CHRONIQUE

DE

LA

VIE

RELIGIEUSE

MÏÏ&E%]^&M:MMQ^'^ÏËfà.

fille que voilà. Attirante et irritante à la fois. Sa vie L'étrange : elle naît en 1909 dans un milieu de riche bourgeoisie paradoxale à juive. Son frère, une sorte de génie ; il est aujourd'hui professeur et un des plus grands Princeton mathématiciens de notre temps ; un fort sentiment Simone contracte d'infériorité près de lui, l'enfant à abdiquer toute féminité qui la marque pour toujours, qui l'amène et qui la lance à la recherche de la « vérité ». Khâgne avec éperdue Alain ; à dix-neuf ans, la rue d'Ulm où, pour lors, les filles étaient à vingt-deux admises ; agrégée de philosophie ans. / en de sages lycées de province, -La voici professeur inintelligible à ses élèves, faisant scandale par son mépris des convenances, pasà cause sant pour communiste de sa-sympathie pour la misère elle n'adhère prolétarienne. Cependant pas au Parti et, si le marxisme l'a attirée sans doute un moment, la philosophie du progrès qui; le est aux antipodes sous-tend de sa pensée. En 1934, elle est ouvrière chez Renault la misère ouvrière. elle pour vivre réellement Ensuite, dans l'Armée là guerre civile, durant s'engage Rouge en Espagne considère des opprimés, et comme par solidarité pour ceux qu'elle sans jamais se servir de ses armes. En 1941, elle est à Marseille, exclue de l'Université Elle y rencontre le seul prêtre parles lois antisémites. qu'elle ait connu, un dominicain aveugle, le P. J.-M. Perrin. Elle fait un stage chez-Thibon comme ouvrière le "sort agricole pour partager du prolétariat En 1942, après,de elle se paysan. longues hésitations, décide à émigrer en Amérique par charité Mais, pour sa famille. de se soustraire de sa patrie, aux dangers elle revient en incapable en 1943. Elle veut y vivre uniquement des rations aliAngleterre mentaires des pays occupés. Elle meurt de faim et de tuberculose, dans un hôpital à l'âge de trente-quatre seule, anglais, ans, le 24 août 1943.

voir en' elle « une des grandes un malaise. I. surna: la. Et c'était une désillusion. Supplément littéraire n° 7. WEIL ' 89 la révéla. sous le titre dé la Pesanteur ce fut un eblouissement.SIMONE. de lettres Attente de Dieu (1950) d'abord. se révélait une pensée liquide. tement-le P. nombreux s'émerveillèrent de trouver cette lointaine Des chrétiens de la foi catholique. Par le choix même A ces questions il était impossible sans le vouloir. il y a Irois ans. Un fouillis Simone Weil écrivait à la suite. C'est la publication intégrale de notes 2. Thibon.). avait infléchi des textes qu'il avait dû faire. bientôt. « la Pesanteur-et la Grâce » de Simone Weil est-il un livre chrétien!' '•-. entre les doigts quand on la voulait se posaient sur la valeur Mais surtout questions d'inquiétantes ainsi présenté 1. tellement juive. proche. qui fuyait vigoureuse saisir.MYSTÈRE DE . Connaissance Un autre de paraître vient livre des cahiers de notes que turelle (1950). C'est un Mémoire politique écrit à Londres en 1943. Les petites nettes et fermes Bien vite naquit phrases d'abord un style choisies Thibon illusion. cette jeune devint célèbre. qu'a publié honnêintimes. décembre 1949-janvier 1950. à l'usage. C.de à qui elle a le plus livré d'elle-même. F. Un. écrites en 1941 et 1942. C'est une véritable autobiographie spirituelle de saisir en un moment Le témoignage est précieux précis qui'permet •' la position de la philosophe. morte depuis dix ans Pascal. une point de Mme de Sévigné à les femmes. C'était faisaient qu'avait et forte. D'aucuns Pour évoquèrent beaucoup. Perrin. Du coup. . l'attitude religieuse un recueil de notes cl. légère et subtile qu'écrivent forme sous cette Mme Claudc-Edmonde Mais. philosophe amantes de Jésus^Christ ». de son amie. Et Thibon de semblait-il. en extrayant des cahiers-fleuves laissés un choix de courtes lui avait sentences qu'il publia qu'elle et la Grâce (1947). Magny.autre livre de Simone Weil est paru en 1949 : l'Enracinement. chrétienne du message de répondre.. dans Un sens chrétien la pensée incertaine situer de mieux ont paru Deux livres qui permettent depuis de Simone Weil. l'homme et une confession. indéfiniment Thibon 1. Juive inconnue. là jeune Juive. non cette danse marche solide d'homme . Voir en particulier : Recherches et débats (C.'' 2. .

Il y dialectique faut employer d'infinies du respect avec lequel il nuances. la sympathie reux. le génie intellectuel.. ou plutôt le malheur.90 MYSTERE DE SIMONE WEIL de lectures. le sentiment déchirant du mal uniet la solidarité envers la-douleur des malheuversel. d'infériorité et de culpabilité? Quels complexes L'analyse psychologique suffit-elle à rendre compte d'une telle nuit? Ne faut-il pas découverte découverte y voir aussi une véritable ontologique. peut qu'essayer la paradoxale de ses lumières gt de ses ténèbres. il permet de gression voir dans quel sens évoluait Simone'Weil à partir de l'étape que l'Attente de Dieu. La souffrance. des citations sans références. elle porte les traits essentiels de sa vocation : la souffrance sans fond. . cependant. des mystiques d'action. mais une réflexion qui se fait. Impossible ' de la pensée en ce recueil.. La philosophe y pense à nui Non pas le résultat d'une réflexion. On comprend il soit impossible de que.scritiques. «es cahiers ont fait reculer les. dans ces conditions. la soif et la faim d'une valeur absolue dont elle ignore le nom. une rumination obstinée des mêmes problèmes Les cahiers ainsi publiés. On ne porter un jugement de comprendre le pourquoi de ces contradictions. Le broiement total de l'âme réalisant son • " néant. à août 1943. représente Us Sont pourtant Illisibles. Une indescriptible expérience crucifiements des mystiques de qui ne se peut comparer qu'aux aux nuits des mystiques de connaissance. Dès le premier Où Simone Weil nous apparaît. à qui elle s'interdit de donner un nom. absolu sur l'expérience de Simone Weil. Tel quel. aux désespoirs rédemption. corresreligieux. Les notes ne sont point datées. '-'/. marque convient d'aborder une âme qui livre son secret. Je ne sais pas ce qu'un psychologue lirait dans cette expérience. qui peut bien utiliser des traumatismcs psychiques? Cette souffrance retentit sur lé corps en de terribles intérieure . en Amérique et en Angleterre. de niai 1942 pondent aux deux dernières années de la vie de l'auteur. là genèse d'une pensée 4 <jui ne sait pas où elle aboutira. d'un extrême intérêt. à quamoment torze ans. On a seulement les cahiers d'Amérique et ceux pu distinguer dans ces conditions de discerner une prod'Angleterre.

Hommage à S. lorsqu'un être humain. vis-à^vis de Ses collègues elle se mure en sur la elle se penche passionnément son silence1'. Ce que j'ai subi là m'a -marquée d'une manière si durable qu'aujourd'hui encore. Le numéro tout entier est consacré à S. chez Renault. une infinie sensibilité à la souffrance universelle. Par charité elle va au bistrot jouer à'*Ia belote avec eux. Sa sensibilité aiguë est avec les autres. 2. d'ailleurs n'était qu'un demi-malheur. comme la marque au fer rouge que les Romains mettaient au front de leurs esclaves les plus méprisés. je ne peux pas m'empêcher d'avoir l'impression qu'il doit y avoir erreur et que l'erreur va sans doute malheureusement se dissiper.. Rien ne m'en séparait. Weil. me parle sans brutalité. Je savais bien qu'il y avait beaucoup de malheur dans le inonde. p. quel qu'il soit. . 1. pouvant j'avais réellement oublié mon passé et je n'attendais difficilement imaginer la possibilité de survivre à ces fatigues. confondue aux yeux de tous et à mes propres yeux avec la masse anonyme. 3. du dehors. 75-76. écrit-elle dans une page impressionnante. Pour partager la voici fraiseuse la condition ouvrière. Françoise Rouret.qui ne se replie pas sur elle-même. Depuis je me suis toujours regardée comme une esclave 2. Les chômeurs misère prolétarienne. étant le mien. J'ai reçu là pour toujours la marque de l'esclavage. tout contact sans délicatesse blessée cependant'de Jeune dans son Marx aux timide.MYSTERE DËSLMONË WEIL • (H force d'attention l'extraordinaire de Simone qu'explique migraines de concentration et une maîtrise de la pensée Weil. Une puissance du génie. Une âme multiplie de cette coulée ne peut accepter et facile. une sorte de nécessité d'entrer La petite bourgeoise juive comme d'instinct adopte. le corps. Une souffrance mais que . qui. Étant en usine. abstraite. Weil dans Foi et Education (revue trimestrielle de la Fédération des membres de renseignement). mais je ne l'avais jamais constaté par un contact prolongé. dans le cadre de luxe où elle est élevée. sinon le et qui mien propre. l'extrême brutalité des contacts font humains une détresse sans limite : avait Ce contact avec le malheur. une austère ascèse. Jusque-là je n'avais pas eu l'expérience du malheur. car aucun avenir. tué ma jeunesse. Pour cette fille fragile et raffinée. protestante avril 1950. p. le malheur des autres est entré dans ma chair et dans mon âme. me paraissait de peu d'importance. Ce lui est une vie agréable en sympathie avec ceux qui peinent. il ne lui suffit pas de la regarder ainsi Cette misère prolétarienne. dans n'importe quelles circonstances. la dureté physique du travail à la chaîne. font queue à sa porte. professeur. étant biologique et non social. anormale qui est une marque par là même et qui écrase. plongée heures de repas en commun. j'en étais obsédée. En même temps. Attente de Dieu.

partie devoir. est une parfaite harmonie où ce qui à nos vues du partielles paraît un mal joue son rôle* nécessaire à la plénitude tout. est illusoire. l'escamoter. /• En face de çé problème encore. l'amour. il faudrait presque dire une foi. C'est une méthode de penser et de vivre poUr tative. de SurAttendre que jaillisse la lumière intérieure qui permettra monter la contradiction et de tte sacrifier àucUne des données antidans l'expérience. oeuvre du logos divin. Le logos. en leurs contradictions concentrée intimes. mais cette beauté totale est postulée à priori ou déduite. disait Chrysippe. Pour le stoïcien antique. de « pesanteur Valeur humaine. Sans doute. ceux auxquels se réfère . nomiques qui coexistent En fait la disponibilité d'attente de Simone Weih dès avant sa du Christ. avec une attention les contempler. . est beaucoup découverte moins expectante. mais l'expecpoint' de solution ». Cette foi est un héritage direct du stoïcisme antique. ne peut/animer qu'un monde digne de lui. — non mais vécu. Déjà elle pourrait écrire ce qu'elle dira plus tard : ce qui fait l'incomparable du christianisme. Dans ces perspectives. l'« hupoménè elle. considéré. de l'univers. expression de son être même : jouer son rôle dans l'harmonie du tout. Le problème du mal. c'est l'amor fati. principe divin répandu dans l'univers. la beauté visible de l'univers physique est un signe de l'harmonie totale du cosmos. suivre la nature. Faire saillir les données antinomiques des problèmes. C'est pourquoi elle se refuse à la naïve philosophie de progrès du marxisme. que nous constatons Simone Weil sent que tout système qui prétend pipèr le mal. Suivre Dieu. irrésistible Cette foi ainsi puisée chez Marc-Aurèle. illumination trouvée chez Marc-Aurèle. diront les stoïciens du deuxième siècle. du monde. c'est grandeur une soUffràncèrmais qu'il n'a pas cherché un remède surnatUrelàla Utilisation surnaturelle de la souffrance. le monde pris comme un tout.92 ' MYSTERE DE SIMONE WEIL C'est ici le coeur brûlant de sa pensée : le problème du'mal-. accepter le fatum. qu'elle ne le croit. non point constatée. n'a qu'un l'homme. ». \ Cette harmonie est objet de foi philosophique plus que de constatation empirique. Elle est tout entière habitée par une conviction. il faudrait dé la beauté et de l'harmonie presque dire l'adoration. point spéculativement de ces forces de souffrance et aussi de dégradation delà' c'est-à-dire en nous.

du péché de l'homme. et le stoïcisme.encore qu'impliqu'avant ' chrétienne. tout en souffrant en sa Sensibilité. Ce n'est pas seulement une responsable. abord. . et qui conçoivent 'Suivre. participant croix du Christ. chrétien.tiq. : Dieu s'incafnant dans le Christ métaphore anthropômorphique veut faire l'expérience de l'homme. cependant profondément. s'ils peuvent à des comOr le christianisme amener extérieurs diffèrent analogues. citement. racheté. le stoïcisme. son expérience totale. se réduire en humaine. Si le comportement amoureuse extérieur du sage et celui du fidèle du Christ peuvent se ressembler. essentiellemenfr àcroire scandale que le mal irréductible^ pour la pensée à nous incompréhensible. de la mort. détruit. ou douloureux. d'une manière de ce présupposé. tiens est une personne et rédemptrice. Pour le gences de la grande pièce que se joue l'esprit et amoureux du Dieu saint. La souffrance subsiste. dans L'harmonie SôUs la forme profondêmeiit religieuse que lui ont donnée les pensemble seurs du deuxième au premier siècle. le philosophe Le Dieu des chrétraite ce Dieu comme une personne. doit. le péché. du poids du péché du monde. A partir son attitude le sage stoïcien^dans le mal pra. le rôle qu'elle nous fait jouer.ue. le traite une illusion de sa trop comme d'optiqUe courte vision des choses. de connaître lé Christelle étaitentièrement. consiste Le stoïcisme. De ce mal de l'homme.. est. sagesse et çh bien pour la pensée divine. acceptant agréable du tout.MYSTÈRE DE SIMONE WEIL - 93 de plus en plus le logos '-'comme. de Simone Weil Et ce sera la conviction proche du christianisme. d'une vue trop restreinte Elle devient ce par quoi la racine même du mal. dont l'homme seul est Dieu lui-même souffre. la loi c'est le dessein béatifiant Au fond le Dieu du stoïcien reste une nature même quand aveugle. un Simone Weil.mais. c'est-à-dire obéir à la divine raison en Dieu créateur. Dieu.un rôle agréable du cosmos. portements celui de Simone Weil avant 1939. le mal est essentiellement une conséquence Pour le christianisme. lement une aveugle nécessité de l'harmonie du cosmos et la traduction dans la sensibilité de l'univers. La loi de l'univers à laquelle adhère le chrétien est essentiellement destin différente : ce n'est plus l'inintelligible de celle du stoïcien ou douloureux selon les exiqui assigne à chacun. Et par cette souffrance en sa racine qui est le de Dieu. ". elle prend une valeur Elle n'est plus seucréatrice. le mal est détruit de l'homme à la péché. l'expérience de la souffrance.

MYSTÈRE DE siMorte WËÎL sont complètement de ces comportements les principes profonds hétérogènes. le stoïcisme de Simone Weil est soulevé par un soudain événement sorte de séisme absolument intérieur. Sa philosophie antérieure et maintenir une parfaite continuité ce qu'elle considère comme la foi chrétienne. d'un contact réel. où à SainteMarie-des-Anges quelque chose de plus fort qu'elle. Ensuite. En 1938 Ou 1939.. en 1938. je crois. l'avait pour la première fois de sa vie obligée à se mettre à genoux. do personne à personne. qu'au P. ici-bas.. comme à Paul sur le chemin de Damas. « C'est au cours de ces récitations. dit-elle avec une extrême simplicité. le Christ s'impose à elle. comme une belle pièce en poèmes intitulé l'Amour. si ce n'est à Assise en'1937. dit-elle. Perrin. Georges Herbert. ou mystérieusement à Claudel derrière le second pilier à l'entrée du choeur de NotreDame. Le problème de Dieu lui apparaissait insoluble. De la dogmatique elle était ignorante et ne le chrétienne restera que trop.. Une grande partie du de sa pensée naîtra de cette illusion : elle voudra tragique paradoxal entre. elle suivait les offices de la Semaine sainte.. sa conscience. je n'avais pas prévu la possibilité de cela. Simone Weil restera toujours sous l'emprise de ce stoïcisme . France et avec une extrême pudeur. quand le Christ. elle ne verra pas qUe cette découplus tard elle découvrira verte fait passer sur un autre plan et introduit dans une autre méthode de recherche et de détermination de la vérité. spirituel qui bouleverse Dirai-je qu'elle découvre le Christ? Bien plutôt. imprévu. C'est dans ces conditions que le Christ s'imposa à elle. Elle avait été élevée dans un complet agnosticisme par ses parents et son frère. J'avais vaguement entendu parler .-M. A Solesmes.. Un jeune un poète « métaphysique » du dix-huitième lui révéla Anglais elle apprit par coeur un dé ses siècle. Elle le récitait de toute son âme « à la tendresse adhérant qu'il renferme ». » Dans mes raisonnements sur l'insolubilité du problème de Dieu. ajoutc-t-clle. J. On ose à peine toucher à ce secret d'elle à Dieu qu'elle n'a guère au moment de quitter la révélé. que le Christ lui-même est descendu et m'a prise. entre un être humain et Dieu. Jamais elle n^avait prié.

MYSTERE DE SIMONE WEIL «5 de choses de ce genre.. et l'amène à prier. mystique intérieure du moins une prière de simplicité qu'elle décrit très sobrement mais très nettement en des termes ceux dont qui rejoignent les premiers se servent les spirituels chrétiens degrés pour décrire : de l'expérience proprement mystique . écrit-elle. .. dont elle était de concentration vraiment extraordinaire capable. fidèle à sa théorie Elle dit qu'elle » elle « n'adresse de d'expectative. D'ailleurs dans cette soun'ont eu aucune daine emprise du Christ sur moi. La vertu de cette pratique est extraordinaire. et me surprend chaque fois. Parfois les premiers mots déjà arrachent ma pensée à mon corps et la transportent en un lieu hors de l'espace d'où il n'y a ni perspective ni point de vue. » comme sans lé_ penser ne prie pas. Mais il est une prière de silence qui paroles à Dieu » jusqu'en se passe de paroles. Elle Elle faisait du grec avec un ami. L'espace s'ouvre.. En même 1. parce que je n'avais jamais rien senti qui m'ordonnât de les lire. L'infinité de l'espace ordinaire de la perception est remplacée par une infinité à la deuxième ou quelquefois troisième puissance. et en faisant le Pater avec cette puissance Tous lés matins elle récitait Seigneur. en ce sens que. de contact Et en cette récitation chaque jour c'est une expérience sinon une extase avec le divin. Elle fut saisie continuellement par la « douceur infinie de ce texte ».le récitait dans le : elle était alors ouvrière agricole jours pendant quelques la prière du elle allait la vendange répétant Midi. Dieu m'avait miséricordieusement empêchée de lire les mystiques. jamais «tout haut ou mentalement 1941. Elle l'apprit lui expliquait par coeur. 76-77. j'ai seulement senti à travers la souffrance la présence d'un amour analogue à celui qu'on lit dans le sourire d'un visage aimé. Je n'avais jamais lu de mystiques. Thibon. demandais jamais.. ni les sens ni l'imagination part .... de penser à lui de Dieu . car quoique je l'éprouve chaque jour elle dépasse chaque fois mon attente. si Jésus a été ou non une « Je ne rne. mais je n'y avais jamais cru. mais en fait j'étais incapable incarnation Dieu. / . diennes. Elle se. écrit-elle. Attente de Dieu.que je n'avais pas fabriqué ce contact absolument inattendu1. le Pater en grec.. • « . un silence des puissances. Et cette prière De nouveau le Christ intervient avoir été quotiest l'occasion de grâces qui semblent mystiques sans doute. p. afin qu'il me fût évident . elle adore : Bien qu'elle essaye de refuser à moitié son intelligence.

part de grâces surnaturelles pas à reconnaître dans les notations si précises de Simone Weil 2. 5. n. le Christ est présent on personne. Le témoignage est trop succinct pour qu'on puisse porter sur lui un jugement Je pencherais à Croire que catégorique. Jean do la Croix Kaolin. qui voit « une assez forte part d'expérience mystique naturelle » dans le cas de S.. 79. qui tient un elle n'ait jamais comgrand rôle dans sa vie. c'est la saisie expérimentale du fait que la plénitude do l'être échappe infiniment .. ou à d'autres moments. cependant ceux qui ont quelque connaissance des grands mystiques chrétiens ne se refuseront une. Ainsi que le R.% ' MYSTÈRE DE SIMONE WEIL temps celte infinité -d'infinité s'emplit.Weil que de la mystique naturelle. Il est probable dans la attirée de l'abîme de sa souffrance qu'elle a été vraiment ténèbre de Dieu et qu'au delà de la connaissance à notiônnelle. bien qu'évidemment munié . Parfois aussi-pendant cette récitation.au delà delà connaissance notiônnelle. » (Simone Weil en face de l'Église. Attente de Dieu. Le paradoxe de Simone Weil. elle a touché la présence du Verbe Incarné. un silence qui n'est pas une absence de son. connaissance exceptionnelle qui ne dépasse pas les forces de la nature humaine et qui atteint l'action créatrice de Dieu. entière centrée sur le problème religieux. par voie de « nescience » . 139. elle adhère celui du péché originel et de la croix. Sa réflexion enfin est tout .. P-. P. avril-juin 1950. ajoute cependant : « Nous ne prétendons pas pour autant qu'il n'y ait eu dans l'expérience de S. vivant de valeurs et qui n'ont de sens que par et dans l'Église. elle «ime la liturgie catholique.qui est l'objet d'une sensation positive. 2. Les bruits. L'article ne fait état que de VAttente de Dieu. 0. p. tâtons. mais d'une présence infiniment plus réelle. plus poignante. plus claire et plus pleine d'amour que cette'première fois o\i il m'a prise1. Nous pensons au contraire que les touches do la grâce chrétienne ne lui ont pas manqué. à l'économie elle adore l'eucharistie sacramentaire.do part en part de'-silence. plus positive que celle d'un son.. dans Nova et Vêlera. c'est qu'ayant découvert le Christ dans une expérience mystique qui peut paraître en partie surnaturelle. Weil. une Dès lors. s'il y en a.. des notions spécifiquement chrétiennes prennent : le mystère dans sa pensée et dans sa vie intérieure place primordiale de la Trinité.. assimilant une bonne part du dogme catholique. elle se refuse catholiques 1. p.) r Par « mystique naturelle » on entend généralement une. no me parviennent qu'après avoir traversé ce silence.

communication qui dépasse les prises et les forces de la nature. logiquement. les hérétiques d'exclure pouvoir trop humains aspects aux sacrements. la foi n'aient de sens. Elle n'a pas compris qu'il est une saisie de l'histoire dans le temps. comportement de Dieu. Cet ordre elle n'a pas conscience reçoive Un ordre explicite Il ne lui suffit pas que les lumières de l'avoir entendu.. reçues. désincarnée. il faudrait Pour entrer dans l'Eglise qu'elle religieux. 79. Cette passivité. fondamental En effet. p. La mysticlue surnaturelle est une communication absolument gratuito du Dieu Trinitaire comme Charité. « Dieu.:*-' \ tement. va l'ancrer individuelle Cette exigence d'uneillumination purement Aussi bien a-t-elle d'Alain. selon son expression.MYSTÈRE DE SIMONE WEIL 97 à entrer dans cette Église par le baptême résolument . ne sont Mais ne nous y trompons pas. au premier abord par leur manque étonnent d'ampleur de l'Église. faute elle entend le d'illumination juger de ce que comporte mystique. saisie par le vide qui livre ainsi quelque chose de la richesse infinie do Dieu. qu'il s'incarne à nos prises. Elle est d'ailleurs dénuée par Dieu. janvier 1951. dans un subjectivisme qui est l'héritage dont parle Platon. C'est par sa seule raison que. La Connaissance surnaturelle. Weil. l'obstacle qui ferme à Simone Weil l'accès même de pensée. . historiquement et en l'économie sacramentaire que dans l'Église. » pour est une réalité une théorie Pour elle le christianisme abstraite. . 1. de tout animal» c'est-à-dire du «gros horreur solitaire sentiment collectif. cette sa méthode de l'Eglise c'est. passivité elle en fait une loi exclusive du le Christ l'a prise. Les motifs qu'elle donne et qu'elle se donné pour refuser le baptême : Inquisition. écrit-elle. de toute de lumière contrôler la vérité nécessaire pensée 1. elle rejette les institutions de plus en plus violemment catholiques. au lieu de simplement condamner de la participation leur doctrine. a mis en tout être pensant la capacité christianisme. me semble-t-ilj et qui consiste à rester en a décrite méthode qu'on expectative une difficulté. — CCLXV1U. Il me semble difficile de réduire à une pure mystique naturelle un phénomène do saisie du Christ comme personne présente et d'intelligence de la croix tel que le présente S. U finiras. ces raisons pauvres de jugements de valeurs expression beaucoup que la maladroite vécus pour et trop pouvoir s'exprimer adéquatrop complexes ::" . Son expérience devant de disponibilité attente mysSimone Wéil dans cette méthode : c'est confirmé tique a encore d'entière en effet une expérience .

Méconnaissance du caractère historique du christianisme^ ignorance dû corps mystique. Simone Weil ait complètement et ignoré la doctrine méconnu essentiellement centrale^ de l'Église Corps mystique. Il est encore une troisième de la conséquence position de pure passivité subjective de Simone Weil. elle tend à voir dans le sacrement l'expression d'une transformation de la conscience 2. des jugements d'une sévérité sans limite. p. je veux dire son de moins en moins acceptable. . témoignage communiquer que l'Église apostolique porte sur la pensée et la volonté du Christ. 1. plutôt que le subjective signe extérieur d'une action objective de D. alors que pour l'Écriture primitive humain animé du Sainte-Esprit dont se sert le Ghrist l'instrument son oeuvre de salut à l'histoirej pour appliquer pour dire le Verbe à IdngUeur de temps. syncrétisme Elle revient eh effet sans cesse à uiie idée qui l'obsède : elle rep~roche 1. Elle refait à sa guise le Livre dd Job.' héritiers immédiats et vécu la relation qui unit le Christ à l'Église.et qui trahissent surtout une totale méconnaissance de l'a Bible* 2. Voir. Il est vrai que de plus en plus. 233-236). permanence Il n'est pas étonnant que. dé Noê et l'Histoire de la Civilisation méditerranéenne (Attente dé Dieu. Il lui échappe complèla communauté tement fraternelle des chrétiens que dès l'origine voulue par/lé s'est considérée comme une institution Christ pour de son. 25S. dans lès cahiers d'Amérique. Et pourtant Simone Weil admet -l'économie sacramentaire qui n'a de sens que dans et par l'Église corps du Ghrist.ieu. se construisant airisi Une vision pUremènt. p. à priori et subjective du christianisme. aucune attention à là Manière dont les fidèles du elle n'accorde de l'âge apostolique. Guardini appelle Yin-existence du Christ à l'Église) c'est-à-dire la continuation du mystère de l'Incarnation dans et institution n'est qu'une par• l'»É'glisej Pour Simone Weil l'Église et la tradition elle est httriiainè. Elle n'a pas. Elle ne se demande jamais ce que le Christ a voulu de son message. La Connaissance surnaturelle. eompfis ce que seripturaire d'tin mot si plein R. la note vraiment extravagante intitulée : les Trois Fils . message et la continuer sa présence^ pour assurer la pérennité ' de la vie sacramentaire. comment il a entendu le aux hommes • elle n'interroge jamais le. /.93 MYSTÈRE DE SIMONE WEIL à' mi poih't étonnant de tout sens critique. ont compris second siècle. Elle porte enfin sur l'Ancien Testament.Weil n'a pas non plus la moindre idée des problèmes critiques posés par la Bible.. selon la logique même de son subjectivisme. ' Sv. par exemple. Sur la religion hébraïque.

d'une expéIl y a ainsi pour Simone Weil diverses. p. 266.'"— . . nisme modifié au point d'être devenu autre.' '"' "v^WV'S'' ..S--.2. 334.. folkloCe n'est pas du tout un dans les cahiers. Louis Beirnaert montre bien comment un symbolisme nalutcj peut être une sorte de base naturelle qu'assumera l'économie sacramentaire i^yntpp-i Usine mythique de l'eau dans le baptême.grandes folklores populaires qu'expriment des notations Ainsi s'explique la place énorme et my. chrétienne. si l'on dans les Cahiers de peut dire. 22. 2e trimestre 19wj. synthèse. d'Amérique ou un christiail faut une autre religion. christianisme implicite équivalent explicite'. christianisme 1. c'est bien plutôt qu'il trahisse quelque et qu'elle chose comme un doute qui l'effleure écrit tput haut. p. vu) que dan? son comportement » par le Christ. de pensée cadres stoïcienne dont il est normal Vieux ne qu'elle d'un tour de main comme on change un puisse pas se débarrasser encore de son expérience Mais aussi retentissement manteau. de n'être pas à l'image de l'harà l'Église de ne pas absorber les contraires dans une totale monie du monde..partout au christianisme Uii. Elle est persuadée (à tort.. Je ne suis pas sûr Ne prenons d'ailleurs pas ce mot au tragique.i.MYSTÈRE DE SIMONE WEIL 99 de ne pas être universelle. : « Penser le] Christ' comme fDieu et homme 2. '/^0è} 3. En effet. 1 ». une conviction définitive . Le P. une de ses dernières paroles de sa mort.. le manière : « Dionysos certaine et Osiris sont d'une équivalentes » Elle rejette donc la prétention du christianisme Christ lui-mêmeDans les cahiers elle peut à une transcendance absolue. nous l'ayons d'être avant stoïcien agnostique.ospphies orientales. antiques intuitions collectives les . écrire que « de toute manière ou autre chose.: dans et dans les mystiques dans les phil. est encore un acte de foi dans le mysau moment Londres. personnelle érigée en loi exclusive. La Connaissance surnaturelle. transpositions et pour sont rience religieuse elle ces transpositions universelle.thologies. elle était implicitement mais intégralement «prise il lui faut retrouver Forte de cette conviction. Maison-Dieu. Id. » tère de l'Incarnation fini par ce stade du syncrétisme? Eût-elle Eût-elle pu dépasser la transcendance absolue d'admettre comprendre qu'il est possible du christianisme du sans nier que pour autant il y ait en dehors 3 dans des convergences des sortes de préintuitions.au contraire chpsed'essentieî quelque préoccupatipns religieuses. mais. riques et mythologiques à ses élément hétérogène.

protestantisme. 1. . a vécu et assimilé l'enseignement du Christ. Il est frappant cependant que ce subjectivisme n'ait pas conduit S. Cemouvement. foncier Le subjectivisme du chrisles grandes affirmations dont elle interprète dogmatiques Le dogme reste pour elle une philosophie. Ne soyons pas trop sévères cependant.avec du don gratuit et des attentes des a Avances de Dieu. Or elle n'a que des paroles très dures. surtout durant son séjour en Amérique. S. qu'elle ignore entièrement. Elle lui reproche d'avoir réduit la religion à un moralisme et d'avoir évacué la réalité sacramentaire. des préparations d'e la foi? Nous ne pouvons que poser la question..-M. parce que l'Église cette vérité comprend -que Simone Weil. pour n'avoir pas reconnu n'ait pu que se livrer à une gnose individuelle. Perrin s'il avait. il cherchait 'Bien souvent. Weil est morte si tôt du Christ. de.. qui est la vie de l'Église s'exprimant eh son magistère. tianisme.. la manière de Simone Weil déformé . l'appropriaavec tion qu'elle s'en donne une gnose. pu continuer? les confessions de saint Que seraient Augustin s'il les avait rédigées au jour le jour au long de son itinéraire et qu'il fût mort dans la période où. sans rapport trop souvent une construction Une gnose. c'est-à-dire le christianisme historique. injustes souvent. J. Weil au protestantisme et au protestantisme libéral. Simone Weil bâtit une interprétât-ion' qui n'est qu'une Elle ne cherche pas à entrer dans le grand pure intuition subjective. La connaissance après sa découverte qu'elle a eu de la a été si élémentaire et déficiente. On sage évangélique. la forme des affirmations de Simone Weil d'ailleurs.. pourle. mais qui à priori qui part de quelques données chrétiennes théorique ne tient compte ni de l'Ecriture ni de la dans son développement Tradition \ Sur les données de son expérience religieuse individuelle sans contrôle. voir les apologistes lesquelles il est possible. est un authentique du mesdéveloppement est le verbe du Christ. mouvement de réflexion collective qui. détaché du manispirituel la lumière du Christ? chéisme.100 MYSTÈRE DË^SIMONE WÉlL du second siècle. fondamentale. Elle a eu si peu pensée chrétienne de contact avec des penseurs catholiques. Quelles lumières et quelles informations n'eût pas pu lui apporter le dialogue avec le P. Dans ces conditions la manière dont elle présente la foi catholique est au moins équivoque et un théologien se doit dé condamner la des interprétations plupart qu'elle en donne.

ceux qui a le plus heurté bien des critiques. chrétiens. Simone Weil. différence pas nécessairement au P. plus solide de la position Il n'est pas question de suivre pas à pas la gnose à base chrétienne malade Simone Weil et de faire le départ de ce qui est expression droite et de ce qui est hérésie. du 5 novembre 1950). Perrin. Le P. . Je veux simplement m'arrêter ici un instant à un de ses thèmes celui de la valeur rédemptrice de la souffrance.. elle essayé maladroitement et de Londres sont Notons encore que si les cahiers d'Amérique que les lettres et les notes publiées par le P.-M. . Perrin repréLes lettres plus grand du christianisme. dit-elle. P. et des critiques c'est un des aspects les moins inadmissibles de ce message. Dans ces auxquelles l'esprit pas forcément des lettres le témoignage et plus contrôlé conditions plus équilibré au P. Appendice I. la plume . dans ce discours par écrit avec elle-même y monologue sans le mouvement subconscient de la pensée. nature intérieur. s est fait un devoir courageux de revenir sur le jugement trop optimiste qu'il avait porté sur le christianisme de S. Voir également J. qu'au cours. Weil dans sa préface à l'Attente de Dieu (article do la Croix.MYSTÈRE DE SIMONÈ WEIL loi est . pendant intuition déjà de la valeur de la croix du Christ : «Il va de soi. 1950). 117-124. et de plus grandiose dans le message et la vie de plus impressionnant la jeune femme. Cependant En cette matière a reçu du le stoïcisme de la philosophe originel christianisme un étonnant C'est aussi ce qu'il y a de élargissement. des questions contrôle des impressions.-M. Perrin. des angoisses. A propos de S. Weil. à la veille même d'être « prise » par le la Semaine sainte de 1938 à Solesmes. gnement un autre sa'posisentent un effort de la philosophe pour exprimera Les cahiers ont une toute autre : Simone Weil tionexaCté. cette.-M. mais ces éléments enregistre spontanés des affirmations adhère. l'Église dans ma Vie (Paris. après la publication de la Connaissance surnaturelle.beaucoup . de tout jaillissent des images. J. p. Peplus gnostiques de ton n'implique un éloirin. il faut plus inacceptable que la pensée sous-jacente ce qu'en autodidacte*du christianisme essayer de traduire toujours de dire. J. 0. Pérrin représente certainement une expression plus exacte et de la philosophe 1.de ces offices la pensée de la passion du Christ est entrée 1. avait eu une Christ. C'est un de centraux. que ne représentent.

io2 MYSTÈRE DE SIMONE WËIL îé en moi une fois pour toutes. l'homme est mis à même de nier la pesanteur du péché. (c'est d'ailleurs à cause de cette antinomie intérieure qu'il y a mystère). de détruire tout égoïsme. de l'être tellement une expansion d'amour et Une communication divin à la créature. héritier du du confesse l'absolue transcendance message de l'Ancien Testament. » Ensuite. par lequel cependant valeur religieuse plus authentique que la gnose en laquelle elle se . je pense que cette intelligence illuminateur de amoureuse de la croix est due à un mouvement la grâce. transpose. Mais il est important dans la que c'est par son unilatéralisme. elle vit intensément souffrance du Christ. pour le catholicisme. . l'Incarnation issue du néant. Chacun des stades du dépouillement de Dieu nous est décrit par Simone Weil comme une abdication de la divinité. c'est-à-dire que sans cesser d'être l'infini. le catholicisme. quand elle a découvert le désir de souffrir de la Seigneur lui-même. il y a en Dieu un mouvement de successivement manifesté l'Incardépouillement par la Création. Ce comportement celui de l'homme pécheur. sur la croix. Par la croix du Christ. Pour Simone Weil. en effet. qui par le péché adhère à sa nature créée comme à une possession et à une idole. fait! d'une nature créée. la Croix. de Dieu est le contraire même de nation. Dans la mesure où l'on peut se prononcer sur l'expérience mystique de Simone Weil. elle-même n'est pas La création lisation. une dépersonnaune déchéance d'être. Dieu vivant dont rien ne peut appauvrir l'être infini. ce Dieu ainsi incarné se soumet à l'expérience de la mort : saint Paul pour exprimer ce mystère ne trouve pas d'autre mot que celui de dépouillement. va s'expriimer dans un système équiCette expérience intérieure cherche à se traduire une voque de notations. D'une part. d'anéantissement même. par un choix mutilant du mystère que cette conception de Simone Weil est complexité inadmissible pour un chrétien. Dieu lui-même fait homme est venu nier cet attachement idolâtrique au néant. avec le Christ en croix. D'autre part. finie. mais plutôt une aliénation à*e la liberté divine. Il est trop clair que cette présentation du mystère est incompade bien voir tible avec la pensée de l'Église./ . quelque chose de Dieu . En communiant au dépouillement de Dieu. spécialement en acceptant de mourir à soi. Le catholicisme avec saint Paul maintient en effet deux affirmations complémentaires.

. adoratrices Mais dira-t-on. n'est pas sans une certaine parenté. une culier de celle des grands mystiques souffrants. Connaissance surnaturelle. avec avidité Un redressement donc. Elle reproche fort injustement au catholicisme de ne pas déboucher sur une telle union. Et cependant elle ne sacrifient précisément autre chose que ce que dit saint Paul dans veut pas exprimer à savoir que le Christ incarné n'a pas retenu l'épître aux Philippiens. Weil se refuse expressément à tout. des péchés personnels . abstraite et inhumaine du cosmos. panthéisme. pas seulement par une vue stoïcienjie. 27S). p. et le avec intérieur comportement qui en découle n'est pas sans analogie celui dès grandes du crucifié 1. Une fois ce redress'impose dialectique sement opéré. p. Peut-être no faut-il pas trop forcer la portée de ces expressions assez rares : ailleurs S. 6). Dans les Cahiers d'Amérique apparaissent cependant quelques notations gravement suspectes : le dépouillement du moi y aboutit dans l'autre vie à une fusion de là-personne humaine en Dieu (la Connaissante surnaturelle. Par là encore elle montre combien elle ignore la théologie du corps mystique et do la divinisation des fils de Dieu . que par un dépouillement chez Simone qu'on trouve Weil. du néant de la créature. on parlant de fusion en Dieu. son égalité avec Dieu (Phik. il est deux aspects dans la complexité : catholique le péché et la création se refuse à considérer que toujours l'Église comme absolument par la corrompue par le péché . veut-elle simplement désigner maladroitement une union définitive à Dieu. il me semble qu'ici qu'emploie la transcendance divine. dans une nature Qu'on sacrifie de cette antinomie et c'est l'hérésie. lesquels reçoivent toute spéciale de la croix et le don gratuit et charismatique intelligence d'une force surhumaine chose de l'agonie. 310). n. mais par adhésion de l'harmonie au Christ en agonie . Le mystère est précisément transcendante transcendance et qu'en même temps il s'incarne que Dieu soit l'infinie finie et se livre à la mort humaine.. certitude que le péché ne se nie et que sa pesanteur ne se détruit total du moi : tout cela. désir de souffrir. on peut juger que l'expérience intérieure de Simone en partiWeil est peut-être proche de celle des mystiques chrétiens. avec la doctrine d'un saint Jean de la Croix. sens profond du péché. la rédemption 1. du pour.vivre quelque Christ. MYSTÈRE DE SIMONE WEIL 103 Dieu franchit l'infinie distance qui sépare sa plénitude cependant. Peut-être. Conviction et que sa que la croix est au coeur du christianisme lumière doit tout éclairer . elle a de la conception catholique de la vie éternelle une notion presque puérile (le. il faut l'avouer. l'un des deux termes les expressions Simone Weil Or.

a connu dans son « malheur » sans fond quelque chose de cette mystérieuse joie des mystiques crucifiés. mais ils vivront surtout la croix. Les grandes amiantes de la croix. mais il n'en reste pas moins qu'il est des êtres. mais c'est Lui). choisis par un choix mystérieux de Dieu pour être spécialement les témoins de l'agonie du Christ. Elle a avec le dans une haute mansarde d'où l'on Soigneur de longs entretiens saisit toute la ville. Il y a en effet dans les cahiers d'Amérique une page détachée qu'on a publiée en tête de la Connaissance surnaturelle. p. le cosmos entier.. . Elle ne peut plus trouver la mansarde. Telle est Simone Weil. et qui sans doute est la clé de l'énigme de Simone Weil. intérieure. qui ressemblé singulièrement à ces témoins de l'agonie du Christ. C'est un apologue où elle essaye de traduire chose de ses symboliquement quelque avec le Christ. C'est vrai. Elle sent qu'elle n'y a pas droit.RM MYSTERE DE SIMONE WEIL croix et la résurrection et qui en sort. exprime avec une grâce admirable : Je sais bien qu'il ne m'aime pas. de son message . gnostique si l'on veut. ne nieront pas la joie et la bonté de la Création.. telle une exultent de joie dans l'abîme de leur agonie Marguerite-Marie. / Et après tout. Simone Weil. rapports Le Christ en cet apologue (elle ne le nomme pas. se retrouvant 's poète. Ténèbres sans doute et déréliction après la découverte. rares. 9-10. La Connaissance surnaturelle. vivant de l'eucharistie. malgré tout. femme pour un instant et grand que Simone Weil. mais pas authentiquement chrétienne . il m'aime1. » Mais un jour le Christ la chasse. que peut-être. la prend et malgré sa résistance la met à genoux devant l'autel d'une église « comme devant le lieu où existe la vérité ». c'est qu'en cette ténèbre habite une joie douloureuse L'admirable. en tremblant de peur. passionnée du Christ mais ignorant une moitié vitale. S'ils sont vraiment ils catholiques. Comment pourrait-il m'aimer? Et pourtant au fond do moi-même un point de moi-même no peut pas s'empêcher do penser. des heures de communion à la beauté par Lui : « Il me versait un vin qui avait le goût du soleil et de la terre où était bâtie cette Cité. François d*As»ise stigmatisé mourant chante la joie. ruminant jusqu'à 1.

La gnose subjective Weil est dangereuse de Simone parce qu'elle . le péché. déjà grande et irritante. arrêtée en pleine évolution. c'est-à-dire aspects complémentaires à l'analyse. toujours du mystère. incertaine a exercé et continuera d'exercer une d'elle-même. Normalement.' substance s'étonner de voir ces grandes Faut-il de découverte du grâces Christ qui lui ont été départies aboutir ainsi à cette gnose décevante? Pas plus. donnés en même dans la révélaantinomiques temps tion. Simone Weil eût dû finir par s'en apercevoir. contre unilatérale. du mystère chrétien et par là même elle noie d'ombre tout l'autre en face le mystère du péché et de la aspect. un légitimes Or le catholicisme « harest bien une grandiose signe du divin. dans ce qu'elle appelle des « contradictions » elle voit une inarque de la vérité. Elle projette une lumière sur tout irn côté violente. une importance attache aux (« harmocapitale nies pythagoriciennes aux ». Elle est un puissant à toutes ces philosophics antidote naïves ou savantes du progrès dont le marxisme est l'expression la plus mais qui contaminent aussi certaines visions extrême. Christ? pas jusqu'au lumière seulement? Ou bien est-ce la faute. irréductibles mais qui sont donnés en même temps dans ou extérieure intérieure ainsi l'expérience . Qui l'eût emporté du ou de la logique? tempérament La pensée de Simone Weil. Son unilatéralisme à son tempérament. Elle permettre en effet.MYSTERE l'obsession DE SIMONE WEIL • 105 ce qu'elle connaît du dogme et violemment catholique à l'Église donnée à un subjectivisme . on l'a vu. après tout. pythagoricienne légitime l'hérésie les aspects maintient qui. Il nous est simplement de remarquer permis qu'il y avait au centre même de la vie intérieure de Simone Weil un principe qui eût pu lui avec le temps de surmonter son unilatéralisme. toute opposée qui est de la même de sa pensée. Elle nous force à regarder croix. monie « contradiction ». catholiques. des grâces de ce genre chez que de constater voire des païens. s'il cependant correspondait était contraire à la logique interne de sa pensée. de partielle à se révéler? celui à qui Dieu a commencé à cette question serait le souverain Répondre usurper jugement de Celui qui seul sonde les reins et les coeurs. bienfaisante et dangereuse à la influence. prophétique l'ois. aveuglante. une adorable ». des hérétiques. ces grâces n'amènent-elles Pourquoi Est-ce parce que Dieu donne une corps vivant dû.

Perrin en 1941. 53-54. le Christ et la foi catholique autant qu'il appartient à un être aussi misérablement insuffisant de les aimer. ROBERT ROUQUETTE. l'architecture. les rites et les cérémonies catholiques. se conduisent et la vie sacramentaire intégrale. ne voient pas qu'ainsi ils sapent par la base la foi et Ces catholiques dont ils veulent vivre. J'aime les six pu sept catholiques d'une spiritualité authentique que le hasard m'a fait rencontrer au cours de ma vie. 1. latent.. On ne se donne pas un amour "par sa volonté propre.-Tout ce que je puis dire. Mais je n'ai à aucun degré l'amour de l'Église à proprement parler en dehors de son rapport à toutes ces choses que j'aime. Attente de Dieu.. J. Nous ne savons pas ee que Dieu a répondu à cette prière. . les chants. ou s'il fait partie de nia vocation. Trop de cathopéril. J'aime la liturgie. J'aime Dieu. c'est que si cet amour . p. je désire qu'il me soit un jour accordé 1. et de l'anarchie de la pensée liques qui ont horreur du subjectivisme de la foi qui veulent garder tout le contenu traditionnel protestante. çpmme pratiquement si le Magistère n'était pas J'instrument dont se sert l'Esprit du Ghrist.rM.. Cette foi et cette économie la vie sacramentaire n'ont de sens et de valeur que si elfe 3 sont la pensée sacramentaire et le don du corps vivant du Christ. cependant catholique comme si l'Église n'était pas le corps du Christ. J'aime les saints à travers leurs écrits et les récits concernant leur vie.constitue une condition du progrès spirituel.. dissociation est le plus grand du catholicisme de notre temps. ce que j'ignore.106 dissocie MYSTÈRE DE SIMONE WEIL le Christ et l'Église. écrivait Simone Weil au P. Et cette.