Douze hommes en colère, commenté par Yolaine Pautret

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Douze hommes en colère (12 Angry Men) est un film dramatique américain réalisé par Sidney Lumet et sorti en 1957. Il est commenté ici par Yolaine Pautret.

Sommaire
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1 Synopsis 2 Les ingrédients du conflit
○ ○ ○

2.1 Jugements 2.2 Contraintes 2.3 Prêts d’intention 3.1 La neutralité 3.2 La distanciation et l’approche positive de la motivation humaine 3.3 L’art d’amener l’inimaginable discussion 3.4 La capacité à déstabiliser

3 Henri Fonda ou la position du médiateur
○ ○ ○ ○

Synopsis
« Au cours d’un procès où des preuves écrasantes accablent un adolescent accusé d’avoir tué son père, onze jurés sont convaincus de la culpabilité. Seul le 12ième interprété par Henri Fonda pense qu’il est innocent. Cet homme seul contre tous va tout tenter pour convaincre les autres…. ». L’action se situe dans la chambre des délibérés.Douze hommes, jurés, doivent donner leur verdict sur un meurtre avec préméditation. Pour cela, ils doivent débattre afin de ne retenir que les faits, à l'exclusion de ce qui relève de l’imagination. Le doute doit emporter l'acquittement de l'accusé.

Henri Fonda ou la position du médiateur Seul un des jurés. généralisations. projections. ces convictions intimes qui emprisonnent les onze hommes dans leur caverne. prêts d’intention et contraintes. Tout au long du film nous verrons comment la lecture des faits et témoignages alimentent leurs préjugés. leur conviction est fondée sur leur lecture des faits. va déstabiliser ces points de vues. souvent reflets de leurs conflits intérieurs. jugements. dès le début.Les ingrédients du conflit Onze jurés sont convaincus de la culpabilité . qui. de changer son vote en non coupable. ses certitudes anticipées. . Autant de situations. des témoignages et des preuves éventuelles amenées lors du procès. interprété par Henri Fonda. incarné par Henri Fonda. D’emblée. croyances. convictions. où la fiction interfère tant avec la réalité qu’il devient pour chacun difficile de déceler le vrai de l’imaginaire. nous devons voter tout de suite »**« Il n’y a pas à couper le cheveu en 4 » « Expliquez-nous la raison du pourquoi vous changez votre vote » Concernant l’enfant ○ ○ Contraintes Prêts d’intention • « Tel père tel fils » « Les enfants sont des menaces pour la société » • Concernant un des jurés qui avoue être du même milieu que cet enfant : d'autres jurés lui prêteront l’intention. En voici quelques exemples : Jugements • Concernant l’enfant ○ ○ ○ « Ce gosse est une graine de gangster » « On ne peut pas lui faire confiance » « Il vit dans un milieu pourri » • Concernant le seul juré. à cause de son origine sociale. valeurs. Concernant Henri Fonda : « C’est par vice que vous nous enquiquinez » • Nous sommes témoins dans ce film du comment chacun est abusé par ses sens. de faits. nous avons tout les ingrédients en présence pour que chacun agisse en aveugle et soit conforté dans l’idée que Sa Vérité n’est autre que La Vérité. ses regrets (exemple : relation père/fils). Autant d’ingrédients qui vont nourrir les débats devenus conflictuels. ses expériences personnelles mal intégrées. Certitudes. ses préjugés. doute de la culpabilité ○ « Vous êtes un philanthrope » • • • « Vous mélangez tout à force de réfléchir » « Le cas est clair.

Capacité à gérer ses émotions et à distinguer les attaques dirigées contre des croyances. sa position.Nous verrons comment chacun sortira. des jugements. croyez-vous alors qu’il aurait hurlé cela en sachant qu’il risquait d’être entendu ?". La distanciation et l’approche positive de la motivation humaine • • • Distanciation par rapport au climat d’agressivité qui monte Une sérénité et une courtoisie par rapport aux contraintes et menaces qui s’expriment. • • ». des valeurs Reconnaissance positive des freins. par les questions qu'il posera. nous sommes des humains ». Henri Fonda répond « je n’en sais rien ».. avec plus ou moins de violence.les témoignages ne sont pas une science exacte. La neutralité A la question « vous croyez qu’il est innocent ». Capacité à ne pas se laisser envahir par le doute. A aucun moment Henri Fonda n’émettra son opinion. de l’intégrité et de l’honnêteté de chacun. de cet emmurement et comment l’action et les techniques utilisées par Henri Fonda s’apparentent à celles d’un médiateur. Premières amorces pour cette inimaginable discussion : • • "Supposons que l’on fasse erreur" "Vous réfutez la version du gamin" . mais cette neutralité est interventionniste. • "Auriez pu vous rappelez du nom du film que vous avez vu quand on vous interroge alors que vous êtes . démontrant ainsi la capacité de ne pas prendre pour soi ce qui ne l’est pas. « Ils ont pu se tromper.. • L’art d’amener l’inimaginable discussion Pouvoir débattre avant de le condamner et faire parler les différents jurés. peut-être non ». Ainsi. tel le médiateur en toute humilité. des intentions. « Peut-être a-t-il assassiné son père. il amènera les protagonistes vers une inimaginable discussion. comme n’étant pas des attaques à l’encontre de lui en tant qu’individu. qui reste neutre sur le fond. « qu’est ce qui vous fait croire le témoignage de la femme qui dit avoir vu la scène en pleine nuit à travers les vitres d’un métro » "Qu’est ce qui prouve que la querelle entre le père et le fils plus tôt dans la soirée soit le mobile du crime" "Supposez que vous passiez en cours d’assises" "''Supposez que l’arme du crime n’appartienne pas au gosse" "Supposez que le témoin (voisin vieux monsieur) ait effectivement entendu l’enfant crier à son père « je vais • • • • te tuer ». quand un des jurés lui dit « Imaginez qu’il soit coupable Intention altruiste pour aider petit à petit chacun à s’améliorer.

php?title=Douze_hommes_en_col %C3%A8re. dépassé par ses émotions. en voulant convaincre. d’un espace de négociation contributive où chacun des jurés convaincus à leur tour de l’innocence du gamin vont s’inscrire dans la même démarche qu’Henri Fonda pour pouvoir accompagner les autres plus résistants vers un changement de position. ses mots ont dépassé ses intentions. par exemple. Récupérée de « http://fr. L’aporie est utilisée pour confronter l’interlocuteur à ses contradictions. cette capacité à confronter chacun des onze jurés à ses contradictions. Or comment affirmer avoir vu cette scène avec toute cette précision quand on a des problèmes de vue ? Le douzième juré. En d’autres termes. Ainsi. petit à petit. ou lorsqu’un autre finit. et accepter le changement de leur point de vue pour s’ouvrir enfin à une décision libre et responsable. sans même qu’Henri Fonda ou sa position de médiateur ait suggéré un moment de s’engager dans cette voie controversée de l’analyse des causes et des effets. dans lequel Henri Fonda accompagne le processus de médiation et de changement vers une plus grande liberté dans leur prise de décision. nous voyons alors l’ensemble des protagonistes sortir de leur enfermement ou de leurs conflits internes. Ce film montre là que le plus grand conflit de cet homme était avec luimême. lâche prise avec ses certitudes et accepte de voir la réalité sous un autre jour. Déstabilisation quand ces deux jurés prennent conscience que ce qu’ils émettent comme argument pour justifier la culpabilité de l’adolescent sont ceux qu’ils utilisent pour Se défendre. L’établissement.sous l’emprise d’une émotion forte ?" Questionnement sans parti pris. pour que chacun des jurés. de sortir de la caverne dans lequel il est enfermé._comment%C3%A9_par_Yolaine_Pautret » Catégorie : DVD-thèque du médiateur .wikimediation. cette neutralité et distanciation. par la mise en branle de cette inimaginable discussion. lorsqu’un des jurés convaincu de la culpabilité finit par dire pour convaincre les autres que le témoignage du vieux monsieur ne peut être réellement retenu car ce témoin n’est qu’un vieillard. le plus résistant et le plus ancré dans ses croyances. petit à petit. parce qu’elle en a les marques sur le nez et qu’un geste l’a trahi (tout comme un des jurés ici présent qui se masse régulièrement le nez). cette ouverture sur l’infini champ des possibles quant à la lecture de faits où chacun est confronté à sa perception et à la vulnérabilité des témoignages. finira par être déstabilisé. qu’il a projeté et confondu sa propre histoire.org/index. Avait-il là à ce moment précis l’envie de tuer ? Non et pourtant tout comme ce qu’il reproche au gamin. La capacité à déstabiliser Pour que chacune des parties abandonne son point de vue et fasse le deuil de sa position initiale. par devenir menaçant physiquement. Particulièrement attentif à la communication non verbale. un des jurés finira par émettre l’hypothèse selon laquelle la femme témoin majeur qui dit avoir vu la scène à travers les vitres du métro porte des lunettes et (que par souci de coquetterie elle ne les avaient pas le jour du procès).

Il monte d’abord sur scène avant de mettre en scène des spectacles à New York.FILMS HISTORIQUES ET HISTOIRE DU CINÉMA jeudi 3 décembre 2009 Douze hommes en colère Fils de l’acteur Baruch Lumet. Il réalise ensuite des épisodes de séries télévisées. avant de se lancer dans le cinéma. en réalisant en 1957 Douze . Sidney Lumet est porté dès son plus jeune âge vers le théâtre.

L’espace filmique. L’unanimité est requise pour le condamner à la peine capitale. et on aperçoit la sueur perlé sur leur front). Il tente dès lors de démontrer de manière rationnelle aux autres jurés l’incohérence des éléments de l’enquête. permet de mettre au jour les disparités psychologiques et sociales des douze protagonistes. Un jury doit délibérer sur le cas d’un jeune homme de dixhuit ans d’origine hispanique. De cette manière. sans pour autant se servir de tous les artifices de mise-en-scène disponibles. Mais le juré n°8 (Henry Fonda) n’en est pas persuadé. des plans rapprochés taille (les plus nombreux) et des gros plans. Onze jurés sont convaincus que l’accusé est coupable. propice au huis clos. très resserré. d’après la pièce éponyme de Reginald Rose. des plans américains.42 min . des plans demi-ensemble. L’intérêt du film repose surtout sur l’originalité du sujet et de son traitement scénaristique. le réalisateur brise partiellement l’effet « théâtral » de la scène. en tant que réalisateur. Les personnages sont confrontés les uns aux autres et ne peuvent sortir avant d’avoir rendu leur verdict. la discussion entre les jurés dans les toilettes. Ces derniers sont soumis à un état de tension permanent. se limite à recourir au conventionnel champ- . renforcé par la moiteur intolérable qui règne dans la pièce (certains personnages défont leur nœud de cravate. Lumet tente d’échapper au « théâtre filmé ». La totalité de la scène et la quasi-totalité du film (hormis les séquences d’ouverture. Un huis clos étouffant La scène retenue pour cette analyse (37. et les derniers plans où le n°8 quitte le palais de justice) se déroulent dans la pièce où délibère le jury. qui est inculpé du meurtre de son père.hommes en colère. suggère un sentiment de claustration et de malaise. Ce décor unique. Lumet privilégie deux types d’angles de prise de vues : les vues frontales et les angles à 45°. Les changements d’angles sont fréquents et permettent de dynamiser une mise en scène assez monolithique. Son investissement. On remarque tout d’abord que le réalisateur recourt à une échelle de plans faisant alterner. dans un même décor.56.55 min) évoque un échantillon assez représentatif de l’ensemble du film.

Le n°8 recourt à un raisonnement logique pour susciter le doute dans l’esprit les jurés – c’est un architecte qui bâtit un cheminement rationnel. Aussi. La caméra tente de se faire oublier. restent ceux où la caméra est placée à la hauteur de la table. il doit mettre en œuvre sa capacité de raisonnement pour prendre sa décision. A l’inverse. en terme de mise-en-scène. Cette capacité le . Ce comportement collectif conduit le jugement individuel à demeurer dans l’erreur. l’action d’un seul individu peut conduire les hommes prisonniers de leur erreur à sortir de la « caverne ». qui suivent les déambulations des jurés. en le plaçant en quelque sorte dans la peau d’un « énième » juré. pour que l’attention du public se focalise sur l’épaisseur des dialogues. afin d’impliquer davantage le spectateur dans les délibérations. et qu’un grand nombre de préjugés obscurcissent la Raison. prennent les délibérations à la légère et n’investissent pas totalement leur capacité de réflexion. Les plans fixes sont entrecoupés par des panos et des travellings. et à utiliser des mouvements d’appareil peu fréquents. dans le processus narratif. à varier l’échelle de plans et les angles de prises de vue. qui réhabilite de justesse la validité du système pénal américain. Le n°8 symbolise ainsi la figure du citoyen juste et intègre. Le triomphe de la Raison La fonction du n°8. Rien ne peut résister à la puissance de la Raison. Quelques zooms focalisent l’attention du spectateur sur l’argumentaire des personnages qui tentent de défendre l’accusé (révélant clairement le parti-pris du cinéaste). C’est d’ailleurs ce qui permet de définir les personnages en tant qu’êtres humains : comme l’énonce Descartes dans le Discours de la méthode : « La Raison est naturellement égale en tous les hommes ». tout comme il construit des édifices.contrechamp. Les plans les plus intéressants. persuadés de détenir la vérité. est d’abord de prendre au sérieux son rôle de juré. Néanmoins. Lumet souhaite-t-il d’abord démontrer que les hommes se comportent de manière grégaire. Lumet mise donc avant tout sur la tonicité de l’interprétation pour donner du relief au scénario. les autres personnages. Dès lors.

le fait pour chacun des jurés de prendre conscience de la fausseté de leur jugement leur donne la possibilité d’accomplir pleinement leur nature humaine. Dès lors. .distingue de l’animal : l’homme est capable d’atteindre le vrai en recourant à une analyse rationnelle des phénomènes observés autour de lui.

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