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COUP DE FORCE À OTTAWA.

 Le Cabinet du Premier ministre tente de faire taire les  critiques du pipeline d’Enbridge; les organismes environnementaux seraient des  « ennemis du gouvernement » et des « ennemis des Canadiens »    Lettre de dénonciation aux citoyens du Canada    Je m’appelle Andrew Frank. J'ai grandi dans une petite ville de la vallée de l'Okanagan, en  Colombie‐Britannique. Mon grand‐père m'a appris à pêcher. Mon père était un avocat  respecté, reconnu pour son intégrité inébranlable, et ma mère une éducatrice de  maternelle estimée. Et tous deux m’ont bien fait comprendre l'importance de dire la vérité.    Aujourd'hui, je prends le risque extraordinaire de mettre à mal ma carrière, ma réputation  et mes amitiés pour tirer la sonnette d'alarme et rendre publiques des pressions  antidémocratiques, et potentiellement illégales, que le gouvernement Harper aurait  exercées pour faire taire les critiques du projet de pipeline Enbridge Northern Gateway.    Comme je l'ai explicité dans une déclaration sous serment, au moins trois cadres  supérieurs de l'organisme à but non lucratif Tides Canada et de ForestEthics (oeuvre de  bienfaisance de Tides Canada), m'ont informé, en tant que Directeur des communications  de ForestEthics, que le PDG de Tides Canada, Ross McMillan, avait été informé par le Cabinet  du Premier ministre du fait que ForestEthics était considéré comme « ennemi du  gouvernement du Canada » et « ennemi des Canadiens ».    Ces termes auraient été employés dans les menaces du Cabinet du Premier ministre; on  remettrait ainsi en cause le statut d'organisme de bienfaisance de Tides Canada s'il  n’acceptait pas de couper ses subventions à ForestEthics pour sa lutte à l’expansion des  sables bitumineux et la construction de pipelines au Canada.    Ce fait est d’autant plus préoccupant que ForestEthics a obtenu de l'Office national de  l'énergie le statut juridique d'intervenant à la Commission d'examen conjoint du projet  Enbridge Northern Gateway. En tentant de faire taire un intervenant de la commission  d'examen, je crains que le gouvernement Harper ait irrémédiablement porté préjudice à  l'intégrité du processus.    Après avoir attendu deux semaines que Tides Canada rende cette nouvelle publique, il me  semble évident que l'organisme craint trop les représailles du gouvernement pour pouvoir  agir. Tides emploie des centaines de Canadiens et est en charge de douzaines de projets  environnementaux importants, comme celui de la Forêt pluviale du Grand‐Ours en  Colombie‐Britannique. À juste titre, Tides est paralysé devant la menace du Cabinet du  Premier ministre. Je me permets donc de prendre la parole en tant que simple particulier,  car je crois que les droits et libertés civiles de mes concitoyens, y compris la liberté  d'expression, sont compromis.     J'ai vu la peur et l'incrédulité dans les yeux de mes collègues le jour où leur propre  gouvernement les a qualifiés « d'ennemis de l'État ». Notre coordonnateur administratif en  avait les larmes à l'oeil. Au cours des jours suivants, nos employés en ont perdu le sommeil 

et l'appétit. Ils ont commencé à se faire du souci pour leur propre sécurité et leur liberté,  ainsi que pour celles de leurs proches. La peur et la paranoïa régnant, ils sont maintenant  constamment à l'affut au cas où leur gouvernement les épierait.    L'usage de termes liés à la lutte antiterroriste à propos de citoyens qui, en toute légitimité,  remettent en question le bien‐fondé d'un pipeline non durable est un affront aux droits de  tous les Canadiens. Ce vocabulaire est celui d'actes d'intimidation. Ces termes violents et  au‐dessus de la loi rappellent les cas de surveillance à motivation politique, plutôt que  judiciaire, faite par la GRC, comme cela a été le cas pour Tommy Douglas. L'usage au  sommet de notre gouvernement d’un langage si connoté est immoral, contraire à l'éthique  et probablement illégal.    La forte opposition au pipeline et aux navires pétroliers est dorénavant le moindre des  soucis du gouvernement. Par sa volonté de faire fi de l'opposition publique, le  gouvernement a trahi la confiance du public.    J'invite donc les Canadiens, y compris les journalistes et les députés fédéraux, à manifester  leur désaccord avec le comportement inacceptable décrit dans cette lettre et dans ma  déclaration sous serment.    Dans environ trois semaines, M. Harper fera une visite officielle en Chine. Selon Amnistie  internationale, un demi‐million « d'ennemis du gouvernement » sont emprisonnés sans  chefs d'accusation dans ce pays.    Si la thèse favorable au pipeline d’Enbridge est fondée sur le fait que le Canada gagnera des  milliards de dollars en vendant son pétrole à un gouvernement chinois abusif, alors ma  réponse est « non merci ». Ce ne serait sûrement pas là du « pétrole éthique », surtout si  l’exploitation de ce trésor obligeait à des pratiques de répression envers des citoyens  critiques — pratiques davantage associées à celles du gouvernement chinois qu’au Canada.    Les événements du mois dernier ont fait que je ne tiendrai plus jamais mes droits de  citoyen canadien pour acquis. Cela est à la fois triste et encourageant. Triste que j'aie eu à  douter qu'ils soient respectés, et encourageant, car ils m’ont rappelé une autre leçon de  mes parents : le meilleur moyen d'arrêter l’intimidation c’est de lui tenir tête.    Je vous invite donc à vous joindre à moi et à dénoncer ce qui est probablement l’enjeu  moral le plus préoccupant auquel notre nation fait face aujourd’hui. Ensemble, nous  pouvons amener le gouvernement à rendre des comptes, à prévenir le démantèlement de la  société civile canadienne et à freiner l'érosion de nos droits civiques.    Andrew Frank est citoyen canadien et Directeur des communications chez ForestEthics  Canada. Il est aussi chargé de cours au programme de Technologie de la protection de  l'environnement à l'Université polytechnique Kwantlen, à Surrey, en Colombie‐Britannique.