Chapitre changement et solidarités sociales

Notions du référentiel : lien social, socialisation, solidarité mécanique /organique, risques sociaux, Etat-Providence, assistance, redistribution

Fiche1 – Les instances d’intégration et de socialisation (repris en partie du manuel en ligne Brises)

En première a été étudié ce que les sociologues appellent les instances de socialisation, c’est-à-dire les institutions ou groupes qui transmettent la culture d’une société, ses normes et ses valeurs. Nous allons reprendre l’étude de ces instances, mais sous un angle un peu différent, pour voir non pas tant comment elles construisent l’individu en le socialisant, mais comment cette construction produit de la solidarité entre les individus d’une même société. Il y a bien sûr une multitude d’instances d’intégration, mais nous allons nous concentrer sur les principales : le travail, la famille, l’école et la citoyenneté. Pour voir les critères de classification des groupes : ici un diaporama de J.Dornbush: La cohésion sociale et les instances d'intégration Un article des cahiers français d'octobre 2009 sur les différentes formes d'intégration: lapeyronnie.pdf Deux articles de Sciences humaines: Lien social Aux sources du lien social

Partie 1 – La famille a un rôle fondateur dans l’intégration
C’est dans la famille que se passe une bonne partie de la socialisation primaire des individus. C’est là d’abord que sont transmises les normes et les valeurs en vigueur dans la société. Mais la famille est aussi un réseau d’entraide et de solidarité qui contribue à la cohésion sociale.

I.

La famille transmet les normes et les valeurs en vigueur dans la société.

Ce mécanisme de la socialisation familiale a été abordé en classe de première : la famille transmet le langage, les mœurs, les rôles sociaux (à commencer par ceux de parents et d’enfants !). Nous n’allons pas analyser ce processus ici, mais simplement rappeler son importance pour bien s’intégrer à la société L’exemple de la langue est le plus parlant (si on peut dire !) : comment ne pas se sentir étranger dans une société si on n'en parle pas la langue ? Comment interagir avec les autres si on ne peut se comprendre ?

II.

La famille est le lieu d’activités communes.

C’est vrai évidemment pour les activités quotidiennes, comme les repas par exemple. Ces activités donnent lieu à un partage des tâches à l’intérieur de la famille, un peu comme le travail est divisé dans l’entreprise, qui organise des rôles familiaux (qui prépare le repas, qui s’occupe des tâches ménagères, des courses, des démarches administratives, etc.). Les loisirs pris en famille permettent aussi de tisser des liens de socialisation . Enfin, la famille peut aussi être un lieu d’activité économique, comme dans les familles d’agriculteurs traditionnelles ou chez les ouvriers du textile au début du 19ème siècle (les « canuts » lyonnais par exemple).

III.

La famille constitue un réseau de solidarité.

Il est évident que la famille implique un ensemble d’obligations et de droits réciproques permanents entre ses membres, tant sur le plan légal que sur le plan affectif. C’est notamment la relation entre parents et enfants, bien plus durable que la relation de couple par exemple, ou encore la relation entre grands-parents et petits-enfants, avec ce qu’elle implique souvent en termes d’échange de services ou de transferts financiers. Mais quel est l’impact de ces liens sur l’intégration ? Comme le travail, la famille est un « échelon intermédiaire » entre la société et l’individu, où celui-ci peut prendre place, donner du sens à sa présence parce qu’elle s’insère dans un tissu de relations de proximité. La famille est en fait un « lieu », un espace de partage où la solidarité prend une dimension concrète. La famille est souvent, pour l'individu, le premier recours en cas de « pépin », mais aussi un recours pour organiser au mieux sa vie matérielle (par exemple, la garde des enfants par les grands-parents, occasionnellement ou régulièrement). Un article des Cahiers français: Familles et inégalités sociales Un diaporama de Sciences Po Paris: Microsoft PowerPoint - Sociologie de la famille Une conférence de F.de Singly à l'Université de tous les savoirs: - La famille, première et seconde modernités La vie des idées Ethnologie de la parenté

Partie 2- Le rôle de l’école
Avec la famille, l’école joue un rôle important dans la socialisation des futurs citoyens. Elle contribue donc à l’intégration sociale des membres de la société, en transmettant des normes et des valeurs, mais aussi en favorisant l’épanouissement individuel et en préparant l’entrée dans la vie active.

I.

Le rôle traditionnel de l’école : la transmission d’une culture commune.

L’ « école républicaine », celle qui s’est construite au cours de la 3è République, en particulier avec les lois de Jules Ferry rendant la scolarité obligatoire, est d’abord celle qui a comme objectif de « fabriquer des bons français ». Elle a imposé la langue française au détriment des langues régionales de manière très systématique (et vous savez depuis la classe de première combien la langue est un élément essentiel de la culture d’une société). Elle a valorisé la science et la raison, et à travers elles, l’idée d’une culture universelle dépassant les particularismes religieux. Elle a diffusé tout un ensemble de valeurs patriotiques (les grandes dates de l’histoire de France, les « grands hommes », le drapeau français, la Révolution française, etc) qui ont contribué à construire réellement la Nation française : les enfants, une fois passés par l’école, avaient à la fois une langue, des références culturelles et des racines historiques communes, quelle que soit leur origine sociale, régionale, religieuse ou ethnique. On mesure à quel point ce fonctionnement était en effet intégrateur.

II.

La préparation à la vie active.

L’école prépare à l’entrée dans le monde du travail en dispensant des qualifications et en les validant par des diplômes. On retrouve dans cette fonction utilitaire de l’école un peu la même fonction intégratrice que la division du travail : donner une place à chacun en lui donnant une identité professionnelle. Le diplôme, c’est la reconnaissance de capacités et donc d’une sorte « d’utilité sociale », mais c’est aussi le début de l’appartenance à un monde professionnel.

III.

La construction des individus.

L’école doit permettre à l’enfant de développer sa personnalité, de s’épanouir, donc de construire son identité personnelle, par définition différente de celle des autres enfants. Cela peut paraître paradoxal de dire que la construction de l’identité individuelle concourt à l’intégration sociale, mais le paradoxe n’est qu’apparent. Emile Durkheim avait déjà souligné que l’individu était nécessairement une construction sociale : ce n’est que dans un cadre social, par opposition avec les autres et plus généralement dans l’interaction avec les autres que l’on peut affirmer une personnalité propre.

Conclusion :
L’école rencontre aujourd’hui des difficultés dans sa mission intégratrice, mais ces difficultés, largement évoquées dans les médias, ne doit pas conduire à sous-estimer le rôle de l’école dans la cohésion sociale. Le développement de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, le prolongement et la démocratisation des études font que le poids de l’école dans le processus d’intégration s’est considérablement renforcé au cours du 20ème siècle. Une vidéo de Canal U: L’école, respect de la diversité face aux risques du communautarisme Sur le portiques revues :L'école, facteur d'exclusion ou d'intégration ? Sur la vie des idées, La mixité sociale à l’école : une affaire de famille ?

Partie 3- Le rôle du travail dans l’intégration
Le travail comme activité centrale dans la société, comme activité donnant statut et rôle à l’individu, n’apparaît en tant que tel qu’au 18è siècle, selon certains philosophes comme D.Méda. Sa place sociale s’est considérablement accrue depuis cette époque et le travail est « le » moyen pour l’individu de se construire une identité professionnelle et sociale, de s’assurer un revenu, et d’obtenir des droits sociaux.

I.

Le travail crée une complémentarité entre les individus : l’analyse de Durkheim

Durkheim rejette l’analyse libérale de la division du travail : Postulat expliquant selon les libéraux l’apparition de la division du travail : Selon les économistes, la division du travail peut être analysée comme la réponse à un problème auquel sont confrontés les individus. La division du travail doit donc être vue comme un construit humain : les individus ayant intérêt à se partager les tâches afin d’accroître le rendement de la collectivité, ou plus exactement d’être plus productif que leurs concurrents et de gagner des parts de marché ( les deux visions n’étant pas contradictoires mais complémentaires, vu les bienfaits de la concurrence ) . Les économistes libéraux basent donc leur analyse sur l’utilitarisme et l’individualisme méthodologique. Ils partent d’un individu représentatif, l’homo oeconomicus qui est égoïste et rationnel (comportement naturel à l’homme ). Ils étudient les actions de cet individu : en recherchant son intérêt personnel, il a intérêt à diviser le travail. Puis ils agrègent ces comportements individuels afin de faire apparaître la société qui en est le résultat. Durkheim s’oppose à cette conception en la réfutant sur plusieurs points : ici

Un article de Sciences humaines: Les ressorts économiques du lien social

A. Les deux formes de solidarité ( 7 et 8 p 388)
Durkheim, comme de nombreux sociologues de son temps, va être frappé par la disparition de l’ordre social traditionnel qui s’opère sous ses yeux et va se demander par quoi le remplacer. Il va pour cela s’appuyer sur une analyse développée par F Tonnies qui oppose deux types de solidarité qui se succèdent : la communauté ou gemeinschaft et la société ou gesellsachft. Pour l’analyse de Tonnies : ici Durkheim va reprendre et développer l’analyse de Tonnies , en insistant plus particulièrement sur les progrès de la division de travail qui témoigne du passage des sociétés à solidarité mécanique aux sociétés à solidarité organique , dont on peut résumer les caractéristiques par le tableau suivant . SOLIDARITE MECANIQUE SOLIDARITE ORGANIQUE OU PAR SIMILITUDE TYPE DE SOCIETE Sociétés primitives ou archaïques sociétés modernes TAILLE DE LA COMMUNAUTE PLACE ET ROLE DE L’INDIVIDU restreinte densité forte l’individualisme est totalement La conscience collective est inconnu, largement dépassée par les -l’individu est soumis à la consciences individuelles communauté - les individus se sont émancipés -les individus sont semblables des contraintes imposés par la collectivité:les individus sont libres - les individus sont différents et complémentaires il doivent prendre conscience de cela pour concourir au bon fonctionnement de la société. PLACE ET ROLE DE LA la communauté préexiste à L’individu préexiste à la COMMUNAUTE l’individu, en fonction de la communauté, le consensus qui va tradition, la communauté établit générer la communauté résulte de des valeurs, des règles , un sacré la différence de l’hétérogénéité de auxquels l’individu doit se la complémentarité des individus conformer TYPE DE DROIT subordination des individus à la le droit perd son caractère répressif, conscience collectif, le droit est devient un droit restitutif qui ne répressif en cas de violation des recoure plus essentiellement à la règles édictées par la communauté, punition mais à la réparation: droit car elle se sent attaquée dans ce commercial, droit civil qu’elle a de plus fondamental : droit pénal; La question est alors de savoir quelles sont les raisons qui expliquent le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique. Pour l’origine de la division du travail (10 à 13 p 389-390): ici Pour l’analyse de Durkheim des défauts d’intégration : ici Sur Sciences humaines: Émile Durkheim (1858-1917) - Le père de la sociologie

II.

Le travail permet de se construire une identité professionnelle

Nous avons vu au chapitre précédent que la division du travail permet à chacun de se rattacher à un collectif intermédiaire entre la société et l’individu : le « métier », la profession, la catégorie sociale. Par le travail on peut d’une part se reconnaître des semblables, qui partagent notre profession ou notre situation économique et sociale, et d’autre part se distinguer d’autres personnes, qui exercent un métier différent, et ont donc d’autres valeurs, d’autres référence, avec qui on peut même être en conflit. Cela peut paraître paradoxal, mais un individu a besoin de ce double mouvement de différenciation et d’assimilation pour s’intégrer. L’identification à autrui nous rattache à la société, fait exister le collectif, et la différenciation nous donne une place dans ce collectif. Dans le travail, cette « place » va se caractériser par un statut social – en quelque sorte le rang du travailleur dans les différentes hiérarchies sociales (prestige, pouvoir, mais aussi richesse) – et un rôle social – c’est-à-dire l’utilité du travailleur dans l’entreprise et au-delà dans la société, ce à quoi « il sert ».

III.

Le travail assure un revenu et la participation à la société de consommation.

Travailler, plus précisément être actif, s’est s’assurer un revenu, qui est déjà une reconnaissance de l’utilité sociale de ce que l’on fait. En ce premier sens, déjà, le travail est intégrateur. Mais le revenu permet aussi à l’individu de consommer les biens valorisés par la société, et donc de s’y faire reconnaître. Si nous consommons tous à peu près les mêmes choses (voitures, logement, loisirs,

vêtements, etc.) ce n’est pas seulement parce que ces biens sont objectivement utiles ou nécessaires, mais aussi parce qu’ils nous donnent un certain statut social. Pensez à ce que cela peut représenter en termes d’autonomie et d’identité personnelle d’acheter sa première voiture.

IV.

Le travail assure des droits sociaux.

Les droits sociaux sont les prestations sociales constitutives de l’Etat providence dont on reparlera à la deuxième section de ce chapitre. C’est, par exemple, la possibilité d’une indemnisation pour les salariés qui se retrouvent au chômage. Ces droits sociaux matérialisent la solidarité entre les individus, et plus encore l’appartenance à la société : c’est bien parce qu’on travaille en France que l’on bénéficie d’une panoplie de droits et de prestations, qui diffèrent d’un pays à l’autre, chaque société organisant sa sphère de solidarité.

Conclusion :
Le travail, parce qu’il permet à l’individu d’acquérir un statut social, de disposer de revenus et d’accéder à des droits et des garanties sociales, est donc devenu un pilier de l’intégration sociale. La nécessité impérieuse (pas seulement matériellement mais aussi socialement) d’avoir un emploi, la volonté très marquée dans les enquêtes d’opinion de s’épanouir dans son travail, montrent bien que le travail n’est pas seulement une activité parmi d’autres. Le travail est plus que cela, il est fortement chargé symboliquement, autrement dit il fait partie du registre des valeurs. Pour plus de développement : ici Sur Sciences humaines: Les formes d'intégration professionnelle Sur le site de l'ENS L'entretien avec Michel Lallement et la présentation générale de son ouvrage sur le Travail :Ecouter l'intégralité de entretien.Le podcast. L'audio.

Partie 4 – Le rôle de la citoyenneté
I. Qu’est-ce que la citoyenneté ?

La citoyenneté est d’abord politique. On peut dire que c’est la capacité à être membre d’une communauté politique et, à ce titre, à participer à la prise des décisions. Ces décisions sont celles qui concernent la vie en société et en particulier la façon de régler les conflits surgissant entre les membres de la société. La citoyenneté s’exerce au travers d’un certain nombre de droits (égalité juridique des citoyens, droit de vote, etc…) et de devoirs (défense du pays, financement des dépenses collectives, etc).

II.

En quoi la citoyenneté est-elle intégratrice dans une société démocratique ?

Chaque citoyen, au-delà de toutes les différences qu’il peut avoir avec les autres citoyens, est dépositaires d’une parcelle de légitimité. A ce titre, il dispose des mêmes droits et devoirs que les autres, et il est appelé à les exercer concrètement. C’est cette égalité entre les individus et l’implication dans le gouvernement de la société qui est intégrateur. La Nation se veut intégratrice de ses membres au-delà de leurs différences religieuses, ethniques, ou de genre (homme/femme). Elle transcende donc tous les particularismes au nom des valeurs universelles (égalité, démocratie, liberté). Enfin, pour conclure, on peut remarquer que si l’exercice traditionnel de la citoyenneté politique semble aujourd’hui en déclin, il y a sans doute des formes nouvelles d’exercice de cette citoyenneté : quand on voit le nombre d’associations s’accroître, le nombre de gens qui s’impliquent bénévolement, par exemple, dans les Restos du Cœur, on peut penser qu’il y a là de nouvelles formes de participation, qui sont essentiellement politiques

Un n article de La Tribune : Quels sont les pays qui conjuguent lien social et performance ? Une vidéo de Canal U : Canal-U - La notion de citoyenneté