PREMIER MINISTRE ___________ SERVICE DE PRESSE

Discours du Premier ministre François FILLON Inauguration du Centre d’interprétation du MuséoParc Alésia Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or) Jeudi 22 mars 2012

EMBARGO AU PRONONCE SEUL LE PRONONCE FAIT FOI Messieurs les Ministres, cher Frédéric Mitterrand, cher François Sauvadet, Hôtel de Matignon – 57, rue de Varenne 75007 PARIS

Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs, C’est avec plaisir que je suis parmi vous pour inaugurer le MuséoParc d’Alésia qui nous plonge dans l’univers de la Gaule. Etat, département de la Côte d’Or, Région, associations, historiens, tous nous avons conjugué nos efforts pour faire de cet espace un magnifique lieu de connaissances et de réflexion. Il est juste, il est légitime, de redonner à cette période de notre Histoire les lumières qu’elle mérite. La localisation de la fameuse bataille d’Alésia en l’an 52 avant Jésus-Christ a longtemps été l’objet d’incertitudes, et elle est encore à la source de quelques controverses. Mais il existe aujourd’hui un large consensus des historiens pour la situer sur ce site. Tout a commencé avec Napoléon III, qui a lancé les fouilles archéologiques qui ont mis à jour le site d’Alise-Sainte-Reine. Près de 150 ans après, nous célébrons la transformation de ce lieu en un grand complexe muséal, avec l’inauguration du Centre d’interprétation. Alésia a existé, à Alésia on s’est battu, mais Alésia a pris au cours du temps une résonnance plus grande encore : Alésia est devenu une légende. «Les pays qui n’ont plus de légende seront condamnés à mourir de froid», écrivait Patrice de la Tour du Pin. Une nation se forge par son Histoire, mais aussi en orchestrant son Histoire. Et cette Histoire est faite de réalités objectives et de mythes que s’approprient les peuples. Les mythes sont là pour enseigner quelque chose ; les lieux de mémoire sont porteurs d’une valeur qu’il faut décrypter. Que signifie Alésia dans notre Histoire nationale ? C’est d’abord une fresque de contrastes riches en puissance d’évocation : un contraste entre deux hommes, César et Vercingétorix ; entre la civilisation romaine et la diversité des peuples de Gaule réunis ici. Alésia c’est aussi l’étonnante convergence de ces peuples pour défendre leur territoire. Il y a dans ce sursaut commun une intuition de l’intérêt général face aux divisions. On peut être frappé que ce mythe soit celui d’une défaite. Mais il est des défaites fondatrices, et la nation française trouve dans ce mythe d’Alésia l’image de l’adversité qui l’a si souvent frappée, et dont elle s’est toujours relevée par l’esprit de résistance qui l’anime. A Alésia, il y a plus de 2000 ans, des peuples de Gaule étaient vaincus, leur chef déposait les armes aux pieds du vainqueur, et des Gaulois partaient en esclavage. Qui pouvait prédire que la France, héritière de ces tribus gauloises et de tant d’autres, allait progressivement naître, progressivement s’unir et finalement marquer le monde de sa trace étonnante ? Surmontant ses déchirements, surmontant les coups durs, la France s’est faite, la France s’est rassemblée, et nous sommes là ensemble, résistants à ceux qui voudraient nous opposer. Mesdames et messieurs, 2

Nous venons de vivre une semaine éprouvante. La tragédie de Montauban et de Toulouse s’est conclue par la mort du criminel. Nous devons rendre hommage au travail extraordinaire de nos forces de l’ordre. Le Président de la République avait décidé d’engager tous les moyens nécessaires pour mettre hors d’état de nuire cet assassin qui avait choisi de s’attaquer à des innocents au nom d’une idéologie meurtrière. Aucune cause politique ou religieuse ne légitime la sauvagerie dont il a fait preuve. Il n’y a aucun courage, aucun honneur, à s’attaquer à des innocents. En frappant nos militaires, parce qu’ils servaient notre nation là où nos intérêts sont en jeu et là où le droit international l’exige, puis en frappant la communauté juive de France, c’est en réalité notre République qui était visée. Et c’est elle qui a rendu un hommage solennel à ses morts. Face à la haine, face à l’antisémitisme, la République est implacable car c’est son unité qui est en jeu, et ceux qui s’attaquent à elle nous trouverons toujours sur leur chemin. Ce drame qui a bouleversé les Français donne tout son sens, toute sa profondeur aux valeurs d’égalité et de fraternité qui fondent notre communauté nationale. Quelles que soient nos différences, quelles que soient nos origines, quelles que soient nos confessions, nous sommes tous les membres de la même famille. Celle de l’humanité d’abord, cette famille dont les valeurs universelles ont été scellées en 1948, à Paris, dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme, qui était inspirée par notre Déclaration de 1789. A l’image de ce meurtrier, les fanatiques haïssent les valeurs qui sont célébrées dans ces déclarations. Nous avons le devoir de leur opposer notre force d’âme. Avec calme et fermeté nous devons nous tenir droit face à leurs intimidations. Nous sommes aussi les membres de la même famille nationale. Par delà la couleur de la peau, les croyances, les racines, nous sommes tous Français, unis sous la même bannière tricolore. La France a une identité, une culture, une essence. Mais rien ne fut jamais figé ! Ici, à Alésia, comment ne pas ressentir tout à la fois la résistance de la Gaule, son courage, sa singularité mais aussi sa métamorphose dans l’empire Romain ? Notre nation n'a jamais cessé de se construire, de s'élargir, de s'unifier. Elle n’a jamais cessé de fédérer des provinces rebelles. Elle n’a jamais cessé d’embrasser des religions différentes, d’accueillir et d’assimiler des immigrants. Le processus d’unification fut chaotique, parfois douloureux, mais par l’autorité de l'État, par la communion de la langue, par l’égalité des droits, par le prix du sang, la France s'est trouvée ! À tort, certains crurent que le drapeau français n'était ni assez généreux, ni assez large, pour rassembler chacun dans ses différences. Eh bien non, ce drapeau fut et reste suffisamment lumineux pour faire de nous une nation de citoyens, une nation soudée, une nation fraternelle. En ce lieu chargé d’Histoire, j’invite les Français à regarder leur passé avec fierté, avec déférence, avec lucidité.

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La France vient de loin, et il me plait de penser que nous sommes tous un peu gaulois : indisciplinés, téméraires, capables de vouloir l’impossible et d’y arriver pourtant. Mais je n’oublie pas tous ceux qui depuis plusieurs siècles ont mêlé leur destin à celui de la nation. Après le drame de Toulouse, comment ne pas rappeler que cela fait plus de vingt siècles que les juifs vivent parmi nous, en Français à part entière ? Vingt siècles et avec quels exceptionnels résultats : Rachi de Troyes, le Général Wolf, Marcel Proust, Romain Gary, Pierre Mendès France, André Citroën, Marc Bloch, Simone Veil, Georges Charpak… et tant d’autres. Tous apportèrent leur intelligence et leur bravoure au grand fleuve de la nation française. Ce fleuve est immense, et les ruisseaux de notre gloire sont multiples. Lorsqu’à Magenta, en 1859, le régiment de zouaves chargea l’ennemi, personne ne regarda la couleur de peau de ces braves parmi les braves. Durant la Grande Guerre, qui s’interrogea sur les origines des 100.000 morts et disparus de l'Armée d'Afrique dans les tranchées de la Marne et de Verdun. Et nul ne s’interrogea, en 1944, sur celles des tirailleurs, spahis, tabors, descendus de l’Atlas et des Aurès pour libérer notre patrie. Oui, la Gaule constitue l’un des socles de la France, mais célébrons aussi tous ceux qui ont participé à sa construction, à son enrichissement, à sa défense. Tout ceci pour dire, Mesdames et Messieurs, que notre vieille et grande nation est faite de tous ces apports qui se sont rassemblés autour d’un idéal commun qui a pour noms, la France et la République. Notre unité nationale est notre bien le plus précieux. Nous devons être plus forts que ceux qui veulent détruire notre pacte. Et nous le serons ! Nous devons être plus forts que la violence, la haine, le racisme, tous ces maux qui salissent le visage de la Nation. Et nous le serons ! Nous devons être plus forts que le repli, l’égoïsme, l’intégrisme. Et nous le serons ! Pour la France que nous aimons, pour la France unie, nous choisirons d’être toujours ensemble, libres, égaux et fraternels.

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