Finance islamique

La finance islamique, en accord avec le droit musulman, est basée sur deux principes : l'interdiction de l'intérêt et la responsabilité sociale de l'investissement. Elle lie plus étroitement la rentabilité financière d'un investissement avec les résultats du projet concret associé. L¶islam interdit les transactions tant civiles que commerciales faisant recours à l'intérêt (ribâ), à la spéculation (gharar) ou au hasard (maysir). La finance islamique se chiffre à 700 milliards de dollars sur le marché mondial en 20081.

Histoire[modifier]
Dans une étude2 publiée en 2005 par l'université de Princeton (États-Unis), l'économiste Timur Kuran a établi que les principes théoriques de la finance islamique ont une histoire relativement courte, ayant été formulés en grande partie par le théologien pakistanais Sayyid Abul Ala Maududi à partir des années 1940. Il semble que la première banque islamique moderne ait été créée en Égypte, à Mit Ghamr aux alentours de 1963. Elle connut un important succès auprès des populations locales en raison de son investissement dans des projets de développement.3.

Les principes[modifier]
Prohibition de l¶intérêt[modifier]
La prohibition de l¶intérêt se situe dans le Coran : « [...] Cela, parce qu¶ils disent : "Le commerce est tout à fait comme l¶intérêt" Alors qu¶Allah a rendu licite le commerce, et illicite l¶intérêt. [...] » (Coran 2:275). Afin d¶expliciter ce verset, un hadith[réf. souhaitée] expose les règles du commerce légal. Ce hadith a une portée générale parce qu¶il vise six produits dits « ribawi » : or, argent, blé,froment, dattes, sel. Tout échange de produit identique (or contre or, blé contre blé) avec un avantage pour une personne constitue une opération interdite, sauf en ce qui concerne les avantages résultant de l¶échange de produits de nature différente (or contre blé). En matière d¶échanges de monnaie (argent contre argent), tout surplus tiré d¶une transaction non basée sur des actifs réels et préalablement possédés par le vendeur est illicite (haram). Entrent dans cette catégorie les contrats de prêt. Concrètement, les crédits bancaires ± qu¶il s¶agisse des crédits à la consommation ou des crédits aux entreprises ± ne respectent pas cette exigence.

Les mécanismes pour une transaction financière sans l'introduction d'intérêt[modifier]
Pour rester dans la légalité islamique, les banques islamiques et les filiales islamiques des banques conventionnelles ont développé des mécanismes juridico-financiers pour contourner l'interdiction du prêt à intérêt (hiyal) et rémunérer l'apporteur de capitaux. Ces derniers se fondent sur des concepts nommés moudaraba, mousharaka, mourabaha, ijara. La moudaraba permet à un promoteur de mener un projet grâce à des fonds avancés par des apporteurs de capitaux dont la clé de répartition des gains et des pertes est fixée dans le contrat. Les apporteurs de capitaux supportent entièrement les pertes, les promoteurs ne perdant que le fruit de leur travail. 

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La mousharaka : les partenaires apportent les fonds. Les bénéfices sont répartis selon des coefficients préétablis en fonction du niveau de participation au capital. B souhaite s'acheter une voiture à 10 000¼ mais ne possède pas des fonds nécessaires. La mourabaha est une double vente. Son application est modulable dans la mesure où une participation dégressive est envisageable grâce à un instrument technique islamique de financement des projets. Le problème est bien sûr quand ce "temps" de partage des risques est très faible pour le prêteur. une banque conventionnelle aurait simplement proposé un intérêt à 5%. Il s'agit du principal outil utilisé par les banques islamiques pour prêter de l'argent à leur client. Le risque (de perte. mais seulement l¶un d¶eux dispose de la charge de la gestion du projet. entre un vendeur et un acheteur. banquiers. Le bénéfice réalisé est partagé entre les deux partenaires sur une base convenue d¶avance. la mourabaha consiste en un temps de détention de l'ordre de quelques minutes par la banque du bien. Concrètement. fondé sur la « participation au capital » et assorti de différents types d¶arrangements pour la répartition des pertes et profits. outre le capital principal.) est partagé entre le prêteur et l'emprunteur à différents moments. tout en conférant une valeur-temps à l'argent. Pour cela. de casse etc. 4. les bénéfices tirés par la banque pour cette opération.   2 . ce qui revient exactement au même pour l'emprunteur (mais pas pour la banque car une banque conventionnelle n'a pas besoin de posséder tout le capital qu'elle prête). Les bénéfices (marge bénéficiaire) et la période de remboursement (versements échelonnés en général) sont précisés dans un contrat initial. c¶est une « forme de partenariat où une partie apporte les fonds et l¶autre (moudarib) l¶expérience et la gestion. mais les pertes en capital sont assumées par le seul bailleur de fonds ».Selon la Banque islamique de développement (BID). Dans ce cas. Ce prix sera payable sur un an par l'emprunteur B. La pratique de la mourabaha a été très controversé dans les premières années de la finance islamique pour ces raisons. Exemple : imaginons un prêteur A et un emprunteur B. Ce qui rend convenable ce système aux yeux de l'Islam est la prise en charge des risques par la banque lors de l'acquisition de l'objet. Le remboursement obéit à un tableau d¶amortissement qui comprend. De nos jours. Néanmoins. Une grande partie des fonds (90%) est apportée par la banque et le reste (10%) par le particulier. etc. le partage des risques est quasi inexistant et le mécanisme se rapproche considérablement de celui de l'intérêt. la banque A va acheter elle-même le bien souhaité (ici la voiture) puis la revendre à son client à un prix majoré d'une commission (par exemple 10500¼). par lequel ce dernier achète les biens requis par un acheteur et les lui revend à un prix majoré.) contribuent aussi bien au capital qu¶à la gestion des projets. B aura pu donc acheter une voiture dépassant ces moyens temporels actuels en ayant recours à un préteur lui avançant l'argent et l'exigeant majoré à une date ultérieure. Les partenaires (entrepreneurs. Il va donc demander au prêteur A (la banque islamique) de l'aider à financer son achat. Ici. les banques islamiques ont développé la mousharaka mutanaquissa qui consiste à participer au financement de l¶acquisition notamment d¶un bien immeuble (d¶habitation). ce processus ressemble tant à celui de l'intérêt que Tim Kuran estime dans "Islam and Mammon" qu'il ne s'agit que d'un arrangement cosmétique à l'intérêt.

il existe des exigences quant à la nature de l¶activité dans laquelle un investissement demeure conforme à la charia. conformément à un cahier des charges.   Les secteurs d¶investissement illicites[modifier] Outre ces contrats. d¶un comité de supervision ou d¶éthique (Sharia Board) dont les membres sont indépendants. Le prélèvement d'intérêts est caractérisé comme un moyen injuste. Ainsi. par la voix de Jean Calvin en particulier. La finance islamique dans le monde[modifier] L'encours de la finance islamique dans le monde est estimé entre 600 et 800 milliards de dollars en 2006 ou 2007 et pourrait atteindre 1000 milliards en 2010. Cette forme d'obligation est particulièrement utilisée pour les financements immobiliers. Mais depuis la Réforme protestante. L¶istisna est un contrat de construction par lequel le client demande à un constructeur d'édifier un ouvrage payable par l'intermédiaire d'un financier. Chaque intérêt ou profit supplémentaire sur un capital emprunté est interdit. les participations dans les sociétés évoluant dans les domaines illicites encourent une réprobation de ces comités. déshonorant et contre nature d'accaparer le bien d'autrui. à terme ou à tempéraments. selon des prévisions publiées en 200810. avec l¶élevage porcin ou encore avec l¶armement. La seconde est d¶ordre institutionnel ou organisationnel puisque les banques et les fonds d¶investissements islamiques sont composés. avec l¶industrie cinématographique (pornographique) suscitant ou suggérant la débauche ou la déchéance de l¶être humain constituent des secteurs d¶investissement prohibés5. Le sukuk est l'équivalent islamique d'une obligation où l'intérêt devient un profit prévu à l'avance à risque quasinul. par exemple un risque de perte de la somme prêtée8 La mourabaha était également pratiquée en Occident au XVIIe siècle. Ainsi. L¶ijara est la mise à disposition d'un bien moyennant un loyer (c'est un équivalent du crédit-bail ou de location avec promesse de vente). les jeux de hasard. outre d¶un conseil d'administration et d¶uneassemblée générale. L'intérêt est seulement légitimé quand il y a une raison extérieure au crédit. les activités en relation avec l¶alcool. 3 . Elle fut stigmatisée par Pascal parce que les jésuites casuistes la justifiaient9. Un autre aspect de ce contrat est assimilé à une opération de crédit-bail à l'issue de laquelle le titre de propriété revient au bénéficiaire. La première est d¶ordre individuel dans le sens où tout musulman est censé ne pas investir ses fonds dans les industries non compatibles avec son éthique. La supervision des investissements se déroule de deux manières. d'avance. Similitudes avec l'ancienne tradition chrétienne[modifier] Dans son interdiction de prélever des intérêts. l'interdit du prêt à intérêt a été aboli progressivement dans les pays européensou occidentaux7. l'islam rappelle l'ancienne tradition chrétienne qui a été intégrée dans la théologie de Saint Thomas d'Aquin qui s'appuyait sur les enseignements d'Aristote selon lequel l'argent ne peut pas produire d'enfants6.

La législation britannique tient compte de la taxation des opérations de financement islamiques afin d¶éviter un effet de double taxation. Favorablement accueilli par le marché. l¶European Islamic Investment Bank et la Bank of London and Middle East. l¶Islamic Bank of Britain a été agréée par les autorités britanniques (voir le site de la Financial Service Authority13). Meezan Bank est une des banques islamiques du Pakistan. trois banques pleinement islamiques11 : l¶Islamic bank of Britain. contre 10 % vers 200711. Néanmoins. une telle initiative est en 2011 unique en occident(voir article détaillée sur le sukuk en occident). 4 . nécessaire]. L'autorité financière britannique FSA (Financial Services Authority) a facilité l'intégration de banques islamiques en Grande-Bretagne. le projet a été suspendu. en 2011. Émirats arabes unis). les rapatriements de fonds moyen-orientaux après les attentats du 11 septembre 2001 et la montée de la conscience religieuse islamique11. le droit de mutation (dans le cas de transaction foncière) ou le droit d'enregistrement (dans le cas de cession de parts de SCI)[réf. en hausse de 21. Les principales banques islamiques dans le monde sont. une telle initiative est pionnière au sein du monde occidental. et la Bank Al Jazira (Arabie saoudite). la Kuwait Finance House (Koweït). En 2011. La finance islamique en France[modifier] Le cadre juridique français ne se prêtait pas aux montages de la finance islamique par la double taxation qui pouvait concerner la TVA (dans le cas de la vente de biens). certains estiment que 40 % à 50% de leur épargne sera gérée par la finance islamique d'ici 8 à 10 ans. c'est au Royaume-Uni que s'est développée la première industrie de la finance islamique. Émirats arabes unis). l'Abu Dhabi Islamic Bank (Abou Dabi.4% par rapport à 2010. chaque transfert de propriété supposant un droit de mutation (une taxation)11. laDubai Islamic Bank (Dubaï. Les montages de financements des banques islamiques sont généralement structurés de telle manière que plusieurs transferts de propriété sont nécessaires (la banque ou sa filiale achète un bien qu¶elle revend avec une marge ou loue avec une option d¶achat). soutenu par les revenus des pays du golfe Persique et d'Asie du Sud-Est. Banque Zitouna est une ébauche de banque islamique La finance islamique au Royaume-Uni[modifier] En Europe.Il a progressé rapidement de 2003 à 2007 (+15% par an). 12 Alors que 25% de la population mondiale est de confession musulmane. L'Institut Français de Finance Islamique a été créé sous la présidence de Hervé de Charette. suite aux turbulences financières européennes. Al Baraka Bank est une banque islamique. par ordre de taille décroissante d'encours en 200611 : Al Rajhi Bank (Arabie saoudite). l'encours de la finance islamique a passé le cap des 1000 milliards de dollars. En Algérie. en 2008. le Royaume-Uni a lancé un projet de sukuk anglais14. Le système bancaire britannique compte. en fort développement économique sur la période. En 2004. ancien ministre des Affaires Etrangères et Président de la Chambre de Commerce Franco-Arabe pour promouvoir la finance islamique en France. enregistrant une nouvelle année de croissance à deux chiffres. Quoiqu'il en soit. En Tunisie. En 2006.

7. filiale de la Banque populaire du Maroc. 3. Les cinq premières banques islamiques du Golfe Persique sont. 4.9 milliards. 6.princeton. 3 juillet 2008 http://press. Le premier compte compatible avec la charia est disponible par la Chaabi Bank. depuis le 20 juin 201117 . Groupe 570 est une société spécialisée dans le montage de solutions financières conformes à l'éthique musulmane.7 milliards. Kuwait Finance House (Koweït) : 38. Le point révèle le 21 avril 2011 que le premier produit d'épargne Sharia compatible français débarque en france par l'initiative de France Sukuk Courtage entreprise Parisienne fondé par Xavier Merten16. Dubai Islamic Bank (Émirats arabes unis) : 24.edu/titles/7731. Fondée par Anass PATEL. Abu Dabi Islamic Bank (Émirats arabes unis) : 13.      Notes et références[modifier] 1. bien qu'il y ait deux mutations en sens contraire. 2005] Les interdits dans la finance islamique [archive] Théorie de Thomas d'Aquin dans Persée [archive] Jansénisme et prêt à intérêt [archive] 5 . TF1 et Europe 1 annoncent qu¶au mois de mai 2010 le 1er prêt à l'habitat conforme à la charia monté en France a été octroyé à un "sportif de haut niveau" pour l'achat d'une maison en région parisienne. au 30 juin 200819 : Al-Rajhi Bank (Arabie saoudite) :40 milliards de dollars d'actifs fin juin 2008. Elle les intègre au système fiscal français au moyen d'artifices : dans le cas d'une murabaha portant sur un bien.1 milliards. devant rendre exigibles deux fois les droits de mutation à titre onéreux. en raison de l'absence de mention du taux d'intérêt (article 1907 alinéa 2 du Code civil) et de la prohibition des taux usuraires (articles L313-1 à L313-6 du Code de la consommation) n'a à ce jour pas été tranchée par le juge civil. Le Monde. Ce prêt a été réalisé par le Groupe 57015.html [archive] Les obligations islamiques (SUKUK) [archive] [Tim Kuran. aux sukuks d'investissement et au contrat d'ijara interactif. Albaraka Banking Group (Bahreïn) : 11. La question de la requalification du montage en un réel prêt à intérêt. en 2008. un prêt immobilier répondant aux même prncipes devrait être disponible en fin d¶année. moins de 20% des encours en moyenne des secteurs bancaires dans le Golfe Persique 18. Bercy veut faciliter le développement de la finance islamique en France [archive].1 milliards. 5. La finance islamique dans le Golfe Persique[modifier] Les banques islamiques représentent.La Direction générale des finances publiques a publié des instructions le 25 juillet 2010 relatives à la murabaha. l'administration fiscale soumet la murabaha au régime fiscal des marchands de biens et que la rémunération des banques sera traitée. non comme une plusvalue. 2. mais comme un intérêt. Islam and Mammn.

Voir aussi[modifier]    La finance islamique. 20 mars 2008. Pascal. in L'Agefi Hebdo. 1656 : il y a des douceurs et des commodités de la vie facile. Cahiers financiers. 18.  Soraya Haquani et Thierry Zakhia. notamment le contrat mohatra. 20 juin 2011 Mohamed Damak.  Imane Karich. 23 octobre 2008. La finance islamique de plus en plus courtisée. et The Banker Magazine Financial Services Authority [archive] Financial Times. 17. analyste crédit chez Standard&Poor's.  Jean-Paul Laramée (sous la direction de).8 9. Le système financier islamique. 10. page 31 selon Standard&Poor's. 15. 19. 16. 20 mars 2008. Le Point. finance d'aujourd'hui. page 31. 23 octobre 2008. 215 pages  Rachid Boutti (expert accrédité par la Banque Islamique). Paris. in La Tribune. 136p. quand un homme a affaire de vingt pistoles. 14. 2008 6 . juin 2008. éditions Arnaud Franel. Bruxelles. d et e La Tribune. L¶Express. Loretta Napoleoni et Claudia Segre. achette d'un marchant des estoffes pour trente pistoles payables dans un an et lui revend à l'heure mesme pour vingt pistoles comptant. 21 avril 2011 Chaabi Bank propose le premier compte compatible avec la charia en France [archive]. Coll. 13. 11. Islamic Finance 15/12/11. in L'Agefi Hebdo. Une alternative: mécanismes du crédit fondés sur un code éthique. "La Finance islamique au Maroc : réalités et perspectives". p. b. ed Bruno LePrince/Secure Finance. page 23 Financial Times. 2002. Finance islamique. 12. Finance islamique à la française. n°10. Coll. c. Horizons et débats. Larcier. dossier dans L'Agef des 23-29 octobre 2008. 15/12/11 Premier prêt à l'habitat "charia compatible" [archive] TF1 News Le premier produit d'épargne charia compatible débarque en France [archive]. Grâce à ce mohatra. Huitième provinciale. 23 mars 2009. page 23 a. De la religion à la banque. A l'épreuve de la crise internationale. Islamic Finance.8. modèle de bon sens à suivre ? Le système financier islamique Explications simples et claires des possibilités qu'offre la finance islamique Articles connexes[modifier]      Soukouk Investissement socialement responsable Fonds éthiques Finances solidaires Institut Français de Finance Islamique Bibliographie[modifier]  Michel Ruimy La finance islamique.

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