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DU AUTEUR
,\. CrmS",OK ct n. SCRRCAT), Heyel. collection , Philosophes "
Presses Universitaires de France, l(NO ; 4' éd. (revue), 1963.
« QUE SAIS-JE ? »
LE POINT DES CONNAISSANCES ACTUELLES
N° 1029 - ­
HEGEL
ET
L'HÉGÉLIANISME
par
René SERREAU
Pro,'esseur 11Onoraire de Pl1üosophie
au Lycée .fansan-d,-SailLy
TROISIÈME ÉDITION
PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE
108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
UATRlÈME
VfNGT-Q
DÉPOT LÉGAL
1
re
édition 4
e
trimestre 1962
3
e
2° - 1968
TOUS DROITS
de traduction, de reproduction etd'adaptation
réservés pour tous pays
© 1962, Presses Universitaires de France
s-
INTRODUCTION
1. Avant-propos. - On a dit de Hegel qu'il est l'Aristote i2lr
des temps modernes. Sa doctrine est en effet le le
plus complet et sans doute le plus profond qu'un philosophe
ait jamais conçu. Elle embrasse tous les domaines du savoir
et recons truit par sa dialectique les aspects les plus divers
de l'expérience humaine, ne voulant laisser subsister aucun
résidu mystérieux, aucune intériorité cachée, aucune trans­
cendance inintelligible.
L'hégélianisme est de ce fait une philosophie d'un abord
difficile. Il n'en a pas moins exercé une influence considérable
au xrx
e
siècle et, après une longue éclipse, est revenu aujour­
d'hui au premier plan cn s'associant à des courants parfois
fort opposés de la pensée contemporaine.
Nous ne pouvons prétcndre fairc connaître toute la doctrine
de Hegel, ni même résu::ner so=airement scs œuvres. Ce que
nous voulons, c'cst mcttre en lumière aussi nettement que
possible les thèmes les plus essentiels qui la caractérisent et
expliquent l'influence qu'elle a exercée et exeree encore
aujourd'hui. Considérant l'hégélianisme comme une philo­
sophie toujours vivante, nous laisserons de côté lc dévelop­
pement historique de la pensée de Hegel pour nous attacher à
présenter ses enseignements dans l'ordre même où leur in­
fluence s'est excrcée. Rcnversant ainsi la chronologie de ses
œuvres, nous commencerons par l'étude du système tel qu'il
est exposé dans la Logique et dans l' Encyclopédie &le
c'est le seul aspcct de son œuvre qu'on ait connu au sièc e
aujourd'hui encore - nous le
pensons - la base la plus sûrement établie. Nous parlerons
seulemcnt dans le dernier chapitre de la Phénoménologie, parcc
que cc livrc, la première grande œuvre de Hegel, est devenu
aujourd'hui l'œuvre hégélienne par excellence, celle qui
répond le mieux aux courants les plus suivis de la pensée
contemnoraine. Eutre ces deux narties extrêmes nous accor­
derons ;}ne place assez longue à philosophie de la religion et
à la doctrine politique de Hegel: c'est en effet sur ces deux



6 HEGEL ET L'uF;cELlAN /S.H E
ordres de problèmes que s'est produite la scission de l'Ecole
hégélienne; de là sont issus des courants de pensée fort
divergents qui font qu'on voit dans l'hégélianisme tantôt
d.U christlaDisme, tantôt le
pIUSsûr fonaement <le l'humanisme at1ée - tantôt la source
du pangermanisme, tantôt la racine du marxisme. Nous
commencerons par une étude des antécédents de l'hégélia­
nisme, non pas seulement pour situer Hegel dans l'histoire des
doctrines, mais aussi et surtout pour Inieux le faire coml'rendre
en le rattachant et en l'opposant à la fois à des philosophes
plus connus en raison de leur abord plus facile. C'est en effet
en montrant ce qu'il retient et rejette de la doctrine des
( grands penseurs anciens et modernes qu'on est le Inieux à
même de saisir les fondements de son système qui se dégagent
ainsi nettement, comme par des retouches successives, des
grandes philosophies qui l'ont précédé.
Notre travail repose avant tout sur une étude directe des
œuvres de Hegel dans le texte allemand et c'est d'après cc
texte que nous donnons nos références.
2. La biographie. - Fils d'un fonctionnaire des Finances,
Georg Wilhelm Friedrich Hegel naquit à Stuttgart, le
2'1"aoftt "T'7'71l':"""Tr ht ses preInJheS' études au lycée de sa ville
natale, puis entra en 1788 au séminaire protestant de Tübingen
où il eut pour condisciples et amis le poète et
Schelling, dont il devait être d'abord le disciple. Bien qu admis
aü'X"gTades de magister en philosophie ct de « candidat» en
théologie, il renonça à se faire pasteur et occupa pendant
sept ans des emplois de précepteur à Berne, de 1793 à 1796,
puis à Francfort, de 1797 à 1800. Il consacra alors les loisirs
dont il disposait à parfaire sa culture dans tous les domaines
et à écrire divers opuscules, dont une Vie de Jésus, qui ne
furent publiés qu'après sa mort. ---- -- '-'­
L'héritage qu'il recueillit après la mort de son père en 1799,
lui permit de quitter son précer,torat et de se consacrer entière­
ment à ses travaux Il se rendit à Iéna, où Sshlàli.ng
' enseignait depuis 1796,.y ouvrage, Diffé­
-1 ­
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rence des !.lstè,!!es de Flchte et aCSc1iellmf( en JUllletl"801 et
. soutint le mois 8mvant sa thèse d' « liabilitation », D!u!rJ!itis
1
alorsàlâ II!oqe. TI put ainsi commencer son premler cours
eomme privat-docent en octobre 1801 et fut nommé en 1805
l.'V'f}WDUCTION '1
professeur « extraordinaire », c'est-à-dire non titulaire, avec
un traitement des pins modiques.
Dans ses cours, qu'il remanie d'une nnnée à j'autre, Hegel
met au point de mieux en mieux sa doctrine personnelle et
s'éloigne de plus en plus de SéeIli ng. La rupture de.... ient
'Z _ }jdéfinitive quand paraît Œ la Phéno-
ménologie de l'esPIit qu'il achève en octobre 1806, au momllnt
de la bataille d'Iéna. Les troubles causés par la guerre lui
ôtant alors tout espoir d'être titularisé dans son Université où
il était d'ailleurs fort mal payé, Hegel, à bout de ressources,
renonce à sa chaire et accepte l'emploi de rédacteur en chef de
la Gazette de Bamberg qu'il OCCUpll de mars 1807 à novem-
bre 1808. C'est alors que son ami J'!,iJùhammer, devenu
inspectenr général de l'Enseigncment en Bavière, le fait
nommer directeur et professeur de propédeutique philosophique
du Lycée de Nuremberg. Il exerça ces fonctions de 1808 à 1816.
C'est durant son séjour à Nuremberg qu'il se maria (en 1811)
avec la fille d'un « patricien Il de la ville qui lui donna deux fils,
J - J'fet qu'il publia sou La scie'.!Ç!l.É.!!./a
(1812-1816). La notoriété que lui valut ce livre devait
lui assurer une nomination en titre dans une Université. Il
l'obtint d'abord en 1816 à Heidelberg où il acheva la mise au
lt - '1 de en le_ L' des
1 (1817). TI est---enrm nomme il 1 Umver-
(sité de Berlin où il occupe la chaire que la mort de
1laissait vacante deplùs quatre ans. Il y commence ses cours en
octobre 1818 et y exerce jusqu'à sa mort, déployant ur.e
activité considérable, non seulement comme professeur (il
fait dix heures de cours par semaine), mais comme chargé de
multiples missiollô, présidant des jurys d'examens, pronon-
çant des discours, rédigeant des rapports officiels (il fut même
un an recteur). Il ne s'accorde de repos que pendant les vacall-
'J ces où il entreprend parfois de longs voyages, le dernier à
1827.
est maintenant à l'apogée de sa carrière. Il a plu.s
de cent auditeurs à ses cours et groupe de nombreux disciples,
dont certains sont des hommes d'âge mûr déjà célèbres.
Protégé par le ministre et le directeur de l'Ensei-
gnement supérieur il i!eut pendant quelque temps
régenter les chaires de philosoplùe des facultés prussiennes.
Mais il est loin d'avoir joué le rôle de « plùlosophe d'Etat Il
qu'on lui a si souvent attribué. S'il était
prurienne, issue des réformes de il était fort
"1.. suspect à a' Cour et les vieux conservateurs n'avaient pas été
5" - plus satisfaits que lèsliDeriîüXJ)ârsa Philosophie dit droit,
{,... It-'
/q,
c:,,_l::::-;..t cA.... ......
""':' fr"<-(../ /<;J
)"V" _1,...5,"'1:-5'..<- ../1 (.;v,,,,,,, r-
8 HEGEL ET L'IItcf:LIANISME
, son dernier grand ouvrage qu'il publia en 1821. Il est j3é
l dangereux par luthérienne après 1827 et rAëïiilémie
deBerIin lui ferme ses portes.
Hegel fut un,' e des dernières vietimes de de choléra)1
qui sévit l'été et l'automne de 1831.11 fut emporté
enquelqUes heures quatre jours après avoir repris ses cours,
le 14 novembre 1831. Le recteur Marheineke (qui était pasteur
et professeur de théologre) et son ami''liirster furent seuls
autorisés à prononce'r des discours sur sa iOiiihe.
Un passeport français, rédigé en 1800, nous décrit le physi­
que de Hegel en ces termes : Il Agé de 30 ans, taille 5 pieds,
2 pouces [= environ 1.67 ml, cheveux et sourcils bruns, yeux
gris, nez moyen. bouche moyenne, menton rond, front médio­
cre, visage ovale. )) Ses disciples eux-mêmes reconnaissent qu'il
n'avait rien de séduisant, ni d'imposant avec, comme le dit
Hotho, « sa face blême, aux traits mous, pendants et comme
engourdis », sa tenue négligée sur sa chaire, où il s'affalait
d'un air las, la tête baissée, sa parole toujours hésitante, sans
cesse interrompue par des toussotements, sa voix sourde,
son fort accent souabe. Il n'aimait pas qu'on le questionne
en dehors de son cours sur des points de sa doctrine : il ne
répond ait que par dcs gestes vagues ou rP.nvoyait à ses livres.
n préférait souvent à dcs entretiens savants la compagnie de
bourgeois sans culture avec qui il aimait jouer au whist.
' \ En des nuits à préparer ses
)
ou à... éS!:Ï!"e ses une 'Iïüiïj)eà hmle.
'De son vivant-negel n'avait publié que les quatre grands
ouvrages que nous avons cités et divers opuscules ou articles
de revues. Après sa mort ses amis et disciples préparèrent une
édition complète de ses œuvres, rassemblant non seulement les
textes qu'il avait publiés. mais tout ce qu'il laissait en manus­
crit, en particulier Il:!. notes dont «ours.
En dehors de la Phénomeno1Ogw, sorte d'introduction au
système, Hegel n'avait en effet développé à fond dans ses
livres que la Logique et la Philosophie du droit. L'ensemble
du système était résumé dans l'Encyclopédie, mais d'une
façon très inégale: si l'on y trouvait un abrégé substantiel de la
Logique et de la Philosophie de la Natllre, les autres branches
du système y étaient condensées d'une façon beaucoup trop
\ sommaire. Hegel déveJQEpé jans ses cours
j!hilosopme de l'histqlre, i'estnétique, la philOsophk deJa
)
et de la philoso"phie : à toutes ces disciplines
1'l!;ncyclopeiHe ne consacrait que quelques pages. On n1 tro_u­
vait les détaillés et lCls, exen!l!les
Hegel éë'rairCissaifâëVarifsèsé1èVëSlës furmules abstraites de
9 INTRODUCTION
l'Enryclopédie. Les éditeurs des œuvres complètes entreprirent
donc de fidèlement que possible lësTèçons
de I!egel. Ils utilisèrent pourcm ses' manuscrits, qui 1
n'étaient d'ailleurs rédigés qu'en partie et encombrés de
nombreuses notes marginales. Ils utilisèrent leurs ge Î.
CQurL.llL!;elles les plus attentifs qu'ils purent
recueillir. "TOUS ces documents qui se complétaient et se
rectifiaient les uns les autres permirent, confrontés avec les
notes de Hegel, de recon§.!!!uer jl
Md ­
-·C'est ainsi que Gans édita la Philosophie de l'histoire (que
K.JW.l!.egel rééditaë'iisuite) et ajouta des compléments à la
Philosophie du droit. Hotbo publia l'Esthétique, Marheineke
la Philosophie de la reTigron, K. L. Michelet l'Histoire deÎa
philosophie. L'Enryclopédie fut ennchie d""additions (Zusiitze),
souvent fort longues, qui furent rédigées pour la Logique par
pour la Philosophie de la nature par K. L. Mi­
chelet, pour la Philosophie de l'esprit par RoseDkranz
Piiliiia la Propédeutique, c'est-à-dire le cours élémentaire fait ,
à Nüremberg. L'édition complète des Œuvres de Hegel, ainsi)
mise au point, corn rit en tout 18 volumes
àBerrrnâë llr32rI845. C'est son texteque- reproduit l'édition
dite du Jubilé dë-"Glockner (Stuttgart, 1927 sq.).
Il restait à puii'ITërëTes lettres, ce dont se chargea Karl
en 1887, écrits de je'E}esses qui furent publié;pir
(en 1893) et par Nolil (en 1907), et enfin le Cours
d'Iéna, rattaché à l'édition criiiqüe de et J. HôffiiïèiS­
ter(Leipzig), commencée en 1905. ,..-- ­
- On n'a pendant longtemps connu Hegel FrancèJIue par
la traduction que Vera a donnée de l'EncyclOjiédiê(avec les
additions) de 1859TI869. La plupart des autres œuvres de
Hegel n'ont été traduites en français que depuis 1938 : nous
les signalons dans la bibliographie à la fin de ce volume.
Les livres de Hegel sont d'une lecture très difficile en raison
de la lourdeur de son style, d'une syntaxe souvent confuse et
de l'jlxtrêml: sa pensée qui adhère toujours très
étroitement à la langueallêmande dont elle exploite abon­
damment les ressources. Les œuvres les plus accessibles à un
débutant sont l'Esthétique, la Philosophie de l'histoire et
l'Histoire de la philosophie qui résument toutes trois dans leurs
les grandes-lfgnes du système. -----­
CHAPITRE PREMIER
LES ANTÉCÉDENTS DE L'HÉGÉLIANISME
ET LES PRINCIPES DIRECTEURS DU SYSTÈME
Les historiens de la philosophie ont souvent
présenté les doctrines qu'ils exposent comme une
simple succession d'opinions divergentes qu'ils se
plaisent à opposer radicalement les unes aux autres,
ce qui tend à justifier une conclusion sceptique.
Hegel combat vivement cette attitude dans ses
Leçons sur l'histoire de la philosophie. L'idée direc­
trice qui le guide JI <:.la .galerie des
MFos de la pensée »,
doivent être considérés comme les étapes
8,uccessiyes d'un :
celui de la qui progresse dlalcc­
au cours des -dernIère phifo­
sophie, la sienne propre, est le résultat de ce déve­
loppement : contenir tous )
un_6.y'stèEle final, <fHiilltif, qui absoJ; e
en quelque sorte dans une synthèse supérieure.
C'était reconnaître que sa propre doctrine était
conditionnée historiquement et qu'on ne peut vrai­

ses antécédents.
-. .
12 HEGEL ET l:I1ÉGÉLIANlS}\1E
I. - Hegel
Hegel est toujours rangé et se place lui-même à
côté de Fichte et de Schelling dans le groupe des
postkantienr C'est sa philosophie s'est
développée comme celles de Fichte et de Schelling
en partant des enseignements d;"kant : il faut donc
remonter d'abord au criticisme kaiiÏien si l'on veut
connaître les antécédents les plus immédiats du
système hégélien. Une opposition fondamentale
nous étonne cependant quand on compare ces
doctrines. Le criticisme kantien aboutit en effet à
. une solution-agnOSfique,-pü plutôt relativiste, d';;
·,.,
pJ:Qblème de la connaissance : sur le terrain
l'absolu on ne peut rien démontrer; on
des croyances. Or les doctrines post­
kantiennes représentent au contraire un dogD!.a­
z.
ceux gue.I&,a.at avait
; elles ?nt édifié les métaI?hysiques
les plus hum';lme aIt conçus

jusqu'alors. Et cependantelles sont loin de marquer
un retour en arrière. Elles supposent le
tout en le dépassant : elles en conservent, en les
intégrant dans leur système, les acquisitions qu'elles
jôugent valables; elles évitent de ret()mber dans les
lerrements du « dogmatisme vermoulu )J.
J>our comprendre cette évolution ou, si l'on veut,
ce retournement, il faut se rappeler certains points
essentiels de la doctrine de K..!!1t. On sait qu'il
distingue dans l'esprit:
1
0
La sensibilité (Sinnlichkeit) qui reçoit à travers
les formes de l'espace et du temps les sensations
dues à l'action sur nous de réalités indépendantes
de notre esprit: les choses en soi (ou noumènes) que
Kant déclare inconnaissables;
2
0
L'entendement (Verstand) qui synthétise les
LES ANTl!;CEDENTS DE UHÉGl!;LIANISME 13
matériaux de l'intuition sensible par l'usage des
catégories (exemple : l'idée de cause) liées aux
principes de l'entendement pur (exemple: principe
de causalité) ;
3
0
La raison (Vernunft), faculté de synthèse
suprême qui, en s'appuyant sur les principes de
l'entendement, construit des idées transcendantales,
c'est-à-dire dépassant le cadre de l'expérience pour
atteindre l'absolu (exemple : Dieu, la cause pre­
mière).
Nous verrons que conserve cette distinc- Cl
tion entrljl l'entendeme!';9 et mais en lui
donnant un sens-ffès différent. Pour en
. effet, si l'entendement se cantonne dans le monde -1
il peut par son activité desyn­
thèse constituer une science valable; mais la raison
Il dans son. effort pour constiiïire
1 PotirHegiIau contrauele savoir
de l'entendement n'est qu'line forme inférieure de la
connaissance: celle du savant qui n'est pas philo- 1
sophe ou encore celle des anciennes métaphysiques.
nLa raison au contraire, comme il la comprend,
J
III accès à la co_nnaissancc_È .e!us haute,
.. l'absolu.
Si la raison échoue d'après c'est parce
qu'elle veut utiliser les catégories et les principes
Il au-delà de toute expérience possible, si bien qu'ici
la forme mentale fonctionne dans le "ide, tandis que
des p!J.énomènes elle
sensI:E>Ië!lu'eITerend e. Et
prouve que les catégories et les pnncipes ne valent
quê--;quandla raison
vellt s'appuyer SUl" eux s'élever à
elle se perd dans des para­
logismes (c'est-à-dire des sophismes inconscients) ou
aboutit à des antinomies, c'est-à-dire à des solutions
.-1
14 HEGEL ET VIlJf.GF:LlANIS,.\Œ
contradictoires pouvant invoquer des arguments
d'égale force.
Mais ces al'guments prouvent-ils vraiment que
l'ahsolu est inconnaissable? Suffit·il d'un« analyse
critique de nos facultés de connaître pour
la raison l!!....I.Q.!U:éde l'absolu? Ne
I.. intim.e choses,

ç'est.à-dire
lJOur pouvoir comm_e ill'est, l'esprit
humam ne peut s en faire aUClme conceptIOn
vala@e ? - Comme le dit Hegel, « un examen de la
'2.. . ne se [airé autrement qu'en
\1
connaissant ... Vouloir connaître avant de connaître
est aussi· absurde que ce scolas­
tique : Apprendre à nager avant de s'aventurer
dans l'eau» (Encyclopédie, § 10).
Pour les paralogismes dont parle Kant ne
sont pas dus à l'impuissance de la raison: Ils
prouveJ?-t seulement que les IIlétaE?xsiciensslogma­
raisonnaient sur des notions maf fi.xées.
Par exemple, les paralogismes fondés sur l'idée de
l'âme conçue comme une suhstance simple résultent
du fait que l'on opère sur des idées inadéquates,
l'âme n'étant pas une identité simple, abstraite,
mais une identité active, concrète, qui se différencie
elle-même (Enc., § 48, AdJ,).
Quant aux antinomies, elles ne se trouvent pas
seulement dans les quatre « ohjets cosmologiques »
dont parle Kant; on les trouve dans toutes les idées
et dans toutës1es choses, et c'est là ce qui constitue
le moment dialectique de la pensée logique et permet
Je raccordement entre la logjque et l'ontologie.
pom. en effet la contradiction est dans l'être
même; « toutes les choses sont en elles-mêmes
}
contradictoires ». La pensée suivant l'entendement
i.W,e les divers aspects des choses; sa formule est:
LES ANTÉCE:DENTS DR L'li ÉGÉLIANISME 15
l
c'est ou. ccci ou cela. La swvant la raison '\
contraire les choses leur totalitr\ J
c'est-à-dire d'un point de vue supérieur qui domine
les différences auxquelles s'arrête l'entendement. ,.
Elle comprend ainsi vraiment le réel "'n le concevaHt ,...-..( .......$-­
être à la'[O[SCëc7'et cela. Par exem- - lf"-..p4.­
pIe, « une chose se meut non pas pal'ce qu'elle est /,.. 1, , 'Ul­
à un moment ici ct à un Hutrc moment là, mais .. -'.
seulement parce qu'elle est à un seul et même
ici 1<t non ici, parce qu'elle est et n'est pas
à la fois à même place » (Scien.:c de la logique,
éd. Lasson, II, p. 58-60).
II. - La dialectique hégélienne
\ Ainsi donc, ce que l'entendement sépare ct,


oppose, la l'unit dans-u:n:ê totalité concrète.}
Elle résou""fles contraires cn une synthèse supé­
rieure; elle ramène les différences à l'identi té.
Mais cette identité n'est pas une identité abst;;ite /4
qui serait vide de contenu : c'est un':.-identité '3
concrèJe qui contient, pose et développe enelle­
nrêÏiÏe ses différenciations intérieurcs. Telle est
l'essence de la dialectiqu.e telle que Hegel l'a
comprise. L'objet de pensée qu'on envisige y est
d'abord considéré sous Je plus immétiiut, 11
. puis par un brusque retournement (Umschlqgen),
<D il apparaît sous un autre aspect qui contredit le 1
premier; enfin il est saisi comme étant
concrète de ces aspects opposés. Tout progresse
iitt dans les choses comme dans l'esprit par des
ContradictioDS .-9..ui se résolvent chaque fois en
l
syntIïeses, d.:Qù surgissen1__de Douvelles contra­
\
dictions. Ce mouvement dialectique est un déveJi
IOlJPelnent (Entwickclung) qui fait passer rl'tr »
d'un etat relatIVement pauvre et ahstrait à un état
1
16 HEGEL ET
"" plus riche et plus concret." Chaque idée a en elle­
même sa propre négation qui la fait se convertir
en une autre idée qui se nie elle aussi; il se révèle
que ces dli.uX idé.e.s..-ne- &!lnt que moments
d'une idée qui contient les deux premières
eE- les élevant à une _supérieure. Ainsi se

réalise le progrèsaiaLeëtique dont fc véhicule est
!k'jS
- ce que appelle le négatif. Le négatif c'est
d'où naît la contradiction qui Er
néggriD.ll.!1.e la négation est_ supprimée en s'absorb_ant
dans une tota1Tïe---p1Us haute. C'est ce mouvement

qu'on exprimed'ordinaire par la fameuse
A
1triade: thèse, antithèse, synthèse. En fait ces termes,
\ util!Jés Kant et par Fichte, soÏitfiès
1 emp oyés par1rcgeI : il use le plus volontiers de
vewescomme umschlagen (se retourner) et surtout
'2
, qui veut dire à la fois Ç!!]Y<1!ver _
J
et elever.
La doctrine hégélienne est donc par excellence
une philosophie du concret. Cela peut paraître para­
doxal,· car ses livres, ('l'une lecture très difficile,
se présentent, suivant le mot de Victor Cousin,
(
comme « une masse compacte et serrée d'abstrac­
tions ». Mais il ne s'agit pas pour Hegel du concret
4.
( au sens vulgaire, c'est-à-dire de la donnée -=é­
diate de la connaissance sensible. II faut prendre


le -El0t concret son sens étymologique : èon­
{3 cretum, ilHoncrescere, désignant ce qui s
37
deI'ensemble de ses J.larties,

comme le végétar-qûi pousse. Autren:îëÏit ·d1i le
1 t!!!;tlité
)
Il
1nquement a partIr de ses moments. Et ces
doive!?-t <!:-aliôrd être c'eEt-à·direuétachés,
extraits des données immédiates ëOtifuses-: Cest
là1ë qui. reste
bien que subalterné: ïilfait défaut


J
-=­
LES ANTtCSDENTS DE L'HSGSLIANISME 17
tout reste indéterminé, c'est-A·dire confondu ®ne
la nébulosité de l'intuition ou du sentiment.
Le travail- de fa comprend ainsi
d'après Hegel trois moments 10 e m2!Pent abstrait,
celui de l'entenckment qui iso e les déterminations;
2° Le moment ro rement dialecti ue celui de la
raison négatwe, ou . 30 Le
moment celui de la raison positive où
l'on s'élève Ala synthèse (Enc., § 79).

l'umt,é est dit spéculatif parce que€cillicelfu.!'y .. -:1 t:1
rêCOiinaît comme dans un

(en latin speculum) (1). 1
III. - Hegel et les postkantiens
et

Mais ce term.,e d'unité et ses corrélatifs: identité
l
et WJlliJ.é, ont -un sens encore plus fondâine"ii'ftù.
Ils êâ'raêtérisent en effet les conceptions de l'absolu
par lesquelles les pos!kantiens s'opposent J:\
radicalement AKant. Ils peiinetîë:tiï également, une .
fois précisés, dCsituer Hegel par rapport aux
autres postkantiens et parra'pport aux doctrines .
métaphysiques antérieures. __
(Kint: a reconnu que nous ne comprenons vrai·

choses qu'en les unifiant par l'activité ,,,yt.. -"
synthétique de notre entendement. Sa propre aoc- J'jJ.,u... .
trine est cependant loin de satisfaire pleinement A"
cette exigence d'unification: elle aboutit en effet
b--b
sous plusieurs de ses aspects A poser un dualisme
irréductible. Sans doute elle semble apporter une
solution unitaire âé la connaissance
en dOnnant raison à la fois à l'empirisme, puisqu'elle
(1) sie mot mélap.hl1-
sique 1 TIilt penser à la. PenIen-
dement • de l' re cartésienne, systématisée par Wolf.
n. SI':KRF.AU 2
18 HEGEL ET L'HÉGÉLIANISME
-f que la matière du des et
au ratwnahsme, pUIsque l'e-;;tt (IOit-lmposer .!la
z. forme à cette matière pour a rendre -mtelligible.
Mais elle n'obtient cette conciliatIon qu'en affIrmant
ici la dualité de la matière et de la forme. A ce
dualisme se superpose celui du phénomène, objet
d'une science certaine, et de la chose en soi mconnais­
. sable. Sans doute Kant pense que nous pouvons
\ __ __ dans l'action
morale: Mais il retombe alors dans un autre dua­
llsiiie: celui de la raison théorique, incapable d'arri­
ver à ses fins, et de la raison pratique qui se satisfait
pleinement l'accomplissement du devoir. 1­
Dualisme qu'aggravent encore les postulats de cette

même raison pratique (existence de Dieu et immor­
"'f
pd(i:-
talité de l'âme) .q.ui, une 1
(
de opposent mon e
au-=aelà surnaturel. .k<- ,t." "';./."""'v
contre ce dual1sme qu'ont réagi d'aDord les
.. deuxpremIers-grands postkantiens : et
l'CA- - (Sc1Llling : ils ont établir une conception
6/.-.. t; vraunent unifiée du mondè:--mchte faIt de la chose
/
1
en soi un abSolu suTiJiêtif, le moi pur, qui se pose
lui-même en s'opposant un non-moi, c'est-à-dire
en se donnant une limite qui rend possible les
consciences individuelles et ouvre un champ d'ac­
tion à l'existence morale. A cet idéalisme subjectif
Schelling oppose un idéalisme objectif: il ramène
tout r un absolu neutre dominant l'opposition du
rl moi et du non-moi, indifférenciée du
'Isu..hjectif et de l'objectif qu'il crOIt saisir immé­
diatement par l'intuition intellectuelle.
C'est à cette philosophie de l'identité que
s'est d'abord rallié dans__ ouvrage :
de. ,4è
(juillet 1801). Mais il s'en est dégagé peu à peu dans
LES ANTÉCÉDENTS DE L'HEGÉLIANISME 19
ses cours d'Iéna et a rompu définitivement avec la
pensée de en 1806, !I!!!lnd il eut .. .!U
point la de Dans la préface
de cet ouvrage il cet abs@Lde
qui «. tiré d'un coup de
{
pistolet ll; il n y'oit la où
_ vaches noires ll. Et il précise sa propre doctrine:
-l'absolu"doit être considéré moins comme substance
que comme il faut y voir non une entité
A
(
mystérieuse dont on ne sait comment déduire le
monde réel, mais une totalité vivante comprenant
toutes ses déterminations comme des moments de
s..@. aevëlOppement (Phénoménologie, Vorrede, 1-3
)' et II:l). .
IV. - Hegel et Spinoza
appelait la philosophie de l'identité de
Schelling un « spinozisme kantien ll. En l'adoptant,
il S'ètait rallié en fait à la d7;étrine de l'immanence
de SPÏI}0-f' à ce XlXt 7tiXv (un et tout) que
son aIDI ô!derlin lui présentait déjà à Tübingen
comme la vi'rité suprême. Si le refus de toute
transcendance apparente toujours H.m.l à
une opposition n'en apparaît pas moins dîBie
moment où il s'est séparé de Schelling. Il rejette
alors implicitement le spinozisme en t'ant que philo­
sophie de la substance; il le rejette en tant que
métaphysique de l'entendement et en tant que
doctrine (onAée. sur )'\
de pure.
S'il reste fidèle au principe -del'Immanence, il ne
peut admettre que les attributs et les modes soient
simplement dans la substance; ils doivent en être
déduits comme ses différenciations nécessaires. Cjl
qui manque au de c'est
20 HEGEL ET L'HSGSLIANI8ME
loppement qui
§pin,..2!.a dit bien que toute une
1?A"'7J" - _négation; mais il ignore la ;rsatîon dé la néggjion
qui du an81'être comme dans
la pensée. L'absolu de est un réceptacle
infini qui contient simplement ses déterminations
(
finies et a en fait les caractères d'une chose; l'absolu
de sujet plutôt que sUbstance, est un pro­
Ulr cessus, un progrès, un.devenir ; il se manifeste comme
(le mot allemand
, EntuiièEelungales deux sens). Pour Sp'inoza l'absolu
esfSimuftanément étendue et pensée; pour Hegel il
est successivement matière et eSRrit. Ce que 'SPûa
explique par un paraUélisme, qui fait de l'âme
l'idée d'un corps, résulte pour d'une évolution:
la Nature, extériorisation de l'Idée absolue, s'élève
par degrés du mécanisme à la vie, et le de
vie atteint son terme ultime dans la pensée de
-l'Esprit absoru finit par prendre
' coîi8ëieE:cë de lui-même. Pour Sp'moza tout S'en­
-1 chaine nécessairement dans l'univers suivant un
[
déterminisme purement mééaniste et la finalité
n'est qu'une illusion. associe au contraire
'2 la finalité au déterminisme; pour lui, la détermi­
(
nation est en même temps destination (1) :
/ évolue dialectiquement pour faire apparaître
V. - Les antécédents
de la dialectique hégélienne
Si la conception de rfirnmanence est
très différente de e!!!0za et plus encore
peut-être de celle qu'on trouve chez Plotin et dans
d'Alexandrie,
,,-,
\

(1) C'est Je double du mol
LES ANTEceDENTS DE L'HeGeLIANISME 21
revêt chez lui tous les aspects sous lesquels elle
s'était présentée jusqu'alors.
1. Platon. - C'est d'abord la dialectique comme
procéd%dé pensée. Dans ce sens, commun à Platon
et à Kant, c'est l'art de découvrir des contra­
dans un o*t de pensée et d'essâyer
de ou de montrer qu'elles sont inso­
lubles. Cette méthode avait déjà été utilisée par
<J.'Elée et surtout par les sophistes grecs.
Ces sophistes, les considère comme de très
grands philosophes, parce qu'avec eux apparaît
!l'âge de la. réflexion où l'absolu se pose
comme sUJet.
2. !Y.r.'!!!ilite. - Mais pour la dialectique
n'est pas seulement la loi de la : elle est
aussi et d'abord la l.Qi de l'Etre. Son plus lointain
précurseur est ici qui a le premier enseigné
que l'être et le néant s'identifient dans
que tout èJÎ
monde et la société humainej\ "
ne par des oppositions, des conflits; /J, />VtA-'
,gger!..e est incessante; elle est vartout et cL.. f
tout. La philosophie est, elle aussi, une 4- 'l
PJiflosophie du deve'lir qui fait de la contradiction
lasource de toùf mouvement et de toute vie. Mais
le devenir pour n'est pas seUlement une
évolution dans temps; il est aussi et d'abord un
(intemporel)
;

3. et J. Bgl!!.-me. - La dialectique peut
enfin avoir un sens mystique. On en trouve déjà un
t1
rJJ9- l..-
'
'-·L
exemple dans J'Antiquité chez le dernier
"1.. •
grand représentant de l'Ecole :
- /"'sI:; <.
partant de l'Unité absolue et ineffable, il développe
tout en triades dont chacune révèle une des faces
--:7
l
22 HEGEL ET L'IIEGP:LIANI5ME
de la cause première et surintelligible. Mais c'est
surtout le fameux théosophe Jakob Bœhme,
philosophus teutonicus," qui semble. avorr iiil'Juenëé
On trouve déjà chez des thèmes
hégéliens, par exemple, l'idée d'un parfait
qui pose et s'oppose à l'intérieur de
Tbl'ff­
1propre contraire pour, en surmontant ses contra­
dictions, s'épanouir dans une claire _de
soi et absorber toutes les désharmonies dans une
synthèse s'est mis à son
en s'appliquant à donner un sens dialectique à des
dogmes chrétiens"'
VI. - et Aristote
De tous les grands penseurs anciens celui qlÙ
s'apparente le mieux à c'est peut-être Aris­
tote. Sans doute !ri!n,ot,!; fait assez peu de cas de
ce qu'il appelle la dialectique où il ne "9it --p!':u.ne
sinon de sophismes. Loin
de déduire comme Hegel les catégories les unes des
autres, il les présente comme des genres de l'être
incommunicables entre eux. Mais la logique d'
We est de prime abord ontologique comme celle
de : les lois de la ensée sont. our lui.les lois
. ge l'etre. se rec ame vo ontlers d' IS!.2.te:
J\
c'est, par exemple, une longue citation de sa
(
Métaphysique qui termine l' Encyclopédie. Il est
son égal par l'étendue de ses connaissances et
__ tDusJes
ont mérité tous deux, par
( la profondeur de leurs vues, d'être appelés « les
1)< 'Î J
professeurs des professeurs ». On pourrait parler

d'une d'une gauche aristotélicie.n.nes comme 1
on par e, nous le veflOns, d'une droite et d'une •
ga.,!1che hégéliennes. Si en effet a pu

cJ.,..
l 'Grf'jr­
1
\ LES ANTP;CJ5;VENTS DE L'HEGELIANISME 23
au
doctnne officielle de l'Eglise, il a pu aussi, dès J
l'Antiquité avec Straton, et maintes fois depuis la
Renaissance être inVOCiiié en faveur d'une conç,eption. II 1..
du monde (ne serait-ce que parce qu'ilJ/
eim"ût1'idée d'une création du monde et l'immor­
talité personnelle de l'âme).
Ce qui rapproche le plus Hege] c'est
d'abord sa conception de réalisé dans
l'individuel : le particulier (das Besondere) c'est
.>- essence qui se particularise en se déterminant t
(Enc., § 24). C'est surtout sa conception ëIUdéve·
loppement de l'être: au rapport aristotélicien de la
et de correspond chez Hssel le
rapport de l'en soi (An sich) et du pour SOL rFür
Il - sich). L'être en soi c'est la virtualité qui n'est pas
encore sortie de son unité intérieure (par exemple.
Z- le germe d'une plante) ; pour soi est réalisé
comme existence particulière distincte (exemple la
plante qui pousse). Mais comme le pour soi est,
à son achèvement, l'en soi développé, il est en fin de
compte en soi et pour soi, ce qui complète la triade
dialectique. Cette tmit' de l'eQ soi et du 0 r soi J
t"JI c'est le concret. Le eveloppement de l'être est ainsi A
une de l'abstrait.
au concret (pour, soi). C'est en même temps une
médiation, c'est-à-dire un passage par des moments) L
slf&cessifs qui se contredisent, se nient, se réfutent
les uns les autres (cf. Leçons sur l'histoire de la philo­
sophie, éd. l, p. 101 sq., et p. 139 sq.).
Un autre point de contact important avec
ArisWe, l'a.çcord que veut établir entre
reconnait que la
p doit son déveloP-Eeme!l!.

pour pomt e epart. on ro e est e donner ..jte
24 HEGEL ET L'HEGELIANISME
contenu (d'abord_ subi passivementL la
(c'est-à-dire de l'enchaÎI1e­
ment logique), la forme de l'a priori qui représente
la liberté de la pensée (Enc., § 12) (1). La philo­
sophie spéculative peut donc accepter la fameuse
formule : nihil est in intellectu uod non rius rit \
,..-( n'e§Ldans l" ect qui J
<Z- auparavant dans les sens). MaIS e e peut la rectifier
et ïâ compléter m'feui que ne le faisait
avec son !!isi ips!J.... in.!elleetus
lui-même) ; ellë peut fa retourner entIèrement en
disant : nihil est in sensu quod nonfuerit in intelk,etu
(il n'y a rïeïldans qui n'ait d'abord été dans
l'intellect). Ce quiSigmrlë Raison, est
première du monde et quet:"oute expérIence,
CQl!!;me tout sentiment, n'a de contenu valable
If
qU'lI émane de la pëÏJ.séë (Ene.,g 8).
VII. - Le panlogisme
et les cartésiens
représente donc la pensée rationaliste; ill
l
l'incarne même sous sa forme la plus radicale, le
lHpanlogisme, en f' nt de la Raison la bst nce
.JIU mëïiië'"' e 1 DIvers. ans un c apltre essentiel de
son Introduction à la philosophie, a montré
nettement le progrès que réalise la doctrine hégé­
lienne par rapport aux formes antérieures du ratio­
nalisme. La forme la plus ancienne est l'apriorisme
de Platon: la pensée n'y est pas vraiment créatrice
car d'une le .n'y
est en faIt qu'une copIe epuree dU mon e sensible
(1) La est libre quand elle n'est 1'81 asservie à une donnée
extérleure,mats se meut d'clle-même ell posant IlltérfeurelPent
propres détennlnafions.
lES ANTEcEDENTS DE L'HEGELIANISME 25
et la théorie de la réminiscence suppose que l'âme,) 1
avant son incarnation, n'a connu les idées qu'en,
les voyant en quelque sorte, par une intuition ana­
logue à l'intuition sensible. plus élevée
du appelle l'onto- \ L
par : la pensée
y atteint l'être en saisissant intuitivement des l
évidences premières : le Cogito, les fondements des \
mathématiques, ])ieJl ..

ontologique). Cette métaphy- 1
sique de l'entendement, s'inspirant de la méthode
est systématisée d'une façon plus .
panaite dans deux directions opposées par Spi!l0.!,ll 1
et par mais il y manque toujours la média-
J{ tion entre de l'absoWetIJJL!"éalitleii!Pi­
riqUe::;)Ne se contentant pas d'une ièléè « qui se

porte elle-même », c'est-à-dire implique d'elle-même 1.5
son objet, son fondement substantiel,

cherche une idée qui se meut d'elle-même, c est- - Ile
., qUI produise toutes les autres idées par la nécessité
;
du développement IuLes! iI!!manent.
Ce_t l'Idée permet d'éliminer '\ ::::::::.
la transcendance de qui avait dominé '>
toutes les formes antérieures du y
J
cOïiij)i:lS1ecrîtlClsme avec sa cho_se Y"
(1). Le monde des phénomènes n'est "..,..::-­
[
rien d'autre chez que le développement de
l'Etre dans toute la plénitude de son contenu
(C concret. Le panlogisme aboutit ainsi à une doctrine
qüt,";i elle- &t apritriste par sa méthode, est
riste par son contenu effec,tif. Comme le dit _ re(
(1) Il en est de même de la doctrine de SpJDRp : la substance avec
lesJttrlbu1s Infipls elUlllmhœlnftnl (dont creux-seulement nous IOrit
connus) s'oppose 51 radicalement aux modes finis consUtuant le
monde réel que a pu dire que son p8J1tbéjsQle était plutôt up
qu'unatMlsme, .
26 HEGEL ET

A Weber,rl'absolu hé élien «
c1i08êsfily est tout entier. . n
1- en rien lacapacité intellectuelle de l'homme >l.
e.
VIII. - Spiritualisme et matérialisme
Si la philosophie hégélienne ainsi
J!psition de l'em .. e et du rationalisme, elle sur­
monte également celle es octrrnes spiritualistes
1et matérialistes qui esprits au
.
)
1XVIIIe Dans les universités on enseignait le
spiritnalisme wolfien qui systématisait la doctrine
de c'ëSi en étudiant Wolf que
s'est initié très jeune à la et c'est sans
parce ::t'il commençait à le_dépasser
fut mal noté e phiJôsoplûê âu séminaire de Tühin­
, certain qu'en paroles au moins
d'tou'ours rendu hommage au spiritualisme uis u'il
JI parle sans cesse e leu et appe e s nt eist)
,l'Idée, principe suprême de sa doctrine. Mais....il
-- f n' st as du tout sûr l'il ait ar' del

essentle es u SfIrltualisme j l'existence d'U!!.- ieu
personnel et l'Immortalité personnelle de l'âme
(dont Kant faisait des postulats de la raison pra­
tique). qui est certain c'est qu'à côté de

de et des Aufkliirer plus ou moins w.2!.fiens,
a connu de bonne heure les matérialistes
l)t c&Aa t" dont la doctrine a prévalu en fait au
- XVIIIe siècle, en dehors des Universités. Il rejette
bien entendu le système d'un qui n'est,
comme les doctrines spiritualistes qu'une méta­
physique de l'entendement. Cependant, comme
l'atteste Victor Cousin : « Il ne dissimulait pas sa
sympathie pour les philosophes du XVIIIe siècle,
même pour ceux qui avaient le plus
cJ!.use du christianisme
'"
LES ANTEcEDENTS DE VHÉCf;LIANISME 27
;; C=:=:=='. __
..
Nous verrons comment, tout en T _
en fait une conception
du monde, il a su garder un sens aux notIOns res -:-;
plus vénérées de la et a pu J­
soutenir que « l'esprit esf1a vérité existante de la
matière qui est que la matière même n'a pas de
vérité» (Enc., § 389) (1).
Il
-/ 1/ li A"
'-Si"" (1..' "'"...l.'I t;
...
t 0 cJJ'-oJ..-,--A (r fr)
.;,. 4. -"'" /
f
CHAPITRE II
LES THÈMES ESSENTIELS
DU SYSTÈME HÉGÉLIEN
J. - L'idéalisme hégélien
qualifie sa doctrine d'idéalisme et c'est
toujours sous cette étiquette qu'elle est cataloguée
par les historiens de la philosophie. Mais ce mo.t
d'idéalisme est vague et même très éq:uivoque. Il
faut bien saisir dans quel sens il est pris par
Il faut tout d'abord écarter l'acception la plus

(. \
courant&.Jlu...m.ot, celle qui revient à opposer sans

cesseJ:Idéalbau qui doit être à ce qui est,
com at cette philosophie du devoir être
telle qu'on la trouve dans la doctrine de Fll:!!!e,
dans laquelle l'idéal n'est jamais atteint, plus encore
telle qu'elle s'exprime d'une façon confuse chez
: par exemple la Sehnsucht (nos­
talgie) de N..oy..IDis, l'ironie de lù'édéric
- De telles doctrines impliquent Pinsatis1âëtion
_ devant la réalité et font aspirer à un dépasseD,lent

]
vers des lointains brumeux. Certes l'homme
r8e sent d'a!?ord jeté dans un_ m.onde éttanger,
o[""ll perduT!fai8'1le rôle de la philo­
Ilop..!lle n'est J)as de détourner l'homme du monae
A
---- ,
LES DU HtGtLIEN 29
,/3
réel; elle doit l'amener à se réconcilier avec lui en
d-,'couvrant à

iii Quand l'e!!.mit cOI!lprend le monde ep. se

lit en lUi, chez SOl. Au lieu de se sentir
l'esprit en le comprenant et
en lui donnant un sens revient à soi, enrichi de tout
cë qu'il s'est ainsi asslïïïIIé.Comprendie

de la p . osophie : il faut que tout soit reconnu
rationrJel, « idéel », c'est-à-dire adéTlatement
par la raison, de même nature que
ses idées (cf. Science de la logique, éd. l,
p. 145).
:::=s Il faut donc aussi éliminer le sens qu'on donne
k,C"o""'''''
au mot idéalisme quand on l'applique au criticisme
r
qualifié d'icYJJ,lisme transcendantal. Cela

I{ . dire que .K8J}t nous connaissons
li
JamaIS que des ldées et plus géneralement des

phénomènes conditionnés par notre stru.cture m.en-
tale qui transcende les matériaux de l'intuition
sensible; la ...·des choses'" nous
iïhas:e, la cMseerï soi eStmconn:aissable.--.=-Pour
au contraire, il n'y a pas de chose en soi,i!s
®=réalité kdépendante<îe cela
ne veut pas dire qu'il n'existe que des êtres pensants
co.mme l'enSeigne. Berkeley qu'on qualifie le

souvent lJl:l.4:l._ sa doctrine n est 1


comme superficielle (ofiêrJlàClîlwh) cette forme
d'idéalisme pour laquelle les choses sensibles ne
seraient qu'un monde subjectif, un monde de la
conscience. Qu'on lise pour s'en convaincre ce
passage de ses Leçons d'esthétiques:
cc Le plumage multicolore des oiseaux brille, même s'il n'est
vu par personne; leur chant retentit, même si personne ne
l'entend; cctte caetée qui ne fleurit qu'nne nuit et ces forêts
30 HEGEL ET L'HÉGÉLIANISME
tropicales où s'entrelacent les végétations les plus belles et les
plus luxuriantes, dégageant les parfums les plus suaves, tout
cela dépérit et tombe en pourriture sans que personne en ait
joui. » 1-<
.",. f'"J.

- II. - VIdée etQe concept ... .Yl ':-' •
1
-

;; Clr-f- !l
Le sens que Hegel donne au mot idéalisme c'est'
celui qui fait de l'Idée l'absolu, le principe suprême.
faut-il ? On sait que pour
('1'3:
aton'l'wee-est l'essence suprasensible, le type
général auquel participent les êtres particuliers
dans le monde sensible. Mais l'idée de Platon est
\ transcendante et sa doctrine pü'is""qu'elle
1oppose radicalement le monde inteIIigible a!!..!!!onde
1. est au contraire une .1'hi­
VV(J -
IJ de : c'est le sujet
ft universel i corn rend tout, dont toutes les ch ses
J' ne sont que e éve oppement dialectique. Ce sujet
universel c'est ce qu'il appelle Idée ou
( 1j!.egrJ:ff). Le mot concept est le plus expressif par
son etymologie même. Concept, de concipere,
(comme Begriff, de begreifen) veut dire
comprend, c'est-à-dire prend ensemble (1). Le
concept c'est la l)mitlersel qui
comprend ses détermmatlons dans un aéveloppe­
ment dialectique; c'est en ce sens ce qui est llh§o­
(Enc., § 164). Quant à l'idée, au sens
precis, c'est pour la réalisation adéquate
1]
du concept, « l'unité absolue du et de

l'obiillivité » et ainsi « le vrai en soi et pour soi»
(Enc., § 213). L'idée c'est d'abord la vie, l'âme,
puis l'idée du vrai et du bien dans la connaissance
et l'action, atteinl'dans
"
tc/.L-L" .-;
(1) Il est fAcheux pour cette raison que, suivant l'exemple des
anglais, on ait longtemps traduit Begrift par notion.
îW-­
é.J,-If
)/J;"':"(;.-
#, piA-. .5e.- of' J-'''' ,
S:'...-- û,-' )
z

,(J'
.
(;AÂ..;t
s
tfj fJ)tt 't;....-t!ô'­
-::;
N.A-- V,
LES THÈMES DU SYSTÈME HÉC"P;LIEN 31
la--Eensée p_hilosophe où pense elle-même,

est 1!i"VérIté qui se connaît » (Enc., §§ 574-577).
Du point de vue de l'Idée,

comme un moment subordonné; il reste néanmoins
le principe de l'idée (Enc., § 213, fin).
III. - La pensée et l'universel

Plus généralement, ce qui est premier l'our

la pensée, non pas la pensée subJectwe, c'est·à·
dire la simple opinion, mais la pensée objective
Ws'identifie à l'universel. C'est d'abord l'universel
te qu'il est conçu par l'entendement, c'est-à-dire
considéré abstraitement comme une forme vide
séparée de son contenu. L'universel vrai, celui de

la ?'est le concept.. c'est-à·dire la pensée qui
se determme, se se donne un contenu,
c'est l'universel ui se articularise (par exemple,
l'animal en tant que ma ère). L'idée c'est le
en tant qu'il se le concept se .
r
l rëïiîplit de lui-même. \
concept, e.!!.e se donne sa réalité dans Je corps :) J

d'oilla Si et la réalité se séparent, 1J !><
lamort (lHSi.de la phil., éd. Ufe--9-­
:-9-1 à ( (j.;r!
Ua pensée)est pour Hegel à la fQis : Id:- (;
'. 1
0
-,La substance des choses extérieures : dans la
nature, «""intelligence péffifié'ê»;"'disllÏt
elle se manifeste par les lois des phénomènes, les
genres et les espèces des vivants;
La substance universelle des choses de l'esprit:
I
. u Ifans toute intuition humame il y a iIe la pensée;
de même universel dans
toute re résentation, dans tout souvenir et d'une
maïïière dans toute activité mentale, dans'
32 HEGEL E1' L'HEGI!:LIANISME
JI
toute volition, tout désir, etc. » La
donc êtreconsidérée «oomme le véritableprincipe
...-1 universel de toute existence naturelle aussi bien
'2- q!!e elle domine toutes
chosëSet est à la base de tout» (Enc., § 24,
Addition).
IV. - Divisions du sy&tème
Le système hégélien est le développement d'une
'" vaste triade dialectique : idée, nature, esprit. Plus
'/:--..J'L exactement il étudie l'Idée, autrement dit l'absolu,
f...-.... aux trois moments de la méthode :
, .. position (thèse), ne. 'gation (antithèse), unification
"-'<.2< • {!!ynthèse). L'Idé.e. est d'abord l'Idée-llW'e..{2!!4e­
{;:; ment de toute existence naturelle et spirituelle,
-/c l'équivalent de €le qu'est dans une
spiritualiste t!L:eensée divine avant la c_réation du
----:--- (mOnde. Elle est ênsuite l' Id' ext rioriséë""8ortant
d'elle-même pour se manifester comme Nature ans
l'esFace èt dans le temps. Elle est enfin l'Idée
rentrant en elle-même après aliénation-et
ainsi eSErit réel,pensée d'elle­
C2J
- D'où es trois grandes divisions du sys­

tème : LOJ{1/!:; de la
de l'esprit} egel identifiant Idée et Raison, on peut
-1 dire que la étudi,§"e in dans_la
est dans la PhilosofJie de la
"2. nature en tant qu' elle réalise dans 1 nivers et
dans la Philosophie de l'esprit en tant qu'elle se
-.J .!!aIise pensée et l'activité de l'homme.
1. La logique. - La logique commande toute la
philosophie hégélienne. Elle doit être considérée
comme un système de détermination de la pensée où
l'opposition du subjectif et de l'objectif.
LES THÈMES DU SYSTÈME HÉGÉLIEN 33
Autrement dit elle se confond avec l'ontologie :
les catégories de la pensée sont en même temps les
categories de l'être. Si la pensée logique est dialec­
c'est parce que l'être lUi-même est dialectique.
La dialectique idéelle n'est que le reflet de la
dialectique réelle : le logicien doit se laisser guider
par elle, penser à sa suite (nach-iJiInken). Sans doute
la apparaît un d'oIl!Pres » ;
mais ces ombres sont les essences pures, dégagées
de toute matière sensible, dans le réseau desqueJles
est construit tout l'univers. -­
-La logique hégélienne comprend trois grandes
parties : la théorie de l'Etre, la théorie de l'Essence
et la théorie du Concept.
a) Théorie de l'Etre. - La théorie de l'Etre étudie
les catégories les plus simples et les moins déter­
minées; celles de l'immédiateté. Elle commence
par d'Etre : c'est l'idée la plus abstrll:ite,
(
la plus universene,-mais par litiiiêmlLliLclus vide 1
I
de contenll.L'être qui n'est ni ceci, ni cela n'est
rïeïi ; il équivaut donc au néant. Cette contradiction
se résout dansJe devenir.!-passage de l'être au néant et
à l'être. « Le devenir est la première
pensee concrète et ar là le remier conce t,
tandis que l'être et e néant sont es a stractlOns
vides» (Enc., § 88, Addition). Notion capitale par
laquelle rejoint le vieil Héraclite: rien
stable dans l'univers ; tout y est mouvement
cOiifiîïuel et, J'absolu n'est rien ce
ininterrom u du - nir (4as A h$ow.te
y a en toute c 0 e de l'être etdu
non-êtrè. Si une fleur n'était que fleur, elle resterait
(
fleur éternellement; elle se nie, elle se réfute en se
fanant our donner un fruit et des raines.
Toutes les catégories de l'être se evelo..ppent_ à
P
arîiraud"evenir. Pour simplifierla dialectique
---' n"". rt:nw:'
R. SERREAU ·3
Il
!1.I"'7J
r
w
/ ­
} 1 (cf­


.., --.. r
J"-e.
34. HEGEL ET
hégélienne, on peut dire que le .deyeJlir
d'une qJ,l.alité. à une chaquê
determmant une enstence em Ln ue, un aseLn
(etre- à . Un être eu s'op..e0se
est etre our so F sLch sem).
- Le mouvement i ectique conâUlt aInSI e la
qualité à la quantité: quantité extensive (nombre),
...oJl On aboutit à la
mesure, quantlte -dont <lepend la qualite. Par
exemple suivant son de tempér1mire l'eau
restera liquide ou' glace ou vapeur.
b) Dialectique de l'infinitude. - C'est à propos
de ces catégories que Hegel développe sa célèbre
dialectique de l'infinitude, sa conception de l'infini
vrai. Il ne faut pas concevoir l'infini comme étant
(la progression fini qui, en avançant, recule
cesse ses bornes, mais ne rai[ainsi
de nouvelles : indéfini c'est le__inauvais
tYu Jaux) infini. Il faut conceVOir FJ.J.Ï1mi'dIâTec­
tlquement comme se réalisant dans le fini et par
le fini, où il se manifeste en s'imposant des limites
qu'il nie ensuite, cette négation de la négation étant
son affirmation. Autrement dit l'infini vrai c'est
pour Hegel la totalité des moments de l'être qui
se détermine elle-même dans chacune des bornes
posées par le devenir universel (1).
c) Théorie de l'essence. - La notion de mesure
fait passer de l'être à l'essence. Ce qui se cache sous
les aspects changeants de l'existence empirique que
sont la glace, l'eau liquide, la vapeur d'eau, c'est
l'essence de l'eau conçue comme toujours identique
à elle-même. Ce qui tombe sous les sens n'est plus
(1} Le faux infini être symbolisé par une droite qu'on pro­
longe indéfiniment. L infini vrai est symbolisé par un cercle. Autre­
ment dit l'absolu circule : l'Infini se manifeste, se donne l'existence,
en sc détenninant, en devenant fini.
LES THÈMES DU SYSTÈME IlitGitLIEN 35
alors qu'apparence (Schein) (1). L'être apparait
ainsi comme dédoublé : il se présente sous deux
faces qui se réfléchissent l'une dans l'autre. Les
termes s'opposent ici par couple: identité et diffé­
rence, fondement et conséquence, chose et proprié­
tés, force et manifestation, intérieur et extérieur.
Tout en s'excluant ces catégories n'en sont pas moins
inséparables: elles s'appellent l'une l'autre. Ainsi
la chose n'est rien si l'on fait abstraction de ses
propriétés qui ont en elle « leur réflexion en soi )l
(Enc., § 125) (2). La force n'est qu'une entité vide
si on la sépare de ses manifestations: c'est pourquoi
l'explication d'un phénomène par une force est une
pure tautologie (Enc., § 136; Logique, éd. Lasson, A
II, p. 79-80). L'oppositionOa plus illusoire est cell-v


de l'intérieur et de l'extérieur. La réflexion considère }
d'ordiIlaire l'essence coinme n'étant que l'intérieur r;....
des choses. En réalité l'intérieur et ont
le.!!!-ême contenu. « Tel est rliOmme ext@eUJ'$Plent, (
c'est-à-dire dans ses actes, tel il est intérieurement; J
(1,


et si ce n'est c'est:a:ëIiie seule­
ment en intentions, en sentiments qu'il est vertueux,
moral, etc., et que son eJCtérieur n'y soit pas iden­
tique, l'un et
l'autre.))JJ. dire que l'homme n'est nen
A*
'3
d'autre que la série de ses actes. C'est pourquoi ce
qui est' purement est par là aussi tout .. "Lt. J-s
extérieur. Ainsi la raison de l'enfant n'est d'abord <Le
virtualité elle ne se réalise
vraiment que par l'éaüëition en prenant la forme ­
(1) Jouant sur les mots dit que l'essence (Wesen) c'est
l'être passé (ge-wesen), mal!M! ûn passé Intemporel; l'être s'y est

Intériorisé (er-inner/) , comme le souvenir (Er-Innerung).
(2) Il Y a lei passage de l'fue à l'avoir. Les qualités ne sont plus
pour elles-mêmes, mals seÜfement êoiiime propriétés de la chpse
qui le! a. Ce qui jusmle l'emp}21 du verbe avoir pour marquer le
plus. mîîIS1.ëSprlLeD....8.arde le souveiili, l'a Vu";"en­
ten u, ete. .
36 HEGEL ET L'H1tG1tLIANISME
d'une autorité extérieure (volonté de ses parents,
enseignement de ses maîtres). Ce que l'enfant n'était
par là pour les autres (les
adultes), e evient alors aussi(pour soj) (Enc.,
§ 140 et Addition). il faut donc Se-nîefler de la
fausse profondeur des intuitions « géniales» qui ne
feXPlicitent pas comme de l'hypocrisie
. des bonnes intentions- q!!Î ne se traduisent pas Pilr
(
des actes.
les termes s'opposant par couples dans la
sphère de l'essence leur synthèse

4ans la catégorie de la réalité e ective Wirklichkeit):
{g Pû-e
le phénomène y est conçu comme a ma estation
totale et adéquate de l'essence. La réalité vraie par
opposition à la simple possibilité ou à la pure contin­
gence c'est l'être nécessaire, la nécessité rationnelle.
C'est pourquoi a pu écrire que ce qui est
rationnel est effective!!"ent réel (wirklich) et qt:i'e'"ce
2_ "
qUt est e ectivementréeresrratî;onn-et (Préface de 18
P. ilos. du droit, p. 14 et nc., 6). Le nécessaire
c'est d'abord la substance, puis en un sens plus
« vrai» la cause (Ursache) qui se manifeste par ses
effets. Mais il y a réciprocité d'action entre les
causes et les effets. Cette causalité circulaire qui se
manifeste le plus nettement dans les organismes,
c'est l'action réciproque (Wechselwirkung).
Avec cette catégorie on quitte la sphère de
l'essence où l'être se scindait sous deux aspects pour
entrer dans celle du concept, c'est-à-dire de la
totalité intelligible qui pose, en les comprenant
comme ses moments, ses propres différenciations
et manifeste ainsi sa liberté (par opposition à la
nécessité qui régnait dans la sphère de l'essence).
]rI
d) Théorie du c(]!!:Eept. - Hegel étudie le concept
If
sous trois aspects :
a) Le concept subjectif qui comprend trois
LES DU HEGELIEN 37
moments : l'universel, le particulier et l'individuel.
Le concept c'est l'universel conçu non comme une
identité abstraite, une forme pure, mais comme une
eensée 1<Jl!:! se se donne .. un contenu en
seaétermÎnant en se ariicû1arisa:irt:-l1esi-amsi
à Ialiase du jugement qUI est non pas la
simple liaison d'un sujet et d'un attribut, mais,
comme l'indique du mot Ur-teil, le
partage primordial (iUiliiSprüngliche Teilung) du
concept qui en sépare le particulier (das Besondere
= das Besonderte) (cf. Enc., § 166; Hist. de la
philos., p. 98). Le jugement rattache ainsi l'existence
des choses à leur essence universelle (exemple
Socrate est mortel). Le raisonnement unit ces deux
extrêmes par un moyen terme; il établit une
médiation entre l'universel et l'individuel au moyen
du particulier. Il représente donc l'Universel tel
qu'il se en se particularisant
ou l'individuel tel qu'il est compris dans l'universel
par la mlfation raisonnement
est le fon ement essentiel de toute vérité : pour
Hegel tout est raisonnement, de même que tout est
concept (Enc., § 181).
Le concept n'est donc pas quelque chose de pure-
ment subjectif: il se réalise dans la totalité concrète
qu'il embrasse et est ainsi concept objectif
b) Le concept s'objective sous trois formes :
le mécanisme dans lequel les objets sont simplement
juxtaposés; le chimisme dans lequel ils s'attirent
et se pénètrent mutuellement; la téléologie, c'est-à-
dire la finalité organique dans laquelle la fin domine
et dirige l'activité des parties.
c) La téléologie prépare l'avènement de l'Idée
dans laquelle le concept revient à lui-même P.!!l' fi
l'union de la subjectivité et"de L'Idée)1
est la PIus haute définition de l'absolu. Elle peut



38 HEGEL F:T
être conçue « comme la raison... , comme le sujet­
objet, l'unité de l'idéel et du réel, du fini et de
l'infini, de l'âme et du corps, comme la possibilité
qui a en elle sa réalisation effective, comme ce dont
la nature ne peut être comprise que commE: exis­
tant, etc. ». « L'Idée c'est la .d,isl1ecti.@e qui
éternellement separe et dirférencie l'identique du
différent, le subjectif de l'objectif, le fini de l'infini,
l'âme du corps et seulement
création éternelle, de vie et
» (Enc., § 214). Si l'Idée paraît contra ic­
toire à l'entendement c'est parce qu'elle est essen­
tiellement processus et n'existe que par cette dialec­
tique immanente qui ramène tous les moments du
développement de l'être au sujet absolu qui les
« surembrasse_» (übe..rgreift) (Enc., § 215).
« Il y a trois idées, dit &gel dans sa Propédeu­
tique (III, § 67) de Ta vie 25)L'idée de
la connaissance èt du bien ; la science
et de la vérité même. » L'idée sous sa forme immé­
diate c'est la vie où l'âme réalise le concept dans
l'organisme. Dans J'idée de la connaissance on
cherche le concept qui doit être adéquat à son
objet; dans l'idée du bien c'est au contraire le
concept qui vient en premier et qui doit être réalisé
comme but de l'action. Le _C,2llcept suprême
l' [unité de la vie et de la connaissance,
se pense et en pensant se
(cf. Propédeutique, §§ 66 à 87 ;
Enc., §§ 216 à 244).
2. Philosophie de la Nature. - La Nature est
pour &w J'Idée sous la forme de l'altérité (Anders­
sein), l'idée qui sort d'elle-même, s'extériorise pour
arriver en produisant la vie consciente à rentrer
en elle, à s'intérioriser dans la pensée de l'homme.
LES THÈMES DU SYSTÈME HÉGELIEN 39
Le devenir de la Natu.re est donc aS,cension vers
l'Esprit. L'idée se manifeste sans dôutédans ia
Naturé, ne serait-ce que par les lois qui la régissent;
mais elle n'y est jamais réalisée que d'une façon
inadéquate. Cette impuissance de la Nature à rester
fidèle au concept impose des bornes à la pensée
philosophique qui ne peut ici tout déduire, car elle
se heurte aux faits accidentels, à la pure contin·
gence. La Nature.doit lP-'jJ
de deS!..és nécessairement les uns)
mais la diatêctique du conceptqui -d-'
dirige ce développement reste intérieure à l'Idée'
qui réside au fond de la Nature; il ne faut pas
y voir une production extérieure réelle comme le
veulent les théories transformistes (cf'.:E1!c.., §§ 247
251). .
Hew;,l s'applique à dégager la dialectique de
l'Idée immanente à la Nature en substituant
partout aux catégories de l'entendement les rela­
tions idéelles de la pensée spéculative (Enc., § 305).
Il y distingue trois niveaux d'existence marquant
un progrès dans le sens d'une concrétion et d'une
individuation tl,lus en plus grande monde
Jiu mécanisme Le monde de la ;


@- Le monde du mécanisme est celui de la matière et
du mouvement où les éléments, extérieurs les uns
aux autres, n'agissent que par attraction et répul.
sion. La forme abstraite de l'extériorité est l'esEace, ,...-1
« entité sensible non perçue par mssens» (unsinnliche
Sinnlichkeit) ; celle du est le temps, « l'être L
qui, en tant qu'il est, pas et ën tant qu'il
n'est pas, est )J, « le négatif en soi-même JJ. Ces
abstractions trouvent leur synt!tèse (leur « 1aentité
posée )J) dans le lieu et le mouvement dont la matière .J
La
;;;0­
40 HEGEL ET I:IIJ1G1J:[,IANISME
[
(f) ­
III
1
jlll
J.I
de la matière à s'intérioriser, une la sub­
mouvement des corps celestes manifeste
le plus nûttement cette mathématique de la Nature
qui est l'aspect le plus élémentaire de la ratio­
nalité (Enc., §§ 254 à 271 ; Log., L, p. 253).
La physique, comme la conçoit Hegel, a pour
objet tous les aspects proprement qualitatifs du
monde matériel (lumière, son, chaleur, électricité),
où tout s'individualise dans des corps. Il dégage
tous les moments d'opposition et de conciliation
par lesquels se manifeste ici la dialectique naturelle.
La polarité en est la forme la plus typique. - Le
dernier terme des processus physiques est le chi­
misme qui permet l'avènement de la vie.
L'idée, qui était enchaînée dans le mécanisme
et s'affranchissait de plus en plus dans les processus
physico-chimiques, se libère dans le monde organique
où le concept se concrétise de plus en plus en pas­
sant par les étapes du règne minéral, du règne
végétal et du règne animal. L'organisme trouve dans
les processus chimiques les conditions de son
existence : il doit cependant leur résister sans cesse
pour vivre. « Une chose n'est vivante qu'en tant
qu'elle renferme en elle la contradiêtion êï est au
vrai l!.. comprendre
la. contradictiJn » rr;p:- 59).
:r;e"ëonfIit êontinuel avec des forces extérieures
hostiles que l'être vivant doit combattre et sur­
monter fait qu'un sentiment d'insécurité, )1'
est à la vie (g;nc'.2-§.§...l62
"Mais ce n'est pas seulement la puissance de ees
forces extérieures, cette « universalité abstraite »
qui voue le vivant à la mort: c'est aussi et surtout
l'inadéql1ation. .de . . individuelle_à
« l'universalité » que constitue le concept
de fespèce à laquelle il appartient. C'est là « sa
LES DU Hf:CÉLIEN 41
maladie originaire et le germe inné de la mort »
(Enc., § 375) (1).
La philosophie de la Nature de (restée pro­
che de celle de Schelli!!g) est la partie la plus discutée
du système. avait des connaissances scienti­
fiques étendues. Il était loin de mépriser l'expé­
rience; mais il n'en retenait que les aspects quali­
tatifs et en négligeait l'aspect quantitatif, cette
armature mathématique qui depuis Galilée et
a dominé de plus en plus 1i" science.
Dans sa thèse d' « habilitation JJ, De orbitis plane­
tarum, qu'il soutint en 1801, il avait « démontré JJ
qu'entre Jupiter et Mars il ne pouvait y avoir
d'autres planètes, l'année même où la découverte
de Cérès réfutait sa malencontreuse déduction.
Cette mésaventure le rendit plus prudent dans la
suite: il atténua de plus en plus ses attaques contre
Newton dans les différentes éditions de l' Encyclo­
pédie et il conseillait à ses étudiants de ne pas faire
de thèses sur des sujets proprement scientifiques.
La Nature n'a de valeur pour que dans la
mesure où, conditionnant la vie, elle rend possible
l'avènement de la conscience et de la pensée.
Contrairement à il n'admirait pas la « mau­
vaise infinité JJ du ciel étoilé; il aimait à dire que les
étoiles ne sont qu' « une éruption de boutons lumi­
neux dans le ciel )J. qu'une 1
n'en

moins le « centre du
le séjouièlèTIiommê," porteur l'ESPrit. J
Et les produits même les plus lOsigmfiants et œs
plus aberrants de la pensée sont pour « d'une
(1) Pour • le fini est en lul-même contradictoire et par
là même se supprime. (Enc•• § 81, Addition). Il exclut en e1Yet
l'Infini tout en l'impliquant dans la mesure où il ne se suffit pas à
lui-même et n'est qu'un moment du développement de l'être.
-
42 HEGEL ET
valeur infiniment plus haute que le cours régulier
des astres ou l'innocence inconsciente de la plante »
(Enc., § 248).
3. Philosophie de l'Esprit. - La philosophie de
l'esprit est comme le couronnement du système
hégélien, car c'est dans l'esprit que l'Idée achève
son développement, se au maximum et
atteint vraiment sa réalite e ective. L'idée logique
et la Nature sont de la réalisation de
l'esprit qui est ainsi leur vérité. Hegd s'est appliqué
à dégager le sens le plus profoi'd et la portée la
plus générale de toutes les manifestations de la
pensée. Il a créé ainsi toute une philosophie de la
culture humaine et posé les bases philosophiques
des sciences morales. Il ne s'est pas contenté en
effet d'une étude purement psychologique de la
vie intérieure (l'esprit subjectif) ; il a voulu étudier
l'esprit dans ses productions extérieures, œuvres
des sociétés humaines : 1'histoire, le droit, les
mœurs (l'esprit objectif) et dans ses manifestations
les plus hautes où l'esprit se retrouve vraiment
chez lui: l'art, la religion et la philosophie (l'esprit
absolu). On réalise ainsi le (c Connais-toi toi-même »
des anciens Grecs dans son sens vrai en dégageant
l'essence universelle immanente à notre être, ce qui
est substantiel en nous (Enc., § 377).
a) L'esprit subjectif. - L'esprit subjectif se
présente à différents niveaux qui sont autant de
moments nécessaires du développement dialec­
tique du concept de l'eElprit. distingue ainsi
l'âme (objet de l'anthropologie), la conscience (objet
de la phénoménologie) et l'esprit (objet de la psycho­
logie proprement dite). L'âme c'est l'esprit en tant
qu'il dépend de conditions naturelles physiologiques
(race, tempérament, etc.), et même purement physi­
....
LES THi!:MES DU SYSTi!:ME HEGELIEN 43
ques (climat, par exemple). Hew combat la
conception empiriste qui fait de la vie consciente un
ensemble de représentations n'ayant entre elles
qu'un lien extérieur suivant « les soi·disant lois
de la soi·disant association des idées ». La conscience
psychologique est une « totalité concrète » de déter­
minations dans laquelle chaque partie a sa place
en fonction de toutes les autres (Enc., § 398).
TI reconnaît que tout ce qui se passe dans l'esprit a
son origine dans la sensation et l'état affectif
élémentaire (Empfindung), mais rejette l'appel
au cœur et au sentiment comme critères du bien
moral et de la vérité religieuse. « C'est en effet la
pensée qui distingue l'homme de la bête avec la­
quelle il a en commun la sensation et l'affectivité
élémentaire » (Enc., § 400). La vie psychologique
se dégage peu à peu de son asservissement à la
nature en s'élevant du sentir (Fühlen) à la cons­
cience de soi. Un facteur important du progrès
mental est l'habitude qui embrasse tous les degrés
de l'activité de l'esprit.
« Elle est l'élément le plus essentiel pour assurer l'existence
de toute spiritualité dans le sujet individuel... pour que le
contenu religieux, moral, etc., lui appartienne en tant qu'il
est ce moi, cette âme, qu'il ne soit pas en lui seulement en soi
(en tant que disposition naturelle), ni en tant que sensation
ou représentation passagère, ni en tant qu'intériorité abstraite
séparée de l'activité et de la réalisation effective, mais que ce
contenu soit dans son être. » (Enc., § 410) (1).
La psychologie doit étudier le développement
dialectique immanent de l'activité mentale. TI
faut que l'esprit révèle sa liberté en arrivant à
reconstruire rationnellement par son activité propre
(1) Autrement dit c'est par l'habitude que l'on passe de l'aptitude
à une science à sa possession elJective, de la lecture d'un livre au
savoir qu'il contient, des bonnes Intentions aux vertus véritables•
.......~ - - - - - - - - - -
44 HEGEL ET L'HEGELIANISME
ce qui lui a d'abord été imposé comme donnée
immédiate. L'esprit théorique se manifeste en effet
d'abord comme connaissance intuitive confuse liée
au sentiment. L'intermédiaire entre l'intuition et
la pensée conceptuelle est la représentation (Vorstel·
lung) qui se présente sous la forme de la mémoire­
souvenir (Erinnerung), de l'imagination et de la
mémoire verbale (Gediichtnis). Cette forme de la
mémoire est la plus importante, car elle est J'instru­
ment de la pensée, rend possible toutes les opéra­
tions mentales supérieures.
Hew insiste beaucoup sur le rôle capital du
langage. Il Pe!.m.et à la pensée
immédiatement l'universel. « Les formes
de la pensée sont d'abord extériorisées et mises
en dépôt dans le langage de l'homme..., ce qu'il
fait passer et exprime dans le langage contient
d'une façon plus ou moins voilée et confuse ou
d'une façon explicite une catégorie Il (Logique,
Lasson, J, p. 9-10 ; cf. Enc., § 459 et Phénom.,
p. 330). C'est pourquoi invoque
souvent des étymologies pour just' 1er sa dialec­
tique (1). Et il affirme son mépris pour ce qui est
ineffable : le sentiment, l'impression du moment
(Enc., § 20).
Passant à l'étude de l'esprit pratique,
montre comment la pensée se détermine en volonté
et comment la volonté doit s'élever au-dessus du
sentiment pour se baser sur la pensée. Et il s'élève
une fois de plus contre la mode de l'appel au cœur
qui régnait à l'époque romantique. « La vérité et
la rationalité du cœur et de la volonté peuvent se
trouver seulement dans l'universalité de l'intclli·
(1) Il Invoque parfois de fausses étymologies: par exemple quand
Il rattache meinen (avoir une opinion) à meln (mien) ou wahrnehmen
(percevoir) à wahr (vrai).
LES THÈMES DU SYSTÈME HÉGÉLIEN 4S
gence et non dans la singularité du sentiment en
tant que tel. Il (Enc., §471.) Il fait cependant l'éloge
de la passion.
Ce qui en fait la force et la valeur c'est« le fait d'être limitée
à une détermination particulière de la volonté dans laquelle
se plonge toute la subjectivité de l'individu.•. Mais la passion
ne saurait être ni bonne, ni mauvaise en raison de cet aspect
formel : cette forme exprime simplement le fait qu'un sujet
a placé dans un contenu tout l'intérêt vivant de son esprit, de
son talent, de son caractère, de ses goûts. Rien de grand n'a
été accompli et ne peut être accompli sans passion. Ce n'est qu'une
moralité morte et même trop souvent hypocrite qui entre en
guerre contre la forme de la passion en tant que telle.» (Enc.,
§ 474 ; cf. Philos. de l'histoire, éd. Lasson, l, p. 63).
!kg!,! rattache la dialectique des tendances et des
besoins à la Philosophie de la Nature (Enc., §§ 359­
360) et à la Logique (Science de la Logique, II,
p. 59 et Enc., § 204). La tendance (Trieb) n'est
rien d'autre que le fait que, d'un seul et même point
de vue, une chose est en soi-même et est le manque,
le négatif de soi-même. Ce qui veut dire que par la
tendance l'être vivant s'affirme en niant son état
présent où quelque chose lui manque; d'où son
effort pour sortir de cette contradiction pénible
(sentie sous forme de besoin) en cherchant à se
procurer ce qui lui manque (des aliments, par
exemple). Le besoin est ainsi la présence d'une
absence.
La dialectique de l'amour est esquissée dans la
Philosophie du Droit (addition au § 158) :
« Amour, cela veut dire d'une manière générale la conscience
de mon unité avec un autre, si bien que je ne suis pas isolé
pour moi, mais que je n'acquiers ma conscience de soi qu'en
renonçant à mon être pour soi et en me counaissant comme
unité de moi avec l'autre et de l'autre avec moi... Le premier
moment dans l'amour c'est que je ne veux plus être pour moi
une personne se suffisant à elle-même et que, si je l'étais, je
me sentirais défectueux et incomplet. Le second moment
46 HEGEL ET L'HJ!;GJ!;LIANISME
c'est que je conquiers mon être dans une autre personne, que
je gagne en elle la valeur qu'elle de son côté gagne en moi.
L'amour est donc la plus énorme de ces contradictions que
l'entendement est impuissant à résoudre... li est à la fois la
production et la solution de cette contradiction; en tant que
solution il est l'union morale des êtres.»
b) L'l1!P1 obi!Clif et l'esprit absolu. - Hegel a consacré à
l'étude de l' sprit objectif en dehors des résumés de l'Encyclo­
pédie ses Leçon" sur la philosophie de l'histoire et ses Principes
de la philosophie du droit. Quant à l'Esprit absolu, il lui a
consacré, en dehors des dernières pages de l'Encyclopédie, et
des deux derniers chapitres de la Phénoménologie de l'esprit,
ses Leçon" sur l'esthétique et sur la Philosophie de la religion.
Nous parlerons seulement ici de ses conceptions en morale et
de sa Philosophie de l'histoire, renvoyant aux deux chapitres
suivants l'étude de la Philosophie de la religion et celle de la
Philosophie du droit. Ces deux pièces essentielles du système
hégélien méritent en effet une place à part, car elles sont liées
à la scission entre la droite et la gauche hégélienne qui s'est
manifestée essentiellement sur le plan religieux et sur le plan
politique.
c) La morale de Hegel. - La morale proprement
dite n'occupe qu'une place assez réduite et en fait
fragmentaire dans la philosophie de Hegel. Elle est
étroitement liée à ses conceptions juridiques et
politiques ainsi qu'à sa psychologie de l'esprit
pratique et à sa philosophie de la religion.
La position fondamentale de l'idéalisme hégélien
est, nous j'avons déjà vu, opposée à l'idée d'un
devoir étre (Sollen). La philosophie, comme il la
conçoit, a pour but non pas de définir un idéal de
perfection inaccessible, mais de comprendre le
réel en le reconstruisant dialectiquement et d'en
reconnaître ainsi )a rationalité. Envisagée sous cette
perspective, la morale constate plutôt qu'elle ne
juge. Comme le dit Eric Weil,« elle est vécue;
elle peut et doit être décrite, mais eUe n'est ni à
critiquer, ni à construire, ni à refaire ».
Une opposition fondamentale domine la morale
LES THÈMES DU SYSTÈME HÉGÉLIEN 47
hégélienne : celle de la moralité subjective (Mora­
litiit) et de la moralité objective (Sitùichkeit J. La
première est la moralité au sens kantien, définie
par un critère formel : la validité universelle de
. la maxime d'action, autrement dit l'intention
conforme à la loi morale. Mais ce n'est là qu'un
fondement abstrait du devoir qui aboutit à un
formalisme vide. On n'apprend pas ainsi quels sont
effectivement les devoirs et les droits (Philos. du
droit, § 135).
r
La vraie moralité c'est, pour Hegel, la moralité
objective, celle que l'homme acquiert dans les
sociétés qui l'éduquent: la famille, la société civile
et surtout l'Etat (Enc., § 513-517). C'est en s'inté·
grant consciemment à ce tout l'orga­
de l'Etat lJl!e attein.!-la
liberté : quand en effet il vit la loi au lieu de
la subir, elle cesse d'être pour lui une contrainte
pour deveilir ,une forme de libération en l'amenant
à dominer son individualité empirique, ses passions
aveugles, ses intérêts égoïstes. C'est ainsi que Hegel
rejoint à sa façon la notion kantienne de l'autonomie
et donne une forme concrète au criterium de l'uni­
versalité : la participation à l'esprit collectif.
Sans doute cette doctrine suppose un bon Etat
et de bonnes mœurs. Un progrès est ici possible
par l'action d'hommes d'élite; mais ils ne réussis­
sent que-SI leurs idées'; leurs sentiments et leurs
s'acc_or.dent mieux
mstltutlOns eXistantes et re resentent amsl une
JI. lui ci
dei"VaIeurs nouvelles n'agit plus sur e pre­
mént moral, malS sur e pan Jstonque: ce qui nous
amène à parler de la PJûlosopliie de l'histoire.
d) La philosophie de l'histoire. - La philosophie
de l'histoire est certainement la partie la plus

48 HEGEL ET L'HÉGÉLIANiSME
connue et, si l'on peut dire, la plus populaire de
l'œuvre de Hegel. L'histoire comme il
la conçoit, n'est pas I%,stoire Qrigmale, celle des
premiers narrateurs des événements, ni l'histoire
réfléchissante qui veut expliquer les faits et tirer
du passé des leçons pratiques: c'est l'histoireJJhilo­
. . sophique qui domine les événements d'un pomt de
vue Uliiversel et(intemporel)Pour en effet la
RaiSOn est la substance même de l'histoiJ;e. Il.pens.'ë.
J
aVêc Anaxagore, que_la raison gouverne le monde
\
et que!Ians-Phistoire comme ailleuis_!.t?jit-s'"'ést
passé L'mSïoireest le dévelop­
pement d'une immanente dont les w::ands
\ pmonnages -1
"
1
inconscients; ils sont animés par leurs passions et 1
1réaIi6elltleul's intérêts; (e mais en même t.emps se
(1) tl'ouve reâtlsée une fin :e,lus lointaine, mais dont
ils n'avaient pas conSCIenCe et qui n'était pas dans
leur intention» (1). Ce qui fait leur puissance c'est
.1 que « leurs propres fms particulières renfel'ment le
'(.. contenu (2) qui est la volonté de J'Esprit
universel li. Ce contenu « est dans l'instinct uni­
? versel, inconscient des hommes.
une fo<aeiuterne ,. A =tai.., époque' la l'
structure de « l'esprit d'un peuple ) se brise parce
s'est ùsée,Vidèe de sa substance. Mais
l'lùstoire universelle poursuit sa marche en avant.
alors que se produisent les grandes cQUisjpns
J1 entre les institutions établies jusqu'alors et des
posSibilités qui sont opposées à ce système, qui
l'ébranlent, mais ont un contenu qui paraît bon
et même nécessaire. Ces .'-possilJi.lités deviennent
alors historigues. Elles impliquent un fond universel
LES THÈMES DU HP:GP:LIEN 49
différent de celui qui servait de base jusqu'alors Ala
st'iiiêture existante d'un peuple ou d'un Etat. Cet Il
universel, hQmmes de l'histoire 8'eïl
e!!!p'arent,""en font leur fin et, en réalisant (1,
reurs amblbons, réalIsent en même temps la fin .
1
au conce t le lus élevé d ' .·t.
C'est ainsi que se man este a dialectique de fhistoire.
Les progrès de l'humanité sont réalisés par des 1
contradictions, des collisions (guerres, coups d'Etat J
ou révolutions) aboutissant un état choses
Les périodes de bonh!<ur, c'est-A-dire
d'harmQnie, d'absence de contradictions, ne sont
pasUëS périodes historiques (Philos. de l'hist., éd.
Lasson, Introd., pp. 4-5, 13 à 17, 59-60 et 63
à 68, 74 à 76).
Nous ne pouvons analyser tout le contenu,
extrêmement riche, de la Philosophie de l'histoire.
L'idée directrice qui la domine est que l'histoire
universelle est le progrès dans la conscience de la
liberté. Ce progrès est marqué d'abord par le passage
de l'ancien despotisme oriental, où un seul homme) /1
es_t-.!!È.re, aux Républiques aristocratiques de la
et de Rome quelques individus ,sont ) "2
« Ce sont seulement les
«I!!i, dans le christianisme, se sont élevées les pre- J. 3
mières à la consClence-aecctte vérité que l'homme
en tant qu'homme est libre, que la liherté_cleXesprit
constitue sa nature la plus propre. ,>Maisle81nsti­
ions temporellts ne se modelées que peu à
peu A l'image de ce principe d'abord purement
religieux. Les périodes les plus décisives en ce sens
ont été la Réforme (qui fut comme la
et en dernier la Révolution française. 't.
On a vu alors l'homme « prendre pour base sa tête,
c'est-à-dire la p.e et construire la réiliJ:é à
l'image de celle-Cl ». « un magnifiquëTever
R. SEJUillAU 4
so HEGEL ET L'HÉGÉLIANISME
e) L'esthétique. - Il faudrait pour être complet parler de
l'e&thétique de Hegel. Il est impossible de résumer en quelques
lignes cette œuvre maîtresse, d'une lecture d'ailleurs rela­
tivement facile, qui vaut peut-être plus encore par la richesse
de sa documentation que par son élaboration en système.
Nous en indiquerons seulement les idées directrices. Lt' beau
c'est l'absolu dGlJ& son uÏ8tence sensible, l'Idée transparaissant
dans les limites de l'apparence sensible. Le rôle de l'art c'est
d'être « le médiateur, le conciliateur entre la réalité extérieure
sensible et périssable et la pensée pure, entre la Nature et la
réalité finie d'une part et la liberté infinie de la pensée concep­
tuelle d'autre part». Dans l'art le sensible apparaît spiritualisé
et le spirituel revêt une apparence sensible. L'élément propre
de l'art c'est donc l'apparence (Schein), mais cette apparence
esthétique n'est pas une illusion, quelque chose qui serait
inférieur au monde des phénomènes (Erscheinungen). L'art
fait apparaître le substantiel, l'universel; il dégage la valeur
vraie des apparences sensibles, leur donne 0: une réalité plus
haute engendrée par l'esprit ».
L'œuvre pédagogique. - Un aspect beaucoup moins connu
de la pensée hégélienne est son œuvre pédagogique. Elle consiste
en discours et en rapports qu'il a prononcés ou rédigés quand
il dirigeait le lycée de Nüremberg. Ils vont li contre-courant
des méthodes pédagogiques ct nouvelles» déjà en vogue de son
temps (et redevenues ct nouvelles» aujourd'hui). Son principe
fondamental est que la pensée doit, comme la volonté, commencer
par l'obéissance. Il combat 0: la désastreuse démangeaison de
vouloir amener l'élève li nne pensée personnelle ». Si on laisse
l'enfant raisonner li sa guise (( il n'entre jamais de discipline
et d'ordre dans la pensée, jamais d'enchainement logique dans
la connaissance ». Il faut (( extirper ces vues fantaisistes, ces
idées, ces réOexions que le jeune âge peut avoir ou fabriquen).
Pensant li la propédeutique philosophique, il estime qu'il
faut d'abord faire apprendre ce· qui a été élaboré par les plus
grands esprits, exercer les jeunes gens li le repenser. Ainsi(( on
remplit de pensée, de substance une tête d'abord vide et on
Qimine cette originalité naturelle de la pensée, c'est-à-dire la
LES THÈMES DU SYSTÈME H1tG1!:LIEN 51
contingence, l'arbitraire, la bizarrerie de l'opinion person-
nelle H. Il combat de même les méthodes qui veulent qu'on
commence par le concret sensible pour s'acheminer vers la
pensée. Il faut « commencer tout de suite par l'abstrait lni·
même et prendre celui-ci en soi et pour soi ». - Fervent de la
culture gréco-latine, il loue l'étude de la grammaire, où il
voit l'école du raisonnement.« Elle a en effet pour matière les
catégories, c'est-à·dire les propres produits, les propres déter-
minations de l'entendement; c'est donc dans la grammaire que
l'entendement commence son apprentissage en s'étudiant
lui-même. »« L'étude austère de la grammaire se révèle donc
comme un des instruments les plus universels et les plu.; nobles
de la formation de l'esprit» (Gymnasialreden du 29 septem-
bre 1809 et du 14 septembre 1810. Lettre à
du 23 octobre 1812). Le thème de l'aliénation, dont nous par·
lerons plus loin (p. 114), fournit à Hegel un argument original
en faveur de la culture classique : en éloignant la pensée
de ses moyens d'expression hahituels, l'étude d'une langue
ancienne exige de l'esprit un effort d'analyse et de raisonne-
ment qui le forme cc à l'image de l'essence universelle de
l'esprit ». (Gymn.asialrede du 29 septembre 1809.)
Ç"L
CHAPITRE III
LE PROBLÈME RELIGIEUX
ET LA SCISSION DE L'ÉCOLE HÉGÉLIENNE
Le problème religieux occupe une place de pre­
mier plan dans la pensée hégélienne. Il semble
même avoir dominé ses premières méditations
personnelles, Hegel en effet se destinait d'abord
à la carrière ecclésiastique. Il fut pendant cinq ans
pensionnaire au séminaire protestant de Tübingen
'et ses eriers titres universitaires
Jl
e théologie. S'il renonça à être pasteur,
ses premiers travaux écrits (1) n'en furent pas
moins consacrés au problème religieux.
A la fin du XVIIIe siècle l'orthodoxie luthérienne
était attaquée sur deux fronts opposés dans les
milieux protestants d'Allemagne : d'un côté par
les piétistes qui, voyant dans la religion un élan
mystique du cœur, opposaient la flamme vivifiante
du sentiment à la lettre desséchante de la théologie;
de l'autre par les rationalistes de l'ère des lumières
( Aufldiirung), qui s'efforçaient d'éliminer du chris­
tianisme tout ce qui est surnaturel, voyant dans le
Christ non pas un Dieu incarné, mais un homme
(1) Les deux plus Importants sont La vit de Jésus et L'tHldL4u
christianisme dJm:L NONT. les pmm&enJ9U7 sousTetltre:
ECrltSl1iêolOgïqUes de jeunesse,
LA SCISSION DE L'ECOLE IlËGl1'LIENNE 53
supérieur, prêchant une moralité plus haute. Des
courants plus hardis encore se faisaient jour dans
l'esprit des pensionnaires de Tübingen. On passait
volontiers du déisme au panthéisme; on admirait
Spinoza. Hegel s'accordait au mieux avec son
condisciple Holderlin qui exaltait le naturalisme de
la Grèce païenne et invoquait sans cesse le
7tiiv des philosophies de l'immanence.
1. - Les écrits théologiques de jeunesse
Son émancipation religieuse s'accentua encore
sa sortie du séminaire. Ses premiers écrits
sont conçus dans l'esprit du rationalisme kantien.
II pense que le but et l'essence de toute religion
est de développer la moralité de l'homme et que
c'est dans ce sens que s'est orientée la prédication
de Jésus. II reconnaît cependant que la religion
populaire doit laisser une place au cœur, à l'ima­
gination et même aux sens. Des tendances pan­
théistiques émergent dans certaines pages où, sous
l'influence de Holderlin, il s'enthousiasme pour
Mais un élément"ïllystique s'y associe
toujours plus ou moins. Il voit dans le sentiment
religieux une forme supérieure de l'amour qu'il
interprète déjà dialectiquement. Dans l'amour en
effet la thèse et l'antithèse sont à la fois supprimées
et conservées sous une forme plus haute. L'UniOn
de Dieu et du monde doit être comprise comme
un lien vivant. « T.mt vit dans. la ; tous les
vivants sont ses enfants. »
Le panthéisme de ces premiers essais s'affirme
de nouveau dans son Système de la moralité (System
der Sittlichkeit), contemporain du Cours d' Iéna.
On y lit, par exemple, que « la conception philo­
"sophique du monde et de la nécessité, d'après la­
\
\
j
54 HEGEL ET L'HEGELIANISME
toutes les choses sont en Dieu et... aucune
llÏ!!dividualité n'existe isolément, est réalisée
faitement pour la conscience empirique, en tant que
toute manifestation particulière de l'activité_ou
'de la pensée ou de J'être n'a son essence et sa
J
Wkation que dans le Tout Il.
II. - Le cours sur la philosophie
de la religion
Mais c'est dans les cours de Berlin sur la philo­
sophie de la religion qu'il faut chercher l'exposé
définitif des conceptions religieuses de
L'idée qui domine ces leçons c'est que l'ôtjet de
la religion est au fond le même que celui de la
philosophie; l'Absolu ou Dieu. Le contenu spécula­
tif est le même; mais la religion saisit sous une forme
sensible et imagée, celle de la représentation ce que
la philosophie comprend sous la forme adéquate
du concept. L'unité du fini et de l'infini que la philo­
sophie pense conceptuellement est sentie, imaginée
par la religion. Cependant lhgel combat ici aussi
bien le point de vue d'une philosophie du sentiment
(par exemple, Jacolli et Schleiermacher) que celui
d'une métaphys'Iqüe de l'entendement (les wolfiens
et Kant lui-même). Ces deux orientations fuiit de
l'infini quelque chose d'abstrait, tandis que la
philosophie religieuse de H-rel veut faire voir l'infini
dans le fini comme le fini ans l'infini et réconcilier
ainsi le sentiment religieux et l'entendement du
point de vue de la raison. Sans doute un contenu
valable peut résider dans le sentiment, mais d'une
façon confuse; rien n'en garantit la vérité. La forme
du sentiment n'est que le côté subjectif. Du côté
objectif le contenu religieux a d'abord la forme
de la représentation. Mais celle-ci n'est pas encore
LA SCISSION DE L'ECOLE HEGELIENNE 55
vraiment libérée des images sensibles. Seule )a
pensée spéculative dégage ce contenu dans toute
sa pureté.
Le véritahle rapport du fini et de l'infini est
l'unité indissoluble dans laquelle le fini apparait
comme un moment essentiel de l'infini. Dieu est
« le mouvement vers le fini et par là en tant que
suppression du fini le mouvement en lui-même ».
Dieu pour être Dieu ne peut se passer du fini;
sans le monde il n'est pas Dieu. Il est l'Universel
absolu, la pensée suprême qui se développe en
posant scs déterminations qu'elle ramène à soi.
- se défend néanmoins d'être

Un panthéisme, au sens littéral, consisterait, d'après
lui, à soutenir que tout est Dieu, y compris les réali-
tés empiriques dans leur extériorité :

absurde qui n'est représentée dans aucune

nr
Les preuves de l'existence de Dieu sont pour
moins des démonstrations véritables, qu'une
description de l'élévation du moi à Dieu. Il redonne
une valeur à l'argument ontologique en opposant ici
la représentation qui n'implique pas la réalité de
son objet et le concept, notamment le concept absolu
qui renferme l'être comme une de ses détermina-
tions. Le fini est ce qui ne correspond pas à son
concept, là où le concept et l'être sont différents.
Mais quand il s'agit du concept en soi et pour soi,
du concept de Dieu, le concept et l'être sont abso-
lument inséparahles.
, oppose à la le absolue Il, J) l' t.:t 57
christianisme, les autres religions, dites· '
déterminées ou particulières, qui ne sont que les
moments particuliers du développement de la
J
religfeuse. Il distmgue ici : 1
0
Les
religions de la Nature en entendant sous ce nom
56 HEGEL ET L'HEGELIANISME

les religions de l'Orient où la divinité est conçue
comme la puissance infinie de la Nature en face
de laquelle l'être fini, l'individu se perd dans son
néant; 20 Les religions de l'individualité spirituelle
dans lesquelles la réalité naturelle n'est qu'une
manifestation de l'Esprit-Tels sont : a) Le mono­
celui de tIslamlqui

devant le « sublime Il Le polythéisme grec,
religion de la bcauté ; c) La religion romaine, culte
de l'intérêt national.
III. - Le christianisme chez Hegel
C'est, bien entendu, au christianisme que Hegel
consacre le plus long développement. Sa haute
valeur vient de l'idée de l'incarnation, l'union du
divin et de la nature humaine réalisée dalls' Ta
personne du Christ. Alors queKant séparait la foi \
/( et la science, Hegel veut au contraire les concilier
'2 en élevant la foi au niveau de la science. II le fait
en donnant une interprétation .spe<:ulative des
dogmes chrétiens. Ainsi dans la Trinité il retrouve
les trois moments que la Logique distingue dans le
concept: universel, particulier, singulier.
..,.- c'est l'universel, la pensée pure dont l'activité
est le savoir. Tout savoir supposant un objet à
connaître, l'universel divin se particularise, se
différencie, devient, d'Idée une, pluralité d'idées:
2._ c'est Dieu le .BIs, engendré perpétuellement par
le Père. Enfin Dieu revient à lui-même, reconnaît
son objet comme identique à lui et. supprIDïë la
différenciation dans l'amour: il est· ou
3 . personnalité absolue. Ou bien encore, suiV3Qt la
division ternaire du système hégélien, pieu ,est
"1 d'abord danS!!9n Idée éternelle « comme il
. - en <rte1que sorte avant la du )1
,
:
1
LA SCISSION DE L'"tCOLE ll"tG"tLIENNE 57
(ce qui çoqese?nd puis dans son
2 Etre-Autre comiiië cre"âteurau monde ce qui
,.."l7.
correspond à a. PhiloslP.hie de la nature), enfin
comme suppression cIecette antithèse et réconci·
'5 de l'EsPEt avec l'esprit fini (ce qui
correspond à Ta Philosophie de l'esprit).
On pourrait citer d'autres exemples. Le péché
originel c'est l'état de nature, le stade de \
que l'homme doit surmonter pour rendre possible
la réalisation de son unité ayec
Dieu. La communion est le symbole de l'unio
mystique de l'esprit individuel avec l'Esprit absolu.
s'applique à- transposer en langage spé.
c&if ce que la religion courante énonce en termes
imagés. Ainsi la création « n'est pas un actus qui
aurait été accompli une fois dans le passé; ce qui
est dans l'Idée est moment éternel, détermination
éternelle de celle-ci ll. Quand on dit que « Dieu est
amour ll, il faut savoir que l'aplOur est « la 1"
et la (1J1heben) è a
différence ll. II n'y a pas de mystères pour la pensée
spéculative; ils n'existent que pour la représentation
sensible qui voit les choses extérieures les unes aux
autres et pour l'entendement qui s'en tient à des
déterminations fixées une fois pour toutes, ce qui
les empêche de s'éleyer au point de .YY&.Jk l'@­
manence. S
Cette forme de la représentation propre à la cons­
cience religieuse explique le caractère inadéquat
des concepts qu'elle forme et l'anthropomorphisme
dont ils sont entachés. Le fini et l'infini y sont radio
calement opposés. Dieu est projeté « là-haut ll, en ')
dehors du monde, dans un au-delà'"'transcendant.
j
L'union du fini et de l'infini, qui est dans l'Idée
une nécessité intrinsèque, fait figure d'événement
historique : l'incarnation ne s'est réali!;>ée l:JU'une
58 HEGEL ET
fois en Palestine dans )a personne de Jésus. Enfin
)a religion est imposée comme une autorité exté­
rieure, ce qui est contraire à la nature
@re p'ar essence. C'est seulement la p 'osophie
ql!i contenu absolu à la forme de la pensée
[
Le concept y détermine lui-même son contenu
et lui reste pleinement adéquat, ce qui conditionne
sa liberté et sa vérité.
On peut se demander si la philosophie !!§gtlienne
maintient vraiment le contenu essentiel de la
conscience religieuse du chrétien. Laissons de côté
les dogmes et les pratiques du culte, tout ce qui
oppose, par exemple, le luthéranisme au catholi­
cisme romain. Une chose est ici certaine :
étai!..violemment anticatholiCJ!!-e. Victor Cousin a
.. 't qu'il voulait, comme lui, un « Conoordatsincère»
entre la religion et la philosophie, mais ne jugeait
cet accord possible dans le cadre _

tantisme. «Mourrai-je avanCa'àvoir vu tomber
I( tout cela! Il, lui dit-il un jour devant la cathédrale de
J Cologne en y voyant vendre des médailles bénites.
Il attaque vivement tout le cérémonial de l'Eglise
'et surtout la direction de conscience qu'il
tise comme une mécanisation de et de
l
la_volon:t{TEnc., 9-195):- Il ridiculisait-dans ses
cours Te llogme ile_la en des
termes tels qu'ils provoquèrent une plainte collec­
tive du clergé catholique (1).
Mais que reste-t-il dans l!l doctrine de des
fI dogt!l,es communs à toutes les égliseLcJîrltiennes ?
Prenons, par exemple, l'incarnation. L'interpréta­
tion qu'il en donne ne revient-elle pas à dire que le
(1) D'après Ch. L, MIchelet, Il déclarait dans son coun que ce
dogme faisait de Dle\UlIle_mose. de telle sorte que la divinité serait

-

contenue dans les excréments d'une souris qui aurait mangé une
hostie.
LA SCISSION DE 59
christianisme en,seigne sous une forme imagée
spéculative explique en termes ,
à savoir qne le deveW. uniYerselJl!ltJ
l'incarnation continue que tout penseur
écfaiie- de r;garder coiiime un être extérieur
au monde?
Il ya plus. On peut se demander ce qui reste
vraiment dans la doctrine !!§gt,lienne des deux
affirmations fondamentales du spiritualisme; l'exis­

,
S-ç­
tence d'un Dieu transcendant et personnel et
l'immortalité personnelle de l'âme.
IV. - Le problème de Dieu
Pour ce qui concerne le problème de Dieu un
point parait bien établi. C'est, comme le dit li._:§.rp­
p'olite, que « la philosophie hégélienne est(le refus
'i1ëtoute.l transcenda1Jce, l'essai d'une philosophie'"
rigoureuse qui prétend rester dans l'immanence et '­
ne pas en sortir. Il n'y a pas d'autre monde, il n'y
a pas de chose en soi, il n'y a pas de transcendance... »
(Revue intern. de philos., t. VI, 1952). On sait par sa
correspondance avec que .&&!ll avait
abandonné très jeune l'idée d'un Dieu personnel.
- Cependant les textes de ses cours sont assez
équivoques: d'où de grandes divergences dans leur
interprétation. Un thomiste, GI,égoire, a
passé en revue les diverses conceptions de Iadivi·
nité qu'on a pu attribuer à : il les ramène
à cinq types. Il écarte d'abord celIes qui supposent
la transcendance et la personnalité divines. Le
Dieu de Hegel ne peut pas être le Dieu du théisme
chrétien, c'est-à-dire un esprit conscient posant le
monde librement (comme semblent le penser
et J:!:. H.Çgçl déclare en effet le ,.-;-;
est un moment essentiel dans la vie dc...-rIDfini, (que
60 HEGEL ET L'II"EGELIANISiHE
«Dieu ne serait Dieu le monde » (1) (Philos.
dé la religion, é . l, p. 1;f6:l48). Dieu ne
peut pas non plus être un esprit conscient posant
le monde nécessairement (comme le pensaient
Gôschel et Pour en effet, la seule
cOii8ëience dont il puisse être question à propos de
l'Idée absolue est la conscience que nous en avons
(Enc., § 381, Addition). Une troisième interpré­
tation est celle qU'admet Haepng : l'Esprit absolu
serait doué d'une conscience réfléchie, entièrement
conditionnée par la conscience que les esprits finis
prennent de lui. A quoi l'on peut objecter divers
passages des œuvres de On lit, par exemple,
dans l'Histoire de la philosophie (l, p. 176) que
Il l'essence universelle de l'esprit se particularise
individuels q1!i conscience
et de le!!-r identité et telle est la manière
dont cetteessence se connaît elle-même et devient
vr.aiment. esprit ». i!Jlarle
(Weltgeist) iLentend par .. là une loi
1
immanente qui, d'abord inconsciente, finit par
prendre conscience d'elle-même dans l'esprit du
philosophe. Restent les interprétations strictement
panthéistiffi!esQ'Idée peut être conçue
comme un esprit mconsClent, cc centre réel et tendan­
ciel du monde Il : c'est l'interprétation de N. Hart­
mann, et sans doute aussi de J
Mais divers textes nous invitent à penser
que l'Idée absoluê')n'est que le .p!Q!o!yp-e idéal des
8ëUlement de conscience
propre, mais d'existence propre, et qu'elle se réalise
seE-Iement dans et par les esprits. Autreriïeirtâit
serait qu'une tendance, une loi
(1) fugsl cite qui : , Si je q'étais pas, Dieu
Ile seriûI pas. •
LA SCISSION DE L'ÉCOLE HÉGÉLIENNE 61
propre à chaque esprit individuel, encore que sem­
blable chez tous, il serait analogue à ce Volksgeist
(esprit d'un peuple) dont il est question dans la
Philosophie de l'histoire. à la dernière
interprétation qui fait l'essence
et de l:espnt, ne s'effectuant que
sou.
STés
espèces des finis »,. Au,trement dit, JI
(léS esprits particuliers en Il
prenant conSCIence 'elle comme leur idéal et en
agIssant confo-IDiément à la forme
inadéquate de la vie religieuse, soit sous la forme -1
adéquate de la pensée philosophique. L
Cette dernière interprétation semble être celle
que défend : le divin ne serait que
l'accord d'esprits multiples unis, s'ils sont des sages,
dans un semblable savoir d'un même tout. On \
que de ce Eoint de vue la doctrine Që' i
aff]?.. u être, présentée une philo- 1
sopîê radicalement athée ». L'mterprétation la
"'=' pluSëlassique de l'Iïégélianisme en fait un pan­
3, théisme qui personnalise l'absolu dans l'espnt de
Phomme. C'est, par exemple, ce que l'Histoire de
l la philosophie de Janet et Séailles résumait en
, (' ces termes : « Il semble que pour lui la conscience /(
it:: que Dieu a de lui-même n'est rien de plus que È!. Z

conscience _T:le l'homme a de C'est dans
'l a conSCIence de soi... » Et comme
; la phase la plus élevée de la pensée philosophique
f est le système de .fuge!, il s'en suit cc que
] haute conscience de, Dieu est-!a deJ
Hegel. Dieu c'est, ». Des pampIïlétaires
avai;;"nt-aejà reprochéà Hegel de son 'Vivant de

diviniser C'est ce que le poète
(qui fut élève de He el de 1821 à 1823) exprime
(, dans ses jeune et fier écrit-il et
cela flattait mon orgueil d'apprendre de que
J..I
HEGEL ET L'H:ftGgLIANISME 62
·1 ce n'était pas le bon Dieu qui réside dans le ciel,
comme le croyait ma grand-mère, mais
t. moi-même ici sur terre 9...ui étais le »
Et-l'on cite souvent dans cê- sens les graves paroles
que Rrononca devant ses élèves d'Iéna, à la
fin du semestre d'hiver 1805-1806, quancrrreut
conçu les fondements de son système.« UVre
J?-ouveile.... dans le mg,nde. Il..GllÙlle
u monde ait réussi... à se aisir enfin
\
fi
·comme J:;rit âtaalu... La ea",clenee t soi finie
a cessé d etre seulement finie et ainsi, de son
côté, la conscience de soi absolue a acquis la réalité
qui lui JRanqllai
t
jusqu'alors. » Ce qui voulait dire
absoltil venait deJrendre consci.ence
ainsi ré. sé

V. - Le problème de l'immortalité
La question est beaucoup plus simple pour ce qui
concerne le problème de l'immortalité de l'âme.
Hegel affirme seulement l'éternité de l'Idée absolue.
Par exemple, dans la Philosophie de la il
écrit que «pour l'immortalité de l'âme, il ne faut pas
se représenter qu'élIe devien<Irait seü1ement plus tard
(c'est-à-dire après la mort) une réalité; c'est une
présente. L'esprit est éternel, donc de ce fait
présent; elle est donc prêsente:-L'es:f!rit dans sa
J.iliêrté n"est pas dans la sphère de la TIïiîItation; e.!!
tant qu'esprit pensant, s'élevant au savoir pur, il
l'universel pour objet, c'est-à-dire l'étermté )J. Plus
loin il ajoute que « l'homme est éternel par la
l!connaissance, car ce n'est qu'en tant qu'être pen­
JI sant n'est pas une âme ammâle mortelle, qu'il
est l' e à l'état pur. La connaissance, la p"ensée,
J
f
est la racine de sa vie, de son immortalité en tant
LA SCISSION DE L'ÉCOLE HÉGÉLIENNE 63
que totalité en soi-même ». Pour lui d'ailleurs l'âme
n'a pas de réalité distincte de sa relation avec le
t corps. « L'être ne se comporte pas à
f.. l'égard de l',être matériel comme le particulier à
l'égard du particulier, mais à la manière de l'Uni­
versel véritable, lequel « surembrasse » (übergreift)
le particulier» (Enc., § 389 et Addition). Il enseigne
id'autre part que tout l'uni­
) (autrement dit l'iiiàiViduel) est condamné à" )
d!§paraltre (Enc., §§ 374 et 375}.\La ') ,I.A (
- donc bien être pour Hegel la fin de toute personna- .-,-r '.
J lité conscIëïïte pour l'homme. Quant aux sanctions l ; çV..
d'outre-tombe,\Heine nous rapporte qu'un jour, ..::." :;.
comme il faisait aTIüsion devant lui au séjour des "
bienheureux dans le ciel, fixa du regard et 0- /a.":-
lui dit d'un ton incisif: « Vous voulez donc #,.....
toucher un pourboire, pour avoir soigné votre mère:). .
,. "M' ,-.....--'1
maId a e et n aVOir pas empOIsonne onSIeur votre of 1 ,;..
frère. Il Ajoutons que c'est sur ce point qu'il a été t:':"'­
le plus de vivant et que sa doctrine a f'ô.-JI "1
a été le plus stIgmatIsée comme dangereuse pour la'
foi chrétienne. lb- yi
VI. - Caractères du naturalisme hégélien
1
!-a philosophj.e hégélienne"semble donc bien 1 ..a.-e.- -"-< !
un naturalisme'en ce sens qu'ifïi'y a pas pour ellei U 7 ""
d'au-delà, d' « arrière-monde », de transcendance'.
divine. Seul le monde présent existe, mais il est .­
dominé intérieurement par une pensée inconsciente,
un Universel l'Idée absolue qui se mani0j Y'­
feste dialectiquement dans et par le 4(:s G
notamment du genre humain. Le naturalisme hégé-' Jr'
lien n'a pas seulement une substructure idéaliste;
il est fortement teinté de'religiosité. ·Cela s'explique
sans doute d'abord par le souci qu'avait Hegel de
HEGEL ET L'HP:GE:LIANISME 64
ne pas se compromettre. Il était en effet très sus­
pecté sur le plan religieux, dénoncé à la Cour comme
\
'f peu chrétien et il fut -YÎvement attaTIé surtout à
partir de 1827 par le Journal de rEglise évangélifJ-U6.
Mais il voulaitalissi que les croyances traditIOn­
nelles se maintieIlIlent dans les milieux populaires
qui ne pouvaient accéder à la pensée spéculative.
VII. - La scission de l'École hégélienne
Malgré ces équivoques et ces points litigieux
l'unité de l'Ecole hégélienne put se maintenir à
peu près du vivant du maître. C'est seulement après
sa mort qu'apparut nettement la et
entre ce qu'on a dr,oiti)
Cependant les dissenSIOns
commencerent déjà à se manifester à l'intérieur
rde l'Ecole à partir de 1829, c'est-à-dire deux ans
\.avant la mort de Elles portaient essentiel­
lement sur le problème religieux. Ainsi un haut
magistrat, Goeschel (1781-1861), publia en 1829 ses
MAphorismes -;;;;-}'ignorance et If!' science absolue
II dans leur rapport avec la foi chrétienne où il défen­
dait les doctrines de la personnalité divine et de
l'immortalité de l'âme. Par contre Louis Feuerbach
(1804-1872), publia en 1830 ses Pensées sur la mort
et l'immortalité, où il professait ouvertement le
panthéisme et niait l'immortalité de l'âme.
C'est après l'apparition de la Vie de Jésus de
Strauss en 1835 que la scission fut
et commença à
et une hégélienne, entre lesquelles on
situa un centre. Si l'on adopte la classification de
Ch. L. Michelet, on a le tableau suivant :
)f
.:-@La droi; comprend tous ceux qui veulent
ramen;T"raphiJosophie hégélienne au
---
LA SCISSION DE L'ÉCOLE H1!:GÉLIENNE 6S
c'est-à-dire les théistes affirmant un Dieu personnel
et l'immortalité de l'âme. Ce sont les « Vieux hégé-
liens ll. L'extrême droite est représentée par
la droite modérée par Gabier, von Henning,
m1Wll et Schaller ; -==- • - - --=;0
veut adopter un juste milieu et
déléiJ. e la véritable doctrine de !!.ege.l. Suivant .
Il qu'il penche du côté du t.Mi@leOUducôtédUJO\
2. panthéisme, on le divise en Centre droit avec J
Rosenkranz et Marheineke et en Centre gauche
avec Ch:" L. et Y!!.!!e ;
à: groupant les « Jeunes
hégéliens », elfe rejette totalement tout ce qui est
« représentation Il dans le domaine religieux, pro-
fesse ouvertement le. et aboutit même
à l'athéisme. La gauche proprement dite est repré-
sentée par l'extrême gauche par
et Stirner. Il faut ajouter K. Marx et
(dont nous parlerons dans le chapitre suivant) et
réserver une place à part à Bruno B,ID!er qui a évolué
ri de l'extrême droite à gauche, en passant
II progressivement du point de vue de à celui
de Feuerbach.
- Le plus notoire des hégéliens de droite
fut G!h!g (1786-1853), qui remplaça à
l'Université de Berlin en 1834 (quatre ans après sa
mort). Il avait été son élève à Iéna à l'époque de la
Phénoménologie dont il a donné le premier un

commentaire assez clair. Iuccentue l'élément]l
dans la philosophie hégélienne et dénonce
le pant éisme comme une erreur.
Les hégéliens de gauche ont fait beaucoup plus
parler d'eux.
Strauss. - (1808-1894), était assistant
de théologie à ' niversité de Tübingen quand
5 R. SEIUlEAU
66 HEGEL ET L'HJtGtLIANISME
il publia en 1835 sa Vie de Jésus qui fit 8can­
dale. Il y rejette entièrement tout surnaturel et
interprète comme des mythes les récits du Nouveau
Testament. Les protestants orthodoxes déclarèrent
que sa doctrine était la conséquence logique de
l'hégélianisme, ce qu'il reconnut lui·même. D'après
lui le point essentiel du système hégélien en matière
de théologie est la distinction entre représentation
et concept la religio " GabIer et soute­
" 'Id' b 1 ---.,". d
nale.nt que ee a so ue evalt s mcarner ans '!!l
seur être humam;' eur répond que ce qui dans
.-1 rrr;:fini est un existe dans le fini morcelé en une
'l.- pluralité d'individus et que l'Idée ne sc réaliseque
dans l'ensemble de l'humanité. La tendance natu­
raliste et antireligieuse est encore accentuée dans
1" lson second grand ouvrage : La doctrine chrétienne
de la foi dans son développement et en--.8uerre avec ,'a
F 0' schnce moderne (1840). Il y enseigne que :Qieu c'est
l'infini qui se dans les esprits humains
en parvenant à la conscience, et cela de toute éter­
nité; avant l'humanité terrestre il a..!ait. sur
astres des es rits dans lesquels la <ljYIDité
se reflétait. uant à son dernier ouvrage, L'an­
cjenne et la nouvelle/oi (72), il est purement mâte·
rialiste et n'a plus que de très lointains rapports
avec la pensée hégélienne.
Feuerbach. - Ludwig Feuerbach (1804-1872)
a l1iÏauss(évolué du panthéisme hégélien au pur
matérialisme, et cela plus rapidement que Strauss.
\1 Dès 1839, il déclarait s'être détaché de )a « mystimle
rationneHe » de HeW. Son œuvre principale,
L'essence du christianisme, parut en 1841. Il Y atta­
-1 que aJ!6$i pien la philosophie spéculative de la reli·
.-z. gion la théologie chrétienne. « Ma première
pensée, dit-il, a été Dieu, ma seconde la raison, ma
, "PU-:- -'1>4 /- 1.1r- --... r,....;.----

LA SCISSION DE L':tCOLE HÈGÉLIENNE 67
troisième et dernière l'homme. II La théologie a été
éliminée par le rationalisme hégélien, mais celui-ci
doit céder la place à la philosop1rie de l'homme :
l'anthropologie. Il faut donner aux dogmes chrétiens
leur vrai sens : le sens purement humain. Ainsi
Trinité se ramène à l'idéal de la famille composée du
pke..L.du fi!S de (car(Plij?rèsTùi on aurait
dû mettre Marie_à la place du Les Il
formules chrétiennes sont des contre-vérités au sens
littéral du mot, c'est-à-dire qu'iISUffii<Iëles retour- )
pour en dégager la vérité humaine. Au lieu de
dire: « Dieu est l'amour », «Dieu est miséricordieux ll,
il faut dire: « L'amour est divin », « La miséricorde
est divine ll. Ce qu'il y a de vrai dans des sacrements
comme le baptême et la communion, c'est que se J\
baigner, manger et boire sont choses salutaires, etc.
Malgré son orientation, L'essence du christianisme,
garde encore un accent hégélien, ne serait-ce que
par sa terminologie. Il n'en est plus de même de
ses Principes de la philosophie de l'avenir (1843).
Feuerbach y déclare que sa transformation de la
théologie en anthropologie est encore trop teintée
d'esprit religieux et de pensée spéculative, car
l'homme y est conçu en tant que porteur de la
raison et la réalité sensible et naturelle comme un
mode d'existence qui doit être dépassé. La philo­
sophie de l'avenir sera purement malérialiste. Elle·
dira : mon moi c'est, dans sa totalité, mon corps; !
seule la donnée sensible est réelle; ce n'est pas la
raison, mais l'homme en chair et en os qui est la
mesure de toutes choses.
Max Stirner. - Venu lui aussi de l'hégélianisme,
Max Stimer (1806-1856) (de son vrai nom Kaspar
Sclimidt) veut dépasser Feuerbach dans ce-génre
d'argumentation. Dans so:Dlivre Vunique et sa
68 HEGEL ET L'Hf1GP:LIANISME
propriété, publiée en 1844, il déclare que
reste religieux même dans ses derniers ouvrages.]!
a rejeté l'Esprit absolu de en n'y voyant
qu'une abstraction. Pour Stirner i en est de même
du concept de l'homme chez : la seule
réalité vraie c'est le moi indl:viduel, ce n'est pas une
essence universelle, mais chose
La morale altruiste, le « tuisme » prêché par
Feuerbach n'est qu'une survivance de l'esprit évan­

L'individualisme anarchiste de Stimer représente
le point d'aboutissement extrême d'une orientation
critique qui veut s'éloigner au maximum de l'hégé-
lianisme, tout en restant marquée par son influence.
Mais ici la tendance deHtructrice ne laisse presque
plus rien subsister de la pensée de et la mé·
thode dialectique y est entièrement abandonnée,
comme elle l'avait déjà été de plus en plus par
Feuerbach.
Au fond, si l'on veut résumer en gros l'essentiel
de ce qui oppose la droite et la gauche hégélienne,
il faut partir de la notion fondamentale du système:
l'Idée absolue. Pour les hégéliens de droite l'Idée a
_j\nesoin comme support d'un esprit réel, transcendant
A 1 et conscient: le Dieu du théisme. Ils reviennent ainsi
au spiritualisme traditionnel. Pour les hégéliens de
gauche et surtout d'extrême-gauche, l'Idée n'est au
2.
fond qu'une abstraction, puisqu'elle n'existe réel­
(
lement qu'en s'extériorisant dans ]a Nature :
celle-ci se suffit donc à elle-même; elle n'a pas
besoin d'une substructure « idéelle ». Et c'est ainsi
qu'ils aboutissent au matérialisme et à l'athéisme.
Pour les hég.éliens du centre ces deux tendances
N
opposées retombent également dans le foint de 3
.5

\
vùê -qu"'iIs jugent dépassé "des de
rJ!j
LA SCISSION DE L' 1!iCOLE HEGELIENNE 69
l'entendement:-Ils essaient de maintenir les posi­
tions propres de l'idéalisme en rejetant aussi bien
(l le spiritualisme de la droite que le matérialisme de 2
l'extrême gauche. Telle est, par exemple, l'orien­
tation de la pensée de Ch. L. Michelet.
L'hégélien type: L -

(1801-1893) peut em conSI eré comme l'Iiégélien type,
comme l'homme qui, au siècle dernier, a incarné l'hégélianisme
avec le plus de ferveur et de persévérance. Il n'est peut-être
pas le plus pénétrant, ni toujours le plus fidèle des disciples
de Hegel (du moins sur le terrain politique); mais c'est certai­
nement lui qui a compris le plus clairement sa doctrine, qui
Pa repensée avec le plus de sympathie, qui s'est le plus enthou­
siasmé pour le rythme ternaire de la méthode dialectique,
cette Il pulsation dans la vie de l'absolu D. C'est lui qui aJ\
défendu Hegel le plus énergiquement, qui sans se lasser a fait
son apologie au moment où sa doctrine était attaquée de tous
côtés. C'est lui qui a le plus pris au sérieux cette partici]!!!.i,on
à ce salut métaphysique qQe lIege1 seïiîble promettre
à_ceux qui le sUlveq.I':sur la route du savoir absolu. TémOin
ces deux vers qu'il fit graver sur sa toÏÏîlÎe :
'\
rV3
Sur la teTTe ici-bas il a trouvé le ciel ;
j
Laissmr-Iui sous la teTTe un repos éternel
Son principal mérite est sans doute d'avoir su maintenirJ
jusqu'au bout lc point de vue proprement idéalis'e de la
pensée hégélienne contre les déviations aussi bien spiritualistes
que qui prirent le dessus et entrèrent VIOlemment ­

eiïêOnflit après la mort du maître et aussi d'avoir su exprimer 'j
clairement sur les points litigieux les plus compromettants ce
que Hegel n'avait laissé entendre qu'en termes voilés ou
d'une façon équivoque.
Descendant d'émigrés p!'0testants français du XVIIe siècle,

il suivit les cours de àl'Universlté-de Berlin, et devint
1829 le collèR.!!e de son ancien maître en qualité de Il pro­
fesseur extraordmaire ». He8!L le -ëhargea fenseiSE-er saJl
métaphysique à Vic!!!! Cousin et IïïfCôDfiil'e ucation philo­
sopliique lIe sës deux Cils au_ de Berlin. Ayant ­ tV")
vécu très vieux (il moumt dans sa 93
e
année), il professa
pendant deux tiers de siècle. Travailleur inlassable, il diriges jl
la Société philosophiqUèlfeBerlin et la revue La Pensée et
écrivit en franÇ.iiii.Qmme
en alleI!!!!ud. SuspeëfSur le terrain religieux comme sur le
HEGEL ET L'HEGELIANISME 70
terrain politique (où il se situa très« à gauche»), il se compro­
mit souvent par des articles ou des discours; il fut l'objet
d'enquêtes policières et même cité en justice. Menacé plusieurs
fois de révocation, garder sa chaire à l'Uni­
v:ersité de Berlin, mais n eutJamais
toute sa vie « Ilrofesseur extraordinaire ».
j
son œuvrelïï plus typique estIe Cours sur la personnalité
de Dieu et l'immortalité de l'cime ou la personnalité éternelle de
l'esprit, qu'il Cit à l'Université de Berlin en 1840 et publia
'
l'année suivante.
Michelet pense, comme Hegel, qu'il y a dans le christianisme
une vérité fondamentale à retenir: l'unité de la nature divine
N1
-- et de la nature humaine, ce qui est« du côté dë Dieu son incar­

nation, du ffieëlël'homme, sa vie éternelle dans le sein de
,Dieu ». L'éternité n'est en effet rien d'autre que la présence
abSOlue de"l'Omversel qui s'expnme dans tous les
changeants du monde. Dieu s'incarne éternellement dans les
êtres finis: l'homme ne s'élève à l'éternité que dans la mesure
li oùü paryienJ à exprimer l'essence par sa ltt
Jl
t'
par ses On ne peut attribuer à Dieu une conSClence ) 7
propre: ce n'est que dans l'homme qu'il arrive à la personnalité.
On a résumé les thèses de Michelet en disant que pour lui
« Dieu est personnel dans l'homme et l'âme immortelle en
Dieu », ce qui revient à dire, ajoutait-on, que Dieu n'est pas
personnel et que l'âme n'est pas immortelle. Autrement dit
en employant le langage du spiritualisme et let' symboles de
la théologie, les hé&éliens du centre (du moins ceux duce centre
gauche» où Michelet se situait lui-même), aboutissent en fait
aux mêmes conclusions que les hégéliens de gauche. ?ffais ils
'1 maintiennent fondamentales de l'idéalismeliége­
tThïîïïvec sa dialectique et sa terminologie et on peut se deman­
1
der si ce qu'ils enseignent sur le plan religieux n'est pas au)
( fond, exprimée plus clairement, la propre doctrine ésotérique
. de Hegel.
CHAPITRE IV
LE PROBLÈME POLITIQUE
(DE HEGEL A MARX)
Hegel s'est toujours beaucoup intéressé aux
questions politiques. II vivait à une époque qui fut
éminemment «( historique l) et se tint toujours au
courant des événements du jour, déclarant q u e ~ a ]
lecture des-iournaux est une sorte de prière du
matin réaliste ». Il a écrIt des essais politiques ins­
pues par dës questions d'actualité, notamment La
constitution de l'Allemagne, écrite en 1802 et publiée
seulement en 1893 par ç. Monat. Il a même dirigé
pendant un an et demi un journal: la Gazette de
Bamberg (de mai 1807 à novembre 1808). Sa corres­
pondance montre qu'il se préoccupait beaucoup de
tous les problèmes de l'actualité. Il enseigne d'ail­
leurs qu'on ne doit pas séparer la théorie de la
pratique. Pour lui en effet la volonté est un mOde)
particulier de la pensée: c'est la pensée qui s'exprime
dans la réalité : « Ceux qui considèrent la pensée
comme une faculté particulière, séparée de la volonté, "
conçue elle aussi comme une faculté particulière,
et vont jusqu'à considérer la pensée comme nui­
sible à la volonté, surtout à la bonne volonté,
montrent de prime abord qu'ils ne savent absolu- j
ment rien de la nature de la volonté» (Philos. du
droit, § 5).
72 HEGEL ET L'lIF;GlkLIANISME
I. - La constitution de rAllemagne
Dans son ouvrage sur La constitution de l'Alle­
magne, veut montrer comment l'Allemagne,
morcelée en une multitude de petits Etats souve­
rains, pourrait refaire son vraiment
ayant une armée et des finances nationales.
On trouve déjà dans cet ouvrage quelques-uns des
thèmes politiques qu'il a systématisés dans ses
Principes de la philosophie du droit. Ainsi il déclare
que ce qui lui importe avant tout c'est de faire
des constatations sur le plan de la philosophie de
l'histoire et non de bâtir, au nom d'un idéal, des
projets de réforme. Il veut amener ses lecteurs à
comprendre ce qui est, à se rendre compte que ce qui
est n'est pas l'effet du hasard. définit l'Etat
une collectivité humaine qui «S'est unie pour la
défense en commun de l'ensemble de ses biens JJ.
n'est pas au service de l'individu, il n'e!,t
pas une simple association, mais un, tout organJJue.
La politique a une sphère d'action qiri"lui est propre
et qui ne doit pas être confondue avec celle de la
morale. Dans les conflits entre Etats, chacun croit
avoir le bon droit de son côté et « ce n'est que par
la force que le droit peut s'affirmer Il. « La question
n'est pas de savoir quel droit est le bon, mais lequel
doit céder à l'autre. » - Ces vues s'apparentent à
celles de Machiavel dont loue la « froide
réflexion Il. Sans doute la morale peut « débiter
contre lui ses trivialités : que la fin ne justifie pas
les moyens, etc. » Mais cc il ne peut être question ici
de choisir les moyens; des membres gangrenés ne
peuvent être guéris avec de l'eau de lavande )J.
« Le concept et l'intelligence suscitent contre eux
une telle méfiance qu'ils sont tenus de se justifier
PROBLÈME POLITIQUE (DE HEGEL A MARX) 73
par la force; c'est alors seulement que l'homme se
soumet à eux II (La constitution de l'Allemagne,
éd. Heller, pp. 13-14, 26 sq., 110 sq., 125, 127,
160).
II. - La Philosophie du Droit
La constitution de l'Allemagne n'est qu'un ou-
vrage de circonstances, un de ces écrits de jeunesse
qui portent encore la marque de la philosophie de
la vie chère à Schelling et aux romantiques. Les
vues que y-aerênd sont reprises plus nette-
ment et systématisées dans ses Principes de la
philosophie du droit (1821), le dernier en date de
ses grands ouvrages. Les points essentiels en sont
résumés dans l'Encyclopédie (du § 483 au § 552).
Dans ces deux exposés la politique est étroitement
associée à la morale, à la psychologie de la volonté
et à la philosophie de l'histoire.
Dans la préface de la Philosophie du droit,
nous déclare qu'il ne vise nullement à construire un
Etat idéal. « Comeitndre ce gui est. dit-il, voilà la II
tâche de la philosop ie, )J
L"interprétation rationnelle qu'il va donner, c'est
« la réconciliation avec la réalité ». La philosophie
n'a pas pour rôle d'enseigner ce qui doit être: « Pour
cela d'ailleurs elle vient toujours trop tard. » « En
tant que pensée du monde, elle n'apparaît qu'après
que la réalité a achevé son processus de formation...
Quand la philosophie peint en gris sur gris, une
forme de la vie a vieilli et avec cette grisaille elle
ne se laisse pas rajeunir, mais seulement reconnai-
tre; le hibou de Minerve ne prend son vol qu'à la
tombée du crépuscule. »
dQ._dom,aine
dép.arLest la uola!!!iJi.kre, nI>re en tant qu'elle est
• .. y(..j'" d
_";:c.: fi.)' .. - b
.1 J __ •.,,..-t,r..,....., , ....... ,.

-E> J.->--- ,....... l:'r--, gt.. D'" t
74 HEGEL ET L'HgGgLIANISME
une indétermination qui se détermine elle-même,-1
en tant qu'elle est le moi qui se pose une limite,
se donne un contenu tout en restant dans l'identité
- avec soi-même et la généralité. Quand elle n'est
./f que la volonté naturelle, elle ne fait qu'obéir aux
désirs, aux penchants et son domaine est l'arbi­
- traire; elle n'est libre alors qu'en soi. Elle est libre
2 /!..our. soi elle se donne pour contenuJiOii1e
pa)'tlcW;-r, malS -lë c'est·a:wre quand elle
est pensée. .
dans le droit que la...x.olontLlihle atteint
son existence immédiate. L'individu en tant
1
1
a et ..!les droits est une persoJ!:!!.e. L1mpéràtif
JI
d'ü"'<troit c'est donc: « et respecte
les autres en tant que personnes. » La personne
doit se donner pour agir une « sphère extérieure de
sa liberté » : sa propriété. Comme il y a en dehors
de moi d'autres personnes, mon droit est limité par
le droit des autres. Il en résulte un conflit entre
les volontés qui se résout dans le contrat, première
ébauche de l'E.:!at : deux volontés s'y unissent en
une volonté commune qui en tant que telle devient
un droit. Mais un conflit est possible entre la volonté
particulière et le droit incarnant la volonté générale.
ill en résulte l'injustice (Unrecht), c'est-à-dire la
du droit. Ce désaccorër:rend nécessaIrëUÏJ.e
réconciliation, du droit
1
momentanée par une volonté particulière.
La négation de l'injustice c'est la punition (négation
de la négation du droit). Hegel rejette les doctrines
1 {qui fondent le droit pénal sur la nécessité de faire
un exemple, d'intimider, d'amender, etc. On ravale
ainsi la punition au niveau d'un simple moyen. Il
2. {faut y voir une fin en soi, la manifestation par
, excellence de la justice. qu'on inflige
-- II au coupable c'est son drott, sa ratioÏÎâlité,
/....;: j --.O,...S: /
( tf...<'-I-vf.0
PROBLtME POL/T/QUE (DE HEGEL A MARX) 75
sQ....us il I1eut être Son acte doit
se retourner contre lui. C'est pourquoi !!!?gel défend,
comme Kant, la loi du talion et la peine de mort.
'Le droit est le premier degré du développement

l'espnt Les deux autres degrés, complé­
2 tant la triade, sont la moralité subjective (Mora-
J litat) et la moralité objective (Sittlichkeit) dont nous
avons déjà parlé. Alors que le droit strict (droit
abstrait) ne considère que l'aspect extérieur de
l'acte, le point de vue moral considère son mobile
intérieur. Ce qui compte ici c'est le but que se pro­
pose (Vorsatz) celui qui accomplit l'acte, l'intention
(Absicht) qui l'anime. Celle-ci vise d'abord le bien
propre de l'individu, mais en s'élargissant peut avoir
en vue le bien de tous. Ainsi nait l'idée du bien en
soi et pour soi: il y a ici réconciliation de la volonté
particulière subjective avec le concept de la volonté /<l..,
qui a en vue le rationnel, l'universel. consiste )"/coLI' <- /;.:,
en ce fait que la volonté subjective révol!e contre" V).... .,
poser comme un absoIUSa f. i "-L
pmreindividualité _et nie aiiîSi' le
Dans la sphère de la moralité subjective, e ien
est encore l'universel abstrait qui a besoin d'être ..
déterminé. L'identité du__ - 01.3
subjecfiVë est attemte au niveau de la
moralité- objective. Le bien devient alors vraiment
une réalité effective grâce à la société qui forme les
.consciences, aux-.institutions qui unissent les volon­
1/ tés individuelles dans le de l'inté.!êt
icollectir,-aSSUrant àinsi le triomphuyationnel,


première de l'esprit social J'l
1'1 f(J,mille, -aontle rôle essentiel est l'éducation des
- enfants, première source de la moralité.
Le second moment de la triade est ici la
't.. Société civile (bürgerliche Gesellschaft). Les per­
76 HECEL ET L'HECF;LlANISME
J


H'3 ­
-

sonnes s'y associent conformément à leurs intérêts
et les associations ainsi créées entrent en relation
et souvent en conflit. Ainsi s'établit dans la vie
sociale un ordre tout extérieur résultant de l'accord
des besoins et de leur limitation réciproque, imposée
par une réglementation collective.
Le troisième moment c'est l'Etq.t qui est la réali­
sation sociale la plus haute. I!egçJ. le distingue de
la société civile à laquelle le ramènent la plupart des
théoriciens modernes qui pensent que le rôle de
l'Etat est d'assurer la liberté des personnes et la
de leurs biens. La société civile est un J,Q
monde individualiste et de Il l'ato­
J
1
misme social ». D'après HegelTEtat n'a pas pour
fiïi d'assurer à ses membres lé bien-être matériel et
la liberté « abstraite» (c'est-à-dire conçue d'un
point de vue individualiste), les amener
à .. r"aisô-@tble
et de s'erever amsi
à ra liberté « concrète ». C'est seulement dans l'Etat
que l'homme accède à la moralité la plus concrète
et la plus haute. L'Etat en effet éduquj l'individu,
le plie à une discipline collective qui e libère des
contingences de sa nature animale et des ratioci­
nations stériles; loin de le diminuer, il lui pe.rmetj
d'!1.. sa personnalité en s..:...in!égrant Lun orga­
mor_al iupéneur qui le faIt progesser dans
le sens de l'universel.- - -, ...
&&!à ne considère pas la république comme la
meilleure forme de gouvernement: elle met en effet
l'individu au premiergn et repose sur une confu­
Jl
sion de la société ci e eraer--Etat. Lë meiIlèur
régime politique est pour lui la monarchie constitu­
(1 La.-::DCTsoll1!ilitraiJ:E!at

effectivement réelle qu'en tant qu'eÎÎe est une
»,.écrit-il (Philos. du droit, § 279t- Il
PROBLÈJ'tlE POLITIQUE (DE HEGEL A MARX) 77
ajoutait dans son cours que « cela ne veut pas
dire que le monarque puisse agir suivant son bon
plaisir; il est au contraire lié au contenu concret
des délibérations et, si la constitution est solidement
établie, il n'a souvent rien de plus à faire qu'à
signer son nom ». Aussi n'est-il pas nécessaire qu'il
soit d'une intelligence supérieure. « C'est à tort
qu'on exige du monarque des qualités objectives;
il a seulement à dire « oui» et à mettre le point sur
l'i... Dans une monarchie bien ordonnée le côté
\ appartient à la 101 seule; le monarque n'a
\
qu'à y ajouter l'élément subjectif, le « je veux Il
(Additions aux §§ 279 et 280 de la Philos. du droit).
Les « délibérations» dont parle Hegel sont celles
des représentants des groupes professionnels, des
corps constitués, de la bureaucratie que le monarque
doit consulter. Ils établissent la médiation entre le
souverain et le peuple. C'est par eux que l'opinion
publique peut s'eirimer dans une certaine mesure
(mal définie par ce qui assure la synthèse
(
du de la subjectivité et de l'unité subs!,!n­
tielle de .
1J un èvoir pour tous de sauvegarder «l'indi­
If(vidualité supstantieIIe J),î'indépendance et
v:;aineté de"P'ËUÏt, fût-ce de ses hienset
La guerre est en effet pour le seul
moyen de régler les conflits entre les Etats. Elle a
une valeur morale en ce sens qu'elle oblige
à_"se-sacruï:er-à une et lui l'âit
( éprouver vraiment cette vanité des biens terrestres
dont les prédicateurs parlent tant (Philos. du droit,
§ 324 et Addition, §§ 325 à 328). Et ici, comme nous
l'avons vu, se manifeste la dialectique de l'histoire,
f
l'Etat ffilÎ triomphe dans ces « étiiI!Lle
ptt:: « vrai JJ à chacun des moments de l'évolution
historique.
...
78 HEGEL ET L'HeGeLIANISME
III. - Les conceptions politiques de ~ ~
(
Les conceptions politiques de Hegel ont été
interprétées de façons très divergeïitès:"" Gans, qui
a publié la Philosophie du droit en la complétant
par des notes de cours, déclare dans sa préface que
H e ~ l n'a pas répudié les grands principes de la
Révolution française qui l'avaient enthousiasmé
dans sa jeunesse et qu'il revendique lui aussi pour
le citoyen, tout enclavé qu'il soit dans l'Etat, les
droits essentiels de la personne humaine. Mais le
plus souvent on souligne le caractère conservateur,
pour ne pas dire réactionnaire, de cette œuvre :
on voit dans ~ e g e l le philosophe pour qui l'Etat
\\Ïflcarne l' « in vidualité substantielle », le l( m'Vin
) terrestre» devant lequel l'individu doit reconnaître
son néant; on fait de lui le philosophe de la Restaura­
tion, l'apologiste de la monarchie prussienne, l'inspi.
rateur du culte de la force qui trouve dans la guerre
son plein épanouissement.
Une position intermédiaire est défendue par
John Dewey et Victor Basch. Pour ce dernier la
doctrine hégélienne de l'Etat apparaît dans l'en­
semble comme « un compromis entre une philoso­
phie de l'autorité et une philosophie de la liberté )J.
Elle tente de trouver « un milieu entre la monarchie
absolue et la démocratie extrême, entre l'indivi­
dualisme intransigeant et l'étatisme poussé à ses
dernières conséquences )J.
Si l'on considère l'attitude pratique de H e ~ l , il est certain
qu'au cours de sa vie elle a évolué de la gauche à la droite
sur le terrain politique. Il s'enthousiasmait pour la Révolution
française lors de ses années de séminaire : on a dit que par un
dimanche de printemps de 1791, il était aUé avec Schelling
planter un arbre de la liberté aux environs de TüIlingen.
Mais il a adopté dans la suite une attitude de plus en plus
PROBLÈME POLITIQUE (DE HEGEL A MARX) 79
l
conservatrice ; le reconnaît et le déplore. On a relevé
comme particulièrement déplaisantes ses attaques contre son
collègue mis à pied pour avoir exprimé ses tendances
démocratiques à la fête de la Wartburg (en octobre 1817). Il
reproche aux apôtres de la souveraineté nationale d'être animés
par le pur sentiment au lieu de faire appel à la raison et de
vouloir ainsi fondre cc l'architectonique rationnelle» de l'Etat
(
dans ce qu'il nomme « la marmelade du cœur» (Brei du Her­
zens). Cependant ce qu'on a écrit sur le rôle de « philosophe
d'Etat» qu'il aurait joué à Berlin semble, comme nous l'avons
vu, quelque peu exagéré. Son comportement personnel et ses
libres propos, notés par ses amis, montrent d'ailleurs que, même
dans la période berlinoise, il conservait un certain attachement
aux idées de la Révolution française. Victor Cousin (qui put
le voir et lui parler Journellement pendant six mors à Berlin)
j
nous dit qu' cc il la considérait... comme le plus grand

gu'eât1'ait le genre humalïillepuis le chrlstiamsme D. On a
I
f
dit que tous les ans iICèlelirait l'anmversairë<lëlà prise de la
Bastille en buvant une coupe de vin avec des amis. Rosen­
kranz nous rapporte qu'un de ses étudiants ayant été eiiijm­
sonné pour ses opinions siiIiVëi-sives, il accepta d'accompagner
dans une barque, à minuit, ses camarades pour lui dire quelques
mots de réconfort sous la fenêtre de sa cellule qui donnait
sur la Sprée (cela au risque d'essuyer les coups de feu d'une
sentinelle). Et son meilleur ami, Forster, termina le discours
qu'il prononça sur sa tombe en s'écriant :« tOUjourS']ll
de servitude et d'obscurantisme: nourn'avons 'pas
penre vous, car son esprit sera notre on ne ,
peut plus significatives qui exphquent sans doute pourquoi la
police interdit tout autre discours. - Si donc on ne peut nier la
part de conservatisme qu'on trouve chez Hegel, il faut recounaî-JI
de c mmun av 1 - nnarisme viôIënt
cl un c qui se glorifie d'avoir en 1848 aidé les 1
soldatsà tirer sur ce qu'il appelle « la canaille souveraine». 1
IV. - Droite et gauche hégéliennes
en politique
Au fond, comme l'a dit J. L6wenstein, la poli­
tique de Hegel est à double lace. D'un côté elle vise
à la réconciliation avec la réalité existante qu'elle
veut comprendre en l'interprétant rationnellement.
Et c'est en ce sens que tout conservateur peut se
80 HEGEL ET L'H€Gl'tLiANISME
réclamer d'elle. Mais d'un autre côté, le mouvement
dialectique qui domine la pensée hégélienne s'oppose
à une fixation de ce genre: il justifie l'idée d'un
progrès conditionné par des antagonismes qui peu­
vent être des conflits entre des classes sociales
aussi bien qu'entre des Etats, aboutir à des révo­
lutions aussi bien qu'à des guerres. C'est pourquoi
AJi
nous trouvons untl.droite et une gjuche hégéliennes

(
sur le plan politique comme sur e plan religieux,

droite et gauche qui ne coincident <Î!ailleurs pas
exactement. Par exemple, Strauss, qui se range
nettement à sur le terrain de la religion,
défend (comme chez nous Renan) des idées conser­
vatrices qui le font classerTdroite en politique.
Dans l'ensemble la droite s'attache surtout à la
lettre des conclusiOiï8Pratiques de la Philosophie
du droit, alors que la s'appuie essentiellement
sur la méthode générale du système.
V. - Hegel et le pangermanisme
C'est surtout la théorie de l'Etat de et
son interprétation du devenir historique qUi ont
été invoquées à droite et ont fait voir en lui l'inspi­
rateur de pangermanistes comme Treitschke et son
disciple von Pour l'Etat c'est
le divin terre. II n'est pas le serviteur des
individus, mais a sa fin en lui-même. Son devoir
essentiel c'est d'être fort à l'intérieur pour imposer
aux individus une stricte discipline et à l'extérieur
pour assurer et agrandir sa puissance, en n'ayant
d'autre souci que son intérêt propre.
reprend la formule de invoquée par :
- « L'histoire universelle est le 'u ement dernier. »­
Il est aCl e user de ce point e vue ce que
.... /
" tJ'"' r c 1.y6 c4 k--''LP­
..tL........... -;.
PROBLÈME POLITIQUE (DE HEGEL A MARX) 81
a écrit sur la guerre et sur la mission des
peuples. Chaque moment du développement de
l'histoire est lié à un peuple dominateur qui est
alors le porteur de « l'esprit du monde» ; les âmes
des autres peuples sont sans droit en face de lui.
Or après avoir traversé les périodes orientales,
grecque et romaine, l'humanité en est maintenant à
la période germanique. Et c'est pour Treitschke
comme, le semble-t-il, pour Hegel l'Etat prussien
qui incarne le mieux l'esprit germanique. Il a,
avant tout autre, le devoir d'affirmer sa force, la
faiblesse étant « le péché contre le Saint-Esprit de
la politique ».
vraiment dans un p_récurseur du
que pense, par exemple,
CI
.. (
Ch. dler « l'hégélia­
nisme diffus<{Ui n'a cessé de remplir le XIXe SIècle
A
allemand », mais ce que conteste .
est ceriain qu'on ne trouve chez rien de 1
( semblable à ce nationalisme passionnéqui apparaît
dans les Discours à la nation allemande de F.Mi!!!e.
Loin de se faire l'apôtre de la « guerre de la libé­
ration », il fut (on le sait par ses lettres à son ami
un__ de Ji
qu'll ap.I)elait « l'âme u monde» (!J, et dont il
-13
déplora la « !riomphe de masse me­
diocres ». Pour G. Lukâcs, voyait en Napoléon
non le général victorieux, mais l'homme qui devait
liquider les restes du système féodal en Allemagne. .
A. Kojève pense qu'il de Na-t0léon )
blissement d'un « et ôiÏÎogène II
aurait coïncidé
6 R.SERREAU
82 HEGEL ET L'HSGSLIANISME
de la allemande dans le système
}hégélien, « la fin de l'histoire D.
Ajoutons <t1e Hegel accorde l!lanaà::Ja\
d!!!!... 'il pILee en revue ans,
S SBpl'it et qu'il souligne le rôle capi "
qu'a joué 1!l enseefFanaiÏle dans le développement de l'esprit
critique. Citons en! eux falts très significatifs : il
A {[cieux fils au Lycé Berlin (ce que n'aurait pas1ait
. Jun adepte du «germawsme pur ») et, comme nous l'apprend
son fils aîné :Kiui.fuw, il comptait parmi ses meilleurs amis
des Juifs comme A. Beer, J. Mendelssohn, Gans, ce qui nO\l8
2. . le montre très éloigné de cet antisémitismepassionné des
nationalistes allemands qui se manifeste même chez et

chez Schopenhauer.
Quoi qu'il en soit. si l'hégélianisme a pu être
utilisé par un Treitschke, il a été dans la suite de
moins en moins invoqué par le8 nationalistes
allemands : ils ont surtout fait appel au
(c'est le cas de von Bernhardi) ou à la doctrine
/f de Nietzsche. est donc loin d'être l'inspirateur
l principal de belliciste. En revanche nous
'2. doctrine des plus célèbres que
son propre on ateur avoir édifiée sur la
)\dialectique hégélienne: c'est le marxisme.
VI. - Hegel et le marxisme
Dans son premier ouvrage, la Critique de la philo­
sophie du droit de l!.eS!! (1844), souligne l'im­
portance capitale, autant historique que philoso­
phique, qu'a pour lui la doctrine hégélienne. li y
voit la « continuation idéale Il de l'histoire allemande
et pense que, dans l'ordre de la pensée, elle ne le
cède pas en importance à ce qu'est le capitalisme
dans l'ordre des institutions. Dans la Sainte famille
(1845), dirigée contre Bruno Bauer, Marx et
PROBLÈME POLITIQUE (DE HEGEL A MARX) 83
rejettent l'idéalisme spéculatif qui met à la place
de l'homme réel la « conscience de soi» ou l'esprit.
Ils se. déclarent matérialistes comme Feuerbach,
mais reprochent à celui-ci d'être revenu
lisme mécaniste du XVIIIe siècle et d'avoir abandonné
ce qu'il y a de plus fécond dans la pensée hégélienne:
la dialectique. Quand on la comprend bien en effet,
la dialectique a un caractère nettement révolution-
naire. le souligne dans son f.udwig Feuer-
bach.
« La véritable importance et le caractère révolutionnaire de
la philosophie .•. c'est qu'elle mettait fin une fois
pour toutes au caractère définitif de tous les résultats de la
pensée et de l'activité humaine. TI n'y a rien de définitif,
d'absolu, de sacré devant elle; elle montre la caducité iné-
vitable de toutes choses et en toutes choses et rien n'existe
pour elle que le processus ininterrompu du devenir, de l'appa-
rition et de la destruction, de l'ascension sans fin du stade
inférieur au stade supérieur, dont elle n'est elle-même que le
reflet dans le cerveau pensant. »
Il faut bien comprendre la fameuse formule:
« Tout ce qui est réel est rationnel Il. Cela veut dire
que toute réalité est une manifestation temporaire
de la Raison, un stade de son développement
dialectique. Il ne s'agit pas d'une simple justifi-
cation de l'ordre établi. « Appliquée à l'Etat prus-
sien d'alors, la thèse veut dire seulement que
cet Etat est rationnel, conforme à la raison, dans la
mesure où il est nécessaire et que s'il nous parait
cependant mauvais, mais continue néanmoins
d'exister bien qu'il soit mauvais, c'est que la mau-
vaise qualité du gouvernement sa justi-
fication et son explication dans la mauvaise qualité
correspondante des sujets. Les Prussiens d'alors
avaient le gouvernement qu'ils méritaient. Il
ajoutait d'ailleurs que « tout ce qui est rationnel
est réel », ce qui veut dire que toute manifestation
!
'.,f .... «- 1'-r/ç,1

,.,.::-0. .. f/... ... 6 .. --<. ')
A 1 \ .r--:- t:, eê".--.., .,..A 1;- vL---- fl.u:L ,.A>"c.­
84 IIEGEL ET L'II1tGl1LIANISME
véritable de la Raison finit par se traduire d'elle­
même tôt ou tard dans la réalité.
Le socialisme scientifique de Marx lié au matéria­
lisme dialectique veut résoudre 1;problème fonda­
mental que posait l'œuvre de Hegel: la reconciliation
élu réel et du rationnel. Pour cda il faut renverser la
hégélienne qui est « sur la tête II et « la
I
l, :J::.emettre sur pieds ll, afin de « découvrir knoyau
r -1 rationnel sous l'enveloppe mystique ll. Autrement
dit, il faut partir non pas de rraee,- mais dila réalité
1 1 L'idée"ne doit pas être un simple objet
de contemplation; elle doit être fortement enracinée
dans la réalité se traduire dans les faits. cc C'est
(j{,.t..j-­
dans pratique (Praxis) que l'homme doit prou­
ver la vérité, c'est-à-dire la réalité et la force de

sa pensée ll. « Les philosophes n'ont fait jusqu'alors
qu'interpréter le monde de différentes façons; mais f
,/ maintenant il s'a..git de le transformer. II 1 ."" u. yt.-- {""
<-<- n'avons pas à exposer ici la doctrine de
Marx et (1). Signalons seulement qu'elle -r."...,.
#--0 s'oppose nettement à celle de pour ce qui M
"rjii:;:. concerne la nature et le rôle de l'Etat. lc f; r­
distingue de la société civile; Marx au contraire Ji....:·
-u:::-- absorbe l'Etat dans la société civîIë et découvre à
• l'intérieur de celle-ci les contradictions des classes ,t...
Y-r--; sociales qui se substituent à celles des nations ,\
dominant la dialectique de l'histoire
L'Etat n'est plus pour Marx la totalité organique
y.-rr-- .' dont parle mais l'instrument de la domina­
tion d'une classe sur une autre, de la bourgeoisie
sur le prolétariat, instrument dont le prolétariat
devra se servir à son tour, s'il veut supprimer son
« aliénation 1). - Les points communs concernent
(1) Un excellent exposé en a été fait par H. LEFEBVRE dans la
collection • Que sais-je? t •
•' J.-,I, /.' , f:' "" J -t.,.;:. (...-' vt' '1--) ""' -t. "­
--(p,........'""""'>........-. -=- J,J<-\ 0-' tp-.ut (
e:t.. - J ' -:.- t;;.. ftL.- :
-/_.(_ \;"J- J-- (A)-/,
i-- '- ... , V"t: . r"
rt....L 1/
PROBIJÈME POLITIQUE (DE HEGEL A MARX) 85
surtout la méthode que l\U.!:x oppose au système,
Il emploie ici volontiers la terminologie hégélienne.
Voici, tiré du chapitre 24 du tome 1 du Capital, un
exemple de dialectique appliquée à la vie écono­
mique : « La forme d'appropriation capitaliste issue
de la forme de production capitaliste et, par consé­
quent, la propriété privée capitaliste, est la première
négation de la propriété basée sur le travail indi­
viduel. Mais la production capitaliste produit sa
propre négation avec la nécessité d'un processus
de la nature. C'est la négation de la négation. Il Citons
encore tout ce qui concerne la prise de conscience
(qui joue un rôle très important dans la dialectique
de la Phénoménologie h,égtlienne). Le prolétariat
ne pourra préparer sa révolution qu'en s'élevant
de l'état de c1l1sse en soi à celui de classe pour soi,
c'est-à-dire en prenant pleinement conscience de
son « aliénation II dans la société capitaliste et de
son rôle historique de Il fossoyeur de la bourgeoisie ll.
On voit dans quelle mesure se rattache à
l'hégélianisme. Sa doctrine s'oppose certainement à
l;Tetire du système de bien que, comme l'a
montré Mo bpolite, on trouve dans son Cours
d'Iéna de 180S-180"b (1 des textes extraordinaires et
déjà marxistes sur l'économie ll, notamment un
aperçu de la loi de concentration des richesses (1).
Marx, nous l'avons vu, se réclame seulement de la
mlihode hégélienne et de l'esprit qui s'en dégage.
Mais peut-il le faire légitimement ? Peut-on vrai­
ment parler d'un matérialisme dialectique ?
(1) H!lt!el y montre que la richesse s'accumule de plus en plus
. chez UDp'étlt nombre. Et Il aJoute: • Le déchirement de la volont6
moderne, c'est cette séparation profonde entre la richesse et la
pauvreté. Toute une masse d'hommes est alors livrée, par la
t
(
nécessité aveugle de la société substituée à la nécessité de la nature,
li à un travail de plus en plus mécanique, tandis qu'au contraire la
richesse s'accroit. •
86 HEGEL ET L'H:tG:tLIANI5ME
lui-même n'a guère abordé le problème. Quand il
parle de « réalité matérielle » il pense surtout à la
réalité économique et, allant, si l'on peut dire, au
plus pressé, il oriente surtout sa polémique sur le
terrain des luttes sociales et politiques. E n ~ s a
voulu apporter une base philosophique ;;llde au
matérialisme dialectique en essayant de donner aux
lois de la dialectique une valeur expérimentale.
Tâche difficile qu'il a abandonnée après y avoir
consacré plus de huit années. Dans les fragments
qu'on a publiés, il cite la loi de la négation de la
négation comme une des lois dialectiques essentielles
de l'évolution de la nature. Mais le développement
qui suit s'arrête à la transformation de la quantité
en qualité, thème inspiré par la Logique de ,&gel
(éd. Lasson, l, pp. 383-384). ~ e lui-même à
recomiû1'insuffisance de ces travaux. Et A. Kojève,
bien que proche du marxisme, laisse ente;;d;e ~ e
la dialectique n'est valable que sur le terrain de
l'histoire, de la pensée et de J'activité humaines,
et qu'on ne peut l'appliquer au domaine de la
nature. Mais n'est-ce pas renoncer implicitement au
principe même du matérialisme dialectique qui
suppose évidemment que la dialectique se mani­
feste non seulement sur le terrain économique et
dans les sociétés humaines, mais d'abord et avant
tout dans la réalité matérielle, en commençant par
le monde de la physico-chimie, pour passer de là
au règne de la vie avant d'aborder les problèmes
humains?
Il semble qu'ici au fond la difficulté principale a sa source
dans l'emploi du mot matérialisme. Le monde matériel est
conçu en effet comme constitué par une multiplicité d'élément.
réels extérieurs les uns aux autres et n'ayant entre eux que de.
interactions mécaniques. La dialectique ne suppose-t-elle pas
un principe universel immanent qui cc surembrasse» les I!hases
multiples du développement ~ ~ c'est-à-êlli'e, qu'on le
PROBLl:ME POLITIQUE (DE HEGEL A MARX) 87

CHAPITRE V
L'HÉGÉLIANISME EN EUROPE
AU XIXe SIÈCLE (1)
J. - Recul de l'hégélianisme en Allemagne
Les deux derniers tiers du XIXe siècle furent
marqués en Allemagne par un recul très net ou du
moins par <!e la philosophie
lienne. La première cause en fut sans doute la scis­
Jsloii.- de l'Ecole, II faut y ajouter
certaine lassitu.de d.es esprits qui aspiraient à une
'philos1phie plus facile, les de lateïlsion
e_qu'exige assi us a pensée de Hegel.
A
La propagande des hégéliens de J;auche l'avait
rendue fort compromettante dans le monde uni­
versitaire. Aussi les chaires des facultés sont-elles
de plus en plus occupées par des disciples de
Herbart ou par des philosophes comme H. Lotze
qui se font contre_ Jes d'un
if spiritualiste s'inspirant de LeÛ>niz. On lance le
fJtZ.,
"' IDWo'-orareaü (( retour à » au nom duquel
O. Liebmann et développent un néo­
kantisme hostile à toute métaphysique et limitant
le savoir humain à la science pure. On revient à un
empirisme plus ou moins «( critique » avec des néo­
positivistes comme E. Laas et les « empiriocri­
(1) Suivant l'exemple des historiens contemporains nous prolon­
le XIX" siècle jusqu'à la première guerre mondia!e.
pas
- ),t... /'- .... a:.-. cL
L'H.€GÉLIANISME AU XIxe SIÈCLE 89
ticistes Il Avenarius et Mach. Après 1850 le maté·
rialisme se diffü8e largement dans le monde des
r
ç(J.JJo savants: seuls y échappent ceux qui veulent s'en
-'eDIr à « la foi du charbonnier ». On se plaît Jil
à condamner l'hégélianisme au nom déla sc"leïïCè" J
ce quI n'empêClie-pas l'Immense succès que connaît
alors un philosophe éminemment « littéraire » :
Schopenhauer. On répète à qui mieux mieux ses
jugements sur : il le_présente _comme un)
«charlatan » dans un jargon ini!J.telligible fahAu
t monde «un syll.Qgisme çrigl!llisé » et qui, _soucieux de
. garder sa chaire, parle sans cesse d'un Dieu qu'il ne J
fOl4l-',,;,

peut loger que « sous le crâne stupide de l'homme ».
Cependant si des hégéliens notoires comme
h-.:..--.
s'éloignent de la doctrine du maître, l'Ecole reste
c;::::.t.-:;:,
représentée jusqu'à la fin du siècle par les quelques
fidèles groupés autour de à la Société

philosophique de Berlin. Le centenaire de la nais­
') ?
sance de n'est pas oublié, malgré la guerre,
le 27 août 1870. Et bien que pessimiste, le philo­
sophe le plus célèbre de la fin du siècle, E. von
Hartmann, se réclame de Hegel plus que de
en voyant « une forme
inèOils"ciente de la »
Alors que l'hégélianisme perdait du terrain en
il commençait à être connu et à gagner
ae-s--aaeptes dans les autres pays européens. Les
deux nations les plus proches,(a Franc]>

furent les premières à subir son-iiiffuence.
II. - L'hégélianisme en France
Victor Cousin
Le biographe de Rosenkra!J.z, reconnaît
que, de toutes les nations voisines, la France fut
la première à elltrer en contact avec la philosophie
90 HEGEL ET L'H'tG'tLIANISME
- hégélienne. L'initiative vint ici de Victor Cousin
qui dès 1817 fit connaissance avec Hegel à Heidel·
berg. Il le revit plus longuement d'octobre 1824 à
mai 1825, ses relations avec le proscrit Santa Rosa lui
( ayant valu alors d'être arrêté et retenu six mois à
Berlin en résidence surveillée. Durant ces séjours,
V. çousin eut l'occasion de parler longuement avec
qui le fit instruire sur sa doctrine à Heidelberg
par Carové et à Berlin, plus longuement, par Michelet.
Il est certain que Victor Cousin a eu dans sa
jeunesse beaucoup d'admiration pour Hegel. La,·
correspondance qu'il échangea avec lui éÏÏ fait foi.
Témoin ce qu'on lit dans sa lettre du 1er août 1826 :
« Je veux me former, écrit-il, j'ai donc
" besoin tant pour ma cond.liite que pour mes publi­
é: cations, d'avis austères et je les attends de vous...
::t" Descendez un peu de vos hauteurs et donnez-moi
.'lJL'" ---z:.
1
.la main... Soyez d'autant plus impitoyable que,
. déterminé à être utile à mon pays, je me permettrai
r- i 1toujours de modifier sur les besoins et l'état tel
. 1<J?el de ce pauvre pays
f- :r-o ? d Allemag!!.e... dites-mOl la vente, pUlS J'en
passerai à mon pays ce qu'il en pourra compren­
( dre. » Cependant Cousin avoue qu'en 1817 il ne
comprit pas grand'cliôse de Il la terrible Encyclo­
» que Carové lui expliquait de son mieux : J
r
u Elle résista à tous me.s efforts », dit-il. Et il fut]
de MichëIët-E.e
qu--etait effectivement le DieuJiMIren. Il avait
pourtant été fortement impressionné par les paroles
de qui lui laissaient voir l( le fantôme d'idées
grandes et vastes », faisant sur lui (1 l'effet des
·ténèbres visibles de Dante ». Il Tout ne m'était
1
entièrement inintelligible, ajoute-t-îf, et ce que j en
saisissais me donnait un ardent désir d'en connaître
davantage. »
® t-
L'HgGgLIANISME AU XIxe SIP:CLE 91
Il en retint quelques idées au temps héroïque de
ses premières leçons dont..les tendances panthéis-)
en Sorbonne. 1
Devenu un puissant personnage sous Louis-Phi­
lippe, il « s'assagit» de plus en plus. L'absolu hégé- y.-tt: ... ___
( lien devint pour lui un objet d'effroi. « Ah! quel) 1-­
Dieu, mes amis, écrit-il, qu'un Dieu sans conscience, '-. -­
sans intelligence, sans liberté, sans amour! » Et,
quand,Michelet le r.evit à Paris en 1849, il s'entendit)1 ,t
qualifier de « fou» I!ar C,pan gui lui : Il NIJ
0!) (( C'est votre la France! »
En fait la doctrine hégélienne ÏÏ'a commencé à
être un peu connue en France qu'à partir de 1836,
grâce à l'Essai sur la philosophie de Hegel de

puis aux études de A. Ott (1844) et de Prévost
(1845). On en a eu connaissance plus préciSë80üs
le Second Empire grâce à l'étude et aux traductions
de VE! (à partir de 1855). Un large public put s'en
faire une idée assez exacte en lisant l'article remar­
quablement clair qu'Edmond Schérer publia dans la
C::) Revue des Deux Mondes du 15 février 1862. C'est
-s aussi à cette époque que l'hégélianisme fut le PIUS]

vivement combattu par les représentants officiels
":l.. : le P. Gratry, Caro et Paul Janet.
Oll Trois noms sont toujours associés dans leurs cam­
pagnes, ceux de Taine, de et de V J1--
1
"""",
présentés tr?is Il Il. Dans ,quel L,..""';)o­
r mesure mentent-ils vraIment ce tItre? É;-'"J.o.-
tA. .
!!JB.e. - a certainement beaucoup admiré
la philosophie de Il déclara l'avoir étudiée
pendant une année entière en province et en avoir
été enthousiasmé. « De tous les philosophes, écrit-il,
'I\ il n'en est aucun quisôitïiïontéàaesnauteurs) d ,
approche de cette prodio<.- "J
J
gieusê immensité... Lorsqu'on gravit pour la pre­
i<; vf [z,-z;, 6...; <) -'- <.'. ..f' t Co, ....... 7"-:' /;; ".., ; ", .....
92 HEGEL ET L'HEGELIANISME
mière fois la Logique et l'Encyclopédie, on éprouve
la même émotion qu'au sommet d'une granae
.
Jl
Devant-Iësyeux se déroUlent des
perspectives infinies; des continents entiers s'éta­
i
lent emhrassés d'un coup d'œil; et l'on se croirait
l arrivé au sommet de la science et au point de vue du
monde, si, là-bas, sur une table, on n'apercevait un
I
volume de V posé sur un volume de Condil­
1!,Ç » (Les philosophes classiques en France au
XIXe siècle, P'p' 132-133). Taine a eu en effet
j
tl'amhition de CQ!!@!.ac et
(l l'idéâIisme aIIemand avec l'empirisme.
j '" _ on son œuvre, on constate:1
..yt; qu'en aIt l'empmsme y occupe toute la place. H
f, a 1'\ Pour lui il n'y a<Ie réel que les sensations ou plus
. exactement les phénomènes. Sans doute en analy­
sant ces données premières, on en isole les éléments
et, en partant de ces extraits des choses que sont les
abstraits, on doit pouvoir reconstruire le monde en
remplaçant les faits par les idées qui en sont les
signes. C'est dans cette reconstruction que Taine
pouvait s'inspirer de Mais il ne s'est
contenté ici que de généralités très vagues. Dans
son traité De l'intelligence il n'a fait que dévelop­
per systématiquement cet empirisme assoèiation­
niste dont avait dénoncé le caractère factice.
Alors que Regsl fait du grand homme une incarna­
tion de l'IJéè, Taine explique le génie par l'action
des causes extérieures d'abord et avant tout physi­
ques. Le parallélisme psychophysiologique qu'il
professe peut tout au plus se réclamer de
iet ne retient rien de cette dialectique que .....!!E.'
\lui-même-a su aSSOCIer Bref,
comme le dit justement on ne
peut parler sérieusement d'un hégeIianisme de
(
Taine ».
L'HÉGELIANISME AU XIX- SIÈCLE 93
- L'œuvre de laisse transparaître
plus d'accents hégéliens. Peut-être est-ce parce que
sa pensée moins nette, « ondoyante », oscillant du
scientisme au dilettantisme, n'a d'à peu près fixe
qu'un arrière-fond de panthéisme et d'historisme
teintés d'une vague religiosité. Une première for­
mation théologique rapproche ces deux esprits :
mais protestant, a pu se croire toujours
1J'I chrétien, tandis que Renan ne pouvait ployer
t
, cette « barre de fer» qu'{;'fie catholicisme. Cepen­
dant s'il pense que le Dieu des théOlOgiens n'est
qu'une illusion, il n'en est pas moins convaincu
a du divin dans le monde. Dieu est da caté­
gorie de"l'iûeïif». Il est immanent non seulement à
l'ensemble de l'univers, mais à chacun des êtres qui
le composent. Seulement il ne se connaît pas égale­
ment dans tous. Il se connaît mieux chez l'homme
que chez l'animal, chez l'homme intelligent que
f chez l'homme ordinaire, chez l'homme de géî:. ie
l que chez l'homme simplement intelligent.
monde un fait brut, comme le veulent les .
( mate:flalistes ; il a sens, un but final: l'épanouiS-J' \ _ ri'!.
sement de qui est la valeur supremë.
Aiïïsi Dieu n existe pas, malS il devient, il se
fait : c'est le Dieu progrès que l'humanité doit 1/ (If,
réaliser en travaillant à l'avènement du règIle de '- '3

Il y'a de dans ces idées. Mais tout
cela reste vagué chez R!man. Il y_manque le sérieux,
l'assurance dogD!.atique, T'effort tendu deladia­
lectique hegéIienne qui veut concilier les contraires
dans une synthèse plus profonde, alors que Renan
se contente le plus souvent de constater les opposi­
tions en déclarant impossible une solution unique.
ainsi à un aveU'd'im­
ri,>
(
de la raIson qui s'oppose dêIa
,-'" ,.,.. ......., $-' f1-J.l;:;"
/
5---: r7A;.. . J
:-.1,...... ,J.,..... 1
94 HEGEL ET L'HF;GF;LIANISME
façon la plus radicale aux principes mêmes du
panlogisme hégélien.
Vacherot. - Bien moins connu du grand public
que et a surtout exercé son
influence dans les milieux universitaires. Paul Janet
voit en lui « le vrai représentant de l'idéalisme
hégélien Il (ce qui, pense-t-il, n'est pas le cas pour
Taine et Ce qui certain, c'est que Vache­
rot montre une connaissance très sérieuse de la
doctrine hégélienne. L'esquisse qu'il en donne dans
le tome III de son grand ouvrage La métaphysique
et la science, est à la fois claire et fidèle dans l'en­
se.mble. Il ,y fait dire à son m,étaphysicien que cc
qw aura eu la îlOlre d'avoir ouvert au
)
XIXe sièèle la voie dea vraie Il
(III, p. 142); il lui reproche sewement 'avoir
« fait parfois violence à la réalité pour la faire
rentrer dans ses formules II (III, p. 151). Cependant
Vacherot n'a jamais voulu se reconnaître disciple I\)i.fJ
dë se déclarant hostile au panthéismè.,._
comme 'athéisme, il s'est toujours présenté comme ,(:Jj

d' .. ali Il ,,,11<,
1e elenseur un« nouveau splntu sme Il. .
n'en a pas moins été vivement attaqué par les spi- J
ritualistes de son temps pour des raisons trop
faciles à comprendre. Sa thèse fondamentale c'est
l'opposition de deux aspects irréduc!Ïbles
l'essence divine : l'infini et le parfai L'infini est
réalisé dans l'univers qui représente le Dieu réel.
Mais le parfait est incompatible avec eXistence.
Il n'y a pas « d'autre ciel que la "pensée pour abriter
l'Etre parfait Il, car « tout être parfait... n'est qu'un
idéal chez lequel la perfection exclut la réalité l)
(l, p. XVII et p. LI). Ce qui revient à dire que Dieu
est une vérité, mais non un être réel distinct du
monde. N'est-ce pas au-fond ce que laissait entendre
b kil ;.-. ,..-J,J... AS .
JI
ï· '1" ,.... J:)..:,...... -:--#1
fi.4 ha. SJ' /)
L'HE:GE:LIANISME AU XIxe SIÈCLE 95 ­
J
et avant lui Fichte ? La profession de foi
de Vacherot semble pourtant être bien
- sincère :il ne l'a pas adoptée simplement par pru­
dence puisque, :r.év0ID!é et même emprisonné JI
dan.t trois Empire,
il finit parse rallier à l'extrême droite sous la Ille Ré­
publique en celle-ci de vouloiLdétruj;re en \
France le sentiment religieux 1 J
Les courants antihégéliens en Fl'ance. - Quoi qu'il en soit.
si l'hégélianisme a inspil'é chez nous dej.--e&prits éminents
/log
au XIXe siècle, il a été le plus souvent dans

- milieux universitaires et dans les cercles acadéllllques. 1 a

éteplus encore qu'en Allemagne dénoncé comme un athéisme
C)L.o..
à peine dégoisé, comme une philosophie qui« eÏiÎevait' au
( monde son auteUl', à la création sa sagesse, à la vie sa raison

divine et sa fin morale, à l'âme humaine son immOl'talité»

<Met. dans son Eloge de Schelling).
;--.
l'ensemble les cOUl'ants de pensée qui ont dominé en
A
'IFrance à la fin du xcc
e
siècle et au début du xx
e
ont été
J
hostil.!<.L!_!'Mgéli!Uili..me!o,. ou..(l'ont ët

J.. -simplement ignoré. C'est d'abord lespil'itualisme qui, pOUl'
-
dépasse!' Cousin, remont
t
à Maine de Bil'an et à Leibniz.
aY'$&
- C'est aussi et Renan eux-mêmes
- ont sacrifié. C'est la mèrë d'une méta­
physique de l'entendement liée à la pensée mathématique à
laquelle n'accorde qu'une place très subalterne; de ce
1.( _ point vue on peut, comme Brunschvicg, e!talter le spi­
nozisme, mais on rejette la « vérité triangulail'e» de la dialec­
_. ti..<I!le hégélienne. Ce sontliUSsJ:(fe-nGüVëITes influences alle
5
,
mandes, hostiles à l'hégeIlanisme, comme cli,.lles de '.,-u.. t-<-.
de c'est 5U1'tout un .s 0­
pliii marque peut-etrê'êliez nous qu'en Allemagne, SUl'tout SUI' ;. J
le plan moral, et qu'illustre le néo-criticisme de Renouvier. y 9"" 1 •

- C'est cependant de cette dernière
doctrine, qui fut longtemps très influente dans les
milieux universitaires, qu'est issu le système de
qui marque au début du xx
e
siècle un
retour partiel à l'hégw,anisme. C'est en effet suivant
le rythme ternaire de la dialectique qu'Hamelin
entreprend de le ...!lstème des
-- v"J?">,'
(ICt:?"-v,
Je---< 5--' ,,- c..... 0'-
__ 1 .. ( (J<> s.-.;t.----- 1.0.­
-
96 HEGEL ET L'H1!;GELIANISME
gories ""que Renouvier se contentait de juxtaposer
enIês déclarant irréductibles. Mais c'est seulement
par sa méthode s'apparente à

Le contenu de sa doctrine est en effet tout différent
de celui du système hégélien et rentre dans le cadre
- véritable, associé au....

Pou; lui, comme pour la

/ - __ est la ïersonnahte"'; et sa dermere
f." démarche dialectiquee fait passer de la person­
nalité humaine à la personnalité divine, à l'affir­
mation d'un Dieu réel, créateur et Providence.
ldt.-yv- Ainsi ae l'immanentisme dont elle 1.
'"" ( est inséparable chez Hegel pour trouver sa source
: et sa fin dernière dans la transcendance .<1
/
divme.
L::" /
III. - L'hégélianisme en Russie
C'est dans « les années quarante» que l'hégélia­
nisme commença à se diffuser d'une façon très enva­
hissante dans les milieux intellectuels de la Russie.
Ses porte:parole les plus influents furent Bakou­
1 JI Biélinski et qui, tous trois, ont

. Hegel après l'avoir
Bakounine. - Bakounine fut le premier à faire
connaîtrëÎa philosophie de Hegel à Moscou. Il en
était littéralement transporté, «( Mon moi personnel
est tué pour toujours », écrivait-il en 1837 (il avait
alors 23 ans)... « ma vie sera désormais la vie de
l'absolu». Il avait d'abord accepté toute la doctrine,
même sur le terrain politique, pensant que la grande
tâche de son époque était «( la réconciliation avec
la réalité sous tous ses aspects ). Mais dès 1842 il
change de ton: il déclare que la vie véritable n'est
pas contemplation, mais action et il s'insurge
('y4 t.. ,;tA L yy ..yt.
(g r-c-"""" 1.:.,,"' ..... ....:..""'"
....... ".-.('1 t- t:-.r-, S
L'HÉGÉLIANISME AU XIXe (sIÈcLE 97
contre le conformisme. C'est alors qu'il découvre
la gauche hégélienne et, se liant à Arnold Ruge,
publie dans les Deutsche Jahrbücher son célèbre
article sur « La réaction en Allemagne D où il tire
_des principes de une doctrine de
Le sens de celle-cl consiste
dans la négation de ce qui est, du présent, au
profit de l'avenir qui n'est pas encore. Toute conci·
liation n'est qu'une manœuvre pour esquiver la
lutte et entraver la dialectique de l'histoire. « TI
faut se confier, dit-il, à l'esprit éternel qui ne détruit
et ne supprime que parce qu'il est la source créatrice
de toute vie. La passion de la destruction est en
même temps celle de la création. ) Ce qu'il retient de
la dialectique hégélienne c'est le moment du négatif.
La mission du révolutionnaire « est dc {détruire
et non pas : ce sont d'autres hommes'll
constrwront... D. Et la .
l\plllIOso hie hé élienne vient soutenir ici
Jde]lakounine. « out ce qui est nature est IOgique
et tout ce qui est logique ou bien se trouve déjà
réalisé ou bien devra être réalisé dans le monde
naturel, y compris le monde social Il (L'Empire
t. III, p. 230).
- Le plus grand critique littéraire de
la Russie, Biélinski, fut converti à l'hégélianisme
par Ignorant l'allemand, il ne put lire
dans le texte. Il a cependant su dégager et
résumer clairement l'essentiel de sa doctrine dans
des études eurent de nomlireux lecteurs. TI .
d'aborenseigné, comme que li. l'affaireJ\
de la raison c'est de comprendr«fIa réalité ,f, ce qui
l'àvait .amené un moment à glorifier le régime
tsariste. Mais il renonça bien vite à une doctrine
« qUïnous enseigne-le conformisme; l-'-acceptaÏÏOn
....... -(.• Ir. l fil , (-.'
H. S lUU!AU .:Y d ,cA, --- -,- $. JI"' 7
jA-' ..(1. t1t J:J .. r: ?'-
..A
1
1 1./
pl> r--..I ....
98 llEGEJJ ET L'HÉGÊLIANIS1HE
de la vie, qui justifie toute sa laideur. toute Ion
horreur. qui nous défend de protester et de nous
plaindre Il. Il reconnut que « le vrai réel estl'indi­
vidu l) ; concret de n'est qu'une
abstraction inhumaine, Il qui dévore
[l'individu » ou qui. « après avoir paradé en lui. le
rejette comme une vieille culot,!:e ». Ce qui inspire '?
désormais Biélinski c'est l'idéafsocialiste:" Il pense
cependant que « Hegel ne s'est trompé que dans les
applications, là où il a été infidèle à sa propre
méthode ». ?>- VIde. r--'
---­
- avait pu étudier la philoso­
phie hég@ienne pendant ses années de déportation
en Sibérie (1834-1840) et il s'était rallié d'emblée à
l'extrême de l'Ecole. A son retour d'exil il
prit une p ace de premier plan dans les milieux

hégéliens russes qui, comme lui, demandaient à la
philosophie moins une explication du monde que
des règles de vie et d'action. Il crut trouver dans
l'hégélianisme la justification de sa croyance au
politique et"" social. « La philosophie de
.--J est l'aJgèbre de la révolution; elle
,JI}) . l'homme d'tïiïe façon et ne
-- )Ilaisse pas pierre sur..r.ierre de tout le monde chréfiëii,
--fOutesÎes t-raaItiOïlsBürannées ». Avcc Heg«4.
1Jtj _lll\Herzen crut aux?uples élus, chargés à tour de
1 le evenir de respnt ettl

f
la maintenant à les
peupIëBlatins et Mais son hég lianisme
ne survécut pas à la grande déception que lui causa
l'échec de la Révolution de 1848. Désormais le
saint-simonisme devient la base Je ses convictions.
'
f?'/I" Il renonce à se faire soutenir par « l'Esprit du
Il f.- 'f.;.,... r[monde» de Hegel. I( Ce n'est l'Idée. é_crit·il,
"po. JI c'estnous-mêmes'q!!Lagi.MOïis da 61'histOlre...
y •
, -Ç--GA..,. -1 t ":J'L '(t:Lt/l'';'" d .. 6· ?)
&1- /j'."" ..-- <;-/....1 Â r- (L)",. <-,
tJ4 t.a- u.::z-r-. .
(Jpo,--rJ..p.j,....- fp-:-..; {:;: .,-, /;:;
=r ").... r-- /;;: - Jo"
L'HftcELlA.'V15ME AU XIXe 99
' devons être fiers de ne pas et des
les mains du fatum tissant la toile bano e de
[
l'liistoire ". Pour lui maintena
fpas déterminée à l'avance; eD va où on la conduit.
A- TI Y a eu côté de ces penseurs
hégéliens Redkine et
Të,hérjne <JUl ont contribué a fin du SIèclëà diI­
a dOëtrine (de iiiêrïle que le Polonais Cieszkowskf,"âmi
-'( de Miëhelet). Mais dans milieux révolutionnall'es, la philo.
B sORme hégélienne a surtout été étudiée en tant que source du
m-!U"Jrisme. lui-même, qUi voUlait que l'action révolu­
tioIïlià1re une base théorique solide, recommandait l'étude
H.!2.1 et on a-publié
Vecntes sur ce sUJet.
IV. - L'hégélianisme en Angleterre
Au début du siècle dernier on s'intéressait fort
peu à la philosophie en Angleterre. La tradition
y avait atteint son point culminant au
XVIIIe siècle dans l'œuvre de Hume. Elle aboutis­
sait chez cet auteur à un scepticisme qu'on soup­
çonnait non sans raison matérialisme
voilé." L'école écossaise de avaIt engagé la
lutte contre la doctrine de Hume : mais
JI au sens commun relevait d'une philosophie un peu
trop SOïffiiiilrê. Le grand mouvement philosophique
de l'Allemagne était à peu près entièrement ignoré.l
On ne connaissait que quelques bribes du k!!!!isme
à travers Mme de Staël et Victor Cousin.
Cet état de choses dura jusqu'au milieu du
XIXe siècle. C'est seulement après 1850 qu'on
commença à s'intéresser d'abord à K.Jmt et à
traduire ses œuvres. Et c'est :p.,our mieux connaître
Kant qu'on se mit à étudier les postkantiens et
aborda enfin La première étude qui
parut sur lui fut Th!!-. seëret of de l'Ecossais
\
d-. "'J­
100 HEGEL ET L'HÉG!:LIANI8ME
publié en 1865. Ce livre est à l'origine de
ltburle mouvement gu'on a aIœelé néo-hégélia­
lnisme, mais qu'on aurait aussi lilen pu appeler
J
néo-kantisme anglais. Ce qui le caractérise en effet
c'est qu'il ne sépare pas Hegel de Kant et, en tant
I\qu'il rattache à qu'il est conçu
l'esprit spiritualiste et religieYX de la droite
de l'Ecole.
I!,egel à Oxford. - Ce mouvement se développa
d'abord à l'Université d'Oxford. Son principal insti­
Rgateur y fut l'helléniste JJ:1tt, qui admirait surtout
comme interprète e a pensée antique. C'est
lUt qui aiguilla les étudiants d'Oxford vers l'étude
de la philosophie allemande. On vit ainsi pour la
'première fois en Angleterre un fort courant de
1pensée s'éloigner de la tradition empiriste et se
l'orientation de l'idéalisme

j
-' T. H. Green (1836-1882), qui est re­
le chef de ce mouvement, est au
fOnd plus kantien qu'higilien. Il voit da.!!!.l'idéa­
lisme une doctrine qui réintroduit l'esprit
connal8sance et Dieu dans l'univers en refutant à la
fois l'empirisme et l'athéisme. Ce qui est proprement
dans sa doctrine c'est l'idée d'un universel
qui a pour support la pensée
notre pensée est en si bien que,

malgré les limites que lui impose son individuation
dans un organisme, l'homme apparait comme le
Il véhicule éternelle.
- - Caird et W. Wallaee ont contribué à la diffusion
de rhégélianisme dans leur pays, le premier par
ses commentaires, le second par ses traductions de
\
la Logique et de l'Encyclopédie. A Cambridge la
philosophie de fut enseignée par
et !!!illie conmÎstous les deux également par leurs
AU XIXe SIÈCLE 101
commentaires et leurs traductions. La doctrine
passa même en Amérique avec
:&lm.er et lo§.iah R.oYQ.e, à la grande indignation
de W. James. Cependant J. établit une sorte
'Ide liaison entre et en
1 accordant une PIace importante à 1 actIon pratique
j
1 eLà l'initiafive IndiVlduene.
Les deux néo-hégéliens anglais les plus célèbres
de la fin du XIXe siècle et du début du xx
e
sont
B.!!.2!ey et llosanqu..!t.
- JJradley. - Bradley (1846-J 924), tout en admi·
rant Hegel, appelé hégélien ou même
idéaliste. Il pense en effet que dans sa LoSique
une de l'Abso!!!. qui
répond certes à toutes les exigences de la raison,
mais qu'il est malheureusement impossible de jus­
tifier dans le détail. Il se voit ainsi contraint d'aC-) .
»L...un « divorce» entre la_Réalité
et la Pensée, malgré la supériorité qu'il faut re- (,u- 6a.M-\
connaître à la pensée. Tout jugement est la déter- c:: f
mination de la réalité par un concept; mais cette k,.",.,)
détermination se montre .!;QYjQYië à
la réalité. On a pu dire ainsi qu'il y avaIt deux
Bradley. On trouve d'un côté le Bradley hégélien
<jliIê'onsidère tous ks éléments duréëf les
moments d'une totalité concrète qu'ils ennchissent
J
[
, à COïï<I1tiOD- de ne pas être considérés isolément.
y a aussi le Bradley qui se réclame de l'expé. -­
nence et qui voit dans le moi indivi·
duels
5
et des « centres finis» qu'ils constituent « ce
{
que nous possédons de plus élevé ». ­
(1848-1923) est en un
sens plus hégélien que Brndley, car il admet que
tout le réel est rationnel. Pour lui, comme pour
le vrai c'est la totalité. La pensée humaine
5
..s r-e.,.,.,...... J '/1tII-.., __ c

.I->--.-.JL-"'-"LA.;..-- / L.J- 1:::"
v l1.J,.. :>
102 HEGEL ET L'HeGEUANISME
A part de donnée immédiate, du_ sensible, )
t.... passe parla réflexion abstraite de l'entendement
r
et)\
/1-1- L or -3 aboutit à laiOUilltTëOncrète, à «l:uniYersel Il
dont notre esprit acquiert une expérience de plus
en plus se manifeste aux esprits finis
à différents niveaux et c'est pour_Jévéler toutes
ses richesses qu'il se disperse en une multitude
individuels. Ceux-ci ne valf:nt que par
#Jc> - leur intégration dans le Tout et n'est pas
dans le temps, dans un progrès indéfini, mais dans

l'intemporel, dans l'éternité. On trouve ainsi chez
Bosanquet une tendance au panthéisme qui semble
le distinguer des autres néo-hégélien? anglais, plus
purement spiritualistes. \
-U L., "...,k d< l rr,..:.tz- J -ft?- 6:: --.
, -' V L'h"li'
J)u<-", .- ege anJsme en Italie'
L'influence de l'hégélianisme s'est manifestée
en Italie dès le milieu du XIX
e
siècle. Deux profes­
seurs de Naples contribuèrent les premiers à sa
diffusion : Spaventa (1817-1883) et Véra (1813­
1885). Ce dernier se fit connaître en France par ses
traductions et les études qu'il rédigea dans notre
langue. A la fin du XIX
e
siècle et dans la première
moitié du xx
e
siècle l'hégélianisme fut représenté
par le neveu de Spaventa, B. Crose et par Gentile.
B. Croce. - Le plus grand nom est de beaucoup
cefüidë13...-..,Cr.2!2.,e. Il adopte vis-à-vis de une
position assez éclectique qu'il résume dans un
l't ouvrage publié en 1907 : Ce qui est vivant et ce qui

Jest mort dans la philosophie de Ce qui fait pour
lui la valeur de c'est avant tout.!!.
1
méthode, autrement dit la dialecti..!l!!:.e. La grande
decouverte de c'est celle de des
contraires. « Toutes les dualités, toutes lei scissions,
, 'X, "A' ,\
! 1 (",f:u."..... E.
s
0 .:
Jf"'....:.- .. s-
L'H.(I;GE:LIANISME AU XIXe SIÈCLE 103
tous les hiatus et, pour ainsi dire, toutes les déchi­
rures et blessures dont la réalité est victime du fait
de l'entendement abstrait, se comblcnt, sc ferment,
se cicatrisent.,. Il La dialectique fait ainsi disparaître
une série de_ dualités qui ne sont que detaux
)
contraires : telles l'opposition de l'apparence et
de l'essence, de l'extérieur et de l'intérieur, des
accidents et de la substance, dc"la manifestation
et de la force, du fini et de l'infini, du sensible et
i.::'0- du suprasensible, de la et de l'esprit. Elle
s'évanou!z'''la cfïOSëen soi « que l'on appellerait)
mieux la vacuité en soi JJ, produit de la pensée pure
«qui.pfJl ...I!Jlpgur identité d'elle-même ».
Hegel est ainsi le vrai fondat!:'ur de l'Lmmgnentisme.
En montrant que le négatif est le ressort du déve­
\poppement de l'être,...en identifi!\nt et le
il a donné un fondement solide à tout l'histo­
risme moderne.
- Tels sont pour les aspects féconds de la
philosophie hégélienne. Mais il y en a d'autres
qu'il juge fort discutables. Ainsi Croce reproche
à d'avoir abusé de la forme trt;'dique de la
diare'ctique en ne distinguant pas les vrais contraires
des concepts simplement distincts, en concevant
à la façon de la dialectique des contraires la
connexion des Par exemple, « qui se per­
suadera jamais que la religion soit le non-être de
l'art et que art et religion sont deux abstractions
qui n'ont de vérité que dans la philosophie, synthèse
des deux? JJ. dénonce aussi ce qu'a d'équi-
Jj voque l' hégélienne, ce 1:0gos qui, « si on le
!Il sépare dè"la natw::e"et de1'e8jmt... se dévoile comme
n'étant autre chose que le fond obscur de l'ancienne
métaPhYSiqu.e Il. TI pense ainsi que le duali.sme n'est
pas"'> de !;Legpl.
(
1.ê-Jp:: J
.. r ..

).0­

104 HEGEL ET L'ITÉGtLIANIS,"fE
VI. - L'hégélianisme
dans les autres pays européens
L'influence de l'hégélianisme s'exerça au XIXe siè·
cIe jusque dans les plus petites nations européennes.
En Hollande l'hégélianisme a été brillamment
représenté par BRlland (1854-1922), qui édita et
commenta d'une mon originale les œuvres de
Hegel dans ses cours et ses livres (publiés entre
1898 et 1911).
La philosophie de Hegel fut connue d'assez
bonne heure dans les pays nordiques. Ses princi­
paux représentants furent en Suède J. J. Borelius
(1823-1908), et en Norvège M. J. Monrad (1816­
1897). Au Danemark on doit d'abord
L. Heiberg (1791-1860), connu aussi comme poète,
corîf"me critique, qui s'applique surtout à enrichir
l'Esthétique de Hegel. Mais le nom le plus illustre est
ici celui de SQr.en Kierkegâ:Y'd (1813-1855) qui,
. après avoir subi l'influence e la dialectique hégé­
(
lienne, eJ;ldciI!1.!!Y des adversaires les
Kierkegaard. - Nous n'avons pas ici à étudier l'œuvre de
KlerkegaUd- qui est au fond plutôt un écrivain qu'un
philosophe - ni à rappeler les épisodes de sa vie qui ont
mûri sa réflexion. Il ne nous intéresse qu'en tant qu'il se
présente comme l'ami-Hegel, c'est-à-dire a défini ses propres
positions en les opposant à celles de Hegel et s'est rendu ainsi
inséparable de lui.
Kierkegaard avait été initié à l'hégélianisme par Heiberg.
Il avait d'abord été séduit par« la forme sévère» de sa doctzine,
• par son effort pour saisir le concept dans le phénomène, par
son sens de la totalité concrète qui vise à comprendre à la
V. fois ëï celle de l'individu. Mais il se
1-..., détache bientôt de Hegel en critiquant d'abord son msto­
I:.--tj risme qui, avec le fatalisme qu'il semble impliquer, ne convient
qu'à une« génération sans vigueur et sans décision». Elargis­
sant son opposition, il à Hegel de vouloir tout
{
enfermer qur;s'il est aCliëvé,"neliiISseprus .
de place à la liberté, erde vouloir intellectualiser la religion.
/" A·
n" "? ï "-v.· (,...

L'H:EGÉLTANISME AU XIXe SIÈCLE 105
La croyance qui nc vit que par l'immédiateté dn sentiment est
en effet détrnite quand on prétend la justifier par la médiation
de la pensée spéculative. Sous couleur d'établir le
du christianisme, transformë-ên mythes ses
fondements historiques et n arrive en fait qu'à le nier en divi·
- nisant l'humain. - PoussaJitplliSIOiïïséscrifiqÜes, I{iër:
ltegaard s'attaque ensuite à tout le système en tant que tel; il
lui oppose la réalité vécue, l'existence individuelle avec tout
qu'elle .présen!'C d.'irréductible Contre le -
il revendique l'mdependance de 1'mdlVIdu ' et les drOlts de - rJ.
-"= la Il rejette au nom foï'le rationalisme - 1
f (hégélien et s'applique à pousser aussi lom-que possible l'irra­
l tionalisation du christianisme. Il combat surtout cette idée
spécifiquement hégélienne que nntérieur et l'extérieur ont le
même contenu. Il soutient au contraire que l'intérieur ne peut / 7 ........
jamais complètement exprimé). Supprimer toute diffé· .vt
rence entre l'intérieur et l'extérieur/c'est éliminer l'ineffahle,·-"'»
l'incommensurli5Ie, c'est éteinihe la flamme de la croyance ' '" _ 74>
comme de la passion. J_.:
On peut dire sans doute que Kierkegaard conserve de l'hégé- J}"""':-
1 lianisme l'idée d'un devenir diiilectiqüê liée à l'idée de la =====­
négativité (celle-ci étant sentie au plus haut point dans le
pêché). Mais la dialectique de Kierkegaard n'admet pas la
eXQlut la synthèse conciliatrice; elle est discontinue,
he dêsauts et de ruptures. Elle reçoit son impulsion d'un
principe qui lui est étranger, transcendant, et elle
n'atteint jamais l'être que partiellement. -­
Comme l'a montré JeM Walll,l'état d'âme de Kierkegaardj
est au fond celui que Hegel a décrit dans sa PhériOml'nologie ,
BOUS le nom de conscJ.ence malheureuse, le « suhiectivis,!11e - Ils
pieux» du chrétien dont la ferveur se tend en vain vers un Dieu
s1tué dans un au-deTà1ïïaccessihle. Ce n'est que la « mauvwse .) l
iïîfinite»qw hante son-espmEt sa pensée qui se meut dans
dês oppositiOïïs-ëntre termes abstraits et s'en tient à l'alter-
native « ou bien ou bien» ne fait <J}!e revenir au point de vue ka.,...b
des d0'.ente!1dement, quand elle
n pas sans discuter dëVïint la VOlX du cœur. On trouve,
il est vraî,âans les écrits de jeunesse de Hegel des positions
qui rappellent celles de Kierkegaard. Mais Hegel s'est dépassé
lui-même en élaborant son système. Peut-on aamettre une
de sa pensée en donnant raison à Kierkegaard?
d--- /,,?-h j- Î""'-'
, )
-t.!l 'r
A- .
CHAPITRE VI
HEGEL ET LA PENSÉE CONTEMPORAINE
Ce n'est pas sans raison que les historiens contem­
porains font commencer le xx
e
siècle avec la
première guerre mondiale. Celle-ci a déterminé
en effet une rupture très nette des courants de
pensée comme des modes de vie antérieurs et
donné une orientation nouvelle aux idées comme
aux mœurs. La philosophie n'a pas échappé à
ce bouleversement. Des doctrines jusqu'alors domi­
nantes ont reculé après 1920 et on a vu s'associer
à la naissance de courants nouveaux un regain
d'intérêt pour des doctrines qui semblaient être
oubliées ou même mortes. Un exemple type en est
le néothomisme qui avait pu, déjà avant la guerre,
faire front au qui jouissait alors de son
plus haut prestige. Ce fut le 1920 Pïur
l'hégélianisme dont le renouveau fut bien p us
à tel point que"LavëTIe a pû dire que "­
}' « joue un rôle comparable dans la philosophie
\ du xx
e
siècle à celui qu'avait joué Kim..t dans la /
dernière partie du XIXe ».
Deux ordres de circonstances ont contribué à
ce renouveau: d'une part, dès le début du siècle,
la publication d'études faisant
Hegel, d'autre part et surtout l'orientation « exie­
:--0
,j) : 1 L.r# /é:-e.
C-')
p J.,i.4-:r, L-
HEGEL ET LA PF.'i'VSE-E CONTEMPORAINE 107
tentielle » des philosophies qui eurent le plus de
succès en Allemagne d'abord, puis en France
après 1930.
I. - Les écrits de jeunesse de Hegel
La publication des Ecrits théologiques de jeunesse
complétée par celle des cours d'Iéna suscita de nom-
breux commentaires, par exemple ceux de Dilthey
et de en Allemagne, de J

. France, qui ont, comme le dit «renouvelé
l'interprétation de l'hégélianisme jusqu'à faire
(
oublier un peu trop le système achevé ).
Ces travaux de jeunesse sont en effet d'un
intérêt très grand pour suivre l'évolution de la
pensée de On le voit encore engagé derrière
Schelling dans le mouvement romantique issu du
SiUTm und Drang. Il professe alors une philosophie I.J--' N;
de la vie associée à un irrationalisme mystiT1e qùi }, '3
font que Jean waliI a pu parler -d'un"1Iege « pré-)
(
kierkegaardien ». Ce qui domine en effet, dans ces -
premiers écrits, c'est un sentiment religieux d.e --
l'amour, conçu comme la forme de l'être
et de la vie, et qui, en tant qu'unité des différents,
(
joùe le rMe conciliateur qui reviendra ensuite au
concept.
Mais Hegel remanie d'une année à l'autre ces
premiers essais et s'applique à rationaliser de plus
en plus ce fond romantique et mystique. II se sépare
ainsi progressivement de SElîeIIing. La rupture
( devient totale quand il publiéëil1807 la Phénomé-
nologie de l'esprit.
II. - La Phénoménologie
Ce qui caractérise la Phénoménologie c'est qu'elle
inaugure le système propre de tout en gal"'
108 HEGETJ ET L'HÉGELIANISME
dant encore la trace du de ses premiers
travaux. Présentée d'abord comme une introduc­
tion, elle devient dans l'Encyclopédie une partie
intégrante du système en constituant
de l'Esprit
entre l'Anthropologie et la Psychologie. ne
put remanier cet ouvrage comme il en avait l'in­
tention avant sa mort. Il est donc resté dans sa
première rédaction, assez obscure, un peu confuse
parfois, mais moins scolastique, plus vivante, plus
Il
pleine d'esprit, plus « littéraire» en un mot que
il celle des autres œuvres de
,1
Ces caractères n'étaient pas faits pour déplaire
à notre époque où la philosophie est associée plus
étroitement que jamais à la littérature et où l'on
n'aime pas trop la clarté qu'on suspecte volontiers
d'être superficielle. Mais jusqu'alors la Phénomé­
nologie a-yait eu de même en Alle­
(
D'éminents commentateursde comme
l'avaient un peu trop négligée. En France
.on n'en parlait que pour souligner l'gtrêJ:pe diffi­
(cuIté de -!on on la même
intraduisihlë:""C'Cst maintenant au contraire l'ou­
vrage de qu'on étudie le plus chez nous, celui
qu'on invoque le plus souvent au point d'oublier
parfois la Logique et l'Encyclopédie. La raison en
est d'abord sans doute que M. Hyppolite en a
donné une traduction complète et un commentaire
Iii
intégral, que M. Jean Wah! et M. A. lui
ont consacré des études très approfondies. Mais
surtout cet ouvrage répond à l'orientation existen­
tialiste de notre époque. Dans la Logique et l'Ency­
clopédie le système a un caractère nette­
'lment « essentialiste » puisque tout_le
J
par le La Phéno­
méiïOlOgie s'apparente au contraIl'e aux philosophies
HEGEL ET LA PENS:&E CONTEMPORAINE 109
existentielles par la place qu'elle apporte aux
aspects concrets de la vie humaine, à l'évolution
historique de la pensée telle qu'elle se manifeste
dans les façons de vivre aussi bien que dans les
doctrines.
-- La Phénoménologie veut être en effet une histoire
de l'esprit humain nous montrant coïïïiiïëïït'laJ(
s'élève des formes les' plus rudimentaires
de la connaissance sensible jus<Ifi'au savoir absolu.
Ce progrès de la conscience est e prodUIt de iOûte
une évolution historique que Hegel nous fait par­
courir comme une série de destinées humaines, de
((
t
Jigureâ dé la co.t.lsciet.l.ce , <mU.n,nt mr la scèn,
du !!1.211 e un dont le vrai sens
par fe pliiT?sophe qui intériorise tout ce
devenir dans sa pensee:- unparallélisme est ainsi
établi entre les étapes de la conscience individuelle A
et celles du développement ». 2­
1 Nous n'avons pas à résumer ici cet ouvrage
l touffu et d'une richesse de pensée
peut-être sans égale. Nous indiquerons seulement
les thèmes essentiels qu'en a retenus la pensée
contemporaine et qu'on aime le plus citer, commen­
ter et introduire dans des discussions.
Les étapes de la conscience. - La description
que donne des étapes qui marquent
grès de la conscience est devenue classique. Il
montre coniinëïïlla consc.ience sensible en croyant 1.
saisir le concret dans la sensation n'y attëint
qu'un universel abstrai!, un « 1ëi. ))
», ... ne sont
Elle W"p-réhende deSObjets )
la y concepts, en
faisant des qualités senslliles les propriétés de
telle ou telle chose. En s'élevant de là au stade
----_.
110 HEGEL ET L'llECELIANISilll:;
de l'entendement, elle veut ramener l'essence des
phénomènes de forces <JU:Î: en consti­
tue l'intériorité. Mais le monde à l'envers supra·
sensible qulest ainsi construit
le « règne des loi!! » qui régissent ces forces, c'est·à·
dire un produit de En soulevant le
__
II
voile qui recouvre le réel, en croyant pénétrer le
'
dedans des choses, nous n'y trouvons que nous­
mêmes.
La dialectique du maître et de l'esclave. - En
A
,découvrant ainsi en elle l'être qu'elle avait d'abord
cherché en dehOiSd.'elle, la conscience devient
rl
consciencèt1e SOL. Cerre-ëi se manifeste d'abord par
ie désir qui lui fait acquérir la « certitude de soi »
r
en s'opposant à son objet, à « en le détrui·
1 sant s'il le faut pour s'assouvir. Un stade plus élevé
f
l
lutte pour la
z,
C'est iCI que se place la fameuse dialectique du
maître et de l'esclave. Pour s'affirmer les consciences
de soi s'opposent dans une lutte à mort qui ne
s'interrompt un des adversaires consent
à _reconnaître l' être re.cQp..!!!!_par lui. Il
se soumet, aevient esclave, parce qu'il préfère la
vie à la liberté celui qui devient son maître
de li mort. CM.§) tandis quele
maître oublie son rôle d'homme et s'avilit dans la
jouissance, par travail: en
formant les choses, il se forme lui-même; il s'élève
, par la discipline à l'autonomie.
Cette dialectique est un des points de l'hégélia­
nisme que la pensée contemporaine a le mieux
retenus. l'avait déjà utilisée pour interpréter
du point de vue de sa doctrine, les rapports de la
bourgeoisie et du prolétariat. Nietzsche l'avait
invoquée aussi dans un esprit assez différent. Les
UEGEL ET LA PENSÉE CONTEMPORAINE III
./ (tfC't.... ---....
existentialistes d'aujourd'hui aiment à citer la
formule de : « La conscience de soi est en soi
et pour soi et parce est )
pour une autre conscience; c'est-à-dire qu'elle
n'est qu'en tant qu'être rect!nnu » (Phén., IV-A).
Sartre soutient de même que c'est l'existence
d'autrui qui me fait prendre conscience de moi.
Quand je l'autre, il devient ma chose;
'quand c'est UI qm me regarAe, je perds ma liberté;
Aje deviens l'esclave de l'Autre qui est alors le maître
de la situation. Toutes les
de se rattachent ainsi plus ou
(
moins directement à cette dialectique du maître
et de l'esclave.
La conscience malheureuse. - Passons sur les
étapes que figurent le Stoïcien et le Sceptique
- chez lesquels à l'opposition de deux consciences
se substitue la division à l'intéricur de soi-même­
pour arriver au « subjectivisme pieux» qui incarne
le moment de la conscience malheureuse. C'est l'état
d'âme du chrétien du Moyen Age qui souffrc d'être
séparé de la transcendance divine et oppose sans
cesse son propre néant à l'essence éternelle et infinie.
On invoque volontiers aujourd'hui ce thème de la
conscience malheureuse auquel Wah! a
consacré une très intéressante 'ËTà;gissant
cette idée il montre que la conscience malheureuse
n'est pas seulement la conscience chrétienne; le
malheur dont il s'agit ici est le propre de toute
conscience humaine et même, puisque
humain••" l'Urnv... 'lui .,.nd .o...ien•• d. ""i,
leIllâIliëUr (le la conscience humaine est l'expres­
sion d'une déchirure, d'un malheur au sein même ,
de l'Etre. Ainsi la notion de-laconscience malheu­
reuse-occuperait ]a place la plus profonde et la
---
112 HEGEL ET
plus centrale dans la pensée de Hegel. Elle apparaît
partout où il y a un déchirement iiiiérieur, chez le
sceptique ancien et l'incroyant du XVIIIe siècle
comme chez le chrétien du Moyen Age. La conscience
morale comme la conçoit est une conscience

malheureuse en tant qu'elJeest en lutte contrela
\
en est de même de toute conception dU'

monde qui oppose réel un idéal-.9:!!'on
jamais atteindre, comme c'est le cas chez Fichte.
Telle est encore l'lme melancohque--et brisée du
\
romantique.
Pour le commencement de la philosophie
serait moins l'étonnement que la non-satisfaction
et la conscience déchirée. La conscience malheu­
reuse est ce stade de division intérieure dont l'es­
prit doit triompE:er pour :arrer-VëUJ!)le coïiSëiëïïCe
J
\plus Pour arnver au bonheur il faut
traverser le malheur. Ici encore c'est la négativité
qui est le moteur du développement, le véhicule
(
du progrès. On peut dire en ce sens que le but de
l'hégélianisme aura été toutes les
f le dela

J
Il conSCience.
-
La raison observante et active. - La dialec­
tique suivant partout l'histoire, passe du
Moyen Age à la Renaissance. L'homme se libère
alors du malheur de la conscience en cessant de
se détourner du monde pour se consacrer à l'ob­
des à-l'llêïion:La raison
{
observanteCherche à -dégager le '"&ii'cept dans la
nature, mais s'égare parfois dans de fausses sciences
comme la physiognomonie et la phrénologie que
(
attaque violemment. La raison active met
l'individualité en rapport avec sociale.
Ses attitudes s'incarnent dans des héros de drame
c
HEGEL ET LA PENSF;E CONTEMPORAINE 113
et de roman. Tel le Faust de œ qui représente
l'individualisme de la jouissance. Tel encore le
Karl Moor des Brigands de qui, poussé par
le délire de la présomption, veut embe]]ir le monde
par le crime, ou Don Quichotte, le chevalier de la
vertu qui, toujours Joyal, essaie en vain de lutter
contre « le cours du monde» guidé (d'ailleurs uti­
1
lement) par l'intérêt. vise ensuite J'idéologie
de l'intellectuel pur raisonneur qui remplace l'a$-on
par la pensée et se contente de faire appel à la rauon
F c'est:·à-difeà une morale toùte
....L .formelle, dans le même
[eSprit qu'il dénonce plus loin les belles âmes qui
craignent de « souiller la splendeur de leur intério­
1 rité » en s'engageant dans l'action. L'individu doit
agir pour s'élever de l'en soi iiiPour soi. Il ne peut
savoir ce qu'il est avant de s'être réalisé effective­
ment par ses actes (Phén., V·C-a). Idée importante
qui se rattache4hns l'Encyclopédie à la dialecti!JYe
(
de l'intérieur et de l'extérieur et est devenue un
dèSihèmes·principaux aëTëxistentialisme contem­
porain.
L'Esprit. - La suite de l'œuvre est consacrée à
l'Esprit, c'est-à-dire à tout ce que appelle dans
l'Encyclopédie: Esprit objectif: la morale, le droit,
l'Etat et la philosophie de l'histoire qui vient ici au
premier plan. Il parle longuement du monde antique
et de ses cadres sociaux et politiques. La «substance
morale » s'y exprime à la fois par la loi humaine !
qui régit la cité et par la loLdivine dont se réclame 1.
r
la famille: d'où des qu'illustre l'exemple
Hegel montre comment le monde
chrétien reconnaîiën principe la valeur de l'indivi­
dualité, direct immédiat
hOQl.me. idee chrétienne
R. SERREAU - ... 8
114 HEGEL E1' L'HÉGÉLIANISME
/'0
laïcisée/par lesYGtellectuels et ne triomphera que
par une lutte, d'aboriCverbale (propagande des
li lumières »), la Révolution française,
marquée par la Terreur, et àTEmpire napOt"éoïïlen.
Parmi les figures qui défilent ici il en est plusieurs
qui intéressent(1a Des formules pittoresques
les caractérisen"L-AiïïSifa monarchie absolue et la
centralisation de l'Etat sous sont condi­
tionnées par l' « aliénation »YJ?8 nobles qui
[
courtisans et passent de « l'héroïsme du
service muet» i«l'héroïsme de la flatterie ». La
dépravation de la société du XVIIIe siècle explique
f
la « conscience déchirée II du Neveu de Rameau,
nouvelle forme de la « conscience malheureuse ".
L'aliénation. - Un thème intéressant, souvent
invoqué aujourd'hui, parcourt ces chapitres: celui
de l'aliénation. Le soi doit s'aliéner par la culture,
devenir étranger à sonexistence naturelle
li;s pour se conformer aux institutions, à la « substance
ni"orale II de la société ainsi qu'il à
1 'l3
jO
versël et que se forme en lui la persoimalité. Le A
langage est une aliénatIOn spirifUeIIe grâce il laquelle
individuelle retint immMiatement l'uni­
verser,-Nous avons vu p. 51) comment ce th&e
fO\iXnit à un argument en faveur de la culture
classique.
Le savoir absolu. - Les derniers chapitres trai­
tent__de ce que appelle dans l'Encyclopédie
Q'Esprit c'est-à-dire la religion, l'art et la
philosophie. ous avons déjà exposé l'essentiel de
ce que Hegel développe ici plus sommairement. Il
montre à la fin comment en s'élevant au savoir
absolu la hiloso hie intériorise dans l"es rit
riorisé jusqu'alors ans es « âe la
HEGEL ET LA PENSÉE CONTEMPORAINE 115
conscience» et le devenir histori<J!!e. » L'esprit est
» disait le Cours d'Iéna. Mai le savou al>s0!:!0
l'élève au-dessus de la temporalité en reconc ant)l \"2P.,.., 5
historiques avec une vérité en soi $)-­
P-Orelle. Cette union n'est toutefois possible que <
t7V.J quand l'histoire de l'esprit du monde est arnvêe à
J\ son terme final. D'après A.. Kojke ce stade serait
marqué à la fois par l'avènement de « l'Etat Uni-)\
versel et » que devait êtrel'Empire nabo- ,1
léonien et par 'achèvement de la philosophie a le- J"\
mande dans le sySteme de Hegel. C'est ce resültat
que résumentJ.e8 dernières lignes de la Phénomé­
nologie :
« Le l'Esprit qui se

Esprit, a pour voie d'accès le souvenir intériorisant (Er­
innenmg) en eux-mêmes

accomplissent royaume. Leur conser­
.JI ( la forme de leur exi5tence contingente c'est l'bIs­
sous l'as ect ile leur orgamsa tion conceptuelle, c'est
2 ( la science u savoU" qUI se m es e a nomeno gis).
Les deux réunies - l'Histoire comprise conceptuellement ­
/1 t 2. ( forment le souvenir-intériorisant et le calvaire de l'Esprit absolu,
la réalitê effective, la vérité et la certitude de son trône, ce sans
quoi il serait l'entité solitaire sans vie. Et c'est seulement
Du calice de ce des Esprits
que monte tiers lui "écume de son infinité » (1)
La Phénoménolo.gie a été très diversement appré­
(
ciée. Rosenkranz y voyait l'œuvre la plus

de Michelet reproche 11. ce (c voyage de décou­
(
vertes» de n'avoir pas la rigueur systématique des
autres grandes œuvres. HaYl!l y voit une cc masca­
rade romantique» où fait défiler cc devant le
trône de l'Absolu des déguiséts en
1 et des facultés'
(1) Vers de modifiés
116 IiEGEL ET L'Hf!;GtiLIANISME
portant le masque de personnages histo­
rIques ». Quoi qu'il en soit, c'est sans doute, malgré
les abstractions qui le hérissent, l'ouvrage philo­
plus vraiment concret qu'on ait jamais
'1; écrit, ce ui qui se plonge le:pIus dans l'existëiièe
qu'il envisage sous ses aspects les plus
variés. Et c'est, comme nous l'avons dit, ce qui lui
. a valu la place prépondérante et peut-être parfois
1trop exclusive qu'il occupe aujourd'hui dans l'œuvre
de
Sinous considérons l'ensemble de l'œuvre de
en tenant compte du primat accQfdé aU-iour-)
'<f'hui à la Phénoménologie et aux écrits de jeunesse,
quelle ear!:. d)nfluence faut-il lui reconnaître dans
les doctrines qui sont le plus vivantes aujourd'hui ?
Pour simplifier cette étude on peut distinguer les
courants de penséc antérieurs à l'existentialisme
- ceux qui occupaient encore la première place
avant la dernière guerre - et les courants de
pensée groupés sous le nom d'existentialisme, c'est-à­
dire ceux qui sont les plus agissants, les plus Il à la
- » depuis 1945, sans pourtant avoir pu éliminer
les courants antérieurs.
III. -

et les courants de pensée préexistentialistes
Le marxisme. - Parmi les premiers courants il
en est qu'une filiation certaine rattache à
nisme. C'est le cas du m..wisme dans lequel l'in­
fluence hégélienne est devenue plus consciente et
s'est en quelque sorte rajeunie. Jean Lacroix a
( pu dire qu'il ne serait pas faux d'appeler ce courant
- C'est sans doute
exact si l'on tient compte e a place plus grande
qu'on y accorde aujourd'hui aux thèmes du maître
A' 5- -1" o/'P-' ./
.. '..A. La--t:. . 1
.,.. ,- rr ,."' r-I' ,d- _ '1: ..
r .'
HEGEL ET LA PENSltE CONTEMPORAINE 117
et de l'esclave et de l'aliénation et, plus générale-
ment, à la dialectique. Mais on conteste avec
)1
Sartre que îïlaiii'leëîique pUIsse être matérialiste,
c'est-à-direÜ'il SOIt possIble de (( donner à la matière
le mode de .__ quln'appar-
tjent qu'à l'idée» (cf. Matérialisme et Révolution in
Temps modernes, juin 1946, pp. 1554 sq.). D'autre
part M. Hyppoli.te pense que ne laisse pas
assez de place au nég'ltif et professe un optimisme
difficilement conciliable avec la dialectique de
l'histoire Marx croit en effet qu'en
mettant fin à la lutte des classes l'avènement du
fera disparaître 1!1 contradiction entre
C,'$ l'essence---"socialë de l'homme-*"et son existence de
fart: il prévôiï ainsi unefin de l'histoire. Au contraire
« la dialectique hégélienne maintient toujours au
A la médiat.ion la tension de l'opposition».
(( existentiel de l'histoire que
Fld.ée,\c'est au contraire dans la
B (suppression de ce tragique historique, dans la récon-
ciliation effective ou la synthèse effective que Marx
découvre l'Idée hégéliennë:-»
La source de cette divergence serait (( dans cette
A ( lutte pour la vie et la mort qui est la racine même
de l'histoire pour Hegel, tandis que l'exploitation de
l'homme par l'homme n'en est qu'une conséquence,
!s (cette conséquence servant au contraire de point
de départ à Marx » (Cahiers internationaux de
sociologie, 1947, pp. 142-161).
Parmi les courants de pensée qu'aucuneJiliation
1.

'\ ne rattache à il en .est qui
à lui radicalement. Tels sont, par exemple, la forme
d'idéalisme défendue par Brunschvicg et toutes les
formes de spiritualisme issues de Lne de Bi.!-an ou
de Tel est aussi le néothomisme, surtout
l'op tiep.t compte du caractère nettement aE.ti.
19> ç4... t:fc.Icé..
..Ji>
118 HEGEL ET L'HP:GP:LIANISME
-> de la pensée hégélienne. On peut cepen­
dant souligner comme un signe des temps ce fait
qu'un prédicateur comme le n'ait pas
1fhésité à invoquer dans ses conférences de
Notre-Dame.
!}s"rgsl?P. - Le
à la philosophie à l'égard
c<-;v' des concepts et dës constructions dialectiques ainsi
que par son appel l'apparenterait
/. plutôt à Sche!liP-g ou à Il ne se
)
rapproche de l'hégélianisme qu'en tant qu'il est
une philosophie du deven!!." pour laquelle « la réalité
---: est la mobilité même ? . /1
__ !."11.. a.../,/-.:.r.t"'';:./k-­
- Une doctrine dont l'influence est
aujourd'hui considérable doit retenir notre atten­
tion : c'est celle de Husserl. Le mot phénoménowgie,
n'a pas le même sens êlîez lui que chez Hegel: il
ne s'agit que d'une description des actes delapensée
par lesquels on peut atteindre les objets logiques.
Ce qu'il y a de commun entre les deux « phénomé­
nologies » c'est seulement ce fait qu'elles cherchent
dans les phénomènes non pas le contingent, mais
les vérités essentielles, qu'elles veulent déterminer
non pas l'empirique, mais l'a priori, qu'elles font
abstraction du hic et du nunc, tel qu'il est saisi par
la psychologie et l'histoire, pour atteinare l'essen­
tialité, l'eidos. Cependant, comme l'a montré
Gurvitch dans son livre sur les Tendances actuelles
ae la philosophie allemande, la philosophie de
Husserl repousse toute dialectique, toute déduction
cre concepts. Il s'agit pour lui d'atteindre un monde
apriorique des essences extratemporelles, irréduc­
tibles les unes aux autres, absolument hétérogènes,
sans aucune subordination. Et Ç-urvitC?.h souligne
:,
IlEGEL ET LA PENSF:E CONTEMPORAINE 119
\
\
la phénoménologie de Husserl apparut comme,
of
« un devant le renOUVëiu hégéllen ». Les n
préSuppositions implicItes sur lesquêlIes Husserl
/\-L.(,tu<-,
-
construit sa théorie de l' « ego transcendantal » \ .
au fond celles de l'ancienne métaphysique. J
.
L'intuition pure à laquelle il fait appel revient ..à
4ypostasier l'immédiat en excluant toutes les mêdla-]
tio.Ps par Ies;:Jelles Hegel explicite dialectiquëïDènt
Cll_ qui est im:e:
Tout en étant opposée al'hégélianisme, la doc·
trine de marque, au même titre que le ,
renouveau de la pensée hégélienne, d_e

l'influence allemande dans C'est

eflet d'outre Rhin que sont venues les doctrines
qui ont le plus inspiré nos philosophes depuis 1930.
Après I!!!sserl on peut citer les noms de Max Scheler,
de Jaspe.!s et de

Max Scheler. - Max Scheler est assez loin de
pOlnt de départ de sa pensée qu'il puise
chez Husserl ainsi que par la valorisation de l'affec·
tivité qui domine dans ses premières œuvres. Il
rejoint cependant un aspect important de •.
lianisme dans sa dernière philosophie,

panthéisti e, u'il résume dans son livre sur La IJ
situatwn l' omme dans le cosmos. Il y enseigne-que
la Deitas s'accom lit dans ]e déroulement tem orel J
du processus umverse et que omme est le vem·
1 L'être ahsolu"prend
l conSCience de lw·même en l'homme: dans l'acte
par lequel l'homme se voit fondé en lui. N'y a-t-il
pas là un renouvellement original de la « thé<J­
» ou, si l'on veut, de l' « anthropothéisme » de
? .... D IV 1.,.....r"\ - jp.. n-- ,-. ,...... t ,,)-
. ous devons nous arrêter plus longuement sur
les noms de et qui comman- )'./hlv.........
(
1
)
120 HEGEL ET L'HJJ:GÉLIANISM$
dent les deux tendances opposées de ce
appelle aujourd'hui l'existentialisme. Mais voyqns
d'abord ce qui, dans l'œuvre même de fugel,
rentre dans la tendance ainsi désignée.
IV. - Hegel et l'existentialisme
Un des représentants les plus qualifiés de l'exis­
tentialisme, a consacré à cette

question un important chapitre de son livre Sens
et non-sens (pp. 125 à 139). Il Y montre que le
auquel.s'oppos.e Kierkegaard
la [m qui « a tout compris sauf sa propre eXIS­
tence ». Mais il n'en est pas de même du
if de la IJ!é!!!!!}énologie m-Q..r..lP-!ésente cc la
/1 », Elle ne
cherche pas en effet « à faire entrer l'histoire
totale dans les cadres d'une logique préétablie, mais
à t:.evivre chaque doctrine, chaque époque». Ce qui y
domine c'est donc le thème existentiel de l'histo­
.ricité.' de la tem.po.r..a.l .. .. ·té, Il s'a.g.l.'t d.e savoir comment
j
est possible l'ex{lériencere1i.
gieuse, de décriI:LJa 'situation fondamentale de
l'hQ!!lllle... face dM monde, 'entiiCëâ;autrui et de
les religio;s, les œuvres
d'art, les systèmes économiques comme autant de
manières pour l'homme de .i!..1pC-di(fkwtès
[
« Il y a donc existentialisme de
Hew en ce sens que, pour pas
d'emblée une
t
, une vie qui cherche à se
Al cQ.ll1.Prendre elle-mêI!1e. » A Chaqtwageliistorique
il part d'une certitude subjective; il en reconnaît
l'erreur à l'épreuve de la vie et modifie sans cesse
proiet jusqu'à ce qu'il Qbjêè.
• • -"'. j.
HEGEL ET LA PENSEE CONTEMPORAINE 121
tive et devienne consciemment ce qu'il n'était
d'abord que confusément. Ainsi « l'homme se·
définit... comme le lieu d'une inquiétude..., par Tc
refus de se limiter à l'une-de ses déterminations ».
Sa conscience est Il l'acte de s'outre-passer soi­
même ». Et elle ne peut a,ccéder à l'universel qu'au
prix d'une lutte constante qui apparait notamment
dans la dialectique du maître et de l'esclave. C'est
à travers le tragique existentiel de ces oppositions
que révèle l'Universel concret, J'Idée qui
r
les surmonte. Et c'est ici, comme l'a montré --r
l\!: que cesse d'être existentialiste -fi,- c::.
en constrwsant son systeme. r
I)s;, ,?J
- C'est ce système que a en. ku.-..
b
_
vue quand il reprend contre l'hég(lianisme la polé- J
mique engagée par Kierkegaard. Il reproche. à 1....,jU''':S
enfermeiiaréalité dans un système, (
ce qu'il juge impossible parce que, d'après lui,
l'être est déchiré en deux mondes qui s'opposent;
le monde de l'être comme universalité et le monde
de existence. Il pensel:îe les sciences J'
de l'esprit echappent à l'universaIit2..Erce qu'elles
tieMeÏÏty.!ofonaémëïrtal'eXIsténce; en parti­
.>4<....)
culieil'nistoire ne peut atteindre à l'objectivité. Et
Jaspers oppose au savoirle risque de la croyance/" If
à l'objectivité la Il tension existentiene ». Contrai- ..
rement à il pense que ..e-- '7 ..........
h--'­
jamais l'aGQlu qui ne se révèIë à nous qu'en
(" ; 5 f
fragments fugitifs, par des sortes d'éclairs inter- .
mittents. Notre pensée échoue inévitablement et /


c.ët éChec qu'elle Nous .
sentons en effet alors qu'il y a quelque chose qui
nous dépasse et c'est dans notre relation avec cette
transcendance que nOQS



uAt:U--
v-.-. "/ J..! fZ /'/ L . oL-< J/'" .v<
d- r-- ..... c..ù-, e
122 HEGEL ET L'HP:GP:LIANISME
!Jeidegger. - Comme l'a montré Jean
,Wii"gç,r sur plusieurs points, assez procKede
Sans doute il pense qu'il ne peut y avoir une
adéquation complète de la pensée et de l'être et
0 que ce-A'est pas_dans la rationnelle qu'il
1
faut chercher nna nt l'unification. Il accorde
liien plus grande valeur que egel à l'immédiat
et envisage l'être comme révélation et non du point
de vue dc l'objectivité. Mais il se rapproche de
par au devenir, à la
temporalité, à l'histOire. Comme ijilga il reconnait
que le devenir se fait par des contradictions et que
nous ne pouvons comprendre les choses que par
des médiations. Comme lui, il condamne toute
opposition entre et devoir. Le but de Heidegger
c'est, comme celui de Hegel, @ nous faire saisir
l'unité de toutes eh...,• .r.:;;.1'esl!!!t, leurmtériorité.
Pour lui, comme pour Hegel et Spinoza, liberté
]
\
eost la nécessité la plus haute. Enfin
accorde, comme une grande importance
au langage: il pense qÜe mots permet
td'atteindre le vrai et appuie souvent son argumeIi.­
\ tation sur des étymologies, utilisant les multiples
ressources qt!'offre ici la langue allemande. Et,
bien entendu;si es!la
bonne," c'est, dans le--cllareaë-,'existentialisme,
-la tendance athée représentée par qui
s'apparente le mieux à l'hégélianisme.
Sartre. - Chez Sartre, qui professe chez nous
l'existentialisme athée, on reconnait aussi l'in·
fluence de à côté de celles de et de
Elle apparaît d'abord dans des formules
'Iqui sont presque littéralement ca.l!lUées sur celles
Jde IÏeW. Ainsi quand il enseigne que l'homml'l
(
n'ex1Ste que dans la mesure où il se réalise par ses

,,",Ir(;... r.l.M-"- -ut- J " • --_;, oGt. 1
HEGEL ET LA CONTEMPORAINE 123
l
actes, il ne fait que reprendre la formule de :
(1 L'homme n'est riel!- d'autre q!!e la série de ses
» Ce qu'il dit du « pour soi» (c'est-à-dire de
la conscience ayant pour caractère la tempora­
lité) qu' li il est ce qu'il n'est pas et n'est pas ce
qu'il est ll, se rattache la définition du
temps: « L'être qui, en tant qu'il est, n'est pas et,
en tant qu'il n'est pas, est. » SlU,tre utilise parfois
J
la terminologie de 1CS
• 1 fait entre certams termes. Par exemple il
adOpte un de ses jeux de mots : Wesen ist was
gewesen ist, l'essence (Wesen) c'est l'être passé
(ge-wesen), mais il ne s'agit pas pour lui, comme
pour d'un passé intemporel (cf. Logique,
éd. II, p. 3). TI emprunte à l'oppo­
sitio:ll<lel'en soi et du pOUT soi; mais ces mots
chez lui très différente. L'en soi
de 5.!!!!e c'est le mode d'être de l'objet ou de ce
qui est devenu tel, le passé Il dépassé », le pOUT soi
c'est le mode d'être de la conscience, sans cesse
mobile et changeante. Pour l'être en soi c'est
la virtualité qui n'est pas encore passée à l'exis­
tence; l'être pour soi c'est ce qui est réalisé comme
une existence particulière distincte (qui peut ne pas
être consciente). En faisant du pour soi un <cnéant »,
un « trou d'être », San,re rejoint les formules
du jeune Jl!lgel, mais l'opposition qu'il établit
entre l'Erre et lé Néant est très différente
{
\
de point de départ à la Logique hégélienne.
Ajoutons que Sartre reprend d'une façon originale
certains thèmes de la Phénoménologie de
Comme nous l'avons vu, l'opposition du Moi et
de l'Autre s'apparente chez lui à celle du Maître et
de l'Esclave. Mais surtout on retrouve chez Sartre
-';:·le dE: malheureüSè.
«I;a !Lalité humaine, écrit-il, est
HEGEL ET L'H.tG.tLIANISME 124
être, parce gu'elle à comme perpé­
tmllement par une totalité qu'elle
(
pouvoIr1'être," puisque justement elle ne pourrait
atteindre l'en soi sans se perdre comme pour soi .
.... Elle est donc par nature. conscience malheureuse,
sans dépassement possible'"de l'état de malheur. »
(L'être et le néant, p. 134). Et ce thème est abondam­
ment développé dans œ littéraire Sartre \
dont on a pu dire qu'elle était comme un catalogue
des formes que prend concrètement ce malheur
de la conscience.
Conclusion
Ainsi après avoir été oubliée ou
lb
J dant plus --ae-deux tiers de
hégélienne connaît depuis une quarantaine d'années
'flt.. ­
un renouveau qui fait d'elle la doctrine laplus}l

marquante de la philosophie moderne, l'équivaIëïi.t 1 _.
decequefiïî autrefois-la doctnne d'Aristote. Mais p."
ce renouveau s'est produit dans (tes conditions
singulières puisqu'il a été suscité par la révélation
(l'écrits de .!!egel, devenu célèbre,
[
n'avait dignes (l'être publiés, et par une
connaissance plus approfondie de son premier
grand ouvrage, la PMl1oménologie, dont il n'était
pas pleinement .sat.isfait et qu'il songeait à refaire
1
avant sa _mort. Il est curieux de voir queaenos
jours on n'étudie souvent le système hégélien que
pour mieux interpréter la Phénoménologie et les
premiers écrits. Ne serait-il pas plus normal de
croire que la pensée de Hegel a vraiment progressé
et que ses premières œuvres n'ont de valeur qu'à
titre d'essais, ne sont que des ébauches encore
fragmentaires des grands ouvrages de sa maturité ?
Ce cm aqjourd'htri, il fallt b\ep le qrre, qans
HEGEL ET LA PENStE CONTEMPORAINE 125
ij
premières œuvres, encore tout im2!.égn_ées de
romantisme et de vitalisme c'est la
part"de qu'eUes renferment, la plaêe
qu'elles accordent à l'irrationnel, au côté obscur, des
choses. L'existentialisme n'admet-il pas en effet
que l'existence se révèle le mieux à nous dans des
états émotifs, dans l'angoisse, « la crainte et le
tremblement» ? Ne peut-on penser que
IE:érite de Hegel a été de savoir à une
rl!i.son ce qu'il pouvait y avoir de valable
dans cetirrationnel qui le séduisait encore dans sa
jeunesse? N'est-ce pas aussi et surtout d'avoir su
en système l'immense savoir .qu'i! y'-yait
acquis dans tous les domaines et d'avoir ainsi
ouvert des voies nouvelles a toutes les sciences
de l'homme? Comme le dit Merleau-Ponty, «
est à l'origine de tout ce quI s'est fait de grand en
(
philosophie depuis un siècle )). Certes, sa doctrine
. laisse subsister des points encore mal élucidés.
Mais cela prouve que son système n'est pas clos,
qu'il n'appartient pas à la seule histoire, mais est
touLours ouverte qui, tout en 1ë8"
guidant, laisse un vaste champ de recherche à
ceux qui suivent. «( Donner une
dIt encore. c est pren(Jre
position sur tous les problèmes
politiques et religieux de notre siècle. » Et l'on peut
dire avec A. KOJève-qiïC CLthistoire ne réfutera)]
mais se de ch..?isir \
entre ses mterprétatlOns opposees ».
I%.o
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
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LogiqUe (2 vol., 1859 ; :te éa.ëii 1874) ;
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J
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..... - La !lf1énoménolo
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(Vrin, 1952),
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,
C;v; 1f1-'.-.D- .... ' f:hJP C
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1""1 : (;' u.;,pz.l..<>"':-',-.t-. ..,UMWr'--J
f}
TABLE DES MATltRES
PAOli!
INTRODUCTION •••••••.••••.••••••••••••..•••••••••
5 .
/
CHAPO'RE PREMIER. - Les antécédents de l'hégélianisme /'
et lee priDcipee directeurs dn système •..... 11
\
/'
m- Les thèmes essentiels du système
hégélien . 28
Le problème religieux et la scission de
\\ l'écôle hll:gélienne ............•..•..
OJ)- .. .. ...............
r}_ L'hégélianisme en Europe au
XlXe siècle...................... 88
(@- Hegel et la pensée contemporaine.... 106
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE.......................... 126 \
j.

t., E -;;;- A&I-J)..-.. d L
1
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If' •
f5p-..U.--- JJ",- t Ha.)D Jed.A &.... If '1 J
( fro
) 'îA1
Collection dirigée par Paul Angoulvent
Derniers titt'es pa1-us
1260. Le loie et ses maladies (J.
CAROL! et Y. HECHT).
1261. Les institutions monélalres en
France (M. NETTER).
1262. Les régimes de retraite (J.
FLESCH).
1263. Les maladies parasilaires (H.
GALLIARD).
1264. Le syslème bancaire Irançals
(J.-P. GAULLlER).
1265. Histoire de la langue anglaise
CA. CRÉPIN).
1266. Le Directoire et le Consulat
(A. SOBOUL).
1267. Les quasars (Ph. VERON).
1268. Le droit du Iravall (M. DES­
PAX).
1269. La théologie cathollque (P.
ADNÉS).
1270. Le calcul analogique (J.­
J. GLEITZ).
1271. Hlsloire de la propagande
(.r. ELLUL).
1272. Le Togo (R. CORNEVIN).
1273. L'oxygène (Cl. DUVAL).
1274. La culture de tinsus (J. VERNE
et S. HÉRERT).
1275. Grammaire de l'arabe (G. LE­
COMTE).
1276. Prestidigllallon et illusion­
nisme (J. HLADIK).
1277. La réusslle sociale (A. GI­
RARD).
1278. Grammaire du russe (J. VEY­
RENC).
1279. Les philosophes Irancais d'au­
jourd'hui (P. 1'ROTIGNON).
1280. L'Ancien Teslamenl (Ed. JA­
COR).
1281. Histoire de la langue latine
(J. COLLART).
1282. La cellulose (M. CHÊNE et
N. DRISCH).
1283. La génétique des populations
(E. BINDER).
1284. Le Pérou (O. DOLLFUS).
1285. Palols el dialectes Irançais
(P. GUIRAUD).
1286. La lIUérature grecque chré·
tienne (A.-M. MALINGREY).
1287. La musique concrèle (P.
SCHAEFFER).
1288. La culture d'organes (M. SI­
GOT). •
1289. Le lravall au XIX' siècle
(Cl. FOHLEN).
1290. L'arsenic et ses composés
(R. UOLIQUE).
1291. L'athéisme (H. ARVON).
1292. Géographie du Japon (J. PEZEU­
MASSAOUAU ).
1293. Les particules é1émenlalres (1'.
KAHAN).
1294. L'énergie solaire (R. PEYTU­
RAUX).
1295. Crises et récessions éoonoml­
ques (M. FLA"ANT ct J. SIN­
GER-KEREL).
1296. Les crislaux (R. HOCART\.
1297. L'osclllographe cathodique (R.
RATEAU).
1298. Sociologie des révolulions (A.

1299. Les malades et les médicaments
(A. LE GALL et R. BRUN).
1300. Les Isolanls (Cl. Hu RAUX).
1301. Histoire des doctrines pollll­
ques en Allemagne (J. DRoz)
1302. La vie dans l'Egypte ancienne
(Fr. DAUM"S).
1303. L'éleclronlque quantique (D.
LAUNOIS).
130-1. Histoire de la Tchécoslovaquie
(P. BONNOURE).
1305. La médecine agricole (.r. VA­
CHER). .
1306. La dynamique des groupes
(.r. MAISONNEUVE).
1307. L'hygiène des voyages (Fr.
PAGÉS). .
1308. L'Afrique orlenlale (A. BOUR­
DE).
1309. La guerre de Cenl ans (Ph.
CONTA>IlNE). .
1310. Hisloire de la Corée (LI
1311. Le structuralisme (L PIAGET).
*OlT.
1968-2 - Imp. des Presses Universitaires de France, Vendôme (France)
IMPRlMB EN FRANCE
30017
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