PERIGUEUX

UNE VILLE DANS LA GUERRE 1939-1945

…sur les traces du souvenir…

SOMMAIRE
Périgueux, ville d’accueil des réfugies strasbourgeois
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AVANT PROPOS
Plaques, stèles, monuments, vestiges et dénominations consacrés à la seconde guerre mondiale offrent un paysage du souvenir dans de très nombreuses villes de France et notamment à Périgueux. Cette mémoire de pierre, érigée au cœur des villes reste cependant peu remarquée, tant elle se fond dans l’environnement quotidien du citadin. Vue sans être regardée, la signification même de ces supports s’estompe avec le temps et risque de tomber dans l’oubli avec la disparition progressive des témoins. Aussi paraît-il indispensable, de rappeler les évènements d’hier et l’histoire de ceux qui vécurent cette période tragique. Relais du souvenir, le patrimoine commémoratif conserve le témoignage de vies guidées par le courage, honore les engagements, les sacrifices des résistants pour la défense de valeurs humanistes, ou grave encore dans la pierre les souffrances des victimes de la répression nazie . Autant de destins individuels qui invitent à la réflexion et à la vigilance pour garantir un avenir de paix… Dépassant sa mission première de pérennité du souvenir, les lieux de mémoire contribuent à transmettre aux générations futures les valeurs citoyennes chèrement défendues par nos aînés.

Les lendemains de la défaite aux premières formes de résistance
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Vers une organisation de la résistance
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L ’Occupation
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Rafles, arrestations et déportations
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Répression
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Du 6 juin à la libération de Périgueux
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Mémoire des victimes originaires ou non du département et dont la memoire est évoquée à Périgueux
page 15

Suite à l’invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 par l’Allemagne, l’Etat Major français ordonne l’évacuation de la population vivant dans trois départements de l’Est de la France : le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Moselle. Au total plus de 600 000 civils sont évacués vers les départements du Sud-Ouest de la France. Plus de 80 000 réfugiés strasbourgeois sont répartis dans le département de la Dordogne, entre septembre 1939 et octobre 1940. LavilledePérigueux est désignée pour accueillir une partie des fonctionnaires et des administrations de la ville de Strasbourg. Chambre de commerce ayant accueilli le cabinet Au total, 11735 du maire de la ville de Strasbourg personnes sont recensées dans le canton de Périgueux. La plaque apposée 2, rue Voltaire, à l’emplacement même de l’édifice ayant accueilli la mairie repliée de Strasbourg cristallise « l’union indissoluble » entre l’Alsace et la France et rappelle la continuité des services publics pendant cette période d’exil ( ). Les services administratifs, (la préfecture du Bas-Rhin, la mairie de Strasbourg, l’inspection académique, la direction des cultes etc..), répartis dans divers immeubles de la ville sont chargés de résoudre les innombrables problèmes de la population évacuée.

Périgueux, ville d’accueil des réfugies strasbourgeois

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Une stèle située dans le parc, en face du lycée Bertrand de Born, marque la reconnaissance de la ville de Strasbourg à la population de Périgueux pour l’accueil réservé aux réfugiés strasbourgeois lors de la guerre 1939-1945 ( ). Pourtant, ces derniers sont confrontés aux difficultés d’accueil et la « transplantation » de cette population policée dans un département rural au confort pratiquement inexistant ne facilite pas toujours la cohabitation. Quoiqu’il en soit, la municipalité de Périgueux améliore du mieux qu’elle peut les conditions d’hébergement et entreprend de nouveaux aménagements avec l’aide du service d’architecture de la ville de Strasbourg. La scolarisation des réfugiés entraîne en plus des infrastructures existantes la construction de nombreux baraquements dans la ville de Périgueux. La plaque dans le collège Montaigne témoigne du séjour studieux de jeunes élèves de l’école normale d’instituteurs accueillis dans l’établissement ( ). Dès juin 1940, les Allemands ordonnent le retour des Alsaciens-Lorrains dans le territoire annexé. 30 000 réfugiés strasbourgeois sont encore présents en Dordogne en 1945 et près de 2000 personnes s’y installeront définitivement. Depuis cette période, des liens d’amitié unissent toujours Périgueux et Strasbourg ainsi que diverses communes de nos départements respectifs, et sont ravivés à l’occasion de manifestations particulières.

Jeunes élèves strasbourgeois de l’école normale d’instituteurs (coll J.P. BEDOIN)

Coll Mairie de Strasbourg

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Instituée par la convention d’armistice du 22 juin 40, la ligne de démarcation ampute l’ouest du département. 46 communes se retrouvent alors en zone occupée. Les régiments, dissous sur le territoire français, sont autorisés en zone libre à s’organiser en « Armée de l’Armistice », leur rôle consistant au maintien de l’ordre. Le 26ème R.I. se forme donc en nouveau régiment de la Dordogne à Périgueux en août 1940. Il incorpore des éléments d’autres unités dissoutes et réunit entre autres des Alsaciens-Lorrains, patriotes réfractaires à l’annexion de fait. Le chef lieu du département se situe en zone non occupée dite « libre ». Toutefois à Périgueux comme dans de nombreuses villes de France, des hommes et des femmes audacieux expriment leur refus de la défaite et leur hostilité contre l’occupant en utilisant plusieurs moyens d’action. Ainsi moins d’un mois après l’armistice, une manifestation réunissant majoritairement des cheminots des ateliers de la SNCF se rassemble place Montaigne. Le drapeau tricolore cousu d’une croix de Lorraine est brandi par des patriotes exaltés.

Les lendemains de la défaite aux premières formes de résistance

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Musée Militaire des Gloires et Souvenirs du Périgord

X 32, rue des Farges - 24000 PERIGUEU Tel : 05 53 53 47 36

Ginette Marois, grande figure féminine de la résistance régionale et originaire du département posant avec ses amies à la faculté de lettres de Bordeaux avec « 2 gaules ». (coll.Y.Marois)

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Vers une organisation de la résistance

Abbé SIGALA (coll. archives diocésaines)

L’engagement dans la résistance n’est pas un acte spontané et anodin. C’est une réaction personnelle de refus face à l’invasion de l’ennemi et des « contre-valeurs » du régime de Vichy. C’est aussi prendre conscience de tous les risques inhérents à un tel comportement d’opposition dans un climat qui ne se prête pas à la contestation. Les motivations sont souvent conditionnées par les valeurs morales héritées de l’environnement familial et social de chacun. L’éducation, la culture familiale, les convictions religieuses ou politiques sont également des éléments influents. Le poids des circonstances extérieures ajouté au degré « de révolte morale » détermine en quelque sorte l’entrée en résistance. Aussi les évolutions politiques de l’Etat Français dans la voie de la collaboration, le durcissement du pouvoir de l’occupant nazi, la répression, les mesures racistes et antisémites sont autant de circonstances favorables à l’engagement. Rappelons toutefois que la participation d’hommes et de femmes dans la lutte clandestine demeure un phénomène courageux et marginal pendant les premières années de l’occupation où l’immense majorité de la population française résignée, subit ou s’accommode de la force triomphante nazie. Ainsi, parallèlement aux initiatives isolées et improvisées d’individus, des noyaux embryonnaires se structurent progressivement autour de patriotes périgourdins. Mouvements et réseaux apparaissent et se spécialisent, développant des activités de renseignements, d’hébergements, de camouflages de matériel, de filières d’évasions, de confections de faux-papiers ou de diffusions de journaux clandestins. Certains groupes de résistants, engagés dans l’action armée organisent des sabotages ou des attentats.

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Extrait de la demande de carte de combattant volontaire de la résistance de l’abbé Jean Sigala (coll. ONAC 24)

A Périgueux, la plaque apposée, sur la façade de l’institution Saint-Joseph rappelle la naissance en juin 1942 du mouvement « Combat » en Dordogne et donne les noms des résistants fondateurs ( ). Une autre plaque apposée au n°7 de la rue de Metz témoigne pour l’année 1943 de la tenue de réunions clandestines et de l’organisation structurée de l’Armée Secrète (A.S.) issue de la fusion des formations paramilitaires des Mouvements Unis de Résistance (M.U.R.) ( ). Le 3 octobre 1942, une explosion endommage le kiosque de la Légion Française des Combattants de Périgueux, située place Bugeaud. Cet acte de « vandalisme », dont l’origine n’est pas clairement attribuée, illustre la fracture entre les « gaullistes » et les « pétainistes », ces derniers incarnés généralement par le monde ancien combattant, encore fasciné par le mythe de Pétain. Mais progressivement, les effets pernicieux de la politique collaborationniste de Vichy, vivement critiquée par l’opinion, finissent par gangrener la popularité du Maréchal entraînant un certain nombre d’anciens de 14-18 dans la Résistance. Il s’agit du premier attentat par explosif réalisé par des résistants à Périgueux.

isme Office du Tour

0 Pé cheville - 2400 26, Place Fran .63 Tel : 05.53.53.10

rigueux

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L ’Occupation

Coll Musée Militaire Périgueux

Le 11 novembre 1942, les troupes allemandes envahissent la zone libre. A 9h30, les convois allemands entrent dans la ville et s’installent dans le quartier Daumesnil. Le 26ème R.I., contraint à la passivité est dissout fin novembre. Les Périgourdins stupéfaits vivent désormais à l’heure allemande. Les rationnements, les longues files d’attente devant les commerces font partie du quotidien. La Gestapo s’installe, place du Maréchal Pétain aujourd’hui rebaptisée place du Général de Gaulle et s’immisce désormais dans l’administration locale, aidée par un collaborateur notoire, Paul Lapuyade, délégué départemental de la Légion des Volontaires Français, chargé de collecter des renseignements pour l’occupant. Les années 42-43 sont des années charnières marquant l’opinion. Le charme de Pétain se flétrit et les angoisses grandissent. Les grands mouvements de résistance quant à eux recrutent de plus en plus et développent leurs activités. Le lancement de la « Relève » des prisonniers en 1942 puis l’institution du Service du Travail Obligatoire (STO) en février 1943 préoccupent les foyers déjà désemparés par la situation ambiante désastreuse. Les incidents au départ des jeunes requis périgourdins sont courants. Les réfractaires entrent dans la clandestinité et viennent gonfler spontanément les effectifs des maquis se formant dans les campagnes aux alentours de Périgueux. Des anciens du 26ème R.I s’organisent de leur coté pour assurer la continuité clandestine de leur régiment dans la résistance en multipliant des contacts avec d’autres groupes.

Papillons diffusés à Périgueux contre le STO - (coll. AD)

Do L’Avenir de la

rdogne 29 octob

re 1942. (coll AD

)

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Dès la fin de l’année 1943, la Résistance intensifie son action dans le département. Les opérations contre l’occupant deviennent « spectaculaires ». Les résistants procèdent à de nombreux sabotages et montent des embuscades qui déstabilisent l’ennemi. Le 9 octobre 43, un attentat à la bombe vise pour la première fois directement les Allemands. La cible choisie est le siège de la Gestapo. Des représailles sont immédiatement déclenchées entraînant l’arrestation de 17 personnes dont 8 israélites et la déportation d’un certain nombre d’entre eux.

Soldats allemands à proximité des bureaux de la Feldgendarmerie, anciennement place du Maréchal Pétain aujourd’hui rebaptisée place du Général de Gaulle. (coll. Musée Militaire Périgueux)

Un mois plus tard, le 9 novembre, un nouvel attentat dirigé contre les Allemands au bureau principal de la Feldgendarmerie occasionne de nombreux dégâts matériels et des blessés sont dénombrés. Une opération répressive est aussitôt organisée à Périgueux visant majoritairement les juifs. Enfin, un important sabotage impulsé par le comité régional des F.T.P. et réalisé par des hommes du détachement Wodli met hors d’usage une des plus puissantes grues de levage de France stationnée pour réparation aux ateliers SNCF à Périgueux le 13 décembre 1943. Une plaque, rue Pierre Sémard au Technicentre de Périgueux (ex ateliers du matériel de la SNCF), rappelle cet évènement ( ).

Coll AD

Dessin (technique mixte) de Marcel Pajot réalisé en souvenir d’un acte commis le 24 novembre 1943 à l’encontre d’un commerçant collaborateur. (coll Ralph Finkler)

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Rafles, arrestations et déportations

Les périgourdins sont témoins des « chasses à l’homme » menées contre les résistants, les communistes, les francsmaçons et les juifs. Diverses plaques en ville évoquent les mesures répressives prises par le régime de Vichy à l’encontre des loges maçonniques (sur la façade de la Loge du Grand Orient de France, rue Saint-Front) ( ) et de la communauté juive. Pour cette dernière, il est à signaler la plaque commémorative, apposée en 1993 dans tous les chefs-lieux de département. Située place du Général Leclerc, elle rappelle la responsabilité de l’Etat Français dans les persécutions racistes et antisémites perpétrés pendant l’occupation ( ). La communauté israélite peu représentée dans le Périgord avant la guerre, est accueillie en septembre 1939 avec le flot des réfugiés alsaciens dans le département. En exécution des lois rendant obligatoires à partir de 1941 en zone non occupée le recensement de la population juive française ou d’origine étrangère, le département déclare la présence d’environ 7000 juifs. 1672 juifs étrangers sont recensés à la même période dans l’arrondissement de Périgueux dont environ 700 dans la ville même. Le fichage méticuleux par les administrations françaises des juifs facilite la mise en application des mesures antisémites en France (exclusions, spoliations, ségrégations, arrestations…). Ces premières mesures discriminatoires se poursuivent par la traque systématique des juifs menée par les autorités d’occupation et leurs auxiliaires français. Les israélites accueillis dans le département n’échappent pas à cette politique implacable. Recherchés, ils sont raflés et internés avant leur déportation vers les camps de concentration et d’extermination.
Tract de l’été 1943 diffusé par le Mouvement National Contre le Racisme. (coll. AD)

Famille BASBAYON (coll Betty Wieder)

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Apposées sur la façade extérieure et à l’intérieur du gymnase Sécrestat, rue du gymnase, deux plaques évoquent la mémoire des rafles déclenchées dans la France entière en représailles d’un attentat commis à Paris le 13 février 1943 contre deux officiers allemands et menées dans le département du 23 au 27 février 1943 ( ). Le préfet de la Dordogne réquisitionne le gymnase où une Coll ONAC 24 centaine d’hommes étrangers juifs âgés de 16 à 65 ans y sont rassemblés. Ils sont ensuite majoritairement déportés vers les camps d’extermination de Maïdanek -Sobibor. Au n°3 de la rue Thiers, une plaque commémorative apposée sur la façade de la maison où était située les bureaux du Siège de l’Aide Sociale Israélite rappelle l’opération du 4 avril 1944 (µ). La Gestapo arrête le personnel tout comme les personnes présentes dans les bureaux. Il s’en suit la déportation de 5 personnes dont la disparition de 3 femmes dans les camps de la mort. Le bilan connu de la persécution des juifs en Dordogne s’élève à µ Coll ONAC 24 1200 victimes (200 exécutions sommaires et environ 1000 déportés non rentrés). La plaque apposée à l’intérieur du théâtre « Le Palace », 15, rue Bodin est consacrée quant à elle à la mémoire d’une opération de grande envergure « de nettoyage de la ville de Périgueux » menée le 10 mai 1944 et mise en place totalement par la milice et la police française (¸). Elle ne concerne pas exclusivement les juifs mais plus spécifiquement les personnes « mal pensantes » opposées au régime. Elle rappelle qu’en ces lieux, 211 hommes et femmes, juifs, résistants, communistes, francs-maçons, sont regroupés pour contrôle d’identité au Palace, le cinéma de l’époque. La grande majorité est orientée vers le ¸) Coll ONAC 24 camp de séjour surveillé de Saint-Paul-d’Eyjeaux en Haute-Vienne. D’autres sont dirigés vers l’organisation TODT à la base sous-marine de Bordeaux ou déportés en Allemagne. En réaction à cette politique de persécution et de répression, et le plus souvent au péril de leur vie, des hommes, des femmes indignés apportent leur aide pour sauver les juifs pourchassés. Parmi ces sauveteurs, environ 80 reconnus à ce jour en Dordogne (dont 17 sur Périgueux), ont reçu de l’Institut Yad Vashem d’Israël le titre hautement honorifique de « Juste parmi les Nations ». A l’école Saint-Jean, rue Chanzy, une plaque commémorative rappelle l’action du directeur de l’école, Alexandre Berbonde, de sa femme et de l’abbé Sabouret, l’aumonier qui ont sauvé plusieurs enfants juifs en les scolarisant sous de faux noms dans l’école catholique (¹).
¹ Ecole St Jean

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Répression

Devant l’activité croissante et menaçante de la Résistance en Dordogne, les forces de la répression allemande et leurs auxiliaires français conjuguent leurs efforts pour traquer ceux qu’ils appellent « les terroristes ». Parmi les troupes allemandes présentes sur le territoire, une garnison supplémentaire est appelée en renfort en septembre 1943 à Périgueux. Il s’agit de la Légion géorgienne, « l’Ost Bataillone 799 » qui prend possession de la caserne du 35ème d’Artillerie de Périgueux. Composée de prisonniers de guerre soviétiques sous encadrement nazi, la légion est en fait animée par un mouvement clandestin de résistance ayant pour objectif d’organiser des désertions et de rentrer en contact avec la résistance française locale. Aussi, de nombreuses évasions d’hommes aguerris vers les maquis sont constatées. La présence de ces nouveaux ralliés expérimentés contribuent au renforcement de l’encadrement militaire des jeunes maquisards récemment incorporés. AC 24 Coll ON Malheureusement, le sort des soviétiques capturés par les nazis est expéditif. Une stèle, située dans le cimetière « du Nord » est dédiée à la mémoire des 9 soldats soviétiques évadés, fusillés par les Allemands le 10 décembre 1943 au champ de tir de la Rampinsolle ( ). La Division Brehmer arrive dans le département fin mars 44 et installe son P.C. à Périgueux à l’hôtel Domino. Pendant une semaine, du 26 mars au 2 avril 1944, les patrouilles quadrillent selon un plan méthodique les campagnes en direction de l’Est du département et ripostent à la moindre menace par des représailles meurtrières. Semant la terreur et la désolation, les nazis saccagent, pillent et incendient les villages. La population civile est prise en otage et persécutée. Des massacres d’innocents endeuillent les communes du Périgord (Brantôme, Rouffignac, Terrasson…), comme plus tard d’autres communes martyres (Mussidan, Mouleydier, Saint-Astier …).

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Endroit du supplice (coll ONAC 24)

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La caserne du 35ème d’artillerie à Périgueux sert de lieu d’internement provisoire aux personnes arrêtées dans le département. Parqués dans des conditions d’hygiène déplorables, les détenus subissent des interrogatoires avant les opérations de triage. Certains sont libérés après contrôle rigoureux de leur identité ou envoyés en Allemagne pour le service du travail obligatoire (S.T.O.). Les autres sont transférés dans des camps de rassemblement avant d’être déportés dans les camps de concentration et d’extermination de l’Est. Pourtant, en été 44, à l’heure où le projet d’une Allemagne nazie s’effondre, les exactions de l’ennemi se multiplient. 45 détenus de la caserne du 35ème d’artillerie sont conduits au poteau d’exécution, où ils sont sauvagement passés par les armes. Ces exécutions sommaires sont le fait de la division germano-russe, commandée par le général Hubert Arndt et s’échelonnent de juin au 17 août 1944. L’endroit précis du supplice est Mur des fusillés en octobre 1944, mise en place de la plaque commémorative provisoire (Coll. Ralph Finkler) pieusement conservé en l’état ( ). A proximité, s’élève « le Mur des Fusillés », oeuvre de Gilbert PRIVAT, où chaque 19 août, date anniversaire de la libération de Périgueux, la ville se rassemble pour honorer ces victimes ( ).
rtementales Archives Dépa ux
24000 Périgue 9, rue Littré : 05.53.03.33.33 Tél.

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Quant au cénotaphe de la Place Montaigne, il perpétue le souvenir des 5 résistants du secteur de Mareuil, pris par les Allemands et fusillés par la Hilfspolizei le 13 juin à Périgueux, place Montaigne ( ). Dès le lendemain du crime, les périgourdins fleurissent spontanément cet endroit sur lequel un Détail : la déportation (coll ONAC 24) modeste cénotaphe est d’abord érigé. Le monument devient alors le symbole de la Résistance périgourdine. Par la suite, en 1987, le site est réaménagé et agrémenté de 3 bas-reliefs en bronze, œuvres du peintre sculpteur alsacien Louis Perrin. Ces derniers symbolisent la Résistance Extérieure (les Forces Françaises Libres), la Résistance Intérieure (les Forces Françaises de l’Intérieur) et la Déportation. Monument phare du centre ville, il rassemble la population à l’occasion des cérémonies commémoratives suivantes : La Montaigne (en Journée Nationale de la Déportation PlaceRalph Finkler) août 1944) Coll (coll ONAC 24 (dernier dimanche d’avril), le 8 mai, la commémoration de l’appel du Général de Gaulle le 18 juin 1940 et le 19 août. Il est également le lieu d’hommages divers à l’occasion de congrès d’associations d’anciens combattants, ou d’initiatives particulières (par exemple avec les lauréats du Concours National de la Résistance et de la Déportation).

Détail : la France Libre et les F.F.C. (coll ONAC 24)

Détail : les maquisards des F.F.I. (coll ONAC 24)

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Sculptures de M. DEVIERS offertes à la ville de Périgueux (place Général Leclerc) (coll ONAC 24)

Libération Périgueux (coll Musée Militaire Périgueux)

Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. A partir de cette date, les résistants périgourdins mettent à exécution les objectifs militaires qui leur ont été assignés pour paralyser

Du 6 juin à la libération de Périgueux

par tous les moyens l’ennemi. La lutte armée dans le département est totale. Les affrontements entraînent de sévères pertes du côté de la Résistance. Les maquisards, victimes de leur impétuosité et parfois de leur inexpérience payent un lourd tribut (près de 1000 hommes tombent au cours des combats de libération du département). Dans cette chasse aux résistants, les Allemands déchaînés s’en prennent sans pitié aux civils (plus de 500 civils sont victimes de la barbarie nazie). A Périgueux, l’exaltation qui emplit le Libération Périgueux cœur des hommes en ces jours d’espoir, est pourtant (coll Musée Militaire Périgueux) contenue en raison de la forte concentration d’Allemands. La ville demeure imprenable. Face à cette situation, l’état-major FFI nouvellement constitué fixe à l’ennemi un ultimatum le 17 août qui n’obtient aucune réponse. Le 18 août un plan d’encerclement de Périgueux est en cours. Dans le même temps, le débarquement allié en Provence provoque un dénouement soudain et inespéré pour la ville. Hitler décide en effet le retrait de ses troupes basées dans le Sud de la France. Les Allemands abandonnent donc la ville aux résistants sans destructions. C’est ainsi que le 19 août à 20h30, les Allemands ont définitivement quitté Périgueux. Les résistants investissent alors sans difficultés la cité préfectorale. Bientôt une armée de maquisards rejoint la ville bondée de monde exprimant sa joie. La foule acclament les F.F.I.. Le message des M.U.R. (les Mouvements Unis de Résistance) ne tarde pas à être imprimé à Périgueux enjoignant les hommes valides à se présenter pour le recensement en vue de leur participation à la libération du territoire. Bureau d’engagement des F.F.I.
(coll. Musée Militaire Périgueux)

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brassard FFI de la région R°5 dont dépend le département de la Dordogne - (coll. Musée Militaire Périgueux)

Bien décidés à participer à l’écrasement du Reich, les nombreux groupes de résistants et maquisards rejoindront par la suite les structures militaires officielles qui formeront l’Armée régulière reconstituée. Près de 33 000 hommes de Dordogne s’engageront pour la durée de la guerre et participeront aux combats de libération de la France, majoritairement sur le Front de l’Atlantique (au sein des 26ème50ème-108ème RI notamment) ou jusqu’en Alsace (dans les rangs de la 1ère Armée Française et de manière hautement symbolique et significative au sein de la Brigade indépendante d’Alsace Lorraine).

Insigne du 26ème R.I, (coll. Musée Militaire Périgueux)

Insigne de la Brigade R.A.C - (coll. Musée Militaire Périgueux)

Insigne de la Brigade Alsase-Lorraine (coll. Ass. B.A.L.) Cérémonie du 26 août 1944 en hommage aux victimes du 35ème d’artillerie. Maxime Roux, préfet de la Libération saluant les familles endeuillées.(coll.R.Finkler) Photo perpétuant le souvenir de l’exploit accompli les 4 et 5 août par Gilbert BOISSIERE (à gauche) et Roger ROUGIE (à droite) prise quelques jours après la libération de Périgueux, vendue au profit des parents de deux jeunes maquisards : Talauchet et Ponceau, fusillés au 35ème d’Artillerie avec d’autres camarades infortunés. Les deux résistants déguisés en ecclésiastique pénètrent en ville sans éveiller l’attention de l’ennemi. Changeant de déguisement, ils atteignent l’usine à gaz, en bleu de travail et, se confondant aux ouvriers, ils dérobent 3000 litres de carburant. Ce véritable exploit, parfait exemple du sens du devoir, du courage et du don de soi illustre les valeurs portées par la Résistance. Au centre de la photo, Roland CLEE, chef du bataillon ROLAND (coll G. Boissière)

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Mémoire des victimes originaires ou non du département et dont la memoire est évoquée à Périgueux
(plaques de rues ou plaques commémoratives) RESISTANCE –INTERNEMENT –DEPORTATION ROGER BARNALIER (1911-1945)

Instituteur à Paunat, il est nommé le 25 juin 1943 responsable départemental de l’Armée Secrète de la résistance jusqu’à son arrestation en septembre 1943 (à la suite d’une importante vague d’arrestations). Torturé, interné puis déporté dans différents camps, il meurt au kommando de Johanngeorgenstadt le 10 avril 1945

JOACHIM CLECH (1899-1945) ANDRE EYMARD (1909-1943)

Résistant, domicilié à Périgueux et arrêté le 9 septembre 1943. Interné à Compiègne, il est ensuite déporté et meurt au camp de Dora le 11 décembre 1943.

Chef d’escadron, commandant de la compagnie de Gendarmerie de Périgueux. Résistant, arrêté en mars 1943 et mort d’épuisement en déportation à Bergen Belsen le 11 avril 1945. Titulaire de la Légion d’Honneur à titre posthume.

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LAURE GATET (1913-1943)

Ancienne et brillante élève de 1928 à 1931 de l’établissement avenue Georges Pompidou qui porte aujourd’hui son nom. Scientifique à Bordeaux, elle entre dans la résistance comme agent de liaison au réseau C.N.D. Castille. Elle est arrêtée sur dénonciation par la Gestapo en 1942 et meurt en déportation à Auschwitz en 1943. Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.
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GASTON FAURE (1881-1945)
Retraité S.N.C.F., domicilié à Périgueux. Résistant, arrêté à Périgueux le 9 octobre 1943 et mort en déportation à Buchenwald le 10 avril 1945.

LOUIS MAGNE (1896-1945)

Garagiste à Périgueux et résistant appartenant au mouvement « combat ». Il est arrêté le 21 février 1944 et mort en déportation à Buchenwald le 02 avril 1945.

JEAN LANNEMAJOU (1896-1944)

Ancien combattant et mutilé de la Guerre 14/18. Résistant arrêté à Périgueux en 1943 et mort en déportation à Dora le 03 avril 1944..

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JACQUES PERIE (1912-1945)

JEAN PAGES (1891-1944)
Ancien conseiller municipal de Périgueux. Résistant, mort en déportation à Flossenburg (Allemagne) le 26 décembre 1944.

Existence de cette plaque indiquée dans documents anciens (plaque disparue lors de la démolition des anciens abattoirs, désormais caserne des sapeurs-pompiers-place du 8 mai) Résistant, domicilié à Périgueux, arrêté en février 1943. Il est ensuite déporté à Dachau puis à Buchenwald où il meurt le 26 février 1945

ANDRE SAIGNE (1883-1944)
Artiste peintre, libraire à Périgueux. Résistant, arrêté le 16 mai 1943 suite au démantèlement du mouvement « Combat ». Mort en déportation à Buchenwald le 22 avril 1944.

DEPORTATION MOTIF POLITIQUE ET RACIAL ZYNDEL WEISMARK (1906-1942)
Tailleur israélite installé à Périgueux dans les années 30. Il est arrêté à son domicile le 28 février 1942. Il est ensuite interné au camp du Vernet dans l’Ariège avant dêtre déporté à Maïdanneck le 4 mars 1943.

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MARTYRS –RESISTANTS FUSILLES -MORTS AU MAQUIS OU DANS LES COMBATS DE LIBERATION EN 44 ANDRE BOISSIERE (19131943)
Instituteur à Périgueux, chef de l’Armée Secrète au niveau local à Périgueux et responsable de l’A.S du secteur Dordogne-Centre. Arrêté dans sa classe par la Gestapo le 18 mai 1943 suite au démantèlement du mouvement « Combat » et fusillé au Mont Valérien le 2
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PAUL DUMAS (---- -1944)
Domicilié à Périgueux, résistant du groupe « Mercédes », mort au combat à Eyliac avec 9 autres camarades le 16 août 1944.

JEAN-RENE FAURE (1909-1943)

ANDRE FAURE (1922-1944),

Cheminot résistant, originaire de Périgueux, mort pour la France, à Lesparat, commune de Boulazac le 11 juin 1944.

Gardien de prison à Périgueux, résistant ayant facilité l’évasion de plusieurs détenus notamment des militaires belges. Fusillé au Mont Valérien le 22 octobre 1943.

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PIERRE JEAN-GABRIEL LACUEUILLE (1907-1944)
Jardinier originaire de Périgueux, membre du groupe « Roland », fusillé par les Allemands le 12 août 1944 au 35ème d’artillerie.

PIERRE LANXADE (1915 -1944)
Résistant, représentant de la direction départementale des F.T.P. Mort au combat à Peyzac le Moustier le 29 juin 1944.
Dernière recommandation du résistant, cidessous - Coll J.-P. LANXADE

CHARLES MANGOLD (1891-1944)

Charles Louis Mangold dit Brossard ou Vernois. Alsacien francophile, et résistant de la première heure, responsable de l’Armée Secrète pour le secteur centre-Dordogne après l’arrestation d’André Boissière. Arrêté par la Gestapo suite à une dénonciation le 07 août 44. Torturé, il est fusillé par les Allemands le 12 août 1944 au 35ème d’artillerie. Fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume en 1945

ALBERT MARTIN (---- -1944)
Résistant arrêté, torturé et fusillé par les Allemands en 1944

PAUL MAZY (1909-1942)
Périgourdin et ancien apprenti aux ateliers SNCF à Périgueux. Quitte le département pour Paris où il mène son action résistante dans les chemins de fer. Arrêté, torturé, il est fusillé au Mont Valérien le 21 novembre 1942.
Extrait de sa lettre d’adieu, ci-dessous Coll J.-C. VALBOUSQUET

ALPHEE MAZIERAS (1912-1944)
Officier, rallié à la France Libre en août 1940, nommé compagnon de la Libération en 1942. Il intègre la 2ème D.B.et est tué au combat le 18 novembre 1944 à Bremenil (54).

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GILBERT (1923-1944), ET CLAUDE (1928-1944) NOZIERES

Souvenir de deux frères résistants de moins de vingt ans morts au combat. Gilbert Nozières combattant du groupe Mercédes, mort pour la France le 22 juin 1944 à Breuilh Claude Nozières, combattant du groupe Ancel, abattu avec 8 autres camarades résistants à Marsaneix le 18 juillet 1944.

RAYMOND RAUDIER (-----1944)
Cheminot résistant, mort au combat sur le front de l’Atlantique en 1944.

FRERES PEYRONNET Jacques (19191944) Christian (1923-1944)
Souvenir de deux résistants originaires de Périgueux, exécutés le 12 juin 1944 à NotreDame de Sanilhac alors qu’ils cherchaient à rejoindre le maquis.

MICHEL ROULLAND (---- -1944)
Résistant du groupe Gabrielli, fils de Fernand Roulland (résistant et 1er adjoint au maire de la ville de Périgueux à la libération)- Mort pour la France, prés de la voie ferrée Périgueux-Limoges à Saint-Front d’Alemps, le 28 mars 1944, abattu par la Division Brehmer

GEORGES VACHER (1922-1944)
Cheminot résistant périgourdin. Maquisard, blessé le 7 avril 1944 au combat de Larivoire dans le Jura et fusillé le 21 avril suivant.

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Coll Musée Mulitaire Périgueux

MEMOIRE COLLECTIVE DES FONCTIONNAIRES AGENTS DE LA SNCF
Agents de la SNCF tués durant dans la guerre.

MEMBRES DE LA POLICE
A la mémoire des policiers de la Dordogne, résistants, morts ou déportés durant la guerre. Deux lieux de mémoire : hôtel de police (plaque) et école nationale de Police (stèle)

Coll ONAC 24

PERSONNEL PREFECTURE

Salle Henriette Lutenbacher déportée rentrée. Salle Louis Moreau, directeur de la préfecture , résistant déporté rentré.

AGENTS DES P.T.T.

A la mémoire des agents des P.T.T. de la Dordogne, résistants, morts ou déportés durant la guerre

Coll ONAC 24

unicipale rigueux Bibliothèque m idou - 24000 Pé
es Pomp 12, Avenue Georg .45 Tel : 05.53.45.65

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Bibliographie sélective • MORQUIN Georges, La Dordogne sous l’occupation allemande. 1940-1944, Périgueux, 1961. • PENAUD Guy, Histoire de la résistance en Périgord, Fanlac, Périgueux, 1985. • ANACR, Mémorial de la Résistance en Dordogne, Copédit, Périgueux, 1985. • ANACR, La Résistance- La lutte contre le nazisme et le régime de Vichy, Imprimerie Moderne, Périgueux, 1996. • PENAUD Guy, le Grand Livre de Périgueux, La Lauze, Périgueux, 2003. • LAZARE Lucien (dir.), Dictionnaire des justes de France, Fayard, 2003. • REVIRIEGO Bernard, Les Juifs en Dordogne.1939-1944. De l’accueil à la persécution, Périgueux, Fanlac, Archives départementales de la Dordogne, 2003. Pour aller plus loin : sites Internet Fondation de la Résistance (FR) : www.fondationresistance.org Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) : www.fndirp.asso.fr Fondation pour la Mémoire de la Déportation : www.fmd.asso.fr Musée et centre de documentation juive contemporaine : www.memorialdelashoah.org Comité français pour Yad Vashem : www.yadvashem-france.org Ministère de la Défense : www.cheminsdememoire.gouv.fr Histoire et mémoire des deux guerres mondiales (CRDP Reims) www.crdp.ac-reims.fr/memoire/ Les cédéroms édités par l’Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI), dont la liste est disponible sur son site Internet : www.aeri-resistance.com Remerciements : Pour l’aide apportée par les membres de la commission mémoire, les anciens combattants, résistants et déportés, les personnalités des associations de mémoire, les particuliers, le musée militaire des Gloires et Souvenirs du Périgord, la municipalité de Périgueux, les Archives Départementales de la Dordogne (A.D.), les Archives Diocésaines de la Dordogne. Conception et rédaction : Service Départemental ONAC 24 Jean-Marie SCHMITTLIN, Directeur Caroline AUDARD , Déléguée à la mémoire combattante Conception graphique et impression : BORDAS IMPRIMERIE - Coulouniex-Chamiers

4ème trimestre 2008 - N° ISBN : 978-2-11-098439 5 Avertissement : Le document présente des lieux de mémoire résultant d’une sélection illustrative. Pour tous renseignements complémentaires relatifs au patrimoine commémoratif se rapprocher du Service Départemental de la Dordogne de l' Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre - Cité Administrative - 24016 PERIGUEUX Cedex Tél : 05 53 53 46 21 -Fax : 05 53 35 15 64 - E-mail : mem.sd24@onacvg.fr
Coll rman G. A d

La pierre éducative, place Général Leclerc (coll. ONAC 24)

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