Théorie des topos (1994-1995

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THÉORIE DES TOPOS
Alain Badiou (1994-1995)

I Récapitulation : Sur la catégorie du vide Parenthèse purement logique Sur la catégorie de négation II Reprise • la décision........................................................................................................................... 6 • le vide................................................................................................................................. 7 • la négation.......................................................................................................................... 7 • la différence........................................................................................................................ 7 • l’infini................................................................................................................................ 7 III IV Remarques sur la démonstration catégorielle V Démonstration VI Quelques rappels. • Conséquence logique VII Sur la différence

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I Ce séminaire est conclusif sur la théorie des topos. Le développement va s’articuler autour de cinq concepts fondamentaux : - la décision, - la négation, - la différence, - le vide, - l’infini. Quelques indications méthodiques : Ces cinq concepts vont être déployés autour de quatre théorèmes. Nous aurons là un nouage conditionné entre une série de concepts majeurs, et l’articulation logico-mathématique afférente à ces concepts. Nous allons donc à la fois conclure sur la philosophie de la logique, et en même temps donner un exemple significatif de la méthode par laquelle l’investigation de quelques théorèmes clefs fonctionne dans son articulation à la philosophie. Légitimation de la liste des concepts proposés :
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A mes yeux, ces cinq concepts sont les concepts organiques du mode propre sur lequel une décision ontologique se trouve nouée à une contrainte logique : onto-logie. L’onto-logie est le mode propre sur lequel une décision pensante sur l’être constitue rétroactivement, en-deçà d’elle-même, un réseau de contraintes logiques, elles-mêmes identifiables. Cette articulation est quelque chose comme le rapport de la nécessité et de la liberté, de la pensée comme décision — affectée à l’être-en-tant-qu’être — et de la pensée comme construction — affectée à la contrainte discursive. On peut dire que la question de la décision fonctionne comme une prescription sur ce qui de l’être est pensable, tandis que la logique va fonctionner comme une description des univers possibles de la pensabilité, comme une description des possibilités du pensable. De ce point de vue là, la logique c’est deux choses : - un principe de consistance : à quelles conditions peut-on dire qu’un univers est pensable comme univers ? - un principe d’extension : que peut-on assumer du point de la pensabilité comme extension du champ du pensable, qui est fibrée intimement par la dialectique du global et du local ? A quelles conditions d’extension globale doit obéir une vérité locale ? Quelle est l’extension de la question du vrai comme possibilité ? C’est autour de cela que va se jouer la première catégorie proposée : la décision. Cette question, j’aimerais l’éclairer à partir de Leibniz, sur un point particulier qui est la nécessité de penser l’être du possible lui-même. Non pas de fonctionner dans une opposition de l’être et du possible, mais de traiter le possible à sa racine. Il faut bien que le possible, en tant qu’il est pensé, soit. Il faut donc qu’il y ait un être minimal du possible qui se distingue de l’être comme effectivité. Chez Leibniz, on va aussi trouver une nécessité d’investigation logique du possible selon son être — à quelle loi obéit la possibilité comme telle ? — et un principe d’investigation de l’être effectué ou fulguré par Dieu.[1] Art 33 de la Monadologie. Point de départ significatif : «Il y a deux sortes de vérités, la vérité de raisonnement, la vérité de fait». Leibniz va déclarer que les premières sont nécessaires et que leur opposé est impossible.

Ce que Leibniz va dire c’est : quand la vérité est nécessaire, on en peut trouver la raison par l’analyse. Elle va se laisser décomposer en idées plus simples jusqu’à ce qu’on en vienne aux idées primitives. L’exemple que prend Leibniz, c’est l’exemple des mathématiques.[2] Au bout de cette chaîne, on trouve un principe de consistance, purement et simplement : on ne peut pas soutenir le contradictoire de quelque chose si ce contradictoire nous exhibe une contradiction expresse. On passe à la deuxième filière : «La raison suffisante se doit trouver aussi dans les vérités contingentes ou de fait». Elles ne sont donc pas telles que leur contingence soit elle-même contingente. Même lorsqu’on a affaire à une existence contingente, on doit trouver une raison de ce fait. Il doit y avoir une légitimité pensable de cette contingence elle-même. Il y a de la contingence, mais il n’y a pas de contingence de la contingence (principe de raison suffisante). Le point fondamental est que cette raison de la contingence ne peut pas se trouver par l’analyse parce que l’analyse va à l’infini. La thèse leibnizienne est que toute situation est infinie, infinie au sens du continu («labyrinthique» ). Le sujet lui-même, en tant que sujet monadique est une perspective infinie sur l’univers infini. En matière de réel, il n’y a rien de primitif. Ce qui explique que Leibniz polémiquera contre toute conception atomistique de la nature, qui est décomposable (Lucrèce). Comment peut-on rendre raison de la contingence en tant que non contingente ? Il faut que le principe de raison soit extérieur à la série causale. Le passage clef est le suivant (c’est la démonstration leibnizienne de l’existence de Dieu) : «Comme tout ce détail n’enveloppe que d’autres contingents antérieurs ou plus détaillés, dont chacun a
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Dieu) : «Comme tout ce détail n’enveloppe que d’autres contingents antérieurs ou plus détaillés, dont chacun a encore besoin d’une analyse semblable pour en rendre raison, on n’en est pas plus avancé : et il faut que la raison suffisante soit hors de la suite ou séries de ce détail des contingences, quel qu’infini qu’il pourrait être. Et c’est ainsi que la dernière raison des choses doit être dans une substance nécessaire, dans laquelle le détail des changements ne soit qu’éminemment, comme dans la source : et c’est ce que nous appelons Dieu». Il n’y a qu’un Dieu parce qu’il n’y a pas besoin de faire une hypothèse supplémentaire. Il n’y aurait pas de raison suffisante à ce qu’il y ait deux dieux. Le second serait d’une contingence dont la contingence serait elle-même contingente, ou il en faudrait un autre transcendant aux deux. Le principe est ici un principe transcendant, extérieur à la série contingente. Comment peut-on récapituler cette scission de la vérité ? Au cœur des choses, il faut mettre l’opération de possibilité, au sens suivant : • Les vérités nécessaires sont celles dont la contradictoire est impossible. La question de la possibilité est donc sous-jacente à la question de la nécessité, en particulier la contradictoire expresse est un point d’impossible pour la pensée. Contre ce point de butée, il y a les énonciations identiques. • Du côté des vérités de fait : si elles nous sont pensables — la question de Leibniz est celle du pensable — quoique contingentes, c’est parce que leur contingence même n’est pas contingente. Pour qu’une vérité de fait contingente ne soit pas contradictoire dans sa contingence, il faut qu’il y ait un être de la possibilité contradictoire. C’est cela qui va être la chicane la plus décisive. Si le contraire n’a aucun être, alors il n’y a que la vérité contingente, bloquée sur elle-même, sans alternative. Une chose sans alternative, ou bien elle est nécessaire — ce qui n’est pas le cas —, ou elle est absolument contingente. Par conséquent, si on veut penser la contingence, il faut qu’elle soit homogène à une raison : il n’y a pas d’autre ressource que de penser qu’elle n’est pas elle-même contingente. La possibilité contraire est vraiment. Elle a un principe d’être quelconque. L’univers où il n’y aurait pas de chevaux, il faut qu’il ait un être. Pour soutenir l’intelligibilité de la vérité contingente, il faut donc soutenir qu’il y a un certain être du pur possible. Par conséquent, le régime d’être de l’être va, à son tour, se scinder. Il va y avoir l’être-en-tant-qu’être du possible, et l’être-en-tant-qu’être du réel, ou de l’existant. On peut dire, dans un autre registre que celui de Leibniz, qu’on va avoir une scission entre l’être-en-tant-qu’être, et l’être-en-tant-qu’existence. La pensabilité de l’être va subsumer cette distinction entre l’être-en-tant-qu’être et l’être-en-tant-qu’être-de-ce-qui-est effectivement-existant. Récapitulation : On part d’une distinction discursive, entre le régime discursif du raisonnement, et le régime discursif du constat, c’est-à-dire entre un régime axiomatique et un régime descriptif. A partir de cette scission discursive, s’infère une disjonction ontologique obligée, entre l’être-en-tant-qu’être du possible même, et l’être-en-tant-qu’être de l’existant comme tel. Dans le vocabulaire de Leibniz, cela veut dire : Dieu doit être pensé simultanément comme cause des essences (l’être comme possible), et des existences. [3] Il faut bien penser l’être de façon à ce qu’il donne de l’être à la possibilité. Nous conviendrons de dire que la question de la pensée — du site de la pensée, de la région de la pensée — doit assumer une articulation entre l’être du possible et l’être de l’existant, et nous appellerons logique l’investigation de l’être du possible, et mathématique l’investigation de l’être de l’existant.

Finalement, l’onto-logique va, en effet, subsumer un régime de décision qui concerne l’être-en-tant-qu’être de l’existant, et un régime de description qui va concerner l’être-en-tant-qu’être du possible. Les opérateurs de l’ontologique vont devoir assumer cette subsumption et cette tension. [4] Sur la catégorie du vide Le point qui convoque le vide à l’onto-logie, c’est que le vide — ou la même chose sous un autre nom — constitue un point de suture obligé entre l’être et tout discours sur l’être. La possibilité qu’il y ait discours sur l’être suppose qu’il y ait une position du vide (ou éventuellement du rien, du néant...). C’est pourquoi c’est une catégorie
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il y a toujours une sémantique du vide. C’est en ce sens que les formalisations de la logique du premier ordre sont a-philosophiques.fr/Badiou/94-95. L’exemple hégélien est encore d’une toute autre nature. parce que le devenir est ce que l’être représente pour le néant. Le devenir va être aussi et en même temps sujet. du néant. On voit très bien dans le Sophiste que l’obligation du néant — d’un être du non-être — est entièrement liée à la possibilité du discours. Par conséquent. La théorie parménidienne ne constitue pas la possibilité d’un dire dialectique. Et. Pour cela. la philosophie a toujours déjà subverti. «Mon but est de présenter l’absolu non pas seulement comme substance. la formalisation traditionnelle des langages logiques. Dans son point de départ. Pour autoriser un discours sur l’être. Donc. mais le passage de l’un dans l’autre.htm Page 4 of 34 . il faut que la suture à l’être soit dans le devenir.2. lorsqu’il va y avoir le «je pense. Pour cette identification primordiale. il n’y a la possibilité d’un dire sur l’être qu’autant qu’on reconnaît qu’il y a un être du non-être. Parenthèse purement logique Il est un point très intéressant à constater. La nécessité de réfuter Parménide résulte non pas de la démonstration de la fausseté de la théorie de Parménide. Cette formule est manifestement non valide dans un modèle vide. y compris de ce dont on ne peut pas s’évider. C’est la constitution d’une pensée qui ne pense rien. comme celui du Sophiste. Le doute hyperbolique est un évidement.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM qu’il y ait une position du vide (ou éventuellement du rien. Mais être et néant sont deux purs signifiants. mais aussi comme sujet» (Préface de la Phénoménologie ). Or. Cela se donne dans la catégorie de l’Autre (Platon).asso. la vacuité. tenable — tel que ça puisse être un dire —. En philosophie. Ceci est en jeu dès le début. La répudiation des poètes est un parricide. pas seulement parce que c’est en vers. Cf. je suis» .. mais parce que ça demeure inspiré : comparution devant la déesse et non pas un dieu. la possibilité d’un être du non-être. ce qu’on trouve c’est le vide. en particulier à la possibilité du discours faux. cela ne peut s’assurer que sous l’hypothèse maximale du discours faux qui vérifierait qu’il n’existe pour le discours aucun point de suture. Sujet a-substantiel. Le cogito est la réitération de cette opération essentielle qui est de garantir le discours sur l’être en un point de suture au vide. Nous sommes fondés à dire que le vide. certain en existence. à moins que ce ne soit un matricide : le meurtre de la langue. On va avoir le vide existant d’une opération d’évidement. par opposition à un dire poétique. soit que la philosophie http://www. Si on prend les logiques formalisées classiques. la dialectique serait inengageable s’il n’y avait la réversibilité essentielle entre l’être et le néant. La réversibilité entre les deux signifiants être et néant n’est possible que par la convocation du vide. Le doute est une opération d’évidement. il est nécessaire d’identifier ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de tels discours. de sorte que le il y a originel n’est ni l’un ni l’autre. C’est pourquoi c’est une catégorie fondamentale de l’onto-logie. mais vide en contenu. si on entend par logique.entretemps. Donc. mais du constat que la théorie de Parménide ne peut pas se dire. comme dans le Sophiste. la vacuité de l’être et du néant (Hegel). c’est cela qui fait qu’il y a chez Descartes un discours sur l’être : le «je pense» comme vacuité pure. sauf qu’il existe. Raison pour laquelle Platon dira dans le livre X de la République que le bannissement des poètes est la chose la plus surprenante. La procédure hégélienne[6] va exiger comme opérateur central : la vacuité. • Hegel. chez Descartes. on peut soutenir que. car quoi que ce soit qu’elle pense est suspendu par le doute. réduit au point pur de son opération. il est toujours sousentendu qu’on n’utilise pas des modèles vides : Il y a une sorte de subordination implicative du quantificateur au quantificateur $ : . vide. L’ensemble vide n’est pas convocable pour modéliser tout énoncé fragmentable dans la logique du premier ordre.. Le discours ne peut s’assurer d’un réel qu’en convoquant un vide. aussi et en même temps. qui est ce qui va suturer le discours cartésien à l’être. La première démonstration de ce point se trouve dans le Sophiste de Platon. Nous trouvons encore le vide convoqué au point où le discours peut s’assurer d’un réel. alors on peut dire soit que la logique est a-philosophique.[5] Autres exemples : • C’est une convocation absolument présente chez Descartes. l’envoi extraordinaire de la Logique. Si on cherche à ce qu’il y ait autre chose que le mot. au point pur du Cogito. il faut assumer un être du nonêtre. sont constamment exigés pour que le discours soit garanti quant à son minimum de réel. il va y avoir l’assertion d’un point vide. il n’y a discours sur l’être. parce qu’elle exclut la sémantique du vide. C’est ce point qu’en un certain sens. L’intuitionner vide est ce par quoi l’être pur est.). le point vide du cogito (Descartes). le néant pur. Qu’est-ce que ça veut dire que Parménide l’ait constitué comme un dire ? Il est essentiel de constater que ce dire parménidien demeure un dire poétique.

par la double négation. Mais en ce point. topologiser p. La force de la négation va être tout spécialement affectée par le type de décision ontologique sous-jacent. c’est la question de la capacité créatrice du négatif. C’est ceci qui va requérir une décision ontologique : qu’a-t-on décidé sur l’être pour que la force disjonctive de la négation soit maximale ? Nous verrons que le tiers-exclu. si on veut reconstruire une corrélation logico-philosophique. . La présentation catégorielle de la logique est beaucoup plus adéquate aux besoins contemporains d’une corrélation logico-philosophique.[7] On va appeler force disjonctive de la négation la question de savoir si le négatif est le seul Autre de l’affirmation. Il y aurait donc deux grandes options ontologiques sur la négation : . si la force disjonctive est maximale. éventuellement infinies.L’une qui privilégie la force disjonctive. on doit admettre une pluralisation déployée de l’altérité. Si ce n’est pas le cas. Sur la catégorie de négation Que la négation soit onto-logique peut paraître immédiat : c’est à la fois un connecteur logique et un terme fondamental du discours philosophique. Un bon exemple serait de confronter sur ce point la décision parménidienne et la décision hégélienne : le fragment 8 de Parménide. Les raisons sont nombreuses de l’importance extrême du tiers-exclu dans l’histoire de la philosophie. où la négation prescrit un lieu.2. Mais dans ce cas. Dans ce cas. est organiquement lié à ces décisions ontologiques qu’on peut identifier. soit que la philosophie est illogique. Capacité créatrice et puissance disjonctive ne marchent pas forcément ensemble. Selon que nous avons telle ou telle décision sur la différence. la topologie de ¬¬ est sans intérêt. c’est-à-dire l’unicité de l’Autre d’une affirmation. Autre question : la question de la double négation : ¬¬p p. Ce qui va graviter sur la question du statut du tiers-exclu. nous assumerons que le vide est une réquisition de l’ontologie. Peut être précisée sa force disjonctive. parce qu’elle exclut la sémantique du vide. parce qu’elle exige une sémantique du vide. Le principe du tiers-exclu exhibe une force maximale du négatif. C’est ce que dit le tiers-exclu : p ou ¬p (¬p est le seul Autre de p). les décisions ontologiques sous-jacentes à ces deux sites sont essentielles. Ce qui se disjoint d’un état de choses. en effet. Donc.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM peut dire soit que la logique est a-philosophique. C’est une discession originaire dans les démêlés entre philosophie et logique. La question de la double négation. c’est sa négation et rien d’autre. La négation va être un opérateur logique décisif. sans intérêt. la puissance créatrice de la négation reste limitée. C’est pourquoi. d’ailleurs. ¬¬p va désigner un voisinage de p. la force créatrice est atténuée. Le vide est convoqué entre p et ¬p. Si ¬¬p = p. induit de p. L’opérateur ¬ ne fait pas advenir autre chose que l’assertion initiale. originairement.asso.L’autre pour laquelle la négation est avant tout une création possible.fr/Badiou/94-95. nous sommes renvoyés à un rapport entre négation et différence. un espacement topologique nouveau. Regardons-y de plus près. La négation n’induit pas d’espacement. La négation est un peu le sismographe de la décision quant à l’être. Et inversement. Il y a un espacement. Il y a deux positions logiques extrémales : celle qui va affirmer que ¬¬p = p et celle qui va affirmer que ce n’est pas la même chose. Deleuze hait le négatif.[8] Si on confronte la décision http://www. Une ontologie comme celle de Deleuze est de ce côté . Là aussi. un autre-limite. cesser de l’identifier au langage logique formalisé. La négation est alors au plus comme un extremum d’altérité. Comme nous le verrons.entretemps. typiquement ontologique. et le chapitre sur l’Idée absolue à l’extrême fin de la Logique. tout va porter sur le statut de la différence. la force disjonctive est maximale. il y a entre p et ¬p des modalités de p autres que la négation. alors il faut modifier la signification du mot logique. il y a des décisions ontologiques sous-jacentes qui vont organiser d’autres réquisitions ontologiques. et dans l’histoire de la logique. La topologie induite par la double négation est une topologie triviale. Pour nous.htm Page 5 of 34 . toute idée que le négatif soit l’Autre unique. parce que c’est sur cet opérateur logique que s’exerce la plus vive pression de la décision ontologique. Donc. C’est cela qui va nous donner le statut de la négation du point de vue ontologique. En réalité. la force de la négation varie.

Peut-être qu’un des apports les plus profonds de la théorie des topos porte sur ce point : dans ce qu’il y a de géométrique dans la logique elle-même. http://www. dans la traversée de la logique par la dialectique du local et du global. mais la pression de la décision s’exerce immédiatement sur la négation. et le stoïcisme qui renvoie toujours à des inflexions sur la totalité. au régime d’une décision fondatrice. c’est la négation. Non pas que ce soit la négation qu’on décide.asso.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM 8 de Parménide. Y a-t-il des différences purement qualitatives. • la différence La grande question concernant la différence est la question du rapport entre global et local.fr/Badiou/94-95.entretemps. le vide. L’objection de Bergson au positivisme est qu’il y a des différences non extensives : c’est le régime de la différence spatiale. C’est la question : qu’est-ce qu’une localisation ? Son élaboration comme question interne à la logique elle-même est une opération récente : celle de géométrisation de la logique. C’est la raison pour laquelle la question de l’ontologie n’est jamais à un régime programmatique. dont il y aura un protocole d’évaluation local. très particulièrement sur la force disjonctive de la négation. Quelque chose comme ça est à l’œuvre dans la différence entre l’épicurisme (atomistique).[9] • le vide C’est le point de suture à l’être de tout discours sur l’être. la décision. Il y a une intrication interne de la durée qui fait que la différence n’est pas évaluable en l’un de ses points. c’est conserver à tout prix la capacité topologiquement créatrice de la négation (ce n’est pas pour rien que ce sont des figures). parce que c’est sur lui que s’opère immédiatement la pression de la décision ontologique. Rappelons-en les points nodaux : • la décision On admettra que la logique adopte dans la pensée une position descriptive. La question de la différence va aussi se présenter comme question onto-logique. et le chapitre sur l’Idée absolue à l’extrême fin de la Logique. Le vide nomme le point où le discours sur l’être se capitonne à la décision. le sujet comme lieu et pas seulement comme syntaxe.htm Page 6 of 34 . s’opère une logicisation de la question de la différence. La question de la différence est donc bien un des points fondamentaux où la logique s’articule à la décision onto-logique. Toute ontologie est. la négation. Toute pensée a toujours déjà pris une décision quant à l’être. c’est-à-dire des différences qui ne peuvent s’estimer que globalement ? Une différence extensive est une différence qui se laissera toujours tester en un de ses points.2. dans la pensée. en tant que finalement la question de la différence est celle de savoir s’il y a ou s’il n’y a pas des différences purement intensives. laquelle articule un principe de consistance et un principe d’extension. • la négation C’est l’opérateur logique fondamental. Il y a des intuitions de Lacan très décisives sur ce point aussi : il faut une topologie pour rendre compte de ce qu’est le lieu subjectif. et à des logiques des lieux. Chez Hegel. jusqu’à donner sens à des vérités locales. la différence. on voit bien que le point d’application de la décision. Dans la géométrisation de la logique. La reprise logique de cette question s’est faite récemment quand on a constaté que les lieux logiques nouent la question de la vérité à des réquisitions topologiques. corrélée à la notion générale d’univers possible.[8] Si on confronte la décision parménidienne et la décision hégélienne. au point d’en faire un impératif chez Parménide. II Reprise Les cinq concepts fondamentaux de l’onto-logie sont : l’infini.

on sait par l’extension de la logique mathématique. c’est que. c’est-à-dire savoir trouver où est cette existence». (Encore p. Quand je dis que la femme n’est pas-toute et que c’est pour cela que je ne peux pas dire la femme. Il y a certainement. Ce qu’on peut dire est toujours dans la forme du dire que ne pas. puisqu’une existence ça doit se construire. Ce pas-tout devient l’équivalent de ce qui. le sujet comme lieu et pas seulement comme syntaxe.2. L’infini n’est pas ceci ou cela. à Dieu. Il y a l’exception. Ceci court jusqu’aux tentatives logiques les plus récentes. dans cette entreprise de Lacan. on est aristotélicien. mais équivalence. d’une contradiction. s’énonce du particulier. La querelle entre logique classique et logique intuitionniste est toujours simultanément une querelle sur la négation et une querelle sur l’infini. nous avons une négation affaiblie qui ne permet pas de conclure à l’Autre du tout. la conviction que la ressource logique entre en défaillance aux abords de l’infini. la négation du tout ne nous indique aucune existence particulière. ce n’est pas exactement une existence. alors on va aussi admettre une force disjonctive de la négation assez radicale. Dans la grande logique. [10] Seulement. c’est précisément parce que je mets en question une jouissance qui au regard de tout ce qui se sert dans la fonction de F x est de l’ordre de l’infini. Une existence indéterminée. Inversement. celle qui se qualifie précisément d’intuitionniste. que pour poser un «il existe». Il suffit qu’il y en ait un qui contredise à la formule universalisante pour que nous devions l’abolir et la transformer en particulière. L’opérateur du pas-tout est autre chose que la simple négation classique d’un universel : . dans la logique.. Toute assertion d’existence concernant l’infini rétroagit sur le type de contraintes logiques admissibles. 3) Il faut assumer que l’espace de référence est infini. il s’agisse du fini. Elle nous indique une existence indéterminée. • l’infini C’est une question clef.[11] Or. Pour ce qui est du fini. en son cœur. Ce lien s’étend aux formulations logiques de type nouveau : par exemple. Ceci n’est pas simplement intuitif. on a toujours su qu’une partie des contraintes logiques reçues comme naturelles n’étaient plus opératoires si on prétendait les appliquer à l’infini. Tout le vaste courant de la théologie négative a.entretemps. 4) Si c’est infini l’espace de référence. L’infini fait trou dans la logique : c’est un massif héritage de la théologie négative. il faut être aristotélicien. le statut du négatif. Il est certain que les différents types possibles d’assertion d’existence quant à l’infini entraînent des réquisits singuliers quant aux contraintes logiques opératoires. Que la régulation du dire lui-même est inadéquate. en logique aristotélicienne.94) Lacan nous dit : 1) Le pas-tout qui identifie la position femme ne doit pas être entendu comme la particulière aristotélicienne. la proposition latente d’une négation dont tout le problème est de penser qu’elle n’est ni la négation classique.. la logique est classique. Il y a donc un lien entre les thèses sur l’infini et les thèses sur la négation. On va donc rester dans une objection indéterminée au tout. Ce n’est plus alors du côté de l’extension que nous devons prendre le pas-tout.). il y a non seulement implication. dans le tout ou le pas-tout dont il s’agit. il y a quelque chose qui touche à la négation. c’est ce point qui est ontologique. Le trou dans la logique va être bordé par la négation. nous pouvons avoir à faire au contraire à l’infini. http://www. La négation est une fixation en effet de bord de la trouée de l’infini dans les dispositifs logiques. les réticences sur l’existence de l’infini (de caractère intuitionniste ou constructiviste) s’accompagnent d’une théorie faible de la négation (rejet du principe du tiers exclu).fr/Badiou/94-95. il faut aussi pouvoir le construire. Ce qui signifie qu’il y a certainement une corrélation entre les assertions d’existence sur l’infini et la question de la force de la négation. Seulement. il n’y a pas cette nouveauté. Nous aurions l’intuition suivante : si on accepte des assertions d’existence fortes sur l’infini (Cantor. Ce qui fait donc la singularité de la négation lacanienne.htm Page 7 of 34 . ni non plus réductible à la négation intuitionniste : «De ce qu’on puisse écrire pas-tout x ne s’inscrit dans Fx. Mais le pas-tout est quelque chose comme une négation. C’est vrai à une seule condition. 2) Si l’espace de référence est fini. c’est un dire que non. Descartes.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM qu’est le lieu subjectif. Au bord de ce trou. Donc. Dieu est une soustraction. Si on est dans une décision ontologique finitiste. Tout le point est de savoir en quel sens c’est une question onto-logique. On peut dire de Dieu que ne lui conviennent pas les prédications logiques qui sont recevables pour toutes choses. ou un trou. il se déduit par voie d’implication qu’il y a un x qui y contredit. c’est son caractère indéterminé. les formules lacaniennes de la sexuation présentent des opérateurs qui n’engagent pas la négation classique.asso. en l’espèce du pas-tout. vous ne sauriez poser que le pas-tout comporte l’existence de quelque chose qui se produise d’une négation. dès que vous avez affaire à un ensemble infini. Vous pouvez à la rigueur le poser comme d’une existence indéterminée.

c’est la question de : qu’est-ce qui insiste dans une insistance. . La transcendance est éliminée. différence qualitative. vide négation forte la différence a un statut local Cette corrélation est une corrélation mathématisable : ce théorème. nommément l’identité de l’exception. Ce premier théorème est une caractérisation complète d’un topos bien pointé : Si dans un topos. La logique est inscrite dans l’univers.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Pour rénover la négation. C’est ce qui légitimise que l’infini soit bien au lieu de l’onto-logie. il y a unicité du vide. (infini. Ces quatre théorèmes vont nous servir d’armature et donc légitimer que la théorie des topos est bien ce à partir de quoi on peut éclairer aujourd’hui le nouage onto-logique. et différence extensive. Ce que Hegel va conclure. 1) Le premier théorème fait nœud du vide. On y trouve le vide. (On peut montrer que l’axiome du choix engage quelque chose de l’infini et de la décision).2. Comment ces cinq concepts fondamentaux vont-ils être exposés et noués dans le cadre de la théorie des topos ? Ils vont être réarticulés et noués dans quatre théorèmes : les théorèmes fondamentaux de l’ontologie. Donc. plus le fait que la logique du topos est classique (négation forte. de la différence et de la négation de la façon suivante : on peut définir un univers où la différence a un statut local (topos bien pointé). et que toute décision de rénover la négation convoque l’infini. et le bon infini (récollection qualitative du mouvement même de la répétition). et la thèse sur la force de la négation. On doit avoir une négation qui laisse quelque chose en suspens.section deux) Ceci est le point de suture fondamental de toute la Logique. elle y est localisable. décision) (négation) 3) Le troisième théorème va faire nœud des deux dimensions possibles de la notion d’infini que nous venons de voir. de façon spectaculaire. Il est celui qui tente de disposer la question de l’infini au regard de cette scission de la différence : le mauvais infini (procès de répétition). Hegel est celui qui tente de penser jusqu’au bout la corrélation entre l’infini et la différence. ce qu’il y a de qualitatif dans toute insistance quantitative. [12] Il y a donc une corrélation entre la thèse ontologique sur l’infini. mais une instance du concept de la chose. On n’aura pas seulement des successions. C’est un point sur lequel Hegel a énormément travaillé. qu’est-ce qui fait répétition dans ce qui se répète ? Qu’est-ce qui est absolument nouveau dans toute répétition ?[13] Cet élément de novation qui est le qualitatif de la répétition est le bon infini. Et parce qu’on ne peut pas penser la répétition sans convoquer le vide (qu’est-ce qu’il y a entre ?). Pas simplement la chose.On va partir de l’élaboration interne à un topos de la notion de décision qu’est l’axiome de choix. il faut passer par l’infini. un diagramme de la succession comme telle.entretemps. du mauvais et du bon infini). La question de l’infini. L’infini va être le répétant dans la répétition. entre différence qualitative et différence intrinsèque. parce que l’infini est toujours un point clef de toute décision sur l’être. (Logique . . on peut le démontrer.On va démontrer que tout topos qui admet l’axiome de choix est classique. parce que l’infini traite aussi de la différence de la différence. Ce qui se dira : « la femme n’existe pas». y compris dans l’entreprise lacanienne. Il va faire nœud de l’infini comme récurrence et de l’infini comme infini actuel (en termes hégéliens. Par ailleurs. C’est pourquoi il va se donner comme l’essence du fini dans le mouvement de la répétition. l’infini est un nœud de tous les autres. On y trouve la différence.fr/Badiou/94-95. parce qu’il n’est possible de penser l’infini sans un il y a pur. «L’infini donc qui dans le progrès infini n’a que la signification vide d’un non-être n’est en fait pas autre chose que la quantité». la différenciation de la différence.htm Page 8 of 34 . Le mauvais est ce que le répété déploie à l’infini. En particulier entre infini. http://www. c’est qu’il convient d’appeler infini le pur mouvement de la répétition.livre premier . On y trouve la négation. puisque toute décision sur l’infini affecte aussitôt la négation. alors ceci est équivalent au fait que le topos est bien pointé (toute différence a un statut local). mais des schèmes de la succession.asso. réellement disjonctive). 2) Le deuxième théorème va faire nœud de la décision et de la négation. Il n’est pas possible de penser l’infini sans penser la différence de la différence. Cela va se dire : tout topos qui admet un opérateur de succession en position universelle (un objet nombre naturel) admet en fait un objet intrinsèquement infini. Les décisions sur l’infini affectent le négatif. dans le topos. On y trouve la décision. on peut montrer qu’il y a une corrélation essentielle entre l’infini et la différence.

qui singularise cette approche par rapport à la précédente. une opération qui ne va fonctionner que dans un espace infini. d’un point de vue strictement consensuel : 1) Par la question de l’indéfini. Au cœur de ces opérations. C’est l’abord de l’infini à partir de l’opération de succession. Nous allons examiner maintenant l’investigation de l’infini dans sa présentation catégorielle.entretemps.. • S’agissant de l’identification axiomatique. c’est la stagnation. supposons que le point de départ est la marque du vide Ø. • S’agissant de la troisième. on va trouver le principe de récurrence . très précisément chez Hegel. On fait la même chose. le plus moderne. mais quelque chose franchit sa propre limite.htm Page 9 of 34 . L’approche axiomatique est intermédiaire entre la première et la troisième approche. on a une production d’autre par le même. Ce qui importe ultimement dans la répétition.. si on applique l’opérateur au point de départ : (Ø).2. Il y a une caractérisation intrinsèque de l’infini qui peut se faire par voie positive. L’infini est renvoyé à l’existence d’une figure de rapport interne à http://www. L’infini serait déjà ça : “l’outrepassement”. il y a un pas en plus. On peut dire qu’il y a là une totalisation indéterminée.de point de départ : il faut un point fixe d’où ça part. C’est une définition existentielle et affirmative. et le plus difficile — va faire nœud de la topologie de la question de la différence et de la question de la négation. Ceci remonte à de très anciennes remarques. qui est un pas de totalisation. . Il y a trois approches essentielles de la question de l’infini. et si : . c’est une caractérisation prédicative de la succession. l’opérateur s. L’universel n’est pas la même chose que la totalité : on ne se donne pas le tout de ce tout. mais il y a sens à dire : pour tous les termes de la succession. Il n’y a que l’inscription de ce tout.asso. Ce qui est la conviction hégélienne. s(s(Ø)) . Sinon.Par voie positive : on dira qu’un ensemble est infini s’il existe une correspondance biunivoque entre lui et une de ses parties strictes (Dedekind). Si on regarde de près cette question de l’opérateur de succession. en tant qu’il enveloppe l’idée d’une récollection. Il y a des liens variés entre les trois approches. pour autant qu’elle touche à l’infini. s(Ø). en particulier de Galilée. l’inscription de ce qui opère encore . que Hegel reprend sous le nom de mauvais infini.une nouveauté à chaque pas (pour que ça ait trait à la question de l’infini).fr/Badiou/94-95. et l’opérateur. alors : Ce qu’il y a de nouveau. . c’est que quelque chose y est constamment nouveau. elle vise à thématiser l’infini. 3) La tentative de définition intrinsèque. il n’y en a pas de détermination. On y retrouve le commencement. 2) L’approche purement axiomatique ou opératoire : fixer des opérations telles qu’en réalité l’espace d’exercice de ces opérations sera nécessairement infini : ce qui se passe si on présente les nombres entiers sous la forme des axiomes de Peano.n fois. ou par voie négative : . L’infini reste implicite. Dans cette explicitation axiomatique.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM L’univers des topos nous montrerait que s’il y a du mauvais infini. Si on aborde cette question. 4) Le quatrième théorème — le plus profond. Par quoi nous faisons une corrélation fondamentale entre différence. Non seulement la succession insiste.. mais ce qui est fait n’est pas la même chose . Mais on a la caractérisation de la récurrence. Le même se répète. c’est que le quantificateur “pour tout” totalise. le principe d’induction. Si on a une propriété P : P(O). on va rencontrer : • La question de ce qu’est une itération telle que rien ne la borne (logique du “encore” : c’est toujours “encore” possible).un opérateur de succession : s. il y a du bon. Cette affaire ne touche à l’infini que si chaque terme s’avère différent des autres. Il se dit : la topologie de la double négation permet d’extraire de tout topos un sous-topos classique. topologie de la différence et question de la négation. C’est l’approche qui s’enracine dans l’idée de répétition : progrès à l’infini. mais sans avoir à le spécifier. Par exemple. on voit trois exigences : . C’est ce saut à l’universel qui est le principe de récurrence. Il y a solidarité du principe logique du encore avec un principe minimum de commencement . ce qui est un saut par rapport à la simple idée de succession. C’est le principe d’induction.

les topos le montrent. . L’itération exige que l’on parte d’une action identique. son nouage interne. intrinsèquement. il n’y a pas de correspondance biunivoque entre l’ensemble I et un ordinal fini. Elle va nous montrer la logique sous-jacente à toute décision concernant l’infini. Ce qui prouve que cette identité n’est nullement triviale. s va être une répétition telle qu’elle capture toute autre répétition. C’est le fini naturel. et c’est fondamental.htm Page 10 of 34 . Mais une succession qui est en position de capture par rapport à toute succession. . c’est-à-dire un conservateur de différences.Montrer que c’est un vrai progrès à l’infini. Il est déclaré infini expressément parce qu’il n’est pas fini.2. Les étapes suivantes vont être : . et le fini qui n’en est que l’envers négatif. La flèche répétitive f est capturée par s à l’aide des corrélations h.Par voie négative : poser comme infini un ensemble qui n’est pas fini . ce qui permet de la recommencer. L’infini est renvoyé à l’existence d’une figure de rapport interne à l’ensemble. nous avons un diagramme conceptuel de ce que c’est qu’une succession . N s’appelle un objet nombre naturel. l’idée de l’infini est plus claire que celle du fini. Elle va élucider la fibration du concept d’infini. il est équivoque. C’est un ensemble Dedekind-fini. comme le pensait Descartes. l’universel se présente d’abord comme une singularité. on dira qu’on a une répétition en succession universelle. Chez Dedekind. mais où ça se joue. c’est une négation d’existence. Si on a cela. Ce qui illustre que le fini est une idée des plus compliquées.entretemps. http://www. Quand nous avons cela dans un topos. c’est-à-dire de ce que c’est que l’infini appréhendé à l’infini. tel que pour tout autre diagramme de type répétitif on a l’effet de capture des flèches uniques de N vers a. Là. Il n’y a pas d’originarité claire du fini. Les deux définitions donnent des définitions très différentes du fini : . Que va nous apporter l’approche par les topos sur cette question ? Elle va nous montrer la connexion de ces trois approches. La définition de Dedekind est sans négation. Nous trouvons là aussi une corrélation entre infini et négation. Est-ce que Dedekind-fini et fini-naturel. c’est-à-dire qu’il y a constamment du nouveau. Il va falloir qu’il surplombe toute répétition comme s’il la subsumait : Il y a de N vers a une action h unique qui fait commuter le diagramme : h o 0 = e h o s = f o h. Le fini est obscur. c’est-à-dire d’une définition sur l’infini.asso. Cela. Elle ne va pas nous montrer qu’il y a une connexion. ça coïncide ? Est-ce que c’est les mêmes ? On ne peut démontrer qu’ils sont la même chose qu’en utilisant l’axiome du choix. y compris elle-même. Le point de départ va être de capturer l’idée même de succession. La clé du raisonnement est de démontrer que s est un monomorphisme. c’est l’infini qui est le principe clair. on peut dire que ceci : est le diagramme de la succession.Dans l’autre définition : le fini est dans une correspondance biunivoque avec un nombre entier. Surtout.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM définition existentielle et affirmative. C’est pourquoi. C’est fini quand on peut compter. Cette fois.fr/Badiou/94-95. Le point de départ va être un élément de a : Comment va se trouver capturé le concept de répétition ? Dans un topos. C’est un protocole de succession tel qu’il donne mesure de tout autre.La première : il n’y a pas de correspondance biunivoque entre I et E I. Et tout ça est sous la dépendance de l’axiome du choix. Le diagramme de la succession n’est lui-même qu’une succession.

théologique. dans la tradition théologique. Nous reviendrons sur cette question très importante. largement informelle. il fonctionne toujours comme un nom pour ce qui excède les ressources de l’intellect fini. on définisse précisément des cardinaux inaccessibles. Il est assez caractéristique à cet égard qu’en théorie des ensembles. comme toujours. par exemple. La démarche en pensée ne consiste pas à se demander si l’univers référentiel de la pensée est infini ou n’est pas infini — cela n’a pas de sens immédiat — . l’infini sera localisé. et dont on peut la répéter sans qu’un terme soit fixé de façon immanente à cette opération . c’est un autre problème. en termes d’univers possibles. qui est la question de savoir dans quelle mesure le problème de l’infini est lié au problème d’une définition de l’infini. . Ceci s’effectue sans qu’on ait jamais besoin.la possibilité opératoire. aucun champ fini ne peut tolérer que cette opération-là y soit possible. l’infini intrinsèque. d’itération.entretemps. Remarquez que. de l’univers. qu’on aura dans l’univers un objet dont il y aura un certain sens à dire qu’il est infini.fr/Badiou/94-95. Là. la démarche est descriptive et immanente. il y a toujours du encore.. Entre parenthèses. Peut-être que. Ça. Il y a une tradition conceptuelle qui posera l’infini comme précisément le point qui est inaccessible pour une opération préalablement donnée. Ce qui succède est toujours un terme fini. On ne va pas s’engager là-dedans. c’est une démarche ensembliste. si tel système de conditions est réalisé. c’est-à-dire trois protocoles de pensée qui tentent de constituer l’intelligibilité de l’infini. cette question est philosophiquement très importante parce que. Pour prendre un exemple élémentaire. j’ai un champ d’insistance. mais qui a aussi son occurrence mathématique qui est de poser que l’infini c’est toujours l’au-delà de toute opération préalablement donnée.Montrer que N est intrinsèquement infini. donc une opération du mauvais infini. Comme toujours. d’itération. Ce qui veut dire qu’un ensemble est infini lorsqu’il viole le principe selon lequel le tout est plus grand que la partie. L’infini proprement dit sera précisément ce qui sera au-delà du mauvais infini.et puis. est ceci ou cela. permet quasiment de voir ce qui circule pour la pensée entre l’indéfini. Ceci pour dire que la question de savoir ce qu’est une définition de l’infini est toujours une question ambiguë. de l’intérieur d’un univers décidé. vous n’avez pas besoin de thématiser l’infini . sous certaines conditions. alors on pourra convenir de dire que ce topos est tel qu’il contient de l’infini. il n’est pas immédiatement appréhendable par les opérations de cet intellect. c’est-à-dire disposer d’une opération telle que son champ d’exercice ne peut qu’être infini. Ce qu’il faut bien comprendre c’est quelle est la nature exacte de ce que nous allons faire. de répétition. mais constituent plutôt des lieux d’intelligibilité possible de la notion. à proprement parler.la classique approche par l’indéfini. il s’agit de savoir où l’on trouve l’infini dans un http://www. . c’est de montrer que la saisie de ces notions dans la théorie des topos permet de penser leur corrélation interne. Le but qui est le nôtre. Par conséquent. d’en donner une définition explicite. N est isomorphe à N+1.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM . Cela. Ce que nous allons faire. l’opératoire. pour des figures de transcendance. et donc on va dire : s’il y a telles choses dans un topos. il y a les tentatives de donner un concept. dans ce cas. C’est une tradition à la fois philosophique.asso. de répétition. c’est l’opératoire qui prescrit la dimension sous-jacente de ce sur quoi il opère.. Voilà pourquoi les trois orientations dont nous parlons concernant l’infini ne sont pas forcément et immédiatement soldées par des définitions explicites. c’est à proprement parler la question de la transcendance. vous pouvez dire : j’ai une opération de succession. Nous avions cité comme exemple la fameuse décision de Dedekind qui est qu’un ensemble est infini s’il existe une correspondance biunivoque entre lui et une de ses parties. Cela veut dire qu’on aura des réseaux d’actions singuliers qu’on va définir. on va simplement dire : voilà où on peut localiser. l’infini est proprement ce qui est inaccessible à toute procédure définitionnelle. lui. c’est fixer les conditions sous lesquelles on peut dire qu’un univers contient de l’infini. III On a proposé la dernière fois une approche générale. mais ne sera proprement infini que ce qui sera inaccessible pour cette opération.. je le rappelle : . c’est-à-dire au fond : il y a un opérateur dont on peut répéter l’action. typifiants. S’il est un nom de ce qui excède les ressources de l’intellect fini. pour part. Nous allons unifier le mauvais infini et le bon infini. Si infini est en réalité un nom pour la transcendance. Ces trois approches étaient. non mathématiquement constitués.2. Il va falloir définir un objet infini. d’exhiber des liens. Le point principal en est trois approches du problème de l’infini. ne se clôturant pas par une définition explicite de l’infini.htm Page 11 of 34 . l’infini dans l’univers. et éventuellement. vous n’engagez pas une définition explicite de l’infini. de thématiser l’infini. Il ne s’agit pas ici de se prononcer sur la taille. il y a une tentation traditionnelle de poser que l’infini est proprement l’indéfinissable. si je puis dire. Laissons de côté la question de savoir si l’univers.

il s’agit de savoir où l’on trouve l’infini dans un univers possible et qu’est-ce que ça veut dire que de l’y trouver. C’est-à-dire pas seulement ceci qu’il y a une itération possible. Il se peut très bien que s soit telle qu’en la recommençant. Le point de départ est de capturer de façon définitionnelle la notion de succession. vous pouvez combiner ida avec ida . Par ailleurs. nous avions remarqué que. puisque sinon. une répétition. de l’autre. Donnons tout de suite un exemple.asso. c’est-à-dire en limite. par rapport à toutes les configurations de ce type. [14] Si on récapitule tout ça. Il s’agit d’une flèche dont la source est également la cible. et ceci sans limite assignable. la faire. c’est que le point d’arrivée de cette action soit le même que son point de départ. assez classiquement. et un principe d’unicité. qui existe obligatoirement associée à tout objet a. Ce sont des singularités présentes dans le topos. non pas seulement un cas. Le problème est de savoir comment. on a là une itération qui ne produit rien de nouveau. d’immédiatement hégélien. par la répétition est incessamment différent. nous identifions ce genre de diagramme à l’idée de répétition avec point de départ. Or. Comment saisir. d’une certaine façon. puis la refaire encore. d’une part. sous la forme d’un certain nombre de cas. La limite est elle-même une configuration dans le topos. Nous avions dit : pour qu’une action puisse se succéder à elle-même. à sa limite. dans un univers de type topos. Il faut donc distinguer ce que l’on peut appeler les répétitions stagnantes — qui peuvent aussi être des répétitions circulaires —. Là. pour l’instant ce que nous avons c’est simplement comment représenter dans un univers toposique le schéma élémentaire de l’itération. En pensée catégorielle. et vous avez quelque chose qui. Ceci nous indique la possibilité de la répétition. et cependant le terme engendré. on voit que le schème catégoriel de l’itération est intégralement représenté par ce diagramme : Mais ce qui. Il y a de l’un. qui est la capacité de la pensée catégorielle et toposique de présenter. mais pour l’instant ne nous prescrit nullement que cette itération du même engendre du nouveau. mais : ida o ida = ida . Ce qui a fait dire qu’il y avait dans la pensée catégorielle quelque chose d’immédiatement dialectique. Cela c’est l’élément du même.2. donc la possibilité d’itérer le même. dans cette affaire de l’universel. C’est cette combinaison de subsumption et d’unicité qui détermine la notion d’universel.entretemps. la notion de limite exprime une position universelle par rapport à une certaine configuration. Vous avez des configurations. Nous avions esquissé cela la dernière fois. c’est l’identité de a. cette unicité. Donc. Cela. ce ne sont pas une transcendance extérieure. il faut que le point de départ soit fixé. Quand il y a cela. Nous connaissons parfaitement une des flèches de a vers a. c’est une flèche de 1 vers cet objet. c’est l’opération du plus un. nous conviendrons que le point de départ doit être un point de départ élémentaire. Ce n’est pas parce qu’on a une possibilité d’itération que l’on a nécessairement la productivité de l’itération. C’est ici que nous allons utiliser quelque chose de plus intéressant que cela. c’est que cet universel est présenté. comme toujours. Ce qui est caractéristique ici. ce n’est rien de tel. On peut dire que l’universel est lui-même présenté comme singularité. cette configuration ? http://www. cette subsumption. Mais c’est tout. est en position de type universel. étant donnée la configuration de succession représentée par n’importe quel diagramme de ce type dans le topos. puis la refaire. qui dit que. ce ne sont pas des schèmes transcendantaux. une action telle qu’on puisse la répéter. La position universelle combine. Il faut qu’il y ait un point de départ assignable qui fixe le début de l’itération. C’est cela qui nous donne le schème abstrait de l’indéfini. qui est ce par quoi a. incessamment. c’est que la répétition de s produise toujours du nouveau. vous ne pouvez pas répéter. Ce qui veut dire que l’universel est lui-même localisé. se rapporte à lui-même. ce qu’on peut simplement dire. si je puis dire. ce ne sont pas des idées platoniciennes. de la répétition. pour l’instant n’est pas garanti. mais qui opératoirement sont en position et de subsumption et d’unicité.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM infini — cela n’a pas de sens immédiat — . dans la procédure de l’indéfini.fr/Badiou/94-95. dirait Lacan. L’opération est à chaque fois la même. mais le concept du cas. Première question : comment peut se présenter. c’est qu’il y a de la répétition possible. une espèce de subsumption. votre action combinée vous redonne l’action élémentaire du départ. La notion d’itération et d’action est présente dans le topos. Donc. de l’autre. dans un topos — et il y a toujours nécessairement des objets tels qu’ils ont un élément et une flèche intérieure —. y compris sous forme de diagramme. en termes catégoriels. c’est la matrice élémentaire. et les réelles répétitions indéfinies dont il sera demandé ou exigé qu’elles engendrent à chaque pas une nouveauté. c’est une même opération qui cependant produit. le fait que l’universel se présente sous la forme d’une singularité diagrammatique identifiable dans l’univers dont il s’agit. avec subsumption et unicité. et un élément d’un objet.htm Page 12 of 34 . il y a une condition sine qua non. si je puis dire. par conséquent. mais quelque chose qui exprime universellement cette possibilité.

Je dirai — c’est un peu une métaphore —. Il faut éloigner ici toute intuition du nombre.asso. mais je dirai volontiers en tendant un peu les choses. une configuration de ce type est une configuration de ce type. vous engendrez du nouveau. Nous aurions là quelque chose qui est la position conceptuelle de la répétition. l’opérateur f va être capturé par s. Comment saisir. Ici. Cela. On peut dire que h. L’important est de retenir que par h. elle sera présente dans le topos. à sa limite. Nous allons maintenant regarder ce qui se passe s’il y a cet objet. cela va se donner dans le fait qu’il existe une flèche unique de N vers a qui fait commuter le diagramme. et donc que tout le diagramme commute. L’objet nombre naturel c’est N. ici. agir. cette configuration ? Forcément ce qui saisit en subsumption.2. la succession f est subsumée sous la succession s. quelque chose qui a peu de rapport avec notre intuition du nombre. que si.. De même. qu’est-ce qu’il faut montrer de manière un peu générale ? Considérons une répétition de s. nombreuses. Pour s’assurer qu’il y a toujours du nouveau. avec subsumption et unicité. n fois : http://www. Donc. objet nombre naturel ne renvoie à rien d’autre qu’au concept de la répétition à point de départ. va être «capturé» par l’élément 0 qui est le point de départ de l’universel. et non pas simplement une succession. cela saisit toute succession dans les conditions où l’opérateur de succession est unique. c’est-à-dire l’opérateur universel. par h. Ceci ouvre à la possibilité que soit appelé nombre. ça nous donne une intériorisation structurale de l’universel. que ceci nous donne à l’intérieur du topos. même sous la forme de l’indéfini.htm Page 13 of 34 . dans le topos. C’est pourquoi vous aurez. Comment vont s’effectuer la subsumption et l’unicité ? Comme dans tous les cas limites.entretemps. si cette limite existe. variées. Dans un topos où cette limite existe. dans le topos. c’est-à-dire où pour toute itération. que le triangle commute. donc de façon universelle. non seulement des successions diverses. Il y a plusieurs métaphores possibles : saisir. avec l’aide du h qui est l’action de saisie. elle est présente sous la forme qu’h est unique. lorsque vous répétez s. qui est en position universelle sur toute répétition possible.fr/Badiou/94-95. en position limite de toutes les autres. qui est le point de départ de la configuration répétitive. on dira qu’on a. c’est une démarche essentielle. Quant à l’unicité. c’est-à-dire en limite. une action de N vers N. l’action de subsumption. un ONN. dans un topos. Mais encore une fois. Il n’y a qu’une manière d’opérer la subsumption. le point de départ élémentaire e est subsumé sous le point de départ 0.. le concept de la succession. mais aussi le concept de la succession. voir. supposons que nous avons ceci : un objet N qui a un élément. Vous voyez que ça n’aura rapport à l’infini. Tout le point va être sur cette question de la productivité. Donc. c’est ce par quoi la succession s saisit la succession f. L’élément e particulier. De même. N et s capturent la répétition. c’est-à-dire un objet nombre naturel. Le fait que ça commute nous donne un système de saisie ou de subsumption. Le triangle commute : h o 0 = e Le carré commute : h o s = f o h Ces deux équations expriment que le carré commute.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM départ. quand ça existe. Cela signifie que le : est en position universelle pour la subsumption. Cela va se donner sous la forme suivante : le triangle commute et le carré commute. pour tout diagramme répétitif de ce genre.

Vous voyez qu’un monomorphisme. . Pour démontrer ce point. dans les nombres. sn o 0 = sq o 0 http://www. pour q < n.asso. nous allons faire un deuxième lemme. Et donc. ça va être notre troisième lemme : si m est un monomorphisme. Si vous lui appliquez la fonction. Donc. les annuler et reproduire de l’identique. C’est pour ça que je ne la fais pas. et r o s = idN Qu’est-ce que c’est que cette flèche r ? C’est la fonction prédécesseur. vous passiez de 1 à 2 par la fonction successeur. que si le même répété produit de l’autre. L’opération est la même. pour reprendre notre problème de tout-à-l’heure. c’est-àdire que s va être différenciant parce qu’il ne peut pas être identifiant. c’est une dialectique du même et de l’autre. par définition. que sn et sq sont des monomorphismes. cela veut dire qu’il faut que sn soit différent de s. Supposons que. c’est l’id N. de l’existence de r résulte que s est un monomorphisme. On peut résumer cela : s ≠ sq. puisque ça conserve les différences. il existe une flèche r de N vers N qui a les deux propriétés suivantes : r o 0 = 0. Cela veut dire qu’il y a la fonction prédécesseur. Notre but. f = g. Ce n’est pas en répétant. dans l’idée d’une opération qui se répète indéfiniment. vous passez à l’identique. c’est de démontrer que sn ¹ sq. Il faut démontrer pas mal de choses avant. Ce qui veut dire que l’opérateur universel de succession conserve les différences. alors il y a en effet mauvais infini : sn ≠ sq. nous allons assumer un lemme qui se dit de la façon suivante : s’il y a un objet nombre naturel. vous retrouvez la propriété chaque fois qu’il y a un nombre naturel dans un topos. Le mauvais infini. Parce que chaque fois qu’on va cumuler une différence. c’est que. c’est quelque chose qui peut se simplifier. et si vous faites le prédécesseur. dans l’indéfini.htm Page 14 of 34 . c’est-à-dire une saisie universelle de la répétition. qui est nodal. La fonction prédécesseur est une fonction qui va aller dans le sens contraire. philosophiquement.. Nous allons démontrer que s’il y a un objet nombre naturel. elles vont devoir persister. mais les termes produits par la répétition de cette opération sont incessamment autres. Si sn = sq. il va falloir qu’elle se conserve. pour gagner du temps. C’est cela que nous exigeons. qu’on va faire disparaître cette capacité à conserver la différence. A partir du moment où vous avez démontré que s est un conservateur de différences. vous allez forcément aller de différence en différence. de s3.. de s2. on a quelque chose qui conserve la différence.entretemps. Si on démontre cela de manière générale. comme dirait Hegel. Il y a une petite remarque à faire. Maintenant. Par voie de conséquence. un concept de la répétition. Le prédécesseur annule la succession. Comment va-t-on procéder ? On va remarquer d’abord.. et on va démontrer que ce n’est pas possible. mn l’est aussi. c’est que la démonstration de l’existence de la flèche prédécesseur n’est pas triviale. il y a tout lieu de penser que ce n’est pas en le répétant qu’on va revenir à l’identique.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Si vous voulez être sûrs que sn vous donne quelque chose de nouveau par rapport à tout ce que vous avez déjà produit avant. et donc vous ne pourrez pas en répétant s. C’est trivial. C’est le point clé. il n’y a présence de l’infini. même en un sens dégradé ou mauvais.. Ce qui veut dire. de sn-1. pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de prédécesseur de 0. on aura notre affaire. Donc. Ça ne va pas pouvoir retourner au même. Vous passez au suivant. quels que soient n et q.2. Et elle obéit à r o 0 = 0. Donc. On va supposer que sn = sq.fr/Badiou/94-95. Donc la fonction arithmétique du prédécesseur obéit exactement à cette propriété. Supposons que : s o f = s o g Il en résulte que : r o s o f = r o s o g Mais r o s. puisque s est un monomorphisme. vous tombez sur lui-même parce qu’il n’y a rien avant. à chaque fois qu’il va y avoir des différences. C’est l’idée que.[15] Un monomorphisme est un conservateur de différences. C’est une idée très importante.

nous voici en possession de la conclusion : s’il y a un objet nombre naturel. En tout cas. Cela résulte de ce que s est un conservateur de différences.asso. Par conséquent.. Évidemment. le topos est dégénéré. alors en réalité.2. tout simplement. Mais ça. dans un topos. de façon absolument générale. sauf dans un cas qui est le cas où le topos est dégénéré. Donc. En particulier. nous connaissons plusieurs schémas de répétition. Les éléments de C sont les valeurs de vérité du topos. et pas seulement un point. cela veut dire que si à un moment donné il n’y a plus de différence. ne peut pas être stagnant. il y a une flèche de négation. il faut que le faux soit différent du vrai. Dès votre première application de l’opérateur. est faux. on a : le faux est égal au vrai. est la négation. c’est qu’il y a une boucle dès le départ. Dans un topos. il y a le vrai et le faux. c’est-à-dire de l’incessante productivité. Comment se fait-il qu’il n’y a pas que le vrai ? . Ce qui veut simplement dire ceci : si vous avez sn. non obtenu précédemment. si s o 0 = 0. Intuitivement. donc il existe (n . Il est réduit à un point. Cela veut dire qu’il y a une infinité de valeurs de vérité. c’est qu’il n’y en a jamais eu.. alors il y a nécessairement de l’indéfini. ça c’est sûr. alors le vrai est différent du faux. Après tout. celuici : un élément de l’objet central. Supposons qu’il y ait stagnation. il y a du nombre. il est démontré qu’il faut que le faux soit différent du vrai pour qu’il y ait de la différence. et voir ce que ça donne. En langue naturelle. s’il y a un objet nombre naturel. Nous allons maintenant supposer que s o 0 = 0. Il y a des topos où il peut y avoir une infinité d’éléments de C. ce sera encore nouveau. Il nous faut encore montrer que s. s’il y a une boucle. sous cette forme élémentaire essentielle qui est un concept de la succession —. r n-q-1 o sn-q-1 o s o 0 = r n-q-1 o 0 s o 0 = r n-q-1 o 0 Or : r o 0 = 0 Donc : s o 0 = 0 On aboutit à ceci : si sn = sq pour q < n. c’est une vieille question philosophique. C’est peut-être la seule démonstration que je connaisse du fait que le faux est différent du vrai. dans un topos quelconque. C’est un calcul qu’on peut faire de plusieurs manières : ¬oho0=¬of Le carré commute. donc on peut l’enlever.. pour arriver à du s. si ça ne produit pas incessamment du nouveau. qui existe nécessairement. et une flèche de l’objet central vers l’objet central. il faut qu’il subsume ça. du nouveau. Donc. Et si le faux est égal au vrai. si tout n’est pas rabattu dans l’indistinction de l’Un. si c’est fini. on le démontre. de différence ! On est dans un topos. Par conséquent. C’est là qu’il va bien falloir en montrer une.fr/Badiou/94-95.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM n > q . vous êtes sûr qu’en la répétant n+1 fois. dans un topos. vous êtes stagnant. c’est comme si on les supprimait parce que ça donne de l’identique. ce qui veut dire — et cela est peut-être le point le plus difficile à penser — s’il y a du nombre dans un univers possible pour la pensée — le fait qu’il y ait l’objet nombre naturel veut simplement dire : dans cet univers possible. Nous savons aussi qu’il y a une flèche faux qui est un des éléments de C. [17] Nous voilà maintenant un peu au bout de nos peines. vous ne produisez rien d’autre que le point de départ.. c’est-à-dire s’il y a ne fût-ce qu’une différence dans l’univers possible envisagé. alors cela veut dire que s o 0 = 0. que le faux soit différent du vrai. C’est un théorème remarquable . ça se dit : dans les conditions de définition de s et de n. Les r. [16] Nous savons que. Donc ¬ o h = h o s ¬of=V Mais nous supposons que s o 0 = 0. c’est un schème de répétition. Supposons que s o 0 = 0. Donc : sn-q o 0 = 0 L’idée va être de mettre du r devant. nous avons : h o 0 = V Mais h o 0 = F. dans un topos. alors s o 0 ≠ 0. et alors sn ≠ sq pour n > q. cela veut dire que s’il y a une boucle.q) On peut donc écrire sq o sn-q o 0 = sq o 0 sq est un monomorphisme. parce que le triangle doit commuter.entretemps. qui existe nécessairement. ça n’en a jamais produit. Et.htm Page 15 of 34 . dès lors qu’il y a un objet central. Dès qu’il y a de la différence.. Nous allons voir que c’est incompatible. http://www. Si le topos n’est pas dégénéré — on va remonter la chaîne —. vous avez répété n fois l’opération. quand on les met devant les s.

Pascal disait : le Dieu de Descartes. L’objet N. La différenciation n’est pas bornée. On peut prendre l’intuition de Dedekind un peu autrement. Nous reviendrons sur ce point. elle est strictement ensembliste. Là.2. et après.asso. sauf qu’on a constaté au passage que pour désancrer la répétition (nouvelle). autre chose que strictement cet opérateur. se demander si l’infini cartésien. Si vous réitérez s. il en a besoin à un moment donné. par exemple. sous une forme d’ailleurs tout-à-fait pascalienne[18] .htm Page 16 of 34 . comme toujours lorsque nous analysons en termes de topos. déterminée par les actions qui l’ont pour source ou qui l’ont pour cible. logiquement. le Dieu de Descartes. ça. il est un opérateur.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Appelons-le le mauvais infini. Nous avons gagné le concept de succession tel qu’il se donne dans un topos. ou le logique dans l’infini. l’objet central. Dieu n’est pas affecté dans son infinité immanente par le fait qu’il y a cet en-plus qu’est le monde infini. N. Et donc. Il créait quelque chose en plus . Là. ça n’a pas d’intérieur. ça reste toujours fini. C’est une lettre. comment parler de la dimension de N ? L’idée directrice intuitive est la suivante. une dimension supplémentaire : qu’est-ce qui convoque la logique dans cette question d’infini ? C’est un point très intéressant. de toute évidence. Après tout. est infinie une chose telle que si on y ajoute quelque chose. parce qu’au lieu d’être d’abord et avant tout une existence. est-ce que cet en-plus rétroagit sur lui de telle sorte que ça affecte ou non son infinité ? La réponse est non. on en a appelé à des configurations purement logiques. n’est pas par certains côtés fondamentalement un opérateur logique. dans un protocole de démonstration. . Là. On montrerait sur un certain nombre de points qu’on en a absolument besoin. et puis d’un autre côté. entre une fonction d’opérateur. alors il y a nécessairement du mauvais infini. vous aurez une opération nouvelle par rapport à toutes celles que vous avez obtenues antérieurement. mais vous n’avez pas de récollection infinie de la chose. le faux. en réalité. ses efforts tout-à-fait singuliers pour montrer que l’infini ce n’est qu’un opérateur d’inaccessibilité. effectivement mauvaise infinité. De là. s’il y a une correspondance bi-univoque entre lui-même et une de ses parties. on a besoin de la machinerie logique. une répugnance de Lacan à admettre que ça puisse être une existence. c’est la conviction que ce Dieu n’est pas un Dieu. On peut. Ça a des racines théologiques. on n’en entend plus parler. pour l’instant. strictement. Peut-on passer à l’infinité intrinsèque ? C’est-à-dire quelque chose qui ne serait pas de l’ordre du “encore nouveau” qui est le point où nous en sommes. sur laquelle nous reviendrons. Le problème. on ne l’a pas vraiment traitée.entretemps. c’est un concept philosophique. et qui est la suivante : au fond.. Notre problème. Alors. La totalité de ce qui est dit depuis le début présuppose toujours qu’on est à l’intérieur d’un topos. En particulier. qui est que pour passer de «il y a le concept de la succession» à «c’est le mauvais infini». la négation et le faux pour boucler notre démonstration. c’est-à-dire le pouvoir différanciant de la répétition. la vérité. la question de l’infini est aussi tirée. garanti aucune infinité intrinsèque : s(n). nous avons eu besoin de recourir au fait qu’il y a dans le topos des opérateurs proprement logiques. Nous sommes passés de l’universalité de la succession au toujours encore nouveau. parce que la question a toujours été de savoir ce qui arrivait à Dieu quand il créait le monde. Il y a. Et si on prend un autre exemple tout-à-fait différent. c’est que la définition de l’infini intrinsèque que nous avons donnée. Reste maintenant à se demander si nécessairement il y a du bon. et que le nombre 2 est déjà infini. le fond véritable de la position de Pascal sur le Dieu de Descartes. Cette question de savoir quelle est la fonction purement logique de l’infini. c’est de savoir en quel sens on pourrait soutenir que l’objet N — celui qui supporte la position d’universalité — peut être considéré comme infini. Ce qui. c’est une question très importante. la négation. Nous avons dit : un ensemble est infini. sous une forme que nous rencontrons. Cela. C’est bien pour ça que Hegel l’appelle mauvais. chez Lacan. requise pour que finalement fonctionnent les formules de la sexuation — il faut que quelque chose comme l’infini fonctionne pour qu’il y ait réelle opérativité du quantificateur pas-tout —. au sens où il y a effectivement incessante production de différence. c’est-àdire assurer la constante altération des répétitions successives. cet infini. Et nous n’avons toujours. c’est vraiment la logique immanente du topos. c’est certainement un concept mathématique.. vous remarquerez un point très important c’est que nous avons convoqué l’objet central. c’est un concept théologique.fr/Badiou/94-95. dans ce cas. parce que ce point engage la question de la corrélation entre infini et logique. et notre théorème est le suivant : S’il y a un concept de la succession. ce n’est pas un ensemble. c’est une question philosophiquement extrêmement intéressante et profonde qu’on pourrait dire ainsi : qu’estce qu’il y a de proprement logique dans le concept d’infini ? Le concept d’infini. pour garantir cela. dans le protocole de la démonstration. Ceci pose la question de savoir dans quelle mesure l’infini est impliqué dans le logique. et qu’est-ce que tout cela signifie. C’était la position de Pascal. Ce qui veut dire que pour établir la productivité du nombre. donne la http://www. nous touchons. elle reste pareille. qui n’est pas encore élucidée. C’est la possibilité de toujours passer outre.

Dans la succession des nombres. la cardinalité n’est pas modifiée. et sa capacité à pointer élémentairement quelque chose. n’ont pas de caractérisation intrinsèque.2. dans les infinités au sens de Cantor. identiques. et qui est le co-produit. Il n’y a pas d’autre identité véritable. à partir du moment où ils supportent le même type d’actions . en un sens beaucoup plus interne. il y a le geste crucial d’harmoniser le même et l’Autre (35b) : «par force avec le même la nature de l’Autre. ça ne change rien. L’idée fondamentale va être la suivante.fr/Badiou/94-95. c’est réellement plus que 2. Supposons que nous soyons dans un topos où il y a un objet nombre naturel. C’est comme ça que nous allons passer à l’infinité intrinsèque. il faut qu’en un certain sens. Deux objets isomorphes sont identiques. et si vous ajoutez 1. en vertu d’une propriété de tout topos qui est que dans un topos. IV Comment. Ajouter ? Nous avons une opération analogique. L’idée. ici. au sens spéculatif du mauvais infini. qui s’appelle la somme. par exemple de N et de 1. On trouve une subsumption et une unicité. c’est comme si vous ne faisiez rien. existent les limites et les co-limites de tout diagramme fini. c’est-à-dire N. Au moment où le démiurge façonne l’âme du monde. nous avons 1. Revenons à notre situation initiale. qui est la chose suivante : s’il y a mauvais infini. nature rebelle au mélange». il y a le bon. dans cette présentation d’univers possible. qui n’a pas d’exact équivalent ensembliste. les objets. dans un topos. et nous avons : ajouter quelque chose à ? 1. Notre programme serait le suivant : essayer de montrer que si N est un objet nombre naturel. On pourra dire : est infini quelque chose telle que si on lui ajoute 1. le désigne bien comme 1. Si nous avons un objet nombre naturel. le co-produit de deux objets quelconques existe. Est-ce que. Un certain type de dialectique du même et de l’autre. mais c’est pas tout-à-fait la même chose. la lettre N nomme un infini. logiquement. il y a la somme N+1 qui se présente de la façon suivante : Ce diagramme est limite pour tout diagramme du même type : On peut dire que N+1 est en position de subsumption sur tout diagramme qui envoie des flèches de N et de 1 vers un objet quelconque. nous l’avons. Et encore une fois. Ce qui. nous aurons démontré le fait que l’adjonction de quelque chose à N ne modifie pas fondamentalement N. Les lois de l’univers y sont exhibées comme les lois de son façonnage. La répétition sans point d’arrêt. Vous voyez que là aussi on touche à l’idée de succession. ils sont identiques. Sa façon d’agir. c’est pas pareil. L’itération de la même opération produisant de l’autre. parce que les lettres.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM son infinité immanente par le fait qu’il y a cet en-plus qu’est le monde infini.htm Page 17 of 34 . extrinsèquement. dès lors qu’ils sont structuralement. il y a des raisons sérieuses de penser que ce 1 est réellement 1. le mot infini est-il exhibé ? Il y a trois approches : 1) Infini comme indéfini. Ça va être de montrer que si N est un objet nombre. donne la conclusion suivante : si vous ajoutez du fini à l’infini.asso. et c’est quantitativement pas pareil. S’il y a le concept de la succession. Il y a coextensivité entre le façonnage de l’univers et son intelligibilité. elle reste pareille. si vous ajoutez 1 à l’infini. Nous aurons démontré quelque chose d’assez formidable. qui est son identité catégorielle à N+1. va être isomorphe à N+1. On peut éventuellement tourner ça en définition. Par exemple. d’ajouter 1. quand vous ajoutez 1. Violence http://www.entretemps. c’est l’objet terminal. Dans tout topos. On peut parler du co-produit. c’est que si c’est infini. alors N est isomorphe à N+1. c’est d’ajouter le moins possible. En effet. C’est proche de la définition de Dedekind. Et par conséquent. alors il est le même que N+1. Le plus simple. 3. nous avons certainement l’objet N+1 comme co-limite ou somme de N et de 1. «Le même» en Catégories. ou de la somme. On peut se référer au Timée qui est une cosmologie présentée dans la fable de la création démiurgique. [19] Alors.

si on les logicise. harmonise le même et l’Autre sous le signe de l’indéfini. Ce qui veut dire que l’opposition entre indéfini et infini ne tient pas. l’assignation d’une perpétuelle violence qui s’apparenterait au geste du démiurge. de force. — en déplaçant le propos platonicien. nature rebelle au mélange». Une succession universelle doit pouvoir subsumer toute succession particulière.htm Page 18 of 34 . c’est la succession. La logique ne prescrit pas qu’il y ait de l’infini. on a nécessairement introduit un objet qui a une propriété intrinsèque. L’Autre est fixé au même dans son altérité même. on peut ne pas avoir d’infini du tout.[20] En réalité. dans un topos. S’il existe. La logique sous-jacente à la décision fait apparaître des connexions invisibles de l’intérieur de cette décision. Nous avons montré : 1) que s est un monomorphisme : une flèche qui conserve les différences. s] : Objet Nombre Naturel. .asso.fr/Badiou/94-95. il faut que. on dira que [0. dont les trois approches sont des facettes. cette nature essentiellement fuyante de l’Autre. il n’y a qu’un et un seul concept de l’infini. C’est donc un processus de réunification des orientations de la pensée sur l’infini. soit contrainte à cette harmonie. un objet N.entretemps. Quelque chose d’autre surgit dans le répété lui-même. de l’opération qui va se répéter. N.On commence par capturer l’idée de succession. [0. ce qui est au cœur de l’âme du monde. une flèche s de N vers N. Comment se présente le labeur de la chose ? . et un élément 0.On va montrer que cet objet obéit aux principes opératoires disposés dans les axiomes de Peano. se déduisent les unes des autres. En particulier. il existe une et une seule flèche h qui fasse commuter tout le diagramme. La nature (fusi ) de l’Autre n’est rien d’autre que l’altérité (comme l’explique le Sophiste ). Le topos va nous montrer que ces trois intelligibilités de l’infini ont entre elles une connexion que la pratique séparée de chacune d’elles ne permet pas d’établir. la définition de Dedekind). le concept de succession dans le topos subsumant toute succession possible. sont connectées. à l’harmonisation forcée de l’Autre et du même.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM même et l’Autre (35b) : «par force avec le même la nature de l’Autre. On aura donc montré que les trois voies d’accès à l’infini. dans l’infini. On pourrait soutenir qu’il y a. mais s’il y en a. N. Il y a.On va montrer que. C’est. Un jeu forcé du même et de l’Autre par quoi tout univers peut se déployer. Mais pour qu’il y ait univers. Il est requis que la flèche h soit unique (une position universelle combine la subsumption avec une position d’unicité). du point de vue de l’intelligibilité d’un univers quelconque. . pour Platon. s] est en position universelle pour la succession. Il n’est pas requis qu’il y ait un objet nombre naturel dans un topos. 3) L’infini comme champ opératoire. http://www. On pourra dire que s. Le cheminement dans lequel nous sommes engagés consiste à montrer que ces trois approches sont nouées dans le mode propre sur lequel se présente la question de l’infini dans un topos. cette capture faite. L’essence de l’altérité est rebelle à s’assortir à quoi que ce soit. le cosmos platonicien est fini — ceci que l’identification de l’altérité relève toujours d’un geste forcé. il faut assumer les trois sens. Il y a quelque chose d’essentiellement numérique dans la démiurgie platonicienne. 2) L’infini comme propriété formelle de la multiplicité (cf. Il n’est pas vrai que l’un est la relève de l’autre. dans l’idée de l’infini. comme le dit Hegel. et que pour toute succession particulière f.2. Violence (bia) est faite à l’Autre si on tente de le mixer au même.

C’est la synthèse de ce qui peut venir simultanément de a et de b. Dans un topos. Notre but va être de montrer que N et N+1 sont le même. puisque Id N fait aussi commuter le diagramme. je suis sûr que ça me donne de l’autre. [ s . [N+1] existe nécessairement en tant que produit.0] o t = s o [s. on ne modifie pas son être quantitatif. A) B) t = i o [s. Remarquons ceci : s o 0 est un élément de N . [a+b] c’est a b. Nous sommes au point où ce dont il s’agit c’est que l’application du même. c’est ici la nullité du plus-un. Venons-en à l’infinité intrinsèque. Si l’on répète s n fois.0] Donc. Ce qui veut dire que nous produisons de l’autre. c’est forcément la même qu’Id N.0] o j = 0 (A) [s.htm Page 19 of 34 . le concept même de être visé depuis a et depuis b.0] o g = Id N Stratégie très courante en théorie des catégories : deux diagrammes dont il s’agit d’établir qu’ils commutent. (1) t o i = i o [s.fr/Badiou/94-95. Donc.2.0] o i o [s.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM 2) que sn ≠ sq. on obtient une flèche différente de toutes les flèches obtenues en répétant toutes les flèches moins de n fois. Et ainsi de suite. de la forme sn o 0. en raison de l’unicité.0] o i http://www. on ne change rien . Mais infinité ne veut rien dire ici.0] o i = s [s. je peux toujours en produire un autre. cela signifie bien qu’il y a une infinité d’éléments de N. [f. Ex : dans le topos des ensembles. L’infini. Il va falloir utiliser le concept d’adjonction ou de somme tel qu’il existe dans un topos : le co-produit de deux objets (p. s o s o 0 est aussi un élément de N. Le lieu synthétique des actions qui procèdent à la fois de a et de b. structuralement indiscernables. La flèche de N vers N fait commuter tout le diagramme. Nous allons partir d’une variante de la propriété de Dedekind : un ensemble est infini si en lui ajoutant 1. je peux la prendre comme flèche itérative. c’est-à-dire que N et N+1 sont isomorphes.0] o t = [s. d’où se déduit l’identité des flèches.0] [s. Mais le théorème précédent m’indique que c’est un élément différent.0] puisqu’elle est de [N+1] vers [N+1].asso.entretemps. un autre élément de N. [s. un autre élément de N. Très précisément : étant donné un élément de N. chaque fois que q < n. La répétition de s produit de l’autre. en refaisant s. tout le diagramme du bas commute.g] est en position universelle.27). Intuitivement.

Il faut tenter de faire surgir. Mais.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM toi=ios Donc.Il faut utiliser à fond les propriétés d’unicité. sont identiques. en réalité. Donc. A partir de là. Qu’en est-il du carré ? gos=tog gosos=togos Donc. à raison de ce que g o s = i.0] o g o 0 = i o Id N o 0 =io0 Le triangle commute. Il faut construire les flèches qui correspondent à la situation. est tout de même plus immédiatement prise dans l’évidence diagrammatique. et sous des noms différents. bien qu’on puisse la démontrer de façon algébrique. .0] = Id N+1 en raison de la flèche qui fait commuter le triangle.asso.La démonstration catégorielle. Or : [s. Donc. de l’intérieur de cette situation connue. la démonstration consiste à présenter dans des positions diagrammatiques différentes. Donc : g o s = i (3) Le triangle (N. il faut visualiser la situation.htm Page 20 of 34 .N. (2) goso0=togo0 = i o [s. les flèches dont on a besoin.entretemps.0] o g = Id N Donc : Remarques sur la démonstration catégorielle I) . le triangle de droite commute. (1) commute.fr/Badiou/94-95. c’est-à-dire dont les systèmes de contraintes sont http://www.2. II) Pour une bonne part. d’après (B).On est toujours renvoyé au diagramme de définition. le carré commute. Il faut s’habituer au caractère constamment déplaçable de l’égalité. on montre cette identité en utilisant des propriétés structurales. des flèches qui.N+1) commute. La contrainte d’unicité donne des égalités. . g o 0 = j. Donc : g o [s. Le ressort est de disposer des actions identiques dans des réseaux différents. Mais il ne doit y avoir qu’une seule flèche qui fait commuter.

0. Le problème. • Induction complète : Si 0 a une propriété. C’est l’axiome du point de départ. un sous-ensemble de w —⁄ —⁄ L’axiome de l’induction complète a été considéré par certains mathématiciens comme le cœur des mathématiques : la capacité à tirer.2. Il y a des commentaires approfondis de Poincaré là-dessus. c’est immédiat : . de flèches. s} dans un topos. de prémisses opératoires.sn ≠ sq n ≠ q. http://www. C’est un grand classique de la géométrie : étudier ce qui est invariant dans des changements de situation.sq o 0 ≠ 0 . Nos résultats sont les suivants : 0) définition de {N. on suppose un tout en passant au pour-tout. C’est là qu’on bascule de l’indéfini à l’infini. être faiblement invariantes par rapport à des transformations de situations générales. c’est le troisième axiome.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM de disposer des actions identiques dans des réseaux différents. ni circulaire. A w. est : est-ce que ces axiomes peuvent prendre sens avec notre objet nombre naturel. nous avons testé des identités dans un réseau de type co-produit. Comment les axiomes de Peano singularisent-ils l’opérateur de succession ? Il y a trois propriétés : • —⁄ 0 est réellement un point de départ. c’est que les seules suppositions d’infinité possibles sont celles qui dérivent de l’opératoire.fr/Badiou/94-95. Il faut d’abord lui donner sens. dans un topos ? Pour les deux premières propriétés. Appelons w l’ensemble supposé des entités concernées ( w [champ opératoire de s] ). alors que le successif n’inclut pas de tout. Nous allons avoir une géométrisation de la vérité. • Il va falloir nous donner un concept quelconque de l’inclusion : A N. • Deux entités qui ont le même successeur sont identiques : —⁄ La succession est linéaire. A un niveau plus déployé. par variation locale des flèches. Pourquoi cela lui paraît-il si central ? Parce que c’est une postulation qui fait un saut dans la pensée. Donc. en utilisant des différences qui sont des différences de situation.asso. des propriétés universelles. Ceci amènera à une doctrine des vérités locales. En réalité. on essaie d’atteindre des identités élémentaires. Il n’y a pas non plus de boucle qui revienne sur 0. Notre question. On peut appeler ça une épreuve géométrique de l’identité. c’est-à-dire dont les systèmes de contraintes sont différents. Il y a un outrepassement de l’opératoire. ni arborescente.entretemps. ça va intervenir avec la logique proprement dite. et dans un réseau de type nombre naturel. Ça va aboutir à l’idée que certaines vérités peuvent être liées à certaines situations. 1) sn ≠ sq 2) N N+1 Notre troisième tâche est de considérer comment les choses se présentent quand on les aborde d’un point de vue opératoire.htm Page 21 of 34 . Poincaré voyait là à la fois l’essence et la limite de la pensée mathématique. C’est en ce sens-là qu’on peut dire que l’esprit général de la théorie des topos est géométrique. Dans notre démonstration. son successeur l’a aussi. y compris des flèches logiques. à partir de là. alors toutes les entités ont la propriété : —⁄ —⁄ Mais ceci n’est pas comme tel démontrable. et si à chaque fois qu’une entité a une propriété. Ce que Poincaré disait.

Nous allons donc transformer les axiomes de Peano en pures et simples propriétés de l’objet N.htm Page 22 of 34 . Un sous-ensemble est l’inscription stable d’une différence . c) Propriétés opératoires axiomes de Peano c) (N. il y a l’idée d’élément.Travail de transcription : de l’axiome de l’induction complète en termes catégoriels. s est un monomorphisme Il existe une flèche élémentaire e telle que : Comment exprimer en langage toposique le concept ensembliste ? Nous avons le concept de sous-objet : monomorphisme de cible N.[22] Il existe une flèche élémentaire e telle que : m oe=0 Dans un topos.entretemps. S’il existe un élément de ce qui va saisir 0. il faudra que nous démontrions que notre sous-objet est identique à l’objet. • l’appartenance d’un élément à une flèche quelconque. A l’idée de l’appartenance d’une flèche élémentaire à une autre flèche. V a) Forme de la répétition avec point de départ. L’idée est que nous avons la situation suivante : http://www. comme toujours. c’est-à-dire de désaxiomatisation : la conclusion pour-tout x. Il va falloir montrer que le monomorphisme m est élémentairement équivalent à Id(N). .«Encore un» Tous les sont différents. . qui est une différenciation stable de l’objet.2.Le plus-un est nul. Il existe des parties aussi b) grandes que le tout. elle est vraie. sous forme de flèche. Sous ces conditions. 0) valide les axiomes de Peano. s. . fonction caractéristique à deux valeurs possibles : y être ou n’y être pas. une fois qu’on a les prémisses.Même / Autre b) Forme intrinsèque.fr/Badiou/94-95. ou universelle) . et à l’appartenance à un monomorphisme. nous serons autorisés à penser que 0 est en position d’appartenance au monomorphisme. Les étapes seront les suivantes : . .asso.Travail de démonstration. a) et sans point d’arrêt ni boucle : (position limite.Travail définitionnel : • un sous-objet.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Nous savons qu’un sous-ensemble de N est transcrit catégoriquement sous la notion de sous-objet de N[21] : • Il va falloir que nous donnions sens à l’appartenance.

Notons que peuvent exister deux sous-objets non comparables : il n’existe pas. c’est de l’institution d’objets. d’une minimalisation maximale de l’objet qui le ramène à la lettre. A la différence de l’ensemblisme qui parle de multiplicités. Si nous avons nos conditions.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Si le triangle commute.fr/Badiou/94-95. dans un univers toposique. Il y a un point d’irréductibilité littérale. en langage toposique ? m ª Id(N) [ª : équivalent] [24] De quoi s’agit-il ? Si nous arrivons à démontrer qu’un monomorphisme de cible N. C’est toujours poser qu’il y a autre chose que la lettre. nous laisse dans l’immanence. Ce mouvement en véhicule un autre qui est qu’on va détotaliser maximalement jusqu’à n’avoir que des relations d’identités. 0 est sous une dépendance élémentaire de m. dirait-on en reprenant Beckett dans Cap au pire ! Mais cette exténuation de l’objet. le second de détotalisation. C’est la relation d’inégalité entre sous-objets (p. Il faut trouver une transposition de ça. C’est donc le passage d’une totalisation à une identification. c’est la lettre.[23] Partons de l’intuition ensembliste.asso. Le premier mouvement est un mouvement de désobjectivation. toute décision ontologique. L’imminimalisable de l’objet. appliquée à m.htm Page 23 of 34 . s’il existe une flèche g telle que : m o g = s o m. nous disons que g Î k (k. Ici. S’il existe un diagramme commutatif tel que celui-ci. Le pour tous signifie ici l’Id(N). Etant donnés des monomorphismes d’un objet quelconque. c’est vrai le pour tous. x. Comment va s’exprimer le saut : A = w. nous aurons en réalité montré que N valide les axiomes de Peano. L’idée est que si on enchaîne s sur m.entretemps. nous avons bien : somÕm (Ceci achève nos hypothèses de l’induction complète). Le 0 est saisi par m du biais d’une composition élémentaire. c’est aussi l’absolu primat de la relation. qui valide les conditions que nous venons de voir. est en réalité équivalent à Id(N). Reste à spécifier la relation : Õ. alors. de flèche h qui fasse commuter le triangle. y compris l’induction complète. Le fait que. Ce qui veut dire aussi qu’en sens inverse. s ne fait pas sortir de m. si on applique s à quelque chose qui est dans A. La relation d’ordre n’existe pas toujours dans l’univers entre tous les objets. quand on démarre dans A. Nous serons fondés à dire que. m o e = 0 Définition générale : si nous avons k o x = g. dans l’univers considéré. un sous-objet de N. flèche élémentaire). c’est toujours aussi retotaliser : la totalité concrète. Elle peut être une relation d’ordre partiel. http://www. c’est-à-dire de la flèche. ne fait jamais sortir de A. ici ça parle d’identité. flèche quelconque.101-103 du fascicule). Appliquons la définition que nous venons de donner à : s o m Õ m. Et puis. on va rester dans m : s o m Õ m. Ce sont des caractéristiques de l’installation de la pensée dans la logique qui est toujours au prix — ou au bénéfice — d’une désobjectivation. on trouve quelque chose qui est dans A. Cela veut dire qu’il existe g telle que : m o g = s o m.2. signifie que l’opérateur s. on dira que : f Õ g s’il existe h tel que g o h = f. dirait Althusser.

. Donc.htm Page 24 of 34 . il y a deux choix. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette voie est logicisante. Mais. c’est que l’identité est fuyante.[25] Démonstration Nos conditions sont les suivantes : Imoe=0 0Îm II - somÕm Nous allons considérer le diagramme suivant (III) : Par définition. Il n’y a pas de ligne pure de la pensée.. tout le diagramme commute. la conclusion est déduite. ethnie. si nous avons I et II. dirait Althusser. et Id(N) = m. ne doit pas non plus s’imaginer qu’elle a d’elle-même absenté toute trace de la totalité. et inversement. du collectif. dans un espace logique. comme si elle portait avec elle l’ombre de la totalité répudiée. où il y a un concept de la répétition. La voie de l’identification détotalisante. Il n’y a pas d’installation logique pure.entretemps. ou du mauvais infini. mais l’identité est fuyante. Le marquage dans la logique de la décision ontologique répudiée. il y a une flèche unique qui doit le faire communter. Une communauté se représente-t-elle comme totalité ? Il y a des raisons de dire que la voie dé-totalitaire.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM retotaliser : la totalité concrète. Dans toute pensée. Cela signifie que : Id(N) Õ m Mais il est clair que : m Õ Id(N) [26] Ce qui signifie que : Id(N) = m Nous avons démontré que. identitaire. Mais toujours deux registres. Ce qui est le schéma de l’induction complète. Je vais démontrer que celui du bas commute : Donc. Finalement. dans ce va-et-vient entre logique et ontologie. on est obligé à un moment donné de reconvoquer l’autre. le diagramme du haut commute. parce que ce n’est jamais exactement vrai. s.asso. C’est le grand débat sur communautarisme. alors nous avons III.fr/Badiou/94-95. Toute voie identitaire traite non pas une absence de totalité. mais des débris de totalité. Toute installation dans la logique est toujours sous l’horizon d’une décision ontologique. Donc.. 0) vérifie les axiomes de Peano. Donc. on y parvient. Donc le +1 est nul. qu’avons-nous fait ? Nous avons montré que. le diagramme du bas commute. m o h = Id(N). et qu’elle est à un moment donné sommée de dire quelle est sa décision ontologique sous-jacente. ou de l’indéfini.. Je pense que ça a une grande signification politique. Quand on veut détacher l’identité du pluriel. http://www. Cette fois. il y a toujours une trace de l’un dans l’autre. ou du encore un . et il y a un moment où l’identification bute sur sa propre fuite. Elle est intérieurement marquée d’une pluralité évanouie. alors il y a aussi le fait que N est isomorphe à N+1.2. surtout aujourd’hui où les questions du débat entre identité et totalité sont centrales. Et il y a aussi que les axiomes de Peano sont valables. Le système (N. est la voie progressiste. Aussi loin qu’on pousse une orientation.. qui est la voie de l’universalité.

unificateur et actuel. l’histoire de la philosophie. il y a unicité du vide et logique classique. c’est le fondement du différenciant. On pourra appeler infini quelquechose qui a la stucture de N. celle du diagramme de succession. Il y a philosophie sous condition qu’il puisse y avoir l’assertion du différenciant comme telle. Mais la question qui demeure est : y a-t-il sens ou non à parler d’une pluralité des infinis ? Pour Cantor. dans tous les ordres de la pensée : notamment en politique. est une question qui a toujours une grande portée. l’installation dans l’univers logique va obliger à assumer : . VI Nous allons nous engager sur la question de la différence. Admirable théorème ontico-logique ! Le problème de savoir s’il existe ou pas des différences globales traverse. Et le deuxième versant de la question est le problème de la localisation. Il y a un mouvement premier de localisation de la différence qui va fixer la nature singulière de la trajectoire. Sinon. c’est la catégorie de différence. • On peut considérer que l’assertion il y a de la différence est au point de départ de toute philosophie. sa trouvaille portait plus sur la pluralité de l’infini — opération de dissémination de l’infini. qui noue les trois dimensions : répétitive. Le poème de Parménide — qui peut être considéré comme le poème du même. Comment se construit le concept même de différence de l’intérieur d’un topos ? Quelques rappels. L’universalité de la question de la succession.htm Page 25 of 34 . le concept de classe est un différenciant global. et d’autre part contraint les axiomes de Peano comme figure opératoire. Cette question de la différence est toujours croisée par celle du local et du global. de l’un — commence par une affirmation de différence : il y a deux voies. d’une part contraint à ce qu’il y ait la nullité du +1. et de la topologie. comme une pré-option décisive. .entretemps. et seulement si. Ceci est un point universel. de l’équivalence de l’affirmation et de la double négation. dessoudé de l’un — que dans le concept d’infini proposé. l’idée du continu. Notre objectif va être la démonstration du théorème : un topos est bien pointé si. c’est pas la même chose. • Le il y a de la différence est modulé selon les philosophies.Topos bien pointé (78-79) . dans un topos.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM déduite. Mais la question est toujours de savoir http://www. Ce n’est pas un concept régional ou singulier. Donc le problème de la différence est toujours double.Retour sur le problème de l’Objet Central (14-40). . La théorie des Idées n’est rien d’autre qu’un protocole de résolution de la question de la différence. il n’y a aucun accord intrinsèque. Les Idées. Rendre raison de ceci qu’il y a de la différence est une question primordiale. Le traitement toposique fait apparaître que si on veut faire l’économie de quelquechose qui touche à la vie comme catégorie de la pensée. Le point ici souligné par Parménide c’est que. Il faut se reporter au début du Parménide de Platon. la question est de savoir quel espace de localisation on assigne à cette question de la différence. La question de la pluralité des infinis concerne la question de savoir comment on pourrait représenter. Entre l’infini et l’un. ça doit rendre compte aussi de ce que la boue et les cheveux.2. Le deuxième grand problème que nous allons traiter la prochaine fois. Il est le il y a de la différence qui est si originaire qu’il n’est que la supposition d’un il y a . . Il y a nécessairement aussi une topologie de la différence.que la logique est classique. On peut donc.qu’il n’y a qu’un vide. à ce stade.asso. aussi. ou que la logique n’est pas classique : rejeter le principe du tiers exclu. Cette unité est donnée comme une limite.fr/Badiou/94-95. dire qu’il y a bien une unité du concept d’infini. Cette question du croisement de la question de la différence dans son versant identité/différence. Dans le marxisme classique. et opératoire. des différences globales. Les Idées. intrinsèque. parce que ça engage une doctrine de l’intuition. il faut admettre plusieurs vides.

on ne sait pas que f et g sont différentes. On peut déclarer qu’elles ne le sont pas. si la différence était isolée. il y a une disposition subjective. les masses désigne la différence entre la substance d’ensemble du phénomène politique et une résistance qui existe sous une autre forme que le concept de masse.fr/Badiou/94-95. est fondamentalement un espace de l’extériorité. Parce que je ne me donne aucune intériorité. le rapport entre le local et le global ? C’est une question complexe qui ne se résout pas en termes ensemblistes.. du concept de révolution porte sur l’idée que l’État ne peut être traité que globalement. Il n’y a rien à l’intérieur des flèches qui me permette de dire : voilà ce qui les différencie. je n’ai que des déterminations externes. un topos. Le gros problème. http://www. Mais le il y a de la différence supposée ne me dit rien sur la différence elle-même. Nous sommes en logique. Or l’expérience a montré qu’en maintenant l’État dans son principe de différenciation globale. Mais la question est toujours de savoir quelle est la localisation de cette globalité. le Président de la République. • pour l’élucider un tout petit peu. assignant en un point le principe du différenciant global. En termes catégoriels. Mais le contexte. de ce point de vue-là.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Dans le marxisme classique. je ne pourrais pas aller au-delà de l’assertion de possibilité de cette différence.). L’espace logique. D’où la spécification nécessaire de situation de masse. je me donne le signe de l’appartenance. La thèse révolutionnaire est : il n’y a de l’État qu’un traitement global. S’agit-il d’une différence globale ou localisable ? Nous. le concept de classe est un différenciant global. D’où des concepts subordonnés comme : position de classe ou point de vue de classe : au regard d’un espace de déploiement effectif. De même. La classe n’est jamais là. • cette différence n’a aucune attestation immanente. a toujours été l’État qui est typiquement un différenciant global. L’élaboration va consister à remplir point à point ce il y a de la différence purement logique par un certain nombre de déterminations. et une doctrine de la localisation singulière : l’exemple-type. la question de la différence des sexes. Si on en reste là. J’entérine en logique qu’il y a de la différece. il va me falloir faire intervenir des déterminations externes. localisable. Toute la difficulté. c’est déjà une certaine réquisition du global. on ne fait que le re-produire. c’est les flèches. Une différence n’est pensable que contextuellement. c’est-àdire qu’il y a possiblement de la différence. dans la théorie des catégories. Je vais différencier les flèches dans des réseaux de corrélations. en perpétuer la nature. qui vont être des différenciations de la différence. Ces différenciant sont nécessairement externes.entretemps. Donc : • j’assume la possibilité de la différence. C’est la catégorie. Dans la logique. et donc renvoyé au différenciant primitif : État de classe .. Il y a un cas où on sait que f et g sont forcément différentes : si elles succèdent à une seule action et si le résultat est différent : foh≠gohÞf≠g Si je constate ça. en termes d’État. En théorie des ensembles. Deux flèches sont différentes si elles n’ont pas même cible et même source.2. donc au régime du possible. c’est sûr que f et g sont différentes. littérale Le vrai principe du réel. Il y a des opérateurs de localisation : soit objectif. Donc la question de la différence de deux flèches ne va se poser que si nous avons même source et même cible : atome de la différence différenciation “objective” par les objets.asso. Chez Mao-Tsé-toung. par «morceaux» (un groupe de policiers.. les masses. Il faut bien s’attendre à ce que des considérations sur une différence nous entraînent sur des conséquences qui touchent au local et au global. et la vacillation.htm Page 26 of 34 .. Il n’y a pas de critère de la différence autre que d’avoir supposé qu’elle peut être. Il faudrait une décision ontologique. D’où la question nouvelle : qu’est-ce qu’une localisation de l’État ? Où l’État atteste-t-il la différence avec ce qui n’est pas lui ? Quel est. concept médiateur entre la localisation de la différence et son signifiant global. nous proposons d’examiner la question de la différence dans la tension du global et du local. soit subjectif. La différence ne va pouvoir être spécifiée que si je l’encadre.

il faut qu’il y ait un élément de a : http://www. De la différence locale s’ensuit la différence globale. on dit que le topos est bien pointé. Une question fondamentale. Un topos bien pointé est un topos où. L’évaluation de la différence est renvoyée contextuellement à l’évaluation d’autres différences. Et on dira que la différece entre f et g est localisée (en un point). sous réserve qu’eux-mêmes soient différents. De là. chaque fois qu’on a deux flèches parallèles. parce qu’il n’y a pas besoin de voir ailleurs. on peut toujours trouver un point où la différence se joue. c’est qu’il y a unicité du vide. 78-79 du fascicule) • La première grande caractéristique d’un topos bien pointé. il y a une différence sûre. Nous supposons l’existence d’un objet vide. dans un espace élargi. Si f ≠ g Æ ($e) [ f o e ≠ g o e ] Dans ce genre de situation. Quelles sont les conséquences de l’hypothèse que le topos est bien pointé. alors il doit aussi y avoir un atome de différence réelle.fr/Badiou/94-95. C’est la caractéristique ontologique fondamentale. sur la question de la différence. On peut au moins dire : s’il y a deux objets différents. et en particulier à la question : est-ce qu’il y a une différence ? Un des points-clé de la notion de topos. elles doivent être élémentairement différentes. C’est une propriété différenciante de la différence tout-à-fait particulière. Alors que de l’identité locale. (cf p.79-80) Nous nous situons dans un topos bien pointé. a toujours une attestation élémentaire. Un exemple flagrant de topos bien pointé. dans un espace de pensée quelconque. on ne peut conclure à l’identité globale. il existe un élément qui les différencie élémentairement. La propriété d’être bien pointé est une propriété bien particulière. c’est que. ou locale. on va se livrer à des opérations conditionnelles contextuelles : C’est le minimum atomique d’affection de a . c’est très important d’avoir cette situation : f o e ≠ g o e.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Je donne là une «condition relative» de la différence. on a une articulation universelle entre le global et le local. Ces deux flèches sont différentes. De contexte en contexte. si f o e ≠ g o e Þ f ≠ g. au moins : celle entre 0 et 1 . c’est les ensembles. f et g sont élémentairement différentes.entretemps. le topos est dégénéré). s’il n’est pas réduit à un point. on est effectivement renvoyé au global. et une propriété forte. (S’il y a une flèche de 1 vers 0.asso. f et g diffèrent en un point. Donc. on peut se dire : ce ne serait pas mal d’avoir un univers où ce serait toujours le cas : un univers qui obéirait partout à la règle où. et donc la différence entre le vrai et le faux : Au fond. Une fois ceci établi. c’est de savoir si l’univers de référence est bien pointé ou pas. dans un tel univers. Quand c’est le cas. Donc. non isomorphe à 0. L’opération contextuelle n’est pas dépourvue de sens. dans un topos.htm Page 27 of 34 . Nous sommes dans un topos bien pointé. Une différence globale.2. Donc. 0 et 1 garantissent qu’il y a de la différence entre flèches. ou n’est pas bien pointé ? (cf p. Nous avons là le diagramme atomique d’une localisation de la différence.

la différence entre deux objets implique au moins l’existence d’éléments. Tout élément de C est la centration d’un sous-objet de 1.asso. Il est très frappant de voir comment Platon a eu une intuition de cela. vont dépendre entièrement des inflexions différenciantes de l’Un. que l’objet central n’a que deux objets. à partir du topos.htm Page 28 of 34 . Nous savons que. c’est au fond la question : de quelle(s) différence(s) l’Un est-il capable ? Les univers logiques possibles. avec une infinité de valeurs intermédiaires. On a une corrélation entre les structures logiques de la pensée. Ce que l’étude toposique met en évidence. s’est projetée dans la question des sous-objets de 1. Ces éléments se disposeront entre le vrai et le faux. c’est qu’en effet la question des valeurs de vérité. et la question de l’Un.l’objet central n’a que deux éléments : le vrai et le faux . En substance.fr/Badiou/94-95. est un élément de l’objet central. c’est que m est nécessairement un épimorphisme aussi. est binaire : c’est ça. on peut tout-à-fait l’envisager comme la question du marquage des sous-objets de Un. Si l’Un ne se laisse affecter d’aucune manière par l’Autre. et la question du deux. Ce qui rapproche cette logique d’une logique de la décision. une valeur de vérité. il y en a au moins un qui n’est pas vide. existent : Þ Supposons qu’il y en ait un troisième. Dans un topos bien pointé. Le bien pointé est du côté du décisionnel. Donc. Donc. c’est-à-dire les valeurs de vérité. la logique est bivalente. existe toujours ce pull-back.[27] • Conséquence logique Nous allons montrer que : topos bien pointé Æ . a n’est pas vide : Supposons que : f o m = g o m fomoe=gomoe f o Id(1) = g o Id(1) f=g Or.deux valeurs de vérité . par la question : combien de sous-objets de 1 ? Nous savons que.2. dans un topos. Donc. Tandis que le pas du tout bien pointé est plutôt du côté de la logique de l’intuition. et même de la structure de l’Un (cf les neuf hypothèses du Parménide de Platon). ou le choix de valeur. Pour étudier les valeurs de vérité dans un topos. Jusqu’à quel point l’Un se laisse-t-il différencier par l’Autre ? C’est la clef ontologique de la logique. c’est un monomorphisme. Ce qui veut dire que. nous avons l’inférence suivante. Il y a une corrélation entre la question de la différence. ou c’est ça. les inflexions de la logique. Il n’y a aucune raison de supposer. Le choix de vérité. c’est un isomorphisme. La logique. à son niveau élémentaire. Ce qui apparaît. http://www. Et inversement. il n’y a pas d’autre objet sans élément que O.entretemps.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Conclusion : si un objet est vide. dans un topos non dégénéré. alors il n’y a aucune logique. il est isomorphe à 0. Il faut qu’il y ait un troisième sous-objet de Un : a ne doit pas être isomorphe à 0. dans un topos. Nous pouvons donc remplacer la question : combien de valeurs de vérité ?. démonstrative : si toute différence existe en un point. et a ne doit pas être isomorphe à 1. alors il n’y a qu’un seul vide. La question de la logique. on peut tout aussi bien étudier les sous-objets de 1. Nous avons une corres-pondance stricte entre éléments de l’objet central et sousobjets de 1. lorsque deux objets sont différents. A un isomorphisme près. Si a ≠ 0. qu’un seul objet sans élément.

ça existe toujours. dans un topos bien pointé. et le fait que : • le vide soit unique. c’est l’autorité du deux. Dans tous les cas. il va falloir stabiliser le concept de logique classique. c’est une http://www. Bivalente ne va pas suffire .htm Page 29 of 34 . Cette propriété ontologique de la différence. c’est assez proche de ce qu’on connaît d’habitude dans les logiques classiques. Deux valeurs de vérité. et encore 1 : le co-produit. et que la logique soit classique (bivalente). Notre cheminement va être le suivant : 1) Tenter de donner une définition de ce que c’est. Si la différence est localisable. • sa logique soit classique. La grande cible de tout ça est le théorème selon lequel il y a équivalence entre le fait qu’un topos soit bien pointé. il faut montrer que c’est un épimorphisme. Parce que cela. il a conjointement les deux propriétés d’unicité du vide et de classissisme de la logique. On ne peut pas s’égarer dans un labyrinthe d’options. où il n’y a pas de différence qui soit purement globale. Donc.fr/Badiou/94-95.asso. C’est un très beau théorème. C’est un énoncé logico-ontologique. Si on convient d’appeler classique une logique qui entérine l’autorité du deux. il n’y a que deux valeurs de vérité. nous demander si on combine logique classique et unicité du vide. Définir la logique classique dans un topos. Un topos est bien pointé si. Le point est d’identifier ce qu’on appelle logique classique. le vrai et le faux. est équivalente à l’addition des deux propriétés : l’unicité du vide et le caractère classique de la logique. un topos bien pointé est un topos où toute différence est localisable. C’est cela que nous essayons de démontrer et de penser. VII Sur la différence La question est celle de la corrélation entre l’ontologie de la diffiérence et la nature intime de la logique. D’un point de vue interprétatif. Cela ne veut pas dire que l’objet central n’a que deux éléments. dans un topos bien pointé. mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a que deux valeurs de vérité.2. et seulement si. Le paradigme du topos c’est les ensembles. de façon aussi contrainte que nous avions unicité du vide. est-ce que ça ne veut pas dire que la différence est localisable ? Pour voir si la réciproque est vraie. nous échouons à introduire une troisème valeur de vérité. on a 1. 2) il n’y a que deux valeurs de vérité.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Par conséquent. la logique peut ne pas être classique même s’il n’y a que deux valeurs de vérité. Donc le fait qu’il n’y ait qu’un seul vide. dans un topos.F] est un isomorphisme. bivalente. C’est la question de : où s’établit la souveraineté du deux. Ce qui semblerait dire qu’on a le tiers exclu. Donc. Sur l’autorité du deux : Dans un topos. 1) il y a unicité du vide. On serait tenté de dire qu’une logique est classique quand elle est bivalente. ce qui compte dans cette logique de la décision. 2) Ensuite. on prend position sur la différence en général. L’analyse toposique montre que la logique peut être classique même s’il y a plus de deux valeurs de vérité et qu’inversement. Si l’on assume que le vide est unique et que la logique est classique. il faut trouver une définition plus forte que : elle reconnaît deux valeurs de vérité. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a que deux choses. pour tout univers bien pointé. Le deux étant ici la matrice du choix. cette flèche. que l’autorité du deux. qu’est-ce qui se passe ? Nous verrons qu’on a bien pointé.entretemps. Cela. Nous sommes dans une logique de la décision. c’est un monomorphisme (très compliqué à démontrer) . On dira qu’un topos est classique quand la flèche somme [V. On admettra qu’une logique classique est une logique qui établit une certaine souveraineté du deux parce que c’est une logique de la décision — c’est sans doute sa caractéristique la plus profonde —.

que la flèche [V. L’idée va être que ce 1+1. La souveraineté du 2 va concerner la structure de l’objet central. le 2 conserve les différences.fr/Badiou/94-95.entretemps. 2 doit être ici pris purement comme un et un. Remarque : Il y a deux valeurs de vérité. La vraie question est de savoir comment il peut y avoir une souveraineté du deux même sur une infinité de valeurs de vérité. On dira que la logique est classique si la flèche [V.F] o f = [V. Pourquoi ? Il y a des raisons à cela : la raison que cette question du rapport du 2 et de la différence est. Mais la question est la puissance structurante du deux quand il n’y a pas deux mais beaucoup plus. va pouvoir être en isomorphie avec l’objet central quand la logique est classique. c’est une isomorphie entre l’objet central et le 2. Ce qui est remarquable. Soit un topos bien pointé : http://www. [ [V. Ça place donc la structure de l’objet central sous la juridiction du 2 par l’isomorphie de l’objet central et de 1+1. dans tout topos. on ne parlerait pas de logique classique. il suffira de montrer que c’est un épimorphisme.F] o g ] Æ f = g Donc. [28] Il n’y a aucune raison pour que [V. le fait qu’il y ait du deux ne garantit pas la souveraineté du deux. dans tout topos. Comme la juridiction c’est l’objet central. en un certain sens. Même. C’est vrai dans tout topos. c’est pas quelque chose qui a sens de l’intérieur d’un topos. est un monomorphisme. parce qu’on compte aussitôt comme un ensemble les éléments de l’objet central. C’est du 2 structural pur. Ce diagramme existe dans tout topos. Il y a quelque chose du deux qui. Le co-produit fait du 2 avec lui-même. 1) Par contre. Donc on peut dire que le 2 conserve les différences en aval de lui-même.F] soit. mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a que deux valeurs de vérité. ce qu’on va avoir. parce que c’est ensembliste. Quand on va vers l’objet central. c’est une interprétation extensionnelle et statique. Le point crucial c’est qu’a contrario. conserve la différence. La flèche [V. cette flèche est un conservateur de différences.2. C’est ce qu’on pourrait appeler un certain pouvoir filtrant du 2. Parce que cela. mais il est vrai que le 2 conserve toute différence quant à sa signification logique. Dans sa corrélation logique (à l’objet central). Sinon. Nous savons que.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM matrice du choix. Comment figurer ce 2 ? Par 1 et 1 au sens catégoriel. le 2 structural conserve les différences. par l’occurrence du vrai et du faux. Finalement. on peut dire.asso. non pas comme nombre. Ce n’est pas une propriété générale des topos. Il n’est pas vrai que toute différence soit faite du 2 — parce que la différence peut se penser dans l’indiscernable —. et non pas le nombre de ses éléments.F] existe dans tout topos. un topos est classique si [V.F]. en toutes circonstances.F] est un isomorphisme.htm Page 30 of 34 . c’est-à-dire du co-produit de 1 et de 1 : Ceci est la co-limite du diagramme constitué par 1 et 1.F] est un épimorphisme. mais comme opération centrale. une question complexe.F] est un isomorphisme. c’est que la démonstration de ce point est très compliquée. ce qui est tout autre chose que l’idée que le 2 a 2 éléments. Ce 1+1 existe dans tout topos. Mettre le 2 au centre. en gros. pour la pensée. Nous allons démontrer qu’un topos bien pointé est toujours classique. dans tout topos. que l’objet central est le 2. Telle est la définition catégorielle du classissisme de la logique. logiquement. [29] 2) Si l’on veut démontrer. ensembliste dans le mauvais sens. un isomorphisme. puisqu’y existent toutes les co-limites finies. On fait du 2 sans discernabilité préalable. Cela ne veut pas dire qu’est différent ce qu’on compte pour 2. on démontre que : [V. il y a au moins deux éléments différents de l’objet central qui sont le vrai et le faux.

F] = g o [V.l) vers (Y. Ce qui est très intéressant. 2) le diagramme commute : µof=fol Donc. le 2 de la différence. Cet objet est très intéressant.F] o i 1 =goV et f o F = g o F Si f et g étaient différentes. comme le topos est bien pointé.F] o i 1 = g o [V. Ce qui structure l’univers comme une logique de la décision. Donc. 5) Il valide le tiers-exclu [32] . Cela nous définit une catégorie. ne discriminent f et g. toute différence a une assignation élémentaire. c’est qu’au centre il y a le 2 qui n’est pas. Or ni V. ne bouge plus. le vrai et le faux . 3) Il s’ensuit nécessairement qu’il n’est pas bien pointé (il existe des différences globales) .entretemps. Ce qui veut dire que ¬ o ¬. Le résultat de cette démonstration est le suivant : la logique d’un topos bien pointé est classique. Il n’a pas besoin de la différence pour se faire 2. Pour démontrer qu’une catégorie est un topos. 4) Néanmoins. 6) La double négation n’est pas égale à l’identité : ¬ o ¬ ≠ Id[33] . on ne prendra comme flèches de la catégorie que les flèches qui conservent les actions. des couples constitués par (X. et qui cependant n’est pas classique. puisqu’aucun élément ne peut discriminer f et g. on a des flèches identiques. .htm Page 31 of 34 . On va prendre des flèches dont on va dire qu’elles préservent des actions : On dira que f est une flèche de (X. Nous en avons un exemple bien connu : c’est le topos des ensembles. il devrait exister e qui teste cette différence. et la souveraineté du 2 qui régit le classissisme logique. et les co-limites (il suffit de démontrer qu’elle a un objet terminal et les pull-back pour démontrer qu’elle admet les limites. le 2 du même. Une action qui ne marche qu’une fois. [30] Pour marquer en réel cette différence entre la différence et le 2. il y a deux valeurs de vérité. plus une structure dessus : l [l(x)] = l(x) = x’ C’est une fonction qui. et qu’elle a un objet initial et les push-out pour http://www. .F] Æ f = g f o V = f o [V. l’objet central est le 2. nous venons de le démontrer. ni F. Entre le 2 saisi comme pure extension. au deuxième coup. il n’y a pas identité. il y a souveraineté du 2.Une flèche : . Dans un topos bien pointé. au sens où on vient de définir l.On va prendre comme objets du topos.l). Dans un topos bien pointé.asso. Cela veut dire que si la différence est localisable. Donc f et g sont égales. nétant pas l’identité. généralement connu comme le topos M 2 — action monoïdale M 2 — va avoir les propriétés suivantes : 1) Il est bivalent . Il faut montrer que ces flèches sont associatives. je voudrais vous donner l’exemple d’un topos qui est bivalent.µ) si : 1) c’est une flèche de X vers Y . il faut démontrer : 1) Qu’elle admet toutes les limites de diagrammes finis.2. lui.fr/Badiou/94-95.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Je veux démontrer : f o [V. 2) Il est non-classique (1+1 ≠ C) . c’est que cette catégorie est un topos. Deux mots sur la présentation de ce topos : On part de ceci : on part des ensembles. Ce topos. c’est que le 2 y est central : le 2 de la non-différence. et que pour tout objet. il y a unicité du vide[31] . au sens où on peut dire que 1+1 est l’objet central. est un opérateur topologique. Si un topos est bien pointé : le 2 est l’objet central.

2) Qu’il y a l’exponentiation .asso. http://www.htm Page 32 of 34 . puisque c’est un objet du topos : w va être ainsi défini : w(Æ) = Æ w(1) = w(2) = 2 Donc w est bien une action. 3) Qu’il y a un objet central.l). On va prendre comme flèche : f(a) = 2. On va le faire sur des choses simples : • Un objet terminal. Donc. il faut démontrer qu’il n’y a qu’une seule flèche qui va vers cet objet. le vide est unique. Il reste à montrer que le diagramme commute : c’est trivial. et considérons l(x) Î X. nous pouvons dire : pour tout objet. il existe une seule flèche vers {a}. Nous prenons comme fonction : f(a) = l(x) l o f = l (f(a)) = l(l(x)) = l(x) Dans l’autre sens. on tombe sur l(x). le vide est vide.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM terminal et les pull-back pour démontrer qu’elle admet les limites. il faut aussi une flèche vraie vers cet objet central. fØ) qui va fonctionner vers tout objet (X. Prenons un X (non vide) et une action l : S’il existe une flèche qui fait commuter ce diagramme. Or. c’est bien un objet : Pour démontrer que c’est bien un objet terminal. ce sera (Ø. Un singleton. C. Une flèche vraie. c’est n’importe quel singleton avec la fonction identité. dans le topos des ensembles. et son action. Remarque préliminaire : il est certain que l’objet initial est vide (il n’y a pas de flèche de 1 vers lui). Donc. Pour avoir un objet central.entretemps. Un objet initial.fr/Badiou/94-95. est un objet terminal. ça va être l’objet central. Donc. X est non vide. Considérons la question de l’objet central. f est bien une flèche de la catégorie. Donc. Donc. On va en venir à la seule chose vraiment intéressante : l’objet central. et qu’elle a un objet initial et les push-out pour démontrer qu’elle admet les co-limites) . C’est un élément de l’objet central. et elle est unique.2. c’est un élément de l’objet central. dans cette catégorie. cette flèche est une flèche de la catégorie et elle existe toujours si l’objet n’est pas vide. L’objet central va être construit comme un ensemble et une action. Soit x Î X.

sont discutées p. c’est 4.htm Page 33 of 34 . il n’y a que deux éléments de l’objet central. On peut exhiber un objet central de cette catégorie qui n’a que deux éléments (nous n’avons pas encore montré que ça fonctionne comme objet central. dans le pas-tout. est-il possible ? [7] Cf.49-51. [9] Incise complémentaire sur Leibniz : Il y a toujours eu deux options possibles sur Leibniz. il est intuitionniste. la décision. et sur leur caractère à la fois plié et continu (Deleuze). Leibniz est celui qui a installé sa pensée au lieu même de l’ontologie : principe de non-contradiction d’un côté. Même chose chez Lacan. appréhender Leibniz du point de vue de la décision et de son articulation au principe du meilleur. l’exemple. c’est une flèche de 1 vers un objet. fascicule : définition de 1. art 29 et suivants de la Monadologie. Y a-t-il une autre flèche élémentaire de l’objet central ? La seule possibilité serait une flèche qui donnerait à {a} la valeur 1. les raisons pour lesquelles un élément. [5] Le parricide est la soustraction à la loi parménidienne qui se donne comme injonction. Or. Lacan propose de dire : c’est une négation singulière qui n’existe que là. On a montré qu’il y avait unicité du vide. à savoir la fonction V qui à {a} assigne le 2. [34] ___________ [1] Cf. Esquisse de plan de la suite de la démonstration : Nous avons défini une catégorie. Ce sont des énonciations identiques dont l’opposé contient une contradiction expresse» . [2] 34 : «Principes primitifs qui ne sauraient être prouvés. qui détotalise quelque chose. en tant que mouvement réel de l’être. alors la négation va fonctionner de façon classique. On va montrer qu’il valide le tiers exclu.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM Considérons la flèche g(a) = Ø : C’est une flèche du topos. c’est-à-dire que ça centre tout monomorphisme). [12] L’infini de Lacan est pré-cantorien.entretemps. et non seulement rien d’existant. ça ne marche pas. le discours. C’est parce que l’entendement de Dieu est la région des vérités éternelles. On peut mettre l’accent sur la multiplicité descriptible des univers possibles. [3] Le § 43 est un peu récapitulatif : «Il est vrai qu’en Dieu est non seulement la source des existences. mais encore celle des essences. appelé par les mathématiciens le classifieur de sous-objets — est http://www. Ensuite. [6] La même recherche que celle de Platon : comment la dialectique.23-25 du fascicule. objet terminal. — ça va de pair —. [13] Thème où Kierkegaard va venir en incise de Hegel. en tant que réelles. en quoi.18-19 . sans doute. mais encore rien de possible». Hegel : «la femme c’est l’ironie de la communauté». là. et n’en ont point besoin. C’est la flèche faux : F. au contraire. [4] En ce qui concerne ma propre position sur ce point. parce qu’indéterminé. et que sans lui. est celui de Pascal. Le point est de se demander comment interpréter un monomorphisme dans un tel topos. c’est 4 et pas 3. [8] Merveilleux passage où Hegel montre que le vrai chiffre de la négation. [14] Cf. [15] p. Donc. et la fonction F qui à {a} assigne le Ø. Et enfin. ou de ce qu’il y a de réel dans la possibilité. [16] La question de l’objet central — qui est crucial dans un topos. La décision cantorienne est que la pensée de l’infini et la pensée du fini ne sont pas hétérogènes. nouvelle négation que si l’espace de référence où tout ça opère touche à l’infini. la fulguration de la limite. on montre que ce topos n’est pas classique.2. principe de raison suffisante de l’autre. On peut. La question est de savoir quelle est la charge de négativité du féminin. qui objecte au tout. Ensuite. [11] Il n’y a. Cf. L’essence de ce 3. il n’y aurait rien de réel dans les possibilités. figure de détotalisation de quelque chose qui s’affirme comme tout. Livre g. Donc la triplicité hégélienne n’est qu’une apparence. c’est-à-dire que 1+1 n’y est pas isomorphe à l’objet central.fr/Badiou/94-95. on montre qu’il n’est pas bien pointé. On peut montrer qu’elle a les limites et les co-limites. [10] Lacan introduit la thèse que si l’espace de référence est fini.asso. ou des idées dont elles dépendent. Il en résulte que le topos est bivalent. que la double négation n’est pas égale à l’identité. p. voir L’être et l’événement : 20-21-22 .

si complexe veut dire logico-ontologique. c’est le marquage par l’un. [33] Alors que.63. Si l’on veut penser ce que veulent dire les mots homme et femme. [26] Id(N) o m = m m Õ Id(N) [27] Est-ce que l’univers de la sexuation est bien pointé ? Est-ce qu’il n’y a qu’un seul vide ? Est-ce qu’on peut dire que toute différence suppose qu’un des termes soit non vide ? Si on admet qu’un élément. aux pages 58 et 60. Elle va s’installer dans une équivoque. [29] A titre de paradigme. rien n’empêche le 2 d’avoir d’autres éléments.. [32] Ce qui prouve que la question du tiers-exclu n’identifie pas le classissisme. c’est une classe d’équivalence de monomorphismes. l’appartenance est entre flèches. c’est homme et femme. La tâche de la singularisation est une tâche complexe. Homme et femme ne permet pas de penser la différence. l’inclusion porte sur les objets. [23] Dans l’univers toposique. L’un du sous-objet est évasif. toute l’école jésuite portugaise avait beaucoup travaillé dessus. Quel est le statut d’énoncés du type : «il est vrai localement que.62 . [34] Questions pour l’année prochaine : Comment peut-on donner sens. [18] Antérieurement. [20] C’est un destin extraordinaire que l’opposition entre indéfini et infini a eu dans l’histoire de la philosophie ! [21] §10 . La négation et le faux sont introduits au § 15. Il y a toujours quelque chose à faire. Dans quel topos sont homme et femme ? Est-ce que la logique de ce topos est classique ? Est-ce que la différence dont il est question est pertinente pour un compte pour deux ? [30] Est-ce que le phallus ne peut pas être pensé comme limite du 1 et 1 ? Le point est que le phallus détermine la différence. comme un opérateur topologique.» ? http://www. Ce qui nomme ça. et que signifierait. la question du rapport entre le 2 et la différence dans la question de la différence des sexes. mais qui est aussi interne à la différenciation. c’est unicité du vide + classissisme. On tombe dans des chicanes complexes. [19] Le fait qu’il y ait un objet nombre naturel ne se déduit pas de l’identité des topos. Ce n’est pas une propriété générique des topos. de l’intérieur d’un univers. mais aussi qu’il est toujours inscrit dans la différence (dans la position masculine). [24] L’équivalence entre deux sous-objets est définie p. il y a au moins le rêve. [17] Vous trouvez ce théorème démontré p. Chez Lacan. Mais le mouvement de la tirade est que ça échoue sur le rêve .htm Page 34 of 34 .asso. il y a un terme qui est opératoire de la différenciation. 101-103. — le caractère global ou local de la vérité —. simple et très éclairante sur ce que c’est qu’un univers possible. C’est une corrélation logico-ontologique. le ne-pas-être est un dormir sans être.fr/Badiou/94-95.entretemps. L’équivalence est une notion constitutive des sous-objets : un sousobjet. C’est une question qui éclaire à nouveau la question du statut de la négation. 42-51.p. appelé par les mathématiciens le classifieur de sous-objets — est étudiée au § 14 de la brochure. Démonstration à la fois remarquable. Ne pas être comme sous-ensemble de l’être..60-67. la double négation est toujours égale à l’identité. et le rapport entre cette différence et l’énoncé : il y a deux sexes. l’unicité du vide ? [28] Encore une fois. Le communisme des singularités ne peut être que logico-ontologique. [31] Ce qui caractérise le bien pointé. Que signifie différence . cela signifie-t-il qu’un des termes au moins est marqué par l’un ? Est-ce qu’il y a sens à parler de. on est au croisement du 2 et de la différence. Ce n’est pas réglé par la règle.Théorie des topos (1994-1995) 11/20/08 7:39 PM [16] La question de l’objet central — qui est crucial dans un topos. La négation de la négation peut et doit être considérée. dans un topos. à ce que c’est que la topologie ? La question de la définition de ce que c’est que la topologie commande la question de la vérité.2. [25] La singularité — qui est enjeu — est un labeur. p. dans un topos classique. [22] Hamlet essaie de transformer la première question en la seconde. Ni non plus la distribution extensionnelle. Dans le sommeil de l’être.

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