Comment méditer et qu'est-ce que méditer ?

Conférence donnée à Lausanne, le 4 mai 1974 :

Mes amis, ce soir nous nous réunissons, moins pour parler que pour écouter. Et, nous avons une joie très grande, à nous retrouver ensemble, de France, de Suisse, de Norvège figurez-vous ! Séparés par des centaines et des centaines de kilomètres dans notre vie habituelle, nous sommes réunis, ici, par sans doute une même nostalgie, une nostalgie que les uns appellent Dieu, les autres appellent la vérité, que certains appellent peut-être la lumière, et que d'autres enfin, appellent peut-être tout simplement la paix, la tranquillité intérieure. Sous une forme ou sous une autre, nous cherchons la même chose : être d'accord avec nous-même, être en paix au fond de nous-même. Et, aujourd'hui, ceci semble peut-être plus difficile encore qu'à d'autres époques. Je ne dirai pas que, ce qui est le plus frappant actuellement, soit une sorte d'insécurité, non ! Je dirai plutôt qu'il y a une trop grande abondance de vie, d'informations, de recherches, d'efforts dans toutes les directions, et qu'il nous est difficile, souvent, de savoir quelles choses accepter, et quelles choses refuser parce qu'il est bien vrai que la vie spirituelle, comme tout autre, comporte un choix. Nous ne pouvons pas dire oui à tout ce qui se présente à nous... nous ne devons pas dire oui à tous ceux qui se présentent à nous ! Un choix est nécessaire, et ce choix, comment le faire ? C'est souvent difficile. Apparemment la vie spirituelle a pris de nos jours un grand essor ; je dirais qu'elle est à la mode. On en parle beaucoup plus que quand j'étais jeune. Chacun semble s'y intéresser, et au fond, la foi toute simple, elle, a beaucoup de mal, la foi toute simple en Dieu qui est bon, en Dieu qui est vrai, en Dieu qui est avec nous, de quelle manière, on ne le savait pas, on ne le disait pas, mais Dieu était avec nous tous les jours ! Cette foi-là a beaucoup diminué, elle a même disparu pour la grande majorité de la jeunesse, pour des raisons parfaitement compréhensibles et valables. Alors comme il faut retrouver quelque chose qui réponde à cette soif, à cette nostalgie qu'il y a au fond de nous de connaître, de savoir comment nous vivons, pourquoi nous vivons, où nous allons, ou tout simplement pour nous réconforter dans les moments difficiles. On a reçu à bras ouverts ce qui s'appelle le Yoga, et qui est de plus en plus connu dans nos pays. Ici, en cette maison, on enseigne le Hatha-Yoga, c'est-à-dire cette gymnastique, non pas du mouvement, mais de l'immobilité confortable dans laquelle l'Esprit, en nous, peut se manifester. Et, le Hatha-Yoga,

dans sa pratique, peut se définir ainsi : Une immobilité confortable de tout notre corps, de tout notre être, de nos pensées, de nos sentiments, qui nous permet de sentir s'éveiller en nous la vie de l'Esprit. Car pour que l'Esprit puisse s'éveiller en nous, pour que l'Esprit puisse se manifester en nous, il faut que nous soyons oisifs. Il faut que nous sachions nous arrêter dans notre course de tous les jours, dans nos travaux incessants, dans nos préoccupations, dans nos occupations les meilleures. Il faut une certaine oisiveté. L'Esprit peut se manifester en nous si nous savons nous arrêter, nous arrêter de courir, nous arrêter de faire, nous arrêter de vouloir, nous arrêter de penser, nous arrêter de sentir aussi parfois, créer en nous-même cette immobilité, cet abandon à Quelque chose qui est en nous et qui dépasse ce que nous pouvons éprouver quotidiennement. Et, avant d'aller plus loin dans cet exposé sur la méditation et dans l'explication que je donnerai tout à l'heure pour les nouveaux venus - il y en a quelques-uns - de la méditation, j'aimerais vous lire un poème que j'ai écrit, il y a déjà bien longtemps, et où il s'agit justement de la méditation d'un enfant.

[1]As-tu dormi ? Sur ton lit de fougères, as-tu dormi ? L'enfant qui s'agite à l'aurore a les yeux des étoiles qui pénètrent le ciel.

Le Seigneur l'a quitté peu avant l'aube alors que le silence autour de lui veillait. Après la longue étreinte du sommeil, son baiser va devenir le jour.

On dirait que l'enfant l'a compris : sur sa couche, il est calme, il sourit. Il n'attend du jour que son Seigneur et il sait que son Seigneur l'attend, lui aussi.

La source qui bavarde au loin traverse le silence et lui promet sa joie.

Chaque instant de l'éternité est le travail ardent de ta Voix, ô Seigneur, la vrille incandescente de ton Verbe : Tu dis et cela est.

L'enfant vit ton message et ses mouvements sont les feux du soleil dans l'aube infinie de ta gloire où il monte sans jamais s'être déplacé. Car tu es tout et nulle part, ô Seigneur, et l'enfant te porte où il est.

Il se baigne et il rit. Il mange et encore il rit. Il danse et le sourire de ta grâce naît à ses lèvres. Il chante et des hymnes inconnus jaillissent de son âme.

Il a revêtu la robe de l'amour et il s'est retiré dans le sanctuaire

pour prier. Là, il est seul, seul avec Dieu. Et Dieu lui apparaît sous tant de visages qu'il pourrait s'y perdre où s'y tromper. Mais rien ne le trouble, car tout est Dieu ! Tout est son Seigneur bien-aimé. Il se tait. Il demeure immobile et il écoute, patiemment dispos. Et il entend, et il voit !

Son front, sans un pli, pénètre en la lumière où il éclot, altier. L'éclat de la pensée divine le transfigure du dedans ; il est l'abandon dans lequel Dieu conçoit, Dieu se conçoit.

La frêle silhouette agenouillée sur la pierre, dans la pâle clarté d'un matin gris n'est plus. Seul rayonne l'Esprit,

l'Être glorieux dont la sphère, est l'immensité de l'ordre parfait.

Son corps figé sous la robe blanche, l'Intelligence infaillible dicte sa loi ; elle enfante, elle crée un univers de son authenticité. Sous la volonté d'une flamme neuve issue de sa propre substance, elle brûle et s'élève jusque dans l'infini où, sublime, elle exulte et demeure apaisée à jamais. Les rayons du Soleil divin courent en elle comme des ondes, sillonnant d'éclairs d'or l'intensité de son pouvoir, et elle EST.

L'enfant agenouillé ne saisit que l'aurore : sur son visage heureux s'épanouit le Jour !

Comment méditer et qu'est-ce que méditer ?

C'est peu à peu, avec patience et persévérance, d'abord par un effort physique et nerveux, et puis peu à peu, par un effort qui n'est plus que celui de notre âme

seule, tourner notre regard vers le dedans, non pas pour détester ce qui est audehors, mais pour aimer ce qui est au-dehors d'une autre façon, à l'intérieur de soi. Ce n'est pas fuir le monde et l'abhorrer, c'est retrouver le monde en soi, pour l'aimer mieux et autrement. Alors nous savons que les hindous s'installent les jambes repliées devant eux, et, qu'immobiles, le dos bien droit, dans des postures très strictes, ils maîtrisent leur respiration, et, pendant des heures et des heures, ils restent immobiles, presque comme s'ils étaient de marbre. Et nous savons très bien que cela, notre éducation, nos traditions ne nous le permettent pas, ainsi, tout de suite, sans une longue préparation. Alors il faut trouver un cheminement qui nous permette de faire le travail, de faire l'effort d'une manière qui soit à notre portée, et puis il est absolument évident que la méditation n'est possible que dans une vie qui est déjà organisée pour cela. Selon la première strophe de La montée du Carmel, de saint Jean de la Croix, l'âme qui dit : "Je sortis sans être vue, ô l'heureux sort, alors que ma demeure était déjà en paix." Méditer, alors qu'on boit beaucoup d'alcool, alors qu'on mange d'une façon lourde ou trop riche, trop de viande, trop d'aliments lourds et difficiles à digérer, alors qu'on mène une vie véritablement agitée, désordonnée et tout entière axée sur les problèmes matériels, il ne faut pas se faire d'illusions, dans ces conditions la méditation est bien difficile, voire impossible. Au fond la méditation résulte de tout ce que nous sommes par ailleurs. Nous devons tous travailler pour gagner notre vie, pour vivre le temps, le chemin qui nous est départi sur la terre, mais il y a différentes façons de le faire. On peut le faire en se souvenant de Dieu pas à pas, on peut le faire en se souvenant qu'il y a quelque chose d'immuable, quelque chose de plus lumineux, de plus vrai, de plus beau, audelà de toutes ces choses que l'on fait, de toutes ces choses que l'on pense. Vivre simplement d'une façon calme, maître de soi et ordonnée, c'est le grand Jean-Sébastien Bach qui disait : « J'aime l'ordre. » « J'aime l'ordre. » Il faut avoir une vie ordonnée. C'est dans une vie ordonnée qu'on peut le plus facilement supprimer ce qui est de trop ; ce n'est pas dans une vie désordonnée. J'ai remarqué que quand il y a du désordre dans la chambre de mes enfants ou dans les chambres de mes enfants, dans leurs armoires, dans leurs tiroirs, il n'y a plus de place pour rien ! Mais si je vais y mettre de l'ordre, il y a soudain beaucoup de place encore pour autre chose. Eh bien dans la vie c'est pareil ! Dans une vie désordonnée, il n'y a plus de place pour la méditation. Dans une vie ordonnée, même très surchargée, il y a de la place pour la méditation. Il y a quantité de relations mondaines qu'on peut laisser tomber ! qui sont fatigantes et inutiles ; il y a quantité de petits travaux de choses qu'on peut laisser

tomber ! parce qu'elles emploient inutilement nos forces et notre attention, et alors, on s'aperçoit soudain qu'il y a du temps pour s'arrêter, pour s'immobiliser, pour s'ouvrir à autre chose. Et dans d'autres séminaires, dans d'autres cours, nous avons parlé de la prière du Christ, donc de l'Oraison dominicale, Notre Père qui es aux cieux, que je vous ai expliqué d'une façon spirituelle, cette concentration au début de l'Oraison dominicale sur le sommet : Notre Père qui es aux cieux, Que Ton nom soit sanctifié, Que Ton règne vienne, Que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

C'est-à-dire sur tous les plans de la conscience et de la vie. Et la prière que le Christ enseigne à ses disciples, c'est une concentration sur le sommet, sur Dieu. Toute méditation a cela pour base, et pas autre chose.

Alors, si nous voulons méditer, comment allons-nous procéder ?

Eh bien ! il est d'abord très important d'avoir dans sa journée un moment, si possible toujours le même, à la même heure, au même endroit, dans les mêmes conditions, réservé à notre méditation. Et cela chacun d'entre nous doit trouver le moment qui lui est propice, car chacune de nos vies est différente. Il y en a pour qui ce sera le matin en se levant ; il y en a pour qui ce sera le soir en se couchant ; il y en a d'autres pour qui cela pourra être un petit moment dans la journée. Mais il est important que ce soit au même moment et au même endroit. Pourquoi ? Pour une raison très simple, c'est que, si on mange à des heures régulières, quand vient l'heure de manger, l'estomac est vide, on a faim. Si on mange à des heures irrégulières, on n'a jamais faim, ou toujours faim et la digestion se fait mal. Il en va de même pour la vie de l'Esprit. Si nous avons dans notre journée un moment, toujours le même, au même endroit, dans les mêmes conditions que nous créerons, pour que cela puisse durer, quand vient ce moment dans la journée, notre coeur, notre esprit ont faim de la méditation. Tout naturellement, ils retrouvent la concentration trouvée la veille ou l'avant-veille. Essayez et vous verrez ! L'Inde insiste là-dessus et c'est très important. La méditation, comme la prière, doit se faire, si possible, au même moment, au même endroit, et très vite on s'aperçoit que si on ne peut pas la faire, on en

souffre, parce que notre corps, notre intelligence, notre coeur, notre âme en avaient pris l'habitude et qu'ils sont comme frustrés quand on ne peut pas apaiser leur soif et leur faim. Ayons dans notre appartement, ou dans notre chambre, un petit coin connu de nous seul, avec un petit tapis, connu de nous seul, que nous déroulerons au moment de la méditation. Personne n'a besoin de le savoir, et moi qui vous parle et qui ai un grand ménage avec quatre enfants et beaucoup de personnel, j'ai fait ça pendant trente cinq ans sans que jamais personne ne le sache. On peut donc le faire en secret comme dit Jésus : « Quand tu pries, ne prie pas sur la place, pour être vu des autres, mais va dans ta chambre, ferme ta porte, et le Père qui voit dans le secret, te répondra. » Il est important que l'entourage ne sache pas. Il est important d'être seul avec Dieu, chacun. Les méditations, les prières collectives ont leur valeur, la preuve, c'est ce que nous venons chercher ici. Mais le travail, le pas à pas, se fait seul à seul avec Dieu. Et la raison de cela est bien simple : je vais vous l'expliquer. Nous avons déjà tant de peine à dominer notre propre mental, ces pensées qui nous troublent, ces doutes, ces difficultés, il ne faut pas y ajouter encore les opinions des autres. Ce travail doit se faire seul, entre l'Invisible et nous, seul, entre le Silence et nous. C'est notre plus merveilleux trésor qui doit rester un secret. Rien n'est plus dangereux pour la vie spirituelle, que toutes ces discussions, que tous ces commentaires qu'on peut faire autour de quelqu'un qui, pas à pas, s'efforce de rencontrer Dieu au fond de soi-même. Cela ne regarde personne ! C'est déjà difficile pour celui qui le fait ; c'est déjà difficile de faire taire notre propre tête, nos propres commentaires, nos propres doutes, nos propres questions, et quand les autres s'en mêlent, il n'y a plus rien à espérer. Tout se fausse ! Voilà pourquoi dans les congrégations religieuses, spirituelles, le silence est de rigueur. Les frères, les sœurs, les moines, les nonnes, les sâdhaks ne doivent pas se parler entres-eux. En dehors de certaines réunions tout à fait contrôlées encore par des supérieurs, on ne doit pas parler de ses propres expériences à un autre. On peut en parler au Père, on peut en parler à celui qui est considéré comme le chef, celui qui a déjà fait le chemin, et qui par conséquent connaît le chemin et en connaît aussi les difficultés, car elles sont grandes les difficultés ! Autrement, il faut garder ça pour soi et avancer avec cette certitude que c'est vrai, et que le dialogue qui s'installe entre Dieu et nous, dans le silence, finira par devenir le monologue merveilleux de l'Esprit en nous, mais qu'il doit se faire seul, dans le silence et l'immobilité de la méditation. Rien n'est plus faux que ce qu'on a fait dans les pays chrétiens, où on a poussé les gens à témoigner de leur foi, alors qu'ils ne savaient pas encore marcher, et on a beaucoup faussé les choses avec ça, oubliant que Jésus lui-même avait donné des indications et avait dit aux disciples :

« Je vous enverrai l'Esprit Saint qui vous conduira dans toute la Vérité. » Il avait dit : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, et là dans le secret, prie ton Père qui sait de quoi tu as besoin. » On a voulu proclamer, on a voulu témoigner et on a fait du christianisme une puissance politique, alors que c'était simplement le chemin intime de chacun avec le Père. Et maintenant, il faut revenir en arrière. Il faut retrouver la source de ce christianisme, chacun de nous, en soi ! Il se trouve que cette source du christianisme est en même temps la source aussi de la sagesse de l'Inde, du Shinto japonais, de toutes les religions valables du monde. L'Esprit est Un, Dieu est Un, le Fils est Un et unique, et il est en nous. Il y a des techniques de respiration, de méditation, qui sont valables et je vais vous en expliquer une qui est sans danger si on la pratique, justement, dans une vie sobre, saine, simple, dans laquelle le travail tient la place qu'il doit tenir, mais pas plus, pas moins non plus, mais pas plus ! La paresse est le pire ennemi de la vie spirituelle. « Tamas » : la paresse, est le pire ennemi de la vie spirituelle, car la vie spirituelle est un travail constant, le « karma », le « karma » dans son tout vrai, tout beau sens, non pas l'héritage de vies passées, non pas la loi de cause à effet, mais le « karma » qui est la vie : « faire », du verbe sanscrit « kri » : « faire », faire dans le tout beau sens, faire comme Dieu fait quand il crée le monde. Et, à la fin du premier chapitre de la Genèse, ce verbe « faire » est répété quatre ou cinq fois dans la même phrase : « Dieu vit toute l'œuvre qu'il avait faite en la faisant, et il dit que cette œuvre, qu'il avait faite, était parfaite. » Travailler ? oui, mais travailler sous le regard de l'Esprit, comme l'enfant du poème tout à l'heure, qui n'attendait du jour que son Seigneur… qui n'attendait du jour que son Seigneur, et qui n'avait de même attendu de la nuit que son Seigneur. Et alors, dans ce petit moment réservé à la méditation, on peut commencer à se mettre, disons dans un état d'âme favorable, si on aime la musique, en mettant quelques minutes de belle, grande musique, car la belle, la grande musique est une méditation en soi. Elle aide à la concentration, elle aide notre âme, notre esprit à s'élever, pas longtemps, juste quelques instants. Ou bien, si nous aimons la peinture, nous pouvons mettre un tableau, une reproduction d'un tableau que nous aimons beaucoup parce qu'il nous parle dans cet endroit. Nous pouvons l'enlever ensuite, mais le mettre au moment où nous méditons. Ou bien, si nous aimons la poésie, si nous aimons les beaux textes, nous pouvons lire quelques vers, nous pouvons lire un passage de la Bible ou des Upanishad ou de

la Bhagavad-Gîtâ, très peu de chose, juste ce qu'il faut pour déclencher en nous le mouvement rétrospectif, c'est-à-dire le regard introspectif qui se tourne vers le dedans et non pas vers le dehors, pour trouver dedans ce que le dehors nous donne aussi en réalité, mais que nous avons besoin de réintérioriser pour pouvoir le comprendre autrement. S'il fait beau, si c'est le printemps ou l'été, ou un bel automne, faisons cela près d'une fenêtre ouverte, l'air, le ciel sont des aides ; autrement, s'il fait froid, si c'est l'hiver, nous pouvons fermer la fenêtre. Et là, après avoir laissé notre respiration aller librement pendant un moment, nous pouvons aspirer par une narine en bouchant l'autre avec le pouce… aspirer par une narine en bouchant l'autre avec le pouce, peut-être en quatre temps : Un, deux, trois, quatre, et tout en aspirant, penser que l'air entre par la narine, passe derrière le nez, descend dans la gorge le long de la colonne vertébrale, descend jusqu'au bas de la colonne vertébrale, va frapper au bas de la colonne vertébrale la dernière vertèbre. Et puis ensuite l'autre côté, cette fois-ci, on bouche avec l'index la première narine et on ouvre l'autre, on expire dans le double de temps : Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, on expire à fond… comme on expire à fond, il faut que ce soit confortable : si quatre et huit est trop, on peut faire trois et six. Faire cela, disons trois fois d'un côté et trois fois de l'autre, en pensant toujours bien, en suivant, si vous voulez, la colonne d'air qui descend le long de la colonne vertébrale, va frapper le bas de la colonne vertébrale, puis repart en expirant de l'autre côté. Et quand on en a pris l'habitude, quand le rythme est devenu naturel, quand l'aspiration se fait bien et l'expiration aussi, on peut penser qu'on aspire la Vie, le Divin, la Lumière, et qu'on expire le contraire, la mort, ce qui n'est pas Divin, la nuit, qu'on aspire la force qui nous fait croître en Dieu, et qu'on expire ce qui en nous s'oppose à cette croissance en Dieu. Tout à l'heure, avant de méditer, je ferai l'exercice devant vous, pour que vous voyiez exactement de quoi il s'agit. C'est un exercice que chacun peut faire, en s'efforçant de le faire sans qu'il y ait de contrainte, de contraction physique aucune :

  

aspirer par une narine, expirer par l'autre en le double de temps, très tranquillement, penser que la colonne d'air passe derrière le nez,

et, après cela, rester quelques instants sans rien forcer, si possible dans cette attente intérieure : Dieu, tout simplement ! Rester quelques instants dans cette attente intérieure : Dieu. Et puis, quand on se relève, ne pas se presser d'aller retrouver son rythme agité de la vie quotidienne et essayer de garder aussi longtemps qu'il est possible, dans le travail qu'on va reprendre, cette immobilité, ce silence, ce vide si vous voulez, cette attente, que nous avons essayé d'éveiller en nous pendant quelques instants. Le tout peut ne durer que dix minutes au début. Ne vous inquiétez pas, ce moment grandira ; il peut même grandir beaucoup. Peu à peu nous avons soif de vingt minutes, d'une demi-heure, et puis d'une heure, et si nous en avons la possibilité et l'occasion, parfois deux heures ou davantage. Et alors, les occasions se trouvent, parce que c'est ainsi. Le chemin se fait de lui-même. Si nous éveillons notre soif de vie intérieure, cette vie intérieure, peu à peu, deviendra celle qui commande dans notre vie, la force qui commande dans notre vie et à laquelle nous obéissons, alors qu'avant, c'était le contraire. Nous lui donnions juste comme une aumône, un tout petit moment, et puis, peu à peu, c'est la vie spirituelle qui va commander dans notre existence, qui va faire tomber tout ce qui peut tomber dans notre existence, et il y a beaucoup de choses qui vont tomber, et, peu à peu, prendre de plus en plus de place, une place merveilleuse, une place qui fait que, peu à peu, il n'y a plus de différence entre les moments de méditation et les moments de travail dans le monde. Oh ! il y faut beaucoup d'années pour en arriver là. Au début, longtemps, c'est une souffrance de quitter le moment de méditation pour retourner à la vie. On a l'impression que c'est différent, qu'il y a rupture et on souffre et, en réalité, ce n'est encore qu'un mensonge du mental, cela ! Il arrive un moment où il n'y a vraiment plus de différence entre la plus haute méditation et le travail le plus modeste. On passe de l'un à l'autre avec une parfaite facilitée, et on voit Dieu dans l'un comme dans l'autre, et parfois même davantage dans le travail qu'on fait pour les hommes, que dans le moment que consciemment on consacre à Dieu ; et ça c'est pour beaucoup plus tard. Il s'agit d'essayer, il s'agit de commencer, et puis, mon cher mot : persévérer. Il s'agit ensuite de persévérer, c'est tout. Il s'agit de commencer, il s'agit d'essayer, et puis il s'agit de persévérer. Oh certes, au début, on aura parfois de la peine à être fidèle à ce petit engagement de la journée, et puis, peu à peu, on ne pourra plus s'en passer ! Et ce petit moment de la journée, il deviendra le pivot qui soutient le tout. Toutes nos actions dans la journée seront conditionnées par cela, toutes nos réactions dans la journée seront conditionnées par cela. Notre sommeil sera conditionné par cela, et nous nous apercevrons que nous apprenons ainsi à avoir confiance, à ne pas craindre, à ne pas nous faire plus de souci qu'il le faut, mais à avancer, à persévérer en sachant, en sentant que c'est Dieu qui fait, que c'est Dieu qui sait, et qu'il faut apprendre à le laisser faire et à le laisser savoir, en nous.

Et, avant de méditer, je vais vous lire un deuxième poème qui est, si vous voulez, la réponse de l'Autre :

Seigneur, autour de mon âme, tu as noué la chaîne de la servitude bienheureuse. [2]

Seigneur, autour de mon âme, tu as noué la chaîne de la servitude bienheureuse. Mes yeux se sont clos à la vie et je ne vois plus rien que ta sérénité. Ô face insondable où tout se transmue en joie, béatitude longuement cherchée, te voilà !

Sur le sol dur je marche et la corde à mon cou ne pèse pas plus qu'un fétu. Nus sont mes pieds dans l'hiver rude, Nue est mon âme, dépouillés sont mon cœur et ma pensée. Comme ils sont devenus légers, eux autrefois si lourds !

Ta main, Seigneur, sur mon épaule s'est posée, longuement dans une étreinte volontaire et sûre. Et j'ai fléchi sous son poids

qui m'a délivrée de ma pesanteur. Plus rien en moi désormais n'a d'autre poids que ton amour.

Immense est la légèreté qui m'habite, ô Seigneur, démesurée ta tendresse qui me dévêt de toute autre valeur.

Je vais, tête levée, douce, docile à ta voix qui chuchote ou gronde avec les grandes eaux de ta splendeur. Et la terre est ton ciel semé de ses clartés paisibles, telle un sentier que ton doigt dessine en la nuit.

Ô calme obéissance où le cœur est comblé, j'ai gravi jusqu'à toi les marches de l'autel et j'ai reçu la joie de tes mains pures !

Et maintenant, nous allons méditer ensemble, évidemment le temps que nous pourrons y consacrer. Je vais donc d'abord vous donner la démonstration de cet exercice de respiration qui permet, si vous voulez, de nous ouvrir à cet éveil, car il s'agit d'un éveil. L'Inde nous dit : « Nous dormons, vous dormez ! » Il s'agit de nous réveiller, de nous éveiller à ce que nous sommes : l'image de Dieu, l'image de Dieu ! Sa révélation ici-bas.

Nous sommes l'Éternité, nous sommes la Vie, et l'idée tellement absurde que nous connaîtrons l'Éternité une fois, plus tard, est tellement illogique qu'elle ne vaut pas la peine de s'y arrêter. Si l'Éternité est l'Éternité, si l'Infini est l'Infini, eh bien cette éternité c'est maintenant et c'est toujours ! Cet infini, c'est ici, et c'est partout ! Ce sont, paraît-il, encore des erreurs de traducteurs qui ont faussé cette notion de l'Eternel dans l'Ancien Testament. On a mal compris, on a mal traduit, et on a mis l'Eternel quelque part, à côté du reste ! On a mis l'Infini quelque part à côté du reste, alors que logiquement déjà, si Eternel il y a, il est ici et il est toujours. Si Infini il y a, il est ici et il est toujours, et notre respiration, régulière, concentrée, nous met, si vous voulez, au rythme de l'Éternité, au rythme de l'Infini !

(Démonstration de respiration)

La lumière, la nuit. La vie, la mort. Dieu, l'homme.

Et maintenant, nous allons méditer ensemble. Peut-être qu'on va baisser un peu les lumières, pas trop Bernard...

(Préparatifs)

Oui, je crois que ça va ainsi.

Que chacun s'installe, comme il en a l'intention, comme il aime être installé, assis sur sa chaise ou par terre, ou étendu par terre.

(...)

Notre Père qui es aux Cieux, Que ton nom soit sanctifié, Que ton règne vienne,

Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel.

Notre Père qui es aux Cieux, Que ton nom soit sanctifié, Que ton règne vienne, Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel.

Notre Père qui es aux Cieux, Que ton nom soit sanctifié, Que ton règne vienne, Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel.

(.)

Aum Shânti, Shânti, Shânti, Aum Shânti, Shânti, Shânti, Aum Shânti, Shânti, Shânti,

Fin de l'enregistrement du 4 mai 1974.

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LA JOIE DE LA MÉDITATION
Conférence donnée à Lausanne, le 29 juin 1974 C'est la dernière fois que nous nous réunissons avant l'été, avant ce qu'on appelle les grandes vacances, et je vous remercie d'être tous venus si régulièrement à nos rencontres comme aux cours de l'Université Populaire, au cours de ces quelques derniers mois. Au cours de ces mois, nous avons tout d'abord exploré un peu ce que les Hymnes védiques nous enseignent en parlant de la Lumière divine, de l'Aube divine, et je vous ai dit dans le cours : La Lumière de l'Esprit est un fait et non pas une idée. La Lumière de l'Esprit est un fait et non pas une idée, un fait qu'on apprend à explorer, à connaître, à vivre. La Lumière de l'Esprit est. une clarté qui grandit en nous de toute notre vie, une clarté qui descend en nous du plus haut de notre propre conscience et qui s'appelle Dieu, Dieu. à l'image de Qui nous sommes faits. Et puis, nous avons exploré la Bible, les chapitres V, VI et VII de l'Évangile de Matthieu, notamment les Béatitudes. Et là, j'ai résumé notre sujet par ce titre : « La Paix intérieure ». Nous avons cherché à voir comment on peut acquérir, et surtout garder, la Paix intérieure, cette paix qui ne vient pas de certaines choses que l'on croit, de certaines choses que l'on échafaude en soi, cette paix qui vient de la mise en pratique de la Parole, cette paix qui vient de ce qu'on apprend peu à peu à vivre, à exprimer, à incarner les vérités qui sont enseignées au monde depuis les temps les plus reculés jusqu'à aujourd'hui, les vérités qu'il faut savoir séparer de celles qui leur ressemblent mais qui ne sont pas vraies. Et, il se trouve, que le psaume que je vais vous lire ce soir, et que nous allons interroger ensemble, parle aussi de cette opposition. de la Vérité avec ce qui n'en a que l'apparence. Et, dans notre dernier cours, nous avons donc vu que Jésus lui-même nomme hypocrites ceux qui disent et ne font pas. Il y a donc un critère naturel et très simple par lequel on peut reconnaître ceux qui enseignent la Vérité et ceux qui ne font qu'en parler sans la vivre. Soyez sans crainte, ceux qui répandent la paix, ceux qui répandent la compréhension et la miséricorde, ceux qui au-dedans d'eux-mêmes sont paisibles et joyeux, ceux-là sont les vrais maîtres, les autres n'en sont que la caricature, et il y en avait déjà beaucoup, semble-t-il, au temps du roi David qui a écrit le psaume que nous allons lire tout à l'heure, comme il y en a beaucoup de nos jours aussi.

Et le thème de ce soir sera « La Joie ». Après La Lumière de l'Esprit, après La Paix intérieure, ce soir, nous parlerons de la joie, La Joie de la méditation. Car la méditation, c'est une joie, vous me le dites tous, et par votre silence, et par vos paroles quand nous nous rencontrons. Nos méditations sont une joie. Eh bien, la vie doit devenir tout entière cette méditation qui est une joie ! Le psaume XVI, psaume de David, me semble très bien exprimer cette joie, et nous allons voir que, là aussi, il y a des mots qui se retrouvent dans les Upanishad, les mêmes mots, exprimant la même joie, parle même travail : Hymne de David. 1.Garde-moi, ô Dieu! car je cherche en Toi mon refuge. 2.Je dis à l'Éternel: Tu es mon Seigneur, Tu es mon souverain bien! 3.Les saints qui sont dans le pays, Les hommes pieux sont l'objet de toute mon affection. 4.On multiplie les idoles, on court après les dieux étrangers: Je ne répands pas leurs libations de sang, Je ne mets pas leurs noms sur mes lèvres. 5.L'Éternel est mon partage et mon calice; C'est toi qui m'assure mon lot; 6.Un héritage délicieux m'est échu; Une belle possession m'est accordée. 7.Je bénis l'Éternel, mon conseiller; La nuit même mon cœur m'exhorte. 8.J'ai constamment l'Éternel sous les yeux; Quand il est à ma droite, je ne chancelle pas. 9.Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l'allégresse, Et mon corps repose en sécurité. 10.Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption. 11.Tu me feras connaître le sentier de la vie; Il y a d'abondantes joies devant ta face, Des délices éternels à ta droite. Voilà un psaume admirable, un psaume qui contient toute la joie de la méditation, toute la joie de cette Vie divine qui peut et doit se développer en nous si nous méditons, si nous répétons le Nom du Seigneur, si nous nous rappelons ce qu'Il est, quels sont ses attributs, quelle est sa beauté. 1.Garde-moi, ô Dieu, car je cherche en Toi mon refuge. 2.Je dis à l'Éternel : Tu es mon Seigneur, Tu es mon souverain bien! On pourrait mettre en parallèle, avec ces premiers versets du psaume, tout simplement le commencement de l'Oraison dominicale. Notre Père qui es aux cieux, Que ton nom soit sanctifié,

Que ton règne vienne, Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. C'est la même perspective, c'est la même altitude de pensée, et on ne répètera jamais assez, que lorsqu'on s'installe pour méditer, lorsqu'on s'agenouille ou qu'on s'assied pour prier, il faut s'élever vers ce qu'il y a de plus haut, et non passe pencher, accablé sur ce qui est en bas, difficile, douloureux. Ce n'est pas ainsi qu'on avance. L'homme est créé à l'Image de Dieu, l'homme doit se tenir droit devant son Seigneur, et non pas courbé. Et ceci le Yoga nous l'apprend. Il nous apprend à nous tenir bien droit, assis, dans une position souple et ferme, où le corps est maîtrisé, maîtrisé dans l'harmonie et la douceur où, par conséquent, l'esprit peut monter, s'élever vers Dieu, s'offrir à Dieu. car c'est de cela qu'il s'agit. Il ne s'agit pas d'attirer les regards du Seigneur sur notre petitesse et nos misères ; il s'agit de nous libérer de nos petitesses et de nos misères. Pour être capable de nous ouvrir, de nous offrir à ce qui est plus grand, plus élevé, plus beau et plus vrai aussi : notre vraie nature, car notre vraie nature, elle est l'Éternel, notre vraie nature, elle est Dieu, qui nous a créés à son Image ! Nous avons à faire un seul effort, celui de devenir de plus en plus semblable à notre modèle, et s'il y a quelque chose que la connaissance actuelle du Yoga apporte, avec une grande valeur, à notre Occident, c'est de lui permettre de se rappeler de ses lettres de noblesse. L'homme a à se souvenir qu'il est l'héritier du Père, l'héritier du Seigneur. Et ce qui est merveilleux, c'est que, dans notre psaume, nous allons rencontrer le mot « délice » : Tu me promets des délices, ce mot « délice » que nous avons déjà rencontré et qui se trouve dans la Kena Upanishad, cet admirable texte sanscrit où finalement Brahman, Cela, révélé, a pour Nom: ce Délice, ce Délice qui doit être en recherche. Eh bien ! le psaume, c'est la même idée, et il est merveilleux de reconnaître ces identités, non pas d'une façon intellectuelle, non pas de dire : « Tiens, voilà des textes qui disent la même chose ! » ; ou bien d'aller les décortiquer, les analyser pour voir en quoi, peut-être, avec les mêmes mots ils disent autre chose. Ce qui est important, c'est de découvrir en chacun d'eux une démarche qui conduit à la même conclusion : le délice, le bonheur, la béatitude de la paix intérieure de celui qui marche selon l'Éternel et qui médite sa parole jour et nuit. Ici je cite le premier psaume : L'homme qui marche selon l'Éternel et qui médite sa parole jour et nuit. Le psalmiste, le roi David, savait déjà ce que c'était que de se souvenir de l'Éternel jour et nuit : Même la nuit mon cœur m'exhorte ! Même la nuit mon cœur m'exhorte. Être à ce point imprégné de la pensée de l'Éternel, de la parole de l'Éternel, que même la nuit notre cœur nous exhorte et nous instruit de ce qu'on peut appeler la Vie divine.

Tu me feras connaître le sentier de la vie. Tu me feras connaître le sentier de la vie. Jésus plus tard dira : « Je suis le chemin. » C'est ce même sentier de la vie, ce chemin qui est le chemin de Dieu, en nous. Ainsi le psalmiste commence son chant par se mettre face à face avec l'Éternel, son souverain bien. Il fixe sa conscience le plus haut qu'il peut, sur Dieu; c'est aussi ce que nous devons faire quand nous nous installons pour méditer, quand nous nous installons pour prier. C'est aussi, en fait, ce que nous devons faire quand nous nous levons le matin et que nous commençons notre journée. Dieu, Dieu seul. Dieu d'abord, ou, comme le disait si joliment Jeanne d'Arc : « Dieu premier servi ! » Dieu premier servi ! L'Oraison dominicale commence par-là, notre psaume commence par-là. ... car je cherche en Toi mon refuge. Je dis à l'Éternel: Tu es mon Seigneur, Tu es mon souverain bien! Plus tard Jésus, lui aussi, fera comprendre à ses disciples et au peuple auquel il s'adresse, que le seul gain de l'homme, c'est Dieu, c'est la connaissance de Dieu. Le seul gain, c'est de croître en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes. La moisson appartient au maître de la moisson, notre œuvre est l'œuvre de l'Éternel, elle est l'œuvre de la Révélation de l'Éternel en chacun de nous. C'est pour cela que le psalmiste dit : Tu es mon souverain bien; et, ensuite, il continue d'une façon admirable et il dit : 5. Tu es mon partage et mon calice; C'est toi qui m'assure mon lot ; ... Tu es mon partage et mon calice. Le « calice », chez les Anciens, c'était le vase ou la coupe dans laquelle on buvait. Tu es mon calice, tu es mon partage, tu es ma richesse, tu es ce que je bois, la coupe que je bois, la coupe qui m'apporte la vie, l'intelligence, la lumière, la joie, la victoire, car il est souvent question de victoire dans les psaumes, dans les psaumes de David notamment. Victoire intérieure sur soi-même, victoire intérieure sur les dualités, sur l'opposition des dualités, sur les rivalités de la vie en nous, comme au-dehors de nous. Victoire intérieure de l'Esprit qui est Un et qui est Tout, dans le silence et la joie de la méditation qui retrouve notre véritable nature. Tu es mon partage et mon calice; C'est toi qui m'assure mon lot. C'est de l'Éternel que vient, en nous, la Paix de la méditation, c'est de Lui que vient en nous la Lumière de la méditation, c'est de Lui que descendent, en nous, la Paix, la Vérité de la méditation, où vraiment on s'allège de soi même, on s'oublie soi-même, non pas moralement, on s'allège de soi-même, on se débarrasse de soi-même, on devient merveilleusement léger, d'une légèreté intérieure qui fait que la Lumière, que la Joie, que la Paix, ont remplacé en nous ce qui nous rendait lourd, triste, obscur.

La Lumière de l'Esprit est un fait, elle n'est pas une idée. Par le silence de la méditation, peu à peu, elle descend en nous, elle descend en nous comme le partage, comme le lot que l'Éternel nous accorde. Car c'est toujours Lui qui l'accorde, ce n'est pas nous qui l'acquérons par des techniques. C'est Lui qui l'accorde quand nous avons réussi à réduire au silence notre conscience physique, notre conscience vitale, notre conscience mentale, les angoisses de notre coeur. Quand nous avons réussi à apaiser tout cela, par une respiration tranquille, mesurée, offerte à Dieu, alors peut descendre en nous la Lumière de l'Esprit qui nous révèle sa Vérité. Tu es mon partage et mon calice ; C'est toi qui m'assure mon lot. C'est Dieu qui donne, c'est Dieu qui fait, ce n'est pas l'homme. J'irai même beau coup plus loin : Quand la méditation est vraie, c'est Dieu qui médite en nous et non plus nous; quand la prière est vraie, c'est Dieu qui prie en nous et non plus nous-même, simplement nous nous sommes retirés de l'importance que nous nous donnions auparavant. La méditation, mes amis, est une joie parce qu'elle est une leçon d'humilité. Dans la méditation, on n'est plus rien, on est seulement ce vase nettoyé, qui reçoit ce que Dieu veut lui donner : Tu es mon souverain bien ! 3. Les saints qui sont dans le pays, Les hommes pieux sont l'objet de toute mon affection. Il est vrai que c'est une bonne méthode que de respecter les hommes pieux et les saints que nous avons l'occasion de rencontrer; et nous retrouvons, ici, ce que nous avions vu dans Le Yoga de la princesse Kuntî, dont la tâche, le rôle était de recevoir et d'honorer les brahmanes qui sont les saints, les hommes pieux de l'Inde. Et ce service des brahmanes l'a conduite à en servir un très grand pendant toute une année dit le récit - année symbolique - et à recevoir de lui la possibilité dès lors de rencontrer dans sa méditation la Lumière divine. Voyez-vous, le processus est toujours le même, et, au fond, il est tellement simple ! Il est tellement simple. On complique les choses à plaisir, on se torture l'esprit, le corps, le cœur, alors qu'au fond c'est tellement simple. Notre Père qui es aux cieux, Tu es mon souverain bien ! Descend et que Ton règne vienne, partout, dans mon être et dans ma vie, comme dans celle de tous. 4. On multiplie les idoles, on court après les dieux étrangers : Des idoles ? La Bible elle-même en donne très exactement la définition : « L'idole, c'est l'œuvre faite de main d'homme. »

L'idole, c'est l'œuvre faite de main d'homme, c'est-à-dire, tout ce qui vient du moi individuel, de l'ego, comme nous l'appelons, et qui est en réalité offert à nous. Tout ce qui en nous reste attaché à la vie individuelle, à la personne individuelle et voudrait que ce soit elle qui bénéficie des dons de l'Éternel, alors que c'est l'Éternel, en nous, qui connaît et qui glorifie l'Éternel. C'est dans la mesure où nous sommes universels que nous sommes vrais, que nous sommes sur la voie juste. Et c'est vrai déjà dans les arts. On dit communément qu'un art, ou qu'un artiste, est grand justement dans la mesure où son oeuvre dépasse l'optique stricte de son temps, de sa personnalité, pour rejoindre, non pas seulement sa génération, mais l'humanité dans sa perspective totale. C'est une chose qu'on dit communément à propos des arts! Une œuvre est grande, justement, parce qu'elle est de plus universel, de plus infini, et non pas par ses caractéristiques tellement personnalisées. L'art se détruit lui-même et se rapetisse quand il peut être à ce point-là personnel. Eh bien! c'est vrai de l'art, c'est vrai de la vie, c'est vrai de la méditation, c'est vrai de la recherche spirituelle. Plus elle est vaste, plus elle est haute, plus elle s'éloigne du tout petit centre obscur que nous sommes ici-bas, plus elle est vraie, plus elle est forte et plus elle est joyeuse, car on est joyeux quand on est libéré de soi. On est joyeux quand on est libéré de soi, et de ses propres préoccupations. Les idoles sont donc les œuvres de main d'homme. On multiplie les idoles, on court après les dieux étrangers, étrangers à soi, étrangers à ce que nous sommes vraiment et ceci se passe aujourd'hui aussi bien que du temps du psalmiste, du roi David. On multiplie les idoles, et on offre à ces idoles, des libations de sang, c'està-dire qu'on sacrifie à ses idoles la vie de l'ego, la vie des hommes, la vie des individus, centrant leur intelligence, centrant leur aspiration sur ce qui est beaucoup trop petit pour eux. Nous oublions que notre partage c'est Dieu, notre lot c'est Dieu, notre héritage c'est Dieu et rien d'autre! et que tout ce à quoi nous nous attachons de plus petit, est encore trop peu pour ce que l'Éternel veut nous donner. 4. Je ne mets pas leurs noms sur mes lèvres. 5. L'Éternel est mon partage et mon calice ; C'est toi qui m'assures mon lot ; 6. Un héritage délicieux m'est échu ; Une belle possession m'est accordée. La possession de la Vérité, l'héritage de l'Éternité. Et, ici, quand le psalmiste dit : Je ne mets pas leurs noms sur mes lèvres, sans en avoir l'air, il fait allusion au japa, ce japa qui nous recommande de répéter le Nom du Seigneur, de ne pas mettre sur nos lèvres les noms des petites idoles, de tous ces intérêts particuliers qui nous occupent tant. Mettre sur nos lèvres le Nom de Dieu, le Nom de Jésus, le Nom de Râm, le Nom de Mâ, la Mère divine, le Nom de Lakshmî, le Nom de Sarasvatî, le Nom de Shiva, le Nom d'Indra : le Nom de Dieu, et non pas les petites idoles de nos intérêts

particuliers, de nos soucis particuliers, de nos tracas particuliers. Répéter le Nom de l'Éternel qui est mon partage. Un héritage délicieux m'est échu, cela a pour nom ce Délice, dit l'Upanishad, ce Délice est cela qui doit être recherché. Dans la méditation, voyez-vous, on est sans aucun danger, quoi qu'il arrive, si c'est Dieu qu'on aime et Dieu qu'on cherche, et seulement Dieu. On est sans aucun danger, jamais, si c'est Dieu qu'on aime et Dieu qu'on cherche, et seulement Dieu. Quoi qu'il puisse se passer dans une méditation, quoi qu'il puisse se passer dans une prière ou dans des réflexions qu'on a, on ne risque rien, si tout en haut de la pensée, je cherche en Toi mon refuge, premier verset de ce psaume. Et ceci est très important, surtout pour nous autres, qui, à la mode des yogins, à la mode aussi de certains cloîtres chrétiens, nous adonnons à une recherche intérieure, où nous nous efforçons d'obtenir un certain silence, un certain vide audedans de nous, dans lequel, dès lors, peuvent se passer quantité de choses plus où moins bonnes. Car l'univers de l'invisible est au moins aussi riche et aussi compliqué que l'univers visible. On ne risque rien quand c'est Dieu qu'on cherche, mais quand c'est telle ou telle sensation, quand c'est telle ou telle apparition, quand c'est telle ou telle expérience, on court tous les dangers. Quand c'est simplement Dieu qu'on recherche, Dieu en qui nous cherchons notre refuge, il n'ya aucun danger, car Dieu prend soin de nous, et il nous retient au moment où nous glissons, où nous nous égarons, vers quelque chose qui semble être Dieu, mais qui n'est encore rien d'autre qu'une projection de notre propre petite personne. Et cela, il faut savoir qu'il faut s'en garder, les sages de l'Inde, les saints chrétiens disent et répètent sur tous les tons qu'il y a des dangers contre lesquels il faut s'armer. Eh bien ! il y a un bouclier qui est une protection parfaite, c'est justement le commencement de notre psaume : Garde-moi, Eternel, je cherche en Toi mon refuge. Tu es mon souverain bien ! Cela seul ! 7. Je bénis l'Éternel, mon conseiller ; Je bénis l'Éternel, mon conseiller. Exactement ce que je viens de vous dire : Quand c'est sur Lui qu'on fixe sa méditation, quand c'est sur Lui seul qu'on dirige nos efforts, Il est le conseiller, le conseiller parfait, et, je dirais, plein de bon sens dont nous avons besoin. Car la vie mystique, mes amis, loin d'être une sorte d'originalité particulière, est, au contraire, faite du plus parfait bon sens. Elle tient compte de toutes les données de l'existence, elle les harmonise toutes, elle nous permet de vivre pleinement dans la Vérité qui est l'Eternel, qui est l'Infini. 7. Je bénis l'Éternel, mon conseiller; La nuit même mon cœur m'exhorte. Même le sommeil devient une prière, même le sommeil devient une méditation. 8. J'ai constamment l'Éternel sous les yeux ;

Je pense constamment à Lui. Se souvenir de Dieu, comme l'huile qui coule d'un vase dans un autre selon l'image si belle de Swâmi Vivekânanda, se souvenir de Dieu qui ne nous lâche jamais plus, même la nuit. 8. Quand il est à ma droite, je ne chancelle pas. Cette droite dont il est souvent question dans la Bible: « Être à la droite de l'Éternel » ou « La droite de l'Éternel », c'est ce chemin juste de la conscience, qui est conseillée par l'Éternel et qui marche tout droit dans la bonne direction. Une conscience droite, la verge de Moïse qui est aussi le symbole de la conscience droite qui marche selon l'Esprit. 9. Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l'allégresse, Et mon corps repose en sécurité, ...voilà la description de la méditation : Mon corps repose en sécurité, mon cœur est dans la joie, mon esprit est dans l'allégresse. Le corps immobilisé, apaisé, tranquillisé, le cœur peut ressentir la joie de la Présence divine, l'esprit, la joie de l'intelligence. C'est exactement la description d'un yogin, d'une méditation de l'Inde: Le corps en sécurité, apaisé, le cœur dans la joie de la Présence divine, l'esprit dans la joie, dans l'allégresse de l'intelligence divine. 10. Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption. Le bien-aimé ! Vous rappelez-vous que dans la Bhagavad-Gîtâ, il est aussi question du bien-aimé ? Le Seigneur dit à Ajurna : Tu es mon bien-aimé, infiniment. Tu es mon bien-aimé, infiniment. Le psalmiste qui parle ainsi du bien-aimé qui l'est du Seigneur, du bien-aimé qui n'est pas promis à la mort, a parfaitement raison ! Lorsque intérieurement ainsi, notre cœur peut-être dans la joie de la Présence de Dieu, lorsque notre esprit peut être dans l'allégresse de l'intelligence de Dieu, l'âme sait qu'elle est la bien-aimée du Seigneur et qu'elle est immortelle, qu'elle ne connaîtra ni la mort ni la corruption, car notre résurrection c'est justement de connaître, en nous-même, que nous sommes le Seigneur. Cela aussi c'est le fruit, si vous voulez, de la méditation, sa joie profonde, sa certitude. 11. Tu me feras connaître le sentier de la vie; Et, ici, on pourrait ajouter un mot, un adjectif : la Vie divine. Tu me feras connaître le sentier de la vie, la vie qui est selon la Loi de Dieu (que nous avons vu mercredi dernier à Pully) et cette vie qui est tout entière articulée dans l'harmonie de sa création qui est parfaite, dans la beauté de sa substance qui est Dieu. 11. Il y a d'abondantes joies devant ta face,

Des délices éternels à ta droite. Il y a d'abondantes joies devant ta face, des délices éternels à ta droite: Ceci pourrait tout aussi bien être la dernière phrase d'un Hymne védique ou d'un Upanishad. C'est la même aspiration à une félicité quine dépend plus des fluctuations de notre humeur, de notre vie ici-bas : d'abondantes joies devant ta face. L'homme qui parvient à s'oublier, face à son Seigneur qui est son souverain bien, connaît d'abondantes joies, c'est vrai! une paix qui ne s'en va plus jamais tout à fait, même dans les moments les plus difficiles. Des délices, lorsqu'on est à Ta droite, c'est-à-dire quand on suit ce sentier qui est le chemin de Dieu au-dedans de nous. L'Inde le dit, Jésus le dit, la Bible le dit, tous les vrais mystiques le répètent : Dieu est en nous, et non pas quelque part hors de nous. Et la résurrection, elle est actuelle, ici, maintenant, dans ces abondantes joies, face à Dieu au-dedans de nous, dans ces délices, quand nous sommes vraiment sur ce chemin de la Vie divine qui est parfaite en nous. Jésus dans son Sermon sur la montagne parle de la Loi dont pas un iota ne sera enlevé, dont pas un trait de lettre ne sera effacé. Eh bien justement ! c'est parce que la Loi de la création, c'est aussi sa Joie. La Loi de la création, c'est sa Joie ! sa Joie profonde, sa Joie ineffaçable, de suivre le chemin tel que Dieu l'a tracé en nous, parfait depuis toujours, parfait et le même pour toujours. Et voyez-vous, mes amis, nous ne découvrons rien de nouveau, alors que... Tout a déjà été dit ! Tout a déjà été vécu ! Tout est vrai depuis toujours et à jamais ! Et c'est cela qui est merveilleux, c'est cela qui est consolant, c'est cela qui est réconfortant, c'est de voir que, chercher à vivre selon la Loi de l'Esprit, que ce soit dans la Bible ou dans les Veda ou dans les Upanishad ou dans le Coran ou dans le Shintô ou ailleurs encore, c'est toujours ce même sentier de la vie que Dieu a créé pour que l'homme vienne à Lui et non l'inverse. Et nous allons maintenant, ensemble, nous recueillir. Je voudrais que chacun d'entre vous s'installe bien confortablement pour ne pas être gêné au cours de notre recueillement; c'est important. (Temps de méditation) (.) [1] ... sont les neuves, unique en son genre et que c'est Dieu qui nous apporte le partage, le calice à boire, l'abondance qu'il nous accorde. C'est Lui qui sait ce que nous sommes capables de bien comprendre, ce que nous sommes capables de bien vivre et de bien incarner, ce n'est pas à nous de le découvrir. et je connais foule de gens dont la bonne volonté est parfaite, mais qui sont comme dans un carcan de

préceptes, d'idées, de connaissances, de choses qui doivent se passer comme ceci et comme cela. Alors Socrate avait raison, lorsqu'il qui disait : « Je sais seulement que je ne sais rien. » Aller de l'avant en se recueillant en Dieu, en se réfugiant en Lui, en attendant de Lui notre souverain bien, et puis, ne rien déterminer, laisser venir. Et ce qui vient est sans doute toujours très différent de ce qu'on attend, parce que l'invisible est l'invisible, l'inconnu est l'inconnu, mais à mesure qu'il se dévoile en nous, il est toujours plus beau, plus vrai, plus heureux que tout ce que nous aurions pu trouver, toujours plus beau, plus heureux, plus simple que tout ce que nous aurions pu trouver. Et maintenant, mes amis, je vous laisse vous-même décider de la fin de cette rencontre, pour nous recueillir encore un moment. Je vous laisse vous-même décider du moment où vous aurez envie de vous retirer. A tous, je souhaite un bon été, de bonnes vacances à ceux qui en prennent et surtout, je vous assure que nous ne nous quittons pas, que nous ne nous quitterons pas, que nous restons ensemble où que nous soyons, les uns et les autres. De cela, nous avons maintenant fait l'expérience, beaucoup d'entre nous depuis plusieurs années. Pendant les vacances, nous ne nous quitterons pas, même si nous ne nous revoyons pas avant longtemps nous continuons le chemin ensemble. [1] Le début de cette phrase, surprenant l'opérateur en méditation, n'a pas été enregistré. Fin de la conférence du 29 juin 1974

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COMMENT MÉDITER,
et que faut-il attendre de la méditation ?
* * * Conférence donnée à Paris, le 17 novembre 1975. Bienvenue à tous, et très chaleureuse bienvenue à tous, et ma joie de me retrouver parmi vous. Et puis, je remercie Monsieur André pour ses aimables paroles, et

j'espère que cette semaine que nous allons vivre ensemble, soir après soir, pour ceux qui pourront venir, sera une semaine d'élévation continue, où nous progresseront, soirée après soirée, dans cette méditation qu'est la vie tout entière. Et puisqu'il est sorti, je veux tout de même vous en dire quelques mots, car il y a des années que nous l'attendons, vous et moi. Mon Exégèse spirituelle de la Bible, qui compte plusieurs tomes, et dont le premier tome vient de sortir, était écrite bien avant que je ne commence à parler en public. Disons que c'est au fond l'œuvre de base à partir de laquelle j'ai pu ensuite créer, l'une après l'autre, toutes les conférences que j'ai données en Suisse et en France. Je l'ai écrite, cette « Exégèse », en 1966, en une année, 2250 pages manuscrites, jour après jour, à côté de mes autres travaux; non pas du tout comme on écrirait sous dictée, mais vivant, creusant, incarnant mot après mot, ce que la Révélation de Jésus-Christ nous apporte à la fin de la Bible. Maintenant le premier tome est sorti, grâce à un petit éditeur courageux de Suisse: Les Éditions de la Baconnière. L'éditeur lui-même s'était donné pour tâche, quand il était jeune, de faire « penser » le monde. Son objectif, m'avait-il dit - maintenant c'est un homme âgé déjà - son objectif m'avait-il dit, c'est de faire «penser» le monde, et c'est pourquoi, je pense, il a accepté d'éditer mon livre. Et je vais pour commencer, en guise d'introduction, vous lire la page 4 [1] de la couverture du livre. "L'apport actuel de l'Orient au monde occidental est une faculté plus exercée de voir à l'intérieur des circonstances comme au fond de soi, de comprendre les Livres sacrés du haut d'une interrogation essentielle qui naît en nous de l'Esprit, selon que l'a dit le Christ lui-même: « Je vous enverrai l'Esprit de vérité qui vous conduira dans toute la vérité. » (Évangile de Jean chapitre XVI versets 7 et13). Nous voudrions que la vision qu'apporte cet ouvrage, différente sur plus d'un point de l'interprétation traditionnelle des Écritures, soit une croissance à l'intérieur de la même pensée, une pousse neuve et vivace de l'arbre ancien, à la racine duquel il n'a pas été touché. Nous voudrions que, loin de heurter, elle approfondisse la lecture des Textes, qu'elle l'allège de certaines entraves, affermisse la foi des peuples et l'exhausse jusqu'à la ferveur des horizons illimités où règne l'Éternel. Ce qui importe, dans une existence humaine, ce ne sont pas les mille et un événements se rapportant à sa présence dans le monde, à sa naissance, à son devenir et à sa mort, mais, au travers de tout cela qui n'est qu'une trame palpable, l'essentielle révélation de la vie. C'est cela qu'il faut voir en elle, qu'il faut retenir et transmettre, comme étant l'enseignement et le bien inestimables." Ceci pour vous expliquer que, ces livres que j'ai écrits, comme les conférences que je donne, qu'il s'agisse de l'explication de Textes bibliques ou de l'explication de Textes hindous, tend uniquement à extraire de ces enseignements leur aspect spirituel qui contient tous les autres aspects. En Occident, on s'est un peu perdu au cours des derniers siècles dans des exégèses historiques, linguistiques, géographiques, qui sont certainement fort intéressantes, mais qui n'apportent finalement pas grand chose à l'âme. Et si nous sommes rassemblés ici, si nombreux

ce soir, c'est que, tout au fond de nous-même, nous avons soif d'Autrechose [2]. Et c'est cette Autrechose, cette vie intérieure, sacrée, commune à tous et personnelle à chacun, rappelons-nous en bien, commune à tous et personnelle à chacun simultanément, c'est cela que je vais essayer cette semaine encore, de vous apporter soir après soir. Et, pour commencer aujourd'hui, je vous lirai une page des Sentiers de l'âme dont Monsieur André vous a dit tout à l'heure qu'ils avaient une année. En réalité, ils sont beaucoup plus anciens, car ce sont les poèmes que j'ai écrits tout au long de ma vie. Très jeune j'ai commencé à écrire, et tout au long de ma vie j'ai ainsi noté dans des poèmes, ou dans des proses poétiques, ce que je ressentais intérieurement face à la vie du monde, face à la vie religieuse qui est la recherche de Dieu. Car, comme l'a dit saint Benoît : « La seule qualité requise pour être moine, c'est la recherche de Dieu. » Le Cantique de Dieu [3] J'ai cherché Dieu, Et voici, Dieu était dans les étapes successives, dans la rencontre toujours inattendue de la vie. Je me suis adressé à tout ce qui professait Dieu, à tout ce qui disait Sa gloire et Sa sagesse, et voici, le visage qui ne trompe point, la parole qui ne dissimule point, la direction qui n'égare point et n'isole point, étaient au détour simple de la route, dans la supplication reconnue de mon cœur. Car quelqu'un avait préparé le chemin, qui savait les particularités du pays et les relais où l'on dépose sa fatigue et son angoisse avant d'aller plus loin dans le voyage. Quelqu'un a fait de sa démarche la démarche d'eux tous afin qu'il n'y ait qu'une seule prière et un seul déplacement, une seule ouïe et une seule réponse sous le jour d'un unique regard de gloire. Quelqu'un a fait de sa hardiesse leur hésitation, et de sa certitude, leur ignorance. Et la mesure qui était infinie, est devenue la connaissance étroite et subordonnée; Et la grandeur qui n'avait pas son origine dans la distance est devenue pareille à toutes les choses qui sont dans la distance et dans la joie de la condition. Quelqu'un s'est revêtu de la tournure du verbe et de sa familiarité, pour eux tous qui sont dans la tournure et dans les rapports de l'amitié. Quelqu'un s'est fait le voyageur, qui n'avait pas besoin du voyage pour connaître et pas besoin du but pour comprendre ; avec eux tous, il s'est fait suppliant sur le chemin qui éloigne et sur le chemin qui ramène, afin que soit connue la distance et disparaisse la contrée qui a été établie pour le voyage; afin que soit détruit tout ce qui se détourne et se distrait de la distance, et crée ailleurs une dimension sans fondement. Quelqu'un a fait de la distance, un parcours qui relie, et s'est dissimulé enfin derrière la connaissance, au cœur de tous, au cœur de tout, afin qu'ils le trouvent et qu'ils le voient, non plus sous les traits agrandis de leur propre visage, mais dans sa majesté qui est étrangère à leurs propos.

Quelqu'un a fait de la distance, un parcours qui relie, et s'est dissimulé enfin derrière la connaissance, au cœur de tous, au cœur de tout, afin qu'ils le trouvent et qu'ils le voient, non plus sous les traits agrandis de leur propre visage, mais dans sa majesté qui est étrangère à leurs propos. Cette majesté que nous allons essayer de découvrir, nous aussi, en comprenant ce qu'est la méditation. On parle actuellement beaucoup de méditation. On s'efforce, un peu partout, de créer des centres où on apprend à méditer, où l'on essaie de découvrir ce «moi» intérieur, ce « grand-moi », par opposition au « petit-moi » qui est appelé notre « ego », la personne humaine, qui doit découvrir sa propre vérité, ce qu'elle est réellement: Connaître Dieu pour se connaître vraiment. Les efforts qui sont faits sont certainement louables et bons dans bien, bien des cas; il est peut-être utile de nous pencher, un peu, sur ce qu'est la méditation, et surtout sur ce qu'il faut en attendre, car c'est là bien souvent que se situe la difficulté. S'asseoir sur une chaise ou en position de lotus, joindre les mains, rester immobile et essayer d'établir le silence en soi, c'est une chose; répéter un Nom sacré, un Nom divin ou un mantra dans sa méditation, dans son immobilité, c'est une chose aussi. Mais au fond, qu'y a-t-il au fond de notre cœur, au fond de notre conscience, quand nous nous disposons à méditer ? C'est cela qui est important d'explorer, d'interroger, c'est cela qu'il est important de fixer avant de se mettre à méditer. Et, voyez-vous, il est à peu près inutile d'essayer de méditer si, dans la vie de tous les jours, il n'y a pas déjà une volonté de paix, une volonté d'amour, une volonté de vérité, une volonté de droiture, une volonté de joie. Il faut déjà, avant qu'on puisse songer à méditer, que nous nous soyons forgés à cette discipline qui fait que nous essayons de nous maîtriser nous-même, de nous dominer nous-même, et d'arriver à la méditation comme purifié d'une bonne partie de notre moi-individuel, de notre petit moi humain. Cela, c'est très important ! Et j'insiste, parce que, on est déçu quand on échoue, et beaucoup d'échecs, dans la recherche de la méditation, proviennent justement de là. C'est que l'on croit pouvoir passer sans intermédiaire de l'agitation de notre vie quotidienne, de sa nourriture surabondante, des soucis du siècle, des tourments de notre petit-moi individuel, à un état de grâce où tout cela, soudain, n'existerait plus. Eh bien, ce n'est pas possible ! Méditer, c'est déjà créer dans sa maison une ambiance propice ! Méditer, c'est déjà mettre des fleurs à un certain endroit quand on en a la possibilité, en se disant : « Seigneur, je Te les offre, ces fleurs, les voilà, elles sont à Toi. » Méditer, c'est déjà sourire lorsqu'on est attaqué, lorsqu'on est désorienté, lorsqu'on est déçu, lorsqu'on est fâché. L'héroïsme du sourire, y avez-vous parfois pensé? L'héroïsme du sourire, du sourire malgré tout, du sourire qui fait croire à l'autre que la vie est belle. Car, quand on s'adresse à quelqu'un avec un sourire, on lui fait un cadeau, on lui donne une vision de la vie qui est belle, qui est bonne, qui est douce, qui est propice. Le courage du sourire, c'est déjà, aussi, la méditation, le

courage de la douceur, la volonté de la vérité, non pas la vérité selon les hommes, parce que Dieu c'est Autrechose que tout cela. Mais, la vérité de la Lumière, la vérité de l'Amour pour la perfection de l'Amour, l'Amour sans objet. Tout cela fait partie de la préparation de la méditation. Et c'est dans la mesure où nous préparons ainsi la méditation, par tous les gestes et toutes les pensées, et tous les mouvements de notre cœur, de notre corps, de notre vie, que notre méditation sera favorable, que notre méditation pourra réussir! Avant de méditer, dans l'Inde, on se purifie, on change de vêtements, on ôte ses chaussures, on se coiffe - la coiffure a beaucoup d'importance dans l'Inde. On n'a pas toujours le temps d'aller prendre une douche, de changer de vêtements, de se coiffer, alors, il faut au moins le faire intérieurement, moralement, intellectuellement. Cela, on peut le faire ! On peut, en attendant son tour à la Poste, se concentrer sur une belle pensée, sur un beau thème de musique, sur le souvenir d'un beau tableau. On peut, en attendant l'arrivée du taxi ou bien du métro, penser à Dieu, penser à quelque chose de « bon », au sens spirituel du terme. Nous lisons de beaux livres, nous lisons des livres sur la spiritualité, sur la vie intérieure, eh bien ! il n'est pas du tout nécessaire de tout retenir, de tout savoir, de tout avoir compris, c'est impossible d'ailleurs, mais ce qu'il faut, c'est tâcher d'être disponible, dispos, pour recevoir un mot, une phrase qui nous frappent en plein cœur, en pleine pensée, et avec lesquelles ensuite on va vivre, comme avec une semence qui va lever, car les paroles de vie, qui nous permettent de méditer et de progresser, sont des semences en nous, des semences qui vont produire les fruits de la vérité, de la paix, de la lumière, de la confiance, de la joie. Alors, la méditation, il faut la préparer tout au long des jours, autant qu'on le peut. Et puis, un conseil, quand on n'a pas réussi, quand la journée a mal passé parce que cela arrive - quand la journée a mal passé, eh bien, ne nous désolons pas! Elle a mal passé, c'est très bien, il y en a tant d'autres qui nous attendent! Quand cela n'a pas réussi, quand malgré tous nos efforts, nous n'avons pas été dans cet état préparatif de la méditation que nous aimerions avoir, eh bien tant pis! C'est une façon de donner l'échec au Seigneur Jésus le dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous soulagerai, mon joug est doux et mon fardeau léger. » Eh bien, donnons-lui ! nos joies bien sûr, mais nos déceptions aussi, et puis oublions-les vite, oublions-les rapidement, c'est le meilleur moyen d'avancer. L'apôtre Paul d'ailleurs le dit, quand il dit ceci : « Oubliant ce qui est derrière moi, je cours en avant vers le but », ... vers la couronne, vers la couronne qui est pour chacun, ce que le Seigneur sait qu'elle peut être pour nous.

Il n'y a pas un seul but, il n'y a pas un seul chemin, une seule manière d'arriver. Il y en a autant qu'il y a d'hommes. Chacun vient à Dieu comme il est, comme il peut; et il y a un vieux texte sanscrit qui dit ceci, qui est admirable - c'est le Seigneur qui parle - et qui dit : « Comme l'homme vient à moi, ainsi je le reçois. » Comme l'homme vient à moi, ainsi je le reçois ! Voilà pourquoi le Maître véritable est celui qui laisse libre chacun, qui accompagne chacun dans son chemin, sachant que c'est l'Éternel, que c'est Dieu, que c'est Brahman qui détermine le chemin, et non pas l'homme. Et pour soutenir notre propos de ce soir, j'ai tout d'abord choisi quelques versets du Râja-Yoga des « Aphorismes de Patanjali », et, ensuite, un passage de la Bible. Nous aurons, ainsi, une vision j'espère, à peu près complète du chemin de la méditation et du but qu'elle doit se proposer. Car, méditer, ce n'est pas rechercher des expériences particulières. J'irai plus loin, si ces expériences se produisent, il faut se hâter de les oublier, pour ne se souvenir que du « but» qui est Dieu, et Dieu seul. Et, là, je ne dis rien de nouveau: Tous les mystiques chrétiens, tous les sages de l'Inde, tous les maîtres du Shinto, tous les maîtres du Coran disent la même chose : « Le but est Dieu, Dieu seul », et s'arrêter en chemin, à d'autres choses qui nous paraissent belles et désirables et souhaitables à garder, c'est bien souvent manquer la dernière victoire qui est de se perdre en Dieu, de se connaître en Dieu. Et, ceci, mes amis, il faut toujours, toujours le garder devant sa pensée, Shrî Aurobindo le dit : « La seule qui importe, c'est de rester le regard tourné vers la Lumière » ... et la Lumière, c'est Dieu. Tout le reste est à dépasser, encore, encore ! « Dieu, est Cela que l'on trouve au fond de soi, quand tout le reste a été dépassé. » « Dieu, est Cela que l'on trouve au fond de soi, quand tout le reste a été dépassé. » Voici ce que dit Patanjali, dans son Râja-Yoga. Le Râja-Yoga, c'est donc le Yoga Royal, la Voie Royale de la recherche intérieure : « L'effort continu pour tenir les pensées parfaitement calmes, c'est la pratique. » L'effort continu pour tenir les pensées parfaitement calmes, c'est la pratique. Ceux qui connaissent le livre auront constaté que j'ai changé deux mots dans la phrase, et c'est intentionnellement, parce que je pense que vous comprenez mieux ainsi. L'effort continu pour tenir les pensées parfaitement calmes, c'est la pratique. Bien sûr, nous ne sommes, ni vous ni moi, dans un couvent. Nous ne sommes, ni vous ni moi, dans un ashram, c'est-à-dire une de ces retraites religieuses des Hindous, nous sommes dans une vie sur-active, bousculée, tourmentée, pourchassée, alors comment faire ?

Eh bien! Il y a un choix à opérer, il y a des choses que l'on peut laisser tomber, alors il faut les laisser tomber. Il y a une certaine vie mondaine, il y a une certaine façon de se distraire, de se reposer, qu'on peut laisser tomber au profit d'un moment de recueillement, d'un moment de concentration sur la vie spirituelle, sur Dieu. Car l'effort de la pratique consiste à nous apprendre à concentrer notre regard, nos pensées, nos élans intérieurs sur Dieu et Dieu seul, sur la joie que peut être Dieu en nous. Cardites-vous bien ceci, que la seule chose qui puisse combler l'homme un jour, c'est de se connaître soi-même, c'est-à-dire, par conséquent, de connaître Dieu. La seule chose qui puisse satisfaire, qui puisse combler, qui puisse assouvir l'homme un jour, c'est de se connaître soi-même, ce qui revient au même que de dire : connaître Dieu. A part cela, tout passe, tout lasse, tout n'est en somme que vanité, comme le dit dans la Bible, l'Ecclésiaste. Tout passe, tout lasse, une chose qui vous plaît un jour vous plaît moins le lendemain. Une chose qui semble nous combler un jour ne nous comble plus du tout une autre fois. La seule chose, le seul événement, dans une vie humaine, après lequel on n'attend plus, c'est de rencontrer Dieu au fond de soi, et, comme le disent si joliment les hindous, de ressentir dans notre cœur la douceur de Krishna, la douceur du Seigneur ; alors, l'homme est apaisé, alors l'homme sait qu'il a tout, qu'il est tout, et qu'au fond, peu importent les circonstances, peu importent les événements de la vie. Et ce bonheur-là. Ceux qui ont la chance de le connaître, le souhaitent réellement à tous, le souhaitent réellement à tous, parce qu'automatiquement tous les problèmes changent de visage, perdent leur importance, trouvent leur solution dans cette abnégation intérieure qui fait que l'homme n'est plus personne, car il a rencontré Dieu en lui-même. La pratique, c'est de répéter le Nom du Seigneur, et nous devons, chacun d'entre nous, trouver au fond de nous-même quel est ce Nom du Seigneur qui est vrai pour nous. Car on ne peut pas imposer cela à quelqu'un. Il y a ceux qui ont besoin de se tourner vers la Vérité, tout simplement. Il y a ceux qui ont besoin d'adorer la Lumière, le jour, l'éternité. Il y a ceux qui ont besoin d'aimer le Père. Il y a ceux qui ont besoin d'invoquer la Mère. Il ya ceux qui sont attachés au Nom de JésusChrist. Il y a ceux qui aiment la Vierge Marie, et, demain, je vous parlerai des Dieux hindous, car je les ai connus et je les ai aimés, et je vous en parlerai comme de Dieux vivants, de Dieux actifs et transfigurateurs en nous. Nous les verrons demain, je ne les cite donc pas trop ce soir. Mais on peut adorer Shiva, on peut adorer Sûrya, on peut adorer Lakshmî, on peut adorer Sarasvatî, Kâlî, Agni, Indra, suivre le chemin qu'ils ouvrent au-dedans de nous-même et parvenir, avec eux, à la Lumière, à la certitude, à la paix. Alors, prenons déjà le temps de découvrir au-dedans de nous-même quel est ce Nom de Dieu qui nous convient, qui correspond à notre nature profonde, qui répondent, en nous, à nos facultés, à nos aspirations, à nos espoirs, à ce qu'il y a en nous de plus haut. Le grand poète belge, Maurice Maeterlinck, a dit : « Il faut entourer ce qu'on aime de pensées fortes. Il faut entourer Dieu, en nous, de pensées fortes. »

Il faut entourer Dieu, en nous, de pensées fortes, de pensées lumineuses, de pensées heureuses, de pensées confiantes. La vie est la vie, et la mort n'existe pas. La mort, mes amis, c'est le Christ qui en est le maître, donc, c'est une renaissance, un recommencement. La mort, mes amis, c'est Shiva, le Seigneur de la Lumière, de l'Unité, qui tranche l'une après l'autre les têtes de nos personnalités qui ont besoin de naître plus haut. Dans une même vie, Shiva nous tranche beaucoup de têtes si nous le laissons faire! Et heureusement qu'Il le fait, car c'est grâce à cela que nous pouvons avancer. Alors la pratique, mes amis, pour maintenir les pensées calmes, c'est, au lieu de laisser la girouette tourner, tourner, tourner dans notre cerveau, lui imposer silence en répétant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » ...sous le Nom que vous aimez, chacun d'entre nous, sous le Nom qui nous est cher, qui nous parle, qui est vrai pour nous, car c'est cela qui importe, et ce Nom, quand on le cherche bien, on le trouve, mes amis ! On y met le temps, bien sur! Mais quand on le cherche bien on le trouve : Un jour on sait, eh bien ce Nom, c'est celui-là. Et alors, il faut lui rester fidèle, fidèle jusqu'au bout, pour que ce Nom-là, qui est Dieu en nous, puisse accomplir son œuvre en nous complètement. Car c'est un travail, et, ici, je vous citerai ce que j'ai noté au début de mon livre sur l'Apocalypse, une parole du prophète Isaïe, au chapitre CIII, verset 11, qui parle de Jésus donc, avant sa venue, et bien avant sa venue, et qui dit cette chose admirable : « A cause du travail de son âme, Il rassasiera ses regards. » A cause du travail de son âme, Il rassasiera ses regards, c'est un travail, un grand travail que le Seigneur accomplit en nous, pour qu'un jour nos regards soient rassasiés. Alors, la pratique, c'est de répéter le Nom du Seigneur aussi souvent qu'il nous est possible, c'est de nous recueillir et de nous interrompre dans nos travaux aussi souvent qu'il nous est possible, pour, dans le silence, penser à Lui, nous centrer sur Lui. C'est surtout, mes amis, et si vous saviez comme cela allège les journées, c'est surtout lui offrir toutes choses. Chacun des pas de notre existence, et je vous cite ici la parole d'un être qui n'est pas apparemment un grand mystique, c'était le compositeur Joseph Haydn, qui avait une vie difficile, qui avait une femme acariâtre, qui faisait des papillotes avec les papiers sur lesquels son mari avait composé de la musique. Il avait une vie très difficile, Haydn, il gagnait difficilement sa vie, et il avait coutume de dire : « J'ai tant à faire, aujourd'hui, que je devrai me recueillir au moins pendant quatre heures avant de commencer. » J'ai tant à faire, aujourd'hui, que je devrai me recueillir au moins pendant quatre heures avant de commencer. Eh bien! si nous n'avons pas quatre heures, à donner à la méditation, nous en avons peut-être au moins une. Une par jour ! que nous réservons à cela et à cela seul, et qui constituera notre pratique autour de laquelle va s'organiser tout l'effort de la journée pour offrir toutes choses à Dieu.

C'est ça le Karma-Yoga. Karma, vient du verbe « kri » qui signifie « faire ». Faire tout comme un moyen de se relier au Seigneur, d'être relié au Seigneur. Et voici, maintenant, notre deuxième verset de Patanjali : « 2. La pratique devient solidement fondée par de longs et constants efforts (écoutez bien !), accompagnés d'un grand amour pour le but à atteindre. » Elle devient solidement fondée par de longs et constants efforts, accompagnés d'un grand amour pour le but à atteindre. Cela ne pourrait être plus complet; je suis toujours émerveillée par ces Textes sacrés chaque fois que je les relis, que ce soit dans la Bible ou ailleurs, parce qu'il y a exactement tout ce qu'il faut et rien de trop... De longs et constants efforts, il ne faut pas être impatient. J'ai coutume, de plus en plus, dans mes cours et dans mes conférences, qu'il y a un mot que j'aime pardessus tout, vous le connaissez, c'est la persévérance. Eh bien! la persévérance comporte la patience. On n'arrive à rien sans patience, ici-bas non plus. Toute œuvre, qui mérite d'être appelée une œuvre, demande beaucoup de temps, beaucoup de travail, beaucoup d'efforts longs et constants pour y arriver. Mais, pendant que l'on fait ces efforts longs et constants, il nous arrive d'oublier le but à atteindre, il nous arrive de perdre l'Amour, ce grand Amour qui est nécessaire pour le but à atteindre; et cela il faut bien veiller à ne pas le faire trop longtemps. On oublie le but à atteindre; le but à atteindre, c'est Dieu, et ce n'est rien d'autre. Ce n'est pas un état humain plus ou moins agréable, plus ou moins paisible, plus ou moins serein, plus ou moins fécond ou plus ou moins heureux. Ce n'est pas une croyance bien assise dans des dogmes où l'on se sent très tranquille face à l'éternité, mais serait très troublée quand quelqu'un vient nous raconter autre chose. Le but à atteindre, c'est Dieu, c'est Dieu qui est l'inconnu pour nous. C'est Dieu qui est l'imprévisible pour nous. C'est Dieu, qui est Cela que l'on découvre au fond de soi quand tout le reste a été dépassé, et que l'on est soi-même, mort à soimême, que l'on a totalement oublié qui on était, ce que l'on était ici-bas et que l'on est né à Autrechose. C'est ce que nous allons voir tout à l'heure, dans le texte biblique que je vous propose et qui, d'ailleurs, vous étonnera beaucoup quand je vous le lirai. Vous vous demanderez vraiment ce que vient faire ce texte avec notre problème de la méditation ce soir. De longs et constants efforts accompagnés d'un grand amour pour le but à atteindre. C'est l'amour le plus important, et dans la méditation. plus important que les techniques, plus important que la respiration contrôlée, plus important que la connaissance des shakras, plus important que toutes ces choses que l'on peut nous enseigner et qui sont bonnes, mais ce qui ne doit pas aussi être oublié, c'est l'espace intérieur d'offrande que nous devons avoir, pour pouvoir arriver, un jour peut-être, au but, auquel nous pensons simplement avec un grand Amour : « Seigneur, je ne sais rien, je sais seulement que je T'aime. Apprends-moi à Te connaître, apprends-moi à T'aimer. » Ou alors, la parole du Christ : « Père, non pas ce que je veux, mais ce que Toi, tu veux. »

Rappelons-nous que Dieu est l'inconnu, et qu'à vouloir trop le définir on le déforme, on le ramène à notre mesure. L'homme fait Dieu à son image, alors que l'homme est fait à l'Image de Dieu, et qu'il doit remonter vers cet Être dont il est l'Image, le Reflet, et qui, pour le moment, en lui, est l'Inconnu. Alors lorsqu'on est tenté de trop définir les choses dans le domaine spirituel, rappelons-nous celle-ci: l'Éternel est l'Inconnu. Ici, je pense à la Kena Upanishad, où les dieux eux-mêmes sont incapables de dire qui est Cela, le Brahman ! Seule la Mère, Fille de l'Infini, Fille de l'Absolu, seule la Mère connaît l'Absolu, connaît le Brahman et peut le faire connaître. Et, ceci, c'est exactement la même chose que la parole du Christ disant : « Nul ne vient au Père que par moi. » Il y a entre la Mère divine, et entre le Christ, un parallélisme révélateur extraordinaire, et dont il faut prendre conscience. Je sais que je suis probablement la première à le dire, je sais que je suis probablement la seule à oser l'affirmer, mais c'est un fait: La Mère divine et le Christ ont exactement les mêmes attributs : « Il est l'Image du Dieu invisible [4] Christ est le premier né de toute la création, Celui par qui, en qui, pour qui, toutes choses ont été crées et subsistent », a dit l'apôtre Paul, dans son Épître aux Colossiens, Chapitre I versets 15 à 17. La Mère divine, Fille de l'Absolu, est la première née, celle par qui, en qui, pour qui, le cosmos a été créé et croît et grandit dans la Connaissance de l'Absolu. La Mère divine, premier palier de la différenciation, dernier palier de la différenciation avant que la conscience incarnée rentre dans l'Absolu. Alors, l'Inde adore la Mère divine et l'Occident adore le Christ et c'est le même chemin qui aboutit au même but, pour lequel il faut faire de longs et constants efforts accompagnés d'un grand amour pour le but à atteindre, mais non pas d'un amour agressif ! Non pas d'un amour qui exclut toute autre possibilité de cheminer, qui condamne les autres. L'amour ne condamne rien, l'amour ne condamne jamais, l'amour embrasse, l'amour embrase et il entraîne le monde entier, l'humanité entière par delà tous les siècles, tous les temps, vers ce seul et même but pour lequel il suffit d'avoir un grand amour et beaucoup de patience, beaucoup de persévérance. La vie spirituelle, mes amis, est toute simple. En réalité la vie spirituelle est toute simple : répéter le Nom du Seigneur qui nous est cher, aller pas à pas en s'efforçant de lui consacrer chaque jour un peu de notre temps, peut-être un peu de nos nuits. Je me rappelle - et peut-être que je vous en parlerai demain - que pendant de nombreuses années où il m'était impossible de méditer, de travailler le jour, je le faisais la nuit. Quand un grand amour pour le but à atteindre est dans notre cœur, les moyens viennent, les forces sont là, la volonté - nous la verrons demain - la volonté spirituelle nous attise et nous porte, et l'Intelligence divine, peu à peu, se

développe en nous, nous montrant le chemin à mesure que nous le foulons avec nos pas hésitants, maladroits, mais portés, soutenus par le «Dieu » que nous aimons. Troisième verset de Patanjali : « 3. Ce qui survient à ceux qui ont rejeté leur soif d'objets vus ou entendus et ce qui tend à contrôler les objets, c'est le non-attachement. » Ce fameux non-attachement de l'Inde qu'il est si difficile d'expliquer, si difficile de comprendre, si difficile de mettre en pratique [5]. Je relis : « 3. Ce qui survient à ceux qui ont rejeté leur soif d'objets vus ou entendus et ce qui tend à contrôler les objets, c'est le non-attachement ». Les objets vus ou entendus, c'est le désir de possession, de possession extérieure, de possessions matérielles, et les visions intérieures sont encore des objets, vus et entendus, des objets de possession qu'il faut dépasser, oublier. Il faut vivre les étapes successives de l'existence, travailler avec les objets vus et entendus, apprendre à maîtriser nos réactions (ce qui contrôle ces objets), apprendre à maîtriser nos réactions, c'est-à-dire que la déception ne devient plus en nous une source de colère ou d'amertume, mais, au contraire, un levier qui nous permet d'aller plus loin, de progresser. La souffrance n'est plus pour nous une source de découragement, de chagrin, mais au contraire un stimulant qui nous permet d'aimer davantage, de surmonter la souffrance par l'amour. La mort elle-même cesse de devenir une angoisse, pour n'être plus qu'une porte qui s'ouvre sur l'inconnu, comme, en fait, toutes les étapes de la vie sont des portes qui s'ouvrent sur l'inconnu. Et bienheureux, bienheureux ceux qui se trouvent dans des moments de la vie où ils n'ont devant eux qu'un inconnu. Ce sont des moments qu'il ne faut pas craindre! Ce sont des moments, au contraire, qu'il faut accueillir les mains tendues, avec reconnaissance, parce que Dieu va faire. L'inconnu c'est Dieu. L'inconnu, ça peut toujours être une rencontre inattendue avec le Seigneur, souvenons-nous-en ! Vous savez, quand tout est bien réglé, que les jours succèdent aux jours et qu'il ne se passe rien, eh bien, ce sont des périodes, disons, de digestion, des périodes où nous acquérons, ou bien nous exerçons ce que nous avons acquis. Mais les moments où l'inconnu, soudain, se trouve devant nous, un changement radical de notre existence, une sorte de nuit, une nuit dans laquelle on s'engage, eh bien! Il faut s'en réjouir, parce que si on le veut, c'est un moment où Dieu peut venir à notre rencontre et se faire connaître d'une façon ou d'une autre. Alors, qu'est-ce que le non-attachement ? Les Yogins, comme les prêtres et les maîtres du christianisme, recommandent de bien faire tout ce que l'on fait et, effectivement, c'est important. Il faut bien faire tout ce que l'on fait, le faire de tout son cœur, avec toutes ses capacités, avec tout son amour, en espérant seulement que ce sera bien fait, quitte à ce que ce soit détruit l'instant d'après, peu importe. La vie est un jeu, mais il faut bien faire tout

ce que l'on fait, et puis s'en détacher, c'est-à-dire n'attendre aucune récompense, aucun résultat particulier à ce que l'on a fait. Faire bien pour la joie de la perfection, pour l'amour de l'obéissance, pour la recherche de la vérité, et c'est tout. Et les fruits de l'action? Eh bien le seul fruit de l'action, c'est Dieu ! Le seul fruit de l'action, c'est notre croissance intérieure. Le Royaume de Dieu, le Royaume des cieux, le ciel, «Swar», le ciel des Dieux de l'Inde, c'est notre croissance intérieure, c'est notre devenir spirituel dans la Lumière, c'est cela la vraie récompense, c'est cela le vrai fruit, c'est cela le vrai gain! Tout le reste n'est qu'un leurre! Le nonattachement, c'est de bien faire tout ce que l'on fait, de tendrement aimer tous ceux que le Seigneur nous donne de rencontrer, et puis, très simplement, de donner nos actions, de donner nos amours, notre amour, notre tendresse au Seigneur qui seul peut les accomplir dans sa Vérité, qui seul peut les accomplir audedans de nous-même dans sa Vérité. Nous ne savons pas où nous conduisent nos tendresses, nous ne savons pas où nous conduisent nos actions. Elles n'ont pour seul but que de nous conduire à Dieu audedans de nous-même. C'est difficile à comprendre, mais on peut se le répéter de temps en temps. Nous ne savons pas où conduisent nos tendresses, nous ne savons pas où conduisent nos actions: Elles nous conduisent au-dedans de nous-même, à connaître Dieu et Dieu seul. Et Mâ Ânanda Mayî, que vous connaissez tous sans doute, qui vit dans l'Inde encore actuellement, a cette phrase infiniment juste : « Il n'y a en réalité de méditation que lorsqu'elle est involontaire, qu'elle est spontanée, que c'est Dieu qui nous la donne ! » Et c'est vrai. Il n'y a en réalité de méditation que lorsqu'elle est involontaire, qu'elle est spontanée, que c'est Dieu qui nous la donne, alors, il faut simplement se maintenir dispos, pour que, lorsque le Seigneur viendra, Il nous trouve éveillés. Comme ledit Jésus dans plusieurs de ses paraboles : « Restez éveillés, veillez et priez de peur que ne vienne le maître de la maison et qu'il ne vous trouve endormis. » On peut simplement rester éveillé dans son grand amour pour le but à atteindre, simplement se détacher, pas à pas, de tout ce qui n'est pas encore Dieu tout à fait. Et maintenant, mes amis, je passe à la deuxième partie de notre soirée, où je vais vous expliquer quelques versets de la Bible, que je vais tout d'abord vous lire avec, je vous l'avoue, un plaisir plein d'humour intérieurement, parce que je sais que vous allez vous demander comment un pareil texte peut bien s'adapter à la méditation. Je lis dans Jean, chapitre II, versets 13 à 22. 13. La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. 14. Il trouva dans le temple des vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons et les changeurs assis.

15. Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables; 16. il dit aux vendeurs de pigeons: Ôtez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. 17. Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit: Le zèle de ta maison me dévore. 18. Les Juifs, prenant la parole, lui dirent: Quel miracle nous montres-tu, pour agir de la sorte? 19. Jésus leur répondit: Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. 20. Les Juifs dirent: Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ? 21. Mais il parlait du temple de son corps. 22. C'est pourquoi, lorsqu'il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite. Voilà ma petite histoire. Eh bien ! cette petite histoire, qui est probablement vraie, qui a eu lieu au début de cette ère nouvelle dans laquelle nous vivons, à une portée intérieure extraordinaire, qu'il faut tâcher d'éplucher, de découvrir, pour en tirer la leçon et pour que les Évangiles, pour que les Textes sacrés de la Bible, ne soient pas seulement des histoires qui ont eu lieu une fois dans le temps, mais le chemin dans le sens où Jésus l'a dit: « Je suis le Chemin. » Jésus est le Chemin, par tous les actes de sa vie, par toutes les paroles qu'il a prononcées, et bien plus que cela puisqu'il est le premier-né de toute la création, la Mère divine incarnée en nous. Il est notre propre vie, il est notre propre substance, et par conséquent les mots qu'il prononce, les actes qu'il accomplit, nous devons à notre tour les faire nôtres, les vivre et en comprendre toute la signification.intérieure. La Pâque des Juifs. « Pâque », en hébreux, veut dire « le passage de l'Éternel ». Le passage de l'Éternel qui devait cette nuit-là venir frapper les premiers-nés des Égyptiens et notamment du Pharaon, pour libérer les enfants d'Israël du pays d'Égypte, de la maison de servitude. Ce pays d'Égypte, cette maison de servitude, ce n'est pas l'Égypte, un pays particulier : c'est en nous, notre conscience centrée sur le moi individuel. C'est notre ego et, ici, je m'appuie sur un soutien colossal, ce soutien colossal qu'écrit Shrî Aurobindo. Shrî Aurobindo qui a écrit dans une de ses lettres, encore inédite en français : « J'enseigne à l'homme une seule chose, c'est à maitriser son ego, c'est à se libérer de son ego, c'est tout ! » Jésus n'a rien fait d'autre ! Et dans la Bible, Jérusalem la ville sainte, vers laquelle Jésus monte à ce momentlà, parce que ce sera la fête de la Pâque, le passage de l'Éternel, c'est en nousmême une occasion de plus de monter dans la cité sainte de notre transfiguration,

pour accomplir le sacrifice de notre moi individuel, et connaître le passage de l'Éternel qui nous accomplit dans sa grâce. Et voyez-vous, mes amis, comprendre ainsi la Bible, ce n'est pas rêver, c'est la vivre, c'est essayer de l'accomplir en soi. C'est essayer d'en extraire l'enseignement spirituel qui est le seul qui concerne notre âme, qui est le seul qui puisse la satisfaire un jour. Ainsi Pâque, c'est l'occasion, si souvent renouvelée, de monter vers notre transfiguration intérieure, accomplie par Jésus en nous, par la Mère divine en nous, nous permettant de reconnaître le passage de l'Éternel, de mourir à nous-même et de renaître à notre réalité qui est Dieu. Il trouva dans le temple des vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons et les changeurs assis. Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple ainsi que les brebis et les bœufs, il dispersa la monnaie des changeurs et renversa les tables... Est-ce que dans ce temple que nous sommes, car le temple, le vrai temple, c'est le corps de l'homme, c'est l'intelligence de l'homme, c'est le cœur de l'homme, c'est la pensée de l'homme, c'est le travail de l'homme, est-ce que dans ce temple que nous sommes au début de nos méditations, au début de nos efforts pour connaître Dieu, il n'y a pas justement un terrible trafic qui s'installe ? Un esprit mercantile, une dualité qui fait que nous voulons être payé pour l'effort que nous fournissons, un état d'esprit calculateur, matériel, centré sur le moi individuel? Toute la doctrine du salut individuel est basée là-dessus: un grand calcul, une grande comptabilité des actions bonnes et mauvaises, les bonnes nous assurant l'éternité, le salut, les autres nous certifiant une damnation éternelle. Toute la doctrine du salut est une doctrine mercantile ! Or, seule la générosité totale, seul le grand amour parfait pour le but à atteindre, seul un oubli de soi parfait peut connaître Dieu. Dans ce temple de l'Éternel que nous sommes, il ne doit pas y avoir de vendeurs, de marchands de bœufs, de brebis, de change, de monnaie. Surtout pas intérieurement! Et si nous nous observons un peu, nous voyons très bien que pendant de longues, longues années d'efforts peut-être constants, nous faisons des calculs, nous demandons des comptes à l'Éternel, nous voulons des récompenses, nous voulons des résultats et si le Seigneur Lui-même n'intervenait pas en faisant un fouet avec des cordes. Que sont ces cordes ? Ce sont les cordes de l'humilité, de l'obéissance, du courage, de la patience, de la sincérité, de l'abnégation, ces cordes avec lesquelles, Lui, purifie notre méditation, Lui, chasse les vendeurs de notre conscience et de notre être, renverse les tables, chasse les bœufs et les brebis, les fruits d'une méditation qui n'est pas assez amoureuse uniquement du but à atteindre. Dieu et Dieu seul ! Dieu et Dieu seul, Jésus ayant noué le fouet de sa miséricorde en nous, car s'il n'intervenait pas, nous continuerions à faire du temple qu'est notre vie, qu'est notre corps, qu'est notre intelligence, qu'est notre cœur, un centre de calcul, de profit, de trafic. Les colères du Seigneur sont sa miséricorde en nous. On parle souvent du courroux, de la colère du Seigneur dans la Bible, du courroux de Indra dans l'Inde, ces courroux qui sont terribles ! Mais pensons-y, ce courroux c'est notre salut, c'est la miséricorde du Seigneur qui agit en nous, qui nous arrête sur le

faux chemin, dans le mauvais zèle (que nous allons voir tout à l'heure) et qui renverse, qui détruit notre méditation qui se fourvoie. Quand il y a des périodes dans notre vie, où après un temps de bonne méditation, après un temps où il nous semble que notre piété est vivante, est fervente, qu'elle avance, qu'elle progresse, il peut arriver, et il arrive même souvent, que tout d'un coup ce soit fini, on est comme desséché, on ne peut plus méditer, on ne peut plus se recueillir, on ne peut plus répéter le Nom du Seigneur, les lectures spirituelles ne nous attirent plus, au contraire, elles nous énervent. Eh bien! C'est le moment où Jésus frappe avec son fouet, pour chasser tout ce qui s'est glissé à notre insu dans le temple de notre corps, de notre vie. Ces calculs, ce trafic involontaire, inconscient souvent, qui fait que nous monnayons notre piété, nous voulons une récompense pour nos efforts, nous voulons un résultat pour nos travaux, alors que Dieu c'est l'absence de résultat, l'absence de récompense, c'est la Plénitude où il n'y a plus ni toi ni moi, mais un seul qui est la Lumière, qui est la Joie, qui est la Vie, qui nous comble infiniment. Et Jésus dit : Ôtez cela d'ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. Il faut que la méditation soit absolument dépourvue de toute idée d'importance ou de profit personnel. Il faut que la méditation soit absolument lavée, dépourvue de toute idée d'importance ou de profit personnel, Dieu et Dieu seul: le Père de toute la Création, la Vie elle-même; et les disciples comprennent et se souviennent qu'il est écrit selon les psaumes CXIX, verset 10 : « Le zèle de ta maison me dévore. » C'est le roi David qui parle dans l'un de ses psaumes et qui se lamente sur la façon de vivre du peuple d'Israël et de ses prêtres, et qui écrit: Éternel, le zèle de ta maison me dévore. Eh bien, c'est souvent le cas! C'est souvent que le zèle que nous mettons à méditer, à chercher Dieu, dévore en réalité le but pour lequel nous devions garder un grand amour, un grand amour très simple, mes amis, un grand amour très simple, fait de confiance, fait de gaîté, fait de joie en toutes circonstances. Se souvenir du Nom de Dieu et ne rien calculer, et ne rien escompter, et ne rien désirer. Être sans attachement et sans désir, libre d'orgueil et d'égoïsme, simplement un enfant qui s'offre au Seigneur et qui lui donne chaque journée, pas à pas. Les Juifs prenant la parole, lui dirent : Quel miracle nous montres-tu pour agir de la sorte ? Le mot grec qui est traduit ici par « miracle », c'est « toséméione, taséméia », le «signe ». Eh bien ! les Juifs qui demandent un signe apparent, un miracle, sont nous-même qui désirons souvent avoir un signe apparent, une indication palpable pour reconnaître la voix et le fouet de Dieu en nous, pour accepter la leçon : « Montre-toi que je sache si je dois t'obéir, si ce que je souffre, si que je supporte est bien juste. » Eh bien ! la réponse de Jésus est toute simple et c'est la seule réponse qui nous révèle en même temps l'unique but de la méditation: la mort à soi-même, la renaissance à l'éternité, à Dieu.

Jésus leur répondit : Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai. Il faut que le Seigneur accomplisse en nous le sacrifice de notre immolation, de notre mort à nous-même, pour qu'il puisse aussi ressusciter dans toute sa gloire, audedans de notre conscience incarnée, purifiée de l'ego. Et c'est tellement vrai que les disciples ne comprendront qu'après la mort du Maître. Après la mort du Maître et sa résurrection, les disciples se rappellent cette parole et ils comprennent qu'il a fait là allusion à sa propre mort et à sa résurrection. Mais ce que fait Jésus, ce que dit Jésus, a une portée éternelle et non pas temporelle. Ainsi ce qu'il fait, ce qu'il dit, reste absolument et de façon intacte, vrai pour nous et en nous. Il faut qu'il accomplisse en nous le sacrifice de la mort au moi individuel, pour que puisse avoir lieu la reconstruction, la renaissance à l'infini, à l'éternité qui est Dieu. Le moi dualiste qui ne parvient pas à comprendre, à raisonner au-delà des dualités, doit être immolé sur l'autel de la vérité qui le rend à l'Absolu, qui le rend à la vision de l'unité où tout est Dieu. Tous les sages, tous les saints qui sont revenus de là, disent la même chose : « C'est Dieu seul qui a tout fait, et tout est Dieu. » « C'est Dieu seul qui a tout fait, et tout est Dieu ! » Mes amis, j'espère vous avoir « impressionnés » ce soir, d'une certaine manière, de telle sorte que vous sachiez désormais, et pour ne plus l'oublier, parce que c'est votre désir sinon vous ne seriez pas là ! afin que vous sachiez désormais, mais pour ne l'oublier plus, que le seul but de la méditation c'est la mort au moi individuel, la fin de ce petit ego raisonneur, trafiquant, calculateur, qui ramène tout à soi, même les plus grandes choses, et qu'il faut simplement s'efforcer intérieurement, avec la méditation, le Nom de Dieu et la prière, de grandir. Et Swâmi Vivekânanda l'a bien dit : « Tout ce qui élargit notre compréhension, tout ce qui agrandit notre cœur, tout ce qui dilate notre pensée, est sur le chemin de la vérité. Tout ce qui au contraire nous rétrécit, nous rapetisse, nous étiole est sur le chemin de l'erreur ! » Et je vais maintenant, avant que nous passions à la méditation, vous lire encore un poème tiré des Sentiers de l'âme [6]. Seigneur, un vent calme a soufflé dans les ailes de mon navire. Il était Toi. Il était Toi ce chant si beau qui de l'eau bleue faisait un tintements de cristal infini. Il était Toi ce sourire des fleurs d'azur épanouies comme des ailes parmi les vagues de leur vol. Seigneur, mes yeux ont percé l'horizon plus loin, plus loin que l'aube et plus loin que la vie. Mon navire en courant sur l'eau de ta Lumière

a conquis un Levant d'où l'on ne revient plus. Le vent qui s'est levé n'est pas une tempête Il est un aviron qui me conduit à Toi. Seigneur, dans ce pays d'or et de pourpre où la verdure est saine et le climat léger, il n'est qu'un seul visage et c'est le tien. Ta voix est là, qui ne parle pas mais qui est cette résonance en laquelle tout être respire. Ta vie est là, vraie comme l'oiseau qui de l'air tire son élan, aspire son vol et demeure en Toi. Mon âme est là et elle est Toi dans le baiser triomphal de la conscience parfaite. Lumière qui est Toi, ô Seigneur, Vie qui est la Lumière, Amour où tout s'est retrouvé en Toi qui seul Es ! Fin de l'enregistrement de la conférence du 17 novembre1975. [1] Il s'agit en fait du dos du livre. [2] Autrechose en un seul mot, avec un «A» majuscule, c'est Mâ Elle même qui le précise, il s'agit de la quête intérieure, sacrée. [3] Les Sentiers de l'âme, pages 159 et 160. [4] Début du verset 15, non cité par Mâ. [5] Interruption de la conférence: quelques retardataires entrent et s'installent. [6] Poème IV, pages 17 et18

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