COLLECTION CRITIQE

LUCE IRIGARAY
L'OUBLI DE L'AIR
CHEZ MARTIN HEIDEGGER
LES EDITIONS DE MINUIT
© 1983 by LES EDITIONS DE MINUIT
7, rue Bernard-Palissy 75006 Paris
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partiele faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de
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ISBN 2-7073 0638 X
« La rose est sans pourquoi, feurit parce qu'elle feurit »
Agelus SILESIUS.
« Dahs quel cercle sommes-nous ici, et vraiment sas
aucune issue ? Est-ce l'eukuklos alèthèia, le sans-retrait,
rondeur parfaite, pensé à son tour comme Lichtung, come
la clairière de l'ouvert ? Mais alors la tâche de la pensée
n'aura-t-elle pas pour titre, au leu de Sein und Zeit, être et
temps: Lichtung und Anwesenheit (clairière et présence) ?
Mais d'où et comment y a-t-il clairière (gibt es die Lich­
tung) ? Qu'avons-nous à entendre dans cet il y a (es gibt) ?
La tâche de la pensée serait, dès lors, l'abandon de la pensée
en vigueur jusqu'ici pour en venir à détermier l'afaire
propre de la pensée » (La fin de la philosophie et le tournant,
dans Questions IV, N. R. F. , Gaimard, p. 139).
Que le il y a de la clairière n' ait jamais été interrogé par
la pensée, alors qu'il en serait la condition ultime de possi­
bilité, que, dès l'origine, il soit question d'une nécessité de
l'ouvert comme lieu de l'entrée en présence, mais que néan­
moins l'ouvert demeure impensé - alors qu' i règne dans
l'être même, dans l'état de présence -, tel serait l'oubl qui
sous-tend l'histoire de la métaphysique, entrrunantaisi le
destin de l'être comme étant(s).
Mais dans quelle parole présocratique va se chercher une
évocation de l'ouvert ? Dans le Poème de Parménide. N'est-il
pas déjà trop tard pour rouvrir le scellement de son mystère?
L'ouvert y étant déj à constité comme rondeur parf aite ou
comme sans-f ond. L cercle étant déjà bouclé : en chaque
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point, commencement et fn coïncident, mais au prix d'un
abîme.
Quel abîme? Et pourquoi valoriser le cœur qui point ne
tremble de s'assurer ainsi sur du sans-fond? Pourquoi la
non-occultation f erait-elle peur, sinon parce qu'elle dévoile
le goufre sur lequel se fonde la vérité ? Pourquoi opter pour
une telle vérité ? Et la tyrannie qu'ele risque d'entraîner
du fait de son pacte avec la crainte ?
Pour interroger le fait que « C'est dans cette allance
seulement que prend base toute requête d'une allégeance
possible de la pensée Ñ¿ peut-être faut-il enlever à Heidegger
cette terre sur laquelle il aimait tant marcher. Lui ôter ce
sol ferme, cette Ý illusion Ñ d' un chemin qui tient sous les
pas - même s'il ne va nulle part -, et le ramener non
seulement à la pensée mais au monde des présocratiques.
La métaphysique suppose toujours, de quelque façon, une
écorce solide, à partir de laquelle élever une construction.
Donc une physique qui privilégie, ou du moins qui ait cons­
titué, le plan solide. Que les philosophes s'en éloignent, qu'ils
le modifent, le sol est toujours là. Tant qu'Heidegger ne
quitte pas la Ý terre », il ne quitte pas la métaphysique. Le
métaphysique ne s'écrit ni sur/dans l'eau, ni sur/dans l' air,
ni sur/dans le feu. Son ek-sistance s fonde sur du solide.
Et ses abîmes, d'en bas ou d' en haut, trouvent, sans doute,
leur interprétation dans l'oubli des éléments qui n'ont pas
la même densité.
La f du métaphysique serait prescrite par leur réinter­
vention dans la physique d' aujourd'hui? Mais la rationalité
philosophique ne verrait pas de telles évidences? Elles lui
resteraient aussi voilées que « l' oubli de l'être » ? Appella­
tion d'une même méconnaissance? D'une même incapacité
à traduire dans la discursivité des réalités fuides? Heidegger,
sans le dire vraiment, acheminait peut-être la pensée vers
cette question? N'était son amour quasi exclusif de la terre ...
Son désir d' y demeurer toujours? Malgré cet étrange attrait
vers la clairière de l 'ouvert . . .
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La clairière de l'ouvert, « en quoi » cela peut-il être?
- aurait-on pu lui demander. Cette vieille question philo­
sophique ne semble pas lui avoir été posée. Elle était, sans
doute, trop innocente. Trop ignorante. Trop simple. Trop
peu complice avec l'histoire de la philosophie. Trop % sen­
sible », ou trop « physique »? Pour ne pas avoir été
oublée.
« En quoi » est un étant, cela peut se poser comme une
question. % En quoi » l'être, cela ne se « pose » pas. Cela
est, toujours, pré-supposé. Pré-visible, pré-établi. Du moins
depuis Parménide : être et penser étant le Même. Et la
question : « en quoi » est f aite la pensée, étant laissée
ipensée.
L'être et la pensée seraient-ils faits de la même matière?
Dans le même élément? Ce qui expliquerait leur mutuelle
attirance? Leur amour jusqu' à l 'inséparable, en tout cas
quand ils se donnent « sans retrait » ? Le « il y a » serait
le même pour l'être et la pensée? Du moins avant qu'ils ne
déchoient dans les visages de leurs destins : étant(s) et méta­
physique.
Reste la question : la pensée n'est-elle pas déj à un destin
de l'être? Ou le contraire? Alors comment Parménide réa­
lise-t-il leur co-occurrence? Quelles sont les propriétés de
ce « est » qui les fait se rencontrer dans le Même? Qui
circonscrit leur contrée comme étant (la) même? Fond,
impensé, de tout « destin » à venr?
« En quoi » ce est pour qu'il opère, antérieurement à
tout savoir et méthode de connaissance -identité, omoi6sis,
adéquatio, . . . -, la co-existence, co-essence, co-présence de
deux ? Avant leur position possible en « coses » séparées. En
quoi ce « est» pour avoir un tel pouvoir de fonder l'être et la
présence, tout en disparaissant dans l'acte de fondation
même? Pour qu'il ait déj à été « utilisé» -et utilisant? -
sans qu'aucune naissance puisse lui être attribuée. Pour qu'il
ait déjà donné lieu à l 'être sans qu'aucun commencement de
l'être soit .
Ou encore : quelle consistance a l'essence de l'être? Néces­
saire à la venue au monde de tout étant et de toute philo­
sophie, et toujours déj à oublié -impalpable, imperceptible,
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invisible, insensible, inintelligible - dans sa matière et son
acte. « En quoi » ce est pour qu'il reste invisible alors qu'il
est la condition fondamentale du visible, pour qu'il ne soit
pas posable alors qu'il est la condition de toute position,
pour qu'il ne soit pas produit et soit la condtion de toute
prouction, pour qu'il n' ait pas d'origie mais soit l'originaire
même ? Pour qu'il confonde le deux en un dans le Même
sans que cette opération soit techniquement assignable.
En quoi ce est ? Diaphane, translucide, transparent. Trans­
cendant ? Médiation, médium fuide mettant en rapport sans
obstacle le tout avec lui-même, et certaines de ses parties
entre eles suivant leurs propriétés : réelles ou décrétées
« vraies ».
Vraies ? Dans l a sphère de l'être. C'est dire dans l e cerce
déterminé comme celui de la pensée en fonction de ce rien
de pensable qu'elle est. Décision d' envelopper, cerner, refer­
mer, dé-fir, l'impensable. De le nommer comme l'unique
au-delà ou en deçà de toutes les signifcations qu'il rassemble
et relie dans son Tout, lui qui nomme sans j amais pouvoir
se désigner lui-même. Lui qui est en excès à toute déclaration,
dire. Ou position, phénomène, forme. En restant la condition
de possibilité, la ressource, le fond sans fond.
En quoi ce est? En air.
Le sens de ce mot ? Dans la sphère déterminée déjà par
l 'oubli de l' air, seront compris : apparence, expression, mime,
paraître, sembler, ressembler, . . . Et, même : morceau de
musique écrit pour une seule voix, accompagnant des paroles;
mélodie. Ces « sens » possibles de air ont toujours été
entendus dans l'histoire de la philosophie, et ont toujours
f
ait l'obj et d' estimations, d'appréciations, d'analyse de
valeurs, . . . Leur rapport à la « vérité » et à l'être a toujours
fait question. Ils sont même, ces sens de l'air, aujourd'hui
l 'enjeu, ou thème, ou motif le plus considéré en philosophie.
L' apparence, le paraître, le sembler et ressembler ne seraient­
ils pas, aujourd'hui, ce vers quoi se destinerait l'être ?
Cette nouvelle fgre de l'étant aurait ses productions, ses
producteurs et consommateurs d'arts plastiques, et, plus
subtilement proches de l'être, ses musiciens . Mais les uns
et les autres auraient « oublié l'être » ? Plus exactement,
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is penseraient pouvoir en fnr avec l' être, en oubliant en
quoi i est.
Se comprend que la philosophie meure - sans air. L'être,
au moins, en tenait en réserve ?
Ainsi : la clairière de l'ouvert. Ce champ, ou espace lbre,
où se donnerait encore de l'air.
Ce qui ne va pas sans risque. Rappeler que l'air est au
fondement sans fond de la métaphysique revient à l' abîmer
de part en part. A la fouer de partout. A rendre touj ours
fuyantes et expansibles, compressibles, élastiques . . . ses pro­
priétés . Ren ne se tient plus pareillement dans l' air. Libre?
Libre ? Cet être-air se tient dans une clairière. L'ouvert,
le libre, est, encore, dans un cercle. Ou quasi-cercle : il est
ouvert.
Cette ouverture, oubliée, c' est dans la fermeture du cercle
parménidien qu'Heidegger en trouve l' évocation. Ce qui
serait dire que son air a déj à perdu ses qualités matérielles ?
Qu'il est déj à un fuide idéal ? Non vivant. Retrouvant le
chemin de l' air, Heidegger découvrirait un air irrespirable ?
D'où le péril? Sauf pour la pensée ?
Mais la pensée a-t-elle besoin d'un autre air que le vivant ?
Plus éthéré ? Si oui, comment le penseur vivant s'arrange-t-il
de ces deux airs ? Se mélangent-ils en lui, ou non ? Est-ce
en tant que vivant qu'il pense. Ou non?
« La tâche de la pensée serait dès lors l' abandon de la
pensée en vigueur jusqu'ici pour en venir à déterminer l' afaire
propre de la pensée. Ñ Penser revient-il à mourir ? A faire
mourir ? Par appropriation-dés appropriation : d' air ? Par
utilisation abusive de cette matière par quelques-uns . Par
monopole de ce qui serait déclaré valeur respirable, par
immobilisation des ressources d'air, par transformation
sublime d'atmosphère, par raréfaction d'ambiance : les plus
altiers se disputant des sphères de plus en plus éthérées. Raré­
faction et compression : le volume d' air doit rester mahri­
sable. Capitalisation, donc manque. Purifcation, donc ? man­
que et pollution. En tout cas, pour le commun des mortels .
Le métaphysicien serait un trafiquant d' airs . Ce qui res­
terait, par lui, impensé. D'où le risque dont il serait toujours
menacé? D'où l' oubli de l 'origie de son pouvoir ? Revient-il,
13
ou l'amène-t-on, dans un espace libre - une clairière ? -,
il ne peut savoir si l'air lui en convient ou non. Si, respirant
comme vivant, il ne meurt pas comme penseur. Respirant
comme penseur, il ne meurt pas come vivant. Le dévoile­
ment de l'opération fondamentale de la pensée de l' être
est un péril quasiment impensable. Telle la mort même. Le
danger n'est pas mortel, il est mort. L'alèthèia - la mort
qu'est la pensée.
Quelle mort? C'est ce qui demeure et doit demeurer
caché : la méthode fondamentale du faire mourir phloso­
phique. Mais n'est-ce pas du côté du manque d'air, sous ses
diférentes formes, qu'elle s'efectue? De manière assez sub­
tile pour qu'ele ne cesse d' avoir lieu sans se produire ouver­
tement, et prêter à un éventuel jugement. De manière assez
ambiguë pour que ne se sache plus qui donne ou prend de
l' air, si tant est qu' au point où nous en sommes de l'histoire
de la philosophie la chose soit aussi facilement décidable.
Si celui qui vous donne de l' air, vous donne un air ainsi
raréfé, ou comprimé, ou pur, ou pollué, ou . . . ou . . . qu'il vous
donne, efectivement, la mort ? S'il vous prend l' air, cela
vous rassure, au moins, sur le fait que vous respirez encore.
Mais, pour subsister, les chemins de campagne sont quand
même plus salubres que l 'atmosphère qui environne et que
parcourent les philosophes . Peu importe d'en fournir une
preuve. Ce serait déj à entrer dans leur système. Et risquer
de se faire peur pour rien : il n'est pas exclu qu'ils confondent
l'air de la campagne avec l'horreur du vide. Le vide qu'ils
fabriquent en utilisant l' air pour dire, sans j amais le dire.
Goufre de l'origine de l' appropriation de leur pensée?
Ultimement valorisé comme creux : possibilité de ras­
sembler ? Quand le monde devient par trop construit et
peuplé, l'esprit ou l'âme par trop préoccupés ou encombrés
de connaissances, les discours par trop saturés, le recours
aux espaces encore vides - non plantés d' arbres ? - s'im­
pose. Vide quand même cerné : la clairière de l'ouvert, d'où
sort du retrait et où entre dans le retrait le tout.
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L'air n'est-il pas le tout de notre habiter en tant que
mortels? Y a-t-il un demeurer plus vaste, plus spacieux, et
même plus généralement paisible que celui de l 'air ? L'homme
peut-il vivre ailleurs que dans l' air ? Ni dans la terre ni dans
le feu ni dans l 'eau, il n'y a un habiter possible pour lui .
Aucun autre élément ne peut lui tenir lieu de lieu. Aucun
autre élément ne porte avec lui, ou ne se laisse traverser par,
lumière et ombre, voix ou sience. Aucun autre élément n' est
à ce point l 'ouvert même - sans nécessité d'ouverture ou
réouverture pour qui n'aurait pas oublé sa nature. Aucun
autre élément n' est aussi léger, libre, et sur le mode « fonda­
mental » d
¹
un V il y a » permanent disponible.
Aucun autre élément n'est ainsi l' espace avant toute loca­
lisation, et un substrat à la fois immobile et mobile, per­
manent et fuent, où de multiples découpages temporels
restent toujours des possibles. Aucun autre élément n'est,
sans doute, aussi originairement constituant du tout du monde
sans que cette originalité s 'achève jamais en un premier
temps, une primauté simple, une autarcie, une autonomie,
une propriété unique ni exclusive . . .
Mais cet élément, irréductiblement constitutif du tout, ne
s'impose ni à la perception ni à la connaissance. Toujours
là, il se laisse oublier.
Lieu de toute présence et absence ? Pas de présence sans
air. Mais l' air n' ayant jamais leu sur le mode de l' « entrée
en présence Ñ - sauf dans le vent ? -, le philosophe peut
penser qu'il n
'
y a là qu'absence quand aucun étant ni aucune
chose ne viennent à sa rencontre dans l'air.
La clairière de l'air est clairière pour l' apparaître et le
disparaître, pour la présence et l'absence. Du moins peut-on
- pouvait-on ? - ainsi le penser dans un oubli de la
matérialité de l' air. Dont la techno-physique se charge de
rappeler le pouvoir. Par l'efet de la désintégration de l'atome,
par exemple . ..
Dès lors , la faveur de l' oubli devenant, dans un certain
tournant, gardien de l'être, faisant du péril du dévoilement
de son essence le secret de sa garde, ne risque-t-elle de
devenir, dans le futur, impossible ?
Sans doute - il l' a dt - l'avenir suffrait au penseur,
15
même sans futur. Projection, idéale ? , de ses réserves d'air ?
Mais où se réserve l' air ? Et les techniques philosophiques
de garde et de fabrication d'airs ne sont-elles , aujourd'hui,
dérisoires au regard de celles des savants ( physiciens , biolo­
gistes, chimistes) ? Le philosophe n'est-il pas
d
evenu ce poète
qu'il a touj ours méprisé ? Et pense-t-il pouvoir gouverner
poétiquement le monde ? Alors que la fgure et le destin de
difusion de l 'opinion produisent de la Ý vérité » à une
vitesse et selon une universalité autrement puissantes que
celes
d
u penseur se retournant, méditativement, vers le
mystère de l'alèthèia.
Quel est donc aujourd'hui le pouvoir du logos? Prête-t-il,
efectivement, la main à la techque ? Aidant au déploiement
de la phusis? Pour quel destin ? Freine-t-il, au contraire,
le progrès technique ? Pour quoi d' autre ? Une téléologie
unique lui est-elle, aujourd'hui, impossible ? Collaborant
d'une main, freinant de l 'autre. Joueur cynique d'une époque
« capitalste » ? Organisant sa survie pour tout régime éco­
nomique et politique possible. La gauche et la droite lui
étant devenues aussi peu distinctes que la diérence des
sexes qu'elles ont toujours, aussi , signifée. Tout pouvant
devenir tout et n' importe quoi : il suffrait d' argumenter de
ses fantasmes, ou identifcations imaginaires, ou rêves , ou . . .
Telle serait la décadence qu'aurait entraînée une exploi­
tation incontrôlée de l' air par le langage, les systèmes de
représentations : une telle plus-value à partir d'une produc­
tion matériele soi-disant gratuite que les discours seraient
aujourd'hui sans crédit possible. Le philosophe s'en faisant
fête ? Plus vite ça se dévalue, plus vite ça . . . Quoi ? Ça n' a
plus de sens ? Plus de rapport à l'être ? Plus de réserve
d'air ? Plus d' avenir vivable. Respirable. Le futur du philo­
sophe se réduisant en mirages ? D'où la détresse du penseur ?
Et la tâche qu'il se propose : déterminer ce qui s 'est perdu
dans l' afaire propre de la pensée. Ce qui s'est oublié dans
cette Ý rondeur parfaite » ou être et penser sont le même.
Ou encore : comment l' air a-t-il pu se refermer en cercle ?
Quele médiation psychique était déjà à l'œuvre chez les
Grecs, ployant la liberté de ce fuide à une forme sphérique ?
Le durcissant en coque solide pour l 'habitation - future -
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des mortels ? Supposant une immédiateté de la rencontre
avec les choses, une phénoménalité des choses sans élaboration
subjective, alors que l'imagination - et transcendantale -
fabriquait déj à ses irréductibles illusions : parce que l' air
est une chose imperceptible, iapparente, et, si originaire
pour la perception, que son corrélat psychique ne peut être
que de l'ordre du transcendant.
Que la détermination du transcendantal comme tel soit
bien plus tardive, ne signifant pas que son lieu n'était pas
toujours déjà ouvert. Le logos ne nomme que ce qui est.
N'était-cè la tâche qu' il s'était donnée ?
Ce qui est, certes, est diféremment dans le monde grec :
l 'être s 'y destine encore selon sa forme d'étant physique
sensible. Interroger ce qui s' est oublié dans cette rencontre
de l' homme avec la p
h
usis grecque n'est donc peut-être pas
une tâche sans fond. Elle est vertigineuse cependant pour
qui a négligé un certain rapport à la matière, pour qui tire
son pouvoir de la plier à des dires qui la réduisent à néant
ou qui l' élabore selon des techniques inappropriées . Pour qui
ne nomme pas ses sources, tait ses médiations, se veut
V faire » trop univoquement V de l'homme » pour construire
et épanouir le monde physique.
La matière de la p
h
usis a - peut-être ? - une logique
que le logos ne connaît pas . Surtout quand il s 'agit de sa
ressource la plus V fondamentale » : l'air ? Déjouant toutes
les catégories posées et posables - du moins jusqu'à pré­
sent -, transgressant les méthodes existantes du penser,
l'air serait la médiation matérielle oubliée du logos. Se
dérobant au sensible et à l 'intelligible, il en permettrait la
détermination comme tels . Supportant V physiquement » la
dialectique spéculative, il y disparaîtrait toujours dans la
médiation d'un fonctionnement psychique, qui ne dt plus
ses ressources matérielles : surtout fuides . (Aussi bien est-il
juste d'interpréter tout discours produit jusqu' à présent
comme oublieux de la matière. Désigner une partie de la
matière -comme thème, motif, référent, méthode, . . . - en
négligeant le tout de son exploitation reste, forcément, dans
une élaboration dite V idéaliste » . Cela demeure V impensé N
des « matérialistes », du moins modernes).
17
L' air serait l'arch-médiation : du logos, du penser, du
monde - physique ou psychique. La substance de la copule
qui permettrait le rassemblement et l' agencement du tout
dans le vivre et l'être de l'homme, et son habiter dans l'espace
en tant que mortel. Mais cette arcre ne serait j amais cons¬
tituable en origine du fait de ses qualités de médum et de
sa permanente nécessité pour la subsistance imédiate de
l' homme.
Ce qui signie que cette matière se soustrait à la maîtrise,
et que le débat de l' homme avec la phusis, quand il s' agit de
l'air, est le plus constamment menaçant de mort . le plus
originairement et toujours immédiatement présent de son
surmontement du naturel. A l'air, i doit de commencer à
vivre, de naître et mourir; de l' air, il se nourrit; dans l' air,
il est logé; grâce à l' air, il peut se mouvoir, exercer une
activité, se manifester, voir et parler.
Mais cette matière aérienne reste impensée du phlosophe.
Et, dans cet impensé, la puissance de la mère-nature l'emporte,
du moins j usqu' à présent, sur tous ses pouvoirs . Condition
a priori de tous ses a priori ?
Mais l' air est-i pensable ? Par quelles transformations
devrait en passer le logos pour penser cet impensé ? Subsis­
tera-t-il à cette opération ? Si la copule qui l'assure comme
tel est interrogée dans ses propriétés matérielles, qu' advien­
dra-t-il de cette vérité que l' homme a toujours cru pouvoir
tenirg y compris dans son dérobement à la perception immé­
diate ? Une vérité fuide est-elle pensable ? Qu'en advient-il
des vérités essentielles jusqu' à présent façonnées par l'hom­
me ? De « l'homme » même ? Et n'est-ce pas, aujourd'hui,
la tâche de la pensée que de se questionner sur cette réalité
qui l'habite et qu'elle habite en tant que mortelle ? Se
voulant immortelle. Reste l' air dont elle tire sa subsistance.
Le geste de la pensée a-t-il toujours été de conjurer et
maîtriser la mort ? S' afairant d' abord au plus grave péril ?
Se préoccupant, en un premier temps, du plus rare ?
A moins que la pensée naisse d'une surabondance, d'un
excès qui déborde l'homme ? Créateur de rareté parce que
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voulant constituer un monde qui lui soit propre ? Un monde
où il se porte à la rencontre de la nature pour la ployer à
sa mesure, et non la laisser être. Un monde où il se soucie
moins d'assurer sa subsistance, de trouver réponse à ses
besoins, d' aménager un leu vivable, que de transformer le
tout en son univers . Le rapport à la phusis étant déterminé
par un projet d'appropriation plus que par un désir de vie,
ou de survie.
L'homme prétendrait refaire le monde à son image, autant
sinon plus que l'habiter en tant que mortel. L'avenir qu'il
se serait toujours secrètement proposé serait de devenir ou
d'être le maître de l'univers , au risque d'en perdre la vie. De
devenir comme immortel, quitte à en mourir ici maintenant.
D'où la question : le logos suppose-t-il un arrêt de mort ?
Cet énoncé est-il ambigu ou non ? Le proj et le plus cher à
l 'homme est-il de mourir ? Dans, de, par, pour . . . un mirage ?
Son intervention la plus radicale dans la nature serait de la
transformer en son miroir ?
L' élément le plus résistant à cette opération n' est-il pas
l 'air ? Médiation de toute réfexion, comment l'air se réfé­
chirait-il lui-même ?
D'où l 'oubli de ce qui se donne à profusion ? Cet il y a où
tout advient et se meut presque sans entrave. Lieu et milieu
imperceptible de toute présence et de tous rapports . Impensé
d' où naît, où se suspend et s' abîme l'être ? Recélant une
aporie du dire de l'air. Parce que l' homme se serait voulu
ek-statique à son entour de vivant mortel , dressé dans la
séparation d'avec son ambiance, érigé dans la méconnaissance
de ce qui permet, soutient, accompagne, manifeste . . . son être
debout . Muet sur cet infniment ouvert qu'est l' air, pour
affrmer son essence comme propre alors qu'elle est, avant
toute ek-sistance, fondée sur un échange impensé.
Mais l 'élément air ne se manifeste pas . Sinon sous forme
de fumée ? V Si l'étant se montrait partout comme fumée,
les nez seraient alors experts au diagnostic. » Traduction
humoristique du fait que le pouvoir de connaître se détermine
par l'apparaître de l' étant ? Ici se laisserait entendre c1aire-
19
ment la proximité d'Héraclte et de Parménide. Ce « frag­
ment 7 Ð étant la version héraclitéenne du « fragment 3 »
du Poème de Parménide : le Même, en vérité, est à la fois
penser et être.
L'air ne se montre pas . Comme tel, il se dérobe à l' appa­
raître comme étant. Il se laisse oublier par la perception
des nez eux-mêmes . A moins qu'une activité de l'homme ne
l' ait préalablement fabriqué.
L'air reste ressource d'être impensée. Impensable ? Par
Heidegger ? Bien que le phénomène des cosmonautes ait
souvent traversé ses méditations . . .
Certes, cosmos, chez Héraclite, ne signife déj à plus la
surabondance d'un phuein naturel. Ce même de tout temps
déj à là, sans cesse vivant, aussi loin qu'il puisse être remonté
vers l'arrière ou projeté dans le futur, ce même pourrait
désigner le il y a pour tout et pour tous de l' air. Air qu' aucun
des dieux ni aucun des hommes n' aurait produit. Mais ce
sens serait déj à oublié dans le phénomène ou la phénoménalité
du feu. Cosmos représente déj à le monde de l 'homme : le
pouvoir d' allumer et utiliser le feu le distinguant des autres
vivants .
Qu'il n'y ait pas de feu sans air, que la rencontre avec l'air
soit nécessaire à la combustion, que quelque chose d'un V il
y a » de la phusis assure la position de l'homme comme
homme sans reconnaissance de cette provision reçue, cela
demeure impensé dans l'ordre du monde, déj à chez Héraclite
et Parménide.
Il est « vrai Ñ que l' air n'est pas produit par l'homme
et qu'il n'apparaît pas comme source ou jaillissement . Cosmos
doit s'entendre déjà comme rassemblement et ordonnance­
ment du tout par et pour le pouvoir de l'homme. Cosmos
et logos étant du même.
Que Cosmos veuille dire aussi . « ce qui resplendit Ñ¿
le V Radieux », « Zeus », V la lumière du ciel », « ceux qui
brillent à la tête de l'Etat », cela indique que cosmos est
déjà du règne de ce qui domine de haut, surplombe de son
ciel, commande de son élévation ou érection comme tête,
chef, capitale. (Cf. « Les séminaires », dans Questions N
notaent celui du Thor, III . )
20
Un troisième sens, secrètement uni aux deux autres,
signife : parure. Produit par l 'homme, le feu qu'il prodigue
de son haut, pare d' or. « La parure, comme l'or, n'est pas
là pour briller seulement par elle-même, mais pour faire briler
celui qui la porte et sur qui ele brille. Ñ Ainsi la nature,
transformée par l'homme pour l'habiter en tant que son maî­
tre, son roi, son Dieu.
Dès l'origine, l'air devient l'air que se donne l'homme
pour paraître. L triple sens de cosmos ou de feu ne change
rien, fondamentalement, à ce qu'instaure come gouverne­
ment de l' homme sur la nature la séparation du feu des autres
éléments. Ce multiple est déj à plé à l' autarcie d' un pouvoir :
la phusis déj à ouverte par et pour l'homme selon ses besoins
ou désirs de paraître. Elle n'est pas rencontrée dans son
laisser-devenir, y compris inapparent.
Et le privilège du feu, du brillant, de l'apparaître ne se
trouve pas questionné, alors que la clairière de l'être se donne
pour un « il y a » antérieur à la lumière ou l 'obscurité, le
son ou le silence. Evocation des propriétés diaphanes de l' air ?
Demeurant dans l'apparaître, le penseur n
'
y voit que du
feu. Ou encore : la coque évidée de la sphère de l' être ?
Les deux appartenant au même ? La marque du désir de
l'homme sur la nature.
En quoi cette coque ? En air. En quoi pourrait être l' enve­
loppe du monde sinon en air vitrifé ? . . . Ce qui se dit dans
la cosmologie d'Empédocle. Le premier élément qui fut séparé
par la haine fut l'air, et il entoura le monde en cercle, ou en
œuf. Le cercle extérieur de l'air se solidifa ou se congela
et se transforma en une voûte cristalline qui limite le monde.
Ce fut le feu, selon ses propriétés de solidier, qui condensa
l' air et le changea en glace.
Ainsi le monde fut constitué en un tout refermé sur lui­
même, l'élément cosmique le plus fuide lui servant d'écorce
solide.
Comment enfermer l'air sinon en l'utilisant lui-même
comme enveloppe ? Une procédure renversante aurait tou­
jours déj à lieu pour prévenir l' aporie, y compris dans la
détermination du lieu.
Ce qui se soustrait à la limitation devient la limite même.
21
Et, là où l'être se donne encore sous forme de phénomènes
physiques sensibles - dans le monde grec -, le support
matériel de l'apeiron est constitué en peiras.
N'est-ce pas ce qui se « fabrique» constament dans le
geste d' appropriation du monde ? Et ce pour quoi ce geste
comporte toujours un péril sans fond ? La lite s'y dévoile
parfois comme lmite du penser, alors qu' ele se voulait
limite du monde par lui. Où resterait encore de la nature
itée, l' homme ne découvrirait que son propre vide encore
impensé? Le vertige provenant de toucher aux confs de
là où l'homme se tient, et non d'arriver aux bords de quelque
abîme naturel ?
Et ce d'autant plus que la matière qui assure les propriétés
du monde est déj à imaginaire ? L' air glacé qui entoure le
monde d'Empédocle est en air très subtil : en éther. Le
miroir qui constitue, de son enveloppement, le monde de
l'homme étant déj à projection de son désir ?
Veut-il se l' approprier, il ne tient rien que le montage
insaisissable de celui-ci. Qui, en ce geste, se défait. Ou se
redouble thématiquement . L'homme voulant se ressaisir
comme constituant et rassemblant le tout n' appréhende que
le rien : bulle d' air fabriqué, corrélat vide du tout. Clairière
de l'être? Cercle du logos ? Gestell organisant sa perception,
sa réfexion, sa projection en monde. En tant que mortel ?
Ou se voulant immortel ? Ce qui signife : être - rien -
même?
Quelque chose du dispositif mis en place par l'homme pour
afronter le péril de la mort dans sa rencontre avec la nature
reste impensé. Ce quelque chose pourrait se dire comme son
proj et ou ses projections intervenant toujours déjà dans ce
qu'il dit être. Comme sa fabrication et ses impuissances se
mêlant toujours déj à dans ce qu'il désigne comme le laisser­
être de la phusis. La position de l'origine de la métaphysique :
être - penser - le même, recélant déjà, dans l 'oubli, la
diférence de leur provenance, production, surgissement, appa­
rition.
Dans le il y a, ou il se donne, ou ça se donne, lequel des
deux - être ou penser - constitue la réserve qui ainsi se
prodgue ? Cela revient-il au même ? De quelle ressource
22
ces deux puisent-ils leur mêmeté pour ainsi s' élaborer ou se
dire ? Quel Gestel! de l'être ou du penser permet-il d'utiliser
des ressources ? Et si les deux n'ont pas de provenance
identique, ont-ils ou non des Gestel diférents ? Dans la
rencontre de l'homme avec la nature, est-il tenu compte des
deux ? Ou : le montage mis en place par l'homme pour se
poser en tant qu'homme voile-t-il qu'il n' épanouit sa nature
qu'au prix de cadrer et masquer la nature ? L'homme ne
construirait son monde que par une appropriation du monde
naturel. Un défrichement, une efraction et une culture de
celui-ci pour s'y enraciner, y prendre de quoi assurer sa
subsistance, y puiser de quoi nourrir son érection. Y ouvrir
un espace habitable, y aménager une ambiance où demeurer,
y trouver un fond grâce auquel puissent ek-sister l'apparition
des phénomènes ? Mais cette exploitation de la nature par
l'homme ne risque-t-elle pas d'entraîner sa propre mort?
Laisser être doit-il s'entendre comme laisser se déployer
la pensée de l'homme, ou laisser s 'épanouir la nature ? Ces
deux avènements peuvent-ils arriver dans le même temps ?
Quel temps ? A-t-il déj à eu lieu ? S'annonce-t-il comme un
avoir lieu possible ? Le il y a du temps de l'être ne difère-t-il
pas, jusqu' à la mort et au-delà, leur rencontre ?
Ou encore : la présence n'est-elle pas ce Gestel ms en
place par l'homme pour rendre impossible certaines rencontres
avec la nature ? Gestel! qu'il lui prête, dont il l' apprête jus­
qu'à lui enlever son devenir propre. Si changer¿ s' altérer
revient à s 'absenter, le monde physique est ou radicalement
absent pour l'homme, ou si transformé de toujours par le
projet qu'il a sur lui qu'il en perd ses propriétés. Ce qui
revient au même pour l'avènement d'une rencontre entre
les deux. Le visage projeté par l' homme sur la phusis aurait
déjà efacé celui de l 'enracinement, la croissance, l'éclosion,
le dépérissement naturels. Une certaine technique aurait tou"
jours ainsi maquillé la phusis que l'homme n'y découvrirait
qu'un mirage ou un risque de s 'abîmer. Le vertige de l'im­
pensé- Et l'impensable, pour lui, d'un phuein dont il ne
connaitrait ni le péril ni le remède.
Si « être debout devant, être de niveau avec, être de taile
à soutenr ce devant quoi on est » (< Sémiaire du Thor »,
23
1 969, dans Questions IV} p. 268) dt la compréhension de
l'être, ces mesures, ce Gestell} sont déj à inappropriés quand
il s ' agit de l'air. Jamais constituable en un V devant soi »
mais ce dans quoi et grâce à quoi tout peut venir à l' apparaître
V devant soi Ñ. Avant toute clairière, l'air est ce médum en
quoi se bâtit l' étendue. Le défrichement des arbres faisant
apparaître et disparaître ce qui s'y découpe pour le surgisse­
ment d'autres étants .
Mais la clairière de l' être n'est déj à plus cele de la forêt.
Car tout s
'
y représenterait-il, l' air n'y serait plus. La rencontre
qui peut avoir leu dans cette clairière est toujours déj à une
expérience « sous vide » : dans un espace déterminé, dél­
mité, par l'oubli, la privation d'une matière nécessaire à
l' existence des êtres vivants . Dans un mileu où les « choses »
ne viennent se rassembler qu'après avoir été arrachées à leur
site naturel. Dans un creux, un trou, une excavation, un
endroit, un lieu ouverts par efraction de la nature.
La question d'une topologie de l' être revient donc à celle
de l'être comme topo-logique. En quoi l' être correspond-il
à une détermination de la localisation déj à construite en
détruisant des propriétés de l' « espace » naturel ? Le lieu
n'étant que par sa limite : entre un dedans et un dehors,
un extérieur et un intérieur. Une incorporation et une pro­
j ection ? L'espace n'entrerait en jeu que par cette frontière
élaborée par l'homme ? Ses volumes, ses ouvertures, ses vides
éventuels , n'auraient lieu que par des bords fxés par lui ?
Le lbre pourrait venir fotter autour de cette œuvre : resterait
sa limite.
Arrête-t-elle Heidegger dans la marche de la pensée ? Faut­
il entendre une retenue dans les fuctuations, les oscilations,
les balancements et fottements qui insistent dans « L' art et
l 'espace » (Questions IV) pp. 98-106) ? Le philosophe y
change-t-il de position ? Ou fait-il bouger les « choses »
devant lui, donnant l'illusion d'un déplacement, alors qu'i
maintient, fxe, le cadrage de son point de vue ? Se permettant
n'importe quelle cinématique, la chambre de projection
demeurant sa garde.
Mais le philosophe voit-il la limite ? S'i la voyait, n'y
24
perdrait-il pas son regard ? Même s'il feint de le perdre, y
renonce-t-il ?
Quand Heidegger questionne le péril d'un proj et physico­
technique moderne pour l'habitation de l'espace par l'homme,
ce questionnement ne reste-t-il posé à travers une optique
grecque ? L'ouverture qu'apporte la prospection moderne de
l'espace est refermée par une topo-logique encore aristotéli­
cienne, et, pour une part, présocratique.
Que dire de certaines propriétés de l' air au regard de
l'enveloppe qui défit le 1eu pour Aristote, l'être pour Par­
ménide, le cosmos pour Héraclite ? L' air se laisse-t-i ainsi
enclore sans une technique qui lui enlève certaines de ses
qualités ? Se cerne-t-i de lui-même ? Quel projet de l'homme
entraîne qu'il puisse se présenter ainsi disposé ? En clairière,
par exemple.
Sans air, le lieu est-il vivable pour un mortel ? Et si la
protection d'une limite-enveloppe se conçoit dans l'horreur
du vide, pourquoi se perpétue-t-elle quand la V nature Ñ
devrait être rassurée par la découverte de la pesanteur de
l'air ?
Ou encore : comment se fait-il que, pour Heidegger, le
V vide Ñ soit encore là ? De quoi tient-il lieu ? Et quel est
son rapport - essentiel ? - au tout du lieu ? A la libre
étendue. La vastitude ?
Pour y entendre quelque chose, une méthode serait peut­
être d'accompagner trois hommes cheminant dans la cam­
pagne, au crépuscule. Loin de leurs habitations, ils s 'entre­
tiennent de leurs perplexités, leurs questionnements, leurs
étonnements, leurs émerveilements quant à leur relation à
l'ouvert. Sans doute, la tombée de la nuit les contraint-ele
à se recueillir, ralentissant la cadence de leurs pas. Ils n'en
demeurent pas moins chacun revêtu d'un rôle : s avant,
professeur, érudit. Ne se départissant qu' à peine de leurs
attributs et réserve. Juste un peu d'exaltation pour amener
un dire plus poétique. Sinon, le genre de confdences et
d' enthousiasme convenant à l'enfant qui est toujours en
l'homme. Pas de risque donc d'être choqué. Tout se passe,
apparemment, dans et pour le plus paisible repos de tous.
25
2
Entre l'un et l'autre, l'un et l'une, il n'y a pas, du moins
au présent, de passage. L'être serait une attente dont l' ou­
verture s 'est refermée en cercle - aussi de l'oubl - pour
qu'y demeure en repos le penseur. Le tout représenterait la
commémoration de ce qui a déj à été attendu, la garde qui
peret de pouvoir encore attendre ce qui n'arrivera jamais .
La libre étendue et' tout ce qui s'y tient reviendrait à l'élé­
vation d'un pont : bâti dans l'attente, mais aussi l'oubli,
d'un passage vers.
Incessante traduction, le pont demeure, mais au bout i
n'y a personne. Le il y a du pont a emporté, dans sa cons­
truction, l' autre vers qui il se voulait passage. A portée de
main reste l'outil, seulement l'outil. Et des choses déj à
fabriquées. Le tout autre - la toute autre - n' y est plus .
L'être en tient lieu. Et il sufft d'interpréter en quoi il est,
pour comprende que l' autre ne peut s'y tenir - sinon en
présence. L' autre n'est plus que l 'assimilation projetée dans
le V libre » du deuil de l' autre. Laisser être revient ainsi à
abandoner à l' autre la garde de la sérénité devant l' absence
du rapport entre l'un et l' autre -l'un et l'une. A se départir
de la tâche du vers, pour revenir, sans fn, à la construction
du pont . Qu'il ne s'y passe rien serait, maitenant, le fait
de l'autre qui oppose à toute tentative de passage la résis­
tance d'une sérénité sans faile. Toujours le penseur revient
à son point de départ pour repartir vers l' autre - l 'une -
qui n'est plus que la commémoration d'une attente. Sans
terme. L' autre - l'une - s'est laissée utiliser en être-pont
27
au bout duquel rien n'est ce passage n'est qu'un éternel
retour au même.
Ce passage de soi à soi, de soi à l' autre de soi, même, se
fait à travers une étendue qui semble transgresser toutes
limites : horizontales ou verticales . Cela pourrait avoir lieu
déjà sans transcendance et dans une vastitude où l'horizon
se résorbe dans son au-elà. La sérénité suppose que rien
ne reste : dehors . Le tout y est convoqué. Ou reconvoqué ?
Après avoir été récolté dans la nature, et mis à l' abri dans
une demeure où les choses durent sans s' altérer.
Le tout y est à la fois cueilli dans la nature pour être
recueilli dans un monde d' appropriation-désappropriation
unique et défnitif : où le tout prend place, se garde, disposé
dans son demeurer. Rien d' autre ne peut y advenir sans le
passage par l'assimilation d'un deuil. Aucun(e) vivant( e) ne
peut y arriver, sans être d' abord « couché( e) devant », « cueil­
li( e) » et « mis( e) à l' abri » dans un lieu de noble commé­
moration. A tout( e) il n'est dit simplement oui ou non, et,
dans le suspens entre les deux, chacun(e) est disposé(e) à sa
place. Oui, car l'homme ne doit soustraire à son attente
rien de ce qui se destine vers lui ; non, car aucune chose
ne peut subsister, ni même survenir, en dehors de cet espace­
temps déj à déterminé par et pour l'être de l 'homme.
Est-ce dire déj à déterminé pour la mort ? Ce serait trop
dire. Le sans-nom ne peut ainsi se désigner. L'opération de
constitution de l'espace-temps doit, elle, rester sans appel­
lation. Du moins encore dans le présent. D' aileurs, i ne
serait pas j uste d' affrmer qu'elle se tient uniquement par
et pour la mort (affrmer détruirait déj à cette affrmation) .
Elle a lieu dans et grâce au suspens entre le oui et le non
- l'à-venir d'une naissance, l' après-coup d'une mort.
Il faut - pour l'entendre - faire retour à ce qui est
déjà avant l'attente. A ce dont l' attente, qui semble origi­
naire, procède. A ce qu'ele attend de répéter, sans f. Ou
encore : de quoi, en quoi , est faite l'attente ? Pour l'homme,
elle provient de son ascendance. Attend qui séjourne à l' ori­
gine de son être. Qui , d'avance, s 'est coné à ce d'où, ce
dont, à partir de quoi se constitue l'essence de la pensée.
A cette antériorité si éloignée d'une avance sur l'essence
28
de la pensée que la pensée n'y atteint pas. Attend qui attend
le retour impensable d'un commencement.
En quoi l'essence de la pensée pour que son commence­
ment soit ainsi impensable ? Ayant lieu dans l' antériorité
de tout passé, dans l'à-venir de tout futur. Telement en
avance sur tout temps appelable.
C'est dans le rapport à la libre étendue qu'elle commen­
cerait. Comment ? C'est à peine pensable . . . Car, là où la lbre
étendue est le commencement de l 'être, cette provision d'es­
sence qu'elle donne se retourne dans le fait qu'ele n'est
pas sans l'être de l 'homme. Là où l'homme, d'où l'homme,
tire sa provenance, il dit que sans l'être de l'homme elle ne
serait pas . C'est bouclé.
« Manifestement, si l'être de l'homme est coné à la libre
étendue, c'est parce qu'il lui appartient si essentielement
que, sans l'être de l'homme, la libre étendue ne saurait se
déployer comme elle le fait. Ñ Le commencment de l 'être
de l'homme est donc quasi ustensilement nécessaire à la lbre
étendue. Sans lui, elle n' aurait pas son déploiement . C'est
pourquoi l'être de l'homme est approprié à la libre étendue :
elle en a besoin. Si il est, elle en a besoin -affrme-t-il au-delà
du pensable.
Mais en quoi a-t-il besoin d' elle pour être ? Cette question,
en avance sur le commencement, et plus encore sur la séré­
nité, n'est pas posée. Trou d' air - ou de sang, ou de vie -
par où s 'alimente tacitement l'être ? Lequel doit bien aussi
s' assimiler quelque chose pour avoir commencé à être ? Cette
opération d'assimilation - comme tout faire, sinon de répé­
tition ? -par et pour l'être de l'homme est oubliée. Ele est
laissée à la libre étendue ? Mais après que l'être de l' homme
soit, déj à.
Qu'est l'homme, avant que l'être de l'homme soit , déjà?
Quelle question . . . Trop nave pour être pensable! Mais cette
commémoration - plus ou moins noble - ne se rappele­
t-ele pas dans la libre étendue ? Dans la réserve d' air qui
s'y garde ? Dans l'assimilation qui lui est prêtée ? Dans la
constitution de choses ? Dans l' opposition ? . . . Et toutes
opérations laissées, là, être dans le suspens entre l'efectua­
tion et les conditions de possibilité. Entre le participe présent
et l 'infnitif. Ni participation simplement présente - elle a
déj à eu lieu -, ni immutabilité d'une constitution achevée
29
- elle aura encore lieu. Indéfniment se répète la reconsti­
tution de l 'impossible défnitif infitif. Le suspens entre le
défnitif et l 'infnitif - indé:nitif - laisse encore se faire
quelque chose du rapport entre la mort et la vie : le déj à
fi, l 'encore à défnir. Sans oublier ce tournat : le déj à
donné à vivre, l'encore à répéter, reire, remettre à l'abri
dans une garde qui la fait durer même, dans la mort.
Dans la mort ? Ce n'est pas si simple. Garder, c'est aussi
garder de la destruction, donc de la mort . Comment garder
sans faire mourir ? C'est, sans doute, l'impossible opération
de l' être. A moins qu'il ne soit en air ? Lequel peut se garder
indéfiment défitif s'il est mis à l' abri dans une demeure.
Il est alors techniquement cerné, séparé de lui-même comme
libre étendue, et soustrait au va-et-vient dans et hors de lui.
On ne peut donc en disposer. Serait-il là. Privé de sa libre
assimilation, le penseur n' aurait qu'à . . . mourir.
Or, il ne meurt pas . Du moins pas tout à fait, du moins
pas tout de suite, du moins pas tout . C'est donc qu'il conti­
nue à assimiler et rejeter : de quoi vivre. Cette ressource,
peu noble ? de son être il ne la rappelle pas. Du moins
dans sa pensée. Comment elle intervient dans la constitution
et la permanence de son être ? - reste, par lui, impensable.
Qu'arriverait-il si elle lui manquait ? Cette question . . . Il
lui est nécessaire, donc elle est. Jusqu'où ce dont, à partir
duquel il tire de quoi être, durera-t-il ? Cette question . . .
Plus il est, plus elle se déploie. Mais, dans ce déploiement,
y aura-t-il toujours de quoi commencer à être ? Pourra-t-il
indéfniment s 'y loger et y entretenir son être ? Ne risque-t-il
pas, à force, de l' évider ? Est-ce là - ce qu'il ne veut pas
vouloir, mais qui a lieu ? Est-ce là - cette ouverture tou­
j ours plus ouverte qu'il ne veut pas avide mais à laquelle
il consent s'ouvrir comme à une assimilation ? De quoi ?
En quoi ? Atteint-on, là, le rapport oublié à l' air ? Lequel ?
N'est-on pas - là - insensiblement passé d'un air à
l 'autre ? La matière fuide, la voix, l ' apparence. La possi­
bilté de respirer-vivre, la possibilité d' appeler-nommer, la
possibilité d'apparaître-entrer en présence. Ce passage,
Heidegger ne le rappelle pas . Il oublie la diférence d' air( s) .
A l a place de cet oubli ? Un certai vide.
30
Elle donne - d'abord - l'air, et sans retour, sinon
que se déploie, à partir d'elle et en elle, qui lui prend de l'air.
Si cet air est - d'abord - la matière fuide véhiculée par
le sang qu'elle donne, il peut s'entendre aussi de la voix et
du phénomène. Ils en proviennent, et sont la possibilité -
encore matérielle - de l'appellation-dénomination, de l'ap­
paraître en présence.
Ele donne d'abord. Elle donne la possibilité du com­
mencement à partir duquel le tout de l'homme va se consti­
tuer. Ce don se reçoit sans retour. Il ne peut lui rendre la
pareille. Les multiples et divers et incessants renvois qu'i
lui ou qu'il y fera n'auront jamais lieu au lieu du premier
don. Une distance restera - infranchissable - entre ce
là dont il provient et ses appels, rappels, renvois à . . . Le don
- premier - reste sans « réponse ».
Ce reçu, sans retour, a lieu dans un réceptacle : en elle,
mais aussi en lui . Ces deux-là ne communiquent que dans
un sens : elle donne, il prend. Il n'y a pas, au commence­
ment, de va-et-vient, d' aller-retour, du don. Sauf, parois,
pour le pas bon. Il donne ou renvoie le pas assimilable. Ce
rej et, sans distac, du pas là menace de mort : lui ou elle.
Mais, le plus généralement : il prend.
Cette dette, de vie, semble naturelle et devoir rster
impayée. Impayable.
Mais, en lui, cet impayé donne quoi ? Un certain oubli ?
Un certain vide ? Une certaine confusion dans l'appel, ou
rappel, ultérieurs ? Entre le plein et le vide ? Il opère
leur distinction tranchée - qui , au commencement, n'est
pas -, et leur confusion au même lieu ? Comment ne pas
se tromper entre ? Suspendre le oui et le non ?
Reprendre ? Non ? Retourner ? Oui ? Retourner ? Non ?
Reprendre ? Oui ?
Retourner pour reprendre, reprendre pour retourner.
S'agit-il encore du même lieu ? Du même là ? Ou y aura-t-il,
maintenant, une distance entre là et là ? Laquele ? Là,
quelle ? Qu'elle est laissée là ? Ou là ? Où, là ?
(Ne pensez pas que je m' amuse à faire des jeux de mots.
Je n'en suis pas là. Je n' ai pas encore trouvé le lieu d'où
3 1
je pourrais commencer à dire quoi que ce soit. Ici mainte­
nant . J' essaie plutôt de retraverser tous les lieux où j 'ai été
exilée-enfermée pour qu'il constitue son là. De lire son
texte, pour tenter d'y reprendre ce qu'il m' a pris sans retour.
De rouvrir tout ce qu'il a construit en me prenant dedans,
en me mettant dehors, disant oui et non, ni oui ni non, me
laissant dans un suspens d'attente et d'oubli où je ne puis
vivre, bouger, respirer. J'essaie de retrouver la possibilité
d'un rapport à l'air. N'en ai-je pas besoin, bien avant de
commencer à parler ? ) .
Je reviens donc, d' abord, au premier réceptacle. Celui où
il m' a prise sans retour. Où je lui ai tout donné, sans calcul
possible, sans reçu, sans dette. Sinon mon plaisir de donner­
me donner sans mesure ? Mais n'est-ce pas lui, d' avance,
qui pense que j 'y trouve mon déploiement ? Connaît-il, lui,
le don, sans nulle économie, pour affrmer de telles vérités ?
Cela ne reste-t-il pas , pour lui, un impensable au-delà ?
Ce lieu du premier don - ou dont - va être refermé­
replié dans un commencement, impensable, de l 'être. Impen­
sable par son absence d' économie possible, par le défaut de
cadrage de son espace-temps, par son appréhension imper­
ceptible par tous les sens : par son avènement avant tout
dire. L'être de l 'homme va se constituer à partir de l'oubli :
du don de ce dont en quoi il est. A partir du vide, sur lequel
il se construit comme un pont . Ainsi fonctionne toute pro­
position, et le logos en général .
Mais, pour faire ce pont, l'homme a eu besoin de matière,
et pour que le vide soit, il a fallu que la matière, d' abord,
l'occupe. Ce vide, de l'homme, serait l'horreur de la nature ?
Pour le créer, il a eu besoin d'elle. Quand il évide le premier
lieu, l' homme utilise la matière qui y avait lieu pour l'évider,
et pour le surmonter. Lui, et elle - de même et diférem­
ment - vont être refermés-repliés autour d'un certain vide,
élaboré à partir de ce qu'il lui prend sans retour.
Comment y ferait-il retour, sinon dans l 'arbitraire d'une
construction, puisque l 'échange premier entre eux est utilisé,
par lui, pour élaborer leur séparation ? Il pourra indéfniment
aller et venir sur le pont sans que rien n'y arrive que ce qui
amènera ou ramènera son propre projet.
32
Le pont, bâti sur le vide, a relié deux bords, qui n'étaient
pas avant sa construction : le pont a fait deux bprds . Et
encore : le pont, passage solidement établi, relie deux vides,
qui n'étaient pas avant sa construction : le pont a fait le
vide. Comment ne pas suspendre LC vers quoi il va, ce vers
où il retourne, dans une sereine attente ?
Au lieu du premier réceptacle - de lui , ou d'elle -, au
lieu de leur première « rencontre Ñ_ i y a, maintenant du
vide. Pour le franchir, en tout cas de son tôté : un chemin­
pont. Ce pont sert à retourner : la première enveloppe (du)
vide en une autre. Cela donne une double enveloppe ou
boucle. Le signe de l'inf? Le pont est au recroisement­
recoupement des deux enveloppes. En ce lieu, le dedans
passe dans le dehors, qui revient au dedans après avoir fait
un tour. Il n'y a plus là de pas dedans ni de pas dehors . Le
tout y est : repris dans un double encerclement sans faile.
Il n'y aura pas de franchissement de cette double limite.
Tout a lieu V à l 'intérieLr » de cette double clôture : on y
va et vient d'un côté à l'autre du bord, de l'un à l' autre
bord quasi insensiblement, et sans s 'apercevoir qu'on a changé
de côté.
Le dehors de l 'être-là, le dedans de l'âme, le dedans de
l'âme, le dehors de l'être-là passent indéfniment l' un dans
l'autre : i suft d'un pont de langage à traverser. Il se tra­
verse en allant et en revenant, tout en restant dans le même
sens . Ce qui se reçoit du monde et ce qui s'y donne - ou
redonne -, ce qui s'y donne et ce qui s'en reçoit, passent,
maintenant, insensiblement de l 'un à l' autre, l'un dans l' autre,
tout en demeurant dans le même projet, trajet. Chemine­
ment ?
Une proposition n' a pas deux faces : une en dessous et
une au-dessus, du moins quand elle se tient par elle-même.
Elle n' adhère pas à un substrat qui assure son fondement,
pas plus qu'elle ne se survole pour une estimation de distance
à, de perspective, de point de vue. Quand elle se pose, elle
tient par, dans, pour elle-même. D'où tire-t-elle, en tant que
telle, sa matière ? Reste impensé.
33
Car si, en deçà de la première enveloppe, il n'y avait pas
celle qui, d'avance, a nourri sa constitution, son organisation,
son enchaînement, et, au-delà de la deuxième, celle qui, d'un
dehors, soutient sa constitution-apparition-projection, la pro­
position ne se tiendrait pas . Ces deux provisions de V ma­
tière » sont oubliées .
Est-ce l à l e même oubli d'elle ? Indéfniment répété. Est­
elle, deux fois au moins, puis sans f, oubliée ? Ou y a-t-il
un double oubli ? Elles - au moins deux - indéfiment
oubliées ? Ou encore : toutes celles, présentes et à venir,
sont-eles prises dans l'oubli d'une - seule et unique -
toujours répété( e) ? Ou sont-elles deux -touj ours au moins
deux - à être oubliées ? Dans ce cas , et dans l' autre, quel
rapport entretient-il, et entretiennent-elles, entre elles ? Sont­
elles mises dans la même V bande » ? Ou y en a-t-il toujours
au moins deux ? Comment, alors, passe-t-il de l'une à l' autre,
ou aux autres, s'il n'y a pas de moyens de traverser la pre­
mière ? Les réduit-il l 'une à l' autre ? Comment ? Ou : l' au­
tre reste-t-elle toujours dehors ?
( Ces questions . . . De quoi vous casser vos têtes . . . Vos
V ponts ». Mais j 'essaie de sortir de vos enveloppes, de vos
propositions , de vos là. Et encore . . . Je n'ai pas commencé
à parler des rapports entre vous, qui , pourtant, recouvrent
tout le reste. Encerclent indéfniment le rapport à elles. A
moins que je ne parle que de ça ? )
Dans la première « rencontre », avant le commencement
de sa pensée, elle donne-se donne sous la V forme » de
fuides . Ces fuides pénètrent en lui outre-passant toutes lii­
tes : l' enveloppe qui là lui tient lieu d'ambiance, l'enveloppe
de son corps-chose, l 'enveloppe de ses organes et muqueuses,
l 'enveloppe de ses cellules . Cette entrée en lui va au-delà
de toutes catégorisations possibles : intelligibles ou sensibles,
du moins au présent pour lui . Il la prend en lui, immédia­
tement, et sans perception même de la diférence entre per­
cevant et perçu. Cette pénétration qui le constitue, au com­
mencement, a lieu dans nuit . Ce don, sans mesure, reste sans
démonstration. Elle ne se donne pas à voir là où elle se
34
donne, elle n'apparaît pas là o elle se donne, ne se laisse
même pas appeler ni nommer en ce lieu.
La vie qu'ele donne est déj à avant toute démonstration
possible. Elle lui donne, sans démonstration, ce Gestel! qu' est
son corps vivant . La médiation de ce don - ou dont -
est fuide : le sang. Il y a déj à un pont, naturel, entre ele­
lui et lui-ele. Il va dans un seul sens , sauf, parfois, pour
le pas bon.
Il ne voit pas encore : ni le monde, ni les choses, ni ele,
ni lui . Cela se passe sur le mode d'une proximité sans dis­
tance, même s'il se tient, naturellement, dans une enveloppe ;
d'un toucher sans l' arrêt de bords . Il puise à travers . Il ne
parle pas encore : il prend sans demander, sans qu'elle lui
propose avec des mots ou des phrases . Il puise là sans voir
ni désigner où, à qui, comment, ce là se prend.
Il ne peut pas ne pas prendre, à moins de n'être pas . Il
n'est pas libre encore de prendre ou de s 'en aller. D'aller
et venir, de partir et de retourner d'où il vient, de s' éloigner
et de venir reprendre. Pour prendre, il est enfermé en elle.
Le tout est perméable, et pourtant clos . II demeure dans un
entour-enveloppe qui ne s'ouvre, pour lui laisser passage,
que lorsqu'il peut se passer d'elle. Cette demeure est pleine
d'eau. Il commence à être dans et grâce aux fuides .
Ce qui va s 'oublier, et se surmonter, dans la consistance,
la solidité, de ses propositions et raisonnements ? Dans la
cohérence de son langage ? Dans la permanence de son être
et sa vérité ? Dans celle des V choses » : passées , présentes
et à venir ? Dans ces enveloppes sans faille, où l 'interroga­
tion porte, avant tout, sur l'histoire : l'enveloppement qu'i
s 'est constitué et qu'il continue de dérouler-enrouler ?
Où sont, au présent, les fuides ? Ceux qui l' ont nourri,
qui l'ont fait ? Et le passage entre eux et lui ? Entre celle
qui l' a constitué de fuides et lui ? Ce don sans retour, cette
V dette » impayée et impayable, ne vont-ils pas se répéter
sans f comme une « chose » naturelle ? V Naturele » :
dans son langage, c'est dire encore impensée et laissée dans
l'oubli ? Comment cet oubli se rappelle-t-il, sans être pensé,
dans ce qu'il appelle l'être ? Dans son essence ?
Où a lieu, dès lors, la répétition de la première % ren­
contre » avec V elle » ? Y en aura-t-i une autre possible ?
35
Peut-être faudrait-il s 'arrêter ici à un certain portique, qui
retient Heidegger : celui du pressentir. Quelque chose d'es­
sentiel nous arrive - d' avance - sur le mode du pressen­
tient, se donnant ainsi à notre attention pour que nous
l'y gardions. Il ne s' agit pas encore, ici, de savoir, mais
plutôt de ce qui recouvre tout ce qui peut se savoir, et aisi
le cache. Le portique, qui ouvre à la pré-compréhension et
la prise en garde de tout ce qui est posé-devant, à sa sauve­
garde dans un legein qui en assure le rassemblement, ce
portique, qui vient avat le posé-devant, comme son pres­
sentiment, rappele l'ouverture de la clairière de l'être. Peut­
être aussi le passage d'une boucle à l' autre ? O plutôt
- plus tôt ? - d'une bande à l'autre : ouverture avant
le saut dans le tout dire ? Auquel une voix, encore muette,
incite en souflant : il est, avant que cela soit ?
Ce portique se franchirait à chaque pas, sans être j amais
franchi. Il renverrait toujours le pas suivant au pas d'avant,
le pas futur au pas passé, en suspendant dans ce va-et-vient
ce qui se pose-ne se pose pas au présent. Il marquerait l' ou­
verture dé-limitante de l'entrée dans c là, dans lequel i
n'entre j amais vraiment : restant toujours sur le seuil, devant
ce qui sera, ou a déj à été, posé, puis rassemblé, devant.
Ce portique dé-limiterait le passage entre deux lieux,
même si celui posé devant est, en apparence, le seul. Cette
dé-limitation ouvrirait idéfniment à une rencontre qui
n'aura jamais lieu : qui va se dre sans avoir leu, qui n' aura
lieu que dans le dire. Toujours pressentie dans son avène­
ment, pré-comprise, mais pour être « gardée » et « rassem­
blée » dans le dire.
Ce portique où, par où, passe le saut dans le tout-dre,
consisterait aussi bien dans ce qui a déjà été construit dans
le rapport de don - muet - entre elle et lui, que dans
ce qui se pressent de son retour possible dans ce qui arrive.
Il se tient entre.
Ce portique re-présenterait ou plutôt - plus tôt ? -
permettrait la re-présentation de tout à travers : le bâti de
ce dont elle l'a, et continue de le constituer comme vivant :
ouverture de et à travers ce corps solde qu'il est mainte-
36
nant, qu'il a reç et continue de recevoir, sans démonstra­
tion, d'elle. Ce portique fgurerait le lieu du rapport passé
et à venir « entre » elle et lui . Le don de son corps sous
la forme fuide devenu ce qui se tient maiitenant en et par
lui élevé-érigé soldement .
Dans l' assimlation d' ele, grâce à laquele il se tient
- debout -, une arche s 'ouvre par laquelle il va et vient
sas cesse, suspendu entre le souvenir et l'attente. Il attend
que revienne ce dont il se souvient-ne se souvient pas .
Comment reviendrait-elle puisqu'il s e l'est assimilé ?
Puisqu'il l' a assilée à lui ? Alors qu'attend-il ? De se
l'assimiler encore, et sans f ? Ou de se souvenir de ce qui
s 'est perdu dans cette assimilation - d'elle ? Est-ce en tant
qu'il projette touj ours et sans cesse de la faire sienne, de s e
l 'approprier, qu'il attend ? Ou serait-ce que, au-delà de toute
attente, il attend que vienne à lui ce qui résiste à cette
assimilation ? Mais ce qui résiste à l' assimilation, il le
rejette ? Hors de lui ne subsiste donc que ce qu'il n' a pu
faire sien, et qu'il a renvoyé comme tel ? Y a-t-il encore
quelque Ý chose » vis-à-vis de laquele l' assimilation-appro­
priation ne soit pas ce qui donne la mesure ? Aussi du fair ?
Du oui ou du non ? Du s 'ouvrir à l' aller dans l'attente de
la rencontre, du se replier dans le retour en soi d'une assi­
milation qui se tient dans le retrait .
y a-t-il, ici ou là, possibilité pour quelqu'une, ou autre,
qui ne soit pas déj à dans un lieu pressenti comme celui de
son appropriation ? Qui ne soit pas déj à à lui ? Qui ne soit
pas déj à, toujours déj à, lui ? Même et y compris sous la
forme qu'elle reçoit du fait de son rejet ?
Quelle question. . . Comment pourrait-il l'entendre ? Ele
est irrecevable par lui . Ce qu'il ne pensera pas comme :
impensable encore par lui . La patience qu'il met maitenant
à affrmer quelque chose, le suspens prudent de ses déci­
sions , son refus éventuel de prendre position en son nom
pour laisser être ce qui aurait touj ours déj à eu lieu, la maière
dont il se démet de toute volonté propre, dont il contourne
ou détourne tout jugement, n'empêche pas le fait que, au
commencement - et d'avance - il y a eu cette affrmation­
décision qu'il n'y a qu'une langue : la sienne. Qu'en dehors
37
de son noein, legein, einai, eon . . . rien n' est. Oubliant, sans
doute, qu'il constituait ainsi le rien, qu'il le déposait, dis­
posait dans sa langue, et que le rien personne ne peut savoir
j usqu'à quel fond sans fond cela risque de vous entraîner.
Ce « rien n'est Ðg ou « tout est Ùg a nécessité, il est vrai,
un saut au-delà de. De quoi ? Au-delà de quoi il a sauté.
Pressentant déj à, peut-être - il n'y a sans doute pas de
question plus ancienne -, que, si une autre langue était,
il pourrait bien s 'y trouver attiré, pris, assimilé, approprié­
dés approprié ( pour y être sauvegardé dans une durable
vérité) , exclu-rej eté, sans appel ni rappel . L' autre langue
risquant ( comme la sienne ? tant qu'il n'y en a pas d'autre,
il reste toujours dans l'assimilation à lui, la proj ection de
lui) de se construire à partir d'un don venant avant toute
parole. Dont l'autre ne se souviendrait pas . Et où lui - qui
lui aurait donné la possibilité d'être - n' aurait plus lieu
que dans le non-lieu d'un abîme.
Pour qui n'y demeure pas depuis longtemps, et Ý éter­
nellement Ù_ cette absence de tout site n'est pas attirante,
sauf sur le mode de l'efroi. Elle y est pourtant nécessaire,
s 'il n'y a qu'une langue. Ce qui reste impensé et impensable
par lui .
Tenant-se tenant à la sienne comme à ce qu'il tient-le tient
le plus solide. Assez solde pour qu'il puisse se permettre,
maintenant, de la remettre en cause. L'essentiel est qu'il
n'y en ait qu'une : l'unique, celle qu'il s 'est déj à appropriée
et se réapproprie sans f.
Est-ce ainsi rappeler que son corps vivant est sorti de
l' abîme en s 'assimilant-s 'appropriant une autre qui s 'est don­
née à lui, d' abord, en silence, et, d' abord, sous une forme
non solide ? C'est le contraire, dira-t-il. C'est parce que sa
langue est ce qu'ele est que cela ne pouvait pas arriver
autrement. Comment se faire entendre de lui à partir d'un
tel arraisonnement ? Il se tient, maintenant, plus dans sa
langue que dans son corps vivant. Il veut que cette langue
qu'il tient lui assure un fondement solide. Si c'est lui qui
le pose, il ne risque pas de lui manquer trop brutalement.
38
Ce qui peut toujours arriver s'il provient d'une autre :
qu'elle s 'absente, il est renvoyé à l'abîme. Ce n'est pas elle,
l'absente, qui crie d'abord - c'est lui . Ce cri est l' appel
ou rappel d'elle - avant son saut dans le tout dire. Bien
avant qu'il la nomme - qu'il l 'appelle à venir dans sa
parole où il pourra la prendre, la garder, la puiser, se l' ap­
proprier-réapproprier sans cesse -, il la crie pour qu' elle
vienne-revienne lui prendre, cacher, garder en elle en le
remplissant, l'abîme. Mais toujours il se l' assimile : s 'il
a crié, c'est elle qui aura appelé. Elle vient parce qu'elle l ' a
touj ours déjà appelé à venir à elle. C'est, du moins , ce qu'il
dit dans sa langue. N'est-c pas ainsi qu'il se décharge de
ses abîmes ? Si elle l' a appelé, d'abord, il peut être mainte­
nant, et sans destruction possible. Elle m' a appelé, touj ours
d'avance, donc j e peux être et demeurer en repos : je lui
manque plus qu'ele ne me manque. Elle me donnera encore
et toujours à vivre.
La façon dont il prédique arbitrairement des choses, n' a
pas épuisé toutes ses ressources syllogistiques . Il semble
même que, plus il redescend ou remonte dans le sensible,
plus il met en œuvre de moyens pour les tenir solidement .
Elles s'y laissent prendre; encore sans langue. Elles iront
même jusqu'à attendre qu'il reparte de là d'où il dirait,
vraiment, ce qu'elles sont ( ce qu'il a toujours fait) , voire
à attendre qu'il leur parle. Comme s 'il pouvait parler, sinon
encore dans sa langue - donc de ne pas parler - à des
« choses Ð.
Ce serait plutôt à elles de commencer à parler. Ce qu'elles
vont faire : elles vont commencer à parler, et même à se
parler, à travers lui. Ce qui a toujours eu lieu. Elles se sont
toujours appelées, nommées , dites , présentées , à travers lui .
Comment en serait-il autrement ? En dehors de sa langue,
il n'y a rien.
Une seule langue, n'est-ce pas la loi la plus péremptoire
et préemptoire qui soit ? Ce qu'il ne veut pas savoir.
C'est sans vouloir, ni volonté, qu'il se tourne maintenant
vers « elles Ñ. Il les accueille en tant qu'elles se destinent
vers lui . Lui, reste serein, en repos : au reroisement-recou­
pement des deux V boucles Ð . tourné plutôt vers la deuxième.
39
Il se tient sous un portique, et sur un pont : l'un est passé
et repasse dans l'autre indéfniment, selon un saut - du
regard ? - qui a eu lieu, mais s'est oublié. Recollement
des deux bandes, au présent, oublié ?
Il progresse, tout en demeurant. Il reste dans le même,
ce qui n'exclut pas un certain mouvement. Ne pourrait-on
ainsi défnir son opération d'assimilation ?
Pour laquelle, maintenant, il faut se tourner vers le là
devant de la lbre étendue : la contrée.
Elle n'est pas sans magie, il l' a dit . La magie de cette
contrée serait la puissance propre à son déploiement et son
pouvoir d'op-position.
Elle, continûment, se donne-s'étend sans fn. Si la consti­
tution de l'étant de l' être a lieu dans l'assimilation, celle
de l 'être de l' étant a lieu dans la participation. Pour que la
participation sur le mode de l 'étant soit possible, il faut
- d' abord - la constitution d'un lieu de non-assimilation
présente : la contrée. La libre étendue s'assimile - d' abord,
et seulement - la sérénité du suspens de l' assimilation.
Ainsi peut-elle faire durer ce qu'elle conduit dans l' éten­
due du repos : elle ne consomme rien. Elle rassemble en
elle - Ý comme si rien ne se produisait » - toutes choses,
les mettant en rapport l'une avec l' autre, et toutes avec
toutes .
Elle - contre : laisse apparaître et se rencontrer les
Ý choses Ñg mais toujours sur le mode d'un face-à-fac qui
exclut l'interpénétration et le mélange. Elles vont l'une vers
l' autre, mais en restant à l'au-devant-de, au vis-à-vis . Eles
ne s' approchent plus l'une de l' autre que dans le maintien
de la distance entre elles . Elles entrent dans le présent de
la présence, où elles vont demeurer dans leur inaltérable
propriété. Posées , disposées, receueillies, dans la contrée de
la parole.
La libre étendue, en quoi cela peut-il être ? Ce là qui
se déploie indéfiment, et qui rassemble tout�s choses, les
40
mettant en rapport l 'une avec l' autre et toutes avec toutes
-Ý comme si rien ne se produisait » -, en quoi cela peut-il
être ?
La libre étendue ? - d'abord, en air. S'il n'y avait pas
l'air - et toujours plus que celui nécessaire à la consom­
mation des êtres vivants, et toujours plus que celui qui les
environne maintenant et dans lequel tout leur apparaît -,
s 'il n'y avait pas une ressource illimitée et toujours excé­
dante
d
'air, la libre étendue n'aurait pas lieu.
L'excès - selon Heidegger -, n'est-ce pas ce qui déter­
mine l 'entrée dans la philosophie de la présence ? L'excès
d'air est à la fois si immédiatement Ý évident Ð et si peu
Ý apparent » qu'il n'y a pas pensé. Qu'il n'y a j amais eu
- sinon chez les présocratiques qu'il oublie - de pensée
de l' air. Mais les choses les plus immédiatement évidentes
- ou présentes ? - ne sont pas celles qui préoccupent le
philosophe : distrait, abstrait, extasié dans son là, il tombe
dans le puits , qu'il ne voit pas sous ses pieds . Ce qui fait
rire les servantes .
L' air libre serait donc le substrat matériel de la contrée
et le milieu à travers lequel et dans lequel tout peut appa­
ratre. Sauf lui ?
Pourquoi cet air, libre, est-il enfermé dans une contrée ?
Vaste, et susceptible de se déployer sans cesse, mais tou­
jours, au présent, limitée ? L'excès n'est-ce pas cela que
le philosophe doit amener, ramener, à la mesure ? Quel va
être ce qui va déterminer, pour lui, l a mesure acceptable
pour l' air ? C'est cele d'un rapport, à chaque moment du
présent réévaluable, entre le trop d' absence ou le trop de
présence.
L'air libre c'est d' abord, pour l'homme, l' avènement d'une
trop gande absence : provenant de cet alentour dans lequel
il entre. Il entre dans le dehors . Il perd la demeure du
corps vivant où il se tenait avant : là où elle se donnait à lui
sans diférence encore entre son dehors et son dedans, entre
elle et lui, le nourrissant du dedans, sans démonstration.
Laissant passer en lui sa puissance sans qu'il en fasse rien
encore que devenir ce Gestel . un corps vivant.
41
Quand il sort de cette demeure, il arrive dans un dehors
sans limites, sans bords qui le retiennent, sans enveloppe
externe-interne qui lui donne le tout, sans ambiance. Libre,
dans l ' air libre, il est - d' abord - dans la plus grande
déréliction. Et ce dehors entre en lui, sans limites. Dehors,
entré dans le dehors, il est pénétré jusqu'au plus dedans de
lui par ce dehors : pour lui, l 'efroi. Ce en quoi il entre
et ce qui entre en lui sont le même, et sont imperceptible­
ment présents, sinon comme excès .
L'autre dehors se V présente », d' abord, comme un abîme,
une absence sans f : passant du dehors au dedans, du
dedans au dehors.
En quoi cet abîme ? En air libre, qui fait crier de détresse.
La liberté fait - d' abord - crier. Il y a là trop d'absence.
Ce cri est, aussi, un premer appel ? D'air ? Au com­
mencement, il se redonne la vie par un cri d' appel d' air.
V A son tour, le cri est essentiellement autre chose que le
simple fait que se produise un bruit. Il n'est pas nécessaire­
ment un appel, mais il peut l'être : le cri de détresse. L' ap­
pel qu'on lance vient en vérité de cet endroit là-bas vers
lequel il se dirige. Dans l' appel qu'on lance, règne un élan
original vers . . . Ce n'est que pour cette raison que l' appel
peut désirer ; le simple cri se perd et s 'enlise en lui-même.
Il ne peut demander ni à la douleur ni à la joie qu' ele lui
permette de demeurer. L' appel au contraire est ce qui par­
vient là-bas . . . même s 'il n'est pas entendu ni écouté. Dans
l' appel qu'on lance, il y a possibilité de demeurer. Il faut
bien distinguer bruit, cri et appel . Ñ ( Qu' appelle-t-on pen­
ser ? N. R. F. , Gallimard, p. 230. )
Le premier appel est un appel d' air, il s e confond avec
un cri . Il n'y pense pas . Il n'y a pas là encore, pour lui, de
langage, ni le dévoilement, ni d' entrée dans la présence, du
moins dans le sens où il l' entend : il ne voit ni ne parle
pas encore, et n' entend que des sons . Pourtant les condi­
tions de possibilité de ce qu'il dit sont données : l' entrée
dans le dehors de l' absence et l' appel-rej et d'air, dans les-
quels i va maintenant demeurer.
' (
42
L' air reste - ce qui redonne la vie, mais, d' abord, sous
la forme d'une absence : rien n'y est que ce qu'il est, qui
n' apparaît pas. Cette provenance de vie, cette médiation et
Ce milieu de vie, se donne sans apparatre comme tels . L
a
première fois , ils sont ressentis comme une douleur. L'air
libre représente la possibilité de la vie, mais il est aussi le
signe de la perte de ce - celle - qui donnait le tout sans
distance, sans attente, et sans peine. La vie, à l' air, est, au
commencement, l'immensité, sans limites, d'un deuil . Le
tout y est perdu.
L'air, ce là, qui se donne sans limites et sans démonstra­
tion, toujours déployé-déployant, et en lequel tout va venir
en présence et en rapport, supplée, d'abord, une absence.
Il la remplace : tenant lieu qui a certaines de ses propriétés ,
et qui se laisse, aussi bien sinon plus, oublier. Il peut être
le support du deuil : ne se percevant pas .
L' air est, d' abord, l 'étant de la libre étendue dont la
mesure sera celle du encore à venir du deuil . de celle qui
ne reviendra plus . Dans l' attente et l' oubli , ce deuil ne
transparaît pas comme tel, grâce à l'air, qui est plutÔt le
signe de la vie. L'un et l' autre. Comment ne pas s'y trom­
per ? Il n'y pense pas .
Ce qui va l'assister, au présent, à l'oublier, c'est la lumière.
Le soleil fait l'oubli : sur celle qui était avant dans la nuit,
et sur l' air : sur le deuil . Le soleil éveille à l'oubli . Il fait
entrer dans le sommeil de l 'oubli, dans le rêve d'une vie
sans oubli .
Et là où est maintenant le soleil, chaque « chose » advient
comme distincte, séparée, à sa place, dans sa présence, dans
un rapport aux autres où la proximité devient une juxta­
position. La lumière permet l'approximation des « choses »
à distance. La venue des « choses » - à lui et entre elles -
dans un é-Ioignement plus ou moins lointain.
Le soleil, lui-même, se tient touj ours à distance ; il ne
se donne pas sans cesse ; il va et vient tout en restant le
même, demeurant touj ours là où il est. Il devient, au pré­
sent, la V source ».
Ce qui s e donne partout et tout l e temps, sans mesure,
cela ne se pense pas comme une source. Pour qu'il y ait une
43
source, il faut, d'abord, du deuil . La source, c'est ce qui
cache un deuil : l' absence d'un commencement où le tout
serait partout et tout le temps . Avec la source, l'homme
entre dans l' économie et dans la réserve. Il commence à faire
le va-et-vient de l' absence à la présence. Il se fascine sur le
surgissement de la présence pour recouvrir l'absence. L'ab­
sente ?
L'origine, c'est le tout provenant d'une source, venant
à la place, et dérobant la perte, d'un( e) tout autre. Cette
aurore fait entrer dans l'oubli de ce qui se donnait sans
mesure et sans apparaître, la nuit. Ce lever de soleil marque
le passage à une autre appropriation. Il assiste l' absence de
celle qui est devenue l'homme, par cette assimilation d'elle
à lui qui l' a fait vivant. Cette opération ne se produit
j amais au grand jour ; elle reste dans l 'ombre. Quand le
soleil franchit l 'horizon, ele a toujours déjà eu lieu : elle
est toujours déj à devenue lui, sans aucune démonstration.
Le soleil fait entrer dans l'oubli du deuil, dans la j oie du
deuil, dans la manie du deuil, qui ouvre à la pensée de l' Oc­
cident. A l 'être.
Il n'y pense pas, même quand il dit que peut-être le
moment est venu d'en faire son deuil ( cf. « La parole d'Anaxi­
mandre », dans Chemins, Gallimard, 1962, p. 267) .
Si le deuil consiste à se réapproprier l'absence - l'ab­
sente - à son gré, comment pourrait-il ne pas être serein ?
Comment pourrait-il y renoncer sans perte ? Etant coupé
de son enracinement naturel, l'homme s'est extasié dans un
là d'où il s 'assimile-réassimiIe le tout, selon son point de
vue et son œuvre. Il sufft de persévérance, d' endurance,
de patience : d' aller-retour sans fn entre l'attente de l'à-venir
et la commémoration du passé. L'une et l'autre devant, à
chaque moment du présent, être mises en rapport dans et
grâce au même. Ce qui nécessite une certaine duplicité, et
un saut entre : ces deux où il est et entre lesquels il va et
vient sans cesse.

C'est, sans doute, ce qui s'opère dans ses textes . Il tisse,
entre elles, l 'oubli de l'une et de l' autre en les mettant en
rapport sans cesse à travers lui .
44
Ne pensant pas que ce qu'il tisse ainsi -comme une sorte
de pont ? ou de chemin qui se perd dans le même - se
passe entre lui et lui . Qu'elle est toujours déj à devenue lui
en lui, qu'il se l 'est toujours déj à assimilée : dans son corps
et sa langue. Qu'il tisse, entre attente et souvenirs, pour
qu'ele ne revienne plus, en une sorte de deuil joyeux.
Qu'il la désigne ou non, l'appelle-rappelle ou non, la
nomme ou non - par exemple phusis, mais cela pourrait
être autrement - n'y change rien. Peut-être même la fait-il
ainsi entrer plus encore dans l' absence, et l 'oubli . L' attirant
encore plLs en lui, l'assimilant encore plus à lui . Alors que,
s'il l' avait, une fois au moins, laissée, il pourrait - peut­
être ? - se souvenir de son absence.
45
Quand il est passé du dedans au dehors d'ele, ses limites
vont vite apparaître. Il se pose, et pose le tout, en s' entou­
rant, l'entourant, de bords . Il s 'approche, et de lui-même et
de tout, par approximation de frontières . Etre près de,
revient maintenant à être posé près de. Etre dans : être posé
dans . Avoir un milieu : avoir des choses posées ou disposées
autour. Cet alentour s 'étend progressivement . Dans ce
monde, les choses peuvent être rapprochées ou éloignées :
elles restent toujours là.
Sauf pour l 'assimilation ? Car il continue à assimiler pour
subsister et V grandir Ñ. Certaines choses viennent encore
en lui : mais elles disparaissent dans une appropriation sans
distance. Il devient ces V choses » . A moins de pas bon, qu'il
rend.
Ces choses qu'il reçoit, encore sans retour, et de l'autre,
sont, d'abord, des fuides : le lait.
Il y a aussi . la voix. Ls deux viennent-proviennent de
la présence-absence de l'autre dehors. Il s'assimile souvent les
deux en même temps . Si l'un( e) manque à l'autre, il arrive
qu'il refuse le tout, jusqu' à la mort. Il veut un signe de
l'autre pour se l' assimiler. Il faut que ce soit ceIle qu'il a
déj à assimilée à lui qu'il s ' assimile encore. Qu'eIle vienne
se donner-redonner à assimiler. La voix peut être le signe
que c'est bien elle qui revient en lui.
47
En quoi la voix ? En air. Présente ou absente dans et à
travers l' air. Présenc et absence de l' autre, dehors, qui
revient d'abord sans apparaître : portée par l'air.
L'air n' apparaît j amais . Il se donne et se reçoit sans
démonstration. C'est Ý en quoi » i peut devenir signe. Il
est toujours à la disposition pour se faire signe ? De la
présence dans et à travers l'absence ?
La voix a lieu entre les deux. Entre l' air toujours et
encore disponible pour le tout et qui est perçu, d' abord,
comme une trop grande absence, et l' air utilisé pour et dans
l 'entrée en présence, il y a la voix qui rappelle que l'absente
est là.
Mais ce signe qu'est toujours déj à la phonè s 'oublie dans
son usage dans et pour le logos. Utilisée dans et par le lan­
gage, la voix qui rappelle qui est là - qu'elle peut être là,
même dans le rien-dire -, s'eface devant ce qui se parle.
Cette trace, encore fuide, d'une Ý présenc » qui pénètre
en lui , il se l'assimile, et l 'oublie dans la vérité de ce qui est
à penser.
L'air de la voix ne laisse pas de marque dans l'être. La
dérence de la voix n'a pas leu dans l'être. Cette « pré­
sence », encore sans lumière et sans démonstration, reste
sans rappeL
L'a-t-elle appelé la première ? Sa voix, comme air, est
entrée en lui d' abord. Etait-ce un appel ? O répondait-elle
à l' appel ? Quand il se l'assimile, distingue-t-il encore les
deux ?

L'appelle-t-el1e pour être encore assimilée à lui ? Appel1e­
t-ele à faire son deuil d'elle, en lui ? N' a-t-elle d'autre passé
ou à venir que sa consommation-disparition-appropriation
dans l'étant de l'être de l'homme ? Demeurant, elle, dispo­
nible pour qu'il commence à être à partir de l' assimilation
d' elle à lui ?
De son sommeil-éveil, il se réveille : elle a crié. Appelé ?
Des sons qu'il n'entend pas . Un air, encore sans paroles .
Sans langue. Qu'il n'entend pas, sinon comme un appel
dans ce sommeil où il est entré. Un appel sous forme de
cri ? C'est ele. Elle a appelé - en lui .
48
Du lieu de sa disparition, elle a crié : l'efroi . Elle revient
crier, au-delà de sa langue. Au-delà de là où il s'en souvient­
ne s'en souvient pas : attendant sereinement celle qui ne
reviendra pas . Elle a crié - déchirant son sommeil de sa
présence absente. Telle un rêve qui parle, et si proche de la
réalité qu'il se réveille endormi, cherchant qui a appelé.
Ce cri dehors-dedans d'une absente qui n'arrive pas à
disparaître, c'est la terreur de l'oubli . Toujours ele vient
rappeler du lieu de sa disparition : elle crie la nuit. Elle
est si proche que ce cri est là, ou en lui, ou entre les deux,
sans bords . D'entre les bords . D'entre ce qu'il saute-oublie
quand il fait son deuil d'ele ?
Qu'elle soit dans le bord, que ce qu'il croyait solide ainsi
se fonde, et que, de cet abîme, sorte un appel . . . : c'est
l'efroi .
Peut-être pensera-t-il qu'elle crie son nom. Qu'ele rap­
pelle son nom. Elle n'a pas de nom. Elle crie de là où i n
'
y a
pas encore de nom. Dans la nuit; d'entre les noms qui l'ont
déj à commémorée-oubliée. Elle surgit comme une absence
qui n'est pas encore entrée dans la présence. Dont le deuil
n'est pas encore fait . Encore vivante et pourtant disparue
de tout là. Rappelant sa mort. La mort ?
Du fond de la langue, quelque chose menace toujours de
revenir ou de disparaître. L'un ou l ' autre. Les deux. Cela
surgit brutalement . Les deux arrivent-n'arrivent pas à se tenir
ensemble dans la langue. Qui garde la langue, revient déchi­
rer la nuit de ses apparitions .
S'il n'y a qu'une langue, elle n' arrête j amais de vous réveil­
ler avec des cris-appels d'ele : le encore-sans-nom revient-se
souvient sans cesse. Quand le soleil se lève, il est possible
d'entrer en sommeil, grâce à la lumière. Tout ce qui a lieu
d'être est là, rassemblé, et rien ne surgit à qui une place
n' aurait pas déj à été ménagée. Qui n'aurait pas encore de
nom, ou à qui il ne pourrait aussitôt en être donné u. Sa
place est déjà là.
49
Il suft qu'il la prenne et qu'il l'y fasse demeurer : en
repos . Mais pour c là, il faut toujours un fond d' absence.
Si c'est de détresse ou de jouissance qu' elle a crié - reste
impensable. Cette diHérence d'appellation, pour elle, n'est
pas encore entrée dans ce à quoi il a attribué un nom. Il faut
l'oublier encore.
La préoccupation présente est le déploiement de la lan­
gue : impossible si elle se déchire tout le temps . Ce cri ?
- n' était qu'un rêve. Qu'il se rendorme, et s'en tiene au
seul souci de l'entrée en présence.
Et si l'autre ne peut pas dormir ? Il s 'en souviendra plus
tard. Quand cla rentrera dans l'espace-temps du présent.
Que l' autre demeure suspendue entre l'oubli et l' attente, le
sommeil et le réveil : enveloppée dans sa dsparition pré­
sente.
Il ne peut en être diféremment tant qu'il n' y a qu'une
langue. Nul n'y sort de cette ( absence de) dialetique. Que
les limites en soient à chaque moment du présent plus ou
moins tranchées, selon que le soleil est plus ou moins levé,
n'empêche pas que c'est toujours le même qui s'y démontre.
Pourtant elle crie, la nuit. Elle appele, en lui. Elle le sort
encore, parfois, de son sommeil : irruption d' absence pré­
sente qui déchire sa langue.
Le matin, quand le soleil est levé, tout rentre dans l'ordre.
Tout est là, posé-disposé devant lui dans la lumière. Les
« choses Ð n' entrent pas en lui, n'entrent pas les unes dans
les autres, le j our. Elles se tiennent à distance, et leurs
mouvements sont contrôlables. De la place qu'elles occu­
pent dans le monde, elles appellent à l' approximation. Il
les rapproche, les éloigne, sans f. Il joue avec son deui.
Leur deuil.
50
De son corps vivant, il les attire à lui, les écarte, les
approche. Elles sont là, ou là, loin ou près, mais toujours
maintenant la distance d'un bord, ou deux. Elles commen­
cent à être présentes, ou absentes, dans le dehors. Elles
demeurent dans le dehors . Il les sent du dehors . I l les
touche : du dehors . Eles se dérobent à une autre approche
que le contact . Elles viennent contre - sans plus.
A moins que ce contre ne provienne de lui ? Le tout
contre, n'est-ce pas ainsi qu'il répare la perte de clle qui
s'est perdue en lui ? Qu'il referme-renferme sa disparition ?
Qu'il fait de l' absence la condition de l'entrée en présence ?
Le tout contre ? L'indiférence de l' amour et de la haine
dans un é-Ioignement maintenant toujours à distance. Quand
il les appelle à venir tout contre, ne les appelle-t-il pas à ne
plus revenir en lui ? A ne plus se mêler à lui ? Sauf pour le
temps, maîtrisé, d'une consommation. Ce qui veut dire :
d'une entrée dans l'absence de la présence ? Là, c'est encore
la nuit. Où se tient-ne se tient pas l'être.
Mais, dans le jour, ce lever de soleil dont il ne cesse
d'entretenir son oubli, le tout se maintient contre. Ce main­
tenant contre.
De la contrée, les choses appellent à entrer dans un rap­
port de présence, à recevoir un nom. Le contre de la contrée
et de l' opposition des choses s'eface ? s'oublie ? se dénie ?
dans leur appel . Il dit qu'elles appellent pour qu'il leur
donne. Quoi ? La possibilité d'un deuil serein ?
Le tout contre : dans la haine projetée-laissée là d'un
deuil, l' appelle, à le rendre tout . C'est lui qui appelle à
demeurer dans un repos sans fn.
L'espace-temps de l'entrée en présence, n'est-ce pas alnSl
quil le constitue ? D'abord, une assimilation d' elle à lui
-qui restera dans l' absence de la présence. Un renvoi à elle
du pas bon, mais surtout sous la Ý forme » de l'immensité
d'un deuil projeté-laissé à elle, et maintenant le support du
deuil d'elle. Ele est toujours en excès à cette vastitude pré-
51
sente ; dans cet excès, il puise et s ' assimile de quoi faire
encore et toujours son deuil. Dans cet espace-temps de deuil,
le contre et l 'opposition de la haine s 'oubHe-s' eface dans le
fait qu'elle l' appele pour qu'il lui donne-redonne. Quoi ?
Le tout. Le tout revient maintenant à quoi ? A la mort.
Du tout de l'amour, il ne fait son deuil que dans un rap­
port à la haine aussi grand : aussi grand sans détruire le tout,
c'est-à-dire aussi grand pour reposer-disposer le tout dans sa
mort.
Plus la vie se donne et s'étend, mettant le tout en rapport
d'interpénétration et d'échange sans limites, plus la mort
doit venir à sa Ý rencontre » pour remettre le tout en ordre,
redéposant chaque chose à sa place propre, dans l'inaltérable
repos de sa venue à la présence.
La magie de cette contrée d'où provient l'essence de la
pensée ? - tout ce qui est de son appartenance revient au
leu de son repos. Il a suff, pour cela, qu'elle s'assimile la
sérénité du penseur. Qu'ele s 'assimile son vouloir du non­
vouloir jusqu' à demeurer entièrement étrangère à toute forme
de volonté.
La lbre étendue demeure l'indéfiment disponible, dans
lequel tout mouvement propre a disparu. Elle se prête à tout,
à tout ce qui veut-ne veut pas qu'elle soit là pour disposer
d'ele ou se disposer en elle. Se tenant dehors ou dedans,
dehors et dedans, dans une ouverture où cette diférence
même s 'eface : l' ouvert se perd-s' oublie dans l'impensable
commencement de l'essence de la pensée.
Quand est-il passé du pas-encore au tou;ours-dé;à de
l 'être ? En arrêtant le mouvement d'assimilation d'une « bou­
che » ? Laissée là ouverte, disponible, dans le suspens d'une
consommation ? Pour dire, il faut au moins deux bouches :
une qui prend-consomme-assimile, une qui donne-redonne­
produit . Une qui s 'ouvre et se referme sur le besoin de se
nourrir, une qui demeure ouverte pour la pro-venance, la
52
pro-duction de la parole. Comment mettre, au présent, les
deux en rapport ? Au présent ? Les deux en même temps ?
C'est impossible. Le présent se tient dans cet impossible, et
son surmontement dans l'ek-stase.
Au présent, la bou<he se garde ouverte et, dans la demeure
de cette ouverture, surgit-resurgit la langue.
La langue s'est toujours déjà assimilée ce qui lui est
nécessaire pour se pro-duire au présent : là, elle se donne
ou re-donne dans l 'ouverte. L' ouverte ne dit rien : elle se
prête seulement à ce surgissement. Participe de cette pro­
duction de la langue dans une ouverture disponible. Elle se
laisse être ouverte, en une étendue de plus en plus vaste
où l 'ouverture eface son cercle, ses bords, pour que la pro­
duction de la lange puisse encore et toujours avoir lieu.
Cette ouverture maintenue ouverte assure le passage entre
deux consommations . Entre deux vies, et deux morts . La
consommation immédiate, nécessaire à la subsistance, qui
n'aurait pas lieu d'être dans la présence ; la consomation
de la pensée méditante qui, ayant toujours déj à consommé
le nécessaire, trouve son site dans l'ek-stase de la présence.
Que consomme là le penseur ? De l'ouvert ? En quoi
l'ouvert ?
Cela peut se dire de diverses manières, tout en demeurant
l'unique, en restant dans le même.
L' ouvert pro-vient de l' absence d'une consommation immé­
diate et sans diférence, de l' absence de celle qui se donnait
toute à assimiler sans distance : de l'espace-temps présent
d'un deuil infni . Mais l'ouvert pro-vient aussi du touj ours­
trop à consommer dans le présent, du suspens ek-statique
d'une assimilation immédiate dans la pro-duction et ce qu'elle
donne-redonne. Dans la mise à distance, la mise en garde, qui
économise l 'excès, qui le rassemble, le re-garde dans le
recueillement, le laissant dans le repos : pour une autre
consommation. Cele de la pensée méditante qui se nourrit
de contemplation. De sa propre contemplation ?
Entre ces deux deuils se maintient ouverte l'étendue sup­
portant le va-et-vient soucieux du penseur. Bouche, ou ventre,
53
ou œil, ou corps, ou matière . . . toujours disponibles, toujours
ouverts, laissés là, telle l' absence présente qui rend possible
l'entrée en présence. Ek-stasiés dans l'instance de leur béance,
dans le suspens durable de toute consommation. Entre assi­
milation et production, il faut qu'une bouche touj ours
demeure ouverte : dehors-dedans disponible où tout et rien
n' arrive. Ce qui laisse en repos. Et fait demeurer le tout dans
une inaltérable sauvegarde.
Quand il a commencé à s'ériger, à se tenir debout, il se
ferme à la perméabilité, la porosité à tout . Il se tient dans
des limites . Reste, maintenant, seulement, une ouverture
cerclée, cerée, posée-disposée devant lui, à portée de main.
Elle occupe tout l'espace : déposée, projetée dans le là.
Telle une bouche ? Ou un ventre ? L'une ou l' autre. L' une
et l' autre. Les deux assimilés ? Bordés de lèvres . Mais touj ours
ouvertes.

Toujours ouvertes, elles s 'efacent dans leur ouverture.
Elles s'oublient dans l'ouvert .
Sans lèvres, comment se marque le passage d'un côté à
l' autre de l'ouverture ? Comment retraverser l' entrée de
l'ouvert dans la disparition des lèvres ? Où est la provenance,
de ce côté ou de l' autre, sans lèvres ? Comment passer de
l'une à l' autre bouche, d'ici à là, sans laisser l'une ou l'autre,
ou les deux dans l 'assimilation d'une distance où s'eface
l'écart, et qui revient, encore, au même.
Dans l' ek-stase de son ouverture, ele devient, elles devien­
nent, toute( s) , ce même dont il provient et où il retourne
sans cesse se produire.
La libre étendue ne contient rien, sinon l'ouverture qui
s 'ouvre et laisse toutes choses éelore en elle. « La libre
Etendue (Gegnet) est l'étendue qui fait durer et qui, ras­
semblant toutes choses, s'ouvre ele-même, de sorte qu'en
elle l'ouverture est contenue - tenue aussi de laisser toutes
choses éclore dans son repos . Ñ (< Pour servir de commen­
taire à Sérénité Ñ_ dans Questions III, Gallimard, p. 194. )
Ce qui ainsi toujours s'ouvre, s e dérobe à l a rencontre.
Dans l'approche, elle se dérobe à son approche, étant ouverte.
54
Elle ne s 'étend pas, tel un horizon perceptible. Il ne peut la
toucher, pas même du regard. Quand il se tourne vers elle,
il est déj à entré en elle. Il est déj à dans l'ouvert.
Et, en elle, les choses se perdent en tant qu'objets. Elles
ne se tiennent pas plus qu'elle pour l'accueilir : eles gisent,
reposent sur, en elle, dans le retour de leur appartenance
à la durée. Leur seul mouvement est l'éclosion dans leur
repos. Ou le sien ?
Tout ce qui a lieu là ne peut se présenter, ni se décrire.
Seulement se nommer, et tenter de se penser : en dehors
de toute représentation.
Ainsi s'ouvre l' accès à l' essence de la pensée. Du moins
à son attente - ou plutôt son attendre.
Elle ne se rencontre pas plus que la libre étendue ou les
V choses » qui reposent en elle. L' attendre, c'est renoncer à
l'attendre et s 'engager toujours davantage dans l' ouvert,
dans toute l'étendue du lointain, près duquel ele trouve la
durée où elle demeure. Ainsi retournée à sa demeure. L'ouvert
ne lui sert à rien, si ce n'est à progresser dans l' attente du
retour à sa demeure : arriver à proximité du lointain.
Penser, n'est-ce pas attendre de retourner à l'impercepti­
blement proche dans le lointain, pour arriver à demeurer dans
le repos d'une proximité à distance ? Dans son V propre »
repos ?
L' étendue de l' attente à retraverser entre celle qui se mêlait
inextricablement à lui , celle qui est devenue lui dans son
V corps vivant », et celle qu'il retrouve proche, mais touj ours
distante, serait-ce de là que provient l'essence de la pensée ?
En quoi est-elle faite ? Qui supporte l'attente ? Qui se
prête à l' ouverture, étant touj ours disponible pour que, de ce
long cheminement dans l'ouvert, advienne progressivement
celle qui est attendue, tel un retour très lointain, dont il n' a
jamais fni de se rapprocher. En faisant, à chaque pas, l'es­
sence de sa penséee ?
55
De cet incessant cheminement, de cette mystérieuse contrée,
il s'entretient, au fur et à mesure, avec d'autres hommes . Se
mouvant lbrement au milieu de leurs paroles, s 'indiquant
des « choses Ðg se montrant des « choses Ðg mais les mainte­
nant dans toute l'étendue de ce qu'elles ont encore de dicible.
Se donnant confance, entre eux, pour persévérer dans l' ou­
vert. S'encourageant, entre eux, à la sérénité. N'est-ce pas,
entre eux, qu'ils en ont trouvé le nom ? Qu'ils en prennent
le chemin ? Ensemble.
Il est vrai que, si elle n' a pas de langue, chaque pas fait
en elle risque l'abie. L' ouvert doit être, à chaque pas ,
nommé, tout en restant encore sans nom, pour qu'ils puissent
y progresser en toute sérénité. S'entretenant, la nuit, dans les
chemins de campagne, loin de leurs habitations, ils cherchent,
ensemble, les noms à lui donner. Ils abordent la question à
distance.
Sur quoi se fondent-ils pour mesurer si les noms qu'ils
donnent sont appropriés ? Leur arbitraire ? La réminiscence
d'un nom, qui aurait simplement échappé ? Ou bien : décou­
vrent-ils, du même geste, le nommable, le nom et le nommé ?
Ils produiraient alors leur être même ? Qui pourrait s 'en
dire l 'auteur ?
Dans la contrée, l' appellation ne doit provenir de personne.
Elle est seule à répondre d'ele-même. Eux, ont seulement
à entendre la réponse appropriée à la parole, et à répéter la
réponse entendue. Et peu importe qui répète le ptemer,
d' autant que nul ne sait d'où il tient ce qu'il répète.
D' où est venue la réponse ? Qui a parlé ? Ele est la
contrée de la parole, mais elle n' a pas de langue. Qui a dit
que la parole était appropriée ? Quelle voix ? Provenant
de quelle nuit ? Revenant du dehors, du fond de quelle
absence, qui dit V oui Ð aux noms qu'ils donnent ? Quel
obstacle renvoie le nom, au moins une fois, avant qu'ils ne
le répètent, le jugeant à sa mesure ?
56
Si le nom lui était approprié, peut-être le prendrait-elle,
se refermant, le renfermant, dans son assimilation ? Toujours
ouverte, qu' attend-ele ? Gardant tout, rassemblant tout,
laissant tout se déposer-reposer sur elle, mais n'assimilant
rien. Se prêtant à tout et à tous, mais restant toujours et
encore dsponible, comme si rien là ne lui était approprié.
Ne serait-elle pas, là, un miroir, réféchissant et gardant les
paroles ? Serait-ce, entre autres, sa participation, à peine
pensable, à l'entrée en présence ?
N'ont-ils pas rêvé qu'elle a répondu : oui ? C'était la nuit.
Et ele est si mystérieuse qu'ils attendent tout d'elle. Même
ce qu'ils n' attendent pas : le retour de l'assimilation d' elle
à lui qui s'oublie le jour.
La question des noms propres cependant les embarrasse.
Ils vont même jusqu'à se disputer à ce propos : une de leurs
querelles amoureuses de penseurs . . . Ne sachant plus qui a
donné le nom le premier, ce qui était à nommer, ce qui est
nommé dans l' emploi du nom. Qu'importe . . . La tâche est
maintenant de se soucier de ce nom qui ainsi leur est advenu.
Le nom est venu de l'attente. L'attente de l'ouverture.
L'attente est le rapport à la libre étendue. Il n'y en a pas
d'autre . . .
Dans le chemin, en ele, où est engagée l' attente, elle laisse
la libre étendue dominer seule.
Qu'attendent-ils ?
D'être maintenus dans leur être propre par ce à quoi ils
se rapportent. Tel serait, pour eux, le vrai rapport à toute
chose : un rapport qui sauvegarde de l'altération. Qui eface
le passage de l 'autre en eux, par appropriation.
Qu'est la libre étendue pour qu'elle ne laisse aucune trace
d'elle sur qui entre en ele ? Qu'elle ramène plutôt qui y
57
pénètre dans son être ? Serait-ce l'horizon, qui se voile comme
tel, de l' avènement du retour au propre ? L'essence du pro­
pre ? La substance de l'essence du propre ?
Comment ? Cela provient de la sérénité. Laquelle ? La
relation juste à la libre étendue doit être la sérénté et, comme
la relation se défnit à partir de ce à quoi elle se rapporte,
la sérénité doit reposer dans la libre étendue, et avoir reçu
d'elle le mouvement qui la porte vers elle.
Il n'y a j amais de retour qu'au même. Attendant donc
d'être maintenus dans leur être propre parLe qu'en elle repose
la sérénité qui les attire à retourner en eux-mêmes .
Ne sont-ils pas tournés de façon sereine et confante vers
elle ? Elle à qui ils appartiennent originellement ? Elle par
qui ils ont été originellement appropriés ? Elle qui s'ouvre,
elle-même, pour les laisser entrer dans l'attente du repos en
leur être propre ?
L'essence de la pensée provient de ce que la libre étendue
prend en elle la sérénité et se l'assimile. En quoi la sérénité ?
En attente. En rapports où n' a plus lieu que l'attente. En
relation avec qui donne-redonne l 'attendre comme espace de
déploiement de l 'essentiel . En cheminement sans f qui
sauvegarde dans le suspens les attraits entre : laissant-ren­
voyant chacun à son Ý propre Ð être.
Chacun ? Qui ou quoi donne la sérénité ? Qui ou quoi
la prend ? L' assimile ?
S' assimiler de ou à la sérénité n'est-ce pas s' assimiler de
ou à la mort ? Laquelle s'assimile ?
Celle qui s'est donnée à assimiler à lui comme vivante,
doit-elle s 'assimiler à lui comme morte ?
S'assimile-t-on j amais la mort ? Celle d'un autre ? Ou y
assiste-t-on seulement ? La prenant en soi, la laissant déposée
en soi ou sur soi, la gardant dans un repos serein : demeurant
la même dans toute l'étendue de sa durée.
Pour ainsi sauvegarder la mort, il faut rester vivante. La
libre étendue serait de la mort maintenue dans la vie, de la
vie gardée dans la mort ? Les deux suspendant leurs échéan­
ces ? L'entre-deux du déjà-plus et du pas-encore, l'entretien
58
du toujours-déjà et du j amais-encore, déployant leur inter­
minable durée : à la disposition de la pensée ?
En quoi peut être l 'étant qui supporte une tele duplicité ?
Quelle V matière » ainsi peut demeurer sans se dissoudre ?
Se décomposer ? S'altérer ? Maintenant une subsistance
durable, et imperceptible dans la présence ?
L' air ? Lequel ? N'est-on pas là insensiblement passé d'un
air à l 'autre ? Les deux provenant du même ?
N'est-ce pas, en demeurant en elle, que la phusis trouve
son éclosion et l'éclaircie de sa lumière ? Dans la permanence
de son ouverture pour l'ek-stàse de l'être-là, ne reste-t-ele
pas, encore, un V corps » nourricier, indférencié dans son
immédiate appréhension : l' air ? Constitué en demeure dans
laquelle l 'homme s 'achemine comme dans la sauvegarde de
sa mort. S'avançant dans un air approprié de manière indéf­
niment durable. Un air qui maintient la distance, reculant
toujours d'un pas l'expérience d'une confondante approche.
Un air qui enveloppe, voile le tout, d' une transparence imper­
ceptible, et qui garde chacun et chaque chose dans l'éloigne­
ment d'une appropriation. Air sans partage et sans mélange,
où se marque et s 'oublie le passage à un autre air que celui
qui, respiré, fait déj à être.
Respirer, pourtant, veut dire aussi être. Il n'y pense pas .
Est-ce parce qu'il y a encore et toujours trop d' air qu'il n'en
est pas encore venu à en faire l'économie ?
Mais ce qui s'oublie se rappelle toujours . L' éclosion­
déclosion de l'être ne parle-t-elle pas du respirer de l' air ?
Ce mouvement d'un corps encore vivant, il le laisse hors
de son souci, tel un événement de peu d'importance au
regard de sa préoccupation de l'être. Air déjà soumis au j eté­
projeté là : l'environnement d'une maison invisible qui le
sauvegarde en tant que mortel.
Cet air en trop, cet excès d' air, qui lui permet d' avoir,
dès à présent, souci de sa propre mort, se donne-redonne
encore grâce aux autres vivants, et est renvoyé-reprojeté sur
eux, telle une sépulture d' apparences - d'airs - qui les
sépare de leur devenir.
59
Dans cette économie de la copule, l'un et l' autre - l' un
et l'une - sont privés de leur retour en soi.
Il ne peut croître ni s'ériger en dehors de l'attente du
retour en ele, du retour à ce commencement d'avant le
comencement où elle se donait toute à lui sans distance
n diférence. Habitant dans une maison vivante, un corps
vivant, qui l'enveloppe, le protège, le nourrit, lui donnant,
sans échange, l'existence. Demeure toujours dans la nuit où
ne brille que cette lumière : la chaleur et la combustion
de la vie. Le « feu Ð de l'amour ? Qui, entre ele et lui.
reste toujours nocturne.
Quand il se retourne vers elle, il s'est constitué une source.
Il s'est approprié-attribué la source. La source cache touj ours
un deui, et la nécessité de l' ek-sistance par rapport au
commencement où le tout se donne partout et toujours_ sans
économie.
L'ek-sistance ? - un deuil et un triomphe ? Le triomphe
d'un deuil ?
Il ne se retourne plus vers elle qu'à partir de l'ek-stase.
Cette ek-stase le prive de son rapport à ele : la vie au
commencement. Cette ek-stase provient, d' abord, de ce qu'il
lui a pris, de ce qu'il s 'est approprié à partir d'elle, en plus
et en moins , et dont il lui refait, maintenant, le don triom-
61
phant. Il se redonne triomphalement à ele en lui, à lui en
ele. Donc : hors d' elle. Car là où il ek-siste, elle n'est plus .
Sinon dans son souvenir et son attente. Afecté par elle en
lui, par lui en elle : non par cele-là qui existe en dehors
de lui, et qu'il n'afecte pas . Il ne s' afecte que par l' attente,
l' oubli, le retour, de celle qui ne revienda plus. Il ne s' afecte
que dans le souvenir et l' attente : il ne s ' afecte ni ne l'afecte
immédatement.
L'ek-stase du présent est cette impossible « rencontre »
entre eux. Privé de son retour en lui par le retour en ele :
ele, au présent, l'absente. Ek-stasié dans l' absence.
L'ek-stase est la sortie-entrée hors d' ele. Mais, en même
temps, hors de lui .
Ainsi se destine son être en tant que sexué ? Le jetant­
proj etant toujours là ? A distance ? Dans l'éloignement ?
Dans ce qui se destine ainsi vers lui, il la confond encore
avec lui . Il assimile les deux là : ce là où il est jeté-projeté
hors de lui, ce là où elle existe hors de lui . Il oublie qu'il
y a dans ce là deux ek-stases dérentes. Que le là du destin
de son être n'est pas le là de sa subsistance à elle. Il les
replie dans le même, dans l'éternel retour au même. Il oublie
leur diférence dans l' être. Retournant à cele qu'il s 'est déj à
assimilée dans un là où elle est maintenant une autre. Les
confondant l 'une avec l'autre, il recommence, à partir de là,
à se l' assimiler encore.
Car là où il est j eté-projeté hors de lui, il va encore se
reprendre. Il va se redonner ce proj et comme sa source. Il
va faire de son ek-stase le chemin de son retour à lui : la
permanence de son être. Ce qu'il a de plus proche dans le
plus lointain.
Pour se reprendre et se redonner à lui, il faut que l'ek-stase
se garde, que l'ek-sistance se maintienne, que la sortie hors de
lui devienne la mesure de son propre-proche être : « sa mai­
son Ð,
Ce qui est impossible sans ele : cette autre qui subsiste
62
dehors. Son ek-stase doit insister en ele : celle qui reste
touj ours dehors . Il est nécessaire qu'elle y participe. « Là »,
qui s' oublie-s'eface dans le Ý là Ñg qu' elle demeure dans la
participation à son ek-stase : étant toujours disponible pour
l'entrée en présence de l'être. Gagnant même le haut du
ciel, y rapprochant les uns des autres les éloignements des
ek-stases, les assemblant sans couture, sans lisière et sans fl
dans le surgissement de leurs éclaircies ou éclosions, les gar­
dant sans trace d'intermittences, dans la permanence de sa
nuit. Dans son repos, traversé de leurs lumières, mais demeu­
rant toujours en repos . Dans son obscurité, transparente à la
brillance de leurs illuminations, mais restant toujours dans
l'obscur.
Merveilleuse demeure, touj ours plus belle de demeurer
dans l'invisible pour laisser resplendir leurs étoiles . Maison
silencieuse et imperceptiblement présente de la nuit, dans
laquelle se rouvre, sereine et confante, l'attente, pour cette
ek-stase où ils sont appelés : elle laissera être, dans son
repos, cette étoile de plus . L'assemblant, la rapprochant des
autres déj à là, sans marque de la dstance de leur surgissement .
Ne prenant rien, gardant le tout déposé-disposé dans ou
sur ele, prêtant son corps vivant comme lieu de rassemble­
ment du tout : elle ne travaille qu'avec la proximité, à moins
qu'ele ne repose plutôt . . .
Son mouvement à lui étant presque le contraire : l'attente.
A moins que ce ne soit un autre repos ? Disponibilté de la
puissance encore libre, sérénité de l' être comme acte qui ne
se sait pas comme tel ?
Ce qui ainsi se maintient, dans une expectative distante,
ne suspend-il pas, dans le « repos », le mouvement de l ' at­
trait ? Ne se rapporte-t-il pas à l'autre dans une totale passi­
vité ?
Avant cette passivité, ou entre celle qui était au commen­
cement et son retour dans l'attente, que s'est-il passé qui
ait donné lieu à l'ek-sistance ? A l' ek-stase ? Quel change­
ment dans la nature Ñ du site qui abrite l'homme ? Entre
la « maison » d'un corps vivant et la « maison » de l'être,
quele opération a fait que l'habiter de l'homme, sa patrie,
détermine maintenant ses relations au tout et à lui-même sur
le mode d'une approche qui maintient toujours la distance ?
63
Peut-être cette opération doit-elle se désigner comie néan­
tisation. Comment l'entendre ? D'où provient ce rien qui
déploie son essence dans l'être même ? Ce rien qui le fait
plus étant que tout étant, et par quoi il afecte tout étant
mais de manière imperceptible. Ce rien qui a toujours déj à
interposé-souffé tout « oui » et tout « non » avant la position
même de ce à quoi is appartiennent. Ce rien dans l' être :
% qui accorde à l'indemne son lever dans la grâce et à la
fureur son élan vers la ruine ». Ce rien, néantisé comme
simple rejet, refus, destruction se manifestant entre étants,
mais qui se tient et opère, insensible, à partir de l' être. Celant,
rescellant, dans son ek-stase, l' à-venir toujours possible d'une
naissance ou d'une mort.
De l'amour ou de la haine ? Laissés dans le suspens de leur
efectuation, mais se destinant toujours, en même temps,
dans l'ouverture de l'être ?
En même temps - ce serait dire que le « lever dans la
grâce » est toujours aussi « un élan vers la ruine Ð. Que l'un
n'adviendrait j amais sans l' autre. Et qu'une certaine aurore,
en Occident, accomplirait déj à, et du fait même de son lever_
une furieuse destruction. Non seulement comme avenir de
son déclin, mais en même temps.
En même temps . L'être - il l'a dit - est la maison de
l'homme. Etre et habiter reviennent au même.
Que l' habitation soit le trait fondamental de la conditon
de l'homme, reste impensé. Cela se tait encore, dérobé dans
la langue, qui pourtant le dit : en silence. L'habiter de
l'homme dans la langue, le langage comme bâti d'une demeure
de et pour l'homme : ce caractère fondamental du rapport de
l'homme au parler s 'oublie dans l'habituel.
Cet oubli peut entraîner une véritable crise de l'habitation.
La crise, pour l'homme ? Mais l'home ne la considère
pas comme telle. Tant qu'il ne pense pas le déracinement, il
méconnaît que l'essentiel, pour lui, est l'être de l'habitation.
Pourtant, séjournant sur terre en tant que mortelg il habite
toujours déj à. Il l'oublie. Il oublie le bâti de cette demeure.
Il oublie qu'habiter est, pour lui, le trait fondamental de
l' être. Comment lui rappeler ce trait qui s 'eface dans l'ha­
bitud ?
64
Ce trait trace une lmite.
La limite peut se tracer autour : elle enclôt un champ ou
une vigne pour sa culture, par exemple. En ce sens, bftir est
seulement veiller à la croissance qui, elle-même, mûrit ses
fruits . Il n'y a pas là encore de fabrication de l'homme,
d'œuvre produite par lui : sauf cette limite, par laquelle il
prendrait soin de l'épanouissement de l'œuvre de la nature.
De lui-même en tant que tel ? Ayant besoin, d' abord, d' un
séjour qui lui permette de demeurer en paix, préservé des
dommages et menaces, épargné et ménagé dans son existence .
Mais, plus encore, exigeant d'être entouré d'une protection
qui le laisse, dès le début, dans son être, qui l'y ramène et
l'y mette en sécurité : enclos dans ce qui lui est parent. Donc
libre.
Donc libre ? Comment ce qui se prête à entourer quelqu'un
ou quelque chose selon l' être de ceux-ci serait-il libre ?
N'a-t-il - ou elle ? - pas dû, pour assurer cette paisible
demeure à un autre, s' approprier à lui ? Donc s'improprier ?
S'expatrier ?
Pourtant le trait fondamental de l'habitation serait ce
ménagement, et il pénétrerait l'habitation dans toute son
étendue. Dans toute son étendue, elle doit être appropriée à
l'homme. Selon ce trait, l'homme serait, d'abord, l' habitant
de la terre : sa première maison lui serait accordée par
elle, et, à partir d' elle, il pourrait batir-rebatir sa propre
demeure.
Habitant de la terre, dès qu'il se tient-s 'érige Ý sur elle »,
l'homme est déj à « sous l e ciel ». L'un et l'autre - l 'une
et l'autre ? - signifent en outre Ý demeurer devant les
divins » et impliquent Ý l'appartenance à la communauté des
hommes ». Les quatre : la terre et le ciel, les divins et les
mortels, forment un tout à partir d'une unité originele.
65
Pourquoi quatre ? Est-ce parce que, dans le tridimensionnel
de cet habiter, il importe de laisser place à l'inattendu ? Au
retour, toujours possible, des dieux ? Ou, au contraire, parce
que le quadriparti compose une demeure plus stable ? Les
deux en même temps .
Les mortels habitent, alors qu'ils attendent les divins . Cette
attente garde à l'habiter sa souplesse, faisant tourner le carré
en cercle, en maintenant l'enveloppe fermée. Le plus proche
étant laissé dehors ? Tous les p,oints où advient la proximité
restant, toujours , des tangentes qui touchent, mais sans couper,
de leur pénétration, la V maison » propre.

En quoi cette demeure ? En quoi ce « simple » à partir
duquel ces quatre forment-reforment un tout ? Quel pouvoir
le� rassemble après les avoir répartis en quatre ? Les gardant,
au présent, dans l 'inapparence d'un toujours le même ?
Ce simple, qui garde le secret de toute permanence et de
toute grandeur, ne serait-il pas le pouvoir de la mort comme
mort ? Le propre de l'homme ? Projeté sur le tout, ainsi
transformé en demeure du monde. Demeurer dans le monde
en dehors duquel rien n'est, mais qui, par le tracé de sa
limite, est déj à sauvegardé de et dans la mort.
L'habitation, de l'homme, se révélerait donc comme sauve­
garde de la mort ? Comme l'enclos dans une limite en laquelle
se tient-ne se tient pas la mort ? L'habitation du V monde »
serait la préservation de l' être du quadriparti : qui se garde,
à partir de la simplicité des quatre. Du rapport des quatre
dans le simple.
« La terre et le ciel, les divins et les mortels se tiennent,
unis d' eux-mêmes les uns aux autres , à partir de la simplicité
du quadriparti uni . Chacun des quatre refète à sa manière
l' être des autres , et ainsi se refète à sa manière dans son
propre être, revenant à cet être au sein de la simplicité des
quatre » ( < Bâtir, habiter, penser », dans Essais et confé­
rences) .
Comment s e refètent-ils les uns les autres, sinon dans un
certain pouvoir de l 'homme proj eté-déposé sur eux ? Que
refètent-ils ? Sinon ce pouvoir ? Animant ainsi les quatre :
66
la terre et le ciel, les dvins et les mortels, du projet de
composer cette unique demeure du monde en laquele il
se tient maintenant, l' homme ne répète-t-i pas - leur
prêtant son désir - sa première « maison » : son habiter
dans un corps vivant ?
Mais cet abri du « monde Ñ est rebâti selon une proxté
qui maintient toujours la dstance. Dans chacun des quatre
se tient, maintenant, le pouvoir de renvoyer chacun à son
être propre, et d'être ainsi refété dans son propre être, à
travers le simple qui unit les quatre. Chacun étant touj ours
« proche Ñ des trois autres, tout en demeurant dans l 'éloi­
gnement.
Ce qui refète ainsi le propre, n'est-ce pas ce qui s' approche
le plus, tout en restant au loin ? Transproprié à l' être, i
redonne à chacun son être, mais dans la dstance. Recevant
aussi le sien dans l 'éloignement, d'avoir pris et rendu le
propre dans l'autre. S'étant incorporé le refet, et la source
de l'étant, il ne se donne j amais à un autre dans une appro­
che où le mélange des deux est toujours possible. Il ne
pénètre, ne s 'épanche, ne se confond j amais en l' autre. Ce
qu'il donne-redonne à l' autre est toujours déj à transi par
ce rien qui sépare tous les étants : leur appartenance à un
être propre. Dans ce rien, qui se tient maintenant dans le
tout, s' assemblent toutes les parties, chacun donnant et rece­
vant en chacun son être : sa mort.
Ce n'est plus l' amour qui ainsi les unit, mais la mort.
Ou plutôt : l'amour de et dans la mort. Qui, néantissant
tous les étants dans cette singularité contingente qu'est leur
corps vivant, les lie par leur transpropriation dans la mort.
Donc dans le rien, si ce n' est ce lien d'une lmite-enveloppe
autour et entre eux qui les approprie et les laisse être, unis
dans un même et autre éloignement.
Ils ne se redonnent plus l'un à l'autre que dans cette lte,
où ils peuvent commencer à être : rien. Mais , pour que le
rien de chacun retourne dans le Rien du tout, chacun doit
redonner à chacun au moins une fois son être : au moins
une fois la mort, pour que la mort entre dans son être.
Chacun, au moins une fois, redonne et reprend à chacun
son rapport à la mort - son propre être -, pour que la
67
mort soit dans le siple : l' être de l'être. Ainsi dépouillée
de ce qu'elle pouvait encore garder en elle provenant des
étants singuliers, du devenir de leur vie, la mort rentre dans
la mort. Le propre, teus les propres encore entachés de
propriétés singulières, retourne dans le propre : l' être même
de l'être. La mort - non plus cele-ci ou celle-là, celle de
l 'un ou de l' autre -, la mort à laquelle doit renoncer tout
étant comme sa vérité, retourne à la mort : la seule vérité,
la seule transcendance, la seule source du tout. Arche du
rien, seul abri de l 'être de l'être.
Si la vie s 'est donnée au moins deux fois dans une assimi­
lation, impensable, d'elle à lui, ainsi la mort doit-elle se
redonner au moins deux fois pour la sauvegarde du propre.
Le refet que chacun donne et reçoit est le passage par un
premier rapport à la mort : dans ce qu'ele a encore de
particulier et d' à part pour chacun. Libéré par le renvoi de
ce refet, chacun est rendu à ce qu'i a de plus propre, et peut
ainsi se lier aux autres dans l' être de leur être : le simple
de la mort.
Cette transpropriation expropriante de tout propre encore
particulier est le j eu de miroir du quadriparti , en dehors
duquel le monde n'est pas. Cela ne peut s'expliquer : étant
sans causes ni fondements. Le simple de la simplicité du jeu
du monde ne se laisse pas, ainsi, pénétrer. Il est . Posé sans
position. Se tenant en l 'air ?
L'être de la quadrature est le jeu du monde : les deux
ne se laissent pas séparer, pas même comme une enveloppe
qui s' ajouterait, en plus, à ce qu'elle contient, maintient,
retient. L'être de l 'enveloppe est le jeu de miroir, la ronde
du faire-paraître de chacun dans le tout, qui assemble le
monde comme monde. Tour encerclant de l' anneau s'enrou­
lant sur lui-même et dans lequel tous s'enlacent à leur être :
un et pourtant propre à chacun. Cet enlacement les rend
fexibles , dociles au jeu de miroir, rendus à ce qu'ils ont de
plus souple dans leur être.
L'être du monde, la copule du monde, est ce j eu de
miroirs . Chacun s'y confe à chacun dans la docilité, et ab an-
68
donne sa propre souplesse dans le tour encerclant du souple.
Quadrature d'un cercle : qui aurait leu dans la transpa­
rence de chacun dans chacun, laissée être dans le tout . Le
miroir, à la liite, ne refète rien : l'être de l'être. Vacant
pour renvoyer le tout à ce qui le le dans l'être . la néanti­
sation.
L jeu de miroirs, cependant, assemble le tout de son tour
encerclant. S'imposant, sans provenance encore pensable, il
est l'enceinte : le V monde ». Enceinte de glace qui, en sa
limite, ne renvoie rien. Réunissant le déjà-plus au pas-encore
dans la constance d'un enroulement qui ramène chacun à
l'énigme de son être. Ce rien d'où il vient et où il retourne,
sans fn.
En quoi ce rien, pour qu'il ne soit pas perçu comme un
efroyable abîme mais comme la V ronde du monde » ?
Qu'est-ce qui le supporte, qu'est-ce qu'il apporte, pour qu'il
soit ainsi attendu-rappelé, non seulement comme l' attrait
d'un vide où toute mémoire s 'engloutirait, mais comme le
retour du plus originaire et du plus ultime ?
Ce rien ? Ne se tiendrait-il pas dans l' air libre : cet étant
déjà là avant la naissance, encore là après la mort, réunis­
sant le pas-encore au déjà-plus dans une étendue qui dure ?
En laquelle tout vient à V être » et tout se rassemble dans
un espace unique, partageant un même, qui n' apparat pas
comme tel, mais qui accorde au tout sa permanence. Un
même, transparent, où chacun peut venir en présence et
recevoir-donner à chacun le refet de son être. Liés par c
qui leur dispense l' apparaître, mais en quoi ils retournent,
après avoir reçu et donné ce refet propre, comme dans leur
élément le plus simple.
L' air - espace encore silencieux de la parole. Où s 'en­
tend la voi des choses, pour celui qui est né dans l' air qui
les environne. Apportant l' appel du ciel le plus haut, et
nourrissant, aussi bien, ce que porte la terre. Amenant
à proximité le sommet de la montagne et le chemin de cam-
69
pagne, le village maternel et la maison d' aujourd'hui, les
jeux des enfants et les yeux d'une mère, le vol des oiseaux
et le travail du bûcheron, le vacarme des machines ou le
soufle des dieux. Mais aussi unissant, dans une harmonie
unique, les alternances des saisons : la tempête d'hiver et
le jour de la moisson, la turbulence vivifante du printemps
et le déclin paisible de l' automne, l'humeur j oueuse de la
jeunesse et la sagesse de l' âge. Chacun y ayant lieu, tout s 'y
croisant, s 'y rencontrant, passant de l'un à l' autre, dans
une sereine durée. Dans un espace et un temps, où tout
vient à l' existence et retourne à la mort, laissant l' air déj à
et encore là, dans une vastitude sans horizon et un continu
où tout peut arriver sans qu' aucun événement particulier
n'arrête un mouvement qui, perpétuellement, demeure.
L' air pourrait être ce rien de l'être : l'être de l'être. Ce
secret que garde l'être, et en quoi pourrait avoir lieu la
co-appartenance de la terre et du ciel, des mortels et des
divins .
Mais ce simple de la phusis) il l' a oublié. Il ne l' entend
plus qu' à travers les voix du logos . les chemins qu'il a
déj à tracés dans et sur elle. C'est du chemin, qui ne serait
pas sans qu'il l 'ait ouvert, que lui revient, maintenant, ce
que lui a touj ours déj à donné l' air. L'élémentaire de la
phusis - l ' air, l' eau, la terre, le feu - est toujours déj à
néantisé dans et par son élément à lui : le langage. Extase
par rapport à son environnement naturel, qui le maintient
dans l'exil de sa première patrie.
.
Dont il se rappelle tant parce qu'il l' a perdue ? Qu' elle
et lui demeurent, maintenant, touj ours dans l'éloignement ?
Dans une proximité distante ? Qui le laisse serein, mais
d'une sérénité qui s 'élève au-dessus de l' afliction, toujours
marquée d'ironie, sorte de mélancolie souriante. Sagesse
qui ne se livre qu' à mots couverts , ouvrant déj à sur l' éternité.
Renoncement qui conduit vers le même : sans rien prendre,
mais donnant plutôt la force inépuisable du simple. Du
rien ? De la mort ? En laquelle lui est rendue une terre
natale.
70
Il ne renonce pas pour rien. Il renonce pour recevoi
une force inépuisable. Cette force, qui se donne-redonne
à lui et à travers lui sans qu'il prenne rien, ne pourrait­
elle pas provenir du pouvoir de la haine ? La haine de la
nature ? Son rejet, sa mise à distance, son vouloir de ne
plus vouloir d'elle, son attente qu'elle le rappelle. Qu'elle
n' ait pas déj à totalement succombé à sa haine, qu'ele ne
soit pas encore réduite à la haine, qu'elle ne le haïsse pas :
qu'elle annule le pouvoir de la haine.
Car, si elle n'était pas , et à sa disposition, que deviendrait
son langage ? Elle doit donc être anéantie et pourtant
demeurer, ne fût-ce que comme espace libre où se rappeler ?
Où entrer en présence ? Où séjourner ? Se rassembler ?
Telle une habitation qui appelle encore à l' accueil, dans son
vide même. Serait-elle même petite, une petite chose, qu'en
elle se garde touj ours ouvert l' abri .
Car la haine se rappelle mais ne se souvient pas . Elle
demeure, insiste, consiste : dans l'oubli . Vide, espacement,
écart, bord, limite, elle organise la représentation, elle
l' abrite, l'encadre, l ' assiste, sans s 'y dire, ni présenter. L'ha­
bitation de l'homme ne se bâtit pas sans haine de la nature ;
c'est pourquoi elle doit assurer sa sauvegarde.
Empédocle a dit le pouvoir de la haine.
Jamais il ne le rappelle, alors qu'il l' a lu, et relu à travers
Aristote et Holderlin, à partir desquels il commence et
recommence à traduire sa pensée.
D'où provient ce silence ? Sinon d' elle, dont il ne redit
le pouvoir destructeur qu'à travers la déréliction des poètes ?
Pour ce Grec du commencement du monde grec, la haine
est égale en pouvoir aux quatre éléments : l' air, le feu, la
terre, l'eau. Elle est égale, encore, à l' amour. Egale ne veut
pas dire : même.
La haine et l' amour organisent-désorganisent le rapport
au même dans le tout. Y entretenant un perpétuel et double
mouvement.
L' amour rapproche j usqu' au mélange qui donne naissance ,
phusis. La naissance vient de la rencontre et de l 'union des
choses qui sont, la mort de leur séparation par la haine
71
et de leur retour à leur simplicité première. La mort elle­
même est née de la séparation du feu des autres éléments .
Chaque chose a sa phusis propre ; elle peut être, en outre,
genèse d'une autre chose. Le mélange n'est pas l'indistict.
Là où se trouve, pour certains, le Tartare comme royaume
de la mort, l 'éther pousse vers la terre elle-même, et, alant
jusqu' au centre, il lie l' extrémité au milieu, unissant le ciel
et la terre. Pénétrant jusqu'au centre des choses, l' amour
les joint sans les confondre. Il peut en modifer les formes,
en échanger les lieux, sans pour autant les détruire dans
leur être élémentaire.
L' amour réunit les dissemblables : le sec aime et attire
l'humide. La haine entraîne l' attraction du semblable par le
semblable : le sec retourne au sec. L' amour de l' autre et
l amour de soi organisent le monde. Cette double attraction
apparaît dans le croisement des termes : l' amour de l 'autre
pour les mêmes, et du même pour les autres . Le tout est
produit par le moyen de proportions mutuelles et du mélange
qui comporte des renversements alternatifs, sans que le tout
soit dissolu.
Ce qui l' assemble ? L'attraction des éléments entre eux,
maintenus par du chaud, du mou, de l'humide. Les éléments
sont toujours les mêmes mais vont au travers les uns des
autres , dominant tour à tour le mélange.
Ce qui l 'unife ? Le pouvoir de la haine. La haine divise,
sépare, écarte, maintient et retient dans la pureté du même,
limite et délimite le tout, telle une enveloppe solide. Celle
du monde provient du premier élément qui fut séparé par
la haine : l 'air qui entoura le monde en cercle et se trans­
forma en glace sous l' action du feu. L' air, condensé et congelé,
devint ainsi la voûte cristalline de l 'univers où l'homme vient
au monde.
Dans l'ordre de la haine, il aurait son premier site de
naissance où l 'air et le feu se trouvent , d' abord, disjoints .
Il commence à respirer en quittant la chaleur de sa première
demeure. Il accède à l'air comme à la déréliction d'une perte
irréparable d' amour.
Ce deuil dont il ne prend pas mesure, qu'il ne pense pas,
lui laisse comme souci de bâtir encore et encore un lieu, des
lieux. Abris qu'ils façonnent autour d'un vide, en se servant
de la terre, de l' eau, et du feu.
72
Dans ces maisons, ces œuvres, ne reproduit-il pas quelque
chose d'une inutile séparation ? Déréliction irréparable et
dont il se sa\vegarde par l'économie de la haine ? Ce qu'i
ne dit j amais, ne pense pas . Sinon à travers la déréliction des
poètes ? Quêtant l' éclair chez ceux qui, encore, visent LCtte
détresse qui est le destin de tous - l'exil sur la terre. La
douleur d'une séparation natale qui maintiendrait chacun
dans sa mort. Une vie où l'amour ne transgresserait plus
jamais la limite du propre.
73
5
Le diférer du rapport entre produit le lieu de l' être - sa
maison de langage. Dans l' attente, laissant ouvert ce vers
quoi ele tend, ne posant pas devant elle son objet, ce qui
ne serait plus l' attente, se déclôt et reclôt d'elle-même toute
l'étendue du désir. Se retourne vers soi, se renvoie à soi,
ce qui était tendu vers l' autre .
Plus éloigné reste l'autre, plus grande est l 'attente, plus
vaste est la libre étendue, la contrée de la parole. Où rien
n'arrive plus que demeurer-retourner en soi. Se réenvelop­
per, replier dans le déploiement, sans f, de l' attendre. Et,
ainsi, voir revenir à proximité le lointain : penser.
Penser. Retourner l'ouverture de l'attente en un cercle
de recueillement impalpable, invisible, imperceptible,
oublié . . . : l'être. En un lieu où demeurer en repos . Séparé
de tout autre, sinon par la commémoration d'un noble sou­
venir.
Etre : ce voile de deuil, ce voilement d' absence qui déploie
et reploie son ouverture en une vastitude s'assimilant, conti­
nûment, à la sérénité du penseur.
Attente et ouverture durable de l'absence en laquelle et
à partir de laquelle va surgir l'entrée en présence, et de tou­
tes choses . Indéfniment proches, et lointaines . Aussi entre
elles . Elles ne sont choses , et entre elles, que redéposées ,
en bon ordre, dans l a libre étendue. Dans l 'éloignement
d'une distance qui, les enveloppant d'une sépulture d'air,
leur permet, maintenant, de durer.
Elles tiennent et se tiennent, entre elles, à travers un
75
milieu translucide qui les fait ne se toucher qu'en apparen­
ces. Elles ne s' abordent que dans leur transparaître. Leur
approche est toujours un contact superfciel . L' apparence est
sans profondeur, sinon celle d'un deuil . Et, plus elles se
rapprochent dans leur présenc, plus elles s'éloignent dans
leur enfermement d'airs .
Est-ce vrai ? C'est diffcile à dire. Quand j e l' aurai ainsi
nommée, cette opération sera déjà d'un autre ordre. Moins
noble, moins grande, et ne pouvant avoir lieu que dans ce
lieu inniment plus vaste qui, lui, ne se nomme pas. Sous
peine de détruire son essence ? Mais qu'en est-il alors de
toute dénomination ? Et, plus encore, du sans-nom ?
L'être n'est rien que la possibilité de la prédication. De
sa dimension.
Si l'être peut se mettre en cercle, c'est dans le suspens
de la prédication. La direction sujet-objet n'y est pas encore
posée. La ligne l'horizon de l'entendre n'y est pas encore
tirée. Si elle a déj à un tracé, c'est comme encerclement, ou
enroulement en spirale, d'un mystère . clui du commen­
cement de l' avoir lieu de l'être. De son surgissement du
néant .
D'où provient l 'être ? Et son étrange pouvoir ? En quoi
peut-il unir ? Quel est le secret de la constitution du même ?
Et de la permanence de son site ? Pourquoi la ligne de la
parole tourne-t-elle autour de cette crypte ? Y revenant
et la bouclant, d'un même geste ? Quel oubli de l' autre
dedans fait l'impensable de l'origine du même comme lieu
unique de la pensée ? Quelle assimilation fondamentale
assure le déploiement de l'être comme contrée du même ?
Et quelle magie entretient la participation du tout à la sub­
sistance de ce site unique ?
Ce que l'être a pris à l'autre, ne faut-il pas qu'il le l
u
i
rende ? S'étant assimilé l'autre pour commencer à être et
déployer, à partir de là, le seul pouvoir du même, il lui rend
la participation.
76
L'appropriation se fonde dans cette double opération :
une assimilation et une participation. Eles n'ont pas lieu
sur le même versant de la constitution de l'être, mais elles
se tiennent inséparablement aj ointées, sous son empire.
L'homme et le monde sont réunis dans l 'envoûtement de
ce cercle.
Quand il ne se souvient pas et ne peut penser que la
nature l' a nourri d' abord, disparaissant en lui pour qu'il
soit, il lui redonne cet oubli : elle n'est que par lui .
Entre les deux, une opération de renversement et rever­
sement s'oublie dans ce qu'eUe neutralise de diférence.
Une proj ection a eu lieu qui se tient par le pouvoir de
l' amour et de la haine : l'amour du même qui indéfniment
recherche la dimension de son appropriement, la haine qui
divise, sépare, marque des limites, des diférences .
L' amour du même est le premier amour de l' autre : cele
qui s'est, d'abord, donnée à assimiler à lui . Mais, quand cet
amour se répète sans diférence, il entraîne l' abolit ion de
l'autre. Voulant toujours avoir d'eUe le même, il la sup­
prime dans la singularité de son destin : la contraignant à
rester l'unique.
S' interroger vers l'être, ne serait-ce pas défaire un de ces
versants pour lui donner à l'encontre non ce qui l'accote
dans la sécrité et la sérénité d'un recollement du tout dans
le même par la participation de l'autre à son assimilation,
mais ce qui, répétant du côté du même l'opération qui le
constitue originellement, rouvre la question de son rapport
à l' autre.
L'étant se donne d' abord, et sans retour, sous la forme
de fuides . Ce don est inapparent : sans démonstration. Il
a lieu sans distinction entre qui donne et qui reçoit . L'étant
passe de l'un à l'autre, de l'autre à l'un, avant que le don
soit constité comme tel . L'un ou l'autre se donne, sans
choses ni obj et de don. Sujet et prédicat sont encore assi­
milables l'un à l' autre, passant l 'un dans l'autre. Sujet et
copule sont, encore, le même.
Ou la même : l'étant étant l'étant . Il n'y a pas encore
77
d' activité, de transitivité, ni d'outil . De sujet, de monde, de
médiation entre. Il y a seulement du corps, de l'entre-deux­
corps, du corps qui passe de l'un à l'autre. L'étant d'elle
étant devenu l 'étant de lui, avant toute proposition. La pro­
position se tient quand cette assimilation de l'étant d'ele
à lui s'oublie dans l 'être. La copule marque et eface un
passage par la diférence entre l'étant et l'être et, d'abord,
entre l'étant et l'étant .
Entre l 'étant qui se donne avant toute démonstration,
et celui qui se dit dans l 'étant présent, la trace d'une limite
est oubliée. Elle est passée en lui : il se l'est assimilée et se
la réassimile sans cesse sans poser, au présent, une diférence
entre ele et lui, sans qu'elle y laisse de trace : sinon qu'il
existe . . .
Ce qu'il oublie. La pensée ne se pense pas comme étant
vivant. Pourtant elle l'est - d' abord. Elle passe, insensible­
ment, d'une vie à l'autre. Et, comme il n'y en a pas d'autre,
de la vie à la mort : dans l'indiférence de l 'être.
L'être existe à partir de l'indiférence : il l' a dit . Ce qui
ne signife pas que le penseur peut s'y tenir une fois pour
toutes en repos et sans activité ni mouvements . Pour entre­
tenir cette indiférence dans l'être, il continue d' assimiler
sans cesse l' étant à l 'étant . Mais aussi, pour que cette opé­
ration s 'oublie : à poser l' étant comme étant.
Que la proposition ne traduise pas le véhicule fuide du
phuein laisse en deçà et au-delà de l'être-au-monde un mode
de subsistance impensable dans l 'ordre de ses catégories .
Une subsistance était, déj à, avant la constitution de l'être­
au-monde. Une subsistance intranchable en sujet et choses
séparables de lui, séparables entre elles . Une subsistance plus
originaire que celle nommable dans un « logos », un
« noein », une V âme ». Celle du corps vivant qui tire sa
vie de matières fuides . Dans cette relation d'assimilation
aux fuides , nécessaire à sa constitution et sa permanence,
l'homme n'est plus dans ce monde d'existences, au mieux
contiguës . Il est dans la continuité. Le fonctionnement
partes extra partes de l' espace cartésien, qui semble encore
régler le monde pour l'être-là, n'y a plus lieu. Le sujet et
les « choses », les Ý choses » entre elles , sont en relation
78
d'interpénétration : non plus l'un et l' autre, l'un et l'une,
l'une et l 'une, proches au sens du « en contact », « près
de Ñ¿ V rassemblées dans Ñ¿ . . . mais proches selon un mode
de perméabilité de leurs enveloppes qui exige de penser un
autre rapport à l'espace-temps . Les V choses Ñ ne sont plus
ces choses-ci au regard d'une portion localisable et chaque fois
unique de l' espace-temps . Leur mode d'être V ici Ñ - si
cela garde un sens - correspond à l 'espace-temps qu'elles
se partagent. Elles sont inséparables selon l'espace-temps
philosophiquement pensable, ce qui n'est pas dire qu'eles
se confondent . Le passage entre elles, mais aussi diférem­
ment entre le sujet vivant et elles, se fait par une immédate
et instante pénétration : sans pont.
Si l 'interpénétration est un mode de l'être-là, un échange est
avant le pont . Le pont défait ce partage, ce rapport de proxi­
mité insécable : il éloigne au lieu de rapprocher. Il casse,
empêche, interdit, la relation entre.
Pas d'écart possible, de brèche, d'espacement, d'éloigne­
ment, entre le sang qui l' a toujours déj à nourri, y compris
d'oxygène, et l' organisme vivant. Pas plus entre l' air ambiant
qu'il respire continûment, une fois né. Ni entre le lait, ou
l'eau, ou le vin, au moment où il boit. Pas d'intervalle,
d'interstice, entre lui et ce dont il tire sa subsistance la plus
originaire. S' i y avait là quelque distance, quelque vide, i
mourrait .
L' être-là, étant spatial, étant d' espace-temps fabriqué par
et pour l 'homme pour toute assimilation en vue d'une crois­
sance qui surgisse durablement, d'une constitution d'érection
sans défaillance, et d'une fabrication de « choses » qui sub­
sistent à portée de main et d'humeur ( sereine dans la mesure
où elles demeurent dans la possibilité d'un éloignement),
s'enlève, d'avance, ce qu'il y a de plus originel dans le dire
comme tel .
Celle qui, loin de venir à la place de - comme le vou­
draient les linguistes de tout pronom ? les hommes de toute
femme ? -, vient d' abord, mais sans j amais pouvoir être
abordée, du moins dans ce lieu de monstration. En deçà d'un
faire-voir, ou donner-à-voir ce qui arrive, qui toujours
recule, ou s'eface pour laisser lieu à tous phénomènes , tous
79
noms et leurs rapports . Celle qui n' apparaît pas mais qui,
demeurant cet invisible, sans nom possible dans l 'espace
de la monstration, reste nuit et transparence à partir des­
quelles surgissent, se dévoilent tous phénomènes .
C'ele là, pour l a phénoménologe, recueillement de ce
qui secrètement vivait déjà, serait une réserve oubliée d'air.
Mais comme ele ne s 'y tient pas, pas seulement, ce là ne
serait j amais qu'une nouvelle fgure de son destin : celui
d'une matière fuide transparente qui soutient l ' arrivée en
présence du tout et en laquelle tout a lieu. Sauf elle.
Et, même si elle est rappelée dans chaque apparition et
désignation de phénomène, elle demeure encore sans nom
au-delà. Sans appel .
Comment est-ce possible ? Le va-et-vient en elle, entre
ele et elle, entre elles, constitue une sorte de support sans
déchirure ni fermeture où tout peut arriver sans abîme.
Ce va-et-vient discret, et qui a lieu avant tout phénomène
et toute dénomination, serait le fond sans fond du rapport
entre. Le se-toucher-entre-elle( s ), sans l' arrêt d'aucuns bords,
ofrirait le fond sans fond à partir duquel devient possible
le phénomène de la distance, le phénomène en général.
Quand elle est oubliée dans cette condition de possibilité,
celle-ci, ou celle-là, s 'encercle dans un là qui touj ours demeure
dans l' éloignement d'un au-delà. D'une au-delà. Voudrait-on
la rapprocher que se rappellerait la faile, maintenant infran­
chissable, qui la tient écartée.
Mais, à cette proximité sans limites et sans assimiation
de l 'autre à l 'une ou à l'un, qui est la sienne, il n'est pas
évident que l'homme puisse, ni veuille, advenir. Même si
elle constitue le fond impensé de sa pensée. Car, s 'i y tou­
chait, sa pensée n' aurait plus lieu d'être : comme même,
comme telle, ou encore comme être-là.
Comment l 'horizon, et surtout la Contrée se sont-ils ainsi
formés ? Comment les choses sont arrivées là ? A quelle
genèse étrangère à la leur ont-elles été soumises pour être
ainsi disposées ? Selon quele archè le tout est-il mainte-
80
nant construit dans l'entrée en présence, et sans souvenir
de ce commencement plus archaïque qui mouvait les choses
selon leur V nature » ?
L'archè du tout est maintenant technè . le bâti du monde
est technè, et il oublie l'origine de la nature.
La phusis est toujours déjà soumise à la technique et à la
science : celes du logos. Quelque chose de la croissance des
étants physiques s 'y est perdu. Les choses, coupées de leur
enracinement naturel, fottent dans l 'errance de leur site pro­
positionel. Le phuein des étants physiques s 'oublie dans
la phusis du logos. Le physique des étants s 'oublie dans la
métaphysique de l' être. La nature est recréée par le logos.
Dans l 'oubl que ce qui est ainsi refait garde aussi ses qualtés
physiques . Que l 'économie de l'étant physique se rappele
toujours dans toute fabrication de l 'homme. Que le corps
vivant comme CesteU y laisse touj ours des traces . Oubliées ,
elles insistent comme l'impensé et l 'impensable du monde
que l 'homme s 'est fabriqué.
Se resoumettre à la langue, n'est-ce pas se resoumettre,
resoumettre la phusis, à la technè ? Le geste de Heidegger
ne revient-il pas à faire, de la technè, la phusis ? A faire,
du logos, le phuein ? Dans un renversement incessant de
l'archè où le tout se perd dans l 'épaisseur d'un site V corpo­
rel Ñg encore vierge. Où se pressent, mais sans pouvoir encore
se dire, la chance d'un reste à venir.
En ce geste, Heidegger retraverse bien la métaphysique
vers ce qui, au commencement, s 'est perdu et gardé en elle.
Mais il demeure dans son architectonique : le logos. Cher­
chant dans l'oubli de celle-ci la cause de la perte, alors que
c'est elle qui la détermine. Que la perte et son oubli pro­
viennent d'une architechnè . du logos méta-physique.
Ainsi peut s 'entendre l'hostilité, ou la méfance, de Hei­
degger vis-à-vis de la science et de la technique. L'architechnè
doit rester le site du tout dire de l 'ontologie fondamentale.
L'être de l 'homme ne peut demeurer, se garder, se produire,
que dans ue seule langue, même si, dans cette V unque Ñ_
il peut se dire de diverses manières .
81
Les sciences et techiques d' auj ourd'hui n'ont-elles pas
la prétention d'affrmer - de dévoiler ? - que l'être de
l' homme n'est qu'une partie de l'étant ? Que l'étant, les
étants physiques, débordent l 'être de l'homme, et échap­
pent à sa langue ? Que l' étant est ainsi devenu pour l'homme
un mystère indéchifrable ?
Ce qu'il a toujours été. Cela se dit encore chez les Grecs :
ceux que Heidegger oublie, ou dans ce qu'il oublie d'en­
tendre chez eux. Ce qu'ils oublient eux-mêmes de redire,
même s 'ils le disent au moins une fois : que la phusis a une
archè « propre », un espace-temps de déploiement propre,
et que la soumettre à l'architechnè de l'homme, sa langue,
revient à plier son devenir à un déploiement inapproprié,
le suspendre dans un épanouissement factice, et à la laisser
encore en reste. Ressource qui résiste au pouvoir techno­
cratique, et qui ne peut se déployer que selon son mouve­
ment propre. Quand il revient y puiser, l 'homme l'épuise
aussi facticement qu'il ne l' épanouit artifciellement . Il la
coupe, et se coupe, de sa réserve, l'arrachant au mouvement
de déploiement selon son archè.
Son archè : une deuxième fois . Il lui en faut toujours
au moins deux pour commencer à entendre, mais cette
deuxième fois est, pour lui, la possibilité d'un retour au
même.
Alors : son archè. Une autre, que ctte deuxième qui lui
est attribuée pour commencer à la penser. Une autre, à
laquelle il ne peut pas être pensé parce qu'elle n' est pas dans
la langue. Ce qui sera traduit : elle n'est pas . Refermant
ainsi le cercle de l' oubli . Jusqu' à la prochaine fois . Et, peut­
être, sans f. Car, pour continuer à être, il faut, sans f,
persévérer dans l 'oubli .
La question de Heidegger reviendrait à : « Comment
faire entrer dans un espace de dé-monstration ce qui en assure
le fondement et les conditions de possibilité, tout en s 'y
dérobant sans cesse - la copule ? Ñ Cette question s 'accote
au déploiement de l' ob-jectant et op-posant de la libre éten­
due sans laquele ele ne pourrait avoir lieu ni trouver sa
relance.
82
U pokeimenon de tout ce qu'il se propose de traduire, la
copule, quand ele en arrive au lieu de position de la ques­
tion de son essence comme telle, est laissée à un espace
de neutralisation - il Y a. Dans le suspens, serein, d'un
renoncement à l'efectuation. Dans un deuil qui donne lieu
à la contemplation.
Mais c'est le penseur qui - le voulant, ne le voulant
pas - « décide » du deuil, et en attend l'ouverture de
l'espace de sa pensée. A cette condition toutefois : que
l'autre s 'assimile sa sérénité en demeurant à la fois proche
et touj ours éloignée de lui - dans sa présence.
L'avoir-lieu de la j ouissance d'elle, de sa jouissance à elle,
qu'il ne pourrait jamais s 'assimiler mais à laquelle il ne
pourrait que participer, voilà le deuil que le penseur ne
pourrait pas faire, à moins de renoncer à la propriété de
la pensée. Se proposant alors lui-même, lui aussi, comme
étant de l'étant en lequel elle pourrait trouver un espace
de déploiement pour ce qu'elle aurait à dire.
Dans l'attente de cette ouverture, que pourrait-elle d' autre
que d'essayer de s'assurer ele-même, en elle-même, entre
elle( s ) , ce déploiement qu'il ne cesse de dérober pour ses
propositions .
L'ek-sistance de l'homme pour la vigilance en vue de la
vérité, c'est ce qui le sépare de lui-même et des « choses » en
tant que vivantes . Cette érection hors de son « corps » et
de celui du monde pour le souci de l'être, que signife-t-elle
de ce qui y a été disposé en plus ou en moins ? Quelle fausse
limite détermine cette sortie hors des limites de l'univers ?
Que va rechercher l'homme dans cette ek-stase ? Que va­
t-il y garder de ce qu'il a perdu du rapport à lui-même et
aux « Vhoses » ? Cette perte et cette garde n'ont-elles d' au­
tre à venir possible qu'ek-statique ?
La copule se destine-t-elle nécessairement sur le mode de
l'ek-stase ? Laquelle ? Cette ek-stase maintient en réserve
quelle istance de la copule ? Que s 'est-il touj ours réservé
du déploiement de l'étant, du rapport entre étants , dans
l'être, et son oubli ?
83
Ou encore : pourquoi la copule est-elle suspendue dans
une essence qui ne dispense son efectuation que sur le mode
de la sauvegarde du propre ? Pourquoi est-elle ainsi main­
tenue, à partir de sa retenue ? Depuis si longtemps ? Méta­
bolè d'une si longue portée . . . Elan qui couvre l'histoire de
l ' Occident sans être encore arrivé à son terme. Parfois
s 'ouvrant, mais toujours oubliant ce qui se retient encore
dans cette éclosion. Ce qui se sauvegarde dans cette pro­
duction de l'être. Dans l'historialité de l'être.
Et puisque l'être est dans l' épokè techocratique, aussi
pour ce qui concerne son destin sexuel, la question pourrait
se traduire : l 'ek-stase provient-elle de l'érection, ou de
l 'éj aculation ? Est-ce en tant que destiné à l'érection que
l'homme est dans l'être-là, dans un rapprochement mainte­
nant toujours la distance dans le rapport à lui et au tout, ou
est-ce plutôt en tant que destiné à l 'émission-production
hors de lui de sa semence qu'il est j eté-projeté là ? Les
deux ? Comment s 'articulent-ils ? Dans le suspens entre ?
L'être-là se tiendrait-retiendrait entre les deux ? L'érection
surgirait dans l' entrée en présence, et produirait l'étant
présent, tout en demeurant, aussi, dans l' abri de sa réserve
et de sa propre occultation. Ramenant les deux au présent
dans le même, grâce à son habiter dans le langage ? Com­
ment l 'une, l' autre, les deux dans le même, ont-elles déter­
miné l 'espace-temps à partir duquel la langue se déploie ?
Que s'y est-il perdu-oublié d'un autre mouvement du vivant ?
Ce qui pourrait s 'interroger aussi de cette manière : l'étant
come présence ne serait-i pas la production idéale de
l'homme ? Sa pro-duction dans l 'idée ? L'être s 'érigerait et
s 'ouvrirait dans l'ek-stase, donnant lieu à l'étant présent .
Mais, pour que cette production puisse avoir lieu, un étant
déj à prête sa « matière », étant qui subsiste sous la pré­
sence, l'assiste, restant toujours par elle recouvert et oublé.
N' est-ce pas ce destin sexuel que l'homme a rappelé-oublié
dans sa langue ? Et dont il a fait la vérité ? Le déployant
comme ce qui enveloppe et environe son ek-stase d'une
maison : la maison de l'être. L'essence du langage devrait
84
ainsi être interprétée en tant qu'abri de l'essence de l'homme.
De l' homme. Le langage serait ce dans quoi habite l 'homme
comme dans la sauvegarde de son destin sexuel . Du moins
dans ce qui se serait jusqu'à présent destiné vers lui comme
tel . Le langage aurait touj ours déj à été fabriqué pour celer ce
destin et l'assister : le donnant à se produire mais le gardant
encore dans sa réserve et son voilement . Le langage serait
la technique - l' architechnique, l'architectonique - de
l'homme façonnant le vivant selon son projet sexuel .
Pour faire dominer ce destin sexuel comme la vérité du
tout, comme l'avènement du tout dans le même, l 'homme a
pris à la nature sa vie et lui a donné-redonné la mort. Après
se l'être assimilée dans ce Gestell qu'est son corps vivant,
il se l'est encore appropriée pour en faire la demeure de
son être. L'éloignant, ainsi, éternellement de lui. Tele un
tissu encore vivant ajointant la production de sa lague,
la nourrissant, mais utilisée selon son projet à lui, et perdant,
dans le passage par sa technique, le mouvement et la respi­
ration de la vie. Accolée à son abri, comme son support
encore matériel-matriciel, ne se distingant plus de cette
maison de langage dans laquelle il demeure, elle est indé­
fniment séparée d'elle et de lui par cette assimilation d'elle
à lui dans la lange.
Ainsi demeure-t-elle dans l 'oubli. Le double oubli : de
cele qui lui a toujours déj à donné la vie et qui est devenue
son corps vivant, de celle qui la lui redonne en l' assistant
dans le destin de son être. Mais cet oubli d'e1le( s ) est recou­
vert par l'oubli de son propre destin en tant qu'être. L'ou­
bli du caractère sexué de l'être ?
Tant qu'il demeure dans cet oubli, dans l' abri de ct
oubli, il ne peut se souvenir d'elle( s) . Elle( s ) ne se sépare( nt)
pas de sa vérité. Vérité dont le dévoilement a de quoi
efrayer. Outre que l'homme peut y découvrir la mise à l' abri
de son destin sexuel, elle peut encore lui révéler que sa
vérité est la non-vérité de l'autre : son maintien dans l' ab­
sence d'un efroyable oubli .
L'être est cette demeure d'apparence invisible qui écarte
et garde les étants du mouvement de la vie.
Mais, dans cet horizon qui suspend encore le sens de sa
85
prédication : l'être, nul ne peut savoir ce qui est placé ou
assuj etti le plus dans la mort : l'homme, le « monde », ou les
% choses ».
L'être s e maintient entre, telle une ek-stase qui sépare,
empêche de se conjoindre. Sinon, déj à, dans la sauvegarde
de la mort. L'être : copule déj à dans et pour la mort.
Ce sens de la copule - qui reste suspendu entre - est
une pro-duction de l 'homme. C'est la production historiale
de l' homme comme homme : ce qu'il appele le destin his­
toriaI de l'être.
Il y fait participer tout étant par l 'assimilation à lui et
l 'assistance à son entrée en présence, lui imposant le sens
de son ek-stase. Il plie le tout à son destin sexué, y compris
dans son rapport à la mort . Il prend le tout dans sa mort.
Il enveloppe le tout dans son projet, le privant ainsi de
son « propre » mouvement.
La langue devient ce qui donne, ce qui se donne, sans
qu'aucun objet de don soit constitué. Elle est, au présent,
le lieu où il y a du don, d'où il y a ce qui done.
La structure dative y devient transitive : sans protago­
nistes, le don se donne. Sans diférence encore entre sujet
et prédicat, sinon l'actualisation d'un présent qui, dans le
même temps, se retient. Se donnant, le don demeure. Le
verbe n' épuise pas le suj et, le présent n' épuise pas le passé :
il actualise en maintenant la réserve. Le se-donner tout en
demeurant, en restant le même, eface le passage de .qui
donne à qui reçoit, l'épuisement de l'un( e) quand l 'autre
s'en forme. La dette qui pourrait s 'ensuivre. La guerre qui
pourrait s 'ensuivre. La mort qui pourrait s'ensuivre ?
Le don se donne. Cette strcture dative réduite, et, de
ce fait, rendue, permanente, reproductible, ne fgure-t-elle
le cercle de l' être ? Ne dit-elle pas que l'être est le re-tour
de et à celle qui ne reviendra plus dans une profusion où
l'espace et le temps ne peuvent se compter. S'épelant dans
l'entrée en présence sans j amais y faire advenir cette réserve
à partir de laquelle toute production a lieu. Cele qui se
86
donne, d' abord, devenue ce qui se donne, ce là à partir
d'où il y a du don.
Le don se donne - in-fni d'un upokeimenon sensible,
sans limites ni particularités, sans étant V propre Ñ_ sans
corps singulier_ sans phusis physique. Passage abolissant la
rupture entre physique et métaphysique en constituant un
autre % sol », une autre terre, une autre mère, que celle,
ou ceux, encore physiques et vivants, qui peuvent s ' assimi­
ler : manger, boire, habiter, appeler, nommer, et, ainsi,
peut-être ? faire disparaître. Le don se donne sans entamer
la réserve si celle qui ne reviendra plus est devenue, au
présent, un transcendantal sensible toujours déj à et j amais
plus là.
Le re-tour de et à la phusis comme lieu de l' habiter de
l'être revient-il ou non à un scellement dans l'oubli ? De
celle qui d' abord se donne ? Le il y a du don a son site, main­
tenant, dans la langue. Mais, quand la langue se tient, comme
abri de l 'être, quelque chose d'un avoir-lieu du don de
l' étant est déj à V abîmé Ñ. Dans une consommation, ue
assimilation, une appropriation. Un don d'étant physique
sensible - :uide, inapparent, imperceptible. . . % Propre Ð
à constituer du transcendantal .
Ce passage de l 'un à l' autre, de l'une à l'un, ne peut que
s'oublier. Sans oubli, l' être ne serait pas . C'est l' oubli, et
chaque fois répété, et entretenu, qui fait passer à ce nouveau
sol. Et, si de trop près il est approché, il se dérobe car il
n'est pas . Sinon comme efet d'oubli .
87
C'est du côté du priviège originel du temps que la ques­
tion du fondement doit être posée à Heidegger - il l' a dit.
Le temps n'est-il déj à incorporation d'espace dont le tssu,
aisi approprié, va constituer la subjectivité ?
Ce « dans » l'espace où l' homme advient originellement,
et avant même toute subjectivité, ne va-t-il pas le retourner
en un « dans le temps », où la spatialité ele-même appa­
raîtra ? Ayant lieu à l'itérieur d'un double retournement
où l'homme se tient comme dans un horizon qui l'abrite
mais le déborde.
La matière spatiale du monde est donc déjà donnée à
l'homme, mais d'une manière dont il ne peut maîtriser
l'étendue en tant que fn, quand il en constitue la subjectivité
et la temporalité.
C'est par le système de relations qu'il établit en organisant
les parties de l'espace en une totalité unique, que l 'homme se
reçoit come une Ý intériorité ». Celle-ci serait bâtie de
l'infi de la matière spatiale en tant, et seulement en tant,
qu'ele peut être contenue dans et par une intuition fnie.
D'où l' excès à ce contenu à partir duquel l' être fi qu'est
l'homme aura des réserves, et de matière pour constituer le
transcendantal, et de système de relations pour le fonction­
nement de l'intuition, du concept, de la connaissance, de
la pensée . . . dits purs . Fini dans son intuition, l'homme ne
peut recevoir ni épuiser la totalté infnie de l'espace. Il
doit se donner le lieu d'une origine créatrice - un acte
« originel » de fondation, fût-elle fond sans fond.
89
L'espace est donné d' abord par elle. Que le penseur se le
redonne, n'empêche pas qu'il provient d' abord d'elle. Et,
quand il se le redonne, il l' encercle. Car là où l' espace avait
lieu en un don de vie, de sang, de chaleur, d'air et un
se-toucher sans arrêt et sans lmites : dans un continu où
ici et là s'interpénètrent résorbant leurs bords , où commen­
cement et fn s'entretiennent sans nécessité de retour, ce
fond, prodigue, de tout avènement possible, cet horizon
imperceptible de toute approche, il y substitue l'univers clos
de la pensée. Ce qui est dire encore de ses besoins et désirs.
Il oublie que ce va-et-vient, où elle subsiste continûment,
n'est ni fermé ni ouvert, ni étanche ni homogène comme il
le croit. Ce qui se perd quand il l'utilise pour produire son
monde.
Au commencement de tous les sens possibles serait cette
retouche. L'oublier entraîne son déchirement ? La trans­
gression de frontières qui éloignent à j amais de la fuidité.
Ou une retenue qui craint l' abîme de la pénétration sans
fond. Erection se tenant plus ou moins distante de son
goufre : en même temps sinon au même lieu.
Aller au fond les ferait se rencontrer en cette disjonction
de leurs mouvements . Le péril. Le remède ? Reste à trouver.
Elle, au moins deux fois oubliée, demeure fond nocturne,
sommeil léthal à partir desquels i s 'érige, et transparence
imperceptible dans l'entrée en présence.
Du côté de l'homme, il faut que certaines conditions a
priori de l 'espace et du temps soient sauvegardées. Que le
découpage de l'espace et sa reconstruction comme unique
soient assurés comme possibilité d'un fondement ontologique.
Pour constituer ce « fond Ñ¿ l' homme prend à sa première
demeure son mode d'habiter l 'espace comme lieu d'un déploie­
ment toujours infni .
Son rapport à elle-même, à l'univers, à l' autre, ne veut
pas le fi . Mais, pour abriter le fondement de la pensée de
cet être nni qu'est l'homme, celle qui le porte est exilée de
son habiter infniment l'espace.
90
Elle doit en émerger comme étant qui se présente, se
montre, en objet se donnant à l'intuition de l 'homme.
L' érection comme anaisthésis ? Trait qui passe : d'un corps
matière-puissance à l' acte, de la chair à la forme, du sensible
à l 'intelligible ? Cette érection n'a-t-elle été de manière pri­
vilégiée, en Occident, confée au regard ?
L' érection traverse-retraverse, mais non jusqu'au fond du
sans-fond, le sol que s 'est donné l' homme en tant qu' ayant
rapport à l'essence, le sol nécessaire à son être-homme.
Pour ne pas se perdre en ce franchissement, en sa percée,
l'érection s 'ancre dans la langue. Elle s'assiste de ce corps
insensible qui lui tient lieu de fl conducteur pour maintenir
- mais à distance - les liens de chair. Pour y puiser
ressources et s 'en réenvelopper, tel d'un monde, sans s
'
y
laisser assimiler. Et anéantir.
Le caractère utiltaire de l'érection n' apparaît pas. La
nécessité de cet outil s 'eface dans sa divinisation - phalli­
que. Se découvrent l 'ustensilité des choses environnantes, et
celle de la main du « potier » créateur, constitutive de toute
ustensilité ? Et de la plus fondamentale : celle du suj et, dont
l'identité est assurée par la conjonction de l'érection à la
langue-outil .
Les choses sont déj à dépÔts de l'ustensilité qui fait le
monde : mise à distance par l 'homme de l'opération - mys­
tère voilé - par laquelle il s 'est fait homme. De la néanti­
sation qu'il a installée entre l'autre et soi pour retourner à
un autre déjà produit par lui . Déj à pris dans son monde.
Le sujet-homme néantise ce par quoi le sans-fond de son
fondement pourrait se dérober à lui en se donnant une
identité. Il anéantit l' activité déj à subjective de son origine
comme suj et. Et l' hypothèse tautologique où i se donne son
propre fondement.
Avant toute défnition de la constitution du suj et, l'homme
s'est déj à donné-attribué la production de tout en tant que
producteur du discours.
Et il ne peut ni ne veut voir que son érection comme trait
de constitution du monde est un crie - une réduction au
91
néant de l ' autre. Crime qui ne lui apparatt plus que dans
l' abîme qui s'ouvre, pour lui, comme sa propre dérélction.
Pour certais, le trait pénètre encore le corps . Pour d'au­
tres, il ne s 'exerce plus qu'à l' intérieur du champ du regard,
où la matière-chair indéfniment se résout en spectacles.
Privilégiant le voir, l'homme a déj à efectué une sortie
hors des bords du corps . Le suj et est déjà extatique au leu
qui lui donne lieu. Il habite déj à hors de soi, hors du corps
qui lui donne la vue.
Ramené en soi, ce dehors est devenu forme, coque quasi
solide qui fait écran à ce qui peut se recevoir de l' autre
dehors . Se prenant dans un récipient-contenant, fabrication
du sujet, l 'autre se maîtrise dans sa garde sans altérer du
dehors ou du dedans le mouvement de va-et-vient du suj et
en ou hors de soi .
Du phuein maternel, l'homme recevrait l' abandon qui
l 'oriente vers la constitution de son fondement. En place de
ce qui l' aurait abandonné, et vis-à-vis duquel il réitère le
geste d' abandon, matrice de tout acte, l 'homme se donne le
néant. Le lien qui le reliait, comme engendré, à c'elle mater­
nelle, se rompt. L'être peut exister comme un, se boucler en
cercle.
Entre l'émergence de et dans un corps de chair et la
création de l' être intervient maintenant le néant. L'être a
lieu dans un vide de chair. D'où provient ce vide ? De" la
néantisation de la production du sang, et de ses propriétés .
L'homme se donne un fondement à partir de la néanti­
sation de ce dont il provient. Les noms naissent dans la
néantisation du fondement. Entre cette néantisation et l'ho­
rizon transcendantal, de la ligne d'un sol accoté à l' abîme
du rien, naissent les mots. Tels des rejetons d'un lien rompu.
Ils n'ont que secondairement rapport aux choses encore
vivantes . Ils tiennent lieu d'une puissance anéantie.
L' être - recolement, dans l'instant, du surgissement de
la présence et de ce qui lui permet de se reproduire.
92
L' être - ce qui tient scellé le secret de la reproduction.
Ce qui eface, dans un mécanisme temporel, la répétition, le
mystère de l' apparaître en présence. Ce qui délègue à la
langue le don du surgissement dans un corps. Ce qui aban­
donne au langage le devenir dans une enveloppe de peau
vivante.
L' être - extase originele, où l'homme existe das une
représentation permanente. Du moins sa possibilité. Le deve­
nir étant modifcation constante de l'apparaître, qui confe à
un ordre stable la garde de cette mouvance ? Se donne lui­
même la mort, croyant ainsi la maîtriser sous forme d' éternité.
Se réenveloppe de mort pour se protéger de la permanence
du devenir mort, et de diverses manières .
La transparence du Da-sein, en laquelle se manifestent les
étants, est enveloppe d'air qui isole le tout d'une pellicule
de projection. Ce qui s'annonce dans le futur n' arrivera j amais
car, en lui, demeure captif, dans un oubli de mort, ce que
l'homme doit à l' autre, le phuein auquel il emprunte le sup­
port de la temporalité, sans j amais pouvoir se l'assimiler.
L' e�trême de son pouvoir être consiste en cette impossible
réappropriation qui marque l' horizon de son monde. Jamais
il n'en atteindra ni retraversera le geste constituant. Marchant
touj ours vers ce recel de l'origine, il recule sans cesse
l' échéance de sa mort, devenant immortel de ne j amais toucher
à cette limite. Toujours déj à et j amais plus mort, par oubli
de sa V propre » naissance. Perdu dans l' ensemble qui sou­
tient son existence comme dans un abri de glace où aucun
événement défnitif n'arrive. Compréhension anticipative
globale qui soustrait chaque un à son destin, le produisant
dans une extase hors d' atteinte de la réalisation du présent.
Dévoilant-voilant ce en quoi et pour quoi i existe à partir
d'un pouvoir-être toujours en devenir.
N'est-il pas nécessaire que l' appartenance au Da-sein reste
cachée pour que l' ensemble se constitue, et comme trans­
cendant ?
Si le proj et du Da-sein constituant du monde révèle son
secret, la totalité ne se défait-elle pas comme un nouveau rêve
d' au-delà ? Comme appropriation-dés appropriation de l'hom­
me, et du monde, dans une ek-stase où le pouvoir être de
93
l 'homme recouvre l' ensemble des étants d'une chape d'immo­
bilité dans laquelle il repuisera de quoi assurer son devenir
comme immortel ? Le monde reviendrait à l 'élévation d'une
tombe transparente mais glaçante de tous étants et de leurs
relations ? Vitrifcation en laquele l'homme se sauve-garde
de tout dépérissement ?
Ce qui veut dire qu'il perçoit le tout à travers une pers­
pective qui immobilise le devenir-vivant de l' étant. La déné­
gation de la dimension spatiale du point de vue à partir
duquel il envisage le monde et chaque chose ne signifant
qu'un suspens oublié d'un mouvement plus ancien.
L'enfermement auquel l 'homme soumet le monde, et lui­
même, aboutit à ce cri : Ý Seulement un dieu peut encore nous
sauver ». Echo au « Dieu est mort », lancé peu avant, reve­
nant du fond du fondement de la pensée grecque comme un
appel à la réouverture du cercle où elle s 'est enclose ?
Au matin de la culture grecque, l'accès à la diférenciation
se fait par l' affrmation du corps. Le Grec se saisit comme
séparé de la nature innie par son être corporel. L'adresse
et la vertu athlétique sont qualités essentielles pour le héros
homérique. La force et l' aptitude au combat sont ce par quoi
il apprend à se saisir. La singularité qui, dès l'origine, semble
la condition de l 'hespérien lui fait oublier comment cette
individuation s 'est conquise. Il est, au présent, enfermé en
lui-même, au point qu'atteindre quelque chose du dehors
lui est une tâche diffcile. La nostalgie du retour à l 'Un-rout,
tel est son désir de retournement. Mais, par lui-même,
l' homme ne peut entreprendre le retournement natal, et
celui-ci est interdit à l' homme connaissant sans l' assurance
d'un fondement à l' intérieur duquel il a lieu.
D'où l 'oubli du commencement de l' étant ?
Et que le penseur, dont le souci est la remémoration de
l 'initial perdu de notre histoire, perpétue l' impensé de la
relation de l 'homme à son corps ( cf. Séminaire Héraclite,
Gallimard, 1973 ) , qu'en conclure sur le rien habitant l'être ?
Le pouvoir de l'homme vient de la transformation de
l' espace en temps : le Da-sein ne peut réaliser son être sans
94
une essence antlclpative qui lui donne de pouvoir-être. Le
Da-sein possède la structure ontologique de la projection. Il
devance.
Si la phusis, quasi maternellement et avant toute dénomi­
nation, est tournée vers le futur en tant qu'elle donne lieu
à la croissance, l'homme doit se projeter vers le futur pour
ne pas régresser vers ce qui lui a donné à vivre. La femme
génitrice, elle, ne découpe pas un horizon en se tournant vers
l' avant, elle Se donne en avant, et se confond à ce qui se
donne à partir d'elle. Dans cette indiférenciation temporelle
d' elle et de l' autre, qu'elle sous-tend et accompagne, elle
ofre matière à l 'ek-stase du temps. N'y existant pas, ele­
même, comme suj et .
I l n'y aura pas réciprocité avec ni dans le Da-sein car, s'il
ouvre l'espace¿ s'il spatialise, la matière de son lieu lui est
donnée par et avec l' autre, phuein encore disponible, ulè
que l'homme aurait touj ours à ouvrir¿ découvrir, dévoiler,
pour rendre possible toute manifestation et toute rencontre.
L'irruption, que l'homme opère dans la culture de la totalité
des étants, aide l'étant à devenir lui-même, mais ce lui-m�me,
qu'il doit à l'œuvre de l'homme, le sépare et l'en sépare
radicalement d'une extase - situés maintenant hors de leur
site originel.
Cette déchéance du mitsein est corrélative de la consti­
tution du Da-sein en tant que séparé. Le fait qu'il soit
essentiellement anticipatif, l'improprie au mit-sein ? Son
pouvoir-être propre¿ et le projet de le devenir qui détermine
le Da-sein, l' empêchent de se recevoir de l' autre à chaque
instant .
Dans l'horizon du Da-sein, la copule comme réversion et
réinscription de l'un dans l' autre indéfniment - tout en
gardant la spécifcité de l'un et de l'autre -est impossible- Le
Da-sein puise son projet dans ce qui serait sa sourcC, mas,
pour qu'il en soit ainsi, il s 'approprie univoquement l'autre.
Pour avoir une intUition de l' autre qui ne soit pas pro­
jective, il faut être capable d'une intuition infnie - qu'elle
s'entende comme celle d'un dieu ou principe divin assistant
95
la naissance de l'autre sans le contraindre selon son désir,
ou comme intuition d'un suj et qui, à chaque temps du présent,
reste inachevée et ouverte sur un devenir ni simplement passif
ni simplement actif de l' autre, et de soi dans le rapport à
tout autre.
A défaut de se tourner ainsi vers l' autre, la haine ne
devient-ele l' apeiron, la dimension de l 'infni ? Repoussant
toujours vers le dehors , ele ne connait pas de limite. Elle
passe de l'un dans l' autre sans arrêt. Le rassemblement de
l'amour n'étant pas de la même cohérence que la force de
désintégration de la haine, cele-ci rompt les frontières du
se tenir et de l'habiter ensemble. Sans demeure, elle est
condamnée à l 'errance et à un procès de destruction sans fn.
96
7
V Ce qui ne cesse d'être de toujours est le sacré ; car, en
tant qu'initial, il demeure en soi, intact et sauf. L'originele­
ment sauf donne, par son omniprésence, à chaque réel l' heure
de son séjour. Mais ce sauf, ainsi donateur, renferme en soi
comme immédiat toute plénitude et tout ajointement Ñ
(< Comme au jour de fête Ñ¿ dans Approche de Holderlin,
Gallimard, 1962, pp. 81 -82) .
Dire que l e sacré renferme en soi comme immédiat toute
plénitude et tout ajointement, n'est-ce pas déj à lui avoir
imposé la limite d'un tout refermé ? Ni la plénitude ni
l' ajointement ne sont initialement. Quand ils ont lieu, l' ap­
propriation déchirante de l'immédiateté naturelle a déj à pro­
duit le cercle de son enfermement et la composition en un
tout harmonieux des entailes, blessantes, que l'enlèvement
d'elle à elle a laissées ouvertes .
Toute plénitude et ajointement ont lieu dans l'arrachement
d'elle à elle : qui ne demeure pas en elle intacte et sauve, ni
ouverture béante d'où tout provient et de laquelle les rapports
de chaque un à chaque un tirent leur médiation.
Elle, indéfniment ouverte et fermée, déploie cet étrange
monde où le dehors et le dedans s'unissent en un embrasse­
ment léger. Les contours, j amais posés, s' épousant en un
débordement de croissance qui ne se sépare j amais du milieu
97
qui lui donne lieu. Qui n'abandonne j amais le corps qui lui
donne vie. Qui ne s'érige pas dans l' altière affrmation d'une
forme puisant sa sève à ce dont elle s' écarte. Mais qui demeure
dans le tendre enlacement de toutes dimensions : effores­
cences horizontales . Sans abîmes , cimes ou raciÎVs qui oublie­
raient, à chaque temps du présent, qu'elles ne sont pas l'une
sans l'autre, et que, dès qu'elles s'éloignent l'une de l' autre,
la mort, déj à, est là : ek-stase entre.
Le trajet qui, à l 'un( e) ou à l' autre, emprunte le mouvement
de son parcours , sans va-et-vient immédiat de l'un( e) à l' autre
dans le présent, est déjà départ dans la mort où l'un( e) de
l' autre reste à j amais inapprochable.
Aucune aurore n'y changera plus rien. Si la nuit n'est que
deuil, les deux demeurent dans la mort. Seul, leur amour sans
partage, leur éveil l'un( e) à l'autre, est retour à un autre
monde que celui où la clarté du soleil glace, de sa pure
lumière, lembra( s )ement léger entre l'un( e) et l' autre.
Et c' est bien à partir de la nuit que se pressent ce qui peut
redonner famme à la lueur du j our. Ce passage de l'une dans
l 'un n' est pas ce qui, une fois de plus, devrait se rendre à la
lumière : en un à-venir annoncé par ceux qui gardent mémoire
du sacré.
C' est aussi bien à la nuit que revient ce qu'elle a donné au
jour. Non seulement comme V ombre profonde » qui sauve
de « la trop grande clarté du feu céleste », ombre provenant
de l' écran qu'une érection oppose à la traversée des rayons
solaires . Fraîcheur de l' abri d'une élévation qui préserve, en
économisant le trop.
Le trop de jour dont il faut, au présent, se garder. Le trop
de j our dont une érection solidement établie protège, tem­
pérant les feux célestes . De la fraîcheur qu'elle apporte, de
l 'ombre qu'elle porte.
Le V trop » pourrait aussi bien se rendre à celle qui,
en deçà de tout apparaître, a déj à lieu. Celle qui, omniprésence
immédiate, entoure de son embrassement imperceptible le
tout. Chaleur qui illumine sans la foudre de l' éclair, eau qui
continûment baigne et désaltère sans glacer, souffe doux et
léger qu'inspire tout vivant.
98
Ce là, celle-là, pourrait s ' appeler la nuit. Mais ce serait
déj à trop la prendre ou l'invoquer dans une langue qui ne
serait pas la sienne. La cerner dans un lieu ¬ unique - où
elle n' a plus lieu. Que, là où ele demeure déj à, le paraître
et son dire ne soient pas encore, ne signife pas qu'elle
demeure dans la seule nuit . Elle, la vivante, omniprésence
immédiate, embras( s )e tout : le jour et la nuit. Mais les
distincts - hommes ou dieux - s ' en sont déj à séparés .
L'utilisant comme médiation pour le surgissement de l 'entrée
en prébencC ou la retraite dans la crypte. La prenant dans les
plis de leur temps .
Elle, celle-de-touj ours, plus ancienne et plus neuve que
toute histoire, reste dans l' éveil du commencement - Native
enfance. Passage jamais accompl entre le dedans et le dehors,
la nuit et le j our, l e minuit et le midi, permanente aurore,
ele les unit dans l' entrebâillement de son éveil. Les laissant
à leur tendre alliance. Jamais fermée ni ouverte. Sans les
contours défnitifs d'une croissance achevée ni la béance d'un
chaos d'où tout peut provenir. Touj ours en train de naître :
la vivante.
Et, s i peu apparente encore dans son incessant devenir, que,
d'elle, les distincts feront la médiation de toute constitution
de mondes . Ainsi indéfniment séparés en leurs limites et
rejoints en elle, mais ne s approchant pas du plus proche.
Retenus touj ours dans l' éloignement de la confondante immé­
diateté.
Qu'ils n' abordent que comme V renfermée » et V difcile
à gagner » ( extrait de Die Warderung, Holderlin
,
IV
,
1 70,
cité dans Approche de Holderlin, p. 1 6) et pourtant étrangère
à un fonds sur lequel fonder sa demeure propre. Proche,
elle se dérobe à qui vient à sa rencontre, dans son approche
même. Elle le touche, le réveille à son air natal, sans que le
secret de ce partage soit appropriable. Mais pas davantage
gardé en réserve. Là, partout, l 'omniprésente ne se saisit
pas . Pas pl1s , elle ne se sauve. Elle embrasse imperceptible­
ment le tout. Son rappel habite la familiarité de tout appa­
raître, le ton intime de toute voix, le caractère ami de tout
parfum, l ' étrangement simple de l 'air, l' apparenté de tout
visage. Le non-encore-replié sur son destin propre de tous
pays, tous êtres chers, toutes choses .
99
Cette imprégnation de tout par tout ne trouve jamais sa
convenance ou son accoutumance. Elle n' est, ou ne renaît,
que dans l'ouverture de chacun à ce qui partout est déj à là,
en deçà de toute monstration. Mystère si itime que j amais
ce là ne peut se poser, se regarder, sans être déj à refermé.
Partout ofert, omniprésent, ce là se refuse à qui veut le
saisir, tele une chose. Et, à l'avance, il ne peut être connu,
pas même des poètes. Il n' a lieu que de devenir. Toute
annonce ou commémoration l'éclpse dans un voiement d'ab­
sence.
Sans secret, la toute-vivante demeure secrète pour qui,
de l' approche, ne perçoit que l' apparaître. Et elle n' est pas
cette « charmante à franchir vers un lointain pays de riches
promesses Ñ ( dans « Retour Ñg traduit, cité et commenté
dans Approche de Holderlin, pp. 1 3 et 1 8 ) : elle demeure
seuil . Ce qui se passe entre, voilà en quoi elle reste. Il n'y
a pas de plus loin que ce lieu. Sinon l' abîme. En lequel,
captive, elle est maintenue par qui veut démontrer l'énigme
de son charme.
En ce « souci Ñ qui rend impossible son approche, elle
devient tumulte, deuil, éclair, attente ou souvenir, mais non
cette profusion de l' éveil où ele, là ici maintenant, a toujours
lieu. « Nuée, source du poème de joie, elle couvre là-bas la
vallée béante Ñ (ibidem) .
Là-bas ? Là, toujours déj à et encore ici. Etale, partout,
dans ses bras légers dont elle accompagne tout commence­
ment. Elle ne s'élève ni ne retombe dans le creux des vallées.
Horizontale, elle s 'entrebâille en toutes dimensions sans
j amais quitter le seuil de sa naissance.
Rassemblante ? Si retourner à l'inchoatif du commence­
ment veut ainsi se dire. Rassemblante en des attouchements
vivants, entre lèvres mouvantes mais silencieuses sur toute
distinction de mondes, sur toute prononciation de vérité ou
statut. Entrouverte, elle prend sans garder, enace, imprègne
et baigne avant tout ceci ou cela, ici ou là, avant ou après,
présent, passé ou futur.
Elle séjourne dans la nuée. Elle ne regarde pas d'où elle
est regardée, ayant à se transgresser vers quelque chose qui
1 00
n'est plus elle-même ( idem, p. 19) . Elle ne s' attarde pas
au-devant de ce qui vient sur elle et qui lui donnerait, enfn,
l'éclaircie de son séjour. Elle, nuée, demeure dans le plus
spacieux. Ce monde d' entre : le clair et l'obscur, le plus
haut et le plus bas, monde du seuil où s'entrelace le tout.
Où toute dimension retourne à sa chance passée et à venir.
A l' éveil de son mouvement.
Ce qui ne revient pas à l'origine d'une direction, au destin
d'une course, à l'emplacement d'un lieu, au dire d'un être.
Cette immédiateté de l'approche, inatteignable pour les dis­
tincts , V est » plutôt dans l'encore possible de toutes dis­
tinctions où ils ne peuvent plus retourner. Ele demeure dans
l'impossible du encore possible pour qui, dans l'être, a déj à
pris séjour.
Et nul souci ne peut rejoindre cet impossible. Le souci
est déj à l'efet de son éloignement. La crypte, en deuil, de
celle qui recule dans l'oubli . Le mémorable tenant lieu de
son efacement dans une économie qui recouvre la possibilité
de son retour. Le souci de son avènement passé ou futur,
referme, en un pli, cele-de-toujours : oferte là ici maintenant
dans une omniprésence innocente de tout calcul. Quand le
souci a lieu, elle est déj à placée, par lui, dans le mémorial de
son être-là naturel . Déj à vivante dans et pour la mort. Son
natif commencement, seuil toujours entrouvert de l' éveil ,
devenu pays ou maison natale où se chante sa perte.
Que la beauté de l'œuvre soit recherchée au lieu de sa
disparition, telle serait la renaissance de la joie dans le deuil .
Que, du fond de son enterrement dans l'oubli, un dieu soit
attendu, témoigne de la toute-puissance qui renaît de sa mort .
Celle-de-toujours s' abolt dans le manque et le retour inter­
mittent d'un absolu divin.
Dont il faut garder mémoire comme inaugural défaut,
donc mise à l'épargne d'une proxiité économe, pour qu'ele,
l' omniprésence indéfent prodigue, ne resurgisse plus de
la faille, d'oubli, où ele a été laissée. Cette perpétuelle
enfance troublerait de son exubérance sans parcimonie, de
ses efusions sans réserve, de ses ferveurs et épanchements
1 01
trop immédiats, l 'élaboration de l' œuvre, et « la mûre proxi­
mité au manque » qui constitue le « fonds » où elle s' enracine.
S'élevant et se maintenant à partir de l 'excavation d'un sol
naturel, l 'œuvre - de l' homme - doit, indéfniment, se
sauvegarder de la rechute dans l' ab1me. Tel est son souci .
Qui n'est pas d'elle. Car, pour elle, la toute-joyeuse, une
attention innocente et amoureusement désarmée s 'en éloigne­
rait moins . Le souci étant déj à l 'espacement, l'espace-temps,
en lequel se tient ce qui sépare, et d' elle-même, l'omniprésence
du vivant. Ce qui écarte et déchire pour l' avènement du dit.
Qui est, maintenant, celui du dieu.
L'oubli et le silence gardés sur un présent encore naturel
ménagent l' arrivée du dieu : intact et sauf. L' apparition fou­
droyante de l 'éclair. Dans l'explosion d'un immédiat qui
rompt le cercle de son renfermement. Aussi dans la parole.
Arme d�s mortels, la langue produit l ' appel et l' ek-sistance
des célestes . Rares et redoutables dans leur survenue, espoir
de retour et d' assistance dans le manque qui les a créés et
qu'ils entretiennent de leur altière parcimonie, les dieux ras­
semblent, dans leur appropriement, les dons naturels, en un
pouvoir toujours menaçant de mort. Leur source cache un
deuil . Et ce n' est que dans le lointain, l 'intermittent, le rare,
qu'ils se manifestent. Captivant d'un surcroît de puissance
les exilés de la terre natale. Les entraînant touj ours plus avant
dans une séparation irrévocable. Et l'oubli de celle dont
l' approche est maintenant impossible.
Le langage, le plus dangereux de tous les biens, a créé
les dieux, mais il ne peut les détruire et les faire disparaître
pour retourner à l'éternellement vivante, à la maîtresse et
à la mère, et témoigner avoir hérité ce qu'il est, avoir appris
d'elle ce qu'elle a de plus divin - l ' amour qui conserve
l 'univers (Holderlin, IV, p. 246, traduit, cité et commenté
dans Approche de Holderlin, p. 45) .
Ek-stasié de l' amour d'ele dans l a langue, l e poète est
exposé à l' errance et à la détresse. L' arrachement à ses bras
légers le mène toujours plus loin dans une solitaire absence
où se pressent une proximté essentiele avec le dieu.
1 02
Mais il faut, d' abord, partir. Dans le lointain d' un touj ours
plus loin où recule, indéfniment, ce dont est pressentie l'ap¬
proche. Là-bas, peut¬être_ l'éloignement prendra fn. Mais
ce là-bas doit se quitter encore. Nécessité d'un nouveau départ
pour le plus lointain des lointains commencements .
En vue duquel se traverse aussi la mer, pour un retour en
lequel les mêmes choses auront changé de signe. Où tout
sera autrement perçu. Le plus familier étant devenu le plus
lointain dans son approche.
Car la mer donne et prend la mémoire : elle fait entrer
toujours plus profondément dans la mémoire de l 'oubli . La
traversée de l'ouvert mène au rivage étranger, éveille à la
pensée de l 'étranger, mais en retient et transfgure l' étrange
pour que s 'accomplisse l' appropriation du propre. Tourné
vers l' autre, le navigateur serait toujours , dès l' arrivée à son
bord, ramené vers le même. Au « fond » de l' être.
Accoster en rive étrangère marquerait la décision du tour­
nant : du retour au même. L' autre - terre - ne serait
saisie en son aspect étranger que pour s 'exposer clairement
lors du retour au pays, et pour que le voyageur reçoive, de
cette phénoménologie, la perception de plus en plus claire
du fond de son propre être. Le départ vers l' autre n'est que
le détour nécessaire pour revenir plus sûrement à soi . L' autre
ramène indéfniment chacun en son propre être.
Tourné vers l'autre, le regard saisit son aspect , le traverse
et, ainsi rendu diaphane au voyageur, l' autre perd l' attrait
de son étrangeté et devient ce qui découvre de plus en plus
le fond du même. La transparence de l' autre, pour la pensée
fdèle, est la médiation de l' amour de l'un pour le même.
Ce qui , de plus en plus, replie, imperceptiblement, l' amant
en lui-même. L'amour n' étant jamais sans intention. Sans
volonté essentielle de reconduire chacun en son fond pour
l'y rattacher. Allant de l' avant, la pensée des amants doit
toujours garder le souci de se maintenir dans l'être qui lui
a été confé en propre. L'ek-stase, fdèle, est le lieu du tour­
nant qui ramène au même.
Pour ce retour, l' ouvert se traverse sans arrêt. Le navi­
gateur, l 'amant, y perd et y reçoit la mémoire. Une mémoire
103
qui n'est pas sans oubl, sans gel de l 'étrange de l 'autre,
dans son exposition claire en tant qu'étranger. L'ouvert donne
des bords . La mer, horizon étale entre deux rivages, deux
pays, sert, maintenant, à marquer des limites . Ele ne va
plus de l 'un à l' autre, unissant le tout de ses bras légers .
Elle sépare, distingue, et entretient la distance. Et, en même
temps, elle ramène toujours au plus propre. Ecartée, elle
retient et transfgure la diférence d'un bord à l'autre, d'une
lèvre à l' autre, entrainant l'oubli de leur étrange rapport.
L'ouvert n'est plus ce qui rapproche en un embrassement
imperceptible. Il s'ouvre en un éloignement qui fait que
l' autre apparaît, peut se regarder, s'exposer clairement dans
son altérité. Et ainsi s'approprier, en abolissant son étrange
attrait, dans le fond de l' être.
Mais ce rapatriement de l' autre dans le monde et la langue
du même n' atteint pas encore à l 'être originel d'une pensée
fdèle. Par lui, elle s'éclaire seulement une première fois . Les
navigateurs, les amants , ne se déprennent pas du cercle qui
les lie à l' étranger : leur horizon est encore l ' appartenance
mutuelle de l'un à l' autre. Perpétuels voyageurs entre les
deux, ils peuvent, dans ce va-et-vient, mesurer la profondeur
d'un fond. Mais celui-ci ne demeure pas immuable : il ne
fonde pas originellement. Il change, peut ne pas durer,
n' avoir lieu que comme passage. Il ne va pas à la source de
l'un. Les navigateurs, les amants, ont leur être de l 'un à
l' autre. Leur lieu est encore l'entre-deux.
Le poète arrive pour maintenir ouvert l 'ouvert . Renon­
çant à la mer, il jette l' ancre en terre natale. Il revient y
faire le récit des j ours de l' amour. Il garde l'ouvert ouvert
en le montrant . Le constituant en demeurant ouvert . Il ne
nomme pas le contenu du demeurant, il en consacre le sol :
fondation de la maison où les dieux pourront venir en hôtes .
Il habite dans l'entre-deux. S'y établissant fermement, il
demeure fdèle au lointain qui approche dans la venue du
sacré.
Les dieux arrivent quand le poète maintient ouvertes
les lèvres pour l' à-venir de leur parole. Lui est confée, comme
vocation, de garder cette primordiale ouverture qu'ouvre
1 04
et recouvre, de son dit, le sacré. Poème, antérieur à tout
dire, qui convie hommes et dieux à la fête.
En celle-i, le feu du ciel est rapporté à la terre natale,
les divins adviennent aux mortels . Leur rencontre, en ce
cadran, n'a lieu que dans la stabilité d'une fondation durable
et unique. Lorsque les va-et-vient du voyage sont ramenés
à leur marche vers l'origine, la mer à sa source, les vents
à une seule direction. Tout mouvement, en provenance
maintenant du plus haut. L'entre-deux maintenu ouvert pour
le passage de cette élévation.
Sur terre et pourtant par-delà, le poète montre le ciel et
fait ainsi que la terre apparaisse dans son éther poétique.
Irréel qui la rassemble à partir de l' unité de son être. Mem­
brane ou voile transparents qui la recouvre et la dérobe
comme lieu d' origine. Fond de naissance, aussi pour l 'esprit.
Mais, au présent, fermée. Se retirant et se cachant derrière
ce qu'elle met au j our. Ne se laissant pas saisir par qui se
tourne vers ele comme vers chez soi . Le laissant s 'enfoncer
dans une recherche de plus en plus vaine, consumer ses
forces dans le désir d'être immédiatement ce qu'il a en
propre. Sauf, si l'amour de la patrie l' amène à l' épreuve de
la privation du chez soi. Au départ vers l'étranger. A l 'at­
trait pour une autre terre que natale.
En exil, hors de chez lui, c'est toujours la même qu'il
recherche de façon médiate et cachée. Acceptant l'oubl en
ve de sa conquête future.
Mais, à l'étranger, accablé par le feu du ciel . Se consu­
mant encore. Jusqu' à c qu'il apprenne du feu qu'il doit
être rapporté dans la patrie.
Une première fois, le poète transproprie, dans la langue
natale, l'étrange de l'étranger. L' autre de l' autre ? Il main­
tient ainsi ouvert, en le montrant, l'écart entre. Mais le
contenu de ce demeurant ouvert, il en laisse le dire aux
dieux, et aux hommes . Le feu du ciel, qui le traverse et aisi
se donne aux mortels, leur permettra d'en découvrir la
vérité.
Le poète est illuminé par l'éclair divin. Son regard se
maintient ouvert sur ce qui ne se découvre pas à lui. Il ouvre
l'ouvert du regard. Mais ce qui, dans ce regard, peut appa-
105
raitre, il ne l' aperçoit plus. La vue des choses familières ,
qui s e montraient à lui , est dérobée par l' éclat du dieu et
la nostalgie originelle dont les hommes les recouvrent.
La chair source idéfniment, sans j amais s 'éloigner du
milieu qui lui donne lieu. Elle s'ouvre, pétale après pétale,
dans une eflorescence qui ne se produit pas pour le regard,
sans s'y soustraire pour autant . Ces feurs ne se voient pas .
A moins d'un autre regard ? Se laissant toucher par la
naissance de formes qui ne s 'exposent pas dans la clarté du
j our ? Et, pourtant, sont là. Support invisible de la consti­
tution du visible. Ces dons se donnent vers un dehors qui
ne franchit pas le seuil de l' apparaître. Ils baignent le regard
sans être perçus comme voir. Irrigation d'une sentuition qui ,
de l a chair au regard, du regard à la chair, va et vient sans
l' ek-stase d'une contemplation arrêtée, ni le renfermement
dans la privation de lumière. Irradiations imperceptiblement
illuminantes .
Le regard, qui ainsi est regard dans et par l a chair, ne
s 'en sépare pas dans la distance d'un point de vue. Elle
n'est pas dévisagée comme chair, dont il aurait à découvrir
ou dévoiler les propriétés . Etant de chair, il la recouvre de
cette chair qu'il est et qu'il a reçe d' elle. Qu'il garde en
partage avec ele. Il lui rend ce spectacle d' avant tout spec­
tacle qu'elle donne. Il Ia revêt de ses feurs .
Abritée dans ses efusions , elle déploie, sans retenue, ses
foraisons . Corps d' air rayonnant, invisible. Tout embrasse­
ment du regard y trouve le ciel de sa lumière. Elle et " lui
s'épousant sans l' écart, ne serait-ce que d'un voile ou d'une
peau, maintenant toujours la distance et rendant leur péné­
tration l'un dans l' autre impossible.
Ainsi la chair demeure voyante, et le regard chair. S'en­
tourant, s' enveloppant, s 'éclairant dans leur mutuelle appar­
tenance au milieu, touj ours entrouvert, qu'ils constituent.
Sans confusion ni appropriation de l'une par l'autre. Sans
retraite dans la crypte ni j aillissement de l 'éclair transperçant
de sa foudre l' abri nocturne où elle serait retenue.
La nuit et l e jour gardant et alliant leurs diférences dans
un éveil de l 'une à l 'autre : perpétuel commencement, demeu­
rance du printemps, durable enfance. Non simple passage
106
entre minuit et midi, l'hiver et l'été, mais temps de la
naissance, aussi dans la lumière du jour, de formes déj à là.
Le soleil, ni trop brlant ni trop haut, touchant horizonta­
lement, de ses premiers rayons, les efusions de la nuit . Les
habillant de leurs contours diurnes sans les séparer encore
en leurs nafs enlacements . Les laissant se dévisager, sans
pudeur et sans honte, dans leur réveil matinal . Trop peu
apparues encore pour se voir distinctement, se produire
ou reproduire comme événements défnitifs . Dévoilements
arrêtant l 'entrée en présence.
Tendre clarté qui ne distinge et n' écarte pas encore dans
une distance nettement tranchée. Où les corps se divisent,
aussi de leurs ombres portées, et ne retrouvent leur lieu
que dans l'unique d'un paysage natal ou d'un sol approprié.
Là, chaque chose est déj à une et pourtant nombreuse en
ses débordements . Proche, et d'elle-même, en un avoir-lieu
sans commencement ni fn. Dans une durée qui ne se compte
pas encore. Ouverture d'un temps d'avant l 'histoire. Où
tout n' arrive qu'une seule fois, mais dans un déploiement
qui ne connaît pas de terme. Cette première fois ne se répète
jamais mais dure toujours . Moment en deçà ou au-delà du
fni et de l'infi, antérieur à toutes mesures, subsistant
comme l' à-venir de leur passé ou futur.
Berceau de l' événement. Fête du matin. Fiançailles d' avant
ou d' après l' amour, où le regard regarde ce qu'il regarde :
encore une première fois. Sans la distance d'un toujours­
déj à ou d'un pas-encore où se produit l 'ek-sistance d' un point
de vue.
Le départ, le déchirement du un du tout n'exis te pas
encore, et l' appel à son retour dans la proximité du mi
n'est pas nécessaire.
S'y dit le si proche que les mots mêmes aveuglent . En
ce si proche se cache le sacré. Mais le jour qui sépare fait
qu'il demeure dans l'invisible.
Ce familier inconnu qui meut, émeut, promeut, donne
son mouvement impulsif au montrer de la dite, serait la
primeur du matin avec lequel seulement s' amorce l'échange
107
possible du j our et de la nuit . Le plus matinal et l'archi­
ancien ?
En quoi, pourquoi, au nom de quelle raison, icapable
de mise au point, ces deux sont-ils réduits ou ramenés au
même ? Quelle nomination, quels noms , les reploient dans
le même ? Et le tracé ouvrant qui libère le déploiement de
la parole n'est-il pas rendu nécessaire par le fait que le plus
matinal est constitué en archi-ancien d'où s'origineraient tous
les points de tous les espaces de j eu du temps.
Point-source à partir duquel auraient lieu les divers sur­
gissements et séjours d' époques de l 'histoire. Mais qui, les
soutenant d'une propriation toujours demeurée secrète, ne
serait j amais apparu en elle. Serait touj ours resté le mystère
de ses déploiements . Et pourtant, à chaque instant, rame­
nant la parole à elle-même, la portant à la parole en tant que
parole, à partir de son imparlé et son indit.
S'avançant en elle, la parole aurait toujours parlé unique­
ment et solitairement avec elle-même. Mais , pour qu'elle
puisse ainsi se retourner indéfniment en ele-même, quelque
chose de toujours immontrable, indémontrable, impronon­
çable, résistait à son accueil dans le dire de l 'homme. Atti­
rant celui-ci en un chemin allant toujours plus loin vers
le fond, et liant, en cette attraction, tous ses mots et mons­
tres. Quelque chose que l'homme écoutait, à quoi il tentait
peut-être de correspondre, mais qui demeurait indéfniment
muet.
Parce qu'il ne lui avait j amais laissé la parole ? Que,
recevant d' elle, ce don, il se l'était aveuglément approprié
sans retour ?
Que l'homme aille à son déclin, à la décomposition de
ce qui, jusqu' à présent, l 'assemblait, il l' a dit . D moins
à travers le poète Trakl ( cf. « La parole dans l'élément
du poème », dans Acheminement vers la parole, Gali­
mard, 1 976, pp. 39-83) . Que le crépuscule soit la chance
d'une nouvelle aurore, ce novembre, l'espoir d'un nouveau
printemps dont l' à-venir proviendra du regard perdu dans
la nuit, il l' a dit . Et encore qu'à l' étrange est confé le destin
de cet autre levant, où tout sera autrement assemblé, abrité
et sauvegardé. Où le demeurer aura un autre site ? Où
108
l'habiter n'aura plus lieu dans la haine mais sera le bâti de
la seule tendresse ?
Mais c'est en un jeune garçon, mort pour la sauvegarde
d'une profonde enfance, que ce couchant et ce levant auraient
le possible de leur futur . Un jeune garçon dément . autre­
ment sensé que l'homme, vieux, de l'Occident. Un songe
mort dans son matin pour l'insurrection de l'esprit . Laissé
au cheminement d'une souterraine mémoire.
L'apparition et disparition d'une profonde enfance, de
l'ingénéré d'une diférence entre garçon et fle, auraient leur
lieu dans la fgure d'un adolescent . C'est du côté d'un encore­
à-germer de l'homme qu'une chance d'à-venir serait réservée.
Encore de l'homme ?
109
Si être et penser - le même, cela ne signife-t-il pas que
la même % chose » ne s 'entend pas dans ce qui se désigne
par être et par logos ? Que, dans le logos, ne se dit pas encore
l'être ? Réserve de silence circonscrite par et dans l'ordre
de la langue. Possibilité de son articulation, et de tout
ce qu'ele donne-redonne en présence. Cette clairière, qui
défirait l'homme comme homme, et dont les propriétés
seraient : la liberté, la vastitude, le recueillement, la légè­
reté, la brillance, ne consisterait-elle ou n'insisterait-ele pas
dans l'impossibilité, pour l 'homme, de parler le plus fon­
damental de ses besoins ou désirs ? Mutique sur l'essentiel et
voulant le demeurer. Refermé sur le Gestelt de tout échange,
de la consomation la plus utile à la contemplation la plus
sublie, et le gardant scellé dans son monde.
Toujours infans quant au parler de son métabolisme le
plus élémentaire et de ses mutations les plus transcendan­
tales, la langue se tiendrait sur une lige entre terre et ciel.
Le plus passé et le plus futur se reliant sur un socle-support
sans mots, un pont surplombant l'informulé. Respirer-voca­
liser-dire n'entrent jamais en présence, ne se répètent pas
dans la langue. Pas plus que le projet qui l'anime . Prati­
cables de tout ce qu'ele rassemble, ils y restent imprati­
cables . Impensables .
La langue ne dit pas l'essentiel. Ele s e déploie comme
rej etons, en plus à ce qui fonde l'homme comme homme.
Ce qui se dit, s 'échange, se présente ou représente ne serait
jamais que superfu par rapport aux conditions indispensables
1 1 1
à l'existence. Jamais l'homme ne parlerait par nécessité.
Sinon dans un passé très ancien. Oublié. Dont le chemin
serait perdu. Ouvrirait sur des abîmes . Le goufre de l' ori­
gine de l'homme comme inutile ? Animal producteur de gra­
tuité entre terre et ciel . Préoccupé de mort et non de vie.
Déraciné de sa naissance, de sa croissance, dans un monde
de projections, de rêves .
Etre nommerait le rien de et dans l 'homme. Son vouloir
de néantir, plus insistant au cœur de sa vérité que son souci
de vivre. Toujours déj à arraché à son sol, toujours déj à en
deuil. Etranger au plus familier. Dépaysé vis-à-vis du plus
proche. Ayant enveloppé le tout et lui-même d'un revête­
ment inutile par anticipation craintive de la mort ? Laquelle,
toujours immédiatement là, serait pourtant ce qui sauve ?
De l'oubli du péril de vivre. Du sommeil léthargique où
les hommes s 'endorment dès que nés . S'assemblant dans
et par la langue.
Mais en quoi et pour quoi cette rencontre ? Pour venir
les uns aux autres dans le suspens du plus nécessaire ? Pour
maintenir un ordre qui tait les besoins et désirs fondamen­
taux, même s 'il est bâti à partir d'eux ? Ayant trouvé mesure
commune et appartenance identique à plusieurs en décidant
accessoires de teles nécessités . Initial renversement traduit
dans le silence de la langue. Noyau laissé inarticulé, entouré
d'un cercle tautologique qui le garde de nssure : être -pen­
ser - le même. Sinon, le tout éclate. L'ordre se désagrège.
Séparer être et penser entraîne la nn du monde.
Mais ne sont-ils pas, depuis toujours, arti:ciellement
conjoints ? L'être demeurant l'impensable. Le résidu com­
plémentaire du logos ? Le complice indispensable à son
fonctionnement. Intouchable entité de la copule appropriée
par l'homme ? Retirée en lui par anticipation présente de
la rencontre avec le tout-autre - la mort ? Copule scellée
dans le silence et l'inapparence, au fond de la langue. La
gardant de se défaire de part en part, si être et penser dif­
fèrent, si cet instrument celé de l'ordre symbolique se dévoie
comme une entité techniquement fabriquée, et qui ne résiste
1 12
pas au questionnement . Ce qui ferait signe vers la nécessité
de l' oublier.
Si l'être se divise en deux, qu'en est-il de la présence ?
Si cette clé obscure ouvrant le monde de l'homme se déchire
en au moins deux, alors que devient le temps de l' homme,
l'homme dans son espace-temps ? Si le mystère du symbo­
lique se dévoile comme le symbole d'un mystère : celui
d'une alliance toujours déj à scellée entre deux dérents
dont l'articulation n' apparaît j amais, ne s'est j amais dite,
ne se parle pas, qu' arrive-t-il à la langue ? Qu'elle présup­
pose que deux puissent devenir le même, l' absolu même,
dans l'oubli d'un tel statut, n'est-ce pas là que se trouve
le péril de son fondement ?
Quelle coappartenance forcée est enfouie sous un déploie­
ment apparemment mesuré et serein ? Mais, aussi bien,
quel déchirement irréparable ? Symbole, être n' appartien­
drait simplement à personne ni à aucun monde. Et un ras­
semblement de même( s ) n'en tiendrait jamais qu'une partie,
se penserait-elle comme l'Absolu. De l' autre, il garde, au
plus, l' air : le milieu pour aller vers, la voix pour appeler,
la mémoire de l 'apparence. L'air, mais non l'être. A moins
de les ployer au même ? Ou de penser leurs rapports .
Ce qui laisse l'être approprié comme entité à partir d'un
fragment seulement de la copule. Tournant en cercle dans
l' identique à soi même, résorbant les contradictoires , s'as­
similant l' autre, mais n'articulant pas le mystère d'une dif­
férence irréductible au même. Laquelle, j amais, ne revient
à un, et qui produirait, dans cette insurmontable altérité,
de la parole pour se dire. Echanger à travers la dissemblance
et l' asymétrie. Se conjoindre et se disjoindre en un lien
toujours à reprendre-redonner. Sans ajustement défnitif.
Monde toujours en transition et en devenir. Que la langue
construirait et reconstruirait sans cesse en une architecture
inachevable. La maison de l'un ne devenant j amais celle
de l'autre, sauf à abolir l' effcace de la copule : « rondeur
parfaite » qui ne va plus vers rien mais cache un abîme.
Sa proposition étant de s'en tenir à la présence. Le péri
étant d'appréhender en quoi elle se tient.
Sur cet accord unique - dans l' être - mieux vaut se
1 1 3
rencontrer sans mot dire . . . Se laisser cheminer en un aller­
retour d'échos sans réponse. Entre deux rives où ne se tient
plus personne. Seulement du pont . Il y a . passage surmon­
tant une déchirure, reliant deux bords, surplombant un
feuve, rapprochant ce qui s 'écarte.
Mais cet il y a} apparemment neutre dans son apparte­
nance, pas plus à une rive qu' à une autre, pouvant s 'em­
prunter dans un sens ou dans l' autre, est construit par
l'homme comme un chemin, un projet, une traduction, qui
réunit lui même à lui même, en son monde, sans alliance
ni échange entre deux diférents. Sinon à l'intérieur d'une
uité toujours déj à existante, présupposée ou postulée entre
antagonistes, opposés, contraires, sujet-objet, déterminés à
partir ou en vue d'un tout. Besoin d'un ensemble stable,
d'une unité, au présent, sans faille, tel serait ce qui meut
l 'homme dans son être. Unité non donnée immédiatement
- cele là n' apparaît pas comme telle - mais conquise,
construite, sans cesse à garder et restaurer contre un chaos
originel. Unité d'un ordre et non d'une nature encore inno­
cente. Qu'il faut séparer d' elle-même, en elle-même, espacer,
pour la recueillir en un lieu unique. Aménagé dans et par
la langue. Architecture qui, imperceptiblement, réorganise
le perçu, le reçu, l' apparaître de tout ce qui arri ve, vient à
l' encontre ; lui assigne une place, un statut, un nom ; l'éta­
blit dans un système de relations qui fait loi pour l'existant
et sa croissance. Tout étant pris dans le même. La diférence
réduite à un état de scission nécessaire - pour un avène­
ment fnal.
Dans cette économie, la copule sert de centre, d'axe, de
pilier, de mât, gr✠auquel et autour duquel tout tourne.
Horizontalement et verticalement . Sceau partout présent,
sceau de la présence, de son surgissement, de son apparaî­
tre-disparaître. Toujours essentielement là. Assurant le bat­
tement temporel de la délimitation du spatial. Vectorisé
et circonscrit selon le projet de l 'homme, même s 'il se dt
ou se veut neutre. Ni l'un ni l'autre.
C'est-à-dire ? En quoi ce don d'un il y a qui n' appartien­
drait plus à personne ? D'où provient-il ? A qui, à quoi
sert-il ?
1 14
Et, par quel mystère, y a-t-il là nécessité d'un voilement
pour l'homme ? Par quel efet ce qu'il a produit lui revient­
il occulté ? Son monde se présentant à lui, telle une énigme,
et non sans risque.
Ne serait-ce que, dans ce monde, s'est approprié de l' autre
dont il ne maîtrise pas l 'origine ? Prise dans l'entrée en
présence d'une inconnue insaisissable, qui résiste au propre,
et pourtant intervient dans sa constitution. Inconnue muette
qui ouvre le logos en abîme sur ce qu'il ne dit pas . Mais
aussi sur le silence cerné dans son cercle tautologique.
Etre - penser - pas le même ? Dans l'être insisterait
ou subsisterait quelque « chose » qui assure la pensée, mais
la menace comme ce qu'elle a exclu de son ordre. Se retour­
ner vers l'être - le péril .
Si l'être se donnait sans retrait, ce présupposé intangible
du logos pourrait bien efondrer le tout. Si le geste d' appro­
priation s 'interroge, ce qu'il cache de factice pourrait se
révéler ? Et le désigner simplement de dés appropriation ne
signife-t-il encore l' appel à quelque contradictoire, toujours
ramenable au tout du même ? Cette interprétation ne veut­
ele, encore et toujours, sauver l'être ? Ce cœur de la méta­
physique.
Si l'être se décompose en deux radicalement diférents,
comment reonstruire l'ensemble ? Si, au lieu de l' entrée
en présence, dex - au moins - se tenaient toujours
mystérieusement ajointés ? Et selon un mode d'alliage ou
d'aliance j amais dévoilé ?
Si aucune « chose Ñ n'était j amais une ni unique, mais
toujours production d'au moins deux ? « Son » creux n' ha­
bitant « son » entour que pour désigner une impossible
appartenance de l'un à l'autre. Par exemple. Le vide rap­
pelant une présence absente. Immémorable. Le signifant
d'un oubli qu'il faudrait cependant garder - comme oubli .
La chose contiendrait l' oubli en tant qu'elle aurait, en
elle, un espacement non construit, une clairière défrichée,
sans arbres . La remplir revenant à utiliser l 'oubli pour tenter
de rendre présent. Par renversement-reversement ? Opéra-
1 15
tion toujours à répéter, toujours inaccomplie. Toujours in-fie.
Ce qui fait la chose ? Son ouverture pour l'oubli . Bords
toujours écartés pour maintenir l' accès au toujours et encore
libre qu'elle recèle. Densité d'oubli de consistance imper­
ceptible - plein d'air. Où peut entrer, pour ressortir, ce
qui veut honorer l' absence dans un lieu recueillant la pos­
sibilité du surgissement de la présence. Chose aux rives,
ou aux lèvres, ni ouvertes ni fermées . Il faut qu'ele puisse
recevoir sans prendre, garder sans retenir. Vide monumen­
tal à la mémoire de l'oubli . Revers nécessaire à l 'entrée de
l 'être en . . . Eternel et permanent accès, et excès, à tout .
Si la chose ne garde plus l'oubli , alors . . . Si elle ouble
l 'oubli, alors . . . Si elle se remplit elle-même ou d'elle même,
par exemple ? Ou si elle prétend à la coappartenance de l 'air
qu'elle contient ou dans leq
u
el elle se tient ? Si ce qui entre
en elle, ressort altéré d' avoir eu lieu en elle ? D' avoir par­
ticipé à son avoir-lieu ? Son entour étant diférent quand
il se reverse - dehors dedans, dedans dehors . Alors, que
devient l'être ? Dans quelle époque de son destin advient-il ?
Si la « chose » ne subsistait pas dans une impassibilité
qui fait que son creux demeure toujours le même ? Si elle
changeait d' air( s ) ? L'oubli s'oublierait comme tel ? Donc,
plus d'être ? Sinon toujours à réarticuler comme copule
métas table entre ? Entrée en présence toujours produite par
deux, j amais les mêmes, jamais la même. Jamais une, même
si son apparaitre peut tromper. Et donner la partie pour
le tout . Etre à ne jamais déshabiler . . .
Et comment ne pas reconstruire l e tout dans une pré­
sence ? En se souvenant de tous ses visages, de toutes ses
confgurations, de toutes ses fabrications, de toutes ses arti­
culations, de tous ses profs, de tous ses emplacements,
déplacements, espacements . Toutes ses productions ?
En suppléant toujours tout ce qu'elle a déj à reçu et doné ?
En la remplissant-vidant de tout ce qu'ele a déj à contenu ?
Ou, en l'oubliant ? L'accueillant dans son surgissement au
présent.
. .
Mais qui, ele ? En quoi et de quoi est-elle faite ? Quel
1 1 6
culte se rend, à travers elle, à tout ce qui s'est déj à oublié ?
Quel mode d' assistance se convoque pour cette commémo­
ration ? Si l'appareil du souvenir se complique de plus en
plus, n'occupe-toi! fnalement tout l'espace ? Donc, plus de
lieu pour l'oubli ? Plus d'être ? Il faudrait crier de détresse
pour créer encore un peu d'espacement dans la lange ?
Où le silence s 'entendrait de moins en moins .
A moins de passer au nous ? Qui nous ? Toujours au
moins deux, dont le Gestell réarticulerait autrement l ' être.
Jamais refermé en cercle. Jamais replié ou reployé dans un
site. Jamais là, ou ailleurs . En train de se constituer sans
cesse.
S'agirait-il encore de l'être ? QueUe question ! Il Y en a
toujours déjà de l'être produit par deux. Celui de l'homme,
par exemple. Pourquoi ne se traduit-il pas dans la lange ?
Pourquoi chaque un s' approprie-t-il la copule ? Parce qu'elle
l'a produit comme un ? Certes, mais à partir de deux. Ce
qu'il ne dit pas . Un provient toujours de deux irréductible­
ment diférents .
Objectera-t-on que cette question ne s e pose qu'aux non­
initiés à l 'être ? Il est vrai que, si les choses se mettent à
parler, c'est la fn du monde. Notamment par la découverte
de vérités si élémentaires qu'elles risquent d' abîmer le tout
dans une immémoriale fction.
1 1 7
La parole parle uniquement et solitairement avec elle­
même. « Précisément ce que la parole a de propre, à savoir
qu'ele ne se soucie que d' elle-même, personne ne le s ait »
( cf. « Le chemin vers la parole Ñ¿ dans Acheminement vers
la parole) p. 227 ; commentaire, entre autres, d'une citation
de Novalis ) .
Le chemin vers la parole ne serait-il pas qu'elle se laisse
cheminer vers l 'autre ? Qu'elle retraverse sans cesse la langue
et ce en quoi elle fait obstacle à la rencontre ? Qu' elle y
rouvre des voies de passage et des lieux d' échanges . Ména­
geant des espacements entre là où se tenaient, fermement
orientés, les murs de l'habitation de l' homme. Si localisé
dans son territoire qu'il parle solitairement avec lui-même
- au plus avec ses frères, ceux-là qui partagent le même
ton -, sans souci que de lui-même ? Propriétaire, sans
doute, mais enfermé dans sa maison. Resserré dans un entre­
lacs qui protège son lieu mais fnit par le priver d' espace
libre.
Ainsi faudrait-il, aujourd'hui et enfn, défricher la langue,
comme, au commencement, elle a ouvert la nature pour se
dire ? Rien ne se voyant plus à travers elle. Quelque chose
serait à dénouer dans la langue même, pour laisser appa­
ratre ce qui l' empêche de se délier en paroles nouvelles.
Pour laisser surgir l'encore imparlé. L' encore à dévoiler.
En réserve. Qui nécessite de repenser certaines limites , cer­
tains traits marquant l'horizon du dire, et de son cercle
tautologique.
1 19
Il faut interroger l'être en tant que signe, symbole et
copule qui tend à égaler.
Vers quele réunion indissoluble cet être fait-il signe,
s'il n' est pas le signe des signes, l' intangble clé de voûte
de tout apparaître et disparaitre, l'éternelle caution de toute'
entrée en présence ? Signe qui ne montre rien que l 'impé­
ratif de la monstration pour entrer dans le cercle de la
coappartenance à la même langue, de la complicité d'un
entretien toujours déjà bouclé entre « frères humains accor­
dés '» sur le dire et le silence. Unifés dans un site unique
dont l' entour ne leur apparaît pas .
Longue histoire. . . Qui répète inlassablement le tracé
ouvrant de sa rayure. L'efraction dans la phusis et son recou­
vrement . Le défrichement meurtrier, et la culture qui l' ou­
blie. L'ouverture blessante pour le recueilement d.e la
semence.
Mais en quoi ou en qui l'ouverture ? Et n'était-ele déjà
avant l' efraction ? Pourquoi cette répétition appropriante ?
En quelle garde se tient-elle ? Pour quel destin ? Quel
compte, et conte, ou geste, se dit à l'origine ? En quelle
langue, réservée aux initiés ? Excluant ceux -ou celes ? -
qui, à certains rites, n'ont pas part .
« A droite les garçons, à gauche les flles Ñ ( Parménide).
Entre eux, la fracture de deux univers qui ne se parlent plus
l 'un à l'autre. Les uns aux autres . Les uns, créateurs de
mondes, constructeurs de temples, bâtisseurs de maisons ;
les autres, gardiennes d'un phuein se prodguant avant toute
culture. Sur un versant, la rupture, l 'établissement et l'éva­
luation de niveaux ; sur l'autre, la continuité, la sauvegarde
de l'étendue et du temps cosmiques ou naturels.
Déjà parlé et j amais parlé. Déj à pris dans les projets de
l'homme, et j amais dit dans son j ailissement primitif. Tou­
j ours déjà profané, et pourtant encore en gestation. Le sacré
de la gauche demeurant encore dans le silence. Ou appar­
tenant à une autre parole que celle qui a déj à eu lieu.
Geste indéfniment proféré de mise au monde. Démons­
tration muette d'une production qui toujours s 'enlève à sa
pourvoyeuse. Sans laquelle rien ne pourrait être désigné
comme produit. Acouchement obscur de la parole qui s'en-
1 20
gendre à partir de ce qui existe déjà, dans l' imparlé. En ce
qu'elle dit, et renvoie au non-it .
La totalité du parler aurait donc son répondant dans l'en­
semble des entailles qu'a tracées l'homme pour y faire appa­
raître ses traits de lumière. Le déploiement du dire trouve
son ajointement dans un champ sillonné d'efractions . Livre
gravé d'une nature muette dans son recueillement ofert au
labour et à la fécondité de l'ensemencement, de la croissance.
Encore imparlée et hors garde dans cette terre, ou cette clai�
rière, qu' elle est . Impensée dans la paix de sa « sérénté »,
sa spatialité libre et réceptive à l a lumière et à la voix, la
vibration tonale qu'elle apporte.
Dire qui n'est pas rien. Dire de l'être ? Mais néanti pour
être approprié par l'homme. Efacé dans son secret accom­
pagnement et demeurant, tel un médium qui véhicle dans
le silence et le risque d'apparaître comme le péril d'un
efroyable vide. Dire interdit tant qu'il n'est pas redit par
l'homme. Tant que la monstration ne vient pas de lui . Tant
que les phénomènes de la nature ne sont pas produits-repro­
duits dans sa langue et selon ce qui lui apparaît, ou ne lui
apparaît pas . Ce qui se dérobe, ou qu'il dérobe, dans un
appropriement unique. Dans un horizon et pour des inten­
tions qui ne lui font pas signes . Lui sont déj à signes . Pas
au-delà.
Et ce qu'il laisse se montrer, sans pouvoir encore le dési­
gner, est toujours déj à pris dans l' érection de son monde.
Le reste ne lui inspire que terreur. Y compris ce qui l 'en­
toure et reçoit son écoute sans qu'il le connaisse ou recon­
naisse. Ce à partir de quoi il perçoit l'écoute et qu'il ne peut
percevoir. Pas entendu: Entour redoublant le cercle de son
habiter. L'enveloppant, l'abritant, mais de manière inattei­
gnable.
Ce lieu, non bâti par l'homme et dont il se reçoit, demeure
hors garde. Même allant au fond de ce qu'il dit, de ce qui
se dit dans son dire, l 'homme ne rejoint pas ce qui ainsi
se donne en silence. La source, ou ressource, du dire reste-
121
rait à l 'écart, séparée du parler de l'homme ? Un pont, là,
ferait défaut ? Encore à construire ?
Le feuve de silence a-t-il lieu dans la diférence entre le
déjà dit et le redit par l'homme ? Dès lors produit par lui ?
Coulant en son monde ? L'unité de celui-ci en unissant les
rives ? Ainsi fait-il entrer le silence même dans son dire.
Oubliant l' autre qui demeure hors de son pays . Silence
étrange toujours déj à, pas encore, et j amais acclimaté. Liant­
reliant silencieusement le tout.
;ant qu'il ne se montre pas comme autre. Fin du monde.
Appel à un ajointement inadvenu de diférences . Lien encore
à tresser d'un horizon à l' autre, d'un corps à l' autre.
Qui ne peuvent s'entr'appartenir dans le même de l'un.
Le lieu de leur demeurer ensemble exige nécessairement
quelque polémique avant de trouver dans un futur, plus ou
moins éloigné, un relatif repos . Jamais éternel . Jamais accom­
pli . Toujours à reprendre et à redonner. Ce qui ne signife
pas : à répéter.
L'entrée en présence constitue déj à l' apparaître d'une répé­
tition. N'arrive, au présent, que ce qui est déj à éclairé par
le dire. Ne se montre que ce qui se tient déj à dans l'éclaircie
du regard ? L' éclat de ce qui surgit étant retour de l' éclair
qui a ouvert le paysage, déchirant le tout ensemble qui s'y
tenait déj à. Coup d'œil soudain portant au cœur d'un fami­
lier qu'il ne cherche pas à connaître de manière appropriée.
Toujours et encore inconnu. Demeurant dans la pénombre,
tel le lieu d'échange possible entre le j our et la nuit . Lieu
j amais nommé, j amais mis au point . Toujours matinal et
archi-ancien. Demeurant dans l 'ofrande d'un site pourvoyeur
de tout ce qui aura lieu dans l 'espace et le temps . Ressource
de toute appropriation j amais reconnue comme telle. La
condition a priori du rendre propre est que le milieu, où
il s 'origine, ne se montre ni ne se démontre. Ce geste doit
rester furtif. Inoubliable dans l'oubli de ce vers quoi et en
quoi il se meut . Touj ours neuf parce que laissant hors garde
ce familier entour en lequel il pénètre et qu'il ensemence
pour sa culture. Aveugle sur ce qui l'attire, le remuant secrè­
tement en deçà de tout visible.
122
Mouvement de l 'attrait, toujours recommencé et jamais
découvert en son commencement . Jamais pensé dans sa pri­
mtive donation ? Avant le il y a se redonnant à travers
la langue, n'y a-t-il le don d'un attrait à entrer dans ce qui
serait à dire ? Si le familier inconnu n'appelait pas à être
secrètement pénétré, où se ressourcerait le il faut dire ?
L' attrait ne demeure-t-il dans l 'oubli du don de ce qui l'at­
tire ? Ne se signalant que sur le mode de ce qui est déjà
attiré dans le dire sans vouloir reconnaitre la provenance
de l' attirance. L'attirante ? Recueillement sur soi qui assure
et déploie la durée de chaque séjour.
Ainsi, avant le don de l' appropriement, il y a celui de
celle qui s'ofre pour ce geste. Ofrande secrète, touj ours
recommencée, d'un milieu en lequel un don peut avoir lieu.
Plus iapparent - ou inapparu ? - encore que l' inappa­
rence du trait qui ouvre pour rassembler. Si proche qu'il
en est confondu avec le tracé même et son efet d'entour.
Qu'il entre dans l' app
r
opriement sans être approprié. Donc
infniment lointain.
Inatteignable emprise dans un mouvement ou un proj et,
qu'il soutient d'un imperceptible étayage. Soutènement de
tous points de l'espace et du temps mais qui ne se ramène
à aucun point . N'y apparaît j amais . Ne se dévoile pas . Jamais
mis au point . Constitué en pointe-ressource à partir de
laquelle se développerait l' espace-temps de l'histoire, avec
ses eflorescences époquales. Une réserve permettant le
déploiement du monde, des mondes, de l'être, sans j amais
toucher à un indit.
D'où la nécessité d' un tracé ouvrant ; le plus matinal étant
enfoui dans ou sous l'archi-ancien. N' ayant pas lieu en cha­
que instant . Touj ours recouvert d'un sol. Pris dans le repli
d'un double fond qui garde dans l'oubli le néantir d'une
primitive fertilité. Culture d' avant toutes cultures qui, secrè­
tement, donne lieu à de multiples implantations . Révélation
d'avant toutes révélations qui , mystérieusement, ne se dit
pas dans la langue. Alors qu'elle se montre dans une nudité
simple et donne lieu au visible, produit ou reproduit à partir
d'elle. La revêtant de couches d' airs qui l' immobilisent dans
la liberté de sa croissance. Lui imposant des dimensions ou
directions qui l' enveloppent d' abris mais découpent artif­
ciellement ses jaillissements et entrelacements premiers.
123
Dans la langue, ne se donne que ce qu'elle redonne. Et,
si elle se veut unique, elle s'impose comme clôture d'une
révélation. Elle ne laisse pas venir en présence tout ce qui
se montre. Elle - cache pour l'être. Neutralisant ce qui
ne proviendrait pas de son enracinement ou encadrement.
De son appropriement .
Tout étant disposé selon une unité ajointée en multiples
modes du montrer. Mais ce qui recueille ne dit pas « son »
recueil . Ne reconnaît ni même ne connaît de et en quele
disponibilité il se reçoit pour ainsi se rassembler en un
monde ou un séjour.
Il dit, ou ne redit, que ce qui est déj à dans sa langue.
Donc pas tout -pas l'excès à son tout. Seulement sa propre
langue, sa propre parole, son propre dire, son propre tout.
Le reste demeure silencieux.
Et, même ce que cet excès donne, est pris dans des entre­
lacs qui ne le rendent que neutralisé par ce dans quoi il
passe pour se donner au présent.
Il y a, il donne, l'être - efet d'appropriation-désappro­
priation de qui donne le lieu de l 'être. Le séjour des mortels
en leur être équivaut à leur capacité d' être ceux qui parlent,
et ainsi s' approprient.
Mais qui ne parle pas n' a place que selon la loi ou le
statut qui lui sont impartis. Un décret lui octroie « son
propre », tel le seul lieu qui lui revient dans le rassemble­
ment du tout. Sur cette assignation, sa voix n' a pas éié
entendue. Ne s'écoute que ce qui déj à était montré ou pro­
féré par ceux qui parlent, et qui vont à l'encontre du recueil­
lement résonnant du dit.
Ainsi correspondent-ils à ce tout qu'ils sont, répondant
à eux mêmes en tous leurs modes de montrer. Faisant reten­
tir en mots ce qui leur revient de partout. Contre-disant
tout. Et rien. Cette contre-diction n'étant que la résonance
parlée de l 'horizon de leur séjour.
Unique en son site. Qu'un homme paraisse y frayer un
chemin, il ne retourne que vers le propre de son être. Il
n'ouvre rien qui ne le soit déj à. Il obéit à du déj à dit dont
il se reçoit. Contre-dire revient à remonter, le reprenant mot
124
à mot, le frayage vers la source. Laissant être tout ce qui
y est déj à. Marche à travers des entrelacs de relations, par­
fois confus , mais qui s'éclairent dans ce cheminement même.
Chaque mot-chose redécouvert en sa stature sculptée en
quelque bois défriché.
Le saluant en parole, ainsi délié, l'homme le relie ensuite
de façon appropriante.
Rien là qu'une forêt déj à cadastrée où le promeneur va
reconnaître le terrain. Rien qu'un monde déj à construit que
l'habitant découvre comme sien. Se réapproprie, en le lais­
sant être. Faisant le deuil d'une propriété singulière qui
n'appartiendrait pas à l'être homme.
Rien donc qu'une langue déj à là en laquelle la parole
chemine librement. Pas au-elà d'un tracé inapparent mais
impérieux. Pays dont on ne sort pas . Les frontières ne se
rouvrent jamais. Ce qui se trouve au-dehors - énoncé
isensé - n' a pas leu d'être.
Double deuil� sans cesse répété. Le propre demeure géné­
rique. Aucun mortel ne le possède selon un mode particu­
lier. Il laisse être ce qui a lieu depuis toujours pour les mor­
tels . Il salue ce qui est, et ne le retient pas. Il se tient-retient
en lui . Le propre ne connaît rien hors de son site unique.
L'étranger à ce pays n' existe pas .
L' être implique le renoncement à ce dont¿ en tant quêtre,
il tient lieu, et comme deuil . Du tout autre, par exemple.
Etre, bâti dans l'obstacle et le recel de la rencontre entre
l'un et l'autre. Clairière pour aller à l'encontre du dit de la
parole dans la langue. L'homme cheminant vers le fond de
la matrice enveloppante de son être. Lui répondant, lui cor­
respondant, en un jeu de résonances . Touj ours déj à harmo­
nisées ? Répétition sans fn d'une partition écrite par un
musicien absent au présent. Resterait à j amais l'air à exécu­
ter par les interprètes du temps . En paroles . En mots reten­
tissants.
Où est là le corps de qui parle ou est parlé ? Comment se
donne-t-il dans ce « il y a » ou « il donne » ? Ou : se donne­
t-elle ? Ou : se donnent-ils ensemble ? Quel sacrifce de
corps ou de chair sont oferts à celle de touj ours, survivant
125
dans ses monuments historiques de mots ou choses sculptés,
ses liens tressés, ses enlacements permanents, ses chemins ,
ses tracés, ses horizons, son pays . Qu'a-t-elle pris en ele
qu'elle rend en fux neutre - il y a, il donne ? Octroi d'un
présent inassimilable ? En quoi ?
Que dit la langue de celui qui parle ? De celle qui ne
parle pas ? De leur alliance ou non-alliance dans les mots
ou le silence. Pas grand-chose. Rien de particulier. Qu'is
s'entr'appartiennent dans la solitude d'un monologue soli­
taire. Qu'ils ne sont pas séparés, ni isolés, ni sans rapports .
Liés dans la langue selon une communauté où il leur faut
prendre place. Qu'ils ne peuvent que répéter. Reproduire.
Sinon, incapables de parler. Engagés dans un lieu dont ils
ne peuvent pas sortir. Sidérés dans le déploiement de la
parole comme dans leur séj our en tant que mortels .
Destin sur lequel il ne serait pas de point de vue possible.
Seulement un cheminement obéissant en celle qui donne
le site unique. Toute-puissante qui ne se laisse pas capturer
en un énoncé - elle les rassemble tous en son horizon.
Enveloppe de tous étants dans une éclaircie qui leur ménage
leur apparaître.
Terre-mère de la langue, refaite par l'homme à partir de
cette autre dont il provient et dont il ne se souvient que dans
l' attrait à défricher ce qui l' empêche de voir.
Ce qui ne peut se voir. Mère qu'il ne rej oindra plus .
Séparé d' ele par le bâti d'un dire où elle est enfouie dans
l'oubli d'un immémorial silence. Matrice de paroles qui
éloigne à j amais de celle qui a donné le jour, où elle ne se
connaît ni ne reconnaît plus, où elle a disparu dans un entour
protecteur dans lequel des « frères » se répondent selon le
même ton. Sans contra-diction venant d'une autre dont la
voix serait diférente. Trouant le mur du son de mélodies
qui appelleraient à des résonances encore inouïes .
La Dite - dit-il ? La dite par e t pour lui . Pas elle, la
demeurante dans l'inappropriement d'un silence. Invisible
126
support de toute reproduction du visible. Qu'elle soutient
de son œil ouvert et pourtant aveugle.
Elle donne à voir, elle donne le voir, elle laisse voir, tel
regard qui enclôt le paysage et n'édicte rien sur la vérité.
Elle abandonne la liberté du monde à qui la prononce, et
garde, d'un inapparent cristal, le proj et des mortels .
Du moins tel fut longtemps sa participation au futur
- cette disponibilité qu'ele ofrait au calcul de l'homme.
Mais , quand la langue naturelle - la dite maternele -
se trouve pliée aux impératifs techniques de l 'informatique,
peut-être enfn risque d' apparaître ce qu'elle a toujours été :
la formalisation, par l 'homme, d'une nature première dont il
provient et qu'il veut maîtriser.
Il faudrait touj ours le redoublement d'une opération pour
que se dévoile son enj eu, ou sa vérité. Ce que son dispo­
sitif laissait en sommeil. Mais ce péril plus grand, venant
de la technique, ne se résoudrait en salut que si elle mani­
festait son indisponibilité. Obligeant le regard à se retour­
ner en son orbite, et à voir ce qu'il n'avait j amais perçu
_ l' aveuglement qui gît au cœur du même. Dévoilement du
projet fondamental qui lui fait voir tout étant selon son
seul et unique point de vue.
La technique, en faisant apparaître la limite du champ
perceptif de l'homme, apporterait peut-être l'issue au péril .
Par l'arrivée ou le retour, au-delà de l' essence, d'un dieu
ou d'un divin jusque-là exproprié de son destin. Nature exclue
de l'histoire, j amais dite, et qui prendrait enfn la parole ?
S' agirait-il encore d'approprier dans la langue ? Ou d' écou­
ter, au-delà d'un in-fni diférend, ce qui ne parlerait pas
forcément dans le même horizon ? Ce dialogue s' annonce-t-il
comme possible ? Ou faut-il que la parole demeure toujours
monologue en un seul dire ? L' appel traversant la limite de
ce lieu unique ne s'entendra-t-il j amais ? Que l'homme,
seul, n'arrive pas à transgresser les limites de son site, soit .
Mais quelque autre voix ne peut-elle parvenir jusqu'au cœur
de cet enfermement ? L'attirant à écouter ce qui se dirait
en un autre paysage.
127
L'emprise de la souveraineté de la langue est-ee inébran­
lable ? Permettant seulement l'ajout de fgures de style, de
feurs de rhétorique, de mélodies encore inchantées, de
paroles ou mots encore à retentir, dans un empire de conf­
guration immuable. L'homme se parlera-t-il, encore et tou­
jours, à lui-même à travers un mileu par lui déterminé, un
autre en lui défi, un dieu ou un divin, par lui, créé ou
interprété ?
S'ouvrir et s e bâtir un lieu dans une nature trop exubé­
rante, pour y réimplanter une langue dont les entrelacs
retiennent captifs et aveuglent de leurs liens, n'est-ce pas
reproduire encore et toujours la même histoire : celle d'un
défaut de liberté par rapport à l'autre. Donc, d'un manque
d'échanges et de relations avec elle. Interminable esquive
dont le péril menace de plus en plus, sans que le salut soit
entrevu.
A moins qu' un dieu, peut-être ? . . . Du dehors de ce cercle
ne revienne, annonçant ou apportant une métamorphose de
la parole, inatteignable par coup de force ni même imagi­
nation de l'homme. Un dieu qui change le rapport à la parole
au cœur même de son déploiement, en ce geste d'appro­
priation et d' appropriement qui y commande tous modes de
rapports . Un dieu qui, là où se tenait l'araignée et sa toile,
apporte la rose ? Substituant au tissage de fls non dépourvus
de sens , le spectacle de l'ouverture sans pourquoi de la
feur ? ( Cf. Ý La rose est sans pourquoi », Le principe de
raison, Gallimard, 1 962, V. )
Une parole qui serait sans pourquoi, feurirait parce qu'elle
feurit, n' aurait souci d'elle-même, ne désirerait être vue, ne
serait-elle cette parole attendue ? D' échange sans raison.
D'ofrande de la possibilité de l'échange. Parole n' assurant
plus la consistance des choses ni des mots, leur droite tenue
dans un maintien permanent - leur stabiité parfaite ? -
et les liens déterminés selon ce proj et, mais les laissant à
leur efforescence.
Parole j amais prononcée, sauf en certains lieux d' avant la
pensée ? Et que le philosophe ne cite-recite qu'avec pudeur
et arguments d'autorité. Se contredisant : de teles paroles
n'iraient pas sans une extrême précision et profondeur de
1 28
la pensée. Leur site serait insituable ? Ouvert sans fondement .
Donc sans clôture ? Pas même le souci d'elle-même.
Parler pour toute croissance et foraison encore dans le
silence. Apport approprié pour le déploiement du dire ?
S'ofrant tout entière, la rose n'aurait d' autre pourquoi
que de feurir. Elle se proposerait à la vue sans prévoyance
ni surveillance de ses efets . Sans regard furtif et intéressé
sur ce qu' elle présente ou représente. Sans attention au monde
qui l'entoure.
Ce que ne pourraient faire les hommes pour demeurer dans
leur être ? Leur destin exigeant qu'ils observent sans cesse
ce qui les forme, informe, environne. Qu'ils soient sans
cesse en quête de raisons, y compris au suj et de la rose et
de son secret . . . Ele, n'en aurait pas besoin. Sa nécessité
étant de feurir.
Et sa foraison même n'exige aucun tracé ouvrant -simple
éclosion spontanée. Visible en la déclosion de son recueil,
exposé sans le préalable d'un objectif. Sans cadre a priori qui
la produise comme telle. Sans projet qui puisse la vouloir
telle.
Comment l 'homme nomme-t-il cet étrange rapport à l'éclo­
sion ? Comment parle-toi! cette croissance qui n' a pas lieu
dans l 'ek-stase de son monde ? Comment se l' approprie-toi!
dans le dire ?
Ce fond sans fondement de l 'habiter de l' être, ne le revoile­
t-il encore et encore sous la raison en ses diférents destins ?
Mise à distance léthargique du phuein le plus intime ? Tou­
jours éloigné du pays de sa conception, de sa naissance, de
son enfance, de son corps, de sa chair, sur l' éclosion-déclosion
desquels le silence demeure. Touj ours en manque de rapports .
En mal du pays . Deuil au cur du déploiement d'une histoire
uniforme en sa parole ? Dont le geste ne serait j amais sans
pourquoi - ofrande sans raison, sans appropriement qui la
justife. Sans attrait déj à soumis à une téléologie.
Ofre d' échange j amais dite dans la langue. Et qui y
apparaît comme rien, vide, péril où se tient-retient le secret
du rapport au plus intime. Langue mutique sur l' essentiel
de son essence. Et qui le garde captif, rescellé et enfoui sous
tout déploiement de paroles et retentissement de mots . Impo-
129
sant, en place de cet indicible, un principe, aussi mystérieux
en son fond. Son sens étant qu'il puisse être posé et imposé
comme fondement stable d'un monde. Comme directeur
suprême de l'ordre des motivations principales et dérivées
qui y auraient droit de cité. Comme maître inconditionné
des propositions recevables, des perspectives admises .
Opérations inconnues de la rose ? Qui feurit en terre
étrangère à telle tradition, laissée hors du monologue qu'en­
tretient celle-ci avec elle-même. La parole avec elle-même.
Sans souci de la feur. Sauf, parfois, à f de démonstration ?
Mais un mur la sépare de la question qui lui est alors
adressée. Interrogation qui se heurte à une chaîne de mon­
tagnes et revient à qui la pose, en une résonance solitaire.
Point d' arrêt de la pensée.
La rose pourtant est là, étale sous les yeux. Trop proche
pour être perçue en ce qu' elle a de plus singulier. Vue, oui,
comme une évidence si familière et assurée qu'elle ne semble
pas valoir être regardée dans son étrangeté. Ni dans le feu
qu'elle apporte à la pensée ? Contemplation qui illumine,
afecte les sens de son rayonnement étale, mais ne se dit pas .
Pour la dire, ne faudrait-il que la parole se l' approprie
sans cesse à nouveau en progressant vers une origine qu'elle
n' a pas ? Cherchant, en elle, une fausse profondeur : la
raison de son être. Abandonnant l'admiration naïve pour
découvrir la cause de la feur dans la pensée. Où elle ne se
transpose pas ? La rose métaphorique n' éclôt plus - fgée
dans une fgure idéale. Dont l'homme fit par oublier qu'elle
n'est possible que grâce à la perception sensible immédate.
L'être ne trouve-t-il son fondement dans une immédiateté
sensible encore imparlée ? Dans un silence sur ce qui alimente
secrètement la pensée ? L'indit ou l'indicible d'un rapport
de l' homme à une nature échappant à son logos. Se donnant
au lieu innommé du rassemblement de l' apport des organes
de tous ses sens . Reçu qu'il reprojette en un monde et ses
choses . Recréant ainsi le tout, et faisant de chacune toutes,
et de toutes chacune, sans que le secret de cette production
lui apparaisse j amais .
Mais ne cherche-t-il toujours les raisons sur le versant de
ce qu'il donne, et non sur celui de ce qu'il a déj à reçu
1 30
quand il redonne ? Ce reçu étant inappropriable ? Cœur
du diférend enfoui au sein de la langue. Et qui ne se
dévoile pas sans péril . Abîmes d'un encore-sans-nom pour
l' homme et d'une autre sans langue - avec laquelle le
rapport demeure abyssal.
Le recouvrement d'une perception sensible immédate dans
l'être recèle donc deux autres accolés sans len : l'encore­
imparlé de l'homme et le sans-parole de l'autre. Mais le
décryptage, la délivrance, de ce sceau de l' être ne peut avoir
lieu dans une langue dont le geste fondamental est l'appro­
priement. Un trop proche se déroberait à sa saisie. Une
distance, là, serait infranchissable dans sa mesure - un
infniment petit dont le chifre demeurerait obscur. Quelque
chose qui baigne l'œil et l'ouïe et tous sens, tel un air qui
ne se voit ni ne s'entend et est pourtant là. Médium fuide
qui accompagne toute perception et lui confère sa tonalité.
Tele une incarnation muette et partout agissante. Périlleuse
quand elle prétend s' approprier dans un dt unque.
De la chair, qui ne se reçoit que de l' autre, qu'advient-il
si elle ne lui est pas rendue ? Quelle diférence, certes diff­
cilement tranchable - infniment petite -, s' abolit dans
ce geste ? Ressource d'un déploiement infniment grand allant
à sa perte. Par manque de lmite, défaut d'avenir, destruction
de réserves . Néantisation de l'autre. Touj ours et encore
assimilée et non connue ou reconnue dans sa diférence irré­
ductible. Seul, un réseau de tensions attrayantes l' approche­
rait, l'éloignerait, selon les besoins passés, présents et pro­
j etés . Production de forces déj à prises à la chair -de l'autre.
Et qui s'enchevêtrent en des entrelacs aveuglants .
Faut-il que l'homme se découvre enfn lui-même comme
charnel pour qu'il voie ce qu'il s'approprie de l' autre ? Pour
ce dévoilement, n'est-il pas nécessaire qu'i renonce à sa
langue ? Quel proft s' annonce, pour lui, dans cet abandon ?
Le besoin d'assurer son salut ? N'est-il pas déjà trop tard
pour cette pensée ? Le j eu de forces qu'il a déclenché ne
l'emporte-t-il aujourd'hui sur toute médtation possible ? Tout
retour vers le départ pour un nouveau futur ? Dans ce
monde technique qu'il a fabriqué, tel un organisme qui
maintenant lui échappe, l'homme a-t-il encore le temps de
1 3 1
se pencher sur son destin ? De créateur, n'est-il pas devenu
machine au service de sa création ? Efet de cette archi-technè
qu'est sa langue. Et de son monologue solitaire avec sa phusis,
sa polis, ses choses, ses frères . Parlant tous le même, sans
savoir en quoi il est. Demeurant, se mouvant, voire s'émou­
vant, dans u même qu'is ne connaissent n ne reconnaissent.
Ne percevant que ce qu'ils se sont toujours déj à donné
comme réponse perceptible. Donc eux mêmes, rien d' autre.
Mais ce même n' a pas encore pensé ce qui le constitue.
Quel élément apparente l'œil à la lumière, par exemple ?
Où, en l 'homme, réside la force de son « Dieu » ? Quel lien
entretiennent ces deux étants ? En quel lieu, plus profond
que le pensé de la pensée, ont-ils leur rapport ? Et comment
ce rapport peut-il se donner ou s'instituer en raison qui
fonde ? En être de tout étant ?
Même sans voix, ce principe impose mesure à tout ce qui
est. Résonne à travers toute parole. Transit et abîme le tout ?
Fond sans fond.
Le même repose sur un abîme. Il y a un saut de la pensée
entre deux régions ou modes du dire. Un suspens dans l' air.
En quel air ? Ou éther ? Un saut dans l' être en tant qu'être
comme fond. Air ou éther en lequel dormirait l'être. Sommeil
à partir duquel il aurait rêvé d'avance, anticipé les traits de
plusieurs époques . Incubation productive de · mondes dont
l'origine se dérobe.
Mais qu'ele s'affme comme origine, et l'être, quant à lui,
se retire encore davantage, tombe dans un sommeil encore
plus profond. Qui atteint son point extrême quand l' existence
de l'homme est déterminée ouvertement par la manière dont
sont captées et utilisées les énergies naturelles : tel fonds
calculable mis en leu sfr dans l'activité représentative d'un
suj et. Sommeil, dès lors, sans rêves ? Ceux-ci n' ayant j amais
été que l'efet d'une consommation-exploitation de la nature
qui n'apparaissait pas comme telle ? Fleurissait dans la nuit
seulement ?
Notre époque irait donc vers l'anéantissement du rêve de
l'être ? Par manque de réserve ? La richesse de l' homme se
révélant enfn à lui dans sa perte même. Et, ainsi, l'autre à
laquele ele s'enevait.
1 32
La rose, par exemple. Et sa foraison sans pourquoi. Son
don hors de toute raison, sinon se donner. Son éclosion sans
fard et sa beauté sans parure. Son devenir étranger au destin
de l'être, sauf par une appropriation de la pensée. Une
mimésis fondamentale, et fondamentalement impossible, de
son phuein. D'où l' abîme ? Car, si l'éclosion de la Heur a
son sol dans la terre, où est le sol de qui veut feurir sans
s
'
y tenir implanté ? Dans l' air ? Dont il attend de se recevoir
comme rose ? Futur qui n'a pas f de se faire attende. A
moins qu'un dieu peut-être . . .
L'être se dspense donc comme l'en-plus à l' appropriation.
Réserve du propre, c'est d'un irréductible appropriement
qu'il recevrait sa source inépuisable. Pour entrer dans cet
en-plus, la pensée opère un saut. Elle outre-passe tous étants
et se suspend dans l'air ou l'éther, d'où reviendra toute entrée
en présence.
Ce saut saute par-dessus quoi ? Une distance infranchis­
sable, même si -ou parce que ? -elle est infniment petite.
Un diférend - imperceptible ? - qui sépare sans unité
possible.
133
10
Ce qui se dt dans la « rondeur parfaite » ? Qu'en chaque
point commencement et f coïncident. Que l'entour est
fermé. Sans possibilité de détournement, de déguisement et
d'occultation ? Cercle de l 'espace-temps de l' entrée en pré­
sence. Clôture du présent dans le déploiement de son surgis­
sement sans peur. Tout s 'y donnerait dans le recueillement
d'un ouvert, mesurable dans son parcours - donc fermé.
Site de la possibilité de tout paraître, en son repos .
La clairière où tout se donne dans une libre vérité doit
être préalablement cernée ? L'ouvert n' est pas ouvert quand
la présence y advient . Lieu d'un espacement spacieux mais
limité où la paix s ' aménage. Dans un espace in-fi, pas
d'entrée en présence sans retrait.
Mais la dé1imination du lieu ne constitue-t-elle déj à le
refus de l'entrée en présence dans l'ouvert même ? Quand
l 'un se donne, l' autre devrait se retirer, du moins pour une
part ? Se recueillir à partir d'un fond sans faille ? Supportant
ou assistant la présence par l'ofrande d'un sol qui scelle
l'ouvert. L'éclosion de l 'un nécessiterait la déclosion de
l 'autre. D'où l 'impossible rencontre ? Quand l'un arrive en
présence, l' autre s' absente pour l' accueillir dans une demeure
paisible. Une maison. Ne se rouvrant que pour le temps de
disparition de son hôte ? Pour le laisser ressortir, en ména­
geant, dans l' attente, sa rentrée en présence future. Jamais
ensemble, si ce n' est sur le mode de l'un dans l' autre. Ne
se mouvant pas ensemble. Quand l'un advient, l 'ouvert de
13 5
l 'ouvert doit s' arrêter de croître dans la clairière, qui ne se
donne j amais que comme disponibilité, au présent, immobile.
Quelque % chose Ñ aurait toujours déj à servi à l'être que
la philosophie n'aurait j amais pensé ? L'utiité d'un étant à
sa constitution. Nécessité spatiale qui s'oublie dans l' économie
du temps .
Coup de force obscurément à l'œuvre et qui menace le tout
de dissolution sous un apparaître mesuré et serein.
Ainsi le tour - du monde, de l'être, de la chose - ne
peut-il s 'interpréter que comme coup de force ? Cerner,
encercler, extérieurement ou intérieurement, serait toujours
efet d' application de forces ? Aspect donné ou fabrication
produite, ne reviennent-ils pas à l'exercice d'une énergie -de
connaissance, de prise en main, d'élaboration ? Action d'un
feu séparé du tout, selon Empédocle ou Héraclite. Et qui
rassemble et réunit en durcissant la coque. D' air, par exemple.
Cette imposition de force dépossède qui la produit. A
moins d'être éternel, il se dés approprie en appropriant­
dépropriant l'autre, y déposant dehors-dedans la marque de
son énergie. Il crée les choses, immanentes et transcendantes,
matière et forme. Distantes dans leur approximation car, en
elles, s'évoquent des forces passées, s'invoquent des forces
futures, qui résistent à la co-appartenance présente. Elles
demeurent en repos, mais rappellent ou appellent des mou­
vements . Immobiles, leurs formes commémorent la mobilité
déployée. Les laisser être signife donc leur abandonner les
forces qu' elles contiennent ou retiennent.
Vouloir imposer sa marque, son monde, son être, désap­
proprie. Cette création emporte, en elle ou avec elle, quelque
chose du propre et, en même temps, elle recouvre ce qui ne
se donnera plus comme matière - première ? - à consom­
mer, utiliser, informer, produire. Perte redoublée, de soi
et de l' autre, en soi et en l' autre.
Il Y a - ni l'un ni l' autre. Mais co-production de monde
ou de choses dans un habiter empêchant l' accès à un même
1 36
espace-temps . L'un et l' autre, l'Un et les autres séparés dans
l'ek-sistance. Coupés de leur enracinement, is se rencontrent
dans un vis-à-vis de signes qui se souviennent ou attendent
mais séjournent dans une distance infranchissable : l'oubli
imémorable de leur co-appartenance à la production du
présent de la présence. Jamais dite, j amais répétée-représentée
dans la langue, j amais articulée entre eux - en même temps .
Toujours à contre-temps . Quand l'homme fait la chose
siene, i l' a déj à arrachée à son sol, lui redonnant comme
fond ou entour ce qu'il en a déjà reçu. Répliquant, en ele
ou sur elle, l'origine du Gestell qu'est son corps vivant.
Soldant sa dette en l' enveloppant ou la creusant d' airs ? Y
usant son savoir et son savoir-faire. Y déployant ou déversant
ses forces, mais l'immobilisant ainsi dans un entour de mort .
Immortel souvenir qu'elle fgure silencieusement. Et s'il
agit sur ou en elle, il ne lui parle pas davantage. Quant à la
ulè} l 'homme ne trouve qu' à redire. Il ne l' a dit pas en son
premier apparaître. Il répète, en elle ou sur elle, son projet .
Et ne la rencontre que déj à produite par lui . Il Ia recueille,
se recueille en elle, sans jamais l' accueilir en son premier
surgissement, sa première naissance. Quand il et elle se tien­
nent là, ils ne sont déj à plus ensemble.
Et ni elle ni lui ne sont plus lbres de leur ouverture l'un
à l' autre. Dans il y a ne se prodigue ni l'un n l'autre : efet
d'un en-plus ou en-moins à leur rencontre, en lequel ils se
dispensent l'un dans l'autre dans une économie de cache ou
réserve qui les fait disparaître dans leur diférence.
Il Y a - un don de langue dans laquelle s 'est efacé
l'écart, voire l' abîme, d'un irréductible - l'insistance de
l'autre dans la présence. Se parlant à elle-même, la langue
oublie l 'afaire fondamentale de son propos : comment, en
quoi, pour quoi, se relier à l' autre qui surgit, se tient, demeure
vis-à-vis . Quelle liberté s'ouvre ou se refuse dans l'espace de
cette rencontre ? Comment l'homme a-t-il pu néglger qu'il
n'était, pour lui, pas de tâche plus essentielle que d' éclairer
cette question ? Quel est l' enjeu d'un tel oubli ?
Son projet n'a-t-il été de se construire un monde par et
dans la langue, sans souci de partage de ce lieu ? Ce qui lui
iporte, n'est-ce pas que sa langue lui donne du leu ? Lui
137
ménage une maison ? Outil d' échange constitué en quelque
transcendantal neutre d'où se recevrait l 'habitable ? Lieu des
leux, retraite à partir de laquele se rouvrirait tout espace­
ment de rencontre, la langue contiendrait-retiendrait, en elle,
la possibilité de l'échange avec l' autre mais sur le mode de
la % sérénité » d'une clairière libre, d'une réserve ouverte.
Encore non partagée ? La sauvegarde de l' entretien avec
l' autre aurait ses monuments : espacement inoccupé, pont
de traverse. Le vide et le plein d'un aller-vers s'y commé­
moreraient en une silencieuse distance. Tout s'y rassemblerait
et personne ne s'y parlerait.
En quoi et de quoi se construisent ces monuments histo­
riques ? Quels matérieux ont servi, sont entrés dans leurs
élaboration ?
Il Y a de l' air, de la lumière, de la terre, de l'eau, et de
l' énergie utilisée. A défricher ou à élever. De la nature donnée
et des gestes d' appropriation. De l' ofrande reçue et de la
fabrication à partir d'elle. De la naissance, de la croissance,
de l 'efforescence vivantes et du recueillement, de l' aména­
gement de celes-ci selon le monde de l'homme.
Il y a la langue, tel un modèle, ou le Gestell} du projet
d' appartenance du tout à lui . Instrument d' appropriation par
le repli du tout en lui . Selon ses mesures. Donc, pas outil
d'échange. La langue ne redonne j amais ce qu'elle prend.
A moins de la rouvrir très profondément ? De retraverser
tout ce qu'elle

répète, déj à voilé de mort ? D'y cheminer
à rebours jusqu' au cœur de cette clairière vide où se commé­
more ce qu'elle n' a j amais su dire ? Librement. Sans souci .
Sans prévision ni provision. Sans angoisse ou afairement
d' anticipation de ce qui pourrait venir à manquer. Sans
technique de soumission de ce qui s' annonce comme péril ou
cone grâce. Langue innocente de tout calcul ? Parlant
ce qui a lieu. Et, s'il est nécessaire de construire, saluant ce
en quoi elle bâtit avant d'y avoir imposé sa marque. Chantant
le site où elle va aussi se déployer sans lui imposer ses propres
mots comme condition d'existence - ou existance. Ne rédui­
sant rien au silence. Ne commençant pas par Ôter ce qui
serait déjà pour s 'implanter dans un emplacement libre et
sûr. Ayant anéanti ce qui était pour être. Dès lors fondée sur
138
du rien. Détruisant des fondations pour se fonder. D'où la
nécessité de redoubler son fond pour recouvrir ce creux, en
elle, toujours menaçant ?
Ce creux ? Un lieu mixte. Souvenir d'une rencontre qui
n' a pas encore eu leu et d' une destruction qui a déjà existé.
Ambivalence d'une mémoire où passé et futur se lient inex­
tricablement sans que leurs directions puissent se disj oindre .
Ce qui était déj à, ce qui n' a j amais été, ces appels ou rappels
s' entremêlent pour recouvrir ce qui n'est pas - l' être.
L'être n'est pas, sinon comme efet de ce Gestell, la langue,
et de ce qui en tombe séparés. L' air, l' étant le plus subtil,
mais encore le feu et l'eau et la terre, l'élémentaire naturel
et les dieux qui s 'y cachent ou en sont exilés . De l' autre côté,
l 'homme comme homme et ce qu'il impose au monde et aux
choses comme entités fermées .
L'être - outil de l' alliance qui , approprié par l' homme,
le scinde en lui-même et l'isole des autres . Clairière sacrée et
sacrilège du culte de son « Dieu », érigé sur l' emplacement
défriché, dévasté, de celle dont il provient, de celle à l'en­
contre de laquelle il n'ira plus . Dont il se détourne comme de
l 'origine de son péril, la constituant en oubli immémorable.
Reviendrait-il vers elle, il ne trouverait rien qu'un geste d'ef­
fraction et de recouvrement invisible dans un temple la
redoublant pour en consacrer la disparition. A moins de
renoncer à son être, à son monde, à son ek-sistance.
L' être -un rêve d' autonomie, d' auto-engendrement, d'au­
toproduction qui s' appelle la vérité. Vérité à ne pas dévoiler.
Regardée de trop près, elle disparaît. Que l'homme en ait
bâti un monde ne veut pas dire qu'il soit vrai . Il signife
l'imposition d'un pouvoir - celui de séparer, découper,
diviser, . . . Et son impouvoir correspondant : réunir.
Séparer suppose la constitution d'une enveloppe comme
telle. Mais l 'enveloppe a un dedans et un dehors. Et ce qu'elle
garde n'exclut-il pas qu'ele se garde ?
Ainsi en va-t-il de l 'être de l'homme, du monde, et de
l' ouvert, de la clairière ? Jamais ce qui garde ne se prend
en garde. Un en-plus toujours s'oublie dans la demeurance du
1
9
maIntien dans le même. D'où le déploiement d'un destin.
Toujours menacé de déréliction. Et dont l'érection est si
fragile qu'un encerclement matriciel s'impose pour sa sauve­
garde. Il faut, à chaque époque, relier-renouer la fn au com­
mencement pour que ce là se tienne. Ce qui s'ouble ou reste
en sommeil menace toujours de resurgir. De rouvrir l'horizon,
d'ébranler le sol, d'occuper l'air, ou d' afoler la pensée. L'être,
ce repli du fond ne cache rien que la nécessité d'un double
essentiel pour que le tout ose entrer en présence. Caution
secrète d'un identique qui résisterait à l' altération. Dure, en
propre.
Mais rien ne dure même, même dans la mort. Rêve
d' homme renvoyé à un immémorable passé ou futur. Il y
aurait - dans un passé très ancien ou un futur imprévisible,
dans un temps d' avant ou d' après le temps - du même
pouvant éternelement se rendre présent. Attente de ce qui
n'est j amais arrivé et n'arrivera j amais et sur laquelle se tient,
ek-siste un être fabriqué - l' homme. Animal qui refuse de
penser à quoi sert la langue.
Peut-être ce qu'il y avait à néantir s'épuise-t-il ? D'où la
question de l' achèvement de la philosophie. Comment philo­
sopher sans le néant ? Quel autre mode de pensée appelle
le renoncement au néantir ? Est-il possible pour l'homme ?
Encore possible ?
L'homme ne serait-il essentiellement technocratique ? Et
sa langue, son mode d'habiter technocratiquement le monde ?
Ne serait-ce cette vérité qu'il n' aurait j amais pensée jusqu'en
son fond ? Mystère encore silencieux de son être. L'homme
comme animal technocratique - la raison n'étant qu'une
époque de son destin.
Mais la distinction entre l'homme et l'animal se tranche­
t-elle au nom de l' instrumentalité ? L'animal aussi est, dans
une certaine mesure, capable d'outil. Resterait à penser la
qualité de la diférence, dans le rapport à % la main » et
au bâtir. Tâche dont la science se chargera mieux que la
philosophie ? L'afaire de cele-ci serait-ele achevée ? Ele
aurait été d'élaborer et de parfaire l'instrument langue ?
140
Ou - la tâche de la pensée demeurerait-elle intacte :
qu'en est-il de l'homme comme animal parlant ? Que les
efets de cette singularité V essentielle Ñ soient perceptibles
dans l 'histoire et le destin de l' humanité, ne signie pas
pour autant que cette essence ait été interprétée. Ele se
serait appliquée à la nature, développée ou déployée avec
plus ou moins de succès, de maîtrise universelle. Resterait
à la penser.
Qu'un vivant soit transi de langage entrane ou pré-suppose
quel destin ? Et la philosophie s'est-ele employée à défnir
et dévoiler ce destin ? Ou y a-t-ele été prise comme dans
un cercle qui l'enveloppait et qu'elle a laissé intouché ?
Pouvoir se dire, ce mystère de l'homme, en son fond, serait
toujours même et identique. Tournant dans un cercle tauto­
logique : être -penser -le même. Que signife ce même ?
Et à quand la sortie de cette aveugle union de la : au
commencement ? Quand l'homme ouvrira-t-il cette coque
qui entoure l'énigme de son identité au lieu de la produire
indéfniment comme un pouvoir d'appropriation dont la fa­
lité lui échappe ? Qu'il redoute, donc.
Parler veut dire quoi pour qui parle ? Quels efets en
retour cela a-t-il sur sa vie ? Comment celle-ci se désorganise­
réorganise-t-elle d' avoir puissance de parole ? Quel est le
pouvoir de la parole sur une autre vie ? Un autre vivant ?
Ne s' est-il pas exercé, jusqu'à présent, sur un mode d' appro­
priation captatrice plutôt que sur celui d'un échange - et
de vie ?
La langue prend-elle ou donne-t-elle la vie ? Cette question
essentielle a-t-elle trouvé sa réponse ? N'est-il pas déj à trop
tard pour la poser ? Cette machine ne tourne-t-elle pas déjà
sans l'homme ? Ne lui a-t-il abandonné sa liberté d'inter­
roger ? Et n'attend-il pas de la langue ce qu'il aurait à lui
donner - la parole ? Soumis au déj à-dit, déj à-articulé, déjà­
pensé. Entraîné dans une histoire, une tradition, sans retour.
Sans initiative encore possible. Ne sachant où se retrouver
en silence pour recommencer à parler ce qui ne s' est j amais
dit : lui-même.
141
Toujours dit et j amais dit. Toujours déployé et jamais
pensé dans la source de la parole.
Pourquoi parler ? Pour qui ? A qui ? Entre son monde,
ses étants donnés, et fabriqués, et son ou ses dieux disparus
et muets, qu'est l' homme ? Ni les uns ni les autres ? Cela
ne revient-il encore à ne pas se penser. Les uns et les autres ?
Comment s' articulent-ils en lui ? Comment s'échangent­
ils ? Quel pont y a-t-il entre eux ? Comment la créature et
le créateur se partagent-ils la langue ? Et s'ils ne sont qu'un,
qu'en est-il des
a
utres entités bâties sur le même modèle ?
y a-t-il passage entre elles ? Le destin de la langue n' était-il
de les faire se rencontrer ? Comment est-il possible que, dans
ce cheminement, l'homme se soit si peu avancé ?
1 42
11
L'être n'est-il le Gestel inapparu-inapparent de l' air ? La
claiière où habite l 'homme, dans lequel il découpe son
ambiance, construit sa maison, où i a lieu. Avec lequel et
en lequel il demeure en échanges permanents . Du plus utile
au plus inutile. Du plus nécessaire à sa subsistance au plus
subtil de son plaisi. Du plus élémentaire respirer au plus
sublime de ses contemplations. Reliant tous les sens : de
l' olfaction animale au fair phiosophique, perceptions souvent
recouvertes par l 'hégémonie du regard et de l'oue, instru­
ments théoriques, outils de la raison. Mais encore fuide
imperceptible en lequel s' abordent tous étants, toutes choses ,
tout autre. Grâce auquel ils apparaissent, entrent en présence,
et peuvent être mis à dstance - plus ou moins rapprochés
ou éloignés. Réellement ou virtuellement : l'épaisseur de
l' air ne fait pas obstacle à l'approximation. Ele ne cache
rien. Rien n'est caché en elle que l'air. Rien, cache de l 'air.
Air - cache - rien. Néantir sans destruction, du moins
apparente. Néantir nécessaire à l 'apparaître même de tout
étant, qui n' aurait pas lieu sans l' air qu'il cache de son entrée
en présence. Occupant donc, sans souci, un espace déj à pré­
occupé par les conditions de son surgissement . Libre - en
air. Qu'il fait disparaître en apparaissant. Car, là où il se
tient, rien d'autre ne peut se produire que lui . Deux choses
ne peuvent avoir lieu au même lieu, habiter ouvertement le
même air, investir en même temps le même apparaître.
Et que devient l' air quand l'étant y apparaît ? Il est néanti .
Et que deviennent la dversité de ces néantir dans l' apparai-
143
tre ? Ils s'oublient et se rappellent dans la multiplicité du don
de présence, sur fond d'un il y a du rien qui la rend possible.
Et si le il y a insiste comme n'étant pas rien ? Rien - pas
étant . Reste ? Cette inscription en négatif de l' apparaître
d'où proNient l 'être ? Cette possibilité de l ' entrée en présence
de tout étant - l'être. Mémoire et oubli de ce qui donne
lieu. Ce rien de mémorable que s'approprie l'homme dans
l'être-là. Ce spatial libre de présence où s 'implante le monde
de l 'homme comme s 'il était construit à partir de rien.
Ce rien ? La condition la plus élémentaire de son existence,
ou existance. Il l 'oublie. Et l 'efacement de cette première et
toujours immédiate nécessité ne se constitue-t-elle pas aveu­
glément en essence ? Permanence de l'être dans l 'oubli ?
Persistance de l'oubli de l'être. ( Rappelons qu'il en appelle
à la tautologie comme évocation de l ' être dans le dire. ) Qui ,
indéfniment répété, installe l'homme dans un air même.
Produit l'homme comme identique à lui même. Ek-sistant
à l 'espace du devenir - là.
Ce là ? où il était, est, sera présentable. Ce qui, forcément,
n' arrive j amais au même lieu. Sinon celui de l 'oubli . L'étant
n' entre j amais en présence dans le même air. Sauf la chose
absolument minérale, si ele existe - purement subsistante.
Sauf l' homme, capable d'oublier le changement. De se
souvenir. Le temps revient donc à la mémoire de l'oubli
-que rien n'arrive j amais au même lieu, que l'homme change
d'air à chaque instant, qu'il disparaît-réapparaît tout le temps,
que son devenir eface, et d' ailleurs corrompt, l'air où i l a
lieu, grâce auquel il est entré en présence. Mais ce Gestell
de l 'existence, ou existance, ne se donne jamais lui-même en
présence - possibilité du même dans son néantir. Au lieu
du même insiste toujours le rien.
Etre - même. Ce là transcendant à tout étant et à l'en­
semble des étants, telle une matrice d' air{ s ) , ne suppose-t-il
pas la répétition infnie du néantir de l' avoir-lieu seulement
dans un air jamais le même ? Instantanéité du changement
transmuée en permanence éternele. Oubli du devenir des
144
mortels. Installés dans une immutabilité dont la provenance
est scellée. Je respire donc je sui s, s'oublie dans l'ek-sistance
de l'être.
Par où passe l' air ? Respiré, consommé, habité, . . . ? Imper­
ceptiblement ne constitue-t-il pas le transcendantal même de
l'ek-sistance ? Matrice du même où s 'oublie que tout toujours
et tout le temps devient autre. Réserve même où se suspend
l 'identique à soi de l' être par-delà l'espace et le temps .
Ce là ne se fait pas d'un coup. En une seule fois. Il faut
persister dans l'oubli . Oubli de l' air respiré, oubli de l'air
occupé, oubli du lieu vivable où apparaît et se rencontre
l'étant homme, qui deviennent la possibilité de se souvenir
d'une permanence inexistante. D'un être-là.
Le temps se prend au lieu pré-occupé et se redonne libre
pour une présence afairée sur fond d'oubli, extasiant, de
ce dans quoi elle a lieu. La mémoire de l' être - mémoire
d'oubli . L'essence de l'homme -l'oubli. L'homme se produit
dans l' oubli . Sans lui, pas d'être.
L' oubli de l'être : l'être de l' oubli . Tautologie fondamen­
tale. Etre : oublier, oublier : être. Vivre - respirer :
devenir - s' altérer. Apparaître toujours diférent dans un
air qui se donne continûment autre. Et à un rythme d'évo­
lution trop rapide pour la raison, la conscience, et toutes
mesures maîtrisables par l'homme. Du moins dans son mode
de présence présent . Animal extatique à lui-même.
Animal qui dit que, pour que le lieu soit, il faut d' abord
l'ouvrir, ou le construire. Alors qu'il a toujours déj à lieu dans
un lieu. Trop vaste pour être perceptible ? Appropriable ?
Extension indéfnie de l 'air, équivalente dans toutes ses
directions, dont aucun endroit n' est privilégié. Dépourvu de
sens, pour l'homme ? Qu'il faut défnir, redé:nir pour l'ha­
biter ? Défrichant donc l' espace déj à existant, lui enlevant
ses ressources d' air, pour s 'y aménager une demeure vivable.
Créant de l' espacement dans l'espace, de la rareté dans l'es­
pace - bâti à la mesure de sa fnitude, de sa volonté de
maîtriser la surabondance naturele. Créant du vide pour
surmonter du vide, qui n' était pas . Vide cern able , qu'il
contient, où il se tient, où il se rassemble un alentour. Se fait
être, ek-siste, se trace un horizon, se projette un monde.
145
Comme s 'il n' était pas déj à, que le monde n'était pas déjà,
il faut qu'il crée. Répétant, à sa mesure, ce qui a déj à lieu
pour se l' approprier. Tout - là.
La matrice de ce tout-là, la tombe de l'être. Creusée par
couches d'emplacements successis et ce qu'is laissent d'es­
pacements lbres-vides pour l'homme. Implantations défri­
chantes qui ouvrent pour lui et en lui des strates de dispo­
nibilités selon ses nécessités et possibilités . Donc limitées.
Plus rares que l 'exubérance naturelle chère aux dieux. Enfuis,
enfouis, dans cette économie restreinte. Sédimentations de
dehors/ dedans, extérieurs/intérieurs, espacements/ emplace­
ments, tels que se recouvrent les passages ou enveloppements
d'airs . Le souffe circulant mal, le corps se mouvant diffci­
lement, dans ces propriétés successivement accumulées . Envol­
disparition du plus divin, entrave-disparition du corps sous ses
revêtements multiples, habitats murés où la rencontre entre
étants supposent des systèmes d' échanges de plus en plus
subtils.
L' être de l'homme ? Saturation d'identités à soi et goufre
de vides . Lourdeur des strates historiques qui enterrent pro­
gressivement et horreur des abîmes qu'elles ont creusés pour
ériger ce monument : l' homme.
Lequel, pour se souvenir qu'il existe, sculpte son corps. Ce
Gestell qu'il oublie, sauf dans l 'art ? Il faut qu'il se le repré­
sente en matière inerte pour se rappeler comment il est. Il
le répète, se le redonne - mort.
Il appartient à l'essence du voilement de se dissimuler
lui-même et de sombrer ainsi dans l 'oubli .
Le fondement que l'homme se donne implique le voilement
du néant sur lequel il repose. De la réduction à rien de ce
dont, matière-chair, il provient . De la constitution en sans­
fond de ce d'où i tire naissance.
Ce voilement se dssimule lui-même. Le voile -l' opération
de dissimulation. Le voile - la non-attestation par l'homme
146
qu'être revient à être comme rien. La non-reprise dans l'être
de l'homme de l 'être du rien. La négation-dénégation du
passage par le rien être. Rien d'être par étrangeté du j eté
hors de ce qui lui donne vie. Par extase toujours déj à hors
du lieu qui lui donne lieu. Et sans participation possible à
la génération selon ce lieu. Toujours déj à séparé par rapport
à la nature qui le met au monde, au maternel d'où il naît.
Quand il s 'en approche, ce ne sera que dans la distance d'un
rien d'être. D'un impossible à être.
La vérité de l 'homme se créera comme déploiement d'un
sol entre le sans-fondement possible de son rapport à ce
dont il surgit et le surgissement de la prédication : recom­
mencement du monde. Constitution d'un entour où il peut
exister en se reproduisant comme homme.
Le discours - ce par quoi l'homme se reproduit lui même
à partir du mystère de son engendrement dont il ne peut rien
dire. Le rien-dire, le rien-penser, le rien-être, sous-tendent la
fabrication du sol-pont sur lequel l' homme se tient et existe
en tant qu'essence.
Ce n'est pas la lumière qui crée la clairière, mais la lumière
n'advient que grâce à la légèreté transparente de l'air. Elle
présuppose l' air. Pas de soleil sans air qui l'accueille et
transmet ses rayons . Pas de parole sans air qui la véhicule.
Dans l'air apparaissent et disparaissent jour et nuit, voix et
silence. L'ampleur de l'espace et les horizons du temps et
tout ce qui, en eux, se présente et s'absente s 'y trouve recueilli
comme en une chose fondamentale. Dont l'intuition originaire
recule indéfniment . Libre au-delà de toute vision. Demeurant
hors vue. Ne sachant rien de ce qui y a lieu mais éprouvant,
en ce lieu, la présence ou l' absence. Tout s 'y rassemblant. Et
la pensée n'atteint le fond de ce rassemblement qu'en s'assi­
milant à cette spatialité paisible - l'air.
Mais comment reçoit-elle ce qui , condition de tout appa­
raitre, n'entre j amais en présence ? Mystère du site impensé
de son enracinement . Oubli de ce fond qui ne se retire pas
plus qu'il ne se montre. Toujours là - spatialité « intem­
porelle Ñ où tout a lieu. Non-retrait de ce qui se donne et
se redonne sans se percevoir. Tautologie insaisissable, inlas­
sablement répétée. Etre impensé de la pensée ? Cache inap-
147
parent en elle et à partir duquel tout revient au j our, se
redéploie, se garde dans la mémoire de l' absence. Oubli de
la tombe d' air où la présence est rescellée.
La spatialité de l'air n'insiste-t-elle dans un suspens de
tetporalisation par défaut de présentation ou disparition ?
Toujours là, l' air n'est ni absent n présent. Sous-j acent aux
trois extases temporelles dont il ménage et supporte la
possibilité ? Pas de temps sans lieu où la présence a eu, a,
aura lieu. Mais le schéma : si. . . alors , constitutif de l a tempo­
ralité, demeure tautologie pour le médium de l' apparaître.
L' air, au fond, change sans cesse et reste même en tant
que localité de l'entrée en présence. Si tel étant a surgi
en telle circonscription de l'air, il y demeure à j amais . Que
se sédimentent, dans l'être, les entours de ces avènements,
certes . Qu'ils s'organisent dans le continu d'une mémoire, oui.
Qu'ils s'extasient dans un là où tout peut revenir, advenir,
se prévenir, ne signife-t-il pas que la multiplicité des avoir­
lieu excède la possibilité du souvenir, sauf à arracher les
étants à leur milieu pour les recueillir sur fond d'un même
dans la pensée. Impassibilité d'un demeurer dans l' homme.
En quoi ce lieu où tout se garderait sans altération ? De
quoi est fait le répondant psychique de l' air -reste impensé.
Et pour quel destin se prend-il, renversé, dans le fond sans
fond de l' être ? Par vouloir d'appropriation qui enlève les
choses à leur substrat vivant pour les amener à ek-sistance
dans le monde de l' homme ?
Mais l'air s' approprie-t-il ? Sans fn ? Sinon la mort ?
L'unique omniprésent s'appréhende-t-il par un vivant parti­
culier, où le déborde-t-il à l'infni ? Ne serait-ce pas grace
à ce manque à pouvoir s' approprier le tout qu'il se done le
ciel ? A venir touj ours partiellement atteint, j amais à la
mesure d'un projet dont le fond se dérobe, au-delà déj à et
encore inépuisable.
Et irréféchs sable : en lui tout advient, mais il demeure
tel un il y a sans fond. Condtion du don, toujours parci­
monieux, des étants, et dans leur ensemble.
Mais que le ciel encore appartient ou co-appartient à la
terre en tant qu'il est en air, s'ouble. Qu'il ne consiste ni
n'isiste en rien ni de rien, sauf en un néantir de son élément
148
nourncler, le recrée, ou projette comme goufre d'en-haut
ou d'en-bas qui menace le cœur même de la présence.
Le geste marque et remarque l 'entrée en présence ; il
s 'approprie et donne en même temps. La simple présentation­
représentation oubliant le geste, et ce dans quoi il a lieu, crée
de l'immuabilité dans une extase spatiale vide - lbre ? -
d'un temps sans mémoire du lieu où i! s'enracine.
Le geste réimpose directions et dimensions à l'espace,
déroutant la téléologie temporelle : passé, présent, avenir.
Il redéploie l'instance sous-jacente à l'extase. Il brouille
l'érection du transcendantal . Rend mouvementé ce qui devrait
demeurer impassible dans et pour la commémoration de l'être.
Il neutralise le neutre d'un il y a à partir d'où tout se
donnerait-redonnerait. Saufs . Défgurant l'ordre de la langue.
Ainsi transcender indique un sens : de . . . à. Une marche
ou une ascension, selon le plan parcouru. Quand le transcen­
dantal existe comme tel, il suspend, dans un immuable, les
mouvements qui l'ont constitué. Il oublie la mobilité, la
motricité, l'expérience encore sensible qui lui ont donné lieu.
Il résulte de paralysies diverses . Ciel inerte de la pensée.
Renversement du haut en bas en lequel elle se fond pour
régler, à partir de ce vide, tous mouvements dans l'espace.
Mais, certes, quand l'homme vient au monde, il entre
déj à dans un système préétabli de relations entre étants . Ce
passé, qui pour lui ne sera j amais présent, lui est octroyé
comme fond à partir duquel il existe. Sans expérience possible
de sa constitution, ne l'accueille-toi! pas comme ciel acquis
de toute vision ?
A moins d'en déchifrer les inscriptions dans la matière, et
corporelle, en laquelle il se tient. D'interroger ce que cette
voûte représentative a déj à pris et donné à la terre ? De
questionner son sol historique comme pont entre terre et
ciel ?
Si abîme i! y a, quelle marche manque ? « En quoi Ñ ce
ciel sur terre qu'est le monde de l'homme ? S'il s'agit de
dépasser, peut-être le seul sens spatial possible n'est-il pas
de laisser derrière mais de garder en dessous ? La marche
149
n'est pas forcément horizontale. Sinon, d'où proviendrait
l 'extase ?
Mais, en apparence, une ou des marches font défaut.
L'homme saute, oublie le pont à fabriquer entre ces rives :
terre et cel. Il veut comprendre l'ensemble sans souci du
coment ? en quoi ? de quoi ? se construit l'ascension d'un
point de vue qui survole sans oublier, se bâtit une ascension
qui s'élève en se souvenant. L'accent sur l'anticipation pro­
j ective n' est-ele efet d' oblitération de la dimension spatiale
qui mène à l'extase ? Le monde de l'homme tiendrait en
l' air sans souci du fondement de cette érection. Cime d'en
haut ou d'en bas, à partir de laquelle se dévoilerait à lui
l 'ensemble. Mais l'architecture de cette profondeur - son
Gestell - en quoi, de quoi, comment se tient-ele ? Quele
est la nature de son pouvoir ? Comment ce là devient-il ?
150
12
Risque qui risque la vie même. L'excédant, à peine, d'un
souffe : celui qui, s 'il se garde, sauve par le chant. Prophète
de forces pures qui appellent et refusent l' abri . Tout ce qui
déj à existe ne paralyse-t-il la respiration ? Habitant imper­
ceptiblement l'air. Le retenant de se dispenser lbrement.
Immobilisant, dans d'inombrables entrelacs, ce qui encore
voudrait traverser cette atmosphère préoccupée.
Et qui ne va pas à l' abîme, ne peut que répéter et redire
des voies déjà ouvertes et qui efacent la trace des dieux
enfuis . Seul, touj ours seul, le poète court le péril de s 'avancer
hors du monde et d'en retourner l'ouvert jusqu' à toucher le
fond du sans-fond. Disant oui à ce qui l' appelle outre-horion.
En cet abandon, un souffe au mieux lui reste. Energie pre­
mière et dernière qui s'oublie quand elle ne vient pas à
manquer. Partout présente, mais invisible, accordant à tout
et à tous la vie, sous peine de mort.
Risque pris , à chaque instant, par le poète, ce quêteur
d'éther encore sacré. Aujourd'hui si recouvert ou enfoui
qu'à nul ciel ni terre il ne peut se fer. D' aucune bouche
entendre son chemin. Dans aucun sens, trouver un signe.
Aucun lieu n' est, par lui, habitable, lui convié à rouvrir un
site férial . Il lui faut donc quitter le monde, tout en demeurant
mortel . Et partir de l' avant vers quelque rive lointaine qui
ne s'annonce pas . Pour quelque vie non assurée. Un épa­
nouissement pour lequel le sol lui fait défaut. S'arrachant à
sa terre natale pour plonger ses racines en une terre encore
virginale. Donc inconnue. Imprévisible. Libre, pour le risque.
151
Se déprenant même de cette magie captivante qui appa­
rente les hommes entre eux. S' exilant de tout vouloir propre
à une communauté existante. Descendant aux enfers de l'his­
toire pour y rechercher des traces de vie. Des germes encore
retenus captifs d'un sous-sol à rouvrir. A libérer. Laisser à
l ' air dans le futur de l' encore inapparu. Mettant en jeu le péril
d'une nouvele éclosion, dénuée de protection. Non abritée.
Hors demeure. Sans voile ? S' avançant dans le danger sans
qu'une réponse à la confance soit déj à accordée. Ici , ni
fançailles ni abandon. Il est encore trop tôt pour de telles
alternances. Tout reste en balance par rapport à l'évaluation
fnale. Progressant sans souci de dimension ou de direction
déj à là. Seul l' attrait d'une aventureuse croissance entraîne
le mouvement. Sûr - sans doute.
Ne doute que qui connaît déjà le bon sens . Instable est,
parfois, celui pour qui les voies ont déj à été tracées . Mais, qui
fraie selon sa gravité, avant même la détermination d'un cen­
tre, n'hésite pas . Et, de l' inscription dans un pourtour, il
se retire encore. Se reprenant de tout milieu pour risquer,
à nouveau, l'échéance imprévisible dans un j eu avec son
historiaI partenaire. La partie n'est jamais gagnée. Ne veut
être soumise à une fn en laquelle l'un ou l' autre abolirait le
lieu intermédiaire de leur mutuelle perception. Le féau de
leur rapport dans la diférence.
Equilibre encore et toujours en balance entre le fond qui
se risque et le risqué dans son tout. Entre ce qui se livre à
un nouvel épanouissement et l' ensemble du déj à établi . Entre
ce qui se proj ette dans l'insituable et qui appartient déj à au
monde. Entre qui habite déj à et qui quitte sa demeure,
et toutes formes de propriétés, pour entrer dans un ouvert
sans bornes . Accès à des rencontres sans barrières où les
plus risquants arrivent l'un vers l' autre, et repartent, sans
retenue. S' acquittant de l' in-fni sans dissolution dans le
néant. Destin inhabituel .
Non pas rêve d'un illimité qui s ' atteint par réversion de
mesures. Qui calcule encore avec un objectif. Départ qui
ne va à l' encontre de rien, sinon la perception à l'encontre
de laquelle rien ne s'oppose. Qui ne force aucune clôture,
mais obéit à la gravité de forces pures appelant à un tout sans
152
fn possible. Air indéniment libre d'obstacles . Pas même
celui d'un horizon.
Immensité découverte dans les premiers instants de
l' amour ? Où l'autre échappe encore à la représentation. Là
et pas là. Perception immédiate dans un ouvert que ne barre
aucune conscience. Liens natifs , étrangers à toute réfexion.
Etre ensemble avant tout face-à-face où s 'inaugure l' évaluation.
Obscur attrait où ils s'entr'appartiennent dans un milieu qui
les absorbe en deçà de tout rapport. Reposant dans une pro­
fondeur qui les porte. Se dfusant l'un dans l' autre en ce
milieu qu'ils deviennent. Dans l' abandon d'un calcul qui s 'en
tient à un afrontement plus ou moins voilé. Départage de
terre, de ciel, d' espace où n' a plus lieu ce qui n'écoute et
n'obéit qu'à la pure attirance. Acceptation d'un large qui
ne se maîtrise pas, d'un multiple irréductible à l'un. Ici , ni
géométrie ni comptes . Ce qui s'ouvre ne s' arrête en aucun
sens . Pas de balise dans ce risque total.
Auquel échappe le contenu même du désir. Imprévisible,
inimposable. Soustrait à la domination - en soi ou en
l 'autre. A tout préalable commandant la production. Sauf
l' attrait de s'avancer vers l'inhabituel. Appel dans un vou­
loir qui ne veut rien, mais abandonne toute résistance.
Répond sans savoir ni intention qui rendent compte de
l'obéissance à quoi que ce soit. Seulement la force qui ne
se refuse pas, se donne sans condition. Se laisse être matière
première. Innocente encore de techniques appropriées.
Elle se vit, se profuse, sans sauvegarde. Avant cette répar­
tition suj et-objet, efets des moyens utiles à un vouloir impé­
rialiste de l'homme. Etablissement d'un marché où rien ne se
délivre sans être introduit dans un système d' échanges qui
estompe ou eface la réalité tangible dans un spirituel spécu­
latif. Personne ne se rencontrant ni n' appréhendant les
choses sans passer par le tribunal d'un calcul général, au
règne d' autant plus impératif que les nombres n'y paraissent
pas . Ainsi de l' amour . . .
Sans abri, e t barré, quand il se livre aux estimations de
valeurs qui organisent le monde de part en part. Déj à hier.
Amour devenu simple matériel soumis à l'objectif d'une
production, spécifque ou absolue. L'homme y perdant cet
1 53
obscur désir qui le fait homme. S'engoufrant dans une dif­
férence infnie entre l' attrait qui profondément l'anime et un
se-vouloir dans l 'auto-imposition.
Entre les deux, nulle transition : l' abîme d'un néantir que
rien ne sauve. Qui n'ouvre sur rien. Mémorial de la sépara­
tion de l 'homme. De tout -contre tout. Constitution d'une
clôture où il s'isole, imperméable à la perception innocente de
calcul. Fonctionnaire de la technique, désormais en exil de ce
qui, au plus intime, l' émeut. Enfermé dans l'inconditionnel
d'une auto-imposition délibérée. D'un vouloir se voulant lui­
même ? Seuls , certains se risqueraient hors de cet enfer­
mement . Voulant davantage ? Ou, plutôt, consentant à ne
plus vouloir. Renonçant à leur propre intérêt, à l'acquisition
d'un plus pour eux-mêmes . Et ne se réclamant d' aucun
exploit. Ces audacieux n' apparaissent pas comme tels au
moment où ils s'avancent dans le danger. Ce qu'ils risquent
est fugitif et imperceptible -à peine un souffe.
Sont-ils ainsi en quête d'une protection supplémentaire ?
Non. Ce serait encore se couper de l'ouvert. Ils respirent
sans souci . Sûrs, parce que dépourvus de l' angoisse de leur
sécurité. Désenveloppés de tout bâti selon leur vouloir
propre. Se reposant seulement sur l' attraction qu'ils per­
çoivent et qui les meut en dehors de toutes frontières .
Acceptant de s' avancer là où ils se sentent portés - jusqu' à
la source dont ils se reçoivent. Accomplissant, sans réserve,
l' ampleur de l' attrait et la redéployant dans la plénitude d'un
don.
Dans cet aller-retour, aucune demeure n' aura été façon­
née, aucun abri constitué. Ce consentement et son rendu ont
lieu sans production supplémentaire pour qui ainsi se risque.
Ils ne se retrouvent pas situés en quelque clôture garantissant
du danger. Pas séparés . Consentant éperdûment, ils se reçoi­
vent et se redonnent dans l'ouvert.
L' accès à cette étrange aventure se passe dans le renonce­
ment à tout chemin déj à proposé. Tout ce qui s 'ofrait comme
futur possible doit se quitter, se retourner, tel un horizon
borné : voile imperceptiblement protecteur de l'en-face.
Avant de partir, toutes fns doivent être soumises au moins
à une rétroversion. Tout obj ectif doit être déconcerté. C'est
154
sans projet, en aveugles, que s'avancent ceux qui osent tout.
Désenvoûtés de l a peur d'être sans abri . S' abandonnant, sans
retenue, à l'ouvert sans mesure. Milieu d' éclosion, en lequel
seraient embrassés les libres de toute crainte. Livrant toutes
leurs faces sans détour, fondant leurs forces les unes dans les
autres, agissant les uns sur les autres dans l'intégrité d'une
perception qui ne se refuse pas au centre de sa gravité pure.
Disant V oui », sans réserve, à l'ensemble de tout ce qui
advient.
A l a mort, comme autre face de l a vie ? Oui. Et à l' autre
comme autre ? Oui ?
Ou s' agit-il encore de demeurer dans le cercle du propre ?
En acceptant le revers, certes . Faisant du négatif un positif,
sans doute. Mais toujours selon le même geste. Elargissant
sa sphère d'application. Y faisant entrer ce qui en détermine
l'horizon, dès lors retourné en un plus vaste. Pelicule imper­
ceptible dont le dehors se redonne sans cesse au dedans.
Dévoilant-revoiant l'enfermement dans un site. Réversibilité
de l' aversion en consentement au tout. Se laissant émou­
voir par tout ce qui touche. Sans refus ni repli. Protégé par
le risque même. Insensiblement, invisiblement, à l' abri dans
son être ? Au cœur de lui-même ? Pas encore ouvert à
l' autre, sauf du même ?
Etranger à cette existence surnuméraire, née pour qui
s' abandonne : se reçoit et se prodigue à l'autre, hors de lui.
Accédant à un espace et un temps interminables . Dimensions
qui outrepassent le sidéral, mais aussi l'imaginaire de toute
conscience. L'obj ectif et le subjectif perdant leurs limites.
Chaque un et toutes % choses » reposant l'un( e) dans l'autre,
se déversant l'un( e) dans l' autre, sans bornes . Remémoration
d'un état si ancien que peu en sont capables. Retraversant
les frontières de leur propre vie. Refuant en deçà, risquant
leur souffe. Livrant à l'autre le rythme même de leur respi­
ration. Acceptant d'en perdre la mesure pour en découvrir
une nouvelle amplitude. Expirant en l' autre, pour en renai­
tre plus inspiré. Mettant en péril l'enceinte de l'être, la
langue, pour que cele-ci retrouve sa voi. Son chant. Sor-
155
tant du temple déj à consacré pour retrouver les traces du lien
férial avec le tout-autre. N' ayant plus la parole - risquant
le dire même. Sans inquiétude, car sans calcul. Etranger aux
changes et aux afaires . Hors marché. Frémissant de l'arrivée
de ce qui s' annonce. De cet autre souffe qui leur nait après
que toute résonance déj à connue s'est brisée. Au-delà de tout
ce qui , déj à, a été atteint . Sonorité inouïe des regardants,
qui ne s ' aventurent pas dans le séjour in-fni de l'invisible. Le
seul guide y étant l'appel à l' autre. Dont l'haleie imprègne
subtilement l'air, tele une vibration que perçoivent ces
éperdus d'amour. Ils vont, attentifs, progressant hardiment
par des chemins où d'autres ne voient que ténèbres et enfers .
Ils s 'avancent et, parfois, un chant leur monte aux lèvres .
De leur bouche s'exhalent des sons qui ne veulent rien dre
-seulement l'inspiration qui frappera l'autre des sentiments
et pensées qui les débordent. Répons , inaudible pour la
plupart, à ce qu'ils pressentent dans le vent.
Ainsi vont, l'un à l' autre, ceux qui renoncent à leur vou­
loir propre. S'invoquant sous tout dire déj à articulé, tout
mot déj à prononcé, toute parole déj à échangée, tout rythme
déj à martelé. Ils s'attirent dans le mystère d'un verbe qui
quête son incarnation. Se fant, démesurément, à ce qui fait
le corps et la chair de toute diction : l' air, le souffe, le
chant . Se recevant et se donnant dans l'encore insensé. Pour
en renaître, l'un par l' autre, investis d'un dire d'inspiration
oubliée. Enfoui sous toute logique. En-plus à toute langue
existante. Suspens de toute signifcation, qui en dévoile le
fondamental marchandage, et se risque en deçà. Avant que
la séparation ait eu lieu, et l'estimation d'un plus ou moins
de valeur. Dans cette opacité, cette nuit du monde, ils
découvrent la trace des dieux enfuis, alors même qu'ils ont
renoncé à assurer leur salut . La fulgurance leur vient du
consentement à ce que rien n'assure leur garde. Pas même
cette enceinte historiale de l'homme -l'être. Ni cette caution
au sens ou au non-sens du tout -Dieu ?
Ces prophètes sentent que, si du divin encore peut nous
advenir, c'est dans l' abandon de tout calcul. De toute langue
et tout sens déj à produits. Dans le risque. Seulement le ris­
que, dont nul ne sait où il mène. De quel futur, il est l'an-
156
nonce. De quel passé, la secrète commémoration. Aucun pro­
jet, ici . Seul, ce refus de se refuser à ce qui est perçu. Quelles
que soient la détresse ou l' indigence qui en adviendra.
Ces prédécesseurs n'ont pas d' avenir -ils en viennent . En
eux, il est déj à présent. Mais qui l'entend ? Leur chant irrigue
obscurément le monde. D' aujourd'hui, de demain, d'her.
Nécessité d'un destin qui ne s'écoute j amais clairement, n' ap­
paraît j amais au grand j our. Sauf à être déj à défguré.
Mais le souffe de qui chante en mêlant son inspiration à
l'haleine divine demeure hors d'atteinte. Insituable. Sans
visage. Qui le perçoit, se met en chemin. Obéit à l' attrait. Ne
va à l'encontre de rien -seulement l'en-plus à tout ce qui est.
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© 1983 by LES EDITIONS DE MINUIT 7, rue Bernard-Palissy 75006 Paris
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La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une

ISBN 2-7073 0638 X

«

La rose est sans pourquoi, fleurit parce qu'elle fleurit » Angelus SILESIUS.

que. entrrunantainsi le destin de l'être comme étant(s). mais que néan­ moins l'ouvert demeure impensé . il soit question d'une nécessité de l'ouvert comme lieu de l'entrée en présence. pensé à son tour comme Lichtung. dans l'état de présence -.« Dahs quel cercle sommes-nous ici. dans Questions IV. Le cercle étant déjà bouclé : en chaque 9 . Que le il y a de la clairière n'ait jamais été interrogé par la pensée.alors qu'il règne dans l'être même. comme la clairière de l'ouvert ? Mais alors la tâche de la pensée n'aura-t-elle pas pour titre. Mais dans quelle parole présocratique va se chercher une évocation de l'ouvert ? Dans le Poème de Parménide.. dès lors. l'abandon de la pensée en vigueur jusqu'ici pour en venir à déterminer l'affaire propre de la pensée » (La fin de la philosophie et le tournant. R. N'est-il pas déjà trop tard pour rouvrir le scellement de son mystère? L'ouvert y étant déj à constitué comme rondeur parf aite ou comme sans-f ond. F. alors qu'il en serait la condition ultime de possi­ bilité. rondeur parfaite. au lieu de Sein und Zeit. 139). tel serait l'oubli qui sous-tend l'histoire de la métaphysique. dès l'origine. N. Galimard. p. être et temps: Lichtung und Anwesenheit (clairière et présence) ? Mais d'où et comment y a-t-il clairière ( g ib t es die Lich­ tung) ? Qu'avons-nous à entendre dans cet il y a (es gibt) ? La tâche de la pensée serait. et vraiment sans aucune issue ? Est-ce l'eukuklos alèthèia. le sans-retrait.

Son ek-sistance se fonde sur du solide. peut-être faut-il enlever à Heidegger cette terre sur laquelle il aimait tant marcher. d'en bas ou d'en haut. Lui ôter ce sol ferme. sans le dire vraiment. sans doute.point. sinon parce qu'elle dévoile le gouffre sur lequel se fonde la vérité ? Pourquoi opter pour une telle vérité ? Et la tyrannie qu'elle risque d'entraîner du fait de son pacte avec la crainte ? Pour interroger le fait que « C'est dans cette alliance seulement que prend base toute requête d'une allégeance possible de la pensée ». . ni sur / dans l'air. commencement et fin coïncident. 10 . Tant qu'Heidegger ne quitte pas la « terre ». ou du moins qui ait cons­ titué. trouvent. La fin du métaphysique serait prescrite par leur réinter­ vention dans la physique d'aujourd'hui? Mais la rationalité philosophique ne verrait pas de telles évidences? Elles lui resteraient aussi voilées que « l'oubli de l'être » ? Appella­ tion d'une même méconnaissance? D'une même incapacité à traduire dans la discursivité des réalités fluides? Heidegger.. de quelque façon. . acheminait peut-être la pensée vers cette question? N'était son amour quasi exclusif de la terre. à partir de laquelle élever une construction. Son désir d'y demeurer toujours? Malgré cet étrange attrait vers la clairière de l'ouvert . mais au prix d'un abîme.même s'il ne va nulle part -. cette « illusion » d'un chemin qui tient sous les pas . Et ses abîmes. La métaphysique suppose toujours. et le ramener non seulement à la pensée mais au monde des présocratiques. qu'ils le modifient. leur interprétation dans l'oubli des éléments qui n'ont pas la même densité. Le métaphysique ne s'écrit ni sur/dans l'eau. Quel abîme? Et pourquoi valoriser le cœur qui point ne tremble de s'assurer ainsi sur du sans-fond? Pourquoi la non-occultation f erait-elle peur. Donc une physique qui privilégie. il ne quitte pas la métaphysique. le sol est toujours là . ni sur/dans le feu . Que les philosophes s'en éloignent.. le plan solide. une écorce solide.

.identité. cela ne se « pose » pas.impalpable. « En quoi » est un étant. Trop simple. « En quoi » l'être. Trop « sen­ sible ». sans doute. Ou encore : quelle consistance a l'essence de l'être? Néces­ saire à la venue au monde de tout étant et de toute philo­ sophie. . Et la question : « en quoi » est f aite la pensée. Pré-visible. Trop peu complice avec l 'histoire de la philosophie. trop innocente. Elle était. co-présence de deux? Avant leur position possible en « choses » séparées. omoi6sis. étant laissée impensée. adéquatio. tout en disparaissant dans l'acte de fondation même? Pour qu'il ait déjà été « utilisé» . la co-existence. pré-supposé.aurait-on pu lui demander. Reste la question: la pensée n'est-elle pas déjà un destin de l'être? Ou le contraire? Alors comment Parménide réa­ lise-t-il leur co-occurrence? Quelles sont les propriétés de ce « est » qui les fait se rencontrer dans le Même? Qui circonscrit leur contrée comme étant (la) même? Fond. Trop ignorante. impensé. en tout cas quand ils se donnent « sans retrait »? Le « il y a » serait le même pour l'être et la pensée? Du moins avant qu'ils ne déchoient dans les visages de leurs destins : étant(s) et méta­ physique. L'être et la pensée seraient-ils faits de la même matière? Dans le même élément? Ce qui expliquerait leur mutuelle attirance? Leur amour jusqu'à l'inséparable. pré-établi. Cela e st. toujours. . ou trop « physique »? Pour ne pas avoir été oubliée. Pour qu'il ait déjà donné lieu à l'être sans qu'aucun commencement de l'être soit . imperceptible. cela peut se poser comme une question. Cette vieille question philo­ sophique ne semble pas lui avoir été posée. -. 11 . Du moins depuis Parménide : être et penser étant le Même. et toujours déjà oublié . « en quoi » cela peut-il être? . de tout « destin » à venir? « En quoi » ce est pour qu'il opère.La clairière de l'ouvert.et utilisant? sans qu'aucune naissance puisse lui être attribuée . En quoi ce « est» pour avoir un tel pouvoir de fonder l'être et la présence. co-essence. antérieurement à tout savoir et méthode de connaissance .

Trans­ cendant ? Médiation. dé-finir. ces sens de l'air. Mais les uns et les autres auraient « oublié l'être » ? Plus exactement. L'apparence. médium fluide mettant en rapport sans obstacle le tout avec lui-même. ce vers quoi se destinerait l'être ? Cette nouvelle figure de l'étant aurait ses productions. forme. transparent. phénomène. De le nommer comme l'unique au-delà ou en deçà de toutes les significations qu'il rassemble et relie dans son Tout. plus subtilement proches de l'être. ses musiciens . et. Ils sont même . ou motif le plus considéré en philosophie. « En quoi » ce est pour qu'il reste invisible alors qu'il est la condition fondamentale du visible. l'impensable . mime. Ou position. Le sens de ce mot ? Dans la sphère déterminée déjà par l'oubli de l'air. . pour qu'il ne soit pas posable alors qu'il est la condition de toute position. Et. même : morceau de musique écrit pour une seule voix. et certaines de ses parties entre elles suivant leurs propriétés : réelles ou décrétées « vraies » . mélodie. et ont toujours fait l'objet d'estimations . d'appréciations. ou thème. seront compris : apparence. aujourd'hui. pour qu'il n'ait pas d'origine mais soit l'originaire même ? Pour qu'il confonde le deux en un dans le Même sans que cette opération soit techniquement assignable. ses producteurs et consommateurs d'arts plastiques. paraître. Décision d'envelopper. accompagnant des paroles. C 'est dire dans l e cercle déterminé comme celui de la pensée en fonction de ce rien de pensable qu'elle est. En quoi ce est ? Diaphane. d'analyse de valeurs. expression. lui qui nomme sans jamais pouvoir se désigner lui-même. . Lui qui est en excès à toute déclaration. ressembler.dans sa matière et son acte. le paraître. . translucide. Ces « sens » possibles de air ont toujours été entendus dans l'histoire de la philosophie. dire. pour qu'il ne soit pas produit et soit la condition de toute production. 12 . . En restant la condition de possibilité. . cerner. Vraies ? Dans l a sphère d e l'être. aujourd'hui l 'enjeu. insensible. inintelligible . la ressource. sembler. En quoi ce est? En air. le sembler et ressembler ne seraient­ ils pas. Leur rapport à la « vérité » et à l'être a toujours fait question. le fond sans fond. refer­ mer. .invisible.

dans un cercle. oubliée. Capitalisation. A rendre toujours fuyantes et expansibles. Purification. ses pro­ priétés . par raréfaction d'ambiance : les plus altiers se disputant des sphères de plus en plus éthérées. En tout cas. compressibles. Cette ouverture. D'où le risque dont il serait toujours menacé? D'où l'oubli de l'origine de son pouvoir ? Revient-il. par lui. en oubliant en quoi il est. L'ouvert. impensé. Le métaphysicien serait un trafiquant d'airs . par transformation sublime d'atmosphère. encore. Ou quasi-cercle : il est ouvert. L'être. ou espace libre.sans air. Ce qui ne va pas sans risque. Retrouvant le chemin de l'air. donc manque . . A la flouer de partout. est. Par monopole de ce qui serait déclaré valeur respirable . Ce qui serait dire que son air a déjà perdu ses qualités matérielles ? Qu 'il est déjà un fluide idéal ? Non vivant. c'est dans la fermeture du cercle parménidien qu'Heidegger en trouve l'évocation. » Penser revient-il à mourir ? A faire mourir ? Par appropriation-dés appropriation : d'air ? Par utilisation abusive de cette matière par quelques-uns . où se donnerait encore de l'air. Ce qui res­ terait. comment le penseur vivant s'arrange-t-il de ces deux airs ? Se mélangent-ils en lui. 13 . .ils penseraient pouvoir en finir avec l'être. le libre. Heidegger découvrirait un air irrespirable ? D'où le péril? Sauf pour la pensée ? Mais la pensée a-t-elle besoin d'un autre air que le vivant ? Plus éthéré ? Si oui. Raré­ faction et compression : le volume d'air doit rester mahri­ sable. par immobilisation des ressources d'air. Ou non? « La tâche de la pensée serait dès lors l'abandon de la pensée en vigueur jusqu'ici pour en venir à déterminer l'affaire propre de la pensée . au moins. en tenait en réserve ? Ainsi : la clairière de l 'ouvert. Se comprend que la philosophie meure . Libre? Libre ? Cet être-air se tient dans une clairière. Ce champ. ou non ? Est-ce en tant que vivant qu'il pense . donc ? man­ que et pollution . Rien ne se tient plus pareillement dans l'air. Rappeler que l'air est au fondement sans fond de la métaphysique revient à l'abîmer de part en part. pour le commun des mortels . élastiques .

Respirant comme penseur. Ce serait déjà entrer dans leur système . sans jamais le dire . d'où sort du retrait et où entre dans le retrait le tout. il est mort. ou . . . L'alèthèia la mort qu'est la pensée . vous donne un air ainsi raréfié.non plantés d'arbres ? . sur le fait que vous respirez encore . Vide quand même cerné : la clairière de l'ouvert. qu'il vous donne. ou comprimé. il ne meurt pas comme penseur. il ne peut savoir si l'air lui en convient ou non. pour subsister. . - Quelle mort? C'est ce qui demeure et doit demeurer caché : la méthode fondamentale du faire mourir philoso­ phique . cela vous rassure. Gouffre de l'origine de l'appropriation de leur pensée? Ultimement valorisé comme creux : possibilité de ras­ sembler ? Quand le monde devient par trop construit et peuplé. effectivement. l'esprit ou l'âme par trop préoccupés ou encombrés de connaissances. Mais . De manière assez ambiguë pour que ne se sache plus qui donne ou prend de l'air. ou pollué. sous ses différentes formes. si tant est qu'au point où nous en sommes de l'histoire de la philosophie la chose soit aussi facilement décidable . respirant comme vivant. les discours par trop saturés. Si. 14 .s 'im­ pose . Mais n'est-ce pas du côté du manque d'air. Le vide qu'ils fabriquent en utilisant l'air pour dire. la mort ? S 'il vous prend l'air. ou . Peu importe d'en fournir une preuve. Le dévoile­ ment de l'opération fondamentale de la pensée de l'être est un péril quasiment impensable. les chemins de campagne sont quand même plus salubres que l'atmosphère qui environne et que parcourent les philosophes . Le danger n 'est pas mortel.ou l'amène-t-on. et prêter à un éventuel jugement. il ne meurt pas comme vivant. au moins. Si celui qui vous donne de l'air. Telle la mort même. ou pur. . le recours aux espaces encore vides . Et risquer de se faire peur pour rien : il n'est pas exclu qu'ils confondent l'air de la campagne avec l'horreur du vide. qu'elle s 'effectue? De manière assez sub­ tile pour qu'elle ne cesse d'avoir lieu sans se produire ouver­ tement. dans un espace libre .une clairière ? -.

ou ne se laisse traverser par. pour la présence et l'absence. une primauté simple. Par l'effet de la désintégration de l'atome.pouvait-on ? . dans le futur . gardien de l'être. per­ manent et fluent. sans doute. Mais l'air n'ayant jamais lieu sur le mode de l' « entrée en présence » . une autarcie. Aucun au tre élément n 'est à ce point l 'ouvert même . Du moins peut-on . la faveur de l'oubli devenant. impo ssible ? Sans doute .sans nécessité d'ouverture ou réouverture pour qui n ' aurait pas oublié sa nature. Dont la techno-physique se charge de rappeler le pouvoir. le philosophe peut penser qu'il n'y a là qu'absence quand aucun étant ni aucune chose ne viennent à sa rencontre dans l'air. ne risque. irréductiblement constitutif du tout. .t. voix ou silence. dans un certain tournant. où de multiples découpages temporels restent toujours des possibles. La clairière de l'air est clairière pour l'apparaî tre et le disparaître.même plus généralement paisible que celui de l 'air ? L'homme peut-il vivre ailleurs que dans l'air ? Ni dans la terre ni dans le feu ni dans l'eau. Aucun autre élément n'est ainsi l'espace avant toute loca­ lisation . libre.sauf dans le vent ? . et un substrat à la fois immobile et mobile. . 15 L'air n 'es t-il pas le tout de notre habiter en tant que mortels? Y a-t-il un demeurer plus vaste. Mais cet élément. il se laisse oublier. p lus spacieux. aussi originairement constituant du tout du monde sans que cette originalité s 'achève jamais en un premier temps. Aucun autre élément ne peut lui tenir lieu de lieu. il n'y a un habiter possible pour lui .. une propriété unique ni exclusive .ainsi le penser dans un oubli de la matérialité de l'air. par exemple .il l'a dit . Aucun autre élément ne porte avec lui. ne s 'impose ni à la perception ni à la connaissance . Aucun autre élément n'est aussi léger. Dès lors . Toujo urs là. et sur le mode « fonda­ mental » d ' un « il y a » permanent disponible. lumière et ombre.. Lieu de toute présence et absence ? Pas de présence s ans air. une autonomie. Aucun autre élément n'est. faisant du péril du dévoilement de son essence le secret de sa garde.elle de devenir. . et .l'avenir suffirait au penseur.

la main à la technique ? Aidant au déploiement de la phusis? Pour quel destin ? Freine-t-il. biolo­ gistes. Respirable . aujourd'hui. ou identifications imaginaires . méditativement. Joueur cynique d'une époque « capitaliste » ? Organisant sa survie pour tout régime éco­ nomique et politique possible. de ses réserves d'air ? Mais où se réserve l'air ? Et les techniques philosophiques de garde et de fabrication d'airs ne sont-elles . effectivement. Le philosophe s 'en faisant fête ? Plus vite ça se dévalue. . aussi. Quoi ? Ça n'a plus de sens ? Plus de rapport à l'être ? Plus de réserve d'air ? Plus d'avenir vivable. . idéale ? . . . chimistes) ? L e philosophe n'est-il pas devenu ce poète qu'il a toujours méprisé ? Et pense-t-il pouvoir gouverner poétiquement le monde ? Alors que la figure et le destin de diffusion de l 'opinion produisent de la « vérité » à une vitesse et selon une universalité autrement puissantes que celles du penseur se retournant. Le futur du philo­ sophe se réduisant en mirages ? D'où la détresse du penseur ? Et la tâche qu'il se propose : déterminer ce qui s 'est perdu dans l'affaire propre de la pensée . vers le mystère de l'alèthèia. Projection. aujourd'hui. Tout pouvant devenir tout et n'importe quoi : il suffirait d'argumenter de ses fantasmes. La gauche et la droite lui étant devenues aussi peu distinctes que la diférence des sexes qu'elles ont toujours. le progrès technique ? Pour quoi d'autre ? Une téléologie unique lui est-elle. freinant de l'autre. Quel est donc aujourd'hui le pouvoir du logos? Prête-t-il. dérisoires au regard de celles des savants (physiciens . ou rêves . les systèmes de représentations : une telle plus-value à partir d'une produc­ tion matérielle soi-disant gratuite que les discours seraient aujourd'hui sans crédit possible . signifiée . Ce qui s'est oublié dans cette « rondeur parfaite » ou être et penser sont le même. au contraire. Telle serait la décadence qu'aurait entraînée une exploi­ tation incontrôlée de l'air par le langage. ployant la liberté de ce fluide à une forme sphérique ? Le durcissant en coque solide pour l'habitation . ou .future 16 . plus vite ça . impossible ? Collaborant d 'une main.même sans futur. Ou encore : comment l'air a-t-il pu se refermer en cercle ? Quelle médiation psychique était déjà à l'œuvre chez les Grecs.

motif. . Que la détermination du transcendantal comme tel soit bien plus tardive. et. pour qui tire son pouvoir de la plier à des dires qui la réduisent à néant ou qui l'élabore selon des techniques inappropriées . il en permettrait la détermination comme tels . est différemment dans le monde grec : l 'être s 'y destine encore selon sa forme d'étant physique sensible . Cela demeure « impensé » des « matérialistes ». Désigner une partie de la matière . forcément. méthode.comme thème. . alors que l'imagination . Se dérobant au sensible et à l'intelligible. tait ses médiations. Le logos ne nomme que ce qui est. référent. dans une élaboration dite « idéaliste » . Pour qui ne nomme pas ses sources. qui ne dit plus ses ressources matérielles : surtout fluides .et transcendantale fabriquait déjà ses irréductibles illusions : parce que l'air est une chose imperceptible.des mortels ? Supposant une immédiateté de la rencontre avec les choses. que son corrélat psychique ne peut être que de l'ordre du transcendant. . ne signifiant pas que son lieu n'était pas toujours déjà ouvert. Supportant « physiquement » la dialectique spéculative. (Aussi bien est-il juste d'interpréter tout discours produit jusqu'à présent comme oublieux de la matière . l'air serait la médiation matérielle oubliée du logos. Elle est vertigineuse cependant pour qui a négligé un certain rapport à la matière. N'était-cè la tâche qu'il s'était donnée ? Ce qui est. du moins modernes). certes.peut-être ? . si originaire pour la perception. il y disparaîtrait toujours dans la médiation d'un fonctionnement psychique. 17 . inapparente. Surtout quand il s 'agit de sa ressource la plus « fondamentale » : l'air ? Déjouant toutes les catégories posées et posables . une phénoménalité des choses sans élaboration subjective. .une logique que le logos ne connaît pas . transgressant les méthodes existantes du p enser. Interroger ce qui s 'est oublié dans cette rencontre de l'homme avec la phusis grecque n'est donc peut-être pas une tâche sans fond.en négligeant le tout de son exploitation reste. se veut « faire » trop univoquement « de l'homme » pour construire et épanouir le monde physique . La matière de la phusis a .du moins jusqu'à pré­ sent -.

grâce à l'air. A l'air. voir et parler. il doit de commencer à vivre. Ce qui signifie que cette matière se soustrait à la maîtrise. la tâche de la pensée que de se questionner sur cette réalité qui l'habite et qu'elle habite en tant que mortelle ? Se voulant immortelle. la puissance de la mère-nature l'emporte. Et. et que le débat de l'homme avec la phusis. Condition a priori de tous ses a priori ? Mais l'air est-il pensable ? Par quelles transformations devrait en passer le logos pour penser cet impensé ? Subsis­ tera-t-il à cette opération ? Si la copule qui l'assure comme tel est interrogée dans ses propriétés matérielles. il se nourrit. exercer une activité. Mais cette matière aérienne reste impensée du philosophe. se manifester. du plus rare ? A moins que la pensée naisse d'une surabondance. Le geste de la pensée a-t-il toujours été de conjurer et maîtriser la mort ? S 'affairant d'abord au plus grave péril ? Se préoccupant. du penser. Reste l'air dont elle tire sa subsistance . d'un excès qui déborde l'homme ? Créateur de rareté parce que 18 . en un premier temps. quand il s'agit de l'air. du monde . y compris dans son dérobement à la perception immé­ diate ? Une vérité fluide est-elle pensable ? Qu'en advient-il des vérités essentielles jusqu'à présent façonnées par l'hom­ me ? De « l'homme » même ? Et n'est-ce pas . il est logé. est le plu s constamment menaçant de mort : le plus originairement et toujours immédiatement présent de son surmontement du naturel.physique ou psychique. sur tous ses pouvoirs . qu'advien­ dra-t-il de cette vérité que l'homme a toujours cru pouvoir tenir .L'air serait l'archi-médiation : du logos. du moins jusqu'à présent. il peut se mouvoir. de naître et mourir. de l'air. et son habiter dans l'espace en tant que mortel. La substance de la copule qui permettrait le rassemblement et l'agencement du tout dans le vivre et l'être de l'homme. aujourd'hui. Mais cette arcrue ne serait jamais cons­ tituable en origine du fait de ses qualités de médium et de sa permanente nécessité pour la subsistance immédiate de l'homme. dans cet impensé. dans l'air.

D'où la question : le logos suppose-t-il un arrêt de mort ? Cet énoncé est-il ambigu ou non ? Le projet le plus cher à l'homme est-il de mourir ? Dans . et non la laisser être. Un monde où il se soucie moins d'assurer sa subsistance. dressé dans la séparation d'avec son ambiance. avant toute ek-sistance. un mirage ? Son intervention la plus radicale dans la nature serait de la transformer en son miroir ? L'élément le plus résistant à cette opération n'est-il pas l 'air ? Médiation de toute réflexion. . » Traduction humoristique du fait que le pouvoir de connaître se détermine par l'apparaître de l'étant ? Ici se laisserait entendre c1aire19 . L'avenir qu'il se serait toujours secrètement proposé serait de devenir ou d'être le maître de l'univers . son être debout . pour . soutient. . de trouver réponse à ses besoins . les nez seraient alors experts au diagnostic. Muet sur cet infiniment ouvert qu'est l'air. que de transformer le tout en son univers . quitte à en mourir ici maintenant. ou de survie. Sinon sous forme de fumée ? « Si l'étant se montrait partout comme fumée. autant sinon plus que l'habiter en tant que mortel. fondée sur un échange impensé. Lieu et milieu imperceptible de toute présence et de tous rapports . d'aménager un lieu vivable. par. pour affirmer son essence comme propre alors qu'elle est. Le rapport à la phusis étant déterminé par un projet d'appropriation plus que par un désir de vie. Mais l'élément air ne se manifeste pas . L 'homme prétendrait refaire le monde à son image. Parce que l'homme se serait voulu ek-statique à son entour de vivant mortel. au risque d'en perdre la vie. accompagne. Impensé d'où naît. de. De devenir comme immortel. où se suspend et s'abîme l'être ? Recélant une aporie du dire de l'air. érigé dans la méconnaissance de ce qui permet. comment l'air se réflé­ chirait-il lui-même ? D'où l'oubli de ce qui se donne à profusion ? Cet il y a où tout advient et se meut presque sans entrave. . manifeste .voulant constituer un monde qui lui soit propre ? Un monde où il se porte à la rencontre de la nature pour la ployer à sa mesure. .

« la lumière du ciel ».ment la proximité d'Héraclite et de Parménide. « Zeus ». dans Questions N notament celui du Thor. capitale . L'air ne se montre pas . Comme tel. Cosmos représente déjà le monde de l 'homme : le pouvoir d'allumer et utiliser le feu le distinguant des autres vivants . . Certes. Il est « vrai » que l'air n'est pas produit par l'homme et qu'il n'apparaît pas comme source ou jaillissement . que quelque chose d'un « il y a » de la phusis assure la position de l'homme comme homme sans reconnaissance de cette provision reçue. n e signifie déjà plus la surabondance d'un phuein naturel. L'air reste ressource d'être impensée . ce même pourrait désigner le il y a pour tout et pour tous de l'air. est à la fois penser et être. il se dérobe à l'appa­ raître comme étant. que la rencontre avec l'air soit nécessaire à la combustion. Mais ce sens serait déjà oublié dans le phénomène ou la phénoménalité du feu. Il se laisse oublier par la perception des nez eux-mêmes . aussi loin qu'il puisse être remonté vers l'arrière ou projeté dans le futur. Ce même de tout temps déjà là. commande de son élévation ou érection comme tête. cela indique que cosmos est déjà du règne de ce qui domine de haut. Air qu'aucun des dieux ni aucun des hommes n'aurait produit. Ce « frag­ ment 7 » étant la version héraclitéenne du « fragment 3 » du Poème de Parménide : le Même. le « Radieux » . « ceux qui brillent à la tête de l'Etat ». Cosmos doit s'entendre déjà comme rassemblement et ordonnance­ ment du tout par et pour le pouvoir de l'homme. . Impensable ? Par Heidegger ? Bien que le phénomène des cosmonautes ait souvent traversé ses méditations . III . déjà chez Héraclite et Parménide. Qu'il n'y ait pas de feu sans air. surplombe de son ciel. « Les séminaires » . en vérité. Cosmos et logos étant du même. ) 20 . chef. cela demeure impensé dans l'ordre du monde. Que Cosmos veuille dire aussi : « ce qui resplendit ». sans cesse vivant. A moins qu'une activité de l'homme ne l'ait préalablement fabriqué. cosmos. (Cf . chez Héraclite.

son Dieu. son roi. Ce multiple est déjà plié à l'autarcie d'un po uvoir : la phusis déjà ouverte par et pour l'homme selon ses besoins ou désirs de paraître. mais pour faire b riller celui qui la porte et sur qui elle brille.Un troisième sens. qui condensa l'air et le changea en glace. secrètement uni aux deux autres. Ce qui se dit dans la cosmologie d'Empédocle. alors que la clairière de l'être se donne pour un « il y a » antérieur à la lumière ou l'obscurité. de l'apparaître ne se trouve pas questionné. » Ainsi la nature. signifie : parure. pare d'or. transformée par l'homme pour l'habiter en tant que son maî­ tre. . ou en œuf. « La parure. comme l'or. Evocation des propriétés diaphanes de l'air ? Demeurant dans l'apparaître. Comment enfermer l'air sinon en l'utilisant lui-même comme enveloppe ? Une procédure renversante aurait tou­ jours déjà lieu pour prévenir l'aporie. Dès l'origine. . y compris dans la détermination du lieu. Ce qui se soustrait à la limitation devient la limite même. Le cercle extérieur de l'air se solidifia ou se congela et se transforma en une voûte cristalline qui limite le monde. Le triple sens de cosmos ou de feu ne change rien. Elle n'est pas rencontrée dans son laisser-devenir. le feu qu'il prodigue de son haut. le penseur n 'y voit que du feu . Ainsi le monde fut constitué en un tout refermé sur lui­ même. du brillant. selon ses propriétés de solidifier. fondamentalement. Le premier élément qui fut séparé par la haine fut l'air. l'air devient l'air que se donne l'homme pour paraître. Ce fut le feu. Ou encore : la coque évidée de la sphère de l'être ? Les deux appartenant au même ? La marque du désir de l'homme sur la nature. En quoi pourrait être l'enve­ loppe du monde sinon en air vitrifié ? . l'élément cosmique le plus fluide lui servant d'écorce solide. y compris inapparent. le son ou le silence. En quoi cette coque ? En air. à ce qu 'in s taure comme gouverne­ ment de l'homme sur la nature la séparation du feu des autres éléments . n'est pas là pour briller seulement par elle-même. 21 . Et le privilège du feu. et il entoura le monde en cercle. Produit par l'homme.

il ne tient rien que le montage insaisissable de celui-ci. Comme sa fabrication et ses impuissances se mêlant toujours déjà dans ce qu'il désigne comme le laisser­ être de la phusis. corrélat vide du tout. le monde de l'homme étant déjà projection de son désir ? Veut-il se l'approprier. de son enveloppement. se défait. L'homme voulant se ressaisir comme constituant et rassemblant le tout n'appréhende que le rien : bulle d'air fabriqué. Dans le il y a. ou il se donne. Où resterait encore de la nature iltée. sa réflexion. Ou se redouble thématiquement . la différence de leur provenance. et non d'arriver aux bords de quelque abîme naturel ? Et ce d'autant plus que la matière qui assure les propriétés du monde est déjà imaginaire ? L'air glacé qui entoure le monde d'Empédocle est en air très subtil : en éther. Qui. recélant déjà. sa projection en monde. lequel des deux . N'est-ce pas ce qui se « fabrique» constamment dans le geste d'appropriation du monde ? Et ce pour quoi ce geste comporte toujours un péril sans fond ? La limite s'y dévoile parfois comme limite du penser.constitue la réserve qui ainsi se prodigue ? Cela revient-il au même ? De quelle ressource 22 .être ou penser . Clairière de l'être? Cercle du logos ? Gestell organisant sa perception. alors qu'elle se voulait limite du monde par lui.rien même? Quelque chose du dispositif mis en place par l'homme pour affronter le péril de la mort dans sa rencontre avec la nature reste impensé .penser . production. en ce geste. La position de l'origine de la métaphysique : être . dans l'oubli.Et. surgissement. l'homme ne découvrirait que son propre vide encore impensé? Le vertige provenant de toucher aux confins de là où l'homme se tient.dans le monde grec -.le même. appa­ rition. En tant que mortel ? Ou se voulant immortel ? Ce qui signifie : être . le support matériel de l'apeiron est constitué en peiras. Ce quelque chose pourrait se dire comme son projet ou ses projections intervenant toujours déjà dans ce qu'il dit être. là où l'être se donne encore sous forme de phénomènes physiques sensibles . ou ça se donne. Le miroir qui constitue.

Un défrichement.ces deux puisent-ils leur mêmeté pour ainsi s'élaborer ou se dire ? Quel Gestel! de l'être ou du penser permet-il d'utiliser des ressources ? Et si les deux n'ont pas de provenance identi que. 23 . le dépérissement naturels . y aménager une ambiance où demeurer. une effraction et une culture de celui-ci pour s'y enraciner. ont-ils ou non des G estell différents ? Dans la rencontre de l'homme avec la nature . ou si transformé de toujours par le projet qu'il a sur lui qu'il en perd ses propriétés. Le visage projeté par l'homme sur la phusis aurait déjà effacé celui de l'enracinement. Si « être debout devant. d'un phuein dont il ne connaitrait ni le péril ni le remède. Et l'impensable. être de niveau avec. Le vertige de l'im­ pensé . y trouver un fond grâce auquel puissent ek-sister l'apparition des phénomènes ? Mais cette exploitation de la nature par l'homme ne risque-t-elle pas d'entraîner sa propre mort? Laisser être doit-il s'entendre comme laisser se déployer la pensée de l'homme. Y ouvrir un espace habitable. Ce qui revient au même pour l'avènement d'une rencontre entre les deux. ou laisser s 'épanouir la nature ? Ces deux avènements peuvent-ils arriver dans le même temps ? Quel temps ? A-t-il déjà eu lieu ? S 'annonce-t-il comme un avoir lieu possible ? Le il y a du temps de l'être ne diffère-t-il pas. Une certaine technique aurait tou­ jours ainsi maquillé la phusis que l'homme n'y découvrirait qu'un mirage ou un risque de s 'abîmer. est-il tenu compte des deux ? Ou : le montage mis en place par l'homme pour se poser en tant qu'homme voile-t-il qu'il n'épanouit sa nature qu'au prix de cadrer et masquer la nature ? L'homme ne construirait son monde que par une appropriation du monde naturel. y prendre de quoi assurer sa subsistance. l'éclosion. la croissance. y puiser de quoi nourrir son érection. dont il l'apprête jus­ qu'à lui enlever son devenir propre. s'altérer revient à s 'absenter. Si changer . le monde physique est ou radicalement absent pour l'homme. être de taille à soutenir ce devant quoi on est » (<< Séminaire du Thor ». leur rencontre ? Ou encore : la présence n'est-elle pas ce Gestell mis en place par l'homme pour rendre impossible certaines rencontres avec la nature ? Gestel! qu'il lui prête. pour lui. jusqu 'à la mort et au-delà.

dans Questions IV} p. La question d'une topologie de l'être revient donc à celle de l'être comme topo-logique. la privation d'une matière nécessaire à l'existence des êtres vivants . le cadrage de son point de vue ? Se permettant n'importe quelle cinématique. une excavation. n'auraient lieu que par des bords fixés par lui ? Le libre pourrait venir flotter autour de cette œuvre : resterait sa limite. 268) dit la compréhension de l'être. La rencontre qui peut avoir lieu dans cette clairière est toujours déjà une expérience « sous vide » : dans un espace déterminé. Une incorporation et une pro­ jection ? L'espace n 'entrerait en jeu que par cette frontière élaborée par l'homme ? Ses volumes. Dans un creux. un endroit. l'air est ce médium en quoi se bâtit l'étendue. alors qu'il maintient. Le défrichement des arbres faisant apparaître et disparaître ce qui s'y découpe pour le surgisse­ ment d'autres étants . un lieu ouverts par effraction de la nature. Mais la clairière de l'être n'est déj à plus celle de la forêt. par l'oubli. Jamais constituable en un « devant soi » mais ce dans quoi et grâce à quoi tout peut venir à l'apparaître « devant soi ». fixe.1 969 . Mais le philosophe voit-il la limite ? S 'il la voyait. l'air n'y serait plus. En quoi l'être correspond-il à une détermination de la localisation déjà construite en détruisant des propriétés de l' « espace » naturel ? Le lieu n 'étant que par sa limite : entre un dedans et un dehors. un extérieur et un intérieur. un trou. ses vides éventuels . n'y 24 . les balancements et flottements qui insistent dans « L'art et l'espace » (Questions IV) pp . les oscillations. donnant l'illusion d'un déplacement. déli­ mité. Arrête-t-elle Heidegger dans la marche de la pensée ? Faut­ il entendre une retenue dans les fluctuations . la chambre de projection demeurant sa garde. 98-106) ? Le philosophe y change-t-il de position ? Ou fait-il bouger les « choses » devant lui. ses ouvertures. ces mesures. ce Gestell} sont déjà inappropriés quand il s 'agit de l'air. Car tout s'y représenterait-il. Avant toute clairière. Dans un milieu où les « choses » ne viennent se rassembler qu'après avoir été arrachées à leur site naturel.

Sinon . 25 . ils s 'entre­ tiennent de leurs perplexités . pour Heidegger. Juste un peu d'exaltation pour amener un dire plus poétique. Loin de leurs habitations. et.au tout du lieu ? A la libre étendue. y renonce-t-il ? Quand Heidegger questionne le péril d'un projet physico­ technique moderne pour l'habitation de l'espace par l'homme. présocratique. le cosmos pour Héraclite ? L'air se laisse-t-il ainsi enclore sans une technique qui lui enlève certaines de ses qualités ? Se cerne-t-il de lui-même ? Quel projet de l'homme entraîne qu'il puisse se présenter ainsi disposé ? En clairière. pourquoi se perpétue-t-elle quand la « nature » devrait être rassurée par la découverte de la pesanteur de l'air ? Ou encore : comment se fait-il que. professeur. La vastitude ? Pour y entendre quelque chose. l'être pour Par­ ménide. au crépuscule . Ne se départissant qu'à peine de leurs attributs et réserve . leurs émerveillements quant à leur relation à l'ouvert.essentiel ? . Pas de risque donc d'être choqué. ce questionnement ne reste-t-il posé à travers une optique grecque ? L'ouverture qu'apporte la prospection moderne de l'espace est refermée par une topo-logique encore aristotéli­ cienne. dans et pour le plus paisible repos de tous. leurs questionnements. Ils n'en demeurent pas moins chacun revêtu d'un rôle : s avant. la tombée de la nuit les contraint-elle à se recueillir. Sans doute. le genre de confidences et d'enthousiasme convenant à l'enfant qui est toujours en l'homme . Tout se passe. par exemple. leurs étonnements. Sans air. le « vide » soit encore là ? De quoi tient-il lieu ? Et quel est son rapport . pour une part. Que dire de certaines propriétés de l'air au regard de l'enveloppe qui définit le 1ieu pour Aristote. érudit. ralentissant la cadence de leurs pas . apparemment.perdrait-il pas son regard ? Même s'il feint de le perdre. une méthode serait peut­ être d'accompagner trois hommes cheminant dans la cam­ pagne. le lieu est-il vivable pour un mortel ? Et si la protection d'une limite-enveloppe se conçoit dans l'horreur du vide.

il n'y a pas.l'une qui n'est plus que la commémoration d'une attente . L'autre n'est plus que l'assimilation projetée dans le « libre » du deuil de l'autre. Incessante traduction. Sans terme.aussi de l'oubli .s'est laissée utiliser en être-pont 27 . Le tout autre .sinon en présence. Et il suffit d'interpréter en quoi il est. la garde qui permet de pouvoir encore attendre ce qui n'arrivera jamais . dans sa cons­ truction. de passage . le pont demeure.pour qu'y demeure en repos le penseur. à la construction du pont . l'autre vers qui il se voulait passage. mais aussi l'oubli. L'autre . Le il y a du pont a emporté. L'être en tient lieu . le fait de l'autre qui oppose à toute tentative de passage la résis­ tance d'une sérénité sans faille. d'un passage vers . pour revenir. pour comprendre que l'autre ne peut s'y tenir . La libre étendue et' tout ce qui s'y tient reviendrait à l'élé­ vation d'un pont : bâti dans l'attente.l'un et l'une. A se départir de la tâche du vers . Laisser être revient ainsi à abandonner à l'autre la garde de la sérénité devant l'absence du rapport entre l'un et l'autre . maintenant.2 Entre l'un et l'autre. Et des choses déj à fabriquées . sans fin. l'un et l'une.l'une . Toujours le penseur revient à son point de départ pour repartir vers l'autre . du moins au présent.la toute autre . Le tout représenterait la commémoration de ce qui a déj à été attendu.n'y est plus . mais au bout il n'y a personne. seulement l'outil. Qu'il ne s'y passe rien serait. A portée de main reste l'outil. L'être serait une attente dont l'ou­ verture s 'est refermée en cercle .

est faite l'attente ? Pour l'homme. elle. dans le suspens entre les deux. non. Il faut . Oui. D'ailleurs. La sérénité suppose que rien ne reste : dehors . car l'homme ne doit soustraire à son attente rien de ce qui se destine vers lui . rester sans appel­ lation . Rien d'autre ne peut y advenir sans le passage par l'assimilation d'un deuil. chacun(e) est disposé(e) à sa place. même. l'après-coup d'une mort.l'à-venir d'une naissance. d'avance. et. Ou encore : de quoi. disposé dans son demeurer. A ce dont l'attente. A ce qu'elle attend de répéter. en dehors de cet espace­ temps déjà déterminé par et pour l'être de l'homme. A tout(e) il n'est dit simplement oui ou non. Cela pourrait avoir lieu déjà sans transcendance et dans une vastitude où l'horizon se résorbe dans son au-delà . en quoi. se fait à travers une étendue qui semble transgresser toutes limites : horizontales ou verticales . Du moins encore dans le présent.faire retour à ce qui est déjà avant l'attente. à partir de quoi se constitue l'essence de la pensée . Est-ce dire déjà déterminé pour la mort ? Ce serait trop dire . A cette antériorité si éloignée d'une avance sur l'essence 28 .au bout duquel rien n'est retour au même. et mis à l'abri dans une demeure où les choses durent sans s'altérer. Le sans-nom ne peut ainsi se désigner. Aucun(e) vivant(e ) ne peut y arriver. sans fin. « cueil­ li( e ) » et « mis(e) à l'abri » dans un lieu de noble commé­ moration. Elle a lieu dans e t grâce a u suspens entre le oui e t le non . ce dont. il ne serait pas juste d'affirmer qu'elle se tient uniquement par et pour la mort (affirmer détruirait déjà cette affirmation) . sans être d'abord « couché( e) devant ».pour l'entendre . Attend qui séjourne à l'ori­ gine de son être. se garde. Qui. Ou reconvoqué ? Après avoir été récolté dans la nature. elle provient de son ascendance. L 'opération de constitution de l'espace-temps doit. ce passage n'est qu'un éternel Ce passage de soi à soi. car aucune chose ne peut subsister. qui semble origi­ naire. ni même survenir. de soi à l'autre de soi. Le tout y est convoqué. s 'est confié à ce d'où. procède. Le tout y est à la fois cueilli dans la nature pour être recueilli dans un monde d'appropriation-désappropriation unique et définitif : où le tout prend place .

là où la libre étendue est le commencement de l 'être. Trou d'air .de la pensée que la pensée n'y atteint pas . C 'est pourquoi l'être de l'homme est approprié à la libre étendue : elle en a besoin. Comment ? C'est à peine pensable . En quoi l'essence de la pensée pour que son commence­ ment soit ainsi impensable ? Ayant lieu dans l'antériorité de tout passé. la libre étendue ne saurait se déployer comme elle le fait. Ni participation simplement présente .comme tout faire. elle n'aurait pas son déploiement .ne se rappelle­ t-elle pas dans la libre étendue ? Dans la réserve d'air qui s'y garde ? Dans l'assimilation qui lui est prêtée ? Dans la constitution de choses ? Dans l'opposition ? . déjà? Quelle question . » Le commencement de l'être de l'homme est donc quasi ustensilement nécessaire à la libre étendue .plus ou moins noble . si l'être de l'homme est confié à la libre étendue.affirme-t-il au-delà du pensable. C'est bouclé . avant que l'être de l'homme soit . et plus encore sur la séré­ nité. sans l'être de l'homme. ni immutabilité d 'une constitution achevée 29 . . . Tellement en avance sur tout temps appelable. là. Mais en quoi a-t-il besoin d'elle pour être ? Cette question. Car. .elle a déjà eu lieu -. c'est parce qu'il lui appartient si essentiellement que. Elle est laissée à la libre étendue ? Mais après que l'être de l'homme soit. n'est pas posée . il dit que sans l'être de l'homme elle ne serait pas . en avance sur le commencement. . « Manifestement. tire sa provenance. Entre le participe présent et l'infinitif. Sans lui. . ou de vie par où s 'alimente tacitement l'être ? Lequel doit bien aussi s'assimiler quelque chose pour avoir commencé à être ? Cette opération d'assimilation . C'est dans le rapport à la libre étendue qu'elle commen­ cerait. dans l'à-venir de tout futur. déjà. Là où l'homme. d'où l'homme. Attend qui attend le retour impensable d'un commencement. cette provision d'es­ sence qu'elle donne se retourne dans le fait qu'elle n 'est pas sans l'être de l 'homme. Trop naïve pour être pensable! Mais cette commémoration .par et pour l'être de l'homme est oubliée . . sinon de répé­ tition ? .ou de sang. Qu'est l'homme. Et toutes opérations laissées. elle en a besoin . Si il est. être dans le suspens entre l'effectua­ tion et les conditions de possibilité .

Privé de sa libre assimilation. Il est alors techniquement cerné. l'apparence . du moins pas tout . de l'évider ? Est-ce là . Garder. remettre à l'abri dans une garde qui la fait durer même. A moins qu'il ne soit en air ? Lequel peut se garder indéfiniment définitif s'il est mis à l'abri dans une demeure . mais qui a lieu ? Est-ce là .indé:6.là . Sans oublier ce tournant : le déj à donné à vivre. mourir. La possi­ bilité de respirer-vivre. l'impossible opération de l'être. et soustrait au va-et-vient dans et hors de lui. là. Ce passage.nitif . donc elle est. la possibilité d 'apparaître-entrer en présence . Du moins pas tout à fait. dans ce déploiement. par lui. Comment garder sans faire mourir ? C'est. du moins pas tout de suite. durera-t-il ? Cette question .elle aura encore lieu . y aura-t-il toujours de quoi commencer à être ? Pourra-t-il indéfiniment s 'y loger et y entretenir son être ? Ne risque-t-il pas. A la place de cet oubli ? Un certain vide. .ce qu'il ne veut pas vouloir.. Indéfiniment se répète la reconsti­ tution de l 'impossible définitif infinitif. Cette ressource. Dans la mort ? Ce n'est pas si simple. . . le penseur n'aurait qu'à .cette ouverture tou­ jours plus ouverte qu'il ne veut pas avide mais à laquelle il consent s 'ouvrir comme à une assimilation ? De quoi ? En quoi ? Atteint-on. 30 . Serait-il là. à partir duquel il tire de quoi être. Plus il est. impensable . . Qu'arriverait-il si elle lui manquait ? Cette question . la voix. redire. dans la mort. séparé de lui-même comme libre étendue. le rapport oublié à l'air ? Lequel ? N'est-on pas .reste. plus elle se déploie . Comment elle intervient dans la constitution et la permanence de son être ? . On ne peut donc en disposer. Jusqu'où ce dont. . Or. C 'est donc qu'il conti­ nue à assimiler et rejeter : de quoi vivre. Il lui est nécessaire. Il oublie la différence d'air( s).laisse encore se faire quelque chose du rapport entre la mort et la vie : le déjà fini. Du moins dans sa pensée. . peu noble ? de son être il ne la rappelle pas . Mais. c'est aussi garder de la destruction. il ne meurt pas . à force. Le suspens entre le définitif et l'infinitif . donc de la mort . sans doute. l'encore à répéter.insensiblement passé d'un air à l 'autre ? La matière fluide. la possibilité d'appeler-nommer. Heidegger ne le rappelle pas . l 'encore à définir.

. de va-et-vient. d'aller-retour. Sauf. Impayable . Je n'ai pas encore trouvé le lieu d'où 31 .d'abord . Il ne peut lui rendre la pareille. n'est pas -.la matière fluide véhiculée par le sang qu'elle donne. sans distance. ou rappel. rappels . Une distance restera . pour le pas bon. Elle donne la possibilité du com­ mencement à partir duquel le tout de l 'homme va se consti­ tuer. ultérieurs ? Entre le plein et le vide ? Il opère leur distinction tranchée .qui.reste sans « réponse » . Les multiples et divers et incessants renvois qu'il lui ou qu'il y fera n'auront jamais lieu au lieu du premier don . de vie. et sans retour. Ils en proviennent.premier . là ? (Ne pensez pas que je m'amuse à faire des jeux de mots. Ce reçu. Mais. quelle ? Qu'elle est laissée là ? Ou là ? Où.infranchissable . cet impayé donne quoi ? Un certain oubli ? Un certain vide ? Une certaine confusion dans l'appel. Cette dette. Le don . il prend . Il n'y a pas. Si cet air est . une distance entre là et là ? Laquelle ? Là. .l'air. renvois à . Il donne ou renvoie le pas assimilable.entre ce là dont il provient et ses appels. Mais .Elle donne . maintenant. a lieu dans un réceptacle : en elle. de l'ap­ paraître en présence.d'abord . au commencement. mais aussi en lui. le plus généralement : il prend. en lui. Elle donne d'abord . à partir d'elle et en elle. Ce don se reçoit sans retour. sinon que se déploie. Je n'en suis pas là . et leur confusion au même lieu ? Comment ne pas se tromper entre ? Suspendre le oui et le non ? Reprendre ? Non ? Retourner ? Oui ? Retourner ? Non ? Reprendre ? Oui ? Retourner pour reprendre. du pas là menace de mort : lui ou elle . sans retour. semble naturelle et devoir rester impayée . et sont la possibilité encore matérielle . S 'agit-il encore du même lieu ? Du même là ? Ou y aura-t-il. reprendre pour retourner. parfois.de l'appellation-dénomination. Ce rejet. Ces deux-là ne communiquent que dans un sens : elle donne. il peut s'entendre aussi de la voix et du phénomène . du don. qui lui prend de l'air. au commence­ ment.

qui pense que j 'y trouve mon déploiement ? Connaît-il. d'abord. il a eu besoin d'elle. serait l'horreur de la nature ? Pour le créer. 32 . pour lui. et pour que le vide soit. L'être de l'homme va se constituer à partir de l'oubli : du don de ce dont en quoi il est. élaboré à partir de ce qu'il lui prend sans retour. et pour le surmonter . le don. un impensable au-delà ? Ce lieu du premier don . Lui. Mais. et le logos en général. puisque l'échange premier entre eux est utilisé. Comment y ferait-il retour. sinon dans l'arbitraire d'une construction. sans reçu.va être refermé­ replié dans un commencement. pour affirmer de telles vérités ? Cela ne reste-t-il pas . disant oui et non. Sinon mon plaisir de donner­ me donner sans mesure ? Mais n'est-ce pas lui. bouger. lui. sans calcul possible. respirer. bien avant de commencer à parler ? ) . impensable. Celui où il m'a prise sans retour . Où je lui ai tout donné. sans dette . De rouvrir tout ce qu'il a construit en me prenant dedans. l'homme utilise la matière qui y avait lieu pour l'évider. de l'homme . sans nulle économie. me laissant dans un suspens d'attente et d'oubli où je ne puis vivre.de même et différem­ ment . Impen­ sable par son absence d'économie possible. en me mettant dehors. Ce vide.vont être refermés-repliés autour d'un certain vide. A partir du vide. l'homme a eu besoin de matière. Quand il évide le premier lieu. J'essaie de retrouver la possibilité d'un rapport à l'air. de l'être . Ainsi fonctionne toute pro­ position. Ici mainte­ nant . d'avance.je pourrais commencer à dire quoi que ce soit.ou dont . J'essaie plutôt de retraverser tous les lieux où j 'ai été exilée-enfermée pour qu'il constitue son là . Je reviens donc. d'abord. il a fallu que la matière. De lire son texte. et elle . par le défaut de cadrage de son espace-temps. ni oui ni non. pour faire ce pont. par lui. au premier réceptacle. par son appréhension imper­ ceptible par tous les sens : par son avènement avant tout dire. N'en ai-je pas besoin. pour tenter d'y reprendre ce qu 'il m 'a pris sans retour. pour élaborer leur séparation ? Il pourra indéfiniment aller et venir sur le pont sans que rien n 'y arrive que ce qui amènera ou ramènera son propre projet. l'occupe. sur lequel il se construit comme un pont .

passage solidement établi. en tant que telle. ce qui s'y donne et ce qui s'en reçoit. Le signe de l'infini ? Le pont est au recroisement­ recoupement des deux enveloppes. Tout a lieu « à l 'intérie ur » de cette double clôture : on y va et vient d'un côté à l'autre du bord. 33 . trajet. en tout cas de son tôté : un chemin­ pont. ou d'elle -. ce vers où il retourne. qui revient au dedans après avoir fait un tour. Elle n'adhère pas à un substrat qui assure son fondement. qui n'étaient pas avant sa construction : le pont a fait le vide. de point de vue . Cela donne une double enveloppe ou boucle. du moins quand elle se tient par elle-même . le dedans de l'âme. maintenant.Le pont. a relié deux bords. le dedans de l'âme. et sans s 'apercevoir qu'on a changé de côté. Le tout y est : repris dans un double encerclement sans faille. tout en demeurant dans le même projet. Il n'y aura pas de franchissement de cette double limite. Ce qui se reçoit du monde et ce qui s'y donne . maintenant du vide. elle tient par. pas plus qu'elle ne se survole pour une estimation de distance à. dans une sereine attente ? Au lieu du premier réceptacle . il y a. l'un dans l'autre. Comment ne pas suspendre ce vers quoi il va. Il n'y a plus là de pas dedans ni de pas dehors . sa matière ? Reste impensé . D'où tire-t-elle. Ce pont sert à retourner : la première enveloppe (du) vide en une autre. de perspective. insensiblement de l'un à l'autre.de lui. de l'un à l'autre bord quasi insensiblement. passent. pour elle-même . Chemine­ ment ? Une proposition n'a pas deux faces : une en dessous et une au-dessus. Quand elle se pose. En ce lieu. Il se tra­ verse en allant et en revenant. qui n'étaient pas avant sa construction : le pont a fait deux bprds .ou redonne -. le dehors de l'être-là p assent indéfiniment l'un dans l'autre : il suffit d'un pont de langage à traverser. le dedans passe dans le dehors. tout en restant dans le même sens . relie deux vides. au lieu de leur première « rencontre ». bâti sur le vide. dans. Pour le franchir. Et encore : le pont. Le dehors de l'être-là .

son organisation. pourtant. de vos là. Mais j 'essaie de sortir de vos enveloppes. entre elles ? Sont­ elles mises dans la même « bande » ? Ou y en a-t-il toujours au moins deux ? Comment. celle qui. avant le commencement de sa pensée. reste sans démonstration . alors. a nourri sa constitution. . deux fois au moins. . Ces fluides pénètrent en lui outre-passant toutes limi­ tes : l'enveloppe qui là lui tient lieu d'ambiance. immédia­ tement. d'avance. au com­ mencement. qui. Cette pénétration qui le constitue. passe-t-il de l'une à l'autre. elle donne-se donne sous la « forme » de fluides . . sans mesure. Il la prend en lui. oubliée ? Ou y a-t-il un double oubli ? Elles . Encerclent indéfiniment le rapport à elles . il n'y avait pas celle qui. du moins au présent pour lui . .à être oubliées ? Dans ce cas . l'enveloppe de ses organes et muqueuses. Ce don. Est-ce l à l e même oubli d'elle ? Indéfiniment répété .seule et unique toujours répété( e) ? Ou sont-elles deux . puis sans fin. soutient sa constitution-apparition-projection. De quoi vous casser vos têtes . Est­ elle.Car si. la pro­ position ne se tiendrait pas . a lieu dans nuit . quel rapport entretient-il. de vos propositions . A moins que je ne parle que de ça ? ) « Dans la première « rencontre » . Ces deux provisions de « ma­ tière » sont oubliées . . s'il n'y a pas de moyens de traverser la pre­ mière ? Les réduit-il l 'une à l'autre ? Comment ? Ou : l'au­ tre reste-t-elle toujours dehors ? (Ces questions . Je n 'ai pas commencé à parler des rapports entre vous. sont-elles prises dans l'oubli d'une . l'enveloppe de son corps-chose.indéfiniment oubliées ? Ou encore : toutes celles. .au moins deux . au-delà de la deuxième. en deçà de la première enveloppe. l'enveloppe de ses cellules . d'un dehors. Vos ponts » . son enchaînement. ou aux autres. recouvrent tout le reste . présentes et à venir. Cette entrée en lui va au-delà de toutes catégorisations possibles : intelligibles ou sensibles. et sans perception même de la différence entre per­ cevant et perçu . Et encore . Elle ne se donne pas à voir là où elle se 34 . et dans l'autre. et. et entretiennent-elles.toujours au moins deux .

la solidité. elle n'apparaît pas là où elle se donne. ne vont-ils pas se répéter sans fin comme une « chose » naturelle ? « Naturelle » : dans son langage. pour le pas bon.ou dont est fluide : le sang . où l'interroga­ tion porte. de ses propositions et raisonnements ? Dans la cohérence de son langage ? Dans la permanence de son être et sa vérité ? Dans celle des « choses » : passées . de s'éloigner et de venir reprendre . Elle lui donne. comment. la répétition de la première « ren­ contre » avec « elle » ? Y en aura-t-il une autre possible ? 35 . II demeure dans un entour-enveloppe qui ne s'ouvre. ne se laisse même pas appeler ni nommer en ce lieu. Il commence à être dans et grâce aux fluides . qui l'ont fait ? Et le passage entre eux et lui ? Entre celle qui l'a constitué de fluides et lui ? Ce don sans retour. ni les choses. c 'est dire encore impensée et laissée dans l'oubli ? Comment cet oubli se rappelle-t-il. même s'il se tient. Cela se passe sur le mode d'une proximité sans dis­ tance. Il y a déjà un pont. dès lors. La vie qu'elle donne est déjà avant toute démonstration possible. à qui. naturellement. ni elle. à moins de n'être pas . sauf. sans être pensé. cette « dette » impayée et impayable. entre elle­ lui et lui-elle. sur l'histoire : l'enveloppement qu'il s 'est constitué et qu'il continue de dérouler-enrouler ? Où sont. Il puise à travers . sans démonstration. Il puise là sans voir ni désigner où. Cette demeure est pleine d'eau . dans ce qu 'il appelle l'être ? Dans son essence ? Où a lieu. ce Gestel! qu'est son corps vivant . La médiation de ce don . et pourtant clos . Il ne voit pas encore : ni le monde. les fluides ? Ceux qui l'ont nourri. il est enfermé en elle .donne. dans une enveloppe . D 'aller et venir. pour lui laisser passage. Il ne peut pas ne pas prendre. et se surmonter. avant tout. Il ne parle pas encore : il prend sans demander. Ce qui va s 'oublier. Pour prendre. Il va dans un seul sens . présentes et à venir ? Dans ces enveloppes sans faille. naturel. parfois. ce là se prend. sans qu'elle lui propose avec des mots ou des phrases . ni lui. Il n 'est pas libre encore de prendre ou de s 'en aller. au présent. que lorsqu'il peut se passer d'elle . dans la consistance. d'un toucher sans l'arrêt de bords . de partir et de retourner d'où il vient. Le tout est perméable.

Cette dé-limitation ouvrirait indéfiniment à une rencontre qui n'aura jamais lieu : qui va se dire sans avoir lieu. posé.Peut-être faudrait-il s 'arrêter ici à un certain portique. se donnant ainsi à notre attention pour que nous l'y gardions . Le portique.d'avance .sur le mode du pressen­ timent. comme son pres­ s entiment. le seul. en apparence. qui ouvre à la pré-compréhension et la prise en garde de tout ce qui est posé-devant. pré-comprise. sans être j amais franchi. ce portique. Quelque chose d'es­ sentiel nous arrive . avant que cela soit ? Ce portique se franchirait à chaque pas.entre elle et lui. qui retient Heidegger : celui du pressentir. de savoir. que dans ce qui se pressent de son retour possible dans ce qui arrive. à sa sauve­ garde dans un legein qui en assure le rassemblement. ici. Toujours pressentie dans son avène­ ment. puis ras s emblé . rappelle l'ouverture de la clairière de l'être.muet . ou a déj à été. e t continue de le constituer comme vivant : o uver ture de et à travers ce corps solide qu'il est mainte- 36 . consisterait aussi bien dans ce qui a déj à été construit dans le rapport de don . en s u spendant dans ce va-et-vient ce qui se pose-ne se pose pas au présent.d'une bande à l'autre : ouverture avant le saut dans le tout dire ? Auquel une voix. Il se tient entre. dans lequel il n'entre jamais vraiment : restant toujours sur le seuil. Il marquerait l'ou­ verture dé-limitante de l'entrée dans ce là. qui n'aura lieu que dans le dire. mais pour être « gardée » et « rassem­ blée » dans le dire. devant.plus tôt ? permettrait la re-présentation de tout à travers : le bâti de ce dont elle l'a. Ce portique re-présenterait ou plutôt . qui vient avant le posé-devant. Ce portique où.plus tôt ? . Ce portique dé-limiterait le passage entre deux lieux. Peut­ être aussi le passage d'une boucle à l ' autre ? Ou plutôt . encore muette. le pas futur au pas passé. par où. même si celui posé devant est . Il renverrait toujours le pas suivant au pas d'avant. Il ne s'agit pas encore. devant ce qui sera. mais plutô t de ce qui recouvre tout ce qui peut se savoir. incite en soufflant : il est. et ainsi le cache. passe le saut dans le tout-dire.

suspendu entre le souvenir et l'attente. qui ne soit pas déjà dans un lieu pressenti comme celui de son appropriation ? Qui ne soit pas déjà à lui ? Qui ne soit pas déjà. Le don de son corps sous la forme fluide devenu ce qui se tient maiiltenant en et par lui élevé-érigé solidement . . lui ? Même et y compris sous la forme qu'elle reçoit du fait de son rejet ? Quelle question . sans démonstra­ tion. Comment reviendrait-elle puisqu'il s e l'est assimilée ? Puisqu'il l'a assimilée à lui ? Alors qu'attend-il ? De se l'assimiler encore. Qu'en dehors 37 . Ce qu'il ne pensera pas comme : impensable encore par lui .il y a eu cette affirmation­ décision qu'il n'y a qu'une langue : la sienne .debout -. du se replier dans le retour en soi d'une assi­ milation qui se tient dans le retrait . grâce à laquelle il se tient . ici ou là. une arche s 'ouvre par laquelle il va et vient sans cesse. qu'il attend ? Ou serait-ce que.et d'avance . toujours déjà. Il attend que revienne ce dont il se souvient-ne se souvient pas . n 'empêche pas le fait que. et sans fin ? Ou de se souvenir de ce qui s 'est perdu dans cette assimilation . y a-t-il. le suspens prudent de ses déci­ sions . il le rejette ? Hors de lui ne subsiste donc que ce qu'il n'a pu faire sien. et qu'il a renvoyé comme tel ? Y a-t-il encore quelque « chose » vis-à-vis de laquelle l'assimilation-appro­ priation ne soit pas ce qui donne la mesure ? Aussi du flair ? Du oui ou du non ? Du s 'ouvrir à l'aller dans l'attente de la rencontre.nant. de s e l 'approprier. qu'il a reçu et continue de recevoir. Dans l'assimilation d'elle. Comment pourrait-il l'entendre ? Elle est irrecevable par lui . La patience qu'il met maintenant à affirmer quelque chose. son refus éventuel de prendre position en son nom pour laisser être ce qui aurait toujours déjà eu lieu. dont il contourne ou détourne tout jugement. possibilité pour quelqu'une. au commencement . la manière dont il se démet de toute volonté propre. il attend que vienne à lui ce qui résiste à cette assimilation ? Mais ce qui résiste à l'assimilation. Ce portique figurerait le lieu du rapport passé et à venir « entre » elle et lui . d'elle. . ou autre. au-delà de toute attente.d 'elle ? Est-ce en tant qu'il projette toujours et sans cesse de la faire sienne.

38 . De quoi ? Au-delà de quoi il a sauté . plus dans sa langue que dans son corps vivant.de son noein. dira-t-il. il est vrai. la projection de lui) de se construire à partir d'un don venant avant toute parole . Oubliant. celle qu 'il s 'est déjà appropriée et se réapproprie sans fin. et « éter­ nellement ».il n 'y a sans doute pas de question plus ancienne -. approprié­ dés approprié ( pour y être sauvegardé dans une durable vérité) . sauf sur le mode de l'effroi. et que le rien personne ne peut savoir jusqu'à quel fond sans fond cela risque de vous entraîner. il reste toujours dans l'assimilation à lui. sous une forme non solide ? C 'est le contraire. il ne risque pas de lui manquer trop brutalement. Est-ce ainsi rappeler que son corps vivant est sorti de l'abîme en s 'assimilant-s 'appropriant une autre qui s 'est don­ née à lui. Elle y est pourtant nécessaire. cette absence de tout site n'est pas attirante. eon . Pour qui n 'y demeure pas depuis longtemps. Ce « rien n 'est » .qui lui aurait donné la possibilité d'être . dis­ posait dans sa langue. exclu-rejeté. de la remettre en cause. sans doute. Dont l'autre ne se souviendrait pas . peut-être . C'est parce que sa langue est ce qu'elle est que cela ne pouvait pas arriver autrement. L'autre langue risquant (comme la sienne ? tant qu'il n'y en a pas d'autre. Ce qui reste impensé et impensable par lui . Et où lui . pris. a nécessité. d'abord. Il veut que cette langue qu 'il tient lui assure un fondement solide. si une autre langue était. rien n'est. Pressentant déjà. qu'il le déposait.n'aurait plus lieu que dans le non-lieu d'un abîme . . sans appel ni rappel. L'essentiel est qu'il n'y en ait qu'une : l'unique. s 'il n'y a qu'une langue. maintenant. einai. en silence. et. ou « tout est ». legein. assimilé. que. maintenant. d'abord. Comment se faire entendre de lui à partir d'un tel arraisonnement ? Il se tient. Si c'est lui qui le pose. il pourrait bien s 'y trouver attiré. . Assez solide pour qu'il puisse se permettre. qu'il constituait ainsi le rien. Tenant-se tenant à la sienne comme à ce qu'il tient-le tient le plus solide . un saut au-delà de .

la puiser. présentées . C'est. Il les accueille en tant qu'elles se destinent vers lui. dites .qu'il l'appelle à venir dans sa parole où il pourra la prendre.Ce qui peut toujours arriver s 'il provient d'une autre : qu'elle s 'absente. et sans destruction possible . Bien avant qu'il la nomme . nommées . il la crie pour qu'elle vienne-revienne lui prendre. d'abord. cacher. plus il redescend ou remonte dans le sensible . Elles se sont toujours appelées. ni volonté. ce qu'il dit dans sa langue . La façon dont il prédique arbitrairement des choses. Comment en serait-il autrement ? En dehors de sa langue. C 'est sans vouloir. du moins . donc je peux être et demeurer en repos : je lui manque plus qu'elle ne me manque. Ce cri est l'appel ou rappel d'elle . qui crie d'abord . en repos : au recroisement-recou­ pement des deux « boucles » : tourné plutôt vers la deuxième. voire à attendre qu'il leur parle . Il semble même que. toujours d'avance. Une seule langue. Elle m'a appelé. sinon encore dans sa langue .c'est lui. Elles iront même jusqu'à attendre qu'il reparte de là d'où il dirait. Ce qu'elles vont faire : elles vont commencer à parler.avant son saut dans le tout dire . à travers lui. reste serein. Lui. Elle me donnera encore et toujours à vivre. l'absente. Elle vient parce qu'elle l'a toujours déjà appelé à venir à elle . Ce n'est pas elle. ce qu'elles sont (ce qu'il a toujours fait) . encore sans langue . n'a pas épuisé toutes ses ressources syllogistiques . il peut être mainte­ nant. la garder. Ce serait plutôt à elles de commencer à parler . plus il met en œuvre de moyens pour les tenir solidement . Ce qui a toujours eu lieu . N'est-ce pas ainsi qu'il se décharge de ses abîmes ? Si elle l'a appelé. Mais toujours il se l'assimile : s 'il a crié. qu 'il se tourne maintenant vers « elles ». Comme s 'il pouvait parler. et même à se parler. - 39 . vraiment. Elles s 'y laissent prendre . il est renvoyé à l'abîme . garder en elle en le remplissant. l'abîme. c 'est elle qui aura appelé . à travers lui. il n'y a rien. se l'ap­ proprier-réapproprier sans cesse -.donc de ne pas parler à des « choses » . n 'est-ce pas la loi la plus péremptoire et préemptoire qui soit ? Ce qu'il ne veut pas savoir.

Ainsi peut-elle faire durer ce qu'elle conduit dans l'éten­ due du repos : elle ne consomme rien. Recollement des deux bandes. tout en demeurant. celle de l 'être de l'étant a lieu dans la participation. Elle. Elles ne s'approchent plus l'une de l'autre que dans le maintien de la distance entre elles . oublié ? Il progresse. receueillies. et toutes avec toutes . les 40 . il faut . mais en restant à l'au-devant-de. et qui rassemble tout�s choses. mais s'est oublié. Posées . selon un saut . dans la contrée de la parole . Si la consti­ tution de l'étant de l'être a lieu dans l'assimilation.contre : laisse apparaître et se rencontrer les choses ». maintenant. Elle n 'est pas sans magie.d'abord . Ne pourrait-on ainsi définir son opération d'assimilation ? Pour laquelle. La magie de cette contrée serait la puissance propre à son déploiement et son pouvoir d'op-position.la sérénité du suspens de l'assimilation. Elles vont l'une vers l'autre. La libre étendue s 'assimile . mais toujours sur le mode d'un face-à-face qui exclut l'interpénétration et le mélange. ce qui n 'exclut pas un certain mouvement.du regard ? .Il se tient sous un portique. au présent. Elle rassemble en elle . au vis-à-vis . disposées.la constitution d 'un lieu de non-assimilation présente : la contrée . Elle . il faut se tourner vers le là devant de la libre étendue : la contrée.« comme si rien ne se produisait » . en quoi cela peut-il être ? Ce là qui se déploie indéfiniment. Pour que la participation sur le mode de l 'étant soit possible. Elles entrent dans le présent de la présence. continûment. Il reste dans le même. et sur un pont : l'un est passé et repasse dans l'autre indéfiniment. se donne-s 'étend sans fin.d'abord. où elles vont demeurer dans leur inaltérable propriété. il l'a dit .qui a eu lieu. « La libre étendue. et seulement . les mettant en rapport l'une avec l'autre.toutes choses.

à chaque moment du présent réévaluable. le nourrissant du dedans . L'excès . L'air libre serait donc le substrat matériel de la contrée et le milieu à travers lequel et dans lequel tout peut appa­ raître . n'est-ce pas ce qui déter­ mine l'entrée dans la philosophie de la présence ? L'excès d'air est à la fois si immédiatement « évident » et si peu « apparent » qu'il n'y a pas pensé. mais tou­ jours. 41 . en quoi cela peut-il être ? La libre étendue ? . entre elle et lui. sans démonstration. la libre étendue n 'aurait pas lieu . est-il enfermé dans une contrée ? Vaste. il tombe dans le puits . pour lui.« comme si rien ne se produisait » -. extasié dans son là. L'air libre c'est d'abord.mettant en rapport l'une avec l'autre et toutes avec toutes . Il entre dans le dehors . abstrait. Laissant passer en lui sa puissance sans qu'il en fasse rien encore que devenir ce Gestell : un corps vivant. pour l'homme. Mais les choses les plus immédiatement évidentes . Il perd la demeure du corps vivant où il se tenait avant : là où elle se donnait à lui sans différence encore entre son dehors et son dedans. l a mesure acceptable pour l'air ? C'est celle d'un rapport. libre. en air. s 'il n'y avait pas une ressource illimitée et toujours excé­ dante d 'air.d'abord. entre le trop d'absence ou le trop de présence. à la mesure ? Quel v a être c e qui v a déterminer.et toujours plus que celu i nécessaire à la consom­ mation des êtres vivants. et susceptible de se déployer sans cesse. Ce qui fait rire les servantes . Qu'il n'y a j amais eu . S 'il n'y avait pas l'air . Sauf lui ? Pourquoi cet air.ou présentes ? .selon Heidegger -. ramener. limitée ? L'excès n'est-ce pas cela que le philosophe doit amener. l'avènement d'une trop grande absence : provenant de cet alentour dans lequel il entre.ne sont pas celles qui préoccupent le philosophe : distrait.de pensée de l'air.sinon chez les présocratiques qu'il oublie . qu'il ne voit pas sous ses pieds . au présent. et toujours plus que celui qui les environne maintenant et dans lequel tout leur apparaît -.

Il n 'y a pas là encore. sans limites . Dans l'appel qu'on lance. ni le dévoilement. sans enveloppe externe-interne qui lui donne le tout. une absence sans fin : passant du dehors au dedans. . « A son tour. du moins dans le sens où il l'entend : il ne voit ni ne parle pas encore. dans les'( quels il va maintenant demeurer. Dehors. entré dans le dehors. Pourtant les condi­ tions de possibilité de ce qu'il dit sont données : l'entrée dans le dehors de l'absence et l'appel-rejet d'air. il est pénétré jusqu 'au plus dedans de lui par ce dehors : pour lui. et sont imperceptible­ ment présents. du dedans au dehors . » ( Qu'appelle-t-on pen­ ser ? N. Ce n'est que pour cette raison que l'appel peut désirer . . le cri est essentiellement autre chose que le simple fait que se produise un bruit. R. La liberté fait . Libre. il est . Il n'est pas nécessaire­ ment un appel. ni d'entrée dans la présence. il s e confond avec un cri . L'autre dehors se « présente » . de langage. L'ap­ pel qu'on lance vient en vérité de cet endroit là-bas vers lequel il se dirige.d'abord . règne un élan original vers . sinon comme excès . Il faut bien distinguer bruit. aussi. même s 'il n'est pas entendu ni écouté . et n'entend que des sons . comme un abîme. un premier appel ? D'air ? Au com­ mencement. F. sans ambiance . le simple cri se perd et s 'enlise en lui-même.d'abord . ) Le premier appel est u n appel d'air.. il se redonne la vie par un cri d'appel d 'air. cri et appel . Il y a là trop d'absence . 23 0 . Il n 'y pense pas . Et ce dehors entre en lui. pour lui. Dans l'appel qu'on lance. .dans la plus grande déréliction. . sans bords qui le retiennent. En quoi cet abîme ? En air libre. p. 42 . qui fait crier de détresse. d'abord. mais il peut l'être : le cri de détresse . Gallimard. il y a possibilité de demeurer .Quand il sort de cette demeure. dans l'air libre. L'appel au contraire est ce qui par­ vient là-bas . Ce cri est. l'effroi.crier . il arrive dans un dehors sans limites. Il ne peut demander ni à la douleur ni à la joie qu'elle lui permette de demeurer. Ce en quoi il entre et ce qui entre en lui sont le même.

est. sans limites . d'un deuil . séparée. La venue des « choses » . La première fois . qui n'apparaît pas .qui donnait le tout sans distance. l'immensité. et qui se laisse. Pour qu'il y ait une 43 .ce qui redonne la vie. La lumière permet l'approximation des « choses » à distance. cela ne se pense pas comme une source .à lui et entre elles dans un é-Ioignement plus ou moins lointain . au présent. L'un et l'autre . grâce à l'air. cette médiation et Ce milieu de vie.celle . à l' oublier. chaque « chose » advient comme distincte. ce deuil ne transparaît pas comme tel. Cette provenance de vie. à sa place. Il peut être le support du deuil : ne se percevant pas . supplée. qui est plutÔt le signe de la vie .L'air reste . Il devient. dans le rêve d'une vie sans oubli. la « source » . sous la fo rme d'une absence : rien n'y est que ce qu'il est. aussi bien sinon plus. dans sa présence . il va et vient tout en restant le même. et sans peine . Il la remplace : tenant li eu qui a certaines de ses propriétés . se tient toujou rs à distance . mais il est aussi le signe de la perte de ce . d'abord. et sur l'air : sur le deuil. qui se donne sans limites et sans démons t ra­ tion. Le tout y est perdu . Le soleil. ils sont ress en tis comme une douleur . ce là. au commencement. lui-même. sans attente. Ce qui va l'assister. Ce qui s e donne partout e t tout l e temps. demeurant toujours là où il est. Le s oleil éveille à l'oubli. toujours déployé-déployant. sans mesure. La vie. Le soleil fait l'oubli : sur celle qui était avant dans la nuit. et en lequel tou t va venir en présence et en rapport. à l'air. Comment ne pas s'y trom­ per ? Il n'y pense pas . dans un rapport aux autres où la proximité devient une juxta­ position. une absence. Et là où est maintenant le soleil. L'air est. c'est la lumière. d'abord. L'air. Il fait entrer dans le sommeil de l'oubli. au pré­ sent. mais. L'air libre représente la possibilité de la vie. Dans l'attente et l ' oubli . d'abord. se donne sans apparaî tre comme tels . l'ét ant de la libre étendue dont la mesure sera celle du encore à venir du deuil : de celle qui ne reviendra plus . il ne se donne pas sans cesse . oublier.

A l 'être. d'endurance. Il tisse. l'homme s 'est extasié dans un là d'où il s 'assimile-réassimiIe le tout. Gallimard . et dérobant la perte. dans la manie du deuil. La source. dans la j oie du deuil.à son gré. selon son point de vue et son œuvre. d'un( e ) tout autre . Il commence à faire le va-et-vient de l'absence à la présence. il cache un . sans aucune démonstration . à chaque moment du présent . L'une et l'autre devant. c'est le tout provenant d'une source. dans Chemins. venant à la place. p . Cette opération ne se produit j amais au grand jour . Quand le soleil franchit l'horizon. 44 s ource. « La parole d'Anaxi­ mandre ». elle reste dans l'ombre. Avec la source. 1 9 62.faut . par cette assimilation d 'elle à lui qui l'a fait vivant . elle a toujours déjà eu lieu : elle est toujours déjà devenue lui. Il suffit de persévérance. L'ab­ sente ? L 'origine. Il se fascine sur le surgissement de la présence pour recouvrir l'absence. l'homme entre dans l'économie et dans la réserve. être mises en rapport dans et grâce au même .l'ab­ sente . la nuit. l 'oubli de l'une et de l'autre en les mettant en rapport sans cesse à travers lui . C 'est. 267 ). Il assiste l'absence de celle qui est devenue l'homme. Si le deuil consiste à se réapproprier l'absence . d'abord. même quand il dit que peut-être le moment est venu d'en faire son deuil ( cf. sans doute. Ce lever de soleil marque le passage à une autre appropriation . Le soleil fait entrer dans l'oubli du deuil. entre elles. Cette aurore fait entrer dans l ' oubli de ce qui se donnait sans mesure et sans apparaître. du deuil. comment pourrait-il ne pas être serein ? Comment pourrait-il y renoncer sans perte ? Etant coupé de son enracinement naturel. Il n'y pense pas. ce qui s'opère dans ses textes . Ce qui nécessite une certaine du plici té . et un saut entre : ces deux où il est et entre lesquels il va et vient sans cesse. c'est ce qui deuil : l'absence d'un commencement où le tout serait partout et tout le temps . de patience : d'aller-retour sans fin entre l'attente de l'à-venir et la commémo ration du passé . qui ouvre à la pensée de l'Oc­ cident.

en une sorte de deuil joyeux. mais cela pourrait être autrement . L'attirant encore plu s en lui. .n'y change rien . il pourrait .comme une sorte de pont ? ou de chemin qui se perd dans le même .Ne pensant pas que ce qu 'il tisse ainsi . l'assimilant encore plus à lui. Qu'il tisse. entre attente et souvenirs. Qu'il la désigne ou non. Alors que. l'appelle-rappelle ou non . laissée. 45 . Peut-être même la fait-il ainsi entrer plus encore dans l'absence.peut­ être ? .se souvenir de son absence. une fois au moins .par exemple phusis. s'il l'avait. qu'il se l 'est toujours déjà assimilée : dans son corps et sa langue. et l'oubli.se passe entre lui et lui Qu'elle est toujours déjà devenue lui en lui. pour qu'elle ne revienne plus. la nomme ou non .

Les deux viennent-proviennent de la présence-absence de l'autre dehors. Il y a aussi : la voix. Ces choses qu'il reçoit. des fluides : le lait. ses limites vont vite apparaître. l'entourant. Il s'assimile souvent les deux en même temps . les choses peuvent être rapprochées ou éloignées : elles restent toujours là . d'abord. Qu'eIle vienne se donner-redonner à assimiler. Il s 'approche. Certaines choses viennent encore en lui : mais elles disparaissent dans une appropriation sans distance. Il devient ces « choses » . Avoir un milieu : avoir des choses posées ou disposées autour. Si l'un( e ) manque à l'autre. Il veut un signe de l'autre pour se l'assimiler. qu'il rend. et pose le tout. de bords . Cet alentour s 'étend progressivement . jusqu'à la mort. Sauf pour l'assimilation ? Car il continue à assimiler pour subsister et « grandir » . Il faut que ce soit ceIle qu'il a déjà assimilée à lui qu 'il s 'assimile encore. sont. A moins de pas bon. et de l'autre. Etre dans : être posé dans . encore sans retour. Dans ce monde. par approximation de frontières . il arrive qu'il refuse le tout. revient maintenant à être posé près de. Etre près de. Il se pose. 47 . en s'entou­ rant. et de lui-même et de tout. La voix peut être le signe que c'est bien elle qui revient en lui.Quand il est passé du dedans au dehors d'elle.

Il se donne et se reçoit sans démonstration . encore sans lumière et sans démonstration. Entre l'air toujours et encore disponible pour le tout et qui est perçu. qui revient d'abord sans apparaître : portée par l'air . distingue-t-il encore les deux ? L'appelle-t-el1e pour être encore assimilée à lui ? Appel1e­ t-elle à faire son deuil d'elle. comme une trop grande absence.En quoi la voix ? En air. Il est toujours à la disposition pour se faire signe ? De la présence dans et à travers l'absence ? La voix a lieu entre les deux . 48 . et l'air utilisé pour et dans l'entrée en présence. Qu'il n'entend pas.qu'elle peut être là. sinon comme un appel dans ce sommeil où il est entré. comme air. encore fluide. encore sans paroles . il y a la voix qui rappelle que l'absente est là . Sans langue . L'air n'apparaît j amais . elle. et l'oublie dans la vérité de ce qui est à penser. est entrée en lui d'abord. dehors. s'efface devant ce qui se parle. Cette trace. Appelé ? Des sons qu'il n'entend pas . dispo­ nible pour qu'il commence à être à partir de l'assimilation d'elle à lui ? De son sommeil-éveil. Un appel sous forme de cri ? C'est elle . Cette « pré­ sence ». d 'une « présence » qui pénètre en lui. en lui ? N'a-t-elle d 'autre passé ou à venir que sa consommation-disparition-appropriation dans l'étant de l'être de l'homme ? Demeurant. Présente ou absente dans et à travers l'air. Etait-ce un appel ? Ou répondait-elle à l'appel ? Quand il se l'assimile.en lui. Elle a appelé . Un air. Utilisée dans et par le lan­ gage. Présence et absence de l'autre. il se réveille : elle a crié . la voix qui rappelle qui est là . il se l'assimile. même dans le rien-dire . reste sans rappeL - L'a-t-elle appelé la première ? Sa voix. La diférence de la voix n'a pas lieu dans l'être. Mais ce signe qu'est toujours déjà la phonè s 'oublie dans son usage dans et pour le logos. C 'est « en quoi » il peut devenir signe. d'abord. L 'air de la voix ne laisse pas de marque dans l'être .

Dans la nuit. Sa place est déjà là. Qui n 'aurait pas encore de nom. d'entre les noms qui l'ont déjà commémorée-oubliée. Elle surgit comme une absence qui n'est pas encore entrée dans la présence .Du lieu de sa disparition. et si proche de la réalité qu'il se réveille endormi. Peut-être pensera-t-il qu'elle crie son nom. Tout ce qui a lieu d'être est là. ou entre les deux. L'un ou l'autre . au-delà de sa langue. ou à qui il ne pourrait aussitôt en être donné un . il est possible d'entrer en sommeil. Qui garde la langue. Les deux .déchirant son sommeil de sa présence absente. Elle revient crier. revient déchi­ rer la nuit de ses apparitions . rassemblé. 49 . ou en lui. Elle a crié . Elle crie de là où il n 'y a pas encore de nom . Toujours elle vient rappeler du lieu de sa disparition : elle crie la nuit. . que ce qu'il croyait solide ainsi se fonde. Telle un rêve qui parle. . elle a crié : l'effroi . et rien ne surgit à qui une place n'aurait pas déjà été ménagée. sans bords . S 'il n'y a qu'une langue. grâce à la lumière . Au-delà de là où il s'en souvient­ ne s 'en souvient pas : attendant sereinement celle qui ne reviendra pas . Rappelant sa mort. et que. c'est la terreur de l'oubli . Encore vivante et pourtant disparue de tout là. Cela surgit brutalement . cherchant qui a appelé . D'entre ce qu'il saute-oublie quand il fait son deuil d'elle ? Qu 'elle soit dans le bord. Ce cri dehors-dedans d'une absente qui n'arrive pas à disparaître. sorte un appel. D'entre les bords . de cet abîme. Les deux arrivent-n'arrivent pas à se tenir ensemble dans la langue . Quand le soleil se lève. quelque chose menace toujours de revenir ou de disparaître . Dont le deuil n'est pas encore fait . Qu'elle rap­ pelle son nom. Elle est si proche que ce cri est là. elle n'arrête jamais de vous réveil­ ler avec des cris-appels d'elle : le encore-sans-nom revient-se souvient sans cesse . Elle n'a pas de nom . : c 'est l'effroi. La mort ? Du fond de la langue.

Leur deuil. De la place qu'elles occu­ pent dans le monde. Il ne peut en être différemment tant qu'il n'y a qu'une langue . n'est pas encore entrée dans ce à quoi il a attribué un nom. Elle appelle. Tout est là. le sommeil et le réveil : enveloppée dans sa disparition pré­ sente . Ce cri ? . et s'en tienne au seul souci de l'entrée en présence. Il les rapproche. pour elle. tout rentre dans l'ordre . Il joue avec son deuil. Le matin. elles appellent à l'approximation. sans fin. en lui. Que l'autre demeure suspendue entre l'oubli et l'attente. la nuit. selon que le soleil est plus ou moins levé. le jour. La préoccupation présente est le déploiement de la lan­ gue : impossible si elle se déchire tout le temps . 50 . Qu'il se rendorme. Elles se tiennent à distance. Quand cela rentrera dans l'espace-temps du présent. Pourtant elle crie. Et si l'autre ne peut pas dormir ? Il s 'en souviendra plus tard. il faut toujours un fond d'absence. Il faut l'oublier encore . Cette diHérence d'appellation. et leurs mouvements sont contrôlables . Les « choses » n'entrent pas en lui. posé-disposé devant lui dans la lumière. les éloigne.Il suffit qu'il la prenne et qu'il l'y fasse demeurer : en repos . Nul n'y sort de cette ( absence de ) dialectique. parfois. n'entrent pas les unes dans les autres. de son sommeil : irruption d'absence pré­ sente qui déchire sa langue. Mais pour ce là. Elle le sort encore. quand le soleil est levé. n'empêche pas que c 'est toujours le même qui s'y démontre.reste impensable . Que les limites en soient à chaque moment du présent plus ou moins tranchées .n'était qu'un rêve . Si c'est de détresse ou de jouissance qu'elle a crié .

A moins que ce contre ne provienne de lui ? Le tout contre. Elle est toujours en excès à cette vastitude pré51 .sans plus. Il dit qu'elles appellent pour qu'il leur donne . à le rendre tout . l'appelle. n'est-ce pas ainsi qu'il répare la perte de celle qui s'est perdue en lui ? Qu'il referme-renferme sa disparition ? Qu'il fait de l'absence la condition de l'entrée en présence ? Le tout contre ? L'indifférence de l'amour et de la haine dans un é-Ioignement maintenant toujours à distance. mais toujours maintenant la distance d'un bord. Ce qui veut dire : d'une entrée dans l'absence de la présence ? Là. ou absentes . Un renvoi à elle du pas bon. I l les touche : du dehors . Elles demeurent dans le dehors . De la contrée. Elles commen­ cent à être présentes. Quoi ? La possibilité d 'un deuil serein ? Le tout contre : dans la haine projetée-laissée là d'un deuil. le tout se maintient contre. L'espace-temps de l'entrée en présence. à recevoir un nom. maîtrisé. Elles sont là. les approche. c'est encore la nuit. d'une consommation . C'est lui qui appelle à demeurer dans un repos sans fin .De son corps vivant. mais surtout sous la « forme » de l'immensité d'un deuil projeté-laissé à elle. ou là. Quand il les appelle à venir tout contre. Où se tient-ne se tient pas l'être . loin ou près. Mais. les choses appellent à entrer dans un rap­ port de présence. Elles viennent contre . Elles se dérobent à une autre approche que le contact . Ce main­ tenant contre. ce lever de soleil dont il ne cesse d'entretenir son oubli. il les attire à lui. ou deux.qui restera dans l'absence de la présence. ne les appelle-t-il pas à ne plus revenir en lui ? A ne plus se mêler à lui ? Sauf pour le temps. dans le dehors . et maintenant le support du deuil d 'elle . n'est-ce pas alnSl qu 'il le constitue ? D'abord. les écarte. dans le jour. Le contre de la contrée et de l'opposition des choses s 'efface ? s 'oublie ? se dénie ? dans leur appel . une assimilation d'elle à lui . Il les sent du dehors .

Il a suffi. pour cela. c 'est-à-dire aussi grand pour reposer-disposer le tout dans sa mort.vert se perd-s'oublie dans l'impensable commencement de l'essence de la pensée. Le tout revient maintenant à quoi ? A la mort. dans l'inaltérable repos de sa venue à la présence . il faut au moins deux bouches : une qui prend-consomme-assimile. une qui demeure ouverte pour la pro-venance. dans le suspens d'une consommation ? Pour dire. Dans cet espace-temps de deuil.sente . qu'elle s'assimile la sérénité du penseur.à de l'être ? En arrêtant le mouvement d'assimilation d'une « bou­ che » ? Laissée là ouverte. Qu'elle s 'assimile son vouloir du non­ vouloir jusqu'à demeurer entièrement étrangère à toute forme de volonté.ours-dé. dans une ouverture où cette différence même s 'efface : l'ou. mettant le tout en rapport d 'interpénétration et d'échange sans limites. une qui donne-redonne­ produit . dans lequel tout mouvement propre a disparu . Du tout de l'amour. Quand est-il passé du pas-encore au tou. La libre étendue demeure l'indéfiniment disponible. la 52 . plus la mort doit venir à sa « rencontre » pour remettre le tout en ordre. à tout ce qui veut-ne veut pas qu'elle soit là pour disposer d'elle ou se disposer en elle . Elle se prête à tout. disponible. La magie de cette contrée d'où provient l'essence de la pensée ? . Se tenant dehors ou dedans.tout ce qui est de son appartenance revient au lieu de son repos . Plus la vie se donne et s'étend. Quoi ? Le tout. redéposant chaque chose à sa place propre. dehors et dedans. il ne fait son deuil que dans un rap­ port à la haine aussi grand : aussi grand sans détruire le tout. Une qui s 'ouvre et se referme sur le besoin de se nourrir. le contre et l 'opposition de la haine s 'oubHe-s'efface dans le fait qu'elle l'appelle pour qu'il lui donne-redonne. dans cet excès. il puise et s 'assimile de quoi faire encore et toujours son deuil.

qui le rassemble. L'ouvert pro-vient de l'absence d'une consommation immé­ diate et sans différence. les deux en rapport ? Au présent ? Les deux en même temps ? C'est impossible . De sa propre contemplation ? Entre ces deux deuils se maintient ouverte l'étendue sup­ portant le va-et-vient soucieux du penseur. Mais l'ouvert pro-vient aussi du toujours­ trop à consommer dans le présent. nécessaire à la subsistance. Que consomme là le penseur ? De l'ouvert ? En quoi l'ouvert ? Cela peut se dire de diverses manières. L'ouverte ne dit rien : elle se prête seulement à ce surgissement. au présent. ayant toujours déjà consommé le nécessaire.pro-duction de la parole . le re-garde dans le recueillement. La langue s 'est toujours déjà assimilée ce qui lui est nécessaire pour se pro-duire au présent : là. Bouche. du suspens ek-statique d'une assimilation immédiate dans la pro-duction et ce qu'elle donne-redonne. Au présent. 53 . Participe de cette pro­ duction de la langue dans une ouverture disponible. Cette ouverture maintenue ouverte assure le passage entre deux consommations . le laissant dans le repos : pour une autre consommation. la mise en garde. dans la demeure de cette ouverture. tout en demeurant l'unique. Celle de la pensée méditante qui se nourrit de contemplation. Comment mettre. trouve son site dans l'ek-stase de la présence . Le présent se tient dans cet impossible. pour que la pro­ duction de la langue puisse encore et toujours avoir lieu . Dans la mise à distance. Elle se laisse être ouverte. Entre deux vies . en restant dans le même . qui économise l'excès. ses bords. la bou<:he se garde ouverte et. surgit-resurgit la langue . ou ventre. de l'absence de celle qui se donnait toute à assimiler sans distance : de l'espace-temps présent d'un deuil infini . en une étendue de plus en plus vaste où l'ouverture efface son cercle. La consommation immédiate. qui n'aurait pas lieu d'être dans la présence . et deux morts . elle se donne ou re-donne dans l'ouverte. et son surmontement dans l'ek-stase. la consommation de la pensée méditante qui.

. toujours disponibles. ras­ semblant toutes choses . L'une et l'autre . « La libre Etendue ( Gegnet) e s t l'étendue qui fait durer et qui. Et fait demeurer le tout dans une inaltérable sauvegarde. Entre assi­ mil ation et production. s e dérobe à l a rencontre . Telle une bouche ? Ou un ventre ? L'une ou l'autre . La libre étendue ne contient rien. Quand il a commencé à s'ériger. elles s 'effacent dans leur ouverture . et qui revient. Dans l'ek-stase de son ouverture. 54 ouvertes. p. Elle occupe tout l'espace : déposée. Les deux assimilés ? Bordés de lèvres . elles devien­ nent. de ce côté ou de l'autre. elle se dérobe à son approche. sans lèvres ? Comment passer de l'une à l'autre bouche. ou corps. ce même dont il provient et où il retourne sans cesse se produire. il faut qu'une bouche toujours demeure ouverte : dehors-dedans disponible où tout et rien n'arrive . dans le suspens durable de toute consommation. maintenant. sans laisser l'une ou l'autre. Sans lèvres. encore. Ce qui laisse en repos. s'ouvre elle-même. la porosité à tout . ou les deux dans l'assimilation d'une distance où s 'efface l'écart. posée-disposée devant lui. toujours ouverts. Dans l'approche. il se ferme à la perméabilité. projetée dans le là.tenue aussi de laisser toutes choses éclore dans son repos . elle devient. une ouverture cerclée. 1 9 4 . à se tenir debout.ou œil. sinon l'ouverture qui s 'ouvre et laisse toutes choses éelore en elle . telle l'absence présente qui rend possible l'entrée en présence. Reste. Gallimard. dans Questions III. cernée. au même. laissés là. d'ici à là. étant ouverte . . Mais toujours Toujours ouvertes. Elles s 'oublient dans l'ouvert . Ek-stasiés dans l'instance de leur béance. seulement. à portée de main. ) C e qui ainsi toujours s'ouvre. ou matière . toute( s). Il se tient dans des limites . de sorte qu'en elle l'ouverture est contenue . . comment se marque le passage d'un côté à l'autre de l'ouverture ? Comment retraverser l'entrée de l'ouvert dans la disparition des lèvres ? Où est la provenance . » (<< Pour servir de commen­ taire à Sérénité ».

ni se décrire . Du moins à son attente . Leur seul mouvement est l'éclosion dans leur repos . pour arriver à demeurer dans le repos d'une proximité à distance ? Dans son « propre » repos ? L'étendue de l'attente à retraverser entre celle qui se mêlait inextricablement à lui. Quand il se tourne vers elle. les choses se perdent en tant qu'objets. celle qui est devenue lui dans son « corps vivant ». Il ne peut la toucher. et celle qu'il retrouve proche. pas même du regard. En faisant. étant toujours disponible pour que. tel un retour très lointain. Ainsi retournée à sa demeure. dans toute l'étendue du lointain. à chaque pas . serait-ce de là que provient l'essence de la pensée ? En quoi est-elle faite ? Qui supporte l'attente ? Qui se prête à l'ouverture. en elle. tel un horizon perceptible . l'es­ sence de sa penséee ? 55 . près duquel elle trouve la durée où elle demeure . Elles ne se tiennent pas plus qu'elle pour l'accueillir : elles gisent. de ce long cheminement dans l'ouvert. il est déj à entré en elle . reposent sur. dans le retour de leur appartenance à la durée. Ainsi s 'ouvre l'accès à l'essence de la pensée . L'ouvert ne lui sert à rien.Elle ne s 'étend pas . si ce n'est à progresser dans l'attente du retour à sa demeure : arriver à proximité du lointain . n'est-ce pas attendre de retourner à l'impercepti­ blement proche dans le lointain. Seulement se nommer. L'attendre. Elle ne se rencontre pas plus que la libre étendue ou les « choses » qui reposent en elle. mais toujours distante . et tenter de se penser : en dehors de toute représentation . Et.ou plutôt son attendre . Ou le sien ? Tout ce qui a lieu là ne peut se présenter. c'est renoncer à l'attendre et s 'engager toujours davantage dans l'ouvert. Il est déj à dans l'ouvert. dont il n'a jamais fini de se rapprocher . en elle. advienne progressivement celle qui est attendue. Penser.

avec d'autres hommes . les noms à lui donner. entre eux. S'entretenant. Sur quoi se fondent-ils pour mesurer si les noms qu ' ils donnent sont appropriés ? Leur arbitraire ? La réminiscence d'un nom. pour qu'ils puissent y progresser en toute sérénité. du même geste. le nom et le nommé ? Ils produiraient alors leur être même ? Qui pourrait s 'en dire l'auteur ? Dans la contrée. qui dit « oui » aux noms qu'ils donnent ? Quel obstacle renvoie le nom. Elle est seule à répondre d'elle-même. ils cherchent. se montrant des « choses ». Et peu importe qui répète le ptemier.De cet incessant cheminement. qu'ils en ont trouvé le nom ? Qu'ils en prennent le chemin ? Ensemble. et à répéter la réponse entendue. avant qu'ils ne le répètent. N'est-ce pas . entre eux. s 'indiquant des « choses ». L'ouvert doit être. S'encourageant. ont seulement à entendre la réponse appropriée à la parole. le jugeant à sa mesure ? 56 . nommé. à chaque pas . D'où est venue la réponse ? Qui a parlé ? Elle est la contrée de la parole. le nommable. qui aurait simplement échappé ? Ou bien : décou­ vrent-ils. entre eux. ensemble. dans les chemins de campagne. d'autant que nul ne sait d'où il tient ce qu ' il répète . mais les mainte­ nant dans toute l'étendue de ce qu ' elles ont encore de dicible. au moins une fois. Ils abordent la question à distance . Qui a dit que la parole était appropriée ? Quelle voix ? Provenant de quelle nuit ? Revenant du dehors. au fur et à mesure. Il est vrai que. il s'entretient. Eux. si elle n'a pas de langue. de cette mystérieuse contrée. du fond de quelle absence. tout en restant encore sans nom. loin de leurs habitations. Se donnant confiance. la nuit. Se mouvant librement au milieu de leurs paroles. à la sérénité . pour persévérer dans l'ou­ vert. l'appellation ne doit provenir de personne. mais elle n'a pas de langue . chaque pas fait en elle risque l'abime.

réfléchissant e t gardant les paroles ? Se r ait-ce. . à l'entrée en présence ? N'ont-ils pas rêvé qu'elle a répondu : oui ? C'était la nuit. . à peine pensable. mais restant toujours et encore disponible. là. Le nom est venu de l'attente. où est engagée l'attente. comme si rien là ne lui était approprié . Ne serait-elle pas. ce qui est nommé dans l'emploi du nom. Et elle est si mystérieuse qu'ils attendent tout d'elle. . . La tâche est maintenant de se soucier de ce nom qui ainsi leur est advenu . elle laisse la libre étendue dominer seule. peut-être le prendrait-elle. u n miroir. sa par ticipation. qu'attend-elle ? Gardant tout. Tel serait. Dans le chemin.Si le nom lui était approprié. dans son assimilation ? Toujours ouverte. Qu'imp orte . . ce qui était à nommer. Se prêtant à tout et à tous. Ils vont même jusqu'à se dispu ter à ce propos : une de leurs querelles amoureuses de penseurs . le vrai rapport à toute chose : un rapport qui sauvegarde de l'altération . La question des noms propres cependant les embarrasse. le renfermant. par appropriation. entre autres. Qui efface le passage de l'autre en eux. rassemblant tout. pour eux. . Il n'y en a pas d'autre . laissant tout se déposer-reposer sur elle. se refermant. mais n'assimilant rien. L'attente est le rapport à la libre étendue. Même ce qu'ils n'attendent pas : le retour de l'assimilation d'elle à lui qui s'oublie le jour. Qu'attendent-ils ? D'être maintenus dans leur être propre par ce à quoi ils se rapportent. Ne sachant plus qui a donné le nom le premier. en elle. Qu'est la libre étendue pour qu'elle ne laisse aucune trace d'elle sur qui entre en elle ? Qu'elle ramène plutôt qui y 57 . L'attente de l'ouverture.

En quoi la sérénité ? En attente. Chacun ? Qui ou quoi donne la sérénité ? Qui ou quoi la prend ? L'assimile ? S 'assimiler de ou à la sérénité n'est-ce pas s'assimiler de ou à la mort ? Laquelle s'assimile ? Celle qui s 'est donnée à assimiler à lui comme vivante. la sérénité doit reposer dans la libre étendue. et avoir reçu d'elle le mouvement qui la porte vers elle . il faut rester vivante . la laissant déposée en soi ou sur soi. elle-même . de l'avènement du retour au propre ? L'essence du pro­ pre ? La substance de l'essence du propre ? Comment ? Cela provient de la sérénité . Pour ainsi sauvegarder la mort. Il n 'y a j amais de retour qu'au même . Attendant donc d'être maintenus dans leur être propre parce qu'en elle repose la sérénité qui les attire à retourner en eux-mêmes . En rapports où n'a plus lieu que l'attente. l'entretien 58 . doit-elle s 'assimiler à lui comme morte ? S'assimile-t-on jamais la mort ? Celle d'un autre ? Ou y assiste-t-on seulement ? La prenant en soi. comme la relation se définit à partir de ce à quoi elle se rapporte. La libre étendue serait de la mort maintenue dans la vie. qui se voile comme tel. pour les laisser entrer dans l'attente du repos en leur être propre ? L 'essence de la pensée provient de ce que la libre étendue prend en elle la sérénité et se l'assimile . de la vie gardée dans la mort ? Les deux suspendant leurs échéan­ ces ? L'entre-deux du déjà-plus et du pas-encore. En relation avec qui donne-redonne l'attendre comme espace de déploiement de l'essentiel. N e sont-ils pas tournés d e façon sereine e t confiante vers elle ? Elle à qui ils appartiennent originellement ? Elle par qui ils ont été originellement appropriés ? Elle qui s'ouvre. la gardant dans un repos serein : demeurant la même dans toute l'étendue de sa durée . Laquelle ? La relation juste à la libre étendue doit être la sérénité et.pénètre dans son être ? Serait-ce l'horizon. En cheminement sans fin qui sauvegarde dans le suspens les attraits entre : laissant-ren­ voyant chacun à son « propre » être .

déployant leur inter­ minable durée : à la disposition de la pensée ? En quoi peut être l'étant qui supporte une telle duplicité ? Quelle « matière » ainsi peut demeurer sans se dissoudre ? Se décomposer ? S'altérer ? Maintenant une subsistance durable. veut dire aussi être . reculant toujours d'un pas l'expérience d'une confondante approche. il le laisse hors de son souci. et est renvoyé-reprojeté sur eux. Un air qui enveloppe. que la phusis trouve son éclosion et l'éclaircie de sa lumière ? Dans la permanence de son ouverture pour l'ek-stàse de l'être-là. telle une sépulture d'apparences . respiré. Air sans partage et sans mélange. ne reste-t-elle pas. tel un événement de peu d'importance au regard de sa préoccupation de l'être. souci de sa propre mort. Respirer. en demeurant en elle. Est-ce parce qu'il y a encore et toujours trop d'air qu'il n'en est pas encore venu à en faire l'économie ? Mais ce qui s'oublie se rappelle toujours .qui les sépare de leur devenir. se donne-redonne encore grâce aux autres vivants. fait déjà être.d'airs . cet excès d'air. pourtant. voile le tout. dès à présent. Air déjà soumis au jeté­ projeté là : l'environnement d'une maison invisible qui le sauvegarde en tant que mortel. qui lui permet d'avoir. un « corps » nourricier.du toujours-déjà et du jamais-encore. Il n'y pense pas . 59 . d'une transparence imper­ ceptible. indifférencié dans son immédiate appréhension : l'air ? Constitué en demeure dans laquelle l 'homme s 'achemine comme dans la sauvegarde de sa mort. S 'avançant dans un air approprié de manière indéfi­ niment durable . L'éclosion­ déclosion de l'être ne parle-t-elle pas du respirer de l'air ? Ce mouvement d'un corps encore vivant. et imperceptible dans la présence ? L'air ? Lequel ? N'est-on pas là insensiblement passé d'un air à l'autre ? Les deux provenant du même ? N'est-ce pas. Cet air en trop. Un air qui maintient la distance. et qui garde chacun et chaque chose dans l'éloigne­ ment d'une appropriation. où se marque et s 'oublie le passage à un autre air que celui qui. encore.

Cette ek-stase le prive de son rapport à elle : la vie au commencement.sont privés de leur retour en soi. La source cache toujours un deuil. en plus et en moins . du retour à ce commencement d'avant le commencement où elle se donnait toute à lui sans distance ni différence. sans échange.l'un et l'une . Le « feu » de l'amour ? Qui. et dont il lui refait. un corps vivant. il s'est constitué une source. Cette ek-stase provient. l'existence . Il ne peut croître ni s'ériger en dehors de l'attente du retour en elle. de ce qu'il lui a pris. sans économie. le protège.Dans cette économie de la copule. entre elle et lui. maintenant.un deuil et un triomphe ? Le triomphe d'un deuil ? Il ne se retourne plus vers elle qu'à partir de l'ek-stase. qui l'enveloppe. lui donnant. Demeure toujours dans la nuit où ne brille que cette lumière : la chaleur et la combustion de la vie . le nourrit. reste toujours nocturne. Il s'est approprié-attribué la source . d'abord. L'ek-sistance ? . l'un et l'autre . le don triom61 . Quand il se retourne vers elle. Habitant dans une maison vivante. et la nécessité de l'ek-sistance par rapport au commencement où le tout se donne partout et toujours . de ce qu'il s 'est approprié à partir d'elle.

elle n'est plus . hors de lui. va faire de son ek-stase le chemin de son retour à lui : permanence de son être. que la sortie hors de lui devienne la mesure de son propre-proche être : « sa mai­ son » . Que le là du destin de son être n 'est pas le là de sa subsistance à elle. Car là où il est jeté-projeté hors de lui. Ce qui est impossible sans elle : cette autre qui subsiste 62 . dans l'éternel retour au même. Car là où il ek-siste. ce là où elle existe hors de lui . il faut que l'ek-stase se garde. Il va se redonner ce projet comme sa source . à lui en elle . Sinon dans son souvenir et son attente . Ek-stasié dans l'absence. Mais. Il oublie qu'il y a dans ce là deux ek-stases diférentes . Il se redonne triomphalement à elle en lui. Les confondant l'une avec l'autre. il va encore reprendre. par lui en elle : non par celle-là qui existe en dehors de lui. il recommence. Affecté par elle en lui. le retour. en même temps. l'oubli. Il oublie leur différence dans l'être.phant. Il assimile les deux là : ce là où il est jeté-projeté hors de lui. de celle qui ne reviendra plus . au présent. Privé de son retour en lui par le retour en elle : elle. se Il la le Pour se reprendre et se redonner à lui. Il les replie dans le même. l'absente. L'ek-stase est la sortie-entrée hors d'elle. à partir de là. que l'ek-sistance se maintienne. il la confond encore avec lui . Donc : hors d'elle. Retournant à celle qu'il s 'est déjà assimilée dans un là où elle est maintenant une autre . L'ek-stase du présent est cette impossible « rencontre » entre eux. à se l'assimiler encore . Ce qu'il a de plus proche dans plus lointain . Ainsi se destine son être en tant que sexué ? Le jetant­ projetant toujours là ? A distance ? Dans l'éloignement ? Dans ce qui se destine ainsi vers lui. Il ne s'affecte que par l'attente. et qu'il n'affecte pas . Il ne s'affecte que dans le souvenir et l'attente : il ne s 'affecte ni ne l'affecte immédiatement.

traversé de leurs lumières. les gar­ dant sans trace d'intermittences. . ou entre celle qui était au commen­ cement et son retour dans l'attente . le mouvement de l 'at­ trait ? Ne se rapporte-t-il pas à l'autre dans une totale passi­ vité ? Avant cette passivité. Merveilleuse demeure. qui s'oublie-s'efface dans le « là » . gardant le tout déposé-disposé dans ou sur elle. prêtant son corps vivant comme lieu de rassemble­ ment du tout : elle ne travaille qu'avec la proximité. toujours plus belle de demeurer dans l'invisible pour laisser resplendir leurs étoiles . mais demeu­ rant toujours en repos . Ne prenant rien. pour cette ek-stase où ils sont appelés : elle laissera être. que s'est-il passé qui ait donné lieu à l'ek-sistance ? A l'ek-stase ? Quel change­ ment dans la nature » du site qui abrite l'homme ? Entre la « maison » d'un corps vivant et la « maison » de l'être. L'assemblant. la rapprochant des autres déjà là. Maison silencieuse et imperceptiblement présente de la nuit. quelle opération a fait que l'habiter de l'homme. Dans son repos. A moins que ce ne soit un autre repos ? Disponibilité de la puissance encore libre. détermine maintenant ses relations au tout et à lui-même sur le mode d'une approche qui maintient toujours la distance ? 63 . à moins qu'elle ne repose plutôt . Son mouvement à lui étant presque le contraire : l'attente . mais restant toujours dans l'obscur. cette étoile de plus . Gagnant même le haut du ciel. ne suspend-il pas. les assemblant sans couture. sereine et confiante. Dans son obscurité. dans laquelle se rouvre. dans le « repos » . y rapprochant les uns des autres les éloignements des ek-stases. . « Là ». sans lisière et sans fil dans le surgissement de leurs éclaircies ou éclosions. l'attente. sérénité de l'être comme acte qui ne se sait pas comme tel ? Ce qui ainsi se maintient. sans marque de la distance de leur surgissement . dans une expectative distante. Son ek-stase doit insister en elle : celle qui reste toujours dehors . dans la permanence de sa nuit.dehors . dans son repos. transparente à la brillance de leurs illuminations. Il est nécessaire qu 'elle y participe. sa patrie. qu'elle demeure dans la participation à son ek-stase : étant toujours disponible pour l'entrée en présence de l'être.

Que l'habitation soit le trait fondamental de la condition de l'homme. dans l'ouverture de l'être ? En même temps . destruction se manifestant entre étants. Tant qu'il ne pense pas le déracinement. L'habiter de l'homme dans la langue. Pourtant. dans son ek-stase. en Occident. rescellant. Comment lui rappeler ce trait qui s 'efface dans l'ha­ bitud ? 64 . refus. néantisé comme simple rejet. mais se destinant toujours. Non seulement comme avenir de son déclin. est l'être de l'habitation. Cela se tait encore. mais en même temps. L 'être . l'à-venir toujours possible d'une naissance ou d'une mort. De l'amour ou de la haine ? Laissés dans le suspens de leur effectuation. Que l'un n'adviendrait j amais sans l'autre . le langage comme bâti d'une demeure de et pour l'homme : ce caractère fondamental du rapport de l'homme au parler s 'oublie dans l'habituel. qui pourtant le dit : en silence. Ce rien dans l'être : « qui accorde à l'indemne son lever dans la grâce et à la fureur son élan vers la ruine » . Ce rien. Il l'oublie . séjournant sur terre en tant que mortel . pour lui. il méconnaît que l'essentiel. accomplirait déjà. et par quoi il affecte tout étant mais de manière imperceptible . Ce rien qui a toujours déjà interposé-soufflé tout « oui » et tout « non » avant la position même de ce à quoi ils appartiennent. en même temps. le trait fondamental de l'être.Peut-être cette opération doit-elle se désigner comine néan­ tisation. Il oublie qu'habiter est. et du fait même de son lever . une furieuse destruction . à partir de l'être. Cet oubli peut entraîner une véritable crise de l'habitation. insensible. il habite toujours déj à. pour l'homme ? Mais l'homme ne la considère pas comme telle . Celant. pour lui. Et qu'une certaine aurore. mais qui se tient et opère. reste impensé . La cri s e. dérobé dans la langue. Comment l'entendre ? D'où provient ce rien qui déploie son essence dans l'être même ? Ce rien qui le fait plus étant que tout étant. Il oublie le bâti de cette demeure.ce serait dire que le « lever dans la grâce » est toujours aussi « un élan vers la ruine ». Etre et habiter reviennent au même . En même temps .il l'a dit .est la maison de l'homme.

Donc libre. par exemple .signifient en outre « demeurer devant les divins » et impliquent « l'appartenance à la communauté des hommes ». et il pénétrerait l'habitation dans toute son étendue. elle doit être appropriée à l'homme . il pourrait batir-rebatir sa propre demeure. dans son être. Habitant de la terre.pas dû. l'homme est déjà « sous l e ciel » . En ce sens. qui l'y ramène et l'y mette en sécurité : enclos dans ce qui lui est parent. à partir d'elle. les divins et les mortels. l'homme serait. L'un et l'autre . l'habitant de la terre : sa première maison lui serait accordée p ar elle. dès qu'il se tient-s 'érige « sur elle » . pour assurer cette paisible demeure à un autre. s'approprier à lui ? Donc s'improprier ? S'expatrier ? Pourtant le trait fondamental de l'habitation serait ce ménagement. et. Donc libre ? Comment ce qui se prête à entourer quelqu'un ou quelque chose selon l'être de ceux-ci serait-il libre ? N'a-t-il . La limite peut se tracer autour : elle enclôt un champ ou une vigne pour sa culture. exigeant d'être entouré d'une protection qui le laisse. d'abord. plus encore. préservé des dommages et menaces. d'un séjour qui lui permette de demeurer en paix. Selon ce trait. Les quatre : la terre et le ciel.ou elle ? . 65 . Mais. mûrit ses fruits . Dans toute son étendue. d'œuvre produite par lui : sauf cette limite. Il n'y a pas là encore de fabrication de l'homme .l'une et l'autre ? . bfttir est seulement veiller à la croissance qui. dès le début. De lui-même en tant que tel ? Ayant besoin.Ce trait trace une limite. par laquelle il prendrait soin de l'épanouissement de l'œuvre de la nature . d'abord. épargné et ménagé dans son existence . elle-même. forment un tout à partir d'une unité originelle .

Les mortels habitent.Pourquoi quatre ? Est-ce parce que. ainsi transformé en demeure du monde. unis d'eux-mêmes les uns aux autres . se révélerait donc comme sauve­ garde de la mort ? Comme l'enclos dans une limite en laquelle se tient-ne se tient pas la mort ? L'habitation du « monde » serait la préservation de l'être du quadriparti : qui se garde. mais sans couper. L'habitation. dans le tridimensionnel de cet habiter. par le tracé de sa limite. Chacun des quatre reflète à sa manière l'être des autres . et ainsi se reflète à sa manière dans son propre être. il importe de laisser place à l'inattendu ? Au retour. ne serait-il pas le pouvoir de la mort comme mort ? Le propre de l'homme ? Projeté sur le tout. à partir de la simplicité du quadriparti uni . Cette attente garde à l'habiter sa souplesse. de leur pénétration. faisant tourner le carré en cercle. des tangentes qui touchent. Le plus proche étant laissé dehors ? Tous les p. la « maison » propre. dans l'inapparence d'un toujours le même ? Ce simple. habiter. parce que le quadriparti compose une demeure plus stable ? Les deux en même temps . des dieux ? Ou. toujours possible. mais qui. de l'homme. toujours . « La terre et le ciel.oints où advient la proximité restant. Comment s e reflètent-ils les uns les autres. revenant à cet être au sein de la simplicité des quatre » ( << Bâtir. au contraire . à partir de la simplicité des quatre . est déjà sauvegardé de et dans la mort. au présent. Demeurer dans le monde en dehors duquel rien n'est. alors qu'ils attendent les divins . sinon dans un certain pouvoir de l'homme projeté-déposé sur eux ? Que reflètent-ils ? Sinon ce pouvoir ? Animant ainsi les quatre : 66 . en maintenant l'enveloppe fermée. penser ». qui garde le secret de toute permanence et de toute grandeur. En quoi cette demeure ? En quoi ce « simple » à partir duquel ces quatre forment-reforment un tout ? Quel pouvoir le� rassemble après les avoir répartis en quatre ? Les gardant. Du rapport des quatre dans le simple . les divins et les mortels se tiennent. dans Essais et confé­ rences) .

néantissant tous les étants dans cette singularité contingente qu'est leur corps vivant. Ce qu'il donne-redonne à l'autre est toujours déj à transi par ce rien qui sépare tous les étants : leur appartenance à un être propre. Qui. mais dans la distance . l'homme ne répète-t-il pas .sa première « maison » : son habiter dans un corps vivant ? Mais cet abri du « monde » est rebâti selon une proximité qui maintient toujours la distance . Chacun. Ou plutôt : l'amour de et dans la mort. Il ne pénètre. Chacun étant toujours « proche » des trois autres. à travers le simple qui unit les quatre. pour que la 67 . pour que le rien de chacun retourne dans le Rien du tout. ne se confond jamais en l'autre . Ils ne se redonnent plus l'un à l'autre que dans cette limite. du projet de composer cette unique demeure du monde en laquelle il se tient maintenant. ne s 'épanche. et la source de l'étant. les divins et les mortels. S'étant incorporé le reflet. Recevant aussi le sien dans l'éloignement. tout en restant au loin ? Transproprié à l'être. Dans ce rien. le pouvoir de renvoyer chacun à son être propre. pour que la mort entre dans son être. tout en demeurant dans l'éloi­ gnement.la terre et le ciel. les lie par leur transpropriation dans la mort. au moins une fois. Ce n 'est plus l'amour qui ainsi les unit. chacun donnant et rece­ vant en chacun son être : sa mort. maintenant. qui se tient maintenant dans le tout. Donc dans le rien. où ils peuvent commencer à être : rien . n'est-ce pas ce qui s'approche le plus. Dans chacun des quatre se tient. unis dans un même et autre éloignement. d'avoir pris et rendu le propre dans l'autre. redonne et reprend à chacun son rapport à la mort . il redonne à chacun son être. Ce qui reflète ainsi le propre. chacun doit redonner à chacun au moins une fois son être : au moins une fois la mort. s'assemblent toutes les parties.leur prêtant son désir . Mais . et d'être ainsi reflété dans son propre être. il ne se donne j amais à un autre dans une appro­ che où le mélange des deux est toujours possible.son propre être -. mais la mort. si ce n'est ce lien d'une limite-enveloppe autour et entre eux qui les approprie et les laisse être.

Cela ne peut s'expliquer : étant sans causes ni fondements . teus les propres encore entachés de propriétés singulières. Arche du rien. la copule du monde. Cette transpropriation expropriante de tout propre encore particulier est le jeu de miroir du quadriparti. d'elle à lui. en dehors duquel le monde n'est pas. L'être du monde. Le simple de la simplicité du jeu du monde ne se laisse pas. est ce jeu de miroirs . et ab an- 68 . la seule source du tout. du devenir de leur vie. Le propre. la mort rentre dans la mort. dociles au jeu de miroir.non plus celle-ci ou celle-là. qui assemble le monde comme monde. seul abri de l'être de l'être . la ronde du faire-paraître de chacun dans le tout. La mort . celle de l 'un ou de l'autre -. la seule transcendance. ' Si la vie s 'est donnée au moins deux fois dans une assimi­ lation. la mort à laquelle doit renoncer tout étant comme sa vérité. rendu s à ce qu'ils ont de plus souple dans leur être. Tour encerclant de l'anneau s 'enrou­ lant sur lui-même et dans lequel tous s'enlacent à leur être : un et pourtant propre à chacun. impensable. retient. en plus. Il est . L 'être de l'enveloppe est le jeu de miroir. Posé sans position. et peut ainsi se lier aux autres dans l'être de leur être : le simple de la mort. Le reflet que chacun donne et reçoit est le passage par un premier rapport à la mort : dans ce qu'elle a encore de particulier et d'à part pour chacun . retourne à la mort : la seule vérité. Cet enlacement les rend flexibles . maintient. pas même comme une enveloppe qui s'ajouterait. Se tenant en l'air ? L'être de la quadrature est le jeu du monde : les deux ne se laissent pas séparer. Libéré par le renvoi de ce reflet. Chacun s'y confie à chacun dans la docilité. chacun est rendu à ce qu'il a de plus propre. ainsi. pénétrer. Ainsi dépouillée de ce qu'elle pouvait encore garder en elle provenant des étants singuliers. retourne dans le propre : l être même de l'être. à ce qu'elle contient.mort soit dans le simple : l'être de l'être. ainsi la mort doit-elle se redonner au moins deux fois pour la sauvegarde du propre.

Un même. assemble le tout de son tour encerclant. à la limite. cependant. Le miroir. où chacun peut venir en présence et recevoir-donner à chacun le reflet de son être . Amenant à proximité le sommet de la montagne et le chemin de cam- 69 . comme dans leur élément le plus simple . non seulement comme l'attrait d'un vide où toute mémoire s 'engloutirait. Réunissant le déjà-plus au pas-encore dans la constance d'un enroulement qui ramène chacun à l'énigme de son être. qu'est-ce qu'il apporte. laissée être dans le tout . transparent. pour qu'il ne soit pas perçu comme un effroyable abîme mais comme la « ronde du monde » ? Qu'est-ce qui le supporte. en sa limite. partageant un même.donne sa propre souplesse dans le tour encerclant du souple . Apportant l'appel du ciel le plus haut. Quadrature d'un cercle : qui aurait lieu dans la transpa­ rence de chacun dans chacun. Vacant pour renvoyer le tout à c e qui le lie dans l'être : la néanti­ sation. ne renvoie rien. après avoir reçu et donné ce reflet propre. Enceinte de glace qui. mais comme le retour du plus originaire et du plus ultime ? Ce rien ? Ne se tiendrait-il pas dans l'air libre : cet étant déjà là avant la naissance. aussi bien. réunis­ sant le pas-encore au déjà-plus dans une étendue qui dure ? En laquelle tout vient à « être » et tout se rassemble dans un espace unique. et nourrissant. ce que porte la terre . Ce rien d'où il vient et où il retourne. ne reflète rien : l'être de l'être . Le jeu de miroirs. Où s 'en­ tend la voix des choses. qui n'apparaît pas comme tel. sans provenance encore pensable. pour celui qui est né dans l'air qui les environne . S'imposant. En quoi ce rien. L'air espace encore silencieux de la parole. mais en quoi ils retournent. il est l'enceinte : le « monde » . pour qu'il soit ainsi attendu-rappelé. encore là après la mort. Liés par ce qui leur dispense l'apparaître. mais qui accorde au tout sa permanence . sans fin .

s 'y rencontrant. - 70 . Mais aussi unissant. le feu . laissant l'air déjà et encore là. toujours dans l'éloignement ? Dans une proximité distante ? Qui le laisse serein. le vol des oiseaux et le travail du bûcheron.pagne. Extase par rapport à son environnement naturel. les alternances des sa:isons : la tempête d 'hiver et le jour de la moisson. dans une harmonie unique. et en quoi pourrait avoir lieu la co-appartenance de la terre et du ciel. tout s 'y croisant. C'est du chemin. le village maternel et la maison d'aujourd'hui.est toujours déjà néantisé dans et par son élément à lui : le langage. l'humeur joueuse de la jeunesse et la sagesse de l'âge. l'eau. maintenant. Sagesse qui ne se livre qu'à mots couverts . demeure. toujours marquée d 'ironie. passant de l'un à l'autre. la turbulence vivifiante du printemps et le déclin paisible de l'automne. perpétuellement. que lui revient. qui ne serait pas sans qu 'il l'ait ouvert. maintenant. L'élémentaire de la phusis l'air. le vacarme des machines ou le souffle des dieux. qui le maintient . mais donnant plutôt la force inépuisable du simple. sorte de mélancolie souriante . dans une sereine durée . Du rien ? De la mort ? En laquelle lui est rendue une terre natale. dans l'exil de sa première patrie . Mais ce simple de la phusis) il l'a oublié . Dans un espace et un temps. mais d'une sérénité qui s 'élève au-dessus de l'affliction. Chacun y ayant lieu. les jeux des enfants et les yeux d'une mère. où tout vient à l'existence et retourne à la mort. dans une vastitude sans horizon et un continu où tout peut arriver sans qu'aucun événement particulier n'arrête un mouvement qui. des mortels et des divins . L'air pourrait être ce rien de l'être : l'être de l'être. la terre. ouvrant déjà sur l'éternité . Il ne l'entend plus qu'à travers les voix du logos : les chemins qu'il a déjà tracés dans et sur elle . Ce secret que garde l'être. Dont il se rappelle tant parce qu'il l'a perdue ? Qu'elle et lui demeurent. Renoncement qui conduit vers le même : sans rien prendre. ce que lui a toujours déjà donné l'air .

L'amour rapproche jusqu'au mélange qui donne naissance : phusis. l'encadre. sans s 'y dire. Serait-elle même petite. alors qu'il l'a lu. insiste. qu 'elle ne soit pas encore réduite à la haine. son vouloir de ne plus vouloir d'elle. Car. dans son vide même . Elle demeure. Qu'elle n 'ait pas déjà totalement succombé à sa haine. Car la haine se rappelle mais ne se souvient pas . ne pourrait­ elle pas provenir du pouvoir de la haine ? La haine de la nature ? Son rejet. et à sa disposition. ne fût-ce que comme espace libre où se rappeler ? Où entrer en présence ? Où séjourner ? Se rassembler ? Telle une habitation qui appelle encore à l'accueil. limite. Elle est égale. encore . l'assiste. Cette force. le feu. Empédocle a dit le pouvoir de la haine. bord. qu'elle ne le haïsse pas : qu 'elle annule le pouvoir de la haine. dont il ne redit le pouvoir destructeur qu'à travers la déréliction des poètes ? Pour ce Grec du commencement du monde grec. Il renonce pour recevoir une force inépuisable. si elle n 'était pas . sa mise à distance. Y entretenant un perpétuel et double mouvement. Jamais il ne le rappelle . La naissance vient de la rencontre et de l 'union des choses qui sont. L'ha­ bitation de l'homme ne se bâtit pas sans haine de la nature . la haine est égale en pouvoir aux quatre éléments : l'air. qu'en elle se garde toujours ouvert l'abri . et relu à travers Aristote et Holderlin. à l'amour. à partir desquels il commence et recommence à traduire sa pensée . que deviendrait son langage ? Elle doit donc être anéantie et pourtant demeurer. consiste : dans l'oubli . écart.Il ne renonce pas pour rien. la mort de leur séparation par la haine 71 . espacement. Vide. une petite chose. elle l'abrite. D 'où provient ce silence ? Sinon d'elle. La haine et l'amour organisent-désorganisent le rapport au même dans le tout. la terre. l'eau . qui se donne-redonne à lui et à travers lui sans qu'il prenne rien. elle organise la représentation. ni présenter. son attente qu 'elle le rappelle. Egale ne veut pas dire : même . c'est pourquoi elle doit assurer sa sauvegarde.

lui laisse comme souci de bâtir encore et encore un lieu. disjoints . elle peut être . l'amour les j o int sans les confondre. écarte. Chaque chose a sa phusis propre . qu'il ne pens e pas. de l'eau. La haine entraîne l'attraction du semblable par le semblable : le sec retourne au sec. Ce qui l'assemble ? L'attraction des éléments entre eux. Ce qui l 'unifie ? Le pouvoir de la haine. sans que le tout soit dissolu . telle une enveloppe solide . Dans l'ordre de la haine. allant jusqu'au centre. d'abord. unissant le ciel et la terre. il lie l'extrémité au milieu. en se servant de la terre. Ce deuil dont il ne prend pas mesure. Le mélange n'est pas l'indistinct. de l'humide . L'amour de l'autre et l ' amour de soi organisent le monde . Cet t e double attraction apparaît dans le croisement des termes : l'amour de l'autre pour les mêmes. maintenus par du chaud. maintient e t retient dans la pureté du même. et. condensé et congelé. Il commence à respirer en quittant la chaleur de sa première demeure . Il accède à l'air comme à la déréliction d'une perte irréparable d'amour. Abris qu'ils façonnent autour d'un vide. Là où se trouve. Pénétrant jusqu'au centre des choses. le Tartare comme royaume de la mort. pour certains. sans pour autant les détruire dans leur être élémentaire . en échanger les lieux. La haine divise . en outre. dominant tour à tour le mélange. 72 . Celle du monde provient du premier élément qui fut séparé par la haine : l'air qui entoura le monde en cercle et se trans­ forma en glace sous l'action du feu . Les éléments sont toujours les mêmes mais vont au travers les uns des autres . du mou. L'amour réunit les dissemblables : le sec aime et attire l'humide. il aurait son premier site de naissance où l'air et le feu se trouvent . et du feu.et de leur retour à leur s implicité première. des lieux. limite et délimite le tout. et du même pour les autres . L'air. genèse d'une autre chose. Le tout est produit par le moyen de proportions mutuelles et du mélange qui comporte des renversements alternatifs. devint ainsi la voûte cristalline de l 'univers où l'homme vient au monde . La mort elle­ même est née de la sép aration du feu des autres éléments . l'éther pousse vers la terre elle-même. Il peut en modifier les formes. sépare.

Dans ces maisons. La douleur d'une séparation natale qui maintiendrait chacun dans sa mort. Une vie où l'amour ne transgresserait plus jamais la limite du propre. Sinon à travers la déréliction des poètes ? Quêtant l'éclair chez ceux qui. 73 .l'exil sur la terre . encore. ces œuvres. ne reproduit-il pas quelque chose d'une inutile séparation ? Déréliction irréparable et dont il se s auvegarde par l'économie de la haine ? Ce qu'il ne dit j amais. ne pense pas . v isent cette détresse qui est le destin de tous .

Etre : ce voile de deuil. se déclôt et reclôt d'elle-même toute l'étendue du désir. E n un lieu o ù demeurer en repos . voir revenir à proximité le lointain : penser. Où rien n'arrive plus que demeurer-retourner en soi. et de tou­ tes choses . et lointaines . invisible. Se réenvelop­ per. se renvoie à soi. dans l a libre étendue. la contrée de la parole. oublié . sans fin. à travers un 75 . . Plus éloigné reste l'autre. plus grande est l'attente . ne posant pas devant elle son objet. Se retourne vers soi.5 Le différer du rapport entre produit le lieu de l'être . leur permet. Dans l'attente. et entre elles. . laissant ouvert ce vers quoi elle tend. imperceptible . : l'être . de l'attendre . de durer. entre elles. Et. Retourner l'ouverture de l'attente en un cercle de recueillement impalpable. Dans l'éloignement d'une distance qui. ce voilement d'absence qui déploie et reploie son ouverture en une vastitude s'assimilant. Penser. maintenant. Attente et ouverture durable de l'absence en laquelle et à partir de laquelle va surgir l'entrée en présence. les enveloppant d'une sépulture d'air. Aussi entre elles . ainsi. conti­ nûment. en bon ordre. Elles ne sont choses . à la sérénité du penseur.sa maison de langage. sinon par la commémoration d'un noble sou­ venir. que redéposées . ce qui était tendu vers l'autre . Séparé de tout autre. Elles tiennent et se tiennent. Indéfiniment proches. plus vaste est la libre étendue. replier dans le déploiement. ce qui ne serait plus l'attente.

De sa dimension. d'un mystère : celui du commen­ cement de l'avoir lieu de l'être. moins grande. lui. plus elles s'éloignent dans leur enfermement d'airs . plus elles se rapprochent dans leur présence. c'est comme encerclement. Quand j e l'aurai ainsi nommée. Est-ce vrai ? C'est difficile à dire . sinon celle d'un deuil. L'apparence est sans profondeur. Leur approche est toujours un contact superficiel. L'être n'est rien que la possibilité de la prédication. Sous peine de détruire son essence ? Mais qu'en est-il alors de toute dénomination ? Et. ne se nomme pas . La direction sujet-objet n 'y est pas encore posée. Si elle a déjà un tracé.milieu translucide qui les fait ne se toucher qu'en apparen­ ces. D'où provient l'être ? Et son étrange pouvoir ? En quoi peut-il unir ? Quel est le secret de la constitution du même ? Et de la permanence de son site ? Pourquoi la ligne de la parole tourne-t-elle autour de cette crypte ? Y revenant et la bouclant. à partir de là. plus encore. La ligne l'horizon de l'entendre n 'y est pas encore tirée . Elles ne s'abordent que dans leur transparaître. Si l'être peut se mettre en cercle. De son surgissement du néant . il lui rend la participation. ne faut-il pas qu'il le lui rende ? S'étant assimilé l'autre pour commencer à être et déployer. le seul pouvoir du même. ou enroulement en spirale. du sans-nom ? . et ne pouvant avoir lieu que dans ce lieu infiniment plus vaste qui. 76 . c'est dans le suspens de la prédication . cette opération sera déjà d 'un autre ordre Moins noble. d'un même geste ? Quel oubli de l'autre dedans fait l'impensable de l'origine du même comme lieu unique de la pensée ? Quelle assimilation fondamentale assure le déploiement de l'être comme contrée du même ? Et quelle magie entretient la participation du tout à la sub­ sistance de ce site unique ? Ce que l'être a pris à l'autre. Et.

de l'autre à l'un. L'homme et le monde sont réunis dans l'envoûtement de ce cercle. ne serait-ce pas défaire un de ces versants pour lui donner à l'encontre non ce qui l'accote dans la sécurité et la sérénité d'un recollement du tout dans le même par la participation de l'autre à son assimilation. Sujet et copule sont. Mais. et sans retour. des différences . L'étant se donne d'abord. Elles n'ont pas lieu sur le même versant de la constitution de l'être. répétant du côté du même l'opération qui le constitue originellement. d'abord. qu and cet amour se répète sans différence. Ce don est inapparent : sans démonstration . sépare. L'étant passe de l'un à l'autre. Entre les deux. Voulant toujours avoir d'eUe le même. sous la forme de fluides . donnée à assimiler à lui . disparaissant en lui pour qu'il soit.L'appropriation se fonde dans cette double opération : une assimilation et une participation. sous son empire . le même. mais ce qui. L'amour du même est le premier amour de l'autre : celle qui s'est. il entraîne l'abolit ion de l'autre . passant l'un dans l'autre. Il a lieu sans distinction entre qui donne et qui reçoit . Sujet et prédicat sont encore assi­ milables l'un à l'autre. mais elles se tiennent inséparablement ajointées. rouvre la question de son rapport à l'autre. sans choses ni objet de don . marque des limites. avant que le don soit constitué comme tel . Il n'y a pas encore 77 . il la sup­ prime dans la singularité de son destin : la contraignant à rester l'unique. une opération de renversement et rever­ sement s 'oublie dans ce qu'eUe neutralise de différence . encore. S'interroger vers l'être. Ou la même : l'étant étant l'étant . L'un ou l'autre se donne. la haine qui divise. il lui redonne cet oubli : elle n'est que par lui . Quand il ne se souvient pas et ne peut penser que la nature l'a nourri d'abord. Une projection a eu lieu qui se tient par le pouvoir de l'amour et de la haine : l'amour du même qui indéfiniment recherche la dim ension de son appropriement.

Elle passe. au présent. avant toute proposition . de l'entre-deux­ corps. Entre l'étant qui se donne avant toute démonstration. d'une vie à l'autre . insensible­ ment. La pro­ position se tient quand cette assimilation de l'étant d'elle à lui s'oublie dans l'être . Une subsistance était. l'homme n 'est plus dans ce monde d'existences. un « noein » . Ce qui ne signifie pas que le penseur peut s'y tenir une fois pour toutes en repos et sans activité ni mouvements . du corps qui passe de l'un à l'autre . . nécessaire à sa constitution et sa permanence. et celui qui se dit dans l 'étant présent. séparables entre elles . Mais aussi. qui semble encore régler le monde pour l'être-là. Dans cette relation d'assimilation aux fluides . de transitivité. une différence entre elle et lui. les « choses » entre elles . . de la vie à la mort : dans l'indifférence de l'être. entre l'étant et l'étant . De sujet. Elle est passée en lui : il se l'est assimilée et se la réassimile sans cesse sans poser. Pour entre­ tenir cette indifférence dans l'être. pour que cette opé­ ration s 'oublie : à poser l'étant comme étant. sont en relation 78 .d'activité. il continue d'assimiler sans cesse l'étant à l'étant . Le sujet et les « choses ». Celle du corps vivant qui tire sa vie de matières fluides . Il y a seulement du corps. de médiation entre. La copule marque et efface un passage par la différence entre l'étant et l'être et.d'abord. Et. L'être existe à partir de l'indifférence : il l'a dit . Le fonctionnement partes extra partes de l'espace cartésien. L'étant d'elle étant devenu l 'étant de lui. Il est dans la continuité. Que la proposition ne traduise pas le véhicule fluide du phuein laisse en deçà et au-delà de l'être-au-monde un mode de subsistance impensable dans l'ordre de ses catégories . L a pensée n e se pense pas comme étant vivant. C e qu'il oublie. sans qu'elle y laisse de trace : sinon qu'il existe . Pourtant elle l'est . comme il n'y en a pas d'autre. d'abord. une « âme ». de monde. Une subsistance plus originaire que celle nommable dans un « logos ». la trace d'une limite est oubliée . au mieux contiguës . avant la constitution de l'être­ au-monde . n'y a plus lieu. ni d'outil . déjà. Une subsistance intranchable en sujet et choses séparables de lui.

mais aussi différem­ ment entre le sujet vivant et elles. entre lui et ce dont il tire sa subsistance la plus originaire . du moins dans ce lieu de monstration.correspond à l'espace-temps qu'elles se partagent. quelque vide. . Pas d 'écart possible. s'enlève. ce qu'il y a de plus originel dans le dire comme tel. ce rapport de proxi­ mité insécable : il éloigne au lieu de rapprocher. mais sans j amais pouvoir être abordée.d'interpénétration : non plus l'un et l'autre. « près de ». interdit. vient d'abord. proches au sens du « en contact ». d'interstice. Pas d 'intervalle. étant d'espace-temps fabriqué par et pour l'homme pour toute assimilation en vue d'une crois­ sance qui surgisse durablement. ou l'eau. Le passage entre elles. une fois né. loin de venir à la place de . se fait par une immédiate et instante pénétration : sans pont. d'avance. ce qui n'est pas dire qu'elles se confondent . ou s'efface pour laisser lieu à tous phénomènes . En deçà d'un faire-voir. un échange est avant le pont. l'une et l'une. qui toujours recule. Si l'interpénétration est un mode de l'être-là. ou le vin. Celle qui. . - L'être-là. et d'une fabrication de « choses » qui sub­ sistent à portée de main et d'humeur ( sereine dans la mesure où elles demeurent dans la possibilité d'un éloignement). et l'organisme vivant. Leur mode d 'être « ici » si cela garde un sens . . y compris d'oxygène. d'une constitution d'érection sans défaillance. entre le sang qui l'a toujours déjà nourri. « rassemblées dans ». de brèche. Elles sont inséparables selon l'espace-temps philosophiquement pensable. Pas plus entre l'air ambiant qu'il respire continûment. il mourrait . S'il y avait là quelque distance. l'un et l'une. empêche. Ni entre le lait. d'espacement. Le pont défait ce partage. tous 79 . Il casse. ou donner-à-voir ce qui arrive. la relation entre . Les « choses » ne sont plus ces choses-ci au regard d'une portion localisable et chaque fois unique de l'espace-temps . étant spatial. mais proches selon un mode de perméabilité de leurs enveloppes qui exige de penser un autre rapport à l'espace-temps . d 'éloigne­ ment. au moment où il boit.comme le vou­ draient les linguistes de tout pronom ? les hommes de toute femme ? -.

celle-ci. et surtout la Contrée se sont-ils ainsi formés ? Comment les choses sont arrivées là ? A quelle genèse étrangère à la leur ont-elles été soumises pour être ainsi disposées ? Selon quelle archè le tout est-il mainte80 . sans l'arrêt d'aucuns bords. ni veuille. Sauf elle . Et. reste nuit et transparence à partir des­ quelles surgissent. qui la tient écartée . et qui a lieu avant tout phénomène et toute dénomination. Même si elle constitue le fond impensé de sa pensée. le phénomène en général. serait une réserve oubliée d'air. C'elle là. ou encore comme être-là . même si elle est rappelée dans chaque apparition et désignation de phénomène. Voudrait-on la rapprocher que se rappellerait la faille. sa pensée n'aurait plus lieu d'être : comme même. ce là ne serait jamais qu'une nouvelle figure de son destin : celui d'une matière fluide transparente qui soutient l'arrivée en présence du tout et en laquelle tout a lieu. Sans appel. se dévoilent tous phénomènes . entre elle et elle. maintenant infran­ chissable. constitue une sorte de support sans déchirure ni fermeture où tout peut arriver sans abîme. Mais. Celle qui n'apparaît pas mais qui. recueillement d e ce qui secrètement vivait déjà. à cette proximité sans limites et sans assimilation de l'autre à l'une ou à l'un. D 'une au-delà . qui est la sienne. offrirait le fond sans fond à partir duquel devient possible le phénomène de la distance. Comment est-ce possible ? Le va-et-vient en elle. Le se-toucher-entre-elle( s ). sans nom possible dans l'espace de la monstration. Car. Ce va-et-vient discret. demeurant cet invisible. serait le fond sans fond du rapport entre . Comment l'horizon. comme telle. pas seulement. advenir. elle demeure encore sans nom au-delà. pour l a phénoménologie. Mais comme elle ne s 'y tient pas. Quand elle est oubliée dans cette condition de possibilité.noms et leurs rapports . s 'encercle dans un là qui toujours demeure dans l'éloignement d'un au-delà . ou celle-là. il n'est pas évident que l'homme puisse. entre elles. s 'il y tou­ chait.

La nature est recréée par le logos. Que la perte et son oubli pro­ viennent d'une architechnè " du logos méta-physique . de Hei­ degger vis-à-vis de la science et de la technique. la chance d'un reste à venir. la phusis ? A faire. elles insistent comme l'impensé et l'impensable du monde que l 'homme s 'est fabriqué. dans cette « unique » . Que l'économie de l'étant physique se rappelle toujours dans toute fabrication de l 'homme . même si. flottent dans l 'errance de leur site pro­ positionnel. et sans souvenir de ce commencement plus archaïque qui mouvait les choses selon leur « nature » ? L'archè du tout est maintenant technè " le bâti du monde est technè. n'est-ce pas se resoumettre. La phusis est toujours déjà soumise à la technique et à la science : celles du logos. Oubliées .nant construit dans l'entrée en présence. Où se pressent. L'architechnè doit rester le site du tout dire de l'ontologie fondamentale. Que le corps vivant comme CesteU y laisse toujours des traces . Le phuein des étants physiques s 'oublie dans la phusis du logos. du logos. se produire. s 'est perdu et gardé en elle. ou la méfiance. Le physique des étants s 'oublie dans la métaphysique de l'être . que dans une seule langue. il peut se dire de diverses manières . se garder. le phuein ? Dans un renversement incessant de l'archè où le tout se perd dans l'épaisseur d'un site « corpo­ rel ». coupées de leur enracinement naturel. 81 . de la technè. Ainsi peut s 'entendre l'hostilité. Dans l 'oubli que ce qui est ainsi refait garde aussi ses qualités physiques . Se resoumettre à la langue. Les choses. à la technè ? Le geste de Heidegger ne revient-il pas à faire. Cher­ chant dans l'oubli de celle-ci la cause de la perte. L'être de l 'homme ne peut demeurer. alors que c'est elle qui la détermine. au commencement. En ce geste. mais sans pouvoir encore se dire. Mais il demeure dans son architectonique : le logos. encore vierge . Heidegger retraverse bien la métaphysique vers ce qui. resoumettre la phusis. et il oublie l'origine de la nature . Quelque chose de la croissance des étants physiques s 'y est perdu.

Quand il revient y puiser. Ce qui sera traduit : elle n'est pas . Il lui en faut toujours au moins deux pour commencer à entendre.la copule ? » Cette question s 'accote au déploiement de l'ob-jectant et op-posant de la libre éten­ due sans laquelle elle ne pourrait avoir lieu ni trouver sa relance. Car.Les sciences et techniques d'aujourd'hui n'ont-elles pas la prétention d'affirmer . pour continuer à être. sans fin. Il la coupe.que l'être de l'homme n'est qu'une partie de l'étant ? Que l'étant. Une autre. ou dans ce qu'il oublie d'en­ tendre chez eux . de sa réserve. à laquelle il ne peut pas être pensé parce qu'elle n'est pas dans la langue . mais cette deuxième fois est. sa langue. pour lui. Ressource qui résiste au pouvoir techno­ cratique. débordent l 'être de l'homme. sans fin. Cela se dit encore chez les Grecs : ceux que Heidegger oublie. et qui ne peut se déployer que selon son mouve­ ment propre. il faut. même s 'ils le disent au moins une fois : que la phusis a une archè « propre ». revient à plier son devenir à un déploiement inapproprié. et à la laisser encore en reste . les étants physiques . persévérer dans l 'oubli. tout en s 'y dérobant sans cesse . un espace-temps de déploiement propre. Son archè : une deuxième fois . Et. la possibilité d'un retour au même . et que la soumettre à l 'architechnè de l'homme.de dévoiler ? . le suspendre dans un épanouissement factice. que cette deuxième qui lui est attribuée pour commencer à la penser. peut­ être. Alors : son archè. Refermant ainsi le cercle de l'oubli. l 'homme l'épuise aussi facticement qu'il ne l'épanouit artificiellement . La question de Heidegger reviendrait à : « Comment faire entrer dans un espace de dé-monstration ce qui en assure le fondement et les conditions de possibilité. Ce qu'ils oublient eux-mêmes de redire. et se coupe. Une autre. 82 . l'arrachant au mouvement de déploiement selon son archè. Jusqu'à la prochaine fois . et échap­ pent à sa langue ? Que l'étant est ainsi devenu pour l'homme un mystère indéchiffrable ? Ce qu'il a toujours été.

lui aussi. qu'il ne pourrait jamais s 'assimiler mais à laquelle il ne pourrait que participer. . Se prop osant alors lui-même. à moins de renoncer à la propriété de la pensée . serein. et son oubli ? 83 .le voulant.Upokeimenon de tout ce qu'il se p ropo se de traduire. est laissée à un espace de neu tralisation . c'est ce qui le sépare de lui-même et des « cho ses » en tant que vivantes . quand elle en arrive au lieu de position de la ques­ tion de son essence comme telle. Cette érection hors de son « corps » et de celui du monde pour le souci de l'être.dans sa présence . du rapport entre étants . d'un renoncement à l'effectuation . Dans un deuil qui d onne lieu à la contemplation Mais c'est le penseur qui . . ne le voulant pas « décide » du deuil. Dans l'attente de cette ouverture. L'avoir-lieu de la jouissance d'elle. la copule. comme étant de l'étant en lequel elle pourrait trouver un espace de déploiement pour ce qu'elle aurait à dire. que signifie-t-elle de ce qui y a été disposé en plus ou en moins ? Quelle fausse limite détermine cette sortie hors des li mites de l'univers ? Que va rechercher l'homme dans cette ek-stase ? Que va­ t-il y garder de ce qu'il a perdu du rapport à lui-même et aux « choses » ? Cette perte et cette garde n'ont-elles d'au­ tre à venir possible qu'ek-statique ? La copule se destine-t-elle nécessairement sur le mode de l'ek-stase ? Laquelle ? Cette ek-stase maintient en réserve quelle instance de la copule ? Que s 'est-il toujours réservé du déploiement de l'étant. et en attend l'ouverture de l'espace de sa pensé e A cette condition toutefois : que l'autre s 'assimile sa sérénité en demeurant à la fois proche et toujours éloignée de lui . Dans le suspens. dans l'être. voilà le deuil que le penseur ne pourrait pas faire. que pourrait-elle d'autre que d'essayer de s'assurer elle-même.il Y a. en elle-même. ce déploiement qu' il ne cesse de dérober pour ses propo sitions . de sa j ou issance à elle. entre elle( s ) . L'ek-sistance de l'homme pour la vigilance en vue de la vérité.

ont-elles déter­ miné l'espace-temps à partir duquel la langue se déploie ? Que s 'y est-il perdu-oublié d'un autre mouvement du vivant ? Ce qui pourrait s 'interroger aussi de cette manière : l'étant comme présence ne serait-il pas la production idéale de l'homme ? Sa pro-duction dans l'idée ? L'être s 'érigerait et s 'ouvrirait dans l'ek-stase. un étant déjà prête sa « matière ». L'essence du langage devrait 84 . Et puisque l'être est dans l'épokè technocratique. restant toujours par elle recouvert et oublié. aussi. l'autre. pour que cette production puisse avoir lieu. les deux dans le même. grâce à son habiter dans le langage ? Com­ ment l'une. Elan qui couvre l'histoire de l 'Occident sans être encore arrivé à son terme. aussi pour ce qui concerne son destin sexuel. . Mais. donnant lieu à l'étant présent . étant qui subsiste sous la pré­ sence. ou est-ce plutôt en tant que destiné à l'émission-production hors de lui de sa semence qu'il est jeté-projeté là ? Les deux ? Comment s 'articulent-ils ? Dans le suspens entre ? L 'être-là se tiendrait-retiendrait entre les deux ? L'érection surgirait dans l'entrée en présence. Dans l'historialité de l'être. dans l'abri de sa réserve et de sa propre occultation. dans un rapprochement mainte­ nant toujours la distance dans le rapport à lui et au tout. tout en demeurant. Ce qui se sauvegarde dans cette pro­ duction de l'être . Parfois s 'ouvrant. .Ou encore : pourquoi la copule est-elle suspendue dans une essence qui ne dispense son effectuation que sur le mode de la sauvegarde du propre ? Pourquoi est-elle ainsi main­ tenue. à partir de sa retenue ? Depuis si longtemps ? Méta­ bolè d'une si longue portée . la question pourrait se traduire : l 'ek-stase provient-elle de l'érection. ou de l'éjaculation ? Est-ce en tant que destiné à l'érection que l'homme est dans l'être-là. Ramenant les deux au présent dans le même. N'est-ce pas ce destin sexuel que l'homme a rappelé-oublié dans sa langue ? Et dont il a fait la vérité ? Le déployant comme ce qui enveloppe et environne son ek-stase d'une maison : la maison de l'être . et produirait l'étant présent. mais toujours oubliant ce qui se retient encore dans cette éclosion. l'assiste.

l'architectonique . Accolée à son abri. ne se distinguant plus de cette maison de langage dans laquelle il demeure. dans cet horizon qui suspend encore le sens de sa 85 . comme son support encore matériel-matriciel. comme l'avènement du tout dans le même. il se l'est encore appropriée pour en faire la demeure de son être. ainsi. la nourrissant. L'éloignant. dans le passage par sa technique. Mais cet oubli d'e1le( s ) est recou­ vert par l'oubli de son propre destin en tant qu'être . Vérité dont le dévoilement a de quoi effrayer. Après se l'être assimilée dans ce Gestell qu'est son corps vivant. le mouvement et la respi­ ration de la vie . elle est indé­ finiment séparée d'elle et de lui par cette assimilation d'elle à lui dans la langue. éternellement de lui. Le langage serait la technique . elle peut encore lui révéler que sa vérité est la non-vérité de l'autre : son maintien dans l'ab­ sence d'un effroyable oubli. Telle un tissu encore vivant ajointant la production de sa langue. L'être est cette demeure d'apparence invisible qui écarte et garde les étants du mouvement de la vie. Le langage aurait toujours déjà été fabriqué pour celer ce destin et l'assister : le donnant à se produire mais le gardant encore dans sa réserve et son voilement . Mais. Du moins dans ce qui se serait jusqu'à présent destiné vers lui comme tel . Elle( s ) ne se sépare( nt) pas de sa vérité. il ne peut se souvenir d'elle( s ) . dans l'abri de cet oubli. mais utilisée selon son projet à lui. L'ou­ bli du caractère sexué de l'être ? Tant qu'il demeure dans cet oubli.l'architechnique. Ainsi demeure-t-elle dans l 'oubli. de celle qui la lui redonne en l'assistant dans le destin de son être.ainsi être interprétée en tant qu'abri de l'essence de l'homme . Outre que l'homme peut y découvrir la mise à l'abri de son destin sexuel. Le double oubli : de celle qui lui a toujours déjà donné la vie et qui est devenue son corps vivant. Le langage serait ce dans quoi habite l 'homme comme dans la sauvegarde de son destin sexuel. et perdant.de l'homme façonnant le vivant selon son projet sexuel. l 'homme a pris à la nature sa vie et lui a donné-redonné la mort. Pour faire dominer ce destin sexuel comme la vérité du tout. De l'homme.

reproductible. le don demeure. d'où il y a ce qui donne. dans le même temps. de ce fait. rendue. La guerre qui pourrait s 'ensuivre. telle une ek-stase qui sépare. S 'épelant dans l'entrée en présence sans jamais y faire advenir cette réserve à partir de laquelle toute production a lieu. dans la sauvegarde de la mort. le « monde ». Le verbe n'épuise pas le sujet. L'être s e maintient entre.qui donne à qui reçoit. en restant le même. au présent. déjà. Elle est. Il plie le tout à son destin sexué. Ce sens de la copule . Se donnant. Il y fait participer tout étant par l 'assimilation à lui et l 'assistance à son entrée en présence. Le se-donner tout en demeurant. Sans différence encore entre sujet et prédicat. l'épuisement de l'un(e) quand l 'autre s'en forme. se retient. Il prend le tout dans sa mort. le lieu où il y a du don. Sinon. y compris dans son rapport à la mort . le privant ainsi de son « propre » mouvement. ce qui se donne. ne figure-t-elle le cercle de l'être ? Ne dit-elle pas que l'être est le re-tour de et à celle qui ne reviendra plus dans une profusion où l'espace et le temps ne peuvent se compter. nul ne peut savoir ce qui est placé ou assuj etti le plus dans la mort : l'homme. Cette structure dative réduite. le présent n'épuise pas le passé : il actualise en maintenant la réserve . sans qu'aucun objet de don soit constitué . le don se donne .qui reste suspendu entre . C 'est la production historiale de l'homme comme homme : ce qu'il appelle le destin his­ toriaI de l'être. L'être : copule déjà dans et pour la mort.est une pro-duction de l'homme. empêche de se conjoindre. lui imposant le sens de son ek-stase. La mort qui pourrait s'ensuivre ? Le don se donne. La langue devient ce qui donne. ou les « choses » . La structure dative y devient transitive : sans protago­ nistes. La dette qui pourrait s 'ensuivre.prédication : l'être. et. permanente. Celle qui se 86 . efface le passage de . sinon l'actualisation d'un présent qui. Il enveloppe le tout dans son projet.

sans phusis physique . imperceptible .d'où il y a du don . 87 . une autre terre. devenue ce qui se donne. ne peut que s 'oublier. Dans une consommation. quelque chose d 'un avoir-lieu du don de l'étant est déjà « abîmé » . Ce passage de l'un à l'autre. C'est l'oubli. habiter. et chaque fois répété. Passage abolissant la rupture entre physique et métaphysique en constituant un autre « sol ». comme abri de l'être. que celle. au présent. Le re-tour de et à la phusis comme lieu de l'habiter de l'être revient-il ou non à un scellement dans l'oubli ? De celle qui d'abord se donne ? Le il y a du don a son site. boire. il se dérobe car il n'est pas . sans limites ni particularités. main­ tenant. l'être ne serait pas . encore physiques et vivants . Le don se donne sans entamer la réserve si celle qui ne reviendra plus est devenue. nommer. une autre mère.:fluide. d'abord. peut-être ? faire disparaître . et entretenu. Sinon comme effet d'oubli. « Propre » à constituer du transcendantal . dans la langue . quand la langue se tient. ce là à partir Le don se donne . . Et. un transcendantal sensible toujours déjà et j amais plus là. une appropriation . si de trop près il est approché. et. sans corps s i ngulier .in-fini d 'un upokeimenon sensible. donne. une assimilation. ainsi. sans étant « propre ». appeler. ou ceux. de l'une à l'un. inapparent. Mais. Un don d 'étant physique sensible . qui fait passer à ce nouveau sol. qui peuvent s 'assimi­ ler : manger. Sans oubli. .

mais d'une manière dont il ne peut maîtriser l'étendue en tant que fini.C'est du côté du privilège originel du temps que la ques­ tion du fondement doit être posée à Heidegger . du concept. de la connaissance. que l'homme se reçoit comme une « intériorité ». fût-elle fond sans fond. et seulement en tant. et de matière pour constituer le transcendantal. l'homme ne peut recevoir ni épuiser la totalité infinie de l'espace . 89 . quand il en constitue la subjectivité et la temporalité . qu'elle peut être contenue dans et par une intuition finie. et avant même toute subjectivité. Le temps n 'est-il déjà incorporation d'espace dont le tissu. et de système de relations pour le fonction­ nement de l'intuition. ne va-t-il pas le retourner en un « dans le temps ». Fini dans son intuition. C'est par le système de relations qu'il établit en organisant les parties de l'espace en une totalité unique.il l'a dit. . Celle-ci serait bâtie de l'infini de la matière spatiale en tant. Il doit se donner le lieu d'une origine créatrice . ainsi approprié.un acte « originel » de fondation. va constituer la subjectivité ? Ce « dans » l'espace où l'homme advient originellement. La matière spatiale du monde est donc déjà donnée à l'homme. dits purs . D'où l'excès à ce contenu à partir duquel l'être fini qu'est l'homme aura des réserves. . de la pensée . où la spatialité elle-même appa­ raîtra ? Ayant lieu à l'intérieur d'un double retournement où l'homme se tient comme dans un horizon qui l'abrite mais le déborde.

sommeil léthal à partir desquels il s 'érige. d'air et un se-toucher sans arrêt e t sans limites : dans un continu où ici et là s'interpénètrent résorbant leurs bords . Ce qui est dire encore de ses besoins et désirs . ni étanche ni homogène comme il le croit. il l'encercle . Car là où l'espace avait lieu en un don de vie. à l'univers. de sang. Le péril. Aller au fond les ferait se rencontrer en cette disjonction de leurs mouvements . de chaleur. Le remède ? Reste à trouver. demeure fond nocturne. l'homme prend à sa première demeure son mode d'habiter l'espace comme lieu d'un déploie­ ment toujours infini . Au commencement de tous les sens possibles serait cette retouche . cet horizon imperceptible de toute approche. n'empêche pas qu'il provient d'abord d'elle . il faut que certaines conditions a priori de l 'espace et du temps soient sauvegardées . prodigue. 90 . L 'oublier entraîne son déchirement ? La trans­ gression de frontières qui éloignent à jamais de la fluidité. Elle. où elle subsiste continûment. celle qui le porte est exilée de son habiter infiniment l'espace. ne veut pas le fini . pour abriter le fondement de la pensée de cet être nni qu'est l'homme. Ce qui se perd quand il l'utilise pour produire son monde . Que le penseur se le redonne. à l'autre. ce fond. Erection se tenant plus ou moins distante de son gouffre : en même temps sinon au même lieu. Il oublie que ce va-et-vient. Que le découpage de l'espace et sa reconstruction comme unique soient assurés comme possibilité d'un fondement ontologique. n'est ni fermé ni ouvert. quand il se le redonne. Et. Du côté de l'homme. Son rapport à elle-même.L'espace est donné d'abord par elle . Pour constituer ce « fond ». Mais. il y substitue l'univers clos de la pensée . où commen­ cement et fin s 'entretiennent sans nécessité de retour. au moins deux fois oubliée. de tout avènement possible. et transparence imperceptible dans l'entrée en présence . Ou une retenue qui craint l'abîme de la pénétration sans fond .

de la chair à la forme. Le caractère utilitaire de l'érection n'apparaît pas . l'homme s'est déj à donné-attribué la production de tout en tant que producteur du discours . mais non jusqu'au fond du sans-fond. en Occident. en objet se donnant à l'intuition de l 'homme. Déj à pris dans son monde . Et il ne peut ni ne veut voir que son érection comme trait de constitution du monde est un crime .une réduction au 91 . l'érection s 'ancre dans la langue . Elle s'assiste de ce corps insensible qui lui tient lieu de fil conducteur pour maintenir . confiée au regard ? L'érection traverse-retraverse.phalli­ que .Elle doit en émerger comme étant qui se présente. sans s y laisser assimiler. Se découvrent l'ustensilité des choses environnantes. le sol nécessaire à son être-homme. Avant toute définition de la constitution du sujet. Les choses sont déjà dépÔts de l'ustensilité qui fait le monde : mise à distance par l'homme de l'opération . le sol que s 'est donné l'homme en tant qu'ayant rapport à l'essence. se montre. Le sujet-homme néantise ce par quoi le sans-fond de son fondement pourrait se dérober à lui en se donnant une identité .mys­ tère voilé . en sa percée.mais à distance .les liens de chair. tel d'un monde.par laquelle il s 'est fait homme. De la néanti­ sation qu'il a installée entre l'autre et soi pour retourner à un autre déjà produit par lui . du sensible à l 'intelligible ? Cette érection n'a-t-elle été de manière pri­ vilégiée. L'érection comme anaisthésis ? Trait qui passe : d'un corps matière-puissance à l'acte. La nécessité de cet outil s 'efface dans sa divinisation . Il anéantit l'activité déjà subjective de son origine comme sujet. constitutive de toute ustensilité ? Et de la plus fondamentale : celle du sujet. Pour y puiser ' ressources et s 'en réenvelopper. Pour ne pas se perdre en ce franchissement. Et anéantir. et celle de la main du « potier » créateur. dont l'identité est assurée par la conjonction de l'érection à la langue-outil. Et l'hypothèse tautologique où il se donne son propre fondement.

Privilégiant le voir. le trait pénètre encore le corps .néant de l'autre . comme sa propre déréliction . Pour certains. et de ses propriétés . l 'autre se maîtrise dans sa garde sans altérer du dehors ou du dedans le mouvement de va-et-vient du sujet en ou hors de soi . 92 . naissent les mots . Le sujet est déjà extatique au lieu qui lui donne lieu . Les noms naissent dans la néantisation du fondement. L'homme se donne un fondement à partir de la néanti­ sation de ce dont il provient. dans l'instant. Le lien qui le reliait. pour lui. En place de ce qui l'aurait abandonné. à c'elle mater­ nelle. Ils tiennent lieu d'une puissance anéantie. Se prenant dans un récipient-contenant. se rompt. L'être . l'homme recevrait l'abandon qui l'oriente vers la constitution de son fondement. l'homme se donne le néant. comme engendré. ce dehors est devenu forme. de la ligne d'un sol accoté à l'abîme du rien. coque quasi solide qui fait écran à ce qui peut se recevoir de l'autre dehors . Tels des rejetons d'un lien rompu . Ils n 'ont que secondairement rapport aux choses encore vivantes . se boucler en cercle. et vis-à-vis duquel il réitère le geste d'abandon. fabrication du sujet. l'homme a déjà effectué une sortie hors des bords du corps .recollement. Ramené en soi. Il habite déjà hors de soi. Du phuein maternel. L'être peut exister comme un. matrice de tout acte. hors du corps qui lui donne la vue. où la matière-chair indéfiniment se résout en spectacles. il ne s 'exerce plus qu'à l'intérieur du champ du regard. Entre l'émergence de et dans un corps de chair et la création de l'être intervient maintenant le néant. Pour d'au­ tres. Crime qui ne lui apparatt plus que dans l'abîme qui s'ouvre. L'être a lieu dans un vide de chair. Entre cette néantisation et l'ho­ rizon transcendantal. du surgissement de la présence et de ce qui lui permet de se reproduire. D'où provient ce vide ? De " la néantisation de la production du sang.

et de diverses manières . où l'homme existe dans une représentation permanente . en lui. Ce qui aban­ donne au langage le devenir dans une enveloppe de peau vivante .extase originelle. le produisant dans une extase hors d'atteinte de la réalisation du présent. L'être . Le deve­ nir étant modification constante de l'apparaître. en laquelle se manifestent les étants . dans une ek-stase où le pouvoir être de 93 . Du moins sa possibilité. le mystère de l'apparaître en présence.L'être . dans un oubli de mort. la totalité ne se défait-elle pas comme un nouveau rêve d'au-delà ? Comme appropriation-dés appropriation de l'hom­ me. la répétition. Ce qui s'annonce dans le futur n'arrivera j amais car. L'e�trême de son pouvoir être consiste en cette impossible réappropriation qui marque l'horizon de son monde . qui confie à un ordre stable la garde de cette mouvance ? Se donne lui­ même la mort. demeure captif. Toujours déjà et jamais plus mort. Jamais il n 'en atteindra ni retraversera le geste constituant. Compréhension anticipative globale qui soustrait chaque un à son destin. le phuein auquel il emprunte le sup­ port de la temporalité. Perdu dans l'ensemble qui sou­ tient son existence comme dans un abri de glace où aucun événement définitif n'arrive. par oubli de sa « propre » naissance . croyant ainsi la maîtriser sous forme d'éternité . est enveloppe d'air qui isole le tout d'une pellicule de projection. devenant immortel de ne j amais toucher à cette limite. Ce qui efface. il recule sans cesse l'échéance de sa mort.ce qui tient scellé le secret de la reproduction. Se réenveloppe de mort pour se protéger de la permanence du devenir mort. La transparence du Da-sein. Marchant toujours vers ce recel de l'origine. N'est-il pas nécessaire que l'appartenance au Da-sein reste cachée pour que l'ensemble se constitue. Dévoilant-voilant ce en quoi et pour quoi il existe à partir d'un pouvoir-être toujours en devenir. et comme trans­ cendant ? Si le projet du Da-sein constituant du monde révèle son secret. ce que l'homme doit à l'autre. Ce qui délègue à la langue le don du surgissement dans un corps. sans jamais pouvoir se l'assimiler. dans un mécanisme temporel. et du monde.

l'homme ne peut entreprendre le retournement natal. 1973 ) . et lui­ même. dès l'origine. tel est son désir de retournement. D'où l'oubli du commencement de l'étant ? Et que le penseur. semble la condition de l 'hespérien lui fait oublier comment cette individuation s 'est conquise . L'enfermement auquel l 'homme soumet le monde. qu'en conclure sur le rien habitant l'être ? Le pouvoir de l'homme vient de la transformation de l'espace en temps : le Da-sein ne peut réaliser son être sans 94 . Gallimard. La force et l'aptitude au combat sont ce par quoi il apprend à se saisir.l'homme recouvre l'ensemble des étants d'une chape d'immo­ bilité dans laquelle il repuisera de quoi assurer son devenir comme immortel ? Le monde reviendrait à l 'élévation d'une tombe transparente mais glaçante de tous étants et de leurs relations ? Vitrification en laquelle l'homme se sauve-garde de tout dépérissement ? Ce qui veut dire qu'il perçoit le tout à travers une pers­ pective qui immobilise le devenir-vivant de l'étant. La singularité qui. perpétue l'impensé de la relation de l 'homme à son corps ( cf. Il est. L'adresse et la vertu athlétique sont qualités essentielles pour le héros homérique. Le Grec se saisit comme séparé de la nature infinie par son être corporel. enfermé en lui-même. lancé peu avant. Echo au « Dieu est mort ». l'accès à la différenciation se fait par l'affirmation du corps. au point qu'atteindre quelque chose du dehors lui est une tâche difficile . Séminaire Héraclite. dont le souci est la remémoration de l'initial perdu de notre histoire. au présent. aboutit à ce cri : « Seulement un dieu peut encore nous sauver ». Mais . La déné­ gation de la dimension spatiale du point de vue à partir duquel il envisage le monde et chaque chose ne signifiant qu'un suspens oublié d'un mouvement plus ancien. La nostalgie du retour à l 'Un-rout. et celui-ci est interdit à l'homme connaissant sans l'assurance d'un fondement à l'intérieur duquel il a lieu. par lui-même. reve­ nant du fond du fondement de la pensée grecque comme un appel à la réouverture du cercle où elle s 'est enclose ? Au matin de la culture grecque.

s'il spatialise. l'empêchent de se recevoir de l'autre à chaque instant . qu'il doit à l'œuvre de l'homme. pour qu 'il en soit ainsi. et le proj et de le devenir qui détermine le Da-sein. que l'homme opère dans la culture de la totalité des étants . phuein encore disponible. pour rendre possible toute manifestation et toute rencontre . Dans l'horizon du Da-sein. l'homme doit se projeter vers le futur pour ne pas régresser vers ce qui lui a donn é à vivre . Le Da-sein possède la struc ture ontologique de la projection. I l n 'y aura pas réciprocité avec ni dans le Da-sein car. Pour avoir une intUition de l'autre qui ne soit pas pro­ jective. aide l'étant à devenir lui-même. elle offre ma tière à l 'ek-stase du temp s. Si la phusis. Il devance. comme sujet . il faut être capable d'une intuition infinie . qu'elle sous-tend et accompagne. dévoiler. elle Se donne en avant. et se confond à ce qui se donne à partir d'elle. découvrir. la copule comme réversion et réinscription de l'un dans l'autre indéfiniment . mais . ulè que l'homme aurait toujours à ouvrir . mais ce lui-m�me. L'irruption. Dans cette indifférenciation temporelle d'elle et de l'autre. elle. quasi maternellement et avant toute dénomi­ nation. l'imp rop rie au mit-sein ? Son pouvoir-être propre . Le fait qu 'il soit essentiellement anticipatif. La femme génitrice.est impos s ible . Le Da-sein puise son projet dans ce qui serait sa sourc e . elle­ même. N'y existant pas.situés maintenant hors de leur site originel.qu'elle s'entende comme celle d'un dieu ou principe divin assistant 95 . s'il ouvre l'espace .tout en gardant la spécificité de l'un et de l'autre . Cette déchéance du mitsein est corrélative de la consti­ tution du Da-sein en tant que séparé.une essence antlclpative qui lui donne de pouvoir-être. le sépare et l'en sépare radicalement d 'une extase . la matière de son lieu lui est donnée par et avec l'autre. est tournée vers le futur en tant qu'elle donne lieu à la croissance. ne découpe pas un horizon en se tournant vers l'avant. il s ' approprie univoquement l'autre .

Elle passe de l'un dans l'autre sans arrêt . elle ne connait pas de limite . la dimension de l'infini ? Repoussant toujours vers le dehors . elle est condamnée à l 'errance et à un procès de destruction sans fin. celle-ci rompt les frontières du se tenir et de l'habiter ensemble . Sans demeure. à chaque temps du présent. ou comme intuition d'un sujet qui. reste inachevée et ouverte sur un devenir ni simplement p a ssif ni simplement actif de l'autre. 96 . et de soi dans le rapport à tout autre. Le rassemblement de l'amour n'étant pas de la même cohérence que la force de désintégration de la haine. la haine ne devient-elle l'apeiron.la naissance de l'autre sans le contraindre selon son désir. A défaut de se tourner ainsi vers l'autre.

blessantes. s'épousant en un débordement de croissance qui ne se sépare jamais du milieu 97 . Dire que le sacré renferme en soi comme immédiat toute plénitude et tout ajointement. à chaque réel l'heure de son séjour. renferme en soi comme immédiat toute plénitude et tout ajointement » (<< Comme au jour de fête » . Elle. indéfiniment ouverte et fermée. Quand ils ont lieu.7 « Ce qui ne cesse d'être de toujours est le sacré . Mais ce sauf. ainsi donateur. ni ouverture béante d'où tout provient et de laquelle les rapports de chaque un à chaque un tirent leur médiation. car. Gallimard. Toute plénitude et ajointement ont lieu dans l'arrachement d'elle à elle : qui ne demeure pas en elle intacte et sauve. l'ap­ propriation déchirante de l'immédiateté naturelle a déj à pro­ duit le cercle de son enfermement et la composition en un tout harmonieux des entailles. par son omniprésence. déploie cet étrange monde où le dehors et le dedans s 'unissent en un embrasse­ ment léger. 1962. 8 1 -82). pp . en tant qu'initial. que l'enlèvement d'elle à elle a laissées ouvertes . il demeure en soi. dans Approche de Holderlin. jamais posés . n 'est-ce pas déjà lui avoir imposé la limite d'un tout refermé ? Ni la plénitude ni l'ajointement ne sont initialement. L'originelle­ ment sauf donne. intact et sauf. Les contours .

Le trajet qui. en économisant le trop . l 'embra( s )ement léger entre l'un( e ) et l'autre . une fois de plus. eau qui continûment baigne et désaltère sans glacer. cimes ou racine s qui oublie­ raient. emprunte le mouvement de son parcours . De la fraîcheur qu'elle apporte. Ce passage de l'une dans l 'un n'est pas ce qui. a déjà lieu . leur amour sans partage. Seul. Celle qui. est retour à un autre monde que celui où la clarté du soleil glace. se garder . omniprésence immédiate . souffle doux et léger qu'inspire tout vivant. est là : ek-stase entre. en deçà de tout apparaître. à chaque temps du présent. dès qu'elles s'éloignent l'une de l'autre. Non seulement comme « ombre profonde » qui sauve de « la trop grande clarté du feu céleste » . Mais qui demeure dans le tendre enlacement de toutes dimensions : efflores­ cences horizontales . Qui ne s'érige pas dans l'altière affirmation d'une forme puisant sa sève à ce dont elle s'écarte . ombre provenant de l'écran qu'une érection oppose à la traversée des rayons solaires .qui lui donne lieu . 98 . déj à . les deux demeurent dans la mort. entoure de son embrassement imperceptible le tout. Et c'est bien à partir de la nuit que se pressent ce qui peut redonner flamme à la lueur du jour. Le « trop » pourrait aussi bien se rendre à celle qui. Aucune aurore n'y changera plus rien . et que. de l 'ombre qu'elle porte. Chaleur qui illumine sans la foudre de l'éclair. Sans abîmes . à l 'un( e ) ou à l'autre. C'est aussi bien à la nuit que revient ce qu'elle a donné au jour. au présent. sans va-et-vient immédiat de l'un( e ) à l'autre dans le présent. Le trop de jour dont il faut. est déjà départ dans la mort où l'un( e) de l'autre reste à jamais inapprochable. Si la nuit n'est que deuil. Qui n'abandonne jamais le corps qui lui donne vie . Fraîcheur de l'abri d'une élévation qui préserve. de sa pure lumière. qu'elles ne sont pas l'une sans l'autre. devrait se rendre à la lumière : en un à-venir annoncé par ceux qui gardent mémoire du sacré. leur éveil l'un( e) à l'autre. la mort. Le trop de jour dont une érection solidement établie protège . tem­ pérant les feux célestes .

l ' étr angement simple de l 'air. s i peu apparente encore dans son incessant devenir. La prenant dans les plis de leur temps . 99 . le réveille à son air natal. Et. la nuit et le jour. dans son app roche même . L'utilisant comme médiation pour le surgissement de l ' entré e en p rés ence ou la retraite dans la crypte . elle se dérobe à qui vient à sa rencontre . le caractère ami de tout parfum . Sans les contours définitifs d'une croissance achevée ni la béance d'un chaos d'où tout peut provenir . embras( s )e tout : le jour et la nuit. Le non-encore-replié sur son destin propre de tous pays. Qu'ils n'abordent que comme « renfermée » et « difficile à gagner » ( extrait de Die Warderung. là où elle demeure déjà. Là. elle les unit dans l'entrebâillement de son éveil. Passage jamais accompli en tr e le dedans et le dehors. Proche. d'elle . Mais pas dav ant age gardé en réserve . Elle.s 'en sont déjà sép ar és . que. mais ne s ' appro chan t pas du plus proche. La cerner dans un lieu . Ainsi indéfiniment séparés en leurs limites et rej oints en elle. Elle. Elle embrasse imperceptible­ ment le tout. l'apparenté de to ut visage. 1 7 0 . sans que le secret de ce partage soit appropriable . Son rappel habite la familiarité de tout appa­ raître.hommes ou dieux . les distincts feront la médiation de toute constitution de mondes . n e signifie pas qu'elle demeure dans la seule nuit . Holderlin . Jamais fermée ni ouverte . la vivante. omniprésence immédiate. reste dans l'éveil du commencement .Ce là. l ' omniprésente ne se s ai s i t pas . Elle le touche. 1 6 ) e t pourtant étrangère à un fonds sur lequel fonder sa demeure propre . le paraître et son dire ne soient pas encore.où elle n ' a plu s lieu. cité dans Approche d e Holderlin. celle-de-toujours. Retenus toujours dans l'éloignement de la confondante immé­ diateté . Mais les distincts . toutes choses . p e rmanente aurore . p . Que. Touj our s en train de naître : la vivante . le ton intime de toute voix. IV . Mais ce serait déj à trop l a prendre ou l'invo quer dans une langue qui ne s er ait pas la sienne . celle-là. tous êtres chers. Les l ais sant à leur tendre alliance . le minuit et le midi. Pas plu s . Native enfance .unique . pou rrait s ' appeler la nuit. elle ne se sauve . plus ancienne et plus neuve que toute histoire. partout.

1 3 et 1 8 ) : elle demeure seuil. attente ou souvenir. partout. Et elle n'est pas cette « charmante à franchir vers un lointain pays de riches promesses » ( dans « Retour ». voilà en quoi elle reste. Elle séjourne dans la nuée . entre lèvres mouvantes mais silencieuses sur toute distinction de mondes. Etale. de l'approche. Elle n'est. que dans l'ouverture de chacun à ce qui partout est déjà là. sur toute prononciation de vérité ou statut. Horizontale. Elle ne s'élève ni ne retombe dans le creux des vallées . Il n'y a pas de plus loin que ce lieu. dans ses bras légers dont elle accompagne tout commence­ ment. ici ou là. sans être déjà refermé.Cette imprégnation de tout par tout ne trouve jamais sa convenance ou son accoutumance . elle devient tumulte. là ici maintenant. imprègne et baigne avant tout ceci ou cela. Et. ne perçoit que l'apparaître. enlace. présent. à l'avance. Il n'a lieu que de devenir. Mystère si intime que jamais ce là ne peut se poser. En ce « souci » qui rend impossible son approche. éclair. en deçà de toute monstration. traduit. toujours déjà et encore ici. deuil. Partout offert. mais non cette profusion de l'éveil où elle. ou ne renaît. Elle ne regarde pas d'où elle est regardée. Rassemblante ? Si retourner à l'inchoatif du commence­ ment veut ainsi se dire . il ne peut être connu. pas même des poètes . Toute annonce ou commémoration l'éclipse dans un voilement d'ab­ sence. la toute-vivante demeure secrète pour qui. Rassemblante en des attouchements vivants. passé ou futur. cité et commenté dans Approche de Holderlin. ce là se refuse à qui veut le saisir. Sans secret. Entrouverte. avant ou après. elle couvre là-bas la vallée béante » (ibidem) . Sinon l'abîme. captive. elle s 'entrebâille en toutes dimensions sans jamais quitter le seuil de sa naissance. telle une chose. omniprésent. Là-bas ? Là. En lequel. a toujours lieu . elle prend sans garder. elle est maintenue par qui veut démontrer l'énigme de son charme. se regarder. source du poème de joie. Ce qui se passe entre. pp . « Nuée. ayant à se transgresser vers quelque chose qui 1 00 .

l'omniprésence indéfiniment prodigue. Cette immédiateté de l'approche. Cette perpétuelle enfance troublerait de son exubérance sans parcimonie . au dire d'un être. devenu pays ou maison natale où se chante sa perte. enfin. celle-de-toujours : offerte là. par lui. elle est déj à placée. Quand le souci a lieu. où elle a été laissée. a déj à pris séjour. inatteignable pour les dis­ tincts . monde du seuil où s'entrelace le tout. Le souci de son avènement passé ou futur. Déjà vivante dans et pour la mort. du fond de son enterrement dans l'oubli. au destin d'une course. A l'éveil de son mouvement. de celle qui recule dans l'oubli . Elle ne s'attarde pas au-devant de ce qui vient sur elle et qui lui donnerait. à l'emplacement d'un lieu. Ce monde d'entre : le clair et l'obscur. p . Le mémorable tenant lieu de son effacement dans une économie qui recouvre la possibilité de son retour. le plus haut et le plus bas. Et nul souci ne peut rejoindre cet impossible. dans le mémorial de son être-là naturel. Elle. en deuil. en un pli. Celle-de-toujours s'abolit dans le manque et le retour inter­ mittent d'un absolu divin . demeure d ans le plus spacieux. d'oubli. Dont il faut garder mémoire comme inaugural défaut. pour qu'elle. de ses effusions sans réserve. Elle demeure dans l'impossible du encore possible pour qui. seuil toujours entrouvert de l'éveil. nuée. dans l'être. « est » plutôt dans l'encore possible de toutes dis­ tinctions où ils ne peuvent plus retourner. 19). Le souci est déjà l'effet de son éloignement. Où toute dimension retourne à sa chance passée et à venir. Que. ici maintenant dans une omniprésence innocente de tout calcul. Ce qui ne revient pas à l'origine d'une direction. un dieu soit attendu. referme.n'est plus elle-même ( idem. ne resurgisse plus de la faille. Son natif commencement. donc mise à l'épargne d'une proximité économe. témoigne de la toute-puissance qui renaît de sa mort . La crypte. de ses ferveurs et épanchements 101 . telle serait la renaissance de la joie dans le deuil . Que la beauté de l'œuvre soit recherchée au lieu de sa disparition. l'éclaircie de son séjour.

les dieux ras­ semblent. Et ce n'est que dans le lointain. cité et commenté dans Approche de Holderlin. et d'elle-même. p . Et l'oubli de celle dont l'approche est maintenant impossible . se sauvegarder de la rechute dans l'ab1me. et témoigner avoir hérité ce qu'il est. une attention innocente et amoureusement désarmée s 'en éloigne­ rait moins . traduit. Leur source cache un deuil . Rares et redoutables dans leur survenue. Qui est. Les entraînant toujours plus avant dans une séparation irrévocable . l'œuvre . l'intermittent. Qui n 'est pas d 'elle. Aussi dans la parole . Arme d�s mortels. l'espace-temps. dans leur appropriement. L'oubli et le silence gardés sur un présent encore naturel ménagent l'arrivée du dieu : intact et sauf . la langue produit l'appel et l'ek-sistance des célestes . Dans l'explosion d'un immédiat qui rompt le cercle de son renfermement.l'amour qui conserve l 'univers (Holderlin. Tel est son souci. mais il ne peut les détruire et les faire disparaître pour retourner à l'éternellement vivante. en lequel se tient ce qui sépare. qu'ils se manifestent. maintenant. en un pouvoir toujours menaçant de mort. le plus dangereux de tous les biens. les dons naturels. IV. Ek-stasié de l'amour d'elle dans l a langue.de l'homme . Le langage. 45 ) . S 'élevant et se maintenant à partir de l'excavation d'un sol naturel. l'omniprésence du vivant.doit. à la maîtresse et à la mère. celui du dieu . Ce qui écarte et déchire pour l'avènement du dit. le rare. Le souci étant déjà l'espacement. 246. indéfiniment. Captivant d'un surcroît de puissance les exilés de la terre natale . espoir de retour et d'assistance dans le manque qui les a créés et qu 'ils entretiennent de leur altière parcimonie. L 'arrachement à ses bras légers le mène toujours plus loin dans une solitaire absence où se pressent une proximité essentielle avec le dieu. l e poète est exposé à l'errance et à la détresse .trop immédiats . a créé les dieux. avoir appris d 'elle ce qu'elle a de plus divin . pour elle. Car. la toute-joyeuse. L'apparition fou­ droyante de l'éclair. p . et « la mûre proxi­ mité au manque » qui constitue le « fonds » où elle s'enracine. l'élaboration de l'œuvre. 1 02 .

dès l'arrivée à son bord.ne serait saisie en son aspect étranger que pour s 'exposer clairement lors du retour au pays. l 'amant. L'amour n'étant jamais sans intention . En vue duquel se traverse aussi la mer. peut.être . Accoster en rive étrangère marquerait la décision du tour­ nant : du retour au même . partir. la perception de plus en plus claire du fond de son propre être. l'amant en lui-même. Tourné vers l'autre. d'abord. La traversée de l'ouvert mène au rivage étranger. L'ek-stase. l'éloignement prendra fin. Nécessité d'un nouveau départ pour le plus loin t ain des lointains commencem ents . M ais ce là-bas doit se quitter encore . Le départ vers l'autre n 'est que le détou r nécessaire pour revenir plus sûrement à soi . Où tout sera autrement perçu . la pensée des amants doit toujours garder le souci de se maintenir dans l'être qui lui a été confié en propre . imperceptiblement . l'autre perd l'att rait de son étrangeté et devient ce qui découvre de plus en plus le fond du même . Sans volonté essen tielle de reconduire chacun en son fond pour l'y rattacher . L'autre . pour un retour en lequel les mêmes choses auront changé de signe . l'ouvert se traverse sans arrêt. ramené vers le même . Pour ce retour. Allant de l'avant. est le lieu du tour­ nant qui ramène au même. le navigateur serait toujours . de cette phénoménologie. Le plus familier étant devenu le plu s lointain dans son approche . ce dont est pressentie l'ap ­ proche .terre . y perd et y reçoit la m émoire . indéfiniment. est la médiation de l'amour de l'un pour le même . éveille à la pensée de l' é trange r . Car la mer donne et prend la mémoire : elle fait entrer toujours plus profondément dans la mémoire de l'oubli . replie. Tourné vers l'autre. La transparence de l'autre. et pour que le voyageur reçoive. pour la pensée fidèle. de plus en plus. le reg a rd saisit son aspect . ains i rendu diaph ane au voyageur. Le navi­ gateur. Là-bas. Ce qui. Dans le lointain d'un tou jours plus loin où recule. fidèle. mais en retient et tr ansfigure l'é t range pour que s 'accomplisse l'appropriation du propre . L'autre ramène indéfiniment chacun en son propre être .Mais il faut. le traverse et. Au « fond » de l'être . Une mémoire 1 03 .

elle ramène toujours au plus propre. distingue. elle s 'éclaire seulement une première fois . entrainant l'oubli de leur étrange rapport. Mais ce rapatriement de l'autre dans le monde et la langue du même n'atteint pas encore à l'être originel d'une pensée fidèle . Lui est confiée. dans ce va-et-vient. sert. s'exposer clairement dans son altérité . Les navigateurs . Mais celui-ci ne demeure pas immuable : il ne fonde pas originellement. elle retient et transfigure la différence d'un bord à l'autre. Le constituant en demeurant ouvert . mesurer la profondeur d'un fond. ne se déprennent pas du cercle qui les lie à l'étranger : leur horizon est encore l'appartenance mutuelle de l'un à l'autre . Il ne nomme pas le contenu du demeurant. Il revient y faire le récit des jours de l'amour. il en consacre le sol : fondation de la maison où les dieux pourront venir en hôtes . Et ainsi s 'approprier. les amants. horizon étale entre deux rivages . Perpétuels voyageurs entre les deux. en abolissant son étrange attrait. comme vocation. Elle sépare. et entretient la distance . maintenant. L'ouvert n'est plus ce qui rapproche en un embrassement imperceptible . Ecartée. Il habite dans l'entre-deux . il jette l'ancre en terre natale . à marquer des limites . de garder cette primordiale ouverture qu'ouvre 1 04 . les amants . La mer. Et. unissant le tout de ses bras légers . S 'y établissant fermement. ils peuvent. Leur lieu est encore l'entre-deux. n'avoir lieu que comme passage . Par lui. deux pays . peut ne pas durer. Les navigateurs . il demeure fidèle au lointain qui approche dans la venue du sacré. Il change. ont leur être de l'un à l'autre . Il garde l'ouvert ouvert en le montrant . Renon­ çant à la mer. peut se regarder. sans gel de l'étrange de l'autre. Les dieux arrivent quand le poète maintient ouvertes les lèvres pour l'à-venir de leur parole . d'une lèvre à l'autre. Le poète arrive pour maintenir ouvert l'ouvert . Il s'ouvre en un éloignement qui fait que l'autre apparaît.qui n'est pas sans oubli. L'ouvert donne des bords . dans son exposition claire en tant qu'étranger. en même temps. Il ne va pas à la source de l'un . dans le fond de l'être . Elle ne va plus de l 'un à l'autre.

En celle-ci. Tout mouvement. dans la langue natale. aussi pour l 'esprit. en ce cadran. les vents à une seule direction. consumer ses forces dans le désir d 'être immédiatement ce qu'il a en propre . Le laissant s 'enfoncer dans une recherche de plus en plus vaine. qui le traverse et ainsi se donne aux mortels. hors de chez lui. Acceptant l'oubli en vue de sa conquête future. dans ce regard. le poète transproprie. Mem­ brane ou voile transparents qui la recouvre et la dérobe comme lieu d'origine . la mer à sa source. peut appa1 05 . de son dit. les divins adviennent aux mortels . Le feu du ciel. A l'at­ trait pour une autre terre que natale . il en laisse le dire aux dieux. fermée . qui convie hommes et dieux à la fête . au présent. Leur rencontre. Mais le contenu de ce demeurant ouvert. l'écart entre. Se retirant et se cachant derrière ce qu'elle met au jour. Au départ vers l'étranger. Le poète est illuminé par l'éclair divin. Poème. Lorsque les va-et-vient du voyage sont ramenés à leur marche vers l'origine. Sauf. en provenance maintenant du plus haut. Sur terre et pourtant par-delà. accablé par le feu du ciel. L'entre-deux maintenu ouvert pour le passage de cette élévation. L'autre de l'autre ? Il main­ tient ainsi ouvert.et recouvre. le poète montre le ciel et fait ainsi que la terre apparaisse dans son éther poétique. Se consu­ mant encore . Son regard se maintient ouvert sur ce qui ne se découvre pas à lui. Jusqu'à ce qu'il apprenne du feu qu'il doit être rapporté dans la patrie. Mais ce qui. Irréel qui la rassemble à partir de l'unité de son être . En exil. le sacré . le feu du ciel est rapporté à la terre natale. l'étrange de l'étranger. n'a lieu que dans la stabilité d'une fondation durable et unique. leur permettra d'en découvrir la vérité. si l'amour de la patrie l'amène à l'épreuve de la privation du chez soi. Une première fois . Mais. Il ouvre l'ouvert du regard. antérieur à tout dire. Fond de naissance. c'est toujours la même qu'il recherche de façon médiate et cachée. en le montrant. et aux hommes . Ne se laissant pas saisir par qui se tourne vers elle comme vers chez soi. à l'étranger. Mais.

s 'éclairant dans leur mutuelle appar­ tenance au milieu. du regard à la chair. La chair source indéfiniment. Sans retraite dans la crypte ni jaillissement de l 'éclair transperçant de sa foudre l'abri nocturne où elle serait retenue . Etant de chair. va et vient sans l'ek-stase d'une contemplation arrêtée . ne serait-ce que d'un voile ou d'une peau. Elle et " lui s'épousant sans l'écart. Elle n'est pas dévisagée comme chair. pétale après pétale. A moins d 'un autre regard ? Se laissant toucher par la naissance de formes qui ne s 'exposent pas dans la clarté du jour ? Et. pourtant. il la recouvre de cette chair qu'il est et qu'il a reçue d'elle . il ne l'aperçoit plus . toujours entrouvert. La vue des choses familières .raitre. durable enfance . Ces dons se donnent vers un dehors qui ne franchit pas le seuil de l'apparaître. Corps d'air rayonnant. ses floraisons . invisible . Sans confusion ni appropriation de l'une par l'autre. Abritée dans ses effusions . de la chair au regard. dont il aurait à découvrir ou dévoiler les propriétés . Ces fleurs ne se voient pas . Le regard. Tout embrasse­ ment du regard y trouve le ciel de sa lumière. Elle s'ouvre. sans jamais s 'éloigner du milieu qui lui donne lieu . est dérobée par l'éclat d u dieu e t la nostalgie originelle dont les hommes les recouvrent. sans retenue. ne s 'en sépare pas dans la distance d'un point de vue. s'enveloppant. Irrigation d'une sentuition qui. S 'en­ tourant. Il lui rend ce spectacle d'avant tout spec­ tacle qu'elle donne. ni le renfermement dans la privation de lumière . qu'ils constituent. demeu­ rance du printemps. qui s e montraient à lui. sont là. qui ainsi est regard dans e t par l a chair. Support invisible de la consti­ tution du visible. Ainsi la chair demeure voyante. Non simple passage 106 . Il Ia revêt de ses fleurs . L a nuit et l e jour gardant e t alliant leurs différences dans un éveil de l 'une à l'autre : perpétuel commencement. Qu'il garde en partage avec elle . et le regard chair. maintenant toujours la distance et rendant leur péné­ tration l'un dans l'autre impossible . sans s'y soustraire pour autant . Irradiations imperceptiblement illuminantes . Ils baignent le regard sans être perçus comme voir. dans une efflorescence qui ne se produit pas pour le regard. elle déploie.

Ce familier inconnu qui meut. Les habillant de leurs contours diurnes sans les séparer encore en leurs naïfs enlacements . Sans la distance d'un toujours­ déjà ou d'un pas-encore où se produit l 'ek-sistance d'un point de vue. Fiançailles d'avant ou d'après l'amour. les effusions de la nuit . donne son mouvement impulsif au montrer de la dite.entre minuit et midi. Les laissant se dévis ager . et d'elle-même. de formes déjà là. subsistant comme l'à-venir de leur passé ou futur. promeut. se produire ou reproduire comme événements définitifs . mais dans un déploiement qui ne connaît pas de terme . Proche. Où les corps se divisent. aussi de leurs ombres portées. ni trop brûlant ni trop haut. Le soleil. Ouverture d'un temps d'avant l 'histoire. mais temps de la naissance. Moment en deçà ou au-delà du fini et de l'infini. Trop peu apparues encore pour se voir distinctement. serait la primeur du matin avec lequel seulement s'amorce l'échange 1 07 . Dévoilements arrêtant l 'entrée en présence. antérieur à toutes mesures. aussi dans la lumière du jour. Le départ. Là. En ce si proche se cache le sacré. S 'y dit le si proche que les mots mêmes aveuglent . Tendre clarté qui ne distingue et n'écarte pas encore dans une distance nettement tranchée. Berceau de l'événement. où le regard regarde ce qu'il regarde : encore une première fois . touchant horizonta­ lement. Dans une durée qui ne se compte pas encore . chaque chose est déjà une et pourtant nombreuse en ses débordements . le déchirement du un du tout n 'exis te pas encore. Où tout n'arrive qu'une seule fois. l'hiver et l'été. dans leur réveil matinal. Fête du matin . et ne retrouvent leur lieu que dans l'unique d 'un paysage natal ou d'un sol approprié . en un avoir-lieu sans commencement ni fin. de ses premiers rayons . sans pudeur et sans honte. émeut. et l'appel à son retour dans la proximité du milieu n'est pas nécessaire. Cette première fois ne se répète jamais mais dure toujours . Mais le jour qui sépare fait qu'il demeure dans l'invisible.

il l'a dit . 39-8 3 ) . résistait à son accueil dans le dire de l'homme . abrité et sauvegardé. Quelque chose que l'homme écoutait. à la décomposition de ce qui. mais qui demeurait indéfiniment muet. Que le crépuscule soit la chance d'une nouvelle aurore. indémontrable. ce don. Point-source à partir duquel auraient lieu les divers sur­ gissements et séjours d'époques de l'histoire. impronon­ çable. où tout sera autrement assemblé. à partir de son imparlé et son indit. il l'a dit . pourquoi. Mais qui. ne serait jamais apparu en elle. tous ses mots et mons­ tres . Le plus matinal et l'archi­ ancien ? En quoi. quelque chose de toujours immontrable. ce novembre. « La parole dans l'élément du poème ». Atti­ rant celui-ci en un chemin allant toujours plus loin vers le fond. et liant. les reploient dans le même ? Et le tracé ouvrant qui libère le déploiement de la parole n'est-il pas rendu nécessaire par le fait que le plus matinal est constitué en archi-ancien d'où s'origineraient tous les points de tous les espaces de jeu du temps. il se l'était aveuglément approprié sans retour ? Que l'homme aille à son déclin. Où le demeurer aura un autre site ? Où 108 . les soutenant d 'une propriation toujours demeurée secrète. S'avançant en elle. la parole aurait toujours parlé unique­ ment et solitairement avec elle-même. Mais . pp. pour qu'elle puisse ainsi se retourner indéfiniment en elle-même. dans Acheminement vers la parole. 1 976. l 'assemblait. l'espoir d'un nouveau printemps dont l'à-venir proviendra du regard perdu dans la nuit. Du moins à travers le poète Trakl (cf. Et pourtant. Et encore qu'à l'étrange est confié le destin de cet autre levant. Serait toujours resté le mystère de ses déploiements . rame­ nant la parole à elle-même. jusqu'à présent. à chaque instant. recevant d'elle. à quoi il tentait peut-être de correspondre. Galli­ mard. Parce qu'il ne lui avait jamais laissé la parole ? Que. quels noms . au nom de quelle raison. la portant à la parole en tant que parole. incapable de mise au point.possible du j our et de la nuit . en cette attraction. ces deux sont-ils réduits ou ramenés au même ? Quelle nomination.

auraient leur lieu dans la figure d'un adolescent . de l'ingénéré d'une différence entre garçon et fille. Un jeune garçon dément : autre­ ment sensé que l'homme. C 'est du côté d'un encore­ à-germer de l'homme qu'une chance d'à-venir serait réservée. L'apparition et disparition d'une profonde enfance. vieux. mort pour la sauvegarde d'une profonde enfance. Un songe mort dans son matin pour l'insurrection de l'e sprit . Encore de l'homme ? 109 . que ce couchant et ce levant auraient le possible de leur futur .l'habiter n'aura plus lieu dans la haine mais sera le bâti de la seule tendresse ? Mais c'est en un jeune garçon. de l'Occident. Laissé au cheminement d'une souterraine mémoire.

Le plus passé et le plus futur se reliant sur un socle-support sans mots. en plus à ce qui fonde l'homme comme homme. et dont les propriétés seraient : la liberté. la langue se tiendrait sur une ligne entre terre et ciel. Ce qui se dit. qui définirait l'homme comme homme. ne se répètent pas dans la langue. la brillance. se présente ou représente ne serait jamais que superflu par rapport aux conditions indispensables 111 . et le gardant scellé dans son monde. ils y restent imprati­ cables . Elle s e déploie comme rejetons. Impensables . de la consommation la plus utile à la contemplation la plus sublime. ne consisterait-elle ou n'insisterait-elle pas dans l'impossibilité. et de tout ce qu'elle donne-redonne en présence . L a langue n e dit pas l'essentiel. Refermé sur le Gestelt de tout échange. cela ne signifie-t-il pas que la même « chose » ne s 'entend pas dans ce qui se désigne par être et par logos ? Que. la vastitude. s 'échange. Cette clairière.le même. dans le logos. de parler le plus fon­ damental de ses besoins ou désirs ? Mutique sur l'essentiel et voulant le demeurer. Prati­ cables de tout ce qu 'elle rassemble. ne se dit pas encore l'être ? Réserve de silence circonscrite par et dans l'ordre de la langue. un pont surplombant l'informulé. le recueillement. la légè­ reté. Pas plus que le projet qui l'anime . Possibilité de son articulation. pour l'homme. Respirer-voca­ liser-dire n'entrent jamais en présence.Si être et penser . Toujours infans quant au parler de son métabolisme le plus élémentaire et de ses mutations les plus transcendan­ tales.

de rêves . Préoccupé de mort et non de vie . Sinon. Oublié . La gardant de se défaire de part en part. Mais ne sont-ils pas. Ayant enveloppé le tout et lui-même d'un revête­ ment inutile par anticipation craintive de la mort ? Laquelle. Noyau laissé inarticulé. Dépaysé vis-à-vis du plus proche. Le gouffre de l'ori­ gine de l'homme comme inutile ? Animal producteur de gra­ tuité entre terre et ciel. Sinon dans un passé très ancien. Déraciné de sa naissance. de sa croissance. Séparer être et penser entraîne la nn du monde. Initial renversement traduit dans le silence de la langue .pen­ ser . entouré d'un cercle tautologique qui le garde de nssure : être . si cet instrument celé de l'ordre symbolique se dévoile comme une entité techniquement fabriquée. L'ordre se désagrège. Etranger au plus familier.le même.à l'existence . serait pourtant ce qui sauve ? De l'oubli du péril de vivre. Toujours déjà arraché à son sol. Le résidu com­ plémentaire du logos ? Le complice indispensable à son fonctionnement. au fond de la langue.ciellement conjoints ? L'être demeurant l'impensable . Son vouloir de néantir. Intouchable entité de la copule appropriée par l'homme ? Retirée en lui par anticipation présente de la rencontre avec le tout-autre . arti:6. le tout éclate . Du sommeil léthargique où les hommes s 'endorment dès que nés . Ouvrirait sur des abîmes . Etre nommerait le rien de et dans l'homme. Dont le chemin serait perdu . Mais en quoi et pour quoi cette rencontre ? Pour venir les uns aux autres dans le suspens du plus nécessaire ? Pour maintenir un ordre qui tait les besoins et désirs fondamen­ taux. si être et penser dif­ fèrent. plus insistant au cœur de sa vérité que son souci de vivre. dans un monde de projections. même s 'il est bâti à partir d'eux ? Ayant trouvé mesure commune et appartenance identique à plusieurs en décidant accessoires de telles nécessités . S 'assemblant dans et par la langue. depuis toujours. et qui ne résiste 1 12 . toujours immédiatement là. Jamais l'homme ne parlerait par nécessité .la mort ? Copule scellée dans le silence et l'inapparence. toujours déjà en deuil.

il garde. la mémoire de l'apparence . ne s'est jamais dite. A moins de les ployer au même ? Ou de penser leurs rapports . dans l'oubli d 'un tel statut. Se conjoindre et se disjoindre en un lien toujours à reprendre-redonner.pas au questionnement . résorbant les contradictoires . Laquelle. Sur cet accord unique . dans cette insurmontable altérité. mais non l'être . l'air : le milieu pour aller vers. au plus. l'homme dans son espace-temps ? Si le mystère du symbo­ lique se dévoile comme le symbole d'un mystère : celui d 'une alliance toujours déj à scellée entre deux diférents dont l'articulation n'apparaît jamais. Ce qui ferait signe vers la nécessité de l'oublier. Ce qui laisse l'être approprié comme entité à partir d'un fragment seulement de la copule. de la parole pour se dire. ne revient à un. Et un ras­ semblement de même( s ) n'en tiendrait jamais qu'une partie. De l'autre. quel déchirement irréparable ? Symbole. aussi bien. ne se parle pas. Le péril étant d'appréhender en quoi elle se tient. Sa proposition étant de s'en tenir à la présence. sauf à abolir l'efficace de la copule : « rondeur parfaite » qui ne va plus vers rien mais cache un abîme. alors que devient le temps de l'homme. qu 'en est-il de la présence ? Si cette clé obscure ouvrant le monde de l'homme se déchire en au moins deux. et qui produirait. s 'as­ similant l'autre.dans l'être . La maison de l'un ne devenant jamais celle de l'autre. Sans ajustement définitif. la voix pour appeler. l'absolu même. mais n'articulant pas le mystère d'une dif­ férence irréductible au même . se penserait-elle comme l'Absolu . qu'arrive-t-il à la langue ? Qu 'elle présup­ pose que deux puissent devenir le même. jamais . Monde toujours en transition et en devenir. Echanger à travers la dissemblance et l'asymétrie . être n'appartien­ drait simplement à personne ni à aucun monde. Que la langue construirait et reconstruirait sans cesse en une architecture inachevable. L'air. Si l'être se divise en deux. Tournant en cercle dans l'identique à soi même. n'est-ce pas là que se trouve le péril de son fondement ? Quelle coappartenance forcée est enfouie sous un déploie­ ment apparemment mesuré et serein ? Mais.mieux vaut se 1 13 .

surplombant un fleuve . de son apparaî­ tre-disparaître.celle là n'apparaît pas comme telle . Tout étant pris dans le même . l'éta­ blit dans un système de relations qui fait loi pour l'existant et sa croissance. Il y a : passage surmon­ tant une déchirure. Assurant le bat­ tement temporel de la délimitation du spatial. Sceau partout présent. un projet. en son monde. Qu'il faut séparer d'elle-même. sans faille. de son surgissement. Architecture qui.pour un avène­ ment final. tel serait ce qui meut l'homme dans son être. un nom . une traduction.mais conquise. réorganise le perçu. Unité non donnée immédiatement . opposés. lui assigne une place. Ni l'un ni l'autre. l'apparaître de tout ce qui arrive. Horizontalement et verticalement . pas plus à une rive qu'à une autre. C'est-à-dire ? En quoi ce don d'un il y a qui n'appartien­ drait plus à personne ? D 'où provient-il ? A qui. déterminés à partir ou en vue d'un tout. . rapprochant ce qui s 'écarte. un statut. Aménagé dans et par la langue. est construit par l'homme comme un chemin. la copule sert de centre. pouvant s 'em­ prunter dans un sens ou dans l'autre. même s 'il se dit ou se veut neutre. Mais cet il y a} apparemment neutre dans son apparte­ nance. . espacer. Unité d 'un ordre et non d 'une nature encore inno­ cente .rencontrer sans mot dire . de mât. présupposée ou postulée entre antagonistes. pour la recueillir en un lieu unique. gr✠auquel et autour duquel tout tourne. Dans cette économie. d'axe. Vectorisé et circonscrit selon le projet de l 'homme. La différence réduite à un état de scission nécessaire . Seulement du pont . reliant deux bords. sans cesse à garder et restaurer contre un chaos originel. Toujours essentiellement là. sujet-objet. qui réunit lui même à lui même. vient à l'encontre . de pilier. sans alliance ni échange entre deux différents. Entre deux rives où ne se tient plus personne . au présent. Besoin d'un ensemble stable. à quoi sert-il ? 1 14 . construite. Se laisser cheminer en un aller­ retour d'échos sans réponse. contraires. le reçu. d 'une unité. sceau de la présence. Sinon à l'intérieur d'une unité toujours déjà existante. imperceptiblement. en elle-même.

Inconnue muette qui ouvre le logos en abîme sur ce qu'il ne dit pas . s 'est approprié de l'autre dont il ne maîtrise pas l'origine ? Prise dans l'entrée en présence d 'une inconnue insaisissable.se tenaient toujours mystérieusement ajointés ? Et selon un mode d'alliage ou d'alliance jamais dévoilé ? Si aucune « chose » n'était jamais une ni unique. telle une énigme. y a-t-il là nécessité d'un voilement pour l'homme ? Par quel effet ce qu'il a produit lui revient­ il occulté ? Son monde se présentant à lui. comment reconstruire l'ensemble ? Si. Immémorable . mais toujours production d'au moins deux ? « Son » creux n'ha­ bitant « son » entour que pour désigner une impossible appartenance de l'un à l'autre. en elle. dans ce monde.pas le même ? Dans l'être insisterait ou subsisterait quelque « chose » qui assure la pensée. et pourtant intervient dans sa constitution . au lieu de l'entrée en présence. sans arbres .penser . mais la menace comme ce qu'elle a exclu de son ordre.au moins . sauver l'être ? Ce cœur de la méta­ physique. La chose contiendrait l'oubli en tant qu'elle aurait. ce présupposé intangible du logos pourrait bien effondrer le tout. et non sans risque. qui résiste au propre.comme oubli. toujours ramenable au tout du même ? Cette interprétation ne veut­ elle. Etre . ce qu'il cache de factice pourrait se révéler ? Et le désigner simplement de désappropriation ne signifie-t-il encore l'appel à quelque contradictoire. un espacement non construit. Par exemple.Et. La remplir revenant à utiliser l'oubli pour tenter de rendre présent. deux . Si le geste d'appro­ priation s 'interroge. une clairière défrichée. Se retour­ ner vers l'être . encore et toujours. Ne serait-ce que.le péril. par quel mystère. Si l'être se décompose en deux radicalement différents . Le vide rap­ pelant une présence absente. Par renversement-reversement ? Opéra- 1 15 . Si l'être se donnait sans retrait. Mais aussi sur le silence cerné dans son cercle tautologique. Le signifiant d'un oubli qu'il faudrait cependant garder .

espacements . de toutes ses arti­ culations . ce qui veut honorer l'absence dans un lieu recueillant la pos­ sibilité du surgissement de la présence . Ce qui fait la chose ? Son ouverture pour l'oubli. elle ? En quoi et de quoi est-elle faite ? Quel . ressort altéré d'avoir eu lieu en elle ? D'avoir par­ ticipé à son avoir-lieu ? Son entour étant différent quand il se reverse . plus d'être ? Sinon toujours à réarticuler comme copule métas table entre ? Entrée en présence toujours produite par deux. alors . garder sans retenir. par exemple ? Ou si elle prétend à la coappartenance de l'air qu'elle contient ou dans lequ el elle se tient ? Si ce qui entre en elle. à tout . Vide monumen­ tal à la mémoire de l'oubli . Toutes ses productions ? En suppléant toujours tout ce qu'elle a déjà reçu et donné ? En la remplissant-vidant de tout ce qu'elle a déjà contenu ? Ou. . de toutes ses fabrications . . que devient l'être ? Dans quelle époque de son destin advient-il ? Si la « chose » ne subsistait pas dans une impassibilité qui fait que son creux demeure toujours le même ? Si elle changeait d'air( s ) ? L'oubli s'oublierait comme tel ? Donc.plein d'air. Bords toujours écartés pour maintenir l'accès au toujours et encore libre qu'elle recèle . Eternel et permanent accès. toujours inaccomplie. Etre à ne jamais déshabiller . Alors. . même si son apparaitre peut tromper. de toutes ses configurations. pour ressortir. Jamais une. Chose aux rives. jamais les mêmes. dedans dehors . de tous ses emplacements. Si elle se remplit elle-même ou d'elle même. .dehors dedans. 116 . Mais qui. au présent. ou aux lèvres. . jamais la même. alors . en l'oubliant ? L'accueillant dans son surgissement . . déplacements. Il faut qu'elle puisse recevoir sans prendre. ni ouvertes ni fermées . . Où peut entrer. Densité d'oubli de consistance imper­ ceptible . Et donner la partie pour le tout . et excès. Si la chose ne garde plus l'oubli. Toujours in-finie . Revers nécessaire à l'entrée de l 'être en . . Si elle oublie l 'oubli. E t comment ne pas reconstruire l e tout dans une pré­ sence ? En se souvenant de tous ses visages. de tous ses profils.tion toujours à répéter.

Pourquoi ne se traduit-il pas dans la langue ? Pourquoi chaque un s'approprie-t-il la copule ? Parce qu'elle l'a produit comme un ? Certes. Objectera-t-on que cette question ne s e pose qu'aux non­ initiés à l'être ? Il est vrai que.culte se rend. n 'occupe-toi! finalement tout l'espace ? Donc. si les choses se mettent à parler. c'est la fin du monde. à tout ce qui s 'est déjà oublié ? Quel mode d'assistance se convoque pour cette commémo­ ration ? Si l'appareil du souvenir se complique de plus en plus. ou ailleurs . dont le Gestell réarticulerait autrement l 'être . 117 . plus de lieu pour l'oubli ? Plus d'être ? Il faudrait crier de détresse pour créer encore un peu d'espacement dans la langue ? Où le silence s 'entendrait de moins en moins . mais à partir de deux . S 'agirait-il encore de l'être ? QueUe question ! Il Y en a toujours déjà de l'être produit par deux . Notamment par la découverte de vérités si élémentaires qu'elles risquent d'abîmer le tout dans une immémoriale fiction. Un provient toujours de deux irréductible­ ment différents . Celui de l'homme. Jamais replié ou reployé dans un site. En train de se constituer sans cesse . Jamais refermé en cercle . Jamais là. par exemple. Ce qu'il ne dit pas . à travers elle. A moins de passer au nous ? Qui nous ? Toujours au moins deux.

La parole parle uniquement et solitairement avec elle­ même . « Précisément ce que la parole a de propre, à s avoir qu'elle ne se soucie que d'elle-même, personne ne le s ait » ( cf. « Le chemin vers la parole » , dans Acheminement vers la parole) p. 227 ; commentaire, entre autres, d'une citation de Novalis ). Le chemin vers la parole ne serait-il pas qu'elle se laisse cheminer vers l'autre ? Qu'elle retraverse sans cesse la langue et ce en quoi elle fait obstacle à la rencontre ? Qu'elle y rouvre des voies de passage et des lieux d'échanges . Ména­ geant des espacements entre là où se tenaient, fermement orientés, les murs de l'habitation de l'homme . Si localisé dans son territoire qu'il parle solitairement avec lui-même - au plus avec ses frères, ceux-là qui partagent le même ton -, sans souci que de lui-même ? Propriétaire, sans doute, mais enfermé dans sa maison . Resserré dans un entre­ lacs qui protège son lieu mais finit par le priver d'espace libre. Ainsi faudrait-il, aujourd'hui et enfin, défricher la langue, comme, au commencement, elle a ouvert la nature pour se dire ? Rien ne se voyant plus à travers elle. Quelque chose serait à dénouer dans la langue même, pour laisser appa­ raître ce qui l'empêche de se délier en paroles nouvelles. Pour laisser surgir l'encore imparlé. L'encore à dévoiler. En réserve. Qui nécessite de repenser certaines limites , cer­ tains traits marquant l'horizon du dire, et de son cercle tautologique.
1 19

Il faut interroger l'être en tant que signe, symbole et copule qui tend à égaler. Vers quelle réunion indissoluble cet être fait-il signe, s 'il n'est pas le signe des signes, l'intangible clé de voûte de tout apparaître et disparaitre, l'éternelle caution de toute' entrée en présence ? Signe qui ne montre rien que l'impé­ ratif de la monstration pour entrer dans le cercle de la coappartenance à la même langue, de la complicité d'un entretien toujours déjà bouclé entre « frères humains accor­ dés '» sur le dire et le silence . Unifiés dans un site unique dont l'entour ne leur apparaît pas . Longue histoire. . . Qui répète inlassablement le tracé ouvrant de sa rayure. L'effraction dans la phusis et son recou­ vrement . Le défrichement meurtrier, et la culture qui l'ou­ blie. L'ouverture blessante pour le recueillement d.e la semence. Mais en quoi ou en qui l'ouverture ? Et n'était-elle déjà avant l'effraction ? Pourquoi cette répétition appropriante ? En quelle garde se tient-elle ? Pour quel destin ? Quel compte, et conte, ou geste, se dit à l'origine ? En quelle langue, réservée aux initiés ? Excluant ceux - ou celles ? qui, à certains rites, n'ont pas part . « A droite les garçons, à gauche les filles » ( Parménide). Entre eux, la fracture de deux univers qui ne se parlent plus l'un à l'autre. Les uns aux autres . Les uns, créateurs de mondes, constructeurs de temples, bâtisseurs de maisons ; les autres, gardiennes d'un phuein se prodiguant avant toute culture. Sur un versant, la rupture, l'établissement et l'éva­ luation de niveaux ; sur l'autre, la continuité, la sauvegarde de l'étendue et du temps cosmiques ou naturels . Déjà parlé et jamais parlé . Déjà pris dans les projets de l'homme, et j amais dit dans son j aillissement primitif. Tou­ jours déjà profané, et pourtant encore en gestation. Le sacré de la gauche demeurant encore dans le silence . Ou appar­ tenant à une autre parole que celle qui a déjà eu lieu. Geste indéfiniment proféré de mise au monde . Démons­ tration muette d'une production qui toujours s 'enlève à sa pourvoyeuse . Sans laquelle rien ne pourrait être désigné comme produit. Accouchement obscur de la parole qui s 'en1 20

gendre à partir de ce qui existe déjà, dans l'imparlé. En qu'elle dit, et renvoie au non-dit .

ce

La totalité du parler aurait donc son répondant dans l'en­ semble des entailles qu'a tracées l'homme pour y faire appa­ raître ses traits de lumière . Le déploiement du dire trouve son ajointement dans un champ sillonné d'effractions . Livre gravé d'une nature muette dans son recueillement offert au labour et à la fécondité de l'ensemencement, de la croissance . Encore imparlée et hors garde dans cette terre, ou cette clai� rière, qu'elle est . Impensée dans la paix de sa « sérénité » , sa spatialité libre et réceptive à la lumière et à la voix, la vibration tonale qu'elle apporte . Dire qui n'est pas rien . Dire de l'être ? Mais néanti pour être approprié par l'homme. Effacé dans son secret accom­ pagnement et demeurant, tel un médium qui véhicule dans le silence et le risque d'apparaître comme le péril d'un effroyable vide . Dire interdit tant qu'il n'est pas redit par l'homme . Tant que la monstration ne vient pas de lui. Tant que les phénomènes de la nature ne sont pas produits-repro­ duits dans sa langue et selon ce qui lui apparaît, ou ne lui apparaît pas . Ce qui se dérobe, ou qu'il dérobe, dans un appropriement unique . Dans un horizon et pour des inten­ tions qui ne lui font pas signes . Lui sont déj à signes . Pas au-delà. Et ce qu'il laisse se montrer, sans pouvoir encore le dési­ gner, est toujours déjà pris dans l'érection de son monde . Le reste ne lui inspire que terreur . Y compris ce qui l 'en­ toure et reçoit son écoute sans qu'il le connaisse ou recon­ naisse . Ce à partir de quoi il perçoit l'écoute et qu'il ne peut percevoir. Pas entendu: Entour redoublant le cercle de son habiter. L'enveloppant, l'abritant, mais de manière inattei­ gnable.

Ce lieu , non bâti par l'homme et dont il se reçoit, demeure hors garde . Même allant au fond de ce qu'il dit, de ce qui se dit dans son dire, l'homme ne rejoint pas ce qui ainsi se donne en silence. La source , ou ressource, du dire reste121

Toujours à reprendre et à redonner .fant qu 'il ne se montre pas comme autre . Lieu jamais nommé. d'un corps à l'autre . séparée du parler de l'homme ? Un pont. tel le lieu d'échange possible entre le jour et la nuit . Appel à un ajointement inadvenu de différences . N'arrive. Liant­ reliant silencieusement le tout. ferait défaut ? Encore à construire ? Le fleuve de silence a-t-il lieu dans la différence entre le déjà dit et le redit par l'homme ? Dès lors produit par lui ? Coulant en son monde ? L'unité de celui-ci en unissant les rives ? Ainsi fait-il entrer le silence même dans son dire. et jamais acclimaté. Ressource de toute appropriation jamais reconnue comme telle . jamais mis au point . Silence étrange toujours déjà. déchirant le tout ensemble qui s'y tenait déjà. ne se montre ni ne se démontre . Coup d'œil soudain portant au cœur d'un fami­ lier qu'il ne cherche pas à connaître de manière appropriée. Lien encore à tresser d 'un horizon à l'autre. au présent. Toujours matinal et archi-ancien . que ce qui est déjà éclairé par le dire . Inoubliable dans l'oubli de ce vers quoi et en quoi il se meut . plus ou moins éloigné. Oubliant l'autre qui demeure hors de son pays . Ce geste doit rester furtif. Ce qui ne signifie pas : à répéter. Toujours neuf parce que laissant hors garde ce familier entour en lequel il pénètre et qu'il ensemence pour sa culture . là. Demeurant dans l'offrande d'un site pourvoyeur de tout ce qui aura lieu dans l'espace et le temps . 122 . Demeurant dans la pénombre. Jamais accom­ pli . Jamais éternel. Toujours et encore inconnu . le remuant secrè­ tement en deçà de tout visible..rait à l 'écart. L'entrée en présence constitue déjà l'apparaître d'une répé­ tition. où il s 'origine. un relatif repos . . Qui ne peuvent s'entr'appartenir dans le même de l'un. Le lieu de leur demeurer ensemble exige nécessairement quelque polémique avant de trouver dans un futur. Aveugle sur ce qui l'attire. La condition a priori du rendre propre est que le milieu . Ne se montre que ce qui se tient déjà dans l'éclaircie du regard ? L'éclat de ce qui surgit étant retour de l'éclair qui a ouvert le paysage. pas encore. Fin du monde.

ne se dit pas dans la langue . Jamais pensé dans sa pri­ mitive donation ? Avant le il y a se redonnant à travers la langue. sans jamais toucher à un indit.Mouvement de l 'attrait. produit ou reproduit à partir d'elle . le plus matinal étant enfoui dans ou sous l'archi-ancien . Jamais mis au point . Une réserve permettant le déploiement du monde. D'où la nécessité d'un tracé ouvrant . avec ses efflorescences époquales. 123 . donne lieu à de multiples implantations . toujours recommencée. Ne se dévoile pas . Si proche qu'il en est confondu avec le tracé même et son effet d'entour. des mondes. La revêtant de couches d'airs qui l'immobilisent dans la liberté de sa croissance. d'un milieu en lequel un don peut avoir lieu. Alors qu'elle se montre dans une nudité simple et donne lieu au visible. Inatteignable emprise dans un mouvement ou un projet.ou inapparu ? . il y a celui de celle qui s'offre pour ce geste . secrè­ tement. Offrande secrète. Donc infiniment lointain. qu'il soutient d'un imperceptible étayage. Pris dans le r epli d'un double fond qui garde dans l'oubli le néantir d'une primitive fertilité . Ainsi. n'y a-t-il le don d'un attrait à entrer dans ce qui serait à dire ? Si le familier inconnu n'appelait pas à être secrètement pénétré. Soutènement de tous points de l'espace et du temps mais qui ne se ramène à aucun point . où se ressourcerait le il faut di re ? L'attrait ne demeure-t-il dans l'oubli du don de ce qui l'at­ tire ? Ne se signalant que sur le mode de ce qui est déjà attiré dans le dire sans vouloir reconnaitre la provenance de l'attirance. Culture d'avant toutes cultures qui. L'attirante ? Recueillement sur soi qui assure et déploie la durée de chaque séjour. Constitué en pointe-ressource à partir de laquelle se développerait l'espace-temps de l'hi s toire. N'ayant pas lieu en cha­ que instant . avant le don de l'appropriement. N'y apparaît jamais .encore que l'inappa­ rence du trait qui ouvre pour rassembler. Qu'il entre dans l'appropriement sans être approprié . Lui imposant des dimensions ou directions qui l'enveloppent d'abris mais découpent artifi­ ciellement ses jaillissements et entrelacements premiers. mystérieusement. toujours recommencé et jamais découvert en son commencement . Toujours recouvert d'un sol. Plus inapparent . de l'être. Révélation d'avant toutes révélations qui.

pas l'excès à son tout. que ce qui est déjà dans sa langue. tel le seul lieu qui lui revient dans le rassemble­ ment du tout. Il y a. Elle ne laisse pas venir en présence tout ce qui se montre. Cette contre-diction n'étant que la résonance parlée de l'horizon de leur séjour. Qu'un homme paraisse y frayer un chemin. ou ne redit. Mais qui ne parle pas n'a place que selon la loi ou le statut qui lui sont impartis . sa propre parole. Un décret lui octroie « son propre ». Tout étant disposé selon une unité ajointée en multiples modes du montrer. Donc pas tout . Elle . même ce que cet excès donne. Unique en son site . son propre dire. Le reste demeure silencieux. et qui vont à l'encontre du recueil­ lement résonnant du dit. Faisant reten­ tir en mots ce qui leur revient de partout. Sur cette assignation. Et. et ainsi s 'approprient. Ne s 'écoute que ce qui déjà était montré ou pro­ féré p ar ceux qui parlent.effet d'appropriation-désappro­ priation de qui donne le lieu de l 'être . Contre-disant tout. Le séjour des mortels en leur être équivaut à leur capacité d'être ceux qui parlent. répondant à eux mêmes en tous leurs modes de montrer. il ne retourne que vers le propre de son être. Il dit. De son appropriement . sa voix n'a pas éié entendue . Neutralisant ce qui ne proviendrait pas de son enracinement ou encadrement. le reprenant mot 1 24 . l'être . Et. si elle se veut unique. est pris dans des entre­ lacs qui ne le rendent que neutralisé par ce dans quoi il passe pour se donner au présent. il donne. Il obéit à du déjà dit dont il se reçoit. elle s'impose comme clôture d'une révélation. Mais ce qui recueille ne dit pas « son » recueil . ne se donne que ce qu'elle redonne . Ainsi correspondent-ils à ce tout qu'ils sont. Ne reconnaît ni même ne connaît de et en quelle disponibilité il se reçoit pour ainsi se rassembler en un monde ou un séjour. Contre-dire revient à remonter. Il n 'ouvre rien qui ne le soit déjà. Et rien.cache pour l'être. Seulement sa propre langue. son propre tout.Dans la langue.

l'homme le relie ensuite de fa çon appropriante. Se réapproprie. Il salue ce qui est. Double deuil� sans cesse répété . bâti dans l'obstacle et le recel de la rencontre entre l'un et l'autre . Cl airière pour aller à l'encontre du dit de la parole dans la langue.n'a pas lieu d 'être . et comme deuil . Marche à travers des entrelacs de relations. Pays dont on ne sort pas . mais qui s 'éclairent dans ce cheminement même. Le propre demeure géné­ rique . ainsi délié. Resterait à jamais l'air à exécu­ ter par les interpr ètes du temps . le frayage vers la source. Rien donc qu'une langue déjà là en laquelle la parole chemine librement. L'homme cheminant vers le fond de la matrice enveloppante de son être . survivant 1 25 . L'étranger à ce pays n'existe pas . L'être implique le renoncement à ce dont . Pas au-delà d'un tracé inapparent mais impérieux . Ce qui se trouve au-dehors . Laissant être tout ce qui y est déjà. en tant qu ' être . par­ fois confus . Il se tient-retient en lui . Le propre ne connaît rien hors de son site unique. Les frontières ne se rouvrent jamais . Etre. Où est là le corps de qui parle ou est parlé ? Comment se donne-t-il d an s ce « il y a » ou « il donne » ? Ou : se donne­ t-elle ? Ou : se donnent-ils ensemble ? Quel sacrifice de c orp s ou de chair sont offerts à celle d e toujours. Chaque mot-chose redécouvert en sa stature sculptée en qu el que bois défriché .énoncé insensé . Rien là qu'une forêt déjà cadastrée où le promeneur va Rie n qu'un monde déjà construit que l'habitant découvre comme sien. par exemple. Il laisse être ce qui a lieu depui s toujours pour les mor­ tels . reconnaître le terrain. Du tout autre. Aucun mortel ne le possède selon un mode particu­ lier. En paroles .à mot. Faisant le deuil d'une propriété s ingulière qui n ' app artiendr ai t pas à l'être homme. en un jeu de résonances . lui cor­ respondant. et ne le retient pas . Le saluant en parole. il tient lieu. Toujours déjà harmo­ nisées ? Répé tition sans fin d'une partition écrite par un mu s ici en absent au présent. Lui répondant. en le lais­ sant être. En mots reten­ ti ssants .

Mère qu'il ne rejoindra plus .il y a. Matrice de paroles qui éloigne à j amais de celle qui a donné le jour. Trouant le mur du son de mélodies qui appelleraient à des résonances encore inouïes . Pas elle.dit-il ? L a dite par e t pour lui . Rien de particulier . Reproduire . refaite par l'homme à partir de cette autre dont il provient et dont il ne se souvient que dans l'attrait à défricher ce qui l'empêche de voir. Pas grand-chose. Qu'a-t-elle pris en elle qu 'elle rend en flux neutre . Enveloppe de tous étants dans une éclaircie qui leur ménage leur apparaître . Ce qui ne peut se voir. Sidérés dans le déploiement de la parole comme dans leur séjour en tant que mortels . Seulement un cheminement obéissant en celle qui donne le site unique.dans ses monuments historiques de mots ou choses sculptés. Invisible 126 . Séparé d'elle par le bâti d'un dire où elle est enfouie dans l'oubli d'un immémorial silence. Qu'ils ne sont pas séparés. ses tracés. ses liens tressés. incapables de parler. Destin sur lequel il ne serait pas de point de vue possible . ses enlacements permanents. ni isolés. où elle a disparu dans un entour protecteur dans lequel des « frères » se répondent selon le même ton. Engagés dans un lieu dont ils ne peuvent pas sortir . Sans contra-diction venant d'une autre dont la voix serait différente . ni sans rapports . ses horizons. Liés dans la langue selon une communauté où il leur faut prendre place. ses chemins . Qu'ils ne peuvent que répéter . La Dite . Sinon. son pays . Qu'ils s'entr'appartiennent dans la solitude d'un monologue soli­ taire . il donne ? Octroi d'un présent inassimilable ? En quoi ? Que dit la langue de celui qui parle ? De celle qui ne parle pas ? De leur alliance ou non-alliance dans les mots ou le silence . où elle ne se connaît ni ne reconnaît plus.elle les rassemble tous en son horizon . Terre-mère de la langue. Toute-puissante qui ne se laisse pas capturer en un énoncé . la demeurante dans l'inappropriement d'un silence .

le projet des mortels . tel regard qui enclôt le paysage et n'édicte rien sur la vérité . Ce que son dispo­ sitif laissait en sommeil. en faisant apparaître la limite du champ perceptif de l'homme. et garde. quand la langue naturelle . Elle donne à voir. jamais dite. La technique. Mais ce péril plus grand. par l 'homme. Par l'arrivée ou le retour. d'un dieu ou d'un divin jusque-là exproprié de son destin. ne se résoudrait en salut que si elle mani­ fes tait son indisponibilité .la dite maternelle se trouve pliée aux impératifs techniques de l 'informatique. Mais quelque autre voix ne peut-elle parvenir jusqu'au cœur de cet enfermement ? L'attirant à écouter ce qui se dirait en un autre paysage. _ 127 . Obligeant le regard à se retour­ ner en son orbite.cette disponibilité qu'elle offrait au calcul de l'homme. elle laisse voir. Dévoilement du projet fondamental qui lui fait voir tout étant selon son seul et unique point de vue. elle donne le voir. n 'arrive pas à transgresser les limites de son site. Il faudrait toujours le redoublement d 'une opération pour que se dévoile son enjeu. venant de la technique. Mais . d'une nature première dont il provient et qu 'il veut maîtriser. au-delà de l'essence. apporterait peut-être l'issue au péril. d 'un inapparent cristal. et à voir ce qu'il n'avait jamais perçu l'aveuglement qui gît au cœur du même . soit . ce qui ne parlerait pas forcément dans le même horizon ? Ce dialogue s'annonce-t-il comme possible ? Ou faut-il que la parole demeure toujours monologue en un seul dire ? L'appel traversant la limite de ce lieu unique ne s'entendra-t-il jamais ? Que l'homme. et qui prendrait enfin la parole ? S'agirait-il encore d'approprier dans la langue ? Ou d'écou­ ter. Elle abandonne la liberté du monde à qui la prononce.support de toute reproduction du visible . Qu'elle soutient de son œil ouvert et pourtant aveugle . peut-être enfin risque d'apparaître ce qu'elle a toujours été : la formalisation. Du moins tel fut longtemps sa participation au futur . au-delà d'un in-fini différend. ou sa vérité. Nature exclue de l'histoire. seul.

L'homme se p arlera t il . peut-être ? . . de fleurs de rhé toriqu e. n'aurait souci d'elle-même. Gallimard. un autre en lui défini. par lui. dans un empire de confi­ guration immuable . encore et tou­ jours. Un dieu qui.leur stabilité parfaite ? et les liens déterminés selon ce projet. Parole j am ais prononcée. inatteignable par coup de force ni même imagi­ n ation de l'homme .L'emprise de la souveraineté de la langue est ele inébran­ lable ? Permettant seulement l'ajout de figures de style. annonçant ou apportant une métamorphose de la parole. leur droite tenue dans un maintien permanent . ne serait-elle cette parole attendue ? D'échange sans raison. ne désirerait être vue. sans que le salut soit entrevu. Se con tredisant : de telles paroles n'iraient pas s ans une extrême précision et profondeur de 128 . V . pour y réimplan ter une langue dont les entrelacs retiennent captifs et aveuglent de leurs liens. n'est-ce pas reproduire encore et toujours la même histoire : celle d 'un défaut de liberté par rapport à l'autre . Interminable esquive dont le péril menace de plus en plus. à lui-même à travers un milieu par lui déterminé. Donc. de mélodies encore inchantées. sauf en certains lieux d'avant l a pensée ? Et que le philosophe ne cite-recite qu'avec pudeur et arguments d'autorité . Le principe de raison. là où se tenait l 'ar aignée et sa toile. 1 962 . d'un manque d'échanges et de relations avec elle. Du dehors de ce cercle n e revienne. « La rose est sans pourquoi ». D'offrande de la possibilité de l'échange. fleurirait parce qu'elle fleurit. Parole n'assurant plus la consistance des choses ni des mots. un dieu ou un divin. en ce geste d'appro­ priation et d'appropriement qui y commande tous modes de rapports . apporte la rose ? Substituant au tissage de fils non dépourvus de sens . de paroles ou mots encore à retentir. le spectacle de l'ouve rture sans pourquoi de la fleur ? ( Cf. créé ou interprété ? S 'ouvrir et s e bâtir un lieu dans u ne nature trop exubé rante. ) Une parole qui serait sans pourquoi. mais les laissant à leur efflorescence . Un dieu qui change le rapport à la parole au cœur même de son déploiement. . ­ A moins qu'un dieu.

de sa naissance. Apport approprié pour le déploiement du dire ? S 'offrant tout entière. Visible en la déclosion de son recueil. Deuil au cœur du déploiement d'une histoire uniforme en sa parole ? Dont le geste ne serait j amais sans pourquoi . Sans attention au monde qui l'entoure . Offre d'échange jamais dite dans la langue . Parler pour toute croissance et floraison encore dans le silence . environne . ne le revoile­ t-il encore et encore sous la raison en ses différents destins ? Mise à distance léthargique du phuein le plus intime ? Tou­ jours éloigné du pays de sa conception. exposé sans le préalable d'un objectif.offrande s ans raison. Sans attrait déjà soumis à une téléologie .la pensée. Elle. informe. Sans regard furtif et intéress é sur ce qu'elle présente ou représente. de son enfance. . Impo- 129 . n 'en aurait pas besoin . . Langue mutique sur l'essentiel de son essence. Sans projet qui puisse la vouloir telle . Elle se proposerait à la vue sans prévoyance ni surveillance de ses effets . vide. la rose n ' aurait d'autre pourquoi que de fleurir. Qu'ils soient sans cesse en quête de raisons. sur l'éclosion-déclosion desquels le silence demeure. Leur site serait insituable ? Ouvert sans fondement . Comment l'homme nomme-t-il cet étrange rapport à l'éclo­ sion ? Comment parle-toi! cette croissance qui n'a pas lieu dans l'ek-stase de s on monde ? Comment se l'approprie-toi! dans le dire ? Ce fond sans fondement de l 'habiter de l'être. sans appropriement qui la justifie. Toujours en manque de rapports . Et qui y apparaît comme rien. rescellé et enfoui sous tout déploiement de paroles et retentissement de mots . de sa chair. y compris au sujet de la rose e t de son secret . Sa nécessité étant de fleurir. de son corps . Ce que ne pourraient faire les hommes pour demeurer dans leur être ? Leur destin exigeant qu'ils observent sans cesse ce qui les forme.simple éclosion spontanée. En mal du pays . Donc sans clôture ? Pas même le souci d'elle-même. Sans c adre a priori qui la produise comme telle. Et qui le garde captif. Et sa floraison même n'exige aucun tracé ouvrant . péril où se tient retien t le s ecre t du rapport au plus intime .

Sauf. La rose pourtant est là. Mais ne cherche-t-il toujours les raisons sur le versant de ce qu'il donne. ne faudrait-il que la parole se l'approprie sans cesse à nouveau en progressant vers une origine qu'elle n'a pas ? Cherchant. Son sens étant qu'il puisse être posé et imposé comme fondement stable d'un monde. et non sur celui de ce qu'il a déjà reçu 130 . parfois. et de toutes chacune. en elle. sans que le secret de cette production lui apparaisse jamais . Ni dans le feu qu 'elle apporte à la pensée ? Contemplation qui illumine. un principe. Vue. et faisant de chacune toutes. en une résonance solitaire.figée dans une figure idéale. oui. Se donnant au lieu innommé du rassemblement de l'apport des organes de tous ses sens . aussi mystérieux en son fond. des perspectives admises . Recréant ainsi le tout. une fausse profondeur : la raison de son être . L'être ne trouve-t-il son fondement dans une immédiateté sensible encore imparlée ? Dans un silence sur ce qui alimente secrètement la pensée ? L'indit ou l'indicible d'un rapport de l'homme à une nature échappant à son logos. La parole avec elle-même. Abandonnant l'admiration naïve pour découvrir la cause de la fleur dans la pensée. mais ne se dit pas . à fin de démonstration ? Mais un mur la sépare de la question qui lui est alors adressée. Interrogation qui se heurte à une chaîne de mon­ tagnes et revient à qui la pose. Point d'arrêt de la pensée . étale sous les yeux . Comme directeur suprême de l'ordre des motivations principales et dérivées qui y auraient droit de cité . comme une évidence si familière et assurée qu'elle ne semble pas valoir être regardée dans son étrangeté . Où elle ne se transpose pas ? La rose métaphorique n'éclôt plus . Trop proche pour être perçue en ce qu'elle a de plus singulier. affecte les sens de son rayonnement étale.sant. Reçu qu'il reprojette en un monde et ses choses . Sans souci de la fleur. Dont l'homme finit par oublier qu'elle n'est possible que grâce à la perception sensible immédiate. en place de cet indicible. Comme maître inconditionné des propositions recevables. laissée hors du monologue qu'en­ tretient celle-ci avec elle-même . Opérations inconnues de la rose ? Qui fleurit en terre étrangère à telle tradition. Pour la dire.

avec laquelle le rapport demeure abyssal. qu'advient-il si elle ne lui est pas rendue ? Quelle différence. Médium fluide qui accompagne toute perception et lui confère sa tonalité. Périlleuse quand elle prétend s'approprier dans un dit unique . l'éloignerait. présents et pro­ jetés . - Faut-il que l'homme se découvre enfin lui-même comme charnel pour qu'il voie ce qu'il s 'approprie de l'autre ? Pour ce dévoilement. tel un organisme qui maintenant lui échappe.infiniment petite -. là. qui ne se reçoit que de l'autre. défaut d'avenir. de ce sceau de l'être ne peut avoir lieu dans une langue dont le geste fondamental est l'appro­ priement.quand il redonne ? Ce reçu étant inappropriable ? Cœur du différend enfoui au sein de la langue . Quelque chose qui baigne l'œil et l'ouïe et tous sens. serait infranchissable dans sa mesure un infiniment petit dont le chiffre demeurerait obscur. dans cet abandon ? Le besoin d'assurer son salut ? N'est-il pas déjà trop tard pour cette pensée ? Le j eu de forces qu'il a déclenché ne l'emporte-t-il aujourd'hui sur toute méditation possible ? Tout retour vers le départ pour un nouveau futur ? Dans ce monde technique qu'il a fabriqué. Abîmes d'un encore-sans-nom pour l'homme et d'une autre s ans langue . Le recouvrement d'une perception sensible immédiate dans l'être recèle donc deux autres accolés sans lien : l'encore­ imparlé de l'homme et le sans-parole de l'autre . selon les besoins passés. un réseau de tensions attrayantes l'approche­ rait. n'est-il pas nécessaire qu'il renonce à sa langue ? Quel profit s'annonce. Et qui ne se dévoile pas sans péril. pour lui. Seul. tel un air qui ne se voit ni ne s'entend et est pourtant là . Mais le décryptage. Néantisation de l'autre. destruction de réserves . s'abolit dans ce geste ? Ressource d'un déploiement infiniment grand allant à sa perte. Une distance.de l'autre . la délivrance. De la chair. Toujours et encore assimilée et non connue ou reconnue dans sa différence irré­ ductible. Et qui s'enchevêtrent en des entrelacs aveuglants . Un trop proche se déroberait à sa saisie . Par manque de limite. Telle une incarnation muette et partout agissante. Production de forces déjà prises à la chair . l'homme a-t-il encore le temps de 131 . certes diffi­ cilement tranchable .

sa polis. Incubation productive de · mondes dont l'origine se dérobe. en l'homme. sans rêves ? Ceux-ci n'ayant j amais été que l'effet d'une consommation-exploitation de la nature qui n'apparaissait pas comme telle ? Fleurissait dans la nuit seulement ? Notre époque irait donc vers l'anéantissement du rêve de l'être ? Par manque de réserve ? La richesse de l'homme se révélant enfin à lui dans sa perte même. quant à lui. plus profond que le pensé de la pensée. Le même repose sur un abîme. dans un même qu'ils ne connaissent ni ne reconnaissent. l'autre à laquelle elle s'enlevait. Demeurant. voire s'émou­ vant. anticipé les traits de plusieurs époques . et l'être. 132 . sans savoir en quoi il est. ont-ils leur rapport ? Et comment ce rapport peut-il se donner ou s 'instituer en raison qui fonde ? En être de tout étant ? Même sans voix.se pencher sur son destin ? De créateur. Ne percevant que ce qu'ils se sont toujours déjà donné comme réponse perceptible. ainsi. Quel élément apparente l'œil à la lumière. se retire encore davantage. dès lors. Transit et abîme le tout ? Fond sans fond. Et. Résonne à travers toute parole. ses frères . Et de son monologue solitaire avec sa phusis. Qui atteint son point extrême quand l'existence de l'homme est déterminée ouvertement par la manière dont sont captées et utilisées les énergies naturelles : tel fonds calculable mis en lieu sftr dans l'activité représentative d'un sujet. se mouvant. Donc eux mêmes. En quel air ? Ou éther ? Un saut dans l'être en tant qu'être comme fond. ses choses. Parlant tous le même. par exemple ? Où. Sommeil à partir duquel il aurait rêvé d'avance. Mais ce même n'a pas encore pensé ce qui le constitue. Mais qu'elle s 'affirme comme origine. Un suspens dans l'air. Air ou éther en lequel dormirait l'être. n'est-il pas devenu machine au service de sa création ? Effet de cette archi-technè qu'est sa langue . rien d'autre. tombe dans un sommeil encore plus profond . Il y a un saut de la pensée entre deux régions ou modes du dire. ce principe impose mesure à tout ce qui est. réside la force de son « Dieu » ? Quel lien entretiennent ces deux étants ? En quel lieu. Sommeil.

de son phuein . .La rose. sinon se donner. Son éclosion sans fard et sa beauté sans parure . A moins qu'un dieu peut-être . la pensée opère un saut. Ce saut saute par-dessus quoi ? Une distance infranchis­ sable. 133 . . où est le sol de qui veut fleurir sans ' s y tenir implanté ? Dans l'air ? Dont il attend de se recevoir comme rose ? Futur qui n'a pas fini de se faire attendre. D'où l'abîme ? Car. sauf par une appropriation de la pensée . Son devenir étranger au destin de l'être.qui sépare sans unité possible . et fondamentalement impossible. Un différend .imperceptible ? .elle est infiniment petite. Une mimésis fondamentale. Son don hors de toute raison.ou parce que ? . Et sa floraison sans pourquoi. Elle outre-passe tous étants et se suspend dans l'air ou l'éther. d'où reviendra toute entrée en présence. même si . L 'être se dispense donc comme l'en-plus à l'appropriation. c'est d'un irréductible appropriement qu'il recevrait sa source inépuisable . par exemple. Pour entrer dans cet en-plus. Réserve du propre. si l'éclosion de la Heur a son sol dans la terre.

Ne se mouvant pas ensemble . Sans possibilité de détournement. Ne se rouvrant que pour le temps de disparition de son hôte ? Pour le laisser ressortir. mesurable dans son parcours . Jamais ensemble. l'autre s'absente pour l'accueillir dans une demeure paisible. l'autre devrait se retirer. Mais la dé1imination du lieu ne constitue-t-elle déjà le refus de l'entrée en présence dans l'ouvert même ? Quand l 'un se donne. pas d 'entrée en présence sans retrait. D'où l 'impossible rencontre ? Quand l'un arrive en présence. de déguisement et d'occultation ? Cercle de l'espace-temps de l'entrée en pré­ sence . dans l'attente. Site de la possibilité de tout paraître.donc fermé . Lieu d'un espacement spacieux mais limité où la paix s 'amén age . Quand l'un advient. sa rentrée en présence future. en ména­ geant. Que l'entour est fermé. La clairière où tout se donne dans une libre vérité doit être préalablement cernée ? L'ouvert n'est pas ouvert quand la présence y advient . Une maison . l'ouvert de 13 5 . Clôture du présent dans le déploiement de son surgis­ sement sans peur. du moins pour une part ? Se recueillir à partir d'un fond sans faille ? Supportant ou assistant la présence par l'offrande d'un sol qui scelle l'ouvert. si ce n'est sur le mode de l'un dans l'autre . L'éclosion de l'un nécessiterait la déclosion de l'autre. Tout s 'y donnerait dans le recueillement d'un ouvert.10 Ce qui se dit dans la « rondeur parfaite » ? Qu'en chaque point commencement et fin coïncident. en son repos . Dans un espace in-fini.

extérieurement ou intérieurement. de l'être. d'élaboration ? Action d'un feu séparé du tout. par exemple . matière et forme. immanentes et transcendantes. utiliser. s'évoquent des forces passées.ne peut-il s 'interpréter que comme coup de force ? Cerner.à consom­ mer. y déposant dehors-dedans la marque de son énergie . de soi et de l'autre. D'air. encercler. de la chose . en elles. Elles demeurent en repos. Perte redoublée. Et qui rassemble et réunit en durcissant la coque . qui résistent à la co-appartenance présente. Nécessité spatiale qui s'oublie dans l'économie du temps . immobile. Il Y a . Il crée les choses. mais rappellent ou appellent des mou­ vements . Vouloir imposer sa marque. Mais co-production de monde de choses dans un habiter empêchant l'accès à un même ou 136 . il se dés approprie en appropriant­ dépropriant l'autre.ni l'un ni l'autre. s'invoquent des forces futures . en soi et en l'autre. Quelque « chose » aurait toujours déjà servi à l'être que la philosophie n 'aurait j amais pensé ? L'utilité d'un étant à sa constitution. désap­ proprie .du monde. serait toujours effet d'application de forces ? Aspect donné ou fabrication produite. ne reviennent-ils pas à l'exercice d'une énergie . Distantes dans leur approximation car. informer. qui ne se donne jamais que comme disponibilité. en elle ou avec elle. au présent. leurs formes commémorent la mobilité déployée . Ainsi le tour . de prise en main. elle recouvre ce qui ne se donnera plus comme matière . Cette imposition de force dépossède qui la produit. en même temps. Immobiles.l 'ouvert doit s 'arrêter de croître dans la clairière. selon Empédocle ou Héraclite . Les laisser être signifie donc leur abandonner les forces qu 'elles contiennent ou retiennent.de connaissance. quelque chose du propre et. produire. A moins d'être éternel. Coup de force obscurément à l'œuvre et qui menace le tout de dissolution sous un apparaître mesuré et serein. Cette création emporte.première ? . son monde. son être.

mais l'immobilisant ainsi dans un entour de mort . en lequel ils se dispensent l'un dans l'autre dans une économie de cache ou réserve qui les fait disparaître dans leur différence. Et ne la rencontre que déj à produite par lui . se recueille en elle. voire l'abîme. Répliquant. en elle ou sur elle. Quand l'homme fait la chose sienne. Se parlant à elle-même. il ne lui parle pas davantage. Jamais dite. ils ne sont déjà plus ensemble . se relier à l'autre qui surgit. Quelle liberté s'ouvre ou se refuse dans l'espace de cette rencontre ? Comment l'homme a-t-il pu négliger qu'il n'était. l'Un et les autres séparés dans l'ek-sistance. jamais répétée-représentée dans la langue. d'un irréductible . Immortel souvenir qu'elle figure silencieusement. Il ne l'a dit pas en son premier apparaître. Soldant sa dette en l'enveloppant ou la creusant d'airs ? Y usant son savoir et son savoir-faire.en même temps . ils se rencontrent dans un vis-à-vis de signes qui se souviennent ou attendent mais séjournent dans une distance infranchissable : l'oubli imm émor able de leur co-appartenance à la production du présent de la présence . sans jamais l'accueillir en son premier surgissement. Coupés de leur enracinement. lui redonnant comme fond ou entour ce qu'il en a déjà reçu. pour quoi. Dans il y a ne se prodigue ni l'un ni l'autre : effet d'un en-plus ou en-moins à leur rencontre. son projet . se tient. Et ni elle ni lui ne sont plus libres de leur ouverture l'un à l'autre. jamais articulée entre eux . Quand il et elle se tien­ nent là. n'est-ce pas que sa langue lui donne du lieu ? Lui - 137 . Toujours à contre-temps . en elle ou sur elle.l'insistance de l'autre dans la présence. il l'a déjà arrachée à son sol. la langue oublie l'affaire fondamentale de son propos : comment. L'un et l'autre. pas de tâche plus essentielle que d'éclairer cette question ? Quel est l'enjeu d'un tel oubli ? Son projet n'a-t-il été de se construire un monde par et dans la langue.espace-temps . demeure vis-à-vis . sa première naissance. Il répète. en quoi. Il Y a un don de langue dans laquelle s 'est effacé l'écart. pour lui. Et s'il agit sur ou en elle. Y déployant ou déversant ses forces. sans souci de partage de ce lieu ? Ce qui lui importe. Il Ia recueille. l'origine du Gestell qu'est son corps vivant. Quant à la ulè} l 'homme ne trouve qu'à redire .

et de l'énergie utilisée .ou existance. Sans souci . de la lumière. Sans prévision ni provision. Dès lors fondée sur 138 . retraite à p artir de laquelle se rouvrirait tout espace­ ment de rencontre. En quoi et de quoi se construisent ces monuments histo­ riques ? Quels matérieux ont servi. De la naissance. de la croissance. s 'il est nécessaire de construire. de la terre. Le vide et le plein d'un aller-vers s'y commé­ moreraient en une silencieuse distance. Tout s'y rassemblerait et personne ne s 'y parlerait. la possibilité de l'échange avec l'autre mais sur le mode de la « sérénité » d'une clairière libre. Ne commençant pas par Ôter ce qui serait déjà pour s 'implanter dans un emplacement libre et sûr. Ne rédui­ sant rien au silence. Langue innocente de tout calcul ? Parlant ce qui a lieu . d'une réserve ouverte . saluant ce en quoi elle bâtit avant d'y avoir imposé sa marque . Sans technique de soumission de ce qui s'annonce comme péril ou conune grâce. Il y a la langue. A défricher ou à élever.ménage une maison ? Outil d'échange constitué en quelque transcendantal neutre d'où se recevrait l 'habitable ? Lieu des lieux. Encore non partagée ? La sauvegarde de l'entretien avec l'autre aurait ses monuments : espacement inoccupé. pas outil d'échange . ou le Gestell} du projet d'appartenance du tout à lui . La langue ne redonne jamais ce qu'elle prend. la langue contiendrait-retiendrait. Instrument d'appropriation par le repli du tout en lui. Sans angoisse ou affairement d'anticipation de ce qui pourrait venir à manquer . de l'aména­ gement de celles-ci selon le monde de l'homme . Ayant anéanti ce qui était pour être. de l'efflorescence vivantes et du recueillement. déj à voilé de mort ? D'y cheminer à rebours jusqu'au cœur de cette clairière vide où se commé­ more ce qu'elle n'a jamais su dire ? Librement. De la nature donnée et des gestes d'appropriation. en elle. sont entrés dans leurs élaboration ? Il Y a de l'air. pont de traverse . de l'eau . Et. A moins de la rouvrir très profondément ? De retraverser tout ce qu'elle répète. De l'offrande reçue et de la fabrication à partir d'elle . tel un modèle. Selon ses mesures. Chantant le site où elle va aussi se déployer sans lui imposer ses propres mots comme condition d'existence . Donc.

du rien . Détruisant des fondations pour se fonder. D'où la nécessité de redoubler son fond pour recouvrir ce creux, en elle, toujours menaçant ? Ce creux ? Un lieu mixte. Souvenir d'une rencontre qui n'a pas encore eu lieu et d'une destruction qui a déjà existé . Ambivalence d'une mémoire où passé et futur se lient inex­ tricablement sans que leurs directions puissent se disjoindre . Ce qui était déjà, ce qui n'a j amais été, ces appels ou rappels s'entremêlent pour recouvrir ce qui n'est pas - l'être . L'être n'est pas, sinon comme effet de ce Gestell, la langue, et de ce qui en tombe séparés. L'air, l'étant le plus subtil, mais encore le feu et l'eau et la terre, l'élémentaire naturel et les dieux qui s 'y cachent ou en sont exilés . De l'autre côté, l'homme comme homme et ce qu'il impose au monde et aux choses comme entités fermées . L'être - outil de l'alliance qui, approprié par l'homme, le scinde en lui-même et l'isole des autres . Clairière sacrée et sacrilège du culte de son « Dieu », érigé sur l'emplacement défriché, dévasté, de celle dont il provient, de celle à l'en­ contre de laquelle il n'ira plus . Dont il se détourne comme de l 'origine de son péril, la constituant en oubli immémorable. Reviendrait-il vers elle, il ne trouverait rien qu'un geste d'ef­ fraction et de recouvrement invisible dans un temple la redoublant pour en consacrer la disparition. A moins de renoncer à son être, à son monde, à son ek-sistance . L'être - un rêve d'autonomie, d'auto-engendrement, d'au­ toproduction qui s'appelle la vérité. Vérité à ne pas dévoiler. Regardée de trop près, elle disparaît. Que l'homme en ait bâti un monde ne veut pas dire qu'il soit vrai . Il signifie l'imposition d'un pouvoir - celui de séparer, découper, diviser, . . . Et son impouvoir correspondant : réunir. Séparer suppose la constitution d'une enveloppe comme telle . Mais l'enveloppe a un dedans et un dehors. Et ce qu'elle garde n'exclut-il pas qu'elle se garde ? Ainsi en va-t-il de l'être de l'homme, du monde, et de l'ouvert, de la clairière ? Jamais ce qui garde ne se prend en garde . Un en-plus toujours s'oublie dans la demeurance du 1.3 9

maIntien dans le même. D'où le déploiement d'un destin. Toujours menacé de déréliction. Et dont l'érection est si fragile qu'un encerclement matriciel s'impose pour sa sauve­ garde . Il faut, à chaque époque, relier-renouer la fin au com­ mencement pour que ce là se tienne . Ce qui s 'oublie ou reste en sommeil menace toujours de resurgir. De rouvrir l'horizon, d'ébranler le sol, d'occuper l'air, ou d'affoler la pensée. L'être, ce repli du fond ne cache rien que la nécessité d'un double essentiel pour que le tout ose entrer en présence. Caution secrète d'un identique qui résisterait à l'altération. Dure, en propre. Mais rien ne dure même, même dans la mort. Rêve d'homme renvoyé à un immémorable passé ou futur. Il y aurait - dans un passé très ancien ou un futur imprévisible, dans un temps d'avant ou d'après le temps - du même pouvant éternellement se rendre présent. Attente de ce qui n 'est jamais arrivé et n'arrivera jamais et sur laquelle se tient, ek-siste un être fabriqué - l'homme. Animal qui refuse de penser à quoi sert la langue. Peut-être ce qu'il y avait à néantir s 'épuise-t-il ? D'où la question de l'achèvement de la philosophie . Comment philo­ sopher sans le néant ? Quel autre mode de pensée appelle le renoncement au néantir ? Est-il possible pour l'homme ? Encore possible ? L'homme ne serait-il essentiellement technocratique ? Et sa langue, son mode d'habiter technocratiquement le monde ? Ne serait-ce cette vérité qu'il n'aurait jamais pensée jusqu'en son fond ? Mystère encore silencieux de son être. L'homme comme animal technocratique - la raison n'étant qu'une époque de son destin. Mais la distinction entre l'homme et l'animal se tranche­ t-elle au nom de l'instrumentalité ? L'animal aussi est, dans une certaine mesure, capable d'outil. Resterait à penser la qualité de la différence, dans le rapport à « la main » et au bâtir. Tâche dont la science se chargera mieux que la philosophie ? L'affaire de celle-ci serait-elle achevée ? Elle aurait été d'élaborer et de parfaire l'instrument langue ?
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Ou - la tâche de la pensée demeurerait-elle intacte : qu'en est-il de l'homme comme animal parlant ? Que les effets de cette singularité « essentielle » soient perceptibles dans l'histoire et le destin de l'humanité, ne signifie pas pour autant que cette essence ait été interprétée. Elle se serait appliquée à la nature, développée ou déployée avec plus ou moins de succès, de maîtrise universelle . Resterait à la penser. Qu'un vivant soit transi de langage entraîne ou pré-suppose quel destin ? Et la philosophie s'est-elle employée à définir et dévoiler ce destin ? Ou y a-t-elle été prise comme dans un cercle qui l'enveloppait et qu'elle a laissé intouché ? Pouvoir se dire, ce mystère de l'homme, en son fond, serait toujours même et identique. Tournant dans un cercle tauto­ logique : être - penser - le même. Que signifie ce même ? Et à quand la sortie de cette aveugle union de la :fin au commencement ? Quand l'homme ouvrira-t-il cette coque qui entoure l'énigme de son identité au lieu de la produire indéfiniment comme un pouvoir d'appropriation dont la fina­ lité lui échappe ? Qu'il redoute, donc. Parler veut dire quoi pour qui parle ? Quels effets en retour cela a-t-il sur sa vie ? Comment celle-ci se désorganise­ réorganise-t-elle d'avoir puissance de parole ? Quel est le pouvoir de la parole sur une autre vie ? Un autre vivant ? Ne s'est-il pas exercé, jusqu'à présent, sur un mode d'appro­ priation captatrice plutôt que sur celui d'un échange et de vie ? La langue prend-elle ou donne-t-elle la vie ? Cette question essentielle a-t-elle trouvé sa réponse ? N'est-il pas déj à trop tard pour la poser ? Cette machine ne tourne-t-elle pas déjà sans l'homme ? Ne lui a-t-il abandonné sa liberté d'inter­ roger ? Et n'attend-il pas de la langue ce qu'il aurait à lui donner - la parole ? Soumis au déjà-dit, déj à-articulé, déjà­ pensé . Entraîné dans une histoire, une tradition, sans retour. Sans initiative encore possible . Ne sachant où se retrouver en silence pour recommencer à parler ce qui ne s'est jamais dit : lui-même.
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dans ce cheminement. qu'est l'homme ? Ni les uns ni les autres ? Cela ne revient-il encore à ne pas se penser. Pourquoi parler ? Pour qui ? A qui ? Entre son monde. et fabriqués . l'homme se soit si peu avancé ? 1 42 . ses étants donnés. et son ou ses dieux disparus et muets. Toujours déployé et jamais pensé dans la source de la parole . Les uns et les autres ? Comment s'articulent-ils en lui ? Comment s'échangent­ ils ? Quel pont y a-t-il entre eux ? Comment la créature et le créateur se partagent-ils la langue ? Et s'ils ne sont qu'un. qu 'en est-il des autres entités bâties sur le même modèle ? y a-t-il passage entre elles ? Le destin de la langue n'était-il de les faire se rencontrer ? Comment est-il possible que.Toujours dit et jamais dit.

investir en même temps le même apparaître . instru­ ments théoriques. Deux choses ne peuvent avoir lieu au même lieu. qui n'aurait pas lieu sans l'air qu'il cache de son entrée en présence. tout autre. un espace déj à pré­ occupé par les conditions de son surgissement . Avec lequel et en lequel il demeure en échanges permanents . Grâce auquel ils apparaissent. Mais encore fluide imperceptible en lequel s'abordent tous étants. perceptions souvent recouvertes par l 'hégémonie du regard et de l'ouïe. Rien n 'est caché en elle que l'air. Rien. cache de l 'air.11 L'être n'est-il le Gestell inapparu-inapparent de l'air ? La clairière où habite l'homme. Qu'il fait disparaître en apparaissant.plus ou moins rapprochés ou éloignés. habiter ouvertement le même air. rien d'autre ne peut se produire que lui . où il a lieu. Néantir nécessaire à l 'apparaître même de tout étant. sans souci. construit sa maison. dans lequel il découpe son ambiance. du moins apparente . Libre . Du plus utile au plus inutile. Néantir sans destruction.rien. là où il se tient. Réellement ou virtuellement : l'épaisseur de l'air ne fait pas obstacle à l'approximation. Et que devient l'air quand l'étant y apparaît ? Il est néanti. Occupant donc. toutes choses . outils de la raison. et peuvent être mis à distance . Du plus élémentaire respirer au plus sublime de ses contemplations . Du plus nécessaire à sa subsistance au plus subtil de son plaisir. Air .en air. Car.cache . Et que deviennent la diversité de ces néantir dans l'apparai143 . entrent en présence. Elle ne cache rien . Reliant tous les sens : de l'olfaction animale au flair philosophique.

grâce auquel il est entré en présence.purement subsistante . ou existance. Produit l'homme comme identique à lui même . qu'il disparaît-réapparaît tout le temps. ) Qui. sera présentable . Ce rien ? La condition la plus élémentaire de son existence. que son devenir efface. Ce spatial libre de présence où s 'implante le monde de l 'homme comme s 'il était construit à partir de rien.tre ? Ils s'oublient et se rappellent dans la multiplicité du don de présence. et d'ailleurs corrompt.même . Etre . l'air où il a lieu. Sinon celui de l 'oubli . que l'homme change d'air à chaque instant. ( Rappelons qu'il en appelle à la tautologie comme évocation de l 'être dans le dire. sur fond d'un il y a du rien qui la rend possible . n'arrive jamais au même lieu . Il l 'oublie. ne se donne jamais lui-même en présence . Et si le il y a insiste comme n'étant pas rien ? Rien . capable d'oublier le changement. Sauf la chose absolument minérale.que rien n 'arrive j amais au même lieu. ne suppose-t-il pas la répétition infinie du néantir de l'avoir-lieu seulement dans un air jamais le même ? Instantanéité du changement transmuée en permanence éternelle . indéfiniment répété. installe l'homme dans un air même . Mais ce Gestell de l'existence. Ce qui. Mémoire et oubli de ce qui donne lieu . Ek-sistant à l'espace du devenir . Et l'effacement de cette première et toujours immédiate nécessité ne se constitue-t-elle pas aveu­ glément en essence ? Permanence de l'être dans l'oubli ? Persistance de l'oubli de l'être . Ce rien de mémorable que s 'approprie l'homme dans l'être-là. ou existance .pas étant . L'étant n'entre jamais en présence dans le même air.l'être . forcément. De se souvenir. Sauf l'homme. est. Ce là transcendant à tout étant et à l'en­ semble des étants. Le temps revient donc à la mémoire de l'oubli . Reste ? Cette inscription en négatif de l'apparaître d'où pro vient l 'être ? Cette possibilité de l'entrée en présence de tout étant . Ce là ? où il était. Oubli du devenir des 1 44 . telle une matrice d'air{ s ) . Au lieu du même insiste toujours le rien.là . si elle existe .possibilité du même dans son néantir.

il faut d'abord l'ouvrir. redé:6nir pour l'ha­ biter ? Défrichant donc l'espace déjà existant. consommé.bâti à la mesure de sa finitude. pas d'être. L'essence de l'homme . dont aucun endroit n'est privilégié. Le temps se prend au lieu pré-occupé et se redonne libre pour une présence affairée sur fond d'oubli. équivalente dans toutes ses directions. qu'il contient. pour l'homme ? Qu'il faut définir. oubli de l'air occupé. Par où passe l'air ? Respiré. Réserve même où se suspend l'identique à soi de l'être par-delà l'espace et le temps . Oubli de l'air respiré. . de ce dans quoi elle a lieu. ou le construire . Et à un rythme d'évo­ lution trop rapide pour la raison.s'altérer. Trop vaste pour être perceptible ? Appropriable ? Extension indéfinie de l 'air. Tautologie fondamen­ tale. Du moins dans son mode de présence présent . Je respire donc je suis. L'homme se produit dans l'oubli .mémoire d'oubli . Créant de l'espacement dans l'espace. habité. qui deviennent la possibilité de se souvenir d'une permanence inexistante. qui n'était pas . Etre : oublier.respirer : devenir . D 'un être-là . ek-siste.l'oubli. pour que le lieu soit. L'oubli de l'être : l'être de l'oubli . Alors qu'il a toujours déjà lieu dans un lieu . de la rareté dans l'es­ pace .mortels . La mémoire de l'être . Il faut persister dans l'oubli . se projette un monde . Installés dans une immutabilité dont la provenance est scellée . En une seule fois . Vivre . où il se tient. extasiant. Apparaître toujours différent dans un air qui se donne continûment autre. pour s 'y aménager une demeure vivable. s'oublie dans l'ek-sistance de l'être. la conscience. lui enlevant ses ressources d'air. Animal extatique à lui-même . oubli du lieu vivable où apparaît et se rencontre l'étant homme. oublier : être . ? Imper­ ceptiblement ne constitue-t-il pas le transcendantal même de l'ek-sistance ? Matrice du même où s 'oublie que tout toujours et tout le temps devient autre . Dépourvu de sens. se trace un horizon. . Vide cernable . de sa volonté de maîtriser la surabondance naturelle. Se fait être. 145 . . et toutes mesures maîtrisables par l'homme . où il se rassemble un alentour. Ce là ne se fait pas d'un coup . Animal qui dit que. Sans lui. Créant du vide pour surmonter du vide.

La matrice de ce tout-là. Le souffle circulant mal. Envol­ disparition du plus divin. enfouis. Creusée par couches d 'emplacements successifs et ce qu'ils laissent d'es­ pacements libres-vides pour l'homme. Tout . habitats murés où la rencontre entre étants supposent des systèmes d'échanges de plus en plus subtils. Lourdeur des strates historiques qui enterrent pro­ gressivement et horreur des abîmes qu'elles ont creusés pour ériger ce monument : l'homme. entrave-disparition du corps sous ses revêtements multiples. Lequel. L'être de l'homme ? Saturation d'identités à soi et gouffre de vides . De la réduction à rien de ce dont. sculpte son corps. se le redonne . dans ces propriétés successivement accumulées . que le monde n'était pas déjà. Ce Gestell qu'il oublie.Comme s 'il n'était pas déjà. Il le répète. Plus rares que l 'exubérance naturelle chère aux dieux. le corps se mouvant diffici­ lement. à sa mesure. Ce voilement se dissimule lui-même. Sédimentations de dehors/ dedans. Implantations défri­ chantes qui ouvrent pour lui et en lui des strates de dispo­ nibilités selon ses nécessités et possibilités . Enfuis. espacements/ emplace­ ments. la tombe de l'être. Il appartient à l'essence du voilement de se dissimuler lui-même et de sombrer ainsi dans l'oubli. Donc limitées .la non-attestation par l'homme 146 . Répétant. ce qui a déjà lieu pour se l'approprier. tels que se recouvrent les passages ou enveloppements d'airs .là. extérieurs/intérieurs.l'opération de dissimulation. Le voile . pour se souvenir qu'il existe. Le voile . matière-chair. De la constitution en sans­ fond de ce d'où il tire naissance. il faut qu'il crée . sauf dans l'art ? Il faut qu'il se le repré­ sente en matière inerte pour se rappeler comment il est. dans cette économie restreinte.mort. il provient . Le fondement que l'homme se donne implique le voilement du néant sur lequel il repose .

l'air. Elle présuppose l'air. Libre au-delà de toute vision. Oubli de ce fond qui ne se retire pas plus qu'il ne se montre. Tout s 'y rassemblant. le rien-penser. Quand il s 'en approche . La vérité de l'homme se créera comme déploiement d'un sol entre le sans-fondement possible de son rapport à ce dont il surgit et le surgissement de la prédication : recom­ mencement du monde. Ne sachant rien de ce qui y a lieu mais éprouvant. D'un impossible à être . ce ne sera que dans la distance d'un rien d'être . Et sans participation possible à la génération selon ce lieu . Constitution d 'un entour où il peut exister en se reproduisant comme homme. Demeurant hors vue. Et la pensée n'atteint le fond de ce rassemblement qu'en s'assi­ milant à cette spatialité paisible . sous-tendent la fabrication du sol-pont sur lequel l'homme se tient et existe en tant qu'essence. La négation-dénégation du passage par le rien être . Tautologie insaisissable. La non-reprise dans l'être de l'homme de l'être du rien . en ce lieu. la présence ou l'absence . se présente et s'absente s 'y trouve recueilli comme en une chose fondamentale . Par extase toujours déj à hors du lieu qui lui donne lieu . Non-retrait de ce qui se donne et se redonne sans se percevoir. Mai s comment reçoit-elle ce qui. Dans l'air apparaissent et disparaissent jour et nuit. en eux. Le rien-dire . Ce n'est pas la lumière qui crée la clairière. mais la lumière n'advient que grâce à la légèreté transparente de l'air.spatialité « intem­ porelle » où tout a lieu . Toujours déjà séparé par rapport à la nature qui le met au monde. Toujours là . Etre impensé de la pensée ? Cache inap147 . Dont l'intuition originaire recule indéfiniment . Le discours . Pas de parole sans air qui la véhicule . L'ampleur de l'espace et les horizons du temps et tout ce qui. le rien-être.qu'être revient à être comme rien. au maternel d'où il naît.ce par quoi l'homme se reproduit lui même à partir du mystère de son engendrement dont il ne peut rien dire. voix et silence . Rien d'être par étrangeté du jeté hors de ce qui lui donne vie. n'entre j amais en présence ? Mystère du site impensé de son enracinement . Pas de soleil sans air qui l'accueille et transmet ses rayons . condition de tout appa­ raitre. inlas­ sablement répétée.

parent en elle et à partir duquel tout revient au jour, se redéploie, se garde dans la mémoire de l'absence . Oubli de la tombe d'air où la présence est rescellée .
La spatialité de l'air n'insiste-t-elle dans un suspens de tetnporalisation par défaut de présentation ou disparition ? Toujours là, l'air n 'est ni absent ni présent. Sous-jacent aux trois extases temporelles dont il ménage et supporte la possibilité ? Pas de temps sans lieu où la présence a eu, a, aura lieu . Mais le schéma : si. . . alors , constitutif de la tempo­ ralité, demeure tautologie pour le médium de l'apparaître . L'air, au fond, change sans cesse et reste même en tant que localité de l'entrée en présence . Si tel étant a surgi en telle circonscription de l'air, il y demeure à jamais . Que se sédimentent, dans l'être, les entours de ces avènements, certes . Qu'ils s 'organisent dans le continu d'une mémoire, oui. Qu'ils s'extasient dans un là où tout peut revenir, advenir, se prévenir, ne signifie-t-il pas que la multiplicité des avoir­ lieu excède la possibilité du souvenir, sauf à arracher les étants à leur milieu pour les recueillir sur fond d'un même dans la pensée . Impassibilité d'un demeurer dans l'homme . En quoi ce lieu où tout se garderait sans altération ? De quoi est fait le répondant psychique de l'air - reste impensé . Et pour quel destin se prend-il, renversé, dans le fond sans fond de l'être ? Par vouloir d'appropriation qui enlève les choses à leur substrat vivant pour les amener à ek-sistance dans le monde de l'homme ? Mais l'air s'approprie-t-il ? Sans fin ? Sinon la mort ? L'unique omniprésent s'appréhende-t-il par un vivant parti­ culier, où le déborde-t-il à l'infini ? Ne serait-ce pas grace à ce manque à pouvoir s'approprier le tout qu'il se donne le ciel ? A venir toujours partiellement atteint, j amais à la mesure d'un projet dont le fond se dérobe, au-delà déjà et encore inépuisable. Et irréfléchis sable : en lui tout advient, mais il demeure tel un il y a sans fond. Condition du don, toujours parci­ monieux, des étants , et dans leur ensemble. Mais que le ciel encore appartient ou co-appartient à la terre en tant qu'il est en air, s'oublie. Qu'il ne consiste ni n 'insiste en rien ni de rien, sauf en un néantir de son élément

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nourncler, le recrée, ou projette comme gouffre d'en-haut ou d'en-bas qui menace le cœur même de la présence . Le geste marque et remarque l'entrée en présence ; il s 'approprie et donne en même temps . La simple présentation­ représentation oubliant le geste, et ce dans quoi il a lieu, crée de l'immuabilité dans une extase spatiale vide - libre ? d'un temps sans mémoire du lieu où i! s'enracine. Le geste réimpose directions et dimensions à l'espace, déroutant la téléologie temporelle : passé , présent, avenir . Il redéploie l'instance sous-jacente à l'extase. Il brouille l'érection du transcendantal . Rend mouvementé ce qui devrait demeurer impassible dans et pour la commémoration de l'être. Il neutralise le neutre d'un il y a à partir d'où tout se donnerait-redonnerait. Saufs . Défigurant l'ordre de la langue. Ainsi transcender indique un sens : de . . . à. Une marche ou une ascension, selon le plan parcouru. Quand le transcen­ dantal existe comme tel, il suspend, dans un immuable, les mouvements qui l'ont constitué . Il oublie la mobilité, la motricité, l'expérience encore sensible qui lui ont donné lieu . Il résulte de paralysies diverses . Ciel inerte de la pensée . Renversement du haut en bas en lequel elle se fond pour régler, à partir de ce vide, tous mouvements dans l'espace. Mais , certes, quand l'homme vient au monde, il entre déjà dans un système préétabli de relations entre étants . Ce passé, qui pour lui ne sera jamais présent, lui est octroyé comme fond à partir duquel il existe . Sans expérience possible de sa constitution, ne l'accueille-toi! pas comme ciel acquis de toute vision ? A moins d'en déchiffrer les inscriptions dans la matière , et corporelle, en laquelle il se tient. D'interroger ce que cette voûte représentative a déjà pris et donné à la terre ? De questionner son sol historique comme pont entre terre et ciel ? Si abîme i! y a, quelle marche manque ? « En quoi » ce ciel sur terre qu'est le monde de l'homme ? S'il s'agit de dépasser, peut-être le seul sens spatial possible n'est-il pas de laisser derrière mais de garder en dessous ? La m arche

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n'est pas forcément horizontale. Sinon, d'où proviendrait l 'extase ? Mais, en apparence, une ou des marches font défaut. L'homme saute, oublie le pont à fabriquer entre ces rives : terre et ci el Il veut comprendre l'ensemble sans souci du comment ? en quoi ? de quoi ? se construit l'ascension d'un point de vue qui survole sans oublier, se bâtit une ascension qui s'élève en se souvenant. L'accent sur l'anticipation pro­ jective n'est-elle effet d'oblitération de la dimension spatiale qui mène à l'extase ? Le monde de l'homme tiendrait en l'air sans souci du fondement de cette érection. Cime d'en haut ou d'en bas, à partir de laquelle se dévoilerait à lui l 'ensemble. Mais l'architecture de cette profondeur - son Gestell en quoi, de quoi, comment se tient-elle ? Quelle est la nature de son pouvoir ? Comment ce là devient-il ?
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ne peut que répéter et redire des voies déjà ouvertes et qui effacent la trace des dieux enfuis . En cet abandon. toujours seul. par lui. tout en demeurant mortel . le poète court le péril de s 'avancer hors du monde et d'en retourner l'ouvert jusqu'à toucher le fond du sans-fond. à chaque instant. accordant à tout et à tous la vie. lui convié à rouvrir un site férial . ce qui encore voudrait traverser cette atmosphère préoccupée. 151 . Imprévisible. Un épa­ nouissement pour lequel le sol lui fait défaut. Prophète de forces pures qui appellent et refusent l'abri. Aujourd'hui si recouvert ou enfoui qu'à nul ciel ni terre il ne peut se fier. par le poète. Disant oui à ce qui l'appelle outre-horizon. S 'arrachant à sa terre natale pour plonger ses racines en une terre encore virginale . Pour quelque vie non assurée. L'excédant. un souffle au mieux lui reste . Et qui ne va pas à l'abîme. Il lui faut donc quitter le monde. pour le risque. Dans aucun sens . Partout présente. Libre. d'un souffle : celui qui. Donc inconnue. Risque pris . Et partir de l'avant vers quelque rive lointaine qui ne s 'annonce pas . D'aucune bouche entendre son chemin. dans d'innombrables entrelacs. ce quêteur d'éther encore sacré. Aucun lieu n'est. sauve par le chant. habitable. sous peine de mort. Energie pre­ mière et dernière qui s'oublie quand elle ne vient pas à manquer . à peine. mais invisible. Immobilisant. Tout ce qui déj à existe ne paralyse-t-il la respiration ? Habitant imper­ ceptiblement l'air. trouver un signe. Le retenant de se dispenser librement. s 'il se garde. Seul.12 Risque qui risque la vie même .

Seul l'attrait d'une aventureuse croissance entraîne le mouvement. qui fraie selon sa gravité. avant même la détermination d'un cen­ tre. Le fléau de leur rapport dans la différence . celui pour qui les voies ont déjà été tracées . Equilibre encore et toujours en balance entre le fond qui se risque et le risqué dans son tout. S 'acquittant de l'in-fini sans dissolution dans le néant .Se déprenant même de cette magie captivante qui appa­ rente les hommes entre eux. et repartent.sans doute. sinon la perception à l'encontre de laquelle rien ne s'oppose. Progressant sans souci de dimension ou de direction déjà là. l'échéance imprévisible dans un jeu avec son historiaI partenaire . ni fiançailles ni abandon. Ne veut être soumise à une fin en laquelle l'un ou l'autre abolirait le lieu intermédiaire de leur mutuelle perception. Qui ne force aucune clôture. Départ qui ne va à l'encontre de rien. Accès à des rencontres sans barrières où les plus risquants arrivent l'un vers l'autre. Mettant en jeu le péril d'une nouvelle éclosion. Ne doute que qui connaît déjà le bon sens . Des germes encore retenus captifs d'un sous-sol à rouvrir. mais obéit à la gravité de forces pures appelant à un tout sans 1 52 . sans retenue. Entre ce qui se projette dans l'insituable et qui appartient déjà au monde . Mais. Hors demeure . il se retire encore. Tout reste en balance par rapport à l'évaluation finale. Descendant aux enfers de l'his­ toire pour y rechercher des traces de vie . Sûr . dénuée de protection. Non abritée. Instable est. à nouveau. Se reprenant de tout milieu pour risquer. Qui calcule encore avec un objectif. Il est encore trop tôt pour de telles alternances. n'hésite pas . Entre qui habite déjà et qui quitte sa demeure. Laisser à l 'air dans le futur de l'encore inapparu . de l'inscription dans un pourtour. Non pas rêve d'un illimité qui s 'atteint par réversion de mesures . pour entrer dans un ouvert sans bornes . Ici. Et. La partie n'est jamais gagnée. et toutes formes de propriétés . Entre ce qui se livre à un nouvel épanouissement et l'ensemble du déjà établi. parfois. Destin inhabituel. A libérer. Sans voile ? S'avançant dans le danger sans qu'une réponse à la confiance soit déjà accordée . S'exilant de tout vouloir propre à une communauté existante.

d'un multiple irréductible à l'un . Perception immédiate dans un ouvert que ne barre aucune conscience. Départage de terre. d'espace où n'a plus lieu ce qui n'écoute et n'obéit qu'à la pure attirance . se donne sans condition . Ce qui s'ouvre ne s'arrête en aucun sens . Etablissement d'un marché où rien ne se délivre sans être introduit dans un système d'échanges qui estompe ou efface la réalité tangible dans un spirituel spécu­ latif. Déj à hier. Reposant dans une pro­ fondeur qui les porte. Auquel échappe le contenu même du désir . . Ici. Personne ne se rencontrant ni n'appréhendant les choses sans passer par le tribunal d'un calcul général. sans sauvegarde . au règne d'autant plus impératif que les nombres n'y paraissent pas . A tout préalable commandant la production. Sans abri. effets des moyens utiles à un vouloir impé­ rialiste de l'homme. Dans l'abandon d'un calcul qui s 'en tient à un affrontement plus ou moins voilé. Soustrait à la domination . Pas même celui d'un horizon. quand il se livre aux estimations de valeurs qui organisent le monde de part en part. Immensité découverte dans les premiers instants de l'amour ? Où l'autre échappe encore à la représentation. e t barré. Là et pas là. inimposable. Ainsi de l'amour . Pas de balise dans ce risque total. Air indéfiniment libre d'obstacles . ni géométrie ni comptes . étrangers à toute réflexion.en soi ou en l'autre . Amour devenu simple matériel soumis à l'objectif d'une production. Liens natifs . Elle se vit. L'homme y perdant cet 1 53 . Imprévisible. Se laisse être matière première . Sauf l'attrait de s'avancer vers l'inhabituel. Répond sans savoir ni intention qui rendent compte de l'obéissance à quoi que ce soit. de ciel. Obscur attrait où ils s'entr'appartiennent dans un milieu qui les absorbe en deçà de tout rapport.fin possible. Etre ensemble avant tout face-à-face où s 'inaugure l'évaluation. . se profuse. Seulement la force qui ne se refuse pas. Innocente encore de techniques appropriées. Avant cette répar­ tition sujet-objet. Se diffusant l'un dans l'autre en ce milieu qu'ils deviennent. Appel dans un vou­ loir qui ne veut rien. mais abandonne toute résistance. Acceptation d'un large qui ne se maîtrise pas. spécifique ou absolue .

Entre les deux.obscur désir qui le fait homme. Sont-ils ainsi en quête d'une protection supplémentaire ? Non. parce que dépourvus de l'angoisse de leur sécurité. Ils ne se retrouvent pas situés en quelque clôture garantissant du danger. De tout . certains se risqueraient hors de cet enfer­ mement . toutes fins doivent être soumises au moins à une rétroversion. ils se reçoi­ vent et se redonnent dans l'ouvert. D'un vouloir se voulant lui­ même ? Seuls . Sûrs. l'ampleur de l'attrait et la redéployant dans la plénitude d'un don. Ils respirent sans souci . à l'acquisition d'un plus pour eux-mêmes . imperméable à la percep tion innocente de calcul. plutôt. désormais en exil de ce qui. aucune demeure n'aura été façon­ née. se retourner. Voulant davantage ? Ou. tel un horizon borné : voile imperceptiblement protecteur de l'en-face . Ces audacieux n'apparaissent pas comme tels au moment où ils s'avancent dans le danger.jusqu'à la source dont ils se reçoivent. Désenveloppés de tout bâti selon leur vouloir propre. Se reposant seulement sur l'attraction qu'ils per­ çoivent et qui les meut en dehors de toutes frontières . aucun abri constitué. sans réserve. Renonçant à leur propre intérêt. Ce serait encore se couper de l'ouvert. Enfermé dans l'inconditionnel d'une auto-imposition délibérée . Consentant éperdûment. Constitution d'une clôture où il s'isole. Ce qu'ils risquent est fugitif et imperceptible à peine un souffle. S 'engouffrant dans une dif­ férence infinie entre l'attrait qui profondément l'anime et un se-vouloir dans l 'auto-imposition. au plus intime. Et ne se réclamant d'aucun exploit.contre tout. Ce consentement et son rendu ont lieu sans production supplémentaire pour qui ainsi se risque . Pas séparés . C'est 154 . nulle transition : l'abîme d'un néantir que rien ne sauve . Tout ce qui s 'offrait comme futur possible doit se quitter. Mémorial de la sépara­ tion de l 'homme. Tout objectif doit être déconcerté. consentant à ne plus vouloir. Fonctionnaire de la technique. Dans cet aller-retour. Avant de partir. Qui n'ouvre sur rien. Acceptant de s'avancer là où ils se sentent portés . l'émeut. - L'accès à cette étrange aventure se passe dans le renonce­ ment à tout chemin déjà proposé . Accomplissant.

L'objectif et le subjectif perdant leurs limites . pour que celle-ci retrouve sa voix . Son chant. Livrant à l'autre le rythme même de leur respi­ ration. Se laissant émou­ voir par tout ce qui touche. fondant leurs forces les unes dans les autres. Réversibilité de l'aversion en consentement au tout. certes . Accédant à un espace et un temps interminables . sans réserve. Milieu d'éclosion. comme autre face de la vie ? Oui. mais aussi l'imaginaire de toute conscience. Retraversant les frontières de leur propre vie . à l'abri dans son être ? Au cœur de lui-même ? Pas encore ouvert à l'autre. Remémoration d'un état si ancien que peu en sont capables. sans bornes . sans doute . invisiblement. Dévoilant-revoilant l'enfermement dans un site . se déversant l'un( e ) dans l'autre. Refluant en deçà. Sans refus ni repli. sans retenue.sans projet. Elargissant sa sphère d'application. A la mort. Livrant toutes leurs faces sans détour. dès lors retourné en un plus vaste. Dimensions qui outrepassent le sidéral. Pellicule imper­ ceptible dont le dehors se redonne sans cesse au dedans . Protégé par le risque même . née pour qui s'abandonne : se reçoit et se prodigue à l'autre. Expirant en l'autre. agissant les uns sur les autres dans l'intégrité d'une perception qui ne se refuse pas au centre de sa gravité pure . la langue. Sor155 . que s 'avancent ceux qui osent tout. hors de lui. Insensiblement. en aveugles. Y faisant entrer ce qui en détermine l'horizon. Désenvoûtés de la peur d'être sans abri . Acceptant d'en perdre la mesure pour en découvrir une nouvelle amplitude . sauf du même ? Etranger à cette existence surnuméraire. en lequel seraient embrassés les libres de toute crainte. Mettant en péril l'enceinte de l'être. Et à l'autre comme autre ? Oui ? Ou s'agit-il encore de demeurer dans le cercle du propre ? En acceptant le revers. Faisant du négatif un positif. Disant « oui ». pour en renai­ tre plus inspiré . Mais toujours selon le même geste . à l'ouvert sans mesure. risquant leur souffle. Chaque un et toutes « choses » reposant l'un( e) dans l'autre. S'abandonnant. à l'ensemble de tout ce qui advient.

Seulement le ris­ que. Dans le risque. c'est dans l'abandon de tout calcul. Se fiant. alors même qu'ils ont renoncé à assurer leur salut . Frémissant de l'arrivée de ce qui s'annonce . ceux qui renoncent à leur vou­ loir propre. Le seul guide y étant l'appel à l'autre . telle une vibration que perçoivent ces éperdus d'amour. Ils s'attirent dans le mystère d'un verbe qui quête son incarnation. le chant .risquant le dire même. La fulgurance leur vient du consentement à ce que rien n'assure leur garde. dont nul ne sait où il mène. l'un par l'autre. cette nuit du monde. Avant que la séparation ait eu lieu. En-plus à toute langue existante. De cet autre souffle qui leur nait après que toute résonance déjà connue s'est brisée. et se risque en deçà . Suspens de toute signification. - Ainsi vont. tout mot déjà prononcé. parfois. a été atteint . S'invoquant sous tout dire déjà articulé. Se recevant et se donnant dans l'encore insensé . Ils vont. Répons . Dans cette opacité. investis d'un dire d'inspiration oubliée . Dont l'haleine imprègne subtilement l'air. progressant hardiment par des chemins où d'autres ne voient que ténèbres et enfers . De toute langue et tout sens déjà produits . un chant leur monte aux lèvres . Ils s 'avancent et. à ce qu'ils pressentent dans le vent. déjà. De leur bouche s'exhalent des sons qui ne veulent rien dire seulement l'inspiration qui frappera l'autre des sentiments et pensées qui les débordent. Ni cette caution au sens ou au non-sens du tout . démesurément. tout rythme déjà martelé. car sans calcul. l'un à l'autre. si du divin encore peut nous advenir. N'ayant plus la parole . Sans inquiétude. De quel futur. le souffle. inaudible pour la plupart. qui en dévoile le fondamental marchandage. Pour en renaître. Sonorité inouïe des regardants. toute parole déjà échangée. Au-delà de tout ce qui. il est l'an156 . qui ne s 'aventurent pas dans le séjour in-fini de l'invisible . Pas même cette enceinte historiale de l'homme . Enfoui sous toute logique. ils découvrent la trace des dieux enfuis. Etranger aux changes et aux affaires . Hors marché.Dieu ? Ces prophètes sentent que. à ce qui fait le corps et la chair de toute diction : l'air.tant du temple déj à consacré pour retrouver les traces du lien férial avec le tout-autre.l'être . attentifs. et l'estimation d'un plus ou moins de valeur.

Mais le souffle de qui chante en mêlant son inspiration à l'haleine divine demeure hors d'atteinte. ici . Ne va à l'encontre de rien . Insituable. Seul. se met en chemin. De quel passé. D'aujourd'hui. Quelles que soient la détresse ou l'indigence qui en adviendra.ils en viennent . n'ap­ paraît jamais au grand jour.nonce . Qui le perçoit. Sans visage . Obéit à l'attrait. Sauf à être déj à défiguré.seulement l'en-plus à tout ce qui est. Nécessité d'un destin qui ne s'écoute jamais clairement. Mais qui l'entend ? Leur chant irrigue obscurément le monde . d'hier . En eux. Aucun pro­ jet. Ces prédécesseurs n'ont pas d'avenir . 157 . il est déjà présent. la secrète commémoration. ce refus de se refuser à ce qui est perçu . de demain.

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