les notes

d’europe écologie-les verts
au parlement européen

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La culture à l’heure d’Internet

http://europe-ecologie.eu FEVRIER 2012

La Déclaration universelle des droits de l'Homme posait déjà en 1948, dans son article 27, les termes du débat : toute personne a droit « de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté » et « à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production dont il est l'auteur ». A l'heure d'Internet et des outils numériques, les élus Europe Ecologie – Les Verts continuent de défendre ces principes dans leurs travaux parlementaires. Comment repenser l'économie de la culture quand elle n'a plus de frontières ? Comment réagir au partage non-marchand des oeuvres ? Réussironsnous à assurer à la fois un large accès aux contenus culturels et une juste rémunération de tous les artistes ? Dans un monde industriel très concurrentiel, nous devons redoubler d'efforts pour proposer des solutions communes en Europe.
La note La culture à l’heure d’Internet a été réalisée par l'équipe de coordination des eurodéputés Europe Ecologie – Les Verts. Contactez-nous à l’adresse suivante : redaction@europe ecologie.eu

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epuis l'apparition d'Internet et du les pratiques discriminantes (comme le filtrage numérique, nos habitudes de consom- ou la restriction de l'accès à Internet) sans décimation de produits culturels ont énor- sion judiciaire préalable et dans ce cadre, régumément changé. Consommateurs, ler le rôle des fournisseurs d'accès à Internet. Ils auteurs et industriels évoluent dans un monde doivent également défendre les citoyens face en mutation... un nouveau monde duquel émer- aux monopoles industriels, comme Google ou gent de nouveaux modèles économiques, de Apple, qui contraignent les utilisateurs à multinouveaux métiers et de nouvelles industries. Au plier leurs investissements dans des outils et cours de cette transition, l'innovation doit être des logiciels incompatibles. soutenue, mais pas à n'importe quel prix ! Elle doit aller de paire avec une « Le débat sur le Le débat sur le financement de la culprotection accrue des droits des financement de la ture à l'heure d'Internet met en lumière consommateurs et des artistes et ne culture à l'heure la précarité des artistes face à des pas enfreindre le principe universel de d'Internet met en systèmes de redistribution des revelibre accès à la culture pour tous et lumière la précarité nus manquant de transparence et toutes. des artistes » d'équité. Dans le cadre d'une réforme annoncée en 2011 par Michel Barnier, Dans ce contexte extraordinaire, l'Union euro- le Commissaire européen en charge du marché péenne doit agir pour parer plusieurs menaces intérieur, les Etats-membres vont devoir clarifier qui pèsent sur les libertés fondamentales. La la gestion collective des droits d'auteur (et des communauté des pays européens doit d'abord sociétés, comme par exemple la Sacem en garantir la « neutralité du net » qui consiste à France, qui redistribuent les revenus du droit assurer l'égalité de traitement à l'égard de la d'auteurs aux ayant-droits). Cette réforme est source, de la destination ou du contenu de l'in- l'occasion de défendre le rôle des artistes dans formation transmise sur le réseau. Grâce à cette la société et leurs droits à une juste rémunéraéquité fondamentale, Internet continuera à se tion. Elle doit s'accompagner d'un projet de mardévelopper comme étant un champ d'expéri- ché unique européen où l'offre numérique légale mentation. Les Etats-membres doivent interdire de produits culturels pourrait s'épanouir.

Pour un Internet neutre et libre !
En Europe, de nombreuses entreprises ont un intérêt économique majeur à vouloir réglementer l'accès à Internet, contrôler les flux et les contenus transmis sur le réseau. Pour au contraire garantir « la neutralité du net », le Parlement européen a adopté, le 20 octobre 2011, une résolution qui constitue un engagement politique fort en faveur d'un Internet libre et ouvert, favorisant la communication démocratique. Internet même n’aurait jamais pu exister sans la liberté d’opérer et les conditions qui ont porté à sa création ne doivent pas être détruites ! La Commission européenne envisage d'ailleurs d'étudier les pratiques commerciales de blocage, la transparence et la qualité des services, et les entraves à la concurrence comme les pratiques discriminatoires d'un acteur dominant sur le marché... Cette enquête déterminera si oui ou non des directives supplémentaires doivent être adoptées pour protéger les libertés des internautes sur un réseau où aucun pouvoir commercial ou politique ne cherche à prendre le contrôle.

Pourquoi criminaliser ne sert à rien
Télécharger, regarder ou écouter gratuitement : pour les écologistes, la réponse répressive de la France, unique en Europe, face au partage de fichiers méprise certains droits fondamentaux et ne résoudra pas la question essentielle de la rémunération des artistes.
On les appelle les « échanges hors-marché ». Réalisés par des internautes sur des sites de partage de fichiers ou grâce à des plateformes « webstream », pour leur usage personnel, ils ont émergé avec Internet et rapidement mis le feu aux poudres. Téléchargés gratuitement, les produits culturels ne vaudraient-ils plus rien ? La mesure de l'impact du téléchargement de fichiers sur l'économie de la culture est une question complexe et difficile à appréhender. A ce sujet, trop peu de travaux existent mais certaines études permettent néanmoins de lever des idées reçues. Une étude commanditée et rendue publique par le gouvernement des Pays-Bas en janvier 2009 démontre par exemple que les utilisateurs téléchargent pour différentes raisons : écouter ou visionner afin de savoir quoi acheter, avoir accès à du contenu protégé par le droit d'auteur mais retiré de la vente, accéder à du contenu qui n'est plus protégé par le droit d'auteur ou que le détenteur de droits souhaite mettre en libre accès... Beaucoup de spécialistes affirment en outre que les internautes déclarant un usage illicite ont une dépense légale de biens culturels supérieure à la moyenne. La corrélation entre chute de certains revenus des industries culturelles et téléchargement illégal n'est donc pas démontrée. HADOPI. La France a pourtant rapidement tranché. En créant deux lois uniques en Europe, elle déclare que ce sont bien les internautes qui ruinent les « majors » dans le cas de la chanson par exemple. Via une « riposte graduée », le dispositif Hadopi criminalise les « partageurs » et prévoit des contraventions punissables d’une

L'offre légale en chantier
Alors que certains modes de consommation deviennent de moins en moins populaires (les supports physiques comme les DVD ou les CD), d’autres gagnent en popularité et en importance. C'est le cas notamment du streaming, de la télévision à la demande et des téléchargements payants qui représentent une « offre culturelle légale » sur Internet. Cette dématérialisation entraîne des changements qui risquent de toucher de nombreux secteurs. Afin qu'ils répondent vraiment aux besoins des consommateurs, il faut donc accompagner cette restructuration industrielle et encourager l'innovation. En France, les écologistes soutiennent le développement d'un mécanisme de prélèvement qui permettrait à l'internaute, monnayant un abonnement mensuel, de télécharger de façon illimitée parmi un vaste catalogue d'oeuvres. Cette « licence globale » est une piste à explorer collectivement et rapidement, car elle pourrait être un pilier de la nouvelle économie de la culture sur le web. En Europe, c’est le marché unique européen qui doit s’adapter à une offre numérique légale de produits culturels pour le moment confinée au sein des frontières nationales.

Remettre le copyright à sa place
Le 14 septembre 2011, malgré les objections de huit Etats-membres, l'Union européenne a décidé de prolonger la protection des droits des interprètes et des producteurs d'enregistrements musicaux de vingt ans, la faisant passer de 50 à 70 ans après l'enregistrement de l'oeuvre. Ce vote fut un succès pour les grandes maisons de disques et l’industrie du divertissement qui repose aujourd’hui, en grande partie, sur l'exclusivité commerciale des oeuvres protégées par le droit d'auteur. Alors que les progrès technologiques facilitent les échanges de produits culturels entre les individus, le droit d'auteur se renforce et s'éloigne de son objectif d'origine. Il se calque progressivement, depuis une vingtaine d'années, sur le régime des droits patrimoniaux. Historiquement pourtant, ils ont au contraire été conçus comme des monopoles temporaires accordés par la collectivité avec pour but de protéger les créateurs tout en favorisant l'inventivité et l'innovation. Ils ont été créés au service d'un objectif d'intérêt général et non pas pour réguler la copie commerciale d'une oeuvre. Nous souhaitons aujourd’hui qu’ils assurent avant tout la rémunération des auteurs de leur vivant.

amende et la suspension de l'accès à Internet. Actionner ce levier répressif n'est pas la solution au financement de la culture dans l'ère numérique nouvelle que nous découvrons. Le 24 novembre 2011, la Cour de Justice de l'Union européenne a d'ailleurs rendu publique une décision cruciale sur la question des droits et des libertés sur Internet. Son arrêt dans l'affaire Scarlet Extended indique que forcer les fournisseurs d'accès Internet à surveiller et à bloquer les communications de leurs abonnés viole le droit communautaire, et notamment la liberté de communication. Au regard de ce texte, Hadopi apparaît comme un dispositif liberticide, une fuite en avant dans la répression, qui ne permettra pas de s'engager dans la réforme nécessaire du droit d'auteur.

Vos élues en charge de ce dossier
SANDRINE BELIER est membre du groupe de travail sur Internet et les libertés numériques du groupe des eurodéputés Verts/ALE sandrine.belier @europarl.europa.eu MALIKA BENARAB-ATTOU est membre de la commission Culture et éducation du Parlement européen malika.benarab-attou @europarl.europa.eu KARIMA DELLI est membre de la commission Emploi et Affaires sociales du Parlement européen karima.delli @europarl.europa.eu

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