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RÉVÉLATIONS ET DÉSAVEUX : OCTAVE MIRBEAU, PAUL BONNETAIN ET L’AFFAIRE SARAH BARNUM

Dans les premiers jours de décembre 1883, paraissait un livre intitulé Les Mémoires de Sarah Barnum signé par Marie Colombier (1841-1910), actrice alors très célèbre, et préfacé par Paul Bonnetain, jeune romancier naturaliste qui venait de causer un grand tapage1. Ce roman, publié sans nom d’éditeur, avec pour mention « Chez tous les libraires2 », n’avait a priori rien d’original. Son sujet, simple et aguicheur, reprenait un filon littéraire, le portrait d’une actrice dont l’existence est une succession de conquêtes amoureuses et de scandales. Et il est à présumer que, sans certains événements que nous allons présenter, il n’aurait pas eu le succès qu’il connut3. Tout débuta le 15 décembre. Ce jour-là, Les Grimaces publiait un article d’Octave Mirbeau qui allait attirer l’attention du public et de la critique et par lequel, à son corps défendant, il offrait au livre une réclame inattendue. Cet article, « Un crime de librairie », s’inscrit dans une tradition polémique peu soucieuse d’analyse (on n’y relève en effet qu’une critique quant au style à « la forme pénible et torturée »). L’intérêt de ce texte réside ailleurs, dans le fait qu’il fournit des révélations sur l’identité du modèle de l’héroïne du roman et sur celle de son véritable auteur. D’une manière beaucoup plus surprenante, l’article de Mirbeau prit une valeur illocutoire dans la mesure ou il entraîna une série d’actes concrets. Les révélations. Mirbeau s’attaque d’emblée à rétablir les choses à leur place :
Un livre vient de paraître. Ce livre s’appelle : Sarah Barnum. M. Paul Bonnetain, l’auteur de Charlot s’amuse, l’a écrit ; Mlle Marie Colombier, une vieille actrice, l’a signé. Ce livre est tellement ignoble, contient tant d’infamies, tant d’insultes, tant de mensonges, tant de lâchetés et tant de boue, qu’aucun éditeur, redoutant sans doute des représailles méritées, n’a osé mettre son nom au bas de la couverture.

Les sous-entendus de Mirbeau renvoient à un fait qui était alors de notoriété publique : la liaison de l’actrice avec le romancier, de dix-sept ans son cadet. La logique de cette révélation suggère que de l’union de deux personnalités sulfureuses ne pouvait que produire un fruit non moins acide et grinçant. Puis, le pamphlétaire ne fait que dire ce que tout le monde avait deviné :
Sarah Barnum, œuvre de la rancune d’une fille et de la complaisance très définie d’un monsieur, a la prétention de raconter la vie privée de Mme Sarah Bernhardt. Ce qu’il y a d’ordures entassées là, vous ne l’imaginez pas.

Sarah Barnum est en effet une déformation transparente du nom de Sarah Bernhardt (1844-1923), grande amie, puis grande rivale de Marie Colombier, qui avait accompagné la tragédienne lors de la tournée en Amérique4 qui assura sa renommée internationale. Ce surnom, qui fera fortune après le roman, est une allusion au célèbre Américain Phineas Barnum (1810-1891), fondateur, entre autres, d’un musée des horreurs et du cirque qui porte son nom. Il était connu pour son usage immodéré de la publicité et pour ses talents de bonimenteurs. Figure de la fin du XIXe siècle, « roi du bluff, maître de la mystification, montreur de phénomènes, Barnum apparaît comme le personnage type de la représentation de l’extraordinaire », dit de lui Daniel Compère, qui a relevé qu’il était devenu, entre 1860 et 1881, un motif littéraire incontournable5. L’inventeur du spectacle moderne dans tout ce qu’il a de grandiose, de démesuré et de racoleur était aussi l’objet du mépris et des moqueries des intellectuels parisiens, qui l’accusaient de charlatanisme6. Quel rapport avec Sarah Bernhardt, la célèbre actrice, pour d’aucuns la 1

plus grande tragédienne du siècle ? Elle eut une vie peu ordinaire, dont les frasques amoureuses et les excentricités alimentaient la rubrique des faits divers ; elle posa notamment dans le cercueil qui trônait dans sa chambre et déclara s’y installer pour lire ses pièces, la légende veut même qu’elle y ait dormi, et qu’elle ait reçu certains de ses amants, d’après le roman (p. 184) ! Ce que le nom de Barnum, qui lui est accolé, sous-entend, et qu’illustre d’une certaine manière le roman, c’est que l’Actrice (avec un grand A), mise bien plus sur la presse, pour établir sa notoriété, que sur ses réels talents. En cela, Les Mémoires de Sarah Barnum reprennent le stéréotype de l’actrice, demimondaine, croqueuse d’hommes, déjà mise en scène par Émile Zola (dans Nana7) et Edmond de Goncourt (dans La Faustin8). Bonnetain, dans sa préface, anticipant – non sans ironie – toute identification réductrice du personnage, s’était fait fort de préciser :
Votre Sarah, c’est une, deux, trois, cinq et dix Sarah que nous avons connues – trop connues. […] Elle fait songer à la fois à dix étoiles et non à une seule, c’est vrai, mais on ne vous demandait pas une photographie, et je ne vous chicanerais pas là-dessus, puisqu’en empruntant un trait ou un geste à chacune de nos célébrités actuelles, vous avez, comme nous le souhaitons, synthétisé et portraituré, non mademoiselle X… ou madame Z…, mais l’Étoile, généralité sociale, psychique et physiologique, telle que la font nos mœurs, nos goûts, notre réclame9.

Selon Bonnetain, qui se garde bien de citer des noms, Sarah Barnum ne vaut pas tant comme copie fidèle d’une actrice réelle, mais parce qu’elle réunit des traits rencontrés chez toutes les actrices. Personnage monstrueux à force d’excès (ce que rappelle le narrateur dans le roman, p. 191), c’est pourtant de ce trait qu’il tire sa force et par lui qu’il fait illusion réaliste. Toujours est-il que, la vie de Sarah Bernhardt étant connue dans ses moindres détails, il est impossible de ne pas établir de parallèle entre l’héroïne du roman et celle qui lui servit de modèle, sinon unique, du moins principal, ainsi que le souligne Sylvie Jouanny10. Dans une lettre explicative ajoutée lors d’une des rééditions du roman en 1884, Marie Colombier ne faisait pas de mystère sur les prétentions biographiques du roman, tel que le suggère son titre, déclarant : « Je défie les honnêtes gens dont on me parle de contester […] le droit de portraiturer Sarah Bernhardt. » Cette divergence d’opinion entre l’auteur et son préfacier, ou plus exactement entre les deux collaborateurs, n’est pas la seule, et nous verrons que le roman se refuse à toute interprétation univoque. Une fois faites ces révélations, Mirbeau s’indigne de l’impunité de ce qui pour lui est un crime et, de délateur, il se transforme en imprécateur :
Je me demande vraiment à quoi pense la Justice, ce que fait la police, où elle se cache, et pourquoi l’on prétend qu’elle existe, si de pareilles monstruosités peuvent impunément s’étaler au plein jour et à la pleine lumière. […] Je me demande aussi à quoi pensent les personnages désignés, nommés, caricaturés et diffamés par ce couple de gredins […] et pourquoi ils n’exigent pas la saisie du livre. […] Je me demande surtout ce qu’attend M. Maurice Bernhardt, pour tirer des deux insulteurs de sa mère une vengeance éclatante et terrible. […]

Son article se termine sur une invective bien simple et lourde de conséquences, il faut, dit-il, « fendre le crâne de M. Bonnetain » et « train[er] […] dans un endroit public » Marie Colombier pour lui administrer une « formidable et rouge fessée ». La véhémence de Mirbeau s’explique, en partie, parce qu’il a pu se reconnaître dans le personnage de l’« écrivain, petit poseur qui jouait au pamphlétaire » et qui « s’avisa de publier sur les gens de théâtre un article aussi sot que fielleux. », dont il est fait mention dans le roman au chapitre XI (p. 300-301). Mirbeau avait écrit précisément un article dans lequel il présentait le comédien comme « un être inférieur, un reprouvé », ce qui avait soulevé une vive

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indignation11. Or, éreinté dans un article signé d’un pseudonyme zolien12, Mirbeau, ayant découvert, après investigations, que Bonnetain en était l’auteur, cherchait le moyen de se venger13. Les passages à l’acte Esprit batailleur, endurci par cinq années passées sous l’uniforme de l’Infanterie de Marine, Bonnetain ne fut pas long à réagir. Le lendemain de la publication de l’article, Mirbeau recevait la visite des témoins de Bonnetain, qui lui réclamait réparation. Deux jours plus tard, le 18 décembre, les deux hommes s’affrontaient en duel. Bonnetain en sortit légèrement blessé au bras 14, ainsi que l’indique le procès verbal du duel publié dans la presse le soir même15. Procédé courant, le duel, loin de brouiller les deux confrères, marqua sans doute leur rapprochement16. Mais, pour autant, l’affaire ne s’arrête pas là ! Bonnetain est épié par Maurice Bernhardt et deux acolytes, sans doute pour lui tendre un guet17 apens. Le matin du duel, ils sont toujours postés devant chez lui, Avenue de Villiers, sans doute pour s’assurer que la voie est libre. Car Maurice Bernhardt et ses complices ont changé leur plan. Ils se dirigent à quelques pas de là, au domicile de Marie Colombier. Le fils humilié a-t-il voulut suivre les conseils de Mirbeau ? Sans doute, mais ses projets sont contrariés par la présence d’invités chez Marie Colombier18. Il se contente alors de proférer des injures et, dépité par le fiasco de son intervention, il piétine un dessin de Willette, celui qui illustre la couverture du roman. Quelques heures plus tard, c’est Sarah Bernhardt qui fait irruption chez son ancienne camarade, armée d’une cravache et d’un poignard, suivie de fidèles, dont son fils et son amant, l’écrivain Jean Richepin, armé lui aussi. Une course poursuite s’engage entre les deux femmes, tandis que Richepin immobilise Jehan Soudan et le blesse. Devenu « l’assaut de la rue de Thann », l’incident fait le tour de la presse parisienne, nationale et internationale19 ! Le récit prend des envergures épiques, un reporter du Figaro, le premier sur les lieux, déclarant que Sarah a copieusement puni Marie à coups de cravache20, fait qui sera démenti par la suite. À la suite des reporters et des courriéristes avides de sensationnel, les critiques littéraires s’emparent de l’affaire, condamnant unanimement le roman. Parmi les plus virulents, Albert Wolff qui, dans Le Figaro du 20 décembre, prend la défense de Sarah Bernhardt, sans aucune réserve, justifiant même son acte. À l’inverse, Paul Alexis, qui était l’ami de Bonnetain et qui était reçu chez Marie Colombier, prend seul la défense du roman qu’il juge vrai, dans Le Cri du peuple du 21 décembre. Le tapage est tel que le roman attire la curiosité des lecteurs, à tel point que l’engouement traverse les océans et qu’une traduction paraîtra aux États-Unis le 2 janvier 1884 ! Bonnetain, qui se rend en Asie pour le compte du Figaro, s’en félicite, ainsi qu’il l’écrit à Marie Colombier, lors d’une escale à Colombo :
On m’a offert un panier de fleurs artificielles surmonté d’une Colombe ! ! ! Le bon public ne nous sépare décidément plus l’un de l’autre, sous toutes les latitudes. Aussi bien, je trouve nos livres, le tien surtout, dans toutes les escales : à Port-Saïd, chez les officiers des highlanders écossais ; à Aden, au mess des grenadiers de la reine21.

Le succès a pourtant son revers et Marie Colombier est convoquée une première fois chez le juge d’instruction, sans doute vers la fin décembre. Elle répond à l’interrogatoire en arguant qu’elle a « fait une œuvre de fantaisie », reprenant l’argument de la préface de Bonnetain. Le juge lui rétorque : « C’est la morale publique qui s’est émue d’une scène que l’on juge scandaleuse22. » Cette émotion de « la morale publique », il est bien probable qu’elle ait été portée devant la Justice par dénonciation anonyme23. Le procès se tint le 26 mai 1884 devant la Cour d’Assises de la Seine, laquelle condamna Marie Colombier à trois mois de prison et à 2 000 francs d’amende. Grâce à l’intervention de Pétrus Richarme, son amant en titre, l’actrice vit sa peine de prison commuée en quinze jours de réclusion dans un pavillon d’Auteuil24. Le roman est publié à nouveau, mais avec suppression de huit passages incriminés, remplacés par des lignes de points ! Quelques temps après parait La Vie de Marie Pigeonnier (avec une préface d’un 3

certain Jean Michepin), pâle réplique probablement signée par Jean Richepin lui-même. Les lecteurs purent se procurer les deux romans réunis en un seul volume, preuve que la publicité est sans limite et sans morale ! Les épisodes de cette affaire sont dignes d’une farce, ce qui n’est pas sans contredire les propos de Bonnetain, dont la préface clamait que la seule ambition du volume était d’amuser les lecteurs. Passons à présent au rôle véritable de Paul Bonnetain dans la rédaction du roman. Genèse En septembre 1883, Paul Bonnetain a entrepris la rédaction d’un nouveau roman, dont il confie le projet à Edmond de Goncourt, alors qu’il vient de lui adresser son dernier recueil de nouvelles : « Suivant vos conseils, j’ai essayé de faire simple dans ces quelques pages comme dans un grand roman encore sur chantier. Je n’ose espérer d’y avoir réussi.25 » Un mois plus tard, le projet semble se poursuivre et il en confie le titre à Émile Zola :
Merci aussi pour vos excellents conseils. Vous ne doutez pas, je pense de mon empressement à les suivre. Par l’alcôve vous le prouvera d’ailleurs. Seulement, je vous demanderai la permission d’aller vous demander quelques avis sur ce roman dont le sujet, pour n’avoir rien d’exceptionnel au point de vue littéraire, ne laisse pas que de me paraître dangereux26.

On ne sait si Zola, déjà sollicité par l’entremise de Céard à propos de Charlot s’amuse, jugea favorablement ou non ce roman au sujet duquel il ne reste aucune autre trace dans la correspondance de Bonnetain. On retrouve un volume ainsi intitulé annoncé sous presse en 1884, puis en préparation l’année suivante27, mais par la suite toute mention le concernant disparaît. Le projet semble avoir été abandonné28, d’autant plus qu’aucune œuvre connue de Bonnetain ne correspond à ce titre énigmatique et dont on ne connaît rien du contenu sauf que son auteur le jugeait « dangereux ». Nous retiendrons ce dernier fait pour nous livrer à quelques suppositions. Revenons tout d’abord sur ce titre, qui pourrait avoir une valeur programmatique. L’alcôve désigne la chambre à coucher, et plus particulièrement l’endroit où se trouve le lit. De là provient le sens métaphorique du terme, qui désigne l’endroit où se nouent les liaisons amoureuses, puis celles-ci. L’alcôve est donc le lieu de l’intimité la plus protégée, le lieu du secret et du grand tabou, puisque les « secrets d’alcôve » ne sont rien d’autres que des actes sexuels. On peut donc envisager que le roman de Bonnetain, se situant dans la lignée naturaliste du dévoilement, devait, si ce n’est étaler, du moins raconter et analyser une vie amoureuse et sexuelle ; de là, vraisemblablement, les appréhensions de Bonnetain. Qu’en est-il du milieu dépeint ? La présence de la préposition « par » semble indiquer que l’alcôve va être un moyen, une manière29, un outil, permettant de parvenir à une fin, d’obtenir une promotion sociale, de gagner argent ou gloire. Bonnetain avait l’habitude d’étrenner dans la presse les sujets qu’il avait l’intention de traiter dans ses romans. En juillet 1883, il confiait à Edmond Lepelletier, chroniqueur qui avait favorisé ses débuts dans la presse :
Je désirerais faire des chroniques très littéraires, de forme, mais ayant un cachet mondain, serrant l’actualité, d’assez près, mettant sous des pseudonymes faciles des gens connus de nom et les rendant intéressants par les révélations plus ou moins indiscrètes que j’apporterai sur eux. Depuis trois mois, j’ai réuni des documents, préparé des sujets et des notes, recueilli des informations et des potins, fréquenté des milieux que j’ignorais et que vous m’avez conseillé de voir en m’engageant au Réveil, bref je suis prêt…30

Si l’on en croit cette déclaration, son intérêt pour ces questions daterait d’avril 1883, ce qui correspondrait à peu près à sa première rencontre avec Marie Colombier, dont il sollicitait une entrevue le 4

9 avril31, sans doute pour compléter sa documentation sur le milieu du théâtre et du demi-monde. On retrouve des textes consacrés à ces milieux aux mêmes dates. À propos d’une comédienne, sans notoriété, qui s’est suicidée à cause d’une accusation de vol injustifiée, il s’en prenait aux chroniqueurs qui avaient traité cette affaire avec désinvolture :
[…] je proteste avec indignation contre le reproche froidement tranquille qu’on jette au cercueil de cette malheureuse. Cette exaltée est une martyre et je plains ses amis dont la défection l’a conduite à la tombe. On l’a pleurée, on lui a fait de « belles funérailles », on l’a couverte de fleurs : mieux eût valu ne jamais douter d’elle. Pour moi je préférerai toujours m’exposer à une fâcheuse compromission et à de calomnieux commentaires […] que de risquer par un mépris poli de frapper au cœur – un exalté. « Les Exaltés », La République radicale, 1er avril 1883

Ce n’est pas la première fois qu’il prenait à parti ses confrères « pleureurs de la presse mondaine », qu’il avait dépeints affriolés par le mystère du suicide d’une demi-mondaine :
[…] dites-moi si, en vérité, vous n’auriez pas mieux fait de ménager votre encre et vos larmes pour ces femmes et ces filles d’ouvriers que la misère prend à l’atelier et conduit à la Morgue, quand elles se refusent au lupanar ! « Chronique », Le Droit des Femmes, octobre 1882

Il professe un véritable dégoût pour cette presse, autant à cause du désintérêt qu’elle affiche à l’égard des questions sociales que par l’hypocrisie de sa « tartine élégante », à laquelle il reconnaît avec ironie une valeur didactique :
Les moniteurs officiels du high life sont, en effet, remplis d’enseignements précieux, et nos classes dirigeantes s’y peignent elles-mêmes, sous de telles couleurs, qu’employés par un écrivain socialiste, elles seraient taxées d’exagération. « Jolie tendresse », La Bataille, 21 mai 1882

S’il s’en prend aux milieux des affaires, de la politique et de la mondanité, c’est qu’il rend leur désinvolture et leur frivolité responsables des conflits sociaux, ironisant sur leurs plaisirs qui n’ont rien de reluisant :
Une « jolie tendresse », c’est tout simplement et tout vulgairement une de ces grues de la haute gomme, tarifées à un nombre variable de louis, avec lesquelles vivent, fraternellement mêlés, les fils des preux, comme ceux de nos honnêtes capitalistes, et que les garçons des cabarets du boulevard connaissent bien, pour enlever, tous les matins, sous les tables ou sur les divans, les peu poétiques souvenirs de leur passage. « Jolie tendresse », ibid.

Dans « Femmes célèbres » (Le Beaumarchais du 17 décembre 1882), il s’indignait de la notoriété de deux actrices que la presse encensait alors qu’elles « empoisonnent Paris » de leur réclame. Il ne remet pas en cause leur talent d’interprètes dramatiques, du moins pour l’une d’entre elle32, mais il déplore que le succès des pièces dans lesquelles elles apparaissent et l’engouement du public ne soient motivés que par le tapage qui entoure leurs vies privées. L’écoeurement du chroniqueur est tel qu’il demande une cuvette et se fait fort de préciser : « Si je ne craignais d’abuser de l’indulgence qu’on a, dans ce journalci, pour moi, naturaliste, c’est autre chose que je réclamerais. » Bonnetain prend encore pour cible le « cabotinisme », cette recherche excessive de réclame caractérisant les comédiens dans « Chronique parisienne – À la princesse » (Le Beaumarchais du 28 janvier 1883). Dans cette chronique qui prend une forme épistolaire, le chroniqueur s’adresse à une actrice célèbre qui s’apprête à faire un mariage princier. Il se fait fort de lui rappeler qu’elle fut lancée 5

grâce à la presse qui rapporta le récit des coups de feu tirés sur un de ses amants. Alors qu’il dénonçait une certaine presse faisant ses tirages sur les scandales mondains et autres cancans, percent, dans certaines de ses chroniques, à partir de janvier 1883, soit après la parution de Charlot s’amuse, des intentions nettement moins louables. Observateur, tenu au fait des dessous du monde théâtral par un informateur de choix en la personne de sa maîtresse33, peut-être même encouragé par elle34, Bonnetain se serait lancé, avec en plus les conseils de Lepelletier, dans la rédaction de « chroniques potinière35 », qui annoncent certaines pages des Mémoires de Sarah Barnum. On en voit un exemple dans la nouvelle « Comédien » (Le Réveil du 14 août 1883), où il met en scène un ancien commis qui accède aux feux de la rampe grâce aux intrigues de sa maîtresse. Dans ses mémoires, parlant d’elle à la troisième personne, Marie Colombier expliqua dans quelles circonstances fut conçu le projet du roman :
Un jour qu’elle avait à déjeuner chez elle Silvestre, Arsène Houssaye, Albéric Second et Bonnetain, elle racontait son voyage d’Amérique, les déceptions, les taquineries, la mauvaise foi auxquelles elle avait été en butte pendant tout le voyage, les conséquences du retour, et la lutte à coups de papier timbré qui en avait été la suite. Elle s’écria en conclusion : – Oh ! Ce n’est pas Sarah Bernhardt, qu’on devrait l’appeler, c’est Sarah Barnum! », – Oh ! le joli titre ! fit Houssaye. – C’est un titre de roman, répondit Second. – Eh bien, je ferai le roman, reprit Marie, et il sera drôle. – Et moi, je serai votre collaborateur, si vous voulez bien m’accepter, ajouta Bonnetain, mais à la condition que vous me permettiez de faire la préface : cela m’autorisera à le défendre si on l’attaque ! 36

Auriant, qui a consacré une biographie à l’actrice précise : « Elle avait toujours eu besoin de collaborateurs. Celui-ci lui paraissait assez épris d’elle pour qu’elle fût sûre de son zèle. […] Entre deux étreintes Mlle Colombier lui racontait la vie de Sarah. Bonnetain s’emballa. Il citait la préface d’Edmond de Goncourt à sa Faustin, trouvant que les livres écrits sur les femmes par des hommes manquent de collaboration féminine […]37 Dans sa préface, datée du 28 novembre, Bonnetain loue les qualités de divertissement du fantasque « gamin de volume ». Il se réfère à Edmond de Goncourt et cite la préface de La Faustin, qui insiste sur l’importance des confidences de femmes, sur leur collaboration, offrant des documents humains indispensables aux romanciers désireux d’écrire un roman vrai, un roman révélant « toute l’inconnue de la féminilité du tréfonds de la femme38 ». Par cette déclaration, Bonnetain n’avouerait-il pas sa propre ambition ? Désireux d’écrire un roman sur la Femme39, et plus spécialement sur l’actrice, il n’aurait pu mener à bien son projet qu’en collaborant avec Marie Colombier, et finalement s’effacer derrière elle ? Dans le récit romancé de ses souvenirs, Marie Colombier revint sur le rôle de Bonnetain :
Bonnetain a été son collaborateur littéraire, rien de plus. Elle déclare avoir conçu et charpenté elle-même son œuvre ; elle n’en a ni regret ni repentir ; elle n’en désavoue que certains détails de goût douteux, ajoutés lors de la correction des épreuves (et ce ne sont pas ceux qui ont été incriminés du reste), d’une saveur un peu trop soldatesque ! 40

L’éditeur Pierre-Victor Stock, familier de Colombier et ami de Bonnetain, s’il n’exclut pas le recours à une seconde plume dans la rédaction du roman, en dédouane en revanche son ami :
Bonnetain […] passa pour avoir écrit ce livre que signa Marie Colombier, livre qui fit un bruit énorme à son apparition. Or, Bonnetain n’était pour rien dans la confection de ce volume ; son réel auteur était Jehan Soudan, qui était presque de tous nos déjeuners chez la comédienne. […] il était même assez curieux d’entendre l’écrivain qu’était Bonnetain donner son avis d’une façon aussi désintéressée que je le faisais moi-même, dans les discussions entre les deux

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collaborateurs – Marie Colombier et Jehan Soudan – sur leurs travaux passés ou en cours. […] Bonnetain avait le courage de ses actes ; bons ou mauvais, il n’en cachait aucun et il affectait même de « fanfaronner » avec les mauvais. 41

Bien que touchant, ce témoignage voulant défendre la mémoire d’un ami disparu, ne semble pas impartial. Car, ainsi que le confirme Marie Colombier, Bonnetain a retouché le roman. Le tout est de savoir quelle fut l’ampleur de ces ajouts. Questions de style Octave Mirbeau notait justement, malgré l’outrance de son propos, que les marques de l’intervention de Bonnetain étaient indéniables :
Le vocabulaire de M. Bonnetain se compose de peu de mots – les mots obscènes exceptés – et se borne à peu près à ceci : « irradier… irradiance… irradiation… irradiement… » Feuilletez les pages et voyez combien de fois ces mots sont employés. Puis ce ne sont que « des eaux qui mettent des clapotements sombres dans la nuit », ou bien « du soleil qui met des nappes d’or », ou « la lune qui met des nappes d’argent », etc., etc.

Excessif, car on ne rencontre que trois occurrences du verbe « irradier » ou de ses dérivés dans tout le roman (« irradiement » (p. 2), « s’irradia » (p.15), « irradiant » (p.110)42), quatre du verbe « mettre » (p. 3, 4, 12, 34) dans un usage répandu chez les naturalistes43, l’appréciation de Mirbeau est juste en revanche parce qu’elle établit un parallèle implicite entre Les Mémoires de Sarah Barnum et Charlot s’amuse, dans lequel on rencontre, au dernier chapitre, « La lune […] mettait à présent un grand rectangle lumineusement irradié […] » (p. 347.) Il est des passages dont on peut résolument affirmer qu’ils sont de Bonnetain. Ainsi les deux premiers chapitres, faits de descriptions minutieuses (si caractéristiques du style de Bonnetain en touches impressionnistes et sensualistes, tel qu’on peut le rencontre dans ses nouvelles données au Réveil). Ces passages alternent avec la mise en place du portrait de l’héroïne :
La cour se vidait, et la porte de la salle ne laissait plus passer que des gens non attendus, pas pressés. Sur le faîte du monument, le soleil couchant jetait un semis d’or très ténu. À l’entrée du pavillon de gauche, il incendiait dans une plaque de marbre noir les lettres de l’inscription : MUSÉE- BIBLIOTHÈQUE, et, sous sa chaude pluie décroissante, la mélancolie monotone des vieux bâtiments s’attendrissait dans un luisant sourire. (p. 8) Un silence énorme, durant de longues minutes, berçait ses songeries ; mais brusquement, une trépidation faisait grelotter les vitres. Un fiacre attardé remplissait la rue Saint-Honoré d’un tapage de ferrailles. La jeune fille, alors, se dressait sur son coude, heureuse de ce tintamarre distrayant. Le roulement du véhicule allait s’affaiblissant, mourait enfin, et elle n’entendait plus que le vague murmure venant de l’autre côté, de la rue Royale. Là-bas, la circulation était encore active, mais la chaussée macadamisée étouffait le bruit, et la continuelle promenade des voitures n’envoyait à sa chambre qu’une discrète rumeur où semblait passer la douceur du luxe de ce quartier riche. Et l’enfant reprenait sa rêverie chercheuse, bercée par cet écho de Paris, pareil au chuchotement monotone d’une armée de courroies de transmission glissant sur des poulies bien huilées, dans une usine gigantesque. (pp. 20-21)

On est loin du portrait de Sarah, tout en dénigrement qui sera déployé dans la suite du roman, alors que les séquences descriptives se feront de plus en plus rares44. De la même manière, le portrait de Reine, la sœur cadette de Sarah, qui agonise de phtisie, est traité avec une tonalité particulière :

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L’atroce conviction dut se faire en elle. Le mal, le hideux mal, s’était abattu sur sa jeune chair. Sa prostration devant l’évidence fut telle, qu’elle ne songea pas à mourir, ou qu’elle n’en eut pas la force. Elle se soigna machinalement, parce qu’on le lui ordonnait. Elle guérit. […] Mais le coup était porté. Moralement, elle était brisée ; morte était sa jeunesse, morte sa bonté tendre de jadis. Une vieillesse avait fondu sur elle, laissant son front sans rides, mais broyant son cœur. Physiquement, elle restait minée par une consomption étrange. Son faible organisme n’avait pu résister à l’énergie du traitement, et son corps anémié s’était arrêté dans son développement. 45

La minutie des symptômes tant physiologiques que psychologiques n’est pas, encore une fois, sans rappeler certaines pages de Charlot s’amuse. Du reste, le roman est cité, dans une longue digression, qui n’est pas exempte de jugements moraux, héritages des lectures médicales dont Bonnetain s’est inspiré pour composer son premier roman :
Dussions-nous passer comme l’auteur de Charlot s’amuse, notre préfacier, pour choisir nos sujets de roman dans les cliniques46, nous devons avouer qu’à nos yeux Sarah relève plutôt de l’observation médicale, que de l’étude uniquement philosophique. […] Détraquée tout simplement. Avant elle, on traitait la névrose à l’hôpital, mais elle vint, et jeta à la fois médecins et bromure de potassium par les fenêtres […]. Notre héroïne, ce fut le névrosisme, triomphant, exalté, soufflant sur Paris sa griserie malsaine. (pp. 192-193) 47

Il n’est pas à exclure que, dans la version primitive du roman, Bonnetain n’ait envisagé qu’un seul personnage, et que, se pliant aux exigences du projet de sa maîtresse, il ait dédoublé son héroïne en Sarah et Reine, à moins que cela ne soit le fait de Marie Colombier elle-même. De la même manière, la mort de Sarah est esquissée rapidement (et présentée sous la forme d’un communiqué de presse dithyrambique), alors que l’agonie de sa sœur est brossée sur une touche nerveuse et minutieuse :
Elle ne pleura pas, ne se révolta pas, prise d’une rage de vivre, se cramponnant à l’existence, étreignant ses jours à présents comptés, avec la poignante énergie d’un être qui se noie et s’agrippe à tout. L’épouvantable lutte ! Elle s’éternisa, douloureusement poignante. Comme elle se débattit, furieuse, demi-folle ! Mourir à dix-huit ans ! Elle hurlait à cette idée et se soulevait, hagarde sur son lit, tantôt pour une prière que rien n’entendait, tantôt pour une malédiction contre le sort infâme, injuste et lâche !... Mourir !... mourir !... Mais elle ne le pouvait pas ! Elle l’avait souhaité jadis, dans une heure de farouche désespérance ; mais elle était une enfant alors ! Elle ne sentait que la douleur de ses genoux meurtris par la première chute ! Elle ne se rappelait dans le passé et ne voyait autour d’elle que souffrances ! Mais, à présent, elle était femme ! Malgré la souillure du mal, elle l’était encore, et son sang bouillonnait. 48

Aussi, ces passages, parmi d’autres, où se retrouve l’empreinte de Bonnetain, permettent de donner une tout autre ampleur à ce roman, en partie tronqué, dans lequel se ressent une composition à plusieurs mains. Au-delà du portrait d’une actrice en mal de gloire, âpre au gain49 et toujours dans la « dèche50 », se perçoit un portrait bien plus physiologique d’un être souffrant de son incapacité à jouir. Car, Sarah, double inversé de Charlot, est frigide, à cause de sa maigreur et parce qu’elle a grandi dans un environnement où le vice était familier, partant banalisé, ce qui l’a rendu insensible ; physiologie, influence du milieu et hérédité : le cahier des charges naturalistes est bien présent ! Cette frigidité de l’actrice, qui vivote grâce à ses conquêtes est un comble dans un roman qui dresse un inventaire des dépravations sexuelles : viol, prostitution (organisée en famille), attouchements sur mineure, maladies sexuellement transmissibles, scatologie et autres brutalités). La plupart de ces scènes correspondent aux passages qui seront supprimés après le procès51. 8

Mirbeau s’indignait de la vulgarité de certains passages, non sans raison. Dans ce roman, ou biographie déguisée, les vices s’étalent complaisamment, souvent dans le seul but de brosser le portrait d’un être monstrueux : une de scènes les plus abominables attribue les incessants évanouissements de l’actrice à une étrange maladie qui a pour symptôme une reflux des menstrues ! Est-ce pour cela que Bonnetain n’avoua jamais cette paternité, allant jusqu’à jurer devant ses futurs témoins qu’il était totalement étranger à la composition du roman ? Parjure, certes mais peut-être de bonne foi ! Épris avec passion de Marie Colombier, qui lui fit découvrir le véritable amour, d’après les lettres enflammées qu’il lui adressa l’année suivante, alors qu’il voguait vers le Tonkin, Paul Bonnetain a pu offrir à sa maîtresse, comme un gage d’amour, le roman qu’il avait ébauché depuis quelques mois. Bonnetain serait donc ce jeune artiste au talent prometteur, pris dans les griffes d’une femme qui le vampirise, puisque lui refuser le droit de se nommer, c’est lui voler sa force, son pouvoir de créateur. Cliché éculé, certes, mais que l’on retrouve dans Sapho, roman dans lequel Alphonse Daudet aurait transposé la liaison dévastatrice de Bonnetain et Marie Colombier ! On conçoit plus facilement que Marie Colombier n’ait jamais renié ce roman, bien qu’il l’eût exposée à la vindicte de la famille Bernhardt et conduite devant la Cour d’Assises. Admettre une collaboration, si minime soit-elle, c’était porter le discrédit et le soupçon sur l’ensemble de sa production littéraire. Enfin, Paul Bonnetain regretta d’avoir préfacé le roman et tenta une réconciliation avec Sarah Bernhardt, mais il dut renoncer devant la tournure publique qu’elle voulut donner à leur rencontre52. Bonnetain reconnut aussi que cette préface et son premier roman furent « […] deux boulets aux moignons, aux fesses d’un cul-de-jatte qui voulait grimper53 ! ». Poids qu’il traîna tout au long de sa carrière et dont ne le délesta jamais la critique, qui aimait à rappeler, lors de la parution de ses nouveaux volumes, grâce à quels scandales Bonnetain devait le succès de ses débuts. Son silence s’explique encore par la gêne qu’il a pu éprouver face à l’antisémitisme de certains passages, lui qui, aux dépens de sa carrière dans l’administration coloniale et au risque de sa vie, prit la défense d’Émile Zola lors de l’Affaire Dreyfus54 ! * * * Mirbeau connaissait-il le fin mot de cette histoire ? Avait-il été informé par des indiscrets ? Eut-il vent de certains passages de Par l’alcôve ? Nul ne le sait. Toujours est-il, qu’il avait donc en partie raison : Bonnetain a bien collaboré à la rédaction de ce roman. Mais son rôle est resté dans l’ombre, place en somme que mérite ce roman, si inégal. On ne sait pas s’il a participé à l’élaboration du plan, ou si une ébauche de roman s’y est greffée après coup, ou bien encore s’il a corrigé et complété un texte composé par Marie Colombier, certainement avec l’aide d’un tiers. Pour autant, il ne faudrait pas non plus minimiser le rôle de l’actrice qui n’en était pas à sa première expérience littéraire. Nous retiendrons que ce roman mêle des enjeux divers, que tous les discours qui l’entourent sont motivés par des intérêts particuliers, pour ne pas dire personnels, mais tous les fils se réunissent pour faire que l’œuvre romanesque outrepasse les limites de son cadre et scelle la force des collaborations littéraires sous toutes ses formes et de toute nature. Frédéric DA SILVA University of Guelph, Canada

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Paul Bonnetain, Charlot s’amuse, avec une préface par Henry Céard, Bruxelles, Kistemaeckers, 1883, XI-348

pages. Marie Colombier, Les Mémoires de Sarah Barnum, avec une préface de Paul Bonnetain, Paris, Chez tous les libraires, 1883, XV-332 pages. 3 En janvier 1884, on dénombrait déjà plus de soixante-seize éditions. 4 De novembre 1880 à mai 1881. 5 Daniel Compère, Jules Verne écrivain, Droz, 1991, p. 23. 6 Voir le portrait que dresse Pierre Larousse dans son Dictionnaire. 7 Charpentier, 1880. 8 Charpentier, 1882. 9 Édition citée, p. XIV. 10 Dans L’Actrice et ses doubles, Droz, 2002, p. 132-133. Par ailleurs, Sylvie Jouanny note que le roman est bien différent de l’ensemble de la production littéraire de Marie Colombier. 11 « Le Comédien », paru dans Le Figaro du 26 octobre 1882. 12 Article non retrouvé. 13 Anonyme, Affaire Marie Colombier – Sarah Bernhardt, pièces à conviction, Paris, “En vente chez tous les libraires », 1884, XII-71 pages. 14 On retrouve des réminiscence de ce duel dans Après le divorce (Lemerre, 1890), dernière pièce de théâtre de Bonnetain. 15 Selon l’auteur de la plaquette, Affaire Marie Colombier– Sarah Bernhardt, à l’issue du duel Octave Mirbeau se serait rendu chez Sarah Bernhardt, suggérant une connivence peu probable. 16 On trouve des traces d’une correspondance cordiale et professionnelle échangée par les deux écrivains aux alentours de 1888. Voir Octave Mirbeau, Correspondance générale, tome I, établie par Pierre Michel, L’Âge d’homme, 2003. 17 Affaire Marie Colombier – Sarah Bernhardt, pièces à conviction, op. cit. 18 Notamment l’écrivain et journaliste globe-trotter Jean Soudan, qui adaptera en 1899 les souvenirs de Phineas Barnum ! 19 Le 21 décembre, parait le récit de cet incident dans le New York Times, sous le titre: « Sarah Bernhardt’s Revenge ». 20 Cravache qui, d’après la légende, serait un cadeau offert à Sarah par la maréchal Canrobert. 21 Lettre du 11 janvier 1884. 22 Marie Colombier, Mémoires III, Fin de tout, Paris, Flammarion, 1900, p. 52. 23 C’est par cette voie et à la même date que fut attirée l’attention de la Cour d’Assises sur les passages jugés scandaleux de Charlot s’amuse. Voir Yvan Leclercn qui reproduit la lettre anonyme dans Crimes écrits, la littérature en Cour d’Assises, Plon, 1991. 24 Marie Colombier, Mémoires III, op. cit., pp. 85-86. 25 Lettre du 23 septembre 1883. 26 Lettre du 18 octobre 1883. 27 Il apparaît avec cette mention dans la liste des œuvres de Bonnetain qui se trouve dans Au bord du fossé (Tresse et Stock, 1884), puis en préparation dans les éditions d’ Au Tonkin et d’Autour de la Caserne (Havard, 1885), volumes parus en fait en 1884. La 2e édition d’Au Tonkin est seule annoncée dans le catalogue de la Bibliographie de la France à la date du 14 février 1885. La 1ère édition d’ Autour de la Caserne étant quant à elle annoncée fautivement en date du 17 janvier 1885, sans doute à la place de la 2e édition. 28 En janvier 1884, Bonnetain devient correspondant du Figaro qui l’envoie au Tonkin, dès lors il se consacrera à intégrer les sujets exotiques dans une écriture réaliste. 29 Ce sont deux valeurs associées à cet outil grammatical. 30 Lettre reproduite par E. Lepelletier dans « Charlot méchant », Écho de Paris, 9 février 1890. 31 Lettre reproduite par Marie Colombier dans ses Mémoires, op. cit., p. 26-27 32 Sarah Bernhardt, à qui il n’en veut que plus durement. 33 La liaison entre Bonnetain et Marie Colombier débute vers mai 1883. 34 Marie Colombier n’avait jamais pardonné à Sarah Bernhardt de l’avoir lâchée, seule, sans argent à la fin de la tournée en Amérique, ainsi que l’insinuait Mirbeau. Elle rappelait ces faits dans la lettre explicative qui accompagnait à partir de 1884 les rééditions des Mémoires de Sarah Barnum. 35 Ainsi qu’il le reconnaîtra dans « À un chroniqueur », Revue d’aujourd’hui, 15 janvier 1890. 36 Pp. 30-31. 37 Les Lionnes du Second Empire, Paris, Gallimard, 1935, pp. 194-195. 38 Cité par Bonnetain dans sa préface, op. cit., pp. XII-XIII.
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À l’inverse de ses nouvelles, Bonnetain ne donnera jamais un roman sur la femme. Les femmes seront présentes dans ses romans, voire indispensables, mais elles seront toujours vues à travers les yeux d’un protagoniste masculin. 40 Mémoires III. Fin de tout, Paris, Flammarion, s. d. [1901], p. 86. On pourra lire un exemple de cette écriture soldatesque dans le roman, où Sarah, après les assauts d’un officier de cavalerie, constate : « Être cosaquée, c’est exquis », pp. 209-210. 41 Memorandum d’un éditeur, Paris, Librairie Stock, 1935, pp. 108-112. 42 Citations qui ne figurent pas dans le roman. Toutefois, on trouve quatre occurrences du verbe « mettre » (p. 3, 4, 12, 34), dans un usage que Bonnetain emprunte à Edmond de Goncourt. 43 On en voit une variante avec le verbe « jeter » dans l’incipit de La Faustin de Goncourt. 44 Dès le chapitre III, le récit de la vie de l’actrice s’égrène en une suite d’actions qui sont autant de conquêtes. 45 Les Mémoires de Sarah Barnum, op. cit, p. 183. 46 C’est le reproche formulée par Céard dans sa préface, qui déclarait : « il respire l’iodoforme et des salles d’hôpital, le chlore des amphithéâtres », op. cit., p. VIII. 47 Le passage s’achève par un commentaire éloquent : « Sur ce portrait reprenons notre récit. », p. 196. 48 Ibid., p.186. 49 Point qui est traité avec de déplorables clichés antisémites, ainsi « intelligence commerciale inhérente à sa race », p.27. 50 Véritable leitmotiv du roman ainsi que le souligne Sylvie Jouanny, op.cit. 51 p. 47, 56, 62-63, 68-69, 80-83, 138-139, 209-210, 278-280. 52 Selon Mathilde Shaw, Illustres et inconnus, souvenirs de ma vie, Fasquelle, 1906. 53 Lettre inédite à Gustave Geffroy du 21 septembre 1893. 54 Lettres inédites à Gustave Geffroy et Lucien Descaves de juillet à novembre 1898.

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