Compte-rendu de sciences politiques L'impossible écologisme français. Guillaume Sainteny.

L'auteur est Guillaume Sainteny, enseignant à Polytechnique, à l'institut des études politiques et ancien Directeur des études économiques et de l’évaluation environnementale au Ministère du développement durable. Guillaume de Sainteny écrit son livre en 2000 alors que le parti écologiste français principal : les Verts, semble à la fois avoir acquis une certaine maturité et, dans le même temps, peut-être avoir atteint ses limites dans les jeu électoral français : aux élections européennes de 1999 les résultats des différents partis écologistes présents avoisinent les 11,5%, score jamais dépassé depuis, de plus les Verts obtiennent cette même année leur premiers députés à l'assemblé nationale avec 3,7% des suffrages exprimés. L'auteur cherche à expliquer la difficile implantation des partis écologistes dans le paysage politique français. En effet lors de la rédaction de l'ouvrage, cela fait environ 30 ans que les mouvements écologistes agissent en France, pourtant leur implantation est moindre que celle des écologistes allemands. Cette vérité contraste avec une part importante de l'opinion publique favorable et intéressé par les valeurs de l'écologisme. L'auteur interroge ces états de fait en cherchant à définir ce qu'est un parti politique et ce qu'est l'écologisme. Enfin il ne s'arrête pas à un constat structurel et national mais fait aussi l'analyse des acteurs eux-même. Le constat d'échec sous-entendu par le titre et donc à la fois conjoncturel et structurel. Le but de cet ouvrage est d'analyser les raisons du constat d'échec de l'écologisme en France en l'éclairant de manière inédite par une mise en perspective de la vie politique française parallèlement à une analyse chronologique du mouvement écologiste. L'ouvrage est divisé en trois grandes parties : dans la première, l'auteur se pose la question de savoir si la conjoncture économique, sociale et politique est favorable à l'émergence d'un parti neuf et portant des idées neuves ; la seconde partie évoque le non respect des règles de la compétition politique par les acteurs représentatifs de la mouvance écologiste, autrement après la conjoncture l'auteur s'intéresse à la structure même des mouvements écologistes; enfin la dernière partie intitulée non sans ironie « sous la plage, les pavés » tente d'examiner les aspects de l'échec, tout en le relativisant, de l'écologisme en France. L'auteur évoque trois phases dans la chronologie de l'implantation du mouvement écologiste dans la vie politique française. Une première phase plutôt favorable pour l'écologisme à partir du début des années 1970. Ce climat favorable est caractérisé par une importante demande de l'opinion public en ce qui concerne le respect de l'environnement. En effet, selon un sondage de 1972, la « protection de l'environnement »,

Mais pour l'auteur le problème réside essentiellement dans les obstacles institutionnels français. La conjoncture dans ces années était donc plutôt favorable à l'arrivée d'un nouvel acteur politique.assimilée au partis écologistes. et le recours limité à la proportionnelle dans les scrutins permet au Front National et aux Verts de réaliser percée dans les institutions.parti dominant dans la fin des années 60. À ces préoccupations s'ajoute l'émergence de nouvelles questions liés au bienêtre et au développement économique. Ainsi. sur lesquelles les partis traditionnels ainsi que les pouvoirs publiques restent muets ou n'apportent pas de réponses. Après 1977. Cette phase s'arrête après 1977. du fait d'une politique modérée social-démocrate qui paraît moins apte à réellement « changer la vie ». Enfin les règles électorales apparaissent comme un obstacle pour la participation des petits partis dans la vie politique. Ainsi dès 1978. les français ne sont plus que 34% à déclarer les « problèmes soulevés par les écologistes » comme « absolument prioritaires ». la tendance s'inverse rapidement et certains facteurs favorables deviennent défavorables entravant ainsi la pérennisation et le développement de l'écologisme en tant qu'acteur politique. les problématiques liées à l'environnement réapparaissent dans les différents sondage de l'époque. . la résurgence des thèmes écologistes va se tasser. De plus l'espace politique qui s'était fermé en 1981 se ré-ouvre avec l'affaiblissement croissant du PCF et le changement d'image que subit le PS alors au pouvoir. Les obstacles institutionnels de même paraissent décliner : les élections européennes semblent rendre le jeu politique plus ouvert aux petits partis. l'arrivée d'une nouvelle génération corrélative à un rajeunissement de l'électorat. date à laquelle la sensibilité écologiste culmine dans l'opinion public. Cette période défavorable durera jusque dans le milieu des années 1980. L'auteur explique cela par un début de reprise de ces thèmes par les partis de l'ensemble de l'échiquier politique : chacun se déclare être le véritable écologiste. Enfin. qui aurait placé les questions économiques au premier plan des préoccupations des français. le pourcentage de français estimant important de « protéger la nature » qui était passé de 71% à 53% entre 1976 et 1978 remonte à 56% en 1987. La fin des années 80 va permettre un renouveau de la conscience écologiste. Par exemple la question de la dangerosité du nucléaire qui interpelle significativement les français est complètement absente des discours de l'UNR . En effet l'espace politique ouvert dans les années 70 est précaire et même se ferme à partir de 1981. En effet. est la question la plus urgente pour les français juste après la réduction des inégalités sociales. et il en va de même pour le centre ou la SFIO. soit après la crise pétrolière. A partir des années 1990. Or ce sont ces jeunes précisément qui sont le plus touchés par les questions environnementales. les communistes comme les gaullistes. L'auteur tente de donner une explication par un retournement de la tendance économique à partir de 1973. La rapidité avec laquelle les français se sont intéressés aux questions environnementales va de pair avec la rapidité de son déclin.

celle ci continue de diviser les écologistes. Sainteny affirme que l’enjeu pour un parti écologiste sera de transformer . » C'est pourquoi.. De plus l'écologisme est en substance hostile à la compétition politique telle qu'elle se déroule traditionnellement : hommes politiques professionnels. le mouvement écologiste se caractérise au niveau organisationnel par une absence de véritables structures nationales permanentes : le Réseau des Amis de la Terre (RAT) est temporaire . de telles bases font apparaître une structure qui est l'antithèse des schémas de fondement des partis traditionnels. les différentes tentatives de constitution en un parti de pouvoir structuré est à l'origine de scissions et de divisions au sein des écologistes. Ils ne sont pas parvenus à unifier les écologistes et leur échec annonce l’éclatement du mouvement en de multiples structures. pourtant le parti semble privilégier ses principes plutôt que ceux plus traditionnels du jeu politique parfois au détriment de l'efficacité : à cause de la forte décentralisation. le MEP devient Les Verts. Le chemin vers le parti de pouvoir est entamé. dont la structure la plus ancienne compte 18 ans d’existence. Et encore. Ce parti n'a pas de président et une large confiance dans le pouvoir législative : pour l'auteur. parti écologiste (VPE). les thèses écologistes. contribuent à freiner le développement politique des écologistes. et le poids des professionnels de la nature par rapport aux professionnels de la politique. le plus souvent locales. Il faut attendre 1979 pour voir une première tentative de centralisation avec la création d'un Mouvement d'Écologie Politique (MEP). Il s'apparente au socialisme libertaire autogestionnaire : il veut « changer la vie » en dehors du cadre de l'État. Aussi le caractère éphémère de la plupart des organisations écologistes.. la démocratie interne. En 1982. En effet. Les AT dénonce ce mouvement aux allures partisanes et décident de ne pas l'intégrer. Si les Verts. gouvernement paternaliste. le congrès de Clichy regroupe les VPE et Les Verts au sein de Les Verts confédération économique-parti écologiste. ils ne représentent plus au début des années 1990 qu’une partie du mouvement écologiste dans toute sa diversité. De plus les Verts placés à gauche du PS ont passés une alliance avec le Ps en 1997. durant les années 70 et début 80. Tout d'abord parce que ce sont précisément des mouvements et qu'ils ne s'unifient que très tardivement. selon Alain TOURRAINE. Paris écologie reste très localisé. En 1984.Les raisons de l'échec du mouvement écologiste en France est autant conjoncturel que lié à la structure même de ces mouvements. parce que nouvelles. dépassent le cadre droite/gauche traditionnel et touchent ainsi des personnes allant d'un extrême à l'autre en passant par les modérés et progressistes. « des institutions politiques et non la traduction des mouvements sociaux. aux élections législatives de 1988 le parti déclare ne présenter aucun candidats. On assiste donc à une critique régulière des partis politiques qui sont. pourtant 14 se présenteront sous l'étiquette des Verts. ont acquis une vocation de pouvoir.

Les écologistes. Le système partisan reste néanmoins l'issue la plus adéquate. Il éclaire très bien la difficulté à faire converger les différents mouvements écologistes et à fidéliser l'électorat encore tentés par le vote traditionnel droite/gauche. s'est divisé sur les fractures traditionnelles du système partisan. ni parti charnière ni parti « attrape-tout ». pour le mouvement écologiste. La difficulté réside dans le fait que le système politique français est en lui même hostile au développement de l'écologisme : les partis de pouvoirs types sont hiérarchisés et centralisés.bien que difficile. ils privilégient l'efficacité au détriment de la démocratie interne et vise un objectif réalisable. les groupes de pressions étant relativement faibles en France.le vote écologiste protestataire en une réelle force politique. . L'ouvrage montre le défi consistant à « faire de la politique autrement » et les contraintes que la politique française fait peser sur ce mouvement très récent. Paul FOUESNEAU.