Petit guide de survie

pour la lutte contre la hausse des frais de scolarité

à l’intention des étudiants en grève (ou non), des citoyens québécois et de tous ceux qui désirent s’informer sur la question

Démystifions les idées préconçues!

Jeanne-Amièle D.S. Lusignan, Laurence Ouellet-Demers, Marc-André Perron et Mikhaëlle Salazar, étudiants au premier cycle à la Faculté de musique de l’Université de Montréal Mars 2012

INTRODUCTION

« Celui qui lutte peut perdre, mais celui qui ne lutte pas a déjà perdu. »

Si vous avez ce petit document en main, c’est que vous cherchez probablement des réponses aux nombreuses questions soulevées par la décision du gouvernement Charest de hausser les frais de scolarité annuels de 1625$ d’ici 2017. Nous savons que cette hausse aura un impact déplorable sur l’accessibilité aux études universitaires et sur l’endettement d’un grand nombre de futurs diplômés. Nous savons aussi que plusieurs universités québécoises souffrent d’un problème de financement (à ne pas entendre : de sous-financement), mais nous affirmons que la hausse des frais de scolarité n’est pas la solution à ce problème.

Les arguments avancés par les « pro-hausse » tournent autour des principaux enjeux sociaux et économiques entourant le financement des universités et l’accessibilité aux études. Nous avons ainsi orchestré notre réflexion sous forme de contre-argumentation.

Ce document est le fruit de recherches rendues possibles grâce au temps débloqué par la grève générale illimitée. Il s’adresse à tous, peu importe votre position dans ce débat, puisque nous jugeons primordial que le plus grand nombre possible soit informé en profondeur sur les enjeux de cette cause.

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La hausse ne sera pas assez importante pour nuire à l’accessibilité !

- Au Québec, entre 1990 et 1995, en même temps qu’une hausse des frais de scolarité, nous avons assisté à une baisse significative de la fréquentation universitaire.1 (voir Annexe 1). Au RoyaumeUni, suite à une hausse des frais de scolarité, le taux de scolarisation de la population âgée entre 20 et 29 ans est passé de 29% à 17% entre 2005 et 2006. De plus, la proportion d’étudiants occupant un emploi à temps plein pendant leurs études a augmenté de 54%,2 et ce, malgré l’implantation d’un régime de prêts et bourses salué par la communauté internationale. - À l’échelle du pays, 70% des jeunes canadiens identifient des raisons financières comme principal obstacle à la poursuite d’études postsecondaires.3 Rappelons-nous que la hausse des frais de scolarité au Québec a pour objectif de nous approcher de la moyenne canadienne... - Le gouvernement a fait appel à un Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études pour évaluer l’impact de cette hausse. Voici les questions qui restent toujours sans réponse :
- Quelle sera l’origine socioéconomique et socioculturelle des étudiant(e)s au terme de la hausse? - Comment évoluera la participation aux études universitaires durant cette période? - Est-ce que les écarts observés entre les taux de participation aux études universitaires selon le revenu des parents demeureront constants ou, au contraire, auront-ils tendance à augmenter? - Est-ce que la participation aux études universitaires des jeunes issus de familles dont les parents sont peu scolarisés sera affectée par ces hausses des droits de scolarité? - Est-ce que la participation aux études universitaires selon le lieu de résidence (milieu rural ou urbain) sera influencée par ces hausses?

Le comité « tient à souligner qu’il est préoccupé par les effets que les hausses de droits de scolarité pourraient avoir sur la participation aux études universitaires ». Malheureusement, la seule proposition est de « faire le point sur l’évolution de la situation au terme de la période des hausses des droits de scolarité, soit en 2016-2017 ».4

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« Indicateurs de l’Éducation 2010 », MELS, p. 67 « Regards sur l’éducation 2010 : Les indicateurs de l’OCDE », Indicateur C1, Tableau C1.2 et lahausse.ca 3 « Enquête auprès des jeunes en transition, une étude longitudinale », Statistique Canada, 2002 4 « Hausse des frais de scolarité et modification à l’aide financière aux études », document produit par le Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études, 2011, p. 58

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La bonification du programme de prêts et bourses compensera pour la hausse des frais de scolarité!

60% des étudiants universitaires ne bénéficient pas des prêts et bourses. 15% des étudiants bénéficient seulement des prêts. 25% des étudiants bénéficient des prêts et des bourses.5 Lorsqu’on parle de « bonification » du programme de prêts et bourses, il s’agit en fait d’un ajustement des bourses pour pallier à la hausse, d’une augmentation des prêts par le biais d’une allocation spéciale, et d’une diminution de la contribution parentale. Voyons ce qu’il en est réellement.

- "Les étudiants boursiers* [*soit, les étudiants qui auraient reçu une bourse d'étude, en fonction des droits de scolarité actuels] recevront en contrepartie une bourse d'études supplémentaire d'un montant équivalent à la hausse des droits de scolarité"6 Cela signifie que tous les étudiants ne bénéficiant pas des bourses selon les critères actuels, mais qui se verront dans le besoin suite à la hausse, sont exclus de cette mesure. Ainsi, il n’y aura pas un plus grand nombre d’étudiants ayant accès aux bourses qu’actuellement. - Quant à ceux qui n’ont droit qu’à des prêts, ils pourront bénéficier d’une allocation spéciale sous forme de prêts supplémentaires correspondant au montant de la hausse des frais de scolarité. Ce qu’on pourrait appeler un cadeau empoisonné : le bénéficiaire de ces prêts sera endetté de 87,1% de plus que l’étudiant qui a droit aux bourses pour l’année 2016-2017. Le Comité consultatif avait déjà recommandé au gouvernement de modifier cette mesure pour permettre la transformation de ce type d’allocation en bourses. Jusqu’à maintenant, aucune suite n’a été donnée à cette recommandation.7

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« Sources et modes de financement des étudiants du premier cycle », FEUQ, 2009, p. 23 « Budget 2011-2012 : Un plan de financement des universités équitable et équilibré », p. 42 7 « Hausse des frais de scolarité et modification à l’aide financière aux études », p. 34 et 50

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- La diminution de la contribution exigée des parents et des conjoints et conjointes proposée par le gouvernement est plutôt timide, soit une exemption chez les familles dont le revenu est inférieur à 35 000$. Pourtant, selon Statistiques Canada (2007), le seuil de faible revenu pour une famille comptant deux parents et deux enfants est de 32 000$ à 40 000$. Cette mesure touchera 18 000 étudiants universitaires8, soit seulement 8% environ du total.

En dehors de ces mesures de bonifications discutables, il reste que le programme d’aide financière aux études comporte déjà plusieurs lacunes : - L’aide financière est insuffisante pour la majorité des étudiants : « plus de 60% des étudiants à temps plein [au premier cycle] ne parviennent pas à assumer leurs dépenses en additionnant contributions parentales et familiales, bourses, aide financière aux études et travail. » Ces étudiants doivent donc avoir recours à l’endettement privé : de ceux qui ont contracté un prêt personnel ou une marge de crédit auprès d’une institution financière (soit 20,9% des étudiants endettés), ces dettes s’élevaient, dans la moitié des cas, à plus de 5000$.9 Les modalités de remboursement pour une dette privée sont, bien entendu, très différentes de celles qui concernent le programme de prêts et bourses... - Les frais de subsistance de l’étudiant « réputé résident » sont calculés en fonction du fait qu’il habite chez ses parents et correspondent à un maximum de 337$ par mois, et ce, qu’il habite ou non chez ses parents. Sont « réputés résidents » tous les étudiants qui ne répondent à aucun des critères d’autonomie déterminés par le programme (voir Annexe 2). Ainsi, un grand nombre d’étudiants ne reçoivent pas l’aide en fonction de leurs besoins réels. - Les frais de subsistance pris en compte par l’AFE n’ont augmenté que de 29,8% de 1990 à 2012 (de 584$ à 758$ par mois) alors que le coût de la vie a crû de 53,2% durant la même période. Le Comité consultatif estime à 65M$ le manque à gagner pour les seules dépenses admises reconnues par le programme. Concrètement, si les frais de subsistance avaient été indexés automatiquement au coût de la vie ils seraient aujourd’hui de 895$ par mois. « Le Comité estime que cela aurait dû faire l’objet d’un rattrapage et il est déçu de constater que les modifications proposées n’incluent pas un redressement de ces dépenses. »10

« Toute personne dans le besoin a droit, pour elle et sa famille, à des mesures d'assistance financière et à des mesures sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie décent. » - Charte des droits et libertés, article 45

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« Budget 2011-2012 : Un plan de financement des universités équitable et équilibré », p. 45 « Sources et modes de financement des étudiants du premier cycle », p. 65-68 10 « Hausse des frais de scolarité et modification à l’aide financière aux études », p. 60

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L’endettement étudiant n’est pas un frein à l’accessibilité !

- « 69,2% des étudiants à temps plein s’endettent et 25% d’entre eux estiment qu’à la sortie de leurs études, ils auront accumulé une dette de près de plus de 20 000 dollars. »11 - La perception négative de l’endettement chez les étudiants et futurs étudiants universitaires peut aussi affecter leurs décisions : « Les contraintes monétaires incitent de nombreux diplômés du secondaire à retarder leurs études, voire même à ne jamais les entreprendre. L’aversion pour l’endettement peut limiter le niveau d’instruction que les diplômés ayant des objectifs vont véritablement atteindre. »12 - « Dans les faits, 10,7% des étudiants inscrits à temps plein [au premier cycle] ont dit avoir déjà abandonné ou interrompu leurs études et, de ce nombre, les motifs financiers sont la principale raison de cet abandon ou interruption dans leur cheminement scolaire, dans une proportion de 38,2% des cas. »13

Ceux qui le veulent vraiment resteront à l’école et trouveront le moyen de continuer à pouvoir payer leurs études !
- « Supposons que cela est vrai. Il reste le cas de ceux qui [...] « ne le veulent pas vraiment ». [...] Il est certain que d’un point de vue strictement individualiste, cela n’est pas notre problème. Mais n’avons-nous pas, en tant que peuple, avantage à ce que le plus grand nombre d’entre nous aille à l’école le plus longtemps possible? »14 - « Le travail rémunéré représente 55% du financement total des études des étudiants à temps plein. À l’automne 2009, c’est plus du quart des étudiants qui travaillaient au-delà de 20 heures par semaine... »15 Or, « le fait de travailler 20 heures et plus par semaine tout en poursuivant des études à temps plein peut faire monter le niveau de stress, avoir une incidence sur le rendement scolaire et accroître l’absentéisme et les risques de décrochages. »16 - Reste que « d’un point de vue strictement individualiste », c’est quand même un peu notre problème : « Chaque fois qu’il y a un décrocheur à l’université, ça nous coûte 30 000$ […] sans compter que cette personne-là nous rapportera moins d’impôts.»17
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« Sources et modes de financement des étudiants du premier cycle », p. xiv « Poursuivre des études post-secondaires », p. 38 13 « Sources et modes de financement des étudiants du premier cycle », p. 67 14 « Grève étudiante et ermitage idéologique », Pier-Luc Brault (étudiant) Le Globe en ligne, 18 mars 2012 15 « Sources et modes de financement des étudiants du premier cycle », p. 122 16 « Les étudiants sur le marché du travail », Statistiques Canada, 2006 17 Camil Bouchard, homme politique et psychologue (Bazzo.tv, émission du 17 novembre 2011)

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Dans certains états/provinces où les frais de scolarité sont plus élevés qu’au Québec, la fréquentation universitaire est égale ou supérieure à celle du Québec!

- En fait, selon les chiffres de Statistiques Canada en 2006, la fréquentation scolaire au Québec est de 9% supérieure à la moyenne du Canada. Ces chiffres concernent l’enseignement postsecondaire, ce qui inclut le CÉGEP pour le Québec. Certaines études statistiques, qui n’attribuent pas un taux supérieur de fréquentation scolaire au Québec, omettent cette donnée dans leurs calculs et ne tiennent compte que des formations universitaires.18 - « L’éducation collégiale est quasi-gratuite au Québec, ce qui fait que bien des étudiants en quête d’un diplôme professionnel optent pour un diplôme collégial plutôt que d’aller à l’université. Par exemple, les infirmières de la Nouvelle-Écosse sont formées à l’université alors que la plupart de celles du Québec complètent une formation collégiale. »19 - Il ne faut pas oublier non plus qu’un baccalauréat moyen dure 3 ans au Québec, contre 4 ans au reste du Canada, ce qui fausse les données concernant les taux de fréquentation universitaire du Québec à l’avantage illégitime des autres provinces canadiennes.

- Voyons voir maintenant du côté des universités privées américaines, dans lesquelles le coût élevé de l’éducation entraîne un très grand élitisme quant à la capacité de payer. Taux de participation (en %) aux études universitaires dans des établissements privés aux ÉtatsUnis selon le revenu des parents, et taux de participation (en %) aux études universitaires au Québec selon le revenu des parents : ÉTATS-UNIS20 QUÉBEC21 Moins de 24 000$ : 5% Moins de 20 000$ : 19.5% 24 001$ à 40 000$ : 5% 25 000 à 50 000$ : 23.3% 40 001$ à 61 378$ : 7% 50 000 à 75 000$ : 25.0% 61 379$ à 91 700$ : 11% 75 000$ à 100 000$ : 33.2% Plus de 91 701$ : 70% Plus de 100 000$ : 45.6%
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« Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité? », IRIS, 2011, p. 15-16 Ibid, p. 15 20 « Williams Project on the Economics of Higher Education », Williamstown, 2005, p. 14. 21 « Argumentaire : Ensemble, bloquons la hausse », Association pour un Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), p.22

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Les universités sont sous-financées!

- Selon la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), le sous-financement des universités est évalué à 620M$ pour l’année 2007-2008. Comme le signale le gouvernement lui-même, il faut nuancer : « l’ampleur du sous-financement relatif des universités est très sensible aux choix méthodologiques retenus pour effectuer les évaluations et les comparaisons avec le reste du Canada. »22

- Deux indicateurs servent à mesurer le financement des universités : la dépense globale par rapport au PIB et la dépense globale par étudiant. Dans les deux cas, les universités québécoises se situent au-dessus de la moyenne canadienne : -1,94% du PIB est consacré à l’éducation universitaire au Québec contre 1,58% dans le reste du Canada, - La dépense globale par étudiant (c’est-à-dire l’ensemble de l’investissement par le gouvernement, les étudiants et le privé) est de 29 242$ au Québec contre 28 735$ dans le reste du Canada. Proportionnellement à leurs économies respectives, les universités québécoises n’apparaissent donc pas moins bien financées que les universités canadiennes. Pourtant, « depuis 2005, l’ensemble des universités a présenté chaque année un exercice déficitaire, et ce, même si plusieurs d’entre elles sont en situation excédentaire. »23

- Entre 1997 et 2009, le financement global des universités a connu une augmentation de 142% alors que le nombre d’étudiants à temps plein n’a augmenté que de 19,5%.24 Où va donc l’argent?

- Les primes de départ et hausses de salaires des cadres et recteurs des universités ont souvent fait l’objet de polémiques, entre autres exemples : - Cinq cadres de l’Université Concordia se sont partagé 2,4M$ en salaires et indemnités de départ - Le salaire du recteur de l’Université Laval a été majoré de 100 000$ en une seule année, une hausse de 43% depuis 2009, portant son salaire à 330 000$25
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« Budget 2011-2012 : Un plan de financement des universités équitable et équilibré », p. 8 « Document d’appui à la réflexion – l’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec », produit pour la Rencontre des partenaires en éducation, MELS, 2010, p. 22-24 24 « Le financement des universités – aide-mémoire », Philippe Hurteau, CSN, 2011, p. 12.

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Malheureusement, « ces avantages, tout à fait légaux, sont prévus dans le « protocole des cadres supérieurs » ou dans les règlements internes des universités. Dans le cas des réseaux UQ (Universités du Québec), les conditions d’embauche sont fixées par le gouvernement. Pour les autres établissements, ce sont les conseils d’administration qui prennent la décision. »26 Tout ce que le gouvernement peut faire, c’est sanctionner par des pénalités (comme celle de 2M$ imposée par la ministre Line Beauchamp à l’Université Concordia)... soit, réduire le financement public de l’université fautive, sans pénaliser directement les bénéficiaires des primes.

- Autre scandale, celui de la « dérive immobilière » des universités... en voici une petite illustration : - L’îlot voyageur de l’UQAM: 500M$ tel que présenté par Radio-Canada (8 décembre 2011). - Le 1420 boulevard Mont-Royal: Acheté au coût de 16,5M$ par l’Université de Montréal en 2003. Après le début des rénovations, celle-ci souhaite dorénavant s’en départir suite à l’explosion des coûts, et ce malgré une interdiction de vente (mémoire présenté par l’université à l’OCPM le 5 mars 2009). - Le nouveau CHUM : escalade des coûts du projet (passant de 900M$ en 2000 à 1,97G$ en 2012), comme présenté par la fédération des médecins spécialistes du Québec et le ministre de la Santé Yves Bolduc.

- « En calculant les dépenses par étudiant, il appert que les universités au Québec sont mieux dotées que les universités du reste du Canada en ce qui a trait à la recherche subventionnée et aux immobilisations. Par contre, on observe le phénomène inverse pour ce qui est des dépenses de fonctionnement. »27 Les dépenses de fonctionnement étant principalement dédiées à l’enseignement, c’est ce dernier qui souffre du problème de financement. De surcroît, il apparaît que du côté de la recherche, ce sont les domaines les plus lucratifs qui sont favorisés : « cet argent finance moins souvent la recherche fondamentale, et plus souvent la recherche à visée appliquée ou commercialisable. Les universités sont de plus en plus utilisées par les entreprises pour la sous-traitance de leurs activités de recherche-développement. [...]Les sommes disponibles sont de plus en plus allouées à des impératifs mercantiles complètement étrangers à la mission et aux finalités de l’éducation. »28 - En résumé, tant que ne seront pas changées ces façons de faire, il n’y aura pas de contrôle satisfaisant de la saine gestion des universités.

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« Le salaire du recteur : méchant « timing » ! », Gilbert Lavoie, Le Soleil, 12 mars 2011 « 1M$ en parachutes dorés », Taïeb Moalla, Le Journal de Québec, 9 mars 2012 27 « Document d’appui à la réflexion – l’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec », p. 22-24 28 « Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité? », p. 5-6

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Les étudiants doivent faire leur juste part pour renflouer les coffres des universités !

- On nous dit souvent que, dans le plan de financement des universités, « c’est encore le gouvernement du Québec qui fera le plus gros de l’effort ». Or, entre maintenant et 2016-2017, la contribution du gouvernement du Québec aux revenus des universités passera de 54% à 51,4%, celle du gouvernement fédéral diminuera de 14% à 12%, pendant que celle des étudiants grimpera de 12,7% à 16,9%.29 Il est donc juste de parler d’un désengagement à long terme du gouvernement dans le financement des universités. - Un mécanisme de gestion équitable des richesses est déjà en place : c’est l’impôt progressif sur le revenu. On oublie souvent que les étudiants sont la génération de demain et qu’ils paieront des impôts en fonction de leurs revenus... faisant ainsi leur juste part.

- « Dans un avis portant sur les hausses des droits de scolarité entrées en vigueur en 2007, le Comité a allégué qu’il y avait somme toute deux approches (ou deux discours dominants) en matière de droits de scolarité, l’une s’appuyant sur le droit à l’éducation, l’autre sur la répartition des coûts. Selon la première, qui prend appui sur le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels, les pays signataires (le Canada a adhéré à ce pacte en 1976) devraient cheminer progressivement vers la gratuité scolaire, y compris aux études postsecondaires (article 13). Le gel prolongé des droits de scolarité menait assurément dans cette direction et, en ce sens, c’est le Québec qui, au pays, a le mieux respecté ce pacte. [...] Cependant, les hausses actuelles s’inscrivent résolument dans une approche de répartition des coûts comme en fait foi l’objectif de répartir équitablement la contribution de chacun, ce qui se traduira, par rapport à la situation actuelle, par une contribution étudiante plus importante (en argent et en proportion) au financement des établissements universitaires. »30 (voir Annexe 3) En d’autres mots, on ne peut pas parler de « juste part » par les frais de scolarité si on parle de droit à l’éducation. - Dans la même perspective : « Quand on parle d’universalité des soins de santé, il ne nous viendrait pas à l’esprit [...] de faire payer davantage un grand malade [...]. Même si le traitement de la maladie a coûté des dizaines de milliers de dollars à l’État, on ne dit pas au patient qu’il doit faire sa « juste part » »31!!!
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« Budget 2011-2012 : Un plan de financement des universités équitable et équilibré » , p. 37 « Hausse des frais de scolarité et modification à l’aide financière aux études » , p. 16 31 « Nazi toi-même! », Rima Elkouri, La Presse, 24 février 2012

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L’éducation n’est pas un droit, c’est un luxe!

L’éducation est non seulement un droit selon le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels, mais aussi selon la Charte des droits et libertés de la personne. Cette même Charte protège les citoyens contre toute forme de discrimination, y compris la discrimination basée sur les moyens financiers.

« En ce qui concerne les études, nous pouvons nous poser la question suivante : le gouvernement Charest a-t-il le droit d’imposer une hausse de frais qui pourrait être considérée comme un frein à l’accessibilité aux études et donc une violation du droit à l’instruction publique? « Un programme d'accès à l'égalité a pour objet de corriger la situation de personnes faisant partie de groupes victimes de discrimination dans l'emploi, ainsi que dans les secteurs de l'éducation ou de la santé et dans tout autre service ordinairement offert au public. »32 Est considéré victime de discrimination tout individu ou groupe d’individus subissant un préjudice par rapport à un droit qu’il ne peut exercer librement comme mentionné dans la Charte. Ainsi donc, la classe économique ou la situation sociale ou financière ne peuvent en aucun cas représenter des motifs sérieux pour limiter l’accès à un droit. Les deux groupes suivants « étudiants » et « individus issus des classes économiques moyenne ou plus faible » sont discriminés dans l’exercice de leurs droits fondamentaux et donc victimes de discrimination par leur classe socioéconomique. »
Argumentaire produit par Laurence Ouellet-Demers, étudiante au premier cycle à la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

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« Les Programmes d’accès à l’égalité, Charte des droits et libertés de la personne », Article 86. Chapitre III, Partie III, Éditeur officiel du Québec, mise à jour du 1er mars 2012.

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Le gouvernement n’a plus suffisamment d’argent pour financer les universités !

L’État se prive volontairement de revenus!

- Les revenus gouvernementaux provenant des entreprises ont presque diminué de moitié entre 1964 et 2004. Si la contribution proportionnelle au PIB des entreprises était restée constante, le Québec bénéficierait de 13G$ de plus dans son budget annuel.33 - une enquête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) montre qu’il y a « peu de preuves que les taux de taxation élevés fassent fuir les investisseurs qui semblent plus préoccupés par les perspectives économiques, les infrastructures offertes, le niveau d’instruction et d’autres indicateurs fondamentaux »34 - Depuis 2000, l’État québécois s’est progressivement privé de 9,8 milliards de dollars annuels par l’octroi de baisses d’impôts et de déductions fiscales qui ont principalement bénéficié à la frange la plus aisée de la population.35

Saviez-vous que... - Ce sont 3,3G$ que le Québec donne aux entreprises privées par année ? - Cela représente 1,8G$ de plus qu’en Ontario ? « En bref, le Québec est moitié moins riche mais donne 83% de plus à ces entreprises dites « privées » que l’Ontario ».36 - Ces 265M$ que rapportera la hausse des frais de scolarité au gouvernement représentent 8% du montant des subventions données aux entreprises ?37
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« L’autre déséquilibre fiscal. Le déplacement du fardeau fiscal des compagnies vers les particuliers au cours des dernières décennies » Léo-Paul Lauzon et al. Chaire d’Études SocioÉconomiques de l’Université du Québec à Montréal (CÉSÉ-UQÀM), 2006, p.12 34 Revue Foreign Policy, citée par Le Devoir, édition du 12 janvier 2002 35 « D’où vient la « crise » des finances publiques ? » Institut de Recherche et d’Informations Socioéconomiques, mars 2008, p.5 36 « Gâtés, nos étudiants? » Marc Frappier, Professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke, La Presse, 22 février 2012 37 Ibid

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La classe moyenne est déjà excessivement imposée !
- La ministre Line Beauchamp a elle-même affirmé que « Ça demeure les contribuables québécois provenant de la classe moyenne en majorité qui vont faire le plus grand effort » suite à la hausse des frais de scolarité.38 - En instaurant dix paliers d’imposition, l’État bénéficierait de 1.3G$ de plus annuellement, tout en réduisant les impôts pour 87% de la population. L’autre 13% ne subirait une hausse que de 2.3% de son taux d’imposition!39

Après la hausse de frais de scolarité au Québec, ceux-ci seront quand même plus bas que la moyenne canadienne!
… Effectivement, mais en quoi cette fameuse moyenne canadienne devrait-elle constituer un modèle? - En jetant un coup d’œil à l’Annexe 4, on réalise qu’en regard d’autres pays de l’OCDE, les frais de scolarité au Québec sont supérieurs à la moyenne… et ce, sans calculer la hausse des frais prévue d’ici 2017. - Au Québec, nos impôts sont en moyenne plus élevés que ceux des autres provinces canadiennes. C’est ainsi que nous pouvons offrir une éducation postsecondaire à peu de frais à nos étudiants, et c’est un choix de société dont nous devrions être fiers. - En Ontario, un baccalauréat peut coûter en moyenne 16 000$ de plus qu’au Québec. Mais un Ontarien paiera en moyenne 5000$ de moins en impôts par année qu’un Québécois. En trois ans, l’Ontarien se retrouve déjà gagnant par rapport à son voisin Québécois.40

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« Hausse des frais de scolarité – C’est la classe moyenne qui écoperait, admet la ministre Line Beauchamp », article publié le 23 février 2012 par le Parti Québécois sur le site web de l’Assemblée nationale 39 « Finances publiques : d’autres choix sont possibles! », Coalition opposée à la tarification et à la privatisation de services publics, p. 4-6 40 « Gâtés, nos étudiants? » Marc Frappier, Professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke, La Presse, 22 février 2012

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Le diplômé universitaire gagnera sur l’ensemble de sa vie des centaines de milliers de dollars de plus que le diplômé du secondaire !

... Le diplômé universitaire paiera donc plusieurs dizaines de milliers de dollars de plus en impôts que le gradué du secondaire, au plus grand bénéfice de l’ensemble de la collectivité! - Cela dit, on parle d’une moyenne. D’un côté, des étudiants en médecine, en droit, en gestion, qui feront effectivement des salaires nettement plus avantageux que ceux qui n’auront pas fait d’études supérieures. De l’autre, des étudiants en musique, en philosophie, en anthropologie... quelles seront leurs perspectives d’emploi? - Ainsi, l’éducation supérieure est vue comme un investissement individuel, ce qui mène vers une stricte logique de coût-bénéfice : pour l’étudiant qui doit débourser beaucoup pour se former, le risque est de choisir son domaine en fonction de ce que sa profession future lui rapportera financièrement. Or, le choix individuel de poursuivre (ou non) ses études à un niveau universitaire devrait se faire en fonction des ses intérêts pour le domaine, de ses aptitudes académiques et de ses capacités personnelles. Les contraintes financières, extérieures à l’individu même, ne devraient en aucun cas constituer un frein au choix de carrière professionnelle ou à l’aspiration d’un futur exigeant plusieurs années d’études supérieures. - Selon les mots du recteur de l’Université de Montréal Guy Breton : « Les gens ne veulent pas étudier pour étudier. Ils veulent étudier pour travailler. L'UdeM souhaite former des gens avec des cerveaux mieux alignés sur ce qu'ils veulent faire. » Or, « un grand nombre d’étudiants fréquentent l’université d’abord et avant tout pour acquérir une culture, un savoir, un bagage intellectuel. [...] Si nous n’acceptons pas la valeur d’« apprendre pour apprendre », alors l’université n’aura jamais été le porteur d’un patrimoine culturel qu’il fallait protéger pour luimême. Lorsque Aristote prétendait, au premier livre de sa Métaphysique, que « tous les hommes ont naturellement le désir de savoir », il faudrait croire qu’il s’était trompé : en sommes-nous bien certains? »41

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« La réplique : Droits de scolarité – Étudier pour... étudier », Collectif de professeurs et étudiants en philosophie à l’Université de Montréal, Le Devoir, 23 février 2012

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Après la hausse, les frais de scolarité seront égaux à ceux de 1968 s’ils avaient été indexés au coût de la vie !

- Selon le Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études, « le ministère des Finances a retenu cette référence à 1968 parce qu’elle est significative à plus d’un titre. Cette année correspond à la création du réseau de l’Université du Québec et c’est aussi la première année où on a uniformisé les droits de scolarité entre les universités. C’est aussi par souci d’équité intergénérationnelle. »42 Vraiment? - L’année 1968 a connu les frais de scolarité les plus élevés dans toute l’histoire du Québec. Ces frais ont justement été longtemps gelés afin de favoriser l’accessibilité aux études et augmenter le taux de participation universitaire. Durant toutes ces années, ceux qui ont fréquenté l’université ont payé leurs études moins cher que ce qu’auront à débourser les futurs étudiants à partir de 2016-2017. Où est l’équité?

- Il faut savoir que les frais de scolarité augmentent déjà depuis 2007 à raison de 100$ par année. « Ainsi, entre 2007 et 2017, les frais de scolarité auront plus que doublé, et auront augmenté de 75% en seulement cinq ans. À titre de comparaison, dans les dix dernières années, le salaire horaire minimum a augmenté de 41% (en considérant l’augmentation de 25¢ prévue en mai prochain.). Puisqu’il est peu probable que l’augmentation du salaire minimum s’accélère de manière considérable dans les cinq prochaines années (elle a d’ailleurs ralenti depuis 2010), les étudiants devront inéluctablement travailler davantage durant leurs études pour pallier à la hausse. En dollars constants, la génération actuelle paiera donc plus cher pour ses études que celles qui l’ont précédée. »43 - En plus des frais de scolarité, « les universités ont toujours eu la possibilité d’exiger des cotisations pour des services auxiliaires [...]. De plus, en 1986, le ministre de l’Éducation, Claude Ryan, instaure des frais afférents, que les établissements pourront imposer sans voir leurs subventions amputées. » 44 Il a fallu attendre 2007 avant que l’augmentation de ces frais soit réglementée. Entre temps, ils ont explosé : par exemple, entre 1993-1994 et 2006-2007, les frais afférents moyens sont passés de 159$ à 576$, soit une croissance de 362,26%.45 Depuis 2007, ils continuent d’augmenter en fonction du coût de la vie. En 2016-2017, si on tient compte de ces frais, le coût des études universitaires sera plus élevé que jamais au Québec.

42 43

« Hausse des frais de scolarité et modification à l’aide financière aux études », p. 17 « Grève étudiante et ermitage idéologique » 44 « Avis sur l’encadrement des frais institutionnels obligatoires », FEUQ, 2009, p. 4 45 « Mémoire sur les frais afférents ou frais institutionnels obligatoires de toute nature », FEUQ, 2007, p. 8

15

Les étudiants, ça boit de la bière, ça achète des iPhones, ça roule en char, ça va dans le Sud...

- « En fait, lorsque l’on considère les prêts d’AFE comme de l’endettement, c’est près de 70% des étudiants à temps plein qui accumulent annuellement des dettes pour assumer leurs dépenses. [...] Pourtant, cet endettement n’est pas dû à des dépenses extravagantes. Même s’ils ne dépensaient que pour payer leur facture étudiante, leurs fournitures scolaires et exactement ce que l’AFE prévoit en frais de logement, nourriture et vêtements, 60% des étudiants à temps plein seraient amenés à s’endetter ou à piger dans leur épargne. »46

- Le 2/3 des étudiant-e-s universitaires de 1er cycle dépensent plus du tiers de leur budget pour leur logement, ce qui dépasse les recommandations de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et est un indicateur de pauvreté selon Statistique-Canada.47 - Il est tout à fait légitime d’être aisé financièrement mais de tout de même s’inquiéter de l’avenir de l’éducation au Québec pour une question de valeurs. Effectivement, certains sont contre la hausse pour des questions financières dans un premier temps, mais d’autres le sont uniquement parce que c’est ce que leurs convictions leurs dictent, qu’ils possèdent un iPhone ou non. De toute façon, il est extrêmement réducteur de comparer l’éducation à de tels produits de consommation...

- « Pensez aux garderies à 7$: c'est 35$ par semaine. Ce n'est qu'une portion - comme les droits de scolarité - du coût réel du service. Une hausse de 75% des tarifs de garderie ferait en sorte qu'en 2017, le service coûterait 61$ par semaine. [...] Et si Québec osait faire passer à 61 dollars par semaine les frais de garde, qui oserait dire aux parents qu'ils n'ont qu'à se passer d'un voyage dans le Sud pour faire face à la hausse? Comme on le fait avec le proverbial budget d'alcool des étudiants, je veux dire... »48

46 47

« Sources et modes de financement des étudiants de premier cycle », p. 68 Ibid, p. 52 48 « Flics, étudiants et gel » Patrick Lagacé, La Presse, 9 mars 2012

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Ce n’est pas une vraie grève, c’est un boycott, parce que les étudiants ne sont pas salariés !

« Bien que ma source soit un peu désuette, le Larousse 2000, j'aimerais qu'on observe quelques définitions: Grève n.f. (du n. de la place de Grève, à Paris, ou se réunissaient les ouvriers au chômage).1. Cessation collective et concertée du travail, décidée par des salariés dans le but d'appuyer une revendication professionnelle. Boycottage ou Boycott n.m. Cessation volontaire de toutes relations, en particulier commerciales, avec un individu, un groupe, un pays, afin d'exercer une pression ou par représailles. On peut déjà voir ici un des problèmes fondamentaux du débat: on ne considère pas ici les études post secondaires comme une occupation, mais comme une marchandise. On me présente alors l'université comme étant un outil que je peux ajouter dans mon coffre à outils; je prends mon tournevis pour régler une penture de porte, mon WD40 pour décoincer un piston et mon bacc pour avoir ma petite job. Ce n'est pas une vision incorrecte, mais elle laisse entendre aussi que ce bacc n'aura qu'une seule fonction; un diplôme à utilisation simple, jetable, bref. Une perspective de grève, quand à elle, laisse plutôt entendre une idée de travail, d'investissement dans sa personne, disant comme quoi que les études universitaires ne sont pas qu'un simple 3, 4 ou 5 ans difficile à passer et à avaler qui servira simplement à un "après", mais aussi un passage important situé à un moment clé du développement de la pensée et de l'esprit critique de chaque individu. Éducation, vs outillage. Il n'empêche que certains diront qu'on parle de "salariés" dans le cas d'une grève, et tant que nous n'aurons pas un système de bourses à la scandinave, il serait illégitime de parler de "grève". Laissez moi alors vous parler du point 2 de la définition. 2. Grève de la faim : refus de se nourrir afin d'attirer l'attention sur une revendication, en signe de protestation, etc. - Grève de l'impôt : refus concerté d'acquitter l'impôt. Alors quoi? J'ai payé mes frais de scolarité, donc je ne fais pas un refus commercial avec l'université. Je ne suis d'ailleurs pas en refus de participation aux services de ma coop étudiante, de mon café, de mon centre sportif, de mes activités parascolaires. J'ai participé à une assemblée démocratique où nous avons voté un refus concerté de se présenter en classe et de participer aux évaluations offertes durant les heures de cours ou à l'extérieur de celles-ci dans le but d'attirer l'attention sur une revendication, en signe de protestation. »
Argumentaire produit par Etienne Galarneau, étudiant en musicologie au premier cycle à la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

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Arrêtez de nous casser les oreilles avec la gratuité scolaire, c’est une utopie !

La gratuité scolaire s'inscrit dans un cadre fiscal tenant compte de la capacité à payer de chacun, ce qui est en parfaite harmonie avec le modèle social-démocrate dont s'est doté le Québec depuis la révolution tranquille, à savoir un modèle basé sur l'impôt sur le revenu. Au contraire, le fait d'avoir des frais de scolarité non-nuls égaux pour tous est l'équivalent d'une taxe, à savoir que la charge fiscale proportionnelle au revenu de l'individu est moins élevée chez les plus riches que chez les plus pauvres, ce qui constitue en soi une profonde injustice. En ce sens, la gratuité scolaire permettrait de réduire les inégalités sociales, entre autres par le phénomène de mobilité sociale par lequel les plus pauvres ont la chance de « changer de classe sociale ». Saviez-vous que… Le coût de la gratuité scolaire est évalué à 550 M$ ? Que ce montant de 550 M$ équivaut à moins de 1% des dépenses totales de l’état? Instaurer la gratuité scolaire tout en réglant le problème de financement des universités coûterait 1,22 G$? Ce 1,22 G$ équivaudrait à une augmentation de 9,5% du budget du ministère de l’éducation.

- L’IRIS explique également comment il serait possible d’instaurer la gratuité scolaire au Québec tout en réglant le problème de financement des universités au Québec. Effectivement, il propose un plan immédiat, un plan échelonné sur 5 ans (impliquant une hausse annuelle de 0,3% du budget de la province) et un autre sur 10 ans (impliquant une hausse annuelle de 0,2% de budget de la province). Ils mentionnent entres autres comme solutions, la pleine imposition des gains en capital des institutions financières et d’apporter des modifications au dernier taux d’imposition et d’en augmenter également le % d’imposition (une hausse de moins de 2%).49

- Comment le gouvernement peut-il refuser d’envisager une hausse annuelle de 0,3% de son budget pendant 5 ans alors qu’il impose aux étudiants une hausse des frais de scolarité de 75% sur la même période de temps?

49

« Tarification de l’éducation postsecondaire ou gratuité scolaire? » IRIS, 2007 et « Gratuité scolaire et réinvestissement postsecondaire : trois scénarios d’application », IRIS, 2007.

18

CONCLUSION
La question du financement de l’université et des frais de scolarité renvoie en fin de compte à un débat idéologique sur la responsabilité individuelle versus la responsabilité collective face à l’éducation universitaire. Une société en santé est une société dans laquelle les citoyens sont éduqués : voilà le rôle de l’université! En se dirigeant vers un désengagement de l’État quant au financement des universités, cela aura pour effet de lancer les universités dans une course au financement, les éloignant ainsi de leur mission première qu’est de garantir « l’autonomie universitaire », la « liberté académique » et « l’éthique et la probité scientifique », telle que définie par le Conseil supérieur de l’éducation du Québec.

Au Québec, « toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, à l'instruction publique gratuite. »50. Il est donc nécessaire de connaître en profondeur les enjeux qui peuvent causer cette décision du PLQ de hausser les frais de scolarité : mauvaise gestion des universités, pertes massives de retour d’argent par l’adoption de mesures fiscales récentes en faveur des mieux nantis, investissements dans des systèmes déficients...

Doit-on attendre un autre scandale avant de réaliser ce qui tourne moins rond chez nous ? Pouvons-nous, pour une fois, agir avant qu’il ne soit trop tard et montrer au gouvernement Charest que la hausse des frais de scolarité sera néfaste pour notre développement collectif ? Qu’elle aura des impacts de toutes sortes sur le savoir, la culture, l’économie et la santé globale de notre société ? Le travail à accomplir par nos ministres est loin d’être une mince affaire : en changeant une variable du problème, c’est tout le système qu’il faut revoir. Cependant, si ceux-ci acceptaient d’être à l’écoute du message véhiculé par la population étudiante, on se rendrait compte que le temps fournit par la grève a permis aux étudiants de mûrir de multiples réflexions sur les enjeux liés à ce débat. Nous ne voulons pas seulement montrer notre désaccord : nous voulons faire partie de la solution !

50

Article 40. Chapitre IV, Droits économiques et sociaux, Charte des droits et libertés de la personne, mise à jour du 1er mars 2012, © Éditeur officiel du Québec

19

ANNEXE 1

Source : « Indicateurs de l’Éducation 2010 », MELS, p. 67

20

ANNEXE 2 Critères d’autonomie selon l’AFE
- Être uni civilement, marié, veuf, séparé de fait, séparé légalement ou divorcé - Être célibataire dont les deux parents sont décédés - Être/avoir été le parent biologique ou adoptif d’un enfant - Être enceinte d’au moins 20 semaines - Être chef de famille monoparentale et avoir au moins un enfant à charge qui habite avec soi - Vivre avec son conjoint de fait (sans être marié ou uni civilement) et au moins un enfant (le sien ou celui de son conjoint) - Détenir un diplôme de 1er cycle universitaire du Québec (baccalauréat) - Détenir un diplôme de 1er cycle universitaire ou l’équivalent, obtenu à l’extérieur du Québec. - Détenir un diplôme d’études supérieures 1 en musique ou une attestation d’études au terme de trois années de formation dans un conservatoire de musique ou d’art dramatique - Avoir fait des études universitaires au Québec pendant au moins trois ans et avoir accumulé 90 unités dans un même programme d’études pendant cette période - Avoir fait des études universitaires à l’extérieur du Québec et avoir obtenu l’équivalent de 90 unités dans un même programme d’études. - Avoir été dans l’une des situations suivantes (ou les deux) pendant une durée totale d’au moins 24 mois sans être en même temps aux études à temps plein : avoir occupé un emploi rémunéré ou reçu des prestations d’assurance-emploi ou des indemnités de remplacement de revenu tout en résidant chez ses parents, chez son répondant ou ailleurs; avoir subvenu à ses besoins tout en résidant ailleurs que chez mes parents ou mon répondant. - Avoir cessé d’étudier à temps plein pendant au moins sept ans, consécutifs ou non. - Être un citoyen canadien naturalisé, un résident permanent, un réfugié ou une personne protégée selon la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés dont les parents ou le conjoint ne résident pas au Canada. - Être célibataire et dans l’une des situations familiales suivantes : - Je suis placé en famille d’accueil. - Mes parents ou mon répondant sont en résidence spécialisée. - Ma garde est confiée à un tuteur. - Mes parents ou mon répondant sont introuvables. - Je suis en maison de transition ou le serai en 2011-2012. - Ma situation familiale s’est détériorée et cette situation est confirmée par une personne autorisée à le faire. - Je reçois une pension alimentaire de mes parents en vertu d’un jugement de la cour. - Avoir un conjoint introuvable.

Source : Formulaire de demande d’aide financière 2011-2012.

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ANNEXE 3 Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966, ratifié par 35 états de l’ONU en 1976 (dont le Canada)
Article 13 1. Les États parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à l'éducation. Ils conviennent que l'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et du sens de sa dignité et renforcer le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils conviennent en outre que l'éducation doit mettre toute personne en mesure de jouer un rôle utile dans une société libre, favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux, ethniques ou religieux et encourager le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. 2. Les États parties au présent Pacte reconnaissent qu'en vue d'assurer le plein exercice de ce droit : a. L'enseignement primaire doit être obligatoire et accessible gratuitement à tous ; b. L'enseignement secondaire, sous ses différentes formes, y compris l'enseignement secondaire technique et professionnel, doit être généralisé et rendu accessible à tous par tous les moyens appropriés et notamment par l'instauration progressive de la gratuité ; c. L'enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l'instauration progressive de la gratuité ; d. L'éducation de base doit être encouragée ou intensifiée, dans toute la mesure possible, pour les personnes qui n'ont pas reçu d'instruction primaire ou qui ne l'ont pas reçue jusqu'à son terme ; e. Il faut poursuivre activement le développement d'un réseau scolaire à tous les échelons, établir un système adéquat de bourses et améliorer de façon continue les conditions matérielles du personnel enseignant. »

22

ANNEXE 4

Source : IRIS (Institut de recherche et d’informations socio-économiques), 2011 (Ce graphique a été réalisé à partir des pays pour lesquels les données sont disponibles)

23

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