La toxicologie environnementale

LES RADIATIONS IONISANTES
I. GÉNÉRALITÉS L’homme est exposé aux rayonnements depuis son apparition sur terre. La radiobiologie est en rapide évolution, à la fois sur le plan des concepts et sur le plan expérimental. Il est important d'en connaître les grandes lignes afin d'appréhender de façon rationnelle les risques et les pathologies liés aux radiations. Définitions: • Radiations ionisantes: ondes électromagnétiques capables de produire des ions en contacte avec la matière • Radiations non ionisantes: ondes électromagnétiques qui n’ont pas l’énergie suffisante pour transformer les atomes en ions : - Rayon UV - Lasers - Rayon IR - Micro-ondes • Radioélément: Élément constitué d’atome dont le rayon se désintègre en émettant diffèrent type de rayonnements ionisants. • Rayonnements ionisants: Particules qui fournissent à la matière lors de l’interaction, l’énergie nécessaire pour ioniser les atomes. II. BASES PHYSIQUES ET NOTIONS ELEMENTAIRES II.2- Nature des rayonnements Il existe deux formes de rayonnements : A. Rayonnements ionisants En se désintégrant, les noyaux radioactifs vont émettre divers types de rayonnements qui peuvent être séparés en deux catégories. a. Rayonnements chargés électriquement Les rayonnements β sont des électrons porteurs d'une charge négative (β -) ou d'une charge électrique positive (positons ou β+).  Les rayonnements α sont des noyaux d'hélium constitués de 2 protons et de 2 neutrons. Ces deux catégories de rayonnements sont directement ionisantes car ils arrachent des électrons à la matière dans laquelle ils se propagent. Ils ont un parcours très court : une feuille de papier suffit à arrêter les rayons α, les rayons β ont un parcours de quelques mètres dans l'air et sont arrêtés par quelques millimètres de métal. Ils sont donc peu dangereux en exposition externe, par contre leur fort pouvoir ionisant les rend très nocifs en exposition interne. b. Rayonnements non chargés électriquement

Les radiations ionisantes

Rayonnements corpusculaires : les neutrons sont produits par des réactions situées au sein des noyaux.

Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale Rayonnements électromagnétiques X et gamma (γ) : Ce sont des rayonnements indirectement ionisants car ils agissent par l'intermédiaire des particules chargées qu'ils mettent en mouvement lors d'interactions avec la matière. Ils peuvent traverser des épaisseurs importantes et sont donc très dangereux en exposition externe. Pour les arrêter, on dispose d'écrans protecteurs, tels que d'importantes épaisseurs de béton, d'acier ou de plomb pour les rayons X ou γ, des écrans en paraffine pour les neutrons. B. Rayonnements non ionisants « RNI »

Les radiations ionisantes

Les radiations à haute fréquence générées: • les lignes à haute tension, • les radars, • les réseaux de télécommunications • les fours à micro-ondes. II.3- Activité et période d'un radioélément • Radioactivité : le nombre de noyaux qui se désintègrent /unité de tps. L'unité : becquerel (Bq) • La période radioactive ou demi-vie = le temps mis par la moitié des noyaux de la substance radioactive pour se désintégrer. • Très variable : 8 jours pour l'iode, 30 ans pour le 137Cs, 24 000 ans pour le 239Pu Grandeur Activité Dose absorbée Equivalent de dose (H) Débit de dose Absorbée Unités 1 gray (Gy) = 1 joule par kilo Sievert (Sv) Becquerel (Bq) Définitions Nombre de désintégrations par Energie communiquée à la matière par unité Effet biologique sur les tissus irradiés Energie revue par la matière irradiée par unité de masse et unité

III. MODES D'EXPOSITION Ils dépendent de la position de la source par rapport à la personne exposée. Les rayonnements peuvent être émis par une source extérieure à l'organisme, on parle alors d'exposition externe. Si la source se situe à distance de la personne et l'atteint, on parle d'irradiation externe et, si la source se trouve au contact de la peau, de contamination externe. Dr BENDJAMAA A.

Tab. Principales grandeurs et unités utilisées en radioprotection.

Gray par seconde (Gy/s)

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La toxicologie environnementale Les rayonnements peuvent être émis par des radioéléments intérieurs à l'organisme, il s'agit alors d'exposition interne. IV. SOURCES D'EXPOSITION AUX RAYONNEMENTS IONISANTS Chaque individu est soumis à une exposition aux rayonnements ionisants, d'origine naturelle ou artificielle. IV.1- Exposition naturelle L'exposition naturelle est la principale composante de l'exposition humaine, on peut en individualiser deux origines : les rayonnements cosmiques, les rayonnements telluriques. A. Origine cosmique : Les rayonnements cosmiques de haute énergie proviennent du soleil et d'autres étoiles en général des périodes très longues. On distingue essentiellement trois familles radioactives: uranium 238, uranium 235, thorium 232, dont les descendants (en particulier radon et thoron) participent de façon importante à l'exposition interne. IV.2- Exposition artificielle A. Exposition du public a. Exposition médicale  La radiographie (médicale et dentaire) :  Exploration fonctionnelle : La scintigraphie, La tomographie à émission de positons.

Les radiations ionisantes

B. Origine tellurique : Les radioéléments présents dans la carte terrestre ont

La radio-immunologie : Cette méthode est utilisée pour des dosages extrêmement précis tel que le dosage d'hormones, de médicaments, etc. La radiothérapie : C'est un traitement fondé sur l’action biologique des rayons ionisants et plus spécialement des rayons X. La stérilisation Gamma : Cette méthode est utilisée pour stériliser les produits médicaux à froid. Stimulateurs cardiaques : (pile au plutonium). b. Retombées consécutives aux essais nucléaires c. Diverses sources d'exposition de la vie courante

Les objets rendus luminescents avec des peintures au tritium (montres, cadrans, réveils...), les anciens récepteurs de télévision, certaines céramiques dentaires, etc. B. Exposition professionnelle Parmi les personnes professionnellement exposées, on peut citer :  Les membres des professions médicales (radiothérapeutes, radiologues,...) et paramédicales (manipulateurs radio, infirmiers...) ;  Les travailleurs de centre de recherche utilisant des sources ;  Les travailleurs de l'industrie nucléaire (centrales, mines...) ; Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale  Les travailleurs de secteurs industriels variés utilisant des sources scellées ou non : radiographie industrielle, radioconservation des denrées, jauges radiométriques, etc. V. EFFETS BIOLOGIQUES DES RAYONNEMENTS IONISANTS V.1- Effets moléculaires Les radiations ionisantes agissent suivant deux voies d’action. D’une part, elles génèrent des cassures moléculaires (c’est l’effet direct), d’autre part, elles provoquent la radiolyse de l’eau (c’est l’effet indirect) conduisant à la formation de radicaux libres qui constituent des espèces moléculaires fortement toxiques.  L'action directe est due au transfert direct de l'énergie du rayonnement à une molécule cellulaire. Toutes les molécules cellulaires (protéines, enzymes, lipides, glucides, ADN et ARN) peuvent être altérées et avoir un impact sur le fonctionnement de la cellule. La radiolyse de l'eau : sous l'influence de rayonnements ionisants, une molécule d'eau se décompose en deux radicaux libres (R•) porteurs d'un électron non apparié ou « célibataire », chimiquement instables et très réactifs.

Les radiations ionisantes

H2O HO• + H• Les radicaux libres formés par radiolyse de l'eau et ceux formés par action de ces derniers sur les molécules voisines entrainent de nouvelles lésions moléculaires. Les principales lésions ayant des conséquences sont celles de l’ADN. Les principales altérations de l’ADN correspondent à :  Des ruptures de chaînes  Des modifications des bases  Des modifications des sucres  Des pontages « cross links » intra- ou intermoléculaires.

Dr BENDJAMAA A.

Fig. Effets moléculaires des rayonnements ionisants. 4

La toxicologie environnementale V.2- Effets cellulaires Lorsque les modifications de l’ADN provoquées par les radiations intéressent le codage génétique et que la cellule ne répare pas le défaut, celui-ci peut être à l’origine de mutation ou de mort cellulaire. A. Mutation : C'est-à-dire modification permanente du patrimoine héréditaire de la cellule. B. Perte de la viabilité : Les lésions moléculaires peuvent engendrer une mort cellulaire par nécrose ou apoptose immédiate si la dose reçue est très élevée. Le plus souvent, si la dose est plus faible, on observe une mort cellulaire différée, c'est-à-dire que les cellules ont perdu leur capacité de division ; certaines meurent à leur première mitose, d'autres subissent quelques divisions avant de disparaître Les radiations ionisantes

Fig : La mort cellulaire après une irradiation unique V.3- Effets tissulaires

Les rayonnements ionisants affectent les cellules qui se divisent ; les cellules sont d'autant plus radiosensibles qu'elles sont indifférenciées et qu'elles ont un potentiel de prolifération plus grand.  L'épiderme : les cellules radiosensibles sont les cellules basales, après radio-exposition, Les effets n'apparaitront qu'avec une certaine latence (au minimum 20j) ;

 L'épithélium intestinal: la disparition des villosités et les perforations intestinales surviennent en 4 à 5 jours ;  Le système hématopoïétique : Si les cellules souches sont lésées par une dose suffisante, la différenciation est bloquée et conduit à une aplasie médullaire (toujours avec une certaine latence).

V.4- Effets sur l'homme Les effets de rayonnements ionisants peuvent être classés en deux catégories dont les caractères diffèrent de manière importante. On distingue ainsi les effets stochastiques ou aléatoires, qui n'apparaissent que chez certains sujets et sont indépendants de la dose, et les effets non stochastiques ou effets déterministes dé pe nd ant de l a d o se re çue (no t io n de se uil ) e t po uv ant ê t re réversibles. A. Effets déterministes a. Exposition externe globale Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale Dose absorbée <1 Gy Au-delà de 1 Gy Effets Les radiations ionisantes peu de signes cliniques chez la plupart des individus la phase prodromique, dans les 24 heures : signes neurovégétatifs +troubles digestifs et troubles vasomoteurs ⇒hospitalisation pour surveillance. l'hospitalisation indispensable (atteinte ∑hématopoïétique). • ↓Nbr lymphocytes rapidement après l'exposition, jusqu'au 3e à 5e jour, • Le nombre de granulocytes peut ↑ le jour de l'exposition avant de diminuer les jours suivants. • thrombopénie responsable de troubles hémorragiques. se surajoute un syndrome viscéral, gastro-intestinal, associant vomissements, diarrhées et hémorragies digestives. En l'absence de greffe de moelle osseuse, la mort est quasi certaine. Les signes neurologiques apparaissent. Aucune thérapeutique n'est efficace, le sujet meurt rapidement en moins de 48 heures.

Au-delà de 2 Gy

Au-delà de 6 Gy

Au-delà de 10 Gy

b. Exposition externe partielle Les effets pathologiques vont dépendre de la dose reçue et de l'organe concerné par l'irradiation.  Atteinte de la peau Les lésions observées varient en fonction de l'importance de la dose :  Entre 3 et 8 Gy : apparition d'un érythème ;  Au-delà de 5 Gy : épidermite sèche ;  Entre 12 et 20 Gy : épidermite exsudative;  Au-delà de 25 Gy : nécrose.  Effets sur les gonades • 4 Gy : une stérilité définitive. • doses >à 0,2 Gy : Une ↓ du nombre de SPZ pendant plusieurs mois. • Les ovaires ont une radiosensibilité <à celle des testicules et variant avec l’âge. La stérilité (dose >à 8 Gy).  Effets sur l'œil La p art ie l a pl us r ad io se nsibl e d e l 'œ il e st l e crist al l in. La radio-exposition peut donc provoquer une cataracte dans des délais variables en fonction de la dose : plus de 5 ans pour des doses inferieures à 2 Gy, 1 an pour des doses supérieures à 10 Gy.  Effets sur la thyroïde Les effets pourront être retardés de 10 à 15 ans avec apparition d'une hypothyroïdie. Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale B. Effets tératogènes Les radiations ionisantes Le fœtus et l'embryon sont très radiosensibles, cependant les effets des rayonnements varient en fonction du stade de développement. a. Période de pré-implantation Avant l'implantation de l'œuf (6e - 9 e jour chez l'homme), les cellules sont indifférenciées, totipotentes : en cas de dose élevée reçue, il y a mort cellulaire et avortement qui passe inaperçu. Sinon, quelques cellules sont détruites et remplacées, une seule cellule survivante suffit, c'est la loi du « tout ou rien ». b. Embryogenèse (jusqu'au 60e jour) C'est la période la plus radiosensible pendant laquelle vont se mettre en place toutes les ébauches des tissus et des organes de l'embryon (organogenèse) ainsi que sa forme (morphogenèse). Une irradiation pendant cette période risque d'induire des malformations. c. Stade fœtal (au-delà de 60 jours) Pendant cette période, la fréquence des malformations diminue, ainsi que leur gravité. Par ailleurs, une irradiation survenant tardivement au cours de ce stade peut entrainer des risques cancérogènes qui ne se révéleront qu'après la naissance. C. Effets aléatoires a. Effets cancérogènes Les effets cancérogènes des rayonnements ionisants sont connus depuis le début du siècle. Toutes les études concordent pour reconnaitre le risque d'augmentation de l'incidence de certains cancers pour des doses supérieures à 1 Gy. b. Effets génétiques Ils sont provoqués par la mutation d'une cellule de la reproduction. VII. PREVENTION ET NOTIONS DE RADIOPROTECTION Les principes de prévention tendent à diminuer les expositions au-delà du strict respect des valeurs limites. Il a été défini la DMA (dose maximale admissible) qui est à l’origine « la dose de radiation ionisante qui ne doit causer aucune lésion corporelle appréciable chez une personne exposée, à aucun moment de sa vie ». Cette DMA est utilisée comme norme de contrôle des expositions des professions exposées. Elle est exprimée en millisievert (mSv), la commission internationale de protection radiologique (CIPR) fixe cette limite à 10 mSv/an. Il existe principalement trois manières de se protéger des irradiations externes : La distance, L’utilisation d’un écran, La durée. Pour se protéger d’une contamination interne, deux éléments sont importants : la décontamination systématique des objets et des personnes et la protection personnelle. VII. MESURE DU RAYONNEMENT VII. 1- Surveillance des rayonnements Une instrumentation très variée est disponible pour effectuer une surveillance de la contamination atmosphérique:  Des appareils capables de mesurer l’ensemble des rayonnements (radiamètres) ; Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale  Des appareils spécifiques à un type de rayonnements, pour certains cas particuliers ;  Des balises d’alarme, visuelles ou sonores. VII. 3- Contrôle des personnes A la fin d’un travail, en sortie d’une zone exposant à une contamination, une recherche de la contamination du personnel doit être effectuée systématiquement à l’aide de détecteurs (corps entier, main, pieds). Ces appareils mesurent le(s) rayonnement(s) émis par les substances radioactives déposées sur les vêtements ou le corps. Si une contamination est mise en évidence, il est également indispensable de vérifier s’il y a eu ou non exposition interne. VII.4- Dosimétrie La dosimétrie consiste à mesurer les doses reçues par les personnes exposées, c’est à dire attribuer une valeur aux grandeurs telles que « dose équivalente » ou « dose efficace ». Elle permet de vérifier que les expositions restent, pour chaque travailleur exposé, de l'ordre de grandeur des doses prévisionnelles pour le poste de travail. VIII. REGLEMENTATION VIII.1- Différentes classes d’exposition Catégorie A : travailleur directement affecté aux travaux sous rayonnements ionisants, dont Les radiations ionisantes

dont les conditions de travail entraînent un dépassement du 1/10, mais ne peuvent être susceptibles d’entraîner un dépassement des 3/10 des limites annuelles d’expositions. Autres travailleurs non exposés, tout comme la population générale, sont soumis à la radioactivité naturelle et la limite d’exposition globale est de 5 mSv /an. VIII.2- Mesures réglementaires  Information et formation des travailleurs sur le risque encouru ;  Protection des travailleurs contre l’exposition interne et externe : Contrôle des sources, Evaluation individuelle de l’exposition ;  Moyens de décontamination ;  Surveillance médicale spéciale.

les conditions de travail entraînent un dépassement du 3/10 des limites annuelles d’expositions ; Catégorie B : travailleur non directement affecté aux travaux sous rayonnements ionisants,

Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale

LA POLLUTION ATMOSPHERIQUE
I- GENERALITES : 1- Organisation des écosystèmes : • Le niveau ultime d'organisation du monde vivant est constitué par l'ensemble des écosystèmes de la planète, trois compartiments de nature physique différente :  la lithosphère qui est limitée aux couches les plus superficielles de l'écorce terrestre;  l'hydrosphère : milieu liquide ;  l'atmosphère : zone la plus périphérique de notre planète qui enveloppe les deux précédents milieux. • La biosphère étant formée par l’ensemble des êtres vivants à la surface du globe terrestre et dans les océans. 2- Définition de la pollution : • La pollution est l’introduction dans les milieux de trop grandes quantités d’agents physiques, chimiques ou biologiques entraînant une altération de l’environnement, de nature à mettre en danger la santé humaine, à endommager les ressources alimentaires, biologiques et les écosystèmes, ou encore à détériorer les biens matériels. • La pollution d’un écosystème se définit par une modification de ses composants, soit par disproportion de ces derniers, soit par adjonction d’éléments étrangers nocifs. Elle renferme deux critères :  Critère Qualitatif: Le polluant est une substance étrangère à la composition de l’air qui provoque une gêne ou une nuisance.  Critère Quantitatif: Le polluant est un constituant normal de l’air mais à des taux supérieurs à la norme Ex: le CO 2 > 300ppm. Une définition plus pratique est rapportée dans la première loi algérienne. L'article 32 de la loi n° 83-03 du 05 février 1983 relative à la protection de l'environnement définit la pollution atmosphérique ainsi: « On entend par pollution atmosphérique, au sens de la présente loi, l'émission dans l'atmosphère de gaz, de fumées, ou de particules solides ou liquides, corrosives, toxiques ou odorantes, de nature à incommoder la population, à compromettre la santé ou la sécurité publique ou à nuire aux végétaux, à la production agricole et aux produits agro-alimentaires, à la conservation des constructions et monuments ou au caractère de site » 3- Définition d’un polluant : • Le terme polluant désigne tout agent physique, chimique ou biologique altéragène qui provoque une gêne ou une nuisance dans un milieu donné : modification du taux et/ou des critères de répartition d’une substance naturelle propre à un milieu dans la biosphère. Les polluants de l’environnement ont entre eux une synergie d’action. Dr BENDJAMAA A.

La pollution atmosphérique

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La toxicologie environnementale II–PRINCIPAUX POLLUANTS ET ORIGINE DE LA POLLUTION: Principaux polluants Polluants - dérives gazeux du carbone et hydrocarbures liquides - détergents - matières plastiques - pesticides et autres composés organiques de synthèse. - dérivés du soufre - dérivés de l'azote - métaux lourds - fluorures - particules solides (aérosols) Atmosphère + + + + + + + Eaux + + + + + + + + + Sols La pollution atmosphérique

+ + + + + + +

On peut les classer comme suit ; polluants primaires et les polluants secondaires a) - Les polluants primaires Les polluants émis par les activités humaines sont éminemment variables tant en nature qu'en proportions. Les polluants primaires sont émis directement dans l'atmosphère ; Tel que : dioxyde de soufre, dioxyde d’azote, particules en suspension. b) - Les polluants secondaires Les polluants primaires peuvent évoluer chimiquement dans l'atmosphère pour former des polluants secondaires, qui sont à l'origine de la pollution photochimique et des pluies acides. Il résulte de la transformation photochimique de certains polluants dans l'atmosphère (NOx et COV) en présence de rayonnement ultra-violet solaire. ORIGINE DE LA POLLUTION: Les sources de la pollution peuvent être : → Naturelles : -Emissions volcaniques : SO2 , fluor -Océans et les mers : NaCl ; CaCl 2 … -Radon → Anthropiques : majoritaires !!! -Pollution urbaine : gaz d’échappement, eaux usées, déchets solides (bouteilles en plastique, particules d’amiante,..), tabac…. -Pollution industrielle : fumées, particules, solvants,…. -Pollution agricole : engrais, pesticides,… FACTEURS INFLUENÇANT LA POLLUTION  Volume des émissions : Densité des sources  Facteurs météorologiques : Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale - Le vent: direction et vitesse - Le gradient thermique vertical de la température de l’air - La pression atmosphérique - L’humidité La pollution atmosphérique

ETAT DES POLLUANTS ATMOSPHERIQUES  Les gaz  Les gaz inorganiques : Les dérivés oxygénés du soufre : SO 2 , SO 3 . Les dérivés oxygénés de l’azote : NO, NO 2 , HNO 2 . Les oxydes de carbone : CO, CO 2 . Autres: HF, HCl...  Les composés organiques volatils (C.O.V) : Les hydrocarbures légers; Les aldéhydes et les cétones; Les alcools, hydrocarbures chlorés, mercaptans… …  Les aérosols La phase particulaire est hétérogène du fait de la diversité de la source par :  L’état physique et granulométrique PM10 (Ø<10 μm), PM2,5 (Ø< 2,5 μm).  Leur composition chimique (minérale ou organique). III)- TRANSFORMATION CHIMIQUE DES POLLUANTS. La transformation chimique des polluants dans la troposphère (basses couches de l'atmosphère) est une autre étape du phénomène de pollution. Une fois le polluant dans l'atmosphère, il subira des transformations chimiques grâce à la présence des radicaux libres. Les réactions chimiques ont lieu en majorité en phase gazeuse. Les radicaux libres proviennent de la photolyse de certaines molécules présentes dans l'air. NO 2 , O 3 , CH4 , HCHO et le HNO 2 . L'énergie nécessaire, pour induire les radicaux, provient des photons. III-1 CYCLE DE L’AZOTE a / Photodissociation du NO2. Le NO2 absorbe la lumière entre 300 nm et 420 nm et produit de l'oxygène à l'état fondamental et du NO. NO2 + hv ---------> NO+ O3P b/ Photodissociation de l’ozone. L'ozone absorbe dans les deux sections de longueurs d'ondes. Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale Pour des longueurs d'ondes supérieures à 320 nm on observe un seul mécanisme: O3 + hY---------> O2+ O3p (>320nm) Pour des longueurs d'ondes inférieures à 320 nm un deuxième mécanisme entre en compétition: O3 + hY ---------> O2 + O1d (< 320nm) Produisant de l'oxygène atomique dans un état électronique excité. En perdant un photon, l'atome d'oxygène à l'état, excité peut devenir à l'état fondamental. O1d ---------> O3p L'atome d'oxygène à l'état fondamental peut réagir sur une molécule d'oxygène pour redonner de l'ozone selon la réaction: O3p + O2 + M --------> O3 + M (M désigne les auxiliaires de collision) Ces espèces Chimiques O 2 , NO 2 , O 3 , O3p, O1d et NO réagissent entre eux suivant un cycle dit " cycle de Chapman". La pollution atmosphérique

III-2 Genèse des radicaux libres: HO'. HO 2 . NO : Les RL sont formés à partir de photodissociation d’éléments chimiques normalement présents dans l'atmosphère, tels que le NO 2 , CO, CH4, 03, HN02, HCHO. Ces radicaux ont une importance capitale dans le chimisme de l'atmosphère. 1 / Formation du radical HO* : Le radical HO* provient soit de l'action de l'atome d'oxygène à l'état excité sur une molécule d'eau. O1d+ H2O --------> 2 HO* OU de la photodissociation de l'acide nitreux qui a lieu dans la bande située entre 320 nm et 390 nm. HNO 3 + hY --------> NO + HO* Dr BENDJAMAA A.

SCHEMA 01. Cycle de l’azote (CHAPMAN).

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La toxicologie environnementale La pollution atmosphérique III-3 Formation des polluants secondaires : Les RL, l'ozone et les réactions photolytiques agissent sur d'autres molécules organiques qui se trouvent dans l'atmosphère pour former des produits secondaires ayant des propriétés physicochimiques différentes de leurs précurseurs. 1 / Cycle des Hydrocarbures (HC) volatiles : Le radical HO* réagit sur l'ensemble des HC volatils (légers) et particulièrement sur les alcanes. Le radical alcoyle formé réagit avec une molécule O2 pour donner un radical carbonylé. Ce dernier va oxyder la molécule de N0 en NO2. R-CH3 + HO*-------> R-CH2* + H2O R-CH2*+ O2 -------> R-CH2-O-O* R-CH2-O-O-+ N0 -----> R-CH2-O*+ NO2 R-CH2-O*+ O2- ------> R-CHO + HO2 Enfin le radical HO* se régénère par la réaction: HO2 + NO--------------> HO*+ NO2 L'oxydation d'une molécule d'hydrocarbure nécessite 2 molécules O2 et 2 molécules de NO. On aboutit à une molécule d'aldéhyde,2 molécules de NO2 et 1 molécule de H2O. IV-EFFETS DE LA POLLUTION : D’une façon générale, pour tous les facteurs polluants, les risques varient selon : - Leur concentration ; - La durée d’exposition ; - Leur association ; - Les conditions météorologiques 1- Effets sur les écosystèmes : A]. Acidification : Le terme pluie acide est communément utilisé pour désigner toute précipitation rendue acide par la présence d’acides forts. - Les principaux agents responsables de ce type de phénomènes sont les polluants acides, principalement le : SO 2 , et les NO x . En effet, pendant leur transport atmosphérique, ces derniers se transforment en : ° Sulfates (SO 4 2-) + nitrates (NO 3 2-) dans le cas où l’atmosphère est sèche ; ° Acide sulfurique (H 2 SO 4 ) + acides nitrique (HNO 3 ) dans le cas où l’atmosphère est humide. - Le pH des eaux de pluies acides peut atteindre 3 – 4 Conséquences du phénomène d’acidification : - solubilisation des métaux en particulier l’aluminium ; - appauvrissement des sols en ions ; - effets délétères sur les tissus foliaires ; Dr BENDJAMAA A.

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La toxicologie environnementale - dépérissement des forêts du fait d’un déficit en minéraux calcium + magnésium B]. Pollution photochimique : -La pollution photochimique désigne un mélange complexe de polluants formés chimiquement dans l’air, sous l’effet du rayonnement solaire, à partir de composés précurseurs émis par des sources naturelles et les activités humaines (oxydes d’azote (NO X ), composés organiques volatils (COV), monoxyde de carbone (CO). - Le principal polluant photochimique est l’ozone (O 3 ). - La formation d’ozone polluant dépend essentiellement : l’intensité du soleil et de l’absence du vent. Effets de l’augmentation des taux d’ozone troposphérique : - ralentissement de croissance au niveau des différentes parties de la plante ; - mort prématurée des végétaux ; - feuillage : lésions nécrotiques (tissus morts) ; - jaunissement ou la chlorose de la feuille ; C]. Eutrophisation : - Eutrophisation : du grec « eutrophos » (bien nourrir) : enrichissement d’un milieu qui entraîne une prolifération anormale de végétaux. - L’eutrophisation correspond à une perturbation de l’équilibre biologique des sols et des eaux, due à un excès d’azote notamment d’origine atmosphérique (NO x , NH3 ), de carbone ou de phosphore par rapport à la capacité d’adsorption des écosystèmes. - Eutrophisation = pollution nutritionnelle. Conséquences de l’eutrophisation : - Croissance de certaines espèces au détriment d’autres : diminution de la biodiversité; - Détérioration de la qualité de l’eau avec déstabilisation des chaînes trophiques ; - Dégradation des qualités organoleptiques de l'eau (aspect, couleur, odeur, saveur) ; - Asphyxie du milieu aquatique : excès de végétation ; D]. Effets de serre additionnel : - La température moyenne de la terre résulte de l’équilibre entre l’énergie du rayonnement visible qu’elle absorbe et celle du rayonnement IR qu’elle émet. - Certains gaz dans l’atmosphère (CO 2 , H2 O, CH4 ) réabsorbent partiellement le rayonnement IR re-émis par la terre, empêchant ainsi le refroidissement de la planète. C’est ce qu’on appelle « effet de serre ». - L’effet de serre a permis le développement des formes de vie sur terre. - Les émissions liées aux activités humaines, principalement CO 2 , sont responsables de l’augmentation de cet effet « effet de serre additionnel ». - En effet, si on ajoute dans l’atmosphère un gaz susceptible d’absorber le rayonnement IR émis, la température va croître pour compenser cette absorption. Dr BENDJAMAA A. La pollution atmosphérique

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La toxicologie environnementale Conséquences de l’augmentation de l’effet de serre : L’augmentation de la température moyenne de la terre a pour conséquence : - Une augmentation mécanique du volume d’eau de mer. - Une augmentation de la pluviométrie, et la modification des courants marins. - Mutation des grands types de végétaux. - Conditions plus extrêmes des régions désertiques. - Déplacement de la végétation de montagne vers le haut. - Augmentation des maladies infectieuses et de la mortalité……… - Montée du niveau des mers, changement des climats, désertification, tempêtes et inondations, fonte des calottes polaires et des glaciers. - Disparition partielle des glaciers. E]. Destruction de la couche d’ozone : L’accumulation de certaines espèces chimiques tel le CFC, le ClO• et le Cl• dans l’atmosphère contribue à la destruction des molécules d’O 3. Conséquences de la destruction de la couche d’ozone • Augmentation des radiations UV atteignant le sol • Survie sur terre menacée • Accroissement des cas de cancers de peau 2. Effets sur l’homme : A]. Manifestations respiratoires : - Les principaux agents responsables sont les polluants de l’air : substances gazeuses (CO, SO 2 , NO x , O 3 ) et les substances particulaires. - Les particules dont le diamètre aérodynamique est < 10µm peuvent être divisées selon leur taille en : grosses, fines et ultrafines. - La taille des particules conditionne leur niveau d’impaction dans les voies respiratoires : les plus fines pénètrent jusqu’au bronchioles terminales et aux alvéoles. - Manifestations observées : irritations laryngée, toux, allergies, bronchiolite, baisse des capacité ventilatoire, asthme, hypersécrétion bronchique, réactions inflammatoires locales : emphysème, fibrose (amiante + silice), ….. - L’hyperréactivité de la muqueuse pulmonaire aux concentrations anormales des produits nocifs de l’atmosphère fait apparaître l’allergique comme une véritable sentinelle de l’environnement. B]. Troubles cardio-vasculaires : - Les mécanismes d’action de la pollution particulaire sur le système cardiovasculaire sont encore mal connus, mais il semble que ceux-ci s’exercent à plusieurs niveaux. . - Sujets à risque : personnes âgées, présences de pathologies cardiorespiratoires sous-jacentes, sujets présentant des troubles de la coagulation, diabétiques. C]. Manifestations cutanées : « vieillissement environnementales » : - Irritation de la peau par les particules acides ; - Acidification de la peau ; Dr BENDJAMAA A. La pollution atmosphérique

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La toxicologie environnementale - Troubles de l’hydratation cutanée ; - Modification des lipides de surface, altération du film hydrolipidique (SO 2 ) ; - Desquamation cutanée ; …. · La diminution continuelle de l’O 3 stratosphérique génère une intensification des rayonnement UV au niveau du sol. Conséquences : ° Brûlures superficielles ° Augmentation du nombre de cancers de la peau. ° Vieillissement actinique. D]. Troubles oculaires : cataractes, conjonctivites, E]. Augmentation des maladies infectieuses : - Suite aux perturbations climatiques : le réchauffement planétaire accentue la propagation des maladies tropicales dans les pays tempérés ; - La présence de germes pathogènes (bactéries productrices de toxines) dans les eaux polluées : toxines paralytique, diarrhéique, neurotoxique, hépatotoxique et dermotoxique. F]. Répercussions psychologiques : « intoxiqués de l’environnement » - Sujets se sentant continuellement menacés par les polluants, conduisant au développement de troubles comportementaux : anxiété, toxicophobie, névrose hypochondriaque, troubles psychotiques,…. G]. Augmentation de l’incidence des cancers : effet de la pollution par les produits chimiques (Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), pesticides,…..) métaux,…. V/ Méthodes et appareils de dosage des principaux polluants 1/ méthode de dosage du SO2 : • Acidimétrie : Méthode à l’eau oxygénée (méthode officielle française) SO 2 + H2 O 2 → H2 SO 4 • Spectrophotométrie • Conductimétrie • Photométrie de flamme • Absorption UV (technique de référence) 2/ Méthodes de dosage des oxydes d’azotes: NOx On a le protoxyde d’azote (N 2 O), monoxyde (NO), dioxyde (NO 2 ), anhydride nitreux (N 2 O 3 , pentoxyde (N 2 O 5 ) anhydride nitrique. Dans tous ces oxydes, seuls le NO 2 et le NO jouent un rôle dans la pollution atmosphérique. Ce sont ces deux seulement et couramment désignés sous forme de NOx. Dosage des oxydes d’azote (NO, NO 2 ): - Le NO 2 est piégé spécifiquement par des filtres imprégnés d’une solution de triéthanolamine glycérinée. Dr BENDJAMAA A. La pollution atmosphérique

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La toxicologie environnementale - Le NO doit être d’abord transformé en NO 2 grâce à une lampe d’ozone, puis piégé par un second filtre, imprégné par une solution de triéthanolamine glycérinée placé en série. -Le NO 2 des filtres, mis en contact avec une solution d’acide sulfanilique provoque une diazotation. Le composé diazonium formé réagit avec une amine copulable et conduit à un composé azoïque dont la densité optique peut être mesurée à 550nm. 3/ Méthodes de dosage du CO: • Moniteur CO : fonctionnant sur base de l'absorption InfraRouge. • Électrochimique • Chimique 4/ Méthodes de dosage du O3: • Absorption UV à ( 254 nm) • Chimiluminescence : O3 + H2C=CH2 → adduction* → hγ + adduction 5/ Mesure des particules totales en suspension: * Préparation des filtres: des filtres sont passés à l’étuve à 100°c pendant 30mn, puis pesés (à 0.1mg prés) les filtres sont placés dans un boîtier spécial * Dosage: une fois exposés, les films très empoussiérés sont soumis au même traitement que précédemment puis on pèse ; la différence entre les deux pesées détermine le poids des particules recueillies durant la période d’échantillonnage. Le double passage à l’étuve et au dessiccateur, dans ces conditions identiques, a pour rôle d’éliminer l’interférence du poids pouvant être apporté par l’humidité atmosphérique à des proportions variables. 6/ Autres méthodes On peut doser les polluants par d’autres techniques tel que ; • • • • HPLC/UV (NO2, SO2) Par absorption atomique (CO, Hg, Pb) Par fluorescence (O3) CPG (CO, CH4, HC...) La pollution atmosphérique

VI. Comment réduire les niveaux de pollution? 1) mesures réglementaires 2) aménagements urbains 3) développer des technologies moins polluantes 4) modifier les comportements individuels : - Préférer un véhicule moins polluant (éviter le diesel) - Contrôle régulier du véhicule pour réduire les émissions. - Éviter de laisser tourner le moteur à l’arrêt - Pratiquer le covoiturage: des personnes d’une même entreprise s’arrangent pour voyager dans une seule et même voiture - Circuler à vélo - Se déplacer à pied. Dr BENDJAMAA A.

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