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Le piège raciste fonctionne toujours.

On le croit désactivé, réduit à rien par les affirma tions répétées des scientifiques, qui ont montré depuis longtemps qu'il n'existe aucune race humaine. Mais ce n'est pas une affaire de savoir ni de raison. La vieille h aine trouve chaque fois des habits neufs. Le racisme qu'on espérait mort ressuscit e autrement, s'infiltre dans les esprits, empoisonne les discours, criminalise l es actes. Car l'idée de race n'est pas une abstraction innocente mais une idée qui t ue. Il est donc essentiel de comprendre, aussi précisément que possible, d'où vient le ter me de race, comment il a évolué et cheminé, quels usages en ont fait les lettrés. Et que lles conséquences s'ensuivent. Sur ces différents points, les études de Maurice Olende r, devenues pratiquement des références classiques, sont indispensables.

Leur fil directeur : le racisme supprime l'histoire. Dès lors qu'on attribue à la bi ologie, aux gènes, à la nature, des traits qui relèvent de la culture, de l'éducation, d u politique, toute évolution devient impossible, tout changement se trouve exclu. Enfermer l'humain dans une "race", c'est l'assigner éternellement à une place déterminée , l'enclore dans un destin immuable parce que naturel. Les générations pourront se s uccéder, les siècles s'écouler, l'identité supposée de la race fera croire que renaissent, indéfiniment, les mêmes comportements et les mêmes travers. Et, bien sûr, les mêmes hiérar hies : les races sont des cercles de fer, on ne saurait s'en échapper. Avec une mi nutie d'érudit, Maurice Olender rappelle comment bien des savants du XIXe siècle - l inguistes, historiens, mythologistes - ont participé à l'édification de ces geôles menta les. D'autres, au contraire, s'employaient à scier les barreaux et à rouvrir les por tes. Au fil des chapitres s'éclairent, par exemple, la naissance du couple aryens-sémites au XIXe siècle, les usages politiques abusifs que l'on tenta de faire, au XXe siècl e, des mythes indo-européens en détournant l'oeuvre de Georges Dumézil, ou encore la " lucidité intempestive" du grand Marcel Mauss. On fait en chemin toutes sortes de g randes et de petites découvertes : Carl Jung écrivant que "l'inconscient aryen a un potentiel plus élevé que l'inconscient juif", Julius Evola et René Guénon soutenant l'au thenticité du Protocole des sages de Sion, Ferdinand de Saussure écrivant de sa main une lettre ignoblement antisémite (sous la dictée de son père, probablement, car rien , dans son oeuvre ni ses archives, ne ressemble à ce texte). LE SILENCE D'UNE GÉNÉRATION Toutefois, il y a bien plus dans ce recueil qu'une mise en lumière de lignes de fr acture de la vie intellectuelle des dernières décennies. Dans cette nouvelle édition qui reprend la plupart des textes rassemblés en 2005 dans le volume La Chasse aux évidences (éd. Galaade), et ajoute aussi des inédits présents dans la version américaine de l'ouvrage, qui vient de paraître chez Harvard University Press -, Maurice Olend er soulève la question du silence d'une génération. Pourquoi tant d'intellectuels allemands, directement compromis avec le nazisme, ont-ils depuis obstinément fait silence ? Professionnels de la parole, de l'explic ation, de l'analyse, pour quelle raison sont-ils restés muets, ne répondant pas aux questions qu'on leur posait, ou dissimulant le détail de leur engagement passé ? Ole nder entame une réflexion sur l'histoire de ces "taiseux" et sur le poids, dans no tre présent, de ces archives étrangement blanches. Parmi les cas qu'il examine, Hans Robert Jauss (1921-1997), grand critique littéraire engagé volontaire dans la Waffe n SS, que Maurice Olender a interviewé pour "Le Monde des livres" en 1996, mais au ssi Martin Heidegger ou Gunther Grass. On ne saurait oublier les figures amies qui habitent ce livre, comme Léon Poliakov , Pierre Vidal-Naquet ou Jean-Pierre Vernant. Ce que signale la présence de leur n om, mais aussi de leur travail et de leur courage, en filigrane, c'est qu'il y a aussi, dans les combats d'idées comme dans les affrontements physiques, des gens qui ne cèdent pas. Et qui s'obstinent à chercher ce que Poliakov appelait "le secret

ou qu'il fonctionne moins bien ? Peut-être. Ce secret. et si possible le dévoilent. sans lutte. .des bourreaux". sans histoire. continûmen t. parce que vivre immobile. Pour que le piège s'enraye. tout simplement. leur est i mpossible. ils le traquent. Ou bien.