LE LIANCOURT et LES LIANCOURT

par

Philippe PELLETIER
Janvier 2011
Sommaire Introduction 1. LA CARTOGRAPHIE EUROPÉENNE ET L’EXTRÊME-ORIENT au XVIIe siècle 1. 1. L’apport fondateur de la cartographie riccienne 1. 2. Les cartes européennes de l’archipel japonais à la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle 1. 3. Les cartes européennes au XVIIe siècle : la Corée, une île provisoire 2. L’IMPÉRIALISME BALEINIER OCCIDENTAL au XIXe siècle 2. 1. La pression de la chasse baleinière américaine 2. 2. Le contexte français de la navigation du Liancourt 2. 3. Le Liancourt et sa neuvième campagne (1847-1850) 2. 4. Le Liancourt a-t-il vraiment découvert les Liancourt ? 3. CERTITUDES ET CONFUSIONS CARTOGRAPHIQUES OCCIDENTALES au cours du XIXe siècle, à propos des Liancourt 3. 1. Le rôle d’Aaron Arrowsmith 3. 2. Le rôle de Von Siebold 3. 3. Après Von Siebold Conclusion Bibliographie et une carte en annexes

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Introduction La découverte par un navire européen des « rochers Liancourt », ou encore « les Liancourt » (alias Tokto (Dokdo) 독도 pour les Coréens et Takeshima 竹嶼 竹島 pour les Japonais), intervient un demi-siècle après la première navigation européenne en mer du Japon (mer de l’Est). Le fait qu’il s’agisse d’une expédition française dans les deux cas - celle de Lapérouse en 1787, celle du navire baleinier Le Liancourt en 1849 - ne relève pas du hasard. Le laps de temps assez long entre les deux expéditions révèle, quant à lui, la nature paradoxale de l’intérêt que portent les Européens à cet espace. Paradoxale, car si les puissances européennes rivalisent de navigations sur cette mer au cours du XIXe siècle, la connaissance qu’elles en retirent comporte pendant longtemps des approximations et des erreurs. Or ces erreurs jouent un rôle dans le litige territorial qui oppose l’État sud-coréen (ainsi que l’État nord-coréen) et l’État japonais quant à l’identification, la possession et la revendication de ce groupe d’îlots. On sait la multiplicité des dimensions qui sont prises en compte dans cette affaire : topographique, géographique, historique, politique, diplomatique, psychologique (1). Dans les cas de ce genre que l’on retrouve ailleurs dans le monde - une revendication territoriale plongeant dans l’histoire -la démarche est toujours de rechercher un fondement objectif pour asseoir la revendication sinon dénouer le problème, et donc de s’adresser à la science qui est considérée comme susceptible d’apporter une réponse objective, voire neutre. Ce n’est pas le lieu ici de rentrer dans le débat qui s’interroge sur une telle vertu attribuée la science. Du moins peut-on rappeler que la géographie, à qui les différents acteurs du litige sur Tokto (Dokdo)/Takeshima font appel et qui constitue le champ de ce mémoire, est double. Il s’agit d’une « écriture de la terre » (geo-graphein) composée d’une inscription sur cette terre (« écriture sur la terre ») et d’un discours sur cette inscription (« écriture à propos de la terre »). Ce discours peut être appelé « métagéographie » (2). En distinguant 地理 (ch. dili ; c. chiri ; j. chiri) et 地 理学, (ch. dilizhue ; c. chirihak ; j. chirigaku), la socioculture sinisée (chinoise, coréenne, japonaise) souligne d’ailleurs la dualité du caractère de la géographie. La cartographie, qui est l’une des formes du discours métagéographique, n’est pas neutre car elle reflète un système de valeurs et comporte des choix (3). De la découverte européenne qui nous concerne, il résulte un choix toponymique - mer du Japon, d’une part, et rochers Liancourt d’autre part - qui se superpose à la toponymie vernaculaire, coréenne ou japonaise, qui la remplace même. Il entraîne ainsi une série de confusions qui interviendra dans le litige géopolitique entre la Corée et le Japon, voire qui en est peut-être même l’une des origines. Autrement dit, on peut affirmer que la responsabilité européenne et plus spécifiquement française est engagée dans la géographie de cette région. Il est donc important de revenir sur son histoire, sa géohistoire même, et d’essayer d’éclairer les confusions afférentes. On se contentera ici de souligner quelques aspects cartographiques, et de se centrer sur l’expédition du Liancourt, sans oublier son contexte : car un choix toponymique et son inscription cartographique se situent dans une dynamique géopolitique qu’il ne faut pas édulcorer sous peine de passer à côté de l’essentiel. Souligner d’emblée que l’expédition du Liancourt se place au mitan
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Parmi les nombreux écrits, évoquons ceux qui abordent l’ensemble des thèmes (cf. bibliographie) : KAWAKAMI Kenzô (1966), KIM Hak-shun (2004), LI Jin-Mieung (1998a, 1998b, 2005), NAITÔ Seichû et KIM Byon-Ryul (2007), PELLETIER (2000), TAMURA Seisaburô (1965). Li (2005) est, de loin, le plus complet en documents. 2 LEFORT Isabelle, PELLETIER Philippe (2006) : Grandeurs et mesure de l’écoumène. Paris, Economica-Anthropos, 234 p. 3 JACOB Christian (1992) : L’Empire des cartes, approche théorique de la cartographie à travers l’histoire. Paris, Albin Michel, 538 p.

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d’un siècle caractérisé par l’ingérence des puissances impérialistes occidentales en Asie orientale (Royaume-Uni, France, États-Unis et Russie, pour l’essentiel) n’est pas anodin. Car cette ingérence occidentale, qui se traduit notamment par les guerres de l’opium et les traités inégaux, a pour conséquence, lourde et durable, d’imposer un nouveau système d’État-nations fondé sur une conception moderne de la frontière et de l’appartenance territoriale. Elle provoque la réaction de chaque pays de la région, mais sur un rythme et d’une façon différenciés. Il en résulte un décalage important, et crucial, entre la Chine, la Corée et le Japon, qui se répercute sur les relations entre les trois pays, de surcroît instrumentalisées par chaque puissance occidentale. 1. LA CARTOGRAPHIE EUROPÉENNE ET L’EXTRÊME-ORIENT au XVIIe siècle L’expédition de Lapérouse et la découverte européenne des rochers Liancourt héritent d’un questionnement géographique et d’une dynamique géopolitique qui remontent à l’arrivée physique des Européens dans cette partie de l’Asie orientale au cours du XVIe siècle. À partir de cette époque, la connaissance géographique de la mer du Japon (mer de l’Est) demeure confuse et mystérieuse pour les Européens pendant plusieurs siècles. Deux questions restent notamment pendantes : le statut spatial de la Corée (est-ce une île ou bien une péninsule ?) ; et la limite de la mer en direction du nord (existe-t-il un bras de mer entre le continent et Sakhaline, entre le continent et Ezo/Hokkaidô ? Ezo est-elle une île ou non ?). Au cours du dernier quart du XVIe siècle et du premier quart du XVIIe siècle, l'archipel japonais commence enfin à être cartographié correctement, de façon réaliste et mieux localisé scientifiquement. C'est le résultat d'un fructueux croisement mutuel entre la cartographie japonaise et la cartographie européenne, celle-là étant surtout portugaise puis néerlandaise dans un premier temps, et d’origine de plus en plus diversifiée dans un second temps, française notamment. Quant à la cartographie européenne de la péninsule Coréenne, les progrès sont beaucoup plus lents, pour diverses raisons que nous allons aborder. 1. 1. L’apport fondateur de la cartographie riccienne La cartographie réalisée par le jésuite italien Matteo Ricci (1552-1610) au cours de son séjour en Chine (1582-1610) constitue une étape fondamentale pour la connaissance géographique de toute l'Asie orientale à cette époque. En particulier, elle apporte d’importantes précisions sur l’espace maritime qui nous occupe. En effet, sur sa célèbre mappemonde écrite en chinois et qui date de 1602 (Kunyu wanguo quantu 坤輿萬國 ou Carte complète des myriades de pays dans le monde), Ricci trace en idéogrammes le nom de « mer du Japon » 海本日 (lecture horizontale en trois caractères écrits de droite à gauche) (4). Et il le place au centre de l'espace qui correspond actuellement à cette mer. Cette réalisation est remarquable pour trois raisons au moins. D'abord, le choix du toponyme. C'est la première carte qui l’exprime et l’écrive, y compris par rapport à la cartographie japonaise que celle-ci soit « traditionnelle » ou bien qu’elle s’inspire des planisphères européens qu’elle connaît depuis le milieu du XVIe siècle et qu’elle reproduit à partir de 1592.
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BADDELEY John F. (1917) : « Father Matteo Ricci's Chinese World-Maps ». Geographical Journal, 50, p. 254-270. BERNARD-MAITRE Henri (1926) : La Mappemonde Ricci du Musée historique de Pékin. Pékin, Politique de Pékin. DAY John D. (1995) : « The search for the origins of the Chinese manuscript of Matteo Ricci's maps ». Imago Mundi, 47, p. 94-117. D'ELIA Pasquale M. S.I. (1938) : Il mappamondo cinese del P. Matteo Ricci S.I. Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, 280 p. KAWAMURA Hirotada (1988) : « Ôsutoria kokuritsu tôshokan shozô no Mateo-Rittchi sekai zu 'Kon'yo bankoku zenzu » (La mappemonde 'Kunyu wanguo quantu' de Matteo Ricci dans les trésors de la bibliothèque nationale d'Autriche). Jimbun Chiri, 40-5, p. 403-423. SZCZESNIAK Boleslaw (1954) : « Matteo Ricci's maps of China ». Imago Mundi, XI, p. 127-136.

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(1950) : « Notes on the discovery of Yezo ». Sapporo. de cette façon.. l’espace auquel ils renvoient correspond à ce que les Japonais appellent traditionnellement la « Route du Hokuriku » (Hokurikudô). j'ai utilisé en contrepoint la traduction en italien proposée par Pasquale d'Elia (1938). book 2. Il le fait plus d'un siècle et demi avant les premières cartes japonaises attestées qui distinguent enfin Ezo/Hokkaidô. Chicago. Zhonhgua 中華) qui se considère au cœur du monde.Japanese contributions to the history of Geographical thought (2). HARRISON John A. 6 Outre une lecture directe. qu'elles soient européennes ou sinisées. AKIZUKI Toshiyuki (1999) : Nihon hokuhen no kentô to chizu no rekishi (Une histoire de l’exploration et de la cartographie de la bordure septentrionale du Japon). cit.. Sont en effet mentionnés six toponymes (retraduits en japonais) : Kaga 加賀. que le monde sinisé ignorait jusque-là. cf. puis Sakhaline et les Kouriles (5). Son littoral septentrional se rapproche du rivage sibérien. Matteo Ricci est le premier à cartographier totalement Ezo 蝦夷.The History of Cartography. Languages. Hokkaidô daigaku tosho kankôkai. Il considère également que 野作. Sado 佐渡 et Hokurikudô 北陸道. ou la « Route des terres du Nord ». a. l'un des idéogrammes chinois situés sur le littoral sibérien. l’élaboration de la carte. 4 . Simultanément. cela ne fait aucun doute. notamment. B.. Mais s'agit-il vraiment d'Ezo-Hokkaidô ? À première vue. La mappemonde de Ricci est remarquable par son origine. Takeuchi Keiichi éd. les contours établis par Ricci ressemblent à la vraie configuration. 40.. infra). Cartography in the Traditional East and Southeast Asian Societies . volume 2.. Noto 能登. Elle est réalisée en Chine même. à la fois fidèle à ses sources chinoises et astucieux dans sa démarche de conquérir l'intellect de l'élite chinoise pour envisager de l'évangéliser par la suite. op. l'habileté de dessiner un planisphère qui place la Chine (et l'océan Pacifique) au centre du monde. Le géographe japonais contemporain Akizuki Toshiyuki estime que l'ensemble des six toponymes ont été insularisés. p. Comme l'indique l'un des toponymes lui-même. Hitotsubashi University. et d'après des données les plus directes possibles : cartes locales. planche XVI (version Bibliothèque vaticane). 472 p. récits de voyageurs… Son approche de première main donne un crédit essentiel à l'information qu'il livre. Il devance d'une cinquantaine d'années Martino Martini (1614-1661) et sa carte du Novus Atlas Sinensis de 1655 tirée de sources chinoises et d'un portulan japonais (cf. J. contrairement à la carte chinoise dite de Wang P'an (1594 ?) et contrairement à ce que feront pendant longtemps un grand nombre de cartes européennes. Etchû 越中後. Et ce postulat 5 Sur la découverte et la cartographie japonaise ou européenne des îles du Nord. le contexte géographique régional. pourrait être lu Ezo et que. UNNO Kazutaka (1994) : « Cartography in Japan ». Ricci ne place aucune petite île dans le détroit de Tsugaru. L'île est placée juste au nord de Honshû. p. Notons le fait que Ricci soit le premier à cartographier un certain nombre d’éléments ne lui donne pas de crédit particulier sur le fond. 976 p. p. Echigo 越後. Nulle part ne se trouvent les idéogrammes désignant Ezo/Barbare. Ce sont des noms de lieux japonais qui se situent en réalité sur le littoral de Honshû donnant sur la mer du Japon (mer de l’Est) ainsi que celui de Sado. la terre des Barbares a été continentalisée (7). cit. 116 p. FUNAKOSHI Akio (1984) : « A view of Japanese geography in the early 19th century ». Annals of the Association of American Geographers. 55-66. il livre à la connaissance chinoise l'existence tracé du continent américain. 254-266. Bien que grossiers. C’est même l'une des premières à représenter aussi correctement l'ensemble du monde. Il respecte ainsi la métagéographie sinisée de l'Empire du milieu (Zhongguo 中國. op. on constate autre chose (6). David Woodward. Enfin. la future Hokkaidô 北海道. même si Sakhaline n'est pas dessinée. p. 346-477. 7 Akizuki (1999). alors qu’il s’agit d’un espace pourtant repéré à l'époque même si ce n'était pas en détail.. Tonghae 동해 東海 des Coréens). Antériorité n’est pas forcément raison. Ricci. Harley éd.Ensuite. bordant leur « mer du Nord » 北海 (la « mer de l’Est ». si on examine les idéogrammes chinois sur cette île. C'est l'une des premières cartes à représenter de l'Asie orientale de façon relativement correcte par rapport aux autres cartes de l'époque. une île qui n'est d’ailleurs pas représentée en tant que telle sur la carte. paradigms and schools in geography . The University of Chicago Press. comme étant une île. Cependant. 15-18.

446. a priori. Du côté des connaissances européennes. en Corée. Ophrys. Müller and N. au Japon et. op. ce qui n'est pas sans incidences sur les choix que les nouveaux cartographes européens. Elle écrit en effet à propos des îles du Japon que celles-ci appartiennent à un « pays de fort grande étendue. 600 p. particulièrement séduits par son puissant atlas. soit le milieu du XVIIe siècle. 8 9 De Bello Tartarico Historia. notamment en France au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. celle du nord. une histoire sur la Compagnie de Jésus. mais perdues. p. 1ère éd. Alors ? On en est réduit aux conjectures… Nous savons que Matteo Ricci s'est appuyé sur de nombreuses sources tant chinoises qu'européennes dès les moutures précédentes réalisées à partir de 1584. probablement à cause de sa rédaction en chinois. Le premier est le tracé de la mer du Japon. 10 Cité par Dainville. p. 447. et le second la place que celle-ci occupe au sein des grands ensembles terrestres et maritimes. Quant à l'ensemble des matériaux de son atlas. quoique incomplètement. le Japon se situe donc quelque part dans une vaste mer de Chine… Ricci a d’ailleurs très probablement lu l'ouvrage de Maffei. en Chine. la mappemonde de Matteo Ricci est incontestablement celle qui en présente enfin le tracé le moins incohérent sinon le plus réaliste. au moins son Histoire des Indes parue en Italie en 1588. pour que la cartographie sino-jésuite influence en Europe la représentation de l'Asie orientale. assises en la mer Océan dite Sérique. moindrement. En revanche. suscitant diverses polémiques (11). 1972. 1654. 1ère éd. Elle révèle par contrecoup l'état des connaissances géographiques sur la mer du Japon (mer de l’Est) elle-même puisque l'île en constitue l'un des contours. Sa connaissance est liée à celle de l'archipel japonais. surtout si l'on considère qu'Ezo a été effectivement représenté même affublé d'une fausse toponymie. révèle bien l’incertitude qui règne encore chez les Européens quant à la géographie de l’Extrême-Orient maritime. Il faut attendre une cinquantaine d’années. Elle lui accorde logiquement davantage d’influence. cit. Mais Martino Martini reste muet sur la dénomination de la mer du Japon. cité par Bernard (1935). la réalisation de Ricci n'a pas d'impact direct sur la cartographie européenne. Imago Mundi. BROC Numa (1975) : La Géographie des Philosophes . De toutes les cartes européennes ou sinisées qui existent jusqu'alors. Genève. vers le Septentrion… onques reconnues des Anciens » ( 10 ). qui conduisent à la mappemonde de 1602. nous en sommes réduits aux conjectures. Durant ce laps de temps. (1937) : « Early maps of North-Eastern Asia and of the lands around the North Pacific Controversy between G. il affirme les avoir « extrait de quinze livres géographiques chinois » (9). p. 572 p. Revenons sur l’option toponymique riccienne. d’autant que les éléments concernés sont nombreux et importants. 17. la géographie de la mer du Japon (mer de l’Est) commence à être mieux cernée. À la fin du XVIe siècle. l'une des extrémités. et à toutes échelles.est valable en tout temps comme en tous lieux. feront à propos de cet espace. Dans un premier temps. La question du statut géographique d'Ezo préoccupera moult géographes européens.. qui s'articulent autour de deux points. p. 5 .Géographes et Voyageurs français au XVIIIe siècle. cit. DAINVILLE François de (1969) : La Géographie des humanistes. 11 BREITFUSS L. et donc à la relation particulière qu'entretiennent Européens et Japonais quant à la cartographie de cette région. p. de même qu'aucun cartographe sinisé. alors qu'elle en a sur la cartographie sinisée. Il semble donc que Matteo Ricci ait choisi de sa propre initiative de dénommer ainsi la « mer du Japon ». Slatkine Reprints. Le trentin Martino Martini (1614-1661) fait paraître son Novus Atlas Sinensis (Nouvel atlas chinois) à Anvers en 1654. op.. Au sein de la métagéographie des jésuites de l'époque. Autrement dit. Paris. rédigée en latin par le jésuite Maffei en 1571 et traduite la même année en français par le jésuite Auger. aucun cartographe européen ne mentionne de « mer du Japon ». 87-99. Comment expliquer ce choix ? Sauf information méconnue. Delisle ». II. F. Il le réalise à partir de ses voyages et grâce aux informations ou aux documents qu'il a obtenus lors de son premier séjour en Chine (1643-1650). comme il l’indique : « La carte schématique de la Chine a été dessinée par les lettrés de la Chine eux-mêmes » (8). 127. Paris 1940. la primauté met Ricci dans un rôle particulier. Bernard-Maitre (1935).

Dunmore et De Brossard (1985). qui occupe le milieu de l'espace concerné. Le texte original envoyé par Lapérouse et reproduit par Dunmore et De Brossard indique le chapitre XVII. t. Cette précision est d’ailleurs apportée lorsqu’il décrit les « côtes de Tartarie ». Ensuite. actes du colloque d’Albi. p. Schütte. cit. Archivage à la Staatsbibliothek de Münich. Jacques-Nicolas Bellin. mars 1985. Lapérouse est celui-là même qui. à l'ouest de ce toponyme. 399. XXI. l'inscription en majuscule Oceano boriale del Gappone (sic). par le voyage de Lapérouse en 1787 qui devance les Japonais eux-mêmes. Mss. qui correspond en fait à la première création de 1646 d'après J. à leur défaut. 14 SCHÜTTE Joseph F. 387. autres que celles de Ricci. jusque-là peu intéressés à connaître l'ampleur de cette île qu'ils qualifient de « Barbare » (Ezo 蝦夷) à l'image de la métagéographie chinoise. Anglais passé au service du duché de Toscane durant une trentaine d'années. ne donne pas le nom d’un monarque français ou d’un héros européen à l’espace qu’il repère. L'insularité d'Ezo n’est que définitivement attestée que très tardivement. p. Situé à la fin du chapitre 21 du troisième volume de la transcription de Milet-Mureau. il est mentionné Il Mare Settentrionale di Iappone o Giappone et. les Janvier…) (13). Lapérouse opte donc pour le Japon et « mer du Japon » car ce sont des navires japonais qu’il a croisés dans cette mer au cours de son expédition. 29-58. Il mare Australe di Iezo o 6 . En reprenant le choix toponymique proposé par Lapérouse. en dehors même de la nationalité de l’explorateur et au-delà d’une volonté impérialiste d’imposer un nom occidental. ils doivent être religieusement conservés. plus son onomastique est susceptible de subir l'influence des orientations mieux connues du côté de la péninsule Coréenne et des rivages japonais du San. Association Lapérouse Albi. Icon. Imago Mundi. 464 p. ceux qui ont été donnés par les plus anciens navigateurs : ce plan dont je me suis fait une loi a été fidèlement suivi dans les cartes qui ont été dressées pendant ce voyage : et si l’on s’en est écarté. Rabastans. il explique sa méthode : « Je crois que lorsque les noms du pays sont connus.. Les cartes européennes de l’archipel japonais à la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle Les cartes de Robert Dudley (1573-1639). 1661) (14). ou. et d’autres cartes européennes proposaient aussi ce nom. + 61 p. se démarquant de la plupart des explorateurs de l’époque. soit en haut à droite (1646) (15). 57-98. à donner un tracé global de la mer du Japon (mer de l’Est). sont les premières réalisations européennes. des Britanniques en particulier. Abandonnant la tradition de plusieurs géographes français qui utilisaient le nom de « mer de Corée » au cours du XVIIIe siècle (Guillaume Delisle. Schütte. Selon J. Elles introduisent trois éléments à ce propos (1646. Enfin on trouve la dénomination de Mare di Iezo en position variable. en le complétant. Pierre Amalric dir. soit en haut à gauche du profil (1661). 12 Cité par : KOBAYASHI Tadao (1988) : « Lapérouse dans les mers proches du Japon ». 15 Dans la seconde édition florentine de 1661. en traversant et en cartographiant scientifiquement le premier la mer du Japon. Il choisit le toponyme d’un pays qui lui semble le plus approprié à la géographie locale. ce n’est que par ignorance. Car Lapérouse. II. infra. Péninsule. les géographes et cartographes de divers pays reconnaissent la primeur de celui qui a eu les moyens de reconnaître complètement et scientifiquement un espace. F. 13 PELLETIER Philippe (2007) : « La cartographie de l’Asie orientale et la dénomination de la « mer du Japon » (« mer de l’Est ») aux XVIIe et XVIIIe siècles ». p. devient le personnage-clef qui lui consacre son nom dans la géographie mondiale à partir du XIXe siècle. se trouve également. Dudley l'a repris de Ginnaro. en haut à droite du profil. p. (1969) : « Japanese cartography at the court of Florence. d’annexes. 397-399. Robert Dudley's maps of Japan. Tout d'abord. À propos des terres déjà connues. l'inscription Mare di Corai (mer de Corée) placée au large de la côte coréenne. 1. p. selon un principe de réalité. 54. 2.moins la mer du Japon est connue du côté septentrional. Bicentenaire du Voyage de Lapérouse 1785-1788. en minuscules et en caractères plus petits. 140.in ou du Hokuriku. et jamais pour vaine et ridicule gloire d’imposer un nom nouveau » (12). op. F. 1606-1636 ».

Dudley s’inscrit dans la filiation Moreira/Tsuzu. Elle conduit Ortelius à modifier sa représentation du Japon dans ses productions ultérieures. Sur la filiation des cartes Moreira-Blancus-Ginnaro-Cardim-Dudley-Sanson.ordonnée en latitude et en longitude . selon la logique de l'emplacement. La forme est moins grossière. La première carte dont Dudley s’inspire est donc celle de Luís Teixeira (1595). Nous savons peu de choses sur ce Portugais. Il utilise la cartographie chinoise. des noms de rivières et de montagnes). C’est un mathématicien qui sait utiliser les instruments astronomiques et géographiques. La seconde carte européenne décisive est celle d'Ignacio Moreira (1538?-1601?). p. même si quelques copistes à la traîne ne suivront pas forcément le train de l'actualisation. Les contours sont mieux cernés. appréciée et utilisée comme modèle de base pour l'élaboration de nouvelles cartes où les concepteurs européens ajouteront de nouveaux éléments. en 1592. publiée dans l'édition 1595 de l'atlas. déjà existantes au Japon à cette époque. il ne semble pas que Teixeira ait eu en main des documents du type Moreira (cf. Grâce à l'astrolabe notamment. cf Hubbard (1994). Imago Mundi. tempestoso. ce qui correspond soit à la Manche de Tartarie. qu'au cours de son périple Ignacio Moreira ait eu connaissance des mappemondes-paravents dites namban byôbu 南蛮屏風. soit à la mer d'Okhotsk. Imago Mundi. Moreira parcourt une bonne partie du Japon. XVI. La position en latitude et en longitude du Japon est à peu près correcte. p. Grâce à son insertion dans le très prisé atlas d'Ortelius. Japoniae insvlae decriptio. 91. (1994) : « The map of Japan engraved by Christopher Blancus. Il s'enquiert également des distances de différents lieux auprès des Japonais. avec une marge d'erreur de 5' pour la latitude sud. 7 . Il apporte au célèbre cartographe flamand Abraham Ortelius (1527-1598) quelques compléments sur le Japon pour le Théâtre du monde (Orbis terrarum) de 1570.du Japon. Les sources de Teixeira semblent diverses d'après les filiations que l'on peut établir faute d'informations précises. de 3°5' pour la latitude nord. surtout de l'ouest. ses connaissances et son travail de cartographe. la Corée est considérée comme une île. 17 HUBBARD Jason C. Pendant deux ans (1590-1592). 46. Il consulte aussi la carte néerlandaise de Linschoten/Van Langren via une copie de Petrus Plancius. Rome. Il propose une véritable fusion de la conception cartographique européenne du Japon élaborée du milieu du XVIIe siècle. sinon probable. des cartes du type Jôtoku-ji ou encore des cartes Gyôgi (comme semblent le prouver certains détails surinsulaires) (17). ambassadeur du vice-roi des Indes. comme il le précise lui-même dans l'Explication accompagnant sa carte. selon la logique adoptée par Dudley. Il s’appuie sur le modèle Vaz Dourado (la forme de Shikoku). Alexandro Valignano loue sa passion. Il se fonde sur les types de carte Gyôgi 行基 (peut-être le modèle qui fut retracé et laissé à Florence) et Jôtoku-ji 淨得寺 (d'après des toponymes comme le lac Biwa. Il dispose en Italie d'abondants matériaux jésuites. Ginnaro et Cardim. membre d'une famille de cartographes et travaillant pour le roi d'Espagne. 1617 ». Il s’inspire aussi de Luís Teixeira (1595). La carte ne fournit aucun toponyme maritime. durant la deuxième mission de celui-ci au Japon qui l'amène jusqu'à Toyotomi Hideyoshi (entrevue à Kyôto de mars 1591) (16). L’écart entre les longitudes est inférieur de 1° à la réalité. Les lacunes et les erreurs restent néanmoins importantes : Honshû est orienté O-E au lieu de SO-NE. un jésuite portugais qui accompagne le Visiteur Alexandro Valignano (1539-1606). il lui envoie une carte du Japon. 16 SCHÜTTE Josef Franz (1962) : « Ignacio Moreira of Lisbon. Puis. Moreira effectue plusieurs relevés de terrain qui lui permet de tracer la première carte scientifique . De nombreux détails sont ajoutés. 84-99. infra). les îles sont encore déformées. à qui il emprunte l'étirement singulier de la péninsule Coréenne et le trait du littoral chinois qui ressemblent fortement à la carte du Gujin xingsheng zhi tu 古今形勝 之圖 de 1555. sa carte du Japon est particulièrement diffusée. Il est également possible. p. cartographer in Japan 1590-1592 ». 116-128. Son apport est considérable par rapport aux documents antérieurs. dont il recopie même les coquilles toponymiques. Vu les dates. Dans son Histoire de l'Église au Japon (1601).

autre jésuite. et première moitié de 1633) (20). mais adopte Oceano boreale au nord.. Réfugié à Macao. p. au moins en partie. Moreira dessine en particulier la partie nord-est de Honshû. Mais peu importent la genèse et l'antériorité. selon Josef Franz Schütte. son travail géographique ne reste pas ignoré de ses contemporains. il s'engage dans un vaste travail de documentation sur le Japon et l'Asie orientale. p. assurément Moreira-Tsuzu. ce qui compte. Il est possible que Ginnaro ait utilisé. ni Ginnaro ne se sont rendus au Japon.. 8 . à moins que. 4.Focalisation sur les cartes du type Moreira). d'où son surnom de « Tsuzu » : « l'Interprète ».il se rend précieux. lors de la mission de 1590-1592. Il ruinerait a contrario l'hypothèse d'une forte influence riccienne. 6. Moreira-kei chizu wo chûshin to shite » (À propos des premières cartes du Japon faites par les Européens . Il fréquente le jésuite António Francisco Cardim (1596-1659) lorsque celui-ci vit à Macao (1622/23-1638). Mais toutes sont perdues. ne serait-ce parce qu'Ignacio Moreira en parle lui-même. op. João Rodrigues Tsuzu réalise notamment plusieurs cartes. c'est la diffusion du document et sa nature. soit européennes. op. à cause de ses implications tant religieuses que commerciales.Le résultat est tout à fait appréciable. hypothèses et reconstitutions. 20 Schütte (1969). à l'âge de quinze ans. Grâce à ses talents dans de multiples domaines . dont au moins une du Japon qui comporte les degrés. un savoir-faire commercial . son aîné de plus d'une vingtaine d'années. et un bout d'Ezo. 18 19 COOPER Michaël (1973) : This island of Japan : João Rodrigues' account of 16th century. Son Historia ellemême végètera dans les archives du collège jésuite de Macao dont elle ne sortira qu'en 1761 pour gagner Madrid en 1773. TAKAHASHI Tadashi (1985) : « Seizen suru shoki Nihon chizu ni tsuite I. de nouveaux principes cartographiques et onomastiques ne se soient superposés aux précédents : mais lesquels ? En tous les cas. Lui non plus ne fournit toutefois aucun toponyme maritime. que João Rodrigues Tsuzu est en contact au Japon avec celui-ci. une information sur les choses japonaises. Cette fonction précieuse n'empêche pas son expulsion du Japon en 1610. Il devient l'interprète de Hideyoshi (à partir de 1591) puis de Ieyasu. il entre au noviciat jésuite d'Usuki dans le Bungo. La troisième carte est due à João Rodrigues Tsuzu (1561-1633). précisément. il est difficile d'interpréter cette innovation. aux jésuites comme aux Japonais. Là encore. le cas de Sanson et de Dudley). (1987) : « Jûshichi seiki Nihon chizu ni okeru Teisheira gata to Moreira gata : Sanson to Daddorei no baai » (Les types Teixeira et Moreira dans les cartes du Japon du XVIIe siècle . où il meurt. contrairement à Moreira et à Rodrigues Tsuzu. soit influencée par Ignacio Moreira. y compris à Pékin. Il est donc parfaitement envisageable et plausible que la toponymie ricienne de « mer du Japon » ait été transmise à Cardim pour sa carte de 1646. cit. Nihongakuhô. Soulignons que ni Cardim. 50. p. Il garde Oceano Cinese au sud de Honshû. 21 Schütte (1969). peut-être élaborée et envoyée à Rome dès 1635. Né dans les montagnes de Beira au Portugal. en 1580. propose toutefois une toponymie en partie différente (1641). au moins au cours de deux périodes où ils se trouvent ensemble dans la cité (juin 1615 à 1626 . la conception chinoise dénommant les mers par leur orientation et qu'il se soit inspiré d'une carte chinoise (mais laquelle ?). et qu'ils ont élaboré légendes et parures en fonction de leurs objectifs » ( 21 ). 1-33 . la division en provinces. Kôdansha. ce que ne fait pas du tout Teixeira. le géographe japonais Takahashi Tadashi estime ainsi que la carte de Moreira se fonde probablement sur une carte de Rodrigues Tsuzu (19). Pour autant. soit japonaises. Après moult recherches. ce mousse atterrit au Japon en 1577. etc. Tôkyô. sinon indispensable. résumé par son Historia da Igreja do Japão (1634) (18). « il paraît probable que Ginnaro et Cardim ont eu entre les mains une même carte. ce que fait maladroitement Teixeira. 49. soit une carte faite par celui-ci. p. Bernardino Ginnaro (1577-1644). Trois ans plus tard.une maîtrise exceptionnelle de la langue japonaise qui le conduira à réaliser deux ouvrages de grammaire extrêmement précieux (en 1604-8 et en 1620). Nihongakuhô. et qu'ils sont donc dépendants de sources indirectes : soit chinoises. 111-135. Nous savons. cit. João Rodrigues Tsuzu a travaillé en Chine dans l'entourage des cartographes ricciens.

la prise de connaissance à la fin du XVIIe siècle provoque un retournement conceptuel. ni le moyen de s'informer en détail de la situation des Villes et du cours des Rivières ». Ensuite. Elle se replie facilement sur elle-même. surtout. En outre. Il s’agit d’abord d’un État tributaire tellement fidèle à la Chine et si proche de celle-ci qu'elle n'en apparaît. que cette bande de terre correspond à Iezo (= Hokkaidô). 23 BOULESTEIX Frédéric (2001) : « La Corée. 297. en mettant à part le cas de Matteo Ricci. la Cour coréenne a suffisamment de soucis intérieurs et de pressions extérieures.Le trio toponymique de Dudley pour la mer du Japon (mer de l’Est) .Oceano boriale del Gappone. dont le nom de « mer de Corée » ou « mer de Tartarie ». le shôgunat nippon et les pirates wakô. qui figure. 1. 424. et facilement traversable. Le Mercier. une province. à partir du XVIIe siècle. Ce n'est quand même pas assez pour les cupides Européens. l’influent lettré jésuite Jean-Baptiste du Halde (1674-1743) relève. Ainsi. Paris. Elle favorise l'éclosion d'une toponymie maritime et régionale liée à ce pays. sur la base des observations rapportées par le père Régis. la Corée est topographiquement éloignée des grandes routes maritimes de l'époque et. une île provisoire Si le voile géographique est peu à peu levé sur l’archipel japonais et le couple Cipango-Japon. Autrement dit. la Corée se retrouve durablement écartée des curiosités européennes. Mare di Corai. Cette relative ignorance géographique de la Corée par les Occidentaux a bien entendu des répercussions importantes sur la cartographie et. à tort. y compris par rapport aux cartes antérieures qui relèvent de la même famille. De fait. Inversement. elle ne détient pas alors de richesses susceptibles d'intéresser les Européens. en particulier. encore au milieu du XVIIIe siècle. tirées des memoires du Pere Regis » (sic). pour les regards extérieurs. mais un concepteur de cartes nautiques. ce qui contribue à la distanciation de ses routes maritimes. et la chasse des zibelines » (22). 426. vol. qu'elle ne juge pas nécessaire de s'extravertir outre mesure : elle ne cherche pas le contact avec les Européens. c'est la récolte de la fameuse plante du Ginseng. un Orient autrement extrême ». chronologique. que comme une simple composante. Dudley n'est pas un spécialiste de l'Asie orientale ou du Japon. au contact de la froide et peu peuplée Sibérie. Le commerce entre la Corée et l’Europe est insuffisant. elle se laisse oublier : le mythe du « royaume-ermite » naît ( 23 ). 22 DU HALDE Jean-Baptiste (1735) : « Observations geographiques sur le Royaume de Corée. 9 .constitue donc une véritable nouveauté. la mer du Japon (mer de l’Est) commence à être dessinée par les Européens. On peut en déduire un télescopage d'informations et supposer qu’il avait quand même appris l'existence d'une mer bien circonscrite. 93-111. c'est la première carte européenne. […] personne n'ayant eu la facilité. En revanche. 4. Enfin. G. historique. politique et physique de l'empire de Chine et de la Tartarie chinoise. sur la toponymie. il n'en va pas de même à propos de la Corée dont l'identité spatiale reste mystérieuse pour les Européens pendant plus longtemps. laquelle ne sera colonisée que tardivement par les Russes. coincée qu'elle est entre l'empire chinois. Mare di Iezo . Contrairement aux cartographes qui viennent d’être évoqués. p. ni la côte de la mer. du moins pour le moment… La Corée se retrouve donc dans une sorte d'angle mort de l'Asie orientale. Les cartes de Dudley sont introduites au Japon par les Néerlandais. contrairement au Japon dont les cartes ne cessent de mentionner du XVIe jusqu’au XVIIIe siècles l’existence de mines d’or ou d’argent. pour trois raisons au moins. une très large bande de terre s'apparentant au littoral de la Sibérie et reliée à la péninsule Coréenne. à propos du Japon et de l'autre côté de la supposée mer du Japon. après avoir souligné que « nous n'avons point vu nous-mêmes le dedans du Royaume [de Corée]. p. Robert Dudley estime. Revue de littérature comparée. Les cartes européennes au XVIIe siècle : la Corée. de façon un peu désabusée que « ce que la Corée a de plus précieux. 3. Description géographique. 1.

ils évitent de prendre parti (Blancus 1617. IV. 26 Asiæ Nova descriptio. Imago Mundi. 30 KEUNING Johannes (1947) : « The history of an Atlas. dessine une péninsule coréenne très réaliste. L'Atlante (1508) du florentin Francesco Rosselli dessine des contours septentrionaux de la Chine et un pays qui ressemble à la péninsule Coréenne de façon assez réaliste. 9.O. 1663). Dans un courrier envoyé en Europe (février 1571). 1573).(26). L'option « isthme » est quand même maintenue par la famille Hondius pour les différentes éditions de leur carte de l'Asie (1631. fondateur d'une église à Kyôto. p. Or Teixeira se fonde sur des sources japonaises : il apparaît donc comme crédible. qui sont les devanciers dans la région. Van Neck (Core Insula. Sur son globe construit en 1632. Diogo Homem (1558). 1630 ou ca. Fernão Vaz Dourado inscrit enfin quelque chose : Core (1571). Dudley 1646 mais pas Dudley 1661…). Mercator-Hondius ». Matthäus Greuter (166?-1638) constitue une seconde exception. Le savoir européen installe en outre un quiproquo qui va durer pendant plusieurs décennies : cosmographes. Philipp Eckebrecht (1630). 1596. assurément tiré du japonais Kori. 220 p. Leiden. mais sans lui attribuer de nom (24). Brill. 37-62. Amsterdam. résume bien la métagéographie européenne de l'époque en soulignant que la Corée se situe au-delà du Japon : encore plus loin. soient d’habitude plutôt bien informés. mais respectueux des autorités du savoir. De surcroît. 1645) et Jan Jansson (1650). à figurer la Corée. 1619). ses successeurs extrapolent l'effilochement comme étant la pointe d'une île.. cartographes et explorateurs croient qu'il s'agit d'une île. 25 CORY Ralph M. ce cartographe de la V. La mappemonde de Gérard Mercator (1569) représente la zone coréenne de façon elliptique (28). tels Jodocus Hondius (1607) qui la trace tantôt comme une île . Mieux informés que les cartographes de cabinet et les Flamands. Peruschi (1597) ne lui donnent pas de toponyme lui non plus. Hessel Gerrits (1580-1633) constitue une belle exception. Gaspar Vilela. Transactions of the Korea branch of the Royal Asiatic Society. un isthme même (27). Ainsi la figurent les cartes de Linschoten/Van Langren (Ilha de Corea. Bien que la quasi24 CRINO Sebastiano (1938) : « L'Atlante inedito di Francesco Rosselli e la sua importanza nell'evoluzione cartografica del periodo delle grandi scoperte ». t. 28 Nova et aucta orbis terrae descriptio… 29 Tartariae sive magni Chami regni. coupée par le bord supérieur de la carte. ne représentent qu'une partie de celle-ci. dans leur cadre. il dessine une Corée encore plus réaliste. tantôt comme une péninsule. les cartographes qui traitent l'archipel japonais et qui sont amenés. que le premier Européen visite la Corée. p. Luís Teixeira dessine sur sa célèbre carte du Japon (cf. C'est ce qui explique l'erreur commise par la suite par l'ensemble des cartographes flamands ou autres. Bien que les Portugais. 1641. Au vu de la mention Corea Insvla.La connaissance géographique européenne de la Corée est donc plus tardive que celle du Japon puisqu’elle lui est postérieure d'un demi-siècle. le travail de Mercator-Hondius sur l'Asie orientale est plutôt limité. néerlandaise de 1617 à sa mort 1633 et. les lettres jésuites sont les premières à mentionner la Corée en évoquant son rôle dans la diffusion du bouddhisme au Japon. (1937) : « Some notes on Father Gregorio Cespedes. Anvers..indiquant Corea Indigeniis Caoli . ou bien Costa de Conrai (1568. Les planisphères de Lopo Homem (1554. 153-163. 10 . Sur sa magnifique carte du Pacifique (1622). à ce titre. il est publié par le célèbre Ortelius qui lui assure une totale légitimité. Lisbonne). supra) la Corée comme une longue péninsule qui s'effiloche vers le nord. Bartolomeu Velho (1554). Domingo Teixeira (1573). Certains oscillent. À l'échelle micro. Géographie historique et histoire de la géographie. Comptes rendus du Congrès international de géographie Amsterdam 1938. II. XXVII. John Speed (Ile Corea. Cardim 1646. inférieur en tout cas aux multiples innovations qu'il apporte par ailleurs (30). 27 Asia. À la fin du XVIe siècle. Willem Janszoon Blaeu (Corea Ins. ainsi que celle d'Ortelius (1570) (29).C. Korea's first European visitor ». p. le père jésuite Gregorio de Cespedes accompagné d'un frère japonais (25). placé au cœur d'un formidable réseau d'informations de première main concernant l'Asie orientale. le 27 décembre 1593. et il écrit sans ambages Corea Insvla (1595). B. 1627). Corea Istmus. toutefois. G. C'est donc tardivement. 1600). De façon générale. qu'ils tracent définitivement.

34 Les deux orthographes de La Pérouse et de Lapérouse sont légitimes et ont légalement cours. Australie. p. Jean Guérard (1634) décrit le Promont. retranscrit en Corea par les langues européennes et notamment par les premiers missionnaires du XVe siècle. de vérifier si ceux-ci sont bien présents. soit colonialistes (Australie et non Australasie ou Notasie. Nouvelle-Zélande…). qui puise ses sources dans le monde sinisé et qui est publié par un atlas notoire. L’IMPÉRIALISME BALEINIER OCCIDENTAL au XIXe siècle Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. 76-78. frère aîné de l'aventurier Jean-Baptiste et comme lui en cheville avec les Néerlandais. celui de Joan Blaeu. Tartarie…). et trace à son tour la péninsule coréenne. Les Britanniques semblent les plus prompts et les plus performants. opère de façon similaire (1640) (32). et s’accompagne de présupposés racialistes (Malaisie. [= promontoire] du Corea. C’est à celle-ci que se rattache Lapérouse dans ses grandes lignes. pour les lieux « découverts ». Melchior Tavernier (1594-1665). mais pas dans les détails. Du moins s’agit-il d’abord de repérer les lieux occupés par les concurrents anglais. L’une repose sur une base ethnique. la curiosité européenne vis-à-vis de l’Extrême-Orient est limitée par le repli japonais. motivée par une compétition entre Britanniques et Français visant l’exploration des dernières terres inconnues : le passage du nord-ouest (le long du Canada et du Groenland). immédiatement et correctement identifié. le compte-rendu de l'exploration du navigateur flamand Maerten Gerritsz (1645). d’estimer si une installation française est possible. t. coréen et chinois. 1508. Polynésie. qui dans son Asie de 1650 trace encore la Corée comme une île. Mélanésie). sont bien plus explicites à 31 32 Carte Universelle hydrographique. Elle se reporte sur la Tartarie dont l’exploration est menée par les Russes (33). Ensuite. bien que le personnage lui-même signât toujours Lapérouse sur les documents dont on dispose. 11 . assoit définitivement l'idée que la Corée est bien une péninsule. une toponymie choisie et imposée par les Européens. p. Charte universelle de tout le monde. il dispose d'autres sources en ce qui concerne le nord du Japon (Yezo) et la Corée : vraisemblablement d'une carte de Christophorus Blancus et. en forme de péninsule (31). La Géographie. puis. espagnols ou russes. correcte en dehors de Teixeira. avec Lapérouse. Il faut souligner que ces explorations entraînent. Acta Geographica. Il provient d'une translation du nom de la dynastie Koryo dont l'idéogramme est lu Gaori en chinois et Kôrai en japonais. Nicolas Sanson. Océanie…). Nouvelle-Guinée. infra. le cas échéant. c’est-à-dire des Asiatiques . THOMAS Jacques (2003) : « Épilogue à la question de l’orthographe du nom de La Pérouse ». avec les expéditions de Cook en particulier et la découverte du chronomètre marin par John Harrison (1761). De Brossard et Dunmore (1985). João Teixeira Albernas I (1649) reprend la tradition portugaise. explorant la mer du Japon (mer de l’Est) (34). XI. En revanche. cit. 33 Pelletier (2007). I. et que celle-ci s’est effectuée selon deux types d’approches différentes sinon antagonistes. pour des états postérieurs. le nom du pays coréen est. Micronésie. Les brouillons rédigés par Charles Pierre Claret comte de Fleurieu (1738-1810). « découvrant » la Polynésie et. l’un des préparateurs de l’expédition. néerlandais. L’expédition de Lapérouse en Extrême-Orient n’est pas sans ambitions coloniales de la part de l’État français. Finalement. Nouvelle-Zélande…) et septentrional (Hawaii. la cartographie du jésuite Martino Martini (1654 et 1655). adopte la solution conforme dès sa carte de Chine de 1656. quant à lui. l’océan Pacifique méridional (Polynésie. cit. op. Mais les Français ne sont pas en reste. in Théâtre contenant la description de la carte générale. L’expédition de Lapérouse (1787) constitue une première brèche. L’autre peut être qualifiée d’humaniste (Insulinde.totalité de ses informations provienne des Blaeu. 2. op. car il fallait détacher cette terre du continent asiatique.

Lapérouse n’est finalement que l’héritier de ce tropisme. Jean-Nicolas Buache de la Neuville (1741-1825). D’après la carte de la mer d’Okhotsk donnée à Lapérouse au Kamtchatka.T. 38 Pelletier (2007). essentiel et fondamental. Imprimerie Nationale. dans la réouverture forcée du Japon shôgunal par les États-Unis en 1853 et. prospère et profitable. fondée sur les différents produits qui en sont extraits (huile surtout. 324 p. Il existe d’ailleurs en France une tradition d’intérêt et de curiosité géographiques pour cette partie du monde. C’est bien elle qui précise la géographie de cette région. 36 DE BROSSARD Maurice. 53. Louis Delisle de la Croyère (1687-1741). 39 BURCIN Terry (2005) : Commodore Perry’s 1853 Japanese expedition : how whaling influenced the event that revolutionized Japan. participe aux expéditions russes en Sibérie. p.. Il est même probable que son rôle conjoncturel et 35 GAZIELLO Catherine (1984) : L’Expédition de Lapérouse 1785-1788. La plupart d’entre eux évoquent une « mer de Corée » (38). descendant des Delisle. et d’un besoin urgent de la part de l’Amérique du Nord dans ce domaine.-A. 94 p. qui ne sont pas sous domination russe » (35). 205. 12 . 2. Le jésuite Antoine Thomas (1644-1709) cartographie la Tartarie. Son frère Joseph-Nicolas Delisle (1688-1763) est cartographe au service de la couronne russe. plus quelques noms de baie sur les côtes sibériennes (36). La désormais célèbre expédition militaire états-unienne commandée par le commodore Matthew Calbraith Perry (1794-1858) se place en effet dans le cadre d’une compétition baleinière internationale farouche. reconnaissait Formose. Corée comprise (39). Thesis. Milet-Mureau (1797. op. mais elle n’en a pas moins été un levier crucial. 1.. Que la chasse à la baleine soit alors un prétexte pour une politique plus globale d’« ouverture » des pays essayant d’échapper au commerce ou au contrôle occidental. elle popularisera plusieurs toponymes comme « mer du Japon ». réplique française aux voyages de Cook. mais aussi fanons. M. « précis et détaillés ». par exemple dans l’une des Kouriles méridionales. La pression de la chasse baleinière américaine Le contexte change avec l’essor de la chasse baleinière à partir du XIXe siècle. mais on n’envisage rien de plus qu’un comptoir commercial. outre la recherche de mouillages pour escales.ce sujet. comme le remarque Catherine Gaziello. mais. ambre. op. « détroit de Lapérouse ».. dans la reconfiguration géopolitique de l’ensemble régional. L’expédition de Lapérouse n’a finalement pas d’impact colonialiste direct. par conséquent. Son demi-frère. que la version finale du voyage publiée par L. cit. même si son choix toponymique diffère finalement comme on l’a vu. Son voyage permettait d’affirmer l’insularité de Yeso [Hokkaidô] et découvrait le détroit qui la séparait de Sakhaline. 37 Gaziello (1984). participe d’ailleurs à la préparation de son voyage. 316 p. Paris. récits et documents originaux. Guillaume Delisle (1675-1725) cherche à résoudre la question de l’insularité de Hokkaidô. comme le souligne Catherine Gaziello : « Du strict point de vue de l’exploration. Virginia Polytechnic Institute and State University. « manche de Tartarie ». il s’agit de « repérer l’emplacement de futurs établissements coloniaux là où nul autre Européen ne s’est déjà installé. Paris. les Russes ne savaient pratiquement rien de cette partie des côtes du Japon » (37). Tome I. les îles des mers de Chine et surtout Sakhaline dont l’existence était à peine connue auparavant. voire « Sakhaline » (Saghalien ». Avant l’arrivée du pétrole à la fin de ce même siècle.S. Déjà.H. cit. Lapérouse apportait la première carte précise des côtes du Japon et de la Tartarie. p. Autrement dit. cela ne fait guère de doute.A. 514 p. évoquée avant lui par D’Anville en 1734). et constamment rééditée depuis). par son repérage des lieux. glycérine…). C. les pays occidentaux qui s’industrialisent en font une activité économique intense. C’est dans ce contexte que les « rochers Liancourt » vont être découverts par les Européens. DUNMORE John (1985) : Le Voyage de Lapérouse 1785-1788. et Tome II. On oublie souvent que la chasse baleinière joue également un rôle énorme. Ce détroit reçut le nom de Lapérouse.

la chasse à la baleine états-unienne bénéficie en effet de nouveaux moyens technologiques plus performants qui culminent avec le lancer de grenade à la fin des années 1840.. conclut en fait un épisode dont l’origine remonte à une cinquantaine d’années auparavant. à partir de Hawaii (nommé les îles Sandwich à l’époque) notamment. d’autant qu’elles sont également fréquentées par les concurrents norvégiens ou britanniques. conférence. et qui. p. 6. rien que pour les États-Unis. exerce un lobbying auprès du Congrès et du gouvernement états-unien afin que les eaux du Pacifique soient « protégées pour la pêche et la chasse à la baleine » par des navires de guerre (discussion avec le consul américain d’Honolulu en 1832) (41). arguant de l’importance stratégique et géopolitique de cet espace (Hayashi Shihei 林子. Japanese language research center reports. La soixantaine d’habitants d’origine blanche se retrouvent donc citoyens japonais. remontent dans le Pacifique septentrional. Elle prend son essor sur la côte nord-est des États-Unis. op. il finit par être redécouvert par ceux-ci. Il trouve une oreille très 40 TANAKA Hiroyuki (1998) : « How the Japanese of the Edo period percevied the Ogasawara Islands ». 44. c’est-à-dire les baleiniers en réalité. trois cents navires baleiniers. les stocks de cétacés s’y raréfient. voire revendiqué. ils fréquentent l’archipel Ogasawara 小笠原諸島. l’Alaska (1835). 41 Burcin (2005). fréquentent ainsi les eaux entourant l’archipel japonais. et inhabité. Au cours des années 1820. LONG Daniel (2003) : « The Bonin (Ogasawara) Islands : a multilingual. apprenant l’existence d’une population parlant anglais sur ces îles. forts de leurs navires de 300 à 400 tonnes et de leurs équipages de trente à quarante personnes. cit. France) désireuses de rouvrir le Japon ou la Corée. non sans soulever ultérieurement quelques interrogations identitaires et remises en cause problématiques de la conception nationalitaire japonaise selon laquelle est japonais celui ou celle qui est d’ethnie japonaise. et connu sous le nom de Bunin 無人 (« Sans personne ». multiethnic and multicultural community in Japan ». les eaux de l’Atlantique septentrional sont pillées. finit par s’y intéresser et par rompre l’omerta qui avait causé des ennuis aux lettrés ayant essayé de le faire avant lui. Le shôgunat. 14. Ils gagnent Hawaii (1819). représentée par un avocat de l’Ohio. Russie. avec les ports de Nantucket et de New Bedford pour fiefs. 17 février. Mais comme les navires occidentaux se rapprochent régulièrement de l’archipel japonais au début du XIXe siècle. L’une des premières demandes de Perry auprès des autorités shôgunales. il y affirme sa souveraineté en 1862. Dès 1823. et enfin vers l’archipel japonais et la mer d’Okhotsk. p. 13 . de se ravitailler dans les ports japonais. plus tard déformé en Bonin). En 1846. comme cela figure dans les premiers items de sa lettre de mission. L’activité rapporte beaucoup d’argent. Dès 1828. Des Américains provenant de Honolulu s’y installent subrepticement en 1830. Cette revendication. The Asiatic Society of Japan. Harvard Journal of Asiatic Studies. 31-58. Satô Nobuhiro 佐藤信淵. 1/2. à partir de 1843. KUBLIN Hyman (1951) : « The Ogasawara venture (1861-1863) ». Après le passage de Perry en 1853. se rapprochant ainsi du Japon. p. Watanabe Kazan 渡辺華山…). le Kamtchatka (1843). cet archipel est en effet laissé de côté. et qui occupe d’ailleurs une place particulière dans la progression américaine et occidentale (40). situé à plus de mille kilomètres au sud de Tôkyô. par les autorités japonaises qui le considèrent comme une sorte d’espace tampon vers le sud et l’est. l’industrie baleinière américaine. Au début du XIXe siècle. Reynolds (1799–1858). Mais. assez rapidement. S’y ajoutent les navires baleiniers français qui exercent d’abord dans l’océan Atlantique méridional. Les baleiniers états-uniens se tournent alors vers les eaux du Pacifique septentrional. puis dans le Pacifique méridional. Jeremiah N. cette exigence même puisqu’elle est appuyée sur la menace armée. 261-284. ou « Inhabité ». est d’obtenir l’autorisation pour les navires américains.pressant a permis aux États-Unis de devancer les autres puissances occidentales (Royaume-Uni. Il s’agit notamment de chasseurs de baleine car les eaux environnantes sont riches en cétacés. Officiellement intégré en 1675 dans le territoire japonais à la suite d’une expédition commanditée par le shôgunat.

L’un d’entre eux qui finit par rentrer au Japon en 1851 donne. les prises enregistrées par le kumi (« groupement de pêcheurs ») de Katsumoto-Meme 勝本メメsur l’île d’Iki chutent de 138 cétacés en 1845 à seulement 14 en 1856 (44). Mercator Cooper. L’un d’entre eux. with the Japanese commissioners at Kanagawa. et il est refoulé par des tirs. leurs homologues états-uniens et même français fréquentent toujours davantage les eaux japonaises. le 31 janvier 1849. un baleinier états-unien. Bay of Yedo. sont passibles de la peine de mort conformément à la loi shôgunale. Au cours de la même période. ces rescapés japonais restent d’abord à l’étranger. sans plus de succès. l’affaire du Lagoda. Henry Polkinkorn. récupère cinq naufragés sur une petite île au large du Japon. Bien que les autorités shôgunales ne soient jamais rentrées en contact directement avec le Morrison. C. Spinner Publications. et tout retour. 1854. Par exemple. l’équipage de deux de leurs baleiniers qui font successivement naufrage est sauvé et récupéré par des navires étrangers. comme dans la même période. deux futurs leaders de la Restauration Meiji. Kawada Shoryô 河田小竜 . Au cours de sa détention. and which finally resulted in the treaty concluded by Commodore M. récupère des naufragés japonais et fait route jusqu’à Edo. Perry. un rangakusha 蘭学者 . Nakahama Manjirô 中浜万次郎 (1827-1898). 22 p. S. revient au Japon en 1843. Après avoir passé deux ans en mer sur le John Howland. Mass. intitulé Évocation d’un naufrage vers le sud-est (Hyoson kiryaku 漂選紀略 . une opinion favorable envers les Américains. KITADAI Junji (2003) : Drifting toward the Southeast. En avril 1845. et augmentent le nombre de leurs captures. il revient au Japon en 1851 avec deux autres compagnons. un bateau japonais de cinq pêcheurs fait naufrage en janvier 1841 au large de Shikoku. après leur arrivée en Hawaii. même rempli de bonne volonté. Ils sont aussitôt arrêtés. Il débarque les naufragés. qui les met davantage sur leur garde. qui insiste déjà beaucoup sur l’expansion outremer.ya. mais l’équipage américain est contraint de rester à bord. end of an era ? Londres. Quand l’un des prisonniers finit par se pendre. Libéré. Son commandant.. Washington. l’aide à transcrire son récit. dont il reparle dans son livre. May 10th. il les enseigne à l’école de son fief d’origine. 1852). il est longuement interrogé sur les techniques baleinières américaines. Parmi ses élèves se trouvent Iwasaki Yatarô 岩崎弥太郎 (1835-1885). qui connaît un certain succès (43). En effet. 14 . the story of five cataways tolf in 1852 by John Manjirô. New Bedford. Curzon Press. rencontrera un haut responsable des Affaires étrangères américaines pour faire son rapport. Mais. un autre baleinier états-unien. Tosa. sous le prétexte ostensible d’y ramener sept marins japonais naufragés. Les baleiniers japonais commencent alors leur modernisation. aux côtés des techniques modernes de navigation. Il étudie la pêche et la chasse à la baleine à New Bedford et Fairhaven. aux autorités japonaises qui l’interrogent. le futur fondateur de l’entreprise Mitsubishi. U. et jusqu’auprès de la présidence (42). même accidentelle. 1851. Puis la politique japonaise s’assouplit. récupéré en 1838 par le baleinier James Loper provenant de Nantucket. on the 31st March. le capitaine Whitfield jusqu’à Fairhaven aux États-Unis. Ce baleinier états-unien provenant de New Bedford s’échoue sur les plages japonaises. Nakahama John Manjirô est interrogé pendant soixante-dix jours. alors âgé de quatorze ans. Le navire arrive à Uraga. Comme toute sortie des Japonais du pays. le John Howland. En 1841. 43 KAWADA Shoryô. Navy. conseiller du Secrétaire d’État. les 42 PALMER Aaron Haight (1857) : Documents and facts illustrating the origin of the mission to Japan : authorized by government of the United States. Un dénommé Jirokichi. Sakamoto Ryôma 坂本龍馬 (1836-1867) et Gogo Shojirô. Il retente sa chance à Kagoshima. 44 KALLAND Arne et MOERAN Brian (1992) : Japanese whaling. Mais des missionnaires et des marchands les accompagnent également. Ses hommes sont capturés et enfermés pendant plusieurs mois dans des conditions cruelles. suit. NAGAKUNI Jun. occidentaux. Ce navire états-unien tente d’entrer au Japon.attentive auprès d’Aaron Haight Palmer. 284 p. une concurrence s’instaure. Les communautés baleinières japonaises contribuent également à modifier la donne. le Manhattan. En 1837 survient « l’affaire du Morrison » (Morrison-gô jiken). Les conséquences qui en résultent ne tardent pas à se manifester. Les tensions augmentent. Puis arrive. elles en gardent l’impression d’une véritable menace.

puis la possibilité de se ravitailler dans les ports japonais (point 2) et enfin l’ouverture au commerce de ceux-ci (point 3).. cf. 50 Dixunt Étienne Bernet et Jean-Thierry Du Pasquier. Terre et mer. et obtient. en particulier ceux de la Côte Est américaine. 232 p. 46 DU PASQUIER Thierry (1990) : Les Baleiniers français. qui partent 45 BRUNE Lester H. 256 p. de Louis XVI à Napoléon. fils de John Winslow (forgeron mécanicien et ministre quaker) et de Lydia Hecker. Il se voit donc attribuer la conduite des opérations sur le plan tant diplomatique que militaire. l’Archimède. Conférence. Capitaine au long cours. ainsi que la puissance américaine qui s’affirme dès lors dans la région. cit. qui prend conseil auprès du consulat américain en Chine.autorités japonaises laissent le corps dans la cage pendant deux jours. donne un extrait d’une lettre de Winslow. lors des négociations entre Perry et les autorités shôgunales. Le contexte français de la navigation du Liancourt La France possède une longue tradition de chasse baleinière. dont il est le descendant. Il cherche à attirer les spécialistes étrangers. Du Pasquier (1982). op. cit. 47 DU PASQUIER Thierry (1982) : Les Baleiniers français au XIXe siècle. ce qu’il fait en janvier 1817 en amenant avec lui un navire baleinier. Les baleiniers américains peuvent être satisfaits. Celle-ci commence avec les Basques à partir du haut Moyen-Âge. où elle suscite la colère. 15 . Cette prime est doublée pour les navires qui passent le Cap Horn ou franchissent le Détroit de Magellan. le régime de la Restauration décide une politique extrêmement volontariste pour relancer l’activité baleinière (47). Rotary Club de Fécamp. C’est là qu’entre en scène l’États-Unien Jeremiah Winslow (1781-1858) (49). Il décide de s’installer au Havre. Conscient des besoins de l’économie française dont il encourage l’industrialisation. Elle se poursuit avec les Dieppois ou les Dunkerquois qui prennent le relais à la fin de l’Ancien régime. Routledge. op. Le Secrétaire d’État Daniel Webster (1782-1852).S. Foreign Relations. New York. la francisation de celui-ci. dès la signature des Traités de Paris qui mettent fin aux guerres d’Empire (1815). Du Pasquier (1982). ainsi que d’un autre navire nantuckois. et DEAN BURNS Richard (2003) : Chronological history of U. à Bordeaux et au Havre. Paris. 2. Une ordonnance royale du 8 février 1816 accorde. Élément anecdotique. 2. il demande. une prime (de cinquante francs) par tonneau de jauge à tout navire expédié à la pêche des « cétacés ou amphibies à lard » (48). Dès 1817. c’est lui qui récupère la main. Mais elle périclite à cause des contrecoups provoqués par les guerres napoléoniennes et la rivalité avec l’Angleterre (46). 123. on retrouve Nakahama Manjirô engagé comme interprète… Celui-ci participera également à l’expédition shôgunale de 1862 dans l’archipel Ogasawara. plaide pour que les envoyés américains ne se focalisent pas sur l’incident du Lagoda lors de la prise de contact avec les Japonais. 1814-1868. p. I. avec qui les Dunkerquois ont d’ailleurs déjà été en contact au cours des précédentes décennies. Généalogie d’Olivier Payennevill. La chasse dans l’océan Pacifique devient ainsi singulièrement attractive. préface d’Ulane Bonnel. Cette affaire finit par être connue aux États-Unis. le Massachussets (50). il est attiré par les mesures françaises. 49 Né le 20 septembre 1871 à Portland (Falmouth-Maine. Mais le Commodore Perry est d’un avis contraire car il considère cet acte comme celui d’un « peuple lâche et semi-barbare » (45). mais dont l’activité diminue progressivement avec l’ensablement et la petitesse de leurs ports. Henri Veyrier. 48 BERNET Étienne (2010 ?) : Les Armements baleiniers havrais au XIXe siècle. vol. États-Unis). Le président américain Fillmore insiste pour envoyer une expédition navale au Japon. 119. Dès le 8 mai de la même année. p. Grenoble. Webster tombant malade. qui permet de reconnaître ces îles comme territoire japonaise. La nécrologie publiée par The New York Times le 31 août 1858 donne la date de 1814. qui prouve sans conteste la date de 1817. La mission de Perry vise explicitement la protection des marins en détresse (point 1). un peu désabusé de sa profession dans un bureau d’assurances à Nantucket. des armements baleiniers s’engagent à Nantes. et à laquelle succédera une première colonisation japonaise réussie en 1876. 1430 p. décédé à Nantes le 11 août 1858. 1607-1932.

. L’activité semble suffisamment rentable pour que Winslow investisse dans d’autres navires baleiniers.. Migrants dans une ville portuaire : Le Havre. Paris. la moitié des dix capitaines engagés par Winslow sont d’origine états-unienne. sont également composés à moitié d’étrangers. p. où les chantiers construisent leurs navires. Entre 1820 et 1823. qui comptent une trentaine d’hommes (de 30 à 35) par navire. Lespagnol. La plupart sont quakers de surcroît. 240 p. Winslow devient français. cit. op. 125. John Barzman. 125 donne la date de 1822 pour le mariage. il participe aux activités de l’Église réformée du Havre. Éric Saunier dir. les primes d’encouragement ne sont accordées que si les navires sont construits en France et les équipages composés d’au moins deux tiers d’officiers et de harponneurs français. fille d’un aubergiste anglais présent dans la ville depuis longtemps. Dès 1821. D’autres auteurs indiquent Sarah Morris (Jean Lambert-Dansette). éd. p. p. cit. p. Suite à ces réactions. majoritairement des Américains. il construit une maison et fonde sa famille au Havre (51). cit.. p. XXXVIII-59-28 p. op. dir. 45. 54 MANNEVILLE Philippe (2005) : « Migrants et protestantisme au XIXe siècle ». 52 LACROIX Louis (1968) : Les derniers baleiniers français. non sans raisons. or. 147. et de ne pas rendre la pareille. En 1830. quand il achète localement. A. Du Pasquier (1982). famille religieuse à laquelle Winslow appartient fièrement. p. Ses équipages. 386 p. op. 59-68. privilèges. Éditions Maritimes et d’Oute-Mer. cit. il réussit à mettre trois de ses navires en attache à New Bedford et à faire flotter ses trois autres au Havre sous pavillon américain.. 114. et remet un rapport au département de la Marine 51 Mariage le 2 mars 1823 avec Sarah Norris (arbre généalogique d’Olivier Payennevill). Publication des Universités de Rouen et du Havre. 61.A. en considération de ses efforts à promouvoir une nouvelle branche d’industrie. Il est habile. Son fils épouse la fille d’un filateur de Granville (53). Mémoire de D.. Il règne (56). op.E. et des critiques dont la justification reste en discussion. et les fait franciser pour toucher la prime. 1947. p. 57 Du Pasquier (1982). Il s’installe en France et au Havre. Jeremiah Winslow compte huit navires en campagne pour un ensemble de 3 442 tonneaux. il est à l’initiative des progrès techniques en Normandie (55). Université Rennes 2. Louis XVIII. Du Pasquier (1982). à qui les primes accordées aux armateurs baleiniers coûtent de plus en plus cher. op. Il achète ses bateaux à l’étranger. Il rencontre sa future femme. À partir de ce moment. lui autorise « des franchises. En 1822. assez puissante grâce à la présence anglaise ou américaine (54) Mais le succès lui attire des jalousies.. S’ils se marient à New Bedford en 1823. Ses concurrents lui reprochent de profiter des largesses de l’État français. droits civils et politiques dont jouissent ses vrais et originaires sujets » (52). affirmant qu’il ne trouve pas de matériel sur place et que. et 43 en 1837 pour toute la France (57). On en compte une quinzaine rien qu’au Havre. Winslow réplique. XVIe-XXIe siècle. Lointain descendant d’un des pèlerins puritains embarqués sur le Mayflowe. 55 VINCENT Thierry (1992) : Trajectoire historique de la pêche baleinière en France. et qu’il se garde bien de former les marins français. Autrement dit. Il mariera ses deux filles à des négociants suisses et protestants établis au Havre. notamment en engageant prioritairement des marins français et en faisant davantage profiter l’économie locale. cit. Ils affirment que Winslow confie toujours les postes de responsabilité à ses compatriotes. Jeremiah Winslow se défend. que ceux-ci répugnent à pratiquer l’activité baleinière. état-major compris. aux États-Unis surtout. 53 Du Pasquier (1982). Il fait venir tous ses ustensiles des États-Unis ou d’Angleterre. 56 Vincent (1992)..aussitôt en campagne. une ordonnance du 7 décembre 1829 impose que la pêche soit « francisée ». 16 . les armements français de baleiniers se multiplient. Jeremiah Winslow réussit trop bien. À ses concurrents qui l’accusent de donner du travail aux étrangers plutôt qu’aux Français.

ne peut être capitaine d’un baleinier français. Texte relu par A. c’est d’abord sur le plan économique : « Opération avantageuse ». Mais il répugne à la main d’œuvre. La stratégie géopolitique n’arrive qu’en complément. qui renâcle. Louis Lacroix. Mais les différends se poursuivent envers Winslow. qui est l’auteur de ces découvertes.contenant des propositions (réduction de la prime par tonneau de jauge mais augmentation par kilogrammes d’huile rapportée. 674 p. Au début. 61 JONES A. Certaines atteignent même les trois ans. et rappellent leur découverte de des Shetlands du Sud en 1830 puis d’une partie de l’Antarctique grâce à cette activité (60). Britanniques. vers 1820. comme Georges Dubosc (1854-1927). engagé par cette même compagnie. donc à l’avantage des Occidentaux qui les pratiquent intensivement. identiques aux campagnes de morue en Terre-Neuve. 60 DUBOSC Georges (1924) : Les anciens Baleiniers Normands : à propos de l’annexion du pôle sud par l’Angleterre. qui permet de remplir les cales et de maintenir les profits pour les armateurs. « spéculation (…) brillante ». 1837 est le zénith de l’activité baleinière au Havre avec 35 navires baleiniers armés de plus de 400 tonneaux. Charles Hathaway et William Peters). est ainsi engagé par la compagnie baleinière Samuel Enderby & Sons. Samuel Earl. Pour permettre le départ de navires armés par Winslow en 1832. p. explore en premier les mers japonaises en 1819 dans le cadre d’une chasse aux cétacés.II. 19. Bouët. et montés chacun par une trentaine d’hommes d’équipage. 81-82. et dépassent déjà les vingt mois. En 1840. même assimilé. MALON Claude (2006) : Le Havre colonial de 1880 à 1960. L’allongement des campagnes. p. op. Presses Universitaires de Caen. les expéditions baleinières permettent de découvrir de nouvelles terres. et souvent plus techniquement. p. Gardner. le port est au premier rang avec une cinquantaine de navires.E. Il fait partie de cette forte poignée de quakers venus en Angleterre avant la Guerre d’indépendance pour y faire fortune dans la marine (Rotch. capitaines…) réclament encore qu’une plus grande place soit accordée aux Français. Gilbert Smith et William Cargill). y voient une stratégie délibérée des Britanniques. Macy. si l’État français raisonne clairement en termes de « puissance » vis-à-vis de ses concurrents américains et anglais. Incontestablement. Gilbert Smith. s’explique par la raréfaction des cétacés. Étienne Bernet…) se montrent plus discrets sur la dimension géopolitique ou géostratégique qu’implique celle-ci. 17 .2006). 58 59 Lacroix (1968). soit la moitié de la flotte baleinière en France (59). d’où la rétrogradation de plusieurs d’entre eux au rang de second capitaine (Samuel Earl.-E. les campagnes sont encore courtes. mais les équipages sont difficiles à former. Le capitaine John Biscoë (1794–1843). et le ministère la Marine pousse à l’adoption de mesures d’urgence en faveur de la naturalisation. On peut estimer que l’aspect économique prime dans la chasse baleinière occidentale. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (21. Hussey…) (61). et une nouvelle ordonnance prévoit en 1834 qu’aucun étranger. en 1834-1836. Ceux qui décrivent classiquement. D’après C. de huit à dix mois. ne serait-ce que parce qu’elle relève du secteur privé même si elle est encouragée par l’État. Certains.. (2010) : « Les Baleiniers français du XIXe siècle (1814-1868) by J. Arctic Synergies. encore plus brutal que les autres. l’activité baleinière (JeanThierry Du Pasquier. Mais. 81. analyste d’une nouvelle loi sur les Grandes pêches maritimes votée le 22 juillet 1851. Le capitaine Frederick Coffin de Nantucket. Plusieurs personnalités du milieu maritime (armateurs. p. Français et Étatsuniens essentiellement en ce qui concerne l’océan Pacifique. le ministère de la Marine se résout à considérer comme français quatre capitaines américains (James Walch.. naturalisation des étrangers…) (58). cit. G . d’autant que le commandement par les Américains est souvent considéré comme brutal. comme celle du France commandé par Richard Walch et armé par Pierre Mauger (du 16 juillet 1844 au 17 mai 1847). Thierry Du Pasquier ». elles se rendent jusque dans le Pacifique. 116. de plus en plus pourchassés par des navires de plus en plus nombreux. Caen. comme un surplus bienvenu et bénéfique. La situation devient néanmoins intenable. Guézou. Saisie du texte par S.

« mouvement de fonds considérables. et celles qui existent ne concordent pas entre elles. les capitaines successifs du Liancourt sont : « Casper en 1833. travail abondant pour toutes les industries qu’alimente la marine. les inscriptions maritimes (aux archives du Service Historique de la Défense. p. et du 26 octobre 1847 au 12 août 1847 (68). op. 114. probablement à cause des bombardements. 137. Il jauge 361 tonneaux. 230 pour la première série d’informations et p. cit. Reprenons-les. Nous disposons certes de certains documents comme les rôles de bord (aux archives départementales de Seine-Maritime à Rouen). ce qui laisse supposer que celui-ci a navigué sous un autre armement. en revanche Knell si (à partir de 1838). cit. op. Lacroix distingue De Souza (1839) et Lopez (1842. Mais les informations manquent à ce sujet. puis du 26 octobre 1847 au 19 avril 1850 (67). un volume habituel pour un baleinier de cette époque (64). op. Il faudrait des recherches beaucoup plus poussées. soit : du 28 avril 1842 au 14 juillet 1844. Selon Louis Lacroix. Keruel Etienne de La Rochelle en 1838. p. de Souza en 1839.. emploi permanent d’un grand nombre d’ouvriers et de matelots. cit.. op. 3. Knell en 1847 et Lopez (…) en 1850 » (66). CC 5 610. 18 . notamment en analysant les relations entre le ministère de la Marine et les autres ministères. Le Liancourt est construit aux chantiers de Granville. Lacet en 1840. Lacroix (1968). Mais les informations les plus importantes concernant Le Liancourt sont introuvables : à savoir les rapports de mer. Selon Louis Lacroix. ainsi que les relations entre les pouvoirs publics et les entreprises. Le Liancourt et sa neuvième campagne (1847-1850) Le Liancourt fait partie des trois navires baleiniers construits en 1832 par les Chantiers AugustinNormand au Havre (63). Selon les rapports de l’Inscription maritime. p. Keruel Etienne de La Rochelle n’apparaît pas dans l’Inscription maritime. Le Liancourt a De Souza comme second capitaine de 1836 à 1840 et comme capitaine de 1840 à 1852. 15 p. Galorte De Souza dit Lopez.. De Souza n’a pas pris le commandement en 1839 (Lacroix) ou en 1840 (Du Pasquier). à Vincennes) ou divers courriers du ministère de la Marine et des Colonies (Archives nationales à Paris). Vincennes. 282. mais en 1844 (Inscription maritime). à partir de 1840. On voit d’emblée les incohérences entre les trois sources d’informations. de la Marine. Casper apparaît comme capitaine en 1833 (Lacroix). p. op. 64 D’après le rôle de bord. du 14 septembre (?) 1844 au 1er avril 1847. de : Étienne Sébastien Knell. et. Jeremiah Winslow l’achète en 1834 (65). il s’agit. 67 Service Historique de la Défense. plus de force. Earl en 1835. pour établir des conclusions. du 14 septembre 1844 au 1er avril 1847.. cit. du 12 juin 1838 au 9 mai 1840. (…). op. 2. Il lui confie plusieurs capitaines au cours de ses multiples campagnes. tels sont les arguments qu’il met en avant (62). et il prêche donc pour sa propre paroisse. Le Havre. 1850) alors qu’il s’agit de la même personne. 62 BOUËT C. Knell en 1836. 65 Du Pasquier (1982).. 66 Lacroix (1968). Nous en sommes donc réduits à des recoupements et à des conjectures. Selon Jean-Thierry Du Pasquier. disparus à Rouen ou au Havre. Lopez (…) en 1842. ou bien qu’il y a eu des erreurs de dates. 68 Du Pasquier (1982). Il est second capitaine sous les ordres de Knell en 18381839 puis en 1840-1842 (Du Pasquier indique 1836-1838 et 1838-1840). (1852) : Des Bénéfices offerts par la pêche de la baleine et du cachalot jusqu’au 30 juin 1864. p. par suite. 246 pour la seconde. Imprimerie du Commerce. cit.-E. 3. alors que Winslow achète Le Liancourt en 1834. avec l’armée en particulier. puis du 29 juin 1840 au 14 février 1842 (Galorte De Souza dit Lopes [sic] étant second capitaine) . cit. comme nous allons le voir. plus de puissance maritime ». 63 D’après le rôle de bord. Mais ce Bouët est négociant au Havre. Le premier problème se pose à propos de l’identification des capitaines.

230. 19 . cit. 73 Ce sont également les chiffres que donne Pierre-Emmanuel Roux. 220-221. en 1840-1842). Presses de Paris-Sorbonne. p. Les Français dans le Pacifique. navire baleinier américain francisé par Winslow connu pour son naufrage au larde des côtes de l’Angola. mais à un autre niveau. la neuvième. Du Pasquier (1982). en les sériant et en se centrant sur l’expédition qui aurait découvert Tokto (Dokdo). C’est notamment vrai pour les Français à partir de 1844.Knell ne commande pas Le Liancourt en 1847 (Lacroix) mais De Souza (Inscription maritime).. il s’installe en France et y fonde une famille.. Il aurait navigué dessus dès 1833 (70). Une partie de l’équipage gagne Honolulu. D’après les dates qui viennent d’être énumérées. en baie de Toarick. cit. 72 HUETZ DE LEMPS Paul (2006) : « Des Français aux îles Hawaii au XIXe siècle ». autour de l’archipel japonais. ou encore en 1839 ou en 1842 (Lacroix). Elle s’avère un lieu de chasse fructueux. à partir de l’automne. symbolise à lui seul un parcours à l’image de Jeremiah Winslow. d’abord harponneur puis capitaine. d’autant que les auteurs eux-mêmes écrivent des choses différentes dans leur propre ouvrage. 14. il est d’origine étrangère (né à Saõ Jorge des Açores. dans un courrier du 5 novembre 1848 adressé au ministre des Affaires étrangères. Le Liancourt aurait effectué dix expéditions baleinières (73). celle qui nous intéresse plus particulièrement. op. De Souza ne prend pas le commandement du Liancourt en 1840 ou en 1842 (Du Pasquier). Il est difficile d’y voir clair dans cette série de confusions. il décide de naviguer un peu plus au sud de la mer d’Okhotsk. Caroline Françoise Juliette est née Casper. en 1834-1835. mais nous étudierons ce cas important et problématique un peu plus bas. 33 p.. et rentre en France sur un steamer anglais. Comme Winslow. en 18471850. Le rapprochement sociologique et professionnel entre les deux hommes est poussé jusqu’au bout puisque l’épouse de Jean Galorte de Souza. Comme Winslow. en 1844-1847. au cours de la huitième expédition de 1844 à 1847. de 1847 à 1850. op. il est premier lieutenant sur Le Liancourt (en 1833-1834. Jean-Pierre Poussou dir. que « passé le détroit de Corée. op. Il y devient second capitaine (en 18361838. 246 p. qui. Il perd le navire en mer d’Okhotsk le 14 août 1852. et enfin capitaine (en 1842-1844. p. Il poursuit sur la mer du Japon (mer de l’Est)... ROUX Pierre-Emmanuel (2010) : La découverte de Tokdo par le baleinier français Le Liancourt (1849). mais en 1844 (Inscription maritime). p. On peut néanmoins essayer de reprendre les différents éléments. dans la mer d’Okhotsk. Commençons par Jean Galorte de Souza (1804. mais la désertion est considérable (72). 71 Inscription maritime. c’est-à-dire la plus grasse et la meilleure » (74). p. op. en 1835-1836). Galorte de Souza est celui qui l’emmène pour la première fois chasser au large du Japon. Après avoir été harponneur sur le Woodrop Sims (en 1831-1832. Comme lui. Cet homme. fille d’un collègue états-unien de Winslow. en 1850-1852) (71). Cette mer est bien connue des Coréens ou des Japonais pour ses routes de cétacés. et Du Pasquier (1982). Le deuxième problème concerne les détails de cette expédition du Liancourt au cours des années 1847-1850. Le dénommé Lacet évoqué par Lacroix pour l’année 1840 n’apparaît nulle part dans l’Inscription maritime. un autre capitaine baleinier. dit Lopès (ou Lopez). Asa Bullard Casper naturalisé par ordonnance le 1er mars 1833 (69). Lors de l’expédition suivante. avant d’y remonter au printemps. cit. puis en 1832-1833). 74 Du Pasquier (1982). Le consul de France à Honolulu se montre emphatique à ce sujet en écrivant. op. les baleiniers se rencontrent partout. cit. il est naturalisé français (le 8 novembre 1838 par ordonnance du 6 août de la même année). cit. On peut toutefois le reconstituer à partir du 69 70 Du Pasquier (1982).?). redescendent des mers sibériennes au nord pour mettre bas plus au sud. Paris. il adhère à la foi protestante (il se marie au temple protestant du Havre le 30 juin 1853 après la mairie à Ingouville). Son trajet n’est pas connu exactement. soit du 15 juillet 1833 au 14 août 1852. Jean Galorte de Souza exerce la majeure partie de sa carrière de marin sous l’armement de Winslow et à bord du Liancourt. et de l’espèce appelée Russe. 186. archipel dont le harponnage est l’une des activités réputées). en 1838-1840.

Il a déjà chassé quelques cétacés (3 cachalots tués et mis à bord). II. Le Liancourt quitte Le Havre le 26 octobre 1847. Au cours de cette troisième croisière du Liancourt. qui aurait été le premier à l’apercevoir (77). 150-151 dans l’ouvrage de 2005. Il lève l’ancre probablement en octobre pour gagner le sud-est de Honshû.). ingénieur en chef lors de l’expédition Lapérouse (1785-1788) (76). 119-120 dans l’ouvrage de 1998 et p. Il parvient au centre de l’océan Pacifique en mars 1848. entre 46° 43’ et 57° 39’ N et 144° 52’ et 150° 30’ E (9 baleines tuées et mises à bord). cit. Plus loin. Sa première croisière démarre le 13 mars 1848. Le Liancourt effectue une troisième croisière du 7 mars 1849 au 30 juillet 1849. II. cit.. effectuée en mer d’Okhotsk où. une croisière étant une période de pêche proprement dite. Il fait « alors route pour l’île de Dagelet » (alias Ullungdo). il écrit « Monneron ». ultérieurement désignée sous le nom de « roche Liancourt » ou encore « rochers Liancourt » (cf. Dans une variante. datée du 5 septembre 1850. Il y reste probablement près de trois mois. comme nous le verrons après avoir terminé la description de cette neuvième campagne du Liancourt. Mais sous cette évidence apparente se posent en réalité un certain nombre de questions. Elle mentionne qu’elle s’appuie sur le « rapport de mer rédigé le 19 avril 1850 » à l’issue de cette neuvième campagne du Liancourt (75). 1/2 N le 27 janvier. astronome et mathématicien. t. certainement à Petropavlovsk comme il l’avait fait lors de la campagne précédente. « Au même instant [donc le 27 janvier 1849] une roche restait à l’est. Ostrov Moneron) (46° 15’ N et 141° 14’ E. Il se rapproche du Kamtchatka et s’y arrête probablement. qui se trouve au milieu du détroit de Corée » le 24 janvier 1849. Peut-être relâche-t-il ensuite dans l’île de Monneron (Остров Монерон. Manuel de St-Nicolaes (le 23 octobre 1849). Milet-Murean écrit « (…) je l’appelai île Monneron ». qui est la bonne orthographe. coordonnées actuelles). 299. In le journal de Lapérouse. Dunmore et De Brossard (1985). E ». en trois mois.P. 鬱陵島 . correspond absolument aux îlots que les Coréens dénomment de nos jours Tokto (Dokdo) et les Japonais Takeshima. p. 96. l’équipage en a capturé neuf comme on l’a vu.B. 77 « (…) et je fis route à la pointe du jour pour reconnoitre cette isle que j’ai appelée isle D’agelet du nom de cet astronome qui la decouvrit le premier (…) ». 75 Archives Nationales Marine. au nord-est de l’archipel Ogasawara où il engage sa deuxième croisière le 6 octobre 1848 par 30° 24’ N et 140° 37’ E. À partir de là. qui dure cinq mois. Il navigue alors entre 36° 20’ et 42 ° 35’ N. où il embarque un matelot. qui lui reste au N. Dix-sept jours après.울릉도) est celui de Joseph Lepaute Dagelet (1751-1788). mais il semble quitter la zone assez rapidement. Dunmore et De Brossard (1985). nous donne des indications sur la suite du parcours. « Cette roche ». Lapérouse lui-même procédait ainsi.. C’est probablement pour cette raison que Le Liancourt remonte vers le nord et la mer d’Okhostk. Le navire fait route par 00° 43’ S et 121° 45’ O. où il chasse du 21 mai au 30 août 1848. N et par 129° 26’ long. vol. La chasse commence bien (deux cachalots tués et mis à bord). Cette roche n’est pas portée sur les cartes et les livres n’en font pas mention : sa position est par 37° 02’ lat. qui formoit avec celle de Segalien un canal d’environ six lieues. D’après elle. infra) en honneur de sa découverte par le baleinier. p. n° 84 de l’entrée 1851. en l’honneur des ses fidèles. Je lui donnai le nom d’isle Moneron du nom de l’officier de génie employé dans cette expédition (…) ». op. C’était le 27 mai 1787. 76 « (…) une petite isle plate. MAR 3 JJ 366. t. Cette lettre est retranscrite dans deux ouvrages de Li Jin-Mieung.I. 20 . Tout comme Dagelet (Ullungdo. Il se trouve donc dans la mer du Japon (mer de l’Est). 127° et 139° 35’ E. mais elle n’est pas proportionnellement plus importante que la première. 363. également membre de cette expédition.rôle de bord et des notes de l’Inscription maritime. qu’il remonte lentement en direction du sud-est de Sakhaline. il entame quatre croisières successives. Lapérouse écrit lisle Dagelet. n° 22. op. Il gagne la mer d’Okhotsk. Cette île a été nommée ainsi en l’honneur de Paul-Merault Monneron (1748-1788). la chasse est plutôt fructueuse (15 baleines tuées et mises à bord). Le Liancourt passe « au nord de l’île de Tsushima. il est à Hong Kong. en passant certainement par le détroit de La Pérouse. p. Une lettre du Directeur du Personnel du Bureau de l'Inspection Maritime (ci-après D. à propos de nouvelles terres.O.M.

Le méridien origine qui a été choisi est autre que celui de Greenwich. il semble donc avéré que l’équipage du Liancourt a découvert les rochers qui porteront le nom de son navire. Le calcul de la latitude à cette époque est correctement effectué. c ‘est-à-dire un endroit où il n’y a aucune terre en mer. Ce cas est fréquent. IV-b. ce dernier découvrit l'île Lacet près de Matsushima. 4. qu’il double le 30 janvier 1850 par 56° 55’ S.. tandis que Takeshima est anciennement. également par les Japonais. il écrit les éléments suivants à propos des capitaines qui se succèdent à bord du Liancourt : « On y relève [comme commandant du Liancourt] (…) Lacet en 1840. Le 13 mars 1850. Au total. I. avant le milieu du XIXe siècle. en a tuées et transportées à bord 25 qui ont produit 2 629 barils d’huile et 508 paquets de fanons . le 9 août 1849. le nom donné à Tokto (Dokdo) par les Japonais. p. 282. à proximité et au sud-est de Dagelet. dans son livre publié en 1947 et réédité en 1968. Les informations de ce passage sont déconcertantes et troublantes. il n’y a donc pas d’ambiguïté sur ce plan. Matsushima est. dans le sud-est de l'île Dagelet. Autrement dit. il a rapporté 3 001 barils d’huile de baleine. qui signifie l’« île des Pins » (ou l’ « île du Pin ») 松島. une escale habituelle pour les baleiniers français. cit. Le Liancourt a-t-il vraiment découvert les Liancourt ? Au vu de ces éléments. surtout chez les Français jusqu’au milieu du XIXe siècle qui utilisent généralement le méridien de Paris.C’est là qu’il démarre sa quatrième croisière. Sérions-en les différentes composantes ainsi que les questionnements qu’elles peuvent susciter. 246. et en 1840. jusqu’au 13 du même mois (une baleine tuée et mise à bord). lors de son expédition de 1844-1847. cit. À titre de comparaison. Le 30 août 1848. un dénommé Lacet. d'où une incohérence. qui ont produit 52 barils d’huile (78). On peut donc imaginer sur ce point précis trois hypothèses : IV-a. celui qui est attribué. un écrit de Louis Lacroix vient jeter le trouble. à Ullungdo. II. mais qui n'est cependant pas situé au « sud-est de l'île Dagelet ». Le 15 octobre. pour une raison que l’on ignore. il a piqué 59 baleines.. Mais si l'on rajoute ± 2° (la différence entre les méridiens de Greenwich et de Paris). III. sa cale n’étant pas encore tout à fait pleine. Le 20. Il arrête donc rapidement sa chasse. Lopez le prit en 1842 [= le commandement du Liancourt]. op. En effet. L'île de Dagelet correspond sans ambiguïté à celle d’Ullungdo. Ce Matsushima. IV. le perdit en baie de Toarick. il a piqué 6 cachalots et en a tués 5. capitaine du Liancourt. La latitude (37° 9' N) est exactement celle de Tokto (Dokdo). en 1852 » (79). 2. il repart pour le Cap Horn. côte du Japon. 21 . qui est un vocable typiquement japonais et un toponyme très fréquent d’île au Japon. La longitude (120° 26' E) correspond à un point situé le long du littoral oriental de la péninsule Coréenne. Knell en 1847 et Lopez revenu à bord en 1850. la dernière de son expédition. Il s’agit d’une erreur de calcul. aurait découvert une île au large du Japon. il mouille à Karakakoa. 17 200 barils d’huile de cachalot et 2781 barils d’huile de baleine et 496 paquets de fanons. 79 Lacroix (1968). mer d'Okhost [sic]. ne peut pas désigner une autre île vu la position qui est donnée. Du Pasquier (1982). Il entre dans la Manche le 17 avril et touche Le Havre le 18 avril 1850. historiquement. cela ne donne que 122° 26’ E. et soulève un troisième problème. Pourtant. malgré tout probable comme on le sait avec le cas de la 78 Du Pasquier donne les chiffres suivants : 30 cétacés tués. p. op. il franchit l’équateur par 32° 55’ O. Le Liancourt fait route vers les Îles Sandwich (actuel Hawaii). dont il donna la position par trente-sept degrés neuf minutes latitude Nord et cent vingt degrés vingt-six minutes longitude Est. d’où cette mesure.

mais aussi des confusions et des curiosités. L'un des problèmes est que l'auteur du livre. V-d. c'est l'homophonie entre le « Lacet » évoqué par Lacroix et le « Lasset » mentionné dans le courrier rédigé le 5 septembre 1850 par le Directeur du Personnel du Bureau de l'Inspection Maritime et envoyé à un Contre-Amiral à propos du « rapport de mer rédigé le 19 avril 1850. La graphie du « p » ne peut pas y être confondue avec deux « s ». V-a. Autrement dit.M. la latitude. qu’il aurait transformé en « Lacet » ? L’aurait-il fait en se trompant partiellement dans le relevé des coordonnées (120° 26’ E au lieu de 129° 26’ E.M. Louis Lacroix. A fortiori. Quant à la lecture du « z » final de Lopez. même avec une mauvaise écriture éventuelle de la part du signataire sur le document original (le rapport de mer malheureusement disparu). IV-c. Il donne également le bon numéro de matricule (n° 1527) pour son commandant. ne donne pas sa source. On l’a vu dans son énumération des capitaines et dans sa distinction abusive entre Lopez et De Souza. Le dénommé Lacet aurait découvert une « île (…) au sud-est de Dagelet » et qui porte son nom.B. Lacet et Lasset se prononcent exactement de la même façon. alors qu'il s'agit de la même personne.I. la première île qui se trouve au sud-est de Dagelet. inscrit au Havre n° 1527. Ce qui est troublant. Louis Lacroix aurait-il repris l’information à partir du courrier du D. Le Liancourt…). or il n’y a aucune île nommée Lacet (ou Lasset). Ce qui est également étonnant.I. et communication personnelle. En outre. V. on lit en effet clairement la signature de Lopez. alias les rochers Liancourt. le D. V-b. donc avant les bombardements sur Rouen et sur Le Havre qui ont détruit des archives au cours de la Seconde 80 81 Cf. orthographié différemment à partir d’une même phonétique. même si l'orthographe est différente. sans ambiguïté. à son retour d’une campagne de pêche de baleine par le sieur Lasset. D'où Louis Lacroix tire-t-il alors son information ? Celle-ci est paradoxale car elle contient tout de même une bonne part de faits avérés (les noms de Dagelet et de Matsushima. En revanche. Sur le rôle de bord du Liancourt. en gardant le nom de « Lasset ».P. Mais on peut être étonné de sa supposée erreur de lecture quant au nom ou à la signature du capitaine. il est impossible de se tromper. c'est qu'on ne trouve nulle trace en amont d'un quelconque « capitaine Lasset » ou bien d’un « capitaine Lacet ». d'après le rôle de bord et d’après l'inscription maritime. V-e. Ni les documents rapportés par JeanThierry Du Pasquier. c'est le jour même où Le Liancourt rentre à son port d'attache. l’Inspection maritime sait pertinemment que de nombreux étrangers ont été engagés sur les baleiniers français puisqu'il s'agit précisément de la politique voulue par l'État français lui-même.. En français. Pour le Pr. livre de nombreux éléments qui le rendent par ailleurs crédible. l’erreur. d'autant que Lopez/Lopès/De Souza demande parallèlement sa naturalisation. il est impossible d'ignorer cette réalité. Il s’agit d’une erreur de transcription et/ou de lecture à un moment ou à un autre. que ce soit de la part de Lacroix ou de quelqu’un d’autre avant lui. 22 . puisque c'est celui qu'on retrouve sur le rôle de bord.B. V-c.P. infra). soit il s’agit du même patronyme. Soit il s’agit d’une parfaite coïncidence . paraît quand même grossière. p. Il donne ainsi une date pour le rapport de mer qui semble la bonne puisque.fantomatique « Île Argonaute » qui a été soi-disant repérée au large oriental de la Corée (cf. c’est bien Tokto (Dokdo). matelot de 3e cl. commandant le baleinier de ce port » ( 80 ). Le Havre. ni pour Le Liancourt. ni pour d'autres navires baleiniers. 150-151. il s’agit d’une erreur de lecture de la part de ce Directeur (81). Les rapports de l’Inscription maritime consultés pour la période 1840-1850 n’en signalent aucun. même avec de la mauvaise volonté ou de la distraction. supra. Certes. Li (2005). 37° 9’ au lieu de 37° 02’ N) ? Ou bien aurait-il consulté avant la publication de son livre en 1947. La signature était-elle si peu lisible ? De Lopez à Lasset. Li Jin Mieung. les marins sont habitués aux noms étrangers. la double erreur (d’écriture ou de lecture).

Il a supposé que la signature de Lopez avait été lue par erreur par les officiers de la Marine. Enfin.M. Louis Lacroix a répondu qu’il ne savait pas comment le nom des Rochers Liancourt avait été donné. exactement. que le D. Autrement dit. Li Jin-Mieung lors de ses recherches en 1996-1998. p. M. en fait. Ullungdo 鬱陵島 . Pourquoi la date de 1840 donnée par Louis Lacroix ? Elle ne correspond à rien de cohérent par rapport à ce qu’on connaît des expéditions du Liancourt (la cinquième ou la sixième). probablement à cause de son abondance de bambous (Takeshima : île [shima] aux bambous [take]).M. Elle était autrefois appelée Takeshima (竹島) par les Japonais. utilisée hier comme aujourd’hui aussi bien par les Japonais que par les Coréens. t. Auguste Guesdon. 3. actuellement appelée Takeshima par les Japonais. 17). L’ensemble de Tokto (Dokdo). Il s’est également montré très étonné des deux documents évoqués par le Pr. 23 .B. Il est bien à bord du Liancourt en 1840. V-f. le fameux rapport de mer rédigé par le capitaine du Liancourt et mentionné par le D. Tokto (Dokdo).우산도) en Corée. la réponse négative de Lopez est intrigante et curieuse. ce point plus précis suscitant d’ailleurs la discussion. mais le navire semble s’être cantonné dans les mers du Sud. aurait lue « Lasset » et Lacroix « Lacet » (82). Toujours d’après le Pr.P. N’avez-vous fait pendant la durée du voyage aucune remarque ou découverte qui puisse intéresser la navigation ? R. CERTITUDES ET CONFUSIONS CARTOGRAPHIQUES OCCIDENTALES au cours du XIXe siècle à propos des Liancourt Les cartes coréennes ou japonaises mentionnent les différentes îles de la mer du Japon (mer de l’Est) sous des appellations parfois variables dont on ne va pas refaire l’histoire ici. Jukdo signifie « île aux bambous » en coréen (죽도).I. étroit et allongé de 700 mètres du nord au sud.P.I.B. Elle était parfois appelée Usan ou Usando (于山島 . lui pose expressément la question (83). a donné le nom de Liancourt aux îlots en question. soit 竹島. Et. répétons-le. la graphie chinoise. peut se lire Takeshima ou Jukdo. On peut ainsi imaginer un rapport de mer comportant une signature maladroite ou peu lisible. Jean-Thierry Du Pasquier n’est pas non plus arrivé à faire le lien entre Lasset et Lopez. on ne sait pas qui. ? L’hypothèse est possible puisque. Le terme de Takeshima ou d’Isotakeshima pouvait également désigner graphiquement (par les idéophonogrammes sinisés utilisés en Corée comme au Japon) l’un des deux îlots adjacents à l’est d’Ullungdo. est situé à 93 kilomètres environ au sud-est d’Ullungdo et à 157 kilomètres au nord-ouest de l’île de Dôgo dans l’archipel Oki. Retenons seulement quelques éléments. Louis Lacroix. Même si les autres capitaines ne semblent jamais rien déclarer à propos de ce genre de chose. 83 « Q. Autre fait troublant : dans l'inscription maritime. Le Pr. composé de deux gros îlots rocheux et d’une vingtaine d’autres rochers plus ou moins petits. CC5 610. Li a poursuivi des recherches sur ce point. Li (la lettre du D. 1850. Il ne les a pas consultés quand il a écrit son ouvrage de 1947. Li. 82 Questionné par le Pr. ne donne pas ses sources. et qui est situé deux kilomètres à l’est d’Ullungdo.I. Aurait-il oublié ? Voudrait-il cacher l’information ? Mais dans quel intérêt ? La jugerait-il inutile ou inintéressante ? VI.guerre mondiale. était autrefois nommée Matsushima par eux.울릉도 (j. Aucune ». et le texte des Annales hydrographiques. Vincennes. alors que le Commissaire de l'Inscription maritime.P.D. le capitaine Lopez ne mentionne nullement sa découverte des rochers [Tokto (Dokdo)]. Et la cartographie occidentale de l’époque ne clarifie pas les choses comme nous allons le voir.B. En particulier celui qui est actuellement appelé Jukdo.. Communication personnelle. On pourrait imaginer que Lopez ait déjà repéré Tokto (Dokdo) au cours d’une navigation antérieure et qu’il ait tardé à diffuser l’information.H. Utsuryô-tô) est une île étendue sur 73 km2. en tant que second capitaine sous les ordres d’Étienne Knell. rituellement formulée dans un questionnaire type. située à 37° 30’ N et 130° 53’ E. 4. soit à 37° 9’ 30’’ N et 131° 55’ E.M. mais en vain. S.

à partir du littoral San. Le 26 août 1791. 86 N. Nulle part dans son journal il ne précise avoir découvert ou croisé des îles au large. Matsushima (= Tokto / Dokdo) et Takeshima (= Ullungdo. tandis que les Russes. p. 1791. 85 Ib. Fin septembre. préoccupés de l’obstacle que constitue un Japon qui refuse de s’ouvrir à eux du côté septentrional. les Britanniques y envoient à leur tour leurs navigateurs. il redescend du large de 84 COLNETT James (1798) : The journal of Captain James Colnett aboard the Argonaut from April 26. p. Piqués au vif.En résumé. En fait. Rob. le long du littoral oriental de Honshû (87). rappellons-le. il a des problèmes avec son gouvernail. R. par la même occasion à rouvrir l’accès au Japon. suivi par un autre Anglais. ces coordonnées correspondent à un point situé pratiquement sur le littoral de la côte coréenne. W. 3. Broughton (…) pendant les années 1795. 480 p. poursuivent leurs explorations à partir de la Sibérie. il explore le sud-ouest du Japon (archipel Ryûkyû) puis remonte vers le nord-est. Il n’y a pas d’île. située à 128° 55’ E et 37° 50’ N environ. Parallèlement à un expansionnisme territorial. certainement pas à Dagelet/Ullungo situé un degré plus à l’est encore. James Colnett s’est soit trompé dans ses relevés. on trouve les îles suivantes sous leur nom ancien : Oki. Cette seconde hypothèse est plausible car il aligne la côte coréenne sur la longitude de 128° 30’ E en moyenne. Toronto. l’insularité de Hokkaidô sinon celle de Sakhaline. 1786. 1797. James Colnett. 230-239. cela nous donne 129° 55’ E et 37° 50’ N environ. le détroit de Sôya (Lapérouse). 24 . C’est dans cet objectif que Colnett longe les côtes coréennes et sibériennes. voire Usan-do). à 37° 42’ N écrit-il dans son journal (85). En revanche. En fait. Dagelet (Ullungdo). ni de baie échancrée à cet endroit. 1. 251. 424 p. c’est la recherche des fourrures dans les terres du nord qui aiguise alors l’appétit russe. ce qui ne correspond à aucune île. L’une des cartes publiées ultérieurement par Broughton le confirme (86). d’accoster à Nagasaki. E. C’est un vieux loup de mer. Monneron. opère désormais pour le compte d’entreprises privées à la recherche de fourrures. un vétéran des expéditions britanniques qui a secondé James Cook lors du second voyage de celui-ci. cherche à vendre celui-ci aux Japonais et. Paris. Après avoir tenté. William Robert Broughton (1768-1821) en 1797. Si l’on rajoute ce degré pour les coordonnées du rivage insulaire supposé. en allant du sud-est au nord-ouest. soit une erreur de un degré. et avant l’essor de la chasse à la baleine.. William Robert Broughton succède à Colnett six ans après. aux côtés de Vancouver notamment. 3. Le rôle d’Aaron Arrowsmith Comparée aux voyages de Cook. Le 5 septembre. Il y découvre. Il repère également plusieurs mouillages. un chevronné des explorations maritimes pour le compte de la Royal Navy. C’est ce qu’il lui confie dans une longue lettre signée à Macao le 25 juillet 1791 (84). L’Anglais James Colnett (1753-1806) navigue donc dans la mer du Japon (mer de l’Est) en 1791. tome 2. le propriétaire de son navire. le Japon et la Sibérie. 1797 et 1798. il passe au large de Tsushima puis longe la côte orientale de la Corée. Broughton. 1940. en vain à cause des mauvais vents. La compétition maritime s’accélère entre puissances européennes. anglais et français. Daniel Beal (1759-1827). edited with introduction and notes by F. alors que celle-ci est de 129° 30’ E. l’expédition de Lapérouse semble apporter peu de nouveautés. il atteint son point le plus septentrional. 87 BROUGHTON William (1807) : Voyage de découvertes dans la partie septentrionale de l’océan Pacifique fait par le capitaine W. à une exception près : la connaissance des mers entourant la Corée. 1789 to Nov. W.in-dô de Honshû en direction du littoral oriental de la péninsule Coréenne. Coast of Asia and Japanese Island. soit il utilise un méridien origine différent qui fausse les comparaisons. Dentu. elle donne deux autres informations : elle situe par 128° 50’ E et 37° 34’ N environ la perte de gouvernail (indiquée par un « lost my Rudder » sur la carte). Howay. et elle dessine un bout de côte que l’on peut attribuer à une île. Champlain Society. En 1797.

S. l'expédition de Broughton aurait répété l’erreur en y ajoutant des relevés fantaisistes. Pelletier dir. Il est même étonnant qu’il ne l’ait point aperçu là où il était (à 37° 10’ N et 132° 20’ E). Cette terre. Université Lyon 2. Tôkyô. Kruzenstern) la passe située entre Tsushima et Hondo. au lieu de 133° E) et. cette double domination de Détroit de Broughton (89). Les voyages de Von Krusenstern sont importants car. il confirme plusieurs repérages. infra). ingénieur hydrographe. les premiers à reprendre. semble-t-il.. sur sa carte publiée aux Pays-Bas en 1832 (cf. C. il n’indique qu’une île. l’une de ses cartes. à l’est.N. T. op.F.F. D’après le tracé indiqué sur la même carte.E. 1811. longe les côtes de Tartarie. Von Siebold est certainement celui qui appelle détroit de Broughton (Str. 1804. & P. celle de 1804 qui rapporte son passage dans le détroit de Corée. 1848. sont. Elle indique le tracé des différents navigateurs avec les cotes précises et les dates de passage. Arrowsmith. Hôkôsha. sous le commandement du Capitaine W. donc située à 132° 30’ E et 35° 30’ N. nous savons que Von Krusenstern et Von Siebold ont coopéré et échangé des informations après le retour du second en Europe. B.R. B. de maîtrise de géographie. Shakai chiri. explore à son tour. et détroit de Krusenstern (Str. p. Après son expédition en mer du Japon (mer de l’Est) au cours du mois d’avril 1805. cit. les cartographes européens en déduisent qu’il s’agit de deux îles différentes. B. Broughton) la passe située entre Tsushima et Pusan. Krusenstern publie en 1807 une carte où il reporte précisément les trajets des principaux navigateurs qui l’ont précédé. Comme Colnett et Lapérouse donnent la même latitude mais deux longitudes différentes. De la Roche Poncié et J. 200 p.M.. Ainsi : « Route of La 88 Carte de la côte N.-M. Adam Johann Ritter Von Krusenstern (1770-1846). puis de la Corée et atteint Tsushima le 12 octobre 1797. outre leurs résultats directs. Deux géographes français. Selon Akioka Takejirô..N. dans les Années 1796 et 1797. C. Hacq. Il ne remarque rien d’important comme information supplémentaire.Sakhaline. département de Shimane). 92 Ce rôle de Broughton est avancé par Akioka Takejirô..-E.H. très soignée. Mais il se trompe dans la localisation d’une terre japonaise que l’on peut considérer comme étant l’archipel Oki qu’il situe à la mauvaise longitude (132° 30’ E environ. de la Roche Poncié. Sur l’une de ses cartes. 90 Carte de la Partie Sud du Japon et du Détroit de Van-Diemen par le Nadeshda en 1804. MICHOUDET Cécile (2002) : La Cartographie européenne de l’ExtrêmeOrient.. ce qu’ils transcrivent sur leurs cartes ( 91 ). dont la crédibilité est renforcée par la qualité et la précision renommées de son travail. with the adjacent coast of the Chinese dominions and a sketch of the river Amoor and the Baikal Lake (…) delineated by A. 10-11. William Robert Broughton. 25 . Ge FF 7421 (1). Dépôt général de la Marine. Ph. Kurile etc. 91 KAWAKAMI Kenzô (1955) : Takeshima no rekishi-chirigaku teki kenkyû (Étude géographico-historique de Takeshima). 93 Maps of the islands of Japan.... 165 p. à travers le chenal oriental à Tsushima qui portera ensuite son nom. 27. sans avoir rencontré d’îles en chemin bien que la météorologie lui assure une bonne visibilité (88). En effet. Kokon-shoin. L’erreur est entérinée en 1811 par un cartographe britannique influent. à l’ouest. à la mauvaise latitude (35° 30’ N. TAMURA Seisaburô (1965) : Shimane-ken Takeshima no shinkenkyû (Nouvelles études sur Takeshima. août. « Argonaute » (écrit en cyrillique). Adam-Johann Von Krusenstern. La fantomatique Argonaut (ou Argonaute) est ainsi fabriquée. 1807. Aaron Arrowsmith (17501823). Il désigne la Broughton Bay (baie de Wonsan) en remplacement du Golfe d’Anville. port 178 div 2 (8D).N. Krusenstern situe correctement l’île de Tsushima (90). élaboration de la connaissance et de la conscience d’un lieu géographique : le détroit de Corée. pour le compte du tsar. regroupe de nombreux éléments (93). la côte de Tartarie sur les traces du navigateur anglais en 1803-1806. AKIOKA Takejirô (1950) : « Nihon-kai seinan no Matsushima to Takeshima » (Dans le sud-ouest de la mer du Japon : Matsushima et Takeshima). Dans la zone qui nous concerne. à l’emplacement d’Ullungdo. en 1848. Ge BB 3 vol 66 (10 (n° 1173).F. Matsue. J. de l’Asie et des Îles du Japon sur laquelle est tracée la route de la Corvette la Providence et de sa Conserve. Il est notamment démenti par Kawakami Kenzô (1955). au lieu de 36° 20’ N environ). plus curieux. Broughton. mais cela ne semble pas le cas à la lecture de son journal (92). ne correspond à rien de connu. Plus tard. Des cartographes ou des navigateurs donnent ultérieurement le nom de Broughton à divers endroits de la région que celui-ci vient de traverser. 89 Carte de la Presqu’île de Corée dressée par M. 208 p. Krusenstern passe de peu à côté à l’est de Tokto (Dokdo). & P. En revanche.

celle des Allemands Adolf Stieler en 1839. compris entre 37° 10’ et 37° 30’ N et entre 132° 10’ et 132° 35’ E. R. Argonaut. 1813. Argonaute. 1 : 13 600 000. Elle propose également la tétralogie qui sera adoptée pendant plusieurs décennies par la cartographie européenne : Argonaut I. B. Oki . D’abord les britanniques : celles d’Aaron Arrowsmith en 1811. Dagelet. Ge CC 2302 (7). « Track of the Russians of 1805 » (la route de Krusenstern). I. On trouve une composition tout à fait étonnante sur une carte éditée en 1829 aux Pays-Bas par les Néerlandais Roelof-Gabriel Bennet et J. Argonaut I. Dagelet.. Oki . John Thompson. Puis les françaises : comme celles de Philippe Vandermaelen en 1827 (97). 101 Kaart von Japan. E. dont la configuration en quatre îles correspond à celle de l’archipel Oki. Van Wyk Roelandszoon ( 101 ).-G. et qu’il facile de se tromper. 1832. Adrien-Hubert Brué. Oki . 1789 (sans nommer les coordonnées.. Armand Aubrée. 97 Corée. « Capt. 1827.Pérouse 1787 ». Oki. 96 Japan. Ou encore celles d’autres pays . 26 . sur la base de nouvelles informations expliquant que Tokto est en réalité composé de plusieurs îlots. I. donc dans la région maritime qui nous occupe. p. Mer du Japon. 1815. Oki . d’Edward Jones en 1813 (94). Monin. à l’emplacement correct d’Oki. 100 Chine et Japon. soit approximativement les coordonnées transcrites par Siebold) . mais le méridien origine est situé beaucoup plus à l’ouest de Greenwich (à dix-sept degrés vers l’ouest).F. Jones. se répartissent successivement du nord-ouest au sud-est les îles suivantes : Argonaut Eil. de John Thomson en 1815 (95) ou d’Aaron Arrowsmith II en 1827 (96). « Argonaut 1789 » et juste en-dessous « L’Argonaute a perdu ici son gouvernail ». I. Rééditée en 1836. Argonaut lost her rudder (placé à 37° 45’ N et 129° 45’ E). Oki.N. Il est envisageable que l’interprétation d’Arrowsmith provienne d’une lecture erronée du japonais (ou du chinois ?) de la part de son informateur (inconnu). qui n’a pas changé au cours des siècles. Cf Li (2005). Cette carte reporte les tracés de plusieurs navigateurs (Colnett. 1789. Eil. 1829. des Lapie père et fils en 1832 (99) ou de Charles-V. 1837. Argonaut apparaît à l’angle du 38e parallèle et du 130e méridien sur différentes cartes occidentales. parmi ces dernières. qui correspond à Tokto (Dokdo). Une fois reconstitué avec la longitude de Greenwich et en gardant la latitude indiquée (qui est correcte : 36° N au Cap Clonard). 260. Émile Alexandre Lapie et Pierre Lapie. Carl Christian Radefeld en 1846 ou celle de l’Américain Joseph Hutchins Colton en 1855. 98 Carte générale de l’Empire chinois et du Japon. Philippe Vandermaelen en 1827. puisque la graphie de Mishima 見島 ressemble beaucoup à celle de Kaishima 貝島. I. Elle est très inspirée de Krusenstern (1807). dont celui d’Iki of Oki. Broughton 1797 ». Argonaut I. Corea and Japan. puis un ensemble appelé de divers noms. Dagelet. op. On peut aussi se demander si Arrowmisth ou ses informateurs n’ont pas directement utilisé des cartes japonaises. 1 : 12 600 000. Dagelet (37° 30’ N et 131° 10’ E. Sea of Japan. Charles-V. & P. Leiden University Library. cit. 001-090-035/038. Van Wyk. 189-190 et p. 99 Carte de l’Empire chinois et du Japon. 1839) (100). En revanche. (environ 37° 50’ N et 130° 20’ E. Quoiqu’il en soit. Sea of Japan. Broughton. donc. pourtant déjà bien connu. d’AdrienHubert Brué en 1820 (98). Sea of Japan. 1 : 1 641 836. est Mishima (île Visible). surtout si les caractères sont écrits en petit. Il l’appelle Kaisima (île du Coquillage). C’est d’ailleurs ce dernier que nom Von Siebold relèvera sur sa carte de 1840. Cet ensemble est situé dans un périmètre. Dagelet.. I. ces auteurs ont peutêtre confondu Oki et Tokto. Monin (1837. soit à peu près les coordonnées correctes) . Argonaut. Argonaut lost her rudder. Autrement dit. 1820. C. « Argonaut 1789 ». Bennet et J. Dagelet (placée à 37° 25’ N et 130° 50’ E). On trouve effet une information curieuse sur cette carte de 1811 qui mentionne une petite île située à 45 kilomètres au large de Hagi sur la côte japonaise du San. rien n’est indiqué. La trame des coordonnées y est beaucoup plus resserrée. Aaron Arrowsmith II. des « Russes » c’est-à-dire Krusenstern). I. notons. Dagelet.. mais qui est placée à 37° 50’ N et 129° 45’ E). Éd. 94 95 Islands of Japan. Paris. Asie n° 60. alors que son véritable nom.in-dô. Le colophon mentionne que des informations sont prises d’après une carte de Krusenstern de 1827.

Elle ajoute à côté la mention suivante : « On voit le Kôryo. Elle y ajoute également des informations recueillies par des navigateurs occidentaux. 27 . (1994) : Japan. d’où un risque de mauvaise interprétation. asiatique. Bien que médecin de formation. L’une d’entre elles nous donne des indications plus précises sur les îles de la mer du Japon (mer de l’Est) : c’est celle de Nagakubo Sekisui 長久保赤水 (1717-1801) publiée en 1779 (et republiée en 1811) (104). voire du demi-siècle antérieur. 182 p. Leurs coordonnées correspondent à peu près aux relevés actuels de Tokto (Dokdo). on aperçoit le pays d’Oki » ( 105 ). p. Elle bénéficie bien évidemment des données de première main rapportées du Japon. meurt en prison. de rédiger un gros livre sur le Japon et de réaliser une cartographie du pays. 103 Karte von Japanischen Reiche nach originalkarten und astronomischen Beobachtungen der Japaner. Mais elle comporte une erreur qui rendra les choses confuses. Admiral von Krusenstern. Le rôle de Von Siebold La cartographie du Japon réalisée par le Bavarois Philipp Franz von Siebold (1796-1866) constitue une étape très importante. elle constitue un progrès irréfutable en qualité de précisions et d’informations. à plus de 90 kilomètres de là. grandement et pour un moment. a cartographic vision : European printed maps from the early 16th to the 19th centuries. Mais l’inscription sur le côté laisse entendre qu’à partir d’une île (Takeshima. Matsushima. 41. Matsushima (= Tokto / Dokdo) et Takeshima (= Ullungdo. 105 見高麗猶雲州望隠州. mais que Von Siebold a la chance de parcourir puisqu’il séjourne au Japon de 1823 à 1829. dans la cartographie européenne et. où les lettrés cherchaient à appliquer les techniques les plus récentes de relevé cartographique apprises auprès des visiteurs étrangers rendus à Dejima. 1779. Elles sont donc rapprochées énormément. au moins. 102 WALTER Lutz éd. La première (Matsushima) est située grosso modo à 37° 6’ N et 132° 20’ E . Von Siebold a de vastes domaines d’intérêt et de compétences. Les documents et informations échangés entre eux lui permettront. ainsi qu’une portion méridionale de la péninsule Coréenne (103). par ricochet. 改正日本輿地路程 全図. Édition de 1811 in CORTAZZI Hugh (1983) : Isles of Gold : antique maps of Japan. on aperçoit (on devine ?) le Japon (soit Izumo. Tôkyô. et une à peine plus grosse vers l’ouest. Munich and New York. on peut localiser ces îles. p. La carte de Von Siebold datée de 1840 couvre l’archipel japonais. 1840. Takahashi. et en activité. Sikok und Nippon. On peut supposer qu’il s’agit des deux principaux îlots rocheux qui composent Tokto. Takeshima. voire Usan-do) qu’il reprend dans la zone qui nous concerne. et de leur documentation. Ceux-ci sont de surcroît attisés par la curiosité qu’éprouvent les Occidentaux pour un Japon alors replié sur lui-même et difficile à pénétrer. Comme on le sait. elle dessine en effet deux petites îles : une petite vers l’est. Russ. Parallèlement. jusqu’aux cartes de Lapérouse et consorts. Von Siebold se noue d’amitié avec Takahashi Kageyasu 高橋景保 (1785-1829). Weatherhill.in-dô. Par rapport aux cartes européennes des décennies antérieures. la seconde (Takeshima. après avoir été expulsé en 1829. La carte de Nagakubo disposant les latitudes et les longitudes. 2. appelée également Iso-Take-shima. 110-111. On sait de façon certaine. mais en extrapolant un peu car la grille des coordonnées ne va pas jusqu’à elles. 104 Kaisei Nihon yôchiro teizenzu (Carte générale et révisée du Japon et de ses grandes routes). d’après son assistant Johann Joseph Hoffmann (1805-1878) qui a publié un recueil sur la documentation utilisée par Von Siebold. le pays d’Izumo. ou Iso-Takeshima) on voit la Corée (en fait Ullungdo. Édition de 1779 in MIYOSHI Tadayoshi. C’est l’ordre insulaire traditionnel japonais (Oki.. que celui-ci s’est appuyé sur cinq cartes japonaises. astronome et cartographe appointé auprès du shôgun (102). Prestel Verlag on behalf of the German East-Asiatic Society. et essentielle quant à notre propos.. En particulier p. accusé d’espionnage.3. de l’autre île. Kôryo 高麗 est l’une des anciennes dénominations japonaises de la Corée (l’étymologie est d’ailleurs identique entre Koryô et Corée). 68-75. aus Hochachtung und Dankbarkeit gewidmet von von Siebold. fig. ou Iso-Takeshima) à 37° 8’ N et 132° E. 36-37. Tôkyô. ce qui est possible mais dans des conditions très particulières). dem Kaiserl. Die Inseln Kiu Siu. Kawade shobô. Entre la péninsule Coréenne et le San. ONODA Kazuyuki (2004) : Nihon kochizu korekushon (Collection de cartes anciennes du Japon). 236 p. 146 p. et que.

sans trop de certitude toutefois. ou l’île du bambou. Entre les îles Oki (coloriées en vert) et la péninsule Coréenne (coloriée en jaune) se trouvent deux îles placées côte à côte. L’orientaliste Julius Klaproth (1783-1835) traduit et publie en 1832. Un nom leur est donné : Takeshima . 10. étant hors champ. la régionale (Extrême-Orient) et la locale (représentant la Corée). et. ni Klaproth n’évoquent une quelconque Matsushima. B. cit. ce qui est physiologiquement impossible (d’où l’interprétation de « deviner » plutôt que « apercevoir »). La déconnexion faite par Hayashi 106 107 Miyoshi et Onoda (2004).soit Oki). ouvrage acccompagné de cinq cartes. où Hayashi évoque « Tchu tao. Dagelet et Ullungdo comme une seule et même île. près de la côte ». au sud-ouest de la frontière de Khing tcheou. qui peuvent correspondre à Tokto (Dokdo). Royaume des mille montagnes. 109 WALRAVENS Hartmut (2006) : « Julius Klaproth. 28 . Ge C 5346 (A). Dans la traduction qu’en a faite Julius Klaproth en 1832. 292 p. située « au nord-est. les pays sont représentés par des couleurs différentes : jaune pour la Corée et vert pour le Japon. Hayashi mentionne des îlots Takeshima à équidistance entre la Corée et Oki comme appartenant à la Corée. Usan-koku. ou de Bambou. sans nom. en fonction des données dont il dispose et que n’avait pas Hayashi. qui correspond à l’actuelle Ullungdo par la dénomination et par la taille. Klaproth rectifie les choses. coloriées en jaune. 177-196. 1. p. Sur la première. sont représentés une grosse île (en jaune).1785. de l’original japonais-chinois. Paris. 104. Sur cette carte qui recouvre l’Extrême-Orient. à équidistance entre cette côte et l’archipel japonais d’Oki (en vert). p. Ce qui amène cette précision de la part de Klaproth est le décalage d’information existant entre les deux cartes de Hayashi.. D’après une carte complémentaire de ce même Hayashi (1785). C. on lit « Takenoshima à la Corée » (107). Il s’agit sans conteste de l’actuelle Ullungdo. p. 110 Klaproth reproduit l’écriture de droite à gauche des idéogrammes. ces deux îlots ne sont pas figurés. Iso-Take et Konoshima (108). Japonica Humboldtiana. il apporte une précision en note. la Corée]. Ni Hayashi. Il mentionne également une île assez importante. moitié par des Japonais. Carte des Trois Royaumes. Il paraît que c'est l'Ile de Dagelet découverte par La Pérouse » (111). Elle est appelée par les Japonais Take sima (ce qui signifie également Ile de Bambou) et porte aussi les noms de 國山千 Thsian chan kouë (ou d’après la prononciation japonaise Sen san kokf) [= Sensankoku]. le livre de Hayashi Shihei (dont il transcrit le nom en Rinsifée d’après sa lecture sino-japonaise) (109). 111 KLAPROTH Julius (1832) : San Kokf tsou ran to sets. Hayashi a en fait probablement repris des informations tirées de cartes coréennes qui grossissent abusivement et qui rapprochent non moins abusivement Ullungdo du littoral. mais pas par l’emplacement. RCC 205 76. 108 Carte de la Corée (en japonais) par Shihei Hayashi . accompagnant ce volume » (110). on lit les inscriptions suivantes : Utsuryô-tô (ou Ullungdo en coréen). en français.. et à une distance considérable de la côte de la Corée. près de la côte orientale coréenne. sur une île dessinée entre les 29° et 40 ° parallèles au large de la côte orientale. trois inscriptions sont accolées : « D’où l’on aperçoit le pays de Oshû » [= Oki]. op. n. Utsuryô-tô et Usando. une grosse et une toute petite. et portant plusieurs indications dont Utsuryô-tô et Usando. ne peut être la même qui est représentée sur la Carte de Tchao sian [Chôsen. « possession de la Corée ».N.F. toujours à proximité de la côte coréenne. The Oriental translation fund of Great Britain and Ireland. « d’où l’on voit la Corée ». ou Aperçu général des Trois Royaumes.. les deux îlots dénommés Takeshima (en jaune). On peut imaginer que Von Siebold a également utilisé la carte qui a été publiée en 1785 par le lettré Hayashi Shihei 林子平 (1738-1793) dans son Étude illustrée des trois Pays (Sangoku tsûran zusetsu 三国通覧図説) (106). & P. et 島陵欝 Yü ling tao (Wots rio too) [= Ullungdo]. Pour Klaproth. Elle est habitée moitié par des Coréens. Le toponyme d’Usando est luimême source de confusion. Il assimile donc Takeshima. il s’agit d’une autre île. Dans le chapitre consacré à la Corée. 40. 97 C 22 0393. La grosse île est bien là.. Selon lui « cette île 島竹 Tchu tao. On devine donc la confusion qui se profile. trad. consacrée à la seule Corée. Sur la seconde. his life and works with special emphasis on Japan ».

1832. 1809. Tôkyô. vers la péninsule Coréenne. 113 Nihon henkai ryakuzu 日本辺界略図. il garde l’ordre traditionnel japonais des îles situées entre Japon et Corée dans cette partie de la mer : soit le duo Matsushima (vers Oki) puis Takeshima (vers la Corée). 114 Il faut souligner que ces îles n’apparaissent pas sur toutes les éditions de la carte de Von Siebold. 129° 50' E). Sur une version de 1832. un certain Lacet ou Lasset aurait-il découvert Tokto ? La question reste à éclaircir.entre Takeshima et Ullungdo ouvre la voie à d’autres interprétations. Mais. il est plus long pour prouver qu’une île n’existe pas. Joue alors un réflexe composé à la fois de corporation. Selon lui. Ce mixte. 29 . Tant que les relevés précis ne seront pas effectués. Hayashi. On les trouve sur celle de la British Library (Londres) mais pas sur celle de Leiden. tant que l’inexistence d’Argonaute ne sera pas prouvée. Elle ne mentionne pas Argonaute. Car ce genre d’information est difficile à enlever d’une carte. C’est le seul qui puisse résoudre les contradictions entre les différentes informations. qui n’existe pas en réalité (114). l’hypothétique Argonaute. Tôyô Bunko. entre le moment des découvertes et des transcriptions. 603-646. Cela induit qu’une série de navigateurs et de cartographes se sont trompés. Von Siebold mélange sur sa cartographie les informations japonaises et européennes concernant les îles de la mer du Japon (mer de l’Est). Von Siebold devra trancher entre les deux versions mais. il constate qu’à proximité de l’île de Dagelet (= Ullundo). En revanche. Klaproth. 112 Japan en deszelfs toegevoegde en eynsbare landen volgens eine vorspronkelyke Japansche kaart. mais pas du côté japonais puisqu’il s’agit d’une précision apportée dans un texte transcrit en français. la fantomatique Argonaute vient complètement embrouiller les choses. bien identifiée et bien repérée par les différents navigateurs européens depuis Lapérouse. d’incrédulité et d’inertie. donc Matsushima . vient s’ajouter. et tant que l’existence précise de Tokto (Dokdo) ne sera pas repérée.rappelons-le . Von Siebold. (2000) : « The limits of Tartary : Manchuria in Imperial and National Geographies ». au nord-ouest. sur sa carte de 1840. L’allure générale de la carte et ses informations révèlent clairement qu’elle s’inspire de la fameuse carte de Takahashi Kageyasu de 1809. Après Von Siebold En 1840. Takahashi Kageyasu. Se fiant à ses sources japonaises. nommément. avec. 3. et Takeshima ne peut donc qu’être attribuée à une île située plus à l’ouest. Broughton et Krusenstern. les relevés de La Pérouse (37° 25' N. qu’il ne trouve pas sur ses documents japonais. est cohérent. Mais il introduit une double erreur (translation géographique et translation toponymique). Von Siebold s’est en effet retrouvé confronté à des informations contradictoires qu’il a cherché à rationaliser. The Journal of Asian Studies. il trace Dagelet (= actuel Ullungdo). Autrement dit. mais les conséquences de leur erreur n’en sont pas moins redoutables. il décale le duo japonais vers l’ouest. et I. 3. La rectification de Klaproth (Takeshima = Dagelet = Ullungdo) apporte une lumière côté occidental. avec. Colnett. les relevés de Broughton (37° 52' N. La Pérouse. de première main et . le laps de temps peut être important avant la digestion de la nouvelle information. une certaine île Argonaute. même si les îles en question ne figurent pas sur la carte de Takahashi mais sur celle de Nagakubo (113). Paradoxalement. Cf. p. Argonaute à proximité de la Corée. nommément. et à solutionner. mais. consultant les cartes européennes. qui sera lourde de conséquences car reprise et amplifiée. 59-3. comme nous le verrons. la confusion se poursuivra. on trouve disposées sur un axe nord-sud Matsu-sima et Take-sima ( 112). ELLIOTT Mark C. Dagelet ne peut être que la première île en venant d’Oki. 130° 56' E). Pour résoudre cette contradiction. Il l’écrit donc en toutes lettres sur la carte : Dagelet correspond à Matsushima (= actuel Tokto) et Argonaute à Takeshima (qu'il écrit Takasima). issu d’un raisonnement parfaitement logique. la bonne foi peut être accordée aux Occidentaux en la circonstance. Von Siebold fait donc un mixte entre Nagakubo.modernisées grâce au travail des géographes japonais comme Nagakubo ou Takahashi. De surcroît.

polytechnicien et officier de marine qui a secondé Dumont d’Urville au cours de sa seconde expédition autour du monde et en Antarctique (1837-1840) (118).. n’ont-elles pas disparu. l’Antarctique est découverte. D.. comme le précise une lettre du 27 mars 1850. présidée par Louis-Napoléon Bonaparte. Rocquemaurel rêvait d’une grande circumnavigation. la conception des Annales hydrographiques correspond à celle de Von Siebold.F.. avec les coordonnées. Is. 117 Parfois écrit Roquemaurel. Plus ethnologue que militaire.. que semble ne pas percevoir un Rocquemaurel ayant pourtant participé à l’expédition d’Alger (1830). juillet-septembre 1852. Elles se tournent vers Gaston de Rocquemaurel (1804-1878) (117). cit. Car les temps ont changé. le Rocher Liancourt n’est pas explicitement mentionné. L’information est signifiée. 5. Musée de la Marine. « jusqu’ici la science avait servi de guide à la navigation. 264. toujours sans toponyme. cit. S. et par Dagelet. M. mais sans mention de toponyme. reconnaît le Cap Clonard vers Pohang (cap Janggigot). Cf. M. Ge FF 78 c n° 142. D’après cette lettre de Rocquemaurel. & P. Cf. D. alors membre du Bureau des longitudes. Puis. comme on l’a vu. si l’on peut dire. il paraît évident que les rédacteurs français s’en inspirent.. 118 ZANCO Jean-Philippe (2008) : « L’héritage oublié de Dumont d’Urville et des explorateurs du Pacifique : les voyages de Gaston de Rocquemaurel. La Capricieuse part de Guam. Comme le résume bien Rocquemaurel lui-même. Oki (et Mer du Japon). Cité par Zanco (2008). 119 Projet de voyage hydrographique en Océanie. 9 p. lettre au ministre de la Marine. B. et vu la cartographie disponible à l’époque. on lui attribue une autre mission (1851-1854) (120). CC 7 2172. 17-4. Il en a soumis le projet aux autorités. le continent Austral n’existe plus. B. Li (2005). l’expédition passe par Argonaute (à la hauteur de 37° 52’ N et 129° 53’ E). Sans jeu de mots. B. Ge BB 3. Ge SP 19e p F 177 div. 115 116 Annales hydrographiques.F. l’information ne se diffuse pas. tandis que Dagelet ne bouge pas. 2. déterminé par Lapérouse. de Broughton et de Krusenstern laissaient encore sur les côtes de la Corée et de la Tartarie » ( 121 ). 122 Carte orientale de Corée et partie de la Tartarie reconnues par la corvette la Capricieuse commandée par M. BB 4 1036.N. selon Rocquemaurel lui-même. XI. 27 mars 1850. D’après la carte qui est dressée en août 1852 par le lieutenant de vaisseau Amédée Mouchez (1821-1892). Mais cela signifie aussi que les Occidentaux ne considèrent pas que Takeshima corresponde à Ullungdo. La seconde République. le baleinier Le Liancourt croise dans les parages et trouve les îlots. C. Matsushima (= Dagelet = Ullungdo). pénètre dans le détroit de Corée le 25 juillet 1852. G. 121 G. annotée de la main même du ministre. p. S. Carte générale de l’Océan Pacifique. 3 mars 1843. Puis. p. confie en effet le commandement de la corvette La Capricieuse à Rocquemaurel pour la station navale des mers de Chine. op. mais aujourd’hui. C. cit.H.. D. D. 1837-1854 ». explorateur à la manière des Lumières. devancent déjà les circumnavigateurs » (119). n. conduits par un esprit aventureux qui leur fait mépriser tous les dangers. 1850. Li (2005). les baleiniers et les pêcheurs de perles. d’après le ministère français de la Marine et des Colonies. 120 Note sur la mission de La Capricieuse.. de Rocquemaurel. Carte levée et dressée par M. à travers la mer du Japon et le détroit de Masmaï. Elle est rapidement publiée dans les Annales hydrographiques. on peut estimer que le statut et le positionnement de Takeshima vont flotter au sein de la cartographie occidentale. p. les financements sont dirigés ailleurs. C. qui l’ont refusé. mais avec une précision : « (…) aux environs de l’île Dagelet (Matsusima) » (115). 17-18 octobre. op. En tous les cas. On y trouve successivement du nord-ouest au sud-est : Takasima (= Argonaute).. de « remplir quelques-unes des lacunes que les expéditions de Lapérouse. colloque. La mention de Rocher Liancourt apparaît pour la première fois sur une carte française de 1851 (116). 1851. p. et commence l’hydrographie de la mer du Japon le 29 juillet. 26 / 97 C 222 369. S. 30 . Lapérouse et les explorateurs français du Pacifique. Rocher Liancourt (= Tokto). qu’elle trouve (qu’elle situe à 37° 30’ N et 130° 53’) (122). il faut en convenir. 152-153. H. De Roquemaurel [sic].D.M..en tous les cas.N. le 24 janvier 1849. Renseignements nautiques recueillis par la Capricieuse dans sa navigation de Shanghai à Guam.. & P. Autrement dit.. officier hydrographe et astronome. Du moins les préoccupations géopolitiques. Les autorités françaises cherchent ensuite à confirmer les informations du Liancourt. les résultats des expéditions antérieures sont connus. GG 2 38. dès septembre 1850.F. qu’elle ne trouve pas.N. Roquemaurel.. H. Il s’agit de tenter. op. Mouchez (…) août 1852. & P. Toulon.

1856. DE ROSTAING Vicomte (1867) : « Récentes explorations du Hang Kyang en Corée ».. 1523-154. les Annales hydrographiques françaises mentionnent les résultats de la division britannique. qu'elle rebaptise du nom de Menalai et Olivutsa. qu’elles font correspondre aux Rochers Liancourt (c’est la première occurrence du nom sur un document) « vus par Le Liancourt le 27 janvier 1849 » et au Hornet. les noms de Menalai (Менелай) et Olivutsa (Оливуца) apparaissent sur les cartes..croise à nouveau les îlots. Ge FF 78 c. Bulletin de la Société de Géographie. Cf. D’après leur rapport. la politique de la canonnière offre plusieurs visages. & P. 11. Elles émettent un doute sur « Tako-sima ou île Argonaute (une île fictive) (…) portée douteuse sur les cartes ».N. C. Hornet a participé à la Seconde guerre de l’opium (1856-1860)... Cf. Elle prend des relevés très précis.F. Ge ff 36 x-1. Signalons au passage que le S.H. p. D'après Tamura Seisaburô. p.. longe plutôt la côte coréenne mais Mouchez inscrit tout de même à l’emplacement de Dokdo un îlot appelé Matsushima (I.. C. p. puis par la Pallas (« grosse masse de rochers escarpés » par 37° 22’ N et 130° 56’ E). pour désigner les deux îlots principaux de Tokto (Dokdo). étend leur empire. the Coasts of China and Tartary from Canton River to the Sea of Okhotsk with the adjacent Islands. 11-20/21.F. Li (2005). par Zanco (2008). de Lapérouse et Dumont d’Urville » comme l’écrit Jean-Philippe Zanco (123). menée par la Marine française. D’après John W. 125 KING John W. Dans le China Pilot de l’Amirauté Britannique. Londres. le nom de Hornet Islands est proposé comme une évidence. Li (2005). 211. 1854. J. 15. « a porté les limites de la Russie et pour l'éternité. the coast of Chine. 210-216. 18101873) et composée de trois corvettes .Sybille. Un nouveau traité.. op. & P. Le 25 avril 1855. p. 1858.F.. elle identifie Dagelet (Dajette sur les cartes russes) comme étant Matsushima à 37° 22’ N et 130° 56’ E (125). Cf. D.M. & P. 25th April 1855 » (129). King. gulfs of Tartary and Amur.S. D.. V-XIII. Les autorités russes se montrent de plus en plus concernées.. B. 178-181.N. p. Hornet. Par la suite. elle précise au contraire la localisation d'Ullung-do. cit. La Capricieuse ne croise pas du côté des Liancourt. « l’ultime sursaut de la grande tradition des campagnes de découverte dans le Pacifique. D. Li (2005). russes essentiellement. op. l’équipage a d’abord pensé à « l’île de Dagelet selon La Pérouse ». p. notamment le Hornet qui indique 37° 17’ 9" N et 131° 54’ 14" E. elle confirme l'exactitude des relevés effectués sur Dagelet. Matsushima). 50 p. Li (2005). et au détriment de celle-ci. inaperçue « par La Capricieuse » (128). 129 The China Pilot. une expédition russe. 123 124 Cit. Dès 1856. and Sea of Okhotsk. celui de Pékin du 18 octobre 1850. elles rappellent les repérages successifs : par Rocquemaurel (confirmant que Dagelet est Matsu-sima). 127 Annales hydrographiques. (1861) : The China Pilot. 128 Annales hydrographiques. cit. Cf. D. the Sea of Japan. p. par les Annales hydrographiques. car « discovered by H. dit le traité. 126 Rapporté. montrant ainsi l'inexactitude des relevés d'Argonaute par James Colnett. cit. 1856. effectue des relevés précis dans la mer du Japon (mer de l’Est). op. 157-159. de l’Amirauté britannique. C. à partir du Nautical Magazine. B. il a ensuite estimé qu’il s’agissait d’autre chose (126). également Naval Database. Korea and Tartary. commandée par Efim Vassilievitch Poutiatine (1803-1883)..N. op..F. mais la description ne correspondant pas. Cf. cit.. D'après Kawakami Kenzô. D. B. squadron. C. une division britannique commandée par Charles Codrington Forsyth (ca. Tu-Man-Kang [Tumen] de la carte de Siebold » (124). p. Autrement dit. Les autorités russes envisagent même une concession sur la terre coréenne à l’entrée du golfe de Wonsan… En 1854.N. Bittern et Hornet . Deux ans après. (…) jusqu'à la rivière Tching-hing ou Touraen.S. B. 42. mais sans attribuer un nom d’île (127). 1858. 31 . 20-21. en citant le Nautical Magazin. Ge FF 78 c. mais elle ne dit rien sur Argonaute. 155-156. elle annonce que les rochers Liancourt correspondent à Dagelet. Ge FF 78 c. 153-155. Outre leur intérêt récurrent pour les parages septentrionaux de l’archipel japonais et pour la réouverture du Japon subséquente. op. & P. en 1858.Assez curieusement. le traité d’Aigun du 28 mai 1858 passé avec la Chine. Potter. cit. 1.. composée de la frégate Pallas et de la goëlette Vostok. Le voyage de La Capricieuse est la dernière circumnavigation à voiles à vocation hydrographique et scientifique.

F. Le vice-amiral Jean-Baptiste Cécille (1787-1873) est ainsi envoyé par l’État français patrouiller dans l’océan Pacifique à partir de 1837 pour. pour désigner Tokto (Dokdo) apparaît donc sur quelques cartes.). & P. Pour préparer géographiquement l’importante expédition du Commodore Perry (cf. Nutsu sima (sic. Jean-Pierre Poussou dir. 1870.règne sur la toponymie de cette partie du monde. Ge AA 2747 (65-1859) / 99 C 225 860. (d. et celle des Japonais qui débouche sur le traité inégal de Kanghwa en 1876 (130). p. and of the sea of Okhotsk. Velhagen und Klasing. Hornet Is. Korea und Japan. 132 Pacific Ocean. Adolf Stieler. Liancourt In. B. 356 p. 134 China (Ost Teil). WHITTINGHAM Paul Bernard (1856) : Notes on the late expedition against the Russian settlements in Eastern Siberia. Zegelberg. Green and Longman. Justus Perthes. Cette tentative française. émigré aux États-Unis en 1849 et qui s’est spécialisé dans l’art puis dans l’ethnologie artistique. Les Français dans le Pacifique. P. National Maritime Museum.N. Parmi elles.in-dô) : Take-sima (Argonaut). 1 : 20 909 000. 1870. Liancourt R. en fait . The General hand Atlas. 246 p. édition de 1873 (first edition 1859).. Oki (137). B. en 1859. citons celles de l’Amirauté britannique de 1859 ( 132 ) et de John Bartolomew en 1870.une cacophonie. p. John Bartholomew. Brooke. Les Américains veulent y voir plus clair. Paris. Le nom de Hornet Is. John-M. 140 p. Engländer). Edinburgh. Une carte de John Rogers fait ainsi état. « protéger les baleiniers français » (131). (d. 30. Adolf Stieler mentionne en 1870 Matsu sima (Dagelet I. des îles suivantes du nord-ouest (péninsule Coréenne) au sud-est (San. Sons & Company. Leipzig. 74. Admiralty. la découverte d’un baleinier n’est plus totalement anodine. chaque puissance cherche cependant à marquer des points.. 1 : 15 000 000. n° 2683. Brown. and of a visit to Japan and to the shores of Tartary. énumère Argonaut eiland. surtout britanniques. apparaît sur une carte de Richard Andrée en 1893. p. Gotha. Hand Atlas. Presses de Paris-Sorbonne. Ge SH 19è pf 178 div 1 p 18. TANABE Hiroshi et al.. avant de prendre éventuellement possession. ils font appel à Wilhelm Heine (1827-1885). l’enjeu est ici surtout symbolique. précède l’expédition américaine du contre-amiral John Rogers. 32 . POIRIER Nicolas (2006) : « La campagne du Capitaine Lavaud en Nouvelle-Zélande (1840-1843) ». John-Rogers. une passe d’armes toponymique s’effectue à distance entre l’État français et l’État britannique à propos des îlots en question. et élimine Argonaut (134).. The Advanced Atlas. 136 Übersichtskarte von China und Japan. Tôkyô. 103. 1859. apprend le projet et. MatsuSi (Dagelet Is. 1893. (2010) : Chimei no hassei to kinô .. Franzosen) Hornet In. officiellement. puisque leurs intentions se précisent quant à l’ExtrêmeOrient. auxquels s’ajoute l’État russe. 1859. en juin 1871. ainsi que Matsu Schima (pour Ullungdo) (136). C. En la circonstance.F. 97 C 222 373.N. William Collins. qui échoue. Zegelberg. de toute évidence. & P. comme il 130 131 ORANGE Marc (1976) : « L’Expédition de l’Amiral Roze en Corée ». en 1859. 138 Kaart van Japan. même petits. N’oublions pas le contexte des guerres de l’opium. supra). Revue de la Corée. Study on the geographical name « Japan Sea ». Sybille rocks apparaît sur une carte dans l’ouvrage de Paul Bernard Whittihgham. Ce Prussien. aux côtés d’Argonaut et de Dagelet (135). la polyphonie occidentale . 8. Londres. 135 Chart showing the track of the author’s cruise. Greenwich.Il faudrait effectuer de plus amples recherches dans les archives britanniques pour savoir si l’Admiralty connaissait ou non la découverte française des Liancourt.. et à prendre position. Bien qu’étant dans la continuité de la rivalité navale qui oppose les deux pays depuis plusieurs décennies.. Pendant plusieurs années. Longman. 133 Chine Empire and Japan. La chasse ellemême sert de prétexte pour affirmer une présence militaire. 137 Japan. avec Matsu-sima (pour Ullungdo) (133). Teikyô Daigaku. On sait que la « protection des ressortissants » ou la « sécurité des « biens » constituent un argument majeur pour déclencher un conflit et pour légitimer une présence impérialiste. F. en fait Matsushima pour Ullungdo).Nihonkai chimei no kenkyû / Origin and Functions of Geographical Names. 44-84. F. Mais. ni les ambitions françaises de conquérir la Corée qui débouche sur l’expédition militaire du contre-amiral Roze en octobre-novembre 1866.). Une carte rédigée en hollandais de P. / Liancourt / Menalai. En permettant d’asseoir une toponymie et une géographie. C. Hornet rotsen et Oki sima (138).. p. 1 : 7 500 000. Richard Andrée.

est probablement la dernière qui s’évertue à maintenir cette dernière puisqu’elle mentionne Argonaut I. en russe Menelai / Olivutsa. alias Matsushima. Ge BB 3 vol.. p. Matsushima et H. cit. en 1898. Sh. Il ne s’agit probablement pas d’une intention malveillante envers la Corée ou bienveillante entre le Japon. 1903). Plus prosaïquement. Hornet 1855 (140). (410 feet). Londres. 1901. B.N. 13. évoque ainsi « Ollonto. Elles le font soit en traçant une ligne frontière entre cette île et le littoral coréen. au cours du dernier quart du XIXe siècle. datée de 1864 et réalisée « d’après les documents les plus récents ».veut voyager. Dagelet I. 661. La multiplicité des indications montre que la Marine française est informée des dernières navigations dans le secteur mais que se propage toujours la fantomatique île Argonaute. Le nom d'Argonaute finit par disparaître des cartes occidentales. la préparation ainsi que le compte-rendu cartographiques de l’expédition Perry (il rédigera aussi son propre témoignage. Autrement dit. Matusima / I. publiée en 1856. L’accumulation des cartes et des informations se poursuit. 142 China. 236 p. Simultanément. 96 C 21 6752 (détail). celui d'Ullungdo apparaît peu à peu. 1 : 3 168 000.Dagelet qu'avait donné La Pérouse en 1787 . Ou : China. Dagelet (avec Roche Boussole et Pointe Seal). 140 Extrait reproduit in Kawakami (1966). au Japon lui-même. 141 Carte des Îles et mers du Japon / d’après les documents les plus récents / publie [sic] / au dépôt des cartes et plans de la Marine / en 1864. tout en étant parfois remplacé par celui de Taka Shima (143). 68 pl. Nouvelle Géographie Universelle. Assurément. 2 (n° 2150).. Le doute a pourtant déjà été levé sur Argonaute par plusieurs navigations successives (La Capricieuse en 1852.. En outre. S. 143 Comme sur la carte suivante : Japan.Matsushima qu’a noté Von Siebold par erreur et qui y est accolé depuis sa carte de 1840 jusqu’au début du XXe siècle. with Perry to Japan : a memoir. Japan and Korea. rédigée en allemand. University of Hawaii Press. On y lit Argonaut / nicht Vorhanden [« Argonaut / pas atteinte »].. dont la consonance est typiquement japonaise. fait état des îles suivantes. l’Actoen en 1859…). 1 : 6 969 600. .. 144 RECLUS Élisée (1882) : L’Asie orientale. historiquement attribuée à la Corée dans des textes anciens ou dans des cartes anciennes. il propose ses services. En 1882. livre VII. Une carte française. à attribuer Dagelet/Matsushima au Japon. Ullungdo a porté au moins trois noms sur les cartes occidentales au cours du XIXe siècle : . Dagelet od. La carte d’Edward Stanford. il semble que l’effacement progressif de l’« Île aux bambous ».F. Chinese Empire with Japan and Korea de Rand McNally (Chicago. les cartes occidentales tendent. Il réussit et se voit confier. 96 C 216751 (ensemble). 1898. non sans culot. où il se réfère beaucoup à Siebold) (139). Bien que proposant enfin le toponyme vernaculaire coréen. dans le chapitre sur la Corée au sein de son livre sur l’Asie orientale. Hachette. en anglais I. soit en explicitant l’appartenance par une mention entre parenthèses. Honolulu. l'ancien nom japonais que mentionne Klaproth (1832) d’après Hayashi (1895) . (Taka Shima). conduise à attribuer l’« Île aux Pins ». Japan Sea (142). & P. Élisée Reclus (1830-1905). C. Paris. il faudrait examiner quelle influence ont pu exercer en ce sens les cartes japonaises de cette période. D. Hornet Is. Heine est très bien informé puisqu’il connaît déjà le résultat de l’expédition britannique du Hornet qui n’a eu lieu qu’un an auparavant. il reflète aussi le point de vue adopté à l'époque par la plupart des cartes européennes qui donnent également le nom japonais de Matsushima. Pour le vérifier. et indiqué comme correspondant à Matsushima. échelonnées du nord-ouest (Baie Broughton) au sud-est (Îles Oki) : Tako-sima ou Argonaut P. 33 . entre autres choses. op. Atlas series. Edward Stanford.Takeshima ou Takashima. Il en résulte une carte. Pallas en 1854. et très inspirée de Siebold. Londres. (Matsu Shima). cartes qui confondent en outre Liancourt et Hornet. Rochers Liancourt découverts par les Français en 1849. p. Oki Islands. Hornet (141). . 139 TRAUTMANN Frederic (1990) : « Introduction ». Edward Stanford. Wilhelm Heine. qui porte aussi le nom japonais de Matsou sima et l’appellation européenne de Dagelet » (144). 896 p. Avec Matsu Shima puis Liancourt Rks. Edward Stanford.

Les militaires surveillent soigneusement les informations géographiques. au demeurant instrumentalisé par les puissances impérialistes occidentales.se croisent ou se succèdent. mais le différentiel de progression entre eux. C’est exactement ce que dessine la neuvième expédition du Liancourt.Conclusion Il n’existe probablement pas de cas géohistoriquement et géopolitiquement aussi complexe au monde car reposant. Davantage même. elle peut tout autant être reconstruite. Les géographes courent après les renseignements. La problématique de Tokto/Takeshima reflète à elle seule l’évolution d’un XIXe siècle où acteurs. Les pays locaux devront choisir d’accepter ou de refuser le nouvel ordre géographique ou géopolitique.et les géographes . et changent. cette domination en somme. et la politique japonaise de repli et d’interdiction en haute mer. Les explorateurs naïfs ou sincères. la mémoire de ces indépendants illégaux disparaîtra de l’histoire officielle des États qui en revendiquent pourtant le territoire. la géographie . a priori en toute indépendance mais en réalité soumis à la nature. Or cette clandestinité est incompatible par définition avec le droit des États-nations modernes et leur juridiction territoriale stricte. Les équipages cosmopolites se déplacent sur les mers. mais il faut du temps pour que les appareils et les appariteurs s’en imprègnent. des informateurs en question. les seconds accompagnant ou suivant les premiers. des bandits peut-être. complique le processus. Simultanément. celui-ci est fréquenté clandestinement par des pêcheurs ou des bûcherons (ceux-là sur Ullungdo). La cartographie dite scientifique gagne les pays d’ExtrêmeOrient. la présence occidentale en Extrême-Orient devient de plus en plus pressante. sur une cascade de confusions et d’erreurs géographiques. l’appétit économique et l’ambition politique de l’espace : les puissances occidentales. récupèrent les données. héritiers de l’universalisme des Lumières et avides de découvertes géographiques ou ethnologiques. les dernières terres et les dernières îles sont « découvertes ». Sauf que. politiques menées jusqu’au milieu du XIXe siècle. Les hommes . Dans ces conditions. en partie seulement mais en partie quand même. les éléments traditionnels et modernes se chevauchent chez les lettrés japonais . elle façonne un nouvel ordre géographique. qui aboutit à interdire l’accès à Ullungdo. non sans tâtonnement ou complication. en réalité. Les temps n’auraient-ils pas changé ? Auquel cas. Philippe Pelletier.sachant que ces qualificatifs sont donnés ultérieurement . établissent cartes et notices. encore marins mais de plus en plus industriels. et dire leur mot. Les expéditions des Lumières mêlant découvertes scientifiques et repérage géopolitique laissent rapidement la place aux baleiniers et aux militaires. qui trace la limite effective au large d’Oki. 34 . le 3 janvier 2011. Sur le plan de la technique. L’ordre nouveau résulte d’une chimie entre la toponymie vernaculaire et la toponymie que marins baleiniers ou capitaines militaires choisissent et imposent comme un trophée autant symbolique que territorial.peuvent le rappeler. Cette toponymie-là va supplanter celle-ci. c’est-à-dire repérées par ceux qui ont la maîtrise technologique. De même qu’elles dictent leur nouvel ordre géopolitique. par des réfugiés ou des réfractaires. tant coréens que japonais. se fondant sur leur réseau d’informateurs ou sur leur logique pour réaliser leurs travaux.car il y a bien peu de femmes dans cette géohistoire . mais leur pavillon ou leur découverte rappellent qui est le maître. si la géographie de cet espace a été construite. Le méridien origine lui-même n’est pas encore fixé universellement. suivent les ordres des commanditaires placés dans les bureaux de l’État. même de cette façon. et à l’autorité. Cependant. Ils cèdent peu à peu la place aux armateurs baleiniers. La politique coréenne de « l’île vide ». politiques et techniques se multiplient. plus performante. Le repérage des latitudes devient techniquement plus rigoureux. ont eu pour conséquence de transformer l’espace maritime intermédiaire entre les deux pays en une sorte de no man’s land. et se calent.et on peut en dire autant des informations. apparemment anodine mais en fait porteuse de tous ces enjeux. La navigation à voiles remplace la navigation à vapeur.