Spinoza

Traité de la réforme de l’entendement

(traduction Charles Appuhn)

Spinoza, Traité de la réforme de l’entendement – Trad. Appuhn.

Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.caute.lautre.net

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Spinoza, Traité de la réforme de l’entendement – Trad. Appuhn.

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TRAITE DE LA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT ET DE LA MEILLEURE VOLE A SUIVRE POUR PARVENIR A LA CONNAISSANCE VRAIE DES CHOSES
Par B. de Spinoza
Traduit par Charles Appuhn, Oeuvres de Spinoza. . - Nouvelle édition, revue et corrigée d'après l'édition de Heidelberg. - Paris : t. I. D’après l’édition Gebhardt : Spinoza, Opera, 4 vol., Heidelberg : Carl Winters Universitaetsbuchhandlung, 1925. Garnier, 1928. - 3 vol. Traduction seule Appuhn, Charles (trad.).

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AVERTISSEMENT AU LECTEUR
Ce Traité de la Réforme de l'Entendement que nous te donnons ici, lecteur bienveillant, dans son état d'inachèvement, a été composé il y a bien des années, par l'auteur. Il eut toujours dans l'esprit de le terminer ; d'autres soins l'en ont empêché, et la mort finit par l'enlever avant qu'il eût pu, comme il l'eût désiré, mener son oeuvre jusqu'au bout. Comme elle contient toutefois un grand nombre de choses remarquables et utiles, qui seront, nous n'en saurions douter, d'un grand prix pour le poursuivant sincère de la vérité, nous n'avons pas voulu que tu en fusses privé ; d'autre part, pour te faire paraître plus aisément pardonnables les obscurités, la rudesse et les imperfections qui s'y rencontrent çà et là, nous avons tenu à te prévenir et avons rédigé à cet effet le présent avertissement. Adieu.
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§ 12 . § 17 § 14 . § 26 .24 D .PRINCIPES D'ÉVALUATION. C . § 20 .22 § 23 . 2) LE BIEN ET LE SOUVERAIN BIEN (12-13). 2) LE MEILLEUR MODE DE PERCEPTION (25-29). LE DESSEIN (1 . § 18 § 19 B .UN EXEMPLE UNIQUE.LA NÉCESSITÉ D'UN CHOIX.LA VALEUR DE CHAQUE MODE.48) I.caute. 4) RÈGLES DE VIE (17).16 II.07 C2 .LE CERTAIN ET L'INCERTAIN. § 08 – 09 .PLAN DU TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L’ENTENDEMENT Avertissement au lecteur A. § 11 3) PLAN DE TRAVAIL (14-16).29 Spinoza.LE CHOIX.DES EXEMPLES.21 . A . § 06 . LE MOYEN (18-29).INTRODUCTION : L'EXPÉRIENCE. § 25 B .LES ÉLÉMENTS DU CHOIX.LA DISTINCTION. 1) LES MODES DE PERCEPTION (18-24).10 D . Traité de la réforme de l’entendement – Trad. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.28 . § 01 B .05 C .LA QUESTION. Appuhn. LA FIN (1 . A .L'OBJET DE L'ADHÉSION. § 02 – 03 – 04 .net 4 .17) 1) LE PROLOGUE : LA DÉCOUVERTE (1-11) A .lautre.15 .27 .13 C1 .

DANS LA FABULATION. B .LE SYSTÈME DU SAVOIR : LE COMMERCE DES CHOSES ET LA DÉDUCTION. Traité de la réforme de l’entendement – Trad.34 .38 (début) 3) RÉPONSE À DES OBJECTIONS (43-48). DISTINCTION DE L'IDÉE VRAIE (50-90). § 49 B. § 50 .PORTANT SUR L'EXISTENCE.LA CERTITUDE INTRINSÈQUE : IDÉE ET IDÉE DE L'IDÉE. Spinoza.POUR ÉTABLIR LA FORME DU VRAI DANS CE QUI PRÉCÈDE. A .40 § 41 . LA VOIE (30-48). LA CONNAISSANCE RÉFLEXIVE.net 5 . C .54 A3 .51 A1 .CONCLUSION : LA NORME. Appuhn. A1 .III.UNE MÉTHODE EXTRINSÈQUE. LA MÉTHODE (50-110).POUR ÉTABLIR LE VRAI DANS CE QUI SUIVRA. § 46 B .48 IV. MEILLEURE : SE CONNAÎTRE SOI-MÊME. § 39 .INTRODUCTION. § 47 . D . 2) D'AVEC L'IDÉE FICTIVE (52-65). C .LE RECOURS À LA DÉMONSTRATION. § 53 . A . § 43 .35 § 30 .45 A2 .UNE CONNAISSANCE PLUS GRANDE. § 52 A2 . A . I.44 . A .32 2) CONSÉQUENCES PHILOSOPHIQUES (38-42).LE SCEPTICISME SUR LA PREMIÈRE VÉRITÉ. § 55 A4 .CONSÉQUENCES QUANT À LA MÉTHODE.lautre.LE POINT DE DÉPART : L'IDÉE DE L'ÊTRE LE PLUS PARFAIT. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.DIGRESSION : DE L'EXISTENCE PARTICULIÈRE. 1) L'OBJECTION GÉNÉRALE : L'APORIE ET SA SOLUTION (30-38). B . § 36 § 33 .caute.AU SUJET DU POSSIBLE. PAUSE : LE PLAN GÉNÉRAL (49). 1) PRÉAMBULE (50-51).42 § 38 (fin) § 37 .31 .

Appuhn. § 84 § 85 D21 . § 65 B32 .63 . § 74 .60 B3 . § 69 . § 72 B4 . B1 . A .A5 . Traité de la réforme de l’entendement – Trad. § 56 § 62 .78 § 79 § 80 B . § 73 C . § 71 B3 .lautre.L'INDUBITABLE.SON ÉLIMINATION PAR LA FICTION. § 77 . § 58 B2 .PORTANT SUR L'ESSENCE (AVEC OU SANS EXISTENCE).LA DÉFINITION GÉNÉRIQUE. LA CONNAISSANCE SELON L'ORDRE DE LA NATURE.LA CLARTÉ ET LA DISTINCTION. B1 .L'ORDRE.64 C .68 B .DANS LES SUPPOSITIONS ET LES HYPOTHÈSES.LA VÉRITÉ. Spinoza. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.PREMIÈRES CONCLUSIONS. LE SIMPLE ET LE COMPOSÉ.DÉFINITION ET ANALYSE. D1 . § 57 B .SON ÉLIMINATION DANS LA CONNAISSANCE.LA PUISSANCE DE L'ENTENDEMENT. § 66 . § 81 .net 6 .83 D2 .76 4) D'AVEC L'IDÉE DOUTEUSE (77-80).SA DÉNOMINATION INTRINSÈQUE.DE L'IMAGINATION ET DE L'ABSTRACTION .L'IDÉE VRAIE DE L'ENTENDEMENT. C .CONSÉQUENCES. D22 .L'ADÉQUATION.70 B2 . § 61 B31 .82 .caute.L'ATTENTION.L'IMAGINATION. D .LA MÉMOIRE ET L'OUBLI.67 .75 .LE DOUTE. § 59 . 3) D'AVEC L'IDÉE FAUSSE (66-76) A .L'IMAGINATION ET L'ENTENDEMENT.RÉSUMÉ.

Traité de la réforme de l’entendement – Trad. A1 . 1) ORDRE ET FONDEMENT DE LA DÉDUCTION (99-105). § 98 III. § 92 § 93 B . § 86 .105 § 106 § 107 § 108 § 109 Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.LE FONDEMENT DE LA DÉDUCTION. D232 .LA QUESTION DE L'ENTENDEMENT. L'ORDRE À SUIVRE (99-110). B1 .POUR UNE CHOSE CRÉÉE.95 B . 3) LA DÉFINITION (94-98) A .LA DÉFINITION REQUISE.LA SÉRIE DES CHOSES FIXES ET ÉTERNELLES ET LEURS LOIS. § 97 C .A PROPOS DES MOTS.LA BONNE DÉFINITION ET LA PARFAITE. II. A .PAR L'ESSENCE OU LA CAUSE PROCHAINE.lautre.LEUR DISTINCTION ET LEUR CONFUSION. LES RÈGLES À SUIVRE (91-98).OBSERVATION : LES AUTRES CHOSES DE LA PENSÉE. E .net 7 .89 § 90 D231 .87 § 88 . § 104 . § 94 .103 B . B .D23 . 1) INTRODUCTION.LA QUESTION DE L'EXPÉRIENCE. C . § 91 2) LA CONNAISSANCE (92-93).SES PRINCIPALES PROPRIÉTÉS D . (106-110).UN AUTRE EFFET DE LEUR CONFUSION. Appuhn.PAR L'ESSENCE PARTICULIÈRE AFFIRMATIVE. § 102 .LE PROBLÈME DE SA DÉFINITION. A .POUR UNE CHOSE INCRÉÉE. § 110 Spinoza.101 2) LES FORCES ET LA PUISSANCE DE L'ENTENDEMENT.RETOUR À LA QUESTION DE SA DÉFINITION. § 099 . § 96 B2 . A .100 .caute.DE L'ESSENCE PARTICULIÈRE AFFIRMATIVE.

Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. Appuhn.Spinoza. Traité de la réforme de l’entendement – Trad.net 8 .caute.lautre.

celles que les hommes. en effet. 2 Ce point eût pu être traité avec plus de développement et plus distinctement par la considération séparée de plusieurs cas : richesse poursuivie pour elle-même. d'où cette conséquence qu'on est de plus en plus excité à les augmenter . et par quoi l'âme. plus on possède soit de l'un soit de l'autre. honneur. Je le tentai souvent en vain.caute. ainsi qu'il ressort de toutes leurs œuvres. un attachement exclusif à ces avantages me la faisait perdre nouvelle. plaisir des sens.lautre. pour une chose encore incertaine. en vue de l'honneur. parce qu'on ne manque jamais de le considérer comme une chose bonne par elle-même. il absorbe l'esprit d'une façon bien plus exclusive encore. et du progrès des sciences et des arts . dis-je. 1925. La traduction donnée ici est celle de Charles Appuhn. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. si ce n'est à proportion du mouvement qu'elle excite dans l'âme : je résolus enfin de chercher s'il existait quelque objet qui fût un bien véritable. si je voulais m'appliquer sérieusement à quelque entreprise nouvelle : en cas que la félicité suprême y fût contenue. celle de la richesse. n'y ayant pas de raison ici pour traiter ce point si soigneusement. pût être affectée uniquement. la trouble et l'émousse. qui remplace donc celle d’Appuhn (note jld). se ramènent en effet à trois objets : richesse. elle est donc au plus haut point empêchée de penser à un autre bien . (3) Mon âme s'inquiétait donc de savoir s'il était possible par rencontre d'instituer une vie ni la conduite ordinaire de ma vie. L'honneur enfin est 1 Nous adoptons ici la numérotation des paragraphes de Bruder. au contraire. si elle ne suspend pas la pensée. ne contient rien en soi de bon ni de mauvais. mais si en quelque occasion nous sommes trompés dans notre espoir. enfin : au premier regard. renonçant à tout autre. publiée en 1928 d’après l’édition Gebhartd. ces considérations trouveront leur place ailleurs. devenue usuelle. qui étaient pour moi cause ou objet de crainte. parce qu'alors on lui donne rang de souverain bien . du plaisir. (5) quant à l'honneur. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. après la jouissance d'autre part vient une extrême tristesse qui. plus la joie qu'on éprouve est accrue. et comme une fin dernière à laquelle se rapportent toutes les actions. sans changer l'ordre ancien également. et qu'il me faudrait en abandonner la poursuite. Spinoza. Heidelberg. capable de se communiquer. alors prend naissance une tristesse extrême. d'en vouloir perdre une certaine . La poursuite de l'honneur et de la richesse n'absorbe pas moins l'esprit . surtout quand on la recherche pour elle-même 2. je voyais qu'aucune des choses. un bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine. de la santé. je voyais bien quels avantages se tirent de l'honneur et de la richesse.DE LA RÉFORME DE L'ENTENDEMENT (1 1 ) L'expérience m'avait appris que toutes les occurrences les plus fréquentes de la vie ordinaire s'ont vaines et futiles . Appuhn. en cas au contraire qu'elle n'y fût pas contenue.net 9 . il semblait inconsidéré. Les occurrences les plus fréquentes dans la vie. (2) Je résolus . En outre l'honneur et la richesse ne sont point suivis de repentir comme le plaisir . ou du moins d'acquérir une certitude touchant cette institution. prisent comme étant le souverain bien. je devais donc renoncer à la posséder . Or chacun d'eux distrait l'esprit de toute pensée relative à un autre bien : (4) dans le plaisir l'âme est suspendue comme si elle eût trouvé un bien où se reposer .

(11) Un seul point était clair pendant le temps du moins que mon esprit était occupé de ces pensées. Au nouvelle . Spinoza. comme la possession d'un autre . (8) Très nombreux en effet sont les exemples d'hommes qui ont souffert la persécution et la mort à cause de leur richesse. pour le dire d'un mot. sans trouble de l'âme . n'était pas d'une nature telle qu'il ne contraire. il faut nécessairement diriger sa vie d'après la manière de voir des hommes. puisque tout son espoir est dans ce remède. de toutes ses forces. Je me voyais en effet dans bien incertain de sa nature. s'il n'applique un remède. que je voulusse pour un bien incertain en perdre un certain. à la vérité. pour un bien son atteinte. cela me fut une grande consolation : le mal. Ce n'est pas sans raison toutefois que j'ai écrit ces mots : si seulement je pouvais réfléchir sérieusement . surtout quand j'eus observé que le gain d'argent. d'une joie exempte de toute tristesse . ont pâti Ces maux d'ailleurs semblaient provenir de ce que toute notre félicité et notre misère ne résident qu'en très misérablement. notre partage quand nous aimons des choses périssables. (7) Une méditation plus prolongée me convainquit ensuite que. pour conquérir ou conserver l'honneur. Il n'y a pas moins d'exemples d'hommes qui. 3 Nous aurons à établir ce point plus soigneusement.caute. toutes celles dont nous venons de parler. pour y parvenir. à mesure que le vrai bien me fut connu de mieux en mieux. fréquemment cause de perte pour ceux qui les possèdent 3. (9) un seul point : à quelle sorte d'objet sommes-nous attachés par l'amour ? Pour un objet qui n'est pas aimé. se sont exposés à tant de périls qu'ils ont fini par payer leur déraison de leur vie. non du tout de sa nature (puisque j'en cherchais un inébranlable) mais seulement quant à pouvais réfléchir à fond. j'abandonnais un incertain.net 10 . je l'ai dit. mais. ils sont toujours cause de perte pour ceux qu'ils possèdent. comme il ressort clairement des observations ci-dessus. ces relâches furent rares et de très courte durée. est contraint de le chercher. Innombrables enfin sont ceux dont l'amour excessif du plaisir a hâté la mort. renonçant à ces objets. ils ne dépasseront pas une certaine mesure. Or les objets que poursuit le vulgaire non seulement ne fournissent aucun remède propre à la conservation de notre être. dès lors.encore un grand empêchement en ce que. si seulement je un extrême péril et contraint de chercher de toutes mes forces un remède. pour s'enrichir. c'est-à-dire fuir ce qu'ils fuient communément et chercher ce qu'ils cherchent. fût-il incertain. et aussi d'hommes qui. j'abandonnais un mal certain pour un bien certain. et. Avec un peu d'attention toutefois je reconnus d'abord que si. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. nous serons sans tristesse s'il vient à périr. sans envie s'il tombe en toutes ces passions sont. ils devinrent plus fréquents et durèrent davantage . il semblait en effet. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. que même il y à entre eux et elle une opposition telle qu'il faille nécessairement renoncer soit aux uns. mais ils l'empêchent et.lautre. il ne naîtra point de querelle . au contraire. il se détournait des choses périssables et sérieusement pensait à l'institution d'une vie dût céder à aucun remède. Si clairement en effet que mon esprit perçût ce qui précède. (6) Voyant donc que ces objets sont un obstacle à l'entreprise d'instituer une vie nouvelle. qui voit la mort imminente. sans crainte. de même un malade atteint d'une affection mortelle. des plaisirs et de la gloire. Appuhn. (10) Mais l'amour allant à une chose éternelle et infinie repaît l’âme d’une joie pure. fût-il incertain . je m'attachais à l'institution d'une vie nouvelle. Au début. je le voyais. j'étais contraint de chercher quel parti était le plus utile . si on les recherche comme des moyens. je ne pouvais encore me détacher entièrement des biens matériels. le plaisir et la gloire ne sont nuisibles qu'autant qu'on les recherche pour eux-mêmes et non comme des moyens en vue d'une autre fin. bien grandement désirable et méritant qu'on le cherche de toutes ses forces. soit à l'autre. loin de nuire. sans haine et. contribueront beaucoup à l'atteinte de la fin qu'on se propose ainsi que nous le montrerons en son temps.

(13) Tandis nature humaine de beaucoup supérieure en force à la sienne et ne voit point d'empêchement à ce qu'il en acquière une pareille. visible pour chacun. dès à présent. II. nous déférions à sa manière de voir et nous trouverons ainsi des oreilles bien disposées à entendre la vérité. il est nécessaire que nous vivions . comme enfin l'art rend faciles quantité de travaux qui. comme la santé n'est pas un moyen de peu d'importance pour notre objet. la de guérir l'entendement et de le purifier. de façon qu'il connaisse les Mécanique ne devra être en aucune façon négligée.caute. Quelle est donc cette nature ? Nous l'exposerons en son temps et montrerons qu'elle est 4 la connaissance de l'union qu'a l'âme pensante avec la nature entière. une seule et même chose pouvant être appelée bonne et mauvaise suivant (12) Je me bornerai à dire ici brièvement ce que j'entends par un bien véritable et aussi ce l'aspect sous lequel on la considère . surtout quand on aura connu que cependant que l'homme. ainsi en est-il de parfait et d'imparfait. en effet. comme il conçoit une tout ce qui arrive se produit selon un ordre éternel et des lois de nature déterminées. qui est de parvenir à cette suprême perfection humaine dont nous avons parlé . tous nos travaux. considérée dans sa propre nature ne sera dite parfaite ou imparfaite. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. avec d'autres individus s'il se peut. de façon que leur entendement et leur désir s'accordent pleinement avec mon propre entendement et mon propre désir. Appuhn. sans lui. en un mot. autant qu'il se pourra au début. leur enchaînement. Mettre nos paroles à la portée du vulgaire et faire d'après sa manière de voir tout ce qui ne nous empêchera pas d'atteindre notre but : nous avons beaucoup à gagner avec lui pourvu. 11 . (15) On devra s'appliquer ensuite à la Philosophie Morale de même qu'à la Science de l'Éducation . de former une société telle qu'il est à désirer pour que le plus d'hommes possible arrivent au but aussi facilement et sûrement qu'il se pourra. qu'autant qu'il se pourra. Nulle chose. en second lieu. nous sommes donc I. ne saisit pas cet ordre par la pensée. tout ce qui dès lors peut servir de moyen pour y parvenir est appelé bien véritable . (14) Telle est donc la fin à laquelle je tends : acquérir cette une partie de ma félicité de travailler à ce que beaucoup connaissent clairement ce qui est clair pour nature supérieure et faire de mon mieux pour que beaucoup l'acquièrent avec moi . comme toutes nos pensées devront maintenir notre entendement dans la voie droite. (17) Pendant toutefois que nous sommes occupés de cette poursuite et travaillons à obligés avant tout de poser certaines règles que nous tiendrons pour bonnes et qui sont les suivantes. Pour l'entendre droitement il faut noter que bon et mauvais se disent en un sens purement relatif. 4 Cela est expliqué plus amplement en son temps.qu'est le souverain bien.lautre. fait gagner beaucoup de temps et accroît l'agrément de la vie. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. Il est par là. le souverain bien étant d'arriver à jouir. notre but devra être rejeté comme inutile . que je veux diriger toutes les sciences vers une seule fin et un seul but 6. Pour parvenir à cette fin il est nécessaire 5 d'avoir de la Nature une connaissance telle qu'elle suffise à l'acquisition de cette nature supérieure . dans sa faiblesse. de cette nature supérieure. un ajustement complet de la Médecine sera nécessaire . 5 On observera que je ne me suis soucié ici que d'énumérer les sciences nécessaires à notre objet et n'ai pas égard à 6 Il y a dans les sciences une fin unique vers laquelle il faut toutes les diriger. seraient difficiles. (16) Avant tout cependant il faut penser au moyen choses avec succès.net Spinoza. il est poussé à chercher des intermédiaires le conduisant à cette perfection . tout ce qui dans les sciences ne nous rapproche pas de tendre à cette fin. Des jouissances de la vie prendre tout juste ce qu'il faut pour le maintien de la santé. sans erreur et le mieux possible. car c'est encore moi.

on n'atteint pas l'essence particulière de la chose.caute. etc. Spinoza. C'est par expérience vague encore que je sais que l'huile est pour la flamme un aliment propre à l'entretenir. Il y a une perception acquise par ouï-dire ou par le moyen d'un signe conventionnel arbitraire. perception dont j'ai usé jusqu'ici pour affirmer ou nier avec assurance. Dans le second cas. (21) Voici nous sentons tel corps et n'en sentons aucun autre. ou même en termes négatifs. il y a donc un pouvoir. Appuhn. si je l'affirme. autant seulement qu'il est besoin pour la conservation de la vie et de la santé et pour nous conformer aux usages de la cité. d'un effet. Rechercher enfin l'argent. cela se voit assez à ce qu'on ne peut alors en parler que dans les termes les plus généraux : Il y a donc quelque chose . duquel effet nous concluons une cause au sujet de laquelle nous n'avons aucune connaissance. s'étant fortuitement offerte et n'ayant été contredite par aucune autre.. c'està-dire à réformer l'entendement et à le rendre apte à connaître les choses comme il est nécessaire pour atteindre notre but. bien que tous n'aient pas vécu le même espace de temps et ne soient pas morts de la animal raisonnable . Traité de la réforme de l’entendement – Trad. Ce n'est donc pas ceci ou cela. l'effet quelque chose qui est conçu clairement. que le chien est un animal aboyant et l'homme un maintenant comment nous concluons une chose d'une autre chose. mais on ne dépasse pas ainsi les propriétés. mais non adéquatement. et que l'eau est propre à l'éteindre. (20) Voici des exemples pour illustrer ces distinctions. l'ordre tiré de la nature exige que je passe en revue tous les modes de commencer du même coup à connaître mes forces et ma nature que je désire porter à sa perfection. 8 On peut voir clairement par cet exemple ce que je viens de noter : par cette union nous n'entendons rien si ce n'est la sensation elle-même. ou cette union. c'est-à-dire par une expérience qui n'est pas déterminée par l'entendement . le mieux que je puisse faire est de ramener à quatre tous ces modes. de la vision et aussi cette propriété à elle appartenant. Je sais par expérience vague que je mourrai . et ainsi ai-je appris presque tout ce qui se fait pour l'usage de la vie. Il y a une perception où l'essence d'une chose se conclut d'une autre chose. de même quand je connais la nature etc. comme on le verra par l'exemple donné . dont je n'ai jamais douté. II. III. IV. nous concluons clairement de là que l'âme est unie 8 au corps et que cette union est la cause de cette sensation . que j'ai eu tels parents et autres choses semblables. en tout ce qui n'est pas opposé à notre but. je me mets en route et m'attache d'abord à ce qui doit venir le premier. ou tout autre bien matériel. Je sais par ouï-dire seulement quel a été mon jour de naissance . comme il arrive 7 ou bien quand. Il y a enfin une perception dans laquelle une chose est perçue par sa seule essence ou par la connaissance de sa cause prochaine. Quand nous percevons clairement que rencontrer la mort.lautre. qu'un même objet vu à grande distance paraît plus 7 En pareil cas nous ne connaissons rien de la cause [hormis] ce que nous considérons dans l'effet .net 12 . afin de choisir le meilleur et de (19) En y regardant attentivement. ainsi nommée seulement parce que. elle est demeurée comme inébranlée en nous. mais en quoi cette sensation. nous faisons ressortir la cause ou bien qu'une conclusion se tire de quelque caractère général toujours accompagné d'une certaine propriété. il est attribué à la cause en sus de Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.III. I. en effet. Pour cela. (18) Ces règles posées. c’est ce que nous ne pouvons connaître absolument par là . c'est que j'ai vu d'autres êtres semblables à moi même maladie. consiste. Il y a une perception acquise par expérience vague.

Car les hommes se représentent par l'imagination ce qui est un. je sais ce que c'est que de savoir quelque chose ou quand. Appuhn. (23) Pour faire mieux entendre tout ce qui précède je me servirai enfin d'un exemple unique : deux et trois font cinq et que deux lignes parallèles à une troisième sont parallèles entre elles. il est requis d'énumérer brièvement les moyens qui nous sont nécessaires pour atteindre notre fin. (25) Pour faire choix maintenant du meilleur parmi ces modes de perception. Des marchands diront ici mainte fois qu'ils savent ce qu'il faut faire pour trouver ce quatrième nombre parce qu'ils n'ont pas encore oublié le procédé que sans démonstration ils ont appris de leurs maîtres. on tombera aussitôt dans l'erreur : quand on conçoit les choses de cette façon abstraite et non pas leur véritable essence l'imagination vient en effet aussitôt produire des confusions. D'autres de l'expérience des cas simples tirent un principe universel : il arrive que le quatrième nombre soit connu comme dans la proportion 2. Connaître exactement notre nature. comme multiple : aux qualités conçues abstraitement. les conformités et les oppositions des choses. à savoir : I. obtenant par cette opération le même nombre qu'ils savaient déjà être le quatrième proportionnel demandé.net 13 . par la connaissance que j'ai de l'essence de l'âme. Par où se verra aisément la plus haute perfection où l'homme puisse parvenir. (22) Une chose enfin est perçue par sa seule essence quand. II. on en cherche un quatrième qui soit au troisième comme le second est au premier. De façon à concevoir droitement à quoi elles se prêtent et à quoi elles ne se prêtent pas. confusément. Afin de comparer ce résultat avec la nature et la puissance de l'homme. et l'expérience montre qu'en divisant par le premier le produit du second et du troisième. (24) Les Mathématiciens. C'est de cette sorte de connaissance que nous savons que nombreuses toutefois sont les choses que j'ai pu jusqu'ici connaître d'une connaissance de cette sorte. 3. (26) Après ces considérations voyons quel mode de perception doit être choisi : Pour le premier. ne donne cependant pas une sécurité assez grande à moins qu'on ne soit au plus haut point sur ses gardes. nous ne percevons nulle essence de chose ainsi qu'il apparaît dans notre exemple . et avoir aussi de la nature des choses une connaissance suffisante. j'en conclus 9 que le soleil est plus grand qu'il ne m'apparaît et autres propositions semblables. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. or nous ne 9 Une telle conclusion. ils ne voient pas toutefois adéquatement la mais intuitivement. ce n'est point par la vertu de la proposition d'Euclide. etc. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. par cela même que je sais quelque chose.caute. que nous désirons porter à sa perfection. Très peu Soient donnés trois nombres . A moins d'y veiller avec le plus grand soin. sans faire aucune opération. Pour en faire droitement ressortir les différences. terme et du quatrième égale le produit du second et du troisième . Spinoza. savent quels nombres sont proportionnels entre eux : ils le concluent de la nature de la proportion et de cette propriété lui appartenant que le produit du premier proportionnalité des nombres donnés et. séparément. livre VII). IV.lautre. bien que certaine. ils donnent des noms qu'ils emploient pour désigner d'autres choses plus familières . ils en concluent que cette opération permet toujours de trouver un quatrième proportionnel. outre que ce mode est fort incertain. 4.petit que si nous le regardons de près. s'ils la voient. 6. il est de soi manifeste que par le simple ouï-dire. je sais qu'elle est unie au corps. s'appuyant sur la démonstration d'Euclide (proposition 19. III. on a comme quotient le nombre 6 . par où il arrive qu'il imaginent les unes de la même façon que les autres auxquelles ils ont d'abord appliqué ces noms.

c'est-à-dire le pouvoir de pousser plus loin sa recherche. on ne percevra jamais par expérience vague autre chose que des accidents dans les choses de la Nature. pour cela un autre marteau. il n'est cependant pas par lui-même un moyen d'atteindre à notre perfection. allant ainsi par degrés des travaux les plus simples aux instruments. et de ces derniers nous n'avons d'idée claire que si les essences nous sont d'abord connues. Outre que cette connaissance est fort incertaine et n'est jamais définitive. Il faut donc également rejeter l'expérience vague. dans ma Philosophie j'expliquerai en q u o i elles consistent. 12 Il est fait ici simple mention d e ces œuvres . pour avoir ces instruments. (31) imparfaitement. bien qu'avec peine et où l'on pourrait s'efforcer vainement de prouver que les hommes n'ont aucun pouvoir de forger le fer. De quelle façon il faut l'employer pour acquérir des choses inconnues une connaissance claire de cette sorte. par un progrès constant. Pour le montrer je procéderai 10 Je parlerai ici un peu plus amplement de l'expérience . Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. d'où nous concluons que toute certitude acquise par ouï-dire doit être exclue des sciences. et j'examinerai la méthode des Empiriques et des nouveaux Philosophes. par En réalité les hommes ont pu.net 14 . et comment nous y parviendrons le plus directement. c'est ce que nous allons faire en sorte d'expliquer. (30) Sachant maintenant quelle sorte de connaissance nous est nécessaire. (32) Qu'il en soit ainsi pour l'entendement. il nous faut indiquer la Voie et la Méthode par où nous arriverons à connaître ainsi véritablement les choses que nous avons à connaître. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. nous n'aurons pas besoin d'une méthode par laquelle nous rechercherions cette méthode de recherche. avec les instruments naturels. de ces dernières il tire d’autres instruments. c'est pourquoi nous devons nous en servir principalement.pouvons connaître l'existence singulière d'une chose que si l'essence nous en est connue. Appuhn. d'autres encore et ainsi de suite à l'infini . de ces instruments à d'autres travaux et d'autres instruments. on le verra aisément. car de cette façon nous ne parviendrions jamais à la connaissance de la vérité ni même à aucune connaissance. Pour forger le fer en effet. et il continue ainsi à progresser jusqu'à ce qu'il soit parvenu au faîte de la sagesse. Spinoza. on doit dire en quelque manière qu'il nous donne l'idée d'une chose et aussi nous permet de conclure sans danger d'erreur .caute. venir à bout. nul ne peut être affecté. et quels sont ces instruments naturels par la seule aide desquels il en façonne d'autres lui permettant d'aller de l'avant. 11 Par puissance native j'entends ce qui n'est pas causé en nous par des causes extérieures . lesquels donneraient lieu à pareil raisonnement. sans un acte préalable de l'entendement propre. Il en est de cela tout de même que des instruments matériels. ils sont parvenus enfin à exécuter tant d'ouvrages et de si difficiles avec très peu de peine.lautre. se façonne des instruments intellectuels par lesquels il accroît ses forces pour accomplir d'autres œuvres 12 intellectuelles . cela sera expliqué plus tard dans ma Philosophie. pourvu que l'on comprenne en quoi consiste la méthode de recherche de la vérité. on a besoin d'un marteau et pour avoir un marteau il faut le faire . (27) Quant au deuxième mode10 on ne peut dire non plus qu'il ait l'idée de la proportion qu'il cherche. Par la simple audition en effet. et pour rechercher cette seconde méthode nous n'aurons pas besoin d'une troisième et ainsi de suite à l'infini . d'autres instruments sont nécessaires et. (29) Seul le quatrième mode saisit l'essence adéquate d'une chose et cela sans risque d'erreur . De même l'entendement avec sa puissance native 11. comme on le verra par la suite . ils en ont exécuté de plus difficiles avec une peine moindre et plus parfaitement et. de certaines besognes très faciles. Les ayant achevées. (28) Au sujet du troisième mode par contre. Pour cela il faut observer d'abord qu'il n'y aura pas ici d'enquête se poursuivant à l'infini : pour trouver la meilleure méthode de recherche de la vérité.

en la distinguant des autres perceptions et en en étudiant la nature. que pour connaître l'essence de l'idée de Pierre . il suit de là que la vraie méthode ne consiste pas à chercher la marque à laquelle se reconnaît la vérité après l'acquisition des idées . Il est constant par là. il est nécessaire que je sache d'abord. et où l'on fera voir en même temps qu'en dehors de l'idée il n'y a ni affirmation ni négation ni aucune volonté. c'est-à-dire que la manière dont nous sentons l'essence objective est la certitude elle-même. cette autre essence objective. doit nécessairement parler du raisonnement ou de l'action de connaître . Spinoza. ce qui revient à dire que je n'ai pas besoin pour savoir. ou les essences objectives des choses. sachant ce qu'est Pierre il sait aussi qu'il sait. encore bien moins la connaissance de ces causes . ma Philosophie l'expliquera. etc. ce qui revient au même. et. n'y ayant pas d'idée d'une idée. mais encore de faire voir que nous avons suivi la voie droite jusqu'ici et en même temps beaucoup d'autres choses très nécessaires à savoir. (35) Il suit de là évidemment que la certitude n'est rien en dehors de l'essence objective elle-même . Chacun peut l'éprouver en voyant que. et en elle-même elle est aussi quelque chose de réel qui est entièrement distinct de Pierre lui-même. lui traçant de plus à titre d'auxiliaires des règles assurées et lui épargnant d'inutiles fatigues. elle sera donc aussi en elle-même quelque chose de connaissable . La bonne méthode est donc celle qui montre 13 Observons que nous n'avons pas seulement à tâche en cet endroit de montrer ce que je viens de dire. aura aussi son essence qui pourra de même être l'objet connaître celle du cercle14. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. il n'y aura donc point de méthode si une idée n'est donnée d'abord. à son tour. l'idée vraie de Pierre est l'essence objective de Pierre. et encore bien Pierre. et encore sait qu'il sait qu'il sait. c'està-dire que l'idée. Étant quelque chose de distinct de ce dont elle est l'idée. et ainsi indéfiniment. elle consiste à bien entendre ce qu'est une idée vraie. l'idée de moins de savoir que je sais que je sais . de savoir que je sais. 15 En quoi cette recherche consiste dans l'âme. nulle marque n'est nécessaire en dehors de la possession de l'idée vraie. cette question a sa place dans l'étude de la nature où cela sera plus abondamment expliqué. (37) La méthode. (34) Pierre par exemple est un objet réel . celui qui a l'idée adéquate ou l'essence objective d'une chose : il le faut puisque certitude et essence objective ne font qu'un. de façon à prendre connaissance de notre pouvoir de connaître et à astreindre notre esprit à connaître. considérée en elle-même. je n'ai pas besoin pour savoir de savoir que je sais. pour y revenir. (38) De là ressort que la Méthode n'est pas autre chose que la connaissance réflexive ou l'idée de l'idée . car. peut être l'objet d'une autre essence objective et. elle sera aussi l'objet d'une autre idée qui contiendra objectivement en elle tout ce que l'idée de Pierre contient formellement. la vraie méthode est la voie par laquelle la vérité elle-même. (36) Puis donc que la vérité n'a besoin d'aucune marque et qu'il suffit de posséder les essences objectives ou. en tant qu'elle a une essence formelle. tout ce qui doit être connu. L'idée du cercle n'est pas un objet ayant un centre et une périphérie comme le cercle.lautre. qui aura pour objet l'idée de Pierre. et pareillement l'idée d'un corps n'est pas ce corps même. ou leurs idées (tous ces termes ont même signification) sont cherchées dans l'ordre dû 15.comme il suit : (33) L'idée13 vraie (car nous avons une idée vraie) est quelque chose de distinct de ce dont elle est l'idée : autre est le cercle.net 15 . et à d'une nouvelle idée. Appuhn. Et de là suit de nouveau manifestement que seul peut savoir ce qu'est la plus haute certitude. pour avoir la certitude de la vérité. il n'est pas nécessaire que l'entendement connaisse l'idée même de Pierre et. pas plus que pour connaître l'essence du triangle il n'est besoin de son tour cette idée. selon cette norme. les idées des choses pour lever tout doute. C'est le contraire qui a lieu dans ces idées : pour savoir que je sais. c'est-à-dire qu'elle n'est pas le raisonnement même par lequel nous connaissons les causes des choses. autre l'idée du cercle. encore moins. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. si l'idée n'est donnée d'abord. 14 On observera que nous ne cherchons pas ici comment la première essence objective nous est donnée de naissance . sera quelque chose de réel et de connaissable et ainsi indéfiniment.caute. ainsi que nous l'avons montré. Mais de là suit évidemment que. Puis donc que l'idée de Pierre est quelque chose de réel.

lesquelles auront à leur tour commerce avec d'autres et ainsi croîtront de nouveaux instruments pour aller plus avant. parce que la vérité. elle aussi n'aurait aucun commerce avec d'autres idées. se fait connaître ellemême. Spinoza. selon la norme de l'idée vraie donnée. (40) En second lieu. 17 De même que nous ne doutons pas de la vérité que nous possédons. mais.lautre. (44) A quoi je réponds : si quelqu'un. acquiert de nouveaux instruments lui permettant de continuer avec plus de facilité à l'étendre. comme nous l'avons expliqué. (43) Peut-être ici s'étonnera-t-on qu'après avoir dit que la bonne méthode est celle qui montre pour présenter un tableau de la Nature. comment l'esprit doit être dirigé. et que tout aussi se fût offert à lui d'un cours spontané. doit exister en nous. seront connues et leurs essences objectives auront entre elles. de ce que nous avons dit en dernier. d'une manière générale. comme toutes celles qui existent dans la Nature. il suit clairement que. notre esprit doit faire sortir toutes ses idées de celle qui comment l'esprit doit être dirigé selon la norme de l'idée vraie donnée. d'autre montre selon la norme de l'idée donnée de l'Être le plus parfait. En cela consiste une partie de la méthode. nous le prouvions par le raisonnement : ce qui semble indiquer que cela n'est pas connu de soi. représente la source et l'origine de la Nature entière. puis un troisième pour justifier le second. il est constant que cette première partie de la méthode sera d'autant plus parfaite que l'esprit connaîtra plus de choses et qu'elle sera parfaite au plus haut point quand l'esprit s'applique attentivement ou réfléchit à la connaissance de l'Être le plus parfait. mieux aussi il connaît ses propres forces et l'ordre de la Nature . plus l'esprit sait de choses. l'idée vraie dont la connaissance fasse connaître la différence existant entre une perception part. (42) Pour poursuivre enfin. Comme il va de soi. Nature quelque chose qui n'eût aucun commerce avec d'autres choses. comme nous l'avons dit. Au contraire les choses ayant commerce avec d'autres. plus aisément il peut se préserver des démarches inutiles .net 16 . c'est-à-dire que nous n'en pourrions rien conclure. (41) Il faut ajouter qu'il en est objectivement de l'idée tout de même qu'il en est de son à supposer qu'il y ait 16 de cette chose une essence objective. c'est-à-dire que d'autres idées s'en déduiront. mieux il connaît ses propres forces et plus aisément il peut se diriger et se donner des règles . il nous faudrait un second raisonnement pour justifier le premier. et mieux il connaît l'ordre de la Nature. s'accordant en tout avec son essence formelle. Ce que je cherchais à démontrer. avait marché de l'avant dans son investigation de la Nature. que l'esprit se connaît d'autant mieux que sa connaissance de la nature est plus étendue. sont les objets. j'ai donc été obligé de poser ces principes afin que nous puissions acquérir par un dessein 16 Avoir commerce avec d'autres choses. nous l'avons dit. le même commerce. Mais cela n'advient jamais ou advient rarement . il s'ensuit que la connaissance réflexive s'appliquant à l'idée de l'Être le plus parfait Deux idées. Si notre raisonnement est bon nous devons partir de l'idée donnée. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.caute. comme un instrument donné de de cette sorte et toutes les autres. comme il ressort de ce qui a été dit. poursuivrons-nous. par un destin qui lui serait advenu. et c'est en quoi consiste toute la méthode comme objet. de façon que cette idée soit aussi la source des autres idées. Si donc il existait dans la. c'est-à-dire en acquérant des idées nouvelles dans l'ordre dû. c'est être produit par d'autres choses ou en produire. (39) naissance. soutenant le même rapport que les essences formelles qui en l'emporte sur la connaissance réflexive des autres idées . jamais il n'eût douté de la vérité 17 qu'il eût ainsi possédée. à mesure que sa connaissance s'étend à plus de choses. Avant tout en effet. et comme ce point de départ a lui-même besoin d'une démonstration. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. la méthode la plus parfaite sera donc celle qui Par où se connaît aisément comment l'esprit.comment l'esprit doit être dirigé selon la norme de l'idée vraie donnée. à savoir que l'idée doit s'accorder entièrement avec l'essence formelle correspondante. Appuhn. et ainsi à l'infini. On pourra aussi demander si notre raisonnement est bon.

quelle est la première Voie où prendre comme norme pour continuer ses recherches suivant des lois assurées. pour suivre cet ordre. l'aient rendu tel. par la suite. Leur prouve-t-on quelque chose. à affirmer et à nier sous serment bien des choses). je voulais aussi faire voir que. en effet. que d'abord il prenne en considération l'ordre suivi par nous pour les prouver. à la l'esprit de ces dernières .net 17 . concèdent. La raison d'ailleurs pour laquelle il advient rarement que. les vérités de la Nature dans l'ordre dû. ils ne savent si l'argumentation est probante ou défectueuse. S'ils nient. il fallait que nous eussions l'idée de l'Être le plus parfait. si bien qu'il leur faut enfin garder le silence pour être sûrs de ne rien admettre qui ait senteur de vérité. et avant tout. Pour le faire droitement. d'instituer un ordre pour nous épargner d'inutiles fatigues. à chercher ce qui leur est utile. secundo. puisque la vérité se fait connaître elle-même ? Je réponds en avertissant le lecteur qu'il se garde quand il rencontrera çà et là des propositions contraires à l'opinion commune de les rejeter comme fausses . tertio. de tracer des règles pour percevoir selon cette norme les choses inconnues . ou bien nous avoue rons qu'il y a des hommes dont l'esprit est complètement aveugle. alors qu'ils ne savent rien. et il acquerra la certitude que nous sommes parvenus à la connaissance de la vérité . étant donnée une idée vraie quelconque.prémédité ce qui ne nous est pas échu par destin . Traité de la réforme de l’entendement – Trad. il faut donc les considérer comme des automates entièrement privés de nous appliquons à diriger toutes nos pensées. tertio. dans l'étude de la Nature. Nous aurons donc au début à prendre garde avant tout que nous parvenions le plus vite possible à la connaissance d'un tel Être.lautre. s'abstenir de parler de sciences avec eux (car pour ce qui concerne l'usage de la vie et de la société. Après avoir fait connaissance avec cette méthode nous avons vu quarto. comme nous l'avons déjà montré. on tard les causes dans notre Philosophie. de cette première vérité. qu'il le soit de naissance ou que les préjugés. pensée. ce qui exige beaucoup d'application. concèdent. nous n'avons besoin d'autres instruments que la vérité elle-même et le bon raisonnement : j'ai confirmé un bon raisonnement et je m'efforce encore de le justifier en raisonnant bien. ce sont d'abord les préjugés dont nous expliquerons plus intérieures. ils disent qu'ils ne savent rien. (46) Si quelqu'un demande. ils déclarent l'ignorer . ou bien qu'il parlera contre sa conscience. En effet ils n'ont même pas conscience d'eux-mêmes : s'ils affirment quelque chose ou doutent de quelque chose. et cela même qu'ils ne savent rien. (47) Si. (45) Ajoutez que de cette façon les hommes s'accoutument aux méditations conduise son investigation dans l'ordre dû. car ils craignent de s'avouer existants. encore ne le disent-ils pas sans restriction. pour établir la vérité. que pour qu'elle fût la plus parfaite. comme il se peut. la nécessité les oblige à admettre leur propre existence. ou opposent une objection. et faire de bons raisonnements.caute. Spinoza. ils ne savent pas qu'ils affirment ou qu'ils doutent . il faut une attention très exacte et une vue très distincte. ou opposent une objection . il faut demander à la Méthode : Primo. c'est-à-dire quelque accident extérieur. quelque sceptique se trouvait dans le doute à l'égard de la première vérité elle-même et de toutes celles que nous déduirons. En second lieu. Nous avons reconnu secundo quelle est la Perception la meilleure à l'aide de laquelle nous puissions parvenir à notre perfection . en définitive. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. Enfin cela tient aussi à l'état des affaires humaines qui est. pourquoi moi-même je n'ai pas exposé d'abord. Il y a encore d'autres raisons que nous ne recherchons pas. telle est la raison pour laquelle j'ai commencé par ces considérations sur la méthode. de distinguer l'idée vraie de toutes les autres perceptions et de préserver (49) Revenons maintenant à notre dessein : nous avons primo déterminé la Fin vers laquelle nous doive s'attacher l'esprit pour bien commencer : elle consiste. Appuhn. selon la norme. c'est. (48) Il faut. très sujet au changement. ils ne savent qu'ils nient.

par sa nature même. ce qui ne s'accorde pas avec la nature de Dieu comme nous le montrerons en son lieu. et ayant reconnu par la suite leur erreur. dont il s'agit ici. pourvu qu'on l'entende. 19 Comme la vérité. D'où appert clairement ce que j'ai dit. à savoir que la fiction. ne mettaient d'abord pas en doute venus à douter même des choses vraies pour n'avoir pas pris garde à ce qui distingue la perception vraie de qu'ils ne fussent éveillés. et aussi parce que beaucoup en sont toutes les autres. savoir celle où seule l'existence est controuvée. je ne puis non plus me représenter un éléphant passant parle trou d'une aiguille . mais non Adam ne pense pas. mais. on doit reconnaître qu'il en est de même touchant la Chimère dont la nature s'oppose à l'existence. comme nous l'avons dit. je parlerai donc d'abord de cette dernière sorte. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. dont à fausseté apparaît sitôt qu'on l'examine. nécessaire une chose dont la nature implique qu'il y a contradiction à n'en pas poser l'existence . cet être ne peut forger absolument aucune fiction.(50) Commençons donc par la première partie de la Méthode qui est. (55) Avant de poursuivre toutefois il faut noter ici en passant que la même différence qu'il y a entre l'essence d'une chose et celle d'une autre existe aussi entre l'actualité ou 18 Voir plus bas nos remarques au sujet des hypothèses qui sont clairement connues de nous . accident dont la raison est qu'ils n'ont jamais distingué le sommeil d'avec la veille. Ainsi c'est une vérité première et éternelle que Dieu est. que je connais. va à la maison. pendant la veille. possible une chose dont l'existence. n'a point lieu au sujet des vérités éternelles 21. si elle est affirmative. Par exemple. nous était connue. vient me voir 18 et autres choses semblables. la nécessité ou l'impossibilité de l'existence de cette chose dépendant de causes qui nous sont inconnues tout le temps que nous forgeons l'idée qu'elle existe . ou bien ils n'en possèdent que le nom ou bien ils forgent une fiction qu'ils appellent Dieu . J'exposerai seulement ce que demande la méthode. comme il arrive. sitôt 19 que je sais que j'existe je ne puis forger de fiction touchant mon existence ou ma non-existence . forgée et douteuse. nous ne pourrions forger aucune fiction au sujet de cette chose. (51) J'avertis toutefois que je ne traiterai pas ici de Philosophie.lautre. 21 Je montrerai bientôt que nulle fiction ne peut avoir trait aux vérités éternelles. c'est-à-dire à quel sujet se forme une aura pour objet l'Idée Forgée. où il y a fiction c'est quand nous disons que certaines choses comme telles existent dans les corps célestes. (54) Il s'ensuit. par suite. ni. et d'empêcher l'esprit de confondre les idées fausses. de distinguer et de séparer l'Idée vraie des autres perceptions. l'essence de chaque perception et ne l'expliquerai point par sa cause prochaine . s'étant une fois crus assurés en rêve. car cela appartient à la perception fausse. qu'ils étaient éveillés. Spinoza. afin d'arrêter la pensée du lecteur sur une connaissance aussi nécessaire. qui dépend de causes extérieures. Notre première enquête (52) Toute perception a pour objet une chose considérée comme existante ou bien seulement une essence et la plupart des fictions ont trait à des choses considérées comme existantes . se sont mis à douter même de leurs veilles . que s'il existe un Dieu ou quelque être omniscient. Je demande ici à quoi se rapporte une pareille idée ? Je vois qu'elle a trait uniquement aux choses possibles. Appuhn. De même pour la proposition contradictoire. 20 On observera que si beaucoup de gens déclarent douter de l'existence de Dieu. se fait connaître elle-même.net 18 . si cette nécessité ou cette impossibilité. tandis que la chose que l'on se représente fictivement dans telle condition est connue ou supposée telle. comme on le verra bientôt quand nous parlerons de la fiction relative à l'essence. Ils ressemblent ainsi à des hommes qui. et comment nous arriverons à nous en libérer. un exemple suffit sans autre démonstration. me le représenter fictivement comme existant ou n'existant pas . La Chimère n'est pas est une vérité éternelle.caute. quand je connais 20 la nature de Dieu. mon intention est d'expliquer cela amplement en cet endroit. dont nous parlons ici. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. je forge cette idée que Pierre. forgées et douteuses avec les vraies . Par vérité éternelle j'entends une proposition qui. ne puisse jamais être négative. n'implique pas qu'il y ait contradiction à en poser l'existence ou la non-existence. Pour ce qui nous concerne en effet. ce n'est pas une vérité éternelle qu' Adam pense. (53) J'appelle impossible une chose dont la nature implique qu'il y a contradiction à en poser l'existence .

autres choses semblables. mais quand cela arrive on ne forge rien en réalité.. ce serait comme si. Spinoza. nous dirigions notre pensée sur la nature de l'être et définissions Adam comme étant un être. bien que sachant que la terre est ronde. que seuls les souvenirs qui sont dans le cerveau ou dans l'imagination sont rappelés et que l'esprit est attentif à tous à la fois confusément.net 19 . rien ne m'empêche de dire à quelqu'un qu'elle est un hémisphère. et l'esprit s'attachant à ces souvenirs indistinctement admet un arbre qui parle. et en conclût ensuite qu'elle n'a en elle aucune cause de destruction : si donc il n'y avait point du tout de corps environnants. Il n'y a donc là aucune fiction. parce qu'alors elle s'applique facilement à tous les souvenirs qui peuvent se présenter à l'esprit. forger cette idée aussi longtemps que nous ne voyons pas d'impossibilité ni de nécessité. Je forge cette idée comme je l'ai dit. ou supposons qu'elle brûle dans quelque lieu imaginaire.lautre. (56) Nous avons maintenant à considérer les cas où l'on dit communément qu'il y a fiction. Si nous considérons ces cas avec attention. je ne fais pas autre chose que de rappeler à mon souvenir l'erreur que j'ai commise peut-être. si. C'est pourquoi. nous n'y verrons rien qui ne s'accorde avec nos paroles de tout à l'heure . Quand donc je dis à quelqu'un que la terre n'est pas ronde. comme nous l'avons dit. en revanche. mon entendement avait perçu l'une ou l'autre. Appuhn. quand nous parlerons de la fiction relative aux essences. cette chandelle et aussi cette flamme demeureraient immuables. au contraire sitôt qu'elle est conçue comme l'existence plus particulière d'une chose.l'existence de la première et l'actualité ou l'existence de la seconde. ou autres choses semblables. Par exemple. il apparaîtra clairement que jamais une fiction ne crée ni n'offre à l'esprit rien de nouveau . par exemple par le moyen de l'existence en général. quand elle est conçue sous la forme générale de l'être. mais23 des assertions pures et simples. nous en avons une idée plus claire et l'attribuons plus difficilement d'être noté.caute. pour concevoir l'essence d'Adam. considérée en et pour elle-même. c'est-à-dire où n'existe de corps d'aucune sorte. Nous pouvons. et il aurait fallu dire seulement que j'avais fait une certaine tentative. plus aussi elle est conçue confusément et plus aisément elle peut être attribuée par fiction à toute chose . aussi longtemps que je n'ai pas égard à la flamme. Il faut l'entendre ainsi de l'existence. ce qui mérite que nous sachions clairement que la chose n'est pas comme nous la forgeons. 22 Plus loin. plus généralement l'existence est conçue. parfois. même à des impossibilités. bien par fiction (alors que nous ne prenons pas garde à l'ordre de la nature) à une autre chose . et ensuite je forge ou j'admets l'idée que celui à qui je parle est encore dans l'erreur ou peut y tomber. il faut observer seulement d'abord qu'il y a eu à un certain moment possibi lité de nous tromper et que maintenant nous avons conscience de nos erreurs . comme nous l'avons été précédemment. Dans le second exemple on n'a fait autre chose qu'abstraire ses pensées des corps environnants de façon que l'esprit se portât uniquement à la contemplation de la chandelle. je l'entends aussi de celle-ci. je n'aurais plus rien pu forger. Par suite. si nous voulions concevoir l'existence d'Adam. (57) Il nous reste à nous occuper des suppositions faites dans les discussions . telle une demiorange sur un plat. Dans le premier exemple en effet je n'ai rien fait que rappeler à mon souvenir 22 un autre exemple de chandelle ne brûlant pas (ou que concevoir la même chandelle sans flamme) et ce que je pense au sujet de cette autre chandelle. dis-je. 23 Cela doit s'entendre aussi des hypothèses que l'on fait pour expliquer certains mouvements célestes ou tirer une Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. etc. aussi longtemps que je ne vois pas d'impossibilité ni de nécessité . ou que le soleil se meut autour de la terre et. Par exemple quand nous disons : supposons que cette chandelle qui brûle ne brûle pas. suppositions qui ont trait. ensuite que nous pouvons forger ou au moins admettre l'idée que d'autres hommes sont dans la même erreur ou sont capables d'y tomber. On fait parfois des suppositions semblables bien que voyant clairement que la dernière est impossible . On se rappelle par exemple une parole prononcée et un arbre . surtout. Ce qui mérite fort d'être observé. ou dans laquelle je pouvais tomber.

plus facilement ils peuvent forger de nombreuses fictions . de même. moins l'esprit connaît et plus il perçoit. après que j'ai forgé persuader que cette nature est telle dans la réalité. des hommes changés subitement en pierres. car il ne distingue pas le mot de la chose elle-même. nous ne pouvons. Appuhn. nous ne pouvons forger l'idée d'une mouche infinie ou encore. telle que je l'ai forgée. (60) 0r. et tout arrive selon des lois de nature déterminées. Voir plus bas le passage relatif â l'idée fausse. et plus il a de connaissances claires. Comme ces deux choses se représentent simultanément. forger l'idée que nous pensons et que nous ne pensons pas. j'ai voulu donner mon assentiment à ce que cette chose existât. à savoir 25 : l'esprit conclusion sur la nature du ciel qui peut cependant être différente. Mais. (59) Quelqu'un croira peut-être que la fiction est délimitée par la fiction et non par la connaissance . cela fait qu'il m'est impossible ensuite de la penser différemment. Il faut à ce sujet considérer surtout que. créer des sensations et des idées ne correspondant point à des choses . usant de ma liberté. en sources. de contraindre sa propre liberté . je ne peux plus la faire carrée. empressés à rejeter ce que je dis. dans la nature (pour parler leur langage) telle idée sur la nature du corps. rien devenant quelque chose.net 20 . de façon à produire selon des lois déterminées des effets déterminés dans un enchaînement inébranlable : il suit de là que l'âme. nous prendrons soin plutôt de tirer de cet échange de paroles quelque vérité utile à notre objet. nous ne pouvons forger l'idée d'une âme carrée. c'est-à-dire. d'autant que pour expliquer ces mouvements l'on peut concevoir beaucoup d'autres causes. après qu'elle a forgé l'idée d'une chose et y a donné son assentiment. mais non se percevoir elle-même. plus il est exemple. qu'usant d'une certaine liberté. voyons. aussi longtemps que nous pensons. après que j'ai forgé l'essence de l'âme. quand elle conçoit vraiment une chose doit en développer objectivement les effets. de telle sorte qu'on la considère en partie comme un Dieu. quand nous connaissons la nature du corps. bien que nous puissions exprimer en paroles n'importe quoi. En premier lieu : ou bien l'on nie ou bien l'on accorde que nous pouvons connaître quelque chose. non plus que les choses qui existent . pour n'abandonner point sa fiction. par existence. On dit ensuite : nous avons la liberté de nous contraindre. par sa seule force. elle ne peut plus penser autrement cette chose ou en forger une autre idée. comme ici même on est contraint. nous qui savons que nous savons quelque chose. il croit facilement qu'il imagine et forge une âme corporelle. Je demande ici que les lecteurs ne soient pas qui va suivre avec grande attention. telles que des arbres qui parlent. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.(58) Passons maintenant aux fictions ayant trait aux essences seules ou jointes à quelque actualité ou capable de fiction . et cette fiction la contraint même à avoir <des autres choses> des idées telles qu'il ne soit point contredit à la fiction . Par exemple. et j'espère qu'ils ne le feront pas. si l'on y tient. autrement dit. ce que l'on dit. des fantômes apparaissant dans des miroirs. quand nous connaissons la nature de l'âme24.lautre. (61) Laissant de tels adversaires à leur délire. Spinoza. comme nous l'avons vu plus haut. même des Dieux changés en bêtes et en hommes et une infinité d'autres semblables. elle ne perçoit que les choses qui ne sont ni en soi ni quelque part que ce soit . bien mieux. On dit ceci : l'âme peut sentir et percevoir de beaucoup de manières. Si on l'accorde. De même que. on devra dire nécessairement de la connaissance ce qu'on dit de la fiction. Si on le nie. ou. me réelle. l'âme pourrait. d'admettre les absurdités que j'indique et auxquelles nous ne nous fatiguerons pas à opposer des démonstrations. et que j'ai voulu. il ne m'est plus possible de forger l'idée d'une mouche infinie et. qu'après que j'ai forgé l'idée d'une chose et. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. examinons. moins les hommes connaissent la Nature. car. comme nous l'avons dit. plus ce pouvoir diminue. la voici : Rien dans la nature ne peut se trouver en opposition avec ses lois. notre âme a la liberté de se contraindre. 24 Il arrive souvent qu'un homme rappelle à son souvenir ce mot âme et forme en même temps quelque image corporelle. pourvu qu'ils considèrent les exemples et aussi ce 25 J'ai l'air ici de tirer ma conclusion d'une expérience et l'on dira peut-être que je n'ai rien prouvé parce que la démonstration fait défaut .caute.

il s'attache à la fois aux nombreux idée se rapporte à une chose très simple. de ce que. par contre. elle serait claire et distincte et par conséquent vraie.lautre. toute confusion disparaîtra. en combinant ces parties. Cette chose en effet ne éléments contenus dans chaque objet sans les distinguer le moins du monde. en effet. il continuera avec succès sans aucune interruption. il faut seulement prendre soin de confronter l'existence de la chose avec son essence et être attentif en même temps à l'ordre de la Nature. elle consiste à rêver éveillé. Tertio . comme nous avons vu que dans le cas de l'idée forgée fausse. par exemple. c'est-à-dire aucune liaison entre un sujet et un prédicat . (65) Concluons donc brièvement une fois encore : il n'est. que si une devra pas être connue en partie mais ou bien elle le sera tout entière ou il n'en sera rien connu. Pour l'erreur. s'offrent à l'homme éveillé et d'où ressort pour lui que les images lui apparaissant ne proviennent pas à ce moment même de choses occupant un lieu hors de lui. d'où il suit: Primo.caute. et nous avons vu aussi qu'une chose parfaitement simple ne pouvait être forgée. nous voyons que si cette chose. Bien plus. Spinoza. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. pourvu seulement qu'une première idée ne soit pas forgée et que toutes les autres en soient déduites. ci-dessus mentionnée. il devient impossible de les combiner et de forger un cercle carré ou une âme carrée ou d'antres combinaisons semblables. en rendra aisément la fausseté manifeste . Appuhn. cela est dit d'une façon tout à fait générale.net 21 . On ne prend pas garde non plus à la nature du sujet et du prédicat. seulement en partie et ne distingue pas le connu de l'inconnu . l'empressement à forger disparaîtra peu à peu. elle naît de la combinaison des diverses idées confuses qui se rapportent à des choses et à des actions diverses existant dans la Nature. et aussi une chose composée. pourvu que nous fussions attentifs aux parties les plus simples dont elle est composée. mais était un objet de connaissance . sans leur donner 26 notre assentiment. plutôt encore de ce que nous sommes attentifs en même temps. De plus. quand l'esprit s'applique attentivement à elle pour la connaître. nous avons dit qu'elle consistait dans une attention non accompagnée d'assentiment portée à la fois sur plusieurs idées confuses se rapportant à des choses et à des actions diverses qui existent dans la nature. nullement à craindre qu'une fiction soit confondue avec des idées vraies. ou une chose composée de beaucoup d'autres. si la fiction était simple. et commencer à déduire dans l'ordre juste ce qui s'ensuit. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. on verrait en même temps le moyen et les causes par où et pourquoi cette métamorphose a lieu. elle ne pourra être que claire et distincte. (64) Secundo . Pour ce qui concerne d'abord la première sorte de fiction dont nous avons parlé. une idée forgée ne peut être claire et distincte. si l'existence de la chose conçue n'est pas une vérité éternelle. forger des actions qui ne 26 On observera qu'une fiction considérée en elle-même ne diffère pas beaucoup d'un songe. cette combinaison même serait claire et distincte et par suite vraie.qui s'applique attentivement à une chose forgée et de sa nature fausse pour l'examiner et la connaître. nous le voyons. mais seulement confuse et toute confusion provient de ce que l'esprit connaît un entier. Quand. et qui en déduit dans l'ordre juste ce qu'il faut en déduire. ainsi qu'il apparaîtra bientôt. On l'appelle délire quand elle est très manifeste. à ces diverses idées . Si elle naissait d'une combinaison d'idées distinctes. nous connaissons la nature du cercle et aussi celle du carré. sauf que dans les songes font défaut ces causes qui. en outre. si bien qu'il n'y a dans l'esprit aucune conception de la chose. aucune idée. qu'une fiction ne peut pas être simple . si cette liaison existait. que si une chose composée de beaucoup de parties est divisée par la pensée en toutes ses parties les plus simples et qu'on soit attentif à chacune d'elles prise à part. est en soi une vérité éternelle. l'entendement s'offre aussitôt à montrer l'absurdité qu'elle contient et les conséquences absurdes qui s'en déduisent. et que son existence en soit une également. par le moyen des sens. Quant à la dernière sorte de fiction. nous ne pouvons forger aucune fiction à son sujet . (63) En outre. nous ne pouvons même pas. si la chose forgée est vraie de sa nature. (62) Nous n'avons donc nullement à redouter de forger une fiction pourvu que nous percevions la chose clairement et distinctement : s'il nous arrive de dire que des hommes sont subitement changés en bêtes. qui est conçue clairement. sitôt qu'une chose est conçue clairement.

caute. Ni l'une ni l'autre tâche ne nous sera difficile après notre étude de la fiction.soient pas vraies : car nous sommes obligés de considérer en même temps comment et pourquoi telle action a lieu. encore que cet ouvrage n'ait jamais existé et ne doive jamais exister. et nous devons maintenant diriger notre enquête sur ce point afin d'avoir la meilleure norme de vérité (nous avons dit en effet qu'il nous fallait déterminer nos pensées selon la norme donnée de l'idée vraie et que la méthode est la connaissance réflexive) et de connaître les propriétés de l'entendement. car on appelle aussi pensée vraie celle qui enveloppe objectivement l'essence d'un principe qui n'a pas de cause et est connu en soi et par soi. Si quelque ouvrier. ou bien composées des idées les plus simples. passons maintenant à l'investigation de l'Idée fausse pour voir à quoi elle a trait et comment nous pouvons nous garder de tomber dans des perceptions fausses. c'est-à-dire déduites des idées pourra voir. a conçu un ouvrage bien ordonné. pourvu qu'il sache ce qu'est le vrai. Appuhn. qu'il y a des corps de la seule combinaison desquels l'entendement puisse naître . Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. etc. n'est pas vraie. mais principalement par un caractère intrinsèque. (67) L'erreur relative à l'existence se corrige de même que la fiction . n'est vraie qu'en ce qui concerne celui qui sait avec certitude que Pierre existe. ce qu'est le faux. que des cadavres raisonnent. les bêtes. Que d'ailleurs une idée parfaitement simple ne peut pas être fausse. Il ne faut pas dire d'ailleurs que la différence provient de ce que la pensée vraie consiste à connaître les choses par leurs premières causes (en quoi elle différerait beaucoup à la vérité d'une fausse. (69) A l'égard. que Dieu se trompe et autres erreurs semblables. . parlent .lautre. c'est ce que chacun distingue pas seulement d'une fausse par un caractère extrinsèque. les idoles. en même temps. si en effet la nature de la chose connue implique l'existence l'existence de la chose n'est pas une vérité éternelle. Par contre. (70) D'où suit qu'il y a dans les idées quelque chose de réel par quoi les vraies se distinguent des fausses . car les idées des choses qui sont conçues clairement et distinctement les plus simples. par exemple. en effet. mais que la nécessité ou l'impossibilité dépende de causes extérieures. ou l'entendement et. il est certain qu'une pensée vraie ne se distinctes ne peuvent jamais être fausses . les idées qui sont claires et sont ou bien parfaitement simples. par exemple. (68) Quant à l'autre sorte toujours confuses. la nature de la pensée fausse étant telle que je l'ai expliquée ci-dessus) . composées de diverses perceptions confuses de choses existant dans la Nature . sinon que l'idée fausse implique l'assentiment. il ne s'offre point de extérieures . qui est relative aux essences ou encore aux actions. au moment de l'apparition de certaines images. (71) La forme de la pensée vraie doit donc être contenue dans cette pensée même sans relation à d'autres. l'idée fausse se produit au sujet de. (66) Ayant pris connaissance de ce qui précède. que ces images ne proviennent pas de choses l'avons déjà noté) que dans l'erreur. mais doit dépendre de la puissance même et de la nature de l'entendement.net 22 . existe. si l'on préfère. De même que la fiction. si dit quand nous parlions de la fiction . la pensée ne laisse pas d'en être vraie. cette pensée est fausse en ce qui concerne celui qui la forme ou. ou (pour mieux dire) se rapporte à. comme dans la fiction. l'erreur consiste ainsi à peu près à rêver les yeux ouverts ou pendant l'état de veille. et elle ne reconnaît pas comme cause un objet. la correction de l'erreur se fait de même. Il n'y a en effet aucune différence entre elles. Au contraire si quelqu'un dit que Pierre. et cette pensée reste la même que cet ouvrage existe ou non. encore que Pierre existe réellement. par exemple quand les hommes se persuadent qu'il y a des divinités dans les forêts. comme l'est son essence. de ce qui constitue la forme du vrai. l'existence d'une chose dont l'essence est connue ou bien elle a trait à une essence. sans qu'il sache que Pierre existe. Si nous supposions en effet que l'entendement eût perçu quelque être nouveau n'ayant jamais Spinoza. de telles perceptions sont nécessairement nécessaire. se promènent. c'est-à-dire (comme nous causes d'où puisse ressortir. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. alors que l'on reprenne et applique tout ce que nous avons d'erreur. Et cette énonciation : Pierre existe. il est impossible que nous nous trompions au sujet de l'existence de cette chose . par contre.

selon certains. La fausseté que nous avons formé de cette chose.lautre. (75) Nous perceptions selon la norme de l'idée vraie donnée. comme le faisait. je forge une cause à volonté. c'est-à-dire sont conçues clairement et distinctement : en pareil non distinctes.caute. je ne puis l'appliquer à un autre. D'où il suit que isolée. par rencontre. (74) Il importe encore ici d'avoir égard à une rencontre qu'il ne valait pas la peine de noter en traitant est certain que nos idées inadéquates ont pour unique origine que nous sommes une partie d'un être pensant donc qu'à chercher par quelle puissance notre esprit peut former ces idées et jusqu'où s'étend cette puissance . du mouvement. de la quantité. faire notre enquête. c'est-à-dire l'idée vraie. Quelques-uns. (73) Il ne nous reste cela trouvé en effet. si elle était contenu dans le concept du demi-cercle ni issu de celui de la cause déterminant le mouvement. entendu parler de l'âme et aussi de son immortalité. Que si. il dont certaines pensées dans leur intégrité. sans les dépasser. d'entre les Stoïciens ont. etc. affirmation qui serait fausse si elle n'était pas jointe au concept de la sphère ou à celui de la cause déterminant le mouvement. qu'ils ne peuvent être divisés. de former des pensées vraies c'est-à-dire adéquates. Ce que ces pensées contiennent d'affirmation atteint. toutes ces pensées seraient vraies et ne seraient déterminées par aucun objet extérieur . mais dépendraient seulement de la puissance et de la nature de l'entendement. constituent notre esprit. former des idées simples. (72) Pour diriger donc notre enquête. sans avoir d'erreur à craindre. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. Imaginant toutes ces choses ensemble et y joignant la certitude de cet axiome. c'est là cependant une perception vraie et le moyen le plus aisé de former le concept d'une sphère. c'est dans une idée de cette sorte que nous pourrons plus facilement. ce mouvement n'étant ni consiste donc en cela seul qu'il est affirmé d'une chose quelque chose qui n'est pas contenu dans le concept les pensées simples ne peuvent pas ne pas être vraies. Car il est certain que cette puissance de l'esprit ne s'étend pas à l’infini quand nous affirmons de quelque chose ce qui n'est pas contenu dans le concept que nous en formons. parlant absolument. car l'esprit en pareil cas se bornerait à affirmer le mouvement du demi-cercle. les limites du concept . ils imaginaient aussi et en même temps percevaient par l'entendement que les corps les plus subtils pénètrent tous les autres et ne sont pénétrés par aucuns. tel le mouvement ou le repos dans le cas du demi-cercle. se mêle aux idées l'imagination sont aussi dans l'entendement. Certes cette idée est vraie et. ils étaient certains nous affranchissons toutefois également de cette erreur en nous efforçant d'examiner toutes nos commencement. par exemple. nous pouvons donc à notre gré. l'entendement de Dieu avant qu'il eût créé les choses (et cette perception ne peut assurément provenir d'aucun objet) et que de cette perception il en eût déduit légitimement d'autres. nous gardant.net 23 . choses qu'ils ne faisaient qu'imaginer confusément . comme nous l'avons dit au cette sorte d'erreur provient de ce que l'on conçoit les choses d'une façon trop abstraite . comme il suit clairement de ce qui précède. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. nous aurons facilement la connaissance la plus haute à laquelle nous puissions parvenir. certaines seulement par partie. cela indique en effet qu'il y a en nous un manque de perception. bien que nous sachions que nulle sphère n'a jamais été engendrée de la sorte dans la Nature. tant que le distinct n'est pas distingué du confus. posons-nous devant les yeux quelque idée vraie dont nous sachions avec la plus haute certitude que l'objet dépend de notre pouvoir de penser et n'a pas d'objet dans la Nature . etc. L'erreur Spinoza. la certitude. de la fiction et qui est l'occasion de l'erreur la plus grande. des idées qui nous viennent par ouï-dire ou par expérience vague. c'est-à-dire que nos pensées ou nos idées sont mutilées en quelque sorte et tronquées. Il faut ajouter que tout aussitôt que ces plus subtils d'entre les corps sont l'esprit. car il est de soi assez clair que. Appuhn. Nous avons vu que le mouvement d'un demi-cercle est faux sitôt qu'il est isolé dans l'esprit et qu'il est vrai s'il est joint au concept de la sphère ou à celui de quelque cause déterminant un tel mouvement. comme on le voit d'abord. Il faut noter d'ailleurs que cette perception affirme la rotation du demi-cercle . ce que je conçois dans son véritable objet. pour former le concept d'une sphère. à savoir qu'un demi-cercle tourne autour d'un centre et qu'une sphère est comme engendrée par cette rotation. telle l'idée simple d'un demi-cercle. il est de la nature d'un être pensant. c'est-à-dire.existé. à savoir quand certaines choses présentes à cas. Par exemple.

c'est-à-dire de la source et de l'origine de la Nature. ces concepts s'étendent toujours dans nous la confondions avec des choses abstraites . nous possédions la norme de la vérité (que nous avons déjà indiquée) . (79) Il suit de là trompeur qui nous tromperait dans les choses les plus certaines. c'est-à-dire à chercher en quoi consiste ce qui peut nous conduire au doute et. 28 Cela a déjà été démontré ci-dessus. et ainsi l'esprit pourrait connaître plus que la Nature ne peut fournir. on prétend douter. quand ils entendent dire que le soleil est beaucoup plus grand que le globe terrestre . il n'est pas du tout à redouter que abstraitement. (76) Pour ce qui touche. de doute dû à la chose même dont on doute. aucune confusion n'est donc à craindre au sujet de son idée. il nous reste à étudier l'Idée Douteuse. comme il y a dans la Nature beaucoup de choses dont la différence est si petite qu'on les confonde . il ne peut y avoir de l'origine de la Nature de concept abstrait. disons-nous donc. il n'y aurait place pour aucun doute et pour aucune certitude . qu'elle fût vraie ou fausse. quand en effet on conçoit quelque chose l'entendement au delà des limites où peuvent exister réellement dans la Nature leurs objets particuliers. par leurs que nous ne pouvons mettre en doute des idées vraies sous prétexte qu'il existe peut-être un Dieu organes. Par exemple quelqu'un qui n'a jamais eu la pensée occupée de l'illusion des sens — si elle vient de l'expérience ou a une autre origine — ne doutera jamais si le soleil est plus grand ou plus petit qu'il ne paraît. c'est-à-dire s'il n'y avait dans l'âme qu'une seule idée. en même temps. mais. d'ailleurs la connaissance de l'origine de la Nature. le plus tôt qu'il se pourra. par le langage. l'être dont il s'agit est unique 27 qu'elle échappe presque à l'entendement. comment le doute est levé. par la considération attentive de la connaissance que nous avons de l'origine de toutes choses. par la considération attentive de la nature du 27 Ce ne sont point là des attributs de Dieu qui manifestent son essence. Car cette idée n'est en soi rien de plus qu'une sensation de telle ou telle sorte. mais le doute se forme par le moyen d'une autre idée qui n'est pas si claire et distincte qu'on en puisse rien conclure de certain à l'égard de la chose dont on doute. Appuhn. infini. c'est-à-dire quand. ni de concept général. comme on fait pour tous les universaux.net 24 . Je parle du doute véritable dans l'esprit et non de ce doute qui se rencontre maintes fois : à savoir quand. bien que l'esprit ne doute pas . trompent.provient aussi de ce qu'on ne connaît pas les premiers éléments de toute la Nature. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. les choses sont représentées à distance. comme je le montrerai dans la Philosophie. encore qu'ils soient vrais. ce n'est pas à la Méthode qu'il (78) Il n'y a pas dans l'âme. mais il le sait confusément. on porte en soi-même la confusion et on renverse l'ordre de la Nature. sinon quand nous n'avons encore de Dieu aucune idée claire et distincte. il peut arriver facilement (à les concevoir abstraitement) (77) Voilà pour l'idée fausse .caute. Si en effet un tel être n'existait pas. nous n'avons pas à craindre de nous tromper ainsi. pourvu que en effet. alors le doute sera de nouveau levé. elle n'a d'ailleurs aucune ressemblance avec des choses soumises au changement . et si. il n'y aurait qu'une sensation de telle ou telle sorte. c'est-à-dire que l'idée qui nous incline au doute n'est pas claire et distincte.lautre. comme nous le verrons plus loin. C'est ainsi que les paysans s'étonnent maintes fois. Ce qui a déjà été reconnu faux ci-dessus. nous ne trouvons rien qui nous fasse savoir que Dieu n'est pas trompeur aussi clairement que. 29 C'est-à-dire le sens sait souvent qu'il a été trompé . par suite procédant sans ordre et confondant la Nature avec des axiomes abstraits. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. après avoir douté. si nous procédons de la façon la moins abstraite qu'il se puisse et partons des premiers éléments. appartient de corriger ce doute. on parvient à la connaissance vraie des sens et de la façon dont. cela rentre plutôt dans l'étude de l'obstination et de son traitement. Pour nous. mais 29 le doute prend naissance en pensant à l'illusion des sens. il ne pourrait jamais être produit . et cette origine ne peut être conçue par l'entendement comme plus étendue qu'elle n'est réellement . c'est-à-dire qu'il est l'être total hors duquel il n'y a pas d'être 28 . De plus. car il ne sait pas comment les sens Spinoza.

a lu une seule pièce contenant une histoire d'amour. jointe à une pensée relative à une durée 30 déterminée de cette sensation. Quant à savoir si les idées elles-mêmes sont sujettes à quelque corruption. plus une chose est connaissable. bien que ne sachant pas avec certitude s'il n'existe pas quelque souverain trompeur . Si quelqu'un. je traiterai encore brièvement de la mémoire et de l'oubli . c'est-à-dire claires et distinctes : car le doute n'est rien d'autre que l'indécision de l'esprit à l'égard d'une affirmation ou d'une négation qu'il prononcerait s'il ne se trouvait devant lui quelque objet dont l'ignorance doit rendre imparfaite la choses sont étudiées sans ordre. on les imagine tous à la fois et on les confond aisément. (80) De plus. plus facilement nous l'oublions. il les retiendra beaucoup plus difficilement que si je les lui communique sous forme de récit.triangle. alors tout doute est levé. nous n'observons jusqu'ici aucune mémoire appartenant à l'esprit pur. car seules les choses singulières affectent l'imagination. et au contraire moins elle est connaissable. cela suffit. si quelqu'un trouvait cela très absurde. si l'on procède droitement. suivant sans aucune interruption l'enchaînement au sujet des idées claires et distinctes. il n'y a ni mémoire ni oubli. Dans la réminiscence. en raison de la vigueur avec laquelle une chose matérielle singulière affecte l'imagination ou le sens appelé commun. et ainsi l'idée de la sensation n'est pas la durée même de la sensation. on n'aura jamais que les idées les plus certaines. de même que nous pouvons parvenir à cette connaissance claire du triangle. comme je l'ai dit. Spinoza. bien que ne sachant pas avec certitude si quelque souverain trompeur ne nous égare pas. mais. Et. nous trouvons que ses trois angles sont égaux à deux droits . en effet. Par exemple. En outre. et si l'on sait comment on doit déterminer les problèmes avant d'entreprendre de les résoudre.net 25 . par exemple. si je donne à quelqu'un un grand nombre de mots sans lien. Je dis de plus une chose matérielle . sitôt que nous avons cette connaissance. comme chacun paraît l'avoir appris de la nature. Puis donc que la mémoire acquiert de la force par l'entendement et sans lui. plus aisément on la retient. opération qui se fait elle même à l'aide de l'imagination. plus une chose est connaissable et plus facilement elle se retient. Appuhn. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. (83) Que sera donc la mémoire ? Rien d'autre que la sensation des empreintes qui sont dans le cerveau. (81) Telles sont les questions que j'ai promis de traiter dans cette première partie de la connaissance de la chose affirmée ou niée. Il ressort de là que le doute naît toujours de ce que les méthode. comme il appert de l'exemple ci-dessus donné de la comédie. s'appliquant d'abord à des choses. mais non sous la forme d'une durée continue . Pour ne rien omettre cependant de ce qui peut conduire à la connaissance de l'entendement principalement ici que la mémoire acquiert de la force avec le secours de l'entendement et aussi sans et de ses forces. l'âme a la pensée de cette sensation. Et. bien que les idées aussi aient leur durée dans l'esprit. nous le verrons dans la Philosophie. plus aisément on la retient. (82) La mémoire acquiert aussi de la force sans le secours de l'entendement. Et. c'est-à-dire qu'elle n'en est pas proprement la mémoire. pour lever tout doute que nous pouvons avoir la recherche de ce qu'il faut chercher premièrement.caute. Touchant le premier point. Car souvent pour accroître la crédibilité d'un témoignage nous demandons où et quand s'est durée par la mesure d'un mouvement.lautre. y ayant à considérer ce secours. D'où suit que nous ne pourrons ne pas retenir une chose 30 Si la durée n'est pas déterminée. mais. comme le montre la réminiscence. si nous avons de Dieu une connaissance telle que du triangle. car seuls les corps affectent l'imagination. Je dis une chose singulière . ayant accoutumé de déterminer la Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. le souvenir gardé de la même chose est imparfait. de même aussi nous pouvons parvenir à une telle connaissance de Dieu. s'il y a plusieurs objets du même genre. il suffit pour notre dessein de considérer que plus une chose est singulière. il la retiendra très bien tant qu'il n'en aura pas lu plusieurs du même genre. passé le fait rapporté. il s'ensuit qu'elle doit être quelque chose de distinct de l'entendement et qu'à l'égard de l'entendement considéré en lui-même. parce qu'elle se maintient seule dans son imagination . et.

ont leur origine dans l'imagination. se produisent selon d'autres lois. de sorte qu'ils sont des signes des choses. mais de l'entendement. c'est-à-dire dans certaines causes extérieures selon que le corps. infini. autant qu'il se pouvait au début. et en même temps comment nous nous en libérons à l'aide de choses nécessaires à connaître. en ce qui concerne l'imagination. et occupe à un moment un espace plus grand qu'à un forgeons beaucoup de concepts suivant que. pourvu que ce soit quelque chose de distinct de l'entendement et par quoi l'âme puisse prendre la condition de patient . entièrement différentes des lois de l'entendement.. nous avons montré aussi qu'il en découle dans l'âme des effets objectifs proportionnés à l'essence formelle de son objet . et que je parle cependant de l'imagination.caute. qu'elle est le autre et beaucoup d'autres opinions de même sorte qui sont toutes entièrement contraires à la vérité comme nous le montrerons en son lieu.lautre. cela revient à ce qu'ont dit les anciens : que la vraie science procède de la cause aux effets . l'âme agissant selon des lois déterminées et telle qu'un automate spirituel. etc. on n'a conçu. soit dans le rêve.net 26 . sitôt que je sais que c'est l'idée faisant connaître comment et pourquoi une chose existe ou a eu lieu . être cause de nombreuses et grandes erreurs. qu'elle doit être finie. dont les parties se distinguent réellement les unes des autres. reçoit tels ou tels mouvements. etc. Appuhn. ce que j'entends par là ne fait pas de différence. parce Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. fausses et autres. du corps et de sa constitution. (88) Ensuite. indépendant. par exemple : incorporel. il ne faut pas douter qu'ils ne puissent. telles qu'elles sont dans l'imagination et non telles qu'elles sont dans l'entendement. comme nous ici. infini. c'est-à-dire comme nous premier et unique fondement de toutes choses. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. Que si on le préfère. On ne s'étonnera donc pas que je ne prouve pas encore ici l'existence du corps et d'autres Comme je l'ai dit en effet. et que l'âme. et une norme de l'idée vraie telle que nous n'ayons plus à que nous puissions connaître certaines choses qui ne tombent en aucune façon sous l'imagination. immortel. comme les mots sont une partie de l'imagination. à cela près cependant que. (87) Par là se voit aussi avec quelle facilité peuvent tomber dans de grandes erreurs ceux qui n'ont pas distingué très exactement entre l'imagination et la connaissance. pour peu qu'elle soit connaissable. (84) Nous avons donc distingué entre l'Idée Vraie et les autres perceptions et nous avons montré que les idées forgées. on entende ici par imagination tout ce qu'on voudra. sitôt que nous savons que l'imagination est quelque chose d'indéterminé par où l'âme pâtit. acquis la connaissance de notre entendement. d'où naissent les images. autant que l'imagination. (85) Nous avons montré cependant que l'idée vraie est simple. comme il se voit clairement de ce que l'on a souvent appliqué à toutes les choses qui sont seulement dans l'entendement et ne sont pas dans l'imagination des noms négatifs. quelque chose d'indéterminé. soit à l'état de veille. sont en réalité affirmatives et inversement comme : incréé. qu'il craindre de confondre la vérité avec l'erreur et la fiction . (89) Ajoutez qu'ils sont formés au gré du vulgaire et selon sa manière de voir . les erreurs suivantes : que l'étendue. nous verrons maintenant sans étonnement y en ait dans l'imagination qui contredisent à l'entendement et qu'il y en ait aussi qui s'accordent avec lui. (86) Par là nous avons. les mots s'assemblent sans ordre déterminé dans la mémoire. car la façon de l'entendre ne fait pas de différence. doit être en un lieu. et aussi de ce que l'on exprime négativement beaucoup de choses qui Spinoza. par exemple. telle sensations fortuites (pour ainsi parler) et sans lien qui ne naissent pas du pouvoir qu'a l'esprit. Nous savons en effet que ces opérations. jamais que je sache. est dans la condition d'un patient. si nous ne nous mettons pas fortement en garde contre eux. Dans cette classe rentrent.singulière au plus haut point. ou composée d'idées simples. par une disposition quelconque du corps.

Beaucoup d'affirmations et de négations prennent naissance parce que la nature des mots s'y prête. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. une autre grande cause de confusion qui empêche que l'entendement ne réfléchisse sur lui-même : en effet. une chose n'existe pas en soi mais requiert une cause pour exister. elle devra alors être connue par sa seule essence . (90) Nous évitons. si une chose existe en soi ou. ce que nous ferons avec d'autant p l u s de succès et de facilité que nous aurons mieux défini une chose. Distinction q u i se tirera des propriétés tant de l'imagination que de la connaissance. ou. quand nous ne distinguons pas entre l'imagination et l'entendement. d'une définition vraie et légitime. reproduise parties. à défaut d'autres exemples que j'écarte pour n'avoir pas l'air de vouloir mettre en 31 La Règle principale de cette partie est. requis pour notre fin qu'une chose soit conçue ou bien par sa seule essence ou par sa cause prochaine : à savoir. est cause de soi. comme on dit communément. 32 Notons cette conséquence que nous ne pouvons rien connaître de la Nature sans rendre en même temps plus Spinoza.lautre. comme il suit de la première. si. car en réalité connaître l'effet 32 n'est pas autre chose qu'acquérir une connaissance plus parfaite de la cause. tant qu'il s'agira d'étudier les choses réelles. Pour éclaircir cela. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. tirer des conclusions de concepts abstraits et nous prendrons grand garde à ne pas mêler ce qui est seulement dans l'entendement avec ce qui est dans la réalité. (91) Pour arriver maintenant à la Deuxième Partie de cette Méthode 31. j'indiquerai d'abord le but que nous nous proposons dans cette Méthode. et ce que nous imaginons nous croyons le connaître. l'ordre vrai suivant lequel il nous faut avancer est renversé et aucune conclusion légitime n'est possible. alors elle doit être connue par sa cause prochaine .caute. et non la nature des choses . prise dans s a totalité aussi bien que dans ses (92) Touchant le premier point. c'est-à-dire de Dieu. puis les moyens de l'atteindre. nous ne mettions certaines propriétés de la chose. en outre.net 27 . nous croyons que ce qui est plus facilement imaginé est aussi plus clair pour nous. Par suite nous mettons devant ce qui doit venir après. Mais la conclusion la meilleure est celle qui se tirera d'une essence particulière affirmative. c'est-à-dire des idées telles qu'elles proviennent de la pensée pure et non des mouvements fortuits du corps. Car des seuls axiomes universels l'entendement ne peut descendre aux choses singulières. afin de les distinguer de celles que nous formons par l'imagination. (94) La voie droite pour inventer est donc de former des pensées en partant d'une définition donnée. autant qu'il se peut faire.qu'effectivement nous imaginons avec beaucoup plus de facilité leurs contraires et que ces dernières se sont ainsi offertes les premières aux premiers hommes et ont accaparé les termes affirmatifs. il est comme nous l'avons déjà dit. au contraire. nous nous efforcerons de les enchaîner et de les ordonner de telle façon que notre esprit. étendue notre connaissance de la première cause. pour ramener toutes ces idées à l'unité. (95) Pour qu'une définition soit dite parfaite elle devra exprimer l'essence intime de la chose et nous prendrons garde qu'à la place de cette essence. A i n s i l e point capital en toute cette deuxième partie de l a méthode consiste en ceci seulement : connaître les conditions d'une bonne définition. puisque les axiomes s'étendent à l'infini et ne peuvent déterminer l'entendement à considérer une chose singulière plutôt qu'une autre. objectivement ce qui est formellement dans la nature. de passer en revue toutes les idées que nous trouvons en nous qui sont de l'entendement pur. c'est pourquoi si nous ignorions cela nous prendrions facilement le faux pour le vrai. Je traiterai donc en premier lieu des conditions de la Définition. Le but est d'avoir des idées claires et distinctes. Ensuite. et ensuite donner le moyen d'en trouver. Appuhn. (93) Nous ne devrons donc jamais.

cela importe peu quand il s'agit de figures et d'autres êtres de raison. et nous nous éloignerons tout à fait de suivantes : notre but. sans y joindre d'autres concepts. car on en conclut clairement que toutes les lignes menées cela est de soi si évident pour celui qui y prend garde. alors qu'on le considère seul. cette définition puissent en être conclues. ce sont les verbale. mais seulement une de ses propriétés. il ne doit plus y avoir place pour cette question: existe-t-elle ? III. Une fois donnée la définition de la chose. il faut que de cette définition se puissent conclure toutes les propriétés de la chose. Et bien que. (98) J'ai dit aussi que la meilleure conclusion se tirera d'une essence particulière affirmative : car plus une idée est spéciale. à savoir le cercle : si on le définit une figure ou les lignes menées du centre à la circonférence sont égales. Par exemple. c'est-à-dire que l'objet ne doit avoir besoin pour s'expliquer d'aucune chose en dehors de son être propre. Je parle d'une affirmation de l'entendement. contenir de substantifs dont on puisse faire des adjectifs. (96) Pour nous libérer de cette faute. doit être tel que toutes les propriétés de la chose décrite par une ligne quelconque dont une extrémité est fixe et l'autre mobile . m'inquiétant peu de la négative. la définition devra. Appuhn. qu'il ne paraît pas qu'il vaille la peine de du centre à la circonférence sont égales . laquelle. ainsi qu'on peut le voir dans cette définition du cercle . le cercle selon cette règle devrait être défini ainsi : une figure qui est comprend clairement en elle la cause prochaine. non plus que de tirer de cette deuxième condition cette conséquence que toute définition doit être affirmative.caute. c'est-à-dire qu'elle ne doit pas s'exprimer par des termes abstraits. définir d'une manière quelconque. Elle doit exclure toute cause. comme je l'ai dit. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. il n'est personne qui ne voie que cette définition n'exprime pas du tout l'essence du cercle. eu égard à l'esprit.lautre. et. II. et claire par conséquent. je prendrai seulement l'exemple d'une chose très abstraite que l'on peut. si nous passons outre sans nous arrêter aux essences. S'il s'agit d'une chose créée. nous renverserons nécessairement l'enchaînement des idées qui doit reproduire dans l'entendement l'enchaînement de la Nature. à cause du manque de mots pourra bien à l'occasion s'exprimer sous une forme suivantes : I. s'arrêter à le démontrer. Tout cela est évident pour quiconque est attentif. que ce soit là une condition nécessaire de la définition. (97) Quant aux conditions d'une définition s'appliquant à une chose incréée. II. IV. D'où suit que nous devons chercher par-dessus tout la connaissance des choses particulières. sans que cela fasse de différence. Le concept d'une chose. Elle ne doit pas.lumière les erreurs des autres.net 28 . Traité de la réforme de l’entendement – Trad. comme nous l'avons dit. comprendre en elle la cause prochaine. bien qu'elle soit entendue affirmativement. Spinoza. ou sa définition. plus elle est distincte. Enfin (bien que ce ne soit pas très nécessaire à noter). il faudra observer dans la définition les règles I. cela importe beaucoup dès qu'il s'agit d'êtres physiques et réels : effectivement les propriétés des choses ne sont pas clairement connues aussi longtemps qu'on n'en connaît pas les essences .

des expériences suffisantes pour déterminer la chose que l'on étudie. non petite. Par là nous pouvons voir qu'avant tout il nous est nécessaire de tirer toujours toutes nos idées de choses réel à un autre être réel. Il nous faudra donc nécessairement chercher d'autres secours que ceux dont nous usons pour connaître les choses éternelles et leurs lois . Traité de la réforme de l’entendement – Trad. je n'entends pas ici la succession des choses singulières effet la suite des choses singulières soumises au changement. s'il existe un Être. au véritablement codifiées et suivant lesquelles arrivent et s'ordonnent toutes les choses singulières . comme je le montrerai en son lieu. car l'un et cause de toutes nos idées. qu'à cause des circonstances infinies réunies dans une seule et même chose. c'est-à-dire de leur ordre d'existence. Cette essence. car de tout concevoir à la fois. il est même temps quel il est. au contraire. Pour ce qui touche en de la saisir. lequel ne nous offre rien d'autre que des dénominations extrinsèques. seront donc pour nous. Car il en possédera objectivement et l'essence et l'ordre et l'unité. par la suite des causes et des choses réelles. on de conclure ces choses d'un être réel. que nous cherchions. Or l'ordre suivant lequel il faut qu'une chose soit connue avant une autre ne doit pas. c'est-à-dire d'êtres réels. Appuhn. d'après des règles et dans un ordre arrêté. une difficulté.requis et la raison demande. allant. Ces nécessaire non plus que nous en connaissions la succession. des circonstances. se tirer de la succession des existences. (102) Puisqu'il en est ainsi toutefois. il serait impossible à la faiblesse humaine soumises au changement. pour revenir à notre dessein. bien qu'elles soient singulières. (100) Il est à noter toutefois que. évitant également de conclure de ces choses quelque chose de réel. comme je l'ai dit. de traiter de ces secours qui se rapportent tous à cette fin : savoir nous servir de nos sens et faire. qu'elles ne pourraient sans ces dernières ni être ni être conçues. en vérité. plus. et en (99) Relativement à l'ordre maintenant et pour ordonner et unir toutes nos perceptions. qui soit cause de toutes choses. (101) Mais il n'est pas du tout soumises au changement ne doivent pas être tirées de cette succession.lautre. puisque les essences des choses singulières choses fixes et éternelles. des relations ou. suivant la suite des causes. (103) Il sera temps. reproduira la Nature aussi physiques. de manière que son essence objective soit aussi parfaitement que possible. et cela sans passer aux choses abstraites et générales. Ici.net 29 . autant qu'il se pourra. circonstances dont chacune peut faire que la chose existe ou n'existe pas . d'un être l'autre interrompent la véritable marche en avant de l'entendement. semble inhérente à l'entreprise de parvenir à la connaissance de ces choses singulières . aussitôt qu'il se peut faire. doit être acquise des choses fixes et éternelles et aussi des lois qui y sont. à cause de leur présence partout et de leur puissance qui s'étend au plus loin. ces choses singulières soumises au changement dépendent si intimement et si essentiellement (pour ainsi dire) des choses fixes. de façon à en conclure enfin selon quelles lois des choses éternelles elle est faite et prendre connaissance de sa nature intime. cela dépasse de beaucoup les forces de l'entendement humain. comme des universaux ou des genres à l'égard des définitions des choses singulières et comme les causes prochaines de toutes choses. et alors notre esprit. et ce n'est pas nécessaire tant que nous n'aurons pas acquis une connaissance suffisante des choses éternelles et de leurs lois infaillibles et que la nature de nos sens ne nous sera pas connue. nous l'avons dit. je m'efforcerai Spinoza. on peut dire. comme nous l'avons déjà dit. toutes choses bien éloignées de l'essence intime des choses. ni non plus des choses éternelles . puisque l'existence de ces choses n'a aucune connexion avec leur essence c'està-dire. ce n'est cependant pas le lieu ici d'en traiter. car en elles toutes les choses singulières sont données par nature à la fois. tant à cause de leur multitude supérieure à tout nombre.caute. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. mais seulement la suite des choses fixes et éternelles. n'est pas une vérité éternelle. avant d'entreprendre de connaître les choses singulières.

et une voie par laquelle l'entendement pourra. et en formions des définitions conformes aux conditions ci-dessus énoncées. la définition de l'entendement sont les suivantes : (108) Les propriétés de l'entendement que j'ai principalement remarquées et que je connais I. Or cette définition n'est pas par. (105) Si donc nous voulons prendre comme objet d'étude la chose qui est la première de toutes il est nécessaire qu'il y ait quelque principe qui dirige nos pensées de ce côté.lautre. mais il ne forme pas les idées de mouvement sans avoir égard à l'idée de quantité. alors il continuera avec succès à en déduire sans aucune interruption des choses vraies . Car sans un principe nos pensées ne peuvent être déterminées. II. Nous énumérerons donc les Propriétés de l'Entendement et nous les examinerons soigneusement et nous commencerons à traiter de nos instruments natifs 33 . si au contraire elle est vraie. puisque la méthode est la connaissance réflexive elle-même. Il perçoit certaines choses. si l'esprit s'attache à une pensée quelconque afin de l'examiner soigneusement et d'en déduire en bon ordre ce qui s'en déduit légitimement. Puisque cependant. quant aux idées déterminées. nous nous voyons nécessairement obligés (par ce qui a été dit dans cette deuxième partie de la méthode) de déduire cette connaissance de la définition trouver des définitions et. sans avoir égard à d'autres. parfaitement claire.net 30 . (107) Mais nous n'avons jusqu'ici pas eu de règles pour l'Entendement et de sa puissance. c'est-à-dire il sait que les choses sont formellement comme elles sont contenues en lui objectivement. comme on l'a montré dans la première partie. à savoir que. Appuhn. parvenir à la connaissance des choses éternelles. en forme d'autres idées.seulement d'indiquer ce qui paraît nécessaire pour que nous puissions parvenir à la connaissance des choses éternelles. ne peut être autre chose que la connaissance de ce qui constitue la forme de la vérité. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. III. il suit de là que. il forme certaines idées absolument. il 33 Voir ci-dessus §§ 30 et sqq. il faut que la nature nous en soit connue s'éclaircira d'elle-même si nous considérons avec attention les propriétés à lui appartenant dont nous avons une idée claire et distincte. si c'est la partie principale de notre Méthode de connaître parfaitement les forces de l'entendement et sa nature. en cas qu'elle soit fausse il en découvrira la fausseté . cela. (106) S'il appartient cependant à la nature de la pensée de former des idées vraies. il faut chercher ici ce que nous entendons par les Forces et la Puissance de l'entendement. dans la mesure de sa compréhension. (comme de tout ce dont nous avons une Véritable connaissance). Spinoza. (104) Pour cela il nous faut rappeler à notre souvenir ce qui a été dit plus haut. Ainsi il forme l'idée de quantité absolument. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. et la connaissance de l'entendement. ayant égard à ses propres forces. qui doit diriger nos pensées. est requis pour notre objet. quand nous l'aurons acquise en effet nous posséderons un principe d'où nous pourrons déduire nos pensées. Il enveloppe en lui la certitude. Or. comme nous ne pouvons poser ces règles sans une définition de même de la pensée et de l'Entendement. En outre. pour que nous puissions percevoir clairement et distinctement les proprétés de l'Entendent. de ses propriétés et de ses forces . ou en elle-même. ou bien la définition de l'Entendement doit être claire par elle-même ou que nous ne pouvons rien connaître clairement. Les idées qu'il forme absolument expriment une infinité . ce principe. autrement dit. dis-je.caute.

c'est ainsi que. la joie. quand il conçoit que du mouvement d'une surface naît ne servent pas à rendre plus claire l'idée de quantité mais seulement à déterminer une quantité. pour percevoir les choses. IV. c'est le contraire pour les idées confuses . alors il détermine une quantité. car ils ne font rien à notre présent dessein et ne peuvent être conçus qu'on n'ait supprimés. une surface elliptique. (109) Je ne m'arrête pas ici aux autres modes qui appartiennent encore à la pensée. l'existence en étant posée. ou plutôt il n'a égard.. comme. de telle façon qu'elles paraissent dépendre absolument de notre puissance seule . de celui d'un point une ligne . ni au nombre ni à la durée.caute. Il forme des idées positives avant d'en former de négatives. par exemple. ou conçoit des points infinis en nombre qui soutiennent un certain rapport constant avec une ligne droite. cette connaissance doit être acquise des propriétés positives ci-dessus passées en revue . d'une durée et d'une quantité déterminées. l'existence en étant levée. il se représente une pointe appliquée contre une corde et se mouvant autour de deux points fixes. rien nous apprendre de l'essence de la pensée . V. d'abord perçu l'entendement. Les idées que nous formons claires et distinctes semblent découler de la seule nécessité de notre nature. comme l'amour.lautre. alors que aussi prolonger à l'infini le mouvement qui engendre la ligne. L'esprit peut déterminer de beaucoup de manières les idées des choses que l'entendement formé d'autres idées . Appuhn. mais c'est seulement un manque de connaissance qui les rend telles qu'on les considère. pour déterminer. comme telles. etc. elles suivent nécessairement. ou procède encore d'une infinité d'autres manières. elles soient toutes levées. VIII.les forme d'autres idées. Ainsi pour l'idée de quantité : quand il la perçoit par sa cause. c'est-à-dire tel que. Les idées sont d'autant plus parfaites qu'il y a plus de perfection dans l'objet qu'elles expriment : nous n'admirons pas autant l'artiste qui a conçu l'idée d'une pagode que celui qui a conçu l'idée d'un temple magnifique. car celles-là se forment souvent en dépit de nous. quand il se représente les choses par l'imagination qu'il les perçoit sous la forme d'un nombre VI. Qu'on supprime en effet complètement la perception ils sont tous (110) Les idées fausses et forgées n'ont rien de positif (comme je l'ai suffisamment montré) par quoi elles méritent la dénomination de fausses et de forgées . C'est déterminé. Spinoza. c'est-à-dire qu'on doit maintenant établir quelque chose de commun d'où ces propriétés découlent nécessairement. Traité de la réforme de l’entendement – Trad. ce qui nous serait impossible si nous d'infinité numérique. toutes ces perceptions reconnaît à ce que nous concevons ces choses comme si elles naissaient du mouvement. ou encore un cône coupé par un plan oblique dont l'angle d'inclinaison soit plus grand que l'angle au sommet du cône. Cela se cependant nous ne percevons pas le mouvement avant d'avoir perçu la quantité et que nous pouvons n'avions pas l'idée de la quantité infinie. Donc les idées fausses et forgées ne peuvent. Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza. du mouvement d'une ligne une surface.net 31 . VII. et. Il perçoit les choses non tant dans la durée que sous une certaine forme d'éternité et un corps. par exemple.

(La suite manque.caute. Appuhn.lautre.net 32 . Numérisation et ocr : Jean-Luc Derrien http://hyperspinoza.) Spinoza. Traité de la réforme de l’entendement – Trad.