RAPPORT DU PRÉSIDENT AU CONSEIL GÉNÉRAL

4ème Commission Aménagement et développement durable

N° 2012-04-0006

SÉANCE DU 12 MARS 2012

POLITIQUE : ENVIRONNEMENT SECTEUR : Eau

T IT RE : E VO L UT IO N S D E S INT ER V ENT IO N S DU C O N S EI L G E N E R AL PO U R PR O M O UVO IR L A G E ST IO N PU BL IQ U E D E S S E R VI C E S D' E AU

RÉSUMÉ : Le présent rapport a pour objet de proposer des évolutions dans les interventions techniques et financières du Conseil général pour promouvoir la gestion publique des services d'eau et d'assainissement

INFORMATIONS BUDGÉTAIRES :

Ce rapport a été instruit par M. BARDET YANN (01.60.91.96.88) / Service de l'Eau / Direction de l'Environnement

N° Provisoire 25703

-2Ce rapport présente les principes d’évolutions dans les interventions du Conseil général pour promouvoir la gestion publique des services d’eau conformément aux orientations politiques de l'exécutif départemental. Ces principes seront traduits dans le cours de l'année 2012 dans une délibération détaillée relative à la révision de la politique départementale de l'eau. 1. La politique départementale de l’eau et l’évolution récente du contexte Depuis une vingtaine d’années la politique départementale de l’eau a permis, d’accompagner les collectivités dans leurs projets d’investissement, afin d’influer sur la qualité des cours d’eau et la qualité de l’alimentation en eau. Des critères exigeants ont été mis en œuvre selon quatre programmes (assainissement, rivières, inondations, eau potable). Cette politique départementale de l’eau a été révisée en octobre 2007 puis en février 2010. Désormais, elle exige l’engagement des collectivités bénéficiaires dans une démarche collective à l’échelle du bassin versant (« contrat de bassin »). Alors que le Conseil Général a engagé en 2012 une refonte de ses aides en investissement aux communes et EPCI et en cohérence avec cette démarche, de nouvelles évolutions sont nécessaires pour prendre en compte les objectifs de l’exécutif départemental : Appliquer à la politique de l’eau la priorité accordée à la maîtrise publique ; Favoriser une meilleure prise en compte des publics prioritaires ; Il est à noter qu’après des années de procédures judiciaires et de batailles législatives, la modulation des aides en matière de gestion de l’eau en fonction du mode de gestion est désormais clairement autorisée. Le Conseil constitutionnel, saisi pour une question prioritaire de constitutionnalité par le Conseil général des Landes, a par sa décision du 8 juillet 2011 jugé contraire à la constitution l’article L. 2224-11-5 du CGCT, issu de la Loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006 (LEMA) et interdisant la modulation des aides publiques en matière d’eau potable et d’assainissement en fonction du mode de gestion (cf annexe au rapport). De plus, l’arrêt « Commune d’Olivet » du Conseil d’Etat (2009) offre une opportunité très importante aux collectivités concernées par un contrat de délégation de service public qui excédera 20 ans en février 2015 de mettre fin à un contrat ou d’en revoir les conditions financières, à condition d’anticiper et de lancer si besoin les études technico-économique appropriées. 2. De nouveaux principes d’action : la modulation de l’intervention du Conseil Général en faveur de la gestion publique et d’une tarification durable et solidaire et le renforcement de l’accompagnement de ses partenaires La loi LEMA, par son article premier, consacre l’importance d’un accès aux services d’eau et d’assainissement « dans des conditions économiquement acceptables par tous ». De fait, le prix de l’eau a tendance à augmenter bien plus vite que l’inflation, pour des raisons globalement justifiées (sécurisation, maîtrise des impacts environnementaux) mais aussi parce que faute de prise en main et de contrôle par les acteurs publics de l’eau, celle-ci reste un bien marchand particulièrement rentable pour les grands groupes qui se partagent le marché, notamment en Ilede-France. Le paysage essonnien est en effet, comme au niveau national, dominé juridiquement par le principe de la délégation de service public confiée aux deux grands groupes opérateurs en matière d’eau et d’environnement. La situation des régies est très contrastée avec de très petites régies en zone rurale et des régies structurées parfois très récentes en zone urbaine (cf annexe). En outre, la plupart des collectivités du nord Essonne présentent la particularité d’être alimentées par les usines privées de la Lyonnaise des Eaux (usines de Seine). Le Conseil général a donc la volonté d’agir à son niveau et selon ses capacités pour favoriser sur le territoire essonnien, la gestion publique de l’eau, notamment pour s’assurer une meilleure maîtrise des coûts.

-3Par ailleurs, le Conseil général souhaite inciter à la mise en œuvre par la collectivité (en régie ou en délégation de service public) d’une tarification progressive à la fois sociale et environnementale Les leviers d’action du Département doivent être revus à l’aune de ces principes d’action : suppression des aides aux concessions, modulation des aides apportées mais aussi accompagnement technique des collectivités. En effet, à travers des cellules techniques spécialisées telles que le SATESE Yvelines-Essonne 2 (devenu cellule d’assistance technique) et la CATER , le Conseil général de l’Essonne intervient par ailleurs depuis longtemps en assistance technique et animation territoriale en matière d’eau. Ces missions d’assistance technique disposent d’un cadre réglementaire depuis la Loi sur l’Eau de décembre 2006 (LEMA) et ont été mises en cohérence avec cette réglementation à l’occasion de la révision 2010 de la politique départementale. Ces missions techniques essentiellement à destination des collectivités rurales rencontrent un succès important et donnent lieu à des aides financières de l’Agence de l’Eau dans le cadre d’un contrat de référence (2009-2012). Leur objet pourra être élargi en lien avec les principes d’action présentés ici. Cette volonté départementale d’agir pour une gestion publique rigoureuse passe essentiellement par des audits de fin de contrats, de moyens de contrôle des élus sur leurs contrats, des changements de mode de gestion, y compris naturellement vers la régie publique.
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3. Les leviers d’action à mettre en place La promotion de la gestion publique de l’eau se traduit donc par deux volets à mettre en œuvre : Financier : une politique départementale de l’eau modulée pour inciter à la gestion publique ; Technique : une action d’accompagnement technique des collectivités dans leurs démarches.

Une aide incitative sera proposée aux collectivités pour réaliser des audits technico-économiques de la gestion des services, disposer des éléments nécessaires à une négociation avec les sociétés privées et faire le meilleur choix de mode de gestion. Cette aide viendra compléter l’aide décidée il y a peu par le Conseil régional, assurant ainsi un financement maximal à la collectivité. La concession, qui constitue le mode le plus abouti de délégation au secteur privé, ne bénéficiera plus d’aides financières du Conseil général, qui n’a pas vocation à financer des travaux réalisés directement par le concessionnaire. Pour les autres modes de gestion, l’aide du Conseil général sera modulée, selon des modalités à affiner mais avec un principe simple : plus le mode de gestion se rapproche du service public, plus le financement est important. Par ailleurs, le Conseil général incitera à la mise en œuvre par la collectivité (en régie ou en délégation de service public) d’une tarification progressive à la fois sociale et environnementale : un prix de l’eau minoré pour les premiers mètres cubes consommés (besoins vitaux), et un tarif croissant avec le niveau de consommation, afin d’éviter le gaspillage de l’eau en pénalisant les gros consommateurs. Enfin, l’objet des missions d’assistance techniques sera élargi afin de proposer une assistance aux collectivités soucieuses de mieux maîtriser la gestion de leurs services d’eau en allant selon le cas jusqu’à un passage souhaité en régie. Ces missions seront affinées en fonction des attentes des collectivités mais consisteront essentiellement à aider au lancement d’audit, à aider la lecture technico-économique du contenu des contrats, à mettre en réseau les expériences locales.

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Service d’assistance technique aux exploitants de stations d’épuration Cellule d’animation technique pour l’entretien des rivières

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A plus ou moins long terme, si le Conseil général et certaines collectivités parviennent à déclencher une réelle dynamique sur notre territoire, se posera la question d’une structure qui pourrait être la mieux adaptée pour assurer les missions d’assistance technique, y compris liées à gestion publique, à l’image de certaines autres initiatives départementales (structure associative en Saône-et-Loire, agence technique départementale « eau » en Mayenne, Eure-et-Loir, HauteSaône, etc …). Il s’agit là de principes qui seront affinés techniquement et juridiquement avant traduction dans la délibération d’application, relative à la politique départementale de l’eau. Un groupe de travail partenarial sera créé pour travailler en concertation à l'élaboration de cette délibération, en particulier concernant les aspects relatifs à la promotion de la gestion publique de l’eau. Il sera composé du Président du Conseil général ou de son représentant, de cinq conseillers généraux dont trois de la majorité et deux de l'opposition, et de personnalités qualifiées désignées par le Président du Conseil général en tenant compte de leur compétence concernant le cycle de l'eau. Si ces propositions recueillent votre accord, je vous prie de bien vouloir : AFFIRMER la volonté du Conseil général de l’Essonne de promouvoir, par ses aides et par son appui technique, une maîtrise des élus sur leurs services et les coûts liés, dans le sens d’une gestion publique de l’eau ; ACTER le principe de moduler les aides, de ne plus aider les travaux en concession et d’inciter par les aides la mise en place d’une tarification solidaire et durable ; DECIDER de mettre en œuvre une assistance technique en matière de gestion publique des services d’eau auprès des collectivités intéressées ; DECIDER la mise en place d’un groupe de travail partenarial, pour l’élaboration de la délibération relative à la politique départementale de l’eau, composé : o o o du Président du Conseil général ou de son représentant, de cinq élus-es du Conseil général dont trois de la majorité et deux de l'opposition, de personnalités qualifiées désignées par le Président du Conseil général en tenant compte de leur compétence concernant le cycle de l'eau.

DESIGNER les cinq conseillers-ères généraux-ales pour siéger au sein de ce groupe de travail.

Je vous prie de bien vouloir en délibérer.

Le président du Conseil général

Jérôme Guedj