité et avant la procession, flétrit le souvenir de la Pucelle. Encore une fois, il I'accusa formellement de pacte avec I'Enfer. Jehanne fut brûlée pour avoir appeié

Un mois après son

exécution sur

le

parents. était Jean de Craon.
châtelieries.

qui le tint en tutelle à la mort de

Du Guesclin. Son père était seigneur de Biaisen et de Chemillé. Son grand-père,

ans. il épousa une des riches héritières du Poitou qui lui apporta de nombreuses

A

ses

seize

armes

et combattit dans I'armée

Il

se destina à la carrière des de

le grand capitaine Gilles de Rais. qui guerroya si courageusement pour la
naissance de Johannès Faust. son retentissant et dramatique procès pour sorcellerie secoua la Cour de France et I'Eglise. Le jeune maréchal de France. accusé de

Satan à I'aide et pour avoir exterminé I'armée angiaise. Son fier et noble compagnon d'armes.
France

Trémouille était par ies Craon cousin de Gilles et c'est lui qui lui commanda de rester auprès de la Pucelle et de comcampagne d'Orléans, la secourut lorsqu'elle fut blessée à la poitrine à l'assaut des Tourelles. c'est lui qui décida de chasser les Anglais de Touraine avant de conduire Charles VII se faire sacrer à
battre à
ses

Il était à la cour de Chinon quand v vint Jehanne d'Arc en mars 1429. Le ministre et favori Georges de la
Il aida Jehanne dans ia

Charles VII à la tête d'un corps de troupe entretenu à ses frais.

sort meilleur. Quarante ans avant

qu'il aida à libérer, n'eut guère un
la

côtés.

faire de I'or avec les alchimistes.

accusé

de sabbat avec ies pires diables. accusé de

diable Baron. ll avoua nettement son pacte infernal. Il fut I'invocateur des démons, comme ie qualifia en 1440 ie Grand Inquisiteur.
LE PROCÈS DE GILLLS DE RAIS. MARÉCHAL DE FRAI.ICB ET SATANISTE Gilles de Rais, baron de Machecoul et autres lieux. était un MontmorencyLaval et arrière-petit neveu du connétable
204

sodomie, de meurtres d'enfants pour ses évocations, reconnut les services de son

lui qui ga-sna Jargeau. Beaugency. Patay. Lors de la marche sur Reims, ii fut dans I'escorte royale. Là, le roi le nomma maréchal de France. ll avait vingt-trois ans. Il fut chargé avec son frère. le comte René de la Suze. d'aller chercher à I'abbaye de Saint-Remi la
Reims. C'est
marcha sur Paris. Bedford et I'armée anglaise attendaient les armées françaises.
Sainte Ampoule. Selon le grand désir de Jehanne. on
Jehanne

et Gilles avaient pour objectif la porte Saint-Honoré. C'est là qu'elle fut blessée
guerroyer pendant huit ans encore. ll abandonna les armes après avoir été le
d'une flèche à la cuisse. Quand Jehanne fut faite prisonnière. Gilles continua de

Deux corps attaquèrent Paris.

la Dame des Armoises. dont il voulait faire la nouveile Jehanne d'Arc.
chevalier de

bien inutilement d'ailleurs. Retiré de la vie des armes. Gilles de Rais se consacra à Champtocé à la vie fastueuse d'un grand seigneur, maréchal de France. Fort intellectuel. ii se composa une très importante bibliothèque. aimant lui-même enluminer et calligraphier. A Tiffanges, à Machecoul. Gilles de Rais donnait des Îëtes fastueuses. entretenait une collégiale avec doyen. archidiacre, chanoines. chapelains. vicaires coadju-

revêtus de dentelles d'orfroi. satin. plumes. brocarts. joyaux et ors. Sa garde était de deux cents hommes à
cheval, chaque château était défendu par

teurs, enfants de chæur. pages de musique

dans I'Orléanais. I'Anjou. en Bretagne, Jean V, le principal acquéreur. refusa
de publier la défense. Il acheta Champtocé,

Gilles de Rais dépense très largement. Il monte des pièces de théâtre où il emploie cinq cents acteurs : le Mystère d'Orléans fut joué dans beaucoup de villes. Pour ces fêtes, ces défilés. ces luxueux apparats, il vend ses propriétés. Sa famille se plaint au roi qui, à Amboise. signe l'ordre d'interdiction de continuer d'aliéner ses biens, ordre qui fut proclamé à son de trompe

jalousie de Jean V, duc de Bretagne, et de l'évêque de Nantes. Jean de Malestroit.

cinq cents pertuisanes. On comprend la

GILLES DE LAVAL. BARON DE RAIS

va acheter Machecoul peut-être. Gilles beaucoup de dettes. Pour se procurer de I'or, Gilles de Rais se livre à I'alchimie. Il pousse avec tant d'ardeur ses travaux pour parvenir à la Pierre Philosophale, qu'il en perd le temps de manger.

a

il

Il

'entoure de magiciens. fait venir

205

Tiffan-ees et avec I'aide d'Antoine et François. deux Lombards qui ont travaillé pour un ortèvre de Paris. ll erpërintente

tout un matériel. Il installe un laboratoire d'alchimiste avec four. en son château de

le mercure.
De Florence. on lui ramène un magiste.

l'abbé François Prelati, du diocèse de Castellane. qui le pousse à la magie cérémonielle. Le docteur de Ia Rivière en
est fort partisan.

L'acte d'accusation rapporte que Prelati disait expert en I'art prohibë de gëomancre. C'est dans un bois près du château de Tiffan-ees. qu'avec deux autres magiciens. Gilles évoqua les Esprits et invoqua
se

le

livrant à tout le rituel satanique.

Démon. appelant Oriens, Belzebuth. Satan. Belial brùlant. myrrhe. aloës. se
Pour cette conjuration aux malins Esprits.

on remarque les Jènêtres lucarnes de ladite salle ouvertes. les genoux f e;chis pour

invoqua et .frt invoquer. et par lesdits malins Esprits toulait .iaire pacte par le ntoven desdits Esprits avoir et recourrer

obtenir des dits malins Esprits et aussi ledit Gilles. accusë. les adora et à eux sacrifra.

et avec eux communiqua et participa à leur dogme. demonda et lut les livres des arts prohibés et les étudia et touîe son intention

tresors, er en d'autres arts magiques l'instruire. et par ce nloyen avoir grands honneurs et pouvoir prendre et tenir c'hâteaux et villes. A présent. il convient d'offrir à Satan la main. les yeux er le cæur de jeunes garçons. tandis que Prelati accomplit les rites invoquant le Malin Esprit. Cela ne réussit pas. alors le magicien entre e/t conversation avec des devins et hérétiques er à ce perpétuer les sollicita plusieurs .f'ois

I'or philosophique, ni la Pierre. Il décide donc. conseiilé par Prelati. d'effectuer des sacrifices d'enfants. auxquels. lui dit-on. Lucifer est particulièrement sensible. En effet, il a envoyé Sillé. Blarichet, lui chercher des tlevins. tlevineresses. invocareurs et confurateurs de démons qui puissent lui avoir de I'argent. ré'véler et dëcouvrir des

nommé Baron >. en une cédule écrite et de sa main. Mais les opérations le Gilles de Rais demeurent infructueu : ni I'alchimie ni la magie cérémonieiie ne lui apportent
si_snée

s'il pouvait. science. puissance et richesse er que c'e -fut est lrai. (Procès.)
bois. dans un pré. que se fait l'inroc'ation
des

et espërance et esprit ]t apporla
ses

et

C'est tantôt dans une salle. dans un

ntalirc Esprits. Les témoins déposèrent. Ils précisèrent que l'Esprit se dénommait Baron. conjuré < avec feu et cercle >. le cercle magique. Une autre fois. c'est dans la maison même des Frères Mineurs. à Bourgneuf près Nantes. que Gilles fait plusieurs invocarions et conjurations oux maliÆ Esprits. ll demeure prouve que le magicien signa un pacte ( avec l'Esprit
206

damnables dogmes et autres voies pour invoquer les mauvais esprits, et les c'onclusions des clevins et irrvocateurs metlait en dogme. et que ainsi .fitt et est vrai. Ses complices sont Gilles de Sillé, le

fxa

en

et

docteur de La Rivière. Henri et Érienne Corillant. Henriet, Griart. Jean Rossignol, Spadin, Roger de Briqueville. consentants

participants en dits arts magiques.

in.vocaîions. divinat ions.

Dans la chambre haute de Champtocé. Gilles de Rais effectue ses rites sanslants.

Il fait l'épreuve de la tête sanglante qui
pane.

Lucifer, qu'il écrit et signe personnellement avec une goutte de sang. (Procès.)

Une sorte de fureur démoniaque s'empare de lui. Il frappe de la dague et du bâton ou étrangle les jeunes enfants qu'il se fait remettre pour ses opérations. Il leur imr : des tourments. les suspend par une !):r'che ou crochet avec des cordes el commet avec eux le vice sodomique, et I'acte d'accusation ajoute : lesquels

Une autre nuit. Gilles cie Rais veut procéder à une invocation. Prelati s'avance seul et revient effrayé. car il a vu apparaître un serpent dont il avait eu grande crainre.
Gilles propose d'aller au-devant de lui avec une relique. un fragment de la

vraie Croix qu'il possède. Le
Prelati I'en empêche.

les plus belles têtes et les plus beaux membres cruellement les regardait et
Jàisait regarder, et se dëlectait, et que très sotlvent, quand lesdits enfants mouraienr. s'asseyait sur leur ventre et prenait plaisir

enfants morts

il

baisait. et ceux qui avaient

à les voir ainsi mourir. Il brûlait ensuite les cadavres dans la cheminée. Frère François Prelati accomplit les rites. Il trace un cercle. c'roix et caroctères faits sur la terre. récite les formules d'un Iivre magique qu'il a.vait apporté, auquel il y avait les noms de plusieurs démors et paroles pour c'onjurer et invoquer les démons. L'étrange religieux croit pouvoir à évoquer ie Diable, mais hors la présence de Gilles de Rais. Baron est apparu. Il demande au magicien ce qu'il veut de lui. Celui-ci déclare requérir science. richesse er puissance et pour son maître.
de revenir au premier état de sa seigneurie

faut ménager le Diable. et Baron apparaît à Prelati et lui montre une grande quantité d'or et entre autres un lingot d'or. ll est sur la bonne voie. On tue le fils de Le Barbier. le pâtissier qui loge face au château. A Josseiin. il fait tuer plusieurs enfants. A Bourgneuf il exécute un beau jeune homme nommé Rodigo. Il tue le page de Guillaume de Sauxaie. puis celui de Pierre Jaquet. A Vannes. un certain André Buchet. dans ia maison de Le Moine lui procure un enfant dont il fait disparaître le corps dans les latrines. On parle d'une quarantaine d'exécutions au
molns.

Il

frère

et puissance. Alors que dit le Diable? Lui dit. avoir parlé avec ledit Diable. qui entre autres choses, requit que ledit Gilles lui donnât
quelques membres d'aucuns enJ'ants: lequel Gilles après. donna audit François la main.

le cæur et les y-eux d'un enJànt pour les offrir au Diable de la part dudit Gilles. Et le seigneur y ajoute une cédule pour

cou. Un magicien, un trompette nommé Loars, puis un autre. Me Antoine de Palerne viennent à Machecoul accomolir des rites magiques avec cercles. signei en terre et invocations au Diable. La Rivière assure que le Diable lui est apparu dans un bois, sous forme d'un léopard vert. Un autre soir. Gilles de Sillé est assailli par le Diable er apparaît tout blessé et meurtri. une grosse bosse au .front et ne pouvant se soutenir. Un magicien se noie dans un ruisseau. Interventions maléfiques du Diable.
207

Le moine Prelati confectionne un talisman pouf Gilles de Rais. Il le porte à son

Mais trop de parents déposent plainte, le sang couie des fenêtres de Machecoul. Convoqué en septembre 1440 devant l'Inquisiteur, devant l'é_vêque de Nantes et
devant le président des Etats de Bretagne et tout le tribunal ecciésiastique. Giiies de Rais commençe par nier et par récuser

l'évêque, puis refuse en bioc toutes les accusations, rappelant sa foi chrétienne. Prelati et d'autres. passés par la torture, confessent la vérité pour que Gilles de Rais, en présence des instruments de

Ii fallut que Gilles de Silié. François

torture et de question. avouât. Il signa ses aveux. Conscient à ce moment du sort qui I'attendait. Gilles de Rais se tourna vers son ami le moine magicien Prelati et iui dit avec Iarmes et soupirs : << Adieu, François mon
antv, jamais plus ne nous entreroirons en ce monde: je prie Dieu qu'il vous doint bonne patience et connoissance. et so)tons certqins, mais que vous are- bonne patience entrevovions en la Grande joye du Paradis, et je prieray pour vous! > et il I'embrassa

par le Père et le Fils et le Saint-Esprit, par la Vierge Marie et tous les Saints, d'apparaître en notre prësence et de vous parler et Jbire notre volonté. On offrait un coq. un pigeon. une colombe. pour les inviter à ne pas nuire aux invoquants et demancier plus .fàcilemerxl. Parfois, on se sert d'une pierre appelée diadocus et d'un oiseau huppe. Guillaume Dauxi. serviteur de Gilles de Rais. reconnut que son maitre tua et fit tuer beaucouo d'enfants en sa chambre de Tiffanges et de Machecoul,
qffrant leur sang et ntembres aux
démons

Diable à Tiffanges dix à douze fois. souvent sous I'apparence d'un beau jeune homme de vingt-cinq ans environ dans un
ntanteau de soie violetre. Interrogé. il déclara avoir appris cet art à Florence avec Jean de Fontanel. médecin.

en J'aisant lesdites invocations de dëmons. Prelati avoua avoir fait apparaître le

et

espérance

en Dieu. que nous

Un jour le Diable a remis à Prelati

nous

une poudre magique pour Gilles de Rais. Il la mit dans un vase d'argent que celui-ci porta au cou. puis ferma dans un coffre.

déclara que c'était le prêtre Eustache Blanchet qui était venu le chercher en Italie. s'avoua fort en art d'alchimie et invocation des dëmorc. Il exposa ses pratiques dans la salle inlërieure du
château de Tiffanges : caractères et signes

avant qu'on les séparât. Le moine Prelati, dans sa déposition.

Une nuit. un grand vent traversa

le

château et créa la frayeur.

magiques avec cercle tracés au sol par une pointe de glaive. flambeaux de cire et feu allumé, poudre de poussière ntagnétique ou d'aimant. encens. myrrhe. aloès. nécessaires ài'évocation. Formule : Coniuro

L'abbé Gilles de Vallois certifie qu'à la fête de Pâques il a vu au château chez le duc, un livre oir étaient décrites les cérémonies diaboliques. papier à grandes marges, écriture d'encre rouge comme sang humain. A Machecoul. on trouva 36 ou 46

yor Baron, Sathan. Belial.

Belsebuths.

qui dit les avoir brûlés. Henri Griat, chambrier de Gilles de Rais, révèle que le duc a tranché la gorge du joli page du

ossements de plus de quarante enfants de treize à seize ans. déclare Etienne Corillant

208

moine Prelati, puis le petit Thierry de Nantes, ainsi qu'un garçonnet de La Roche-Bernard, puis un bel adolescent de quinze ans qu'il tua chez les cordeliers de Bourgneuf et dont il emmena le corps à Machecoul pour le brûler. Petits pages. petits pauvres, petits enfants de chæur. tous beaux, mes beaux petits anges ! dua le duc un jour emprisonné. Le maréchal fut condamné à estre pendu et ars. Dans un pré près d'un des ponts de Nantes, Ie 26 octobre 1440 et devant la foule, on I'amena avec ses deux domestiques, car il avait demandé la faveur d'être supplicié avec eux afln de leur témoigner son attachement et les réconforter jusqu'au dernier soupir, leur montrant exemple de bien mourir, On le
pendit et on le brûla. On enterra son corps

de prêtres sauilèges, de manieurs de métaux et d'évocateurs de démons qui
l'

entourèrent

à

Tiffanges.

Pour d'autres, le rite du sang remonte aux plus antiques sacrifices. La Bible en contient plusieurs. Pour les satanistes. le sacrifice sanglant, spécialement de la jeunesse, de l'enfance,
est I'immoiation haineuse de I'innocence, I'enfance, au Dieu mauvais qui réclame des expiations. La proclamation hideuse

la mutilation de la virginité liiiale de
Les

du Mal sur les tàibles et les purs. Messes Noires la perpétueront.

LE TAROT DES BOHÉMMNS
Le jeu de cartes symboliques du Tarot, Thora ou Rota. est un livre de la connaissance occulte. Raymond Lulle base sur le Tarot son ,4rs Magna; Jérôme Cardan y voit toutes les subtilités de I'esprit, Guillaume Postel y découvre la clé du monde. Tous les magiciens y lisent la

dans l'église des Carmes. Ainsi finit le glorieux seigneur compagnon d'armes de Jehanne. seigneur baron de Mâchecoul et autres lieux. qui Dactisa
avec

le Diable.

magie secrète mêlée à I'incantation
occulte. L'usage des Tarots apparaît officiellement avec la folie du roi Charles VI,

Huysmans

a écrit à propos de

puisque pour le première fois un document officiel de la Cour en oarle en
Gilles
1392, sur les registres del'Argentièrroyal. L'Histoire rapporte que ce sont les Bohémiens q-ui apportèrent en Europe le Tarot d'Egypte au Moyen Age, qui, basé sur la sagesse traditionnelle des philosophes juifs d'Aiexandrie, allie les vingtdeux lettres de I'alphabet hébreu, la science ésotérique des Nombres et les mystères des arcanes de la. Kabbale. 209

Il a transporté de la Jurie des prières daw le territoire des à rebours. En cela il fut poussé, déterminé, par cette troupe

de Rais: Lafréquentation de Jeanne d'Arc a certainement suraiguisé les élatu du Maréchal vers Dieu. Or du mltsticisme au satanisme exaspéré il n'y a qu'un pas. Dans I'au-delà tout se touche.

Certains

y

discernent I'enseignement

ticulier.

l'époque de l'Exode, la science des vingt-deux arcanes était connue. L'alphabet hébraïo,,: postérieur correspondra à chaque par^ettre, à un arcane

imagé des Atlantes. d'autres le souvenir des mages de la Judée transmis par les collèges initiatiques égyptiens, puisque à

devins, leurs chefs auxquels ils doivent une obéissance aveugle, car leur malédiction

Au xve siècle on aperçoit leurs tribus errantes fuyant Tamerlan et cherchant
abri en Moldavie sur le Danube. D'autres errent au Nord par la Bohème, la Saka, la Pologne et abordent les rives de la Baltique. Lisons la description de J.-A.

du Tibet,

est mortelle. Leur origine asiatique leur confère une partie de la science des mages
assure-t-on.

et aux cheveux d'un noir épais, toujours nomades. voués à la couleur
foncée

Ils sont des Indo-Tart,ues à la

Les Bohémiens, Gitans. Tartares ou Pharaoniens, révèlent leur origine hindoue.
peau

plade importante qui déferla sur les chemins caillouteux de l'Occident aU xve siècle. On les considéra longtempl
comme des Égyptiens errants prôscriis, et la légende veut qu'ils expiaientlafaute
de leurs ancêtres qui refusèrent de recevoir

rouge et au safran. constituant une peu

jamadari ; lesquels, suivant leur importancæ, prennent les titres de roi : Pala; de princes :

Vaillant : < Pour faciliter leur marche, ils se divisent en /ai ou peuplades inégalement composées de soixante-dix à deux cents individus. Chaque peuplade a son chef : Polgar; son juge : agil, ses oftciers :

Raîa; de grandeur à éminence

d'Hérode. Ne serait-ce pas plutôt devant la poussée des Maures sur les Indes. que les peuplades du Gange s'exilèrent? Les dynasties nouvelles musulmanes qui s'édifièrent sur I'Inde à la fin du xrve siecle marquèrent ce départ des tribus hindoues chassées jusqu'en Occident, persécutées et massacrées par les Arabes. Le don très poussé de ces tribus pour la science magique leur donna rang de sorciers. Derrière les Huns. les Tartares. les Mongols. suivaient souvent leurs familles, oir les artisans, les prostituées. les dresseurs d'animaux se mêlaient aux voleurs de bestiaux. On leur accorda des rites secrets, des initiations, des rituels de mariage très particuliers. Ils ont leurs
210

I'enfant Jésus lors de ia fuite de Marie en Égypte, pour éviter la persécution

Lelr chef suprême porte celui de roi de I'Egypte Mineure. Ils chargent sur leurs
chevaux leurs tentes
outils
scalé

en Occident ceux de duc, comte, baron.

:

Baro ;

et les-enfants- trop jeunes pour aller-à pied, trop grands pour être portés sur le
dos. Les femmes suspendent leur nourrisson dans un linge qui leur tombe en hamac sur
les reins, et I'enfant se retient plus souvent à ses cheveux qu'à son cou. Les hommes

leurs hardes

-

s'atré

t surale

-

leurs

s'arment de leur T-sanka, bâton noueux que, dans leurs jours de fête, ils transforment en thyrse. en l'entourant de fleurs,

la Sanka, corne d'abondance de Vis'nu; et quand ils l'ont ferré pour le voyage, ils l'appellent Taro-pan, fort-frère. Ils jettent sur leurs épaules un havresac de cuir qui contient la pitance. Et, ainsi

de feuillage ou de pampre, en souvenir de

de haillons. C'est ainsi que du Multan iis arrivent en Dacie et de ia Colchide dans le Nord de I'Europe. Comment y
ne les a vus. Et queile est cette Égypte Mineure dont le roi prend le titre? On I'ignore. Pourtant elle était encore. en
1652. un des titres d'Ahmet

divisés. n'ayant à craindre ni Ie manque de vivres. ni I'attaque dans les pays qu'ils traversent, ils se mettent en marche, rois. princes et chefs, à cheval et assez bien vêtus et la tourbe, pêle-mêle derrière eux tête et pieds nus. avec les chiens en laisse. la ceinture pleine d'or et le corps couvert

Zurich déclarent : Nous sommes

de

t'Égypte, nous en avorc été chassés par Ie sultan des Turcs. A Paris en 1427. il en parut une cen-

entrent-ils? Personne ne le sait. Dersonne

déclaration

IV dans sa de guerre à Jean Casimir

zonde, dont pendant tant de siècles I'affinité parut grande avec l'Égypte? Peut-être. Mais assurément, c'est la Colchide ou la Sindikie. >

de Pologne. Est-ce le Delta? Mais depuis cinq cents ans il est occupé par les Mamelouks. Est-ce I'empre byzantin de Trébi-

J.-A. Vaillant identifie aveceux leslases de Pologne, les Zinguri de Hongrie, les Sinti de Lituanie. En i260. leurs tribus combattaient avec les Hongrois contre la Bohême. Rodolphe Le Noir, en fondant la Valaquie. s'appuya sur elles. Ils firent souche en Europe. On les appela désormais les Bohémiens. En 1417. des tribus proliféraient en Bohême, Pologne, Lituanie. Le prince Frédérik de Saxe en exila des groupes. car i/s s' j' mettent tellement à l'index par leurs vols. leurs stellionats et leur lubricité, qu'on les repousse comme une race de vagabonds. de sorciers et de
mal"faiteurs.

Une race de sorciers. Ceux qui descendent

et

passent

à

taine < Lorsqu'ils furent à la Chapelle, on ne vit jamais pius de gens à la bénédiction du Landit, tant de Saint-Denis, de Paris. que de ses environs la foule accourait pour les voir. Leurs enfants, garçons et filles, étaient on ne peut plus habiles faiseurs de tours. Ils avaient presque tous les oreilles percées et à chaque oreille un ou deux anneaux d'argent; et ils disaient que c'était gentillesse en leur pays; ils étaient très noirs, avaient les cheveux crépus. Les femmes étaient les plus laides et les plus noires qu'on pût vor; toutes avaient le visage de plaie. les cheveux noirs comme la queue d'un cheval, pour toute robe, une vieille flaussoie ou schiavina, liée sur l'épaule puu une corde ou un morceau de drap, et dessous un pauvre roquet ou une chemise pour tout habillement. Bref, c'étaient les plus pauvres créatures que de mémoire d'âge on ait jamais vues en France. Et néanmoins leur pauvreté, ils avaient parmi eux des sorcières qui regardaient les mains des gens et disaient à chacun ce qui lui était arrivé et ce qui devait lui advenir; et elles jetaient le désordre dans les ménages, car elles disaient au mari : << Ta femme... ta femme.. ta femme t'a fait coux >; à la femme : < Ton mari... ton mari t'a faite... coulpe > et qui pis est, en parlant aux gens par art magique, par I'ennemi d'Enfer ou par habileté, elles vidaient leurs bourses et emplissaient les leurs D. Et le bourgeois
:

2rl

ajoute : < Et vraiment je fus trois ou quatre fois pour parler à eux, mais oncques ne m'aperçut d'un denier de perte; mais ainsi le disait le peupie Dartout, tant que la nouvelle en vint à i'Évêque de Paris. lequel y alla. et même avec lui un frère mineur, nommé le petit
Jacobin, lequel par le commandement de excommuniant tous ceux et celles qui

philosophes et aux inte llectuels. On y retrouvait Ie livre d'Enoch. la roue astrale d'Athor. I'ot-tara indien. le char du soleil. le chariot de David et d'Arthur. le destin chinois. le hasard égyptien. Ie sort des Rômes. L'origine de ce livre d'images parlantes se perd dans la nuit des temps. Bien que venu de I'Orient, les historiens y discernent les mystères de Bacchus et d'lsis avec les croyants de
I'l talie.

l'Évêque. frt là une belle prédication

en
se

faisaient et avait cru et montré leurs mains. Et convint qu'ils s'en allassent, et ils partirent le jour de Notre-Dame de Septembre le 8, et s'en allèrent vers Pontoise. > En Espagne. le roi Ferdinand les chassa. assimilant ces Gitanos à Juifs et Maures. Son édit de 1492 ordonnait de les massacter. Ils se réfugièrent dans la montagne. En Beauce, François Ier les pourchassa et ordonna à Orléans. en 1561 de les exterminer par le fer et par le feu. En ltalie, on les persécutait
aussi.

La synthèse universelle. Le grand message occulte d'harmonie. La loi d'Unité cosmique d'Hermès.

Le livre même de

I'art divinatoire, d'une précision qui étonne les plus sceptiques : un instrument quasi

Partout, ils revenaient plus nombreux. Leur magie les protégeait. La danse. Ia vannerie, la bonne aventure, leur donnaient des ressources, que parfois ils trouvaient dans le pillage. On leur attribuait toujours des pouvoirs surnaturels. On craignait leurs sorts et maléfices. On assure qu'ils se trânsmettaient de père en fils une puissance magique. Leurs Tarots les introduisaient dans tous les milieux. Les figures allégoriques enchantaient. Leur usage pour la divination stupéfiait. Leur ésotérisme oir se retrouvent les légendes les plus antiques de I'humanité, leur philosophie simpliste de synthèse . plai.:rient beaucoup aux
L L-

infaillible de magie. Les figures du Tarot ont été dessinées en Allemagne du Sud à la fin du xve ou début du xvle siècle. Les vingt-deux < lames >, d'après les magistes, sont essentiellement d'ordre astrologique. d'oit leur pouvoir divinatoire. Leur abrégé de philosophie hermétique a été qualifié de cosmogonie anthropocentique, par J.-4. Vaillant. Unité primitive de I'univers et Intelligence suprême. Dualité du premier acte de la Création : Esprit et Matière. Amour et Haine. Les Arcanes Mineurs
de quatre séries correspondent aux quatre éléments. Air, Eau, Terre, Feu. Les deux septenaires de quatorze cartes indiquent

les voies de perfectionnement : le Beau, le Bien. le Vrai. i'Amour ou la Charité. Livre sérieux. livre des symbole's et des
entblèmes, des analogies ou des rapports des astres et des hommes. le livre du destin à l'aide duquel le sorcier dévoilait les mltsrères du sort, écrit Jean Marquès-Rivière,

qui ne

manque pas d'ajouter que

les

at

^

Chrétiens y voient un instrument d'un art diabolique, une æuvre de masie saint Bernard le condamnaii au feu.
:

ment : surprise. Le Monde : succès. Le Fou : enthousiasme.
Ces figures symboliques, .., no*r. t., nombres, les sorts qu'ils aident à provoquer incitent beaucoup de personnes à penser que le Tarot procède de la magie.

ésotérique. ses secrets d'alchimiste.

caltes est devenu un amusement sans danger; sans danger, pour celui qui le consulte. d'être envoyé au bûchei. La gaudriole de Rabelais cachant sa verve
ses

imagé ses < lames ) sous une sorte de bouffonnerie divertissante et le ieu de

Pour échapper aux condamnarions réservées aux sorciers. ies usagers du Tarot ont

pour le

du xve siècle : le bâton pour ia paysannerie, l'épée pour la noblesse, ia pièce d'or pour le négoce. la coupe ou ialice
clergé.
:

quatre groupes en quatre couleurs, qui cor_ respondent aux quatre catégories sociaies

arcanes majeurs, et 56 lames, arcanes mineurs. Les 22 constituent un triole septénaire. plus la 22e. le Mat ou Fou. signe du Néant. Les 56 mineurs comprennent quatre septénaires doubies. Il y a

révélations cinglantes. Les < cartes à jouer > d'aujourd'hui sont nées du Tarot. Le Tarot se compose donc de 22 lames,

t-il le

Ces cartes sont-elles la traduction à", naïpes > espagnoles, des < na'ibi > italiennes. ou < diablesses > des sibylles et pythonisses juives ou arabes? N'asjuret-on pas que par le < naïba > le Diable tient son langage, Nabi étant le Diable? Le Tarot en ses vingt-deux chiffres révèle-

(

véritable

jeu

kabbalistique

vingt-deux lettres de I'alphabet hébraigue? Et Guillaume Postel ne disait-il Das que Tarot : Rota et que cette roue infernàle contient le cycle immanquabie des mauMarquès-Rivière.
vais présages de la destinée? Suivons Jean

des

Lnur I. Lr Bnrrlpun
Le Bateieur cache le mage. Il a le signe de I'inûni sur la tête, ce qui lie les fories du ciel et de la terre. La main levée haut
accueille les forces supérieures

Bateleur : action. La papesse : recueillement. L'lmpératrice : iamille.

Le

Les 22 arcanes majeurs annoncent

L'Empereur

triomphe. La Justice : équité. L'Ermite : initiation. La Roue de la Fortune : bonne fortune. La Force : courage. Le Pendu : soumission. La Mort : renaissance. La tempérance : modération. Le Diable : violence ou maladie. La Maison Dieu : déception. L'Étoile : espoir. La Lune : trahison. Le Soleil : bonheur. Le Juee-

guide. L'Amoureux : passion. Le Chaiiot

:

intervention. Le pape

: :

quatre objets du symbolisme tarot : bâton,
c_oupe. poignard-épée. denier.

autre main pointe le sol et, sur le plan quaternaire des quarre pieds de la tâUle, il mène son action par les quatre éléments,

avec sa baguette magique ensuite. Son

qu'il épand

paraître les sorts. Il est le démiurge, il est le Soleil, le créateur, une main vers Dieu. I'autre vers le Démon. il réunit le divin
215

qu'il a pris dans son bissac. Son attitude évoàue I'Aleph, première leure de I'alphaËet hébreu comme un N maiuscule et donne le sens de l'unité. On le nomme pasad. C'est I'escamoteur, le magicien. qui fait

et le diabolique. Il représente I'homme
qui veut savoir. le consultant. Leue II. L.r. P,tprssl Second terme du binaire, l'élément féminin, cette iame représente la passivité assise. alors que l'homme est debout. Semblable à Isis par les cornes de sa .iare en croissant lunaire, emblème de la Nature qui se cache devant les noninitiés, elle a le livre de la science ouvert sur les genoux. Elle est le savoir, I'Astre

Leus IV. L'Eupeneun
Cet autoritaire est assis sur la force de la vie qui a pour symbole un aigle aux
ailes et à la tête tournées en sens contraire de I'aigle de I'lmpératrice, opposition qui

lune, la connaissance. Elle porte des ornements sacerdotaux et se tient sous le portique du temple d'Isis, elle confère I'enseignement initiatique. Sa connaissance vient de I'extérieur. On l'assimiie à la Sensation, parfois la consultante.

magique. Sa jambe repliée en équerre correspond au signe des alchimistes et des membres des Fraternités. celui de la construction et de la sagesse. Il est le roi, le père, I'homme. Jupiter. L'ordonnateur
de I'univers. Son sceptre clame sa volonté.

la

va assurer l'équilibre des courants actifs. Ce générateur actif et viril porte le casque de la volonté car il combat pour

vérité.

Il

porte aussi

le

sceptre

Il

apporte

le pouvoir, la protection,
Prpe

la

stabilité.

Leur III.

L'IMpÉn,c,rnlce

LmrE

V. Lr

Voici la génératrice, celle qui distribue la fontaine de vie universelle. la VénusUranie. Son diadème de douze pointes dit

Elle protège I'aigle qui est le symbole de la vie active fulgurante et
de la lumière alchimique, fluide astral ou âme du monde. On dit que c'est cette figure que I'on trouve dans I'ApocALYPsE de saint Jean : Puis il parut dans le ciel un grand signe : une femme revêtue du Soleil. la Lune sous ses pieds. el une couronne de douze étoiles sur Ia tête. C'est la reine, la mère, la femme. Vénus et Astarté. Le devenir. La puissance génératrice. La création et la volonté qui se
réalise. Son commandement prescrit I'action et la fécondation éternelle.

qu'elle porte les douze signes du Zodiaque.

Temple. Il est surmonté d'une tiare d'autorité, possède la triple croix de la

Nous rencontrons ici I'initiateur aux mystères entre les deux colonnes du

résurrective. Par son spectre, elle donne le signal du pouvoir magique impérial,

qu'il bénit, ces enfants couronnés se tenant agenouillés, I'un mains levées,
I'autre mains
abaissées, reçoivent
sa

matière, la vie et I'esprit. Les deux adeptes

science. Sa triple tiare est le symbole des

trois Toths éternels de Moïse. Son sceptre montre un triple tau. Ses doigts fermés donnent la triple bénédiction magique. Mercure. La bonté. L'intelligence qui communique. Le médiateur des principes opposés et I'idée de l'être et du devenir. L'lnspiration le visite. L'initié.

Lmlr Vl. L'Ar'louneux
de deux contraires qui se placent
Deux figures antagonistes. I'opposition
sous

2t6

son ccÊur et met i'autre en croix. La
sentiment. Le mariage. L'épreuve. le choix. L'antagonisme de la passion et de la conscience. L'amour finit par
réunir les plus opposés. Ce peut être une bénédiction nuptiale sous la flèche de voie facile de I'impureté charnelle et du

le signe de Cupidon. L'amour terresre et l'amour céleste, I'amout charnelet I'amour spirituel. La femme de droite est couronnée d'un cercle d'or. car elle exprime la pureté. la vérité. posant une main sur l'épaule en haut et i'autre main en bas. La femme de gauche pose une main sur

Cupidon qui triomphe. La beauté et l'amour aux prises avec ie cæur. Lxrln VII. LE
Cn,c.Rlor

Victoire. Triomphe sur les quatre tempé-

roues du devenir de ce char cubique, matériel, et du carré des quatre colonnes. L'homme a le bâton de commandement et sur sa cuirasse les trois équerres de construction des trois mondes. Sur les épaules les instruments de divination de l'Arche d'Alliance : l'urim et le thumin.
Victoire et réussite. Arès et Mars. Hercuie. Le signe des Gémeaux. Ce chariot triom-

raments, les quatre instincts, les quatre

phal, attelé de blanc et noir, symbolise I'action terminée avec succès. Réalisation. Aide et secours.
L,,\À4e

VIII. Le Jusrlcr

Toujours entre les deux colonnes du
Temple, le pouvoir régulateur de I'ordre universel agit avec I'autorité de la couronne, l'équité de la balance. la sanction
..Jù
L'ÉGLISE- SAINT MERRY, A PARIS, lrs urntrÉrrsrEs sE cRoupENT sous cE DIABLE euE L'oN cnorr Êrne LE BApHoMET oes reuplrnnsi

du glaive qui va assaiilir I'injustice.

Le

AU PoRcHE DE

symbole astrologique de Ia Balance. la notion d'équilibre. La notion totale, implacable. du Bien. La Droiture.

Lrue Xl. Ln

Fonce
:

La science occulte est toute-puissante

Laue

lX.

L'Henurre

cette femme archivêtue. couronnée du signe de l'infini et capable d'ouvrir la gueule d'un Iion. dispose dlune étrange
force. C'est aussi le signe de I'intelligence maîtrise la brutalité animale violente. Lion symboliaue. Vitalité. Énergie et travail. L'ixpressibn même de I'esprit motcur de I'univers et le grand agent magique du monde secret.

sur un bâton tordu. isolé, protégé

Ce Capucin est un vieillard qui s'appuie du

qui sert la vérité.

aux profanes. L'allégorie de Diogène. la lanterne à la main et cherchant un homme dans Athènes alors qu'il ne
rencontrait que des fous. Le silence et la

monde par son manteau magique et son capuce. Sa lanterne apporte la lumière de la vérité qu'il projette sur les papillons humains. Ce philosophe vénérable vogue vers la vérité, la science et la justice. Ce divulgateur de lumière, homme sincère et pour la vérité. est blâmé de tout révéler

Leiur

Xll. Le PENor-, Le
Bateleur

Renoncement. Sacrifice.

discrétion veulent que

I'on garde un

secret. Protection et sagesse. La prudence et le discernement.

Lnur X. L,c, Roue oe Le FonruNs La Fatalité et la Liberté se fondent dans la roue de la Fortune. Le quaternaire du Sphinx au-dessus de la roue
inspire
commandés aussi par les six rayons de

a perdu : une jambe repliée en croix parle de crucifixion. L'autre est attachée au Tau grec. Par cette position humiliante, I'adepte Iaisse échapper les richesses de ses poches sous le signe binaire des deux colonnes symboliques. Ses bras repliés forment un triangle la pointe en bas. Le signe du Grand Guvre des alchimistes et

la

chance.

le

hasard.

le

sort.

le sacrifice. Le Bélier. Involution et descente de I'esprit. Soumission absolue devant Ie Divin, la Puissance. Ce martyre est sans doute le châtiment de ceux qui
divulguent les secrets. Or le pendu sourit...

des mages. Le triomphe de I'homme. mais

Capricorne : comprendre les énigmes. La chance dépend des efforts, l'évolution mène l'être responsable, sa volonté choisit la direction. L'action éternelle du temps, dit Papus, entraîne I'idée de commandement. de suprématie et de durée. L'instabilité douloureuse élève et abaisse de malheureux animaux enchaînés. Fortune et ascension. destin
heureux.

la roue de l'évolution. Le symbole du

Leue Xlll. L,l Monr Ce squelette faucheur porte le nombre néfaste treize. ll coupe les têtes et les membres qui repousseront dans I'herbe vivante. La transformation des vies nouvelles après la mort matérielle. La fin des jours de I'année. Les treize révolutions de la lune dans l'année solaire de trois cent soixante-cinq jours : I'année est révolue et morte. Saturne transforme.

2t8

La matière va de pair avec Ia mort, I'esprit, I'intelligence dominent et Ia
régénération est annoncée. Entre le monde visible et le monde invisible se dresse ce faucheur diabolique. Il détruit. Les mains qui sortent de terre et qui vivent découvrent le sens caché d'une existence dans un autre monde.

de Satanisme. Le temps des messes noires.

Voici Ahriman. Typhon. le

meurtrier

qu'il vit dans les ténèbres, ses pieds sont ceux de la bête immonde : les deux petits diables sont ses adeptes. Le geste de la lame I du Bateleur. interverti. La force
destructrice universelle. force majeure.
mauvais génie. Le Mal.
le

d'Osiris. Ses ailes de chauve-souris disent

Llup XIV. Le, TenpÉnlNcs
car un double courant descend du vase d'en haut dans le vase d'en bas qui est le

Un ange opère une

transmutation.

Lnue XVI. Le MersoN Dlru

Maison Dieu ou Tour

foudroyée,

que les désirs charnels remontent

vase matériel. Le retour ascendant explique

aux

aspirations spirituelles. Cette évolution fluidique dénote la modification du corps astral. Les combinaisons du Verseau. La vie provient d'une transformation des éléments. Selon Papus. le Génie du Soleil verse d'une urne d'or les essences de la vie
dans une urne d'argent. Mélanges et com-

binaisons. transmutations.

riel et les êtres précipités et

symbole de la chute de I'homme découronné. La colère de la Providence jette à bas I'orgueilleux. Un accident matériel. une maladie. Les désordonnés de I'esprit font la chute. C'est ia tour de la Trinité car elle a trois fenêtres et c'est le feu du ciel qui lance à terre le pecheur vers la résipiscence. Ruine. désespoir et suicide. Répulsion. næud descendant de la lune. La sensualité s'exprime par Ia tour, l'édifice matéfoudrovés

contraire de ceux du Bateleur. Une griffe levée recueille les influx animaux.
l'autre. abaissée vers la terre. Sa torche est celle du feu dévastateur et des passions. Les cornes du croissant lunaire de sa tête sont inversées. Ses oreilles sont rabattues. Les deux êtres devant lui expriment le binaire humain. homme et femme. asservis à la bestialité par leurs oreilles, leur queue animale. liés par le cou à la force matérielle qui fait le piédestal du démon. Lame de Maeie Noire.

XV. LE DlA,sr-E Lucifer. la puissance du mal. les ailes atrophiées. C'est le négateur à rebours et un inverti. Ses bras se dirigent en sens
LÆrle

éxpriment la domination du détir. Hainé et antipathie. Le mal s'écroule pour que le
bien reconstruise. Prison, exil.ruine, pertes considérables. Aspect de la mort, dit Papus.

C'est l'écroulement et le châtiment.
Lnr"rE

XVII. L'Érorle Reviviscence dans I'immortalité.

La

vie éternelle de chétype. Deux vases d'or et d'argent versent le fluide animateur. contre les forces contraires de feu, d'eau, de soleil, de lune. sur les végétaux, les oiseaux et le septénaire de sept étoiles, pour aboutir au feu de l'étoile centrale de
vie surnaturelle, de Perfection et d'Unité : la grande étoile unique composée de deux étoiles superposées. celles de la nature

2t9

humaine

et de la nature divine.

Etoile

du lion, Sirius. I'astre Sauveur des hommes aussi. La femme symbolise la fécondité. La fleur et [e papillon expriment le renouvellement de la Nature. Le germe naît. Le Taureau, I'espérance. L'eau symbolise la sensibilité. L'expansion du fluide.

du Soleil. action aussi de I'or. Cet or
tombe en langues de feu sur les sages. Le mur de pierre fait allusion à la pierre
philosophale. pierre d'angle. pierre taillée. pierre de touche. pierre de saint Pierre, etc. L'hiéroglyphe de l'Absolu. Le pur séparé de I'impur. L'or du grand arcane alchimique. Le génie. Ia sainteté, le Paradis. C'est aussi le désir guidé par I'intelligence, l'évolution des êtres humains, le bonheur matériel. Les Gémeaux. La vie universelle et I'ascension de I'esprit vers la divinité. Dévoilement et lumière, dit Bourgeat : < puissance vivifiante de la lumière incréée.
>

bras demi étendus qui s'offre. Action

Le

renouvellement éternel. dit Papus. L'influence astrale sur la naissance des

êtres et des choses.

dit

Bourgeat.

Lrur XVlll.

Le, LuNe

Influence négative. Le lunatique des fantasques, capricieux. irrésolus. imprévoyants et prodigues. Le reflet de la lumière suscite les fantômes. Le caractère va à reculons. La passivité et la tristesse nocturne. La magie noire y puise ses orgies nocturnes et son sabbat. Des
philtres vénéneux. Déformations de I'ima-

Lltue XX. Le JucsueNr

gination et I'illusion des folles passions. Une répulsion qui succède à l'attraction. L'instabilité du flux et du reflux. car deux tours limitent I'horizon. Comme le soleil. cette lune verse-des perles de lumière et d'o' .uillet, I'Ecrevisse. le Cancer. Les eau. l Nil montent, la lumière du ciel décroit. Les colonnes d'Hercule. les deux pô!es. Deux chiens fidèles aboient à la lu , ' :t craignent qu'elle s'égare. Traîtrise er ."ùnger caché. Idée de terme. de fin, de but. Les ténèbres et les sortilèses.
Frayeurs.

Leue XIX. Le Solell La puissance positive, l'élan vital qui vivifie. Deux courants en découlent : I'un est actif et mâle, I'enfant ayant un bras levé et I'autre abaissé. I'autre est passif femelle. un enfant avec les deux
220

A chacun selon ses æuvres. Le réveil suit le sommeil. La résurrection succède à la mort. Renaissance de la famille dans son ternaire: I'homme. la femme. I'enfant qui sortent du tombeau à I'appel de la trompette de I'ange porté sur les nuées. Cet ange qui sonne de la trompette. ces personnages qui se lèvent pour le saluer, c'est le soleil de chaque matin qui éclaire nos pas. Rénovation. Le signe du Scorpion. La Maturité grâce au guide de I'esprit. Résurrection et rénovation du nouvel homme. La Nature se réveille sous le Verbe. < L'esprit reprend enfin possession de lui-même > écrit Papus. La surprise, l'éveil. le bouleversement.
Llrt're

XXl. Le MoNoe

Le Monde ou le Temps, < le temps du temple et le temple du temps >, selon

I'heureuse formule de Jean Marquès Rivière. L'humanité Adam.Ève est iou-

après l'épreuve des quatre voies des quatre tempéraments. L'achèvement de l'évolution s'exprime par la couronne en ::rcle autour de la femme. Les quatre
animaux évoquent les emblèmes de saint Jean. le sphinx: la croix est figurée par une jambe repliée. Cette couronne de fleurs en ovale. divisée en quatre pétales comme la fleur de lotus. fleurit les quatre signes du monde. que l'ésotérisme chré-

ronnée au ciel. par le sacrifice de la Croix.

de l'Absolu qui va entrer dans le désert de la soiitude >. La Tristesse et I'Agonie. ,< La folie de la Croix des Chrétiens > dit Cartou. C'est aussi le zéro. I'image de la condition or) les passions mènent l'homme qui ne leur résiste pas. Les joies
arrière pour ne pas les voir. ll fuit ses remords. qui sautent après lui. C'est I'inconscience et I'aberration. la fn malheureuse de I'imprudent qui a osë affronter les æuvres vives de la magie sans initiation et sans entraînement. écrit Bourgeat. Le choc en retour du mage. Affaire de magie.
de la chair. Ce coupable. cet insensé fuit. ayant rentèrmé ses fautes dans sa poche

tien assimila aux quatre

Au milieu. Ève. la femme nue. Elle a

évangélistes. un

pied en I'air. le temps qui court. Ses deux bâtons égaux sont symboles de la balance, de l'équilibre du temps. de la justice. de l'égalité des nuits-et des jours. de I'homme et de la femme. Eve verse aux hommes le nectar de I'immortalité. Voici le triomphe

spirituel final. la Révélation qui

est

venue après le Jugement. Le signe de la

Vierge. Le macrocosme et le microcosme aussi. 4uatre éléments ici réunis. L'être
humain entouré de ses énigmes.

Lnue XXII. Le Mer Le Mat ou le Fou est une des lames les plus importantes du Tarot. Elle est la Iame supplémentaire. puisque le Tarot s'arrête à vingt et une lettres. Elle est donc l'échec au roi. Le prophète est lapidé pour avoir annoncé les catastrophes nécessaires. Le sage est la risée des ignorants. L'initié reçoit I'attaque des profanes. L'inspiré qui passe pour fou. Un pauvre qui continue son pèlerinage n'ayant que sa besace. son bâton, et qui marche malgré la morsure des chiens. Le passionné de Vérité qui agit tout seul. malgré mensonges, injures. < Le pèlerin

Quant aux arcanes mineurs. ils expriment :
Coupes ; As : La femme. tendresse. ll intimité amoureuse. lll amour total.

lV Famille. V jalousie. Vl Amis. VII Satisfaction. Vtll Fête. IX Joie. X Ia Ville. Valet : amoureux. Cavalier : passionné. Reine : amie. fille ou mère. Roi : ami, fils ou père. Epëes : As : mariage. ll Décision. lll Obligation. IV Protection. V Trahison. VI. L'inconnu. Vll Deuil. Vlll Protection. lX Attente. X Lointain. Valet : le Destin. Cavalier : Fatalité. Reine : I'lnéluctable. Roi : médecin ou juge.
221

III. obstacle. lV maison. V inconnu. Vl colère. VI I parole. VI Il voyage. lX acheminement. X étranger. Valet
amoureux. Cavalier ; événement. Reine femme libre. Roi : ambition.

Bâtons.'As : force noire érotique.

ll lutte.
: :

épandre sur la table ou brûler en forme
d'encens un peu d'encens du règne zodiacal qu'occupe le soleil à la date de naissance de I'officiant et. prenant Ia série

tune. Valet : propositru. : d'affaire. Cavalier : réussite inespérée. Reine : femme de bien. Roi : homme d'affaires.

naissance. IV héritage. V initiative ou pensée. Vl affaire incertaine. VII certitude. VIII situation. I" réussite. X for-

III

Deniers

: As : argent. ll

échanges.

complète des arcanes. Ies passer. un par un. par ordre numérique. progressivement, les lames face à soi. formant un paquet du tout. Unir les doigts de chaque main et, se touchant la pointe des deux pouces et de I'index. exposer celles-ci paumes en
bas à deux ou trois centimètres clu paquet, Ies garder ainsi trois minutes en conservant la plus totale passivité mentale, les yeux et la bouche fermés. le corps naturellement droit. les coudes serrés au

corps sans que les bras touchent à la table. > < Ces trois minutes passées. les Arcands se battent pendant trois autres. se dispoLe Tarot doit être employé par un mage qui en connaît les clés. car il y a de nombreuses façons de I'interroger. Les sept

couleurs ont leurs vertus magiques : le bleu. le rouge. le jaune. le chair. le blanc, Ie noir, le vert. Mais le mage doit avoir consacré, par la magie et selon un rite. son Tarot. Iglesias Janero écrit : < La dédicace du Tarot s'effectue dans une habitation retirée en complète solitude. les portes et les fenêtres fermées. assis face à I'Est,
à la lune croissante et à l'heure de Jupiter,

sition des mains se répète comme précédemment. Après un laps de temps égal, la même opération est répétée, les lames face à soi... Trois minutes après Ie paquet doit être enveloppé d'un carré de soie violette et être laissé au reDos. dans un lieu gardé durant sept jours. après lesquels le livre de Thot est dédicacé et peut entrer en service. Pour conserver I'empreinte de I'effiuve des mains et syntoniser

sent de même façon. face en bas et l'expo-

sur une table couverte d'un linge blanc. L'officiant doit s'être purifié les mains au préalable et être revêtu de linge et de vêtements propres. Les femmes ne peuvent faire la dédicace que sept jours après la dernière menstruation et purification complète et générale. Il faut
222

I'officiant avec son instrument de travail, Ies arcanes ne doivent être touchés par aucune autre personne et demeurer dans la même soie, au repos. )) le Tarot d'Etteila. le Tarot de Marseille, le plus répandu et le plus symbolique, constituent des documents de divination. Oswald Wirth a écrit : C'est de l'lnfini que .iaillit I'Eau qui abre,tve l'Esprit.

Le Tarot de Paris. le Tarot allemand.

rroN ,r l'Éruoe bu T,lnor.
tionnel

En effet. dans une oénétrante INrnoouc-

oswald

Wirth qualifie le Tarot de livre intention-

nellement muel, document initiatique excep-

grand symboliste ajoute

et de tout premier ordre. et le : Sachons appré-

drales et l'Alchimie philosophique. Des sages inconnus nous on| légué le trésor de leur savoir mystérieux. ll voit dans le
:s applications. Et. selon lui, on y puise le Grand Art qui consiste à former des Rois : le Royaume à acquérir étant celui
Hébreux.
>?

cier le c'hef-d'euvre du Mo.t'en Age, digne d'admiration. au même ritre que les Cathë-

-arot un pouvoir

divinatoire illimité

en

de I'Esprit, le Malcuth des
I'Arcane

2l du Tarot. Comment se servir des < lames

Le grand secret consiste à mette en pré-

qui ne demandent qu'à parler. Le Bateleur est le grand commenceur. Le Fou le grand aboutissence des personruryes

Bien des clés existent pour lire le Tarot. Les occultistes ne les ignorent pas. La réunion des couples. la réunion de trois personnages en triangles, la composition sur table de I'Hexagramme avec les lames. aussi bien que la disposition des lames en croix. donnent des axes. des transversales, des étoiles d'oir jaillit la Vérité. le secret des arcanes. Un secret bien gardé et difficile à déchiffrer sous son air bouffon. Un message magique des anciennes tribus asiatiques. On ne peut qu'être frappé de I'analogie des figures ésotériques du Tarot avec les figures secrètes des alchimistes sur les diverses opérations de I'art spagirique. Chaque image de Basile Valentin. par exemple, vaut bien le Tarot par son symbolisme. ses allusions. sa recette cachée et ses souriantes allégories.

seur. Le Un et le Zéro. Le secret de ces hiéroglyphes puise dans I'Univers éternel.

)i7

LE MOTNE NOIR. LE (( PAPE DE WITTEMBERG

)).

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