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TRAVERSER DES MONDES

Jean-Michel alberola / Kader attia / Gilles barbier / Per barclay / Martin barré / Valérie belin / Fouad bellaMine / Mathieu bernard-reyMond / christian bonneFoi / Marie boVo / elina brotherus / Jean-Marc bustaMante / Michael c. Klein / alan charlton / PhiliPPe coGnée / Jordi coloMer / stéPhane couturier / eric dalbis / antoine de la boulaye / stePhen dean / oliVier debré / PhiliPPe decrauzat / Jean deGottex / doMinique dehais / Jean dewasne / GeorG doKouPil / bernard Frize / Gao brothers / eMile Gilioli / laurent Grasso / rayMond hains / reMy hysberGue / dJoKa iVaKoVic / shirley JaFFe / nadaV Kander / Pertti KeKarainen / iMi Knoebel / ola KolehMainen / bertrand laVier / benoît leMercier / sol lewitt / luo dan / Marie Maillard / anna MalaGrida / Francesco Marino di teana / aurélie neMours / Gabor Ösz / laurent Pariente / Mathieu Pernot / Franz Pichler / bernard PiFFaretti / eric PoiteVin / PhiliPPe raMette / Marc riboud / GeorGes rousse / nicolas schÖFFer / Pierre soulaGes / antoni tàPies / Guy tilliM / Gérard titus-carMel / bernar Venet / wanG du / zao wou-Ki…

Carte blanChe à

Régis DuRanD
Commissaire d’exposition

COllECTiON SOCiéTé GéNéRAlE

intégralement exposée dans les locaux du Groupe, principalement au siège de la défense, la Collection société Générale met en résonance le monde de l’art et celui de l’entreprise – interaction favorisée par de nombreuses animations comme la Journée de l’art. Cette dynamique de partage, en phase avec les valeurs d’esprit d’équipe du Groupe, s’étend aussi à un large public externe, à travers la participation à divers événements artistiques en France et à l’international.

Pierre soulages, 14 mai 1958, 1958 huile sur toile, 96,5 x 130 cm
© adaGp

nadav Kander, Chongqing IV, Sunday Picnic, 2006 photographie, 122,5 x 149 cm

Couverture :

Elina Brotherus, Green Lake, 2007 photographie, 80 x 97 cm
© adaGp

TRAVERSER DES MON D ES

l’art contemporain est, avec la musique classique, l’un des deux axes de la politique de mécénat culturel du groupe société Générale. initiée en 1995, la Collection société Générale rassemble près de 350 œuvres originales et 700 lithographies, éditions et sérigraphies, constituant l’un des plus importants ensembles d’art contemporain réuni par une banque en France. structurée autour de trois axes – peinture, sculpture, photographie –, elle conjugue des œuvres d’artistes à la renommée confirmée et des œuvres de nouveaux créateurs. Cette diversité s’est accentuée ces dernières années avec l’ouverture à de jeunes talents issus de scènes artistiques émergentes, en écho à l’internationalisation du Groupe.

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PARCOuRS DE ViSiTE

Première partie

Le monde comme regard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8-9
Deuxième partie

Faire écran . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10-11
Troisième partie

Manières de faire des mondes . . . . . . . . . . . . . 12-13
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Quatrième partie

Une langue inconnue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14-15
Jordi Colomer, Le sac rose, 2008 tirage lightjet sur papier argentique, 140 x 115 cm

gilles Barbier, Sans titre (water tower 2), 2006 tirage numérique, 112 x 105 cm
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TRAV ERSER DES MON D ES

TRAVERSER DES MONDES
Quelle que soit la manière dont on en use, l’art est un voyage, il nous transporte dans des mondes particuliers inouïs – voyage sensoriel, intellectuel, onirique peut-être, mais qui toujours nous entraîne au-delà de nous-mêmes, au-delà des limites de notre univers personnel. Un tel voyage met directement en jeu la posture que nous adoptons devant les œuvres, le degré d’attention que nous leur prêtons, le temps que nous accordons à chacune, ou à l’inverse l’impatience qui nous fait passer de l’une à l’autre, la distance plus ou moins grande enfin à laquelle nous nous tenons. dans cette invitation aux voyages, les œuvres agissent sur nous selon leur nature propre. la photographie, par exemple, serait-elle comme on l’a souvent dit une fenêtre ouverte sur le monde, capable d’en révéler certains aspects et de témoigner de ce qui est ou a été ? sans doute, mais chacune de ces vues, loin d’apparaître comme un constat objectif, raconte aussi et peut-être surtout l’aventure d’un regard qui ordonne et dispose le monde. Ce que nous voyons, c’est selon le mot de ernst Gombrich non pas les choses ellesmêmes, mais « la place regardée des choses ». la peinture, à l’inverse, ne prétend pas représenter mais plutôt instituer des mondes, autant de mondes qu’il y a d’artistes. elle serait une sorte d’écran, un subjectile, sur lequel le peintre projette son univers personnel et sa transfiguration, sa réinvention du monde. peinture, photographie ou sculpture (pour ne rien dire de la vidéo et des installations), chaque forme induit des postures et des lectures différentes, et c’est une phénoménologie de ces relations qu’il faudrait faire pour caractériser chacun des voyages dont il est question. dans chaque cas, le spectateur doit se tenir prêt à une nécessaire défamiliarisation, une perte de repères qui n’est pas le moindre des plaisirs offerts par la rencontre avec les œuvres d’art.

mais parfois aussi nous nous arrêtons longuement devant telle ou telle. alors s’ouvre pour nous un monde imprévisible jusqu’alors. la plongée et l’absorbement dans une œuvre particulière révèlent une vie propre, quasi-organique, qui ne se laisse pas réduire à une impression rapide. le parcours qui est ici proposé à travers la Collection société Générale se développe en deux branches distinctes, qui se réunissent en une boucle. si on aborde la visite par le côté Chassagne, on découvrira successivement comment les œuvres s’ouvrent ou se ferment au regard (première partie : le monde comme regard ; deuxième partie : Faire écran). si on l’aborde par le côté Alicante, chaque œuvre apparaîtra comme un monde en soi, avec ses propres règles, et peut-être même son propre langage secret (troisième partie : manières de faire des mondes ; quatrième partie : Une langue inconnue).
Régis Durand
Commissaire d’exposition 9 Février 2012

georges Rousse, Grands Moulins de Paris, 2005 tirage lambda, 125 x 160 cm
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Cette rencontre suppose des temporalités différentes selon les œuvres et selon celui qui les regarde. souvent nous passons vite devant elles, impatients de la suivante, comme si la vérité de l’une était cachée dans celle qui vient après. ou comme si un enchaînement mystérieux les liait ensemble, en un récit dont la clé est toujours à venir.

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Première partie

LE MONDE COMME REGARD
au-delà de sa stricte valeur documentaire, la photographie, comme le cinéma, constitue une véritable « fabrique du regard » (Jean-louis Comolli). la pure apparence des choses, en effet, est une illusion : elle est toujours déjà construite par un regard, un point de vue, un cadre. Ce que nous croyons voir n’est donc pas l’ordre des choses, mais le résultat des diverses opérations qui en constituent une image possible. et s’il y a une photographie en quelque sorte « innocente » (celle qui feint de croire que c’est le monde comme tel qui se manifeste), il en est une aussi qui met en scène ce savoir sur l’image. d’où l’importance des ouvertures qui conduisent le regard – fenêtres, portes, vues panoramiques – et aussi de tout ce qui signale la présence d’un observateur, souvent de dos, un témoin en quelque sorte de ce que nous-mêmes sommes invités à voir. le regard est dédoublé, reconstruit et conduit : ce que nous voyons est déjà une vue, depuis tel endroit, avec telle extension. les œuvres ouvrent sur des scènes et des mondes particuliers, chacune invitant à des temps et des modes de contemplation différents.
— Gilles barbier, mathieU bernard-reymond, marie bovo, elina brotherUs, Jordi Colomer, stéphane CoUtUrier, Gao brothers, nadav Kander, perti KeKarainen, lUo dan, Gabor Ösz, mathieU pernot, philippe ramette, GUy tillim

stéphane Couturier, San Diego – Fenêtre East Lake Greens, 2002 C-print sur diasec, 245 x 190 cm guy Tillim, Bureaux administratifs, Antsiranana, Madagascar, 2007 impression pigmentaire sur papier archive coton, 91,5 x 131,5 cm

Philippe Ramette, Contemplation irrationnelle, 2003 photographie couleur, 150 x 120 cm
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Marie Bovo, Cour intérieure, 26 septembre, 2008 tirage ilfochrome, 120 x 152 cm

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Deuxième partie

FAIRE ÉCRAN
parfois les choses semblent s’opacifier, se refuser au regard, lui opposer une fin de non-recevoir. le passage au-delà d’une telle barrière semble impossible, la perspective n’impose plus sa règle, le monde devient fantômatique, flou, inconsistant. et quand il semble s’ouvrir, c’est sous la forme de constructions incertaines ou illusoires. nous sommes ici à la lisière de ce qu’il reste possible de percevoir. Cette limite n’est pas celle des appareils ou des règles de l’optique, elle est ontologique : c’est bien de l’évanescence de toutes choses qu’il s’agit. et même une apparente clarté des formes n’empêche pas qu’elles nous apparaissent comme un mystère.
— Kader attia, valérie belin, FoUad bellamine, philippe CoGnée, philippe deCraUzat, laUrent Grasso, bertrand lavier, marie maillard, anna malaGrida, eriC poitevin, GeorGes roUsse

Philippe Cognée, Chicago I, 2005 peinture à la cire sur toile, 250 x 150 cm
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Marie Maillard, Water I, 2006 diasec, 114 x 160 cm Kader attia, Rochers carrés, 2008 9 photographies, impression sur papier satin, 51 x 76 cm
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Troisième partie

MANIÈRES DE FAIRE DES MONDES
toutefois, il suffit de peu de chose pour que ce qui semblait faire écran au regard ne s’impose à lui, et ne devienne à son tour objet de contemplation. C’est parfois une question d’échelle ou de contexte : quelque chose alors insiste pour être vu, pour capter notre attention. très vite, nous prenons conscience que des univers spécifiques se mettent en place, sans nécessairement se référer au monde sensible que nous connaissons. C’est la puissance de l’abstraction, sa force d’évidence qui vient au premier plan non plus comme un obstacle, un écran, mais comme une invitation à découvrir d’autres mondes, d’autres harmonies, celles de la couleur, du geste, de la composition. Car l’abstraction, contrairement à ce que l’on dit parfois, est un voyage dans le sensible, le sensible pur sans les contraintes de la représentation. l’acte de peindre lui-même, son énergie, le surgissement d’une forme, la magie de la couleur deviennent les raisons d’être de ces œuvres. autant de « manières de faire des mondes » (nelson Goodman).
— martin barré, ériC dalbis, stephen dean, olivier debré, Jean dewasne, bernard Frize, emile Gilioli, raymond hains, imi Knoebel, sol lewitt, FranCesCo marino di tanea, aUrélie nemoUrs, laUrent pariente, Franz piChler, bernard piFFaretti, niColas sChÖFFer, wanG dU

Laurent Pariente, Sans titre, 2004 plaque de zinc, 200 x 200 cm
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Olivier Debré, Gris coulé sur orange (cuivre), 1990 huile sur toile, 180 x 180 cm
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aurélie nemours, Structure du silence C, 1983 huile sur toile, 100 x 100 cm imi Knoebel, Ich nicht, 2005 acrylique sur aluminium, 273 x 294,5 x 7,4 cm
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Jean Dewasne, Esprit des lois, 1952 peinture laquée sur métal, 50 x 65 cm
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Quatrième partie

UNE LANGUE INCONNUE
de tout temps, il y a eu aussi bien chez les artistes que chez les penseurs ou les mystiques, la tentation de parler une langue connue d’eux seuls et de quelques initiés – une langue privée, une lingua ignota comme celle qu’inventa la mystique du moyen-Âge, hildegard von bingen, distincte de tout idiome courant. beaucoup d’artistes sont à la recherche d’une telle langue, peut-être même inconsciemment, non pas par goût du secret mais pour faire au contraire, paradoxalement, que leur « langue » puisse parler à tous, sans les barrières coutumières du savoir. Cette « langue », en fait, n’en est pas vraiment une, elle est faite de signes qui parlent aux sens plus qu’à l’entendement, mais qui pourtant semblent s’agencer en systèmes qui rappellent les langues humaines. la différence, et elle est d’importance, est que ces éléments ont une valeur symbolique variable, ils ne sont pas attachés à un sens particulier et univoque. ils sont comme des véhicules qui nous transportent au-delà de tout discours verbal construit. leur « déchiffrage » est donc nécessairement aléatoire et incomplet, et un des grands plaisirs que nous prenons à leur lecture réside précisément dans cette incomplétude et cette approximation, de sorte que nous devenons, en quelque sorte, les co-inventeurs de ces langues étranges.
— Jean-miChel alberola, Christian bonneFoi, antoine de la boUlaye, Jean-marC bUstamante, alan Charlton, Jean deGottex, dominiQUe dehais, GeorG doKoUpil, remy hysberGUe, dJoKa ivaKoviC, shirley JaFFe, miChal C. Klein, ola Kolemainen, benoît lemerCier, Franz piChler, pierre soUlaGes, antoni tàpies, Gérard titUs-Carmel, bernar venet, zao woU-Ki

Zao Wou-Ki, 19.10.76, 1976 huile sur toile, 85 x 70 cm antoni Tàpies, Grand T, 1982 lithographie, 160 x 120 cm

Jean-Michel alberola, The Little Utopian House, 2002-2003 suite de 11 lithographies, 67 x 54 cm chaque
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éric Poitevin, Sans titre, 2000 C-print, 175 x 220 cm
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www.collectionsocietegenerale.com

© les artistes - courtesy Collection société Générale