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François Guern Doctorant en sociologie francois.guern@alcatel-lucent.com

MARDIS DE L’ESSEC - L’AUTERITE AVEC, DANIEL BOUTTON, JACQUES GENEREUX, YANN LE PALLEC

[19 mars 2012]

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TABLE DES MATIERES

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TABLE DES MATIERES ............................................................................................. 2   PREMIER PARTIE - INTRODUCTION ....................................................................... 5   DEUXIEME PARTIE - DIAGNOSTIQUE ..................................................................... 6  

A. Daniel Boutton ..............................................................................................7   B. Jacques Généreux .........................................................................................8   C. Yann Le Pallec ...............................................................................................9   D. Daniel Boutton ........................................................................................... 11   E. Jacques Généreux ...................................................................................... 13   F. Yann Le Pallec ............................................................................................ 14   G. Daniel Boutton ........................................................................................... 15   H. Jacques Généreux ...................................................................................... 16   I. Daniel Boutton ............................................................................................ 17   J. Jacques Généreux ....................................................................................... 18   K. Yann Le Pallec ............................................................................................ 20   L. Daniel Boutton ............................................................................................ 21   M. Yann Le Pallec ........................................................................................... 22   N. Jacques Généreux ...................................................................................... 23   O. Yann Le Pallec ............................................................................................ 24   P. Jacques Généreux ...................................................................................... 25   Q. Yann Le Pallec ............................................................................................ 26   R. Daniel Boutton ........................................................................................... 27   S. Jacques Généreux ...................................................................................... 29   T. Daniel Boutton ........................................................................................... 31  
TROISIEME PARTIE - LES PETITS JEUX DES MARDIS .......................................... 32  

A. Création d’une taxe sur les transactions financières ................................. 33   B. Suppressions des stocks options et encadrement des bonus .................... 34   C. Mise hors la loi des paradis fiscaux :.......................................................... 35  
QUATRIEME PARTIE - Q&A ................................................................................... 36  

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A. Un éventuel retour au glass Tigel Act qui a existé aux États-Unis. Séparation des banques d’activité et de dépôt .............................................. 37   B. Démission de Greg Smith de Goldman Sachs, et sa vision de l’avidité de la banque ........................................................................................................... 38   C. Pourquoi il y a deux ans la Grèce était un modèle de croissance et qu’aujourd’hui c’est la dette la plus grosse ? ................................................. 39  

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PREMIER PARTIE - INTRODUCTION

Intervenant : Daniel Boutton : ancien directeur de la Société Générale Jacques Généreux, économiste et fondateur du parti politique « front de gauche ». Yann Le Pallec : ancien de l’ESSEC. Responsable de Standard & Poor’s pour la notation de la zone EMEA Le débat de ce soir portera sur : 1/ le diagnostic de la crise. Cause, et conséquence, et coupable 2/ les politiques pour sortir de la crise, et l’austérité

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DEUXIÈME PARTIE - DIAGNOSTIQUE

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A. DANIEL BOUTTON

Ce n’est pas une crise, mais un gigantesque changement : nous sommes dans la période dans laquelle le monde ancien bascule. Bascule de 89 est/ouest. Bascule vers les pays émergents. Ceci pouvait entrainer le monde telle une bascule ou le haut monte énormément et le bas baisse d’autant plus ! Bascule ! Certains pensent qu’on devrait parler de pays immergé et émergé, pas émergent ! Donc changement et pas crise Excès d’endettement : explosion des subprimes. Et situation en train de monter depuis 1958 : les 10 ans de l’euro a augmenté les dettes, c’est le fait que les démocraties d’Europe occidentale n’ont pas su vivre sans transmettre de la dette. Et à un moment cela explose.

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B. JACQUES GENEREUX

C’est une grande régression, car ce que nous vivons depuis quelques années n’est qu’un moment : une crise est un moment paroxystique qui se situe dans un moment beaucoup plus long. C’est un des derniers paroxystiques qui fait partie d’une grande régression qui s’est produite au début des 80’. Que s’est-il passé ? Alors que toutes les sociétés humaines ont pendant des millénaires résisté au fait qu’une société puisse être dominée par l’appât du gain. Même les sociétés sous le capitalisme ont résisté à l’idée qu’on puisse être dans une société dans laquelle chacun doit toujours se battre pour accumuler plus. C’est à partir de la généralisation du capitalisme à l’ensemble du monde et de la dérégulation de la finance que la rupture s’est produite. Et nous sommes dans des sociétés où le moteur des sociétés est l’accumulation. De pair avec cela, il y a une crise morale, et écologique. Tout ceci se produit à partir du moment où l’on a abattu toutes les résistances qui contenaient le pouvoir de l’argent.

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C. YANN LE PALLEC

Ne partage pas les causes sociales formulées par Jacques Généreux, mais tombe d’accord sur l’ampleur de la crise et son côté polymorphe. Un des corolaires de la déréglementation : quand on parle de la dette des États nous sommes tous liées, les pays émergents et chacun de nous détenons de la dette. La situation est grave, et si nous ne reconnaissons pas cette interdépendance nous allons au-devant de problème encore plus grave. La chance de la France est que les Français épargnent et peuvent ainsi financer l’économie. Sa vision de la crise souveraine. Deux changements fondamentaux : la Grèce en 2010 : pour la première fois les marchés ont décrété qu’ils ne voulaient plus prêter à un État souverain membre de l’OCDE. Ça ne s’était jamais vu, et ne faisait même pas partie des hypothèses rentrant dans la notation de S&P. Cette hypothèse forte n’est aujourd’hui plus réalisée, ce qui fait peser des risques forts sur les États. Plus aucun État ne pourra être l’objet d’une confiance illimité de la part des prêteurs, et c’est très nouveau ! Ce que tous pensaient être une zone monétaire avec de la dépense ne l’était pas : il y a eu divergence des économies de la zone UE. Dans le sud de 9

l’Europe, des États ont eu leur propre politique budgétaire et fiscale qui s’est traduite par un déficit face à l’Allemagne et les pays bas. La zone monétaire n’est pas tenable à terme sans égalité entre économies. Conséquences : Se refinancer pour chaque état du jour au lendemain n’est plus une hypothèse valable. La zone monétaire telle qu’elle est conçue ne peut se concevoir sans une convergence de l’ensemble de ses membres vers un niveau de compétitivité moyen

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D. DANIEL BOUTTON

« Il n’y aurait pas de croissance forte sans la financiarisation ». Daniel Boutton en 2008 devant l’Assemblée Nationale

On a devant nous des gens qui nous ont placés dans la situation du thème du débat de ce soir : une formidable retraite par répartition des systèmes de sécurité sociale en déficit depuis 76 un budget jamais en équilibre depuis 79

On est dans la même situation que les ménages qui le 20 du mois n’ont plus rien et doivent trouver des prêteurs pour se financer. La dette brute est passée de 20 à 80 % en France. Nous avons fabriqué une économie ou l’école est financée par la dette, où les ménages achètent leurs biens par la dette, et on a des pyramides de dette, car nos logements sont financés par l’endettement ce qui est le plus dangereux.

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Non, le responsable n’est pas la financiarisation : c’est la dette publique qui a produit la financiarisation pour pouvoir se financer. Les banquiers existent avant tout pour financer la guerre et la dépense de la cour. Sur la crise des subprimes, une erreur privée : comme dans toutes les bulles on a cru que la financiarisation de l’économie allait nous protéger du risque erreur publique : ne pas oublier que les supbrimes, tout le système du logement aux USA, c’est une politique publique ! Clinton ne voulait pas aider publiquement les gens, donc ils ont inventé un financement par la titrarisation des créances immobilière.

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E. JACQUES GENEREUX

La crise des subprimes ne vient pas des dépenses sociales en France ou en Grèce. À l’origine c’est une crise financière venant des subprimes : c’est une politique publique au service du capitalisme américain, et non pas au service de la nation. C’est le changement qui a eu lieu partout dans le monde depuis 30 ans : la puissance du capital se mettant au service des intérêts du capital. Une rupture s’est opérée quand on a vu le pouvoir d’achat des travailleurs s’effondrer, et leurs protections sociales. L’échappatoire a été le surendettement privé. Si l’on reprend Marx on a eut : sur exploitation du travail, et sous-valorisation du travail, mais dans un système basé sur la consommation ! La déréglementation financière est un choix délibéré des politiques publiques, qui autorise de faire tout type d’instruments financiers. Cela donne la crise des subprimes : les gens qui n’ont plus les moyens de vivre et à qui l’on permet d’acheter faire les instruments complexes pour porter tout titre et les refourguer.

C’est une contradiction du capitalisme : partage des ressources pour que la masse puisse se loger, nourrir, vivre en retraite. Dans le même temps si certains peuvent jouer avec l’argent, des bulles éclatent. 13

F. YANN LE PALLEC

Il va falloir négocier la période actuelle : on peut peut-être sortir du système, mais il va falloir continuer à financer le système et l’économie, et éviter une récession en double creux. Aujourd’hui la situation est grave et concerne tout le monde. Les marchés c’est tout le monde : des banques, des institutionnels, des fonds de pension. La financiarisation a donné la possibilité à des organismes d’allé acheter des actifs partout dans le monde, et tout a chacun est aujourd’hui détenteur d’actifs. Ensuite, quelle est l’éthique de la réglementation ? Il faut une phase de réarbitrage, une phase d’adaptation qui passera par des taux de croissance faibles avec une finance qui aura un degré de développement limité par rapport à ce qu’il était. Mais sur le long terme, Yann Le Pallec pense que la finance est une bonne chose.

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G. DANIEL BOUTTON

La place des banques. Philosophiquement, et moralement on a besoin d’un bouc-émissaire. L’opinion publique n’accepte jamais que la peste, le choléra ou la crise n’ait pas un coupable à brûler. Voir le livre de René Girard, Le bouc émissaire. S’agissant de cette crise, c’est qu’il y a probablement un lien tenu entre la crise des subprimes et la crise de la dette souveraine : celle-ci on l’a vu venir ! Le rapport Pébereau date de 2005, le livre de Jaffré, Le jour où la France fait faillite, date de 2006. Mais personne n’a rien voulu voir venir. En France le contribuable français a dépensé un peu d’argent pour Dexia, mais sinon pas un euro pour le sauvetage du système bancaire. Donc la crise n’a pas eu d’influence sur l’état des finances publiques

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H. JACQUES GENEREUX

Les

capitalistes

eux-mêmes

ont

la

tendance

à

chercher

des

boucs

émissaires/voyous : faire imputer la faute à un comportement déviant. La solution est de prêcher la morale pour avoir un capitalisme bien éduqué. Ainsi on veut éviter l’analyse rigoureuse. « Les banquiers ne sont pas responsables, la finance non plus, c’est personne : c’est le système ! » Au sujet des CDS : on n’a pas le titre sur lequel on s’assure. C’est comme avoir le droit de s’assurer sur la vie de quelqu’un d’autre ou sur l’incendie de la maison du voisin. C’est un système pousse au crime qui incite à devenir tueur à gages. Est-ce que la finance est bénéfique ? Pour Yann Le Pallec c’est bénéfique. C’est bien personnel, tout le monde peut avoir une opinion, mais une opinion dans un débat n’a que peu d’intérêt, il faut argumenter.

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I. DANIEL BOUTTON

Mais c’est forcé que la finance ait du pouvoir quand tous les lundis la France doit se refinancer sur les marchés pour financer sa dette !

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J. JACQUES GENEREUX

Les origines de la crise de la dette. On ne peut pas dire que la crise financière privée n’a aucune influence sur la crise : en France toutes les enquêtes montent que le simple fait du ralentissement global économique dû aux subprimes contribue à l’aggravation de la crise. Tout cela contribue à l’aggravation de la crise de la dette. De plus cela fait longtemps qu’on a arrêté de financer le déséquilibre en recette et dépense : on a trop dépensé, donc c’est qu’on a arrêté de prélever les ressources pour faire ces dépenses. Et ça, c’est la réalité dans le plus grand nombre de pays capitaliste et européen : il n’y a pas de trou de la sécurité sociale si on prélève l’impôt nécessaire. Selon la Cour des comptes, il y a entre 100 et 150 milliards d’euros perdus en France par les niches fiscale. Et comme les gouvernements n’ont pas le courage immédiat à des coupes sociales, qui perdurent donc un certain temps… les dettes augmentent. Certains pays qui ne veulent pas passer au modèle libéral, car ayant une tradition sociale, il s’agit de les faire vivre longtemps dans des situations de dette. Au bout d’un moment les esprits sont préparés et les gens sont mis devant le fait accompli.

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On peut enfin terroriser les gens avec les impôts nécessaires qu’il faudrait lever, mais à la place ce sont des coupes dans les systèmes sociales et de santé.

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K. YANN LE PALLEC

Le rôle d’une agence de notation : donner aux investisseurs une note sur la probabilité aux investisseurs d’être remboursé dans un prêt obligataire. Pour que les marchés financiers puissent tarifer le cout du risque, ils se fondent en partie sur la note. La différence avec les spread : dérivé de l’observation des marchés financiers à un instant T. C’est une anticipation par le marché d’un risque de défaut d’un débiteur. La notation est une opinion prospective pour donner une vision à 2/3 ans en sortant des visions à court terme comme en donne les spread. Pourquoi les agences existent encore puisqu’elles se sont trompées ? Car elles se basent sur des hypothèses qui parfois ne se réalisent pas : lors des subprimes les hypothèses étaient que le créditeur allait en premier rembourser son crédit plutôt que de son abonnement de portable. Et c’était faux.

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L. DANIEL BOUTTON

Erreur systémique : on n’a pas vu que la machine à titriser et la machine à rehausser le niveau de crédit, allait rétroagir sur le comportement des gens. On a délivré des crédits de plus en plus nombreux à des emprunteurs qui étaient de moins en moins bons emprunteurs. Et les entreprises rehaussaient de plus en plus le niveau des emprunteurs. In fine la réalité finit par être perceptible.

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M. YANN LE PALLEC

Les agences de notations n’ont pas eu de mauvaises expériences comme avec les subprimes avec la titrisation traditionnelle ou le crédit immobilier aux entreprises. De plus, la légitimité des agences est directement liée à la confiance des investisseurs. Si demain les investisseurs ne font plus confiance aux agences, les agences disparaissent.

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N. JACQUES GENEREUX

Les agences de notations sont un instrument qui ne devrait pas noter des États. Et en situation de crise cela peut avoir une situation grave en aggravant la crise. La Grèce est accablée par cette crise, et encore plus par le traitement d’austérité qu’on lui oblige. Une agence de notation participe à ce système, et est le symbole de la finance qui a prise sur le destin des peuples. Il est normal dans le cas des entreprises privées, que les investisseurs décident à qui ils prêtent et pour quel risque. Avec des éléments d’évaluation du risque. La fonction de probabiliser le risque est essentielle. Et c’est normal que les agences fassent ce travail plus que de simples appréciations comme avec les spread. Là où il y a un problème avec les agences de notation c’est quand il s’agit de dette publique et des États : cela ne peut pas être jugé sur les mêmes critères. Il ne faut pas oublier que les agences sont tels un thermomètre qui ne donne pas seulement la température, mais peut faire augmenter la maladie et la température. En se finançant sur les marchés les États se soumettent à l’évaluation. C’est donc pour cela qu’ils devraient sortir des marchés pour se financer ! 23

O. YANN LE PALLEC

Les agences se posent la question de noter les États tous les matins. Mais : la dette souveraine est le principal marché obligatoire mondial le lien entre les États et l’état de l’économie est clair

Les États sont sur les marchés donc doivent respecter ces règles.

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P. JACQUES GENEREUX

Étant dépendant du jugement des marchés il faut bien qu’il soit jugé par eux. On peut effectivement noter une entreprise publique, mais pas un ensemble de politique public. Comment faire pour financer ailleurs que dans le marché ? Telle est la question.

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Q. YANN LE PALLEC

Ce n’est pas Yann Le Pallec qui a signé le communiqué de dégradation de la note, c’est un groupe d’expert autonome. Dans le communiqué on peut lire : redresser l’endettement public, tout en évitant une récession en double creux. Les politiques uniquement d’austérité étaient sans doute la meilleure chose pour aggraver la situation. Face à un assèchement du crédit, qu’est-ce qui tient l’économie européenne ? Ce sont les entreprises qui ont mieux réagi que les agences de notations l’imaginaient. Mais ces entreprises ont aujourd’hui besoin de crédit pour créer de l’emploi. Faire de l’austérité et augmenter les impôts est la meilleure manière pour aller dans le mur.

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R. DANIEL BOUTTON

En 1983, sous directeur du budget sous André Maurois, avant la deuxième dévaluation. Au moment où l’on croyait qu’on allait à la catastrophe. Sauvé par 5 milliards de dollars venus d’Arabie Saoudite. Eh bien il est préférable d’avoir à faire aux agences qu’à un groupe du FMI comme ça a été le cas en 1983. Dans la revue du budget, le FMI passait chaque ligne à la moulinette : quelles politiques publiques pour baisser des 500 millions en logement, etc., etc., etc. Le problème de la consommation tout de suite en empruntant, c’est la préférence pour le temps immédiat, une incapacité à préparer l’avenir avec un temps long (temps de la recherche ou de l’éducation). On a besoin de faire des ronds points et acheter des médicaments tout de suite, en augmentant progressivement la dette, en remettant à plus tard… Sur les 80 % de la dette, une bonne partie est détenue par l’étranger : d’autres nous font confiance pour maintenir notre niveau de vie. Sur le point de la stratégie à mener :

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Situation simple comme l’ascension d’une montagne très tenue. À un moment on tombe sur une crête avec d’un côté trop d’austérité et la récession, et de l’autre continuer à dépenser et être dans l’incapacité à se refinancer.

Le mérite de Fillon : ne pas faire tomber la France dans la récession pure, mais quelles politiques publiques monétaire et fiscale porte une responsabilité dans la situation actuelle ?

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S. JACQUES GENEREUX

Dans un livre de Jacques Généreux en 2007, Nous on peut : 2/ Élimination d’une part du stock de dettes publiques Comment le faire sans austérité ? Face à une crise qui associe un déficit d’activité et de croissance, un surendettement. Il y a deux temps : se battre comme des chiffonniers sur les causes a un moment l’exégèse n’est plus le moment, mais de savoir comment en sortir Il y a une vraie difficulté pour une agence de notation pour avoir un avis sur quelque chose qu’elle ne peut évaluer fondamentalement comme une politique publique. C’est une injonction paradoxale, car elle ne peut le faire entièrement, elle ne peut elle même qu’énoncer des injonctions paradoxales comme dans le communiqué de presse de S&P : « vue comment vous continuez c’est le mur assuré et en même temps attention, car si vous divisez le salaire par deux, etc. comme en Grèce et que ça déclenche une récession, vous ne vous en sortirez pas davantage. »

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Et si effectivement les politiques ne font pas baisser la dette, alors une notation dira toujours que ça ne va pas assez vite et que ça peut continuer. Et la note continuera à baisser mécaniquement. Mais s’ils font des coupes franches alors une agence parlera de la récession provoquée et rebaissera la note. Quand on est dans ces situations de crises, autant arrêter d’en parler. Le dilemme : éliminer une partie du stock de dette, mais en le faisant d’une manière qui ne réduise pas l’activité. Un chemin de croissance qui dégage des marges de manoeuvre financières pour être consacré à l’épuration de l’excès de dette. Comme faire concrètement ? Le réarmement des ressources publiques de l’état : la première dépense des États c’est la dépense fiscale. Tant que l’exonération crée de l’emploi, on garde ces exonérations. Avec la fin des niches fiscales, c’est un gain de 100 milliards ou 150 par an. Ce n’est pas une ponction sur l’activité, mais une somme qui va pour l’accumulation des gens très riches qui n’ont pas d’intérêts pour l’économie réelle comme la recherche et l’écologie par exemple réforme de l’impôt avec à partir de 20 fois le revenue médian taxé à 100 %. Logique cohérente d’un impôt progressif L’histoire nous apprend qu’on ne peut pas passer hors restructuration partielle et monétisation (création de monnaie pour rembourser les gens). On y vient enfin au bout de 3 ans pour la Grèce. La BCE doit donc avoir le droit de faire cela de manière exceptionnelle et sans créer de l’inflation La Banque centrale doit pouvoir de manière régulière prêter directement de l’argent. Ce qu’elle fait massivement aujourd’hui en reprenant sur le marché secondaire des actions. On contourne les traités en versant des intérêts aux banquiers. C’est une renationalisation de la dette publique. Garder son indépendance de la dette en ne se finançant que sur le pays ou l’espace européen comme les Japonais.

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T. DANIEL BOUTTON

Il faut comprendre que le mot élimination de la dette c’est faire banqueroute. C’est demander à tous les porteurs de dette d’accepter la perspective d’une inflation significative. C’est exactement la politique de la France entre 1792 et l’établissement du franc germinal.

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TROISIÈME PARTIE - LES PETITS JEUX DES MARDIS

Il s’agit de se glisser dans la peau d’une agence de notation et de noter des propositions.

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A. CREATION D’UNE TAXE SUR LES TRANSACTIONS FINANCIERES

Jacques Généreux : AAA si elle est significative Daniel Boutton : contre, CCC. Toute taxe sur les transactions doit être inférieure aux taxes sur les capitaux

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B. SUPPRESSIONS DES STOCKS OPTIONS ET ENCADREMENT DES
BONUS

Jacques Généreux : AAA, sauf pour quelques jeunes et petites entreprises en création. Et le bonus doit être encadré globalement Yann Le Pallec : AAA oui

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C. MISE HORS LA LOI DES PARADIS FISCAUX :

Daniel Boutton : AAA Yann Le Pallec : AAA Jacques Généreux : AAA ou AH AH AH !

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QUATRIÈME PARTIE - Q&A

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A. UN EVENTUEL RETOUR AU GLASS TIGEL ACT QUI A EXISTE AUX ÉTATS-UNIS. SEPARATION DES BANQUES D’ACTIVITE ET DE DEPOT

Yann Le Pallec : La commission Vikel va aboutir à cela au Royaume-Uni. Daniel Boutton : Le Royaume-Uni est le pays des plus grosses faillites bancaire. Mais il a un doute sur cette séparation : va-t-elle créer une augmentation du cout de la ressource pour les banques de détail ? Les profits des activités de marché sont relativement importants et ça permet de lever de l’argent avec des activités de marché, sans tout mettre sur les prêts. Jacques Généreux Absolument favorable à cette séparation. En étant en même temps conscient que certains dans le débat public, ne jure que par ça : cela n’a de sens que dans le cadre général d’une rerégulation de la finance. Qui redéfinit la légalité les outils comme les CDS, etc. Si les banques de marché peuvent créer tout ce qu’ils veulent, ça rapportera des catastrophes. Cette séparation est saine, mais ça doit aller avec une reréglementation de la finance et du capital.

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B. DEMISSION DE GREG SMITH DE GOLDMAN SACHS, ET SA
VISION DE L’AVIDITE DE LA BANQUE

Daniel Boutton : Ne le connais pas donc pas de réponse

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C. POURQUOI IL Y A DEUX ANS LA GRECE ETAIT UN MODELE DE
CROISSANCE ET QU’AUJOURD’HUI C’EST LA DETTE LA PLUS GROSSE

?

Daniel Boutton : Dans des démocraties il est difficile de regarder les réalités en face : l’illusion et le rêve sont des tentations extraordinaires. Dans le cas de l’Espagne, certains avaient averti le gouvernement que la bulle immobilière allait se terminer en explosion. Pour la Grèce, les chiffres produisent pour tout le monde étaient faux. Jacques Généreux Lorsqu’il s’agit de se sortir d’une crise financière, la meilleure chose pour un peuple est un gouvernement réel où comme en Islande quand le gouvernement a pensé à céder aux banques avant d’entendre le peuple gronder dans les rues. Dans ce cas-là c’est le seul début possible de sortie de crise. Les marchés financiers eux continuent de faire leur boulot, la troïka juge selon ses propres règles, etc. En 1980, la Malaisie s’en est sortie le plus vite à condition de fermer ses frontières, et de s’en remettre à son peuple. La solution est un gouvernement qui gouverne. 39