ASSOCIAZIONE ITALIANA VITTIME DEL TERRORISMO E DELL ’ EVERSIONE CONTRO L ’ ORDINAMENTO COSTITUZIONALE DELLO STATO

SEDE: PRESSO AMMINISTRAZIONE PROVINCIALE DI TORINO VIA MARIA VITTORIA, 12 – 10123 TORINO TEL 011.8125406 – FAX 011.8122488 INFO@VITTIMETERRORISMO.IT

Madame Véronique Cayla, Présidente du directoire de Arte France ARTE G.E.I.E. 4 quai du Chanoine Winterer F-67000 Strasbourg France

Madame la Présidente, Notre association souhaiterait réagir à la diffusion du documentaire Ils étaient les Brigades Rouges sur la chaîne Arte mercredi 28 septembre 2011. Comme vous le savez, ce documentaire a fait l'objet d'une édition DVD par l'intermédiaire du label vidéo Arte Editions. Il a donc pu connaître une diffusion conséquente qui engage clairement votre responsabilité de diffuseur, mais aussi de producteur et d'éditeur car il s'agit bien d'un film produit par Arte France en partenariat avec la société Zek. Notre association lutte depuis une trentaine d'années pour les droits des victimes du terrorisme en Italie et revendique une stricte neutralité sur le plan politique et idéologique. Nous nous refusons catégoriquement à instaurer une hiérarchie au sein des victimes d'actes criminels commis par des groupes armés extrémistes. Or, depuis plusieurs décennies, nous souffrons d'une indulgence spécifiquement française, même s'il s'agit d'une minorité dans la société française. C'est particulièrement dur à accepter quand cette indulgence – dans certains cas – est devenue une complicité intellectuelle et parfois opérationnelle avec des jeunes gens ayant décidé de disposer de la vie d'autrui au nom d'un prétendu « combat politique » dans notre pays. Le soutien irraisonné apporté à Cesare Battisti, la grâce accordée à Marina Petrella, mais refusée récemment à deux présumés terroristes allemands âgés de 70 et 79 ans, les nombreux articles et livres en faveur de meurtriers ou d'idéologues radicaux discréditant de manière systématique la démocratie et les institutions italiennes, la volonté de ne pas qualifier de terroristes des groupes armés comme les Brigades rouges, tous ces éléments soutenus par une partie de la classe politique française et par une certaine presse ont inévitablement suscité l'incompréhension, voire la colère, en Italie.

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Il est également bon de rappeler que de nombreux membres du personnel judiciaire italien ont subi des atteintes à leur intégrité physique et morale, certains payant même de leur vie le fait d'avoir fait leur travail. Le documentaire Ils étaient les brigades rouges est présenté comme une « confession ». À la vision de ce film, nous constatons avec regret qu'il constitue une atteinte irresponsable aux droits des victimes. Nous avons été surpris par cette voix-off ponctuant parfois le récit car elle souligne ce qui semble être le point de vue du réalisateur, en exprimant très clairement à plusieurs reprises l'appartenance politique et le militantisme passé du narrateur (ou réalisateur ?). Dans cette perspective, le propos du réalisateur semble s'adresser uniquement à des spectateurs issus de la même génération des terroristes ou à des sympathisants de l'idéologie radicale qui a nourri les Brigades rouges. Ce procédé nous apparaît discriminatoire vis-à-vis de tous les autres spectateurs. Ce film pose donc problème, bien au-delà des victimes du terrorisme. Que peut-on en déduire ? Arte est une chaîne généraliste non payante qui s'adresse à TOUS les spectateurs. Or, en produisant et diffusant ce film, le message envoyé par la chaîne semble s'adresser à une minorité de sympathisants. Nous ne sommes donc pas dans une perspective historique qui s'adresse au plus grand nombre. Or, ce documentaire n'apporte aucun nouvel élément historique probant. Les détails opérationnels sont survolés et font l'objet d'un croquis grossièrement esquissé sur un coin de table. Nous parlons tout de même d'une opération terroriste qui appartient désormais à l'Histoire. Les intervenants ne cessent d'argumenter afin de justifier leur stratégie de violence, non sans une certaine morgue, voire avec arrogance. La seule tristesse qu'ils expriment est leur posture habituelle des « perdants magnifiques », ceux qui ont lutté pour une juste cause mais qui ont perdu face à un État oppresseur. La réalité est bien entendu tout autre. Ces personnes ne sont pas des idéalistes à la poursuite d'un rêve inaccessible, mais des individus radicaux ayant planifié et commis de nombreux assassinats de sang-froid. Le statut des victimes est évacué d'un revers de main puisqu'elles se trouvent désignées une fois de plus comme de simples « symboles ». Ce constat nous amène au coeur de l'ambiguïté de ce documentaire, à savoir la participation de Mario Moretti, présumé assassin d'Aldo Moro et chef militaire des Brigades Rouges. Dans un article de l'Express, publié le 28/09/2011, le journaliste Philippe Broussard rapporte des propos du réalisateur qui révèle avoir eu un différent avec Mario Moretti. Ce dernier aurait souhaité avoir la main mise sur la direction éditoriale du film. Mario Moretti aurait donc commencé à travailler avec le réalisateur avant de se retirer du projet.
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Or, Moretti est bien présent à l'image, mais n'est étrangement pas mentionné sur la jaquette du DVD. Cette présence en creux nichée au coeur même du projet nous amène à aborder un autre point de contestation : TOUT ce qui n'est pas raconté ou abordé dans le film. Nous ne tenons pas à dénoncer ce documentaire dans le cadre d'un vulgaire procès d'intention : il n'est tout simplement pas rigoureux et respectueux du spectateur. Le réalisateur a pris le parti de filmer chaque intervenant séparément face à la caméra : c'est un procédé classique mais particulièrement inapproprié dans le cas de terroristes chevronnés ayant pris l'habitude au cours des années à se façonner un destin individuel sélectif. Autre lacune éditoriale : il est tout de même problématique que l'histoire des Brigades Rouges ne soit racontée que par la deuxième génération de ses dirigeants. Historiquement, nous savons depuis longtemps que c'est sous l'impulsion déterminante de Mario Moretti que l'organisation a décidé de commettre des homicides. Le réalisateur a-t-il demandé une explication au sujet de la brusque militarisation des Brigades Rouges ? Il est bon de savoir que subsistent des tensions au sein des dirigeants qui défendent des thèses parfois opposées comme Mario Moretti et Alberto Franceschini. Pour toutes ces raisons, il nous apparaît que ce documentaire ne donne pas les clés de compréhension au spectateur français, qu'il s'avère léger sur le plan historique. Conscients de la qualité d'une chaîne exigeante comme Arte, ces manquements nous paraissaient devoir faire l'objet d'une sorte de droit de réponse puisque nous nous trouvons une fois de plus les otages de la parole des terroristes.

Torino, 04.01.2012 Dante Notaristefano, Président de l'Association Italienne Victimes du Terrorisme

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