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EMILE,
O U

DE L'ÉDUCATION.
P^^ 7' 7* -Rousseau,
Citoyen de Genève.

Sanabilibus œgrotamus malis; ipfaque nos in
genitos Natura,
fi

re^um

emendari velimus, juvat. L.II.c. 13.

Sen:

de ira.

•70

ME TR OISIEME.
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X'ïT

4*

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^ ^
4-

A FRANCFORT.
M.

D C C. L X 1

1.

e ceux qui favent combien U première épreuve de la violence hi de l'iniufticc '^'^'' ^" jeune cœur fans expérience. il faillit fuir. Y. Suile du Lûore quatrième. 11 y avoit dans cette ville un hofpicc %^%^^ fur la *^ *• " *' il y fut admis. Il ctoit né Calvinifte j mais par les fuites <||o #^^\^C2. fani. on lui apprit le mal qu'd ignoroit il entendit des dogmes pour les Profclites.E M I L E. on l'enferma j encore p!us°nouveIles.urciic à la de fcs planites . on lui donna des doutes qu'il n'avoit pas.ays étranger. truifant & : nou- veaux. ou le puni^ " *' ' *' merci de fes tirans. il changea de religion pour avoir du pain. fc fip. Q^. il il vit des mœurs j il *' *' *' les vit. o u DE L'EDUCATION. 11 voulue fe plaignit. reflource. a trente ans que dans une un jeune homme expatrié fe voyoit réduit à la v'^îe d'Italie. " 1^ ^$^^^^ L y ilfcafe^H r ^AlÎTlS'ft' '/ \Cl%''%~M^% " " ^' dernière mifere. en être la viaime.^ l'inîcontroverfe. il fe vit traiter en criminel pour n'avoir pas voulu céder au crime. fe trouvant f'-'g'tif} en f.| a une t'-tourderie.

èz fon protecteur furent cette ingratitude. L'Ecclcle avoit bcfoin de tout «' flaftique étoit pauvre. Il Tetouffoit. ni afl'ez d'adreiie «' ^' *' ". Des larmes de rage coulaient du fien.' fâchant être pour fe faire un chemin facile. un_moment il fe A la première lueur de fortune. le crut au-deilus tleVa dcftinée . il prétendit à m dans Retombe rien. àl'inIl nevoyoitquede vils domefliques fournis fàme qui l'outrageoit. <^' monde. il fentoit les " peines .« de faim. Il étoit perdu Si. il il fe reffouvmt de fou *i *' " « « m u l'EccléUaftique une bonne fa vue rappelle à louvenir réjouit aaion qu'il avoit faite. 11 fut bientôt oubliés. evai lui. l'état " " *' *' «' *' fans un honnête liccléfiaflique qui vint à " " qu'il trouva l'hofpice pour quelque affaire. humain. il le confioit à tout le monde. il en eft bien reçu . ou des complices du même crime. toutes fes efperances p'^Lini de favo"fa jeuneffe avoit beau le s'évanouirent gàtoient tout. N'ayant ni allez de talent. qui fe railloient de fa réfiftance r excitoient à les imiter. idées romanefques fes : au vice pour rentrer dans 1 mdijeune homme luttoit fans fuccés con- v j- rifer. fans afyle.2 •< *' *' EMILE. f' '. ni méchant. prêt à mourir biçafaii-eur. mais l'opprimé avoit encore plus k & le " " •>« befoin de ifion. imploroit le ciel & les hommes. " Echappé *' *« '* *' ••* ^' «•' aence. & n'étoit écouté de perfonne. fes maux d'elle. l'indignation de fes yeux. compatillant . un tel Cet homme étoit naturellel'ame. toujours 11 V retourne. fa première détreflé. le trouve. moyen de confulter en fecret. ne tant de modéré. chofes qu'il ne fut parvenir à fans pain. k il n'héfita pas à favorifer fon fe au rifque de faire un dangereux ennemi.

à peine fufîifant pour deux. lui cherche un gîte. Tel étoit le dernier terme de fon ambition. eft-ce en Italie que ** ** *' *' *' *' *' *' vous eufliez efperé tout cela ? Cet honnête Eccléfiaftique étoit un pauvre Vicaire Savoyard. *' *' 3 peines d'autrui par les Tiennes. 11 n'étoit " ** " " " ** *' avec une figure intereiTante. ni fans efprit. pour y palTer le refte de fes jours. en le quittant il ne perdit ni fans lettres j & " *' point fon eftime . & il ignoroit comment il fautfe conduire chez. que l'opprobre & le mépris avoient abattu fon courage. & que fa fierté. & comme il vivoit fagement: " ** *' ** ** ** ** " '* aimer de tout le monde. ne lui montroit dans l'injuftice la fe faifoit & A & 2 t' dureté . il partage avec lui fon néceflaire. il fc flattolt de rentrer en grâce auprès de fon Evêque. il l'inftruit. Se le lui fit examiner avec foin. le confoie. il ne rcfta pas lon^tems chez celui-ci . Si d'en obtenir quelque petite Cure dans les montagnes. & !e bien-être n'avoit point endurci fon " *' " " *' *' cœur . il préferoit la pauvreté à la dépendance. Se qui avoit paffé les monts pour chercher les reiFources qui lui manquoient dans fon pays.ou DE L'EDUCATION. " Un penchant naturel l'interefibit au jeune fugitif. qu'une aventure dejeunefle avoit mis mal avec fon Evêque. il lui apprend l'art difficile de fupporter patiemment l'adverfité. Il fait plus. le Grands. Gens à préjugés. Il vie que la mauvaife fortune avoit déjà flétri fon cœur. enfin les leçons de la fageiïc & une vertu éclairée avoient affermi fon bon naturel. l'y recommande . il avoit trouvé des proteneurs qui le placèrent chez un Miniftre pour élever fon fils. eft-ce d'un Prêtre. changée en dépit amer. Il accueille le jeune homme.

La fienne avoit encore tout fon reflbrt. il prit dans le même dédain nos *' ridicules rêveries. " Dieu falloit & <* «* «' ** ^' fans l'aflervir aux fureurs des fens. *' L'oubli de toute religion conduit â l'oubli des *< devoirs de l'homme. . Ilavoit vu qui? la religion nefertquede mafqueà l'interct. & l'objet auquel nous les ** appliquons. & le culte lacré de fauve. prefque inévitable. fans *^ rien imaginer fur la génération des chofcs. l'entraînoient rapidement à fa perte. dureté des la le vice de leur naturel chimère de la veitu. étouffant peu-à-peu le *' naturel. *' ne lui préparoient que les mœurs d'un gueux <' & la morale d'un athée. Une honte native.garde à l'hj'pacrifie : il avoit vu dans hommes. mais ** l'incrédulité. & fon éducation n'avoit pas été «< négligée. la mifere. où le fang ** en fermentation commence d'cchaufFer l'ame des hommes il . *' Le mal. 11 étoit dans cet âge heureux.4 *' *' EMILE. il fe *' plongea dans fa ftupide ignorance. pour lui. fans rien favoir de ce qui eft.al né . n'étoit pas abfb*' lument confommé. Ce >** n'étoit pas pourtant un enfant m. Ce progrés étoit déjà plus «' d'à moitié fait dans le cœur du libertin.ent qu'on avoit *' reçu de lui. un charadere timide fuppléoient à la gêne. Le jeune homme avoit des *' connoifi'ances. le Paradis êc l'Enfer mis pour prix à des jeux de mots i ilavoit *' vu la fublime primitive idée de la Divi*' nité défigurée par les fantafques imaginations *' <' la fubtilite des & *' & trouvant que pour croire en renoncer au jugem. que " *' vaines difputes. cette époque dans laquelle vous maintenez votre élevé avec tant de & *' foins. prolongeoient. avec un *' profond mépris pour tous ceux qui penfoient en *•* favoir plus que lui.

rems dégoût lui tint lieu de vertu pour confe»-veF foh innocence . un fpedacle afiez touchant. Il s'y prit de loin pour exécuter fm projet . foins. : il étoit fur de n'avoir pas perdu fm tems on réuffit toujours quand on ne veut que bien faire. le confidences s'épancher avec Prêtre l'écoutoit. lui infpiroit des moyens dignes de fon zèle. en fe faifant petit pour s'égaler à lui. Qiiand l'étourdi venoit Profélite en ne k lui faire fes folles lui.oit fon courage. Le plaifir a\ec croyoit écouté. il fe dans fon ouvrage. pour en triompher plus fùrement. C'étoit. il réfolut de l'achever. le S' L'exemple odieux d'une dépravation brutale & d'un vice fans charme. l'avoit amortie. & fans approuve! le mal il s'intereffoit à tout. augmentoit celui qu'il prenoit à tout dire. loin d'animer fon imagination. ce me femble. *' Il commença par gagner lui la confiance du vendant point fes bienfaits. de voir un homme grave devenir le comaradc d'un polifTon. Ainfi fe fit fa con- A 3 *' felTioiî . Jamais une indifcrettc cenfure ne venoit arrêter fon babil lequel il & fe reflerrer fon cœur. en fe mettant toujours à fa portée. " L'Ecclétîaftique vit le danger Scies refiburces. la vertu fe prêter au ton de la licence. en ne lui faifant point de fermons. la beauté du motif anim. en ne fe rendant point importun. le mettoit a fon aife . U de rendre a la vertu la victime qu'il avoit arrachée à l'infamie. Long. le rebutèrent paiiu .ou DE L'EDUCATION. Qt_iel que fût le Les difncultéê ne cemplaifoit h fuccés. elle ne devoit fuccomber qu'à de plus douces féduélions.

6 *' EMILE. il ranimoit dans fon cœur une ardeur par le récit de belles a«5lions d'autrui . livres choifis lui k des extraits de feignant d'avoir befoin de ces faifoit faire " «' *' *' extraits. fins connue . ** '* mer ça par réveiller en lui i'efîime de foi-n-. ces livres Il l'inftruifoit il lui rendre [•as t' *' bonne opinion de croire un être inutile fe lui- rr. il avoit oublié tout que l'opproce qu'il lui importoit de favoir. con- ' " *' " " *' fon fes fentimens Prêtre vit clairement que. fans qu'il fongeât à rien fefiVr. plus heureux dans le *' ** ** l'amour. fa vie oifive & vagabonde. (iins être ignorant pour fon âge. Il tout vrai fentiment du bien eft un degré d'abrutifîement qui ôte la vie à la voix intérieure ne fait point fe l'ame . & & faire entendre à celui qui ne fcngc qu'à fe ** *« Pour garantir le jeune infortuné de cette mort morale dont il étoit fi près.ême pour ne à tout bien.propre montroit un avenir bon emploi de fes talens . L'Kccléiiaftique avoit une probité ii bien rebafTellé. ftfiion générale. ••^ Une " *' *« cet homme le bagatelle fera juger de l'art qu'employoït bienfaifant pour élever infenfiblecce r ment de fon difciple au-dtHlis de la < paroître fcnger à fon inf^rudion. il lui Pour rcsdoit le defir d'en faire de femblables. & bre où l'avoit lui réduit la fortune. en Li faifant admirer ceux qui les avoient faites. il comnourrir. Il lui & ** ** ** »* *' génercufe. Api es avoir bien étudié le & caradtere. & fes pour ne propres vouloir plus rendre méprifable à <« yeux. le détacher infenfiblement de il . il nourrifloit en i lui le noble fentiment indirtélere[ faifoit de la nient par aflcz fe reconnoifTance.ême. étouffait en *' » * *' du mal.

ma jeunefie pour ofer les avouer 5c la ** *' " ** ** *' mérite bien. une con- main qui m'en & & ** duite toujours le conforme . vous m'appartenez. qu'aux dépens d'un peu de honte. à ce titre. que ce malheureux fugitif c'ed perfonnes & moi-mênae dres de . la lâcheté de le jeune homme eut. que par celles des riches Un jour qu'on lui avoit Curés des villes. étoît de voir. Enfuite toucher à ce dépôt pour mon ufage. des difcours to jours droits fimples. l'humanité fans foiblefTe. dit-il. fi Je ne aidoit j " ** «* *' "*• voyois point s'inquiéter ceux . il lui donna de fon propre argent autant qu'il ea avoit demandé. on n'a nulle affiftance à efperer des dévots. dans la vie privée démon digne maître. ** Je une lafle de parler en tierce petfonne. donné quelqu'argent à diftribuer aux pauvres.ou DE L'EDUCATION. *' Encouragé par ces obfervations. à ces difcours. cher concitoyen. Des leçons de cette efpece font rarement perdues dans le cœur des jeunes gens qui ne font pas tout-à-fait corrompus. c*eft un foin fort fuperflu. qu'il alloient à s'^ils Vêpres les s'ils feconTefibieni fouvent s'ils jeûnoient : jours prefcrits faifoient m-iigre ** " *' ni leur impofer d'autres conditions ftmblables. que plufieurs ** " *' *' ** <' *' *' *' *' ** *' •* ** ** *' aimoient mieux faire pafîer leurs aumônes par fes mains. nous femmes lui en demander. je rende. Non. je me tira crois aflêz loin des défor. au moins. quelque boneur à fes bienfaits. dût-on mourir de mifcre. la vertu fans hypocrifie. ** Ce qui me frappoit le plus. & je ne dois pas frères. «^ 7 connue k un difcernement fi fur. fans lefquelles. car vous fentez bien. moi mcms à les yeux le zcle loin d'étaler aftétlé *' d'^uu A 4 nouveau" .

fes judicieux.E mes manières de M je I L lui E. je ne favois plus que juger de ces contradictions. approuver des dogmes contraires à ceux de l'Eglife Romaine. & paroître eilimer médiocrement toutes fes cérémonies ? Je i'aurois cru prcfeflant déguifé. en faveur de celle qu'il me voit auiîi pour le culte dans lequel il fait je fuis né . Quelquefois j'aurois pu me dire . '' Ce moment ne vint pas fi. Avant de s'ouvrir à fon difci^lc. & dont penicr. il s'efforça de faire ger-. fts mœurs étoient irréprochables. fa vie étoit il exemplaire. & & & ' & ' t <• de plus diiHcile à détru're étoit une orgueilîeufe mifantropie. n'étoit pas trop bien corrige. que mon dédain n'eft plus une affaire de parti. fi je l'avcis vu moins fidèle à ces mêmes ufages dont il femhloit faire aflcz peu de casj mais fâchant qu'il s'acquittoit fans témoin de fes devoirs de Prêtre aufii poncluellcment que fous les yeux du public. En vivant difcours honnêtes avec lui dans la plus grande intimité. tantcc bontés m'ayanttovt-à-faitgzgné leroenr. cachois point trop nouveau converti. j'apprenois à le refpe£ler chaque jour davantage . il me pafîe mon indifférence pour le culte que j'ai embrafle. comme »' s'ils l'eulTent . i'ùiter^. qui jadis avoit attiré fa difgrace. une certaine aigreur contre les riches ' & les heureux du monde. ne ne l'en voycis pas p. us fcandalifé..tôt. de bonté qu'il mer les femences de raifon Ce qu'il y avoit en moi jettoit dans fon ame. Au défaut pies. Mais que devoisquand je l'entendois quelquefois je penfer.dois avec une curicu!"c inquiétude le moment o'apprendre fur quel principe il fondoit l'uniformité d'une vie auHj fingniierc.

toujours le efl. pour eux. ** '^* h à les plair. ell celui qui fait le îiioins tii jouir. *« propre que mon Mentor tâchoit de réveiller en & *' *' " *' ** *' ** *' moi.dre *' " " " ** de compafTion fur les foiblePi'es humr. il l'empêcha de fe tourner en dureté d'ame.les riches fous le difoit-il. *< 9 l'euflent été à mes dépens. le mépris à la haine. il la rendit moins dédaigneufe pour mon prochain.ms le mépris de tout ce qui peut la troubler . Se fans m'ôter reUime de moi-même. '* *' '* donnant un prix. La écartant toujours la vaine apparence & me montrant les maux réels qu'elle couvre. A 5 '* quenousa donc^ . enn'en a point S:. il voyoit par-tout les hommes viéUde ceux d'autxui . La folle ^' vanité de la jeuntfie qui regimbe contre l'hu*' miliation.ines.. plus mifcrable.de- " Croyez-moi. celui qui afpire le plus avidement au boniitur. plus qu'à les mes feniblables. rendoitles hommes encore plus vils à mes }eux. des il envier. " Sans combattre directement cet orgueil. loin nous cacher nos maux. '* ncs les illufionf.à ce -qui augmentent. & que leur prétendu " *' " bonheur eût été l'furpé fur le mien. l'homme qui fait le plus de cas de la vie. Emu & riches. Sc. mes de Jeurs propres vices voyo. ne me donnoit que trop de penl'amourchant à cette humeur colère . m'ccriois-je avec ! **amtrtuine s'ii faut fe refufer à tout. me portant à la fitrîé.nous- ** <' *' *' ** h rendant fenfibles à n:iille faulTes privations quenous ne fenîirions pas fans elles. La paix de' l'ame confiite. jougdes préjugés. & ne faifoit qu'ajouter. pauvres gémir fous le jojs.t le.ou DE L'EDUCATION. il m'ap- prenoit à déi^lorer les erreurs de à m'^attendrir fur leurs miferes. par le profond fentiment des Tiennes. " Ah! quels trilles tableaux. d.

déjà les plaines. fut pas renvoyé plutard qu'au lendemain matin. me dit-il en m'embrafiant. les coteaux. " ** ** '* ** ** '* reçu mes confefîîons.dont on voyoit le cours à tra- Le rendez-vous ne . pas l'affaire d'un moment j il faut du tems peur vous expofer tout ce que je penfe fur le fort de l'homme. &projettant fur les champs par longues ombres les arbres.vous fait pour l'être? Mon enfant. 11 me mena hors de la ville. vous avez fi vous penfez comme moi. quand vous connoîtrez bien l'état de mon ame. qui eft-cequi fait être heureux? C'eft moi. répondit un jour le Prêtre. exilé. ! & " " *' pauvre. vous faurcz pourquoi je m'eitime heureux. il vouloit me faire les fienJ'épancherai dans votre fein. reprit-il. Dans l'éloigne- ** ** <* * " ment. On étoit en été nous nous levâmes à la pointe du jour. fi non tel que je fuis. s'il faut mépriTer le bonheur même. vers les fertiles rives qu'il baigne. au Quand que je me vois moi-même. vous iï peu ton dont je fus frappé.au-deflbus de laquelle pailbit le Pô. i'immenfe chaîne des Alpes couronnoit Les rayons du foleil levant rafoient le païfage. *' ** ** *< *' *< *' Je marquai de l'empreflement à l'entendre. je vous le dirai volontiers. ce que Mais ces aveux ne font à faire pour l'être. fi ! '* " nés. vous aurez reçu mon entière profelTion de foi. fur une haute colline. verrez. vous êtes heureux Et qu'avez. perfécuté . k fur le vrai prix de la vie j prenons une heure un lieu commodes pour nous Vous me tel moins " *' *' *•» ** ** livrer paifiblement à cet entretien. les maifonsj cnrichifToienl de mille accidens de lumi- " ere^ . d'ua Heureux. *' La-deffus il me fit entendre qu'après avoir fortuné.10 *< ** ** ** E a M I L E. donc fervi de naître. &. tous les fentimens démon cceiu-.

Je ne veux pas fens. gions guère à chercher en cela ce qui étoit bon. je me fouJe ne fuis pas un grand Philofophe. J'appris ce qu'on vouloit que j'apprifiéj. PROFESSION DE FOI Du Vicaire Savoyard.ou DE L'EDUCATION. Mais j'ai quelquefois du bon cie peu de l'être. il me fuffit de vous expofer ce que je MON & Confukez penfe dans la fimplicité de mon cœur. & j'aime toujours la vérité. enfant. l'oeil puifle être On eiJt dit fa que la humain Nature pour fut-là. véritable. deftiné par mais on crut plus beau que j'appriffe à gagner mon pain dans le métier de Prêtre. c'eft tout ce que je vous demande. le plus beau tableau dont frappé. ni moi ne fondier. il y auroit peu de mal à cela: fi je -. la raifon nous eft commune. *' *< ii ère. . l'homme de paix me parla ainfi. avons Je le même intérêt à l'écouter & nous pourquoi ne mon penferiex-vous pas fuis comme. n'attendez de moi ni des difcoursfavans. mais ce qu'il falloit favoir pour état à cultiver la terre îctre ordonné. utile. argumenter avec vous. penfe bien. en offrir le texte à nos entretiens. . c'eft de bonne foi . Ce " *' qu'après avoir quelque tems contemplé ces objets en filence. ni même tenter de vous convaincre . . & l'on trouva le moyen de me faire étuAffurément ni mes parens. cela fufîit pour que mon erreur ne me foic le quand vous vous tromperiez pas imputée à crime de même. Si je me trompe. *< *' étaloit à nos yeux toute magnificence. moi ? né pauvre & payfan. vôtre durant mon difcours . ni de profonds raifonnemens.

a)ant toujours mené une vie fimple. le remords nous reproche toujours foiblemcnt ce qi.e nous permet la Nature bien ordonnée. les avoient point obfcurcies. Il fallut expier le fcandale .vous qu'on l'ofTenfe encore plus quand qu'elle s'obftine à fuivre l'ordre de tre toutes ks loix des hommes. arrêté. & j'eus lieu de comprendre aux reproches dont ma . que quand on la combat . à plus forte raifon ce qu'elle nous prefcrit. efprit toute la clarté maximes du monde ne U Cette réfolution dit j mon refpeft fut précifément ce qui me perpour le lit d'autrui laifla mes fautes à découvert. pour favoir i^uand on peut céder fans crime. la Nature con- On O ! en la commencer prévient. j'avois promis plus que je ne pou vois tenir. j'avois confervé dans mon des les lum'eres primitives . qu'on vouloit que je voulut. vivez long-tems dans l'état licureux où fa voix eft celle de l'innocence. Mais je ne tardai pas à fentir qu'en m'obli^eant de n'être pas homme. je réfolus de ne le point profaner CjdfTes Se mes uniforme & car malgré mes . chaflé. je fait m'en- gageai comme on & je fus Prêtre. difTe. je fus bien plus la vié^ime de mes fcrupules que de mon incontinence. ce EMILE. réfiiler. M'étant plus fainte inftitution de la Naôté le droit de m'y foumettre. il faut par apprendre ?. bon'jcune homme elle n'a rien dit encore à vos fens. je dis. cependant je fais par mon expérience a beau nous défendre ceci ou Cc^la. Dès ma jeunefie j'ai refptcté le marriace la comme première & la ture. On nous dit que la confcience eft l'ouvrage des prej'JLc's . interdit. études. ma pauvreté m'eloignoit des tentations qui diéient les fophifmes du vice. Souvenez.12 prifie.

pareilles mènent loin un efprit Voj'ant par de trilks obfervations renverfer les idées que j'avois du ju(!e. J'eiois dans ces difpolitions d'incertitude de doute. que L^efcartes exige pour la recherche vois reçues . je parvins au même point où vo s êtes .e mon incrédulité. qui flottans fur cette & & ne .ou DE L'EDUCATION. fans autre guide qu'un pilote inexperimcrité qui méconnoît fa route. fans gouvernail. il eft inquiétant Se énible il n'y a que l'intérêt du vice ou la parefTe de l'ame qui nous y laifTe. ' Jeméditois donc fur le trifte fort des mortels la vérité. ni où il va. Peu d'expériences qui réfléchit. qu'on me la montre. peu fait : & mer des opinions humaines. qu'il ne faut fouvent qu'aggraver la faute pour échapper au châtiment. je fentîs peu-à-peu s'obfcurcir dans mon efprit l'évidence des principes ^ réduit enfin à ne favoir plus que penfer. avec cette différence. Je me difois & fait pour l'adorer . ma difgrace fut 13 accompagnée. de l'honnête. Je n'avois point !e cœur aflez corrompu pour m'y plaire rien ne conferve mieux l'habitude de réfléchir que d'être plus content de foi que de fa fortune. fruit tardif à'un âge plus mûr. s'étoit formée avec plus & & & Cet [ état efl: . je la cherche & ne puis la reconnoître . de peine ' devoit être plus difficile à détruire. celles qui me reftoient ne fuffifant plus pour faire enfcmble un corps qui pût fe foutenir par lui-même. fait ment d'un cœur j'aime la vente. livrés à leurs paiTions orageufes. je perdois chaque jour quelqu'une des opinions que j'a- & de pour durer. j'y demeure attachépourquoi faut-il qu'elle fe dérobe à l'cmprefle- d'cù ni il vient. qi. fans bouffole.'' QuQiv]ue . de tous les devoirs de l'homme.

un feul point l'impofTibilite rejetter tout le refte. Triomphans quand vigueur en fe défendant. qui ne né dans une Eglife qui décide tant rejette me faipermet aucun doute. choit aufli m'empêchoit de nen difanti croyez tout. ou font Le doute fur les chofes des hommes. mon être & fur la régie de mes devoirs. ttoit tout. croire. à la réduit vous comptez les voix. les Philofophes. méditations qu'inje ne rapportois de mes longues contrad irions [ur la caufe de certitude. il fe décide malgré lui de aime mieux fe tromper que ne rien il d'autre. malheureux eft un état trop qu'il nous importe de connokrc. même ne prouvant rien. trouvai tous fiers. où fans ceffe errant de doute en doute. humain j il n'y réfifte pas l'ef^-^rit violent pour manière ou long-tems. attaquent. prétendu. & Si ce point. & Quoique j'aye fouvent éprouré de plus grands maux.14 EMILE. je feuilletai leurs les j'examinai leurs diverfcs opinions: je dogmatiques. ils n'en ont vous truire . & je Je confultai livres. on ne favois plus où m'arrêter. & que foit Ce detad'admettre tant de décifions abfurdes. & crone qu equi rtdoubloit mon embarras. ils commun à tous.foi ? je ne faurois le fyftéme & Ces comprendre. chacun eft : ne s'accordent que pour dilputer fienne i ils fi . je n'ai jamais mené une vie aulTi conftanient défagréable que dans ces tems de trouble d'anxiétés. ils font fans que pour dépefez les raifons. n'ignorant nen. Comment peut-on être fceptique par de bon ne. les pKs Philofophes. me En me de celles qui ne l'étoient pas. dans leur fcepticifme fe moquant les uns des autres . ou n'exiftent pas. affirmatifs. obfcurité. me parut le (eul lur ils lequel ont tous raifon.

nous fommes alTez vains pour vouloir décider ce qu'eft ce tout en lui-même. & ce que nous fommes but. le menant à connoître n'y en a pas un feul. îes i^ écouter n'étoit pas le moyen de fortir de mon incertitude. Philofophes feroient en état de déqui d'entre eux prendroit intérêt Chacun fait bien que fon fyftême n'eft pas les mieux fondé que parce qu'il les autres Il .ou DE L'EDUCATION. La feule chofe que nous ne lavons point. nous ne connoifîbns ni notre nature. fimple ou corapofé des mifteres impénétrables nous environnent de toutes parts . & croire ce qui n'eft pas. mais il le foutient eft à lui. nous n'en pouvons calculer les rapports . qui. Je conçus que rinfuffifance de l'erprit humain première caufe de cette prodigieule diverfué de fentimens. une route qu'il croit nul ne peut fàvoir fi la fienne mené au Chacun par rapport à lui. pour les percer nous croyons avoir de l'intelligence. Quand couvrir à elle ? la vérité. eft d'ignorer ce que nous ne pouvons fàvoir. nous n'a- principe a£lif lin être . vrai le faux. travers ce la monde bonne . & que fon auteur livre à nos folles difputes. que d'avouer qu'aucun de nous ne peut voir ce qui eft. ni notre eft la à peine favons-nous fi l'homme efl . &i que Torgueil eft la féconde. tout connoître. Petite partie d'un grand tout dont les bornes nous échappent. nous n'en connoiiTons ni les premières loix. ils font au-defius de la région fenfible . Nous n'avons point les mefures de cette machine immenfe. ne préférât & le . Cependant nous voulons tout pénétrer. & vons que de l'imagination. Nous aimons mieux nous déterminer au hazard. ni la caufe finale j nous nous ignorons nous-mêmes. à imaginaire. fe fraye.

m'égarera rçoins qu'ils ne m'égarent. pourvu concurrens.. Je compris encore que. Le prerîiier fruit que je tiiai de ces réilexions. qui. moins. bien qu'aucune d'elles ne fût aflez évidente pour produire immédiatement la convié^ion. que demande-t-il de plus ? L'eiîenciel eft de penfer Chez les croyans il eft autrement que les autres.î6 le E menfonge M eft le 1 L E. comparant entre elles toutes ces différentes idées dans le filence des préjugés.mienne. Où guer ? Pourvu qu'ail qu'il s'é. fe propore un autre objet que de fe diftinqu'il a trouvé à par un autre. Se que i'afieatiment intérieur s'y prêtoitou Sur cette pres'y refufoit a différentes mefures. loin de me délivrer de mes doutes inutiles. athée. dans îe fecret de fon eœur. fut d'apprendre à borner mes recherches à ce qui efface l'éclat de immédiatement à me repofer dansune profonde iginorance iùr tout le refte. & elle je me disj ccnfultons la lumieie intérieure. & n'en réfoudfûicnt aucun. & à ne m'inquiéter. Je pris donc un autre guide. elles avoient divers dégrés de vrair:?mblance. étoit vai que la première. ou. Alors rep'iflant dans mon efprit les diverfes opinions qui'm'avoitnt tout-à-tour entraîné depuisma naifTance.'eve au-deflUs fes du vulgaire. m'intereftoit . qui. la ve-rité découverte Philofophe. Si je me dépraverai moins en fuivant mes propres illufionSî qu'en me livrant à leurs menfonges. mière obfervation. mon erreur lera la . & aulB . je vis que. pour fa glorie. jufqu'au doute. chez les athées il feroit croyant. je troula plus commune.. que des cliofes qu'il. les Philofophes ne feroient que multiplier ceux qui me tourmentoient. ne trompfîroit pas volontiers le genre humain ? Où elï celui. du. m'importoit de {avoir.

dans la fincerité de mon ccTîur. pour vraies. k de lailla toutes les aures . de chances. de matière vivante. tous vos Philoroplics Anciens & Modernes. Imaginez que d'avoir été propofée la Jerniere. qu'il n'en trouve d'abfiirdes en tout autre fyftême Je me difuis . fi lumineux» fi fimple. je reprens.ou DE L'EDUCATION. & ne lui manqiioit. Etres & dirpenfateur Avec quelle univerfelle admiration. toutes celles qui me paroîtront avoir une 1 aifon réceffaire avec ces premières. oftrant moins de chofes incompréhenfibles à i'efprit humain. pour réunir tous les fufFrages. l'examen des connoifTances qui m'interefi'ent. &. enfin l'Etre des des chofes. fi propre à élever l'ame. avec quel applaudifTement unanime n'eut point été reçu ce nouveau fyflêine il grand. je ne pourrai refufer mon confentement . à donner une bafe à la vertu. de monde aniixé. réfolu d'admettre pour évidentes toutes celles auxquelles. de toute "(pece éclairant le & monde. annonçant le aprèi eux tous l'illuflre Clarke. ayant d'abord épuifé leurs bizarres fyftèmes de ff^rces. de fatalité. . auflî la plus 17 qu'il fimple & la plus raifonnable. d'atomes. & en même tems û frappant. il confolant. les objedions infolubles font communes à tous. qui me difpenfe de la vaine ! ! fubtilité des argumcns. elles ne prouvent donc contre aucun par préférence. ce me femble. fi fublime. de ncccfîité. & pour toute méthode une légle facile & fimple. parce que l'efprit de l'homme eft trop borne pour ks réfoudre. mais quelle différence entres les preuves direcSlcs Celui-là fçul qui explique tout ne doit-il pas être préféré. de materialiime. quand il n'a pas plus de difficulté que les autres? Portant donc en moi l'amour de la \'erité pour toute phiiofnphie. fur cette régie.

la quand tique. Il faut donc fans que je me mêle de les diriger. Quel droit ai-je de juger détermine mes jugcmens? S'ils font entraînes. ni de les anéantir. impoffible de réfoudre. ou par puis-je favoir fi le Car étant continuellement zÊe&. tourner d'abord mes regards fur moi pour connoître rijiftrumenî dont je veux me fervir. ne font pas même chofe. la mémoire. ou ne la fcns-je que par mes fenfations ? Voilà mon premier doute. quant à préfent. qu*il m'eft. me fier à fon ufage. Ainfi non. je me fatigue en vain à ces recherches. & dépendant fenfations fe pafTent en moi. j'ai & & timent propre de mon exiftence." iz qu'il ne dépend de moi ni de les produire.-ce qui & quel point je puis J'exifte. elles ne fe feront point. favoir les objets de mes fenfations.feulement j'exifte. mais il cxifte d'autres êtres. Si fans me tourmenter à elles les adprales éclaircir. k quand . rejetter ni les dans l'incertitude. Ai-je un fenà laquelle je fuis forcé d'acquiefcer. les mettre. forcés par les imptelîions que je reçois. &jufqu'à qu'ert. puifqu'eîlès font fentir mon exidence . ne mènent à rien d'utile pour fuis je ? Mais qui chofes. des fens par lefquels je fuis afVoilà la première vérité qui me frappe.é de fenfations. & fa caufe eu fon objet qui hors de moi. feâé. comment hors de ces mêmes d'elles ? fentiment du fnotçd quelque chofe s'il peut être infenfations. puifqu'eîlès m'affedlent malgré que j'en aye. Je conçoi> donc Mes me clairement que la ma fenfation eft qui ei\ moi. ninis leur caufe m'eft étrangère. ou immédiatement.i8 très E M I fap-s L E. ou fe feiont d'elles-mêmes.

eft de pouvoir donner un fens à ce mot efi. faurois chaque objet féparément. Selon moi la faculté diftinélive de l'être aétif ou intelligent. & trouvant en moi la faculté de les comparer.ou DE L'EDUCATION. je les appelle des corps. tout ce que je fens hors de moi objets ne & fur k toutes ks matière que je conçois réunies en êtres portions de matière Ainfi toutes individuels. pour ainfi dire. tels qu'ils font dans la Nature i par la comparaifon. ifolés. je les remue. de mes fenfations . il ne les comparera jamais. . qui agit Or.eres. & & tous leurs rapports. il ne les jugera point. ces 19 feroient que des idées. ou même il fentira l'objet total formé des deux . Appercevoir c'eft fentir. je l'appelle \ & nifitntrien posr moi: leurs diftindlions fur l'apparence cc la réalité des corps font des chim. je ne la gente qui fuperpofe Cet être paiTit fcntira voir dans fa nature. dans rètre purement fcnfitif. Je puis avoir au même iuRant l'idée d'un grand bôton & d'un petit bâton rapports. cette force intellipuis qui prononce . les objets s'offrent à rooi fépar es. comparer c'eft juger : fentir ne font pas la même chofe. Me nivers que de les objets voici déjà tout auiîi fur de l'exiftence de l'aEnfuite je réfiéchis fur la mienne. cevoir plufieurs objets les uns hors des autres n*eil: pas les nombrer. mais n'ayant aucune force pour les replier l'un fur l'autre. touquand jv'urs eft-il vrai que ces idées ne font pas moi. Par la fenjuger fdtion. Je cherche en vain. je me fens doué d'une force aôive que je ne favois pas avoir auparavant. & Voir deux objets à la tois ce n'elt pas voir leurs apperni juger de leurs diflerenccs. des materialifles ne figles difputes des idéa'lilies me fens. je les pofe l'un fur l'autre pour prononcer fur leur difgénéralement fur férence ou fur leur fimilitude. je les tranfporte.

dans une gueroit-il unes hors des autres. mais leur rapport n'eft pas fenti pour cela. plus grand. mes jugcmens ne me tromperoient jamais. leur imprefTion elt faite. Autrement^ fenfation fimultanée.pperju leurs doigts. feafitif elles mêmes Quand les les ienfations ceci demande : fenfations font ditrercntcs. qu'il ment Quand fenti. quoique mon efprit ne les produife qu'à l'occafion des mes idées comparatives. . les diliingue parce qu'il fent les comment. fur-tout dans un fyllême où l'on prétend que les fenfations repréfentatives de retendue ne font point étendues. On tions nous dit que les l'être fcnfitif diflingue îts icn/ales unes des autres par ceb différences qu'ont : entre l'être elles explication. fans lavoir compter jufqu'à-cicq. me venoit uniquement de l'objet. ne font certàineaient pas des (enutions. eft pîira comparer. fans juger que l'un petit v]ue l'autre. & je Poujquoi * Les relations de M. puifqu'il n'ell jamais faux que je fente ce que Ç^i-is. de deux. plus prtït^ de numériques d'«w. diftinobjets deux égaux ? Il faudroit néceffaire- confondît ces deux objets & les prît pour le même. Si le jugement de ce rapport n'étoit qu'une fenfation. &c. Cependant les hommes qui compofoicnt ce peuple avant des mains. de ]i Condamine nous parlent d'un pcup'e qui ne favoit compter que jufqu'à trois. comparer font apchaque objet cft les deux font fentis. difiringue par leurs diffcrencts il quand font femblablcs. même que les idées fen fat ions. comme le je puis voir à Ja fois ma main Ces entière fans faite compte de mes doigts*'. les deux fenfations à perçues. avoient fcuvent ?.20 bâton fans les E A4 I L E.

je le d'examiner plus ou moins ce que je fens. & quoi qu'en dife la philofophie. Je ne fuis donc pas Amplement un être fenfitif paflîf. Q. que le petit bâton eft le tiers du grand. il n'y auroit entre eux aucune communication .i'on donne tel ou tel nom à cette force de réflexion. toujours eft-il qu'on attention. Je fais feulement que la vérité eft dans les chofes & non pas dans mon efprit qui les fuis & . feul qui non dans les chofes. quand vous y aurez penfé . fur-tout s'ils ne font pas parallèles ? Pourquoi dis-je. n'eft-elle pas conforme à "fon modèle. mais un être adfif Si intelligent. par exemple. vrai qu'elle mon ou eft efpritqui rapproche l'appelle & compare mes fenfations. tandis qu'il n'en eft que le quart? Pourquoi l'image. Ajoutez à cela une réHexion qui vous frappera. mêle fes erreurs à la vérité des fenfations qui ne montrent ^ue les obje6b. ou il y auroit pour nos cinq fubftances fenfibies. 21 Pourquoi donc eft-ce que je me trompe fur le rapport de ces deux bâtons. comme on en moi la voudra .ou DE L'EDUCATION. Ou nous ne fentirions jamais rien hors de nous. il nous feroit impoffible de connoître que le «orps que nous touchons Se l'objet que nous voyons font le même. dont nous n'aurions nul moyen d'appercevoir l'identité. & Sans être maître de fentir ou de ne pas fentir. quoique je ne la produife qu'à l'occalion de l'imprefîion que font fur moi les objets. c'eft que fi nous étions purement paffifs dans l'ufage de nos fens. qui eft la fenfation.j'oferai prétendre à l'honneur de penfer. méditation. je m'afîure. que c'eft moi produis. <}ue l'opération qui compare eft fautive. qui eft l'ubjet? C'eftqueje fuis aclif quand je juge. Se que mon entendement qui juge les rapports.

mouvement communiqué. ni le repos. cela même matière. même. & je me jette. & par mouvement. qui fc les obferve. fans rien favoir de ce qu'ils Je les font. i'immenfité des êtres. plus je fuis fur d'approainfi ma régie de me livrer au cher de la vérité fentiment plus qu'à la raifon. confidere avec une forte de frémiffement. & premier. mouvement ne lui j'infère que. de mouveJ'apperçois dans les corps deux fortes mouvefavoir. elle ne fe meut point .. c'eft moi-même. ni le cevoii.22 EMILE. "iugemens que j'en porte. que relatif} mais puifque nous •f^^'^l Or il n e« qui n'eft que relatif. je M 'étant. eft confirmée par la raifon je de moi. & U . el!c (oit de Tcflence de Jas vrai que le mouvement jjtut être conjue en repos. 1. ni entre eux. la le mouvement. à prendre pour ablolu le repos matière. & : que moins je mets du mien dans les juge. "?'^''/°"«obfervons du plus & du moins dans "* termes extrêmes S"» «« «f vons très-clairement un des deux f»'". d'où tantôt en mouvement k tantôt en repos*. commence à regarder hors & préfente à moi pour les comparer. # Ce repos n'eft. & le premier objet étudie. ment fpontané ou volontaire. & qui font effenciels. Je la vois. ni par rapport à moi. pour ainfi dire. effencielles de la je déduis toutes les propriétés qualités fenfibles qui me la font appermatière des & en font inféparables. qu'elle eft indifférente au repos k au fon état natural eft d'être en repos.^"/"'^^ nous le concevons fi bien que nous pos. fi l'on veut. comme noyé dans perdu dans ce vafte univers. afTùré de moi-niême. eft l'eftet d'une caufe dont le repos donc rien n'agit fur la Quand que l'abfence. mais le mouvement étant une n'eft adion. Tout ce que j'apperçois par les fens eft matière. Dans le ^ ment.

eft fpontané. il eft plus fort que toute évidence S'il . C'eft en vain qu'on voudroit railbnner pour détruire en n)oi ce fcntiment. on n'en giner ment lui a été communiqué. jufqu'à ce que des caufes étrangères le dégagent. par exemple. Mon efprit refufe tout • Les Chimiftes regardent le Flogiftique ou l'élément du feu ftagnant dans les mixtes dont il fait cpars. ou que c'eft un corps animé. autant vaudroit me prouver que je xi'exifte pas. Vous me demanderez encore comment je fais donc je vous dirai y a des mouvemens fpontancs que je le fais parce que je le fens. partie. ou que ce mouve- terre. il ne tendroit point à fe redreffer. Vous me demanderez files mouvemens des ani- maux font fpontanés . je n'accorderai point. la n'y avoit aucune fpontanéité dans les ailions ni dans rien de ce qui fe fait fur la fcroit que plus enibarraiTé à imapremière caufe de tout mouvement. ni au feu même qui fait leur fluidité*. je me f-ns tellement perfuadé que l'état naturel de la manere eft d'être en repos. mais que l'analogie eft pour l'aiErmative. & qu'elle n'a par elle-même aucune force pour agir. non plus. 23 la caufe motrice eft étrangère au corps mû. i. le mettent çn mouvement Se le changent en feu. la fpontanéité aux & fluides. Je veux mouvoir mon bras & je le meus. fans que ce mouvement ait qu'il . car fi rien d'étranger au reflbrt n'agiflbit fur lui. Pour moi. Far la même raifon ne tireroit pas la chaîne. d'autre caule immédiate que ma volonté. & dans le fécond elle eft en lui même. comme & . qu'en voyant un corps en mouvement je juge aufîi-tôt. je vous dirai que je n'en fais rien. des hommes. le réuniffent.pmobile.OXJ DE L'EDUCATION. Je ne conclurai pas de-là que le mouvement d'une montre.

Se dans fcs mouvemens ré^'lés.24 tout organifée. Le monde n'efl donc pas un grand animal qui fe meuve de lui-même . fe quelque adtion.t commenter par la com- & prendre. il y a donc de fts mouvemens quelque caufe étrangère à lui. de quoi ferai-je avance ? Ces loix n'é'. uniformes. des fubftances. ces loix déterminent les loix les effets fans montrer les caufes . ou que fi la terre tourne. n'a rien* de cette liberté qui parolt dans les il mouvemens fpontanés de l'homme & des animaux. que je ne puis voir rouler le foleil fans imaginer une force qui le poulîe. me paroit inintelligible adopter ou rejetter cette idée il faudro'. robfervation nous ont fait connoîire périence du mouvement. du fcntiment commun des parties d'un corps animé j puifqu'il ell certain que nous qui fommes parties ne nous Tentons nullement dans le tout. (entant fans fans p:uvoir en venir à bout. contradiaoire ? Pour avoir des fens. afllijettis à des loix confiantes. ou produifant l'idée Cependant cet univers vifible eft matière . laquelle mais la perfuafion intérieure je n'apperçois pas me rend cette caufe tellement fenfible. de la matière non mouvant d'elle-même. E acquiefcement M à I L E. Ce même univers eft en mouvement. morte*.ant point des êtres réels. je crois fentir une main qui la fait tourner. ont donc L'exquelqu'autre fondement qui m'eii: inconnu. S'il faut admettre des loix générales dont je n'apperçois point les rapports elîenciels avec la matière. & j'avoue que je n'ai pas ce bonheur-l'i. de l'organifation. . elles ne fufH- & . L'idée de la matitre. qui n'a rien dans matière éparfe fon tout de l'uiiion. & fent * J'ai fait tous mes effort? pour concevoir une molécule vivante.

& premier principe. Voilà mou premier dogme. plus je trouve effets.ou DÉ L'EDUCATION. Les premières caufes du mouvement ne font point dans la matière . elle reçoit le mouvement &: le communique. Je crois donc qu'une volontémeut l'Univers & anime la Nature. Newton a trouvé la loi de l'attraction mais l'atl'univers. Que Defcartes nous dife quelle loi phyfique a fait tourner fts tourbillons . volontaire corps inaniil n'y a point de véritable aélion fans volonté. Voilà mon més n'agiflent que par le mouvement.- B exemole.elle une aétion phyfique ii corporelle ? Je n'en fais rien. car fuopofer un progrès de cau'es à l'infini. d'un ade fpontané. corps le fe meut . marche de & . Tom. Phr? j'obferve l'aâion réadlion des forces de la Nature agifTant les unes fur les autres. mais elle ne le produit pas. mais il ne put donner le premier branle à ces déj. ou mon premier article de foi. ni mettre en jeu fa force centrifuge qu'à l'aide d'un mouvement de rotation. Je veux agrir. fent point pour expliquer le fyftcme du la 25 monde & Defcartes avec des dés formoit le ciel la terre. que Newton nous montre la main qui lança les planètes fur la tangente de leurs orbites. il a fallu joindre une force projcclile pour faire décrire des courbes aux corp-! célefte?. tout mou vendent les qui n'eft pas produit par un autre. mouvement. . & rnoi) mais qu'un corps inanimé & eit repos vienne à fe mouvoir de lui-même ou prodiiifc je & j'agis. c'ell n'en point fup- & qued'efRtsen pokr du tout. il faut toujours remonter à quelque volonté pour première caufe. ne peut venir que . Comment une volonté produit. IIL cela eft incompréhenfible & fani. à cette loi. tradlion feule réduiroit bientôt l'univers en une mafTe immobile. mais j'éprouve en moi qu'elle la produit. veux mouvoir moji corps. En un mot.

. il elle: nous rentrons que la caufe motrice ag.el. ^voient un peu plus de k alors matière lui vient d'elle-même ^eTde la caufe lui vient d'une ou s'il n lu. mais concevoir la matière comme caufe produarice du mouvement. n'a . La volonté m'eft connue par Tes adles. obfcur.and on en repos. & il nen qui que en répugne à i\ le la raifon. je viens d'établir eft il Le docrme que vrai. il feroit l'on ne pou-roit diminuer. foit quand adif. qu'autan n'eft néceffure à la matière et an' re. le moyen paroît abfolument d'union des deux fubftanccs me bien étrange qu'on parte Il eft incompréhenfible. même pour confondre tle cette incompréhenûbilité comme fi des opérations de les deux fubftances. je fuis loit quand h fuis paflif. que comment fais ame. . il mouvement étoit effenciel à la matière. me dit due le mouvement nedonner le change par veut me xnais néceffaire. inféparable. ni à l'obfcrvation ? en peut-on il dire autant du matenalifme N'eft-il pas clair ieroit même y feroit toujours en dans chaque portion de même deeré. ne m'eft pas plus poflible de concevoir com- ment ma volonté meut mes fenfations afte^ent mon mon corps. dans un différentes s'expliquoient mieux mtures fi feul fjjet que dans deux. motrice.eft effenciel.fes a réfuter.t. & p^ ^utmenter ni Q^. toujours le incommunicable. -^^^ . l'un de ces mifteres a paru plus Quanta moi. on plus . c'eft clairement conabfocevoir un effet fans caufe. ?nême concevoir la matière lui eft pas eiienc.1 eft m^s enfin oft're un fcns. Je connois cette volonté par fa nature. Je ne pas même pourquoi cxpliquableque l'autre.^6 exemple. il ne pourroit matière. c'efl ne concevoir non lument Il rien. Tes mots qui feroient Car.ur s ils dans la première difficulté. ou le mouvefens. EMILE.

ï^nivers qu un fluide épars incohérent. quel fens donc la matière fe meut-elle neceflairement ? Toute la matière en corps a-t-elle fauroit fe Dans fon 1 un mouvement uniforme. on porte qelque véritable idée à votre efpnt ? On croit dire quelque chofe par ces mots vagues de force univerfelle. haut. l'on ne dit rien du tout. quand on vous parle d'une force aveugle répandue dans toute la Nature. mon ami. il a rempli la philofophie d'abfurdites dont on a honte. fitôt qu'on les dépouille de leurs grands mots. bur quelle direâionfefera ce mouvement commun de toute la matière ? Sera-ce en & une malTe folide il ne doit former & adroite ou à gauche? Si chaque molécule de matière a fa dircaion particulière.? Selon la première idée^ entier doit former mdmfible. félon la féconde. il n'y a point de mouvement fans quelque diredion . car un être individuel & & ne mouvoir à la fois dans tous les fens. Les idées générales ^y & abftraites font la fource des plus grandes erreurs des hommes jamais le . Dites-moi. en bas. Donner à ia matière le mouvement par abltradion. les caufes de toutes ces diredions de toutes CCS différences? Si chaque atome ou molécule de matière ne faifoit que tourner fur fon propre centre. L'idée du mouvement n'eft autre chofe que l'idée du tranfport d'un lieu à un autre. quelles feront.' ou DE L'EDUCATION. c'eft "> donner un fuppofer une caufe lui & 2 qui . fans qu'il foit jamais pofiible que deux atomes fe réunilTent. c'eft dire inouvçment deççrminé. droite ligne en & des mots qui ne llgniHent rien. jargon de la métaphyfique n'a fait découvrir une feule vérité. ou chaque atome â-t-il mouvement propre. de mouvement neceflaire. fi. jamais rien ne fortiroit de fa place & il n y auroit point de mouvement communiqué encore même faudroit-il que ce mouvement circulaire fut détermine dans quelque fens.

M I L E. quoique j en ignore Je juge de l'ordre du monde de cet ordre il me îa fin.. mais . d'étudier fuffit de comparer d'en remarquer le leur concours. Plus je multiplie les forces nouvelles caufes à exjamais trouver aucun agent commun pliquer. dans dans la brebis qui paît. machine mais je à quoi le tout eft bon j ne fais. plus j'ai de & de monie. pour la première fois. cholfir. non-feulement dans moi-même. je n'ea le cahos puis pas même imaginer le combat. Je verroit.i8 qui le E détermine. quoiqu'il ne connût pas i'ufage de la l'ouvrage. une montre qui ne laifléroit pas d'en admirer ouverte. diroit-il.laiiTe pas de voir comment l'intime correfpondence De laifle pas d'appercevoir compofent le prêtent par laouellc les êtres qui le fais comme un homme qui lin fccours mutuel. Ou le aaif k penfant voyez-vous exifter. m'allez-vous dire ? Non-leudansl'aftre qui lement dans les Cieux qui roulent. font des opérations d'un donc cet être exifte. la Si la matière mue me montre une mue félon de certaines loix me montre une matière intelligence c'eft mon fécond article de foi. fans Loin de pouvoir imaginer aucun qui les dirige. entendent. J'ignore je ii eft modifié te P'. . mais éclaire. être comparer. dans l'oife^u qu'emporte le pierre qui tombe. . parce que pour juger les parties entr'elies. leurs rapports. il mais fi-tôt qu'un homme fe mêle de l'expliquer. . pourquoi l'Univers exiite. Je qu'il n'eût point vu le cadran. Agir. concert. Je comprends que le méchanifme du inonde peut n'être pas intelligible à l'efprit humain. dans la feuille : : la vent. plus inconcevable que fon harl'Univers m'eft particulières. doit dire des chofes que les hommes volonté. nous qui vole. ordre dans le concours fortuit des élémens. h h VO!S .

1. j'admire l'ouvrier dans le détail de (on ouvrage. les moyens. quel efprit lain peut fe refufer à fon témoignage . & que de fophilmes ne faut-il point entafier pour méconnoîtrè l'harmonie des êtres. pourquoi la Nature s'eft-elle enfin prefcrit des loix aufquelles elle n'étoit pas d'abord afTujettie? Je ne dois piint être furpris qu'une chofe arrive lorfqu'clle efl: poffible. rapports ordonnés de toute efpece. je ne daignerois pas faire un pas pour aller veiifier le mcnlonge. & que la difficulté de l'événement tft compenlée par la quaiitité des jets. 'fen conviens.il plus nos regards . que pour une fin commune qu'il m'eft impolTible d'appercevoir.ou DE L'EDUCATION. & comment m'ôterez-vous le fentiment involontaire qui vous dément toujours malgré xnoi ? Si les corps organiiés fe font combinés fortuitement de mille manières avant de prendre des formes confiantes. s'il s'eft formé d'abord des . vois 29 pour les autres . projettes au hazard. à quels yeux non pi é- venus l'ordre fenfible de l'Univers n'annonce. B3 u . me dira-t-on.s têtes. & l'admirable concours de chaque pièce pour la confcrvation des autres ? Qu'on me parle tant qu'on voudra de combinaifons & de chances que vous fert de me réduire su lilence. Cependant 11 l'on mevcnoit dire que des carii6tcres d'imprimerie. eftomacs fans bouches. & je fuis bien fur que tous ces rouages ne marchent ainfi de concert. fi vous ne pouvez m'amener à la perfuafion. ont donné l'Enéide toute arrangée. pourquoi nul de ces informes efl'ais ne frappe. Vous oubliez. que chaque pièce eii faite Comparons les le fins particulières. des pieds far. pu s écoutons le fentiment interleur . des organes imparfaits de toute efpece qui font péris faute de pouvoir fe conferver.t-il pas une fupréme intelligence. dts mains fans bras.

que l'extravagance fortce à ce point ? y'mn. fi humaine pût êire fcience Alchimiqiiï. &prerque avec pu vouloir Nature. ne les fera point fenla quantité des jets tir Se penfer dans Ton creufet*".30 faut-il EMILE. elle a pris des mefures certaines pour que rien ne pût le troubler.erveilîcs de h trent la fagefle de fcn Auteur ? qu'il n'auroit pas épuifé atffi gros que le monde. J'ai lu Nieuventit avec furprife. avoit tair par la Croiroit-on. la barrière infurmontable que la Kature a mife entre les diverfes efpeces afin tju'elles ne fe confondirent pas. i^joutez que des combinaifons & des chances ne donneront jamais que des produits de même nature que les «'emens cumbinés. contentée d'établir l'ordre. que Ju/iui C(ivnlh:i. j'ai Finfini à parier contre un. Paracthe. enitignc la taçoii foutient que les Pygmées. la plus h l'accord du tout. fc<i<u!a!e. que l'organifation & la vie ne T-éruiteront point d'un jet d'atomes. mais de ces jets-là combien . qui '. de pioduiie ces petits hommef. qui n'en vois qu'un feul. montre fes intenElle ne s'eft pas tions avec la dernière évidence. les Satyres & les Nymphes entêté engendrés parlachymie. qui eft La feule génération des corps vivans Se organifés eft rab3'me de î'erprit humain . .us I. Comment cet homme faire un livre des m. que j'en fuppofe pour rendre la combinaifon vraifcmblable ? Pour moi. Bi (i-tôt qu'on veut entrer dans les dé' tails.nonSon Livre feroit a-t-il l'harmonie grande merveille échappe. fon fujet . les Jaunes. comme un autie Promcthée. Ton n'en avoit la preuve. ïn effet ie ne \ois pas trop qu'il refte défoimais autie chofe à faire pour établir la pcfTibilitc de ces faits.u/iianus afturoit avoir vu un petit homme brg d'un pouce enferme dans im verre. fi ce n'eft d'avancor que la matière organique réfific à l'ardeur du feu. & que fcs molécules t/^ & peuvent fe confervsi- en %ic dans un fourneau de réverbère. & qu'un Chyliiiffc combinant des mixtes. ratura rerum. que Ton produit n'efl point l'effet du hazard.

quoiqu'ils faiïént. grand tout. Si quelle eft leur nature Je n'en fais rien k que m'importe ? A raefure que ces le monde efl le & fage je : Y r . à quelque lonc commun de tous les auires. que je ne conçoive une mtel-Il ne dépend pas de moi ligence qui l'ordonne. mais qui font inutiles à-ma conduite & fupericures à ma raifoHi B 4 Souvenez* . terde coordinations. Je croîs donc que une volonté puiffante gouverné par vois. regarder comme le puiffe. mais tôt je le fens. jufques-là je renonce à des queftions oifeufes qui peuvent inquiéter mon amciur-propre. 3r ne dans l'Univers qu'on tl n'y a pas un être centre égard. toute cette harmonie de l'avcugie mepour déduire Ceux chanifme de la matière mue fortuitement d'intention qui fe manitefte dans qui nient l'unité ce._ ou plu. de croire que la matière paffive & morte a pu produire des êtres vivans & fentans. autour duquel ils qu'ils font tous réciproquetous ordonnés. qu'une fatalité aveugle a pu produire des être intelligens. les rapports de toutes les parties de ! ont beau couvrir leurs galimathias d'abftradions. il m'efi: impoffible de concevoir un fyftême d'êtres fi con<tamment ordonnés. & cela m'importe à favoir même monde eft-il éternel ou créé? Y a-t-il ce en a-t-il deux un principe unique des chofes ? ou plufieurs. fins 6c moyens fe L'efprit confond & pas fe finité de rapports. de principes généraux. de mes emblématiques . dont un perd dans cette inn'eft confûfidu ni (uppofitions Qiie d'abfurdes^ perdu dans la foule. je m'efforcerai de les acquérir . que ce qui ne penfe point a pu produire des ttres qui penfent. en forte aules uns relativement aux ment tres. .ou DE L'EDUCATION. connoiflances me deviendront intereflantes.

h qui r. : Après . cet Etre adif par iui même . plus je nxe confonds: je très- certainement qu'il . h annonce une intelligence unique . cxiRe. que je n'y fois force Ces par le fentiment de fes rapports avec moi. enfin. il m'échappe. Que la matière foit cterneiie ou créée. m. & mon efprit troublé n'apper^'oit plus Pénétré de mon infuffifance. cet Etre. h ordonne toutes chofes. Souvenez-vcus toujours que je n'enfeigne point incn fentiment.iis je n'en connoîs pas mieux l'Etre auquel je l'ai dcnné j il fe dérobe également à mes gence. & qu'il exifte par lui même je fais que mon exiftence eft fubordonrée à la fienne. qu'il y ait un principe paffif eu ^u'il n'y en ait point.V- K M I L E. je le vois tout autour de moi . un homme fage ne doit s'y livrer qu'en tremblant. raifonnemens font toujours téméraires .e concoure à la même fin. & fur car ce qu'il n'eft pas fait pour les approfondir qu'il j' a de plus injurieux à la Divinité n'eft pas de n'y point pcnfer. fais plus j'y penfc. Cet Etre qui veut h qui peut. je l'ap- Je joins à ce nom les idées d'intelli- j'ai raflemde bonté qui en eft fuite nécefiaire . J'apperçois Dieu par- œuvres. de bites» puifiance. qui meut l'Univers ptlie Dieu. je le fens en moi. rien. mais d'en mal penfer. ce qu'il eft. je ne raifonnerai jamais fur la nature de Dieu. je l'expofe. toujours eft-il certain que 3c tout efl un. que toutes les chofes qui me font connues font abfolule & ment dans tout dans même cas. favoir la confervation du tout daus l'ordre établi. quel qu'il foit. q\jelle eft ià fubftance. de volonté h à celle que une ftns h mon entendement. car je ne vois rien qui ne foit ordonné dans le même i'yilême. mais fi-tôt qu« je veux le contempler en lui-même. fi tôt que je veux chercher fcs où il eft.

fi je fuis le feuî qui fâche tout rapporter à lui ? Il eft donc vrai j que l'homme eft le terre qu'il habite car non.feulement il Roi de k il dompté difpofe lui tous les animaux. leurs rapports . fuis le &. contemplation. je reviens à moi. je puis aimer le bien. qu'aucun d'eux n'en a pour agir fur moi malgré moi par la feule mens qui font en mon impulfion phyfîque. des feul élémens par la mais fur la terre en faitdifpofcr. je puis ver. ou pour me prêter ou me dérober comme il me plaît à leur adion. • leurs effets. mefurer. vertu j puis contempler l'Univers. h sj é Après avoir découvert ceux de fes attributs par lefquels je connois fon exiftence. beauté. m'éJever à la main qui le gouverne . je cherche quel rang j'occupe dans l'ordre des que je puis examiner. connoître les êtres fentir ce que c'eft qu'ordre. les aftrcs mêmes dont il ne Qu'on me montre un autre anipeut approcher. chofes qu'elle gouverne. c'eft ta trifte philofophie qui te rend femblable à elles ou plutôt tu veux en vain t'avilirj ton génie dépofe contre tes principes. non-feulement par fon rnduftrie . prévoir leurs mouvefcul qui ait mens. je Quel infpedion fur le tout. ton coeur bienfaifant dément & ! & ^ & ! B5 U . être ici bas. fait obferver tous les autres. calculer.ou DE L'EDUCATION. hors l'homme. Quoi je puis obferqui fâche admirer le foleil. mal fur la terre qui fâche faire ufage du feu. par mon intelligence. & joindre. hi il s'approprie encore. je me comparerois aux bêtes ? Ame abjecte. j'ai plus de force pour agir fur tous les corps qui m'environnent. car par ma volonté & & pouvoir pour l'exécuters. le faire. le fentiment de l'exiftence commune à celui de forî exiftence individuelle? Qu'y a-t-il de fi ridicule à penfer que tout eft fait pour moi. Je me trouve inconteftablement au premier pav par les inllrumon efpece . pour ainfi dire.

Jfavois froit qu'harmonie & ! proportions. j'en confidere les dide foi. de meilleur ma place fi j'avois à choifir que mon efyccc . qui n'ai point de fyftême à fou tenir. rnoi. je ne vois rien. & & dans l'ordre des êtres. il m'eft didé par la Nature elle-même. & l'abus même de tes facultés prouve leur excellence en dépit de toi. Pour moi. défordre concert règne entre les élemens. fans me féliciter & & dore' à la Divinité bientaifante. Je n'ai pas befoin qu'on m'enfeigne ce culte. font dans le cahos tew roi feul eft miferable k O ! fagefle. fes bienfaits. après lui. parti n'entraîne.& d'aimer ce qui nous veut du bien ? Mais quand pour connoître enfuite ma place individuelle dans mon efpece. & les hommes Les animaux font heureux. premier hommage la & K-'elt-ce pns une conféquence naturelle de l'amour d'honorer ce qui nous protège.34 ta dodkine. où font les . fans bénir la main qui m'y a placé ? De mon premier retour fur moi naît dans mon cœur un de bénédiélion pour fentiment de reconnoiflance FAuteur de mon efpece. E M & I L E. ce'ui du genre ! Le humain ne m'offre que confufion. homme fimple vrai que la fureur d'aucun qui n'afpire point à l'honneur d'être chef de fedle. que pourrois-]e choifir de plus que d'être homme ? Cette réflexion m'enorgueillît moins qu'elle ne me touche . . ii il n'étoit pas dû au mérite d'un être qui n'exifPuis je me voir ainfi diftingue de remplir ce pofte honorable. content de la place où Dieu m'a mis. J'aje m'attendris fur puiffance fUprême. car cet état n'eft point de mon choix. & de ce fentiment mon toit pas encore.

je vois le bien. eft de fentir que j*ai pu réfifter. q laîite ive me un être fimple. je je combattu par ces deux mouvemens contrainon. mon bon ami. res. difois veux & je ne veux pas.s le cœur humain. j'y crus découvrir deux principes dif- dont l'un l'élevoit à l'étude des vérités éter^^ nelles. & traîné. mais il fe préférer atout eft un. levé ces contradictions. a point de morale démontrée . fans doute. Vous remaïquerez que par ce mot de fubftance. tes loix? le 35 ô monde? ? Providence. rafTerviflbit à l'empire des fens. & primitivcj . quand je fuccombe. je ferai Si la confcience eft l'ouvtoujours de bonne. j'ai tort. à l'amour de la juftice & du beau moral aux régions du monde intelledlueî dont la contemplation fait les iclices du fage. j'entends en général L'irltre tJoué de qiielquc.foi. qui n'avoient point jufques-là réfulté de mes recherches ? En méditant fur la nature de l'homme. écoutez avec confiance. l'homme n'eft point un . H n*y rage des préjugés. que de ces triftes réflexions. & de ces contradidions apparentes fe formèrent dans mon efprit les fublimes idées de Tame.j Où DE L'EDUCATION. Jeune homme. je me fens à la fois ef- me : clave le & : libre . Croiriez-vous. penchant naturel à l'homme. il pou tant le premier fcntunent de la juftice eft inné & & dai'. paffif quand mes paffioiiS m'entraînent. & dont l'autre le famenoit baflement en lui-même. je l'aime.. que celui qui fait de l'hom- je reconnois plus qu'une fubftance. & je fais- mal je fuis aétif quand j'écoute la raifon. eftce ainfi que tu régis Etre bienfaifant qu'eft devenu ton pou! voir Je vois le mal fur la terre. aux paffions qui font leurs minifGontrarioit par elles tout ce que lui infpi**txesy En me Tentant enroit le fcntiment du premier. tindts. Sz mon pire tourment.

$i abftia6tion faite de toutes modifications particulières ou fecondaires. où ccncevrai-je l'unité feufirive. de connoître Ja matière que comme étendue & divifible. primitive. Si donc toutes nous font connues. il y a autant de diverfes fubftances qu'on peut faire de pareilles exclufions. . mais il me femble que Il • me jihilofophic «hés oui leur ont tait rejeltcr la penfée. ou en contient-elle autsint quf de giain? de fable } fi chaque atome élémentaire eft une «ire ferjitif. vrai Qje toute matière fente. pour être afluré qu'elle ne peut penfer ..oi individuel ? flra-ce «tars dts corps gf rcgatifs ? Placerai-je également cette unité dansks ftttidcE Se dans les folides. & quand un Philofophe viendra me dire que les arbres fcntent. peuvent fe réunir dans un même être. agiffant félon Concevez-vous la même chofe du avec rétendue & la divifibilité.36 EMILE. mais quels font ces indivjîius ? cette pierre eft-e!le un individu ou une aggrégatioa «i*individus ? eft-eîl^* an Ceul être fenfttif. oit dans chaque mclécule de matière. Ja Nature.cit plus que d^s êtres fcnfiafs dani ffiifcnt point. il elt tout entier ou nul i Je ne fais comment l'enl'être fcnfiiif n'eft donc pas un corps. les malTes. on ne doit admettre qu'une fubftance j mais s'il y en a qui s'excluent mutuellement. lamoderne a découvert au contraire que les hommes neElle ne reconr. quoiqu'en dife Locke. les mêmes diffilender. ii la pierre un être fenfitif qui n'en a pas.t nos materijliftcs. il aura beau m'embarrafferdans fes ]es qualités piimitives qui femble que loin de dire que les rochers penfent. que des individus dans la Nature. Vous réfléchirez fur cela j pour moi je n'ai befoin. & toute la différence qu'elle trouve entre un homme & une pierre. leur devroient faire auffi rejettî? .l'un fe ù nt dans l'autre. & que les rochers penfent *. dans les mixtts & d ns ks élémcns ? 11 n'y Sy dit-o. en forte de la Nature fe confondent en un ? L'attraâion peut être une loi mai) nous concevons au moins ëont le miltere nous eft inconnu . ou le rr. fentiment? Les pnities fenfibles font étendues. eft que l'homme fil un être fcnfiti-f qui a des fe«faMais s'il eft tions. mais l'être fcnfitif tû indiviiible & un j il ne fe partage pas. comment conceviai-je cette intime communication que leurs deux moi fiar laqiiell'". n'a rien d'incompatibl» «ue Tattraûion.

ou du moins fa caufe . ils ne feroient pas puifqu'ils ne vois pas pourquoi ayant fait le preaufli l'autre j que leur en coûteroit-il de plus. ou je dis qu'ils n'exiftent pas. font fourds. Plus je réfléchis fur la penfée & fur la nature de l'efprit humain. plus je tiouvequele raifonnement Ils des matérialiftes refemble à celui de ce fourd. dont je n'ai pas la moindre idée ? C'eft expliquer un fait obfcur. mais parce que je ne conçois pas comment frémit cette corde. répond-il. comment •fent-ils affirmer qu'ils Tentent . par une caufe enOu rendez-moi vos fons fenficore plus obfcure. fes 57 ne puis voir en lui qu'un fophifte de mauvaife foi. & je font mier pas. pourquoi faut. Point du tout. reprends-je.ou DE L'EDUCATION. je parce qu'ils n'ont jamais frappé Ton oreille. dont je fais fonner l'unifTonpar un autre inftrument caché: je lui dis. & fùn qu'Us ? M penfent pas. : dans cette corde? Je ne puis. qui aime mieux donner Je fentiment aux pierres.il que j'aille expliquer cela par vos fons. c'eft le fon le fourd voit frémir la corde qui f. à la voix intérieure qui leur Une macrie d'un ton difficile à méconnoître chine ne penfc point. réplique le fourd . la caufe du frémiflement de la corde eft en elle-même . bles. Je mets fous fes yeux un inftrument à corde. il n'y a ni mouvement.iit cela. ce frémifTement dans les autres corps. ni figure qui produife la réflexion: quelque chofe en toi cherche à brifer les liens qui le compriment : l'efpace n'eft pas ta mefure. argumens fubtils. l'Univers entier n'eft pas : rejetter le fentiment. en effet. qua d'accorder une ame à l'homme. c'eft une qualité commune à tous les corps de frémir ainfi montrez-moi donc. Suppofons un fourd qui nie l'exiftence des fons.

non Quand je me livre aux tenla force d'exécuter. je fuis efclave par mes vices. la caufe qui Q. je le fens. eft doiic la caufe qui détermine fa volonté ? C'efti foa font qu'une. parfaitement en moi-même quand je fais ce que j'ai voulu faire. & moi. j'agis félon l'inipulfion des objets externes. Si ce fentiment qui la raifonqui le me combat. Si fi eft aétif dans fes . J'ai ies autres agilTent & qui agit que un coips fur lequel fur eux . quelle eft la caufe qui détermine mon jugement car i! eft clair que ces deux cnuf^s n'en mon : l'on comprend bien que l'homme jugemens. ou quand je ne fais q'. k l'entendement ne m'eft pas Quand que je ma mieux connu. je n'écoute volonté . tes defirs. je cunfens ou je je fens réfifte. J'ai toujours la puiiTance de vouloir. Nul être matériel n'eft aârif par pas aflez grand pour toi .38 EMILE. je demande à tour. ton orgueil même. Se que j'empêche enfin la voix de l'ame de s'élever contre la loi du corps. ont un autre principe que ce corps étroit dans lequel tu te fens enchaîné. je fuccombe ou je fuis vainqueur.ie céuer à mes paffions. mus ma volonté eft indépendante de mes fens. le fentiment de ma liberté ne s'efface en moi que quand je me déprave. tes fentimens. Je ne connois la volonté que par k fentiment de la mienne. èc libre par mes remords. on verra que fa liberté n'eft qu'un pouvoir femblable. On a beau me difputei cela. cette adtion parie eft plus fort réciproque n'eft pas douteufe. tOD inquiétude. il choifit le bon comme il a Quelle jugé le vrai j s'il juge faux il choifit mal. lui-même. que fon entendement n'eft que le pouvoir de comparer Si de jug-r. me reproche cette foibiefie. & tations. je le fuis. ou dérivé de celui-là ._!and on me demande quelle eft détermine ma volonté.

c'eft fa puiflancede j. c'eft mon De ces trois premiers troifiéme article de foi. Sa. je n'entends plus rien. parce que je ne fuis pas le maître d'être uri autre que moi ? mon Le principe de toute aélion eft dans la volonté libre. ion jugement ? C'efl fa faculté intelligente. Suppofer quelque aéïe. lui-même. quelque effet qui ne dérive pas d'un principe aérif.ns doute je ne fuis pas libre de ne pas vouloir roon propre bien.ou DE L'EDUCATION. Elle ne veut point le mal que fait être imputé. Toit <ju'ellenepût l'empêcher fans gêner (^'liberté. Ou il n'y a point de première impulfton. &c aire un mal plus grand en dégradaut fa naïufC. «nais elle ne l'empêche pas de le faire . en abufant de la liberté qu'elle lui donne. point de véritable volonté fans liberté. l'homme.ugeri la caufe déterminante eft en Pafi'é cela. Elle l'a fait . c'eft d'un être on ne fauroit Ce n'eft pas le mot de liberté qui tomber dans le cercle vicieux. mais ma liberté confifte en cela même. c'eft vraiment fuppofer des effets fans caufe. Si l'homme eftailif & libre. ou toute première im& il n'y a pulfion n'a n 'lie caufe antérieure. que je ne puis vouloir que ce qui m'eft convenable. vous déduirez aifément tous les autres. je ne fuis pas libre de vouloir mal . c'eft celui de nécefîué. fans que rien d'étranger à moi me détermine. ne fignifie rien. fans que je continue à les compter. foit qut de la & part d'un être fi fuiblece mal foit nul à fes yeux. remonter au-delà. animé d'une fubftance immatérielle. L'homme 6: comme tel eft donc libre dans fes aétions. ou que j'eftime tel. il agitdelui-mêmej tout ce qu'il fait librement n'entre point dans le ne peut lui fyftême ordonné de la Providence. 39 Et quelle eft la caufe qui détermine Ton jugement. S'enfuit-il que je ne fois pas mon maître.

général. de ce qu' il mit à (es aftions la mortalité qui les ennoblit. que l'abus de la liberté qu'elle lui laifTe. falloit-il le borner Dieu de mon à i'jnftinâ & le faire bête ? Non. pour empêpas le pourvoir de mal faire ? Quoi cher l'homme d'être méchant. que nous fommes tentés par les paflîons Que pouvoit de plus en retenus par la confcience. & un avertiflemeiu d'y pourvoir i . bon & & ! & heureux comme toi ! C'eft l'abus de nos facultés qui nous rend malheureux & méchans. notre faveur la puifTance Divine elle-même ? pouvoit-elle mettre de la contradiflion dans notre Nadonner le prix d'avoir bien fait à qui n'eut ture. de ce qu'il lui donna droit à la vertu. afin que je pufle être libre. retombe fur fans rien changer au fyftême du monde. La fuprème jouifî'ance eft dans le contentement de foi-même . -mais le bien par choix. ne peut troubler l'ordre fait libre afin qu'il fît. La mal que l'homme l'efpece fait. Murmurer de ce que Dieu ne l'empêche pas de faire le mal. fans fe empêcher que humaine elle-même ne conferve malgré quelle en ait. & le mal eft inconteftablement notre ouvrage. je ne te reprocherai jamais de l'avoir faite à ton image. c'eft murmurer de ce qu'il la fit d'une nature excellente. nos foucis. phyfique ne feroit rien fans nos vices qui nous l'ont rendu fenfible. c'eft pour mériter ce contentement que nous fommes placés fur la terre & doués de la liberté. Nos chagrins. : non le mal. Jui. ame. en ufant bien des facultés dentelle l'a doué mais elle a tellement borné fes forces. douleur du corps n'eft-elle pas un figne que la machine fe dérange.40 EMILE. Elle l'a mis en état de faire ce choix. N'eft-ce pas pour nous conferver que la Nature nous fait fentir nos befoins ? La. Le mal moral nos peines nous viennent de nous.

la Nature a voulu que vous ne foufFrifliez pas toujours. fes nous nous contentions d'être ce que nous femmes. & l'ua & l'autre te vient de toi. & primitive eft fujet à peu prefque Tans maladies ainû que ne prévoit ni ne fent la mort . l'homme ne l'a pas reçu de la Nîiture. pks un mal pour Quand on déréglée. & & Où . il fe l'eft donné. les pas leur vie & la nôtre vivant dans de maux ! la ftmplicité Il vit fans paffions. & je vois dans le fyftême du monde un ordre qui ne fe dément point» Le mal particulier n'tft que dans le fentiment de l'être qui f( ufFre j & ce fentiment. ôtez nos erreurs nos vices. contre la Nature. la prévoyance de la mort la rend horrible & l'accélère . Qui ne fa't pas fupporter un peu de fouffrance doit s'attendre à beaucoup dcs-Iors elle n'eft Si fouffrir. ne chef che plus l'auteur du mal. La dfultura ptu de prife fur quiconque. n'a ni fiuvenir. Otez nC'S funtflts progrès. nous n'aurions point à déplorer notre fort . plus on la veut fuir. des maux qu'on s'ell faits en l'ofFcnfant. ayant peu réfléchi.ou DE L'EDUCATION. cet auteur c'cfl: toi-même. ôtez l'ouvrage de l'homme. a une vie on la gâté fa conftitution par veut rétablir par des remèdes . ni prévcyance. Homme. voir ils ? 41 méchans n'empoifonnent? Qui eft-ce qui voudroit toujours vivre ? La mort eft le remède aux maux que VOLS vous faites . au mal qu'on fent en ajoute celui qu'on craint . en murmurant. . mais pour chercher un bien être imaginaire nous nous donnons mille maux réels. tout eft bien. Combien Thomme La mort. : quand il la fent. & l'on meurt de frayeur durant toute fa vie. Le mal général ne peut être que dans le défordre. Il n'exifle point d'autre mal que celui que tu fais ou que tu foufFres. miferes la lui rendent dtfirable lui. plus oa la fent . .

chofes Voyez auîîi quelle indignation s'allume opprimé. étend. . Dieu n'cft pas le Dieu des morts.£/?7V^. elTenciel à tout être qui fe fent. que de leur en donner i'idée Si de leur en Plus je rentre en moi. Or \i bonté eft l'eftet de la bonté. ils diloieiit trcs-vrai . il eft bon parce qu'il eft grand. elle n'agit point fur ce qui n'eft pas .v/wuî. à confiderer l'état préfcnt des jufte refte le le méchant profpere. & en nous quand cette attente eft fruftrée ! La j murmure contre fou auteur confcicnce s'élève tu m'as trompé elle lui crie en gémillant : ! & • Qnand les Anciens appelloient O/r/ff-'ut Wa. rien n'eft injufte.42 E M î L E. l'ade perpétuel de la puifîance . plus faire fentir le befoin. puilque fa bonté puiii'uice . néceflaire d'une puifTance fans borne Se de i'amour Celui qui de foi. bien. fon exiftence conferver font Produire avec celle des êtres. eft rien pourtant. je crois qu'il leur doit tout ce qu'il leur promit en Or c'eil leur promettre un leur donnant l'être. doit être auffi fouverainement jufte. mais en difant Maximui Optimus^ vient de fa ils nuroiem parlé plus exaélement. Où peut tout. eft inféparable La juftice tout eft bien. conferve s'appelle y. Dieu. il ne pourroit être deftruéteur & méchant Celui qui peut tout ne peut voufans fe nuire. autrement il fe contrediroit lui-même . dit-on. car l'amour de l'ordre l'amour de l'ordre produit s'appelle bonté. parce qu'il eft fouverainement puiflant. qui qui le le & je me confulte. loir que ce qui eft bien *. Donc l'Etre fouvcraine- & ment bon. ne doit rien à fes créatures. pour ainfi dire. : mots écrits dans Il n'en heureux. le Dien Tupicmc. & plus je lis ces mon ame fois jujle & tu ferai .

c'eft après parcourue. heureux. mérite. porelle. tu vas vivre. & qu'il eft obligé ! de payer leur vertu d'avance. demander J'aurois à la vérité. que Dieu leur doit la récompenfe avant le On diroit. l'embarras de me quand tout ce qu'il avoit de fenoù eft l'homme. Cette queftion n'eft plus une difdeux fubficulté pour moi.ou DE L'EDUCATION. & c'eft alors que je penfes-tu O ! ! : . fible eft détruit. h puis N'exigeons pas le prix avant la viéloire. nous avec la vie. l'ont fiuvivre au Si l'ame eft immatérielle. t'ai 43 trompé. Je me dirois tout ne finit pas : tout rentre dans l'ordre à la mort. gloire avec ton corps aux champs vas Pourquoi dis-tu : la vertu n'eft rien. que les vainqueurs la Lice. ce Quand eft point fournis m'échappe. l'union du corps çois que l'un pcuc ^ & de l'ame fe eft rompue. qui ne leur n'appercevant rien que par mes fens. cela feul Une fi choquante dilTonance roit d'en douter. me feroit chercher pour la réfoudre. de difoit Plutarque. tiendrai tout ce que je t'ai promis. aux murmures des impatiens mortels. l'autre fe je conver. O nous ferons l'oyons bons premièrement. à dans l'harmonie univerfelle. téméraire! & qui te l'a dit? Je Ton ame eft-elle anéantie ? As-tu cédé d'exifter ? ne fouille point ta noble Brutus ô mon fils laiffe point ton efpoir & ta ne vie en la finiffant de Phihppes. prix de la tienne ? jouir du non. quind tu Tu vas mourir. fi-tôt que j'ai reconnu ma vie corIl eft trés-fimple qus durant ftances. Ce n'eft point dans lïi le falaire avant le travail. qu'ils nos jeux facrés font couronnés. elle peut m'empêchefion dujufte en ce monde. difîbudre & confer- .

il faut que me fouvienne d'avoir été. ils étoient. je je 1 1 connois par le fentiment favoir quelle eft fon effence . affirmer. étant de natures fi différentes. t(. & l'ame eft-elle immortelle par fa nature? A4on entendement borné ne conçoit rien fans bornes . & . par conféquent ce c'cft que l'identité . rentrent tous deux dans leur état naturel. par la mémoire Si que . Ce que je fais bien. Or. fans du moi ne fe prolonge (jue que pour être le même en effet. deitrudtion de l'un entraîneroitelle la deftrudion de l'autre ? Au contraire. que je ne me rappelle aufti ce que j'ai fenti. je ne faurois me rappelkr après ma mort ce que j'ai été durant mi vie. & la vie de l'ame ne commence qu'à la mort du corp?. & n'a rien de déraifonnable. La fubftance adtive Se vivante regagne toute la force qu'elle cmployoit à mouvoir la fubftance paffive & Hélas! je le feus trop par mes vices.44 ver. qui fait fi c'eft aflez pour durer toujours ? Toutefois je conçois comment le corps s'ufe fe détruit par la divihon des parties. je préfume qu'il ne meurt pas.ut ce qu'on appelle infini m'échappe. quels raifonnemens puis-je faire fur ce que je ne puis concevoir ? Je crois qm l'ame furvit au corps affez pour le maintien de l'ordre . & quand cette uniun ceffe. pourquoi craindrois-je de morte. Mais quelle eft cette vie. Puifque cette préfomption me confole. l'homme ne vit qu'à moitié durant fa vie. penfée . dans un état violent ils . Que puis-je nier. fais qu'elle eft. mais je ne puis concevoir une deftruction pareille de l'être penfant n'imaginant point comment il peut mourir. E Pourquoi )a ]\1 I L E. & m'y Si livrer ? Je fens par la mon ame. par Itur union. je ne puis raifonner fur des idées que je n'ai pas.

autre. empêchent d'en Mais quand. délivrés des fentirtous les charmes. & que n'ayant point abufé de leur liberté fur la terre. qui naît du contentement de ibi-même. & donnent le change Les humiliations. l'auteur de toute juftice les ayant faits fenfibles. que fur la me femble inféparable de l'effence . ils n'ont pas trompé leur deftination par leur faute . quand la beauté de l'ordre frappera toutes les puiffanees de notre ame. Je ne dis point que les bons feront récompenfés . s'il y aura d'autres fources de bonheur & de peines . «jue î'ai fait . & fouffert pourtant dans cette vie. les fens. les difgraces. ô mon bon ami. ils ont la & . mandez point. que d'exifter félon fa nature? Mais je parce que leur auteur. je l'ignore. nous illufions que nous font le corps & je & jouirons de contemplation de l'Etre fuprême Sz des vérités éternelles dont il eft la fource. c'eft alTez de celles que j'imagine pour me confoler de cette vie Se m'en taire cfperer une autre.ou DE L'EDUCATION. dis q'i'ils feront heureux. diftingueroiit par des fentimens inépuifables Ne me dele fort que chacun fe fera préparé. Si que nous ferons uniquement occupés à comparer ce que nous avons fait avec ce que nous avons dû faire. ne les a pas faits pour fouffrir. 45 ne doute point que ce fouvenir re fafTe un jour la félicité des bons & le tourment Ici bas mille pafHons ardentes abdes méchans. forbent le fentiment interne. qu'attire Texercice des vertus. c'eft alors que la voix de la fon empire c'eft confcicnce reprendra fa force alors que !a volupté pure. car quel autre bien peut attendre un être excellent. Si le regret amer de s'être avili. aux remords. fur le mérite de ils feront donc eft dédommagés dans une moins fondé notion de bonté qui Ce fentiment l'homme.

Je ne fais que fuppofer les loix de l'ordre obfervées. je les adore f anéantis ma foible raifon devant ta juftice. doivent cefîer ? aufTi nos pallions rien. pour ttn propre honneur. méchans ? fe venge. où ceflcnt defirs infenfés. Dieu confiant à lui-même *. elle fe erreurs. De quelle perverfité de purs efprits feroient-ils fufceptibles N'ayant befoin de ? pourquoi feroient-ils méchans- Si. & nos crimes. Mais il être à jamais miferable O ! . fans prendre peine à me décider Etre clément & bon quels que foient lâ-defTus. fi tu punis les méchans. i faii-noui nvivrc Pf. k & les n'ai point la vaine curiofité d'éclaircir des quef- tions inutiles. d'avarice tion.is Siair pour ton nom. befoin d'aller chercher l'enfer dans l'autre vie ? il crimes qui les infatiables. ! pas pour nous. Que m'importe ce que deviendront je prends peu d'intérêt à leur fort. Ne me demandez pas non plus fi les tourmens je l'ignore encore. nor. qu'au fein de vos faufles profperités les pafQu'eft-il iions vengerefTes puniflent vos foi faits. 115. & eft Où nos dès celle-ci dans le cœur des méchans. tes décrets. EMILE. peutle bien . Seigneur. finiffent nos befoins périffables. . Vous & vos ô nations êtes fes miniftres. à punir les ! C'eft dans vos coeurs ont attirés. des méchans feront éternels . de nos dans la con- & ^ ? voilà ce que j'a du penchant à croire. Toutefois j'ai peine à croire qu'ils foient condamSi la fuprême juftice nés à des tourmens fans fin.46 fence divine. tout leur bonheur elt templation des êtres . Elle employé les maux que vous vous faites. ils ne fauroient vouloir que quiconque cefle d'être méchant. venge dès cette vie. defVitués fens groffiers. fi ^ Non pas pour Dieu nous. d'ambirongés d'envie. ttu.

& fi la avec le même paix nous attend tous également un jour. que je me faifois de cet Etre immenfe. la volonté. Le méchant n'eft-il pas mon frère ? Combien de fois j'ai été tenté de lui reflembler? Que. il perde aufîi Ja malignité qui l'accompagne. Nous ne fommes libres que parce qu'il veut que fa fubftance inexpliquable eft à nous le foyons. elle eft aufli moins propormefure que j'aptionnée à la raifon humaine. d'abord imparfaite & bornée. penfant. je fuis parvenu à étendre & augmenter par dégrés l'idée. l'a^livité penfe que c'eft elle qui donne la vie adive qui régit les corps à la fubftance vivante animés . délivré de fa mifere. la me les trouble. je m'indigne contre cet aviliflement de fi l'efiTence divine. la liberté. qu'il foit heureux ainfi que moi . & duquel nous tenons la penfée. je t'en loue. nos - & . contemplant Dieu dans fes oeuvres. l'adivité. loin d'exciter ma jaloufie. quand j'entends dire que mon ame eft & & fpirituellc & que Dieu eft un efprit. voulant par lui-même.connoître. fentant. A proche en efprit de l'éternelle lumière. fon éclat m'éblouit. l'être. & l'étudiant par ceux de fes attributs qu'il m'importoit da. ner toutes l'imaginer. le fentiment. 47 doivent s'éteindre fi les remords de ces infortunés tems. le vraiment aélif. C'eft ainfi que.ou DE L'EDUCATION. Dieu & mon fi ame étoient de même comme feul Dieu n'étoit pas le feul être abfolu. fi leurs maux doivent finir. Dieu n'eft plus corporel & fuprême intelligence qui régit le monde n'eft plus le monde môme : j'élève & fatigue en vain mon Quand je efprit à concevoir fon eiïence. fon bonheur ne fera qu'ajouter au mien. & je fuis forcé d'abandon- notions terreftres qui m'aidoient à fenfible . comme nature . Mais fi cette idée eft devenue plus noble & plus grande.

nos âmes ce que nos âmes font à nos corps. tout ordonné. fans doute. mais que î'être Si le néant fe convertifTent d'eux-mêmes l'un dans l'autre. il il n'y a pour elle ni prémiires. Dieu eft intelligent . être que je ne conç'^is pas donne l'exiftence à d'autres être>. toutes les vérités ne font les pour elle qu'une feule idée. Dieu eft éternel. rien n'eft plus manifefte la dans l'homme eft l'amour de fes femblables. c'eft qu'il fera tant qu'elles qu'il eft avant les chofes. & tous les moment. Dieu eft jufte . ni conféquences. parce qu'il veut.4? EMILE. elle eft purement n'y a pas même de propofition elle voit également tout ce qui eft. qu'il a tout fait. Dieu eft mus la bonté bon. & la fuprême intelligence n'a pas befoin de railonner . & intuitive. c'eft une contradidlion palpable. mais mon efprit peutembrafîer l'idée de l'éternité? pourquoi me il payer de mots fans idée ? Ce que je conçois. l'injuftice des hommes eft leur œuvre & non pas la fienne le dé: & & : fordre moral qui dépofe contre la Providence aux yeux . cela qu'obfcur Si incompréhenfible . tout ce qui peut être. je n'en fais rien. la La puifiance humaine agit par des moyens. puifîance Divine agit par elle-même : Dieu peut. car c'eft lie chaque par l'orde qu'il maintient ce qui exifte. les efprits. mais je fais qu'il a formé l'univers $c tout ce qui exifte. fa volonté fait fon pouvoir. j'en fuis conpartie avec le tout. c'eft une fuite de fa bonté . mais comment il l'eft-il ? L'homme eft intelligent quand raifonne. L'idée de création me confond Se pafie ma portée. les corps. comme tems un tous feul lieux un feul point. (1 -tout n'eft devoir un jour. . le monde. S'il a créé la matière. c'eft u-ïie claire abfurdité. vaincu. bonté de Dieu eft l'amour de l'ordre. & finir qu'il feroit même Qu'un au-delà. fubfiiteront. je la crois autant que je la puis concevoir .

yeux des Philofophes ne fait 49 que la démontrer aux eft miens.l I ( ' C . Je Etre des êtres. mais je les trouve au fo»nd de mon cœur écrites par la Nature en caraéteres ineffaçables. c'eft par le bon ufage de ma raifon : mais je les affirme fans les comprendre. toujours ma méthode. c'eft le charme de ma foiblelTe de me fentir accablé de ta grandeur. Le plus digne ufage de & : ma raifon eft de s'anéantir devant toi : c'eft mon raviftement d'cfprit. je le fens. de demander compte à chacun donné. &c quelles régies je dois me prefcrire pour remplir ma deftination fu-r la terre. moins je la conçois. me porte à juger des caufes félon mes lumières naturelles. Je n'ai qu'à me confulter fur ce que je veux faire : tout ce que je Tens être fr yt/>->x . c'eft par des conféquences forcées. Enfin plus je m'efForce de contempler fon efTence infinie. moins je la conçois . Mais la juftice de l'homme de rendre lui à chacun ce qui lui appartient. je fuis. c'eft n'aiHrmer rien. plus je l'adore. lui dis m'hamilie. Dieu eft ainfi .ou DE L'EDUCATION. & la juftice de Dieu de ce qu'il « Que attributs fi je viens à découvrir fuccefTivement ces dont je n'ai nulle idée abfolue. dire. & dans je le fond. déduit les principales vérités qu'il m'importoit de connoître. que tu es . feloa En fuivaiic l'intention de celui qui m'y a placé. cela me fuffit . J'ai beau me prouve . je ne tire point ces régies des principes d'une haute philofophie. c'eft m'élever à ma fource que parce de te méditer fans çefle. il me rcfie d & chercher quelles maximes j'en dois tirer pour ma conduite. mais elle eft. je me le n'en conçois pas mieux comment Dieu peut être ainfi. Après avoir ainfi de l'impreffion des obdu fentiment intérieur qui jets fenfibles.

L'inftin(îl. qu'on a recours aux fubtilités du raifonnecrient. Jans cette 4ifcuffion. elle eft à l'ame ce que Trop rinftind eft au corps * . chien. cependant combien de fois la voix intérieure nous dit qu'en faifant notre bien aux dépens d'autrui. qui la fuit. ait appris qu'il y avoit-là des taupes? je demande que j'ai menace ce eft plus important. lequel fouvent la raifon nous trompe. &. nous faifons mal Nous croyons fuivre l'impulfion de la Nature.f}. fans aucune connoiffance acquife.50 E : M I L t. pourquoi la première fois repliée». à la patience avec laquelle il les guette quelquefois & à i'habileté avec laquelle il les faifit. félon l'un de nos plus fages philofophcs. entrer ici Sans aflez étrange pour valoir la peine d'être examiné. Eft-il étonnant que Se fouvent alors deux faut il langages «écouter ? contredifent. ^ la plus propre à me t. je demande quel nom je dois donner à l'ardeur aux taupe» qu'il ne mange avec laquelle mon chien fait la guerre des heupoint. neft qu'une habitude privée de réflexion. l'être a<5lif fcicnce. & nous lui réfiftons en écoutant ce qu'elle dit à nos fens. Le premier de tous les foins eft celui de foi-même . obéit à la Na- ture. 310US n'avons que trop acquis le droit de la récufer. les p. tout ce que je (ens être mal eft mal le meilleur de tous les Cafuiftes eft la con- & ce n'eil que quand on marchande avec die. les jette hors i-s cntieref. moment qu'elles pouffent. & les tue cnfuite pour les lailà cette chaflf. l'être palïïf ]a voix commande. mais acquife en reflecon«hiflant . mais la confcience ne trompe jamais. elle eft le vrai guide de l"'homme .uchcr } poi- iwrc .nttes & & luj même cans une îUitude Tuprlunte. paiTions font confcience eft la voix du ces corps. les animaux . qui paveis Toît guider. terre au fer-là. fans que jamais perfonne l'ait dreffé cçcj encore. <juelque fin. ! : obéit. les La de fe l'ame. être bien eft bien. nous ïnéprifons ce qu'elle dit à nos cœurs . de la manière dont il explique ce progrès. on doit paradoxe clure que les enfans réfléchiflent plus que les hommes . » La Philofophie moderne qui n'admet que ce qu'elle explique. il s'eft ietté le dos contre tcne. n'n garde d'admettre cette obfcure faculté appellée injlir.

il doit l'être au fond de nos cœurs comme dans nos œuvres . celui des tourmens ou du bonheur Si î C 2 d'autrui ? ture dans laquelle il fe fût bien gardé de refter. il ne peut cefier de l'être fans fe corrompre. même chofe dans le même cas. un homme humain l'croit un animal auffi dépravé qu'un loup pitoyable. Qije les Philofophes. fans me la'ffer âéchir. pour tout homme parlerai plus à'hx- fenfé alors je n'aurai plus rien à dire. l'eft pas. Toute la moralité de nos aillions eft dans ]o jugement que nous en p'>rtons jîous-mêmes. important. l'homme ne fauroit être fain d'efprit ni bien conftitué.lé ? & & fur quelles lumières acquifes efperoit-il m'appaifer en s'abandonnant ainfi à ma difcrition ? Tous les chiens du monde font à-peu-près. S'il eft vrai que le bien foit bien.e nous font acquérir . ô mon jeune ami examinons. pourfuivit mon bienfaiteur. voyant que j'allois l'interrompre . tout intérêt perfonnel à part. favoit-il ce que c'étoit que clémence génerof. flatte le plus. & la bonté n'eft en lui qu'un vice contre Nature. ture. ne faifant prefque que de naître. veuillent bien expliquer ce tait par le feul ieu la des fenfations qu'ils & des connoiflances qu'elles l'expliquent d'une manière : fatisfaifante ^t je r. fi. Il la vertu feule nous latfleroit des remords. Si la bonté morale eft conforme à notre nature. 51 Ce point cil ne craint point de s'égarer. avoit-il acquis déjà des idées morales. Rentrons en nous-mêmes. qu'autant qu'il eft bon. qui rejettent fi dédaigncufement l'inftinft. je Teufle battu dans cet état? Quoi! mon chien tout petit encore. fouffrez que je m'arrête & un peu plus à l'éclaircir. & le premier prix de la juftice eft de fentir qu'on la pratique. à quoi Quel fpe6lacle nous nos penchans nous portent. Si elle ne que l'homme foit méchant naturellement. ftina. Fait pour nuire à fes femblables comme le loup pour égorger fa proie. & je ne dis rien ici que chacun ne puiffe vérifier. .ou DE L'EDUCATION.

. vous ôtez tout le charCelui dont les viles paffions ont nie de la vie. il efl déjà mort. . ces ravifîemens d'amour pour les grandes âmes ? Cet enthouftafme de la vertu. le malheureux ne fent plus. nous lailTe une imprelîion plus a-gréable après l'avoir fait. quel rapport a-t-il avec notre intérêt privé ? Pourquoi voudrois-je être Caton qui déchire fes entrailles. un doux attendriffement n'humecle jamais fes yeux. fon cœur glacé ne palpite plus de joie. il foit le nombre des méchans fur eft peu de ces âmes cadavereufes. d'un zQc de bieniaifance ou d'un a. les douceurs de l'amitié. difcnt-ils. S'il n'y a rien de moral dans le coeur de l'homme. à force de fe concentrer au-dedans de lui. trop miferables. eft jufte & bon. d'où lui viennent donc ces tranfports d'admiration pour les aélions héroïques. eft-ce à leurs auteurs punis que vous donnez des larmes ? Tout nous eft indiffèrent. on veut que Voit-on dans une rue ou refte chemin quelque aéle de violence & d'injuftice: à l'inftant un mouvement de colère & d'indignation . L'iniquité ne le plaît qu'autant qu'on en fur un profite dans tout l'innocent foit protégé. plutôt que Céfar triomphant ? Otez de nos cœurs cet amour du beau. Mais quel que la terre. celui qui. & tout au contraire. hors leur intérêt. hors notre intérêt .52 E M I L E. deà tout ce qui venues infenfibles. même dans nos plaifirs. Il nous n'avions avec qui les partager. étouffé dans fon ame étroite ces fentimens délicieux . nous confolentdans nos peines &. nous ferions trop feuls. n'a plus de tranfports. ne vit plus . de l'humanité. d'autrui? Qu'eft-ce qui nous eft Je plus doux à faire. il ne jouit plus de rien .te de méchanceté ? Pour qui vous interellézvous fur vos théâtres ? Eft-ce aux forfaits que vous & prenez plaifir . vient à bout de n'aimer que lui-même.

r fait autant? Il nous importe fûrement fort peu qu'un homme ait été méchant ou jufte il y a deux milles ans. Le voleur qui dépouille les pafTans. les met fi fouvent en évidence. EnSi I au fond du cœur. elle & quel charme on trouve 3 après l'avoir C écoutée. couvre encore la nudité du pauvre j & le plus féroce aflaiTm foutient un homme tombant en défail- on eft : lance. nous voulons aufïï le bonheur d'autrui . Que me font à moi les crimes de Catilina ? Ai-je peur d'ctre fa vicflime? Pourquoi donc ai-je de lui la même horreur que s'il étoit mon contemporain ? Nous ne haïfTons pas feulement les méchans parce qu'ils nous nuifent . du cri des remords. & les loix noua otent le droit de protéger l'innocence. & quand ce bonheur ne coûte rien au nôtre. ObéifTons à la parle On cret les & & Nature. on en fouffre. quel amour il nous infpire Qui eft-ce qui ne fe dit pas. fin l'on a. l'on voudroit étouffer ce fentiment tirannique qui nous donne tant de tourment. que fi tout cela s'étoit paiTc de nos jours.ou DE L'EDUCATION. quelle admiration. pitié des infortunés . Au contraire. quand témoin de leur mal. qui punit en fecrimes cachés. {J'indignation s'élève 53' nous porte à prendre la céfenfe ds l'opprimé j mais un devoir plus puiffant nous retient. fi quelque a(51:e de clémence ou de génerofité frappe nos yeux. nous connoîtrons avec quelle douceur régne. Les plus pervers ne fauroient perdre tout-à-fait ce penchant fouvent il les met en contradi<Stion avec eux-mêmes. Se cependant le même intérêt nous affi:<Ste dans l'Hiftoiie ancienne. malgré foi. mais parce qu'ils font méchans» Non-feulement nous voulons être heureux. Mêlas! qui de nous n'entendit jamais cette importune voix ? On parle par expérience. j'en voudrois avo. il l'augmente. .

fe faifoit refptÛer fur la terre. l'intrépide Romain facrifioit à la Peur . defcendoit en vain du féjour éternel. la feiénité du jufte eft infon ris n'efl point de malignité. il invoquoit le Dieu qui mutila fon père. Mais le célébrant lis débauches de Jupiter. armé d'une autorité facrée. minables qu'on eût punis ici-bas comme des fcélequi n'ofFroient pour tableau du bonheur & fuprême. onadmiroit continence de Xénocrate . & cherche un objet qui l'amufe . vous trouverez par-tout les mêmes idées de juftice & d'honnêteté. à Te EMILE. fans la raillerie infultante. & fembloit reléguer dans le ciel le crime avec les coupables. il aufli gai feul Je jeur com. tes diverfité de inhumains & bizarres.54 écoutée. le ris moqueur eft fon feul plaifir. il ne tire qu'au milieu d'un cercle pas fon contentement de ceux qui l'appicchent. Au . par-tout les mêmes notions du bien k du mal.munique. fe fuit j il s'égaye en Te craint jettant hors de lui-même j il tourne autour de lui àes yeux inquiets. û feroit toujours trifte . mais de en porte la fource en lui-même. rinftinâ: moral le repouflbit du cœur des humains. térieure joie: il contraire. & mouroit fans murmure de la main du En îa lien : les plus par les plus grands meprifables Divinités furent fervics hommes. L'ancien paganifme enfanta des Dieux abo- jats. parmi cette prodigieufc moeurs & de caraétercs. plus forte que celle des Dieux. II . la chafte Lucrèce adorcit l'impudique V^énus . Le méchant & iansla fatyre amere. Jettez les yeux fur toutes les Nations du monde. fe rendre un bon témoignage de roi. La fainte voix de la Nature. forfaits à commettre & des paf- Vice. il eft -. que des fions à contenter. Parmi tant de csl-parcourez toutes les Hiftoires.

généreux . comme u exemple oblcur Ils font plus k & par tous les penchans de la Nature étoient anéantis que fi-tôt qu'il ti\ la dépravation d'un peuple.Où DÉ L^EOUGATION. fur lequel. fervent au fceptique Montaigne les tourmens qu'il inonde une fe donne pour déterrer en un coin du oppofée aux notions de la juftice ? Que coutume lui fert de donner aux plus fufpe£ls voyageurs l'au- torité qu'il refufe aux Ecrivains les plus célèbres ? Quelques ufages incertains Se bizarres. & d'actoi qui te Montaigne cord fur ce feul point ? piques de franchife & de vérité. fi un Philofophe peut l'être. ils vont chercher dans les ténèbres quelqiic connu d'eux leuls. bien-faifant. fois fmcere k dis-moi s'il vrai. & Mais que des monftres. ce principe que ie donne le nom dz à Mais à ce mot j'entendss'élever de toutes parts erreurs de l'enla clameur dèspretendus fages s'écrient-ils tous fance. cft quelque pays fur la terre où ce foit un crime de ga-'der fa foi. conNations. &: le ! O & perfide honoré ? C 4 Chacun. que 11 n'y a rien dans refprit humain concert de nous ce qui s'y introduit par l'expérience:^ jugeons d'aucune chofe que fur des idées acqui: 1 maigre nos 5c ce> & ne fes. oppofés en tout le reile. l'efpece ne fût plus rien. où l'homme de bien foit méprifable. cet accord évident & univerfel . nous jugeons nos aaions mauvaifes . d'être clément. êc c eit lès d'autrui comme bonnes ou confcience. de toutes les homtre l'éclatante uniformité du jugement' des mes. ils l'ofent rejetter . fondés fur des caufes locales qui nous font inconnues. . Il eft sS donc au fond des âmes un principe inné' de juftice & de vertu. détruiront-ils l'induûion générale tirée du concours de tous les peuples. préjugés de l'éducation. propres maximes.

concourt au bien public pour fon intérêt. dit-on. je n'en veux vous ai & qui. s'éleveroient inceffamment contr'elles. où l'on ne pourroit fe tirer d'affaire qu'en leur controuvant des intentions baffes & des motifs fans vertu. & ne laiffeil faut tenir l'intérêt propre roient jamais à un feul foi. Chacun. fentons avant de connoître . on n'expliquera jamais par que les adions des médians. fi vous fentez que j'ai raifon. mais s'il n'eft un bien moral dont compte.\'cc vous. de leurs partifans l'excufe ici de l'être de bonne Mon vôtre. déjà dit pas davantage. dans le fond. mais des fentimens . deflein n'eft pas d'entrer cuffions métaphyfiques qui paffent ma dans des difportée la & Je que je ne voulois pas philofopher i>. de même Tamour du bon la haine du & & & mauvais nous font auffî naturels que l'amour de nous-mêmes. Ce fercit une trop abominable philofophie que celle où l'on feroit embarrafîe des adlions vertueufes. ainfi que celle de la raifon. mais que nous tenons cette volonté de la Nature.56 EMILE. l\ cft même à croire qu'on ne tentera point d'aller plus loin. quoique toutes . ne mènent à rien. comme nous n'apprenons point à vouloir notre bien à fuir notre mal. mjîs vous aider à confulter votre cœur. mais d'où vient donc que le jufle y concourt à fon préjudice? Qii'efl-ce qu'aller à la iBort pour fon intérêt ? Sans doute nul n'agit que pour fon bien . Il ne faut pour cela que vous faire diftinguer nos car nous idées acquifes de nos fentimens naturels. Si jamais de pareilles doctrines pouvoient germer parmi nous. la voix de la Nature. Les adtes de la confcience ne font pas des jugemens. où l'on feroit forcé d'avilir Socrate 5t de calomnier Regulus. Qiiand tous les Philofophes prouveroient que j'ai tort.

ou DE L'EDUCATION. eft nature.-: que nous connoilibns b convenance ou diiconvenance qui exifte entre nous fuir.f)iiTance irnée j mais fi-tôt que rapprocher. i'horreur de la mort. iz quar. blables. qu'il foiî imconféquem-cs de notre principe immédiat de la confcicnce indéla mon pendant de raifon même . c'eft fentir ^ notre fei^fibilité inc. que naît Connoître le bien. feroit-il impofiîble. la crainte de la douleur. nature. h c'eft par eux feu]. 57 . peut douter. relatifs àfon efpece car à ne confiJerer que le befoin phyllquc'. .toutes nos idées nous viennent du dehors. Ces fentirnens. Mais fi. le Je ne crois donc pas. formé par ce double rapport. ce n'eft pas l'aim.d cela feront pas nccefTaire : car puifque ceux qui nient ce principe admis & reconnu par-tout le genre humain. l'homme ou du moins fait pour efl: fociable par fa nature. le devenir. pourvu à notre confervation en nous donnant des a Exuler pouriious. quant à l'individu. mais fe contentent de l'affirmer . les fen^*tiinens qui les apprécient font au-dedans de nous. il doit certainem. rous femmes iouc C 5 . c'eft 1 : Or fa raifon le lui : fait porte à l'aimer c'cil connoître. fentinitns convenables à notre nier qu'au fauroit il ne peut l'être que par d'autres fentirnens innés.ce. les chofes que nous devons rechercher o & . à foi-même Si à fes femimpulnoa t'e la confcier.ent difperfer les les hommes au lieu de du fyftême moral.nteflablement antérieure à notre iiitelligence. ne prouvent point qu'il n'exifte p^s. & l'on ne moins ceux-là ne foient innés. fa coiifcience ce fentiment qui cft inné. encore ne quand nous aiErmons qu'il txifle. font l'amour de foi. elle idées. le pcifible d'expliquer par «les ami. comme on n'ea le defn du bien-être.er l'homme n'en a pas la coni. & nous avons eu des fentirnens avant des Quelle que f jit la caufe de notre être.

ji'eft pas aflez que ce guide exifte. tout auiTi bien fondes qu'eux. nous voilà délivrés de tout cet effrayant appareil de philofophie . L & K. pourquoi donc y en at-il fi peu qui l'enc'eft qu'il nous parle la langue de tendent ? Kh La confla Nature. niais intelligent & libre juge infaillible du bien & du mal. bornons. cience eft timide. c'eft toi qui fais l'excellence de femblable à Dieu fa nature la moralité de fes allions . il faut favoir le S'il parle à tous les le fuivre. quand elle ne nous a point égarés.58 E M I nous avons déplus le témoignage intérieur. la paix . qui rends l'homme . fe raffermilTent. fans toi je us fens rien en moi qui m'élève au-defl'us des bêtes. difpenfés de confumer notre vie à l'étude de la morale. Si d'une raifon fans principe. & bientôt nous reverrons ces mêmes objets aux lumières de la raifon. reconnoître cœurs. ou plutôt. tels que nous les montroit d'abord la Nature. puifque c'eft toujours â eux que l'étude nous ramené.nous aux premiers fentimens que nous trouvons en nous-mêmes. & h voix de la confcience Si les premières lueurs c]ui dépofe pour elle-même. Confcience mortelle ignorant ! confcience ! inflincl divin . im- h célefte voix. attendons que nos foibles yeux fe rouvrent. les préjugés le monde ! & & dont . que tout nous a fait oublier. . du jugement nous éblcuilTent Si confondent d'abord les objets à nos regards. elle aime la retraite ic le bruit l'épouvantent . foyons plus fimples & moins vains . nous avons à moindres fraix un guide plus afTuré dans ce déMais ce dale immenfe des opinions humaines. que le trifte privilège de m'égarer d'erreurs en & erreurs à l'aide d'un entendement fans régie. guide afluré d'un être & borné. Gxace au Ciel. nous pouvons ctre hommes fans être favans .

leur voix bruyante ou fe tait • . me Mon cœur aride ne donnoit dirent infupportables tiède à l'amour de la véqu'un zèle languiffant ! & tourmenter à Je me difois. l'a ! me aflez miferable roit incapable de jamais fc connoîtrc . fatisfalrc fuffit pour elle la rappeller fans cefic. il n'y a rien de bon que les plaiqu'une quand on a une fois perdu le goût firs des fens. qu'il eft iinpoffible Cette tentation de eft fi naturelle k fi . fois je moi ! cherches de la froideur que je fentois en l'ennui. l'empêche de fe faire ëtoufFe la fienne. la fait naître font fes devant eux . elle ne nous & entendre & pour elje. lui réfifter toujours & le fouvenir du plaifir qu'elle a produit une fois. force d être en fon nom.ou DE L'EDUCATION. dider le crime le fanatifme ofe la contrefaire. qu'il eft difficile de le des Qu'il eft plus difficile encore de le prendre dre rité. Elle fe rebute enfin à parle plus. pouf n'avoir jamais livré fon cœur à la tentation de fentir quelle k bien faire ? douce. pourquoi me n'tft chercher ce qui n'eft pas ? Le bien moral chimère .^ elle ne nous éconduite . O ! quand on ne S'il exiftoit un homjamais. verfant leur Combien de fois la trifteffe Combien de me fuis lafie dans mes re- & les renpoifon fur mes premières méditations. répond plus . ment eft d'abord pénible à Malheurcufeon a . reprenplaifirs de l'ame. . & après de fi longs mépris la rappeller qu'il en coûta il en coûte autant de de la bannir. & faute de bonté convient à fa nature. dont on elle fuit 59 plus cruels ennemis. il rcftcroit méchant par force. terre entière un feul homme afiez dépravé.eu pour n'avoir rien fait en toute de luifa vie dont le fouvenir le rendit content bien-aife d'avoir vécu. cet homme lemême. k feroit éternellement Mais croyez-vous qu'il y a!^t fur l-i malheureux.

j'aurois flotté toute ma vie dans cette continuelle alternative.. aimant le bien. & par rapport à tous . elle prend d'abord mille formes effrayantes. n'eût encore affuré ma conduite ne m'eût mis d'accord avec moi. faifant le mal. quelle folide bafe peut-on lui donner ? La vertu. fi la vérité qui fixa mes opinions. eft î'amour de l'ordre mais cet amour peut-il donc Se doit-il l'emporter en moi fur celui de mon bienctre ? Qu'ils me donnent une raifon claire (uffent éclairé & : & i-ifan te pour le préférer. & que le méchant ordonne le tout par iiims un fens différent. leur piéun pur jeu de mots. mais il en faut jouir peur la trouver telle. la veut embrafler. les fe refufer au penchant de Con cœur. il faut mille efforts de courage mille raifons pour pour ofer pri^x franchir. Rien n'tll plus aimable que Ja vertu. û de nouvelles lumières mon coeur. Se plaire à bien faire eftîe ne s'obtient qu'après l'avoir mérité. ne fe montre enfin fous la fienne d'avoir bien & ce prix Quand on la îhée de & ^u'à ceux qui n'ont point lâché prife. femblable au ProFable. la faulle prudence le refTerre dans les bornes du moi humïiin . eft le aufîi tendu principe moi. & toujours conn'cuf- traire à moi-même. Combattu fans ceffe par mes fentimens naturels par ma raifon qui rapportoit tout à moi. fait. par rapport Dieu. On a beau vouloir établir la vertu par la raifon feule. que le bon s'ordonne par rapport au tout. que fond. qui eft ordonné.6o EMILE. La différence efl-. difent-ils. l'autre Celui-ci fe fait le centre de toutes mefure fon rayon fc tient à la & circonférence. Se qui parloient pour l'intérêt commun. Alors il eft au centre commun. il ral par-tout où rapport à lui. pris le Dans JI y a quelque ordre moy a fentiment & intelligence. chofes. car je dis vice efl l'amour de l'ordre.

le prix des travaux de cette vie. Si je fais une bonne aélion vue. l'Etre jufte. qui me les qui me les voit remplir. par le bon ufage de ma liberté j'acquiefce à l'ordre qu'il établit. qui fera le mien par le concours de mes volontés aux fiennes. Pourquoi mon ame eft-elle foumife à mes fens Se enchaînée à ce corps qui l'afi'ervit Si la gêne ? Je n'^a fais rien > fuis-je entré dans les décrets de Dieu ? . les befoins de mon corps. je fais qu'elle eft & je prends aéte celle-ci. prefque effacés de mon cœur par l'injuftice des hommes. qui régit tout. bon n'eft qu'un in- mon enfant puiiîîez-vous fentir un jour de quel poids on eft foulage. en fongeant qu'elle & qu'elle vient d'un corps qui n'eft point à moi. fans té- moin. les miferes de ma vie me rendent l'idée de il la feront autant de liens de mort plus fupportable. du bonheur dont on a défefperé. impofe Je ne fens l'inftrument du grand plus en moi que l'ouvrage & & Etre qui veut le bien. fur de jouir moi-même un jour de cet ordre &c d'y trouver ma félicité.ou DE L'EDUCATION. me dis. qui le fait. quand. après avoir épuifé goûté l'amertula vanité des opinions humaines me des paiîions. faura bien m'en dédommager . s'y ! O & & retracent au nom de l'éternelle juftice. pour l'autre vie de fouffrant ma conduite en je En une injuftice. quand faudra tout quitter. on trouve enfin fi près de foi la route de la fagefle. le 6ï tous les cercles concentriques. la fource Tous les devoirs de la loi naturelle. car quelle félicité plus douce que de fe fentir ordonné dans & : un fyftême où tout eft paflagere eft bien? En proie à la douleur. je la fiapporte avec patience. Ce moins à rompre. il n'y a que le tures. qui font les créaSi la Divinité n'eft pas. fenfé. méchant qui raifonne.

Mais je puis. la gloire de la vertu ?i le bon témoignage de foi . qu'à force de vouloir céder à leurs tentations. & les ennemis que nous armons contre nousmêmes? Ah! ne gâtons point l'homme. font aufli menteurs que méchans . Se qu'elle fe prépare un bonheur inaltérable. dans l'état d'abb. eft leur p^opre ouvrage . par des liens non moins puiflansqu'incompréhenfibles. pourquoi nous plaignons-nous d'être fubPourquoi reprochons. Je l'homme il fût refté libre & former de l'efprit de pur. mais il manqueroit à fon bonheur le degré le plus fublime . en combattant fes paffîons terrcftres & fe maintenant dans fa première volonté. c'éft alors que le bon ufage de fa liberté devient à la fois le mérite & la récompenfe.nous à jugués par eux ? l'Auteur des chofes. il ne feroit que comme les Anges. toujours bon fans peine. les maux que nous nous faifons. feroit heureux. quel mérite auroit- me dis. & lui donne un intérêt contraire à l'ordre général qu'elle eft pourtant capable de voir & d'aimer.nllément cù nous femmes durant cette vie. le foin de la confervation de ce corps excite l'ame à rapporter tout à lui. que leur première dépravation vient de leur volonté . ft tous nos vices nous viennent de nous. Unie à un corps mortel.- fi d'aimer & il fuivre eft vrai l'ordre qu'il verroit établi Se Il qu'il n'auroit nul intérêt à troubler? . comment ne voyent-ils point que la foiblefïe dont ils fe plaignent. Se fans doute l'homme vertueux fera plus qu'eux. & toujours heureux fans remords! Les coupables qui fe difent forcés au crime. ils leur cèdent enfin malgré eux & les rendent irréfiftibles ? Sans doute il ne dépend plus d'eux de n'être pas méchans 4 & foiblcs i . tous nos premiers perchans font légitimes. il fera. Que fi même.62 Dieu ? EMILE. fans témérité. modeftes conjectures.

l'objet de mon fuivant je les niéprife. eflime avant de connoître le bien & le mal . inquiet. elles dureront autant Au moins elles ont beau me les caufe. que ce corps les détruire . nous &: de nos paflions. & que je la regarde comme prefque étrangère à mon être. parce que j'en compte pour peu tous les maux. lorfque nos O notre efprit commence à s'ouvrir. Hélas! & n'ai pu tout-à-fait je les ai trop tard connues. DE L'EDUCATION. le cherche avec une curieufe incertitude. en les Loin d'y voir fon obftacle. un âge. fi. nous ne ! donnons Il eft à rien fa jufte valeur. délivré des entraves du corps. je ferai moi Jàns contradidion. 63 mais il dépendit d'eux de ne le pas deSe foibles que nous relierions aifément maîtres de venir. mortel qui elles ne m'abufent plus .-OU . fi nous briller voulions fmcerement nous éclairer. pour nous rendre heureux Cette étude nous paroît nos devoirs pratiquant ennuyeufe & pénible. où le cœur libre encore. avide du bonheur qu'il ne connoît pas. n'aurai befoin que de moi pour fans partage. j'y vois J'afpire au moment où. mais ardent. en attendant je le fuis dès cette vie. mais pour être bons & fages en félon notre natuie. Ces ont duré trop long-tems pour moi. itre heureux . parce que nous n'y fongeons que déjà corrompus par le vice. illufujns pour ce qu'elles font. déjà livrés à nos Nous fixons nos jugemens & notre pafîions. vif-. favions l'occuper des objets qu'il doit pour apprécier' ceux qu'il ne connoît pas . bonheur. . image. non pour lorfque aux yeux des autres. je les connois réduire. même durant cette habitudes ne font point encore acquife?. trompé par les fens. fe fixe enfin fur fa vaine & & croit le trouver où il n'eft point. nous connoitre. Se puis rapportant tout à cette faufie mefure.

confiance en toi. je m'attendras à Tes bienfaits. c'ell vouloir le défordre ce le mal. Je médite fur l'ordre de l'Univers. c'ell lui demander ce qu'il me demande c'ell vouloir . je le faîaire mon œu\re. Source de juftice & de vérité.64 être. fais fafie . que lui demanderois-je ? ru'il changeât pour moi le cours des chofe^.? Moi qui doic aimer par-dcfîus tout l'ordre établi par fa fagefîe & maintenu p^^. ia raifon pour le con- noître.ne. je fais ce que tu fais. Je ne lui dcm inJe pas non plus le pouvoir de bien faire pourquoi lui demander . mais pour l'admirer fans ctlTe. mais je ne le prie pas . non pour l'expliquer par de vains fyftêmes. pour adorer le fage Aut.? Si je fais le mal. ' parce Qrc: je le veux. Dans . ce qu'il m'a donné? Ne m'a-t-il pas donné laconfcience po^r aimer le bien. voudrois-je que cet ordre fût troublé pour moi ? Non. qu'il nt des miracles en ma Pour m'élever d'avance autant bonhieur. ce vce'j téméraire meriteroit d'être plutôt puni qu'exaucé. je m'exerce aux fublimes contemplations. [^ que j'en recueille le n'être pas content de mon état c'cft ne vouloir plus être homme. & que tout le vrai bien que j'en peux retirer état de dépend de moi. je pénétre toutes mes lacultés de fa divine_ efience . Dieu dément bon ! dans ma & de mon cœur y joignant la mie . En fuprême félicité qui en efl le prix. lui demander de changer ma volonté. le fuprême vœu eft que ta volonté foit faite. j'acquiefce à ta bonté je crois partager d'avance la .ur qui s'y fait fentir. Je converfe avec lui. EMILE.rtc. . c'cft vouloir autj e chofe qu'il que ce qui eft. qu'il fe peut à de force k d^ lilv.r f. la liberté pour le choifir je n'ai point d'excufe . cet fa- veur . je le benis de fes dons.i providence.

J'y vois. & fi cette erreur m'eft dangereufe. : il avoit parlé avec véhémence. ému. à moins d'être aufïî fage que \ojs. qui JVlais & eft la doctrine directement oppofée. que par ce que vous dites croire. Cepenétoit Le bon Prestre dant je voyois des foules d'objeélions à lui faire. Les fentimens que vous venez de m'expofer. Four être. me paroilTent plus nouveaux par ce que vous avouez ignorer. mais fa fource elt trop élevée forces me manquent pour aller plus loin. A mefure qu'il me parloit félon fcience. eft de redrefler mon erreur fi je m'égare. lui dis je. car quel homme ne tient pas aux fiennes. c'eft lui feul qui m'en peut guérir. parce qu'elles étoient moins folides qu'embarraflantes. auffi fmcere. J'ai fait ce que j'ai pu pour atteindre à la quand les vérité. & que la perfuafion étoit pour lui.ù vous êtes. Dans la 6$ feule jufte défiance de moi-même la chofe que je ou plutôt que j'attends lui demande. que les chrétiens affectent de confondre avec l'athéifme ou l'irréligion. je l'étois auffi. Je croyois entendre le divin Orphée chanter les premières Hymnes. je trouve dicîciie de refter précifément au point r.ou DE L'EDUCATION. & combien d'hommes font d'accord en tout ? L'illufion qui m'abufe a beau me venir de moi. la mienne fembloit me fa conconfirmer ce qu'il m'avoit dit. à peu de chofes près. le théifme ou la religion naturelle. de fa juftice. Pour être de bonne foi je ne me crois pas infaillible : mes opinions qui me femblent les plus vraies font peut-être autant de menfonges . dans l'état aétuel de ma foi j'ai plus à remonter qu'à defcendre pour adopter vos opinions. & apprendre aux hommes le culte des Dieux. je n'en fis pas une. je veux con- fuiter . de quoi puisje être coupable ? c'eft à elle à s'approcher. au moins.

je ne veux point vous ouvrir mon cœur à demi : mais le defir que vous me témoignez étoit néceflaire. ce c^uî le Ion Vicaire pourroit dire à prcfent . Il eft difficile. me difcours dans Si. & fans favoir ni les admettre ni les rejetter.€6' fultér avec moi. Au refte. Je ne vous ai rien dit jufqu'ici que je ne crufTe pouvoir vous être utile. Jefquels je vais de moi de la révédogmes obfcurs. fans pouvoir les concevoir ni les croire. à m'inftruire je ferai votre Continuez'. fur errant dès mon enfance. des écritures. dit. & vous m'avez appris vous-même qu'après lui avoir long-temsimpofé filence. obfcurité fiance. vouz ferez mon . je au piiblr. . profélyte jufqu'à la mort. mais dans l'état où vo s êtes. • Voilà. EMILE. cependant. demeure auffi convaincu que vous. dit & vous ne m'avez Parlezces^ que la moitié de ce que je dois favoir. vous gagnerez à penfer comme moi*. miftere. L'examen qui me n'y porte refte à faire eft je n'y vois qu'embarras. doit C'eft le fentiment intérieur qui conduire à votre exemple. dernier apôtre. faut que je j'en les médite. mon enfant. vos fentimens ctoient plus fiables. crois.il en m'embraflant. j'hcfiterois de vous expofer les miens . différent . je qu'incertitude & dé- & Si Je ne me détermine qu'en tremblant. ne donnez à mes difcours que l'autorité de la raifon . J'emporte vos il mon cœur. j'achèverai de vous dire ce que je penfe . & dont je ne fuffe intime- ment bien perfuadé. le rappcller n'eft pas l'afiaire d'un moment. Oui. pour m'autorifer à n'avoir aucune réferve avec vous. après ni'ètre bien coni'ulté. je vous dis plutôt mes doutes que mon avis. lation. j'ignore fi je fuis dans l'erreur.

je vols que les que loin de les ennobl. infurdesi qu'ils rendent l'homme qu'au lieu d'établir la paix fur la tolérant. yeux. aux de la fociété. de morale. en lui donnant lations ne font que dégrader Loin d'éclaircir les notions les paffions humaines. Divinité nous viennent par la raifon écoutez la voix inle fpeaacle de la Nature. Je me demande terre. & Quelle pureté' fcutimens qu'il infpire à mon cœur ? honorquel dogme utile à l'homme. que je ne puifle ufaee de mes facultés? Dieu. cruel . à notre jugement ? <^ elt-ce Leurs révéque les hommes nous diront de plus ? Dieu. de ne pas difficile. ils y portent le fer favoir me repondre. que de la bonne pour moi je ne vous promets Vous ne voyez dans mon expofé que naturelle ' la religion faille neceffite ? Ue Par où connoîtrai-je cette autre en fervant Dieu félon es quoi puis-je être coupable : il eft bien étrange qu'il en une lumières qu'il donne à mon efprit. tirer d une dodtrine puis-je able à fon auteur. qui ne foit pas une naître d'un nouveau culte. pour le bien peut ajouter.ou DE L'EDUCATION. ton affirmatif. félon les & pofitive. quelle vertu vous devoirs de la loi naturelle.r ils les les embrouillent . dogmes particuhers du Krand Etre. fans h . 67 prendre quand on difcute. ajoutent des contradidions abils l'environnent orgueilleux. mais fouvenez-vous quelquefois le ne font que des raiqu'ici toutes mes affirmations iCherchez la vente vous-même fons de douter. qui qu'aux mifleres inconcevables aviliffent. Je àquoi bon tout cela. ferez Les plus grandes idées de la ? tirer fans elle du bon Montrez-moi ce qu on & & conféquence du mien V oyez feule. pour la gloire de pour mon propre avantage. Dieu à notre confcience. le feu. n'a-t-il pas tout dit a nos terieure.

c'eft purement une affaire de police le bon il . une révélation pour apmanière dont Dieu vouloit être fervi .^ de s'imaginer que Dieu prenne un fi grand intérêt à la forme de i'habit du Prêtre. Dès que les peuples fe font avifés de faire parler Dieu. pas que cette diverfité même vient de la fanteifie des révélations. s'il doit être uniforme pour ordre. à l'ordre des mots qu'il prononce. ne faut point de révélation pour cela. c'eft avoir une vanité bien folle. & à toutes fes génuflexions.(>S E M î L E. on affigne en preuve la diveriué des cultes bizarres qu'ils ont inftitués & Ton ne voit . Entraîné par les préjugés de l'éducation. par ce dangereux amour-propre qui veut toujuurs porter l'homme au-defius de la fphere. chacun l'a fait parier â U prendre aux^ On me dit qu'il falloit hommes èc lui a fait dire ce qu'il a voulu. feras adez près de terre. de tous les hommes. Quant au culte extérieur. Le culte que Dieu demande eft celui du cœur i & celui-là. Dieu veut être adoré en dprit & en vérité: ce devoir ti\ de toutes les religims. aux gcftes qu'il fait à culte un mais ce point étoit-il l'autel. dit n'y vois que les crimes genre humain. ne pouvant élever mes foibks conceptions jufqu'au grand & Etre. de tous les pays. je le veux bien : donc fi important qu'il fallût tout l'appareil de la puillànce divine pour l'établir f Ne confondons point le cérémonial de la relio-ion avec la religion. refte de toute ta hauteur. Il falloit uniforme . eft toujours uniforme . dehommes& les miferes la mode. quand il fmcere. Si l'on n'eût écouté que ce que Dieu dit au cœur de l'homme. il n'y auroit jamais eu qu'une rclî<^ion ^ lur la terre. . tu £h! mon toujours ami. Je ne commençai pas par toutes ces réflexions.

par «ccajîons Vicaire Savoyardi . l'on va contre la teneur de fa Religion. je voulois un culte exclufif j je voulois que Dieu m'eût dit ce qu'il n'avoit pas dit à d'autres. & éUclion tefmoin après la vie tefmoin que & les (ordantes avec la Religion . L. qu'il a mis entre fa nature la mienne. dîjtnt qulh la tienntnt & la (i^ tous ufent de cejargcriy) yae non des hommes. Se qui s'accufent mutueld'erreur . lement de menfonge quelle eji la bonne ? Chacun me répondoit. Juifs. Edition de Bordeaux ï6oi. je voulois des lumières furnaturelles . la Religion n efi pas moeurs^ mal achumaines 6f bien légères. CbrefiienSy a-vant que nous fâchions que nous fommes hommes. baptifés. des inftru6tions plus particulières . Regardant le point où j'étois parvenu comme Je point commun d'où partoient tous lescroyans pour arriver à un culte plus éclairé. Charron. ellei mtyeru humains . Etre. de la fagefTe. Je voulois des communications plus immédiates. Chap. c'eft la & & & mienne* i chacun difoit. ou ce que d'autres n'auroient pas entendu comme moi. quoiqu'on die. II. tcfmoin tenues far mains frtmiertment la manière que lei Religions ont et/ remues au monde. pour être privilégié moi-même parmi mes femblables. aini de Dieu. p. Croient^ dit un bon & fag« Prêtre. Je confiderois cette diverfité de feâes qui régnent fur la terre. je ne trouvois dans la religion naturelle que les élémens de toute religion. Êf dire Mail à & font encore tous les jours par les particuliers : la nation. font. 5. non content de faire ûieu femblable à l'homme . je 6q m'efForçois de le rabaifTer jufqu'à moi. je demandois. donne la Religion: l'on ejï de celle que le lieu auquel on le pays. ne d^ aucune créature. Mabometans. il n'en eji rien. Je rapprochois les rapports infiniment éloignés. It liem efi né ©" éltvé tient: nous fommes circoncis. Il y a grande apparence que la fincere profcflïon de foi du vertueux Théologal de Coadom. n'eût pas «té fort difFereate de celle du de notre choix . vrai fans rienjlatter ni d-'guifer. 257. moi feul & mes partifans penfons • Tow.ou DE L'EDUCATION.

nous donc fmcerement vérité ? Ne donnons rien au droit de la naiifance & à l'autorité des pafteurs. c'eft outrager fa juftice. Indiens.il être faux chez vous? fi la méthode de celui qui fuit la bonne lui h celle de celui qui s'égare efl la même. Sauvages. petits. h ce qui eft vrai chez moi. la vérité n'efl-elle pas une. il Pafteur médit d'ainfi croire. Ou toutes le5 religions font bonnes & agréables à Dieu-.70 EMILE. s'il en eft une qu'il prefcrive aux hommes. tous les autres font dans l'erreur. grands ignorans. Ofer dire que être né dans tel ou dans tel pays. mais rappeldes pères de la raifon ions à l'examen de la confcience tout ce qu'ils nous ont appris dès notre enfance. Mon l'a dit? ainfije crois . il lui a donné des fignes certains & manifeftes pour route connue pour la feule véritable. Ces fignes font de tous les tems également fenfibles à tous les hommes. quel mérite ou quel tort a l'un de plus que l'autre ? Leur choix eft l'effet du hazard. ia terre hors de laquelle nelle. la Cherchons. & je ne les écoute pas. le leur imputer c'eft lécompenfer ou punir. m'aiTure que tous ceux qui difent autrement que mentent. penfois-je. Dieu nous juge ainfi. foumets ta raifon : autant m'en . & & Ils ont beau me crier. & penfons jufte. favans & & & & Afriquains. pour efl iniquité. être diftinguée de tous les lieux. ou. S'il étoit il une religion fur n'y eût que peine éter- & qu'en quelque lieu du monde un feul mortel de bonne-foi n'eût pas été frappé de fon évidence. le Dieu de cette religion feroit le plus inique & le plus cruel des tirans. Et comment favez-vous que votre fe^e ejî la bonne ! Parce que Dieu l'a dit. Et qui vous dit que l'ieu Mon Pafteur qui le fait bien. Européens. h qu'il les punifle de cnéconnoître. Quoi. peut.

fe borne à ce que Pour en favoir davantage. parlé Dieu a aux hommes. J end'autres hommes de vous des hommes qui vont me dire ce tends. Pourqui a-t-il parlé ? H a parlé entendu ? Il a charge quoi donc n'en ai-je rien rendre fa parole. le n'eft donc & n'ajoute rien donnes de aux moyens naturels que Dieu m'a la vérité. faut recourir à des moyens moyens ne car nul homme tout ce un autre homme peut fe puis auffi le connoître. J'aimerois mieux davantage. écoutez fa Et a voilà certe un grand mot. des raifons pour Toute la théologie que je puis acquérir de moipar le bon par l'inrpcaion de l'univers. miffion de fes envoyés. mais parce qu'il dit. qu'avez-vous Dieu lui-même je ne refte pas le juge ? dire dont C'eft autre chofe. révélation. je & : prouve. j'aurois été à l'abri de la & ! conn(itre . Ces extraordinaires. a parlé . donc a me Apôtre de la vérité. garantit. m'en peut dire celui qui 71 faut raifon. prodiges ? Des Des hommes. Comment Et qui a fait ces livres ? prodicres ? Dans des livres.ce font avoir entendu Dieu que Dieu a dit.ou DE L'EDUCATION. quand je crois ce qu'il auffi bien que moi tromper qu'ille dit. ce n'cft pas parce fauroient être l'autorité des hommes: n'étant d'une autre efpece que moi. . me foumettre ma trompe j il me même & je vous ai ufage de mes facultés. Le témoignage des hommes au fond que celui de ma raifon-méme. en manifeftant la Et ou font ces cela ? Par des prodiges. qu'un homme connoît naturellement. Et qui a vu ces toujours des Quoi atteftent. toujours hommes ont rapme rapportent ce que d'autres Dieu & moi Voyons porte ? Que d'hommes entre «^ qui les ! ^ ! toutefois. il ci-devant expliqué. lui en auroit pas coûté lui-même il ne Il vous en féduftion. hommes dcs hommes qui téeîoi'rnages humains .

figure oratoire .72 fi EMILE. pour juger de l'impartialité des témoins. examinons. pour favoir fi changé. pour en affigner les tems. falfifié . les lieux. de quelle immenfe érudition j'ai befoin pour remonter dans les plus hautes antiquités . fi nous avons été d'afléz bonne-foi pour pour donner cours aux leurs parmi nous. s'ils en ont fi les fait afîez de cas pour daigner y répondre . il faut pafTer enfuite aux preuves de la miflîon ces allégations leur & de leurs auteurs forts. comparons. rien tranfpofé. vérifions. le génie des langues originales. les . pour juger quelle prédiélion ne peut s'accomplir fans miracle . pefer. les occafions m'efl néceflaire pour diftinguer les pièces authenConfiderez. pour adroit peut fafciner . Tous ces monumens reconnus pour inconteftables. pour examiner. il faut bien favoir les loix des probabilités éventives. pour juger quel poids doit avoir les faits le lilence des adverfaires dans fi allégués contre eux . confron» ter les prophéties. O Dieu eût daigné fervi me difpenfer de tout ce travail. ont été connues . de leurs lumières. telles qu'ils les avoient faites. tradudlions aux origi- naux . les faits. J'en aurois-je de moins bon cœur ? ami. pour diftinguer ce qvii ce qui n'eft que eft prédidlion dans ces langues. toutefois. rien ajouté. livres étoient afTez communs pour que les nôtres leur parvinfl'ent . de leur bon fens. les Quelle juftefle de critique auteurs. quels faits font dans l'ordre de la & Nature. tous les monumens de foi propofés dans tous les pays du monde . & quels autres faits dire jufqu'à quel point un homme n'y font pas . pour lever les contradi6lions qui . reftent l'on n'a rien fupprimé. dans quelle horrible difcuffion me voilà engagé . y laifier leur plus fortes objedions. mon ! tiques des pièces fuppofées les j pour comparer les objections aux réponfes. les révélations.

je tenir ce la langa'^e vous annonce Haut j reconnoiflez àma volonté du trèsvoix celui qui m'eju'cve.ou DE L'EDUCATION. iion>. eft-il jufle d'exi-rcr peuple les avoir vus.' commue s'il fe jouoit de la crédulité des homm^y. des moyens. chercher de quelle cfpece doit être uti » prodige k quelle authenticité il doit avoir.'* ieulement pour être cru. comparer des faux prodiges.: & qu'il évitât à defiein les vrais moyens de les' ont perfuader. je crois trop en Dieu pour croire à tint de miracles' fi l'Etre dignes de *^ peu • lui. il n'y eût point de miracles.qyiV. que quelques fi^nes particujiel-s' f faits devant peu de gens obfcurs.moi. C'eft l'ordre inaltérable de la Nature qui montre le mieux cles^ ieroit fuprême. lettres de créance. Qu'un homme vienne nous Mortels. ^& dont tout-le^f refte des hommes ne faura jamais rien que par ouidire ? Par tous les pays du monde û l'on tenoit pour vrais tous les prodiges que le le que tout Y ?. Ja où il y a des fanatiques perfê-' cutts. peut étonner iTiêmé ks- gens éclairés . eux-mêmes fi grand befoin d'atteftatioa. mais pour qu'on foit puniflable d'en douter vrais Se . k & mira-' que. le plus grand de tous les limples difent genre humain obéifle à la voix de°ce miniftre. fans le lui faire connoître pour te] a-t-il de l'équité à ne lui donner pour. il y auroit plus de prodiges quc-d'événemens naturels . s'il arrivoit beaucoup d'exceptrons k ne faurois plus qu'en penfer . chaque fecte feroit ia bonne. & pour. tou es.Suppofons que afièz pour rendre la un M^jcfte divine daigne s'abaifler homme l'organe de fes voraifonnable. ^ J'ordonne . ' . fafciner les 73 yeux des fimples. pour attefter fa parole. & les preuves des trouver les ré^liesil fûres pour les difcernerj dire enfin pour-quoi D^eur' choifit. cft""-il lontés facrées . .

aux flots de s'élever. Chapitre XIH. qu'ill ne pufîent a iin'iant . & entre autrcg eft fo mel en mil'e endiolts de Dcuteronome. dans des dcferts. leurs ? miracles fe font dans des carrefours. aux monragnes de s'applanir. avec les prodiges mieux atteftcs nous ne femmes pas plus avancés q. aihx rriémes dodrine par le Ainfi donc après avoir prouvé la prouver le miracle par la doarine*. Dieu.--^«. préteJident que imite quelquefois. foient 3 mort l<s ApÔ^ies leur des mi-^acles.}diR:c5. dit que. aux étoiles de former un autre arrangement. û u'i l'roconfirme fi-S dilcours par des pheis P. en préfence même de de fignes qu'il faifoit par Tordre exprès luêiiHS n'euflent-ils pas. pour la dire combien il faut de témoins oculaires prodige digne de foi ? Si vos mirarendre un ont euxfaits pour prouver votre doctrine & bon marché cles mêmes Autant befoin d'être prouvés. miracle. pourquoi dans fon abience prétendu la même autorité ? titres.lodlrine annoncée . à la terre de prendre un autre afpect . d'un petit nombre de Tpedateurs Qui eft-ce qui m'ofedéjà difpofés à tout croire. Refte enfin l'examen le plus important dans la car puifque ceux qui difent . Nature qui ne reconnokra pas à l'inftant le maître de la Elle n'obéit point aux impofteurs . de quoi fervent-ils? valoit n'en point faire. où il cO.rnonçan' des Dieux étrangers prédit arrive. que Dieu îe-^ fait ici }e diable les bas des miracles. faire les ofoicnt. ci puifq-je les magiciens de Pharaon Moïfe. loin d'y avoir ?ucun égard pr. J'ordonne foleil de changer ù courfe. je ne trouvait leur mifVjn psr de» prédirions & •• CtU & - u-< ^' rs' ce " ' QMcn ' ivoit à l<ui oSjeitei à. le l'Ecrîturt. fJide. Quand annonçant un Dieu étranger. il faut de . 'auparavant. E ail M ï L E. c'eft-là qu'ils ont dans des chambres . &que ce. qu'il donc les Pjycns meton doit mettre ce Prophète à mort.*74. à ces merveilles.

tout r. aurei prouve que je dois me fcamnr^ttre.e recon. la religion ment car vous voyez opter.nnemens a h capacité d un pauvre d'efprit. pour apprendre à crore en lui? Q.ou DE L'EDUCATION. Que penfez-vous de ce diaJéle i Cette dodlrine venant de Dieu. non. fi elle ne nous peignoit qu'un Dieu colère. dirai- je 1 inftant rétorquer contcc nous. r. ou j. jaloux. no« plu»«i voui le vrai difciple de votre maître. je me garderois & & & de quitter là . une morale. toujours parlant de tourmens.. nous propofer un cuite. & àcs attributs trace dans notre e^rit maximes convenables aux feuls par lefquels nous concevons fon eflence. /i elle ne nous infpiroit que des fentimens d'averfion pour nos femblables & de frayeur pour nous-mêmes. mettez-vous à ma porté ^ mfurezvoj raif. mon cœur ne feroit point attiré vers ce Dieu terrible. te iaiflèr là les miiacie». Votre naturelle pour embraflèr cellebien qu'il faudroit néceflairc- Dieu D2 n'eft pas le nôtre.i fort bien mais pour me prouver cela. haïflant les hommes.anrf ttfu. partial.feulement elfe dort: nous éclarrcir Ics' idées confufes que leraifonne- ment en auÏÏi mais elle doit . & ce n'eft ras fa ooclnae qWe vous annoncer. fe vantant de punir même les innocens. doit porter le facré caraâiere de la Divinité . Des fuLtilité» dans le Chriftianilm^l Ma r jef> sChrift a donc eu tort de promettre le royaume des Cieux aux Cti. <?e ^5 peur de prendre l'œuvre du Démon pour l'œuvre de Dieu. plei ? . qu'on n'obfcureit qu'à force de diitinflions t-ut au pioint nes-!ijbtiles. Si donc elle ne nous apprenoit que des chofes abfiirdes & fan» raifon. C'efi-là du bon-fens le plut iiinple. vengeur.1 a donc eu tart de commLnce' le plus beau de les difcourt par féliciter les pauvres dVi^iritj s'il faut tant d'eîprii p ur entendre la doanne. Mieux eût valu n'y pas recourir. Or que faire en pareil ca'i » Une Jeulcchofc: Revenir au laifonnement. de peines. m & m . un Dieu de la guerre & des combats toujours prêt à détruire foudroyer.

3ui faire concevoir afm par l'entendement . qu. c'eft la plus grande que le tout. me dit qu'ils J.leû-i€nt noçibre de Tes.-.. .bonque ma'raifop m'a.fonnable. je vous apprends erand quL f p rtie mais partie qui tit de la tart de D. *' " «' »' plus vnus apprend <ièéîé=^tbût eft' m. « •/. . c Si la A l'égard . La raifon i . lui prêhomme en peut convaincre u. _^ hu- ne faurois voir comment un maine. de conplus claire: celui -m apprend mdiélions. . le culte qu'il me prechf.. ' par leur évidence. ont fe partis.é. la meils'aflure & s'affermit eft infailliblement la leure de toutes les religions qui charge de miftcres. . m m Sirannifc point ma raifon i il l'e-^l^iTe. La foi qu'il les croye. frappans elt par religion i^aturelie cft infufRrante. nous Le Dicu que par cela mém.. a il 44e n'eu p^unt un Dieu de ténèbres.doivent robfcurité qu'elle laiffe fenfible al denfeiener ces vérités d'une manière de les mettre à fa portée. l'adore en interdire entendement pour point dcue d^un ma raifon.je à Tes ftaateurs. ^tre claus.c'eft dans les grandes ventes à la révélation de. de les prit de l'homme.i. feul Celui qui • commence des par fe choifir un humain. c elt rufaee.raontt. . autre en Mettons u.eu. . qu'elle nousenfeigne :. lumineux. . créatures. elle :. n'e^ pa^s le ^. plus grandcelui qui deftine au fùf^Hçe éternelle :DieM(.e a m'en dcfie'-.des dogmes.i dé:a. Ian<^aae ordinaire aux deux Nous avons mis à part toure autorité & fans elle je . chant une dcaiine cherchons marnent ces deux h'^mmes auK pnfes. me dire de foumettre miniftre de la vente ne Le outrager fon auteur. n'eft peuple h profcrirç le refte du genre pas le père commun hommes . & dire dans cette aprete de ce qu'i's pour.

Le Raifonneur ^ . VInfpiré. je vais vous prouver invinciblement que c'eft lui qui m'envoye. pour à qui croirai-je par préférence.vous. . 'ofer dire que Dieu qui êtes. inlirudion eft plus pofitive. vous a donné Homme fi vous étiez le premier impie qui s'égare dans fa raifon corrompue par le péché Le Raifonneur. vous ne feriez pas. ron plu?. "*** Comment! vous me prouverez que c'eft ^* Dieu qui vous envoyé dépofer contre lui ? Et ** de quel genre feront vos preuves pour me coi\** vaincre qu'il eft plus certain que Dieu me parlée ** par votre bouche. q^ui '^m'annoncez de /^ | '\ " *' *' & •VInfpiré. A. d'en dire : je parle de k part de Dieu.OÙ DE " Et *' *'. " Oh *' ! moi j'ai le druit L'hfpiré. quand les Saints leur en donnent ** l'exemple. le premier fourbe qui donne fcn arrogance pour preuve de (à milîîon. D3 i> . l'e D IJC A T O îf I . Qiilquefois. fe contredit . part ou de vous une abfurdité ? . ** Quoi î les Philofophes difent auffi des in! ! ** jures ** ! Le Raifonneur. que par l'entendement qu'il *' m'a donné ? ** " L'entendement qu'il comme petit & vain ! ** *' ** ** VInfpiré. ** Homme de Dieu. de lui qui jn'apprend par la ra (on les ve/jtes m & *<' "** éternelles. moi car mon Le Ra'ifonn'cur. 77 .

ns qu'en raifonnant vous m'ayez convaificu . raifonnemens. je vous prie. n eftce pas réfuter ce <ju'el!e m'aura dit pour vcus ? -Qi^icorcjue veut recufer la rajfon. ! je n'ai jamais *' rien vu de tout UlnffWc. plus évidente que l'axif me qu'<'Me doit détruire? Il eft tout aufli cro) bit qu'un .'* •- ** •' ** * * *' *' .o. Vlnfpirè. fans X&pUquej '* d'un ordre fignifie Le Ratjonricur Surnatu-el! C^. font authentiques. condment faurai-je 11 ce n'tW point ma raifç..*' vous n*y penféz pas. n.cp que vous me dites ? D'ailleurs.Il feroît ^* d'w^^Ër /. •* •* . *' Le Raifonneur Des prodiges. LhfpirL " *' D-~ changemens dai. qu'î' l'^ft» qw* •' pi tie ei^ plus grande que îetout. des miracles cel. ^w^flle differenv-i elles (ont preuves font furuat'u ici.r.i.e3 *' **. me trompe.s l'ordre de la Nature.i. (Joit conyaincre fans fc ftrvir d^ejle.i. quelle démonftration pourrez-vous jamais tmplo)er. fvppofo. des miracles.rompue par le péché qui me fait acquiefcçr ..n .. ** *•* Mes titres La ^ ~ terre & le^ *' cieux dépoferont pour moi. .e ce mot? Je ne '* rente. ^'s pas. '.bgp ! ** Vos raifonnemens M'apprendre que ma raifon fy'logifme eft la ua menf nge. Le Raifonneur. des prodiges de *' toute efpece. Car. bon de montrer vç$ titres av^nt de vos privilèges. VInfpirê.ve. des prophéties. quelle »Cs. . SMiyt^i bi^o PTif> Le Raifonneur..

la grâce ne vous par!e ! « . ou DE L'EDUCATION. UInfpiré. voyons des preuves furnaturedes. Le Raîfonneur. d'elle. ** furnaturel *' Non . . ** Satellite du Démon & pourquoi les proplicties ne font-elles pas autorité pour vous ? ! D 4 Le ...? . UInfpiré. U vous ne m'écoutez ? pas '* mais que dites-vous des propiiéties Le Ratfonmur. «« Le témoignage des peuples eft-il d'un ordre . que je n'ai vu de mira. Commencez donc à me parler au lieu ** ** Ah : ! c'eft ce UInfpiré. Je dis de plus. Des nuées de „ témoins . ** . Le Raijonneur. *' <* *' Il n'y a rien de plus inconteflable que les principes de la raifon. il ** faut avoir déjà reçu la grâce pour favoir h de- " « mander. & l'on ne peut autoriier " «» *' une abfurdiîé fur Encore une fois.clés. car l'atteftation du genre humain n'en le une. eft pas témoigrage des hommts. point. 79 UInfpiré. " D'autres l'ont vu pour vous. il tUt in- *' conteftable. qu'aucune prophétie n€ fauroit faire autorité pour moi. que je fais. le témoignage des peuples.. car félon vom. ** *' *' **^ Je dis premièrement que je n'ai pas plus entendu de prophéties. mais quand il eft unanime. *' O Ce CGtur endurci VInfpiré. Le Raîfonneur *' n'eft pas ma faute .

eu le prettoit inuile (fi ntcndre les deux |!. il f. & dans quelque matière que ce loit. plus lumineufe j " de géométrie faite puifque la clarté qu'un axiome d'une prédiétion impoiTible.. S'iU'a prouvé. à foumettre à l'autorité des hommes A & de Dieu parlant à ma raifon. on ne duit point condamner fans entendre* . " ** Voyez donc à quoi fe réduifcnt vos prétcndues preuves furnaturelles.rtics niior a ptcuvé Ion d!re. lieu. Parce que pour qu'elles la firent. vos miracles. fût-elle plus trois : '* ** *•* ** " *' '' précife. que je fuflê témoin de l'événement. il ne fuffit pas d'en examiner une. il car. Si les que mon efprit conçoit. ou il ne fa pas prouve. h ce n'eft pas tout. croire tout cela fur la foi d'autrui. mon enfant. Le Ralfonneur. entre autres bizarres pjradoxe?. ** je ne ferois pas même afTuré qu'il exifle. vos prophéties." Voilà bien des difficultés. il faudroit chofes dont le concours eft impoflible . tout : . fi tant eft qu'une le foit. difoicnt-ih. plus claire. Parmi tant de religions diverfcs qui /e profcrivent s'excluent mutuellement. fou'enoient que ^aiis un jngtinent contradiifloire. favoir. une fiu!e eft la bonne. il fàut comparer les obl'autorité ** vérités éternelles & jeiSlions • '^:Plutarque rapporte qvic les Stcïcienî. pou** voient fouffrir quelque atteinte.8o '* *' E M I L K.iut les examiner toutes . j'â *' 3u hazard n'en rend pas l'accomplilTemenc cet accompliiremcnt. quejVufTe été témoin de la prophétie. ti qu'il me fût domoiîtré que cet é\ énement n'a pu quadrer fcriuitement avecla prophétie car. & loin ** d'être fur que vous me par lez delà part de Dieir. quand il a ** re prouve rien à la rigueur pour celui qui " '* *' piédit. il n'y auroit *' p'us peur moi nulle efpece de certitude. Pour la reconniître.

Plus un Tentiment nous paroît démontré. quelle érudition ii faut acquérir. il a tort. à plus les forte raifon ceux de tou» ils les partis quand on trouveroit. & ce qu'il leur répond. Se la partie a^eriè doit être condatnnéc . ^ ne rend moins fidellement les fentimens de ceux qui les ont écrits. fsroienV bientôt réfutés. bien fimple pour <r-rotre qu'il fuffit d'entendre les Douleurs de îbn parti pour s'inftru ire des raifons du Où font les Théologiens qui fe parti Contraire.entrç tant d« parus. ' . que de langues faut apprendre. plus nous (devons chercher fur quoi tant d'hommes fe fonIl faudroit être dent pour ne pas le trouver tel. il Iç». Si-tôt que chaeun jrétend avoir feul raifon. mais tel au milieu des Tiens eft fier de fes preuves. . Jisélions 8x aux preuves .rtc. & de- mauvaifes raifonS dites avec atlùrance. L'abfeii't a toujours tort. il faut favoir ce que chacun oppofe aux autres.foi ?•' où font ceux qui. Quand vous avez voulu tout efi dit. . i'il ne l\ ioit être débouté. & reffenible beaucoup à celle de cei Stoïciens.ou DE L'EDUCATION. Je trouve que ]& méthode de tous ceus qui admettent une révclatioa exelufire. effacent aifément les bonnes expofées avec mépris. quelle immenfe lefture il faut faîreî guidera dans le choix ? Difficilement trouvera -t-on dans un pays les meilleurs livres du Qiii parti me contraire. pour -choifii . pour réfuter les raifons de leurs adv'erfaires. que de bibliothèques il fauj i-1 feuilleter. *' feut tous écDwtery ov l'çn-çft inju. D'aifieurs fouvent rien n'eft plus trompeur que les livres. pas prouvé. piquent de bonne. ne commencent pas par les afFoiblir ? Chacun brille dans fon parti . quiferoftun fort fot perfonnage avec ces mêmes preuves parmi des gens d'un autre parVoulez-vous vous inftruire dans les livres f ti.

àcs gens de bonne-foi. l'autre en admet trois. pour la ne chcrchei>t qu'à la connoitre ? Ceprofeffer. juger de la Fol catholique fur Je livre de BofTuet. Combien de grands peuples n'impriment point 4c livres & ne Jifent pas les nôtres Comment j»geroBt-ils de nos opinions ? comment jugeronsnous des leurs? Nous les raillons. & trouve abfurdes les cultes des aatres Nations . voyager parmi nous. rent. donc ce*. & qu'il y faut joindre pour en juger. d'endurcifleflaent.L^ E. I Quel homme impartial ofera juger entr'clles. fes coutumes. Pour bien juger d'une religion^ il ne faut pas l'étudier dans ks livres de fes fe^atèurs. s'il n'a premièrement bie» pefé Jeais preuves. Vous avez vu que la doctrine avec laquelle on répond aux Proteftans n'eft point celle qu'on enfeigne au peuple. àe menfonge. Its acçi^fe d'aveuglement. &)^jr^î^ la fil^f.fîîrei celle qu Ci» . vous vous êtes trouvé loin de compte après avoir vécu parmi nous. Dans quel pays n'y a-t il pas dts gens fenfcs. qui font l'efprit de fa Croyance. pour nous le rendre. fon fen«. <ffconnêtes gens amis de la vérité. Cttltes étrangers ne font pas fi extravagans qu'ils nous fembknt. ils nous mépritfnt . pendant chacun la voit dans fon cuite. maudit les deux autres.82 E M I . il îaut aller l'apprendre chez eux i cela eft fort diffe- Chacun a fes traditions. & fi nos voyageurs les tournent en ridicule. bien écoute leurs ïaifons? Celle qw n*admet qu'une révélation tft la plus ancienne. fes préjugés. & que le livre de Bofîuet ne refTemble guère aux inftru<Slions du prône. Kautre en admet Chacune dctcfte^ rfèux. qui. d*opiniâtret4.. f^une admet une feule révélation. au la raifun^ueDouâ trouvoiu dans les nôtres ne pro>uve rien» Nous avons trois principaîesj'ejîgions en Europe. que de iU ne leur inanque.

s'il leur faut un aulfi grand appareil et preuves pour établii* & cette' . pourvoi faut-il qu'il ait befoin d'interprète ? Je ne concevrai jamais que ce que tout homme Dieu fait de favoir Toit enfermé dans des livres. les Euro^ eft obligé q. 6c qui n'eft à portée ni de ces livres.. celle qui en admet deux troifiéme peut bien être la meilleure. S^ trois eft la plus moderne.ue celui ! péens les regardent comme indifpenfables. mais elle a certainement tous les préjugés contr'elle j l'inconféquence faute aux yeux. Toujours des livres Parce que l'Europe eft pleine de livres. jnoyens avoit-il de les connoître avant que ces livres fuflent faits ? Ou il apprendra ces devoirs de lui-même. ne parlent plus la Turcs & langue de Mahon>et. les Arabes modernes. ^ les Livres facres font des langues inconnues aux peuples qui les écrits en Les Juifs n'entendent plus l'Hébreu. les fuivent. foit puni d'une ignorance Quelle manie } involontaire. de leur parler toujours une langue qu'ils n'entendent point ? Qui traduit ces livres. dira-t-on . mais que gagnent-ils à cela. & quand tant que de parler aux hommes. & paroît la plus & Dans les trois révélations. Chrétiens n'entendent ni l'Hébreu ni le Grec. fan'3 fonger que fbr les trois quarts de la terre on n'en a jamais vu» Tous les livrts n'ont-ils pas été écrits par des hommes? Comment donc Thcmme en quels auroit-il befoin pour eonnoûre fes devoirs. Ne voilà.ou DE L'EDUCATION. ou il eft difpenle de les favoir. rejette Ja conféquente .t-il pas une manière bien fimple d'inftruire les hommes. belle réponfe fn'aflurera que ces livres font fidellement traduits. eux-mêmes. Nos Catholiques font grand bruit de l'àutOrît^ ée l'Eglife . On I qu'il eft même poflible qu'ils le foient. ni des gens qui les entendent. en admet . k3 ni les Perfans n'entendent point l'Arabe.

établir qu'aux autres feâes pour L'Eglife décide qi. qui faillirent le perdre. les Théologiens cathocondamne au feu tous les livres des Juifs. vous rentrez dans toutes nos difcuffions.Î4et i^e autorité. c'eft dans les livres des Chrétiens. ment été d'itvis qu'on pouvoit confcrver ceux de ces livres qui ne qui traitoient de matière» fcifoient rien contre le Chriftiasifinf. d'entre nous qui font à portée de convcravec des Juifs ne font guère plus avancés. Cette police 6(1 commode & fur e pour avoir toujours raifon» 11 y a plaifir à réfuter des gens qui n'ofent parler. nous puniiions l'Auteur. Nevoilà-t-il pas une autorité bien prouvée? Sortez de-là. le Libraire*. Bonne manière de s'inftruire des raifons de leurs adverfaires Mais comment faire f Si leur dccSlrine ! diredement quelqu'un ofoit publier parmi nous des livres où l'on favoriferoit ouvertement le Judaïfme. fan» iiftinûiou* l'illuAre ic favant Rcuchlin conrultc fur cette affaire. en voîci un qui n'a pxs bcfoin de Dans le feizieme ûccle.. s'en attira ie terrlWes. l'Editeur.dite fipqtii . BOUS donne du zèle. . les plus n > éclairés lui. Les malheureux fe fentent à notre difcrétion . la charité chrétienne ïs'èxpofer à nous faire crier au blafphcme ? L'avifer : Ceux .t faits connus. pour avoir feule.e TEglife a droit de décider. & U*aifftr«ntcs à la religion. la tirannie qu'on exerce envers eux les rend craintifs . ils favent combien peu l'injuflice & la ci uauté coûtent qu'oferont-ils dire fans à. * Entre mille tomtnenraire. lii^ues ayar. ^j'^voir pas tort. Connoifîlz-vous beaucoup de Chrétiens qui aient pris la peine d'examiner avec foin ce que le Judaïfme allègue conti'eux? Si quelques-uns en ont vu quelque chofe. & ils font trop riches Les plus favans. E M I L ? E.

qu'ils n'aient un Etat libre. où ils puifTent parler & difputer fans Alors. convertirez. A le nous pour Mahomet.ils tort. de Jefus-Chrift. Cela eft bientôt dit : mais vont-ils dans le cœur de l'Afrique encore inconnue. des les univerfités. avons-nous raifon ? Sur quel principe équitable réfoudrons-nous cette qucftion ? Les deux tiers du genre humain ne font ni Juifs. ne croirai jamais avoir bien entendu les raifons des Juifs. il eft tout auffi Je clair qu'elles n'y ont pas le moindre rapport. quelque miferable payé pour calomnier fa fe£te . tandis que leurs Docteurs fourironten filencede votre ineptie. vous triompherez de leur ignorance ou de leur lâcheté. des écoles. tout. c'eft Si les Turcs exigent de notre tour de ramper. vous ferez parler quelques vils frippicrs. nous pourrons favoir ce qu'ils ont à dire. feulement. éclairés 85 Vous font toujours les plus circonfpedls. ni Chrétiens.ou DE L'EDUCATION. les Turcs difent leurs raifons. & où jamais Européen n'a pénétré jufqu'à prcfent ? Vont-ils dans la Tartarie méditerranée fiiivre à cheval les Hordes ambulantes dont jamais étranger n'approche. & à peine . Conftantinople. ni de Mahomet ? On le on foutient que nos Millionnaires vont par. il eft clair comme le jour que les prédi£lions du Meflîe fe rapportent à Jefus-Ghrift. coAnoiflfnt <iui loin d'avoir oui parler du Pape. Mais croyez-vous que dans les lieux où ils fe fentiroient en fureté l'on eût auffi bon marché d'eux ? En Sorbone. les Turcs ont. même refpeil que nous exigeons pour JefusChrift des Juifs qui n'y croyent pas davantage. mais nous n'ofons dire les nôtres j là. & combien de d'hommes n'ont jamais oui parler de Moïfe. qui céderont pour vous flatter . auquel nous ne croyons point. rifqae. ni mijlions nie Mahométans. Chez Rabbins d'Amfterdam.

annoncer l'Evangile à des milliers de pauvres efclaves ? Qu'ont fait les femmes de cette partie du monde pour qu'aucun Miffionnaire ne pui/Iè leur prêcher la Foi? Iront-elles toutes en «vTer pour avoir été reclufes ? I Quand il feroit vrai que l'Evangile e^ annoncé par toute la terre. & vous me dites que tous ceux qui n'awont point cru à ce miftcre Voilà des chofes bien étranges feront damnés.86 EMILE.ils dit qu'où pût raifonnablement admettre fur leur parole. Or. q^e leor ont. qu'y gagneroit-on ? La veille du jour que le premier Miffionnaire eft arrivé dans un pays. Qt^iand les Minières de TEvangile fe font fait entendre aux peuples éloignés. dont leurs manœuvres les ont fait challer pour jamais. & qui ne demandât pas la plus exacte vérifi? Vous m'annoncez un Dieu né & mort il y a deux mille ans à l'autre extrémité du. & ou leurs prédéce/Teurs ne font connus des générations qui naiffent. à peine le grand Lama ? Vont-ils Jans les continens immenfes de l'Amérique. il y eft ftîrement mort quel-qu'un qui n'a pu l'entendre. monde. venus avec un zele hypocrite pour s'emparer doucement de l'Empire ? Vont-ils dans les Harems des Princes de TAfie. pour les croire fi vîte fur la feule autorité d'un homme que je ne coonoi» point Pourquoi votre cation ! £>iett- . l'objeélion feroit au/Ti forte pour ce feul homme» que pour le quart du genre humain. que comme des intrigans rufés. dans je ne fais quelle petite ville. où des Nations entières ne favent pas encore que des peuples d'un autre monde ont mis les pieds dans le leur ? Vontils au Japon. dites-moi ce que nous ferons de ce quel-qu'un-là ? N'ycût-il dans tout l'univers qu'un feul homme à qtn Ton n'auroit jamais prêché Jefus-Chrift.

& qui ne cherchoic que la vérité ? Soyez de bonne. fi bienfaifant. que difent-ils du déicide de kurs prédécefieurs ? Ils le nient.ou DE L'EDUCATION. mais pourquoi n'êtes-vous pas venu l'apprendre à mon père. affervis .foi. ne l'ont pas. & concilier tant d'injuftices LaifTezavec le Dieu jufte que vous m'annoncez. opprimés. les anciens n-i les nouveaux hâbitans ne Kont point reconnu. me l'apprendre .t Ne voyea-vous pas qu'avant qpe j'ajoute : : . aller voir ce pays lointain. fur votre feul témoignage. Quoi l dans cette même ville où Dieu eft mort. & vous voulez que Je le reconnoifle. dites-vous. difperfes. reconnu pour Dieu ? Que ferai-je donc. ou. Dieu a-t-il fait arriver filoin 87 de moi les événemens dont il vouloit m'obliger d'être inftruit ? Êft-ce un crime d'ignorer ce qui fe pafle aux Antipodes? Puis-je deviner qu'il y a eu dans un autre hémifphere un peuple Hébreu & une ville de Jerufalem F Autant vaudroit m'obliger de favoir ce qui fe fait dans la lune. ils ne reconnoiffcnt pas non plus Dieu pour Dieu : autant valoit donc laifl'er les enfam'des autres. moi qui n'en ai jamais entendu parler que par vous ? Vous ajoutez qu'ils ont été punis. puis mettezvous à nia place voyez fi je dois. qu'aucun d'eux n'approche plus de la même ville. dites-vous. que j'aille favoir pourquoi les hâbitans de cette JeIls rufalem ont traité Dieu comme un brigand. lui qui étoit fi bon. pourquoi damnez-vous ce bon vieillard pour n'en avoir janwis rien fû ? Doit-il être éternellement puni de votreparelTe. moi. moi qui fuis né deux mille ans après à deux mille lieues^ de-)à. où s'opérèrent tant de merveilles inouies dans celui-ci . croire toutes les chofes incroyables que vous me dites. AfTurément ils ont bien mérité tout cela mais les hâbitans d^aujourd'hui. de grâce. Vous venez.

iiuln'/cfl exempt du premier devoir de l'homme. examiner par eux-mêmes les cultes divers qu'on y fuit. ce que difent dans le pays. examiner tout par moi-même i il écouter avant c faudroit que je fuffe fou ^pour vous tems-là. comment il vous cft parve- & nu. comparer. à grands fraix avec de longues fatigue?. l. comment il s'eft confervé. & que fout foit obligé de la fuivre fous peine de dam- nation.' de le baptifèr. en Afie.«6lions n'ayent autant Se plus de force que contre le Chriflianifme.8S E MILE. à parcourir les paj^s où elles font établies. Or je foutiens qu'il n'y a pas de révélation contre Jaqutlle les mêmes objc. à les comparer. en Palefline. avant la vérification des preuves veut fe dépêcher de l'inflruire. méditer. pour leurs raifonr. voyager. difputer. & toutes ks . mais je foutiens que tout homme fenfé doit^ en pareil cas.'-. la terre entière ne fera couverte que de pèlerins allant. jieune fille délicate & timide. auquel je ne comprends rien. quoiqu'ils fâchent aiilTi bien que vous tout ce que vous m'appren z ? Vous fentcz bien qu'il faut nécelTai rement que j'aille . qui. à approfondir. & joute foi à ce livre que vous appeliez facre. l'infirme qui peut à tous. les arts. la f( n travail.en Europe. D'où il fuit que s'il homme les n'y a qu'une religion véritable. fans exception. parler ainfi. Alors adieu les : peine ibrtir de fon Ht. je dois favoir par d'autres que vous quand par qui il a été fait. ceux qui le rejettent. ' Non-feulement ce difcours me paroît raifonnable. L'artifan qui ne vit que de le laboureur qui ne fait pas lire. nul n'a droit ce fe fier iu jugement d'autrui.'. & renvoyer bien loin le Miffionnaire. &. doivent étudier. il faut pafTcr fu vie à les étudier toutes. vérifier. parcouil rir le monde n'y aura plus de peuple fixe fiable . les fciences humaines. & & métiers.

la religion de fon père.juoi d'un Turc feroit-il mal de fuivre de même la reli«^ion du fien ? Je monde de répondre défie tous les intolerans à cela rien qui contente du un homme fenfé. de leur père. auroit vécu moralement Noa La belle invention que cet ange bien. le celui qui aura joui de la fanté la tems. il ne peut grand peine d'autre étude que celle de religion : à plus robulte. Voyez. les 89 avoir y occupations civiles . je fu-s revenu fur mes pasj ôc j'ai refierre ma . & fils le impartial. k croire au rerte du genre humain. fans un 1 <5 . la nécefUté d'en em- ployer. Preffés par ces raifons. qu'elles feroient toujours fans fuccès. les uns aiment mieux punir les innocens du péché faire Dieu injufte. Je prends à témoin ce Dieu de paix que j'adore & que je vous annonce. le mieux ufé de w raimieux employé Ton dans fa^vieilfon. au avant fa mort dans quel culte il auroit plus & prend Tivre. dans une ignorance invincible. pour. i's met!^ tent Dieu lui-même dans fils.^ en envoyant obligeamment un ange inftruire c^uiconque. faura-t-il ce fera beaucoup s'il aplelTe à quoi s'en tenir. & que je m'ahîmois dans un océan fars rives. mon gueil à quelle abfurdifé k l'intolérance. Les autres fe tirent d'afFaire. vécu le plus d'années. j Voulez-vous mitiger cette méthode. que toutes mes recherches ont été finceres. & donner des hommes^? A l'mfla moindre prife à l'autorité & fi le nls d'un Chietant vous lui rendez tout examen profond tien fait bien de fuivre. contens de nous afiervir à leurs machines.ou DE L'EDUCATION. que de renoncer à leur barbare dog- & me. mènent l'orquand chacun veut abonder avoir raifon exclufivement dans fon fens. maisvoyant qu'elles étoienr.

ont le L-..f que je ne ju-s ré'ouure. je j'ufe bien des facultés rejette feulement l'obligation delà !a reconnoître. U cont. pour lui plsirc. Qu'eft-ce que tout le favoir des hommes m'apprendra de plus ? A l'égard de la révélation. que ne fachant à quoi me déterminer. il les eût rendus infurmontables pour la plus grande partie du genre humain.. dans une homme j je ferois ré je n'aurois point vu Quand du monde fi fi j'exerce ma raifoj). is auflî contr'elle des objecSior. j'apprendrois de moi-même à le connoître. Il en eft un feu! cuveft à tous les yeux. fon ^utilité pour c^-ux qu. d'autre quand que moi. c'eft celui de la Nature. les eût multipliés. fi je la cultive. J'ai donc refermé tous les livres. Nui n'eft excufable de n'y pas lire. parce qu'il parle à tous les hommes une langue & & in- telligible à tous ifle les efprits. peut-être f ntir->is je fa vérité.mplir. parce que cette obligation prétendue eft inc( mpatible avec juftice de Dieu. fi j'étois meilleur raifonneur ou mieux inftruit. 9^ _^E foi M I L E. & que. dans mes notions primitives.e. Il y a tant de raifons folidcs {>^ u. C'eft dans ce grand fobiime livre que j'apprends à fervir adorer fon divin Auteur. il loin de lever par-!à les obftacles au l'alut. immédiates que Dieu me donne. à vouloir le bien qu'il veut. je refle fur ce point dans un doure refpedueux. je -. je ne l'iidnitts ni ne le rejette. fous peine de l'enfer. à aimer fes œuvres. quand je n'aurois jamais appris ce qui s'eft fait anciennement dans un coin déferte.>nheur de la reconnoîire j mais fi je vois tn ù faveur des preuves que je ne puis combatt-c. Je n'ai pas la préfomption de me croite infaillible d'autres hommes ont pu décider ce qui : . & à r. ma Je n'ai jamais pu croire que Dieu m'ordonnât. tous mes devoirs fur la terre. A cela près. à l'aimer. d'être fi favant.

à la fois fi fublime & celui l'ouvrsge des hommes ? Se peut-il que jfoit lui-me'dont ILfait i'hirtoire ne foit qu'un homme ou d un "ine ? EiTce-îà le ton d'un enthoufiafte ft^aire ? Quelle douceur. il peir. fut • De Rep. quelle fmeffe & quelle juftefle fes dans 'ons ! fec réponfes! quel empire fur le pafli- Où Touffrir & eft l'homme.ou DE L'EDUCATION. k qu'il n'eft pas pofiîble de Quels préjugés. qu'i's font petits près de celui-là fi limple. îa fainteté de l'Evangile parle a mon ! tœur. Voyez les livres c'es Philofophes avec Se Jeur pomoe .ce de Socratc mourant fans douleur. avec tout fon efprit. fans of. fans l'un à l'autre foutint aifément jufqu'au bout fon perignominie. .s Tes toute quelle grâce touchante dans les ! qutlle élévation dans fes maximes ! inCrudions ! quelle quelle profonde f^gcffe dans fes difcours ! mœurs 'préfence d'tf: rit. -''J & fi cette facile fi on douteroit mort n'eût honoie fa Socrate. quel aveuglement s'y tromper. que tous Chîift: & b les Percs l'ont kM\c. -peut-il qJ'un livre. Dial. mais il n'y a pas '^ Ecritures vous avoue aufli que la majefté des Je 'm'étonne. je ne ks blâme ni ne les imite : pas pour le mien . quelle pureté 'ambitieux 'dai. ! Ibnnage.entation ? 'Qi_and Platon peint fon jufle imaginaire * couvert d'i^t^t de tous les de toit l'opijrobre du crime. ne fauc-il point avcir pour ofer comparer le fils de Sophroni'fque au fils de Marie ? Quelle diftai. vie.*^pante. où eft mouî'r fans foihlefe & fage qui fait agir.t trait jx ur t^ait Jefusreffemblance eft A fr. leur jugement peut être meilleur que de ma faute fi ce n'eft pas le mien. pix de la vertu. & çi non pour moi qui me femble indécis j je raifonne eux . i.

Dirons-nous que l'hiftoire de l'Evangile eft inventé. Au fond. La mort de Socrate philofophant tranquillement avec Tes fagefîe fe k amis. efl: la plus douce qu'on puilTe defirer j celle de Jefus expirant dans les tourmens. < v. pratique. Lconidas tloh mort pour Ton pays avant que Socrate eût fait un devoir d'aimer la patrie j Sparte étoit fobre avant que Socrate eût ne fit loué la fobriété: avant qu'il eût défini la vertu. k les faits de Socrate. maudit de tout un peuple. ce & k n'eft pas ainlî qu'on invente. Il fut autre chofe qu'un fophifte. la vie la mort de Jefus fori d'un Dieu. ai. eft la plus horrible qu'oà puiiïe craindre. dont lui feula donné les leçons l'exem- ple * ? Du fein du plus furieux fanatifme )a plus haute & fit entendre. le pnrallcle q'i'ilfait ALt. la Giece abondoit en hommes vertueux. dont perfonnc ne doute. Oui. il feroit p'us inconceva- ble que plufieurs hommes d'accord eufient fabriqué 'ce * Voyez (Jsr. la fimplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. dit-on.Chrifl. .ïfc à la fienne. lui-même di la morale de Mk. D'autres avant lui inventa. que mettre en leçons leurs exemples.-L c. font moins attefiés que ceux de Jefus.9^ morale.s le rfifcourî fur h Montagne.: à plaifir ? iMon ami. fi la vie la mort de Socrate font d'un Sage. Mais où & Jefus avoit-il pr is chez les fiens cette morale élevée pure. la il EMILE. Ariftide avoit été' jufte avant que Socrate eût dit ce que c'étoit que juftice. l'avoient mife en il ne fît que dire ce qu'ils avoient fait. Socrate prenant )a coupe empoifonnee. bénit celui qui la lui préfente &qui pleure. injurié. raillé. Jefus au milieu d'un fupplice afFreux p ie pour fes bourreaux acharnés. c^fl reculer la difficulté fans la détruire .

fous quelque offert.. contradidions ? au mflieu de toutes ces cifconfpea. morale. quant aux dogmes & fur la qui n'influent ni fur les adions.. gouvernement. qu'il ne l'eft qu'un trouve des Auteurs Juifs n'eufRnt Jamais fuiet. fi parfaite- ment inimitables.^urs rejetter. Je regarde toutes les nullement en peine.it il ' eft fincere. ciuand f'. Voilà le fcepticifme involontaire nullement pénible. Je fers Dieu dans la fimpes de tous mes devoirs. crois toutes bonnes quand on y fert lieux. en je ne dont tant de gens fe tourmentent. _ . mais ce fcepticifme ne m'eft points efTenciels a la parce qu'il ne s'étend pas aux que je fuis bien ..yab'es. & qu'il eft >mpofrible a homme faire Que k ETre toi. ni cette raaeres de vérité fi grands.' Je les efTenciel eft celui Dieu convenablement le culte rejette point l'nommage.j-. Evangile qui répugnent à tout eft plein l'inventeur^en feroit plus Aved tout cela. ' pays une mafahuaires qui prefcrlvent dans chaque par un culte pubnière uniforme d'honorer Dieu raifons dans qui peuvent toutes avoir leurs lic . dans le locale qui rend peuple. reite nluis je & plicité ce qui importe à ma conduite . fi frappans.écide fur les principratique. modefte fenlé m qui feul fait la vérité. de chofes la raifon. & l'Evangile a des cani ce ton. dans le génie du le climat. que Je ne cherche a favoir de mon coeur. ou . que étonnant que k héros. m relierions . mets particulières comme autant d mltitutions m morale. mon enfant . feul 93 en ait fourni le ce livre. ce même de chofe incr-. Dieu n'en k & : ducœu". de concevoir ni d admettre. fauroit refpeaer en filence ce qu'on ne & s'humilier devant le grand Etre ni comprendre.ou DE L'EDUCATION. Appelle dans celle forme qu'il lui que je profefle au fervice . ou dans queiqu'autre caufe les félon les tems l'une préférable à Vautre.

pour mefurer refpe(5l la les Je prononce avec mots facramentaux. Je prêcherai toujours la vertu aux hommes. Depuis mes nouveaux principes. la permiflîon de reprendre mes fonâions pour m' aider à vivre. de l'infuffifance de l'efprit humain qui conçoit fi peu ce qui fe rapporte à fon Auteur. il me • . qui es-tu. je ne ferai. ni la moindre cérémonie. Après un long interdit. célèbre avec plus de vénération : je me pénètre de la majefté de l'Etre fuprême. je les exhorterai toujours à bien faire . je fuis avec foin tous les Imites attentivement ni : le moindre quand j'approche du moment de la confccration. je leur en donnerai l'exemple.94 'titude pofllble. quoique dans le dernier rang. Quoiqu'il en rende inùigne d'en remplir les lublimcs devoirs. je me dis. Il ne tiendra pas à moi de leur rendre la religion aimable . ni ne dirai jamais r'en qui dépend de moi. Je tache d'anéantir ma raifon devant la fuprême in- . avec toute TexaCks foins qui me font prefcrits. & je donne à leur puifl'ance infinie? la foi qui effet foit toute de ce miftere inconcevable. Autrefois je difbis ma . Honoré du minifterc facré. met à la longue aux chofes les plus graves quand on les fait trop fouvent. & tant que je pourrai. j*y remplis. je la la Mefle avec la légèreté qu'on . je ne crains pas qu'au jour du jugement je fois puni pour l'avoir jamais profané dans mon cœur. parlecédit de M. de Mellarede. je me recueille pour la faire avec toutes les difpofitiens qu'exige l'Eglife & la grandeur du facrement . EMILE. je récite je m'applique à n'omettre jamais mot. telligence . de fa préfence. En fongeant que je lui porte les vœux du peuple fous une forme prefcrite. vous favez que j'obtins. confcience me reprocheroit d'y manquer volontairement en quelque point. & fervice de l'Eglife.

Se fouvent il l'obtient quand il fait fe faire refpeétcr.ux dogmis contrrires à la bonne morale. les rend tous ennemin du genre hu- & & main. long-tems ambitionné l'honneur d'être Cu» l'ambitionne encore. J'ai .ou DE L'EDUCATION. que jamais je les porte à détefter leur prochain. mais je fuis trop je ne pui» petit pour avoir beaucoup à craindre. olog i^ue. Des Anges mêpuérile & tolérance thé- vain". cette réfervc pourroit m'attirer des affaires . fi jamais dans nos montagnes j'avois quelque pauvre Cure de bonnes gens à defl'ervir. mais je ne refpere plus. Mon bon ami. je ne blafphêmerai point contre la jufticc Divine. à dire Si j'éà d'autres hommes. C'eft ce dogme horrible qui . mes ne v'Vioient pas en paix avec des hommes qu'ils regarderoient Comme les ennemi» de Dieu. tois dans un rang plus remarquable. comme un bon Magiftrat efl un MinifUn Curé n'a jamais de mal à faire .. . tre de juftice. je ne trouve rien de fi beau Un bon Curé eit un Miniftrc que d'être Curé. tel» que celui de l'intolérance. & ne mentirai point contre le Saint-Ef- & : & prit.•ii.ie les ho/iimes les uns contre les autres. blcs. La diftinftion entre eft la tolérance civile & la & Ces deux tolérances font inféparaTon ne peut admettre l'une fans l'autre. Quoiqu'il guère tomber plus bas que je ne fuis. O ! i mais • Le devoir de fuivre d'aimer la religion de fon pnys ne s'étend pat i'j*qu'. je ferois heureux. arrive. vous ferez damnés *.. il 95 ne tiendra pas à moi d'afFermir leur foi dans les que tout homme eft dogmes vraiment utiles. de bo té. s'il ne peut pas toujours faire le bien par lui-même. car il me femblc que je ferois le bonheur de mes paroifliens Je ne les rendrais pas ici es. mais à Dieu ne plaife que jamais obligé de croire je leur prêche le dogme cruel de l'intolérance. ré je il cH- toujours à fa place quand il le follicite.

Je leur ferois aimer la concorde l'égalité qui chaflént fou vent la mifere la for. je le penfe. à fe regarder comme frères. . En attendant de plus grandes lumières. je les porterois tous également à s'entr'aimer. & nous favons très-certainement que c'eft un mal de défobéiraux loix. afin qu'ils vifTent bien que tout ce que je leur dis. ne troublons point le culte qu'elles prefcrivent.96 flétriflure Sz le E M I L E. que pourtant je vivrois content. . Quand ils verroient que je ne ferois en rien mieux qu'eux. gardons l'ordre public . où l'on voit peu de pratiaues religieufes. de vous reciter de bouche ma profeftion de foi telle que Dieu la lit vous êtes le premier à qui je l'ai dans mon cœur faite . ils apprendroient à fc confoler de leur fort. c'eft le folliciter de mal faire. vous êtes le feul peut-être à qui je la ferai & : jamais. dans tout pays refpeiSlons les loix. mais je partagerois leur pauvreté j'en ôterois la mépris plus infupportable que l'indigence. car nous ne favons point certainement fi c'eft un bien pour eux de quitter leurs opinions pour d'autres. beaucoup d'oeuvres de charité.t toujours fupporter. Avant de leur enfeigner ce U & & & & & qu'il faut faire. qu'à l'efprit de l'Evangile. ne portons point les Cito)ens à la dcfobéiftance . où le dogme eft fimple la morale fublime. par conféquent faire mal foi-même. à refpefter toutes les religions Se à vivre en paix chacun dans la fienne. je ne les diftinguerois point de mes vrais paroiffiens en tout ce qui tient à la charité chrétienne . Dans mes inftrudlions je m'attacherois moins à l'efprit de l'Eglife. Je penfe que foU ici ter quelqu'un de quitter celle où il eft né. des Proteftans dans mon voifinage ou dans ma paroiffe. à vivre contens comme moi. mon jeune ami. je m'eftorcerois toujours de le Si j'avoie pratiquer. Je viens.

où le cœur reçoit ù forme & (on où l'on fe détermine pour toute la Plus tard la fubvie. & les nouvelles empreintes ne marquent plus. ont befoin d'être affermies 5c réveillées. & me fait penfer de vous. Jeune homme. E qu'on . je vous ai Maindit mes raifons de douter & de croire. le cachet de la vérité. mes opinions pour des opinions. 97 les Tant les qu'il refte il quelque bonne croyance parmi homaies. faut achever d'arracher les piliers elles flottans. Appropriez-vous de mes fcntimens ce qui vous aura perfuadé. ne faut point troubler âmes paifibîes. Soyez fincere avec vous-même. pour rifquer de mal choifir. incertaines. prefque éteintes. foit en bien. on doit conferver & pour il les rétablir fur la bafe des véri- tés éternelles. mais je fuis homme. Je vous propoferois d'en conférer entre nousi mais fi-tot Tcme ///. encore flexible. jamais. recevez dans votre ame. j'aurois pris avec vous un ton dogmatique & décifif . je vous l'ai donné pour tel i je vous a*. tout eft ébranlé. où l'efprit s'ouvre à la certitude. fujet à l'erreur. des difficultés qu'ils ne peuvent réfoudre Sz qui les inquiettent fois fans les Mais quand le une tronc aux dépens des branches . ignorant. Commencez par mettre bien votre confcience en état de vouloir être éclairée. foit en mal. ce que je tiens pour fur. ni allarmer la foi des fimples par éclairer. que pouvois-je faire ? Je vous ai ouvert mon cœur fans réferve . & de moi-même. rejettez le Vous n'êtes pas encore affez dépravé par refte. ôc dans l'état où j'ai vu la vôtre. le vice. donné mes doutes pour des doutes. ftance eft durcie. vous avez pris du tenant c'eft à vous de juger Si j'étois plus fur : tems i cette précaution eft fage.ou DE L'EDUCATION. les confciences agitées. caractère. auxquels Vous êtes dans l'âge critique penfent tenir encore.

ne la traînez plus avec ignominie à la merci des étrangers. fuivez-Ja dans fmcerité de . voici le confeil que je vous donne.es fcnti- recommencer un nouvel examen de lîiens. mon efprit déjà m. le feul moyen qui me refte pour en fortir eft une bonne vie . reprenez la de vos pères. mes réflexions vous amènent comme je penfe. Se l'aumône. Je refterai com^me de peur qu'infenfiblement le goût de la contemplation devenant une pafîîon oifeufe. qu'on difpu te. Mon ami. eft quille. N'expofez plus votre vie aux tentations de la mifere & du défefpoir. Si tout homme a droit d'efperer d'être à penfêr éclairé lorfqu'il s'en rend digne. je m'y tiens. de vie eft écoulée . Se pour effacer mes erreurs par mes vertus. Pour moi ce n'eft qu'après bien des années de méditation que j'ai pris mon parti . par mes propres lumières.i)S EMILE. Si je voulois m. & de peur de retomber dans mon premier pyrrhonifme. de mon cœur fait bien que je n'aime pas mon Dans l'impuiffance de m'en tirer aveuglement. h bonne. je n'y porterois pas un plus pur amour de la vérité. la vanité. l'obftinatio!i s'en mêlent. & fi des pierres mêmes Dieu peut fufciter des enfans à Abraham. que mes fentimens foient les vôtres. Si je me Celui qui lit au fond trompe. mon cœur éc ma confcience eft trancontent. car on n'éclaire par la difpute m foi. & que nous ayons la même profeflîon de foi. on s'échauffe . la religion celTez de manger le vil pain de Retournez dans votre patrie. ne m'attiédît fur l'exercice de mes devoirs. ni les autres. ne difputcz jamais .foi n'y e(l plus. je n'ai plus que le tcms qu'il me faut pour en mettre à profit le refte. état de la connoître. c'eft malgré moi. fans Plus de la moitié retrouver la force d'en fortir.oins actif feroit moins en je fuis.

je la crois de toutes lis reliimiple gions qui font lur la terre. non pourvoira. Vous Vous Centirez obftacks difparoîtront à fa voix. que le culte intérieur eft le premier de ces fans la foi nulle véritable vertu h que n'exiftc. Qiiand mais où l'on ne pèche plus impunément. écouter votre coi. elle efl très- très-fainte . fous préexte d'expliquer la les fement dans cœurs 2 des hommes de dcfolantcs E . la plus pure. fongez que les vrais devoirs de la religion font indépendans des inftitutions des & hommes. il non de la réparer. mille vains vous voudrez. qu'un cœur la jufte eft le vrai temple Divinité. celle dont la morale eft dont la raifon fe contente le mieux.peine. Au furplus. Ne pardonnerat-il pas plutôt l'erreur choifir foi- où l'on fut nourri. au tribunal du Souverain juge. .ou DE L'EDUCATION. c'eft une inexGufable préfomption de proftfler une autre reli'^ion que celle où l'on eft né. qu'en tout pays & aimer Dieu par-defTus tout $1 foi. on s'ôte une grande exciife fcffe. que. eft le fommaire de point de religion qui morale . 99 & ne la quittez plus . qu'il n'y a de dans toute fefîe. dans l'incertitude où nous forames. Quant aux fraix du voyage n'en foyez point eu Ne craignez pas. fon prochain comme la loi . & êtes encore dans l'âge où tout fe pardonne. qui. puiflicz prendre. de votre cœur. k k y plus. tenez votre ame en état de defirer vous n'en doutetoujours qu'il y ait un Dieu. ? que celle qu'on ofa même Mon fils. qu'il n'y a difpenfe des devoirs de la de vraiment eflencicîs que ceux-là devoirs. Fuyez ceux Nature. quelque parti que vous rez' jamais.même. faut rougir de faire une faute. la mauvaiie honte d'un retour humilia-iit . & une fauflcte de ne pas pratiquer fmcerement celle qu'on proSi l'on s'égare. on .fcience.

cela abufent de la religion . c'ert déjà beaucoup d'en noter quelques-uns à les relever melure qu'ils fe prtfentent. * Les deux & Te ne f'is fi. comme fi un peuple de vrais Philofophes étoit plus facile à faire qu'un peuple de vrais Chrétiens ? mr. renverfant. & qu'il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus fublimes vertus . l'autre. l'un eft plus facile à trouver que mais \c fais bien que. viais. l'efpoir de la fe vantent encore d'être les bienfaiteurs du vertu. Un des plus familiers au parti pliilofophiftc eft dV'ppoler un peuple fuppofé de bons Philofophes à un peuple de mauvais Chrétiens . prétendent nou« donner. feul frein de aux puifïans & aux riches le arrachent du fond des cœurs le remords du crime. & dont le fce. nuifible c'eft Jamais. eft pourtant une paflion grande & lorte qui tlevc le CKur de riiomme. de bonne-toi. quoique faocuinaire & cruel.s. & de diic. fuppofer qui abuicront de la philofophie fans religion. peur les vrais principes de chofes. qui lui don:ic un refibit prodigieux. au lieu que l'irréligion. Bon partis s':ittaquent réciproquement par tint de fjphiftémeraite de vouloir que ce fercit une enterprife immenfe tous. imagination. Boile a ti«s-bien prouve que le Fanatilmt eft plus pernicieux que maii ce qu'il n'a eu garde cela eft iiiconteftable. dès qu'il eft queftion de peuples. en fcuit i:om:r. payons ils & genre humain. les inintelligibles fyftêmes qu'ils ont bâtis dans leur Du refte.pticiîme défolantes dodtrines. : la vérité n'efî: aux hommes je le crois comme eux. rAthé'fme. qui lui fjit méprifer la mort. ils ôtent aux afHigés la dernière ccnfolatioa & de leur mifere. <jue appa- rent eftcent fois plus affirmatif & plus dogniaiiçuc le ton tlécidé de leurs adverfa-iies. il puimi les individus.ïoo EMILE. c'eft que le Fanatifme. détruifant. Sous le hautain prétexte qu'eux feuls font éclairés.e les nôtres & me paioit changer beaucoup l'état de le queftion. foulant aux pieds tout ce que les hommes rel'pectent.ns philofophie. & à ipon avis une grande preuve que ce qu'ils cnfeignent n'eft pas la vérité*. leurs . Se qui n'eft pas moins vrai. ils nous foumettent imperiuft-'ment à îeurs décifions tranchantes. & . difent-Us.>.

• rien de plus. orgueil t» i ' lot fâchez. dan.fference pour le bien i comme an. dans U concentre toutes les partions l'abjea on do r. elle eit plus deftruaive que la tjranquilhte de la beaucoup favoir moins uauo it- ^^. que s'enfuit-il.ons à un fecret égoïfme.particuHersontde ou ^ il ph. vous ne tromj^ & ^ perea en général Teforit raKonneur eKmhl .—-- : _ d'étaler de belles maximes dans des hv:es elles tiennent bien à la fi point paru clair pf^" 'C'nécefTairement . Ccoit u.. buma.. ]a philofophie ne peut en tait beaucoup. fi-non qu un .. q.e mieux.oit bien à la glor. être vrai fan5 foyez fincere ignorant.re. ia. .o.c^. _ fi douce qu'elle nous faire aucun bien. Bon jeune homme. cela eft enccre vrai tout celle : il eft inJubiune.rresinte. la fuivent du moir.ck.ii^oit confie Mais un Moine !. c'eft autie chofe . homme ne fuit de tout point ta religion qua id il enpoint du Nul ont guère & ne lurent cela eft vrai : la plus part n'en mais enfin qutlqacsqu'ils o. en leur efpece. Se c'eft ce qui n'a fur le Trône fon aife^ Refte à lavoir encore A la philorophie à a 1 ambition. peH importe au prétendu principes P»^ ^. humanue fi elle pet tes pallions de Tbommc.it. que Par ks principe?. ne balancera jamais ce qu'ils rAtbéifme ni «u'à la vertu.i.. peu de chofe.i qu il . "ultiplient.lofoph.t.? Ou'un Moine nie un dépôt. c eft mmn» fait pas verfcr le fang-des Ind. aune..que attache a la vie. dos aftions louables.-~.our pour la paix que par p.°'^"|" ! repos dans fon cabinet.r fage. pourv. aux commaude.i plumt. à l'intérêt. en les détachant de funefte a a population hur affea. avilit les & atnes.que des motifs de qui vertus. / .ou DE L'EDUCATION. auffi philofophique refemble a la tranSi ont d oppole. fafîe e. li'auioi'jiit point eu lieu fans unsen ont & . Ses "f^"! détruifant les mœurs qui e» mais iU les empêchent de naître. Par la pratique. en redui fa nt toute..<.l.. car <.i Jiypoctiic.co. pratiqueroit cett. L-'indifFerence quillite raort: c'eft la de l'Etat fous le defpotifme : guerre même.ft f.s en partie.^^'" ^^^'..efte en que tout aille. & la rehgion mais la queftion eft de doôrinc.n ^^ b!?rdr"l rintcéc particulier. cela prouvtroit l. mas encore faut-il examiner. foc. religion ks empêchent fouvent de mal f. vrai» fondemens de toute fape ainft à petit bruit les commun . homme. vante l. fi elles en dccoulent & & h religion ne k que la'phiicfophie ne fiuroit fjire.ie Palcal Si Pafcal en eût nié un. & obtiennent d'eux des ces motifs. lot le & .à la main.

qui. mais que tiès-pc u rc-l. " " '' " tion ef.it Chardin.?C2 E M I L E.m" cttach. des Chinois.. Ferez ni vous. car par tout où elles ont brillé. pont qu'on peut appeller.'ont fort infataés de ce pont. l'humanité n'en a pas été plus refpedte j les cruautés des Athénien^ des Egyptiens. folliciplaiyioiepc d eux de leur pardonner cela m'eft arrivé cent fois à moi-même. le troifiéme dtrnier exaparce que c'eft-là où fe fera la & cnât toient ceux qui eux . tu ri pc. fa dernière confola'^' " men " Ava &h vrai jugement final. " ni dans aucun tems. Les Pe.fans. qu'après l'examea *' qui fuivra la réfuiTedion univerfelle.gion. . félon Chardin. par aucune voye.. Ils font par principe de religion hofpitaliers nième envers les ennemis de leur culte.ff-rai point U Pcul-Serrto.s. &c. ni les autres. .n. il les a rendus eux-mêmes moins fangdnaire^ • Que d'œuvies ccmparant aux gouvernemens' ancier..s cultivés vous mettent en état de parler aux hommes. de dire Rb ! bi'.) . Icitres. iorîque quelqu'un foufne une injure dont.. ne prouvent pcrt Ciue ia religion foit inutile. La religion mieux connue écartant le fanatifme a donné plus de douceur aux meurs chrétiennes.!. par ie Dieu -vivar. " Les Mahométans difent.7 tes jambn. (pourf.rai au bord de ta ie/ie " &f ms'ytt roi . Ce changement n'eft point l'ouvrage de. Si jamais vos taler.Miifjffei aupjra-uant : /..annme leur plus fclide autorité. tu me h payerai " OH double au dernier jour .. " 6. on ne voyoitpas un mendiant chez eux. qui eft jette fur le feu chez les Catholiques ? Chez nous combien les approches des tems de communion n'operent-elles point de reconciliations & d'aumô- de mifeiicorde font l'ouvrage de l'Evangile Que de réparations la confeflion ne fait-elle point fair« ! " éternel.t avoir raifo. de nes ? Conr.f'ci vu beaucoup de gens émiren». appréhendant qu'on ne : arion des bons d'avec les méchans. inemens modernes doivent inconteftablement au Chnft. & leurs rwolutirns moin' îrequerrtes. on: ai la de * tens K»s gouv. on n'en voit point non plus chez les Turcs.n. difent-ils.bien le jubilé des HJbreux ne rendoit-il pas les ufurpateurs moins av des ? Que de miferes ne prévenoitil pas ? La fraternité légale uniffoit toute la nation . tous les corps iront pafîér " un pont appelle Poul-Serrbo. Les gens qu! font trafic de la religion fcnt-i'ls donc ceux qui en ont ? Tous hs crimes qui fe font duns k Cierge. que " '' ^f me f. comme ailleurs. des Empereurs de Rorne. Des gens de qualité qui m'avoientainfi Hcr» fur fe : " fait faire.m pallàge de ce pont redoutable. en font les cela fe prouve par le lait en foi' refiitutions. il ne pe-. " & de toutes fcrt-s de profefiions. otà les fondations pieufes font innombrables. des démarches autrement que je " n'eulfi. pai- impcitunité.

faites remplir fes devoirs à l'homme eft de ou importe ?ur la 'erre. prêcher l'humanue aux peutVous ferez fcul de votre part. Philoiophes.ren ule^^^^ . ce Dites ce qui eft vrai. m'abordoîent au bout me d'ioient K pâli.r yol\>e%afleraWin^epontderE.nt qu'U n'y^ ni P.erquonna.ni ' mSme ni'ont f.''. qu'ils lifcnt ^^l^J^'^' ce qui eft bien .... . ï d. Quelques-uns yz « . cela mettrolt ceux-ci fort & les ^e ? Il eft foin d\pralfer ces malheureux donc pas a ver. -'(^rviceslnî q. fanatifme. affe en cette créance caufe n'el autre que T.roK du ^.«/î.-moi nettement ce que tu m=t3 à la place du Poul-i^rrk^^ .nuifible .' (^fils vous ou méprirent vos écrits. ne fût pa. lé chagria en etoit & : p Ç^.f^n ... ua porterez en vous-même mais vous être .qu.te. leur ïo? if^^'J^'ffl. m ^^n de perluad. Invitez ces extjemtcs.te. n'e-afre « «' ?o'ent qaî de q'^^^l^^/r-'' ..he. fans jamais V n"é ni^ar folblefli ofe^ îe.?/ à ceux qu'on a oppreir.^^^ vous ap vous embarralTer s s lavoir produit 'mcredu^.ul.mésfoientvengîs de leurs tirans ^ . ne confcience. elle ne ferolt belles. >.c montre m en Philofo. hom^n'es. hommes. "".e à leur aife.uoi la r..it des prcfens 6^^ dklarant que je le fa^ leur pardon. & » /°\^„ nier quatrin tant d in..r.t donc faux que cette dcftn.'î]' voulu. Ofez confclTcr D.-de . mais tes loix morales font f .s.'-'/tmSe oùTe temblable ou le P. ceux des qui vous difpenfera de témoignage aiment ou vous ha.ntole^-ans-. C . .Serrbo. comaie i ^-ei^gl^ devo^ fans parlez fophie mené à tionmeneau i'efprit fort. d bon r.e fo . "« chîr q'. & c'cft en s'oubliar^t qu'on travaille P""^ E 4 . n'uSiront: L'abus du vulgaire 5 chaTout favant dédaigne le fentlment L'orguedleufe phuo^ cun en veut avoir un à foi.. Ton ^^".ou DE L'EDUCATION. oa dans la voie de la vente reilez toujours ferme dans la i^mphcUe l'être de c^ qui vous parcitra vous en détourner par de vo'rc cceur.u che.'^ après 1» '"^ ^' opor.tesn en qui repare JCrohal-iequc Hdée de ce pont ôtcit aux p-évlent amal ? Que f.

Si quoique l'art humain la pui/fe faire. nous l'avons fouftrait a l'empire des fens . C'eft à & I? à exciter l'autre.Ï04 pour foi. je n'ai plus en cela le droit d'être fon guide j c'eft à lui feul de la chcifir. & avec mon & de concert avec la Nature.Mon enfant. Les objets inte!Iediue!s''moderoieiit l'impreifion des oHets feniibles. que l'ame eft encore languifTante tandis qu'elle Nous travaillons & foiMc . qu'en ne donne rien à l'autorité des hommes. il n'y a que trompe point. ni aux préjugés du pays où l'on eft ne j les ftules lumières de la raifon ne peuvent dans l'inftitution de la Nature nous mener plus loin que c'eft à quoi je me borne tmile.rs raifon. forme l'homme phyfique. Le corps eft déjà robufte & fort. le temper me^t précède toujours retenir l'un fuc ujcK. Quand . la religion naturelle. S'il en doit avoir une autre. nous tâchons de former l'homme moral . cultivant la raifon. non comme une régie des feutimens qu'on doit fuivre en matière 'de religion. afin que nous avons que l'homme un. En naturel. nous avons donné le change la feiiiibilité naiflante nous l'avons léglée en . ju. EMILE. développant a le plus qu'il étoit pofTible.er avec fon élevé. manière pour ne pcant s'ccarter de la méthode que j'ai taché d'cta'1 ant blir. qu'ici do. mais nos progrés ne font pas les mêmes. En remontant au principe des chofês. . l'intérêt particulier nous l'efpoir trom pe. mais comme un exemple JA de la dont on peut raifonr.: lié tous ti nos foins. du juIie qui ne I tranfcrit cet écrit. il étoit ilninle de s'élever de l'étude d£ la Nature à la recherche de fon Auteur.

v il n'y a point de Dieu.ou DE L'EDUCATION. que tout ie genre humain meure. api es avoir bien u^é de celle ci. ou un infenfé. eriant de fête en fê:e. . & park autre- ment. mes. je ne vois plus qu'irijuftice. dans l'autre vie. par les loix. à remplir foa devoir. E 5 rien. mais pour l'amour de l'auavec ce teur de Ton être. que tout fe rapporte à moi feul.es gens tulant. volage.itieiidrai fon cœur.its. quelles nou- & & noa-feu-erTient à porter dans Ton cueur la vertu. à être judc entre Dieu k fofcé même nux dépens de fà vie. nous nous fonimes données fur notre que de nouveaux moyens nous avons de élevé qu'il parler à Ton cœurî C'eft alors feulement laire le trouve fou véritable intérêt à être bon. je iiiteiicur de tout incrédule qui raifunne. je fins bien que vous il moi ne verrons jimais mon Emile fous les mêmes tr. Quand ! 105 velles prifes nous en fommes venus-là. Quq tous les autres htmimes faiiént mon bien aux dépens du leur. pour l'amour de l'ordre auquel chacun piétere toujours l'amour de foi . que le repos d'une bonne confcience & jn de cet Erre fuprême lui promett-nt contemplât! . Sortez delà. l'emporte rtictilier qui. tel eft le Ungvge ment O. d'am-ifeà lïitnt en amufementj fans j. péf^m^lable à vosjeur.ds pouvoir fc fix«. a.-r . eiTiiremcnt fur toutes cho«es. quiconque a dit dans le lo. j'aurai b-.mour qui le confond pour jouir enfin du bonheur de foi même amour la durabl:.g rds des hommes lui. p né.i. n'eftqi'ui m:^nteur. dans h concurrciice.:!. vojs vous le figurerez t-ujours toujours étourdi. b'il lei-ut. Lecteur. toute ma vie .:m. dtns un mola peine & dans la m fere ru.ur m'épargaer de douleur ou de faim . hypol'mteret crifit & menfonge parmi les h.au faire. spprend à chacun d'eux à parer le vice du mifque de la vertu. à fans 3/ être bien loin des r.

Ainfi l'âge de raifon n'eft pour les uns que l'âge de la licence.Teaat.)n naifîaiite du raifonnement. il s'en écarte à chaque initant. Nourri fi dift^rernm. étend.ksr. tandis que fon efprit à moitié développé cherche à fon tour à prendre l'eflbr. s'honore de fe faire '^ Lmile^au fon . ils n'y voyent que la longue tirannie des m?. en nous donnant un : un contemplatif. vif. emporté. & commence à s'arrêierde lui-même. c'eft prefque un miracle s'il leur refîemble en quelque chofe. Philofophe. un vrai Théologien d'un jeune hom'me ardent.vous favoir lefquels d'eux ou de lui font mieux en cela dans l'ordre de la Nature ? confidcrtz * & n'y a perlbnne qui voye l'enfance avec tant de mépris que teuxquienfortenr comme il n'y a pas cepays oC. te régie devient leur fiéau. ils la prennent en horreur. & croyant toujours Nature. contraire.rv ic6 rien. Vous rirez de me voir faire I] veàe crée. il commence à prendre dans fa jeuneife la régie à laquelle on les a foumis enfans cet. comme un prifonnier délivré des fers. &. je trouve à peine ce qu'ils peuvent avoir de commiUn.ngs Jcnt gar! des avec plus d'a. Comme il a paffé fon enfance dans toute la liberté quMs prennent dans leur jeu nèfle. comparant mon élevé aux vôtres. corps déjà formé n'a plus befoin des mêmes mouvemens. a^ite Moi.on que ceux où rinégalité n'eff pas »ranTe. pour l'autre il tlevienc l'âge & de s'aiTrjcttir^au joug de liomme h raif. fléchit fes membres. ils croyent ne fortir de l'enfance qu'en feccuant toute efpece de joug* . EMILE. OU Chacun crauit toujours d'être confondu avec /on inférieur Il ' . Vous direz ce rêveur pourfu!t toujours fa chimère . un élele fa il façon. il fuivre la de fon cerveau. le tire il ne le forme pas feulement . fougueux dans l'âge le plus bouillant de la vie. ils fe dédommagent alors de la longue contrainte où l'on les a tenus. Voulez.îtrcs.ent.

comment vos ne fe refuferoient-ils pas à l'application qu'on leur a rendu trifte. p. T. mais a peine ont-Ils atteints l'âge de V adolefcence. vos fades leçon?. qui leur agitent le corps & s'occupant^ a . h qu'il cft en état de les tout nouveaux pour Au contraire. il adans à penfer. Beau. Parvenu fes travaux h dans les jeux appris terme par cette route. comme eux giruniquementpourioucroupourfe nourrir.ou DE L'EDUCATION. doit chanp^er & s'arrêter qu'au heu d'aen g! andifùnt. 70. il fe trouve toxit donc à ce lesfujets de rédifpoié pour ccile où je l'introduis .'ennemi fur l'auteur de leur être. fl:xions que je font parce qu'i'ls font beaux par eux-mêmes. Avocat en Pavlcment. rêveurs jeunes fauvages. I. qu'ils lui. aux méditations '. dont on a fait de leurs plaihrs ? Ils n'ont conçu pour tout cela qu'averfion. aux lourds préceptes dont on n'a ceffe de les accabler. Toute la diiFerenceeft guère ils ne s'appliquent plus : Emile ayant ou à des jeux ferieux ou de ha%ard* desjeunespayfans&des été élevé dans toute la liberté . dit le br. dégoût . H. excèdes de comprendre. la contrainte les en a rebulivrent quand le moyen déformais qu'ils s'y tés : d^'efpnt ils commencent à difpofer d'eux ? Il leur faut du nouveau pour leur plaire. de vos longues morales. il ne leur faut plus rien C'eft la même chofe de ce qu'on dit aux enfans. je lui parle * Aventures du Sieur C. : 107 qui en font plus ou rez les différences dans ceux obfervcz les jeunes gens chez es moins eioienés peîulans que les ''\illageoisr& voyez s'ils font auffi vôrres l--^ Durant 071 les l'enfance des Sauvages. lui prélénte irritent fa curiolité. Beau. differens jeux voit toujours aBifs. . de vos jeunes gens éternels catéchifmes. qu'ils deviennent tranquilles. ennuyés. pour mon élevé 3 quand il devient homme.

vous prcflentirezle moment crit'que. ce n'eft pas l'ôter de fa place. Le re. ne lui à un . l'amitié. les fignes ! . afin dure par & que Tordre du monde foit confervé. Quoi faut-il abdiquer mon autorité lorfqu'elle m'eftie plus néceflaire Faut-il abandonner l'adulte à lui-même au moment qu'il fait le moins fe conduire. précifément parce qu'elles autres qu'il doit ks trouver de fon Voilà comment je lui fais doublement gagner du tems. Non je n'ai . l'attirer en fens contraire par d'autres inflitutions. &c qu'il fait les plus grands écarts ? Faut-il renoncer à mes droits quand il lui importe Je plus que j'en ufe ? Vos droits Qui vous dit d'y renoncer ? Ce u'eft qu'à préfent qu'ils commencent pour lui. mais ai-je en effet retardé ce progrès ? l'accélérer qu'empêcher l'imagination de balancé par des leçons d'une autre efpece les leçons précoces que le jeune homme reçoit d'ailieurs.<* ! La raifon. fait j'ai frituticns l'entraîne. mais ce n'eft plus votre élevé. homme & dis que des chofes nouvelles cnnuyent goût. C'eft votre ami. la reconnoilTance. il falloit le contraindre ou le tromper Mais voyez de combien de pour vous faire obéir. Jufqu'ici vous n'en obteniez rien que par force ou par rufe i l'autorité. il faut qu'il arrive. Tandis que le torrent de nos in.io8 parle E comme les M c'eft I L E. c'eft l'y maintenir. c'eft un homme . C'eii votre difciple encore. il vrai moment fe ' de la Nature arrive enfin . nouvelles chaînes vous avez enviroané fon cœur. en retardant au profit de la raifon le progrès de la Nature . mille affec- tions " . faut qu'il Puitqu'il fuut que l'homme meuque l'efpece reproduife. traitez le déformais comme tel. la loi du devoir lui étoient inconnues . à J'inftant quittez avec lui pour jamais votre ancien ton. Quand dont j'ai parlé.

cela feroit bientôt fait } mais il y a de . d'être fon tiran. Mais quel parti prendre ? On ne s'attend ici qu'à l'alternative de favorifer fcs penchans. le fenrache. ton qu'il 109 ne peut méconnoîtions lui parlent d'un Le vice ne l'a point encore rendafourdà tre.ur réfoudre cette incontefdifficulté. ou fon complaifaut : rien. je ne vous rcponds plus ds quitterez ma r Songez toujours que vous êtes le miniftre de la Nature. il Ne cile le laiffez . meilleur. le regret vous le ramené à timent qui l'attache à vous. eft le f-ul perrnanent j la Nature. J'avoue b:en que. le livre à vous l'arle tranfport d'un moment vous vre encore. fi heurtant de front les dehrs de crimes les naiffans. c'cft nous qui l'avons rendu précoce .oit qu'écouter les penchans & tant indications. vous alliez fottcment traiter belbins qui fe font fentir à lui. point corrompre. je dirai ci-après mes raifors en faut marier les jcu-iei gens à l'âge conviens qu'il tems j nubile mais cet âge vient pour eux avant le : . on doit le prolonger jurqu'àla maturité. c'eft tablement l'expédient le plus fur & le plus naturel. fera toujours doil il ne commence d'être rebelle que quand r 3 eft déjà perverti. qui eft l'al'habitude vous le lide foi. de La première de toutes.ou DE L'EDUCATION. vous n'en ferez jamais l'ernemi. ni le plus Je doute pourtant que ce foit le attendant. que trop à balancer fur le ci^oix. vous ne nouveaux fi-tôc que vous feriez pas long-tems écouté . ou de les combattre . Si l'mftant . & qu'il n'y a tous deux ont de fi dangereufes conféquences. fuivre les Si'l ne fal. Le premier moyen qui s'offre pr. mais méthode. je utile . eft de le marier bien vite . mour : tous les autres partent k s'effacent mutuellement. Il n'eft f=niib!e encore qu'aux pàffions leur vcix.

'cela eftli homme qui k virginité avant cet âge. occafion. un jeune perdoit fa . d'autres femblabies. il ne prouve rien pour qui n'a pas été ans. Sur par les les raifons ci -devant expofée?. On peut même. k A Ja première je falTe. & quelle gaité confervoit le père à plus de foixante Certainement l'opinion contraire tient plus à nos mœurs & à nos préjugés.ditué. Entre autres exemples connus. elle. que pour les concilier. je crois pou'-^ir. je vois cette hcureufe époque prête à finir. (& cette occafion ne tar- dera .beaucoup prolonger cette époque. moyens que & rorance des defirs & la pureté des fens que chez les Germains. qu'à la connoifiance de J'cfpeceen général. fans fbrtir élevé comme de fa luppofer Emile retiré jufq'.iio E M I L E. juroit s'être marié vierge à trente-trois ans. on peut au moins étendre jui'qu'à vingt ans i'io. après avoir fervi long-tems dans les guerres d'Italie Se Von peut voir dans les écrits du f^ls quelle vigueur rence de ces peuples durant leur jeuneilè. Confiderant que la Nature n'a point là-defTus de terme fixe qu'on ne puifîë avancer ou retarder. il y a peu de fiecles qui rien n'étoit plus comnmn dans la France même.vrai. à la conti- la vigueur de leur conftitution & la multitude de leurs encans. en reftoit diffamé . Je puis donc laifîer à part l'exemple de notre Jeunefie. j'eftime j'ai que donnés. il va m'échapper. nos Joix fociales. il faut gauciiir & tergiverfer fans cefTe il faut employer beaucoup d'art pour empêcher l'homme focial d'être tout: & à fait artificiel. homm. les Auteurs attribuent. quoi que Joi. le père de Montagne. de contradiclions entre les droits de la Nature.e non moii s fcrufuleux & vrai que fort"^ bien con. avec raifon. & . Enrojré de périls toujours croiflTans.-es-là par mes foins dans fa primitive innocence.

pour ainfi dire. en quoi lui feul peut déformais s'aider. de le garantir au moins des furprifes de l'erreur. ce que j'ai fait. fimule & feins de ne rien voir. pour ne pas voir l'influence invincible de ce Si je difpremier moment fur le refte de fa vie.6l il perdre. il fe prévaut de ma foiblefl^e . il ne m'écoute plus . Se toutes les folides raifons qui doivent l'engager à veiller atces difficultés. Voici l'inftant de lui rendre. n'ai donc plus qu'un parti raifonnable à prendre . ce que nous & devons l'un à l'autre. tous ceux qu'on a contractés avec lui. fes moyens de franchir tentivement fur lui-même avant d'écouter firs naiflans. y a mille à parier contre J'ai trop réfléchi fur les un qu'il va mœurs des hom- mes. il & & convient de reprendre les chofes de plus haut. Je ne tardera guère à fe débarrafTer de moi. quel chemin tous lui refle les à faire. iufupportable .' les engagemens qu'il a contradtés. ce qu'il a fait. il me méprife. lui puis aider en quoi je encore. c'eft maintenant par fts lumières qu'il f^ut Tarrêter. les nouveaux périls qui l'environnent. il n'eft plus tems. mes comptes . croyant me tromper. . de lui déclarer ce qu'il eft fuis. & de lui montrer à découvert les periis dont il cft environne. enfin le point critique où il fe trouve. Si j'efiaye de h ramener. c'eft de le rendre comptable de fes allions à luimême . & je fuis le complice de fa perte. de- Songez . toutes fes relaticns morales. les difficultés qu'il y.) fens i m de Te il va fuivre l'aveugle infi:ir. à quel point il eft parvenu dans le progrès de fes facultés. Ces nouvelles inftruilions font importantes. odieux. Jufqu'ici je Farrêtois par fon ignorance . trouvera. de lui montrer l'emploi de fon téms ce que je du mien .ou DE L'EDUCATION deta pas à naître. je lui deviens il incommode.

112 EMILE. de peur de furprife. gagnent fa confiance. il Songez que pour conduire un faut prendre le contre.fidens particuîieis î Toujours par la tirannie ue ceux qui il lui.n des fuj(. Jamais les jeunes gens qu'on trouve favans fur : comment ils le font defont devenus impunément. favoris de leurs fecrets colloques. Puifou'il faut enfin qu'il les fâche. Ne balancez point à l'iniîruire de ces dangereux miftercs que vous lui avez cachés fi long-tems avec t. s'il n'avoit nul fujetdes'en plaind'c ? Natuieilement ils font fes prcmier. des domeftiques s'infinuent ainfi dans Tefprit d'un enfar. le maître Je s'il gouvernent.u'il vous doive t. fans favoir venus. ne le & Cen'cîl pas tout . lui font envifager fon gouverneur comme unperfonnage trille & fâcheux.pied de tout ce que vous avez fait pour conduire un enfant. quand on fera bien fur qu'il ne vous taira rien. qu'il connoiiTc fon ennemi. qu'il croit ne l'avoir peiifé qu'à moitié jufqu'à forcé de ce qu'il il le leur ait rit. ni d'un autre. n'ofcra lui rien vovs dira toujours tout. il faut. ni de lui-même.-.ts donnent. Comptez que Ci l'entant ne craint de votre part ni ferinon. eil de médire .ré- prmande. Mais pourquoi l'enfant fe choifit-il des co. rien de bon à faire. n'étoit Pourquoi >'en fe cacheroit-il d'eux.iire.t. ut fe n'a plus. Cct.e indifcrette inftrué^ion ne pouvant avoir un objet honnête.int de foin. Ce . de retirer. & W.s co fidens j n voit à rempreflement avec leqi el il vient leur uiie ce qu'il penfe. adulte. mais de vous feul puifque le voilà déformais forcé de combattre. cacher? Pourquoi s'en plaindroit-il. li. Quand l'élevé en eft-là. & qu'on confier -. il importe qu'il ne les apprenne. fouille au moins i'imîigination de ceux qui la reçciven):^ les difpofe aux vices de ceux qui la ces maticreç.

ou DE L'EDUCATION.
Ce
c'cft

113

qui

me

fait le

plus

compter

fur ina

méthode,

qu'en fuivant fes effets le plus exadement qu'il m'efl pofïïble, je ne vois pas une fituation dans la vie <le mon élevé qui ne me laifie de lui quelque

image agréable. Au moment même où les fureurs du tempérament l'entraînent, Se où, révolte contre la main qui l'arrête, il fe débat & comà m'échapper, dans fes agitations, dans fts emportemens, je retrouve encore fa première fimplicité; l'on cœur auffi pur que fon corps ne conïïoît pas plus le déguifement que le vice ; les reproches ni le mépris ne l'ont point rendu lâche ; jamais la vile crainte ne lui apprit à fe déguifer : eft naïf il a toute l'indifcrétion de l'innocence, il fans fcrupule, il ne fait encore à quoi fert détromper. Il ne fe pafle pas un mouvement dans fon ame, que fa bouche ou fes yeux ne le difent ; & fouvent les fentimens qu'il éprouve me font connus plutôt qu'à lui. Tant qu'il continue de m'ouvrir ainfi libreSfnent fon ame, Si, de me dire avec plaifir ce qu'il

mence

mais s'il devient plus ; que j'apperçoive dans fjs entretiens le premier embarras de la honte oéjà l'inftin<Sl fe développe, il n'y a plus un moment a perfent, je n'ai rien à craindre

timide, plus réfervé

;

:

dre

;

h

fi

je

tôt inflnit

ne me hâte maUré moi.

de l'inftruire,

il

fera bien-

Plus d'un lecteur, même en adoptant mes idées, penfera qu'il ne s'agit ici que à'unc converlation

Oh que au h?.zard, & que tout eft fait. ce n'fcft pas ainfi que le cœur humain fe gouverne ce qu'on dit ne fignifie rien, fi l'on n'a préparé le moment de le dire. Avant de femer il faut labourer la terre la femence de la vertu levé difficilement, il faut de longs apprêts pour lui <airc prendre racine. Une des chofcs qui rendent les
prife
!

!

:

prédicatiuts

114

E

M
le

I

L

E,
fait In-'

H
dircernement

prédications le plus inutiles, eft qu'on les

diffcremment à tout

monde

fâiis

&

Comment peut-on peufer que ie fermon convienne à tant d'audiieurs fi diverfemsnt difpofés, fi differens d'efpiits, d'humcuis, d'âges, de fexcs, d'états & d'o^iinions ? Il n'y en a peut-être pas ceux auxquels ce qu'on
fans choix.

même

dit à tous paiite être
f"i

convenable ; oi toutes nos afpeu de confiance, qu'il n'y a peutêtre pas deux momens dans la vie de chaque honiclioi s

ont
le

fi

m'-,

même

difcours

fît

fur lui

la

même

imaliè-

prefiion.

Jugez fi, quand lea Tens enfiàmés nent l'ente: dément & tirannifent la volonté,
le

c'eft

tems

Ne me

gra\es leç .ns de la fagcflç-. i^arlez à.. ne jamais raifjn aux jeunes gens, mêc

'écouter

les

en ave de raiîon, que vous ne les ayea premiLa plupart état de i'ci.tendre. des difcours perdus !e fi)nt bien plus par la laute Le pédant des maîtres que par celle des difciples. & l'inltituteur diftnt à oeu près les mêmes chofes jmais le premier les di^ à tout propos ; le fiïcond ne; les dit que quand il efi: fur de leur effet. Comme un fomnanibule, errant durant fon^ fommeil, marche eri dormnnt fijr les bords d'un précipice, dans lequel il tomberoit s'il étoit éveillé tfutàcoup; ainfi mon Emile, dans le fommeil de l'ignorance, échappe à des périls qu'il n'apperÇoit point : fi je l'éveille en fijrfaut il efi: perdu. Tâchons premièrement de l'éloigner du piccipice, & puis nous réveillerons pour le lui montrer de

èrement mis en

plus loin.

La

leélure, la folituJe, l'oifivcté, la

vie molle

&

rédentaire, le
;

commerce
fentiers

des

femmes

&

des jeu-

nes gens fon âge,
ril.

dangereux à frayer à & qui le tiennent fans ceffe à côté du péC'efl: par d'autres objets fcnfibles que je donne
voilà les
le

ou DE L'EDUCATION.
le change à Tes fens cours aux efprit?, que
;

115

c'eft

en traçant un autre

qu'ils

je les détourne de celui prendre; c'eft en exerçant fon corps a des travaux pénibles, que j'arrête l'ac-

commençoient

à

tivité

de l'imagination qui l'entraîne.
le

Q^iaiid les
fe

bras travaillent beaucoup, l'imagination

repofe

;

quand

corps eft bien las, le cœur ne s'échauffe la plus I^a précaution la plus prompte point. Je l'emfacile, eft de l'arracher au danger loCâl. mené d'abord hors des villes, loin des objets capaMais ce n'cft pas afléz ; dans bles de le tenter.

&

quel dcfert, dans quel Tauvage afyle échappera t-il aux images qui le pourfuivent? Ce n'eft rien d'eIcisner les objets dangereux, fi je n'en éloigne
auffi le fouvenir,
fi

jene trouve
diftrais

de tout,

fi

je

ne

le
il

l'art de le détacher de lui-même; autant

valoit le lailler où.

étoit.

Emile
ici

un métier, mais ce métier notre reflcurce ; il aime & entend
fait

n'tft

pas

l'agricul-

ture, mais l'agriculture ne nous fuffit pas ; les occupations qu'il connoît deviennent une routine,

en s'y livrant il eft comme ne faifant rien ; il penfe à toute autre chofe, la tête & les bras agifi'ent Il lui faut une occupation nouvelle féparément. qui l'interefle par fa nouveauté, qui le tienne en
haleine, qui lui plaife, qui l'applique, qui l'exerce ; à laquelle une occupation dont il fe paiîionne, Or la feule qui me paroît réuil foit tout entier.

&

nir toutes ces conditions eft la chafle.
eft

Si la chafte

jamais un plaifir innocent, fi jamais elle eft convenable à l'homme, c'eft à préfcnt qu'il y faut Emile a tout ce qu'il faut pour y avoir recours.
xéulTir
ble.
;

il

eft

robufte,
il

adroit,

patient, infatiga-

prendra du goût pour cet l'ardeur de fon âge j il y mettra toute exercice les dangereux il y perdra, du moins pour un tems,
Infailliblement
;

penchans

u6
endurcit
le

EMILE,
cœur
auffi

La chafïir la moUefle. bien que le corps ; elle accoutume au fang, à la cruauté. On a fait Diane raîlégorie eft très-jufte : ennemie de l'amour, les lar.gueurs de l'amour ne nuifient que dans un
penchans qui naifTent de

&

doux repos ; un violent exercice étouffe les fentimens tendres. Dans les bois, dans les lieux champêtres, l'amant, le chafleur font
fe<Stés,
fi

oiverfement afils

que

fus

le*

mêmes
afyles

objets

portent àes

images toutes différentes.

ks bocages,

les

doux

Les ombrages frais, du premier, ne font
:

pour l'autre que des viandis, des forts, des remifes où l'un n'entend que rofllgnols, qiœ ramages,
fe figure les cors, l'un n'imagine que Driades

l'autre

& les cris des chiens & Nymphes, l'autre
;

Promenezque piqueurs, meutes & chevaux. vous en campagne avec ces deux fortes d'hommes, à la différence de leur langage, vous connoîtrez bientôt que la terre n'a pas pour eux un afpe6t femblable, & que le tour de leurs idées efl auffi divers que le choix de leurs plaifirs. Je comprentis comment ces goiJts fe réuniffent, & comment on trouve enfin du tems pour to't. Mais les pafTions <.'e la jeoncfT: ne fe partagent pas donnez-lui une feule occupation qu'elle aînfi La vaaime, & tout le rcfte (e.a. bientôt oublié.
:

riété des
ci

defus

vient de celles des

coniioiffancts,

ks premiers plaifirs qu'on connoît font longtems les feuls qu' n reclieic!>e. Je ne veux pas que toute la jeuneffe d'Emile fe paii'e à tuer des
bêtes,

& je

re piétends pas
;
il

mûne
fuffit

juftifier

tn tout

cette féroce pafiîcn fez à fufpendre uno

me

qu'elle fcrve af-

paffion

plus dangereufe

pour

me me

faire

écouter de fang- froid
ie tcnis

pirlant d'elle,
i'Ani>

&
îl

donner

de

la

peindre

l'exciter.

I

ou DE L'EDUCATION.
Emile,
celle

117

humaine, qui font îl eft des époques dans la vie Telle eil, pour faites pour n'être jamais oubliées.
de l'inftruâ:ioa dont je parle
fur
le
;

elle

doit influer

relie
fa

de

fes

jours.

Tâchons
notre

donc de

la

graver dans

mémoire, enforte qu'elle
des
erreurs de

jie s'en efface point.

Une

âge, eft d'employer la raifon trop nue, comme fi En négligeant la les hommes n'étoient qu'efprit. langue des fignes qui parlent à l'imagination, l'en

L'imprcfle plus énergique des langages, l'on parie fion de la parole eft toujours foible, au cœur par les yeux bien mieux que par les oreil-

a perdu

&

En voulant tout donner aa raifonnement, les. Dous avons réduit en mots nos préceptes, nous La feule raifon .n'avons rien mis dans les aélions. quelquefois, rareti'eft point adive ; elle retient ment elle excite, & jamais elle n'a rien fait de
Toujours raifonner eft la manie des petits Les âmes fortes ont bien un autre lan•efprits. gage; c'eft par ce langage qu'on perfuade& qu'on
grand.
iait agir.

J'obferve que dans

les fiécles

modernes,
fur les

les

homque

mes n'ont
par

plus de prifc les uns

autres

par l'intérêt ; au lieu que les anciens agifibient beaucoup plus par la perfuafion, par les afeaions de l'ame, parce qu'ils ne négligeoient
la force

&

loutes les conventions pas la langue des fignes. fe'paflbient avec folemnité pour les rendre plus inavant que la force fût établie, les Dieux violables
:

ctoient
tés,

les

Magiftrats du genre humain
les particuliers

;

c'eft par-

devant eux que
la face

faifoient leurs trai-

leurs alliances,

de

la terre étoit le livre

prononçoient leurs promelîes ; où s'en confervoient

les archives.

Des

rochers, des arbres, des

monrendus

ceaux de pierre confacrés par ces aâes,
refpedables aux ^

&

hommes

baibares, étoient les feuiUets

,i8
illets

EMILE,

de ce livre, ouvert fans cefTe à tous les yeux. Le puits du ferment, le puits du vivant ^voyant, le vieux chêne de mambré, le monceau du témoin, voilà quels étoient les monumens grolTiers, mais au2;uftes, de la fainteîé des contrats j nul n'eût ofé

d'une main facri'ége attenter à ces
Se la foi des

monumens

j

hommes

étoit plus afTurée par la garan-

tie de CCS témoins muets, qu'elle ne l'cft aujourd'hui par toute la vaine rigueur des loix.

gouvernement, l'augufte appareil de la en impofoit aux fujets. Des marques de dignités, un trône, un fceptre, une robe de pourpre, une couronne, un bandeau, étoient pour eux des chofes facrées. Ces fignes refpedés leur rendoient vénérable l'homme qu'ils en voyoient orné ; fuis foldats, fans menace?, fitôt Maintenant qu'on parloit il étoit obéi. qu'il

Dans

le

puifTance

royale

afiefte

d'abolir

ces ri2;nes *, qu'arrive-t-il de ce
la
les

m<
les

ris?

Q^e

cœurs, que

force de troupes, que dans la crainte du châtiment.
plus
la

&

majeilé royale s'efface de tous Rois ne fe font plus obéir qu'à que le refpecl des fujets n'eft

Les Rois n'ont

peine de porter leur diadème, ni les Grands le^ marques de leurs dignités ; mais il faut avoir cent mille bras toujours prêts pour faire exécuter
leurs

* Le Cle-gé romain les a très-habilement confents, & à fon exemple quelques République?, enirc autres celle de Vcnife. Aufli l'Et.ir, jouit-il enle (îouveinement Vénitien, malgré la chute de
core fous l'appareil de Icn antique m;ijefté, de toute raffi:£\ion, de après le Pape, orné de la Tiare, il toute l'aloration du peuple; n'v a peut-être ni Roi, ni Pi tentât, ni homme au monde auflî refpeOé quo le Doge Je Venifc, fans pouvoir, fans autorité, mais

^

rendu facré par
fure de
ie rire les fots,

femme.

pompe, & paré fous fa corne ducak d'une co' fCette cérémonie du Bucentaure, qli> fsit tant feroit verfer à la populace de Venifc tout l'on fang poulfa

maintien de fon tirannique Gourcrnementi

ou DE L'EDUCATION.
leurs ordres.

119

Quoique

cela leur femhie plus beau,

peut-être, il ell aifé de voir qu'à Ja longue cet échange ne leur tournera pas à profit. Ce que les anciens ont fait avec l'éloquence eft prodigieux ; mais cette éloquence ne confiiloir p: s feulement en beaux difcours bien arranges, 5i jamais elle n'eut plus d'eîfet que quand l'orateur parloit !e moins. Ce qu'on difoit le plus vivement ne s'exprimoit pas par des mo^s, mais par des fignes ; on ne le difoit pas, on le montroit. L'objet qu'on expofe aux yeux ébranle l'imagination,
l'efprit dans l'attente de ce qu'on va dire, Se fouvent cet objet feul a tcut "dit. Trafibule Sz T'arquin coupint des tête? d^ pavots, Alexandre appliquant fon fccau fur la bruche de fon favori, Diogene m^rchnnt devant Zenon, ne parloient-ils pas mieux que s'ils avoient fait de longs difcours ? Quel circuit de paroles eût auffi-bien rendu les mêmes idées. Darius eno^ao-é dans la Scythie avec fon armée, reçoit de la part

excite la curiofité, tient

du Roi des Scythes un
fouris

oifeau,

une grenouille, une

-

cinq flèches. L'Ambafl'jdeur remet fon prêtent, s'en retourne fans rien dire. De nos jours cet homme eût pafié pour fou. Cette terrible harangue fut entendue, Si Darius n'eut plus grande hâte que de regagner fon pavs comme il put. Subfïituez une lettre à ces fignes ; plus elle fera menaçante, moins elle effrayera ce ne fera qu'une fanfaronnade dont Darius n'eût fait que rire.

&

&

&

:

Que
lon
les

d'attentions chez les

Romains

à

la

langue

des fignes!
textes,

Des vêtemens
;

conditions

divers félon les âges, fédes toges, des faye?, des pré-

des bulles, des laticlaves, des chaires, des liéieurs, des faifceaux, des haches, des couronnes d'or, d'herbes, de feuilles, des ovations, iks tri-

omphes, tout chtz eux

étoit appreil, repréfen ra-

tion,

120

EMILE,
&

tion, cérémonie, cœurs des citoyens.

tout faifoit impreflion fur les Il importoit à l'Etat eue le s'affemblàt en tel lieu plutôt qu'en tel autre ; peuple qu'il fût eu ne qu'il vît ou ne vît pas le Odpicole ;

fût pas tourné

ou

du côté du Sénat ; qu'il délibérât tel Les accufés changeoijour par préférence. les Candidats en changeoient ; les guent d'habit, exploits, ils montroierriers ne vantoient pas leurs la mort de Cëfar, j'imagine bleflures. ent leurs peuple, éun de nos orateurs voulant émouvoir le lieux communs de l'art, pour faire puifer tous les de fon fang, une pathédquedefcription de fes plaies, Antoine, quoiq'éloqucnt, ne dit cadavre
tel

A

de fon point tout cela rhétorique
!

:

;

il

fait

apporter

le
.

corps.

Quelle
ri,:

Mais

cette digreÏÏlon

m

,

entraîne mfeniiblement

r

.

beaucoup d'<mtres, loin de mon fujet, ainfi que font écarts font trop fréquens pour pouvoir être

&

mes

lonss

&

Ne

je reviens donc. jamais féchement avec raifonnez

tolerables

:

la

Jeunefle.
la lui

Revêtez

la raifon

d'un corps,

fi

vous voulez

entendre. Je le peuvent déterminer nos répète, les argumens font croire opinions, non nos adions ; ils nous
qu'il fe falie

rendre fenfible. c-age de l'efprit, afin

Faites paffer par le
froids

cœur

le lan-

non pasa^ir ; non ce qu'il faut faire. les hommes, à plus forte

on démontre ce

qu'il faut penfer,

& &

Si cela eft vrai pour tous raifon l'eft-il pour les jeu-

dans leurs kns, & qui nes gens, encore enveloppés imaginent. ne penfent qu'autant qu'ils bien, même après les prépaJe me garderai donc d'un coup dans rations dont j'ai parlé, d'aller tout d'Emile, lui faire lourdement un long la chambre l'inftruire. Je ^ifcours fur le fujet dont je veux je par émouvoir fon imagination commencerai
;

choifirai le tems,

le lieu,

les objets les

plus favorables

je lui rendrai les ficns plus refpedables . en verf. j'attefterai l'Etre éterne].int fur lui des lar: mes d'attendrifTement je lui dirai tu es mon bien. -que j'attends mien fi tu fruflrcs mes tfperancos. C'efl: ai nu qu'on Tom. JIl. mais abondant en fentimens qui débordent . mais mon coeur n'aura jamais affez dit. Alors ja il m'écoutera. c'cft de ton bonheur . dans mon gefle. de la vérité de ines difa urs je le prenmoi . dont elle efl l'ouvrage.hcur de mes vieux jours. râbles à l'imprefiion que je veux faire: toute la Nature à témoin de nos ainfi dire. C'efl alors qu'en lui montrant'tour .ou DE L'EDUCATION. je m'attendrirai fera ému. l'enthou- fiarme& l'ardeur que je lui veux irïpirtr. En me pénétrant de la fainteté de mes devoirs. dans mon accent. F écouLer . j'animerai la force du raifonnement d'images h de figures . de générofité.ce que j'ai fait pour lui. lui parlerai déformais..e la : il verra dans ma tendre affec- tion raifonde tous lui mes foins. je marquerai la drai pour juge entre Emile les rochers. malfe fait me volts vingt ans de ma vie. . c'efl du inien feul que je je le toucherai davantage . mon tu enfant. je le lui montrerai comme fait pour moi-mêm. Se tu^(ais le .ttrai yeux. ma raifon fera grave & fententieufc. les bois. pour 121 j'appeUera-. entretiens. Je le de langage ! & prellérai contre mon fein. Se qui font fi doux à nourrir. . je me. les place où nous Ibmmes. lui parlerai & il & je ne ferai point long & diffus en froides maximes. de reconnoiffance que j'ai déjà fait naître. Quelle furprife. pour monumens de dans mes fes engagemens Si des miens . quelle agitation je vais donner en changeant tout à coup au lieu de lui rétrécir l'ameen lui parlant toujours de fon intérêt. & montagnes qui nous entturent. mon le ouvrage. j'enflammerai fon jeune cœur de tous les fertimcns d'amitié.

fiée pa? à éviter avec foin les tours En effet. de chaftea fon oreille . EMILE. mais aprè^s bien de? e Rais convaincu que In lasigue Françoifc eft l'y renonce. la plus chafts car plus obîcene «Jcs lansues . pour les éviter. Il eft impoffible d'imaginer que celui de la Bible. il faudroit amais pour fien. la d'une langue ne conil me fcnible que la challeté déihonnétes. un Lingage rêtcment. tout ù il foit plus difficile de parler pufement en "La : & . k qu'on grave ?. ïuir un cœur aufli pur que le Je .122 . parce qu'ils font toujours employés hon- & honnêtes. précifcment n'ius modefte naïveté. langue Françoife efl. toujours plus icns que la Françoifc. *Top précicufe pour fuppcrter jamais dans un livre Ja }i naïveté des premières inftrudions fur certains fujcts. écarter. l'Auteur a à trouver des fens obfcenes que labile s'effarouche (!e tout. écouter d'un jeune homme. Jufqu'ici j'ai tâché de donner des exemples de manière dont un gouverneur doit inftruire fon difJ'ai taché d'en ciple dans les occafions difficiles. je la crois. Pour rendre rarce que tout y eft dit avec chofes. fc fcandalife k Comment ce qui paffe par des oreilles impures ne contraaeroit-ilpas leur fouillure ? Au contraire.:i fond «Je fon cœur le fouvenir de ce qu'on lui dit. faire autant dans celle-ci . de langue il n'y a point ji faut qu'on y pcnfe . il fuffit de les traduimmodeftes Fs mêmes Ce que je dois dire à mon Emile ire ca François. les Le L^acur. n'iura rien que d'honnê-e & k trouver tel à la ledure. dit-on. înais n ne les pas avoir. propres un peuple de bonnes moeurs a des termes ces termes font toujouis pour toutes chofes . moi.

R l'on prépare le moment de fe faire entendre . dis-je. la goût de la chafteté. il doit apprendre aufîî celui de la décence. Se on ^ui couvrent de haine & de maléditSlions quiconque ofe en fouiller la pureté. Quoiqu'il en foit. qu'on lui fafle un tableau frappant & vrai des horreurs de la débauche. qu'alors on lui expofe les loix de la Nature dans toute leur vérité . mais comme le la de ment & plus inviolable Se le plus faint de tous les contrats. celle de l'attacheexclufif qui le rend délicieujsc. & traîne enfin celui qui s'y livre à fa perte . pourroient tenir une place utile dans les entretiens de morale où ce fujet nous conduit . ritable pureté 125 je penferois même que des réflexions fur la védu difcours & fur la faufîe délicatefle du vice. je foutiens qu'au lieu d>. force. non-feuiement comme la plus douce des fociétés. de pudeur qui l'environnent. on lui montre avec évidence comment. au tiennent la fanté. car en apprenant le langage de l'honnêteté. fi l'on attend. le F 2 cm- . de ion ftupide abrutiflément. qu'on lui montre la fanction ds ces mêmes loix dans les maux phyfiques moraux qu'attire leur infradtion fur les coupables . l'on joigne à l'idée de l'attrait que l'Auteur & Nature donne à cet acte.ble par laquelle un premier défordre conduit a tous. de la pente infenf. Se dont elle fe moque â l'âge où ils feroient de faifon . & il faut biea qu'il fâche pourquoi ces deux langages font fi diff'erens. qu'en lui peignant le mariage.ou DE L'EDUCATION. qu'ca Jui parlant de cet inconcevable rniftere de la génération. qui redoublent fon charme en rempliilant fon objet. lui dife avec force toutes les raifons qui rendent un nœud fi facré refpectable à tous les hommes. celle des devoirs de fidélité.s vains préceptes dont on rebat avant le teins les oreilles de la JeunefTe. fi.

k Parlez-lui aimer. que l'homm'e le plus du iuppi. qui la faffent [a fonde formes ce que gravement quand il le faut toujours un ?ous lui ducs au .ennous aimons la vie. vit l'appareil un quart-d heure après-. il lui en coûteendroit fupe. de revêtir la qu'il importe à tout âge fon âc^e.fon font C. afFreufe dont elles feroient accompagnées le d. nerir dans les tourmens cet mftant.ns fuccès. noffible qui commande k furieux. l'habitude d'y fuccomber. Il n'cft mal Joit point vrai que le penchant au qu'on ne foit pas maître de le vamindomptable. ce facriEce n cft pas .t ne voit-on pas que ft homme donne fur ce point à un jeune çons qu'on pour c'eft qu'elles font lans ra.icur aux bientôt 1 . Fo- Srionsauffiaifément un mets délicieux poifon mortel dans toutes les le^ Comme. cre avant d'avoir pris que pluiieurs hcmmes tranfporAureVms Viclor dit achetèrent volontairement de leur vie tés d'amour.cs fe IfTeroiroiTd'ciles . bc toujours tiédeur de notre vorevenir. dès tentations.ce. mais que attrait qui le force a . fur d y moins à Tes Cens.ma^e de leur rêlifter & & k roit mémelpcu : . & & tous les vrais biens de rendra cette l'homme je foutiens qu'alors on Im même chafteté defirable chère. nous nous l^tant que d'un crime ag-eable que d un ! lonté qui fait toute ce qu'on veut fortemcn ours fort pour faire & . Oh! abft. même.ftrai- rebutées cl. devinon-feulement cet homme. ftnousdetefuonslev. l'amour . iMais iuppofons à l'vvrefle de la paffion.mxjne nuit de Cléopatre. & aux moyens qu'on qu'on trouvera foii efprit docile car tant qu'on la pour la conferver lui donnera la méprife qu après conferve.Î24 couratre. vertus. C'eft la feule ent de l'en et tounotre foibleilc.ee ^liblU^fficiU. on la refpeae . on ne : l'avoir perdue. les ^' MILE.

âge. f^'%^. n'étouffez pas ion monftres peur qu'elle n'engendre des la d. bi elle m'en fera plus afîiegent. Te ne doute pas un inftant vous fera parler fi fur c. temnv:s. mes fens. me protégeant contre m-^s Ç qui me font violence i forcez-moi d'être mon prod'être leur efclave. 125 guidez Par. ^^^ '^ "^ fcment fous ma fauve-garde. plus que vous ne voudrez. fendez-moi de tous les ennemis qui qui me porte avec moi. progrès des ans 1 a bles à lui-même au point ou de fait arriver.x imes res. frappe des danavec toute la chaleur de fon la i tenir'à mon Emile les le conjonaure où & gers dont mon ami.1 vous voule2^ dépofer au moment vous ne l'aviez julqu ici plus qu'elle vous refte . environné : reprenez l autorité que maître moteékur. fécherefTe. ce moi - i rendez-moi libre en paflTions . De- m « & . des faue qui converfations un charme qu'il trouve dans vos n'épargnez rien pour defl.s^ mi.i. Ne avec combattez pas fes ^efirs imagination.tte fon jeune cœur . ie fi U veux toujours. . trahilTent vous lo. -. fur-tout de ceux que je ahn qu i deveillez fur votre ouvrage.bleffe. des pUihrs lez-lai de l'amour. mon iinporteic qu .x. : qu'à ce titre que voos venir Ton confident. fera maigre jamais je vous défobéis. par vous l'aurez maintenant ^ il fe voit O mon ! m que plr ma fo. il ne vienne emprelqu'il ne fe mette avec je veux le conduire. ce n'eft . Je veux obéir a ineure digne de vous.s alors ne craignez p ferez vraiment fon maître il que vos entretiens l'ennuyent . conitante c'eil ma volonté facree. Y 2 ^ Quand . i'ai fu prendre toutes les précautions necellaidifcours convena- . ma * volonté. vous écouter. que. mais a pre maître en n'obéiffaat point à empêchez moi & ma raifon.- ou DE L'EDUCATION.

C'eft en ce moment referve ic la premivous l'aura vu prendre. votre élevé à ce point.vomais combien de fois. à combattre inceffamment vos deiirs Se . il fe verra forcé de vous déchirer le cœur! Tel qu'Ulilic. jtdle. peut-être. Vous n'avez point une arne ab- gravité font à leur place j lui en impofera d'autant plus. vous prenez légèrement des engagements pc'nibJes il hiudrcit les connoitre pour être en droit de les former vous ne favez pas avec quelle fureur les fcns entraînent vos pareils dans le gouffre des vices fous l'attrait au pîailir. i&i s'il n'y vient pas. vous r. de peur que il jamais votre empire lui paroît trop rude. Bon jeune homme. le fais bien.226 E M r L E. ! ému du teurs de firs cha-nt âes le Sirènes. ni vos O ! murmures. je tre foi.e violerez jamais . en . pour vous dérober aux maux qui vous menacent. . que ce fera fois qu'il h que la & ce ton ère : . vous me reprocherez ma tirannie quand je ferai le plus tendrement occupé de vous . /ous lui direz donc jeune homme. déchaîner crioit à (es conducfeduit par l'attrait des plai- vous voudrez brifer les liens qui vous gênent . quand.ne fongeant qu'à vous rendre heureux je m'attirerari vo'tre haine. vous m'importunerez de vos plaintes . ne voyezvous piis qu'en vous obligeant à m'obéir. ton bonheur même efl trop cher à ce prix. à n'eeouter ni vos plaintes. ce fera votre faute i) gardezvous de le prendre trop vite au mot. '. mon i'milc je ne fiipporterai jamais la douleur de t'étre odieux . à m'oublier pour me dévouer à vous. vous m'obligez à vous conduire. vous vous repentirez de l'avoir donnée Combien de fois vous maudirez celui qui vous aime. il ne le Quand vous aurez amené croye en droit de s'y fouflraire en vous accuûnc de l'avoir fujpns.

joui qui ait pafle une vie aufTi douce que la voire. mettez autant de changez alors de avez annonce de vous ceur dans votre empire que exVous lui direz: mon jeune ami.ettez encore contrat. o. le coniiJent de fon coeur k l'arbita-e F 4 Loin . vLe. pour doulangage. ^ k je pre- ne vous promets plus rien. qu'il aura. Après rétablifiement de mier mon autorite.tôt dres. prenez ^"'^ '^ & P . je ferai prêt à vous en je ne que vous ferez en état de m'entendre . vous & ^ que moi je promets de n'ufer de cette docilité vous rendre le plus heureux des hommes.^^ . mon uiagCr foin fera d'écarter la néccffité d'en faire de plus en plus Je n'épargnerai rien pour m'établir pour me rendre de plus en plus clans fa confiance. que vous probeaucoup. que la raifon ne vous manquât ma conde voir par-tout les moiifsde en état cela qu'attendre que vou^ duite .and le moment fera venu plus. rendre raifon h. il ne faut pour Commencez toujours par foyez de fang-froid. me fente qu'il promet Q. de fcs plaifirs. mais j'ai fait périence Vous êtes pas. 1 féverité. moi.3 donne. le jeune homIl importe que cilitez l'exécution. pour J ai avez pour gannt de ma promcffe le fort dont vous Trouvez quelqu'un de votre à^e jufqu'ici. n. figne le 2.ou DE L'EDUCATION.. de mes orpuis demandez -moi compte ^f^f^^-^^f & obéir. & & pour juge entre craindrai jamais de vous prendre Vous promettez d'être docile. promettre eft toujours le plus f^'^f^^'''^'' „^^^. que plus vous vous renSach=z auffi vous-même & plus vous en tadez difficile fur l'engagement. nVeapoury penfer. 1^7 qirc m'impofez un joug plus dur I«s miens ? Vous charger tous deux Avant de nous en . ainfi dire. en lorîe vous manque. du ten.nfuhons nos forces .

il c'cft toujours de la Nature elle-même qu'il faut tirer les inftrumens propres à la régler. un bonheur éIoi"-né. Kn fui» vant une route oppofée. Je ne veux point qu'il foit heureux une fois. s'il eft pOiîible. rit en iecret des trifîcs maximes auxquelles il feint d'acquicfcer. 'Toutes ces leçons trompcu'eî eue jeune le cœur de'ment ne perfuadent point. c'eft par leur empire qu'il faut combattre leur tirannie. mais toujcurs. je le dégoûterai du libertinage. j'arriverai plus fûrement homme nu même but. parce qu'il l'elt en effet. Je ne craindrai point de il flatter en lui le doux fenn'ment dont eft avide . Tout cela efl centre la Nature. mcmbie de la l'ociétc. il en doit remplir ces deFait pour vivre avec les homme?. je les cûtifulterai pour en être le maître . aux dépens du préfenî. 5r lui feroient volontiers un crime c'y fonger à fon âge". je ne lui ch. j'y vois le vrai moyen leçons de la raifon On n'a de le rendre docile à ces mêmes Icçopc. comme fi l'amour étoit fait pour'Tes vieillards. il doit voirs. & n'attend que le moment de les rendre vaines. lui font hor- reur de l'amour.e. Ceux povir la qui veulent conduire fagement la jeunelTe lîarantir des pièges des fens. & je le rendrai (âge en le rendant amcureux. je le lui peindrai comme le fu-rême bonheur de la vie. Loin de combattre les penchans de fan â3. ! de prife fur les psfTions. En lui faifant fentir quel charme ajoute à l'attrait des fens l'union des cœurs. Qu'il faut être borné pour ne voir dans les defirs raiifans d'un jeune homme qu'un obftacle aux Moi. j'entrerai dans fcs vues pour les diriger. Le conduit par un inftind plus fur. les .rcherai point. Emile n'eft pas fait pour refler toujours folitaire . que par les pafTitms .128 E M I L Ë. en le lui peignant je veux qu'il s'y livre..

avec la différence que le favoir du vôtre ^u ne fera^que dans fa mémoire. car le preles mier étant capable de fentir procédés relatifs à l'âge. pes. Il con'noît l'homme en individus. fait. qu'avec fiffifance. le fuit avec plus de difcernement. & que celui du mien De même. fans choix. à quinze ans je dois vous le tendre aufii favant que celui que vous avez inftruit dès le premier â^e. mais !e difcernement d'un efprit droit & jufte. il y a tin âge propre à l'étude des fcieny en a un pour bien faifir l'ufagedu monde. Donconféquent avec plus de jufteiTe ni fécluit par leurs Comme il ces. fans jamais bien favoir ce qu'il qui en voit les Mais celui qui l'apprend. Ses paffions pourront l'abufer. un jeune homme de vingt ans dans le monde j bien conduit. le monde Il eft . il ^ général fait lui refte fait à connoître les qu'on dans vit. le fuit quoitoute fa vie. il fera dans un an plus aimable & plus judicieufement poli. ration ftupide d'un jeune étourdi. quand eft-ce qu'elles n'abufént pas ceux qui s'y livrent ? Mais au moins S'il celles des autres.ou DE L'EDUCATION. de grâce. il ne fera point trompé par fans être les verra de l'œil du fage. à conftitucnt cet ufage. préjugés. lui refte ce à voir ^comIl ment on y tems de lui montrer l'extérieur de cette grande fcène dont il connoît déjà Il n'y portera plus l'admitous les jeux cachés. les de tous au fexe qui peut réduire en princir les raifons l'état. les connoître. fans doute . il les voit. & les étendre aux cas non prévus. que celui qu'on y aura no'irri dès fon enfance. il 129 . & & & & nez-moi un enfant de douze ans qui ne fâche riea tout. introduifez fera dans fon jugement. entraîné par leurs exemples. Quiconque apprend cet ufage trop jeune. par raifons. fans réfleftion. au lieu que F 5 l'aucrç .

Les jeunes demoifelks françoifes font toutes élevées dans des Couvens jufqu'à ce qu'on les ni-uie. un propos toujours hors de propos. ne c( nnoifFant rien de plus important que cette petite fcience. Si je veux être ccmplaifant. & & faut éviter. C'eft fur. à accufera t-on les femmes de Paris d'avoir l'air gauche S'"apperçoit-on qu'elles aient peine & embarraflé. facile.er les yeux. par l'effort de s'en délivrer.^^ j^ fuis dans le vrai. & bien-tôt il fe cachera de moi. contraint. quièrent qu'un nouveau ridicule. ou fern3. je juge alors qu'elle eft bonne. que fa routine pour toute rcgîe. eïb cmbarralle fi-tôt qu'on l'en fuit. y porte le refte de fa vie un air emJl eft dre. C'eft ce quejs crois voir dans l'expédient qu'elle me fuggere ici. de quoi lui feit d'être fous ma garde ? elle Je ne fais qu'autprifer fon défordre.130 l'autre n'ayant E M î L E. réuniffent. qui. & en p'^évient un autre. Si je veux être auftere & fec avec moii difcipîc. dont qui n'acî'habitude d'y vivre ne le défait plus. je perdrai fa confiance. des manières lourdes Sz mal-adroites. Qi^iand ma méthode remplit d'un même objet qu'en parant un inconvénient toutes les vues. Si foulagcr fa tcnfcicncc . pour n'y avoir pas ét^ mifes dès leur enfance ? Ce préjugé vient des gens du monde eux-mêmes. h ^. alors à prendre ces manieras qui leur font fi nouvelles. d'ignorer l'ufage du monde. barraflé. s'imaginent fauiî'ement qu'on ne peut s'y prendre de trop bonne heure pour l'acquérir. vrai qu'il ne faut pas non plus trop attenQuiconque a pafTé toute fa jeunefTe loin du grand monde. Ch^-x^ue forte d'inftrutSiion a fon tems fes dangers qu'il propre qu'il faut conncître.tout pour celle-ci qu'ils fe mais je n'y expofe pas non plus mon élevé fans précautions pour l'en garantir.

illufion l Qa aiaic bieu jj'. • 131 Si je l'introconfcience aux dépens de la mienne. qui ed de (avoir cefTaire à l'homme Si je donne à fes foins femblabîes. expédient f-ul pourvoit Rien beatout. il s'inftruira plus que qu'a'jra t. nienfon^^e. convient j nous ne la trouverons pas mérite eft toujours rare . le vrai S.il appns l'en tiens éloigné jufqu'à la. être. peutau citoyen.? Il faut que je fois W rends plus mal-adroit des hommes.ou DE L'EDUCATION.m-î ne nous preflbns.fin. dis-je au jeune homme. Mon : & i voyez. projct de linduis dans le monde avec le feul bi je je ne veux. rnais peut-être . &. a allons chercher celle qui tefoin d'une compagne a-. Ton cœur. qu'eft-ce que le véritable amour lui-même. elle fera pour lui fi je me connulle. fi je ne le fans f^voir de qui. il ne fait cas que da préfent . nous doute il en eft une. fi ce n'eft chimère. . hors l'art le plus nede moi? Tout. Il n'importe d'avance paffionné que l'objet que je lui peindrai foit imaginaire.. bien liu tente de lui fournir des amufemens. ni ne nous rebutons point. fi je faurai difpof^r tous fes fentlmens à ce . quel fais-je ? Il s'amolit h ne s'inftruit point.us l'im^ige .^ qu'il doit rechercher ou fuir . Avec Imun projet fi flatteur pour lui je l'introduis dans qu'ai-je befoin d'en dire davantage? Ne monde de tout cela. & vivre avec Tes comme une utilité trop éloignée.iément. la trouverons â la fin. il qu'il le dégoûte de ceux qui pour: oient le fufîit tcnter'i descomparaiil fuffit qu'il trouve par-tout fons qui lui faiîént préférer fa chimère aux objetî réels qui le frapperont. ftruire.vous pas que j'ai' tout fait En lui peignant la maiti-efié tjue je lui deftine^ Imaginez n je faurai m'en faire écouter fijefaurai qi-ualités au'il doit lui rendre agréables U chères les aimer . ou du moins celle qui en approche le plus.

défujts de fa maîtreffc-. nous pouAprès tous ces dét. l'époufe qu'on & qu'il verra fera tems. c'eft l'affaire de quelques defcriptions adroites. on peut l'cxpofer dais le monde prefque fans rifque . . Qunnd qu'on aimoit relie la mais on ne la voit plus la même. augure î L porte pas. fins nier. plaifent. mais s'il fe complaît à l'image. en affirmant faufkment que l'cbjet qu'on lui peint exifte . fous des traits plus fenfibles.là. rtes.132 qu'on fc fait. lui Jefliiie. s affirmer. qui. Du fouhait à la fuppofi'ion. il n'y auroit plus d'amour fur la terre. donneront à cet objet imaginaire un plus grand air de vérité. EMILE. k qu'ils fervent à corriger les Je ne veux p. vons lui en faire honneur d'avance. & Mais .. I. fa. tout le refte eft facile. Je ne veux pas pour cela qu'on trompe un jeune homme en lui peignant un modèle de perfcélion qui ne puifTe exifter mais je choifirai tellement les on même qu'auparavant.is ndn plus qu'on lui mente. fes on s'échap- pe par des déf certitude -. Or. S'il en cft une fois.nilTant l'objet imaginaire. Si l'on voyoit ce qu'on aime exadement tel qu'il eft.e voile du prtftige tombe & l'amour s'évanouit. la pcrf>nne l'objet auquel on l'applique. le trajet eft facile . en fou. dcfendez-le feulement de fes fens. ils. que cefle d'aimer. qu'ils lui iîeiis. il foupçons croira qu^^n lui fe changeront en fait miftere de la quand il qu'on ait bien choifi les faits qu'il faut lui montrer. Je voudrois aller iufqu'â la nommer: je dirois en riant. fon cœur cft en fureté. qu'ils lui conviennent. je fuis le maîire des comparaifons. il lui f uh: itéra bientôt un rriginal. fi. appelions '6'<7/)/()/> votre fuuire maîtrefîe : Sophie e{t un nom de boa elle fera fi celle que vous choifirez ne digne ?u moins de le porter . & j'empêche aifément l'illufion des objets réels.

Je ne Prenez un parle que de l'é. des garçons qa'on élevé dans les qu'on élevé dans les Couvens. plus mal encore. fuivent 'es mêmes Tous ceux & m par les fens que commence l'égarement de la. ne l'attachera donnera pas moins d'éloiglui relTemble.. pour ne d'éducation. & filles^ que cela eft vrai. mais ab. font celles du ce n'eft pas la Nature qui les corrompt.. & ne lui pss. l'examinez au arrive à Paris.ens à leurs mauvaifes res des Collèges mœurs elles feront toujours fans remède. c'eft par l'opinion. même à leur égard les . les penfionnaic'eft l'txemple . que rement pour tout ce qui ne lui lefft^mble C^uel avantage pour preavoit un objet réel. celles-ci ! qu'en Im fi modefle } De Sophie a tant que maximes.^..ou DE L'EDUCATION. s'il que j'aurai fu lui rendre aimable . élevé fagement dans la maifon de fon homme vice. ce modèle. les leçons que prennent uns & les • jeune feules qui fr aifient.. qui la font payer ft cher neufes & forment un jeune homme ! à la politefie Sophie eft ôtant toute honnêteté quel œil verra. je ferois voir qui parlent du gouvernement des enles mêmes préjugés fans. étoit ici queflion JeunefTe. ou non le s'il ferver f^n cœur des dangers auxquels fa perfonne fcs fens par fon doit être expofée. car les premières autres.il leurs a ances ? Comment aimera-t il leurs airs ? Il de fimplicité pour fcs obfervations. connons des L^. foit qu'il perfonnifie 135 modeie Mais.1. a trop loin de fes idées à y lui foient jamais dangereufes. pour réptimer l'arracber fur tout à ces donima^-ination. ou qu'il entre dans le Si moment qu'H mande j voj« k . & & •père en province.i ication domeftique. S'il des Collèges. pas moins à tout ce qui eft bien fait. parce qu'ils obfervent mal & reflechiffent Ce n'eft ni par le tempérament.

combien il s'efi formé dans peu de tems D'où vient un changement fi grand Si fi brufque ? Du progrès du tempérament ? Son tempérament n'eûtil pas fait le même progrès dans la maifon paternelle. des maximes du haut ton. de l'horreur pour la débauche. ni CCS maximes ? Des premiers plaifirs des fens Tout au contraire. il n'a pas joui.Ï34 le trouverez E M I L E. vous verrez dans fes y. Ses fentimens. penfant bien fur les chofcs honnêtes. plus lents» . Au nom feul d'uîie- & & proftituée. . en rougit. quand même il en qu'il l'innocence. Je foutiens fauroit l'ufage. mais fes opinions ont changé. & fûreraent il n'y eût pris ni ce ton. le jeune homme fe recueille pour livrer. Vous lui trouverez du. fes reconnoitrez plus. tant ^u'il fe vante. on eu jour & le bruit. quand on la lui rapjielle. Qimnd on commence à s'y qu'il ! î* montroient qu'il efi:le même & O on fuit le grand Les premières voluptés font toujours mifterieufes . mais timid^e. D'autres manières de penfer ont produit feules le goûter. inquiet. craintif. eft & ces différences. Se qu'il en fentiroit le befoin. fix mois de-lâ. mépris pour le vice. conûderez de nouveau A le même jeune homme homme. vous ne le fi plaifanteries fur fa première fimne- fa honte. Son cœur eft encore le même . tremble toujours de le perdre. S'il bruyant. plicité. la pudeur les afîàifonne & les cache: la première maîtreile ne rend pas effronté. il n'eft ni voluptueux ni tendre . ayant la volonté même aufli faine que la raifon'. Des propos libres. Tout abforbé dans un ctat fi nourveau pour lui.ux le fcandale de n'y en a pas un oui pût fe réiburdre à entrer feul dans les trilles d'emeures de ces malheureufes. des airs dégages le feroient prendre pour un autre .

par laquelle il apprend à A eftimoit. comme une obligé par hon. îents 13S à s'altérer. fon cœur qu'il cherche. difoit-il. îl n'y trouve point ce & préoccupe le retient. & à eftimer ce les qu'il méprifoit: on lui fais regarder de fes maître?. avant d'avoir pris du goût pour les être . & fe pique de débauche fans favoir n'oublierai jamais l'aveu d'un jeune débauché. " Je m'exerce à cela. contre fes qui peut attaquer fes mœurs. & fera véritablement corc'eft alors feulement qu'il peine eft-il entré dans le monde qu'il rompu. il ne faut pas toujours êtr& " enfaiit. il cède plus aux penchans plus d'autrui qu'aux fiens. leçons de fes parens les devoirs qu'ils pédantefque.doit dédaigner étant grand. fes fentimens. refifter au principes ? s'il en elt un plus en état de torrent? Car. Cela pofé. comme un jargon morale puérile qu'on lui ont prêches. s'altéreront enfin par elles. le goiit viendra " par l'habitude. contre quelle féduaion n'eft-il pas en défenfe ? Si fes defirs l'entraînent vers le fexe. & . que de la vanité qu'il faut préferver un jeune homme .mauvaifes." Ainfi donc c'efl: bien moins de la fenfualitc. Si fes la fens l'agitent preflent.ou DE L'EDUCATION. féconde éducation toute^oppofée à la y prend une méprifercequ'ii première. h l'amour-propre fait de libertins que l'Amour. 11 fe croit Échanger de conduite . je demande s'il en eft un fur la terre tout ce entière mitux armé que le mien. entrant dans le monde . il devient entreprenant neur fans defus & k ' Il raille les par mauvaife honte. & n'odes plaifirs & fat bonnes mœurs coup *« foit s'y refufer de peur d'être moqué d'eux. comme à prendre du " tabac malgré ma répugnance . Je beauOfficier aux Gardes-Suiffes qui s'ennuyoit bruyans de fes camarades.

qu'il ait appris d'eux à fe moquer de fa retenue. & n'auront pas le tems d'y venir par degrés fans obfl::cles.^s fe jettera la tête d'un jeune homme qui peut l'épouier s'il la croit fage j d'ailleurs. coup aux dernières familiarités. j'ai pour moi la confcience k la vérité. elle aura q -elqu'un pour la furveilier.e fe mené moins par 'e ton plaifant. au moins. que celui qui n'a point de préjugés ne fait rien donner à ceux des autres? J^ai s'y & travaillé vingt ans à l'armer contre il les moqueurs. Emile de Ton côté ne fera pas tout-à-foit livré à Jui-même gardes.T36 prefTent. toujours par l'un les où trouvera. Mas quel homme eu monde eft mohis imitateur qu'hmile ? Qijel homm. Au lieude & plaifanteries. un attachement de vingt ans eft aufîî quelque chofe : en ne lui fera jamais croire que je l'aye ennuyé de vaines leçons . &. & c'eft de ces deux états que : commencent fille défordres de la JeunefTe. la . Pour prend'e autrement. à devenir info'ent à leur imitation. rien ne rend plus infenfible à la raillerie. dans un coeur droit fcnfible.t-i! à les contenter? L'horreur de l'adultère & de la débauche l'ébigne észlement des filies publiques & des femmes mariées. auront. leur faudra plus d'un jour pour en faire leur dupe . voix d'un ami fcdele vrai faura bien effacer fera-là. EMILE. que d'être au-defTus de l'opinion. je n'ai pas en & & > k& . inieparables pour & premiers defirs ils des ne pafTeront point tout d'un la honte. car le ridicule n'eft à fes veux que la raifon <ks fots. il lui faut des raifons. & tant qu'il h ^ peur que de jeunes foux me l'enlèvent . il faut qu'il ait déjà pris leçon de fcs camarades. Une à marier peut être coquette mais elle ne fera pas effrontée. S'il faut que le préjugé s'v mêle. elle n'ira p. tous deux crainte .

Pouqu'afin de vous gouverner eux-mêmes. « Mais . afin qu'il fente que c'eft moi qui le & & en homme. & ne vous reprochent de vous laifTer gouverner. pour donner quelque il plus fort que le mien ? poids à leur raillerie. comme ils veulent être imités à leur tour. ils ne prennent deintérêt à vous . 137 Comme il n'eft alors queftion que de lui montrer qu'ils le trempent. pourquoi ces jeunes gens veulent ils vcus perfeul Je lui dirai: *' Vous voyez que vo- intérêt.er à leur autorité. veulent vous rabaifTer à leur petite mefure. ils s'alTervifient à ceux de leurs camarades cela. es cris de vinst fécluaeurs. ils ont pour tout motif. & cequ'on lui de l'expérience qui fait juger de ce connoît .ou DE L'EDUCATION. diâe mes tre maïs difcours.^ Pour fe mettre au-delTus des prétendus préjugés de leurs pères. ils le trai'qu'en feignant de le traiter en homme. j'afTederai clair dans mes raifonjours fimple mais grave traite nemens. je ne vois point ce qu'ils gagnent à . fuader *< *« *« *« C'eft qu'ils veulent vous fe'duire : ils aucun ne vous aiment point. ** " *' *' qui efl le mien. & quelle pour élever leurs maximes au-defîus des nôtres ils ? " «« *' n'ont fait qu'imiter d'autres étourdis. dont les ccnieils font tendres & finceres. mais "je vois qu'ils y perdent fûrtment deux grands avantages . celui de l'affeiflion paternelle. il faudroit en pouvoir donexpérience ont.ils r. qu'il y eût à gagner pour vcus vez vous croire « «* *« dans ce changement ? leur fagefle efl-elle donc " " " »' «* & leur attachement d'un jour eftfî fuperieure. car les pères ont été enfans. un ? pit fecret ils *« '* «« de voir que vous valez mieux qu'eux . d'être toutent réellement en enfant . & les en- »' ** *' ' *' *' fans n'ont pas été pères. je n'en peux avoir aucun autre .

" *' "autant. ils ne font point d'accord avec eux-mêmes. enfin s'il fe laifièra patiemment traiter de bâtard Qui d'entr'eux voudra qu'on rende à fa fille le défhonneur dont il couvre celle d'autiui? iln'y en a pas un qui n'attentât même ! à votre vie. pefez rie. ils fe trompent pour vous tromper. ^ L'ur rire infenf«i s'évanouit. pour prendre à faux le nom d'une famille. C'eft ainfi qu'ils décèlent enfin le. fi vous adoptiez avec lui.r inconféquence.138 *' *' E A'Tals les iM I L E. " *' tique. . & fouvent leur *' *' *' *' Tel d'entr'eux tourne en dérifion tout ce qui eft honnête. parlez-lui de fa mère. cher *' " *' Emile . cher Emiie. bouche *' *' qu'à celles de la femme qu'il n'a point encore» " *' *' " *' " *' *' " *' ou pour comble d'infamie. & voyez s'il paiTera volontiers pour être un enfant d'adultere êi le fils d'une femme de mauvaife vie. les leurs. à celles de la femme qu'il a déjà . & comparez.Sc qu'on fent qu'aucun d'eux ne croit ce qu'il dit." pas comment à vingt ans Emile peut être docile ? Qiie nous penfons difteremment Moi je ne conçois pas ccwnment il a pu ! Vous n'imaginez rètreàdixj car quel prifc avois-jc fur lui a cet . Leur cœur les dément fans cefîc. tous les principes qu'il s'efforce dans !a prade vous " *' *' '* ** donner. la vcrité & demeure. Le trioniphe des moqueurs eft de courte durée. Si je voulois ufer comme eux de mépris &c de raille- vous les verriez prêter le flanc au ridicule. peut-être. Voilà des raifons. mais allez plus loin. n'ai pas peur " *' plus que moi. Tel autre pouiîera cette indifFcrence de mœurs.vous fincercs au moins dans leurs folles maximes ? Pas même cela. jufles contredit. qui feroit au défefpoir que fa femme penfàt comme lui. Mais je d'un examen fcrieux. croyez. pour en voler le patrimoine à l'héritier naturel . s'ils en ont.

que j'aimerois mieux le voir au milieu Par ces & de fa la chambre ou dans un parc. çlle ne fera jamais affez longue . je'le laiffe quelquefois à lui-même. jamais il Tant que je n'ai pu me rendre qu'il veut l'être. je le fuis demeuré de fa perMaintenant fonhe . je lui qui me répondra de toi. c'eit mon ami. il ne faura jamais & que je n'apperdanger avant le mal. bien garanti des objets étrangers 5c des maximes vulgaires. je le crois foins. il reconnoît la voix de l'amitié. Si quelque changement s'y faitdurant mon abfence. nemis qui peuvent attaquer un jeune homme. m'a fallu 139 quinze ans de foins pour nie âge ? Il iiTénager cette prifs. qui n'eut de {<x affez bien fe cacher de moi. Emile. l'apparence de l'indépendance . d'un coup. plus mauvaife fociété de Paris. on n'apprend pas tout déprave pas tout d'un coup à diffimuler . je le préparois pour être élevé i il l'eft maintenant aflez pour être docile. fi d'autres fcmblabîes. car il l'eft parce il gouverne toujours. le plus . il k eft vrai. & fi jamais homme eft mal-adroit en cet art. que feul dans livré à toute l'inquié- On a beau faire. & que je ne fois çoive pas Comme on ne fe pas à tems d'y porter remède. Ce n'eft pas l'affaire d'un moment de corrompre : des affeélions faines qui n'ont reçu nulle alteratioa d'effacer des principes dérivés imprécédente. maître de fa volonté. médiatement des premières lumières de la raifon. En le quittant je l'embrafle. c'eft Emile. pour le vie une feule occafion d'en ufer. mais ne me fut mieux alTujetti. je ne le qu:ttoi-j pas d'un pas. de tous les entude de fon âge. je te^ confie à Sz je lui dis d'un air afiuré te livre à fon cœur honnête. Je ne l'élevois pas alors. parce que je le Je lui laifiev fait obéir à la raifon.ou DE L'EDUCATION.

is. fes il femblabks. c'eft par la feule imagination que s'é- & c'eft : veillent les fens. malgré nous. qu'elle eft feul. d'images plus lérendent la foliduifantes que les objets jnêmes.140 plus EMILE. même le . Mais n'eft queftion d'un fauvage de cette efpece. nous fuivent dan< la retraite. ce prénous tendu befoin ne fe lût fait fentir à nous. peut-être. qui n'cll pas facile à calmer. fans ef- & On ne fait pas quelles fer- mentations fcurclcs certaines fituatiors Si certains fpeftacles excitent dans le fang de la Jeuneffe. n'efl point un befoin phyfique foit il n'eft pas vrai que ce un vrai befoin. homme il parmi flible. & ferions forts demeurés chartes fans mérite. nourrir toujours pis pour la fagc fié. dangereux le feul qu'on ne peut écarter. En pour élevant un la fociété. iui-mènie cet ennemi. fans tentations. n'efr dangereux que par notre faute . fans inffemmes. Si jamais objet lufcif n'eût frappé nos yeux. Leur befoin proprement .^ Pour moi. car comme je l'ai dit mille fois. y mourroit vierge à pas ici quelque âge qu'il fût parvenu. n'eft pas Si eft imp' de dans cette falutaire ignorance à propos. la peuplent. pourtant. fi jamais idée déflionnéte ne fût entrée dans notre elprit. réfléchis à cette importante crife Si à fes caufes prochaines ou éloignées. fans qu'elle fâche de'mêler elle-même la caufe de cette première inquiétude. les idées que nous avons acquifc?.t à demi. jam^. plus je qui ne tarde pas à renaître. fouvenir des objets qui nous ont fraj-pés. & tude aufli funefte à celui qui les y porte. plus je me perfuade qu'un & folitaire élevé truélions & il fans dans un défert fans livres. eft d'être Si ce qu'il y a de Le fava. utile à celui qui s'y maintient toujours Veilleav .

eft plus dilhci.llez feul vous de le garantir de lui. je ne fouffrirai point balancerai pas un faut qu un que la fia de la Nature foit éludée. moment. quoi qu'il arrive. la plus funefte & tes eflFets quelle un jeune doute homme puiiTe être affujetti. je lui dont je peux te délivrer . & cela.e . mais c eit a m aait feul. s il il elt le Dès-lors il aura toujours le corps perdu. peut-être. il eft bon tant qu il vous ne vous y jeune homme. mais je ne cibles.e que de l'ané >ntir. il portera jufqu'au tombeau cceur a lade cette habitude. elle ans la continence eft un devoir loi-meme. il feroit très-dangereux qu le il apprît à votre élevé à donner change a fes lens. mais les devoirs refter le moraux ont leurs moJifications.^ bans bi les fuvaudroit mieux encore érament ardent deviennent invinreurs d'un temf te plairs . tout au moins._a importe pour apprendre à régner fur maître de f-'s appétits. il p qu'aux dépens de morale . leurs exceptions. mon cher Emile. dans la iour ni nuit . U à fuppléer connoît une fois aux occafions de les iatisfaire ce dangereux fupplément. que Défiez-vous de l'inftina fi-tot chambre. il ne faut P^^ le i! eft faut le régler. ' 141 •Veill'^z donc avec foin far le pourra fc garantir de tout le la. .ou DE L'EDUCATION. t'arracherai plus aifément il a befoin de Jufqu'à vingt ans le corps croît. préférons le inévitable. . fufpea dès qu'il fe mêle aux mftitudétruire. continence eft alors dans toute fa fubftance . Ne le couchez. il tfonsdes hommes. k l'on n'y Depuis vingt de fa conftitution. les miénervés. bornes plus . Quand la foibleilé humaine rend une leurs régies. aux femmes qu'a toi. il rel. S'il je te livre p:T préférence a cetiran te fubjugue. de deux mi.ux alternative moindre . la manque guère l'ordre de la Nature.

que pour faire écouter ce qu'on dit il faut fe mettre à la place de ceux à qui l'on s'adrefie. Se fans lui déguifer fa vic- Si vous favez la lui montrer dans fon jour. Se il vaut cent fois mieux que le gouverneur approuve une faute k fc trompe. au moins.'42 EMILE. & cette chaîne ne finit plus qu'au renverfement de tout ordre 5c au mépris de toute il loi. cedcz- donc ouvertement. en fera moins fier que honteux. c'eft d'afiecter toujours la dignité magiflrale. fe voit bientôt forcé de les fermer fur tout . & de vouloir pafpour un homme parfait dans l'cfprit de fon difCette méthode eft à contre-fens. le premier abus toléré en amené un autre. mais qui ne fortira jamais des petits efprits. Qui croit devoir fermer les yeux fur quelque chofe. & vous vous ménagerez le droit de le guider durant fon égarement. & qu'il faut être homme pour favoir parler au coeur humain ? Tous ces gens parfaits ne touchent ni ne pcrfuadent . fer ciple. fermenter vous fubjugucnt . en tout état de caufe il vaut mieux commettre une faute que de contracter un vice. Une autre erreur que j'ai déjà combattue. fi vous voulez le guérir des fiennes . pour lui faire. que s'il étoit trompé par fon élevé. pas même ce qui efl mal . éviter les précipices. 11 importe que le difciple ne fafTe rien que le maître ne le fâche & ne le veuille. Comment ne voyent-ils pas qu'en voulant affermir leur autorité ils la dctruifent. Montrez vos foiblefles à votre élevé. Ses pafTions que vous avez leur toire. c'eft du vôtre. laifTé moindre . Souvenez-vous que ce n'eft plus de mon élevé que je parle ici. on fe dit toujours qu'il leur eft bien aifé de combattre des pafiions qu'ils ne fentent pas. - qu'il S . & que la faute fe fît fans qu'il en fût rien.

s'il ne verfe dans votre fein rens de larmes. il e'étoit enivré pour le Je demanderois volontiers au fcrvice du Roi. Montagne dit qu'il demandoit un jour au beigneur de Langey combien de fois. leurs vices mêmes. veulent nes sens en vieillards. ils nous font un crime & tres. Si la qui pédiens extrêmes auiTi triftes que dangereux. s'il n'en rapporte des tortir Se la honte.ou DE L'EDUCATION. ils n'ont que de petites âmes. aucun rapport à notre éducation. n*ont Que de précautions à prendre avec un jeune homme bien né. parce que leur corps ufés ont été corrompus de bonne heure: à peine leur refte-t-il alTez de vie & Leurs fubtiles penfées marpour fe mouvoir. & lâches dans Vils ce qu'ils font aujourd'hui. . vice de trompe. & parce que tous leurs dedes nôfirs font éteints. fon élevé. quittez-le à l'inftant .^z jamais à rien. qu'il apprenne Ces vieillards qu'il ne difc pas conuîie les autres traiter les jeuticpités de n'être plus jeunes. gouverneur de certain jeune homme combien de fcrfois il eft entré dans un mauvais lieu pour le ciations d' Combien de fois? je me première n'ote à jimais au liberle repent-^n le defir d'y rentrer. avant que de l'expofer au Ces précautions fcand-ile des mœurs du fiécle ! & font c'eft pénibles. qu'il : t43 éproucombats cru'il voye en vous les mêmes à fe vaincre à votre exemple. ve. ou vous n'êtes qu'un imbécille. efprits fans étoffe. dans les négoAllemagne. c'eft par le défordre du premier qu'on les voit devenir les hommes dégénèrent. ils ne favent rien quent des fentir . il n'ed qu'un monflre. vous ne Mais laifîbns ces exlui fervirv. la mais elles font indifpenfables : négligence en ce point qui perd toute âge que la Jeuneiïe .

faux. trant dans le monde. Four peu que la nailîance ou la fortune eût fait i pour Emiie.144 fentir de grand E & M ils I j L ils E. fi feul il ne compte pas pour Tien les autres hommes. ce qu'Tl cH feul & fans témoin. a Dieu ne plaife les qu'il foit aflez malheureux pour y briller qui frappent au premier coup d'oeil ne qualités font pas les fiennes. & il efl au milieu d'un cercle. & balFe- ne font qae vains. ils n'ont pas même afi'ez de courage pour Tels font ks méprifaêtre d'illuftrcs fcélerats. Abjeâs en toutes chofes. préferver fon cœur. ni gêne. fes mœurs de la contagion de l'ex- ment médians. 6c pour y trouver une com: pagne digne de lui. Sa manière de fe prcfenter n'efl ni modefle ni vaine. s'il s'en troavoit un feul qui lut être tempérant &c fobre.. il ne les a ni ne les veut Il met trop peu de prix aux jugemens des avoir. il ne connoît ni dcguifcment. qui fût. Sera-t-il pour cela grojïïer. iripons. emple. pourquoi les compte: roit . mais pour le connoître. & deviendioit leur maître avec moins de peine qu'il n'en eut a refter le fien. bles hommes que forme la crapule de la JeuneiFe . fon lang. il feroit cet homme s'il vouloit l'être I mais il les mepriferoit trop pour daigner les aflèr-* Voyons-le maintenant au milieu d'eux envir. a trente ans il écraferoit tous ces infedes. fans attention pourperfonne? Tout au contraire . préjuges. & ne fe Il ommes pour en mètre à leurs foucie point qu'on l'eflime avant que de le connoître. non pour y primer. dédaigneux. au milieu d'eux. n'ont ni fîmpli- de noble cité ni v'giieur. fon début fera Tmiple Si fans éclat . Dans quelque rang qu'il puifle être né. dans quelque fociéié qu'il commence à s'introduire. elle eft naturelle $c vraie .

que nous.l parce qu'ii les plant & s'attendrit fur eux.erQit aatrement. il a les foins de l'humaIl n'aime à voir foufFrir perfonne. non plus. ly. ne pa. ni contredifaut n'eft pas. 'pour donner à toutes leur véritable prix. mais il ne leur montre pas. il "l'ane G ^ 1 intérêt I . pouvant Quoiqu'on gén:ral Emile n'eflime pas les il ne leur montrera point de nié-pris. hommes. conçoit affez dei chofes. parcs qu'il prei'cre point à ne lev. III. 6:-qUç> ia Il ' franchife en eft _un des plusTjeaux droits.^ le voyant qu'il : oublié. cet oubli le mortifie. qu'eft-ce à parlei. coraplaiiant k flatteup.' 11 na les roit il pour ri n. . car.? . parce qu'il ne fe foucie guère' qu'or.ou DE L'EDUCATION.ga. ne les reniît plus malheureux qu'auparavant. frira pas fa place à un autre par fimagrée. mais il la lui cédera volontiers par bonté. la même raifon. vivant avec eux? lui dans fes manières. jLmiîe eft trop ia-» utiles :' à jdes bagaïeUes. il'- leur laifle les bens de que l'opinion dont-il-s le con-' tentent. iottem nt que les. "Ne leur doincc: le goût des 'uiens réels. parcequ'il aime la^liberté par-delTiS toute chofe. il.o.l-j jr^mais trap^ fait car apprécier auju l'aîtenLion qu'on lui donne. de peur il les leur ôtant à pure perte. il n'ofnité. Celui qui autres font autant de cas.' \ parle peu. par. que. il' '1 JLige coûtera m-ins à mon jeune homme' de reiler en debout volontairement. une indifférence s'il n'a pas les eft bien éicigné d'avoir formules de la politefle. non plus. ii. préfère pas à lui dans fan cœur. do^^oa croi. des . il ne chof =8 qui î''ei. il dit fon avis fans combaLtre celui. s'occupe dç lui dit qu^. ds perfonne. Hn'cil: donc point difpuîeur. que de voir l'autre y rtfter par force.

il fe tait. Je n'pi jamais vu d'homme ayant de la fîtrté dans l'arri^ lu montrer dans fon maintien & • . Soit qu'on le regarde ou iion. Emile non pour paroî. Quoiqu'entrant dans le mcnde.oindrc peur. pour affedter les airs d'un homme poli. j unes agréables. & toujours tout à lui peur bien obferver les autres.Î46 l'intérêt E M I L E. éi jamais il n'eft plus à fon aife. s'il fe dérote ce n'eft point par embarras. fur fa ccnn'allez pas la comparer à celle de vos tenance. Il cft ferme & non fufîîfant. Mais un homme : inftruit n'ouvre pas aifém^ent fcn répertoire il aurcit trop à dire. & le dife à tout le monde. il en ignore àbfolument les manières: il n'eit pas pour cela timide & craintif. i^ il \oit encore plus à dire après lui . On peut dire qu'il prend s'y conforme aflez volontiers tre inllruit des ufages. ni en plutôt l'ufage du monde. l'indcpcndance n'a rien d'affet'tc. Ne vous trompez pas. pour éviter d'être apperçu . de peur qu'on ne le diilingue. que quand on ne prend pas garde à lui. & le ridicule ne «ui fait pas la m. il faifit les ufages avec une aifance que ne peuvent avoir les efclaves de l'opinion. il ne fe trouble peint par la mauvaife honte. qu'on peut prendre à fes difcours. Loin de choquer les manières des autres. il fait toujours de fon mieux ce qu'il fait. fes manières font libres <5c non dédaigncufes . l'air infolent n'appartient qu'aux efclaves. au contraire. Cela fait qu'étant toujours tranquille U de fang-froid. Généralement les gens qui favent peu parlent beaucoup. k les gens qui faVent beaucoi:p parlent il ei\ fimple qu'un ignorant trouve peu impor: tant tout ce qu'il fait. c'eft que pour bien voir il faut n'être pas vu: car ce qu'on penfc de lui ne l'inquiette guère. mais. cependant. . précifémeni parce qu'il fait peu de cas.

Son projet.s les François à l'autonté Ibuverains! de ayant jugé à propos d'ufurper ce reCpeftable nom en Citoyens. i^ font une portion de la puijfance fouveraine'^. qui ne peuvent en qu un lis dans un livre Je pofer que par-là. fi : dire Anglais nejî pas courtifan . celui-ci Anghis. il veut plaire aux femmes. ce regard timide. d'un marche incertaine^ manmncent que Yejclave titré h Electeur. qui neuilent pas. je n'ai jamais oiii tff la démarche les courtijans eujent le front haijfé que pourincertaine : un homme fwiide chez un danfeur rait bien ne l'être pas dans la Chambre des Communes. tout concourt à nourrir en fes mœurs. âge. Ma. forte raifon. Pour moi qui n'ai pas l'honneur d'être maître^ à danfer. G 2 beaucoup . Msnfîew . dû jadis aux membres des Cites Gauloifes. au point qu'on n'y conçoit plus qui vient de mécrire beaucoup de betiles Comme p:irt fullent y avoit des Citoyens qui ne membres de & ture contre la Nouvelle Héloïïe. car elles y fon t * pas tels. Cet j'aurois penfé tout le contraire. ce jugement montre une grande caconnoiffance du vrai rapport qui eft entre le radere d'un homme & fon extérieur.i ou DE L'EDUCATION. Citoyens ont part à radminijhationpubhiue. répond l'étranger. 147 plus propre maintien: cette affeûation eft bien imaux âmes viles & vaines. ou les IJle on.iature du de Citoyen de Patmbeuf. ntn. ont dénaturé Tidée. ^oi\ lui ce defir. Emile aime A plus les hommes. Fous il étoit. J'aurois dit . cette dece front baijp. Marccl-là doit prendre Tes compatriotes pour autant de Romains Qiiand on aime on veut être aimé . vous fenez. Je ne fais. Je fuis de cette Anglols? réplique ledanfeur. il veut donc leur plaire. Je s'il dis fes moeur s. comme la Cité. a orné la fig. & a cru me faire une excellente plaifanterie. la lalle du étranc^er fe préfsntaat un jour dans lui demanda de quel pays fam-ux Marcel. Un homme. ! Affurément ce M.

plus if & plus tendre aupfès . ou de celuifat. je ne fais quel jargon moqueur dé galanterie. Perfonne-ne fera plus exa«£l: à tous les égards même fur le fondés fur l'ordre de la Nature. il fera toujours un des plus modeftes. pu/le plus & coupe la parole aux anciens il n'autorifcra point. haut que les fages. fon empreflemcnt cra géra fenfiblement de forme félon les états. avec un tempérament tout neuf. II n'aura point l'impertinent favoir-vivre d'un jeune & pour amufer la compagnie. Je connoitrois près d'tnc jeune femme un homme qui a dts mœurs. Jugez de ce que doit être iimiîe beaucoup. qui lui demandojt lequel il préferoit de fon fiécle. Se qui com. mais fùie. k tant de railons Pour auprès d'elles.e un particulier plus \ ieux que lui. dinaire. Se il refpedtera daA^an-laa. plus tendre. . mais ils ont un en^prciLmcnt plus vrai. mais par un fentimcnt naturel îc fondé fur la raifon. la réponfe d'un vieux Gentilhomme à Louis XV. Se les moins friponjies n'auront encore que trop fouvent l'art d'en jouir & de l'augmenter. entre cent mille débauchés. lis n'ont pas. mais 1 s premiers feront toujours préférés aux autres. comme les autres. M.ordre de la fociété . je crois qu'il fera quelquefo's timide & embarralle .Ï48 E les qui en ont font les vrais adorateurs des femmes.des filles à marier. Au reftc. Il ne perd point de vue robjet de fes r> clierches. : ci. Se c'eft toujours à ce qui les lui rappelle qu'il marque le plus d'atd'y réfiiler ! > tention. un des plus jeunes des fociétés où il fe trouvera. qu'un Etant donc.mande à la Nature. Il fera plus modefte Se plus refpeâueux pour les femmes. non par la vanité de paroître humble. pour l'orMa^iftrat de fon âge.mejit cet embarras ne leur déplaira pas. pour ûi part. qui. bon. Se qui part du cccur. hommes ILE.

êc comme fi ce chercher fes premières cœur honnête qu'il faut marquer La véritable poUteffe confifte a ioix? un h qu un ef:et On d > la bienvc^nriuire aux iravl fans peine q n'en a pas qu ou. Irds. qui annonce l'honnête hcmnie ^ ^ j^ .-d'où il fuit qu'il fera ê^e J.ùderi: n'aura jamais d airs ni de feclueux que poli. ou nous n en au- d ^J bTcnfaifaKcc. non pour agréable i il n auia pour rendre fa figure plus même h jamais 1 enfeigne roint recours au cadre doré. ftra plus touche d une qu'il fafte. . mêmes raifons. il n^^ Par les de mille éloges.eUl^e a refpeolcr l'opinion. mais n'ap- m h m paavoir quelque recherche dans pourr^a mais paroître un homme de goût.e de préceptes.gc m-rtere de lulage du monde. lafavffeti. les y à grâces. . fon maintien . quoique Graciant rien iur le taux de d e fe louciera peu il à plaire aux autres. U néf^li:^era ni fes m. richtlTe ne fouillera fon de pomt de ina voit que tout cela n'exige U On pirt n'eft étah^. ^ plus a. ne le prenoit pas nuoù l'on prend cet ufage on n'étoit pas dans un ture. qu'il careii. qu. comme h dans 1 r. rure.n ou DE L'EDUCATION. pas celle qui s annonce par ^ . nous tait un grand de fa premier:: éducation. nous aurons celle recourir nous n aurons pas befoin de le citoyen .lement. Si nous n'avons .anieres Mant' une ame tendre h fcnfible. rons plus befin. c'eft ufage. eft ^^Te'pl^'^'rnalMcw-eux effet d: la pollteffe timtc pafer des vertus qu die icnfelgner Vart de fe l humamte --^ ta on nous infùire dam P éducation mus aurons la pdiiffe. h ajuftement. ti\ on en elle fe montre pour celui qui forcé de réJuire en art les hommes a . ^''' 14^ y // fa^ti:e je paje ma -v.

Î50 EMILE. Je conviens pourtant qu'avec des maximes fi difierentes Emile ne fera point comme tout le monde. ratiûi. il fufKra <^etre Ion-. Cette manière de fe faire admirer ne le touche guère: il fait où il d cit trouver le bonheur de fa vie. ne fera point fêté comme un homme aimable. il ne fera ni f^khcux. ni corrcnipus .s iui ics maijs de Pucios^p. ni ridicule j la différence fera clos. & qu'il ne rtftc aux tranfcendans qu'à fe oiftinguer par des idées ptrmcieufcs h funeltes au genre humain. Uns être nicommode. aura de tels procédés n'en feront r. Il rne fcmble que fi quelque éducation doit produire l'efpcce de politelle qu'exige ici M. fi l'on veut. Je lui Jl : : ^Vraimcxit-uiiks liens de que toutes les idées aux hommes ont été connues. c'eft celle Du- on fora tout accoutumé à fcs manières. 65. lieu Au blejjes ^ d'ctre artificieux pur flaire. au lieu il d^ctre faux pour flatter leffoi- des autres. & Dieu le preTerve de l'être jamais j mais en ce qu'il fera diRerent des autres. en . doju j'ai tracé le plan jufqu'ici. voyant qu'il n'en change pas. & le jugement fain. il aura le fens droit. mais on l'aimera fans favoir pourquoi pcrlonne ne vantera fon efprit. Emile fera. il ne fauroit fe piquer d'cfpiit. mais on le prendra volontiers pour juge entre les gens d'efprit le ficn kl a net & boiné . et liick. pai ^ M. en difant: Il Dans fe formera. èf. les lui pardonnera encore. & • C onfio. Lf en deviendront meilleurs *. qu'elles font de tous tems f^it ai fentir falutaires les & premières efprits h les feuls vrais fociété. ils 71' en feront que reccnroij^ans. D'abord on lui pardoimera Its fingularités. en difant: Il cjl fait »a fuite. fcn^ible airfi. un aimable étranger.i enorgueillis. on. Ceux avec qui l'on fujfra d\tre indulgent. Ne courant jrmais après les idées muvcs.

.u i plus ab- d'autrui. dans tout d'être approuve. Je on m'aporouvc. il fera fort aife me réjouis parce Il ne fe dira pas précifément. mode ou fait. ceux qui ne tiennent être comme d'être d'une plus grande na.lefir dt plaire ne le il s ea laiffe . je me réjouis <1« G 4 . & jugeant des goûts de cette rcff^mbîancc par la conformité ce qui tient dans les chofes morales.ou DE L'EDUCATION. d'être plus favant. point du tout a la perlonne. & qui ont qui ne font pas clairs par jugement d autrui. ni briller. . Emile eft bon fens. encore moins ler mieux. eftimé plus riche. .Je me réjouis parce qu aimera fur-tout ceux qui le plus. . hommes parce qu'ils font les lem. blent lui reliemparce qu'il fe fentira bon . befoin d'être confiâtes par le d'efprit qu'un autre. & ne veut pas être autre chofe l'injurier par ce titre. tir n'étant point tente d en fo 5c bi?n marquée . qu'on aporouve ce que ^* j'ai fait de bien . fans fe foucier immédiacement de loi que la appréciaâons arbitraires. \m "^ voudra jeux d adrefle le au travail-le plus habile.ffance. qui la fuivent. même de le vouqu'il loir bien faire tout ce loir faire mieux qu'un autre. s à fa perfonne. il ne folu^ent indiffèrent fur l'opinion que ce qui fe rapporte prendra de cette opinion d. A la courie il r ^ . plus conhiere. être le plus léger. Quoique le . d en crédit. qui n ont vouIl aura l'orgueil de les préjugés. à la lutte A!:-nant les il blables.5ofer par un plus grand fafte. un homme on : aura beau vouloir tiendra toujours honoré.s connoiiTances n. aux peu les avantages mais il recherchera plus adroit eux-mêmes. le pl us fort. peut contribuer au bonheur pas p\us de f. mai3. de parcomme d'avoir plus &c. s'etand La fpherc Sa route eft étroite ïoin que ce qui cft profttable./r . en quoi il 151 d'autrui. au bon caraftere. plus d'en im. il ne rcfte confondu avec ceux il veut ni d-^ s'égarei-.

le goût n'cfl que la faculté ue juger de ce qui plaît ou dcplait . expliquables . ûe rehechir fur ce qui iiatte éiudioit ci-devant vir il aura fouvcnt i'ea le humain. non fur -celles qui tiennent à nos befoins pour juger de . de^méme qu'il qtîQique î'aileniblagje des traits les plu5 CcminUniJ ialïe la beauté.il nous nuit. ou. k bien que le ^enerauiv le bon il que Plus oii va chercher loin ks définitions cîu |out.'i(on de css décifjons. . celles-ci le goût n'eft pas nécefîaire. On doit diflirr•gucr encore fes loix dans les choies r^xcraries.ent tout' au plu«. . de ce que ks gens qui m'honorent fe font mur. tant qu'ib jugeront auffi fainement. i bzt pircc qu'il nous cit util. & plus on s'égare .?-. d'uJi intcrêt d'arpuiW.s'-c:tel-c^ ptace qu. il y a peu û. Le eu choque cœur & voila philofophant fur ks principes voila 1 ctude qui lui convient durant cette époque.fur les chofes. comme mœurs cjans il les leurs paiTions dans l'Hiftcirc. rqtikiii hî'ict .'5^ i' M I L lE.Le gcùt une que . ni de ce . le feul ap- & Voilà ce qui rend û diffiiéiles. Sortes di:-lz. 11 ne s'enfuit pas qu'il y ait pJus de gens de goût que d'autres .car hors 1 inlHncl qui le déterrrJne. k le? loix dans les choies ph^fi-ucs.. du goût. vous ne fa^. & ce décidons du goût. Etudiant les hommes par leurs e monoe. fi ien-ible aibitraires. qui jugent comme elle fur h& -goût . Dans celles^ ci. jcs pures .mbknt abfolumcnt inpétit fufHt.u plvs grand ncmbre. Les princijîes du goût f. car bien lainement de chaque objet. la pluralité juge y a peu d'hommes tous. en ne voit plus h rs. . hoft-il iera beau a obtenir leur eilime.indifFei entes.r:^-^t\ concours des goûts les plus goût.ez plus ce que c tft que le goût.gens de y a peu ce belles' per/b ne§^.

.^^^ ::j^re du Joût qu'on '\c L m fenfibilité qu'on a reçue i fa culture « 1 dépendent des fociétés .s des f^^^^^^es leconde comparaifon.•tout encre du m qui paro.. . ^^. goût iLnelc tou.i"J Vuge plus que d'après approuve. ou «^ J^'u^ ^^ l * Dairée dernier cas il n'eft plus vrai que le bon goût éclairés AWs".J. c'eft en ce ca:aaere.a'^"t.tc plus où é-ne la volupté Je go-.Ts qui tiennent à Hitutionj fens q^^J.. Alors Parce que 'objet change quoi cela? •".^. la mode étp"fte dans le c'as contraire ^ mais ce qui plus ce qu.l^^.^/^. ci b car que la van. difputer cu'il ne faut pas n..f^^^f.". au des goûts.^^^". '^ H^au fexe. s tous les homm s a eft naturel à . re'i e« prouvé dans eft celui du pl- S^" ^'""1 b un W/.>ie de l'opinion fr.a^ impui il u importe des n^^^^'-^l'âge..". & dr^vclonne pas dans La diverfes caufes par il'd £jet à s'altérer peuc^avojrj. nour faire beaucoup de d'amufement Se d o fides fociétés ment il faut règle d'afFaires on a pour ca dans celles ^et" vête.n^.'''^^'qS.'/« o îé foit modérée ti.Sa .. &':„ l'inégalité ne foit pas trop r?v ..ilfautvivredar. non ce qui elt qu'elle. cioit plus ceux qu elle ''.pas dans tous au même degré. car uai j. beautés - rr^'/. en merne mefure ..^. plaît l'on ne cherche .il de h frmi(' * '" m« cent.nombreu^es^ nt.u. U elTai fur recu. .'' multitude n'a plus de J"g™">'. ils ne lont. p imitaimua ce qui tient al au moral dans . d'obferver i i5S qu'ils .£tut î^ouvera da^.V ui expliquablcs ou DE L'EDUCATION. el le .j en troifieme lieu.

de nouveaux moyens <ie depenfe. Se : ce qui f[ue le goût. Dans tems. prend fa forme . fujet au caprice k à l'autorité. les guide euxmêmes. & les autres pour en profiter. il eft faux.ire. vrais moddes du goût font dans la Nature. mais ce qu'ils ont approuvé. Ji'eft tel qu'a force de la contrarier. h fait aimer ce qui eft difficile k coûteux j alors le prétendu beau. fa culture eft un efi^ct nécefîaire de l'objet de cette fociété. 5r qui dépendent plus de l'entendement. faites tous (on propre fcntirnent . à 1 envi. ce me femblc. Par-tou toù le goût eft dirpendicux. Voilà comment le luxe & le mauvais goût font inféparablcs. commerce des deux fexcs bon ou mauvais. Ceux grands. Par-la le grand luxe établit fon empire.ure. plus nos tableaux font défigurés. Mais quand la facilité de jouir atC'eft fur-tout dans le tiédit le defir de ph. Quand lea phyfiques. Tous le. C'eft alors des objets que nous ai- bien. le h c'eft-là. que chaque homme ait tirons nos modèles j & le beau de fantaifie. Plus nous JîQus éloignons du maître.154 les Emile. eft leur intérêt ou leur vanité ceux-ci pour étaler leur richeflé. Se c Confultez femmes . Les hommes dans leurs travaux ne "font rien de beau que par imita ion. cherchent. une autre raifon'des plus bon goût tient aux bonnes mœurs. loin d'imiter la Na'. fenfiblcs pourquoi le le goût doit dégénérer. n'eft plus rien que ce qui plaît à ceux qui nous gui- mons que nous dent. goût des femmes dans les chofes qui tiennent au jugement des fens . qui les nous guident font riches j les les artiftes. celui des hommes dans les chofes morales. & ce qui eft le plus agréable en loi aura toujours la pluralité des fufFrages.

& je La raifon de ce choix premiers. Si. * délicat corrompt par une délicateffe exceffive. & dans la recherche La connoi ? & à qui doit-elle être indifférente ouMlefagreable fance de ce qui peut être agréable a celui aux hommes n'eft pas feulement néceffaire celui qui veut qui a befoin d'eux.. elles fe femmes feront ce qu'elles doivent jugeaux chofcs de leur compétence. manière de les être écoutées. je commenceras finirois eft la les tournée par ces derniers. mais encore à même de leur plaire il importe être udle moins leur nen moins pour les férvir. n-ouve. pour cultiver le . quelles fes décifions doivent alors élémentaires que je poVoiRles confiderations raifonnant avec mon Lferai pour principes en : confeilles k eft nen mile fur une matière qui ne lui ou il le différente dans la circonftance qu'un dont il eft occupe . & l'art d'écrire n'eft quand on l'employé a faire qu'une étdde oifeufe. à naître. force.ou DE L'EDUCATION. mais depuis depuis qu elies les arbitres de la littérature. écouter la vérité. toujours ridiculement de ce fexe. & 155 être. car plus on plus cette fubtilité rend le taft •fc multiplient . qui goût rend ap- G 6 . & d'autres où elle ie fuivrois l'ordre rétrograde. de la fion de parler des vrais talens des chofes fur^ leicultiver. établies livres k à en faire a toute fe font mlfes à juger les i^es plus a rien. difciple. goût de mon . fe par le que I des hommes n fenfible à des chofes que le gros a 1 efprit de perçoit pas : cette délicateff^ mené fubtilife les objets. p^us ils éifcuffion . elles ne fe connoilTent favantes fur leurs ouauteurs qui confultent les vracres font toujours fûrs d'être mal fur leur parure font les galans qui les confultent J'aurai bientôt occamis. j avois Culture eft encore à choifir entre des pays où cette auroit déjà dégénère. borneront quelles feront ront toujours bien .

eîit On dŒmiie j. peut Si -jamais rien. Si que les gens peu accoutuinés aux fociétés. paroît peu de livres être : efïimés dans l'Europe.i f. la plùLfcphie 6: les lumières sétendtiit .m. qui penfcnt qu'il fufnt de lire les livres qui s'y font. arcr les divers goûts des hommes. où le g. on apr- prehd.' Je m.e garderai de polir le jùgc:r. Ceux." K M U î L ' E. peuvent guère fdtesquepar àçs gens t:cs-rcpandu3.nomhreLfcs y epuifert leur attention fur les grands traits. allez pafTer une année à Paris. en évitant c& l'employer ccrr. &. c'eft fur (% s objets plus fimples que je le ramènerai fixe leii -n. délicat & moins uniforme..fer rom. . }.. dont l'auteur n'ait été îé former à Paris. u'à l'altcrcr .•. beaucoup plus dans la converfation des auteurs que dans leurs livres . mais il ne faut pr. Capitale que le bon goût fe cultive . me eux.. t: ileit bien diillcile que cela n anive^quand en rcftc avec eux tro. les auteurs euxmêmes ne font pas ceux avec qui l'on apprend le plus.•':. 11 faut perfcéiionner par leurs frtins l'inllrumen^ qui juge..ptJendraL de. k 'il. - peut apprcn ?re à p'nfcr dans les lieux où Le mauvais goût règne .s. " r^-^ .s per.. à préfent un Heu policé fur ]à terre.frappent après toutes les autres. Il n'y a. c'cft akîli qu'on apprend à penfer. plus loin encore pour lui G o c on fer ver .. ou vous ne ferez é-c tète pcnfantc. Icng-tem."vtcndu qu'elles . allc''.•:.p s. fj trompent. Il ie forme aIor5 au^ tant de goûts qu'ils Dans les dify a de tête?.e ceux qui ont ce mauvais goût.eut-étre.cût général feit plus mauvais qu'à -Fans. 5: quand 11 aura: le ta:t afiez fin pour fentir 5c coni. Pientôt vous^ ferez tout ce que vous pouvez être. Cependant c'eft dans cette. Lqs obferviations fines ne.éni&. C'eft i'efpiit des fociétcs qui développe une qui porte la vue aufli loin qu'elle vous avez yne étincelle de 2. Je m-'y. putes lur la préférence.

omets Gui lui plaifent. mené les repoëfie. dans la écrits des ^anciens. langues pour elles-mêmes. 'abonJansT en chofes.onumens jufques far les ton beaircJ Les nôtres font couverts d'éloges . tendre les certaine firaplicité de goût il y a d'aiiieurs une cœur. il apprendre p-our enfaut étudier & comparer l'un & l'autre. au conprononcent beaucoup. fur ceux 'des anciens on lifoit des faits. . A Tépitaph i de ce Bcrps^ comp:irez celle de l'efFcminé Sarduuapalej Jaî I . l'iûior. régies de "l'art de parler. Dans le tumulte avec lui des de-la difilpation ]e l'aurai me ménager les dirigeant toujours fur des entreliens utiles". dans toute efpece de littcrature.41 trouvera.ou DE L'EDUCATION. Héros. .trouve que dans les qui va au Dans l'éloquence. Nous leur jugement pour loi n'eft pas La diîlerence des de former le -nôtre. j'aiirois H'abor. le. car rien n'cft h commun que anciens ils des Hero parmi nous. traire. ITeioen: cakas. confcivjr un goût pur 157 k f ^in. de le lui apprendre à fa-ire ranalyfe toutes les beautés de l'éloquence rendre fenfible à C'eft peu de chofe d'apprendre de la diaion.' deviné qu'elle étoit mo:'>erne . Ws auroic-t dit ce qu'il avoit fait pour l'être. & qui ne f. deux goûts fe fait l^-nir dans tous les rn.Latin pour-favoir le François. leur ufage n^fc pas ' & fi les mais l'étude des langues important qu'on croit II faut à celle de la grammaire_ générale. comme dans l'Hiftoire. Voici ^e tems de la k-aure & des du difcours. k fobrcs à juger. mais chez les étoi- Au lieu de dire qu'un homm. livres agréables. moyen k SùJ.e étoit un ent rares. . Quand j'auris trouvé cette épitaphe fur un monument ancique. j'aurai foin de -les kr ren- k Voici le tems de dre aufli àmufans qu'inftruaift. dif^nt peu & donner fans le cefle Nos auteurs.

irréprcckables dai. que ce n'eft pas l'académie des compofë celle-là. il dira C'eft un Orateur. parce que tout ce qu'on /gagne d'un coté on le perd de l'autre .elques «Guerla retraite des dix mille. Les anciens montroient les hcmn-. dans cet éloge fi court h fi fimple.mcs morts peur obéir a fes Jointes hix. il dira C'eft un Avocat. mais en lifant Cic ron. Entraîné par la maie éloquence de Demofthène. mémoire de qi. de quoi l'auteur devoit avoir le cœur plein. qui donne fi peu de prix aux parole. que leur génie eft plus à eux. ne porte fa première attention fur ces difFerences. que tous les efprits partent toujours du même point. Malheur à qui ne trouve pas cela raviflant ! On lifoit ces : mots gravés fur un marbre aux Thermopiks Pajfant^ ici va dire à Sparte que nous Jorr.es au naturel. K' A elles n'influent fur le choix de fes Icôures. guerre àf tout . ? ^ Laquelle dit plus à votre avis Notre ilyîe lapi- daire avec fon enflure n'eft bon qu'i ibuificr à^s nains. il n'y a point de vrai progrès de raifondans l'efpece humaine. les anciens font les plus près f'e la Nature. Emile prendra plus de goût pour les liv es àt% anciens quie pour les nôtres. en trahiibn dans \'^cilà Ils 7nournrent^ dit-il. En général. par cela voit bien infcriptions qui a : : On feul qu'étant les premieïs. mais confidcrez.s la da?is l'amlùe.15? EMILE. ^ que & le tems t^u'on employé àfavoir ce que d'autces ont penUé . Quoiqu'en aient pu dire la Motte & l'Abbé Terrafîbn. riers tués & l'on voyoit la Xenophon honorant que c'étoient des hommes. y aï bâti Tarfe Anchiale en un j'cur. Je fuis trompé h mon élevé. i^ niaintetiant je fuis mort.

puis le laifîe pour n'y jamais revenir. Fontenelle difoit que toute cette les modernes fe réduifoit difpute fur les anciens à favoir. je lui en montre aufîi les égoûts dans les réfervoirs des modernes compilateurs . préceptes Se la morale. le bavardage des académies . Après l'avoir ainfi fait remonter aux fources de pure littérature. l'Italien fait ! amufemens que mieux âge . on a plus de lumières acquiles & moins de vigueur d'efprit. k rien par eux-mêmes. il eft fait pour flatter. n'en profiteront fans contrainte. elles lui feront délicieufes dans un & & de^ circoiiftances où le cœur. cette queftion ne feroit pas imper- & tinente à faire. iz d'intereffer L'étude du théâtre mené à celle le cœur humain.ou DE L'EDUCATION. mais le goût car c'eft-là fur-tout qu'il Je k Laiflez les réfléchir. Ces études feront pour lui des le Latin. il n'y a point d'école où l'on apprenne i\ bien l'art de leur plaire. non les mœurs. le mené aux fpedlacles pour étudier. pour le réjouir. il jette un coup d'oeil fur tout cela.s'iatereiTe avec tant . 159 penfé étant perdu pour apprendre à penfer foimême. . elles ont exaélement le même objet. pour amufcr les hommes . journaux. je lui fais remarquer que chacun de ceux qui les compofent vaut toujours mieux feul qu'avec le corps . fi les arbres d'autrefois étoient plus Si l'agriculture grands que ceux d'aujourd'hui. ce n'eft pas Le théâtre n'eft pas ici qu'il faut les apprendre. lui dirois-je . Qi_i'il ait une étincelle de goût pour elle. avec quel plaiûr il cultivera les langues des Poètes. Nos elprits font comme nos bras exercés à tout faire avec des outils. le Grec. avoit changé. traduftions. dictionnaires . montre à ceux qui favent pour la vérité . de la poëfie . Je lui fais entendre. làdefllis il tirera de lui-même la conféquence de l'ula tilité de tous ces beaux étabiilTemens.

ais non pas qu'il t'égare . & ce n'eft pas de tous es badinages qu'il s'agit dans fon éducation. de volupté réelle. & fain ne peut plus fervir de régie à & de chercher en moi-même un. dans les belles-lettres. J'ai dit ailfe connoitrè en petites ch -fes. n'es rien. d^ t^îs foins ne font rirn moins qu'indifferens .irels un jour dans leurs fes goûts. les Mon & aim. mais p'jifque c'eft d'un tiffu de petites ehofes que dcpead l'agrément de la vie. faits tant de charme à tous les génies de beautés pour le toucher. mis à part le l'art que goût n'étoit que de les préjugés éc l'opinion. tu : Au relie. m. d'empêcher que fcs apne s'altèrent. Je n'entends point ici les biens moraux qui tiennent à la bonne difpofition de l'ame. dont le cœur pur perfonne. qu'il rcu/Tiffe ou non dans langues mortes. mais fois homme fage. iSi tu n'es que l'un des deux.i6o -E M I L E. eft d'y fixer fes aftecftions H fa pétits nat. Si qu'il ne che. qu'il doit trouver plus près de lui.î quatrième livre de l'Eneïde. quelle différence C mbicrt le cœur de l'un eR: remué de ce qui n'affede pas même l'autre. bon jeune homme Arrête. peu m'importe. les moyens d'être heureux.er principal objet. ou TihuLe. Se de l'autre un poMffon de collège liiant i.ux bien que le langage de l'amour te plaife.che richcff. Il n'en vaudra pas moins. de laiHer un moment Emile. le beau dans tous les genres.re portée. danstoute lavéri:é qu'ils peuvent avoir pour nous. je te vois trop ému je v. ! O ! fuipends ta ledture. k cela efl: très-vrai . Figurez-vous d'un côté mon Emile. s'il ne fait rien de tout cela.exemple . Qu'on me permette. fois homme fenftble. mais feulement ce qui eft de fenfualité. en lui apprenant à fentir. ou le Banquet de Platon . dans la poëfie. c'eft par eux que nous apprenons à la remplir des bien3 mis à no^. pour mieux développer mon idée.

fConcviiiiornaire.FoIl(i wi frifon qui a grand'' peur :Jer trop ma mon . fi j'étoi. je cherchercis ce qui m'eft le plus que je puis le mieux ni'approprisr*] agréable k pour . & ce n'eft p^s toujours en bien que Tes Jai pcnfé cent foie. ':Knh)i je fcrois de ma fortune l'inftrumf nt de mes qu'il faut . Mais en quoi que je uni iv^ment ou upé i & ccmmc-tous les giutrcs. pour -faire oublier qu'autefois je fus de leur claffê. idemain je ftrcis prefque inéviiablmient tiran.bîcnt changer la Nature.œurs du Lecteur. . c'cil je fepois 5c voluptueux je -plutôt qu'orgueilleux & vain. car je ife idonneroisplus d'autre nom aux indigens. pie plus fenllble i6i ù plus rapprcché des n.de n^clJ-cfas cotînu - pour tel ! De cette immenfe profufion de biens qui cou- -vrent la terre. Si je crcirois toujourj voir fafte.ou DE L'EDUCATION. entrant dai^s le réginient de Navarre . J'aurois même quelque hcnte d'eta- richclTe. que me iivre- Tois au luxe de • mi. efhci. y a des é ats qui f( n-.cjiiairu-/ dont je ferais •ijufquec-la. De mcme.^. it en pjs. j'aurois fait tout ce • il h reioiidre.mi pa^ é-:at de toute humanité. foit i". riche. • - pour le devenir. de toute équité. en mi ux. crois que j'en cHfî'ed-èroisbeail'» f-^nfuel 5^: . dtftruileur du peuple. nuifible ati PnnCe^ enn. les hommes Un poltron devient brave en iqui les rcmplUient. que j'écrafcrois de voihns 2 \'ord\\e. avec eJTets ie font fent r. de toute efpece de vertu.feul. je ferqis -• .-coup.ba?. dire à fes iJ'envicux. ce n'eft pas feulement dans le rriilitaire q\ e l'en prend Tefprit du Corps. fpeftattur déuJaigneux des mifcres de la cansille . impitoy-:able ci d r peur tout le monde. que fi j'avcis le malheur de lemplir aujouîd hui ttl emploi que je perfe en ctnain pay?. je fcrois donc infolènt fenhble k délicat pour moi.ollefie bien plus qu'au luxe d'o- ftentation.

dans mes goûts. ma table ne feroit point couverte avec appareil de magnifiques ordures. je îerois tempérant par fenfuaiité. Je préviendrois les falfificaticns de la fraude. je n'imiterois pas ceux qui. j'irois. je la pren- drois toujours pour modèle j dans mes appétits. & Ma im fotte Si groiîiere gourmandife n'cnrichiroit maitre-d'hôtel .i62 pour cela.. de charognes lointaines j je prodiguerois ma propre peine pour faisfaire ma & fenfuaiité. : Par I\e fe îa même raifon. à quoi j'?}oute- mais comme elle tempérance. & les climats en contradi<5tion avec les . k qu'il n'y a point. û elle étoit à prix. comme Apicius. tend. ceux dont elle fait le meilleur apqui paflcnt par le moins de mains pour parvenir fur nos tables. de vrai plaifir dans la vie. trouvant bien qu'où ils ne font point. k qu'aucun cuifinier ne leur donne j l'air du climat qui les a produits. plutôt l'v chercher. que de l'en faire venir car les mets les plus exquis manquent toujours d'un ailaifonnement qu'on n'apporte pas avec eux. dans les nets. le EMILE. elle-même. Je rellerois toujours auffi près de la Nature qu'il fercit poflible. plus j'y trouverois Dans les choix des objets d'imâtation. la premier ufage de ma richefie feroit d'en acheter du loifir k la liberté. j'irois au-devant du plaifir. de réalité. fans la fanté. je voudrois toujours prêt. t du fien dans rois la fante'. pour flatter les fens que j'ai reçus d'elle . je la confulterois toujours . ne s'achette qu'avec mes jouiflances. bien fur que plus elle mettre. je lui donnerois la préleience . il ne me vendroit point au poids de l'or du poifon pour du poihbn . n:ettent toujours les faifons en contradi<Slion avec elles-mêmes. puifqu'alors cette peine cft un plaifir qu'elle ajoute à et lui qu'on en atSi -je voulois goûter un mets du bout du & inonde.

Si fruits.ou DE L'EDUCATION. quand mon palais & & foin d'être humedi" ni le rafraîchi? deurs de la canicule pofort agréable ? Le préf/rerois-je fortant de la êle. vient à bout de n'avoir fur fa table toute de mauvais l'année que de maivais légumes des j'avois des cerifes quand il gèle. dans la Je voudrois. avec fes fourneaux 5: f^'S ferres chaudes. toutes fes non du Il y a de la peine qui la fuivront. melons ambrés au c. dans fa maledi^ion. ier l'été à & & refpirant à demi-couché dans les grottes jde Tarente j tantôt dans l'illumifraîches fanation d un palais de glace. faifons \ qui. où l'on n'a contrerefterois en place. l'eftoqualité. &: vont avoir froid en Italie. ils la trouvent. à la fraife. imiter. & qui. avec quel n'a beplaifir les goûterois-je. par des ornemens parure de mon tirer de très-fimples. h aux fruits défal-r terans . je point appris à s'en garanar. déhces. ou je prendrois tout le tirer d'une falfon tout ce qu'elle pied Je voudrois de a d'agréable.s d'haleine un doux zéphir & tigué d. & & goût à troubler ainfi l'ordre de la Nature à lui ar- racher des produaion involontaires qu'elle donne n'ayant ni à regret. & chaud dans le Nord . ni faveur. dans le fervice de ma t:ible. fans fonger qu'en croyant fuir la lieux rigueur des faifons. dans les Moi. & d'un climat tout ce qu'il a une diverfité de plaifirs & J'aurois particulier. : d'habitudes. tantôt Naples. la variécé des faifons. ne peuvent ni nourrir mac ni flatter le palais. fur de l'hiver. palqui feroient toujours dans la Naiure i j'irois l'hiver à Peterfbourg . logement. cherchant l'été en hiver. fans anticiper fur celles chacun. ho. Risn n' ft plus infipide que tel fraix que les primeu s . ce n'eil qu'à grands riche de Paris. s plaifirs di bai. lourd Dans les armaron me feroit-il à la groifelle. les 163 l'hiver en été. qui ne fe reff-mbleroient point.

: : avoir toujours ces gens-là entre moi &: le relie monde. c'cll moins parer que déparer le printms } dans les bois chercher la première violette. Ce font de mauvais interprète. payer moins chèrement j'irois pour faire un exercice agréable. & .iicurs qui l'entourent.-ides. du un comme û j'avois peur d'être abo dé. au lieu que. Se cela c'a bon à redire encore. Si il n'a pas peur d'être obligé de garder le logis fous ce prétexte. qu'un Duc des d x A'ie. pour choifir plus fûrement.jil faudroit que vingt voix répétàflént // èoire avant que je pufle et mcher ma foif. quand foa cocher veut fc donner du bon tems . en s'tiinuye peu. : avant t«uî autre. &~ s'écrier daiis un faifiilémenî: de joie .e plaît. terans qui me font oflferts fur la terre fans tant ue foins ? Couviir fa cheminée au mois de Janvier de Végétadons forcées. pour voir uTi peu ce qui fc fait hors de ch a n^oi i cela récrée. Mortels. comme qu'on s'y prenne. bourgeois tire plus de vrai fervice de fon fcul îaquais. qu'ayant à table n Un m verre à côté de moi. ni marcher toujours avec le fracas d carrofTe. c'eft toujours q. Si <|Uclquefois cela ij^ftruit Enfin j'irois pour aller. en cheil le iait min» .? qu'un portier Si des laquais . quand on va beaucoup. Tout ce qu'on fait par autrui fe fait mal.:e!que chofe l'ennui commence par la vie trop fédenaire .i64 E M l'iiivcr I L E. épier le premier bourgeon.de fcs ïambes font toujours prêts s'ils font fatigués ou mal. fi j'avois un grand couvert. la Nature vit encore Pour être bien fervi. vous n'êtes pas abandonnés. ! c'eft s'oter le plaifir d'aller cela a déjà été dit. je bois a Pinftant qu'il m. J'ai penfé cCiit fois. je ne voudiois point J'irois moi-même. Je n'enverrois pas chez les Marchands. j irois pour que «ncs gens ne traitûffent pas avec eux avant moi.j'a'irois peu de domeftiques . de fleurs pales 5c fans cdeur. Les chevaux d'un houime qui fe fert.

nous arrangeons pour yivre toujours j nia!s j'en aurois une nicme effet. une guerre. tout n'eft-il pas au riche quand il veut & iojirr eft UM be'tù. fû£-on plus puifiant qu' Alexandre 6z plus ri. des autes que les lervices qu'on ne peut tirer de foi. une révolté me chalTe-t-elled'un lieu? j'y trouve mon hôtelarJe vais dans un autre. on ne doic recevoir. t': leur maifon . comme un baret. C'eft un afiéz beau palas que dans mon palais. . comme Philippe teno. fi nul ne nous fert jamais i\ bien que nous-mêmes. voy^-ge. 165 fecher d'imtiu'n. Pourquoi prendre le foin de m'en & & un moi-même. ibi paîrîa y c'cft-là fa divife . Il me diitc rente qui prociuiroit le fembleroit que rn'établir avec tant d'appareil dans un lieu feroit me bannir de m'emprifonner. font tous loils regardant la vie gés èc meublés fimplement. . bien que tiès-voluptueux.comme un ca- Cette raifon prend peu fur nous autres riches. mille embarras ne le font point pationce.it à lui toute place forte où pouvoit Pourquoi donc entrer un muht chargé d'argent. m'apprêtcr de fi loin des jcuilTances que je puis trouver dès aujourd'hui ? L'on ne faûroit fe " faire faire . . ni relier tn place au moiment qu'il vou- Enfin.ou DE L'EDUCATION. commune n'cft a perionne. fi preffé de vivre. qui. par des portes s'aller circonfcrire par des murs comme pour n'en fortir jamais ? Une épidémie. U la oambre de chacun de mes gens jne feroit Les Oauiri étrangère que celle de mon vpiiin. j fes lares font" les lieux où l'argent peut tout fon pays par tout oii peut paiT.he que Crélus. pour ai. rivé avant moi. Je ne voudrois point avoir un pdais pour demeure car dans ce palais je n'habuerois qu'une chambre loute pièce. tandis qu'on en bâtit pour moi par tout l'univers ? Pourquoi.ir fon coffre-fort.ifi dire. droit v^lcr. tous les autres. ri ntaux. le monde .

qui en ufe le bénéfice à la longue. en raifcnnant bien.i66 EMILE. En ceci l'abondance fait la mifere . un amufement d'homme & mes plaifirs laiffer me donneroient trop d'affaires peur me bien du tems à fi mal remplir. ne peut jamais fe changer en fureur que dans un efprit mal-fait. n'eft point eft la reflburce d'un défœuvré. manquant dé tent. & que le défaut de ce qui leur manque donne plus de chagrin que de n'avoir rien. C'eft ainfi qu'Empédccle reprochoit aux Agrigentins d'entaffer les plaifirs comme s'ils n'avoient qu'un jour à vivre. Se feulement un très-petit jeu. Je faurois alors que de telles colleâ:ions ne font jamais complettes. faire un fort agréable en fe mettant fans cefTc en c. fi ce n'tft Si j'équelquefois aux échecs. ni l'être. Se comme la forme des jeux modérés. s'affeélionner beaucoup à un amufement où les rifques de toute efpece font contre foi. il n'y a pas un faifeur de collecQuand on s'y con-i tions qui ne l'ait éprouvé.ntradi6lion avec foi. tois riche je jouerois moins encore. ni bibliothèque. ayant fi peu de quoi le peupler. motif dans l'opulence. D'ailleurs que me fert un logement fi vafte. on ne peut. 5î de bâtir comme s'ils ne dévoient jamais mourir. pour jeu il foi. Celui \ . je n'aurois ni gallerie. moins de quoi \c remplir ? Mes meubles feroient fimples comme mes goûts . quand on fait s'en & : iervir Le riche. noît on n'en doit point faire On n'a guère un cabinet à montrer aux autres. fur-tout fi j'aimois la leélure Si que je me conrufie en tableaux. Je ne joue point du tout étant folitaire & pauvre. pour ne voir point de méconL'intérêt du jeu. Se cela de trop. Les profits qu'un homme riche peut faire au jeu lui fonf toujours moins fenfibles que les pertes . fait qu'en général ils vont pluS en pertes qu'en gains.

: Le . mais fi j'irois donc paffT ma journée ailleurs ces femmes éto ent j"un. eft d'amortir un peu cette paflion fordide on aimera mieux s'exercer à prouver l'utilité du jeu que de s'y Moi je le com. Par-là plus maître conduite. Je ferois le même dans ma vie privée èi dans lie commerce du monde. 167 Celui qui nourrit fa vanité des préférences de la fortune les peut chercher danj u s objets beaucoup plus piquans . je fuffe peuple à la Guinguette & bonne compagnie au Palais-Royal. Se peut-être le feul qu'ait produit le goût des fciences. Le clinquant de la parure eft incommode à mille égards. je metrrois toujours à ma portée dt tous les états. de ma les plaifirs : S' . & ne fit jamais fe:itir d'inégalité. Je voudrois que ma fortu le mît partout de l'aifance. livrer. & de l'ennui. qui fufpend cette habitude ou la tourne fur d'arides combinai fons . qu'à leur gagner leur argent.battrois parmi les joueurs.ou DE L'EDUCATION. aulîi l'un des biens. les psnfeurs fe plaire beaucoup au jeu. fans changement fur ma perfonne. Pour garder parmi les hommes toute la liberté pofTible.s & jolies. 5c ne reçoiveni perfonne qu'en dentelle.s . ne prend que dans un efprit ât dans un cœur vuide. dit-on. & j'aurois plus de plaifir à me moquer d'eux en les voyant perdre. Se qu'on ne me difting^it dans aucun j aflez de fentiment : j: . & & il me femble que j'aurois i que fans affectation. je voudrois être mis de manière que dans tous les rangs je paruffe à ma place. 11 y a. & ces préférences ne fe marquent pas moins dans le plui petit jeu que dans Le goût du jeu. des femnes qui ferment leur porte aux manchettes brodés. de connoifFances pour me On voit rarement pafier d'un tel fapplément. fruit de l'avarice le plus grand. je pourrois quelquefois preiidre de la dentelle poar y pafTer la nuit tout au plus.

i. Je ne connois qu'un moyen de faùsfairc c<.lîcf- fion .. veu llance •la loi. la traite le fot qui femme. c'eft le moyen fans vrai plaifir.. fi cela ne fnifcit un marché. difoit un mot fans efprit.envers ce qu'on aime. Oiiiconque paye.1 L E. par cela feul qu'il paye." mais je voudrois avoir autour àc m^i une locittê Si non une cour. reiîe ainli quitte envers deux. le plaiiir èi l'amitie fero. je ferois leur hôte..." penchant avec fa m. Bientôt i! panii pour un autre. ^' rjii- ferabléj traitée par le Vîl "qui reçoit comme elle donne. lans amour. des anâs & n< n des protégés . ou plutôt cet autre fera payé de fon argent j &: dans ce double lien formé par l'intérêt. -la coni'ortnité des goûts. ^ ù Légalitc laif-' touLe la canJcuVde la bieniz où le devoir ni l'intérêt n'entre-* L'in:-épendancé liaifon:-. ftrvicti & mes bienf.illo quelque hu. foit à vendre. j'étendrois au loin me. par la débauche.ement mutuel. Je polîede Laïs fansqu'ellc tous les tnc poflede. feroient à mes . fût-il le plub aimable des hommes. Refte à favoir où cû la femme avec qui ce procédé ne fût pas extravagant. je ne fcufîriiois jamais que leur charme fût empoi.s .onné par l'intcrét. La p. Celui qui dilbit. Il feroit doux d'être libéral. je ne ferois point le patron de nks convives. foient pour rien. fans honneur. anité.aîtreiTc fans empoisonner ramoiir j c'èlî de lui tout donner. la convenance des caniâeies. Sz d'ètre'enfuite 'nourri par elle. i68 E feul lien Je M mes . avide.ent feuls' n'achette ni fon ami ni fa maîtrcfTe. JI eft aifé d'a\ oir des femmes avec de l'argent .infidelle. l'argent le ^ic infailliblement. Si mon opulence m'avoit L. Le fociétés fercit rattaçh. mais On Loin que l'amour de n^être jamais l'amant d'aucune. je m'y livrcrois comme homme & non comme riche. ne peut être long-iems tiimé.

il eft de de l'opinion la plus vile. Un muletier eft là-def-" lus plus près du bonheur qu'un millionaire. Son dernier cfpoir eft' de plaire à la faveur de la nouveauté 5 c'eft inconteftablement-là le motif fecret plaifir Ce même l'opinion. fans agrément. n'eft pas de la Nature. mon cœur t'en promet que tu n'as jamais connus. avec de la figure. en gagnant de vîtefie fur l'expérience. puifqu'elle Celui. & des fentimens. Mais un vieux Satyre. craint la comparaifon de tout autre. pourquoi n'eft fi 169 fion qui n'eiî pas réciproque n'eft rien : c'eft tout au plus la polTeirion du fexe. on craint peu l'expérience: de fa maîtreflTe. on le trouveroit loin de fon Pourquoi cette barbare avidité de corcompte rompre l'innocence. mais non pas de l'individu. erreur. Oh ! fi l'on pouvoit développer affez les m- conféquences du vice. Or. & & : & T6m III. lui donnant la première émotion des fens. faire une fi grande affaire du refte ? Rien facile à trouver. qui fe fent le der-> tient au mépris de fci. combien. vanité. dont il ne fortira qu'à la mort ? ! Brutalité.ou DE L'EDUCATION. nier des hommes. de fe faire une viôlime d'un jeune objet qu'on eût dû protéger. & qui feroient plus excufables Non. lorfqu'il obtient ce qu'il a voulu. H de . fans aucune efpecc d'honnêteté . incapable. fans égard. Se rien davantage. ufé de débauche. croit fuppléer a tout cela chez une jeune innocente. du me--d'être difficiles ? rite. dignes de plaire. fans ménagement. indigne de plaire à toute femme qui fe connoît en gens aimables. fottife. n'importe . veut pafler le premier pour être moins Voyez fi les plus avides de ce ragoûtodieux. imaginaire font jamais de jeunes gens aimables. on luidit Tu connois les plaifirs. & que de ce premier pas on traîne inévitablement dans un gouffre de miferes. où le moral de l'amour n'eft pas. dans une jufte confiance.

de manière à fe venger de les avoir endurés. Que fi des habitudes mal-combattues avoient tourné mes anciens defirs en befoins. S'il me reliera du & cela me quelque deligarantira d'ufer ma fortune en d'cpuifer dupe à courir après des chimères. cette même Nature a toute fille qui fe loin de revendiquer fes droits : vend s'eft déjà donnée. de les imaginer décrivant les vilains plaifirs du vieux fmge. fantaifie : mais il fe qu'il fait n'eft pas moins de la trompe. de leur préparer à mes dépens les récits les plus ridicules. qu'il m'en tiendrois-là je ne me feroit poflible. & j'étoufferois ceux qui ne feroient plus que mon fupplice.170 de cette EMILE. il fe trompe aufîi dans fa folle attente . donc un imaginaire. & n'en eft pas moins abhorré. l'horreur Nature que n'en font les defirs qu'il voudrolt exciter . bourfe Si ma des enfans. plaifir & s'e'tant donnée à fon Il choix. mais en rougilJ'ôt«rois la paflion du befoin. je fant de moi. je prendrois les goûts dont je peuxjouir. mais avec honte. il moins quelque goût. jamais. Pour moi. plaifirs de la leur volupté. quelque fcns.me Si je reftois tel que je fuis. étant riche . je ne fupporterois point de voir mes dégoûtantes careffes leur faire foulever le cœur. vie à ma me faire trahir Se moquer par jeune je chercherois les les voulant dans toute je ne les chercherois pas en hom. chofe . aichette elle a fait la comparaifon qu'il craint. j'aurai beau changer il eft un point où je ne changerai ne me refte ni moeurs. j'y fatistcrois peut-être. ce fcroit autre riche. 6c me ferois plus une oc- çirpation d& ma foibleife. cateflè. je me bornerois prudemment aux plaifirs de mon âge .tout n'en . & je voudrais fur. & m'affortirois le mieux . Si j'étois jeunefTe. Je n'irois point oftrir ma barbe grife aux dédains railleurs des jeunes hlles . ni ver:u.

veut avoir aux yeux des autres eft qu'on perdu H.-. elles en un mal horrible. d'aflaiionnement au plaiûrs au feinleur grand fléau c'eft l'ennui les riches. leur ôte quelquefois la ralfon. qui.„. qui ne fv.jc lumur. : vains efforts "^"''- & ' peuple ne s'ennuie guère.-. ne aans tous hs a ^es que les faifons il faut être loi lutter contre la Nature. lui manquent 5 a d'autres plaifirs quand ceux-là vainement après ceux qui fuient. au de tant amufemens raffemblés à grands plaire. oifivc.„ . on en courant Changeons encore ceux qui nous font laiffes. 2 . tant de gens cojicourans à leur milieu de /- ' a a- «V Le : - l'ennui les confume & les tue . ils font rares . renferment de la vie plaifir Le dans la plus mauilade uniformité. il le en font dévorées fous le nom de vapeurs . 171 La vie humaine n'en avoir qu'un feul témoin.tnt plus s'occuper & à en être atteints'.^^ * change du petit agréable qui s'attache à elle. ils paffent leur font accavie à le fuir les femmes.. furblés de fon poids infupportable: ni s'amufer. les ufages qui déle cours rivent du luxe & d'un bon air.. - & — de à qui la vanité d'être homme ment de fon état. la longueur des à bonnes fortunes fait fupportcr jamais paflé créature huplus triftes jours qu'ait même en femm. & ne point nous empêchent d'en ufent la vie. .. qui transforme pour enRn la vie.: :. s'éloigne ainfi double- & maine. fraix. fi fes amufemens ne de jours de fatigue lui font goûter avec beaucoup Une alternative délices quelques jours de fêtes.. tout. Les bienféances. r^^ ^^. la vie eit active. les mode-. font pas variés. tient heu lon'Ts travaux & de cojrts loifirs de Four de fon état. s'ôte déplaçons pas plu» de ffoùts avec les années. p . ils f .ou DE L'EDUCATION.ir^'tc nninf de fort dus aftreux ^\ ? -r que celui u une jo.ces les tems.

qu'on ne couvre pas autrement les maifons dans mon pays. ou. que l'opinion redoute fur toute chofe. dormant chacune daii« Ion ' i&ùttuil. & quand je parlerois d'agriculture. On n'eil jamais ridicule que par des formes déterminées celui. m^ .ps . pour avoir l'air de s"amufer beaucoup. mais il jouit. Ccmme je ferois peuple avec le peuple. . fort embaj rallts à s'y garantir dctre gek's. «fFace aujourd'hui l'impreffion d'hier il eft comme . perdu peur tout le monde . le payfan ne fe moqucroit pas de moi. on ne l'a ni pour eux m peur foi*. Dans la rigueur de l'hiver leurs gens pallent la nuit dans la rue à les attendre. dans chaque fituation je ne m'occuperois d'aucune autre.^n EMILE. nrn la triile ardoife. feule formic confiante feroit celle-là Ma . parce qu'elle a Tair plus propre àc plus gai que le chaume.ais la tuile. je prcfererois magnifiquement.gée. On entre im ioir. pour mieux dire. Sur le penchant de quelque agréable colline bien orabr?. une maifon blanche avec des contrevents verds. eft toujours à côté d'elle pour la tirannifer ti peur la punir.e jarrais fè ccucher qu'à cir. nul dans l'efprit des hommes. fe font une loi de r. Leridkule. & que cela me rappelleroit un peu l'heureux tems de * Deux femme» du monde.t cou er les heurts fans les oimpttr: on Ks fiouve exactement leule?.q heures du matin. \ja matin. k je prendrois chaque jour en lui-même comme indépendant de la veille & du lendemain. h mettre au fond d'une Province les Tuillenes devant mon appartement. 'dans 1 appartement où ces deux perfonnes fi amiifi'ts laiflcier. car il eft tout entier à chaque heure &" à chaque thafe. j'aurois ime petite maifon ruftique. m. Je n'irois pas me bâtir une ville en campagne. qui fait varier fes fituations h fes plailirs. h quoiqu'tne ccuvetture de chaume fcit en toute faifcn la meil- leure. je ferois campagnard aux cham.

feroient ni comptés. avoir du pour parc un joli verun potager pour jardin. gluaux.ou DE L'EDUCATION. J'aurois laitage que j'aime beaucoup. font les pre- H 3 d'aulnes . La gaité. les travaux miers cuifiniers du monde.^cÇté^^aeiarées. parce que j'aurois choifi mon dans quelque Provi. la falle à manger feroit par-tout. jeuneffe. à celui dont il fera parlé ci-apres. k & mon jardinier. tous les airs de la panier des vendangeurs. au lieu de la navette & des la ligne. de femmes qui puffent fortir prendre fauteuil & fe prêter aux jeux champêtres. les •. ger. au vilferoient oubliés. cette petite prodigalité ferojt osât toucher. L'exercice & la vie adive nous feroient ^ un nouvel eftomac nos plairoic & repas feroient des de nouveaux goûts. qui ne nous donneroient chaque foir que l'embarras du choix pour le lendemain. d'amis aimant le pîaifir & s'y de leur connoiffant. i'ab^ofîaânce& la pauvreté.. femblable ne Les fruits. fur l'herbe verdoyante 5c fraîche. près d'une fource vive. cartes. Le fervice n'auroit pas plus d'ordre que d'élégance . Tous feftins. auxquels à peine Or. & devenus villageois ville des foules lag^. fous un arbrç . ma pour pour écurie une étable avec des vaches. & où régnent choihe Là. dans un bateau. 171 J'aurois pour cour une baffe-cour. à la difcrétion des promeneurs. les folâtres jeux.dans le jardin. le râteau des faneufes. «quelquefois. où l'abondance plus que la délicatefle. ni cueillis par mon avare magnificence n'étalerort point aux & yeux des on efpaliers fuperbes. quelquefois au loin. je raffemblerois une fociete plus que nombreufe. & le Là. & les ragoûts fins font bien ridicules à des gens en haleine depuis k lever du foleil.^ nous nous trouverions livrés à ^''âmufemens divers. aljle peu coûteufe. fous des touffes ruftiques.

on auroit le gazon pour table & pour ehaife.tj^ . ordre.<2 'importuns laquais comptant nos morceaux d'un œil avide. chacun feroit fervi par tous. trouveroit bon que tout autre fe préférât de même à lui de cette familiarité cordiale & modérée.une longue procefliOQ de gais convives porteroit eu chantant l'apprêt du fefijn . fois un conflit badin. naîtroit fans groflîereté. tjôujpe j fi quelques mariages. & n. - E & M I L É. fans le compter. rois aufll îe plaifir de me lèntir émouvoir un peu. le tems pafleroit. «hartaant cent ticx. j'y trouverois en échange des biens d'un prljç ï^efiiimabk. que la poîitefle.s. Nous ferions nos valets pour être nos maîtres. les bords de la fontaine ferviroient de buf5c îc dcffert ferv'is fet. \ts entrailles. s'amufant à nous faire attendre à boire. fans : iifîcté.urjîiurant d'un trop long dîné. crKiq'0â*. fe préf:rant ouvertement à tout autres. & de me dire en fecret . 7)lus bcnis du ciel-. chacun. pendroit aux arbres. par quelques coups de bon vin. Je fuis encore homme. fe faifcient à mon voifinage^ fauroit que j'aime la joîe. fans contrainte. des biens fi peu coiuius deinçs égaux^ on . Si quelque fête champêtre ra/Tembloit les hafcitans du lieu. v i ^ que ceux des villes. îx. & plus plus fait «piant nos difcours. le repas feroit le repos '& dureroit autant que l'ardeur -du jour» S'il pafîbit près de nous quelque paysan retournant au travail fes outils fur l'épaule^ Je lui réjouirois le cœur par quelques bons propos. qui lui feroient porter plus gaiment fa mifere i & moi j'au-. j'y ferois des premiers avec ma. l'appétit Les mets difpenferoit feroient fans des façons . & j'y ferois invité* Je porterois à ces bonnes gens quelques donc ilmples comme eux qui contribuercient à la fête.- ^ d'aulnes de coudriers j.

des geoliers^j des . Jufqu'ici tout eft à merveille. g. Ce n'eft pas tout j l'abondance du gibier tentera les chafTeurs. l'encens jaloûrQVîaiibm5u.ardes. des phifirs Il deitruftifs voici de tout autres affaires. tout cela ne me toucheroit guère . j'y ferois chorus au refrein d'une vieille chanfon ruftique. voudra du moins le chafTer de fon champ . & leurs fèves par mes fangliers i chacun. ment au bout de mais la chafle? me dira-t-on : Eft-ce être en campagne que de je ne voulois qu'une n'y pas chafTer? J'entends métairie. bois. cel^ agréable Mes vaffaux ne n'efl: déjà pas fort verront point avec plaifir labourer leurs bleds par mes lièvres. des procès tout au moins . des qujer relies. des rede- vances.Selte terre aura ^des voifms & des autres. des tambours. mais : : . des honneurs feigneuriaux. des avec tout ce tintamarre ils troubleroat lonnettes mon fommeil je fongerai malgré moi à la mifere de ces pauvres gens. è^ je danferois dans leur grange de meilleur cœur tju'au bal de l'Opéra. & moi. plaifirs exclufifs.ou DE L'EDUCATION. des haines. n'ofant tuerTennemi qui détruit fon travail. Je me fuppofe riche. j'aurai bientôt des braconniers- à punir i il me faudra des prifçns. i^os gardes fe chamailleront. des me faut des terres. il faudra qu'ils pafTent la nuit à les garder j ils auront des. Je fouperols gai- leur longue table.. : il me faut donc des . des. nouveau riche. j'aurai le eœur encore un peu roturier. Si j'avois tort. la 175 franchife & le vrai plalfir. nouveau parvenu. ne pourrai m'empécher de me la reprocher. fur-tout de de l'eau-bénite. mâtins.^'^'* p^ti^ être les maîtres : voilà des altercations. après avoir palTé le jour à cultiver leurs terres. Si j'avois l'honneur d'être Prince. des cornets.

tirer. J'établirai mon féjour champêtre dans un pays où la chaffe foit libre à tout le monde. plus content de fa journée que tous vos chaffeurs de ruelle. plus vous les goûterez toujours purs. . & des tranfports de joie avec lefqutls il trcuvoit le lièvre Oui. EMILE. - . ri revenoit le foir. je foutiens qu'il avoit cherché tout le jour. ou bien il faudra qu'on les chaiTc.o^-. que.on gibier aura fouragé la récolte. qu'on les maltraite.. : des archers. ^ . rendu de fatigue & déchiré des ronces.lyô cruel. chargé de fon fufil. -^°lf ^"'XO^luhôh j plus ^ . fur un bon cheval.m«r vous les laiflercz ccmIhuns aux hommes. de fa petite proie. & tuer. qui. bier fera plus rare . mais il y aura plus d'aurefie à k chercher & de plaifir à l'atteindre. viendront fe plaindre de leur côté . les autres ruinés pour l'avoir épargné quelle trille alternative Je ne verrai : ! de tous côtés qu'objets de mifere. autour d'eux. les uns feront punis pour avoir tué le gibier. de fon carnier. le plaifir de maflacrer à fon aife des foules de perdrix & de lièvres prefque fous fes pieds. Le plaifir n'eft donc pas moindre .! donc point tout ce que je viens de dire . feul avec fon chien. Les pauvres gens qui n'auront point braccnné. de fon fourniment. je n'entendrai que gtmiiTtmens : cela doit troubler beaucoup. fans art. Je ne ferr. à moindres fraix. des galères tout cela me paroît aiTcz Les femmes de ces malheureux viendront aflîéger ma poite & m'importuner de leurs crii. fans gloire.. Sz prefque fans exercice. Je me fouviendrai des battemens de cœur qu'éprouvoit mon père au vol de la première perdrix. & dont m. fuivis de vingt fufils chargés. k où j'en Le gipuifTe avoir l'amufement fans embarras. ne font qu'en cftangcr. maj-s fans changer de goûts je fuivrai celui que je me fuppofe. ce me femble.

le3 plailirs exclufifs font la mort du plaiilr. peuple rendent tôt ou tard le tourmente Encore un coup. de l'autre ma mon voifmage : il plus déterminé que moi . dans ma richefle. & je vais le pofcr ailleurs j les emplace- mens . k m'en voilà le maître . je ferai là-deffus. que j'en tire de ion terrcin. on ne les a plus. ni mileni terre à garder. Qi^ie fi Pon vient à me vexer par des folles. on ne auffi point fans fin les hommes. Quoi qu'on faffe. J2 leur donne des noms. infeéle tout ce qu'il ne partout le maître. j'y reviens fouvent pour maintenir la pofTefllon. je m'accommode fans diftinclion de tous les terreins ouverts qui me plaifent .ou DE L'EDUCATION. je m'empare de tout ce qui me convient dans n'y a pas de conquérant j'ufurpe fur les princes mêmes . ni braconnier à Voilà donc une folide railon rable à tourmenter. qu'on n'en reçoive du quelque mal-aife . & l'on ne me perfuadera jamais que le titulaire du fonds que je m'approprie tire plus d'ufage de l'argent qu'il lui produit. autour de mon parc m'en font^une que j'élève que m'ôtet triflc clôture. de préférence. ^ 1er Le démon de la propriété chercher au loin. l'eft pas . je fais de l'un mon p. Se ne fe trouve bien qu'où il Pour de fe fuir toujours. Un riche veut être touche. je prends mon parc fur mes épaules. n'a moindre . il ell forcé moi. dès-lors je m'y promené impunément. Si l'inconvénient eft ôté quand on punir. par des haies. Les vrais amufemens font ceux qu'on partage avec le peuple ceux qu'on veut Si les murs avoir à foi feul.u-c. terrafle. ce que Plus riche nraintej'ai fait dans ma pauvreté.de la . nant du bien des autres que je ne ferai jarnai5 du mi^cn. j'ufe autant que je veux le fol à force d'y marcher . Si les longues mxalédiélions gibier amer. peu m'importe . je n'ai fait à grands fraix promenade j me voilà forcé de Tal-^ le plaifu. 17.

On a du plaifir quand on en veut avoir: c'eft l'opi- On & nion feule qui rend tout difHcile. & ne connoîtra jamais le'prix de la vie. Enfin . fotte vanité.(^ de ui. qu'on n'a pas befoin d'être riche pour les goûter. L'homme de goût. & nous l'avons cherchée où j'ctois bien fur qu'elle n'étoit pas*. m'objeclera. chimère. cher- chez donc quelque ai.Emile ne faura pas tout cela màeux que moi j mais ayant le coeur plus pur & plus fain il le fcntira mieux encore. & vraiment voluptueux. s'écartera de ces régies.tre emploi de votre opulence. C'efl: précifement à quoi j'en voulois venir. Quiconque quelque riche qu'il puiiie être. s'il efl: arrache de fon coeur les afiez riche : c'eft Vara-ca mecUocritas d'Korace.ibus *^Mu:tirrm Jortem guis in-ir fin/ r" frocul. Prov. &: j'aurai mens ne manquent long-tenis à piller d'afyle. qui chalTe le bonheur devant nous . & nous ne la trouvons point. que de tels amufeinens font à la portée de tous les hommes.it pas fi vite. du goût dans choix des_ loifirs agréables tout le refte voilà dans quel efprit on n'eft qu'illufion. II importoit qu'elle ne fe trouv. n'a que faire de richefle. dans le monde ne toutes fes obfervations feront que le lui confirmer. & En paffant ainfi le tems. nous cherchons toujours Sophie. Gens à coffres-forts-. ii. pas aux environs. fans doute.inns fretium (jus. biens de l'opinion. mani^cra Icn or en fumier. Quiconque jouit de la fanté & ne manque pas du nécefïaire. car pour le plaifir elle n'eft bonne à rien.Î78 E M mes eflai : I L E. lo... jl lui iu&t d'être libre & maître de Iwi. voifins avant de vrai manquer ^ le Voilà quelque jouit. xxxi. ^ il eft cent fois plus aifé d'être heureux que de le paroître.

nous cher- & chons l'amour. de peur qu'il une qu'il prenne pour elle.ou DE L'EDUCATION. & qu'il 179 prefîe il eft tems de la ne s'en faffe ne connoiffe Adieu donc Paris. Enfin le moment chercher tout de bon. où ( célèbre. . ferons jamais le afleis bonheur. Ville de bruit. nous ne Fin du Tome troijîéme. Adieu Paris. ni les les femmes hommes à la vertu. de fumée. de boue . . ne croyent plus à l'honneur. Ville trop tard fon erreur. . l'innocence loin de toi.

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TOME ^UArRlEME •§• '$• X. Citoyen de Genève.EMILE. •$• 4-> A FRu4NCF0RT. . LXII M. DCC. Par y. y* Rousseau. u DE L'ÉDUCATION.

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NOUS En parvenus au dernier a<5le de mais nous ne Tommes pas encore au dénouement. LIVRE C I N Q_U I E M E. a dit Locke. Pour l'honneur d'élever un Gentil- homme. encore tout ne fera-t-il pas fait. nous lui avons promis une compagne. avoir tout ce qui con- vient à la conftitutiou de fon efpece & de fon fexe B pour . Sachons premièrement ce qu'elle eft. EMILE. quels lieux eft Ton afyle ? Où la trouverons nous ? Pour la trouver il la faut connoître. eji prêt à fe ?narler^ il cjl tenis de le laijjer auprh de fa Maîtrejje. il faut la lui donner. SOPHIE cOPH *^ I ou être LA FEMME. femme comme Emile efi: E . Emile Il n'eft pas bon que l'homme foit feuî. je me garderai d'imiter Locke en cela. Et là-deflus moi qui n'ai pas il finit fon ouvrage. nous jugerons mieux des lieux qu'elle habite. doit homme Tûme iV c'eft-à-dire. Puifque notre jeune Gentilhotnîne. OU DE L'ÉDUCATION... eft homme . voici la JeunefTe. ÔC quand nous l'aurons trouvée. Cette compagne efl: Sophie.

que tout ce qu'ils ont de différent eft du fexe . que elles y tiennent pourtant. que nous favons avec que tout ce qu'ils ont de commun eft de l'efpece.2 EMILE. En tout ce qui tient au fexe. la certitude. k même à la ieule & infpedlion. cette conféquence con- forme à l'expérience. l'on trouve cntr'eux des différences générales qui paroiffent ne point tenir au fexe . que tr'eux tant de rapports de la nature c'eft peut-être une des merveilles êtres fi femblables en les cond'avoir pu faire deux ftituant fi & différemment. n'étoit pas plus félon fa dcftination fi chacun des deux parfait . mais par des liaifons nous fommes hors d'état d'appercevoir. le jeu de l'une eft celui de l'autre. comallant aux fins de la nature. trouvons enfous ce double point de vue. Par l'anatomie comparée. les llruite mêmes facultés machine eft la même au moins. eft feule chofe. favons jufqu'où ces liaifons peuvent s'étendre . elle a les même . organes. la femme Se l'homme ont par-tout différences des rapports & par-tout des la difficulté de les comparer vient . Commençons donc €ft horhme de . En tout ce qui ne tient pas au fexe la femme pour remplir moral. ils ne différent entr'cux que du plus befoins. moral. les pièces en font les mêmes. la les mêmes conmanière. & fous quelque rapport qu'on les confiderc. la ngure eft femblable. fa place dans l'ordre phyfique 5t par examiner les conformités & les difFérences de fon fexe & du nôtre. putcs fur la k montre la vanité des dif- me préférence ou l'égalité des lexes . Ces rapports fur le & ces différences doivent nifiuer eft fenfible. nous ne. de celle de déterminer dans la conftitution de l'un de l'autre ce qui eft du fexe fc ce qui n'en elt pas. nous & tant d'oppofitions. particulière.

mais c'eft faite : : Ce celle de la nature. & l'un triomphe de la viâoire que lui fait l'autre remporter.ou DE L'EDUCATION. eft de la rendre nécefl'aire & fe joint par la réfiftance. il s'enfuit que la femme eft fpécialement pour plaire à l'homme fi l'homme doit lui plaire à fon tour. eft faite fe pour l'amour même. principe établi. antérieure à Si la femme de le . il il faut néceffairemerit fuffit que que l'autre refifte peu. & la perfedion n'eft pas fufceptible de plus & de moins. De cette diverfité naît la première différence affignable entre les rapports moraux de l'un & de l'autre. elle doit rendre agréable à l'homme au fes lieu provoquer c'eft charmes : fa violence à elle eft dans par eux qu'elle doit le con- traindre à trouver fa force à en ufer. c'eft d'une néceffité moins direéle fon mérite eft dans fa puiffance. B 2 . plaire pour être & fubjuguée. Alors l'amour-propre au defir. Dans l'union des fexes chacun concourt également à l'objet commun. mais non pas de la même manière. & & Qui eft-cc qui peut penfer qu'elle ait prefcrit les indifféremment mêmes avances aux uns & aux autres. enfm la modeftie la honte donC la nature arma le foible pour aflervir le fort. Ce n'eft pas ici la loi de l'amour. De-'à naiffent l'at- taque & la défenfe. il plaît par cela feul qu'il eft fort. s'il refiembloit davantage à l'autre En ce qu'ils ont de commun ils ne font en ce qu'ils ont de différent ils ne font pas comparables une femme parfaite & un homme parfait ne doivent pas plus fe reffembler d'efprit que de vifage. L'un doit être adif & fort. égaux : l'autre paffif l'un veuille & foiblej & puiffe . parfait 3 en cela que ? . L'art le plus sûr d'animer cette force. j'en conviens . l'audace d'un fcxe la timidité de l'autre.

& mênxe quand elles font le obfervé f)lus difpofées à fe rendre . mais tout elles font tout le contraire de ce que de bon faifoit la fille d'Augufte. le befoin fatisfait. pays chauds où il fur-tout dans les naît plus de elles ils femmes que d'hommes. elles ne reçoivent plus de paflagers quand le navire a fa cargaifon. & fe verroient tous mort fans qu'ils pufiTent jamais s'en défendre. même comme les femmes de auxquels cette honte fert ne vient pour elles qu'avec le befoin . le defir cefi^e . font .4 autres. leurs tems de bonne volonté les defirs. il en réfulteroit bientôt la ruine de tous deux. où la Philofophie eût introduit cet ufage. eft-il naturel qu'ils à s'y livrer ? Comment la terre. illimités frein Le defir : (i) J'ai déjà remarqué que les refus de fimagrée d'agacerie font communs à prefque toutes les femelles. elles ne repoufî'ent plus le mâle par feinte (i). s'il étoit quelque malheureux climat fur fexes. Si les femelles des animaux n'ont ? pas la honte. Se que le genre humain périroit par les moyens établis pour le conferver ? Avec la facilité qu'ont les femmes d'émouvoir les fens des hommes. Même quand elles font libres. & d'aller réveiller au fond de leurs cœurs les reftes d'un tempérament prefque éteint. il faut n'avoir jamais & eur manège pour dilconvemr de cela. & que le premier à former des defirs doive premier à les témoigner ? Quelle étrange dépravation de jugement L'entreprife ayant des conféquences fi difrérentes pour les deux le aufli ! aient la même audace ne voit-on pas qu'avec une fi grande inégalité dans la mife commune. même paimiles animaux. que ? s'enfuit-il Ont-elles. être EMILE. fi la réferve n'impofoit à l'un la modération que la nature impofe à l'autre. traîner à la tirannifés par feroient enfin leurs victimes.

ou DE L'EDUCATION. faut ou l'ordonne. il ajoute encore une récomtenir. en il : à des paffions im- modérées. rinftin<ft les pouffe font courts les arrête . la loi quiles règle. ni par conféfuccès pour que l'attaquant quent avec la même il foit viétorieux. . penfe aftuelle au bon ufage de fes facultés. en donnant à l'homme des penchans fans mefure. en ce qu'une : violence réelle eft non-feulement le plus brutal de tous les aftes. où fera le fupplénient de cet l'inftind leur inflinil négatif dans les femmes quand vous & aurez ôté la pudeur? Attendre qu'elles ne fe foucient plus des hommes. il joint à ces paffions la raifon pourjes en livrant la femme à des defirs illi- joint à ces defirs la pudeur pour les confurcroît. L'Etre fuprême a voulu faire en tout honneur à l'efpece humaine. ce Soit me donc que fes femble. & 5 bientôt paffés. mais le plus contraire à fa fin. bien. gouverner mités. la femelle de l'homme partage ou non elle le defirs & fe veuille ou non les fatisfaire. il lui donne en même-tems afin qu'il foit libre le livrant & fe com- mande à lui-même . en ce qu'elle a pourvu le oppofent plus foible. la raifon. d'autant de force qu'il en taut pour réfifter quand il lui pl^ît . plus libre car que l'attaqué le permette que de moyens adroits n'a-t-il pas pour forcer l'aggreffeur d'ufer de force ? Le le plus doux de tous les a6les n'admet la raifon s'y point de violence réelle. favoir Peur le en goût qu'on prend aux chofes honnêtes lorfqu'on Tout cela Vîiut fait la règle de fes adions. c'eft attendre qu'ils ne foient plus bons à rien. la nature k & la nature. rcpouffe Si pas toujours avec la défend toujours. foit parceque l'homme déclare ainfi la guerre à l'autorife à défendre fa perfonne fa compagne & B 3 & fa. mais non même force. l'inftindt des 'oêtes.

elles pourquoi cela ? ce auroient honte d'être fortes n'eft pas feulement pour paroître délicates. & le droit d'être foiblcs : au befoin. du bon plaifir de lanterie. donnant à la femme plus de facilité d'exciter ics defirs qu'à l'homme de les fatisfaire. non par un frivole ufage de ga- une orgueilleufe générofité de protecteur. elles fe ménagent de loin des excufes. elles affeétent de ne pouvoir foulever les plus légers fardeaux.6 E fa liberté . ou fi c'eft rend . & & que . qui. violencts. depuis qu'elles font fi peu néceftaire?. le contraint de chercher à Ton tour à pour obtenir qu'elle confente à le lailTer être le plus fort. c'eft la foibieffe la volonté qui eft femme Il lui. leurs tendres mufcies font fans rcfiftance . ni par l'autre. Se la rufe ordinaire de la de laifler toujours ce doute entre elle fe L'efprit des femmes répond en : ceci par- faitement à leur conftitution loin de rougir de leur fûiblefle. la conque le plus fort foit le dépende en elFet du plus & cela. c'eft par une précaution plus adroite. I L E. tout homme qu'un enfant n'auroit en pouvoit ufurper Voici donc une troifiemeconféquence de ftitution des fexes . elles en font gloire . de la vie & aux dépens parceque fi même de l'ag- greffeur l'état foit la femme feule eft juge de où elle fe & point de père. c'eft maître en apparence 5c foible . Alors ce qu'il y a de plus doux pour l'homme dans fa victoire. qui cède à la force. fait dépendre celui-ci. M trouve. les droits. Le progrès des lumières acquifes par nos vices a beaucoup changé fur ce point les anciennes opil'on ne parle plus gucrcs de nions parmi nous. eft de douter fi & lui plaire. mais par une invariable loi de la nature. malgré qu'il en air.

Si 7 que les qu'elles font très tiquités hommes n'y croient plus (2) . parceque ces mêmes la nature. feul étoit puni Cette bénigne interiff n'a point été cnicndu:. dit la Loi. ne feroit iadis eût perfuadé des peuples moqueurs . mais s'il avoit été commis écartés.ou DE L'EDUCATION. qui fimples. trouvant que leurs dépendoient plus de la volonté du beau cette vofexe qu'ils n'avoient cru. de la telle plainte. ont moins de crédulice. B 4 n'eft . H y a dans abufee feronome une loi par laquelle une fille le Ueu- étoit punie avec le féduàleur. on nos jours qu'attirer les ris des & que ga?ne davantage à fe taire. La galanterie moderne en Les hommes. opinions font dans la fimplicité de a pu les défeule expérience du libertinage & que raciner. filles à ne pas fe lailler prétation apprencit aux : avoit ete furprendre en des lieux fréquentés. la file a cric. ont captivé des complaifances dont il les a bien lonté par dédommagés. ce n'eft furement de mais c elt qu ils hommes foient plus tempérans. & comment de fexes naiffent peu-à-peu les plus fiere union des femmes douces loix de l'amour. 1 nomme à la campagne ou dans des lieux car. au lieu communes dans les hautes an- Grecques & Juives. L'empire des difproportion & d'uge (2) Il peut y avoir une telle de force qu'une violence réelle ait lieu. mais traitant Tordre de la nature. eft l'ouvrage. Voyez comment le phyfique nous amené inla groffenfiblement au moral. moins d ades Si l'on cite de nos jours pas^ que les violence. d'opinions L'effet de ces diverfités fur les mœurs plaifirs eft fenfible. fi le délit commis dans la viile. ici de rétat relatif des fexcs félon commun qm je les prends tous deux dans le rapport conftitue cet état.

mais de la raifon : c'eft à celui des deux que la nature a chargé du dépôt . Quand femme de TinjuHe inégalité qu'y met 3'homme. mais parcequ'ainfi le veut la nature il étoit .« EMILE. & le fort Samfon n'étoit pas que Dalila. mais des goûts. à elles avant qu'elles parufient l'avoir: ce même filles Hercule. jamais elles pouvaient le perdre. Il lui faut du ménagement durant h grcfTefre. Le maie n"cft mâle qu'en certains inftants. tout la rappelle fans celle à fon fexe . il y a longtems qu'elles l'auroient perdu. il lui faut une vie molle k fédentaire pour allaiter fes enfans. il lui faut une conftitution (jui s'y rapporte. Qiie de tendrefle h de foins ne lui faut-il point pour mr. Ç\. la femelle tll: femelle toute. elle feule les lui fait ai- & lui donne la confiance de les appeller fiens. une afitôion. ou du m^oins toute fa jeunefie.fa vie. fut pourtant contraint de fifort ler près fi & abufent . d'Omphale. il lui faut du repos dans fes couches. ou du moins elle n'eft point l'ouvrage du préjugé. un zèle. Il n'y a nulle parité entre les deux fcxf s quant à la confequence du fexe. il lui faut pour les élever <^e la patience &: de la douceur. même quand elles en n'eft point à elle parceque les hommes Pont voulu.intenir dans l'union toute la famille Et enfin toute cela ne doit pas cire des vertus. La rigidité des devoirs relatifs des deux fexcs la n'eft ni ne peut être la même. qui crut faire violence aux cinquante de Thefpitius. que rien ne rebute 3 elle fert de liaifon entre eux &: leur père. &. fans quoi l'efpece humaine feroit bienmer ! tôt éteinte. pour en bien remplir les fondions. Cet empire eft aux femmes ne peut leur être ôté. elle a tort j cette inégalité n'eft point fe plaint là-defiiis une inftitution humaine.

qui prive fa femme du feul pr'x des aufteres devoirs de fon fexe. fur leurs manières. d'un malheureux père. fi ce n'eft une fociété d'ennemis fecrets. vertu Telles font importe qu'il eftime leur mère. eft injufte un homme les liens & barbare : mais la femme infidelle fait- plus. qui prefcrit fpécialement aux femmes l'attention la plus fcrupukufe-fur leur conduite. & leur rendent l'honneur &: la réputation non moins indifpenDe ces principes dérive fables que la chafteté. le témoignage de fa s'il importe qu'un père aime fes enfans. il importe qu'elle foit modefte. fans con- fiance en fa femme. qu'une femme coupable arme l'un contre l'autre en les forçant de feindre de s'entre-aimer? 11 n'importe donc pas feulement que la femme qu'elle foit. en donnant à & brife tous les l'homme des enfans uns qui ne font pas à lui. 9 Sans dépôt. jugée telle par foit fidèle. réfer-vée. B 5 fur . il les raifons qui mettent l'apparence même au nombre des devoirs des femmes. elle joint la perfidie à l'infidélité. qui.des ènfans d'en répondre à l'autre. tout mari infidèle. elle trahit & les autres. la famille. S'il eft un état affreux au c'eft celui J'ai quel crime ne tient monde.ou DE & L '^DuCA'i iON. attentive. doute il n'eft permis à perfonne de violer fa foi. par tout le monde . de la nature . par fes proches. peine à voir quel défordre & pas à celui-là. & fa : qu'elle porte aux yeux d'autrui. le ravifleur du Qu'eft-ce alors que bien de les propres enfans. qui doute en embraffant fon enfant s'il n'embrafle point l'enfant d'un autre. comme en propre confcience. elle diflbut la famille. le gage de fon defhonneur. mais fon mari. avec la différence morale des fexes un motif nouveau de devoir & de convenance. n'ofe fe livrer aux plus doux fentimens de fon cœur.

les fur leur maintien. fi les campagnes éloignées. à-peu-près quatre enfans car des enfans il en meurt près de la moitié avant qu'ils puifient en avoir d'autres. N'eft-ce pas une manière de raifonner bien donner des exceptions pour reponfe à des loix générales auffibien fondées ? Les femmes. ne réparoient la ftérilité des Dames ? Dans combien de Provinces les femmes qui n'ont fait que quatre ou cinq enfans paffent pour peu fécondes (3) Enfin que t^lle ou telie femme falTe peu d'enfans. c'eft ne rien dire tant qu'on ne répondia pas à cela. tout compenfé. une femme changera-t-elle ainfi brufquement Se alternativement de manière de vivre fans péril & fans rifque ? Sera-t-elle aujourd'hui nour ice & demain guerrière? Changera-t-elle de tempérament ^ de folide de ! ! & ! & cjn elle fe (3) Sans cela l'elpece dcperiroit nécefTairement : pour conierve il faut. & n'eft-ce pas par des loix générales que la nature les mœurs doivent pourvoir à cet état ? Quand il y auroit entre les groffefl'cs d'aufti îongs intervalles qu'on le fuppofe. font peu d'enfans. oii les femmes vivent plus fimplement plus chaftement. mais leur deftination propre eft d'en faire.10 E M 1 <^. vous prétendez que l'état des femmes eft d'en faire peu Et que deviendroient vos villes. qui naiffenr. ^ £. Soutenir vaguement que deux fexes font égaux & que leurs devoirs font les mêmes. Voyez fi les villes 'BOUS fourniront cette popalation-là. il en faut deux reftans pour repréfentcr le père la mère. Qiioi parce-qu'il y a dans l'Univers une centaine de grandes villes où les femmes. c'eft fe perdre en déclamations vaines. dites-vous. que chaque falfe -. vivant dans la licence. qu'importe ? L'état de la femme eft-il moins d'être mère. femme & & goûts . ne font pas toujours des enfans? Non.

un canot comme un havre-fac. font des chaffes de fept ou huit cens lieues. terraffent les bêtes féroces. & Quand les paffent plufieurs jours fans manger. fupportent des fatigues incroyables. les .) . & ne fâchant plus que fe vit forcé de les faire hommes. tout prévu : la La timidité des femmes eft encore un inftina de nature contre le double rifque qu'elles courent durant leur groirefle. fera-t-eUe tout-à-coup de l'ombre de l'air.ou DE L'EDUCATION. j'en conviens: inais ? _ ces mêmes pays les hommes vont demi-nuds en portent tout tems. aux fatigues. & nourriffent leurs enfans prefque fans dans prefque fans foins. fupporteront-elles après cinquante ans de molle Paf- & & & leffe Prendront-elles ce dur métier à l'âge où les hommes le quittent ? accouchent Il y a des Pays où les femmes peine. femmes deviennent robuftes. dorment à l'air à plateterre. (4. travaux. un caméléon de couleurs ? ii ^ goûts comme la clôture. des femmes qui n'ont métier qui favent à peine marcher. Platon dans fa République donne aux femmes je le crois les mêmes exercices qu'aux hommes . aux des foins domeftiques. faire milles particulières. quand les hommes s'amol: les deux s'amolliffent davantage quand termes changent également. ôté de fon Gouvernement les f Ayant bien. il Ce beau génie avoit tout combiné. la différence femmes refte !a même. affronté le foleil. Sera-t-elle tantôt craintive (4) Si les jeunes tantôt délicate & tantôt robufte? le gens élevés dans Paris ont peine à fupporter jamais des armes . aux injures de guerre. les hommes^le deviennent encore plus liilent. des femmes. aux périls de la tantôt brave.

mais les travaux faire les & laiiTer imparfait notre ouvrage. comme fi ce n'étoient pas le bon fils. je parle de cette fubverfion des plus doux fentimens de la nature immolés à un fen aiment artificiel qui ne peut fubfifter que par eux . Voulez -vous toujours être bien guidé ? fuivez Tout ce toujours les indications de la nature. mais ils ne . pour ne pas mêmes chofes. comme fi l'amour qu'on a pour fes proches n'étoit pas le principe de celui qu'on doit à l'Etat comme fi ce n'étoit pas par la petite patrie. fin des travaux elt par font différées. comme s'il ne falloit par une prife naturelle pour former des liens de convention . la commune. qui efl la famille. le bon mari. que le cœur s'attache à la grande . voyons doit fe former aufîi la comment femme qui convient à cet homme. de caraélere ni de tempérament. mais il a mal réfolu celle qu'où lui fait. 'doivent agir de concert. & ne peut manquer d'engendrer les plus intolérables abus . il s'enfuit qu'ils ne doivent pas avoir la même éducaEn fuivant les direftions de la nature. conféquent les goûts qui les dirigent. qui font le bon Citoyen ? Dès qu'une fois il eft démontré que l'homme & ja femme ne font. au-devant d'une objection que perfonne peut-être n'eût fongé à lui faire. Après avoir tftché de former l'homme naturel. le bon père. conflitués de même.12 il EMILE.ioivent pas alloit : .i cara(5terife le fexe doit être refpedé comme ^ ctabli . ni ne doivent être. q. ils tion. Je ne parle point de cette prétendue communauté de femmes dont le reproche tant repété prouve que ceux qui le lui font ne l'ont jamais lu je parle de cette promifcuité civile qui confond par-tout les deux fexes dans les mêmes emplois.. dans les mêmes travaux.

tel défaut que nous n'avons . inftruire à votre gré ? Eft-ce notre faute fi elles nous plaifent quand elles font belles. mais gardez-vous de les détruire. fi l'art qu'elles apprennent de vous nous attire & nous flatte. fi leurs minauderies nous feduifent. votre orgueil vous trompe . plût à Dieu qu'il n'y en eût point pour les garçons. Empêchez ces prétendus défauts de dégénérer . 13.ou DE L'EDUCATION. établi par elle. que nous les amufons fans ceffe à des puérilités pour refter plus facilement les maîtres . les fem- mes ont tel Si.pas-:. moins elles les gouverneront . Quelle folie Et depuis quand fontce les hommes qui fe mêlent de l'éducation des filles ? Qui eft-ce qui empêche les mères de les élever comme il leur plaît ? Elles n'ont point de Collèges grand malheur Eh. Vous dites fans cefTe . fi nous aimons à les voir mifes avec goût. Toutes -ue les facultés communes aux deux fexes leui font pas également partagées. ils feroient plus fcnfément & plus honnêtement élevés Force-t-on vos filles à perdre leur tems en niaiferies ? leur fait-on malgré elles pafler la moitié de leur vie à leur toilette à votre exemple ? Vous empêche-t-on de les inftruire Sz faire. mais prifes en . èi c'eft alors qu'ils feront vraiment les ! : ! ! ! ! maîtres. ce font des qualités pour elles . tout iroit moins bien 11 elles ne les avoient pas. fi nous leur laiflbns affiler à loifir les armes dont elles nous fubjuguent ? Eh prenez le parti de les élever comme des hommes j ils y confentiront de bon cœur Plus elles voudront leur reflembler. elles s'en prennent à nous des défauts que nous leur reprochons. Les femmes de leur côté ne cefTent de crier que nous les élevons pour être vaines & coquettes. ce feroient des défauts pour vous.

la femme vaut mieux comme femme & moins comme homme . par-tout où elle fait valoir fes droits elle a l'ayannôtres tage . de nous. de ricji ? connoître ? En fera-t-il un véritable automate ainfi ne l'a pas dit la nature. comme pour donner un dé- & un menti à femme. au contraire. qu'elles comme leur fifent. femmes les qualités de l'homme & négliger celles qui leur font propres. la nature . mais il arrive de-là que. par-tout où elle veut ufurper les elle refte au-deflbus On ne peut re- pondre tions i à cette vérité générale que par des excep- conftante manière d'argumenter des ga- lans partifans du beau les fexç. de leur portée fans fe mettre à la nôau-defîbus tre. honnête homme.14 EMILE. leur préjudice c'eft donc vifiblement travailler à Cultiver dans : les rufées le vcient trop bien pour en être les en tâchant d'ufurper nos avantages elles dupes . ce font les armes qu'elle leur donne ° fup- . S'enfuit-il qu'elle doive être élevée dans 1 ignorance de toute chofe. n'abandonnent pas les leurs. mère judicieufe. qu'elles cultivent leur efprit pour gure . ne faites point de votre fille moi. qu'elles aiment. ne pouvant bien ménager les uns & les auelles reftent tres. elle veut connoifqu'elles jugent. faites-en une honnête foyez fûre qu'elle en vaudra mieux pour elle èi & pour nous. délié . Croyezperdent la moitié de leur prix. en tout elles fe compenfent . parcequ'ils font incompatibles. fans doute Non. fe privera-t-il auprès d'elle du plus grand charme de la fociété ? Pour mieux l'affervir'rempéchera-t-il de rien fentir. : fi qui dunne aux femmes un efprit fi agréable & qu'elles penfent. k bornée aux feules ferfonaioîis du ménage ? L'homme fera-t-il fa vante de fa compagne.

ou DE L'EDUCATION. foit que compte fes devoirs. ^e faifant pour infâme L'homme en bien . ne dépend que de lui-m. & par leurs defirs & par leurs befoins .ent public. Elles doivent apprendre beaucoup leur convi- du je Soit que je confldere la deftination particulière fexe. que nous les en eftimions dignes . les & l'homme font faits l'un pour l'au: mais leur mutuelle dépendance n'eft pas égale duS femmes par leurs defirs . faut qu'elles foient reconnues pour telles n'eft pas . elles dépendent de nos fentimens. que nous voulions le leur donner. femmes. pour qu'elles foient dans leur état. & ce que l'on penfc d'elle ne lui importe pas moins que ce 11 fuit de-là que le fyftême qu'elle eft en effet. il faut qu'elles foient eftimées . mais la femme en bien faifant n^a fait que la moitié de fa tâche. & de chofes. il faut que nous le leur donnions. il ne leur fuffit pas d'être belles. mais dans leur réputation. du cas que nous faifons de leur charmes & de Par la loi même de la nature les leurs vertus.ême & peut braver le jugem. il ne font à la merci des jugemens des hommes hommes dépendent : fuffit pas qu'elles foient eftim^ables. il fages. qu'elles aient le nécefîaire. poffible puifle jarnais être & il n'eft pas celle qui confent à pafier honnête. tout concourt également à m'indiquer la forme d'éducation qui lui convient. La femme tre. il 15 pour difuppléer à la force qui leur manquer riger la nôtre. foit que j'obferve fes penchans. mais feulement celles qu ent de favoir. leur honneur que feulement dans leur con- duite. du prix que nous mettons à leur mérite. nous fubfifteriPour ons plutôt fans elles qu'elles fans nous. tant pour elles que pour leurs enfans. il ne leur fuffit pas d être il faut qu'elles plaifent . les femmes dépendent des hommes.

les foigner grands. à l'homme vraiment aimable. & fon trône parmi les femmes. voilà les devoirs des femmes dans tous les tems. difent: clies. ôc ce qu'on doit leur apprendre dès leur Tant qu'on ne remontera pas à ce enfance. plus en prenant leurs manières qu'elle doit cliercher à & ce n'eft pas non Lors donc que quittant le ton modefte & pofé de leur fexe elles prennent les airs de ces étourdis.i6 E M : I L E. leur rendre la vie agréable les confoler. Mais quoique toute femme veuille plaire aux hommes & doive le vouloir. douce. leur bonheur même. fe faire aimer & honorer d'eux. loin de fuivre leur vocation elles y renoncent. leurs leurs goûts. ni femme à aimer dans la raifon les ne hommes ce qui lui reffemble. Leur plaire. à cet égard. il y a bien de la diftes férence entre vouloir plaire à Ihomme de mérite. du foin des femmes dépend la première éducation des hommes . Ainfi toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. les confeiller. nous ne plairions point aux hommes . contraire l'opinion eft le tombeau de à celui de la nôtre la vertu parmi les hommes. De la bonne conftitution des mères dépend d'abord celle des enfans . leur paflions. être utiles. elles s'ôtent à elles-mêmes les droits qu'elles penfentufurper fi nous étions autrement. tous les précepprincipe on s'écartera du but. & vouloir plaire à ces petits agréables qui défhonorent leur iexe & celui qu'ils imitent. h & qu'on leur donnera ne ferviront de rien pour leur bonheur ni pour le nôre. peuvent porter la Ni la nature. de fon éducation doit être. elles men- . les élever jeunes. leurs plaifirs. s'en faire aimer. des femmes dépendent encore leurs mœurs.

h leurs frivolités font bien plus fon ouvrage. il : : : De faut . » quelque part que vienne aux filles cette Puifque le première leçon. la femme aui'a l'éducation qui lui conmais fa coquetterie . que les fienLa femme qui aime les vrais jies ne font le leur. hommes & qui veut leur plaire prend des moyens La femme eft coquette par afibrlis à fon defTein. on voit dans leurs petits airs que ce foin les occupe déjà. état. aiment la non contentes d'être jolies elles veulent - qu'on les trouve telles . jet félon fes vues change de forme & d'obréglons ces vues fur celles de la na. elle eft très bonne. Ce n'efl qu à force de tems & de peine qu'on les affujettit à la même loi.ure. vient. avant l'ame. les gouverne en leur parlant de ce qu'on penfera Il s'en faut bien que le même motif très d'elles. la precet ordre mière culture doit être celle du corps eft commun aux deux fexes. l'ordre feulement eft renverfé il faut affez de force aux femmes pour faire tout ce qu'elles font avec grâce. & à peine fontelles en état d'entendre ce qu'on leur dit. Les parure petites filles prefque : en naiffant. ij U faut être folle pour aimer les feux. S'il gens-là montre le goût de n'y avoit point d'hommes frivoles elle fe prefleroit d'en faire. qu'on. pour ainfi dire. mais l'objet de cette culture eft difl"érent .ou DE L'EDUCATION. indépendans & qu'ils aient du plaifir. corps naît. Je defir d'attirer ces celle qui s'y livre. indifcretement propofé aux petits garçons n'ait Pourvu qu'ils foient fur eux le même empire. dans l'un cet objet eft le développement des forces. mentent. ils fe foucient fort peu de ce qu'on pourra penfer d'eux. dans l'autre il eft celui des agrémens non que ces qualités doivent être exclufives dans chaque fexe .

ni foufRer. ni cher. toujours flattée ou tancée. Voilà com. non pas mêlé'. toujours affife fous les yeux de une chambre bien clofe. ni parler.i8 E M I L E.ouve donner des foldats à l'Etat que les^ mères aient faic l'exercice à la Pruffienporté le moufquet ne . chantant des hymnes. jamais ment on ruine le corps & le cœur de la Jeunefle. crier. Ce n'eft pas-là il n'eft point néceilaire pour ce que j'app.s avec les garçons. des choeurs de danfes. pas mant les. Les jeunes filles paroiflbient fouvent en public. non pour aller à la guerre. for- un facrifice. fête. mais beaucoup d'ébats. mais pour porter un jour des enfans ca- pables d'en foutenir les fatigues. fauter. être robuiles comme eux. mais ralTemblées entre elles. Se préfentant aux fens dépravés des Grecs un fpe«5^acle charmant & pro- . n'ofe fe lever.ais pour eux. courir. En ceci les Couvens où les Penfionnaires ont une nourriture grofliere. font à préférer à la maifon paternelle où une fille délicatement nourrie. Les filles de Sparte s'exerçoient comme les garçons aux jeux militaires. portant des corbeildes vafes. m. de jeux en plein air & dans des jardins.^ de courfes. pour que les hommes qui naîtront d'elles le foiejit auffi. de liberté pour jouer. fe livtoujours rer à la pétulance naturelle à fon âge : & mère dans marn'a pas une moment fa ou relâchement dangereux. pas Il n'y avoit prefque pas^ une une cérémonie. faire tout faut aflez d'adrefle aux hommes pour ce qu'ils font avec facilité. des offrandes. ou tendue févérité mal-en- rien félon la ralfon. Par l'extrême mollefle des femmes commence Les femmes ne doivent pas celle des hommes. où l'on ne vît des bandes de filles des premiers Citoyens couronnées de fleurs. mais je trouve qu'en général l'éducation : & Grecque étoit très bien entendue en cette partie.

: les plus robufles. il eft confiant que de tous les peuples du monde. falutaires. toujours étoit-il excellent pour donner au fexe une bonne conftitution dans la jeuneffe. que l'ancienne Grèce. cet ufage fur les cœurs des hommes. auin de ces meres-là les naiff^ient hommes plus fains. Sz je foutiens leur même .ou DE L'EDUCATION. par des exercices agréables. renfermées dans leurs maifons. fans jamais expo fer fes mœurs. ils n'en avoient pas une feule. n'y faffe pas à la fin dégénérer l'efpecc. Leurs femmes ignoroient l'ufage de ces corps de baleine par lefquels les nôtres contrefont ne la marquent. pour aiguifer former fon goût par le defir continuel de plaire. On fait que l'aifance des vêtemens. modérés. qui ne génoient point le corps. & h on ne les voyoit plus en public . taille plutôt qu'elles Je ne puis concevoir que cet abus poufic en Angleterre à un point inconcevable. Sitôt que ces jeunes perfonnes étoient mariées. de ces multitudes de ligatures qui tiennent de toutes parts nos membres en preffe. De toutes ces entraves gothiques. quand la nature dé-^ figurée a ceffé de lui en fournir parmi nous. U aient mieux réuni les mœurs ÔC la beauté. mieux faits de la terre & malgré le mauvais renom de quelques Ifles. elles bornoient tous leurs foins à leur ménao. 19 propre à balancer le mauvais effet de leur indéQuelque impreffion que fît cent gymnaftique. fans en excepter même les Romains. on n'en cite aucun où les femmes aient été à la fois plus fages & plus aimables.e Se à leur famille. & qui ferv nt encore de modèle à l'art. Telle eft la males 1 niere de vivre que la nature & la raifon prefcnt s au fexe . contribuoit beaucoup à lui laifier dans les deux fexes ces belles proportions qu'on voit dans leurs ftatues.

pafie un défaut ce dé- frappant à l'ceil fur le nû . le bien-être. que la fotte afi'edlation d'une petite plaît à la nature.20 EMILE. tout le refte. comme : laquelle elle eft certainemient proportions. çons cherchent le mouvement Si le bruit. faut feroit La de la taille a. la raifon. dans une perfonne de vingt comme ans. la délicaiefte n'eft pas la langueur. fille de quarante ans. On excite la pitié quar. & il ne faut pas être mal- Tout : faine pour plaire. ces défauts font moins déplaifans à tout âge. cela fes choque fînell'e la vue & fait foufl-rir l'imagination. cela eft vrai des parures du corps ccmme des orncmcns de l'efprit la vie. Si cela doit être n'en . Je n'ofe : & fort. doivent aller avant tout . & le defir cherchent Les enfans des deux fexes ont beaucoup d'amufemens communs. j'en conviens. des bijoux. de petits carroftes filles aiment mieux ce qui donne dans la vue & iert à l'ornement . fouffre. ont-ils pas de ont auffi Il étant grands ? Les gardes goûts p'opres qui les diftinguent. des fabots. fa mefure. des les tambours. îl n'eft point agréable de voir une femme coupée en deux comme l'objet ime guêpe . un ventre qui groffit. la grâce ne va point fans l'aifance . . il faut en dépit de nous être en touttems ce qu'il & & que l'œil de l'homme ne s'y trompe point. mais cela ne choque plus à trente .d on la mais le plaifir fraîcheur de la fanté. des : même chiffons. que eft même en cela d'agrément qu'on fe propofe de mauvais goût. des miroirs. pourquoi feroit-il une beauté fous le vêtement ? même femmes prefler les raifons fur lefquelles les un fein s'obftinent à s'encuiraffer ainfi cela déplaît qui tombe. ce qui gêne & contraint la nature eft de mauvais goût . la fanté.

favoir orner fa poupée. ce font des bontés qu'on a pour elle. c'eiè tout ce que art. elle y met toute fa coquetterie. faire fes nœuds démanche. . la petite vou droit. elle n'eft rien encore .ou DE L'EDUCATION. chiiîbns. elle ne l'y laiffera pas touelle attend le moment d'être fa poupée . en tout cela on la fait dépendre fi durement du bon plaifir d'autrui. elle eft toute dans fa poupée. pas formé. elle oublie les repas mêmes. elle n'a ni talent ni force. elle n'en fait rien. ce ne font pas des tâches qu'on lui prefcrit. elle pare fa non fa perfonne . fon falbala. Le phyfique de l'art de plaire eft dans la parure. direz vous. fon fichu. fa dentelle . qu'il lui feroit bien plus commode de tout de: & jours Ainfi vient la raifon des voir à fon induftrie. ' des enfans peuvent cultiver pafler la de cet de fa Voyez une poupée. dans cette éternelle occupation le tems coule fans qu'elle y fonge. l'habiller la défhabiller cent & porte les doigts manquent d'adreffe. premières leçons qu'on lui donne . les heures paffent. mais déjà le penchant : le fe goût n'eit montre. Voilà donc un premier goût bien décidé vous Il eft sûr que n'avez qu'à le fuivre Se le régler. il n'im- ment. elle a plus faim de parure que d'aliment: mais. elle-même. bien ou mal affortis. petite lui fille journée autour ceffe changer fans d'ajufte- cent fois. Et en effet prefque toutes . la poupée ramufement fpécial de ce fexe voilà très évi- demment ion goût déterminé fur fa deftination. de tout fon cœur. 21 eft fur-tout des poupées. elle ne peut rien faire pour elle-même. fans poupée doute. elle voit fa poupée Se je fe voit pa--. chercher continuellement de nouvelles combinaifons d'ornemens. elle n'eft pas formée.

bien que moins laborieufe.lerie quand on n'en trouve pas à fon gré. Ces progrès volontaires s'étendront aifément jufqu'au defi'ein. ne leur permet pas de fe livrer par choix à aucun talent au préjudice de leurs devoirs. car cet art n'eft pas indiuérent à celui de fe mettre avec goût mais je ne voudrois point qu'on les appliquât au payfage. £c fongent avec plaifir que ces talens pourront un jour toutes les petites à écrire. cela importe encore plus aux femmes . que . & à faire foi-même un patron de bro. En général. c'efl ce qu'elles apprennent toujours volontiers. filles apprenent avec répugnance mais quant à tenir l'a guille. Les meubles font trop loin la ne tiennent point à perfonne. tout ce qui peut fervir à donner un contour élégant aux ajuftemens. étant ou devant être plus afîîdue à leurs foins & plus entre-coupée de foins divers. ils d'elles. leur fervir à fe parer. Elles s'imaginent d'avance être grandes. cela leur fuffit. Cette première route ouverte eft facile à fuivre couture. s'il importe aux hommes de borner leurs études à des connoiflances d'ufage. Des feuillages. la broderie. Les filles en général font plus dociles que les garçons. la dentelle viennent d'elles-mêmes la tapifi'erie n'eft plus fi foit À : la : leur gré. des draperies. encore moins à la £gure. de jeunes filles n'y prendront ja- mais un fort grand plaifir.22 à lire Se EMILE. des fruits. comme je le dirai tout à l'heuie mais il ne s'enfuit pas : . & l'on doit même ufer fur elles de plus d'autorité. ib tiennent à d'autres opinions. parceque la vie de celles-ci. La tapiflerie eft l'amufement des femmes . le bon fens eft également des deux fexes. des fleurs. Quoi qu'en difent les plaifans.

Peutêtre devroient-elles apprendre à chiffrer avant tout. je vous réponds qu'elle fauroit bientôt calculer. Si la petite n'avoit les cerifes de fon goûté que par une opération d'arithmétique. mais même toutes celles où l'enfant ne dont l'utilité n'eft pas de l'âge. Après tout. on fuit bien plus fa propre idée que la leur. où eft la nécefTitc qu'une fille fâche Aura-t-elle lire & écrire de fi bonne heure ? Il y en a bien fitôt un ménage à gouverner ? peu qui ne faflfent plus d'abus que d'ufage de cette toutes font un peu trop curieufes fatale fcience. qui commença d'écrire avec l'aiguille avant que d'écrire avec la plume. Je connois une jeune perfonne qui apprit à ccrire plutôt qu'à lire. non-feulement toutes études oifives qui n'aboutiftent à rien de bon ne rendent pas même plus agréables aux autres ceux qui les ont faites. Cette règle bannit de leur fexe. les que du nôtre. & k & pour ne pas l'apprendre fans qu'on les y force quand elles en auront le loifir & l'occafion. l'art leur montrer dans tout ce qu'elles leur prefcri- dont des mères elles vent. les & gence dans ainfi cela eft d'autant plus aifé que l'intelliles filles eft plus précoce que dans garçons. car rien n'offre une utilité plus fenfible en tout tems. ne demande un plus long ufage. ne veux pas qu'on preffe un garçon d'apprendre à lire. &c dans la manière dont on leur montre ordinairement cette utilité. que l'on doive exiger d'elles rien 23 ne eft de la puiffent voir l'utilité . Si je peut la prévoir dans un âge plus avancé. & ne laiffe tant de prife à l'erreur que les comptes.ou DE L'EDUCATION. De toute l'écriture elle ne voulut d'abord faire & que . à plus forte raifon je ne veux pas qu'on y force de jeunes filles avant de leur faire bien fentir à quoi fert la leélure.

à dompter toutes leurs faintaifies pour les foumettre aux volontés d'autrui. L'oifiveté & l'indocilité font les deux défauts les plus dangereux pour elles. un jour qu'elle étoit occupée à cet utile exercice. eft inféparable de leur fexe. Si elles vouloient tou: jours travailler. la petite fille étoit délicate elle n'entendoit point que fon linge fervît à fes foeurs : on le marquoit. on devroit quelquefois à ne rien faire. autres. . elle fe vit dans un miroir. mais impofez-Ieur-en toujours. moit pas plus à écrire qu'elle. qui ell celle des il faut les exercer d'abord à la conbienféances trainte. mais ce qui le & fâchoit étoit la gêne. à l'écriture . faifoit que des O. Juftifiez toujours les foins que vous impofez aux jeunes filles. Les filles : doivent être vigilantes & laborieufes . fi c'en eft un pour elles. l'in- conftance. afin qu'elle ne leur coûte jamais rien . & jamais elles ne s'en délivrent que pour en fouffrir de bien plus cruels. ce n'eft pas tout. non pas l'air qu'elle lui autre tour pour la ramener vaine. Elle petits. O les uns dans & toujours Malheureufement. la frivolité.X4. attitude contrainte lui donnoit mauvaife grâce. il fallut apprendre à marquer ellemême on conçoit le refte du progrès. comme une autre Minerve. donnoit. on ne voulut plus le & On prit un & marquer. & dont on guérit le moins quand on les a contrariés. Ce malheur. font des défauts qui naiflent aifément de leurs premiers goûts corrompus & toujours fuivij». EMILE. les forcer La diflipation. elles doivent être gênées de bonne heure. Elles feront toute leur vie afiervies à la gêne la plus continuelle & la plus févere. elle jetta la plume Son frère n'aine voulut plus faire des O. O grands & des des O les înceflamment des de toutes les tailles. & trouvant que cette tracés à rebours.

la feule habitude feront aimer la mère de la fille. & On dirigée. loin d'affoiblir cet attachement. il eft jufte que ce fexe partage la peine des maux quUl nous a caufés. ficile que celles. qui ne fe plaifent pas avec leurs mères plus qu'avec perfonne au monde. parceque la dépendance étant un état naturel aux femmes. les filles fe fentent faites pour obéir. fi elle ne fait rien pour s'attirer La gêne même où elle la tient. Une petite fille. fupportable. qui aimera fa mère ou fa mie. fi on fuit les règles précédentes. Tom IV. Si ce n'eft pa. fur-tout à fe vaincre. ici que fert la contrainte.ou DE L'EDUCATION. l'afFeélion ne vient point par devoir. car elles font flatteufes. comme dit Fenelon. ne fera que l'augmenter. comme paffionnent dans leurs arrive toujours dans les fe éducations vulgaires. elle prendra dans le même dégoût 11 efl très diftout ce qu'elle fera fous fes yeux. puificnt un jour to irner à bien mais pour juger de leurs : : non pas fe à ce qu'elles difent . ne doit pas non plus leur prefcrire d'aimer leur mare . tout l'ennui d'un côte ik tout le plaiilr de l'autre. L'attachement. Empêchez que leurs occupations les filles ne s'ennuyent dans & ne il amufemens. les foins. où l'on met. travaillera tout le jour à fes côtés fans ennui le babil feul la dédommageî'a de toute fa A'iais fi celle qui la gouverne lui ell ingêne. diiïimulées. Dans nos infenfes établi fla vie de l'honnête femme eft un combat perpétuel contre elle-même. 25 Pour prévenir cet abus. C Paj . apprenez-leur femens. fiiivis. Se favent de bonne heure fc déguifcr. bien fa haine. vrais fentimens. Le premier de ces deux inconvéniens n'aura lieu. que quand les perfonnes qui feront avec el'es leur déplairont. lier il faut les étudier.

Il réfulte de côtte contrainte habituelle une do- cilité dont les femmes ont bcfoin toute leur vie.les à fe voir interrompre au frein. ou aux jugemens des hommes. Parla même raiibn qu'tîks ont ou doivent avoir peu (11. Se l'un & l'autre : leur vient de la la gaité.Hberté.extrême en tout. puifqu'elles ne cellent jamais d'être affujctties ou l-z à un homme. fouvent ft plein de vices. milieu de leurs jeux. elles fe livrent à leura jeux avec plus d'emportement encore que les içarçons c'eft le fécond des inconvéniens dont Cet emportement doit être je viens de parler. car il eft la caufc de pîuficurs vices particuliers aux femmes. elles portent à l'excès celle qu'on kur laille . modéré . èc ramener à d'autres foins La feule habitude fuffit encore fans murmurer. fe d'un mari fans : mais qu'augmenter hurs maux & les mauvais procédés . ne leur eft jamais permis de fe mettre auLa première Se la plus dcftus de ces jugemens. les folâtres empêchez qu'elles ture. 5: toujours fi plein de défauts. comme ejitr'autres le caprice & l'engouement. . ce n'eft pas pour lui. Ne leur ôtez pas jeux. parcequ'clle ne fait que féconder la nale bruit. les ris. c'eft pour elle qu'elle doit être douce l'aigreur &: l'opini trctc des femmes ne font ja- même l'injuftice. elle doit apprendre de bonne qu'il : iieure à fouft'rir les torts &: à fupporter plaindre . importante qualité d'une femme eft la douceur faite pour obéir à un être aufli imparfait que l'homme. èfl aufii funefte que leur excès.26 E M I L E. même fource. mais ne fe rafTaficnt de l'un pour courir à l'autre . en ceci. ne fouffrez pas qu'un Icul inftant dans leur vie elles ne connoifl'ent plus de Accoutumez. parlcfquels une femme ie tranfporte aujourd'hui pour tel objet qu'elle ne regarL'inconftance des goûts leur dera pas demain.

mais mères ne foient pas toujours inexorables. . 27 recédés des maris . je ne feois pas fâché qu'on lui lafl" t mettre un peu d'àl Que les . de la lui faire fentir. il ne faut as la rendre malheureufe . *our rendre docile une jeune perfonne. elles s'oublient . il ne leur fit oint de traits û délicats pour 1 s défigurer par la . Cnac n doit garer le ton de fon fexe j un mari trop doux peut endre une femme impertinente . pour la rendre modefte. ne faut pas l'abrutir. Il fa dépendance lénible. que de qu'on les compare avec l^rs petits gar- ons du même âgej &fi ceux-ci ne paroiffent C 2 lojrds. de cette remarque Je ne veux point . ont fouvent raifon de fe plaindre. lies Quand elles fe fâchent. j femmes mêmes nos ênantes inftitutions peuvent les forcer d'aig ùfer Je veux qu'on examine les filles. refle.s vaincre. etites fille:. olere. ils Tentent qu ce n'eft pas vec ces . |ue les fiHes foient toujours foumifes. l'eft mais a fuffit fe faire pas queftion de lui rendre il exempter d'obéir. L\ r ife eft m lis perfuadé que tous penchans naturels font bons & droits par euxSe talent naturel au fexe iièmes. Au contraire.armes-là qu'elhs doivent l. & triomphe de lui tôt 'U tard. il ne leur donna p int une oix fi douce pour dire des injures . u'on examine là-defius les nir efprit. la douceur 'une femme le ramené. les aitre qui ne font.ou DE L'EDUCATION. r la vérité Je m'en rapporte f tout obfervateur de bonne foi. jC ciel ne les fit point infmut-ntes 61 pcrfaafivs lOur dev nir acariâtres il ne les fit po nt foibles our être impérieufes . non pas à éluder la punition dans fa déf- ibéiflance. pour ainfi dire. je fuis d'avis les autres : il ne s'agit qu'on cultive celui là comme que d'en prév nir l'abus. à moins u'un homme ne foit un monftre. . mais elles nt toujours tort de gronder. mais.

Il eft très commun de défendre aux enfans de rien demander à table. je ne puis croire qu'on l'en Mais voici comment s'y prit en ma eût puni. car on ne croit jamais mieux réuffir dans leur éducation qu'en les furchargeant de préceptes inutiles . jeune garçon fournis à cette loi. dont on avoit oublié de lui donner. comme fi un morceau de ceci ou de cela n'étoit pas bientôt exemple accordé ou refufé (5). ni mangé de ça^ fai wûvgc de ça : mais elle affecta fi vifiblement de pafî'er fans rien dire celui dont y la (5) Un compte à l'être même fe rend importun quand il trouve fon mais il ne demandera jamais deux fois choie. puisqu'elle avoit mangé de tous les plats hormis un feul. la defobéilTance n'eût pas été graciable.c. bêtes auprès d'elles. fans faire mourir fans cel\i un pauvre enfant d'une convoitife aiguifée par Tout le monde fait l'adrefle d'un l'efperance. la revue de tous les plats. elle fit. lourds. Or pour obtenir qu'on réparât cet oubli fans qu'on pût l'accufer de défob ci fiance. étourdis. en avançant fon doigt.oit fi cruelle. Je ne dirai pas qu'on pouvoit le chicaner pour avoir demandé direélement du fel ct indireâement de la viande . difant tout haut à mefure qu'elle les montroit. car outre qu'il lui étoit rigoureufement défendu de demander jamais rien ni direélement ni indireélement. lequel ayant ét-é oublié à table s'avifa de demander du fel.28 E M I L E. çlk . Si. Qu'on me permette un feul pris dans toute la naïveté puérile. l'omifïïon é. préfcnce une petite fille de fix ans dans un cas •• "i beaucoup plus difficik . j'aurai tcrt inconteftablement. fi la première rcponfe eft toujoiu-s ir- enfant : révocable. & qu'elle convoitoit beaucoup. que quand il eût enfreint ouvertement la loi & dit fans détour qu'il avoit faim.

. Ce qui eft. combien elle ajoute de charme à la fociété des deux fexes. mais on ne plaît C 3 que . . elîe paffe avec le? années. eft un dédommagement très équitable de la -force qu'il a de moins. combien elle contiejat de maris brutaux. enbaiffant les yeax. fexe. combien elle fert à réprimer la pétulance des enfans. elle feroit loji cfclave fe 5 c'eft par cette fupériorite de talent qu'elle maintient fon égale. fans quoi la femme ne . eft bien. :..ou DE L'EDUCATION. . feroit pas la compagne de l'homme. timidité. & qui ne fert à rien pour j Tendre la vie heureufe j mais l'efprit de fon état. donnée au mauvaife. 29 elle n'avoit point mangé . & aucune loi générale n'eft Cette ad relie particulière. parceque les méchans s'en fervent quelquefois à nuire. l'habitude en détruit l'eftet. nos elle n'a pour . On peut briller par la parure. & .. N'eft-il pas jufte défauts. . Je n'ajouterai rien comparez ce tour-ci eft une rufc de fille l'autre efl: une rufe de garçon. Mais la beauté l'autre ? .qu'elle cultive l'un n'eft pas générale \ elle périt par mille accidens. je le fais bien pas ? Ne mais de quoi le vice n'abufe-t-il détruifons point les inftrumens du bon: heur.cette adreflé des femmes nous tft utile à nous^^ mêmes. .-.reprit doucement la petite gourgé ? mande.. U de fe prévaloir de On ne fait pas combien j'nps propres avantages. l'art de tirer parti du nôtre. fa foiblefle Elle que fon & fa beauté. Et e cela en avez-vous manOh ! non^. La femme art a tout contre elle. non ce fot efprit auquel on donne tant de prix dans le monde. fa & qu'elle le gouverne en lui obéiflant. L'efprit fjul eft là véritable reflburce du fexe 4. : . combien elle maintient de bons . ménages que la difcorde troubleroit fans cela. que quelqu'un s'en appercevant lui dit. Les femmes artificieufes & méchantes en abufent.

L'amour des modes eft de mauvaii goût. elle s'entend dire. plus parée qu. c-c que le vrai triomphe de la beauté eft de b iller par elle-même.ntraire.e afilz belle pour fe pafler plus {impies ? de ceci ou de cela ? Peut-être fera-t-elle alors la première à prier qu'on lui ôte cet ornement. elîe en fera humble. v^aiid je verrois la jeune fiiîe fo pavaner dans fej at urs. je paroîtrcis inquiète de fa figure ainfi cé"'j!fcc iz de ce qu'on en pourra pcnfcr: je dirois i tous ces orncmcns la parent trop. parceque les \ ifages ne changent pas avec elles. c'eft dommage . elle ne fera point fiere de fon ajuftemcnt.30 E M . refte. On leur p'o. on devroit leur faire entendre que tant d'ajudement n'ell fait que pour cacher des défauts.uiï . de coutume.' qui*les porte. U que la figure rertant la même. eu tacite qu' lie a befoin de fecours pour plaire.fenn.net des ornemeno pour récompcnfe. il Au r. on leur fait aimer les atours recherchés. & tout au c:. . h commet un a*. l'/l belle! elle en rougira^de " •' ' • "-' "' y a des figures qui ont bc'oin de parure.i'on remarque le n'iOins. nos ajuftemens ne (o ils déparent à {"oicc lî'èi: recherchés. croyez-vous qu'elle en pût fupporter de £ft-el. L'éducation des jeunes filles eil en c<? point tout-à-faic à contre. Se fouvent ceux qui font le plus remarquer ctl]. mais il n'y en a point qui exigent de riches Les parures ruineufes font la vaniré du atours. dera la parure que comme un fupplémcnt aux grâces de la perfonne. qu'^//f dépit. Je ne la Jouerois jamais tant que quand eilé feroit Q^iand elle ne regarla plus fimplemcnt mife. & qu'on juge: c'eft le cas de l'applaudir s'il y a lie^. ce qui lui ficd une fois lui lied toujours. ^l'db ejî belle! leur dic~on que par la perfonne point nous: fouvent quand elles font fort parées . h fi. ï L E. font ceux q.

qui peignoit Hélène fort chargée d'atours. qu'il faut être touiours le mieux qu'il eft poiribk% h en ajuftemens choibons. fe quement au lueufe. fans pompons. donneroient bien du dépit auK Ce font prefque touautres il elle. fans rentelle (6). fuperbemmt que tu lafaisnchy plus fouvent de laides femmes: on ne feurci: avoir unt vanité plus mal-adroite. Comme ce qui efl bien eft toujours bien. C 4 heure. mais elle n'eil k junon mettoit plus Venus. elles en font moins occupée^ que celles qui ne favent à quoi fe fixer. La véritable coquctene jamais eft faf- quelquefois. qui ont la peau afTez pafler de dentelle.ou DE L'EDUCATION. avec autant de foin que les Dames. mieux mife que fe n'ignore point qu'elle n'en fort pas celle qui n'y palTe qu'une demi- blanche pour (6) Les femmes.. & n'en changeant pas tous les jours.^ Le vrai foin de la parure demande peu de toilette : les jeunes Demoifeiles ont rarement des toilettes d'appareil le travail. J'ai aulîi remarque que les plus pompsufes parures annonçoieiit le belle. des des rubans. il vient bien plus d'ennui que de vanité. de la gaze. s'y tiennent . n-tn-y 31 & non de la perfonne. les leçons remplifTent leur journée . que n'euflént fait U tous les brillans chiff. Une femme qui paff^ iix heures à fa toilette. denfleurs . au les fem. elle va fe faire un aj uilement qui la dra cent fois plus charmante. fans diamaîvs. cependant en général elles font mifes. Donnez à ui\e jeune RUe.ns de la Duchapt. & L'abus de la toilette fouv'ent de meilL-ur geût. (lir. jours de laides perlbnnes qui amènent les modes au:^quelles les belles ont la bérile de s'aiTujettir. n'en portolent pas. recherchée. n'eft pa? ce qu'on penfe. . de la mculîHir. es qui fe connoiiTent fiffent les : rouge près.)it Ne pouvant la faire Apelies a un. qui ait du goût & qui méprife là mod '. elics tiennent unipréjugé. mauvais Peintre.e.

s'affern. Le feul proht réel qui tienne à la chofe eft le prétexte de : 1 s étaler un peu plus que quand on eft vêtue j mais ce profit n'eft peut-être pas i\ grand qu'on penfe. frites qu'elles iiiment Its foins de leur fcxe. Sans la toilette. à à prendre des attitudes à choifir par-tout fcs avantages. c'eft beaucoup plus puis viennent les Marchande?. Donnez fans fcrupule une k éducation de k s'occuper dans leur maifon. marcher avec légèreté. On ne peut jamais fe donner la beauté. de quelque m. La première chofe que remarquent en grandi ffant les jeunes perfonnes. c< !'< n s'apperçoit que. <^' prend du timbre . un accent . femme aux fenuric^. k elles n'en feront mifes que de meilleur goût.32 EMILE. il y a un art de fe faire regarder. fi elles n'en ont qui foient à elles. on ne éuniroit jamais fi bien ton:: cela. les bras fe développent. qu'elles fâchent veiller à leur ménage flatteur à fa vo!x. la grande toilette tombera d'elle-même. que fercit-on de la vie depuis midi jufqu'à neuf heures ? iLn rauemblant des femmes autour de foi on s'amufe à les impatienter. k il vaut mieux s'amufer de loi que s'ennuyer de tout. c'eft déjà quelque chofe . : k les petits les Meilleurs. Its femmes à toihtte n'y ga^^nent piîs tant qu'elles diroitnt bien. les brochures fans la toilette. Dès-lors il . qu'elles aient de la mcdeftie. chanfons. gracieufes. on évite les tête-à-tête avec une mari qu'on ne voit qu'à cette heure-là. les Brocanteurs. la démarche s'allure.ir. les petits Auteurs. c'eft que tous ces agrémcns étrangers ne leur fufRftnt pas.anicre qu'oîi foit mifc. hcu-e . les vers. & à comp<ifer fcn maintien. mris c'eft autant de pris iur l'alTomaiitc longueur du tems. La voix s'étend. & l'on n'cft pas fitôt en état d'acquérir la coquéterie mais on peut dé'a' chercher à donner un tour agréable à fes geftcs.

& de prendre un maintien plus férieux. qu'elle doit être vive. déplaifant A & . le tems qu'elles penfent avoir perdu filles. enjouée. Mais la nécefllté de ce changement même eftelle bien réelle ? N'eft-elle point peut-être encore un fruit de nos préjugés? En n'afferviflant les honnêtes femmes qu'a de triftes devoirs. étant matre chofe. chanter. petites faintes. du démon . A . qu'une jeune fille ne doit pas vivre comme fa grand'mere. de nouveaux talens fe préfentent. on a banni du mariage tout ce qui pouvoir le rendre agréable aux citurnité chafTe. & J'eftime qu'il faut avoir égard à ce qui convient à l'âge auffi bien qu'au fexe. danfer autant qu'il lui plaît. le ? Chriftianifme les rend impratiquables k vains j à force d'interdire aux femmes le chant. il 33 ne s'agit plus feulement d'aiguille &:d'induftrie. Je fais que les féveres Inftituteurs veulent qu'on n'apprenne aux jeunes filles ni chant. & font déjà fentir leur utilité. la danfe. ni danfe. Voilà d'étranges amufemens pour un enfant de Pour moi j'ai grand'peur que toutes ces dix ans ! qu'on force de pafTer leur enfance à prier Dieu. riées. répondront-ils. Cela me paroît plai& à qui veulent-ils donc qu'on les apfant ! prenne ? Aux garçons ? A qui des hommes ou des femmes préférence ? chanfons profanes font autant de crimes eft appartient-il d'avoir ces talens par Les perfonne. ni aucun des arts agréables. une jeune fille ne doit avoir d'amufcment que fon travail & la prière. folâtre.ou DE L'EDUCATION. : goûter tous les innocens plaifirs le tems ne viendra que trop tôt d'être de fon âge pofée. fi & hommes. la danfe une invention. Faut-il s'étonner fi la ta- qu'ils s'ils ou voyent régner chez eux les en font peu tentés d'embrafTer un état force d'outrer tous les devoirs. ne paffent leur jeuneffe à toute aune réparent de leur mieux.

ne rachètent pas bien ce que les plailirs publics ont de plus bruyant. & qui les coiifacreroit à l'amufement de fon mari. puifqu'enfin les Chietiens font hommes. Qu'il dife fi joint. On a trop réduit en art les talens agréables. qu'on a rendu les maris indifférens. n'ajouteroit pas à bonheur de fa vie. fâint foit méprifé. d'un air refrogné. fi tous les amufemens du monde. ne fe fouci^nt point trop de tous ces talens raiment je le crois. ne fei-vcnt que d'amorce peur attirer chez eux de jeunes impudens qui les dtlhonorent.itres jeux.ice & la famdiarité qui s'y l'innocence la douceur des pîaifirs qu'on y goûte. où chacun fait fournir du lien aux amufemens communs ? : : -> fi la confia. iafupportables dans leurs maifoni-. Je n'imagine rien de plus ridicule que de voir un vieux maîtrc-àdanfer ou à chanter aborder. dira-t-on. on a tout fait maxime précepte. & ne l'empccheroit pas. & On & . Pour moi. il les rend mauflades. qu'Une jeune Albanoife les cultive pour le Harem d'Ifpahan. Il n'y a point de religion où le moriage foi: fournis a des devoirs fi féveres. point où un engagement û à tant fait pour empêcher les femmes d'être aimables. je voudrois qu'une jeûne Angloife cultivât avec autant de foin lea talens ngréables pour plaire au mari qu'elle aura. Cela ne dcvroit pas être . Les maris. les a trop généralifés . quand es talens. d'aller chercher des récréations hors de chez lui? Perfonne n'at-il vu d'heureufcs familles ainfi réunies. fortant de fon cabinet 1a tête êpuifée. & On j'émends fort bien mais moi je dis que ce a devoit être. Mais penfez-vous qu'une femme aimat)le & faa. ornée de pareils talen-.^grandeufes.c.34 EMILE. & 1 on a rendu fort ennuyeux aux jeunes perfonnes ce qui ne doit être pour elles qu'amufement &C fol. loin d'être employés à leur plaire.

leurs aimes. les mêmes pas. à une une petite brune vive à On me fera jamais croire que les mêmes & & Qii?. qu'elles n'euffent befoin ni des uns ont tant qu'elles apprifient librement ce qu'elles^ qu'on ne vît à vouloir apprendre. déjeunes p^rfbnii:? oui ne cherchent fa frivole fcience 5i prendre pour leur cnfeigner plus magiftral que un ton plus pedantefque Eft-ce.ner.ns. je dis. les mêmes danfes conviennent les mêmes geiles. pour eux fi importantes. cet homme art. ne doit point fur-tout leur propre goût. leur i miroir. leur mère.ou DE L'EDUCATION. Le même genre de chant va-t-11 La même prits ? méthode ne va-t-elle à toutes les voix ? efà tous les ^ rnouv^em.es leur père. & que leur jargon. attitudes.^ par s'agilToit de leur catéchifme. & On C 6 oftrir .pa2. unique occupation. s'il Ne s'accoir.merce de ces gens-là ne foit pas plus nuifible ne leur font à de jeunes filles que leurs leçons ton. fuit mais il n'entend rien à fon faut On demande s^il ? aux filles ou des maîtreff^s Je ne faisj je des maîtres voudrois bien des autres. les mômes piquante.iid grande belle blonde aux yeux languiffans. leur donnent pas à leurs écolieres le premier goût ne dont elles des frivolités. fans connoître une feule note ? exemple. mcrne à j ifte. & 35 muuque l'art de chanter tient à la fauroit-on rendre fa voix flexiole ci écrite apprendre à chanter avec goût. donner exaaement a toutes donc je vois un maître deux "les mêmes leçons. m & de penchant tant de baladins pas fans ceue errer dans nos villes que le J'ai quelque peine à croire chamarrés. à leur exemple. (a routine. que ? qu'a rire. leur frère. com. leur fceur. leurs gouvernantes. Dan^ les arts qui n'ont que l'agrément pour tout peut fervir de maître aux jeunes perobjet. de faire leur ne tarderont guère. Ivurs airs utiles . fon:.

lever les yeux. C'eft. c'eft par la fucceflion des fentimens & des idées qu'il anime phyfionomie j Sz c'eft par les difcours qu'il infpire. & la avant . déployer les bras. tenue en haleine. il faut que ce foient elles qui la demandent on ne doit point faire une tdchc d'une récompenfe.3 ces fortes d'études que le premier fuccès eft de vouloir réuffir.ain délicate Sz blanche.. par le goût l'efprit s'ouvre infenfibkment aux idées du beau dans tous les genres. c'eft fur-tout dar. je ne déciderai point du fexe de ceux quilles doivent donner. mais qui le renouvelle en quelque forte . & que les hommes s'amuTement fitCt à les écoute.36 offrir E M I L E. C'eft l'efprit qui non-feulement vivifie le corps. par toutes ces raifons que les jeunes filles acquièrent fi vite un petit babil agréable. Je ne fais s'il faut qu'un maî(re-à-danfer prenne une jeune écoliere par i\\ m. C'eft peut-être une des raifons pourquoi le fentiment de la décence & de l'honnêteté s'infmue plutôt chez les filles que chez les garçons . mais je fais bien que pour rien au mcnde je ne voudrois être ce rnaître-là. Se enfin aux notions morales qui s'y rapportent. avancer un fein palpitant . c'eft par lui feul qu'on peut ajouter de nouveaux charmes à ceux auxquels l'habitude accoutume les fens. même vari. Par rinduftrie & les talens le goût fe forme . que l'attention. qu'il lui fafle accourcir la jupe. de leur donner leçon. Au cite. s'il faut abfolument des le: & i çons en règle. je crois. car pour croire que ce fentiment précoce foit l'ouvrage des gouvernantes. il faudroit être fort mal inllruit de la tournure de leurs leçons & de la marche de l'efprit humain. dans l'art de plaire . Le talent de parler tient le premier rana. qu'elles mettent de l'accent dans leurs propos miême avant que de les fentir. foutient long-tems le même intérêt fur le même objet.

à laquelle n'eft pas plus aifé . l'un doit avoir pour objet principal les chofcs utiles. par cette interro- t ? mais par cette de répondre . & comme naturellement cette grofliereté leur répugne. l'autre Les agréables. on les accufe aufli de parler davantage cela doit être. communes que celles de la vérité. & plus agréablement. que les hommes .'marque en général dans le commerce du monde. ^lel effet cela fera -t -il? Dans ce premier âge où. ci l'autre de goût. elle eft naturelle. il n'en peut coûter aux jeunes filles pour être vraies que de l'être fans groffiereté.ou DE L'EDUCATION. 37 avant qu'elles puiffent les entendre 3 ils épient le premier moment de cette intelligence pour pénétrer ainfi celui du fentiment. & ce qui rend la pratique de cette règle plus difficile. plus aifément. • que j la politeile des hommes eft plus officieufe & . l'éducation leur apprend aifément à l'éviter. Cette différence I n'eft point d'inftitution. ne pouvant difcerner encore le bien & le mal. des comme celui des garçons. elles doivent s'impofer pour loi de ne jamais rien dire que d'agréable à ceux à qui elles parlent. cela ejl-il bon gation dure J quoi il autre. ne coit donc pas contenir le babil . Leurs difcours ne doivent avoit de raifon. J'y vois bien d'autres difficultés encore. Les femmes ont la langue flexible . L'hom- me . qui eft de ne jamais mentir. & je changerois voLntiers ce reproche en éloge la bouche Se les yeux ont chez elles la même aclivité & par la même : : L'homme dit ce qu'il fait. la femme die ce qui plaît .fent. formes On filks. Je re. 'elles ne font les juges de perfonne. elles parlenc plutôt. Quant-à-pré. eft qu'elle refte toujours fubordonnée à la première. j celle des femmes plus careflante. mais elles font d'un âge plus avancé. l'un pour parler a befoin de connoiilance.

gations. quoi quM ducaraétere des femmes. qu'en fe gênant mutuellement elles n'ont pas grand foin de cacher leur gêne. ce îa Il fuit de-îà que. elle ne fait qu'étendre leur premier iriftindt . coup elles-mêmes. me en paroît chercher davantage à vous fervir. qu'on eût foin de les lairc caufer. femme à vous agiéer. elles le font de fonnes > A Il eft confiant auflî qu'elles fe tout le m. Il n'en coûte je fuis très fur qu'il en fait un. &i fe careifcnt avec plus de grâce devant les hommes. à plus forte raifon doit-on les interdire à de jeunes filles. donc guère aux femmes d'ctre polies. qu'on les agaçât pour les exciter à parler ' aifcinenC . bon naturel. l'art ne fait plus que la fuivre. Si l'on ne doit pas permettre aux jeunes garçons des qucftions indifcretes. je voudrois qu'on les interrogeât beau-.38 E M I L E. & leur adrefTe à Mais fans fouffrir leurs interroles découvir. ni par conLa féquent aux filles d'apprendre à le devenir. dont la curiofité (atisfaite ou mal éludée eft bien d'une autre conféquencc. c'eft toute autre chofe. foit e bon des amitiés fe font quelquefois tout leur âge la gaité tient lieu de plus franches. mais quand un homme feint de p eférer mon intérêt au lien-propre. Elles y mettent un air fi contraint Si. A l'ég^ud de leur poiitefle entre elles. & femblentfmceresdans leur menfonge.onde. Se contentes d'elle. baifent de meilleur cœur. & détermin r fuivant nos ufages fous quelle forme elle doit fe montrer. leur poiitefle eft moiris faufle que la nôtre. fleres d'aiguifer im- punément leur convoitife par l'image des faveurs qu'elles favent leur faire envier. di quelque démonftraîion qu'il colore ce mefonge. première leçon vient de la natue. vu leur pénétration à prefTentir les rnyfteres qu'on leur cache.^. en ne cherchent Cependant les jeunes perg'jere à le dégi:ifcr. des attentions ii froides.

De ce te fociété réfulte une perfonne morale dont la femme eft l'œil & l'h nime le bras. & que l'homme eûi aufii bien qu'elle l'efprit des détails.. premières. qui leur fait trouver très habilement les moyeiiS d'arriver à une fin connue. Si la femme pouvoit remonter auffi bien que l'homme aux principes. On même idée efc-elle au-delTùs de la conception des filles.ais qui ne leur foit pas trouver cette fin. fer oient un amufement charmant pour cet âge. fociale. & de la femme que l'homme apprend ce qu'il faut faire. èc en quoi confifte la gloire Se le bonheur d'une & & femme." dans les cœurs iniiocens de ces jeunes perfonnes les. peut-èt e les plus utiles leçons de morale qu'elles prendront de leur vie. La raifon des femmes ell une raiibn pratique. des fexes eil admirable. en leur apprenant fous l'attrait du plaiilr & de la vanité à quelles qualités Jes gommes accordent véritablement leur efrime. tou:ours tournées en gaité. que c'efl de l'homme que la femme apprend ce qu'il faut voir. & pourrpient porter. Ces converfations. pour les rendre vives à la rifpoile. comprend bien que fi les enfans mâles font hors d'état Je fe fonner aucune véritable idée de fionnète. car s'il falloit atten.!re qu'elles religion. mais ménagées avec art bien dirigées. m. mais avec une telle dépendance l'une de l'autre. La relation. peur leur délier l'eiprit & la langue tandis qu'on le peut fans danger. leur fociété ne pouiroit fub- & fifter. c'eft pour cela même que je voudrois en parler à celles ci de meilleure heure. Mais dans l'harmonie qui règne entre eux tout . toujours indépendans l'un de l'autre. ils vivroiem dans une difcorde éternelle.ou DE L' EDUCAT I O N. on courroit rifque de ne leur en parler jamais. à plus forte raifon la fuRent en état de difcuter méthodiquement ces queftions profondes. 39 aifément.

& la tous deux font les maî- Par cela même que conduite de la femme l'opinion publique. le . elles doivent recevoir la décifion des pères Se des maris comme celle de l'Eglife. que de leur expofer car la foi qu'on donne nettement ce qu'on croit à des idées obfcures ell la première fource du facelle qu'on exige pour des chofes abnatifme. . Toute fille doit avoir la religion de fa mère. mais aufli le libertidans l'autorité mal réglée du nôtre nage des mœurs la fait méprifer. elles Toufont toujo\irs au-deçà ou au-delà du vrai. tout tend à la fin l'autre • commune on ne fait lequel du chacun chacun fuit l'impulfion de obéit. • Premièrement. d'être impie ou fanatique. E plus M Tien . I L .40 met tres. la doqui foumet la mère Se la fille à l'ordre de la nature. on n'en voit point favoir réunir la fageflc La fource du mal n'cft pas feulement à la piété. & voilà comment on en fait toujours trop ou trop peu. elles font toutes libertines ou dévotes . mais fe laifiant entraîner par mille impulfions étrangères. il ne s'agit pas tant de leur expliquer les raifon qu'on a de croire. Se toute femme celle de fon eft affervie à . fa croyance eft alTervie à l'autorité. l'effroi du repentir la rend tirannique. cilité. furdes mené à la folie ou à l'incrédulité. les femmes ne peuvent lui donner pour bornes celles de l'évidence & de la raifon. E. : ' \ ' : & nécefîairement l'un ou l'autre. jours extrêmes. Puifque l'autorité doit régler la religion de's femmes. mais je fais bien qu'ils font mari. Hors d'état d'être juges elles-mêmes. Quand cette religion feroit faufîe. Ne pouvant tirer d'elles feules la règle de leur foi. dans le caradlere outré de leur fexe. Je ne fais à quoi nos cathéchifmes portent le plus. efface auprès de Dieu le péché de l'erreur.

41 Prcmicrement. quand \ous leur impofez en fon nom mille devoirs péni'^Ics qu'elles ne vous voyant jamais remplir. Faites-les toujours 'avec le recueillement & le refpeél convenables . & Si.ou DE L'EDUCATION. qu'il'i 1 & qu'ils affirment ce font hors d'état de croire. 3.h trifteiTe & de gêne. cela vaut bien qu'on en mette I ce qu'on va lui dire. Il importe moins que de jeunes filles fâchent ùu)t leur religion. Contentez-vous de faire régulierem. puifqu'ils expliquent que ce par foit demandes . Q|_iand vous leur expliquez des articles de foi.ent les vôtres devant elles. Quand vous la leur rendez onéreafe. fongez qu'en demandant à l'Etre fuprême de l'attention pour nous écouter. fans les forcer pourFaites-les courtes félon. par conféquent. pour enfeigner la religion à de jeunes hlles. quand vous leur peignez toujours Dieu fâché contre elles.^ mentent pas en difaut ieurcatcchirme La . fmon que favoit fon caté- tant d'y rtruciiion c.iifmc hiles. T'outes les réponfes du catéchilme font à contrc-fens. s pluj in elligens.'en faites jamais pour elles un objet (. jamais repondre que ce qu'elles penfent & non ce (ju'on leur a di_té.l'JnaiTifter. & fur-tout qu'elles l'aiment. qu'on ne Parmi les hommes montre ceux qui no . ce qu'ils n'en tendent point. de Jefus-Chrift. qu'il n'importe qu'elles la lâchent bien. en forme d'inftruclion directe. i. que uvent-eiles penfer. & non Elles ne doivent 5c par réponf. ne leur faites jamais rien apprendre par cœur qui s'y rapporte. pas même les prières. prier Dieu font les devoirs des petites aifujettiiTément defu'er d'être grandes conimî vous de tout cet emple. jamais une tâche ni un devoir. c'cft l'Ecolier qui iiiItruit le Rlaitfc elles font même des mcnfongcs dans la bouche des enfans. l'exemple ! pour s'exempter L'ex? fans cela jamais on ne réufllt a rien auprès des enfans.

.^pl("pece de modèle.n ca'echifme. f()uvcne7-vous du tems que votre m re La Non. voulût faire pour mande eux t. La Bobine. bon que quand lui-même fur les rcponfes fans les r. qui fi Ce qu'il il ce livre étoit bon. La . pour venir à la première <.. celle-ci : A La ..ire î ? vous qui avez fi bonne m'c- La C'tft que je Pii'itr. ^i queflion que je vois clans vous a crcèe U" rùjc au f\\\c^ nôtr.dc. à mon avis.ucrLion de notre catéchii'me. qui connoitroiL bien la marche de l'efpri. Pour faire entendre ce que je veux dire. je vo :drojs qu'un homme. éct enfan^^. Jiî m'imagine donc que. i fiisndc quoi h petite croya t bien que c'eft Ta Ciere. c'eli qu'à une de- qu'elle n'entend gueres. Un catécliifme ne fera les feules demandes l'enfant fera de . il faudroit Une.anque pour le tracer. feule choie qu'elle voit là. Pourquoi. J'efTayerai du mois d'en donner quelque légère idée. je fens bien ce qui me & ^. ma Bonne. celui qui feroit le ce ne feroit moins d'hon- neur à fon Auteur. tel y a de bien sûr. le La première eil. le plus utile qu'on eût jamais h pas.4?' i^ M ILE. Petite. il fi^udroit que celui-là commençât à peu près aiafi : La Vous c ôic hlle ? Bo^'KC. non m(. c'eft ne refîcmbleroit gueres aux notre. Ce feroit peut-être le livre écrit. dit pourtant fans héficcr que c'eft Din:. cile fait une réponfe qu'elle n'entend point du tout. n'étois pas au mor.pprendre bien entendu qu'il fera quelquefois dans le cas d interroger à f n tour.

ir-toiit les La B:nne. (. efb-clie jeune ou vieille Petite.7:e. ? Et votre grand-maman. jeune. Bonne. La \ " Bonne. Et pourquoi (7) Si p.-vous toujours La La Ptîlîc\ Oui. La A-t-d'e été jeune Oui.}. La B:r. réponfe Petite rcpond Se la lui Vdire La . \ Viciliirez-vous co-rme elle Petite. qu'elle a vieilli. La La Elle eft vieille. On le? a défaites. Vous n'avez donc pas toujours vécue ? 43 La Non. La Pourquoi ne Lg Bonne. La La Je ne fais Benne. ? Etes-vous jeune ou vieille La Je fuis Petite.ou DE L'EDUCATION. J? ngfai:. ? r/rez.xpliquer avec loin. Bonne. ? Bonne. ? Où font vos robes de l'année pafîee La Petite. Pdltê. LaBouHc. l'eft-elle plus ? La Q\Ql Petite. il fiut (è délier de r. h iiuremenr. a-t-on défaites fa ? oùfai mi?. Petite.

Elles deviennent mères. car cette idée u'cft pas fi fimnle ni fi à la rortée des tnlans (S) La Petite dira mais il La . La Bonne. les femmes ? La Petite. Petite. Bonne. Parcequ'clles m'étoient trop petites. ? Elles deviennent vieilles. parcequVlle Ta entendu dire . La Et que deviennent Borne. Bonne. Il eft mort (8). La Petite. Petite. que deviennent. Et pourquoi vous Parccque j'ai étoient-clles trop petites ? La grandi. les grandes filles ? La Petite. Et les La Benne. ? devenu \otre grand -papa La .. faut vérifier fi elle a quelque julle idée de la moit. cela. mcrcs. = les vieille gens ? La La Qii'cft Petite. ? Quand je ferai mère.elles La Petite.4-4 E IVI î L t. La Pcnne^ Grandirez-\'ous encore r La Petite. Elles deviennent femmes. La Bonne. Vous deviendrez donc vieille La Petite-. Oh ! oui. La Et que deviennent Je ne (-As. La Et que deviennent Boroic.

. Ma bonne. La Petite. Les femmes la vieilleffe vieilliflent que les hommes. croyez- La Quand que je ferai Petite. Parcequ'il étolt vieux. ! Oh. quand vous Bonne.ou DE L'EDUCATION. Tant mieux pour vous.. perfonne ne veut mourir.. vieille. Ce charmant ouvrage refpire une fimplicité délicieufe dont on ne peut trop entans. enfant.. La Bonne. La Et pourquoi eft-il 45 Bonne. La Bonne. On peut voir dans le petit poème d'Abel un exemple de la manière dont on doit la leur donner. Comme tout le a'nfi monde. bien vieille l'on penfe. La Petite. Mais. & mené à la mort.aman mourra La Benne. je ferai toujours fiige. La Petite^ l'interrompant. Vivre fagement tandis qu'on Petite. que. fe nourrir pour converfer avec les La . La & tout monde meurt. ? mort La Petite. jeune. ma bonne Je ne veux pas mourir. aulfi ? Comment ? Efl-ce que m. Qiie deviennent donc les vieilles gens ? La Ils Petite-. vieillir Que faut-il faire pour bien tard eft ? La La Bonne. La Et \ ous. ferez. Mon le Benne. meurent. bien vieille.. vous de vivre toujours ? enfin.

: Qiii eft-ce qui vivoit avant vous Mon père & ma a Petite. La Leurs enfans. enfans.46 E Hé bien ? M La eft 1 L E. mère. ? eft-ce qui vivra après vous M La s Petite. La Qui Bonne. &c. eft-ce qui vivra après eux. La La Leur per: Bonre.s feulement en (9) L idée de l'éteraité ne l'iuioit s'appliquer aux générations humaines avec la confentement de refprit.") qu'il La Bo72ne. Petite.que la première qucftion du catéchifme eft fuffifamment pre'pa. Petite. un commencement dire. Ce n'eft qu'après une longue fuite de queftions pareillesy. par des indu6tions fcnfiblcs. comme à toutes chofes un père h une m. vous dites . La Bonr. Toute lucceffion numérique réduite en aite eit incompatible avec cette idée.ere qui n'ont eu j c'eft-à- ni père ni mère. vieille.e. & une fin. h leur mcre. La Qui Bonne. peut . fi Enfin quand on faut bien mourir. La X Bonne. En fu'. oui. Qiii eft ce qui vivoit avant eux ? Petite.éc. Alo. Vous mourrez donc une fois ? La Helas ! Petite.*. &des eçfans qui n'auront po ntd'enfans (9).vant cette route on ti'ouve à la race humaine.

tous ne font pas pour cela de la même importance.ent. qui eli". Pour juger ce qu'il efl. jeûn. s . on ne le cojmoît que par œuvres.ou DE L'EDUCATION. s'il faut dire L chapelet. la défini aon de l'efTence divine. en a parence eflencielles.-u eft un efprit ? Et qu'eft-ce qu'un efpiit? embarquer celui d'un enfant diins cette oblcure metaphyfique dont les hommes ont tant de peine à fe tirer ? Ce n'eft pas à une p. Voilà ce que nous devons incefîamment nous enfeigner les uns aux autres. que Dieu: cela voir. Alors je lui re'pondrois c' ft vous n'eft me demandez ce que fimplement. que l'Efpric procède de l'un des deux qui font le même.out de quoi les pères & les mères font tenus d'inflruire leurs enfans. quel faut im1 k meiife Irai-je ! Qojand cet intervalle fera-t-il rempli ? Di. favoir ce qu'il a fait. qu'elle ait enfanté Dieu ou feulement un homme auquel Dieu s'elt ioint. Si nos dogmes lont tous de la même vérité. Mais delà jul'qu'à la deuxi.meréponfe.tite iille à réfoudre cec> quc fiions. orner Ls efl fort foit mu. Qii'une Vierge foit la mère de fon Créateur. je ne vois pas que la décifion de ces queflions. Il indifrérent à la gloire de Dieu qu'elle nous connue en toutes chofes. & voilà fur. importe plus à l'efpece humaine. que de favoir quel jour de la lune on doit célebr r la Pàque. ni fes On ne peut entendre. attendez de pas facile à dire. mais il importe à la fociété humaine & à chacun de fes membres que tout homme connoiflë & remplifTe les devoirs que lui impofe la loi de Dieu envers fon prochain & envers foi-même. faire maigre. parler Latin ou François à l'Eglifc.r. pour ainfi dire. c'eft tout au plus à elleà les faire. que la fubfla ce du Père 6c du Fils foit la même ou ne foit que femblable. ni toucher Dieu . peut la faire 47 enfant peut l'entendre. ou d^ tous deux conjointcm.

pour établir l'ordre à fa manière il trouble la paix . qui nous prefcrit à tous d'être juftes. j'ignore en quoi cela peut intéreffer les autres. Maintenez toujours à les rendre foux que bons. èc n'a- voir point de femme en propre. il fe fait Dieu tant qu'il peut à fa place . Perfuadez-leur bien qu'il n'y a rien pour nous d'utile à favoir que ce qui nous apprend à bien faire. il'images. dire ou entendre la MefTe. de nous aimer les uns les autres. fans doute il eft le perturbateur de l'ordre Qiiiconque les pafTe. d'être bienfaifans & miféricordieux. l'ennemi de la fociété. qu'il en eft une autre après elle. vient au même point par une route oppofée . il exige en fon nom les hommages 6c les refpeâs des hommes. font ceux qu'il importe d'enfeigner à la jeuneflb & de perfuader à tous les Quiconque les combat mérite châtiCitoyens. Que chacun penfe là-defTus comme il lui plaira . Mais ce qui m'intérefle.4? murs EMILE. ment. dans fon téméraire orgueil il le rend Tintcrprcte de la Divinité. on devroit le punir comme facrilége. même envers nos ennemis 6c le fiens j que l'apparent bonheur de cette vie n'eft rien . quant à moi cela ne m'intércffe point du tout. Ces dc'gmes. de tenir nos engagemens enve s tout lé monde. Ne faites point de vos filles des . : & quand on ne le puniroit pas comme intolérant. c'eft que chacun fâche qu'il exifte un arbitre du fort des humains duquel nous fommes tous les enfims. moi & tous mes femblables. Négligez donc tous ces dogmes myftérieux qui ne font pour nous que des mots fans idées. dans laquelle cet Etre fuprême fera le rémunérateur des bons 5c le juge des méchans. & vous nous aflén'ir à fes opinions particulières. toutes ces doiSlrines bizarres dont la vaine étude tient fcrt plutôt lieu de vertus à ceux qui s'y livrent. ^ vos enfans dans le circlc étroit des dogmes qui tiennent à la morale. Siles dogmes femblables.

à être. ni de fanatifme. ni d'impiit:^. murmure. ce qu'elles feront bien aifes d'avoir été lorfqu'elles comparoîtront devant lui.ou DE L'EDUCATION. Ce qu'on leur commande ell bien. le moment vient où elles commencent à juger des chofes par ellesmêmes.. voilà la feule qui n'eft fufceptible ni d'abus. ne leur du Ciel que ce qui fert à la jours fous les humaine accoutumez-les à fe Tentir touyeux de Dieu. ce qu'on leur défend eft mal . à l'avoir pour téleurs actions. ce qui eft bien ou mal pour les jeunes perfonnes eit ce que les gens qui les entourent ont décidé tel. de leur à faire le bien fans ^•{tenà fouffrir le mal fans dédommagera. vertu. par où l'on voit de quelle importance eft. to. Voilà la véritable religion. de leurs plaifirs de leurs penfées. tous les jours de leur vie. moin de tation. Enfin. pour moi. Qu'on en prêche tant qu'on voudra de plus fublimes. quoi réduirons-nous les femmes. . le choix des perfonnes qui doivent les approcher & avoir quelque autorité iur elles. Se alors il eft tcms de changer le plan de leur éducation. 11 exifte pour toute l'efpccc humaine une loi les que préjugés publics? N règle antérieure à l'opinion. il eft bon d'obferv^er que jufqu'à l'^ge où la raifon s'éclaire Si où le fentiment naifiant fait parler la confcience.orer To?ne IV. je n'en reconnois point d'autre que celle-là. & qui nous honore quand nous ne l'avons pas avili. parcequ'il les en eniin. parcequ'il l'aime. e'ics n'en doivent pas favoir davantage . encore plus pour elles que pour les garçons. des chofes fagefle : 49 & des raifonneufes. des Théologiennes apprenez. C'eft a l'inflexib'e diredlion de cette règle que fc doivent rap'. Au relie.tes D . J'en ai trop dit jufqu'ici peut-être. fi nous ne leur don- A nons pour baiflbns pas à ce point le fexe qui abnous gouverne.

elle fera toujours défectueufe. êi Topinion fans le fcntiment n'en fera jamais que des femmes faufles & deihonnêtes. qui mettent l'apparence à la place de la vertu. que fi ces deux règles ne concourent à l'éducation des fem. mais à ce mot que de queftions s'cicvent fon Le femmes font-elles capables d'un folide raifoji- toutes les autres : : ! nement ? Lnporte-t-il qu'elles ? le cultivent ? Le Cette culture ellelle utile aux fon6tions qui leur font impofées ? Eft-elle compatible avec la fimplicité qui leur convient ? Les diverfcs manières d'envifager Se de réfoudre ces queftions font^que. la laifler auj defkis de nous dans les qualités propres à fonl fexe. lui font encore ufurper les nôtres . Cette règle eft le fentiment intérieur.50 EMILE. donnant dans les excès contraires. car. 5î la rendre notre égale dans les qualités communes aux deux. que cette eftime doit faire autorité pour BOUS. non contons d'afîiirer fes droits. Je ne répéterai point ce qui en a été dit ci-devant il me luffit de remarquer. elle juge le préiugé même.mes. Se . qui jie lalfle point égarer la confcience. qu'eft-ce autre chofe que tranfporter à !a femme la primauté que la nature cultivéront-elles avec fuccèes donne au mari? La . H leur importe donc de cultiver une faculté qui ferve d'arbitre entre les deux guides. & qui redreile Cette faculté eft la railes erreurs du' préjugé. &: n'en font ainfi que la première fcrvante du maître: les autres. les uns bornent la femme à coudre & filer dans fon ménage avec fes fervantcs. Le fejitiment fans l'opinion lie leur donnera point cette délicateffe d'ame qui pare les bonnes mœurs de l'honneur du monde. ce n'eft qu'autant que l'eltime des hommes s'accorde avec elle.

La raifon qui 51 ' mené l'homme à la connoifTance de fcs devoirs n'eft pas fort compofe'e . qu'on la laiffit dans une profonde ignorance fur tout le refte . L'obéifîance & la fidélité qu'elle doit à fon mari.ou DE L'EDUCATION. foumife au elle doit jugement des hommes. font des conféquences fl naturelles & fi fenfibles de fa condition. mériter leur eftime. villes & parmi des hommes corrumpus. l'ouvrent fa vertu ne tiendroit qu'aix occafions dans ce fiecle phllofophe. la railon qui mené la femme à la connoiirmce des fiens eft plus fimple encore. Je né blâmerais pas fans diflinâiion qu'une femme fût bornée aux feuls travaux de fon fexe. ni méconnoitre le devoir dans le penchant qui n'eft point encore altéré. ni les Dès-là qu'elle dépafilons qui les déterminent pend à la fois de fa propre confcitnce des opinions des autres. il faut qu'elle apprciine à comparer 2 & ! & D . Il faut qu'elle fâche d'avance. ou une Dans de grandes manière de vivre très retirée. . très faines. il lui en faut une à l'épreuve. fi elle ne connoît ni la fource des jugemcns humains. mais lui faire approuver fa conduite. la tendreffe 6c les foins qu'elle doit à fes enfans. qu'elle ne peut fans mauvaife foi refufer fon confentement au fentirnent intérieur qui la guide. & ce qu'elle en doit penfer. Se ce qu'on lui peut dire. fl elle ignore nos inftitutions. elle ne doit pas feulement lui fiiire aimer fa perfonne. cette femme feroit trop facile à féduire. fi elle ne fait rien de nos ufages. elle doit fur-tout obtenircelle de fon époux . de l'honneur qu'on rend à la femme. mais il faudroit pour cela des & mceurs publiques très funples. D'ailleurs.' elle doit juftiiier devant faire honorer le public le choix qu'il a fait. le mari. Or comment s'y prendra-t-elle pour tout cela. de nos bienféances.

l'on fe fe met à table . Avant de rejetter ou d'admettre leurs préjugés.e rcfte à fa place. Thomme. inftruit des gens qui qu'il fait. la conviennent. à les concilier. le moindre de la compagnie n'eft pas plus oublié que le premier. Le mari n'omet aucun foin pour être attentif à tout : il va. il n'en fort' pcrfonne à qui elle n'ait parle. dans le . deux règles. Rien de tout cela ne peut bien fe faire fans cultiver fon efprit Se fa raifon. Sz fans rien troubler à l'ordre . elle a fcin de ne jamais s'attirer le blâme quand fon devoir lui permet de l'éviter. elle n'a rien om. &: il me fournit la folution de toutes mes difficultés. fait la ronde. & je trouve enfin que ce qui eft. il voudroit être tout attention. vient. J'étudie ce qui ell. elle décide quand elle doit s'y foumettre 6c quand elle doit les recufer. à les prévenir. un petit cercle fe rafTcmble autour d'elle Si femble lui cacher le rcfte de l'afiemblée .is de ce qui pouvoit intérefllr tout le monde. tous deux font d'une égale politefTe. tous deux animés du même defir de bien recevoir leur monde & de renvoyer chacun content d'eux. elle les pefe . La femm. eft bien. elle n'a rien dit à chacun qui ne lui fût agréable. cependant il ne s'y pafle rien qu'elle n'appcrçoive. Se fe donne mille peines . à fe les rendre favorables . J'entre dans des maifons ouvertes dont le maître Sz la maîtrefle Tous deux font conjointement les honneurs. Elle aura déjà lu dans les tromyeux. Elle devient le juge de fes juges. elle apprend à remonter à leur fource. tous deux également pourvus de goût d'efprit. Je reviens toujours au principe.52 parer ces EMILE. & préférer la première que quand elles font à ne en op- pohtion. ont eu îa même éducation. l-s placera félon ce femme fans rien favoir ne s'y pera pas. On & eft fervi. j'en recherche la caufe.

Je ne dis Le point qu'au fervice perfonne n'eft oublié. vir celui qui n'oie le ferparcequ'il n'a pas faim. elle les rebu- Le même femme du monde dans A teroit tous. aura pu Mais la femme devine ce n'oublier perfonne. en parlant à fon voifm elle a l'œil au bout de la table . de vouloir obliger tous fes amans. 55 le maintien toutes les convenances. car pourvu qu'une femme polie le foit envers tout le monde. Si ce n'cft pis toujours làdeffus que la femme cft le plus exade. elle difcerne celui qui ne mange point. Dans la fociété les manières qu'on pas de. qu'on regarde avec plaiilr & vous en offre . plairs prend avec tous les hommes ne laificnt D 3 . fait exceller une coquette dans l'art d'amufer plufieurs foupirans. l'on parle de L'homme rapporte ce qu'on fait ceux avec lefquels ce qu'on dit il s'eft entretenu. à quoi tenoit tel propos ou tel gefte . mais la coquette perdroit bientôt fon emforce pire par cette uniformité mal-adroite. mais tems de manger un feul morceau : la vérité eft qu'elle a Qiiand tout ce qui lui a dit. & chacun fe trouvera placé comme il veut l'être. elle a toujours aflez bien fait . En fortant de table chacun croit qu'elle & n'a fongé qu'a lui ait eu le tous ne penfent pas qu'elle . il s'eft fait à peinç s'eft palle. ou demander. maître ùe la maifon. parcequ'il cft maladroit ou timide. le mangé plus que perfonne. Le manège de la coquetterie exige un difcernement encore plus fin qui celui de la politefle . & un mouvemen-: à la vérité. dont elle n'ait l'inter- prétation tout prête & prefque toujours conforme tour d'efprit. en revanche elle a vu ce qui s'eft dit tout bas à l'autre bout de la falle j elle fait ce qu'un tel a penfé.ou DE L'EDUCATION. qui fait exceller une l'art de tenir maifon. monde cil: parti. expreflif. en faifant la ronde.

que celui qu'elle flatte croit que c'cft que celui qu'elle maltraite croit que c'eft par dépit.e nagés .'-^"unent feroient-ils un in-'«-^-î & . Se qu'elle le lui perfu^de fous les yeux de tous les autres. puis obfervez quelle fotte figure il y fera. elle ilant fcs dupes ? En . s'ils n'étoicnt fag<. les caprices r. pourvu qu'on fi foit bien traité. placez en même cas une f.Tedl:e de mettre entr'eux de l'inégalité .ZZ !:i:r tCZCÏ^noit la mémiC confiance prcnoit avec eux la mt-me fam'':-^-:-. traïUnt cgHicîT. : l'on n'y regarde prs de près fur les préférences mais en amour une faveur qui n'eft pas exclufive eft une injure. de n'être point diflingué. Un homme fenfible aimeroit cent fois mieux être feul maltraité que carefTé avec tous les autr s. & qu'elle ne s'occupe en le defir effet que d'elle feule. de {on partage. Voulez-vous voir un perfonnage emljarrafTé ? Placez un homme entre deux femmes avec chacune defquelles il aura des liaifons fecrettcs. la voit toujours s'occuper de lui.er. Ainfi chacun content. chacun . {U furement l'exemple ne fera pas plus rare) vous ferez émerveillé de l'adrefie avec laquelle elle donnera fe rira le change à toviç deux Si fera que chacun de l'autre^ Or fi cette un. qu'elle s'y prend bien mieux que fur elle? Loin de les traiter de la même manière.mcs. femme ce qui peut arriver de pis eil 11 faut donc qu'une qui veut conferver plufieurs amans per- h fuade à chacun d'eux qu'elle le préfe. en fait les Ufâ . . coquetterie fuggeie de femblablcs moyens.mcnt méen les dirpcnfant avec art qu'elle plus fortes chaînes de fcs cfclavcs.nime entre deux hom.t ne montreroit-elle pas qu'ils ont les mêmes droits Oh. les ! bien. ^' c'cft que rebuter.e.54 plaire à EMILE. la Dans fero'ient général de plaire. tandis fait fi par tendreflc. cela elle a. à qui elle en peifuade autant fous les uens.

Voilà ce qui eft.ou DE L'EDUCATION. font la fcience des femmes . onde fia colto rete alcun novello amante . A quoi tient tout cet fcrvations fines & art. du fexe. mais l'accent qu'elle y joint n'eft doit le dire pas toujours le même. Ne con tutti. & cet accent ne fait point La femme n'a-t-elle pas les mêmes bementir. leur teint. vous répondre. nous dit-on : Le don qui leur eil propre elles le deviennent. & qui la difpofent à porter à chaque mouvement fecret qu'elle apperçoit la force qu'il faut pour le fufpendre art s'apprend-il ? elles Wmt toutes. La bouche dit toujours. lent. Ufa ogn'arte Nelia l'ua 5S la donna. leur refplration. dans les vrais penchans de leur fexe. fi ce n'eft à des obcontinuelles qui lui font voir. Pourquoi confultez-vous leur bouche. leur air craintif. ce qui fe palTe dans les cœurs des hommes. ou . Non. ma ne fempre un fteflb volto cangla a tempo atto e fembiante. à chaque inftant. doit être. elles ne font point faulTes. mêjne en mentant. les obfervations fines. Non Tel il femmes & jamais La hommes ne l'ont au tindifs ett un des cara6teres difpréience d'efprit. la pénétration. Se l'on a vu pourquoi cela Les femmes font fauffes. foins que l'homme. fans avoir le même droit de les- & témoimier ? Son fort feroit trop cruel. Tiiabilcté de s'en prévaloir eft leur ta- même degré. l'accélérer? naît avec les les Or cet . fi même dans les defirs légitimes elle n'avoit un langage Faut-il équivalent à celui qu'elle n'ofe tenir? D 4 q>^e . ler. Serba. leur molle réfiftance: voilà le lan2:age que la nature leur donne pour . eft l'adreffe Si non pas la fauiïcté . quand ce n'ell pas elle qui doit par- Confultez leurs yeux.

font-elles. on ne toujours fa bouche aux fentimens qu'on ne doit point avoir. n'arrive à ce point de dépravation qu'à force de vices qu'on garde tous. j'étois tenté de voler & qu'en le difant je tentafle un autre d'être mon complice. décompofe pas pour admettre rejetter l'autre. h on en La de l'honnètetc. On de . la intégrité. n'y fuit qu'à deflcin de l'attirer ? & Elle m. Qiiand on l'aime. elles font plus faufles mille fois. difoit très bien fait une loi un de mes ad- verfaircs . ne feroit-ce pas y fuccomber ? Pourquoi dites-vous que la p-udeur rend les femmes Celles qui la perdent le plus. rende malheureufe ? Ne lui faut-il pas un art de communiquer fes penchans fans les découvrir ? De quelle adrefTe n'a-t-elle pas befcin pour faire qu'on lui dérobe ce qu'el. Se l'on refufe & h pomt ne un être avoué. plus elle doit avoir d'art. plus vraies que les autres ? Tant s'en faul .entnoit. mari. même a\cc fon Oui. fur-tout effet qu'il n'auroit quand cet aveu lui donSi pas eu fans cela.e brûle d'accorder ? Combien ne lui importe-t-ii point d'apprendre à toucher le cœur de l'homme fans paroitre fonger à lui ? Quel difcours char- mant n'eft-ce pas que la pomme de Gai athée fa fuite mal-adroite ? Qj^ie faudra-t-il qu'elle zjoute à cela ? Ira-t-elîe dire au Berger qui la fuit €ntre les faules qu'elle. je foutiens qu'en tenant la coquetterie dans fes limites on la rend modefte vraie. vertu eft une. ce qui eft mal ne devroit point être. ne doit une partie & on l'aime dans toute fon fon cœur quand on peut. pour ainfi dire . elle ne l'attirerait plus. lui déclarer ma tentation. 5c qui ne régnent qu'à la faveur faulTes ? au refte. mais ce qui ell: bien .56 que fa E pudeur la IM I L E. La vérité morale n'eil pas ce qui eft. Plus une femme car alors a de re- ferve.

fa droiture. 57 de l'intrigue & du menfonge (10). nec fœmina amijfà fudichiâ alla ab~ nuerit. des vertus de fon fexe. les plus confiantes dans tous leurs encelles fur la foi defqucUes on peut gagemens. pour achever le tableau de fa gloire. (10) Je fais que les femmes. après avoir renoncé à celui qui leur eu. dit-on.. fots. prétendent bien fe faire valoir de cette francliife. mais je lais bien aulïï qu'elles n'ont jamais perfuadé cela qu:à des. Mais avec tout fa haute réputation. maîtrçfle. de quel honneur feront-elles cas. on vante fa franchife. &. fa fidélité dans l'amiEnfin. ellez n'ont plus-aucun intérêt d'y réfilter . les plus fmceres. qui ne s'enorgueillifient point de leurs fautes. celles dont ils en arrachent les aveux avec le plus de peine. du nôtre : : on à la bonne dit qu'elle s'étoit fait homme heure. Jamais Auteur connut-il mieux le cceur humaia dans les deux lexes. propre ? Ayant mis une fois leurs paffions à l'aife. Le plus grand Frein de leur fexe ôté. font d'ailleurs les plus vraies... qui les retienne . généralement le plus compter. elle avoit. qui favent cacher leurs defirs à ceux-mémes qui les infpirent. qui ont ouveitement pris leur parti fur un certain point. Te ne fâche que la feule Mudemoifelle de l'Enclos qu ou ait pu citer pour exception connue a ces remarques. Au contraire. que celui qui a dit cela ? D 5 fera . celles qui ont encore de la honte. que refta-tril.ou DE L'EDUCATION. fon commerce. confervé & celles là fureté de tié. Se jurent qu'à cela près il n'y a^ rien d'eltimable qu on ne trouve en elles . & je vois que l'effet le plus alTuré de cette philofophie fi mon ami que pour ma Tout ceci n'eft pas roît être. je n'aurois pas plus voulu de cet homme-là pour hors de propos qu'il paJe vois où tendent les maximes de la Philofophie moderne en tournant en dérifion la pudeur du fexe & fa faufleté prétendue . AulTi Mademoifelle de l'Enclos Dans le mépris a-t-elle paflë pour un prodige.

c'cft le feul moyen de les leur rendre faciles. c'eft à celui des deux qui eft le plus agilVant. a qui a le plus de force. c'cft à qui l'exerce davantage. tout ce qui tend à généralifer les idées. Je l'ai déjà dit.ces phyfiques. non plus. des principes. Chaque état Si connôit bientôt chaque âge a fes devoirs. fieclc le aux femmes de notre peu d'hon- neur qui leur eft rcfté.enent l'hom. en ce cipes.58 fera d'ôter E M I L E. on n'eft toujours que trop ce que les hommes veulent que l'on foit. éc fur quels objets on doit tourner leurs réfle<Slions dès leur jeunefTe. Honorez votre fiens pourvu qu'on les aime. ^ c'eft à elles de faire les obfervations qui rr.me à l'établiikment des prinToutes les réflexions des femmes. le celui plus allant. des axiomes dans les fcicnccs. car quant aux ouvrages de génie. les devoirs de leur fexe font plus aifés à voir qu'à remplir. &: dans quelque rang que le Ciel vous place vous ferez toujours une femme de bien.e a La trouvés. jufteffe & d'attention pour réuflîr aux fciences exaéles. qui voit le plus d'objets. doivent tendre à l'étude des hommes ou aux conpoilTanc-S agréables qui n'on que le goût pour obpaftent jet . les On état de femme. afléz de portée leur . ils elles n'ont pas. k quant aux connoifiar. n'eft point du reflbrt des femmes . recherche des vérités abftraites & fpéculatives. La première chofe qu'elles doivent apprendre eft à les aimer par la confidération de leurs avantages . flui ne tient pas immédiatement à leurs devoirs. L'effencicl eft d'être ce que nous fît la nature . Sur ces confidérations je crois qu'on peut déterminer en général quelle efpece de culture con- vient à l'efprit des femmes. c'eft à elles à faire l'application des principes que l'homm. leurs études doivent fe rapporter toutes à la piatique . & juger .

La femme. mieux qu'elle fur le . elle fâche leur donner les fentimens qu'il fonger. cœur humain mais elle lira mieux qu'eux dans cœurs des hommes. Cependant la véritable mère de Hiles aveugle. C'eft aux femmes à trouver. La femme a plus. par fes avions. la morale expérimentale. la plus fure connoifdince. la femme obde ce concours réfulferve & l'homme raifonne . fans même paroître y philofopheront. à nous à la réduire en fyftême. loin d'être une femme du monde. en un mot. foi & des autres qui foit à la portée de notre k voilà comment l'art peut tendre inceflamment à perfedionner l'inftrument donné par la nature. il faut qu'il ait il faut donc qu'elle l'art de nous le faire vouloir de l'homme. k 59 des loix de juger des rapports des êtres fenfibles qui ne laliiUure. & la fcience la plus complettc. Sa méchanique à elle eft plus forte que la nôtre . & & tous Tout & leviers vont ébranler le cœur humain» ce que fon fexe ne peut faire par lui-même qui lui eft néceffaire ou agréable. qui eft foible juge les mobiles voit rien au-dehors. Si l'homme plus de génie . tent la lumàere la pjus claire. pénétrer leurs fentimens par leurs difcours. mais l'efprit des hommes qui l'encourent.. par leurs geftes. par fes regards. les Ils lui plaît. foit Il faut qu'elle apprenne à par l'opinion. D 6 gueres . par leurs aaions. c'eft leur faute. d'efprit. k ces mobiles font les paffions de l'homme. miile.ou DE L'EDUCATION. n'eft Le monde eft le livre des . de efpece. apprécie qu'elle peut mettre en œuvre pour fuppléerà fa foiblefT:-. par leurs regards. pjur ainfi dire. femmes quand elles ou quelque paffiori: y lifent mal. Il fau que par fes difcours. folt par la loi. par fes geftes. refprit des hommes auxquels elle eft aflujettie. que puiilc acqviérir de lui-même l'efprit humain. non par abftracétudie à fond l'efprit fes : tion l'efprit de l'homme en général.

faites du moins vos compagne s de vos filles. publiques les Cet ufage étoit plus raifonnable Se maintenoit forte de coquetterie eft permife s'amufer eft leur d'auties foins chez elles. mieux les mœurs. Donnez-leur un fens droit & une ame honnête. les fefj chercher mais elles même le théâtre. puis ne leur cachez rien de ce qu'un œil chafte peut regarder. le voir fans émotion ? noncé les objets q^u'il repréfente Leur avez-vous bien anLes leur avez. pour celles qu'on met dans des Couvens j leur montrer les plaifirs qu'elles quittent avant de les y laifler renoncer. vu. tout ce qui. fille réfifte à ce dangereux exemple ? peine ont-elles vu le monde que la tête leur tourne à toutes j pas une d'elles ne veut le quit- Quelle A ter. mal charme d'une imprudente jeuncfle. les jeux. Mères. Mieux elles verront ces bruyans plaifirs. fait e feront dégoûtées. J'entends la clameur qui s'élève contre moi. avant de leur ofi-rir ce tableau trompeur. mais. & les femmes courent le monde. Une aux filles à marier. les filles vivent dans des Couvens.63 E M I L E. gueres moins reclufe dans fa maifon que la Religieufe dans fon cloître. plutôt elles en tins. Il faudroit donc faire. pour les jeunes perfonnes qu'on marie. Les femmes ont k n'ont plus de maris à ne trouveroicnt pas leur compte à cette réforme. de peur que la fauffe image de ces plaifirs qui leur font mconnus ne vienne un jour égarer leurs cœurs Sz troubler le bonheur de leur retraite. peut être offert fans rifque à des yeux fains. le contraire : les filles avoient. les avez-vous bien préparées à. comme je l'ai dit. En France. Cela peut être . : beaucoup de jeux & de fêtes femmes vivoient retirées. comme ou ou comme on doit faire. Se malheureufement elles donnent le ton. grande aftaire.? vous . Chez les anciens. " Le bal. c'étoit tout fait.

& fi cela eft. Vous De les leur faites aimer encore en s'y livrant. de plus dignes époufes. qu'une mère introduife fa fille dans le monde. vous les y iivez nourries. Elles ont été élevées & pour y vivre vent bien. jeunes perfonnes entrant dans le monde n'ont d'autre gouvernante que leur mère. En fortant de-là pour entrer tout d'un coup dans des fociétés bruyantes. & jets . autrement qu'elle ne les voit. mais de celle qui produit tous les travers des femmes. de jeunes femmes s'y fententent d'abord à leur place. non de cette coquetterie honnête dont j'ai parlé. Son exemple. on ne peut douter que cetce différence ne foitdue en partie à l'éducatign des Cguvens. que dans les pays Catholiques . c'eft en fuppofant qu'elle le lui fera voir tel qu'il eft.us porté dans leurs jeunes cœurs le goût des vrais plaifirs qu'on ne trouve point dans ce tumulte ? Quelles précautions. mais il me femble qu'en général dans les pays Proteftans il y a plus d'attachement de famille. Le m>al commence plutôt encore. 6i vous bien armées contre les iliufions de la vanité l Avez-v. & l'autorité de la mère eft pour la Qiiand je veux fille une excufe fans réplique.ou DE L'EDUCATION. . Pour . plus fort que la raifon même. Vous leur avez fait aimer d'avance tous les frivoles amufemens qu'elles trouvent. les juftine à leurs propres yeux. & de plus tendres mères. fouvent plus qui ne peut leur montrer les obfolle qu'elles. faut-il s'étonner qu'elles s'y trou- Je n'avancerai point ce que je vais dire fans crainte de prendre un préjugé pour unq obfervation . fait les plus extravagantes petites-maîtrefles. quelles mefures avez-vous prifes pour les préferver du faux goût qui les égare ? Loin de rien oppofer dans leur efprit à l'empire des préjugés publics. Les Cou- vens font de véritables écoles de coquetterie.

ternelle qu'on prend du goût pour fa propre m::ifon. C'eft ainfi qu'on fuce avec le lait le goût des plaifirs du fiécle Se de maximes qu'on y voit la vie paiiible tz regnt-r. perfonnes .oment ces jeunes tien. . à peine connoît on fes parens . ne l'afteclent que pour pouvoir s'en debarraiT'er plutôt. (sf tergetis os fuum dic'Hf Ne» jf*m cpereta v. que fa mère n'a point élevée. le libertinage eft au fond de leur cœur .ris ^: de Londres. çfrf : eomedit. XXX.alum. Malheureufcn'aimera point élever fes enfans. domeflique il faut il faut en avoir fenti les douceurs la connoître Ce n'eft que dans la maifon padts l'enfance. cette Elles. <Sr qu'on eft en public jufques chez foi. & 1^ fimplicité des maurs domeftiques s'éteint avec la douce familiarité qui «i faifoit le charme. je vous fupplie.62 E Pour aimer . d'un mari avec tant de reflburces peur s'en pafler ? Mais on a befoin d'un mari pour couvrir ces refLa modeftie eft fur leur vifage. on les voit en étrangers . men": il n'y a plus d'éducation privée dans les La fociété y eil fi générale 5c fi grandes villes. mères. Femmes de Pr. pardonNul féjour n'txclut nez-le moi. Prov. mêlée qu'il ne reile plus d'afile pour la retraite. Qu'a-t-on befoin mais la licence du mariage. A force de vivre avec tout le monde on n'a plus de famille. On impofe aux fillei une gêne apparente pour trouver des dupes qui les époufent fur leur mainMais étudiez un m. fous un air contraint elles déguifent mal la con\oitife qui les dévore. M I L E. mais pour moi je n'en connois point . Si toute femrre. Se déjà on lit dans leurs veux l'ardent defir d'imiter leurs Ce qu'elles convoitent n'eft pas un mari. fources (ii). feinte modeftie elle-même en eft un figne. zo. & (i i) La voye de l'homme dans fa jeuneile étoit une des la quatre chofes que le Sage ne pouvoit comprendre cinquième étoit llmpudence de la femme adultère. les miracles.

je n'entends rien à nos inftitutions. une feule 63 d'entre. ornés du beau jvom de talens. inftruites à leu la s m Kurs. mais qui eft-ce qui remarque celles qui. la mode fix mois durant pour fe faire fifïler le refte de leur vie . les en détourner elles-mêmes. elles ne tardent pas à mériter d'être auffi de la Capitale. & dans les petites elle commence avec la raifon. On remarque à Paris les jeunes écervelées qui viennent fe hâter de prendre le ton du pays. & fe mettre à le . éi aux paffions qui naiiTent bientôt Dans les grandes villes la dépravade ce goût.ou DE L'EDUCATION. s'en retournent dans leur province. de tout ce fracas. & l'amour des chofes honnêtes. tion commence avec la vie. contentes de leur fort. dire avec attcndriflement la veille de leur départ . repartir plus volontiers qu'elles n'étoient venu s. Oà commence l'on le projette. on ne les trouve pas fi attrayans qu'ils le font pour ceux qui s'en laiiTent charmer. Toutes ces educationj diverles livrent égale- ment de jeunes perfonnes au goût des plaifirs du grand monde. Déjeunes provinciales. après l'avoir comparé à celui qu'envient les autres ? Combien j'ai vu de jeunes femmes amenées dans la capitale par des maris complaifans Se maîtres de s'y fixer. méprifer l'heureufe funplicité de s'empreilent à venir à Paris partager corruption des nôtres . ou cette fille eft mal élevée.vous a l'ame vraiment hon$c Cl nête. mal à votre avis ? Dans les lieux où ou dans ceux où l'on l'accomplit ? ne veux pas que de la province une mère Je fenfée amené fa fille à Paris pour lui montrer ces mais je dis tableaux fi pernicieux pour d'autres que quand cela feroit. rebutée. les vices. & . ou ces tableaux feront peu dangereux pour elle. du fens. Avec du goût. font l'unique objet de leur voyage j k honteufes en arrivant de fe trouver fi loin de la noble licence des femmes du pays.

malgré la corruption générale. h ceux qui donnent cV tout ce qu'ils difent. plufieurs gardent encore un refte heureux pas combien dans 7iotre chaumière! On y fit que âayu les palais d'ici! ne On & jugement à l'épreuve. leur catéchifme de morale doit être auffi court aufîi clair que leur catéchifme de religion. qui méprirent fon culte infenfé.H Jh / plus fait E retcuJ-mns M il I L E. point de morgue. point d'air fâché. quand on ne l'aura point altéré par des inftruclions vicieufes . Que fi. ne leur chagrine quand on les remplit . Montrez-leur dans fant ces devoirs foyez précife laiflez pas croire qu'on eft & les mêmes devoirs la fource de leurs plaifirs &: le fondement de leurs droits. '' En leur expofaire & facile. malgré les préjugés univerfels. pour mieux dire. les fenurxes fa^es ne font point de fenfation. t'e fe rendre aimable pour être heureufe. que fera-ce quand ce jugem.ent aura été nourri par des inflrudions convenables. de s'honorer pour fe faire honorer ? Qiie ces droits font beaux Qu'ils font refpedables Qii'ils 1 ! font . encore de bonnes gens qui n'ont point fléchi le genouil devant l'idole. ou. malgré la mauvaife éducation des filles. ni d'aggrawr le jouoqui leur eil impofé parla nature. Tout ce qui doit pafiér au cœur doit en fortir . De trifles leçons ne font les les bonnes qu'à faire prendre en haine.ablir fcntimens naturels ? Il ne s'agit point pour cela d'ennuyer de jeunes filles de vos longs prônes. Eft-il fi pénible d'aimer pour être aimée. Il n'y a de bruyantes que les folles . car tout confifte toujours à conferver ou ré. ni de leur débiter vos féches moralités. Il ne s'açit point en parlant à de jeunes perfonnes de le'ur peur de leurs devoirs. de fe rendre eftimable pour être obéie. Les moralités pour les deux fexes font la mort de toute bonne éducation. mais il ne doit pas être aufîi grave.

amiable peu. fait ! 65 font chers au cceur de l'homme quand la feinme Il ne faut point attendre les faire valoir ans ni la vieillefTe pour en jouir. les Peuples qui ont eu des mœurs ont refpeâé les femmes. à peine fes attrai s fe développent. le fiége de les la gloire Germains. de la décence dans fon maintien de l'honnêteté dans fes propos. Lecteurs fouvent plus femmes qu'elles. ils partent de ce fentiment intime que nous avons tous. Qui eft-ce qui veut être méprifé des femmes ? Perfonne au monde . ne font ils ne font point fondés feule. & où leurs jugemens ne font plus rien aux hommes l'on favoit le mettre ! Tous C'eft le d. Voyez Sparte. non pas même celui qui ne Et moi qui leur dis des véveut plus les aimer. Rome. que les femmes font les juges naturels du mérite des hommes. Qiiel fon caniéiere homme infenfible barbare n'adoucit pas fa fierté. leurs fuftrages me foient indifférens ? font plus chers que les vôtres. qu'elle règne déjà par la douceur de rend fa modeiïic impofante. qui écout. voyez voyez Rome . En méprifant leurs mœurs me je veux encore honorer leur juftice : Peu m'im- porte qu'elles timcr.ême. & m. ment fur l'attrait des fens . qui fait les & & & k intérefTer par fa timidité refpeft qu'elle porte à t jut le m. k ne prend pas des manières plus attentives près fage. fi je les force à m'ef- Que fi de grandes chofes on feroit avec ce reiïbrt ! fiécle Malheur au en œuvre où les femmes perdent leur afcendant.onde ? s'attirer le point frivoles Ces témoignages. à qui fa beauté ne fait oublier ni fon fexe ni fa jeuneffe. Son empire commence avec fes vertus .ou DE L'EDUCATION. bien qu'extérieurs. & de la . qui parle d'une hile de feize ans. me haiiTent. croyez-vous que leurs jugemens Non.rnier degré de la dépravation. rités fi dures.

fe ce livre à ces tranfports lubilmes délire des a- mans ^ le charme de leur palH n. Galans François. je l'avoue eft réel. par les femmes Rome aiTiégée fut fau\ ée des mains d'un Profcrit. que la vertu n'eft pas moins favorable à l'amour qu'aux autres drf its de la nature. ks yeux des Volfques.66 la vertu.mes par une femrne Rome acquit la liberté. & je foutiens. 11 n'y a point de vériLuble amour fans enthoufiafme. Se point d'enthoufiafme fans un objet de perfeétion réel ou chimérique. Formez ce cortège de belles Dames Françoîfes . mais toujours exiftant dans l'imagination. femmes honorciînt les exploits des grands Généraux. elles en eurent un fur là terre. & qui ne voyent dans ce qu'i\j . De quoi s'enflammeront des amans pour qui cette jerfctStion n'eft plus rien. Que nous voyons d'un ceil différent les mêmes objets & peut-être avons-nous tous raifon. je n'eji connois point de plus indécent mais compofez-le de Romaines. qu'eufliez-vous dit en voyant pafier cette procefTion. . vous aurez. i\ ridicule à vos yeux moqueurs ? Vous reulTici accompagnée de vos huées. que leurs vaux ou leurs deuils étoient conlacrés comme le plus folemncl jugement de la Republique. par une femme les Plébéyens obtinrent le Coniulat. ce font les fentimens dont pour le vrai beau qu'il nous fuit mais ce qui il nous anime aimer. ! : k aiment que n'eft pas l'objet ainfi du plaiiu' des icns ? que l'ame s'échauft'e. Se qui font le Non. Ce beau n'tit . Toutes les que grandes révolutions y vinrent des fem. Tout n'eft qu'illufion dans l'amour. C'cil:-la fi E jamais les M I L E. qu'elles pleuroient publiquement les pères de la patiie. & que l'autorité des maîtreffes n'y gagne pas moina que celle f'es femmes & des mères. tous. le cœur de Coriclan. Je dirai davantage. par une femme finit la tyrannie des Dcccmvirs.

il eft l'ouvrage Eh! qu'importe? En facrifiede nos erreurs. délicieufe pour une belle femme qui a quelque Tandis qu'elle voit toute élévation dans l'ame.iî l". n'cfi: 67 point dans l'objet qu'on aime. Teilime univerfelle Se la Tienne propre. Dans quelque fiecle que ce foit les relation» la convenance ou naturel es ne changent point . de régner fur foi. Les privations font paflagcres. elle triomphe de tout Si d'ellela même el!e s'élève dans fon propre cœur un : trône auquel tout vient rendre hommage . coJinoilTons plus que la débauche.ou DE L'EDUCATION. fût ce pour obéir à des opinions fantaftiques . & les vrais motifs d'honneur parleront toujours au cœur de toute femme de jugement. quelle jouiflancc pour une ame noble. que l'orgueil de la vertu jointe à la beauté ! Réalifcz . terre à fes pieds. fous le vain nom de re^lfcn.'-^"?. ce changement fut moins l'ouvrage de la raifon que celui des mauvaifes mœurs.rcncr. les fentimens tendres ou jaloux. lui payent fans cefTe en tribut de gloire les combats de quelques inftans.heur de "la vie. Si où eft la paillon fenfuelle 5c groi]le:e dans Nous nous un homme qui veut moquons des Paladins ! C'eft qu'ils connoiffoient l'amour. qui faura chercher dans fon état le bonLa chafteté doit être une vertu .!^ r?. t-on moins tous fes fentimens bas à ce modèle En pénétre-t-on' moin|^ fon cœur imaginaire ? S'en des vertus qu'on prête à ce qu'il chérit ? détache-t-on moins de la baiTene du moi humain ? Où eft le véritable amant qui n'eft pas prêt à immoler mourir ? fa vie à fa maîtrefie. n'en changent lî xél?^ toujours grand &:be?. des deux fexes. & que nous ne Qiiand ces maximes romanefques commencèrent à devenir r'dicules. les préjugés. mais toujours refpcduaux. difconvenance qui en réfulte refte la même. mais le prix en eft permanent .

Les idées trop fublimes & trop baffes font également i fuiFifantes & ne peuvent s'aiïocier il faut une celle. des jeunes perfonnes fans produire la laperfuafion. on rebat . & du fecret.68 alliez E M I L E. Plus les devoirs font grands les raifons fur lefquellcs & pénibles. comme on n'y manque gueres. jamais elle ne pourra croire en ellemême que le plus doux fentiment du cœur foit une invention de Satan. elle feule faura jouir du pafie. faute de raifons d'^^-éfifter tirées des chofcs mêmes. ce même corps qu'on lui a rendu fi méprifable. & fcs plaifirs refteront encore . elle goûtera dc^ voluptés plus exquifes que les Laïs & les Cleopatres & quand fa beauté ne fera plus. jamais elle ne pleurera fincerement & devant Dieu d'être un objet de convoitife. une héroïne de Roman. a fans doute de fortes armes contre les tentations . Une fille. on lui fafTe enfuite refpecler. mais dont on nourrit uniquement le cœur ou plutôt les oreilles du jargon myftique devient infailliblement. naît la facilité peu de cas qu'elle^ en font en de céder à leurs penchans. Jamais une jeune ôc belle perfonne ne mcprifera fon corps. Il y a un certain langage dévot dont. fa gloire . trop difproportionné les oreilles à leurs idées. Donnez-lui d'autres raifons en dedans Se pour elle même . plus on les fonde doi\cnt être fenfibles & fortes. la proie du premier fedufleur adroit qui l'entreprend. (îc qu'après ra\'olr humiliée en aviliffant fon corps éc fes chai mes comme la fouillure du péché. jamais elle ne s'affligera de bonne foi des grands péchés que fa beauté fait commettre. car celles là ne pénétreront pas. De ce langage. fur les fujets les plus graves. de la contradiélion dans fes idées. Ce fera pis encore fi Ton met. : raifon . élevée fagement Se pieufemcnt. comme le temple de Jefus-Chrift.

nant les mœurs de nos jours. celle de régner fur des âmes grandes & fortes. dans les relations de leur âge. apprenez-leur à le reconnoître. . vous leur en infpirerez un dégoût fuicere . Soyez fages. vous leur ferez naître une ambition plus noble. & qu'on ne fait fervir fa maîtrefle que comme on fait ferSoyez fûre qu'alors en leur dépeigvir la vertu. celle des femmes de Sparte. femmes ou maîtrelTes. illa facit: On ne fe douteroit pas que c'eft Ovide qui porte un jugement fi févere. mais encore à celles des hpmimes . l'homme de mérite . à l'aimer. pouvez-leur qu'amies. en leur montrant les gens à la mode vous les leur ferez mêprifer. donnez-leur un grand intérêt à l'étrê . La con- du devoir n'a de force qu'autant qu'on joint des motifs qui nous portent à le remplir: y Quœ quia non liceat non facit. & à l'aimer pour elles . cet homme feul peut les rendre hcureufes. : Amenez que l'en-i- la vertu par la raifon faites-leur fentir pire de leur fexe Se tous fes avantages ne tiennent pas feulement à fa bonne conduite. $c vous la leur ferez aimer. qui ne fait attirer fes amans que par la coquetterie. Voulez-vous donc infpirer l'amour des bonnes moeurs aux jeunes perfonnes ? Sans leur dire inceffament. intrigante. fexe fidération 69 & de l'âge. à fes mœurs. averfion pour leurs vaines galanteries . fuifit pas de prendre cet intérêt au loin dans l'avenir . cltrontée. vous ne leur donnerez qu'éloignement pour leurs maximes. Une femme liardie. railon à la portée du. faites-leur fentir tout le prix de Il ne la fagtfTe. qu'elles ont peu de prife fur des âmes viles & baffes. qui étoit de commander à des hommes. dans le caradtere Dépeignez-leur l'homme de de leurs amans. bien. montrez-le leur dans le moment même.ou DE L'EDUCATION.

dans les chofes importantes graves elle eft fans autorité fur eux. Difons maintenant un mot de fa perfonne. ce me femble. c'eft confuprefque un prodige Sophie elle a le du fien. ayant un amant babillard. Sophie n'en pas une non plus. Emile n'en eft pas un. elle le p. aimable. ni les conferver que par les faveurs. & cette d'un bon naturel j extrême fenfi- (12) Brantôme dit que. (ju'il garJa û fidèlement deux ans entiers.70 fait EMILE. celle les qui force la réferve Se fiens à la refpeder.ivant fon goût qu'en le gênant. à la gloire. cet empire eft beau. n'étoit point connue pour telle. obéir quetterie.iyer de tout le prix qu'elle y peut mettre ? bilité . FarUz. . &: plutôt en f'. félon le portrait que j'en ai fait à Emile. qui peut & le fclon qu'il imagine lui-même l'époufc les eil: rendre heureux. d'être Dans la lion des fexes qui règne entre nous. qu'on le crut devenu muet par Un jour en pleine aflemblte. Emile eft homme. & Sophie eft femme . du tems de François premier. au combat. N"y a-t-il pas quelque choCe de grand & d'héroïque dam cet amour-là? Qu'eût fait de pl"s la Philotophie de Pitbagore avec tout ion faite ? Quelle femme aujourd hui pouroit compter fur un pareil filence lui feul jour. les envoie d'un figne au bout du monde. celle qui a de de la modeflie. hii impofa un filcnce abfolu & illimitc. à la fois honnête. ià niaîtrtfle. Se le fit avec ce feul mot . ôc vaut bien la peine d'ctrc acheté (12). eft bien née elle eft cœur très fenfible. celle. voilà toute leurglcire. à la mort. Voilà dans quel efprit Sophie a été élevée avec plus de foin que de peine. en un mot. qui foutient l'amour par l'eftime. où il lui plaît. Sz fage. Je ne redirai jamais trop que je îaifle à part prodiges. les des valets dans les choies ferviles communes . fe vanta de le guérir furie-champ. une jeune perfonne. qui. dûtmaladie. dans ces tenis où l'amour fe faifoit avec myftere. Mais la comme & & femme.

commune. une main plus blanche. Sophie aime la parure & s'y connoît . un pied plus mignon. riches habillemens . oublient les belles femmes. Sans éblouir elle intérelie. mais elle fait à merveille celles qui lui font favorables. l'humeur la figure & pourtant . bijlté lui 71 donne quelquefois une modérer. jours dans le fien la fimplicite jointe à l'élégance n'aime point ce qui brille. un plus beau te'nt.êmes. & ce qu'elle gagne elle ne le perd plus. unephyiionomie plus touchante. une plus belle bouche. elle plairoit hommes mais auprès d'elle les . fa mère n'a point d'autre femme de chambre qu'elle fe : elle a beaucoup de goût pour mais elle elle hait les mettre avec avantage. Elle ignore quelles font les couleurs à la mode. on peut l'aborder avec indifférence. on voit tou. phyfionomie qui pas . d'autres ont à plus grande mefure celles qu'elle a mais nulle n'a des qualités mieux aiTorties pour faire un heureux caradere.ou DE L'EDUCATION. mais plus on la voit k plus elle s'embellit . mais ce que fiéd. mais on ne fauroit avoir une taille mieux prife. & les belles femmes font mécontentes d'elles-mêhies. & fi elle étoit plus parfaite. aftivité d'imagi- nation jufte difficile à Elle a l'efprit moins facile que pénétrant. dont l'ajufte- . & l'on ne fauroit dire pourquoi. D'autres ont de bonnes qualités qui lui manquent . peine beaucoup moins. mais non pas la quitter fans émotion. elle charme. Il n'y a pas une jeune perfonne qui paroilîe mife avec moins de recherche. Elle fait tirer parti de fes dé. k. mais agréable une promet une ame èz qui ne ment fauts m. elle gagne où tant d'autres perdent. Sophie n'eft pas belle A eft-elle jolie au premier afpeéî. une figure plus impofante . inégale. On peut avoir de plus beaux yeux. un regard plus doux.

elle n'a eu de maître à chanter adreffe. peu-à-peu elle devint fenfiblc à l'harmonie . de maitreiTe à danfer que fa mère. mais n'ayant pas été à portée de mettre beaucoup d'art à leur culture. foit du fien n'eft prlfe dans aucune. Sophie ùùt le mieux 5c qu'on lui a fait apprendre a\ ec le plus de foin. facilement. voilà une fille modefte & fage . enfin en grandiflànt elle a commencé de fentir les charmes de l'exprefllon. les yeux 6Î le cœur errent fur toute fa perfonne fans qu'on puiile les l'on diroit que tout cet ajuftement en détacher. elle les couvre. plus recherché. En la voyant on dit. pas une pièce l'art ne paroît au hafard. que fon père. enfuite elle trouva que le fon aigre & fec du clavecin rendoit plus doux le fon de la voix. Il n'y a pas Ce que & un . elle ne fait point déchiffrer un air fur la note.y2 l'ajudement EMILE. avec grâce. elle s'cll contentée d'exercer fa jolie voix à chanter jufte ^^ avec goût. à faire la révérence en fi toutes fortes de fituations fans gêne k fans malrefte. Sa parure cil: très modefte en ap- & U fimple n'eft mis à fa place. mais en les couvrant elle fait les faire imaginer. & d'aimer la mufique pour elle-même. elle les fent 5c ne les a pas négligés . fes petits pieds à marcher légèrement. ce font les travaux de fon fexe. qu'à faire paroître fa main avec avantage fur ces touches noires . parence Se très coquette en eftet . Du èc un organifte du voifmage lui a donné fur la cla- vecin quelques leçons d'accompagnement qu'elle D'abord elle ne fongeoit a depuis cultivé feule. même ceux dont on ne s'avilc point comme de tailler coudre fes robes. Sophie a des talens naturels . Mais c'eft un goût plutût qu'un talent. mais tant qu'on refte auprès d'elle. elle n'étale point fes charmes. que pour en ètreôté pièce a pièce par l'imagination.

détails du ménage. elle n'aime pas la cuiime le en a quelque chofe qui la dégoûte eUe n'y 5 : trouve jam. elle ne va pas fi loin. 6: où les doig s s'exercent avec plus de grâce 6c de légèreté. k c'eil maintenant le feul qu'elle fonge à remplir.ême. un ouvrage à l'aiguille qu'elle 73 ne fâche faire èc qu'elle ne falTj avec plaifir . lon elL-. il n'y a pas au : E l. eft la propreté la impofé par ^^WIV. elle fait fort bien tenir les •comptes. elle croit eji fentir l'odeur. Elle s'eft appliquée aufTi à tous les Elle entend la cruifine denrées. indifnature . : . ne fait jamais bien commander que ce qu'on fait exécuter foi-même c'eft la raifon k On : de mère pour l'occuper ainfi . elle fert de maître-d'hôtel à fa raeré. Elle eft là-defl'us d'une delicateft'e extrême. Son premier devoir elt celui de fille. l'office . La terre lui paroit mal-propre fitôt qu'elle voit du fumier.. un des premiers peiilablc. fa Il eft pourtant vrai qu'elle ne les remplit pas tous avec un plaifir égal. elle en connoît les qualités .ou DE L'EDUCATION. Elle n'a jamais voulu de l'mfpeaion du jardin par la même raifon.ais afl'ez de propreté. pour Sophie. elle peut fuppléer aux fonctions des domeftiques le fait toujours volontiers. mais le travail qu'elle préfère à tout autre eft la dentelle. quoiqu'elle foit détail _gourmande. & elle fait les prix des en gouvernant la maifon paternelle elle apprend à gouverner la fienne .onde . parcequ'il n'y en a pas un qui donne une attitude plus agréable. Par exemple. Se cette délicatefle pouffée a l'excès eft devenue un de fes défauts elle laiiferoit plutôt aller tout le diné par le feu que de tacher fa manchette. Faite pour être un jour mère de famille elle-m. devoir fpécial. Elle doit ce défaut aux leçons de fa mère. Son unique vue eft de fervir fa mère & de la foulager d'une partie de fes foins. entre les devoirs de la Se- femme.

elle en a tant exigé de proptté dès fon pour Ion fur fa perfonne. Sophie cft bien J'ai dit . pour fon tra^ail.er par la peut iufqu'à n'eft point (ans co. &c cjuc fuadej eue les bonbons gatoient Ainfi Sophx taille. le premier ell toujours de le Cependant tout cela n'a point dpgcner-é eji vainc _ du luxe affedation ni en molelTe ..ns f j.i lui fait pas oublier qu'elle plus nobles: elle ignore_ ou dédaigne à des foins qui fouille l'ame cette exceflîve propreté du corps plus que propre.fécond de. 74 E M I L E.toujours à vuide. ne. épreuve fur punit. Scie mari qui s'en dégoûte n'a ja^ Elle a tant proche ce devou" a ia iJle mais tort. de le quence pour le fexe il eft trop dangereux La petite Sophie dans ion cnfande : lui laiiTer. la bonb-ns. les rafincmcns Jamais il n'entra d?.fobre l'étoit naturellement . qu on n'en eft pas des i^.ippartcment que de l'eau funplei.lles comme des gourcertain point gouverr. les: dents. que toutes ces attentions tournées en haoïtudc prennent une allez grande partie d. Sa mère la fuvprit. appartement. monde un objet plus dégoûtant qu'une femme mal-propre. mari n'en refpirera ne l'attention qu'elle. pour ia toilette. elle eft pure.eile janiais/on «l'autre parfum que celui des -fleurs» & déplus doux que fon haleine. par habitude. enfance. cnforte que que le. mais l'eft par vertu. les dragées & lur les fidélité à toute. que Sophie etoit gourmande. n'y font pour rien. feCe penchant mandife.i . donne à l'extérieur Enfin doit fa yie Si Ion tem. n en entrant feule dans le cabinet de n'etoit pas du ne revenoit pas .s & biei? laite préfident encore à l'autre . lis fouis ce qu'elle fait n'eft faire proprement. LUc elle cil devenue . la reprit. tant pour fcs bardes. ia mère.conno.e fon teir. & maintenant elle Il garçons. de trop manger grolTilToit la k . enfji à bout de lui perElle vint la fit jeûner.

Dans les fomnies. par fes propres réflexions. ihôt que le cœur s'anime. . Sophie a naturellement de la gaité . en grandilîant elh a pris d'autres goûts qui 1 ont détournée de cet'œ fen/ualité baiFc. Elle eft donc devenue modtftj h réfer/ée même avant le tems de l'être. elle n'a jamais gaûte ni vin ni liqueurs fortes. de peur que bientôt un changement trop fubit n'inihuisît du moment qui l'avoit rendu néceflaire. parcequ'on ne lui en trouve jamais ni pi as ni & moins qu'à foi. fans que cette privation lui . Se maintenant que ce tcms eft venu. il lui efl plus aife de garder le t?n qu'elle a pris. félon l'idée que nous avons de la culture de l'efprit des femmes car Je fien ne s'eft point formé par la leclure . elle étoit mêm. aime la pâtifferie les entre-rnets. folide fans être profond. k par les obfcrvations qu'elle a faites dans le peu de monde qu'elle a vu. la gourmandifu n'efl plus Sophie a coaf^rvé le goût elle aime le laicag: jc les . mais peu-à-peu fli mère a pris foin de réprimer fes airs évaporés. En toute chofe elle a'me ce qui efl: bon Se le fait goûter . quoiqu'il ne (bit pas fort orné. a moins befoïn de répara-!tion. qu'il ne lui feroit de le prendre fans' indiquer la raifon de ce changement c'ed une chofe : _^plaifante de la voir le livrer quelquefois par • E un 2 refte . Elle a toujours celui qui plaît aux gens qui lui parlent. moïaj laborieux que le nôtre. un vice dominant. elle propre de Ton fexe fucreries . fe ys corrigea. mais feulement par les con: verfauons de fon père Se de fa mère. fou fexo. elle fait auili s'accommoder de ce qui ne l'eft pas. mais fort peu la viande. un efprit dont on ne dit rien. Au furplus lie man-j-e de tout très médiocrement. comme dans hs hommes.ou DE L'EDUCATION.e folitre dans fon enfance. COU!^ Sophie a Tefprit agréable fans être brî-Iîant.

& l'on voit que fa honte ne vient Si on ne pas tant du châtiment que de la faute. milieu de fes pleurs fon père ou fa mère les la rap- & jouer & pelle èc dife rire un feul mot. mais elle a trop de douceur pour que cette fenfibilité foit fort importune aux autres i c'efl: à elle feule qu'elle fait du mal. de caprice. Qii'on dife un feul m^ot qui la blefie. elle fouffre avec patience plaifir les fiens. jamais elle ne manque de la réparer d'elle-même. mais fon cœur fe gonfle . fa joie & fes careffes montrent de quel poids fon bon cœur eft foulage. Tel répare avec des autres eft l'aimable naturel de fon & La femme eft fexe a\ ant que nous l'ayons gâté. tout-à-fait exempte Son humeur. qu'il n'eft pas poffible d'en garder la ranElle baiferoit la terre devant le dernier cune. refte d'habitude à des vivacités baiffer yeux & r ugir : il faut bien que_ le terme intermédiaire entre les deux âges participe un peu de chacun des deux. puis tout-d'un-coup rentrer en elle-même. & alors elle eil fujette à Mais laiffez-lui le tems de revenir à s'o\iblier. fe taire. non plus. à l'homme 5: pour fupporter même faite pour céder jeunes fon injuftice j vous ne réduirez jamais les garçons . Sophie eft d'une fenfibilité trop grande pour conferver une parfaite égalité d'humeur. elle Qii'au tâche de s'échapper pour aller pleurer. elle eft doprefque un mérite. dégénère en mutinerie. les torts En un mot. & fa manière d'effacer fon tort lui en fera Si on la punit. les de l'enfance. elle.76 EMILE. yeux. k fitôt qu'elle eft par donnée. fes elle vient à l'inflant en s'efluyant adroitement fanglots. mais fi franchement &: de fi bonne grâce. i i ! domeftique. cile & foumife. un peu trop poulîée. elle ne boude pas. tâchant d'étouffer Elle n'eft pas. fans que cet abbaiffement lui fit la moindre peine. lui dit rien.

ignominie dans la vie d'une femme defiionnête . ils l'ont accoutumée à une foumiffion refpeitueufe en lui difant toujours fille. votre mari vous en inilruira quand il fera tems. Tous CCS fentimens lui ijifpircntun enthoufiafme qui lui élevé l'ame. mais une religion raifonnable ic fimple. elle dévout* à fervir Dieu en faifant le bien. ne connoiiTant de pratique eilencielle que la morale. à fa tendre & digne mère . parceque la vertu fait la gloire de la femme. toutes les inftruétions que fes parens lui ont données fur ce fujet. non contcns d'être heureux de leur prt)pre vertu.ou DE L'EDUCATION. elle l'aime enfin comme chère à fon refpeclable père. au lieu de longs difcours de pieté. aban- Sophie aime la vcitu pafTion dominante. garçons au s'élève 77 la même fit point. ils fe contentent de la lui prêcher par leur exemple." Du refte. Sophie a de la religion. elle l'aime comme la feule route du vrai bonheur. „ cœur. k tient tous les petits pen- chans aflervis à une paffion fi noble. malheur. ils veulent l'être auffi de la fienne. Pelidae gravem flomachum cedere nefcii. peu de dogme & moins de pratiques de dévotion 5 ou plutôt. cet amour eft devenu fa . ces connoifiances ne font pas de votre „ fa vie entière Dans : Ma âge . Sophie fera chafte k honnite jufqu'a fon dernier foupir elle j ^ 3 i'a . Le fentiment intérieur > & fe révolte en eux contre l'injuftice nature ne les pas pour la tolérer. k cet exemple eft gravé dans {on 5. parcequ'elle ne voit que mifere. qu'une femme vertueufe lui paroît prefque égale aux anges . & & don. Elle l'aime parcequ'il n'y a rien de fi beau que la vertu j elle l'aime. & fon premier bonheur à elle-même eft l'efpoir de faire le leur.

ent les homm^-s . précoce en tout. Le feul befoin d'aimer la dévore. Soî'l'. Lcsfemn^fS ont le jugement plutôt formé que lui faut pr:s : . h le lendemain fe change en huée. & cette vantc point: mais t'ile penfe avec ib. cherchant ]':.étant & 11 n'y plutôt fcrm-é que d'autres filles de fon âge. tous les indifférens l'im.iis le M ellç I L É. juré dc. elle conncît les aufïi qualités. plaifance à i'hcnntte hcnr. h a toutes On ne peut pas empreintes au fond de fon cœur. mieux plaire à leur cnfvnce. parccque fon ccniius.cr:te . voulant plutôt briller que plaire. des droits de Sophie efl inflruite des devoirs du nôtre..t^ coûte à tenir en aurfit dû révoquer rengagement. fut la défenfive prefque dès chargées d'un dépôt dilBcile à garder. que d'élever en fa faveur le cri de la mode qui* dure un jour. à l'hcmmc de elle .n-iufcrent non le plaiiir. .me. \crtus contraires.e que avoir une plus idée ne i'éfcucelle qu'elle en a conçue. il ne fon coeur dnns gai'.. il vient la difîraire & troubler & elle a perdu fon ancier. régner (ur elle. a aufli lejugcm. ten-. de fort extraordin. Llle ccnncît les défauts des fon kxc : & & bon rnes h les les vices les des femmes . jeux ne font plus faits pour clc. h lui plaire tcuiours. ci elle l'a fond de fon sme. fi fes fcns un tc-ms où fcntoit dcja tout ce : étaient faits pour.is de ccmn.portunent .ns qu'un elle l'a juré quand elle tel fcrmer.78 l'a E juré dr. le bien & le mal leur font ncctflaircment plutôt Sophie. loin de craindre l'ennui de la foliîude elle la cherche elle y penfe à celui qui doit la lui rendre dci^cc . la maturité a rien à c .ne . les fctes les folâtres : une cour. ire n'eff pas par-tout la même en njême-tems. froide par tempérament &: coquette par vanité. haute idée de l'honnête femm.pcramcnt la p( ite à Tcire.é . mais un mant elle aime un feul honnête homme.ie n'a pas le bonheur d'être une aimable Françoife.

ne prenne pas la peine.. mais qui vient d'un vrai defir de plaire. elle fent qu'elle l'aura bien le reconnjicre. les & ni uns ni autres ne l'ignorent. pour une policeilc établie. Elle ne fait ppint les co. &c. elle n'en parle jamais que pour en dire fe le bien qu'elle fait : c'eft un honneur celles qu'elle croit elle devoir à fon fox:--.T!piimjns triviaux n'en invente poinc de plu: reciierchéo j elle ne dit pus qu'elle eft très obligée. dire dit rien du tout. qui n'eft point aifervie aux modes.rt. i! ne s'agit que de le trouver. qu'on lui fait beaucoup d'honneur. & qui plaît. & cela Sophie a peu d'ufage du monde . atte iiive. elle ne juge que des chofes qui font à fa portée. à fon état . corrime ils le font du mérite des fjmnes les . fur-tout fice Elle penfe que ce qui les reni font des femmes.. mais elle eft obligeante. heureux naturel la fert mieux Elle a une certaine politefle aux formules. cela eft de leur droit réciproque. qu'on. elle. Elle ne parle des abfens qu'avec la plus grande circohfpeclion. qu'elle ea eft di^ne. à & & tant qu'elles font qu'équitables. Q^iant aux fcm. bornent à parler du nocre. mais avec la fon inexpérience. Se met delà grâce atout ce qu'elle fait. qu'elle peut lui rendre le bonheur qu'elle recevra de lui . Un que beaucoup d'. Pour une attention. qui ne fait rien par ufage.mies. répond par uns révérence à elle qui ne tient point h E 4 ou . elles ne Sophie s'y borne donc. èz elle pour n'en dont ne fait auoun bien à s'entend. Les feiimes font les juges rîaturels du mérite des ho nmes.ou DE L'EDUCATION. qui ne change point avec dles. elle s'avife encore moins de tourner des p'irafcs. fatyriques eft de parler de leur fexe : ttiédifantes ce droit & Sophie connoit modetîie qui con- vient à fa jeunCiTe. en ufe. elle n'eu juge que quand cela fert à développer quelque maxime utile. elle fent qu'elle eft faite 79 pour cet homme-là.

elle laiffe l'ofFicicux bias fur l'efcalier & s'élance en qu'elle n'eft chambre. c'eil autre chofe .Ho EMILE. qui doit être honorée avant tout. car elle mcprife fur-tout le petit jargon de la gafcxe. elle fait le prendre fans quitter l'uir modelte qui lui convient. foit pas jamais voulu de talons hauts elle a les pieds affez petits pour s'en paffer. elle n'acceptera jamais de place au-dcffus d'eux que par cbéiflance. comme ayant pour eux le préjugé delà fagcffe. Pour un vrai lervice elle lailTe parler Ton cœur. lui offre cet Qiiand un galant mufqué deux fauts dans la impertinent fervicc. mais décens . elle veut qu'ils foient utiles . "Je vous remercie . comme d'étendre fa main en pafî'ant d'une chambre à l'autre fur un bras fexagenaire qu'elle auroit grande envie de foutcnir. car elle fait que les droits de l'âge vont avant ceux du fcxe. mais même avec l'es hommes maries. elle gardera volontiers avec eux l'aimable familiarité de la jeuncffe.erent en fadeurs. elle n'a . mais ce mot dit (Je fa bouche en vaut bien un autre. Avec les jeunes gens de Ton âge. s'ils deviennent (érieu. ou beaucoup plus dgés qu'elle . comine très offenfant pour fon Elle fait bien que l'homme qu'elle cherche n'a pas ce jargon-là. En quoiqu'elle ne grande. lanterie. ou par un fimple. & reprendra la Tienne au-deflbus fitôt qu'elle le pourra. Elle n'a jamais foufFert que l'ui'age François l'aficrvît au joug des fimagrées. s'ils dcgtr. cl!e les fera bientôt ctTitr .:. S'ils font modcftcs Se refervés euxmêmes. & jamais elle ne fouffre volontiers d'un autre ce qui ne convient pas à celui dont elle u le pas boitcufe. en difant effet. Non-feulement elle fe tient dans le filence dans le rcfpé£l avec les femmes. elle a beibin d'un ton différent pour leur en impofer. h & . leurs entretiens pleins d'innocence feront b^idins. & ce n'cil pas un compliment qu'il trouve.

fi nous & l'afFaire s'41 eft aifé d'étaler Dsmandeî^ à vos agréables d'un inftant. ou d'un ton froid applaudiffement auquel on ne s'attend point. La haute a le caraftere empreint au fexe. il faut d'elle. la nerte opinion qu'elle a des droits de fon fentimens. fur fa beauté.ou DE L'EDUCATION. Sophie baladin. de favoir ces que n'avons rien de plus curieux à dire. fon cœur altier. tendres dront des difcours tendres 5 parens. je crois „ Monfieur. pourvu que ce foit tout de bon. fent cette énergie de la vertu qu'elle 8i fond du cœur. j'ai grand peur chofes-là mieux que vous . n'efl pour elle que fe trouver à vingt pas de lui. fon caquet avec un efpnt auflî rebours que celui-là. A & E . lui qui la rend refpeaable à fes propos doucereux font écouter avec indio. mais qui déconcerte. ^ ^ Ce n'eft pas pourtant qu'elle n'aime fort a être qu'elle louée. Qu'un beau Phebus avec efpnt fur le lui débite fes gentillelTes.nation les Elle ne les reçoit ppmt l'amuTer. en lui difant poliment elle eft fille à l'interrompre : „ „ „ nous pouvons finir ici l'entretien. mais tout fur l'eftime peut flatter n'eft galant perfifflage eft toujours rebuté . fur le prix du {«en. formée Sophie à quinze ne fera point traitée en enfant par fes & peine appercevront-ils en elle la inquiétude de la jeunefte. lui donne la pureté de fes d'ame que en elle-même & propres yeux. qu'avant le première tienprogrès ils fe hâteront d'y pourvoir i ils lui Les difcours fenfés." Accompuispagner ces mots d'une grande révérence. dont on prétend avec un ironique avec une colère apparente. pas faite pour exercer les petits talens d'un Avec une fi grande maturité de jugement à tous égards comme une fille de vingt ans. & commencer Un homage fondé par en montrer. la loue grâces. qu'on lui dit puifTe croire qu'on pcnfe en effet le bien Pour paroître touché de fon mérite. fur fes bonheur de lui plaire.

Le bonheur parfait n'cft Sz mais le plus grand des malheurs. . 3. 33 33 5. . 35 5. Rien fi n'efl: plus difficile que le choix d'un celui d'une 5. 5.. 5. &: ce n'efl pas ). furcr des plus importantes . 3. on s'en prévaut . Sophie. Il fi faute. pourquoi fon père ne lui parleroit pas à-pcu-prcs ainfi : . 5. pafie. quand les autres s'y trouvent. 5. vous ferez la gloire de notre vie le bonheur de nos vieux jours mais de quelque mérite que vous foyez pourvue. car du mariage dépend le fort delà vie. eft d'être mal- 3. il y faut penfer de bonne heure.. 3. 82 E M I L K... j. 3. quand elles man- & : & qucnt. 5c l'on n'a jamais trop de tems pour y penfer. }. Le bonheur d'une honnête fille eft de faire celui d'un honnête honime . dernières . 3. il y en a d'inftitution. c'eft pour nous le voulons. 3. la terre ne manque pas d'hommes qui en ont encore plus que vous. 5. heureux par 5. 5. femme. Il n'y en a pas un qui ne dût s'honorer de vous ohr tenir . parceque notre bonheur dépend du vôtre. il s'agit d'en trouver un qui vous convienne. . 5. Dans ce nombre. Nous voulons que vous foyez heurcufe. celui qu'on peut toujouis éviter. il y en a beaucoup qui vous honcreroient davantage. il y en a qui ne tiennent qu' à l'oLes parens font juges des deux pinion feule. 3. tendres Se fcnfés font de Ton âge 5c de fon caraclerf Si ce caraflere eft tel que je rimao.Sophie. de le connoître de vous faire connoître à lui. Le plus grand bonheur du mariage dépend de tant de ccnvenances. 33 mari.ine. 5. que c'eft une folie ce les 11 faut d'abord s'afvouloir toutes raftemblcr. \(ius voilà grande filIc. 3. vous ferez cette kmme rare. y a des con\ cnances naturelles. ce n'eft peut-être bon bonne 53 3» 3. pour l'être toujours qu'on le devient. il faut donc penfer à vous marier . 3. on s'en fur la terre .

ou DE L'EDUCATION.'
5,
,,

83'.

thrnieres efpeces, les enfans feuls I3 {ont de la
prcaiiere.

Dans

les

mariages qui

fe

font par

,5
,,

l'autorité des pères,
ies

on Je règle uniquement fur

convenances d'inllitution
oi

& d'opinion

;

cène

,,
5,

font pas les perfonn.s qu'on marie, ce font les
les biens; mais tout cela peut perfonncs foules reftent toujours, elles fe portent par-tout avec elles; en dépit ds la fortune, ce n'etl que par les rapports perfonncls qu'un mariage peut être heureux ou malheureux.

conditions

,,
,,

changer,

les

,,

,,
,,

,,
,, ,>
,,

„ Vqtre mère étoit de condition, j'étois riche ; voilà les feules conudérations qui portèrent nos
parens à nous unir. J'ai perdu mes biens, elle a perdu fon nom ; oubliée de fa farniilej que lui fert aujourd'hui d'être née Demoifelle? Dans nos difailres, l'union de nos coeurs nous a confolés de tout ; la conformité de nos goûts n:)us a fait choifir cette retraite ; nous y vivons heureux dans la pauvreté, nous nous tenons li.'u de tout l'un à l'autre Sophie eft: notre trcîor commun ; nous benifTons le ciel de nous avjir donné celui-là, de nous avoir ôté tout le refte. Voyez, mon enfant, où nous a conduit la Providence Les convenances qui nous ftr^nt marier font évanouies nous ne fommes heureux que par celles que l'on compta pour
:

,, ,,

,,
,5


,,


,, fy

&

!

,, 5,

;

5,

rien.
,, C'efl:

,,
,,
,, y,

aux époux à s'aflbrtir. Le penchant mutuel doit être leur premier lien leurs yeux,
:

leurs CLEurs doivent être leurs premiers guides;

,, ,, ,,
55

comme leur presnier devoir, étant unis, eft de s'aimer, &c qu'aimer ou n'aimer pas ne dépend point de nous-mêmes, ce devoir en emporte neceilaircment un autre, qui eft de, commencer par s'aimer avant de s'unir. C'eft-là le droit
car

de la nature que rien ne p.^ut abroger

:

ceux
j,

E

6

qui

84
,,

EMILE,
qui l'ont gênée par tant de loix civiles, ont eu plus d'égard à l'ordre apparent qu'au bonyens.
Se aux mœurs des CitoVous voyez, ma Sophie, que nous

„ „ heur du mariage
,,


,,


5,

,, 5,


5,


,,



,, ,,


5,
5,

ne vous prêchons pas une morale difficile. Elle ne tend qu'à vous rendre maîtrefle de vous-même, & à nous en rapporter à vous fur le choix de votre époux. ,, Après vous avoir- dit nos raifons pour vous laiffer une entière liberté, il cft jufte de vous parler auffi des vôtres pour en ufer avec fagefle, Ma fille, vous êtes bonne & raifonnable, vous avez de la droiture & de la piété, vous avez les talens qui conviennent à d'honnêtes femmes, vous n'êtes pas dépourvue d'agrémens ; Si mais vous êtes pauvre ; vous avez les biens les plus eftimables, Se vous manquez de ceux qu'on eftime le plus. N'afpirez donc qu'à ce que vous pouvez obtenir. Se réglez votre ambition, non fur vos jugemens ni fur les nôtres, mais
fur l'opinion des

hommes.

S'il n'étoit

queftion

que d'une
devrois

égalité de mérite, j'ignore à quoi je
:

,,
5, ,,


,,
5,

mais ne les borner vos efperances élevez doint au-deflus de votre fortune, n'oubliez pas qu'elle eft au plus bas rang. Bien qu'un homme digne de \ous ne compte
faire
:

&

,,
,,


,,
,,

,,


,,
,,

pas cette inégalité pour un obftacle, vous devez Sophie doit alors ce qu'il ne fera pas imiter fa mère, S( n'entrer que dans une faVous n'avez point mille qui s'honore d'elle. vu notre opulence, vous êtes née durant notre pauvreté ; vous nous la rendez douce Se vous la partagez fans peine. Croyez-moi, Sophie,'ne cherchez point des biens dont nous béniffons le Ciel de nous avoir délivrés ; nous n'avons goûté le bonheur qu'après avoir perdu la
richefle.

'

„ Vous

êtes trop aimable

pour ne plaire

à per-

fonne>

ou DE L'EDUCATION.
,

85

,

fonne, 5c votre mifere n'eiï pas telle qu'im honnête homme le trouve embarrafie de vous.

,

Vous

lerez recherchée,

&

vous pourrez

l'être

,

,

,

,

S'ils fe de o;ens qui ne vous vaudront pas. moîitroient à vous tels qu'ils font, vous les eftimeriez ce qu'ils valent; tout leur fafte ne vous en impoferoit pas long-tems ; mais quoi-

,

,

,

,

,

,
,

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,

^
,

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que vous ayez le jugement bon, & que vous vous connoiffiez en mérite, vous manquez d'expérience Se vous ignorez jufqu'où les hommes peuvent fe contrefaire. Un fourbe adroit peut étudier vos goûts pour vous féduire, Si feindre auprès de vous des vertus qu'il n'aura point. Il vous perdroit, Sophie, avant que vous vous en fuiîiez apperçue. Si vous ne conLe noîtriez votre erreur que pour la pleurer. plus dangereux de tous les pièges, & le feu] que la raifon ne peut éviter, eft celui des fens ; fi jamais vous avez le malheur d'y tomber, vous ne verrez plus qu'illufions & chimères, vos yeux fe facineront, votre jugement fe troublera, votre volonté fera corrompue, votre erreur même vous fi^ra chère. Se quand vous feriez en état de la connoitre, vous n'en voudriez pas Ma fille, c'eft à la raiibn de Sophie revenir. que je vous livre; je ne vous livre point au penchant de fon cœur. Tant que vous ferez de fang-froid, reftez votre propre juge ; mais fitôt que vous aimerez, rendez à vôtre mère le
foin de vous.

, , , ,

,
j

Je vous propofe un accord qui vous marque notre eftime Se rétablifîè entre nous l'ordre naturel. Les parens choifiilent l'époux de leur ne la confultent que pour la forme ; tel fille Nous ferons entre nous tout le eft l'ufage. nous ferons concontraire ; vous choifirez
,,

&

&

fuites.

Ufez de votre

droit,

Sophie

;

ufez-en librement

86

EMILE,
librement & fagement. L'époux qui vous convient doit être de votre choix 5c non pas du nôtre; mais c'cfl à nous déjuger fi vous ne -^-ous trompez pas fur les convenances, k fi fans le favoir vous ne faites point autre chofe que ce que vous voulez. La naiffance, les biens, le rang, l'opinion n'entreront pour riea dans nos raifons. Prenez un honnête homme dont la perfonne vous pîaife & dont le caraircre vous convienne quel qu'il foit d'ailleurs, nous l'acceptons pour notre gendre. Son bien fera toujours allez grand, s'il a des bras, des mœur?,

„ „
5,
5,

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,,

5,
5 5

5,


5,
5,

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,, 5, 5,

qu'il aime fa famille. Son rang fera toujours allez illuftre, s'il l'ennoblit plir la vertu. Quand toute la terre nous bîàmeroit, qu'importe ? Nous ne cherchons pas l'approbation

&

de votre bonheur. quel effet feroit un pareil difcours {vr les filles élevées à votre manière. Qiiant à Sophie, elle pourra n'y pas répondre par des paroles. La honte k l'attcndrifTement ne la lailléroient pas aifémcnt s'exprimer mais je fuis bien fur qu'il reliera gravé dans fon cœur la refte
j

publique

il

nous

fuffit

I/e61:eurs, j'ignore

:

de

fa vie, que fi l'on peut compter fur quelque réfolution humaine, c'eft fur celle qu'il lui feia

&

digne de l'eftime de (cs parons. la chofe au pis, k donnons-lui un tempéram.ent ardent que lui rende pénible une longue attente. Je dis que fon jugement, fcs connoiffinces, fon goût, fa délicateiîé. Si furtout les fcntimens dont font cœur a été nourri dans fon enfance, oppofercnt à l'impétuôfité des fens nn cont cpoids qui lui fuffira pour les vaincre, eu du moins pour leur réfifler long-tcms. Elle mourroit plutôt martyre de fon état, que d'affiiger fes parens, d'^poufer un hom.me fans mérite, k de «'expofer aux malheurs d'un mariage mal a/Torti.
faire d'être

Mettons

La

ou DE L'EDUCATION.
La
plus
liberté

87
lui

même

qu'elle a reçue ne fait

que

donner une nouvelle élévation d'ame,
difficile fur le

&

la

rendre
le

choix de fon maître.

Avec

tempérament d'une Italienne

Si la Teniibili; é

d'une

Angloile, elle a pour contenir f jn. cœur lés fens la fierté d'une Efpagnole, qui, même en cherchant u!i amant, ne trouve pas ailement celui qu'elle eflime digne d'elle. Il n'appartient pas à tout le monde de fentir quel rellort l'amour des chofes honnêtes p-ut donner à l'ame, & quelle force on peut trouver en foi quand on veut être fincercment vertueux. Il y a des gens à qui tout ce qui eft grand paroît chimérique, & qui, dans leur baffe vile raiion, connoitront jamais ce que peut fur les paffions humaines la folie même de la vertu. Il ne faut parl-r à ces gens là que par des exemples tant-

&

m

&

:

pour eux s'ils s'obltinent à les ni^r. Si je leur difoi^ que Sophie n'eft point un être imaginaire, que fon nom feu! eft de mon invention, que fon
pis

éducation, fes mœurs, fon caraétere, fa figure même, ont réellement exifté, Si que fa mémoire coûti encore des larmes à toute une honnête famille, fans doute ils n'en croiroient rien mais
:

d'achever fans détour l'hiftoire d'une fille fi femblabîe à Sophie, que cette hiiloire pourroit être la fienne fans qu'on dut en être furpris. Qu'on la croye véritable ou non, peu import ; j'aurai, fi l'on veut, raconte des ficlions, mais j'aurai toujours expliqué ma méthode, &c j'irai toujours à mes fins. La jeune perfonne, avec le tempérament dont je viens de charger Sophie, avoit d'ailleurs avec elle toutes les conformités qui [ouvoicnt lui en faire mériter le nom, Si je le lui laiffe. Après
qu:;
rai-je

enfin,

rifque

l'entretien

que

j'ai

rapporté, fon père

&

fa

mère
dans

jugeant que

les partis

ne viendroient pas

s'offrir

88
dans
pafier
le

EMILE,
hameau
qu'ils

habitoient,

l'envoyèrent

un hiver

à la ville,

chez une tante qu'on

en fecret du fujet de ce voyage. Car la Sophie portoit au fond de fon cœur le noble orgueil de favoir triompher d'elle, & quelque befoin qu'elle eût d'un mari, elle fût morte fille plutôt que de fe réfoudre à l'aller chercher. Pour re'pondre aux vues de fes parcns, fa tante la préfenta dans les maifons, la mena dans les foinftruifit

fiere

ciétés,

dans

les fêtes

;

lui fit voir le

monde, ou

plutôt l'y fit voir, car Sophie fe foucioit peu de remarqua pourtant qu'elle ne tout ce fracas. fuyoit pas les jeunes gens d'une figure agréable Elle avoit modefte qui paroiflbient décens dans fa réferve même un certain art de les attirer, mais qui reflembloit aflez à de la coquetterie

On

&

.

:

après s'être entretenue avec eux deux ou trois Bientôt à cette air d'aufois elle s'en rcbutoit. torité, qui femble accepter les homages, elle fub-

une politefîe un maintien plus humble l'oujours attentive fur ellerepoufiante. même, elle ne leur laiffoit plus l'occafion de lui rendre le moindre fervice : c'étoit dire affez qu'elle
ftituoit

&

plus

ne vouloit pas être leur maîtrefle. Jamais les cœurs fenfibles n'aimèrent les plaifirs bruyants, vain k ftérile bonheur des gens qui ne
qui croyent qu'étourdir fa vie c'eft fentent rien, Sophie, ne trouvant point ce qu'elle jouir. défefpérant de le trouver ainfi, s'encherchoit, nuya de la ville. Elle aimoit tendrement fes païens, rien ne la dédomageoit d'eux, rien n'étoit propre à les lui faire oublier ; elle retourna les joindre long-tems avant le terme fixé pour fon

k

en

&

retour.

A peine eut-elle repris fcs fonctions dans la maifon paternelle, qu'on vit qu'en gardant la même conduite elle avoit changé d'humeur. Elle
avoit-

ou DE L'EDUCATION.
:avolt des diilraaions,
trifte

89

de

l'i;r.

patience, elle étoit

rcveufe, elle le cachoit pour pleurer. d'abord qu elle aimoit &t qu'elle en avoit crut Elle honte : on lui en parla, elle s'en défendit.
protefta n'avoir

&

Ou

vu perfonne qui pût toucher ion cœur, & Sophie ne mentoit point. Cependant fa langueur augmentolt fans ceflc, h fa fanté cominençoit à s'altérer. Sa mère, inquiette de ce changement, réfolut enfin d'en favoir Elle la prit en particulier k mit en la caufe. œuvre auprès d'elle ce langage infmuant & ces carefles invincibles que la feule tendrefle maternelle fait employer, „ Ma fille, toi que j'ai portée dans mes entrailles & que je porte inceflammcnt dans mon cœur, verfe les fecrets du tien dans le
_

Qiiels font d .ne ces fecrets fcin de ta mère. qu'une mère ne peut favoir ? Q^à eft-ce qui plaint

Qui eft ce qui les partage ? Qui eft ce ? moi ? qui veut les foulager, fi ce n'eft ton père enfant, veux-tu que je meure de ta Ah mon douleur fans la connoître ?" Loin de cacher fes chagrins à fa mère, la jeune pour fille ne demandoit pas mieux que de l'avoir
tes peines

&

!

confolatrice

k

pour confidente.

Mais

la

honte

l'empéchoit de parler, & fa modeilie ne trouvoit point de langage pour décrire un état fi peu digne d'elle, que Temotion qui troubloit fes fens malgré Enfin, fa honte même fervant qu'elle en eût. d"indice à la mère, elle lui arracha ces humilians

aveux.

Loin de

l'affliger

par

d'injuftes

répri-

mandes, elle la confola, la plaignit, pleura fur elle; elle étoit trop fage pour lui faire un crime
d'un mal que fa vertu feule rendoit fi cruel. Mais pourquoi fupporter ians ncceifité un mal dont le

remède
elle

étoit

fi

facile 61

fi

légitime

?

Que

n'ufoit-

de la liberté qu'on lui avoit donnée ? Qiie n'acceptoit-clle un mari, que ne le choififlbit-elL ?

Ne

90

E

M

I

L

E,

Ne

ieule,

que Ton fort dependoit d'elle que, quel que fût ion choix, il feioit conRrmc, puifqu'elle n'en pouvoit faire un qui ne
favoit-elle pas

&

fût honnête
n'y
avoit

?

On

l'avoit

envoyée
j

à la ville,

elle

point voulu refter
elle
?

plufieurs

partis

s'étoient préfcntés,

les

avoit: tous

rehutéi\

Qiîe voulojr-elle ? Quelle inexplicable contradiction La répohfe étoit finiple. S'il ne s'agiiToit que d'un fecours pour la jeunefle, le choix fcroit bien!

Qii'attendoit-elle

donc

tôt fait: mais un maitre pour toute la \ie n'cft pas h facile à choifir ; puifqu'cn ne peut fépaîcr ces dc'^x choix, il faut bien attendre, ô: fouvent perdre fajeuneffe, avant de trouver l'hcmme avec qui l'on veut pafier fes jours. Tel éioit le cas de

&

Sophie
falloit

:

elle avoit

befoin d'un amant, mais cet

S: pour le cœur qu'il ; au fien, l'un c'toit prefcue aiiTi difficile à trouver que l'autre. Tous ces jeunes gens fi brilJans n'avoient avec elle que "la comenance de

amant devoit

être

un mari

l'âge,
cfprit

manquoient toujours ; leur leur vanité, leur jargon, leurs moeurs fans règle, leurs frivoles imitations, la
les

autres leur

fuperficiel,

dégoûtoient d'eux.

Elle cherchoit un
;

homme &
une
!

ne trouvait que des fmges

elle

cherchoit

ame
^

n'en trouvoit point. Que j^ fuis malheureufe, difoit-elle à fa mère J'ai befoin d'aimer ne vois rien qui me plaife. Mon cccur repouffc tous ceux qu'attirent mis fens. Je n'en vois pas un qui ne les réprime ; un goût fans eftime ne peut durer. Ah ce n'efî
Se

&

î

l'homme qu'il faut à votre Sophie fon charmant modèle eft empreint trop avant dans
pas-là
!

fon amc. Elle ne peut aimer que lui, elle ne peut rendre heureux que lui, elle ne peut aie heureufe qu'avec lui feul. Elle aime mieux fc
cojifuincr&; combattre fans celle, elle aime mi.

rx

moiMir

ou DE L'EDUCATI n'être. plus ON. avec une furprife facile à concevoir. {:s pleurs^ ne peuvent tarir. & fortant fans rien dire elh rentre un moment après un livre à 'a main. rien d'abord à cette énigme à force de queiHons . èc que Sophie n'avoit pas L'infortunée. la preffc Sa mère ne cherchoit qu'à s'épancher. l'ù cette délicateffe outrée avoit-elle pu. Vous en voulez favoir la caule Eh! bien la voiD^ dit-elle en jettant le livre fur la table. cils voit enfin. elle héfite. va- la raifon n'étoit pas toute de leur la fois Sophie avoit loir. : : de réponfes obfcures. Plaignez votre malhcureute fille. elle fe rend enfin. Sophie ainioit Télémaque. Frappée de ces fmgularités. duquel qui revenoit fi fouvent elle étoit fi enchantée. il vaut mieux que de n'être que pour foufFrir. quedérefpérée auprès d'un homme qu'elle n'aimeroit pas & qu'elle renîlroit malheureux lui-même. Comment k & fecrette. vertu ? Ce modèle de l'homme aimable. ils en rirent 5c U crur:nt ront : la ramener par auffi la raifon.is. lit conjecturer à fa mère que ce caprice avoit quelque autre fondement qu'elle ignoroit encore. furchargée de fa peine tout dit. dans tous fes entretiens. fiivoit la faire Combien de die les reduint au filence en . fa triileffe eft fans remède. convenir. La mare prend le livre èc l'ouvre . pcre h fi m. à elle à qui l'on n'avoit rien tant appris des fbn enfance qu'à s'accommoder des gens à fiiire de néceffité avec qui elle avoit à vivre. 91^ mourir malheureufe & libre. fa mère les trouva .trop bizarres pour n'y pas Ibupçonner quelque Sophie n'étoit ni précieule ni ridicule. myilere. que fa fille eft la rivale d'Eucha.ere connurent fa manie. {\z\\x\t U. U l'aim-oit avec une Sitqt que fon pafiion dont rien ne put la guérir. c'étoient les ne comprend Elle Aventures de Tclemaque. Ils fe trompecôte .

U ce qu'elle cherchoit. puifque j'exifte. moins à moi qu'à vous. moi qui me fcns un catur {[ femblable au fien ? Non. il n'eft aucun de ceux qiîc j'ai vus . Il exifte. & je l'époufe ." ! aimable . je ne cherche point Télémaque. qu'ils lui avoient rendu le premier moyen impollible parla manière dont ils l'avoient élevée.fionnaire . ne defhonorons pas ainfi l'humanité j ne penfcns pas qu'un homme aimable Se vertueux ne foit qu'une chimère. Le coeur dépend-il de la volonté ? Mon père ne Ta-t-il pas dit lui-même ? Eft-ce ma faute fi j'aime ce qui n'eft pas ? Je ne fuis point v.. il cherche une ame qui le fâche aimer.92 en fe fcrvant contre eux de leurs propres railbniiemens. mais jufques-là pourquoi me grondez-vous ? Plaignez-moi. qu'ils ne l'avoient point formée pour un homme de fon fiecle. . un homme imbu de mes maximes. difoit-elle. & : verrai. Donnez-moi. en leur montrant qu'ils avoient fait tout le mal eux-mêmes. fans doute il n'eft aucun de ceux que je EMILE. ou que j'y puiHe amener. qu'il faudroit néceffairement qu'elle adoptât les manières de penfer de fon mari ou qu'elle lui donnât les fiennes . non pas Je fuis malheureufe folle. je fais qu'il n'eft qu'une fi£tion je cherche quelqu'un qui lui reffemble . & pourquoi ce quelqu'un ne peut-il exifter. il vit. Si traitant comme une folle la plus vcrtueufc des filles? Pourquoi m'avez-vous rendu ? Si je ne puis aimer qu'elle. O ma mère la vertu trop le tort en eft Amenerai-jecetrifterécitjufqu'àfacataftrophe? Dirai-je les longs débats qui la précédèrent ? Repréfenlerai-je une mère impatientée changeant en rigueurs fes premières c rcfics r Mcntrerai-je un père irrite oubliant (i^s premiers cngagemcns. k que l'autre étoit préciféme. Mais qu'eft-il ? Où eftil ? Je l'ignore . il me cherche peut-être . je ne veux point un Prince.

l'enthoufiafme de l'honnête JU du beau n'ell pas plus étranger aux femmes qu'aux hommes. j'ai prouvé cela mille fois. reffufcitons cette aimable fille pour lui donner une imaginaun deftin plus heureux. m'arrête ici pour me demander fi c'eft la nature qui nous prefcrit de prendre tant de peines pour réprimer des defirs immodérés ? Je réponds que non. Or tout ce qui n'eft pas d'elle eil contre elle . tout ce qu'elle a de plus que les autres eft l'efieî de fon éducation. Rendons à notre Emile fa Sophie . je me fuis égaré moi-même. on ne puifTe obtenir d'elles comme On de nous. k qu'il n'y a rien que. Se à force de & lui élever l'ame j'ai troublé fa raifon . 93 filles ? Peindrai-je enfin l'infortunée. encore plus attachée à fa chimère par la perfécution qu'elle & defcendant dans •croit marchant à pas lents vers la mort. Je n'ai pas befoin d'aller fi loin pour montrer par un exemple allez frappant. i-i tombe au moment qu'on l'entraîner à l'autel ? Non.ou DE L'EDUCATION. j'écarte ces ob- jets funeftes. Revenons fur nos pas. JE . mais qu'aufTi ce n'eft point la nature qui nous donne tant de defirs immodérés. lui fait feuffrir. ce me femble. Sophie n'a qu'un "bon naturel dans une ame commune. que malgré les préjugés qui naiffent des mœurs du fiécle. Je tion moins vive voulois peindre une femme ordinaire. fous la direélion de li nature.

chaque caractère ét^nt développé par les inftitutions fociales. èc qu'il étoit abfurde de dcftiner deux enfans à s'unir. Mais en y réfléchiflant j'ai trouvé que tous ces arrangemens trop prématurés étoient mal-entendus. non de l'éducation feule.mune j dans le fécond. eu pour préférer au moins le choix qui donne le plus de ces convenances. plus on diftingue les conditions. d'où l'on voit. par une ccn!équence évidente. & que l'un de ceâ deux ordres n'étant point femblable à l'autre. . que plus on s'éloigne de ré^alit:. fi cette union auroitnt entre eux les rapports convenables pour la former. De-la les mariages mal aflbrtis & tous les dcfordres qui en dérivent . fe JEceme fuis qui propofé dans ce Livre de dire tout pouvoit faire. J'avois penfé dès le ccmmencement à former de loin la compagne d'Emile. parceque les uns Se les autres n'ont encore que la forme primitive Sz ccm. & chaque efprit ayant reçu i\\ forme propre ^^ déterminée. mais du concours bien ou mal crdonné du naturel & de l'éducation. Dans Se s'ils le premier éfat toutes les femmes conviennent à tous les hommes. on ne peut plus les aflbrtir qu'en les préfentant l'un à l'autre pour voir s'ils fe conviennent à tous égards. &^à les élever l'un pour l'autre Se l'un avec l'autre. Il ne faut pas confondre ce qui eft naturel à Tctat fauvage k cz qui eft naturel à l'état civil. Le mal eft qu'en développant les cara6leres l'état focial diftingue les rangs. avant de pouvoir connoitre étoit daris l'ordre de la nature. laillant à chacun le choix de ce qui eft à fa portée dans ce que je puis avoir dit de bien. plus les fciitimtns naturels s'altèrent. plus on confond les caraétcrcs.94 EMILE.

VouL'Z-vous prévenir les abus & faire d'heureux m:iriage3 . fort de la vie. & conlultez la nature.: coudit. fais cette deftination. que c'. de fcntimens. dans quelque pays qu'ils hJûitcnt. af- : faire. 95 s'accroît..ou DE L'EDUCATION.on vçnaiit.ner dès l'enfance une éooufe à . je foutiens que. je dis la mienne & non celle du p. du Boureau. fûtPrince. plu-'. Mon . Oui. des gens qui ne fe conviennent que dans une condition donnée. d'humeurs.eft elle feule qui décide du.. l'intervalle des grands aux pttlts plu3 le lien conjugal fe relâche . t'e carad^res. plus a y a de riches k de pauvres. I 1 Au dieu donc de defli. fûtr-elle ni?e dans une famille d-lltonjncte. j'ai attendu de connoitre Ce n'efl point moi^qui celle qui lui convient. moins il y a de pères k de Le maître ni l'elclave n'ont plus de famaris. ne fe conviendront plus. tellement far la leur. oubliez les N 'unirez humaines.cett. fût-il Monarque.nis.mon Emile.re car tn . & qai. étouffez les préjugés. fût-elle la fille. maïs inilitutions pas je dis que l'iafiuence des rapports naturels l'emporte. mdis des gens qui fe conviejidront dans quelque fituation qu'ils fe trouvent. Se qu'il y a telle con- venance de goû's. . tous les malheurs imaginafur deux époux bien i. qui devroit engager un père fage. plus vrai bo:iheur à pleurer enils jouiront d'un Dmble. Je ne dis pas que les rapports convention^Js foient iadîtTéreas dans le mariage. chac n des deux ne voit que ion état. dans quelque rang qu'ils puiffent tomber.a changer . milL. qu'ils n'en auroient dans toute? hs for- 1 bles diailcnt-ils tomber tunes de la terre empoifonnées par la déiunion dis cœurs. à donner fans bail : lancer à fon fils la fille avec laquelle il auroit toutes CCS convenances. c'eft la nature. mon alTiire efl ] de trouver le choix qu'elle a fait..

Cette feinte rechercher n'eft qu'un prétexte pour lui faire connoître les femmes. non plus. afin qu'il fente le prix de celle qui lui convient. il s'expofe à mille maux réel:. Un homme. E. Quoique l'égalité des conditions ne foit pas néceiîaire au mariage. Mais ne croyez pas. elle leur donne un nouveau prix . car cela ne dépend pas de lui. que j'aye attendu pour trouver l'époufe d'Emile. à moins qu'il ne foit Monarque. quand cette égalité fe joint aux autres convenances. qu'il fenti. Je dis même qu'il ne doit pas vouloir compenfer des biens de dirteétats rentes . fa vie. mais il ne la reconnoîtra que quand il en fera tems. trouvera dans les autres.a tou^. qui puiffe payer ce qu'il en coûte pour mettre un homme en état de le devenir. peut-être Emile l'a-t-iî déjà vue . elle n'entre en balance avec aucune. Il y a donc des maximes de prudence qui doivent borner les recherches d'un pcre judicieux. en montrnt. que je le miile en devoir de la chercher. il fils il cède c'ert fiib- ftitue mon droit au fien c'eft moi qui l'ai fait fuis le vrai père d'Emile moi qui homme. ne peut pas chercher une femme dans tous les car les préjugés qu'il n'aura pas il les . il ne devroit pas le vouloir encore . mais la fait pancher qu.nJ tout cil: égal. fa place. c'ell-a-dire au mien. Des long-tems Sophie elt trouvée .. Il ne doit point vouloir donner a fon élevé un étai::!frement au-delîus de fon rang. J'aurois refufé de l'élever fi je n'avois pas été le maître de le marier à fon choix.96 en E me confiant fon M . du moins au mien ? & cependant. car qu'importe le rang au jeune homme. Il n'y a que le plaifir de faire un heureux. I L me . &: telle fille lui conviendroit peut-être qu'il ne l'obtieiidroit pas pour cela. Quand il le pourroit.

que de plus on ne s'accorde jamais fur rtflimation com- m mune . n'oknt entrer dans le lit que par le pied. & d'être Alors la femme. m'accuferont ici de contradiétion . S-: qui. le fécond y cft pus conforme: comme la famille ne tient à la focieLé que par fon chef. rentes 97 natures. ùc le maître. il çft dans fécond du mal fans bien. & dans le De plus.ou DE L'EDUCATION. Je m'attends que beaucoup de L dteurs. en prenant une femme au-d ilus ainfi^ dans le de lui. l'ordre naturel 3c l'ordre civil s'accordent. prétendant ingrat ou mépr. c'eft l'état de ce chef qui règle celui de la Quand il s'aliie dans un rang famille entière. ils fe tromperont pou. îl . h fouvcnt entre deux époux. il l'abbaiile fans s'élever premier cas il y a du bien fans mal. comme la nobleff. il ne d:fcend point. il élevé fon époufej au contraire. Il eft encore fort diiïérent pour l'ordre du mariaore. plus bas. ins de prix parceque chacun des deux ajoute a l'au-TC qu'il n'en reçoit d'altcravion . à l'auiorité. C'eft le contraire quand. à la raifon. au-deiTùs de lui. F Ton:< IV. fe trouve la plus ridicule » Tels font ces Se la plus miférable des créatures. pour coucher avec leurs femmes. qu'enfin la préférence que chacun donne à fà mile prépare la difcorde entre d^ux familles. h t jut va bien. fe rend le tiran de fon chef. malheureux favoris que les Rois de l'Aie hono-r rent & tourmentent de leur alliance. diton. Quand donc il la prend dans un rang in: férieur. que l'h mme s'allie au-defluj ou au-deflous Le premier cas eit tout-a-iait contraire de lui. l'ordre de la nature que la femme obéiffe à l'homme.fé. devenu l'efclave. tant. & l'argent. s'alliant l'homme fe met dans l'alternative de blelfcr fon droit ou fa reconn -illance. fe fouvenant que je donne à la femme un talent naturel pour gouverner l'hom ne.

98
Il

E
y
a

M

I

L

E,
le droit

bien de

la

difterence entre s'arroger

de commander, k gouverner celui qui ccmmande. L'empiie de la femme ell un empire de douceur, d'adrefTe, & de complaifance ; les ordres lent des
carefles,
(es

micnaces font des pleurs.
la

Elle doit

maifon comme un Minifirre dans l'Etat, en fe faifant com.mander ce qu'elle veut faire. En ce kns, il eu confiant que les meilleurs ménages font ceux où ia fcmane a le plus d'autorité. Mais quand elle n:éccnnoît la voix
régner dans

du chef, qu'elle veut ufurper fes droits k commander elle-même, il ne refulte jamais de ce dcfordre que mifere, fcandale, & defhonneur.
le choix entre f.s égaies fes infVrieures, je crois qu'il y a encore quelque rtftriaion à faire pour ces dernières ; car il tfl: difficile de

Refle

&

&

trouver dans la lie du peuple une époufe c:ipable de faire le bonheur d'un honnête homme non qu'on foit plus vicieux danshs derniers rangs que dans les premiers, mais parcequ'on y a peu d'idées de ce qui efl beau k honnête, k qie l'injuftice
:

des autres états
fe. vices

fait

voir à ctlui-ci la jufticc dans

mêmes.

Naturellement l'homme ne pcnfe gueres. Penun art qu'il apprend comme tous les autres k même plus difHcilement. Je ce connois pour les deux i'excs que deux cîafTes réellement diflinguées ; l'une des gens qui penfent, l'autre des gens qui ne penfent point, k cette difi'érence vient
fer cfl

pre'que uniquement de l'éducation. Un homme de la première de ces deux clalTes ne doit point s'allier dans l'autre car le plus grand charme de la fociété manque à la fienne, lorfqu'ayant une
;

femme il ell: réduit à penfer fcil. Les gens qui paflent exailement la vie entière à travailler pour vivre n'ont d'autre idée que celle de leur travail ou de leur intérêt, tout leur efprit fcmble être

k

au

ou DE L'EDUCATION.

99

au bout de leurs bras. Cette ignorance ne nuit ni à la probité ni aux mœurs ; foavenc. même elle y fert ; fouvent on compofe avec fes uèvjirs à force d*y réfléchir, & l'on finit par mettre la
jargon à la place des chofes. le plu3 éclairé des Philofophes
de javoir de bien ;
fait

x^a confcience
:

'sil

on n'a

pas b^^foin

les Offices de

Ciceron pour être
la plus

homme
honnête

U

la

femme du monde

Mais

peut-être le moins ce que c'eft qu'honnêteté^ il n'eu eft pas moins vrai qu'un efprit culj c'eft une tiv'c rend feul le commerce agréable, trifte chofe pour un père de famille, qui fe'pUît

h

dans

maifon, d'être forcé de s'y renfermer en &: de ne pouvoir s'y faire eiitendre à perfonne. D'ailleurs, comment une femme, qui n'a nulle habitude de réfléchir, élevera-t-elle fes enfans ? Comment difcernera-t-elle ce qui leur convient?
fa

lui-même,

.

Comment
x\'t

les

difpofera-t-elle

aux vertus

qu'elle

connoît pas, au m.érite dont elle n'a nulle idée ? Elle ne faura que les flatter ou les menacer, les rendre infolens ou craintifs ; elle en fera des fmges maniérés ou d'étourdis poliçons, jamais de bons efprits ni des enfans aimables. • Il ne convient donc pas à un homme qui a de l'éducation de prendre une femme qui n'en ait point, ni par conféquent dans un rang où l'on ne fauroit en avoir. Mais j'aimerois encore cent
fois

mieux une nlle funplc & groflierement élevée, qu'une fille favante Se bel-efprit qui viendroit établir dans ma maifon un tribunal de littérature dont elle fe feroit la préfidente. Une femme belefprit eft le fléau de fon mari, de fes enfans, ds fci amis, de fes valets, de tout le monde. De la fublime élévation de fou beau génie, elle dédaigne
tous
par
fes

devoirs de fesnme, 5c

fe faire

homme

commence toujours à la manière de Mademoifelle

F

2

de

100

.

E
_

I\î

I

L
elle

E,

eft toujours ridicule Si très juftement critiquée, parcequ'on ne peut manquer de l'être aufïïtot qu'on fort de fon état, qu'on n'efc point fuit pour celui qu'on veut pi-end e. Toutes ces femmes à grands takns

de l'Enclos.

Au-dchors

&

n'en impofent jamais qu'aux fots. On fait toujours quel eft l'artifte ou l'ami qui tient la plume ou le pinceau quand elles travaillent. On fait quel eft le difcret homme de lettres qui leur dicle

en
eft

fecret leurs oracles.

Toute

cette chailatanerie

indigne d'une honnête femme. Quand elle aurojt de vrais talens, fa pre'tenticn les a\ iliroir. Sa dignité eft d'être ignorée fa gloire eft dans 'eftim.e de fon mari ; fes plaifirs fàu dans le honneur de fa famille. Lecteur, je m'tn rapporre à vous même foyez de bnnne foi. Lequel vous donne meilleure opinion d'une fem.m.e en entrant dans fa cham.bre, lequel \'ous la fait aborder avec plus de rcfpcîSl, de la voir occupée des tra^ aux de fon iexe, des foins de fon ménage, environnée des hardes de fes enfans, ou de la trouver écrivant des vers fur fa toilette, entourée de brochures de toutes les fortes, de petits billets peints de toutes'les couleurs ? l^outc hlle lettrée reftera hl!c to.ute fa vie, quand il n'y aura que des hommes fen fiés fur la terre:
: :

&

Quxrîs cur nolim
c'eft Li

te

ducere, Galla

?

Dife-ta es.

celle de la f.gurc ; première qui frappe 6c la dernière qu'on doit faire, mais encore ne la faut-il pas compter pour rien. La grande beauté me paroit plutôt à fuir qu'à recheicher dans le m.ariage. La beauté s'ufe promptcmcnt par la poilciiion ; au bout de fix fcniaines elle ri'tft plus rien pour le pofllfllur, mioins mais fes dangers durent autant q j'^Hj. cu'une belle fcm.m.e ne ^oit ur> ir.z.e, fon mari eft

Après ces confidérations v ent

A

ic

ou DE L'EDUCATION.
le

lor

plus

fjroit

malheureux des hommes ; k quand elle un an2;e, comment cmpêchera-t-cîle qu'il
entouré d'ennemis
?

ne

ioit fajis celle

Si

l'cxtrêms

laideur n'étoit pas dégoûtante, je la préférerois à l'extrême beauté ; car en peu de tems l'une il
-l'autre étant nulle

mari, la beauté devient mais un avantage la laideur qui produit le dégoût eft le plus grand, des malheurs ce fentiment, loin de s'effacer, augmente Cins cefie & Te tourne en haine. C'eft un enfer qu'un pareil mariage ; il vaudroit mieux

pour

le

un inconvénient
;

&

la laideur

:

morts qu'unis ainfi. Délirez en tout la médiocrité, fans en excepter la beauté même. Une figure agréable & prévenante, qui n'infpire pas l'amour, mais la bienêtre

veillance, eft ce qu'on doit préférer; elle eil fans

préjudice pour le mari,

aj profit

commun.

& l'avantage en tourne Les grâces ne s'ufent pas
i

comme

la beauté ; elles ont de la vie, elles fe renouvellent fans cefie ; èi au bout de. trente an de mariage une honnête femm^e avec des grâces plaît à fon mari comme le premier jour. Telles font les réHexions qui m'ont déterminé Elevé de la nature, dans le ch' ix de Sophie. ainfi qu'Emile, elle efl faite pour lui p'.us qu'au cune autre ; elle fera la femme de l'homme. Elle ei\ fon égal par la naiiTance & par le mérite, fon Elle n'enchante pas inférieure par la fortune. au premier coup-d'œil, mais elle plaît chaque jour davantage. Son plus grand charme n'agit que par degrés, il ne fe déploie que dans l'intimité du commerce, 5c fon mari le fentira plus que per{jnnt au monde ; fon éducation n'cft ni brillante ni négligée elle a du goût fans étude, des talens Son fans art, du jugement fans connoiffance. efprit ne fait pas, mais il eft cultivé pour apprendre i c'cft une terre bien préparée qui n'attend
;

F

3

que

102

EMILE,
le

que

Elle n'a jamais 'û de livre que Bairême, k Télémaque qui lui tomba par hazard dans les mains ; mais une fille capable de fe nrcffionner pour Telémaque a-t-elle un cœur fans fentiment Se un cfprit (ans délicatefle ? laimable ignorante! Kcurcux celui qu'on deliine à l'inftruire. Elle ne fera point le ProfefTeur de fon mari, mais fon difciple ; loin de vouloir l'afllijettir à fes goûts, fl'c prendra les Tiens. Elle vaudra mieux pour lui que fi elle étoit favante: il aura le plaifir de lui tout enfeigncr. Il cft tcms, enihij qu'ils fe voycnt; triwaillons à
grain pour rappoiter.

O

les

rapprocher. Cepartons de Paris trilles $c rêveurs. lieu de babil n'efl pas notre cent.e. Emile tcurne dit avec un œil de dédain vers cette grande ville dcpit j Que de jours perdus en vaincs recherches Ali ce n'ell pas là qu'efl l'époufe de mon cœur : mon ami, vous le faviez bien ; mais mon tems ne vous coûte guercs, t\ mes maux \ ous font peu

Nous

&

!

!

foufirir.

m'émouvoir
dites
Ji.
?

me

regarde fixement Se lui dis fans Emile, croyez-vous ce que vous A l'inftart il me faute au cou tout confus, CVIt ferre dans fes bras fans répondre.

Je

le

:

toujours fa répcnfe quand il a tort. Nous voici par les charrjps en vrais Chevaliers

non pa:; comme eux ch.-rciîant les avennous les fuyons, au contraire, en quiiL^nt f njjsi mais imitant allez leur allure errante, inç^ui'c, tantôt piquant des deux, & tantôt marA force de fuivre ma prachant à petirs pas. tique, on en aura pris enfin l'efpiit; Si je n'imagine aucun Leiléur encore allez prévenu par les ufages, pour nous fuppofer tous deux endormes daiis ujie bonne chaife de polie bi^n j^crmée, marchant fans rien voir, fans rien obijtjrver, rendant nul pour.nous 1 inttivallc du det^rans'j
tures,
j

part

ou DE L'EDUCATION.
part à l'arri éc,
.

103

perdant

le

dans la vîtefîe de notre marche, tems pour le ménager.
la vie eft courte,

&

Les hommes difent que
vois qu'ils
s'efforcent de

&

je

Ne rendre telle. (lichant pas l'employer, ils fe plaignent de la rapidité du lems ; & je vois qu'il coule trop lentement à leur gré. Toujours pleins de l'objet aula

quel ils tendent, ils vo/ent à regret l'intervalle l'un voudroit être à demain, qui les en fépare l'autre au mois prochain, l'autre à dix ans de-là ; nui ne veut vivre aujourd'hui ; nul eft content de l'heure prcfente, tous la trouvent trop lente à Quand ils fe plaignent que le tems coule palier. trop vite, ils mentents ; ils payeroient volontiers Ils cmploieroient vole pouvoir de l'accélérer.
:

lontiers leur fortune à

confumer leur vie entière ; n'y en a peut-être pas un qui n'eût réduit fes ans à très peu d'heures, s'il eût été le maître d'en ôter au gré de fon ennui celles qui lui étoiau grè de Ton impatience celles ent à charge,

&

il

&

Tel palTe qui le féparoient du moment défiré. la moitié de fa vie à fe rendre de Paris à Verfailles, de Verfailles à Paris, de la ville à la campagne, d'un quartier 3 de la campagne à la ville, l'autre, qui feroit fort embaraffé de es heures s'il n'avoit le fecretdelcs perdre ainfi, & qui s'éloigne exprès de fes affaires pour s'occupier à les aller qu'il y met de il croit gagrx-/ le tems chercher

&

:

plus,

dont autrement il ne fauroit que faire ; ou bien, au contraire, il court pour courir, 5c vient en pofte fans autre objet que de retourner Mortels, ne cefferez-vous jamais de de même. Pourquoi vous plaindre calomnier la nature ? que la vie eft courte, puifqu'elie ne l'eft pas enS'il eft un feul d'entre, core affez à votre gré ? vous qui fâche mettre alTcz de tempérance à fes dcfirs pour ne jamais fouhaiter que le tems s'écoule F 4

&

IC4
^pRÎe, Vivie
,CfcIui-ià

E

M

I

L

E,

&

ne l'eftimeia joint trop courte.' ùc jouir feront pour lui la même chofe i uût-il niourir jeune, il ne mourra que rahaiié

de jours.

Vi^a^dje n'auroisque cet avar.tage dans mi: mécùa llul il la tauurou pi efcrer à toute aatie. Je n'i.i point élevé mon tmik pour deluer ni po i atieadre, m.ais pour joua ; Se quand il perte les defirs ?iu-t;elà du prélent, ce n'elt point avec une aideur affez impétueuse pour être iniportur.i de la lenteur du.tems. il ne jouira pas feulem:;it du p'afir de dcfirer, mais de celui d'aller à Icbjctqu il de fue; Cv fes pafîions font tclk ment pjodétees, qu il eft toujours plus où il cù, qu'où
thode, par
il

fera.

Nous ne voyage ns donc point en courriers, mais en voyageurs. Nous ne longeons pas fculen.tnt aux deux termes, mas à l'inter/alle qui les iépare. Le \oyage même eft un plaifir pour nous, îsous ne le faifcns point triftement ^iîîs k comme emprifcnncs dans une petite cage bien' fermée. î\Qus ne voyageons point dans la molleJTe dans le repos des femmes. Nous ne nous ôtons ni le grand air, ni la vue des objets qui nous environnent, ni la commodité de les contempler à notre g é quand il nous plaît. Emile n'entra jamais dans une chaife de pofte, & ne court guère en pofle s'il n'eft prefle. Mais de quoi jrmais Emile

&

peut-jl être prelîe ? D'une feule chofe, de jouir de la vie. Ajouterai-je, & de faire du bien quand il le peut ? Non, car cela mcm.e cil jouir de la \ ie. Je ne conçois qu'une manière de \ oyagcr plus agréable que d'aller à cheval ; c'efl; d'a'lcr à pied. On part à fon moment, on s'arrête à fa volonté,

on

fait

tant 6c

obferve tout

gauche

j

peu d'exercice qu'on veut. On on le détourne à droit, à on examin c tout ce qui nous flatte j on
fi

le

pays

;

s'arrête

ou DE L'EDUCATION.
une

carrière

105

Apperçois-je s'arrête à tous les points de vue. une rivi;;re ? je la cotoye j un bois touffu ? je vais fous fon ombre ; une grotte ? je la vifite ;
?

j'examine

me

plais, j'y lefte.

nuie, je m'en vais. vaux ni du poftillon. des chemins tout faits, des routes commodes ; je paRe par- tout où un homme peut palTer j je vois tout ce qu'un homme peut voir. Si ne dépendant que de moi-même ; je jouis de toute la liberté Si le mauvais tems dont un homme peut jouir. m'arrête Se que l'ennui me gagne, alors je prends mais Empile ne Si je fuis las ... des chevaux.
.

minéraux. Par-tout que je m'enJe ne dépends ni des cheJe n'ai pas befoin de choifir
les

A

l'inftant

fe
.

lalle

gueres
?

;

il

eft

robufte

;

&

pourquoi

fe

S'il s'arrête, point prelté. comment peut-il s'ennuyer ? Il porte par-tout ds 11 entre chez un maître, il tra^ quoi s'amufer. vaille ; il exerce fes bras pour repofer fes pieds.

lafferoit-il

Il n'ell

Voyager à pied c'eft voyager comme Thaïes, à comprendre J'ai peine Platon, Pithagore. comment un Philofophe peut fe refoudre à voys'arracher à l'examen des ager autrement,

&

richeffes

que la terre foule aux pieds prodigue à fa vue. Qui eft-ce qui, aimant un peu^
qu'il

&

l'agriculture,

ne veut pasconnoitre

les

productions

particulières au climat des lieux qu'il traverfcj St la manière de les cultiver ? Qui eft-ce qui, ayant

un peu de goût pour l'hiftoire naturelle, peut fe refondre à pafler un terrein fans l'examiner, un
rocher fans l'écorner,
borifer, des

Vos
•ils

des montagnes fans hercailloux fans chercher des fofliles ?' Philofophes de ruelles étudient l'hiftoire
;

naturelle dans des cabinets

ils

ont des colifichets,

favent des noms Se n'ont aucune idée de la. Mais le cabinet d'Emile eft pius riche nature. que ceux des Rois j ce cabinet eft la terre entierci.

F

5

Chaque;

ou ! fouiTr. après nous être égarés plus qu'à l'ordinaire dans des vallons. de avant que nous ayons fait cinquante lieues manière que j'imagine. bien douces. Peu nous importe . J'ai mis à notre première avançr-ns toujours.ns . Qiielque jour. tous m. légers. Sophie n'eft pas oubliée. J'ai toujours vu ceux qui voyageoient dans de bonnes voitures. rêveur?.mmeil on fait dans un mauvais table Quand on ne veut qu'arriver. dans des montagnes : où Ton n'apperçoit aucun chemin. nous Cependant un objet en attire un autre. eft à^fa place : Chaque cbofe y . l'humeur qui s'égaye. la : connoiiTances élémentaires. ou qu'Emile foit bien peu curieux car avec tant de Si. en peut courir lit en chaife de pofte . en fortant de Paris. triftes. il faut que je ne fois guère adroit. mais quand on veut voyager. approche du gîte ? Combien un repas greffier paAvec quel plaifir on fe repole à roît favoureux Quel bon fr. il faut aller chercher une femme au loin. qui nous mené dans fa chaumière nous mangeons de : -. nous ne favons retrouver le nôtre. ! ! ! ilfautaller à pied. le Naturalise qui prc:ni foin a rangé le tour dans un fort bel or- d'Aiibenton ne feroit pas mieux.ais chemins font bons pourvu qu'on arrive encore faut-il arriver quelque part quand on a Heureufement nous trouvons un payfan faim. il fait précifément affez pour vouloir apprendre. & les piétons toujours gais. Combien de plaifirs différens on raflemble par fans compter cette agréable manière de voyager la fanté qui s'afiermit.îo6 en dre EMILE. . On n'eft curieux qu'à proportion qu'on eft inftruit . grondans. & Combien le cœur rit quand en contens de tout. ii eft difficile qu'il^ne foit pas tenté d'en acquérir davantage. & courfe un terme éloigné 1: prétexte en eft facile .

nous ferons des leurs. !' O F6 railbn ! . nous nous prefentons. Il a gardé de fon ancienne opulence la facilité de connoître l'état des gens dans leurs manières quiconque a vécu dans le grand moiide fe trompe rarement là-defTus .Ils n'ont |>As meilleur cœur que moi. mais poliment fans dire le fujet de notre voyage nous difons celui de notre détour. La raaiion bien indiquée. vous eulTiez été mieux reçus vous auriez trouvé une maiibn de paix . les boia. des nippes.il en me regardant. autres. tout ce qu'il nous Quoi dit Emile tout furprli. allons à cette maifon dont le: maîtres font bénis dans le voifinage je ferois bien aife de les voi-. cette feule mail^n. Je luis fur qu'ils nous recevront bien s'ils font : ! ou DE L'EDUCATION. . .. Enfin. dit. Dieu merci . .. .. nous y trouvons du linge. mais ils font plus riches. des gens H charitabl s .ode. quoiqu'on dife qu'ils l'étoient bien plus autrefois. & : : des. que le payfan uvoic bien faut. nous demandons Thofpital'on nous fait parler au maître il nous queftionne. on erre dans une grande pluie nous furprend en chenous retarde fans nous arrêter. . En nous voynnt û fatiguéo. tout le pays fe fent de ce qui leur refre. A ce mot de bonnes gens.j niin. mais propre 5c comm. elle on part.. fur ce paUeport nous fommes lite : . on y fait du feu. de fi bonnes gens .107 de grand appétit fon maigre dîné. il nous dit Si le boil Dieu vous eût conduits de l'auTe côté de h colline. ils ne pfitifient pas. Dans le hameau qui l'entoure. fi affamés.. l'on fe^ retrouve. oh diroit eue nous étions attendus. a quelque apparence. p2ut-être feront-ils bien aifes de nous voir auffi. Se le foir nous arrivons à la maiIon défîgnée. le cxur du bon Emile s'épanouit. Mon ami.. On nous montre un appartement fort petit. : : admis. quoique fimple.

. Du tems d'Kcmere on ne voyageoit guercs.. ÎS^ous fommes peut-être ici les feuls paflagers qu'on ait vus de toute l'an née. eft pour Emil?. Si îe-.bien. que nous trouvfvis ici l'hofpiSon Mentor ajoute . dans le cas où . ou du moins fans. nais ne vous en étonnez pas .elle eft. : Çi s pai-tout. de Calypfo. p. repif nd-il. Monfieur. occupé de fa faim ou de fcs réparler. la falue. lie ! attention. 1 . cela même eft un éloge.s & mou liés. Il eft ctla me ^ vrai talité répond Emàle. qu'il fecroi. ^^ de les recevoir toujours. & fonger que vous êtes arrivés ici. Séchés Si rajuftés. defavoir fe pafier d'hôtes.is avec bonté. il en refte un vuide. comme Télémaquc & Mentor dans l'Iflc de Calypfo.iroiflez lui dit le & maître de la maifon. voit rarement fans inquiétude. L'entretien rouk fur l'égarement de nos Aoyag. nous nous plaçons. Une mère. Soyez fenfible à tout cela.. Le principal ponfes. parle objet de fon voyage eft aufli loin de fa pcniee. ent. charmes . nous voyons cinq couverts. lui-même encore loin du terme. par-tout où les étrangers font rares ils font bien venus . il nous préfente à fa femme . entrant dans la falle à manger. lui dis-j '. Un: jeune perfonne entre. N'importe. curiofité. non pas feulement avec politelîe. elle nous reçoit. nous allons rejoindre le maître e la maifon . Qu. et le». fait un grande révérence.urs.iû8 raifon ! EMILE. votre Gouverneur & vouo. rien île ren pi us hofpitalier que de n'avoir pas fouvent befoin de l'être c'tfl l'affiuence des hôtes qui détruit l'hofpitalité.er chez elle un homme de cet àgc. En mange. On fait h:'' ter le fouper pour l'amour de nous. voyageurs étoient bien reV03 ance ai . quelle bonté. quelle pré! pour des inconnus Je crois être au tems d'Homère. vous me un jeune homme aimable fait & fage . L'honneur de fcs coups-d^œil m. Si s'affied modeftement fans Emile.

& celui-ci change En parlant de fa fohtude.noît l'Oclyfn'a point la Télémaque . il de converfation. fa fenfibilité plus rend fon regard plus doux. qu'on ne peut forme entendre fans intérêt. s'engage infenfiblement dans le récit des événement qui l'y ont confine j les malheurs de fa vie. il ne fuit ce que fëe Pour la jeune perfonne. La naïve vivacité du jeune homme enchante tout le monde mais la . a de la liberté fans arrogance . attendri. & de l'autre prend auffi la main de la femme. croit voir Télémaque affeélé des malheurs de Philodete. celTe Enfin. Elle porte à la dérobée fa figure . fa phyfionomie la jejne perfonne le voyant pleurer touchante Dans ficnnes. fur laquelle il fe panche avec traafport en l'arrofant de pleurs. fur Ion vois rougir jufqu'aux yeux. & 109 ch:trmcs d'Eucharis. plus honnête des hommes s'étend avec plus de des feniplaifir fur l'attachement de la plus digne mes. fait figne au père. La . une honte fecrette la retient : prêts à s'échapper elle fe reproche déjà les pleurs : de fes yeux. Emile ému. à l'endroit où le de manger pour écouter.ou DE L'EDUCATION. comme s'il etoit mal d'en verfer pour ^ fa famille. eft prête à mêler fes larmes aux un il beau prétexte. fes . & cela fans dire un mot de li jeune perfonne . ôc n'ofer fouffler. le jeune oyageur hors de lui ferre une main du mari qu^il a faiiie. les baifler affiette. La meie. elle n'y Son air aife trouve rien qui démente la comparaifon. tout un récit agréable Si touchant. Mais Emile cor. qui remarque fon embarras. les confolations ont trouvées dans leur union. qu'ils la conitance de fon époufe. - ' manières font vives fans étourderie . les yeux fur lui pour mieux examiner fille. la vie douce k paitoujours fible qu'ils mènent dans leur retraite. : plus fenfible que perfonne à cette marque de fon bon c eur. je la c'eft qu'Eucharis.

Guidez-moi. qui dès le commencciriUit du ibupe n'a ceir^ de veiller fur elle. vous eufncz vu trelTailIir Emile. ne ceiTercz-vous point de pleurer les malheurs de vos parens ? Vous qui les en confokz. k dont h plus dilirait en apparence eft en efict le plus attentif ? Son défordje n'échappe point aux yeux pénétrans de Sophie . fois cent queflion?. Frappé d'un nom fi cher. mais fi mal remife que fon défor-xe cil \ifible à tous le^ yeux. n'y foyez pas plus fenfible qu'eux-micmies. J le fera bien malheurcufe «. yeux me regarde inquiet troufont à la. tandi^j qu'il ell tems fi mon .110 E M I L E. ! n'tfl pas mais qu'importe 11 s'occupe d'elle. il épie chaque mouvement.! Eft-ce vous que mon cœur cherche : Eft-ce \ ous que mon cccur aime ? Il l'obferve. remettey. Les dp IV.il trouve à tout miJlc interprétations ccnfufes . & jetteam regard avide fur celle qui l'ofe porter. fait le moins dans le plus grand. Une minute après la jeune fille rentre. je n'en reviendrai de mes jours. U me blé fe>. cceir fe livre U fe trompe. entjc quatre fpedatcurs qui. trouble de fa vie.vous . Sophie. Il étudie chaque trait. merc.ir. U ne voit point exa<5lement la figure qu'il s'étoit peinte . ce nom dj Sophi-. il la contemple avec une forte de crainte k de défiance. Commen. il fe réveille en furfaut. & cent reproches. les ficns rindruifent de rtfte qu'elle en eft . voit fa contrainte.our encore .'U s'en occupe impunément. Il fcmble me dire à chaque regard . il ne fuit fi celle qu'il voit vaut mieux ou moins.donntroit la mojtie de fa vie peur qu'elle voulût dire un i feul mot. èc l'en dcli\re en l'envoyant faire une ccmmiliion. c Sophie. il. l'examinent. Emile eft l'homme du monde qui fe déguifcr. chaque La A gcfte. La mère lui oit avec douceur . & cela fuffit . Sophie. fe eguiieioit-il ÎJobjct : elle voit que cette inquiétude .

fon. Sa i^ille. changé ians peu d'inftans! Ce n'ett plus le tour dp Adïcxi la Sophie de trembler. fe rdffare de lai être obfervé.x.ou DE L'EDUCATION. qu'il feroit trop tard pour s'en. s'il la voit refpirer. Sz du La mère de Sophie fourit l'expérience de plus. C'ell alors que les charmes de cette fille enchanr terefîl'vont par torrens à fon cœur. U Li dit que Télémaque trr>p eft trouvé. il les fi elle baifie les il ouvre la bouche. il n'ofe plus regarder au':our de lui. Elle lit dans les. dédire. crainte d'Emile j elle voit fon trio. Les msresout des yeux m comme leurs fiiles. il n'entend que Sophie: fi elle dit un mot. craimif. pour fe raiLfier de la corKempler fan^ Sophie. Nol moftra già. cœurs fuccès de nos projets. de leurs innocentes amours. ralTé. il ne voit que Sophie. Honteux de fe de peur de voir qu'on le regarde. des deux jeunes gens. elle voit qu'il eft tems de fixer celui du nouveau Télémaque . avec fa douceur naturelle.Tcs. il foupire^ c'eft Tame CKie la Tienne. &qu'il commence d'avaler à longs traits le poifon dont elle l'aiivre. a de Sophie qui paroît l'animer. peut-être. & cœur palpite de joie. la naïveté. laifier pénétrer. Confus. il voudroit fe rendre invifible atout le monde. au contraire. il n'en doute plus. qui ne effet. Au baifie . &. embarliberté. fait que mieux fon premier fon de cette voix. yeu. Emile eft Ce ne rendu .n«phe. elle faif parler fa fille. mais malgr? ces yeux hai. l'on aura . tendre cet air modefte. Il ne parle plus. répond d'un ton timide. on regardera ces décails comme un jeu friv. c'eil celui d'Emile.ok . Si j'entre ici dans l'hiftjire naïve & trop fimple. c'eft Sophie. la feroit pas. elle en jouit. il ne répoad plus. la francaife. ben che in fuo cor ne rida(^ Elle n'a pas changé de contenance.

On ne voit pas qu'une première imprefllon. C'efl un affez beau Rom. On ne confidere pas afiez l'influence que doitavoirla première liaifon d'un homme avec une femme dans le cours de la vie de l'un xle l'autre. vous Une eft qu'il autre confiJérai ion. qu'il s'agît d'un jeune homme dont c'cft ici non-feulement le premier amour. peut-être. de l'amour ou du penchant qui dont on n'apperçoit point la chaîne dans le progrès des ans. Si j'ai pu rendre ces efî'ais utiles par quelque endroit. mais qui ne ceflènt d'agir jufqu'à la mort. eft-ce : ma faute ? Ce devroit être l'hiftoire c'eft de mon efpece qui faites vous qui la dépravez. Ses manières de penfer. Si j'. à Se à toutes les paffions qui fervent d'in- ftrumens aux éducations communes . dit ce qu'il faut faire.an que celui de la nature humaine. que de cette paffion. a de longs eftets : . l'enfance à la crainte. S'il ne fe trouve que dans tient fa place. à la convoitife.112 EMILE. à l'envie. qu'il fentira vivement dans toute fa vie. & que celle aura tort. fes goûts fixés par . ni effrayer par d?s difficultés de langu. un Roman de mon Livre. qui renforce la première. Tes fentimens. j'ai dit ce que j'ai dû dire il m'importe fort peu d'avoir écrit un Roman. i : aufîîvive cet écrii:. On nous donne dans les Traités d'Education de grands verbiages inutiles k pédantcfques fur les chimériques devoirs des enfans . & l'on ne nous dit pas un mot de la partie la plus importante &:la plus difficile de toute l'éducation favoir la crife qui fert de pafTage de l'enfance à l'état d'homme. mais le première paffion de toute efpece . ne s'iigir pas ici d'un jeune homive livré dès l'orgueil. l'unique. dépend la dernière forme que doit prendre fon caractère. ce fera fur-tout pour m'y être étendu fort au long fur cette partie eflencielle omife par tous les autres. & pour ne m'être point laifié rebuter dans cette entrcprife par de fauflès délicateflcs.

Emile tâchera de fe mettre mais je ris avec plus de foin.ou DE L'-EDUCATION.échanges à s'établir une efpece de correfpondance Le malin.licnne ? Eft-il fou. . Ï13 confifl- conçuic qu'entre Emile 5: moi.ême. en fe préparant des reilitutions. Je m'étois attendu de trouver Sophie un peu plus ajuftée aufh de fon côcé . vont acquérir une ance quiiàC leur permettra plus de s'altérer. & à vovis entendre. Ce 3-t-il toutes & tuite. je me : le mette en droit d'y renvoyer & d'y revenir. . Je pénètre fa ijcnfée . obferVous ne favez pâs même encore chez qui vcz. j'y lis avec plailir . on vous croiroit déjadans votre maifon. Cette vulgaire coquetterie eft bonne pour ceux à Celle du véritable qui l'on ne veut que plaire. celles-ci ne Ce n'eft pas le tems des leçons.elles d'amme cormne de nom ? Toutes celles qu'il vena font-elks-la.flmour eft plus rafinéc . Elles ne font que donner au jeune homme un rijouvel intérêt pouf Sophie. cette renconLre qu'il croit forma referve m. jeune homme. & même plus négligemment. font pas faites pour être écoutées. la nuit qui ne fe palfe pas toute à dormir. vous é:es . de fe paffiou-ner ainfi pour une inconnue à laquelle il n'a jamais parlé ? Attendez.qu'il cherche. je me fuis trompé. U n'y manque pas de fon empreffement à s'accommoder du linge de là maifon. rapport des noms. quoi qu'avec qui . doute bien que dans fon mauvais habit de voyage. que la veilla. par le dtfir de juftificr fon penchant. par une pafiion durable. elle a bien d'autres prcSophie ell: mife encore plus fimplemeiit •tentions. ne font qu'irrit^ la vivacité : dcja Sophie lui paroît trop ellimable pour qu'il ne foit pas fur de me'la faire aimer. "Quoi donc ? La feule conformité d'un nom doit-el'e avoir tant de pouvoir fur un homime fage ? N'y fuit i^ne pareille foirée On qu'uneSophie'au monde? Se reflemblent. des . examinez.

iilion au père. timide .mmcnt. Scpliie iJn bien qu'une parun plus recherchée cil une déclaration.nt ils fentejit déjà le bcibin dit. k dcjz l'on voit qu'ils s'entendent. ne paroit rien rien entendre . Je ne vois de la ccquettcii: dans cette négligence. On . m.. pourvu qu'il voye qu'en s'occupe de ki ? Déjà fûre de :on en>pire. tournés fur la fille.e eft ils s'évitent. mais elle rougit.z. que pp. Il y a eu des aveux anach.n.rceque j'y vois de raf. s'éviter.e va les chercher. Il n'y a pas doi. elle veut qu'il les fuppcfe. V. Leur abord n'èft pas fum. Sophie ne dit rien.heures que nos jeunes gens fe font vus .ile. Le lendcm. durant nos entretiens de cette nuit. la lui demandent beaucoup plus infij. ir. qu'on veut [la're i. leurs être obligé yeux baifles femblent u 1 figne d'intelligence cert . ils ne fe parlent poir.ilier . à la mer?. Sophie & fa mère n'ont pas ncn plus reflé muettes.s.eaanon. ne fait aucun figne.114 EMILE. N'en a-t-il pas afitz vu pour de deviner le rtfle ? Il eft a croire que.ain en fe rafiemble bien préparés. ^ cette rougeur eft une réponfe ci-ccre plu's claire que CclU de fcs parens.! qu'importe à l'Amant comment on foit miié.andors la permJiïïon de venir nous-mêmes rapporter ce En que nous emportons. tandis que f-s yeux inquiets. il ns lui fufHt plus qu'il les voye.ais de conav. du myftere ^e s'être rien paitant. La bouche d Lmile de- mande cette ptrm. Eh.uiVi par la. Sophie ne f. qMpiqu'avec une propreté toujours fcrapulcufe. mais elle ne fait pas qu'une parure plus négligée en eft une autre j elle montre qu'en ne fe contente pas de plaiie par l'ajuftcmcnt. des inftrudions données. nous dem.t . fi fon cctur i^. cela mêm. : Si. cerfcnne.ot.borne pas à frapper par fcs charmes les yeux d'i:. il cft embarraffé. ils ne fe font pas dit encore un feul m.

dites-vous perdre de réputation ? Eft-ce là le prix de l'holpitalité que fes parens vous ont accordée ? Ferezyous l'opprobi'e de celle dont vous attendez votre bonheur ? Eli qu'importent. lides irient fait & ralfonnables parcequ'ils dérivent cgale- de la Nature. la chaumière la plus voifme lui femble déjà Il voud.ui fort de fa maifon couche aux environs ? Vous Eft-ce donc à vous de la l'aimez. répond-il avec vi! ! ! ! ! ! vacité. combien j. A-peine fommes-noùs hors de ce! te maifon chérie. m'avez -vous pas appris vous-même à n'en faire aucun cas ? Qui fait mieux que moi combien j'honore Sophie. apprenez à raiNe comparez point Thoimeur fonner pour elle. en quoi p ùs-je l'outrager ? Cher Emile. d'un fées du Château. donne gîte. ir5 On nous permet de revenir. d'un fexe à celui de l'autre j ils ont des principes to !t différens.cit coucher dans Iss foftrop éloignée. lui dis-jc. quand on faura qu'un jeune hom^me -.ou DE L'EDUCATION. vous . les vains difcours des ? hommes Si leurs .e la veux refpecler ? Mon attachement ne fera injuftes fjupçons Ne l^ointfa honte. on à refter. & que la même vertu qui vo is méprifer pour vouj les diicourb des hommes. il fera digne d'elle. le converc à des pallans embarralles de leur mais il n'eft pas décent qu'u i Amant couche dans la maifon de la mcJcrefle. Ces piincipes font éi. Jeune étourdi ton de pitié i quoi déjà la pafllon vojs aveugle ? Vous ne voyez déjà plus ni les bicnféanccs ni la vous croyez aimer.alement fo. Quand mon cœur & mes foins lui rendront par- tout l'hommage qu'elle mérite. U vous railbn ? Malheureux voulez déihonorer votre maiîrelîe Que dira-t-on d'elle. fans nous inviter Cette conduite ell convenable . reprends-je en i'embraffant. vous raifonnez pour vous . qu'Emile f'nge à noàs établir aux environs . il fera fa gloire.

fi vous êtes caufe qu'on ne lui rende pas les raifons de ces différences. croit déjà n'être jamais affcz . C'eft le premier fruit des foins que j'ai pris dès fa jeuncffe de Iji former parejîs elle qu'il un cxur qui Il s'agit fâche aimer. je lui fais ientir quelle injullice il y aurcit à vouloir les compter pour rien. mais : à portée.ii6 E M I L E. Alors lui expliquant ont peut-être des engage mens antérieurs. r donc de trcuv un afile éloigné.iel eft l'honnête hamme qui veut faire pleurer à jamais à une infortunée le malheur de lui avoir plû ? Le jeune homme. nous nous informons nous apprenons qu'à deux grandes lieues cft uire ville nous allons chercher à nous y loger. vous n^ vous rendez poin. Nous cherchons. lejour .oin du fejour de Sophie: il double le pas pour fu'r plus pro'mptenicnt . Se toujours extrême dans {es idées. ne connoît point. il regarde autour de nous fi nous ne fommes point écoutés . elle dont le cœur ou les ce qui lui eft dû. il aimeroit mieux ne Id revoir de fa vie que de lui caufer un feul déplaifir. que n'eftace pas même fon mariage avec celui qui Pa ca-fé? Eh! quel eft l'homme fcnfible qui veut perdr-' celle qu'il aime ? Qi. elle dont il ignore les fentimen?.t ce que vous vous devez. Q^ii eft-ce qui lui a dit qu'il fera l'époux de Sophie. Votre honneur elt eu vous leul . vZ Le négliger leroit bltillr le vôtre mv'm: . plutôt que dans des villages plus proches où notre . effrayé des conféquenccs que je lui fais envifagcr. àc qui n'a peut-ct:e avec lui pas une dès convenances qui peuvent rendre un mariage heureux r Ignore-t-il que tout fcandale eft pour une fille une" tache indélébile. k le fien dépend d'autrui. il facrilieroit mille fois fon bonheur à l'honneur de ctlle qu'il aime . vous oblige à les rcrpeârer pour votre maitrelTe.

ment dirigeant psu-à-peu fa paffion naiiLinte vers ce qui eit bon âc honnête. exempt du joug de fo Confidérez mon Emile. de bonté. faifant le bien.^ la jouilTance où elle n'eft point.es les grandes dilftpcrçois déjà de loin. d'numanité. fort. du goût. à ufer da moment vingt ans pafTés. robufte. je diipofe infenfiblement tous fes p^nchans à prendre le même pli.e en . elle ne préfent. voit de plus loin les deux termes qui lui en font f. docile à la mais fournis à la loi de la fagefle. c'eft en ce qu'elle cherch. voix de l'amitié. fain. difnos. & fur-tout de bons Tenti nens . J'approche du terme de ma ca. bien conftitué d'efpric cv m -. mé. pofTédant tous agréables. évitons fur-tout la faufîe prudence d'immoler le préfent àl avecir . aimant le beau. &: plufieurs talens fouciant . tous les grands obilacles furmontês me relie plus rien de péil ne nible à faire que de ne pas g-iter mon ouvra. avant des urs. libre de l'empire des pafTions cruelles. & î 17 dcviendroi: fufpeifl. "font eukés font vaincues.ir . c'efl fou vent immoler ce qui efr à ce qui ne fera point. fe & les talejis utiles. Rendons Ihomme heureux dans tous les âges. plein de fens. bien de corps. ce n'eft pas en ce qu'elle veut jo . Dans rincerti:ude humaine. d'efpoir. Si l'imprudente jeunelle e trompe. l'opinion. je l'apTou. Se de l'ame ont acquis leur plus grande vigueur. de raifon. c'eft de où les facultés du corps miferable. & où l'homme. de voilà comjoie. Or s'il eft un tems pour jouir aiTurément la fin de l'adolefcence. me de hâtant de la vie le confom ner.riere.ncir la brièveté. aJroit. &c qu'en s'apprêtant un avenir la vie. au miilieu de fa courfe.ou DE fç)Oiir L' EDUCATION. fait pas mêm. C'elT: là qu'arrive enfin le nouvel Amant ploin d'amour. de peur qu'après bien des foiiis il ne meure avant de l'avoir été.

Le voilà maintenant enivré d'une paffion naiffante fon cœur s'ouvre aux premiers feux de l'amour. fans regret.à fon bonheur. fcs douces illufions lui font un nouvel univers de délice Se de jouiflance. Que pourrois-je lui rendre qui valût ce que je lui aurois ôté ? Même en mettant le comble . fais ton paradis fur la ter. il elpere. fans r-v!tre in']uietvide que celle dont le fentiment du bonheur eft infcparable. c'eft du concours des fcntimens honnêtes. quoi qu'il anive. cherchez. il eft heureux autant qu'un homme peut l'être. il attend un retour qu'il fcnt du . que s'eft formé le r premier penchait. L-a*je en ce moment abréger un dclHn fi doux ? Iraîje troubler une volupté fi pure ? Ah Tout le prix de la vie ert dans la félicité qu'il goûte. avec raifort mêrre. c en attendant l'autre je n'abrégerai po'nt cet heureuïCJ tems de ta vie j'en filerai pour toi l'enchante: : ment . le prolongerai le plus qu'il fera polnble. au plus charmant délire. il aime un objet aimable. 6i qu'on puifie accorder avec ce qu'il y a r 11 réunit tous les bienâ qu'on peut obtenir à la fois . : portant fâ rcflburce au bout de fes bras. Ce penchant doit être durable . jouis à la fois de l'amcur •&: de l'innocence. c'efl du rapport des cœurs. & plus aimable encore par fon caractère que par fa perfoniie .n8 EMILE. fans remords. 5c n'ayant pas peur de manquer de pain. fans crainte. Helas ! . on n'y en peut ajouter aucun qu'aux dépens d'un autre . j'en détruirois le plus grand charme. & fois aime! Jouis longtcms avant que de pofTeder . ciant peu des richefles. il fe livre avec confiance. aime. on en jouit mieux quand lui être ! on l'attend que quand on le goûte. Que peut-il manquer au fien ? Voyez. O bon Emile. j<. Ce bonheur fuprème eft cen: fois plus doux à eipérer qu'à obtenir. imaginez ce qu'il lui faut encore.

Emile k Sop!iie fe faluent avec fang-froid. Siiôt . mais je fj ai du moins qj'il dure toujours dans ta mémoire. fe k çoit le premirr. Nous arrivons enfin. il s'en appers'impatienter. plein de fon Homère îc o 'iours dans l'ent'ioufiafme j je crois voir le jardin J'Alcinoiis. k de plattebandes pleines de flviurs.qu'elles font piètes. mais c'eft . hm le fans fe plaindre. c upéen divers fens de jolis rui I?aux. Quand le cœur s'ouvre aux paiîions. n'eft noître. k toujours avec même rien pour vous.un peu d'embarras. route ell: fort coupée le égarons. leur . i'icnne entière ne fe p3iF:-ra pas ainfi. La Hlle voudroit favoir ce que c'eft k qu'Alcinoiis. il 3 met toute fon attention il à retrouver fon chemin erre longtems avant de recon- Ceci beaucoup po r moi qui connoîs fon naturel emporté: je vois le fruit des foins que j'ai mis dès fjn enfance à l'endurcir aux coups de la néceffité. U Malheureufement pays difficile. k la merc la demande. nous prenons dos>cîievaux. & que tu ne te re-* pcnies jamais de l'avoir goûté. L'oji fe pro:rene dans le jardin ce jardin a pour parterre un potager très bien étendu. Emile n'oublie pas que nous avons des reftitutions à fa-ire. la Nous nous ik.119 H:las Il faut qu'il finiffe. La réception qu'on nous fait ell bien plus fimple k p'us obligeante que la première lois . il s'ouvre à l'ennui de la vie. pour parc un verger couvert de grands beaux arbres fruiti^-s de toute efpcce. nous pilons grand train . Le beau liru ! s'écrie Emile. k qu'il finifle en peu de tems . Si je n'ai pas perdue mon tems. en partant il vouiroit être arrivé. nous fommes déjà d'anciennes connoiilances. Alcinoiis. ! : ou DE L'EDUCATION. k ne fe pa: lent toujours point : que fe diroient-ils en notre p éfence? L'entretien qu'il leur faut n'a pas befoiii de : témoins. p^ur cette fois.

en veijus. „ les Cit. & l'autre. ou qui lun des bouts. lailTant fur la ^. pourfuit-il qu'elle eût dédaigné de toucher aux fcrviettes fales. tandis qu'on en vend. la douce baleine du vent . comme trop fimple 6c trop peu paré (13). fur qui le coup porte.. dont l'une e dlliribuée dans tout le „ jardin. prend la parole 5c dit^ que la jeune Princefl'e allo. & : ] & j A • yens. oubliant fa timidité naturelle. arbre. les uns & meurir les autres. à la honte de ce vieux rêveur d Homère Se des Princes de Ton ttms. fe mor. . des .te l'année font ornes de „ deux fûntaines. On voit la poire & la uonime vieillir Se fe'cher fur leur la grape fur la fouche.. leur dls-je. plante ceux qui lontenco e en fleurs.uns au folcil iiu une .I20 E M I L E. des pom5. cu'elleauroit bientôt un mari. qui... La vigne in^puifable ne et lie d y porter de nouve.iux „ raifuis on fait cuire & c^^nfire le. proc'uiiaus des d'autres des plus belles tlbects. dans lequel. mes de grenade. aire. cu'tîle.t elle-même laver le linge à la rivière . (on apa fait bien que tout lî mfnu linge n'eût point d'autre blanchiiïeufe ^^ (13) „Ei) fonant du Palais on trouve un valJ-e jardin de quatre arpens. croyez-vous.t de poires. . Cet Alcinoijs avoir une fille aimable... qui fe plaît. en dilant qu elles fcntoient le graillon ? Sophie. Ja„ figuiers au doux fruit. baifle les yeux. étoit un Roi de Corcyre. la veil-e qu'un Etranger reçut l'hcipitalité chez Ion père. s'excufe avec vivacité . grands nrhics flcuiis.. ni ilaîucs. ni boulingrins. après avoir travcrfé la Palais. on ne voit ni treillages.ca Sophie. interdite. ni cafcadcs. on ne Le pcre. enceint Se dos tout à l'entour. lon£!.. dont le jardin décrit par Homère eft critiqué par des gens degôù:.inge d'autres. ell con„ duite à un bâtiment elevc dans la ville pour abreuver . . la hgue fur le figuier . rougit.' peut imaginer une pareille confufion. ceux quar„ commencent à noircir „ rcs bien cultives de fkurs tov. d"ouelt fait à la fois roue ." Telle eit la dtfcr iption du jardin royal d'Alcinoiis au feptieme livre de lt>dw fee.l la langue . & des oiivïers verdoyans „ mais durant Taniite enûere ces beaux arbres ne reiient l'hiver & fans fruits et»:.plan. à Taugmenter.

ils s'accoftent à la fin. ni regarder perfonne. Emile nous aborde avec un air ouvert & carefiant' fes yeux pétillent de joie . &: qu-E. il les tourne pourtant avec un peu d'iiKjuiétude vers la mère de Sophie p our voir. en lui demandant. charmante il n'eft plus tems de feindre voilà déclarée en dépit de vous. Sophie de ne la mère de Tom IV. elle me regarde à la dérobée avec une inquiétude dont je ne puis m'empêcher de rire en lifant dans fon cœur inles allarmes qui la font parler. Emile parle gefticule avec feu il ne paroît pas que l'entretien les ennuie. tout-à-coup leur entretien celle avant qu'on foit à por:ée de les entendre. on les rappelle. très cft oubliée ou paroît heureufement pour Sophie. ! voui Bientôt cette petite fcène l'être. n'ofe plus fouffler. ils s'approchent. maii letitement à leur tour. ont peine à fe régler fur la lenteur de notre marche. Sopliie k & tems à proht. à quel propos elle parle ici pour elle. Au bout d'une grande heure on retourne. fi i2i on l'avoit laifle faire (14). ils reviennent. l'on voit qu'ils mettent : nous les voyons femble attentive & allez loin devant nous.ou DE L'EDUCATION. Durant ces mots. qu'elle. La promenade fe continue. $c ce qu'elle a de commun avec la génu la fille d'Alcinoiis ? Honteufe & tremblante clic Fille . Enfin. k nos jeunes gens. Emile eft le feul qui n'y a rien compris. infenfiblement ils nous précèdent. fi on le lui eût ordonné. la réception qu'elle lui fera.nile doit bailer li loiiveut. & ils doublent le pas pour nous rejoindre.) J avoue que je lais quelque gré à lui aroir pas laiire' gâter danj le làvon des «la ns aufil douces que les fieiuies. Sophie le (14. k qu'elle en eût fait davantage avec plaifi-. Si pofée . Son père a cruauté de relever cette étourderic. d'un ton railleur. qui d'abord étoient a nos côtés. G ji'a .

elle me parle afFcélueufement. un maintien fi dégage' .. quelquefois elle ofe répondre j mais jamais elle n'ouvre la bouche pour cela fans jetter les yeux fur ceux de ù\ merc. m'a fait entrer pour beaucoup me : ! dans fon premier ciUreticn avec fa maitrcfle. plus cmprefiee.j de on diroit qu'ils ont déjà comploté n'en cft rien pourtant.nt le plus fenfible en elle Elle témoigne une confideratioii eft' envers moi. ofe lui adrelTcr quelques mots.ile de l'honnêteté de tous deux. elle me regarde avec intérêt.En fongcant que le cœur fenfible de mon jaune. Je comprends qu'Emile lui a parlé de moi. à beaucoup près... plus que du Sophie. fon amitié m'a tout P"''" Les .122 EMILE. . de la modeftie de Em. & Sogagner il phie elle-même ne fe gagne pas fi vite. je vois qu'elle m'honore fon eftime. Si qu'il ne' lui eft pas indiHerent d'obtçnir la mienne. comme pour avoir l'air dôtre là depuis long-tcms. elle cfl attentive à ce de q. fans qu'on l'ait jamais trouve hitc d'accourir a fa mcre. ami. en approchant elle Icmble toute confule de Te voir tète-à-t^te avec un jeune homme. la férénité qui fe peint fur le vifage de ces aimables enfans. & n'a pas. ^ Il^aura peut-être plus befoin de ma faveur auprès d'elle. en difant quelques mots qui ne lignifient pas grand'chofe. un peu eiToufRée. Ils ne font pas m(>ins rcfervés l'un -avec l'autre. mais Elle ne vient leur refervc cft moins embarraflee. Couple charmant . que de la ficnne auprès de moi. on voit que cet entretien a fou- mauvais.ui peut me plaire .^ jeunes cœurs d'un grand poids. k Le changement qui par. Elle {2 . A lage leur. elle qui s'y eft fi fouvent trouvée avec d'autres fans en être em'carraffée. refped d'Emile. je jouis du prix dç ma peine .

Sa confiance diminue. dans l'eftimation de fes bienfaits.ou DE L'EDUCATION. il fe voit moins avancé qu'il ne penfoit l'être. Cependant il n'obtient point d'aveu formel de Sophie. Il s'allarme. môme en fa préfence. pas fait pour deviner ce qui lui le lui dit. èc que pour le rendre heureux elle n'a qu'à le vouloir Il commence à ne plus rien comprendre à fa conduite. Emile eft liche. ! d'elle Quel mérite ne faut-il eÊacer cette inégalité? il n'a nul befoin de l'être. Les dirTicultés qui l'arrêttnt feroient l'empreflement d'une autre . il ne le faura de fes jours. Il m'en parle. Les vifites fe réitèrent. fa perfonne . il fent qu'il n'eit pas mal après d'elle. fes foins. elle l'écoute & ne lui dit rien. 123 ' ' Les convcrfations entre nos jeunes gens deviennent plus fréquentes. j'en parle en fon nom. il fuppofe que Sophie attend un ordre de fes parens. il lui demande la permifîion de le folliciter. Elle eft pauvre. tant de retenue l'étonne peu. elle ne s'y oppofe pas. à peine ofe- & G 2 t_il . c'eft alors que l'amour le plus tendre employé fon langage le plus touchant pour h ! fléchir. cela. Il donne aux malheureux Ion tems. Quelle furprife pour lui d'apprendre que Sophie dépend d'elle feule. fes afFeûions. Emile connoît toute fa modeftie . Sophie eft trop fière pour le lui dire. 5. il fait que ce font les pères qui marient les t^fans . Emile enivré d'amour croit déjà toucher à fon bonheur. Combien il a befoin de li-i fe faire eftimer point pour Mais comment fongeToit-il à ces obftacles ? Emile fait-il s'il eft riche ? Ddigne-t-il même s'en informer ? Grâce au Ciel. elle n'a pas oublié les leçons de fes parens. Il tire il fait être fait bienfaifant fans le bien qu'il & : de fon cœur non de fa bourfe. elle n'efl: Emile : nuit Si on ne & le fait.

vous qu'elle aime ? qu'elle n'ofera faire taire. quelquefois elle rejette mes follicitations. épanche fon cœur dans celui de fon ami. Troublé de cette rcfiflance obftinée il k de ce filence invincible. k fi j'ajoute un mot. me quitte à l'in- queje à moi "quelle étrange rai'bn veut-elle bien fois à elle fans vouloir entendre parler d'être Par & ler Vous qu'elle honore. je n'en puis douter: loin de Qiiand j'arrive m'éviter. Ne fâchant à quci s'en prendre de fii difgrace. mes prières. & le regarde. pas vos fervez votre ami. avis. je pars .our-propre augmente les regrets Il n'approche plus de Sode l'amour éconduit. n'efpere plus la toucher par la tendrefTe. Quelquefois fa patience fe lalVe.124 EMILE. ferviccs paroiflent lui plaire elle daigne me donner des Cependant des ordres. : t-il compter pour quelque chofe l'argent qu'il répand fur les indigens. elle même m'impofe impérieufcm nt elle filence. parlez. faites-la par. ! elle elle reçoit marque de la joie. le dépit efl prêt Sophie femble prclTent r ces cmà lui fuccéder. il cherche à la flécher par la pitié. 11 y dépofe les douleurs de ce cœur navré de triftcffe . ne rendez. couronnez votre ouvrage foins funcllcs à votre élevé . fien 11 portcmens. phie avec cette aimable confiance d'un cœur qui il devant il eft craintif èc tremblant . Qiiand j'ofe parler d'union. (e fent digne du elle. : Ah! . Car qui oferoit l'attribue à fa propre faute accufer de caprice l'objet de fes adorations ? L'humiliation de 1 am. & du regret quand mes loins avec bonté mes . elle fe plaît avec moi. Jtant. : Ce feul regard le def- arme k l'intimide 11 eft plus fournis qu'aupa- ravant. Q^icl impénétrable myftere térefle à mon fort. il implore fon affirtance & fes Elle s'inconfcils. .

renoncer à tout. Se tranfportc dï joie. Quand je lui fais entendre ce qu'ils font aux préjugés. Ah ! 125 vous fera fa mifere. fouffrira-t-elle qu'il puifié lui reprocher de s'être ap- & Eh. & après avoir philofophé toute votre vie. Je parle à Sophie. Cette explication le jette dans un j'en ufe. Il n'entend rien à cette délicatcfle . &: revenir digne d'être fon époux. malheureux Tremblez ? foupçonne d'avoir eu ce projet. étonnement dont 1 ne peut revenir. il n'imagine pas ce que l'eût & des écus de plus ou de moins font au caractère au mérite. Devenez au contraire économe Se foigneux pour l'amour d'elle. ji'apprendrez-vous jamais à raifonner ? Comment ne voyez. aller tout déchirer. J'obtiens plus difficilement la permilTion d'en inftruire Emile .ou DE L'EDUCATION. tout jetter. cette jeune tête ne meurira-t-elle point. je l'obtiens enfin. il lé met à rire. fi vous n'achevez fon bonheur. de peur qu'elle ne vous accufe de vouloir la gagner par adreflc. k riant à mon tour ds fon impéruofité. G 3 Croyez-vous . pour avoir & l'honneur d'être aulfi pauvre que Sophie. & j'en arrache avec peu de peine un fecrct que je favois avant qu'elle me Ce qu'il tient de dit. & de lui facrifier volontairement ce que vous perdrez par néglipauvri pour elle qu'elle ne vous ! gence. comment fe réfoudroit-elle à vous avoir l'autre ? Si elle ne peut fouftrir qu'un mari puiflé lui reprocher de l'avoir enrichie. He quoi dis-je en l'arrêtant. c'en feroit un très grand de les lui avoir tous facrifies . & fi fa fierté ne peut fe refoudre à vous avoir la première obligation.vous pas qu'en fuivant votre infenfe projet. il veur partir à l'inftant. vous allez empirer votre fituation ! rendre Sophie plus intraitable ? C'eft un petit avantage d'avoir quelques biens de plus qu'elle.

ils trouvent toujours que ceux-ci n'acquittent jamais l'autre. furmontez fa réfiflance à force de f^ntimcns grands & généreux. ce n'eft pas l'affaire d'un jour. ou qu'il ne fcroi: pas amoureux d'elle. de quel racheter ceux dont vous avez le malheur d'être partagé. dans les trcforsde votre ame noble. mais des principes incfa- çables gravés au fond de votre cœur.126 EMILE. Dans la mife commune de l'argent Si des ferviccs. elles oj. IVlontreziui.t une caufe plus folide & plus grave dans l'cftet que produifent ces richefiès dans l'ame du poûelleur. On conçoit quels tranfports de jcic ce difcours donne au jeune homme. pour la raffurer fur fes ciaintes ? Faites-A'ous bien conncîtrc à elle. ô Emile. Ai- A : iïiez-is. Tous les riches comptent l'or avant le mérite. combien il lui. forcez-la d'oublier vos richelies. foins Prouvez lui que ces c'C ne font pas l'effet d'une jpalîîon folle paflagcrc. tout ce qu'il feroit de lui-même quand Sophie n'exifteroit pas. cher Emile. h que fes oppfitions viennejit précikment des richefiès ? Non.nnd de confiance & d'efpoir j combien fon honnête cceur fe feiiciLC d'avoir à faire. Elle fait que les biens de la fortune font toujours préférés à tout par ceux qui les ont. force de confiance & de ten. qui efl-ce qui n'imaginera pas fa conduite en cette occafion ? Me voilà donc le confident de mes deux bonnej gens . c'eft le feul moyen de le réconcilier avec le mériie qu' tlle a favorifé. Pour peu qu'on ait compris fon caraiStere.s. & penf-nt qu'on leur en doit de relie quand on a paffé fa vie à les fervir en mangeant leur pain. Croyez-vous au fond que de grands biens lii fafîent peur. icrvci les rcfp'-etabîcs parens. pour plaire à Sophie. Honorez digntment le mérite outragé par la fortune . î"crvez-îa. Qu'avez-vous donc à faire.

Il tâche de iîre nos fentimens fur nos viftcrêt ages.:cile. Au relie.çroit 'r/reues.ou DÉ L'EDUCATION. Bonne Sophie. indilcretion quand il vient vous ! Q 4 empêcher . qu'elle mieux que de lui faire à lui-même 5^ k hn je ne veux pas nu're à fes intérêts.'& dont que ce qui m'en revient. dTlant tout bas de la voix il nous fuit de. yeux avec inparlez pour rnoi. & m.-ét. La petite perfonne m'accable iamais h d. rlè mal -venu moi du Emile. k d'interp.r nos difcours pas nos gcftes li fait que rien de ce qui fe dit entre nous ne.oi dans lequel elle tient rr.e ferrant la main. je ne d'amitiés dont je ne luis pas la dupe. combien votre cœur me k : : fmcere ell à fon aife. lïe fut mailon . qui me rendît fi content de cet emploi ne fuis jias hiifle & pa^dHivBjV ies agrémens dansf la : je. toujours l'on s'y he a l'ordre : foin -d'y 'tenir leâ amanfe dJtrrs tremblant de me déplaire.^1 nade & que c'eu pour lui préférer le iriirn. gens f)Our 127 nîa & le un gouverneur médiateur de leurs amours Si beau que je ne ! ! Bel emplqi fis afe propres yeiix. vie rien qui m'clevàt tant a mes moi-même.lui eft indiitercnt. quand fans être entendue d-e 'l'elémaque vous pouvez vous entretenir avec fo|i Mentor Avec quelle aimable franchife vous lui laiiFez lire dans ce tendre cœur tout ce qui s'y Avec quel plaifir vous lui montrez toutç paiTe ! ! votre ellime p ur-fon élevé ité quelle ingénu'pénétrer des fentimens plus doux Avec quelle feinte colère vous renvoyez l'importun quand l'impatience le force à ! Avec touchante vous ! lui laiffez vous interrompre Avec quel charmant dépit vous lui reproche^ fon.'l'e lui' fait alïP.ourir de Fœît : Ami. C'eft prends pour moi ainfi qu'elle fe dédommage indireaemcnt du Emile. elt qui fait que charmé de "ma bonne intelligence avec elle. li promefe confole quand elle rtiufc (on bras à la . Elle te^-b'-cs' re- fpea en m. s'éloi'^ne fans mvMmure en m.

ia plume la volupté. elle en ufe avec une rigueur qui réduit fouvent le pauvre Emile au regret de les lui avoir données. AmL faire fouffrir comme amant j foit valoir tous les droits il il il prelîe. fous.ndts . qu'elle lui prcfcrive ce qu'il doit lui parle faire.es hotinCt-s . e])trelaccnt de fieurs (S: de g'.qii'ellc lui défenue de venir jui'qu'a tel pur 5i de relier paffé telle heure. Ayez feulement des cœurs feiiCbîes. des air. Mais quoi qu'elle grdojjne ^ il ne rc'P-li^ûe me point. importune.i. qu'elle de remercier. il regarde avec des yeux pltins dejoicequi me difent moi. qu'on le nialtraite. peu lui importe pourvu qu'il la fafTc écouter. qu'elle règle le nombre: ç^ le terns -ces vifiÇt s. que Sophie de fcn côte veuille bien prendre ouvertement fur lui l'autorité d'une mâitrelTe. AlbaiK' (Se Raphaël. Ci dans l'ivrefle des dellrs s'avançant lentement vers le terme.-moi le pinceau de Diviiî Milton. prctez.tcn partant pour c beir. il obiicnt. Enfin. qui fous les yeux de leurs parens tvc de leurs guides fe livrent fans trouble à la douce illufion qui les Batte. il ibilicite. apprends à n. mais très lerieuienicnt & fi elle accepte ces droits avec peine. groffiere à décrire le:j pîaifns de l'amour 6c de Mais non.iirh.eloue d'en entendre. puis lailTez errer votre imagination fans contrainte fur les tranfports de deux jeunes amans. non (ans peine. . l'out cela ne fc fait point par jeu.ile en parli . empêcher de de tirer du bien de toujours de xaifon de l'aimer nus rcponfes fe qi'. Er/. Qu'on durement. cachez vos arts menl'innocence. Vous voyez qu'elle a prij pofiefllon de Cependant l'orgucilieLiie robfeive en def: & fourit en fccret de la fierté de fon efclave. ^cioàvcr.urc. qu'elle commande lieu accepte au au lieu de prier.128 E dire M ! I L 1 E. 5e nouvelle parvenu à déclare. fongers devant la fainte vérité de la na'.

Il eft fadteur. elle aime à fauter . de la fille. k en lui-même le tableau délicieux des fituations diverfes du père. La maifon eft dans une fituation pittorefquc. U du concours des uns & des autres. il chante avec elle . Tant d'images charmantes m'enivrent j je les raflemble fans ordre & fans fuite . k fon charme fa mère fe rappelSon père les embellit tous. il fait plus. a un vieux clavecin tout dérangé. En voyant dcffiner Em'le. devenu véritablement emprefle de plaire. lent leur ancienne opulence en revoyant briller autour d'eux les beaux arts qui feuls la leur ren- k voient cherc i l'anwar a paré toute leur maifou G5 . le délire Oh ! qu'elles me caufent m'empêche de les lier.ou DE L'EDUCATION. il lui apprend la mufique. il en tire différentes vues auxquelles Sophie a quelquefois mis la main. k dont elle orne le cabinet de fon père. 129 guirlandes l'heureux lien qui doit les unir jufqu'au tombeau. elle fe perfe£tionns à fon exemple. EUeeft vive k légère. eft bien que n>enuifier . elle adoucit le timide refpecSl de l'amour . lui . il eft permis à un amant de donner ces leçons avec volupté i il eft On permis d'être le maître de fa maîtrelle. de la mère. aufli k l'accorde. Les cadres n'en font point dorés & n'ont pas befoin de l'être. en l'imitant. à l'union du plus charmant couple dont faire la vertu puiflent faire le bonheur ? C'ell à préfent que. de l'élevé. il la perfeâionne. il eut toujours pour maxime d'apprendre à fe pafler du fecours d'autrui dans tout ce qu'il pouvoit faire lui-même. Emile commence à fentir le prix l'amour & Sophis des talens agréables qu'il s'eft donnés. la gaité folâtre les anime. elle cultive tous les talens. Emile il l'accommode lutier. qui ne faura pas Qui eft-ce qui a un cœur. aime à chanter. font charmantes. il danfe avec elle. du gouverneur. il change Ces leçons fes fauts en pas.

l'amant a beau voir fa maîtrefle parfaite.1^0 d'argent S: d'ennui. Le voilà donc lui donnant leçon de philofophic. C'eft un nouvel mais il a bc<b'n lui de la parei tr. d'hiftoire.i de fon culte. il lui croit qu'il n'a qu'à dire. de mathématique.'. qu":l a. il ftant elle l'entendra: il /e figure d'avance le plaifir qu'il aura de raifonner. mais elles ne doivent faire qu'efBeur. y fait régner fans fraix Si fsns peins les n'y raii'embloicnt autrctois qu à . & quand ils fe rencontrent la leçon n'en va pas mieux. donner fes leçons à genoux devant elle.eri les fcjiences de . Sophie fe prête avec plaifir à fon zèle Quand il peut obtcmr de tâche d'en profiter. de tout ^ en un mot.êmes plaifirs qu'ils & : hommage CjJ il croit lui rendre . fpedacle à la fois touchant à Emile empreffé d'apprendre tout. explique tout avec un empref cmcnt & qu'à l'inpuérile .iore. aux femmçs.130 lui feul EMILE. Elle n'en a pas befoin pour lui plaire. h rifible. C'eft un intérêt qu'il . de fes yeux pour éviter ceux qui les pourfuivent.me inutile tout l'acquis qu'il ne peut^point étaler à fes yeux: il rougit prefque de lavoir quelque chofe qu'elle ne fait pas. il lui veut fans ceffe ajouter de nouveaux ornemens. il regarde com. 11 lui femble que rien de beau n'cft à fa place quand il n'orne pas la fuprême beauté. c'eft un nouvel .. de philofopher avec elle . Corcme l'idohitre enriehit des tréfors qu'il tfiirrje pare fur l'autel le Dieu ro\jr. de phyfique. L'art de penfer n'eft pas étranger. fans confulter fi ce qu'il lui veut apprendre Il lui parle de eft de fon goût ou lui convient. de voir Sophie tout ce qu'il fait. n'eft pas la plus favorable à L'on ne fait pas trop alors que faire l'inftrudion. eft content & ! pendant cette fituation plus gênante pour l'écoliere que pour le maître. donne au plaifu* de la contempler. qu'Emile Ceil croit voir les cieux ouverts.

fiç'iiu* font nuifibles. Mairth£n. elle n'en retient que quelque idée des loix générales & du fyftèrne du monde . Qt^ioi DexiX amans dans la fleur de l'âge emIls ployent leur téte-à-tête à parler de Religion partent leur tems à dire leur cathéchiTme Qjjc ierc d'avilir ce qu-i eft fublime ? Oui. 131 Sophie conçoit tout ccne retient pas grantî'chofe. il '. ." ni l'a-'' mant fans emportement. La fruit de la première lui 'en Ji' fslt^ cfpérer autant des autres j il s'eft trompé . lamaîtreiïe n'cll pas fans caprice. ils s'entretiennent a. Ses pl'js grands prog^èslont dans pour la phyrique. ne laifTé pas d'y avoir quelquefois des' difîdntioH^. en contemplant les merveilles de la nature. ils verfent quelquefois enfemble des larmes plus pures que Idi rofée du Ciel.OCDE de raifonnemïnt. ! ! ! Les facrifices q. leurs coeurs innocens & purs ofent s'élever Ils ne craignent pas fa préjufqu'à fon Auteur.u'ils lui font la leur 'rendent chefei. les h raccommodemens lui font rou-' jours plus avantageux que les brouiîlerier . I^ÉDUCATION. quelquefois dans leurs promenadeSj. âmes. corps fans plaifirs.vec enthoufiafme de ce qui donne u!i prix à là vertu. bonne intelligence. mè^m'e dest querelles . ils s'épanchenL conjointement devant lui. ils s'aiment. G 6 .. ils connoîtroné ' un jour vos & regretteront toute leur vie l'heureux tems où cette ils fe les font refufés. Dans des tranfports qu'il Hommes Malgré fsnfuels. ]:i morale S^les chofcs de goût . &ces douces larmes font l'erichante-» ment de leur vie . niais ces pet'ts ora^e'j pafTent ripidement ne font que ràf^rmir Tunlôn ^ l'expérience r^icme apprend à' Emile a ne les plus: tant craindre. ils font dans le plus charmanÇ délire qu'aient 'jamais éprouvé des âmes humairiesjl Les privations mêmes ajoutent à leur bonheur & les honorent à leurs propres yeux de leurs facrifices. ils le difent dans l'illufion qui les charmey ils (^ voyent parfaits. faut vaincre. fcnce. fans doute.

\eut favoir quel eft donc ce profit. pas même y paroître afpirer & quand elle veut bien pafTer fon bras fous le ficn à la promenade. rapporte pas touiciirs un pront 2uHI y gagne toujours de voir confirmer par qu'elle prend à l'on cœur.ns . rite Emile ne les endure pas fans réplique : le refte du jour fe pafle en bouderie. il fe haHciter la . comment lui cacheroit-elle fon chagrin? une brouillerie C'eft fa première brouillerie . Comme la fagefle a fon terme en toute chofe. fa mère lui permet de la réparer. prefler ce bras contre fa poitrine» Cependant. il n'eft donc pas téméraire . & fon père lui-même craint quelquefois que fon extrême fierté ne dégénère en hauteur. Un jour qu'il veut prendre un peu plus ouvertement la même liberté.132 iin. Sa mère efî fa confidente. n\n il itnfible. J'y coni'ens d'autant plus volontieres que cet exemple me donnera lieu d'expofer une maxime très utile. Emile jnquiet revient plutôt qu'à l'ordinA e» . quelquefois en foupirant. après une longue contrainte. Sophie eft mal à fon aife. Il s'obftine. farde à baifer furtivement fa robe. l'on conçoit encore mieux que l'impérieufe Sophie n'eft pas fille à lui pafTer des familiarités. elle s'irle dépit lui di£^e quelques mots piqur. il & plufieurs fois tft afl'ez heureux pour qu'elle veuille bien ne s'en pas appercevoir. & l'on fe fépare très mé: contens. Dans les téte-à-têtes les & plus fecrets Emile n'oferoit folmoindre faveur. s'il EMILE. d'une heure eft une fi grande affaire Elle fe repent de fa faute . elle s'avile de le trouver très mauvais. grâce qu'elle ne laiflc pas changer en droit. on la taxeroit bien plutôt de trop de dureté que de trop d'indulgence. d'en combattre une très funefte. fon & ! père le lui ordonne. l'intérêt fincere Sophie On & Emile aime . i Le lendeûiain. à peine ofc-t-il.

lui demande. humiiliëe. vous êiez trop bon. Quel baifer. dit avec iaififlément. & Ma & ! : quefois. on rcfifte rofes. genoux. : mère . tourne un oeil fuppliant vers la mère . Sévère Sophie. . croyant voir un figne de confentement s'approche. Si donneroit tout au monde pour ofer pleurer. fe précipite à fes en ait. achevé ce la déconcerter par des railleries. la mère envoie Sophie fous quelque prétexte j puis elle adreile la parole à Emile. ^ je punirois la bouche Emile. Emile entre avec refpe6t. qui ne fait à quoi le caprice nières des femmes. la voyant embarrafiée. A peine le l. Après cette exemplaire punition. &. j'aurois moins d'indulgence pour toutes ces folks. le 133 Sophie eft à la toilette de fa la père eil aufii daiis même chambre trifte. ne fait plus ce qu'elle fait. lui prend la main. elI bon. Si lui préfentant la tourne d'un ton careflant. comment il fe porte ? Il cil clair que cette jolie main ne s'avance ainfi que pour être Sophie. un il la reçoit. La pauvre fille. prenez garde les yeux d'une mère à vous on vous demandera fouvent votre robe à baifer. le père en éclatant de rire . qui détourne la tête. l'ordinaire. s'il n'étoit pas pris fous foiblement. Plus elle fe contraint. baifée peu honteufe. qui n'cft pas fait aux malui c{[ poffible.ou DE L'EDUCATION. Si ne s'appaife pas fi vite. Le père de Sophie. le père fort pour quelque aftaire. pour fauver la bouche. confufe. plus fon cceiu" fe goiîfle. la baife plufieurs fois ft^i. & ne la baife pas. à condition que vous la refuferez quel: que Sophie fe remain. du vifage de Sophie. expofe une joue de L'indifcret ne s'en contente pas . ne l'oublie pas aifcment. en tren. enhardi par ce difqui m'auroit offenfé. mais d'un air père Si . une larme s'échappe enfin malgré qu'elle Emile voit cette larme. la retire d'aufli bonne grâce qu'il Emile. cours.a mère l'ont-ils falué.blant.

je fais ce qu'il faut pafïcr à la jeunefTe folâtre j & ce que j'ai foufrert fous m. E &: lui dit M I L E. 5.. me laifle dans l'admiration de fa rare prudence. Car on fait ce que la bienfeance peut tolérer en public . ne voudroit pas payer.^^ Après cette jufte réprimande.. que fois. .. qui facrificnt toujours à la décence la véritable honnêteté. defhonneur d'une famille.. né. En réBéchiffant à la folie de nos maximes.. . : d'un ton a£ez fcr'eux .. Se tourna: t 5. mais on ignore où s'arrête dans l'ombre du miflere celui qui fe fait feul juge de fes : n'a eu d'autre tort avec celui de ne pas voir.. aufîi-bien élevé que vous. & qui s'effraye qu'on ofe bai Ter fa robe en particulier.. vous. . vous le fur „ 5. ne font Monfieur... 5. . cette fagc mère nous quitte. que mêmes faveurs qui. . qui compte pour peu qu'on baife devant elle la bouche de fa fille. Monqu'un jeune homme aiiffi-bien .. . prouve devoirs. en abufant de leur confiance. ce qu'elle ne devoit jamais fouffrir il vous dira que tout ce qu'on prend pour faveur en devient une. du . .. . „ j. pour ufurper en fecret les mêmes libertés qu'elle peut fouffrir devant tout le monde.y témoigne. vous dira quelle différence il y a entre les jeux que laprefence d'un perc 6i d'un mère autorife. ni prude .»--. .. éc pourquoi les procédés & ..134 Emile. mens & des mœurs. 5. fieur. & les libertés qu'on prend loin d'eux. aflez. en pièges les yeux.. fous leurs Il qu'innocente. . il Confuhez votre ami vos „ „ 5. vous dira. . qui a des fenti5. je comprends pourquoi le langage elt d'autant plus chafte que les cœurs font plus corrompus. l'amitié qu'elle lui Je ne fuis ni farouche. dès la première fille ma fantaifies. bien plus adrcffée à moi qu'à mon élevé.es yeux. ie crois . bc qu'il eft indigne d'un homme d'honneur d'abufer de la fimplicité d'une jeune fille.

le cœur d'Emile. Ayant le malheur & de fe fentir un tempérament combuftible. : Sf. Mais . Otez. à cette occauon. c'eft par humilité. elle carefTs jufqu'à fon amant. fe livrer fai^ks rifque au pencnanîde fon cœur. En pénétrant. (eul point. depuis qu'elle n'entend plus le mot d'amant fans rougir. C'eft qu'il efl" clair que cette prétendu fierté qu'on lui reproche. elle feroit bien moins fiere. hors peut-être le feul qui produit ce changement. n'eft qu'une précaution très fage pour fe garantir d'elle-même. Si quand elle peu.ins exigeante avec tout le monde.. elle iç fjrt del'unpour combattre î'autie. hors la vertu? Encore. Mais fa difcrette merc ne fait pas tous ces détails à fon père même les hommes ne doivent pas tout favjir. elle ned'eft que pour la conferver . Le fentiment de l'indépcnJance n'enfle plus fon noble cœur. Si elle ctoit plus confiante. n'eft-ce pas de fa vertu qu'elle eft fîere. qui fait peut-être le plus d'honneur à Sophie. Elle triomphe avec modeftie d'une victoire qui lui covite fa liberté. Loin même qu'elle femble s'enorgueillir de fa conquête.ce. Elle a le maintien moins libre & le parler plus timid-j. que je me garde pourtant bien de communiquer . Sophie en eft devenue encore plus afn>o. Ce n'eft pas par fierté qu'elle eft févere . quelle fille au monde eft plus facile 6c plus douce ? Qui eft-ce qui fupporte plus patiemment une ofFenfe ? Qui eft-ce qui craint plus d'en faire à autrui ? Qui eft-ce qui a moins de prétentions en tout genre. fable. 135 cédés font d'autant plus exacts que ceux qui les ont font plus malhonnêtes. il me vient une réflexion nouvelle. elle redoute la première étincelle & l'éloigné de tout fon pouvoir. des devoirs que j'aurois dû plutôt lui dicter.ou DE L'EDUCATION.à fon Amant. Elle prend fur Emile l'empire qu'elle craint de n'avoir pas fur Sophie .

l'amour & rhonnèteté lui tiennent lieu de prudence elle fait l'allarmer : dans h le raffurer précifément quand il faut . C'eft fur-tout avec lesjeuncs furvenans que le différence de fa conduite ell le plus feniible. J'ai Sera-t-il jaloux. Décidée dans fon cho'x. elle les trouve toujours affez aimables pour des gens qui ne lui feront jamais rien. Mais moins difficile fur kur mérite depuis qu'elle n'y prend plus d'intérêt. trop bonne. à la peur qu'elle a qu'il ne foit ja- mais affez enlacé. Pardonnons le fouci qu'elle donne à ce qu'elle aime. le contentement perce à travers Ton embarras. & m'éloigncnt peu de mon Tujet. amour pouvoit ufer de coquet- j'en croirois la même voir quelques traces manière dont Sophie fe comporte avec eux en préfence de fon amant. . Si le véritable terie. trop judicicufe. fera-t-il fur ne le fera-t-il pas f C'eft ce qu'il faut examiner car de telles digreffions entrent auffi dans l'objet de mon livre. elle fe montre fans fcrupule gracieu'e aux indifférons .136 EMILE. pour le tourmenter en effet. On diroit que. On difoit qu'égayant à deffein fes jeunes hôtes. elle deftine a tourment d'Emile les grâces d'un enjouement qu'elle n'ofe avoir avec lui : mais Sophie eft trop attentive. elle ne l'attrifte jamais. elle n'eft pas fâchée encore d'irriter cette même paffion par un peu d'inquiétude. Pour tempérer ce dangereux ftimulant. Mais quel Emile ? effet ce petit manège . non contente de l'ardente paffion dont elle l'embrafe par un mélange exquis de réfen-e Se de careffe. rextrême refende qu'elle avoit avec eux s'eft beaucoup relâchée. Si fi quelquefois elle l'inquiette. & cette honte elle-rr.ême n'eft pas un fentiment f chcux. Depuis qu'elle ne les craint plus.

i roît être illimitée. Dans ces mêmes iefpeces les femelles. Mais quand ce deHr devenu pafiîon (z transforme en fureur ou en uire fantaifie ombrageufe Si chagrine appellée jaloufie.-j urs au premier venu. 137 les p.\s il faut dirtinguer. Au contraire.if- précédemment comment dans chofes qui ne tiennent qu'à l'opinion cette fion s'introduit dans le Mais paroit en amour . c'efl autre chofe la jaloufie fi près à la nature.:t cil: avcrfion contre tout ci qui trouble Sz pùiillrs com. alors c'cll autre chofe . & que quand cette puiîTance eÛ ou palUiCurcllç . dans les cfp. Si caufent entre eux des combats éternels. ou ïi^ l'être p. ôi alors tenir de la & aux tavircaux à fe battre jufqu'à la mort ? L h.'>i. dont plufieurs font jaloux julqu'à la fureur.ou DE J'ai fait voir L' EDUCATION.eilablc. cît vn mouvement iinr-ire! intx)ui. cette jaloufie ell à fon co'r. Eil-ce l'opinion des homm s qui apprend aux coqs à fc mettre en pièces.mt to.ces Oià un s'unit avec . .in point le defir de poiléder exclurivcment ce qui nous plaît elt <'iiCv.re dans le même cas.ble : car le mâle alors mefurant fcs droits fur fes befo ns ne peut jamais voir un autre mile que comme un importun concurrent. femble é ablir le fe: timent oppo(é fans réplique. n'appartiennent aux m les que par droit de conquête. . cela Jufqu'à certr. obcifï'. L'exemple tiré des anima-jx a été ci-devant examiné dans le difcours fur l'inégalité & maintenant que j'y refléchis de nouveau. que la jaloufie qui vient de la nature tient beaucoup à la puifTance du fcxe. J'ajouterai feulement aux diflinélions que j'. cette palîion peut être :î. cœur de l'homme. qu'on a bien de peine à croire qu'elle n'en vienne pas. cet examen nie paroit allez folide pour ofer y renvoyer les Lccteu s. faites dans cet écrit. l'exemple même des animaux.

puifque. dans les ç^'^çcc. par une de ces loix de "la nature. où la ni us f^rande il eft aifé bornée du m. par la puiflance par la tcmpéiance de fts (leurs. Si que.me à re-i courir . Or. Et. au moins dans nos climats.elles pour allaiter. égalité qui n'a pas lieu. Toutes les cbfer\aiicns concourent dcnc à prouver que la fureur jaloufe des m. S: des fciiis qui en font l'effet.e le pigeon. & maie ayant pour garant de fa fidélité cette af- feéiion de préférence s'inquieîte auffi moins de la vue des autres mâles. & force des maies reunit plvfieurs femelles à un feul. bien que l'homme ne couve prs ccmm. n'ayant pas non-plus des man-. à ccnfldcrcr refpece humaine dans ^^ {^ms plicité primitive.ile. vit plus paifiblemicnt avec eux. Dans ces efpeces le mâle partage le foin des petits.àvidus des deux fexes. fe rcfufe communément à tout autre. cC que le fcnti-.c'eft de la pluralité des femmes que vient la tyrannique piécaution des maiis. une forte de mariage. où l'acccouplcmert produit une forte de lien moral. Se. à beaucoup orès. où la polyganiie eft établie. ne fait que mieux confirmer le principe. les dans quelques efpeces d'animaux ne conclut poirit du tout pour l'homme î Se l'exception mcme des climats niéiidionaux. avec une. k OAi'on n'obferve point fans attcndriiTcmcnt. ment de fa propre foibltfîé porte l'hcrr. de voir. il fcmtle que la femelle rende au père rattachement fju'il a pour fes enfans. il foit à cet égard dans la claflé des quadrupèdes . les enfans font fi long-tems rampans & foibles.Î38 EMILE. qu'il ert deftiné par la nature à fe contei'tcr d'une feule femelle >• ce qui fe confirme par Tegalité numérique des in. que la mère Se eux fe paflcrcient diflicilsment de l'attachement du père. la femelle appartenant par fon choix au maie qu'elle s'eft le donné.

l'Amant hait bien plus fes Rivaux qu'il n'aime fa Maîtreffe .iis rien qu'elles mGmes. en cela moins le font dans un fens contraire k plus odieux. pafiion. 139 courir à la contrainte. exigeant tout & n'accordant rien. & n'aiment ja:n. qu'en es que la vanité. Se cette ardeur efFrénée qui l'enivre des chimériques attraits Cette d'un objet qu'il ne voit plus tel qu'il eft. donnant autant qu'il exige. qu'on peut à peine compter i':v: leur attachement le mieux prouvé. dans l'Ecrit déjà cité. Se l'autre à fcinlre ceux qu'elles n'ont pas.ou DE L'EDUCATION.ée les fe:nnies du monde Iiî3 palî'.nt leur vie à faire de leur prcten rcnlibilitc. au lieu que l'amour. u . c'eft autre chofe. eft toujours inique . l'une confilte à déguifer les-fcntiinens qu'elles ont. D'ailleurs nos mal-adroites inftitutions ont rendu les femmes fi di. Toutes tropli. ne diftere en ceci de la vanité. o:Gn de la cii'lérence entre la douce habiiude qui & aTeclionne l'homme à fa compagne. plus (15) L'elpece de difiimulatioii que j'ent^ids ici e.l oppofce à Celle qui leur convient S< quelles tien-. Si la vanité patit en lui bien plus que l'amour. ^ ont fi fort allumé leurs appétics.t de la nature . Pour l'amour véritable. s'il craint de n'être pas feul écouté. D'ailleurs plus il eft exigeant. pour éluder les loix de la éludées. que ce fentiment n'eft pas auffi naturel il V a aue Yzn penfe . & qu'elles ne peuvent plus marquer de prétérences qui raffarent fur la crainte des concurrens.iîp. c'efi: l'effet fociales pUrs de cet amour-propre dont j'ai moncré l'origine. Dans la plupart des liaifons de galanterie. J'ai fait voir. eft par lui-même un fentiment rempli d'équité. nature. qui ne re''pire qu'exclufions &: préférences.Timulées (15). où ces mêmes loix. la jaloufie a fon motif dans les pafTions que dans l'inftinél: primitif. Parmi nous.

Mais où me f. parceque nul n'aime dans ce qu'il aime que les qualités donc il Tait cas. 'l'out ceci bien éclairci. l'en dédommager Se les concurrens. Si larmé qu'irrité peut.: dC'licat. mour elt inquiet. l'on peut dire à coup ^ fur de quelle forte de jaloufie Emile iera capable car puiiqu'à peine cette paflîon a-t-elle un germe le cœur humain. fans le haïr comme un ennemi . comprenant que le droit de préférence cil uniq\:ement fondé fur le tr. inacceflible aux préjuges. qui n'etoient foufferts que pour le mettre à l'épreuve. l'ecartera. s'il le hait. d'être écartés. fa forme ell déterminée uniquement par l'éducation. en irritant fon amour par quelques allarmes. 5»: fon ame aux •feules loix de la fagclTc . Se probablement il réuflîra. le cft la même illufion qui le caufe rend facile à pcrluader. méfiant i dans jnai. faura bien les régler.ns-ic O Emile en toi ti\ ! Qi^i'es-tu devenu infcnfiblcmcnt entraîné? Puis je reconnoître ? je te vois mon Elevé? Combien déchu ! ce jeune homme formé fi durement. il craintif: il fera plus als'attachera bien plus à gagner fa il Maitreile qu'à menacer fon Rival. l'eftimc elt confiante. fon injuuc orgu-^il ne s'offenfera point fotement qu'on oie entrer en concurrence avec lui . qui bravoit les rigueurs des faifons.Î40 il E crédule : M I L Si 1': E. mais pour le danger réel qu'il lui fait courir de le perdre. ne tarderont pas . fenfible. Emile amoureux & jaloux ne fera point colère. néreufe Sophie. qui livroit (on corps aux plus rudes travaux. . s'il comme un obflacle. Où aux . & jamais l'amour fans Teftime n'exifta dans un cœur honnête. ce ne fera pas pour l'audace de lui difputer un cœur auquel il prétend..érite à que l'honneur eft dans 1^ fuccès. ombrageux. il redoublera de foins pour fe renLa gédre aimable.

leurs volontés font fes loix .ou DE L'EDUCATI aux pafîions . dix ans. quand votre Elevé elè ce qu'il doit être. à quarante. Si furtout les pères. 141 qui u'aimoit que la vérité. à cinquante. -. à trente. leurs amufemens iont fes occupations. pourvu qu'il le mené au but ? Les héros. ont payé ce tritel dont les doig s but à la foiblefle humaine . il fe laifTe gouverner par des femmes . une jeune fille eft l'arbitre le fléchit devant elle il rampe de fa deftinée grave Emile eft le jouet d'un enfant Tel eft le changement des fcenes de la vie . ne cédoit qu'à ON. qui la rai Ion. mais l'homme eft toujours le même. à quoi ferviroit de foigncr l'enfance ? Puifque le bon ou le mauvais ufage qu'on en feroit s'évanouiroit avec . i Voulez-vous étendre fur la vie entière l'effet Prolongez durant la d'une heureufe éducation ? jeuneffe les bonnes habitudes de l'enfance . il eft peu à craindre qu'ils ne fechant pas faire l'amour fans lui. dernière perfection qui vous rcfte à donner à votre ouvrage. les fages eux-mêmes. par l'avarice quand Heureux celui ne court-il qu'après la fagellé ? Qu'importe de quel qu'on y conduit maigre lui guide on fe ferve. faites Voilà la qu'il foit le même dans tous les tems. Si cela étoit. 6c ne tenoit à rien de ce Maintenant amolli dans qui n'étoit pas lui ? une vie oifive. C'eft pour cela furtout qu'il importe de laifter un Gouverneur aux jeunes hommes . Ce qui trompe les In- U stituteurs. c'eft qu'ils croient qu'une manière de vivre en exclud une autre. chaque âge a fes rcflbrts qui le font mouvoir. car d'ailleurs. par une Maîtrefle. par les plaillrs . & : ! A par l'ambition. il eft mène pas des gâteaux j à vingt. Si qu'aufli-tôt qu'on eft grand. : ! h ont cafte des fufeaux n'en fut pas pour cela moins grand homme. on doit renoncer à tout ce qu'on faifoit éiant petit.

Dans la fucceflion de nos penchans. de goûts. & n'ont pour toute conllance que l'habitude du changement . ce changement. & ne perd pas même dans fa vieilleflc le goût des plaifus qu'il aimoit enfant. il n'y a gueres que de grandes paflions qui la falTent dans les mœurs. ô: pour qu'aucune ne tranche. on ne les repiend de : & : : la vie. mais l'homme réglé revient toujours à fes anciennes pratiques. ell adouci par les habitudes. comme dans une bonne dégradation de couleurs. Comme il n'y a que de grande maladies qui faffent folution de continuité dans la mémoire. La plupart des habitudes que vous croyez faire contracter aux enfans Si aux jeunes gens ne font point . quelquefois. & vous ferez fûrs d'eux jufqu'à la fin de leurs jeurs car la révolution la plus à craindre cft celle de l'âge fur lequel vous veillez maintenant. Sz qu'en prenant des manières de vivre abiblument difteientes. Cette règle eft confirmée par l'expérience les e. on perd difficilement dans la fuite les goûts qu'on y a confervés au lieu que. alors feulement vous aurez fauve votre ouvrage. avec elle. qu'en contractant de nouvelles habitudes ils n'abandonnent point les anciennes. qu'ils aiment toujours à faire ce qui cft bien. Comme on le regrette toujours. confondre 2v mêler les teintes.ens immodérés changent tous les jours d'afteéfions. en étendre plufieurs fur tout fon travail. affez brufque. on prendroit néccffairement d'autres façons de penier. Si vous faites qu'en paflant dans un nouvel âge les jeunes gens ne prennent point en mépris celui qui l'a précédé. l'habile Artifte doit rendre les paflages imperceptibles. fans égard au tems où ils ont commencé . quand ils font interrompu . Bien que nos goûts & nos inclinations changent.142 E -M I L E. de fentimens.

qu'ajouter l'empire de l'habitude aux douceurs de la liberté. à force l'habitude alors. A peine peut-il bre bien fermée dans une chamgrand air. en continuant d'agir de rnème étant homme. il ne peut s'empêcher de regarder quel" quefois la campagne du coin de l'œil. la frugalité. l'amour des chofes honnêtes. lafimplicité. mais quels font les premiers charmes qui l'ont attaché ? La fenfibilité. agité . le tenir dans un état violent humeur & contrai-it je ne doute pas que fon & fa fanté n<:i\ fuff^nt également altérées. L'eftime des vrais A . Aux genoux même de Sophie.'' A biens. auxquels je l'ai foumis. qui. En aimant cet amour dans fa maîtrefle. La vie active. le travail des bras. allez-vous dire. mais il cH inquiet. l'augmente. ne fait. Le réduire tout-à-coup à une vie molle Sz fédentaire feroit l'emprifonner. le 1 généreux défintércflement. l'auroit-il perdu pour lui-même ? quel prix à fon tour Sophie s'eft-e'le mife celui de tous les fentimens qui font naturels au coeur de fon Amant. eux ils n'attendent que l'occafion de s^'en délivrer. Il rcflc pourtant quand il faut refter . . l'enchaîner. l'exercice. des befoins fers. . il refte. ne prend point le goût: d'être en prifon. parcequ'ih ne les que les luiv^ant malgré ont prifes que par force. qu'il n'y pourroit renoncer fans fouffrir. parcequ'il eft dans les Voilà donc. lui mouvement. des aflujettifTemens que je refpirer à fon aife . le font tellement devenus néceflaires. il lui faut le lui ai donnés : & tout cela eft vrai j je l'ai alTu- jetti à l'état d'homme.as ainfi d'El'averfion. le fatigue. le mouvement. la vertu. n'ayant rien fait dans fon enfance que : volontairement èc avec plaifir. & On 143 point de véritables habitudes.ou DE L'EDUCATION. loin de diminuer d'y demeurer Il n'en eft «. mile. Emile aime Sophie . Si de defirer de la parcourir avec elle. il femble fe débattre .

^ qu'il eiî forcé d'acheter par tant de fatigues le plaifir de la voir quelquefois ? 11 s'eftémine. cpargnez-m^i des paroles fi vous êtes fait pour m'entcndre. En que l'amour les lui quoi donc Emile cil il vérita- blement changé ? Il a de nouvelles raifons A'ètre lui-même .fles. Eft-ce par hazard que les Ailles fournillant tant de filks aimables. nous avons pris des chevaux pour aller plus vite. vous fuivrez allez aife. le mépris du fafle <^- des rich. Nous trouvons à la cet expédient com- mode. il faut qu'il foit au/Ti robufte que je l'ai fait.144 intéreiïemcnt. c'eft par elle que je trempe les traits de l'amour. pour refilttr aux fatigues que Sophie lui fait fupporter. . & cinquième fois nous continuons de prendre . Il loge à deux grandes lieues d'elle. EMILE. dites-vous ? 11 s'endurcit. il Léandre eût-il voulu mourir pour Héro. Je n'imagine pas qu'en lifant ce livre avec quelque attention. Cette diftancc eft le foufflet de la forge . il l'aimeroit à fon l'aimeroit en Parifien. perfonne puiilc croire que toutes les circonftances de la fituation où il fe trouve fe foient ainfi rafllmblées autour de lui par hazard. mes règles dai^s mes détails. Emile avoic ces vertus avant eût impolccs. fi la mer ne l'eût féparé d'elle ? LeiSteur. c'cft le leul point où il ibit différent de ce qu'il étoit. au contraire . ou qu'il pût l'aller a oir mollement afTis dans un bon carrollé. celle qui lui plaît ne fe trouve qu'au fond d'une retraite éloignée ? Ell:-ce par hazard qu'il la rencontre ? Ell-ce par hazard qu'ils fe con\'iennent ? Efl-ce par hazard qu'ils ne peuvejit loger dans le même lieu ? Eil-ce par hazard qu'il ne trouve un afile que fi loin d'elle ? Efl-ce par hazard qu'il la voit fi rarement. S'ils logeoient porte à porte. Les premières fois que nous femmes ailés voir Sophie.

je n'ofe approcher d'elle. nous appercevons du monde fur le chemin. Emile ne veut plus de che- rourquoi. Les riches. qu'ils ont la noble hofpita ité de l'indigence. ne logent que leurs amis mais les pauvres logent aufli les chevaux de leurs amis.ile aime il eft aux pieds de l'aimable famille.ille ? Vous voyez bien qu'elle veut tout nourrir. Ah ditil. Il revient eflbufïlé. il vole. Nous ! : fommes Vc-nus comme un trait. En laiflant ainfi Sophie derrière lui. il fe précipite à bas de fon cheval. furchargerons-nous ainft la refpcâable fam. ne veut pas être fait avec tant de bruit. 6i nous rencontre à moitié chemin.ou DE L'EDUCATION. auffi bien l'amour. avares dans leur fafte. 145 Nous étions attendus . prendre un laquais pour en avoir foin. il eft jufte que chacun fon tour. Tome IV. à Ce qu'il me femblc. : il fe fent libre. le cœur lui bat. plus d'une demi-lieue de la maifon. les il beaux chevaux . Malheureufement Sophie a peur des chevaux. mais Sophie l'avertit à l'oreille de la peine qu'il a lailTé prendre à fou ami. il ne trouve plus le cheval une voiture aulïi commode. je le ramené. H Emile eft tout en É . je l'ats'échappe à travers champs teins avec peine. je le fuis. hommes & chevaux. le fien eft vif. lui*dis-je? Nous n'avons qu'à vaux. 11 part le premier pour fe débarrafler de nos montures. vous qui partagez de fi bon cœur les fatigans plaifirs de votre enfant ? Très volontiers. ait refte en arrière . En approchant. Emile obferve. lU eft vrai. Allons à pied. Emile accourt tout honteux. nous trouvons. Au voyage fuivant. prend les che- vaux. à prendre de:> chevaux. Emile ne voit rien. il approche. la mère & la £lle pluo loin encore que la première fois. il part. dit-il j n'en avez-vous pas le courage. il reconnoit Sophie. reprends-je à l'inftant . Em. reprends-je.

en fe- Un . trelTailïit de joie . la famili- gîte a'i arité entre nous. une main chérie daigne lui pafltr un en nage mouchoir fur les joues. que nous allions enfemble ou féparément. terdit cet le un état à pouvoir Malheureufcment Sophie nous in- honneur. à diminuer. il fait . & l'on ne doit plus traiter un homme fi ? en enfant. L'été s'avance. on ne nous permet jamais de nous en retourner de nuit. Peu-à-peu la douceur de l'amitié. C'eft la feule fois que je la trouve rebelle aux règles que je net. .s. on conçoit qu'aucun tems ne nous rive aufli d'aller fans lui murmure point Et puis.uvais tcm. II y aurcrt bien des ch vaux au monde. Cependant il eft afîez cratl de ne pouvoir jamais palier les enfemble. arrête. Quoi que noue puiiiions dire. & qu'aurois-je avancé jufques-U mon Elevé ne méritoic pas : mon eftinic Il m'ar- alors il eft tiifte & ne que ferviroicnt fes murmures ? bien que je ne vais pas nuire à fes intérêts. Au r^^fte. s'établiiTent <?< s'aft'crmiiî'ent Les jours prefcrits par Sophie ou par fa mère. La confiance élevc l'ame. il faut prefque repartir auiTiA force de nous plaindre tot qu'on eft arrivé. A ces Emile frappe des mains.ots village pour y coucher quelquefois. & de s'inquietter de nous. de l'innocciice. fans y fonger.laifle aller feul. & défend qu'on vienne par lui diéle mr. Se quand nous ne venons pas dès le matin. tout fiers d'arriver dans être plaints. avant que nous fuiîipns déformais tentés de nous en fervir. quelquefois aufîî je. &Sophie. baife un peu plus fouvent fa more le jour qu'elle a trouvé cet expédient.146 : EMILE. je viens ordinairement avec mon ami . mais qu'on peut nous trouver un la foirée jours commencent m. Ja mefe penfe enf n qu'à la vérité l'on ne peut nous loger décanment dans la maifon.

. & en lui difant qu'il veut moins s'ôter le mérite de ce retour. Emile n'eft que l'amant de Sophie. je viens pour elle & non pas pour vous. ami fincere.ou DE L'EDUCATION. ton retour eft fon ouvrage mais ta franchife eft le mien. & fes vifites. qu'à la voir en effet. Dans c^lui même qu'il donne à ies voyages. c'eft pour moi que tu lé dis . il me dit avec un peu d'humeur . î:lle a voulu que je vinire . en y trouvant plus d'amour que de générouté. ïl employé bien plus de tems à efpcrer de l'avoir vue. Se 147 ne l'attends que le lendemain. en lui difant j Ame franche. On peut laiffer penfer aux inJifférens ce qu'ils veulent Mais c'eft un crirre de fouffrir qu'un ami nous fafîe un mérite de ce que nous n'avons pas fait pour lui. Quoi! cherErnih. je viens malgré moi. Si je lui dis en l'embraiTanf. je le vois arriver le foir-même. On voit par ces arrangemens que mon jeune homme eft bien éloigné de pafier fa vie auprès de Sophie 5c d: la voir autant qu'il voudroit. tu reviens à ton ami Mais au lieu de répondre à mes carelîès. que le donner à Sophie. Emile eft l'ami de fon Mentor. ne me dérobe pas ce qui m'appartient. Mais voici comment il me dévoile le fond de fou cœur fans y fongcr: s'il eft venu à fon aife à petits pas Se rêvant à fès amours. il en paffc moins Hz'' auprès je ! que • : : . s'il arrive à grands pas. Ne croyez pas que je revienne fitôt 'de mon gré. quoiqu'un peu grondeur. échauffé. Je me garde bien d'avilir à fes yeux le prix dé cet aveu. Si tu viens pour elle. Garde à jamais cette noble candeur des belles amcs. Un voyage ou deux par femaine bornent les permiffions qu'il reçoit. Un jour qu'il eft allé feul. je l'embrafTe derechef. s'étendent rarement au lendemain. Touché de cette naïveté. fouvent d*une feule demi-iournée.

raifons des différences . de leurs débouchés. leur culture . & le leur rend utile malgré qu'ils en Il leur fournit des ouvriers. fouvent il met lui-même la main à l'œuvre . de lui comme d'un beau difeur d'agriculture . irritent fon amour fans efFc- miner fon cceur. de leurs charges. L E. de leurs familles. quand il il cherche les juge d'autres méthodes préférables à celles du lieu. mais moins réels qu'imaginaires. 5c fouvent aient. il en fait faire fur fcs deffeins j s'il trouve me carrie. délicieux. de la quantité de leurs terres. il obferve. de 'eurs facultés. vrais.e de marne. Les jours qu'il ne la voit point il n'cfl pas oifif h fédentaire. tracer des filions plus profonds Se plus droits que les leurs. auprès d'elle qu'à s'en approcher ou s'en éloigner. purs. c'eft Emile encore j Le plus fouil n'eft point du tout transformé. ils voyent qu'il la fait en effet. mais il en dirige l'emploi il lui-même. leur paye leurs propres journées pour les travaux dont pare les . il fuit fon hiftoire naturelle. il examine les terres. Il vifite les maifons des payfans. il étend fon zèle & fes foins à tout ce qui eft d'utilité première & générale . "il les donne aux cultivateurs j s'il propofe une meilleure forme de charrue. de la nature du. Ses plaifirs. Ces jours-là. de leurs dettes. s'informe de leur état. fâchant pour l'ordinaire eft mal employé .produit. du nombre de leurs enfans. &:c. vent il court les campagnes des environs. ils font tous étonnés de lui voir manier leurs outils plus aifément qu'ils ne font eux-mêmes. En un mot. il leur en apprend l'ufage inconnu dans le pays . leurs produdlions. femer avec plus d'égalité. même il ne s'y borne pas.148 E M I . il com- travaux qu'il voit à ceux qu'il connoît . Il donne peu d'argent. diriger des ados Ils ne fe moquent pas avec plus d'intelligence.

il afTifte. Ce n'eft pas de tout cela qu'ont befoin ces pauvres gens dans leurs maladies. de la voir à la promenade fans en être vu. dont ils ont bcfoin. il les accommode . il aide à les marier j une bonne femme a perdu fon enfant chéri. les payfans qu'il vent fon repas chez qui n'ont pa^ befoin il l'accepte auffi chez ceux de lui en devenant le bienfaiteur des uns & l'ami . un payfan fait foigner. il ne fait k ne veut rien éluder. fin. lui envoyer un Clururgien. nourrit Il a cette aimable delicateflé qui flatte : & lui le purger. quand vous avez mais qnand vos payfans l'ont. il va la voir. il le foigne lui-même ( i6)i malade. vous autres. il le projeunes gens tège & le recommande . ce n'eft pas donner des drogues. il fait égal. fait défricher fa terre abandonnée cheval. à faute de moyens. (16) Soigner un payfan malade. H 3 l'amour- . à la place de ilvoifins font prêts d'entrer en procès. de pauvres fe deux recherchent. il le un autre eft vexé par un voifm puiffant. leur feul Apoticaire doit plus abondante. c'elt de nourriture meilleure & Jeûnez. il eft entré } la confole. l'autre il couvrir fa chaumière à demi tombée. : : être votre Boucher. Qiielquefois il dirige fes tournées du côté de voir Soil pourroit efperer de l'heureux féjour phie à la dérobée. des autres. donnez-leur la fièvre prefque toutes leurs maladies de la viande & du vin leur meilleure viennent de mifere & d'épuiCement tifanne eR dans votre cave. Mais Emile eft toujours fans détour dans fa conduite. il n'eft point il ne dédaigne prend fouprcfTé de quitter les malheureux . Enil ne celTe point d'être leur toujours de fa perfonne autant dé bien que de fon argent. du béà l'autre il fournit une vache.ou DE L'EDUCATION. il A l'un fait relever 149 ou du : les tombe gagne. il ne fort point aufîi-tôt qu'il point les indigens. . une celui qu'il a pertail de toute efpecc.

Le père & moi m Pceons des gâteaux & biîvons du vin mais Emile eil de l'écot des femmes. Cn veut favcir ce que c'eft que ces courfes je l'explique. ira pas infenfible à ces attentions. quelqu'autre fe charge de la propofition . moins embarraffé en rem. Il garde a la rigueur fcn ban. le paj:a donne le fignal cn frappant des mains. de la crème. La friande Sophie n'eft par œmplaifance pour ii qu^il dcjt la voir. recherchant les traces des pas de fa xnaitrefîe. toujours au guet pour voler quelque aiîi-tte de crémc cù la être cucilîere de Scphic ait trempe. car j'ai toujours ma part au compliment. c'eft un détour de petite fille pour . ii'appr. on lui dernande s'il fait courir encore ? Mieux que jamais. h fe trouve au bout de la carrière qu'à peine mes trois lourdants font partis. Emile reçoit le prix : : A des .150 E I L E. l. on décerne un prix. s'attendrilTant fur les peines qu'elle a pnfes fur les courfes qu'elle a bien \oulu faire M & lui. répond-il j je fcrois bien fâché de l'avoir oublié. &. S: fai: volontiers honneur à notre prévoysnce . & pour mieux imiter les anciens jeux. il accepte on fait raflembler deux ou trois jeunes gens des environs . Quelqu'un de la compagnie auroit grande envie de le voir courir. propos de gâteaux. che jamais allez pour tenir du hazard ce qu'il ne veut devoir qu a bophie. des gâteaux.a veille des jours dans quelque ferme voifine ordonner une colation pour le lendemain. l'amour-propre du bon témoignage de foi. cn met un gâteau fur le but i chacun fe tient prêt . on en rit . on trouve des fruits.erciant. je parle à Emile de fc$ anciennes courfes. En revanche i] erre avec pJaifu dans les envircnc. La promenade fe dirige de ce côte' fans qu'il pareille y j on entre comme par hazard. k n'ofe le dire. n'en euiTe-jc aucune au foin qui l'attire . L'agile Emile fend l'air.

pour paroître avoir le elle n'a pas befoin d'artihce telle rapielle prend les devans d'une picJ peut. qu'Enée. elle fourit fe & fait un placer a cote de ia n'eft pas plutôt donne le fignal conçu -rente. c'eft pour être atteintes. pour atteindre lui faut quand il l'apperçoit il n'a que le tems qu'fl H part donc à fon tour femfi loin devant lui. k non moins vamcus.fa que Sophie coure fortir qi'une autre femme. qu'elle retroufle fa robe fine aux que. d^s _ 151 généreux mains de Sophie. & yeux d Emile que re-ard2 fi fes jupes font affez courtes. des deux côtes. ^ preflant fur fon cceur cette comme douce charge ° il achevé ainfi la courfe. ne daigne pas mieux place k la Voit^artir eft Mais Sophie légère & avec un fouris moqueur. quand elles faflent malcourfe n'eft pas la feule chofe qu'elles mais c'eft la feule qu'elles faffent de ^ adroitement. fuit. la talonne.palie bras gauche autour d'elle.ou DE L'ED'UCATION. fait des préfens à tous les Au milieu de l'éclat du triomphe. il dit un mot figne à Poreille de la d'aporobat^on. cette nouvelle Atalante. l'enlevé doucement fon une plum:. il la pourblable à l'aigle qui fond fur fa proie . plus cUrieufe d'étaler une jambe le vaincre a ce combat. 11 ne de la tandis qu'elle s'apprête à l'entrée elle . que.e un oiicau. carrière. les haute talo-s fur l-fquels qui voufont paroicre autant de fauterelles h les droient courir fans fauter. elle de &.l'atteint enfin toute efiouffléc . h fe vante de refufe point d'entrer en lice avec que lui. mers 11 . voit nartir vient alors & & qu'on h courir. mauvaife grace^V l-urs coudes en arrière & colles attitude niible. voler comm. Les femmes ne font pas faites pour La fuvcar. porte des t'alons bas -. n'imaginant point d'.. Sophie oie courir auffi bien déner le vainqueur. contr-eleur corps leur donnent une elles 'ont juchées. dité. lui fait H 4 toucher 11 . Emile.

je tire Emile par la manche il fe j retourne. On me queftionne fans fiiire femblant de rien. vous vtrrez s'il méprife la condition vriers. Femme. Tandis qu'elles font attentives à l'obfervcr. Nous Au n'y travaillons pas pour la forme. qui te gagne ton pain. h A ces occupatior. Emile. met devant elle un genou en terre. le reconnoit le vaincu. & viennent à la ville le même En l'autre entrant dans l'attelier Sophie apperçoit à bout un jeune homme en vefte. jette fts outils.152 toucher le E M I L E. par femame.s diverfes fe joint celle métier que nous avons appris. puis criant. honore ton chef j c'eft lui qui travaille pour toi. but la première . en gens au-dcflus de cet état. il efi: refpccSlable. il la touche. je les appcrçois. Ce Ipcdacle rie fait point rire So- phie . Vieïsiw à ùophie. mais tout de bon en vrais Ou- h père de Sophie nous venant voir nous trou\ e une fois à. un cifeau d'une main hi le maillet de l'autre. dit-il. fifit & fi les chevaux occupé de ce qu'il qu'il ne la voit point . Allez voir. la mère & la fille pren! ! du pa^uvre & On nent une calèche jour. on voudroit le furprendre à l'ouvrage. ce jeune homme a l'attclier. ne manque pas de rapporter avec admiration à fa femme à fa fille ce qu'il a vu. l'cnivrage. elle s'arrête 5: fait fiene à la mère. & s'élance avec ua . & après s'être aOurcts d'un de nos jours. négligemment rattachés. Puis il fcie une planche h en met une pièce fous le vakt pour la polir. les voit. achevé une mortaifc. nous allons chez un Maître. Le U & peut imaginer fi Sophie entend ce difcours avec plaifir On en reparle. & tous ceux où nous permet pas de tenir Emile & moi travailler du moins un jour le mauvais tems ne la campagne. qui te nourrit j vciià l'homme.

regarde à nos mains. preffe contre fon fein lui des que de larmes. tranrporre U les i>it aiïeoir èc reprend fon peut refter aflife . j'ai refufé des Ou» H 5 vriers . car c'eft le meilleur il Vin^t fols par jour. d'allegreffe . mais fi ce jeune homme vouloit j bien davantage . il fe fait tard. & vous les ouv rier du pays. aime ce métier parcequ'il cft propre. ' Comptant fur ces Meffieurs. il eft ainh. bon ouvrier. elle fe levé avec Mais Sophie ne vivacité. ijcus. Après avoir paffé quelque tems à caufer avec Allons nous en. Madame. coupeaux touche le poli des planches. nous. dit il. La folâtre De Ta blanche déd'imiter Emile. . la Puis s'approchant d'Epas nous faire attendre. mais fans nous détourner fille . /r . & dire . parcoure l'attelier. de Il répond qu'il ne peut. combien payez -vous ces par jour je leur aonne à chacun vingt fols dame. cris fur la planche . - . un cri de travail. demande au Maître s'il veut bien fe paffer de J'ai. examine les outils. & eilay bile même gliile & main elle pouffe rabot & un rabot ne mord point. ? 11 lui engagé. elle lui donne un Hé bien. joie 153 après s'être livré à fes premiers . Cependant la mère queftionne le Maître. en verfant fur ! . ne voulez-vous lui difant : pas venir avec nous trifte. le A ces mots elle court à Emile. & fans pouvoir dire autre chofe fils ô mon fils répéter plufieurs fois . reprend & je les nourris gagne roit ! Maître.ou DE L'EDUCATION. demandez . petit coup fur la joue en mile. l'ouvrage qui preffe qu'il faut rendre après demain. il ne faut mère à la Mon ! : dit. Mongarçons la ? Mafieur. dit la mère. repond d'un ton fort On a Maître.^le Je crois voir l'aj mour dans Hercule ejl les airs rire àc battre des ailes je crois l'entendre pouffer des venge. je fui. en nous regardant avec nourriffez le attcndriffement. l'embraffe. ramaffe des puis dit qu'elle par terre.

exigeante .vous rien à dire à cela ? Emile regarde tendrement la fille & r.t Se nous laiflent.e répond que ces mots . elle eft imvrais foins de l'amour. &Je ne pourrai rendre l'ouvrage au jour-promis."<. Emile les accom. qui veife l'argent fans néceffité. èz ce jeune homme fi prodigue. . quent. ne vous y trompez pas . noble orgueil du mérite qui fe fent. Emile a d'autres manières de penfer. La mère ne réplique rienj elle attciid qu'Emile parle. il fais qu'il s'acccutumeroit à voirs. elle Emile baille la tête fe tait. vriers qui fe font préfentés fi ceux-ci ne man. Mcnfieur. n'en fait-il plus trouver dans les occailons convenables ? ma- O man répond Sophie à Dieu ne plaife qu'Emile donne tant de force à l'argent qu'il s'en ferve pour rompre un engagement perfonnel. mais cependant il ailerviroit fon amc aux richeffes. la mère piquée parle à fa ! fille de la et ic- bizarrerie de ce procédé. & revient fe mettre au travail fans parler. Ce n'eft pas que Sophie foit indulgente i'ur les Au contraire. pour violer im! . qui s'eftime. En i! chemin. ^ 6{ qui ^ les & à croire qu'on . c'ell pour moi qu'il refte . Là-deflùs les Dames parter. périeufe. je l'ai bien vu dans f<-s yeux. n'avez. & faire violer celle d'autiui ! dédommageroit aifément l'ouvrier du léger préjudice que lui cauferoit fon abfence . punément Je fa parole.154 EMILE. je ne fais plus où en prendre d'autres. & j'efpere de n'être pas caufe qu'il en change. Quoi dit-elle. elle aimeroit mieux n'être Elle a le point aimée que de l'être modérément. foupire. fi difficile de contenter le Maître fans être obligé de refter.pagne jufqu'à la porte. mettre à la place de fcs deefi: difpcnfe de tout pourvu qu'on paye. lui ditun peu furprifc de ce filence. les fuit des yeux autant qu'il peut. Croyez-vous qu'il ne lui en ait rien coûté de refter ? Maman. Vous voyez bien qu'il faut que je reile.

k qui honoré comme il • m la prclcrcroit pas toute autre chofe.. iiucr de rapporter oc nos nouvelles b indemaii^ nous. point. fe préférer à elle ! . ga. nons d'Ulyfle. elle 'l^ i^ai. avec quelle vigilance il arrive au moment prefcrit . fi Cil. On vient au-devant de nous . EHj na point que la voulu d'amant que ne connût de elle loi ù-nne > • veut régner fur un homme qu'elle n'aie point C'efr ainfi qu'ayant avili les co:> pag-.. un cœur qui ne lui préfercroit pas Ton propre devoir.r un a expédié un meirager pour aile: s'in.Que font-ils devenus ? Quel malrivon. L'injuiie foupçon d'une a fa lii tout perdre. fcrupule Emile les refpeae. Le melTager revient accompagne w'un aulo. l'ordre. défigure'. avec quelle adreffe il les dévine. mais Sophie eft équitable k fait bien réparer fes torts. . Circé les dédaigne.:-. ^ Mais ce droit inviolable Se lacré mis à part . ticipe _ - . ou. elle ne veut ni qu'il retarde ni qui l'anAnticiper c'eft elle veut qu'il foit exa6t. elle paiïe ht nuit à pleurer. . : ! mente. Un :. matin.iche tre de notre part qui fait nos cxcufes d & : & dit que nous nous portons bien. La pauvre Scphie nous croit morts. elle fe défoL. tout le déd-ciisrneroit un cœur qui ne fentiroic pas prix du Tien. La heur leur eft arrivé ? Perfonne de leur part foirée s'écoule à nous attendre. Néo-licrer Sophie cela n'arriveroit pas deux îois. jaelle épie avec quel loufe à l'excès de tous les fiens.s paroiilons nouji-memes. k fe donne à lui feul qu'tlk n'a pu changer.ai H 6 . ils font de rage. ou DE L'EDUCATION. Un fuir nous fommes attendus Emile a reçu.nxent après no.en change Son cœur aitier n a a^^ verfe. & qui veut être 155 Elle s'honore. retarder c'eft la négliger. Dès . Alors n.: iJ. qui ne l'aimeioit pas pour fes vertus autant k plus que pour ies charmes . nous n'a. avec quel zèle il accomplit fes volontés... icène Sophie efluie les pleurs. .

il faut refter : mais prenant à l'inftant fon parti. : lui demande comment il fe porte. pourvu que ce ne foit pas vous ? Sophie ne réplique point & baifîe les yeux fur fon ouvrage. fe rafTurer fur : k s'eft A On veut qu'elle refte . j'y veux porter mes lèvres comme je fiiis quelquefois elle la retire brufquement avec un mot de Monfteur fi fingulierement prononcé. doulev. fe contrefait fi : & Sophie. feoir. Se prefque furie po"nt d'en être piqué lui-même. plus irritée de fa confiance. eft la dupe de ce fang-froid.r. l'invite à s'af- bien que le pauvre jeune homme. avec une manière de fourire le plus gracieux qu'elle puilTe fe affedler. notre vie Emile vit attendre inutilement.al-aflurée. qui n'entend rien encore au langage des paflîons violentes. Sopîiie elle-n:ême. lui lance un regard . Que vous importe. fe contraint moins. comme craignant d'y lailîer trop percer l'accent de l'indignaEmile. voyant qu'elle s'eft trahie. je vais prendre la main de Sophie. &: t. répond le père. che de l'engager à jetter les yeux fur les ficiio. Emile embarrafle n'ofe aborder Sophie. Son fang-froid apparent fe change en un mépris ironique. Pour le défabufcr. La mère nous reçoit d'une air froid èz compofc. Qui donc. pour y mieux lire {ç. Elle répond à tout ce qu'on lui dit par des monofillabes prononcés d'une voix lente & m. il y a ici des gens qui ne vous le pardonneront pas aifément. demi-mort d'eftVoi. la regarde avec tion.% vrais fentimens. que ce mouvement involontaire la décelé à l'inftant aux yeux d'Emile. Le père vient au-devant de nous & nous dit Vous avez tenu vos amis en peine .156 gagné à fait EMILE. elle affecle un air tranquille & content qui en impoferoit à d'autres. Elle lui parle la première. notre arrivée elle veut s'enfermer. mon Papa ? dit Sophie.

chemin quand des lamentations . s'il eût pu fupporter fa colère. ni lui parler ni la regarder : car. tremblant.. d'ici. . mais vous êtes raifonnable Se jufte . & je parle ainfi... bleffé & le portons le plus doucement qu'il . très heureufemcnt pour lui. Le trajet étoit long. ... nous n'en pouvons venir à bout au moindre mouvement le malheureux fouffre nous prenons le parti des douleurs horribles d'attacher le cheval dans le bois à l'écart. .. . qu'il eft Voyant alors que c'eft mon tour. il .. afin de nous repofer en approchant Nous avions déjà fait les trois quarts du . . nous appelions du fecours jambe. il fallut nous repofer plufieurs fois. . nous fommes malheureux. en étoit tombé fi çhere : „ lourdement . gard qui lui ôte l'envie 157 d'en folliciter un fécond. celTaire. : répond nous aflayons de remettre le bleffé fur fon cheval. . & nous pre. n'ofe plus. qui revenant de la ville un „ peu pris de vin iur fon cheval. je reviens à Sophie.. „ en fuivant fes indications fur la route qu'il falloit tenir pour aller chez lui. .. Je reprends fa main qu'elle ne retire plus. puis fiiifant un brancard de nos bras. elle ne lui eût jamais pardonné. nous étoit prefcrit d'arriver à fept.. nons toujours' plus de tems qu'il ne nous eftné.. nous trouvons un .. le ..... car elle eft prête à fe trouver mal. ... nous frappent l'oreille . Nous fommes partis hier à quatre heures . .ou DE L'EDUCATION. Nous perfonne ne . gorge de la „ Nous accourons aux cris . Je lui dis avec douceur & : Sophie. n'eût-il pas été coupable. qu'il s'étoit callé la crions. Emile interdit. eft . vous ne nous jugeécoutez-nous. tems de s'expliquer. douloureufes . Nous arrivons enfin rendus de fatigue j poflible. Elle rez pas fans nous entendre ne répond rien.} iiou» . malheureux payfan. . nous y pofons ... elles partoient d'une colline à quelque diftance de nous.

je préparois dans la maifon tout ce que je pouvois prévoir être néceflaire pour le fecours de tous les deux. entre un homme ayant une jambe cafîée k une femme en travail. cleve la voix. Mais avant que perfonne parle. deux heures après minuit avant que nous ayons eu ni l'un ni l'autre un moment de rel. . n'eft pas de cela qu'il eft queftion. à la ville.158 EMILE. & lui dit avec plus de fermenté que .dre cpmpte de notre accident. & que ce miférable que nous rapportions aA'cc tant de peine. en donner un troiiieme fa femme fut fi faife voyant arriver. . vous pouvez croire. „ 11 n'avoit que deux petits enfans. „ Je ne vous ferai point le détail du refte . qu'elle fentit des douleurs Qiie aigiJts & accoucha peu d'heures après. . Emile s'. étoit le même qui nous a\'oit fi cordiâle-ment reçus le jour de notre première arrivée ici. après vous le avoir expédié un exprès . . nous trouvons avec une furprife amere que nous connoillions déjà la maifôn. Je me tais fans rien ajouttr. où nous avons attendu l'heure de votre réveil pour vous rji. . . . ." . de courir à toate bride chercher un Chirurgien Il donna le cheval au Chirurgien. . Prête à lui en . . . . .che. de le monter. il revint à pied avec un Domeftique. faire en cet état dans une chaumière écartée cù l'on ne pouvoit efperer aucun fecours ? Emile prit le parti d'aller prendre le cheval que nous avions laifle dans le bois.pproche de fa niâitrelte. nous ne nous étions point reconnus jufqu'à ce moment. & n'ayant pu trouver aflez tôt une garde. . Enfin nous fomraes revenus avant le jour dans notre azile ici proche. ce comme . II étoit . Dans le trouble où nous étions tous. tandis qu'embarraflé.

au lieu de répondre fe levé. que le père enchante frappe des mains en criant Bis.fe que de leur éta Sophie fe fait donner un tablier de la bonne femm". lui donne un baifer fur la joue. on diroit qu'elle devine . elle fe fauve dans les bras de fa mère. elle eft à toi. peine l'a-t-elle embraffi. Emile en a'voit fait apporter un on trouve autour d'eux du monde pour les foulageri Emile y avoit pou/vu. Sophie dey auroit trop loin pour aller voir ces la commune le Après Sophie le defire. On les trouve dans deux lits féparés. ger dans {on litj elle en fait enfuite autimt à l'homme légère fait aller chercher tout ce qui les blefle. Mais au furplus tous deux font fi mal en ordre. Sophie. à ces mots. : . fa main douce & lement leurs membres endoloris. &i c'eit une bonne œuvre. ferois . lui baifers fur l'autre joue . vous le l'avez bien. s'il joie . donne auffi-tôt deux mais prefque au même inftant. vous êtes attendu que je ne m'y Vous l'arbitre de mon fort. 159 Sophie. je n'y renoncerai jamais pour vous. te va la ranpauvres malades. Je tâcherai de mériter cet honneur. qu'ils f^uffrent autant du raal-a. bis 3 & So: : A phie. pouvez me faire mourir de douleur . & cache dans ce fein maternel fon vifaïe enflammé de honte. fans fe faire preffer. lui pafTe un bras autour du cou. mais n'efperez pas me faire oublier les droits de l'humanité ils me font plus facrés que les vôtres . puis lui tendant la main avec une grâce inimitable elle lui dit Emile. prends Sois quand tu voudras cette main. effrayée de tout ce qu'elle vitnt de faire. On y va. Se faire pofer ^lus mol. Ils fe fentent déjà foulages à fon approche. mon époux & mon maître. tout le dîné.ou DE L'EDUCATION. Je ne décrirai point - monde mande la doit fentir.

mais les miens viennent. me il faut regarde d'un œil égaré. tous les fcrupules de Sophie font levés. ce qu'elle fait. fe levé en frapeft morte ? pant des mains. licate ne fe rebute ni de la malpropreté ni de la mauvaife odeur.qu'on voit toujours fi modefle & quelquefois fi dédaigneufe. Répondez donc. qui y pourvoir un ange du ciel que Dieu leur en a la figure & la bonne grâce. Un matin qu'ils ne le f nt vus depuis deux jours. C'elt envoie elle : : la femme. & fait faire difparoitre l'ute fans l'autre fans mettre perfonne en œuvre. qui les plaint.i6o EMILE. Eli. : que chacun ait fon tour. que feriez vous fi l'on vous apprenoit que Sophie Il fait un grand cri. 5c. re- tourne & change le blefle fans & le met dans une fituation plus aucun fcrupule. elle qui pour tout au monde n'auroit pas touché du bout du doigt le lit d'un homme. pour te foulager dans tes maux les confole. & & Cette fille fi dévine tout ce qui leur fait mal. pourfuis- . Ils n'en font pas encore où ils penfcnt defiré . Dieu te la donne pour te confoler dans pa<^ne voilà tes peines. cert l'aimable fille qui les fert. On fait batifer le nouveau né. fans dire un feul mot. que les malades foient tourm ntés. Les deux amans le préfentent. commode pour relier long-tems. elle en a la douceur & la bonté. aime ta comcontempli en filence. . ils donner autant à moment Ils afpircnt au croyent y toucher. j'entre dans la chambre d'Emile une lettre à la main. Le zèle de la charité vaut bien la mo^cilie . & je lui dis en le regardant fixement. Emile attendri la Homme. elle le fait fi légèrement Se avec tant d'adrefib qu'il fe fent foulage fans prefque s'être apperçu qu'on l'ait La femme 5c le mari béniilent de contouché. brûlant au fond de leurs coeurs d'en faire à d'autres.

faut être heureux. „ . & le feul qui ne n jus quitte jamais. c'eft que je ne reverrois de ma vie celui qui me l'auroit appris.. favoir . En „ faifant pour toi cette utile recherche. j. c'eft la de tout être fenfible . & l'on meurt fans l'avoir atteint. favois-je moi-même à quoi je „ m'engageoio Non je favois feulement qu'en „ te rendant heureux j'étois fur de l'être. trouve. elle penfe à vous.. Sz celle qu'il fait le moins fuivre. „ Tant que nous ignorons ce que nous de? : „ „ j. elle fe porte bien. ambule t^-ra. On ufe la vie à le pourfuivre.ou DE L'EDUCATION. Rafîurez-vous réponds-je en fouriant elle nous vit. je vouai mes jours au bon. mais ce que je fais. de mon fang froid.. à fe rendre attentif à mes C'eft ce que j'ai fait par ce terrible préje fuis bien fur maintenant qu'il m'écou- même . cher Emile. . „ quand à ta naifl*ance je te pris dans mes bras. il faut l'intérefler par . Il . Mais allons faire un tour de promenade.. : & & La tiens palTion dont fe livrer il eft plus de comme préoccupé ne lui permet auparavant à des entre- purement raifonnés cette paflion leçons. „ & que attcftant l'Etre fuprême de l'engagement . il s'approche les yeux enflammés de colère. vons fiiire.. C'eft de toutes les maximes celle dans l'indont „ l'homme a le plus grand befoin. fommes attendus ce foir. heur des tiens. Se s'arrêtant dans une attitude je prefque menaçante . ce que je ferois n'en fais rien . Mais où eft le bonheur ? Qui le fait ? Chacun le cherche. Mon jeune ami. je lu ren„ dois commune à tous deux. c'eft le premier defxr que nous imprima la nature. nous cauferons. Se nul ne le fin „ 5. Chercher le bonheur fans . fuis-je i6i Alors irrité avec la même tranquillité. la fagefle confifte à rcfter action.5 que j'ofai contracter.

ne pas faire uni pas inutile êc de t'cmpêcher d'en faire. „ „ rinquiétude où nous tient l'ardeur du bicjiêtre...ï62 • E où il M I L E. courir autant rifques contraires routes pour s'égarer... tu as ^. •. tu es refté jufte font inlepar. " ton . „ Quand tu es entré dans l'iige de raifon. pas qu il >. j..j ton bon cœur fe la rappelle ques bénédictions à la main qui la gouverna. tout le monde de favoir ne peint agir.. Dans .o). notis aimons mieux nous tromper à le pdurfuîvrè que ide ne rien foire pour le chercher. Tu n'en j. tu n'as fenti que ceux qui pouvoient t'endurcir aux autres. . nous n'y favons plus reve- „ Avec la même ignorance j'efiayai d'éviter la „ même faute. & bon: "car la peine & le vice „ ables. Mais il y a de n'. ni grand. k jamais l'homme ne devient méchant „ que lorfqu'il eft malheureux. fois •„cuferai jamais. je quand t'ai gararti de l'opinion des hommes. Libre k content. facrifiés à ceux qui les joui de tous les biens que la nature t'avoit don„ „ „ Des maux auxquels elle t'afiujettit. „ as jamais fouffert aucun que pour en éviter uri lu n'as connu ni la ha ne. à . lus de -„ .. dont j'ai pu te garantir.j Sois rhon tém^oin.'.. c'cft „ . „ : .ppr..' Je mc'tiens dans la route de la nature.rtien!. 6c nés. je ne te rc. .v. Puiile le fouprolonger jufqu'à tes . . venir de ton enfance fe je ne crains pas que jamais vieux jours „ fans donner qucl-. Tes premiers ans n'ont point été dévoient fuivre . „ ' mon juge. & fortis une fois de la place où nous pouvons le connoitre. plus „ l'efclavage.. !a même. '. favoir efl cie c'eft s'expoier à Je fr:ir. je ré'. & qu'en n'y perlant pas je l'avcis fuivie. en attendant qu'elle me mcntrrt 11 s'eil: trouvé qu'elle étoit celle du bonheur. En prenant foin de toi.

dans des hommes dont on ne dévoie attendre que des aétes de confiance de fermeté. Quoi difois-tu tout indigné. modèles qu'on Jious offre à imiter A-t-on peur que l'homme ne foit pas aflcz pe it. & tu ierois toujours heureux autant qu'un homme peut l'être maiu cher Emile. fans que risn touche à ton être. Tu pouvois endurer la mifere j tu pouvois fupporter les douleiirs du corps. celles de l'ame t'étoient inconnues. j'ai eu beau tremper ton ame dans le Stix . que de douleurs Qi^ie de maux tu peuvent attaquer ton ame peux fentir fans être malade Que de morts tu peux fouffrir fans mourir Un menfonge. ces cris. bc Cet ennemi dont je ne puis plus te fauver. Tu voyois au théâtre les héros livrés à des douleurs extrêmes faire retentir la fcène de leurs cris infenfés. une erreur. je n'ai pu la rendre partout invulnérable \ il s'élève un nouvel ennemi que tu n'a pas encore appris à vaincre. Souviens-toi du fcandale que te caufoient ces lamentations. 163 ton cœur ePc devenu fenfible. ces plaintes.. La nature & la fo:tune t'avoient laiiîe libre.ou DE L' EDUCATI ON. je t'ai préférvé de l'empire des paiTions. Si j'avois pu prolonger ce calme intérieur jufqu'à la fin de ta vie. .. ce font pleurer comme & h ! là lei les . Sans que rien : change en toi. c'efl toi-même. tu t'es rendu l'efclave de tes defirs. un doute peut te mettre au défe! ! ! fpoir. 5c maintenant tu tiens à tous les attachemens que tu t'es donnés . mériter ainfi les applaudiflemens publics. tu ne tenois à rien 'qu'à la condition humaine. des enfaas. exemples qu'on nous doniie à fuivrc. j'aurois mis mon ouvrage en fureté. fans que rien t'ofFenfe. ailez „ mal! . en apprenant à defirer. s'aiîliger comme desfemmes.

pas il à mille chofes.. fait : ! „ „ augmente attachemens. tu t'afte voilà dans le cas de fervis à une féconde ..5 perfonne à fon âge ? Elle doit mourir. & „ méchant . il fuira toujours tu deviendras tu" feras miferable devant toi ! _ „ „ „ „ „ „ „ „ Tu . La crainte de tout perdre t'empêchera de rien pofféder j pour n'avoir voulu fuivre que tes paffions. .. Nos defirs font étendus.. mourir deux fois. Si peut-être avant toi.. plus il multiplie Tout ne „ . La nature ne vivante à préfcnt même ? eft t'avoit affervi qu'à une feule mort . tout ce que nous aimons nous ou tard. notre L'homme tient par force eft prefque nulle.i64 E M I L fi E... .oit toujours ? Ne meurt. „ ). malheureux. .. mourir j tu fais endurer fais fouifrir „ s maux phyfiques. foupçon de la mort de Sophie „ compté qu'elle viv. : Tu & 1 . jamais tu ne les pourras fatisfaire.il fes peines. chercheras toujours le repos. „ Ainfi foumis à tes paflîons déréglées. afTez foible. encenfer fa folblelTe fous la faulTe image de la vertu ? Mon jeune ami. n'yant . „ . toujours des allarmes . vas refter à plaindre toujours des pertes.5 „ „ . fes vœux tient à rien. Quel efFroi fur le feul As-tu donc . & nous y tenons comme s'il devoit . èi comment pourrois-tu ne pas l'être. plus fes que palier fur la terre échappera tôt . que tu Toujours des privations. Se par lui-même il ne même à fa propre vie . . Qui fait fi elle enfant.. la loi de la néceflité dans mais tu n'as point encore impofé de loix aux appétits de ton coeur. k c'eft de nos afte6lions. bien plus que de nos befoins.. „ durer éternellement.. lois plus indulgent te voila devenu l'un déformais pour la fcène de fes héros. tu ne jouiras pas même de ce qui te fera laifle. mon „ „ „ . que ndit le trouble de notre vie. l'on ne vient encore „ .

quoique nous appellions Dieu bon. ce mot fi profane. 165 . „ te la refufe.. la force eft la bafe de toute La vertu n'appartient qu'à un être foivertu. ble par fa nature & fort par fa volonté . parccqu'il n'a pas bePour t'expliquer foin d'effort pour bien faire. comment verrois-tu celui qui voudroit te l'ôter vivante ? celui qui t'oferoit dire. ni de vertu fans combat. & ne fait ré„ fifter à rien de ce qu'il defire ? „ . lent . la faut pof„ féder à quelque prix que ce foit. nous ne l'appelions pas vertueux. „ .. qu'elle t'aime ou te haïfie. ... je t'ai garanti des vices qui rendent ces devoirs pénibles. „ „ „ . n'ayant de loi que tes defirs effrénés ? Si tu ne peux fupportcr des privations involontaires. & réfifter à ton cœur pour écouter ta raifon ? Toi qui ne veux déjà plus voir celui qui t'apprendra la mort de ta maîtrefTe. Tant que la vertu ne coûte rien à pratiquer. En t'élevant dans toute la fimplicité de la na- tare.. la vertu te fépare d'elle ? S'il faut vivre avec elle quoi-qu'il arrive. Mon enfant.ou DE L'EDUCATION. que tu lois libre ou ne le fois pas. c'eft en cela que confifte le mérite de l'homme jufl^e .. je t'ai moins rendu le menfonge odieux moins appris à rendre à cha- .. : il eft déjà venu pour toi. „ „ „ „ .. au lieu de te prêcher de pénibles devoirs.. je t'ai qu'inutile.. comment t'en impoferas-tu volontairement ? Comment fauras-tu facrifier le penchant au devoir. Ce befoin vient quand les palTions s'éveil.. elle eft morte pour toi. „ . . j'ai attendu que tu fuffes en état de m'entendre. que Sophie foit mariée ou non. „ „ „ . . tu la veux. vertu vient Ae force . qu'on te l'accorde ou qu'on il . Apprends„ moi donc à quel crime s'arrête celui qui n'a de „ loix que les vœux de fon cœur.... il & „ „ „ „ ^. n'importe. n'y a point de bonheur fans Le mot de courage. on a peu befoin de la connoître. 5.

. mais elle ne nous d^t rien pour ceux qui nous viennent de nous . tu n'avois que la liberté précaire d'i.._hiaraaincs „ bon • >5 l'homme. 5c rien. il fe tient dans l'ordre. il fait fon devoir. E lui M I L E. 5.qu'autant qu'il a du plaifir à l'être la „ bonté ie brife &. n'eft .m. donne „ „ „ „ „ „ „ „ „ „ 5. elle eft aufli pure que les âmes qui la L'honnêteté la forma. C'eft la feule. Si tu la fai. vertueux mais celui qui n'eit que bvon...andé. 5. mier qu'elle nous impofe. tu fubjugucras toutes les autres. h „ cet apprentiilage eft plus pénible que le precar la nature nous délivre des maux . ne de- cun ce qui : „ meure tel.n Main•„ efclave à qui l'on n'a rien com. qui foit digne de toi. fa confcience. .nel'f n peut Jufqu'ici tu n'étois libre qu'en appa. je le fais . elle fera la dernière . ou nous apprend à les fup. appartient qu'à ne te foucier que je t'ai fait plutôt b-on que de ce qui eit à toi.. Emile . 5. rence . porter . Voilà donc un autre apprentifTage à faire. „ C'eft ici ta première paflion. '.. fuccomber a nos vaines dculeurs Se nous glorifier encore des pleurs dont nous aurions dû rougir. .> peut-être. criminelle. ! : . Qu'eft-ce donc que l'homme vertueux ? C'tft qui fait Car alors vaincre fes affcdtions. elle nous laifîé vidimes de nos paflions. l'innocence rejléntent. que pour lui... ! la vertu ne font qu'ajouter pour vous à ceux „ de . Se tu n'obéiras qu'à celle de la vertu. ô 5. ton propre maître Si tu feras vertueux.. Heureux amans Les charmes de l'a nourrie. 'Celui „ „ il fuit fa railbn. écarter.j 5. périt fous le choc des paflions : . à nous-mêmes . elle nous aban- . qui n'eft que bon. régir en homme. apprends à devenir commande à ton cœur.i66 . „ tenant fois libre en effet .. Cette paflîon n'eft pas bien .

. n'eil pas moins It^ prix de voire fagefîe que celui de votre attaciiemsnt. ce „ qui nous eft défendu par la confcience. vouloir ce que nous ne pouvons obtenir . j malheureufe afTervie à la loi du devoir eft coupable il d'aimer fa propre femme au point d'immoler tout à cet amour. qui nous eft défendu par la nature... toutes font mauvailes quand' on s'y laiile aiTujettir.ou DE L'EDUCATION. „ „ : . homme fmcere cette paiiion fi pure t'en a-t-r elle moins fubjugué ? L'en es-tu moins rendu .le maître.. „ On ne s'exerce . C'cft une erreur de diltinguer ti leSipafîions en livrer „ permifes mieres défendues. 5. on )) s'y préfi. fentimens que nous dominons font légitimes.is dis-moi.. n'eft . Si fi demain elic ce(i"oit d'être. & tient cette ^.. cente. aux preToutes font bonnes quand oh en refte. M. Il ne dépend pas de nous „ d'avoir ou de n'avoir pas des pafiions mais il Tous les 5.. loin du péril. c'eft d'ér j3 tendre nos actîlcîiemens plus loin que nos forces j •„ ce qui nous eft défendu' par la raifon. . 5.. „ retire . s'y prépare avant la guerre . 5. c'eit de .'^pôint 'Au cojîibat devant 9. . 167 . Sois homme. Un homme n'eft d'autrui. inuo-r dès. „ tous ceux qui nous dominent font criminels. plus tems quand. .„ pas d'être tentés. le doux lien qui vous attend de l'amour.. N'attends pas de moi de longs préceptes de morale. & l'efclave.. mais de nous laiilér vaincre „ aux tentations. dépend de nous de régner fur elles... l'étoufterois-tu demain? . „ „ 1 i t.nte déjà tout piépare. pour fe & fc refufer aux autres.rénnemi .. Ce . . . „ .. celui là comprend tous les autres. . préfent le moment d'effayer tes forces il n'eft „ 5. C'elt il à .. s'il pas coupable d'aimer la paffion : femme .. les faut employer^ Ces dangereux eftVis doivent fe' foire. on. je n'en ai qu'un feul a te donner.

n'eft point tourmenté du defir d'être Un gueux Roi un . : „ „ „ „ „ „ „ „ d'homme pour s'en forger d'imaginaires. fans efpoir ne tourmentent point. Il fe tient à fortir. on n'eft point malheureux tant qu'on s'y renferme on ne l'eft que quand on veut les pafler . & ? „ „ „ ô mon fils.ttu donc vivre heureux tache ton cœur qu'à la beauté qui ne périt point : „ Veux k perdre ce qui peut t'être enlevé j apprends à „ tout . „ „ Roi . irai-je me former des nœuds étcr„ nels fur cette terre. les fouhaits . &r les emil „ a. il n'ufe point inutilement fes forces pour jouir de ce qu'il ne peut conferver.. „ quels on retombe toujours dans le „ feuls biens dont la privation coûte. & périflable. „ Les illufions de l'orgueil font la fource de nos contemplation de „ plus grands maux mais la plus : . dans fes dellrs inlenfés. dont je difparoîtrai demain ? en te perdant que me refteroit-il Et pourtant il faut que j'apprenne à : O te perdre „ defirs. où tout . font ceux „ auxquels on croit avoir droit. où tout change. Etudie k connois ces bornes . defLes fien. ton cœur dans les bornes de ta condition. pafTe.. on l'eft quand. eft „ ployant toutes à bien pofleder ce qu'il „ en effet plus puiflant ^ plus riche de tout ce Etre mortel „ qu'il defire de moins que nous. quelque étroites qu'elles foient. on met au rang des poffibles ce qui ne l'eft pas .i68 retire EMILE. L'évidente im. que tes de„ que ta condition borne tes étends la loi aillent avant tes pcnchans „ voirs „ de la nécefllté aux chofes morales apprends à j : car qui fait quand tu me feras ôté ? fage? N'a. ne veut être Dieu que quand il croit n'être homme. fa place. la mifere humaine rend le fage toujours modère. de moi Emile. il ne s'agite point pour en ^. on l'eft quand on oublie fon état poflîbilité de les obtenir en détache.

. je veux le foumettre à ce dur exercice.ou DE L'EDUCATION. Que d'autres. mais Tome IV.. & „ „ . naires . fentiras point.. ne Tu n'auras jouit que de ce qu'il fait perdre. à qui tout échappe. afin de n'être jaAlors tu feras heureux malgré mais criminel. Alors même des biens fragiles. mais faiutai e. il croit déjà fentir fur fa plaie la main doulaureufe. au lieu de répondre. „ „ ." Emile m'écoute avec une attention mêlée d'inquiétude.. reur. tu les poiTéderas fans qu'il te polTedcnt. Tu pafTeras la tienne fans trouble Se la : „ termineras fans effroi tu t'en détacheras corn„ me de toutes chofes. tu le feras encore de celle qui donne un fi grand prix à la vie. car ces douleurs font fréquentes Se réèc ces plaihrs font rares S: vains. Vainqueur de tant d'opinions trompeufes. venir. il eft vrais. échange. afin de n'être jamais miférable j . tu la fortune. elles. .. pcnfcnt en la quittant ccfTer d'être ftruit j in- „ „ de fon néant. Il craijit à ce préambule quelque coiiclufion finiflre. à être ferme dans ton devoir. preile de favoir où j'en veux il m'interioge.. I avec .. tu trouveras.. que l'homme.. tout quitter quand la vertu l'ordonne. . fage malgré les pafTions. à détacher ton cœur fans qu'ils le déchirent.. 169 . l'illufion des plaifirs imagi- . à être courageux dans l'adveriité. failis d'hor5. . troublé. tu croiras commencer. à te mettre au-defTus des évenemens. qui l'empêche de tomber en cor- ruption.j tu n'auras point auiTi les douleurs qui „ „ Tu gagneras beaucoup à cet en font le fruit. Incertain. Il prefTent qu'en lui montrant la nécelîité d'exercer la force de l'ame . 5c le com„ mencement de celle du julte.. une volupté que rien ne pourra troubler . 5. dans la poTl'efiîon & „ „ . . Se comme un blelTé qui frémit en voyant approcher le Chirurgien. La mort cfl la fîn de la vie du méchant.

s'écrie-t-il avec emporteroent ? Qi^itter Sophie! La quitter. en l'interrompant.. Que faut-il faire. 5. „ goûter Iç&plaifn-s de la vie. qu'un homme. vous le croyez. ! : ne les pas mériter. quejem'expl'que. Si cet état eût pu Jurer toujours. c'eft de moi qu'Emile craint d'apprendre à mériter de pareils noms ? Non. un fourbe.. capable d'exiger de lui rien qui foit ma!. pofi'eilion. ne . dans il attend donc enfin le fens qu'il donne à ce mot. Si je n'avois pas la modération que Je ! lui prêche.. „ vous avez fenti. fuis Je me attendu à cette première furie : je la lailTe pafier fans m'émouvoir. U il bien qu'il feroit mal de quitter Sophie.. 51. fa caducité .. Que dites-vous. La félicité des fens eft paflb„^crc.j je faurai ! . ni de vous ni d'un autre je faurai-.. „ Croyez-vous. cher Emile. & quand .. la troriiper. vous en avez épuilé 11 n'y a rien au-delà de ce que . tient à l'hommcC fe font d.. heureux que vous l'êtes depuis trois mois ? Si détrompez-vous. . en quelque utuation qu'il fe trouve. Qiipi reprends-je.. être un traître.. ^Hors^ le feul être exiftant par'liai- même.. jouirez jamais en réalité. vous auriez Mais tout ee qui trouvé le bonheur fuprême. 5.lyo EMILE. pas. maigre vous. me dit-il. j'surcis bonne grâce Emile m. que vous L'imagination. ! avec crainte. confervcr votre ou\rage. tout eft il . qui pare ce qu'on defive. h'y arien de beau que ce qui n'efl. „ j. réponds-je d'un ton fprme Il faut quitter Sophie. continue-t-il avec la même jmpétuofité. le bonheur. Avant de . fini.e connoît trop pour me à la lui prêcher croire. l'abandonne càns la fait „ . & fans ofer lever les yeux ? Ce qu'il faut faire. L'état habituel du cœur y perd toujours» „ Vous avez plus joui par l'cfpéiance. tout eil paii-ager. un parjure . prefq-u'en tremblant. dans la Aie humaine . puifTe être plus . Alors je reprends mon difcours.

peut-être un autre n'actend-il que votre éloignement pour vous eftacer de fon (îœur . . Si rien n^ chaiige au-dehors. ! " ' ' ' " ' . Je vois dans vos yeux impatiens q'ue ce:te „ difficulté ne vous embarraffe gucres l'aveu de vos propres defirs vous fuggerent un ). malgré nous.. „ client eft commode fans doute . le bonheur nous quitte. je le fais . plus de voyage à faire pour l'aller voir.. 5. . 3. ou nous le quittons. Si de n'av^oir L'expé). & que ceux qui commencent par s'aim. changer ).ais fiir les convenances. 5.z. mais le prin„ temps venu. roit jamais. 9. on ne le ibufFriIl faut bien.courfes dans une faifon fi rude.. mais parcequ'elle vous plaît . „ „ . c'efl (on caraélerc. 5. Celui d'une femme fe montre-t-il en un jouf? Savv. jouir nous en ôteroit le goût. la neige fond & le mariage refte . J. celle-ci ne peut plus du„ rer.er né fihifTent jamais par fc haïr... le cœur l'état change . >..-vous en combien de fituations il faut" l'avoir vue pour connôttre à fond fon humeur . comme fi i'ainour ne le irompoit jam. .ou DE L'EDUCATION. Vous voulez époufer Sophie. peut-être à votre retour la I 2 trouil . l'hiver s'apQuand nous pourrions continuer nos j. & il n'y a pas cinq mois que vous la connoifTez Vous voulez l'époufer. jj. l'habitude d'en. J. j. . j. 171 quand . y faut penfer pour toutes les faifons....?'Qi^iatre mois d'attachement \'ous répbadent-ils' de toute la vie ? Peut-être deux mois d'àbfence vous feront-ils oublier d'elle . proche. qui nous rend heureux dureroît fans cefîe. s'écouloît durant votre délire. L'été finit. . : & „ r 5. non parcequ'clîc vous con-'i:nt. j. Sophie 3> moyen facile d'éviter la rieige. que vous ne mcfuriez pas. mais en eft-ce aflôz ? Sufiit-il d'être hon-' nêtes gens pour fe convenir? Ce n'eft pas fa vertu que je mets en doute. Le tems. . Elle eftvertucufe."de manière de vivre . „ „ ..

que vous ne puiffiez plus huit ans. que vous l'avez „ „ „ trouverez-vout indifférente „ Les Jentimcns trouvée fcnfible jufqu'a préfent. de lErat. .172 E M aiifll I L E. quel prix le & " ! favez-vous qu'eft-ce qu'être ? Savez-vous ce ? membre que gouvernement. à peine en paliez„ Sophie n'a pas dix de l'amour. avez-vousbicn médite es devoirs ? de père. attendez au moins . „ vous vinst-deux . mere-de de c. " ' la mère k que la lubftance chacun des deux néccflaire à l'accroiflement de ni l'autre n'a ce que lui defe partage. fort honnête. fupportécs avant l'âge ont fatigues de la glollefié la conititution. tience „ „ & . Eh. ruiné la fante. faute d'avoir été nourris Quand & ftinuit la : ' '' connois deux n'en fouffrent pas ? Ou je femme & ou il aimera mieux avoir une Emile. loix. de contenter fon impades cnfans robuftes. elle peut refter ne Elle fera aimer. 1 afpirant a irembre de l'Etat. état d époux En Parlons de vous. vous aux dépens de leur vie & de leur lante. cet âge dt celuipcre quelle Qiiel „ mais non «lui du mariage.fTer de 1 être fans. ? Savez-vous combien d'enfans font reftes languiffans dans un corps afTez forme ? Tenfaut crolflcnt à la fois. patrie il que c elt Savez-vous a " qui vous eft permis de vivre.. qui vous répond d'elle & qui lui répond „ vous êtes point mis à l'épreuve ? „ tant que vous ne vous Attendrez-vous pour cette épreuve. en allez devenir En devenant chef de famille. & pour Vous croyez avoir tout ap? " vous devez mourir 55 pris. que fort ma . je panche à le croire . perfonncs les à combien de jeunes Savez-vous ''. pour favoir élever ces enfamille . & cefilr de vous mais confiante k fldeile.. dépendent pas des principes. de vous. abrège „ & ! I " afi^ibli la vie '' . qu'elle Attendrez-vous pour vous "devienne inutile? vous leparer ? „ connoitre. ni l'un comment fe pcut-il que tous nature & foihles.

„ „ „ pris. bonheur qui l'c^ttend ? Ne fcroit-ce pas dédaigner la main qui lui eil: offerte que de tarder à l'accepter? il Q^i'eft-il befoin de s'éloigner d'elle pour s'inftruire Et quand cela feroit néde ce qu'il doit favoir? ceffaire. une grâce. le jeune homme ne fe rend pas . Non Pourquoi fe refuferoit-il au réfifte. apprenez à le connoître & à favoir quel rang vous y convient. Emile." auprès d'elle. cher Emile. „ „ quelque chofe „ non co r. pourquoi ne lui laifferoit-il pas dans des nœuds indiffolublcs le gage affuré de fon retour ? Qii'il foit fon époux. & puifque vous n'obéiflez pas à la raifon. O ! . Vous n'avez pas reconnoiffcz un autre maître. venez gagner le prix delà fidélité. & il eft prêt à rne fuivre . je vois lontaires : que vos que vous la content. faut 13 Ace . mais comaje une récom- encore exercé à lutter contre lui-même. prendre une place dans l'ordre civil. je ne dis pas l'abandonner fi vous en étiez capable. .me „ penfe. encore accoutumé à defirer une chofe Si à en non vouloir une antre. qu'ils foient unis.. Venez remplir combien il vous refle à faire venez apprendre à fupportcr cette noble tâche l'abiénce . : que vous puiffiez dire à Sophie Hé bien. foyez quittez malgré vous. un mari ne doit jamais Pour guérir vos délais doivent être invo- fcrupules. il difpute. fa mais quitter femme il fans néceffité. il faut quitter Sophie . oublié l'engagement que vous avez pris avec moi. afia qu'à votre retour vous puiffiez vous honorer de : Avant de „ „ „ . il la faut quitter pour foyez pas aflez vain pour croire déjà la mériter. roit trop heureufe de ne vous avoir point Ne revenir digne d'elle. il faut quitter Sophie je le veux. quelle Il eft beau qu'un amant puiffe vivre contradidion ! fa maîtreffe. Se Vous fans la quitte fans crainte il unir pour vous quitter.ou DE L'EDUCATION. k demander fa main. elle ieépoufe . „ 5.. „ Emile. 173 & vous ne favez rien encore.

174 E ce Al I L E. & fois £delle 3 tu n*as pas un Amant La fîere Sophie. on leur doit des rccnagecette abfence. 'ijU'elie de prendre pour conHdent. & font plus foibles. fe tait. lui dis-je. il me dit. s'il lui 'Il f croit en coûtoit m. toujours embarralFant pour un cœur hcnnttc. Il femble lui dire à chaque regard : O Sophie ! Lis dans m.on cœur. fans vertu.e n'a pas. c'eft de la vérité mtme de : fon amiour qu'il doit tirer cette afiurance. Se la frayeui d'être oubliée aigrit la douleur de fa féparation.oins de il la quittercit en coupable. rêve un moregardant avec aflurance.d pénible. elle Elle pleure. mais j'abufe depuis Icng-tcms de l'indulgence des Ledleurs abrégeons pour finir une fois. n'étant pas un devoir pour elle comme pour vous. Ce n'eft pcs devant fon Am. qui vois afîi. Mais plus le facrince lui coûte. je le crois . de fer. me femmes mens. 11 n'a h pas peur qu'elle prenne le change fur le motif qui Je détermine. Les femmes . mais comme tV. que'de laifTer échnper un foupir en fa piéfence . la tête.6tc fes larmes. gémit en dépit d'elle. fa ferm. il faut préparer Se phie à ce départ. Les il A mot baillé ment. ce n'efl pns à Jui qu'elle montre fcs frayeurs .ant qu'elle pleuie.es jeunes gens le journal de leurs "amours. Emile ofera-t-il porter aux pieds de ia Maîtrcflb la jnêmiC afiurance qu'il vient de montrer à Ton ami ? Pour moi. & puis. ce rôle . c'efl ' moi qui reçois fcs plaintes. elle étouficroit pluiOt.cté fe foutient miOins. plus il s'en honore aux yeux de celle qui le lui rei. ainfi qu'Emile. Elle s'cfiorce d'y paroître inferfible . plus confus devant la quitter cft elle. tâche de fupportcr avec dignité le coup imprévu qui la frappe. Je ne fuis que trop tenté de prolonger jufqu'à la "réparation de m. il lui eft permis de la fupporter avec moins de courage. Quand partons-nous ? Dans huit jours. l'honneur du combat &: de la viâoire. cùté.

dont vous aimez la Icâure. grave „ J'ai tout & „ fait pour vous complaire je iavois que je trai„ tois avec un homme d'honneur il ne me refte „ qu'un mot à vous dire. Elle m'éftime afièz'pour croire que je ne veux pas la tromper. ? mais que féparent . h leur vôtres. Le digne père de Sophie. agité. r. déguifer : ^15*5 femmes font fldl-oites& fa vent fc murmure en fecret contre ma tyrannie.. : 5. Télernaque. Sopnie. donne de la coniiance. ' h réellement à fa place. Ne laiffons point dur^mt l'aUfcnce réveiller ces fantafques amours..& dans deUk jele jure.. de chacun des deux envers l'autre. ardent. Elevé a fi»aé fon contrat de mariage fur la bouche de ma Fille. ou confole.Donnez-lui.. la Je la Am^nt. Souvenez-vous que votre . afin qu'il apprenne à lui rciTembltr^-ôï qu'il vou'. faites avec . contre la foliplelTe Ils Je . ma probité. donne le Spectateur. Je fuis garant Leurs cœurs. la confiance de leurs parens. les raflure.ns P:E li'ElDUCATION. lui dis-je un jour. tout :-pîU'S :. poblTe des cris. verîe des torrens de fleurs fur I 4.. ne dévoient rêgretp ie voir. Enfin vient le trifte jour. même il arls le f^r4. puis me prenant à part.ou da. Etudiez-y les devoirs des honnêtes femmes." Q^ielle différence dans la contenance de^ deux Amaiis ? Emile impétueux. comme n. il rne dit' :C^:s mots d'un ton d'un accent un peu appuyé. fo. avec lequel j'ai tout concerté.d'Eu:hari5.. leur vertu'. je lui répondsde fon plutôt de fon Epoux : qu'elle lui garde fidélité qu'il aura pour elb.To-ez'que dans deux ans ces devoirs feront les Cet échange plaît à tous deux.votre £nriile un échange de livres.-o )n^o:j. les . C'efs alors que Sopîiis Te fe croit ra-ppelle lêp .urrr fert la railcn s'ils. 5. eft attentive à plus elie plus elle fort eft me flatter . hors de lui. & il faut fa féparer. je la rafîure. elle fent que fon mes mains. m'embrafi^ en-i^cev^it mes adieux .

il Us mains du en fanglotant tous pour elle. & lépete mille fois les mêmes chofes avec un défordie qui feroit rire en toute autre occafion. ne pleure point. il le fenf. Si jamais il cft tenté d'oublier ce qu'il doit à Sophie. Je fuis charmé qu'il emporte avec lui cette trifte image.^176 EMILE. DES . en efl navré: je l'entraîne avec peine: fi il je le laifTe encore un mcmer. Combien cet objet eft plus touchant que la plainte importune & les regrets bruyans de fon amant Û le voir. il faudra qu'il ait le cœur bien aliéné Ti je ne le ramené pas à eft déjà parti ! elle. en la lui rappcUant telle qu'rl la vit au moment de fon départ. à tout ce qu'il fait . de la les fille. il a beau lui prendre les mains. rcfte en repos. elle relie immobile. ne voit perfonne. pas même Emile. pâle. le regard Ibmbre. la prefièr dans Tes bras . de la mère.t. père. embrafîê gens de la maifon. l'œil éteint.fible :à Tes pleurs. il ne voudra plus partir. à fes carefles. Sophie morne. infer. ne dit rien.

livre du monde ou fi nous y lifons encore. la defcription du pays dont un habitant va fi fort l'émerveiller. qu'il vient du pays où les préjugés nationaux font le plus en règne. Si l'on propolbit demandât autrement la queftion. s'il & l'on difpute bon que les jeunes gens beaucoup là-dcffus. peut-être. préfomptueux igiiorans. d. toujours pleine d'étrangers. 177 DES VOYAGES. Ce qu'if y a de bizarre eft que chacun d'eux a lu dix fois. il n'y en 3 point où l'on imprime tant d'hiftoires. Croyant faeft voir ce qu'on a lu. relations. il n'y en a point eu où l'on lût tant que dans celui-ci. de voyages. peut-être ne difputeroit-on pas tant. Il faut avoir d'égal dans le refte de l'Univers. ON demande s'il eft voyagent. il regarde chaque étranger comme un phénomène extraordinaire qui n'a rfea. 1 5 C^eft . & point où l'on fût moins favant de tous les pays de l'Europe. vu de près les Bourgeois de cette grande ville. & qu'on bon que les hommes aient voyagé. qu'en France. chacun s'en tient à fon feuillet. Un Parifien croit connoître les hommes ne connoit qu^ les François . De tous les fiecles de littérature. & point où l'on connoifle moins le génie Sz les mœurs des autres Tant de livres nous font négliger le Nations. 5î du fexe. il faut avoir vécu chez. on fe croit difpenfé de l'apTrop de lecture ne fert qu'à faire de prendre. dans fa ville.ou DE L'EDUCATION. eux pour croire qu'avec tant : & d'efprit on puifTe être aufîl ftupides. Quand le mot peut^ on être Perfan me feroit inconnu. je devineroîs^ à l'entendre dire. qui les propage le plus. L'abus des livres tue la fcience.

à ceux qui font faits pour s'en contenter. Elle cfl bonne. Cela feroit vrai dans cette occafion. Elle eft bonne pour drelicr des Platons de quinze le tompar^nt que j'avais lu. quand tous les Voyageurs feroient fmceres. de pofer la même queftion des voyages. au lieu de connoitre les hommes. Que doit-ce être quand il la faut démêler encore à travers leurs mcnfonges & leur mauvaife foi ? Laiflbns donc la reflburce des livres qu'en nous Vante. Je tiens pour maxime inconteltable que quiconque n'a vu qu'un peuple. bien convaincu qu'en fait d'obfervations de toute efpece il ne faut pas lire. Si regretter le tems que j'a\ois donné pour m'inftruire à leur ledture. j'ai fini par laiiTer-là les ans à philofupher dans des cercles. il faut voir. je n'en ai jamais trouvé d:ux qui m'aient donné la même idée du même peuple. fur la foi de Paul-Lucas ou de Tavernicr. ne connoît que les gens avec lefquels Voici donc encore une autre manière il' a vécu. qu'ils ne diroient que ce qu'ils ont vu ou ce qu'ils croyent.iie bien élevé ne connoilTe que fes compati iotes. & les C'eft trop d'avoir à percer à la fois les pré- jugés des Auteurs vérité. Se à inilruire tme compagnie des uTagcs de l'Egypte des Indes. ^z qu'ils ne déguiferoient la vérité que pnr les fauffes couleurs qu'elle prend à leurs yeux..173 EMILE. ou s'il lui importe de connoitre les & Il ne refte plus ici ni dîfhommes en généal pute ni doute. J'ai paffé rxôtres pour arrver à la ma vie à lire des relations de voyages. Suffitil qu'un hom. ainfi que l'art de Raimonde Lulle. En & peu que je pouvois obfervir avec ce Voyageurs. pour appreîidrc à babiller de ce qu'on ne fait point. Voyez combien la folution d'une ? de queftion difficile dépend quelquefois de la manière li'pofer Mais pour étudier les hommes faut-il parcourir ! la .

de tous' Ifa peuples de l'Jf. il can-^ fond tout ce qui n'y reflemble pas.^ La Noble-lvvingloife' voyage j là Nobb ffer' 1 6 Françoife . c''eil: grand hazard fi l'on voit exaélement ce qu'on ne fe foucie point de regarder. il faut fa voir voyager. Qài François 4(îs 'a' tous- vus . raaio d'une autre manif-re. 11 n'y a . pour s'inilruîre. pàrcequ'ils ignorent l'art de penfer. qu"on veut connoitre.vtnt rien voir d'eux-mêmes. comnie vu dix François connoît les François. Av^C cela pourtant. Il y a beaucoup de gens que les voyages inftruif.upu's fcieut coixtraires ba tout.er féparémeriti.point de pays où l'on trouve plus de geni qui aien: voyagé qu'on en trouve en France. il faut que ces deux p.ërent que celui-là ne les frappe guère . de ccuiir les pays . pàrcequ'ils ne veulent pas s'inf!:ruirf='. fi fort qrte ce ' n'eft ' la peiiie de les éÉiidi. mais. il cil pourtant certain que chaque fpécifique qui fe natiott a fon caractère propre tire par indu(£lion. quoiqu'on ^rl'en fjuifla pas dire autîftU dé' quelcjuCs des Ahglois autres peuples. De tous ks peuples du mond. il y a des François dans tous les coins du monde. mais ^e plufieurs. Pour obferver il faut avoir des yeux.- & les tournci vers l'objet .qr'>pë celui qui en voit le plus les connoit le rrrôinsi L'Anglais voyage auffî.' le François eft celui qui voyage le plus. & & carrrpare dix peuples connoit les celui qui a hommes. pU:in de {es ufages. D'autres ne s'^ihftr'-^ifent peint.k ou DE la terre entière 'L'Ei>"u Dation. non de l'obfervation J'un leul Celui qui à de' Tes membres. Leur o'ojet ell i\ dii'. oc que dans leurs voyages ils ne fr'. il y a «^^ connoitre tous les indiviéuâ ? hamacs çss -VU' iîixi qui fe' • ïe&mbient . t[ue dans la ledture leur efprit eft au moiris guf dé par l'Auteur. '179 Faùt-il aHer au J^ipon obrerve^ ? les Europceuj ? Pour coiinoitte l'elpece faut-il Non-.-nt encore mo'nsque les livres . Il ne fuffit pas.

& pourtant on voit dans ceux (lui nous rcftent d'eux. Pays.. ils donnent tout. U le François ceux de Commue les Peuples les moins cultivés font généralement les plus fages. Tandis qu'un François court chez les Artiftes d'un pays. & qu'un Allemand porte fon û/bum chez tous les Savans. Les Anglois ont pour-" fait aufïi qu'ils s'infliruifent Cela préjugés nationaux j ils en ont plus que perfonne j mais ces préjugés tiennent m.^ ne V-oilt point chercher fortupe chez les auQes Nations. de l'orgueil. lifoient peu. rapporte de ce qu'il a vu quelque remarque utile à fon . les mœurs. Si moins occupés des objets de notre vaine curiofité. leur attention à ce qui eft véritablement utile.i8p EMILE. l'Efpagnol étudie en fiîencc le gouvernement.oins à l'ignorance qu'à la palfion. Les Anciens voyageoîcnt peu. peu de livres.anger mieux chez ïé-^ que ne font les François. qui ont un tout autre objet en tête. fi ce n'eft par le commerce Si les mains pleines j quand ils y voyagent. de retour chez lui. : : Françoife ne voyage point le Peuple François voyage. non pour vivre d'induibiej iis font trop fiers pour aller ramper hors de chez. L'Antaoït aufli leurs même glois a les préjugés la vanité. ceux qui voyagent parcequ'étant moins le moins voyagent le mieux avancés que nous dans nos recherches frivoles.urs quelque vaie d'intérpt dans leurs voyages mais les Angloi. Cette différence me parolt honorable au dernier. * Les François ont prclque touj . le Peuple Anglcis ne voyage point. eux. qu'un Angîois en fait deffiner quelque antique. Je ne connois guère que les Efpagnols qui voyagent de cette manière. c'eft peur y verfer leur argent. (k il efi le feul des quatre qui. la police. qu'ils s'obfcrvoient faifoient mieux . tr.

ou par des gens méprifes qui ne donnoieiit i-^ ton à perfonne. oient jadis au premier coup d'ail. les Perfes. il y avoit moins de communications. les Carthaginoi-.élent. en chargeant leurs livres de portraits Sx de caractères.n voit peu. s'eftaçant de jour en jour. & ne rappiochoient point les Nations. le (eul Poëte qui nous tranfporte dans \çi pays qu'il décrit. moins d'intérêts con. mieux les /gi uns les autres que nous n'obfervons nos contemporains. point d'Ambaffadeurs ordinaires eu réfidens continuellement les grandes navigations étoient rares.oins de voyages.à-peu dirparoître ces différences nationales qui frap. Autrefois chaque Nation rcfioit plus renfermée en elle-mém. Inconteftablem. les Rom^ains. que les caractères originaux des Peupks. Il 'faut avouer auffi.ou DE L'EDUCATION. t< que les Peuples fe confondent. Se le peu qu'il y en avoit étoit fait par le Prince même qui s'y fcrvolt d'étranpers. qu'aucun Peuple de nos jours ne connoît fcs voifins. moins de liaifons^ politiques & civiles de Peuple à Peuple j point tant de ces tracaffeiics royales appçllées négociations. Il y a cent fois plus de liaifon maintenant entre l'Europe & l'Afie. deviennent en même raifon plus difficiles à faifir.e. Tacite a mieux décrit les Germains de fon tems qu'aucun Ecrivain n'a décrit les Allemands d'aujourd'hui. il y avoit peu de commerce éloigné. on rie peut refuler à Hérodote l'honneur d'avoir peint les mœurs dans Ton Hiftoire. m. les Gaulois. quoiqu'elle foit plus en narrations qu'en réflexions. o. A mefure que les races fe m. mieux que ne font tous nos Hiftoriens. l'Efpagnc : . Sans remonter aux écrits d'Homère.ent ceux qui font verl'és dans l'hifloire ancienne connoifl'ent mieux les Grec?.m.uns ou contraires. qu'il n'y en avoit jadis entre la Gaule Si .

la unifounémient quoique pîus mal cultivée. les figures.mcns. micîange du fang Circaiiîen. . les récentes éiriigrations des B. oU] orï.temps.iffent plus.Komains eux-mcmcs ijuc Icar naturel tarie.gardant là plupart comme Autoclitones. n\èm<^ au Ph. les qualités de lair & du terroir. éparfe qwe la terre entière Atoutezà ne reft anjourd'hui. où linconftance Européenne ne caufe naturelle le laiilé lems de faire fes à nulle impicfnons.\.a '] C fe re- l'Europe feule çtoit plus cela. ne jtout cqnicrvdy.>fique. les eara^eres.î82 l'Efpagne : E M X L E. les mœurs. marquoient plus fortement de Peuple à Peuple les tempér. r'qccupoient t'epiiis jitfiez. origin: ires de Tar- par le perdentchaque joi rde leur laideur primitive.arbajres ont tout mêlé.Al]pbroges .d'autreLis : les Grecs ne font plus ce.pour avoir perdu la . . pour avoir repréfcnté les habitans de • où les forêts abr. la même jliffeience. beat x hommes faits pour . Voilà pourquoi les antiques diftincl:ions des races.ménioire 'établis.. Ctéfias. des fiécles leculé^ où leurs Ancêtres s'y étoknt le tenis au climat de ê-..ttues. & marais delîechés. Pline. Germaijiis. 1^ iifcure des .parmi nous. fonX plus cts grand cprps blonds -U blancs. Les Fr?nçpis d'aujourd'iiui.ginaires de leur propre. ils ne font tous que des Scithes diverfement dégénérés quant à la figure.. Peut-être avec iç femblables réflexions fe prefferoit-on m'oins de touinéyçn ridicule Hérodote. Ibériens. que tout cela ne peui fe marq-^er de nos jours. pay$. : a changé de caraftere ainii les Perfans. après les invafions des Romains. que ks Anciens Peuples.tçrie à terre & de pays à pays..rvir de modèle à Tart. èc encore plus quant aux mccurs. pour" avoir laiilé ftiiie fur eux dts imprcflions durables j^-u lieu que . les terre plus ^ . ne l:.dè. loijg. Les Européens ne font plis Gaulois.

. ceux où l'on peut vivre le plus commodément. variés de fiécîe à fiécle. L'infliTûctiQn qu'on retire des voyages fe rapporte à l'objet qui les. mes. qui n'a befoin de perfonne. il n'en veut qu'aux bêtes. .-^ qui nç pouvons plus nous pafler de manger dés Si chacun roit & hoir.. Si nous.: Qiiand ils favent le profit qu'ils peuvent faire l'un. avec l'autre. forcé de s'étendre pour fubnfter. il ne lui importede connoitre que le pays qui peut le nourrir. les empêchent aulTi de s'étudier...afin de chcifir enfuite. h n'a befoin que d'ell s pour fe nourrir. Je divers pays. pouvions coji-fiderer à la fois tous les hommes qui ont été. ne connoit&. ou DE L'EDUCATION. .livrentii Le Commerce & les Arts.. pour reconnoître en eux les mêmes figures .. Mais pour nous a qui la vie civile eft nécefiaire.i3 que ci qu'il veut voir : quand cet objet eil l'intérêt. il faudroit que rien ne les eût changés. avec des difrérences plus. ne chercheà connoitre d'autres pays que le fien. Qiiand cet objet eft uji fifième ds Philofophie. elles fe fcnt plus négli^em^ ment & plus mal . & ne cpnvoite rien au monde. habités par les liommes . px)ur qu'ils fuflënt reftés les mêmes. Le Sauvage. qui mêlent 6c côhfoH#[ dent les Peuples. obfervations dêvifin^ nent plus difficiles. il abforbe toute l'attention de ceux qui s'y. TI 1S3 traits originaux & des marquées que nous n^ leur voyons faudrcit retrouver les m}mes hommes. le voyageur ne voit jam?. fe fufîifoit à lui-même. fait en-f treprcndre. c'eft une autre raifon du peu de fuccès de nos recherches dans l'Hiiloire natu-f relie du genre humain. il fuit ks lieux. S'il eft. qu'on ne les trouve aujourd'hui de Nation à Nation ? En même-temps que les.peut4 on douter que nous ne les trouvairions plus. qu'ont-ils de plus à favoir ? Il eft utile à l'homme de connoître tous les lieux où l'on peut vivre.

Peuples ie reflembknt tous. n'eft pas un objet doivent tout leur tems a cet objet ils font trop honnêtes gens pour voler Si dans quelque pays que ce puifîe leur argent. à Londres. befoin.184..s. que de conclure inutiles. de ce que nous voyageons les voyages font Mais l'utilité des voyages reconnue. kurs voyages à fecouer le joug de l'opinion ? Ils ne les font que pour elle. en attendant obferver les hommes. pour ccli:i qui veut philofopher. pourquoi tout afflue à Rome. qu'ils faivra-t-il ^ conviennent à tout le monde ? Tant . Les Platons. Les Savans voyagent par intérêt comme les autres. à Paris. n'eft jamas pour étudier les hommes. moral. Comment apprenmais d'oftentation. s'en- k mal. dit-on. Nous avons. choies s'il que C'eft donc mal raifonner. EMILE. des Savans qui voyagent ' pour s'inllruire c'eft une erreur. voyager pour Il y a bien de la diffeience entr: Le prevoir du pays. ou pour voir des Peuples. l'intcrèt de chacun de nous eft de fréVoila quenter les pays où l'on en trouve le plus. on les dépêche. . C'eft toujours dans les Capit des que le fang humain fe vend à meilleur marché. c'eft pour Ce n'eft pas de fcience qu'ils ont les inftruire. Ainfi l'on ne connoît que les grands Peuples. on les paye pourvoir tel ou tel objet. L'homme doit commencer puis il obferve les par obferver fes femblables. ou s'il y en a. ce étr. très furement. ne fe trouvent plus. Nos Savans ne voyagent que par ordre de la Cour . on les défraye. des curieux voyageant à leurs dépei. les Pithagor:s. l'autre Ce doit être tout le n'eft pour eux qu'accefiaire. unique. c'eft bien loin de nous. L'encontraire qu'il puiile fant obfcrve les cliofes. droient-ils dans mier objet eft toujours celui des curieux. k les grands hommes. en a le tems. ils qui.

Voyager pour voyager. fe fait par raifon doit avoir fes pris . ce qu'il fera toute fa vie . Si qui voyagent dans le vrai deffein de s'enftru're. d. à fon retour. parcequ'il Les en part plus d'enclins au mal qu'au bien. & achèvent d-e rendre l'homme bon ou mauvais. « -Tout ce qui règles. tous. cft. attendoit pour cêtre honorée qu'une main étrangère y femdt des : . poUr voir rexem.. Je voudrois donner au jeune homme un intérêt ler. digne d'un meilleur fiecle. il en revient plus de méchans que de bons.S-''inftîuire. pente. : ils ne conviennent qu'aux qu'à très peu de gens hommes aiTcz fermes fur eux-mêmes. Les voyages pouffent le_ naturel vers fa & . mal élevés ^z mal conduits. - : • pratiquer. pour écouter les leçons de l'erreur fans fe laiffer féduire.mais qui méritoit de vivre. & dont la tombe. eft encore un objet trop vague l'inilrudtion qui n'a pas un but déterminé.ou DE L'EDUCATION. .fibîe à .font m-êles i. reviennent. comme une partie de -réducâtion. être vagabond . & pas une des vertus dont ces mais ceux qui font heureufe-vices. meilleurs Si plus fages qu'ils n'étoient parti?. au contraire. &: cet intérêt bien choifi •'fixerbit encore la nature de l'inftruéllon. jeunes gcn?. Qiiiconque revient de courir le monde. Or. c'cft errer. n'eft rien. Ainfi voyagera mon Emile ainfi avoit voyagé ce jeune homme. C'eft tou-ou s la fuite de la méthode que j'ai tâché de • Les voyages. ceux dont on a bien cultivé le bon na•-turel. "^l'ant 185 s'en faut •. doivent avoit les leurs. voyager pour -^'inftrwire. ils ne conviennent. ornée de fes feules vertus. qui mourut pour fon Pays à la fleur de -{es ans.nt l'Europe étonnée admira le -mérite.ment nés. contrac-tent dans leurs voyages tous les vices deî Peuples qu'ils fréquentent. : ' -fleur?.plc du vice fans fe laiffer entraîner.

loix.être.en génpral. qu'il eft ctnie confirmer tacite- pris fes ancêtres.majeur ic maître de lui-même. il j^ii rc^le à ft conluîérer par fes rapports civil avec Tes concitoyens. le lieu de la nailTance étant un don de la nature.me à la fuccxiii'jn de Icn Père encore. cju'il xrcrr. devient maître auffi de renoncer au contrat par lequel il. & enfin le gouvernement particulier fous lequel il eft né.ù les. à : .it un ces t.ient. de vQtte patrimoine. renoncer a fa Patrie. vous laifran.vcus-marifr^ jil JajXt tiavoin quel.vptilez palier votre vie. chaque homme. ft-^ijoityoUs .de vous gouverner vcus-pnême.ple. pour acquérir le droit d'en êtie relie libre à fes rifques q_u'il iif iiie. pour (avoir s'il lui convient d'y vivre car par un droit que rien ne peut abroger. Cette vue eft louable. vouS. diverics formes de gouvcrncn. Je lui dirois donc. en devenânt. quel ItSmefUite^'v i. dépendant de touty même.. 11 de. les. jufqu'ici vous avez vécu fous ma dircélion. rendent. par le féjour qi^'il y fait apr&s l'âge de raiion. Mais vous . t-lle e. vctije • > famille . maître de.approchez de l'âge q. - .phyTiques avec les autres êtres.u« voulez prendre "pour aflurer du pain à vou5^. Vous allez vous trouver feul daas la fociété. rhcmmc vous 'V. en quittant le pays dans lequel elle tù éta: blie. Par le droit rigoureux chaque ment l'engagement qu'on acquiert le droit : homme en quelque.rs d'é_tat. tient à la communauté. com. . votre perfonne. Vous avez en rvue un ttabliikmcnt.cvvvis de _|'homme j mais ^yanc de.-iS6 .^ukz.pofition de votre bien.E M I L i-iT Tj( . li faut pour cela. . cedc-t-on du fien en y rencnçaiit.mence par étudier la nature du gouvèrnexnent. Or. lieu moins qu'il ne fe foumetre vcîpntairement aux loix.tladif. par exem. Ce n'eft que. vouz étiez ho. après s'être confidéie par Tes rapports. par fcs iappx3its moraux avec les autres i crûmes. à.protégéi .

en a pas un:qui. loin. fi ce qu'au contraire plus rampant. Voulez-vous vous engager dans la dépendance des hommes que vous meprifez ? Voulez-vous établir votre fortune èc lixer votre état par des relations civiles qui vous mettront far^s celTe à la difcrétion d'autrui. e'eft de fe mertre au fefvice. il y faut pourtant fonger une fois. xxn autre fa fon tems & imiter. Mais je doute qu'en vous expliquant comment s'y prennent pour cela ceux qui réulîifîént. foit dani le comfoit dans la finance. La mode vient même infenfiblement de s'y enrichir comme dans les autres. n'eft peut-être auprès des femmes h . de devenir fripon vous- méîTie? Là-defTijs je lui décrirai tous les moyens poiHbles de faire valoir fon bien. foit dans les charges.rncmç il ne s'agit plus de courage «i de valeur. -^ Vous faurez encore que dans çemptjer. Ce métier efl en grande eftime parmi les hommes. qui ne le mette dans up état précaire Se dépendant. •• . 187 familie .ne lui laiiîe des rifques à courir. c'eli-à-dire de fe louer a très boa compte. fentimens. je vous rende curieux de les y lui dirai -je. & Ae le force de régler merce. moyen d'employer perfanne. de vous difpenfer des autres refïources. & je lui montrerai qu'il n'y fes mœurs.. Au furplus. car il entre auln dans r honneur de cet état de ruiner ceux qui s-'y dévouent. le plus bas. fur l'expréjugés d'autrui. . pour échapper aux fripons. pour aller tuer àcs gens qui ne nous ont point fai^t de mal. fes emple il & les a. & vous forceront. fa conduite.ou DE L'EDUCATION. car bien qu'il ne faille pas faire d'un tel foin la principale aftaire. & ils font un cas extraordinaire de ceux qui ne font bons qu'à cela. il ne vous les rend que plus néceffaires . le pluo fervile eft tOUJOiWj . Il efl vrai qu'ils ne s'y ruinent pas toi s.

c'eft affcz pour le bonheur dvi d'un champ qui fcitnt à lui. fi communs que vous trouvé pour vous . parlez ne me touchent guère. Si toutes les fottcs opinions des hommes ? je ne connois peint d'autre gloire que d'être bicntaifant & julte . tout au moins fupplanté par tous vos accablé de pafie-droits camarales. k je vivrai fans inje ferai Sophie Se mon champ.i88 E M I L E. je mettrai toute tit k de la fanté barras dont vous me mon avarice à la faire valoir. ne font pas Le plus rare eft pcnlez. pour avoir fait votre fe. je ne connois point d'autre bonheur que de a ivre indépendant avec ce qu'on aime. Oui. Je ne veux pour tout bien qu'une petite rnetairie dans quelque coin du monde. haï. mon ami. en gagnant tous les jours de l'appé- Ma Tous ces empar fon travail. On fe doute bien que tous ces emnlo s divers ne Eh quoi me feront pas fort du p:oût d'Emile. bien que mcdelles. quiétude. faire riches. fans avoir befoin de faire mal à & & le fans crainte d'en recevoir ? Croyez-vous que pays où il eft toujours permis d'être honnête homme . tandis qu'ils faifoient le leur à la toilette. toujours le plus honoré . que fi vous vous avifcz de vouloir faire tout de bon votre métier. dira-t-ii. parlons de l'autre. chafîé peut-être. ai-je oublié les ieux de mon enfance ? ! Ne force cft-elle epuifée ? Ai-je perdu mes bras ? tous fais-je plus travailler ? Que m'importent vos beaux emplois.vice à la tran- & chée. je fuis ici mon On maître h celui du terrein qui m'?ppariient. fage d'une femme Mais ces tréfors. cher Emile 5c dans En quel coin quel lieu le choifirez-vous ? ! h de la terre pourrez-vous dire . Un champ qui foit à vous. & riche. vous ferez méprifé. fait en quels lieux il eft aifé de fe mais qui fait où l'on peut fe pafier de l'cire ? Qui fait où l'on peut vivre indépendant pcrfonne libre.

toujours prêts à vous tourmenter Mettez -vous fur-tout à l'abri des néAhr'^z.'z d'y trouver la paix que vous cherchez . fous quelque prétexte. il vous rendroit heureux . à des Juges. hs des riches . La . honnête. je vois mieux la difficulté il beau.is. vous vous confervez du crédit pour parer fi confervcr à tous ces inconvéniens. car elles ne vous plus à garder. mutuellement l'autre. abforber toutes Que vos reflburces dans un large grand-chemin. cher Emile. mais où eft l'Etat où l'on iur de fubiuler fans^ intrigue. la terre que je foule eft à moi ? Avant de choifir cette heureuie terre. à des de PuilTans voifins. en vant fa propre terre . autant vaut coûteront pas aufli vos richeftes. à k par-tout leurs terres peuvent confiner ^à la vigne Si votre malheur veut qu'un homme de Naboth. J'ai le crédit s'étayent rich (le l'un fe foutient toujours mal fans & plus d'expérience que vous. ou que vous ne verrez p. de vivre du travail de les mai. dépendance.ou DE L'EDUCATION. qu'un gouvernement violent. Mettez-vous à labri des impôts vos peifans mefure qui dévorerolent le fruit de votre nes. à leurs Subftltuts. fongez que vexations des grands tres. vous n'ayez point à faire votre cour à des IntenPrêdans. homme moyen foit i\ 189 facile à trouver ? S'il eft quelque légitime & fans affaire. fans cultiviens. eft Il eft de votre projet. dès demain peut-être.as. répondez -vous qu'il ne d'eiivahir pas le moyen. j'en con- peut fe dire. que de mœurs perverfes. à des fripons de toute fi vous efpece. près de en place achette ou batilîe une maifon trouvera votre chaumière. ne vous y nent troubler. afiùrez-vous bien gard. c'eir. des procès f-ns fin qui confumeroicnt Faites en forte qu'en vi^ant juftemcnt fonds. votre héritage pour s'a rondir. pourtant. qu'une religion pcrvienfécutante.

un enfant de mauvaife foi. je vois combien d'hommes fe. eût été l'iliuftre il grande Montefquieu. de mœurs publiques.ifés lifent ou compren- nent ces deux Auteurs. & vous n^âurez pas regret à votre tems. & de maximes d'Etat de toute efpece. ils ne différent que par les expreifions. Qt^iand j'entends élever Grctius jufqu'aux nues <S: couvrir Hobbc^ d'c. Si nous ne réufiï0bns. au retour de fes voyages commencés & condnués dans cette vue. Si nbus réufiîfTonSjVoùs aurez trouvé le vrai bonheur vainérnent cherché partant d'autres. & vou^s' vous foumettrez à la loi de la néceffité. heureux en eftet . efForçons-nous de l'exécuter.bbes s'appuye fur des So~ phifmes. que nous avons pris jufqu'à votre retoùt. Ernile n'en revient pas verfé dans toutes les matières de gouvernement. La vérité eft que leurs principes font exaélemcnt fcmblables. Mais n'eut garde de traiter des principes j du droit politique il fe contenta de traiter du droit pofitif . n'eft qu'un enfant. vous vous confolerez d'un malheur inévitable. Ils difi'crent auffi par la m. une propofition à vous faire. & l'autre de jugement.ngers dont je viens de vous parler. Confacrons les ciéux ans.. à choiiir un azile en Lurope où vous puiffièz vivre . Je ne ùCii' R tous mes Ledieurs appercevront jufqu'où va nous mener cette recherche ainfl propoféej mais je fais bien que fl. H. l'un d'intelligence.pas. moderne. Grctius. 5c qui pis efc.éthode. k Grotius fur des Poètes tout le refte : leur eft commun.écration. & il eft à préfumer qu'il ne naîtra jamais. le maître de tous nos Savans en cette partie. vous ferez guéri d'une chimère. en état de créer tette Le feul h inutile fcience.heureux avec votre famille à l'abri de tous lès d?.190 J'ai E M I L E. Le droit politique eft encore à naître. il faut que lui ou moi foyons bien dépourvus.

ce ns. qui. lui importe eft de trouver le meilleur. cette difEcuîté . des préjugés de l'enfance. le peuple ne donne ni chaires.cciaircir ces Irnportantes matières ell Ur'ihÉëreflef Ùti: Fatiiculier a les difcuter.m'impor. qu'on juge comment.2ux queftions. La deuxième difficulté vient. pour établir les droits de fait-il A ' peine quec'eitque gouvernement ' & ' l'fiumanité.ouv de la iuftîçe & un vrai refpeA pour la vérité.e ? ^'^^^^'7 P"is-je ïaife'lJ -Noùs'â^ons mis notre J^niiie' en état 'dé fe riptodre à toutes deux. & rien au mand'^ n'eft plus diliennt que ces deux études.parlent point. fut encore nulle pour. G'^lui pourtant. fera point pour faire fa cour aux PuiiTances. Emile. une troifieme diiîîculté plus fpécieufe que je ne veux ni réibudre. parlant toujours de la véricé dont ils ne fe foucient guercs. de grands talens font moins riéceflaires qu'un lincere mt. ne fongent qu'à leur intérêt dont ils ^ ' ne . Or.ces. ce la Ceiile chofe qui .:^J. le ca3. fi jamais il eh fait.d. . ni phces d'Académies. de elt Icsyr^ûHirtoucfes deurcf- faut faivoir ce U • répondre à . ou jamrds. il faut fe faire des règles pour fes . mais.dç3 livres. •Qi. pîu^ grande dftiîcutcé ^uV. en voici. furtout de la partialité des Auteurs.<jui' veut juger fauiement des obligé de quf doît è'^rt-^fôiï^^bilén y:^i^r dcçh qui çil. Il relie que folide. ni penfions.^[IS-'ttls-i^u'Jii.exifteht. ii^ ' 191 des gouycrnem. ni pro-'-' pofer il me^ fu^t quelle n'effraye point mon zele j tien fur qu'tn des recherches de cette efpece. &: : ' Avant d'obftrver. félon moi. Si donc Ici matières de gouvernement peuvent être équitablement traitées. pofitif gouverne:n.ns étzhlis . des maximes dans lefqudles on a été nourri. ces gens-ià ! fes droit'i' doivent être établis par J'ai fait enforte que.ou DE L'EDUCATION.ie. fon objet n'eft point de Faire .

fimplcs. Par exemple. quand même on pourroit la lui cacher ? Car enfm. p-. mefures Nos élémcns feront clairs. &: ne feroit tre. k qu'on en foit dirpenfe fitùt qu'en peut faire réfiftance droit qui. elle eft furmontée par une autre . n'ajoûteroit pas grand'chofe à la force. remontant d'abord à l'état de na- nous examinerons fi les hommes naifient s'ils fe efclaves ou libres. & l'étruit l'obligation en forte qu'on ne foit obligé d'obéir qu'autant qu'on y eft forcé. en que depuis la force du Roi Nembrot. qui ont détruit celle-là foieni deveautres forces qu'il n'y ait plus ufurpatoires.ur il faut fe faire une échelle Nos prinrapporter les mefurcs qu'on prend. forte toutes les dit-on. nent. pris imméfes obfcrvations diatcnient dans la nature des chofes. Si .JQ2 E : M ILE. ce femble. Se s'il s'enfuit pour Médecin ? cela que ce foit un crime d'appeller le Nous examinerons encore i\ l'on eft obligé en qui confcience de donner fa bourfe à un bandit nous la demande fur le grand chemin. réunifTent volontairement ou par force . y Nos cipes de droit politique font cette échelle. nues iniques par & k de légitimes Rois que les defcendans de Nembrot ou fel ayans-caufe ? Ou bien fi cette première luccede force venant à ceffer. fi jamais droit permala force qui les réunit peut former un ture. Us fe formeque ront des qu. le piltolet qu'il tient eft aufîi une puiflance. qui. afibcics ou indépendans. même quand lequel cette force antérieure oblige. : guère qu'un jeu de mots ? Nous examinerons fi Toii ne peut pas dire que toute maladie vient de Dieu.cftion3 difcutées entre nous. la force qui lui de l'auoblige à fon tour. lui foumit les premiers Peuples. font les loix politiques de chaque pays. év convertirons en principes que quand elles nous ne feront fufîifammcnt réfolues.

fa foibl ffe. ic i'amour u turel que le père a pour lui ? ôi donc la fcib . mdépendant de tout autre homne. hs enfans font tenus d'obéir a leur aîné..aicn veut dire autre cho''e qu'un puiffance légitime.r. fa raifcn à n.e raifcn la comme rejette ce droit de force. comme: r cHe eft foncée dans la nature. de race en race. le his qu'il n'eft fur que le père aime le hls. Je 1- utilité l'enfant venant à celTer.Il.te autorité. cette fj te de iociété ne rentre pas toujours dans l'affocii^tion libre ainfi fournis à leurs' qu'ils y fufîcnt ob- volontaire ? PaiTant enfuite au droit d'cfclavage. de quel droit il y aurr . .t^rnslle k qu- de l'enfant. fans au- k ^ cunc . • noiis frères. il y aura toujours un chef uni a. & û elle a d'aat..re? Car il eft encore plu6 fur eue la coniervation. qu'on la nature ou l'autorité p.. noui diftinguerons alors le le & droit du fai. même de fon p. il ne devient pas feul juge naturel de fe qui -onvirMit & & s à par coaicquent fon propre maître. aime lui-même. demanderons fi s'étant oncles ou parens. ou à quelque autre qui n'aura pas pour eux 1 attachement naturel d'un p:re j j. nous examinerons fi un homme peut Ics^itimemcnc s'aliéner a un autrc^ fans rcitriaion.ûr.<. Si. non mais parcequ'ils l'ont bien voulu. liges.ou DE L'EDUCATION. par confequent foumile aux loix don. plus d'un chef qui gouvernât k genre humain ? Suppofe que les Peuples fe fufTent formés par choix. • 193 Si ce mot de puifîancc tn cette ocr. fi.auquel toute la famille foit tenue d'obéir ?' auquel tas on chercheroit comment l'autjrité pourroit jamais êtie partagée. nj s ieche:cherons mefure de ce.t |ur la terre entière.ti-u ion être ? k Suppofé qu'on admette celui de principe des fociétés. fans réferve. le père nort.

ccm^ment le peuple ne rcftera-t-il par fon chef ? de l'obfervation du contrat confidede revenir ainfi fur nos pas. ? C'eft-à-dire. il qui lui prefciivent ce qu'il doit faiie & ce dont doit s'abftenir ? Qiie s'il y a quelque réfcrvc. ne en avoientim. & fi maîtres de le rompre fitôt qu'ils ? .194 cune efpcce de condition EMILE. à toute moralité dans fes atTtions. quelque reftndtion cet dans l'ade d'efclavage. l'cbfcn'ation du contrat par fon Forcés & rant le fens de ce fi mot colkaif de l'établir il chercherons trat. n'ayant recette qualité de Supérieur commun (17). au moins tacite. malgré la napropre ture qui le charge immédiatement de {à hi malgré L\ confcicncc & fa laiion confervat:cn. en conditions du flent leurs propres juges quant aux dans cette contrat. à fa raifon. le Souverain. ce Supérieur commun d eiclavage. dans lea<Sle ne devient pas alors un point quel chacun des deux contradans. s'efti- ment lézés Que réferve à s'aliéner relie . U ceffer en unmotd'exiiler avant fa inort. à fa vie. eit Puifqu'avant de s'élire un Roi le Peuple coiiun Peuple. toute focicté iociete afte qu'il faut chercher celle de la qu il forme. à fon 7noi. & . s'il peut renoncer à fa ptrfonne. par conféquent libres chacun partie. comment un Peuple ^pcut-il fans réferve à fon chef i & li l'clclave juge de pas juge maître. n'en fe- (17) S'ils roit autre que P"'^"P'- Nous . fuppofons ? T-» n.r donc un efclave ne peut s aliéner ians fon maître.lors le droit leioit i^as le fondé fur ic droit de fouveraineté. qu'efl^ce qui l'a fait tel finon le donc la bafe de trat focial ? Le contrat focial eft de cet civile. nous difcuterons fi vrai contrat. & c'eft dans la nature 1 pour rous ne faut pas un conantérieur à celui que nous peuple.

ni ne pjuc y avoir. Nous : 195 rechercherons quelle eft la teneur de ce contrat. Ceci fuppofé j pour définir les termes dont nous avons befoin. ne peut obliger TEcat envers lui-même. Nous remarquerons encore. A comparant à iç. d'autre loi fondamentale. bc comme membre de l'Etat. ou participans à l'autorité fouve- & raine. à caufe des deux diÀer ns rapports foîs l. Souverain quand il eft aétit". compote d'autant de membres que l'afTem-* & blée a de voix. fa perfonne. que nul n'étant tenu aux engagcmens qu'on n'a pris qu'avec foi. cet acte d'aflbciation produit un corps moral coî^ ledif. Cette pcifonne publique prend en général le nom de Corps Politique : lequel e(t appelle par Tes membres. proprement ditj que le K 2 ' feul . s'appellent en particulier Citoyms.^ l'égard Aç.ou DE L'EDUCATION. Puijfance en le femblables. Far où l'on voit qu'il n y a. comme membre du Souverain. torité. comme membres de la Cité. contra£tant. ôi que chaque individu. nous remarquerons qu'a. & fi l'on ne peut pas à-peu-près l'énoncer par cette formule Chacun de nous ?net en cornjnunfes biens. fer vie^ iff toutefa pui[Jance^ Jms la fuprcme direâîion de la volonté géhérale^ if nous^ recevons en corps chaque membre^ comme parte in^ divifible du tout. envers les particuliers . avec lui-même. & Sujets comme fournis à la même au- Nous remarquerons que cet a6le d'aflbciation renferme un engagement réciproque du public & des particuliers. envers le Souverain. ils prennent le nom de Peuple collectivement. pour ainfi dire. Etat quand il eft paffif.lieu de la perfonne particulière de chaque contraclanr. qui peut obliger tous les Sujets envers les Souverain. favoir.friaels chacun d'eux eft envifagé.5 membres eux-mêmes. fe trouve engagé fous un double rapport. la délibération publique.

qu'ils ne le foient tous. & qui feule rend légide la danger. machine politique. fcmblaFour bien décider toutes les queftions aurons foin de nous rappelkr toujours & bles. avec les particuliers comme Condition qui fait tout l'artihc. des engagemcns times. c'cft-à-dire le que le pa6le focial ? lui feul. c'efl-à-dre. un individu. homme obeiilant au Souverain n obéit chaque 5c . faon le pafte focial. le Soverain communes & générales. à certains autrui . îl devient alors un Les deux parties contraftantes. fuicts aux plus énormes ^ fournis qu au bouve'Les Particuliers ne s'étant chofe l'autorité fouv. Ainfi le contrat facial n'a jamais begarant que la force publique .iç6 feul E paae focial. ôi le jeu Suiets. ce ce feroit vouloir fe faire du mal a puifque peut foi-même. parcequc foin d'au tre venir que des particuliers. raifonnables. qui fans abus. tiranniqucs. la lézion ne"'peut jamais lont pas pour cela libres de leur enalors ils ne eag-ement. mais punis de l'avoir violé. iavoir chaque Supérieur particulier & le public. M Ce I L E.raine n'étant autre _ rain nous vc. en ce que le Peuple ne contracte propre Peuple en corps qu'avec lui-même. ao-ir que par des \ olontés avoir que des objets fes aétes ne doivent de même partigénéraux & communs . n'ayant aucun commun qui puiiie juger leurs difFérend:^ nous examinerons fi chacun des deux refte le maître de rompre le contrat quand lui plait . nous obferverons Pour éclaircir cette ne pouvant eue. comme Souveran. nous 5c ell: d'une nature particulière. gager envers être fimpie. s'encorps politique ne puiffe. qu'il fe crc-it lezé ? d'y renoncer pour fa part fitôt queftion. 5c fans bi cela feroient abfurdcs. car par rapport à l'Etranger. d'où il fuit qu'un fauroit être lézé direaement par le culier ne qui ne fe Souverain.rons comment que k volonté générale. qui ne figràfie pas que k égards.

Ainfi le Souverain n'a nul droit l'anéantir. facré pour elle.re ej :t: particu- un ou plufieurs de fes membres.197 lui-même. neuf : la définition . dont la pareft l'un. tout i tant que ce rapport fubfifte. Peuple fe forme entre le tou: 5: fii partie une relation qui en fait deux êtres féparés. un : & peut d" toucher au bien d'un particulier. Au contraire. Il fe s'il fous forme un rapport.^. . bien de niais il peut légitimement s'emparer du cela fe fit à Sparte au tems de Litous. du ou DE L'EDUCATION. nous rechercherons comment fe mani de la fefte cette volonté.. il n'y a donc plus de tout. c'eft de l'objet entier un point de vue à l'objet entier fous un autre point de vue. ni de plufieurs . Alors fe K 3 l'objet. Puifque rien n'oblige les Sujets que la volonté générale. domaine eminent. & divife. il cette volonté eR foumis à la volonté générale. & comment on eft plus libre dans qu*à nature.t celui qu'elle doit le plus relpec.ie la loi efl faire. & le tout moins cette piutie eft l'auti > Mais le tout moins une partie n'eft pas le tre. & quels font les vrais caractères d. mais deux parties inégales. ce que c'eft qu'une loi. il ne confidre que lui-même.er . quand tout le peuple fta'iue ur tout le peuple. tant qu'il demeure il eft inviolable particulier avec le le droit :!<: fitôt qu'il cil droit particulier &c individuel confidéré comme commun à tous les Citoyens. A lier l'inftant que le Peuple confid.la loi ? Ce enc fujet eft tout re . nous ferons quant aux biens celle du domaine propriété avec le droit de fouveraineté. ce drolc •. le pacte focial que dans l'état de Après avoir fait ia comparalion de la liberté perforinaturelle avec la liberté civile quant aux droit de nes. Si c'cft fur de propriété qu'eft fondée l'autorité fouveraine. comme curgue j au Iîlu que l'abolition des dettes par So- lon fut un aûc illégitime. fans aucune divifion du tout. à quels fignes on c'I: fur reconnoître.

Le petit traite que j'en ai d«tacbé. & l'acte par lequel on me Magiftrat ou exécuteur comme Souverain (i8). k ceux-ci. car l'aéte d'élection n'étant pas une loi. au contraire. des ades de force ou de governement pour l'exécution de ces mêmes loix. nous rechercherons comment cela fe peut faire ? Les adles du Souverain ne peuvent être que des adles de volonté générale. ne peuvent avoir •qu le des objets particuliers. Nous examinerons fe dépouille s'il de la loi qu'il a portée eft poiTible que le de fojr droit de fouveraineté peuple pour en un homme ou plufieurs . volonté . on ne voit point comment alors il peut transférer un droit revêtir qu'il n'a pas. fuite des des loix : il faut en- aâes déterminans. extrait lui-mniic d'un plus grand ouviagc entrepris fans conhilter mes forets.igt EMILE. favoir. s'enfuit que le Souverain n'a jamais le pouvoir fi Si le Souverain la loi de rienflatuer fur un objet particulier . la volonté qui ftatue eit aufli générale. & on ilatue eft général. &: dans cet ade le peuple n'étant pas fou\erain lui-même.e rapport fous lequel le peuple aflemblé peut être confidéré . Nous exairinerons s'il y a quelque autre efpece d'adte qui puifie porter le nom de loi ? l'objet fur lequel ^' h il ne peut parler que par des loix. & abandonne depuis long-tcms. Voici donc un troificm. L'elTence de la fouveraineté ccnfiftant dans la (ï8) Ces quellioiis traites & propofitions font la plinart ex- du traite Du tonnât Soda/. ne peut jamais avoir qu'un objet général relatif également à tous les membres de l'Etat .ent. Ainfi î'acle par lequel éliia élit Souverain flatue qu'on un chef eft une ce chef en exécution de la Icin'efl qu'un adle de gouvcrncm. com- loi. îv dont celt ici le fommaire. & comme il importe cependant à la confervation de l'Etat qu'il feit aufli décidé des chofes particulières. fera publié à part.

Si le peuple ne peut avoir ni Souverain ni re- préfentans. " & Les Membres de ce corps s'appellent Alûgijîfafî ou K 4 . cial. rechercherons fi. formé le Souverain . eft chargé de l'adminiftration publique. on ne voit point non plus comment on peut s'affurer qu'une volonté particulière fera toujours d'accord aVec cette volonté On doit bien plutôt préfumer qu'elle v générale.ut fé donner un maî. s'il eft aifé qu'un grand peuple foit ion propre Légillateur ? 8*1 le Peuole Romain n'étbit pas un grand Peu- ple ? S'il eft Il fuit bon qu'il y ait de grands Peuples ? des confidérations précédentes. k k - d'un ou de plufieurs membres. les chefs & fournis eux-mêmes aux ? loix qu'ils font chargés de faire obferver ne peut aliéner fon droit fuprême. coimcr'pjur un tems ? S'il ne p.ou DE L'EDUCATION. peuvent jamais être autre chofe que les officiers du peuple. du maint en do la liberté civile k politique.:r:'. fous quelque nom qu'ils fo'ent élus. s'il doit les changer fouvent . dt l'exécution des loix. 199 ^ volonté générale. car l'intérêt privé tend touiours aux préférences. auxquels il ordonne de faire exécuter les loix . s'il doit avoir beaucoup de loix. fera fouvent contraire . fi ces chefs ne lui doivent ne font pas pas compEe de leur adminiftration. fans violer le paéte fole droit du peuple. qu'il y a dans l'Etat un corps intermédiaire entre les Sujets ce corps intermédiaire. k quand V firoit qu'il ne pût pas néceiTaire cet accord feroit poffible. & l'intérêt public à l'égalité . pcat-il fe donner des repréfenSi le peuple peut-il le tans ? Cette queition eil importante k mérite dif- cuffion. nous examinerons comment il peut porter fcs loix kii-mêrae . il fufindeftru6lible k pour que Nous fouverain n'en pût réfulter.

200 tier coniideïe E M ILE. que chaque membre de l'Etat n'a pour fa part que la dix millième partie de l'autorité fo verain. tandis que fon fultVage réduit à un cent-milliem-. une exiftcnce indivile defpc^tifme tombe dans duelle & indépendante. dont le gou\ ernement donne le moyen terme. Le Magiltrat reçoit du Souverain les ordres qu'il donne au peuple . que plus l'Etat s'a2. le rapport du Souverain augmente en raifon du n'-mbre des Citoyens. Si nous confiderons l'adlion du corps entier agifiant fur lui-même. ou du Souverain à l'Etat. a dix fois moins d'influejice dans leur réda<ftion. que colleélivemcnt h en corps . le dcfordre On fuccede à la règle. nouspouvons comparer ce rapport à celui des extrêmes d'une proportion continue. quoiqu'il lui foit fournis tout entier. l'ttat des Sujets ne change pas. Que le peuple foit ccmpofé de cent mille hommes . Ainfi le Sujet leflant toujours un. toyens qui font fujets d'un côté l'autre. le rapport du tout au tout. mais chaque particulier a. & chacun porte toujours tout l'empire des loix. h Le corps eirpar les hommes qui ]e compofent s'appdle Prince. D'où il fuir. Suppofons que l'Etat foit ccmpofé de dix mille Le Souverain ne peut être confidéré Citoyens. ou dans l'anarchie. confideré par fon action il s'app lleGju l'sr. éc l'Etat dilibut. &. Ainfi : le Souverain eft au Sujet comme dix mille à un c'eft-à dire.grandit. Or. eu fi le Prince veut donner des loix. Gouverneurs. c'cft-à-dire. . c'eft-a-dire.ement. tout compenfé fon produit ou fa puiliance eft au mêrriC degré que le produit ou la puifîance des Ci- ou Roh. Si le Souverain \ eut gouverner. comme Sujet. & fouverains de ne fauroit altérer aucun des trois termes fans rompre à l'inflant la proportion. ou fi le Sujet refufc d'obéir. plus la liberté diminue.

toutes d'Etats différens en grandeur. repi.n'eft point une idée il fuit encore féquence de la nature de l'Etat peuple.ir. D'où nous pouvons de gouvernenent qu'il n'y a pas une conftituticn mais qu'il doit y avoir autant unique & abfoluc nature qu il y a de gouvernemens diflFérens en . c'eft-à-ûire i. augmente ou mente ou diminue. étant que l'un des extrêmes. qu uii uniquement au profit du Prince .. elTentiellement Première- qui ne tend ment. que le moyen terme change autant tirer cette confequence. k continue entre arbitraire.ou DE L'EDUCATION. par rapport à l'Etat dont le liere t' '^'^ j^ ^ gouvernement tait . le Prince. la qu'a fon avantage particulier. moins les Si plus le peuple eft aux loix. la raifon fimple ce qui ne peut fe faire fans diminue à fon tour. volonté volonté ue corps.: Magnlrat trois diiîtrcntes. mais une conpl.e augles fois que la raifou fîxe. de tois. qui fe rapporte volonté commune des Magiftrats. nous dilhngueperfonne de chaqu.anf aoit mœurs aux £. nombreux. rappor: que la proportioa Il fuit de ce double le x'eule Souverain.. Or.e & pour contenir le gouvernement. favoir le doubb.la grandeur a ^ 1 au-menter.uïs fe rapportent peut pas une analo-ie affez évidente en ne fi pa-- dire aufli que plus les Magjftrats font' nombreux. plus plus d:^ tentations a de force pour conteriir le peule aouvernement doit en avoir a ion tour plet plus le Souverain loix. moins les 201 raples portent à la volonté volontés par icuiicies générale. la volonté propre de l'individu fecondement. plus la for. nous examinerons mr.rticunérale par rapport au gouvernement. eft roible ï plus le p-ouvernement eclaircir cette Pour voloiîtés rons dans la maxime. laquelle eit gépeut appellcr Se p:. publique aux dcDofitaires de i'autorite tat'^donnant de moyens d'en abuier . D'un autre côté.

la volonté de corps a le fécond rang. h que la force abfolue du gouvernement étant toujours celle du peuple ne varie point. unifions le gouvernement à l'aufaifons le Prince du Souverain. fera dans fon minimum d'ac: : & & tivité» Ces . c^ puis Citoyen. Au contraire. en troifieme la lieu la volonté du peuple volonté fouveraine. ces différentes volontés deviennent plus actives à mefure qu'elles fe concentrent j la volonté générale eft toujours la plus foible . parfaitement confondue avec la Tolontc générale. & puis Magiftrat. même force abfolue. Cela pofé nous fuppoferons le gouvernement entre les mains d'un leul homme. la Dans une légiflation parfaite la volonté particulière très & individuelle doit »étre volonté de corps propre au goufubordonnée.202 fait partie . félon l'ordre naturel. Voilà la volonté particulière Sz la volonté de corps parfaitement réunies. & par conféquejit la volonté générale & fouveraine eft la règle de toutes les autres. En forte que chacun premièrement foi-même. Gradation direélement oppofée à lière celle qu'exige l'ordre focial. tant par rapport à l'Etat confidéré comme le tout.ouvernement. Au contraire. il s'er-MÏt que le plus adlif des gouvernemcns eft celui û'un feul. torité fuprême des Citoyens autant de Magiftrats. & la volonté particu- prefque nulle. laquelle eft générale. Or comme c'cft de ce degré que dépend l'ufage ce la force. EMILE. n'aura pas plus d'aétivité qu'elle. laiffera la volonté particulière dans toute fn Ainfi le o. toujours avec la force. Alors la volonté de corps. & par conféquent celle-ci au plus haut degré d'intenfité qu'elle puiffe avoir. que par rapport au gouvernement confidéré com- ou me partie du tout. vernement eft eft préférée à tout.

plus le peuple eft nombreux. en forte qu'il y ait plus de Citoyens Magiilrats que de donne le Citoyens fmiplcs particuliers. par cette pluralité l'activité du gouvernement diminue fans que fa force puiffe^augmenter. ntfus remarque- rons en premier lieu que le Souverain peut commettre le dépôt du gouvernement à tout le peuple ou à la plus grande partie du peuple. reo-les 203 d'autres confont inconteftables. Car chaque iMagiftrat eft & prcfqu^ toujours chargé de quelque fonction pris à part n'a particulière de Citoyen gouvernement au lieu que chaque aucune fonction de la fou. plus le rer. Après avoir trouvé que le gouvernement fe relâche à m^fure que les Mag ftrats fe multiplient. parcequ'il eft dépofitaire de celle de Ainfi l'Etat que nous fupp:fons toujours égale. que par conféquent la volonté particulierey a beaucoup plus d'influence. Si que. plus la force réprimante du gouvernement doit augmenter. nom de Déinocratie à cette forme de gouvcrne- On K 6 Ou . veraineté. que les Magiftrats font plus actifs dans & On leur corps que le Citoyen n'eft dans le fien. quoiqu'elle n'augmente mais l'Etat reftant pas en raifon de fon étendue le même. nous conclurons que le rapport des Magiftrats au gouvernement doit être inverfe de celui des Suc'eft-à-dire. gouvernement doit fe reffer- tellement que le nombre des chefs diminue en raifon de l'augmentation du peuple. que plus l'Etat iets au Souverain : s'aggrandit. par fidérations fervent à les confirmer. exemple.ou DE L'EDUCATION. le gouvernement n'en acquiert pas une plus grande : force réelle. les Magiftrats ont beau fe multiplier. plus fa force réelle augmente. Ces voit. D'ailleurs plus l'Etat s'étend. Pour fixer enfuite cette diverfité de formes fous des dénominations plus précifes.

& fous trois dénominations fpccifiques le gouvernement eil: réellement capable d'autant de formes que l'Etat a de Citoyens. fai>s qu'on pût dire que l'Empire fût divifé. il peut concentrer tout le gouvernement ntre les mains d'unMagiftrat unique. ou du moins les deux premières. dont chacune eft multipliabîe par toutes les formes fimples.ins d'un moindre nombre.ême une affez grande latitude. & ont m. Cc^r la Démocratie peut embrr.ultitudc de formes mixtes.204 E M I L E. ù s'appelle Monarchie ou gouvernement royal. & la pire en d'autres. il peut réfultcr de ces trois formes combinées une m. Sz l'on a vu dans l'Empire Romain jufqu'à huit Empereurs à la fois. Il y a plus . chacun de ces gouvcrnemens pouvant à certains égards fe fubdivifer en divcrfes parties. fimplvs Citoyens que de Magillrats. l'une adminiftrée d'une manière 5i l'autre d'une autre. foit autrement. Pour nous. foit envre le père & le nls.fler tout le peuple ou fe rclTerrer jufqu'à la moitié. font fufceptibles de plus h de moins. 11 y a un point où chaque fcr>ne de gouvernement fe confond avec la fuivante . cetie forme porte le nom d'Ariftocratie. en forte qu'il y ait plus dr. a de tout tems On beaucoup difputé fur la meilleure forme de Gouvernement. lans confidérer que chacune eft la meilleure en certains cas. il y avoit toujours deux Rois à Sparte. bien il peut reilerrer le gouvernement entre les mr. L'Ariilocratie à fon tour peut de la moitié du peuple fe reHerrer indéterminém-nt jufqu'aux plus petits : nombres la Royauté même admet quelquefois un partage. Nous remarquerons que toutes ces formes. Enfin. fi dans les différens . Cette Ou & r troifieme forme efl la plus commune. foit entre deux frères.

&i coûtant la vie à plus d'hommes.i participe à tous les deux. éi le convient aux petits Etats. tinuelle faifant plus de miférables. Les unes fo:iétc civile grandes. qui produit la tyrannie h la guerre . les autres foibles . l'ariHocratique aux mémonarchique aux grands. quem yientrivn llcet^ n'allue ni l'un nec tanquam in parciinn ejp. tyrannie . pir b^IIo. tandis que les fociétés entr'eiles l'indépendance de la nature. & à quoi chacun peut connoître s'il a une patrie ou s'il n'en a point? Après avoir ainfi confidcré chaque efpece de en elle-même. nec tanquam in pûce Jeari'jns' N'eft-ce pas cette aiTociation partielle & imparfaite.parviendrons à favoir quels font . fans en s'il ne vaudroit pas mieux avoir les avantages. les autres petites.ou DE L'EDUCATION. que de Magiflrats fuprêmes ou Chefs de la Nation . unes fortes. nous conclurons qu'en général le gouvernement démocratique diocres. qu'il n'y eût point de fociéte civile au monde. ôc ni l'autre. s'attaquant. ? h û l'on peut fépaier les uns d?s autres Ce que c'eft que patrie.Si les individus fournis aux loix tutlon fijciale. les. s'entredans cette a£lion ci réaction concétruifant.droits des devoirs Se les la Citoyens. en quoi précifement elle confiftc. gardent ne reftcnt pas expcfés aux maux des deux états. que d'y en avoir plufieurs ? N'eft-ce pas cet état mixte & qv. Nous examinerons fl l'on n'en a pas fait trop ou trop peu dans l'infti. que nous les . & la ^19) On i"e fbuviendra que je )rentends parler ic. les autres n"étant que leurs Subftituts en telle ou telle partie. & aux hommes. que s'ils avoient tous gar- & dé leur première liberté. C'eft par le fil de ces recherches. s'oiïen^ant. nous les comparerons pour en ohlerver les divers rapports. 205 férens Etats le nombre des Magiftrats (19) doit être inverle de celui des Citoyens.

2c5

EMILE,
&

la guerre ne font-elles pas les plus tyrannie grands fléaux de l'humanité ? Nous examinerons enfin l'efpece de remèdes qu'on a cherchés à ces inccnvéniens, par les ligues & confédcrations^qui, laiiTant chaque Etat ion maître au dedans, l'arme au dehors contre tout aggrefleur injufle. Nous rechercherons comment on peut établir une bonne afibciation fédérative^ ce qui peut la rendre durable. Si jufqu'à quel point on peut étendre le droit de la confédération, fars nuire à celui de la fouveraineté ? L'Abbé de S. Pierre avoit projofé une aficciation de tous les Etats de l'Europe, pour mainCette aflbtenir entr'eux une paix perpétutlle. ciation étoit-elle praticable, «x fuppofant qu'elle eût été établie, étoit-il à préfumicr qu'elle eût duré (20) ? Ces recherches nous m.enent dij'edlement à toutes les queftions de droit public, qui peuvent achever d'éclaircir celles du droit po-

litique.

Enfin nous poferons les vrais principes du droit la guerre, & nous examinerons pourquoi Grotius Si les autres n'en ont donné que de faux. Je ne ferois pas étonné qu'au milieu de tous nos raifonnemens, mon jeune homme, qui a du On diroit bon fens, me dît en m'intcrrompant que nous bàtiflbns notre édifice avec du bais. Se non pas avec des hommes, tant nous alignons Il cft vrai, exactement chaque pièce à la régie mon ami mais fongez que le droit ne fe plie •point aux pafïîons des hommes, &: qu'il s'agiflbit entre nous d'établir d'abord les vrais principes du

de

:

!

;

(20) Depuis que j'écrivois ceci, ks raifons peur ont cxpûlLCs dans l'extrait de ce projet les railcns contre, du moins celles qui m'ont paru folides, fe trouveront dans le Reçu eil de mes Ecrits à la fuite de ce
tté
;

même

extrait,

droit

ou DE L--EDUCATION.
droit politique.

207

A

préfenî que nos

fondemens
!

font pofés, venez examiner ce que les hommes ont bâti defTus, Se vous verrez de belles chofes

pourfuivre fa route nous cherchons l'heureufe Salcnte, Se le bon Idoménée rendu fage à force de malheurs. Chemin faifant nous trouvons beaucoup de ProAdrafte Roi des tefilas, & point de Philoclès. Dauniens n'eft pas non plus inti-ouvable. Mais laifTons Us Leileurs ima^iiner nos voyages, ou les faire à notre place un Télémaque à la main, Si. ne leur fuggerons point des applications afHigeantes, que l'Auteur même écarte, ou fait malgré lui. Au refte, Emile n'étant pas Roi, ni moi Dieu, nous ne nous tourmientons point de ne pouvoir imiter Télémaque & Mentor dans le bien qu'ils faifoient aux hommes perfonne ne fait mieux

Alors je
:

lui fais lire

Télémaque,

&

:

que nous
d'en

fe tenir à fa place,

&

ne

defire

moins

tâche efl donnée à tous j que quiconque aime le bien de tout fon cœur, le fait de tout fon pouvoir, l'a rem.pîie. Nous favons que Télémaque & Mentor font des chimères. Emile ne voyage pas en homme oifif. Se fait plus de bien que s'il étoit Prince. Si nous étions Rois, nous ne ferions
foriir.

Nous

favons que la

même

&

plus bienfaifans
fans,

fi nous étions Rois Sz bienfai; nous ferions fans le favoir mille maux réels pour un bien apparent que nous croirions faire. Si nous étions Rois & û^ges, le premier "bien que nous voudrions faire à nous-mêmes & aux

autres feroit d'abdiquer la royauté, Sz de redevenir ce que nous fomines. J'ai dit ce qui rend les voyages 'infru£lueux à tout le monde. Ge q li les rend encore plus infru(3:Lieux à ia Jeuncffe,
les lui fait faire.
c'eft la manière dont on Les Gouverneurs, plus curieux de leur amufement que de fon inflruétion, la mei nent

2o8

E

M

I

L

E,

nent de Ville en Ville, de Palais en Palais, de Ccrcb en Cercle, ou, s'ils font Savans k Gens de Lettre;-, il lui font paffer fon tems à courir
des Biblicwi;ques, à vifiter des antiquaires, à fouiller fie vieux* monumens, à tranfcrire de vieilles Dans chfique pays ils s'occupent infcrip'-ions. autre fiécle ; c'eft comme s'ils s'occupoient d'un d'un autre pays ; en forte qu'après avoir a grands
fraix parcouru l'Europe, livrés aux frivolités ou à l'ennui, ils reviennent fans avoir rien vu de ce

qui peut les intéreiler, ni rien appris de ce qui peut leur être utile. Toutes les Capitales fe reffemblent, tous les Peuples s'y mêlent, toutes les mœurs^ s'y con-

fondent ; ce n'ell pas là qu'il faut aller étudier les Paris k Londres ne font à mes yeux Nations. eue la même ville. Leurs habitans ont quelques préjugés différens, mais ils n'en ont pas moins
les

uns que

les autres,

Si toutes

leurs

maximes

fait quelles efpeces pratiques font les mêmes. d'hommes doivent fe raffemblcr dans les Cours. du Peuple fait quelles mœurs l'entaflement produire. l'inégalité des fortunes doit par-tout

On

On
te

compofée de Sitôt qu'on me parle d'une Ville deux cent mille âmes, je fais d'avance comm.ent on y vit. Ce que je faurois de plus lur les lieux ne vaut pas la peine d'aller l'apprendre. il y^a C'eft dans les Provinces reculées, o<à moins de mouvemens, de commerce, où les Etrançrcrs

d'une mais allez obferver au loin
j

vovagcnt moins, dont les habitans le déd'éplacent moins, changent moins de fortune ctudicr le génie Si les mœurs tat, qu'il faut aller Nation. Voyez en palTant la Capitale,

&

Les Franle pays. ne font pas à Paris, ils font en Tourame i çois lus Anglois en Mercie, qu'à les Anglois font en les Efpagnols ^lus Efpagiiols Londres, &
Oaiice,

ou DE L'EDUCATION.
tel qu'il

20^

C'ell à ces grandes difGalice, qu'à Madrid. tances qu'un Peuple fc caraclérifc S fe montre
eft
flins

&

les

mauvais
ientir
;

mieux

mélange: c'eit-Ià que les bons du gouvernement fe font comme au bout d'un plus grand
effets

rayon la mefure des arcs eft plus exaîle. Les rapports néceffaires des moeurs au gouvernement ont été fi bien expofés dans le livre de l'Efprit des Loix, qu'on ne peut mieux faire que de recourir à cet ouvrage pour étudier ces rapports. Mais en général, il y a deux règles faciles oc fimples, pour juger de la bonté relative des gouvernemens. L'une efl la population. Dans tout pays qui fe dépeuple l'Etat tend à fa ruine. Se le pays qui peuple le plus, fût-il le plus pauvre, cit infailliblement le mieux gouverné. Mais il faut pour cela, que cette population foit un effet naturel du gouvernement & des

mœurs

:

car

fi

elle fe

faifoit

par des colcnies,

ou par d'autres
alors elles

voies accidentelles Se paffageres,

prouveroient le mal par le remède. Quanvl Aiigufte porta des loix contre le Célibat, ces loix montroient déjà le déclin de l'Empire Romain. Il faut que la bonté du gouvernement porte les Citoyens à fe marier, & non pas que la loi les y coniraignc ; il ne faut pas examiner
ce qui fe fait par force, car la loi qui combat la devient vaine, mais ce qui conftilution s'élude par la pente fe fait par l'inflytnce des mœurs naturelle du gouvernement ; car ces moyens ont C'étoit la politique du feuls un effet confiant. bon Abbé de S. Pierre, de chercher toujours un

&

&

rcmtde à chaque mal paiticulier, au lieu de remonter à leur fource commune, Se de voir qu'on 11 ne ne les pouvoit guérir que tous à la fois. s'agit pas de traiter féparément chaque ulcère qui vient fur le corps d'un malade, mais d'épurer la
petit

mi-ile

;2io

E

M

I

L

E,

mafTe du fang qui les produit tous. On dit qu'il y a des prix en Angleterre pour l'agricultiirc ; je n'en veux pas davantage ; cela feul me prouve qu'elle n'y brillera pas longteme. La féconde marque de la bonté relative du gouvernement & des loix fe tire aufîî de la po,puL.t on, mais d'une autre manière 5 c'eft-à-dirc, de fa diflribution, & non pas de fa quantité. Deux Eta:s égaux en grandeur 6: en nombre d'hcm.mes peuvent être fort inégaux en force. Se le plus puilTant des deux eft toujours celui dont les habitons font le plus également répandus fur le territoire celui qui n'a pas de fi grandes Villes qui par conféquent brille le moins, battra toujours l'autre. Ce font les grandes Villes qui cpuifent un Etat &c font fa foibleilè: la richcffe qu'elles produifent eft une richefle apparente Se illufoirc c'eft beaucoup d'argent ^v pu d'effet. On dit que la Ville de Paris vaut une Province au Roi de France; moi je crois qu'elle lui en coûte plufieurs, que c'eft à plus H'un égard que Paris eft nourri par les Provinces, Se qiie la plupart de leurs revenus feverfent dar;s ce;tcVi]le& y refient, fans jamais retourner au Peuple jii au Roi. Il tfl: inconcevable que dans ce fiecle de calculateurs, ilii'y tn ait pas un qui fâche voir, que la
:

&

:

France

feroit

beaucoup plus puiilante

fi

Paris

feulement le Peuple mal diftribué ^r'eft pas avantageux à l'Etat ; mais il eft plus ruineux que la dépopulation même, en ce que la dépopulation ne donne qu'un rcduit nul, Sz que la confommation mal entendue donne un Qiiand j'entends un Fr. nçcis produit ncg.itif. & un Anglois, tout fiers de la grandeur de leurs Capitales, difputcr entr'eux, lequel de Paris ou de Londres contient le plus d'habitans, c'eft pour moi comme s'ils difputoient enfemble, lequel
étoit anéanti.
[

Non

ou DE L'EDUCATION.

211

quel des deux Peuples a l'honneur d'être le plus mal gouverné. Etudiez un Peuple hors de fes Villes, ce n'efl Ce n'efl rien qu'ainfi que vous le connoitrez. de voir la forme apparente d'un gouvernement,
fardée par l'appareil de l'adminiflration

&

par le

jargon des Adminiftrateurs, fi Ton n'en étudie auffi la nature par les effets qu'ils produit fur le Peuple, èc dans tous les degrés de l'adminiftratioji. La dilî'érence de la forme au fond, fe trouvant partagée entre tous ces degrés, ce n'efb qu'en les embraffant tous qu'on connoît cette différence.

Dans tel pays, c'eff par les manœuvres des Subdélégués, qu'on commence à fentir l'efprit du Minirtere
;

dans

tel autre,

il

faut voir élire les

mem-

bres

du Parlement, pour juger s'il eft vrai que la Nation foit libre dans quelque pays que ce foit, il eff impofTible que qui n'a vu que les Villes connoiffe le gouvernement, attendu que l'efprit n'en ell: jamais le même, pour la Ville & pour la campagne. Or, c'eff la campagne qui fait le pays, Si c'eff le Peuple de la campagne qui fait la Nation.
;

Cette étude des divers Peuples dans leurs Provinces reculées, Se dans la fimplicité de leur génie originel, donne une obfervation générale bien favorable à mon épigraphe. Si bien confolante pour le cœur huinain. C'eff que touces les Nations ainfi obfervées paroiffcnt en valoir beaucoup mieux ; plus elles fe rapprochent de la nature, plus la bonté domine dans leur caraélere ; ce n'eft

qu'en

fe renfermant dans les Villes, ce n'eff qu'un s'altérant à force de culture, qu'elles fe dépravent, qu'elles changent en vices agréables perni-

&

&

cieux

quelques défauts plus grofiiers que mal-

fa ifans.

De cette obfervation, réfulte un nouvel avantage dans la manière de voyager que je propofe, ^n ce

212

E

M

î

L

E,

ce que les jeunes gens, féjournant peu dans les grandes Villes où regiie une horrible corruption, font moins expofes à la contracter, & confeivcnt parmi des hommes plus umple , &i dans des Ibciétés moins nombreufes, un jugement plus lùr, un goût plus fain, des mœurs plus honnêtes. Mais au reft-', cette contagion n'efl: guère à craindre pour mon Emile ; il a tout ce qu'il faut pour s'en

parmi toutes les precautioi.s que j'ai pour cela, je compte pour beaucoup l'attachement qu'il a dans le cœur. On ne fait plus ce que peut le vérirable amour fur les inclinations des jeunes g-:ns, parceque ne le connoiffant pas mieux qu'eux, ceux qui les gouvernent les en détournent, il faut pourtant qu'un jeune homme aime ou qu'il foit débauché. On Il eft aifé d'en impofer par les apparences. me citera mille jeunes gens qui, dit-on, vivent m.ais qu'on me cite fort chaflement fans amour
garantir,
prifes
;

homme qui dife avoir qui foit de bonne foi. Dans toutes les vertus, dans tous les devoirs, on ne cherche que l'apparence ; moi je cherche la
un homme
fait,

un

véritable
6:

ainfi pafTe fa jeunelTe,

réalité

d'autres
faire

s'il y a, pour y parvenir,, moyens que ceux que je donne. L'idée de rendre Emile amoureux avant de le
j

& je fuis trompé,

vovager

n'elt pas de
l'a

mon

inveniivn.

Voici

le trait qui

me

fuggtrée.

J'étois à Venfe, tn vifite chez le Gouverneur d'un jeune Anglcls. C'ctoit en hiver, nous étions autour du feu. Le Gouverneur reçoit fes Lettres Il les lit, k puis en relit une tout de la Pofle. haut à fon élevé. Elle étoit en Anglois je n'y compris rien ; mais durant la leélure, je vis le jeune homme déchirer de très belles m-anchettes de point q 'il portoit, k les jetter au feu Tune
:

après l'aucre, le plus

doucement
:

qu'il

put,

afin

qu'on ne s'cnappcrcùt pas

furpiis de ce caprice, je

ou DE
fcx

L'

ED

U C A T I O N,

213

croi^ y voir de 1 eniotion ; je le regarde au vifage extérieurs des pafîions, quoi-qu'afmais les fignes

&

femblables chez tous les hommes, ont des. difFérences Nationales, fur 1( fquelles il d\ facile Les Peuples ont divers langages de fe tromper. fur le vifage, auffi bien que dans la bouche. J'attends la

hn de la leèture, & puis montrant au Gouverneur les poignets nuds de fon élevé, qu'il
?

cachoit pourtant de fon mieux, je lui disj Peut -on
favoir ce que cela fignifie

Le Gouverneur, voyant
mit à
il

rire,

fadion,

k

ce qui s'étoit pafle, fe embralTa fon élevé d'un air de fariaaprès avoir obtenu fon confentement
l'explication

me donna

que

je fouhaitois.

'

que M. John v:ent de déchirer, font un préfent qu'une Dame de cette Or, vous Ville lui a fait il n'y a pas longtems. faurez- que M. John eft promis dans fon Pays à junc jeune Demoifclle pour laquelle il a beaucoup 4'amour, èc qui en mérite encore davantage. Cette Lettre eft de la mère de fa maîtrefle. Si je vais vous en traduire l'endroit qui a caufé le dégât .dont vous avez été le témoin. „ Luci ne quitte point les manchettes de Lord „ John. Mifs Betti Roldham vint hier paûer „ l'après-midi avec elle k voulut à toute force „ travailler à fon ouvrage. Sachant que Luci

Les manchettes,

me

dit-il,

,

s'étoit levée
j'ai

aujourd'hui plutôt qu'à l'ordinaire,

voulu voir ce qu'elle faifoit, 5c je l'ai ,'rouvé occupée à défai e tout ce qu'avoit fait ', hier Mifs B.tti. Elle ne veut pas qu'il y ait dans sont préfcnt un ftul point d'une autre ,, „ main que la fiennc" M. John forut un momeni; après pour prendre d'autres manchettes, k je dis n fon Gouverneur ; Vous avez un eleve d'un cxc:iieiu nainrei, mais priez-moi vrai. La lettre de la mère de Mifs Luci, n'eft-elle point anangcc? N'cfl-cc point

un

m. qui. mais je ne lui en demanderai iOn avis que dans le fien. Outre peut être utile qu'il eft toujours agréable d'avoir des correfpondances dans les pays éloio-nés. de la fimplicité. Ramenons Lord John à Mils Luci.s foins j'y ai mis & Dieu a béni mon . Dans le premier cas. è: de nous garantir ainfi de tous. tandis qu ils de retour chez eux ils en rabattent ne font que juftes. liât J'ai même pris foin qu'il fe dans chaque Nation avec quelque homme de mérite par un traité d'hofpitalite à la manière dés Anciens. me dit-il. c'eft-à-dire. nous donnent les moyens d'cppoler fans cefTe les uns aux autres. du zèle. nous attaquant toute la ont tôt ou tard quelque prife fur nous. EMILE. Je ferois bien aife que l'Etranger que je conf It eût vu mon pays. Emile à Sophie. lefquels. il rapporte dans Ion pays l'avantage d'avoir connu les 2. & les peuples par & toutes leurs virtus. ou qui leur en fait penfcr favorablement.214 un expédient de A'otre façon contre la Dame aux manchettes ? Non. Rien plus propre a leur 6ter cette prife que le commerce défintércffé de gens icnfés qu'on ellime. travail.batvie. ils ont toujours pour le pays où ils vivent un ména^^emcnt qui leur fait deguifer ce qu'ils en penfent. n'eft tant par les leurs. la chofe eft réelle je n'ai pas mis tant d'art à . qu'il k c'eft une excellente précaution contre l'empire des préjugés nationaux. ma mémoire homme n'eft point forti de n'étoit pas propre à ne rien produire dans la tête d'un rêveur comme moi. k je ne ferai pas fdché qu'il cultive ces connoiflances par un commerce de lettres. trait Le de ce jeune j il Il eft tems de finir.ouvernemens par tous leurs vices. n'ayant point ces préjugés 5c les com. Il lui rapporte avec un cœur non moins tendre qu'avant fon départ un efprit plus éclairé. font : y 6^^ . Ce n'eft point la même chofe de commercer avec les Etrangers chez nous ou chez eux.

. puis fitôt peuvent.. mon ami... tout. „ cefTer de l'être.ou DE L'EDUCATION. dans leurs iaftitucions. vous avez. dans nos voyages fi je trouverois quelque coin de terre où je puifTe être abfolument mien . (bit en Arts. attachemens.. J'a' cherché .. Emile dévoré d'impatience m'avertit que notre terme approche. obfervé. aucune autre chaîne à celle : : ! „ . on n'a rien à faire .. de vos obfervations ? A quoi vous fixez vous ? Ou je me fuis trompé dans ma méthode.. mais .. en vains efforts pour l'affurer. & à dont me chargent . ils fe font mille „ qu'ils veulent faire un . foit en Gouvernement. céder au torrent des chofes. je m'y laifle entraîner fans contrainte. plus je vois „ qu'à force de' vouloir être indépenduns ils fe „ font efclaves. ou il doit me répondre à peu près ainfi A refter tel que vous „ A quoi je me fixe n'njouter volontairement . foit en Hommes. Q^t'elle vienne quand il lui la nature & les des hommes O „ plaît. après y avoir vu ce qu'il y a de vraiment curieux. Plus j'examine l'ouvrage loix. mon maître.. foit "^*' en Hiftoire naturelle. & font étonnés de tenir à . . pas ils ne Il me femble que pour fe rendre libre . & qu'ils ufent leur liberté même Pour ne pas . . qui m'avez „ à la nécelîité.. m'attache à rien pour me retenir. & „ comme je ne veux pas la combattre. Alors Hé bi^n... vous avez Quel eft enfin le réfultat vu. après en avoir appris les deux ou trois principahs langues. je ne . il fulït de ne pas vouloir . A PRES 2t avoir prefque employé deux ans à parcourir quelques-uns des grands Etats de l'Europe 5c beaucoup plus d-s petits . fait libre en m'a_^5prenant à céder . m'avez fait être. vous vous fouveje lui dis nez du principal objet de nos voyages . C'efl vous.

erat in votis modus agri non ita magnus. maii quand vous vouliez que je fulîe à la fois libre Se fans befoins.. je le ferai par toute la terre. Je ne le ferai poiji: feulement en tel pays. j'ai „ trouvé qu'empire Si liberté étant deux mots jnje ticndrois au : 5.. 5. je ne pouvois être maître d'une chaumière qu'en ceûant de l'être de moi.patlbles. mort.2i6 j. il „ 5. Vous prouviez très Iblidément que je ne pouvois garder à la fois ma richcfie Se ma liberté. . : 5. „ 5. moins à la terre où je me f. „ „ . on ne m'entraînera point avec Je ne me tourmenterai point pour la retenir.. . EMILE.rois „ hxe ma vie leioit attachée à cette terre comme „ celle des Dryades l'étoit à leu s arbres. en telle contrée.. plus de leurs pafTions ? Tout bien examiné.. Riche ou pauvre je ferai libre. Pour moi.ces. j'ai trou\ é que mon fouhait même étoit contra- didoire .. dès ma naiflance fuis & je les porterai jufqu'à lu . les pui((]u'étant faudroit bien porter encore.. . compatibles. toutes les chaînes de l'opinion fontbt.. mais je refterai ferme à ma place. je ne connois que celles de la nécefîité. car je ne faurois me tirer de la dépendance des hommes.. J'appris à les porter elle. elle me reliera'. rois-je pas les porter étant libre.. Je me fouviens que mes biens furent la caufe de nos recherches. vous vouliez deux chofes incom. les mais en quel lieu parmi hommes ne dep. car dufle-je ne tenir à autre chcCr. Que ferai -je donc avec la fortune que mes parens m'ont laiflée? Je commencerai par n'en point dépendre . ." Hoc 5.nd- „ on „ „ . qu'en rentrant fous celle de la nature. 5. „ „ . 5. je relâcherai tous les liens qui m'y attachent fi on me la lailîe. . ou me j. l'ôte.. 5. c\' celles de l'efclavage pour furcroît ? >> Que . car je efchive il homme & pourquoi ne fau- „ „ . 5.

je ferois. . peine de la pauvreté. ^C'elt en vain qu'or. mon père. Par-tout ol ? y a des hommes. .. „ donne .?. .ianc àc riche... je mourrai fi l'on m'aban. „ 5. moi. Tant qje je pourrai refter indépen. Avant tes voyages. Il diminuera quand tu auras des enfans..uis chez mes fr-eict. Voilà. elle ne me furprendra jamais faifant des préparatifs pour vivre jamais d'avoir vécu.. je favois quel en feroit l'effet . je fuis ch'. je l'abandonnera. -d'homme Indépendant. k tu feras alors précifément ce que doit être un bon père de famille un homme fage. dans mon état .. bien auili quoiqu'on ne m'abandonne pas car la mort n'eft pas une . je' .ou DE L'EDUCATION. 217 . elle ne m'empêchera . . donnez-moi Sophie. j. Ce défmtcreffement outré ne me déplaît pas à ton âge. Quand mes bras me manqueront. Si j'éfans paiTxons. tu ferois bien éloigné d'y pren:*re la confiant qu'elles ne méritent pas. l'on me nourrit.j .. terai jamais. „ .. $c d'en voir les fentimens dans ton cœur. „ „ „ . je n'ai qu'une chaîne.. ..5 . puifque ne voulant que ce qui eft. je mourrai . fans.. afpire à la liberté fous la fauvceardy des loix k „ „ . Que m'importe ma condition Que m'importe où que je fois . j. . .. donc. . peine. Dans quelque tems que la mort vienne. 'Vepx'A tôis . . jamais à lutter contre la deitinée. fur la terre? mon bien m'afTujettira. je vivrai ii.. il .. je ûvois qu'en_ regardant de près nos inftitution-. c'eft la feule que je por. j'ai des bras pour travailler. je fuis bien aife d'entendre fortir de ta bouche des difcours d'homme.. . Q^iand j'ai du bien pour vivre & je vivrai... Cher Emile.. mais une loi de la nature. - . & je vivrai. je la déiîe.. par-tout où il n'y en a pas. & je fuis libre. . & je puis m'en glorifier. .... . j. ... à quoi je nie fixe. comme Dieu même... je n'aurois Au moins..

. rois. . „ . du Citoyen. pourtant. mais n'ayant rien à combattre pour fuivre fes pcnchans il eût été bon fans mérite.. n'y a d'elclavc que toujours mal„ gré lui. maintenant . „ L'homme vil porte par-tout la fervitude. Ôc où ciV-cô Par-tout tu n'as vu-. fervir pour être libre. .il qu'il a vu faire lui a fait aimer ce qui étoit bien.. .. ... il la porte par-tout avec lui. de plus précieux pour l'homme.. ! E Kl Où ed-ce -iiotn I L E. . volonté générale. h il „ celui qui fait mal.iiS „ Des kix . h le m.. .mes. .de gouvernement. La liberté n'efl: dans aucune forme ... & Tu te trompctu cFoirois m'avoir confondu. .. „ .. Ne dans le fond d'un bois il eût vécu plus heureux 5t plus libre. Si fi nos inftitutions mêmes lui ont fait connoître & haïr leurs propres iniquités ? Emile Où eft l'homme de bien qui ne doit Qiicl qu'il foit. car qui n'a pas une il y a toujours patrie a du moins un pays. & tiennent lieu de loi pofitive au fa^c tlles font au fond de fon ccïur par la Cf>ni"ciencc par la raifon . il n'eût point été vertueux... cher Emile. elle eft dans le cœur de . .jns & lamour de la vertu. . tu demanderois peut-être où cfl la patrie. -Mais les loix éternelles de la luture ^c &c l'ordre cxiiicnt.. 5c l'autre libre à Paris. un gouvernement 5c des hmulacrcs de loix fous Que le c ntrat lefquels il a vécu tranq. .. „ „ . qu'il r qu'elles fent refpeclécs y en a.. focial n'ait point été obfcrvé. qucrintéiêc particulier ^c les paillons des hon.. „ Si je te parlois des devoirs me „ .. qu'importe. il lui doit ce rien à fon pays ? aranti O ! . car il le fait „ . L'un . . c'tft à celles-là qu'il doit s'af.. Elles écrites régner fous ce „ 3. &: qu'il y a ... feroit efclave a Genève.. l'homme libre. .. fi l'in - térét particulier l'a protégé la ! comme auroit fait . fi la violence publique l'a des violences particulières.. la moralité de fes avSti.ilîe..

„ j.lu milieu d'eux. de „ fes devoirs. efl qui ne lui \:r: .. Il n'fcft pas vrai qu'il ne tire aucun profit des loix.- Le bicr» public. . aimer étant homme.j que de prcicxte aux a ^tr-c:..-es.e eft c. k „ Je ne t'exhorte pas pour cela d'aller vivre . 6c où 11^ fâchent où te prendre.. t'importe d'être où tu peux remplir tous tes devoirs.ou DE L'EDUCATÏOK.-. vaincre. . fois leur bienmodèle ton exemple l:ur fervira : plus que tous nos livre. .. à facrifijr fon intérêt à l'intérêt coniniun.d à pour fcul Cz coiributtre. ai-. bon Em'le. à qui rien „ n'impofe ces douloureux faerifi. -Que m'importe où que ? ie 5^ fois .. Tes pafjîors. . le bien qu'ils te verront faire les touchera plus que tous nos vains difcours. lieu de ta nailîance.. Il apprer. n zcle &c fupporter for. même vrai qu'elles parmi les méchanç. „ „ . à l'aimer. . „ dans les gran^des Visies au contraire un des ex„ cmples que les bons doivent donner auv autres ^ 2 „ ell . . à (. l'un de ces devoirs cft l'a. amitié dans faiteur.'eux.. Mais toi.. . que s'il vivoitdans fon fein.. 5. maintenant il fait l'être malgré La feule apparence de l'ordre le p noître.. elles lui donnent le courage d'ètri! jurtc... il y a telle circonftance où un homr:'. un motif réel.Il k tachement pour compatriotes te . . cul ive Lur . Tct protégèrent entant. ont appris à régner fur lui. . Ne dis donc pas.v. :rte à le cop. ou du moins en lieu d'où tu puiff:s leur être utile autant que tu p?ux l'être. Il ne l'ont pas rendu libxa^ u'eft paî elles lui . . leur „ „ „ „ un doux commerce. Tu dois vivre . va v vre au milieu . toi qui n'as „ pas pris le trifte emploi de dire la vérté aux „ hommes. fi jamai: ils ont bcfcin de toi.. „ ..c peut être plus utile à fes concitoyens hors ae de fa patrie..... tu dois les le „ „ . Alors il doit n'écouter que f. exil fans murmure cet exil niê:r.

..... de la grande fociété font utiles précifément parccqu'ils s'en retirent. Il fcniblc dcici renaître autour de l'habitation . fe .3v Sophie peuvent répandre de bienfaits autour d'eux . les hommes qui fe retiren. Ils font encore utiles lorfqu'ils peuvent ramener dans les lieux deferts la vie.. 5.. la culture. combien ils peuvent vivifier la campagne Se ranimer le zèle éteint de l'infortuné villageois. .. . . ... qu'au contraire Tous il faudroit repeupler aux dépens des villes. le pays où l'on n'a pas beibin d'aller chercher la paix dans un dcfert Mais où eft ce pays ? \Jn homniC bienfaihmt fatisfait mal Ton penchant au milieu des villes..s ou pour des fripons. puifque ces regrets font touQue faudroit-il donc pour le faire jours vains. .. la plus la plus douce à qui n'a pas le . mais impoifiblc i ce feroit de l'aimer. qu'on le regrette. bt l'amour de leur premier état. . . .. .. mon jeune zmi. "renaître ? Un feule chofe... E de M 8c la I L E. Je m'attendris en fongeant combien de leur fimple retra te Emile .. les Je crois voir le peuple la terre .. la mulùtude & l'abondance transformer les travaux en fêtes .és. (îc cfl celui la vie patriarchalc champêtre. L'accueil qu'on y fait aux fainéans qui viennent y chercher fortune ne fait qu'achever de dévafter le pays. & c'en fera toujours une pour quiconque a le 11 n'cil pas même vrai ccEur Se le goût gâtés.. première vie de l'homme. . ^. où il ne trouve prefque à exercer l'on zèle que pour des iiurigap. . . Heureux.. champs fe fertilifer. la . .. . puifque tous fes \ ices lui viennent d'être trop ! „ .. . . plus naturelle. multiplier.. . ... ncmbreufe.. prendre une nouvelle parure... . . " „ de . cctur corrompu. .22« . les a ranim. les cris de joie Si les bénédictions s'élever du milieu des jeux autour du couple aimable qui On traite l'âge d'or de chimère. paisible. ... . 5.. „ . .

5. il eft un moyen h'nnète & fur de t'en attranchir . fur les convenances des car2(5tci'cs qui rendent !e commerce aimable &c prolongent dans la vieillefte le charme de la première Mais tons ces détails pourroiciu plaire fans union. . Au relie. ... L' E D U C A T G N. fur les vertus qui ne s'e^acent point avec là beaucé.O-U D E . . . je vois couronner mes f.. Trop longue haleine.j 5. quitte tout pour aller remplir. je vois naicre le plus charmant des jours d'Emile li le plus heureux l'es miens .ours.j Si le Prince ou charrue au Confulat. Eniîn. leur bouclic prononce oC leur cœur confirme des : • foible pour des travaux de .. ^ jufqu'ici je ne m? fuis permis de détails agré ibles que ceux dont j'ai cru voir l'utilité. ce n'eft pas tci : qu'on viendra chsrcher pour fervir l'Etat. Le digne couple s'unit d'une chaîne indifîbluble. . .^ tems laiflee. j'abandonnerois ceKii-ci s'il étoit moins avancé pour ne pas le laiilèr imparfait. . dans le poile qu'on Si t'a.. c'tll de la lu . il eft tems que j'achève. Qiiitterûis-je cette règle à la Hn de ma tâche ? Non." ne m'eil-il permis de peindre le retour d'Emile auprèi de Sophie Si la ha de leurs am. l'Etat t'appelle au fervice de la patrie. qu'une vie It douce ne te dégoûte pis des devoirs pénibles. . cette fonction t'elt onéreufe. Mai'j. ou p'utôc le co Vim.Micemetiî ilo l'aniour coiijugal qui les unit ? Anour fondô fur l'elHaie qui dure autant que la vie.Tijne. remplir avec alVez d'intégrité pour qu'elle ne te foit pa> lor.)ins & je commence d'en goûter le fruit. „ „ /.je lens auffi bien Que que ma plume fi ei\ lafTée. cher Emile. fi jamais i!s te font irupyfés : fouviens toi que les Romains palToient de ...y . crains peu tant qu'il y l'embarras d'une pareille charge aura des hommes de ce fieclc.. vous ne ferez qu'achever enlemble de Sophie ce que fes dignes parens ont ct)mmcncé. être utiles. I 221 . l'honorable fo lèlion de Citoyen.

prendre un ton convenable avec Its nouveaux époux. (jui veux qu'on jouiile de loiii les jours de la vie. Ce n'eft pas feulement à leurs oreilles que je vaux parler. Elle n'a fait qu'augmenter fans cefle \ . je veux qu'ils le goûtent. me feniblent également déplaces. je vois dans os yeux qu'elle eft à fon dernier degré de . un jour de mari:5gc. où ils vont. mes deux jeunes gens dans la douce langueur qui les trouble n'écouter aucun des difcours qu'on hsur iient moi.icux qu'on hllVlt ces icunes ble. c'cft à je n'ignore pas quej cft le i'ujet peuvent s'occuper ce jour-là. délire é foibklle huinaiijc Le fcniiment du bonheur éciafe l'hommej il lî'ell pas iifîez fort pour le fupporter.222 des fcrn cns E qui Aï I L E. Mes cnfans. qu'il ait poi.enant la foule indifcrette qui les accablej l'écart. \oluptés. La m»-ïrnc décence des uns. il y a bicii peu de gens qui fâchent. les attrtftcr par une embarrafitr par de nuiuvaifes pli:ifanterics dafTent-cllcs leur plaire très en toun auire tonts. Ils n'entendent point. ce autour d'eux. que de les en ililhaire fi k cruellement pour les laufiè bienféance.e des G ! ! cceurs fe replier fur eux-mêmes. ou pour t]ui. kurs yeux troune voyent plus rien.undent qi. fûremcnt impor- Je voi:. rej. leur lont tunes un pareil jour. il y a trois ans que j'ai vu naître cette flame vive h pure qui fait votre bonheur aujour- leurs coeurs. je les i & les promener à appelle à euX-mcnies en leur pailant d'eux. qu'ils le favourcm. En revenant du Temple : le lailfent coiidjire cu'on n. leur en l-ifferai-je perdre un il précieux ? Non. J'aimerois n. je : les arrache à rr. Sz le propos léger des autres.r eux k\. fe livrer' a tjne anitaticn qui n'cll pas fans charme.- fait ils ne favent où ils font. & unique dont ils d'hui. leur dis-je en les prenant tous deux par la main. ils mots confus. : ne feront point vain? ils i!s font cpciix.

conftance de l'homme.e sitiatu qu'il reir. vu jufqu'paradis fur la terre. V^oiilez-vous. on :'.. que {^ine vous diic un moyen que fc imara. perceptible de cesmouvcen marque une bien caVaiSlcriftique deux c'eft fexes. j mes enfans. 223 elle ne peut de vchenuMKC Lecteur. & s'en inquiettc c'eft ce qui la rend aufll plusjaloufe. J'eKamine Einilc fes yeux c'eft la ardens dévorent les charmes de fon cpoufe feule chofe dont il foit curieux. en nettement de rna que Sophie en a une meilleure.ême : : : attentif.que peu pour d'epf)ux fain'ont je Iriàcer. oi. Cependant à . j\Liis i\ la & & ? . Je T'ai rouveni penfe que U l'on pouvoit prolonger bonheur de l'amour dajis le m:iriage. fçrcée à lui ren. La différence prefque mens dans reçus . ici.ile ir. cC pjls je rvprcnds. è: paroît tout auiîi confiante. Sophie approuve. l'autre de donner un dignes l'un exemple. Icii emportemcns. fecrets les ir>. Cii''-.i cel 1. L 4 dre .un)it Js Cela ne c'cil jumai:. les iermens d'Emil-. cC les ' plus que s'aftiublir. celle-là lui lufnit. que vou:s li'aurtz reçu de nerforine. & bien contraire aux prc^ugcs que généralement les hommes font moins conflans que les femmes. Q^iand il commence à s'attiédir. ne voyez-vous pas les traniport'. E:r.-ravers fou air de ralilede je crois démclcr un peu de curtofiit-. tendres protcllations tyje leurs ye:ix le font mutueîiement de s'aJorer j'. Je fouris à mon tour en je faurai bientôt te rendre difant en moi-nr..:!:: ne fimplicite'. •vous éles bien chofe n'efl pa'î toiit-à-fait iinpolhble. & que je crois être le feui polnbie Ils fe regardant.ercie recette.ifqu'au dernier foupir? Je Ici laiiïti faire. & fe rebutent La femme plutôt qu'elles de l'amour heureux.ou DE L'EDUCATION. prefi'e de loin l'ir. l'air dcdaigneux dont Sopiiie dégage ia main de h mienne. quant à lui. ôl tous mes propos ne rembarralicnt gutre. en fjurian: croit U moqj. .

des tiifcours rue ^>us ne fupporieriez pasailleuts.iren ent avec le même fuccès. A Dieu ne . Laconu.r ellcir.cmcnt k les feins gagnent les cœurs m.a'iutc & i'amour vent. rcprends-je. Pour un vtiiilie foLfTrtz.'eft le defir mutuel q\. k r. fea. k c'e Kn cfict. plaife cfenlcr votre modcPiie du dtfiin de vos jours. Lailî'tz-moi. lé tcms de ni'expliqi'cr. mais le pouvoir qu'il donne :i chacun des dçux fur i'auîre eft de trop.int de tous les dioits. Xjh kn peut jellfcindrc ce droit-. L'attach. qir'il are pour le gaider tous les foins prit autre- pour ]vA flaire.ais ils : s'humilie à lie les recouvrent guère. die ion tour. ^Q-jïii Comment a-t-on pu faire im devoir des plus tendres carcfies. je vous prie. Ce n'cft pas tant la poÛcfTion que l'anuiettifTeraflufie.x C. quand on Mut lui do:ner plus de force qu'il n'en do'it avoir. Ne rougifilz point. la k un droit des p!use'oi.gez pas à fuit.224 fcis -E M I L E. mal cnfen>ble. igfiagcs de rairiourf dioit. elle ne noub fera pas pénible. La volujté cft fi douce pr. for. Les nœuds qu'on veut trop ferrer rompent.tmq Doit-elle recevoir de la triile gène Ja force i qu'elle . contre le riage. Ea fiJéiiit qu'il iirpofe aux dtux epcux cfl le plus if. Je reviens à ma recette refrcidifieraent de l'amcur dans le ma- iille efl fimple facile. qiieje k ne. entre un époux k mais il s'agit ii grand objet un père. 6 Sopî>x.ent que peur une femme. elle pleure. & le picifîr ne |e commande pas. mais elle ne ibuK it j'éicndre. c'eiî continuer d'être amans quand on eft époux. Voilà ce qui arrive à celui du rraiiape. dit Emile en riant du feciet.. mcnt qui trticnuc k l'on garde pour uiîc iille tn- un' bien plus long attachem. Plus pcnifcle à vous qui parlez que vous ne penpeut-être.t fiijt :ie nature n'en connôit poiiu d'aûtvc.

ait droi^t de^ne les de fa perfonnei^ dr fes Souvcjifpenfer à l'autre qu'à fa propre volonté.^ A ces propos & d'autres femblables Emile fc Sophie honteufe tient fon évenfâche.. foit toujours être l'am-mt de votre femme. que cette loi vous^ au contraire. - B-jrnés uniquement l'un à l'autre. Emile inquiet confu't. lesn'ofe. non la des peut être qu'à l'autre . la nature ^' l'amouV vous rapprocheront aflez. Chac^in complaifance. mes enfans. elle vous^ rendra tîenne éîoii. lies. k : là fatiété.ncs préviendra t6us deuxptus attentifs à vous plaire. I^e plus mccontent fcs'vcux qui fe plaint le dits deux. même dans le maringe le rtéz-vous toujours.ou DE L'EDUCATION. maître de refsfer ? Que chacun des deux. je me pour Sophie qu'elle accepte pour fa part le traite. mais nul à l'autre qu'autant qu'il lui ^ S'il eft donc vrai. peut-être. jamais pour vous des droits. i :. fe récrie . que vous voulle?. foyez amant obtenez tout de l'amour fans mais refpeftueux . n'eft pas celui je fais rougir E-' J'irHKte impitoyable^nent pliis. yeux . l'amant fe trompedéiicateffe & Ignore-t-il quand le t-11 fur la volonté fecrette ? yeux accordent ce que la bouche femt cceur & les mels & demande . que les moindres fajjurs rien exiger du devoir. .. mafs des k n-e foien't gr_aces.- Ne craignez pan. tail fur ne dit rien. dans mais devez. votre maîtreffe Si la fienne . les mariage les cœurs font des deux ne deux ne doit être Vous vous corps ne font point afiervis. qu'elle n'aura 225 pu tirer le de Tes propres attraits ? Non. cher Emile. les aveiix forJe fais que la pudeur fuit mais avec de la d'être vaincue du véritable amour. on fe doute bien qu'elle Jf! h provoque à parler.- k - : rends cait'ion nr'tle dé Ton p?u de'dëlicîtefle-. toujours careflcs. qu'elle heureux. mes enfans. la fidélité. que pLiifir n'efl légitime que quand le dcfir ed: partage.me dé nentir.

blc Souvenez-vous tous deux que vous êtes litres c'c qu'il n'ei^ ^-. e de mes comme nies jours &i de rna deftinéc. O fortant du & portant à la fois dans leurs regards languilTans & chaftes l'ivrefle des doux plailit nuptial. Er. rouf^ ta gériérofité. firs ..rr. plaifirs liii dit-il. ni voir ce corruption du vice n'a qiu eli aimable. ton cœur. qu'en dites-vous ? Faut-il que je 1 tir. que vos tableaux font encore imparfaits Vous n'en avez qu. Vous qui pour peindre la volupté n imaginez jamais que d'heureux amans nageant dans le fein des délices. 'tout tenir d. qui de vous n'a jamais vu deux jeunes époux unis fous d'heureux aufpiccs ! -. ralTure-toi : Sophie ift trop généviclinie clle-mcme pour te iaifTer mcurir de Le foir. du ton le ^ plus grave qu'il in'eft pcfl. jeune cpoufe il les voit. pleins d'un trouble voluptueux qui le raflure contre I..ife il renonce & autre droit fur elle. à travers leur embarras. a tou pieds. je leur dis. Sois. prêt à les quitter.cue ? La meiateufe en rougiffant dira qu'oui.la moitié la plus groiTiere les plus deux attraits de la volupté n'y font point.déférence. qui vaut mieux que i^ vérité ! Le lendemain iiatte plus les hommes ^ L'image de .ùle cii tureur voudra me battre. Dût ta coûter la vie. je te rends mes droits les plus chers. ±t vous. je ne veux rien devoir à ta coinpi^ifance j-^ veux .rifque de la confiance. bdifcave'c tranTport la nuin qu'elle lui jure qu''hoi& la fidélité prun-. Emile. l'ai bit. 11$ ne favent plus fcntir ce qui eft tcnichant. Sophie. chère de cruauté me tu l'es Bon Emile. Charmant & doux mcnfongc.-is ici quJticii des devoirs d'époux j croyez-moi^ : pciiit ce fauii. epouir. veux-tu vaùr ? Sophie le permet. la félicite ne la pas moms déprave leur goût que leurs cœurs. II le jette ii ifs tend.226 yeux de fa E M I : L F.

dépilé. Le fur-lenJemain. l'aimable la certitude alors il charmante de l'innocence. k 227 ftcunte firs qu'ils viennent de goûter. Je vois. que je n'en augure \ïva de : bien f. Sophie plaifante . j'apperçois déjà quelque Emile veut paroitre un chan^'cment de fcèn'-. elle lui jette un regard plein de douceur & d'amour. & je prends à fon tour Sophie en particulier. s'i:i\ cillement On a un éclairamèrement. je «l'en inquiette. On ne fauroit avoir plus dç délicatefîe ni l'employer plus .ufe l'aimer. la raifon de ce caprice. lui dis-je. Moi je l'entends .offert cœur de Thomnie . mais d'un ton qui va chercher l'ame . mais enfin le voyant prêt à fe fâcher tout de bon. j'écarte Emile. r ingrat ! Emile efl fi bête qu'il n'enhâtée d'ufer de fon droit. mais à travers cette afte^laion peu raécont-nt même je remarque un emprelitmeiit fi tendre îc Vint de loumiriion. c'eil un repos nuit bi^-n doux à prendx-e. j'interroge Emile en particulier . la veille tlsfait. 6c me ferrant la main ne prononce que ce feul mot.ippcnt pas. Ces changemens font peu mais ils ne m'cch. j'apprends qu'à fon grandretrret Si malgré toutes (es inltance. il a fallu L'imperieufe fafre lit-à-part la nuit précédente. s Pour Sophie. elle lui prefque des agaceries dont il n'cfl que plus fcnfibles. après avoir pafle la les dans ceux d'un époux. voila le vrai tableau de la voive Vous l'avez vu cent fois fans le reconnoivos cxurs endurcis ne fout plus taits pour paifible paile le jour Sophie heur(. elle eft plus gaie que fa- ]c vois briller dans fes yeux un air fait Elle ert charmante avec Eniile . : Emile fc plaint tend rien à cela. 1 ipte j ! ^ dans bras de fa tendre mère .xheux.: couler enfemble le rcfte de leurs jours ?^ au l'objet le plus raviiVant qui puifVe êtr.. Voila à.ou DE L'EDUCATION..

.. ^ . factnfîancc. non pas j fantafque j gardez qu'en ménageant fcn amour. fi vous rendez vos faveurs rares U prccieufes. En vôtre époux. . un hcn. il un audevenant chef i c'tft Quand pouTtr. Chère Sophie. à la Emile cft vous d'obéir.. régnerez long-ttms par l'imcur. 5j femme rtficmble à cft „ bon que l'hcmme foit conduit „ encore une loi de la nature . que je vous explique X3 mes vues drns la convcrfaucn que ne us tûmes : : pîus mal-à-prcpos.5 w pour vous rendre autant d'autorité fur fon caur que fcn fexe lui en d< nne fur vôtre perfonnc.j f"S|. A vous „ „ .j par elle c'eft c\ik „ 5. O Se phie Vcxis n'y avez peut-être vos plaifirs pour ! tlle eut „ . . Scpliie. il ne l'a p cdigueé à perfonnc il la ccnfcrv ra long-tcn-. (eus trois avant-hier.s prur vous.b es. cco. IVkis dajis. ccn- .. 5. & 3. ne craicntz pas de le prendre pour tel vous avez eu les préD^accs defajeureie. n'tft pas au-delfus de vôtre couisge.. fans „C «J'cTr a fe plaindre ce fa froideur..odtilic.. 11 vcu6 tn coûtera des piivaticns [-cribles. „ appcrçû qu'un art de ménager „ les rendre dun.ctre voulu la nature. Il faut.228 c'cft ' E M î L E. 5: rcfpcSer par vos re- " )f . du caprice vous ne „ p.v:c pcifonne.tju'ii honcic la challctc de faftm.fihçrii le fa/Tiez douter du vôye.nt . tre objet plus digne de m s foins.. que je vous ci fait l'asbitrc de fcs laifirs. .fi. & non pas' qu'il v us voye réfcrvée. . „ .> vctie fevéïiiemeticz de lair.nic. qu'il vous . Faites-vous par \cs faveurs.. cft air.^. favcz les faire valoir. rafTurcz-vous.t ra vos avis.me que je vous u donné. mais vous rcgnerez (ur ku fi vous h\c-i régner fur vous Se j ce cui s'cll déjà pai'é r^'. mon e-u'ii tn(ani.mcntre qi e (ct ait | 55 difficile „ Vous . n:a chère cn£ani.. ainfi l'a devenu -.. qu'il vous donnera j. Voukz-vcus veir vônc mari fans ccHe à vos pieds ? Tenez le tcuje urs à quelque dii>ance de \c.

.î. lui-même. au lieu de votre j. que cet art vous fervir toujours. & employer .. quand il s'égare le ramener par une douce perluafion. plus de rc. grande intimité . fus.. heureufe... douce Se ibuvent plus forte que l'amour même. fa femme. Se Tamour au proàt d. votre amant . faites .... une . paternelle.. cefferez d'être la maîtrelTe d'Emile. vous ferez . puiile prendre. 229 . . .5 charmes de la vie domeftique dans la maifoa les régner ainfi dans la vôtre. vous ferez la Alors. . il s'ofFenfcroit de vos allarmes . Q^iand VOUS .. il fe fente loin de .i fanté aux dépens de foa bonheur.. la coquetterie aux intérêts de la vertUj la raifon.. . vous pouvez li rappellcr à la fagefTe.. pas avec tout cela. (^lant-à-préfent. ne ménagez „ plus ù fort f. .. vous ferez fa femme Se fon amie .. moitié qu'il ne puiile plus quitte...'. : Ne croyez même puilVe . t^'ei\ ainfi que fans en dé libérer avec vous. Si l'attrait „ de la confiance fuccede aux îranfports de Ix Les enfans forment entre ceux qui . précaution qu'on avant tous les autres.. fitôt qu'il vous Vous qui fîtes û bien régner les j. 5: l'amour quand l'amour a duré long-tems. ufe les plaifirs. vous rendre aimable pour vous rendre utile . Tout homme qui fe plait dans fa maifon aim..iN: . Mais . Devenez tellement fa plus de caprice. il a mérité plus de complaifance ...ms fes afFaires.. établilTez entre vous la plus „ plus de lit-à-part.5 leur ont donne l'être une liaifon non moiriS . douce habitude en remplit le vuide.. . une femme . ne réfoudra rien coniultera d. que. fe pafl'-r de vou. . première réferve.. ... la jouifiance .. j..ou DE L'EDUCATION. Quelque .e' Souvenez-vous que fi votre époux . ne foyez-pas fi févere à . padion. „ . . vit heureux chez lui. mcre de fes enfans.

pour peindre leur félicité. après quoi je dis à mon élevé Cher Emile. dignes époux Pour honorer leurs vertus. au n-. ccmmf-nce celle d'un autre.i toute fa vie de cor feil é>t de guide. ua : a befci. pour ainfi dire. Le traite fe figne par un baifer. ou plutôt ils ccnnoifTcnt pour la première fois le ils miaudiflènt leurs anciennes fiix de la vie richcfiès. maiij pour faire valoir ce Il defir . facrifiez aux grâces. U chacun fc doute aifément des conditions. J'ai fait de mon mieux pour remplir jufqu'à prefent ce devoir envers vous . Leurs refpcclablcs parens jouilîent encore une fois de leur jcunellb dans celle de leurs enfans . que les empêchèrent.êm.e rge. „ . fois contemplant en eux fois je mon Combien de ouvrage." . ! & leur charmes de leur nouvel état. Méritez qu'il vous fcit rendu léger. La paix n'eft pas difficile à faire. je n\c fcns faih d'un ravificment qui fait palpiter mon cœur ! jo ns leurs mains dajis les miennes en bénilVant la Providence. ils recommencent. : . . <k voici delormais votre Gouverneur. dégoût ni rebuter rcfufcr pour rcfuLr» qu'on accorde. de vivre en eux. je dis devant elle à fon jeune époux lî faut bienfupporter le joug qu'on s'eit impofé. iti que vous m'avez confiée. Surtout. 5c poufiant d'ardcns foupirs \ Qiie de baifcrs j'applique fur ces deux mains qui fe ferrent De combien de larmes ! Combien de de joie ils me les fentcnt arrofer ! Ils s'attcndrif- en partageant mes tranfports.. Peu-à-pcu laifTe le prem. Heureux amans. le ne faut point attendre il ne faut p. EMILE. Enfuite le^ réunifiant. ici finit ma Joneue tache. de goûter fent à leur tour. J'abdique homme & aujourd'hui l'auto. jouifîez k le du vôtre.ier délire fe calme... il les goûter en paix faudroit faire l'hlfrcire de leur vie. & n'ima_^inez pas vous rendre plus aimable en boudant.230 .Jiit .

Confeillez-nous. goûter un fort fur la t'jrre.ou DE L'EDUCATION. J'en ai plus befoin que jamais.s. quels loins vont être impofés à notre zèle. le père. A Dieu : doux foit . que nous allons O & vous i\ avoir b. foin de vous D^'u ne plaife que je lailTe encore élever le fils. 5c repofez-vous il . il efpcre avoir bientôt l'honneur d'ctre père. Emile entre un matin dans ma chambre. duiîé-je aulB bien choifir pour lui. j'aurai b. fi 231 charmant. Si me dit en m'cmbraffant Au : A'ion maitre. : F I N.-foi"n devons. iamais rempli par un autre que moi. guidez-moi pour vous imiter.ir. qu'on a choiû pour moi-même mais reitez le maitre des jeunes maîtres. Vous avez rempli les vôtres . félicitez votre enfant . après avoir élevé ! A ne plaife qu'un devoir fi faint k. . S'il y a du bonheur c'eft dans l'azilc où nous vivons qu^il faut h:: chercher. g iuvernez-nous . .en eil: tem. nous ferons dociles tant que je vivrai. bout de quelques mois. maintenant que mes fonctions d'homipc commence.

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Addefcer. l'ius dociles que dans leur enfance. Roi des Dauniens. iv. ce que ^^•^'"L^Jtes. iii. la de Antoine. p. 1."^"^'. ^•^S^S'^ Ji' c'eft. ili. fburces A. ACADEMIES. iii. Aripcrahe.ipuy comparés par rapport aux Voyages. T. 131 ^/«^v. iii.. 108 Et mftrmts de ce qu'on leur a caché. iii. iii.„ Fra. .1. fon immatérialité prouvée. iii. POU P. prefque fana" iii. LES DEUX DERNIERS FOLUMES:IV".LuJitanus. 1. t\% n.9 grands bâtiflears. . . Ape/Jes.. iv* 180 ^//. ^riJliJe. ^'ne d3 i iiomnie. iv. l\ iv 204. 'ii^il ^°"" ^^'- ^^ Convient . Arjcims. A iv. N. iTI Son pouvoir fur les inclinations des jeunes gens'. iii Arn-iur. Amatus-. Le Tome quatrième.T A B L DES MATIERES. fentiment rempli d'équité. 114. in. 20 Moyen de les expoler dans le monde. des Voyageurs Allemands.8 Adrafte. jv 2o_ Album.'iyloh & pure littérature. Les Notes. 119 f"^^*'^^'.7.p. iii. Défigne le Tome troifleme. Sa deltruètion ne peut fe concevoir. Mais avec quelles préparations. Agri^entins. iii.ts. i66 doivent ttre traités en hommes.rwi/ fon Jardin. iii. 30 ». a.

70 n. m. . 36 ^' AiÔmes.i7S 111.124 que leurs livres."^-5» rJ^/ C>>r 6'4nw. Citoyens. Ses inconvcniens où elle n'elt pas 1 . Bracomers. ^".. ICO &fui-z:r. '59 Co.. comparé à Démofthene. r fe? appétits. Les François en ont dénaturé . .^ éducation. ^7 . leur converfation plus prohtabje ?v. "' "/ 164 Col/eâiois. _ ao8 ibid. (le Sieur le) 100 ce qu'il dit des Sauvages. 156 w. modettie de fon langage. Sa route.. Profclleurs. Argetity tue TABLE _iv. Catilina. toujours incom"\. 41 ^>'^'îî!* 53 .•.^34 Convient aux Etats médiocres. 107 Ion vrai triomphe ell de biiller par elle-mt-mf. de tableaux & de livres. _iv.. aarh. .175 iv.. iii. Bonheur. „ . Aureltus Viilor. Cléopâtre. iv.J^^„. Bible.158 IV. plettes. trait fingulier qu'il rapporte.W-«^.^•9^- lu. 30 Grande beauté moins à recherchtr qu'à fuir dans le ?X* iji.. _iv. B AYLE Beau! Beauté. cixêy Auteurs. ^ ne faut pas y Il (Villes) fe reflemblent toutes aller étudier les iv. iii.^7. ''^^ Nations. iij- Apicius. de la) fingulante ^"''^'"PP°*"*^. Compilateurs. Athéifme. Modelé d'introduûion.'.0- " Aubentm (M. mariage. 155 ^35 «• 1 idte.^o^ 111. n'ont pas befoin de ni.. aû#. neccnité d'impofer des loix a . (M. 205 ^^'^ ''''* l'amour. iv. '"^. 118/..cité. lu. fens de ce mot. modernes.^^° . 35 Arts d'agrément. celle de la nature..'^^ ". C«-wr. /CAPITALES. /-• - (la) Ion utilité relativement u libre. U7 . jv. .. d'). Bucentaure. Catéchifme.V.111. "^° î" 161 iv. m. "'. CrV<fro«. (le) fin de tout être lènfible..ï<5a . 115 m.!"• '. Brantôme.

196 N'a jamais befoin d'autre garant que la force publique.- . j^ ^g* jv jqi iv". !"• 59 iv. Cmfaence. Quel prefent lui envoie le Roi des S'. ^ iii. Produituu corps moral & coUeiftif. M2 42! 48 Immatériel. combien de fortes.«. Le plus éclairé des Philofophes. en quoi prcféi-ables pour les filles à la maifoa. Convient. J53. iii. Sans aucorlté fur leurs amans dans mantes. Coquettes. iùid. 182 îy g •^ jr\ALîLA. ^7. 197 Convenances. le meilleur des Cafuiftes. 23^ iii. Véritables écoles de coquetterie. coniideré (bus différens rapports.ythes. Pourquoi li peu écoutée. . 61 iv. iyu. iii. mcomprehenfible. 99 ^g' iij. Adoucilfement d'une de î''""*. Contrat fbcial. 50 & fui-v. D. ibU. fes loix. 116 3^. 1 iii' i ^f'^f^"' Deuteronome. Darius. PuilTaut. lès iv. voyez Mariage. iv. Démocratie. 5 Autres notions. f:s diverfes dénominations. iv. „ iii. Corps pojifijue. 70 jv. iv.DES MATIERES. 55. Z)/. Couvents. Rend riiomiTïe plus libre qu'il ne fer oit dans l'état de nature. 7 .aux Dêmojihene. 199 Le corps entier. fif/«/^. par rapport au mariage. . 3. 195 Seule loi fondamentale. ^^ifi^f» iv. ce que c'eft. Confiun-e. iv. iy. iqj.-llent les paternelle. ji. ^-^/Y Ejtet qu'il produit. veut ramener au bien.iiérentes dénominations de fes membres. iv.8. juile.ij^ Corps mtcrm^diivrc entre les Sujets & le Souverain. Coriolan. iv. & 66 195 dénominations. en Scythie. prend différejitei Comment s'app.. bon. relativement à quoi. iv. moyen de gagner celle des perfonnes qu'on iii. iv. 51 chofes impor- 69. Dêcem-virs. „3 ibid.^4 &^/«4 ' iii^ ^ iv iii. Itur manège. comparé aoc cg à Ciceron. membres de ce corps. petits Etats.

iv. iv.iq4. îv. Lui parle & en al écouté. 127 Amant déci?ré. iv. Quels aVv^ntngcs il rctln relie ou mépiife. Inutile fm. Se Diûgifu. iii.n^ iv.tion relatives à la poliiii. à miel prix. IIS 12 9' ï)oJt ttre différente pour les deux ftxes. TABLE Jii. t'omn-t^n cernent de (es airours. . . ?es mnv. ï44 porte. ^ tenue des leçons à fa maîtrefie en differens genres iv. 151 H^ iv.yw'-v. liv. OVy^ie^es^ •Luclos.) fes maximes d'éduc?.c Ion ami à deux lieues loin de Soplue.et.V^jii. . )»• ih. Droit public. iv- ic6 107 109 Va fe iofrer avi. J)fi>it tclhiquej . ?v.436 Iniinatéritl. i^- Revient chez elle. teiTe. (les) leur majefté. Ecritu\s. De»!£j!iqutj. Etemel. 'Di'dt de laguerfe. jii. \ tnt avtc foVi Inliitutcur à l'aiis. A- veysges. 133 Cï fii:i<. lîien leçu? chez le père c^c Sophie. . Droit de fowveraineie. iv. iii. _ D'.'^ (M. il parvenu à 1 lige de Tadolefcence. - ^. 164 190 192 193 '^'•"^• Droit de j'.rc^. pDUCAriON. & à quel lu. 149 & fui-v.*'. en taut avoir peu pour ttre bien fepi. 12-5. 204 zo6 ..w7f. A'.. ' ' '^ . ï^uctommodeiauit.ieres auprès du fexe. Intelligent. ?v. 141. _iy. ^ J97 îi^'d- îv. &.130 d'arts & de sciences. Itcpiiinaude • . 165 Èt-rcur un adulte toute oppoiéeà celle dun enfant. iv.. 47 &fui'v. entière. il 47 48 119 comment. & comment _ 108 s"y com- jii. £/. loi. iii. lu (^ju-u. quels > 5v. _ _ ibuf.gniis impûi-tiws. Intn iv. Droit eie haiurei Droit cTejcln'vagé) Droit de fripriété. Doit être dans toute la fimplicité f'e la nature. iv. ^^. 116 »'9 iv. moyens E -* d'en étendre Teffet fur la vie iv.. 142. _ .^. Son entrée dans le monde. tt^-ouidei je entre les deux amans.

de voyager/. 174 Promefle de retour au bout de deux ans. 176 Inftruftions relatives aux voyages qu'il doit faire. iv. 157^ Eipagnolt. Etau de la <vie. jv. iv. Réprimande que lui 237 îv. & 132 Par Sophie accompagnée de fa mère. 151 Refus de s'en retourner avec elles. fait la mère de Sophie. leur manière Ètatiy fen» de ce mot. m. Préfente un enfant au baptême avec Sophie. iv. 211 aji fl. îv. 169 Obéit enfin à Tordre qu'il reçoit de partir. iv. 161 (Ef/uiv. 148 &fulv. Succède à fon Inftituteur. ^ iii-. iv. i^t' Gf faiv. T^% ëifuiv. j6i Eternité. iv.Enclos. 175 Séparation. Gf fuiv* quelle forte de jaloufie il fera capable. iv. Son mariage avec elle. iv. iv. iv.Comment vaincu par Sophie à la courfe. iv. Vifité à l'attélier par le père de Sophie. y M. 14. iv.ij^ 215 . 153 Êf fui'u. iv. 160 Exhorté par fon Inftituteur à quitter pour un tems Sophie. De fuiv. iii. Sa conduite envers les Payfans. 57. Ses occupations. Son trouble & fon emportement. Goats propres qui les diftinguent. En/ans. iv.3 . iv. iv. DES MATIERES. iv. les 180 iv»T95. 134. jv. dans quelle occafion. iv. 144. refondent fouvent ceux qui ^*fi^V- remplifiii. Prêt à devenir père.: iv. 190 Réfultat de fes obfervations pendant fes voyages. & par quel motif. comparée à celle de Sardanapale. (Mademoifelle de 1') iv. Empedocle. iv. Avec quelles connoiffances il en reviendra. . Bpiiaphe d 'ua Hé'os moderne. iv.0 N'eft point changé par Tamour. 16 Amufemens communs des enfans des deux fexes. & Son retour auprès de Sophie. 188 &fui'v. reproche qu'il fait aux Agrigentins. 144 Ses difterens voyages chez le père de Sophie. leur boruie conftitution dépend de celle 166 100 des mères. les jours qu'il ne voit point Sophie. ibiJ.

. Leur plu=.ts nrturt'sd|i ivtritedeshom.iS Bx'iff. 49. & du nôtre. TABLE i^'- 47 !!!• "' 9» iii. (]) piçniiere vérité connue. 66 iv. '^' Leur politelTe. «• Femmes fans tmieur. »• Femmes. féconde vérité F'vmipile. '^^Ji\ncey (1 ) des objets.en quoi. 57 'f. Leur infidélité plus criminelle que Doivent raeîire Tspparence devoirs. ^. Leur véritable rtilource.en des conformités leur fexe & 138 des différences de iv.ard. iv.^•37'. leur cha:ht3n^ rie. tiltes» . 10 au nombre de leurs celle ^v les 9. 100 Femmes à ^yJ.^fauÏÏes. d( it être contraire à grandes iv. $5. Comment renoncent à leur vocatian. des plus. 15 1 i6 U fuinj. exair.e les & Leur éducation pourc'. campagnes que dans cel'. 19 pJNATIS ME.i!ds toUvs. ibi^' iv. qui les rend medifantes S.^S4Sont les jui.oi. tv. iv. •* iii.. ^ Et relative aux hommes. granc^es ré- volutions.v 5» ftraites. plus faulles que les autres. 6 ï'ont gloire de leur foiblelié. . Leurs armes pour 3 Thomme. Ce qu1l leur faut pour en bien remplit. pour h rechcpche ^^\^^ des iventes ab- . iv. ^' Connue.>. mcme de l'homme» iv.6 13» Btfntité.79 Furent caufe. il'id»|^'»/' . de nos lenlations. A\tçriques. Leur deftination. tm. iii. fans honte vis-à-vis des mâles.melies des animaux. 10 ^^: ?'^ ^biJ. ij. iv. AcGûPi ::raent exclufif dans certaines efpeces Sans defH-. les fcnaions. j^i^^' ly-. 2 Komu'ies. relativement à leur fexe. Jv. ioo£f>/x'. de l'homme^ & à quel éc.aiesiiU". 4. Plus fécondes dans Villes. iv. 8 Toujours /eniines. &. - av. Leur dépendence de l'homme. chez Us Romains. 79 _ Ce. (V) fa fa'nteté. importante qualité. afTervir & jui-v. k en quoi. iv. 'Lf-v minége en amour. iv. Sont plutôt acVoites que Ne font point faites. Sûreté de leur ^qût dans leSichofes phyfiqyfa. Je befoin fatisfa't.

les faire caufir. 56 Galanterie. 157 ij? Jui-v. iv. de les rendre vraiment fages. 28 23 28 Exemple. auecléss du fentiment de la decenee & de jrnonnêteté. _ _ ibid. 62 Moyen . 24. Plus dociles que les garçons. confiderations fur le goût. 36 fe font les filles & à quelle fin. iv. Fo. Fhgijligue. 179. Et • & Pourquoi. 23 «. plutôt. connoilfent peu les autTes peuples. ibU./^ . -39 goût pour la parure des renfance. . Plutôt intelligentes. Gêne apparente qu'on leur impafe. . 23 Mais peut-être à chiffrer avant tout. (les) leur continence. ce qu'il difoit de la difpute fur les anciens & les • i^g Fratiçms. 180 iii. 65 Cûut. Motif fecret des carefFes mutuelles que devant les hommes. Différence du goût des Anciens à celui des Modernes. 39: ili.. E. modernes. 26 iiiid^ D'où naiflent plufieurs vices particuliers aux femmes. Gomment iv. 177 François Si Angloisy compares par rapport aux voyages. Leur babil agréable./7/. quelle forte de jaloufie elle produit. /^ALATHEE. & tcrire. . iv.il£i!e!!e. 159 Couveniefne7ity . ibid. *^ Garçons. iv. leur répugnance à lire Plus rufees que les jeunes garçons. iii. 110 iv- Leur refpeft pour les femmjs. iv. Petites tilles. iv.G<?r»Z6i. Où dçit être étudie. feraiçnt mieux élevés. iv. ibid.8 D E Fîlkst Isnr s MAT I E RE s. 13 fes eifets. ^ iv. là. 2z (^ Juiu. iv. élevées a Sparte. A . ibid. iv. Soin qu'on doit avoir de Fryit c[u'on en retire. iv. iv. 69 70 1 ihid. iii. . 151 &fui'v. 3 g iv. • Empire qu'elles acquièrent par ExÊmpl?. iv.xtrêmes en tout. Collèges. s'il & 139 n'y avoit point de iv. & Jui-v. iv. 36 -Ne [doivent point apprendre à lire à écrire de bonne heure. Doivent être d'abord exercées à la contrainte. 21 quelles occupations il les décide. iii. iv. iv. _ iii. iv. 57. iv.

Idomtnee. 209 & fukt. fABÎTVDES. J4.^9 Uea. homm . L'efprit n'en eft jamais le la iv. plus oflicieufe que ceile de la femme. Hercule. TABLE iv.1 Toujours le mtme dans chaque âge. 1 Sa politcfle. fens de ce mot. Hommes. iii. 207 fourcc du beau dans les travaux dei hommes. Dépend de la femme à fon tour. cité par rapport au droit politique. pour iv. 6. 138 De'ftiné par la nature à Te contenter d'une feule. par tout les mêmes. Jmitatiany iii. chimère de leurs iij. Acquifes. iv. 36> 43 Compofe de deux fubftances. 203 (^ jui<v. la vie. EeroJoie. 18a à propos tourné en ridicule. iv. 27 & numériques. ai- m Grotius. ni aux jeunes gens. H'de véritables l'éducation ordinaire n'en donne po'nt aux enfans. campagne. (les) injuftice de leurs plaintes fur la brièveté de iv. iv. comparatives fations. fources des plus grandes erreurs.. Hobbes. 33 Mal iii. _ iso iv. le plus aftif de tous. Ses différentes formes.142 . Elle eft pour lui un motif de reconnoiflance. 54. £f Materialipi. aoz Celui d'un feul. ne font pas des feni'j* «o Abftraites. 186 iv. cité p rapport au droit politique. îJi« _ 34 4» iv. h /DEALISTES diftinaions. iv.5 î4» Gowvemement. 37 iv. 26. 206. iv. iii. t 90 (iffai'-j. 154 hfitutturi . iii.f rite des femmes. iv. diftinguees <ies fentimens naturels. 3 en quoi. iii. _ hr. . lie moyen de leur union eft incomprehenfible. peintre des iv. 62 Sa dignité. 8 mœurs. quel rang il occupe dans l'ordre des chofes. Phît a la femme comme plus fort qu'elle. 103 (^ fuiv. Règles faciles Se fimples pour juger de la bonté relative des Gouvernemens. iv.190 &fuîv. même _ pour la ville &. 6 iv. fii. De juftice & d'honnêteté. N'a donne que de faux principes du droit de la guerre. Auteur du mal. 79 Juge naturel du m. 33 iii. iv. iii.

InJlituUuf. ibid. lay ' A fon motif Tient beaucoup a la puiltance du fexe. Fait voyager Emile.Mais dans le cœur de l'homme libre. JL/^/*. Magijlrit.vis des •' iv. iv. Voyez Emile Se Sophie.1 grands. ibid. iii. leur trop de feverite vis. 200 M3^iJ}-ai. Leçons. il Quand iv. iii. Pourquoi nous a ete donnée. fcns de ce mot.-zi 8 N'iitdaas aucune forme de gouveVneineat. . Voyez Signes. Juger. ^fui^v. Preuve tirée des animaux. fa définition efl encore a faire. triftes. T\yf. 64. iv. 30 T •^-' ' ANGUE Françoife. Î09. trois volontés ed'entiellement différentes a diftinguc-r dans fa pei-fonne. 2i(> /.a. 14. ibtd. ibid. 40 iii. . iv. iii. 122 Laigue des Ji^nes. iii. du monde. iv. leur mauvais effet quand elles font iv. 14. Legijlation parfaite^ LeoiiidaSy A/i^îr/. le ramené a Sophie. 33 jeunes filles. iii.1gicie>is de Pharaon. 201 Maîtres .?. 139 iiiiii. ' ' de Soi\'. Effets de fon bon ou mauvais ufage. Julius Camitius. Loi. Tôit qu'ils ont a l'égard de leurs élevés devenus iv.^/. 201 91 39 en quoi elle confifte. 21S ibid.nption'des Pri V afpire en vain foMS la Sauvegarde des loix. diffère de fentir. Liberté. 36 quitte fon eleve. Son principe immatériel. ' <:/V«î/'ir^. 136 iv. iv. terme incompatible avec celui befoins. reilburce d'un defœuvre. ' que dans iv. iv. N'appartient qu'a rétie aitif ou intelligent. en amour. confident de fon Elevé phie. 6i. iii.DESMATIERES. iv. le livre iv. /Et avec rexe. ibid. vit avec eux dans le repos. 74. leur abus. & en quoi. dans les pailîons fociales plutôt J'inftinft piimitif. Se glorifie de cet emploi. iii. Jeu. 137 Jahiifie. 'Injlilïtieuri ordi'iaircs. (1 ) 24-1 Se d'Emile. 54.7 Font négliger Locke. & médiateur de leurs amours. i iv. 166 19 ibid. vient de la nature. 197 L:tcrece. a la confolation de les voir maries. iii.

iii. Preuve d'une première caufe. iii 36. 27 60 fui-x. 26 i^tj^fuiv. iii. 34 Ma/eriaU/me. iv. 8 Orgueil. iii. 55. _ Continence de fon père. ce que c'efl-. (la) cite. 10c Lf j'ui-L/. Quand elles peuvent les in tioduire dans Keponfe a une objedion. Comment le monde. ce qu'elle efl: par rapport au jufle. ibid. 201. 182 30 Keivton. 179 Comment dilparoiflent les différences nationales. ibid. iii. iv. maîtrefles de l'éducation de leurs liih s.. n. Niewvenlif. 25. 2* 1 iiiJ. Vc^-ez Rcjaute. iv. 124 Mariages. iv.242 TABLE Maîtres a cîanfci' & a chanter. iv. iii. 204. & fur quoi. 57 iv. Quel chez les animaux. fource de nos plus grands iv. 44. S6 Monarchie. «laux. 169 158 22. iii. 36 a.65 Montaigne. iii. (le) peu dangeieux poui" une fille bien clevee. Montefquieu. iii. iv. iv. iii. 43. iuiu. iv. iv. Monde. 36 Marcel. mal-affortis. 28 •^^ 7KTÂ7I0NS. Objections réfutées. la Le plus i'aint de tous les contrats. 94. Convient aux grands Etats. elles MiJfiQîinaircs. . iii. iv. Ne peut penfer.V. 25 & fuiv^ iii. ». 147 Mariage. Mires. fon abfurdite. Mattrialijies.'. iv. iv. fes illufions. cité. îv. en quoi confifte. fon état naturel. chacune a fon carai^lere propre: iv. Maître a daiifer.i69 Par rapport au méchant. De deux fortes. Mcrnlite de nos aâiions. Leur lailbnnement comparé a celui d'un fourd. iji. Motte. 9S. iii. Mouvement. j jo 191 51. Afâr. 94 Mariages heureux. n'eft pas de l'elTencc de là matière. 3 doivent les élever. iii. caufe de leur indifreience. première mitituticn de la nature. 97. 59 56. iii. ^ îv. Mort. 143 iii. iii. iii- iv. 95. 181. 27. QMPHALE. 168 Orientaux. leur caufc. 19 37 Matière.ts iii. d'où ils dépendent.

170 65 pAGANISME. iii. ^ fuiv. iv.fens. Leurs inconveniens. filles ell 178 167 L'éducation des jeunes a contre. (les) s MAT I E R E s. ( Abbe de St. iii. pourquoi s'ennuie point. NecefTaires a certaines figures. comment Peuple. i8» ^3 13g 149 Celle des femmes Voyez Femnes. iii.j D E Orieiilaux. 66 iv. ibiJ. n. Parifien. comment Plaifirsy leur ^^"''''> iv. iv. jr iii. iii. vanité du rang. ion jufte imaginaire. 177 Platon. 171 & fuiv. jii. iv.5 17. . iii. Paladins. iii. leur incommodité. bonnes ou mauvaifes. Préjuges. Philofophes. en quoi confifte la véritable. 15 ibui. iii. Pa>-ures. qj Poui-quoi dans fa République donne aux femmes les mêmes exercices quaux hommes. \<i. en ce point tout. point intérêt a la vérité. . iv. Duclos fur ce fujet. Paracelfe. Parures ruiueufes. . Celle des hommes. 2+5 iii. 105 Pleb.'yeni. la diverfite 207 iii. Eten du vice.a-fait iv. mœurs comloi «.) cite. Tes Dieux abominables. ibiJ. Politep. (le) Philippe. 30 ibU. Voyez Hommes. mot en politique. Pans. iens de ce Peuple. iii. - iv. 105 Comment voyageoit. Ion pouvoir relativement aux pare a celui de la religion. Leurs bifarres fyftèmes Phïllofophie. iii. iii. Orphée. PalFages de M. 102. Phttfieodès. Caufes de Ne prennent de leurs fentimens. 31. ili. Pajfuns. comment regai-dent la vie. 206 voyageoit. non de la perfonne. 54 67 16 ibiJ. Leur unique objet. leur inutilité. iv. Poul Serrbo. iii. iii. Pitba^ore. ce que c'cft chez les Mahometans. Polji^ame. Plulcir-jtte. iii. j^ iii.q en quoi (lupide avec beaucoup d'efprit. loç mort. iv. 30 56 (^ fuiv.-. Palais. iv. fiege du goût. 169 195 16 5 iv. connoillbient l'amour. Pierre. obtinrent le Confulat par une femme. iii.

'". iiï. les relations hatur^lles. ce qu'ils iont ordinairement..l. 67 163 207 Pro'vidmce. E iv. 204. nï. iv- de ce mot en Politique. iii. différentes de leurcaufe ou de iii. 4° _ a quoi. 149^ hi-î^fi. (le) toujours a ccte de Topinion. Romains. leur enfance.{\\v\ç autre) objet des recherches . nu 171 Ridicule.^ .0 Comment dillinguees par l'ûtre ienf.. Quel f.. Devenue Libre par une femme. ne Fm-îz-f-rj. bon. nu zi i3 fui-v. Son pouvoir pour empêcher le mal &: procurer le bien. iv. Rome. ne point anticiper fur elles pour le fervice *^ de la table.^^' Samfcn. leur malheur. leur uttenvion a la langue des fignes. on n'en doit point faire Remords. Sentiment . iv. j^': f^ ni. B J. 244- T A changent point leur infipidite. 41 objet de trifteffe Se de gêne.2. iii- i^ dans l'enfeignement un iv. Toujours ennuyés. "• Leur adolcfcence. Si. Et par rapport Tuijfance. Préjuges. a quoi fon art eft ^95 nA)mond LuUe. fufceptible de partage. ! }}}'^S^ Sardcnwpale. leur objet. m. Comment juftifiee. 178 ^ fui'v. (la) confiderée relativement a la liberté de rhjmme. 156 Riches.. fon refpeft pour les femmes. 11M9 Seiifaiions. Religiof!.. 207 Salefile. Royauté. Sauvée par elles des mains d'un profcnt.^'"'^^ _. V'* ^^^ "'"^• iv. lens ' i". fifs. iv. 161 i^ftfi-v. 83 Les trois principales de l'Europe.163 d'Emile. "''. \".tif. .ft le vrai Riche. Rois. Exemples. n. • ' . dans leur ulage nous ne fommes pas purement pafSens. n. '"^m " w » ' ' thid:. Repcnfe d'un vieux Reuchliv. i4 Sceptiqiies. Ce qu'ils devroient faire pour jouir réellement de leurs - Gentilhomme a Louis XV.j?/ Sauvages.. . 1-19 ^ ÇAISONS. . iii ICO ijjfi:i--v. 111. Protefilas. . J^ Reguhis. fon Epitaphe.V' 53 [ . iv.. ^ _ 30^ totif.S?» . richellts.ibtd..

119. {' ^^ l iJJ tf/ ' : • vertu Se par quels motifs. En quoi font égaux.? D E s MAT I E R E s. puis devenu fobxe. *v*- En quoi non comparables. ' ' Ses occupations domcltiques... de deux fortes. 24^ Sentiment du moi. vanité des difputes fur la préférence ou l'é-ali'tl »-of"i.. 7' ^^-f Senttmens naturels.vg^.. ' l\ °-5 l'un de leurs bifarres paradoxes. n^ij r^r. fon refpeft Spontanéité. U ..: . d'Em'le. la Aime parure & j^ s'y connoît. des droits de fon fcxe du A ime la A Naturellement gourmande.. „ '"-/^^ 'xl^^ ^^/^.„ r^ /'"' '^' ^^' Difficile à rkppeller. pour les femmes. compagne future ''' f/^^l ^ . iii \l &Jul^ 1. . ' Qjaahtes de fon efprit. ^^ iii" ^ Sentir.c des fexes. de leur langage. ^^ de la religion & quelle. iii .'„^ ° Y. £f ' * I-'ovorec du feul befoin d'aimer. Idée de fon caraftere. jii' Sexes. g Sentiment intérieur.J"^"^' -^^ ' Ceux quelle a cultivés. jf T' Inftruite des devoirs £. xi/. .0 .'Vii! iii En quoi leur relation fociale admirable.' Ijl ' V^: ' Ses talens naturels. relativement à l'ordre fenfible' d^ ' l'univers.„ . afte illégitime de ce Légiflateur"' ' Sophie. en quoi diffère de juger. Sociétés. doute fur fa nature. leur vrai lien. ba decaliteffe extrême fur la propreté. ibiJ. Stoïciens. Relativement a l'éducation. ' Doit ce défaut aux leçons de mère. Entend tous les détails du menacée..jn. * 'ibtd ^'^' w r -^^ ^Z^""' fj^ & Tome iy\ M i^-7^ A peu . Stgnes. .. -f^* Da^ns^kur union concourent différemment au même de rarigi! ^ mour^ Comment "'"°'' "^''^"^"^ ^" P^"' '^°""' ^«^'^ Leurs^deVoirs relatifs ne peuvent avoir la même doit être refpeaé ce qui les caraaerife.. iii. iii' l Antérieurs à notre intelligence. iii"8.. iv. hxcos quelle évite en ce po-nt.. . . sparte. %fZ' ^. Son portrait. * ^ff^r«/^.

jeunes gens de Ion âge. 140 règle les allan^ies. . Heureux dans leur pauvreté. Irrite fa paffion par un peu jv. Sa doulem. iv. Revient ^ î^* 6a langueur. '*''^. . . So quelles perfonncs. 136 d'inquiétude. & d'un Eft flattée des louanges iv.odefte en même tems avec ks »''''•• . chez fes païens. Comment iv. & dans qu'elle occafion. propos galans. 109 Emile. Chargée par fuppofition d'un tempérament ^/«7' Contrepoids. Préparée à une féparation de deux ans. Etat pafTé de • fes père & mcre. «s Envoyée à la ville. conduits '^'' '°* chez fon pcre. ^ a Difcours que lui tient fon père penfant *-' ^ iv. . . . lépon. Sa ^ Accompagnée de fa mère va le voir a 1 attelicr.+6 TABLE *^: . Son mence & fon reipeft. 1 7 5 î. Préfente avec lui un enfant au baptême. & avec 79 't'ia.129.- Enfin. iv. ^\^\v " i. la marier. iv.. jv. 151 viaoire fur Emile à la courfe. ^ Y fupplée par une polirelTe à elle. Si hommage ^f'^- fondé fur l-eftime. Dédaigne les fimagrées Françoiles. L'accepte pour époux. 83 î[!y ' " Leur état aftuel.muette au départ d'Emile. iv. lOia. kn^ de ce mot en Politique. 160 î^* ^''t iv..fe. &fmv. & pourquoi. ' ' av. Iz i^fuiij. Son ton impofant & n^. A peu d'ufage du monde. Souverain. 9s Sujets^ . iv. . par le haiard Voit Emile & fon inftituteur.130 leçons de fon amant. 128 de fciences des Reçoit en différens genres d'arts & 1. W. ^ iv. "[ ^ 1 Devient enciente. Eft livrée à elle même lur le choix de fon époux. Croit avoir trouvé Télémaque dans L'écoute favorablement. tb^d. 9» J^^Rivale d'Eucharis. . uuc maitrelle 1 axiiorjie d'une Prend ouvertement fur lui l'axitorjte u iv. iv. Sa manière de répondre aux flncercs. . 26 ardent.

s MAT I E RE 5 s. ca art. l'art de plaire. . ej*AQirE. leurs Lequel tient le bonî effets. mot 195 181 36 eu politique. ibid. iv T'rafibule. Quelle eft la bafe & Fillage. iv. 60 N'eft pas moins favorable à l'amour qu'aux autres droits de Lr nature. yertu. iv. Thaïes. 166 Vêtemens. trop icduits 'l'arquin. Voyager. ^^^ ^^ pourquoi fou Gouvernement adoré du Peuple. aifance de ceux des anciens Grecs. ^a iii. fes To//^//^. infcriptlon qu'on y lifoit. "11 ^ Univers. fuiv. Plus rares de nos jours. iii. iv. . iv. & pourquoi. fuiv. 165 de toute vertu. prême. mais en voyageur. 65 iv. quoi mené fon étude. iv. très communes dans iv. Terrajfon. les iii. iG^. chofes.7 relativement au contrat focial fens de ce iv. \n. ibid.9 D E Sujets. - 44. cité. quellion propofée à ce fujet. Villes.iS5 fon harmonie démontre une intelligence fu- r^«z/^. (le) ce qu'on y apprend. iv. xtS compagnons avilis par Circé. 19 Gêne des nôtres. & 119 fur quoi. 7 ibid. Thermopyles. iii'. grandes) epuifent un Etat. iv. iv. 30 Agremens En y a d'aller à pied. (l'Abbe) combattu. j| joç i-q ig^ 158 ^j Thefpîtius. latents agréables. iii. md. De ceux des femmes. fes inconfequences.f. 'voyageant on doit obferver les peuples avant les qu'il iv. cinquante filles. . iv. iii. antiquités Grecques & Juives. Talents. l^ifages. iii.& fui-v» Etymologie de ce mot. & fur-tout en Angleterre. iv. ig^. TJL YS S E. A iii. 104. Théâtre. iii. g d'où vient ion abus. comment voyageoit. Violences en amour. ne changent point avec les modes. moyen (les d'y mener une vie agréable. iii. premier rang dans iv. Ce que c'efl: que l'homme vertueux. non en courrier. 177 Manière & iv. Voyages. ^»<:. iii. (la) comparée au Prothée de la Fable. 175 ar» iv. ému Ses du chant des fyrenes. ibid.

iv. iv. •" Xénophon. 175 Pourquoi inftruifent certaines gens moins que les A quoi fe rapporte rinftruftion qu'on en retire. 207 Pourquoi les jeunes gens doivent lejourner peu dans les grandes villes.»48 TABLE livres. jyn 184. iii. qu'à très peu de gens partie & à qxii. 64 les Ce qui jrE NOCRATE. 178 But des Savans qui voyageât. 138 Z^^Otft iii. i86 rend infruftueux à la Jeunefle. J19 Fin de h Tahle. 1 8 3 comme une ^ do l'«ducatiorv doivent avoir iv. iv. i-»Autre manière. leurs menfonges & leur mauvaife foi. 178. iv^ Manière de pofer autrement la queftion. iv. . Ne conviennent Pris leurs règles. iv. iv. iv. iv. iii. aiz Voyageurs. 54. 184 Folfques. cité. iv.

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r •%'*.i^ Library of the University of Toronto .

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